Rousseau
Abstract
Circular declarations on the falsification of his works by publishers, and a memoir on his own condition in old age and illness. Late biographical documents, without systematic philosophical content.
Testo originale francese · Arvensa Editions · pubblico dominio
Lorsque J J. Rousseau découvrit qu’on se cachait de lui pour imprimer furtivement ses écrits à Paris, et qu’on affirmait au public que c’était lui qui dirigeait ces impressions, il comprit aisément que le principal but de cette manœuvre était la falsification de ces mêmes écrits, et il ne tarda pas, malgré les soins qu’on prenait pour lui en dérober la connaissance, à se convaincre par ses yeux de cette falsification. Sa confiance dans le libraire Rey ne lui laissa pas supposer qu’il participât à ces infidélités, et en lui faisant parvenir sa protestation contre les imprimés de France, toujours faits sous le nom dudit Rey, il y joignit une déclaration conforme à l’opinion qu’il continuait d’avoir de lui. Depuis lors il s’est convaincu aussi par ses propres yeux, que les réimpressions de Rey contiennent exactement les mêmes altérations, suppressions, falsifications que celles de France, et que les unes et les autres ont été faites sur le même modèle et sous les mêmes directions. Ainsi ses écrits, tels qu’il les a composés et publiés, n’existant plus que dans la première édition de chaque ouvrage qu’il a faite lui-même, et qui depuis longtemps a disparu aux yeux du public, il déclare tous les livres anciens ou nouveaux, qu’on imprime et imprimera désormais sous son nom, en quelque lieu que ce soit, on faux ou altérés, mutilés et falsifiés avec la plus cruelle malignité, et les désavoue, les uns comme n’étant plus son ouvrage, et les autres comme lui étant faussement attribués. L’impuissance où il est de faire arriver ses plaintes aux oreilles du publie, lui fait tenter pour dernière ressource de remettre à diverses personnes des copies de cette déclaration, écrites et signées de sa main, certain que si dans le nombre il se trouve une seule âme honnête et généreuse qui ne soit pas vendue à l’iniquité, une protestation si nécessaire et si juste ne restera pas étouffée, et que la postérité ne jugera pas des sentiments d’un homme infortuné sur des livres défigurés par ses persécuteurs.
Fait à Paris, ce 23 janvier 1774
J. J. Rousseau[368]
III – Mémoire
Écrit au mois de février 1777, et depuis lors remis ou montré à diverses personnes[371].
Ma femme est malade depuis longtemps, et le progrès de son mal, qui la met hors d’état de soigner son petit ménage, lui rend les soins d’autrui nécessaires à elle-même quand elle est forcée à garder son lit. Je l’ai jusqu’ici gardée et soignée dans tontes ses maladies ; la vieillesse ne me permet plus le même service : d’ailleurs le ménage, tout petit qu’il est, ne se fait pas tout seul ; il faut se pourvoir au-dehors des choses nécessaires à la subsistance, et les préparer ; il faut maintenir la propreté dans la maison[372]. Ne pouvant remplir seul tous ces soins, j’ai été forcé, pour y pourvoir, d’essayer de donner une servante à ma femme. Dix mois d’expérience m’ont fait sentir l’insuffisance et les inconvénients inévitables et intolérables de cette ressource dans une position pareille à la nôtre. Réduits à vivre absolument seuls, et néanmoins hors d’état de nous passer du service d’autrui, il ne nous reste, dans les infirmités et l’abandon, qu’un seul moyen de soutenir nos vieux jours, c’est de prier ceux qui disposent de nos destinées de vouloir bien disposer aussi de nos personnes, et nous ouvrir quelque asile où nous puissions subsister à nos frais, mais exempts d’un travail qui désormais passe nos forces ; et de détails et de soins dont nous ne sommes plus capables.
Du reste, de quelque façon qu’on me traite, qu’on me tienne en clôture formelle, ou en apparente liberté, dans un hôpital, ou dans un désert, avec des gens doux ou durs, faux ou francs (si de ceux-ci il en est encore), je consens à tout, pourvu qu’on rende à ma femme les soins que son état exige, et qu’on me donne le couvert, le vêtement le plus simple, et la nourriture la plus sobre jusqu’à la fin de mes jours, sans que je ne sois plus obligé de me mêler de rien. Nous donnerons pour cela ce que nous pouvons avoir d’argent, d’effets et de rentes ; et j’ai lieu d’espérer que cela pourra suffire dans des provinces où les denrées sont à bon marché, et dans des maisons destinées à cet usage, où les ressources de l’économie sont connues et pratiquées, surtout en me soumettant, connue je fais de bon cœur, à un régime proportionné à mes moyens.
