Abstract

A treatise on embryology that mechanically explains the formation of the foetus, but opens with a cornerstone argument of Cartesian dualism: the body’s vital functions (heartbeat, digestion) do not depend on the soul, which is known only insofar as it thinks, but on the disposition of the organs alone.

Testo originale francese · Arvensa Editions, 2015 · pubblico dominio

Première partie

PRÉFACE

I

Qu’il est très utile pour la médecine de bien connaître les fonctions de notre corps.

Il n’y a rien à quoi l’on se puisse occuper avec plus de fruit qu’à tâcher de se connaître soi-même ; et l’utilité qu’on doit espérer de cette connaissance ne regarde pas seulement la morale, ainsi qu’il semble d’abord à plusieurs, mais particulièrement aussi la médecine, en laquelle je crois qu’on aurait pu trouver beaucoup de préceptes très assurés, tant pour guérir les maladies que pour les prévenir, et même aussi pour retarder le cours de la vieillesse, si on s’était assez étudié à connaître la nature de notre corps, et qu’on n’eût point attribué à l’âme les fonctions qui ne dépendent que de lui et de la disposition de ses organes.

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D’où vient qu’on a de coutume d’attribuer ces fonctions à l’âme.

Mais parce que nous avons tous éprouvé dès notre enfance que plusieurs de ses mouvements obéissaient à la volonté, qui est une des puissances de l’âme, cela nous a disposés à croire que l’âme est le principe de tous ; à quoi aussi a beaucoup contribué l’ignorance de l’anatomie et des mécaniques : car, ne considérant rien que l’extérieur du corps humain, nous ne nous sommes point imaginés qu’il eût en lui assez d’organes ou de ressorts pour se mouvoir de soi-même en autant de diverses façons que nous voyons qu’il se meut ; et cette erreur a été confirmée de ce que nous avons jugé que les corps morts avaient les mêmes organes que les vivants, sans qu’il leur manquât rien autre chose que l’âme, et que toutefois il n’y avait en eux aucun mouvement.

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Pourquoi elles ne lui doivent pas être attribuées.

Au lieu que, lorsque nous tâchons à connaître plus distinctement notre nature, nous pouvons voir que notre âme, en tant qu’elle est une substance distincte du corps, ne nous est connue que par cela seul qu’elle pense, c’est-à-dire qu’elle entend, qu’elle veut, qu’elle imagine, qu’elle se ressouvient et qu’elle sent, parce que toutes ces fonctions sont des espèces de pensées ; et que, puisque les autres fonctions que quelques-uns lui attribuent, comme de mouvoir le cœur et les artères, de digérer les viandes dans l’estomac, et semblables, qui ne contiennent en elles aucune pensée, ne sont que des mouvements corporels, et qu’il est plus ordinaire qu’un corps soit mû par un autre corps que non pas qu’il soit mû par une âme, nous avons moins de raison de les attribuer à elle qu’à lui.

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Autre raison qui prouve la même chose.

Nous pouvons voir aussi que lorsque quelques parties de notre corps sont offensées, par exemple quand un nerf est piqué, cela fait qu’elles n’obéissent plus à notre volonté, ainsi qu’elles avaient de coutume, et même que souvent elles ont des mouvements de convulsion qui lui sont contraires ; ce qui montre que l’âme ne peut exciter aucun mouvement dans le corps, si ce n’est que tous les organes corporels qui sont requis à ce mouvement soient bien disposés ; mais que, tout au contraire, lorsque le corps a tous ses organes disposés à quelque mouvement, il n’a pas besoin de l’âme pour le produire, et que par conséquent tous les mouvements que nous n’expérimentons point dépendre de notre pensée, ne doivent pas être attribués à l’âme, mais à la seule disposition, des organes, et que même les mouvements qu’on nomme volontaires procèdent principalement de cette disposition des organes, puisqu’ils ne peuvent être excités sans elle, quelque volonté que nous en ayons, bien que ce soit l’âme qui les détermine.

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Que bien que la mort fasse cesser ces fonctions, il ne s’en suit pas pour cela qu’elles dépendent de l’âme.

Et encore que tous ces mouvements cessent dans le corps lorsqu’il meurt et que l’âme le quitte, on ne doit pas inférer de là que c’est elle qui les produit, mais seulement que c’est une même cause qui fait que le corps n’est plus propre à les produire, et qui fait aussi que l’âme s’absente de lui.

Il est vrai qu’on peut avoir de la difficulté à croire que la seule disposition des organes soit suffisante pour produire en nous tous les mouvements qui ne se déterminent point par notre pensée ; c’est pourquoi je tacherai ici de le prouver, et d’expliquer tellement toute la machine de notre corps, que nous n’aurons pas plus de sujet de penser que c’est notre âme qui excite en lui les mouvements que nous n’expérimentons point être conduits par notre volonté, que nous en avons de juger qu’il y a une âme dans une horloge qui fait qu’elle montre les heures.

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Qu’il ne sera pas besoin d’avoir beaucoup étudié l’anatomie pour entendre ce traité.

Il n’y a personne qui n’ait déjà quelque connaissance des diverses parties du corps humain, c’est-à-dire qui ne sache qu’il est composé d’un très grand nombre d’os, de muscles, de nerfs, de veines, d’artères, et avec cela d’un cœur, d’un cerveau, d’un foie, d’un poumon, d’un estomac y et même qui n’ait vu quelquefois ouvrir diverses bêtes où il a pu considérer la figure et la situation de leurs parties intérieures, qui sont à peu près en elles Comme en nous. Il ne sera pas besoin qu’on ait rien appris de plus de l’anatomie afin d’entendre cet écrit, à cause que j’aurai soin d’y expliquer tout ce qu’il en faut savoir de plus particulier à mesure que j’aurai occasion d’en parler.

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Sommaire des choses qu’il doit contenir.

Et, afin qu’on ait d’abord une générale notion de toute la machine que j’ai à décrire i je dirai ici que c’est la chaleur qu’elle a dans le cœur qui est comme le grand ressort et le principe de tous les mouvements qui sont en elle, et que les veines sont des tuyaux qui conduisent le sang de toutes les parties du corps vers le cœur, où il sert de nourriture à la chaleur qui y est, comme aussi l’estomac et les boyaux sont un autre plus grand tuyau, parsemé de plusieurs petits trous par où le suc des viandes coule dans les Veines, qui le portent droit au cœur ; et les artères sont encore d’autres tuyaux par où le sang échauffé et raréfié dans le cœur passe de là dans toutes les autres parties du corps, auxquelles il porte la chaleur et de la matière pour les nourrir ; et enfin les parties de ce sang les plus agitées et les plus vives, étant portées au cerveau par les artères qui viennent du cœur le plus en ligne droite de toutes, composent comme un air ou un vent très subtil qu’on nomme les esprits animaux, lesquels, dilatant le cerveau, le rendent propre à recevoir les impressions des objets extérieurs, et aussi celles de l’âme, c’est-à-dire à être l’organe ou le siège du sens commun, de l’imagination et de la mémoire ; puis ce même air ou ces mêmes esprits coulent du cerveau par les nerfs dans tous les muscles, au moyen de quoi ils disposent ces nerfs à servir d’organes aux sens extérieurs, et, enflant diversement les muscles, donnent Je mouvement à tous les membres.

Voilà sommairement toutes les choses que j’ai ici à décrire, afin que, connaissant distinctement ce qu’il y a en chacune de nos actions qui ne dépend que du corps, et ce qu’il y a qui dépend de l’âme, nous puissions mieux nous servir tant de lui que d’elle, et guérir ou prévenir leurs maladies.

Seconde partie

DU MOUVEMENT DU CŒUR ET DU SANG

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Qu’il y a de la chaleur dans le cœur, et de quelle nature elle est.

On ne peut douter qu’il n’y ait de la chaleur dans le cœur, car on la peut sentir même de la main quand on ouvre le corps de quelque animal vivant ; et il n’est pas besoin d’imaginer que cette chaleur soit d’autre nature qu’est généralement toute celle qui est causée par le mélange de quelque liqueur ou de quelque levain, qui fait que le corps où elle est se dilate.

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Description des parties du cœur.

Mais pour ce que la dilatation du sang, que cause cette chaleur, est le premier et le principal ressort de toute notre machine, je voudrais que ceux qui n’ont jamais étudié l’anatomie prissent la peine de voir le cœur de quelque animal terrestre assez gros (car ils sont tous à peu près semblables à celui de l’homme), et qu’ayant premièrement coupé la pointe de ce cœur, ils prissent garde qu’il y a au dedans comme deux cavernes ou concavités qui peuvent contenir beaucoup de sang. Après cela, s’ils mettent les doigts dans ces concavités pour y chercher, vers la base du cœur, les ouvertures par où elles peuvent recevoir du sang ou bien se décharger de celui qu’elles contiennent, ils en trouveront deux fort grandes en chacune ; à savoir, dans la cavité droite il y a une ouverture qui conduira le doigt dans la veine cave, et une autre qui le conduira dans la veine artérieuse ; puis, s’ils coupent la chair du cœur le long de cette cavité jusqu’à ces deux ouvertures, ils trouveront trois petites peaux (nommées communément les valvules) à l’entrée de la veine cave, qui sont tellement disposées que lorsque le cœur est allongé et désenflé (comme il est toujours dans les animaux qui sont morts), elles n’empêchent aucunement que le sang de cette veine ne descende dans cette cavité ; mais que si le cœur vient à s’enfler et à se raccourcir, étant contraint à cela par l’abondance et la dilatation du sang qu’il contient, ces trois peaux se doivent rehausser, et fermer tellement l’entrée de la veine cave qu’il ne puisse plus descendre de sang par elle dans le cœur.

On trouvera aussi trois petites peaux ou valvules à l’entrée de la veine artérieuse qui sont tout autrement disposées que celles de la veine cave, en sorte qu’elles empêchent que le sang que contient cette veine artérieuse ne puisse descendre dans le cœur, mais que s’il y en a dans la cavité droite du cœur qui tende à en sortir elles ne l’en empêchent aucunement.

En même façon, si on met le doigt dans la cavité gauche, on y trouvera deux ouvertures vers sa base, qui conduisent, l’une dans l’artère veineuse, et l’autre dans la grande artère ; et, en ouvrant toute cette cavité, on verra deux valvules, à l’entrée de l’artère veineuse, qui sont entièrement semblables à celles de la veine cave, et sont disposées en même façon, sans qu’il y ait autre différence sinon que l’artère veineuse, étant pressée d’un côté par la grande artère, et de l’autre par la veine artérieuse, a son ouverture oblongue ; ce qui fait que deux telles petites peaux suffisent pour la fermer, au lieu qu’il en faut trois pour fermer l’entrée de la veine cave.

On verra aussi trois autres valvules à l’entrée de la grande artère qui ne diffèrent en rien de celles qui sont à l’entrée de la veine artérieuse ; en sorte qu’elles n’empêchent point que le sang qui est dans la cavité gauche du cœur ne monte dans cette grande artère, mais elles l’empêchent de redescendre de cette artère dans le cœur.

Et on pourra remarquer que ces deux vaisseaux, à savoir la veine artérieuse et la grande artère, sont composés de peaux beaucoup plus dures et plus épaisses que ne sont la veine cave et l’artère veineuse ; ce qui montre que ces deux-ci ont tout un autre usage que les deux autres, et que celle qu’on nomme l’artère veineuse est véritablement une veine, comme au contraire celle qu’on nomme la veine artérieuse est une artère. Mais ce qui est cause que les anciens ont nommé artère celle qu’ils devaient nommer une veine, et qu’ils ont nommé veine celle qui est une artère, c’est qu’ils ont cru que toutes les veines venaient de la cavité droite du cœur, et toutes les artères de la gauche.

Enfin, on pourra remarquer que ces deux parties du cœur qu’on nomme ses oreilles ne sont autre chose que les extrémités de la veine cave et de l’artère veineuse, qui se sont élargies et repliées en cet endroit-là pour la raison que je dirai ci-après.

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Comment le cœur et les artères se meuvent.

Lorsqu’on aura ainsi vu l’anatomie du cœur, si l’on considère qu’il a toujours en soi plus de chaleur pendant que l’animal vit que n’en a aucune autre partie du corps, et que le sang est de telle nature que lorsqu’il est un peu plus, échauffé que de coutume il se dilate fort promptement, on ne pourra douter que le mouvement du cœur, et ensuite le pouls, ou le battement des artères, ne se fasse en la façon que je vais décrire.

