Rousseau
Abstract
Fifth volume of Rousseau’s correspondence (1768-1778), comprising personal and practical letters from his final years. Biographical rather than philosophical material.
Connections
Forme: epistola
Testo originale francese · Arvensa Editions · pubblico dominio
Dans la dernière lettre que vous avez eu la bonté de m’écrire le 5 du courant, vous m’exhortez à vous communiquer mes vues au sujet d’un établissement. Je vous prie de m’excuser si j’ai tardé de vous répondre : la matière est importante ; il m’a fallu quelques jours pour faire mes réflexions, et pour les rédiger clairement, afin de vous en faire part.
Je conviens avec vous, mon très cher père, de la nécessité de faire de bonne heure le choix d’un établissement, et de s’occuper à suivre utilement ce choix ; j’avais déjà compris cela, mais je me suis toujours vu jusqu’ici hors de la supposition absolument nécessaire en pareil cas, et sans laquelle l’homme ne peut agir, qui est la possibilité.
Supposons, par exemple, que mon génie eût tourné naturellement du côté de l’étude, soit pour l’Église, soit pour le barreau ; il est clair qu’il m’eût fallu des secours d’argent, soit pour ma nourriture, soit pour mon habillement, soit encore pour fournir aux frais de l’étude. Mettons le cas aussi que le commerce eût été mon but ; outre mon entretien il eût fallu paver un apprentissage, et enfin trouver un fonds convenable pour m’établir honnêtement : les frais n’eussent pas été beaucoup moindres pour le choix d’un métier ; il est vrai que je savais déjà quelque chose de celui de graveur ; mais outre qu’il n’a jamais été de mon goût, il est certain que je n’en savais pas à beaucoup près assez pour pouvoir me soutenir, et qu’aucun maître ne m’eût reçu sans payer les frais d’un assujettissement.
Voilà, suivant mon sentiment, les cas de tous les différents établissements dont je pouvais raisonnablement faire choix : je vous laisse juger à vous-même, mon cher père, s’il a dépendu de moi d’en remplir les conditions.
Ce que je viens de dire ne peut regarder que le passé. À l’âge où je suis, il est trop tard pour penser à tout cela ; et telle est ma misérable condition, que, quand j’aurais pu prendre un parti solide, tous les secours nécessaires m’ont manqué ; et, quand j’ai lieu d’espérer de me voir quelque avance, le temps de l’enfance, ce temps précieux d’apprendre, se trouve écoulé sans retour.
Voyons donc à présent ce qu’il conviendrait de faire dans la situation où je me trouve : en premier lieu je puis pratiquer la musique, que je sais assez passablement pour cela ; secondement, un peu de talent que j’ai pour l’écriture (je parle du style)[448] pourrait m’aider à trouver un emploi de secrétaire chez quelque grand seigneur ; enfin je pourrais, dans quelques années, et avec un peu plus d’expérience, servir de gouverneur à des jeunes gens de qualité.
Quant au premier article, je me suis toujours assez applaudi du bonheur que j’ai eu de faire quelques progrès dans la musique, pour laquelle on me flatte d’un goût assez délicat ; et voici, mon cher père, comme j’ai raisonné.
La musique est un art de peu de difficulté dans la pratique, c’est-à-dire par tout pays on trouve facilement à l’exercer ; les hommes sont faits de manière qu’ils préfèrent assez souvent l’agréable à l’utile ; il faut les prendre par leur faible, et en profiter, quand on le peut faire sans injustice : or qu’y a-t-il de plus juste que de tirer une rétribution honnête de son travail ? La musiques est donc de tous les talents que je puis avoir, non pas peut-être à la vérité celui qui me fait le plus d’honneur, mais au moins le plus sûr quant à la facilité ; car vous conviendrez qu’on ne s’ouvre pas toujours aisément l’entrée des maisons considérables ; pendant qu’on cherche et qu’on se donne des mouvements, il faut vivre, et la musique peut toujours servir d’expectative.
Voilà la manière dont j’ai considéré que la musique pourrait m’être utile : voici pour le second article, qui regarde le poste de secrétaire.
Comme je me suis déjà trouvé dans le cas, je connais à peu près les divers talents qui sont nécessaires dans cet emploi ; un style clair et bien intelligible, beaucoup d’exactitude et de fidélité, de la prudence à manier les affaires qui peuvent être de notre ressort ; et, par-dessus tout, un secret inviolable : avec ces qualités on peut faire un bon secrétaire. Je puis me flatter d’en posséder quelques-unes ; je travaille chaque jour à l’acquisition des autres, et je n’épargnerai rien pour y réussir.
Enfin, quant au poste de gouverneur d’un jeune seigneur, je vous avoue naturellement que c’est l’état pour lequel je me sens un peu de prédilection : vous allez d’abord être surpris ; différez, s’il vous plaît, un instant de décider.
Il ne faut pas que vous pensiez, mon cher père, que je me sois adonné si parfaitement à la musique que j’aie négligé toute autre espèce de travail ; la bonté qu’a eue madame de Warens de m’accorder chez elle un asile m’a procuré l’avantage de pouvoir employer mon temps utilement, et c’est ce que j’ai fait avec assez de soin jusqu’ici.
D’abord, je me suis fait un système d’étude que j’ai divisé en deux chefs principaux : le premier comprend tout ce qui sert à éclairer l’esprit, et l’orner de connaissances utiles et agréables ; l’autre renferme les moyens de former le coeur à la sagesse et à la vertu. Madame de Warens a la bonté de me fournir des livres, et j’ai tâché de faire le plus de progrès qu’il était possible, et de diviser mon temps de manière que rien n’en restât inutile.
De plus, tout le monde peut me rendre justice sur ma conduite ; je chéris les bonnes moeurs, et je ne crois pas que personne ait rien à me reprocher de considérable contre leur pureté ; j’ai de la religion, et je crains Dieu : d’ailleurs, sujet à d’extrêmes faiblesses, et rempli de défauts plus qu’aucun autre homme au monde, je sens combien il y a de vices à corriger chez moi. Mais enfin les jeunes gens seraient heureux s’ils tombaient toujours entre les mains de personnes qui eussent autant que moi de haine pour le vice et d’amour pour la vertu.
Ainsi pour ce qui regarde les sciences et les belles-lettres, je crois en savoir autant qu’il en faut pour l’instruction d’un gentilhomme, outre que ce n’est point précisément l’office d’un gouverneur de donner les leçons, mais seulement d’avoir attention qu’elles se prennent avec fruit ; et effectivement il est nécessaire qu’il sache sur toutes les matières plus que son élève ne doit apprendre.
Je n’ai rien à répondre à l’objection qu’on me peut faire sur l’irrégularité de ma conduite passée ; comme elle n’est pas excusable, je ne prétends pas l’excuser : aussi, mon cher père, je vous ai dit d’abord que ce ne serait que dans quelques années et avec plus d’expérience que j’oserais entreprendre de me charger de la conduite de quelqu’un. C’est que j’ai dessein de me corriger entièrement, et que j’espère d’y réussir.
Sur tout ce que je viens de dire, vous pourrez encore m’opposer que ce ne sont point des établissements solides, principalement quant aux premier et troisième articles ; là-dessus je vous prie de considérer que je ne vous les propose point comme tels, mais seulement comme les uniques ressources où je puisse recourir dans la situation où je me trouve, en cas que les secours présents vinssent à me manquer ; mais il est temps de vous développer mes véritables idées et d’en venir à la conclusion.
Vous n’ignorez pas, mon cher père, les obligations infinies que j’ai à madame de Warens ; c’est sa charité qui m’a tiré plusieurs fois de la misère, et qui s’est constamment attachée depuis huit ans à pourvoir à tous mes besoins, et même bien au-delà du nécessaire. La bonté qu’elle a eue de me retirer dans sa maison, de me fournir des livres, de me payer des maîtres, et, par-dessus tout, ses excellentes instructions et son exemple édifiant, m’ont procuré les moyens d’une heureuse éducation, et de tourner au bien mes moeurs alors encore indécises. Il n’est pas besoin que je relève ici la grandeur de tous ses bienfaits ; la simple exposition que j’en fais à vos yeux suffit pour vous en faire sentir tout le prix au premier coup d’oeil. Jugez, mon cher père, de tout ce qui doit se passer dans un coeur bien fait, en reconnaissance de tout cela ; la mienne est sans bornes ; voyez jusqu’où s’étend mon bonheur, je n’ai de moyen pour la manifester que le seul qui peut me rendre parfaitement heureux.
In the last letter you took the trouble to write to me on the 5th of this month, you urged me to share my views regarding a certain establishment with you. I beg your pardon if I have delayed in responding: the matter is important; it took me several days to reflect carefully and to express my thoughts clearly, so that I could convey them to you.
I agree with you, my dear father, on the necessity of making a choice regarding an institution at an early stage and of diligently pursuing that choice; I had already understood this, but until now, I have always felt that I was outside of the absolutely essential prerequisite for such a situation—without which a person cannot act: namely, the possibility.
For instance, suppose my talents had naturally inclined me toward study, whether for the church or for the legal profession; it is clear that I would have needed financial assistance—either for my sustenance, for clothing, or to cover the costs of my education. Or suppose commerce were my goal: in addition to supporting myself, I would have had to pay for an apprenticeship and also find a sufficient sum of money to establish myself on a decent footing. The expenses involved in choosing any profession would not have been much less significant; it is true that I already had some knowledge of the art of engraving, but aside from the fact that it was never my passion, I certainly did not possess enough skills to support myself independently, and no master would have taken me on without requiring payment for my training.
Here, in accordance with my own judgment, are the cases of all the different institutions from which I could reasonably have chosen one; I leave it to you, my dear father, to decide for yourself whether it was within my power to meet their requirements.
What I have just said can only refer to the past. At my age, it is too late to think about all these things; and such is my miserable condition that, even if I could have taken a firm stance at some point, all the necessary help was lacking to me; and when there is reason to hope for some progress, the time of childhood, that precious period for learning, has already passed irreversibly.
Let us now consider what would be appropriate to do in my current situation: firstly, I can practice music, as I am fairly skilled at it; secondly, my modest talent for writing (I mean in terms of style) might help me find a job as a secretary for some nobleman; finally, in a few years, with more experience, I could perhaps serve as a tutor or mentor to young people of good character.
As for the first article, I have always been quite pleased with the happiness I have felt in making some progress in music, a field in which people praise my rather delicate taste; and here, my dear father, is how I reasoned about it.
Music is an art that presents little difficulty in practice; in other words, it can be easily practiced anywhere. Humans are naturally inclined to prefer the pleasant over the useful; therefore, one should exploit this weakness when it is possible to do so without injustice. And what could be more just than earning a fair reward for one’s efforts? Of all the talents I may possess, music is perhaps not the one that brings me the greatest honor, but certainly the easiest to pursue. After all, it is not always easy to gain access to influential circles; while one searches and struggles, life must go on, and music can always serve as a means of support in such times.
This is how I viewed the potential usefulness of music to me; and here is the content for the second article, which focuses on the role of a secretary.
Since I have already been in this position before, I am fairly aware of the various skills required for this job: a clear and easily understandable style of writing, great accuracy and fidelity in presenting information, and prudence in handling matters that fall within our scope of responsibility. Above all else, it is essential to maintain absolute secrecy—with these qualities, one can be a competent secretary. I am pleased to say that I already possess some of these skills; I work every day to acquire the rest, and I will spare no effort to achieve my goal.
Finally, as for the position of governor for a young lord, I must admit that it is the role for which I feel a certain preference: you will be surprised at first; please take some time before making your decision.
My dear father, you must not think that I devoted myself so entirely to music that I neglected any other kind of work. The kindness of Madame de Warens in offering me shelter in her home allowed me to make use of my time in a productive manner, and it is what I have been doing with considerable care until now.
First of all, I established a study system that I divided into two main categories: the first includes everything that serves to enlighten the mind and enrich it with useful and enjoyable knowledge; the second encompasses methods for cultivating the heart towards wisdom and virtue. Madame de Warens has been kind enough to provide me with books, and I have made every effort to make as much progress as possible, organizing my time in such a way that nothing of it is wasted.
Furthermore, everyone can attest to my good conduct; I cherish virtue, and I believe that no one has anything substantial to reproach me regarding it. I am religious and fear God. Moreover, despite being susceptible to extreme weaknesses and possessing more flaws than any other man in the world, I am fully aware of the many vices that need to be corrected in myself. Nevertheless, young people would indeed be fortunate if they always came into the hands of people who, like me, loathe vice and cherish virtue.
Therefore, as far as sciences and the arts are concerned, I believe I know enough to provide an education suitable for a gentleman. Moreover, it is not precisely the duty of a governor to give lessons themselves; rather, their role is merely to ensure that such lessons are undertaken effectively. Indeed, it is necessary for a governor to possess knowledge in all subjects that exceeds what their student is expected to learn.
I have nothing to reply to the objection that might be raised against the irregularity of my past behavior; since it is not excusable, I do not pretend to justify it. Therefore, my dear father, I told you at first that it would only be after a few years and with more experience that I would dare to take on the responsibility of managing someone else’s affairs. It is because I intend to completely correct myself, and I hope to succeed in doing so.
Regarding everything I have just said, you might still argue that these are not solid institutions, especially in regard to the first and third points; on this matter, I beg you to consider that I am not presenting them to you as such, but merely as the only resources to which I can turn in the situation I find myself in, should the current forms of assistance prove insufficient. However, it is now time for me to elaborate on my true ideas and to come to a conclusion.
You are well aware, my dear father, of the countless obligations I owe to Madame de Warens; it is her generosity that has several times saved me from misery and that, for eight years now, has constantly taken care of all my needs, even beyond what is necessary. Her kindness in taking me into her home, providing me with books, paying for my tutors, and, above all, her excellent guidance and exemplary behavior have enabled me to receive a happy education and to turn what were once indecisive tendencies of mine towards goodness. There is no need for me to elaborate on the magnitude of all her kindnesses; merely mentioning them before you is enough to make you realize their full value at a glance. Judge, my dear father, what kind of feelings a well-formed heart must hold in recognition of such favors; mine are boundless. See how far my happiness extends—my only way to express it is through that very means which can truly bring me complete joy.
Nella última lettera che avete avuto la gentilezza di scrivermi il 5 di questo mese, mi esortate a condividere con voi le mie opinioni riguardo a un certo progetto. Vi chiedo scusa se ho tardato a rispondervi: la questione è importante; mi sono serviti alcuni giorni per rifletterci e per esprimerle in modo chiaro, affinché potessi comunicarve i miei pensieri.
Concordo con voi, mio carissimo padre, sulla necessità di scegliere in tempo un’istituzione e di impegnarsi attivamente nel seguire tale scelta; me n’ero già reso conto, ma finora mi sono sempre trovato al di fuori della condizione assolutamente indispensabile in casi del genere, senza la quale l’uomo non può agire: cioè la possibilità stessa di agire.
Supponiamo, ad esempio, che il mio talento si fosse naturalmente orientato verso lo studio, sia per la Chiesa che per l’avvocatura; è evidente che avrei avuto bisogno di aiuti finanziari, sia per il mio sostentamento che per i miei vestiti, o ancora per coprire le spese dello studio. Oppure supponiamo che il commercio fosse stato il mio obiettivo: oltre al mio mantenimento, sarebbe stato necessario pagare l’affitto di un laboratorio e trovare anche un capitale sufficiente per stabilirmi onestamente nella mia professione. Le spese non sarebbero state molto inferiori nemmeno in questo caso; è vero che già conoscevo qualcosa del mestiere di incisore, ma oltre al fatto che non mi piacesse affatto, è certo che non ne sapevo abbastanza per potermi sostenere da solo, e nessun maestro avrebbe accettato me senza che io pagassi le spese necessarie per il mio apprendistato.
Ecco, secondo il mio parere, gli esempi di tutti quegli istituti tra cui avrei potuto ragionevolmente scegliere: lascio che sia voi stesso a giudicare, caro padre, se spettasse a me soddisfare i loro requisiti.
Quello che ho appena detto riguarda esclusivamente il passato. Alla mia età, è troppo tardi per pensare a tutte queste cose; e tale è la mia misera condizione, che quando avrei potuto prendere una decisione definitiva, mi sono mancati tutti i mezzi necessari; e quando ho motivo di sperare in un qualche miglioramento, il tempo dell’infanzia, quel prezioso periodo per imparare, è ormai trascorso irrimediabilmente.
Diamo ora un’occhiata a ciò che si potrebbe fare nella situazione in cui mi trovo: innanzitutto posso praticare la musica, di cui conosco abbastanza bene le basi; in secondo luogo, il poco talento che ho per la scrittura (intendo lo stile) potrebbe aiutarmi a trovare un lavoro come segretario presso qualche nobile; infine, tra alcuni anni, e con un po’ più di esperienza, potrei diventare precettore per giovani di buona famiglia.
Per quanto riguarda il primo articolo, sono sempre stato abbastanza soddisfatto del felice risultato che ho ottenuto nel campo della musica, per la quale mi viene riconosciuto un gusto piuttosto raffinato; ed ecco, mio caro padre, come ho ragionato.
La musica è un’arte che richiede poca difficoltà nella pratica; quindi, in ogni paese, è facile praticarla. Gli uomini tendono spesso a preferire ciò che è piacevole a ciò che è utile; bisogna approfittare di questa loro debolezza, quando ciò è possibile senza ingiustizia. E cosa c’è di più giusto del ricevere una retribuzione onesta per il proprio lavoro? Tra tutti i talenti che posso possedere, la musica non è forse quello che mi procura maggior onore, ma almeno è sicuramente il più facile da coltivare. Del resto, convenite che non sempre è facile entrare nelle case più importanti. Mentre si cerca e ci si sforza di ottenere qualcosa, bisogna pur vivere, e la musica può sempre rappresentare una valida risorsa in questi momenti.
Ecco in che modo ho considerato che la musica potesse essermi utile: ecco quindi il secondo articolo, relativo alla posizione di segretario.
Avendo già trovato me stesso in questa situazione, conosco piuttosto bene i diversi talenti necessari per questo incarico: uno stile chiaro e comprensibile, grande precisione e fedeltà nelle informazioni fornite, prudenza nell’affrontare questioni che rientrano nella nostra competenza; e, soprattutto, la capacità di mantenere il segreto. Con queste qualità si può essere un buon segretario. Posso dire di possederne alcune; lavoro ogni giorno per acquisirne altre e non risparmierò nulla pur di riuscirci.
Infine, per quanto riguarda la carica di governatore di un giovane signore, vi confesso che è quella per la quale provo una certa predilezione: prima di tutto, sarete sorpresi; per favore, ritardate un attimo a prendere una decisione.
Non dovete pensare, caro padre, che io mi sia dedicato così completamente alla musica da trascurare qualsiasi altro tipo di lavoro; la gentilezza di madame de Warens nel offrirmi rifugio presso di lei mi ha permesso di utilizzare il mio tempo in modo produttivo, e è esattamente ciò che ho fatto finora con grande impegno.
Innanzitutto, ho creato un sistema di studio che ho diviso in due parti principali: la prima comprende tutto ciò che serve a illuminare l’intelletto e ad arricchirlo di conoscenze utili e piacevoli; la seconda contiene i metodi per educare il cuore alla saggezza e alla virtù. Madame de Warens ha avuto la gentilezza di fornirmi dei libri, e ho cercato di fare il maggior progresso possibile, organizzando il mio tempo in modo che nulla venisse sprecato.
Inoltre, tutti possono giudicare correttamente il mio comportamento; amo le buone maniere e non credo che nessuno abbia motivo di rimproverarmi qualcosa di grave riguardo alla loro purezza; ho una profonda fede in Dio e lo temo. Tuttavia, essendo soggetto a estreme debolezze e pieno di difetti più di qualsiasi altro uomo al mondo, sono consapevole di quanti vizi debba correggere in me stesso. Ma dopotutto, i giovani sarebbero felici se finissero sempre tra le mani di persone che provassero per il vizio lo stesso odio e per la virtù lo stesso amore che provo io.
Quindi, per quanto riguarda le scienze e le lettere, credo di sapere abbastanza per l’educazione di un gentiluomo; inoltre, non è certo compito di un governatore impartire lezioni, ma soltanto assicurarsi che queste vengano svolte con efficacia; effettivamente, è necessario che il governatore conosca su tutte le materie più di quanto lo studente debba imparare.
Non ho nulla da rispondere all’obiezione che mi si può fare riguardo all’irregolarità del mio comportamento passato; poiché essa non è giustificabile, non intendo nemmeno cercare di scusarmene: per questo motivo, caro padre, vi ho detto fin dall’inizio che sarebbe solo tra qualche anno, e con maggiore esperienza, che avrei osato assumermi la responsabilità della guida di qualcuno. Ho infatti l’intenzione di correggermi completamente e spero di riuscirci.
Riguardo a tutto ciò che ho appena detto, potreste ancora obiettare che non si tratta di istituzioni solide, soprattutto per quanto riguarda il primo e il terzo punto; su questo vi prego di considerare che non ve le propongo come tali, ma solo come le uniche risorse a cui posso ricorrere nella situazione in cui mi trovo, nel caso in cui i soccorsi attuali dovessero mancare. Ma è ora di esporvi le mie vere idee e di giungere alla conclusione.
Caro padre, non ignorate certamente le infinite obbligazioni che ho verso madame de Warens; è stata la sua carità a salvarmi più volte dalla miseria e, negli ultimi otto anni, si è sempre presa cura di soddisfare tutti i miei bisogni, persino andando ben oltre ciò che era necessario. La gentilezza con cui mi ha accolto nella sua casa, mi ha fornito libri, mi ha pagato gli insegnanti e, soprattutto, le sue eccellenti istruzioni e il suo esempio virtuoso mi hanno permesso di ricevere un’educazione felice e di correggere i miei comportamenti, allora ancora incerti. Non è necessario che ribadisca qui l’enormità di tutti i suoi benefici; la semplice descrizione che ne faccio davanti a voi è sufficiente per farvi comprendere appieno il loro valore. Giudicate, caro padre, ciò che un cuore ben fatto dovrebbe provare in segno di riconoscenza per tutto questo; il mio sentimento è senza limiti. Vedete fino a che punto si estende la mia felicità: l’unico modo che ho per manifestarla è proprio quello che può rendermi davvero perfettamente felice.
J’ai donc dessein de supplier madame de Warens de vouloir bien agréer que je passe le reste de mes jours auprès d’elle, et que je lui rende jusqu’à la fin de ma vie tous les services qui seront en mon pouvoir ; je veux lui faire goûter autant qu’il dépendra de moi, par mon attachement à elle et par la sagesse et la régularité de ma conduite, les fruits des soins et des peines qu’elle s’est donnés pour moi : ce n’est point une manière frivole de lui témoigner ma reconnaissance ; cette sage et aimable dame a des sentiments assez beaux pour trouver de quoi se payer de ses bienfaits par ses bienfaits mêmes, et par l’hommage continuel d’un coeur plein de zèle, d’estime, d’attachement et de respect pour elle.
J’ai lieu d’espérer, mon cher père, que vous approuverez ma résolution et que vous la seconderez de tout votre pouvoir. Par-là, toutes difficultés sont levées ; l’établissement est tout fait, et assurément le plus solide et le plus heureux qui puisse être au monde, puisque, outre les avantages qui en résultent en ma faveur, il est fondé de part et d’autre sur la bonté du coeur et sur la vertu.
Au reste, je ne prétends pas trouver par là un prétexte honnête de vivre dans la fainéantise et dans l’oisiveté : il est vrai que le vide de mes occupations journalières est grand ; mais je l’ai entièrement consacré à l’étude, et madame de Warens pourra me rendre la justice que j’ai suivi assez régulièrement ce plan : jusqu’à présent elle ne s’est plainte que de l’excès. Il n’est pas à craindre que mon goût change ; l’étude a un charme qui fait que, quand on l’a une fois goûtée, on ne peut plus s’en détacher ; et d’autre part l’objet en est si beau, qu’il n’y a personne qui puisse blâmer ceux qui sont assez heureux pour y trouver du goût et pour s’en occuper.
Voilà, mon cher père, l’exposition de mes vues : je vous supplie très humblement d’y donner votre approbation, d’écrire à madame de Warens, et de vous employer auprès d’elle pour les faire réussir ; j’ai lieu d’espérer que vos démarches ne seront pas infructueuses, et qu’elles tourneront à notre commune satisfaction.
Je suis, etc.
Lettre IX – À Mademoiselle Serre
[449]
Lyon, 1736.
Je me suis exposé au danger de vous revoir, et votre vue a trop justifié mes craintes, en rouvrant toutes les plaies de mon coeur. J’ai achevé de perdre auprès de vous le peu de raison qui me restait, et je sens que, dans l’état où vous m’avez réduit, je ne suis plus bon à rien qu’à vous adorer. Mon mal est d’autant plus triste, que je n’ai ni l’espérance ni la volonté d’en guérir, et qu’au risque de tout ce qu’il en peut arriver, il faut vous aimer éternellement. Je comprends, mademoiselle, qu’il n’y a de votre part à espérer aucun retour ; je suis un jeune homme sans fortune, je n’ai qu’un coeur à vous offrir, et ce coeur, tout plein de feu, de sentiments et de délicatesse qu’il puisse être, n’est pas sans doute un présent digne d’être reçu de vous. Je sens cependant, dans un fonds inépuisable de tendresse, dans un caractère toujours vif et toujours constant, des ressources pour le bonheur, qui devraient, auprès d’une maîtresse un peu sensible, être comptées pour quelque chose en dédommagement des biens et de la figure qui me manquent. Mais quoi ! vous m’avez traité avec une dureté incroyable, et s’il vous est arrivé d’avoir pour moi quelque espèce de complaisance, vous me l’avez ensuite fait acheter si cher, que je jurerais bien que vous n’avez eu d’autres vues que de me tourmenter. Tout cela me désespère sans m’étonner, et je trouve assez dans tous mes défauts de quoi justifier votre insensibilité pour moi : mais ne croyez pas que je vous taxe d’être insensible en effet. Non, votre coeur n’est pas moins fait pour l’amour que votre visage. Mon désespoir est que ce n’est pas moi qui devais le toucher. Je sais de science certaine que vous avez eu des liaisons, je sais même le nom de cet heureux mortel qui trouva l’art de se faire écouter ; et, pour vous donner une idée de ma façon de penser, c’est que, l’ayant appris par hasard, sans le chercher, mon respect pour vous ne me permettra jamais de vouloir savoir autre chose de votre conduite que ce qu’il vous plaira de m’en apprendre vous-même. En un mot, si je vous ai dit que vous ne seriez jamais religieuse, c’est que je connaissais que vous n’étiez en aucun sens faite pour l’être ; et si, comme amant passionné, je regarde avec horreur cette pernicieuse résolution, comme ami sincère et comme honnête homme, je ne vous conseillerai jamais de prêter votre consentement aux vues qu’on a sur vous à cet égard, parce qu’ayant certainement une vocation tout opposée, vous ne feriez que vous préparer des regrets superflus et de longs repentirs. Je vous le dis comme je le pense au fondée mon âme, et sans écouter mes propres intérêts. Si je pensais autrement, je vous le dirais de même ; et, voyant que je ne puis être heureux personnellement, je trouverais du moins mon bonheur dans le vôtre. J’ose vous assurer que vous me trouverez en tout la même droiture et la même délicatesse ; et, quelque tendre et quelque passionné que je sois, j’ose vous assurer que je fais profession d’être encore plus honnête homme. Hélas ! si vous vouliez m’écouter, j’ose dire que je vous ferais connaître la véritable félicité ; personne ne saurait mieux la sentir que moi, et j’ose croire que personne ne la saurait mieux faire éprouver. Dieu ! si j’avais pu parvenir à cette charmante possession, j’en serais mort assurément ; et comment trouver assez de ressources dans l’âme pour résister à ce torrent de plaisirs ? Mais si l’amour avait fait un miracle et qu’il m’eût conservé la vie, quelque ardeur qui soit dans mon coeur, je sens qu’il l’aurait encore redoublée, et, pour m’empêcher d’expirer au milieu de mon bonheur, il aurait à chaque instant porté de nouveaux feux dans mon sang : cette seule pensée le fait, bouillonner ; je ne puis résister aux pièges d’une chimère séduisante ; votre charmante image me suit partout ; je ne puis m’en défaire même en m’y livrant ; elle me poursuit jusque pendant mon sommeil ; elle agite mon coeur et mes esprits ; elle consume mon tempérament ; et je sens, en un mot, que vous me tuez malgré vous-même, et que, quelque cruauté que vous ayez pour moi, mon sort est de mourir d’amour pour vous. Soit cruauté réelle, soit bonté imaginaire, le sort de mon amour est toujours de me faire mourir. Mais hélas ! en me plaignant de mes tourments je m’en prépare de nouveaux ; je ne puis penser à mon amour sans que mon coeur et mon imagination s’échauffent ; et quelque résolution que je fasse de vous obéir en commençant mes lettres, je me sens ensuite emporté au-delà de ce que vous exigez de moi. Au-liez-vous la dureté de m’en punir ? Le ciel pardonne les fautes involontaires : ne soyez pas plus sévère que lui, et comptez pour quelque chose l’excès d’un penchant invincible, qui me conduit malgré moi bien plus loin que je ne veux, si loin même que, s’il était en mon pouvoir de posséder une minute mon adorable reine sous la condition d’être pendu un quart d’heure après, j’accepterais cette offre avec plus de joie que celle du trône de l’univers. Après cela, je n’ai plus rien à vous dire, il faudrait que vous fussiez un monstre de barbarie pour me refuser au moins lui peu de pitié. L’ambition ni la fumée ne touchent point un coeur comme le mien ; j’avais résolu de passer le reste de mes jours en philosophe, dans une retraite qui s’offrait à moi ; vous avez détruit tous ces beaux projets ; j’ai senti qu’il m’était impossible de vivre éloigné de vous, et, pour me procurer les moyens de m’en rapprocher, je tente un voyage et des projets que mon malheur ordinaire empêchera sans doute de réussir. Mais puisque je suis destiné à me bercer de chimères, il faut du moins me livrer aux plus agréables, c’est-à-dire à celles qui vous ont pour objet : daignez, mademoiselle, donner quelque marque de bonté à un amant passionné, qui n’a commis d’autre crime envers vous que de vous trouver trop aimable ; donnez-moi une adresse, et permettez que je vous en donne une pour les lettres que j’aurai l’honneur de vous écrire et pour les réponses que vous voudrez bien me faire ; en un mot, laissez-moi par pitié quelque rayon d’espérance, quand ce ne serait que pour calmer les folies dont je suis capable.
I therefore intend to request madame de Warens to allow me to spend the rest of my days in her company and to render her all the services within my power until the end of my life. I wish to enable her, as much as it is in my power, to experience the fruits of the care and efforts she has devoted to me, through my devotion to her and through the wisdom and integrity of my conduct. This is not a frivolous way to express my gratitude; this wise and kind lady possesses such noble sentiments that she will find ample reward for her kindness in the very acts of kindness I display toward her, as well as in the constant admiration and respect of a heart filled with zeal, esteem, devotion, and reverence for her.
I hope, my dear father, that you will approve of my decision and support it with all your power. In this way, all difficulties are overcome; the establishment is fully accomplished, and it is undoubtedly the most solid and fortunate one that could possibly exist in the world, for, apart from the advantages it brings me, it is based on kindness and virtue on both sides.
Furthermore, I do not claim that this provides me with a legitimate excuse for living in idleness and laziness: it is true that my daily routine is quite empty; but I have devoted it entirely to study, and Madame de Warens will surely acknowledge that I have followed this plan fairly consistently. So far, she has only complained about the excessive amount of time I devote to it. There is no reason to fear that my interest in studying will change; it possesses a charm that makes one unable to abandon it once they have tasted it. Moreover, the subject itself is so fascinating that no one can blame those who are fortunate enough to find pleasure in it and dedicate themselves to it.
Here, my dear father, is the presentation of my views: I earnestly beg you to give your approval to them, to write to Madame de Warens, and to do everything in your power to help them succeed. I have reason to hope that your efforts will not be in vain and that they will lead to our mutual satisfaction.
I am, etc.
Letter IX – To Miss Serre
[449]
Lyon, 1736.
I have exposed myself to the danger of seeing you again, and your appearance only served to confirm my fears, reopening all the wounds in my heart. I have completely lost whatever little reason I still possessed in your presence, and I feel that, in the state you have reduced me to, I am good for nothing but to adore you. My suffering is all the more heartbreaking because I neither have the hope nor the will to overcome it; and at the risk of everything that might happen, I must love you forever. Mademoiselle, I understand that there is no possibility of your returning to me; I am a young man without fortune, and all I have to offer you is my heart—a heart filled with passion, emotion, and delicacy. Yet, even if it may not be a gift worthy of your acceptance, I feel within me, amidst an inexhaustible source of tenderness and a character that remains always lively and steadfast, the means to find happiness. Such qualities, in the eyes of a somewhat sensitive mistress, should surely compensate for the lack of wealth and good looks that I possess. But alas! You have treated me with incredible cruelty; and if there was any moment of indulgence you showed toward me, you later made me pay such a high price for it that I swear your only intention was to torment me. All this fills me with despair, yet it does not surprise me. In fact, I can find enough justification for your indifference in all my own faults. But do not believe that I truly consider you insensible. No, your heart is just as capable of loving as your appearance. My despair stems from the realization that it is not I who am meant to touch it. I know with certainty that you have had other relationships; I even know the name of that fortunate man who managed to win your attention. To give you some idea of my thoughts, when I learned this by chance, without seeking it out, my respect for you prevented me from wanting to know anything more about your behavior than what you chose to tell me yourself. In short, if I said that you would never become a devout woman, it was because I knew you were not suited for such a life at all. And as a passionate lover, I loathe such a harmful resolve; but as a sincere friend and an honest man, I would never advise you to agree to any plans that others have for you in this regard, because you surely have a calling entirely different, and pursuing such a path would only bring you unnecessary regret and prolonged sorrow. I tell you this from the bottom of my heart, without considering my own interests at all. If I thought differently, I would still express it just the same. And since I cannot find personal happiness, I am willing to find it in yours. I assure you that you will find me as upright and delicate as ever; and despite my tenderness and passion, I swear that I am determined to be an even more honest man. Alas! if you would only listen to me, I dare say that I could lead you to true happiness; no one could feel it more deeply than I do, and I believe no one could bring it to you more effectively. God! if only I had been able to attain such bliss, I would surely have died from joy; how could one find enough strength within oneself to resist such a torrent of pleasures? But if love had performed a miracolo and preserved my life, no matter how intense my passion was, I feel it would have grown even stronger. To prevent me from dying in the midst of my happiness, it would constantly kindle new fires in my blood—just the thought of it makes my heart boil. I cannot resist the allure of such an enchanting illusion; your charming image follows me everywhere; even when I try to rid myself of it, it persists. It haunts me even in my dreams, stirring my heart and mind, consuming my temperament. In short, I feel that you are causing my death, despite your own will, and that no matter how cruel you may be to me, my fate is to die of love for you. Whether it is real cruelty or imagined kindness, the outcome of my love is always death. But alas! in complaining about my suffering, I only invite more of it upon myself; whenever I think of you, my heart and imagination heat up. No matter how determined I am to obey you at the beginning of each letter, I soon find myself going beyond what you require of me. Would you be so cruel as to punish me for it? Heaven forgives involuntary mistakes—please be less severe than it is, and take into account the power of an irresistible passion that leads me far beyond my will, so far in fact that if I could possess my beloved for a minute, only to be hanged a quarter of an hour later, I would accept that fate with greater joy than I would the throne of the entire universe. After saying this, I have nothing more to say to you. You would have to be a monster of barbarity to refuse me even a little mercy in such a situation. Neither ambition nor worldly desires can touch a heart like mine; I had resolved to spend the rest of my life as a philosopher, in solitude. But you have destroyed all those beautiful plans. I realized that it was impossible for me to live without you, and so, in an attempt to find a way to be near you again, I embark on this journey and devise these plans—yet my usual misfortunes will likely prevent them from succeeding. But since I am destined to indulge in illusions, at least let me be indulged in the most pleasant ones—those that revolve around you. Please, mademoiselle, show some kindness toward a passionate lover who has committed no other crime against you than finding you too lovely. Give me your address, and allow me to give you mine for the letters I will have the honor of writing to you and for the replies you may choose to send. In short, out of pity, let me hold onto some glimmer of hope—even if it is merely to calm the madness that resides within me.
Pertanto, intendo supplicare madame de Warens di concedermi il permesso di trascorrere il resto dei miei giorni al suo fianco e di renderle, fino alla fine della mia vita, tutti i servizi che saranno in mio potere; desidero farle assaporare, nella misura del possibile, attraverso la mia devozione verso di lei e attraverso la saggezza e la regolarità del mio comportamento, i frutti delle cure e dei sacrifici che si è imposta per me: non si tratta certo di un modo frivolo per dimostrarle la mia riconoscenza; questa nobile e gentile signora possiede sentimenti così nobili da trovare motivo di gratitudine nei propri benefici, attraverso i benefici stessi che ha concesso, e attraverso l’omaggio costante di un cuore pieno di zelo, stima, devozione e rispetto per lei.
Spero sinceramente, mio caro padre, che approverete la mia decisione e che mi sosterrete con tutte le vostre forze. In questo modo, tutte le difficoltà saranno superate; l’impresa sarà completata, e sicuramente sarà la più solida e la più felice possibile al mondo, poiché, oltre ai vantaggi che ne derivano per me, si basa su entrambi i lati sulla bontà del cuore e sulla virtù.
Del resto, non pretendo di trovare in questo un pretesto onesto per vivere nella pigrizia e nell’ozio: è vero che il vuoto delle mie occupazioni quotidiane è grande; ma l’ho interamente dedicato allo studio, e madame de Warens potrà riconoscere che ho seguito abbastanza regolarmente questo piano: finora si è lamentata soltanto del suo eccesso. Non c’è motivo di temere che il mio interesse possa cambiare; lo studio possiede un fascino tale che, una volta provato, non si può più rinunciarvi; inoltre, l’argomento su cui verte è così bello che nessuno potrebbe biasimare coloro che hanno la fortuna di trovarci piacere e dedicarvisi.
Ecco, mio caro padre, la esposizione delle mie idee: vi supplico umilmente di darvi il vostro consenso, di scrivere a madame de Warens e di intervenire presso di lei affinché tutto riesca; ho motivo di sperare che le vostre iniziative non siano vane e che portino a un risultato soddisfacente per entrambi.
Io sono, ecc.
Lettera IX – Alla Signorina Serre
[449]
Lione, 1736.
Mi sono esposto al rischio di rivedervi, e il vostro aspetto ha confermato tutte le mie paure, riaprendo tutte le ferite del mio cuore. Con voi ho perso anche l’ultima traccia di ragione che mi rimaneva; in questo stato in cui mi avete ridotto, non sono più adatto a nulla se non ad amarvi. Il mio dolore è ancora più acuto perché non ho né la speranza né la volontà di guarire. E, a rischio di tutto ciò che potrebbe accadere, devo amarvi per sempre. Capisco, signorina, che da parte vostra non c’è alcuna possibilità di un ritorno. Sono un giovane senza fortuna; ho soltanto il mio cuore da offrirvi. E questo cuore, pieno di passione, di sentimenti e di delicatezza, forse non è certo un dono degno di essere accettato da voi. Tuttavia, nel profondo della mia tenerezza, nel mio carattere sempre vivace e costante, ci sono risorse per la felicità. Risorse che, presso una donna un po’ sensibile, dovrebbero essere considerate un qualche compensazione per i beni e l’aspetto che mi mancano. Ma, voi mi avete trattato con una durezza incredibile. E se mai avete provato un po’ di comprensione per me, ve ne siete poi pentita a caro prezzo. Giuro che il vostro intento era soltanto quello di tormentarmi. Tutto questo mi dispera, ma non mi sorprende. Trovo abbastanza nei miei difetti tutto ciò che può giustificare la vostra indifferenza verso di me. Ma non crediate che vi consideri davvero insensibile. No, il vostro cuore è altrettanto adatto all’amore quanto il vostro viso. Il mio dolore è soltanto quello di non essere io l’uomo giusto per toccarlo. So con certezza che avete avuto relazioni con qualcuno. Conosco persino il nome di quell’uomo fortunato che è riuscito a farsi ascoltare. E, per darvi un’idea dei miei pensieri, dopo averlo scoperto per caso, senza cercarlo, il mio rispetto per voi non mi permetterà mai di sapere altro riguardo al vostro comportamento se non ciò che vorrete voi stessa dirmi. In breve, se vi ho detto che non sareste mai diventata religiosa, è perché sapevo che non eravate affatto adatta a farlo. E se, come amante appassionato, guardo con orrore a questa decisione pericolosa, come amico sincero e onesto uomo, non vi consiglierò mai di acconsentire alle idee che alcuno ha su di voi in questo senso, perché, essendo certamente destinata a qualcosa di completamente opposto, vi preparereste soltanto a dei rimpianti inutili e a lunghi pentimenti. Ve lo dico con tutto il cuore, senza considerare i miei interessi personali. Se pensassi diversamente, ve lo direi ugualmente. E, visto che non posso essere felice personalmente, troverei almeno la mia felicità nella vostra. Vi assicuro che vi troverete di fronte a una persona altrettanto onesta e delicata. E, per quanto io possa essere tenero e appassionato, vi assicuro anche di essere un uomo ancora più onesto. Ahimè! Se solo voleste ascoltarmi, oserei dire che vi farei conoscere la vera felicità; nessuno potrebbe comprenderla meglio di me, e credo anche che nessuno possa farla provare con maggiore intensità. Dio! Se solo fossi riuscito a raggiungere quella meravigliosa condizione, sarei certamente morto di gioia; come si potrebbero trovare abbastanza forze nell’anima per resistere a un simile diluvio di piaceri? Ma se l’amore avesse compiuto un miracolo e mi avesse conservato la vita, qualsiasi intensità ci fosse nel mio cuore, so che sarebbe ancora aumentata. E per impedirmi di esalare l’ultimo respiro nel mezzo della mia felicità, ogni istante avrebbe ravvivato in me il fuoco dell’amore: solo questo pensiero basta a far ribollire il mio sangue. Non riesco a resistere alle tentazioni di una chimera così seducente. La vostra incantevole immagine mi segue ovunque; non posso liberarmene nemmeno cercando di ignorarla. Mi perseguita anche durante il sonno. Agita il mio cuore e la mia mente. Consuma il mio temperamento. In breve, so che mi state uccidendo, contro la vostra volontà. E che, per quanto crudele possiate essere con me, il mio destino è morire d’amore per voi. Che si tratti di vera crudeltà o di un’immaginaria bontà, il destino del mio amore è sempre quello di farmi morire. Ma ahimè! Piangendo i miei tormenti, ne sto forse preparando di nuovi. Non posso pensare all’amore senza che il mio cuore e la mia immaginazione si infuochino. E per quanto deciso sia a obbedirvi nelle mie lettere, in seguito mi ritrovo spesso a fare cose che vanno oltre le vostre richieste. Avreste la crudeltà di punirmi per questo? Il cielo perdona i peccati involontari. Non siate più severi di lui. E considerate almeno l’intensità di un sentimento irresistibile che mi spinge, contro la mia volontà, molto oltre quanto desideri. Così tanto, in effetti, che se solo potessi possedere per un minuto la mia adorabile regina, a condizione di essere impiccato un quarto d’ora dopo, accetterei questa offerta con più gioia di quella di diventare il sovrano dell’universo. Dopo tutto questo, non ho più nulla da dirvi. Sareste davvero un mostro di barbarie se mi rifiutaste anche solo un po’ di pietà. L’ambizione e le passioni non toccano mai un cuore come il mio. Avevo deciso di trascorrere il resto dei miei giorni come filosofo, in solitudine. Ma voi avete distrutto tutti questi bei progetti. Ho capito che è impossibile vivere lontano da voi. E per cercare i modi per avvicinarmi a voi, sto tentando un viaggio e intraprendendo progetti che, probabilmente, a causa della mia sfortuna, non riusciranno ad avere successo. Ma poiché sono destinato a indulgere in chimere, almeno lasciate che mi abbandoni a quelle più piacevoli, cioè a quelle che hanno voi come oggetto. Permettetemi, signorina, di dimostrare la mia passione per voi; non ho commesso alcun crimine nei vostri confronti se non quello di trovarvi troppo amabile. Datemi un indirizzo, e permettetemi di darvene uno anch’io per le lettere che avrò l’onore di scrivervi e per le risposte che vorrete concedermi. In breve, lasciate che abbia almeno un barlume di speranza, anche solo per placare le follie di cui sono capace.
Ne me condamnez plus pendant mon séjour ici à vous voir si rarement ; je n’y saurais tenir ; accordez-moi du moins, dans les intervalles, la consolation de vous écrire et de recevoir de vos nouvelles ; autrement, je viendrai plus souvent au risque de tout ce qui en pourra arriver. Je suis logé chez la veuve Petit, en rue Genti, à l’Épée royale[450].
1737
Lettre X – À M…
Lettre XI – À Madame la baronne de Warens
Lettre XII – À Madame la baronne de Warens
Lettre XIII – À Madame la baronne de Warens
Lettre XIV – À Monsieur Micoud
Lettre XV – À M…
Lettre XVI – À Madame la baronne de Warens
Table de la correspondance
Lettre XI – À Madame la baronne de Warens
[453]
… 1737.
Madame,
J’eus l’honneur de vous écrire jeudi passé, et M. Genevois se chargea de ma lettre ; depuis ce temps je n’ai point vu M. Barillot, et j’ai resté enfermé dans mon auberge comme un vrai prisonnier. Hier, impatient de savoir l’état de mes affaires, j’écrivis à M. Barillot, et lui témoignai mon inquiétude en termes assez forts. Il me répondit ceci :
« Tranquillisez-vous, mon cher monsieur, tout va bien. Je crois que lundi ou mardi tout finira. Je ne suis point en état de sortir. Je vous irai voir le plus tôt que je pourrai. »
Voilà donc, madame, à quoi j’en suis, aussi peu instruit de mes affaires que si j’étais à cent lieues d’ici : car il m’est défendu de paraître en ville. Avec cela, toujours seul, et grande dépense ; puis les frais qui se font d’un autre côté pour tirer ce misérable argent, et puis ceux qu’il a fallu faire pour consulter ce médecin, et lui payer quelques remèdes qu’il m’a remis. Vous pouvez bien juger qu’il y a longtemps que ma bourse est à sec, quoique je sois déjà assez joliment endetté dans ce cabaret : ainsi je ne mène point la vie la plus agréable du monde ; et pour surcroît de malheur, je n’ai, madame, point de nouvelles de votre part. Cependant je fais bon courage autant que je le puis ; et j’espère qu’avant que vous receviez ma lettre je saurai la définition de toutes choses ; car en vérité, si cela durait plus longtemps, je croirais que l’on se moque de moi, et que l’on ne me réserve que la coquille de l’huître.
Vous voyez, madame, que le voyage que j’avais entrepris comme une espèce de partie de plaisir a pris une tournure bien opposée : aussi le charme d’être tout le jour seul dans une chambre, à promener ma mélancolie, dans des transes continuelles, ne contribue pas, comme vous pouvez bien croire, à l’amélioration de ma santé. Je soupire après l’instant de mon retour, et je prierai bien Dieu désormais qu’il me préserve d’un voyage aussi déplaisant.
J’en étais là de ma lettre quand M. Barillot m’est venu voir. Il m’a fort assuré que mon affaire ne souffrait plus de difficultés. M. le résident est intervenu, et a la bonté de prendre cette affaire-là à coeur. Comme il y a un intervalle de deux jours entre le commencement de ma lettre et la fin, j’ai, pendant ce temps-là, été rendre mes devoirs à M. le résident, qui m’a reçu le plus gracieusement, et, j’ose dire, le plus familièrement du monde. Je suis sûr à présent que mon affaire finira totalement dans moins de trois jours d’ici, et que ma portion me sera comptée sans difficulté, sauf les frais, qui, à la vérité, seront un peu forts, de même que la partie de M. Barillot, laquelle monte bien plus haut que je n’aurais cru.
Je n’ai, madame, reçu aucune nouvelle de votre part ces deux ordinaires-ci ; j’en suis mortellement inquiet. Si je n’en reçois pas l’ordinaire prochain, je ne sais ce que je deviendrai. J’ai reçu une lettre de l’oncle, avec une autre pour le curé son ami. Je ferai le voyage jusque-là ; mais je sais qu’il n’y a rien à faire, et que ce pré est perdu pour moi.
Je n’ai point encore écrit à mon père, ni vu aucun de mes parents, et j’ai ordre d’observer le même incognito jusqu’au déboursement. J’ai une furieuse démangeaison de tourner la feuille, car j’ai encore bien des choses à dire. Je n’en ferai rien cependant, et je me réserve à l’ordinaire prochain pour vous donner de bonnes nouvelles. J’ai l’honneur d’être avec un profond respect, etc.
Lettre XII – À Madame la baronne de Warens
[454]
Grenoble, 13 septembre 1737.
Madame,
Je suis ici depuis deux jours : on ne peut être plus satisfait d’une ville que je le suis de celle-ci. On m’y a marqué tant d’amitiés et d’empressements que je croyais, en sortant de Chambéry, me trouver dans un nouveau monde. Hier, M. Micoud me donna à dîner avec plusieurs de ses amis ; et le soir, après la comédie, j’allai souper avec le bon homme Lagère.
Je n’ai vu ni madame la présidente, ni madame d’Eybens, ni M. le président de Tencin : ce seigneur est en campagne. Je n’ai pas laissé de remettre la lettre à ses gens. Pour madame de Bardonanche, je me suis présenté plusieurs fois, sans pouvoir lui faire la révérence ; j’ai fait remettre la lettre ; et j’y dois dîner ce matin, où j’apprendrai des nouvelles de madame d’Eybens.
Il faut parler de M. de l’Orme. J’ai eu l’honneur, madame, de lui remettre votre lettre en main propre. Ce monsieur, s’excusant sur l’absence de M. l’Évêque, m’offrit un écu de six francs : je l’acceptai par timidité, mais je crus devoir en faire présent au portier. Je ne sais si j’ai bien fait ; mais il faudra que mon âme change de moule avant que de me résoudre à faire autrement. J’ose croire que la vôtre ne m’en démentira pas.
J’ai eu le bonheur de trouver pour Montpellier, en droiture, une chaise de retour : j’en profiterai[455]. Le marché s’est fait par l’entremise d’un ami, et il ne m’en coûte pour la voiture qu’un louis de 24 francs : je partirai demain matin. Je suis mortifié, madame, que ce soit sans recevoir ici de vos nouvelles ; mais ce n’est pas une occasion à négliger.
Si vous avez, madame, des lettres à m’envoyer, je crois qu’on pourrait les faire tenir ici à M. Micoud, qui les ferait partir ensuite pour Montpellier, à l’adresse de M. Lazerme. Vous pouvez aussi les envoyer de Chambéry en droiture : ayez la bonté devoir ce qui convient le mieux ; pour moi, je n’en sais rien du tout.
Il me fâche extrêmement d’avoir été contraint de partir sans faire la révérence à M. le marquis d’Antremont, et lui présenter mes très humbles actions de grâces : oserais-je, madame, vous prier de vouloir suppléer à cela ?
Comme je compte de pouvoir être à Montpellier mercredi au soir, le 18 courant, je pourrais donc, madame, recevoir de vos précieuses nouvelles dans le cours de la semaine prochaine, si vous preniez la peine d’écrire dimanche ou lundi matin. Vous m’accorderez, s’il vous plaît, la faveur de croire que mon empressement jusqu’à ce temps-là ira jusqu’à l’inquiétude.
