Descartes

Abstract

An unfinished philosophical dialogue in which the character Eudoxus (Descartes’s mouthpiece) guides Polyander and Epistemon to find truth by the natural light of reason alone, without trusting books or authority — staging a dialogic version of doubt and the cogito.

Connections

Assi: Metodo
Posizioni: dubbio metodico
Concetti: cogito, ragione
Argomenti: il cogito
Forme: dialogo
Scuole: razionalismo continentale

Testo originale francese · Arvensa Editions · pubblico dominio

Préambule

L’honnête homme n’a pas besoin d’avoir lu tous les livres, ni d’avoir appris soigneusement tout ce qu’on enseigne dans les écoles. Il y a plus, son éducation serait mauvaise s’il avait consacré trop de temps aux lettres. Il y a beaucoup d’autres choses à faire dans la vie, et il doit la diriger de manière que la plus grande partie lui en reste pour faire de belles actions, que sa propre raison devrait lui apprendre, s’il ne recevait de leçons que d’elle seule. Mais il vient ignorant dans le monde, et comme les connaissances de ses premières années ne reposent que sur la faiblesse des sens ou l’autorité des maîtres, il peut à peine se faire que son imagination ne soit remplie d’un nombre infini d’idées fausses, avant que sa raison ait pu prendre l’empire sur elle ; en sorte que par la suite il a besoin d’un bon naturel ou des leçons fréquentes d’un homme sage, tant pour secouer les fausses doctrines dont son esprit est prévenu, que pour jeter les premiers fondements d’une science solide, et découvrir tous les moyens par lesquels il peut porter ses connaissances au plus haut point qu’elles puissent atteindre.

J’ai dessein dans cet ouvrage d’enseigner quels sont ces moyens, et de mettre au jour les véritables richesses de notre nature, en ouvrant à chacun la voie par laquelle il peut trouver en lui-même, sans rien emprunter à un autre, la science qui lui est nécessaire pour diriger sa vie, et ensuite acquérir, en s’exerçant, les sciences les plus curieuses que la raison humaine puisse posséder.

Mais, pour que la grandeur de mon dessein ne saisisse pas en commençant votre esprit d’un étonnement tel que la foi en mes paroles ne puisse plus y trouver place, je vous avertis que ce que j’entreprends n’est pas aussi difficile qu’on pourrait se l’imaginer. En effet les connaissances qui ne dépassent pas la portée de l’esprit humain sont unies entre elles par un lien si merveilleux, et peuvent se déduire l’une de l’autre par des conséquences si nécessaires, qu’il n’est pas besoin de beaucoup d’art et d’adresse pour les trouver, pourvu qu’en commençant par les plus simples, on apprenne à s’élever par degrés jusqu’aux plus sublimes. C’est ce que je veux montrer ici à l’aide d’une suite de raisonnements tellement clairs et tellement vulgaires, que chacun jugera que s’il n’a pas remarqué les mêmes choses que moi, c’est uniquement parce qu’il n’a pas jeté les yeux du bon côté, ni dirigé ses pensées sur les mêmes objets que moi, et que je ne mérite pas plus de gloire pour les avoir découvertes, qu’un paysan n’en mériterait pour avoir trouvé par hasard sous ses pas un trésor qui depuis longtemps aurait échappé à de nombreuses recherches.

Et certes, je m’étonne que parmi tant d’excellents esprits, qui en ce genre eussent réussi bien mieux que moi, il ne s’en soit trouvé aucun qui ait daigné faire cette distinction, et que presque tous se soient conduits comme le voyageur qui, abandonnant la grande route, s’égare dans un chemin de traverse au milieu des : ronces et des précipices.

Mais je ne veux pas examiner ce que d’autres ont su ou ont ignoré. Il me suffira de noter que, quand même toute la science que nous pouvons désirer se trouverait dans les livres, ce qu’ils renferment de bon est mêlé de tant d’inutilités, et dispersé dans la masse de tant de gros volumes, que pour les lire il faudrait plus de temps que la vie humaine ne nous en donne, et pour y reconnaître ce qui est utile, plus de talent que pour le trouver nous-mêmes.

C’est ce qui me fait espérer que le lecteur ne sera pas fâché de trouver ici une voie plus abrégée, et que les vérités que j’avancerai lui agréeront, quoique je ne les emprunte pas à Platon ou à Aristote, mais qu’elles auront par elles-mêmes de la valeur, comme l’argent qui a tout autant de prix qu’il sorte de la bourse d’un paysan ou de la trésorerie. J’ai même fait en sorte de les rendre également utiles à tous les hommes. Je n’ai donc pas pu trouver de style plus conforme à ce dessein que celui dont on se sert dans les conversations, où chacun expose familièrement à ses amis ce qu’il croit savoir le mieux. Je suppose donc, sous les noms d’Eudoxe, de Polyandre et d’Épistémon, un homme doué d’un esprit ordinaire, mais dont le jugement n’est gâté par aucune fausse opinion, et qui possède toute sa raison intacte, telle qu’il l’a reçue de la nature ; et qui, dans sa maison de campagne, où il habite, reçoit la visite de deux hommes du plus grand esprit, et des plus distingués du siècle, dont l’un n’a jamais rien étudié, tandis que l’autre sait très bien tout ce qu’on peut apprendre dans les écoles. Et là, entre autres discours que chacun peut imaginer à son gré, ainsi que les circonstances locales, et les objets qui les entourent, objets parmi lesquels je leur ferai prendre souvent des exemples pour rendre leurs conceptions plus claires, j’amène au milieu de leur entretien le sujet dont ils traiteront jusqu’à la fin de ces deux livres.

Polyandre, Épistémon, Eudoxe

POLYANDRE.

Je vous trouve heureux d’avoir découvert toutes ces belles choses dans les livres grecs et latins, et il me semble que si j’avais donné autant de temps que vous à ces études, je serais aussi différent de ce que je suis maintenant que les anges le sont de vous. Et je ne peux excuser l’erreur de mes parents, qui, persuadés que les lettres amollissent l’esprit, m’ont envoyé à la cour et dans les camps dans un âge si tendre, que j’aurais toute ma vie à gémir de mon ignorance, si je n’apprenais quelque chose dans vos entretiens.

ÉPISTÉMON.

La meilleure chose que vous y puissiez apprendre, c’est que le désir de connaître, qui est commun à tous les hommes, est un mal qui ne peut pas se guérir. Car la curiosité s’accroît avec la science ; et, comme nos défauts ne nous font de peine qu’autant que nous les connaissons, vous avez sur nous cette espèce d’avantage, de ne pas voir aussi clairement tout ce qui Vous manque.

EUDOXE.

Peut-il se faire, Épistémon, que vous, qui êtes si instruit, puissiez croire qu’il est dans la nature un mal tellement universel qu’on ne puisse y apporter remède ? Quant à moi je pense que, tout comme dans chaque pays, il est assez de fruits et de ruisseaux pour apaiser la faim et la soif de tous les hommes, de-même il est assez de vérités que l’on peut connaître en chaque matière pour satisfaire la curiosité des esprits sains ; et je crois que le corps d’un hydropique n’est guère plus malade que l’esprit de ceux qui sont perpétuellement agités d’une curiosité insatiable.

ÉPISTÉMON.

J’ai bien, il est vrai, entendu dire autrefois que nos désirs ne pouvaient s’étendre jusqu’aux choses qui nous paraissent impossibles ; mais on peut savoir tant de choses qui sont évidemment à notre portée, et qui non seulement sont honnêtes et agréables, mais encore utiles pour la conduite de la vie, que je ne crois pas que jamais personne en sache assez pour ne pas avoir toujours des raisons légitimes d’en désirer savoir davantage.

EUDOXE.

Que diriez-vous donc de moi, si je vous affirmais que je ne me sens plus aucun désir d’apprendre quoi que ce soit, et que je suis aussi content de ma petite science qu’autrefois Diogène de son tonneau, et cela sans que j’aie besoin de sa philosophie ? En effet la science de mes voisins n’est pas la limite de la mienne, comme leurs champs qui entourent de tous côtés ce peu de terre que je possède ici ; et mon esprit, disposant à son gré de toutes les vérités qu’il a trouvées, ne pense pas à en découvrir d’autres, et il jouit du même repos que le roi d’un pays qui serait assez isolé de tous les autres pour que ce roi s’imaginât qu’au-delà de ses frontières il n’y a que des déserts stériles et des monts inhabitables.

ÉPISTÉMON.

Si tout autre homme que vous me parlait ainsi, je le regarderais comme un esprit superbe ou trop peu curieux ; mais la retraite que vous avez choisie dans cette solitude, et le peu de soin que vous prenez pour briller, éloignent de vous tout soupçon d’ostentation, et le temps que vous avez jadis consacré à des voyages, à visiter les savants, à examiner tout ce que chaque science contenait de plus difficile, nous assure que vous ne manquez pas de curiosité. Aussi ne puisse dire autre chose sinon que vous êtes entièrement content, et que votre science est ; réellement supérieure à celle des autres.

EUDOXE.

Preamble

An honest man does not need to have read all the books or to have carefully learned everything that is taught in schools. In fact, if he spent too much time on literature, his education would be flawed. There are many other things to do in life, and he must manage it in such a way that the greatest part of his time is available for doing good deeds—deeds that his own reason should teach him, if he were to receive instruction only from it alone. But when he comes into the world, he is ignorant; and since the knowledge he acquires in his early years is based either on the limitations of his senses or on the authority of teachers, it is very likely that his imagination will be filled with countless false ideas before his reason has a chance to take control. Therefore, later in life, he needs either a good natural disposition or frequent instruction from a wise person—both to dispel those erroneous doctrines that have preoccupied his mind and to lay the foundations for a solid knowledge base, so that he may discover all the means by which he can bring his understanding to its highest possible level.

In this work, my aim is to teach what these means are and to reveal the true riches of our nature, by showing everyone the path through which they can find within themselves, without needing anything from others, the knowledge necessary to guide their lives. Furthermore, I wish to enable them to acquire, through practice, those most fascinating sciences that human reason can encompass.

But so that the greatness of my plan does not initially fill your minds with such astonishment that faith in my words might no longer have any place there, I warn you that what I am about to undertake is not as difficult as one might imagine. In fact, those knowledge areas that do not exceed the scope of the human mind are interconnected by such wonderful links and can be deduced from one another through so inevitable sequences that it requires little skill or ingenuity to discover them—so long as one begins with the simplest concepts and gradually progresses towards the most profound ones. This is what I wish to demonstrate here, using a series of arguments so clear and straightforward that anyone who fails to see the same things as I have will surely do so merely because they have not looked in the right direction or focused their thoughts on the same subjects as I have. And for discovering these truths, I deserve no more glory than a farmer would earn for stumbling upon a treasure long hidden beneath his feet by mere chance.

Indeed, I am surprised that, among so many excellent minds who could have achieved far more in this field than I have, not one of them bothered to make such a distinction; rather, almost all of them behaved like that traveler who abandons the main road and gets lost on a side path, surrounded by thorns and precipices.

But I do not wish to examine what others have known or ignored. It is sufficient for me to note that even if all the knowledge we could desire were contained in books, what is useful within them is mixed with so much that is useless, and scattered throughout such a vast number of volumes, that it would take more time than human life allows us to read them all, and more talent than we would possess to discern what is truly useful from their contents.

It is this that makes me hope that the reader will not mind finding here a more concise approach, and that the truths I shall present will be pleasing to him—though I do not borrow them from Plato or Aristotle, but rather believe they possess their own value, just as money holds equal worth whether it comes from a peasant’s purse or a treasury. I have even gone to great lengths to ensure that these truths are useful to all men. Therefore, I could not have found a style more suited to this goal than the one used in everyday conversation, where everyone freely shares with their friends what they believe to be their best knowledge. Thus, under the names of Eudoxe, Polyandre, and Epistemon, I imagine a man of ordinary intellect, whose judgment is not tainted by any false opinions and who possesses his reason intact, as given to him by nature. In his country house, he receives visits from two men of the greatest intellect and most distinguished in their time: one who has never studied anything, while the other knows everything that can be learned in schools. There, amidst various discussions that anyone can conceive, as well as local circumstances and surrounding objects—objects from which I will often draw examples to clarify their arguments—I introduce the subject upon which they will discuss throughout these two books.

Polyandre, Epistemon, Eudoxe

Polyandrous.

I find you fortunate to have discovered all these wonderful things in Greek and Latin books; it seems to me that if I had devoted as much time to these studies as you have, I would be just as different from what I am now as angels are different from you. And I cannot excuse the mistake of my parents, who, convinced that letters soften the mind, sent me to the court and to various places at such a tender age that I would have spent my entire life lamenting my ignorance, were it not for what I have learned through your conversations.

EPISTEMON.

The best thing you could learn from this is that the desire for knowledge, which is common to all men, is a flaw that cannot be cured. For curiosity grows with the accumulation of knowledge; and since our shortcomings only cause us pain when we are aware of them, you have an advantage over us in not being able to see so clearly all that you lack.

EUDOXE.

“Is it possible, Épistémon, that you, who are so well-informed, could believe that there exists in nature some evil that is so universal that no remedy for it is possible? As for me, I think that just as in every country there are enough fruits and streams to satisfy the hunger and thirst of all people, so too there are enough truths to be known in every field of knowledge to satisfy the curiosity of healthy minds. And I believe that the body of a person afflicted with hydrophobia is not any more ‘ill’ than the mind of those who are constantly plagued by insatiable curiosity.”

EPISTEMON.

It is true that I have heard it said in the past that our desires cannot extend to things that seem impossible to us; but there are so many things that are clearly within our reach, and that are not only honest and pleasing, but also useful for guiding our lives, that I do not believe anyone could ever know enough about them so as to have no legitimate reasons to desire to learn even more.

EUDOXE.

So then, what would you say about me if I told you that I no longer feel any desire to learn anything, and that I am just as content with my limited knowledge as Diogenes was with his barrel—without even needing his philosophy? Indeed, the knowledge of my neighbors does not constitute the limit of my own knowledge, just as their fields surround on all sides the small piece of land I possess here. And my mind, freely possessing all the truths it has discovered, feels no need to seek others; it enjoys the same peace as a king who lives in a country so isolated from all others that he might imagine that beyond his borders there are only barren deserts and uninhabitable mountains.

EPISTEMON.

If any other person than you spoke to me in this way, I would regard them as either possessing a magnificent intellect or being excessively lacking in curiosity. However, the retreat you have chosen into solitude, and the fact that you make so little effort to impress others, rule out any suspicion of ostentation. Moreover, the time you once devoted to traveling, to meeting with scholars, and to studying the most challenging aspects of various sciences proves beyond doubt that you are far from lacking in curiosity. Therefore, I can say nothing other than that you are entirely satisfied, and that your knowledge is truly superior to that of others.

EUDOXE.

Prefazione

L’uomo onesto non ha bisogno di aver letto tutti i libri, né di aver appreso attentamente tutto ciò che si insegna nelle scuole. Anzi, la sua educazione sarebbe dannosa se dedicasse troppo tempo agli studi letterari. Nella vita ci sono molte altre cose da fare, e deve gestirla in modo che la maggior parte del suo tempo venga impiegata per compiere azioni nobili, quelle che la sua stessa ragione dovrebbe insegnargli, se non ricevesse insegnamenti soltanto da essa. Ma arriva nel mondo ignorante; poiché le conoscenze acquisite nei primi anni si basano unicamente sulla debolezza dei sensi o sull’autorità degli insegnanti, è facile che la sua immaginazione venga invasa da un numero infinito di idee errate, prima ancora che la sua ragione riesca a prendere il sopravvento. Per questo motivo, in seguito ha bisogno di una natura buona o delle frequenti lezioni di un uomo saggio: sia per scacciare quelle false dottrine che hanno influenzato il suo pensiero, sia per gettare le basi di una conoscenza solida e scoprire tutti i mezzi attraverso cui può portare le proprie capacità al massimo livello possibile.

Nel presente lavoro ho l’intento di insegnare quali siano questi mezzi e di rivelare le vere ricchezze della nostra natura, aprendo a ciascuno la strada attraverso la quale può trovare in se stesso, senza dover prendere nulla dagli altri, la conoscenza necessaria per guidare la propria vita; successivamente, attraverso l’esercizio, acquisire le scienze più interessanti che la ragione umana possa possedere.

Ma affinché la grandezza del mio progetto non susciti in voi all’inizio uno stupore tale da impedire che la fede nelle mie parole abbia ancora spazio nel vostro animo, vi avverto che ciò che intendo intraprendere non è così difficile come si potrebbe immaginare. Infatti, le conoscenze che non superano l’ambito della mente umana sono tra loro collegate da legami meravigliosi e possono essere dedotte l’una dall’altra attraverso conseguenze così logiche, che non è necessario alcun grande talento o abilità per trovarle, purché si inizi dalle cose più semplici e si impari gradualmente a elevarsi verso quelle più complesse. È proprio questo che voglio dimostrare qui, attraverso una serie di ragionamenti così chiari e accessibili da far credere a chiunque che, se non ha notato le stesse cose che ho io, è soltanto perché non ha guardato nella direzione giusta o non ha rivolto i propri pensieri agli stessi oggetti. E non merito certo più gloria per averle scoperte di quanto ne meriti un contadino che, per caso, trovi sotto i suoi piedi un tesoro che da tempo sarebbe sfuggito a innumerevoli ricerche.

E certamente mi meraviglio che, tra tanti eccellenti intellettuali che in questo campo avrebbero potuto avere successo molto maggiormente di me, non ci sia stato nessuno che si sia degnato di fare questa distinzione, e che quasi tutti si siano comportati come quel viaggiatore che, abbandonando la strada principale, si perde in un sentiero secondario, tra rovi e precipizi.

Ma non voglio esaminare ciò che altri hanno saputo o ignorato. Mi basterà notare che, anche se tutta la scienza che possiamo desiderare si trovasse nei libri, ciò che essi contengono di utile è mescolato a così tante inutilità, e disperso nella massa di tanti volumi pesanti, che per leggerli servirebbe più tempo di quanto la vita umana ce ne conceda, e per riconoscere ciò che è utile sarebbe necessario un talento maggiore di quello che abbiamo per trovarlo da soli.

È proprio questo che mi fa sperare che il lettore non si dispiaccia di trovare qui un percorso più breve e che le verità che esporrò gli piacciano, anche se non le prendo in prestito da Platone o Aristotele, ma se hanno valore di per sé, proprio come l’oro ha lo stesso prezzo sia che provenga dalla borsa di un contadino che dal tesoro di uno stato. Ho persino fatto in modo che fossero utili a tutti gli uomini. Pertanto, non ho potuto trovare uno stile più adatto a questo scopo di quello che si usa nelle conversazioni, dove ognuno espone con disinvoltura ai propri amici ciò che ritiene di sapere meglio. Quindi, sotto i nomi di Eudossio, Poliandro ed Epistemo, immagino un uomo dotato di un’intelligenza ordinaria, ma il cui giudizio non è offuscato da alcuna falsa opinione e che possiede tutta la sua ragione intatta, così come l’ha ricevuta dalla natura; un uomo che, nella sua casa di campagna, riceve la visita di due uomini di grande intelletto e dei più illustri del loro tempo: uno dei quali non ha mai studiato nulla, mentre l’altro conosce perfettamente tutto ciò che si può imparare nelle scuole. E là, tra i vari argomenti di conversazione che ognuno può immaginare, così come le circostanze locali e gli oggetti che li circondano – oggetti dai quali trarrò spesso esempi per rendere le loro idee più chiare – introduco nel loro dialogo il tema su cui discuteranno fino alla fine di questi due libri.

