Descartes
Abstract
The autobiographical manifesto of the Cartesian method: four rules for rightly conducting reason, a provisional doubt culminating in the cogito, a proof of God’s existence, and the distinction between the thinking human being and the animal-machine. In a few pages it lays out the programme of Descartes’s entire philosophy.
Connections
Assi: Metodo, Dio, Anima e corpo
Posizioni: dubbio metodico, teismo dimostrativo, dualismo sostanziale
Concetti: cogito, idee chiare e distinte, l’animale-macchina, ragione
Argomenti: il cogito
Forme: saggio
Scuole: razionalismo continentale
Testo originale francese · Arvensa Editions · pubblico dominio
Introduction
Si ce discours semble trop long pour être lu en une fois, on le pourra distinguer en six parties. Et, en la première, on trouvera diverses considérations touchant les sciences. En la seconde, les principales règles de la méthode que l’auteur a cherchée. En la troisième, quelques-unes de celles de la morale qu’il a tirée de cette méthode. En la quatrième, les raisons par lesquelles il prouve l’existence de Dieu et de l’âme humaine, qui sont les fondements de sa métaphysique. En la cinquième, l’ordre des questions de physique qu’il a cherchées, et particulièrement l’explication du mouvement du cœur et de quelques autres difficultés qui appartiennent à la médecine ; puis aussi la différence qui est entre notre âme et celle des bêtes. Et en la dernière, quelles choses il croit être requises pour aller plus avant en la recherche de la nature qu’il n’a été, et quelles raisons l’ont fait écrire.
Première partie
Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée ; car chacun pense en être si bien pourvu, que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose n’ont point coutume d’en désirer plus qu’ils en ont. En quoi il n’est pas vraisemblable que tous se trompent : mais plutôt cela témoigne que la puissance de bien juger et distinguer le vrai d’avec le faux, qui est proprement ce qu’on nomme le bon sens ou la raison, est naturellement égale en tous les hommes ; et ainsi que la diversité de nos opinions ne vient pas de ce que les uns sont plus raisonnables que les autres, mais seulement de ce que nous conduisons nos pensées par diverses voies, et ne considérons pas les mêmes choses. Car ce n’est pas assez d’avoir l’esprit bon, mais le principal est de l’appliquer bien. Les plus grandes âmes sont capables des plus grands vices aussi bien que des plus grandes vertus ; et ceux qui ne marchent que fort lentement peuvent avancer beaucoup davantage, s’ils suivent toujours le droit chemin, que ne font ceux qui courent et qui s’en éloignent.
Pour moi, je n’ai jamais présumé que mon esprit fût en rien plus parfait que ceux du commun ; même j’ai souvent souhaité d’avoir la pensée aussi prompte, ou l’imagination aussi nette et distincte, ou la mémoire aussi ample ou aussi présente, que quelques autres. Et je ne sache point de qualités que celles-ci qui servent à la perfection de l’esprit ; car pour la raison, ou le sens, d’autant qu’elle est la seule chose qui nous rend hommes et nous distingue des bêtes, je veux croire qu’elle est tout entière en un chacun ; et suivre en ceci l’opinion commune des philosophes, qui disent qu’il n’y a du plus et du moins qu’entre les accidents, et non point entre les formes ou natures des individus d’une même espèce.
Mais je ne craindrai pas de dire que je pense avoir eu beaucoup d’heur de m’être rencontré dès ma jeunesse en certains chemins qui m’ont conduit à des considérations et des maximes dont j’ai formé une méthode, par laquelle il me semble que j’ai moyen d’augmenter par degrés ma connaissance, et de l’élever peu à peu au plus haut point auquel la médiocrité de mon esprit et la courte durée de ma vie lui pourront permettre d’atteindre. Car j’en ai déjà recueilli de tels fruits, qu’encore qu’au jugement que je fais de moi-même je tâche toujours de pencher vers le côté de la défiance plutôt que vers celui de la présomption, et que, regardant d’un œil de philosophe les diverses actions et entreprises de tous les hommes, il n’y en ait quasi aucune qui ne me semble vaine et inutile, je ne laisse pas de recevoir une extrême satisfaction du progrès que je pense avoir déjà fait en la recherche de la vérité, et de concevoir de telles espérances pour l’avenir, que si, entre les occupations des hommes, purement hommes, il y en a quelqu’une qui soit solidement bonne et importante, j’ose croire que c’est celle que j’ai choisie.
Toutefois il se peut faire que je me trompe, et ce n’est peut-être qu’un peu de cuivre et de verre que je prends pour de l’or et des diamants. Je sais combien nous sommes sujets à nous méprendre en ce qui nous touche, et combien aussi les jugements de nos amis nous doivent être suspects, lorsqu’ils sont en notre faveur. Mais je serai bien aise de faire voir en ce discours quels sont les chemins que j’ai suivis, et d’y représenter ma vie comme en un tableau, afin que chacun en puisse juger, et qu’apprenant du bruit commun les opinions qu’on en aura, ce soit un nouveau moyen de m’instruire, que j’ajouterai à ceux dont j’ai coutume de me servir.
Ainsi mon dessein n’est pas d’enseigner ici la méthode que chacun doit suivre pour bien conduire sa raison, mais seulement de faire voir en quelle sorte j’ai tâché de conduire la mienne. Ceux qui se mêlent de donner des préceptes se doivent estimer plus habiles que ceux auxquels ils les donnent ; et s’ils manquent en la moindre chose, ils en sont blâmables. Mais, ne proposant cet écrit que comme une histoire, ou, si vous l’aimez mieux, que comme une fable, en laquelle, parmi quelques exemples qu’on peut imiter, on en trouvera peut-être aussi plusieurs autres qu’on aura raison de ne pas suivre, j’espère qu’il sera utile à quelques-uns sans être nuisible à personne, et que tous me sauront gré de ma franchise.
J’ai été nourri aux lettres dès mon enfance ; et, pour ce qu’on me persuadait que par leur moyen on pouvait acquérir une connaissance claire et assurée de tout ce qui est utile à la vie, j’avais un extrême désir de les apprendre. Mais sitôt que j’eus achevé tout ce cours d’études, au bout duquel on a coutume d’être reçu au rang des doctes, je changeai entièrement d’opinion. Car je me trouvais embarrassé de tant de doutes et d’erreurs, qu’il me semblait n’avoir fait autre profit, en tâchant de m’instruire, sinon que j’avais découvert de plus en plus mon ignorance. Et néanmoins j’étais en l’une des plus célèbres écoles de l’Europe, où je pensais qu’il devait y avoir de savants hommes, s’il y en avait en aucun endroit de la terre. J’y avais appris tout ce que les autres y apprenaient ; et même, ne m’étant pas contenté des sciences qu’on nous enseignait, j’avais parcouru tous les livres traitant de celles qu’on estime les plus curieuses et les plus rares, qui avaient pu tomber entre mes mains. Avec cela je savais les jugements que les autres faisaient de moi ; et je ne voyais point qu’on m’estimât inférieur à mes condisciples, bien qu’il y en eût déjà entre eux quelques-uns qu’on destinait à remplir les places de nos maîtres. Et enfin notre siècle me semblait aussi fleurissant et aussi fertile en bons esprits qu’ait été aucun des précédents. Ce qui me faisait prendre la liberté de juger par moi de tous les autres, et de penser qu’il n’y avait aucune doctrine dans le monde qui fût telle qu’on m’avait auparavant fait espérer.
Je ne laissais pas toutefois d’estimer les exercices auxquels on s’occupe dans les écoles. Je savais que les langues qu’on y apprend sont nécessaires pour l’intelligence des livres anciens ; que la gentillesse des fables réveille l’esprit ; que les actions mémorables des histoires le relèvent, et qu’étant lues avec discrétion elles aident à former le jugement ; que la lecture de tous les bons livres est comme une conversation avec les plus honnêtes gens des siècles passés, qui en ont été les auteurs, et même une conversation étudiée en laquelle ils ne nous découvrent que les meilleures de leurs pensées ; que l’éloquence a des forces et des beautés incomparables ; que la poésie a des délicatesses et des douceurs très ravissantes ; que les mathématiques ont des inventions très subtiles, et qui peuvent beaucoup servir tant à contenter les curieux qu’à faciliter tous les arts et diminuer le travail des hommes ; que les écrits qui traitent des mœurs contiennent plusieurs enseignements et plusieurs exhortations à la vertu qui sont fort utiles ; que la théologie enseigne à gagner le Ciel ; que la philosophie donne moyen de parler vraisemblablement de toutes choses, et se faire admirer des moins savants ; que la jurisprudence, la médecine et les autres sciences apportent des honneurs et des richesses à ceux qui les cultivent ; et enfin qu’il est bon de les avoir toutes examinées, même les plus superstitieuses et les plus fausses, afin de connaître leur juste valeur et se garder d’en être trompé.
Introduction
If this discourse seems too long to be read in one go, it can be divided into six parts. In the first part, we will find various considerations pertaining to the sciences. In the second part, the main rules of the method that the author sought to establish. In the third part, some of the moral principles derived from this method. In the fourth part, the reasons why the author proves the existence of God and the human soul—these being the foundations of his metaphysics. In the fifth part, the order in which he approached the study of physics, particularly the explanation of the function of the heart and other difficulties related to medicine; as well as the distinction between our soul and those of animals. Finally, in the sixth part, what the author believes are necessary steps to advance further in the exploration of nature beyond what has already been done, and the reasons that prompted him to write this work.
First Part
Common sense is perhaps the most widely shared quality in the world; for everyone believes they possess it in ample measure. Indeed, even those who are hardest to satisfy in other matters usually do not desire more of it than they already have. It seems unlikely that everyone could be mistaken in this regard; rather, this suggests that the ability to judge rightly and distinguish between truth and falsehood—what we commonly call common sense or reason—is inherently equal among all people. The diversity of our opinions arises not from some being more rational than others, but merely from the fact that we approach matters through different avenues and consider different aspects of them. For it is not enough simply to have a good mind; what truly matters is to apply it wisely. The greatest souls are capable of both the greatest vices and the greatest virtues; and those who move slowly forward can often make far greater progress if they always stay on the right path, than those who rush ahead and end up straying from it.
For my part, I have never assumed that my mind was in any way more perfect than those of ordinary people; indeed, I often wished that my thought could be as quick, my imagination as clear and distinct, or my memory as extensive or as readily accessible as those of some others. And I know of no qualities other than these that contribute to the perfection of the mind; for reason, or intellect—since it is the only thing that makes us human and distinguishes us from beasts—I believe that it is present in every individual to the same extent. In this regard, I follow the common opinion of philosophers, who say that there is only a difference in degree, not in the essence or nature of individuals belonging to the same species.
But I am not afraid to say that I consider myself very fortunate to have embarked on certain paths in my youth, which led me to develop certain considerations and maxims that have formed the basis of a method through which I believe I have been able to gradually increase my knowledge and elevate it to the highest degree that my limited intellect and short life permit. Indeed, I have already reaped considerable benefits from this approach. Even though, in my self-assessment, I always strive to be modest rather than presumptuous, and even though I view the various actions and endeavors of human beings through the eyes of a philosopher—and thus consider them almost all vain and useless—I still take immense satisfaction in the progress I believe I have made in the pursuit of truth. Moreover, I hold such high hopes for the future that if there is any pursuit truly worthwhile and significant among those of purely human endeavor, I dare say it is the one I have chosen for myself.
However, it is possible that I am mistaken; perhaps what I take to be gold and diamonds are merely some copper and glass. I am well aware of how prone we are to error when it comes to matters affecting us personally, and how suspect the judgments of our friends must be when they are in our favor. But I would be glad to outline in this discourse the paths I have followed and to present my life before you as if it were a painting, so that everyone may judge for themselves. By learning what others think of me based on what they hear, I would gain another means of gaining knowledge, one additional to those I usually rely upon.
Thus, my intention is not to teach here the method that everyone should follow in order to use their reason properly, but merely to show how I have tried to use my own reason myself. Those who presume to give others precepts must consider themselves more skilled than those to whom they offer them; and if they fail in even the slightest regard, they are deserving of criticism. However, since I present this writing merely as a story—or, if you prefer, as a fable—in which, among some examples that can be emulated, there may also be many others that it would be wise not to follow, I hope it will be useful to some and cause no harm to anyone, and that everyone will acknowledge my frankness.
I was nurtured in the study of literature from my childhood; and since I was convinced that through it one could acquire a clear and certain understanding of everything useful for life, I had an intense desire to learn it. But as soon as I completed that course of studies, at the end of which one is usually considered to have attained the rank of a scholar, my opinion completely changed. For I found myself surrounded by so many doubts and errors that it seemed to me that all I had gained from my efforts to educate myself was to become increasingly aware of my own ignorance. Yet I was in one of Europe’s most renowned schools, where I assumed there must be learned men—if such existed anywhere on earth. There I had learned everything that others learned there; and moreover, not content with the subjects taught to us, I had studied every book pertaining to those fields considered the most fascinating and rare that came into my hands. With this knowledge, I was aware of what others thought of me; yet I saw no reason to believe that I was inferior to my fellow students—though some of them were already being prepared to take the places of our teachers. Finally, I felt that our century was just as flourishing and productive in producing great minds as any previous one had been. This gave me the liberty to judge all others for myself and to conclude that there was no doctrine in the world that matched what I had once been led to expect.
However, I did not fail to appreciate the exercises that are undertaken in schools. I knew that the languages learned there are necessary for understanding ancient books; that the wisdom contained in fables enlightens the mind; that the memorable deeds described in stories elevate our spirit; and that when read with discretion, they help to cultivate judgment. Reading all good books is like engaging in conversation with the most honest people of past centuries, who were their authors—indeed, it is a deliberate dialogue through which they reveal only their finest thoughts to us. Oratory possesses incomparable power and beauty; poetry offers delicacies and tender pleasures; mathematics contains highly subtle insights that can greatly satisfy the curious mind and facilitate all arts, thus reducing the workload of humanity. Works that deal with morals contain numerous teachings and exhortations to virtue, which are extremely useful. Theology teaches us how to attain heaven; philosophy enables us to speak intelligibly about all matters and earn the admiration of those less knowledgeable; jurisprudence, medicine, and other sciences bring honor and wealth to those who pursue them. Lastly, it is beneficial to examine all these fields—even the most superstitious and erroneous ones—in order to understand their true value and avoid being deceived by them.
Introduzione
Se questo discorso sembra troppo lungo per essere letto tutto d’un fiato, può essere diviso in sei parti. Nella prima parte si trovano diverse considerazioni riguardanti le scienze; nella seconda, le principali regole del metodo che l’autore ha cercato di stabilire; nella terza, alcune delle norme della morale derivate da tale metodo. Nella quarta parte, le ragioni con cui dimostra l’esistenza di Dio e dell’anima umana, fondamenti della sua metafisica. Nella quinta parte, l’ordine degli argomenti di fisica che ha esaminato, in particolare la spiegazione del movimento del cuore e altre questioni relative alla medicina; inoltre, la differenza tra la nostra anima e quella degli animali. Infine, nella sesta parte, ciò che ritiene sia necessario per proseguire ulteriormente nella ricerca della natura, nonché le ragioni che lo hanno spinto a scrivere questo testo.
Prima parte
Il buon senso è probabilmente la qualità più diffusa al mondo: infatti, ognuno crede di disporne in abbondanza, tanto che anche coloro i quali sono più difficili da soddisfare in ogni altro ambito non hanno l’abitudine di desiderarlo in quantità maggiore di quella che già possiedono. Non è quindi verosimile che tutti si sbaglino in questo; anzi, ciò dimostra che la capacità di giudicare correttamente e di distinguere il vero dal falso – quella che propriamente viene definita buon senso o ragione – è naturalmente uguale in tutti gli uomini. La diversità delle nostre opinioni non deriva quindi dal fatto che alcuni siano più razionali degli altri, ma soltanto dal fatto che guidiamo i nostri pensieri lungo percorsi diversi e consideriamo cose diverse. Infatti, non basta avere un buon intelletto: l’importante è saperlo applicare correttamente. Anche le anime più grandi sono capaci sia dei più grandi vizi che delle più grandi virtù; inoltre, coloro che procedono con lentezza possono avanzare molto di più se seguono sempre la strada giusta, rispetto a coloro che si affrettano e ne deviano.
Per quanto mi riguarda, non ho mai supposto che il mio intelletto fosse in alcun modo più perfetto di quello della gente comune; anzi, spesso ho desiderato di possedere un pensiero altrettanto rapido, un’immaginazione altrettanto chiara e distinta, o una memoria altrettanto vasta e pronta. Non conosco altre qualità se non quelle che contribuiscono al perfezionamento dell’intelletto; poiché la ragione, o il senso – essendo l’unica cosa che ci rende umani e ci distingue dagli animali – deve essere presente in ogni individuo nella sua interezza. Seguo in questo l’opinione comune dei filosofi, i quali affermano che esista soltanto una differenza di grado negli accidenti, e non nelle forme o nature degli individui della stessa specie.
Ma non esiterò a dire di aver avuto grande fortuna ad imboccare fin da giovane certi sentieri che mi hanno portato a riflessioni e massime grazie alle quali ho formato una metodologia che, credo, mi permette di aumentare gradualmente la mia conoscenza, elevandola poco a poco al punto più alto che la mediocrità della mia mente e la brevità della mia vita possano consentirmi di raggiungere. Infatti, ho già raccolto frutti tali che, nonostante nel giudizio che faccio di me stesso tenda sempre a essere scettico piuttosto che presuntuoso, e che, osservando con lo sguardo di un filosofo le varie azioni e imprese degli uomini, quasi nessuna mi sembri vana o inutile, non smetto comunque di provare una grande soddisfazione per i progressi che ritengo di aver già fatto nella ricerca della verità, e nutro grandi speranze per il futuro. Se dunque, tra le occupazioni umane, esiste qualcosa di veramente buono e importante, oso credere che sia proprio quello che ho scelto io.
Tuttavia, è possibile che io mi sbagli; forse ciò che considero oro e diamanti non sono altro che un po’ di rame e vetro. So bene quanto siamo soggetti a ingannarci riguardo a ciò che ci riguarda, e quanto anche i giudizi dei nostri amici debbano essere considerati sospetti quando sono a nostro favore. Ma sarei molto felice di poter mostrare in questo discorso quali strade abbia percorso e di rappresentare la mia vita come in un dipinto, affinché ognuno possa giudicarla. Inoltre, conoscendo le opinioni che la gente avrà su di me a partire da ciò che sentirà dire, questo diventerà un nuovo mezzo per informarmi, che aggiungerò a quelli che di solito uso.
Pertanto, il mio intento non è quello di insegnare qui il metodo che ognuno dovrebbe seguire per utilizzare correttamente la propria ragione, ma soltanto di mostrare in che modo io stesso ho cercato di guidarla. Coloro che si permettono di dare precetti devono ritenersi più abili di coloro a cui li impartiscono; e se mancano anche solo in una minima cosa, sono da biasimare. Tuttavia, presentando quest’opera soltanto come un racconto, o, se preferite, come una favola nella quale, tra alcuni esempi che si possono imitare, ne troveremo forse anche molti altri che sarebbe meglio non seguire, spero che possa essere utile a qualcuno senza essere dannoso per nessuno, e che tutti mi saranno grati per la mia franchezza.
Sono stato educato alle lettere fin da bambino; e poiché mi veniva detto che attraverso di esse si poteva acquisire una conoscenza chiara e certa di tutto ciò che è utile per la vita, avevo un grande desiderio di apprenderle. Ma non appena ho completato quel corso di studi, al termine del quale si ha solitamente l’onore di essere considerati dotti, ho completamente cambiato opinione. Mi sono infatti trovato circondato da tanti dubbi e errori, al punto che mi sembrava di non aver ottenuto altro, nel tentativo di istruirmi, se non di scoprire sempre di più la mia ignoranza. Eppure mi trovavo in una delle più celebri scuole d’Europa, dove pensavo dovessero esserci persone sagge e erudite, se mai ne esistevano al mondo. Lì avevo imparato tutto ciò che gli altri vi imparavano; anzi, non contento delle scienze che ci venivano insegnate, avevo consultato tutti i libri riguardanti quelle che si considerano le più curiose e rare, quelli che fossero caduti nelle mie mani. Con tutto questo, conoscevo i giudizi che gli altri avevano su di me; e non mi sembrava affatto che fossi considerato inferiore ai miei compagni di studio, anche se tra loro c’erano già alcuni destinati a succedere ai nostri insegnanti. Infine, il nostro secolo mi appariva altrettanto fiorente e ricco di talenti quanto qualsiasi altro dei secoli precedenti. Questo mi dava il diritto di giudicare da solo tutti gli altri, e di pensare che non esistesse al mondo alcuna dottrina tale da potermi soddisfare le aspettative.
Tuttavia, non trascuravo di valutare gli esercizi che venivano svolti nelle scuole. Sapevo che le lingue apprese lì erano necessarie per comprendere i libri antichi; che la gentilezza delle favole stimolava l’intelligenza; che le imprese memorabili raccontate nelle storie la elevavano ulteriormente, e che, lette con attenzione, aiutavano a formare il giudizio; che la lettura di tutti i buoni libri era come una conversazione con le persone più oneste dei secoli passati, che ne erano stati gli autori, e persino una conversazione mirata, nella quale queste persone ci rivelavano soltanto le loro migliori idee; che l’oratoria possedeva forze e bellezze incomparabili; che la poesia offriva delicatezza e dolcezza estremamente affascinanti; che le matematiche contenevano invenzioni molto raffinate, utili sia per soddisfare la curiosità delle persone sia per facilitare lo sviluppo di tutte le arti e ridurre il lavoro umano; che i testi che trattavano delle virtù morali contenevano molti insegnamenti e incoraggiamenti alla bontà, estremamente utili; che la teologia insegnava a raggiungere il Cielo; che la filosofia permetteva di parlare in modo plausibile di tutte le cose, guadagnandosi così l’ammirazione anche delle persone meno istruite; che la giurisprudenza, la medicina e le altre scienze portavano onore e ricchezza a coloro che le coltivavano; e infine, che era utile esaminare tutte queste discipline, anche quelle più superstiziose e false, al fine di conoscere il loro vero valore e evitare di essere ingannati da esse.
Mais je croyais avoir déjà donné assez de temps aux langues, et même aussi à la lecture des livres anciens, et à leurs histoires, et à leurs fables. Car c’est quasi le même de converser avec ceux des autres siècles que de voyager. Il est bon de savoir quelque chose des mœurs de divers peuples, afin de juger des nôtres plus sainement, et que nous ne pensions pas que tout ce qui est contre nos modes soit ridicule et contre raison, ainsi qu’ont coutume de faire ceux qui n’ont rien vu. Mais lorsqu’on emploie trop de temps à voyager, on devient enfin étranger en son pays ; et lorsqu’on est trop curieux des choses qui se pratiquaient aux siècles passés, on demeure ordinairement fort ignorant de celles qui se pratiquent en celui-ci. Outre que les fables font imaginer plusieurs événements comme possibles qui ne le sont point ; et que même les histoires les plus fidèles, si elles ne changent ni n’augmentent la valeur des choses pour les rendre plus dignes d’être lues, au moins en omettent-elles presque toujours les plus basses et moins illustres circonstances, d’où vient que le reste ne paraît pas tel qu’il est, et que ceux qui règlent leurs mœurs par les exemples qu’ils en tirent sont sujets à tomber dans les extravagances des paladins de nos romans, et à concevoir des desseins qui passent leurs forces.
J’estimais fort l’éloquence, et j’étais amoureux de la poésie ; mais je pensais que l’une et l’autre étaient des dons de l’esprit plutôt que des fruits de l’étude, Ceux qui ont le raisonnement le plus fort, et qui digèrent le mieux leurs pensées afin de les rendre claires et intelligibles, peuvent toujours le mieux persuader ce qu’ils proposent, encore qu’ils ne parlassent que bas-breton, et qu’ils n’eussent jamais appris de rhétorique ; et ceux qui ont les inventions les plus agréables et qui les savent exprimer avec le plus d’ornement et de douceur, ne laisseraient pas d’être les meilleurs poètes, encore que l’art poétique leur fut inconnu.
Je me plaisais surtout aux mathématiques, à cause de la certitude et de l’évidence de leurs raisons : mais je ne remarquais point encore leur vrai usage ; et, pensant qu’elles ne servaient qu’aux arts mécaniques, je m’étonnais de ce que leurs fondements étant si fermes et si solides, on n’avait rien bâti dessus de plus relevé : comme au contraire je comparais les écrits des anciens païens qui traitent des mœurs, à des palais fort superbes et fort magnifiques, qui n’étaient bâtis que sur du sable et sur de la boue : ils élèvent fort haut les vertus, et les font paraître estimables par-dessus toutes les choses qui sont au monde ; mais ils n’enseignent pas assez à les connaître, et souvent ce qu’ils appellent d’un si beau nom n’est qu’une insensibilité, ou un orgueil, ou un désespoir, ou un parricide.
Je révérais notre théologie, et prétendais autant qu’aucun autre à gagner le Ciel : mais ayant appris, comme chose très assurée, que le chemin n’en est pas moins ouvert aux plus ignorants qu’aux plus doctes, et que les vérités révélées qui y conduisent sont au-dessus de notre intelligence, je n’eusse osé les soumettre à la faiblesse de mes raisonnements ; et je pensais que, pour entreprendre de les examiner et y réussir, il était besoin d’avoir quelque extraordinaire assistance du Ciel, et d’être plus qu’homme.
Je ne dirai rien de la philosophie, sinon que, voyant qu’elle a été cultivée par les plus excellents esprits qui aient vécu depuis plusieurs siècles, et que néanmoins il ne s’y trouve encore aucune chose dont on ne dispute, et par conséquent qui ne soit douteuse, je n’avais point assez de présomption pour espérer d’y rencontrer mieux que les autres ; et que, considérant combien il peut y avoir de diverses opinions touchant une même matière, qui soient soutenues par des gens doctes, sans qu’il y en puisse avoir jamais plus d’une seule qui soit vraie, je réputais presque pour faux tout ce qui n’était que vraisemblable.
Puis, pour les autres sciences, d’autant qu’elles empruntent leurs principes de la philosophie, je jugeais qu’on ne pouvait avoir rien bâti qui fut solide sur des fondements si peu fermes ; et ni l’honneur ni le gain qu’elles promettent n’étaient suffisants pour me convier à les apprendre : car je ne me sentais point, grâces à Dieu, de condition qui m’obligeât à faire un métier de la science pour le soulagement de ma fortune ; et, quoique je ne fisse pas profession de mépriser la gloire en cynique, je faisais néanmoins fort peu d’état de celle que je n’espérais point pouvoir acquérir qu’à faux titres. Et enfin, pour les mauvaises doctrines, je pensais déjà connaître assez ce qu’elles valaient pour n’être plus sujet à être trompé ni par les promesses d’un alchimiste, ni par les prédictions d’un astrologue, ni par les impostures d’un magicien, ni par les artifices ou la vanterie d’aucun de ceux qui font profession de savoir plus qu’ils ne savent.
C’est pourquoi, sitôt que l’âge me permit de sortir de la sujétion de mes précepteurs, je quittai entièrement l’étude des lettres ; et me résolvant de ne chercher plus d’autre science que celle qui se pourrait trouver en moi-même, ou bien dans le grand livre du monde, j’employai le reste de ma jeunesse à voyager, à voir des cours et des armées, à fréquenter des gens de diverses humeurs et conditions, à recueillir diverses expériences, à m’éprouver moi-même dans les rencontres que la fortune me proposait, et partout à faire telle réflexion sur les choses qui se présentaient que j’en pusse tirer quelque profit. Car il me semblait que je pourrais rencontrer beaucoup plus de vérité dans les raisonnements que chacun fait touchant les affaires qui lui importent, et dont l’événement le doit punir bientôt après s’il a mal jugé, que dans ceux que fait un homme de lettres dans son cabinet, touchant des spéculations qui ne produisent aucun effet, et qui ne lui sont d’autre conséquence, sinon que peut-être il en tirera d’autant plus de vanité qu’elles seront plus éloignées du sens commun, à cause qu’il aura dû employer d’autant plus d’esprit et d’artifice à tâcher de des rendre vraisemblables. Et j’avais toujours un extrême désir d’apprendre à distinguer le vrai d’avec le faux, pour voir clair en mes actions, et marcher avec assurance en cette vie.
Il est vrai que pendant que je ne faisais que considérer les mœurs des autres hommes, je n’y trouvais guère de quoi m’assurer, et que j’y remarquais quasi autant de diversité que j’avais fait auparavant entre les opinions des philosophes. En sorte que le plus grand profit que j’en retirais était que, voyant plusieurs choses qui, bien qu’elles nous semblent fort extravagantes et ridicules, ne laissent pas d’être communément reçues et approuvées par d’autres grands peuples, j’apprenais à ne rien croire trop fermement de ce qui ne m’avait été persuadé que par l’exemple et par la coutume : et ainsi je me délivrais peu à peu de beaucoup d’erreurs qui peuvent offusquer notre lumière naturelle, et nous rendre moins capables d’entendre raison. Mais, après que j’eus employé quelques années à étudier ainsi dans le livre du monde, et à tâcher d’acquérir quelque expérience, je pris un jour résolution d’étudier aussi en moi-même, et d’employer toutes les forces de mon esprit à choisir les chemins que je devais suivre ; ce qui me réussit beaucoup mieux, ce me semble, que si je ne me fusse jamais éloigné ni de mon pays ni de mes livres.
Seconde partie
But I believed that I had already devoted enough time to languages, as well as to the reading of ancient books, their stories, and their fables. For engaging in conversation with people from other centuries is almost tantamount to traveling. It is beneficial to understand the customs of various peoples in order to judge our own more wisely, and so as not to assume that everything that differs from our current ways is ridiculous or unreasonable—such is the tendency of those who have never seen anything beyond their own surroundings. However, when one spends too much time traveling, one eventually becomes a stranger in one’s own country; and when one is overly curious about practices from past centuries, one usually ends up being quite ignorant of what is happening in the present one. Moreover, fables often lead people to imagine that certain events are possible when they are not; and even the most faithful narratives, if they do not exaggerate or enhance the value of things to make them more worth reading, at least almost always omit the most trivial and unremarkable details. As a result, the rest of the story does not appear as it actually is, and those who try to regulate their own behavior based on these examples are prone to falling into the extravagances depicted in our novels or to devising plans that exceed their actual capabilities.
I held great esteem for eloquence and was enamored of poetry; yet I believed that both were gifts of the intellect rather than the fruits of study. Those who possess the strongest reasoning abilities and who are best able to clarify and organize their thoughts so as to make them clear and understandable will always be the most effective in persuading others, even if they spoke only Breton and had never studied rhetoric. And those who have the most delightful ideas and know how to express them with the greatest elegance and grace would undoubtedly remain the finest poets, even if they were utterly ignorant of the art of poetry itself.
I particularly enjoyed mathematics because of the certainty and clarity of its reasoning; yet I had not yet realized its true purpose. Thinking that it was merely useful for mechanical arts, I wondered why, given its solid and firm foundations, nothing more substantial had been built upon it. On the contrary, I compared the writings of ancient pagans on morality to magnificent palaces constructed solely on sand and mud—these writings exalted virtue to great heights, making it appear more esteemed than anything else in the world; yet they failed to provide adequate guidance for truly understanding it. Often, what they so nobly called virtue was nothing but indifference, pride, despair, or even parricide.
I revered our theology and claimed, just like any other person, to have the right to enter Heaven. However, having come to understand with absolute certainty that this path is equally open to both the most ignorant and the most learned, and that the revealed truths leading to it are beyond our human comprehension, I would never have dared to subject them to the limitations of my own reasoning. I believed that in order to attempt to examine these truths and succeed in doing so, one would need some extraordinary assistance from Heaven—indeed, one would have to be more than just a human being.
I will say nothing about philosophy, except that since it has been cultivated by the most outstanding minds throughout several centuries, and yet there is still not a single aspect of it that is not subject to debate—and therefore uncertain—I did not have enough confidence to expect to find anything in it that was superior to what others had said. Moreover, considering how many different opinions on the same subject can exist, all supported by learned individuals, and knowing that at most only one of them can be true, I considered almost everything that was merely plausible to be false.
As for the other sciences, since they draw their principles from philosophy, I believed that nothing solid could be built upon such unstable foundations; nor were the honor or profit they promised sufficient to persuade me to study them. For, thanks to God, I felt that my circumstances did not require me to make a career of science in order to improve my fortune. Moreover, although I did not profess to despise glory in a cynical manner, I paid very little attention to that which I had no hope of acquiring except through deceitful means. Finally, regarding those erroneous doctrines, I already thought I knew enough about their true value to avoid being deceived by the promises of alchemists, the predictions of astrologers, the deceptions of magicians, or the pretenses of those who claimed to know more than they actually did.
Therefore, as soon as I reached an age that allowed me to break free from the authority of my teachers, I entirely abandoned the study of literature. Resolving to seek no other knowledge except that which could be found within myself or in the great book of the world, I devoted the rest of my youth to traveling, observing courts and armies, associating with people of various temperaments and backgrounds, accumulating diverse experiences, testing myself in the encounters that fate presented to me, and everywhere reflecting upon whatever came before me in order to draw some benefit from it. For I believed that I could discover much more truth in the reasoning people employ regarding matters of importance to them—reasoning that, if they misjudged these matters, future events would soon punish them—for than in the speculations of a scholar confined to his study, which produce no real effect and serve only to fill him with vanity, the more such speculations deviate from common sense, the more effort and ingenuity the scholar must exert to make them seem plausible. Moreover, I always harbored a strong desire to learn how to distinguish truth from falsehood, so as to act with clarity and walk confidently through this life.
It is true that while I merely observed the customs of other men, I found little in them that could serve as proof for my beliefs; indeed, I noticed just as much diversity among these customs as I had previously observed among the opinions of philosophers. The greatest benefit I derived from this was that, by seeing many things which, though they seemed to us extremely extravagant and ridiculous, were nevertheless commonly accepted and approved by other great peoples, I learned not to believe too firmly in anything that was not confirmed to me through example and custom. In this way, I gradually freed myself from numerous errors that could obscure our natural ability to reason and make us less capable of understanding truth. However, after spending several years studying the world around me and trying to gain some practical experience, I one day resolved to examine myself as well and to use all the power of my mind to determine the path I should follow. In my opinion, this approach proved far more effective than if I had never left my homeland or abandoned my studies.
Second Part
Ma credevo di aver già dedicato abbastanza tempo alle lingue, nonché alla lettura dei libri antichi, delle loro storie e delle loro favole. Infatti, conversare con le persone di altri secoli è quasi lo stesso che viaggiare. È utile conoscere qualcosa sulle usanze dei vari popoli, per poter giudicare più saggiamente le nostre e per non ritenere ridicolo o irragionevole tutto ciò che è diverso dai nostri modi di vivere, come fanno spesso coloro che non hanno mai visto nulla. Tuttavia, quando si dedica troppo tempo ai viaggi, alla fine si diventa estranei nel proprio paese; e quando si è troppo curiosi delle usanze dei secoli passati, di solito si rimane molto ignoranti di quelle attuali. Inoltre, le favole fanno immaginare eventi che in realtà non sono possibili; e anche le storie più fedeli, sebbene non alterino né esagerino il valore delle cose per renderle più degne di essere lette, di solito omettono quasi sempre le circostanze più umili e meno illustri, il che fa sì che il resto non appaia come realmente è. E coloro che regolano le proprie azioni seguendo gli esempi tratti da queste storie sono soggetti a cadere nelle stravaganze dei cavalieri dei nostri romanzi, e a concepire progetti che superano le loro possibilità reali.
Consideravo l’eloquenza molto preziosa e amavo la poesia; tuttavia ritenevo che entrambe fossero doni dell’intelligenza piuttosto che frutti dello studio. Coloro che possiedono il ragionamento più acuto e sanno elaborare le proprie idee in modo chiaro e comprensibile, sono sempre in grado di convincere al meglio ciò che propongono, anche se parlassero solo in bretone e non avessero mai studiato retorica; allo stesso modo, coloro che hanno l’ingegno più creativo e sanno esprimerlo con grande ornamento e dolcezza, sarebbero comunque i migliori poeti, anche se l’arte poetica fosse loro sconosciuta.
Mi piacevano soprattutto le matematiche, per la certezza e l’evidenza delle loro dimostrazioni; ma non ne comprendevo ancora il vero utilizzo. Pensavo che servissero soltanto alle arti meccaniche, e mi meravigliavo che, nonostante i loro fondamenti fossero così solidi e certi, non si fosse costruito nulla di più elevato su di essi. Al contrario, paragonavo gli scritti degli antichi pagani che trattavano delle virtù a palazzi splendidi e maestosi, costruiti però solo su sabbia e fango: essi esaltano molto le virtù, facendole sembrare le cose più preziose del mondo; ma non insegnano abbastanza come conoscerle veramente, e spesso ciò che chiamano virtù non è altro che insensibilità, orgoglio, disperazione o parricidio.
Rivendicavo di conoscere la nostra teologia e sostenevo, come chiunque altro, di poter raggiungere il Cielo; tuttavia, avendo appreso con certezza che quel cammino è aperto tanto ai più ignoranti quanto ai più eruditi, e che le verità rivelate per condurvi sono al di là della nostra intelligenza, non avrei mai osato sottoporle alle debolezze delle mie ragionamenti. Pensavo infatti che, per poterle esaminare con successo, fosse necessaria un’assistenza straordinaria dal Cielo, e che ci si dovesse essere qualcosa di più di un semplice uomo.
Non dirò nulla sulla filosofia, se non che, vedendo che è stata coltivata dai più eccellenti intelletti vissuti in questi secoli, e che tuttavia vi si trovano ancora molte questioni su cui si discute, e quindi su cui persistono dubbi, non avevo alcuna ragione per sperare di trovare in essa qualcosa di più certo delle altre opinioni; e considerando quanto possano esserci diverse interpretazioni di una stessa materia, sostenute da persone erudite, senza che mai ne possa esistere una sola vera, ritenevo quasi falso tutto ciò che non fosse altro che plausibile.
Inoltre, per quanto riguarda le altre scienze – poiché attingono i loro principi dalla filosofia – ritenevo che non fosse possibile costruire nulla di solido su fondamenti così incerti; né l’onore né il guadagno che promettevano erano sufficienti per spingermi ad apprenderle. Poiché, grazie a Dio, non mi trovavo in una condizione tale da dover fare della scienza uno strumento per migliorare la mia fortuna; e sebbene non professassi un disprezzo cinico per la gloria, consideravo comunque di scarsa importanza quella che non speravo di poter ottenere se non con mezzi illeciti. Infine, riguardo alle cattive dottrine, pensavo già di conoscere abbastanza bene quale fosse il loro valore, per non essere più soggetto a essere ingannato né dalle promesse di un alchimista, né dalle previsioni di un astrologo, né dalle imposture di un mago, né dagli artifici o dalla vanteria di coloro che si proclamano esperti di ciò che in realtà non sanno.