Je crois ne rien demander en ceci qui, dans une aussi triste situation que la mienne, s’il en peut être, se refuse parmi les humains ; et je suis même bien sûr que cet arrangement, loin d’être onéreux à ceux qui disposent de mon sort, leur vaudrait des épargnes considérables et de soucis et d’argent. Cependant l’expérience que j’ai du système qu’on suit à mon égard me fait douter que cette faveur me soit accordée : mais je me dois de la demander ; et, si elle m’est refusée, j’en supporterai plus patiemment dans ma vieillesse les angoisses de ma situation en me rendant le témoignage d’avoir fait ce qui dépendait de moi pour les adoucir.
IV Fragment
Trouvé parmi les papiers de Jean-Jacques Rousseau.
Quiconque, sans urgente nécessité, sans affaires indispensables, recherche, et même jusqu’à l’importunité, un homme dont il pense mal, sans vouloir s’éclaircir avec lui de la justice ou de l’injustice du jugement qu’il en porte, soit qu’il se trompe ou non dans ce jugement, est lui-même un homme dont il faut mal penser.
Cajoler un homme présent et le diffamer absent est certainement la duplicité d’un traître, et vraisemblablement la manœuvre d’un imposteur.
Dire en se cachant d’un homme pour le diffamer, que c’est par ménagement pour lui qu’on ne veut pas le confondre, c’est faire un mensonge non moins inepte que lâche. La diffamation étant le pire des maux civils et celui dont les effets sont les plus terribles, s’il était vrai qu’on voulût ménager cet homme, on le confondrait, on le menacerait peut-être de le diffamer, mais on n’en ferait rien. On lui reprocherait son crime en particulier en le cachant à tout le monde ; mais le dire à tout le monde en le cachant à lui seul, et feindre encore de s’intéresser à lui, est le raffinement de la haine, le comble de la barbarie et de la noirceur.
Faire l’aumône par supercherie à quelqu’un malgré lui, n’est pas le servir, c’est l’avilir ; ce n’est pas un acte de bonté, c’en est un de malignité, surtout si, rendant l’aumône mesquine, inutile, mais bruyante, et inévitable à celui qui en est l’objet, on fait discrètement en sorte que tout le monde en soit instruit, excepté lui. Cette fourberie est non seulement cruelle, mais basse. En se couvrant du masque de la bienfaisance, elle habille en vertu la méchanceté, et, par contrecoup, en ingratitude, l’indignation de l’honneur outragé.
Le don est un contrat qui suppose toujours le consentement des deux parties. Un don fait par force ou par ruse, et qui n’est pas accepté, est un vol. Il est tyrannique, il est horrible de vouloir faire en trahison un devoir de la reconnaissance à celui dont on a mérité la haine et dont on est justement méprisé.
L’honneur étant plus précieux et plus important que la vie, et rien ne la rendant plus à charge que la perte de l’honneur, il n’y a aucun cas possible où il soit permis de cacher à celui qu’on diffame, non plus qu’à celui qu’on punit de mort, l’accusation, l’accusateur et ses preuves. L’évidence même est soumise à cette indispensable loi : car si toute la ville avait vu un homme en assassiner un autre, encore ne ferait-on point mourir l’accusé sans l’interroger et l’entendre : autrement il n’y aurait plus de sûreté pour personne, et la société s’écroulerait par ses fondements. Si cette loi sacrée est sans exception, elle est aussi sans abus, puisque toute l’adresse d’un accusé ne peut empêcher qu’un délit démontré ne continue à l’être, ni le garantir en pareil cas d’être convaincu : mais sans cette conviction l’évidence ne peut exister. Elle dépend essentiellement des réponses de l’accusé, ou de son silence, parce qu’on ne saurait présumer que des ennemis, ni même des indifférents, donneront aux preuves du délit la même attention à saisir le faible de ces preuves, ni les éclaircissements qui les peuvent détruire, que l’accusé peut naturellement y donner : ainsi personne n’a droit de se mettre à sa place pour le dépouiller du droit de se défendre en s’en chargeant sans son aveu ; et ce sera beaucoup même si quelquefois une disposition secrète ne fait pas voir à ces gens, qui ont tant de plaisir à trouver l’accusé coupable, cette prétendue évidence où lui-même eût démontré l’imposture s’il avait été entendu.