Au moment que le cœur est allongé et désenflé, il n’y a point de sang en ses deux concavités, excepté seulement quelque petit reste, de celui qui s’y est raréfié auparavant ; c’est pourquoi il y en entre deux grosses gouttes, une qui tombe de la veine cave dans sa cavité droite, et l’autre qui tombe de la veine nommée l’artère veineuse dans la gauche ; et le peu de sang raréfié qui restait dans ses concavités, se mêlant incontinent avec celui qui entre de nouveau, est comme une espèce de levain qui fait qu’il se réchauffe et se dilate tout-à-coup, au moyen de quoi le cœur s’enfle et se durcit, et se raccourcit quelque peu ; et les petites peaux qui sont aux entrées de la veine cave et de l’artère veineuse se soulèvent et les ferment en telle sorte qu’il ne peut descendre davantage de sang de ces deux veines dans le cœur, et que le sang qui se dilate dans le cœur ne peut remonter vers ces deux veines ; mais il monte facilement de la cavité droite dans l’artère nommée la veine artérieuse et de la gauche dans la grande artère, sans que les petites peaux qui sont à leurs entrées l’en empêchent.

Et pour ce que ce sang raréfié requiert beaucoup plus de place qu’il n’y en a dans les concavités du cœur, il entre avec effort dans ces deux artères, faisant par ce moyen qu’elles s’enflent et se soulèvent au même temps que le cœur ; et c’est ce mouvement, tant du cœur que des artères, qu’on nomme le pouls.

Incontinent après que le sang ainsi raréfié a pris son cours dans les artères, le cœur se désenfle, et devient mou, et se rallonge, à cause qu’il ne demeure que peu de sang dans ses concavités ; et les artères se désenflent aussi, partie à cause que l’air de dehors, qui approche bien plus de leurs branches que du cœur, fait que le sang qu’elles contiennent se refroidit et se condense, partie aussi à cause qu’il sort continuellement hors d’elles à peu près autant de sang qu’il y en entre ; et bien que lorsqu’il ne monte plus de sang du cœur vers les artères il semble que celui qu’elles contiennent doive redescendre vers le cœur, toutefois il ne peut aucunement entrer dans ses concavités, parce que les petites peaux qui sont aux entrées de ces artères l’en empêchent ; mais il y en entre d’autre de la veine cave et de l’artère veineuse, qui, s’y dilatant en même façon que le précédent, fait mouvoir derechef le cœur et les artères ; et ainsi leur battement dure toujours pendant que l’animal est en vie.

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Quel est le mouvement des oreilles et du cœur, et quelle est la cause de leur fabrique.

Pour ce qui est des parties qu’on nomme les oreilles du cœur, elles ont un mouvement différent du sien, mais qui le suit de fort près ; car sitôt que le cœur est désenflé, il tombe deux grosses gouttes de sang dans ses concavités, l’une de son oreille droite, qui est l’extrémité de la veine cave, l’autre de son oreille gauche, qui est l’extrémité de l’artère veineuse, au moyen de quoi les oreilles se désenflent, et le cœur et les artères, qui s’enflent incontinent après, empêchent un peu par leur mouvement que le sang qui est dans les branches de la veine cave et de l’artère veineuse ne vienne remplir ces oreilles ; de façon qu’elles ne commencent à s’enfler que lorsque le cœur commence à se désenfler ; et au lieu que le cœur s’enfle tout-à-coup, et après se désenfle peu à peu, les oreilles se désenflent plus promptement qu’elles ne s’enflent. Au reste, d’autant que le mouvement par lequel elles s’enflent ainsi et se désenflent leur est particulier, et ne s’étend point au reste de la veine cave et de l’artère veineuse, dont elles sont les extrémités, cela est cause qu’elles sont plus larges et autrement repliées, et composées de peaux plus épaisses et plus charnues que le reste de ces deux veines.

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Description de la veine cave.

Mais, afin que tout ceci s’entende mieux, il faut ici plus particulièrement considérer la fabrique des quatre vaisseaux qui répondent au cœur ; et premièrement, touchant la veine cave, il faut remarquer qu’elle s’étend dans toutes les parties du corps, excepté dans le poumon, en sorte que toutes les autres veines ne sont que ses branches ; car même la veine porte, qui se répand partout dans la rate et dans les intestins, se joint à elle par des tuyaux si manifestes dans le foie qu’on la peut mettre de ce nombre. Ainsi l’on doit considérer toutes ces veines comme un seul vaisseau, qui se nomme la veine cave à l’endroit où il est le plus large, et qui contient toujours la plus grande partie du sang qui est dans le corps, lequel sang il conduit naturellement dans le cœur ; en sorte que s’il n’en contenait que trois gouttes, elles quitteraient les autres parties, et iraient se rendre vers l’oreille droite du cœur : dont la raison est que la veine cave est plus large en cet endroit-là qu’en tous les autres, et qu’elle va de là en s’étrécissant peu à peu jusqu’aux extrémités de ses branches ; et que la peau dont ses branches sont composées se pouvant étendre plus ou moins, selon la quantité du sang qu’elles contiennent, se resserre toujours quelque peu de soi-même, au moyen de quoi elle chasse ce sang vers le cœur ; et enfin qu’il y a des valvules en plusieurs endroits de ses branches qui sont tellement disposées qu’elles ferment entièrement leur canal, pour empêcher que le sang ne coule vers leurs extrémités, et ainsi ne s’éloigne du cœur, lorsqu’il arrive que sa pesanteur ou quelque autre cause le pousse vers là, mais qu’elles ne l’empêchent aucunement de couler de leurs extrémités vers le cœur ; ensuite de quoi l’on doit juger que toutes leurs fibres sont aussi tellement disposées qu’elles laissent couler le sang plus aisément en ce sens-là qu’au sens contraire.

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De la veine artérieuse, de l’artère veineuse, et du poumon.

Touchant la veine artérieuse et l’artère veineuse, il faut remarquer que ce sont aussi deux vaisseaux qui sont fort larges à l’endroit où ils se joignent au cœur, mais qu’ils se divisent fort proche de là en diverses branches, lesquelles derechef se divisent après en d’autres plus petites, et qu’elles vont toutes en étrécissant à mesure qu’elles s’éloignent du cœur ; et que chaque branche de l’un de ces deux vaisseaux accompagne toujours quelqu’une des branches de l’autre, et aussi quelqu’une d’un troisième vaisseau dont l’entrée est ce qu’on nomme le gosier ou le sifflet ; et que les branches de ces trois vaisseaux ne vont point ailleurs que dans le poumon, lequel n’est composé que d’elles seules, qui sont tellement mêlées ensemble, qu’on ne saurait désigner aucune partie de sa chair, assez grosse pour être vue, en laquelle chacun de ces trois vaisseaux n’ait quelqu’une de ses branches.

Il faut aussi remarquer que ces trois vaisseaux ont entre eux de la différence, en ce que celui dont l’entrée est le sifflet ne contient jamais autre chose que l’air de la respiration, et qu’il est composé de petits cartilages et de peaux beaucoup plus dures que celles qui composent les deux autres ; comme aussi celui qu’on nomme la veine artérieuse est composé de peaux notablement plus dures et plus épaisses que celles de l’artère veineuse, lesquelles sont molles et déliées, tout de même que celles de la veine cave. Ce qui montre que bien que ces deux vaisseaux ne reçoivent en eux que du sang, il y a toutefois de la différence, en ce que le sang qui est dans l’artère veineuse n’y est pas tant agité ni poussé avec tant de force que celui qui est dans la veine artérieuse ; car, comme on voit que les mains des artisans deviennent dures à force de manier leurs outils, ainsi la cause de la dureté des peaux et des cartilages qui composent le gosier est la force et l’agitation de l’air qui passe par dedans lorsqu’on respire ; et si le sang n’était point plus agité quand il entre dans la veine artérieuse que quand il entre dans l’artère veineuse, celle-là n’aurait point ses peaux plus épaisses ni plus dures que celle-ci.

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De l’usage du poumon.

Mais j’ai déjà expliqué comment le sang entre avec effort dans la veine artérieuse à mesure qu’il est échauffé et raréfié dans la cavité droite du cœur ; il reste seulement ici à dire que, lorsque ce sang est dispersé dans toutes les petites branches de cède veine artérieuse, il y est refroidi et condensé par l’air de la respiration, à cause que les petites branches du vaisseau qui contient cet air sont mêlées parmi elles en tous les endroits du poumon ; et le nouveau sang qui vient de la cavité droite du cœur dans cette même veine artérieuse, y entrant avec quelque force, chasse celui qui commence à se condenser, et le fait passer des extrémités de ses branches dans les branches de l’artère veineuse, d’où il coule très facilement vers la cavité gauche du cœur.

Et le principal usage du poumon consiste en cela seul que, par le moyen de l’air de la respiration, il épaissit et tempère le sang qui vient de la cavité droite du cœur avant qu’il entre dans la gauche ; sans quoi il serait trop rare et trop subtil pour servir d’aliment au feu qu’il y entretient. Son autre usage est de contenir l’air qui sert à produire la voix : aussi voyons-nous que les poissons et quelques autres animaux qui n’ont qu’une seule cavité dans le cœur sont tous sans poumon, et ensuite de cela qu’ils sont muets, en sorte qu’il n’y en a aucun qui puisse crier ; mais ils sont aussi tous d’un tempérament beaucoup plus froid que les animaux qui ont deux concavités dans le cœur, pour ce que le sang de ceux-ci ayant déjà été une fois échauffé et raréfié dans la cavité droite, retombe peu après dans la gauche, où il excite un feu plus vif et plus ardent que s’il y venait immédiatement de la veine cave ; et, encore que ce sang se refroidisse et se condense dans le poumon, toutefois, à cause qu’il y demeure peu de temps et qu’il ne s’y mêle avec aucune matière plus grossière, il retient plus de facilité à se dilater et se réchauffer qu’il n’en avait avant que d’être entré dans le cœur, comme on voit par expérience que les huiles qu’on fait passer plusieurs fois par l’alambic sont plus aisées à distiller la seconde fois que la première.

Et la figure du cœur sert à prouver que le sang s’échauffe davantage et se dilate avec plus de force dans sa cavité gauche que dans sa droite ; car on voit qu’elle est beaucoup plus grande et plus ronde, et que la chair qui l’environne est plus épaisse, et que toutefois il ne passe par cette cavité que le même sang qui passe par l’autre, et qui s’est diminué par la nourriture qu’il a fournie au poumon.

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Des ouvertures qui se trouvent au cœur des enfants.

Les ouvertures des vaisseaux du cœur servent aussi à prouver que la respiration est nécessaire pour condenser le sang qui est dans le poumon ; car on voit que les enfants, qui ne peuvent respirer pendant qu’ils sont au ventre de leurs mères, ont deux ouvertures dans le cœur, qui ne se trouvent point en ceux qui sont plus âgés ; et que par l’une de ces ouvertures, le sang de la veine cave coule avec celui de l’artère veineuse dans la cavité gauche du cœur ; et par l’autre (qui est faite comme un petit tuyau) une partie du sang qui vient de sa cavité droite passe de la veine artérieuse dans la grande artère sans entrer dans le poumon ; on voit aussi que ces deux ouvertures se ferment peu à peu d’elles-mêmes lorsque les enfants sont nés et qu’ils ont l’usage de la respiration, au lieu qu’aux oies, aux canards, et aux autres semblables animaux qui peuvent demeurer longtemps sous l’eau sans respirer, elles ne se ferment jamais.

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De la grande artère et de la circulation du sang.

Il reste ici à remarquer, touchant la grande artère qui est le quatrième vaisseau du cœur, que toutes les autres artères du corps sont moins larges qu’elle, et ne sont que ses branches, par lesquelles le sang qu’elle reçoit du cœur est porté fort promptement en tous les membres ; et que toutes ces branches de la grande artère sont jointes à celles de la veine cave en même façon que celles de la veine artérieuse sont jointes aux branches de l’artère veineuse ; en sorte qu’après avoir distribué à toutes les parties du corps ce qu’elles doivent recevoir de sang soit pour leur nourriture, soit pour d’autres usages, elles portent tout le surplus dans les extrémités de la veine cave, d’où il coule derechef vers le cœur.

Et ainsi le même sang passe et repasse plusieurs fois de la veine cave dans la cavité droite du cœur, puis de là par la veine artérieuse en l’artère veineuse, et de l’artère veineuse en la cavité gauche, et de là par la grande artère en la veine cave ; ce qui fait un mouvement circulaire perpétuel, lequel suffiront pour entretenir la vie des animaux sans qu’ils eussent besoin de boire ni manger, si aucune des parties du sang ne sortait hors des artères ou des veines pendant qu’il coule en cette façon ; mais il en sort continuellement plusieurs parties, au défaut desquelles supplée le suc des viandes qui vient de l’estomac et des intestins, ainsi que je dirai ci-après.