Poliandre, Epistemon, Eudosia.

Poliandre.

Vi trovo felici di aver scoperto tutte queste belle cose nei libri greci e latini; mi sembra che, se avessi dedicato a questi studi lo stesso tempo che avete voi, sarei diverso da quello che sono ora, proprio come gli angeli sono diversi da voi. E non posso scusare l’errore dei miei genitori, i quali, convinti che lo studio indebolisse lo spirito, mi hanno mandato alla corte e nei campi in un’età così tenera. Se non fosse stato per le vostre conversazioni, avrei trascorso tutta la mia vita a lamentarmi della mia ignoranza.

EPISTÉMO.

La cosa migliore che possiate imparare da questo è che il desiderio di conoscere, comune a tutti gli uomini, è un male che non può essere curato. Poiché la curiosità aumenta con la scienza; e poiché i nostri difetti ci causano dolore soltanto nella misura in cui li conosciamo, voi avete su di noi questo tipo di vantaggio: non vedete così chiaramente tutto ciò che vi manca.

EUDOCE.

È possibile, Epistemon, che tu, che sei così istruito, possa credere che esista nella natura un male così universale da non poter essere rimediato? Per quanto mi riguarda, penso che, proprio come in ogni paese ci siano frutti e ruscelli sufficienti a saziare la fame e la sete di tutti gli uomini, allo stesso modo esistono verità sufficientemente conosciute su ogni argomento per soddisfare la curiosità degli spiriti sani; e credo che il corpo di un uomo affetto da idropisia non sia certo più malato dell’animo di coloro che sono costantemente tormentati da una curiosità insaziabile.

EPISTÉMO.

È vero che in passato ho sentito dire che i nostri desideri non potessero estendersi fino alle cose che ci sembrano impossibili; ma ci sono molte cose che chiaramente sono alla nostra portata, e che non solo sono oneste e piacevoli, ma anche utili per condurre la vita. Pertanto, non credo che esista nessuno che sappia abbastanza da non avere sempre motivi legittimi per desiderare di conoscere di più.

EUDOCE.

Cosa direste di me se vi affermassi di non provare più alcun desiderio di imparare nulla, e di essere altrettanto soddisfatto della mia scarsa conoscenza quanto lo era Diogene del suo barile. E tutto questo senza aver bisogno della sua filosofia? Infatti, la scienza dei miei vicini non rappresenta certo il limite della mia; i loro campi, che circondano su tutti i lati questa piccola porzione di terra che possiedo, non possono ampliare le mie conoscenze. Il mio spirito, libero di utilizzare tutte le verità che ha scoperto, non cerca altre. E gode dello stesso riposo del re di un paese completamente isolato da tutti gli altri, al punto che quel re potrebbe immaginare che al di là dei suoi confini ci siano soltanto deserti sterili e montagne inabitabili.

EPISTÉMO.

Se qualcun altro al posto vostro mi parlasse in questo modo, lo considererei un uomo presuntuoso o troppo poco curioso; ma la vita di ritiro che avete scelto in questa solitudine, e il poco impegno che mettete nel cercare di brillare, vi escludono completamente da qualsiasi sospetto di vanità. Inoltre, il tempo che un tempo dedicateste ai viaggi, al contatto con gli studiosi e all’esame di ciò che ogni scienza aveva di più difficile da comprendere, ci assicura che non vi manchi affatto la curiosità. Pertanto, non posso dire altro se non che siete completamente soddisfatti della vostra vita e che la vostra conoscenza è davvero superiore a quella degli altri.

EUDOCE.

Je vous remercie de la bonne opinion que vous avez de moi ; mais je ne veux pas abuser de votre politesse au point de vouloir, que vous croyiez ce que je viens de dire uniquement sur la foi de mes paroles. Il ne faut pas avancer des opinions si éloignées de la croyance vulgaire, sans pouvoir en même temps en montrer quelques effets ; c’est pourquoi je vous prie tous deux de vouloir bien passer ici cette belle saison, pour que je vous puisse montrer une partie des choses que je sais. J’ose me flatter que non seulement vous reconnaîtrez que j’ai des raisons pour être content, mais qu’en outre vous serez vous-mêmes très contents de ce que vous aurez appris.

ÉPISTÉMON.

Je ne veux pas refuser une faveur que je souhaitais si ardemment.

POLYANDRE.

Et moi j’aurai grand plaisir à assister à cet entretien, quoique je n’aie pas la conviction que je puisse en retirer aucun fruit.

EUDOXE.

Bien au contraire, Polyandre, croyez qu’il ne sera pas pour vous sans utilité, parce que votre esprit n’est préoccupé d’aucun préjugé, et qu’il me sera plus facile d’amener au bon parti un esprit neutre qu’Épistémon, que nous trouverons souvent dans le parti contraire. Mais, pour vous faire comprendre plus facilement de quelle nature est la science dont je vais vous entretenir, permettez-moi, je vous prie, de noter une différence qui se trouve entre les sciences et les simples connaissances qui s’acquièrent sans le secours du raisonnement, telles que les langues, l’histoire, la géographie, et en : général tout ce qui ne dépend que de l’expérience. Je veux bien accorder que la vie d’un homme ne suffirait pas pour acquérir l’expérience de tout ce que renferme le monde ; mais je suis persuadé que ce serait folie que de le désirer, et qu’il n’est pas plus du devoir d’un honnête homme de savoir le grec ou le latin que le langage suisse ou bas breton, ni l’histoire de l’empire romano-germanique, que celle du plus petit état qui se trouve en Europe ; et je pense qu’il doit seulement, consacrer ses loisirs aux choses bonnes et utiles, et n’emplir sa mémoire que des plus nécessaires. Quant aux sciences qui ne sont autres que des jugements que nous basons sur quelque connaissance précédemment acquise, les unes se déduisent d’objets vulgaires et connus de tous, les autres d’expériences plus rares et faites exprès. J’avoue qu’il est impossible que nous traitions en particulier de chacune de ces dernières ; car il nous faudrait d’abord examiner toutes les herbes et toutes les pierres que l’on apporte ici des Indes ; il nous faudrait avoir vu le phénix, en un mot n’ignorer aucun des plus merveilleux secrets de la nature. Mais je croirai avoir suffisamment rempli ma promesse, si, en vous expliquant les vérités qui peuvent se déduire des choses vulgaires et connues de tous, je vous apprends à trouver après cela toutes les autres de vous-mêmes, si vous croyez bon de les chercher.

POLYANDRE.

Je crois, pour moi, que c’est là tout ce que nous pouvons désirer ; et je me contenterais que vous m’apprissiez un certain nombre de ces propositions qui sont si célèbres que personne ne les ignore, telles que Celles qui regardent la Divinité, l’âme, les vertus, leur récompense, etc., propositions que je compare à ces familles antiques qui sont reconnues par tous pour très illustres, quoique leurs titres soient cachés sous les ruines des temps passés. Je ne doute pas en effet que ceux qui les premiers portèrent le genre humain à croire à toutes ces choses n’aient employé d’excellentes raisons pour les prouver ; mais elles ont été depuis si rarement répétées que personne ne les sait : et cependant ce sont des vérités d’une telle importance que la prudence nous porte à y avoir une foi aveugle, au risque de nous tromper, plutôt que d’attendre la vie future pour en être mieux instruits.

ÉPISTÉMON.

Pour ce qui me regarde, je suis un peu plus curieux, et je désirerais volontiers que vous m’expliquassiez certaines difficultés particulières qui s’offrent à moi dans chaque science, et principalement dans ce qui concerne les secrets des arts, les apparitions, les prestiges, en un mot tous les effets admirables qu’on attribue à la magie. Je pense qu’il est utile de connaître tout cela, non pour s’en servir, mais pour ne pas laisser surprendre son jugement à l’admiration d’une chose inconnue.

EUDOXE.

Je tâcherai de vous satisfaire l’un et l’autre ; et, pour nous servir d’un ordre que nous puissions garder jusqu’à la fin, je désire d’abord, Polyandre, que nous parlions de toutes les choses que renferme le monde, en les considérant en elles-mêmes ; et à condition qu’Épistémon interrompra notre discours le moins possible, parce que ses objections nous forceraient souvent d’abandonner notre sujet. Ensuite nous considérerons de nouveau toutes ces choses, mais sous une autre face, en tant qu’elles sont en rapport avec nous, et qu’elles peuvent être appelées vraies ou fausses, bonnes ou mauvaises. C’est là qu’Épistémon trouvera l’occasion d’exposer toutes les difficultés qui lui resteront des discours précédents.

POLYANDRE.

Dites-nous donc quel ordre vous suivrez en expliquant chaque chose.

EUDOXE.

Il faudra commencer par l’âme de l’homme, parce que toutes nos connaissances dépendent d’elle ; et, après avoir considéré sa nature et ses effets, nous arriverons à son auteur. Quand nous connaîtrons quel il est et comment il a créé toutes les choses qui sont dans le monde, nous noterons ce qu’il y a de plus certain sur les autres créatures ; nous examinerons comment nos sens perçoivent les choses, et comment nos connaissances deviennent fausses ou vraies. Ensuite je vous mettrai sous les yeux les travaux de l’homme sur les objets corporels ; et, après vous avoir frappé d’admiration à la vue des machines les plus puissantes, des automates les plus rares, des visions les plus spécieuses, et des tours les plus subtils que l’art puisse inventer, je vous en révélerai les secrets, qui sont si simples, que vous n’admirerez désormais plus rien dans les ouvrages de nos mains. J’arriverai après cela aux œuvres de la nature, et, après vous avoir montré la cause de tous ses changements, la diversité de ses qualités et la raison pour laquelle l’âme des plantes et des animaux diffère de la nôtre, je vous donnerai à considérer l’architecture des choses sensibles. Les phénomènes du ciel observés, et les conclusions certaines qu’on en peut tirer, déduites, je m’élèverai aux conjectures les plus saines sur ce que l’homme ne peut déterminer positivement, pour essayer de rendre compte de la relation des choses sensibles aux intellectuelles, et des unes et des autres au Créateur, de l’immortalité des créatures, et de leur état après la consommation des siècles. Ensuite nous viendrons à la deuxième partie de cet entretien, dans laquelle nous traiterons spécialement de toutes les sciences, choisissant dans chacune ce qu’elle a de plus solide, et nous proposerons une méthode pour les pousser beaucoup plus loin, et trouver de nous-mêmes, avec un esprit ordinaire, ce que les plus fins peuvent découvrir. Après avoir ainsi préparé notre intelligence à juger parfaitement de la vérité, il faut encore nous accoutumer à diriger notre volonté en distinguant le bien du mal, et en observant la vraie différence qui est entre la vertu et le vice. Cela fait, j’espère que votre ardeur de connaître ne sera pas si violente, et tout ce que je vous dirai vous paraîtra si bien prouvé que vous viendrez à croire qu’un homme d’un esprit sain, eût-il été élevé dans un désert, et n’eût il été jamais éclairé que des lumières de la nature, ne pourrait, s’il pesait les mêmes raisons, embrasser un avis différent du nôtre. Pour commencer ce discours, il faut examiner quelle est la première connaissance de l’homme, en quelle partie de l’âme elle réside, et pourquoi au commencement elle est si imparfaite.

ÉPISTÉMON.

I thank you for the good opinion you have of me; but I do not wish to abuse your kindness to the point of making you believe what I have just said merely on the basis of my words alone. One should not advance opinions that are so far removed from common belief without being able to demonstrate some tangible effects thereof; therefore, I beg both of you to spend this lovely season here, so that I may be able to show you a part of what I know. I dare to hope that not only will you acknowledge that I have reason to be pleased, but that you yourselves will also find great satisfaction in what you have learned.

EPISTEMON.

I do not want to refuse a favor that I have desired so earnestly.

Polyandrous.

I would be very pleased to attend this interview, although I am not convinced that I will gain anything from it.

EUDOXE.

On the contrary, Polyandre, believe me that it will not be of no use to you, for your mind is free from any prejudice, and it will be much easier for me to guide a neutral mind towards the right path than that of Épistémon, whom we often find on the opposite side. But in order to help you better understand the nature of the knowledge I am about to discuss with you, allow me please to point out a difference between sciences and those simple notions that can be acquired without the aid of reasoning—such as languages, history, geography, and in general, everything that depends solely on experience. I admit that a person’s lifetime would not be enough to gain experience of all that the world contains; but I am convinced that it would be foolish to desire such knowledge, and that it is no more the duty of an honest man to know Greek or Latin than it is to know Swiss or Breton, nor to study the history of the Roman-Germanic empire when compared to that of the smallest state in Europe. Instead, I believe he should devote his leisure time to good and useful pursuits, and fill his memory only with what is truly necessary. As for those sciences which are nothing more than judgments based on previously acquired knowledge, some are derived from common and well-known objects, while others come from rarer and deliberately conducted experiments. I admit that it would be impossible to discuss each of these in detail; for instance, we would first have to examine every herb and stone brought from the Indies, we would have to have seen a phoenix—with other words, we could not possibly ignore any of nature’s most marvelous mysteries. Yet I believe I have fulfilled my promise sufficiently if, by explaining to you the truths that can be derived from common and familiar things, I enable you to discover for yourselves all the others whenever you choose to seek them.

Polyandrous.

I believe that this is all we can possibly desire; and I would be content if you would teach me a number of these propositions that are so well-known that no one can be unaware of them—propositions concerning God, the soul, virtues, and their rewards, for example. I compare these propositions to those ancient families that are universally recognized as illustrious, even though their names have been lost beneath the ruins of bygone times. I have no doubt that those who first led humanity to believe in all these things must have employed excellent reasons to prove them; but since they have been so rarely repeated over the centuries, few people are now aware of them. Yet these are truths of such immense importance that prudence demands we hold them without question, even at the risk of being mistaken, rather than waiting until the afterlife to learn more about them.

EPISTEMON.

As for me, I am somewhat more curious, and I would be very willing if you would explain to me certain particular difficulties that I encounter in every field of study, especially those related to the secrets of the arts, miracles, thaumaturgical acts—in short, all those astonishing effects that are attributed to magic. I believe it is useful to understand all this, not in order to use it oneself, but in order to prevent one’s judgment from being overwhelmed by admiration for something unknown.

EUDOXE.

I will try to satisfy both of you; and in order to establish a procedure that we can follow throughout, I would first like, Polyandre, that we discuss all the things that the world contains, considering them in themselves. On the condition, of course, that Epistemon interrupts our discussion as little as possible, for his objections would often force us to deviate from our subject. Afterwards, we will consider these same things again, but from another perspective—namely, in relation to ourselves, and as things that can be classified as true or false, good or bad. It is then that Epistemon will have the opportunity to raise all the difficulties that remain from our previous discussions.

Polyandrous.

So please tell us what order you will follow in explaining each thing.

EUDOXE.

We must begin with the human soul, for all our knowledge depends upon it; and after examining its nature and its effects, we will come to understand its creator. Once we know who he is and how he created all things in the world, we will be able to discern what is most certain regarding other creatures. We will also examine how our senses perceive things and how our knowledge becomes either true or false. Then I will show you the works of man on material objects; and after filling you with admiration at seeing the most powerful machines, the rarest automata, the most astonishing visions, and the most ingenious constructions that art can devise, I will reveal their secrets—secrets so simple that you will no longer find anything remarkable in the works of our hands. Next, I will turn to the works of nature; after showing you the cause of all its changes, the diversity of its qualities, and why the souls of plants and animals differ from ours, I will lead you to consider the structure of sensible things. By observing the phenomena in the heavens and drawing certain conclusions from them, I will then venture into the most sound speculations regarding those matters that man cannot positively determine, in order to attempt to explain the relationship between sensible things and intellectual ones, and between both and the Creator, as well as the immortality of creatures and their fate after countless centuries. Afterward, we will move on to the second part of this discussion, where we will specifically examine all sciences, selecting from each what is most solid, and proposing a method to advance them far beyond their current limits, so that even an ordinary person, with a normal mind, can discover what even the most discerning minds have managed to uncover. Having thus prepared our intellect to judge truth perfectly, we must also learn to direct our will by distinguishing good from evil and by understanding the true difference between virtue and vice. Once this is accomplished, I hope your thirst for knowledge will not be too intense, and that everything I tell you will seem so well-proven that you will come to believe that a person of sound mind, even if raised in a desert and never enlightened by anything but the natural light, could not possibly hold any opinion different from ours if he weighed the same reasons carefully. To begin this discourse, we must first examine what man’s first knowledge is, in which part of the soul it resides, and why it is so imperfect at its beginning.

EPISTEMON.

Vi ringrazio per la buona opinione che avete di me; ma non voglio abusare della vostra gentilezza al punto di farvi credere ciò che vi ho appena detto soltanto sulla base delle mie parole. Non si dovrebbero avanzare opinioni così lontane dalla credenza comune senza essere in grado di dimostrarne gli effetti concreti; per questo vi prego entrambi di trascorrere qui questa bella stagione, affinché io possa mostrarvi una parte di ciò che so. Oso sperare non solo che riconoscerete che ho motivi per essere soddisfatto, ma anche che sarete voi stessi molto contenti di ciò che avrete imparato.

EPISTÉMO.

Non voglio rifiutare un favore che desideravo così ardentemente.

Poliandre.

E a me farebbe molto piacere assistere a questo colloquio, anche se non sono convinto che possa trarne qualche beneficio.

EUDOCE.

Al contrario, Polyandre, credetemi che queste conoscenze non saranno inutili per voi, poiché la vostra mente è libera da qualsiasi pregiudizio, e sarà molto più facile per me guidare un intelletto neutro verso la retta via rispetto a Epistemon, che spesso si trova nel campo opposto. Ma affinché possiate comprendere più facilmente di quale natura sia la scienza di cui vi parlerò, permettetemi di evidenziare una differenza tra le scienze e le semplici conoscenze che si acquisiscono senza l’aiuto del ragionamento: lingue, storia, geografia, insomma, tutto ciò che dipende unicamente dall’esperienza. Ammetto che la vita di un uomo non sarebbe sufficiente per acquisire l’esperienza di tutto ciò che il mondo contiene; ma sono convinto che sia follia desiderarlo, e che non sia certo dovere di un uomo onesto conoscere il greco o il latino tanto quanto lo è conoscere la lingua svizzera o quella bretone, né la storia dell’impero romano-germanico rispetto a quella del più piccolo Stato d’Europa. Penso quindi che un uomo debba dedicare i propri momenti liberi solo alle cose buone e utili, e riempire la propria memoria soltanto con ciò che è veramente necessario. Quanto alle scienze, che non sono altro che giudizi basati su conoscenze preesistenti, alcune si derivano da oggetti comuni e noti a tutti, altre da esperienze più rare e appositamente condotte. Ammetto che sia impossibile trattare in dettaglio ciascuna di queste ultime; infatti, per farlo, dovremmo esaminare tutte le piante e tutte le pietre portate dagli Indi, dovremmo aver visto il fenice, insomma, non dovremmo ignorare nessuno dei misteri più meravigliosi della natura. Ma ritengo di aver mantenuto la mia promessa a dovere, se, spiegandovi le verità che si possono dedurre da cose comuni e note a tutti, vi insegno anche a scoprire da soli tutte le altre verità, qualora decidiate di cercarle.

Poliandre.