When J.-J. Rousseau discovered that people were secretly printing his writings in Paris while concealing their true intentions from him, and that the public was led to believe it was he who supervised these publications, he quickly realized that the main purpose of this scheme was to falsify his own works. Despite the efforts made to keep him in ignorance of what was happening, he soon witnessed firsthand the evidence of these falsifications. His trust in bookseller Rey did not lead him to suspect that Rey was involved in such deceitful practices. Therefore, when he sent Rey a protest against the publications still being issued in his name, he included a statement reflecting his true views about him. Since then, he has also seen for himself that the reprints made by Rey contained exactly the same alterations, omissions, and falsifications as those in France, and that both sets of prints were produced using the same methods and under similar directives. As his original writings exist only in the first editions he personally prepared—editions that have long since disappeared from public view—he declares that all future books published in his name, whether old or new, are false, altered, and mutilated through the most cruel malice. He rejects them all, declaring some to be no longer his work and others to be falsely attributed to him. Unable to bring his complaints to the attention of the public, he resorts to another means: distributing copies of this declaration, written and signed by his own hand, in the hope that some honest and generous person will not allow such a just and necessary protest to go unheard. He believes that future generations will judge the sentiments of this unfortunate man based on the books that have been distorted by his persecutors.
Made in Paris on this 23rd of January 1774.
J. J. Rousseau[368]
III – Memory
Written in February 1777, and since then shown or presented to various individuals[371].
My wife has been ill for a long time, and the progression of her illness, which prevents her from taking care of our small household, means that she now requires assistance to meet her own needs when forced to stay in bed. I have taken care of her throughout all these illnesses; however, old age no longer allows me to provide the same support. Moreover, even a small household cannot be managed on its own—we must obtain and prepare what is necessary for survival, and maintain cleanliness within the home[372]. Unable to handle all these responsibilities alone, I was forced to try to hire a servant for my wife. Ten months of experience have made me realize the inadequacy and inevitable, intolerable difficulties of relying on such help in our situation. Forced to live entirely on our own while still in need of others’ assistance, in the face of illness and abandonment, our only means of sustaining ourselves in old age is to pray that those who control our fate will also decide to care for us and provide us with a place where we can live at our own expense, free from the labor that now exceeds our abilities, as well as from the various tasks and responsibilities that we are no longer capable of undertaking.
Anyway, no matter how I am treated—whether confined formally or seemingly freely, whether in a hospital or in the desert, whether with kind or harsh people, false or honest ones (if such still exist)—I am willing to accept anything, so long as my wife receives the care her condition requires, and I am provided with shelter, the simplest clothing, and the most modest food until the end of my days, without having to worry about anything else. For this, we will give whatever money, possessions, and income we have; and I hope that this will be sufficient in provinces where goods are inexpensive, and in homes designed for such purposes, where the principles of frugality are understood and practiced. Especially if I am willing, out of my own free will, to adhere to a lifestyle that is appropriate to my means.
I believe I am asking for nothing that, in a situation as sad as mine, could possibly be refused by human beings; indeed, I am certain that such an arrangement would not only bring no expense to those who have control over my fate but would also save them considerable amounts of money, as well as relieve them of many worries. However, based on my experience of the system being applied to me, I doubt that this favor will be granted. Nevertheless, it is my duty to ask for it; and if it is refused, I shall endure the hardships of my situation with greater patience in my old age, knowing that I have done everything within my power to alleviate them.
IV Fragment
Found among the papers of Jean-Jacques Rousseau.
Anyone who, without urgent necessity or any indispensable matter at hand, seeks out—a person they regard unfavorably—and even goes so far as to harass them, without attempting to clarify with that person whether their judgment about them is just or unjust, whether they are wrong in that judgment or not, is themselves a person whom one should also regard unfavorably.
To flatter a man in his presence and slander him in his absence is undoubtedly the duplicity of a traitor, and likely the tactic of an imposter.
To say while hiding from a man in order to slander him that one avoids mentioning him out of consideration for him is nothing but an inept and cowardly lie. Since slander is the worst of civil evils and its effects are the most terrible, if it were true that one wanted to show consideration for such a person, they would mention him openly; they might even threaten to slander him, but they would not actually do so. They would condemn his crime specifically by keeping it hidden from everyone else—but to announce it to everyone while still hiding it from him himself, and to pretend to care about him at the same time, is the ultimate refinement of hatred, the pinnacle of barbarity and darkness.