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Les raisons qui prouvent cette circulation.

Or ce mouvement circulaire du sang a été premièrement observé par un médecin anglais, nommé Harvœus, auquel on ne saurait donner trop de louanges pour une découverte si utile ; et, bien que les extrémités des veines et des artères soient si déliées qu’on ne puisse voir à l’œil les ouvertures par où le sang passe des artères dans les veines, on le voit néanmoins en quelques endroits ; comme principalement en ce grand vaisseau qui est composé des replis de la plus grosse des deux peaux qui enveloppent le cerveau, dans lequel plusieurs veines et plusieurs artères se vont rendre ; en sorte que le sang y est apporté par celles-ci, puis retourne par celles-là vers le cœur ; on le peut voir aussi en quelque façon aux veines et aux artères spermatiques : et il y a des raisons si évidentes pour prouver que le sang passe ainsi des artères dans les veines, qu’elles ne laissent aucun sujet d’en douter.

Car si, ayant ouvert la poitrine d’un animal vif, on lie la grande artère assez proche du cœur, en sorte qu’il ne puisse descendre aucun sang de ses branches, et qu’on la coupe entre le cœur et le lien, tout le sang de cet animal, ou du moins la plus grande partie, sortira en peu de temps par cette ouverture, ce qui serait impossible si celui qui est dans les branches de la grande artère n’avait des passages pour entrer dans les branches de la veine cave, d’où il passe dans la cavité droite du cœur, et de là dans la veine artérieuse ; aux extrémités de laquelle il doit aussi trouver des passages pour entrer dans l’artère veineuse, qui le conduit dans la cavité gauche, et de là dans la grande artère, par où il sort.

Que si on ne veut pas prendre la peine d’ouvrir ainsi un animal vif, il faut seulement considérer la façon dont les chirurgiens ont coutume de lier le bras pour saigner : car s’ils le lient médiocrement fort, un peu plus haut, c’est-à-dire un peu plus proche du cœur, que l’endroit où ils ouvrent la veine, le sang sortira en plus grande abondance que si le bras n’était point lié, mais s’ils le lient trop fort le sang s’arrêtera ; comme aussi il s’arrêtera s’ils le lient un peu plus loin du cœur que n’est l’endroit où ils ouvrent la veine, encore qu’ils ne serrent pas beaucoup le lien.

Ce qui fait voir manifestement que le cours ordinaire du sang est, d’être porté vers les mains et les autres extrémités du corps par les artères, et de retourner de là par les veines vers le cœur ; et cela a déjà été si clairement prouvé par Harvœus, qu’il ne peut plus être mis en doute que par ceux qui sont si attachés à leurs préjugés, ou si accoutumés à mettre tout en dispute, qu’ils ne savent pas distinguer les raisons vraies et certaines d’avec celles qui sont fausses et probables.

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Réfutation d’Harvœus touchant le mouvement du cœur, avec les preuves de la vraie opinion.

Mais Harvœus n’a pas, ce me semble, si bien réussi en ce qui regarde le mouvement du cœur ; car il s’est imaginé, contre l’opinion commune des autres médecins, et contre le jugement ordinaire de la vue, que lorsque le cœur s’allonge, ses concavités s’élargissent, et qu’au contraire lorsqu’il s’accourcit, elles deviennent plus étroites, au lieu que je prétends démontrer qu’elles deviennent alors plus larges.

Les raisons qui l’ont porté à cette opinion sont qu’il a observé que le cœur en se raccourcissant devient plus dur, et même qu’aux grenouilles, et autres animaux qui ont peu de sang, il devient plus blanc ou moins rouge que lorsqu’il s’allonge ; et que si on y fait une incision qui pénètre jusqu’à ses concavités, c’est aux moments qu’il est ainsi raccourci que le sang sort par l’incision, et non pas aux moments qu’il est allongé : d’où il a cru fort bien conclure que, puisque le cœur devient dur, il se resserre ; et puisqu’il devient moins rouge en quelques animaux, cela témoigne que le sang en sort ; et enfin puisqu’on voit sortir ce sang par l’incision, il faut croire que cela vient de ce que l’espace qui le contient est rendu plus étroit.

Ce qu’il aurait encore pu confirmer par une expérience fort apparente, qui est que si on coupe la pointe du cœur d’un chien vif, et que par l’incision on mette le doigt dans l’une de ses concavités, on sentira manifestement qu’à toutes les fois que le cœur s’accourcira, il pressera le doigt, et qu’il cessera de le presser à toutes les fois qu’il s’allongera ; ce qui semble assurer entièrement que ses concavités sont plus étroites lorsque le doigt y est plus pressé que lorsqu’il l’est moins : et toutefois cela ne prouve autre chose sinon que les expériences mêmes nous donnent souvent occasion de nous tromper lorsque nous n’examinons pas assez toutes les causes qu’elles peuvent avoir ; car, encore que si le cœur se resserrait en dedans, ainsi qu’Harvœus imagine, cela pourrait faire qu’il deviendrait plus dur et moins rouge dans les animaux qui ont peu de sang, et que le sang qui serait dans ses concavités en sortirait par l’incision qu’on y aurait faite, et enfin que le doigt rais en cette incision y serait pressé, cela n’empêche pas que tous ces mêmes effets ne puissent aussi procéder d’une autre cause, à savoir de la dilatation du sang que j’ai décrite.

Mais, afin de pouvoir remarquer laquelle de ces deux causes est la vraie, il faut considérer d’autres expériences qui ne puissent convenir à l’une et à l’autre ; et la première que je puis donner est que si le cœur devient dur à cause que ses fibres se resserrent en dedans, cela doit diminuer sa grosseur, au lieu que si c’est à cause que le sang qu’il contient se dilate, cela la doit plutôt augmenter : or on voit par expérience qu’il ne perd rien de sa grosseur, mais qu’il l’augmente plutôt, ce qui a fait juger aux autres médecins qu’il s’enfle pour lors. Il est vrai pourtant qu’il ne l’augmente pas de beaucoup, mais la raison en est évidente, car il a plusieurs fibres tendues, ainsi que des cordes, d’un côté à l’autre de ses concavités, qui les empêchent de s’ouvrir beaucoup.

Une autre expérience qui montre que, lorsque le cœur s’accourcit et se durcit, ses concavités ne deviennent point pour cela plus étroites, mais au contraire plus larges, c’est que si l’on coupe la pointe du cœur d’un jeune lapin encore vivant, on pourra voir à l’œil ses concavités devenir un peu plus larges aux moments qu’il se durcit et jette du sang ; et même que lorsqu’elles n’en jettent que de fort petites gouttes, à cause qu’il n’en reste que fort peu dans le corps de l’animal, elles ne laissent pas de retenir leur même largeur. Et ce qui empêche qu’elles ne s’ouvrent pas davantage, ce sont les fibres tendues de part et d’autre qui les retiennent ; comme aussi ce qui fait que le même ne paraît pas si bien dans le cœur d’un chien, ou d’un autre animal plus vigoureux, qu’en celui d’un jeune lapin, c’est que ces fibres y occupent une grande partie des concavités, et que, se raidissant lorsque le cœur devient dur, elles peuvent presser le doigt qui est mis en ses concavités, bien que ces cavités ne deviennent point pour cela plus étroites, mais au contraire plus larges.

J’ajouterai encore une troisième expérience, qui est que le sang ne sort pas du cœur avec les mêmes qualités qu’il avait en y entrant, mais qu’il en sort beaucoup plus chaud, plus raréfié et plus agité. Or, en supposant que le cœur se meut en la façon qu’Harvœus le décrit, non seulement il faut imaginer quelque faculté qui cause ce mouvement, la nature de laquelle est beaucoup plus difficile à concevoir que tout ce qu’il prétend expliquer par elle, mais il faudrait supposer outre cela d’autres facultés qui changeassent les qualités du sang pendant qu’il est dans le cœur, au lieu qu’en considérant la seule dilatation de ce sang, qui doit suivre nécessairement de la chaleur que tout le monde reconnaît être plus grande dans le cœur qu’en toutes les autres parties du corps, on voit clairement que cette seule dilatation est suffisante pour mouvoir le cœur en la façon que j’ai décrite, et ensemble pour changer la nature du sang autant que l’expérience fait voir qu’elle se change, et même aussi autant qu’on puisse imaginer qu’elle doive être changée afin que ce sang soit préparé et rendu plus propre à servir de nourriture à tous les membres, et à être employé à tous les autres usages auxquels il sert dans le corps ; en sorte qu’il ne faut point supposer pour cela aucune facultés inconnues ou étrangères.

Car quelle préparation saurait-on imaginer plus grande et plus prompte que celle qui est faite par le feu ou par la chaleur, qui est l’agent le plus fort que nous connaissions en la nature, lorsque, raréfiant le sang dans le cœur, il sépare ses petites parties les unes des autres, et même les divise, et change leurs figures en toutes les façons imaginables.

C’est pourquoi j’admire extrêmement que, bien qu’on ait su de tout temps qu’il y a plus de chaleur dans le cœur qu’en tout le reste du corps, et que le sang peut être raréfié par la chaleur, il ne se soit toutefois ci-devant trouvé personne qui ait remarqué que c’est cette seule raréfaction du sang qui est cause du mouvement du cœur : car, encore qu’il semble qu’Aristote y ait pensé lorsqu’il a dit, au chapitre xx du livre de la Respiration, que ce mouvement est semblable à l’action d’une liqueur que la chaleur fait bouillir ; et aussi que ce qui fait le pouls, c’est que le suc des viandes qu’on a mangées entrant continuellement dans le cœur, soulève sa dernière peau ; toutefois, à cause qu’il ne fait en ce lieu-là aucune mention du sang ni de la fabrique du cœur, on voit que ce n’est que par hasard qu’il a rencontré à dire quelque chose d’approchant de la vérité, et qu’il n’en a point eu de connaissance certaine. Aussi son opinion n’a-t-elle été suivie en cela de personne, nonobstant qu’il ait eu le bonheur d’être suivi de plusieurs en beaucoup d’autres moins vraisemblables.

Et néanmoins il importe si fort de connaître la vraie cause du mouvement du cœur, que sans cela il est impossible de rien savoir touchant la théorie de la médecine, pour ce que toutes les autres fonctions de l’animal en dépendent, ainsi qu’on verra clairement de ce qui suit.

Troisième partie

DE LA NUTRITION

19

Que quelques parties du sang sortent des artères lorsqu’elles s’enflent.

Lorsqu’on sait que le sang est ainsi continuellement dilaté dans le cœur, et de là poussé avec effort par les artères en toutes les autres parties du corps, d’où il retourne après par les veines vers le cœur, il est aisé à juger que c’est plutôt lorsqu’il est dans les artères, que non pas lorsqu’il est dans les veines, qu’il sert à nourrir tous les membres : car, encore que je ne veuille pas nier que pendant qu’il coule des extrémités des veines vers le cœur il n’y ait quelques-unes de ses parties qui passent par les pores de leurs peaux et s’y attachent, comme il arrive particulièrement dans le foie, lequel est sans doute nourri du sang des veines, à cause qu’il ne reçoit presque point d’artères ; toutefois, partout ailleurs où il y a des artères qui accompagnent les veines, il est évident que le sang que contiennent ces artères étant plus subtil et poussé avec plus de force que celui des veines, il en sort plus facilement pour s’attacher aux autres parties, sans que l’épaisseur de leurs peaux en empêche, à cause qu’à leurs extrémités leurs peaux ne sont guère plus épaisses que celles des veines, et aussi à cause qu’au moment que le sang qui vient du cœur les fait enfler, il fait par même moyen que les pores de ces peaux s’élargissent ; et alors les petites parties de ce sang que la raréfaction qu’il a reçue dans le cœur a séparées les unes des autres, poussant ces peaux de tous côtés avec effort, entrent facilement en ceux de leurs pores qui sont proportionnés à leur grosseur, et vont aussi choquer les racines des petits filets qui composent les parties solides ; puis, au moment que les artères se désenflent, ces pores se rétrécissent, et par ce moyen plusieurs des parties du sang demeurent engagées contre les racines des petits filets des parties faibles qu’elles nourrissent (et plusieurs autres s’écoulent par les pores qui les environnent), au moyen de quoi elles entrent aussi en la composition du corps.