Permettez encore, madame, que je prenne la liberté de vous recommander le soin de votre santé. N’êtes-vous pas ma chère maman ? n’ai-je pas droit d’y prendre le plus vif intérêt ; et n’avez-vous pas besoin qu’on vous excite à tout moment à y donner plus d’attention ?
La mienne fut fort dérangée hier au spectacle. On représenta Alzire, mal à la vérité, mais je ne laissai pas d’y être ému jusqu’à perdre la respiration ; mes palpitations augmentèrent étonnamment, et je crains de m’en sentir quelque temps[456].
Pourquoi, madame, y a-t-il des coeurs si sensibles au grand, au sublime, au pathétique, pendant que d’autres ne semblent faits que pour ramper dans la bassesse de leurs sentiments ? La fortune semble faire à tout cela une espèce de compensation ; à force d’élever ceux-ci, elle cherche à les mettre de niveau avec la grandeur des autres : y réussit-elle ou non ? Le public et vous, madame, ne serez pas de même avis. Cet accident m’a forcé de renoncer désormais au tragique, jusqu’au rétablissement de ma santé. Me voilà privé d’un plaisir qui m’a bien coûté des larmes en ma vie. J’ai l’honneur d’être avec un profond respect, etc.
Lettre XIII – À Madame la baronne de Warens
[457]
Montpellier, 23 octobre 1737.
Madame,
Je ne me sers point de la voie indiquée de M. Barillot, parce que c’est faire le tour de l’école. Vos lettres et les miennes passant toutes par Lyon, il faudrait avoir une adresse à Lyon.
Do not condemn me again for seeing you so infrequently during my stay here; I could not bear it. At least allow me the consolation of writing to you and receiving news from you in between; otherwise, I will come more often, at the risk of whatever might happen as a result. I am staying with the widow Petit, on Genti Street, near the Épée royale[450].
1737
Letter X – To M.
Letter XI – To Baroness de Warens
Letter XII – To Baroness de Warens
Letter XIII – To Baroness de Warens
Letter XIV – To Mr. Micoud
Letter XV – To M.
Letter XVI – To Baroness de Warens
Correspondence Table
Letter XI – To Baroness de Warens
[453]
… 1737.
Madam,
I had the honor of writing to you last Thursday, and Mr. Genevois took care of forwarding my letter; since then, I have not seen Mr. Barillot and have remained confined to my inn like a true prisoner. Yesterday, unable to bear waiting any longer to learn about the status of my affairs, I wrote to Mr. Barillot and expressed my concern in rather strong terms. He replied as follows:
“Please calm down, my dear sir, everything is going well. I believe that by Monday or Tuesday everything will be over. I am not in a condition to go out yet; I will come to see you as soon as possible.”
Here, madam, is the state I find myself in: as ignorant of my own affairs as if I were a hundred miles away from here, for it is forbidden to me to appear in town. Moreover, I am always alone, and the expenses are considerable; then there are the additional costs involved in trying to obtain that miserable money, not to mention what it took to consult that doctor and pay for some remedies he prescribed for me. You can easily imagine that my purse has long been empty, even though I already owe quite a bit at this tavern. Thus, I am certainly not leading the most pleasant life in the world; and to make matters worse, madam, I have heard no news from you at all. Nevertheless, I try my best to stay cheerful and hope that by the time you receive this letter, I will have found answers to all my questions. For truly, if this situation continues any longer, I will begin to think that people are just mocking me and are withholding from me everything I deserve.
You see, madam, that the journey which I had embarked on as a sort of leisurely excursion has taken a completely opposite turn: indeed, the charm of being alone in a room all day long, allowing my melancholy to roam freely and indulge in continuous reverie does, quite contrary to what you might think, do nothing to improve my health. I look forward with longing to the moment of my return, and I will surely pray to God from now on that he spare me such an unpleasant journey.
I had just finished writing my letter when Mr. Barillot came to see me. He assured me firmly that there were no longer any difficulties in my matter. The resident has intervened and has the kindness to take a personal interest in this case. Since there is a two-day interval between the beginning and the completion of my letter, I took this time to attend to my duties for Mr. the Resident, who received me with the greatest courtesy—and, I would say, with the utmost friendliness. I am now certain that my matter will be completely resolved in less than three days from now, and that my share will be paid without any difficulties, except for the expenses, which, to be honest, are somewhat high. The same goes for Mr. Barillot’s share, which turns out to be much higher than I had anticipated.
Madam, I have not received any news from you in these two weeks; I am mortally anxious. If I do not receive a letter next week, I do not know what will happen to me. I received a letter from my uncle, which also contained another letter for his friend, the priest. I will make the journey there; but I know that nothing can be done, and that this position is lost for me.
I have yet to write to my father, nor have I seen any of my parents; I am ordered to maintain this same incognito until the payment is made. I am extremely tempted to continue writing, for I still have much to say. However, I will refrain from doing so and reserve the next regular opportunity to bring you some good news. With deep respect, etc.
Letter XII – To Baroness de Warens
[454]
Grenoble, September 13, 1737.
Madam,
I have been here for two days: one could not be more satisfied with a city than I am with this one. So much kindness and hospitality were shown to me that, upon leaving Chambéry, I felt as if I had entered a new world. Yesterday, Mr. Micoud invited me to dinner with several of his friends; and in the evening, after the play, I went to dinner with the kind Mr. Lagère.
I did not see either Madame la Presidente, Madame d’Eybens, or Monsieur le President de Tencin; that gentleman is in the countryside at present. I did not manage to deliver the letter to his people. As for Madame de Bardonanche, I presented myself several times but was unable to pay my respects to her; I had the letter delivered anyway, and I am supposed to dine with her this morning, where I will learn some news about Madame d’Eybens.
We must speak of Mr. de l’Orme. Madam, I had the honor of handing him your letter in person. When this gentleman excused himself on the absence of Monsignor the Bishop, he offered me an écu worth six francs; I accepted it out of timidity, but I felt it was my duty to give it to the porter. I do not know if I did right; but it will take more than just a change in my own attitude before I would dare to do otherwise. I hope your opinion will confirm mine.
I was fortunate enough to find a second-hand chair for Montpellier; I will make use of it[455]. The transaction was arranged through the help of a friend, and it only costs me one louis of 24 francs for the chair; I will set off tomorrow morning. I am deeply sorry, madam, that I have not received any news from you here; but this is an opportunity that cannot be overlooked.
If you have any letters to send to me, madam, I believe they could be left with Mr. Micoud here, who would then send them on to Montpellier, to the address of Mr. Lazerme. You can also send them directly from Chambéry; please do whatever seems most appropriate to you. As for me, I have no idea what to do in this regard.
It troubles me greatly that I was forced to leave without paying my respects to Mr. the Marquis of Antremont and expressing my deepest gratitude to him: May I dare ask you, madam, to kindly make amends for this?
Since I expect to be in Montpellier on Wednesday evening, the 18th of this month, I would therefore be able to receive your precious news sometime during next week, if you would take the trouble to write on Sunday or Monday morning. Please allow me to believe that my eagerness by then will not go so far as to become worry.
Once again, madam, allow me to take the liberty of advising you to pay close attention to your health. Aren’t you my dear mother? Don’t I have every right to be deeply concerned about it? And don’t you need someone to constantly encourage you to give it even more attention?
My nerves were greatly disturbed yesterday at the theater. They performed Alzire, and although it was not very well done, I was so moved that I lost my breath; my heartbeat accelerated remarkably, and I fear I will feel unwell for some time.[456]
Why, madam, are some hearts so sensitive to the great, to what is sublime and pathetic, while others seem destined merely to dwell in the baseness of their feelings? Fortune seems to offer some sort of compensation for all this; by elevating certain people, it seeks to bring them to the same level as those of greater greatness. But does it succeed or not? The public and you, madam, will probably disagree on this point. This accident has forced me to give up tragedy until my health is restored. I am now deprived of a pleasure that once cost me many tears in my life. With deep respect, etc.
Letter XIII – To Baroness de Warens
[457]
Montpellier, October 23, 1737.
Madam,
I do not use the route indicated by Mr. Barillot, because it would involve going around the whole school district. Since both your letters and mine have to pass through Lyon, we would need to have an address in Lyon.
Non condannatemi più durante il mio soggiorno qui per vedervi così di rado; non potrei sopportarlo. Almeno concedetemi, nei periodi intermedi, il conforto di scrivervi e ricevere vostre notizie; altrimenti verrò più spesso, a rischio di tutto ciò che potrebbe accadere. Sono ospitato presso la vedova Petit, in rue Genti, all’Épée royale[450].
1737
Lettera X – A M.
Lettera XI – Alla signora baronessa di Warens
Lettera XII – Alla signora baronessa di Warens
Lettera XIII – Alla signora baronessa di Warens
Lettera XIV – A Monsieur Micoud
Lettera XV – A M.
Lettera XVI – Alla signora baronessa di Warens
Tabella della corrispondenza
Lettera XI – Alla signora baronessa di Warens
[453]
… 1737.
Signora,
Ebbi l’onore di scrivervi giovedì scorso; il signor Genevois si occupò della mia lettera. Da allora non ho più visto il signor Barillot e sono rimasto rinchiuso nella mia locanda, come un vero prigioniero. Ieri, impaziente di conoscere lo stato delle mie faccende, scrissi al signor Barillot esprimendogli la mia preoccupazione in termini piuttosto forti. Lui mi rispose così:
“Rassicuratevi, caro signore, tutto andrà bene. Credo che lunedì o martedì tutto sarà risolto. Non sono in grado di uscire al momento; vi andrò a trovare non appena possibile.”
Ecco dunque, signora, in quale situazione mi trovo: ignoro completamente cosa accada nelle mie faccende, come se fossi a cento miglia da qui. Poiché mi è stato vietato di comparire in città. Inoltre, sono sempre solo, e le spese sono enormi; poi ci sono i costi necessari per ottenere quei miseri soldi, quelli legati alle visite del medico e al pagamento dei suoi rimedi. Potete facilmente immaginare che la mia borsa sia da tempo vuota, anche se ho già contratto notevoli debiti in questo locale. Quindi non conduco certo la vita più piacevole del mondo. E per colmo di sfortuna, signora, non ho alcuna notizia da parte vostra. Tuttavia cerco di tirare avanti con coraggio; e spero che prima di ricevere la mia lettera, riuscirò a capire tutto ciò che mi è accaduto. Perché, onestamente, se questa situazione dovesse continuare ancora a lungo, crederei davvero che si stia prendendo gioco di me.
Vedete, signora, che il viaggio che avevo intrapreso come una sorta di divertimento ha assunto una piega del tutto opposta: quindi, il piacere di trovarmi tutto il giorno solo in una stanza, a lasciarmi sommergere dalla mia malinconia e in continue riflessioni, non contribuisce affatto, come potete facilmente immaginare, al miglioramento della mia salute. Anelo con impazienza al momento del mio ritorno e pregherò Dio che mi protegga da viaggi così sgradevoli in futuro.
Ero appena arrivato alla fine della mia lettera quando il signor Barillot è venuto a trovarmi. Mi ha assicurato con forza che la mia questione non presentasse più alcuna difficoltà. Il residente si è intromesso e, per gentilezza sua, ha preso personalmente in carico questa faccenda. Poiché c’è un intervallo di due giorni tra l’inizio della mia lettera e la sua conclusione, in questo periodo ho avuto l’opportunità di rendere omaggio al residente, il quale mi ha accolto con estrema cortesia, anzi, con una cordialità davvero straordinaria. Ora sono sicuro che la mia questione verrà risolta completamente entro meno di tre giorni e che la mia parte sarà liquidata senza alcuna difficoltà, ad eccezione delle spese, le quali, a dire il vero, saranno piuttosto elevate, così come quella del signor Barillot, che si rivelerà molto più consistente di quanto avessi previsto.
Signora, non ho ricevuto alcuna notizia da voi in questi ultimi due periodi; ne sono mortalmente preoccupato. Se non ricevo la vostra prossima lettera, non so cosa farò. Ho ricevuto una lettera dallo zio, insieme a un’altra indirizzata al curato suo amico. Andrò fino lì, ma so che non c’è nulla da fare. Quel prebendio è ormai perduto per me.
Non ho ancora scritto a mio padre, né ho visto nessuno dei miei genitori; inoltre, mi è stato ordinato di mantenere lo stesso anonimato fino al momento del pagamento. Ho una terribile voglia di continuare a scrivere, poiché ho ancora molte cose da dire. Tuttavia non lo farò, e mi riservo di comunicarvi buone notizie nel prossimo ordine. Con profondo rispetto, ecc.
Lettera XII – Alla signora baronessa di Warens
[454]
Grenoble, 13 settembre 1737.
Signora,
Sono qui da due giorni: non si può essere più soddisfatti di una città di quanto lo sia io di questa. Mi hanno dimostrato tanta amicizia e cortesia che, uscendo da Chambéry, credevo di trovarmi in un nuovo mondo. Ieri, il signor Micoud mi ha invitato a cena con diversi dei suoi amici; e la sera, dopo la commedia, sono andato a cena dal gentile signor Lagère.
Non ho visto né la signora presidente, né la signora d’Eybens, né il signor presidente de Tencin: quest’ultimo si trova in campagna. Non ho potuto consegnare la lettera alle sue persone. Per quanto riguarda la signora de Bardonanche, mi sono presentato più volte, senza riuscire a fare le mie reverenze; ho fatto comunque consegnare la lettera e questa mattina dovrò pranzare da lei, dove apprenderò notizie sulla signora d’Eybens.
È necessario parlare di Monsieur de l’Orme. Ho avuto l’onore, signora, di consegnargli personalmente la vostra lettera. Questo signore, scusandosi per l’assenza di Monsieur l’Évêque, mi offrì un ecu da sei franchi; lo accettai per timidezza, ma ritenni doverlo donare al portiere. Non so se abbia fatto la cosa giusta. Ma dovrà cambiare idea prima che io decida di agire diversamente. Oserei credere che anche voi non mi contraddirete in questo.
Ho avuto la fortuna di trovare, appositamente per Montpellier, una sedia da viaggio: ne approfitterò[455]. L’acquisto è stato effettuato tramite un amico e il costo della vettura ammonta soltanto a un luigi da 24 franchi: partirò domani mattina. Sono molto dispiaciuto, signora, di non aver ricevuto notizie da voi; ma questa non è certo un’occasione da trascurare.
Se avete, signora, delle lettere da inviarmi, credo che possano essere affidate a Monsieur Micoud qui, il quale le inoltrerà successivamente a Montpellier, all’indirizzo di Monsieur Lazerme. Potete anche inviarle direttamente da Chambéry: vi prego di decidere ciò che ritenete più opportuno; io, personalmente, non ne so nulla.
Mi dispiace enormemente di essere stato costretto a partire senza poter rendere omaggio al signor marchese d’Antremont e presentargli le mie più umili ringraziamenti: oserei chiedervi, madama, di voler compensare questa mancanza?
Poiché prevedo di poter essere a Montpellier mercoledì sera, il 18 corrente, potrei quindi, signora, ricevere le vostre preziose notizie nel corso della prossima settimana, se vi prendeste la briga di scrivere domenica o lunedì mattina. Vi prego di concedermi l’onore di credere che la mia impazienza fino a quel momento potrebbe arrivare all’inquietudine.
Permettetemi ancora, signora, di prendermi la libertà di raccomandarvi di curare attentamente la vostra salute. Non siete forse mia cara mamma? Non ho forse il diritto di prendermene il massimo interesse; e non avete forse bisogno che vi si incoraggi continuiamente a prestare maggiore attenzione a essa?
Ieri, al teatro, il mio stato d’animo è stato profondamente turbato. Hanno rappresentato “Alzire”; in verità la rappresentazione non era molto buona, ma sono rimasto commosso fino a perdere il respiro; le mie palpitazioni sono aumentate in modo sorprendente, e temo che ne risentirò per un po’[456].
Perché, signora, ci sono cuori così sensibili al grande, al sublime, al patetico, mentre altri sembrano fatti soltanto per immergersi nella bassezza dei loro sentimenti? La fortuna sembra offrire una sorta di compensazione a tutto questo: cercando di elevare alcuni sentimenti, vuole portarli allo stesso livello della grandezza degli altri. Riesce nel suo intento o no? Il pubblico e voi, signora, probabilmente non sarete d’accordo. Questo incidente mi ha costretto a rinunciare per sempre al genere tragico, fino al ripristino della mia salute. Ora sono privato di un piacere che, nella mia vita, mi è costato molte lacrime. Ho l’onore di essere con profondo rispetto, ecc.
Lettera XIII – Alla signora baronessa di Warens
[457]
Montpellier, 23 ottobre 1737.
Signora,
Non utilizzo il percorso indicato da Monsieur Barillot, perché significherebbe fare un giro lungo per raggiungere la destinazione. Poiché sia le vostre che le mie lettere passano tutte per Lione, sarebbe necessario disporre di un indirizzo a Lione.
Voici un mois passé de mon arrivée à Montpellier, sans avoir pu recevoir aucune nouvelle de votre part, quoique j’aie écrit plusieurs fois et par différentes voies. Vous pouvez croire que je ne suis pas fort tranquille, et que ma situation n’est pas des plus gracieuses ; je vous proteste cependant, madame, avec la plus parfaite sincérité, que ma plus grande inquiétude vient de la crainte qu’il ne vous soit arrivé quelque accident. Je vous écris cet ordinaire-ci par trois différentes voies, savoir, par MM. Vêpres, M. Micoud, et en droiture ; il est impossible qu’une de ces trois lettres ne vous parvienne : ainsi, j’en attends la réponse dans trois semaines au plus tard ; passé ce temps-là, si je n’ai point de nouvelles, je serai contraint de partir dans le dernier désordre, et de me rendre à Chambéry comme je pourrai. Ce soir la poste doit arriver, et il se peut qu’il y aura quelque lettre pour moi ; peut-être n’avez-vous pas fait mettre les vôtres à la poste les jours qu’il fallait ; car j’aurais réponse depuis quinze jours, si les lettres avaient fait chemin dans leur temps. Vos lettres doivent passer par Lyon pour venir ici ; ainsi c’est les mercredi et samedi de bon matin qu’elles doivent être mises à la poste ; je vous avais donné précédemment l’adresse de ma pension : il vaudrait peut-être mieux les adresser en droit là où je suis logé, parce que je suis sûr de les y recevoir exactement. C’est chez M. Barcellon, huissier de la Bourse, en me Basse, proche du Palais.
J’ai l’honneur d’être avec un profond respect, etc.
P. S. Si vous avez quelque chose à m’envoyer par la voie des marchands de Lyon, et que vous écriviez, par exemple, à MM. Vêpres par le même ordinaire qu’à moi, je dois, s’ils sont exacts, recevoir leur lettre en même temps que la vôtre.
J’allais fermer ma lettre quand j’ai reçu la vôtre, madame, du 12 du courant. Je crois n’avoir pas mérité les reproches que vous m’y faites sur mon peu d’exactitude. Depuis mon départ de Chambéry je n’ai point passé de semaine sans vous écrire. Du reste, je me rends justice ; et quoique peut-être il dut me paraître un peu dur que la première lettre que j’ai l’honneur de recevoir de vous ne soit pleine que de reproches, je conviens que je les mérite tous. Que voulez-vous, madame, que je vous dise ? Quand j’agis, je crois faire les plus belles choses du monde, et puis il se trouve au bout que ce ne sont que sottises : je le reconnais parfaitement bien moi-même. Il faudra tâcher, de se roidir contre sa bêtise à l’avenir, et faire phis d’attention sur sa conduite : c’est ce que je vous promets, avec une forte envie de l’exécuter. Après cela, si quelque retour d’amour-propre voulait encore m’engager à tenter quelque voie de justification, je réserve à traiter cela de bouche avec vous, madame, non pas, s’il vous plaît, à la Saint-Jean, mais à la fin du mois de janvier ou au commencement du suivant.
Quant à la lettre de M. Arnauld, vous savez, madame, mieux que moi-même, ce qui me convient en fait de recommandation. Je vois bien que vous vous imaginez que, parce que je suis à Montpellier, je puis voir les choses de plus près et juger de ce qu’il y a à faire ; mais, madame, je vous prie d’être bien persuadée que, hors ma pension et l’hôte de ma chambre, il m’est impossible de faire aucune liaison, ni de connaître le terrain le moins du monde à Montpellier, jusqu’à ce qu’on m’ait procuré quelque arme pour forcer les barricades que l’humeur inaccessible des particuliers et de toute la nation en général met à l’entrée de leurs maisons. Oh ! qu’on a une idée bien fausse du caractère languedocien, et surtout des habitants de Montpellier à l’égard de l’étranger ! mais pour revenir, les recommandations dont j’aurais besoin sont de toutes les espèces. Premièrement, pour la noblesse et les gens en place : il me serait très avantageux d’être présenté à. quelqu’un de cette classe, pour tâcher à me faire connaître et à faire quelque usage du peu de talents que j’ai, ou du moins à me donner quelque ouverture qui pût m’être utile dans la suite, en temps et lieu. En second lieu, pour les commerçants, afin de trouver quelque voie de communication plus courte et plus facile, et pour mille autres avantages que vous savez que l’on tire de ces connaissances-là. Troisièmement, parmi les gens de lettres, savants, professeurs, par les manières qu’on peut acquérir avec eux et les progrès qu’on y pourrait faire ; enfin, généralement pour toutes les personnes de mérite avec lesquelles on peut du moins lier une honnête société, apprendre quelque chose, et couler quelques heures prises sur la plus rude et la plus ennuyeuse solitude du monde. J’ai l’honneur de vous écrire cela, madame, et non à M. l’abbé Arnauld, parce qu’ayant la lettre vous verrez mieux ce qu’il y aura à répondre, et que, si vous voulez bien vous donner cette peine vous-même, cela fera encore un meilleur effet en ma faveur.
It has been a month since my arrival in Montpellier, and I have not received any news from you, despite having written several times through different channels. You can imagine that I am far from at ease, and my situation is by no means pleasant. However, I assure you with the utmost sincerity that my greatest concern is the fear that something might have happened to you. This letter is being sent to you via three different routes: through Messrs. Vêpres and M. Micoud, as well as directly. It is impossible for any of these three letters not to reach you; therefore, I expect a reply within at most three weeks. If I receive no news by then, I will be forced to leave in the greatest disarray and make my way to Chambéry in whatever manner possible. The mail should arrive tonight, and it is possible that there will be a letter for me; perhaps you did not send your letters on the appropriate days. Had they been sent on time, I would have received a reply fifteen days ago. Your letters must pass through Lyon to reach me here; therefore, they should be sent on Wednesday or Saturday mornings. I had previously given you the address of my pension, but it might be better to send them directly to where I am staying, as I am certain they will arrive there without delay. The address is at Mr. Barcellon’s, the bailiff of the Bourse, in the Meilleure section, near the Palace.
I have the honor of being here, with deep respect, and so on.
P.S. If you have anything to send me through the merchants of Lyon, and if you were to write, for example, to Messrs. Vêpres in the same way as you did to me, I should receive their letter at the same time as yours, provided that they are sent on time.
I was about to close my letter when I received yours, madam, dated the 12th of this month. I believe I have not deserved the reproaches you make regarding my lack of accuracy. Since leaving Chambéry, I have not spent a single week without writing to you. Moreover, I am fair enough with myself; and although perhaps it seemed somewhat harsh that the first letter I had the honor of receiving from you was filled only with reproaches, I admit that I deserve them all. What can I say to you, madam? When I act, I believe I am doing the finest things in the world, but in the end, it turns out to be nothing but foolishness—something I acknowledge quite clearly myself. In the future, I will try to steel myself against such stupidity and pay closer attention to my behavior. That is what I promise you, with a strong desire to keep it. As for whether some sense of self-respect might still urge me to attempt some form of justification, I reserve the right to discuss this matter with you in person, madam—not, please, on Saint-Jean’s Day, but at the end of January or the beginning of the following month.
As for Mr. Arnauld’s letter, madam, you know better than I do what kind of recommendations would be suitable for me. I understand that you might think that since I am in Montpellier, I would be able to observe things more closely and determine what needs to be done; but please believe me, apart from my lodging and the host who provides my room, it is absolutely impossible for me to establish any contacts or even gain the slightest understanding of the local situation in Montpellier, until someone provides me with some means to overcome the barriers imposed by the aloofness of both individuals and the whole population towards strangers. Oh! How mistaken one can be about the character of the Languedoc region, and especially its inhabitants when it comes to foreigners! But to return to the matter at hand, the recommendations I would need are of various kinds. First and foremost, I would greatly benefit from being introduced to someone from the nobility or those in power; such contacts could help me make use of the limited talents I possess, or at least open up opportunities that might be useful to me in the future. Secondly, I need to establish connections with merchants in order to find shorter and more convenient ways to conduct business, as well as to gain many other advantages that come from such relationships. Thirdly, among the literati, scholars, and professors, I could learn valuable skills and make progress through their company. Lastly, in general, I would like to associate with any meritorious individuals who could offer me honest companionship, allow me to learn something new, and help me endure the harshness and monotony of solitude. I have the honor of writing this to you, madam, rather than to Mr. Arnauld, because by addressing you directly, you will be better able to decide how to respond. And if you would take the trouble to do so yourself, it would have an even greater positive impact on my behalf.
È passato un mese dal mio arrivo a Montpellier e non ho ricevuto alcuna notizia da parte vostra, nonostante abbia scritto più volte e attraverso diversi canali. Potete essere certa che non sono affatto tranquillo e che la mia situazione non è delle più confortevoli; tuttavia vi assicuro con la massima sincerità che la mia principale preoccupazione deriva dalla paura che possa esservi accaduto qualche incidente. Sto inviando questa lettera attraverso tre diversi canali: i signori Vêpres, il signor Micoud e direttamente a voi. È impossibile che una di queste tre lettere non vi arrivi; pertanto aspetto la vostra risposta entro al massimo tre settimane. Se dopo questo lasso di tempo non riceverò alcuna notizia, sarò costretto a partire in condizioni disastrose e a recarmi a Chambéry nel modo che potrò. Stasera dovrebbe arrivare la posta; forse ci sarà qualche lettera per me. Forse non avete inviato le vostre nei giorni previsti, poiché avrei già ricevuto una risposta da quindici giorni se le lettere fossero state spedite in tempo. Le vostre lettere devono passare per Lione per arrivare qui; quindi dovrebbero essere inviate mercoledì o sabato mattina presto. Vi avevo già fornito l’indirizzo della mia pensione, ma forse è meglio inviarle direttamente dove mi trovo attualmente, poiché sono certo di riceverle senza problemi. Si tratta dell’abitazione del signor Barcellon, usciere della Borsa, situata in Me Basse, vicino al Palazzo.
Ho l’onore di essere qui con il più profondo rispetto, ecc.
P.S. Se avete qualcosa da inviarmi tramite i mercanti di Lione, e scriveste ad esempio ai signori Vêpres utilizzando lo stesso canale di comunicazione che usate con me, dovrei ricevere la loro lettera nello stesso momento della vostra.
Stavo per chiudere la mia lettera quando ho ricevuto la vostra, signora, del 12 di questo mese. Credo di non aver meritato le rimproveri che mi fate per la mia mancanza di precisione. Da quando sono partito da Chambéry, non è passata nessuna settimana senza che vi scrivessi. Del resto, faccio giustizia a me stesso; e anche se forse mi è sembrato un po’ duro che la prima lettera che ho l’onore di ricevere da voi fosse piena solo di rimproveri, ammetto di meritarli tutti. Cosa posso dirvi, signora? Quando agisco, credo di compiere le cose più belle del mondo, e poi si scopre che sono solo sciocchezze: lo riconosco perfettamente anch’io. Dovrò cercare di resistere alla mia stupidità in futuro e prestare molta attenzione al mio comportamento: ve lo prometto, con grande desiderio di mantenerla. In ogni caso, se qualche rimorso d’orgoglio dovesse ancora spingermi a cercare delle giustificazioni, riserverò il diritto di parlarne con voi di persona, signora. Non certo alla festa di San Giovanni, ma alla fine di gennaio o all’inizio di febbraio.
Per quanto riguarda la lettera di Monsieur Arnauld, signora, voi sapete meglio di me quale raccomandazione mi sia effettivamente necessaria. Capisco bene che possiate pensare che, essendo a Montpellier, io abbia la possibilità di osservare più da vicino la situazione e decidere cosa sia opportuno fare; ma vi prego di essere assolutamente convinta che, fatta eccezione per la mia pensione e il mio ospite di camera, non mi è possibile stabilire alcun contatto né conoscere minimamente la realtà di Montpellier, finché non mi verranno forniti mezzi adeguati per superare le barriere poste dall’ostilità delle persone e dell’intera nazione verso gli stranieri. Oh! Quanto si sbaglia a concepire il carattere dei languedociani, e soprattutto degli abitanti di Montpellier nei confronti degli stranieri. Ma tornando al tema, le raccomandazioni di cui avrei bisogno sono di ogni tipo: innanzitutto, tra la nobiltà e le persone in posizione influente; mi sarebbe molto utile essere presentato a qualcuno di questa classe, per cercare di farmi conoscere e di sfruttare al meglio i pochi talenti che possiedo, o almeno per ottenere opportunità future che potrebbero rivelarsi utili. In secondo luogo, tra i commercianti, per trovare vie di comunicazione più rapide e semplici, e per molti altri vantaggi che si possono trarre da queste conoscenze. Terzo, tra gli intellettuali, gli scienziati, i professori: attraverso loro si possono acquisire nuove competenze e fare progressi significativi. Infine, in generale, con tutte le persone meritevoli con cui è possibile intrattenere rapporti onesti, imparare qualcosa e trascorrere almeno alcune ore in modo meno solitario e noioso del mondo intero. Ho l’onore di scrivervi queste cose, signora, e non a Monsieur l’abbé Arnauld, perché affidandovi la lettera potrete decidere più facilmente cosa rispondere; inoltre, se vorrete prendervi questa briga personalmente, l’effetto sarà ancora più positivo per me.
Vous faites, madame, un détail si riant de ma situation à Montpellier, qu’en vérité je ne saurais mieux rectifier ce qui peut n’être pas conforme au vrai, qu’en vous priant de prendre tout le contrepied. Je m’étendrai plus au long, dans ma prochaine, sur l’espèce de vie que je mène ici. Quant à vous, madame, plût à Dieu que le récit de votre situation fût moins véridique : hélas ! je ne puis, pour le présent, faire que des voeux ardents pour l’adoucissement de votre sort : il serait trop envié, s’il était conforme à celui que vous méritez. Je n’ose espérer le rétablissement de ma santé, car elle est encore plus en désordre que quand je suis parti de Chambéry ; mais, madame, si Dieu daignait me la rendre, il est sûr que je n’en ferais d’autre usage qu’à tâcher de vous soulager de vos soins, et à vous seconder en bon et tendre fils, et en élève reconnaissant. Vous m’exhortez, madame, à rester ici jusqu’à la Saint-Jean : je ne le ferais pas quand on m’y couvrirait d’or. Je ne sache pas d’avoir vu, de ma vie, un pays plus antipathique à mon goût que celui-ci, ni de séjour plus ennuyeux, plus maussade que celui de Montpellier. Je sais bien que vous ne me croirez point ; vous êtes encore remplie des belles idées que ceux qui y ont été attrapés en ont répandues au-dehors pour attraper les autres. Cependant, madame, je vous ré-J serve une relation de Montpellier qui vous fera toucher les choses au doigt et à l’oeil ; je vous attends là, pour vous étonner. Pour ma santé, il n’est pas étonnant qu’elle ne s’y remette pas. Premièrement, les aliments n’y valent rien, mais rien ; je dis rien, et je ne badine point. Le vin y est trop violent et incommode toujours ; le pain y est passable, à la vérité ; mais il n’y a ni boeuf, ni vache, ni beurre ; on n’y mange que de mauvais mouton, et du poisson de mer en abondance, le tout toujours apprêté à l’huile puante. Il vous serait impossible de goûter de la soupe ou des ragoûts qu’on nous sert à ma pension, sans vomir. Je ne veux pas m’arrêter davantage là-dessus, car, si je vous disais les choses précisément comme elles sont, vous seriez en peine de moi bien plus que je ne le mérite. En second lieu, l’air ne me convient pas ; autre paradoxe, encore plus incroyable que les précédents : c’est pourtant la vé-i rite. On ne saurait disconvenir que l’air de Montpellier ne soit fort pur, et en hiver assez doux. Cependant le voisinage de la mer le rend à craindre pour tons ceux qui sont attaqués de la poitrine : aussi y voit-on beaucoup de phtisiques. Un certain vent, qu’on appelle ici le marin, amène de temps en temps des brouillards épais et froids, chargés de particules salines et acres, qui sont fort dangereuses : aussi, j’ai ici des rhumes, des maux de gorge et des esquinancies, plus souvent qu’à Chambéry. Ne parlons plus de cela quant à présent ; car si j’en disais davantage vous n’en croiriez pas un mot. Je puis pourtant protester que je n’ai dit que la vérité. Enfin, un troisième article, c’est la cherté : pour celui-là je ne m’y arrêterai pas, parce que je vous en ai parlé précédemment, et que je me prépare à parler de tout cela plus au long en traitant de Montpellier. Il suffit de vous dire qu’avec l’argent comptant que j’ai apporté, et les 200 livres que vous avez eu la bonté de me promettre, il s’en faudrait beaucoup qu’il m’en restât actuellement autant devant moi, pour prendre l’avance, comme vous dites, qu’il en faudrait laisser en arrière pour boucher les trous. Je n’ai encore pu donner un sou à la maîtresse de la pension, ni pour le louage de ma chambre ; jugez, madame, comment me voilà joli garçon ; et, pour achever de me peindre, si je suis contraint de mettre quelque chose à la presse, ces honnêtes gens-ci ont la charité de ne prendre que 12 sous par écu de six francs, tous les mois. À la vérité, j’aimerais mieux tout vendre que d’avoir recours à un tel moyen. Cependant, madame, je suis si heureux, que personne ne s’est encore avisé de me demander de l’argent, sauf celui qu’il faut donner tous les jours pour les eaux, bouillons de poulets, purgatifs, bains ; encore ai-je trouvé le secret d’en emprunter pour cela, sans gage et sans usure, et cela du premier cancre de la terre. Cela ne pourra pas durer, pourtant, d’autant plus que le deuxième mois est commencé depuis hier ; mais je suis tranquille depuis que j’ai reçu de vos nouvelles, et je suis assuré d’être secouru à temps. Pour les commodités, elles sont en abondance. Il n’y a point de bon marchand à Lyon qui ne tire une lettre de change sur Montpellier. Si vous en parlez à M. C. il lui sera de la dernière facilité de faire cela : en tout cas, voici l’adresse d’un, qui paie un de nos messieurs de Belley, et de la voie duquel on peut se servir, M. Parent, marchand drapier à Lyon, au Change. Quant à mes lettres, il vaut mieux les adresser chez M. Barcellon, ou plutôt Marcellon, comme l’adresse est à la première page ; on sera plus exact à me les rendre. Il est deux heures après minuit, la plume me tombe des mains. Cependant je n’ai pas écrit la moitié de ce que j’avais à écrire. La suite de la relation et le reste, etc., sera renvoyé pour lundi prochain. C’est que je ne puis faire mieux ; sans quoi, madame, je ne vous imiterais certainement pas à cet égard. En attendant, je m’en rapporte aux précédentes, et présente mes respectueuses salutations aux révérends pères jésuites, le révérend père Hemet, et le révérend père Coppier. Je vous prie bien humblement de leur présenter une tasse de chocolat, que vous boirez ensemble, s’il vous plaît à ma santé. Pour moi, je me contente du fumet, car il ne m’en reste pas un misérable morceau.
J’ai oublié de finir en parlant de Montpellier, et de vous dire que j’ai résolu d’en partir vers la fin de décembre, et d’aller prendre le lait d’ânesse en Provence, dans lui petit endroit fort joli, à deux lieues du Saint-Esprit[458]. C’est un air excellent ; il y aura bonne compagnie, avec laquelle j’ai déjà fait connaissance en chemin, et j’espère de n’y être pas tout-à-fait si chèrement qu’à Montpellier. Je demande votre avis là-dessus. Il faut encore ajouter que c’est faire d’une pierre deux coups, car je me rapproche de deux journées.
Je vois, madame, qu’on épargnerait bien des embarras et des frais si l’on faisait écrire par un marchand de Lyon à son correspondant d’ici de me compter de l’argent, quand j’en aurais besoin, jusqu’à la concurrence de la somme destinée ; car ces retards me mettent dans de fâcheux embarras, et ne vous sont d’aucun avantage.
Lettre XV – À M…
[459]
Montpellier, 4 novembre 1737.
Monsieur,
Madam, you describe my situation in Montpellier in such a humorous way that, in truth, the only way I could correct any possible inaccuracies would be to take the exact opposite approach. I will elaborate further on the kind of life I lead here in my next letter. As for you, madam, if only the account of your own circumstances were less truthful. Alas! For now, all I can do is earnestly wish for some alleviation in your lot; it would be too enviable if it were in accordance with what you deserve. I dare not hope for a recovery in my health, for it is even worse than when I left Chambéry; but if God were to grant me that, I would surely use it solely to try to relieve your burdens and assist you as a good and affectionate son, and as a grateful disciple. You urge me to stay here until Saint John’s Day. But I wouldn’t do so even if they covered me in gold. I have never seen a place more unsuitable to my tastes in all my life, nor a residence more tedious and gloomy than Montpellier. I know you won’t believe me; you are still influenced by the favorable impressions that those who have been there have spread abroad to attract others. Nevertheless, madam, I will provide you with a detailed account of life in Montpellier that will show you the truth clearly; I am waiting there for you to be astonished. As for my health, it is no wonder it has not improved. First of all, the food here is utterly poor—I mean it literally; I am not joking. The wine is too strong and always unpleasant to drink; the bread is passable, indeed, but there is no beef, no milk, no butter; we only eat poor-quality sheep’s meat and plenty of seafood, all prepared in foul-smelling oil. It would be impossible for you to taste the soups or stews they serve at my pension without vomiting. I don’t want to go into further detail about this, because if I told you everything exactly as it is, you would think even less of me than I deserve. Secondly, the air here does not suit me. Another paradox, even more unbelievable than the previous ones—but it is the truth. One cannot deny that the air in Montpellier is quite pure and fairly mild in winter. However, its proximity to the sea makes it dangerous for those who suffer from respiratory diseases; that’s why there are so many people with tuberculosis here. A certain wind, called “the marine wind” here, occasionally brings thick, cold fogs filled with salty, irritating particles, which are very harmful. As a result, I get colds, sore throats, and bronchitis more often than in Chambéry. But let’s not talk about this for now; if I said any more, you wouldn’t believe me. Yet I swear that I am telling you only the truth. Finally, there is the issue of high costs: I won’t dwell on this subject, as I have already discussed it before and plan to address it in more detail when discussing Montpellier. Let me just say that with the cash I brought with me and the 200 livres you kindly promised me, it would take a great deal more money for me to cover my current expenses—both what needs to be paid now and what will be needed later on. I haven’t been able to pay the landlady or rent my room yet; you can imagine how difficult my situation is, madam. And to make matters worse, if I were forced to borrow money, these kind people only charge 12 sous per six-franc piece every month. To be honest, I would rather sell everything than resort to such measures. However, madam, I am so fortunate that no one has yet asked me for money, except for the daily expenses for water, chicken broth, purgatives, and baths. Fortunately, I have found a way to borrow this money without any guarantees or interest—though it’s certainly not a reliable solution. It won’t last long, especially since the second month has already begun yesterday. But I am at ease now that I have heard from you and believe I will be helped in time. As for daily necessities, there is no shortage of them. Any good merchant in Lyon can issue a draft on Montpellier. If you mention this to M. C., he will be more than happy to help. In any case, here is the address of a merchant in Lyon who pays our gentlemen from Belley: M. Parent, a draper at the Change. As for my letters, it’s better to send them to M. Barcellon—or rather, Marcellon, as the address is on the first page—so they will be delivered more promptly. It’s already two hours past midnight, and my hand is tired from writing. Yet I haven’t even covered half of what I wanted to say. The rest of my story will be sent next Monday. I really can’t do any better; otherwise, madam, I wouldn’t imitate you in this regard. For now, I rely on our previous correspondence and send my respectful greetings to the reverend Jesuit fathers—Father Hemet and Father Coppier. Please give them a cup of chocolate to drink together in my honor. As for me, I’ll settle for some fish broth, since I don’t have even a tiny piece left.
I forgot to mention Montpellier at the end; I decided to leave there by the end of December and go to a little, very pretty place in Provence to get donkey’s milk—just two miles from Saint-Esprit[458]. The air there is excellent; I will have good company, as I already met some people on the way, and I hope the cost of living won’t be quite as high as it is in Montpellier. I would like to hear your opinion on this. Moreover, it’s a two-for-one deal, since I will also be getting closer to my destination by two days’ travel time.
I see, madam, that we could avoid many troubles and expenses if a merchant from Lyon were to instruct his correspondent here to send me money whenever I needed it, up to the amount designated; for these delays cause me great inconvenience and are of no benefit to you at all.
Letter XV – To M.
[459]
Montpellier, November 4, 1737.
Sir,
Signora, il dettaglio che avete fornito sulla mia situazione a Montpellier è così ridicolo rispetto alla realtà che, in verità, non potrei correggere ciò che potrebbe essere in contrasto con la verità se non vi chiedendo di prendere esattamente l’opposto di quanto avete detto. Ne parlerò più ampiamente nella mia prossima lettera della vita che conduco qui. Per quanto riguarda voi, signora, se solo il racconto della vostra situazione fosse meno veritiero. Ahimè! Al momento, posso soltanto formulare fervidi desideri affinché il vostro destino possa essere alleviato: sarebbe troppo invidiabile se fosse conforme a ciò che meritate. Non oso sperare nel miglioramento della mia salute, poiché è ancora più precaria di quando sono partito da Chambéry; tuttavia, signora, se Dio volesse restituirmela, sicuramente la utilizzerei esclusivamente per cercare di alleviare le vostre preoccupazioni e per assistervi come un buon e affettuoso figlio, e come un allievo riconoscente. Mi esortate a rimanere qui fino a San Giovanni. Non lo farei nemmeno se mi offrissero dell’oro. Non ricordo di aver mai visto, in tutta la mia vita, una regione più antipatica ai miei gusti di questa; né un luogo di soggiorno più noioso e cupo di Montpellier. So bene che non mi crederete. Siete ancora influenzata dalle belle impressioni che coloro che ci sono stati hanno diffuso all’esterno per attirare altri. Tuttavia, signora, vi presento una descrizione dettagliata di Montpellier che vi farà comprendere la realtà delle cose; vi aspetto lì, per stupirvi. Per quanto riguarda la mia salute, non sorprende affatto che non si stia riprendendo. Prima di tutto, il cibo qui è davvero scadente; il vino è troppo forte e poco gradevole da bere; il pane è passabile, ma non ci sono né manzo né burro; si mangia solo carne di montone di scarsa qualità e pesce di mare in abbondanza, tutto preparato con olio puzzolente. È impossibile gustare zuppe o stufati senza vomitare. Non voglio continuare a parlare di queste cose, perché se vi raccontassi tutto esattamente come è, probabilmente non mi credereste affatto. Tuttavia posso giurare che dico solo la verità. Infine, c’è la question del costo: su questo non mi soffermerò, perché ne ho già parlato in precedenza e intendo approfondire l’argomento quando tratterò di Montpellier. Vi basti sapere che, con i soldi contanti che ho portato con me e i 200 franchi che avete avuto la gentilezza di promettermi, mi mancherebbe molto per coprire le spese correnti, come dite voi. Non sono ancora riuscito a pagare la padrona della pensione, né l’affitto della mia stanza; immaginate un po’ in che situazione mi trovo. E per completare il quadro, se dovessi ricorrere alla stampa per pubblicare qualcosa, queste brave persone hanno la gentilezza di chiedermi soltanto 12 soldi per ogni scudo da sei franchi, ogni mese. In verità, preferirei vendere tutto piuttosto che ricorrere a questo mezzo. Tuttavia, sono così fortunato che nessuno mi ha ancora chiesto denaro, tranne per le spese quotidiane come l’acqua, i brodi di pollo, i purgativi, i bagni. Anzi, ho trovato il modo di prenderli in prestito senza garanzie né interessi, da una persona molto affidabile. Tuttavia, questo non potrà durare a lungo, soprattutto ora che è già iniziato il secondo mese. Ma sono tranquillo, visto che ho ricevuto vostre notizie e sono sicuro di essere aiutato in tempo. Per quanto riguarda le comodità, ce ne sono in abbondanza: a Lione non c’è nessun commerciante che non emetta assegni su Montpellier. Se ne parlate con il signor C., gli sarà molto facile farlo. Comunque, ecco l’indirizzo di un commerciante che paga uno dei nostri signori di Belley: il signor Parent, mercante di tessuti a Lione, presso il Change. Per quanto riguarda le mie lettere, è meglio indirizzarle al signor Barcellon, o meglio, Marcellon, come indicato sulla prima pagina dell’indirizzo; così saranno consegnate più rapidamente. Sono le due dopo mezzanotte e la penna mi cade dalle mani. Tuttavia, non ho ancora scritto nemmeno la metà di ciò che volevo dire. La continuazione della mia relazione verrà inviata lunedì prossimo. Non posso fare di meglio. Altrimenti, signora, certamente non vi imiterei in questo senso. Nel frattempo, mi affido alle lettere precedenti e porgo i miei rispettosi saluti ai reverendi padri gesuiti: al reverendo padre Hemet e al reverendo padre Coppier. Vi prego umilmente di offrire loro una tazza di cioccolato da bere insieme, per la mia salute. Per quanto mi riguarda, mi accontento del fumetto, perché non mi è rimasto nemmeno un pezzettino.
Ho dimenticato di concludere parlando di Montpellier e di dirvi che ho deciso di lasciarla verso la fine di dicembre per andare a prendere il latte d’asina in Provenza, in quel piccolo posto molto bello, situato a due leghe da Saint-Esprit[458]. L’aria lì è eccellente; ci sarà buona compagnia, con cui ho già fatto conoscenza durante il viaggio, e spero di non trovarmi lì così costretta come a Montpellier. Vi chiedo il vostro parere al riguardo. Inoltre, questo viaggio rappresenta anche un’ottima opportunità per approfittare di due vantaggi: mi avvicino infatti a due destinazioni diverse in una sola volta.
Vedo, signora, che si potrebbero evitare molti inconvenienti e spese se un mercante di Lione facesse scrivere al proprio corrispondente da qui di mandarmi del denaro ogni volta che ne avessi bisogno, fino a raggiungere la somma destinata; poiché questi ritardi mi mettono in situazioni molto difficili e non vi portano alcun vantaggio.
Lettera XV – A M.
[459]
Montpellier, 4 novembre 1737.
Signore,
Lequel des deux doit demander pardon à l’autre, ou le pauvre voyageur qui n’a jamais passé de semaine, depuis son départ, sans écrire à un ami de coeur, ou cet ingrat ami, qui pousse la négligence jusqu’à passer deux grands mois et davantage sans donner au pauvre pèlerin le moindre signe de vie ? oui, monsieur, deux grands mois. Je sais bien que j’ai reçu de vous une lettre datée du 6 octobre, mais je sais bien aussi que je ne l’ai reçue que la veille de la Toussaint ; et, quelque effort que fasse ma raison pour être d’accord avec mes désirs, j’ai peine à croire que la date n’ait été mise après coup. Pour moi, monsieur, je vous ai écrit de Grenoble, je vous ai écrit le lendemain de mon arrivée à Montpellier, je vous ai écrit par la voie de M. Micoud, je vous ai écrit en droiture ; en un mot, j’ai poussé l’exactitude jusqu’à céder presque à tout l’empressement que j’avais de m’entre tenir avec vous. Quant à M. de Trianon, Dieu et lui savent si l’on peut avec vérité m’accuser de négligence à cet égard. Quelle différence, grand Dieu ! il semble que la Savoie est éloignée d’ici de sept ou huit cents lieues, et nous avons à Montpellier des compatriotes du doyen de Killerine (dites cela à mon oncle) qui ont reçu deux fois des réponses de chez eux, tandis que je n’ai pu en recevoir de Chambéry. Il y a trois semaines que j’en reçus une d’attente, après laquelle rien n’a paru. Quelque dure que soit ma situation actuelle, je la supporterais volontiers si du moins on daignait me donner la moindre marque de souvenir ; mais rien : je suis si oublié, qu’à peine crois-je moi-même d’être encore en vie. Puisque les relations sont devenues impossibles depuis Chambéry et Lyon ici, je ne demande plus qu’on me tienne les promesses sur lesquelles je m’étais arrangé. Quelques mots de consolation me suffiront, et serviront à répandre de la douceur sur un état qui a ses désagréments.
J’ai eu le malheur, dans ces circonstances gênantes, de perdre mon hôtesse, madame Mazet, de manière qu’il a fallu solder mon compte avec ses héritiers. Un honnête homme irlandais, avec qui j’avais fait connaissance, a eu la générosité de me prêter soixante livres sur ma parole, qui ont servi à payer le mois passé et le courant de ma pension ; mais je me vois extrêmement reculé par plusieurs autres menues dettes, et j’ai été contraint d’abandonner, depuis quinze jours, les remèdes que j’avais commencés, faute de moyens pour continuer. Voici maintenant quels sont mes projets. Si dans quinze jours, qui font le reste du second mois, je ne reçois aucune nouvelle, j’ai résolu.de hasarder un coup ; je ferai quelque argent de mes petits meubles, c’est-à-dire de ceux qui me sont le moins chers, car j’en ai dont je ne me déferai jamais ; et, comme cet argent ne suffirait point pour payer mes dettes et me tirer de Montpellier, j’oserai l’exposer au jeu, non par goût, car j’ai mieux aimé me condamner à la solitude que de m’introduire par cette voie, quoiqu’il n’y en ait point d’autre à Montpellier, et qu’il n’ait tenu qu’à moi de me faire des connaissances assez brillantes par ce moyen. Si je perds, ma situation ne sera presque pas pire qu’auparavant ; mais, si je gagne, je me tirerai du plus fâcheux de tous les pas. C’est un grand hasard, à la vérité, mais j’ose croire qu’il est nécessaire de le tenter dans le cas où je me trouve. Je ne prendrai ce parti qu’à l’extrémité, et quand je ne verrai plus jour ailleurs. Si je reçois de bonnes nouvelles d’ici à ce temps-là, je n’aurai certainement pas l’imprudence de tenter la mer orageuse et de m’exposer à un naufrage : je prendrai un autre parti. J’acquitterai mes dettes ici, et je me rendrai en diligence à un petit endroit proche du Saint-Esprit[460], où, à moindres frais et dans un meilleur air, je pourrai commencer mes petits remèdes avec plus de tranquillité, d’agrément et de succès, comme j’espère, que je n’ai fait à Montpellier, dont le séjour m’est d’une mortelle antipathie. Je trouverai là bonne compagnie d’honnêtes gens qui ne chercheront point à écorcher le pauvre étranger, et qui contribueront à lui procurer un peu de gaieté, dont il a, je vous assure, très grand besoin.
Je vous fais toutes ces confidences, mon cher monsieur, comme à un bon ami qui veut bien s’intéresser à moi et prendre part à mes petits soucis. Je vous prierai aussi d’en vouloir bien faire part à qui de droit, afin que si mes lettres ont le malheur de se perdre de quelque côté, l’on puisse de l’autre en récapituler le contenu. J’écris aujourd’hui à M. Trianon ; et comme la poste de Paris, qui est la vôtre, ne part d’ici qu’une fois la semaine, à savoir le lundi, il se trouve que depuis mon arrivée à Montpellier, je n’ai pas manqué d’écrire un seul ordinaire, tant il y a de négligence dans mon fait, comme vous dites fort bien et fort à votre aise.