Credo che questo sia tutto ciò che possiamo desiderare; mi accontenterei se voi mi spiegaste un certo numero di queste proposizioni così famose da essere conosciute da tutti, come quelle riguardanti la Divinità, l’anima, le virtù e la loro ricompensa. Le paragono a quelle antiche famiglie riconosciute da tutti per la loro illustre origine, anche se i loro nomi sono andati perduti tra le rovine del passato. Non dubito infatti che coloro che per primi guidarono l’umanità a credere in tutte queste cose abbiano utilizzato argomentazioni eccellenti per provarle; tuttavia, tali argomentazioni sono state così raramente ripetute da essere ormai dimenticate. Eppure si tratta di verità di tale importanza che la prudenza ci spinge a credervi ciecamente, anche rischiando di sbagliarci, piuttosto che attendere la vita futura per ricevere informazioni più precise.

EPISTÉMO.

Per quanto mi riguarda, sono un po’ più curioso e sarei molto felice se voleste spiegarmi alcune difficoltà particolari che incontro in ogni campo scientifico, soprattutto in quello relativo ai segreti delle arti, alle apparizioni, ai trucchi di magia, insomma a tutti quegli effetti meravigliosi attribuiti alla stregoneria. Penso che sia utile conoscere tutto ciò, non per poterlo utilizzare, ma per evitare che il proprio giudizio venga sopraffatto dall’ammirazione di qualcosa di sconosciuto.

EUDOCE.

Cercerò di soddisfare sia voi che lui; e, affinché possiamo seguire un ordine coerente fino alla fine, desidero innanzitutto, Polyandre, che parliamo di tutte le cose che il mondo contiene, considerandole per ciò che sono in sé stesse. A condizione che Épistémon interrompa il nostro discorso il meno possibile, poiché le sue obiezioni ci costringerebbero spesso ad abbandonare l’argomento principale. In seguito considereremo nuovamente tutte queste cose, ma da un altro punto di vista: cioè in relazione a noi stessi, e valutandole come vere o false, buone o cattive. È in questo contesto che Épistémon avrà l’occasione di esporre tutte le difficoltà che gli rimarranno dai discorsi precedenti.

Poliandre.

Diteci dunque quale ordine seguirete nell’esplicare ogni cosa.

EUDOCE.

Dobbiamo iniziare dall’anima dell’uomo, poiché tutte le nostre conoscenze dipendono da essa; e, dopo aver esaminato la sua natura e i suoi effetti, arriveremo al suo autore. Quando conosceremo chi egli sia e come abbia creato tutte le cose che esistono nel mondo, noteremo ciò che è più certo riguardo alle altre creature; esamineremo come i nostri sensi percepiscano le cose e come le nostre conoscenze possano diventare false o vere. In seguito vi mostrerò gli sforzi umani nei confronti degli oggetti materiali; e, dopo avervi fatto ammirare le macchine più potenti, gli automi più rari, le visioni più straordinarie e i meccanismi più ingegnosi che l’arte possa inventare, vi rivelerò i loro segreti, così semplici da farvi smettere di ammirare qualsiasi opera prodotta dalle nostre mani. Successivamente passerò alle opere della natura: dopo avervi mostrato la causa di tutti i suoi cambiamenti, la diversità delle sue qualità e il motivo per cui l’anima delle piante e degli animali è diversa dalla nostra, vi farò riflettere sull’“architettura” delle cose sensibili. Gli fenomeni osservati nel cielo, le conclusioni certe che se ne possono trarre. Mi eleverò poi alle congetture più sagge su ciò che l’uomo non può determinare in modo definitivo, per cercare di spiegare il rapporto tra le cose sensibili e quelle intellettuali, e tra queste ultime e il Creatore, l’immortalità delle creature e il loro destino dopo la fine dei tempi. Infine passeremo alla seconda parte di questa discussione, nella quale tratteremo specificamente tutte le scienze, selezionando in ciascuna ciò che ha di più solido, e proporremo un metodo per portarle molto più lontano, permettendoci di scoprire da soli, con uno spirito ordinario, ciò che anche i più eruditi riescono a individuare. Dopo aver così preparato la nostra intelligenza a giudicare correttamente la verità, dobbiamo ancora abituarci a guidare la nostra volontà distinguendo il bene dal male, e osservando la vera differenza che esiste tra virtù e vizio. Una volta fatto ciò, spero che il vostro desiderio di conoscere non sia più così intenso, e che tutto ciò che vi dirò vi sembri così chiaramente dimostrato da farvi credere che un uomo dotato di un intelletto sano, anche se cresciuto in un deserto e illuminato soltanto dalle “luci” della natura, non potrebbe, se valutasse le stesse ragioni, giungere a conclusioni diverse dalle nostre. Per iniziare questo discorso, dobbiamo esaminare quale sia la prima conoscenza che l’uomo possiede, in quale parte dell’anima essa risieda e perché, all’inizio, sia così imperfetta.

EPISTÉMO.

Tout cela me paraît s’expliquer très clairement, si on compare l’imagination des enfants à une table rase sur laquelle nos idées, qui sont comme la vive image des objets, doivent se peindre. Les sens, les penchants de l’esprit, les maîtres et l’intelligence sont les divers peintres qui peuvent faire cette œuvre, et, parmi eux, ceux qui sont les moins propres à y réussir la commencent ; c’est à savoir, les sens imparfaits, l’instinct aveugle et de sottes nourrices. Vient enfin le meilleur de tous, l’intelligence ; et cependant est-il encore nécessaire qu’elle fasse un apprentissage de plusieurs années, et suive longtemps l’exemple de ses maîtres, avant d’oser rectifier une seule de leurs erreurs ; c’est là à mon sens une des principales causes de la difficulté que nous avons à parvenir à la science. Nos sens en effet ne perçoivent que ce qu’il y a de plus grossier et de plus commun ; notre instinct est entièrement corrompu ; et quant aux maîtres, encore qu’on en puisse certainement trouver de bons, ils ne peuvent cependant nous forcer d’avoir foi en leurs raisonnements, et de les avouer avant de les avoir examinés avec notre intelligence, qui seule a le pouvoir de le faire. Mais elle est comme un peintre habile, qui, appelé pour mettre la dernière main à un tableau ébauché par des apprentis, aurait beau employer toutes les règles de l’art, corriger peu à peu, tantôt un trait, tantôt un autre, ajouter enfin tout ce qui y manque, ne pourrait cependant empêcher qu’il n’y restât encore de grands défauts, parce que dans le principe le tableau aurait été mal esquissé, les personnages mal placés, et les proportions observées peu rigoureusement.

EUDOXE.

Votre comparaison nous met parfaitement sous les yeux le premier obstacle qui nous arrête ; mais vous ne montrez pas le moyen de l’éviter. Or, selon moi, le voici : tout de même que votre peintre eût mieux fait, après avoir effacé tous les traits du tableau, de le recommencer en entier, que de perdre son temps à le corriger ; de même tous les hommes arrivés à l’âge où l’intelligence commence à être dans sa force, devraient former le dessein d’effacer de leur imagination toutes les idées inexactes qui sont venues s’y graver jusqu’alors, et appliquer sérieusement toutes les forces de leur intelligence à s’en former de nouvelles. Certes, ai ce moyen ne les conduisait pas à la perfection, au moins n’auraient-ils plus le droit d’en rejeter la faute sur la faiblesse des sens et les erreurs de la nature.

ÉPISTÉMON.

Ce serait le meilleur moyen si on pouvait l’employer facilement ; mais vous n’ignorez pas que les premières opinions que notre imagination a reçues y restent si profondément empreintes, que notre volonté seule, si elle n’implorait le secours de quelques fortes raisons, ne pourrait parvenir à les effacer.

EUDOXE.

C’est, justement quelques-unes de ces raisons que je prétends vous enseigner ; et si vous voulez retirer quelque fruit de cet entretien, il faut que vous me prêtiez toute votre attention, et que vous me laissiez converser avec Polyandre, afin que je puisse en commençant renverser toute sa science acquise. En effet, comme elle ne suffit pas à le satisfaire, elle ne peut être que mauvaise, et je la compare à un édifice mal construit, dont les fondements ne sont pas assez solides. Je ne sais pas de meilleur remède que de le démolir et de le renverser de fond en comble, pour en élever un nouveau. Car, je ne veux pas être mis au nombre de ces artisans sans talents, qui ne s’appliquent qu’à restaurer de vieux ouvrages, parce qu’au fond ils sont incapables d’en achever de neufs. Mais, Polyandre, pendant que nous sommes occupés à détruire cet édifice, nous pouvons en même temps jeter les fondements qui peuvent servir à notre dessein, et préparer la matière la plus solide pour y réussir ; pour peu que vous vouliez examiner avec moi quelles sont, de toutes les vérités que les hommes peuvent savoir, les plus certaines et les plus faciles à connaître.

POLYANDRE.

Y a-t-il quelqu’un qui doute que les choses sensibles (j’entends par là celles qui se voient et se touchent) ne soient de beaucoup plus certaines que les autres ? Pour moi je m’étonnerais fort si vous me montriez aussi clairement quelques-unes des choses qu’on dit de Dieu et de notre âme.

EUDOXE.

C’est cependant ce que j’espère faire, et il me paraît surprenant que les hommes soient assez crédules pour baser leur science sur la certitude des sens, quand il n’est personne qui ignore qu’ils nous trompent quelquefois, et que nous avons de bonnes raisons de nous en défier toujours, puisqu’une fois ils ont pu nous induire en erreur.

POLYANDRE.

Je sais bien que les sens nous trompent quelquefois quand ils souffrent, ainsi un malade croit que tous les mets sont amers ; quand ils sont trop éloignés de l’objet, ainsi les étoiles ne nous paraissent jamais aussi grandes qu’elles sont réellement ; en général, quand ils n’agissent pas librement selon leur nature. Mais toutes leurs erreurs sont faciles à connaître, et n’empêchent pas que je ne sois persuadé que je vous vois, que nous nous promenons dans un jardin, que le soleil luit, en un mot, que tout ce que mes sens m’offrent habituellement, est vrai.

EUDOXE.

Puisqu’il ne me suffit pas de vous dire que les sens nous trompent dans certains cas où vous vous en apercevez bien, pour vous faire craindre d’être trompé par eux dans d’autres occasions où vous ne le savez pas, j’irai plus loin, et vous demanderai si vous n’avez jamais vu un homme mélancolique, de l’espèce de ceux qui se croient des vases remplis d’eau, ou qui pensent avoir une partie quelconque du corps d’une grandeur démesurée ; ils jureraient qu’ils voient cela et le touchent comme ils l’imaginent. Il est vrai toutefois que celui-là s’indignerait auquel on viendrait dire qu’il n’a pas plus de raison qu’eux de croire son opinion certaine, puisque tous deux s’appuient également sur les données des sens et de l’imagination. Mais sans aller jusque-là, vous ne pouvez vous fâcher si je vous demandais, si vous n’êtes pas comme les autres hommes sujet au sommeil, et si vous ne pouvez pas penser en dormant que vous me voyez, que vous vous promenez dans ce jardin, que le soleil luit, en un mot mille autre ? choses que vous pensez voir aujourd’hui très clairement. N’avez-vous jamais entendu dans les vieilles comédies cette formule d’étonnement, Est-ce que je dors ? Comment pouvez-vous être certain que votre vie ne soit pas un songe perpétuel, et que tout ce que vous apprenez par les sens n’est pas aussi faux que quand vous dormez, surtout sachant que vous avez été créé par un être supérieur, auquel dans sa toute-puissance il n’eût pas été plus difficile de nous créer tels que je vous ai dit, que tels que vous croyez être ?

POLYANDRE.

Voilà certes des raisons qui suffiraient pour renverser toute la science d’Épistémon, s’il y pouvait donner toute son attention ; quant à moi je craindrais d’être tant soit peu fou, si, ne m’étant jamais appliqué à l’étude, ni accoutumé à détourner mon esprit des choses sensibles, j’allais l’appliquer à des méditations qui surpassent mes forces.

ÉPISTÉMON.

Je pense qu’il est très dangereux de s’avancer trop loin dans cette manière de raisonner : les doutes universels de ce genre nous conduisent droit à l’ignorance de Socrate, ou à l’incertitude des pyrrhoniens, qui est comme une eau profonde où l’on ne peut trouver pied.

EUDOXE.

All of this seems to me to be explained very clearly when we compare the imagination of children to a blank slate onto which our ideas—which are like vivid representations of objects—must be “painted.” The senses, the inclinations of the mind, and the masters and intelligence itself are the various “painters” who can carry out this task. Among them, those least capable of succeeding at it are the imperfect senses, the blind instinct, and foolish influences from those around us. Finally, there is intelligence—our best tool—but even it requires years of learning and following the example of its masters before it dares to correct even one of their mistakes. In my view, this is one of the main reasons why it is so difficult for us to attain true knowledge. Our senses can only perceive the most crude and common aspects of things; our instinct is utterly corrupted; and as for our masters, although we can certainly find some good ones, they cannot force us to believe in their reasoning or accept it without first examining it with our own intelligence—the only tool capable of doing so. Yet, even an experienced painter, called upon to finish a sketch begun by apprentices, could use all the rules of art, gradually correcting this detail and that, adding what is missing—yet still end up with significant flaws, because the original sketch was poorly drawn, the proportions were incorrect, and everything was flawed from the very beginning.

EUDOXE.

Your comparison clearly highlights the first obstacle that stops us; however, you do not indicate how to overcome it. In my view, the solution is this: just as it would have been better for your painter to start over entirely after erasing all the lines in the painting rather than wasting time correcting it, so too should all men who have reached an age at which their intelligence begins to flourish make the decision to erase from their minds all those inaccurate ideas that have been ingrained there until now, and devote every effort of their intellect to forming new ones. Indeed, even if this method did not lead them to perfection, at least they would no longer have the excuse of blaming such imperfections on the weaknesses of the senses or the errors of nature.

EPISTEMON.

It would be the best method if it could be used easily; but you are well aware that the first impressions received by our imagination remain so deeply ingrained that our will alone, unless aided by some compelling reasons, would be unable to erase them.

EUDOXE.

It is precisely for some of these reasons that I claim to be teaching you; and if you wish to gain any benefit from this conversation, you must lend me your full attention and allow me to converse with Polyandre, so that I may begin by overturning all the knowledge she has acquired. Indeed, since that knowledge is not sufficient to satisfy her needs, it can only be considered poor-quality—I compare it to a poorly constructed building whose foundations are not solid enough. I know of no better remedy than to demolish it completely and rebuild it from scratch. For I refuse to be among those incompetent craftsmen who merely endeavor to restore old works, when in truth they are incapable of creating anything new. But, Polyandre, while we are busy destroying this old structure, we can at the same time lay the foundations necessary for our own goals and prepare the most solid materials to achieve success. All it takes is for you to join me in examining which of all the truths that humans can know are the most certain and easiest to comprehend.

Polyandrous.

Is there anyone who doubts that sensible things—those that can be seen and touched—are far more certain than other things? For my part, I would be greatly surprised if you were to show me in such clear terms some of the claims made about God and our soul.

EUDOXE.

However, this is precisely what I hope to accomplish. It seems astonishing that humans should be so credulous as to base their science on the certainty of our senses, when it is well known that they sometimes deceive us, and that we have every reason to always be skeptical of them—given that they have already led us astray on one occasion or another.

Polyandrous.

I am well aware that our senses sometimes deceive us when they are in distress; for instance, a sick person may believe that all foods taste bitter. When they are too far removed from the object being perceived, stars never appear to us as large as they actually are. In general, whenever their functions are not carried out freely according to their natural nature, errors occur. Yet all these errors are easily discernible, and they do not in any way prevent me from being convinced that I see you, that we are walking in a garden, that the sun is shining—in short, that everything which my senses ordinarily present to me is indeed true.

EUDOXE.

Since it is not enough for me to tell you that the senses deceive us in certain cases in which you are quite aware of it, thereby making you fear being deceived by them in other situations where you are unaware of such deception, I will go further and ask you whether you have never encountered a melancholic person—those who imagine themselves to be vessels filled with water, or who believe that some part of their body is disproportionately large; they would swear that they see this and touch it just as they imagine it. It is true, however, that such a person would be outraged if someone were to tell them that they have no more reason than those others to believe their own perceptions to be certain, since both rely equally on the data provided by the senses and imagination. But without going that far, wouldn’t you be annoyed if I asked you whether you are not like other people in being susceptible to sleep, and whether you cannot, while asleep, imagine that you see me, that you are walking in this garden, that the sun is shining—in short, a thousand other things that you clearly perceive today. Have you never heard that rhetorical question in old comedies: “Am I dreaming?” How can you be certain that your life is not merely a perpetual dream, and that everything you learn through your senses is not just as false as when you are asleep—especially considering that you were created by a superior being, for whom it would have been no more difficult to create us in the manner I have described than in any other way he might have chosen?

Polyandrous.

These are certainly reasons sufficient to overthrow the entire science of Epistemon, if one were to devote all their attention to them; as for me, I would fear that I might become somewhat insane if, having never devoted myself to study nor been accustomed to turning my mind away from sensible matters, I were to attempt to apply it to meditations that exceed my abilities.

EPISTEMON.

I believe that it is extremely dangerous to go too far in this way of reasoning: such universal doubts lead us either towards the ignorance of Socrates or towards the uncertainty of the Pyrrhonians, which is like deep water where one cannot find a firm footing.

EUDOXE.

Tutto ciò mi sembra spiegarsi molto chiaramente se si paragona l’immaginazione dei bambini a una tavola bianca su cui le nostre idee, che sono come immagini vivide degli oggetti, devono essere “disegnate”. I sensi, le inclinazioni dell’intelletto, i maestri e l’intelligenza stessa sono i diversi “pittori” che possono realizzare questo compito; tuttavia, tra di loro, quelli meno adatti a riuscirci sono proprio i primi ad iniziare: i sensi imperfetti, l’istinto cieco e le nutrici ignoranti. Infine arriva l’intelligenza, il miglior di tutti; eppure è ancora necessario che essa trascorra molti anni nell’apprendimento e segua a lungo l’esempio dei suoi “maestri”, prima di osare correggere anche solo uno degli errori loro commessi. A mio parere, questa è una delle principali cause della difficoltà che incontriamo nel raggiungere la verità scientifica. I nostri sensi infatti percepiscono soltanto ciò che è più grossolano e comune; il nostro istinto è completamente corrotto; e quanto ai maestri, anche se ne possiamo certamente trovare di buoni, essi non possono costringerci ad avere fiducia nelle loro argomentazioni o ad ammetterle senza prima esaminarle con la nostra intelligenza, l’unica in grado di farlo. Ma l’intelligenza è come un pittore abile: anche se chiamato a completare un dipinto abbozzato da apprendisti, e pur utilizzando tutte le regole dell’arte per correggere gradualmente alcuni dettagli e aggiungere ciò che manca, non potrebbe comunque eliminare tutti i difetti presenti nel dipinto, perché in origine esso era stato mal disegnato: i personaggi erano posizionati in modo errato e le proporzioni non rispettate con precisione.

EUDOCE.

La vostra analogia ci mette perfettamente in evidenza il primo ostacolo che ci impedisce di procedere; tuttavia non indicate il modo per evitarlo. Secondo me, esso esiste: proprio come un pittore avrebbe fatto meglio a ricominciare completamente il suo dipinto dopo aver cancellato tutti i tratti precedenti, piuttosto che perdere tempo a correggerlo; allo stesso modo, tutti gli uomini giunti all’età in cui l’intelligenza raggiunge la sua massima potenza dovrebbero decidere di cancellare dalla propria immaginazione tutte le idee imprecise che vi si sono impresse fino ad ora, e dedicare seriamente tutte le loro forze intellettive a formarsene di nuove. Certo, questo metodo non li condurrà necessariamente alla perfezione; tuttavia, almeno non avranno più il diritto di attribuire i propri errori alla debolezza dei sensi o ai difetti della natura stessa.