To give alms to someone against their will through deception is not to serve them, but to degrade them; it is not an act of kindness, but of malice—especially when, by making the almsgiving seem insignificant, useless, yet ostentatious and inevitable for the recipient, one goes to great lengths to ensure that everyone knows about it, except the person being helped. Such deceit is not only cruel but also despicable. By wearing the mask of benevolence, it cloaks malice in the guise of virtue, and, by implication, turns the indignation of an offended honor into ingratitude.
A gift is a contract that always requires the consent of both parties. A gift given by force or through deception, and not accepted, is nothing but theft. It is tyrannical; it is monstrous to betray the duty of gratitude towards someone whom one has deserved to hate and whom one truly despises.
Honor is far more precious and important than life itself, and nothing burdens one more heavily than the loss of honor. Therefore, in no circumstances is it permissible to conceal from either the person being slandered or the one who is sentenced to death the accusations, the accuser, or the evidence presented. Even undeniable evidence must comply with this absolute rule: for if an entire city had witnessed one man killing another, we would still not execute the accused without first interrogating and hearing his side of the story. Otherwise, no one would be safe, and society would collapse from within. Since this sacred law applies without exception, it is also free from abuse—since nothing a defendant could say could alter the fact that a crime has been proven or guarantee his innocence in such cases. Yet without that conviction, evidence alone is meaningless. It relies entirely on the defendant’s responses or his silence, for it is unlikely that enemies, let alone bystanders, would devote the same careful attention to examining the evidence as the defendant himself might to expose its weaknesses or provide clarifications that could disprove it. Thus, no one has the right to assume the defendant’s place and deprive him of the right to defend himself without his own testimony. And this would be a great injustice—even if sometimes secret circumstances prevent those who are eager to convict someone from seeing the so-called evidence that, had the defendant been given a fair hearing, might have revealed its falsehood.
Quando J.-J. Rousseau scoprì che qualcuno si nascondeva per stampare di nascosto i suoi scritti a Parigi, e che al pubblico veniva detto che fosse lui stesso a dirigere queste stampe, capì immediatamente che lo scopo principale di questa manovra era la falsificazione dei suoi stessi testi. Non ci volle molto perché, nonostante i tentativi di nascondergli la verità, si rendesse conto personalmente di tale falsificazione. La sua fiducia nel libraio Rey non gli fece sospettare che quest’ultimo potesse essere coinvolto in tali attività disoneste; pertanto, inviandogli una protesta contro le edizioni pubblicate in Francia, sempre a nome di Rey, vi allegò anche una dichiarazione conforme alle sue convinzioni su di lui. Da allora si rese ancora più certo che le ristampe realizzate da Rey contenessero esattamente le stesse alterazioni, omissioni e falsifiche presenti nelle edizioni francesi, e che entrambe fossero state prodotte secondo lo stesso modello e sotto la stessa direzione. Poiché i suoi scritti, così come li aveva composti e pubblicati, esistevano ormai solo nella prima edizione di ciascun’opera, da tempo scomparsa dal mercato, dichiarò che tutti i libri nuovi o vecchi che venissero stampati in futuro a suo nome fossero falsi o alterati, mutilati e corrotti con la massima malvagità. Li respingeva quindi, sia perché non erano più i suoi lavori originali, sia perché gli venivano attribuiti ingiustamente. Non potendo far arrivare le sue lamentele al pubblico, decise come ultima risorsa di consegnare copie di questa dichiarazione a diverse persone, scritte e firmate di suo pugno; era convinto che, se tra queste ci fosse anche solo una persona onesta e generosa, una protesta così necessaria e giusta non sarebbe rimasta ignorata, e che la posterità avrebbe potuto conoscere i veri sentimenti di un uomo sfortunato nei confronti di libri deformati dai suoi persecutori.
Realizzato a Parigi, il 23 gennaio 1774.
J.-J. Rousseau[368]
III – Memoria
Scritto nel mese di febbraio del 1777, e da allora mostrato o presentato a diverse persone[371].