Ecco perché, non appena l’età me lo permise, abbandonai completamente lo studio delle lettere; deciso a cercare un’unica scienza, quella che potesse trovarsi in me stesso o nel grande libro del mondo, dedicai il resto della mia giovinezza a viaggiare, a osservare corti e eserciti, a frequentare persone di diverso carattere e condizione sociale, a raccogliere varie esperienze, a mettermi alla prova nelle situazioni che la fortuna mi presentava, e ovunque a riflettere attentamente sulle cose che mi accadevano, al fine di trarne qualche insegnamento. Mi sembrava infatti che si potesse trovare molto più verità nelle riflessioni che ognuno conduce riguardo alle questioni che lo interessano, e le cui conseguenze possono rivelarsi negative se si è sbagliati nel giudizio, piuttosto che in quelle elaborate dagli studiosi nei loro studi, che spesso non portano a alcun risultato concreto e non hanno altro effetto se non quello di alimentare la vanità, soprattutto quando tali riflessioni si allontanano dal buon senso comune, poiché per renderle plausibili è necessario impiegare molta intelligenza e ingegno. E avevo sempre un forte desiderio di imparare a distinguere il vero dal falso, al fine di agire con saggezza nella vita.
È vero che, mentre mi limitavo ad osservare le usanze degli altri uomini, non trovavo quasi nulla che potesse convincermi della loro validità; anzi, notavo una diversità quasi pari a quella che avevo riscontrato in precedenza tra le opinioni dei filosofi. Il maggior vantaggio che ne traevo era che, vedendo molte cose che, pur sembrandoci stravaganti e ridicole, venivano comunque accettate e approvate da altri popoli, imparavo a non credere troppo fermamente in ciò che non mi era stato dimostrato con l’esempio o la consuetudine. In questo modo riuscivo gradualmente a liberarmi da molte errori che avrebbero potuto offuscare la nostra intelligenza naturale e renderci meno capaci di ragionare correttamente. Tuttavia, dopo aver dedicato alcuni anni allo studio del “libro del mondo” e all’acquisizione di esperienza, un giorno presi la decisione di studiare anche me stesso, utilizzando tutte le forze della mia mente per scegliere la strada da seguire. Credo che questo mi sia riuscito molto meglio rispetto a quanto sarebbe stato possibile se non mi fossi mai allontanato né dal mio paese né dai miei libri.
Seconda parte
J’étais alors en Allemagne, où l’occasion des guerres qui n’y sont pas encore finies m’avait appelé ; et comme je retournais du couronnement de l’empereur vers l’armée, le commencement de l’hiver m’arrêta en un quartier où, ne trouvant aucune conversation qui me divertit, et n’ayant d’ailleurs, par bonheur, aucuns soins ni passions qui me troublassent, je demeurais tout le jour enfermé seul dans un poêle, où j’avais tout le loisir de m’entretenir de mes pensées. Entre lesquelles l’une des premières fut que je m’avisai de considérer que souvent il n’y a pas tant de perfection dans les ouvrages composés de plusieurs pièces, et faits de la main de divers maîtres, qu’en ceux auxquels un seul a travaillé. Ainsi voit-on que les bâtiments qu’un seul architecte a entrepris et achevés ont coutume d’être plus beaux et mieux ordonnés que ceux que plusieurs ont tâché de raccommoder, en faisant servir de vieilles murailles qui avaient été bâties à d’autres fins. Ainsi ces anciennes cités qui, n’ayant été au commencement que des bourgades, sont devenues par succession de temps de grandes villes, sont ordinairement si mal compassées, au prix de ces places régulières qu’un ingénieur trace à sa fantaisie dans une plaine, qu’encore que, considérant leurs édifices chacun à part, on y trouve souvent autant ou plus d’art qu’en ceux des autres, toutefois, à voir comme ils sont arrangés, ici un grand, là un petit, et comme ils rendent les rues courbées et inégales, on dirait que c’est plutôt la fortune que la volonté de quelques hommes usants de raison, qui les a ainsi disposés. Et si on considère qu’il y a eu néanmoins de tout temps quelques officiers qui ont en charge de prendre garde aux bâtiments des particuliers, pour les faire servir à l’ornement du public, on connaîtra bien qu’il est malaisé, en ne travaillant que sur les ouvrages d’autrui, de faire des choses fort accomplies. Ainsi je m’imaginai que les peuples qui, ayant été autrefois demi-sauvages, et ne s’étant civilisés que peu à peu, n’ont fait leurs lois qu’à mesure que l’incommodité des crimes et des querelles les y a contraints, ne sauraient être si bien policés que ceux qui, dès le commencement qu’ils se sont assemblés, ont observé les constitutions de quelque prudent législateur. Comme il est bien certain que l’état de la vraie religion, dont Dieu seul a fait les ordonnances, doit être incomparablement mieux réglé que tous les autres. Et, pour parler des choses humaines, je crois que si Sparte a été autrefois très florissante, ce n’a pas été à cause de la bonté de chacune de ses lois en particulier, vu que plusieurs étaient fort étranges, et même contraires aux bonnes mœurs ; mais à cause que, n’ayant été inventées que par un seul, elles tendaient toutes à même fin. Et ainsi je pensai que les sciences des livres, au moins celles dont les raisons ne sont que probables, et qui n’ont aucune démonstration, s’étant composées et grossies peu à peu des opinions de plusieurs diverses personnes, ne sont point si approchantes de la vérité que les simples raisonnements que peut faire naturellement un homme de bon sens touchant les choses qui se présentent. Et ainsi encore je pensai que pour ce que nous avons tous été enfants avant que d’être hommes, et qu’il nous a fallu longtemps être gouvernés par nos appétits et nos précepteurs, qui étaient souvent contraires les uns aux autres, et qui, ni les uns ni les autres, ne nous conseillaient peut-être pas toujours le meilleur, il est presque impossible que nos jugements soient si purs ni si solides qu’ils auraient été si nous avions eu l’usage entier de notre raison dès le point de notre naissance, et que nous n’eussions jamais été conduits que par elle.
Il est vrai que nous ne voyons point qu’on jette par terre toutes les maisons d’une ville pour le seul dessein de les refaire d’autre façon et d’en rendre les rues plus belles ; mais on voit bien que plusieurs font abattre les leurs, pour les rebâtir, et que même quelquefois ils y sont contraints, quand elles sont en danger de tomber d’elles-mêmes, et que les fondements n’en sont pas bien fermes. A l’exemple de quoi je me persuadai qu’il n’y aurait véritablement point d’apparence qu’un particulier fit dessein de réformer un état, en y changeant tout dès les fondements, et en le renversant pour le redresser ; ni même aussi de réformer le corps des sciences, ou l’ordre établi dans les écoles pour les enseigner : mais que, pour toutes les opinions que j’avais reçues jusques alors en ma créance, je ne pouvais mieux faire que d’entreprendre une bonne fois de les en ôter, afin d’y en remettre par après ou d’autres meilleures, ou bien les mêmes lorsque je les aurais ajustées au niveau de la raison. Et je crus fermement que par ce moyen je réussirais à conduire ma vie beaucoup mieux que si je ne bâtissais que sur de vieux fondements, et que je ne m’appuyasse que sur les principes que je m’étais laissé persuader en ma jeunesse, sans avoir jamais examiné s’ils étaient vrais. Car, bien que je remarquasse en ceci diverses difficultés, elles n’étaient point toutefois sans remède, ni comparables à celles qui se trouvent en la réformation des moindres choses qui touchent le public. Ces grands corps sont trop malaisés à relever étant abattus, ou même à retenir étant ébranlés, et leurs chutes ne peuvent être que très rudes. Puis, pour leurs imperfections, s’ils en ont, comme la seule diversité qui est entre eux suffit pour assurer que plusieurs en ont, l’usage les a sans doute fort adoucies, et même il en a évité ou corrigé insensiblement quantité, auxquelles on ne pourrait si bien pourvoir par prudence ; et enfin elles sont quasi toujours plus supportables que ne serait leur changement ; en même façon, que les grands chemins, qui tournoient entre des montagnes, deviennent peu à peu si unis et si commodes, à force d’être fréquentés, qu’il est beaucoup meilleur de les suivre, que d’entreprendre d’aller plus droit, en grimpant au-dessus des rochers et descendant jusqu’aux bas des précipices.
C’est pourquoi je ne saurais aucunement approuver ces humeurs brouillonnes et inquiètes, qui, n’étant appelées ni par leur naissance ni par leur fortune au maniement des affaires publiques, ne laissent pas d’y faire toujours en idée quelque nouvelle réformation ; et si je pensais qu’il y eût la moindre chose en cet écrit par laquelle on me pût soupçonner de cette folie, je serais très marri de souffrir qu’il fut publié. Jamais mon dessein ne s’est étendu plus avant que de tâcher à réformer mes propres pensées, et de bâtir dans un fonds qui est tout à moi. Que si mon ouvrage m’ayant assez plu, je vous en fais voir ici le modèle, ce n’est pas, pour cela, que je veuille conseiller à personne de l’imiter. Ceux que Dieu a mieux partagés de ses grâces auront peut-être des desseins plus relevés ; mais je crains bien que celui-ci ne soit déjà que trop hardi pour plusieurs. La seule résolution de se défaire de toutes les opinions qu’on a reçues auparavant en sa créance n’est pas un exemple que chacun doive suivre. Et le monde n’est quasi composé que de deux sortes d’esprits auxquels il ne convient aucunement : à savoir de ceux qui, se croyant plus habiles qu’ils ne sont, ne se peuvent empêcher de précipiter leurs jugements, ni avoir assez de patience pour conduire par ordre toutes leurs pensées, d’où vient que, s’ils avaient une fois pris la liberté de douter des principes qu’ils, ont reçus, et de s’écarter du chemin commun, jamais ils ne pourraient tenir le sentier qu’il faut prendre pour aller plus droit, et demeureraient égarés toute leur vie ; puis de ceux qui, ayant assez de raison ou de modestie pour juger qu’ils sont moins capables de distinguer le vrai d’avec le faux que quelques autres par lesquels ils peuvent être instruits, doivent bien plutôt se contenter de suivre les opinions de ces autres, qu’en chercher eux-mêmes de meilleures.
I was then in Germany, where the ongoing wars had called me there; and as I was returning from the emperor’s coronation to the army, the onset of winter stopped me in a town where, unable to find any conversation that would entertain me, and fortunately free from any worries or passions that might disturb me, I spent all my days alone in a room, giving myself ample time to ponder over various thoughts. Among these, one of the first was that I realized how often works composed of multiple parts, created by different hands, are not as perfect as those that have been crafted by a single individual. Thus, it is evident that buildings designed and completed by a single architect tend to be more beautiful and well-organized than those that several people have tried to renovate, using old walls built for other purposes. Similarly, these ancient cities, which began as small towns but gradually grew into great metropolises over time, are usually very poorly laid out compared to the neat squares that engineers design in the open field at will. Even though each building within these cities often contains as much or more artistic merit as those in other places, their irregular arrangement—some parts large, some small, streets winding and uneven—makes it seem as if fate rather than the deliberate planning of wise individuals has shaped them in this way. Moreover, considering that there have always been officials responsible for overseeing private buildings to ensure they serve the public good, it is clear that it is difficult to achieve great perfection when one can only work with what others have created. From this, I concluded that peoples who were once semi-savage and gradually became civilized must have enacted their laws only out of necessity, due to the troubles caused by crime and conflict; therefore, they could not possibly be as well-regulated as those who from the very beginning followed the principles established by wise legislators. It is certainly true that the state of true religion, whose rules were set solely by God, must be incomparably more orderly than all other systems. And in human affairs as well, I believe that Sparta’s former prosperity was not due to the excellence of any particular law, since many of them were quite strange and even contrary to good morals; rather, it was because they were all conceived and implemented by a single person, thus serving a unified purpose. And thus I thought that the sciences of books—especially those whose arguments are merely probable and lack any definitive proof—having been gradually formed and enriched by the opinions of many different people, are not nearly as close to the truth as the simple reasoning abilities that a person of good sense can naturally employ when considering things that come before him. Moreover, I also considered that since we were all children before becoming adults, and since for a long time we were governed by our desires and by teachers whose teachings often conflicted with each other, and who perhaps did not always advise us in the best way, it is almost impossible for our judgments to be as pure or as sound as they might have been if we had been able to use all the power of our reason from the moment of our birth and if we had never been guided by anything other than it.
It is true that we do not see people destroying every house in a city merely with the intention of rebuilding them in a different way and making the streets more beautiful; yet it is clear that many people have their houses demolished so that they can be rebuilt, and sometimes they are even forced to do so when their buildings are in danger of collapsing or when their foundations are not solid enough. From this, I came to believe that there could truly be no such thing as a person intending to reform an entire system by changing everything from the very foundation on up and completely overthrowing it before rebuilding it; nor could there be any real intention to reform the body of sciences or the established order in educational institutions. For all the opinions I had previously held, the best course for me was to attempt to discard them entirely and then replace them with others that were better—or perhaps even keep the same ones once I had adjusted them to conform to the standards of reason. I firmly believed that by doing so, I would be able to lead my life much more successfully than if I had continued to rely on old foundations and principles that I had accepted in my youth without ever questioning whether they were truly correct. Indeed, although I recognized various difficulties in this approach, they were not insurmountable, nor could they be compared to the challenges involved in reforming even the most minor aspects of public life. These major systems are too complex and fragile to be easily restructured once destroyed, or even stabilized when weakened; their collapse would likely be extremely severe. Moreover, regarding their imperfections—if such exist—and given that the very diversity among them ensures that many do have such flaws, practice has undoubtedly mitigated their effects considerably, and sometimes even corrected them in subtle ways that would not be possible through mere caution. In short, these imperfections are often more tolerable than attempting to completely change them. Just as major roads that wind through mountains gradually become smoother and more convenient with frequent use, it is far better to follow such paths than to try to take a straighter route by climbing over rocks or descending into cliffs.
This is why I could never in any way approve of such confused and anxious tendencies—tendencies that, since they are neither born nor destined by fortune to handle public affairs, never lead to any real reform in those matters. If I believed there was the slightest hint in this writing that might suggest such madness on my part, I would be very sorry if it were published. My aim has never been anything more than to try to reform my own thoughts and to construct something based solely on my own principles. And even if I have enjoyed my work enough to present you with its model here, it is by no means my intention to advise anyone to follow it. Those whom God has blessed more generously may perhaps have higher aspirations; but I fear that this work might already be too bold for many. The mere resolve to get rid of all the opinions one has previously accepted as true is not an example that everyone should follow. In fact, the world is almost entirely composed of two kinds of people for whom such a resolution would be utterly inappropriate: those who, believing themselves more capable than they actually are, cannot help but rush to judgment and lack the patience to organize their thoughts in an orderly manner. As a result, if they ever dare to doubt the principles they have been taught and deviate from the common path, they will never be able to find the right way forward and will remain lost for the rest of their lives; and then there are those who, having enough reason or modesty to recognize that they are less capable of distinguishing truth from falsehood than others who can guide them, would be far wiser to simply follow the opinions of those others rather than try to find better ones for themselves.
Ero allora in Germania, dove l’occasione di guerre ancora in corso mi aveva richiamato; e mentre tornavo dall’incoronazione dell’imperatore verso l’esercito, l’inizio dell’inverno mi fece fermare in una località dove, non trovando conversazioni che mi divertissero e, per fortuna, senza alcun impegno o passione che potessero disturbarmi, trascorrevo tutto il giorno chiuso da solo in una stanza, avendo così tutto il tempo necessario per riflettere. Tra queste riflessioni, una delle prime fu quella di osservare come spesso le opere composte da più parti e realizzate da diversi autori non siano altrettanto perfette quanto quelle create da un solo individuo. Così si può notare che gli edifici progettati e costruiti da un unico architetto sono solitamente più belli e meglio organizzati rispetto a quelli realizzati modificando vecchie strutture costruite per altri scopi. Anche le antiche città, che inizialmente erano semplici villaggi, con il passare del tempo sono diventate grandi metropoli; tuttavia, la loro disposizione è spesso disordinata, a differenza delle piazze regolari progettate da ingegneri. Sebbene, considerando singolarmente gli edifici, in queste città si possa trovare tanto o più arte di quanto nelle altre, l’insieme appare disordinato e irregolare. Si potrebbe quindi dire che sia stata piuttosto la fortuna che la volontà di alcuni individui a determinare questa disposizione degli elementi architettonici. Inoltre, se si considera che esistono sempre stati funzionari incaricati di controllare gli edifici privati al fine di renderli utili all’arredamento della città, è evidente quanto sia difficile realizzare opere davvero raffinate lavorando soltanto su quelle altrui. Da queste riflessioni, mi resi conto che i popoli che, in passato essendo semi-selvaggi, si sono civilizzati gradualmente, hanno stabilito le loro leggi solo quando la necessità di regolamentare i crimini e le dispute lo ha richiesto; pertanto, non possono essere così ben organizzati come quelli che, fin dall’inizio della loro esistenza, hanno rispettato le disposizioni di un saggio legislatore. È certo che lo stato della vera religione, la cui struttura è stata stabilita soltanto da Dio, debba essere incomparabilmente più ordinato di qualsiasi altro sistema umano. E, parlando di cose umane, credo che se Sparta sia stata un tempo così fiorente, non sia stato certo a causa della bontà delle singole leggi, molte delle quali erano anzi strane e contrarie alle buone usanze; ma perché tutte queste leggi, essendo state ideate da un solo individuo, miravano allo stesso scopo. E così pensai che le scienze dei libri, almeno quelle le cui argomentazioni sono soltanto probabili e prive di qualsiasi dimostrazione concreta, essendo state gradualmente formate e arricchite dalle opinioni di molte persone diverse, non siano affatto vicine alla verità quanto i semplici ragionamenti che un uomo di buon senso può formulare naturalmente riguardo alle cose che gli si presentano. Inoltre, pensai anche che, poiché tutti noi siamo stati bambini prima di diventare adulti, e che abbiamo avuto bisogno per molto tempo di essere guidati dai nostri desideri o dagli insegnanti, spesso in contrasto tra loro, e i quali probabilmente non ci consigliavano sempre il meglio, è quasi impossibile che i nostri giudizi siano così puri e solidi come sarebbero stati se avessimo potuto utilizzare appieno la nostra ragione fin dal momento della nascita, e se fossimo stati guidati esclusivamente da essa.
È vero che non vediamo mai persone demolire tutte le case di una città con l’intento unico di ricostruirle in modo diverso e rendere le strade più belle; tuttavia è evidente che molte persone fanno abbattere le proprie case per ricostruirle, e a volte sono addirittura costrette a farlo quando queste rischiano di crollare da sole o quando i loro fondamenti non sono abbastanza solidi. Da questo ho capito che non sembra affatto plausibile che una persona intenda riformare un intero sistema cambiandone tutto, dalle fondamenta in su, e rovesciandolo per poi ricostruirlo; lo stesso vale per la riforma del corpo delle scienze o dell’ordine stabilito nelle istituzioni di insegnamento. Per tutte le opinioni che avevo accettato fino ad allora, l’unica cosa da fare era provare a liberarmene, al fine di sostituirle in seguito con altre migliori, o addirittura con quelle stesse opinioni una volta adattate al livello della ragione. E credevo fermamente che in questo modo avrei potuto condurre la mia vita molto meglio rispetto a se mi fossi basato soltanto su principi vecchi e acquisiti nella giovinezza, senza mai verificare se fossero davvero corretti. Anche se notavo diverse difficoltà in questo senso, queste non erano comunque insuperabili, né paragonabili a quelle che si presentano nella riforma di cose più semplici e di interesse pubblico. Questi grandi sistemi sono troppo complessi da ripristinare una volta distrutti, o addirittura da mantenere quando sono solo in pericolo di crollare; inoltre, le loro imperfezioni, sebbene esistano, sono probabilmente state notevolmente attenuate dall’uso quotidiano, e molte di esse potrebbero essere corrette con cautela. Inoltre, queste imperfezioni sono quasi sempre più tollerabili del cambiamento radicale che le riguarderebbe; allo stesso modo, i grandi percorsi che serpeggiano tra montagne diventano gradualmente più uniformi e comodi grazie all’uso frequente, quindi è molto meglio seguirli piuttosto che cercare di percorrere strade più diritte, rischiando di cadere da roccia su roccia o di scendere fino ai margini dei precipizi.
Ecco perché non potrei assolutamente approvare queste umori confusi e inquieti: persone che, né per nascita né per fortuna, sono destinate a occuparsi degli affari pubblici, non fanno altro che proporne continuamente nuove riforme. Se pensassi che questo scritto potesse far sospettare in me una simile follia, mi dispiacerebbe molto se venisse pubblicato. Il mio unico intento è sempre stato quello di cercare di migliorare le mie stesse idee e di costruire su basi interamente mie. Se il mio lavoro mi è piaciuto abbastanza, vi mostro qui il modello; ma questo non significa che voglia incoraggiare nessuno a imitarlo. Coloro che Dio ha più favoriti con le sue grazie potrebbero avere progetti ancora più ambiziosi; tuttavia temo che il mio sia già troppo audace per molti. La semplice decisione di liberarsi da tutte le opinioni acquisite in passato non è certo un esempio da seguire da tutti. Il mondo è composto quasi interamente da due tipi di persone: da coloro che, credendosi più abili di quanto in realtà siano, non riescono a trattenersi dal giudicare troppo affrettatamente e non hanno la pazienza necessaria per organizzare sistematicamente le proprie idee; di conseguenza, se si permettono di mettere in dubbio i principi che hanno ricevuto o di deviare dal sentiero comune, non riusciranno mai a trovare la strada giusta e rimarranno perduti per tutta la vita. E poi ci sono coloro che, avendo abbastanza ragione o modestia da rendersi conto di essere meno capaci di altri nel distinguere il vero dal falso, preferiscono semplicemente seguire le opinioni altrui piuttosto che cercarne di migliori per sé.
Et pour moi j’aurais été sans doute du nombre de ces derniers, si je n’avais jamais eu qu’un seul maître, ou que je n’eusse point su les différences qui ont été de tout temps entre les opinions des plus doctes. Mais ayant appris dès le collège qu’on ne saurait rien imaginer de si étrange et si peu croyable, qu’il n’ait été dit par quelqu’un des philosophes ; et depuis, en voyageant, ayant reconnu que tous ceux qui ont des sentiments fort contraires aux nôtres ne sont pas pour cela barbares ni sauvages, mais que plusieurs usent autant ou plus que nous de raison ; et ayant considéré combien un même homme, avec son même esprit, étant nourri dès son enfance entre des Français ou des Allemands, devient différent de ce qu’il serait s’il avait toujours vécu entre des Chinois ou des cannibales, et comment, jusqu’aux modes de nos habits, la même chose qui nous a plu il y a dix ans, et qui nous plaira peut-être encore avant dix ans, nous semble maintenant extravagante et ridicule ; en sorte que c’est bien plus la coutume et l’exemple qui nous persuade, qu’aucune connaissance certaine ; et que néanmoins la pluralité des voix n’est pas une preuve qui vaille rien, pour les vérités un peu malaisées à découvrir, à cause qu’il est bien plus vraisemblable qu’un homme seul les ait rencontrées que tout un peuple ; je ne pouvais choisir personne dont les opinions me semblassent devoir être préférées à celles des autres, et je me trouvai comme contraint d’entreprendre moi-même de me conduire.
Mais, comme un homme qui marche seul, et dans les ténèbres, je me résolus d’aller si lentement et d’user de tant de circonspection en toutes choses, que si je n’avançais que fort peu, je me garderais bien au moins de tomber. Même je ne voulus point commencer à rejeter tout à fait aucune des opinions qui s’étaient pu glisser autrefois en ma créance sans y avoir été introduites par la raison, que je n’eusse auparavant employé assez de temps à faire le projet de l’ouvrage que j’entreprenais, et à chercher la vraie méthode pour parvenir à la connaissance de toutes les choses dont mon esprit serait capable.
J’avais un peu étudié, étant plus jeune, entre les parties de la philosophie, à la logique, et, entre les mathématiques, à l’analyse des géomètres et à l’algèbre, trois arts ou sciences qui semblaient devoir contribuer quelque chose à mon dessein. Mais, en les examinant, je pris garde que, pour la logique, ses syllogismes et la plupart de ses autres instructions servent plutôt à expliquer à autrui les choses qu’on sait, ou même, comme l’art de Lulle, à parler sans jugement de celles qu’on ignore, qu’à les apprendre ; et bien qu’elle contienne en effet beaucoup de préceptes très vrais et très bons, il y en a toutefois tant d’autres mêlés parmi, qui sont ou nuisibles ou superflus, qu’il est presque aussi malaisé de les en séparer, que de tirer une Diane ou une Minerve hors d’un bloc de marbre qui n’est point encore ébauché. Puis, pour l’analyse des anciens et l’algèbre des modernes, outre qu’elles ne s’étendent qu’à des matières fort abstraites, et qui ne semblent d’aucun usage, la première est toujours si astreinte à la considération des figures, qu’elle ne peut exercer l’entendement sans fatiguer beaucoup l’imagination ; et on s’est tellement assujetti en la dernière à certaines règles et à certains chiffres, qu’on en a fait un art confus et obscur qui embarrasse l’esprit, au lieu d’une science qui le cultive. Ce qui fut cause que je pensai qu’il fallait chercher quelque autre méthode, qui, comprenant les avantages de ces trois, fut exempte de leurs défauts. Et comme la multitude des lois fournit souvent des excuses aux vices, en sorte qu’un état est bien mieux réglé lorsque, n’en ayant que fort peu, elles y sont fort étroitement observées ; ainsi, au lieu de ce grand nombre de préceptes dont la logique est composée, je crus que j’aurais assez des quatre suivants, pourvu que je prisse une ferme et constante résolution de ne manquer pas une seule fois à les observer.
Le premier était de ne recevoir jamais aucune chose pour vraie que je ne la connusse évidemment être telle ; c’est-à-dire, d’éviter soigneusement la précipitation et la prévention, et de ne comprendre rien de plus en mes jugements que ce qui se présenterait si clairement et si distinctement à mon esprit, que je n’eusse aucune occasion de le mettre en doute.
Le second, de diviser chacune des difficultés que j’examinerais, en autant de parcelles qu’il se pourrait, et qu’il serait requis pour les mieux résoudre.
Le troisième, de conduire, par ordre mes pensées, en commençant par les objets les plus simples et les plus aisés à connaître, pour monter peu à peu comme par degrés jusqu’à la connaissance des plus composés, et supposant même de l’ordre entre ceux qui ne se précèdent point naturellement les uns les autres.
Et le dernier, de faire partout des dénombrements si entiers et des revues si générales, que je fusse assuré de ne rien omettre.
Ces longues chaînes de raisons, toutes simples et faciles, dont les géomètres ont coutume de se servir pour parvenir à leurs plus difficiles démonstrations, m’avaient donné occasion de m’imaginer que toutes les choses qui peuvent tomber sous la connaissance des hommes s’entresuivent en même façon, et que, pourvu seulement qu’on s’abstienne d’en recevoir aucune pour vraie qui ne le soit, et qu’on garde toujours l’ordre qu’il faut pour les déduire les unes des autres, il n’y en peut avoir de si éloignées auxquelles enfin on ne parvienne, ni de si cachées qu’on ne découvre. Et je ne fus pas beaucoup en peine de chercher par lesquelles il était besoin de commencer : car je savais déjà que c’était par les plus simples et les plus aisées à connaître ; et, considérant qu’entre tous ceux qui ont ci-devant recherché la vérité dans les sciences, il n’y a eu que les seuls mathématiciens qui ont pu trouver quelques démonstrations, c’est-à-dire quelques raisons certaines et évidentes, je ne doutais point que ce ne fut par les mêmes qu’ils ont examinées ; bien que je n’en espérasse aucune autre utilité, sinon qu’elles accoutumeraient mon esprit à se repaître de vérités, et ne se contenter point de fausses raisons. Mais je n’eus pas dessein pour cela de tâcher d’apprendre toutes ces sciences particulières qu’on nomme communément mathématiques ; et voyant qu’encore que leurs objets soient différents, elles ne laissent pas de s’accorder toutes, en ce qu’elles n’y considèrent autre chose que les divers rapports ou proportions qui s’y trouvent, je pensai qu’il valait mieux que j’examinasse seulement ces proportions en général, et sans les supposer que dans les sujets qui serviraient à m’en rendre la connaissance plus aisée, même aussi sans les y astreindre aucunement, afin de les pouvoir d’autant mieux appliquer après à tous les autres auxquels elles conviendraient. Puis, ayant pris garde que pour les connaître j’aurais quelquefois besoin de les considérer chacune en particulier, et quelquefois seulement de les retenir, ou de les comprendre plusieurs ensemble, je pensai que, pour les considérer mieux en particulier, je les devais supposer en des lignes, à cause que je ne trouvais rien de plus simple, ni que je pusse plus distinctement représenter à mon imagination et à mes sens ; mais que, pour les retenir, ou les comprendre plusieurs ensemble, il fallait que je les expliquasse par quelques chiffres les plus courts qu’il serait possible ; et que, par ce moyen, j’emprunterais tout le meilleur de l’analyse géométrique et de l’algèbre, et corrigerais tous les défauts de l’une par l’autre.
Comme en effet j’ose dire que l’exacte observation de ce peu de préceptes que j’avais choisis me donna telle facilité à démêler toutes les questions auxquelles ces deux sciences s’étendent, qu’en deux ou trois mois que j’employai à les examiner, ayant commencé par les plus simples et plus générales, et chaque vérité que je trouvais étant une règle qui me servait après à en trouver d’autres, non seulement je vins à bout de plusieurs que j’avais jugées autrefois très difficiles, mais il me sembla aussi vers la fin que je pouvais déterminer, en celles même que j’ignorais, par quels moyens et jusqu’où il était possible de les résoudre. En quoi je ne vous paraîtrai peut-être pas être fort vain, si vous considérez que, n’y ayant qu’une vérité de chaque chose, quiconque la trouve en sait autant qu’on en peut savoir ; et que, par exemple, un enfant instruit en l’arithmétique, ayant fait une addition suivant ses règles, se peut assurer d’avoir trouvé, touchant la somme qu’il examinait, tout ce que l’esprit humain saurait ; trouver : car enfin la méthode qui enseigne à suivre le vrai ordre, et à dénombrer exactement toutes les circonstances de ce qu’on cherche, contient tout ce qui donne de la certitude aux règles d’arithmétique.
And as for me, I would undoubtedly have belonged to the latter group if I had never had but one master, or if I had not been aware of the differences that have always existed between the opinions of the most learned people. But having learned since my college days that nothing could be imagined as so strange and unbelievable that it had not already been stated by some philosopher; and subsequently, during my travels, having realized that all those who hold views greatly different from our own are by no means barbarians or savages, but that many of them use reason just as much or even more than we do; and having considered how the same person, with the same mind, would grow up to be quite different if raised among Frenchmen or Germans rather than among Chinese or cannibals, and how—even our own ways of dressing—what once pleased us ten years ago, and may still please us in another ten, now seem to us extravagant and ridiculous; I came to realize that it is custom and example that persuade us far more than any certain knowledge. And yet, the multitude of opinions is not a valid proof for truths that are difficult to discover, for it is far more likely that one individual has stumbled upon such truths than that an entire people has done so. Thus, I found myself with no one whose views I could regard as superior to those of others, and was forced to decide for myself how to conduct myself.
But, like a man walking alone in the darkness, I resolved to move very slowly and to exercise utmost caution in everything I did. Even if I made little progress, at least I would avoid falling. Moreover, I refused to completely reject any opinion that might have somehow entered my beliefs without being introduced there through reason. Instead, I spent considerable time planning the task I undertook and seeking the true method to attain knowledge of all things within my mind’s reach.
When I was younger, I had studied various aspects of philosophy, including logic, as well as mathematics, particularly the analysis of ancient geometry and algebra—three disciplines that seemed to have some potential contribution to my goals. However, upon examining them more closely, I realized that logic, with its syllogisms and most of its other methods, primarily serves to explain things that are already known or, like Rulles’ art, to discuss matters that are unknown without forming judgments, rather than to actually teach them. Indeed, although logic contains many true and valuable principles, it is also mixed with numerous others that are either harmful or superfluous, making it nearly as difficult to separate the useful from the useless as to carve a statue of Diana or Minerva from an unfinished block of marble. As for the analysis of ancient geometry and modern algebra, they deal solely with highly abstract concepts that seem to have little practical use. Moreover, the former is so confined to the study of geometric figures that it exhausts the intellect while hardly stimulating the imagination; the latter, on the other hand, becomes a complicated and obscure art when subjected to rigid rules and formulas, rather than a science that truly enhances understanding. For these reasons, I decided that I needed to find another approach—one that incorporated the strengths of these three disciplines while avoiding their weaknesses. And just as too many laws can sometimes lead to excesses, making a system better regulated by fewer and stricter rules, I believed that four simple principles would be sufficient, so long as I resolved to adhere to them without fail.
The first principle was never to regard anything as true unless I were absolutely certain that it indeed was so; in other words, to avoid both haste and prejudice, and to understand nothing in my judgments beyond what presented itself so clearly and distinctly to my mind that there was no room for doubt at all.
The second method consists in dividing each difficulty I examine into as many parts as possible, and into such segments that they can be more effectively resolved.
The third step is to organize my thoughts in a systematic manner, starting with the simplest and most easily understandable objects, and gradually progressing step by step towards the understanding of more complex ones—assuming even that there is a natural order among those concepts which do not necessarily precede each other in time.
And finally, to conduct counts everywhere that were so thorough and carry out inspections so comprehensive that I was certain of not omitting anything.
These long chains of reasoning—so simple and straightforward—that geometers commonly use to arrive at their most complex demonstrations gave me the idea that all things that can come to human knowledge must arise in the same manner. As long as one refrains from accepting anything as true unless it truly is, and always maintains the proper order necessary to deduce one thing from another, there is no truth too distant or too hidden that cannot ultimately be discovered. I found it quite easy to determine by which means such knowledge should begin; for I already knew that the simplest and most readily understandable principles were the ones to use. Moreover, considering that among all those who had sought truth in the sciences, only mathematicians had succeeded in establishing any definite and evident demonstrations, I had no doubt that they must have relied on precisely these same principles—though I expected no other benefit from them than that they would habituate my mind to seek only truth and reject false reasoning. However, I had no intention of attempting to learn all those specialized sciences commonly called mathematics. Since their subjects, though diverse, were ultimately concerned with the various relationships or proportions that exist within them, I decided it would be more useful to study these proportions in general, without assuming them to exist in any particular contexts that would make them easier to understand—nor restricting my consideration of them to such contexts. In this way, I could apply them more readily to all other situations where they might be applicable. Furthermore, recognizing that sometimes I would need to examine these relationships individually, and at other times merely grasp them collectively or in groups, I decided that to understand them more clearly, I should represent them in the form of lines—since nothing could be simpler or more conducive to my mental visualization. To grasp them collectively, however, I would need to express them using the shortest possible numbers; thereby combining the best aspects of both geometry and algebra, and compensating for the shortcomings of each.
Indeed, I dare say that the precise adherence to these few principles I had chosen enabled me to resolve with great ease all the issues pertaining to these two sciences. In the two or three months I devoted to studying them, starting with the simplest and most general concepts, each truth I discovered served as a rule that helped me uncover others. Not only did I succeed in solving several problems that I had previously found extremely difficult, but towards the end of my research, it also seemed to me that I could determine, even for those issues I still did not understand, what methods could be used and to what extent they could be applied to find solutions. You may not consider this claim particularly boastful if you remember that there is only one truth regarding any given matter, and that anyone who discovers it knows as much as one can possibly know about it. For instance, a child trained in arithmetic, by following the correct procedures to perform an addition, can be certain that he has found out everything that the human mind can know regarding the sum under consideration. To “find” something means, after all, to use a method that teaches one to follow the proper sequence and to accurately identify all the relevant aspects of what is being sought; such a method inherently contains everything necessary to provide certainty in the application of arithmetic rules.
E per quanto mi riguarda, probabilmente sarei stato tra questi ultimi, se non avessi mai avuto un solo maestro, o se non avessi conosciuto le differenze che esistono da sempre tra le opinioni dei più eruditi. Ma avendo imparato fin dal collegio che non si può immaginare nulla di così strano e poco credibile che non sia stato detto da qualche filosofo; e in seguito, viaggiando, aver constatato che coloro i cui sentimenti sono molto diversi dai nostri non sono necessariamente barbari o selvaggi, ma che molti di loro usano la ragione tanto quanto noi, o addirittura di più; e avendo considerato quanto una stessa persona, con lo stesso modo di pensare, cresciuta tra francesi o tedeschi, possa essere diversa da ciò che sarebbe se fosse sempre vissuta tra cinesi o cannibali, e come anche le nostre abitudini vestimentarie possano apparirci ora stravaganti e ridicole, quando dieci anni fa ci piacevano; ho capito che è molto di più la consuetudine e l’esempio a convincerci, piuttosto che qualsiasi conoscenza certa; e tuttavia, la pluralità delle opinioni non costituisce una prova valida per verità un po’ difficili da scoprire, perché è molto più probabile che sia stato un singolo individuo ad averle intuite, piuttosto che un intero popolo. Non riuscivo quindi a scegliere nessuno il cui punto di vista mi sembrasse preferibile agli altri, e così mi sono trovato costretto a decidere da solo come comportarmi.
Ma, come un uomo che cammina da solo e nelle tenebre, decisi di procedere molto lentamente e di essere estremamente cauto in ogni cosa; così, anche se avanzavo molto poco, almeno mi assicuravo di non inciampare. Inoltre, non volli affatto scartare completamente alcuna delle opinioni che in passato fossero entrate nella mia credenza senza essere state introdotte dalla ragione. Prima di tutto, decisi di dedicare abbastanza tempo a pianificare con attenzione l’impresa che intendevo intraprendere e a cercare il metodo giusto per ottenere la conoscenza di tutte le cose di cui il mio intelletto era capace.
Quando ero più giovane, avevo studiato un po’ le varie parti della filosofia, la logica, e tra le materie matematiche, l’analisi geometrica e l’algebra: tre discipline che sembravano poter contribuire in qualche modo al mio obiettivo. Tuttavia, esaminandole attentamente, mi resi conto che, per quanto la logica offrisse molti insegnamenti veri e utili, i suoi sillogismi e gran parte delle sue regole servivano più a spiegare ciò che già si sapeva, o addirittura – come nell’arte di Lullo – a esprimersi senza giudizio su ciò che non si conosceva, piuttosto che ad aiutare veramente nell’apprendimento. Inoltre, l’analisi geometrica e l’algebra moderna riguardavano materie molto astratte e sembravano prive di qualsiasi applicazione pratica; in particolare, la prima era così legata alla considerazione delle figure geometriche da richiedere uno sforzo notevole dell’immaginazione per essere compresa correttamente, mentre l’algebra moderna si basava su regole e simboli complicati, rendendola una disciplina confusa e oscura piuttosto che un vero strumento di conoscenza. Per questo motivo, decisi di cercare un metodo diverso, capace di combinare i vantaggi di queste tre discipline eliminandone gli svantaggi. E poiché spesso una grande quantità di regole può finire per giustificare comportamenti errati, e che uno stato sociale è meglio governato quando tali regole sono poche ma rigorosamente rispettate, pensai che bastassero soltanto quattro principi fondamentali, purché si fosse determinati a seguirli senza mai trasgredirli.
Il primo principio consisteva nel non considerare mai nulla vero se non lo conoscevo chiaramente come tale; in altre parole, evitare accuratamente la precipitazione e i pregiudizi, e comprendere nei propri giudizi soltanto ciò che mi si presentava con tanta chiarezza e distinzione nella mente, al punto da non avere alcuna ragione per dubitarne.
Il secondo consiste nel dividere ciascuna delle difficoltà che esamino in quante parti sia possibile, e necessario per risolverle al meglio.