Il vous reviendrait une description de la charmante ville de Montpellier, ce paradis terrestre, ce centre des délices de la France ; mais, en vérité, il y a si peu de bien et tant de mal à en dire, que je me ferais scrupule d’en charger encore le portrait de quelque saillie de mauvaise humeur ; j’attends qu’un esprit plus reposé me permette de n’en dire que le moins de mal que la vérité me pourra permettre. Voici en gros ce que vous en pouvez penser en attendant.
Montpellier est une grande ville fort peuplée, coupée par un immense labyrinthe de rues sales, tortueuses, et larges de six pieds. Ces rues sont bordées alternativement de superbes hôtels et de misérables chaumières, pleines de boue et de fumier. Les habitants y sont moitié très riches, et l’autre moitié misérables à l’excès ; mais ils sont tous également gueux par leur manière de vivre, la plus vile et la plus crasseuse qu’on puisse imaginer. Les femmes sont divisées en deux classes ; les dames, qui passent la matinée à s’enluminer, l’après-midi au pharaon, et la nuit à la débauche, à la différence des bourgeoises, qui n’ont d’occupation que la dernière. Du reste, ni les unes ni les autres n’entendent le français ; et elles ont tant de goût et d’esprit qu’elles ne doutent point que la comédie et l’opéra ne soient des assemblées de sorciers. Aussi on n’a jamais vu de femmes au spectacle de Montpellier, excepté peut-être quelques misérables étrangères qui auront eu l’imprudence de braver la délicatesse et la modestie des dames de Montpellier. Vous savez sans doute quels égards on a en Italie pour-les huguenots, et pour les Juifs en Espagne ; c’est comme on traite les étrangers ici : on les regarde précisément comme une espèce d’animaux faits exprès pour être pillés, volés et assommés au bout, s’ils avaient l’impertinence de le trouver mauvais. Voilà ce que j’ai pu rassembler de meilleur du caractère des habitants de Montpellier. Quant au pays en général, il produit de bon vin, un peu de blé, de l’huile abominable, point de viande, point de beurre, point de laitage, point de fruit et point de bois. Adieu, mon cher ami.
Lettre XVI – À Madame la baronne de Warens
Montpellier, 14 décembre 1737.
Madame,
Which of the two should apologize to the other—either the poor traveler who has not spent a single week since leaving without writing to a friend from the bottom of his heart, or that ungrateful friend who goes so far as to ignore correspondence for two entire months or more without sending even the slightest sign of life to this poor pilgrim? Yes, sir, two whole months. I know I received a letter from you dated October 6th, but I also know that I did not receive it until the day before All Saints’ Day; and no matter how hard my reason tries to convince me otherwise, I find it difficult to believe that the date was added afterwards. As for me, sir, I wrote to you from Grenoble, the very day after my arrival in Montpellier, I sent you a letter through Mr. Micoud, I wrote directly to you; in short, I went to such lengths of accuracy that I almost sacrificed all my eagerness to keep in touch with you. As for Mr. de Trianon, God and he alone know whether one can truly accuse me of negligence in this regard. What a difference! It seems as if Savoy is seven or eight hundred miles away from here, yet we have compatriots in Montpellier who come from the region of Killerine (tell my uncle about this) and have received replies twice from their homes, while I have not received a single response from Chambéry. Three weeks ago, I received a letter telling me to wait, but since then, nothing more has come. No matter how difficult my current situation is, I would endure it willingly if only someone would deign to show me some sign of remembrance; but there is nothing—I am so forgotten that I hardly believe I am still alive. Since communication with Chambéry and Lyon has become impossible from here, I simply ask that people keep the promises they made to me. A few words of comfort would be enough to bring some solace to a situation that certainly has its hardships.
I was unfortunate enough, in these embarrassing circumstances, to lose my hostess, Madame Mazet, and as a result, I had to settle my accounts with her heirs. A kind-hearted Irish man whom I had met showed me generosity by lending me sixty pounds on my word of honor—money that was used to pay my rent for the past month. However, I find myself deeply burdened by several other minor debts, and fifteen days ago, I was forced to abandon the treatment I had begun due to a lack of funds to continue it. Here are my current plans: If within fifteen days, which constitutes the rest of this second month, I receive no news at all, I have resolved to take a desperate gamble. I will try to sell some of my small possessions—those that are least valuable to me, for I have others that I would never part with—but this money will not be enough to pay off my debts or get me out of Montpellier. Therefore, I will dare to risk it at gambling, not out of any desire for it, but because I would rather endure solitude than resort to such a means, since there is no other way in Montpellier for me to make valuable connections. If I lose, my situation will hardly be any worse than before; but if I win, I will have escaped the most difficult predicament. It is indeed a great gamble, but I believe it is necessary to try in my current circumstances. I will only take this step as a last resort, when I see no other way out. If I receive good news by then, I certainly will not be so foolish as to venture into such uncertainty and risk losing everything: I will choose another course of action. I will pay off my debts here and then travel promptly to a small place near Saint-Esprit[460], where, at lower costs and in a healthier environment, I can begin my treatment again with greater peace of mind, comfort, and success—hopefully, much better than I did in Montpellier, whose atmosphere fills me with utter aversion. There, I will find kind company among honest people who will not seek to exploit the poor stranger but will instead help bring me a bit of joy, which I truly need very much.
I confide all these things to you, my dear sir, as if you were a good friend who is willing to show concern for me and share in my little worries. I would also ask you to kindly pass on this information to those who are entitled to know it, so that if my letters should unfortunately get lost somewhere, someone else could then summarize their contents. Today I am writing to Mr. Trianon; and since the Paris post, which is also yours, only leaves here once a week, on Monday, it happens that since my arrival in Montpellier, I have not failed to send a single letter, despite the negligence in my own affairs, as you quite rightly and effortlessly pointed out.
You might expect a description of the charming city of Montpellier, this earthly paradise, this center of French delights; but in truth, there is so little good and so much bad to say about it, that I would feel guilty of adding any further negative aspects to its portrayal. I await the moment when a more composed mind allows me to mention only those flaws that truth itself permits me to highlight. For now, here is roughly what you might think about it.
Montpellier is a large and highly populated city, cut through by an immense labyrinth of dirty, winding streets that are six feet wide. These streets are alternately lined with magnificent hotels and miserable huts, filled with mud and manure. The inhabitants are divided into two classes: half are extremely wealthy, while the other half lead lives of utter poverty; yet they are all equally wretched in their ways of living—the most vile and filthy imaginable. Women are divided into two categories: those who spend their mornings beautifying themselves, their afternoons in debauchery, and their nights in similar pursuits, unlike the bourgeois women who devote their time solely to such activities. Moreover, neither group understands French; and they have such poor taste and lack of intelligence that they truly believe that comedies and operas are gatherings of sorcerers. As a result, no women have ever been seen attending performances in Montpellier, except perhaps a few unfortunate foreigners who would dare to offend the delicacy and modesty of the local ladies. You surely know the respect accorded to Huguenots in Italy and Jews in Spain; here, foreigners are treated precisely like a kind of animal created solely for being plundered, stolen from, and beaten if they have the audacity to complain. This is what I have been able to gather about the character of the inhabitants of Montpellier. As for the region itself, it produces good wine, a little wheat, abominable oil—nothing else but filth, poverty, and lack of everything essential to life. Adieu, my dear friend.
Letter XVI – To Baroness de Warens
Montpellier, December 14, 1737.
Madam,
Chi dei due dovrebbe chiedere scusa all’altro: il povero viaggiatore che, da quando è partito, non ha trascorso nemmeno una settimana senza scrivere a un amico dal cuore sincero, o quell’amico ingrato che arriva al punto di trascurare completamente la sua responsabilità, passando due mesi interi senza dare il minimo segno di vita a quel povero viaggiatore? Sì, signore, due mesi interi. So bene di aver ricevuto una vostra lettera datata 6 ottobre, ma so anche che l’ho ricevuta solo la vigilia di Ognissanti; e per quanto la mia ragione si sforzi di conciliarsi con i miei desideri, fatico a credere che quella data sia stata aggiunta in un secondo momento. Per quanto mi riguarda, signore, vi ho scritto da Grenoble, il giorno dopo il mio arrivo a Montpellier, tramite il signor Micoud. Insomma, ho fatto di tutto per essere estremamente puntuale nel mantenere i contatti con voi. Quanto al signor de Trianon. Dio e lui solo sanno se si possa davvero accusarmi di negligenza in questo senso. Che differenza. Sembra che la Savoia sia distante da qui sette o ottocento miglia, mentre a Montpellier abbiamo connazionali del decano di Killerine (diteci questo, per favore, a mio zio) che hanno ricevuto risposte due volte dalla loro regione. Mentre io non ho ricevuto nulla da Chambéry. Tre settimane fa ne ho ricevuta una in cui mi si chiedeva di attendere ancora. Da allora, niente più. Per quanto dura sia la mia situazione attuale, la sopporterei volentieri se solo qualcuno avesse la gentilezza di ricordarsi di me. Ma nulla. Sono così dimenticato. Che a malapena credo di essere ancora vivo. Poiché le comunicazioni con Chambéry e Lione sono diventate impossibili, non chiedo più altro che si mantengano le promesse fatte. Qualche parola di conforto mi sarebbe sufficiente. E basterebbe per rendere meno amara questa situazione così difficile.
Ho avuto la sfortuna, in queste circostanze imbarazzanti, di perdere la mia ospite, madame Mazet; per questo ho dovuto saldare i miei debiti con i suoi eredi. Un onesto irlandese, che avevo conosciuto, fu così generoso da prestarmi sessanta sterline in cambio della mia parola; queste somme mi permisero di pagare il mese precedente e le spese della mia pensione. Tuttavia, a causa di altre piccole debiti, sono stato costretto ad abbandonare, da quindici giorni, i trattamenti medici che avevo iniziato, per mancanza di mezzi per continuarli. Ecco ora quali sono i miei piani: se entro quindici giorni, che rappresentano il resto del secondo mese, non riceverò alcuna notizia positiva, ho deciso di tentare un ultimo rischio. Venderò alcuni dei miei piccoli mobili, ovvero quelli che mi sono meno cari, poiché ne ho alcuni di cui non mi separerò mai. Tuttavia, questa somma non sarà sufficiente per pagare i miei debiti e lasciare Montpellier; quindi oserò rischiarla al gioco d’azzardo. Non per gusto, ma perché preferisco affrontare la solitudine piuttosto che ricorrere a questo mezzo, anche se a Montpellier non esistono altre possibilità. Se perderò, la mia situazione non sarà quasi peggiore di prima; ma se vincerò, mi libererò dal pericolo più grave di tutti. È davvero un grande rischio. Ma credo sia necessario provarci, data la mia situazione attuale. Prenderò questa decisione solo come ultima risorsa, quando non vedrò altre soluzioni. Se entro quel periodo riceverò buone notizie, sicuramente non commetterò l’imprudenza di tentare un’avventura così pericolosa. Prenderò invece un altro approccio: salderò i miei debiti qui e mi recherò immediatamente in una piccola località vicino a Saint-Esprit, dove, con spese minori e in un ambiente più salutare, potrò riprendere i miei trattamenti medici con maggiore tranquillità, piacere e successo. Come spero. A Montpellier il soggiorno è stato per me estremamente difficile; qui, invece, troverò buona compagnia di persone oneste che non cercheranno di approfittare del povero straniero, ma contribuiranno a rendergli la vita un po’ più felice. Ne ha davvero bisogno.
Vi confido tutte queste cose, caro signore, come a un buon amico che desidera sinceramente interessarsi a me e condividere le mie piccole preoccupazioni. Vi chiedo anche di trasmetterle alle persone competenti, affinché, nel caso in cui le mie lettere dovessero perdersi da qualche parte, si possa comunque riassumere il loro contenuto. Oggi scrivo a Monsieur Trianon; e poiché la posta di Parigi, che è anche la vostra, parte da qui solo una volta alla settimana, cioè il lunedì, mi ritrovo ad aver scritto regolarmente ogni giorno da quando sono arrivato a Montpellier. Il che dimostra, come dite voi con grande saggezza, quanto sia grave la mia negligenza.
Vi potrebbe essere offerta una descrizione della deliziosa città di Montpellier, questo paradiso terrestre, questo centro dei piaceri della Francia; ma, in realtà, ci sono così pochi aspetti positivi e così tanti negativi da menzionare, che mi sentirei in colpa se continuassi a rovinare il ritratto di questa città con qualche commento negativo. Aspetto che uno spirito più sereno mi permetta di parlare solo del male minimo che la verità mi consente di rivelare. Ecco, in linea di massima, ciò che potete pensare in attesa di ulteriori informazioni.
Montpellier è una grande città molto popolosa, divisa da un immenso labirinto di strade sporche, tortuose e larghe circa sei piedi. Queste strade sono fiancheggiate alternativamente da splendidi hotel e misere capanne piene di fango e letame. Gli abitanti sono per metà molto ricchi e per l’altra metà estremamente poveri; tuttavia, tutti condividono lo stesso modo di vivere, il più vile e disgustoso che si possa immaginare. Le donne sono divise in due classi: da un lato ci sono le signore che trascorrono la mattina a truccarsi, il pomeriggio nei bordelli e la sera in dissolutezze; dall’altro lato ci sono le borghesi, le cui uniche occupazioni sembrano essere quelle legate alla vita notturna. In ogni caso, né l’una né l’altra comprendono il francese; inoltre, hanno un gusto e un’intelligenza così scarsi che non dubitano affatto che commedie e opere siano riunioni di stregoni. Quindi, a Montpellier non si è mai visto nessuno andare a teatro, tranne forse alcune povere straniere che hanno avuto l’imprudenza di sfidare la delicatezza e la modestia delle signore locali. Come sapete bene, in Italia si rispettano molto gli ugonotti, e in Spagna i giudei; qui, invece, gli stranieri vengono trattati esattamente come una specie di animali creati apposta per essere derubati, rapinati e picchiati, se solo osassero considerare tale trattamento ingiusto. Ecco quanto sono riuscito a scoprire riguardo al carattere degli abitanti di Montpellier. Per quanto riguarda la regione in generale, produce vino buono, un po’ di grano, olio di scarsa qualità, ma nessuna carne, né burro, né latticini, né frutta, né legna. Addio, caro amico.
Lettera XVI – Alla signora baronessa di Warens
Montpellier, 14 dicembre 1737.
Signora,
Je viens de recevoir votre troisième lettre ; vous ne la datez point, et vous n’accusez point la réception des miennes : cela fait que je ne sais à quoi m’en tenir. Vous me mandez que vous avez fait compter, entre les mains de M. Bouvier, les deux cents livres en question ; je vous en réitère mes humbles actions de grâces. Cependant, pour m’avoir écrit cela trop tôt, vous m’avez fait faire une fausse démarche, car j’ai tiré une lettre de change sur M. Bouvier qu’il a refusée, et qu’on m’a renvoyée ; je l’ai fait partir derechef : il y a apparence qu’elle sera payée présentement. Quant aux autres deux cents livres, je n’aurai besoin que de la moitié, parce que je ne veux pas faire ici un plus long séjour que jusqu’à la fin de février ; ainsi, vous aurez cent livres de moins à compter ; mais je vous supplie de faire en sorte que cet argent soit sûrement entre les mains de M. Bouvier, pour ce temps-là. Je n’ai pu faire les remèdes qui m’étaient prescrits, faute d’argent. Vous m’avez écrit que vous m’enverriez de l’argent pour pouvoir m’arranger avant la tenue des états et voilà la clôture des états qui se fait demain, après avoir siégé deux mois entiers. Dès que j’aurai reçu réponse de Lyon, je partirai pour le Saint-Esprit, et je ferai l’essai des remèdes qui m’ont été ordonnés : remèdes bien inutiles à ce que je prévois. Il faut périr malgré tout, et ma santé est en pire état que jamais.
Je ne puis aujourd’hui vous donner une suite de ma relation ; cela demande plus de tranquillité que je ne m’en sens aujourd’hui. Je vous dirai, en passant, que j’ai tâché de ne pas perdre entièrement mon temps à Montpellier ; j’ai fait quelque progrès dans les mathématiques ; pour le divertissement, je n’en ai eu d’autre que d’entendre des musiques charmantes. J’ai été trois fois à l’opéra, qui n’est pas beau ici, mais où il y a d’excellentes voix. Je suis endetté ici de cent huit livres ; le reste servira, avec un peu d’économie, à passer les deux mois prochains. J’espère les couler plus agréablement qu’à Montpellier : voilà tout. Vous pouvez cependant, madame, m’écrire toujours ici à l’adresse ordinaire ; au cas que je sois parti, les lettres me seront renvoyées. J’offre mes très humbles respects aux révérends pères jésuites. Quand j’aurai reçu de l’argent, et que je n’aurai pas l’esprit si chagrin, j’aurai l’honneur de leur écrire. Je suis, madame, avec un très profond respect, etc.
P. S. Vous devez avoir reçu ma réponse par rapport à M. de Lautrec[461] O ma chère maman ! j’aime mieux être auprès de D., et être employé aux plus rudes travaux de la terre, que de posséder la plus grande fortune dans tout autre cas ; il est inutile de penser que je puisse vivre autrement : il y a longtemps que je vous l’ai dit, et je le sens encore plus ardemment que jamais. Pourvu que j’aie cet avantage, dans quelque état que je sois, tout m’est indifférent. Quand on pense comme moi, je vois qu’il n’est pas difficile d’éluder les raisons importantes que vous ne voulez pas me dire. Au nom de Dieu, rangez les choses de sorte que je ne meure pas de désespoir. J’approuve tout ; je me soumets à tout, excepté ce seul article, auquel je me sens hors d’état de consentir, dussé-je être la proie du plus misérable sort. Ah ! ma chère maman, n’êtes-vous donc plus ma chère maman ? ai-je vécu quelques mois de trop ?
Vous savez qu’il y a un cas où j’accepterais la chose dans toute la joie de mon coeur, mais ce cas est unique. Vous m’entendez.
1738
Lettre XVII – À M. de Conzié
Table de la correspondance
Lettre XVII – À M. de Conzié
14 mars 1738[462].
Monsieur,
Nous reçûmes hier au soir, fort tard, une lettre de votre part, adressée à madame de Warens, mais que nous avons bien supposé être pour moi. J’envoie cette réponse aujourd’hui de bon matin, et cette exactitude doit suppléer à la brièveté de ma lettre et à la médiocrité des vers qui y sont joints. D’ailleurs, maman n’a pas voulu que je les fisse meilleurs, disant qu’il n’est pas bon que les malades aient tant d’esprit. Nous avons été très alarmés d’apprendre votre maladie ; et quelque effort que vous fassiez pour nous rassurer, nous conservons un fond d’inquiétude sur votre rétablissement, qui ne pourra être bien dissipé que par votre présence.
J’ai l’honneur d’être, avec un respect et un attachement infini, etc.
À FANIE.
Malgré l’art d’Esculape et ses tristes secours,
La fièvre impitoyable allait trancher mes jours ;
Il n’était dû qu’à vous, adorable Fanie,
De me rappeler à la vie.
Dieux ! je ne puis encore y penser sans effroi :
Les horreurs du Tartare ont paru devant moi ;
La mort à mes regards a voilé la nature ;
J’ai du Cocyte affreux entendu le murmure.
Hélas ! j’étais perdu : le nocher redouté
M’avait déjà conduit sur les bords du Léthé ;
Là, m’offrant une coupe, et, d’un regard sévère.
Me pressant aussitôt d’avaler l’onde amère :
Viens, dit-il, éprouver ces secourables eaux,
Viens déposer ici les erreurs et les maux
Qui des faibles mortels remplissent la carrière :
Le secours de ce fleuve à tous est salutaire ;
Sans regretter le jour par des cris superflus,
Leur coeur, en l’oubliant, ne le désire plus.
Ah ! pourquoi cet oubli leur est-il nécessaire ?
S’ils connaissaient la vie, ils craindraient sa misère.
Voilà, lui dis-je alors, un fort docte sermon ;
Mais osez-vous penser, mon bon seigneur Caron,
Qu’après avoir aimé la divine Fanie,
Jamais de cet amour la mémoire s’oublie ?
Ne vous en flattez point ; non, malgré vos efforts,
Mon coeur l’adorera jusque parmi les morts :
C’est pourquoi supprimez, s’il vous plaît, votre eau noire ;
Toute l’encre du monde, et tout l’affreux grimoire,
Ne m’en ôteraient pas le charmant souvenir.
Sur un si beau sujet j’avais beaucoup à dire :
Et n’étais pas prêt à finir,
Quand tout-à-coup vers nous je vis venir
Le dieu de l’infernal empire.
Calme-toi, me dit-il, je connais ton martyre.
La constance a son prix, même parmi les morts :
Ce que je fis jadis pour quelques vains accords,
Je l’accorde en ce jour à ta tendresse extrême.
Va parmi les mortels, pour la seconde fois,
Témoigner que, sur-Pluton même,
Un si tendre amour a des droits.
C’est ainsi, charmante Fanie,
Que mon ardeur pour vous m’empêcha de périr ;
Mais, quand le dieu des morts veut me rendre à la vie,
N’allez pas me faire mourir.
1739
Lettre XVIII – À Madame la baronne de Warens
Lettre XIX – À Madame la baronne de Warens
Table de la correspondance
Lettre XVIII – À Madame la baronne de Warens
3 mars 1739.
Ma très chère et très bonne maman, Je vous envoie ci-joint le brouillard du mémoire que vous trouverez après celui de la lettre à M. Arnauld. Si j’étais capable de faire un chef-d’oeuvre, ce mémoire à mon goût serait le mien, non qu’il soit travaillé avec beaucoup d’art, mais parce qu’il est écrit avec les sentiments qui conviennent à un homme que vous honorez du nom de fils. Assurément une ridicule fierté ne me conviendrait guère dans l’état où je suis : mais aussi j’ai toujours cru qu’on pouvait sans arrogance, et cependant sans s’avilir, conserver dans la mauvaise fortune et dans les supplications une certaine dignité plus propre à obtenir des grâces d’un honnête homme que les plus basses lâchetés. Au reste, je souhaite plus que je n’espère de ce mémoire, à moins que votre zèle et votre habileté ordinaires ne lui donnent un puissant véhicule ; car je sais, par une vieille expérience, que tous les hommes n’entendent et ne parlent pas le même langage. Je plains les âmes à qui le mien est inconnu ; il y a une maman au monde qui, à leur place, l’entendrait très bien ; mais, me direz-vous, pourquoi ne pas parler le leur ? C’est ce que je me suis assez représenté. Après tout, pour quatre misérables jours de vie, vaut-il la peine de se faire faquin ?
I have just received your third letter; you do not date it, nor do you mention whether you have received mine, which leaves me in some confusion as to what to believe. You inform me that you have handed over the two hundred livres in question to Mr. Bouvier; I once again express my humble gratitude for this. However, since you sent this letter too early, it caused me to make a mistake: I issued a draft on Mr. Bouvier, but he refused to honor it, and it was returned to me. I immediately sent it back; it seems that it will be paid shortly. As for the other two hundred livres, I will only need half of that amount, since I do not intend to stay here any longer than until the end of February. Therefore, you will have to account for one hundred less livres. But I beg you to ensure that this money is safely in Mr. Bouvier’s hands by then. I was unable to follow the treatments prescribed for me due to a lack of funds. You had written that you would send me some money so that I could make arrangements before the final accounts are settled, but those accounts will be closed tomorrow, after two entire months of deliberation. As soon as I receive a response from Lyon, I will set off for Le Saint-Esprit and attempt the prescribed treatments—though, in all likelihood, they will be of no avail. Death is inevitable anyway, and my health is worse than ever.
I am unable to continue telling you about my experiences today; it requires more tranquility than I currently possess. I should also mention that I have tried not to waste all my time in Montpellier; I have made some progress in mathematics. As for entertainment, my only source has been listening to charming music. I attended the opera three times—it is not particularly beautiful here, but the performers have excellent voices. I am currently in debt of one hundred and eighty livres here; with a bit of frugality, the remaining money should be enough to get by for the next two months. I hope to spend those months more pleasantly than in Montpellier. That is all. Nevertheless, madam, you may still write to me at this regular address; if I have left, your letters will be returned to me. I offer my most humble respects to the reverend Jesuit fathers. Once I receive some money and my spirits are not so depressed, I will have the honor of writing to them. With deep respect, etc.
P.S. You must have received my reply regarding Mr. de Lautrec[461]. Oh, my dear mother! I would rather be with D. and engage in the hardest labor on earth than to possess the greatest wealth under any other circumstances. It is useless to think that I could live otherwise; I have told you this for a long time, and now I feel it even more passionately than ever. As long as I have this advantage, no matter what my situation is, everything else is indifferent to me. When one thinks as I do, it is not difficult to circumvent those important reasons that you refuse to tell me. For God’s sake, arrange things so that I do not die of despair. I accept everything; I submit to everything—except for this one matter, on which I am absolutely unable to agree, even if it meant suffering the most miserable fate. Ah! My dear mother, are you really no longer my dear mother? Have I lived for too many months already?
You know there is one situation in which I would accept it with all the joy of my -heart, but that situation is unique. Do you understand what I mean?
1738
Letter XVII – To Mr. de Conzié
Correspondence Table
Letter XVII – To Mr. de Conzié
March 14, 1738[462].
Sir,
We received a letter from you yesterday evening, quite late at night, addressed to Madame de Warens, but we assumed it was meant for me. I am sending this reply early this morning, and this promptness should compensate for the brevity of my letter as well as the mediocrity of the verses attached to it. Moreover, mama did not want me to try to improve those verses, saying that it is not good for sick people to be too intellectual. We were very alarmed upon learning about your illness; and no matter how much you try to reassure us, we still remain concerned about your recovery, which can only be truly assured by your presence.
I am honored to be associated with it, with infinite respect and devotion, and so on.
To FANIE.
Despite the art of Esculape and his sad efforts to help,
That merciless fever was about to end my days.
It was all because of you, dear Fanie.
To remind me of life.
Heavens! I still can’t think about it without feeling terrified:
The horrors of Tartary unfolded before my eyes;
In my eyes, death has obscured the true nature of things;
I heard that murmur from the dreadful Cocyte.
Alas! I was lost; the dreaded night owl.
It had already led me to the shores of the River Lethe;
There, offering me a cup, and with a stern look in his eyes.
He immediately urged me to swallow that bitter wave:
“Come,” he said, “and experience these life-saving waters.”
Come and deposit here the errors and the evils.
Which of these weak mortals fills such a lofty position?
The aid provided by this river to all is truly beneficial.
Without wasting a single day with unnecessary cries.
Their hearts, having forgotten it, no longer desire it.
Ah! Why is such oblivion necessary for them?
If they knew what life really is, they would fear its misery.
“Here it is,” I said to him, “a very learned sermon.”
But dare you think so, my good lord Caron.
After having loved the divine Fanie,
Can such love ever be forgotten from memory?
Do not take any credit for it; no, despite your efforts.
My heart would adore her even among the dead:
Therefore, please remove your black water.
All the ink in the world, and that terrible grimoire.
It would not take away from me those charming memories.
On such a beautiful subject, I had much to say:
And I was not ready to finish it yet.
Suddenly, I saw something coming towards us.
The god of the infernal empire.
“Calm down,” he said to me, “I know about your suffering.”
Perseverance has its price, even among the dead.
What I did in the past for some futile agreements.
I grant it to you today, out of your extreme tenderness.
Go among the mortals, for the second time.
To testify that, even on Super-Pluton,
Such tender love deserves its rights.
That is how it is, dear Fanie.
May my passion for you have prevented me from perishing.
But when the god of death wishes to restore me to life,
Don’t make me die.
1739
Letter XVIII – To Baroness de Warens
Letter XIX – To Baroness de Warens
Correspondence Table
Letter XVIII – To Baroness de Warens
March 3, 1739.
My very dear and good mother, I am sending you the attached memo, which will follow the letter to Mr. Arnauld. If I were capable of creating a masterpiece, this memo, in my opinion, would be such a work—not because it is particularly well-crafted, but because it is written with the sentiments befitting a man whom you honor as your son. Indeed, ridiculous pride would hardly suit me in my current state; yet I have always believed that one can maintain a certain dignity in adversity and through suffering—dignity more likely to earn the favor of an honest man than the most base acts of cowardice. Moreover, I hope for more from this memo than I truly expect, unless your usual zeal and skill give it greater impact; for I know from experience that not all men understand or speak the same language. I pity those whose ears are deaf to my words; there is a mother in the world who would understand them perfectly if they were addressed to her. But you may ask, why not speak their language instead? That is what I have often thought to myself. After all, for four miserable days of life, is it really worth demeaning oneself?
Ho appena ricevuto la vostra terza lettera; non indicate la data e non menzionate nemmeno di aver ricevuto le mie: per questo non so cosa pensare. Mi dite di aver fatto contabilizzare i duecento livri in questione presso il signor Bouvier; vi ripeto ancora una volta la mia umile gratitudine. Tuttavia, avendomi scritto troppo presto, mi avete fatto compiere un passo errato: ho emesso una cambiale sul signor Bouvier, che lui ha rifiutata e che mi è stata restituita; l’ho immediatamente rispedita: sembra che verrà pagata entro breve. Per quanto riguarda gli altri duecento livri, ne avrò bisogno solo di metà, poiché non intendo trattenermi qui oltre la fine di febbraio; quindi vi mancheranno cento livri da contabilizzare. Ma vi supplico di far sì che questi soldi siano sicuramente nelle mani del signor Bouvier entro quel termine. Non sono riuscito a seguire le cure prescritte a causa della mancanza di denaro. Mi avevate scritto che mi avreste inviato dei soldi per potermi sistemare prima dell’apertura degli stati generali. Ebbene, l’apertura degli stati generali avviene domani, dopo due mesi interi di sedute. Non appena riceverò una risposta da Lione, partirò per il Saint-Esprit e proverò le cure prescritte. Ma temo che siano del tutto inutili. Dovrò comunque morire. E la mia salute è peggiorata di sempre.
Oggi non posso continuare a raccontarvi quanto mi è accaduto; ci vorrebbe più tranquillità di quanta ne abbia attualmente. Vi dirò inoltre che ho cercato di non sprecare del tutto il mio tempo a Montpellier; ho fatto qualche progresso in matematica, e per quanto riguarda i divertimenti, l’unico che ho avuto è stato ascoltare musiche incantevoli. Sono andato tre volte all’opera: non è molto bella qui, ma ci sono voci eccellenti. Sono indebitato di centottanta livre; il resto, con un po’ di economia, mi basterà per passare i prossimi due mesi. Spero di trascorrerli in modo più piacevole che a Montpellier. Questo è tutto. Tuttavia, madame, potete sempre scrivermi qui all’indirizzo abituale; nel caso io fossi partito, le lettere mi verrebbero comunque restituite. Offro i miei più umili rispetti ai reverendi padri gesuiti. Quando riceverò del denaro e il mio spirito non sarà più così cupo, avrò l’onore di scrivere loro. Sono, con un profondo rispetto, ecc.
P.S. Deve aver ricevuto la mia risposta riguardo a Monsieur de Lautrec[461]. Oh, mia cara mamma! Preferisco stare con D., occuparmi dei lavori più duri della terra, piuttosto che possedere la più grande fortuna in qualsiasi altro caso; è inutile pensare che io possa vivere diversamente: ve l’ho detto da tempo, e ora lo sento ancora più intensamente di prima. Finché ho questo vantaggio, non mi importa nulla, in quale condizione mi trovi. Quando si pensa come me, si capisce facilmente come evitare quelle ragioni importanti che voi non volete dirmi. Per l’amor di Dio, organizzate le cose in modo che io non muoia di disperazione. Approvo tutto; mi sottometto a tutto, tranne che a questo unico punto: non sono in grado di acconsentire, anche se dovesse significare subire il destino più misero. Ah! Mia cara mamma. Non siete forse più mia madre? Ho vissuto troppi mesi,?
Sapete che c’è un caso in cui accetterei questa cosa con tutta la gioia del mio cuore, ma questo caso è unico. Mi capite?
1738
Lettera XVII – A Monsieur de Conzié
Tabella della corrispondenza
Lettera XVII – A Monsieur de Conzié
14 marzo 1738[462].
Signore,
Ieri sera, molto tardi, abbiamo ricevuto una lettera da parte vostra, indirizzata a madame de Warens, ma che abbiamo supposto fosse per me. Invio questa risposta stamattina presto, e questa puntualità dovrebbe compensare la brevità della mia lettera e la mediocrità dei versi che vi sono allegati. Del resto, mamma non ha voluto che li migliorassi, dicendo che non è bene che i malati abbiano troppo spirito. Siamo stati molto preoccupati nell’apprendere della vostra malattia; e per quanto voi cerchiate di rassicurarci, conserviamo un fondo di inquietudine riguardo al vostro recupero, il quale potrà essere completamente dissipato soltanto con la vostra presenza.
Ho l’onore di essere, con un rispetto e un attaccamento infiniti, ecc.
A Fanie.
Nonostante l’arte di Esculapio e i suoi tristi tentativi di aiuto.
La febbre spietata stava per porre fine ai miei giorni.
È stato tutto merito vostro, adorabile Fanie.
Ricordarmi della vita.
Dio mio! Non riesco ancora a pensarci senza provare terrore.
Le orrori del Tartaro si sono presentati davanti ai miei occhi;
Ai miei occhi, la morte ha oscurato la natura stessa.
Ho sentito quel mormorio provenire dal terribile Cocyte.
Ahimè! Ero perso, quel temuto momento della notte.
Mi aveva già portato sulle rive del Lete;
Lì, mi porse una coppa e, con uno sguardo severo.
Mi spinse immediatamente ad ingoiare quell’onda amara.
“Vieni,” disse, “per provare queste acque così benefiche.”
Vieni a depositare qui gli errori e i mali.
Qui, corridoi pieni di deboli mortali.
Il soccorso che questo fiume offre a tutti è salvavita.
Senza rimpiangere quel giorno con grida inutili.
Il loro cuore, avendolo dimenticato, non lo desidera più.
Ah! Perché è necessario che dimentichino?
Se conoscessero la vita, temerebbero la sua miseria.
Ecco, gli dissi allora, un sermone davvero erudito.
Ma osate forse pensare, mio nobile signore Caron.
Dopo aver amato la divina Fanie.
Mai si dimentica il ricordo di un tale amore?
Non vi compiacetevi di questo; no, nonostante i vostri sforzi.
Il mio cuore l’amava persino tra i morti:
Pertanto, per favore eliminate la vostra “acqua nera”.
Tutta l’inchiostro esistente al mondo, e tutto quel orribile grimorio.
Questo non mi priverebbe del ricordo incantevole che ne ho.
Su un argomento così bello avevo molto da dire.
E non ero pronto ad arrendermi.
All’improvviso, vidi qualcuno avvicinarsi a noi.
Il dio dell’impero infernale.
“Calmati,” mi disse, “conosco la tua sofferenza.”
La costanza ha il suo prezzo, anche tra i morti.
Quello che feci un tempo per alcuni vani accordi.
Lo concedo oggi alla tua estrema tenerezza.
Va tra i mortali, per la seconda volta.
Testimoniare che, persino su Sur-Plutone,
Un amore così tenero richiede dei diritti.
È così, incantevole Fanie.
Che la mia passione per voi mi abbia salvato dalla morte.
Ma quando il dio dei morti vuole riportarmi in vita.
Non cercate di farmi morire.
1739
Lettera XVIII – Alla signora baronessa di Warens
Lettera XIX – Alla signora baronessa di Warens
Tabella della corrispondenza
Lettera XVIII – Alla signora baronessa di Warens
3 marzo 1739.
Ma amatissima e buonissima mamma, vi invio qui il “fumo della memoria” che troverete dopo quello della lettera a Monsieur Arnauld. Se fossi in grado di creare un capolavoro, questo memoriale, secondo i miei gusti, sarebbe proprio il mio; non perché sia stato scritto con grande arte, ma perché è stato redatto con i sentimenti adatti a un uomo che voi onorate chiamandolo vostro figlio. Certamente, una ridicola vanità non mi si addirebbe affatto nello stato in cui mi trovo; tuttavia ho sempre creduto che si possa, senza arroganza e senza umiliarsi, conservare nella sfortuna e nelle suppliche una certa dignità, più adatta a ottenere le grazie di un uomo onesto di quanto non lo siano le più basse viltà. Del resto, desidero di questo memoriale molto di più di quanto possa sperarne; a meno che il vostro zelo e la vostra abilità consuetudinari non gli conferiscano un potente effetto. Poiché so, per vecchia esperienza, che tutti gli uomini non comprendono e non parlano lo stesso linguaggio. Mi compiango di quelle anime a cui il mio linguaggio è sconosciuto; c’è una mamma al mondo che, al loro posto, lo capirebbe molto bene. Ma mi direte: perché non parlare il loro linguaggio? È ciò che mi sono più volte chiesto. Dopo tutto, per quattro miseri giorni di vita, vale davvero la pena comportarsi da buffoni?
Il n’y a pas tant de mal cependant, et j’espère que vous trouverez, par la lecture du mémoire, que je n’ai pas fait le rodomont hors de propos, et que je me suis raisonnablement humanisé. Je sais bien, Dieu merci, à quoi que, sans cela, Petit aurait couru grand risque de mourir de faim en pareille occasion. Preuve que je ne suis pas propre à ramper indéfiniment dans les malheurs de la vie, c’est que je n’ai jamais fait le rogue ni le fendant dans la prospérité : mais qu’est-ce que je vous lanterne là, sans me souvenir, chère maman, que je parle à qui me connaît mieux que moi-même ? Baste ! un peu d’effusion de coeur dans l’occasion ne nuit jamais à l’amitié.
Le mémoire est tout dressé sur le plan que nous avons plus d’une fois digéré ensemble. Je vois le tout assez lié, et propre à se soutenir. Il y a ce maudit voyage de Besançon[463] dont, pour mon honneur, j’ai jugé à propos de déguiser un peu le motif : voyage éternel et malencontreux, s’il en fut au monde, et qui s’est déjà présenté à moi bien des fois et sous des faces bien différentes. Ce sont des images où ma vanité ne triomphe pas. Quoi qu’il en soit, j’ai mis à cela un emplâtre, Dieu sait comment ! en tout cas, si l’on vient me faire subir l’interrogatoire aux Charmettes, j’espère bien ne pas rester court. Comme vous n’êtes pas au fait comme moi, il sera bon, en présentant le mémoire, de glisser légèrement sur le détail des circonstances, crainte de quiproquo, à moins que je n’aie l’honneur de vous voir avant ce temps-là.
À propos de cela, depuis que vous voilà établie en ville, ne vous prend-il point fantaisie, ma chère maman, d’entreprendre un jour quelque petit voyage à la campagne ? Si mon bon génie vous l’inspire, vous m’obligerez de me faire avertir quelque trois ou quatre mois à l’avance, afin que je me prépare à vous recevoir, et à vous faire dûment les honneurs de chez moi.
Je prends la liberté de faire ici mes honneurs, à M. Le Cureu, et mes amitiés à mon frère. Ayez la bonté de dire au premier, que comme Proserpine (ah ! la belle chose que de placer là Proserpine !)
Peste ! où prend mon esprit toutes ces gentillesses ?
comme Proserpine donc passait autrefois six mois sur terre et six mois aux enfers, il faut de même qu’il se résolve de partager son temps entre vous et moi : mais aussi les enfers, où les mettrons-nous ? Placez-les en ville, si vous le jugez à propos, car pour ici, ne vous déplaise, nen voli pas gés. J’ai l’honneur d’être, du plus profond de mon coeur, ma très chère et très bonne maman, etc.
P. S. Je m’aperçois que ma lettre vous pourra servir d’apologie, quand il vous arrivera d’en écrire quelqu’une un peu longue : mais aussi il faudra que ce soit à quelque maman bien chère et bien aimée ; sans quoi, la mienne ne prouve rien.
Lettre XIX – À Madame la baronne de Warens
[464]
Charmettes, 18 mars 1739.
Ma très chère maman.
J’ai reçu comme je le devais le billet que vous m’écrivîtes dimanche dernier, et j’ai convenu sincèrement avec moi-même que, puisque vous trouviez que j’avais tort, il fallait que je l’eusse effectivement ; ainsi, sans chercher à chicaner, j’ai fait mes excuses de bon coeur à mon frère[465] et je vous fais de même ici les miennes très humbles. Je vous assure aussi que j’ai résolu de tourner toujours du bon côté les corrections que vous jugerez à propos de me faire, sur quelque ton qu’il vous plaise de les tourner.
Vous m’avez fait dire qu’à l’occasion de vos pâques vous voulez bien me pardonner. Je n’ai garde de prendre la chose au pied de la lettre, et je suis sûr que quand un coeur comme le vôtre a autant aimé quelqu’un que je me souviens de l’avoir été de vous, il lui est impossible d’en venir jamais à un tel point d’aigreur qu’il faille des motifs de religion pour le réconcilier. Je reçois cela comme une petite mortification que vous m’imposez en me pardonnant, et dont vous savez bien qu’une parfaite connaissance de vos vrais sentiments adoucira l’amertume.
Je vous remercie, ma très chère maman, de l’avis que vous m’avez fait donner d’écrire à mon père. Rendez-moi cependant la justice de croire que ce n’est ni par négligence ni par oubli que j’avais retardé jusqu’à présent. Je pensais qu’il aurait convenu d’attendre la réponse de M. l’abbé Arnauld, afin que si le sujet du mémoire n’avait eu nulle apparence de réussir, comme il est à craindre, je lui eusse passé sous silence ce projet évanoui. Cependant vous m’avez fait faire réflexion que mon délai était appuyé sur une raison trop frivole, et, pour réparer la chose le plus tôt qu’il est possible, je vous envoie ma lettre, que je vous prie de prendre la peine de lire, de fermer, et de faire partir si vous le jugez à propos.
Il n’est pas nécessaire, je crois, de vous assurer que je languis depuis longtemps dans l’impatience de vous revoir. Songez, ma très chère maman, qu’il y a un mois, et peut-être au-delà, que je suis privé de ce bonheur. Je suis, du plus profond de mon coeur, et avec les sentiments du fils le plus tendre, etc.
1740
Lettre XX – À M. d’Eybens
Lettre XXI – À Madame la baronne de Warens
Table de la correspondance
Lettre XXI – À Madame la baronne de Warens
[467]
[468]
Lyon, 1er mai 1740.
Madame ma très chère maman,
Me voici enfin arrivé chez M. de Mably ; je ne vous dirai point encore précisément quelle y sera ma situation, mais ce qu’il m’en paraît déjà n’a rien de rebutant. M. de Mably est un très honnête homme à qui un grand usage du monde, de la cour et des plaisirs ont appris à philosopher de bonne heure, et qui n’a pas été fâché de me trouver des sentiments assez concordants aux siens. Jusqu’ici je n’ai qu’à me louer des égards qu’il m’a témoignés. 11 entend que j’en agisse chez lui sans façon, et que je ne sois gêné en rien. Vous devez juger qu’étant ainsi livré à ma discrétion, je m’en accorderai en effet d’autant moins de libertés ; les bonnes manières peuvent tout sur moi ; et si M. de Mably ne se dément point, il peut être assuré que mon coeur lui sera sincèrement attaché : mais vous m’avez appris à ne pas courir à l’extrême sur de premières apparences, et à ne jamais compter plus qu’il ne faut sur ce qui dépend de la fantaisie des hommes.
Savoir, à présent, comment on pense sur mon compte, c’est ce qui n’est pas entièrement à mon pouvoir. Ma timidité ordinaire m’a fait jouer le premier jour un assez sot personnage ; et si M. de Mably avait été Savoyard, il aurait porté là-dessus son redoutable jugement, sans espérance d’appel. Je ne sais si au travers de cet air embarrassé il a démêlé en moi quelque chose de bon ; ce qu’il y a de sûr, c’est que ses manières polies et engageantes m’ont entièrement rassuré, et qu’il ne tient plus qu’à moi de me montrer à lui tel que je suis, il écrit au R. P. de la Coste, qui ne manquera point de vous communiquer sa lettre : vous pourrez juger là-dessus de ce qu’il pense sur mon compte.
J’ose vous prier, ma très chère maman, de vouloir bien faire agréer mes très humbles respects aux RR. PP. jésuites. Quant à mon petit élève, on ne saurait lui refuser d’être très aimable, mais je ne saurais encore vous dire s’il aura le coeur également bon, parce que souvent ce qui paraît à cet âge des signes de méchanceté, n’en sont en effet que de vivacité et d’étourderie. J’ai rempli ma lettre de minuties ; mais daignez, ma très chère maman, m’éclaircir au plus tôt de ce qui m’est uniquement important, je veux dire de votre santé et de la prospérité de vos affaires. Que font les Charmettes, les Kiki, et tout ce qui m’intéresse tant ? Mon adresse est chez M. de Mably, prévôt-général du lyonnais, rue Saint-Dominique.
J’ai l’honneur d’être avec une vive reconnaissance et un profond respect, madame, votre très humble et très obéissant serviteur et fils.
1741
Lettre XXII – À Madame de Sourgel
Table de la correspondance
Lettre XXII – À Madame de Sourgel
…1741[469]
However, there is not so much harm in it, and I hope that upon reading this memoir, you will find that I have not acted in a way that is irrelevant or excessive, but rather that I have behaved in a reasonably humane manner. Thank God, I know full well what kind of dangers Petit would have faced if not for this; dying of hunger in such circumstances. The fact that I have never resorted to dishonesty or selfish behavior even in times of prosperity proves that I am not destined to endlessly sink into the misfortunes of life. But what am I talking about here—without remembering, dear mother, that I am speaking to someone who knows me better than I know myself? Enough! A little expression of heart at such a time can never harm a friendship.
The entire memorandum is structured according to the framework we have discussed together on many occasions. I see all its parts as closely connected and capable of supporting each other. There is that damned journey from Besançon[463], regarding which, for my own sake, I felt it appropriate to slightly obscure its true purpose: a perpetual and unfortunate journey, if such ever existed in the world—and one that has already presented itself to me many times, under quite different forms. These are circumstances in which my vanity is not triumphant. In any case, I have managed to put everything together, God knows how! At least, if I am subjected to questioning at the Charmettes, I hope I will be able to answer satisfactorily. Since you are not as well-informed as I am, it would be wise, when presenting the memorandum, to briefly gloss over the details of the circumstances, to avoid any possible misunderstandings—unless I have the honor of meeting you before then.
Regarding this matter, now that you have settled in the city, dear mother, don’t you ever think about taking a little trip to the countryside sometime? If my good genius inspires you to do so, please let me know at least three or four months in advance, so that I can prepare to welcome you and treat you with all due hospitality in my home.
I take the liberty of extending my regards to Mr. Le Cureu and my friendship to my brother here. Please convey to the former that, just as Proserpine, (Ah! What a wonderful choice to mention Proserpine in this context!)
Damn it! Where does my mind get all these kind thoughts from?
Just as Proserpine used to spend six months on earth and six months in the underworld, it is likewise necessary for him to divide his time between you and me. But where shall we place the underworld? If you think it appropriate, let us put it in the city; otherwise, please do not object, for there is no room here for it. I have the honor of being, from the bottom of my heart, your very dear and good mother, etc.
P.S. I realize that my letter might serve as an apology for you when you decide to write one that is a bit lengthy; but it must also be addressed to some dear and beloved mother; otherwise, mine would prove nothing at all.
Letter XIX – To Baroness de Warens
[464]
Charmettes, March 18, 1739.
My dear mother.
I received, as I ought to have done, the letter you wrote to me last Sunday, and I sincerely concluded with myself that, since you believed I was in error, then I must indeed have been; therefore, without attempting to argue or evade the issue, I wholeheartedly apologized to my brother[465], and here too I offer you my most humble apologies. I also assure you that I am determined to always accept, with a positive attitude, any corrections you may deem appropriate to make, regardless of the tone in which you choose to express them.
You have asked me to say that during Easter you wish to forgive me. I certainly do not intend to take this literally; I am sure that a heart like yours, which has loved someone as much as I remember you once loved me, could never reach such a state of bitterness that religious reasons would be necessary to reconcile you. I regard this as a small form of mortification that you impose upon me by forgiving me, and I know full well that a thorough understanding of your true feelings will alleviate that bitterness.
I thank you, my dear mother, for the suggestion you made me to write to my father. However, please allow me to assure you that I did not delay in doing so out of negligence or forgetfulness. I believed it would be appropriate to wait for Mr. Abbé Arnauld’s reply, so that if, as I fear, the project proved unsuccessful, I could simply drop the idea without further mention. But you have made me realize that my delay was based on a rather frivolous reason. Therefore, in order to rectify this as soon as possible, I am sending you this letter; I ask you to take the trouble to read it, consider it carefully, and send it on if you deem it appropriate.
I believe it is unnecessary for me to assure you that I have been waiting with great impatience to see you again. Think, my dear mother, that it has been a month—perhaps even longer—that I have been deprived of this happiness. From the bottom of my heart, and with the feelings of a most affectionate son, etc.
1740
Letter XX – To Mr. d’Eybens
Letter XXI – To Baroness de Warens
Correspondence Table
Letter XXI – To Baroness de Warens
[467]
[468]
Lyon, May 1, 1740.
Dear, dear mother of mine,
I have finally arrived at Mr. de Mably’s residence; I cannot yet tell you precisely what my situation there will be, but what I have seen so far seems nothing unpleasant at all. Mr. de Mably is a very honest man who, having spent much time in society, at court, and enjoying various pleasures, learned to philosophize at an early age. He was pleased to find that my sentiments were quite in line with his own. So far, I have only had good things to say about the attention he has shown me. He expects me to behave freely in his house and not feel constrained in any way. You must understand that, being given such freedom, I will indeed exercise even less restraint; good manners have a great influence on me. And if Mr. de Mably does not disappoint me, I can assure you that my heart will be truly devoted to him. However, you have taught me not to rush to conclusions based on initial impressions, and never to place too much trust in what depends on human whims.
To know how people think of me at this moment is something that is not entirely within my control. My usual timidity made me play a rather foolish role on the first day; and if Mr. de Mably had been from Savoy, he would have rendered his formidable judgment on the matter without any possibility of appeal. I do not know whether, behind that embarrassed demeanor, he was able to perceive anything good in me; what is certain is that his polite and engaging manner completely reassured me, and it now depends solely on me to show him who I really am. He writes to Father de la Coste, who will certainly share his letter with you; you can then form your own opinion about what he thinks of me.
I dare to ask you, my dear mother, to be so kind as to convey my most humble respects to the Reverend Fathers and Brothers of the Jesuit Order. As for my little student, it would be impossible to refuse him the opportunity to be very kind; however, I am not yet able to tell you whether he will also possess a kind heart, because often what at this age appears to be signs of malice are merely signs of liveliness and carelessness. I have filled my letter with detailed information; but please, my dear mother, enlighten me as soon as possible regarding what is truly important to me—namely, your health and the success of your affairs. What is happening with Charmettes, Kiki, and all those who interest me so much? My address is at Mr. de Mably’s residence, the prévôt-général of Lyon, on Rue Saint-Dominique.
I am honored to be, with great gratitude and deep respect, Madam, your most humble and obedient servant and son.
1741
Letter XXII – To Madame de Sourgel
Correspondence Table
Letter XXII – To Madame de Sourgel
…1741[469]
Tuttavia, non c’è nulla di così grave; spero che, leggendo questo memoriale, comprenderete che non ho agito in modo spropositato e che mi sono comportato in modo ragionevolmente umano. So bene, grazie a Dio, a quale pericolo sarebbe potuto andare incontro Petit in una situazione del genere, se non fosse stato così. Il fatto che non abbia mai approfittato della prosperità per comportarmi in modo disonesto o spregevole dimostra che non sono il tipo da continuare a trascorrere la vita tra le difficoltà. Ma cosa sto dicendo, senza ricordarmi, cara mamma, che sto parlando con qualcuno che mi conosce meglio di me stesso! Basta! Un po’ di sincerità nel momento giusto non fa mai male all’amicizia.
