Abstract

A substantial treatise of mechanistic physiology (over 10,000 words) on the generation of animals and the nature of tastes: Descartes explains the formation of the animal — with or without seed, down to spontaneous generation in putrefying matter — as a pure concourse of subtle parts (the ‘vital spirits’) and grosser parts (blood) under the action of heat, in which the heart forms first and from it derive the brain and organs, with no recourse to a soul. A scientific text, but consonant with the beast-machine conception.

Testo originale francese · Arvensa Editions · pubblico dominio

Sur la génération des animaux

Il y a deux sortes de générations : celle qui a lieu sans semence ni matrice, et celle qui est produite par la semence.

Nous examinerons, 1° les propriétés communes à tous les animaux, par exemple la mobilité spontanée, la nutrition, etc. ; 2° celles qui sont communes à presque tous, comme la vue, l’ouïe, etc., en recherchant pourquoi elles n’appartiennent pas à tous ; 3° les propriétés subalternes qui appartiennent à toute une espèce, par exemple celles qui font que les uns sont bipèdes, les autres quadrupèdes ; que ceux-ci ont des nageoires, et, que ceux-là sont multipèdes, etc. ; 4° enfin, nous parcourrons les espèces inférieures.

Tout animal qui naît sans matrice suppose seulement cette condition, que deux sujets peu éloignés l’un de l’autre soient excités de diverses manières par un même degré de chaleur qui dégage, de l’un des parties subtiles, que j’appellerai esprits vitaux, et de l’autre des parties plus grossières, auxquelles je donnerai le nom de sang ou d’humeur vitale. Le concours de ces parties produit la vie “d’abord dans le cœur, où règne Un combat perpétuel du sang et des esprits animaux ; ensuite, lorsque le sang et les esprits se sont réciproquement assez domptés pour se combiner en une seule nature, ils engendrent le cerveau. Puisqu’un si petit nombre de conditions suffisent pour former un animal, il ne faut pas sans doute s’étonner de voir tant d’animaux, tant de vers, tant d’insectes, se former spontanément dans toute matière en putréfaction. Et Remarquons ici que le poumon et le foie sont les deux sujets dont nous avons annoncé la nécessité ; ils émettent, l’un par la veine cave, l’autre par l’artère veineuse, les matières dont le concours produit une agitation dans le cœur : alors l’animal commence à exister ; car avant la formation du cœur l’animal n’existe pas.

Voici la marche que suit la formation de l’animal dans la matrice lorsque la semence entre dans la vulve : la partie la plus pure et la mieux mélangée pénètre la première et occupé le fond de la matrice, parce que, étant plus subtile, et par conséquent plus mobile, elle se sépare plus facilement du corps des parents ; vient ensuite la partie plus grossière, qui s’arrête plus près de l’orifice. En effet, soit D l’entrée de la vulve, la semence la plus pure occupe le fond A, la plus grossière est vers l’orifice B ; mais si la semence ne vient que de l’un des deux parents, elle retombe aisément par la voie qu’elle a suivie pour s’introduire. En effet elle ne trouve rien qui la retienne, et par conséquent la semence d’un seul des deux parents ne suffit pas à la génération ; mais si les semences de l’un et de l’autre se combinent ensemble, comme elles ne peuvent s’amalgamer sans se raréfier, à mesure qu’elles s’échauffent dans la vulve, elles augmentent de volume. Or telle est la constitution de la vulve, que plus elle se dilate, plus l’orifice se referme, et que plus elle se resserre, plus il s’élargit. C’est pourquoi il s’ouvre dans le coït, et lorsqu’après la conception la semence se développe, il se referme étroitement.

Maintenant le temps fait fermenter la semence contenue dans la vulve, la chaleur de la mère la mûrit, c’est-à-dire que ses parties s’unissent étroitement ;-et alors étant parfaitement mêlées et combinées, elles se réunissent au centre du lieu qui les contient : ainsi la plus grande partie se réunit en C, et forme le cerveau. En allant du point A au point B elle produit la mœlle épinière, et celle-ci porte au cerveau les parties subtiles qui peuvent se trouver mêlées aux parties grossières du sang, situées vers l’entrée de la vulve. Quant aux autres parties de la semence, qui s’unissent moins parfaitement, quoiqu’à un degré suffisant, et sans une grande répugnance, elles deviennent l’élément de la peau ; aussi se trouvent-elles en général vers B : elles entreront ensuite dans la composition de l’abdomen, des jambes et des pieds ; cependant A et B demeurent, pour ainsi dire, centres, A des parties subtiles, B des parties grossières.

Pendant ces opérations, si la semence de l’un des deux parents est assez faible pour s’unir facilement à celle de l’autre, et pour lui céder sans beaucoup de résistance, il ne se forme pas un animal, mais une môle ; si au contraire la semence est forte des deux côtés, ses particules ne peuvent se mêler toutes en même temps, et les plus rebelles se séparent des autres. Or celles-ci se divisent en deux espèces, les plus subtiles partent du point A, les autres du point B ; si, au lieu de rester séparées, elles se réunissent, il se forme encore une môle. En effet, c’est une preuve que le cerveau A n’est pas bien dégagé des chairs B, et peut-être une telle môle peut-elle être nourrie longtemps et avoir un nombril. Mais si les deux espèces de particules se sont isolées, les plus subtiles produisent vers A le poumon, en tant qu’il est la racine de l’artère veineuse ; les plus grossières forment le foie, en tant qu’il est la racine de la veine cave : en d’autres termes, les unes sont les esprits animaux, les autres sont le sang. On comprend par là pourquoi le poumon et le foie occupent toujours la place où nous voyons qu’ils se trouvent. En effet, il est impossible qu’ils se forment ailleurs ; mais le poumon doit être placé au-dessous du cou, près l’épine du dos, et le foie au-dessus des fesses, et de même auprès de l’épine. Après tout cela l’animal n’existe pas encore ; mais après qu’une certaine quantité d’esprits, partis des différents points du cerveau, s’est rassemblée dans le poumon, elle s’y accumule, et est conduite vers le foie par l’unique canal de l’artère veineuse ; car elle ne peut se porter vers d’autres parties, parce que venant du cerveau elle doit passer à des points opposés ; au contraire le sang provenu de la masse des parties postérieures, s’étant amassé dans le foie, est porté vers le poumon par le canal commun de la veine cave : ainsi se rencontrent la veine cave et l’artère veineuse, et d’abord leurs fibres s’entremêlent ; et, se repliant en quelque sorte sur elles-mêmes, forment la substance du cœur ; ensuite les esprits et le sang se combinent dans le cœur, et comme l’action des esprits est plus rapide et plus subtile, ils descendent davantage vers le foie, et le cœur se termine de ce côté en forme de pointe ; au contraire l’action du sang étant plus lente, et se développant dans une masse plus considérable, il s’arrête dans la partie supérieure du cœur et la rend plus large que l’extrémité opposée. C’est dans le cœur qu’a lieu le mélange du sang et des esprits, c’est là qu’ils commencent cette lutte dont dépend la vie de l’animal, comme l’existence du feu dépend du flambeau ; dispersés ensuite dans toute l’étendue du cœur, et cherchant une issue pour faire place à de nouveau sang et à de nouveaux esprits, ils ne peuvent nulle part s’ouvrir plus facilement un passage que vers les endroits dans lesquels ils sont introduits, parce que tout le reste de la chair, qui pendant sa formation était frappé par le sang et par les esprits, est plus compacte. Ils s’ouvrent donc d’un côté la veine artérieuse, et de l’autre la grande artère, qui se réunissent à cause de leur proximité, mais qui se séparent bientôt ; en effet, les parties grossières et sanguines reviennent alimenter le poumon déjà épuisé par l’émission de l’air, tandis que les esprits purs se répandent par l’aorte dans toutes les parties du corps.