Il terzo principio consiste nel guidare i propri pensieri, partendo dagli oggetti più semplici e più facilmente conoscibili, per avanzare gradualmente, come su gradini, verso la comprensione di quelli più complessi; inoltre, si deve presupporre l’esistenza di un ordine tra quegli elementi che naturalmente non seguono uno dopo l’altro.
E infine, effettuare in ogni luogo conteggi così completi e ispezioni così approfondite, da poter essere certo di non tralasciare nulla.
Queste lunghe catene di ragionamenti, semplici e facili da comprendere, che i geometri solitamente utilizzano per giungere alle loro dimostrazioni più complesse, mi avevano fatto pensare che tutte le cose che possono essere conosciute dagli uomini si svolgano nello stesso modo. Ero convinto che, purché ci si astenesse dal considerare vere quelle che non lo sono realmente e si mantenesse sempre l’ordine necessario per dedurle l’una dall’altra, non esistesse nulla di così remoto o nascosto da non poter essere scoperto. Non ebbe quindi molta difficoltà nel capire da dove iniziare: sapevo già che ciò avrebbe dovuto avvenire attraverso i concetti più semplici e facilmente comprensibili. Inoltre, considerando che tra tutti coloro che avevano cercato la verità nelle scienze, solo i matematici erano riusciti a trovare dimostrazioni certe ed evidenti, non dubitavo che ciò fosse stato possibile grazie agli stessi metodi che loro avevano utilizzato. Anche se non speravo in alcun altro beneficio da queste conoscenze, oltre a quello di abituare il mio spirito ad alimentarsi solo di verità e a non accontentarmi di ragionamenti falsi, non intendevo comunque studiare tutte quelle scienze particolari che comunemente vengono chiamate matematiche. Notando inoltre che, sebbene i loro oggetti fossero diversi, esse avevano comunque in comune il fatto di considerare soltanto le varie relazioni o proporzioni che vi si trovavano, decisi che fosse meglio esaminare queste proporzioni in generale, senza presupporle necessariamente legate a determinati argomenti che potessero renderne la comprensione più facile, né limitarle a tali contesti. In questo modo, avrei potuto applicarle con maggiore facilità a tutti gli altri casi in cui fossero appropriate. Infine, rendendomi conto che per comprenderle a fondo talvolta sarebbe stato necessario considerarle singolarmente e altre volte semplicemente ricordarle o collegarle tra loro, pensai che per analizzarle più attentamente avrei dovuto rappresentarle sotto forma di linee, poiché non esisteva nulla di più semplice; mentre per ricordarle o collegarle insieme sarebbe stato necessario spiegarle attraverso numeri il più brevi possibile. In questo modo, avrei potuto trarre il meglio sia dall’analisi geometrica che dall’algebra, correggendo così i difetti di ciascuna di queste discipline.
Poiché, in effetti, oso affermare che l’osservazione attenta di quei pochi principi che avevo scelto mi ha fornito una tale facilità nel risolvere tutte le questioni che queste due discipline trattano, che in soli due o tre mesi dedicati allo studio, partendo da quelle più semplici e generali, ogni verità scoperta è diventata per me una regola utile per individuarne altre. Non solo sono riuscito a risolvere molte questioni che in precedenza ritenevo molto complesse, ma alla fine ho anche capito, anche per quelle che ignoravo, con quali metodi e fino a che punto fosse possibile risolverle. In questo non vi sembrerò forse troppo presuntuoso, se considerate che, poiché esiste una sola verità su ogni cosa, chi la scopre sa già tutto ciò che si può sapere al riguardo; e che, ad esempio, un bambino istruito in aritmetica, eseguendo un calcolo seguendo le regole stabilite, può essere certo di aver trovato, riguardo alla somma che stava analizzando, tutto ciò che l’intelletto umano è in grado di conoscere. Trovare, infatti: poiché il metodo che insegna a seguire l’ordine corretto e a individuare con precisione tutte le circostanze relative al problema da risolvere contiene già tutto ciò che conferisce certezza alle regole dell’aritmetica.
Mais ce qui me contentait le plus de cette méthode était que par elle j’étais assuré d’user en tout de ma raison, sinon parfaitement, au moins le mieux qui fut en mon pouvoir : outre que je sentais, en la pratiquant, que mon esprit s’accoutumait peu à peu à concevoir plus nettement et plus distinctement ses objets ; et que, ne l’ayant point assujettie à aucune matière particulière, je me promettais de l’appliquer aussi utilement aux difficultés des autres sciences que j’avais fait à celles de l’algèbre. Non que pour cela j’osasse entreprendre d’abord d’examiner toutes celles qui se présenteraient, car cela même eût été contraire à l’ordre qu’elle prescrit : mais, ayant pris garde que leurs principes devaient tous être empruntés de la philosophie, en laquelle je n’en trouvais point encore de certains, je pensai qu’il fallait avant tout que je tâchasse d’y en établir ; et que, cela étant la chose du monde la plus importante, et où la précipitation et la prévention étaient le plus à craindre, je ne devais point entreprendre d’en venir à bout que je n’eusse atteint un âge bien plus mûr que celui de vingt-trois ans que j’avais alors, et que je n’eusse auparavant employé beaucoup de temps à m’y préparer, tant en déracinant de mon esprit toutes les mauvaises opinions que j’y avais reçues avant ce temps-là, qu’en faisant amas de plusieurs expériences, pour être après la matière de mes raisonnements, et en m’exerçant toujours en la méthode que je m’étais prescrite, afin de m’y affermir de plus en plus.
Troisième partie
Et enfin, comme ce n’est pas assez, avant de commencer à rebâtir le logis où on demeure, que de l’abattre, et de faire provision de matériaux et d’architectes, ou s’exercer soi-même à l’architecture, et outre cela d’en avoir soigneusement tracé de dessin, mais qu’il faut aussi s’être pourvu de quelque autre où on puisse être logé commodément pendant le temps qu’on y travaillera ; ainsi, afin que je ne demeurasse point irrésolu en mes actions, pendant que la raison m’obligerait de l’être en mes jugements, et que je ne laissasse pas de vivre dès lors le plus heureusement que je pourrais, je me formai une morale par provision, qui ne consistait qu’en trois ou quatre maximes dont je veux bien vous faire part.
La première était d’obéir aux lois et aux coutumes de mon pays, retenant constamment la religion en laquelle Dieu m’a fait la grâce d’être instruit dès mon enfance, et me gouvernant en toute autre chose suivant les opinions les plus modérées et les plus éloignées de l’excès qui fussent communément reçues en pratique par les mieux sensés de ceux avec lesquels j’aurais à vivre. Car, commençant dès lors à ne compter pour rien les miennes propres, à cause que je les voulais remettre toutes à l’examen, j’étais assuré de ne pouvoir mieux que de suivre celles des mieux sensés. Et encore qu’il y en ait peut-être d’aussi bien sensés parmi les Perses ou les Chinois que parmi nous, il me semblait que le plus utile était de me régler selon ceux avec lesquels j’aurais à vivre ; et que, pour savoir quelles étaient véritablement leurs opinions, je devais plutôt prendre garde à ce qu’ils pratiquaient qu’à ce qu’ils disaient, non seulement à cause qu’en la corruption de nos mœurs il y a peu de gens qui veuillent dire tout ce qu’ils croient, mais aussi à cause que plusieurs l’ignorent eux-mêmes ; car l’action de la pensée par laquelle on croit une chose étant différente de celle par laquelle on connaît qu’on la croit, elles sont souvent l’une sans l’autre. Et, entre plusieurs opinions également reçues, je ne choisissais que les plus modérées, tant à cause que ce sont toujours les plus commodes pour la pratique, et vraisemblablement les meilleures, tous excès ayant coutume d’être mauvais, comme aussi afin de me détourner moins du vrai chemin, en cas que je faillisse, que si, ayant choisi l’un des extrêmes, c’eût été l’autre qu’il eût fallu suivre. Et particulièrement je mettais entre les excès toutes les promesses par lesquelles on retranche quelque chose de sa liberté ; non que je désapprouvasse les lois, qui, pour remédier à l’inconstance des esprits faibles, permettent, lorsqu’on a quelque bon dessein, ou même, pour la sûreté du commerce, quelque dessein qui n’est qu’indifférent, qu’on fasse des vœux ou des contrats qui obligent à y persévérer : mais à cause que je ne voyais au monde aucune chose qui demeurât toujours en même état, et que, pour mon particulier, je me promettais de perfectionner de plus en plus mes jugements, et non point de les rendre pires, j’eusse pensé commettre une grande faute contre le bon sens, si, pour ce que j’approuvais alors quelque chose, je me fusse obligé de la prendre pour bonne encore après, lorsqu’elle aurait peut-être cessé de l’être, ou que j’aurais cessé de l’estimer telle.
Ma seconde maxime était d’être le plus ferme et le plus résolu en mes actions que je pourrais, et de ne suivre pas moins constamment les opinions les plus douteuses lorsque je m’y serais une fois déterminé, que si elles eussent été très assurées : imitant en ceci les voyageurs, qui, se trouvant égarés en quelque forêt, ne doivent pas errer en tournoyant tantôt d’un côté tantôt d’un autre, ni encore moins s’arrêter en une place, mais marcher toujours le plus droit qu’ils peuvent vers un même côté, et ne le changer point pour de faibles raisons, encore que ce n’ait peut-être été au commencement que le hasard seul qui les ait déterminés à le choisir ; car, par ce moyen, s’ils ne vont justement où ils désirent, ils arriveront au moins à la fin quelque part où vraisemblablement ils seront mieux que dans le milieu d’une forêt. Et ainsi les actions de la vie ne souffrant souvent aucun délai, c’est une vérité très certaine que, lorsqu’il n’est pas en notre pouvoir de discerner les plus vraies opinions, nous devons suivre les plus probables ; et même qu’encore que nous ne remarquions point davantage de probabilité aux unes qu’aux autres, nous devons néanmoins nous déterminer à quelques-unes, et les considérer après, non plus comme douteuses en tant qu’elles se rapportent à la pratique, mais comme très vraies et très certaines, à cause que la raison qui nous y a fait déterminer se trouve telle. Et ceci fut capable dès lors de me délivrer de tous les repentirs et les remords qui ont coutume d’agiter les consciences de ces esprits faibles et chancelants qui se laissent aller inconstamment à pratiquer comme bonnes les choses qu’ils jugent après être mauvaises.
Ma troisième maxime était de tâcher toujours plutôt à me vaincre que la fortune, et à changer mes désirs que l’ordre du monde, et généralement de m’accoutumer à croire qu’il n’y a rien qui soit entièrement en notre pouvoir que nos pensées, en sorte qu’après que nous avons fait notre mieux touchant les choses qui nous sont extérieures, tout ce qui manque de nous réussir est au regard de nous absolument impossible. Et ceci seul me semblait être suffisant pour m’empêcher de rien désirer à l’avenir que je n’acquisse, et ainsi pour me rendre content ; car notre volonté ne se portant naturellement à désirer que les choses que notre entendement lui représente en quelque façon comme possibles, il est certain que si nous considérons tous les biens qui sont hors de nous comme également éloignés de notre pouvoir, nous n’aurons pas plus de regret de manquer de ceux qui semblent être dus à notre naissance, lorsque nous en serons privés sans notre faille, que nous avons de ne posséder pas les royaumes de la Chine ou de Mexique ; et que faisant, comme on dit, de nécessité vertu, nous ne désirerons pas davantage d’être sains étant malades, ou d’être libres étant en prison, que nous faisons maintenant d’avoir des corps d’une matière aussi peu corruptible que les diamants, ou des ailes pour voler comme les oiseaux. Mais j’avoue qu’il est besoin d’un long exercice, et d’une méditation souvent réitérée, pour s’accoutumer à regarder de ce biais toutes les choses ; et je crois que c’est principalement en ceci que consistait le secret de ces philosophes qui ont pu autrefois se soustraire de l’empire de la fortune, et, malgré les douleurs et la pauvreté, disputer de la félicité avec leurs dieux. Car, s’occupant sans cesse à considérer les bornes qui leur étaient prescrites par la nature, ils se persuadaient si parfaitement que rien n’était en leur pouvoir que leurs pensées, que cela seul était suffisant pour les empêcher d’avoir aucune affection pour d’autres choses ; et ils disposaient d’elles si absolument qu’ils avaient en cela quelque raison de s’estimer plus riches et plus puissants et plus fibres et plus heureux qu’aucun des autres hommes, qui, n’ayant point cette philosophie, tant favorisés de la nature et de la fortune qu’ils puissent être, ne disposent jamais ainsi de tout ce qu’ils veulent.
But what pleased me most about this method was that it ensured that I would use all my reason—insofar as it was possible, at least—to the greatest extent of my ability. Moreover, in practicing it, I felt that my mind gradually became accustomed to conceiving its objects more clearly and distinctly. And since I had not subjected this method to any particular subject matter, I resolved to apply it as usefully to the difficulties of other sciences as I had done to those of algebra. It is true that I did not dare attempt to examine all the problems that might arise at once, for doing so would have been contrary to the order prescribed by this method. However, since I realized that the principles of these sciences must all be derived from philosophy—and since I had not yet found certain principles in philosophy—I decided that it was essential first to try to establish them there. And since this was undoubtedly the most important task of all, and one in which haste and premature action would be particularly dangerous, I resolved not to attempt to complete it until I had reached a much more mature age than the twenty-three years I then had. Before doing so, I planned to spend considerable time preparing myself: by eradicating all the wrong ideas that had been implanted in my mind up to that point, by accumulating various experiences to provide the basis for my reasoning, and by constantly practicing the method I had chosen for myself, so as to become increasingly proficient in it.
Third Part
And finally, since this alone is not enough, before beginning to rebuild the house in which one lives, it is first necessary to demolish it and procure the necessary materials and architects, or else learn architecture oneself. In addition, it is essential to have carefully drawn plans. Moreover, one must also find another place where to live comfortably during the time spent on the construction. Therefore, so that I would not be indecisive in my actions, when reason would demand it of me in my judgments, and so that I could live as happily as possible, I formulated a set of principles for my guidance, which consisted of only three or four maxims that I am willing to share with you.
The first principle was to obey the laws and customs of my country, always adhering to the religion in which God had granted me the grace of being educated since my childhood. In all other matters, I sought to guide myself by the most moderate opinions, those farthest removed from excesses commonly practiced by the wisest among those with whom I would live. For, from that moment on, I decided to set aside my own opinions entirely, reserving the right to reevaluate them all. I was certain that following the views of the wise would be the best course for me. Moreover, even if there might be people as sensible among the Persians or Chinese as among us, I believed it would be most practical to regulate my behavior according to the standards of those with whom I lived. To truly understand their opinions, I thought it was more important to observe what they actually did than what they said—not only because in the degenerate state of our morals, few people are willing to express exactly what they believe, but also because many of them are unaware of their own beliefs. After all, the way in which one thinks about something and believes in it is often different from the way in which one realizes that they believe it; these two processes are frequently separate. Among various widely accepted opinions, I would only choose the most moderate ones—because they are always the most convenient for practical application and are likely to be the best. All extremes tend to be harmful, and by choosing the moderate path, I could minimize the risk of deviating from the true way, even if I should make a mistake. In particular, I considered any form of commitment that restricted one’s freedom to be an extreme. This was not because I disapproved of laws that, in order to address the fickleness of weak-minded people or to ensure the smooth conduct of trade, allow individuals to make vows or contracts binding them to certain actions—but because I recognized that nothing in this world remains constant forever. For my own sake, I resolved to continuously improve my judgment rather than degrade it. Therefore, I would have considered it a grave mistake against common sense to adhere stubbornly to something I might later come to judge differently.
My second maxim was to be as firm and resolute in my actions as possible, and to consistently follow even the most doubtful opinions once I had made up my mind to do so, just as if they were utterly certain. In this regard, I followed the example of travelers who, when lost in a forest, should not wander aimlessly back and forth, nor stop in one place, but rather march straight in one direction as much as possible, without changing it for trivial reasons—even if at first it was merely chance that led them to choose that path. For in this way, even if they do not end up where they intended, they will at least reach some place where they are likely to be in a better situation than in the middle of the forest. Moreover, since actions in life often allow for no delay, it is an undeniable truth that when we are unable to distinguish between the most accurate opinions, we must follow those that seem the most probable. Even if we cannot perceive any greater likelihood in some opinions over others, we must still decide upon one of them and regard it thereafter not as doubtful in practice, but as absolutely true and certain, simply because the reason that led us to choose it is deemed sufficient. This principle enabled me to free myself from all those regrets and remorse that often plague the consciences of weak and indecisive individuals who inconsistently pursue what they later judge to be bad things as if they were good.
My third maxim was always to strive to conquer myself rather than to manipulate fortune, and to alter my desires rather than to try to change the order of the world. In general, I made it a habit to believe that nothing within our power truly lies except our own thoughts. Thus, after doing our best regarding things that are external to us, everything that fails to succeed becomes absolutely impossible in our eyes. This alone, I felt, was sufficient to prevent me from desiring anything in the future that I could not attain, and thus to keep me content. For our will naturally tends only to desire those things that our understanding presents to us as possible. Therefore, if we consider all possessions that lie outside of us as equally beyond our reach, we will feel no regret at missing out on those that seem inherent to our birth, just as we would not lament not possessing the kingdoms of China or Mexico. By turning necessity into virtue in this way, we would not desire to be healthy when sick, or free when imprisoned, any more than we currently desire to have bodies made of a material as indestructible as diamonds or wings to fly like birds. However, I admit that it requires long practice and frequent reflection to learn to view all things in this light. I believe that this was precisely the secret behind those philosophers who were able to escape the dominion of fortune and, despite suffering and poverty, claim to be as happy as their gods. For by constantly reminding themselves of the limits imposed upon them by nature, they came to firmly believe that nothing was within their power except their own thoughts. This belief alone was enough to prevent them from coveting anything else; and it allowed them to possess these things so absolutely that they considered themselves far richer, more powerful, and happier than any other man, who, lacking such philosophy, no matter how favored by nature and fortune, could never truly possess everything they desired.
Ma ciò che mi soddisfaceva di più in questa metodologia era il fatto che, attraverso di essa, ero certo di utilizzare sempre la mia ragione, se non perfettamente, almeno nel modo migliore possibile: inoltre, praticandola, sentivo che il mio intelletto si abituava gradualmente a concepire i suoi oggetti in modo più chiaro e distinto; e poiché non l’avevo legata ad alcuna materia specifica, mi promettevo di applicarla altrettanto utilmente alle difficoltà delle altre scienze quanto l’avevo fatto per quelle dell’algebra. Non che questo significasse che osassi subito esaminare tutte le questioni che si sarebbero presentate, poiché anche questo sarebbe stato contrario all’ordine che essa prescriveva; ma, essendo consapevole che i suoi principi dovevano essere tutti tratti dalla filosofia – nella quale però non ne trovavo ancora alcuni certi – pensai che fosse necessario prima di tutto cercare di stabilirli; e poiché questa era la cosa più importante del mondo, e in cui le precipitazioni e gli errori erano i più temibili, decisi che non avrei tentato di portare a termine tale compito fino a quando non avessi raggiunto un’età molto più matura rispetto ai ventitré anni che avevo allora, e finché non avessi dedicato molto tempo a prepararmi: sia eliminando dal mio pensiero tutte le cattive opinioni che vi avevo acquisito in precedenza, sia accumulando molte esperienze per poter poi fondare i miei ragionamenti su di esse, e continuando sempre ad esercitarmi con la metodologia che mi ero imposto, al fine di rafforzarla ulteriormente.
Terza parte
E infine, poiché questo non basta, prima di iniziare a ricostruire la casa in cui si vive, è necessario prima demolirla, procurarsi materiali e architetti, oppure imparare personalmente l’architettura; inoltre, è fondamentale disegnare con cura i progetti. È anche essenziale trovare un alloggio temporaneo dove potersi sistemare comodamente durante il periodo di lavori. Pertanto, affinché non rimanessi indeciso nelle mie azioni, mentre la ragione mi imponeva di esserlo nei miei giudizi, e affinché potessi vivere nel modo più felice possibile in quel periodo, mi formai una sorta di “morale provvisoria”, composta soltanto da tre o quattro massime che desidero condividere con voi.
La prima regola che mi impostavo era quella di obbedire alle leggi e ai costumi del mio paese, mantenendo sempre la religione nella quale Dio mi aveva concesso la grazia di essere educato fin dall’infanzia; in ogni altra questione, mi guidavo seguendo le opinioni più moderate e lontane da qualsiasi eccesso fosse comunemente praticato dalle persone più sagge tra quelle con cui avrei dovuto convivere. Poiché, a partire da quel momento, decisi di non dare alcun valore alle mie proprie opinioni, poiché intendevo sottoporle tutte a un esame critico, ero certo che non avrei potuto fare altro che seguire quelle delle persone più sagge. E anche se tra i Persiani o i Cinesi potessero esserci persone altrettanto sagge quanto tra di noi, mi sembrava più utile regolarmi secondo le abitudini di coloro con cui avrei dovuto vivere; e per conoscere quali fossero veramente le loro opinioni, dovevo prestare maggiore attenzione a ciò che praticavano piuttosto che a ciò che dicevano, non solo perché nella corruzione dei nostri costumi pochi sono disposti ad esprimere apertamente ciò in cui credono, ma anche perché molti di loro lo ignorano persino loro stessi; infatti l’azione della mente attraverso la quale si crede in qualcosa è diversa da quella attraverso la quale si sa di crederci, e spesso queste due azioni sono separate. Tra le varie opinioni comunemente accettate, sceglievo soltanto quelle più moderate, sia perché sono sempre le più convenienti per la pratica quotidiana e probabilmente anche le migliori, poiché ogni eccesso di solito conduce al male, sia anche per evitare di allontanarmi troppo dal vero cammino, nel caso in cui potessi sbagliare; in particolare, consideravo tutti gli impegni che ci costringono a rinunciare a parte della nostra libertà come esempi di eccesso. Non che disapprovassi le leggi, che, al fine di correggere l’incostanza delle persone deboli, permettono, quando si ha un buon proposito o anche semplicemente per la sicurezza degli scambi commerciali, di fare promesse o contratti che impongono di mantenerle; ma perché non vedo nel mondo nulla che rimanga sempre nello stesso stato, e poiché mi ero impegnato a migliorare costantemente i miei giudizi e non ad peggiorarli, avrei ritenuto di commettere un grave errore contro il buon senso se, per ciò che allora approvavo, fossi stato costretto a considerarlo ancora valido in seguito, anche quando forse avesse smesso di esserlo o io stesso avessi cambiato opinione al riguardo.
La mia seconda massima era quella di essere il più deciso e risoluto possibile nelle mie azioni, e di seguire costantemente anche le opinioni più dubbi una volta che mi fossi deciso per esse, come se fossero assolutamente certe; imitando in questo i viaggiatori che, essendosi smarriti in una foresta, non devono vagare senza meta da un lato all’altro, né tantomeno fermarsi in un luogo qualsiasi, ma devono procedere sempre dritti verso una direzione precisa, senza cambiarla per motivi insignificanti, anche se all’inizio fosse stato solo il caso a determinarli a scegliere quella strada. Poiché, in questo modo, anche se non arrivano esattamente dove desiderano, finiranno comunque in un luogo che molto probabilmente sarà migliore di quello in cui si trovavano all’inizio. E poiché le azioni della vita spesso non lasciano tempo per riflettere, è una verità assoluta che, quando non possiamo distinguere quali siano le opinioni più vere, dobbiamo seguire quelle che sembrano più probabili; e anche se non notiamo alcuna differenza di probabilità tra queste opinioni, dobbiamo comunque deciderci per una di esse e considerarla, in seguito, non più come dubbia, ma come assolutamente vera e certa, poiché la ragione che ci ha spinti a sceglierla è effettivamente valida. Questo principio mi ha permesso di liberarmi da tutti i rimpianti e i pentimenti che solitamente turbano le coscienze di coloro che sono indecisi e incerti, e che seguono capricciariamente ciò che ritengono giusto, anche quando in realtà è sbagliato.
La mia terza massima era quella di cercare sempre, piuttosto che di sconfiggere la fortuna, di modificare i miei desideri piuttosto che cambiare l’ordine del mondo, e in generale di abituarmi a credere che non ci sia nulla che sia interamente nelle nostre possibilità se non i nostri pensieri. Quindi, dopo aver fatto del mio meglio riguardo alle cose esterne a noi, tutto ciò che non riusciva a realizzare mi sembrava assolutamente impossibile. E questo solo mi pareva sufficiente per impedirmi di desiderare in futuro qualcosa che non potessi ottenere, e così per rendermi soddisfatto: poiché la nostra volontà tende naturalmente a desiderare soltanto quelle cose che il nostro intelletto considera possibili in qualche modo, è certo che se consideriamo tutti i beni che ci sono al di fuori di noi come altrettanto lontani dalla nostra capacità di ottenerli, non proveremo alcun rimpianto per la mancanza di quelli che sembrano doverci essere dati alla nascita, quando ne saremo privati senza colpa nostra, così come non proviamo rimpianti per non possedere i regni della Cina o del Messico; e poiché, come si dice, trasformiamo la necessità in virtù, non desidereremo di essere sani se siamo malati, o liberi se siamo in prigione, così come ora non desideriamo di avere corpi fatti di una materia tanto indegradabile quanto i diamanti, o ali per volare come gli uccelli. Tuttavia ammetto che sia necessario un lungo esercizio e una frequente riflessione per abituarsi a considerare tutte le cose in questo modo; e credo che sia proprio in questo che consistesse il segreto di quei filosofi che un tempo riuscirono a sfuggire al dominio della fortuna e, nonostante dolori e povertà, poter competere con gli dei per la felicità. Poiché si dedicavano costantemente a considerare i limiti imposti loro dalla natura, si convincevano così perfettamente che nulla era nelle loro possibilità se non i loro pensieri, che questo solo era sufficiente per impedire loro di provare alcun affetto per altre cose; e le gestivano in modo così assoluto da avere motivo di ritenersi più ricchi, potenti, felici di qualsiasi altro uomo, il quale, privo di questa filosofia, pur essendo tanto favorito dalla natura e dalla fortuna, non riesce mai a disporre di tutto ciò che desidera.
Enfin, pour conclusion de cette morale, je m’avisai de faire une revue sur les diverses occupations qu’ont les hommes en cette vie, pour tâcher à faire choix de la meilleure ; et, sans que je veuille rien dire de celles des autres, je pensai que je ne pouvais mieux que de continuer en celle-là même où je me trouvais, c’est-à-dire que d’employer toute ma vie à cultiver ma raison, et m’avancer autant que je pourrais en la connaissance de la vérité, suivant la méthode que je m’étais prescrite.
J’avais éprouvé de si extrêmes contentements depuis que j’avais commencé à me servir de cette méthode, que je ne croyais pas qu’on en pût recevoir de plus doux ni de plus innocents en cette vie ; et découvrant tous les jours par son moyen quelques vérités qui me semblaient assez importantes et communément ignorées des autres hommes, la satisfaction que j’en avais remplissait tellement mon esprit que tout le reste ne me touchait point. Outre que les trois maximes précédentes n’étaient fondées que sur le dessein que j’avais de continuer à m’instruire : car Dieu nous ayant donné à chacun quelque lumière pour discerner le vrai d’avec le faux, je n’eusse pas cru me devoir contenter des opinions d’autrui un seul moment, si je ne me fusse proposé d’employer mon propre jugement à les examiner lorsqu’il serait temps ; et je n’eusse su m’exempter de scrupule en les suivant, si je n’eusse espéré de ne perdre pour cela aucune occasion d’en trouver de meilleures en cas qu’il y en eût ; et enfin, je n’eusse su borner mes désirs ni être content, si je n’eusse suivi un chemin par lequel, pensant être assuré de l’acquisition de toutes les connaissances dont je serais capable, je le pensais être par même moyen de celle de tous les vrais biens qui seraient jamais en mon pouvoir ; d’autant que, notre volonté ne se portant à suivre ni à fuir aucune chose que selon que notre entendement la lui représente bonne ou mauvaise, il suffit de bien juger pour bien faire, et de juger le mieux qu’on puisse pour faire aussi tout son mieux, c’est-à-dire pour acquérir toutes les vertus, et ensemble tous les autres biens qu’on puisse acquérir ; et lorsqu’on est certain que cela est, on ne saurait manquer d’être content.
Après m’être ainsi assuré de ces maximes, et les avoir mises à part avec les vérités de la foi, qui ont toujours été les premières en ma créance, je jugeai que pour tout le reste de mes opinions je pouvais librement entreprendre de m’en défaire. Et d’autant que j’espérais en pouvoir mieux venir à bout en conversant avec les hommes qu’en demeurant plus longtemps renfermé dans le poêle où j’avais eu toutes ces pensées, l’hiver n’était pas encore bien achevé que je me remis à voyager. Et en toutes les neuf années suivantes je ne fis autre chose que rouler çà et là dans le monde, tâchant d’y être spectateur plutôt qu’acteur en toutes les comédies qui s’y jouent ; et, faisant particulièrement réflexion en chaque matière sur ce qui la pouvait rendre suspecte et nous donner occasion de nous méprendre, je déracinais cependant de mon esprit toutes les erreurs qui s’y étaient pu glisser auparavant. Non que j’imitasse pour cela les sceptiques, qui ne doutent que pour douter, et affectent d’être toujours irrésolus ; car, au contraire, tout mon dessein ne tendait qu’à m’assurer, et à rejeter la terre mouvante et le sable pour trouver le roc ou l’argile. Ce qui me réussissait, ce me semble, assez bien, d’autant que, tâchant à découvrir la fausseté ou l’incertitude des propositions que j’examinais, non par de faibles conjectures, mais par des raisonnements clairs et assurés, je n’en rencontrais point de si douteuse que je n’en tirasse toujours quelque conclusion assez certaine, quand ce n’eût été que cela même qu’elle ne contenait rien de certain. Et, comme, en abattant un vieux logis, on en réserve ordinairement les démolitions pour servir à en bâtir un nouveau, ainsi, en détruisant toutes celles de mes opinions que je jugeais être mal fondées, je faisais diverses observations et acquérais plusieurs expériences qui m’ont servi depuis à en établir de plus certaines. Et de plus je continuais à m’exercer en la méthode que je m’étais prescrite ; car, outre que j’avais soin de conduire généralement toutes mes pensées selon les règles, je me réservais de temps en temps quelques heures, que j’employais particulièrement à la pratiquer en des difficultés de mathématique, ou même aussi en quelques autres que je pouvais rendre quasi semblables à celles des mathématiques, en les détachant de tous les principes des autres sciences que je ne trouvais pas assez fermes, comme vous verrez que j’ai fait en plusieurs qui sont expliquées en ce volume. Et ainsi, sans vivre d’autre façon en apparence que ceux qui, n’ayant aucun emploi qua passer une vie douce et innocente, s’étudient à séparer les plaisirs des vices, et qui, pour jouir de leur loisir sans s’ennuyer, usent de tous les divertissements qui sont honnêtes, je ne laissais pas de poursuivre en mon dessein, et de profiter en la connaissance de la vérité, peut-être plus que si je n’eusse fait que lire des livres ou fréquenter des gens de lettres.
Toutefois ces neuf ans s’écoulèrent avant que j’eusse encore pris aucun parti touchant les difficultés qui ont coutume d’être disputées entre les doctes, ni commencé à chercher les fondements d’aucune philosophie plus certaine que la vulgaire. Et l’exemple de plusieurs excellents esprits, qui en ayant eu ci-devant le dessein me semblaient n’y avoir pas réussi, m’y faisait imaginer tant de difficulté, que je n’eusse peut-être pas encore sitôt osé l’entreprendre, si je n’eusse vu que quelques-uns faisaient déjà courre le bruit que j’en étais venu à bout. Je ne saurais pas dire sur quoi ils fondaient cette opinion ; et si j’y ai contribué quelque chose par mes discours, ce doit avoir été en confessant plus ingénument ce que j’ignorais, que n’ont coutume de faire ceux qui ont un peu étudié, et peut-être aussi en faisant voir les raisons que j’avais de douter de beaucoup de choses que les autres estiment certaines, plutôt qu’en me vantant d’aucune doctrine. Mais ayant le cœur assez bon pour ne vouloir point qu’on me prit pour autre que je n’étais, je pensai qu’il fallait que je tâchasse par tous moyens à me rendre digne de la réputation qu’on me donnait ; et il y a justement huit ans que ce désir me fit résoudre à m’éloigner de tous les lieux où je pou vois avoir des connaissances, et à me retirer ici, en un pays où la longue durée de la guerre a fait établir de tels ordres, que les armées qu’on y entretient ne semblent servir qu’à faire qu’on y jouisse des fruits de la paix avec d’autant plus de sûreté, et où, parmi la foule d’un grand peuple fort actif, et plus soigneux de ses propres affaires que curieux de celles d’autrui, sans manquer d’aucune des commodités qui sont dans les villes les plus fréquentées, j’ai pu vivre aussi solitaire et retiré que dans les déserts les plus écartés.
Quatrième partie
Finally, as a conclusion to this reflection, I decided to examine the various occupations that people engage in throughout their lives, in order to try and choose the best one. Without wishing to comment on others, I felt that there was no better choice than to continue with the very occupation I was already engaged in—that is, to devote my entire life to cultivating my reason and striving as much as possible to gain a deeper understanding of the truth, by following the method I had for myself.
I had experienced such extreme pleasures ever since I began to employ this method that I did not believe it was possible to obtain any sweeter or more innocent delights in this life. Every day, by means of it, I discovered various truths that seemed quite important and generally unknown to other people; the satisfaction I derived from these discoveries filled my mind so entirely that nothing else could affect me at all. Moreover, the three principles I had established were based solely on my resolve to continue learning. For since God has given each of us some light to distinguish truth from falsehood, I would never have considered accepting the opinions of others for one single moment if it had not been my intention to use my own judgment to examine them when the time came. And I would not have felt any remorse in following their advice if I had not believed that by doing so I would not miss any opportunity to discover better ones, should such exist. Finally, I would not have been able to limit my desires or feel satisfied unless I had chosen a path that, in my belief, would not only enable me to acquire all the knowledge within my grasp but also lead me to all the true blessings that might ever be mine. Since our will is guided solely by what our understanding tells us to be good or bad, it follows that by making the right judgments we can do the right things; and by judging as wisely as possible, we can strive to achieve all virtue and thus obtain all other blessings that are within our reach. And when we are certain of this, there is no reason at all for us not to be satisfied.
After thus ensuring myself of these principles and setting them aside along with the truths of faith, which had always been at the forefront of my beliefs, I concluded that I could freely abandon all other opinions I held. Moreover, since I hoped to accomplish this more effectively through conversation with others than by remaining confined in the solitude where I had formed these thoughts, I resumed my travels before winter was even fully over. For the next nine years, I spent my time wandering about the world, striving to be a spectator rather than an actor in all the various “dramas” that unfolded there. In every matter, I carefully considered what might render it questionable or lead us to misunderstandings, and thus eradicated from my mind all the errors that had previously taken root there. I did not follow in the footsteps of skeptics who doubt merely for the sake of doubting, pretending always to be indecisive; on the contrary, my sole goal was to seek certainty and discard what was uncertain or unstable in order to find solid ground. It seems that I was quite successful in this endeavor, for by examining propositions critically and rationally, I never encountered one that was so doubtful that I could not draw some fairly certain conclusion from it—even if that conclusion turned out to be simply that the proposition contained nothing definite at all. Moreover, just as the debris from the demolition of an old building is often used to construct a new one, I made use of the insights gained by dismissing those opinions I deemed unfounded to acquire new knowledge and form more solid beliefs. In addition, I continued to practice the method I had for myself: aside from ensuring that all my thoughts followed established rules, I set aside specific hours each day to apply this method to complex mathematical problems—or even to other issues that I could liken to mathematical ones by separating them from the principles of other sciences whose foundations I found insufficiently solid. As you will see in several chapters explained in this volume, I pursued this approach without leading a life different from that of those who seek to separate pleasure from vice and enjoy their leisure in honest pursuits, yet I achieved far more in my pursuit of truth than if I had merely read books or frequented scholars.
However, it took me nine years before I took any position on the various issues that are commonly debated among scholars, nor did I begin to seek the foundations of any philosophy more certain than the ordinary one. The examples of several excellent minds, who had previously attempted to do so but seemed to have failed, filled me with such apprehensions about the difficulties involved that I might not have dared to undertake it so soon, had it not been for the rumors that some people were already saying that I had succeeded. I cannot say upon what basis they formed this opinion; and if I contributed in any way to it through my discussions, it was probably by more honestly admitting what I did not know—something that those who have studied a little are usually reluctant to do—and perhaps also by presenting the reasons why I doubted many things that others considered certain, rather than by boasting about any particular doctrine. But since I had a sincere desire not to be perceived in any other light than my true self, I felt it was my duty to do everything possible to earn the reputation that people gave me. It was exactly eight years ago that this resolve led me to leave all places where I might have acquired knowledge and retreat here, to a country where the prolonged duration of war had established such order that the armies maintained there seemed merely to ensure that the benefits of peace could be enjoyed with even greater security. In the midst of a large and active population, who were more concerned with their own affairs than with those of others, and yet still enjoyed all the conveniences found in the most bustling cities, I was able to live as secluded and reclusive as if I were in the most remote deserts.
Fourth Part
Infine, per concludere questa riflessione morale, mi resi conto di dover esaminare attentamente le varie occupazioni che gli uomini svolgono in questa vita, al fine di scegliere quella migliore; e, senza voler parlare delle altre, pensai che non potessi fare altro che continuare nella stessa strada su cui mi trovavo, cioè dedicare tutta la mia vita allo sviluppo della mia ragione e cercare di avanzare il più possibile nella conoscenza della verità, seguendo il metodo che mi ero imposto.
Dall’inizio dell’utilizzo di questo metodo, ho provato soddisfazioni così intense che non ritenevo fosse possibile riceverne altre più dolci o più innocenti in questa vita; inoltre, scoprendo ogni giorno, grazie ad esso, verità che mi sembravano piuttosto importanti e generalmente ignorate dagli altri uomini, la soddisfazione che ne derivava riempiva completamente la mia mente al punto che nulla altro riusciva a interessarmi. Oltre a ciò, le tre massime precedenti si basavano esclusivamente sulla mia determinazione di continuare ad istruirmi: poiché Dio ha dato a ciascuno di noi una certa luce per distinguere il vero dal falso, non avrei mai dovuto accontentarmi delle opinioni altrui, se non mi fossi proposto di utilizzare il mio giudizio personale per esaminarle quando fosse arrivato il momento opportuno; inoltre, non avrei potuto evitare scrupoli nell’adottarle, se non avessi sperato di non perdere alcuna opportunità per trovarne di migliori, nel caso ne esistessero. Infine, non avrei potuto limitare i miei desideri o accontentarmi di meno, se non avessi seguito un percorso che, secondo me, mi avrebbe garantito l’acquisizione di tutte le conoscenze di cui ero capace, e allo stesso tempo mi avrebbe permesso di ottenere tutti i veri beni che fossero mai stati a mia disposizione; poiché la nostra volontà ci spinge soltanto a seguire o evitare ciò che il nostro intelletto considera buono o cattivo, basta giudicare correttamente per agire bene, e giudicare nel modo migliore possibile significa fare del proprio meglio, ovvero acquisire tutte le virtù e, di conseguenza, tutti gli altri beni che si possano ottenere; e quando si è certi che questo sia possibile, non si può certo essere insoddisfatti.