EPISTÉMO.

Sarebbe il modo migliore se potesse essere utilizzato facilmente; ma non ignorate certo che le prime impressioni che la nostra immaginazione ha ricevuto vi sono così profondamente incise, che la nostra volontà sola, se non fosse sostenuta da ragioni solide, non riuscirebbe a cancellarle.

EUDOCE.

Sono proprio alcune di queste ragioni che intendo insegnarvi; e se desiderate trarre qualche beneficio da questa conversazione, dovete prestarmi tutta la vostra attenzione e lasciarmi dialogare con Polyandre, affinché io possa, fin dall’inizio, sovvertire tutta la sua conoscenza acquisita. Infatti, poiché essa non è sufficiente a soddisfarlo, deve necessariamente essere errata; la paragono quindi a un edificio mal costruito, le cui fondamenta non sono abbastanza solide. Non conosco rimedio migliore che demolirlo completamente e ricostruirlo da zero, poiché non desidero annoverarmi tra quegli artigiani privi di talento che si limitano a restaurare opere vecchie, essendo in realtà incapaci di crearne di nuove. Ma, Polyandre, mentre ci occupiamo di distruggere questo edificio, possiamo al contempo gettare le basi necessarie per il nostro scopo e preparare il materiale più solido affinché possiamo riuscire nel nostro intento; basta che vogliate esaminare con me quali siano, tra tutte le verità che gli uomini possono conoscere, quelle più certe e più facili da comprendere.

Poliandre.

C’è qualcuno che dubiti che le cose sensibili (intendo quelle che si possono vedere e toccare) non siano di gran lunga più certe delle altre? Per quanto mi riguarda, mi sorprenderei molto se mi mostraste in modo così chiaro alcune delle cose che si dicono su Dio e sulla nostra anima.

EUDOCE.

È tuttavia ciò che spero di riuscire a fare; mi sembra sorprendente che gli uomini siano abbastanza creduloni da basare la loro scienza sulla certezza dei sensi, quando nessuno ignora che questi a volte ci ingannano, e che abbiamo buone ragioni per diffidarne sempre, visto che una volta sono stati in grado di portarci in errore.

Poliandre.

So bene che i sensi a volte ci ingannano quando soffrono: ad esempio, un malato crede che tutti i cibi siano amari; quando sono troppo lontani dall’oggetto che percepiscono, le stelle non ci appaiono mai così grandi come in realtà sono; in generale, quando non agiscono liberamente secondo la loro natura. Tuttavia, tutti questi errori sono facilmente riconoscibili e non impediscono affatto che io sia convinto di vedere voi, di passeggiare in un giardino, che il sole splenda. Insomma, che tutto ciò che i miei sensi mi offrono abitualmente sia vero.

EUDOCE.

Poiché non basta dire che i sens ci ingannano in alcuni casi in cui noi stessi ce ne rendiamo conto, per farci temere di essere ingannati da loro in altre occasioni in cui non lo sappiamo, andrò oltre e vi chiederò se non abbiate mai visto uomini malinconici, di quelli che si credono essere vasi pieni d’acqua, o che pensano di avere alcuna parte del corpo di dimensioni smisurate; essi giurerebbero di vedere e toccare queste cose esattamente come se le immaginassero. È vero però che tale persona si indignerebbe se qualcuno gli dicesse che non ha più ragione degli altri nel credere con certezza in ciò che pensa, poiché entrambi si basano ugualmente sulle informazioni fornite dai sensi e dall’immaginazione. Ma senza arrivare a questo punto, non potreste certo offendersi se vi chiedessi se non siete come gli altri uomini, soggetti al sonno, e se non possiate pensare, mentre dormite, di vedermi, di passeggiare in questo giardino, che il sole splenda, insomma, mille altre cose che oggi vedete molto chiaramente. Non avete mai sentito nelle vecchie commedie quella espressione di stupore: “Sto forse dormendo?”. Come potete essere certi che la vostra vita non sia un sogno perpetuo, e che tutto ciò che apprendete attraverso i sensi non sia altrettanto falso quanto quando dormite, soprattutto considerando che siete stati creati da un essere superiore, per il quale non sarebbe stato più difficile creare noi così come vi ho descritto, o così come credete di essere?

Poliandre.

Queste sono certamente ragioni sufficienti per sovvertire tutta la scienza di Epistemo, se si potesse dedicarle tutta l’attenzione necessaria; quanto a me, temerei di diventare pazzo, se, non essendomi mai dedicato allo studio né abituato a distogliere il mio pensiero dalle cose sensibili, lo rivolgessi a meditazioni che superano le mie forze.

EPISTÉMO.

Penso che sia molto pericoloso spingersi troppo oltre in questo modo di ragionare: i dubbi universali di questo genere ci portano dritti all’ignoranza di Socrate, o all’incertezza dei pirroniani, che è come un’acqua profonda nella quale non si può trovare appiglio.

EUDOCE.

J’avoue que ce n’est pas sans grand danger qu’on s’y hasarde sans guide, quand on n’en connaît pas le gué, et que beaucoup même s’y sont perdus ; mais vous ne devez rien craindre si vous suivez mes pas. Ce sont de telles craintes, en effet, qui ont empêché beaucoup d’hommes savants d’acquérir des connaissances assez solides et assez certaines pour mériter le nom de sciences ; ils s’imaginaient qu’il n’y avait rien de plus ferme et de plus solide sur quoi ils pussent appuyer leur foi que les choses sensibles ; aussi ont-ils bâti sur ce sable plutôt que de chercher en creusant plus avant un terrain ferme. Ce n’est point ici qu’il faut nous arrêter. Il y a plus ; quand vous n’examineriez pas ultérieurement les raisons que je viens de vous dire, elles auraient cependant rempli leur principal but, celui que je voulais atteindre, si elles ont : frappé votre esprit assez pour vous mettre sur vos gardes. Elles montrent en effet que votre science n’est pas tellement infaillible que vous ne deviez craindre d’en voir renverser les fondements, puisqu’elles vous font douter de tout, et que vous doutez dès maintenant de votre science même. Elles prouvent ensuite que j’ai rempli mon but, qui était de renverser votre science, en vous en montrant l’incertitude. Mais, de crainte que vous ne refusiez de me suivre plus loin, je vous déclare que ces doutes, qui en commençant vous ont fait peur, sont comme ces fantômes et ces vaines images qui paraissent dans la nuit à la lueur incertaine d’une faible lumière. La peur vous poursuit si vous les fuyez, mais approchez-en, touchez-les, vous ne trouverez que du vent, qu’une ombre, et vous serez rassuré pour toujours.

POLYANDRE.

Soit : je désire donc, vaincu par vos raisons, me représenter toutes ces difficultés, dans leur plus grande force possible, et m’appliquer à douter si par hasard je n’ai pas été toute ma vie en délire, si même toutes ces idées que je croyais entrées dans mon esprit, pour ainsi dire, par la porte des sens, ne pourraient pas s’être formées d’elles-mêmes, tout comme se forment de semblables idées quand je dors, ou que j’ai la certitude que mes yeux sont fermés, mes oreilles bouchées, en un mot qu’aucun de mes sens n’y est pour rien. De cette façon je douterai non seulement si vous êtes dans le monde, s’il existe une terre, s’il est un soleil, mais encore si j’ai des yeux, des oreilles, un corps, si même je parle avec vous, si vous m’adressez la parole, en un mot je douterai de toutes choses.

EUDOXE.

Vous voilà très bien préparé, et c’est là que je voulais vous amener ; mais voici le moment de prêter votre attention aux conséquences que j’en veux tirer. Vous voyez bien que vous pouvez raisonnablement douter de toutes les choses dont la connaissance ne vous parvient que par les sens ; mais pouvez-vous douter de votre doute, et rester incertain si vous doutez ou non ?

POLYANDRE.

J’avoue que cela m’étonne, et ce peu de perspicacité que me donne un assez mince bon sens fait que je ne me vois pas sans stupeur forcé à avouer que je ne sais rien avec certitude, mais que je doute de tout, et que je ne suis certain d’aucune chose. Mais qu’en voulez-vous conclure ? Je ne vois pas à quoi peut servir cet étonnement universel, ni par quelle raison un doute de cette espèce peut être un principe qu’il nous faille déduire de si loin. Bien au contraire vous avez donné pour but à cet entretien de nous débarrasser de nos doutes, et de nous apprendre à trouver des vérités qu’Épistémon, tout savant qu’il est, pourrait bien ignorer.

EUDOXE.

Prêtez-moi seulement votre attention ; je vais vous conduire plus loin que vous ne pensez. En effet, c’est de ce doute universel que, comme d’un point fixe et immuable, j’ai résolu de dériver la connaissance de Dieu, de vous-même, et de tout ce que renferme le monde.

POLYANDRE.

Voilà certes de grandes promesses, et elles valent bien la peine, pourvu que vous les accomplissiez, que nous vous accordions ce que vous demandez. Tenez donc vos promesses, nous vous tiendrons les nôtres.

EUDOXE.

Puis donc que vous, ne pouvez nier que vous doutiez, et qu’au contraire il est certain que vous doutez, et si certain que vous ne pouvez douter de cela même, il est vrai aussi que vous êtes, vous qui doutez ; et cela est si vrai que vous n’en pouvez pas douter davantage.

POLYANDRE.

Je suis de votre avis ; car, si je n’étais pas, je ne pourrais douter.

EUDOXE.

Vous êtes donc, et vous savez que vous êtes, et vous le savez, parce que vous doutez.

POLYANDRE.

Tout cela est très vrai.

EUDOXE.

Mais, pour que vous ne soyez pas détourné de votre dessein, avançons peu à peu, et, comme je vous l’ai dit, vous vous sentirez entraîné plus loin que vous ne croyez. Vous êtes, et vous savez que vous êtes, et vous savez cela parce que vous savez que vous doutez. Mais, vous qui doutez de tout et qui ne pouvez pas douter de vous-même, qui êtes-vous ?

POLYANDRE.

La réponse n’est pas difficile, et je vois bien que vous m’avez choisi au lieu d’Épistémon, pour que je pusse satisfaire à vos questions. Vous n’avez pas dessein d’en faire aucune à laquelle il ne fut très facile de répondre. Je vous dirai donc que je suis un homme.

EUDOXE.

Vous ne faites pas attention à ma question, et la réponse que vous me faites, quelque simple qu’elle vous paraisse, nous jetterait dans un dédale de difficultés, si je voulais tant soit peu la presser. Par exemple, si je demandais à Épistémon lui-même ce que c’est qu’un homme, et qu’il me répondît, comme on fait dans les écoles, qu’un homme est un animal raisonnable ; et si outre cela, pour nous expliquer ces deux termes, qui ne sont pas moins obscurs que le premier, il nous conduit soit par tous les degrés qu’on appelle métaphysiques, nous serions entraînés dans un labyrinthe duquel il nous serait impossible de sortir. En effet, de cette question il en naît deux autres : la première, qu’est-ce qu’un animal ? la seconde, qu’est-ce que raisonnable ? Et de plus, si pour expliquer ce que c’est qu’un animal, il nous disait que c’est quelque chose de vivant, que quelque chose de vivant est un corps animé, qu’un corps est une substance corporelle, vous voyez que les questions, comme les branches d’un arbre généalogique, iraient en s’augmentant et en se multipliant ; et, en définitive, toutes ces belles questions finiraient par une pure battologie, qui n’éclaircirait rien, et nous laisserait dans notre première ignorance.

ÉPISTÉMON.

J’ai peine à voir que vous méprisiez cet arbre de Porphyre qui a toujours excité l’admiration des érudits, et je suis fâché que vous vouliez montrer à Polyandre quel il est, par une autre voie que celle qui depuis si longtemps est admise dans les écoles. Jusqu’à ce jour, en effet, on n’y a pas trouvé de moyen meilleur ni plus propre à nous apprendre ce que nous sommes qu’en mettant successivement sous nos yeux tous les degrés qui constituent la totalité de notre nature, afin que par ce moyen, en remontant et en descendant par tous les degrés, nous puissions reconnaître ce que nous avons de commun avec les autres êtres, et ce en quoi nous en différons. C’est là le plus haut point auquel puisse atteindre notre science.

EUDOXE.

Je n’ai eu ni n’aurai jamais l’intention de blâmer la méthode qu’on emploie dans les écoles ; c’est à elle que je dois le peu que je sais, et c’est de son secours que je me suis servi pour reconnaître l’incertitude de tout ce que j’y ai appris. Aussi, quoique mes maîtres ne m’aient rien enseigné de certain, je leur dois toutefois des actions de grâces pour avoir appris d’eux à le reconnaître ; et je leur en dois de plus grandes, parce que les choses qu’ils m’ont apprises sont douteuses, que si elles eussent été plus conformes à la raison ; car, dans ce cas, je me fusse peut-être contenté du peu de raison que j’y aurais découvert, et cela m’eût rendu moins actif à la recherche de la vérité. L’avertissement que j’ai donné à Polyandre sert, moins à dissiper l’obscurité dans laquelle vous jette sa réponse, qu’à le rendre plus attentif à mes questions. Je reviens donc à mon sujet, et pour ne pas nous en écarter plus longtemps, je lui demande une seconde fois ce qu’il est, lui qui peut douter de toutes choses, et ne peut pas douter de lui-même.

POLYANDRE.

I admit that it is not without great danger to venture into this realm without a guide, especially when one does not know the way; indeed, many have lost themselves in it. But you need not fear anything if you follow my steps. It is precisely such fears that have prevented many learned individuals from acquiring knowledge that is solid and certain enough to deserve the name of science. They imagined that nothing was more stable or secure upon which to base their faith than the sensible things of this world; therefore, they built their theories on sand rather than seeking a firmer foundation through deeper investigation. But we must not stop here. Even if you were to examine further the reasons I have just stated, they would still have achieved their main purpose: to alert your mind and make you cautious. These reasons show that your knowledge is not infallible, and thus you should fear that its foundations might be shaken, since they lead you to doubt everything—even your own knowledge. They also prove that I have succeeded in my goal of undermining your beliefs by exposing their uncertainty. However, lest you refuse to follow me further, I declare that these doubts, which initially frightened you, are like ghosts and illusory images that appear in the night under the flickering light of a weak flame. If you flee from them, fear will haunt you; but if you approach them and touch them, you will find only wind and shadow—and then you will be forever at peace.

Polyandrous.

In other words: Convinced by your arguments, I wish to imagine all these difficulties in their most extreme form, and to endeavor to doubt whether, perhaps, I have not been delirious throughout my life. I will question whether all these ideas that I believed entered my mind through the senses could not have arisen on their own—just as similar ideas occur to me when I am asleep, or when I am certain that my eyes are closed and my ears are blocked, in other words, when none of my senses are involved at all. In this way, I will doubt not only whether you exist in the world, whether there is a earth or a sun, but also whether I have eyes, ears, a body—even whether I am really speaking with you or whether you are addressing me. In short, I will doubt everything.

EUDOXE.

You are now very well-prepared, and that is exactly where I wanted to lead you; but now comes the moment to pay attention to the consequences I wish to draw from this. You see clearly that you can reasonably doubt all those things whose knowledge reaches you only through your senses; but can you doubt your own doubt itself, and remain uncertain as to whether you are doubting or not?

Polyandrous.

I must admit that this surprises me; and the meager amount of perspicacity that my common sense allows me to possess makes it impossible for me not to be forced to admit that I know nothing with certainty, that I doubt everything, and that I am certain of nothing at all. But what conclusion can you draw from this? I fail to see what use this universal astonishment can be, nor why such doubts should constitute a principle that we must deduce from such distant origins. On the contrary, you have made it the goal of this conversation to free us from our doubts and to teach us how to discover truths that even Epistemon, as wise as he is, might well ignore.

EUDOXE.

Please lend me your attention for just a moment; I will lead you further than you imagine. Indeed, it is from this universal doubt that I have decided to derive knowledge of God, of yourself, and of everything that the world contains, using it as a fixed and unchanging point of reference.

Polyandrous.

These are indeed great promises, and they are well worth pursuing, provided that you fulfill them—and that we grant you what you ask for. Therefore, keep your promises; we will keep ours.

EUDOXE.

Since then, it is undeniable that you doubt; on the contrary, it is certain that you do doubt—and such certainty exists that you cannot possibly doubt this fact itself. It is also true that you are, indeed, the one who doubts; and this truth is so absolute that you cannot possibly doubt it any further.

Polyandrous.

I agree with you; because if I didn’t agree, I wouldn’t be able to doubt at all.

EUDOXE.

You therefore are, and you know that you are; and you know this because you doubt.

Polyandrous.

All of this is very true.

EUDOXE.

But so that you are not distracted from your purpose, let us proceed step by step. As I have told you, you will find yourself being drawn further than you expect. You exist; you know that you exist, and you know this because you know that you doubt. But you, who doubt everything yet cannot doubt yourselves—what are you?

Polyandrous.

The answer is not difficult at all, and I can see that you chose me rather than Epistemon in order for me to be able to answer your questions. You certainly have no intention of asking any questions that would not be very easy to answer. Therefore, I will tell you that I am a man.

EUDOXE.

You are not paying attention to my question, and the answer you give me, no matter how simple it may seem to you, would lead us into a maze of difficulties if I were to press it further. For example, if I asked Epistemon himself what a man is, and he answered me, as is commonly done in schools, that a man is a rational animal; and if, in addition to that, in order to explain these two terms—which are just as obscure as the first one—he led us through all those levels of abstraction known as metaphysics, we would be drawn into a labyrinth from which it would be impossible to escape. In fact, this question gives rise to two other questions: the first is, what is an animal? and the second is, what does it mean to be rational? Moreover, if, in order to explain what an animal is, he told us that an animal is something living, that something living is a corporeal being, and that a body is a material substance, you can see that these questions would continue to multiply and branch out like the limbs of a family tree; and in the end, all these so-called “beautiful” questions would amount to nothing but empty rhetoric that would not clarify anything at all, leaving us back where we started—in ignorance.

EPISTEMON.

I find it hard to believe that you despise this tree of Porphyry, which has always inspired the admiration of scholars; I am also disappointed that you sought to demonstrate to Polyander what it is through a different approach than the one that has been accepted in schools for so long. Indeed, to this day, no better or more appropriate method has been found to teach us who we are. By presenting to us successively all the stages that constitute the entirety of our nature, we can, by ascending and descending through these levels, recognize what we have in common with other beings and what distinguishes us from them. This is the highest attainable goal of our knowledge.

EUDOXE.

I have never had, nor will I ever have, the intention to criticize the methods employed in schools; it is through them that I have acquired whatever little knowledge I possess, and it was their assistance that enabled me to recognize the uncertainty of everything I learned there. Therefore, although my teachers did not teach me anything definite, I am still grateful to them for having taught me to recognize the uncertainty of such knowledge; and my gratitude is even greater, for the things they taught me are doubtful—had they been more in accordance with reason, perhaps I would have contented myself with the little truth I could discover therein, and that would have made me less eager to seek the truth. The warning I gave to Polyandre serves, not so much to dispel the ambiguity in his response, as to make him more attentive to my questions. Therefore, I return to my subject—and in order not to deviate from it any further, I ask him once again what he is, he who can doubt everything except himself.

Polyandrous.