Ici commence l’existence de l’animal, puisque le feu de la vie est allumé dans le cœur. Tous ces faits sont le produit de la semence seule, enflée par la force de la chaleur, comme les châtaignes s’enflent au feu ; mais elle ne peut pas toujours se dilater, et ce développement s’accomplit en peu de temps, peut-être en un ou deux jours, peut-être en une heure ; ceci est une question de fait, et le raisonnement ne peut la décider. Lors donc que la semence cesse de s’enfler, le sang et les esprits n’en continuent pas moins d’abonder vers le cœur ; le mouvement qui les y porte est commencé et les canaux sont ouverts : il arrive de là que le foie s’épuise, et doit, par une conséquence nécessaire, s’alimenter extérieurement ; il perce donc le nombril, qui avoisine sa partie inférieure, par où ce viscère s’alimente principalement. Au contraire le poumon ne peut s’épuiser par la durée de ses fonctions, parce que le sang le nourrit, que la chaleur qui règne dans la matrice peut former avec le sang seul des esprits très subtils, et que par conséquent il nuirait plutôt à l’embryon par excès que par défaut ; c’est pourquoi il s’ouvre la trachée-artère. Celle-ci est annelée, peut-être parce que chaque fois, c’est-à-dire chaque jour ou à chaque mouvement de diastole, elle est augmentée d’un anneau par l’air qui s’élance du poumon, et qui la remplit jusqu’à ce qu’elle atteigne le palais. Comme elle ne peut le percer à cause du cerveau, elle cherche une issue par la bouche et par les oreilles, peut-être même par les narines ; ceci est indiqué par la forme annelée que présente également le palais, et confirmé par la figure oblongue de la bouche qui s’étend sous le palais ; cependant elle ne peut d’abord se faire jour.

La vie étant allumée dans le cœur, aussitôt la grande artère et la veine cave étendent leurs rameaux par tout le corps, et comme elles ne s’avancent que par les voies qu’elles trouvent le plus ouvertes, il arrive qu’elles poussent toutes deux des rameaux semblables, sans cependant se confondre ; car ce qu’elles contiennent, c’est-à-dire le sang et les esprits, est d’une nature trop différente. Lorsque l’une d’elles a divisé la matière pour s’ouvrir une route, l’autre y passe plus facilement ; parmi ces rameaux quelques-uns montent au cerveau et s’y unissent dans le pressoir d’Hérophile, parce que la matière élaborée dans le trajet se combine plus facilement, et ensuite nourrit et augmente le cerveau. Le cerveau s’augmentant produit les conjugaisons des nerfs, et tous les membres commencent alors à se former des sécrétions que produisent d’abord la substance du foie, de la rate, le fiel et la veine porte. Le foie attire par le nombril le sang de la mère ; avec ce sang s’introduisent de l’eau et des esprits, sécrétions du nombril. Le foie n’attire pas un sang pur : c’est pourquoi l’eau descend par l’uraque, et forme la vessie : enfin elle perce le pénis, par lequel l’enfant urine dans la matrice, malgré l’opinion contraire des médecins. Les esprits passent par les artères ombilicales, et forment, si je ne me trompe, la substance du pénis… En effet ce sont de véritables artères implantées sur les iliaques, lesquelles augmentent la grande artère, le cœur étant encore trop petit et trop peu vivace… Troisièmement, les sécrétions de la veine cave s’écoulent dans les reins, et de là dans la vessie par les uretères, mais seulement lorsque le fœtus est déjà assez développé : aussi ne percent-elles pas la vessie. A une époque antérieure, la matière attirée par les organes émulgents est plus épaisse que l’urine, et sert à la composition des reins. Quatrièmement, les sécrétions des poumons enflent, comme on l’a dit, la trachée-artère, et celles du cœur passent par la veine artérieuse. Cinquièmement, les sécrétions du cerveau sont de diverses natures. 1° De sa substance totale s’exhale une vapeur très humide à travers le palais, qui d’abord enfle les joues, mais sans les percer ; qui ensuite, s’échappant par l’œsophage, dilate le ventricule. Avec cette vapeur descendent les nerfs de la sixième et de la septième paire ; et il faut remarquer que toute la substance dont se composent l’œsophage et le ventricule, est la matière émanée du palais ou plutôt des sécrétions du cerveau. De là vient que le ventricule, malgré son volume, a cependant des membranes épaisses. Après que cette humeur cérébrale est parvenue à l’endroit situé au-dessous du foie, elle y devient stagnante et se gonfle : en effet la matière des parties inférieures l’empêche de descendre plus bas ; mais, comme l’air qu’elle contient cherche toujours à sortir, peu à peu il s’ouvre une issue par le pylore ; et dans ces mouvements fréquents il engendre le duodénum et les autres intestins ; enfin il sort en perçant l’anus. C’est le pylore qui est percé et non une autre portion du ventricule, parce que les fibres de cet organe sont tellement disposées qu’aucune des parties qui le composent n’est pas plus susceptible d’extension que celle dont la formation est le plus récente ; or le pylore est la partie du ventricule qui se forme la dernière. Tous ces effets sont produits par les sécrétions du ventricule moyen du cerveau. 2° Du ventricule postérieur ou cervelet il sort de chaque côté une exhalaison qui perce les oreilles ; comme elle n’est pas très considérable et qu’elle ne rencontre qu’une matière solide et compacte, elle s’ouvre un chemin tortueux. 3° Du ventricule moyen et intérieur du cerveau il sort de chaque côté deux sortes de liqueurs à la fois visqueuses et transparentes ; elles distillent comme la Comme des arbres, et composent les yeux. Et il ne faut pas s’étonner qu’ensuite ils soient contenus dans des cavités osseuses : en effet cette liqueur s’engendre avant qu’aucune partie des os se soit durcie. Une autre sécrétion qui émane des parties antérieures du cerveau est plus sèche ; l’humidité a passé dans les yeux, et cette dernière sécrétion n’est qu’un souffle qui perce les deux narines. Tous ces développements ont lieu, soit dès les premiers temps, avant que la peau soit distincte de la chair, la chair des os, les os des membranes, du cerveau et de la mœlle, soit du moins simultanément ; mais aucune partie des os ne se durcit que postérieurement, avant que l’enfant ait uriné par le pénis et qu’il ait émis aucune flatuosité par l’anus, lorsque les ouvertures des paupières et des lèvres sont formées ; mais comme il n’urine que par intervalles, vu la capacité de la vessie, le muscle qui en resserre l’entrée se forme de lui-même.

La séparation des paupières s’effectue peu à peu par une humeur très subtile qui s’écoule de chaque côté par les angles des yeux et qui s’exhale insensiblement par le milieu des paupières ; en sorte que, pendant la formation des tuniques des yeux, cette fente s’ouvre par degrés tout entière ; la même chose a lieu pour les lèvres et l’hymen. La séparation s’accomplit surtout avec force pour l’ouverture de la bouche. Quant à l’hymen, il s’ouvre plus tôt ou plus tard, selon les individus ; dans quelques sujets il ne s’ouvre jamais entièrement que par le coït ou quelquefois même par la main du chirurgien.

Les valvules des vaisseaux du cœur confirment ce que j’ai dit : dans l’artère veineuse et dans la veine cave, elles ne s’opposent pas à la descente des humeurs, mais à leur retour ; au contraire, dans la grande artère et dans la veine artérieuse, elles ne les empêchent pas de sortir du cœur, mais d’y revenir. En effet, telle est la formation première des valvules : l’humeur qui se trouve dans le cœur a voulu en sortir, et la membrane, pressée entre l’humeur qui cherche à entrer et celle qui cherche à sortir, s’est repliée en valvule ; de même, en pressant la peau entre deux doigts, elle formera un pli double. Ainsi se forment les valvules dans les autres vaisseaux.