Tutta la memoria è strutturata secondo quel piano che abbiamo più volte analizzato insieme. Ritengo che tutto sia abbastanza coerente e possa reggere da solo. C’è quel maledetto viaggio a Besançon[463]: per onore mio, ho ritenuto opportuno nascondere un po’ il vero motivo di quel viaggio. Un viaggio eterno e sfortunato, se mai ne esistesse uno al mondo; mi è già capitato molte volte, sotto aspetti molto diversi. Sono immagini in cui la mia vanità non trionfa affatto. Comunque sia, ho cercato di sistemare tutto. Chissà come! In ogni caso, se dovrò rispondere a domande alle Charmettes, spero di riuscire a farlo senza difficoltà. Poiché voi non siete a conoscenza dei dettagli come me, sarà meglio, presentando la memoria, evitare di parlare troppo delle circostanze specifiche. Per evitare malintesi. A meno che non abbia l’onore di vedervi prima di allora.
A proposito di questo, ora che siete stabilita in città, non vi viene mai in mente, cara mamma, di intraprendere qualche piccolo viaggio in campagna? Se il mio buon genio ve lo ispirasse, mi fareste un grande favore se mi avvisaste con tre o quattro mesi di anticipo, così da potermi preparare ad accogliervi e offrirvi tutte le cortesie che si addicono a casa mia.
Mi permetto di rendere omaggio qui a Monsieur Le Cureu e di esprimere i miei saluti a mio fratello. Per favore, dite a Monsieur Le Cureu che, come Proserpina, (ah! Che bella idea inserire proprio Proserpina in questo contesto!).
Maledizione! Da dove mi vengono tutte queste gentilezze?
Poiché Proserpina un tempo trascorreva sei mesi sulla terra e sei mesi all’inferno, è necessario che anche lei divida il suo tempo tra te e me. Ma dove metteremo l’inferno? Mettetelo in città, se lo ritenete opportuno; perché qui, per favore, non volatene via. Ho l’onore di essere, dal profondo del mio cuore, tua molto cara e molto buona mamma, ecc.
P.S. Mi rendo conto che la mia lettera potrebbe esservi utile come scusa, quando vi capiterà di dover scrivere una lettera un po’ lunga. Ma dovrà essere per una mamma molto cara e molto amata; altrimenti, la mia lettera non proverebbe nulla.
Lettera XIX – Alla signora baronessa di Warens
[464]
Charmettes, 18 marzo 1739.
Mia amatissima mamma.
Ho ricevuto, come era dovuto, la lettera che mi avete scritto domenica scorsa, e ho sinceramente convenuto con me stesso che, poiché ritenevate che io avessi torto, doveva effettivamente essere così; pertanto, senza cercare scuse, ho chiesto sinceramente scusa a mio fratello[465] e vi porgo anch’io le mie umili scuse. Vi assicuro inoltre che ho deciso di accettare sempre con buona disposizione le correzioni che riterrete opportune da farmi, indipendentemente dal tono con cui le esprimerete.
Mi avete fatto dire che, in occasione della Pasqua, desiderate perdonarmi. Non ho inteso prendere queste parole alla lettera, e sono certo che, quando un cuore come il vostro ha amato tanto qualcuno – come ricordo di essere stato amato da voi – sia impossibile arrivare a un punto di rancore tale da richiedere motivi religiosi per riconciliarsi. Considero questo perdono come una piccola mortificazione che mi imponete, e so bene che una perfetta conoscenza dei vostri veri sentimenti attenuerà l’amarezza.
Vi ringrazio, mia molto cara mamma, per il parere che mi avete fatto dare di scrivere a mio padre. Tuttavia, lasciate che vi assicuri che il ritardo con cui ho agito non è stato causato né da negligenza né da dimenticanza. Pensavo fosse opportuno attendere la risposta di Monsignor l’Abate Arnauld, affinché, qualora l’argomento del mio memoriale non avesse alcuna possibilità di avere successo – come temevo – potessi lasciare cadere nel silenzio questo progetto ormai infranto. Tuttavia, voi mi avete fatto riflettere sul fatto che il mio ritardo si basava su una ragione troppo frivola; per rimediare al più presto possibile, vi invio questa lettera, e vi prego di prendervi la briga di leggerla, chiuderla e farla partire se lo ritenete opportuno.
Non credo sia necessario assicurarvi che da molto tempo soffro nell’impazienza di rivedervi. Pensate, mia amatissima mamma, che da un mese, o forse anche di più, sono privato di questa felicità. Sono, dal profondo del mio cuore e con i sentimenti di un figlio il più tenero, ecc.
1740
Lettera XX – A Monsieur d’Eybens
Lettera XXI – Alla signora baronessa di Warens
Tabella della corrispondenza
Lettera XXI – Alla signora baronessa di Warens
[467]
[468]
Lione, 1° maggio 1740.
Mia amatissima mamma,
Sono finalmente arrivato a casa del signor de Mably; non vi dirò ancora con esattezza quale sarà la mia situazione lì, ma ciò che mi sembra finora non ha nulla di sgradevole. Il signor de Mably è un uomo molto onesto; una grande esperienza nel mondo, alla corte e nei piaceri gli ha insegnato a filosofare fin da giovane, e non si è certo lamentato che i miei sentimenti fossero abbastanza in linea con i suoi. Finora devo solo ringraziarlo per l’attenzione che mi ha dimostrato. Intende che io mi comporti con lui in modo naturale e senza alcuna restrizione, e che non mi senta limitato in nulla. Dovete riconoscere che, essendo così lasciato alla mia discrezione, mi concederò certamente ancora meno libertà; le buone maniere hanno su di me un grande potere. E se il signor de Mably non mi deluderà, può essere certo che il mio cuore gli sarà sinceramente devoto. Tuttavia, voi mi avete insegnato a non giudicare troppo in fretta dalle prime apparenze, e a non contare mai troppo su ciò che dipende dalla fantasia umana.
Sapere, in questo momento, come si pensa di me non è del tutto nelle mie possibilità. La mia solita timidezza mi ha fatto interpretare un ruolo piuttosto sciocco il primo giorno; e se Monsieur de Mably fosse stato savoiardo, avrebbe espresso su questo argomento il suo giudizio spietato, senza alcuna possibilità di appello. Non so se, attraverso quell’aspetto imbarazzato, abbia percepito in me qualcosa di positivo; quello che è certo è che le sue maniere gentili e affabili mi hanno completamente rassicurato, e ora dipende da me mostrargli chi sono veramente. Scrive al R.P. de la Coste, il quale sicuramente vi comunicherà la sua lettera: potrete così giudicare cosa pensi di me.
Oso supplicarvi, mia molto cara mamma, di voler far accettare i miei umili rispetti ai RR. PP. gesuiti. Per quanto riguarda il mio piccolo allievo, non si potrebbe certo rifiutargli di essere molto gentile. Ma non so ancora dirvi se avrà anche un cuore buono: spesso, a quell’età, ciò che sembra segno di malvagità non è altro che vivacità e leggerezza. Ho riempito la mia lettera con molti dettagli. Ma vi prego, mia molto cara mamma, di illuminarmi al più presto su ciò che per me è davvero importante: voglio sapere della vostra salute e del successo delle vostre faccende. Che fine hanno fatto le Charmettes, i Kiki, e tutte le altre cose che mi interessano tanto? La mia residenza è presso il signor de Mably, prefetto generale del Lyonnais, in rue Saint-Dominique.
Ho l’onore di essere, con viva riconoscenza e profondo rispetto, signora, il vostro molto umile e molto obbediente servo e figlio.
1741
Lettera XXII – Alla signora de Sourgel
Tabella della corrispondenza
Lettera XXII – Alla signora de Sourgel
…1741[469]
Je suis fâché, madame, d’être obligé de relever les irrégularités de la lettre que vous avez écrite à M. Favre[470], à l’égard de madame la baronne de Warens. Quoique j’eusse prévu à peu près les suites de sa facilité à votre égard, je n’avais point à la vérité soupçonné que les choses en vinssent au point où vous les avez amenées, par une conduite qui ne prévient pas en faveur de votre caractère. Vous avez très raison, madame, de dire qu’il a été mal à madame de Warens d’en agir comme elle a fait avec vous et M. votre époux. Si son procédé fait honneur à son coeur, il est sûr qu’il n’est pas également digne de ses lumières, puisque avec beaucoup moins de pénétration et d’usage du monde je ne laissai pas de percer mieux qu’elle dans l’avenir, et de lui prédire assez juste une partie du retour dont vous payez son amitié et ses bons offices. Vous le sentîtes parfaitement, madame ; et, si je m’en souviens bien, la crainte que mes conseils ne fussent écoutés vous engagea, aussi bien que mademoiselle votre fille, à faire à mon égard certaines démarches un peu rampantes, qui, dans un coeur comme le mien, n’étaient guère propres à jeter de meilleurs préjugés que ceux que j’avais conçus ; à l’occasion de quoi vous rappelez fort noblement le présent que vous voulûtes me faire de ce précieux justaucorps, qui tient, aussi bien que moi, une place si honorable dans votre lettre. Mais j’aurai l’honneur de vous dire, madame, avec tout le respect que je vous dois, que je n’ai jamais songé à recevoir votre présent, dans quelque état d’abaissement qu’il ait plu à la fortune de me placer. J’y regarde de plus près que cela dans le choix de mes bienfaiteurs. J’aurais, en vérité, belle matière à railler, en faisant la description de ce superbe habit retourné, rempli de graisse, en tel état, en un mot, que toute ma modestie aurait eu bien de la peine d’obtenir de moi d’en porter un semblable. Je suis en pouvoir de prouver ce que j’avance, de manifester ce trophée de votre générosité ; il est encore en existence dans le même garde-meuble qui renferme tous ces précieux effets dont vous faites un si pompeux étalage. Heureusement madame la baronne eut la judicieuse précaution, sans présumer cependant que ce soin pût devenir utile, de faire ainsi enfermer le tout sans y toucher, avec toutes les attentions nécessaires en pareil cas. Je crois, madame, que l’inventaire de tous ces débris, comparés avec votre magnifique catalogue, ne laissera pas que de donner lieu à un fort joli contraste, surtout la belle cave à tabac. Pour les flambeaux, vous les aviez destinés à M. Perrin, vicaire de police, dont votre situation en ce pays-ci vous avait rendu la protection indispensablement nécessaire. Mais, les ayant refusés, ils sont ici tout prêts aussi à faire un des ornements de votre triomphe.
Je ne saurais, madame, continuer sur le ton plaisant. Je suis véritablement indigné, et je crois qu’il serait impossible à tout honnête homme, à ma place, d’éviter de l’être autant. Rentrez, madame, en vous-même : rappelez-vous les circonstances déplorables où vous vous êtes trouvés ici, vous, M. votre époux, et toute votre famille : sans argent, sans amis, sans connaissances, sans ressources, qu’eussiez-vous fait sans l’assistance de madame de Warens ? Ma foi, madame, je vous le dis franchement, vous auriez jeté un fort vilain coton. Il y avait longtemps que vous en étiez plus loin qu’à votre dernière pièce ; le nom que vous aviez jugé à propos de prendre, et le coup d’oeil sous lequel vous vous montriez, n’avaient garde d’exciter les sentiments en votre faveur, et vous n’aviez pas, que je sache, de grands témoignages avantageux qui parlassent de votre rang et de votre mérite. Cependant ma bonne marraine, pleine de compassion pour vos maux et pour votre misère actuelle (pardonnez-moi ce mot, madame), n’hésita point à vous secourir ; et la manière prompte et hasardée dont elle le fit prouvait assez, je crois, que son coeur était bien éloigné des sentiments pleins de bassesse et d’indignités que vous ne rougissez point de lui attribuer. Il y paraît aujourd’hui, et même ce soin mystérieux de vous cacher en est encore une preuve, qui véritablement ne dépose guère avantageusement pour vous.
Mais, madame, que sert de tergiverser ? Le fait même est votre juge. Il est clair comme le soleil que vous cherchez à noircir bassement une dame qui s’est sacrifiée sans ménagement pour vous tirer d’embarras. L’intérêt de quelques pistoles vous porte à payer d’une noire ingratitude un des bienfaits les plus importants que vous pussiez recevoir ; et quand toutes vos calomnies seraient aussi vraies qu’elles sont fausses, il n’y a point cependant de coeur bien fait qui ne rejetât avec horreur les détours d’une conduite aussi messéante que la vôtre.
Mais, grâces à Dieu, il n’est pas à craindre que vos discours fassent de mauvaises impressions sur ceux qui ont l’honneur de connaître madame la baronne, ma marraine ; son caractère et ses sentiments se sont jusqu’ici soutenus avec assez de dignité pour n’avoir pas beaucoup à redouter des traits de la calomnie ; et sans doute, si jamais rien a été opposé à son goût, c’est l’avarice et le vil intérêt. Ces vices sont bons pour ceux qui n’osent se montrer au grand jour ; mais pour elle, ses démarches se font à la face du ciel ; et, comme elle n’a rien à cacher dans sa conduite, elle ne craint rien des discours de ses ennemis. Au reste, madame, vous avez inséré dans votre lettre certains termes grossiers au sujet d’un collier de grenats, très indignes d’une personne qui se dit de condition, à l’égard d’une autre qui l’est de même, et à qui elle a. obligation. On peut les pardonner au chagrin que vous avez de lâcher quelques pistoles, et d’être privée de votre cher argent ; et c’est le parti que prendra madame de Warens, en redressant cependant la fausseté de votre exposé.
Quant à moi, madame, quoique vous affectiez de parler de moi sur un ton équivoque, j’aurai, s’il vous plaît, l’honneur de vous dire que, quoique je n’aie pas celui d’être connu de vous, je ne laisse pas de l’être de grand nombre de personnes de mérite et de distinction, qui toutes savent que j’ai l’honneur d’être le filleul de madame la baronne de Warens, qui a eu la bonté de m’élever et de m’inspirer des sentiments de droiture et de probité dignes d’elle. Je tâcherai de les conserver pour lui en rendre bon compte, tant qu’il me restera un souffle de vie : et je suis fort trompé si tous les exemples de dureté et d’ingratitude qui me tomberont sous les yeux ne sont pour moi autant de bonnes leçons qui m’apprendront à les éviter avec horreur.
J’ai l’honneur d’être avec respect, etc.
Observations
Craignant que les imputations calomnieuses de M. et madame de Sourgel ne fissent sur l’esprit de M. Favre une impression défavorable, madame de Warens crut qu’elle ferait bien de lui écrire. Sa lettre ayant été conservée, nous allons en rapporter quelques fragments.
« Vous trouverez bon, monsieur, que, n’attendant plus ni réponse, ni satisfaction de M. et madame de Sourgel, je prenne le parti de vous écrire à vous-même. Je ne doute pas que vous ne prissiez mes intérêts avec chaleur, si vous étiez instruit de ce qui s’est passé entre eux et moi, et des circonstances dont toute cette affaire a été accompagnée J’en étais ici quand je viens de recevoir une copie de l’impertinente lettre que vous a écrite madame de Sourgel. Il semble qu’elle a affecté d’y entasser toutes les marques d’un méchant caractère. Je n’ai garde, monsieur, de tourner contre elle ses propres armes : je suis peu accoutumée à un semblable style, et je me contenterai de répondre à ses malignes insinuations, par un exposé du fait.
Madam, I am sorry to have to point out the irregularities in the letter you wrote to Mr. Favre regarding Madame la Baronne de Warens. Although I had anticipated some of the consequences of her leniency towards you, I never imagined things would go as far as they did, given a behavior that does not reflect well on your character. You are quite right, madam, in saying that it was wrong for Madame de Warens to act as she did with you and your husband. If her conduct honors her heart, it certainly does not match the level of her intelligence, for I, with far less insight and worldly experience, was able to see more clearly into the future than she could and to predict accurately some of the events that have since occurred, events for which you are paying the price of her friendship and assistance. You were fully aware of this, madam; and if I remember correctly, your fear that my advice might not be heeded led both you and your daughter to take somewhat obsequious steps towards me—a behavior that, in someone like me, was hardly likely to improve the impression I already had of you. On this occasion, you very nobly mentioned the gift you intended to give me: that precious coat, which, just like me, holds such an honorable place in your letter. But with all the respect I owe you, madam, I must tell you that I never considered accepting it, no matter what state of decline fortune might have brought me into. In fact, when choosing my benefactors, I am quite particular about such matters. I could indeed find much to laugh at if I were to describe how that splendid coat ended up—so greasy and in such poor condition that even my modesty would have trouble suggesting that I wear something like it. I am able to prove what I say; that trophy of your generosity still exists, stored in the same chest that holds all these other precious items you have so proudly displayed. Fortunately, Madame la Baronne took the wise precaution of having everything carefully packed away without touching it, given that such care might be necessary at some point. I believe, madam, that comparing this list of remnants with your magnificent catalog will create a rather amusing contrast—especially when it comes to that beautiful tobacco chest. As for those candles, you had intended them for Mr. Perrin, the police vicar, whose protection was undoubtedly essential given your situation in this region. But since you refused them, they are here ready to add to the splendor of your “triumph.”
Madam, I would not be able to continue in this light-hearted tone. I am truly indignant, and I believe that any honest man in my position would find it impossible not to feel the same. Reflect on your own circumstances, madam: remember the deplorable situation you found yourself in here—without money, without friends, without acquaintances, without resources. What would you have done without the assistance of Madame de Warens? Frankly, madam, I must say that you would have been in a very difficult position indeed. You had long since run out of your last penny; the name you chose to adopt, and the way you presented yourself, did nothing to arouse sympathy for you. Moreover, as far as I know, you had no significant testimonials to speak of your status or merits. Nevertheless, my kind godmother, moved by compassion for your troubles and current misery (please forgive me for using this word, madam), did not hesitate to help you. And the prompt and somewhat reckless manner in which she did so surely proves that her heart was far removed from those base and indignitable sentiments that you do not seem to mind attributing to her. Today, it seems even more evident—this very attempt to hide yourself is another proof of it—and frankly, this does little to reflect well on you.
But, madam, what use is there in hesitating? The fact itself is your judge. It is as clear as the sun that you are trying to slander a woman who selflessly sacrificed herself to help you out of trouble. Out of selfish interest, you are willing to repay such a great kindness with utter ingratitude. And even if all your accusations were true, there would not be a single well-hearted person who would not reject with horror such despicable and shameless behavior as yours.
But, thanks to God, there is no reason to fear that your statements might make a bad impression on those who have the honor of knowing Madame la Baronne, my godmother; her character and sentiments have so far maintained themselves with sufficient dignity that she has little to worry about regarding the accusations of slander. And surely, if anything has ever been opposed to her tastes, it has been greed and vile self-interest. Such vices are suitable for those who dare not show themselves in public; but for her, her actions are conducted in the face of heaven. And since she has nothing to hide in her conduct, she fears nothing from the speeches of her enemies. Moreover, Madame, you have included some rather vulgar terms in your letter regarding a necklace of garnets—terms utterly unworthy of a person who claims to be of a certain status, especially when referring to another woman of the same rank and whom you owe something. One might forgive such language given your sorrow at having to part with some pistols and being deprived of your precious money; and indeed, that is exactly what Madame de Warens will do—while correcting the inaccuracies in your account.
As for me, madam, although you seemed to speak of me in an ambiguous manner, I would be honored to tell you that, though I am not known to you, I am indeed known to many worthy and distinguished individuals who are all aware that I have the honor of being the godchild of Madame la Baronne de Warens, who had the kindness to raise me and instill in me sentiments of integrity and honesty befitting her. I will strive to maintain these qualities throughout my life as a way of repaying her kindness; and I am deeply convinced that every example of cruelty and ingratitude that comes my way will serve as a valuable lesson, teaching me to avoid such behavior with utmost disgust.
I have the honor of being here, with all due respect, etc.
Observations
Fearing that the slanderous accusations made by Mr. and Madame de Sourgel might have a negative impact on Mr. Favre’s mind, Madame de Warens thought it would be appropriate to write to him. Since his letter has been preserved, we will quote some passages from it.
“Sir, you will surely agree that, since I have received neither response nor satisfaction from Monsieur and Madame de Sourgel, I have decided to write directly to you. I have no doubt that you would warmly support my interests if you were aware of what has happened between them and me, as well as of the circumstances surrounding this entire affair. I was here when I just received a copy of the impertinent letter that Madame de Sourgel wrote to you. It seems that she has gone to great lengths to display all the signs of a malicious character in it. Sir, I have no intention of using her own tactics against her; I am not accustomed to such language, and I will simply respond to her vicious insinuations by presenting the facts clearly.”
Sono molto dispiaciuto, signora, di dover evidenziare le irregolarità della lettera che avete scritto a Monsieur Favre riguardo alla baronessa de Warens. Anche se avevo previsto in parte le conseguenze della sua facilità nei vostri confronti, non avrei mai immaginato che le cose potessero arrivare al punto in cui sono arrivate, a causa di un comportamento che certamente non fa onore al vostro carattere. Avete perfettamente ragione, signora, nel dire che è stato sbagliato da parte della baronessa de Warens agire come ha fatto con voi e con vostro marito. Se il suo modo di comportarsi onora il suo cuore, certamente non è altrettanto degno delle sue conoscenze, poiché anche io, con molto meno intuizione e esperienza del mondo, sono riuscito a comprendere meglio del lei l’avenire e a prevedere in modo abbastanza accurato alcune delle conseguenze di cui ora pagate il prezzo per la sua amicizia e i suoi aiuti. Lo avete capito perfettamente, signora; e, se ricordo bene, la paura che i miei consigli venissero ascoltati vi ha spinto, insieme a vostra figlia, a compiere alcune azioni piuttosto umili nei miei confronti, azioni che, in un cuore come il mio, non avrebbero certo contribuito ad alleviare i pregiudizi che già avevo. A questo proposito, ricordate molto nobilmente il regalo che volevate farmi di quel prezioso giubbotto, che, proprio come me, occupa un posto così onorevole nella vostra lettera. Ma ho l’onore di dirvi, signora, con tutto il rispetto che vi devo, che non ho mai pensato di accettare quel regalo, per quanto basso possa essere stato il livello in cui la fortuna mi ha collocato. Nel scegliere i miei benefattori, tengo molto conto di queste cose. In realtà, avrei molti motivi per scherzare se dovessi descrivere quel magnifico abito ridotto in condizioni così pietose. È ancora esistente nello stesso armadio che contiene tutti quegli oggetti preziosi di cui fate un così pomposo spettacolo. Fortunatamente, la baronessa de Warens ha avuto la saggezza, anche se senza presumere che tale precauzione potesse rivelarsi utile, di far conservare tutto senza toccarlo, con tutte le attenzioni necessarie in un caso del genere. Credo, signora, che l’inventario di tutti questi oggetti, confrontato con il vostro magnifico elenco, possa creare un contrasto davvero interessante. Soprattutto quella bella scatola da tabacco. Per quanto riguarda i ceri, li avevate destinati a Monsieur Perrin, vice ispettore di polizia, la cui protezione era certamente necessaria data la vostra situazione in questa regione. Ma poiché li avete rifiutati, sono ora pronti anche loro ad adornare il vostro “trionfo”.
Signora, non saprei continuare in questo tono scherzoso. Sono davvero indignato, e credo che a qualsiasi uomo onesto, al mio posto, sarebbe impossibile non provare lo stesso. Riflettete un attimo: ricordatevi le circostanze deplorevoli in cui vi siete trovati qui, voi, vostro marito e tutta la vostra famiglia. Senza denaro, senza amici, senza conoscenze, senza risorse. Cosa avreste fatto senza l’aiuto di madame de Warens? Onestamente, signora, sareste finiti in condizioni molto difficili. Da tempo non avevate più nemmeno un soldo; il nome che avevate scelto e il modo in cui vi presentavate non suscitavano certo simpatie. Non avevate, per quanto ne so, alcun testimone che potesse parlare a vostro favore riguardo al vostro rango o ai vostri meriti. Eppure, mia cara madrina, piena di compassione per i vostri mali e per la vostra attuale miseria (perdonatemi questo termine, signora), non esitò a venire in vostro aiuto. E il modo rapido e un po’ avventato con cui lo fece dimostra, credo, che il suo cuore era ben lontano da quei sentimenti pieni di bassezza e indignità che voi non vi vergognate affatto di attribuirle. Oggi sembra ancora evidente. Anche quel curioso tentativo di nascondervi ne è una prova. Il che, in realtà, non vi fa certo onore.
Ma signora, a che serve tergiversare? Il fatto stesso è il vostro giudice. È chiaro come il sole che cercate di diffamare in modo meschino una donna che si è sacrificata senza esitazioni per tirarvi fuori dai guai. L’interesse di poche pistole vi spinge a ricambiare con un’ingratitudine spregevole uno dei benefici più importanti che poteste ricevere; e anche se tutte le vostre calunnie fossero vere, non esiste certo un cuore onesto che non respingesse con orrore le bassezze di un comportamento così disonorevole come il vostro.
Ma, grazie a Dio, non c’è motivo di temere che i vostri discorsi possano fare una cattiva impressione su coloro che hanno l’onore di conoscere madame la baronessa, mia madrina; il suo carattere e i suoi sentimenti si sono finora mantenuti con sufficiente dignità da non dover temere molto le calunnie; e senza dubbio, se mai qualcosa è stato opposto ai suoi gusti, sono stati l’avarizia e gli interessi meschini. Questi vizi sono adatti a coloro che non osano mostrarsi in pubblico; ma per lei, le sue azioni avvengono alla luce del cielo; e poiché nella sua condotta non ha nulla da nascondere, non teme affatto i discorsi dei suoi nemici. Del resto, madame, avete inserito nella vostra lettera alcuni termini volgari riguardo a un collare di granati, molto indegni di una persona che si dice di condizione elevata, nei confronti di un’altra che lo è altrettanto e verso la quale ha degli obblighi. Si possono perdonare questi errori, data la tristezza che provate nel dover perdere alcune pistole e nel vedervi privata del vostro prezioso denaro; ed è questa la linea che madame de Warens seguirà, correggendo tuttavia l’errata esposizione dei fatti da voi fornita.
Per quanto mi riguarda, signora, anche se voi avete l’abitudine di parlare di me in modo ambiguo, ho l’onore di dirvi che, sebbene non sia conosciuto da voi, lo sono invece da molte persone meritevoli e distinte, le quali sanno tutte che ho l’onore di essere il nipote della baronessa de Warens, la quale ha avuto la bontà di educarmi e di inculcarmi sentimenti di rettitudine e onestà degni di lei. Cercherò di mantenerli per suo conto, rendendole buona conto finché mi resterà un soffio di vita; e sono davvero ingannato se tutti gli esempi di durezza e ingratitudine che mi capiteranno sotto gli occhi non saranno per me delle buone lezioni che mi insegneranno ad evitarli con orrore.
Ho l’onore di essere qui, con tutto il rispetto, ecc.
Osservazioni
Temendo che le calunniose accuse di Monsieur e Madame de Sourgel potessero lasciare un’impressione negativa su Monsieur Favre, Madame de Warens ritenne fosse opportuno scrivergli. Poiché la sua lettera è stata conservata, ne riporteremo alcuni frammenti.
“Signore, riterrà opportuno che, non avendo più ricevuto risposta né soddisfazione da parte di Monsieur e Madame de Sourgel, io decida di scrivere direttamente a voi. Non dubito che prendiate con calore le mie ragioni, se veniste a conoscenza di ciò che è accaduto tra loro e me, nonché delle circostanze che hanno accompagnato tutta questa faccenda. Ero qui quando ho appena ricevuto una copia della lettera insopportabile che Madame de Sourgel vi ha scritto; sembra che abbia voluto accumularvi in essa tutte le manifestazioni di un cattivo carattere. Signore, non intendo certo usare contro di lei le sue stesse armi: non sono abituata a un simile stile, e mi limiterò a rispondere alle sue insinuazioni malvagie esponendo semplicemente i fatti.”
« J’ai vu ici un monsieur et une dame, avec leur famille, qui se donnaient pour imprimeur, sous le nom de Thibol, et qui, sur la fin, ont jugé à propos de prendre celui de Sourgel et le rang de gens de qualité : je n’ai jamais su précisément ce qui en était. Ce qu’il y a de très certain, c’est que je n’en ai eu de preuve ni d’indice que leur parole. Ils ont paru dans un fort triste équipage, chargés de dettes, sans le sou ; et comme j’ai fait une espèce de liaison avec la femme, qui venait quelquefois chez moi, et à qui j’avais été assez heureuse pour rendre quelques services, ils se sont présentés à moi pour implorer mon secours, me priant de leur faire quelques avances qui pussent les mettre en état d’acquitter leurs dettes, et de se rendre à Paris. N’ayant pas l’argent comptant dont ils avaient besoin, je l’ai emprunté avec la peine qu’ils savent et à gros intérêts, quoique j’eusse pris un terme très court, parce qu’ils promettaient de me payer d’abord à leur arrivée à Paris… Je me suis donc intéressée pour eux, non seulement sans les connaître, ni eux, ni personne qui les connût ; mais même sans être assurée de leur véritable nom. Je suis la seule personne qui ait daigné les regarder, et j’ose assurer qu’ils auraient très vainement fait d’autres tentatives. J’ai sollicité pour eux ; j’ai apaisé leurs créanciers ; j’ai mis le mari en état de se garantir d’être arrêté, et de se rendre à Lyon avec son fils ; j’ai donné à la femme et à la fille asile dans ma maison ; je leur ai permis d’y retirer leurs effets ; j’ai assigné mes quartiers en trésorerie pour le paiement de leurs créanciers ; enfin j’ai prêté à la femme et à la fille tout l’argent nécessaire pour faire leur route honorablement, elles et leur famille. Depuis ce temps je n’ai cessé d’être accablée de leurs créanciers qu’après l’entier paiement, car je respecte trop mes engagements pour manquer à ma parole.
« Quant aux effets qu’ils ont laissés chez moi, je vous ferai quartier du catalogue. Les expressions magnifiques de madame de Sourgel ne leur donneront pas plus de valeur qu’ils n’en avaient quand elle délibéra si elle ne les abandonnerait pas avec son logement, de quoi je la détournai, espérant qu’elle en pourrait toujours tirer quelque chose… Je crois, monsieur, que si je mettais en ligne de compte les menus frais que j’ai faits pour cette famille, les intérêts de mon argent, les embarras, les difficultés, et par-dessus tout cela les mauvais pas où je me trouve engagée, il y a fort apparence que le prix des meubles serait assez bien payé : mais ces détails de minutie sont, je vous assure, au-dessous de moi, et puis il est juste qu’il m’en coûte quelque chose pour le plaisir que j’ai eu d’obliger.
« À l’égard des présents, il serait à souhaiter pour madame de Sourgel qu’elle m’en eût offert de beaux : car n’étant pas accoutumée d’en recevoir de gens que je ne connais point, et principalement de ceux qui ont besoin des miens et de moi-même, elle aurait aujourd’hui le plaisir de les retrouver avec tous ses meubles. Il est vrai qu’elle eut la politesse de me présenter une petite cave à tabac, de noyer, doublée de plomb, laquelle me paraissait de très petite considération et fort chétive ; je crus pouvoir et devoir même l’agréer sans conséquence ; d’autant plus que ne faisant nul usage du tabac, on ne pouvait guère m’accuser d’avarice, dans l’acceptation d’un tel présent. Elle est avec les meubles. Mais ce qu’elle a oublié, cette dame, c’est une petite croix de bois incrustée de nacre, que j’ai mise au lieu le plus apparent de ma chambre, pour vérifier la prophétie de mademoiselle de Sourgel qui me dit, en me la présentant, que toutes les fois que j’y jetterais les yeux, je ne manquerais pas de dire ; voilà ma croix. Au reste je doute bien fort d’être en arrière de présent avec madame de Sourgel, quoiqu’elle méprise si fort les miens. Mais ce n’est point à moi de rappeler ces choses-là ; ma coutume étant de les oublier dès qu’elles sont faites. Je ne demande pas non plus qu’elle paie sa pension avec sa belle-fille, je consens qu’elle jette tout sur le compte de l’amitié, quoique la compassion y eût bonne part.
« Pour le collier de grenats, il est juste de le reprendre, s’il n’accommode pas madame de Sourgel : elle aurait pu se servir d’expressions phis décentes à cet égard ; elle sait à merveille que je n’ai point cherché à lui en imposer : je lui ai vendu ce collier pour ce qu’il était et sur le même pied qu’il m’a été vendu par une dame de mérite, laquelle je me garderai bien de régaler d’un compliment semblable à celui de madame de Sourgel.
« Madame de Sourgel m’accuse d’en agir mal avec elle. Est-ce en mal agir que d’attendre près de deux ans un argent prêté dans une telle occasion ? Ne m’avait-elle pas promis restitution dès l’instant de son arrivée ? Ne l’ai-je pas priée en grâce, plusieurs fois, de vouloir me payer, du moins par faveur, en considération des embarras où mes avances m’ont jetée ? Ne lui ai-je pas écrit nombre de lettres pleines de cordialité et de politesses, qui, lui peignant l’état des choses au naturel, auraient dû lui faire tirer l’argent des pierres, plutôt que de rester en arrière à cet égard ? Quel si grand mal lui ai-je donc fait ? Personne ne le sait mieux que vous, monsieur ; assurément s’il doit retomber de la honte sur une de nous deux, ce n’est pas à moi de la supporter.
« Voilà, monsieur, ce que j’avais à répondre aux invectives de cette dame. J’ai pour témoins de ce que j’avance toutes les personnes qui me connaissent, toutes celles qui ont connu ici M. et madame de Sourgel, et même tout Chambéry. Je ne me hâte pas de rassembler ces témoignages et de m’exposer par là à la moquerie des plaisants qui m’ont raillée de ma sotte crédulité, et des censeurs qui ont blâmé ma conduite peu prudente. Madame de Sourgel peut prendre désormais les choses comme il lui plaira, sans craindre que je me mette en frais de répondre davantage à ses injures. Je crois qu’il ne sera pas douteux parmi les honnêtes gens, sur qui d’elle ou de moi tombera le déshonneur de toute cette affaire. »
Cette lettre vient à l’appui des détails que donne Rousseau sur la facilité de madame de Warens à prêter de l’argent comme à rendre service. Elle explique les causes du dérangement de sa fortune et du désordre de ses affaires. Toujours dupe, elle ne profitait pas des leçons quelle recevait, et recommençait le lendemain ce qu’elle avait fait la veille. Nous avons pensé que le lecteur ne verrait pas sans intérêt une lettre de madame de Warens, dans laquelle il trouverait des preuves du caractère sous lequel Rousseau l’a représentée dans ses Confessions.
1743
Lettre XXIII – À M…
Lettre XXIV – À M. Dupont
Lettre XXV – À M. le comte des Charmettes
Lettre XXVI – À M…
Lettre XXVII – À Madame la baronne de Warens
Lettre XXVIII – À Madame de Montaigu
Table de la correspondance
Lettre XXIII – À M…
Écrite à l’occasion de la critique que l’abbé Desfontaines avait faite de sa
Dissertation sur la musique moderne[471].
Février 1743.
“I saw here a gentleman and a lady, along with their family, who pretended to be printers under the name of Thibol; in the end, they decided to adopt the name Sourgel and assume the status of people of quality—I never really knew what was going on. One thing is certain: I had no proof or indication whatsoever to support their claims. They appeared in a very sad state, loaded with debts and penniless. Since I had developed some kind of relationship with the woman, who occasionally visited me and to whom I had been able to render some assistance, they came to me begging for help, asking me to lend them enough money to pay off their debts and enable them to travel to Paris. Not having the cash on hand that they needed, I borrowed it for them at considerable interest, although I set a very short deadline, since they promised to repay me as soon as they arrived in Paris. I took care of them not only without knowing them or anyone who did; I didn’t even know their real names. I am the only person who ever showed any interest in them, and I can assure you that any other attempts they might have made would have been utterly futile. I intervened on their behalf, settled their debts, helped the husband secure a way to be arrested and travel to Lyon with his son, provided shelter for the woman and her daughter in my home, allowed them to retrieve their belongings there, assigned my own property as collateral for the payment of their creditors—finally, I lent the woman and her daughter all the money they needed to make their journey with dignity, along with their family. Since then, I have been constantly harassed by their creditors until all their debts were paid in full, because I respect my commitments too much to go back on my word.”
“As for the effects these items had on me, I can refer you to the inventory. The magnificent expressions of Madame de Sourgel did not add any value to them—none more than they had when she was deliberating whether to keep them or abandon them along with her apartment, which I managed to dissuade her from doing. I hoped she could still find some use for them. Monsieur, if I were to take into account all the minor expenses I incurred for this family, the losses to my own finances, the troubles and difficulties I faced, not to mention the embarrassing situations I found myself in, it seems quite reasonable that the cost of these furniture items would be fully compensated. But such trivial details are truly beneath me. Besides, it is only fair that I should pay some price for the pleasure I derived from being able to help them.”
“Regarding these gifts, it would have been kind of Madame de Sourgel to have offered me something more substantial; since she is not accustomed to receiving such things from people I do not know, especially those who need my help as well as mine own, she would today have the pleasure of finding them along with all her furniture. It is true that she was kind enough to give me a small tobacco box, lined with lead—though I found it of very little value and rather shabby; I thought I could and even ought to accept it without any consequence. Moreover, since I make no use of tobacco at all, one could hardly accuse me of greed for accepting such a gift. It is included with the furniture. But what she forgot was a small wooden cross inlaid with mother-of-pearl, which I placed in the most prominent spot in my room, just to test the prophecy of Mademoiselle de Sourgel when she gave it to me—she said that whenever I looked at it, I would surely say, ‘This is my cross.’ Well, I doubt very much that I am short of gifts compared to Madame de Sourgel, even though she holds mine in such low regard. But it is not my place to bring these things up; my custom is to forget them once they have been given. Nor do I expect her to pay her pension with her daughter-in-law’s money—I allow her to attribute it all to friendship, although compassion certainly played its part as well.”
“Regarding that necklace of garnets, it is only right to take it back if it does not suit Madame de Sourgel; she could have used some decent and appropriate expressions in that regard. She knows very well that I never intended to impose it on her: I sold her that necklace for what it was, on exactly the same terms as it was sold to me by a lady of good character. As for me, I would never dare to offer her a compliment similar to the one Madame de Sourgel has just made.”
“Madame de Sourgel accuses me of treating her badly. Is it really wrong to wait for nearly two years to receive money that was lent on such an occasion? Did she not promise to repay it as soon as she arrived? Didn’t I repeatedly beg her, out of kindness, to pay me at least out of consideration for the difficulties into which my advances had put me? Didn’t I write her numerous letters full of sincerity and courtesy, which, by describing the true situation, should have persuaded her to pay me, rather than letting her fall behind in her obligations? What great harm have I therefore done to her? No one knows better than you, sir; surely, if any shame should fall upon either of us, it is not my place to bear it.”
“Here, sir, is what I had to say in response to the insults of that lady. All those who know me, all those who have known Mr. and Madame de Sourgel here, and even everyone in Chambéry can serve as witnesses to my claims. I am not in a hurry to gather these testimonies, for I would thereby expose myself to the mockery of those who have ridiculed my foolish credulity, as well as to the criticism of those who have condemned my imprudent behavior. Madame de Sourgel may now take whatever action she pleases, without fearing that I will go to any further lengths to respond to her insults. I believe that among honest people, it will be beyond doubt whom of us two will bear the disgrace resulting from this entire affair.”
This letter serves to corroborate the details provided by Rousseau regarding Madame de Warens’ readiness to lend money or offer assistance. It explains the reasons for the disruption of her financial affairs and the chaos in her dealings. Always deceived, she failed to learn from her mistakes and would repeat the same errors the very next day. We believe readers would find it interesting to read a letter from Madame de Warens, as it contains evidence of the character Rousseau depicted her as having in his Confessions.
1743
Letter XXIII – To M.
Letter XXIV – To Mr. Dupont
Letter XXV – To Mr. Count des Charmettes
Letter XXVI – To M.
Letter XXVII – To Baroness de Warens
Letter XXVIII – To Madame de Montaigu
Correspondence Table
Letter XXIII – To M.
Written in response to the criticism that Abbe Desfontaines had directed at it.
Thesis on Modern Music[471].
February 1743.
“Ho visto qui un signore e una signora, con la loro famiglia, che si facevano passare per stampatori, usando il nome di Thibol; in seguito decisero di assumere il nome di Sourgel e di farsi passare per persone di rango. Non ho mai saputo con certezza cosa fosse realmente vero. Quello che è certo è che non ho avuto alcuna prova o indizio a riguardo. Apparivano in condizioni molto difficili: pieni di debiti, senza un soldo. Poiché avevo stretto una sorta di rapporto con la donna, che talvolta veniva da me e a cui ero stata abbastanza fortunata da poter essere d’aiuto, si presentarono a me chiedendomi aiuto, pregandomi di concedere loro del denaro per saldare i debiti e poter recarsi a Parigi. Non avendo il denaro contante di cui avevano bisogno, lo presi in prestito, con grandi difficoltà e ad alti interessi, anche se avevo fissato un termine molto breve, poiché mi promettevano di pagarmi non appena arrivati a Parigi. Mi sono quindi impegnata per loro, senza nemmeno conoscere loro o chiunque li conoscesse; anzi, senza nemmeno essere sicura del loro vero nome. Sono l’unica persona che si sia degnata di prestar loro attenzione. E oso affermare che qualsiasi altra tentativa da parte loro sarebbe stata vana. Ho fatto di tutto per aiutarli: ho placato i loro creditori, ho permesso al marito di garantire che non sarebbe stato arrestato e di recarsi a Lione con suo figlio; ho dato rifugio alla donna e alla figlia nella mia casa, ho permesso loro di prendere i propri effetti. Ho anche messo a disposizione i miei beni per pagare i creditori. Infine, ho prestato loro tutto il denaro necessario perché potessero viaggiare onorevolmente, insieme alla loro famiglia. Da allora non ho smesso di essere assillata dai loro creditori, fino a quando tutti i debiti non sono stati saldati. Perché rispetto troppo le mie promesse per mancare alla mia parola.”
“Per quanto riguarda gli effetti che hanno avuto su di me, vi fornirò il catalogo completo. Le meravigliose espressioni della signora de Sourgel non aggiungeranno loro alcun valore in più rispetto a quello che avevano quando lei stessa decideva se abbandonarle insieme al suo mobilio. Io l’ho dissuasa dal farlo, sperando che potesse comunque trarne qualche vantaggio. Credo, signore, che se considerassi tutti i piccoli costi che ho sostenuto per questa famiglia, gli interessi del mio denaro, le difficoltà e soprattutto gli inconvenienti in cui mi sono trovata coinvolta, è molto probabile che il prezzo dei mobili venisse ampiamente compensato. Ma questi dettagli di poco conto, vi assicuro, non rientrano nella mia competenza; inoltre, è giusto che io paghi un certo prezzo per il piacere che ho avuto nell’aiutare queste persone, ”
“Per quanto riguarda i regali attuali, sarebbe stato auspicabile che madame de Sourgel mi avesse offerto qualcosa di davvero bello. Poiché non è abituata a ricevere doni da persone che non conosco, soprattutto da coloro che hanno bisogno dei miei aiuti e di me stesso, oggi avrebbe potuto goderseli insieme a tutti i suoi mobili. È vero che si è presa la briga di regalarmi una piccola scatola da tabacco, foderata di piombo. Ma mi sembrava davvero di scarso valore e molto modesta; ho pensato quindi di poterla accettare senza alcun problema. Dopotutto, non facendo uso del tabacco, nessuno avrebbe potuto accusarmi di avarizia per averla accettata. È stata inclusa tra i mobili. Ma ciò che ha dimenticato è una piccola croce di legno incastonata di madreperla. L’ho messa nel posto più visibile della mia stanza, per verificare la profezia di mademoiselle de Sourgel: lei mi aveva detto che ogni volta che l’avrei vista, avrei pensato “Ecco la mia croce”. Comunque, dubito molto di essere indietro rispetto a madame de Sourgel, anche se lei disprezza tanto i miei regali. Ma non spetta a me ricordarle queste cose. La mia abitudine è dimenticarle non appena le ho fatte. E non chiedo nemmeno che paghi la sua pensione insieme a sua nuora. Lascio che tutto venga considerato un segno di amicizia. Anche se, in realtà, c’è stata anche una certa dose di compassione.”
“Per il collare di granati, è giusto riprenderlo, se non si adatta a madame de Sourgel: avrebbe potuto utilizzare espressioni appropriate in merito; sa perfettamente che non ho cercato di imporle nulla: le ho venduto quel collare per ciò che era, e allo stesso prezzo con cui me lo aveva venduto una signora degna di stima. Di quella signora, mi guarderò bene dal fare un complimento simile a quello di madame de Sourgel.”
“Madame de Sourgel mi accusa di trattarla male. È forse trattarla male aspettare quasi due anni l’oro che mi è stato prestato in una situazione del genere? Non mi aveva forse promesso di restituirmelo non appena fosse arrivata? Non le ho forse chiesto, più volte, di pagarmi, almeno per gentilezza, considerando le difficoltà in cui le mie anticipazioni mi hanno messo? Non le ho forse scritto molte lettere piene di cordialità e cortesia, che, descrivendo la situazione con sincerità, avrebbero dovuto spingerla a restituirmi l’oro, piuttosto che farle rimanere inadempiente? Quale grave danno le ho quindi arrecato? Nessuno lo sa meglio di voi, signore; sicuramente, se dovrà esserci vergogna per una di noi due, non sarà certo a me che spetterà sopportarla.”
“Ecco, signore, ciò che avevo da rispondere alle invettive di questa signora. Tutti coloro che mi conoscono, tutti coloro che hanno conosciuto qui il signor e la signora de Sourgel, persino l’intera città di Chambéry, possono testimoniare quanto affermo. Non mi affretto ad raccogliere questi testimoni, poiché ciò potrebbe espormi al riso di coloro che hanno deriso la mia sciocca credulità, nonché ai rimproveri di coloro che hanno criticato il mio comportamento poco prudente. Ora la signora de Sourgel può fare ciò che vuole, senza temere che io mi impegni ulteriormente a rispondere alle sue offese. Credo che tra le persone oneste non possa esserci alcun dubbio su chi, di lei o di me, ricadrà la vergogna per tutta questa faccenda.”
Questa lettera conferma i dettagli forniti da Rousseau riguardo alla facilità con cui madame de Warens prestava denaro o rendeva servizi agli altri. Spiega inoltre le cause del declino della sua fortuna e del disordine nelle sue faccende finanziarie. Sempre ingannata, non traeva alcun insegnamento dalle esperienze vissute e ripeteva il giorno dopo ciò che aveva fatto il giorno prima. Abbiamo ritenuto che il lettore troverebbe interessante questa lettera, nella quale si trovano prove del carattere che Rousseau le ha attribuito nelle sue Confessioni.
1743
Lettera XXIII – A M.
Lettera XXIV – A Monsieur Dupont
Lettera XXV – A Monsignor il conte des Charmettes
Lettera XXVI – A M.
Lettera XXVII – Alla signora baronessa di Warens
Lettera XXVIII – Alla Signora de Montaigu
Tabella della corrispondenza
Lettera XXIII – A M.
Scritta in occasione della critica che l’abate Desfontaines aveva rivolto alla sua opera.
Dissertazione sulla musica moderna[471].
Febbraio 1743.
Je me disposais, monsieur, à vous envoyer un extrait de mon ouvrage ; mais j’en ai trouvé un dans les Observations sur les écrits modernes, qui me dispensera de ce soin, et auquel vos lecteurs pourront recourir. M. L. D. (l’abbé Desfontaines) dit que cet extrait est d’un de ses amis très versé dans la musique. Il est en effet écrit en homme du métier : je suis fâché seulement que l’auteur n’ait pas partout saisi ma pensée, ni même entendu mon ouvrage, d’autant plus que j’avais tâché d’y mettre toute la clarté dont mon sujet était susceptible. L’observateur dit, par exemple, que dans mon système les notes changent de nom selon les occasions : il me le fait dire à moi-même : cependant rien n’est moins vrai, puisque les mêmes notes y portent toujours et invariablement les mêmes noms : I est toujours ut, 2 toujours ré, etc. Il a encore mal entendu les changements de ton ; et faute d’avoir consulté les exemples que j’ai mis dans mon ouvrage, il a confondu la première note du chant qui suit le changement de ton, avec la première note du ton. Du reste, excepté quelques autres erreurs plus légères, je n’ai rien à reprendre dans cet extrait. Il serait à souhaiter que les réflexions que l’observateur y a ajoutées allassent un peu mieux au fait. Peu importe à mon système qu’Arétin ait le premier exprimé les sons de l’octave par les syllabes usitées : je veux, sur la foi de Denys d’Halicarnasse, qu’on fasse honneur aux anciens Égyptiens de cette invention, et même, s’il le faut, de l’Hymne de Saint-Jean, d’où ces syllabes sont tirées. Je consens, si tel est le bon plaisir de l’observateur, qu’on jette au feu toutes les traductions, excepté peut-être celle de M. l’abbé son ami ; que nos chiffres ne soient que des lettres grecques corrompues ; mais enfin je ne vois pas ce que font toutes ces remarques au système que j’ai proposé. Une dame d’esprit peut, même sans être grande musicienne, dire en badinant que si je change en chiffres les notes de la musique, peut-être substituerai-je en revanche des notes aux chiffres de l’accompagnement ; mais le bon mot, tout joli qu’il est, n’a pas, je pense, assez de solidité pour engager un journaliste à le citer à propos de rien. Quoi qu’il en soit, je déclare à l’observateur que je ne prétends point me brouiller avec les dames, et que je passe condamnation dès à présent sur tout ce qu’elles blâmeront.
À l’égard des incorrections de mon langage, j’en tombe d’accord aisément. Un Suisse n’aurait pas, je crois, trop bonne grâce à faire le puriste ; et M. Desfontaines, qui n’ignore pas ma patrie, aurait pu engager monsieur son ami à avoir sur ce point quelque indulgence pour moi en qualité d’étranger. L’académie même des sciences en a donné l’exemple, et on n’a pas dédaigné de m’y faire compliment sur mon style. Je sais cependant comment je dois recevoir des éloges dont on honore plutôt mon zèle que mes talents, et je suis réellement obligé à l’observateur d’avoir peint aux yeux, par quelques caractères italiques[472], le ridicule d’une période dont je ne puis moi-même soutenir la lecture depuis ce temps-là. Je ne crois pas qu’il m’arrive jamais d’en écrire une seconde de semblable construction, et tel est l’usage que je prétends faire de mes fautes, toutes les fois qu’on voudra bien m’en faire apercevoir[473].
Je ne crois point, au reste, que ce mot d’académie réveille la critique de l’observateur, et je suis persuadé que le trait qu’il a ajouté, après une réflexion assez naturelle de ma part, n’est qu’un pur badinage, qu’il sent bien lui-même n’avoir pas de sens. Pour se convaincre qu’il faut souvent parler au public autrement qu’à une académie, il n’a qu’à demander en conscience à M, Desfontaines, s’il ne ferait pas quelques changements à ses écrits, au cas qu’il n’eût que des académiciens pour lecteurs.