Dopo essermi assicurato di queste massime e averle separate dalle verità della fede, che fin dall’inizio erano state le prime nella mia credenza, giudicai che per quanto riguardava tutte le altre mie opinioni potessi liberamente decidere di abbandonarle. Inoltre, poiché speravo di riuscirci meglio conversando con gli uomini piuttosto che restando a lungo chiuso in quel luogo dove avevo avuto queste riflessioni, l’inverno non era ancora del tutto terminato quando ripresi il mio viaggio. Negli nove anni successivi non feci altro che viaggiare qua e là per il mondo, cercando di essere più uno spettatore che un attore in tutte le “commedie” che vi si svolgevano; riflettevo attentamente su ogni questione, considerando ciò che poteva renderla dubbia o darci motivo di sbagliare, e così riuscivo a eliminare dalla mia mente tutte le errori che vi erano potuti insinuarsi. Non facevo questo per imitare gli scettici, che dubitano soltanto per il gusto di dubitare e fingono di essere sempre incerti; al contrario, tutto il mio scopo era quello di assicurarmi della verità e di abbandonare ciò che era incerto o insicuro per trovare ciò che era solido e certo. Credo di esserci riuscito abbastanza bene, poiché, cercando di scoprire la falsità o l’incertezza delle proposizioni che esaminavo non attraverso congetture deboli, ma attraverso ragionamenti chiari e sicuri, non ne trovavo nessuna così dubbia da non trarne sempre qualche conclusione abbastanza certa, anche se questa conclusione fosse semplicemente che quella proposta non conteneva nulla di certo. E, proprio come quando si demolisce un vecchio edificio per costruirne uno nuovo, utilizzando i materiali ottenuti dalla demolizione, così, distruggendo tutte le mie opinioni che ritenevo errate, facevo varie osservazioni e acquisivo molte esperienze che in seguito mi aiutarono a stabilire altre conclusioni ancora più certe. Continuavo inoltre ad applicare la metodologia che mi ero imposto: oltre a cercare di guidare tutte le mie riflessioni secondo queste regole, riservavo spesso alcune ore per praticarla specificamente su problemi matematici, o anche su altre questioni che riuscivo a rendere simili a quelle matematiche, separandole da tutti i principi delle altre scienze che non ritenevo abbastanza solidi. Come vedrete, ho fatto questo in diverse occasioni, come spiegato in questo volume. E così, pur vivendo apparentemente come coloro che, senza alcun impegno particolare, cercano semplicemente di godersi una vita tranquilla e innocente, separando i piaceri dai vizi e utilizzando tutti i divertimenti onesti per non annoiarsi nel loro tempo libero, non smettevo mai di perseguire il mio obiettivo e di trarre beneficio dalla conoscenza della verità, forse più di quanto avrei potuto fare semplicemente leggendo libri o frequentando persone colte.
Tuttavia, trascorsero nove anni prima che io prendessi una posizione qualsiasi riguardo alle difficoltà di cui solitamente si discute tra gli studiosi, né iniziai a cercare le basi di alcuna filosofia più certa di quella comune. L’esempio di molti intellettuali eccezionali, che, pur avendone precedentemente tentato la comprensione, sembravano non esserci riusciti, mi faceva immaginare tante difficoltà da rendermi probabilmente riluttante ad affrontarle, se non fosse stato per il fatto che alcuni avevano già iniziato a diffondere la notizia che fossi riuscito nel mio intento. Non so su cosa si basassero in questa opinione; e se io abbia contribuito in qualche modo con i miei discorsi, deve essere stato soprattutto confessando più sinceramente ciò che ignoravo, al contrario di quanto fanno coloro che hanno studiato un po’, e forse anche mostrando le ragioni per cui dubitavo di molte cose che gli altri ritenevano certe, piuttosto che vantarmi di alcuna dottrina. Ma avendo un cuore abbastanza buono da non voler essere considerato diverso da ciò che ero realmente, pensai che dovesse cercare in ogni modo di meritare la reputazione che mi veniva attribuita; ed è esattamente otto anni fa che questo desiderio mi spinse a allontanarmi da tutti i luoghi dove avrei potuto acquisire conoscenze, e a ritirarmi qui, in una regione dove la lunga durata della guerra aveva portato alla stabilizzazione di ordini tali che le armate mantenute in quel territorio sembravano servire soltanto a permettere alla gente di godere dei frutti della pace con ancora maggiore sicurezza. In mezzo alla folla di un grande popolo molto attivo, più preoccupato delle proprie faccende che curioso di quelle altrui, e senza privarmi di alcuna delle comodità presenti nelle città più frequentate, sono riuscito a vivere in modo tanto solitario e ritirato quanto nei deserti più remoti.
Quarta parte
Je ne sais si je dois vous entretenir des premières méditations que j’y ai faites ; car elles sont si métaphysiques et si peu communes, qu’elles ne seront peut-être pas au goût de tout le monde : et toutefois, afin qu’on puisse juger si les fondements que j’ai pris sont assez fermes, je me trouve en quelque façon contraint d’en parler. J’avais dès longtemps remarqué que pour les mœurs il est besoin quelquefois de suivre des opinions qu’on sait être fort incertaines, tout de même que si elles étaient indubitables, ainsi qu’il a été dit ci-dessus : mais pour ce qu’alors je désirais vaquer seulement à la recherche de la vérité, je pensai qu’il fallait que je fisse tout le contraire, et que je rejetasse comme absolument faux tout ce en quoi je pourrais imaginer le moindre doute, afin de voir s’il ne resterait point après cela quelque chose en ma créance qui fut entièrement indubitable. Ainsi, à cause que nos sens nous trompent quelquefois, je voulus supposer qu’il n’y avait aucune chose qui fut telle qu’ils nous la font imaginer ; et parce qu’il y a des hommes qui se méprennent en raisonnant, même touchant les plus simples matières de géométrie, et y font des paralogismes, jugeant que j’étais sujet à faillir autant qu’aucun autre, je rejetai comme fausses toutes les raisons que j’avais prises auparavant pour démonstrations ; et enfin, considérant que toutes les mêmes pensées que nous avons étant éveillés nous peuvent aussi venir quand nous dormons, sans qu’il y en ait aucune pour lors qui soit vraie, je me résolus de feindre que toutes les choses qui m’étaient jamais entrées en l’esprit n’étaient non plus vraies que les illusions de mes songes. Mais aussitôt après je pris garde que, pendant que je voulais ainsi penser que tout était faux, il fallait nécessairement que moi qui le pensais fusse quelque chose ; et remarquant que cette vérité, je pense, donc je suis, était si ferme et si assurée, que toutes les plus extravagantes suppositions des sceptiques n’étaient pas capables de l’ébranler, je jugeai que je pouvais la recevoir sans scrupule pour le premier principe de la philosophie que je cherchais.
Puis, examinant avec attention ce que j’étais, et voyant que je pouvais feindre que je n’avais aucun corps, et qu’il n’y avait aucun monde ni aucun lieu où je fusse ; mais que je ne pouvais pas feindre pour cela que je n’étais point ; et qu’au contraire de cela même que je pensais à douter de la vérité des autres choses, il suivait très évidemment et très certainement que j’étais ; au lieu que si j’eusse seulement cessé de penser, encore que tout le reste de ce que j’avais jamais imaginé eut été vrai, je n’avais aucune raison de croire que j’eusse été ; je connus de là que j’étais une substance dont toute l’essence ou la nature n’est que de penser, et qui pour être n’a besoin d’aucun lieu ni ne dépend d’aucune chose matérielle ; en sorte que ce moi, c’est-à-dire l’âme, par laquelle je suis ce que je suis, est entièrement distincte du corps, et même qu’elle est plus aisée à connaître que lui, et qu’encore qu’il ne fût point, elle ne laissait pas d’être tout ce qu’elle est.
Après cela je considérai en général ce qui est requis à une proposition pour être vraie et certaine ; car puisque je venais d’en trouver une que je savais être telle, je pensai que je devais aussi savoir en quoi consiste cette certitude. Et ayant remarqué qu’il n’y a rien du tout en ceci, je pense, donc je suis, qui m’assure que je dis la vérité, sinon que je vois très clairement que pour penser il faut être, je jugeai que je pouvais prendre pour règle générale que les choses que nous concevons fort clairement et fort distinctement sont toutes vraies, mais qu’il y a seulement quelque difficulté à bien remarquer quelles sont celles que nous concevons distinctement.
Ensuite de quoi, faisant réflexion sur ce que je doutais, et que par conséquent mon être n’était pas tout parfait, car je voyais clairement que c’était une plus grande perfection de connaître que de douter, je m’avisai de chercher d’où j’avais appris à penser à quelque chose de plus parfait que je n’étais ; et je connus évidemment que ce devait être de quelque nature qui fut en effet plus parfaite. Pour ce qui est des pensées que j’avais de plusieurs autres choses hors de moi, comme du ciel, de la terre, de la lumière, de la chaleur, et de mille autres, je n’étais point tant en peine de savoir d’où elles venaient, à cause que, ne remarquant rien en elles qui me semblât les rendre supérieures à moi, je pouvais croire que, si elles étaient vraies, c’étaient des dépendances de ma nature, en tant qu’elle avait quelque perfection, et, si elles ne l’étaient pas, que je les tenais du néant, c’est-à-dire qu’elles étaient en moi pour ce que j’avais du défaut. Mais ce ne pouvait être le même de l’idée d’un être plus parfait que le mien : car, de la tenir du néant, c’était chose manifestement impossible ; et pour ce qu’il n’y a pas moins de répugnance que le plus parfait soit une suite et une dépendance du moins parfait, qu’il y en a que de rien procède quelque chose, je ne la pouvais tenir non plus de moi-même : de façon qu’il restait qu’elle eût été mise en moi par une nature qui fût véritablement plus parfaite que je n’étais, et même qui eût en soi toutes les perfections dont je pouvais avoir quelque idée, c’est à dire, pour m’expliquer en un mot, qui fut Dieu. A quoi j’ajoutai que, puisque je connaissais quelques perfections que je n’avais point, je n’étais pas le seul être qui existât (j’userai, s’il vous plaît, ici librement des mots de l’école) ; mais qu’il fallait de nécessité qu’il y en eût quelque autre plus parfait, duquel je dépendisse, et duquel j’eusse acquis tout ce que j’avais : car, si j’eusse été seul et indépendant de tout autre, en sorte que j’eusse eu de moi-même tout ce peu que je participais de l’être parfait, j’eusse pu avoir de moi, par même raison, tout le surplus que je connaissais me manquer, et ainsi être moi-même infini, éternel, immuable, tout connaissant, tout puissant, et enfin avoir toutes les perfections que je pouvais remarquer être en Dieu. Car, suivant les raisonnements que je viens de faire, pour connaître la nature de Dieu, autant que la mienne en était capable, je n’avais qu’à considérer, de toutes les choses dont je trouvais en moi quelque idée, si c’était perfection on non de les posséder ; et j’étais assuré qu’aucune de celles qui marquaient quelque imperfection n’était en lui, mais que toutes les autres y étaient : comme je voyais que le doute, l’inconstance, la tristesse, et choses semblables, n’y pouvaient être, vu que j’eusse été moi-même bien aise d’en être exempt. Puis, outre cela, j’avais des idées de plusieurs choses sensibles et corporelles ; car, quoique je supposasse que je rêvais, et que tout ce que je voyais ou imaginais était faux, je ne pouvais nier toutefois que les idées n’en fussent véritablement en ma pensée. Mais pour ce que j’avais déjà connu en moi très clairement que la nature intelligente est distincte de la corporelle ; considérant que toute composition témoigne de la dépendance, et que la dépendance est manifestement un défaut, je jugeais de là que ce ne pouvait être une perfection en Dieu d’être composé de ces deux natures, et que par conséquent il ne l’était pas ; mais que s’il y avait quelques corps dans le monde, ou bien quelques intelligences ou autres natures qui ne fussent point toutes parfaites, leur être devait dépendre de sa puissance, en telle sorte qu’elles ne pouvaient subsister sans lui un seul moment.
I am not sure whether I should share with you the initial meditations I undertook; for they are so metaphysical and uncommon that they may not please everyone. Nevertheless, in order for others to judge whether the foundations upon which I have built my reasoning are solid enough, I feel compelled to speak of them. I had long observed that, when it comes to matters of conduct, it is sometimes necessary to follow opinions that one knows to be highly uncertain, just as if they were unquestionable—as has been mentioned above. But since my goal at that time was merely to seek the truth, I decided to do the very opposite: I would reject as absolutely false anything about which I could conceive the slightest doubt, in order to see if there would remain anything in my beliefs that was entirely undeniable. Since our senses sometimes deceive us, I chose to assume that nothing existed as they led us to believe; and since there are people who err even when reasoning about the simplest matters of geometry and commit logical fallacies, considering myself just as susceptible to error as anyone else, I dismissed all the arguments I had previously used as proofs. Finally, recognizing that the very same thoughts that occur to us when we are awake can also arise in our dreams, and that none of them are necessarily true at that time, I resolved to pretend that everything that had ever crossed my mind was no more real than the illusions of my dreams. But immediately afterward, I realized that, while I wanted to think that everything was false, it was inevitable that I, who held such beliefs, must exist in some way. And since this truth—“I think, therefore I am”—seemed so solid and undeniable that even the most extreme skepticism could not shake it, I concluded that I could accept it without hesitation as the fundamental principle of the philosophy I sought to establish.
Then, upon examining carefully what I was, I realized that I could pretend to have no body at all, and that there was no world or place where I existed; yet I could not pretend not to exist at all. On the contrary, while I might doubt the truth of other things, it was absolutely clear and certain that I did exist. If I had simply stopped thinking, even if everything else I had imagined were true, I would have no reason to believe that I existed at all. From this, I understood that I am a substance whose entire essence and nature consist merely in thinking, and which requires no place to exist and depends on no material things at all. In other words, this “self”—that is, the soul—which makes me what I am—is entirely distinct from the body; indeed, it is even easier to understand than the body itself. Moreover, even if the body did not exist, the soul would still be everything that it is.
After that, I generally considered what is required for a proposition to be true and certain; since I had just found one that I knew to be such, I thought that I must also understand what constituted this certainty. And having observed that there was nothing at all in this regard that could assure me that I was saying the truth—except for the clear understanding that in order to think, one must exist—I concluded that I could generally assume that things which we conceive very clearly and distinctly are all true; however, it is somewhat difficult to accurately identify which of these things we actually perceive with such clarity.
Afterward, reflecting on what I doubted—and thus realizing that my own being was not entirely perfect, since it was clear to me that knowing something was far more perfect than doubting it—I began to consider where I had acquired the notion of seeking something more perfect than myself. It became evident to me that such a concept must have originated from some source that was indeed more perfect. As for the thoughts I had regarding various things outside of myself—such as the sky, the earth, light, heat, and countless others—I found it less difficult to determine their origin. Since I saw nothing in them that made them seem superior to me, I could assume that, if they were true, they must be inherent aspects of my nature, given that my nature possessed some degree of perfection. And if they were not true, then they must have originated from nothingness—meaning they existed within me merely because I lacked certain qualities. However, this could not apply to the notion of an being that was more perfect than myself. To claim that such a being originated from nothingness would be utterly impossible. Moreover, just as there is an inherent repugnance at the idea that something less perfect could be derived from something more perfect, or that anything could come into existence out of nothing, I could not possibly attribute such a concept to myself either. It therefore remained clear that this notion must have been implanted within me by some nature that was truly more perfect than I was—naturally, by God himself. Furthermore, since I recognized that I possessed certain perfections that I did not possess myself, it followed that I was not the only being in existence (I will use the terminology of the philosophical schools here). There must necessarily be some other being, more perfect than me, from whom I had derived everything I possessed. For if I had been alone and independent of anything else, and if I had contained within myself all that which constitutes a perfect being, then, by the same logic, I would also possess all the additional perfections that I perceived to exist in God. In short, to understand the nature of God, as far as my own understanding was capable, I simply needed to examine whether any of the concepts I had regarding things within me represented perfection or imperfection. It was clear to me that none of those concepts that indicated imperfection could apply to God; whereas all those that suggested perfection certainly did. Concepts such as doubt, inconsistency, and sadness could not exist in God, since I would gladly be free from them myself. Furthermore, I had ideas concerning various sensible and bodily things; for although I assumed that I was dreaming, and that everything I saw or imagined was false, I could not deny that these ideas truly existed in my mind. However, since I had already clearly understood within myself that the intelligent nature is distinct from the bodily nature, and considering that any composition implies dependence, and that dependence is clearly a flaw, I concluded that it could not be a perfection for God to consist of these two natures; therefore, He did not consist of them. Moreover, if there were any bodies in the world, or any intelligences or other natures that were not entirely perfect, their existence must depend on His power; thus, they could not endure for even a single moment without It.
Non so se debba condividere con voi le prime riflessioni che ho fatto in merito a questo argomento; poiché sono di natura così metafisica e poco comuni, potrebbero non essere gradite a tutti. Tuttavia, affinché si possa valutare se i fondamenti su cui mi sono basato siano sufficientemente solidi, ritengo necessario parlarne. Da tempo avevo notato che, quando si tratta di comportamenti umani, a volte è necessario seguire opinioni che si sa essere molto incerte, proprio come se fossero indubitabili. Ma poiché in quel momento il mio scopo era soltanto cercare la verità, ho deciso di fare esattamente il contrario: ho rifiutato come assolutamente false tutte quelle idee su cui avrei potuto nutrire anche il minimo dubbio, al fine di vedere se dopo ciò sarebbe rimasto qualcosa nella mia credenza che fosse davvero indubitabile. Poiché i nostri sensi a volte ci ingannano, ho voluto supporre che non esistesse nulla di ciò che essi ci fanno immaginare. E poiché ci sono persone che si sbagliano anche nel ragionare su questioni apparentemente semplici come quelle della geometria, formulando paradossi, ho ritenuto di essere altrettanto soggetto a errori quanto chiunque altro. Ho quindi rifiutato come false tutte le argomentazioni che avevo precedentemente utilizzato per dimostrare le mie idee. Infine, considerando che gli stessi pensieri che abbiamo da svegli possono venirci in mente anche durante il sonno, e che in quel caso nessuno di essi è vero, ho deciso di fingere che tutte le cose che mi erano mai passate per la testa non fossero vere, proprio come le illusioni dei miei sogni. Ma subito dopo mi sono reso conto che, mentre cercavo di pensare che tutto fosse falso, era necessario che io stesso, colui che lo pensava, esistessi davvero. E notando che questa verità – “io penso, quindi sono” – era così solida e certa, che nemmeno le più assurde ipotesi dei scettici avrebbero potuto metterla in dubbio, ho deciso di accoglierla senza esitazioni come il primo principio della filosofia che cercavo.
Poi, esaminando attentamente ciò che ero, mi resi conto che potevo fingere di non avere alcun corpo, e che non esistesse alcun mondo né luogo in cui io fossi; ma che, al contrario, non potevo fingere di non essere affatto. Ebbene, proprio mentre pensavo di poter dubitare della veridicità delle altre cose, risultava assolutamente evidente e certo che io esistessi. Se invece avessi semplicemente smesso di pensare, anche se tutto ciò che avevo mai immaginato fosse stato vero, non avrei avuto alcuna ragione per credere di esistere. Da questo compresi che io sono una sostanza la cui essenza stessa consiste esclusivamente nel pensare; e che, per esistere, non ha bisogno di alcun luogo né dipende da nulla di materiale. Quindi, questo “io”, cioè l’anima, che mi rende ciò che sono, è completamente distinto dal corpo; anzi, è persino più facile da comprendere del corpo stesso. E anche se il corpo non esistesse, l’anima continuerebbe comunque ad essere tutto ciò che è.
Dopo ciò, considerai in generale ciò che è necessario affinché una proposizione sia vera e certa; poiché avevo appena trovato una proposizione di cui sapevo con certezza che era vera, pensai che dovessi anche conoscere in cosa consistesse questa certezza. E avendo notato che non esisteva nulla di concreto che potesse assicurarmi della veridicità di ciò che dicevo, se non il fatto che vedessi molto chiaramente che per pensare è necessario esistere, giunsi alla conclusione che potessi considerare come regola generale che tutte le cose che concepiamo in modo molto chiaro e distinto sono vere; tuttavia, riconobbi che esiste qualche difficoltà nel individuare con precisione quali siano esattamente queste cose.
In seguito, riflettendo su ciò di cui dubitavo e che, di conseguenza, il mio essere non fosse perfetto, poiché era evidente che conoscere è una perfezione maggiore che dubitare, mi resi conto di dover cercare da dove avessi imparato a pensare a qualcosa di più perfetto di me stesso; e capii chiaramente che ciò doveva derivare da una natura effettivamente più perfetta. Per quanto riguardava i pensieri che avevo su molte altre cose al di fuori di me, come il cielo, la terra, la luce, il calore e mille altre, non faticavo a capire da dove provenissero, poiché non notavo nulla in loro che potesse renderle superiori a me; quindi potevo credere che, se fossero vere, derivassero dalla mia natura, nella misura in cui essa possedeva qualche perfezione; e che, se non lo fossero, provenissero dal nulla, cioè che esistessero in me a causa dei miei difetti. Ma questo non poteva valere per l’idea di un essere più perfetto di me stesso: poiché considerarlo come qualcosa che derivasse dal nulla era chiaramente impossibile; e poiché c’è altrettanta repulsione nel pensare che il più perfetto possa essere una conseguenza o una dipendenza del meno perfetto, quanto ci sia nel pensare che qualcosa possa provenire dal nulla, non potevo nemmeno considerarlo come qualcosa che derivasse da me stesso; quindi restava solo la possibilità che fosse stato posto in me da una natura veramente più perfetta di me, e cioè da Dio. Aggiunsi inoltre che, poiché conoscevo alcune perfezioni che non possedevo, non ero l’unico essere esistente; ma che necessariamente doveva esserci un altro essere ancora più perfetto, dal quale dipendevo e dal quale avevo acquisito tutto ciò che possedevo: poiché, se fossi stato l’unico essere e indipendente da ogni altra cosa, avrei potuto avere da me stesso tutto ciò di cui ero dotato; quindi avrei potuto anche avere tutto il resto di ciò che sapevo mancarmi, e così diventare io stesso infinito, eterno, immutabile, onnisciente, onnipotente, e possedere tutte le perfezioni che riuscivo a concepire in Dio. Poiché, seguendo i ragionamenti che avevo fatto, per comprendere la natura di Dio, nella misura in cui la mia capacità me lo permetteva, dovevo semplicemente considerare, tra tutte le cose di cui avevo qualche idea, se fossero o meno perfette; e ero certo che nessuna di quelle che indicavano imperfezioni esistesse in Lui, ma che tutte le altre ci fossero: poiché era evidente che dubbi, incostanza, tristezza e simili non potessero esistere in Lui, visto che anch’io avrei voluto essere libero da tutto ciò. Inoltre, avevo idee riguardo a molte cose sensibili e corporee; poiché, anche se supponevo di sognare e che tutto ciò che vedevo o immaginavo fosse falso, non potevo negare che tali idee esistessero realmente nella mia mente. Tuttavia, avendo già compreso con chiarezza in me stesso che la natura intelligente è distinta da quella corporea, e considerando che ogni composizione testimonia di dipendenza, e che la dipendenza rappresenta chiaramente un difetto, ne deducevo che non poteva esserci alcuna perfezione in Dio nel fatto di essere composto da queste due nature; pertanto, Dio non lo era. Inoltre, se nel mondo esistessero corpi, o intelligenze, o altre nature che non fossero tutte perfette, la loro esistenza dovrebbe dipendere dalla sua potenza, in modo tale che non potrebbero sopravvivere nemmeno per un istante senza di essa.
Je voulus chercher après cela d’autres vérités ; et m’étant proposé l’objet des géomètres, que je concevais comme un corps continu, ou un espace indéfiniment étendu en longueur, largeur et hauteur ou profondeur, divisible en diverses parties, qui pouvaient avoir diverses figures et grandeurs, et être mues ou transposées en toutes sortes, car les géomètres supposent tout cela en leur objet, je parcourus quelques-unes de leurs plus simples démonstrations ; et, ayant pris garde que cette grande certitude, que tout le monde leur attribue, n’est fondée que sur ce qu’on les conçoit évidemment, suivant la règle que j’ai tantôt dite, je pris garde aussi qu’il n’y avait rien du tout en elles qui m’assurât de l’existence de leur objet : car, par exemple, je voyais bien que, supposant un triangle, il fallait que ses trois angles fussent égaux à deux droits, mais je ne voyais rien pour cela qui m’assurât qu’il y eût au monde aucun triangle : au lieu que, revenant à examiner l’idée que j’avais d’un être parfait, je trou vois que l’existence y était comprise en même façon qu’il est compris en celle d’un triangle que ses trois angles sont égaux à deux droits, ou en celle d’une sphère que toutes ses parties sont également distantes de son centre, ou même encore plus évidemment ; et que par conséquent il est pour le moins aussi certain que Dieu, qui est cet être si parfait, est ou existe, qu’aucune démonstration de géométrie le saurait être.
Mais ce qui fait qu’il y en a plusieurs qui se persuadent qu’il y a de la difficulté à le connaître, et même aussi à connaître ce que c’est que leur âme, c’est qu’ils n’élèvent jamais leur esprit au-delà des choses sensibles, et qu’ils sont tellement accoutumés à ne rien considérer qu’en l’imaginant, qui est une façon de penser particulière pour les choses matérielles, que tout ce qui n’est pas imaginable leur semble n’être pas intelligible.
Ce qui est assez manifeste de ce que même les philosophes tiennent pour maxime, dans les écoles, qu’il n’y a rien dans l’entendement qui n’ait premièrement été dans le sens, où toutefois il est certain que les idées de Dieu et de l’âme n’ont jamais été ; et il me semble que ceux qui veulent user de leur imagination pour les comprendre font tout de même que si, pour entendre les sons ou sentir les odeurs, ils se voulaient servir de leurs yeux : sinon qu’il y a encore cette différence, que le sens de la vue ne nous assure pas moins de la vérité de ses objets que font ceux de l’odorat ou de l’ouïe ; au lieu que ni notre imagination ni nos sens ne nous sauraient jamais assurer d’aucune chose si notre entendement n’y intervient.
Enfin, s’il y a encore des hommes qui ne soient pas assez persuadés de l’existence de Dieu et de leur âme par les raisons que j’ai apportées, je veux bien qu’ils sachent que toutes les autres choses dont ils se pensent peut-être plus assurés, comme d’avoir un corps, et qu’il y a des astres et une terre, et choses semblables, sont moins certaines ; car, encore qu’on ait une assurance morale de ces choses, qui est telle qu’il semble qu’à moins d’être extravagant on n’en peut douter, toutefois aussi, à moins que d’être déraisonnable, lorsqu’il est question d’une certitude métaphysique, on ne peut nier que ce ne soit assez de sujet pour n’en être pas entièrement assuré, que d’avoir pris garde qu’on peut en même façon s’imaginer, étant endormi, qu’on a un autre corps, et qu’on voit d’autres astres et une autre terre, sans qu’il en soit rien. Car d’où sait-on que les pensées qui viennent en songe sont plutôt fausses que les autres, vu que souvent elles ne sont pas moins vives et expresses ? Et que les meilleurs esprits y étudient tant qu’il leur plaira, je ne crois pas qu’ils puissent donner aucune raison qui soit suffisante pour ôter ce doute, s’ils ne présupposent l’existence de Dieu. Car, premièrement, cela même que j’ai tantôt pris pour une règle, à savoir que les choses que nous concevons très clairement et très distinctement sont toutes vraies, n’est assuré qu’à cause que Dieu est ou existe, et qu’il est un être pariait, et que tout ce qui est en nous vient de lui : d’où il suit que nos idées ou notions, étant des choses réelles et qui viennent de Dieu, en tout ce en quoi elles sont claires et distinctes, ne peuvent en cela être que vraies. En sorte que si nous en avons assez souvent qui contiennent de la fausseté, ce ne peut être que de celles qui ont quelque chose de confus et obscur, à cause qu’en cela elles participent du néant, c’est-à-dire qu’elles ne sont en nous ainsi confuses qu’à cause que nous ne sommes pas tout parfaits. Et il est évident qu’il n’y a pas moins de répugnance que la fausseté ou l’imperfection procède de Dieu en tant que telle, qu’il y en a que la vérité ou la perfection procède du néant. Mais si nous ne savions point que tout ce qui est en nous de réel et de vrai vient d’un être parfait et infini, pour claires et distinctes que fussent nos idées, nous n’aurions aucune raison qui nous assurât qu’elles eussent la perfection d’être vraies.
Or, après que la connaissance de Dieu et de l’âme nous a ainsi rendus certains de cette règle, il est bien aisé à connaître que les rêveries que nous imaginons étant endormis ne doivent aucunement nous faire douter de la vérité des pensées que nous avons étant éveillés. Car s’il arrivait même en dormant qu’on eût quelque idée fort distincte, comme, par exemple, qu’un géomètre inventât quelque nouvelle démonstration, son sommeil ne l’empêcherait pas d’être vraie ; et pour l’erreur la plus ordinaire de nos songes, qui consiste en ce qu’ils nous représentent divers objets en même façon que font nos sens extérieurs, n’importe pas qu’elle nous donne occasion de nous défier de la vérité de telles idées, à cause qu’elles peuvent aussi nous tromper assez souvent sans que nous dormions ; comme lorsque ceux qui ont la jaunisse voient tout de couleur jaune, ou que les astres ou autres corps fort éloignés nous paraissent beaucoup plus petits qu’ils ne sont. Car enfin, soit que nous veillions, soit que nous dormions, nous ne nous devons jamais laisser persuader qu’à l’évidence de notre raison. Et il est à remarquer que je dis de notre raison, et non point de notre imagination ni de nos sens : comme encore que nous voyions le soleil très clairement, nous ne devons pas juger pour cela qu’il ne soit que de la grandeur que nous le voyons ; et nous pouvons bien imaginer distinctement une tête de lion entée sur le corps d’une chèvre, sans qu’il faille conclure pour cela qu’il y ait au monde une chimère : car la raison ne nous dicte point que ce que nous voyons ou imaginons ainsi soit véritable ; mais elle nous dicte bien que toutes nos idées ou notions doivent avoir quelque fondement de vérité ; car il ne serait pas possible que Dieu, qui est tout parfait et tout véritable, les eût mises en nous sans cela ; et, pour ce que nos raisonnements ne sont jamais si évidents ni si entiers pendant le sommeil que pendant la veille, bien que quelquefois nos imaginations soient alors autant ou plus vives et expresses, elle nous dicte aussi que nos pensées ne pouvant être toutes vraies, à cause que nous ne sommes pas tout parfaits, ce qu’elles ont de vérité doit infailliblement se rencontrer en celles que nous avons étant éveillés plutôt qu’en nos songes.
Cinquième partie
I then sought to discover other truths; and since I took the subject of geometry as my object—conceiving it as a continuous entity, or a space infinitely extended in length, breadth, height, and depth, divisible into various parts capable of assuming different shapes and sizes, and capable of being moved or rearranged in countless ways—I examined some of their simplest demonstrations. Noting that the great certainty attributed to geometry by everyone is based merely on what we naturally conceive according to the principles I have mentioned earlier, I also observed that nothing in those demonstrations could assure me of the actual existence of their theoretical objects. For instance, while I understood that if a triangle were assumed to exist, its three angles must be equal to two right angles, I saw no evidence that such triangles actually existed in the world. On the other hand, when I returned to examine my concept of a perfect being, I found that its existence was inherent in that concept just as clearly as the existence of a triangle with three right angles is inherent in its definition, or the existence of a sphere with all its parts equally distant from its center. Consequently, it is at least just as certain that God—such a perfect being—exists, as any geometric demonstration could ever prove.
But the reason why so many people are convinced that it is difficult to understand it—and even difficult to understand what their own souls actually are—is that they never raise their minds beyond the realm of the sensible things. They are so accustomed to considering everything only through imagination, which is a particular way of thinking about material matters, that anything that cannot be imagined seems to them to be incomprehensible.
It is quite evident that even philosophers consider it a fundamental principle that nothing in the intellect exists prior to its being perceived through the senses; yet it is certain that concepts of God and the soul were never perceived in this manner. Those who attempt to understand these concepts through imagination are, in effect, using their imagination in the same way they would use their eyes to perceive sounds or smells—except that there is one crucial difference: the senses of sight, smell, and hearing do not provide us with any certainty regarding the truth of their objects; whereas neither our imagination nor our senses alone could ever enable us to understand anything at all without the intervention of our intellect.
Finally, if there are still men who are not sufficiently convinced of the existence of God and their own souls by the reasons I have presented, I wish them to know that all other things about which they may think they are more certain—such as having a body, or the existence of stars and a earth—are in fact less certain. For although we possess a moral certainty regarding these matters, such that it seems impossible to doubt them unless one were utterly absurd, yet when it comes to metaphysical certainty, it is still possible to doubt whether such things truly exist. After all, while we may imagine, for example, that we have another body in our dreams and that we see other stars and a different earth, there is no way of knowing for certain whether these imagined things actually exist. Moreover, since the thoughts that arise in our dreams are often just as vivid and clear as those in our waking state, and since even the most discerning minds can study these dreams without being able to provide any conclusive evidence to prove or disprove their reality, unless we assume the existence of God, we have no reason to be entirely certain of anything. For, firstly, the principle that things which we conceive clearly and distinctly must be true is itself based on the assumption that God exists and that everything in us comes from Him. Therefore, since our ideas and concepts are real things that originate from God, they can only be true insofar as they are clear and distinct. And if some of these ideas contain error, it must be because they are vague or confused, meaning that they are imperfect due to our own imperfection. It is evident that just as there is a repugnance between falsehood and imperfection on the part of God, so too there is a repugnance between truth and perfection and nothingness. But if we did not know that everything real and true in us comes from a perfect and infinite being, even our clearest and most distinct ideas would lack the certainty of being true.
Or, once that the knowledge of God and of the soul has enabled us to be certain of this principle, it becomes quite easy to understand that the dreams we experience while asleep should in no way make us doubt the truth of the thoughts we have when awake. For even if, during sleep, one were to have a very clear idea—such as a mathematician conceiving some new proof—it would not mean that such an idea was false just because it occurred in a dream. As for the most common errors in our dreams, which consist in depicting various objects in the same way as our external senses do, this does not give us any reason to doubt the truth of those ideas, since these dreams can also deceive us quite often even when we are awake—for instance, when people suffering from jaundice see everything in yellow, or when distant stars appear much smaller than they actually are. In short, whether we are awake or asleep, we must never allow anything to persuade us against the evidence of our reason. It is worth noting that I refer here to our reason, not to our imagination or senses. Just as we can clearly see the sun, this does not mean it is only as large as it appears to us; and even if we vividly imagine a lion’s head attached to a goat’s body, this does not imply that such a creature actually exists in the world. For reason tells us not that what we see or imagine in this way must be true, but rather that all our ideas and concepts must have some basis in truth. After all, it would be impossible for God, who is perfect and true in every respect, to have implanted these ideas in us without any such foundation. Moreover, since our reasoning is never as clear or thorough during sleep as it is when awake—even though our imagination may sometimes be even more vivid at night—we can conclude that, since not all of our thoughts can be true because we are not perfect, the truth that lies in our thoughts must inevitably be found in those we have while awake, rather than in our dreams.
Fifth Part
Dopo ciò, desiderai cercare altre verità; e, ponendomi come oggetto di studio i concetti della geometria – che consideravo come corpi continui o spazi estesi all’infinito in lunghezza, larghezza, altezza e profondità, divisibili in parti diverse, capaci di assumere varie forme e dimensioni, e suscettibili di essere spostati o trasposti in ogni modo possibile – esaminai alcune delle loro dimostrazioni più semplici. Tuttavia, facendo attenzione al fatto che quella grande certezza che tutti attribuiscono ai geometri si basa soltanto su concetti chiaramente intuibili, secondo la regola che avevo precedentemente enunciato, mi resi conto che in quelle dimostrazioni non c’era nulla che potesse garantirmi l’esistenza reale degli oggetti di studio dei geometri. Ad esempio, sebbene capissi che, partendo dall’ipotesi di un triangolo, i suoi tre angoli dovevano essere uguali a due angoli retti, non c’era nulla che mi assicurasse dell’esistenza effettiva di tali triangoli nel mondo reale. Al contrario, riflettendo sull’idea di un essere perfetto, constatai che la sua esistenza era considerata come qualcosa di ovvio, proprio come l’essere di un triangolo con angoli retti o di una sfera le cui parti sono tutte equidistanti dal centro. Pertanto, era almeno altrettanto certo che Dio – quell’essere perfetto – esistesse, quanto lo fosse qualsiasi dimostrazione matematica.
Ma ciò che fa sì che molti si convincano che sia difficile conoscerlo, e persino conoscere cosa sia la propria anima, è il fatto che non elevano mai il proprio spirito al di là delle cose sensibili, e sono talmente abituati a considerare le cose soltanto attraverso l’immaginazione – un modo particolare di pensare alle cose materiali – che tutto ciò che non può essere immaginato loro sembra non essere intelligibile.
È abbastanza evidente che anche i filosofi considerino un principio fondamentale il fatto che nulla nell’intelletto esista prima di essere stato percepito attraverso i sensi; tuttavia è certo che concetti come quelli di Dio e dell’anima non siano mai stati direttamente percepiti in questo modo. Mi sembra che coloro che cercano di comprenderli utilizzando l’immaginazione agiscano esattamente come se, per percepire i suoni o gli odori, volessero servirsi degli occhi: con la differenza che, nel caso dell’immaginazione, essa non ci garantisce affatto la veridicità di ciò che rappresenta, al contrario dei sensi quali la vista, l’olfatto o l’udito. Inoltre, né l’immaginazione né i sensi, da soli, potrebbero mai garantirci la verità di alcunché se non intervenisse l’intelletto.
Infine, se ci sono ancora uomini che non sono sufficientemente convinti dell’esistenza di Dio e della loro anima per le ragioni che ho esposto, voglio che sappiano che tutte le altre cose di cui si credono forse più certi – come l’avere un corpo, o l’esistenza di stelle e di una terra – sono in realtà meno certe. Infatti, anche se abbiamo una sorta di certezza morale riguardo a queste cose, tale da farci ritenere che non si possa dubitarne senza essere assolutamente pazzi, tuttavia, quando si tratta di una certezza metafisica, non si può negare che ci sia motivo sufficiente per non esserne completamente sicuri. Del resto, è facile immaginare, mentre si dorme, di avere un altro corpo, o di vedere altre stelle e un’altra terra, senza che ciò corrisponda alla realtà. Dopotutto, da dove sappiamo che i pensieri che emergono nei sogni siano più falsi rispetto a quelli che abbiamo in veglia? Spesso questi pensieri sono altrettanto vividi e chiari. E anche i migliori intellettuali, per quanto possano studiarli, non credo che riescano a fornire ragioni sufficienti per eliminare questo dubbio, se non partendo dall’ipotesi dell’esistenza di Dio. Infatti, ciò che ho considerato una regola – ovvero che le cose che concepiamo in modo chiaro e distinto siano necessariamente vere – è vero soltanto perché Dio esiste, perché è un essere perfetto, e perché tutto ciò che è in noi proviene da Lui. Di conseguenza, le nostre idee, essendo realtà provenienti da Dio e quindi chiare e distinte, non possono che essere vere. Se però alcune di queste idee contengono elementi confusi o oscuri, ciò è dovuto al fatto che noi stessi non siamo perfetti. Ed è evidente che la falsità o l’imperfezione derivino da Dio tanto quanto la verità e la perfezione derivino dal nulla. Ma se non sapessimo che tutto ciò che è in noi di reale e vero proviene da un essere perfetto e infinito, anche le nostre idee più chiare e distinte non avrebbero alcuna garanzia di essere vere.