La principale valvule du corps humain c’est l’épiglotte, dont l’origine est facile à concevoir. Nous avons vu que l’air monte et ne descend jamais par la trachée-artère ; qu’une matière molle, mêlée de flatuosité, descend du cerveau dans l’œsophage par la même voie : il est arrivé nécessairement que la membrane, pressée entre ces deux courants opposés, a formé la valvule épiglotte, et que le cartilage est scutiforme ; en effet, la matière qui se précipite dans l’œsophage agite l’air que contient la trachée-artère, en sorte qu’il ne se divise plus en bulles formant chacune un anneau de l’artère, mais plusieurs bulles s’unissent ensemble et passent insensiblement par la fente qui est au-dessous de l’épiglotte ; cependant l’épiglotte en vibrant acquiert les premières habitudes du chant.

La rencontre de la veine cave et de l’artère veineuse n’a pas lieu au-dessous du diaphragme, mais au-dessus, par deux raisons : d’abord, le foie contenant plus de solide que de fluide, toute la matière prend aussitôt de la consistance, et il n’en a laissé échapper que les parties les plus nobles par la veine cave, qui dans cette vue a traversé le diaphragme ; au contraire, le poumon contenant plus de fluide que de solide, les esprits ne s’en sont pas d’abord échappés par l’artère veineuse, mais ils ont gonflé la substance du poumon lui-même, et jamais peut-être ils n’eussent formé l’artère veineuse, s’ils n’eussent été provoqués par la veine cave : mais celle-ci entrouvre par son choc la membrane qui enveloppe les poumons, et les esprits commencent à en sortir, et de tous côtés prennent leur cours vers la voie qui leur est ouverte. Je suis aussi porté à croire que les oreillettes du cœur n’ont point d’autre origine, sinon que ces deux vaisseaux, en se rencontrant, se rident en quelque sorte ; et c’est cette partie contractée à laquelle on donne le nom d’oreillettes du cœur ; mais il faut examiner ces parties pour savoir si ma conjecture est juste.

Le mésentère se forme parce que les intestins se creusent une place au-dessous du ventricule, qui atteignait déjà aux chairs des parties postérieures : c’est pourquoi ils ont dû recevoir le mélange d’une portion de chair, qui est le mésentère.

Il faut remarquer que les os se composent d’une substance plus subtile, qui se rapproche plus de la nature du cerveau que de celle de la chair : c’est pourquoi il y a plus d’os dans le thorax, où sont les côtes, que dans l’abdomen.

Le fœtus, à cause de la sympathie de ses mouvements avec la mère, produit le pénis en le faisant comme sortir du dos de la mère, c’est-à-dire qu’il prend sa racine du côté du dos de celle-ci, et se termine vers son nombril ; de là il arrive que, si la tête de l’embryon est tournée du côté du nombril de la femme, et les fesses du côté de l’épine du dos, l’enfant est du sexe masculin, et le pénis se produit au dehors ; au contraire, si la tête de l’embryon est tournée du côté de l’épine du dos, et les fesses vers l’abdomen, l’enfant est du sexe féminin ; en effet, le pénis se replie vers le nombril de la mère, et rentre dans l’intérieur de l’embryon. On peut de là inférer par conjecture que si les mâles sont plus ingénieux, c’est que la partie la plus pure de la semence a pu pénétrer plus avant, et par conséquent acquérir plus de force ; que s’ils sont plus robustes, c’est que l’épine du fœtus se nourrit près de l’épine de la mère ; enfin, que si les femmes ont les parties postérieures plus développées., c’est qu’étant situées vers l’abdomen de la mère, qui oppose moins de résistance que l’épine du dos, elles trouvent plus de facilité à s’accroître.

Il y a trois périodes à remarquer dans la génération du fœtus. Pendant la première, la semence se gonfle, et c’est alors que se forment le poumon, le foie et le cœur ; pendant la seconde période, la masse de la semence cesse de se raréfier, et alors… le nombril, et la matière dont se forme la cervelle, celle des os, des membranes, des chairs et de la peau, commencent à se distinguer ; pendant la troisième, l’enfant commence à se nourrir par le nombril, et alors se forment les excréments, parce que la nourriture est surabondante ; la veine porte s’engendre d’abord, ensuite la rate et le fiel.

Le foie n’a qu’un petit nombre d’artères et de nerfs, répandus sur sa surface, parce qu’il était formé avant que les artères et les nerfs se distribuassent dans les diverses parties du corps.

La rate, formée plus tard, bien qu’elle ne soit, comme on dit, qu’un viscère bas, a cependant plus d’artères que le foie ; il en est de même de la poche du fiel : en effet, la rate et le fiel se sont formés après que la grande artère eut étendu ses rapports à la place qu’ils doivent occuper, mais avant que les nerfs, issus du cerveau, c’est-à-dire d’un point de départ plus éloigné, atteignissent le même endroit ; en conséquence ils n’ont point de nerfs, si ce n’est à l’extérieur.

Au contraire, les intestins et le ventricule, qui sont produits plus tard par les sécrétions du cerveau lui-même, ont des nerfs remarquables, ou plutôt ne sont presque entièrement composés que de nerfs. Les poumons sont aussi privés de nerfs ; en effet, ils se produisent dans la première période ; ils ne reçoivent aucun rameau de la veine cave ou de la grande artère, ayant été formés avant elle, et étant toujours en mouvement, malgré les présomptions contraires des médecins.

Il faut observer que, tandis que les rameaux des veines et des artères se déployaient par tout le corps, l’artère a occupé le lieu qui laissait le plus de liberté à ses mouvements. C’est pourquoi, au-dessous des reins, l’artère passe par-dessus la veine, parce que la dureté du dos gênerait son mouvement ; voilà pourquoi encore dans toutes les parties du corps les veines sous-cutanées passent pardessus les artères ; en effet, la peau du fœtus est toujours tendue, parce qu’il croît continuellement, et le mouvement de l’artère est plus libre dans les cavités des os, et entre les chairs et les muscles.

Il faut encore observer que, par le mouvement de l’artère ascendante, la veine pousse des rameaux qui se produisent en cet endroit, pour s’étendre ensuite, par le progrès du temps, soit plus haut, soit plus bas. C’est de la même partie du tronc que sont sorties, dans le fœtus, les veines émulgentes ; cependant le mouvement de l’artère qui monte du côté gauche forme peu à peu la veine cave, de manière qu’elle sort elle-même de la veine émulgente, et non du tronc de la veine cave comme l’artère gauche.

Il est certain que le mouvement du cœur produit la sympathie dans le corps entier ; en sorte que s’il envoie quelque chose à un pied, il envoie autre chose proportionnellement à l’autre jambe ; si à la tête, il envoie de même autre chose aux parties génitales ; car les testicules répondant au cerveau, le pénis ou la vulve aux méninges, la queue dans les animaux qui en ont une… et aux chairs, et enfin le scrotum à la peau ; mais jamais aussi le mouvement du cœur de la mère ne gouverne celui du fœtus par les artères ombilicales, et cependant c’est elle qui détermine la forme de toutes les parties extérieures : de là vient que si l’imagination de la mère est blessée par quelque impression, les membres de l’enfant sont monstrueux.

Quant aux mouvements des animaux, il faut remarquer que les esprits animaux se meuvent toujours avec une vitesse égale, bien qu’ils n’excitent dans le corps aucun mouvement ; mais que tous les mouvements du corps sont déterminés, parce que les esprits se meuvent d’un côté plutôt que de l’autre : or, la moindre force suffit pour imprimer aux esprits tel ou tel mouvement. Par exemple, si le poids E est en équilibre sur le centre A, la moindre force détermine ce poids à tomber en B ou en C ; supposez qu’à ce poids est attaché le muscle D, la moindre force suffira pour lui donner une forte impulsion, tantôt en un sens, tantôt dans le sens opposé ; et cette comparaison n’est pas prise trop loin, car la pesanteur est aussi une commotion des parties de la matière des corps, comme les esprits animaux.