20

Que les corps qui ont vie ne sont composés que de petits filets ou ruisseaux, qui coulent toujours.

Mais pour entendre ceci distinctement, il faut considérer que les parties de tous les corps qui ont vie et qui s’entretiennent par la nourriture, c’est-à-dire des animaux et des plantes, sont en continuel changement ; en sorte qu’il n’y a autre différence entre celles qu’on nomme fluides, comme le sang, les humeurs, les esprits, et celles qu’on nomme solides, comme les os, la chair, les nerfs et les peaux, sinon que chaque particule de celles-ci se meut beaucoup plus lentement que celles des autres.

Et pour concevoir comment ces particules se meuvent, il faut penser que toutes les parties solides ne sont composées que de petits filets diversement étendus et repliés, et quelquefois aussi entrelacés, qui sortent chacun de quelque endroit de l’une des branches d’une artère ; et que les parties fluides, c’est-à-dire les humeurs et les esprits, coulent le long de ces petits filets par les espaces qui se trouvent autour d’eux, et y font une infinité de petits ruisseaux, qui ont tous leur source dans les artères, et ordinairement sortent des pores de ces artères qui sont les plus proches de la racine des petits filets qu’ils accompagnent ; et qu’après divers tours et retours qu’ils font avec ces filets dans le corps, ils viennent enfin à la superficie de la peau, par les pores de laquelle ces humeurs et ces esprits s’évaporent en l’air.

Or, outre ces pores par où coulent les humeurs et les esprits, il y en a encore quantité d’autres beaucoup plus étroits, par où il passe continuellement de la matière des deux premiers éléments que j’ai décrits en mes Principes ; et comme l’agitation de la matière des deux premiers éléments entretient celles des humeurs et des esprits, ainsi les humeurs et les esprits, en coulant le long des petits filets qui composent les parties solides, font que ces petits filets s’avancent continuellement quelque peu, bien que ce soit fort lentement ; en sorte que chacune de leurs parties a son cours depuis l’endroit où ils ont leurs racines jusqu’à la superficie des membres où ils se terminent, à laquelle étant parvenue, la rencontre de l’air ou des corps qui touchent cette superficie l’en sépare ; et à mesure qu’il se détache ainsi quelque partie de l’extrémité de chaque filet, quelque autre s’attache à sa racine, en la façon que j’ai déjà dite. Mais celle qui s’en détache s’évapore en l’air, si c’est de la peau extérieure qu’elle sort ; et si c’est de la superficie de quelque muscle, ou de quelque autre partie intérieure, elle se mêle avec les parties fluides, et coule avec elles où elles vont, c’est-à-dire quelquefois hors du corps, et quelquefois par les veines vers le cœur, où il arrive souvent qu’elles rentrent.

Ainsi l’on peut voir que toutes les parties des petits filets qui composent les membres solides ont un mouvement qui ne diffère point de celui des humeurs et des esprits, sinon qu’il est beaucoup plus lent, comme aussi celui des humeurs et des esprits est plus lent que celui des matières plus subtiles.

21

Comment on croît étant jeune.

Et ces différentes vitesses sont cause que ces diverses parties solides ou fluides, en se frottant les unes contre les autres, se diminuent ou s’augmentent, et s’agencent diversement, selon le divers tempérament de chaque corps ; en sorte, par exemple, que lorsqu’on est jeune, à cause que les petits filets qui composent les parties solides ne sont pas encore fort étroitement joints les uns aux autres, et que les ruisseaux par où coulent les parties fluides sont assez larges, le mouvement de ces petits filets est moins lent que lorsqu’on est vieux, et il s’attache plus de matière à leurs racines qu’il ne s’en détache de leurs extrémités, ce qui fait qu’ils s’allongent davantage, qu’ils se fortifient et se grossissent, au moyen de quoi le corps croît.

22

Comment on engraisse, et comment on maigrit.

Et lorsque les humeurs qui coulent entre ces petits filets ne sont pas en grande quantité, elles passent toutes assez vite par les ruisseaux qui les contiennent ; au moyen de quoi le corps s’allonge, et les parties solides croissent sans s’engraisser. Mais lorsque ces humeurs sont fort abondantes, elles ne peuvent couler si aisément entre les petits filets des membres solides, ce qui fait que celles de leurs parties qui ont des figures fort irrégulières en forme de branches, et qui par conséquent passent le plus difficilement de toutes entre ces filets, s’arrêtent parmi eux peu à peu, et y font de la graisse, laquelle ne croît pas dans le corps, ainsi que la chair, par une nourriture proprement dite, mais seulement parce que plusieurs de ses parties se joignent ensemble en s’arrêtant les unes aux autres, ainsi que font celles des choses mortes.

Et lorsque les humeurs deviennent derechef moins abondantes elles coulent plus aisément et plus vite, pour ce que la matière subtile et les esprits qui les accompagnent ont plus de force pour les agiter, ce qui fût qu’elles reprennent peu à peu les parties de la graisse et les entraînent avec elles, au moyen de quoi on devient maigre.

23

Comment on vieillit et on meurt de vieillesse.

Et pour ce qu’à mesure qu’on vieillit les petits filets qui composent les parties solides se serrent et s’attachent de plus en plus les uns aux autres, ils parviennent enfin à tel degré de dureté que le corps cesse entièrement de croître, et même aussi qu’il ne peut plus se nourrir ; en sorte qu’il arrive tant de disproportion entre les parties solides et les fluides que la vieillesse seule ôte la vie.

24

Des deux causes qui déterminent chaque partie de la liqueur à s’aller rendre à l’endroit du corps qu’elle est propre à nourrir.

Mais pour savoir particulièrement en quelle sorte chaque portion de l’aliment se va rendre à l’endroit du corps à la nourriture duquel elle est propre, il faut considérer que le sang n’est autre chose qu’un amas de plusieurs petites parcelles des viandes qu’on a prises pour se nourrir ; de façon qu’on ne peut douter qu’il ne soit composé de parties qui sont fort différentes entre elles, tant en figure qu’en solidité et en grosseur ; et je ne sache que deux raisons qui puissent faire que chacune de ces parties s’aille rendre en certains endroits du corps plutôt qu’en d’autres.

La première est la situation du lieu au regard du cours qu’elles suivent ; l’autre, la grandeur et la figure des pores où elles entrent, ou bien des corps auxquels elles s’attachent ; car de supposer en chaque partie du corps des facultés qui choisissent et qui attirent les particules de l’aliment qui lui sont propres, c’est feindre des chimères incompréhensibles, et attribuer plus d’intelligence à ces chimères que notre âme même n’en a, vu qu’elle ne connaît en aucune façon ce qu’il faudrait qu’elles connussent.

25

Comment agit l’une de ces causes.

Or, pour la grandeur et figure des pores, il est évident qu’elle suffit pour faire que les parties du sang qui ont certaines grosseur et figure entrent en quelques endroits du corps plutôt que les autres : car comme on voit des cribles diversement percés, qui peuvent séparer les grains qui sont ronds d’avec les longs, et les plus menus d’avec les plus gros, ainsi sans doute le sang poussé par le cœur dans les artères y trouve divers pores par où quelques-unes de ses parties peuvent passer, et non pas les autres.

26

Comment agit l’autre, et comment les esprits animaux sont produits.

Mais la situation du lieu au regard du cours qu’a le sang dans les artères est aussi requise, pour faire qu’entre celles de ses parties qui ont même figure et grosseur, mais non pas même solidité, les plus solides aillent en certains endroits plutôt que les autres ; et c’est principalement de cette situation que dépend la production des esprits animaux.

Car il faut remarquer que tout le sang qui vient du cœur dans la grande artère est poussé en ligne droite vers le cerveau, où ne pouvant aller tout (à cause que les branches de cette grande artère qui vont jusque-là, savoir celles qu’on nomme les carotides, sont fort étroites à comparaison de l’ouverture du cœur par où il vient), il n’y va que celles de ses parties qui, étant les plus solides’, sont aussi les plus vives et les plus agitées par la chaleur du cœur ; au moyen de quoi elles ont plus de force que les autres pour suivre leur cours jusqu’au cerveau, à l’entrée duquel se criblant dans les petites branches des carotides, et principalement aussi dans la glande que les médecins ont imaginé ne servir qu’à recevoir la pituite, celles qui sont assez petites pour passer par les pores de cette glande composent les esprits animaux, et celles qui sont quelque peu plus grosses s’attachent aux racines des petits filets qui composent le cerveau ; mais pour les plus grosses de toutes, elles passent des artères dans les veines qui leur sont jointes, et, sans perdre ? la forme de sang, elles retournent vers le cœur.

Quatrième partie

DIGRESSION, DANS LAQUELLE IL EST TRAITÉ DE LA FORMATION DE L’ANIMAL

DES PARTIES QUI SE FORMENT DANS LA SEMENCE

27

Quelle est la nature de la semence.

On pourra encore acquérir une plus parfaite connaissance de la façon dont toutes les parties du corps sont nourries, si on considère en quelle sorte elles ont premièrement été produites de la semence. Et bien que je n’aie pas voulu jusqu’ici entreprendre d’écrire mon sentiment touchant cette matière, à cause que je n’ai pu encore faire assez d’expériences pour vérifier par leur moyen toutes les pensées que j’en ai eues, je ne puis néanmoins refuser d’en mettre ici en passant quelque chose de ce qui est le plus général, et dont j’espère que je serai le moins en hasard ci-après de me dédire, lorsque de nouvelles expériences me donneront davantage de lumière.

Je ne détermine rien touchant la figure et l’arrangement des particules de la semence, il me suffit de dire que celle des plantes, étant dure et solide, peut avoir ses parties arrangées et situées d’une certaine façon, qui ne saurait être changée que cela ne les rende inutiles ; mais qu’il n’en est pas de même de celle des animaux, laquelle étant fort fluide et produite ordinairement par la conjonction des deux sexes, semble n’être qu’un mélange confus de deux liqueurs, qui, servant de levain l’une à l’autre, se réchauffent, en sorte que quelques-unes de leurs particules acquérant la même agitation qu’a le feu se dilatent et pressent les autres, et par ce moyen les disposent peu à peu en la façon qui est requise pour former les membres.

Et ces deux liqueurs n’ont point besoin pour cela d’être fort diverses ; car comme on voit que la vieille pâte peut faire enfler la nouvelle, et que l’écume que jette la bière suffît pour servir de levain à d’autre bière, ainsi il est aisé à croire que les semences des deux sexes se mêlant ensemble servent de levain l’une à l’autre.

28

Comment le cœur commence à se former.

Or je crois que la première chose qui arrive en ce mélange de la semence, et qui fait que toutes les gouttes cessent d’être semblables, c’est que la chaleur s’y excite, et qu’y agissant en même façon que dans les vins nouveaux lorsqu’ils bouillent, ou dans le foin qu’on a renfermé avant qu’il fût sec, elle fait que quelques-unes de ses particules s’assemblent vers quelque endroit de l’espace qui les contient, et que là, se dilatant, elles pressent les autres qui les environnent, ce qui commence à former le cœur.

29

Comment il commence à se mouvoir.

Puis, à cause que ces petites parties ainsi dilatées tendent à continuer leur mouvement en ligne droite, à se mouvoir, et que le cœur commencé à former leur résiste, elles s’en éloignent quelque peu, et prennent leur cours vers l’endroit où se forme après la base du cerveau, et par ce moyen entrent en la place de quelques autres, qui viennent circulairement en la leur dans le cœur ; où, après quelque peu de temps qu’il leur faut pour s’y assembler, elles se dilatent, et, s’en éloignant, suivent le même chemin que les précédentes ; ce qui fait que quelques-unes de ces précédentes qui se trouvent encore en ce lieu-là, et aussi quelques autres qui y sont venues d’ailleurs en la place de celles qui en sont sorties pendant ce temps-là, vont dans le cœur, où étant derechef dilatées elles en sortent ; et c’est en cette dilatation, qui se fait ainsi à diverses reprises, que consiste le battement du cœur ou le pouls.

30

Comment se fait le sang.

Mais il est à remarquer, touchant la matière qui passe dans le cœur, que la violente agitation de la chaleur qui la dilate ne fait pas seulement que quelques-unes de ses particules s’éloignent et se séparent, mais aussi que quelques autres s’assemblent et se pressent, en se froissant et divisant en plusieurs branches extrêmement petites, et qui demeurent si proches les unes des autres, qu’il n’y a que la matière très subtile (que j’ai nommée le premier élément dans mes Principes) qui occupe les intervalles qu’elles laissent autour d’elles ; et que les particules qui se joignent ainsi les unes aux autres en sortant du cœur ne s’écartent point du chemin par où elles y peuvent retourner, comme font plusieurs des autres qui pénètrent plus aisément de tous côtés dans la masse de la semence, de laquelle il vient aussi de nouvelles particules vers le cœur, jusqu’à ce qu’elle soit toute épuisée.