Ora, dopo che la conoscenza di Dio e dell’anima ci ha resi certi di questa regola, è assai facile comprendere che i sogni che immaginiamo mentre dormiamo non dovrebbero in alcun modo farci dubitare della veridicità dei pensieri che abbiamo quando siamo svegli. Infatti, anche se durante il sonno ci venisse in mente un’idea molto chiara – ad esempio, se un geometra inventasse una nuova dimostrazione – il suo sonno non impedirebbe che tale idea fosse vera; e per quanto riguarda gli errori più comuni nei nostri sogni, che consistono nel fatto che essi ci rappresentano oggetti diversi nello stesso modo in cui lo fanno i nostri sensi esterni, questo non significa affatto che tali idee debbano essere ritenute false: anzi, spesso possiamo essere ingannati anche quando siamo svegli; ad esempio, coloro che soffrono di itterizia vedono tutto di colore giallo, oppure gli astri o altri corpi molto lontani ci sembrano molto più piccoli di quanto non siano in realtà. In conclusione, sia che siamo svegli sia che dormiamo, non dobbiamo mai permettere che le nostre idee vengano influenzate da qualcosa che non sia la chiarezza della nostra ragione. E va notato che parlo della nostra ragione, e non della nostra immaginazione o dei nostri sensi: proprio come, anche se vediamo il sole molto chiaramente, questo non significa che abbia esattamente la grandezza che percepiamo; e possiamo benissimo immaginare una testa di leone posta sul corpo di una capra, senza che ciò significhi che nel mondo esista davvero una chimera: infatti, la ragione non ci dice che ciò che vediamo o immaginiamo sia vero; ma ci dice certamente che tutte le nostre idee devono avere qualche fondamento di verità, poiché Dio, che è perfetto e veritiero in tutto, non avrebbe potuto introdurle in noi senza tale fondamento. Inoltre, poiché i nostri ragionamenti durante il sonno non sono mai così chiari o completi come quando siamo svegli – anche se a volte le nostre immaginazioni possono essere altrettanto vivide e precise – la ragione ci dice anche che, poiché non siamo perfetti, le idee che abbiamo mentre dormiamo non possono essere tutte vere; quindi, quella veridicità che possiedono deve necessariamente risiedere nelle idee che abbiamo quando siamo svegli.
Quinta parte
Je serais bien aise de poursuivre, et défaire voir ici toute la chaîne des autres vérités que j’ai déduites de ces premières ; mais, à cause que pour cet effet il serait maintenant besoin que je parlasse de plusieurs questions qui sont en controverse entre les doctes, avec lesquels je ne désire point me brouiller, je crois qu’il sera mieux que je m’en abstienne, et que je dise seulement en général quelles elles sont, afin de laisser juger aux plus sages s’il serait utile que le public en fut plus particulièrement informé. Je suis toujours demeuré ferme en la résolution que j’avais prise de ne supposer aucun autre principe que celui dont je viens de me servir pour démontrer l’existence de Dieu et de l’âme, et de ne recevoir aucune chose pour vraie qui ne me semblât plus claire et plus certaine que n’avaient fait auparavant les démonstrations des géomètres ; et néanmoins j’ose dire que non seulement j’ai trouvé moyen de me satisfaire en peu de temps touchant toutes les principales difficultés dont on a coutume de traiter en la philosophie, mais aussi que j’ai remarqué certaines lois que Dieu a tellement établies en la nature, et dont il a imprimé de telles notions en nos âmes, qu’après y avoir fait assez de réflexion nous ne saurions douter qu’elles ne soient exactement observées en tout ce qui est ou qui se fait dans le monde. Puis, en considérant la suite de ces lois, il me semble avoir découvert plusieurs vérités plus utiles et plus importantes que tout ce que j’avais appris auparavant ou même espéré d’apprendre.
Mais, pour ce que j’ai tâché d’en expliquer les principales dans un traité que quelques considérations m’empêchent de publier, je ne les saurais mieux faire connaître qu’en disant ici sommairement ce qu’il contient. J’ai eu dessein d’y comprendre tout ce que je pensais savoir, avant que de l’écrire, touchant la nature des choses matérielles. Mais, tout de même que les peintres, ne pouvant également bien représenter dans un tableau plat toutes les diverses faces d’un corps solide, en choisissent une des principales, qu’ils mettent seule vers le jour, et, ombrageant les autres, ne les font paraître qu’autant qu’on les peut voir en la regardant ; ainsi, craignant de ne pouvoir mettre en mon discours tout ce que j’avais en la pensée, j’entrepris seulement d’y exposer bien amplement ce que je concevais de la lumière ; puis, à son occasion, d’y ajouter quelque chose du soleil et des étoiles fixes, à cause qu’elle en procède presque toute ; des cieux, à cause qu’ils la transmettent ; des planètes, des comètes et de la terre, à cause quelles la font réfléchir ; et en particulier de tous les corps qui sont sur la terre, à cause qu’ils sont ou colorés, ou transparents, ou lumineux ; et enfin de l’homme, à cause qu’il en est le spectateur. Même, pour ombrager un peu toutes ces choses, et pouvoir dire plus librement ce que j’en jugeais, sans être obligé de suivre ni de réfuter les opinions qui sont reçues entre les doctes, je me résolus de laisser tout ce monde ici à leurs disputes, et de parler seulement de ce qui arriverait dans un nouveau, si Dieu créait maintenant quelque part, dans les espaces imaginaires, assez de matière pour le composer, et qu’il agitât diversement et sans ordre les diverses parties de cette matière, en sorte qu’il en composât un chaos aussi confus que les poètes en puissent feindre, et que par après il ne fit autre chose que prêter son concours ordinaire à la nature, et la laisser agir suivant les lois qu’il a établies. Ainsi, premièrement, je décrivis cette matière, et tâchai de la représenter telle qu’il n’y a rien au monde, ce me semble, de plus clair ni plus intelligible, excepté ce qui a tantôt été dit de Dieu et de l’âme ; car même je supposai expressément qu’il n’y avait en elle aucune de ces formes ou qualités dont on dispute dans les écoles, ni généralement aucune chose dont la connaissance ne fût si naturelle à nos âmes qu’on ne pût pas même feindre de l’ignorer. De plus, je fis voir quelles étaient les lois de la nature ; et, sans appuyer mes raisons sur aucun autre principe que sur les perfections infinies de Dieu, je tâchai à démontrer toutes celles dont on eût pu avoir quelque doute, et à faire voir qu’elles sont telles qu’encore que Dieu aurait créé plusieurs mondes, il n’y en saurait avoir aucun où elles manquassent d’être observées. Après cela, je montrai comment la plus grande part de la matière de ce chaos devait, en suite de ces lois, se disposer et s’arranger d’une certaine façon qui la rendait semblable à nos cieux ; comment cependant quelques-unes de ses parties devaient composer une terre et quelques-unes des planètes et des comètes, et quelques autres un soleil et des étoiles fixes. Et ici, m’étendant sur le sujet de la lumière, j’expliquai bien au long quelle était celle qui se devait trouver dans le soleil et les étoiles, et comment de là elle traversait en un instant les immenses espaces des cieux, et comment elle se réfléchissait des planètes et des comètes vers la terre. J’y ajoutai aussi plusieurs choses touchant la substance, la situation, les mouvements, et toutes les diverses qualités de ces cieux et de ces astres ; en sorte que je pensais en dire assez pour faire connaître qu’il ne se remarque rien en ceux de ce monde qui ne dût ou du moins qui ne pût paraître tout semblable en ceux du monde que je décrivais. De là je vins à parler particulièrement de la terre : comment, encore que j’eusse expressément supposé que Dieu n’avait mis aucune pesanteur en la matière dont elle était composée, toutes ses parties ne laissaient pas de tendre exactement vers son centre ; comment, y ayant de l’eau et de l’air sur sa superficie, la disposition des cieux et des astres, principalement de la lune, y devait causer un flux et reflux qui fût semblable en toutes ses circonstances à celui qui se remarque dans nos mers, et outre cela un certain cours tant de l’eau que de l’air, du levant vers le couchant, tel qu’on le remarque aussi entre les tropiques ; comment les montagnes, les mers, les fontaines et les rivières pouvaient naturellement s’y former, et les métaux y venir dans les mines, et les plantes y croître dans les campagnes, et généralement tous les corps qu’on nomme mêlés ou composés s’y engendrer : et, entre autres choses, à cause qu’après les astres je ne connais rien au monde que le feu qui produise de la lumière, je m’étudiai à faire entendre bien clairement tout ce qui appartient à sa nature, comment il se fait, comment il se nourrit, comment il n’a quelquefois que de la chaleur sans lumière, et quelquefois que de la lumière sans chaleur ; comment il peut introduire diverses couleurs en divers corps, et diverses autres qualités ; comment il en fond quelques-uns et en durcit d’autres ; comment il les peut consumer presque tous ou convertir en cendres et en fumée ; et enfin comment de ces cendres, par la seule violence de son action, il forme du verre ; car cette transmutation de cendres en verre me semblant être aussi admirable qu’aucune autre qui se fasse en la nature, je pris particulièrement plaisir à la décrire.
Toutefois je ne voulais pas inférer de toutes ces choses que ce monde ait été créé en la façon que je proposais ; car il est bien plus vraisemblable que dès le commencement Dieu l’a rendu tel qu’il devait être. Mais il est certain, et c’est une opinion communément reçue entre les théologiens, que l’action par laquelle maintenant il le conserve, est toute la même que celle par laquelle il l’a créé ; de façon qu’encore qu’il ne lui aurait point donné au commencement d’autre forme que celle du chaos, pourvu qu’ayant établi les lois de la nature, il lui prêtât son concours pour agir ainsi qu’elle a de coutume, on peut croire, sans faire tort au miracle de la création, que par cela seul toutes les choses qui sont purement matérielles auraient pu avec le temps s’y rendre telles que nous les voyons à présent ; et leur nature est bien plus aisée à concevoir, lorsqu’on les voit naître peu à peu en cette sorte, que lorsqu’on ne les considère que toutes faites.
I would be glad to continue and demonstrate here the entire chain of other truths that I have deduced from these initial principles; however, since doing so would require me to discuss several matters that are currently subject to debate among scholars, and I wish to avoid offending any of them, I believe it would be better for me to refrain from doing so. Instead, I will merely state in general terms what those matters are, leaving it to the wiser among you to decide whether it would be useful for the public to learn more about them in detail. I have always adhered firmly to the resolve I had taken not to assume any principle other than the one I used to demonstrate the existence of God and the soul, and not to accept anything as true unless it seemed to me as clear and certain as the demonstrations of mathematicians had previously been. Nevertheless, I dare say that not only have I found ways to resolve all the major difficulties that are commonly discussed in philosophy within a short time, but I have also discovered certain laws that God has so firmly established in nature and implanted in our minds that, after sufficient reflection, we cannot possibly doubt their absolute truthfulness in everything that exists or happens in the world. Moreover, by examining the consequences of these laws, I believe I have uncovered several truths that are even more useful and significant than anything I had previously learned—or even hoped to learn.
But as for what I have tried to explain in some detail in a treatise—which, however, I am prevented from publishing due to certain considerations—I believe that the best way to make it known is to briefly outline its contents here. I intended to include in it everything I thought I knew about the nature of material things before putting it into writing. However, just as painters cannot represent all the various aspects of a solid object in a flat painting; they choose one main aspect to highlight and shade the others so that they are only visible to the extent that they can be observed when looking at the painting; similarly, fearing that I might not be able to include everything I had in mind in my discourse, I decided to focus solely on explaining my understanding of light. Then, by means of light, I also touched upon the sun and the fixed stars, since almost all light originates from them; the heavens, because they transmit it; the planets, comets, and the earth, because they reflect it; and in particular, all objects on the earth—whether colored, transparent, or luminous—and finally, man himself, as the observer of all these phenomena. Moreover, in order to somewhat clarify these matters and express my own judgments more freely, without being constrained by prevailing opinions among scholars, I resolved to leave those debates aside and focus only on what would happen if God were to create new matter somewhere in the imagined realms of space, to manipulate its various components in a disordered manner, thus creating a chaos as intricate as poets might imagine. After that, God would simply allow nature to operate according to the laws he had established. Thus, first and foremost, I described this hypothetical matter and tried to represent it in such a clear and understandable way that nothing in the world could surpass it—except perhaps what has already been said about God and the soul. Indeed, I explicitly assumed that this matter contained no of those forms or qualities about which scholars debate; rather, everything related to its nature was so inherent to our understanding that it would be absurd even to pretend not to know it. In addition, I explained the laws governing nature and, relying solely on God’s infinite perfection, sought to prove all those principles about which doubt might have arisen, showing that they are such that even if God created numerous worlds, none of them could exist without them being observed and followed. After that, I explained how the greater part of the material comprising this chaos, according to these laws, had to arrange itself in a certain way that made it resemble our heavens; how, however, some of its components formed the earth, while others created planets and comets, and still others gave rise to the sun and fixed stars. Here, delving into the subject of light, I thoroughly explained what kind of light must exist within the sun and stars, and how it instantly traverses the vast expanse of the heavens, as well as how it is reflected from planets and comets towards the earth. I also added various considerations regarding the substance, position, movements, and all the different qualities of these heavens and celestial bodies; in doing so, I believed I had said enough to show that nothing in this world exists that could not, at least in appearance, be similar to what I described in those other worlds. From there, I turned my attention specifically to the earth: how, even though I had explicitly assumed that God had not endowed it with any gravity, all its parts still tended naturally towards its center; how the presence of water and air on its surface, along with the arrangement of the heavens and stars—especially the moon—caused tides similar to those observed in our seas; how a certain direction of flow, both for water and air, from east to west, existed between the tropics; how mountains, seas, springs, and rivers could naturally form there, and how metals would emerge from mines, plants would grow in the fields, and in general all kinds of substances known as mixed or composite could be produced. Moreover, since fire was the only element I knew in nature that produced light, I made great effort to explain clearly its nature, how it is generated, how it sustains itself, how sometimes it emits only heat without light, and at other times only light without heat; how it can impart various colors to different substances and other qualities; how it can melt some and harden others; how it can almost completely consume them or turn them into ashes and smoke; and finally, how, through its own power alone, it can transform these ashes into glass—since this transformation seemed to me as remarkable as any other occurring in nature. I took particular pleasure in describing this process.
However, I did not wish to infer from all these considerations that the world must have been created in the manner I proposed; for it is far more probable that God made it exactly as it was meant to be from the very beginning. But it is certain—and this is an opinion commonly held among theologians—that the action by which God maintains the world today is precisely the same one by which he created it. Thus, even if God had not given the world any initial form other than that of chaos, as long as he established the laws of nature and then guided its development in accordance with those laws, it would be reasonable to believe—that without compromising the miracle of creation—everything that is purely material could have gradually come into being as we see it today. Moreover, the nature of these things becomes much easier to understand when we consider them emerging gradually in this way, rather than assuming they were already fully formed from the outset.
Sarei molto lieto di continuare e di dimostrare qui tutta la catena delle altre verità che ho dedotto da queste prime; tuttavia, poiché per farlo sarebbe necessario affrontare diverse questioni su cui regna il disaccordo tra gli studiosi, e io non desidero crearmi nemici con loro, ritengo sia meglio astenermi dal farlo. Dirò soltanto, in linea di massima, di cosa si tratta, lasciando che siano i più saggi a giudicare se sia utile che il pubblico ne venga informato più dettagliatamente. Sono sempre rimasto fermo nella decisione presa di non ammettere alcun altro principio se non quello che ho utilizzato per dimostrare l’esistenza di Dio e dell’anima, e di non considerare vera alcuna cosa che non mi sembrasse altrettanto chiara e certa delle dimostrazioni offerte dai geometri; eppure oso affermare che non solo sono riuscito a risolvere in breve tempo tutte le principali difficoltà trattate nella filosofia, ma ho anche scoperto alcune leggi stabilite da Dio nella natura e impresse nelle nostre anime in modo così evidente, che, dopo averle attentamente riflettute, non potremmo dubitare che vengano rigorosamente osservate in tutto ciò che esiste o avviene nel mondo. Inoltre, considerando la sequenza di queste leggi, mi sembra di aver scoperto verità ancora più utili e importanti di qualsiasi cosa avessi imparato in precedenza, o anche sperassi di imparare.
Ma per quanto abbia cercato di spiegare i principali concetti contenuti in un trattato che, per alcune considerazioni, non posso pubblicare, non potrei farli conoscere meglio se non riassumendo qui brevemente il suo contenuto. Avevo intenzione di includervi tutto ciò che ritenevo di sapere riguardo alla natura delle cose materiali, prima di scriverlo; tuttavia, proprio come i pittori, che non possono rappresentare in un dipinto tutte le diverse facce di un corpo solido, ma ne scegliono una principale e la mettono in evidenza, omettendo le altre per farle apparire solo nella misura in cui sono visibili; così anch’io, temendo di non riuscire a esprimere nel mio discorso tutto ciò che avevo in mente, decisi di trattare ampiamente soltanto ciò che concepivo riguardo alla luce; e, in relazione ad essa, aggiunsi alcune considerazioni sul sole e sulle stelle fisse, poiché quasi tutta la luce proviene da loro; sui cieli, poiché li attraversa; sulle pianete, sulle comete e sulla terra, poiché le riflettono; e in particolare su tutti i corpi presenti sulla terra, poiché sono o colorati, o trasparenti, o luminosi; infine sull’uomo, poiché ne è lo spettatore. Anche per mettere un po’ in ombra tutte queste cose e poter esprimere più liberamente le mie opinioni, senza essere costretto a seguire o confutare quelle accettate tra i dotti, decisi di lasciare tutti questi argomenti alle loro dispute e di parlare soltanto di ciò che accadrebbe in un nuovo mondo, se Dio creasse ora da qualche parte, negli spazi immaginari, abbastanza materia per comporlo, e la facesse agire in modo disordinato e casuale, così da crearne un caos tanto confuso quanto i poeti possono inventare; e poi, semplicemente, lasciasse che la natura operasse secondo le leggi che ha stabilito. Così, innanzitutto, descrissi questa materia e cercai di rappresentarla nel modo più chiaro e comprensibile possibile, ad eccezione di ciò che è stato detto precedentemente su Dio e sull’anima; poiché anche in questo caso presupposi esplicitamente che essa non contenesse alcuna di quelle forme o qualità di cui si discute nelle scuole filosofiche, né, in generale, nulla di ciò che la conoscenza delle quali fosse così naturale per le nostre anime da non poter nemmeno essere ignorato. Inoltre, mostrai quali fossero le leggi della natura; e, senza basare le mie argomentazioni su alcun altro principio se non sulle infinite perfezioni di Dio, cercai di dimostrare tutte quelle che avrebbero potuto suscitare dubbi, e di far vedere che esse sono tali che, anche se Dio creasse molti mondi, in nessuno di essi queste leggi mancherebbero di essere osservate. Dopo ciò, spiegai come la maggior parte della materia di questo caos, in base a queste leggi, dovesse disporsi e organizzarsi in un certo modo che la rendesse simile ai nostri cieli; come, tuttavia, alcune sue parti dovessero formare la terra, altre i pianeti e le comete, e ancora altre il sole e le stelle fisse. In merito alla luce, spiegai in dettaglio quale dovesse essere quella presente nel sole e nelle stelle, come essa potesse attraversare in un istante gli immensi spazi celesti e come si riflettesse dalle pianete e dalle comete verso la terra. Aggiunsi anche molte altre cose riguardo alla sostanza, alla posizione, ai movimenti e a tutte le diverse qualità di questi cieli e di questi astri; pensavo così di aver detto abbastanza per dimostrare che nulla in questo mondo si distingue, o almeno potrebbe sembrare diverso da ciò che descrivo nel mondo che ho descritto. Da lì passai a parlare specificamente della terra: come, anche se avevo ipotizzato esplicitamente che Dio non avesse conferito alcuna gravità alla materia di cui era composta, tutte le sue parti tendessero comunque verso il suo centro; come, essendo presente acqua e aria sulla sua superficie, la disposizione dei cieli e degli astri, soprattutto della luna, dovesse causare flussi e riflussi simili a quelli che si osservano nei nostri mari, nonché un certo movimento dell’acqua e dell’aria da est a ovest, proprio come avviene tra i tropici; come montagne, mari, sorgenti e fiumi potessero formarsi naturalmente su di essa, e come metalli potessero emergere dalle miniere, piante crescere nelle campagne, e in generale tutti i corpi che chiamiamo composti potessero nascere lì. In particolare, poiché dopo gli astri non conoscevo nulla nel mondo che il fuoco, e solo il fuoco, fosse in grado di produrre luce, mi impegnai a spiegare chiaramente tutta la sua natura: come si formi, come si nutra, come a volte produca solo calore senza luce, altre volte solo luce senza calore; come possa conferire diverse colorazioni ai vari corpi e altre varie qualità; come possa fondere alcuni di essi e renderne altri duri; come possa consumarli quasi tutti o trasformarli in cenere e fumo; e infine, come da queste ceneri, soltanto grazie alla sua forza, possa formare il vetro; poiché questa trasformazione delle ceneri in vetro mi sembrava altrettanto meravigliosa di qualsiasi altra che avvenga nella natura, mi divertii particolarmente a descriverla.
Tuttavia, non volevo inferire da tutte queste considerazioni che il mondo sia stato creato nel modo che proponevo; poiché è molto più probabile che fin dall’inizio Dio lo abbia reso tale come doveva essere. Ma è certo, e questa è un’opinione comunemente accettata tra i teologi, che l’azione con la quale ora Dio lo mantiene sia esattamente la stessa con cui lo ha creato; in modo che anche se all’inizio non gli avesse dato altra forma se non quella del caos, purché, una volta stabilite le leggi della natura, gli avesse fornito il proprio aiuto affinché agisse secondo quelle leggi, si può credere, senza offendere il miracolo della creazione, che solo per questo motivo tutte le cose puramente materiali sarebbero potute, col tempo, diventare tali come le vediamo oggi; e la loro natura è certamente più facile da comprendere quando si considera come siano nate gradualmente in questo modo, piuttosto che quando vengono considerate già completamente formate.
De la description des corps inanimés et des plantes, je passai à celle des animaux, et particulièrement à celle des hommes. Mais pour ce que je n’en avais pas encore assez de connaissance pour en parler du même style que du reste, c’est-à-dire en démontrant les effets par les causes, et faisant voir de quelles semences et en quelle façon la nature les doit produire, je me contentai de supposer que Dieu formât le corps d’un homme entièrement semblable à l’un des nôtres, tant en la figure extérieure de ses membres, qu’en la conformation intérieure de ses organes, sans le composer d’autre matière que de celle que j’avais décrite, et sans mettre en lui au commencement aucune âme raisonnable, ni aucune autre chose pour y servir d’âme végétante ou sensitive, sinon qu’il excitât en son cœur un de ces feux sans lumière que j’avais déjà expliqués, et que je ne concevais point d’autre nature que celui qui échauffe le foin lorsqu’on l’a renfermé avant qu’il fut sec, ou qui fait bouillir les vins nouveaux lorsqu’on les laisse cuver sur la râpe : car, examinant les fonctions qui pouvaient en suite de cela être en ce corps, j’y trouvais exactement toutes celles qui peuvent être en nous sans que nous y pensions, ni par conséquent que notre âme, c’est-à-dire cette partie distincte du corps dont il a été dit ci-dessus que la nature n’est que de penser, y contribué, et qui sont toutes les mêmes en quoi on peut dire que les animaux sans raison nous ressemblent ; sans que j’y en pusse pour cela trouver aucune de celles qui, étant dépendantes de la pensée, sont les seules qui nous appartiennent, en tant qu’hommes ; au lieu que je les y trouvais toutes par après, ayant supposé que Dieu créât une âme raisonnable, et qu’il la joignit à ce corps en certaine façon que je décrivais.
Mais afin qu’on puisse voir en quelle sorte j’y traitais cette matière, je veux mettre ici l’explication du mouvement du cœur et des artères, qui étant le premier et le plus général qu’on observe dans les animaux, on jugera facilement de lui ce qu’on doit penser de tous les autres. Et afin qu’on ait moins de difficulté à entendre ce que j’en dirai, je voudrais que ceux qui ne sont point versés en l’anatomie prissent la peine, avant que de lire ceci, de faire couper devant eux le cœur de quelque grand animal qui ait des poumons, car il est en tous assez semblable à celui de l’homme, et qu’ils se fissent montrer les deux chambres ou concavités qui y sont : premièrement celle qui est dans son côté droit, à laquelle répondent deux tuyaux fort larges ; à savoir, la veine cave, qui est le principal réceptacle du sang, et comme le tronc de l’arbre dont toutes les autres veines du corps sont les branches ; et la veine artérieuse, qui a été ainsi mal nommée, pour ce que c’est en effet une artère, laquelle, prenant son origine du cœur, se divise, après en être sortie, en plusieurs branches qui vont se répandre partout dans les poumons : puis celle qui est dans son côté gauche, à laquelle répondent en même façon deux tuyaux qui sont autant ou plus larges que les précédents ; à savoir, l’artère veineuse, qui a été aussi mal nommée, à cause qu’elle n’est autre chose qu’une veine, laquelle vient des poumons, où elle est divisée en plusieurs branches entrelacées avec celles de la veine artérieuse, et celles de ce conduit qu’on nomme le sifflet, par où entre l’air de la respiration ; et la grande artère qui, sortant du cœur, envoie ses branches partout le corps. Je voudrais aussi qu’on leur montrât soigneusement les onze petites peaux qui, comme autant de petites portes, ouvrent et ferment les quatre ouvertures qui sont en ces deux concavités ; à savoir, trois à l’entrée de la veine cave, où elles sont tellement disposées qu’elles ne peuvent aucunement empêcher que le sang qu’elle contient ne coule dans la concavité droite du cœur, et toutefois empêchent exactement qu’il n’en puisse sortir ; trois à l’entrée de la veine artérieuse, qui, étant disposées tout au contraire, permettent bien au sang qui est dans cette concavité de passer dans les poumons, mais non pas à celui qui est dans les poumons d’y retourner ; et ainsi deux autres à l’entrée de l’artère veineuse, qui laissent couler le sang des poumons vers la concavité gauche du cœur, mais s’opposent à son retour ; et trois à l’entrée de la grande artère, qui lui permettent de sortir du cœur, mais l’empêchent d’y retourner : et il n’est point besoin de chercher d’autre raison du nombre de ces peaux, sinon que l’ouverture de l’artère veineuse étant en ovale, à cause du lieu où elle se rencontre, peut être commodément fermée avec deux, au lieu que les autres étant rondes, le peuvent mieux être avec trois. De plus, je voudrais qu’on leur fit considérer que la grande artère et la veine artérieuse sont d’une composition beaucoup plus dure et plus ferme que ne sont l’artère veineuse et la veine cave ; et que ces deux dernières s’élargissent avant que d’entrer dans le cœur, et y font comme deux bourses, nommées les oreilles du cœur, qui sont composées d’une chair semblable à la sienne ; et qu’il y a toujours plus de chaleur dans le cœur qu’en aucun autre endroit du corps ; et enfin que cette chaleur est capable de faire que, s’il entre quelque goutte de sang en ses concavités, elle s’enfle promptement et se dilate, ainsi que font généralement toutes les liqueurs, lorsqu’on les laisse tomber goutte à goutte en quelque vaisseau qui est fort chaud.
Car, après cela, je n’ai besoin de dire autre chose pour expliquer le mouvement du cœur, sinon que lorsque ses concavités ne sont pas pleines de sang, il y en coule nécessairement de la veine cave dans la droite et de l’artère veineuse dans la gauche, d’autant que ces deux vaisseaux en sont toujours pleins, et que leurs ouvertures, qui regardent vers le cœur, ne peuvent alors être bouchées ; mais que sitôt qu’il est entré ainsi deux gouttes de sang, une en chacune de ses concavités, ces gouttes, qui ne peuvent être que fort grosses, à cause que les ouvertures par où elles entrent sont fort larges et les vaisseaux d’où elles viennent fort pleins de sang, se raréfient et se dilatent, à cause de la chaleur qu’elles y trouvent ; au moyen de quoi, faisant enfler tout le cœur, elles poussent et ferment les cinq petites portes qui sont aux entrées des deux vaisseaux d’où elles viennent, empêchant ainsi qu’il ne descende davantage de sang dans le cœur ; et, continuant à se raréfier de plus en plus, elles poussent et ouvrent les six autres petites portes qui sont aux entrées des deux autres vaisseaux par où elles sortent, faisant enfler par ce moyen toutes les branches de la veine artérieuse et de la grande artère, quasi au même instant que le cœur ; lequel incontinent après se désenfle, comme font aussi ces artères, à cause que le sang qui y est entré s’y refroidit ; et leurs six petites portes se referment, et les cinq de la veine cave et de l’artère veineuse se rouvrent, et donnent passage à deux autres gouttes de sang, qui font derechef enfler le cœur et les artères, tout de même que les précédentes. Et pour ce que le sang qui entre ainsi dans le cœur passe par ces deux bourses qu’on nomme ses oreilles, de là vient que leur mouvement est contraire au sien, et quelles se désenflent lorsqu’il s’enfle. Au reste, afin que ceux qui ne connaissent pas la force des démonstrations mathématiques, et ne sont pas accoutumés à distinguer les vraies raisons des vraisemblables, ne se hasardent pas de nier ceci sans l’examiner, je les veux avertir que ce mouvement que je viens d’expliquer suit aussi nécessairement de la seule disposition des organes qu’on peut voir à l’œil dans le cœur, et de la chaleur qu’on y peut sentir avec les doigts, et de la nature du sang qu’on peut connaître par expérience, que fait celui d’un horloge, de la force, de la situation et de la figure de ses contrepoids et de ses roues.
From describing inanimate objects and plants, I moved on to describing animals, particularly humans. However, since my knowledge of humans was not yet sufficient to discuss them in the same way as the other entities—that is, by explaining their functions through their causes and showing from what seeds and in what manner nature must produce them—I contented myself with assuming that God created a human body entirely similar to one of our own, both in the external form of its limbs and in the internal structure of its organs. I did not suppose that this body was composed of any other material than the ones I had described, nor did I assume that it contained any rational soul at the beginning, nor any other element that could serve as a vegetative or sensory soul. Instead, I imagined that God aroused within this body one of those “fires without light” that I had already explained—fires that heat hay before it dries or cause new wine to ferment when left to stand. Upon examining the functions that could arise from such a body, I found therein exactly all those functions that we possess without even thinking about them; functions that, therefore, are not attributable to our soul—in other words, to that distinct part of the body whose sole function, as stated above, is to think. These functions are precisely the same ones that make animals resembling us in certain respects; yet I could not find among these functions any that are inherent to humans alone, since those functions depend on the power of thought and are therefore unique to our human nature. Instead, I concluded that all these functions existed only after God had created a rational soul and combined it with this body in a particular manner that I described.
But in order that one may see how I deal with this subject, I wish to present here an explanation of the function of the heart and arteries. Since these are the first and most general phenomena observed in animals, one can easily infer from them what to think about all other similar structures. Moreover, so that those who are not well-versed in anatomy will find it easier to understand my explanation, I ask those who have not studied this field to take the trouble, before reading on, to have the heart of some large animal with lungs cut open before their eyes. The heart of such an animal is quite similar to that of a human, and they should be shown the two chambers or cavities it contains: firstly, the one on the right side, which is connected to two very wide tubes—the inferior vena cava, the main receptacle for blood, akin to the trunk of a tree from which all other veins in the body branch off; and the pulmonary artery, a misnomer, since it is actually an artery that originates from the heart and divides into multiple branches after leaving it, spreading throughout the lungs. Secondly, the chamber on the left side, which is connected to two similarly wide tubes—the pulmonary vein (another misnomer, as it is actually a vein) that carries blood back from the lungs; and the aorta, which also originates from the heart and distributes its branches throughout the body. It would also be helpful to carefully demonstrate to them the eleven small membranes that function like tiny doors, opening and closing the four openings in these two chambers: three at the entrance of the inferior vena cava, arranged in such a way as to allow the blood within it to flow unimpeded into the right side of the heart while preventing any backflow; three at the entrance of the pulmonary vein, designed to permit blood from the lungs to pass into the left side of the heart but not vice versa; two more at the entrance of the pulmonary vein, allowing blood from the lungs to flow toward the left side of the heart but blocking its return; and three at the entrance of the aorta, enabling it to leave the heart but preventing any re-entry. There is no need for further explanation regarding the number of these membranes—their arrangement is simply due to the oval shape of the pulmonary vein’s opening, which requires two membranes to close it effectively, whereas the other openings are round and can be closed with three membranes each. Furthermore, I would like them to understand that the aorta and the arterial vein are composed of much harder and firmer material than the venous artery and the inferior vena cava; that these latter two vessels widen before entering the heart, forming what are called the “auricles of the heart,” which are made of flesh similar to that of the heart itself; and that the heart always contains more heat than any other part of the body; finally, that this heat is capable of causing any drop of blood that enters its chambers to swell and dilate rapidly, just as all liquids generally do when dropped drop by drop into a very hot vessel.
For after this, I need say nothing further to explain the mechanism of the heart’s movement, except that whenever its cavities are not filled with blood, it is necessary for blood to flow from the vena cava into the right side and from the venous artery into the left side—especially since these two vessels are always full of blood, and their openings, which face the heart, cannot be blocked. But as soon as two drops of blood enter each of its cavities, these drops, which must be quite large due to the wide openings through which they enter and the fact that the vessels from which they come are full of blood, begin to thin out and dilate as a result of the heat they encounter within the heart. In doing so, they cause the entire heart to swell and push shut the five small valves located at the entrances of these two vessels, preventing any further flow of blood into the heart. As they continue to thin out, they also push open the six other small valves at the entrances of the two other vessels through which the blood flows out, causing all the branches of the venous artery and the aorta to swell almost simultaneously with the heart itself. Soon after, the heart begins to deflate, just as these arteries do, because the blood that has entered them cools down. The six small valves close again, and the five at the entrances of the vena cava and the venous artery open, allowing two more drops of blood to flow in, which once again cause the heart and arteries to swell. Moreover, since the blood entering the heart passes through two sacs known as its “ears,” it is this very passage that causes their movement to be opposite to that of the heart’s own; and these sacs deflate when the heart swells. Finally, in order to prevent those who are unfamiliar with the power of mathematical demonstrations and unaccustomed to distinguishing between true reasons and plausible explanations from denying what I have just explained without examining it carefully, I wish to warn them that this mechanism follows inevitably from the very structure of the organs within the heart that can be seen with the eye, from the heat that can be felt with the fingers, and from the nature of the blood itself, just as the movement of a clock is determined by the weight, position, and shape of its weights and wheels.
Dalla descrizione dei corpi inanimati e delle piante passai a quella degli animali, e in particolare degli esseri umani. Tuttavia, poiché non ne conoscevo ancora abbastanza per parlare di loro nello stesso modo in cui avevo descritto gli altri fenomeni, cioè dimostrando gli effetti attraverso le cause e spiegando da quali semi e in quale modo la natura li dovesse produrre, mi limitai a supporre che Dio avesse creato il corpo di un uomo del tutto simile al nostro, sia nella forma esterna dei suoi membri che nella struttura interna dei suoi organi; senza utilizzare alcuna materia diversa da quella che avevo descritto, e senza inserire in esso all’inizio alcuna anima razionale, né nulla altro che potesse fungere da “anima vegetativa” o “sensitiva”. Immaginai invece che nel suo cuore si scatenasse uno di quei “fuochi senza luce” di cui avevo già parlato, e non concepivo alcuna altra natura per tale fenomeno se non quella che riscalda il fieno quando viene messo in un luogo chiuso prima che si asciughi, o che fa bollire i vini nuovi quando vengono lasciati fermentare. Esaminando le funzioni che potevano derivare da questo processo, trovai esattamente tutte quelle che possiamo svolgere noi stessi senza pensarci, e quindi senza che la nostra anima – quella parte del corpo la cui unica funzione è pensare – vi contribuisca in alcun modo. Queste stesse funzioni permettono agli animali privi di ragione di assomigliarci; tuttavia, non trovai tra queste funzioni nessuna che fosse specifica degli esseri umani, cioè quelle che derivano dal pensiero e che ci distinguono dagli altri animali. Le trovai invece tutte successivamente, dopo aver ipotizzato che Dio avesse creato un’anima razionale e l’avesse unita a quel corpo in un certo modo che descrivevo.
Ma affinché si possa comprendere in che modo abbia trattato questo argomento, desidero qui fornire una spiegazione del movimento del cuore e delle arterie, poiché esso rappresenta il primo e più generale fenomeno osservabile negli animali; da esso si potrà facilmente dedurre ciò che si deve pensare riguardo a tutti gli altri processi simili. E affinché coloro che non hanno una conoscenza approfondita di anatomia non incontrino difficoltà nell’intendere quanto dirò, vorrei che coloro che non ne sono esperti si prendessero la briga, prima di leggere queste spiegazioni, di farsi tagliare davanti ai loro occhi il cuore di qualche grande animale dotato di polmoni, poiché esso è in tutti gli aspetti abbastanza simile a quello umano; e che si facessero mostrare le due camere o cavità presenti al suo interno: innanzitutto quella situata sul lato destro, alla quale corrispondono due vasi molto larghi, ovvero la vena cava, che rappresenta il principale recipiente del sangue e può essere paragonata al tronco di un albero dal quale derivano tutte le altre vene del corpo; e l’arteria polmonare, il cui nome è in realtà improprio, poiché si tratta effettivamente di un’arteria che, nascendo dal cuore, si divide in molte ramificazioni che si diffondono nei polmoni. Poi c’è la cavità situata sul lato sinistro, alla quale corrispondono anch’essa due vasi altrettanto o più larghi dei precedenti: ovvero l’arteria polmonare, il cui nome è ugualmente improprio, poiché in realtà si tratta di una vena che proviene dai polmoni e si divide in molte ramificazioni intrecciate con quelle dell’arteria polmonare e con quelle del condotto denominato “sifone”, attraverso il quale entra l’aria respirata; e l’arteria principale, che, uscendo dal cuore, invia le sue ramificazioni in tutto il corpo. Vorrei anche che venisse loro mostrato attentamente i dodici piccoli tessuti membranosi che, come delle piccole porte, aprono e chiudono le quattro aperture presenti in queste due cavità: tre all’ingresso della vena cava, disposte in modo tale da non impedire affatto il flusso di sangue verso la cavità destra del cuore, ma allo stesso tempo impedirne l’uscita; tre all’ingresso dell’arteria polmonare, disposte in modo opposto, permettendo al sangue presente in questa cavità di passare nei polmoni, ma non al contrario; e altre due all’ingresso dell’arteria polmonare, che consentono al sangue dei polmoni di fluire verso la cavità sinistra del cuore, ma ne impediscono il ritorno; e infine tre all’ingresso dell’arteria principale, che le permettono di uscire dal cuore, ma ne impediscono l’ingresso. Non è necessario cercare altre ragioni per spiegare questo numero di tessuti membranosi: semplicemente, poiché l’apertura dell’arteria polmonare ha una forma ovale, a causa della posizione in cui si trova, può essere facilmente chiusa da due tali tessuti; mentre le altre aperture, essendo rotonde, possono essere meglio chiuse da tre. Inoltre, vorrei che si facesse loro comprendere che l’arteria principale e la vena arteriosa sono composte da materiale molto più duro e resistente rispetto alla vena arteriosa e alla vena cava; che queste ultime si allargano prima di entrare nel cuore, formando due strutture simili a delle “borse”, chiamate “orecchie del cuore”, composte da tessuto analogo a quello del cuore stesso; che nel cuore vi sia sempre più calore rispetto a qualsiasi altra parte del corpo; e infine che questo calore sia in grado di far sì che, se una goccia di sangue entri nelle sue cavità, queste si gonfino rapidamente e si dilatino, proprio come avviene generalmente con tutte le sostanze liquide quando vengono versate goccia a goccia in un vaso molto caldo.