Il ne faut pas s’étonner qu’il y ait dans le cerveau des bêtes un certain nombre de dispositions diverses, puisque nous voyons qu’elles se meuvent de tant de manières différentes. Tous leurs mouvements n’ont que deux principes, le plaisir et la douleur, soit partiels, soit universels. Ainsi, lorsque les sens offrent un plaisir qui affecte tout l’animal, aussitôt le mouvement qui produit la sensation produit en même temps dans les autres membres tous les mouvements nécessaires pour jouir de ce plaisir ; mais lorsque les sens offrent un plaisir à une seule partie, et ne présentent à une autre que la douleur, la sensation détermine les esprits animaux à produire tous les mouvements possibles dans la première, afin de jouir du plaisir qui se présente, et dans la seconde afin d’éviter la douleur.

Voilà pourquoi les bêtes ne peuvent commettre le mal ; voilà pourquoi encore elles exécutent plusieurs ouvrages avec plus de perfection que nous-mêmes, comme les abeilles leurs ruches, et les oiseaux leurs nids ; tandis qu’en beaucoup de choses qui nous sont faciles, leur instinct est insuffisant, parce qu’elles ne sont portées à ce qu’il faudrait faire par aucune impulsion qui leur vienne des sens ou de la nature, qui produit en elles le même effet que les sens.

Elles ont, comme nous, la mémoire des objets matériels ; mais elles n’ont ni la pensée, ni l’intelligence, qui produisent dans le corps des mouvements contraires à l’impulsion des sens.

Dans les zoophytes, comme les huîtres, les éponges, etc., la pierre tient lieu du foie, et l’eau ou l’air tient lieu du poumon pour allumer le feu de la vie ; c’est pourquoi ils n’ont que le cœur et les chairs, et peut-être aussi le cerveau, qui est dans les huîtres ce nerf au moyen duquel elles se ferment ; ils ne peuvent avoir de mouvement progressif, car ils laisseraient leur foie et leur poumon, et par là devraient nécessairement mourir, mais ils peuvent être transportés par les flots, par exemple les huîtres avec leur, coquille, qui est la pierre à laquelle elles sont attachées ; en quelque lieu qu’elles soient portées, elles retrouvent l’eau partout.

Les bêtes n’ont aucune notion du plaisir et de la douleur, mais durant le temps qu’elles ont passé dans la matrice, elles ont reçu certaines impressions qui les ont fait croître et qui les ont portées à faire certains mouvements ; de là, toutes les fois qu’elles éprouvent quelque chose de semblable, elles exécutent toujours les mêmes mouvements. Il est certain que le mouvement des artères porte également aux parties contraires, par exemple, à la tête et aux parties naturelles. C’est pour cette raison que les femmes sont bien plus que les hommes affectées par ce mouvement, et elles ont menstrues, parce que les… des mamelles sont plus près du principe de ce mouvement, ce qui est surtout vrai du fond de la vulve, auquel se rattachent des veines courtes qui partent du tronc de la veine cave ou plutôt des hypogastriques. Je suis porté à croire que les mâles ont plus de semence que les femelles, parce que la route qu’elle parcourt étant plus longue, elle s’y prépare mieux ; et que les femmes ont au contraire plus de sang menstruel, parce que le trajet à parcourir est moins long.

Après avoir conçu la raison de la situation du cœur à gauche, on comprend facilement pourquoi la rate est aussi à gauche et le fiel à droite : en effet, le sang s’aigrit davantage dans la partie la plus chaude, comme le vinaigre exposé au soleil, et dans la partie la plus froide, c’est-à-dire la plus éloignée du cœur, il s’aigrit en bile ; par la même raison le fiel sort de la partie inférieure du foie.

La veine porte se forme après les chairs, parce qu’elle ne pénètre pas jusqu’à leurs parties solides ; de même que la veine cave a été engendrée en même temps que le fiel, la rate, le mésentère et les intestins.

L’aorte, du moment qu’elle commence à croître, s’avance au-dessous du foie, vers l’endroit par où le foie attire le nombril, et là, comme le foie n’attire que le sang, les esprits entrent dans l’aorte ; car elle n’est point encore revêtue d’une tunique épaisse, mais seulement d’une enveloppe très mince, comme les bulbes qui se forment à la surface de l’eau. De l’aorte naissent les artères ombilicales ; d’abord il n’y en a qu’une, mais à mesure que l’aorte prend de l’accroissement, l’endroit où est implantée l’artère ombilicale descend et entraîne celle-ci jusqu’aux îles ; là, comme l’aorte entière se partage en deux, l’artère ombilicale se double aussi nécessairement. Or l’aorte suit le foie, parce que, augmentant alors de volume, elle s’empare du lieu qu’elle trouve le plus à sa portée ; d’un autre côté le foie s’amollit et fait place à l’aorte et aux tuniques qui l’enveloppent ; celles-ci se replient un peu en dedans jusqu’à ce qu’elles forment le nombril.

Il est à croire aussi qu’une humeur séreuse est attirée de la partie inférieure de toute la masse par le foie. Cette humeur, après avoir percé le nombril, attire les sérosités mêlées au sang et aux esprits qui arrivent par cette ouverture, et l’humidité ainsi amassée forme la vessie.

Les reins se forment avant que le nombril ait été attiré par le foie, au moment où le sang passant par la veine cave et les esprits par l’aorte, commencent à se calmer par l’amollissement du foie, et où cette raison le sang n’arrive plus si vif à cette partie de la veine cave, mais chargé de sérosité ; celle-ci s’amasse en ce lieu au-dessous du foie, s’étend des deux côtés et forme les deux reins ; une artère y est implantée, et ils se confondent tous deux intérieurement : voilà ce qui fait que la chair des reins est moins rouge que celle du foie, qu’elle est solide, et n’est traversée que par les parties séreuses et non par le sang. Après que la veine cave et l’aorte, étendues en cet endroit de chaque côté, y ont séjourné quelque temps, et ont ainsi gonflé les reins, ce qu’il y a en elles de plus vif s’avance par le milieu vers la partie antérieure. Là l’artère ayant plus de vivacité s’élève au-dessus de la veine. Peu après le nombril est attiré, l’eau coule par l’uraque, la vessie se gonfle, et comme elle touche aux reins, elle s’y joint, à cause de l’homogénéité de l’humeur qu’ils contiennent, par les vaisseaux urinaires.

Les sarcomes et les excroissances de chair non naturelles, qui ne laissent pas de se produire des veines et des artères, démontrent que la vertu formatrice du corps n’est pas autre que nous ne la présentons.

Le flanc le plus éloigné du cœur est naturellement plus fort et plus robuste, parce que les artères battent moins là où il peut se rassembler plus de sang et de nerfs, et c’est pourquoi nous nous servons avec plus d’adresse de la main droite que de la main gauche. Il est certain que le fœtus mange, qu’il urine et qu’il jette son excrément, et que ces matières, mêlées à la sueur, se représentent à sa bouche, et servent à le nourrir tant qu’il est dans la matrice. Comment en effet serait-il possible qu’un fœtus de trois jours se nourrit seulement du sang épais de la mère, et ne rejetât point d’excréments ? Comment un fœtus de huit mois aurait-il la bouche ouverte sans que rien s’y introduisit ? Comment aurait-il quelque chose dans la bouche sans l’avaler, lorsqu’on trouve dans la bouche de l’enfant nouveau-né des muscles disposés de telle manière qu’il ne peut pas ne pas avaler ce qui s’y introduit ? Pourquoi enfin l’anus et le pénis seraient-ils percés ? Disons donc que d’abord le fœtus se forme de la seule semence ; qu’ensuite (je dirai même que dès le principe il avale tout ce qui s’approche de sa bouche, car celle-ci se forme avant tout le reste) le nombril attire une part du sang de la mère, mêlé d’esprits et de sérosités ; que lorsqu’un aliment un peu plus fort lui devient nécessaire, l’uraque et les artères se séparent du nombril ; et qu’enfin, lorsqu’il lui faut une nourriture encore plus forte, il avale tout ce qui se rencontre près de sa bouche.