La reconnaissance ne me permet point de finir cette lettre sans remercier l’observateur des éloges dont il m’honore. Je les crois sincères sans me flatter de les mériter ; car si d’un côté il les accompagne d’adoucissements propres à les rendre moins suspects, de l’autre il passe sous silence plusieurs défauts non moins importants que ceux qu’il a relevés. En citant, par exemple, le passage de Lucrèce que j’ai mis en tête de mon livre, il copie la faute que j’ai faite par inattention, en écrivant le mot animus au lieu du mot sensus, dont ce poète s’est servi[474]. Or, comme on ne saurait soupçonner un observateur aussi attentif sur les fautes, de n’avoir-point aperçu celle-là, il est bien évident que ce n’est que par indulgence qu’il ne l’a point marquée, ne voulant pas, sans doute, me dégrader tout-à-fait de la qualité d’homme de lettres, dont il me favorise en partie. Ce qui me paraît étrange, c’est qu’il explique cette épigraphe dans un sens auquel, dit-il, je n’ai pas pensé, et auquel néanmoins j’ai si bien pensé, qu’il me paraît le seul raisonnable qu’on puisse lui donner dans la place où il est.
Rousseau.
Observation
Cette lettre nous a été communiquée par M. Barbier. Elle n’a jamais fait partie d’aucune édition des Oeuvres de J. J. ni de sa Correspondance, et ne se trouvait que dans le recueil connu sous le titre de Journal de Verdun[475]. Outre la période que nous avons rapportée en note, et dont Rousseau ne pouvait plus soutenir la lecture, l’abbé Desfontaines fait encore remarquer cette phrase, il est démonstratif que, dès qu’on aura inventé des signes, etc., qui peut servir d’objet de comparaison et de point de départ au moyen duquel il est possible de mesurer la distance qui sépare l’auteur de la Dissertation sur la musique moderne, de celui d’Émile.
Lettre XXIV – À M. Dupont
SECRÉTAIRE DE M. JONVILLE, ENVOYÉ EXTRAORDINAIRE DE FRANCE À GÈNES[476].
[477]
Venise, le 25 juillet 1743.
Je commence ma lettre, mon cher confrère, par les instructions que vous me demandez dans la vôtre du 18, de la part de monsieur l’envoyé ; après quoi, nous aurons ensemble quelque petite explication sur les hussards du prince de Lobkowitz, et sur ce bon curé de Foligno, dont vous parlez avec une irrévérence qui sent extrêmement le fagot.
Les ambassadeurs ont deux voies de négociation avec le gouvernement. La première, et la plus commune, est celle des mémoires, et celle-là plaît fort au Sénat ; car, outre qu’il évite par là les liaisons particulières entre les ambassadeurs et certains membres de l’état, il y trouve encore l’avantage de mieux préparer ce qu’il veut dire, et de s’engager, par la tournure équivoque et vague de ses réponses, beaucoup moins qu’il n’est forcé de faire dans des conférences où l’ambassadeur est plus le maître d’aller au degré de clarté dont il a besoin.
Mais comme cette manière de traiter par écrit est sujette à bien des inconvénients, soit par les longueurs qui en sont inséparables, soit par la difficulté du secret, plus grand dans un corps composé de plusieurs têtes ; quand les ambassadeurs sont chargés par leurs principaux de quelque négociation particulière, et d’une certaine importance auprès de la république, on leur nomme, à leur réquisition, un sénateur pour conférer tête à tête avec eux ; et ce sénateur est toujours un homme qui a passé par des ambassades, un procurateur de Saint-Marc, un chevalier de l’Étoile d’or, un sage grand, en un mot, une des premières têtes de l’état par le rang et par le génie.
Il y a des exemples, et même assez récents, que la république a refusé des conférents aux ambassadeurs de princes dont elle n’était pas contente, ou dont elle ne croyait pas les négociations de nature à en mériter. C’est pourtant ce qui n’arrive guère, parce que, suivant une maxime générale, même à Venise, on ne risque rien à écouter les propositions d’autrui.
Sir, I was about to send you an excerpt from my work; but I have found one in the “Observations on Modern Writings” that will obviate this need, and which your readers can refer to. Mr. L. D. (Abbe Desfontaines) states that this excerpt is written by one of his friends who is highly knowledgeable in music. Indeed, it is written by a professional; my only regret is that the author did not fully grasp my intentions or even understand my work, especially since I had tried to present my ideas as clearly as possible. For example, the observer says that in my system the names of the notes change depending on the context—I would say that this is simply not true, since the same notes always bear the same names: I is always ut, 2 is always ré, and so on. He also misinterpreted the changes in tone; and without referring to the examples I provided in my work, he confused the first note of a new tone with the starting note of that tone itself. Apart from a few other minor errors, I have nothing to object to in this excerpt. It would be desirable if the observations added by the observer were more relevant to the subject matter. It matters little to my system whether Arétin was the first to express the sounds of an octave using certain syllables; I want to honor the ancient Egyptians for this invention, and even, if necessary, the Hymn of Saint John from which these syllables derive. If that is the observer’s wish, I am willing to dismiss all translations except perhaps that of his friend, the abbe; I am also willing to accept that our numerical system is merely a corrupted form of Greek letters. But ultimately, I see no relevance of these remarks to the system I have proposed. A clever woman might jokingly say that if I convert musical notes into numbers, I might also replace the numerical symbols in accompaniment with actual musical notes; but such a remark, as lovely as it is, does not possess enough substance to persuade a journalist to quote it on any serious matter. In any case, I declare to the observer that I have no intention of offending ladies in any way, and that I accept in advance whatever they may criticize.
Regarding the inaccuracies in my language, I readily acknowledge them. I believe that a Swiss would not be particularly well-received if he were to insist on being a purist; and Mr. Desfontaines, who is certainly aware of my country, could have advised his friend to show some indulgence towards me as a foreigner. Even the Academy of Sciences has set an example in this regard, and people have not failed to compliment me on my style. However, I am well aware that such praise often honors more my zeal than my actual talents. I am truly grateful to the observer who took the trouble to highlight, through the use of italics[472], the absurdity of a style that I myself can no longer bear to read since that time. I do not believe I will ever write another passage structured in such a manner; and this is precisely how I intend to handle my mistakes—whenever someone is kind enough to point them out to me[473].
Moreover, I do not believe that the term “academy” arouses any critical thinking in the observer; I am convinced that the addition he made, after what was essentially a natural reflection on my part, is merely a frivolous remark that he himself realizes to be meaningless. To prove that one often has to address the public differently than an academic audience, he need only honestly ask M. Desfontaines whether he would not make some adjustments to his writings, in the event that his only readers were academics.
The recognition given to me does not allow me to conclude this letter without expressing my gratitude to the observer for the compliments he has honored me with. I believe them to be sincere, without presuming that I deserve them; for while on one hand he accompanies them with remarks intended to make them less suspect, on the other hand he remains silent about several defects just as important as those he has pointed out. For instance, in citing the passage from Lucretius that I have placed at the beginning of my book, he repeats the mistake I made through carelessness—writing “animus” instead of “sensus,” the term used by that poet[474]. Now, since one would never suspect such a meticulous observer to have failed to notice such a mistake, it is clear that he refrained from mentioning it out of indulgence, probably not wishing to diminish in any way my status as a man of letters, which he has partially favored me with. What strikes me as strange is that he interprets this epigraph in a way that, according to him, I had not considered; yet I had indeed thought of it precisely in that manner, and it seems to me to be the only reasonable explanation one could give for its placement where it is.
Rousseau.
Observation
This letter was brought to our attention by Mr. Barbier. It was never included in any edition of J.-J. Rousseau’s Works or Correspondence, and was only found in the collection known as Journal de Verdun [475]. In addition to the passage that we mentioned in the footnote—which Rousseau could no longer read himself—Abbe Desfontaines also draws attention to this phrase. It is clear that once symbols or means of comparison are invented, it becomes possible to measure the distance that separates the author of Dissertation sur la musique moderne from the author of Émile.
Letter XXIV – To Mr. Dupont
SECRETARY TO MR. JONVILLE, FRANCE’S SPECIAL ENVOY TO GENOA[476].
[477]
Venice, July 25, 1743.
I begin my letter, my dear colleague, with the instructions that you requested in your letter dated the 18th, which were given to me by Mr. the Envoy; thereafter, we shall have some brief discussion regarding the hussars of Prince Lobkowitz, as well as that good priest from Foligno—about whom you speak with such irreverence that it smacks strongly of contempt.
Ambassadors have two avenues for negotiation with the government. The first and most common one is through memorials, which are particularly favored by the Senate; for, in addition to avoiding any direct personal connections between the ambassador and certain members of the government, such memorials also allow for more careful preparation of the arguments to be presented. Moreover, the ambiguous and vague nature of these responses enables the ambassador to limit their commitment considerably, as opposed to situations where they would be forced to speak with greater clarity during formal conferences.
However, since this method of conducting negotiations in writing entails numerous disadvantages—either due to the inevitable lengthiness of such communications or because of the greater difficulty in maintaining secrecy, especially when dealing with a body composed of multiple individuals—when ambassadors are entrusted by their superiors with particularly important negotiations on behalf of their republic, a senator is appointed at their request to meet with them in private. This senator is always someone who has previously held diplomatic posts: either a procurator of Saint Mark, a knight of the Golden Star, or a distinguished sage—in short, one of the foremost figures of the state, both in rank and ability.
There are examples, even quite recent ones, where the republic refused to grant conferences to the ambassadors of princes whom it was not pleased with, or whose negotiations it did not believe would be worthy of such attention. Yet this is something that rarely happens, because, according to a general rule, even in Venice, there is no harm in listening to what others have to propose.
Signore, stavo per inviarvi un estratto del mio lavoro; tuttavia ho trovato uno simile nelle “Osservazioni sugli scritti moderni”, il quale mi risparmierà questa incombenza e al quale i vostri lettori potranno fare riferimento. Il signor L. D. (l’abate Desfontaines) afferma che questo estratto proviene da uno dei suoi amici molto versato in musica. Infatti, è scritto da un esperto del settore; mi dispiace soltanto che l’autore non abbia sempre compreso il mio pensiero, né nemmeno letto attentamente il mio lavoro, soprattutto considerando che avevo cercato di esprimerlo con la massima chiarezza possibile. Ad esempio, l’osservatore sostiene che nel mio sistema le note cambino nome a seconda delle circostanze; ma questo è assolutamente falso, poiché le stesse note portano sempre gli stessi nomi: il I rimane sempre ut, il 2 sempre ré, e così via. Ha anche frainteso i cambiamenti di tono; inoltre, non avendo consultato gli esempi che ho fornito nel mio lavoro, ha confuso la prima nota del canto che segue un cambio di tono con la prima nota dello stesso tono. A parte queste e altre piccole errori, non ho nulla da obiettare a questo estratto. Spererei soltanto che le riflessioni aggiunte dall’osservatore fossero più pertinenti al tema trattato. Non importa affatto che Arretino sia stato il primo ad esprimere i suoni dell’ottava attraverso le sillabe comunemente usate: io, sulla base delle affermazioni di Denys di Alicarnasso, desidero riconoscere agli antichi Egizi l’invenzione dei suoni musicali; anzi, se necessario, anche all’Inno di San Giovanni da cui queste sillabe derivano. Se tale è il desiderio dell’osservatore, sono disposto ad accettare che tutte le traduzioni esistenti vengano bruciate, tranne forse quella del suo amico l’abate; che i nostri simboli musicali siano semplicemente lettere greche alterate. Ma in definitiva, non vedo quale rapporto abbiano tutte queste osservazioni con il sistema che ho proposto. Una donna di spirito potrebbe, anche senza essere una grande musicista, dire scherzando che se sostituisco le note musicali con dei simboli, forse in cambio aggiungerò delle vere note ai simboli utilizzati per l’accompagnamento. Ma un bel detto, per quanto piacevole, non ha certo la solidità necessaria per convincere un giornalista a citarlo su qualsiasi argomento. Comunque sia, dichiaro all’osservatore che non intendo assolutamente scontrarmi con le donne, e che accetto in anticipo ogni loro critica.
Per quanto riguarda le imprecisioni del mio linguaggio, sono facilmente d’accordo nel riconoscerle. Credo che un svizzero non avrebbe certo l’aria di chi si comporta da purista; inoltre, il signor Desfontaines, che conosce bene la mia patria, avrebbe potuto chiedere al suo amico di mostrarmi qualche indulgenza su questo punto, considerandomi un straniero. Anche l’Accademia delle Scienze ha dato l’esempio in questo senso, e non si è certo astenuti dal complimentarmi per lo stile del mio scritto. Tuttavia, so bene come devo ricevere questi elogi: onorano piuttosto il mio zelo che i miei talenti. E sono davvero grato a colui che, con l’uso di caratteri in grassetto[472], ha evidenziato l’assurdità di quel periodo di scrittura; da allora non ho più osato riprodurlo. Non credo che mi capiterà mai più di scrivere qualcosa di simile. Ed è proprio così che intendo utilizzare le mie “errori”, ogni volta che qualcuno vorrà gentilmente farmele notare[473].
Inoltre, non credo affatto che la parola “accademia” susciti la critica dell’osservatore; sono convinto che quella nota aggiunta da lui, dopo una riflessione del tutto naturale da parte mia, sia soltanto un puro scherzo, di cui egli stesso sa bene che non ha alcun senso. Per convincersi che spesso bisogna parlare al pubblico in modo diverso rispetto a come si farebbe in un’Accademia, basta chiedere onestamente a M. Desfontaines se non apporterebbe qualche modifica ai suoi scritti, nel caso in cui i suoi lettori fossero soltanto accademici.
La gratitudine mi impone di concludere questa lettera ringraziando l’osservatore per gli elogi che mi onora con essi. Li ritengo sinceri, senza illudermi di meritarli; infatti, se da un lato questi elogi sono accompagnati da commenti volti a renderli meno sospetti, dall’altro vengono taciuti diversi difetti altrettanto importanti di quelli che ha evidenziato. Ad esempio, citando il passaggio di Lucrezio che ho inserito all’inizio del mio libro, egli riproduce l’errore commesso per distrazione: ha scritto “animus” al posto di “sensus”, termine utilizzato da quel poeta[474]. Ora, poiché non si potrebbe mai sospettare che un osservatore così attento ai errori non abbia notato questo errore, è evidente che lo ha ignorato per indulgenza, probabilmente per non degradarmi completamente nella considerazione di letterato, qualità di cui mi fa parte. Quello che mi sembra strano è che spieghi questo passaggio in un senso che, a suo dire, non avevo preso in considerazione; tuttavia, quel senso mi pare proprio il più logico che si possa attribuire al testo in questione.
Rousseau.
Osservazione.
Questa lettera ci è stata comunicata da Monsieur Barbier. Non ha mai fatto parte di alcuna edizione delle Opere o della Corrispondenza di J.-J. Rousseau, e si trovava soltanto nel raccolto conosciuto con il titolo di “Journal de Verdun”[475]. Oltre al periodo che abbiamo riportato nella nota, e del quale Rousseau non poteva più leggere i contenuti, l’abate Desfontaines sottolinea ancora questa frase: è evidente che, non appena verranno inventati segni o mezzi utilizzabili come oggetto di confronto e punto di partenza per misurare la distanza che separa l’autore della “Dissertazione sulla musica moderna” da quello di “Émile”, tali strumenti potranno fornire nuove informazioni su questo argomento.
Lettera XXIV – A Monsieur Dupont
Segretario di Monsieur Jonville, inviato straordinario di Francia a Genova[476].
[477]
Venezia, 25 luglio 1743.
Inizio la mia lettera, caro confratello, con le istruzioni che mi avete chiesto nella vostra del 18, provenienti dal signor inviato; in seguito, avremo una breve discussione sui cosacchi del principe di Lobkowitz e su quel buon curato di Foligno, di cui parlate con un’irriverenza che puzza decisamente di rogo.
Gli ambasciatori dispongono di due strade per negoziare con il governo. La prima, e la più comune, è quella dei memorandum; questa metodo piace molto al Senato, poiché permette, da un lato, di evitare legami particolari tra gli ambasciatori e alcuni membri dello stato, e dall’altro offre il vantaggio di poter preparare meglio ciò che si intende dire, e di potersi impegnare in risposte vaghe ed equivoci, molto meno di quanto ci si troverebbe costretti a fare durante delle conferenze in cui l’ambasciatore non avrebbe il controllo completo sul grado di chiarezza delle proprie dichiarazioni.
Ma poiché questo modo di trattare per iscritto presenta molti svantaggi, sia a causa delle lunghezza dei messaggi che ne derivano inevitabilmente, sia a causa della difficoltà di mantenere il segreto, soprattutto in un organo composto da più persone; quando gli ambasciatori vengono incaricati dai loro sovrani di svolgere negoziazioni particolari e di rilevanza per la repubblica, su loro richiesta viene nominato un senatore per consultarsi con loro in privato; e questo senatore è sempre una persona che ha ricoperto incarichi diplomatici, un procuratore di San Marco, un cavaliere dell’Ordine della Stella d’Oro, insomma, una delle figure più importanti dello stato, sia per rango che per intelligenza.
Ci sono esempi, e anzi piuttosto recenti, in cui la repubblica ha rifiutato di ricevere ambasciatori di principi di cui non era soddisfatta, o le cui negoziazioni non riteneva degne di attenzione. Tuttavia, questo accade molto raramente, perché, secondo un principio generale, anche a Venezia non c’è alcun rischio nel ascoltare le proposte altrui.
Quand le confèrent est nommé j il en fait donner avis à l’ambassadeur, en y joignant un compliment, et lui propose en même temps un couvent ou autre lieu neutre, pour leurs entrevues. En indiquant le lieu, les conférents ont pour l’ordinaire beaucoup d’attention à la commodité des ambassadeurs. Ainsi, par exemple, le rendez-vous de M. le comte de Montaigu est presque à la porte de son palais, quoiqu’il ait eu là-dessus des disputes de politesse avec son confèrent, qui en est à plus d’une lieue, et qui n’en a voulu jamais établir un autre, où le chemin fût mieux partagé. Les meubles et le feu en hiver sont fournis aux dépens de la république ; et je pense qu’il en est de même des rafraîchissements, que l’honnêteté du confèrent ne néglige pas dans l’occasion. À l’égard du temps des séances, celui des deux qui a quelque chose à communiquer à l’autre lui envoie proposer la conférence par un secrétaire ou par un gentilhomme ; et cela forme encore une dispute de civilité, chacun voulant laisser à l’autre le choix de l’heure ; sur quoi je me souviens qu’étant un jour allé au Sénat pour appointer la conférence, je fus obligé de prendre sur moi de marquer l’heure au confèrent, M. l’ambassadeur m’ayant chargé de prendre la sienne, et lui n’ayant jamais voulu la donner. Le confèrent arrive ordinairement le premier, parce que, le logement appartenant à la république, il est convenable qu’il en fasse les honneurs. Voilà, mon cher, tout ce que j’ai à vous dire sur cette matière. À présent que nous avons mis en règle les chicanes des potentats, reprenons les nôtres, etc.
Observation
Il paraît, d’après les détails que donne Rousseau, que M. de Jonville avait quelque envie de l’ambassade de Venise. Mais elle était toujours destinée à un homme de qualité. Nous ignorons pourquoi les premiers éditeurs n’ont point inséré cette lettre tout entière ; elle est remarquable, et par le style, bien supérieur à celui des précédentes, et parce qu’elle fait voir que Rousseau s’occupait de ses fonctions.
Lettre XXVI – À M…
… 1743.
Monsieur,
Il faut convenir que vous avez bien du talent pour obliger d’une manière à doubler le prix des services que vous rendez ; je m’étais véritablement attendu à une réponse polie et spirituelle, autant qu’il se peut ; mais j’ai trouvé dans la vôtre des choses qui sont pour moi d’un tout autre mérite : des sentiments d’affection, de bonté, d’épanchement, si j’ose ainsi parler, que la sincérité et la voix du coeur caractérisent. Le mien n’est pas muet pour tout cela ; mais il voudrait trouver des termes énergiques à son gré, qui, sans blesser le respect, pussent exprimer assez bien l’amitié. Nulles des expressions qui se présentent ne me satisfont sur cet article. Je n’ai pas comme vous l’heureux talent d’allier dignement le langage de la plume avec celui du coeur ; mais, monsieur, continuez de me parler quelquefois sur ce ton-là, et vous verrez que je profiterai de vos leçons[480].
J’ai choisi les livres dont La liste est ci-jointe. Quant au Dictionnaire de Bayle, je le trouve cher excessivement. Je ne vous cacherai point que j’ai une extrême passion de l’avoir ; mais je ne comptais point qu’il revînt à plus de soixante livres. Si celui dont vous me parlez, qui a des ratures en marge, n’excède pas de beaucoup ce prix, je m’en accommoderai. En ce cas, monsieur, j’aurais peine à obtenir la permission de l’introduire. Vous pourriez, si vous le jugez à propos, vous servir de M***, qui le peut, et le voudrait sans doute, quand vous l’en prieriez. Je crois qu’il me conviendrait moins d’en faire la proposition. Je n’ai pas l’honneur d’être assez connu de lui pour cela. Je laisse tout à votre judicieuse conduite.
C’est l’édition in-4° de Cicéron que je cherche ; vous devez l’avoir : si vous ne l’avez pas, j’attendrai. Je croyais aussi que la Géométrie de Manesson Mallet était in-4°. Si vous l’avez en cette forme, je la prendrai ; sinon je m’en passerai encore quelque temps, n’ayant d’ailleurs pas encore les instruments nécessaires, et vous m’enverrez à la place les Récréations mathématiques d’Ozanam.
Vous savez qu’il nous manque le neuvième tome de l’Histoire ancienne, et le dernier de Cleveland, c’est-à-dire celui qui a été ajouté d’une autre main. Nous n’avons aussi que les vingt premières parties de Marianne[481]. Vous joindrez, s’il vous plaît, tout cela à votre envoi, afin que nos livres ne restent pas imparfaits.
Hoffmanni Lexicon.
Newton Arithmetica.
Ciceronis opéra omnia.
Usserii Annales.
Géométrie pratique de Manesson Mallet.
Eléments de mathématiques du P. Lami.
Dictionnaire de Bayle.
Si vous jugez que les Oeuvres de Despréaux, de l’édition in-4°, puissent passer sur tout cela, vous aurez la bonté de les y joindre.
Vous m’enverrez, s’il vous plaît, le tout, le plus tôt qu’il sera possible, et je ferai mon billet à M. Conti, de la somme, suivant l’avis que vous lui en donnerez ou à moi.
Observation
Dans toutes les dernières éditions, cette lettre est tronquée et finit avec le premier paragraphe. J’ai fait la même omission dans celle de madame Perronau. Je la répare avec le secours de l’édition de Genève, d’après laquelle je rétablis cette lettre dans son entier ; j’ignore et la véritable date et le nom de la personne à qui elle est adressée. D’après la revue des études et des lectures de Rousseau, revue que j’ai faite dans son histoire, l’indication des Récréations mathématiques d’Ozanam, et des Eléments du P. Lami, ainsi que le style de cette lettre, me feraient présumer qu’elle fut écrite des Charmettes. Mais cette conjecture est contrariée par la Pie de Marianne que réclame Rousseau. Marivaux publia ce roman par parties depuis 1734 jusqu’en 1742. Il en parut douze, et jamais l’auteur ne l’acheva. Si Jean-Jacques en possédait douze parties, il ne put écrire cette lettre que postérieurement à l’année 1742-S’il n’en avait que deux, il a pu l’écrire avant cette époque. Dans le doute nous la laissons à la date qu’elle avait dans les éditions précédentes.
Lettre XXVIII – À Madame de Montaigu
Venise, 23 novembre 1743.
Madame,
Je craindrais que votre excellence n’eût lieu de m’accuser d’avoir oublié ses ordres, si je différais plus longtemps d’avoir l’honneur de lui écrire, quoique l’exactitude de M. l’ambassadeur ne me donne pas lieu de rien suppléer pour lui ; sa santé est telle qu’il n’y en a que la continuation à désirer. S. Ex. prend le sel de Glauber, dont elle se trouve fort bien : elle vit toujours fort liée avec M. l’ambassadeur d’Espagne : et moi, pour imiter son goût autant que mon état le permet, je me suis pris d’amitié si intimement avec le secrétaire, que nous sommes inséparables[482] : de façon qu’on ne voit rien à Venise de si uni que les deux maisons de France et d’Espagne. J’ai un peu dérangé ma philosophie pour me mettre comme les autres ; de sorte que je cours la place et les spectacles en masque et en bahute, tout aussi fièrement que si j’avais passé toute ma vie dans cet équipage ; je m’aperçois que je fais à V. Ex. des détails qui l’intéressent fort peu ; je voudrais, madame, pouvoir vous en faire d’assez séduisants de ce pays, pour vous engager à hâter votre voyage, et à satisfaire en cela les voeux de toute votre maison de Venise, à la tête de laquelle j’ose me compter encore plus par l’empressement et le zèle, que par le rang.
J’envoie à un ami un mémoire assez considérable de plusieurs empiètes à faire à Paris, pour moi et pour mes amis de Venise. S. Ex. m’a promis, madame, de vous prier de vouloir bien recevoir le tout, et l’envoyer sur le même vaisseau et sous les mêmes passeports que votre équipage ; votre excellence aura aussi la bonté, je l’en supplie, de satisfaire au montant du mémoire qui lui sera remis avec la marchandise, conformément à ce que lui en marquera M. l’ambassadeur.
S. Ex. vous prie, madame, de vouloir bien lui envoyer, par le premier courrier, une demi-douzaine de colombats proprement reliés, pour faire des présents ; j’ai calculé qu’en les expédiant tout de suite, ils arriveront justement ici le pénultième jour de l’année. Pour l’Almanach royal, je ne serais pas d’avis que votre excellence l’envoyât par la poste, à cause de sa grosseur ; mais qu’elle prit la peine de l’envoyer à Lyon par la diligence, à quelqu’un qui l’expédierait à Marseille, et de là à Gênes, à M. Dupont, chargé des affaires de France, qui nous le ferait parvenir facilement. J’ai l’honneur d’être avec le plus profond respect, de votre excellence, le très humble, etc.
Observation
Cette lettre, imprimée pour la première fois dans l’Histoire de J.J. Rousseau (tome II), nous fut remise par M. Mourette, chef du bureau des archives au ministère de l’intérieur.
When the person engaged in these discussions is named, they inform the ambassador thereof, accompanied by a compliment, and at the same time suggest to the ambassador a convent or some other neutral place for their meetings. In indicating the location, those conducting the discussions usually pay great attention to the convenience of the ambassador. For example, the meeting place for Mr. Count de Montaigu is almost right at the entrance to his palace, although he had some polite disagreements with his counterpart regarding this matter—whose residence was more than a mile away—and who never agreed to choose another location where the journey would be more convenient for both parties. In winter, the furniture and heating are provided at the expense of the republic; I believe the same applies to refreshments, which the integrity of those conducting the discussions does not neglect when appropriate. As for the time of the meetings, the person who has something to communicate to the other sends a secretary or a gentleman to propose the meeting time; and this often gives rise to further polite disagreements, as each party wants to allow the other to choose the hour. I remember once going to the Senate to arrange a meeting time; I was forced to decide on it myself, since the ambassador had never been willing to provide one. The person conducting the discussions usually arrives first, because since the accommodation belongs to the republic, it is appropriate that they be the first to use it. Well, my dear friend, this is all I have to tell you on this subject. Now that we have settled the various petty disputes of these powerful individuals, let us return to our own matters, etc.
Observation
It seems, from the details provided by Rousseau, that Mr. de Jonville had some interest in the post of ambassador to Venice. However, it was always intended for a person of high standing. We do not know why the first publishers did not include this letter in its entirety; it is noteworthy, both for its style—which is significantly superior to that of the previous letters—and because it shows that Rousseau was indeed engaged in fulfilling his duties.
Letter XXVI – To M.
… 1743.
Sir,
It must be admitted that you truly have a remarkable talent for somehow managing to double the price of the services you provide; I had genuinely expected a polite and witty response, as much as such is possible; yet what I found in yours were sentiments of affection, kindness, and openness—let me say so—if only they were expressed with greater sincerity and from the true voice of the heart. My own heart is not silent on these matters; but it seeks words that are forceful enough to convey my friendship without compromising respect. None of the expressions that come to mind satisfy me in this regard. I do not, like you, possess the fortunate ability to combine the language of the pen with that of the heart in a dignified manner; but, sir, if you would continue to speak to me in this tone from time to time, I am certain I would learn much from your lessons[480].
I have chosen the books listed below. As for Bayle’s Dictionary, I find it excessively expensive. I will not hide from you that I have a great desire to possess it; but I did not expect it to cost more than sixty pounds. If the one you are referring to, which has marginal corrections, does not exceed this price much, then I would be willing to accept it. In that case, sir, I might have difficulty obtaining permission to include it. You could, if you deem it appropriate, make use of M***, who is able and would certainly be willing to do so if you asked him. I believe it would be less suitable for me to propose it myself; I do not have the honor of being known to him well enough for that. I leave everything to your judicious discretion.
It is Cicero’s edition in quarto format that I am looking for; you must have it. If not, I will wait. I also thought that Manesson Mallet’s “Geometrie” was available in quarto format. If you have it in this form, I will take it; otherwise, I will do without it for some time yet, since I don’t yet possess the necessary instruments. In that case, please send me Ozanam’s “Mathematical Recreations” instead.
You know that we are missing the ninth volume of Histoire ancienne, as well as the last volume by Cleveland, which was added at a later stage. We also only have the first twenty parts of Marianne[481]. Please include all these in your shipment so that our books do not remain incomplete.
Hoffmanni Lexicon.
Newton’s Arithmetica.
All of Cicero’s works.
Usserii Annales.
“Practical Geometry” by Manesson Mallet.
Mathematical elements by P. Lami.
Bayle’s Dictionary.
If you believe that Despréaux’ works, in their quarto edition, can overlook all of this, then please have the kindness to include them.
Please send me the entire amount as soon as possible, and I will then issue a check to Mr. Conti for the corresponding sum, based on the instructions you give him or those you provide to me.
Observation
In all recent editions, this letter has been truncated and ends with the first paragraph alone. I made the same omission in Madame Perronau’s edition. I am correcting it now by referring to the Geneva edition, which restores the letter in its entirety. I neither know the true date nor the name of the person to whom it was addressed. Based on the review of Rousseau’s works and readings that I conducted for his biography, as well as references to Ozanam’s “Mathematical Recreations” and Father Lami’s “Elements,” and considering the style of this letter, I would infer that it was written while Rousseau was at the Charmettes. However, this conjecture is contradicted by the reference to “Marianne’s Piety” in Rousseau’s writings. Marivaux published this novel in installments from 1734 to 1742; a total of twelve parts were published, but the author never completed it. If Jean-Jacques possessed all twelve parts, he could have written this letter only after 1742; if he had only two parts, he might have written it before that time. In doubt, we shall retain the date it carried in previous editions.
Letter XXVIII – To Madame de Montaigu
Venice, November 23, 1743.
Madam,
I fear that Your Excellency might have reason to accuse me of forgetting your orders if I were to delay writing to you any longer; however, the accuracy of the information provided by His Excellency the Ambassador does not warrant any additional details on his behalf—his health is in such good condition that only continued improvement is desired. Your Excellency makes use of Glauber’s salt, which benefits her greatly; she maintains a very close relationship with His Excellency the Ambassador of Spain, and I, in order to follow her tastes as much as my circumstances permit, have formed such a close friendship with his secretary that we are inseparable[482]. In Venice, there is nothing more closely united than the houses of France and Spain. I have somewhat altered my usual habits to conform to those around me; I go to the markets and watch performances in disguise, just as proudly as if I had spent my entire life in such attire. However, I realize that some of the details I relate may hold little interest for Your Excellency. Madam, I would wish to be able to tell you things about this country that are truly enticing, in order to persuade you to hasten your journey and thus fulfill the wishes of your entire family in Venice—of which I dare consider myself a member, not so much because of my rank, but rather because of my eagerness and dedication.
I am sending a rather lengthy list of items to be purchased in Paris for myself and my friends from Venice to a friend of mine. Madame, S. Ex. has promised me that he would ask you to kindly accept all these items and send them on the same ship and using the same passports as your crew; I also earnestly request that you take the trouble to ensure that the amount specified in this list is paid, along with the goods themselves, in accordance with the instructions provided by Mr. the Ambassador.
For example, madam, I would be grateful if you would kindly send him, by the first mail, a half-dozen properly bound copies of the “Colombat” for use as gifts; I have calculated that if they are sent immediately, they will arrive here on the penultimate day of the year. As for the Royal Almanach, I would not recommend that your excellence send it by post due to its size; it would be better if you took the trouble to send it via diligence to Lyon, where someone could then forward it to Marseille and from there to Genoa, to Mr. Dupont, who is in charge of French affairs, and he would ensure it reached us without any problems. I have the honor to remain, with the deepest respect, your most humble servant, etc.
Observation
This letter, which was first published in The History of J.J. Rousseau (Volume II), was provided to us by Mr. Mourette, head of the archives department at the Ministry of the Interior.
Quando i negoziatori vengono designati, ne comunicano l’informazione all’ambasciatore, accompagnandola con un complimento, e gli propongono al contempo un convento o altro luogo neutro per le loro riunioni. Indicando il luogo, i negoziatori prestano solitamente molta attenzione alla comodità degli ambasciatori. Ad esempio, l’appuntamento del conte di Montaigu si trova quasi alle porte del suo palazzo, nonostante ci siano state discussioni di cortesia al riguardo con il suo negoziatore, che abitava a più di una lega di distanza e si rifiutava sempre di fissare un altro luogo dove il percorso fosse più agevole. Gli arredi e il riscaldamento in inverno sono forniti a spese della repubblica; credo che lo stesso valga per i rinfreschi, che il negoziatore onesto non trascura mai quando necessario. Per quanto riguarda l’orario delle riunioni, colui dei due che ha qualcosa da comunicare all’altro invia un segretario o un gentiluomo a proporre l’ora dell’incontro; e questo costituisce ancora oggetto di discussioni di cortesia, poiché ciascuno vuole lasciare all’altro la scelta dell’orario. Ricordo che una volta, andato al Senato per fissare un appuntamento, fui costretto a decidere io stesso l’ora, poiché l’ambasciatore non voleva mai fornirla. Il negoziatore arriva solitamente per primo, poiché l’alloggio appartiene alla repubblica e è giusto che sia lui ad occuparsene con dignità. Ecco, caro amico, tutto ciò che ho da dirvi su questo argomento. Ora che abbiamo regolamentato le “piccole dispute” dei potenti, torniamo alle nostre.
Osservazione.
Sembra, secondo i dettagli forniti da Rousseau, che il signor de Jonville avesse un certo interesse per l’ambasciata di Venezia. Tuttavia, essa era destinata a un uomo di rango elevato. Non sappiamo perché i primi editori non abbiano pubblicato questa lettera nella sua interezza; essa è davvero notevole: sia per lo stile, decisamente superiore a quello delle lettere precedenti, sia perché rivela come Rousseau si occupasse seriamente delle proprie mansioni.
Lettera XXVI – A M.
… 1743.
Signore,
Devo ammettere che avete davvero un notevole talento nel far sì che il prezzo dei servizi che offrite raddoppi; mi aspettavo davvero una risposta cortese e spiritosa, nella misura del possibile; ma quella che avete fornito conteneva elementi di tutta altra natura: sentimenti di affetto, gentilezza, sincerità. Elementi che la voce del cuore esprime in modo così caratteristico. Il mio cuore non è certo muto su questi argomenti; anzi, vorrebbe trovare termini energici e appropriati per esprimere adeguatamente l’amicizia. Nessuna delle espressioni che mi vengono in mente mi soddisfa in questo senso. Non ho, come voi, il felice talento di unire con dignità il linguaggio della penna a quello del cuore; ma, signore, continuate a parlarmi a questo modo, e vedrete che trarrò grande beneficio dalle vostre lezioni[480].
Ho scelto i libri elencati in allegato. Per quanto riguarda il Dizionario di Bayle, lo ritengo estremamente costoso. Non vi nasconderò che ne ho una grande passione; ma non mi aspettavo che il suo prezzo superasse i sessanta livri. Se quello di cui parlate, con le correzioni in margine, non supera di molto questa cifra, me ne accontenterò. In tal caso, signore, avrei difficoltà ad ottenere il permesso per utilizzarlo. Potreste, se lo ritenete opportuno, fare ricorso a M***, che ne ha la possibilità e probabilmente sarebbe disposto ad aiutarvi se glielo chiedeste. Credo che non sia opportuno che io proponga io stesso questa soluzione. Non ho l’onore di essere abbastanza conosciuto da lui per farlo. Lascio tutto alla vostra saggezza e discrezione.
Cerco l’edizione in quarto di Cicerone; dovete averla: se non l’avete, aspetterò. Pensavo anche che la “Geometria” di Manesson Mallet fosse disponibile in quarto. Se l’avete in questa forma, la prenderò; altrimenti me ne farò a meno ancora per un po’, dato che non possiedo ancora gli strumenti necessari. In tal caso, mi invierete invece le “Récréations mathématiques” di Ozanam.
Sapete che ci manca il nono volume della “Storia antica”, così come l’ultimo volume di Cleveland, quello cioè che è stato aggiunto successivamente. Abbiamo inoltre solo le prime venti parti de “Marianne”[481]. Vi preghiamo di includere tutto ciò nel vostro pacco, affinché i nostri libri non rimangano incompleti.
Hoffmanni Lexicon.
“Aritmetica di Newton”.
Tutte le opere di Cicerone.
“Usserii Annali”.
“Geometria pratica” di Manesson Mallet.
Elementi di matematica del P. Lami.
Dizionario di Bayle.
Se ritenete che le Opere di Despréaux, nell’edizione in quarto, possano essere utilizzate per tutto ciò, vi preghiamo di aver la gentilezza di includerle.
Per favore, inviatememi tutto il denaro il prima possibile; io farò poi il bonifico a Monsieur Conti per l’importo che voi o io decideremo di indicargli.
Osservazione.
In tutte le ultime edizioni, questa lettera è troncata e termina con il primo paragrafo. Ho fatto lo stesso omettendo anche io tale parte nell’edizione di madame Perronau. Ora la ripristino utilizzando l’edizione di Ginevra, sulla base della quale restituisco la lettera nella sua interezza; ignoro sia la data effettiva che il nome della persona a cui era indirizzata. Secondo la “Rivista degli studi e delle letture di Rousseau”, nonché le informazioni contenute nelle “Récréations mathématiques” di Ozanam e negli “Eléments” del P. Lami, e considerando lo stile della lettera, si potrebbe supporre che sia stata scritta alle Charmettes. Tuttavia, questa congettura viene contraddetta dalla richiesta di Rousseau riguardo alla “Pie de Marianne”. Marivaux pubblicò questo romanzo in parti a partire dal 1734 fino al 1742: ne furono pubblicate dodici parti, ma l’autore non lo completò mai. Se Jean-Jacques possedesse davvero dodici parti di questo romanzo, avrebbe potuto scrivere questa lettera solo dopo il 1742; se ne possedesse soltanto due, invece, avrebbe potuto scriverla prima di quell’anno. Nel dubbio, lasciamo che la lettera mantenga la data con cui era indicata nelle edizioni precedenti.
Lettera XXVIII – Alla Signora de Montaigu
Venezia, 23 novembre 1743.
Signora,
Temo che Vostra Eccellenza possa accusarmi di aver dimenticato i suoi ordini, se continuassi a ritardare nel scrivervi, anche se l’accuratezza delle informazioni fornite dall’ambasciatore non mi richiede alcun supplemento; la sua salute è tale che non si desidera altro se non che continui così. Vostra Eccellenza assume il sale di Glauber, dal quale trae grande beneficio; mantiene ancora rapporti molto stretti con l’ambasciatore di Spagna; e io, nel tentativo di imitare i suoi gusti nella misura consentita dalle mie condizioni, ho stretto un legame così intimo con il suo segretario che siamo inseparabili[482]: a Venezia non esiste nulla di più unito delle due case di Francia e Spagna. Ho un po’ modificato le mie abitudini per adattarmi agli altri; vado in giro per la piazza e ai spettacoli mascherata e con un cappello buffo, con la stessa fierezza come se avessi trascorso tutta la mia vita in quel modo; mi rendo conto che fornisco a Vostra Eccellenza dettagli che la interessano molto poco. Vorrei, signora, essere in grado di raccontarvi cose abbastanza affascinanti su questo paese, per convincervi ad accelerare il vostro viaggio e così soddisfare i desideri di tutta la vostra famiglia a Venezia, alla cui guida oso considerarmi, più per l’impegno e lo zelo dimostrati che per il mio rango.
Sto inviando a un amico un memoriale piuttosto dettagliato contenente diverse istruzioni da seguire a Parigi, sia per me che per i miei amici di Venezia. Sua Eccellenza mi ha promesso, signora, di chiedervi gentilmente di accettare tutto ciò e di inviarlo sullo stesso vascello e con gli stessi passaporti del vostro equipaggio; vi supplico anche di voler soddisfare l’importo indicato nel memoriale, che vi verrà consegnato insieme alla merce, secondo quanto vi indicherà il signor ambasciatore.
Esempio: Le prego, signora, di volergli inviare, con la prima posta, una mezza dozzina di colombacci ben rilegati, da utilizzare come regali; ho calcolato che, se vengono spediti immediatamente, arriveranno esattamente il penultimo giorno dell’anno. Per quanto riguarda l’Almanacco reale, non consiglierei che Vostra Eccellenza lo inviasse per posta a causa delle sue dimensioni; sarebbe meglio che si prendesse la briga di spedirlo a Lione con la diligenza, a qualcuno che lo inoltrerà poi a Marsiglia e da lì a Genova, a Monsieur Dupont, incaricato degli affari della Francia, il quale ce lo farà arrivare facilmente. Ho l’onore di essere, con il più profondo rispetto, di Vostra Eccellenza, il molto umile, ecc.
Osservazione.
Questa lettera, stampata per la prima volta nell’“Histoire de J.J. Rousseau” (volume II), ci è stata consegnata da Monsieur Mourette, capo dell’ufficio archivi del Ministero dell’Interno.
Elle est importante, parce qu’elle montre les rapports qui existaient entre Jean-Jacques et la famille de son ambassadeur, et prouve évidemment qu’il n’était point, comme Voltaire a voulu le faire croire, laquais de M. de Montaigu.
Les présents dont il est question dans cette lettre n’étaient pas ruineux pour celui qui les faisait, et coïncident avec les détails que donnent sur son caractère, et Rousseau dans ses Confessions, et Bernardin de Saint-Pierre, dont le témoignage est rapporté, Histoire de J.J. Rousseau, tome 11, page 250.
1744
[483]
Lettre XXIX – À M. Du Theil
Lettre XXX – À M. Du Theil
Lettre XXXI – À M. Du Theil
Lettre XXXII – À M. Du Theil
Table de la correspondance
Lettre XXIX – À M. Du Theil
[484]
À Venise, le 8 août 1744.
Monsieur,
Je sens combien la liberté que je prends serait déplacée pour un homme à qui il resterait quelque autre ressource ; mais la situation où je suis rend ma témérité pardonnable.
J’ose porter jusqu’à vous mes justes et très respectueuses plaintes contre un ambassadeur du roi, et contre un maître dont j’ai mangé le pain. Un homme raisonnable ne fait pas de pareilles démarches sans nécessité, et un homme aussi exercé que moi à la résignation et à la patience ne s’y résoudrait pas si son devoir même ne l’y contraignait pas. Je rougis j monsieur, de distraire votre attention, destinée aux plus grandes affaires, sur des objets qui, je l’avoue, ne sont pas dignes par eux-mêmes de vous occuper un instant, mais qui cependant font le malheur de la vie et le désespoir d’un honnête homme, et qui par là deviennent intéressants pour un coeur aussi généreux que le vôtre.
Il y a quatorze mois que je suis entré au service de M. le comte de Montaigu en qualité de secrétaire. Ce n’est pas à moi d’examiner si j’étais capable ou non de cet emploi ; il est certain que j’ai toujours plus compté sur mon zèle que sur mes talents pour le bien remplir, et il est certain, de plus, que des dépêches telles que celles qui depuis près d’un an paraissent à la tour écrites de ma main, ne sont pas propres à donner fort bonne opinion de ma capacité, puisqu’il est naturel de mettre du moins sur mon compte les fautes et les incorrections dont elles sont remplies ; mais c’est sur quoi il me serait plus aisé que bienséant de me justifier. Je ne relèverai pas non plus les duretés continuelles et les désagréments infinis que j’ai soufferts, tant parce qu’un excès de délicatesse peut m’y avoir rendu trop sensible, que parce qu’il m’en coûterait en les exténuant assez pour les rendre croyables, et qu’enfin je ne dois point abuser de votre bonté par des détails qui ne vont point au fait.
Les mécontentements étaient réciproques, et il est aisé de juger que chacun n’a reconnu que les siens pour légitimes : M. l’ambassadeur a enfin pris le parti de me congédier : je comptais que la chose se passerait avec l’honnêteté accoutumée entre un maître qui a de la dignité et un domestique[485] honorable à qui quelques défauts particuliers ne doivent point ôter les égards dus à son état, à son zèle et à sa probité. Je me suis trompé : M. l’ambassadeur, qui s’est fait des maximes de confondre tous ceux qui sont à son service sous le vil titre de valets, et de traiter tous les gens qui sortent de sa maison comme autant de coquins dignes de la potence, a jugé à propos d’exercer avec moi cette étrange politique. Après des procédés inouïs, après avoir manqué à la plupart de ses engagements, M. l’ambassadeur voulut avant-hier me faire ce qu’il appelait mon compte. Ce fut d’un ton à faire trembler que ce compte fut commencé ; les termes dont il se servit, les épithètes odieuses dont il m’accabla, furent autant de préparatifs pour m’intimider et me rendre docile aux injustes réductions qu’il me faisait. Après plusieurs représentations inutiles, me voyant lésé d’une manière si criante, je demandai respectueusement à S. Ex. si elle souhaitait de régler avec moi ce compté suivant l’équité, ou si elle était déterminée à ne considérer que sa volonté seule, parce qu’en ce dernier cas ma présence lui était inutile. Alors S. Ex. s’emporta horriblement, supposant que j’avais dit que sa volonté et l’équité n’étaient pas toujours la même chose, et véritablement je ne récusai pas l’explication, d’autant plus que les injures dont j’étais accablé ne me laissaient pas le loisir de placer un seul mot. Enfin S. Ex., ne pouvant m’obliger à consentir à passer ce compte comme elle le voulait, me proposa en termes très nets d’y souscrire ou de sauter par la fenêtre, jurant de m’y faire jeter sur-le-champ, et je vis le moment qu’elle se mettait en devoir d’exécuter sa menace elle-même : mais voulant éviter une aussi cruelle alternative, et ne pouvant, d’ailleurs, supporter plus longtemps les horreurs dont ma mémoire est encore souillée, je sortis en me félicitant de ce que l’émotion que m’avaient causée de tels traitements ne m’avait pas assez transporté pour imiter M. l’ambassadeur en perdant le profond respect dû à l’auguste caractère dont il est revêtu. Il m’ordonna, en me voyant sortir, de quitter son palais sur-le-champ et de n’y remettre jamais les pieds ; ce que je fis, bien résolu de ne m’exposer de ma vie à reparaître en sa présence, non que je craignisse beaucoup la mort dont il me menace, mais par une juste défiance de moi-même, et pour ne plus m’exposer à avoir tort avec l’ambassadeur du plus grand roi du monde.
Me voici cependant sur le pavé, languissant, infirme, sans secours, sans bien, sans patrie, à quatre cents lieues de toutes mes connaissances, surchargé de dettes que j’ai été contraint de faire, faute, de la part de M. l’ambassadeur, d’avoir rempli ses conditions avec moi, et n’ayant d’autre ressource que quelques médiocres talents qui ne mettent pas à couvert de l’injustice de ceux qui les emploient ; dans une telle situation, pardonnez, monsieur, la liberté que je prends d’employer votre protection contre les cruels traitements que M. l’ambassadeur exerce sur le plus zélé et le plus fidèle domestique qu’il aura jamais. Je ne puis porter mes justes plaintes à aucun tribunal : ce n’est qu’au pied du trône de sa majesté qu’il m’est permis d’implorer justice. Je la demande très respectueusement et dans l’amertume de mon âme, et je ne me serais jamais déterminé à faire cette démarche si j’avais cru pouvoir trouver quelque ressource pour acquitter mes dettes et retourner en France, autre que le paiement de mes appointements et de mon voyage, et celui des frais que je suis contraint de faire ici en attendant qu’il vous plaise de me faire parvenir vos ordres.
Je sais, monsieur, combien de préjugés sont contre moi ; je sais que dans les démêlés entre le maître et le domestique c’est toujours le dernier qui a tort ; je sais, d’ailleurs, qu’étant entièrement inconnu, je n’ai personne qui s’intéresse pour moi : votre générosité et mon bon droit sont mes seuls protecteurs ; mais je me confie également en l’un et en l’autre. Peut-être même les préjugés ne me sont-ils pas tous contraires : celui, par exemple, de la voix publique. Il n’est pas, monsieur, que vous ne soyez instruit de ce qui se passe en ce pays-ci et de la manière dont on y pense : c’est tout ce que je puis dire en ma faveur, aimant mieux négliger quelques moyens de défense que d’exercer contre un maître que j’ai servi l’odieuse fonction de délateur. Il me sera permis du moins de réclamer le témoignage de toutes les personnes avec qui j’ai vécu jusqu’ici, sur le caractère et les sentiments dont je fais profession.
Au reste, s’il se trouve que j’aie ajouté un seul mot à la vérité, dans l’exposé que j’ai l’honneur de vous faire, et cela ne sera pas difficile à vérifier, je consens de payer de ma tête ma calomnie et mon insolence.
P. S. Si vous daignez, monsieur, m’honorer de vos ordres, M. Le Blond est à portée de me les communiquer.
Lettre XXXI – À M. Du Theil
Septembre 1744[486]
Monsieur,
She is important because she reveals the relationships that existed between Jean-Jacques and the family of his ambassador, and clearly proves that he was not, as Voltaire sought to make people believe, a lackey of Monsieur de Montaigu.
The gifts mentioned in this letter were not detrimental to the person who gave them, and they correspond to the details provided about his character—both in Rousseau’s “Confessions” and in Bernardin de Saint-Pierre’s account, which can be found in “Histoire de J.J. Rousseau”, Volume 11, page 250.
1744
[483]
Letter XXIX – To Mr. Du Theil
Letter XXX – To Mr. Du Theil
Letter XXXI – To Mr. Du Theil
Letter XXXII – To Mr. Du Theil
Correspondence Table
Letter XXIX – To Mr. Du Theil
[484]
In Venice, on August 8, 1744.
Sir,
I realize how such freedom on my part would seem inappropriate for a man who still has other resources at his disposal; but the circumstances in which I find myself make my audacity understandable.
I dare bring before you my just and most respectful complaints against an ambassador of the king, and against a master whose bread I have eaten. A reasonable man would not take such steps unless necessary, and one who is as accustomed to resignation and patience as I am would not resort to them were it not for the duty that compels me to do so. I am ashamed, sir, to distract your attention, which should be devoted to more important matters, onto matters that, I admit, are not in themselves worthy of your time—yet which nevertheless bring misery into a man’s life and despair to an honest person, and thus become of interest to a heart as generous as yours.
It has been fourteen months since I began serving Mr. the Count of Montaigu as his secretary. It is not my place to assess whether I was capable for such a role or not; it is certain that I have always relied more on my diligence than on my talents in performing it well. Moreover, it is clear that dispatches such as those that have appeared under my name at the tower for nearly a year are hardly likely to give a good impression of my abilities, since it is only natural to attribute to me the errors and inaccuracies they contain. However, it would be both easier and less appropriate for me to attempt to justify myself on this point. I will also refrain from mentioning the constant hardships and endless indignities I have endured—both because excessive sensitivity might have made me overly sensitive to them, and because attempting to describe them in sufficient detail to make them believable would require too much effort. Lastly, I must not abuse your kindness by dwelling on details that are irrelevant to the matter at hand.