Mia moglie è malata da molto tempo, e l’aggravarsi della sua malattia, che la rende incapace di curare la nostra piccola casa, le rende necessarie le cure altrui quando è costretta a rimanere a letto. Fino ad ora l’ho assistita e curata in tutte le sue malattie; ma l’età avanzata non mi permette più di fornirle lo stesso aiuto. Inoltre, anche se la nostra casa è molto piccola, non si gestisce da sola: bisogna procurarsi ciò che è necessario per vivere e prepararlo; inoltre, è necessario mantenere la pulizia nella casa[372]. Non potendo svolgere da solo tutti questi compiti, sono stato costretto a cercare di assumere una domestica per mia moglie. Dieci mesi di esperienza mi hanno fatto rendere conto dell’insufficienza e degli inconvenienti inevitabili e insopportabili di questa soluzione in una situazione come la nostra. Ridotti a vivere completamente da soli, eppure incapaci di fare a meno del servizio altrui, nelle nostre malattie e nel nostro abbandono, non ci resta che pregare coloro che hanno il controllo del nostro destino di volerci concedere anche la loro protezione, offrendoci un rifugio dove possiamo sopravvivere a spese nostre, ma esenti da un lavoro che ormai supera le nostre forze, nonché da tutti quei dettagli e cure di cui non siamo più in grado.
Del resto, qualunque sia il modo in cui mi vengano trattati, se vengo tenuto in isolamento formale o apparentemente libero, in un ospedale o nel deserto, con persone gentili o dure, false o sincere (se ancora esistono tali persone), sono disposto ad accettare qualsiasi cosa, purché alla mia moglie vengano forniti i cura necessari al suo stato di salute, e a me vengano dati il cibo più semplice e il vestiario più essenziale, fino alla fine dei miei giorni, senza che io debba più occuparmi di nulla. Per questo daremo tutto ciò che possediamo in termini di denaro, beni materiali e entrate; e ho motivo di sperare che ciò sia sufficiente nelle province dove i generi alimentari sono a buon mercato, e nelle case destinate a tale scopo, dove le risorse economiche sono conosciute e vengono utilizzate in modo razionale, soprattutto se mi sottometto volontariamente a un regime di vita adeguato alle mie possibilità.
Credo di non chiedere nulla in questo che, in una situazione così triste come la mia, possa essere ritenuto eccessivo da parte degli esseri umani; anzi, sono certo che tale soluzione, lontano dall’essere onerosa per coloro che hanno il potere di decidere del mio destino, significherebbe per loro notevoli risparmi, nonché la riduzione di molte preoccupazioni e spese. Tuttavia, l’esperienza che ho avuto con il sistema che viene adottato nei miei confronti mi fa dubitare che questa gentilezza venga effettivamente concessa; ma devo comunque chiederla. E se dovesse essere rifiutata, sopporterò più pazientemente le angosie della mia situazione in vecchiaia, consapevole di aver fatto tutto ciò che era in mio potere per alleviarle.
IV Frammento
Ritrovato tra i documenti di Jean-Jacques Rousseau.
Chiunque, senza una vera e propria necessità urgente o affari indispensabili, cerchi, addirittura con insistenza, di incontrare una persona di cui ha una cattiva opinione, senza voler chiarire con essa se il proprio giudizio su di lei sia giusto o sbagliato – indipendentemente dal fatto che si sbagli o meno in tale giudizio – è a sua volta una persona di cui si dovrebbe avere una cattiva opinione.
Lusingare un uomo quando è presente e diffamarlo quando non c’è è sicuramente la doppiezza di un traditore, e probabilmente anche l’astuzia di un imbroglione.
Dire, nascondendosi dietro un uomo per diffamarlo, che si fa questo per “risparmiarlo” e per non confonderlo con altri, è una menzogna altrettanto sciocca quanto vigliaca. Poiché la diffamazione rappresenta il peggiore dei mali civili e ne derivano gli effetti più terribili, se davvero si volesse “proteggere” quell’uomo, lo si confonderebbe o forse lo si minaccerebbe di diffamarlo, ma in realtà non si farebbe nulla. Si rimprovererebbero i suoi crimini apertamente, mostrandoli a tutti; ma dirli a tutti mentre lo si nasconde da lui stesso, e fingere ancora di interessarsi a lui, è l’estremo dell’odio, il culmine della barbarie e della malvagità.
Fare l’elemosina in modo fraudolento a qualcuno contro la sua volontà non significa servirlo, ma umiliarlo; non è un atto di bontà, ma di malvagità, soprattutto quando, rendendo l’elemosina meschina, inutile eppure evidente per chi la riceve, si fa in modo che tutti ne siano a conoscenza, tranne lui stesso. Questa frode non è solo crudele, ma anche spregevole: sotto il velo della benevolenza, essa riveste di virtù la malvagità e, di conseguenza, di ingratitudine l’indignazione dell’onore offeso.