Ceci explique très bien pourquoi une fente s’étend de l’anus aux aines, et pourquoi les cuisses se séparent l’une de l’autre ; pourquoi la peau est moins tendue au scrotum, pourquoi il y a une suture entre le fondement et le pénis, etc. En effet, lorsque l’urine et les autres déjections commençaient à se porter en grande quantité vers l’os pubis, elles y firent une large ouverture, et gonflèrent la peau de cette partie avant de pouvoir la percer ; lorsqu’elles l’eurent percée au fondement et aux parties naturelles, toutes ces déjections s’évacuèrent, la peau resta flasque et plissée, et forma cette suture et le scrotum ; les cuisses demeurèrent séparées, et l’os pubis garda son ouverture.

A remarquer : Ces déjections sont les vents et l’urine, et non les autres excréments (les vents rendent le fœtus aussi robuste et même plus robuste que toutes les autres déjections). Si le fœtus est d’une nature plus forte et plus robuste, il évacue plus d’urine que d’excréments solides (le gland seul à cette époque est sorti hors du corps, et il se couvre ensuite du prépuce lorsque la peau devient flasque), et par cette raison le pénis est percé le premier et devient proéminent, et le fœtus est du sexe masculin ; si au contraire il produit plus d’excréments solides et qu’il retienne en lui les humeurs aqueuses, il devient d’une nature plus molle, avant que le fondement soit percé, et lorsque les déjections ont pris cette voie, elles resserrent les aines, empêchent que les parties sexuelles se produisent au dehors, les repoussent en dedans, et l’enfant est du sexe féminin ; si au contraire il y a un tel équilibre entre les deux sortes de déjections que le pénis et le fondement se percent au même instant (chose fort rare), il se forme un hermaphrodite ; au contraire, si c’est la vessie qui se vide d’abord, la peau des aines se relâche, et les flatuosités en arrivant la poussent en dehors ; et d’un autre côté, si ce sont les flatuosités qui se déchargent avant la vessie, le scrotum et les testicules sont poussés en dehors par la vessie, la peau lâche du fondement s’étendant vers le scrotum. Tout ceci est évident.

Quelqu’un dira avec dédain qu’il est ridicule d’attribuer un phénomène aussi important que la formation de l’homme à de si petites causes ; mais quelles plus grandes causes faut-il donc que les lois éternelles de la nature ? Veut-on l’intervention immédiate d’une intelligence ? De quelle intelligence ? De Dieu lui-même ? Pourquoi donc naît-il des monstres ? veut-on y voir l’opération de cette sage déesse de la nature qui ne doit son origine qu’à la folie de l’esprit humain ?

Le mouvement du cœur vient manifestement de ce que, aussitôt qu’un peu de sang et une certaine quantité d’esprits s’y sont introduits par la veine cave et l’artère veineuse, le sang et les esprits s’y échauffent à la fois et se raréfient, et en même temps le cœur se dilate ainsi que toutes les artères et la veine artérieuse. Or tandis qu’il se dilate ainsi par le mouvement de diastole, rien ne s’y introduit à cause des valvules ; mais dès qu’il se resserre, les valvules des artères se ferment à leur tour, et la veine cave et l’artère veineuse s’ouvrent de nouveau ; c’est ainsi que, goutte à goutte et par intervalles, le sang et les esprits pénètrent dans les ventricules du cœur ; de même, si l’on jetait de l’eau sur une brique chaude, elle s’évaporerait par ébullition, etc.

Les oreillettes du cœur se remplissent lorsque les valvules de la veine cave et de l’artère veineuse se ferment ; elles se vident lorsqu’elles sont ouvertes ; ainsi leur mouvement est en raison inverse de celui du cœur ; lorsqu’il se gonfle, il y a diastole au même moment dans le cœur et les artères, et ensuite lorsqu’il se contracte et que le fluide s’y introduit de nouveau il y a systole.

Si l’on veut savoir comment les testicules contribuent à produire la barbe, pourquoi les eunuques n’ont point de barbe, sont plus faibles que les autres hommes et ont une voix plus aiguë, il faut observer que les testicules sont alimentés par des veines et des artères qui répondent à celles qui alimentent le cerveau, en sorte qu’il s’y forme incessamment une grande quantité d’esprits qui s’exhalent dans l’air par le scrotum ; que les testicules des femmes, renfermés dans l’intérieur du corps, et ne laissant échapper aucune émanation, n’ont pas tant besoin d’un aliment humide. Or ces émanations échappées des testicules dessèchent le corps, car ce sont des fluides ; en effet la sécheresse augmente beaucoup la chaleur, et c’est là la disposition propre à faire pousser la barbe, disposition qui n’existe ni chez les femmes, ni chez les eunuques ; car si elle s’y rencontrait ils auraient aussi de la barbe : j’ai vu une femme qui en avait autant que les hommes ; et ordinairement les filles, lorsque leur tempérament est devenu sec par l’âge, ont aussi de la barbe.

Les intestins sont toujours rapprochés de l’épine du dos, et la vessie plus près du bas-ventre ; c’est que les flatuosités sont plus sèches que l’urine et pénètrent plus facilement vers la partie la plus osseuse.

Dans les premiers temps de la conception le foie occupe toute la cavité inférieure du fœtus, mais après la formation du cœur, après que la veine cave, sortant du milieu du foie, s’élève pat le côté droit, le foie commence à se retirer de ce côté ; ensuite, après avoir attiré le nombril, et s’être abondamment rempli du sang de la mère, il produit le rameau splénique, qui s’élance dans la cavité vide du côté gauche, et qui pénètre la rate comme un appendice du foie. Elle est cependant l’une substance bien différente, car elle ne se forme que du sang de la mère ; le foie se forme de la semence ; de plus elle reçoit des artères, parce qu’elle s’engendre après celles-ci ; et comme la force du sang qu’elle contient est attirée par leur chaleur, et en quelque sorte énervée, parce qu’elle n’est point sans cesse irritée, comme le foie, par la résistance du chyle, l’humeur qu’elle renferme s’aigrit.

Tandis que le foie se retire du milieu du corps vers le côté droit, et que, peu après y avoir attiré le nombril, il s’accroît très rapidement, on ne saurait trouver étonnant que dans une élaboration si prompte la bile se forme et se rassemblé dans la poche du fiel.

La rate est plane et oblongue, parce qu’aussitôt après sa formation (bien qu’elle ait alors une forme différente, afin de remplir du moins la place abandonnée par le foie) elle se trouve pressée vers les côtes par l’arrivée du ventricule, et s’allonge pour prendre alors cette nouvelle figure ; peut-être aussi s’engendre-t-elle après le ventricule.