Devo ammettere che non è senza grandi pericoli avventurarsi in questo campo senza una guida, quando non si conosce la strada giusta; anzi, molti sono persi nel tentativo. Ma voi non dovete temere nulla se seguite i miei passi. Sono proprio queste paure che hanno impedito a molti uomini saggi di acquisire conoscenze sufficientemente solide e certe da meritare il nome di “scienze”. Essi si immaginavano che non esistesse nulla di più stabile e sicuro su cui poter fondare la loro fede se non le cose sensibili; per questo hanno costruito sulle illusioni, invece di cercare con impegno una verità più solida. Ma non dobbiamo fermarci qui. Se anche in seguito non esaminaste attentamente le ragioni che vi ho appena esposto, esse avrebbero comunque raggiunto lo scopo principale: farvi stare in guardia. Dimostrano infatti che la vostra scienza non è così infallibile da poter essere considerata assoluta; anzi, vi fa dubitare di tutto, persino della vostra stessa conoscenza. Inoltre, dimostrano che ho raggiunto il mio obiettivo: farvi mettere in dubbio la validità delle vostre convinzioni. Ma per non spaventarvi ulteriormente, vi dichiaro che questi dubbi, che all’inizio vi hanno fatto paura, sono come quei fantasmi e quelle ombre che appaiono nella notte alla luce incerta di una fiamma debole: se cercate di sfuggirli, la paura vi perseguiterà; ma avvicinandovi e toccandoli, scoprirete che non sono altro che vento e ombra, e allora sarete per sempre tranquilli.

Poliandre.

Dunque: vinto dalle vostre ragioni, desidero rappresentarmi tutte queste difficoltà nella loro massima gravità possibile e sforzarmi di dubitare che, forse, per tutta la mia vita non abbia vissuto in delirio; che tutte quelle idee che credevo fossero entrate nel mio spirito attraverso i sensi, non possano invece essersi formate da sole, proprio come si formano idee simili quando dormo o quando sono certo che i miei occhi siano chiusi e le mie orecchie tappate, in altre parole, che nessuno dei miei sensi abbia avuto alcun ruolo in questo processo. In questo modo dubiterò non solo se voi esistiate nel mondo, se ci sia una terra, un sole, ma anche se io abbia occhi, orecchie, un corpo; dubiterò persino che io stia parlando con voi o che voi mi stiate rivolgendo la parola. In breve, dubiterò di tutte le cose.

EUDOCE.

Siete ora molto bene preparati, ed è proprio a questo che volevo arrivare; ma è giunto il momento di prestare attenzione alle conseguenze che ne traggo. Vedete bene che potete ragionevolmente dubitare di tutte le cose la cui conoscenza vi arriva soltanto attraverso i sensi; ma potete forse dubitare del vostro stesso dubbio, e rimanere incerti se davvero dubitate o meno?

Poliandre.

Devo ammettere che questo mi sorprende; e questa scarsa perspicacia, che deriva da un buon senso piuttosto limitato, mi costringe ad ammettere con stupore di non sapere nulla con certezza, ma di dubitare di tutto e di non essere certo di nulla. Ma cosa ne deducete voi? Non vedo a quale scopo possa servire questo stupore universale, né per quale motivo un dubbio del genere possa costituire un principio da cui dobbiamo trarre conclusioni così lontane dalle nostre esperienze immediate. Al contrario, avete definito lo scopo di questa conversazione come quello di liberarci dai nostri dubbi e di insegnarci a trovare verità che persino Epistemon, per quanto sapiente, potrebbe ignorare.

EUDOCE.

Concedetemi soltanto la vostra attenzione; vi condurrò più lontano di quanto possiate immaginare. Infatti, è proprio da questo dubbio universale che ho deciso di derivare la conoscenza di Dio, di voi stessi e di tutto ciò che il mondo contiene, considerandolo un punto fermo e immutabile da cui partire per le mie riflessioni.

Poliandre.

Queste sono sicuramente grandi promesse, e meritano davvero di essere mantenute, a condizione che le realizziate e che vi concediamo ciò che chiedete. Quindi tenete le vostre promesse, e noi manterremo le nostre.

EUDOCE.

Poiché quindi non potete negare di dubitare, e anzi è certo che dubitate, ed è così certo che non potete nemmeno dubitare di questo fatto stesso, è altrettanto vero che voi siete colui che dubita; ed è così vero che non potete dubitarne ulteriormente.

Poliandre.

Concordo con voi; infatti, se non fossi d’accordo, non potrei dubitare.

EUDOCE.

Quindi voi siete, e sapete di esserlo, e lo sapete perché dubitate.

Poliandre.

Tutto ciò è assolutamente vero.

EUDOCE.

Ma affinché non vi allontaniate dal vostro scopo, procediamo poco a poco; come vi ho detto, vi sentirete trascinati oltre ciò che credete. Voi siete, e sapete di esserlo; lo sapete perché sapete di dubitare. Ma voi, che dubitate di tutto tranne che di voi stesso, chi siete?

Poliandre.

La risposta non è difficile, e capisco bene che mi abbiate scelto invece di Epistemon, affinché potessi soddisfare le vostre domande. Non avete intenzione di porre domande a cui non fosse molto facile rispondere. Vi dirò quindi che sono un uomo.

EUDOCE.

Non prestate attenzione alla mia domanda, e la risposta che mi date, per quanto semplice vi possa sembrare, ci porterebbe in un labirinto di difficoltà se cercassi di approfondirla anche solo un po’. Ad esempio, se chiedessi a Epistemon stesso cosa sia un uomo e lui rispondesse, come si fa nelle scuole, che un uomo è un animale razionale; e inoltre, per spiegare questi due termini, altrettanto oscuri del primo, ci guidasse attraverso tutte quelle che vengono chiamate discipline metafisiche, verremmo trascinati in un labirinto dal quale sarebbe impossibile uscire. Infatti, da questa domanda ne deriverebbero altre due: la prima, cosa sia un animale; la seconda, cosa significhi “razionale”. Inoltre, se per spiegare cosa sia un animale ci dicesse che è qualcosa di vivente, che qualcosa di vivente è un corpo animato, e che un corpo è una sostanza corporea, vedete bene che le domande, come i rami di un albero genealogico, continuerebbero ad aumentare e moltiplicarsi; e alla fine, tutte queste “bellissime” domande si ridurrebbero a semplici banalità, che non chiarirebbero nulla e ci lascerebbero nella nostra ignoranza iniziale.

EPISTÉMO.

Fatico a credere che voi disprezziate questo albero di Porfiro che ha sempre suscitato l’ammirazione degli studiosi, e mi dispiace che abbiate voluto mostrare a Poliandre quale sia la sua vera natura attraverso un metodo diverso da quello che da tanto tempo è stato accettato nelle scuole. Fino ad oggi, infatti, non si è trovato nessun altro mezzo più efficace e appropriato per insegnarci ciò che siamo, se non presentandoci gradualmente tutti i gradini che compongono la totalità della nostra natura; in questo modo, salendo e scendendo lungo questi gradini, possiamo comprendere ciò che abbiamo in comune con gli altri esseri e ciò che ci differenzia da loro. Questo è il massimo livello a cui può arrivare la nostra conoscenza.

EUDOCE.

Non ho mai avuto, né avrò mai l’intenzione di criticare il metodo utilizzato nelle scuole; è proprio a esso che devo ciò che so, e è grazie al suo aiuto che sono riuscito a riconoscere l’incertezza di tutto ciò che ho imparato. Pertanto, anche se i miei insegnanti non mi hanno insegnato nulla di certo, debbo comunque ringraziarli per avermi insegnato ad essere consapevole dell’incertezza; e devo ringraziarli ancora di più perché ciò che mi hanno insegnato è dubbioso. Se invece fosse stato più in linea con la ragione, forse mi sarei accontentato di quella scarsa verità che avrei potuto scoprire, e questo mi avrebbe reso meno attivo nella ricerca della verità stessa. L’avvertimento che ho dato a Poliandre serve, piuttosto che a dissipare l’oscurità presente nella sua risposta, a farlo essere più attento alle mie domande. Torno quindi al mio argomento: per non allontanarci ulteriormente da esso, gli chiedo ancora una volta chi sia lui, colui che può dubitare di tutto tranne che di se stesso.

Poliandre.

Je croyais vous avoir satisfait en vous disant que j’étais un homme, mais je vois maintenant que je n’ai pas bien fait mon calcul. Je vois très bien que cette réponse ne vous satisfait pas, et, à vrai dire, j’avoue qu’elle ne me contente pas maintenant moi-même, surtout depuis que vous m’avez montré l’embarras et l’incertitude dans laquelle elle pourrait nous jeter, si nous voulions l’éclaircir et la comprendre. En effet, quoi qu’en dise Épistémon, je vois beaucoup d’obscurité dans tous ces degrés métaphysiques. Si l’on dit, par exemple, qu’un corps est une substance corporelle, sans dire ce que c’est qu’une substance corporelle, ces deux mots ne nous apprendront rien de plus que le mot corps. De même si on dit que ce qui vit est un corps animé, sans avoir expliqué auparavant ce que c’est que corps, et ce que c’est qu’animé, et si l’on en agit ainsi pour tous les autres degrés métaphysiques, c’est là avancer des paroles peut-être même dans un certain ordre, mais c’est, ne rien dire ; car cela ne signifie rien qui puisse être conçu et former dans notre esprit une idée claire et distincte. Même quand, pour répondre à votre question, j’ai dit que j’étais un homme, je ne pensais pas à tous les êtres scolastiques que j’ignorais, dont jamais je n’avais entendu, parler, et qui selon moi n’existent que dans l’imagination de ceux qui les ont inventés ; mais j’ai parlé des choses que nous voyons, que nous touchons, que nous sentons, que nous éprouvons en nous-mêmes, en un mot des choses que sait le plus simple des hommes aussi bien que le plus grand philosophe du monde, c’est-à-dire que je suis un certain tout composé de deux bras, de deux jambes, d’une tête, et de toutes les parties qui constituent ce qu’on appelle le corps humain, et qui en outre se nourrit, marche, sent et pense.

EUDOXE.

Je voyais déjà par votre réponse que vous n’aviez pas bien saisi ma question, et que vous répondiez à plus de choses que je ne vous en avais demandé. Mais comme au nombre des choses dont vous doutez vous avez déjà mis les bras, les jambes, la tête, et toutes les autres parties qui composent la machine du corps humain, je n’ai nullement voulu vous interroger sur toutes ces choses, de l’existence desquelles vous n’êtes pas sûr. Dites-moi donc ce que vous êtes proprement en tant que vous doutez. C’est sur ce seul point, le seul que vous puissiez connaître avec certitude, que je voulais vous questionner.

POLYANDRE.

Je vois maintenant que je me suis trompé dans ma réponse, et que je suis allé plus loin qu’il ne fallait, parce que je n’avais pas bien compris votre pensée. Cela me rendra plus circonspect à l’avenir, et me fait en même temps admirer l’exactitude de votre méthode, par laquelle vous nous conduisez peu à peu par des voies simples et faciles à la connaissance des choses que vous voulez nous apprendre. J’ai lieu cependant d’appeler heureuse l’erreur que j’ai commise, puisque, grâce à elle, je connais très bien que ce que je suis en tant que doutant n’est nullement ce que j’appelle mon corps. Bien plus, je ne sais pas même que j’ai un corps, car vous m’avez montré que je pouvais en douter. J’ajoute à cela que je ne puis pas même nier absolument que j’aie un corps. Cependant, tout en laissant entières toutes ces suppositions, cela n’empêchera pas que je ne sois certain que j’existe. Au contraire, elles me confirment davantage dans cette certitude, que j’existe, et que je ne suis pas un corps ; autrement, doutant de mon corps, je douterais en même temps de moi-même, ce que je ne puis ; car je suis entièrement convaincu que j’existe, et j’en suis tellement convaincu, que je n’en puis nullement douter.

EUDOXE.

Voilà qui est parfaitement exposé, et vous vous en tirez si bien, que je ne dirais pas mieux moi-même. Je vois bien qu’il n’est plus besoin que de vous abandonner entièrement à vous-même, en ayant toutefois le soin de vous conduire dans la route. Il y a mieux ; je pense que, pour trouver les vérités les plus difficiles, il n’est besoin, pourvu que nous soyons bien conduits, que du sens commun, comme on dit vulgairement, et comme je vous en trouve très bien pourvu, comme je l’espérais, je n’ai plus qu’à vous montrer la route que vous devez suivre désormais. Continuez donc à déduire de vous-même les conséquences qui sortent de ce premier principe.

POLYANDRE.

Ce principe me paraît si fécond, et il s’offre à moi tant de choses à la fois, qu’il me faudrait, je crois, beaucoup de travail pour les mettre en ordre. Ce seul avertissement que vous m’avez donné d’examiner qui je suis, moi qui doute, et de ne pas me confondre avec ce qu’autrefois je croyais être moi, a tellement jeté de lumière en mon esprit, et dès l’abord tellement dissipé les ténèbres, qu’à la lueur de ce flambeau je vois plus exactement en moi ce qu’on n’y peut voir des yeux, et que je suis plus persuadé que je possède ce qui ne se touche pas, que je ne l’ai jamais été de posséder un corps.

EUDOXE.

Cette chaleur me plaît infiniment, quoiqu’elle puisse déplaire à Épistémon, qui, tant que vous ne lui aurez pas enlevé son erreur, et que vous ne lui aurez pas mis sous les yeux une partie des choses que vous dites être contenues dans ce principe, croira toujours, ou au moins craindra que le flambeau qui vous est offert ne soit semblable à ces feux qui s’éteignent et s’évanouissent dès qu’on s’en approche, et qu’ainsi vous ne retombiez dans vos premières ténèbres, c’est-à-dire dans votre ancienne ignorance. Et certes ce serait merveille que vous, qui n’avez jamais étudié ni ouvert les livres des philosophes, devinssiez tout d’un coup savant à si peu de frais. Aussi ne devons-nous pas nous étonner qu’Épistémon juge de cette manière.

ÉPISTÉMON.

Oui, je l’avoue, j’ai pris cela pour de l’enthousiasme, et j’ai cru que Polyandre, qui jamais n’a médité sur les grandes vérités qu’enseigne la philosophie, était si transporté de la découverte de la moindre d’entre elles, qu’il n’a pu s’empêcher de vous le témoigner par les éclats de sa joie. Mais ceux qui comme vous ont marché longtemps dans ce chemin, et ont dépensé beaucoup d’huile et de peine à lire et relire les écrits des anciens, et à débrouiller et expliquer ce qu’il y a de plus embarrassé dans les philosophes, ne s’étonnent pas plus de cet enthousiasme et n’en font pas plus de cas que du vain espoir qui saisit souvent en commençant les mathématiques, quand on n’a fait encore que saluer le seuil du temple. A peine avez-vous donné à ces novices la ligne et le cercle, et montré ce que c’est qu’une ligne droite et une ligne courbe, qu’ils croient aussitôt qu’ils vont trouver la quadrature du cercle et la duplication du cube. Mais nous avons tant de fois réfuté l’opinion des pyrrhoniens, et eux-mêmes ont retiré si peu de fruit de cette méthode de philosopher, qu’ils ont erré toute leur vie et n’ont pu sortir des doutes qu’ils ont introduits dans la philosophie ; aussi paraissent-ils, n’avoir travaillé que pour apprendre à douter : c’est pourquoi, avec la permission de Polyandre, je douterai s’il peut lui-même en tirer quelque chose de meilleur.

EUDOXE.

Je vois bien que vous vous adressez à Polyandre pour m’épargner ; vos plaisanteries toutefois m’attaquent évidemment ; mais laissons parler Polyandre, et après cela nous verrons qui de nous rira le dernier.

POLYANDRE.

Je le ferai volontiers ; aussi bien je Crains que cette dispute ne s’échauffe entre vous deux, et que si vous reprenez les choses de trop haut, je finisse par n’y plus rien comprendre. Je perdrais ainsi le fruit que je me promets en revenant sur mes premières études. Je prie donc Épistémon de me permettre de nourrir cet espoir, tant qu’il plaira à Eudoxe de me conduire par la main dans la route où il m’a placé.

EUDOXE.

I thought I had satisfied you by telling you that I am a man, but now I see that I did not calculate things properly. It is clear that this answer does not satisfy you, and, to be honest, I must admit that it no longer satisfies me either, especially since you have shown me the confusion and uncertainty it could cause us if we tried to clarify and understand it. Indeed, regardless of what Épistémon says, I see a great deal of obscurity in all these metaphysical distinctions. For example, if we say that a body is a corporeal substance without explaining what a corporeal substance actually is, these two terms tell us no more than the word “body” itself. Similarly, if we say that what is alive is an animated body without first defining what a body is and what it means to be animated, and if we proceed in this manner with all other metaphysical distinctions, we are merely repeating words in a certain order, but we are actually saying nothing meaningful—because such statements do not convey any clear or distinct ideas in our minds. Even when I said that I am a man in order to answer your question, I was not referring to all those abstract entities about which I knew nothing and whose existence, in my opinion, exists only in the imagination of those who invented them. Instead, I was referring to things that we can see, touch, feel, and experience ourselves—in other words, to things that even the simplest person as well as the greatest philosopher in the world would recognize: namely, that I am a particular entity composed of arms, legs, a head, and all the other parts that make up what we call a human body, and that this entity is capable of eating, walking, feeling, and thinking.

EUDOXE.

I could already tell from your response that you had not fully understood my question, and that you were answering far more than I had asked. But since you have already involved all those parts of your body—your arms, legs, head, and every other component that makes up the human machine—in your doubts about various matters, I had no intention of questioning you regarding those things of which you are not certain. So tell me what it is that you truly doubt, in your own person. It is on this single point alone, the only one you can know with certainty, that I wanted to question you.

Polyandrous.

I now realize that I was mistaken in my response and that I went too far, because I did not fully understand your meaning. This will make me more cautious in the future and also makes me admire the precision of your method—how you guide us step by step, through simple and easy-to-understand paths, toward understanding those things you wish to teach us. Nevertheless, I must consider the mistake I made a fortunate one, for thanks to it, I am now fully aware that what I am as someone who doubts is not in any way what I call my body. In fact, I no longer even know that I have a body, for you have shown me that I can doubt this as well. Moreover, I cannot absolutely deny that I have a body. Yet, even while leaving all these possibilities open, it does not prevent me from being certain of my existence. On the contrary, these very doubts only reinforce my conviction that I exist—and that I am not a body. Otherwise, if I doubted my body, I would also doubt myself at the same time, which is impossible for me. For I am utterly convinced of my own existence, and I am so convinced that I cannot possibly doubt it in the slightest.

EUDOXE.

This is presented perfectly; you have done it so well that I could not have put it any better myself. It is clear that all that is now needed is for you to fully rely on your own abilities, while taking care to guide yourself along the right path. In fact, there is even more: I believe that in order to discover the most difficult truths, all we need—so long as we are properly guided—is common sense, as people often say. And since I see that you possess this common sense in abundance, just as I had hoped, all that remains for me is to show you the path you should now follow. Continue therefore to derive from this fundamental principle all the conclusions that arise from it.

Polyandrous.

This principle seems to me so fruitful; it presents me with so many things at once that I believe it would take me a great deal of effort to organize them all. The mere warning you gave me—to examine who I am, I who doubt, and not to confuse myself with what I used to think I was—has cast such light upon my mind, and has immediately dispelled so much darkness, that now, by the light of this understanding, I can see more clearly within myself than is possible with mere eyes. And for the first time, I am truly convinced that I possess what cannot be touched, more so than I have ever been convinced that I possessed a physical body.

EUDOXE.