Poiché, dopo ciò, non ho bisogno di dire altro per spiegare il movimento del cuore, se non che quando le sue cavità non sono piene di sangue, necessariamente ne scorre dalla vena cava verso destra e dall’arteria venosa verso sinistra, soprattutto perché questi due vasi sono sempre pieni e le loro aperture, che si dirigono verso il cuore, non possono essere bloccate; ma non appena vi entrano due gocce di sangue, una in ciascuna delle sue cavità – gocce che devono essere molto grandi, poiché le aperture attraverso cui entrano sono molto ampie e i vasi da cui provengono sono pieni di sangue – queste gocce si rarefanno e si dilatano a causa del calore che vi trovano; in questo modo, facendo gonfiare l’intero cuore, spingono e chiudono le cinque piccole aperture presenti alle entrate dei due vasi da cui provengono, impedendo così che ulteriore sangue scenda nel cuore; e continuando a rarefarsi sempre di più, spingono e aprono le altre sei piccole aperture presenti alle entrate dei due altri vasi attraverso cui escono, facendo gonfiare in questo modo tutte le ramificazioni dell’arteria venosa e della grande arteria, quasi contemporaneamente al cuore stesso; il quale, subito dopo, si sgonfia, proprio come fanno anche queste arterie, poiché il sangue che vi è entrato si raffredda; le sei piccole aperture si richiudono, e quelle cinque della vena cava e dell’arteria venosa si riaprono, permettendo l’ingresso di altre due gocce di sangue, che immediatamente fanno nuovamente gonfiare il cuore e le arterie, esattamente come le precedenti. Poiché il sangue che entra nel cuore passa attraverso queste due sacche chiamate “orecchie del cuore”, da ciò deriva che il loro movimento è opposto a quello del cuore stesso, e che si sgonfiano quando il cuore si gonfia. Infine, affinché coloro che non conoscono la forza delle dimostrazioni matematiche e non sono abituati a distinguere le vere ragioni da quelle plausibili, non osino negare quanto ho appena spiegato senza esaminarlo attentamente, voglio avvertirli che questo movimento deriva necessariamente soltanto dalla disposizione degli organi presenti nel cuore, che si possono osservare a occhio nudo, dal calore che si può percepire con le dita e dalla natura del sangue, che si può conoscere attraverso l’esperienza, proprio come avviene per il movimento di un orologio, determinato dalla forza, dalla posizione e dalla forma dei suoi contrappesi e delle sue ruote.
Mais si on demande comment le sang des veines ne s’épuise point, en coulant ainsi continuellement dans le cœur, gt comment les artères n’en sont point trop remplies, puisque tout celui qui passe par le cœur s’y va rendre, je n’ai pas besoin d’y répondre autre chose que ce qui a déjà été écrit par un médecin d’Angleterre, auquel il faut donner la louange d’avoir rompu la glace en cet endroit, et d’être le premier qui a enseigné qu’il y a plusieurs petits passages aux extrémités des artères, par où le sang qu’elles reçoivent du cœur entre dans les petites branches des veines, d’où il va se rendre derechef vers le cœur ; en sorte que son cours n’est autre chose qu’une circulation perpétuelle. Ce qu’il prouve fort bien par l’expérience ordinaire des chirurgiens, qui, ayant lié le bras médiocrement fort, au-dessus de l’endroit où ils ouvrent la veine, font que le sang en sort plus abondamment que s’ils ne l’avaient point lié ; et il arriverait tout le contraire s’ils le liaient au-dessous entre la main et l’ouverture, ou bien qu’ils le liassent très fort au-dessus. Car il est manifeste que le lien, médiocrement serré, pouvant empêcher que le sang qui est déjà dans le bras ne retourne vers le cœur par les veines, n’empêche pas pour cela qu’il n’y en vienne toujours de nouveau par les artères, à cause qu’elles sont situées au-dessous des veines, et que leurs peaux, étant plus dures, sont moins aisées à presser ; et aussi que le sang qui vient du cœur tend avec plus de force à passer par elles vers la main, qu’il ne fait à retourner de là vers le cœur par les veines ; et puisque ce sang sort du bras par l’ouverture qui est en l’une des veines, il doit nécessairement y avoir quelques passages au-dessous du lien, c’est-à-dire vers les extrémités du bras, par où il y puisse venir des artères. Il prouve aussi fort bien ce qu’il dit du cours du sang, par certaines petites peaux, qui sont tellement disposées en divers lieux le long des veines, qu’elles ne lui permettent point d’y passer du milieu du corps vers les extrémités, mais seulement de retourner des extrémités vers le cœur ; et de plus par l’expérience qui montre que tout celui qui est dans le corps en peut sortir en fort peu de temps par une seule artère lorsqu’elle est coupée, encore même qu’elle fut étroitement liée fort proche du cœur, et coupée entre lui et le lien, en sorte qu’on n’eût aucun sujet d’imaginer que le sang qui en sortirait vînt d’ailleurs.
Mais il y a plusieurs autres choses qui témoignent que la vraie cause de ce mouvement du sang est celle que j’ai dite. Comme, premièrement, la différence qu’on remarque entre celui qui sort des veines et celui qui sort des artères ne peut procéder que de ce qu’étant raréfié et comme distillé en passant par le cœur, il est plus subtil et plus vif et plus chaud incontinent après en être sorti, c’est-à-dire étant dans les artères, qu’il n’est un peu devant que d’y entrer, c’est-à-dire étant dans les veines. Et si on y prend garde, on trouvera que cette différence ne paraît bien que vers le cœur, et non point tant aux lieux qui en sont les plus éloignés. Puis, la dureté des peaux dont la veine artérieuse et la grande artère sont composées montre assez que le sang bat contre elles avec plus de force que contre les veines. Et pourquoi la concavité gauche du cœur et la grande artère seraient-elles plus amples et plus larges que la concavité droite et la veine artérieuse, si ce n’était que le sang de l’artère veineuse, n’ayant été que dans les poumons depuis qu’il a passé par le cœur, est plus subtil et se raréfie plus fort et plus aisément que celui qui vient immédiatement de la veine cave ? Et qu’est-ce que les médecins peuvent deviner en tâtant le pouls, s’ils ne savent que, selon que le sang change de nature, il peut être raréfié par la chaleur du cœur plus ou moins fort, et plus ou moins vite qu’auparavant ? Et si on examine comment cette chaleur se communique aux autres membres, ne faut-il pas avouer que c’est par le moyen du sang, qui, passant par le cœur, s’y réchauffe, et se répand de là par tout le corps : d’où vient que si on ôte le sang de quelque partie, on en ôte par même moyen la chaleur ; et encore que le cœur fût aussi ardent qu’un fer embrasé, il ne suffirait pas pour réchauffer les pieds et les mains tant qu’il fait, s’il n’y envoyait continuellement de nouveau sang. Puis aussi on connaît de là que le vrai usage de la respiration est d’apporter assez d’air frais dans le poumon pour faire que le sang qui y vient de la concavité droite du cœur, où il a été raréfié et comme changé en vapeurs, s’y épaississe et convertisse en sang derechef, avant que de retomber dans la gauche, sans quoi il ne pourrait être propre à servir de nourriture au feu qui y est ; ce qui se confirme parce qu’on voit que les animaux qui n’ont point de poumons n’ont aussi qu’une seule concavité dans le cœur, et que les enfants, qui n’en peuvent user pendant qu’ils sont renfermés au ventre de leurs mères, ont une ouverture par où il coule du sang de la veine cave en la concavité gauche du cœur, et un conduit par où il en vient de la veine artérieuse en la grande artère, sans passer par le poumon. Puis la coction comment se ferait-elle en l’estomac, si le cœur n’y envoyait de la chaleur par les artères, et avec cela quelques-unes des plus coulantes parties du sang, qui aident à dissoudre les viandes qu’on y a mises ? Et l’action qui convertit le suc de ces viandes en sang n’est-elle pas aisée à connaître, si on considère qu’il se distille, en passant et repassant par le cœur, peut-être plus de cent ou deux cents fois en chaque jour ? Et qu’a-t-on besoin d’autre chose pour expliquer la nutrition et la production des diverses humeurs qui sont dans le corps, sinon de dire que la force dont le sang, en se raréfiant, passe du cœur vers les extrémités des artères, fait que quelques-unes de ses parties s’arrêtent entre celles des membres où elles se trouvent, et y prennent la place de quelques autres qu’elles en chassent, et que, selon la situation ou la figure ou la petitesse des pores qu’elles rencontrent, les unes se vont rendre en certains lieux plutôt que les autres, en même façon que chacun peut avoir vu divers cribles, qui, étant diversement percés, servent à séparer divers grains les uns des autres ? Et enfin, ce qu’il y a de plus remarquable en tout ceci, c’est la génération des esprits animaux, qui sont comme un vent très subtil, ou plutôt comme une flamme très pure et très vive, qui, montant continuellement en grande abondance du cœur dans le cerveau, se va rendre de là par les nerfs dans les muscles, et donne le mouvement à tous les membres ; sans qu’il faille imaginer d’autre cause qui fasse que les parties du sang qui, étant les plus agitées et les plus pénétrantes, sont les plus propres à composer ces esprits, se vont rendre plutôt vers le cerveau que vers ailleurs, sinon que les artères qui les y portent sont celles qui viennent du cœur le plus en ligne droite de toutes, et que, selon les règles des mécaniques, qui sont les mêmes que celles de la nature, lorsque plusieurs choses tendent ensemble à se mouvoir vers un même côté où il n’y a pas assez de place pour toutes, ainsi que les parties du sang qui sortent de la concavité gauche du cœur tendent vers le cerveau, les plus faibles et moins agitées en doivent être détournées par les plus fortes, qui par ce moyen s’y vont rendre seules.
But if one asks how it is that the blood in the veins does not become depleted by continuously flowing towards the heart, and how it is that the arteries are not overfilled with it, since all the blood that passes through the heart goes there, I need not answer anything other than what has already been written by a physician from England—whom we must praise for having broken new ground in this area and for being the first to demonstrate that there are several small passages at the ends of the arteries through which the blood received from the heart enters the smaller branches of the veins, from where it immediately returns to the heart; thus, its circulation is nothing but a continuous flow. This is well proven by the routine experience of surgeons: when they tightly bind a limb above the point where they intend to cut the vein, more blood flows out than if the limb had not been bound; conversely, if the binding were done below the wrist or at the opening of the vein, or if it were done too tightly above the wrist, the opposite effect would occur. It is clear that a moderately tight bandage, while preventing the blood already in the limb from returning to the heart through the veins, does not prevent new blood from continuing to flow into the limb via the arteries, since these are located below the veins and their tougher skin makes them less susceptible to compression. Moreover, the blood coming from the heart exerts greater pressure to pass through the arteries towards the limb than to return through the veins; and since this blood exits the limb through a vein opening, there must necessarily be some passages below the bandage—i.e., toward the extremities of the limb—through which the blood can flow from the arteries. His theory is also well supported by certain small membranes that are arranged along the veins in such a way as to allow blood only to flow back towards the heart, not from the middle of the body towards the limbs. Furthermore, experiments show that all the blood in the body can be expelled in a very short time through a single artery if it is cut off, even though the artery was tightly bound near the heart and cut between the heart and the bandage—thus eliminating any possibility that the blood flowing out could originate elsewhere.
But there are several other factors that attest to the fact that the true cause of this circulation of blood is indeed what I have stated. Firstly, the difference observed between the blood that leaves the veins and that which leaves the arteries can only be attributed to the fact that, as it passes through the heart and becomes thinner and more refined, it becomes subtler, livelier, and warmer immediately after leaving the heart—meaning while it is still in the arteries—than it was shortly before entering them, when it was still in the veins. If one observes carefully, this difference is only apparent near the heart, and not so much at locations further away from it. Furthermore, the greater hardness of the tissues that make up the arterial and aortic vessels clearly indicates that blood impacts these walls with greater force than it does the veins. And why would the left side of the heart and the aorta be larger and wider than the right side and the arterial veins, if it were not because the blood from the arteries and veins—having only been in the lungs since passing through the heart—has become thinner and more refined, and thus changes more significantly than the blood that comes directly from the vena cava? What else can doctors deduce by feeling a pulse, if they do not understand that, depending on how the nature of the blood changes, it may be thinned or thickened to varying degrees by the heat of the heart, at different speeds as well? And when one examines how this heat is transmitted to other parts of the body, isn’t it clear that it is done through the blood, which, after passing through the heart, becomes warmer and then spreads throughout the body? Hence, if blood is removed from a certain part of the body, the heat associated with it is also removed; and even if the heart were as hot as burning iron, it would not be enough to warm the feet and hands in cold weather unless it continuously sent new blood there. Moreover, this understanding confirms that the true purpose of respiration is to bring sufficient fresh air into the lungs so that the blood coming from the right side of the heart—where it has been thinned and transformed into vapor—can thicken back into proper blood before returning to the left side; otherwise, it would not be suitable for nourishing the “fire” that exists within the heart. This is further supported by the observation that animals without lungs have only one chamber in their hearts, and that infants, who cannot use their lungs while still in their mothers’ wombs, have an opening through which blood flows from the vena cava into the left side of the heart, as well as a duct through which blood comes from the arterial veins into the aorta, without passing through the lungs. Lastly, how could digestion take place in the stomach if the heart did not send heat and some of the more fluid parts of the blood there to help break down the food that has been consumed? And isn’t it easy to understand the process by which the juices of these meats are transformed into blood, when we consider that this transformation occurs hundreds or even two hundred times a day, as the blood passes repeatedly through the heart? What else is needed to explain the nourishment and production of the various humors within the body, but to say that it is the force exerted by the blood as it flows from the heart towards the extremities of the arteries that causes certain parts of the blood to stop in between the limbs where they reside, taking the place of other portions that they displace there? Moreover, depending on the size and structure of the pores they encounter along their path, some of these portions may be directed to certain locations rather than others, just as one can observe various sieves that, being differently perforated, are used to separate different kinds of grains from each other. Finally, what is most remarkable in all this is the generation of those animal spirits—which are like a very subtle breeze, or rather, like a pure and intense flame—that continuously rise in abundance from the heart to the brain, and then travel through the nerves to the muscles, enabling all the limbs to move. There is no need to imagine any other cause for this process: it is simply because those parts of the blood that are most active and penetrating are naturally inclined to flow towards the brain, since the arteries that carry them originate from the heart in the most direct path possible. And, according to the laws of mechanics—which are essentially the same as those of nature—when multiple forces tend to move in the same direction but there is not enough space for all of them, the weaker and less active forces will be diverted by the stronger ones, allowing the former to reach their destination on their own.
Ma se ci si chiede come il sangue delle vene non si esaurisca, scorrendo continuamente verso il cuore, e come le arterie non ne siano troppo riempite, poiché tutto ciò che passa attraverso il cuore vi arriva, non ho bisogno di rispondere altro se non ciò che è già stato scritto da un medico inglese, al quale va dato il merito di aver rotto il ghiaccio in questo campo e di essere stato il primo a dimostrare l’esistenza di numerosi piccoli passaggi alle estremità delle arterie, attraverso i quali il sangue ricevuto dal cuore entra nelle piccole ramificazioni delle vene per poi tornare immediatamente verso il cuore; in tal modo, il suo flusso non è altro che un circolo continuo. Ciò viene ampiamente confermato dall’esperienza comune dei chirurghi: quando legano il braccio in modo moderatamente stretto al di sopra del punto in cui aprono la vena, il sangue ne fuoriesce in quantità maggiore rispetto a quando non viene legato; al contrario, se venisse legato al di sotto, tra la mano e l’apertura della vena, o se venisse legato molto stretto al di sopra, si otterrebbero risultati opposti. È infatti evidente che un legame moderatamente stretto può impedire al sangue già presente nel braccio di tornare verso il cuore attraverso le vene, ma non impedisce affatto che ne arrivi continuamente nuovo dalle arterie, poiché queste si trovano al di sotto delle vene e la loro pelle, essendo più dura, è meno facilmente compressibile; inoltre, il sangue proveniente dal cuore tende con maggiore forza a passare attraverso le arterie verso la mano piuttosto che a tornarvi indietro attraverso le vene. Poiché il sangue esce dal braccio attraverso l’apertura di una delle vene, deve necessariamente esserci dei passaggi al di sotto del legame, cioè verso le estremità del braccio, attraverso i quali il sangue può provenire dalle arterie. Ciò viene altresì confermato da alcune piccole strutture cutanee disposte lungo le vene, che non permettono al sangue di passare dal centro del corpo verso le estremità, ma solo di tornare indietro dalle estremità verso il cuore; inoltre, l’esperienza dimostra che tutto ciò che si trova nel corpo può uscire in breve tempo attraverso un’unica arteria quando questa viene tagliata, anche se è stata strettamente legata vicino al cuore e tagliata tra quest’ultimo e il punto di legame, tanto da non lasciare alcun dubbio sul fatto che il sangue che ne esce provenga proprio da lì.
Ma ci sono molte altre cose che testimoniano che la vera causa di questo movimento del sangue è proprio quella che ho detto. Innanzitutto, la differenza che si osserva tra il sangue che esce dalle vene e quello che esce dalle arterie può derivare soltanto dal fatto che, essendo stato rarefatto e come “distillato” durante il suo passaggio attraverso il cuore, diventa più sottile, più vivace e più caldo immediatamente dopo essere uscito, cioè quando si trova nelle arterie, rispetto a quando è appena entrato, cioè quando si trova nelle vene. Se ci si fa attenzione, si nota che questa differenza è evidente soprattutto verso il cuore, e non tanto nei punti più lontani da esso. Inoltre, la durezza delle pelli di cui sono composte le arterie dimostra chiaramente che il sangue batte contro di esse con maggiore forza rispetto alle vene. E perché mai la cavità sinistra del cuore e l’arteria principale sarebbero più ampie e larghe della cavità destra e della vena arteriosa, se non fosse perché il sangue dell’arteria, essendo stato soltanto nei polmoni dopo essere passato attraverso il cuore, è più sottile e si rarefa in modo più intenso e più facile rispetto a quello che proviene direttamente dalla vena cava? E cosa possono indovinare i medici palpando il polso, se non sanno che, a seconda del fatto che il sangue subisca o meno variazioni di natura, può essere rarefatto dalla calore del cuore in misura maggiore o minore, e più velocemente o più lentamente di prima? E se si esamina come questa calore venga trasmessa agli altri membri del corpo, non bisogna forse ammettere che avviene attraverso il sangue, che, passando attraverso il cuore, vi si riscalda e da lì si diffonde in tutto il corpo? Da ciò deriva anche il fatto che, se si rimuove il sangue da una parte del corpo, si elimina allo stesso modo anche il calore; e inoltre, anche se il cuore fosse altrettanto ardente di un ferro incandescente, non sarebbe sufficiente per riscaldare i piedi e le mani durante le fredde temperature estive, se non inviasse continuamente nuovo sangue. Inoltre, si può capire che lo scopo reale della respirazione è quello di portare abbastanza aria fresca nei polmoni affinché il sangue che vi arriva dalla cavità destra del cuore, dove è stato rarefatto e trasformato in vapori, possa lì ispessirsi e tornare a essere sangue normale, prima di ritornare nella cavità sinistra; altrimenti non sarebbe adatto a nutrire il “fuoco” che si trova nel cuore stesso. Questo viene confermato anche dal fatto che gli animali che non possiedono polmoni hanno soltanto una singola cavità nel cuore, e i bambini, che non possono utilizzare i polmoni finché sono ancora nel grembo materno, hanno un’apertura attraverso la quale il sangue della vena cava fluisce nella cavità sinistra del cuore, e un canale attraverso il quale il sangue dell’arteria principale arriva nella grande arteria, senza passare per i polmoni. Inoltre, come potrebbe avvenire la “cottura” dei cibi nello stomaco, se il cuore non inviasse calore attraverso le arterie, insieme a alcune delle parti più fluidhe del sangue che aiutano a digerire i cibi ingeriti? E l’azione che trasforma il succo di queste carni in sangue non è forse facile da comprendere, se si considera che esso viene distillato, passando e ripassando attraverso il cuore, forse cento o duecento volte al giorno? E di cosa abbiamo bisogno per spiegare la nutrizione e la produzione delle varie umori presenti nel corpo, se non di riconoscere che la forza che fa sì che il sangue, rarefacendosi, si dirama dal cuore verso le estremità delle arterie, fa sì che alcune sue parti si fermino tra quelle degli arti in cui si trovano, prendendo il posto di altre che vengono allontanate; e che, a seconda della posizione, della forma o della dimensione dei pori che incontrano lungo il percorso, alcune di queste parti vadano verso certi luoghi piuttosto che altri, proprio come si possono vedere diversi setacci che, essendo perforati in modi diversi, servono a separare i vari grani tra loro? E infine, ciò che è più sorprendente in tutto questo è la generazione degli “spiriti animali”, che sono come un vento molto sottile, o piuttosto come una fiamma molto pura e intensa; questi “spiriti” salgono continuamente dal cuore verso il cervello, da lì attraverso i nervi raggiungono i muscoli e danno movimento a tutti gli arti. Non c’è bisogno di immaginare alcuna altra causa per spiegare perché le parti del sangue che sono le più agitate e le più capaci di generare questi “spiriti” vadano proprio verso il cervello, se non perché le arterie che le portano lì sono quelle che vengono dal cuore in linea retta; e, secondo le leggi della meccanica, che sono le stesse delle leggi della natura, quando molte cose tendono insieme a muoversi verso lo stesso punto ma non c’è abbastanza spazio per tutte, così come le parti del sangue che escono dalla concavità sinistra del cuore tendono verso il cervello, quelle più deboli e meno agitate vengono deviate da quelle più forti, permettendo loro di raggiungere il cervello da sole.
J’avais expliqué assez particulièrement toutes ces choses dans le traité que j’avais eu ci-devant dessein de publier. Et ensuite j’y avais montré quelle doit être la fabrique des nerfs et des muscles du corps humain, pour faire que les esprits animaux étant dedans aient la force de mouvoir ses membres, ainsi qu’on voit que les têtes, un peu après être coupées, se remuent encore et mordent la terre nonobstant qu’elles ne soient plus animées ; quels changements se doivent faire dans le cerveau pour causer la veille, et le sommeil, et les songes ; comment la lumière, les sons, les odeurs, les goûts, la chaleur, et toutes les autres qualités des objets extérieurs y peuvent imprimer diverses idées, par l’entremise des sens ; comment la faim, la soif, et les autres passions intérieures y peuvent aussi envoyer les leurs ; ce qui doit y être pris pour le sens commun où ces idées sont reçues, pour la mémoire qui les conserve, et pour la fantaisie qui les peut diversement changer et en composer de nouvelles, et, par même moyen, distribuant les esprits animaux dans les muscles, faire mouvoir les membres de ce corps en autant de diverses façons, et autant à propos des objets qui se présentent à ses sens et des passions intérieures qui sont en lui, que les nôtres se puissent mouvoir sans que la volonté les conduise : ce qui ne semblera nullement étrange à ceux qui, sachant combien de divers automates, ou machines mouvantes, l’industrie des hommes peut faire, sans y employer que fort peu de pièces, à comparaison de la grande multitude des os, des muscles, des nerfs, des artères, des veines, et de toutes les autres parties qui sont dans le corps de chaque animal, considéreront ce corps comme une machine, qui, ayant été faite des mains de Dieu, est incomparablement mieux ordonnée et a en soi des mouvements plus admirables qu’aucune de celles qui peuvent être inventées par les hommes. Et je m’étais ici particulièrement arrêté à faire voir que s’il y avait de telles machines qui eussent les organes et la figure extérieure d’un singe ou de quelque autre animal sans raison, nous n’aurions aucun moyen pour reconnaître qu’elles ne seraient pas en tout de même nature que ces animaux ; au lieu que s’il y en avait qui eussent la ressemblance de nos corps, et imitassent autant nos actions que moralement il serait possible, nous aurions toujours deux moyens très certains pour reconnaître qu’elles ne seraient point pour cela de vrais hommes : dont le premier est que jamais elles ne pourraient user de paroles ni d’autres signes en les composant, comme nous faisons pour déclarer aux autres nos pensées : car on peut bien concevoir qu’une machine soit tellement faite qu’elle profère des paroles, et même qu’elle en profère quelques-unes à propos des actions corporelles qui causeront quelque changement en ses organes, comme, si on la touche en quelque endroit, qu’elle demande ce qu’on lui veut dire ; si en un autre, qu’elle crie qu’on lui fait mal, et choses semblables ; mais non pas qu’elle les arrange diversement pour répondre au sens de tout ce qui se dira en sa présence, ainsi que les hommes les plus hébétés peuvent faire. Et le second est que, bien qu’elles fissent plusieurs choses aussi bien ou peut-être mieux qu’aucun de nous, elles manqueraient infailliblement en quelques autres, par lesquelles on découvrirait qu’elles n’agiraient pas par connaissance, mais seulement par la disposition de leurs organes : car, au lieu que la raison est un instrument universel qui peut servir en toutes sortes de rencontres, ces organes ont besoin de quelque particulière disposition pour chaque action particulière ; d’où vient qu’il est moralement impossible qu’il y en ait assez de divers en une machine pour la faire agir en toutes les occurrences de la vie de même façon que notre raison nous fait agir. Or, par ces deux mêmes moyens, on peut aussi connaître la différence qui est entre les hommes et les bêtes. Car c’est une chose bien remarquable qu’il n’y a point d’hommes si hébétés et si stupides, sans en excepter même les insensés, qu’ils ne soient capables d’arranger ensemble diverses paroles, et d’en composer un discours par lequel ils fassent entendre leurs pensées ; et qu’au contraire il n’y a point d’autre animal, tant parfait et tant heureusement né qu’il puisse être, qui fasse le semblable. Ce qui n’arrive pas de ce qu’ils ont faute d’organes : car on voit que les pies et les perroquets peuvent proférer des paroles ainsi que nous, et toutefois ne peuvent parler ainsi que nous, c’est-à-dire en témoignant qu’ils pensent ce qu’ils disent ; au lieu que les hommes qui étant nés sourds et muets sont privés des organes qui servent aux autres pour parler, autant ou plus que les bêtes, ont coutume d’inventer d’eux-mêmes quelques signes, par lesquels ils se font entendre à ceux qui étant ordinairement avec eux ont loisir d’apprendre leur langue. Et ceci ne témoigne pas seulement que les bêtes ont moins de raison que les hommes, mais quelles n’en ont point du tout : car on y voit qu’il n’en faut que fort peu pour savoir parler ; et d’autant qu’on remarque de l’inégalité entre les animaux d’une même espèce, aussi bien qu’entre les hommes, et que les uns sont plus aisés a dresser que les autres, il n’est pas croyable qu’un singe ou un perroquet qui serait des plus parfaits de son espèce n’égalât en cela un enfant des plus stupides, ou du moins un enfant qui aurait le cerveau troublé, si leur âme n’était d’une nature toute différente de la nôtre. Et on ne doit pas confondre les paroles avec les mouvements naturels, qui témoignent les passions, et peuvent être imités par des machines aussi bien que par les animaux ; ni penser, comme quelques anciens, que les bêtes parlent, bien que nous n’entendions pas leur langage. Car s’il était vrai, puisqu’elles ont plusieurs organes qui se rapportent aux nôtres, elles pourraient aussi bien se faire entendre à nous qu’à leurs semblables. C’est aussi une chose fort remarquable que, bien qu’il y ait plusieurs animaux qui témoignent plus d’industrie que nous en quelques-unes de leurs actions, on voit toutefois que les mêmes n’en témoignent point du tout en beaucoup d’autres : de façon que ce qu’ils font mieux que nous ne prouve pas qu’ils ont de l’esprit, car à ce compte ils en auraient plus qu’aucun de nous et feraient mieux en toute autre chose ; mais plutôt qu’ils n’en ont point, et que c’est la nature qui agit en eux selon la disposition de leurs organes : ainsi qu’on voit qu’un horloge, qui n’est composé que de roues et de ressorts, peut compter les heures et mesurer le temps plus justement que nous avec toute notre prudence.
J’avais décrit après cela l’âme raisonnable, et fait voir qu’elle ne peut aucunement être tirée de la puissance de la matière, ainsi que les autres choses dont j’avais parlé, mais qu’elle doit expressément être créée ; et comment il ne suffit pas qu’elle soit logée dans le corps humain, ainsi qu’un pilote en son navire, sinon peut-être pour mouvoir ses membres, mais qu’il est besoin qu’elle soit jointe et unie plus étroitement avec lui, pour avoir outre cela des sentiments et des appétits semblables aux nôtres, et ainsi composer un vrai homme. Au reste, je me suis ici un peu étendu sur le sujet de l’âme, à cause qu’il est des plus importants : car, après l’erreur de ceux qui nient Dieu, laquelle je pense avoir ci-dessus assez réfutée, il n’y en a point qui éloigne plutôt les esprits faibles du droit chemin de la vertu, que d’imaginer que l’âme des bêtes soit de même nature que la nôtre, et que par conséquent nous n’avons rien à craindre ni à espérer après cette vie, non plus que les mouches et les fourmis ; au lieu que lorsqu’on sait combien elles diffèrent, on comprend beaucoup mieux les raisons qui prouvent que la nôtre est d’une nature entièrement indépendante du corps, et par conséquent qu’elle n’est point sujette à mourir avec lui ; puis, d’autant qu’on ne voit point d’autres causes qui la détruisent, on est naturellement porté à juger de là qu’elle est immortelle.
Sixième partie
I had explained all these matters in rather detail in the treatise I had intended to publish. In it, I also demonstrated how the nerves and muscles of the human body are structured, enabling the animal spirits within them to possess the power to move the limbs; for instance, how a severed head will still move and bite the ground even after it has lost its life force. I discussed the changes that occur in the brain during wakefulness, sleep, and dreams; how light, sound, smell, taste, heat, and all other external sensations can convey various ideas to the mind through the senses; how hunger, thirst, and other internal passions can likewise influence the brain. I also explained what constitutes the faculty of perception through which these ideas are received, the memory that stores them, and the imagination that can transform and combine them in new ways. Furthermore, I showed how these mental processes enable the animal spirits to direct the movements of the body’s limbs—in as many diverse ways as our own actions are guided by will—regardless of whether those external objects or internal passions are actually present. To those who understand how much ingenuity humans can bring to constructing mechanical devices using relatively few components, compared to the countless bones, muscles, nerves, arteries, veins, and other parts that make up each animal’s body, this entire human organism will seem nothing more than a marvelous machine, created by God’s hand and far surpassing in complexity and efficiency any machine ever invented by man. And I had particularly focused here on showing that if there were such machines that possessed the external organs and appearance of a monkey or some other senseless animal, we would have no way of knowing for certain that they were not, after all, of the same nature as those animals. On the contrary, if such machines resembled our bodies and could imitate our actions as closely as morally possible, we would still have two very definite ways to recognize that they were not truly human: the first being that they would never be able to use words or other signs to convey their thoughts, just as we do; for it is conceivable that a machine could be constructed to utter words—even some words related to physical actions that might cause changes in its own organs—for example, asking what someone wants from it when touched in certain places, or crying out in pain when handled in other ways. But such a machine would not be able to arrange these words in various ways to respond appropriately to everything that is said in its presence, just as even the most foolish of humans can do. The second reason is that, even if such machines could perform many tasks as well or perhaps better than any of us, they would inevitably fail in certain other areas, which would reveal that their actions were not based on understanding but merely on the mechanical functioning of their organs. After all, while reason is a universal tool that can be applied in countless situations, these mechanical organs require specific configurations for each particular action. It is therefore morally impossible for a machine to possess enough diverse mechanisms to act in all life’s circumstances in the same way that our reason enables us to do so. Through these two arguments, we can also understand the fundamental difference between humans and animals. It is striking that no human, no matter how foolish or ignorant, is incapable of combining various words into sentences to express their thoughts—unlike any other animal, no matter how highly developed or fortunate in its birth. This difference arises not from a lack of organs, but rather from the fact that while birds and parrots can utter words like we can, they cannot use language in the same way we do, that is, to convey genuine understanding behind their words. In contrast, humans who are born deaf and mute lack the natural organs for speech, but they can still invent their own signs to communicate with those around them who are able to learn their language. And this not only proves that animals possess less reason than humans, but that they possess none at all: for it is evident that very little is required in order to learn how to speak. Moreover, given the inequality observed both among animals of the same species and among humans—some being much easier to train than others—it would be impossible for a monkey or parrot, even if they were the most advanced representatives of their kind, to match the abilities of even the stupidest child, or at least a child with impaired intelligence, unless their souls were of entirely different nature from ours. We must not confuse speech with those natural movements that express emotions and can be imitated by machines as well as by animals; nor should we believe, as some ancient thinkers did, that animals actually speak, even though we cannot understand their language. For if this were true—and since they possess many organs similar to our own—they would be just as capable of communicating with us as with their own kind. It is also striking that, although certain animals exhibit greater skill in certain actions than we do, many others display no such ability at all in other areas. This does not prove that they possess intelligence, for if that were the case, they would have more intelligence than any of us and perform better in everything; rather, it indicates that they lack such intelligence entirely, and that it is merely their natural instincts and physical structures that enable them to perform certain actions. Just as a clock, composed solely of wheels and springs, can keep time more accurately than we could with all our efforts.
I had subsequently described the rational soul and shown that it could in no way be derived from the power of matter, nor from any other sources I had mentioned; rather, it must be explicitly created. I also explained that merely residing within the human body, like a pilot in a ship, is not sufficient—though it may enable one to move their limbs—but that it must be more closely connected and integrated with the body in order to possess emotions and desires similar to our own, thus constituting a true human being. In fact, I have gone into some detail on this subject because it is of utmost importance. For, after the error of those who deny God—which I believe I have sufficiently refuted above—there is no other notion that could more effectively lead weak-minded individuals astray from the path of virtue than to imagine that the souls of animals are of the same nature as ours. Such an idea would lead one to conclude that we have nothing to fear or hope for after this life, just like flies and ants; whereas in reality, when we realize how vastly different their souls are from ours, we can more readily understand the reasons that prove our soul to be of a nature entirely independent of the body—and therefore not subject to death with it. Moreover, since we see no other causes that could destroy our soul, it is only natural to conclude that it must be immortal.
Sixth Part
Avevo spiegato in modo particolare tutte queste cose nel trattato che avevo intenzione di pubblicare. In esso mostravo anche come debba essere strutturata la rete di nervi e muscoli del corpo umano, affinché gli spiriti animati al suo interno abbiano la forza di muovere i propri membri; spiegavo inoltre come, anche dopo essere state tagliate, le teste continuino a muoversi e a mordere il terreno, nonostante siano prive di vita; analizzavo i cambiamenti che avvengono nel cervello durante la veglia, il sonno e i sogni; illustravo come la luce, i suoni, gli odori, i sapori, il calore e tutte le altre caratteristiche degli oggetti esterni possano influenzare il cervello attraverso i sensi, generando diverse idee; spiegavo inoltre come la fame, la sete e altre emozioni interne possano trasmettere i propri impulsi al cervello; descrivevo infine quale sia il ruolo del senso comune nell’accogliere queste idee, della memoria nel conservarle e dell’immaginazione nel modificarle e combinarle in nuove forme, permettendo così agli spiriti animati di muovere i membri del corpo in modi diversi, in base agli oggetti che colpiscono i sensi o alle emozioni interne presenti nell’individuo, proprio come i nostri movimenti avvengono senza che la volontà li guidi. Tutto ciò non sembrerà affatto strano a coloro che, conoscendo quante macchine e automi possano essere costruiti dall’uomo con poche parti rispetto alla complessa struttura di ossa, muscoli, nervi, arterie, vene e tutte le altre componenti del corpo animale, considereranno questo stesso corpo come una macchina creata da Dio, incomparabilmente più perfetta e dotata di movimenti ancora più meravigliosi di qualsiasi invenzione umana. E mi ero soffermato in particolare su questo punto per dimostrare che, se esistessero macchine il cui aspetto esterno e i loro organi fossero simili a quelli di una scimmia o di qualche altro animale privo di ragione, non avremmo alcun modo per riconoscere che tali macchine non siano in realtà della stessa natura di quegli animali. Al contrario, se esistessero macchine il cui aspetto corrispondesse al nostro corpo e che imitassero le nostre azioni nel modo più perfetto possibile, avremmo comunque due mezzi certi per capire che non sono esseri umani veri: il primo è che tali macchine non potrebbero mai utilizzare parole o altri segni per esprimersi, come facciamo noi per comunicare i nostri pensieri; si può infatti immaginare che una macchina sia in grado di pronunciare parole, anche alcune relative ad azioni fisiche che causano cambiamenti nei suoi organi (ad esempio, chiedere cosa le viene detto quando viene toccata in un certo punto, o gridare che le si fa male), ma non è possibile che possa combinare queste parole in modo da rispondere correttamente al significato di ciò che le viene detto, come fanno gli esseri umani. Il secondo motivo per cui tali macchine non potrebbero essere considerate esseri umani è che, anche se fossero capaci di eseguire molte azioni altrettanto bene o addirittura meglio di noi, mancherebbero inevitabilmente di alcune abilità fondamentali, le quali dimostrano che agiscono sulla base della conoscenza e non semplicemente in seguito alla disposizione dei loro organi. La ragione, infatti, è uno strumento universale che ci permette di affrontare ogni situazione; gli organi delle macchine, invece, hanno bisogno di una configurazione specifica per eseguire ciascuna azione in modo corretto. Per questi due motivi, possiamo anche riconoscere la differenza fondamentale tra esseri umani e animali: non esiste alcun essere umano, per quanto stupido o privo di ragione, che non sia in grado di combinare parole per esprimersi; al contrario, nessun animale, per quanto perfetto, è in grado di fare lo stesso. Questo deriva dal fatto che gli animali mancano degli organi necessari per comunicare; ad esempio, le gazze e i pappagalli possono pronunciare parole, ma non sono in grado di parlare nel senso vero del termine, cioè di esprimere pensieri coerenti. Gli esseri umani, invece, anche se nati sordi o muti e privi degli organi necessari per la comunicazione, riescono comunque a inventare dei segni per comunicare con gli altri. E questo non dimostra soltanto che gli animali hanno meno ragione degli uomini, ma che ne sono del tutto privi: infatti, è evidente che per imparare a parlare sia necessario molto poco; inoltre, considerando l’ineguaglianza tra gli animali della stessa specie, così come tra gli uomini, e il fatto che alcuni siano più facilmente addestrabili di altri, non è credibile che uno scimmione o un pappagallo, se fossero i migliori della loro specie, possano eguagliare in questo un bambino particolarmente stupido, o almeno un bambino con problemi mentali, se le loro anime non fossero di natura completamente diversa dalla nostra. Non si devono confondere le parole con i movimenti naturali che esprimono le passioni e che possono essere imitati sia dalle macchine che dagli animali; né si deve pensare, come alcuni antichi, che gli animali parlino, anche se non riusciamo a comprendere il loro linguaggio. Infatti, se ciò fosse vero – dato che possiedono organi simili ai nostri – potrebbero comunicare con noi tanto quanto con i loro simili. È altresì molto interessante notare che, sebbene alcuni animali dimostrino maggiore ingegno in alcune azioni rispetto a noi, in molte altre non ne mostrano affatto; quindi il fatto che siano più abili di noi in certe cose non prova che abbiano intelligenza, poiché in tal caso ne avrebbero più di qualsiasi essere umano e sarebbero anche più capaci in tutto il resto; piuttosto, significa che ne sono del tutto privi e che è la natura stessa a farli agire in base alla struttura dei loro organi. Proprio come un orologio, composto soltanto da ruote e molle, può scandire le ore e misurare il tempo con maggiore precisione di noi, nonostante tutta la nostra attenzione.