Si le foie n’existait pas avant d’être alimenté par le nombril, la chair qui le compose ne s’élèverait pas en excroissance au-dessus du nombril dans le fœtus, ou plutôt cette surabondance même témoigne que le foie a attiré le nombril, en étendant au moins ses extrémités le long de la peau de celui-ci ; lesquelles s’en étant séparées ont ensuite produit cette surabondance. Ceci est rendu encore plus manifeste par le ligament suspensoire, qui s’attache à la veine ombilicale comme au milieu du foie. Le foie et le nombril n’ont deux cavités que parce qu’ils ont reçu cette figure, dans l’embryon, de l’intestin rectum et de la vessie ; la même cause fait que la fente qu’on appelle os uteri est en sens contraire de celle qui se trouve aux parties naturelles ; celle-ci, resserrée entre les cuisses, se dirige du fondement vers le nombril ; l’autre, resserrée par le rectum et la vessie, se dirige transversalement d’un côté à l’autre. Ces fentes sont percées par l’humeur qui y forme ensuite les menstrues, en s’épaississant, et qui, dans les hommes, s’écoule par une transpiration insensible des testicules et du pénis, parce qu’ils se produisent aux dehors, et parce que ces fentes sont en sens opposé. De l’épaisseur du col de la matrice sortent, par les plis qui s’y forment, ces caroncules nommées spondyles. Le clitoris est cette partie du pénis qui était déjà sortie lorsque le fœtus a uriné pour la première fois ; les nymphes sont peut-être formées de la peau qui répond au prépuce de l’homme ; les lèvres répondent au scrotum. Dans les mâles le prépuce et le gland se forment, parce qu’avant que le fœtus urine pour la première fois le gland tout entier se dégage ou plutôt s’engendre de la peau, et le pénis lui-même prend une grande extension ; mais après la première évacuation de la vessie, le pénis se contracte, et c’est pourquoi la peau étant plissée recouvre le gland, et par sa contraction forme le prépuce, parce que dans le fœtus le gland ne sort plus de cette peau ; car la vessie ne se remplit plus de même, et au contraire l’enfant urine fréquemment dans la matrice : c’est ce qu’on peut conclure évidemment de ce que les nouveau-nés ne retiennent point leur urine, et n’ont point, relativement aux autres membres, le sphincter aussi fort que les adultes ; une nouvelle preuve de cette explication, c’est que l’érection du pénis a lieu sans aucune incitation amoureuse, lorsque la vessie est pleine d’urine.

Ce que nous avons dit plus haut de l’artère veineuse doit s’entendre de la trachée-artère, qui, sans aucun doute, s’est formée avant le cœur ou du moins en même temps. Mais voici comment je soupçonne que tout s’est passé : d’abord la matière des poumons était au milieu du thorax sous la forme d’un globe, et le foie était dans l’abdomen, également semblable à un globe ; ces globes, raréfiés par la chaleur de la mère, se sont touchés l’un l’autre, et, par leur contact, ils ont allumé un feu dans le cœur ; et d’abord le feu a poussé ses sécrétions de chaleur, c’est-à-dire les esprits, non dans le foie, mais dans la veine artérieuse par les poumons ; le foie et les poumons s’unirent entre eux par le contact, comme étant des corps visqueux ; éloignés ensuite l’un de l’autre par le mouvement du cœur, ils restèrent cependant unis d’un côté par la veine cave et de l’autre par la veine artérieuse ; ces deux veines n’eurent certainement pas d’autre origine. Le sang très subtil du foie montait aussi aux poumons par l’artère veineuse ; de là, il refluait continuellement dans le cœur. Les poumons, agités par les mouvements qui leur sont communiqués par les esprits qui viennent du cœur et par le sang qu’apporte la veine cave, sécrètent certaines parties subtiles d’eux-mêmes, c’est-à-dire une grande quantité d’air qui s’arrête au milieu de la poitrine, et remplit la trachée-artère. Ensuite toutes les parties de matière solide se sont réunies de tous côtés, et ont formé en se roulant la trachée-artère elle-même ; celle-ci, occupant le milieu du thorax, l’a partagé en deux cavités, et la membrane de séparation s’est formée soit pour enfermer la trachée-artère, soit qu’elle ait été produite par la plèvre qui s’attache à l’épine et au sternum. De là sont venus les deux lobes des poumons.

Le cou est plus étroit que le thorax, à cause de l’inclinaison de la tête, laquelle vient de ce que le corps s’étend plus en longueur qu’en largeur. Or le corps et particulièrement le cou s’étendent en longueur, pendant que s’accroît la trachée-artère et que l’œsophage descend ; celui-ci, traversant le cou avec plus de difficulté que le thorax, parce qu’il est plus charnu et plus osseux, l’allonge davantage.

La poche du fiel doit se former après le ventricule, car autrement elle y enverrait quelques vaisseaux ; mais, tandis que le ventricule s’arrête au-dessus de la tunique des intestins, et se gonfle, le fiel se forme lui-même ; et c’est pourquoi il envoie un vaisseau à l’orifice inférieur du ventricule, c’est-à-dire au duodénum, et ce vaisseau sert au ventricule à se décharger entièrement dans quelques intestins. La veine porte et le rameau cœliaque de l’aorte descendent avec le ventricule, c’est pourquoi il en reçoit des vaisseaux ; peut-être aussi la descente du ventricule n’a-t-elle lieu qu’à cause de cette veine et de ce rameau : car, en descendant, il ouvre l’aorte, et la veine cœliaque, pressant le foie par sa masse, en exprime du sang. D’où il résulte que la veine porte et les nerfs de la sixième paire descendent aussi de la tête avec le ventricule.

La rate se forme après le ventricule, et la petitesse de ce vaisseau ne s’oppose pas à ce qu’il ait été formé après : car c’est par lui que le rameau splénique atteint le ventricule, avant que ce rameau lui-même se soit ramassé pour composer la rate ; si cela n’était, un plus grand nombre de vaisseaux sans doute se rendraient de la rate au ventricule, dont elle est si voisine.

Par le retour des nerfs qui se replient sur eux-mêmes, on voit clairement que la trachée-artère s’est élevée des poumons au gosier après la… du ventricule : car les nerfs de la sixième paire sont descendus d’abord avec le ventricule ; leurs rameaux se sont attachés à la trachée-artère, et sont remontés avec elle. Cependant ceci doit être vérifié de visu ; car il est possible que ces nerfs se soient repliés le long des poumons, après la formation de la trachée-artère, et se soient allongés par une croissance spontanée jusqu’au larynx. Il faut encore observer si ces nerfs dans leur retour aident à élever les vapeurs du ventricule vers la bouche et la tête. (N. B. Cette dernière observation est superflue, car il est certain que les nerfs servent aux esprits autant à monter qu’à descendre.)

Au-dessous des clavicules la trachée-artère est formée d’anneaux entiers ; au-dessus les anneaux n’ont que la partie antérieure ; par le côté opposé la trachée se joint et s’unit à l’œsophage ; ce qui prouve qu’elle n’a été formée qu’après lui.

Il est évident que le diaphragme, ou cloison transversale, ne s’est formé qu’après l’œsophage, etc., lorsque, après le percement de la bouche, la poitrine a acquis un mouvement propre et indépendant du reste du corps. Alors, en effet, toutes les parties grossières ont été par ce mouvement précipitées des clavicules vers l’abdomen, et de là s’est formé le diaphragme : ceci est prouvé, 1° parce qu’il n’a d’autres nerfs que ceux qui lui viennent des vertèbres du cou, caractère qui lui est propre parmi toutes les parties situées au-dessous des clavicules ; 2° parce qu’il a deux membranes, l’une issue de la plèvre, l’autre du péritoine ; 3° parce qu’il est charnu dans son contour ; or cette chair ne peut venir que de la matière adhérente aux côtes ; 4° parce qu’il ne reçoit aucun nerf de la sixième paire, d’où descendent au moins des fibres vers les poumons, le cœur et le foie ; 5° enfin parce qu’il a des ouvertures si convenablement disposées pour laisser passer l’œsophage et la veine cave, précision qui n’aurait pas lieu s’il eût été formé antérieurement, mais ses membranes seraient beaucoup plus minces entre ses ouvertures que partout ailleurs. Une nouvelle preuve, ce sont les prolongements qui accompagnent l’aorte de chaque côté auprès de l’épine du dos, prolongements formés par un double écoulement qui se portait en cet endroit, provenant des matières que l’aorte empêchait de tomber ; ces prolongements ont gardé la forme oblongue, parce que le mouvement était moins vif le long de l’épine que dans les côtes ; elles sont cependant grêles à cause du battement de l’artère.