31

Pourquoi il est rouge.

Ensuite de quoi ceux qui savent ce que j’ai expliqué de la nature de la lumière, tant en ma Dioptrique qu’en mes Principes, et de la nature des couleurs en mes Météores, pourront aisément entendre pourquoi le sang de tous les animaux est rouge. Car j’ai démontré en ces lieux-là que ce qui fait que nous voyons de la lumière n’est autre chose sinon que la matière du second élément, que j’ai dit être composée de plusieurs petites boules qui s’entre-touchent, est poussée ; et que nous pouvons sentir deux mouvements de ces boules, l’un par lequel elles viennent en ligne droite vers nos yeux, ce qui ne nous donne que le sentiment de la lumière ; l’autre, par lequel elles tournent cependant autour de leurs centres. En sorte que, si elles tournent beaucoup moins vite qu’elles ne vont en ligne droite, le corps d’où elles viennent nous paraît bleu, et si elles tournent beaucoup plus vite, il nous paraît rouge. Mais aucun corps ne peut être disposé à les faire tourner plus vite que celui dont les petites parties ont des branches si déliées et si proches les unes des autres, qu’il n’y a que la matière du premier élément qui tourne autour d’elles, ainsi que j’ai dit être celles du sang. Car les petites boules du second élément, rencontrant en la superficie de ce sang la matière du premier, laquelle y passe continuellement de biais extrêmement vite d’un de ses pores vers l’autre, et par conséquent se meut en autre sens qu’elles ne font, elles sont contraintes par cette matière du premier élément à tourner autour de leurs centres, et même à tourner plus promptement qu’aucune autre cause ne les y saurait contraindre, d’autant que le premier élément surpasse tous les autres corps en vitesse.

32

Pourquoi il est plus rouge que les charbons ou le fer.

C’est quasi la même raison qui fait que le fer, quand il est chaud, et les charbons, quand ils sont embrasés, paraissent rouges, car alors plusieurs de leurs pores ne sont pleins que du premier élément ; mais pour ce que ces pores ne sont pas si serrés que ceux du sang, et que le premier élément y est en assez grande quantité pour causer de la lumière, cela fait que leur rougeur est différente de celle du sang.

33

Comment se commencent la grande artère et la veine cave.

Sitôt que le cœur commence ainsi à se former, le sang raréfie qui en sort prend son cours en ligne droite vers l’endroit où il lui est le plus libre d’aller, et c’est l’endroit où se forme après le cerveau ; comme aussi le chemin qu’il prend commence à former la partie supérieure de la grande artère. Puis, à cause de la résistance que lui font les parties de la semence qu’il rencontre, il ne va pas fort loin ainsi en ligne droite, sans être repoussé vers le cœur par le même chemin qu’il en est venu, par lequel toutefois il ne peut descendre, à cause que ce chemin se trouve rempli du nouveau sang que le cœur produit : mais cela fait qu’en descendant il se détourne quelque peu vers le côté opposé à celui par lequel il entre de nouvelle matière dans le cœur ; et c’est le côté où sera par après l’épine du dos, par lequel il prend son cours vers l’endroit où se doivent forme les parties qui servent à la génération, et le chemin qu’il tient en descendant est la partie inférieure de la grande artère. Mais à cause que, pressant aussi de ce côté-là les parties de la semence, elles lui résistent, et que le cœur envoie continuellement de nouveau sang vers le haut et vers le bas de cette artère, ce sang est contraint de prendre son cours circulairement vers le cœur, par le côté le plus éloigné de l’épine du dos, où se forme par après la poitrine ; et le chemin que prend ainsi le sang en retournant de part et d’autre vers le cœur, est ce qu’on nomme par après la veine cave.

34

Comment se forme la cavité droite du cœur.

Je n’ajouterais rien ici davantage touchant la formation du cœur, s’il n’avait qu’une seule cavité, ainsi que celui des poissons ; mais pour ce qu’il y en a deux en tous les animaux qui respirent, il faut que je tâche encore de dire comment la seconde se forme.

J’ai déjà distingué deux sortes de parties en la portion de la semence qui se dilate dans le cœur avant qu’il tire aucune nourriture d’ailleurs, savoir celles qui s’éloignent et se séparent facilement, et celles qui se joignent et qui s’attachent les unes aux autres.

Or, encore que ces deux sortes de parties se trouvent dans le sang de tous les animaux, il est toutefois à remarquer qu’il y en a beaucoup moins de celles qui s’éloignent et se séparent dans le sang des animaux qui n’ont qu’une seule cavité dans le cœur, que dans celui des animaux qui en ont deux ; ensuite de quoi l’on peut juger que ce sont quelques-unes de ces petites parties qui se dilatent facilement, savoir celles que je nommerai ici les particules aériennes qui sont cause de la seconde concavité du cœur, laquelle, après que l’animal est formé, se trouve penchée vers son côté droit. Mais, au commencement de sa formation, je crois que la première concavité qui se penche après vers le côté gauche occupe justement le milieu de son corps, et que le sang qui sort de cette cavité gauche prend son cours, premièrement, vers l’endroit où se forme le cerveau, puis de là vers l’endroit opposé, où se forment les parties de la génération ; et qu’en descendant du cerveau vers là il passe principalement entre le cœur et l’endroit où se forme l’épine du dos, et après cela que, tant du haut que du bas, il revient vers le cœur.

Et je crois aussi que sitôt que ce sang approche du cœur, il se dilate en partie, avant que de rentrer en sa cavité gauche, en sorte que, par cette dilatation, pressant la matière qui l’environne, il forme sa seconde concavité. Je dis qu’il se dilate, à cause qu’il a en soi plusieurs particules aériennes qui facilitent cette dilatation, et qui n’ont pu se dégager sitôt d’avec les autres ; mais je dis qu’il ne se dilate qu’en partie, à cause que la portion de la semence qui s’est jointe à lui depuis qu’il est sorti de la cavité gauche n’est pas si disposée à se dilater que celles de ses parties qui y ont déjà été raréfiées : c’est pourquoi cette portion de la semence diffère à se dilater jusqu’à ce qu’elle soit entrée en la cavité gauche, en laquelle il revient aussi une partie du sang déjà raréfié dans la droite, qui facilite sa dilatation.

35

Comment se commence le poumon, avec ses trois vaisseaux.

Et lorsque ce sang sort de la cavité droite, celles de ses particules qui sont les plus agitées et les plus vives entrent dans la grande artère ; mais les autres, qui sont en partie les plus grossières et les plus pesantes, et en partie aussi les plus aériennes et les plus molles commencent, en se séparant, à composer le poumon : car quelques-unes des plus aériennes y demeurent, et se forment de petits conduits, qui sont par après les branches de l’artère, dont l’extrémité est la gorge ou le sifflet, par où entre l’air de la respiration, et les plus grossières se vont rendre dans la cavité gauche du cœur ; et c’est le chemin par où elles sortent de la cavité droite, qu’on nomme par après la veine artérieuse ; comme aussi c’est celui par où elles vont de là dans la gauche, qu’on nomme l’artère veineuse.

36

Quelle est la nature des particules aériennes.

J’ajouterai ici encore un mot touchant les particules que j’ai nommées aériennes ; car je ne comprends pas sous ce nom toutes celles qui sont séparées les unes des autres, mais seulement celles de ce nombre qui, sans être fort agitées ni fort solides, ne laissent pas d’avoir leur mouvement chacune à part ; ce qui fait que le corps où elles sont demeure rare, et ne peut facilement être condensé : et pour ce que celles qui composent l’air sont pour la plupart de telle nature, je les ai nommées aériennes.

Mais il y en a d’autres plus vives et plus subtiles, qui sont comme celles des eaux-de-vie et des eaux-fortes, ou des sels volatils, et aussi de plusieurs autres façons, lesquelles font que le sang se dilate, et n’empêchent point qu’il ne se condense promptement après ; plusieurs desquelles se trouvent sans doute dans le sang des poissons aussi bien qu’en celui des animaux terrestres, et même peut-être en plus grande quantité, ce qui fait qu’une moindre chaleur le peut raréfier.

Et ces petites parties plus vives et plus subtiles, c’est-à-dire celles qui sont fort subtiles, et ensemble fort solides et fort agitées, lesquelles je nommerai toujours ci-après les esprits, ne s’arrêtent pas au commencement de la formation dans le poumon, ainsi que font la plupart des aériennes ; mais pour ce qu’elles ont plus de force, telles vont plus loin, et passent de la cavité droite du cœur, par un conduit de la veine artérieuse, jusqu’à la grande artère.

37

D’où vient qu’il ne se forme pas une troisième cavité dans le cœur.

Au reste, comme ce sont les particules aériennes de la semence qui sont cause qu’il se forme une seconde cavité dans le cœur, ainsi ce qui empêche qu’il ne s’en forme une troisième, c’est qu’ensuite de la seconde il se forme un poumon, dans lequel s’arrêtent la plupart de ces particules aériennes.

38

Comment le cerveau commence à se former.

Au même temps que le sang qui vient de la cavité droite commence à former le poumon, celui qui sort de la gauche commence aussi à former les autres parties ; et la première de toutes, après le cœur, est le cerveau : car il faut penser que pendant que les plus grossières parties du sang qui sort du cœur vont d’abord en ligne droite jusqu’à l’endroit de la semence où se forment après les parties inférieures de la tête, Les plus subtiles, qui composent les esprits, s’avancent un peu davantage, et se mettent en la place où doit être après le cerveau ; puis de là, comme le sang se réfléchit et prend son cours vers en bas par la grande artère, ainsi les esprits prennent le leur un peu au-dessus et du même, côté, vers le lieu où est après la moelle de l’épine du dos, à cause que le mouvement du sang, dans la partie de la grande artère qui descend du cœur, de laquelle ils sont proches pour lors, agitant la semence voisine, facilite leur cours vers ce côté-là.

39

Comment se commencent les organes des sens.

Toutefois il ne le facilite pas tant qu’ils n’y trouvent encore quelque résistance, laquelle est cause qu’ils font aussi effort pour se mouvoir vers d’autres côtés ; et par ce moyen, pendant que ces esprits s’avancent vers l’épine du dos, le long de laquelle ils coulent peu à peu, et de là se répandent en tous les autres endroits de la semence, celles de leurs particules qui excèdent en quelque qualité par-dessus les autres, se séparent de leur corps et se détournent à droite et à gauche vers la base du cerveau et vers le devant, où elles commencent à former les organes des sens.

40

Pourquoi ils sont doubles.

Je dis qu’elles se détournent vers la base du cerveau, à cause qu’elles sont réfléchies de sa partie supérieure ; et je dis qu’elles se détournent à droite et à gauche, à cause que l’espace du milieu est occupé par celles qui cependant viennent du cœur, et de là prennent leur cours vers l’épine du dos ; ce qui fait entendre pourquoi tous les organes, des sens se font doubles.

41

D’où vient leur différence.

Mais pour savoir aussi la cause de leur diversité et de tout ce qu’il y a de particulier en chacun d’eux, il est à remarquer qu’il n’y a point d’autre raison qui puisse faire que quelques particules des esprits se séparent, et prennent leur cours à droite et à gauche vers le devant de la tête, pendant que tout le reste va vers l’épine du dos, sinon qu’elles excèdent en petitesse ou en grosseur, ou bien qu’elles ont des figures qui retardent ou qui facilitent leur mouvement ; et je ne vois qu’une notable différence entre celles qui excèdent en petitesse, laquelle consiste en ce que quelques-unes, savoir celles que j’ai ci-dessus nommées aériennes, ont des figures fort irrégulières et empêchantes, et que les autres ont des figures plus unies et plus glissantes, en sorte qu’elles sont plus propres à composer des eaux que de l’air.

42

De l’odorat, de la vue, de l’ouïe, et du goût.

Et, en examinant les propriétés des aériennes, il est aisé à connaître que ce sont elles qui doivent prendre leur cours le moins bas de toutes et le plus vers le devant de la tête, où elles commencent à former les organes de l’odorat ; comme aussi ce sont celles qui ont des figures plus unies et plus glissantes qui, coulant au-dessous des aériennes, vont en tournant vers le devant de la tête, où elles commencent à former les yeux.