The grievances were mutual, and it is easy to see that each party considered only its own grievances to be legitimate: Finally, the ambassador decided to dismiss me. I had hoped that the matter would be handled with the usual honesty between a gentleman of dignity and a respectable servant—whose particular shortcomings should not diminish the respect due to his status, zeal, and integrity. I was mistaken. The ambassador, who had made it his policy to treat all those in his service as mere servants and to regard anyone leaving his house as a scoundrel worthy of such treatment, chose to employ this bizarre approach towards me. After unprecedented misconduct and failure to keep most of his promises, he attempted yesterday to settle what he called “my account” with me. He began in a tone that could make one tremble; the offensive terms he used and the hateful epithets he hurled at me were clearly meant to intimidate me and force me to submit to these unjust demands. After several futile attempts at negotiation, seeing that I was being so blatantly wronged, I respectfully asked him whether he wished to settle this matter fairly or if he was determined to act solely out of his own will—since in the latter case my presence was unnecessary. He flew into a rage, assuming I had implied that his will and fairness were not always one and the same. In truth, I did not deny this; indeed, the insults I endured left me no chance to speak. Finally, unable to force me to comply with his demands, he outright threatened to throw me out of the window if I refused. To avoid such a cruel outcome—and because I could no longer endure the horrors he was inflicting upon me—I left, grateful that my anger at such treatment had not made me act in a manner unworthy of the honorable position he held. Upon seeing me go, he ordered me to leave his palace immediately and never return; I obeyed, determined never to set foot there again—not out of fear for my life, but out of self-respect and a firm belief that it would be wrong to defy the ambassador of the greatest king in the world.
Yet here I am, on the streets, languishing, infirm, without aid, without property, without a country—four hundred miles away from all my acquaintances, burdened with debts that I was forced to incur because Mr. the Ambassador failed to fulfill his obligations towards me. With no other resources than some mediocre talents that offer no protection against the injustice of those who employ them, in such a situation, forgive me, sir, for taking the liberty of seeking your protection against the cruel treatment inflicted upon the most devoted and faithful servant Mr. the Ambassador has ever had. I cannot bring my just grievances before any court; only at the foot of his Majesty’s throne am I permitted to plead for justice. I ask it with utmost respect and in the bitterness of my soul. I would never have resorted to this step if I had believed I could find some way to repay my debts and return to France—other than by relying on the payment of my wages, travel expenses, and the costs I am forced to incur here, while awaiting your orders.
I know, sir, how many prejudices are against me; I know that in disputes between a master and a servant, it is always the latter who is in fault; I also know that, being completely unknown, I have no one who cares about my fate: your generosity and my own innocence are my only protectors. But I place my trust in both of them. Perhaps not all prejudices are against me; for instance, there is the opinion of the public. You must be aware of what is happening in this country and how people think here. That is all I can say in my defense—I would rather neglect certain means of protection than play the abhorrent role of a informer against a master whom I have served. At least I will be able to request the testimony of all those with whom I have lived until now, regarding the character and feelings that I claim to possess.
Furthermore, should it happen that I have added a single word to the truth in the presentation I have the honor of making to you—and it will not be difficult to verify—then I am willing to pay with my life for my slander and my insolence.
P.S. If you would be so kind as to give me your orders, Mr., Mr. Le Blond is within reach to convey them to me.
Letter XXXI – To Mr. Du Theil
September 1744[486]
Sir,
È importante perché mostra i rapporti esistenti tra Jean-Jacques e la famiglia dell’ambasciatore di quest’ultimo, e dimostra chiaramente che non era affatto, come Voltaire ha voluto far credere, il lacchè di Monsieur de Montaigu.
I doni di cui si parla in questa lettera non erano dannosi per colui che li faceva, e coincidono con i dettagli forniti riguardo al suo carattere: sia da Rousseau nelle sue Confessioni, sia da Bernardin de Saint-Pierre, il cui resoconto è riportato nell’“Histoire de J.J. Rousseau”, volume 11, pagina 250.
1744
[483]
Lettera XXIX – A Monsieur Du Theil
Lettera XXX – A Monsieur Du Theil
Lettera XXXI – A Monsieur Du Theil
Lettera XXXII – A Monsieur Du Theil
Tabella della corrispondenza
Lettera XXIX – A Monsieur Du Theil
[484]
A Venezia, l’8 agosto 1744.
Signore,
Percepisco chiaramente quanto la libertà che mi assumo possa sembrare inappropriata per una persona che disponga di altre risorse; tuttavia, la situazione in cui mi trovo rende la mia audacia perdonabile.
Oso portare fino a voi le mie giuste e molto rispettose lamentele contro un ambasciatore del re, e contro un uomo di cui ho mangiato il pane. Un uomo ragionevole non compie simili iniziative senza necessità; inoltre, un uomo così abituato alla rassegnazione e alla pazienza come me non si deciderebbe a farlo se anche il proprio dovere non lo costringesse a farlo. Mi vergogno, signore, di distogliere la vostra attenzione, destinata alle questioni più importanti, su argomenti che, devo ammetterlo, di per sé non meritano nemmeno un istante del vostro tempo; tuttavia, questi argomenti causano la sfortuna nella vita e il disperazione in un uomo onesto, e proprio per questo diventano interessanti per un cuore così generoso come il vostro.
Sono entrato al servizio del conte di Montaigu come segretario quattordici mesi fa. Non spetta a me giudicare se fossi o meno adatto a tale incarico; è certo che ho sempre fatto affidamento più sul mio zelo che sui miei talenti per svolgerlo al meglio, e inoltre è evidente che messaggi come quelli che da quasi un anno vengono pubblicati sulla torre e che sembrano scritti di mia mano non sono certo indicativi delle mie capacità, poiché è naturale attribuirmi almeno gli errori e le imprecisioni che li caratterizzano; tuttavia sarebbe più facile che opportuno da parte mia giustificarmi su questo punto. Non menzionerò nemmeno le continue durezze e gli infiniti disagi che ho dovuto sopportare: sia perché una eccessiva sensibilità potrebbe avermi reso troppo suscettibile a tali cose, sia perché descriverli in modo sufficientemente dettagliato per renderli credibili mi costerebbe troppo sforzo, e infine non voglio abusare della vostra gentilezza con dettagli che non sono rilevanti per la questione principale.
I malcontenti erano reciproci, e è facile giudicare che ognuno riconoscesse soltanto i propri diritti come legittimi: alla fine, l’ambasciatore decise di congedarmi. Speravo che tutto avvenisse con l’onestà abituale tra un padrone dignitoso e un domestico onorabile, al quale alcuni difetti particolari non dovrebbero togliere il rispetto dovuto al suo stato, al suo zelo e alla sua integrità. Mi sbagliavo: l’ambasciatore, che si era imposto come principio di trattare tutti coloro che erano al suo servizio con il vile titolo di “valletti”, e di considerare tutte le persone che lasciavano la sua casa come individui spregevoli degni soltanto dell’indifferenza, decise di applicare questa strana politica anche nei miei confronti. Dopo comportamenti inauditi e dopo aver mancato alla maggior parte delle sue promesse, ieri ha cercato di “fare il mio conto”, come lo chiamava lui. Il tono con cui è iniziata quella conversazione era tale da far tremare chiunque; le parole offensive e gli insulti che mi ha rivolto erano chiaramente destinati a intimidirmi e a rendermi docile di fronte alle ingiuste decisioni che intendeva prendere. Dopo diverse proteste inutili, vedendo che venivo trattato in modo così oltraggioso, chiesi rispettosamente all’ambasciatore se desiderasse risolvere la questione secondo principi di equità, oppure se fosse deciso a seguire soltanto la propria volontà, nel qual caso la mia presenza non gli sarebbe stata necessaria. Allora l’ambasciatore si infuriò terribilmente, supponendo che avessi insinuato che la sua volontà e l’equità non fossero sempre la stessa cosa. In realtà non ho negato questa possibilità, soprattutto perché le offese ricevute non mi lasciavano il tempo di pronunciare una parola. Alla fine, non riuscendo a costringermi ad accettare le sue condizioni, mi propose in termini molto chiari di firmare quel “conto”, oppure di gettarmi dalla finestra, giurando che avrebbe fatto subito gettare me stesso fuori. Vidi chiaramente che era pronto a mettere in atto la sua minaccia. Ma, volendo evitare una scelta così crudele e non potendo più sopportare le umiliazioni a cui ero sottoposto, uscii, ringraziando il cielo per il fatto che l’emozione causata da tali trattamenti non mi aveva spinto a imitare l’ambasciatore, perdendo così il profondo rispetto dovuto al suo nobile rango. Quando mi vide uscire, mi ordinò di lasciare immediatamente il suo palazzo e di non tornarci mai più. Così feci, deciso a non espormi mai più alla sua presenza. Non perché temessi davvero la morte che minacciava, ma per una legittima diffidenza nei miei confronti, e per evitare ulteriori ingiustizie da parte di un ambasciatore del più grande re del mondo.
Eppure mi trovo ora per strada, languido, infermo, senza aiuto, senza beni, senza patria, a quattrocento miglia da tutte le persone che conosco; oppresso da debiti che sono stato costretto ad accumulare a causa del rifiuto dell’ambasciatore di rispettare gli accordi presi con me. Non ho altra risorsa se non alcuni modesti talenti che, tuttavia, non mi proteggono dagli abusi di coloro che li sfruttano. In una situazione del genere, perdonate, signore, la libertà che mi prendo nell’implorare la vostra protezione contro i crudeli trattamenti che l’ambasciatore riserva al servitore più devoto e fedele che abbia mai avuto. Non posso presentare le mie giuste lamentele in alcun tribunale: solo ai piedi del trono della sua maestà mi è permesso chiedere giustizia. La chiedo con grande rispetto e nel dolore più profondo del mio cuore. E non avrei mai preso questa decisione se avessi creduto di poter trovare qualche altra soluzione per saldare i miei debiti e tornare in Francia, diversa dal pagamento dei miei stipendi e delle spese necessarie per il viaggio, nonché da quelle che devo sostenere qui, nell’attesa che voi mi inviate le vostre istruzioni.
So, signore, quanti pregiudizi ci siano contro di me; so che nei conflitti tra padrone e domestico è sempre il secondo ad avere torto; so anche che, essendo completamente sconosciuto, nessuno si interessa a me: la vostra generosità e la mia buona fede sono i miei unici protettori; ma mi affido ugualmente sia all’una che all’altra. Forse persino alcuni di questi pregiudizi non sono del tutto contro di me. Ad esempio, quello dell’opinione pubblica. Non è certo che voi non sappiate ciò che accade in questo paese e come la gente vi pensi. Questo è tutto ciò che posso dire a mio favore; preferisco trascurare alcune possibilità di difesa piuttosto che assumere, nei confronti di un padrone al quale ho servito, il ruolo odioso di delatore. Almeno avrò il diritto di chiedere testimonianza a tutte le persone con cui ho vissuto fino ad ora riguardo al carattere e ai sentimenti di cui mi vanto.
Del resto, se dovesse accadere che abbia aggiunto una sola parola di falsità nel resoconto che ho l’onore di presentarvi, e ciò non sarà difficile da verificare, sono disposto a pagare con la mia vita per le mie calunnie e la mia insolenza.
P.S. Se vostra signoria vorrà onorarmi con i suoi ordini, il signor Le Blond è in grado di trasmettermeli immediatamente.
Lettera XXXI – A Monsieur Du Theil
Settembre 1744[486]
Signore,
J’apprends que M. le comte de Montaigu, pour couvrir ses torts envers moi, m’ose imputer des crimes ; et qu’après avoir donné un mémoire au sénat de Venise pour-me faire arrêter, il porte jusqu’à vous ses plaintes pour prévenir celles auxquelles il a donné lieu. Le sénat me rend justice ; M. le consul de France a été chargé de m’en assurer. Vous me la rendrez, monsieur, j’en suis très sûr, sitôt que vous m’aurez entendu. Pour cet effet, au lieu de m’arrêter à Genève, comme je l’avais résolu, je vais en diligence continuer mon voyage ; j’aspire avec ardeur au moment d’être admis à votre audience. Je porte ma tête à la justice du roi, si je suis coupable ; mais, si c’est M. de Montaigu qui l’est, je porte ma plainte au pied du trône ; je demande la justice qui m’est due ; et, si elle m’était refusée, je la réclamerais jusqu’à mon dernier soupir. En attendant, permettez-moi, monsieur, de vous représenter combien la plainte de M. l’ambassadeur est frivole, et combien ses accusations sont absurdes. Il m’accuse, dit-on, d’avoir vendu ses chiffres à M. le prince Pio. Vous savez mieux que personne de quelle importance sont les affaires dont est chargé M. le comte de Montaigu. M. le prince Pio n’est sûrement pas assez dupe pour donner un écu de tous ses chiffres ; et moi, quand j’aurais été assez fripon pour vouloir les lui vendre, je n’aurais pas été du moins assez bête pour l’espérer. L’impudence, j’ose le dire, et l’ineptie d’une pareille accusation vous sauteront aux yeux, si vous daignez lui donner un moment d’examen. Vous verrez qu’elle est faite sans raison, sans fondement, contre toute vraisemblance, et avec aussi peu d’esprit que de vérité, par quelqu’un qui, sentant ses injustices, croit les effacer en décriant celui qui en est victime, et prétend, à l’abri de son titre, déshonorer impunément son inférieur. Cependant, monsieur, cet inférieur, tel qu’il est, emporte, au milieu des outrages de M. l’ambassadeur, l’estime publique. J’ai vu toute la nation française m’accueillir, me consoler dans mon malheur. J’ai logé chez le chancelier du consulat ; j’ai été invité dans toutes les maisons ; toutes les bourses m’ont été ouvertes, et en attendant qu’il plaise à M. l’ambassadeur de me payer mes appointements, j’ai trouvé, dans celle de M. le consul, l’argent qui m’est nécessaire, puisqu’il ne plaît pas à M. l’ambassadeur de me payer mes appointements. Vous conviendrez, monsieur, qu’un pareil traitement serait fort extraordinaire, de la part des sujets du roi les plus fidèles, envers un pauvre étranger qu’ils soupçonneraient d’être un traître et un fripon. Je ne vous offre ces préjugés légitimes qu’en attendant de plus solides raisons. Vous connaîtrez dans peu s’ils sont fondés. Le soin de mon honneur, et la réparation qui m’est due, sont, au reste, l’unique objet de mon voyage. Aux preuves de la fidélité et de l’utilité de mes services, je ne joindrai point de sollicitations pour avoir de l’emploi ; je m’en tiens à l’épreuve que je viens de faire, et ne la réitérerai plus. J’aime mieux vivre libre et pauvre jusqu’à la fin, que de faire mon chemin dans une route aussi dangereuse.
Lettre XXXII – À M. Du Theil
[487]
Paris, 11 octobre 1744.
Voici la dernière fois que je prendrai la liberté de vous écrire, jusqu’à ce qu’il vous ait plu de me faire parvenir vos ordres. Je sens combien mes lettres doivent vous importuner, et ce n’est qu’avec beaucoup de regret que je me vois réduit à un métier si contraire à mon caractère ; mais, monsieur, je ne pouvais, en conséquence de ce que j’ai eu l’honneur de vous écrire précédemment, me dispenser de vous informer de mon arrivée à Paris ; et, de plus, je reconnais que le ton de mes lettres demanderait bien des explications, que la discrétion m’oblige cependant d’abandonner en partie, et que je réduirai à une simple exposition du motif qui me les a fait écrire.
Si vous daignez, monsieur, faire prendre quelques informations sur ma conduite et sur mon caractère, soit à Venise, soit à Gênes, où j’ai l’honneur d’être connu de M. de Jonville, soit à Lyon, soit à Genève ma patrie, j’espère que vous n’apprendrez rien qui n’aggrave l’injustice des violences dont M. le comte de Montaigu a jugé à propos de m’accabler. Les traitements qu’il m’a faits sont de ceux contre lesquels un honnête homme ne se précautionne point. Avec les devoirs que je me suis imposés et les sentiments dont je me suis nourri, je m’étais cru assez supérieur à de semblables accidents pour n’avoir point à chercher dans mes principes des règles de conduite en de pareils cas. Le zèle et l’exactitude avec lesquels je me suis acquitté de l’emploi que S. Exe. m’avait confié n’ont pas dû m’inspirer plus de défiance : peut-être serai-je assez heureux pour que vous en puissiez entendre parler par quelqu’un qui soit en état d’en juger, et qui n’ait point d’intérêt à me calomnier. S’il m’est donc arrivé, monsieur, de vous écrire quelque chose d’irrégulier, je vous supplie de le pardonner au trouble affreux et au désespoir où m’ont jeté de si étranges traitements. Connaît-on rien de plus triste pour un honnête homme que de se voir indignement diffamer aux veux du public, et en péril de sa propre vie, sans ombre de prétexte, et seulement pour de misérables discussions d’intérêt, sans qu’il lui soit permis de se défendre, ni possible de se justifier ? Inutilement ai-je senti que je m’allais donner du ridicule, et que l’inférieur aurait toujours tort vis-à-vis de son supérieur, puisque je n’ai point vu d’autre voie que de justes et respectueuses représentations pour soutenir mon honneur-outragé. Ce ne sont point les traitements de M. le comte de Montaigu qui me touchent en eux-mêmes ; j’ai lieu de ne le pas croire assez connaisseur en mérite pour faire un cas infini de son estime : mais, monsieur, que pensera le public, qui, content de juger sur les apparences, se donne rarement la peine d’examiner si celui qu’on maltraite l’a mérité ? C’est aux personnes qui aiment l’équité, et qui sont en droit d’approfondir les choses, de réparer en cela l’injustice du public, et d’y rétablir l’honneur d’un honnête homme qui compte sa vie pour rien quand il a perdu sa réputation. Rien n’est si simple que cette discussion à mon égard : s’agit-il de l’intérêt, le compte que j’aurai l’honneur de vous remettre, écrit de la propre main de M. le comte de Montaigu, est un témoignage sans réplique qui ne fera pas honneur à sa bonne foi ; s’agit-il de l’honneur, tout Venise a vu avec indignation les traitements honteux dont il m’a accablé. Je suis déjà instruit de quelles couleurs S. Exc. sait peindre les personnes qu’elle a prises en haine : si donc on l’en croit sur parole, je ne doute point, à la vérité, que je ne sois perdu et déshonoré ; mais qu’on daigne prendre quelques informations et vérifier les choses, et j’ose croire que M. le comte de Montaigu m’aura, sans y penser, rendu service en me faisant connaître.
Je ne prétends point, monsieur, exiger de satisfaction de M. l’ambassadeur ; je n’ignore pas, quelque juste qu’elle fût, les raisons qui doivent s’y opposer ; je ne demande que d’être puni rigoureusement si je suis coupable ; mais si je ne le suis point, et que vous trouviez mon caractère digne de quelque estime et mon sort de quelque pitié, j’ose implorer, monsieur, votre protection et quelque marque de bonté de votre part qui puisse me réhabiliter aux yeux du public. Peut-être y regagnerai-je plus que je n’aurai perdu ; mais je sens que le zèle qui me porterait à m’en rendre digne laisserait un jour en doute si vous avez exercé envers moi plus de générosité que de justice.
1745
Lettre XXXIII – À Madame la baronne de Warens
Lettre XXXIV – À M. Daniel Roguin
Lettre XXXIV – À M. De Voltaire
Lettre XXXVI – À Madame la baronne de Warens
Table de la correspondance
Lettre XXXIV – À M. Daniel Roguin
[488]
Paris, le 9 juillet 1745.
Je ne sais, monsieur, quel jugement vous porter de moi et de ma conduite ; mais les apparences me sont si contraires, que je n’aurais pas à me plaindre quand vous en penseriez peu favorablement. Vous n’en jugeriez pas de même si vous lisiez au fond de mon âme : l’amertume et l’affliction que vous y verriez n’y sont pas les sentiments d’un homme capable d’oublier son devoir.
I learn that Mr. Count of Montaigu, in order to cover up his wrongs towards me, dares to implicate me in crimes; and that after submitting a memorial to the Senate of Venice requesting my arrest, he has even brought his complaints before you in an attempt to prevent any further action against him. The Senate has rendered justice to me; Mr. the Consul of France has been entrusted with ensuring this for me. I am certain, sir, that you will do the same once you have heard my case. For this reason, instead of stopping in Geneva as I had intended, I will continue my journey at once; I eagerly await the moment when I may be granted an audience with you. If I am guilty, I place myself under the king’s justice; but if it is Mr. de Montaigu who is guilty, I bring my complaint before the throne itself—I demand the justice that is due to me, and if it is denied, I will continue to seek it until my last breath. In the meantime, permit me to show you how frivolous are the accusations of Mr. the Ambassador and how absurd his claims are. He accuses me, it is said, of selling his confidential documents to Prince Pio. You know better than anyone how important the matters entrusted to Mr. Count of Montaigu are. Prince Pio is certainly not foolish enough to pay for all those documents; and as for me, were I so despicable as to attempt to sell them to him, I would not be so naive as to expect it to succeed. The audacity and ineptitude of such accusations will become evident to you if you deign to examine them. You will see that they are baseless, unfounded, contrary to all reason, and devoid both of wisdom and truth—proven by someone who, aware of his own injustices, tries to cover them up by denouncing their victim, and seeks to shame his inferior without facing any consequences. Nevertheless, sir, despite these insults from Mr. the Ambassador, I still hold the respect of the public. I have seen the entire French nation welcome me and console me in my misfortune. I have stayed at the residence of the Consul General; I have been invited to many homes; all doors have been opened to me. And until it please Mr. the Ambassador to pay my salary, I have found the necessary funds with the Consul himself—since he seems unwilling to do so. You will agree, sir, that such treatment would be highly unusual on the part of the king’s most loyal subjects towards a poor stranger whom they suspect of being a traitor and a scoundrel. I present these legitimate grievances in the hope that more substantial evidence will soon follow. The protection of my honor and the justice owed to me are, after all, the sole purposes of my journey. As evidence of the fidelity and usefulness of my services, I will not add any further requests for employment; I am content with the test I have just undertaken and will not repeat it. I would rather live freely and in poverty until the end than to proceed down such a dangerous path.
Letter XXXII – To Mr. Du Theil
[487]
Paris, October 11, 1744.
This will be the last time I take the liberty of writing to you, until you decide to instruct me further. I am well aware how bothersome my letters must be to you, and it is with great regret that I find myself forced to engage in an occupation so contrary to my nature; however, sir, given what I had the honor of writing to you before, I felt compelled to inform you of my arrival in Paris. Moreover, I acknowledge that the tone of my letters would require considerable explanations—though discretion forces me to omit some of them—and I will therefore limit myself to simply stating the reason that prompted me to write to you in the first place.
If you would be so kind as to inquire about my conduct and character, either in Venice or in Genoa, where I have the honor of being known to Mr. de Jonville, or in Lyon, or in Geneva, my homeland, I hope you will learn nothing that would aggravate the injustice and the violent treatments inflicted upon me by Count Montaigu. The manner in which he treated me was such that a man of integrity would not have taken any precautions against it. With the duties I had imposed upon myself and the principles that guided me, I believed I was far above such misfortunes and therefore saw no need to seek guidance on how to behave in such situations from any set of rules. The diligence and accuracy with which I carried out the tasks entrusted to me by His Excellency should have given me even more confidence; perhaps I will be fortunate enough for you to hear about this from someone who is in a position to judge fairly and who has no motive to slander me. Therefore, if I have ever written to you in a manner that may have seemed irregular, I implore you to forgive me due to the extreme distress and despair caused by such unjust treatment. What could be more tragic for an honest man than to see himself slandered in public view and threatened with his own life, without any just cause and merely over some petty matters of interest, while being denied the right to defend himself or prove his innocence? In vain did I feel that I was exposing myself to ridicule; after all, the inferior is always in the wrong against the superior. Since I saw no other way but to present my case through fair and respectful representations, it is not the treatment itself given to me by Count Montaigu that bothers me. I have reason to believe he does not truly appreciate my merits enough to value my opinion highly. But, sir, what will the public think? They are often content to judge based on appearances without taking the time to examine whether the person being mistreated deserves such treatment. It is up to those who cherish fairness and have the right to investigate matters thoroughly to rectify this injustice and restore the honor of an honest man whose life seems worthless once his reputation is lost. My case is straightforward: if it comes to matters of interest, I have the honor to present you with a document written in the Count Montaigu’s own hand, which serves as irrefutable evidence against his good faith; if it comes to my honor, then the whole of Venice has witnessed the shameful treatment he inflicted upon me. I am already aware of the way His Excellency tends to portray those she hates; if people believe her word without question, then indeed, I seem doomed to ruin and disgrace. But if you would be so kind as to investigate further and verify the facts, I have every reason to believe that justice will be done. Count de Montaigu, without even realizing it, has done me a favor by introducing me to them.
I do not claim, sir, to demand satisfaction from the Ambassador; I am well aware of the reasons that might oppose such a request, no matter how just it may be. All I ask is to be punished rigorously if I am guilty; but if I am innocent, and if you deem my character worthy of respect and my fate deserving of pity, then I dare implore your protection and some act of kindness on your part that might restore my reputation in the eyes of the public. Perhaps I will gain more in this way than I have lost; but I feel that the zeal with which I would strive to earn such recognition might one day lead people to doubt whether you have shown me more generosity than justice.
1745
Letter XXXIII – To Baroness de Warens
Letter XXXIV – To Mr. Daniel Roguin
Letter XXXIV – To Mr. de Voltaire
Letter XXXVI – To Baroness de Warens
Correspondence Table
Letter XXXIV – To Mr. Daniel Roguin
[488]
Paris, July 9, 1745.
I do not know, sir, what judgment you will form of me and my conduct; but the appearances are so against me that I would not be surprised if you held a poor opinion of me. However, if you were to read into the depths of my soul, you would find that the bitterness and sorrow there expressed are not the sentiments of a man capable of forgetting his duties.
Apprendo che il conte di Montaigu, per coprire i propri torti nei miei confronti, osa attribuirmi crimini; e che, dopo aver presentato un memoriale al senato di Venezia affinché mi facesse arrestare, porta persino le sue lamentele fino a voi per prevenire quelle che potrebbero derivarne. Il senato mi ha restituito giustizia; il console di Francia è stato incaricato di assicurarmelo. Sono certo, signore, che anche voi mi renderete giustizia non appena avrete ascoltato la mia versione dei fatti. Pertanto, invece di fermarmi a Ginevra come avevo deciso, proseguirò il mio viaggio senza indugio; anelo con ardore al momento in cui potrò essere ammesso alla vostra udienza. Se sono colpevole, affido la mia sorte alla giustizia del re; ma se è il conte di Montaigu ad essere colpevole, presenterò la mia denuncia ai piedi del trono, chiedendo la giustizia che mi spetta. E se questa mi venisse rifiutata, la reclamerò fino all’ultimo respiro. Nel frattempo, permettetemi di dimostrare quanto sia futile la lamentela dell’ambasciatore e quanto siano assurde le sue accuse. Mi accusa, si dice, di aver venduto i suoi documenti al principe Pio. Voi sapete meglio di chiunque altro l’importanza delle mansioni affidate al conte di Montaigu; il principe Pio non è certo così ingenuo da pagare un quattrino per tutti quei documenti. E io, anche se fossi abbastanza disonesto da volerli vendere a lui, non sarei certo abbastanza stupido da sperarci di guadagnare qualcosa. L’impudenza e l’incompetenza di una simile accusa diventeranno evidenti non appena la esaminerete attentamente. Vedrete che è priva di fondamento, contraddice ogni logica, e riflette soltanto ignoranza e falsità da parte di chi, consapevole delle proprie ingiustizie, cerca di cancellarle denigrando la vittima. E pretende, al riparo del proprio titolo, di poter disonorare impunemente un inferiore. Tuttavia, signore, questo “inferiore”, nonostante le offese dell’ambasciatore, gode della stima pubblica. Ho visto l’intera nazione francese accogliermi con affetto nel mio dolore; ho soggiornato presso il cancelliere del consolato, sono stato invitato in molte case. Tutti mi hanno offerto aiuto. E mentre aspetto che l’ambasciatore decida di pagarmi lo stipendio, ho trovato nell’ufficio del console i soldi di cui avevo bisogno. Poiché a lui non piaceva farlo. Concordate con me, signore: un trattamento del genere sarebbe davvero insolito da parte dei sudditi più fedeli del re verso un povero straniero che sospettano sia un traditore e un furfante. Vi presento queste argomentazioni legittime nella speranza di ricevere prove più convincenti. Presto scoprirete se sono fondate. L’onore mio e la giustizia che mi spetta sono, in ogni caso, lo scopo principale del mio viaggio. Di fronte alle prove della fedeltà e dell’utilità dei miei servizi, non aggiungerò alcuna richiesta per ottenere un lavoro; mi limiterò alla prova che ho appena affrontato e non la ripeterò più. Preferisco vivere libero e povero fino alla fine, piuttosto che intraprendere un cammino così pericoloso.
Lettera XXXII – A Monsieur Du Theil
[487]
Parigi, 11 ottobre 1744.
Ecco l’ultima volta che mi permetto di scrivervi, fino a quando non vorrete comunicarmi i vostri ordini. Sento bene quanto le mie lettere debbano disturbarvi, e con grande rammarico sono costretto ad assumere un compito così contrario al mio carattere; tuttavia, signore, non avrei potuto, data la natura delle comunicazioni che ho avuto l’onore di inviarvi in precedenza, astenermi dal farvi conoscere il mio arrivo a Parigi. Inoltre, riconosco che il tono delle mie lettere richiederebbe molte spiegazioni, ma la discrezione mi impone di rinunciarvi in parte; perciò mi limiterò a esporre semplicemente il motivo che mi ha spinto a scrivervele.
Se Vostra Signoria vorrà prendere informazioni sulla mia condotta e sul mio carattere, sia a Venezia che a Genova, dove ho l’onore di essere conosciuto dal signor de Jonville, sia a Lione che a Ginevra, mia patria, spero che non scoprirete nulla che possa aggravare l’ingiustizia e le violenze di cui il conte di Montaigu ha ritenuto opportuno accoprirmi. I trattamenti che mi ha riservato sono proprio quelli contro i quali un uomo onesto non si preoccupa nemmeno di prendere precauzioni. Con i doveri che mi ero imposto e i sentimenti che mi guidavano, credevo di essere abbastanza superiore a simili avversità da non aver bisogno di cercare nelle mie principie regole di condotta in tali circostanze. Il zelo e l’accuratezza con cui ho adempiuto al compito che Sua Eccellenza mi aveva affidato non dovrebbero avermi ispirato alcuna diffidenza: forse sarò abbastanza fortunato da farvi sentire parlare di me da qualcuno che sia in grado di giudicare la situazione e che non abbia alcun interesse a diffamarmi. Se quindi, Signora, vi ho scritto qualcosa di irregolare, vi supplico di perdonarmi a causa del terribile turbamento e della disperazione in cui mi hanno gettato tali strani trattamenti. C’è forse nulla di più triste per un uomo onesto che vedere il proprio onore diffamato pubblicamente e la propria vita messa in pericolo, senza alcun motivo apparente, solo a causa di meschini litigi d’interesse, senza nemmeno la possibilità di difendersi o di giustificarsi? Inutilemente ho temuto di fare la figura dello sciocco; dopotutto, il subordinato ha sempre torto rispetto al superiore. Non ho visto altra via se non quella di presentare rappresentazioni giuste e rispettose per difendere il mio onore offeso. Non sono i trattamenti del conte di Montaigu in sé a offendermi; ho motivo di ritenere che lui non sia abbastanza conoscitore dei meriti altrui da dare un’importanza eccessiva alla sua stima. Ma, Signora, cosa penserà il pubblico, che si accontenta di giudicare dalle apparenze e raramente si prende la briga di verificare se la persona maltrattata se lo sia meritata? Sono le persone che amano l’equità e che hanno il diritto di approfondire le cose a rimediare all’ingiustizia del pubblico e a ristabilire l’onore di un uomo onesto che considera la propria vita senza valore quando ha perso la propria reputazione. Non c’è nulla di più semplice in questo caso: se si tratta di questioni d’interesse, il conto che avrò l’onore di presentarvi, scritto di pugno dal conte di Montaigu, è una prova irrefutabile che non potrebbe certo mettere in dubbio la sua buona fede. Se invece si tratta dell’onore, tutta Venezia ha visto con indignazione i trattamenti umilianti a cui mi ha sottoposto. So già di quali colori Sua Eccellenza sa dipingere le persone che ha preso in odio. Se quindi ci si fida ciecamente alle sue parole, non dubito affatto che io sia perduto e disonorato. Ma se Vostra Signoria vorrà prendere informazioni e verificare la situazione, oso sperare che il signor. Il conte di Montaigu mi ha, senza nemmeno pensarci, reso un servizio facendomi conoscere.
Non pretendo, signore, di ottenere alcuna soddisfazione dall’ambasciatore; non ignoro, per quanto giuste possano essere, le ragioni che potrebbero opporsi a tale richiesta; chiedo soltanto di essere punito severamente se sono colpevole. Ma se non lo sono, e se ritenete il mio carattere degno di stima e la mia sorte meritevole di compassione, oso implorare la vostra protezione e qualche segno di benevolenza da parte vostra che possa rimettermi in onore agli occhi del pubblico. Forse riuscirò a recuperare più di quanto abbia perso; tuttavia sento che lo zelo con cui cercherei di meritarmi tale protezione potrebbe, un giorno, far dubitare se abbiate agito verso di me più per generosità che per giustizia.
1745
Lettera XXXIII – Alla signora baronessa di Warens
Lettera XXXIV – A Monsieur Daniel Roguin
Lettera XXXIV – A Monsieur de Voltaire
Lettera XXXVI – Alla signora baronessa di Warens
Tabella della corrispondenza
Lettera XXXIV – A Monsieur Daniel Roguin
[488]
Parigi, 9 luglio 1745.
Non so, signore, quale giudizio possiate formarvi su di me e sul mio comportamento; ma le apparenze sono così contrarie a ciò che realmente sono, che non avrei motivo di lamentarmi nemmeno se il vostro parere fosse sfavorevole. Non pensereste allo stesso modo se poteste leggere nel profondo della mia anima: l’amarezza e la sofferenza che vi trovereste non sono certo i sentimenti di un uomo capace di dimenticare i propri doveri.
Vous connaissez à peu près ma situation. La première fois que j’aurai l’honneur de vous voir en particulier, je vous expliquerai la nature de mes ressources : vous jugerez des secours qu’elles peuvent me produire, et de la confiance que j’y dois donner. Je n’ai plus reçu de réponse de mon coquin, et je commence à désespérer tout-à-fait d’en tirer raison. Cependant une impuissance que je n’ai pu prévoir me met dans la triste nécessité de payer de délais, vous le premier, vous mon bon généreux ami et bienfaiteur, et les autres honnêtes gens qui, comme vous, ont bien voulu s’incommoder pour soulager mes besoins et fonder sur ma probité des sûretés qu’ils ne pouvaient attendre de ma fortune. Le juge des coeurs lit dans le mien : si leur espérance a été trompée, mon impuissance actuelle doit d’autant moins m’être imputée à crime, que, selon toutes les règles de la prudence humaine, je n’ai pas dû la prévoir dans le temps que j’ai si malheureusement abusé de votre confiance et de votre amitié, à moins qu’on ne veuille que mes malheurs passés n’eussent dû me servir de leçon, pour me préparer à d’autres encore moins vraisemblables. Ainsi privé de toutes ressources et réduit à des espérances vagues et éloignées, je lutte contre la pauvreté depuis mon arrivée à Paris ; et mes démarches sont si droites qu’à la moindre lueur de quelque avantage je vous avais prié, même avant de le pouvoir, de trouver bon que je fisse par partie ce que je ne pouvais faire tout à la fois : mais mon infortune ordinaire m’a encore ôté jusqu’ici les moyens de satisfaire mon empressement à cet égard. Vous savez que j’ai entrepris un ouvrage[489] sur lequel je fondais des ressources suffisantes pour m’acquitter : il traînait si fort en longueur, que je me suis déterminé à venir m’emprisonner à l’hôtel Saint-Quentin, sans me permettre d’en sortir que je ne l’eusse achevé ; c’est ce que je viens de faire. Je ne vous dirai point s’il est bon ou mauvais ; vous en jugerez. Il n’est guère possible que les dispositions d’un esprit affligé et mélancolique n’influent sur ses productions ; mais je prévois déjà tant d’obstacles à le faire valoir, qu’il pourrait être bon à pure perte, et que je suis bien trompé s’il n’a le succès ordinaire à tout ce que j’entreprends. Quoi qu’il en soit, je n’épargnerai ni peines ni soins pour vaincre les difficultés, soit de ce côté, soit de tout autre, qui pourraient produire le même effet pour ce qui vous regarde. Je vous dirai même plus : je suis si dégoûté de la société et du commerce des hommes, que ce n’est que la seule loi de l’honneur qui me retient ici, et que si jamais je parviens au comble de mes voeux, c’est-à-dire à ne devoir plus rien, on ne me reverra pas à Paris vingt-quatre heures après.
Telles sont, mon cher monsieur, les dispositions de mon âme. Je suis fort à plaindre, sans doute ; mais je me sens toujours digne de votre estime, et je vous supplie de ne me l’ôter que quand vous me verrez oublier mon devoir et mon immortelle reconnaissance : c’est vous la demander pour toujours. Je vous avoue ingénument que, sur le point de vous aller voir, je n’ai pas osé reparaître devant vous sans m’assurer, en quelque manière, de vos dispositions à mon égard, par une justification que mes malheurs seuls, et non mes sentiments, rendent nécessaire.
Je vous supplie de savoir si l’on ne pourrait pas engager le marchand à reprendre la veste, en y perdant ce qu’il voudra. J’ai aussi, encore neufs, plusieurs des autres effets ; mais, comme je me flatte que le paiement en est moins éloigné que la restitution ne vous en serait onéreuse, je ne vous en parle point.
Mes respects, je vous supplie, à madame Duplessis et à mademoiselle. J’ai l’honneur d’être avec le plus tendre et le plus immortel attachement, monsieur, etc.
Lettre XXXVI – À Madame la baronne de Warens
… 1745[491].
Je dois, ma très chère maman, vous donner avis que, contre toute espérance, j’ai trouvé le moyen de faire recommander votre affaire à M. le comte de Castellane de la manière la plus avantageuse : c’est par le ministre même qu’il en sera chargé, de manière que, ceci devenant une affaire de dépêches, vous pouvez vous assurer d’y avoir tous les avantages que la faveur peut prêter à l’équité. J’ai été contraint de dresser, sur les pièces que vous m’avez envoyées, un mémoire dont je joins ici la copie, afin que vous voyiez si j’ai pris le sens qu’il fallait : j’aurai le temps, si vous vous hâtez de me répondre, d’y faire les corrections convenables, avant que de le faire donner ; car la cour ne reviendra de Fontainebleau que dans quelques jours. Il faut d’ailleurs que vous vous hâtiez de prendre sur cette affaire les instructions qui vous manquent ; et il est, par exemple, fort étrange de ne savoir pas même le nom de baptême des personnes dont on répète la succession. Vous savez aussi que rien ne peut être décidé dans des cas de cette nature sans de bons extraits baptistaires et du testateur et de l’héritier, légalisés par les magistrats du lieu, et par les ministres du roi qui y résident. Je vous avertis de tout cela afin que vous vous munissiez de toutes ces pièces, dont l’envoi de temps à autre servira de mémoratif, qui ne sera pas inutile. Adieu, ma chère maman ; je nie propose de vous écrire bien au long sur mes propres affaires, mais j’ai des choses si peu réjouissantes à vous apprendre que ce n’est pas la peine de se hâter.
MÉMOIRE.
N. N. De La Tour, gentilhomme du pays de Vaud, étant mort à Constantinople, et ayant établi le sieur Honoré Pelico, marchand français, pour son exécuteur[492] testamentaire, à la charge de faire parvenir ses biens à ses plus proches parents ; Françoise de La Tour, baronne de Warens, qui se trouve dans le cas[493], souhaiterait qu’on pût agir auprès dudit sieur Pelico, pour l’engager à se dessaisir desdits biens en sa faveur, en lui démontrant son droit. Sans vouloir révoquer en doute la bonne volonté dudit sieur Pelico, il semble, par le silence qu’il a observé jusqu’à présent envers la famille du défunt, qu’il n’est pas pressé d’exécuter ses volontés. C’est pourquoi il serait à désirer que M. l’ambassadeur voulût interposer son autorité pour l’examen et la décision de cette affaire. Ladite baronne de Warens ayant eu ses biens confisqués pour cause de la religion catholique qu’elle a embrassée, et n’étant pas payée des pensions que le roi de Sardaigne et ensuite sa majesté catholique lui ont assignées sur la Savoie, ne doute point que la dure nécessité où elle se trouve ne soit un motif de plus pour intéresser en sa faveur la religion de Son Excellence.
1747
Lettre XXXVII – À Madame la baronne de Warens
Lettre XXXVIII – À Madame la baronne de Warens
Lettre XXXIX – À Madame la baronne de Warens
Table de la correspondance
Lettre XXXVIII – À Madame la baronne de Warens
Février 1747.
Madame,
J’ai lu et copié le nouveau mémoire que vous avez pris la peine de m’envoyer : j’approuve fort le retranchement que vous avez fait, puisque outre que c’était un assez mauvais verbiage, c’est que, les circonstances n’en étant pas conformes à la vérité, je me faisais une violente peine de les avancer ; mais aussi il ne fallait pas me faire dire au commencement que j’avais abandonné tous mes droits et prétentions, puisque, rien n’étant plus manifestement faux, c’est toujours mensonge pour mensonge, et, de plus, que celui-là est bien plus aisé à vérifier.
Quant aux autres changements, je vous dirai là-dessus, madame, ce que Socrate répondit autrefois à un certain Lysias. Ce Lysias était le plus habile orateur de son temps, et, dans l’accusation où Socrate fut condamné, il lui apporta un discours qu’il avait travaillé avec grand soin, où il mettait ses raisons et les moyens de Socrate dans tout leur jour. Socrate le lut avec plaisir, et le trouva fort bien fait ; mais il lui dit franchement qu’il ne lui était pas propre. Sur quoi Lysias lui ayant demandé comment il était possible que ce discours fût bien fait s’il ne lui était pas propre. De même, dit-il, en se servant, selon sa coutume, de comparaisons vulgaires, qu’un excellent ouvrier pourrait m’apporter des habits ou des souliers magnifiques, brodés d’or, et auxquels il ne manquerait rien, mais qui ne me conviendraient pas. Pour moi, plus docile que Socrate, j’ai laissé le tout comme vous avez jugé à propos de le changer, excepté deux ou trois expressions de style seulement, qui m’ont paru s’être glissées par mégarde.
You are roughly aware of my situation. The first time I have the honor of meeting you in person, I will explain to you the nature of my resources: you can then judge the assistance they can provide me and the trust I must place in them. I have not received any response from that young man, and I am beginning to despair entirely of obtaining any resolution to this matter. However, an inability that I could not foresee has put me in the sad necessity of delaying my payments—first and foremost to you, my kind and generous friend and benefactor, as well as to all those honest people who, like you, have taken the trouble to assist me in my needs, relying on my integrity for assurances that they could not have expected from my fortune. The judge of hearts can read into mine: if their hopes have been disappointed, my current inability should be even less held against me as a crime, for, according to all rules of human prudence, I had no way of anticipating it at the time when I so unhappily abused your trust and friendship—unless one were to say that my past misfortunes should have served as a lesson to prepare me for even more improbable future hardships. Thus, deprived of all resources and left with only vague and distant hopes, I have been struggling against poverty since my arrival in Paris; and my efforts have been so earnest that, at the slightest glimmer of hope for some advantage, I had already asked you, even before I could possibly achieve it, to forgive me for taking steps that I could not undertake simultaneously. But my ongoing misfortune has once again deprived me of the means to fulfill this desire. You know that I undertook a project upon which I relied to support myself; it took so long to complete that I decided to imprison myself at the Hôtel Saint-Quentin, resolving not to leave until it was finished—which I have just done. I will not tell you whether it is good or bad; you can judge for yourself. It is hardly possible for the state of a troubled and melancholic mind not to affect one’s work; but I already foresee so many obstacles to its success that it might prove futile, and I would be greatly mistaken if it did not achieve the usual success in everything I undertake. In any case, I will spare no effort or care to overcome any difficulties, whether on this front or any other, that might affect you in any way. I would even go further: I am so weary of human society and companionship that it is only the dictates of honor that keep me here; and if I ever achieve my ultimate goal—namely, no longer needing anything—I will not be seen in Paris for twenty-four hours after that.
Such are, my dear sir, the state of my soul. I am undoubtedly in a very pitiable condition; yet I still feel worthy of your esteem, and I beg you not to take it away from me unless you see me forget both my duty and my eternal gratitude—such gratitude I ask you to grant me forever. I confess frankly that, on the point of going to see you, I did not dare to appear before you without some assurance of your feelings toward me; an assurance that only my misfortunes, and not my sentiments, made necessary.
I implore you to consider whether it would be possible to persuade the merchant to take back the jacket, allowing him to lose whatever amount he deems appropriate. I also have several other items that are still in new condition; however, since I believe that paying for them is less of a problem than having you restore them at such great expense, I do not mention them here.
With all my respect, I implore you, Madame Duplessis and Mademoiselle. I am honored to be connected by the tenderest and most enduring bond—Monsieur, etc.
Letter XXXVI – To Baroness de Warens
… 1745[491].
My very dear mother, I must inform you that, against all expectations, I have found a way to ensure that your matter is presented to Monsieur the Count of Castellane in the most favorable manner possible: it will be handled directly by the minister himself, so that, since this becomes an official affair involving correspondence, you can be certain of enjoying all the advantages that such favor can bring to the fairness of the process. I was obliged to prepare a memorandum based on the documents you sent me; I attach a copy here for your review, so you can see whether I have understood them correctly. If you respond promptly, I will have time to make any necessary corrections before submitting it, as the court will not return from Fontainebleau until in a few days. Moreover, you must act quickly and take the necessary steps regarding this matter; for example, it is quite strange not even to know the baptismal names of the people involved in the succession. You also know that in cases like this, nothing can be decided without proper baptismal records and the will of the testator, as well as those of the heir, all duly authenticated by the local authorities and the ministers of the king who are resident there. I am informing you of all this so that you can prepare all these necessary documents, and their regular dispatch will serve as a useful reminder for us both. Adieu, my dear mother; I have no desire to write at length about my own affairs, but what I have to tell you is so unpleasant that there is no point in hurrying.
MEMORIE.
N. N. De La Tour, a gentleman from the region of Vaud, having died in Constantinople, appointed Mr. Honoré Pelico, a French merchant, as his executor[492], with the task of ensuring that his estate was delivered to his closest relatives; Françoise de La Tour, Baroness of Warens, who falls within this category[493], would like it if someone could approach said Mr. Pelico and persuade him to relinquish the estate in her favor by demonstrating her rights to it. Without wishing to question the good intentions of Mr. Pelico, it seems that, given his silence so far regarding the deceased’s family, he is not eager to carry out the latter’s wishes. Therefore, it would be desirable if the Ambassador were to intervene and use his authority to examine and resolve this matter. The Baroness of Warens, having had her property confiscated due to her adherence to Catholicism, and not receiving the pensions that the King of Sardinia and later His Catholic Majesty had assigned her in Savoy, is certain that her dire circumstances provide yet another reason to urge His Excellency’s religion to intervene in her favor.
1747
Letter XXXVII – To Baroness de Warens
Letter XXXVIII – To Baroness de Warens
Letter XXXIX – To Baroness de Warens
Correspondence Table
Letter XXXVIII – To Baroness de Warens
February 1747.
Madam,
I have read and copied the new memorandum you took the trouble to send me: I fully agree with the deletions you made, since not only was the language used quite poor, but also, given that the circumstances described did not correspond to the truth, I found it extremely difficult to proceed with presenting those claims. Moreover, it would have been wrong for you to state at the beginning that I had abandoned all my rights and claims, especially since what was stated there was so obviously false—after all, a lie is still a lie, and in this case, it is even easier to prove that it is false.
As for the other changes, madam, I would tell you what Socrates once replied to a certain Lysias on this matter. This Lysias was the most skilled orator of his time, and in the accusation that led to Socrates’ condemnation, he presented him with a carefully prepared speech that laid out Socrates’ arguments and methods in great detail. Socrates read it with pleasure and found it well-written; but he told Lysias frankly that it did not suit him. When Lysias asked how such a speech could be good if it did not suit him, Socrates replied that just as an excellent craftsman might make me beautiful clothes or shoes, embroidered in gold and lacking nothing, they would still not suit me. As for me, being more docile than Socrates, I left everything as you deemed appropriate to change—except for two or three stylistic expressions that I believed had been inadvertently included.
Conoscete piuttosto bene la mia situazione. La prima volta che avrò l’onore di vedervi personalmente, vi spiegherò la natura delle mie risorse: giudicherete voi stesso quali aiuti esse possano fornirmi e quale fiducia io debba riporre in esse. Non ho più ricevuto risposta dal mio amico, e comincio davvero a disperare di poter ottenere qualcosa da lui. Tuttavia, una situazione che non avrei potuto prevedere mi costringe, con grande rammarico, ad accumulare ritardi nel pagamento dei debiti, soprattutto nei confronti vostri, mio caro e generoso amico e benefattore, così come di altre persone oneste che, proprio come voi, si sono preso la briga di aiutarmi, fidandosi della mia integrità. Il “giudice dei cuori” legge nel mio: se le loro speranze sono state deluse, la mia attuale impotenza non può certo essere considerata un crimine, poiché, secondo tutte le regole della prudenza umana, non avrei dovuto prevederla quando ho così sfortunatamente abusato della vostra fiducia e della vostra amicizia, a meno che i miei passati mali non debbano essere considerati una lezione per il futuro. Privo di ogni risorsa, costretto ad affidarmi a speranze vaghe e lontane, lotto contro la povertà da quando sono arrivato a Parigi. E le mie azioni sono così oneste che, non appena si presenta anche solo una minima possibilità di successo, vi ho chiesto, ancora prima di poterla concretizzare, di permettermi di compiere almeno in parte ciò che non riuscivo a fare tutto insieme. Ma la mia sfortuna continua ad impedirmi di realizzare i miei desideri. Sapete che avevo intrapreso un lavoro su cui contavo per ottenere i mezzi necessari per portarlo a termine. Ma esso richiedeva troppo tempo, quindi ho deciso di venire rinchiuso all’Hôtel Saint-Quentin, promettendomi di non uscire finché non l’avessi completato. Ed è proprio ciò che ho fatto. Non vi dirò se questo lavoro sia utile o inutile, voi ne giudicherete. È quasi inevitabile che lo stato d’animo di una persona afflitta e malinconica influisca sulle sue opere. Ma prevedo già tanti ostacoli al suo successo, che potrebbe rivelarsi un tentativo vano. E sarei davvero ingannato se non ottenesse il risultato sperato. Comunque sia, non risparmierò sforzi né impegni per superare tutte le difficoltà, sia di questo tipo che di altri. Che possano influenzare negativamente la realizzazione dei miei obiettivi. Vi dirò persino di più: sono così disgustato dalla società e dal rapporto con gli uomini, che è soltanto la legge dell’onore a trattenermi qui. E se mai riuscirò nel mio intento, cioè a non dover più nulla a nessuno, non vi vedrò più a Parigi per ventiquattro ore.