I find this warmth immensely pleasing, even though it may displeasure Épistemon. As long as you have not corrected his error and have not shown him some of those things that you claim are contained within this principle, he will continue to believe—or at least fear—that the “torch” you offer him is similar to those fires that die out and vanish the moment one approaches them; and thus he will think that you have fallen back into your former ignorance. Indeed, it would be a marvel if you, who have never studied or read the philosophers’ writings, should suddenly become wise at such little cost. Therefore, we should not be surprised that Épistemon views things in this way.

EPISTEMON.

Yes, I admit it—I took his enthusiasm to be genuine and believed that Polyandre, who had never pondered over the great truths taught by philosophy, was so thrilled by the discovery of even the smallest of these truths that he could not help but express it through bursts of joy. But those who, like you, have traveled this path for a long time, spending much effort in reading and rereading the writings of the ancients, and in clarifying and explaining the most perplexing aspects of philosophical thought, are not surprised by such enthusiasm—and they attach no greater importance to it than to the fleeting hope that often arises when one begins studying mathematics, having just stepped through its introductory gates. As soon as you have taught these beginners the concept of a line and a circle, and shown them what a straight line and a curved line are, they immediately believe they will be able to find the square root of a circle or the cube root of two. Yet we have repeatedly refuted the views of the Pyrrhonians, and they themselves gained so little from this method of philosophizing that they wandered throughout their lives without ever resolving the doubts they had introduced into philosophy. Therefore, it seems that they worked only to learn how to doubt—which is why, with Polyandre’s permission, I would question whether he himself can draw any better conclusions from it all.

EUDOXE.

I can see that you are addressing Polyandre in order to spare me; nevertheless, your jokes obviously still hurt my feelings. But let Polyandre speak first, and then we will see who of us will laugh last.

Polyandrous.

I would be more than happy to do so; indeed, I fear that this dispute might intensify between you two, and if you continue to argue in such a heated manner, I will eventually end up not understanding anything at all. In that case, I would lose the benefit that I hope to gain by revisiting my early studies. Therefore, I beg Épistémon to allow me to hold onto this hope, as long as Eudoxe is willing to guide me along the path he has set for me.

EUDOXE.

Pensavo di avervi soddisfatto dicendovi che sono un uomo, ma ora vedo che non ho calcolato bene. Capisco chiaramente che questa risposta non vi soddisfa, e a dire il vero, devo ammettere che nemmeno a me stesso piace più, soprattutto dopo che mi avete fatto notare l’imbarazzo e l’incertezza in cui potrebbe farci cadere se cercassimo di chiarirla e comprenderla. Infatti, per quanto dica Epistemon, vedo molta oscurità in tutti questi concetti metafisici. Ad esempio, quando si dice che un corpo è una sostanza corporea, senza spiegare cosa sia realmente una sostanza corporea, queste due parole non ci insegnano nulla di più del termine “corpo”. Lo stesso vale se si dice che ciò che vive è un corpo animato, senza prima aver definito cosa siano il corpo e l’anima; e se si procede allo stesso modo per tutti gli altri concetti metafisici, si finisce per pronunciare parole che, forse, seguono un certo ordine logico, ma in realtà non dicono nulla di concreto, nulla che possa essere chiaramente compreso e concepito nella nostra mente. Anche quando, per rispondere alla vostra domanda, ho detto di essere un uomo, non intendevo riferirmi a tutti quegli esseri metafisici di cui ignoravo l’esistenza e che, secondo me, esistono soltanto nell’immaginazione di coloro che li hanno inventati; parlavo invece delle cose che vediamo, tocciamo, sentiamo, sperimentiamo dentro di noi, insomma, di ciò che anche il più semplice degli uomini e il più grande filosofo del mondo conoscono: cioè che sono un essere composto da braccia, gambe, testa e tutte le parti che costituiscono il corpo umano, e che inoltre mangia, cammina, sente e pensa.

EUDOCE.

Già dalla vostra risposta capivo che non avevate compreso bene la mia domanda e che stavate rispondendo a molte più cose di quante ve ne avessi chieste. Ma poiché, tra le cose di cui dubitate, avete già incluso braccia, gambe, testa e tutte le altre parti che compongono il corpo umano, non avevo affatto intenzione di interrogarvi su queste cose, dell’esistenza delle quali non siete sicuri. Ditemi quindi cosa siate esattamente voi, nel momento in cui dubitate. È su questo unico punto, l’unico che poteste conoscere con certezza, che volevo farvi domande.

Poliandre.

Ora vedo che mi sono sbagliato nella mia risposta e che sono andato oltre il dovuto, perché non avevo compreso bene il vostro pensiero. Questo mi renderà più cauto in futuro e, allo stesso tempo, mi fa ammirare l’accuratezza del vostro metodo, con cui ci guidate gradualmente, attraverso vie semplici e facili da comprendere, verso la conoscenza di quelle cose che desiderate insegnarci. Tuttavia, posso considerare fortunata quell’errore che ho commesso, poiché grazie ad esso so ora con certezza che ciò che sono io, nel mio stato di dubbio, non è affatto ciò che chiamo il mio corpo. Anzi, non so nemmeno di avere un corpo, perché mi avete dimostrato che posso dubitarne. Inoltre, non posso nemmeno negare assolutamente di avere un corpo; tuttavia, pur lasciando intatte tutte queste ipotesi, ciò non impedisce affatto che io sia certo della mia esistenza. Al contrario, esse mi confermano ancora di più in questa certezza: che esisto e che non sono un corpo; altrimenti, dubitando del mio corpo, dubiterei anche di me stesso, il che è impossibile, poiché sono assolutamente convinto della mia esistenza, e lo sono talmente che non posso affatto dubitarne.

EUDOCE.

È esposto in modo perfetto; vi siete cavato molto bene, tanto che non potrei dire di meglio nemmeno io stesso. Vedo chiaramente che non c’è più bisogno di lasciarvi completamente soli, purché si prenda cura di guidarvi sulla giusta strada. C’è persino di più: penso che, per scoprire le verità più difficili, sia sufficiente, a condizione che siamo ben guidati, il semplice buon senso comune, come si suol dire volgarmente. E poiché vi trovo davvero molto ben dotato in questo senso, proprio come mi aspettavo, non mi resta altro da fare se non mostrarvi la strada che dovete seguire d’ora in poi. Continuate quindi a dedurre da soli le conseguenze che derivano da questo primo principio.

Poliandre.

Questo principio mi sembra così fecondo; mi offre contemporaneamente così tante cose da considerare, che credo mi servirebbe molto lavoro per metterle in ordine. Quel semplice avvertimento che mi avete dato di esaminare chi sono io, io che dubito, e di non confondermi con ciò che un tempo credevo essere me stesso, ha gettato tanta luce nella mia mente e ha dissipato immediatamente le tenebre; alla luce di questo “fanale”, riesco a vedere in me stesso con maggiore chiarezza ciò che gli occhi normalmente non possono percepire, e sono ancora più convinto di possedere ciò che non è tangibile, di possederlo, insomma, molto più di quanto lo fossi mai stato riguardo al possesso di un corpo fisico.

EUDOCE.

Questo calore mi piace infinitamente, anche se potrebbe dispiacere a Epistemon: finché non gli avrete tolto l’errore e non gli avrete mostrato alcune delle cose che secondo voi sono contenute in questo principio, egli continuerà a credere, o almeno temerà, che la “luce” che vi viene offerta sia simile a quei fuochi che si spengono non appena ci si avvicina, e che quindi possiate ritornare nelle vostre prime tenebre, cioè nella vostra antica ignoranza. E certamente sarebbe meraviglioso se voi, che non avete mai studiato né letto i libri dei filosofi, diventaste improvvisamente saggi con così poco sforzo. Pertanto non dobbiamo sorprenderci del fatto che Epistemon la pensi in questo modo.

EPISTÉMO.

Sì, lo ammetto: ho preso tutto questo per entusiasmo, e credevo che Poliandro, che mai aveva riflettuto sulle grandi verità insegnate dalla filosofia, fosse così commosso dalla scoperta di una di queste verità che non potesse fare a meno di manifestarvelo attraverso gli sprazzi della sua gioia. Ma coloro che, come voi, hanno percorso a lungo questo cammino, e hanno dedicato molto tempo e sforzo alla lettura e rilettura degli scritti degli antichi, non si meravigliano affatto di questo entusiasmo, né gli attribuiscono maggiore importanza del vano sperare che spesso assale coloro che iniziano a studiare le matematiche, quando hanno appena fatto i primi passi in quel campo. Appena avete fornito a questi principianti nozioni di base su linee e cerchi, mostrando loro cosa siano una linea retta e una linea curva, credono immediatamente di poter trovare soluzioni per problemi complessi come la quadratura del cerchio o la duplicazione del cubo. Ma noi abbiamo più volte confutato le opinioni dei pirroniani, e questi stessi hanno tratto ben poco profitto da questo metodo di filosofare; perciò hanno vagabondato per tutta la vita senza riuscire a superare i dubbi che avevano introdotto nella filosofia. Sembra quindi che abbiano lavorato soltanto per imparare ad avere dubbi. Ecco perché, con il permesso di Poliandro, anch’io dubiterò che lui stesso possa trarre qualcosa di positivo da tutto ciò.

EUDOCE.

Vedo bene che vi rivolgete a Poliandro per risparmiarmi; tuttavia, le vostre battute mi colpiscono chiaramente. Lasciamo parlare Poliandro, e poi vedremo chi di noi riderà per ultimo.

Poliandre.

Lo farò volentieri; temo infatti che questa discussione non si intensifichi tra voi due, e che, se continuerete a parlare in modo troppo acceso, finisca per non capirci più nulla. In questo modo perderei lo scopo che mi ero prefissato riprendendo i miei studi iniziali. Pertanto prego Épistémon di permettermi di nutrire questa speranza, finché a Eudoxe piacerà guidarmi lungo la strada che mi ha indicato.

EUDOCE.

Vous avez déjà bien reconnu, en vous considérant simplement comme doutant, que vous n’étiez pas corps, et que comme tel vous ne trouviez en vous aucune des parties qui constituent la machine humaine, c’est-à-dire que vous n’aviez ni bras, ni jambes, ni tête, ni yeux, ni oreilles, ni enfin aucun organe qui puisse servir à un sens quel qu’il soit. Mais voyez si de la même manière vous ne pouvez pas rejeter toutes les choses que vous, compreniez auparavant sous la description que vous avez donnée de l’idée que vous aviez autrefois de l’homme. Car, comme vous l’avez judicieusement remarqué, c’a été une heureuse erreur que celle que vous avez commise en dépassant les limites de ma question. Grâce à elle en effet, vous pouvez parvenir à la connaissance de ce que vous êtes, en éloignant et en rejetant tout ce que vous voyez clairement ne pas vous appartenir, et en admettant seulement ce qui vous appartient si nécessairement, que vous en soyez aussi certain que de votre existence et de votre doute.

POLYANDRE.

Je vous remercie de me remettre ainsi dans mon chemin ; je ne savais déjà plus où j’en étais. J’ai dit d’abord que j’étais un tout formé de bras, de jambes, d’une tête, de toutes les parties qui composent le corps humain, en outre que je marche, que je me nourris, que je sens, que je pense. Il m’a été nécessaire, pour me considérer simplement tel que je me sais être, de rejeter toutes ces parties ou tous ces membres qui constituent la machine humaine, c’est-à-dire il a fallu que je me considérasse sans bras, sans jambes, sans tête, en un mot sans corps. Or, il est vrai que ce qui en moi doute, n’est pas ce que nous disons être notre corps ; donc il est vrai aussi que moi, en tant que je doute, je ne me nourris pas, je ne marche pas ; car aucune de ces deux choses ne peut se faire sans le corps. Il y a plus ; je ne peux pas même affirmer que moi, en tant que je doute, je puisse sentir. Comme en effet les pieds servent pour marcher, ainsi les yeux pour voir, et les oreilles pour entendre. Mais comme je n’ai aucun de ces organes, parce que je n’ai pas de corps, je ne puis pas dire que je sente. Outre cela, j’ai autrefois en rêve cru sentir beaucoup de choses que je ne sentais pas réellement, et comme j’ai résolu de n’admettre ici que ce qui est tellement vrai que je n’en puisse douter, je ne puis dire que je sois quelque chose de sentant, c’est-à-dire qui voie des yeux et entende des oreilles. Il pourrait se faire en effet que je crusse sentir, quoiqu’il ne se passât aucune de ces choses.

EUDOXE.

Je ne peux m’empêcher de vous arrêter ici, non pour vous détourner du chemin, mais pour vous encourager, et vous faire examiner ce que peut faire le bon sens, pourvu qu’il soit bien dirigé. En effet, dans tout ceci y a-t-il rien qui ne soit exact, qui ne soit légitimement conclu, ni bien déduit de ce qui précède ? Or, tout cela se dit et se fait sans logique, sans règle, sans formule d’argumentation, avec la seule lumière de la raison et avec un sens droit, qui, agissant seul et par lui-même, est moins exposé à l’erreur que quand il cherche avec inquiétude à suivre mille routes diverses, que l’art et la paresse humaine ont trouvées, moins pour le perfectionner que pour le corrompre. Épistémon même paraît ici de notre avis ; en effet, en ne disant rien, il donne à entendre qu’il approuve ce que nous avons dit. Continuez donc, Polyandre, et montrez-lui jusqu’où le bon sens peut aller, et en même temps quelles conséquences on peut déduire de notre principe.

POLYANDRE.

De tous les attributs que je m’étais donnés, il n’en reste plus qu’un à examiner, c’est la pensée ; et je vois que c’est le seul que je ne puisse séparer de moi-même. Car s’il est vrai que je doute, ce dont je ne puis douter, il est également vrai que je pense ; car qu’est-ce que douter, si ce n’est penser d’une certaine manière ? et de fait, si je ne pensais pas, je ne pourrais savoir si je doute, ni si j’existe. Je suis cependant, et je sais que je suis, et je le sais parce que je doute, c’est-à-dire parce que je pense. Il y a mieux, il se pourrait faire que si je cessais un instant de penser, je cessasse en même temps d’être. Aussi la seule chose que je ne puis séparer de moi, que je sais certainement être moi, et que je puis maintenant affirmer sans crainte de me tromper, cette seule chose, dis-je, c’est que je suis quelque chose de pensant.

EUDOXE.

Que vous semble, Épistémon, de ce que vient, de dire Polyandre ? Trouvez-vous dans son raisonnement quelque chose qui cloche, ou qui ne soit pas conséquent ? Auriez-vous cru qu’un homme illettré et qui n’avait jamais étudié dut raisonner si bien, et suivre ses idées avec tant de rigueur ? Ici, si je ne me trompe, il faut que vous commenciez à voir que celui qui saura se servît convenablement du doute, pourra en déduire des connaissances très certaines, il y a mieux, plus certaines et plus utiles que celles qu’on dérive de ce grand principe que nous établissons ordinairement comme la base ou le centre auquel tous les autres principes se ramènent et aboutissent, il est impossible qu’une seule et même chose soit et ne soit pas. J’aurai peut-être occasion de vous en démontrer l’utilité. Mais n’interrompons pas le discours de Polyandre, et ne nous écartons pas de notre sujet ; et vous, voyez si vous n’avez pas quelque chose à dire ou quelque objection à faire.

ÉPISTÉMON.

Puisque vous me prenez à partie, et que même vous me piquez, je vais vous montrer ce que peut la logique irritée, et en même temps j’élèverai des embarras et des obstacles tels, que Don seulement Polyandre, mais encore vous-même aurez bien de la peine à vous en tirer. N’allons donc pas plus loin, mais arrêtons-nous ici, et examinons sévèrement vos principes et vos conséquences. En effet, avec le secours de la vraie logique, d’après vos principes mêmes, je démontrerai que tout ce qu’a dit Polyandre ne repose pas sur un fondement légitime, et ne conclut rien. Vous dites que vous êtes, et que vous savez que vous êtes, que vous le savez parce que vous doutez et parce que vous pensez. Mais savez-vous ce que c’est que douter, ce que c’est que penser ? Et, comme vous ne voulez rien admettre dont vous ne soyez certain, et que vous ne connaissiez parfaitement, comment pouvez-vous être certain que vous êtes, en partant de données si obscures et conséquemment si peu certaines ? Il aurait donc fallu d’abord apprendre à Polyandre ce que c’est que le doute, ce que c’est que la pensée, ce que c’est que l’existence, afin que son raisonnement pût avoir la force d’une démonstration, et qu’il pût d’abord se comprendre lui-même, avant de se donner à comprendre aux autres.

POLYANDRE.

Cela passe ma portée, aussi j’abandonne la partie, vous laissant débrouiller ce nœud avec Épistémon.

EUDOXE.

Cette fois je m’en charge avec plaisir, mais à cette condition que vous serez juge de notre différent ; car je n’ose pas espérer qu’Épistémon se rende à mes raisons. Celui qui, comme lui, est plein d’opinions toutes faites et prévenu de cent préjugés, peut difficilement se livrer à la seule lumière de la nature ; il s’est depuis longtemps accoutumé à céder à l’autorité plutôt qu’à prêter l’oreille à la voix de sa propre raison. Il aime mieux interroger les autres, peser ce qu’ont écrit les anciens, que de se consulter lui-même sur le jugement qu’il doit porter ; et comme dès son enfance il a pris pour la raison ce qui n’était appuyé que sur l’autorité des préceptes, maintenant il donne son autorité pour une raison, et il veut se faire payer par les autres le tribut qu’autrefois il a payé aux autres. Mais j’aurai lieu d’être content, et je croirai avoir suffisamment répondu aux objections que vous a proposées Épistémon, si vous donnez votre assentiment à ce que je dirai, et si votre raison vous en convainc.

ÉPISTÉMON.

Je ne suis pas si rebelle ni si difficile à persuader, et l’on n’a pas tant de peine à me satisfaire que vous le pensez. Bien plus, quoique j’aie des raisons pour me défier de Polyandre, je désire volontiers remettre notre procès à son arbitrage ; et aussitôt qu’il vous donnera les mains, je vous promets de m’avouer vaincu. Mais il faut qu’il se garde de se laisser tromper et de tomber dans l’erreur qu’il reproche aux autres, c’est-à-dire de prendre pour un motif de persuasion l’estime qu’il a conçue pour vous.

EUDOXE.

You have already quite correctly recognized, by simply considering yourself as one who doubts, that you are not a physical body; and therefore that within yourself you find none of those parts that constitute the human “machine” – that is to say, you have no arms, no legs, no head, no eyes, no ears, and in short, no organ whatsoever that could serve any sensory function. But consider whether, in the same way, you cannot also reject all those things that you previously associated with your former notion of what a human being is. For, as you wisely observed, it was indeed a fortunate mistake that you made when you went beyond the limits of my question. Thanks to that mistake, you are now able to come to understand what you truly are – by discarding and rejecting everything that you clearly see does not belong to you, and by accepting only those things that undoubtedly belong to you, just as surely as you accept your own existence and your doubt.

Polyandrous.

I thank you for setting me back on the right path; I had already lost track of where I stood. I said at first that I am a complete being made up of arms, legs, a head, and all the other parts that constitute the human body, and that I walk, eat, perceive, and think. In order to consider myself simply as what I know myself to be, it was necessary for me to reject all these parts or members that make up the human “machine” – in other words, I had to consider myself without arms, without legs, without a head, in short, without a body at all. Yet it is true that what within me doubts is not what we call our body; therefore, it is also true that I, insofar as I doubt, neither eat nor walk, for neither of these things can be done without a body. Moreover, I cannot even claim that I, insofar as I doubt, am capable of perceiving anything. Just as feet are used for walking, eyes for seeing, and ears for hearing, I lack these organs because I have no body; therefore, I cannot say that I perceive anything. Furthermore, I have sometimes dreamed that I perceived many things that I did not actually experience. But since I have resolved to accept here only what is so true that I cannot doubt it, I cannot claim to be a being capable of perception – that is, to have eyes that see and ears that hear. It is indeed possible for me to believe that I perceive something, even when nothing of the sort is actually happening.