Dopo ciò, avevo descritto l’anima razionale e dimostrato che essa non può affatto derivare dalla forza della materia, così come le altre cose di cui avevo parlato; al contrario, deve essere creata esplicitamente. Inoltre, non basta che l’anima risieda nel corpo umano, come un pilota nella sua nave: forse questo è sufficiente per muovere i suoi membri, ma è necessario che sia strettamente unita a esso affinché possieda sentimenti e desideri simili ai nostri, e così formare un vero essere umano. Del resto, mi sono soffermato un po’ più a lungo sull’argomento dell’anima, perché è uno dei più importanti: infatti, dopo l’errore di coloro che negano Dio – errore che credo sia stato sufficientemente confutato sopra – non esiste nulla che allontani di più gli spiriti deboli dal retto cammino della virtù, quanto l’idea che l’anima degli animali sia della stessa natura della nostra; e quindi che, dopo questa vita, non abbiamo nulla da temere né da sperare, proprio come le mosche e le formiche. Invece, quando si sa quanto siano diverse queste ultime dall’anima umana, si comprendono molto meglio le ragioni che dimostrano che la nostra anima è di una natura completamente indipendente dal corpo, e quindi non è soggetta a morire insieme ad esso; inoltre, poiché non si vedono altre cause capaci di distruggerla, si è naturalmente portati a ritenere che sia immortale.
Sesta parte
Or il y a maintenant trois ans que j’étais parvenu à la fin du traité qui contient toutes ces choses, et que je commençais à le revoir afin de le mettre entre les mains d’un imprimeur, lorsque j’appris que des personnes à qui je défère, et dont l’autorité ne peut guère moins sur mes actions que ma propre raison sur mes pensées, avaient désapprouvé une opinion de physique publiée un peu auparavant par quelque autre, de laquelle je ne veux pas dire que je fusse, mais bien que je n’y avais rien remarqué avant leur censure que je pusse imaginer être préjudiciable ni à la religion ni à l’état, ni par conséquent qui m’eût empêché de l’écrire si la raison me l’eût persuadée ; et que cela me fit craindre qu’il ne s’en trouvât tout de même quelqu’une entre les miennes en laquelle je me fusse mépris, nonobstant le grand soin que j’ai toujours eu de n’en point recevoir de nouvelles en ma créance dont je n’eusse des démonstrations très certaines, et de n’en point écrire qui pussent tourner au désavantage de personne. Ce qui a été suffisant pour m’obliger à changer la résolution que j’avais eue de les publier ; car, encore que les raisons pour lesquelles je l’avais prise auparavant fussent très fortes, mon inclination, qui m’a toujours fait haïr le métier de faire des livres, m’en fit incontinent trouver assez d’autres pour m’en excuser. Et ces raisons de part et d’autre sont telles, que non seulement j’ai ici quelque intérêt de les dire, mais peut-être aussi que le public en a de les savoir.
Je n’ai jamais fait beaucoup d’état des choses qui venaient de mon esprit ; et pendant que je n’ai recueilli d’autres fruits de la méthode dont je me sers, sinon que je me suis satisfait touchant quelques difficultés qui appartiennent aux sciences spéculatives, ou bien que j’ai tâché de régler mes mœurs par les raisons qu’elle m’enseignait, je n’ai point cru être obligé d’en rien écrire. Car, pour ce qui touche les mœurs, chacun abonde si fort en son sens, qu’il se pourrait trouver autant de réformateurs que de têtes, s’il était permis à d’autres qu’à ceux que Dieu a établis pour souverains sur ses peuples, ou bien auxquels il a donné assez de grâce et de zèle pour être prophètes, d’entreprendre d’y rien changer ; et, bien que mes spéculations me plussent fort, j’ai cru que les autres en avaient aussi qui leur plaisaient peut-être davantage. Mais, sitôt que j’ai eu acquis quelques notions générales touchant la physique, et que, commençant à les éprouver en diverses difficultés particulières, j’ai remarqué jusques où elles peuvent conduire, et combien elles diffèrent des principes dont on s’est servi jusqu’à présent, j’ai cru que je ne pouvais les tenir cachées sans pécher grandement contre la loi qui nous oblige à procurer autant qu’il est en nous le bien général de tous les hommes : car elles m’ont fait voir qu’il est possible de parvenir à des connaissances qui soient fort utiles à la vie ; et qu’au lieu de cette philosophie spéculative qu’on enseigne dans les écoles, on en peut trouver une pratique, par laquelle, connaissant la force et les actions du feu, de l’eau, de l’air, des astres, des cieux, et de tous les autres corps qui nous environnent, aussi distinctement que nous connaissons les divers métiers de nos artisans, nous les pourrions employer en même façon à tous les usages auxquels ils sont propres, et ainsi nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature. Ce qui n’est pas seulement à désirer pour l’invention d’une infinité d’artifices, qui feraient qu’on jouirait sans aucune peine des fruits de la terre et de toutes les commodités qui s’y trouvent, mais principalement aussi pour la conservation de la santé, laquelle est sans doute le premier bien et le fondement de tous les autres biens de cette vie ; car même l’esprit dépend si fort du tempérament et de la disposition des organes du corps, que, s’il est possible de trouver quelque moyen qui rende communément les hommes plus sages et plus habiles qu’ils n’ont été jusques ici, je crois que c’est dans la médecine qu’on doit le chercher. Il est vrai que celle qui est maintenant en usage contient peu de choses dont l’utilité soit si remarquable : mais, sans que j’aie aucun dessein de la mépriser, je m’assure qu’il n’y a personne, même de ceux qui en font profession, qui n’avoue que tout ce qu’on y sait n’est presque rien à comparaison de ce qui reste à y savoir ; et qu’on se pourrait exempter d’une infinité de maladies tant du corps que de l’esprit, et même aussi peut-être de l’affaiblissement de la vieillesse, si on avait assez de connaissance de leurs causes et de tous les remèdes dont la nature nous a pourvus. Or, ayant dessein d’employer toute ma vie à la recherche d’une science si nécessaire, et ayant rencontré un chemin qui me semble tel qu’on doit infailliblement la trouver en le suivant, si ce n’est qu’on en soit empêché ou par la brièveté de la vie ou par le défaut des expériences, je jugeais qu’il n’y avait point de meilleur remède contre ces deux empêchements que de communiquer fidèlement au public tout le peu que j’aurais trouvé, et de convier les bons esprits à tâcher de passer plus outre, en contribuant, chacun selon son inclination et son pouvoir, aux expériences qu’il faudrait faire, et communiquant aussi au public toutes les choses qu’ils apprendraient, afin que les derniers commençant où les précédents auraient achevé, et ainsi joignant les vies et les travaux de plusieurs, nous allassions tous ensemble beaucoup plus loin que chacun en particulier ne saurait faire.
Or, it was now three years since I had completed the treatise containing all these contents, and I had begun to review it in order to submit it to a printer when I learned that certain individuals whom I respected greatly—and whose authority over my actions was no less decisive than my own reason in guiding my thoughts—had disapproved of a physical theory published some time earlier by another author. I do not mean to imply that I had any part in that work, but rather that, prior to their censure, I had not noticed anything in it that could potentially harm either religion or the state; nor did it prevent me from writing it if reason had convinced me to do so. Nevertheless, this incident made me fear that there might still be some erroneous views among my own writings, despite the great care I took always to only accept ideas for which I possessed solid evidence and to avoid publishing anything that could harm anyone. This was enough to make me change my initial decision to publish them; for although the reasons that had led me to that decision were very compelling, my inherent aversion to the task of writing books soon found other justifications to override it. And these reasons, on both sides, are such that it is not only in my own interest to share them here, but perhaps it is also of benefit to the public to understand them.
I have never devoted much time to analyzing the ideas that arise in my own mind; and apart from gaining some understanding of certain difficulties inherent in speculative sciences, or using the methods I employ to regulate my own conduct according to the principles they teach me, I saw no need to write anything about them. As for matters related to morality, everyone holds strong opinions on their own behalf, and if it were allowed for anyone other than those whom God has appointed as rulers over his peoples, or those to whom He has granted sufficient grace and zeal to act as prophets, to attempt to change these moral norms, then there would be as many reformers as there are people in the world. Although my own speculations please me greatly, I believe that others may have ones that please them even more. However, once I acquired some general understanding of physics and began to apply it to various specific problems, I realized how far such knowledge could take us and how vastly it differed from the principles that had been followed hitherto. I felt it was my duty to share this knowledge, for it enabled me to see that it is possible to attain insights of great practical value for life. Instead of the speculative philosophy taught in schools, there exists a practical approach that, by allowing us to understand the nature and effects of fire, water, air, the stars, and all other substances surrounding us, just as clearly as we know the various skills of craftsmen, would enable us to utilize them for every purpose for which they are suitable, thus making us masters and controllers of nature. This is not only desirable for inventing countless useful tools that would allow us to enjoy the fruits of the earth and all its comforts without effort, but it is especially crucial for maintaining good health—perhaps the most fundamental well-being in this life. After all, the mind depends so greatly on the physical condition and functioning of our bodily organs that if there exists any way to make people generally wiser and more capable than they have been until now, I believe it must lie in the field of medicine. It is true that the system currently in use contains very few elements whose usefulness is truly remarkable; but, without any intention of demeaning it, I am certain that no one, not even those who specialize in this field, would deny that what we know today is barely anything compared to what remains to be discovered. Moreover, it seems entirely possible to escape countless ailments, both physical and mental, and perhaps even the debilitating effects of old age, if we possessed a sufficient understanding of their causes and all the remedies that nature has provided us with. Therefore, since I am determined to devote my entire life to the pursuit of such a vital knowledge, and having found what appears to be the right path to attain it—so long as one is not hindered by the brevity of life or the lack of necessary experiences—I believe that there is no better remedy for these obstacles than to share with the public whatever little I have discovered, and to encourage those of sound mind to strive to go even further. By contributing, each according to their inclination and abilities, to the experiments that need to be conducted, and by sharing with everyone whatever they learn, we can ensure that those who start where others have finished will build upon their achievements, and that together, through the combined efforts of many, we will all advance far beyond what any individual could accomplish on his own.
Ora, tre anni fa, ero giunto alla fine di quel trattato che conteneva tutte queste cose e avevo iniziato a rileggerlo per portarlo da un editore, quando appresi che alcune persone a cui davo ascolto, e le cui opinioni influenzavano notevolmente le mie azioni, avevano disapprovato un’opera di fisica pubblicata poco tempo prima da qualcun altro. Non voglio dire che io fossi d’accordo con quell’autore, ma semplicemente che, prima della loro censura, non avevo notato nulla in quella opera che potesse essere dannoso né per la religione né per lo Stato; quindi, se la ragione me l’avesse consigliato, non avrei esitato a pubblicarla. Questo mi fece temere che tra le mie letture potessero esserci delle opinioni errate, nonostante fossi sempre molto attento a non accettare nuove idee se non ne avevo prove certe, e a non scrivere nulla che potesse danneggiare qualcuno. Questo motivo fu sufficiente per farmi cambiare idea riguardo alla pubblicazione di quel trattato; infatti, anche se le ragioni iniziali che mi avevano spinto a decidere di pubblicarlo erano molto valide, la mia avversione naturale verso la stesura di libri trovò subito altre motivazioni per giustificare tale decisione. E queste ragioni, da entrambe le parti, sono tali che non solo ho interesse a condividerle qui, ma forse anche il pubblico ha interesse a saperle.
Non ho mai dedicato molto tempo a riflettere su ciò che veniva dal mio intelletto; e finora, l’unica utilità derivante dal metodo che uso è stata quella di aver risolto alcune difficoltà legate alle scienze speculative, o di aver cercato di regolare il mio comportamento seguendo le ragioni che tale metodo mi insegnava. Non ho mai ritenuto necessario scrivere nulla al riguardo. Per quanto riguarda infatti i comportamenti umani, ognuno ha opinioni così fortemente radicate in sé stesso, che ci sarebbero tantissimi “riformatori” quanti sono le persone esistenti, se fosse permesso a qualcun altro, oltre a coloro che Dio ha designato come sovrani dei suoi popoli o che gli ha dato abbastanza grazia e zelo da poter agire come profeti, di cercare di modificare tali comportamenti. E anche se le mie riflessioni mi piacciono molto, credo che altri abbiano idee altrettanto interessanti. Tuttavia, non appena ho acquisito alcune nozioni generali sulla fisica e ho iniziato a metterle alla prova in diverse situazioni concrete, ho notato fino a che punto potessero portare e quanto differissero dai principi su cui si è sempre basata la conoscenza umana fino ad oggi. Ho quindi ritenuto che non fosse giusto nasconderle, poiché ciò significherebbe trasgredire gravemente alla legge che ci impone di contribuire al bene comune di tutti gli uomini. Queste riflessioni mi hanno infatti fatto capire che è possibile raggiungere conoscenze estremamente utili per la vita quotidiana; e che, invece della filosofia speculativa insegnata nelle scuole, esiste una pratica concreta che ci permetterebbe di sfruttare al meglio la forza e le proprietà del fuoco, dell’acqua, dell’aria, degli astri e di tutti gli altri elementi che ci circondano, utilizzandoli in modo appropriato per ogni scopo possibile. Ciò non solo permetterebbe di inventare innumerevoli strumenti che ci consentirebbero di godere facilmente dei frutti della terra e di tutte le comodità che essa offre, ma sarebbe soprattutto fondamentale per la salute, che rappresenta senza dubbio il primo e più importante bene di questa vita. Infatti, anche lo spirito umano dipende in modo determinante dal temperamento e dalla struttura dei nostri organi; quindi, se esiste un modo per rendere gli uomini più saggi e abili di quanto siano stati finora, credo che sia proprio nella medicina che dobbiamo cercarlo. È vero che quella conoscenza attualmente in uso contiene poche cose la cui utilità sia davvero eccezionale; tuttavia, senza alcuna intenzione di disprezzarla, sono certo che non esista nessuno, nemmeno tra coloro che se ne fanno professione, che non ammetta che tutto ciò che si sa al riguardo è quasi nulla rispetto a ciò che ancora resta da scoprire. Inoltre, si potrebbero evitare innumerevoli malattie, sia del corpo che dello spirito, e forse anche l’indebolimento legato all’invecchiamento, se si possedesse una conoscenza sufficiente delle loro cause e di tutti i rimedi che la natura ci ha fornito. Pertanto, essendo deciso a dedicare tutta la mia vita alla ricerca di una scienza così necessaria, e avendo trovato un percorso che mi sembra sicuramente quello giusto per raggiungerla, a meno che non si venga ostacolati dalla brevità della vita o dalla mancanza di esperienze, ritengo che non esista rimedio migliore contro questi due ostacoli se non quello di condividere fedelmente con il pubblico tutto ciò che avrò scoperto, e di invitare le persone di buon senso a cercare di andare ancora oltre, contribuendo ciascuno secondo le proprie inclinazioni e capacità alle esperienze necessarie, e comunicando anche loro al pubblico tutto ciò che apprenderanno. In questo modo, coloro che inizieranno dove gli altri avranno terminato, unendo così i sforzi e le conoscenze di molti, riusciremmo tutti insieme a progredire molto più di quanto ciascuno di noi possa fare da solo.
Même je remarquais, touchant les expériences, qu’elles sont d’autant plus nécessaires qu’on est plus avancé en connaissance ; car, pour le commencement, il vaut mieux ne se servir que de celles qui se présentent d’elles-mêmes à nos sens, et que nous ne saurions ignorer pourvu que nous y fassions tant soit peu de réflexion, que d’en chercher de plus rares et étudiées : dont la raison est que ces plus rares trompent souvent, lorsqu’on ne sait pas encore les causes des plus communes, et que les circonstances dont elles dépendent sont quasi toujours si particulières et si petites, qu’il est très malaisé de les remarquer. Mais l’ordre que j’ai tenu en ceci a été tel. Premièrement, j’ai tâché de trouver en général les principes ou premières causes de tout ce qui est ou qui peut être dans le monde, sans rien considérer pour cet effet que Dieu seul qui l’a créé, ni les tirer d’ailleurs que de certaines semences de vérités qui sont naturellement en nos âmes. Après cela, j’ai examiné quels étaient les premiers et plus ordinaires effets qu’on pouvait déduire de ces causes ; et il me semble que par là j’ai trouvé des cieux, des astres, une terre, et même sur la terre de l’eau, de l’air, du feu, des minéraux, et quelques autres telles choses, qui sont les plus communes de toutes et les plus simples, et par conséquent les plus aisées à connaître. Puis, lorsque j’ai voulu descendre à celles qui étaient plus particulières, il s’en est tant présenté à moi de diverses, que je n’ai pas cru qu’il fut possible à l’esprit humain de distinguer les formes ou espèces de corps qui sont sur la terre, d’une infinité d’autres qui pourraient y être si c’eût été le vouloir de Dieu de les y mettre, ni par conséquent de les rapporter à notre usage, si ce n’est qu’on vienne au-devant des causes par les effets, et qu’on se serve de plusieurs expériences particulières. Ensuite de quoi, repassant mon esprit sur tous les objets qui s’étaient jamais présentés à mes sens, j’ose bien dire que je n’y ai remarqué aucune chose que je ne pusse assez commodément expliquer par les principes que j’avais trouvés. Mais il faut aussi que j’avoue que la puissance de la nature est si ample et si vaste, et que ces principes sont si simples et si généraux, que je ne remarque quasi plus aucun effet particulier que d’abord je ne connaisse qu’il peut en être déduit en plusieurs diverses façons, et que ma plus grande difficulté est d’ordinaire de trouver en laquelle de ces façons il en dépend ; car à cela je ne sais point d’autre expédient que de chercher derechef quelques expériences qui soient telles que leur événement ne soit pas le même si c’est en l’une de ces façons qu’on doit l’expliquer que si c’est en l’autre. Au reste, j’en suis maintenant là que je vois, ce me semble, assez bien de quel biais on se doit prendre à faire la plupart de celles qui peuvent servir à cet effet : mais je vois aussi qu’elles sont telles, et en si grand nombre, que ni mes mains ni mon revenu, bien que j’en eusse mille fois plus que je n’en ai, ne sauraient suffire pour toutes ; en sorte que, selon que j’aurai désormais la commodité d’en faire plus ou moins, j’avancerai aussi plus ou moins en la connaissance de la nature : ce que je me promettais de faire connaître par le traité que j’avais écrit, et d’y montrer si clairement l’utilité que le public en peut recevoir, que j’obligerais tous ceux qui désirent en général le bien des hommes, c’est-à-dire tous ceux qui sont en effet vertueux, et non point par faux semblant ni seulement par opinion, tant à me communiquer celles qu’ils ont déjà faites, qu’à m’aider en la recherche de celles qui restent à faire.
Mais j’ai eu depuis ce temps-là d’autres raisons qui m’ont fait changer d’opinion, et penser que je devais véritablement continuer d’écrire toutes les choses que je jugerais de quelque importance, à mesure que j’en découvrirais la vérité, et y apporter le même soin que si je les voulais faire imprimer, tant afin d’avoir d’autant plus d’occasion de les bien examiner, comme sans doute on regarde toujours de plus près à ce qu’on croit devoir être vu par plusieurs qu’à ce qu’on ne fait que pour soi-même, et souvent les choses qui m’ont semblé vraies lorsque j’ai commencé à les concevoir, m’ont paru fausses lorsque je les ai voulu mettre sur le papier, qu’afin de ne perdre aucune occasion de profiter au public, si j’en suis capable, et que si mes écrits valent quelque chose, ceux qui les auront après ma mort en puissent user ainsi qu’il sera le plus à propos ; mais que je ne devais aucunement consentir qu’ils fussent publiés pendant ma vie, afin que ni les oppositions et controverses auxquelles ils seraient peut-être sujets, ni même la réputation telle quelle qu’ils me pourraient acquérir, ne me donnassent aucune occasion de perdre le temps que j’ai dessein d’employer à m’instruire. Car, bien qu’il soit vrai que chaque homme est obligé de procurer autant qu’il est en lui le bien des autres, et que c’est proprement ne valoir rien que de n’être utile à personne, toutefois il est vrai aussi que nos soins se doivent étendre plus loin que le temps présent, et qu’il est bon d’omettre les choses qui apporteraient peut-être quelque profit à ceux qui vivent, lorsque c’est à dessein d’en faire d’autres qui en apportent davantage à nos neveux. Comme en effet je veux bien qu’on sache que le peu que j’ai appris jusques ici n’est presque rien à comparaison de ce que j’ignore et que je ne désespère pas de pouvoir apprendre : car c’est quasi le même de ceux qui découvrent peu à peu la vérité dans les sciences, que de ceux qui, commençant à devenir riches, ont moins de peine à faire de grandes acquisitions, qu’ils n’ont eu auparavant, étant plus pauvres, à en faire de beaucoup moindres. Ou bien on peut les comparer aux chefs d’armée, dont les forces ont coutume de croître à proportion de leurs victoires, et qui ont besoin de plus de conduite pour se maintenir après la perte d’une bataille, qu’ils n’ont, après l’avoir gagnée, à prendre des villes et des provinces : car c’est véritablement donner des batailles que de tâcher à vaincre toutes les difficultés et les erreurs qui nous empêchent de parvenir à la connaissance de la vérité, et c’est en perdre une que de recevoir quelque fausse opinion touchant une matière un peu générale et importante ; il faut après beaucoup plus d’adresse pour se remettre au même état qu’on était auparavant, qu’il ne faut à faire de grands progrès lorsqu’on a déjà des principes qui sont assurés. Pour moi, si j’ai ci-devant trouvé quelques vérités dans les sciences (et j’espère que les choses qui sont contenues en ce volume feront juger que j’en ai trouvé quelques-unes), je puis dire que ce ne sont que des suites et des dépendances de cinq ou six principales difficultés que j’ai surmontées, et que je compte pour autant de batailles où j’ai eu l’heur de mon côté : même je ne craindrai pas de dire que je pense n’avoir plus besoin d’en gagner que deux ou trois autres semblables pour venir entièrement à bout de mes desseins ; et que mon âge n’est point si avancé que, selon le cours ordinaire de la nature, je ne puisse encore avoir assez de loisir pour cet effet. Mais je crois être d’autant plus obligé à ménager le temps qui me reste, que j’ai plus d’espérance de le pouvoir bien employer ; et j’aurais sans doute plusieurs occasions de le perdre, si je publiais les fondements de ma physique : car, encore qu’ils soient presque tous si évidents qu’il ne faut que les entendre pour les croire, et qu’il n’y en ait aucun dont je ne pense pouvoir donner des démonstrations, toutefois, à cause qu’il est impossible qu’ils soient accordants avec toutes les diverses opinions des autres hommes, je prévois que je serais souvent diverti par les oppositions qu’ils feraient naître.
Even I observed that, when it comes to experiments, the more advanced one’s knowledge is, the more necessary such experiments become; for in the beginning, it is better to rely solely on those experiences that present themselves naturally to our senses and that we could not possibly ignore if we gave them even the slightest thought, rather than seeking out rarer and more elaborate experiments. The reason for this is that these more rare experiments often lead us astray when we do not yet understand the causes of the more common ones, and moreover, the circumstances upon which they depend are almost always so particular and insignificant that it is extremely difficult to notice them. However, the order in which I approached this matter was as follows: First, I tried to identify the principles or primary causes of everything that exists or could exist in the world, considering for this purpose only God alone who created it, and drawing these principles from certain seeds of truth that are naturally inherent in our souls. Afterward, I examined what the first and most common effects of these causes were; and I believe that through this approach, I was able to understand concepts such as the heavens, the stars, the earth, and even elements like water, air, fire, and minerals—these being the most common and simplest things in existence, and therefore the easiest to comprehend. Then, when I turned my attention to more specific phenomena, so many different ones presented themselves to me that I did not believe it was possible for the human mind to distinguish between the forms or types of substances that exist on earth and countless others that could exist there if God so willed, nor could I relate these substances to our practical use unless we first sought out their causes through their effects and employed various specific experiments. Finally, going over all the objects that had ever come before my senses, I dare say that I did not find a single thing among them that I could not readily explain in terms of the principles I had identified. However, I must also admit that the power of nature is so immense and these principles are so fundamental and general that I hardly ever encounter any particular effect for which I do not already know several possible ways of explaining it; and my greatest difficulty usually lies in determining which of these explanations is correct. For in such cases, I have no other recourse but to conduct further experiments whose outcomes would differ depending on the explanation chosen. Furthermore, I have now come to a point where I believe I understand quite well the approach that must be taken in order to carry out most of those things that can serve this purpose; yet I also realize that there are so many such things, and that my resources and income—even if they were a thousand times what they are—are far from sufficient to cover them all. Therefore, depending on whether I have more or less opportunity to undertake these tasks, my progress in understanding the nature of things will also be greater or lesser accordingly. This is precisely what I had intended to achieve through the treatise I wrote—to explain so clearly the usefulness of this knowledge that everyone who truly desires the good of mankind, that is, everyone who is virtuous in heart and not merely in appearance or opinion, would be encouraged both to share with me whatever they have already discovered and to assist me in uncovering what remains to be discovered.
But since then, other reasons have made me change my mind and led me to believe that I truly should continue to write down everything I consider of any importance, as I discover its truth, and to devote to it the same care as if I intended to have it printed. This is both so that I will have more opportunities to examine it carefully, and also because one always examines more closely what one believes others should see than what one does merely for oneself. Often, things that seemed true to me when I first began to consider them appeared false when I tried to put them into writing. Therefore, I wanted to seize every opportunity to benefit the public, if I were capable of doing so; and if my writings are of any value, I wished that those who come after my death could make use of them in the most appropriate manner. However, I was determined not to allow them to be published during my lifetime, so that neither the opposition and controversy they might provoke nor the reputation they might gain would cause me to waste the time I intended to devote to self-improvement. For although it is true that every person has a duty to do as much as possible for the good of others, and that one is essentially worthless if one is of no use to anyone, it is also true that our efforts should extend beyond the present moment. It is therefore wise to overlook things that may bring some benefit to those living now, if doing so will ultimately bring greater benefits to our descendants. Indeed, I wish people to know that what little I have learned so far is hardly anything compared to what I still do not know and what I am not discouraged from learning. For those who gradually discover the truth in various fields of knowledge are much like those who, once they begin to accumulate wealth, find it much easier to make significant gains than when they were poorer and could only achieve much less. Or one can compare them to military leaders whose strength usually increases with their victories; after a defeat, they need more effort to recover than they did after winning battles, as overcoming the difficulties and mistakes that prevent us from attaining knowledge is truly like fighting battles, while accepting a false understanding of some important matter is like losing such a battle. It takes much greater skill to return to the same state as before than it does to make significant progress when one already has a solid foundation in knowledge. For me, if I have indeed discovered some truths in the sciences (and I hope that what is contained in this volume will prove that I have succeeded in doing so), I can say that these are merely consequences and derivations of five or six principal difficulties that I overcame. I regard them as victories in battles where fortune was on my side. Indeed, I would not hesitate to claim that I need to win only two or three more such battles before I can fully realize my objectives. Moreover, my age is not so advanced that, according to the normal course of things, I should no longer have sufficient time to accomplish this task. But I feel all the more obliged to make good use of the time remaining, precisely because I am more hopeful than ever that I will be able to do so effectively. If I were to publish the foundations of my physics, I would undoubtedly face many opportunities to waste that time. For although these principles are almost all so evident that one need only hear them to believe them, and there is not a single one among them for which I cannot provide demonstrations, I anticipate that I will often be distracted by the opposition they might provoke from other people’s various viewpoints.
Anche io ho notato che, per quanto riguarda le esperienze, queste diventano tanto più necessarie quanto più avanzati sono i nostri conoscimenti; infatti, all’inizio è meglio avvalersi soltanto di quelle che si presentano spontaneamente ai nostri sensi e di cui non potremmo ignorare l’esistenza se solo riflettessimo un po’, piuttosto che cercare quelle più rare e complesse: il motivo è che queste ultime spesso ingannano, quando non si conoscono ancora le cause di quelle più comuni, e che le circostanze da cui dipendono sono quasi sempre così particolari e insignificanti da essere difficili da individuare. Tuttavia, l’ordine con cui ho proceduto è stato il seguente: innanzitutto, ho cercato di individuare in modo generale i principi o le cause prime di tutto ciò che esiste o può esistere nel mondo, considerando per questo scopo soltanto Dio che lo ha creato, e traiendo tali principi da alcune verità innate nelle nostre anime. Successivamente, ho analizzato quali fossero gli effetti primari e più comuni che si potevano dedurre da queste cause; credo di aver così scoperto i cieli, le stelle, la terra, nonché l’acqua, l’aria, il fuoco, i minerali e altre cose ancora, che sono le più comuni e semplici, e quindi le più facili da comprendere. Quando poi ho volto ad esaminare quelle realtà più particolari, ne sono emerse molte diverse; non ritenevo infatti possibile che lo spirito umano potesse distinguere con certezza le forme o i tipi di corpi presenti sulla terra da un’infinità di altri che avrebbero potuto esserci se Dio lo avesse voluto, né che potesse collegarli al nostro uso quotidiano, se non ricorrendo alle cause attraverso gli effetti e utilizzando diverse esperienze specifiche. Infine, ripassando mentalmente tutti gli oggetti che mi erano mai apparsi davanti ai sensi, oso dire di non aver notato nulla che non potessi spiegare facilmente con i principi che avevo individuato. Tuttavia devo anche ammettere che la potenza della natura è così vasta e questi principi sono così semplici e generali, che quasi mai riesco a individuare un effetto particolare senza prima conoscere in quanti modi diversi possa essere derivato da quei principi; la mia maggiore difficoltà consiste solitamente nel trovare quale di questi modi sia effettivamente quello corretto, e per questo non conosco altra soluzione se non cercare direttamente alcune esperienze tali che il loro risultato non sia lo stesso a seconda del modo in cui vengono interpretate. Del resto, ora che sono giunto a questo punto, credo di comprendere abbastanza bene da quale prospettiva si debba procedere per realizzare la maggior parte di quelle cose che possono essere utili a tale scopo; tuttavia vedo anche che tali cose sono così numerose e complesse che né le mie capacità né i miei mezzi, anche se fossero mille volte maggiori di quanto non siano in realtà, sarebbero sufficienti per affrontarle tutte. Pertanto, a seconda che avrò più o meno opportunità di lavorarci sopra, progredirò anch’io di conseguenza nella conoscenza della natura: è proprio ciò che mi ero proposto di fare attraverso il trattato che avevo scritto, dimostrando in modo chiaro l’utilità che il pubblico ne può trarre, al punto da convincere tutti coloro che desiderano davvero il bene degli uomini – cioè tutti coloro che sono veramente virtuosi, e non solo a parole o per apparenza – a condividere con me quelle conoscenze che già possiedono, oppure ad aiutarmi nella ricerca di quelle ancora da acquisire.
Da allora ho avuto altre ragioni che mi hanno fatto cambiare opinione e che mi hanno fatto pensare di dover davvero continuare a scrivere tutte le cose che ritenevo importanti, man mano che ne scoprivo la verità, dedicandogli lo stesso impegno come se volessi farle stampare. Questo sia per avere più occasioni di esaminarle attentamente, sia perché ciò che riteniamo debba essere conosciuto da molti viene sicuramente osservato con maggiore attenzione rispetto a ciò che facciamo solo per noi stessi. Spesso le cose che mi sembravano vere quando iniziavo a concepierle, mi parevano false quando cercavo di metterle per iscritto; quindi non volevo perdere alcuna opportunità di essere utile al pubblico, se ne ero capace, e di far sì che i miei scritti, qualora avessero valore, potessero essere utilizzati nel modo più appropriato dopo la mia morte. Tuttavia non volevo assolutamente permettere che venissero pubblicati durante la mia vita, affinché né le opposizioni e le controversie a cui potrebbero essere soggetti, né la reputazione che ne potessero derivare mi facessero perdere il tempo che intendo dedicare allo studio. Poiché, sebbene sia vero che ogni uomo debba fare del suo meglio per portare beneficio agli altri, e che non avere alcun valore significhi esser inutile a tutti, è anche vero che i nostri sforzi dovrebbero estendersi oltre il presente, e che è giusto trascurare ciò che potrebbe portare qualche vantaggio a coloro che vivono oggi, se questo ha lo scopo di farne trarre maggior beneficio i nostri discendenti. Infatti, desidero che si sappia che ciò che ho imparato finora è quasi nulla rispetto a ciò che ignoro e che non dispero di poter apprendere: è quasi lo stesso per coloro che scoprono gradualmente la verità nelle scienze, come per coloro che, iniziando ad arricchirsi, fanno progressi più rapidi rispetto a quando erano poveri. Oppure si possono paragonare ai comandanti in guerra, le cui forze di solito crescono in proporzione alle loro vittorie; hanno bisogno di maggiore capacità di guida per riprendersi dopo una sconfitta, rispetto a quanto ne abbiano bisogno dopo aver vinto una battaglia. Infatti, combattere contro tutte le difficoltà e gli errori che ci impediscono di raggiungere la conoscenza della verità è proprio come vincere delle battaglie; perdere una battaglia significa acquisire un’opinione falsa su una questione importante. Per riprendere lo stesso livello di conoscenza di prima, è necessario uno sforzo molto maggiore rispetto a quando si fanno grandi progressi già possedendo principi solidi. Per quanto riguarda me, se in passato sono riuscito a scoprire alcune verità nelle scienze (e spero che ciò che è contenuto in questo volume dimostri che ne ho trovate alcune), posso dire che tali verità non sono altro che conseguenze e derivazioni di cinque o sei principali difficoltà che sono riuscito a superare; considero queste battaglie come vittorie ottenute con successo. Anzi, non esiterei a dire che credo di dover vincere ancora solo due o tre altre battaglie simili per realizzare appieno i miei progetti; inoltre, la mia età non è così avanzata da impedirmi di disporre ancora di sufficiente tempo per questo scopo. Tuttavia, ritengo di dover utilizzare al meglio il tempo che mi resta, soprattutto perché ho maggiori speranze di riuscirci efficacemente. Senza dubbio, se pubblicassi i fondamenti della mia fisica, avrei molte occasioni per sprecare quel tempo: infatti, anche se quasi tutte queste idee sono così evidenti da poter essere accettate semplicemente ascoltandole, e non ce n’è nessuna di cui non possa fornire dimostrazioni, è impossibile che tali idee siano in accordo con le varie opinioni degli altri uomini; quindi prevedo che spesso verrei distolto dalle opposizioni che queste potrebbero suscitare.
On peut dire que ces oppositions seraient utiles, tant afin de me faire connaître mes fautes, qu’afin que, si j’avais quelque chose de bon, les autres en eussent par ce moyen plus d’intelligence, et, comme plusieurs peuvent plus voir qu’un homme seul, que, commençant dès maintenant à s’en servir, ils m’aidassent aussi de leurs inventions. Mais encore que je me reconnaisse extrêmement sujet à faillir, et que je ne me fie quasi jamais aux premières pensées qui me viennent, toutefois l’expérience que j’ai des objections qu’on me peut faire m’empêche d’en espérer aucun profit : car j’ai déjà souvent éprouvé les jugements tant de ceux que j’ai tenus pour mes amis que de quelques autres à qui je pensais être indifférent, et même aussi de quelques-uns dont je sa vois que la malignité et l’envie tâcherait assez à découvrir ce que l’affection cacherait à mes amis ; mais il est rarement arrivé qu’on m’ait objecté quelque chose que je n’eusse point du tout prévue, si ce n’est qu’elle fut fort éloignée de mon sujet ; en sorte que je n’ai quasi jamais rencontré aucun censeur de mes opinions qui ne me semblât ou moins rigoureux ou moins équitable que moi-même. Et je n’ai jamais remarqué non plus que par le moyen des disputes qui se pratiquent dans les écoles, on ait découvert aucune vérité qu’on ignorât auparavant : car pendant que chacun tâche de vaincre, on s’exerce bien plus à faire valoir la vraisemblance qu’à peser les raisons de part et d’autre ; et ceux qui ont été longtemps bons avocats ne sont pas pour cela par après meilleurs juges.