Il dono è un contratto che richiede sempre il consenso di entrambe le parti. Un don fatto con la forza o con l’inganno, e che non viene accettato, costituisce un furto. È tirannico, è orribile voler trasformare, con tradimento, un dovere di riconoscenza verso colui da cui si è meritata l’odio e che si disprezza apertamente.
L’onore è più prezioso e importante della vita stessa; inoltre, nulla rende la vita più gravosa della perdita dell’onore. Pertanto, non esiste alcun caso in cui sia permesso nascondere all’individuo diffamato, né a colui che viene punito con la morte, l’accusa, l’accusatore e le prove a sostegno di essa. Anche l’evidenza stessa è soggetta a questa legge indispensabile: se tutta la città avesse visto un uomo assassinare un altro, comunque non si condannerebbe l’imputato senza interrogarlo e ascoltarlo; altrimenti nessuno sarebbe più al sicuro, e la società crollerebbe dalle sue fondamenta. Se questa legge sacra è applicabile senza eccezioni, essa è anche priva di abusi: infatti, nessuna difesa da parte dell’imputato può impedire che un reato dimostrato rimanga tale, né può garantirne la sua colpevolezza in tali circostanze; tuttavia, senza questa convinzione, l’evidenza stessa non ha alcun valore. Essa dipende essenzialmente dalle risposte dell’imputato o dal suo silenzio, poiché non si può presumere che nemici, né tantomeno persone indifferenti, prestino alla prova del reato lo stesso impegno nell’individuare le sue debolezze o nei fornire chiarimenti in grado di confutarla, quanto possa farlo l’imputato stesso. Pertanto, nessuno ha il diritto di sostituirsi a lui per privarlo del diritto di difendersi, assumendosi tale compito senza il suo consenso; e questo rappresenterebbe già un grande progresso, anche se talvolta una qualche informazione segreta permettesse a coloro che hanno tanta voglia di considerare l’imputato colpevole di scoprire quella cosiddetta “evidenza” che, in realtà, l’imputato stesso avrebbe potuto fornire per dimostrare l’infondatezza delle accuse.
Il suit de là que cette même évidence est contre l’accusateur lorsqu’il s’obstine à violer cette loi sacrée ; car cette lâcheté d’un accusateur qui met tout en oeuvre pour se cacher de l’accusé, de quelque prétexte qu’on la couvre, ne peut avoir d’autre vrai motif que la crainte de voir dévoiler son imposture, et justifier l’innocent. Donc tous ceux qui, dans ce cas, approuvent les manoeuvres de l’accusateur et s’y prêtent, sont des satellites de l’iniquité.
Nous soussignés acquiesçons de tout notre cœur à ces maximes, et croyons toute personne raisonnable et juste tenue d’y acquiescer.
FIN des ÉCRITS EN FORME DE CIRCULAIRE
Table des matières du titre
Liste des Mémoires
Liste générale des titres
It follows therefore that this very same evidence works against the accuser when he persists in violating this sacred law; for such cowardice on the part of an accuser—who goes to any lengths necessary to hide from the accused—cannot have any other true motive than the fear of having his deception exposed and the innocent vindicated. Hence, all those who, in such cases, approve of the accuser’s tactics and assist him are accomplices in injustice.
We, the undersigned, wholeheartedly agree with these principles and believe that any reasonable and just person ought to accept them as well.
End of writings in circular form.
Table of Contents for the title
List of Memoirs
General list of titles
Da ciò deriva che proprio questa stessa evidenza si oppone all’accusatore quando egli insiste nel violare questa legge sacra; poiché tale codardia da parte dell’accusatore, che fa di tutto per nascondersi dall’imputato, qualunque sia il pretesto addotto, non può avere altro vero motivo se non la paura di vedere rivelata la sua menzogna e di vedere l’innocente giustificato. Pertanto, tutti coloro che in questo caso approvano le manovre dell’accusatore e vi collaborano sono dei complici dell’ingiustizia.
Noi sottoscritti aderiamo con tutto il cuore a queste massime e riteniamo che qualsiasi persona ragionevole e giusta debba accettarle.
Fine degli scritti in forma di circolare.
Indice dei contenuti del titolo
Elenco dei Memorie
Elenco generale dei titoli