Je ne remarque aussi qu’une notable différence entre les particules des esprits qui excèdent en grosseur, qui est que quelques-unes ont des figures non pas véritablement si empêchantes que celles des aériennes (car elles n’auraient pu, à cause de leur grosseur, se mêler avec les esprits), mais néanmoins irrégulières et inégales, ce qui fait qu’elles ne peuvent se mouvoir en suite les unes des autres, mais qu’étant environnées de la matière subtile, elles suivent son agitation ; et ainsi ayant plus de force que toutes les autres, à cause qu’elles sont plus massives, elles sortent du milieu du cerveau par le chemin le plus court, et se vont rendre vers les oreilles, où, emmenant avec soi quelques particules aériennes, elles commencent à former les organes de l’ouïe ; et les autres, au contraire, ont des figures unies et glissantes, qui sont cause qu’elles s’accordent facilement à se mouvoir en suite les unes des autres, ainsi que les particules des eaux, et par conséquent d’un mouvement plus tardif que le reste des esprits ; ce qui fait qu’elles descendent par la base du cerveau vers la langue, la gorge et le palais, où elles préparent le chemin aux nerfs qui doivent être les organes du goût.

43

De l’attouchement

Outre ces quatre notables différences, qui font que certaines particules des esprits s’écartent de leur corps, et par ce moyen commencent à former les organes de l’odorat, de la vue, de l’ouïe et du goût, je remarque que les autres se séparent aussi peu à peu, à mesure qu’elles trouvent des pores en la semence par où elles peuvent passer, et sans qu’il soit besoin pour cela qu’il y ait entre elles aucune diversité, sinon seulement que celles qui se rencontrent les plus proches de ces pores entrent dedans, pendant que les autres suivent ensemble leur cours le long de l’épine du dos, jusqu’à ce qu’elles rencontrent aussi d’autres pores par où elles coulent en toutes les parties intérieures de la semence, et y tracent les passages des nerfs qui servent au sens de l’attouchement.

44

Pourquoi la plupart des parties du corps sont doubles.

Au reste, afin que la connaissance qu’on a de la figure des animaux déjà formés n’empêche pas qu’on ne conçoive celle qu’ils ont au commencement qu’ils se forment, il faut considérer la semence comme une masse de laquelle s’est premièrement formé le cœur, et autour de lui d’un côté la veine cave, et de l’autre la grande artère, qui étaient jointes par les deux bouts ; en sorte que celui de leurs bouts vers lequel les ouvertures du cœur étaient tournées, marquait le côté où devait être la tête, et l’autre marquait celui des parties inférieures. Après cela les esprits ont monté un peu plus haut que le sang vers la tête, où, s’étant assemblés en quelque quantité, ils ont pris leur cours peu à peu le long de l’artère, et le plus proche de la superficie de la semence que leur force les a pu porter ; et, pendant qu’ils ont suivi ce cours, leurs petites parties se sont présentées pour passer par tous les autres chemins qui leur seraient plus faciles que celui où elles étaient ; mais elles n’ont point trouvé de tels chemins au-dessus de l’épine du dos, à cause que tout le corps des esprits s’éloignait vers là autant que sa force le pouvait permettre : elles n’en ont point aussi trouvé directement au-dessous, à cause que la grande artère y était ; ainsi elles n’ont pris leur cours qu’à droite et à gauche vers toutes les parties intérieures de la semence.

45

Pourquoi les nerfs sortent autrement des deux premières jointures de l’épine du dos que des autres.

Excepté seulement qu’à la sortie de la tête elles ont pu s’éloigner quelque peu en dehors et en dedans, à cause que la moelle de l’épine du dos étant moins grosse que le cerveau, elles ont trouvé quelque espace en cet endroit-là ; et c’est la raison pourquoi les nerfs qui sortent des deux premières jointures de l’épine du dos ont leur origine différente des autres.

46

Pourquoi il vient des nerfs immédiatement de la tête.

Or je dis que les esprits, qui préparent le chemin de ces nerfs en la semence, y ont pris leur cours vers les parties intérieures seulement, à cause que les extérieures étant pressées par la superficie de la matrice, n’ont pas eu des passages si libres pour les recevoir, mais ils en ont trouvé d’assez libres vers le devant de la tête, c’est pourquoi, avant que d’en être sortis, quelques-uns se sont séparés des autres, sans être pour cela de diverse nature, et ont tracé le chemin des nerfs qui se rendent aux muscles des yeux, des tempes et des autres endroits voisins, puis aussi les chemins des nerfs qui vont aux gencives, à l’estomac, aux intestins, au cœur, et aux peaux des autres plus intérieures parties qui se forment après.

47

Comment il en vient plusieurs de l’épine du dos.

Tout de même les esprits qui ont coulé hors de la tête ont trouvé des pores de part et d’autre le long de l’épine du dos, au moyen de quoi ils ont distingué ses jointures et se sont répandus de là tout autour en la masse de la semence, non plus ronde, mais oblongue, à cause que la force dont le sang et les esprits ont passé du cœur vers la tête, a dû l’étendre davantage vers là que vers les autres côtés ; et il reste seulement ici à remarquer que le dernier endroit de la semence auquel puissent parvenir les esprits, en suivant leur cours en cette façon, est celui où doit être le nombre, dont je parlerai en son lieu.

Mais l’ordre veut qu’après avoir décrit le cours des esprits, j’explique aussi comment les artères et les veines étendent ensemble leurs branches en toutes les parties de la semence.

48

Comment les artères et les veines étendent ensemble leurs branches par tout le corps.

A mesure qu’il se fait plus de sang dans le cœur, il s’y dilate avec plus de force, au moyen de quoi il s’avance plus loin ; et il ne se peut ainsi avancer que vers les endroits où il y a quelques parties de la semence qui sont disposées à lui céder leur place, et par conséquent à couler vers le cœur par la veine jointe à l’artère par où ce sang vient, à cause qu’elles ne peuvent avoir d’autre chemin que celui-là : ce qui forme deux nouvelles petites branches, l’une en cette veine, l’autre en cette artère, dont les extrémités sont conjointes, et qui vont ensemble occuper la place de ces petites parties de la semence, ou bien cela fait que les branches qui sont déjà formées s’allongent jusque-là sans que leurs extrémités se séparent Et d’autant que toutes les petites parties de la semence sont propres à couler ainsi vers le cœur, ou bien que, s’il y en a quelques-unes qui n’y soient pas propres, elles sont aisément repoussées vers sa superficie, il n’y en a aucune au-dessous de cette superficie en l’espace où se répandent les esprits, qui n’aillent à leur tour se rendre vers le cœur ; et c’est la raison pourquoi les veines et les artères y étendent leurs branches de tous côtés aussi loin les unes que les autres.

49

Pourquoi l’on voit moins d’artères que de veines.

Et on ne doit point douter de cette vérité, encore qu’on ne voie pas communément tant d’artères que de veines dans le corps des animaux ; car la raison veut que les veines paraissent beaucoup plus que les artères, à cause que le sang a coutume de s’arrêter dans les petites veines aussi bien que dans les plus grandes, même après que l’animal est mort, à cause que la peau de toutes les veines se resserre à peu près également, au lieu que le sang des artères ne s’arrête jamais en leurs petites branches ; car y étant poussé par la diastole, il passe promptement dans les veines, ou bien il retombe dans les plus grandes artères au moment de la systole, à cause que leurs tuyaux demeurent ouverts ; et ainsi leurs plus petites branches ne peuvent être vues, non plus que les veines blanches, dites lactées, qu’Asellius a découvertes depuis peu dans le mésentère, où jamais on ne les aperçoit, si Ce n’est qu’on ouvre des animaux encore, vivants, quelques heures après qu’ils ont mangé.

50

Comment se sont formées les artères et les veines coronaires.

Nous pouvons encore ici considérer plus particulièrement la distribution des principales veines et artères, parce qu’elle dépend de ce qui a déjà été dit du mouvement du sang et des esprits. Ainsi, la première agitation du cœur, qui n’était encore que commencé à former, a été cause que les petites parties de la semence qui étaient les plus proches de lui sont coulées vers les ouvertures de ses concavités ; au moyen de quoi elles ont formé les artères et les veines qu’on nomme coronaires, parce qu’elles l’environnent tout autour ainsi qu’une couronne ; et on n’a pas sujet de trouver étrange qu’on ne remarque souvent qu’une veine coronaire, bien qu’il y ait deux artères, car cette seule veine peut avoir assez de branches pour se joindre avec toutes les extrémités des branches de ces deux artères ; et ce n’est pas merveille que les petites parties de la semence qui venaient de tous les environs du cœur aient pris leur cours vers un seul endroit pour entrer en sa cavité droite, au même temps que le sang qui sortait de sa cavité gauche a pris son cours par deux divers endroits pour aller occuper leur place.

51

Comment se sont formées les veines et les artères qui vont aux bras.

Lorsque le sang dilaté dans le cœur en est sorti tout-à-coup et a pris son cours en ligne droite, il a poussé d’abord une assez grande portion de la semence un peu plus loin qu’elle n’était, vers le haut de la matrice, au moyen de quoi les autres parties de la semence qui étaient au-dessus de cette portion, ont été contraintes de descendre vers les côtés, ce qui a fait que celles qui étaient vers les côtés ont coulé de là vers le cœur ; et ainsi ces grandes veines et artères qui nourrissent les bras des hommes, ou les pieds de devant des bêtes brutes, ou enfin les ailes des oiseaux, ont commencé à se former.

52

Comment s’est formé le vaisseau triangulaire.

De plus, la portion de la semence de laquelle la tête se devait former, ainsi poussée par le sang qui venait du cœur, s’est rendue un peu plus solide en sa superficie qu’en son milieu, à cause qu’elle a été pressée d’un côté par le sang qui la poussait, et de tous les autres par le reste de la semence qu’elle poussait ; ce qui est cause que ce sang n’a pu pénétrer d’abord vers son milieu, et les esprits seuls y étant entrés, ils y ont formé la place du cerveau en la façon déjà expliquée.

Touchant quoi il faut remarquer que ces esprits ayant pris leur cours du milieu de la tête vers trois côtés différents, à savoir vers le derrière, où ils ont tracé l’épine du dos, et aussi par en bas vers le côté droit et le gauche de devant, la matière dont ils ont pris la place a dû se retirer vers le haut du crâne, dans les trois Intervalles qui séparaient ces trois côtés, et de là, prenant son cours par les deux côtés de l’épine du dos vers le cœur, elle a fait place aux trois principales branches du grand vaisseau triangulaire qui est entre les replis de la peau qui enveloppe le cerveau, et qui a cela de particulier, qu’il fait ensemble l’office d’artère et de veine ; car la matière qui était en la place où il est, étant poussée par les esprits, en est sortie si abondamment et si promptement, que les branches des artères qui étaient jointes aux branches des veines par où elle a coulé vers le cœur se sont confondues avec elles en formant ce vaisseau, lequel étend par après ses ruisseaux de tous côtés au-dedans du crâne, en sorte que c’est presque lui seul qui nourrit tout le cerveau.

53

Comment s’est formé le rets admirable.

Toutefois le sang du principal tuyau de la grande artère, qui venait en ligne droite du cœur, ne pouvant pénétrer d’abord la base de la tête, à cause que les petites parties de la semence y étaient trop pressées, et se trouvant justement au-dessous de l’endroit où se forme après une glande, que les médecins ont imaginé ne servir qu’à recevoir la pituite du cerveau, il a fait effort tout autour contre ces petites parties de la semence qui lui résistaient, et en a chassé peu à peu quelques-unes, qui sont coulées de côté vers des veines assez éloignées de là, au moyen de quoi se sont formées ces petites branches d’artères, plus remarquables dans les bêtes que dans l’homme, qu’on a nommées le rets admirable, et qui semblent n’être point jointes aux veines.

54

Comment se sont formés l’entonnoir et les tissus choroïdes.

Puis il a aussi monté plus haut vers le sommet de la tête, par les environs de la place par où entraient les esprits dans le cerveau, autour de laquelle il a fait une infinité de petits ruisseaux qui étaient autant de petites artères dont a commencé à se former la petite peau qu’on nomme l’entonnoir, et ensuite celle qui couvre le conduit de la cavité qui est au derrière du cerveau, et aussi les petits tissus nommés choroïdes, qui sont dans les deux cavités du devant ; et, après s’être rassemblés autour de l’endroit où se forme par après la petite glande nommée conarium, ils sont entrés tous ensemble dans le milieu du vaisseau triangulaire qui nourrit le cerveau.