Je trouve dans les livres des opinions monstrueuses, dont l’origine remonte, je crois, à Balanus ; savoir, que le fœtus se débarrasse de son urine par un suintement de l’uraque ; qu’aucune déjection n’a lieu par le fondement ; que tous les mouvements de l’enfant sont suspendus ; que sa bouche, quoique ouverte, n’admet rien dans l’intérieur de son corps ; que chacune de ses parties n’exerce ses fonctions qu’isolément, sans concert et sans coopération (comme si leur action individuelle pouvait se séparer de leur action commune). Ce ne sont point des politiques qui soutiennent ce système : que le cœur ne bat point, mais qu’il aspire des esprits par le nombril, etc., propositions contraires à l’expérience la plus certaine et à l’observation anatomique ; et, comme Hippocrate les a très bien contredites dans ses livres sur les chairs, ils aiment mieux nier l’authenticité de cet ouvrage, que de reconnaître que telle a été l’opinion d’Hippocrate.

Cependant je suis porté à croire que les matières une fois entrées par la bouche de l’enfant et digérées par son estomac, lorsqu’elles atteignent le muscle sphincter du fondement, s’y arrêtent comme trop épaisses, que le muscle ne se contracte qu’à l’heure de l’enfantement, et que rien ne s’échappe plus par le fondement (quant à l’urine, on ne saurait en dire la même chose) ; cependant, jusqu’au moment de la naissance, l’enfant s’est nourri des excréments rejetés une première fois dans l’amnios, comme l’oiseau se nourrit du blanc de l’œuf ; or ces excréments provenaient de la pituite du cerveau, que les enfants absorbent tout entière, car ils ne crachent pas.

Les veines, les artères et les nerfs s’étendent de tous côtés dans le corps, comme les rameaux dans les arbres ; il n’est donc pas étonnant que jamais plusieurs rameaux ne se rassemblent dans la même partie du corps ; que quelques-unes même n’en reçoivent aucun, parce qu’ils s’empêchent en quelque sorte mutuellement : c’est pourquoi plusieurs rameaux ne se réunissent point ensemble, et ils se propagent partout où ils trouvent un espace libre ; c’est encore pourquoi aucune partie n’en est privée, comme on voit les branches des arbres, quoique en apparence étendues au hasard, remplir cependant assez également toutes les parties du circuit où elles se développent. Les branches principales sont entièrement semblables dans tous les corps, parce qu’elles correspondent aux membres et aux os principaux, qui sont semblables dans tous les individus, en vertu de certaines raisons. Les artères sont moins nombreuses que les veines, parce que les premières, par leurs battements, se font obstacle les unes aux autres plus que les veines ; aussi sont-elles plus disséminées.

Des mouvements alternatifs du pouls se forment des rameaux semblables dans les parties supérieure et inférieure ; c’est là l’origine des parties de la génération, car les vaisseaux spermatiques répondent à la tête et aux carotides ; ils ne prennent pas naissance comme celles-ci dans la bifurcation de l’aorte, mais plus haut, parce qu’ils se sont formés avant que l’aorte se partageât par sa partie inférieure, vers les jambes. Les parties hypogastriques répondent à la région du cou, les parties naturelles au système vasculaire, les épigastriques à la région des mamelles, les testicules aux yeux, comme on le voit clairement dans le fœtus des serpents ; le mamelon et la vulve à la région de l’odorat, ce qui fait que la vulve est excitée par les odeurs ; et à la glande cérébrale correspond l’utérus, d’où la conception de l’enfant et l’appétit vénérien.

Les valvules se forment aux endroits où un liquide coule dans un sens, en faisant effort dans le sens contraire, mais sans retourner sur lui-même. La cavité des valvules s’y forme nécessairement aux endroits d’où le liquide ne rétrograde point ; telles sont toutes les valvules du cœur.

Le tissu des veines et des artères a intérieurement les fibres disposées en lignes droites, parce que c’est le cours que suit le liquide qu’elles conduisent. Extérieurement les fibres sont transversales, parce que le lieu qu’elles occupent s’opposait absolument à un mouvement direct ; autrement il eût été lui-même changé en veine ou en artère, car leur largeur n’a d’autre terme que celui où la matière qui les environne leur a opposé plus de résistance transversalement qu’elles n’ont eu de force en ligne directe. Enfin les fibres intermédiaires sont disposées obliquement, comme participant des deux tissus extrêmes ; il faut en dire autant des intestins.

Les femmes ont les uretères plus courts et plus larges que les hommes ; c’est ce qui confirme ce que j’ai dit plus haut, qu’elles urinent dans la matrice plus tôt que les mâles. En effet, ils sont plus larges, parce que leur urine est plus abondante ; dans les mâles, ils sont plus longs, parce que l’émission antérieure de l’air leur laisse dans la capacité de l’abdomen assez d’espace pour se replier, et par conséquent pour prendre plus de longueur qu’il ne faut.

La formation première des végétaux et des animaux a ceci de commun, qu’ils se composent de parties de matières rapprochées entre elles circulairement par la force de la chaleur ; elle diffère en ce que les parties des matières qui composent les végétaux ne se rapprochent qu’en cercle, et que celles d’où proviennent les animaux s’amassent sphériquement et dans tous les sens. Par exemple les parties de matière A roulent vers B, et par elles passent d’autres parties, se dirigeant de CF vers DEC ; GHF, CF forment les racines, GD les rameaux et les feuilles, AB le tronc de la plante. Mais si les parties de matière s’amassent sphériquement, elles formeront une tunique ronde qui enveloppe toute le fœtus, et par conséquent ce fœtus ne peut s’attacher à la terre comme les végétaux ; mais voici la marche de sa formation : la matière contenue dans cette tunique sphérique, dans son mouvement circulaire, passant de C vers K, et ensuite se roulant circulairement en K, L, C, F, forme le tube CK, qui représente l’œsophage ; de plus, les parties les plus subtiles de cette matière ne pouvant passer toujours aussi facilement par ce canal CK, se retirent en M, où elles représentent la cervelle ; les parties les plus grossières, agitées avec plus de violence se retirent en N, où elles forment le foie et la rate. Ensuite les esprits qui abondent du cerveau forment la trachée-artère, et ensuite la veine artérieuse, qui lui est alors continue ; d’un autre côté, les esprits qui s’exhalent du foie forment la veine cave, et du concours de celle-ci et de la veine artérieuse s’engendre le cœur en O au milieu du corps de l’animal. De là on peut facilement déduire la conformation des trois régions intestinales dans les animaux et celle des membres extérieurs.

Dans l’état de santé, nous éprouvons après nos repas une sensation de froid, parce qu’alors le suc des aliments, pénétrant immédiatement dans les veines, refroidit toute la masse du sang ; et celle-ci occupant alors moins d’espace, se rassemble vers le cœur, et abandonne les extrémités, qui par conséquent se refroidissent ; la même chose a lieu dans la fièvre, parce que l’humeur qui en est le principe se mêle au sang, et pénétrant le cœur, en diminue d’abord le feu ; ensuite cependant elle l’augmente et échauffe tous les membres, comme l’eau jetée sur des charbons les éteint d’abord, mais les rend ensuite plus ardents. Cependant nous n’éprouvons pas toujours cette sensation de froid après nos repas, parce que les sucs des aliments ne pénètrent pas toujours les veines avec tant de rapidité, ou bien parce que les sucs ne refroidissent pas le sang ; bien plus, quelques-uns excitent la sueur, surtout au front, comme le vinaigre, parce qu’en entrant dans le cœur il s’y enflamme plus vivement et vole aussitôt à la tête ; et il ne peut arriver qu’au même instant les aliments produisent la sueur sur le front et le froid aux extrémités.