EUDOXE.

I cannot help but stop you here, not to lead you astray, but rather to encourage you and to urge you to consider what good sense can accomplish, provided it is properly guided. Indeed, in all of this, is there anything that is not accurate, that is not logically concluded or properly deduced from what has come before? Yet all of this is expressed and acted upon without logic, without rules, without any formal argumentation—only by the light of reason itself and through a straightforward approach. Such an approach, acting on its own and independently, is less prone to error than when one anxiously pursues countless different paths that art and human laziness have devised, often not to perfect but rather to corrupt reason. In our view, even Epistemon seems to agree here; for by saying nothing at all, he seems to approve of what we have said. So continue on, Polyandre, and show him how far good sense can take us—and also what conclusions can be drawn from our principles.

Polyandrous.

Of all the attributes I had attributed to myself, only one remains for examination: thought itself. And I see that this is the only one I cannot separate from myself. For if it is true that I doubt, then there must also be truth in the fact that I think; for what else is doubting but thinking in a certain way? Indeed, if I did not think, I would not be able to know whether I doubted or even whether I existed at all. Yet I am, and I know that I am, and I know this because I doubt—that is, because I think. Moreover, it is possible that if I were to cease thinking for a single moment, I would cease to exist as well. Therefore, the only thing I cannot separate from myself, the only thing I know with certainty to be me, and the only thing I can affirm without fear of being mistaken—this one thing, I say, is that I am something that thinks.

EUDOXE.

What do you think, Epistemon, about what Polyandre has just said? Do you find anything in his reasoning that is flawed or inconsistent? Would you have believed that an illiterate man who had never studied could reason so well and pursue his ideas with such rigor? Here, if I am not mistaken, you must begin to realize that one who knows how to use doubt properly can derive very certain knowledge from it—indeed, knowledge that is even more certain and useful than that which we usually derive from that fundamental principle which we regard as the base or center around which all other principles revolve. It is impossible for the same thing to be both and not be at the same time. Perhaps I will have the opportunity to demonstrate its usefulness to you. But let us not interrupt Polyandre’s speech or deviate from our subject; and you, please, say if you have anything to add or any objections to make.

EPISTEMON.

Since you are taking issue with me and even going so far as to provoke me, I will show you what irritated logic can accomplish. At the same time, I will present such obstacles and difficulties that even someone as versatile as Polyandre—and indeed you yourself—would find it exceedingly difficult to overcome them. Let us therefore stop here and examine your principles and their consequences carefully. Indeed, with the aid of true logic, and based on your own principles, I will demonstrate that everything Polyandre said lacks any legitimate foundation and leads to no meaningful conclusions. You claim to be what you are, and you say you know you are because you doubt and think. But do you truly understand what it means to doubt or to think? And since you refuse to admit anything of which you are not absolutely certain and fully aware, how can you be certain of your own existence, given such obscure and uncertain premises? It would have been necessary first to teach Polyandre what doubt, thought, and existence actually mean, so that his reasoning could possess the force of a demonstration—and so that he could first understand himself before attempting to make others understand him.

Polyandrous.

This is beyond my understanding, so I give up and leave it to you to resolve this issue with Epistemon.

EUDOXE.

This time, I am pleased to take on the task myself, but only on the condition that you act as the judge in our disagreement; for I dare not hope that Epistemon will accept my arguments. Someone who, like him, is filled with preconceived opinions and biased by a hundred prejudices can hardly rely solely on the light of nature to guide him; he has long been accustomed to yielding to authority rather than listening to the voice of his own reason. He prefers to question others and weigh what the ancients have written, rather than seeking his own judgment within himself. And since, from his childhood, he has regarded as reason what was merely based on the authority of established teachings, now he uses his own authority as if it were reason itself, and expects others to pay him the same respect that he once paid them. However, I would be satisfied, and I believe I have sufficiently addressed the objections raised by Epistemon, if you agree with what I have said and if your own reason convinces you of its validity.

EPISTEMON.

I am not so rebellious nor so difficult to persuade; it is not actually that hard to satisfy me, as you think. Indeed, although I have reasons to be wary of Polyandre, I am willing to submit our dispute to his judgment. Once he gives you his approval, I promise to admit defeat. But he must be careful not to be deceived himself and to fall into the same mistake he accuses others of making—namely, to regard the respect he feels for you as a valid reason for persuasion.

EUDOXE.

Avete già riconosciuto chiaramente, considerandovi semplicemente persone che dubitano, di non essere un corpo fisico; e quindi di non possedere in voi alcuna delle parti che compongono il “meccanismo umano”: né braccia, né gambe, né testa, né occhi, né orecchie, né alcun organo che possa servire a qualche senso. Ma riflettete: non potete forse allo stesso modo scartare tutte quelle cose che in precedenza consideravate parte della vostra concezione dell’uomo? Poiché, come avete osservato saggiamente, è stata proprio un’“errore fortunata” quella che avete commesso, superando i limiti della mia domanda. Grazie a essa, infatti, potete giungere alla conoscenza di ciò che siete, eliminando e rifiutando tutto ciò che chiaramente non vi appartiene, e ammettendo soltanto ciò che vi appartiene in modo inevitabile, con la stessa certezza con cui conoscete la vostra esistenza e il vostro dubbio.

Poliandre.

Vi ringrazio per avermi rimesso sulla giusta strada; ormai non sapevo più dove mi trovassi. All’inizio avevo detto di essere un insieme completo di braccia, gambe, testa e tutte le parti che compongono il corpo umano, e che camminavo, mangiavo, sentivo e pensavo. Tuttavia, per considerarmi semplicemente ciò che so di essere, è stato necessario rifiutare tutte queste parti o questi organi che costituiscono la “macchina umana”; in altre parole, ho dovuto considerarmi senza braccia, senza gambe, senza testa, insomma senza corpo. Ebbene, è vero che ciò che in me dubita non è ciò che definiamo il nostro corpo; quindi è anche vero che io, in quanto dubito, non mangio, non cammino, poiché nessuna di queste attività può avvenire senza un corpo. Ancora di più: non posso nemmeno affermare di poter sentire, in quanto dubito. Infatti, i piedi servono per camminare, gli occhi per vedere e le orecchie per ascoltare; ma poiché non possiedo nessuno di questi organi, perché non ho un corpo, non posso dire di sentire nulla. Inoltre, in passato ho sognato di percepire molte cose che in realtà non esistevano. E poiché ho deciso di ammettere qui soltanto ciò che è così vero da non poter essere messo in dubbio, non posso dire di essere qualcosa che possa sentire, cioè qualcuno che abbia occhi per vedere e orecchie per ascoltare. Potrebbe infatti accadere che io creda di sentire, anche se in realtà nulla di tutto ciò si sta verificando.

EUDOCE.

Non posso fare a meno di fermarvi qui, non per deviarvi dal vostro cammino, ma per incoraggiarvi e farvi riflettere su ciò che il buon senso può realizzare, purché sia guidato correttamente. Infatti, in tutto questo non c’è nulla che non sia esatto, che non derivi legittimamente da quanto precede. Eppure tutto ciò viene detto e fatto senza logica, senza regole, senza formule argomentative, soltanto alla luce della ragione e con un senso retto che, agendo da solo, è meno esposto all’errore rispetto a quando cerca, con inquietudine, di seguire mille vie diverse – quelle trovate dall’arte e dalla pigrizia umana, più volte utilizzate non per perfezionarlo, ma per corromperlo. Anche Epistemon, a nostro parere, sembra approvare ciò che abbiamo detto. Poiché, senza dire nulla, lascia intendere di essere d’accordo con noi. Continuate quindi, Polyandro: mostrategli fino a dove può portare il buon senso, e quali conseguenze si possono trarre dal nostro principio.

Poliandre.

Di tutti gli attributi che mi ero dato, ne rimane solo uno da esaminare: il pensiero; e vedo che è l’unico che non posso separare da me stesso. Perché, se è vero che dubito, ciò di cui non posso dubitare è altrettanto vero: penso. Che cos’è infatti dubitare, se non pensare in un certo modo? E in effetti, se non pensassi, non potrei sapere se dubito o se esisto. Sono tuttavia; so di essere, e lo so perché dubito, cioè perché penso. C’è di più: potrebbe accadere che, se smettessi un istante di pensare, smettessi contemporaneamente anche di esistere. Quindi l’unica cosa che non posso separare da me stesso, che so con certezza essere me stesso, e che posso ora affermare senza paura di sbagliarmi, questa unica cosa è che sono qualcosa di pensante.

EUDOCE.

Che ne pensate, Epistemon, di ciò che sta dicendo Polyandre? Trovate nel suo ragionamento qualcosa che non quadri o che non sia coerente? Avreste mai creduto che un uomo ignorante e che non avesse mai studiato potesse ragionare in questo modo e seguire le proprie idee con tale rigore? Qui, se non mi sbaglio, dovete iniziare a capire che colui che sa utilizzare correttamente il dubbio può trarne conoscenze molto certe, anzi, più certe e più utili di quelle che derivano da quel grande principio che di solito consideriamo la base o il centro attorno al quale tutti gli altri principi si riconducono. È impossibile che una stessa cosa sia e non sia allo stesso tempo. Forse avrò l’occasione di dimostrarvi l’utilità di questo concetto. Ma non interrompiamo il discorso di Polyandre e non ci allontaniamo dal nostro argomento; voi, dite pure se avete qualcosa da aggiungere o qualche obiezione da sollevare.

EPISTÉMO.

Poiché mi prendete di parte e persino mi offendetevi, vi mostrerò cosa può la logica irritata. E allo stesso tempo solleverò ostacoli così insormontabili che nemmeno Don Polyandre, ma nemmeno voi stessi riuscireste a superarli. Pertanto, smettiamola qui e esaminiamo seriamente i vostri principi e le loro conseguenze. Infatti, con l’aiuto della vera logica, e partendo proprio dai vostri principi, dimostrerò che tutto ciò che ha detto Polyandre non si basa su fondamenti legittimi e non conduce a alcuna conclusione valida. Dite di essere, e sapete di esserlo, ma sapete davvero cosa significhi dubitare, cosa significhi pensare? E poiché non volete ammettere nulla di ciò di cui non siate certi, e che non conosciate perfettamente, come potete essere sicuri di esistere, partendo da dati così oscuri e quindi così incerti? Avrebbe quindi dovuto prima insegnare a Polyandre cosa sia il dubbio, cosa sia il pensiero, cosa sia l’esistenza, affinché il suo ragionamento potesse avere la forza di una dimostrazione, e affinché potesse prima comprendere se stesso, prima di cercare di farlo comprendere agli altri.

Poliandre.

Questo va oltre le mie capacità, quindi rinuncio e vi lascio risolvere questo problema insieme a Epistemon.

EUDOCE.

Questa volta mi occuperò volentieri di questa questione, ma a condizione che siate voi a giudicare il nostro disaccordo; poiché non oso sperare che Epistemon accetti le mie ragioni. Chi, come lui, è pieno di opinioni preconcepite e influenzato da centinaia di pregiudizi, difficilmente può affidarsi esclusivamente alla luce della natura; si è da tempo abituato a cedere all’autorità piuttosto che ascoltare la voce della propria ragione. Preferisce interrogare gli altri, valutare ciò che hanno scritto gli antichi, piuttosto che riflettere da solo sul giudizio che deve emettere; e poiché fin dall’infanzia ha considerato come ragione ciò che in realtà si basava soltanto sull’autorità degli insegnamenti altrui, ora utilizza la propria autorità al posto della ragione stessa, e vuole che gli altri paghino il tributo che un tempo lui stesso ha pagato ad altri. Tuttavia, sarò soddisfatto e crederò di aver risposto a sufficienza alle obiezioni sollevate da Epistemon, se voi acconsentirete a ciò che dirò e se la vostra ragione vi convincerà della loro validità.

EPISTÉMO.

Non sono così ribelle né così difficile da convincere; in realtà, non è così complicato soddisfare i miei desideri come voi pensiate. Anzi, anche se ho motivi per diffidare di Polyandre, sono disposto ad affidare il nostro conflitto al suo arbitrio; e non appena mi darà ragione, vi prometto che ammetterò di essere stato sconfitto. Tuttavia, deve fare attenzione a non lasciarsi ingannare e a non cadere nell’errore che rimprovera agli altri: cioè a considerare come motivo persuasivo l’affetto che prova per voi.

EUDOCE.

S’il venait à s’appuyer sur un si faible fondement y il entendrait mal ses intérêts, et je promets qu’il y prendra garde. Mais revenons à notre sujet. Je suis bien de votre avis, Épistémon, qu’il faut savoir ce que c’est que le doute, ce que c’est que la pensée, avant d’être pleinement convaincu de la vérité de ce raisonnement, Je doute, donc je suis ; ou, ce qui revient au même, Je pense, donc je suis. Mais n’allez pas vous imaginer qu’il faille, pour le savoir, faire violence à notre esprit, et le mettre à la torture pour connaître le genre le plus proche, et la différence essentielle, et en composer une définition en règle. Il faut laisser tout cela à celui qui veut faire le professeur, ou disputer dans les écoles. Mais quiconque veut examiner les choses par lui-même, et en juger selon qu’il les conçoit, ne peut être assez : privé d’esprit pour ne pas voir clairement, toutes les fois qu’il voudra y faire attention, ce que c’est que le doute, la pensée, l’existence, et pour avoir besoin d’en apprendre les distinctions. En outre, il est des choses que nous rendons plus obscures, en voulant les définir, parce que, comme elles sont très simples et très claires, nous ne pouvons pas les savoir et les comprendre mieux que par elles-mêmes. Il y a plus, il faut mettre au nombre des principales erreurs qui peuvent être commises dans les sciences, l’opinion de ceux qui veulent définir ce qu’on ne peut que concevoir, et distinguer ce qui est clair d’avec ce qui est obscur, et qui en même temps ne peuvent discerner ce qui pour être connu exige et mérite d’être défini de ce qui peut être parfaitement connu par soi-même. Or, au nombre des choses qui sont en elles-mêmes aussi claires, et peuvent être connues par elles-mêmes, il faut mettre le doute, la pensée, l’existence.

Je ne pense pas qu’il ait jamais existé quelqu’un d’assez stupide pour avoir eu besoin d’apprendre ce que c’est que l’existence avant de pouvoir conclure et affirmer qui il est ; il en est de même de la pensée et du doute. J’ajoute même qu’il ne peut se faire qu’on apprenne ces choses autrement que de soi-même, et qu’on en soit persuadé autrement que par sa propre expérience, et par cette conscience et ce témoignage intérieur que chacun trouve en lui-même quand il examine les choses. En vain nous définirions ce que c’est que le blanc pour le faire comprendre à celui qui ne verrait absolument rien, tandis que pour le connaître il ne faut qu’ouvrir les yeux et voir du blanc ; de même, pour connaître ce qu’est le doute et ce qu’est la pensée, il faut seulement douter et penser. Cela nous apprend tout ce que nous pouvons en savoir, et nous en dit plus que les définitions même les plus exactes. Il est donc vrai que Polyandre a dû connaître ces choses avant de pouvoir tirer les conclusions qu’il a avancées ; mais, puisque nous l’avons choisi pour juge, demandons-lui s’il a jamais ignoré ce que c’est.

POLYANDRE.

Certes j’avoue que c’est avec le plus grand plaisir que je vous ai entendu discuter sur une chose que vous n’avez pu savoir que de moi, et ce n’est pas sans quelque joie que je vois, du moins en cette occasion, qu’il faut, moi, me reconnaître pour votre maître, et vous, vous reconnaître pour mes disciples. Aussi, pour vous ôter tous deux de peine, et résoudre promptement votre difficulté (on dit en effet d’une chose qu’elle est promptement faite lorsqu’elle arrive avant d’être espérée et attendue), je puis affirmer pour certain que je n’ai jamais douté de ce qu’est le doute, quoique je n’aie commencé à le connaître, ou plutôt à y penser, qu’au moment où Épistémon a voulu le mettre en doute. Vous ne m’avez pas plus tôt montré le peu de certitude que nous avons de l’existence des choses qui ne nous sont connues que par le témoignage des sens, que j’ai commencé d’en douter, et cela m’a suffi pour me faire connaître le doute et en même temps la certitude, de telle sorte que je puis affirmer qu’aussitôt que j’ai commencé à douter, j’ai commencé à connaître avec certitude ; mais mon doute et ma certitude ne se rapportaient pas aux mêmes objets : mon doute ne regardait que les choses qui existaient hors de moi, ma certitude regardait moi et mon doute. Eudoxe disait donc vrai quand il avançait qu’il est des choses que, nous ne pouvons apprendre sans les voir ; de même, pour apprendre ce qu’est le doute, ce qu’est la pensée, il ne faut que penser et douter soi-même. Il en est ainsi de l’existence : il ne faut que savoir ce qu’on entend par ce mot ; on sait tout aussitôt ce que c’est, autant du moins qu’on peut le savoir, et il n’est pas ici besoin d’une définition qui embrouillerait plutôt qu’elle n’éclaircirait la chose.

ÉPISTÉMON.

Puisque Polyandre est content, je donne aussi mon assentiment, et je ne pousserai pas la dispute plus loin. Cependant je ne vois pas que depuis deux heures que nous sommes ici et que nous raisonnons, il ait beaucoup avancé. Tout ce que Polyandre a appris à l’aide de cette belle méthode que vous vantez tant, consiste tout simplement en ce qu’il doute, en ce qu’il pense, et en ce qu’il est quelque chose de pensant. Belle connaissance, en vérité ! Voilà bien des paroles pour peu de choses ! on eût pu en dire autant en quatre mots, et nous y eussions donné tous notre assentiment. Quant à moi, s’il me fallait employer autant de paroles et de temps pour apprendre une chose d’une aussi petite importance, j’avoue que je ne m’y résignerais qu’avec peine. Nos maîtres nous en disent beaucoup plus ; ils sont bien plus confiants : il n’est rien qui les arrête ; ils prennent tout sur eux et décident de tout. Rien ne les détourne de leur dessein, rien ne les étonne, quoi qu’il arrive ; lorsqu’ils se sentent trop pressés, une équivoque ou le distinguo les sauvent de tout embarras. Bien plus, soyez certain que leur méthode sera toujours préférée à la vôtre, qui doute de tout, et qui craint tellement de broncher, qu’en piétinant sans cesse elle n’avance jamais.

EUDOXE.