Ecco, caro signore, quali sono le disposizioni del mio animo. Sono certamente molto da compiangere; ma mi sento sempre degno della vostra stima, e vi supplico di non togliermela se non quando vedrete che ho dimenticato il mio dovere e la mia eterna riconoscenza verso di voi: è questo ciò che chiedo per sempre. Vi confesso francamente che, nel momento di andare da voi, non ho osato presentarmi davanti a voi senza assicurarmi, in qualche modo, della vostra disposizione nei miei confronti, attraverso una giustificazione resa necessaria soltanto dai miei mali, e non dai miei sentimenti.
Vi supplico di verificare se non si potrebbe convincere il commerciante a riprendere la giacca, perdendo lui stesso ciò che desidera. Ho anche altri oggetti, ancora nuovi; tuttavia, poiché ritengo che il pagamento sia meno lontano rispetto al costo che una loro restituzione vi causerebbe, non vi ne parlo.
Con i miei rispetti, vi supplico, signora Duplessis e signorina. Ho l’onore di essere legato a voi con il sentimento più tenero e più eterno, signore, ecc.
Lettera XXXVI – Alla signora baronessa di Warens
… 1745[491].
Mia molto cara mamma, devo informarvi che, contro ogni aspettativa, sono riuscito a far sì che la vostra causa venisse presentata al conte di Castellane nel modo più vantaggioso possibile: sarà lo stesso ministro ad occuparsene, in modo che questa questione venga trattata con la massima celerità e imparzialità. Sono stato costretto a redigere un memoriale basato sulle carte che mi avete inviato; vi allego qui una copia affinché possiate verificare se ho interpretato correttamente i contenuti. Se risponderete in tempi rapidi, avrò il tempo di apportare le necessarie correzioni prima di inviarlo ufficialmente; la corte non tornerà da Fontainebleau che tra alcuni giorni. Inoltre, è fondamentale che prendiate al più presto tutte le decisioni necessarie riguardo a questa questione: ad esempio, è davvero strano non conoscere nemmeno il nome di battesimo delle persone coinvolte nella successione. Come sapete, in casi del genere nulla può essere deciso senza documenti validi relativi ai battesimi dei soggetti interessati, nonché al testatore e all’erede, legalizzati dai magistrati locali e dai ministri reali residenti nella zona. Vi avviso di tutto ciò affinché vi assicuriate di avere a disposizione tutte queste carte; la loro invio periodico potrà rivelarsi utile come promemoria. Addio, mia cara mamma. Non ho alcuna voglia di scrivervi troppo a lungo riguardo alle mie faccende personali, ma ciò che devo comunicarvi è così poco piacevole che non vale la pena affrettarsi.
MEMORIA.
N. N. De La Tour, gentiluomo della regione del Vaud, essendo morto a Costantinopoli, aveva nominato il signor Honoré Pelico, mercante francese, suo esecutore testamentario, incaricandolo di far pervenire i suoi beni ai suoi parenti più prossimi. Françoise de La Tour, baronessa di Warens, che si trova in questa situazione, desidererebbe che si potesse intervenire presso il suddetto signor Pelico affinché si disfacesse dei suddetti beni a suo favore, dimostrandogli i suoi diritti. Senza voler mettere in dubbio la buona volontà del signor Pelico, sembra che, considerando il silenzio mantenuto finora da parte sua nei confronti della famiglia del defunto, non sia particolarmente desideroso di eseguire le sue ultime volontà. Per questo motivo, sarebbe auspicabile che l’ambasciatore intervenisse con la sua autorità per esaminare e decidere questa questione. La suddetta baronessa di Warens, avendo visto i suoi beni confiscati a causa della religione cattolica che aveva adottato, e non ricevendo le pensioni assegnatele dal re di Sardegna e successivamente dalla sua maestà cattolica in Savoia, non dubita affatto che la difficile situazione in cui si trova costituisca un ulteriore motivo per interessare a suo favore la religione di Sua Eccellenza.
1747
Lettera XXXVII – Alla signora baronessa di Warens
Lettera XXXVIII – Alla signora baronessa di Warens
Lettera XXXIX – Alla signora baronessa di Warens
Tabella della corrispondenza
Lettera XXXVIII – Alla signora baronessa di Warens
Febbraio 1747.
Signora,
Ho letto e copiato il nuovo memoriale che vi siete preso la briga di inviarmi: approvo pienamente le modifiche che avete apportato, poiché non solo quel testo era piuttosto scadente dal punto di vista linguistico, ma anche perché le circostanze descritte non corrispondevano alla verità; per questo motivo mi sarebbe stato molto difficile presentarlo. Inoltre, non avreste dovuto far menzionare all’inizio che avevo abbandonato tutti i miei diritti e pretese, poiché nulla di ciò che era descritto poteva essere più palesemente falso. E comunque, mentire è sempre mentire, e in questo caso la menzogna risulta persino più facile da verificare.
Per quanto riguarda gli altri cambiamenti, signora, vi dirò ciò che Socrate rispose un tempo a un certo Lisia. Questo Lisia era il più abile oratore del suo tempo; nell’accusa con cui Socrate fu condannato, gli portò un discorso che aveva preparato con grande cura, nel quale espondeva tutte le ragioni e i metodi di Socrate in modo molto dettagliato. Socrate lo lesse con piacere e lo trovò ben scritto; ma gli disse francamente che non era adatto a lui. Allora Lisia gli chiese come fosse possibile che un discorso del genere fosse ben scritto se non gli si addiceva. “Allo stesso modo”, rispose Socrate, “anche se un ottimo artigiano mi portasse abiti o scarpe magnifici, ricamati d’oro e senza alcun difetto, essi non mi starebbero bene. Io, più docile di Socrate, ho lasciato tutto com’era, tranne che per due o tre espressioni stilistiche che, a mio parere, sono state inserite per errore.”
J’ai été plus hardi à la fin : je ne sais quelles pouvaient être vos vues en faisant passer la pension par les mains de Son Excellence ; mais l’inconvénient en saute aux yeux, car il est clair que si j’avais le malheur, par quelque accident imprévu, de lui survivre, ou qu’il tombât malade, adieu la pension. En coûtera-t-il davantage pour l’établir le plus solidement qu’on pourra ? c’est chercher des détours qui vous égarent, pendant qu’il n’y a aucun inconvénient à suivre le droit chemin. Si ma fidélité était équivoque, et qu’on put me soupçonner d’être homme à détourner cet argent ou à en faire un mauvais usage, je me serais bien gardé de changer l’endroit aussi librement que je l’ai fait ; et ce qui m’a engagé à parler de moi, c’est que j’ai cru pénétrer que votre délicatesse se faisait quelque peine qu’on put penser que cet argent tournât à votre profit ; idée qui ne peut tomber que dans l’esprit d’un enragé. Quoi qu’il en soit, j’espère bien n’en jamais souiller mes mains.
Vous avez, sans doute par mégarde, joint au mémoire une feuille séparée que je ne suppose pas qui fût à copier : en effet, ne pourrait-on pas me demander de quoi je me mêle là ? et moi, qui assure être séquestré de toute affaire civile, me siérait-il de paraître si bien instruit de choses qui ne sont pas de ma compétence ?
Quant à ce qu’on me fait dire que je souhaiterais n’être pas nommé, c’est une fausse délicatesse que je n’ai point : la honte ne consiste pas à dire qu’on reçoit, mais à être obligé de recevoir ; je méprise les détours d’une vanité mal entendue autant que je fais cas des sentiments élevés. Je sens pourtant le prix d’un pareil ménagement de votre part et de celle de mon oncle ; mais je vous en dispense l’un et l’autre. D’ailleurs, sous quel nom, dites-moi, feriez-vous enregistrer la pension ?
Je fais mille remerciements au très cher oncle : je connais tous les jours mieux quelle est sa bonté pour moi ; s’il a obligé tant d’ingrats en sa vie, il peut s’assurer d’avoir au moins trouvé un coeur reconnaissant ; car, comme dit Sénèque,
Multa perdenda surit, ut semel ponas benè.
Ce latin-là, c’est pour l’oncle : en voici pour vous la traduction française :
Perdez force bienfaits pour en bien placer un.
Il y a longtemps que vous pratiquez cette sentence, sans, je gage, l’avoir jamais lue dans Sénèque.
Je suis, dans la plus grande vivacité de tous mes sentiments, etc.
Lettre XXXIX – À Madame la baronne de Warens
Paris, le 17 décembre 1747.
Il n’y a que six jours, ma très chère maman, que je suis de retour de Chenonceau[495]. En arrivant, j’ai reçu votre lettre du 2 de ce mois, dans laquelle vous me reprochez mon silence, et avec raison, puisque j’y vois que vous n’avez point reçu celle que je vous avais écrite de là, sous l’enveloppe de l’abbé Giloz. J’en viens de recevoir une de lui-même, dans laquelle il me fait les mêmes reproches. Ainsi je suis certain qu’il n’a point reçu son paquet, ni vous votre lettre ; mais ce dont il semble m’accuser est justement ce qui me justifie. Car, dans l’éloignement où j’étais de tout bureau pour affranchir, je hasardai ma double lettre sans affranchissement, vous marquant à tous les deux combien je craignais qu’elle n’arrivât pas, et que j’attendais votre réponse pour me rassurer : je ne l’ai point reçue cette réponse, et j’ai bien compris par là que vous n’aviez rien reçu, et qu’il fallait nécessairement atteindre mon retour à Paris pour écrire de nouveau. Ce qui m’avait encore enhardi à hasarder cette lettre, c’est que l’année dernière il vous en était parvenu une, par je ne sais quel bonheur, que j’avais hasardée de la même manière, dans l’impossibilité de faire autrement. Pour la preuve de ce que je dis, prenez la peine de faire chercher au bureau du Pont un paquet endossé de mon écriture à l’adresse de M. l’abbé Giloz, etc. Vous pourrez l’ouvrir, prendre votre lettre, et lui envoyer la sienne : aussi bien contiennent-elles des détails qui me coûtent trop pour me résoudre à les recommencer.
M. Descreux vint me voir le lendemain de mon arrivée ; il me dit qu’il avait de l’argent à votre service et qu’il avait un voyage à faire, dans lequel il comptait vous voir en passant et vous offrir sa bourse. Il a beau dire, je ne la crois guère en meilleur état que la mienne. J’ai toujours regardé vos lettres de change qu’il a acceptées comme un véritable badinage. Il en acceptera bien pour autant de millions qu’il vous plaira, au même prix ; je vous assure que cela lui est fort égal. Il est fort sur le zéro, aussi bien que M. Baqueret,‘et je ne doute pas qu’il n’aille achever ses projets au même lieu. Du reste, je le crois fort bon homme, et qui même allie ‘deux choses rares à trouver ensemble, la folie et l’intérêt.
Par rapport à moi, je ne vous dis rien ; c’est tout dire. Malgré les injustices que vous me faites intérieurement, il ne tiendrait qu’à moi de changer en estime et en compassion vos perpétuelles défiances envers moi. Quelques explications suffiraient pour cela : mais votre coeur n’a que trop de ses propres maux, sans avoir encore à porter ceux d’autrui ; j’espère toujours qu’un jour vous me connaîtrez mieux, et vous m’en aimerez davantage.
Je remercie tendrement le frère de sa bonne amitié, et l’assure de toute la mienne. Adieu, trop chère et trop bonne maman ; je suis de nouveau à l’hôtel du Saint-Esprit, rue Plâtrière.
J’ai différé quelques jours à faire partir cette lettre, sur l’espérance que m’avait donnée M. Des-creux de me venir voir avant son départ ; mais je l’ai attendu inutilement, et je le tiens parti ou perdu.
1748
Lettre XL – À M. Altuna
Lettre XLI – À Madame la baronne de Warens
Table de la correspondance
Lettre XLI – À Madame la baronne de Warens
Paris, le 26 août 1748.
Je n’espérais plus, ma très bonne maman, d’avoir le plaisir de vous écrire ; l’intervalle de ma dernière lettre a été rempli coup sur coup de deux maladies affreuses. J’ai d’abord eu une attaque de colique néphrétique, fièvre, ardeur et rétention d’urine ; la douleur s’est calmée à force de bains, de nitre, et d’autres diurétiques ; ‘mais la difficulté d’uriner subsiste toujours, et la pierre qui du rein est descendue dans la vessie, ne peut en sortir que par l’opération : mais, ma santé ni ma bourse ne me laissant pas en état d’y songer, il ne me reste plus de ce côté-là que la patience et la résignation, remèdes qu’on a toujours sous la main, mais qui ne guérissent pas de grand-chose.
En dernier lieu, je viens d’être attaqué de violentes coliques d’estomac, accompagnées de vomissements continuels et d’un flux de ventre excessif. J’ai fait mille remèdes inutiles, j’ai pris l’émétique, et en dernier lieu le simarouba[498] ; le vomissement est calmé, mais je ne digère plus du tout. Les aliments sortent tels que je les ai pris ; il a fallu renoncer même au riz qui m’avait été prescrit, et je suis réduit à me priver presque de toute nourriture, et par-dessus tout cela d’une faiblesse inconcevable.
Cependant le besoin me chasse de la chambre, et je me propose de faire demain ma première sortie ; peut-être que le grand air et un peu de promenade me rendront quelque chose de mes forces perdues. On m’a conseillé l’usage de l’extrait de genièvre, mais il est ici bien moins bon et beaucoup plus cher que dans nos montagnes.
Et vous, ma chère maman, comment êtes-vous à présent ? Vos peines ne sont-elles point calmées ? n’êtes-vous point apaisée au sujet d’un malheureux fils, qui n’a prévu vos peines que de trop loin, sans jamais les pouvoir soulager ? Vous n’avez connu ni mon coeur ni ma situation. Permettez-moi de vous répondre ce que vous m’avez dit si souvent : vous ne me connaîtrez que quand il n’en sera plus temps.
I became bolder towards the end: I have no idea what your intentions might have been in having the pension handled by His Excellency; but the disadvantages are obvious—clearly, if I were unfortunate enough to outlive him through some unforeseen accident, or if he fell ill, the pension would be lost. Wouldn’t it cost more to establish it in a far more secure way? Such considerations are merely detours that lead you astray, when there is no disadvantage at all in following the straight path. If my loyalty were questionable, and if anyone could suspect me of misappropriating or misusing this money, I would never have changed the arrangement so freely as I did. The reason I decided to speak about myself was because I believed that your sensitivity might be troubled by the thought that this money might benefit you in some way—an idea that could only arise in the mind of a madman. In any case, I hope to never stain my own hands with it.
You must have, perhaps inadvertently, attached a separate sheet to the memorandum; I doubt it was intended to be copied. After all, someone might ask me what right I have to interfere in such matters. And since I claim to be completely detached from any civil affairs, would it be appropriate for me to appear so well-versed in matters that are not within my competence?
As for what people tell me—that I would prefer not to be named—this is a false delicacy that I do not possess at all: Shame does not lie in admitting that one receives something, but in being forced to receive it. I despise the subtleties of poorly understood vanity just as much as I value noble sentiments. Nevertheless, I appreciate the consideration you and my uncle have shown in this matter; but I am free from both your concern and your offer. Besides, under what name, tell me, would you have the pension registered?
I owe countless thanks to my dear uncle: every day I come to understand better just how kind he has been to me. If he has helped so many ungrateful people in his life, he can be certain that at least he has found one grateful heart; for, as Seneca said.
Many things are lost when one seeks to gain good in the same manner.
That Latin is for the uncle; here is the French translation for you:
Lose some of your power and benefits in order to properly place one.
You have been practicing this phrase for a long time, yet I guess you have never read it in Seneca’s works.
I am, with the utmost intensity of all my emotions, etc.
Letter XXXIX – To Baroness de Warens
Paris, December 17, 1747.
It has only been six days, my dear mother, since I returned from Chenonceau[495]. Upon arriving, I received your letter dated the 2nd of this month, in which you reprimand me for my silence—and with good reason, for it appears that you have not received the letter I sent you from there, enclosed within the envelope of Abbe Giloz. I have just received a letter from him himself, in which he makes the same reproaches to me. Thus, I am certain that neither he nor you have received our packages; yet what he seems to be accusing me of is precisely what serves as my defense. For, being so far away from any office where I could have the letters stamped and sent, I took the risk of sending them without such stamps, informing both you and him how much I feared they might not arrive, and how I was waiting for your reply to feel reassured. I have not received that reply, and from this I understand that neither of us has received anything; it was therefore necessary to wait until my return to Paris before writing again. What further encouraged me to take such a risk was the fact that last year, by some fortunate chance, you had received a letter from me sent in the same way, since there was no other way I could have done it. To prove what I am saying, please take the trouble to have a package bearing my handwriting and addressed to Monsieur Abbe Giloz searched for at the post office. You can open it, take your letter, and send him his own: both letters contain details that are too personal for me to dare repeat them.
Mr. Descreux came to see me the day after my arrival; he told me that he had some money at your disposal and that he was about to embark on a journey during which he planned to stop by and offer you his funds. But whatever he says, I don’t believe those funds are in any better shape than mine. I have always regarded the promissory notes he accepted as nothing but mere jest. He would accept millions from you, at the same rate—I assure you, it means absolutely nothing to him. He is just as broke as Mr. Baqueret; I don’t doubt he will end up pursuing his projects in the very same place. Anyway, I think he is a fairly good man—one who even combines two rare qualities: madness and greed.
As for me, I say nothing to you; that is saying enough. Despite the injustices you inflict upon me inwardly, it would solely depend on me to turn your constant hostility towards me into respect and compassion. A few explanations would be sufficient for that; but your heart is already burdened with its own troubles, without having to bear those of others as well. I still hope that one day you will come to know me better and love me even more.
I sincerely thank this brother for his wonderful friendship and assure him of mine. Goodbye, my too dear and too kind mother; I am once again at the Hôtel du Saint-Esprit, on Rue Plâtrière.
I delayed sending this letter for a few days, in the hope that Mr. Des-creux would come to see me before he left; but I waited in vain, and now I consider him either gone or lost.
1748
Letter XL – To Mr. Altuna
Letter XLI – To Baroness de Warens
Correspondence Table
Letter XLI – To Baroness de Warens
Paris, August 26, 1748.
I no longer hoped, my dear mother, to have the pleasure of writing to you; the period since my last letter was filled with two terrible illnesses one after another. First, I suffered from an attack of nephritic colic, accompanied by fever, pain, and difficulty in urinating. The pain subsided somewhat through baths, nitre, and other diuretics; however, the difficulty in urinating persisted. The stone that had moved from my kidney into my bladder could only be removed through surgery. But since both my health and my financial situation do not allow me to consider such an operation, all I have left is patience and resignation—remedies that are always at hand, yet often of little real help.
Lastly, I have been afflicted with severe stomach cramps, accompanied by continuous vomiting and excessive intestinal activity. I tried countless ineffective remedies, including emetics, and ultimately used simarouba[498]; the vomiting has subsided, but I am now unable to digest anything at all. The food simply passes through my body as it is; I even had to give up the rice that was prescribed for me, and I am now forced to deprive myself of almost all nourishment. On top of everything else, I suffer from an incredible degree of weakness.
However, the need drives me out of the room; I have decided to go on my first outing tomorrow. Perhaps the fresh air and a little walk will help me regain some of my lost strength. People have advised me to use juniper extract, but here it is of much lower quality and significantly more expensive than in our mountains.
And you, my dear mother, how are you now? Have your pains not lessened at all? Are you not any more distressed by the thought of a unfortunate son who foresaw your sufferings only too late, never being able to alleviate them? You have never known my heart nor understood my situation. Allow me to reply to you with what you have so often said to me: you will never truly understand me until it is too late.
Alla fine sono stato più audace: non so quali potessero essere le vostre intenzioni nel far passare la pensione attraverso le mani di Sua Eccellenza; ma gli svantaggi di questa soluzione sono evidenti, poiché è chiaro che, se per qualche incidente imprevisto dovessi sopravvivere a lui, o se lui dovesse ammalarsi, la pensione sarebbe persa. Non costerebbe di più stabilirla nel modo più sicuro possibile? È come cercare vie traverse che vi confondono, quando invece non c’è alcun inconveniente nel seguire la strada giusta. Se la mia fedeltà fosse stata dubbia, e si potesse sospettare che fossi disposto a deviare quei soldi o ad usarli in modo improprio, mi sarei ben guardato dal cambiarne il destinatario con tanta facilità; e ciò che mi ha spinto a parlare di me stesso è stato il convincimento che la vostra delicatezza potesse essere offesa dall’idea che quei soldi venissero utilizzati a vostro vantaggio, un’idea che può nascere soltanto nella mente di una persona malvagia. Comunque sia, spero sinceramente di non macchiare mai le mie mani con questo denaro.
Avete, probabilmente per errore, allegato al memoriale una pagina separata che, a mio parere, non doveva essere copiata: infatti, potrebbero chiedermi di cosa mi intrometta in questa faccenda. E io, che dichiaro di essere estraneo a qualsiasi questione civile, sarebbe appropriato da parte mia mostrarmi così ben informato su argomenti che non rientrano nella mia competenza?
Per quanto riguarda ciò che mi viene detto, ovvero che desidererei non essere nominato, si tratta di una falsa delicatezza che io non condivido affatto: l’umiliazione non consiste nel dire di aver ricevuto qualcosa, ma nell’essere costretti a riceverlo; disprezzo le circonlocuzioni derivanti da una vanità malintesa tanto quanto apprezzo i sentimenti elevati. Tuttavia apprezzo molto la considerazione che voi e mio zio dimostrate nei miei confronti; ma non ho bisogno né dell’una né dell’altra. Del resto, con quale nome vorreste far registrare questa pensione?
Esprimo mille ringraziamenti al mio molto caro zio: ogni giorno scopro sempre di più quanto sia buono con me; se nella sua vita ha aiutato tanti ingrati, può essere certo di aver trovato almeno un cuore riconoscente; perché, come dice Seneca.
Si perde molto quando si cerca di ottenere qualcosa in modo sbagliato.
Questo latino è destinato allo zio; ecco la traduzione in italiano per voi:
Perdete i vostri benefici attuali per poterne ottenere uno migliore in futuro.
Praticate questa frase da molto tempo, senza, immagino, averla mai letta nelle opere di Seneca.
Sono, con tutta la vivacità dei miei sentimenti, ecc.
Lettera XXXIX – Alla signora baronessa di Warens
Parigi, 17 dicembre 1747.
Sono tornato da Chenonceau[495] soltanto sei giorni fa, mia amatissima mamma. Al mio arrivo ho ricevuto la vostra lettera del 2 di questo mese, nella quale mi rimproverate il mio silenzio, e a ragione, poiché vi leggo che non avete ricevuto quella che vi avevo scritto da lì, inviata nell’indirizzo dell’abate Giloz. Ho appena ricevuto anche una lettera da lui, nella quale mi fa gli stessi rimproveri. Quindi sono certo che né lui abbia ricevuto il suo pacco, né voi la vostra lettera; ma ciò di cui sembra accusarmi è proprio ciò che mi giustifica. Infatti, essendo lontano da qualsiasi ufficio postale dove fosse possibile affrancare le lettere, ho osato inviarle senza affrancatura, avvisandovi entrambi di quanto temessi che non arrivassero, e aspettavo la vostra risposta per tranquillizzarmi. Non l’ho ricevuta, e da questo ho capito chiaramente che né voi né lui avevate ricevuto nulla; quindi era necessario attendere il mio ritorno a Parigi per poter scrivere di nuovo. Ciò che mi ha ancora incoraggiato ad osare inviare quella lettera è stato il fatto che l’anno scorso vi fosse arrivata una lettera, per qualche fortuna inspiegabile, anch’essa inviata nello stesso modo, poiché non c’era altra possibilità. Per dimostrare ciò che dico, vi prego di far cercare presso l’ufficio postale del Pont un pacco indirizzato a nome dell’abate Giloz. Potrete aprirlo, prendere la vostra lettera e inviargli la sua: entrambe contengono infatti dettagli troppo personali per me per osare ripetere l’operazione.
Il signor Descreux venne a trovarmi il giorno dopo il mio arrivo; mi disse di avere del denaro da offrirmi e che doveva intraprendere un viaggio, durante il quale intendeva incontrarti per offrirti la sua borsa. Per quanto dica, non credo che la sua situazione finanziaria sia molto migliore della mia. Ho sempre considerato le cambiali che ha accettato come una vera e propria sciocchezza. Accetterà sicuramente qualsiasi somma tu voglia offrirgli, allo stesso prezzo. Te lo assicuro: a lui non importa affatto. È proprio come il signor Baqueret: è molto preciso nei suoi calcoli. E non dubito che realizzi i suoi progetti nello stesso posto. Del resto, credo sia una brava persona. Anzi, unisce due qualità rare da trovare insieme: la follia e l’interesse.
Riguardo a me, non vi dico nulla; questo è già tutto ciò che ho da dire. Nonostante le ingiustizie che mi fate interiormente, spetterebbe soltanto a me trasformare in stima e compassione le vostre continue diffidenze nei miei confronti. Alcune spiegazioni basterebbero per questo; ma il vostro cuore ha già abbastanza dei propri mali, senza dover sopportare anche quelli degli altri. Spero sempre che un giorno mi conoscerete meglio e mi amerete di più.
Ringrazio con affetto il fratello per la sua gentile amicizia e gli assicuro tutta la mia gratitudine. Addio, cara e preziosa mamma; sono di nuovo all’hotel du Saint-Esprit, in rue Plâtrière.
Ho ritardato di alcuni giorni la spedizione di questa lettera, nella speranza che il signor Des-creux venisse a trovarmi prima della sua partenza; ma l’ho aspettato invano e ora lo considero assente o disperso.
1748
Lettera XL – A Monsieur Altuna
Lettera XLI – Alla signora baronessa di Warens
Tabella della corrispondenza
Lettera XLI – Alla signora baronessa di Warens
Parigi, 26 agosto 1748.
Non mi aspettavo più di avere il piacere di scrivervi, mia molto cara mamma; il periodo tra la mia ultima lettera e questa è stato segnato da due terribili malattie una dopo l’altra. Prima ho avuto un attacco di colica renale, con febbre, bruciore e difficoltà a urinare; il dolore si è alleviato grazie a bagni caldi, nitro e altri diuretici, ma la difficoltà di urinare persiste ancora. Inoltre, il calcolo renale che si è spostato nella vescica può essere eliminato soltanto con un intervento chirurgico. Tuttavia, né la mia salute né le mie condizioni finanziarie mi permettono di prenderlo in considerazione; quindi non mi resta altro che la pazienza e la rassegnazione: rimedi sempre a disposizione, ma che spesso non risolvono nulla.
Infine, sono stato colpito da violenti coliche addominali, accompagnate da vomiti continui e da un’eccessiva produzione di gas intestinali. Ho provato mille rimedi inutili, ho assunto l’emetico e, infine, anche il simarouba[498]; il vomito è cessato, ma non digerisco più affatto: il cibo esce esattamente come lo ho ingerito; ho dovuto rinunciare persino al riso che mi era stato prescritto e sono costretto a privarmi quasi completamente di qualsiasi alimento. Inoltre, soffro di una debolezza incredibile.
Tuttavia, il bisogno mi spinge ad uscire dalla stanza; ho deciso di fare la mia prima passeggiata domani. Forse l’aria fresca e una breve camminata mi aiuteranno a recuperare parte delle forze che ho perso. Mi hanno consigliato di utilizzare l’estratto di genio, ma qui è molto meno efficace e molto più costoso rispetto alle nostre montagne.
E voi, mia cara mamma, come state ora? I vostri dolori sono forse un po’ meno intensi? Siete finalmente in pace riguardo a quel figlio sfortunato che ha previsto i vostri mali troppo tardi, senza mai riuscire a alleviarli? Non avete conosciuto né il mio cuore né la mia situazione. Permettetemi di rispondervi ciò che mi avete detto così spesso: non mi conoscerete davvero se non quando sarà ormai troppo tardi.
M. Léonard a envoyé savoir de mes nouvelles il y a quelque temps. Je promis de lui écrire, et je l’aurais fait si je n’étais retombé malade précisément dans ce temps-là. Si vous jugiez à propos, nous nous écririons à l’ordinaire par cette voie. Ce serait quelques ports de lettres, quelques affranchissements épargnés dans un temps où cette lésine[499] est presque de nécessité. J’espère toujours que ce temps n’est pas pour durer éternellement. Je voudrais bien avoir quelque voie sûre pour m’ouvrir à vous sur ma véritable situation. J’aurais le plus grand besoin de vos conseils. J’use mon esprit et ma santé pour tâcher de me conduire avec sagesse dans ces circonstances difficiles, pour sortir, s’il est possible, de cet état d’opprobre et de misère ; et je crois m’apercevoir chaque jour que c’est le hasard seul qui règle ma destinée, et que la prudence la plus consommée n’y peut rien faire du tout. Adieu, mon aimable maman ; écrivez-moi toujours à l’hôtel du Saint-Esprit, rue Plâtrière.
1749
Lettre XLII – À Madame la baronne de Warens
Lettre XLIII – À M…
Table de la correspondance
Lettre XLIII – À M…
… 1749[500].
Vous voilà donc, monsieur, déserteur du monde et de ses plaisirs ; c’est, à votre âge et dans votre situation, une métamorphose bien étonnante. Quand un homme de vingt-deux ans, galant, aimable, poli, spirituel comme vous l’êtes, et d’ailleurs point rebuté de la fortune, se détermine à la retraite, par simple goût, et sans y être excité par quelques mauvais succès dans ses affaires ou dans ses plaisirs, on peut s’assurer qu’un fruit si précieux du bon sens et de la réflexion n’amènera point après lui de dégoût ni de repentir. Fondé sur cette assurance, j’ose vous faire, sur votre retraite, un compliment qui ne vous sera pas répété par bien des gens ; je vous en félicite. Sans vouloir trop relever ce qu’il y a de grand et peut-être d’héroïque dans votre résolution, je vous dirai franchement que j’ai souvent regretté qu’un esprit aussi juste et une âme aussi belle que la vôtre ne fussent faits que pour la galanterie, les cartes, et le vin de Champagne ; vous étiez né, mon très cher monsieur, pour une meilleure occupation ; le goût passionné, mais délicat, qui vous entraîne vers les plaisirs, vous a bientôt fait démêler la fadeur des plus brillants ; vous éprouverez avec étonnement que les plus simples et les plus modestes n’en ont ni moins d’attraits ni moins de vivacité. Vous connaissez désormais les hommes ; vous n’avez plus besoin de les tant voir pour apprendre à les mépriser : il sera bon-maintenant que vous vous consultiez un peu pour savoir à votre tour quelle opinion vous devez avoir de vous-même. Ainsi, en même temps que vous essaierez d’un autre genre de vie, vous ferez sur votre intérieur un petit examen, dont le fruit ne sera pas inutile à votre tranquillité.
Monsieur, que vous donnassiez dans l’excès, c’est ce que je ne voudrais pas sans ménagement. Vous n’avez pas sans doute absolument renoncé à la société, ni au commerce des hommes ; comme vous vous êtes déterminé de pur choix, et sans qu’aucun fâcheux revers vous y ait contraint, vous n’aurez garde d’épouser les fureurs atrabilaires des misanthropes, ennemis mortels du genre humain. Permis à vous de le mépriser, à la bonne heure, vous ne serez pas le seul ; mais vous devez l’aimer toujours : les hommes, quoi qu’on dise, sont nos frères, en dépit de nous et d’eux ; frères fort durs à la vérité, mais nous n’en sommes pas moins obligés de remplir à leur égard tous les devoirs qui nous sont imposés. À cela près, il faut avouer qu’on ne peut se dispenser de porter la lanterne dans la quantité pour s’établir un commerce et des liaisons ; et, quand malheureusement la lanterne ne montre rien, c’est bien une nécessité de traiter avec soi-même, et de se prendre, faute d’autre, pour ami et pour confident. Mais ce confident et cet ami, il faut aussi un peu le connaître et savoir comment et jusqu’à quel point on peut se fier à lui ; car souvent l’apparence nous trompe, même jusque sur nous-mêmes : or le tumulte des villes et le fracas du grand monde ne sont guère propres à cet examen. Les distractions des objets extérieurs y sont trop longues et trop fréquentes ; on ne peut y jouir d’un peu de solitude et de tranquillité. Sauvons nous à la campagne ; allons y chercher un repos et un contentement que nous n’avons pu trouver au milieu des assemblées et des divertissements ; essayons de ce nouveau genre de vie ; goûtons un peu de ces plaisirs paisibles, douceurs dont Horace, fin connaisseur s’il en fut, faisait un si grand cas. Voilà, monsieur, comment je soupçonne que vous avez raisonné.
1750
Lettre XLIV – À M. De Voltaire
Lettre XLV – À M.M. de l’académie de Dijon
Lettre XLVI – À M. l’abbé Raynal
Table de la correspondance
Lettre XLIV – À M. De Voltaire
Paris, 30 janvier 1750.
Un Rousseau se déclara autrefois votre ennemi, de peur de se reconnaître votre inférieur ; un autre Rousseau, ne pouvant approcher du premier par le génie, veut imiter ses mauvais procédés. Je porte le même nom qu’eux ; mais n’ayant ni les talents de l’un ni la suffisance de l’autre, je suis encore moins capable d’avoir leurs torts envers vous. Je consens bien de vivre inconnu, mais non déshonoré ; et je croirais l’être si j’avais manqué au respect que vous doivent tous les gens de lettres, et qu’ont pour vous tous ceux qui en méritent eux-mêmes.
Je ne veux point m’étendre sur ce sujet, ni enfreindre, même avec vous, la loi que je me suis imposée de ne jamais louer personne en face ; mais, monsieur, je prendrai la liberté de vous dire que vous avez mal jugé d’un homme de bien en le croyant capable de payer d’ingratitude et d’arrogance la bonté et l’honnêteté dont vous avez usé envers lui au sujet des Fêtes de Ramire[501]. Je n’ai point oublié la lettre dont vous m’honorâtes dans cette occasion. Elle a achevé de me convaincre que, malgré de vaines calomnies, vous êtes véritablement le protecteur des talents naissants qui en ont besoin. C’est en faveur de ceux dont je faisais l’essai que vous daignâtes me promettre de l’amitié : leur sort fut malheureux, et j’aurais dû m’y attendre. Un solitaire qui ne sait point parler, un homme timide, découragé, n’osa se présentera vous. Quel eût été mon titre ? Ce ne fut point le zèle qui me manqua, mais l’orgueil ; et, n’osant m’offrir à vos yeux, j’attendis du temps quelque occasion favorable pour vous témoigner mon respect et ma reconnaissance.
Depuis ce jour, j’ai renoncé aux lettres et à la fantaisie d’acquérir de la réputation ; et, désespérant d’y arriver comme vous à force de génie, j’ai dédaigné de tenter, comme les hommes vulgaires, d’y parvenir à force de manège ; mais je ne renoncerai jamais à mon admiration pour vos ouvrages. Vous avez peint l’amitié et toutes les vertus en homme qui les connaît et les aime. J’ai entendu murmurer l’envie, j’ai méprisé ses clameurs, et j’ai dit, sans crainte de me tromper : Ces écrits, qui m’élèvent l’âme et m’enflamment le courage, ne sont point les productions d’un homme indifférent pour la vertu.
Vous n’avez pas non plus bien jugé d’un républicain, puisque j’étais connu de vous pour tel. J’adore la liberté ; je déteste également la domination et la servitude, et ne veux en imposer à personne. De tels sentiments sympathisent mal avec l’insolence ; elle est plus propre à des esclaves, ou à des hommes plus vils encore, à de petits auteurs jaloux des grands.
Je vous proteste donc, monsieur, que non seulement Rousseau de Genève n’a point tenu les discours que vous lui avez attribués, mais qu’il est incapable d’en tenir de pareils. Je ne me flatte pas de l’honneur d’être connu de vous ; mais, si jamais ce bonheur m’arrive, ce ne sera, j’espère, que par des endroits dignes de votre estime.
J’ai l’honneur d’être avec un profond respect, monsieur, votre très humble, etc.
Observation
Cette lettre est remarquable sous plusieurs rapports. Rousseau n’avait encore aucune célébrité, n’ayant point reçu la couronne que lui décerna, quelque mois après, l’académie de Dijon. Mais au ton qu’il prend, on dirait qu’il commençait à en avoir le pressentiment. L’hommage qu’il rend à Voltaire, il ne l’a jamais démenti, quant au génie, aux talents, et ce n’est pas sa faute s’il a changé d’avis sur l’indifférence pour la vertu.
Lettre XLVI – À M. l’abbé Raynal
ALORS AUTEUR DU MERCURE DE FRANCE
[502]
Paris, le 25 juillet 1750.
Mr. Leonard sented for news of me some time ago. I promised to write to him, and I would have done so if I had not fallen ill again at just that time. If you think it appropriate, we could continue to correspond through this channel as usual. It would save us a few pennies in postage costs, a small amount that is almost essential in these difficult times of scarcity. I still hope that this situation will not last forever. I would greatly appreciate having some secure way to inform you of my true circumstances; I could use your advice immensely. I am using all my wits and health to try to behave wisely in these challenging circumstances, to extricate myself, if possible, from this state of disgrace and poverty. And I believe that every day I realize that it is merely chance that determines my fate, and that the greatest prudence is utterly powerless to change it. Adieu, my dear mother; please continue to write to me at the Hôtel du Saint-Esprit, on Rue Plâtrière.
1749
Letter XLII – To Baroness de Warens
Letter XLIII – To M.
Correspondence Table
Letter XLIII – To M.
… 1749[500].
Here you are, sir, a deserter from the world and its pleasures; at your age and in your situation, such a transformation is truly remarkable. When a man of twenty-two, as gallant, kind, polite, and witty as you are—and who, moreover, is by no means dissatisfied with his fortune—decides to retire from worldly pursuits, out of pure taste and without being driven by any setbacks in his affairs or amusements, one can be certain that such a fruit of good sense and reflection will not lead to regret or remorse. Based on this conviction, I dare offer you a compliment regarding your decision to retire—a compliment that many others would not dare to express; I congratulate you on it. Without overemphasizing the greatness and perhaps even the heroism of your resolve, I must say frankly that I often lamented that a mind so just and a soul so noble as yours were destined merely for gallantry, card games, and champagne. You were born, my dear sir, for something far better. That passionate yet delicate taste for pleasure soon led you to discover the emptiness of the most dazzling superficialities; you will be surprised to find that the simplest and most modest pleasures possess just as much allure and vitality. Now that you have come to know men, you no longer need to see so many of them in order to learn to despise them. It would be wise for you to take some time to reflect on your own worth and character. In this way, as you begin a different kind of life, you will also conduct a small self-examination—the results of which will undoubtedly contribute to your peace of mind.
Sir, even if you were to give too much in excess, that is precisely what I would not wish to do without caution. You have surely not completely renounced society or the company of other people; since you have made this choice out of your own free will, and without any adverse circumstances forcing you to do so, you should not adopt the bitter hatred of those who despise humanity—those mortal enemies of the human race. It is certainly permissible for you to despise them, but you must always remember that men, whatever one may say, are our brothers, despite ourselves and them. They may be harsh in their truths, but this does not diminish our duty to fulfill all obligations owed to them. Nevertheless, it must be admitted that one cannot do without certain means—such as “lanterns”—in order to establish commerce and maintain relationships; and when, unfortunately, those “lanterns” reveal nothing, it becomes necessary to deal with oneself and, in the absence of others, to take oneself as one’s friend and confidant. But this confidant and this friend must also be somewhat known; we must understand how much and to what extent we can trust them—for often appearances deceive us, even about ourselves. The hustle and bustle of cities and the noise of the world are hardly conducive to such self-examination. The distractions brought by external things are too frequent and too prolonged; one cannot find there any solitude or tranquility. Let us seek refuge in the countryside—there we can find rest and contentment that we have failed to obtain amidst gatherings and amusements. Let us try this new way of living; let us taste those peaceful pleasures, those delights of which Horace, a true connoisseur if ever there was one, spoke so highly. This, sir, is how I suspect you have reasoned.
1750
Letter XLIV – To Mr. de Voltaire
Letter XLV – To Mr. de l’Academy of Dijon
Letter XLVI – To Mr. Abbé Raynal
Correspondence Table
Letter XLIV – To Mr. de Voltaire
Paris, January 30, 1750.
Once, a Rousseau declared himself your enemy, out of fear of admitting his own inferiority to you; another Rousseau, unable to match the first in genius, sought to imitate his bad methods. I share the same name as them; but lacking both the talents of one and the competence of the other, I am even less capable of committing the same mistakes against you. I am willing to live unknown, but not dishonored; and I would consider myself dishonored if I failed to show you the respect that all men of letters owe you—and that all those who deserve it also hold for you.
I wish not to dwell on this subject, nor to violate, even in your presence, the rule I have imposed upon myself never to recommend anyone personally; but, sir, I will take the liberty of telling you that you have misjudged a good man by assuming he would be capable of repaying the kindness and honesty you showed him regarding the Festivals of Ramire[501]. I have not forgotten the letter you had the kindness to send me on that occasion; it convinced me even more that, despite base slander, you are truly the protector of those young talents who need such support. It was for the sake of those whom I was trying to help that you deigned to promise me your friendship: their fate turned out to be unfortunate, and I should have expected no less. A solitary man who does not know how to speak, a timid and disheartened individual, would never have dared to approach you. What right did I have? It was not lack of zeal that held me back, but pride; and since I dared not present myself before you, I waited for an opportune moment to express my respect and gratitude.
From that day on, I abandoned the pursuit of fame through letters and fantasy; and, despairing of achieving it through genius like you, I scorned to try, like ordinary men, to attain it through cunning and manipulation. Yet I will never cease to admire your works. You have depicted friendship and all virtues as those of a man who knows them and loves them. I have heard the whispers of envy, but I have despised its clamors, and I have said, without fear of being mistaken: These writings, which elevate my soul and kindle my courage, are certainly not the creations of a man indifferent to virtue.
You have also failed to judge a republican correctly, for I was known to you as such. I love freedom; I likewise despise domination and slavery, and I refuse to impose them on anyone. Such sentiments are hardly compatible with insolence; it is more suited to slaves, or even to men of an even lower character—jealous petty individuals who envy the great.
I therefore protest to you, sir, that not only did Rousseau of Geneva never deliver the speeches you attribute to him, but he is also incapable of delivering such speeches. I take no pride in the honor of being known to you; however, if such good fortune ever befalls me, I hope it will be through means worthy of your respect.
It is my honor to be with you, sir, with deep respect – your most humble servant, etc.
Observation
This letter is remarkable in several respects. Rousseau had not yet achieved any fame, having not received the recognition bestowed upon him by the Academy of Dijon until some months later. Yet, from the tone he adopts in this letter, one would think he already began to have such expectations. The respect he expressed for Voltaire he never reneged on; as for genius and talent, it is not his fault that his views on indifference toward virtue later changed.
Letter XLVI – To Mr. Abbé Raynal
THEN, THE AUTHOR OF “MERCURE DE FRANCE”
[502]
Paris, July 25, 1750.
Il signor Leonard mi ha chiesto notizie di me qualche tempo fa. Gli avevo promesso di scrivere, e lo avrei fatto se in quel periodo non fossi ricaduto malato. Se ritenete opportuno, potremmo continuare a scriverci regolarmente per questa via: sarebbero solo pochi centesimi da risparmiare sui francobolli, in un momento in cui questo tipo di economia è quasi una necessità. Spero sempre che questo stato di cose non duri all’infinito. Vorrei davvero disporre di un modo sicuro per comunicarvi la mia vera situazione: avrei bisogno moltissimo dei vostri consigli. Sto usando tutta la mia intelligenza e la mia salute per cercare di comportarmi saggiamente in queste difficili circostanze, per uscire, se possibile, da questo stato di disonore e povertà. E credo di notare ogni giorno che è soltanto il caso a determinare il mio destino, e che la massima prudenza non possa assolutamente fare nulla al riguardo. Addio, mia cara mamma. Scrivetemi sempre all’hotel du Saint-Esprit, in rue Plâtrière.
1749
Lettera XLII – Alla signora baronessa di Warens
Lettera XLIII – A M.
Tabella della corrispondenza
Lettera XLIII – A M.
… 1749[500].
Ecco dunque, signore, che vi siete ritirato dal mondo e dai suoi piaceri; a vostra età e nella vostra situazione, questa è davvero una metamorfosi sorprendente. Quando un uomo di ventidue anni, galante, amabile, cortese, spiritoso come voi – e inoltre assolutamente non scoraggiato dalla fortuna – decide di ritirarsi, per semplice gusto personale e senza essere spinto da alcun insuccesso nelle sue imprese o nei suoi divertimenti, si può essere certi che un risultato così prezioso del buon senso e della riflessione non porterà con sé né disgusto né rimpianti. Basandomi su questa convinzione, oso farvi un complimento riguardo alla vostra scelta: vi congratulo sinceramente. Senza voler esagerare ciò che c’è di nobile e forse addirittura eroico nella vostra decisione, devo dirvi che spesso ho rimpianto che uno spirito così giusto e un’anima così bella come la vostra fossero fatti soltanto per la galanteria, le carte da gioco e il vino di Champagne. Siete nato, mio carissimo signore, per qualcosa di molto più importante; quel gusto appassionato, ma raffinato, che vi spinge verso i piaceri, vi ha presto fatto scoprire quanto siano insipidi anche quelli più brillanti. Scoprirete con sorpresa che anche i piaceri più semplici e modesti possiedono altrettanto fascino e vivacità. Ora che conoscete meglio gli uomini, non avete più bisogno di vederli spesso per imparare a disprezzarli. È ora che vi poniate qualche domanda su voi stesso, per capire quale opinione dovreste avere di voi stesso. Così, mentre provate un altro tipo di vita, farete anche un piccolo esame interiore. Il cui risultato non sarà certo inutile per la vostra tranquillità.
Signore, anche se vi concedeste troppo in questo senso, non è qualcosa che vorrei senza alcuna moderazione. Senza dubbio non avete completamente rinunciato alla società né ai rapporti con gli altri uomini; poiché avete preso questa decisione di vostra spontanea volontà, e senza che alcun ostacolo spiacevole vi abbia costretto a farlo, non dovreste assolutamente condividere l’odio amaro dei misantropi, nemici mortali dell’umanità. È vero che potete disprezzare gli uomini, e questo non vi renderà certo l’unico a farlo; tuttavia dovete sempre amarli: gli uomini, qualunque cosa si dica, sono i nostri fratelli, anche se spesso ci sono ostili o indifferenti. Sì, sono fratelli molto duri nella verità, ma questo non ci esenta dal dovere verso di loro di adempiere a tutti i doveri che ci vengono imposti. Tuttavia, bisogna ammettere che per stabilire relazioni e intrattenere scambi con gli altri è necessario “portare una lanterna”, cioè essere consapevoli delle proprie azioni e delle proprie intenzioni. E quando, sfortunatamente, questa “lanterna” non rivela nulla di positivo, allora diventa necessario trattarsi da soli, assumendosi il ruolo di amici e confidenti. Ma questi “amici” e “confidenti”, bisogna anche conoscerli un po’, sapere come e fino a che punto si possa fidare di loro, perché spesso l’apparenza ci inganna, persino su noi stessi. E il tumulto delle città, il frastuono del mondo moderno non sono certo i luoghi adatti per questo tipo di analisi: le distrazioni offerte dagli oggetti esterni sono troppo frequenti e prolungate. Lì non si può godere di un po’ di solitudine e tranquillità. Salviamoci quindi in campagna, andiamo lì a cercare riposo e soddisfazione, cose che non abbiamo trovato tra le feste e i divertimenti della città. Proviamo questo nuovo stile di vita, assaporiamo quei piaceri pacifici, quelle dolcezze di cui Orazio, grande conoscitore in materia, parlava con tanto entusiasmo. Ecco, signore, credo che sia così che avete ragionato voi stesso.
1750
Lettera XLIV – A Monsieur de Voltaire
Lettera XLV – A S.E. dell’Accademia di Digione
Lettera XLVI – A Monsignor l’Abate Raynal
Tabella della corrispondenza
Lettera XLIV – A Monsieur de Voltaire
Parigi, 30 gennaio 1750.
Un Rousseau si dichiarò un tempo vostro nemico, per paura di riconoscere in sé la propria inferiorità; un altro Rousseau, non potendo avvicinarsi al primo per genio, cerca di imitare i suoi cattivi metodi. Io porto lo stesso nome di loro; ma non avendo né i talenti dell’uno né la sufficiente integrità dell’altro, sono ancora meno capace di commettere gli stessi errori nei vostri confronti. Sono disposto a vivere nell’oscurità, ma non nell’onore; e considererei me stesso disonorato se mancassi al rispetto che tutti i letterati dovrebbero avere per voi, e che tutti coloro che lo meritano vi mostrano.
Non desidero dilungarmi su questo argomento, né violare, nemmeno con voi, la regola che mi sono imposta di non lodare mai nessuno in pubblico; tuttavia, signore, mi permetto di dirvi che avete giudicato male un uomo onesto, ritenendolo capace di ricambiare con ingratitudine e arroganza la bontà e l’onestà che avete dimostrato nei suoi confronti riguardo alle Feste di Ramire[501]. Non ho dimenticato la lettera che mi inviaste in quell’occasione: essa mi ha convinto ancora di più che, nonostante vane calunnie, siete davvero il protettore dei talenti emergenti che ne hanno bisogno. Fu a favore di coloro di cui stavo cercando di dimostrare le capacità che voi stesso vi degnaste di promettermi la vostra amicizia; purtroppo, il loro destino fu tragico. E avrei dovuto aspettarmelo. Un solitario che non sa parlare, un uomo timido e scoraggiato, come avrebbe potuto presentarsi a voi? Qual sarebbe stato il mio pretesto per farlo? Non mi mancava certo la volontà, ma l’orgoglio; e, non osando offrirmi davanti a voi, ho aspettato un’occasione favorevole per dimostrarvi il mio rispetto e la mia riconoscenza.
Da quel giorno ho rinunciato alle lettere e alla speranza di acquisire reputazione; e, disperando di riuscirci con il genio come voi, ho rifiutato di provare, come fanno le persone comuni, ad ottenerla attraverso manovre e stratagemmi. Tuttavia, non rinuncierò mai al mio ammiramento per le vostre opere. Avete descritto l’amicizia e tutte le virtù come quelle di un uomo che le conosce e le ama veramente. Ho sentito mormorare l’invidia, ma ho disprezzato i suoi clamori, e ho detto, senza paura di sbagliarmi: Questi scritti, che elevano l’anima e infiammano il coraggio, non possono essere le opere di un uomo indifferente verso la virtù.
Non avete nemmeno giudicato correttamente un repubblicano, poiché io ero conosciuto da voi come tale. Amo la libertà; odio altresì la dominazione e la schiavitù, e non intendo imporle a nessuno. Sentimenti del genere non sono affatto compatibili con l’insolenza; essa è più adatta agli schiavi, o ad uomini ancora più vili, a quei piccoli autori invidiosi dei grandi.
Vi protesto quindi, signore, che non solo Rousseau di Ginevra non ha tenuto i discorsi che gli avete attribuiti, ma che è anche incapace di pronunciarne di simili. Non mi lusingo dell’onore di essere conosciuto da voi; tuttavia, se mai questo felice evento dovesse accadere, spero che avvenga in luoghi degni della vostra stima.
Ho l’onore di essere, con profondo rispetto, signore, il vostro molto umile servitore, ecc.
Osservazione.
Questa lettera è degna di nota sotto diversi aspetti. Rousseau non aveva ancora alcuna fama, poiché non aveva ricevuto la corona che gli fu conferita, alcuni mesi dopo, dall’Accademia di Digione. Tuttavia, dal tono che utilizza si potrebbe dire che già allora avesse un certo presentimento di ciò che lo aspettava. L’onore che rende a Voltaire non l’ha mai ritrattato, né in termini di genio né di talenti; e non è certo colpa sua se in seguito ha cambiato opinione riguardo all’indifferenza verso la virtù.