Il y a dans le sang quatre sortes de parties principales : les parties subtiles et légères, comme l’esprit-de-vin ; les parties subtiles et filandreuses, comme l’huile ; les parties épaisses et légères, comme les eaux et la salive ; les parties épaisses et filandreuses, comme la terre et les cendres. Les parties subtiles et légères produisent la fièvre éphémère, lorsqu’elles sont retenues et qu’elles se corrompent aux extrémités des vaisseaux, faute d’une transpiration insensible. Les parties épaisses et légères, en se corrompant dans l’estomac et les intestins, produisent la fièvre quotidienne. Les parties subtiles et filandreuses, en se corrompant dans la poche du fiel, causent la fièvre tierce. Les parties épaisses et filandreuses, en se corrompant dans la rate, causent la fièvre quarte. Il y a corruption, adhésion et réaction des parties sur les parties peu éloignées ; cette corruption dissipe la chaleur du cœur, et l’humeur parvient ainsi aux veines ; elle y pénètre, et peu à peu se dissipe ; la poche du fiel se décharge dans le ventricule et les intestins, et ensuite dans les veines de deux jours l’un ; mais la rate seulement après un intervalle franc de deux jours.

Il est certain que la formation première fœtus provient uniquement de la semence, avant que le sang coule par le nombril ; autrement toutes les parties solides manqueraient de symétrie, parce que le sang se porte plus à gauche qu’à droite.

Les artères se portent partout où les dirigent les lois du mouvement, sans se régler sur la distribution des veines ; les veines suivent la direction que leur permettent les artères, d’où vient que celles-ci passent au-dessous des veines dans la peau, parce qu’au commencement elles trouvaient moins de résistance dans les parties intérieures qu’en cherchant à pénétrer de certaines, parties extérieures.

La veine adipeuse se trouve à la droite de l’émulgente, et à gauche du tronc de la veine cave, à cause de l’inclinaison du foie vers la gauche.

Pour concevoir le rayonnement qui reproduit dans le fœtus les idées qui fixent l’attention de la mère, il faut supposer que la situation du fœtus dans la matrice est telle, que sa tête est tournée vers la tête, son dos vers le dos, son flanc droit vers le flanc droit de la mère, et que le sang de la mère se distribue également de la tête à toute la circonférence de l’utérus, qu’ensuite il se réunit au nombril comme dans un centre, pour se répandre encore de la même manière de tous les côtés.

Trois foyers s’allument dans l’homme : le premier au cœur, alimenté par l’air et le sang ; le second au cerveau, entretenu par les mêmes moyens, mais plus tempéré ; le troisième dans l’estomac, par les aliments et la substance même du ventricule. Dans le cœur c’est comme un feu de matières sèches et denses ; au cerveau, c’est comme une flamme d’esprit-de-vin ; au ventricule, c’est comme un feu de bois vert. Dans le ventricule, les aliments peuvent aussi, sans qu’il y contribue, se dénaturer spontanément, et s’échauffer comme le foin humide, etc.

Des saveurs

Il y a autant de saveurs différentes qu’il y a d’espèces de particules, affectant de diverses manières les nerfs de la langue ; elles sont au nombre de neuf, savoir, les saveurs insipides ou faibles, grasses, douces, amères, brûlantes, acides, salées, âcres et âpres.

Par insipide je n’entends pas ce qui est privé absolument de toute saveur, autrement ce n’en serait plus une ; mais j’entends ce qui déplaît au goût, en causant aux nerfs de la langue une excitation trop faible ou trop molle. En effet, tous les corps entiers, assez durs ou assez compactes pour que leurs particules ne fondent pas dans la bouche, sont privés de saveur. Tels sont les métaux, le marbre, etc. ; et aussi beaucoup de corps divisés en particules assez menues à l’œil, comme la farine et autres corps semblables. Ce genre des saveurs insipides peut renfermer des poisons, des purgatifs et toutes sortes, de qualités ; car il y a dans la farine des parties acides, des esprits ardents, comme on peut le découvrir par la fermentation, la distillation et la cuisson. Dans l’arsenic sont renfermées des parties douces, âcres, amères ; de même dans la scammonée et la Comme gutte ; mais celles-ci ne sont pas de même nature. Il y a aussi certaines particules insipides, parce qu’elles sont parvenues au dernier terme de la divisibilité, ainsi que celles de certaines cendres ; attendu leur densité, elles n’affectent pas plus le goût que les corps entiers ; elles atteignent, il est vrai, le sens, mais leur impression est trop faible, et c’est pourquoi elles sont désagréables et insipides. Elles se composent de parties que j’attribue à l’eau douce, et que je compare à une corde ou à une anguille ; mais comme une corde peut être ou raide et difficile à plier, ou brisée et flexible, je dis que l’eau douce d’un bon goût se compose de particules de la première espèce mises en mouvement, et que l’eau insipide est formée de particules brisées, et telles sont la plupart des eaux distillées, et ce que dans la distillation les chimistes appellent phlegme.

Il n’est pas nécessaire que ces particules insipides soient d’une figure oblongue comme une corde ; il suffit qu’elles soient d’une consistance molle comme une corde écrasée, ou comme la bourre et l’étoupe dont se compose, la corde ; pourvu toutefois qu’elles ne soient pas étendues en rameaux, car alors elles constitueraient la saveur grasse, parce que ces rameaux adhérant les uns aux autres affecteraient tout différemment le sens du goût. La saveur grasse ne consiste que dans ces particules molles et rameuses.

La saveur douce se prend quelquefois pour saveur tempérée, agréable, comme, par exemple, dans eau douce ; et alors elle ne constitue pas une espèce particulière : mais le plus souvent on appelle ainsi cette saveur titillante qu’on trouve dans le miel, le sucre et les corps semblables ; elle consiste dans des particules qui ont à la fois un tronc et des rameaux, ou des plumes et un ; corps, comme les oiseaux, et qui, par leur tronc ou partie centrale, agissent assez fortement sur les pores de la langue, et par leurs rameaux ou plumes, qui seules atteignent les extrémités des nerfs, les chatouillent agréablement sans les blesser.

La saveur amère consiste dans des particules épaisses, figurées en forme de pierres ou de cailloux, qui par conséquent pénètrent assez profondément les pores de la langue, et en affectent les nerfs d’une sensation désagréable, différente cependant des saveurs brûlantes, telles que l’esprit-de-vin, et les saveurs acides et salées que j’ai expliquées ailleurs. Ainsi l’on comprend facilement pourquoi généralement les corps doux deviennent aisément amers et se tournent en bile ; en effet, lorsque le temps ou la cuisson a détaché les rameaux, le tronc reste encore.

Lorsque les particules ne sont ni molles, comme dans les saveurs grasses, ni aussi subtiles que les esprits, ou que les rameaux des saveurs douces, ni aussi denses que dans les saveurs insipides, et qu’elles ont une autre figure que dans les amers ou dans les sels, elles constituent la saveur âcre ; et comme des particules réunissant ces conditions peuvent affecter des figures très différentes, il peut y avoir plusieurs espèces d’âcreté. Mais ici j’appelle âcreté ce qui racle la langue, et que l’on confond souvent avec l’âpreté, par exemple, dans le vin rouge nouveau, lorsqu’il a longtemps bouilli sur son marc. Il faut remarquer qu’à ces particules âcres sont mêlés des esprits qui, pénétrant avec elles dans les pores de la langue, les y agitent avec une grande rapidité, et produisent ainsi des saveurs très âcres et très brûlantes, comme celles de pyrèthre, d’euphorbe, etc. ; car ayant généralement des formes rameuses comme le corail, elles sont facilement agitées par ces esprits.

La saveur acerbe ou âpre et astringente, par exemple celle des fruits avant leur maturité, consiste en ce que les pores de ces fruits ou des corps semblables ne sont remplis que d’une matière disposée à en sortir très promptement, et sont d’ailleurs tellement ouverts, que les particules de la langue peuvent s’y insinuer et s’y insinuent en effet à la place de la matière qui en sort. Et comme ces pores peuvent présenter de très grandes différences, la saveur acerbe est aussi très diverse.

Nous ne parlons ici que des saveurs simples ; de celles-ci se forment les saveurs composées à l’infini, etc.

FIN DES PREMIÈRES PENSÉES SUR LA GÉNÉRATION DES ANIMAUX ET LES SAVEURS