Je n’ai jamais eu dessein de prescrire à quelque homme que ce fût la méthode qu’il doit suivre dans la recherche de la vérité, mais seulement d’exposer celle dont je me suis servi, afin que, si on la trouve mauvaise, on la repousse ; si on la trouve bonne et utile, d’autres s’en servent aussi ; et j’ai toujours laissé au jugement de chacun liberté entière de la rejeter ou de l’admettre. Si l’on dit maintenant qu’elle m’a peu avancé, c’est à l’expérience d’en décider ; et je suis certain, pour peu que vous continuiez de me prêter votre attention, que vous avouerez vous-mêmes que nous ne pouvons pas prendre trop de précaution pour établir nos bases, et qu’une fois qu’elles seront bien fixées nous pousserons les conséquences plus loin et avec beaucoup plus de facilité que nous n’eussions osé nous le promettre ; de telle sorte que je pense que toutes les erreurs qui arrivent dans les sciences viennent de ce que nous avons en commençant porté des jugements trop précipités, en admettant comme principes des choses obscures, et dont nous n’avions aucune notion claire et distincte. C’est là une vérité qui prouve le peu de progrès que nous avons faits dans les sciences dont les principes sont certains et connus de tous ; car au contraire, dans les autres, dont les principes sont obscurs ou incertains, ceux qui voudront sincèrement énoncer leur pensée seront forcés d’avouer qu’après y avoir employé beaucoup de temps et lu beaucoup de gros volumes, ils reconnaissent qu’ils ne savent rien et n’ont rien appris. Qu’il ne vous paraisse donc pas étonnant, mon cher Épistémon, si, voulant conduire Polyandre dans la voie plus sûre qui m’a mené à la connaissance, je sois tellement soigneux et tellement exact que je ne tienne pour vrai que ce dont je suis certain, savoir les propositions suivantes, Je suis, Je pense, Je suis une chose pensante.

ÉPISTÉMON.

Vous me paraissez ressembler à ces auteurs qui retombent toujours sur leurs pieds, tant vous revenez sans cesse à votre principe, cependant si vous allez de ce pas vous n’irez ni loin, ni vite. Comment, en effet, trouverez-vous toujours des vérités dont vous soyez aussi certain que de votre existence ?

EUDOXE.

If one were to base oneself on such a fragile foundation, one would fail to grasp the true nature of one’s own interests, and I promise that such a person would take great care to avoid it. But let us return to our topic. I entirely agree with you, Epistemon: it is essential to understand what doubt is and what thought is before we can be fully convinced of the truth of this reasoning. “I doubt, therefore I am”; or, in other words, “I think, therefore I am.” But do not imagine that to understand these concepts, we must torment our minds or subject them to rigorous analysis in order to discern their closest similarities and essential differences and to formulate precise definitions. Such tasks are better left to those who wish to teach or debate in academic circles. As for those who wish to examine things for themselves and judge them according to their own understanding, they need nothing more than a clear and unclouded mind—nothing less will enable them to see clearly what doubt, thought, and existence truly are, whenever they choose to focus on these matters. Moreover, in attempting to define certain concepts, we often make them even more obscure, for things that are inherently simple and clear can be understood best not through definition but through direct experience. Furthermore, among the most serious errors one can commit in the pursuit of knowledge, there is the notion held by those who try to define what can only be conceived, or to distinguish between what is clear and what is obscure, when in fact it is impossible to clearly distinguish what requires definition from what can be understood without any assistance. And among the things that are inherently clear and can be known directly, doubt, thought, and existence certainly belong.

I do not think that there has ever existed anyone stupid enough to need to learn what existence actually is before being able to conclude and affirm who they are; the same holds true for thought and doubt. I would even go further to say that it is impossible to learn these things in any other way but through one’s own experience, and through that consciousness and inner testimony that everyone possesses when they examine things for themselves. In vain would we try to define what white is to someone who cannot see anything at all; to understand it, one simply needs to open their eyes and see white. Similarly, to understand what doubt and thought are, one merely needs to doubt and think. This process teaches us everything we can possibly know about them, and tells us more than even the most precise definitions could ever do. It is therefore true that Polyandre must have understood these things before he was able to draw the conclusions he did; but since we have chosen him as our judge, let us ask him whether he ever knew anything else but these truths.

Polyandrous.

Indeed, I must admit that it gave me the greatest pleasure to hear you discuss a matter that you could have known only from me. And it fills me with some joy, at least on this occasion, to see that I must be recognized as your master, and you as my disciples. Therefore, in order to save you both the trouble and to resolve your difficulty promptly—for one thing is said to be done quickly when it happens before it is expected or anticipated—I can affirm with certainty that I have never doubted what doubt actually is, even though I only began to understand it, or rather to contemplate it, at the moment when Epistemon tried to subject it to doubt. The moment you showed me how little certainty we possess regarding the existence of things that are known to us only through the testimony of our senses, I began to doubt them—and that was enough for me to come to understand both doubt and certainty at the same time. Thus, I can assert that as soon as I began to doubt, I also began to know with certainty; but my doubt and my certainty did not refer to the same objects: my doubt pertained only to things that existed outside of me, while my certainty concerned me and my own doubt. Eudoxe was therefore right when he said that there are things which we can learn about without seeing them; likewise, in order to understand what doubt and thought are, one simply needs to think and doubt for oneself. The same is true of the concept of existence: one only needs to understand what this word means, and immediately one knows what it is—at least as much as one can possibly know it—and there is no need here for a definition that would only confuse rather than clarify the matter.

EPISTEMON.

Since Polyandre is satisfied, I too give my consent and will not press the matter any further. However, I do not see that, in these two hours that we have been here discussing this, much progress has been made. All that Polyandre has learned through this so-called “beautiful method” that you praise so highly amounts to simply doubting, thinking, and being something that thinks—what a meager understanding indeed! Such lengthy words for so little substance; it could have all been expressed in just four words, and we would have all agreed with them. As for me, if I were to spend so much time and effort to learn something of such minor importance, I must admit that I would hardly be willing to do so. Our masters tell us far more; they are far more confident—they are not deterred by anything; they take on everything and decide everything themselves. Nothing stops them from pursuing their goals; nothing surprises them, no matter what happens. When they feel pressed for time, an ambiguity or a subtle distinction saves them from any difficulty. Moreover, be assured that their method will always be preferable to yours—your method, which doubts everything and is so afraid of making a mistake that it never makes any progress at all.

EUDOXE.

I have never intended to prescribe to any particular person the method he should follow in seeking the truth; rather, my aim has been merely to present the method I myself used, so that if it is deemed inadequate, it can be rejected; and if it is found to be good and useful, others may also employ it. I have always left it entirely up to each individual’s judgment to reject or accept it. If one now claims that this method has brought me little progress, let experience be the ultimate arbiter in that matter. I am certain that as long as you continue to pay attention to what I say, you will yourselves acknowledge that we cannot be too cautious in establishing our foundations. Once these foundations are firmly laid, we will be able to advance further and with much greater ease than we might have dared to hope. In fact, I believe that all the errors that occur in the sciences stem from the fact that we too hastily form judgments at the beginning, accepting as principles things that are obscure and about which we possess no clear or distinct understanding. This is a truth that illustrates how little progress we have actually made in those sciences whose principles are certain and well-known to all. On the contrary, in other sciences where the principles are obscure or uncertain, those who sincerely seek to express their thoughts will inevitably admit that after spending much time and studying numerous volumes, they still know nothing and have learned nothing at all. Therefore, my dear Epistemon, it should not surprise you if I am so careful and precise in guiding Polyandre along the safer path that led me to knowledge—only accepting as true what I am certain of, namely these propositions: “I am,” “I think,” “I am a thinking thing.”

EPISTEMON.

You seem to me to resemble those authors who always manage to recover from setbacks, for you constantly return to your fundamental principles; however, if you proceed in this manner, you will neither go far nor fast. After all, how can you always find truths about which you are as certain as you are of your own existence?

EUDOXE.

Se si basasse su un fondamento così debole, non comprenderebbe correttamente i propri interessi; prometto che farà attenzione a questo. Ma torniamo al nostro argomento. Sono completamente d’accordo con te, Epistemon: è necessario conoscere cosa sia il dubbio, cosa sia il pensiero, prima di essere pienamente convinti della veridicità di questo ragionamento. “Dubito, quindi esisto”; o, in altre parole, “Penso, quindi esisto”. Ma non credete che per comprenderlo sia necessario costringere il proprio spirito, sottoporlo a torture per conoscere i concetti più vicini tra loro e le differenze essenziali, per poi formulare una definizione precisa. Lasciate tutto ciò a coloro che vogliono fare da professori o discutere nelle accademie. Chiunque, invece, voglia esaminare le cose da solo e giudicarle in base alla propria comprensione, non può essere considerato insufficientemente dotato: privo di spirito, non riuscirebbe mai a comprendere chiaramente cosa siano il dubbio, il pensiero, l’esistenza. E avrebbe bisogno di imparare le loro distinzioni. Inoltre, alcune cose diventano ancora più oscure quando cerchiamo di definirle; perché, essendo molto semplici e chiare, non possiamo comprenderle meglio se non attraverso esse stesse. Tra gli errori principali che si possono commettere nelle scienze, vi è senz’altro l’opinione di coloro che cercano di definire ciò che può essere soltanto concepito, e di distinguere ciò che è chiaro da ciò che è oscuro, senza riuscire a comprendere cosa richieda o meriti una definizione, rispetto a ciò che può essere conosciuto perfettamente da solo. E tra le cose che sono intrinsecamente chiare e possono essere comprese direttamente, vi sono il dubbio, il pensiero, l’esistenza.

Non credo che sia mai esistito qualcuno abbastanza stupido da aver bisogno di imparare cosa significhi esistere prima di poter trarre conclusioni e affermare chi fosse; lo stesso vale per il pensiero e il dubbio. Aggiungo persino che queste cose si possono apprendere soltanto attraverso la propria esperienza personale, e si può essere convinti della loro veridicità solo grazie a quella coscienza e a quel testimone interiore che ognuno possiede dentro di sé quando esamina le cose. Inutile sarebbe cercare di definire cosa sia il bianco per chi non riesce assolutamente a vederlo; per conoscerlo, basta semplicemente aprire gli occhi e vedere del bianco. Allo stesso modo, per comprendere cos’è il dubbio e il pensiero, basta semplicemente dubitare e pensare. Questo ci insegna tutto ciò che possiamo sapere su di essi, e ci dice persino più delle definizioni più precise. È quindi vero che Polyandro deve aver conosciuto queste cose prima di poter trarre le conclusioni che ha espresso; ma poiché lo abbiamo scelto come giudice, chiediamogli se abbia mai ignorato cosa significhi esistere.

Poliandre.

Certo, devo ammettere che è stato con grande piacere ascoltarvi discutere di una questione che avete potuto conoscere soltanto da me; e non posso fare a meno di provare gioia nel vedere, almeno in questa occasione, che io debba riconoscermi vostro maestro e voi i miei discepoli. Pertanto, per risparmiarvi entrambi sforzi e risolvere rapidamente la vostra difficoltà – si dice infatti che una cosa venga fatta in fretta quando accade prima ancora di essere attesa o sperata – posso affermare con certezza di non aver mai dubitato di ciò che il dubbio stesso sia, anche se ho iniziato a conoscerlo, o meglio, a rifletterci sopra, soltanto nel momento in cui Epistemon ha voluto metterlo in dubbio. Non appena mi avete mostrato quanto scarsa sia la certezza che abbiamo sull’esistenza delle cose che conosciamo solo attraverso il testimone dei sensi, ho iniziato a dubitarne; e questo mi è stato sufficiente per comprendere sia il dubbio che la certezza. Quindi posso affermare che non appena ho iniziato a dubitare, ho anche iniziato a conoscere con certezza; ma il mio dubbio e la mia certezza riguardavano oggetti diversi: il mio dubbio riguardava soltanto le cose che esistono al di fuori di me, mentre la mia certezza riguardava me stesso e il mio dubbio. Eudoxe aveva quindi ragione quando affermava che ci sono cose che possiamo conoscere senza vederle; allo stesso modo, per comprendere cosa sia il dubbio o il pensiero, basta semplicemente pensare e dubitare. Lo stesso vale per l’esistenza: basta capire cosa si intenda con questo termine, e immediatamente si sa cosa esso significhi, almeno nella misura in cui è possibile comprenderlo; non c’è quindi bisogno di una definizione che possa confondere piuttosto che chiarire la questione.

EPISTÉMO.

Poiché Polyandre è soddisfatto, anch’io do il mio consenso e non porterò la discussione oltre. Tuttavia, non vedo che, da quando siamo qui da due ore a discutere, sia stato ottenuto molto progresso. Tutto ciò che Polyandre ha imparato con questo metodo che voi lodate tanto consiste semplicemente nel dubitare, nel pensare, e nel essere qualcosa di pensante. Che bella “conoscenza”, davvero! Quante parole per così poco. Si sarebbero potute dire le stesse cose in quattro parole, e tutti avremmo dato il nostro consenso. Per quanto mi riguarda, se dovessi impiegare tante parole e tanto tempo per imparare qualcosa di così poco importante, ammetto che lo farei con difficoltà. I nostri maestri dicono molto di più; sono molto più fiduciosi: nulla li ferma; prendono tutto su di sé e decidono tutto loro. Nulla li distoglie dal loro proposito, nulla li sorprende, qualunque cosa accada. Quando si sentono troppo pressati, un’ambiguità o una distinzione li salvano da ogni imbarazzo. Inoltre, sappiate che il loro metodo sarà sempre preferibile al vostro: il vostro mette in dubbio tutto, teme di commettere errori, e così, pur procedendo con cautela estrema, non progredisce mai davvero.

EUDOCE.

Non ho mai avuto l’intenzione di prescrivere a nessuno il metodo da seguire nella ricerca della verità, ma soltanto di esporre quello che io stesso ho utilizzato; affinché, se qualcuno lo ritiene cattivo, possa respingerlo; se invece lo trova buono e utile, altri possano adottarlo anch’essi. Ho sempre lasciato completamente alla libertà di giudizio di ognuno decidere se accettarlo o rifiutarlo. Se ora si dice che questo metodo non mi abbia portato a grandi progressi, è l’esperienza stessa a doverne stabilire la veridicità; e sono certo che, se continuerete ad prestarmi attenzione, ammetterete voi stessi che non possiamo prendere abbastanza precauzioni nel stabilire le nostre basi, e che una volta queste ben consolidate, potremo portare avanti le nostre conclusioni con molta più facilità di quanto avessimo osato sperare. Tutti gli errori che si commettono nelle scienze derivano dal fatto che all’inizio formuliamo giudizi troppo affrettati, adottando come principi cose oscure e su cui non abbiamo alcuna nozione chiara e distinta. Questa è una verità che dimostra quanto poco progresso abbiamo fatto nelle scienze le cui basi sono certe e conosciute da tutti; al contrario, nelle altre scienze, le cui basi sono oscure o incerte, coloro che desiderano esprimere sinceramente il proprio pensiero saranno costretti ad ammettere che, dopo avervi dedicato molto tempo e letto molti libri, si rendono conto di non sapere nulla e di non aver imparato nulla. Quindi, caro Epistemon, non vi sorprenda se, volendo guidare Polyandre sulla strada più sicura che mi ha portato alla conoscenza, sono così attento e preciso da considerare vero soltanto ciò di cui sono certo, ovvero le seguenti proposizioni: “Io sono”, “Penso”, “Io sono una cosa pensante”.

EPISTÉMO.

Mi sembrate simile a quegli autori che riescono sempre a rialzarsi dopo gli insuccessi, poiché tornate costantemente al vostro principio fondamentale; tuttavia, se continuerete così, non arriverete né lontano né velocemente. Come potrete mai trovare verità di cui siate altrettanto certi quanto della vostra stessa esistenza?

EUDOCE.

Cela n’est pas si difficile que vous le pensez ; car toutes les vérités se suivent l’une l’autre, et sont unies par un lieu commun ; tout le secret consiste seulement à commencer par les premières et les plus simples, et à s’élever peu à peu, et comme par degrés, aux plus éloignées et aux plus composées. Maintenant, qui doutera que ce que j’ai posé comme principe ne soit la première des choses que nous puissions connaître avec quelque méthode ? Il est constant que nous ne pouvons en douter, quand même nous douterions de toutes les autres choses qui sont dans le monde. Comme donc nous sommes certains d’avoir bien commencé, pour ne pas nous tromper dans la suite, il faut donner tous nos soins, et c’est en effet ce que nous faisons, à n’admettre comme vrai que ce qui n’est pas sujet au moindre doute. Dans ce dessein, selon moi, il faut que nous laissions parler Polyandre ; comme il ne suit en effet d’autre marche que le sens commun, et que sa raison n’est corrompue par aucun préjugé, il est difficile qu’il soit trompé, ou au moins il s’en apercevrait facilement, et reviendrait sans peine dans le droit chemin. Écoutons-le donc parler, et développer les choses qu’il dit lui-même être contenues dans notre principe.

POLYANDRE.

Il y a tant de choses contenues dans l’idée d’un être pensant, qu’il nous faudrait des jours entiers pour les développer. Nous ne traiterons que des principales, et de celles qui peuvent en rendre la notion plus claire, et qui empêchent qu’on ne la confonde avec ce qui n’a pas de rapport avec elle. J’entends par être pensant…

(Le reste manque.)

FIN DE RECHERCHE DE LA VÉRITÉ PAR LES LUMIÈRES NATURELLES

It is not as difficult as you think; for all truths are interconnected and bound by a common foundation. The whole secret lies in beginning with the simplest and most fundamental principles and gradually progressing to more complex and distant ones. Now, who could doubt that what I have established as a principle is indeed the first step toward understanding anything in a systematic way? It is undeniable that we cannot doubt this, even if we were to doubt everything else in the world. Since we are certain that we have started correctly, in order not to go astray later on, we must devote all our attention to accepting only what is beyond any doubt. For this purpose, in my opinion, we should allow Polyandre to speak; for his reasoning follows nothing but common sense, and his judgment is not tainted by any prejudice. Therefore, it is unlikely that he would be misled—or at least, he would quickly realize it and easily return onto the right path. Let us listen to him as he elaborates on those ideas that he claims are inherent in our fundamental principle.

Polyandrous.

There is so much contained within the concept of a thinking being that it would take us entire days to explore it all. We will only consider the main aspects, those that can make this notion clearer and prevent it from being confused with things that have nothing to do with it. By “thinking being,” I mean.

(The rest is missing.)

END OF THE SEARCH FOR TRUTH THROUGH NATURAL LIGHTS

Non è così difficile come pensate; infatti tutte le verità seguono l’una dopo l’altra e sono collegate da un legame comune. Il segreto sta semplicemente nel partire dalle prime e più semplici verità, per poi salire gradualmente verso quelle più complesse e distanti. Ora, chi potrebbe dubitare che ciò che ho posto come principio non sia la prima delle cose che possiamo conoscere in modo metodico? È certo che non possiamo dubitarne, anche se dubitassimo di tutte le altre cose esistenti nel mondo. Poiché quindi siamo certi di aver iniziato correttamente, per non sbagliare nella prosecuzione del nostro percorso, dobbiamo prestare ogni attenzione a non ammettere come vero nulla che possa essere minimamente messo in dubbio. A questo scopo, secondo me, dovremmo lasciare che sia Polyandro ad esprimersi: poiché il suo ragionamento segue soltanto il senso comune e la sua logica non è contaminata da alcun pregiudizio, è improbabile che venga ingannato; in caso contrario, se ne accorgerebbe facilmente e tornerebbe senza difficoltà sulla retta strada. Ascoltiamolo quindi mentre esprime quelle idee che, secondo lui, derivano dal nostro principio fondamentale.

Poliandre.

Ci sono così tante cose contenute nell’idea di un essere pensante, che ci vorrebbero interi giorni per analizzarle tutte. Tratteremo soltanto le principali, quelle che possono rendere questa nozione più chiara e che evitano di confonderla con ciò che non ha alcun rapporto con essa. Con “essere pensante” intendo.

(Mancano le restanti parti del testo.)

Fine della ricerca della verità attraverso le LUCE NATURALI.