55

Pourquoi les veines et les artères ne se distribuent pas tout à fait en même façon.

Je n’ai pas besoin d’expliquer plus au long la formation des autres veines et artères, parce que je n’y vois rien de particulier à remarquer, et elles sont toutes produites par cette raison générale que, lorsque quelque petite partie de la semence va vers le cœur, le ruisseau qu’elle fait en y allant est une veine, et celui que fait le sang qui vient du cœur pour entrer en sa place est une artère ; en sorte que lorsque ces ruisseaux sont un peu éloignés l’un de l’autre, la veine et l’artère semblent séparées, à cause que les extrémités de l’artère ne se voient point.

Et plusieurs diverses causes peuvent faire en ce commencement que ces ruisseaux se détournent, ou qu’un se divise en deux, ou que deux s’assemblent en un, ce qui fait la différence qu’on voit entre la distribution des veines et celle des artères ; mais cela n’empêche pas qu’elles ne retiennent toujours la même communication par les extrémités de leurs branches, à cause que le cours du sang qui passe continuellement par ces branches l’entretient.

56

Pourquoi un membre coupé n’empêche point la circulation.

Et d’autant que les branches par où se fait cette communication se trouvent en tous les endroits du corps, et non point seulement en ses extrémités, encore que l’on coupe le pied ou la main, on ne l’empêche pas pour cela dans la jambe ni dans le bras.

57

Pourquoi les artères carotides sont doubles.

J’ajouterai seulement ici trois exemples de la division, de l’éloignement et de la conjonction de ces ruisseaux. Il n’y a eu sans doute au commencement qu’un seul tuyau qui a porté les esprits en ligne droite du cœur au cerveau ; mais l’artère trachée, par où passe l’air de la respiration, se formant après (ainsi que je dirai encore en son lieu), et l’air qu’elle contenait ayant plus de force pour monter suivant cette ligne droite que le sang qui venait du cœur, il a été cause que ce tuyau s’est divisé en deux branches, qui sont les artères qu’on nomme carotides.

58

Pourquoi la veine spermatique gauche vient de l’émulgente.

Les deux veines qu’on nomme spermatiques ont été insérées en la veine cave, aussi bas l’une que l’autre, au temps de leur première formation ; mais l’agitation de la grande artère, lorsque le foie et la veine cave se sont détournés vers le côté droit, a été cause que le heu où était insérée la veine spermatique gauche s’est haussé peu à peu jusqu’à l’émulgente, pendant que celui de la droite est demeuré sans changement ; comme au contraire la même cause a fait que la veine nommée adipeuse, du rognon gauche s’est haussée, de l’émulgente où elle était, jusqu’au tronc de la veine cave, pendant que l’augmentation du foie a fait que la droite s’est abaissée. Je ne feindrai point de dire que c’est celle que j’ai le plus longtemps cherchée, et à la vérité de laquelle j’ai eu le moins d’espérance de pouvoir parvenir, bien qu’elle n’arrête point les autres.

59

Pourquoi les mammaires et les épigastriques se joignent les veines aux veines et les artères aux artères.

Les artères et les veines qui descendent dans les mamelles ont une origine bien différente de celles qu’on nomme épigastriques, qui viennent de bas en haut vers le ventre, et toutefois plusieurs de leurs branches se joignent les veines aux veines et les artères aux artères, vers le nombril ; ce qui arrive à cause que cet endroit-là est le dernier duquel les parties de la semence coulent vers le cœur, parce qu’elles ont plus de chemin à faire pour y arriver, et qu’en ayant justement autant en montant par les veines des mamelles qu’en descendant par les épigastriques, le sang qui vient de part et d’autre par les artères qui les accompagnent, chasse les parties de la semence qui sont entre deux, jusqu’à ce qu’il les ait toutes poussées peu à peu par de fort petits conduits dans les veines, au moyen de quoi les principales branches des artères se trouvent jointes aux artères opposées, et celles des veines aux veines.

Cinquième partie

DE LA FORMATION DES PARTIES SOLIDES

60

Que le nombril est la dernière partie qui se forme de la semence.

Ces veines et ces artères des mamelles, et les épigastriques, semblent être les dernières qui se forment des parties intérieures de la semence, avant que les extérieures, et ensuite le sang de la matrice vienne par le nombril vers le cœur : car l’agitation des esprits est cause que les parties de la semence qui sont aux lieux par où ils passent vont plus tôt que les autres vers le cœur ; et pour ce qu’ils passent du cerveau par l’épine du dos vers plusieurs côtés en même temps, ils viennent enfin à se rencontrer en un même endroit, qui est celui où se fait le nombril. Mais, avant que je m’arrête à le décrire, j’expliquerai ici comment le cœur, le cerveau, les chairs des muscles, et la plupart des peaux ou membranes, achèvent de se former, à cause que cela ne dépend point de la nourriture que l’animal qui se forme reçoit de la matrice.

61

Quelle est la matière des parties solides.

Lorsque les artères et les veines commencent à se former, elles n’ont encore aucune peau, et ne sont autre chose que de petits ruisseaux de sang qui s’étendent par-ci par-là dans la semence. Mais pour entendre comment se forment leurs peaux, et ensuite les autres parties solides, il faut remarquer que j’ai déjà mis distinction ci-dessus entre les particules du sang que la raréfaction dans le cœur sépare les unes des autres, et celles que cette même action joint ensemble en les pressant et froissant en telle sorte qu’il se fait ou se trouve autour d’elles plusieurs petites branches qui s’attachent facilement l’une à l’autre.

Or les premières sont si fluides, qu’elles ne semblent pas pouvoir entrer en la composition des parties du corps qui se durcissent ; mais, hormis les esprits qui vont au cerveau, et qui se forment et composent des plus subtiles, toutes les autres ne doivent être considérées que comme les vapeurs ou les sérosités du sang, duquel elles sortent continuellement par tous les pores qu’elles trouvent le long des artères et des veines par où il passe. Ainsi il ne reste que les autres particules du sang (à l’occasion desquelles il paraît rouge) qui servent proprement à composer et à nourrir les parties solides ; néanmoins elles n’y servent pas pendant qu’elles sont jointes plusieurs ensemble, mais seulement alors qu’elles se déjoignent : car, en passant et repassant plusieurs fois par le cœur, leurs branches se rompent peu à peu, et enfin elles sont séparées par la même action qui les avait jointes.

62

Comment cette matière commence à composer les peaux des artères.

Puis, à cause qu’elles se trouvent moins propres comment à se mouvoir que les autres particules du sang, et qu’il leur reste encore ordinairement quelques branches, elles vont s’arrêter contre la superficie des conduits par où il passe, et ainsi elles commencent à composer leurs peaux.

63

Comment se commencent les filets dont les membres solides sont composés.

Puis, celles qui viennent après que ces peaux ont commencé à se former, se joignent aux premières, non pas indifféremment en tous sens, mais seulement du côté où elles peuvent être sans empêcher le cours des sérosités, des vapeurs, et aussi des autres matières plus subtiles, savoir des deux premiers éléments que j’ai décrits en mes Principes, qui coulent incessamment par les pores de ces peaux ; et, se joignant peu à peu les unes aux autres, elles forment les petits filets dont j’ai dit ci-dessus que toutes les parties solides sont composées.

64

Que les filets ont leurs racines le long des artères.

Et il est à remarquer que tous ces filets ont leurs racines le long des artères et non point le long des veines ; en sorte que même je doute si les peaux des veines se forment immédiatement du sang qu’elles contiennent, ou plutôt des petits filets qui viennent des artères voisines : car ce qui contribue le plus à la formation de ces petits filets, c’est, premièrement, l’action dont le sang vient du cœur vers les artères, laquelle enfle leurs peaux et dilate ou resserre leurs pores par intervalles, ce qui n’arrive point dans les veines. Puis aussi, c’est le cours des matières fluides qui sortent des artères par les pores de leurs peaux pour entrer en tous les autres endroits du corps, où elles font avancer peu à peu ces petits filets, et, coulant de tous côtés autour d’eux, elles font aussi que leurs petites parties s’agencent, se joignent et se polissent. Mais bien qu’il puisse sortir en même façon quelques parties fluides des veines, je crois néanmoins que souvent, tout au contraire, il y en entre de celles qui, étant sorties des artères, ne prennent pas leur cours vers la superficie du corps, mais vers les veines, où elles se mêlent derechef avec le sang.

65

Quelle est la raison qui peut faire croire que les peaux des veines se forment du sang qu’elles contiennent.

Et une seule raison me fait croire que le sang des veines contribue quelque chose à la production de leurs peaux, qui est que ces peaux sont plus brunes ou moins blanches que celles des artères ; car ce qui cause la blancheur de celles-ci, c’est que la force dont les matières fluides coulent autour de leurs petits filets, rompt toutes les petites branches des particules dont ils sont composés, lesquelles j’ai dit ci-dessus être la cause pourquoi le sang paraît rouge ; et pour ce que cette force n’est pas si grande dans les veines, où le sang ne vient point avec tant d’impétuosité qu’il les fasse enfler par secousses, ainsi que les artères, les petites parties de ce sang qui s’attachent à leurs peaux retiennent encore quelques-unes des petites branches qui les rendaient rouges ; mais elles rendent ces peaux noirâtres, et non pas rouges, à cause que l’action du feu qui les agitait a cessé, comme on voit que la suie est toujours noire, et que les charbons, qui sont rouges étant enflammés, deviennent noirs lorsqu’ils sont éteints.

66

Que la connaissance des parties de la semence on pourrait déduire la figure et la conformation de tous les membres.

Or, d’autant que les petits filets dont les parties solides sont composées se détournent, se plient et s’entrelacent en diverses façons suivant les divers cours des matières fluides et subtiles qui les environnent, et suivant la figure des lieux où ils se rencontrent, si on connaissait bien quelles sont toutes les parties de la semence de quelque espèce d’animal en particulier, par exemple de l’homme, on pourrait déduire de cela seul, par des raisons entièrement mathématiques et certaines, toute la figure et conformation de chacun de ses membres, comme aussi, réciproquement, en connaissant plusieurs particularités de cette conformation, on en peut déduire quelle est la semence. Mais, à cause que je ne considère ici que la production de l’animal en général, et autant qu’il est besoin pour faire entendre comment toutes ses parties se forment, croissent et se nourrissent, je continuerai seulement à expliquer la formation de ses principaux membres.

67

Comment le cœur s’augmente et se perfectionne.

J’ai dit ci-dessus que le cœur commençait à se former de ce que quelques-unes des petites parties de la semence étaient pressées par quelques autres que la chaleur dilatait ; mais pour connaître comment il s’augmente et se perfectionne, il faut considérer que le sang qu’a produit cette première dilatation, retournant derechef se dilater en la même place, et ayant en soi quelques particules qui sont composées de plusieurs de celles de la semence jointes ensemble, et plus grosses par conséquent, mais en ayant aussi plusieurs qui sont plus subtiles, ainsi que j’ai dit, quelques-unes de ces plus subtiles pénètrent dans les pores de la semence pressée qui a commencé à former le cœur, et quelques autres des plus grosses s’arrêtent contre elle, et, la chassant peu à peu hors de sa place, commencent à y former de petits filets semblables à ceux que j’ai dit se former le long de toutes les artères, excepté seulement qu’ils y sont plus durs et plus forts qu’ailleurs, à cause que la plus grande force de la dilatation du sang est dans le cœur. Toutefois elle n’y est pas sensiblement plus grande que dans les premières branches de l’artère, lesquelles on nomme coronaires, à cause qu’elles environnent le cœur tout autour : c’est pourquoi les petits filets qui se forment le long de ces coronaires se mêlent aisément avec ceux qui ont leurs racines dans les concavités du cœur ; et comme ceux-ci composent ses parties intérieures, ceux qui tirent leur nourriture des coronaires composent les extérieures, pendant que les branches des veines qui les accompagnent reportent au cœur les particules du sang qui ne se rencontrent pas propres à le nourrir.

68

Comment se sont formées les fibres du cœur.

Il y a encore ici diverses choses à considérer, dont la première est la façon dont se composent certaines fibres fort grosses, en forme de cordes, et qui sont de même substance que le reste de sa chair. A cet effet il faut penser que ces concavités ont eu au commencement des figures fort irrégulières, à cause que les parties du sang qu’elles contenaient étant inégales, elles ont pris divers chemins en se dilatant ; au moyen de quoi elles ont fait divers trous dans les parties de la semence qu’elles pressaient, tous lesquels trous s’augmentant peu à peu, n’ont fait enfin qu’une seule concavité ; et les parties de la semence qui les séparaient, ayant été peu à peu chassées de leurs places par les petits filets qui composent la chair du cœur, ils ont aussi composé ces fibres en forme de colonnes.