Pour l’utilité que les autres recevraient de la communication de mes pensées, elle ne pourrait aussi être fort grande, d’autant que je ne les ai point encore conduites si loin qu’il ne soit besoin d’y ajouter beaucoup de choses avant que de les appliquer à l’usage. Et je pense pouvoir dire sans vanité que s’il y a quelqu’un qui en soit capable, ce doit être plutôt moi qu’aucun autre : non pas qu’il ne puisse y avoir au monde plusieurs esprits incomparablement meilleurs que le mien, mais pour ce qu’on ne saurait si bien concevoir une chose et la rendre sienne, lorsqu’on l’apprend de quelque autre, que lorsqu’on l’invente soi-même. Ce qui est si véritable en cette matière, que, bien que j’aie souvent expliqué quelques-unes de mes opinions à des personnes de très bon esprit, et qui, pendant que je leur parlais, semblaient les entendre fort distinctement, toutefois, lorsqu’ils les ont redites, j’ai remarqué qu’ils les ont changées presque toujours en telle sorte que je ne les pouvais plus avouer pour miennes. A l’occasion de quoi je suis bien aise de prier ici nos neveux de ne croire jamais que les choses qu’on leur dira viennent de moi, lorsque je ne les aurai point moi-même divulguées ; et je ne m’étonne aucunement des extravagances qu’on attribue à tous ces anciens philosophes dont nous n’avons point les écrits, ni ne juge pas pour cela que leurs pensées aient été fort déraisonnables, vu qu’ils étaient des meilleurs esprits de leurs temps, mais seulement qu’on nous les a mal rapportées. Comme on voit aussi que presque jamais il n’est arrivé qu’aucun de leurs sectateurs les ait surpassés ; et je m’assure que les plus passionnés de ceux qui suivent maintenant Aristote se croiraient heureux s’ils avaient autant de connaissance de la nature qu’il en a eu, encore même que ce fut à condition qu’ils n’en auraient jamais davantage. Ils sont comme le lierre, qui ne tend point à monter plus haut que les arbres qui le soutiennent, et même souvent qui redescend après qu’il est parvenu jusqu’à leur faîte ; car il me semble aussi que ceux-là redescendent, c’est-à-dire se rendent en quelque façon moins savante que s’ils s’abstenaient d’étudier, lesquels, non contents de savoir tout ce qui est intelligiblement expliqué dans leur auteur, veulent outre cela y trouver la solution de plusieurs difficultés dont il ne dit rien, et auxquelles il n’a peut-être jamais pensé. Toutefois leur façon de philosopher est fort commode pour ceux qui n’ont que des esprits fort médiocres ; car l’obscurité des distinctions et des principes dont ils se servent est cause, qu’ils peuvent parler de toutes choses aussi hardiment que s’ils les savaient, et soutenir tout ce qu’ils en disent contre les plus subtils et les plus habiles, sans qu’on ait moyen de les convaincre : en quoi ils me semblent pareils à un aveugle qui, pour se battre sans désavantage contre un qui voit, l’aurait fait venir dans le fond de quelque cave fort obscure : et je puis dire que ceux-ci ont intérêt que je m’abstienne de publier les principes de la philosophie dont je me sers ; car étant très simples et très évidents, comme ils sont, je ferais quasi le même en les publiant que si j’ouvrais quelques fenêtres, et faisais entrer du jour dans cette cave où ils sont descendus pour se battre. Mais même les meilleurs esprits n’ont pas occasion de souhaiter de les connaître ; car s’ils veulent savoir parler de toutes choses, et acquérir la réputation d’être doctes, ils y parviendront plus aisément en se contentant de la vraisemblance, qui peut être trouvée sans grande peine en toutes sortes de matières, qu’en cherchant la vérité, qui ne se découvre que peu à peu en quelques-unes, et qui, lorsqu’il est question de parler des autres, oblige à confesser franchement qu’on les ignore. Que s’ils préfèrent la connaissance de quelque peu de vérités à la vanité de paraître n’ignorer rien, comme sans doute elle est bien préférable, et qu’ils veuillent suivre un dessein semblable au mien, ils n’ont pas besoin pour cela que je leur dise rien davantage que ce que j’ai déjà dit en ce discours : car s’ils sont capables de passer plus outre que je n’ai fait, ils le seront aussi, à plus forte raison, de trouver d’eux-mêmes tout ce que je pense avoir trouvé ; d’autant que n’ayant jamais rien examiné que par ordre, il est certain que ce qui me reste encore à découvrir est de soi plus difficile et plus caché que ce que j’ai pu ci-devant rencontrer, et ils auraient bien moins de plaisir à l’apprendre de moi que d’eux-mêmes ; outre que l’habitude qu’ils acquerront, en cherchant premièrement des choses faciles, et passant peu à peu par degrés à d’autres plus difficiles, leur servira plus que toutes mes instructions ne sauraient faire. Comme pour moi je me persuade que si on m’eût enseigné dès ma jeunesse toutes les vérités dont j’ai cherché depuis les démonstrations, et que je n’eusse eu aucune peine à les apprendre, je n’en aurais peut-être jamais su aucunes autres, et du moins que jamais je n’aurais acquis l’habitude et la facilité que je pense avoir d’en trouver toujours de nouvelles à mesure que je m’applique à les chercher. Et en un mot s’il y a au monde quelque ouvrage qui ne puisse être si bien achevé par aucun autre que par le même qui l’a commencé, c’est celui auquel je travaille.
One might say that such objections would be useful, both in helping me to recognize my own mistakes and in enabling others to understand whatever good qualities I may possess. Since many people are able to see things more clearly than one individual alone, if I began to make use of these objections from the outset, they could certainly assist me with their insights. However, even though I am fully aware of my own tendency to err and hardly ever trust my first thoughts, my experience with the objections others have raised against me leads me to doubt whether such objections can be of any real benefit to me. Too often, I have seen judgments made both by those I considered friends and by others whom I thought were indifferent to my views; in some cases, even by people whose malice and envy would seek to uncover what friendship might conceal from me. Yet it is rare for anyone to raise an objection that I had not anticipated at all—unless it was utterly unrelated to the subject under discussion. As a result, I have hardly ever encountered a critic of my opinions who did not seem either less rigorous or less fair than I myself. Moreover, I have never observed that any truth previously unknown has been discovered through the debates that take place in academic circles: during such discussions, everyone is more focused on presenting their own arguments and asserting their own likelihood of being right than on carefully weighing the merits of both sides. And those who are skilled at arguing for a long time are not necessarily better judges of truth than others.
The usefulness that others might derive from the communication of my thoughts could indeed be considerable, especially since I have not yet pursued these ideas to such a degree that much additional material would be necessary before they could be put into practical use. And I am willing to say without vanity that if anyone is capable of doing this, it is probably me rather than any other person: not that there might not be in the world many minds far superior to mine, but because in terms of the ability to conceive something clearly and make it one’s own after learning it from someone else, or even inventing it oneself, I believe I am at an advantage. This is so true that although I have often explained some of my ideas to people of very good intellect who seemed to understand them perfectly while I was speaking, when they tried to repeat them later, I found that they had almost always altered them so much that I could no longer acknowledge them as my own. For this reason, I would like to ask our descendants never to assume that anything they are told comes from me unless I have actually disclosed it myself; and I am in no way surprised by the absurdities attributed to those ancient philosophers whose writings we no longer possess. Nor do I consider their ideas to be particularly unreasonable, given that they were undoubtedly among the most brilliant minds of their time; rather, I believe that their teachings have been misreported to us. As one can also see, hardly any of their followers have ever surpassed them; and I am certain that even the most ardent admirers of Aristotle would consider themselves fortunate if they possessed even half of his knowledge of nature—though, of course, they would be content with never surpassing it. They are like ivy, which never strives to grow higher than the trees that support it; in fact, it often grows back down again after reaching their tops. And I believe that those who pursue Aristotle’s teachings in such a way are, in some sense, becoming less knowledgeable than if they had refrained from studying at all. For they are not satisfied with merely understanding everything that is clearly explained in his works; instead, they seek to find solutions to many difficult problems about which he says nothing—and perhaps he never even considered them. However, their way of philosophizing is quite convenient for those whose minds are rather mediocre; for the obscurity of the distinctions and principles they employ allows them to speak about all things with such audacity as if they truly understood them, and to defend whatever they say against even the most subtle and skilled opponents, without anyone being able to convince them otherwise. In this regard, they seem akin to a blind man who, in order to fight on an equal footing with a seeing person, would invite that person into some extremely dark cellar. It can be said that these people have every reason to wish that I refrain from making public the principles of philosophy I use; for since they are so simple and evident, publishing them would be tantamount to opening some windows and letting in light into that very cellar where they have chosen to engage in their “battle.” Yet even the most discerning minds would have no need to acquire such knowledge; for if they wish to speak intelligently about all things and gain the reputation of being learned, they can achieve this more easily by relying on what is merely plausible—something that can be readily obtained in almost every field—rather than striving for truth, which is gradually uncovered in only a few areas, and which, when it comes to discussing other matters, often forces one to admit frankly that one knows nothing. If they prefer the knowledge of some truths to the vanity of pretending to know everything, which is undoubtedly far preferable, and if they wish to pursue a similar approach to my own, they need nothing more from me than what I have already said in this discourse; for if they are capable of going further than I have done, they will surely be able to discover on their own whatever I claim to have discovered. Moreover, since I have never examined anything except in a systematic manner, it is certain that what remains for me to discover is inherently more difficult and concealed than what I have already found, and they would derive far less pleasure from learning it from me than from discovering it themselves. In addition, the habit they will acquire by first dealing with easy matters and gradually progressing on to more difficult ones will be of far greater help to them than any instruction I could give. As for myself, I am convinced that if I had been taught all the truths I have sought since my youth, and if learning them had not posed any difficulty for me, I might never have come to know anything else at all, or at least I would never have acquired the habit and ability to constantly discover new truths as I pursue my inquiries. In short, if there is any task in the world that can be completed more successfully by its original author than by anyone else, it is undoubtedly the one I am engaged in.
Si può dire che queste opposizioni siano utili, sia per farmi rendere conto dei miei errori, sia perché, se possiedo qualcosa di buono, gli altri possano così comprenderlo meglio; inoltre, poiché più persone possono vedere cose che una sola non riesce a percepire, se comincio ad utilizzarle fin da ora, mi aiuteranno anche loro con le loro idee. Tuttavia, anche se riconosco di essere estremamente soggetto agli errori e di non fidarmi quasi mai delle prime idee che mi vengono in mente, l’esperienza accumulata nell’affrontare queste opposizioni mi impedisce di sperare in alcun vero beneficio da esse: ho infatti spesso constatato che i giudizi sia di coloro che consideravo miei amici, sia di altri di cui pensavo fossero indifferenti, e persino di alcuni la cui malvagità e invidia cercavano sempre di scoprire ciò che l’affetto avrebbe nascosto ai miei occhi; tuttavia è raro che mi vengano sollevate obiezioni a cui non avessi già pensato, se non quando queste erano del tutto estranee all’argomento di discussione; in tal modo, quasi mai ho incontrato un critico delle mie opinioni che non mi sembrasse meno rigoroso o meno equo di me stesso. Inoltre, non ho mai notato che, attraverso le discussioni che avvengono nelle accademie, si sia scoperta qualche verità che prima fosse sconosciuta: infatti, mentre ognuno cerca di vincere, ci si esercita molto di più nel sostenere la propria tesi che nel valutare attentamente le ragioni di entrambe le parti; e coloro che per lungo tempo sono stati abili oratori non diventano necessariamente giudici migliori in seguito.
Per l’utilità che gli altri potrebbero trarre dalla comunicazione dei miei pensieri, essa potrebbe essere davvero grande; soprattutto perché non li ho ancora sviluppati a tal punto da rendere necessario aggiungere molte cose prima di poterli applicare concretamente. E credo di poter dire, senza vanità, che se c’è qualcuno in grado di farlo, questo sono sicuramente io piuttosto che chiunque altro: non perché nel mondo non possano esistere molti spiriti incomparabilmente migliori del mio, ma perché ciò che si riesce a concepire e ad assimilare con chiarezza quando lo si impara da un altro, difficilmente lo si potrebbe fare altrettanto bene inventandolo da soli. Questo è così vero che, anche se ho spesso spiegato alcune delle mie idee a persone di grande intelligenza, le quali sembravano comprenderle chiaramente mentre le ascoltavo, tuttavia, quando le ripetevano, notavo che le modificavano quasi sempre in modo tale da renderle irriconoscibili. Per questo motivo, mi compiaccio di chiedere ai nostri nipoti di non credere mai che ciò che gli viene detto provenga da me, se non l’ho io stesso divulgato; e non mi sorprendo affatto delle stravaganze attribuite a quegli antichi filosofi i cui scritti non possediamo più; né ritengo che i loro pensieri siano stati particolarmente assurdi, visto che erano tra gli intellettuali più brillanti dei loro tempi. Ma semplicemente perché ciò che ci è stato tramandato di loro è stato mal riportato. Come si può notare anche dal fatto che quasi mai nessuno dei loro seguaci li ha superati; e sono certo che i più ferventi tra coloro che oggi seguono Aristotele si riterrebbero fortunati se possedessero la stessa conoscenza della natura di quella che egli aveva. Anche se, forse, questo significherebbe che non ne acquisirebbero mai di più. Sono come il liano: non cerca mai di crescere più in alto degli alberi che lo sostengono; anzi, spesso ricade giù dopo essere arrivato fino alla loro cima. E credo anche che coloro che seguono questi antichi filosofi, in realtà, diventino meno saggi di quanto non fossero se si astenessero dallo studiare. Poiché non si accontentano di conoscere tutto ciò che è chiaramente spiegato nei loro scritti, ma vogliono anche trovare soluzioni a molte difficoltà di cui quegli autori non hanno mai parlato. E forse nemmeno le avevano prese in considerazione. Tuttavia, il loro modo di filosofare è molto conveniente per coloro che possiedono soltanto menti assai mediocri; poiché l’oscurità delle distinzioni e dei principi da loro utilizzati permette loro di parlare di tutte le cose con la stessa audacia come se le conoscessero veramente, e di sostenere qualsiasi opinione riguardo ad esse anche di fronte ai più perspicaci e abili, senza che sia possibile convincerli del contrario. In questo senso, mi sembrano simili a un cieco che, per poter combattere senza svantaggio contro una persona vedente, l’avrebbe invitata nel fondo di una cantina molto buia; posso dire che a questi individui conviene che io eviti di rendere pubblici i principi della filosofia che utilizzo: poiché essendo estremamente semplici ed evidenti, renderli noti equivarrebbe praticamente ad aprire delle finestre e far entrare la luce in quella cantina oscura dove si sono ritirati per combattere. Ma nemmeno le menti più acute hanno bisogno di conoscerli; poiché se desiderano saper parlare di tutte le cose e acquisire la reputazione di essere eruditi, lo potranno fare più facilmente affidandosi alla verosimiglianza, che può essere trovata senza grandi sforzi in ogni campo, piuttosto che cercando la verità, che si scopre solo gradualmente in alcuni ambiti e che, quando si tratta di parlare di altri argomenti, costringe ad ammettere apertamente di ignorarli. Se preferiscono conoscere alcune verità piuttosto che indulgere nella vanità di fingere di non ignorare nulla – cosa che senza dubbio è molto più preziosa – e se desiderano seguire un percorso simile al mio, non hanno bisogno che io aggiunga altro a quanto ho già detto in questo discorso; poiché se sono capaci di andare oltre ciò che ho fatto io, lo saranno certamente anche loro, e con ancora maggiore facilità, nel trovare da soli tutto ciò che ritengo di aver scoperto. Inoltre, poiché non ho mai esaminato nulla se non seguendo un ordine preciso, è certo che ciò che mi resta ancora da scoprire è di per sé più difficile e nascosto di quanto io abbia già trovato in precedenza; e probabilmente troverebbero molto meno piacere nell’apprenderlo da me che nel farlo da soli. Inoltre, l’abitudine che acquisiranno cercando prima cose semplici e passando gradualmente a argomenti più complessi sarà per loro di grande aiuto, più di quanto qualsiasi mia istruzione possa essere efficace. Per quanto mi riguarda, sono convinto che se da giovane mi fossero state insegnate tutte le verità che ho cercato in seguito, e se non avessi avuto alcuna difficoltà ad apprenderle, forse non avrei mai conosciuto altre verità, o almeno non avrei acquisito quell’abitudine e quella facilità di trovarne sempre di nuove man mano che mi dedicavo alla loro ricerca. In breve, se esiste al mondo un’opera che possa essere completata meglio da chi l’ha iniziata che da chiunque altro, questa è sicuramente quella a cui sto lavorando io.
Il est vrai que pour ce qui est des expériences qui peuvent y servir, un homme seul ne saurait suffire à les faire toutes : mais il n’y saurait aussi employer utilement d’autres mains que les siennes, sinon celles des artisans, ou telles gens qu’il pourrait payer, et à qui l’espérance du gain, qui est un moyen très efficace, ferait faire exactement toutes les choses qu’il leur prescrirait. Car pour les volontaires qui, par curiosité ou désir d’apprendre, s’offriraient peut-être de lui aider, outre qu’ils ont pour l’ordinaire plus de promesses que d’effet, et qu’ils ne font que de belles propositions dont aucune jamais ne réussit, ils voudraient infailliblement être payés par l’explication de quelques difficultés, ou du moins par des compliments et des entretiens inutiles, qui ne lui sauraient coûter si peu de son temps qu’il n’y perdit. Et pour les expériences que les autres ont déjà faites, quand bien même ils les lui voudraient communiquer, ce que ceux qui les nomment des secrets ne feraient jamais, elles sont pour la plupart composées de tant de circonstances ou d’ingrédients superflus, qu’il lui serait très malaisé d’en déchiffrer la vérité ; outre qu’il les trouverait presque toutes si mal expliquées, ou même si fausses, à cause que ceux qui les ont faites se sont efforcés de les faire paraître conformes à leurs principes, que s’il y en avait quelques-unes qui lui servissent, elles ne pourraient derechef valoir le temps qu’il lui faudrait employer à les choisir. De façon que s’il y avait au monde quelqu’un qu’on sut assurément être capable de trouver les plus grandes choses et les plus utiles au public qui puissent être, et que pour cette cause les autres hommes s’efforçassent par tous moyens de l’aider à venir à bout de ses desseins, je ne vois pas qu’ils pussent autre chose pour lui, sinon fournir aux frais des expériences dont il aurait besoin, et du reste empêcher que son loisir ne lui fut ôté par l’importunité de personne. Mais, outre que je ne présume pas tant de moi-même que de vouloir rien promettre d’extraordinaire, ni ne me repais point de pensées si vaines que de m’imaginer que le public se doive beaucoup intéresser en mes desseins, je n’ai pas aussi l’âme si basse que je voulusse accepter de qui que ce fut aucune faveur qu’on pût croire que je n’aurais pas méritée.
Toutes ces considérations jointes ensemble furent cause, il y a trois ans, que je ne voulus point divulguer le traité que j’avais entre les mains, et même que je pris résolution de n’en faire voir aucun autre pendant ma vie qui fût si général, ni duquel on pût entendre les fondements de ma physique. Mais il y a eu depuis derechef deux autres raisons qui m’ont obligé à mettre ici quelques essais particuliers, et à rendre au public quelque compte de mes actions et de mes desseins. La première est que si j’y manquais, plusieurs, qui ont su l’intention que j’avais eue ci-devant de faire imprimer quelques écrits, pourraient s’imaginer que les causes pour lesquelles je m’en abstiens seraient plus à mon désavantage qu’elles ne sont : car, bien que je n’aime pas la gloire par excès, ou même, si j’ose le dire, que je la haïsse en tant que je la juge contraire au repos, lequel j’estime sur toutes choses, toutefois aussi je n’ai jamais tâché de cacher mes actions comme des crimes, ni n’ai usé de beaucoup de précautions pour être inconnu, tant à cause que j’eusse cru me faire tort, qu’à cause que cela m’aurait donné quelque espèce d’inquiétude, qui eût derechef été contraire au parfait repos d’esprit que je cherche ; et pour ce que, m’étant toujours ainsi tenu indifférent entre le soin d’être connu ou de ne l’être pas, je n’ai pu empêcher que je n’acquisse quelque sorte de réputation, j’ai pensé que je devais faire mon mieux pour m’exempter au moins de l’avoir mauvaise. L’autre raison qui m’a obligé à écrire ceci est que, voyant tous les jours de plus en plus le retardement que souffre le dessein que j’ai de m’instruire, à cause d’une infinité d’expériences dont j’ai besoin, et qu’il est impossible que je fasse sans l’aide d’autrui, bien que je ne me flatte pas tant que d’espérer que le public prenne grande part en mes intérêts, toutefois je ne veux pas aussi me défaillir tant à moi-même que de donner sujet à ceux qui me survivront de me reprocher quelque jour que j’eusse pu leur laisser plusieurs choses beaucoup meilleures que je n’aurai fait, si je n’eusse point trop négligé de leur faire entendre en quoi ils pouvaient contribuer à mes desseins.
Et j’ai pensé qu’il m’était aisé de choisir quelques matières qui, sans être sujettes à beaucoup de controverses, ni m’obliger à déclarer davantage de mes principes que je ne désire, ne laissaient pas de faire voir assez clairement ce que je puis ou ne puis pas dans les sciences. En quoi je ne saurais dire si j’ai réussi, et je ne veux point prévenir les jugements de personne, en parlant moi-même de mes écrits : mais je serai bien aise qu’on les examine ; et afin qu’on en ait d’autant plus d’occasion, je supplie tous ceux qui auront quelques objections à y faire de prendre la peine de les envoyer à mon libraire, par lequel en étant averti, je tâcherai d’y joindre ma réponse en même temps ; et par ce moyen les lecteurs, voyant ensemble l’un et l’autre, jugeront d’autant plus aisément de la vérité : car je ne promets pas d’y faire jamais de longues réponses, mais seulement d’avouer mes fautes fort franchement, si je les connais, ou bien, si je ne les puis apercevoir, de dire simplement ce que je croirai être requis pour la défense des choses que j’ai écrites, sans y ajouter l’explication d’aucune nouvelle matière, afin de ne me pas engager sans fin de l’une en l’autre.
Que si quelques-unes de celles dont j’ai parlé au commencement de la Dioptrique et des Météores choquent d’abord, à cause que je les nomme des suppositions, et que je ne semble pas avoir envie de les prouver, qu’on ait la patience de lire le tout avec attention, et j’espère qu’on s’en trouvera satisfait : car il me semble que les raisons s’y entresuivent en telle sorte, que comme les dernières sont démontrées par les premières qui sont leurs causes, ces premières le sont réciproquement par les dernières qui sont leurs effets. Et on ne doit pas imaginer que je commette en ceci la faute que les logiciens nomment un cercle : car l’expérience rendant la plupart de ces effets très certains, les causes dont je les déduis ne servent pas tant à les prouver qu’à les expliquer ; mais tout au contraire ce sont elles qui sont prouvées par eux. Et je ne les ai nommées des suppositions qu’afin qu’on sache que je pense les pouvoir déduire de ces premières vérités que j’ai ci-dessus expliquées ; mais que j’ai voulu expressément ne le pas faire, pour empêcher que certains esprits, qui s’imaginent qu’ils savent en un jour tout ce qu’un autre a pensé en vingt années, sitôt qu’il leur en a seulement dit deux ou trois mots, et qui sont d’autant plus sujets à faillir et moins capables de la vérité qu’ils sont plus pénétrants et plus vifs, ne puissent de là prendre occasion de bâtir quelque philosophie extravagante sur ce qu’ils croiront être mes principes, et qu’on m’en attribue la faute : car pour les opinions qui sont toutes miennes, je ne les excuse point comme nouvelles, d’autant que si on en considère bien les raisons, je m’assure qu’on les trouvera si simples et si conformes au sens commun, qu’elles sembleront moins extraordinaires et moins étranges qu’aucunes autres qu’on puisse avoir sur mêmes sujets ; et je ne me vante point aussi d’être le premier inventeur d’aucunes, mais bien que je ne les ai jamais reçues ni pour ce qu’elles avaient été dites par d’autres, ni pour ce qu’elles ne l’avaient point été, mais seulement pour ce que la raison me les a persuadées.
It is true that, as far as the experiments required for such endeavors are concerned, a single person would not be able to carry them out alone; yet it would also be impossible for him to make effective use of anyone other than his own hands—unless it were the hands of craftsmen, or people he could pay, for whom the hope of profit, being a very effective incentive, would induce them to do exactly what he instructed them to. As for those volunteers who might offer their help out of curiosity or a desire to learn, aside from the fact that they usually make more promises than they keep and that their suggestions are often mere empty words with no practical result, they would undoubtedly expect to be paid in return for explaining certain difficulties—or at least with compliments and idle conversations that would cost him very little time but would be of no real value. As for the experiments that others have already conducted, even if they were willing to share them with him—though those who refer to them as “secrets” would never do so—most of them are composed of so many unnecessary details and supplementary elements that it would be extremely difficult for him to discern their true nature. Moreover, he would find that most of them are poorly explained or even completely incorrect, since the people who carried them out had tried to make them appear consistent with their own theories. Even if some of these experiments were useful to him, the time required to identify and select them would be far outweighed by their potential value. Therefore, if there were someone in the world who was truly capable of discovering the greatest and most beneficial things for the public, and if others were willing to do everything in their power to help him achieve his goals, I see no other way they could assist him than by covering the costs of the necessary experiments and ensuring that his time is not wasted by unnecessary interruptions. However, I neither presume too much of my own abilities nor indulge in vain hopes that the public will be greatly benefited by my endeavors. Nor would I ever accept any favor from anyone, knowing full well that I have not earned it.
All these considerations combined led me, three years ago, to decide not to make public the treatise I had in my hands; indeed, I resolved never to publish anything in my lifetime that was so general in scope or that could reveal the foundations of my physical theories. However, two additional reasons subsequently compelled me to share some specific insights here and to explain my actions and intentions to the public. The first reason is that if I had failed to do so, many people who were aware of my earlier intention to publish certain writings might have assumed that the reasons for my restraint were more detrimental to me than they actually were. Although I do not particularly crave fame, or even, to put it bluntly, I despise it insofar as I consider it to interfere with the tranquility I value above all else, I have never tried to conceal my actions as if they were crimes, nor have I gone to great lengths to remain unknown—either because I felt it would be wrong to do so or because it would have caused me some anxiety, which would in turn have undermined the perfect mental peace I seek. Since I have always remained indifferent as to whether people should know about me or not, and since I inevitably acquired a certain reputation, I felt it was my duty to at least try to ensure that it was a good one. The second reason for writing this is that, seeing how much progress my efforts to acquire knowledge are being delayed due to the countless experiments I need to conduct—and which are impossible without the help of others—I realized that, although I do not expect the public to take a keen interest in my endeavors, I still cannot afford to fail myself. After all, I would not want those who survive me to reproach me for having missed out on many things that could have been much better if they had been given the opportunity to contribute to my work.
And I thought that it would be easy for me to choose certain subjects that, without being the subject of much controversy, nor forcing me to declare more of my principles than I wish to do, would still make it clear enough what I am capable or incapable of doing in the field of science. As for whether I have succeeded in this regard, I cannot say; and I certainly do not wish to influence anyone’s judgment by speaking about my own writings. However, I would be very pleased if they were examined. And in order to give people more opportunities to do so, I urge everyone who has any objections to send them to my bookseller. Upon receiving them, I will try to provide my responses at the same time. In this way, readers, by considering both the objections and my replies together, will be able to form a more accurate judgment of the truth. For I do not promise to write lengthy responses; rather, I simply intend to admit my mistakes frankly, if I am aware of them, or, if I cannot see them, to state clearly what I believe is necessary for defending the ideas I have expressed, without adding any additional explanations that might lead to endless digressions.
Even if some of the arguments I mentioned at the beginning of “Dioptrics” and “Meteors” may seem surprising at first, because I refer to them merely as hypotheses without appearing to intend to prove them, I hope people will have the patience to read the entire work carefully, and I believe they will find it satisfying. Indeed, the arguments within it are so interconnected that the latter ones are proven by the former, which serve as their causes; conversely, the former are also proven by the latter, which function as their effects. One should not assume that I am making the mistake that logicians call a “circular argument,” because since experience makes most of these effects highly certain, the causes I deduce from them serve not so much to prove them as to explain them—rather, it is these causes that are proven by those effects. I referred to them merely as hypotheses in order to make clear that I believe they can be derived from those fundamental truths I have explained earlier; however, I deliberately avoided doing so explicitly, lest certain individuals—who imagine they can grasp in a single day what another person has spent twenty years thinking about, after having been given only a few words of explanation—might take this as an opportunity to construct some extravagant philosophy based on what they mistakenly regard as my principles, and thus attribute the fault to me. As for these opinions, which are entirely my own, I make no claim that they are novel; indeed, upon careful consideration of their reasoning, I am certain they will be found to be so simple and in line with common sense that they will seem less extraordinary or bizarre than any others one might hold on similar subjects. Nor do I boast about being their first inventor; rather, I acknowledge that I never accepted them on the basis of what others had said or denied them based on what others had not said, but solely because reason convinced me of their truth.
È vero che, per quanto riguarda le esperienze utili a questo scopo, un uomo solo non sarebbe in grado di condurle tutte; tuttavia, non potrebbe nemmeno impiegarne al meglio altre mani se non quelle degli artigiani o di persone che possa pagare, e alle quali la speranza di guadagno, essendo un mezzo molto efficace, le spingerebbe certamente a compiere esattamente ciò che egli gli ordinasse. Per quanto riguarda coloro che, per curiosità o desiderio di imparare, si offrirebbero volontariamente di aiutarlo, oltre al fatto che di solito le loro promesse sono più numerose dei risultati concreti ottenuti e che fanno solo belle proposte dalle quali nessuna mai ha portato a nulla concreto, essi vorrebbero certamente essere pagati in cambio della spiegazione di alcune difficoltà, o almeno con complimenti e conversazioni inutili che non gli costerebbero quasi nulla del suo tempo. Per quanto riguarda le esperienze già condotte da altri, anche se fossero disposti a condividerle con lui – cosa che coloro che le definiscono “segreti” mai farebbero – la maggior parte di esse è composta da così tante circostanze o ingredienti superflui che gli sarebbe molto difficile comprendere la loro vera natura; inoltre, le troverebbe quasi tutte mal spiegate, o addirittura false, poiché coloro che le hanno condotte si sono sforzati di farle apparire conformi ai propri principi. Quindi, anche se ci fossero alcune esperienze utili per lui, queste non valgerebbero certo il tempo necessario per trovarle. Pertanto, se esistesse al mondo qualcuno che potesse davvero scoprire le cose più grandi e più utili per il pubblico, e se gli altri cercassero in tutti i modi di aiutarlo a realizzare i suoi progetti, non vedo cosa potrebbero fare per lui, se non fornirgli i mezzi necessari per condurre le esperienze richieste e, inoltre, impedire che il suo tempo venga rubato dall’importunità altrui. Tuttavia, non mi considero così importante da voler promettere qualcosa di straordinario, né mi compiaccio con pensieri vani come quello di immaginare che il pubblico debba interessarsi molto ai miei progetti; inoltre, non ho un animo così basso da accettare favori da parte di chiunque, anche se potessero sembrarmi meritati.
Tutti questi motivi, presi insieme, furono la ragione per cui, tre anni fa, rifiutai di divulgare il trattato che avevo tra le mani; anzi, decisi di non far vedere mai più nulla del genere in vita mia, né qualcosa che potesse esporre i fondamenti della mia filosofia naturale. Tuttavia, successivamente sono emerse altre due ragioni che mi hanno costretto a pubblicare alcuni saggi particolari e a rendere noti al pubblico le mie azioni e i miei progetti. La prima è che, se non lo avessi fatto, molte persone che conoscevano la mia intenzione di far stampare alcuni scritti avrebbero potuto pensare che le ragioni per cui mi ero astenuto fossero a mio svantaggio; in realtà, anche se non amo eccessivamente la gloria – anzi, oserei dire che la disprezzo, poiché la ritengo contraria al vero riposo che considero il più prezioso di tutto – non ho mai cercato di nascondere le mie azioni come se fossero crimini, né ho adottato grandi precauzioni per restare sconosciuto. Non l’ho fatto né perché avessi ritenuto di commettere un errore, né perché ciò mi avrebbe causato inquietudine, che è certamente contraria al perfetto equilibrio mentale che cerco sempre. Poiché ho sempre mantenuto un atteggiamento indifferente riguardo alla notorietà, non ho potuto evitare di acquisire una certa reputazione; per questo ho pensato di dover fare del mio meglio per evitare che fosse negativa. L’altra ragione che mi ha spinto a scrivere tutto ciò è che, vedendo ogni giorno aumentare i ritardi nella realizzazione del mio progetto di approfondire le mie conoscenze, a causa delle infinite esperienze di cui ho bisogno e che sono impossibili da condurre senza l’aiuto altrui, anche se non mi illudo che il pubblico possa prendersi un grande interesse per i miei sforzi, non voglio nemmeno deludermi io stesso o dare motivo a coloro che sopravviveranno a me di rimproverarmi un giorno per aver potuto realizzare cose molto migliori se solo avessi prestato maggiore attenzione a coinvolgerli nei miei progetti.
E ho pensato che fosse facile per me scegliere alcune materie che, senza essere soggette a molte controversie, né costringermi a dichiarare più dei miei principi di quanto desideri, permettessero comunque di comprendere chiaramente ciò che posso o non posso fare nelle scienze. Non so dire se sia riuscito in questo intento, e non voglio anticipare i giudizi altrui parlando personalmente dei miei scritti; tuttavia sarei molto grato se qualcuno li esaminasse attentamente. Per offrire maggiori opportunità di farlo, prego tutti coloro che abbiano obiezioni di inviarle al mio libraio; una volta informato, cercherò di allegare subito la mia risposta. In questo modo, i lettori, esaminando entrambi i documenti, potranno giudicare più facilmente della verità. Non prometto mai risposte lunghe, ma soltanto di ammettere le mie errori con franchezza, se li conosco; in caso contrario, dirò semplicemente ciò che riterrò necessario per difendere le idee espresse nei miei scritti, senza aggiungere spiegazioni su argomenti nuovi, al fine di non impegnarmi indefinitamente in discussioni infinite.
Che alcune delle idee di cui ho parlato all’inizio della “Dioptrica” e dei “Meteori” possano inizialmente sembrare sorprendenti, poiché le definisco semplici ipotesi e non sembro volerle dimostrare, si prega di avere la pazienza di leggere tutto con attenzione: spero che si rimarrà soddisfatti. Infatti, mi pare che le argomentazioni siano così ben concatenate tra loro che, poiché le ultime ipotesi vengono dimostrate dalle prime, che ne sono le cause, queste a loro volta vengono confermate dalle ultime, che ne sono gli effetti. Non si deve pensare che io commetta l’errore che i logici definiscono “circolo vizioso”: poiché l’esperienza rende la maggior parte di questi effetti assolutamente certi, le cause da cui li deduco non servono tanto a dimostrarli quanto a spiegarli; al contrario, sono proprio queste cause ad essere dimostrate dagli effetti. Le ho definite semplici ipotesi soltanto per far capire che ritengo di poterle dedurre da quelle verità fondamentali che ho spiegato in precedenza; ma l’ho fatto apposta, per evitare che alcuni individui, che si credono di sapere tutto ciò che un altro ha pensato in vent’anni dopo averne ascoltati soltanto due o tre parole, possano costruire teorie stravaganti basandosi su quelle che ritengono siano le mie idee, attribuendomi quindi l’errore. Per quanto riguarda le opinioni che sono interamente mie, non le difendo come novità: poiché, se si esaminano attentamente le ragioni che le sostengono, si scoprirà che sono così semplici e in linea con il buon senso comune da sembrare meno straordinarie di qualsiasi altra teoria sullo stesso argomento. Inoltre, non mi vanto affatto di essere il primo ad averle concepite: le ho accettate soltanto perché la ragione me le ha fatte apparire valide.
Que si les artisans ne peuvent sitôt exécuter l’invention qui est expliquée en la Dioptrique, je ne crois pas qu’on puisse dire pour cela qu’elle soit mauvaise ; car, d’autant qu’il faut de l’adresse et de l’habitude pour faire et pour ajuster les machines que j’ai décrites, sans qu’il y manque aucune circonstance, je ne m’étonnerais pas moins s’ils rencontraient du premier coup, que si quelqu’un pouvait apprendre en un jour à jouer du luth excellemment, par cela seul qu’on lui aurait donné de la tablature qui serait bonne. Et si j’écris en français, qui est la langue de mon pays, plutôt qu’en latin, qui est celle de mes précepteurs, c’est à cause que j’espère que ceux qui ne se servent que de leur raison naturelle toute pure jugeront mieux de mes opinions que ceux qui ne croient qu’aux livres anciens ; et pour ceux qui joignent le bon sens avec l’étude, lesquels seuls je souhaite pour mes juges, ils ne seront point, je m’assure, si partiaux pour le latin, qu’ils refusent d’entendre mes raisons pour ce que je les explique en langue vulgaire.
Au reste, je ne veux point parler ici en particulier des progrès que j’ai espérance de faire à l’avenir dans les sciences, ni m’engager envers le public d’aucune promesse que je ne sois pas assuré d’accomplir ; mais je dirai seulement que j’ai résolu de n’employer le temps qui me reste à vivre à autre chose qu’à tâcher d’acquérir quelque connaissance de la nature, qui soit telle qu’on en puisse tirer des règles pour la médecine, plus assurées que celles qu’on a eues jusqu’à présent ; et que mon inclination m’éloigne si fort de toute sorte d’autres desseins, principalement de ceux qui ne sauraient être utiles aux uns qu’en nuisant aux autres, que si quelques occasions me contraignaient de m’y employer, je ne crois point que je fusse capable d’y réussir. De quoi je fais ici une déclaration que je sais bien ne pouvoir servir à me rendre considérable dans le monde ; mais aussi n’ai aucunement envie de l’être ; et je me tiendrai toujours plus obligé à ceux par la faveur desquels je jouirai sans empêchement de mon loisir, que je ne serais à ceux qui m’offriraient les plus honorables emplois de la terre.
FIN DU DISCOURS DE LA MÉTHODE
Even if craftsmen are unable to immediately put into practice the invention described in “Dioptrica,” I do not believe that this should be considered a flaw in it; for, given that considerable skill and practice are required to construct and adjust the machines I have described—without any missing elements—it would not surprise me at all if they succeeded on the first attempt. Just as someone could learn to play the lute exceptionally well in just one day, simply by being given a good set of tablature, so too might craftsmen succeed immediately with these inventions. And the reason I write in French, my native language, rather than Latin, the language of my teachers, is that I hope those who rely solely on their natural reasoning will judge my ideas more fairly than those who place all their trust in ancient texts. As for those who combine good judgment with scholarly study—whom I alone regard as capable of forming a fair judgment—I am certain they will not be so biased toward Latin that they refuse to consider my arguments when presented in plain language.
Furthermore, I do not wish to speak here in particular about the progress I hope to make in science in the future, nor to make any promises to the public that I am not certain of being able to fulfill; but I will merely say that I have resolved to devote the time remaining to my life to nothing other than attempting to acquire some knowledge of nature such that it may provide rules for medicine that are more reliable than those we have had so far. Moreover, my inclination leads me so far away from any other kind of pursuits, especially those that could be useful to some while harming others, that even if certain circumstances forced me to engage in them, I do not believe I would be capable of succeeding. By making this declaration, I am well aware that it will not serve to make me notable in the world; but at the same time, I have no desire to be so. I shall always feel more indebted to those who allow me to enjoy my leisure without hindrance than to those who offer me the most honorable positions in society.
END OF THE PREACHING ON THE METHOD
Anche se gli artigiani non siano in grado di realizzare immediatamente l’invenzione descritta nella “Dioptrica”, non credo che ciò possa considerarsi un difetto; infatti, dato che la costruzione e il regolamento delle macchine da me descritte richiedono abilità e pratica, senza alcuna eccezione, non mi sorprenderei affatto se riuscissero a realizzarle fin dal primo tentativo, proprio come qualcuno potrebbe imparare a suonare il liuto in un solo giorno, semplicemente ricevendo la partitura giusta. E se scrivo in francese, lingua del mio paese, piuttosto che in latino, lingua dei miei insegnanti, è perché spero che coloro i quali si affidano esclusivamente alla loro ragione naturale possano giudicare meglio le mie idee rispetto a quelli che credono solo nei libri antichi; e per coloro che uniscono il buon senso allo studio – gli unici che desidero come miei giudici – non saranno certo così prevenuti verso il latino da rifiutare di ascoltare le mie argomentazioni, anche se espresse in lingua comune.
Del resto, non intendo parlare qui in particolare dei progressi che spero di poter compiere in futuro nelle scienze, né impegnarmi davanti al pubblico con promesse che non sono certo di poter mantenere; dirò soltanto che ho deciso di dedicare il tempo che mi resta da vivere a qualcos’altro che non sia cercare di acquisire conoscenze sulla natura tali da poterne trarre regole per la medicina, più sicure di quelle che abbiamo avuto finora; e poiché la mia inclinazione mi allontana completamente da qualsiasi altro tipo di progetti, soprattutto da quelli che potrebbero essere utili a alcuni solo a scapito di altri, credo che anche se alcune circostanze mi costringessero ad occuparmene, non sarei in grado di riuscirci. Faccio qui questa dichiarazione, sapendo bene che essa non potrà certo aiutarmi a diventare importante nel mondo; ma non ho affatto desiderio di esserlo; e mi sentirò sempre più in debito con coloro che mi permetteranno di godere liberamente del mio tempo, piuttosto che con coloro che mi offrissero i più onorabili incarichi della terra.
Fine del discorso sulla Metodologia.