69

Quelle est la cause des valvules qui sont aux entrées de la veine cave et de l’artère veineuse.

La même raison a été cause de la production des valvules ou petites peaux qui ferment les entrées de la veine cave et de l’artère veineuse ; car le sang étant descendu dans le cœur par ces deux entrées, et tendant à en ressortir, à cause qu’il se dilate, l’autre sang qui le suit par ces mêmes entrées, empêche qu’il ne ressorte par elles ; c’est pourquoi ses parties s’écartent tout autour de la semence qui compose le cœur et y font divers petits trous ; puis les petits filets de la chair du cœur chassent les parties de la semence qui sont autour de ces trous, et, se mettant en leur place, s’y agencent en telle façon qu’ils composent ces valvules et les fibres où elles sont attachées : car, en considérant l’action du sang qui descend dans le cœur par le milieu de ces entrées, et de celui qui tend à en ressortir par leurs environs, on voit que, suivant les règles des mécaniques, les fibres du cœur qui se sont trouvées entre ces deux actions ont dû s’étendre en forme de peaux, et ainsi prendre la figure qu’ont ces valvules.

70

De celles qui sont aux sorties de la grande artère et de la veine artérieuse.

Mais celles qui sont aux entrées de la veine artérieuse et de la grande artère ne se produisent pas en même façon ; car elles sont hors du cœur, et ne se composent que des peaux de ces artères, lesquelles peaux sont repliées et avancées en dedans, d’un côté par l’action du sang qui sort du cœur, et de l’autre par la résistance du sang qui est déjà contenu en ces artères, et qui se retire vers leur circonférence afin de lui faire passage.

71

Quelle est la cause générale de la production des valvules.

Et cette raison est générale pour la production des valvules qui se trouvent au reste du corps ; en sorte qu’il s’en forme nécessairement en tous les conduits, par où il coule quelque matière qui en rencontre d’autre en quelques endroits qui lui résiste, mais qui ne peut pour cela rompre son cours ; car cette résistance fait que la peau du conduit se replie, et par ce moyen forme une valvule. Cela se voit dans les intestins, à l’endroit où les excréments déjà assemblés ont coutume de résister au cours de ceux qui descendent ; cela se voit aussi dans les conduits du fiel, et encore plus évidemment dans les veines, aux endroits où la pesanteur du sang qui le porte vers les extrémités des jambes, des bras, ou des autres parties, résiste souvent à son cours ordinaire, qui le porte de ces extrémités vers le cœur. Ensuite de quoi on ne pourra ci-après trouver étrange si je dis que les esprits forment aussi des valvules dans les nerfs, aux entrées et sorties des muscles, encore que leur petitesse les empêche d’être aperçues de nos sens.

72

En quoi consiste la chaleur du cœur, et comment se fait son mouvement.

Une autre chose qui me semble devoir être ici considérée, c’est en quoi consiste la chaleur du cœur, et comment se fait son mouvement ; car d’autant qu’il ne cesse point de battre pendant qu’il a vie, il semble que toutes ses fibres se devraient rendre si pliables à ce mouvement, qu’il leur pourrait facilement être redonné par une force extérieure, lorsqu’il est mort et refroidi ; toutefois nous voyons, au contraire, qu’alors il demeure raide, en la figure qu’il a eue auparavant en sa systole, c’est-à-dire entre deux de ses battements, sans qu’il soit aisé de lui redonner celle qu’il a eue en sa diastole, c’est-à-dire aux moments qu’il battait la poitrine. Dont la raison est que ce mouvement de la diastole a, dès le commencement, été causé par la chaleur ou par l’action du feu, laquelle, suivant ce que j’ai expliqué en mes Principes, n’a pu consister en autre chose qu’en ce que la matière du premier élément, chassant celle du second des environs de quelques parties de la semence, leur a communiqué son agitation ; au moyen de quoi ces parties de la semence, en se dilatant, ont pressé les autres qui ont commencé à former le cœur ; et en même temps aussi quelques-unes sont entrées avec force dans les pores qui étaient entre ces autres qui formaient le cœur, au moyen de quoi elles ont changé quelque peu leur situation, et commencé le mouvement de la diastole, qui a été suivi de la systole, lorsque cette situation s’est restituée, et que ces parties de la semence, qui avaient l’agitation du feu, sont ressorties des pores qui étaient entre ces autres, c’est-à-dire sont ressorties des pores de la chair du cœur, et sont retournées dans ses concavités ; où rencontrant d’autres particules de la semence, et ensuite du sang qui y descendait, elles se sont mêlées parmi ce sang, et ont chassé le second élément d’autour de plusieurs de ses particules ; au moyen de quoi leur communiquant leur agitation, tout ce sang s’est dilaté, et en se dilatant il a envoyé derechef quelques-unes de ses particules, environnées de la seule matière du premier élément, dans les pores de la chair du cœur, c’est-à-dire entre ses fibres, ce qui a fait derechef le mouvement de la diastole. Et je ne connais point d’autre feu ni d’autre chaleur dans le cœur que cette seule agitation des particules du sang, ni d’autre cause qui puisse servir à entretenir ce feu, sinon seulement que lorsque la plupart du sang sort du cœur au temps de la diastole, celles de ses particules qui y demeurent entrent au dedans de sa chair, où elles trouvent des pores tellement disposés, et des fibres si fort agitées, qu’il n’y a que la matière du premier élément qui les environne ; et qu’au temps de la systole ces pores changent de figure, à cause que le cœur se rallonge, ce qui fait que les particules du sang, qui y sont demeurées comme pour servir de levain, en sortent avec grande vitesse, et par ce moyen, pénétrant facilement dans le nouveau sang qui entre dans le cœur, elles font que ses particules s’écartent les unes des autres, et qu’en s’écartant elles acquièrent la forme du feu.

Or, pendant que les fibres du cœur sont agitées par la chaleur de ce feu, elles sont tellement disposées à ouvrir et fermer alternativement leurs pores, pour faire les mouvements de la diastole et de la systole, que même après que le cœur est tiré hors du corps de l’animal, et coupé en pièces, pourvu qu’il soit encore chaud, il ne faut que fort peu de vapeurs du sang qui se présentent à entrer dans ses pores pour l’obliger au mouvement de la diastole ; mais lorsqu’il est tout à fait refroidi, la figure de ses pores, qui dépendait de l’agitation du premier élément, est changée, en sorte que les vapeurs du sang n’y entrent plus, et pour ce que ses fibres sont roides et dures, elles ne sont plus si faciles à plier.

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D’où vient la figure et la consistance qu’a le cœur.

Nous pouvons encore ici considérer les causes de la figure du cœur ; car elles sont toutes aisées à déduire de la façon dont il est formé. Et la première particularité que j’y remarque consiste en la différence qui est entre ses deux cavités, laquelle fait voir manifestement qu’elles ont été formées l’une après l’autre, et que c’est cela qui est cause que la gauche est beaucoup plus longue et plus pointue que la droite. La seconde consiste en ce que la chair qui environne cette cavité gauche est beaucoup plus épaisse vers les côtés du cœur que vers sa pointe ; dont la raison est que l’action du sang qui se dilate en cette concavité, s’étendant en rond, frappe les côtés avec plus de force que la pointe, à cause qu’ils sont plus proches de son centre, et qu’ils sont opposés les uns aux autres ; au lieu que la pointe n’est opposée qu’à l’ouverture de la grande artère, laquelle recevant facilement le sang empêche qu’il ne fasse tant d’effort contre cette pointe ; et la même raison fait aussi que le cœur s’accourcit et devient plus rond en sa diastole qu’en sa systole.

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Comment s’est formé le péricarde et toutes les autres peaux, membranes et superficies du corps.

Je ne vois rien de plus ici à remarquer, sinon la peau qu’on nomme le péricarde, qui enveloppe le cœur. Mais parce que la cause qui produit ce péricarde n’est pas différente de celle qui forme toutes les autres peaux ou membranes, et généralement toutes les superficies qui distinguent les diverses parties des animaux, il me sera plus aisé de parler de toutes en même temps.

Il y a des superficies qui se forment d’abord avec le corps qu’elles terminent, et d’autres qui se forment après, à cause que ce corps est séparé de quelque autre, dont il était auparavant une partie. Du premier genre est la superficie extérieure de la peau qu’on nomme l’arrière-faix, qui enveloppe les enfants avant qu’ils soient nés ; comme aussi les superficies du poumon, du foie, de la rate, des rognons, et de toutes les glandes. Mais celles du cœur, du péricarde, de tous les muscles, et même de toute la peau de nos corps, sont du second.

Ce qui fait que les premières se forment, est que lorsqu’un corps, qui n’est pas liquide, est produit de ce que les petites parties de quelque liqueur se joignent ensemble, ainsi que sont tous ceux que j’ai nommés, il faut nécessairement que quelques-unes de ses parties soient extérieures aux autres, et ces extérieures ne peuvent manquer de s’arranger d’autre façon que les intérieures, à cause qu’elles touchent un corps qui est d’autre nature (c’est-à-dire dont les petites parties sont d’autre figure, ou s’arrangent, ou se meuvent d’autre façon) que celui qu’elles composent ; car si cela n’était, elles se mêleraient les unes avec les autres, et il ne se ferait point de superficie qui distinguât ces deux corps.

Ainsi, au commencement que la semence s’assemble, celles de ses parties qui touchent la matrice, et aussi quelques autres qui en sont fort proches, sont contraintes, par cet attouchement, de se tourner, de s’arranger, et de se joindre d’autre façon que ne se tournent, ou s’arrangent, ou se joignent celles qui en sont plus éloignées : au moyen de quoi ces parties de la semence, plus voisines de la matrice, commencent à former la peau qui dent envelopper tout le fruit ; mais elle ne s’achève que quelque temps après, lorsque toutes les parties intérieures de la semence ayant déjà été chassées vers le cœur par les artères et par les veines qui se mettent en leur place ; enfin ces artères et ces veines vont aussi vers les extérieures, qui s’écoulent par les veines vers le cœur, à mesure que les artères s’avancent, et produisent plusieurs petits filets, dont le tissu compose cette peau.

Pour les superficies qui se forment de ce qu’un corps est divisé en deux autres, elles ne peuvent avoir d’autre cause que celle de cette division ; et généralement toutes les divisions sont causées par cela seul qu’une partie du corps qui se divise est portée à se mouvoir vers quelque côté, pendant que l’autre partie qui lui est jointe est retenue ou portée à se mouvoir vers un autre ; car il n’y a que cela qui puisse les séparer.

Ainsi les parties de la semence qui composaient au commencement le cœur étaient jointes à celles qui composaient le péricarde et les côtes, en sorte que le tout ne faisait qu’un seul corps ; mais la dilatation du sang dans les concavités du cœur a mû la matière qui environnait ces concavités d’autre façon que celle qui en était un peu éloignée ; et au même temps les esprits animaux qui descendent du cerveau par l’épine du dos vers les côtes ont mû aussi d’autre façon la matière qui était vers les côtes ; au moyen de quoi celle qui était entre deux, ne pouvant ensemble obéir à ces deux divers mouvements, a commencé peu à peu à se déjoindre des côtes et du cœur, et ainsi a commencé à former le péricarde ; puis, à mesure que les parties de la semence qui le composaient se sont écoulées vers le cœur, les artères des divers lieux par où elles passaient ont envoyé de petits filets en leur place, lesquels se joignant les uns aux autres ont formé la peau dont il est fait. Puis ce qui a rendu cette peau assez dure, c’est que d’un côté plusieurs des parties du sang qui se dilatait dans le cœur ont pénétré tout au travers de sa chair, et se sont assemblées entre lui et le péricarde, sans pouvoir passer plus outre, à cause que de l’autre côté il est sorti aussi plusieurs vapeurs du sang contenu dans les poumons, à mesure qu’ils ont commencé à croître, lesquelles se sont assemblées entre le même péricarde et les côtes ; et ainsi ces vapeurs, le pressant de part et d’autre, ont rendu ses fibres assez dures, et sont cause qu’il y a toujours quelque espace entre lui et le cœur qui n’est rempli que de ces vapeurs, une partie desquelles y est condensée en forme d’eau, et l’autre y demeure en forme d’air.

FIN DE LA FORMATION DU FŒTUS – DESCRIPTION DU CORPS HUMAIN