Lettera XLVI – A Monsignor l’Abate Raynal
Allora, autore del “Mercure de France”.
[502]
Parigi, 25 luglio 1750.
Vous le voulez, monsieur, je ne résiste plus ; il faut vous ouvrir un portefeuille qui n’était pas destiné à voir le jour, et qui en est très peu digne. Les plaintes du public sur ce déluge de mauvais écrits dont on l’inonde journellement m’ont assez appris qu’il n’a que faire des miens ; et, de mon côté, la réputation d’auteur médiocre, à laquelle seule j’aurais pu aspirer, a peu flatté mon ambition. N’ayant pu vaincre mon penchant pour les lettres, j’ai presque toujours écrit pour moi seul ; et le public, ni mes amis, n’auront pas à se plaindre que j’aie été pour eux recitator acerbus. Or on est toujours indulgent à soi-même ; et des écrits ainsi destinés à l’obscurité, l’auteur même eût-il du talent, manqueront toujours de ce feu que donne l’émulation, et de cette correction dont le seul désir de plaire peut surmonter le dégoût.
Une chose singulière, c’est qu’ayant autrefois publié un seul ouvrage[503], où certainement il n’est point question de poésie, on me fasse aujourd’hui poète malgré moi. On vient tous les jours me faire compliment sur des comédies et d’autres pièces de vers que je n’ai point faites, et que je ne suis pas capable de faire. C’est l’identité du nom de l’auteur et du mien qui m’attire cet honneur. J’en serais flatté, sans doute, si l’on pouvait l’être des éloges qu’on dérobe à autrui ; mais louer un homme de choses qui sont au-dessus de ses forces, c’est le faire songer à sa faiblesse.
Je m’étais essayé, je l’avoue, dans le genre lyrique, par un ouvrage loué des amateurs, décrié des artistes, et que la réunion de deux arts difficiles a fait exclure, par ces derniers, avec autant de chaleur que si en effet il eût été excellent.
[Arv. ed]
Je m’étais imaginé, en vrai Suisse, que pour réussir il ne fallait que bien faire ; mais ayant vu, par l’expérience d’autrui, que bien faire est le premier et le plus grand obstacle qu’on trouve à surmonter dans cette carrière, et ayant éprouvé moi-même qu’il y faut d’autres talents que je ne puis ni ne veux avoir, je me suis hâté de rentrer dans l’obscurité qui convient également à mes talents et à mon caractère, et où vous devriez me laisser pour l’honneur de votre journal. Je suis, etc.
1751
Lettre XLVII – À M. Petit
Lettre XLVIII – À Madame de Francueil
Lettre XLIX – À M. l’abbé Raynal
Lettre L – À Madame de Créqui
Lettre LI – À la même
Lettre LII – À la même
Table de la correspondance
Lettre XLVIII – À Madame de Francueil
[504]
Paris, le 20 avril 1751.
Oui, madame, j’ai mis mes enfants aux Enfants-Trouvés, j’ai chargé de leur entretien l’établissement fait pour cela. Si ma misère et mes maux m’ôtent le pouvoir de remplir un soin si cher, c’est un malheur dont il faut me plaindre, et non pas un crime à me reprocher. Je leur dois la subsistance ; je la leur ai procurée meilleure ou plus sûre au moins que je n’aurais pu la leur donner moi-même : cet article est avant tout. Ensuite vient la considération de leur mère, qu’il ne faut pas déshonorer.
Vous connaissez ma situation ; je gagne au jour la journée mon pain avec assez de peine : comment nourrirais-je encore une famille ? Et si j’étais contraint de recourir au métier d’auteur, comment les soucis domestiques et le tracas des enfants me laisseraient-ils, dans mon grenier, la tranquillité d’esprit nécessaire pour faire un travail lucratif ? Les écrits que dicte la faim ne rapportent guère, et cette ressource est bientôt épuisée. Il faudrait donc recourir aux protections, à l’intrigue, au manège ; briguer quelque vil emploi ; le faire valoir par les moyens ordinaires, autrement il ne me nourrira pas, et me sera bientôt ôté ; -enfin, me livrer moi-même à toutes les infamies pour lesquelles je suis pénétré d’une si juste horreur. Nourrir moi, mes enfants et leur mère, du sang des misérables ! Non, madame, il vaut mieux qu’ils soient orphelins que d’avoir pour père un fripon.
Accablé d’une maladie douloureuse et mortelle, je ne puis espérer encore une longue vie ; quand je pourrais entretenir, de mon vivant, ces infortunés destinés à souffrir un jour, ils paieraient chèrement l’avantage d’avoir été tenus un peu plus délicatement qu’ils ne pourront l’être ou ils sont. Leur mère, victime de mon zèle indiscret, chargée de sa propre honte et de ses propres besoins, presque aussi valétudinaire, et encore moins en état de les nourrir que moi, sera forcée de les abandonner à eux-mêmes ; et je ne vois pour eux que l’alternative de se faire décrotteurs ou bandits, ce qui revient bientôt au même. Si du moins leur état était légitime, ils pourraient trouver plus aisément des ressources. Ayant à porter à la fois le déshonneur de leur naissance et celui de leur misère, que deviendront-ils ?
Que ne me suis-je marié, me direz-vous ? Demandez-le à vos injustes lois, madame. Il ne me convenait pas de contracter un engagement éternel, et jamais on ne me prouvera qu’aucun devoir m’y oblige. Ce qu’il y a de certain, c’est que je n’en ai rien fait, et que je n’en veux rien faire. Il ne faut pas faire des enfants quand on ne peut pas les nourrir. Pardonnez-moi, madame ; la nature veut qu’on en fasse, puisque la terre produit de quoi nourrir tout le monde : mais c’est l’état des riches, c’est votre état, qui vole au mien le pain de mes enfants.
La nature veut aussi qu’on pourvoie à leur subsistance : voilà ce que j’ai fait ; s’il n’existait pas pour eux un asile, je ferais mon devoir, et me résoudrais à mourir de faim moi-même plutôt que de ne les pas nourrir.
Ce mot d’Enfants-Trouvés vous en imposerait-il, comme si l’on trouvait ces enfants dans les rues, exposés à périr si le hasard ne les sauve ? Soyez sûre que vous n’auriez pas plus d’horreur que moi pour l’indigne père qui pourrait se résoudre à cette barbarie : elle est trop loin de mon coeur pour que je daigne m’en justifier. Il y a des règles établies[505] ; informez-vous de ce qu’elles sont, et vous saurez que les enfants ne sortent des mains de la sage-femme que pour passer dans celles d’une nourrice. Je sais que ces enfants ne sont pas élevés délicatement : tant mieux pour eux, ils en deviennent plus robustes ; on ne leur donne rien de superflu, mais ils ont le nécessaire ; on n’en fait pas des messieurs, mais des paysans ou des ouvriers. Je ne vois rien dans cette manière de les élever dont je ne fisse choix pour les miens. Quand j’en serais le maître, je ne les préparerais point, par la mollesse, aux maladies que donnent la fatigue et les intempéries de l’air à ceux qui n’y sont pas faits. Ils ne sauraient ni danser, ni monter à cheval ; mais ils auraient de bonnes jambes infatigables. Je n’en ferais ni des auteurs, ni des gens de bureau ; je ne les exercerais point à manier la plume, mais la charrue, la lime ou le rabot, instruments qui font mener une vie saine, laborieuse, innocente, dont on n’abuse jamais pour malfaire, et qui n’attirent point d’ennemis en faisant bien. C’est à cela qu’ils sont destinés ; par la rustique éducation qu’on leur donne, ils seront plus heureux que leur père. Je suis privé du plaisir de les voir, et je n’ai jamais savouré la douceur-des embrassements paternels. Hélas ! je vous l’ai déjà dit, je ne vois là que de quoi me plaindre, et je les délivre de la misère à mes dépens. Ainsi voulait Platon que tous les enfants fussent élevés dans sa république ; que chacun restât inconnu à son père, et que tous fussent les enfants de l’état. Mais cette éducation est vile et basse ! voilà le grand crime ; il vous en impose comme aux autres ; et vous ne voyez pas que, suivant toujours les préjugés du monde, vous prenez pour le déshonneur du vice ce qui n’est que celui de la pauvreté.
Lettre XLIX – À M. l’abbé Raynal
AU SUJET D’UN NOUVEAU MODE DE MUSIQUE INVENTE PAR M. BLAlNVlLLE[506].
Paris, le 30 mai 1751, au sortir du concert[507].
Vous êtes bien aise, monsieur, vous, le panégyriste et l’ami des arts, de la tentative de M. Blainville pour l’introduction d’un nouveau mode dans notre musique. Pour moi, comme mon sentiment là-dessus ne fait rien à l’affaire, je passe immédiatement au jugement que vous me demandez sur la découverte même.
You desire it, sir; I can no longer resist. It is necessary to create for you a portfolio that was never meant to see the light of day—and one that is far from worthy of such an honor. The public’s complaints about this flood of poor-quality writings that inundates them every day have taught me enough that they have nothing to do with my own works. Moreover, the reputation of being a mediocre writer—the only one I could possibly aspire to—has done little to satisfy my ambitions. Since I was unable to overcome my passion for literature, I almost always wrote solely for my own enjoyment. Neither the public nor my friends will have any reason to complain that I have been a harsh critic for them. Yet people are always lenient with themselves. And works destined for obscurity will, even if their author possesses talent, lack the drive brought about by competition and the discipline required only by the desire to please others.
A peculiar thing is that, having once published only one work[503]—which certainly has nothing to do with poetry—I am now being called a poet against my will. People come every day to compliment me on comedies and other poems that I have not written and that I am not capable of writing. It is the coincidence of the names of the author and mine that brings me this honor. I would undoubtedly be flattered if people could take pride in compliments that are actually meant for others; but to praise a person for things that are beyond their abilities is nothing but to remind them of their own shortcomings.
I had, to be honest, tried my hand at the lyrical genre with a work that was praised by amateurs but criticized by artists. The combination of two difficult artistic forms led these latter to reject it with equal fervor, as if it were indeed excellent.
[Arv. ed]
I had imagined, as a true Swiss, that success required merely doing things well; but having seen, through the experiences of others, that doing things well is actually the first and greatest obstacle one must overcome in this pursuit, and having also realized that other talents are needed which I neither possess nor wish to acquire, I quickly returned to obscurity—a place that suits both my abilities and my character. And it is there that you should leave me, for the sake of the honor of your journal. I am, etc.
1751
Letter XLVII – To Mr. Petit
Letter XLVIII – To Madame de Francueil
Letter XLIX – To Mr. Abbé Raynal
Letter L – To Madame de Créqui
Letter LI – To the Same One
Letter LII – To the Same One
Correspondence Table
Letter XLVIII – To Madame de Francueil
[504]
Paris, April 20, 1751.
Yes, madam, I placed my children in the Orphanage; I entrusted their care to an institution designed for that purpose. If my poverty and misfortunes prevent me from fulfilling such a sacred duty, it is indeed a tragedy that I must lament, but certainly not a crime I should blame myself for. I owe them sustenance; I have provided it for them in a way that is at least better or more secure than I could have done on my own—that is of primary importance. Secondly, there is the consideration of their mother, whom we must not bring into disgrace.
You know my situation; I barely manage to earn a living each day with great difficulty—how could I possibly support a family? And if I were forced to take up the profession of writing, how could the worries of household chores and the troubles of raising children allow me the peace of mind needed to produce profitable work? The writings inspired by hunger bring little income, and this resource will soon be exhausted. I would then have to resort to deceit, intrigue, and cunning; seek some despicable job and try to succeed through ordinary means—otherwise, it would neither feed me nor sustain my family. In short, I would be forced to commit every kind of infamy, something I detest with utmost horror. To feed myself, my children, and their mother, by exploiting the suffering of the poor! No, madam; it would be better for them to be orphans than to have a scoundrel as their father.
Stricken with a painful and fatal illness, I cannot hope for a long life anymore; were it possible for me to support these unfortunate children in their lifetime, they would surely pay a heavy price for the advantage of having been cared for more tenderly than they will ever be able to receive. Their mother, a victim of my indiscreet zeal, burdened with her own shame and needs, and almost as sick herself, is even less capable of providing for them than I am. She will be forced to abandon them to their own fate; and for them, there seems to be no other alternative but to become beggars or thieves—two essentially the same things. If only their condition were more justifiable, they might find it easier to obtain support. Bearing both the disgrace of their birth and that of their poverty, what will become of them?
“Why did I not get married?” you might ask. Ask your unjust laws, madam. It was not right for me to enter into an eternal commitment, and no one will ever prove to me that any duty forces me to do so. What is certain is that I did not do it, and I have no intention of doing it. One should not have children if one cannot afford to feed them. Please forgive me, madam; nature seems to want us to have children, since the earth produces enough food for everyone. But it is the state of the rich, it is your state, that takes away the bread meant for my children.
Nature also demands that we provide for their sustenance: this is what I have done. If there were no shelter for them, I would fulfill my duty and be willing to starve myself rather than fail to feed them.
The term “foundlings” might seem to impress you, as if these children were found in the streets, exposed to death unless saved by chance. Rest assured that I would feel no more horror than you at the thought of an unworthy father who could resort to such barbarity—such an act is too far removed from my heart for me to even consider justifying it. There are established rules[505]; learn what they are, and you will see that children leave the hands of a midwife only to enter those of a nurse. I know that these children are not raised with delicacy—but so much the better for them; it makes them stronger. They are not given anything superfluous, but what is necessary. They are not turned into gentlemen, but into farmers or workers. In this way of raising them, I would choose for my own children. If I were their master, I would not weaken them through indulgence, exposing them to the illnesses that come from fatigue and harsh weather—conditions to which those unaccustomed to them would be vulnerable. They would not know how to dance or ride a horse; but they would have strong, resilient legs. I would not make them writers or office workers; I would not train them in the use of a pen, but rather in tools like the plow, file, or hammer—tools that enable a healthy, hardworking, and innocent life, a life in which one never abuses power for evil purposes and which brings no enemies through good deeds. Such is their destiny. With this simple, rustic education, they will be happier than their father. I am deprived of the pleasure of seeing them; I have never known the sweetness of a paternal embrace. Alas! As I have said before, all I see here is cause for regret—I am freeing them from misery at my own cost. This was how Plato desired that all children be raised in his ideal republic: each child unknown to their father, and all considered the children of the state. But such an education is vile and base! That is the real crime—and you, like everyone else, mistake what is merely a sign of poverty for a disgraceful vice.
Letter XLIX – To Mr. Abbé Raynal
Regarding a new musical mode invented by Mr. BlAlNVlLle[506].
Paris, May 30, 1751, shortly after the concert[507].
You certainly have every right to be pleased, sir, you who are such a champion and friend of the arts, at Mr. Blainville’s attempt to introduce a new approach into our music. As my personal feelings on this matter are irrelevant to the topic at hand, I will immediately move on to the judgment you have asked me to render regarding the discovery itself.
Voi lo volete, signore. Non resisto più; è necessario creare per voi un “portafoglio letterario” che non era destinato a vedere la luce e che ne è molto indegno. Le lamentele del pubblico riguardo a questa pioggia continua di scritti di scarsa qualità mi hanno insegnato chiaramente che tali opere non interessano affatto il lettore comune; inoltre, la reputazione di autore mediocre, l’unica che avrei potuto aspirare ad avere, non ha certo lusingato la mia ambizione. Non essendo riuscito a superare la mia passione per la letteratura, ho quasi sempre scritto soltanto per me stesso. E il pubblico, né i miei amici, avranno certo motivo di lamentarsi che io sia stato un “recitatore acerbo” per loro. Del resto, si è sempre indulgenti con se stessi. E degli scritti destinati all’oscurità, anche l’autore più talentuoso mancherà sempre di quel fuoco che deriva dall’emulazione e di quella cura nella forma che solo il desiderio di piacere può spingere a mettere in atto.
Una cosa singolare è che, avendo un tempo pubblicato un solo libro[503], in cui certamente non si parla di poesia, oggi mi si consideri poeta contro la mia volontà. Ogni giorno qualcuno viene a complimentarmi per commedie e altre opere in versi che non ho mai scritto e che non sono nemmeno in grado di scrivere. È l’identicità del nome dell’autore con il mio ad attirarmi questo onore. Ne sarei certamente lusingato, se si potesse essere lusingati dagli elogi rubati ad altri; ma lodare una persona per cose che sono al di sopra delle sue forze significa farla riflettere sulla propria debolezza.
Devo ammettere di aver provato a scrivere in stile lirico; un’opera che fu lodata dagli appassionati ma criticata dagli artisti, la cui combinazione di due forme artistiche particolarmente difficili portò questi ultimi ad escluderla con tanto fervore, come se davvero fosse stata eccellente.
[Edizione Arv.]
Mi ero immaginato, da vero svizzero, che per avere successo bastasse semplicemente fare bene le cose; ma avendo visto, attraverso l’esperienza altrui, che fare bene rappresenta il primo e più grande ostacolo da superare in questa carriera, e avendone personalmente sperimentato la difficoltà – poiché mi mancano altri talenti che non posso né voglio possedere – ho deciso di tornare nell’oscurità che si addice sia ai miei talenti che al mio carattere. E dove dovreste lasciarmi, per l’onore del vostro giornale. Sono, ecc.
1751
Lettera XLVII – A Monsieur Petit
Lettera XLVIII – Alla Signora de Francueil
Lettera XLIX – A Monsignor l’Abate Raynal
Lettera L – Alla signora de Créqui
Lettera LI – Alla stessa persona
Lettera LII – Alla stessa persona
Tabella della corrispondenza
Lettera XLVIII – Alla Signora de Francueil
[504]
Parigi, 20 aprile 1751.
Sì, signora, ho affidato i miei figli all’Orfanotrofio; ho incaricato l’istituto apposito di prendersi cura di loro. Se la mia povertà e le mie difficoltà mi impediscono di assolvere a un dovere così prezioso, questo è un dolore di cui devo lamentarmi, ma non un crimine che possa essere rimproverato a me. Ho il dovere di provvedere al loro sostentamento; l’ho fatto in modo che fosse migliore o, almeno, più sicuro di quanto avrei potuto farlo personalmente: questa è la considerazione principale. In secondo luogo, c’è la questione della loro madre, che non deve essere umiliata.
Conoscete la mia situazione: guadagno a malapena da vivere ogni giorno; come potrei quindi mantenere una famiglia? E se fossi costretto a intraprendere la carriera di scrittore, come potrebbero le preoccupazioni domestiche e i problemi legati ai bambini lasciarmi, nel mio angusto rifugio, la tranquillità mentale necessaria per svolgere un lavoro redditizio? Gli scritti che nascono dalla fame non portano a grandi guadagni, e questa risorsa si esaurisce rapidamente. Sarebbe quindi necessario ricorrere a mezzi disonesti, ad intrighi, a manovre sleali; cercare qualche lavoro umiliante e cercare di farlo valere con qualsiasi mezzo. Altrimenti non riuscirei nemmeno a sfamarmi, e quel lavoro mi verrebbe presto tolto. In definitiva, dovrei abbandonarmi a ogni sorta di infamie, per le quali provo un orrore profondo. Nutrirmi, i miei figli e loro madre con il sangue dei poveri! No, signora. È meglio che siano orfani, piuttosto che avere per padre un furfante.
Sopraffatto da una malattia dolorosa e mortale, non posso più sperare in una lunga vita; se solo potessi prendermi cura di questi sfortunati, destinati un giorno a soffrire, loro pagherebbero a caro prezzo il vantaggio di essere stati trattati con maggiore delicatezza di quanto possano esserlo attualmente. La loro madre, vittima della mia indiscrezione, costretta a sopportare la propria vergogna e le proprie necessità, quasi altrettanto malata di me e ancora meno in grado di nutrirli, sarà costretta ad abbandonarli a se stessi; per loro non vedo altra alternativa se non quella di diventare mendicanti o banditi, il che alla fine è la stessa cosa. Se solo la loro condizione fosse legittima, potrebbero trovare più facilmente modi per sopravvivere. Portando con sé sia l’infamia della propria nascita che quella della propria povertà, che destino li aspetta?
“Perché non mi sono sposato?”, vi chiederete. Chiedetelo alle vostre ingiuste leggi, signora. Non era opportuno per me assumere un impegno eterno; e nessuno potrà mai dimostrarmi che qualche dovere mi obblighi a farlo. Quello che è certo è che non l’ho fatto, e non intendo farlo. Non si devono avere figli quando non si ha il modo di nutrirli. Perdonatemi, signora; la natura vuole che si abbiano figli, poiché la terra produce abbastanza cibo per tutti. Ma è lo stato dei ricchi, è il vostro stato, a rubarmi il pane dei miei bambini.
La natura vuole anche che si provveda al loro sostentamento: è ciò che ho fatto; se non esistesse per loro un rifugio, compierei il mio dovere e mi rassegnerei a morire di fame piuttosto che non nutrirli.
Questo termine “Bambini Trovati” vi imponerebbe forse l’idea che questi bambini vengano trovati per strada, esposti al pericolo di morire se non fossero salvati dal caso? Siate certe che non proverei più orrore di voi per quel padre indegno che potrebbe decidersi a compiere una tale barbarie: essa è troppo lontana dal mio cuore perché io mi degni nemmeno di giustificarla. Esistono regole stabilite[505]; informatevi su quali siano, e scoprirete che i bambini lasciano le mani della levatrice soltanto per passare in quelle di una nutrice. So che questi bambini non vengono allevati con particolare cura: meglio così, diventeranno più robusti; non ricevono nulla di superfluo, ma hanno ciò che è necessario; non vengono fatti diventare signori, ma contadini o operai. Non vedo nulla in questo modo di educarli che non sceglierei anch’io per i miei figli. Se ne fossi il padrone, non li preparerei con la mollezza alle malattie causate dalla fatica e dalle intemperie dell’aria; non saprebbero né ballare né montare a cavallo, ma avrebbero gambe forti e resistenti. Non li farei né autori né impiegati; non li eserciterei nell’uso della penna, ma della zappa, della lima o del martello, strumenti che permettono di condurre una vita sana, laboriosa, innocente, nella quale non si abusa mai per fare del male e che non attira nemici quando si fa del bene. È a questo che sono destinati; con l’educazione rustica che ricevono, saranno più felici di loro padre. Sono privato del piacere di vederli, e non ho mai assaporato la dolcezza degli abbracci paterni. Ahimè! Ve l’ho già detto: vedo solo motivi per lamentarmi, e li libero dalla povertà a mie spese. Così voleva Platone che tutti i bambini fossero educati nella sua repubblica: che ciascuno rimanesse sconosciuto al proprio padre, e che tutti fossero considerati figli dello stato. Ma questa educazione è vile e bassa! Questo è il vero crimine; vi imponete questa idea come agli altri. E non vedete che, seguendo sempre i pregiudizi del mondo, considerate disonorevole il vizio soltanto perché si lega alla povertà.
Lettera XLIX – A Monsignor l’Abate Raynal
Sul tema di un nuovo tipo di musica inventato dal signor BlAlNVlLle[506].
Parigi, 30 maggio 1751, alla fine del concerto[507].
Voi siete davvero fortunato, signore: voi, che siete un elogiatore e un amico delle arti, apprezzate il tentativo del signor Blainville di introdurre un nuovo stile nella nostra musica. Per quanto mi riguarda, poiché la mia opinione in merito non ha alcuna rilevanza pratica, passo immediatamente al giudizio che mi chiedete riguardo alla scoperta stessa.
Autant que j’ai pu saisir les idées de M. Blainville durant la rapidité de l’exécution du morceau que nous venons d’entendre, je trouve que le mode qu’il nous propose n’a que deux cordes principales, au lieu de trois qu’ont chacun des deux modes usités. L’une de ces deux cordes est la tonique, l’autre est la quarte au-dessus de cette tonique ; et cette quarte s’appellera, si l’on veut, dominante. L’auteur me paraît avoir eu de fort bonnes raisons pour préférer ici la quarte à la quinte ; et celle de toutes ces raisons qui se présente la première, en parcourant sa gamme, est le danger de tomber dans les fausses relations.
Cette gamme est ordonnée de la manière suivante : il monte d’abord d’un semi-ton majeur de la tonique sur la seconde note, puis d’un ton sur la troisième ; et montant encore d’un ton, il arrive à sa dominante, sur laquelle il établit le repos, ou, s’il m’est permis de parler ainsi, l’hémistiche du mode. Puis, recommençant sa marche un ton au-dessus de la dominante, il monte ensuite d’un semi-ton majeur, d’un ton, et encore d’un ton ; et l’octave est parcourue selon cet ordre de notes mi, fa, sol, la, si, ut, ré, mi. Il redescend de même sans aucune altération. Si vous procédez diatoniquement, soit en montant, soit en descendant de la dominante d’un mode mineur à l’octave de cette dominante, sans dièses ni bémols accidentels, vous aurez précisément la gamme de M. Blainville : par où l’on voit, 1° que sa marche diatonique est directement opposée à la nôtre, où, partant de la tonique, on doit monter d’un ton on descendre d’un semi-ton ; 2° qu’il a fallu substituer une autre harmonie à l’accord sensible usité dans nos modes, et qui se trouve exclus du sien ;
3° trouver, pour cette nouvelle gamme, des accompagnements différents de ceux que l’on emploie dans la règle de l’octave ; If et par conséquent d’autres progressions de basse fondamentale que celles qui sont admises.
La gamme de son mode est précisément semblable au diagramme des Grecs ; car si l’on commence par la corde hypate en montant, ou par la note en descendant, à parcourir diatoniquement deux tétracordes disjoints, on aura précisément la nouvelle gamme ; c’est notre ancien mode plagal, qui subsiste encore dans le plain-chant. C’est proprement un mode mineur dont le diapason se prendrait non d’une tonique à son octave, en passant par la dominante, mais d’une dominante à son octave, en passant par la tonique ; et, en effet la tierce majeure que l’auteur est obligé de donner à sa finale, jointe à la manière d’y descendre par semi-ton, donne à cette tonique tout-à-fait l’air d’une dominante. Ainsi, si l’on pouvait, de ce côté-là, disputer à M. Blainville le mérite de l’invention, on ne pourrait du moins lui disputer celui d’avoir osé braver en quelque chose la bonne opinion que notre siècle a de soi-même, et son mépris pour tous les autres âges en matière de sciences et de goût.
Mais ce qui paraît appartenir incontestablement à M. Blainville, c’est l’harmonie qu’il affecte à un mode institué dans des temps où nous avons tout lieu de croire qu’on ne connaissait point l’harmonie, dans le sens que nous donnons aujourd’hui à ce mot. Personne ne lui disputera ni la science qui lui a suggéré de nouvelles progressions fondamentales, ni l’art avec lequel il l’a su mettre en oeuvre pour ménager nos oreilles, bien plus délicates sur les choses nouvelles que sur les mauvaises choses.
Dès qu’on ne pourra plus lui reprocher de n’avoir pas trouvé ce qu’il nous propose, on lui reprochera de l’avoir trouvé. On conviendra que sa découverte est bonne, s’il veut avouer qu’elle n’est pas de lui ; s’il prouve qu’elle est de lui, on lui soutiendra qu’elle est mauvaise : et il ne sera pas le premier contre lequel les artistes auront argumenté de la sorte. On lui demandera sur quel fondement il prétend déroger aux lois établies, et en introduire d’autres de son autorité.
On lui reprochera de vouloir ramener à l’arbitraire les règles d’une science qu’on a fait tant d’efforts pour réduire en principes ; d’enfreindre dans ses progressions la liaison harmonique, qui est la loi la plus générale et l’épreuve la plus sûre de toute bonne harmonie.
On lui demandera ce qu’il prétend substituer à l’accord sensible, dont son mode n’est nullement susceptible, pour annoncer les changements de ton. Enfin on voudra savoir encore pourquoi, dans l’essai qu’il a donné au public, il a tellement entremêlé son mode avec les deux autres, qu’il n’y a qu’un très petit nombre de connaisseurs dont l’oreille exercée et attentive ait démêlé ce qui appartient en propre à son nouveau système.
Ses réponses, je crois les prévoir à peu près. Il trouvera aisément en sa faveur des analogies du moins aussi bonnes que celles dont nous avons la bonté de nous contenter. Selon lui, le mode mineur n’aura pas de meilleurs fondements que le sien. Il nous soutiendra que l’oreille est notre premier maître d’harmonie, et que, pourvu que celui-là soit content, la raison doit se borner à chercher pourquoi il l’est, et non à lui prouver qu’il a tort de l’être ; qu’il ne cherche ni à introduire dans les choses l’arbitraire qui n’y est point, ni à dissimuler celui qu’il y trouve. Or, cet arbitraire est si constant, que, même dans la règle de l’octave, il y a une faute contre les règles ; remarque qui ne sera pas, si l’on veut, de M. Blainville, mais que je prends sur mon compte.
Il dira encore que cette liaison harmonique qu’on lui objecte n’est rien moins qu’indispensable dans l’harmonie, et il ne sera pas embarrassé de le prouver.
Il s’excusera d’avoir entremêlé les trois modes, sur ce que nous sommes sans cesse dans le même cas avec les deux nôtres ; sans compter que, par ce mélange adroit, il aura eu le plaisir, dirait Montaigne, de faire donner à nos modes des nasardes sur le nez du sien. Mais, quoi qu’il fasse, il faudra toujours qu’il ait tort, par deux raisons sans réplique : l’une, qu’il est inventeur ; l’autre, qu’il a affaire à des musiciens.
Je suis, etc.
Lettre LI – À la même
Ce mardi 16 octobre 1751[509].
Je vous remercie, madame, des injustices que vous me faites ; elles marquent au moins un intérêt qui m’honore et auquel je suis sensible. J’ai un ami dangereusement malade, et tous mes soins lui sont dus : avec une telle excuse, je ne me croirais point coupable d’avoir manqué à ma parole, quelque scrupuleux que je sois sur ce point. Mais, madame, j’ai promis que vous verriez, avant le public, ma lettre sur M, Gautier, et c’est ce que j’exécuterai ; j’ai promis aussi de vous porter mon opéra, et je le ferai encore : nous n’avons point parlé du temps ; et, pour avoir différé de quelques jours, je ne crois pas être hors de règle à cet égard.
Si vous vous repentez de la confiance dont vous m’avez honoré, ce ne peut être que pour ne m’en avoir pas trouvé digne. À l’égard de la défiance dont vous me taxez sur mes manuscrits, je vous supplie de croire que j’en suis peu capable, et que je vous rends surtout beaucoup plus de justice que vous ne paraissez m’en rendre à moi-même. En un mot, je vous supplie de croire que, de quelque manière que ce puisse être, ce ne sera jamais volontairement que j’aurai tort avec vous.
Je suis avec un profond respect, madame, votre, etc.
Lettre LII – À la même
Ce lundi 22 décembre 1751[510].
Non, madame, je ne dirai point. Qu’est-ce que cela méfait ? je serai, comme je l’ai toujours été, touché, pénétré de vos bontés pour moi ; mes sentiments n’ont jamais eu de part à mes mauvais procédés, et je veux travailler à vous en convaincre.
Le discours de M. Bordes, tout bien pesé, restera sans réponse : je le trouve, quant à moi, fort au-dessous du premier, car il vaut encore mieux se montrer bon rhéteur de collège que mauvais logicien. J’aurai peut-être occasion de mieux développer mes idées sans répondre directement.
Voici, madame, le livre que vous demandez. Je ne sais s’il sera facile d’en recouvrer quelque exemplaire ; mais vous m’obligerez sensiblement de ne me rendre celui-là que quand je vous en aurai trouvé un autre.
Adieu, madame ; je n’ose plus vous parler de mes résolutions ; mais vous aggravez si fort le poids de mes torts envers vous, que je sens bien qu’il ne m’est plus possible de les supporter.
1752
Lettre LIII – À Madame de Créqui
Lettre LIV – À la même
Lettre LV – À la même
Lettre LVI – À la même
Lettre LVII – À la même
Lettre LVIII – À la même
Lettre LIX – À la même
Lettre LX – À la même
Lettre LXI – À la même
As much as I was able to grasp Mr. Blainville’s ideas during the rapid execution of the piece we just heard, I find that the mode he proposes to us consists of only two main chords, rather than the three chords present in each of the two modes commonly used. One of these two chords is the tonic, and the other is the fourth above it; this fourth chord could be called, if one so wishes, the dominant. The author seems to have had very good reasons for preferring the fourth chord over the fifth in this context; and the primary reason among all of them, when examining his scale progression, is the risk of falling into incorrect harmonic relationships.
This scale is arranged in the following manner: it begins by ascending a major semitone from the tonic to the second note, then another whole tone to the third; continuing with another whole tone, it reaches the dominant, on which it establishes the rest, or, if I may express it this way, the hemistich of the mode. Then, starting again one tone above the dominant, it ascends another major semitone, a whole tone, and yet another whole tone; thus, the entire octave is traversed in the order of these notes: mi, fa, sol, la, si, ut, ré, mi. It descends in the same manner without any alterations. If you proceed diatonically, whether ascending or descending from the dominant of a minor mode to the octave of that same dominant, without using any accidental sharps or flats, you will obtain precisely Mr. Blainville’s scale. This demonstrates, first, that his diatonic progression is directly opposite to our own, where we must ascend a whole tone and descend a half-tone starting from the tonic; and second, that it was necessary to replace the harmonic structure commonly used in our modes with one different from it.
3° To find, for this new range of tones, different accompaniments from those used in the conventional octave system; and consequently, other progressions based on the fundamental tone than those that are currently accepted.
The range of this mode is precisely similar to the diagram used by the Greeks; for if one begins by ascending from the hypate chord or by descending from a note, and then traverses diatonically two separate tetrachords, one will obtain exactly the new mode—in fact, our old plagal mode, which still survives in plainchant. This is essentially a minor mode whose range would not be determined by taking a tonic to its octave via the dominant, but rather by taking a dominant to its octave via the tonic; indeed, the major third that the author is obliged to include in its final note, when combined with the manner in which it descends by half-shaves, gives this tonic all the characteristics of a dominant. Thus, if one were able to dispute Mr. Blainville’s claim to have made this invention, one could at least not deny him the merit of having dared to challenge, in some way, the high opinion our century holds of itself—and its contempt for all other eras in matters of science and taste.
But what undoubtedly belongs to Mr. Blainville is the harmony that he has managed to achieve in a musical mode that was established in an era when we have every reason to believe that the concept of harmony, as we understand it today, was not yet known. No one will dispute either the scientific knowledge that enabled him to devise new fundamental musical progressions or the artistic skill with which he succeeded in implementing them, thus taking into account the fact that our ears are far more sensitive to new and pleasing sounds than to unpleasant ones.
Once we can no longer accuse him of not having found what he offers us, we will accuse him of having found it indeed. We will acknowledge that his discovery is good, if he is willing to admit that it does not belong to him; but if he proves that it does belong to him, we will claim that it is bad—and he will not be the first artist against whom such arguments have been made. People will ask him on what basis he claims to override established laws and introduce others of his own authority.
He will be accused of attempting to restore arbitrariness to the rules of a science for which so much effort has been made to reduce them to principles; of violating, in his advances, that harmonious connection which is the most universal law and the surest test of any true harmony.
One will ask him what it is that he claims to use in place of the sensible harmony, whose mode is in no way capable of conveying such changes in tone. Lastly, people will also want to know why, in the essay he presented to the public, he mixed his own mode so closely with the other two modes that only a very small number of knowledgeable and attentive listeners were able to distinguish what truly belonged to his new system.
I believe I can roughly anticipate his responses. He will easily find analogies on his side that are at least as sound as those we are content to accept. In his view, the minor mode cannot have any better foundations than his own. He will argue that the ear is our primary teacher of harmony, and that as long as the ear is satisfied, reason should merely seek to understand why it is satisfied, rather than attempting to prove that it is wrong in its satisfaction; it should neither try to introduce arbitrariness where none exists, nor conceal the arbitrariness that does exist. Yet this arbitrariness is so constant that, even within the rules of the octave, there are instances that violate those rules. This observation may not be originally attributed to Mr. Blainville, but I take it upon myself to make it.
He will also claim that this harmonious connection that is pointed out to him is nothing short of indispensable for achieving harmony, and he will not hesitate to prove it.
He will apologize for having mixed up these three modes, since we are constantly in the same situation with our two modes ourselves; not to mention that, through this clever mixture, he will have had the pleasure, as Montaigne would say, of making our modes “give our nose a slap” to his own. But no matter what he does, he will always be in the wrong for two irrefutable reasons: first, because he is an inventor; second, because he is dealing with musicians.
I am, etc.
Letter LI – To the Same One
This Tuesday, October 16, 1751[509].
Madam, I thank you for the injustices you inflict upon me; at least they demonstrate a concern that honors me and which I am aware of. I have a friend who is seriously ill, and it is my duty to care for him. With such an excuse, I would not consider myself guilty of breaking my promise, no matter how scrupulous I am in this regard. However, madam, I promised that you would read my letter about M. Gautier before the public, and I will keep that promise; I also promised to present my opera to you, and I will do so again. We did not discuss the timing of these events; and by delaying for a few days, I do not believe I am breaking any rules in that regard.
If you regret the trust you have placed in me, it can only be because you believe I am not worthy of it. As for the distrust you seem to hold toward my manuscripts, I implore you to believe that I am far from capable of such behavior—and that, in fact, I treat you with much more fairness than you seem to treat me. In short, I beg you to believe that, in any way that matters, it would never be out of my own will that I were to do you wrong.
With deep respect, madam, yours sincerely, etc.
Letter LII – To the Same One
This Monday, December 22, 1751[510].
No, madam, I will not say it. What harm would that do? I shall remain, as I have always been, deeply moved and touched by your kindness towards me; my feelings have never had any influence on my bad behavior, and I wish to work hard to convince you of this.
Upon careful consideration, Mr. Bordes’ speech will remain unanswered; in my opinion, it falls far short of the first one, for it is far better to be a skilled orator at the college level than to be a poor logician. Perhaps I will have the opportunity to elaborate on my ideas further without having to respond directly.
Here is, madam, the book you have requested. I am not sure whether it will be easy to obtain another copy; but you would be greatly kind if you would wait until I had found one for you before returning this one to me.
Goodbye, madam; I no longer dare speak to you about my resolutions. But you are making the burden of my sins against you too heavy for me to bear any longer.
1752
Letter LIII – To Madame de Créqui
Letter LIV – To the Same One
Letter LV – To the Same One
Letter LVI – To the Same One
Letter LVII – To the Same One
Letter LVIII – To the Same One
Letter LIX – To the Same One
Letter LX – To the Same One
Letter LXI – To the Same One
Per quanto abbia potuto comprendere le idee di Monsieur Blainville durante l’esecuzione rapida della melodia che abbiamo appena ascoltato, ritengo che il sistema musicale da lui proposto preveda soltanto due corde principali, invece delle tre presenti in entrambi i sistemi musicali comunemente utilizzati. Una di queste due corde è la tonica, l’altra è la quarta sopra di essa; questa quarta potrebbe essere chiamata, se si vuole, dominante. L’autore sembra aver avuto motivi molto validi per preferire qui la quarta alla quinta; e il motivo principale tra tutti questi motivi è rappresentato dal rischio di incorrere in errori nella determinazione delle relazioni musicali corrette.
Questa scala è disposta nel seguente modo: inizia con un semitono maggiore dalla tonica alla seconda nota, poi con un tono alla terza; proseguendo con un altro tono, raggiunge la dominante, sulla quale si stabilisce il riposo, o, per usare un’espressione appropriata, l’emischema del modo. Successivamente, riprendendo la sua ascesa con un tono sopra la dominante, sale ancora con un semitono maggiore, un tono e un altro tono; in questo modo si attraversa l’ottava seguendo l’ordine delle note mi, fa, sol, la, si, ut, ré, mi. La discesa avviene allo stesso modo, senza alcuna alterazione. Se si procede in modo diatonico, sia salendo che scendendo dalla dominante di un modo minore all’ottava di quella stessa dominante, senza utilizzare diesis né bemolli accidentali, si otterrà esattamente la scala proposta da M. Blainville: da ciò si evince che, 1°, il suo procedimento diatonico è direttamente opposto al nostro, nel quale, partendo dalla tonica, si deve salire di un tono e scendere di un semitono; 2°, che è stato necessario sostituire un’altra armonia con l’accordo sensibile comunemente utilizzato nei nostri modi, poiché quest’ultimo non rientra nella struttura della sua scala.
3° Trovare, per questa nuova gamma, degli accordi diversi da quelli utilizzati nella regola dell’ottava; e di conseguenza, altre progressioni della nota fondamentale rispetto a quelle comunemente accettate.
La gamma di questo modo è esattamente simile al diagramma utilizzato dai Greci; infatti, se si parte dalla corda ipata salendo o dalla nota discendente per attraversare diatonicamente due tetracordi separati, si ottiene proprio questa nuova gamma: si tratta del nostro vecchio modo plagale, ancora presente nel canto gregoriano. Si tratta propriamente di un modo minore il cui intervallo non va da una tonica all’ottava passando per la dominante, ma dalla dominante all’ottava passando per la tonica; in effetti, la terza maggiore che l’autore è costretto ad utilizzare nella sua conclusione, unita al modo in cui questa viene descritta come una discesa di mezzo tono, conferisce a questa tonica l’aspetto tipico di una dominante. Quindi, anche se si potesse contestare a M. Blainville il merito di questa invenzione, non si potrebbe certo negargli il coraggio di aver osato sfidare, almeno in questo ambito, l’alta stima che il nostro secolo ha di sé stesso e il suo disprezzo per tutte le epoche precedenti in materia di scienze e gusto.
Ma ciò che sembra appartenere indubbiamente a Monsieur Blainville è l’armonia che egli ha saputo conferire a un modo musicale istituito in tempi in cui abbiamo tutte le ragioni di credere che non si conoscesse affatto l’armonia, nel senso che oggi diamo a questo termine. Nessuno gli contenderà né la scienza che gli ha permesso di ideare nuove progressioni musicali fondamentali, né l’abilità con cui è riuscito a metterle in pratica, prendendo cura delle nostre orecchie, molto più sensibili alle cose nuove che a quelle negative.
Non appena non si potrà più rimproverargli di non aver trovato ciò che ci propone, gli si rimprovererà invece di averlo trovato. Si ammetterà che la sua scoperta è valida, se vuole ammettere che non è sua; se dimostra che è sua, gli si sosterrà che è cattiva. E non sarà certo il primo artista contro cui gli artisti abbiano argomentato in questo modo. Gli si chiederà su quale fondamento pretenda di sovvertire le leggi stabilite e di introdurne altre per proprio autorità.
Gli si rimprovererà di voler ridurre all’arbitrio le regole di una scienza per cui si sono fatti tanti sforzi per renderle sistematizzate in principi; di violare, nei suoi sviluppi, quel legame armonioso che rappresenta la legge più generale e la prova più sicura di ogni vera armonia.
Gli si chiederà cosa intenda sostituire all’accordo sensibile, il cui modo di espressione non è affatto adatto a comunicare i cambiamenti di tono. Inoltre, si vorrà sapere perché, nell’essaggio che ha presentato al pubblico, abbia mescolato così tanto il proprio modo di espressione con gli altri due sistemi musicali, da rendere possibile per pochissimi esperti, dotati di un orecchio allenato e attento, distinguere ciò che appartiene specificamente al suo nuovo sistema musicale.
Credo di poter prevedere più o meno le sue risposte. Troverà facilmente, a suo favore, analogie almeno altrettanto valide di quelle con cui noi ci accontentiamo. Secondo lui, il modo minore non possiede fondamenti migliori del proprio. Ci sosterrà che l’orecchio sia il nostro primo maestro di armonia, e che, purché quest’ultimo sia soddisfatto, la ragione debba limitarsi a cercare il motivo per cui lo è, e non a dimostrargli che si sbaglia ad esserlo; che non debba né introdurre nelle cose l’arbitrio che in esse non esiste, né nascondere quello che vi trova. Ora, questo arbitrio è così costante che, anche nella regola dell’ottava, esistono errori rispetto a tali regole; osservazione che, forse, non appartiene a Monsieur Blainville, ma che assumo io stesso sulla mia responsabilità.
Dirà ancora che questa connessione armoniosa che gli viene contestata è in realtà indispensabile nell’armonia stessa, e non avrà alcuna difficoltà a provarlo.
Si scuserebbe di aver mescolato i tre modi musicali, sostenendo che noi siamo costantemente nella stessa situazione con i nostri due soli modi; inoltre, grazie a questo abile miscuglio, avrebbe avuto il piacere, direbbe Montaigne, di far “fare delle smorfie” ai nostri modi sul naso dei suoi. Ma, qualunque cosa faccia, dovrà comunque avere torto, per due ragioni inconfutabili: la prima è che lui stesso è l’inventore di questi modi; la seconda è che ha a che fare con dei musicisti.
Io sono, ecc.
Lettera LI – Alla stessa persona
Questo martedì, 16 ottobre 1751[509].
Vi ringrazio, signora, per le ingiustizie che mi fate; esse dimostrano almeno un interesse che mi onora e di cui sono consapevole. Ho un amico gravemente malato, e tutti i miei sforzi sono dovuti a lui: con una scusa del genere, non mi considererei colpevole di aver mancato alla mia parola, per quanto scrupoloso possa essere in questo senso. Tuttavia, signora, ho promesso che avreste visto, davanti al pubblico, la mia lettera su M. Gautier, e così farò; ho anche promesso di portarvi il mio opera, e lo farò ancora: non abbiamo parlato del termine stabilito; e ritengo di non essere in ritardo, anche se ho rinviato di alcuni giorni.
Se vi pentite della fiducia che mi avete concesso, ciò non può significare altro se non che non mi avete ritenuto degno di essa. Per quanto riguarda la diffidenza che nutrite nei confronti dei miei manoscritti, vi supplico di credere che io sia molto lontano dal commettere simili errori, e che anzi vi renda molto più giustizia di quanto voi sembriate rendermela. In breve, vi supplico di credere che, in qualsiasi modo possa accadere, non sarà mai per mia volontà che commetterò degli sbagli nei vostri confronti.
Con profondo rispetto, signora.
Lettera LII – Alla stessa persona
Questo lunedì, 22 dicembre 1751[510].
No, signora, non lo dirò. Che male potrebbe derivarne? Sarò, come sempre, commosso e profondamente toccato dalla vostra bontà verso di me; i miei sentimenti non hanno mai avuto nulla a che fare con le mie cattive azioni, e voglio lavorare per convincervene.
Il discorso di Monsieur Bordes, preso nel suo insieme, rimarrà senza risposta: personalmente lo ritengo molto inferiore al primo, perché è ancora meglio essere un buon oratore scolastico che un cattivo logico. Forse avrò l’occasione di sviluppare ulteriormente le mie idee senza rispondere direttamente.
Ecco, signora, il libro che desiderate. Non so se sarà facile trovarne un esemplare; ma mi fareste un grande favore se non me lo restituisceste fino a quando ne avrò trovato un altro.
Addio, signora; non oso più parlare con voi delle mie risoluzioni. Ma il peso dei miei errori nei vostri confronti è così insopportabile che sento chiaramente di non poterli più sopportare.
1752
Lettera LIII – Alla signora de Créqui
Lettera LIV – Alla stessa persona
Lettera LV – Alla stessa persona
Lettera LVI – Alla stessa persona
Lettera LVII – Alla stessa persona
Lettera LVIII – Alla stessa persona
Lettera LIX – Alla stessa persona
Lettera LX – Alla stessa persona
Lettera LXI – Alla stessa persona
Lettre LXII – À la même
Lettre LXIII – À la même
Table de la correspondance
Lettre LIV – À la même
Ce dimanche matin, 1752.
Je sens, madame, après de vains efforts, que traduire m’est impossible ; tout ce que je puis faire pour vous obéir, c’est de vous donner une idée de l’épitre désignée, en l’écrivant à peu près comme j’imagine qu’Horace aurait fait s’il avait voulu la mettre en prose française, à la différence près de l’infériorité du talent et de la servitude de l’imitation. Si vous montrez ce barbouillage à M. l’ambassadeur[512], il s’en moquera avec raison, et j’en ferais de bon coeur autant ; mais je ne sais pas dire mieux d’après un autre, ni beaucoup mieux de moi-même.
Lettre LVI – À la même
Ce dimanche matin, 1752.
Non, madame, je n’ai point usé de défaite avec vous : quant au mensonge, je tâche de n’en user avec personne. Le dîner dont je vous ai parlé est arrêté depuis plus de huit jours ; et si j’avais cherché à éluder pour lundi votre invitation, il n’y a pas de raison pourquoi je l’eusse acceptée le jeudi ou le vendredi. J’aurai l’honneur de dîner avec vous le jour que vous me prescrirez, et là nous discuterons nos griefs ; car j’ai les miens aussi, et je trouve dans vos lettres un ton de louanges beaucoup pire que celui de cérémonie que vous me reprochez, et dont je n’ai peut-être que trop de facilité à me corriger.
Ce n’est pas sérieusement, sans doute, que vous parlez de venir dans mon galetas ; non que je ne vous croie assez de philosophie pour me faire cet honneur, mais parce que, n’en ayant pas assez moi-mc-me pour vous y recevoir sans quelque embarras, je ne vous suppose pas la malice d’en vouloir jouir. Au surplus, je dois vous avertir qu’à l’heure dont vous parlez, vous pourriez trouver encore mes convives ; qu’ils ne manqueraient pas de soupçonner quelque intelligence entre vous et moi ; et que, s’ils me pressaient de leur dire la vérité sur ce point, je n’aurais jamais la force de la leur cacher. Il fallait vous prévenir là-dessus pour être tranquille sur l’événement. À vendredi donc, madame, car j’envisage ce point de vue avec plaisir.
Lettre LVIII – À la même
Ce mercredi matin, 23… 1752.
Je compte les jours, madame, et je sens mes torts. Je voudrais que vous les sentissiez aussi ; je voudrais vous les faire oublier. On est bien en peine quand on est coupable et qu’on veut cesser de l’être. Ne me félicitez donc point de ma fortune, car jamais je ne fus si misérable que depuis que je suis riche[514].
Lettre LX – À la même
Ce vendredi… 1752.
Il est vrai, madame, que je me présentai hier à votre porte. L’inconvénient de vous trouver en compagnie, ou, ce qui est encore pire, de ne vous pas trouver chez vous, me fait hasarder de vous demander la permission de me présenter dans la matinée au lieu de l’après-midi, trop redoutable pour moi, à cause des visites qui peuvent survenir.
Il est vrai aussi que je suis libre[515] : c’est un bonheur dont j’ai voulu goûter avant que de mourir. Quant à la fortune, ce n’eût pas été la peine de philosopher pour ne pas apprendre à m’en passer. Je gagnerai ma vie et je serai homme : il n’y a point de fortune au-dessus de cela.
Je ne puis, madame, profiter demain de l’honneur que vous me faites ; et, pour vous prouver que ce n’est point M. Saurin qui m’en détourne, je suis prêt à accepter un dîner avec lui tout autre jour qu’il vous plaira de me prescrire.
J’ai l’honneur d’être avec un profond respect, madame, votre, etc…
Lettre LXII – À la même
Ce mercredi matin, 23… 1752[517].
Vous me forcez, madame, de vous faire un refus pour la première fois de ma vie. Je me suis bien étudié, et j’ai toujours senti que la reconnaissance et l’amitié ne sauraient compatir dans mon coeur. Permettez donc que je le conserve tout entier pour un sentiment qui peut faire le bonheur de ma vie, et dont tous vos biens ni ceux de personne ne pourraient jamais me dédommager.
J’étais allé hier à Passy, et ne revins que le soir ; ce qui m’empêcha de vous aller voir. Demain, madame, je dînerai chez vous, avec d’autant plus de plaisir que vous voulez bien vous passer d’un troisième.
Lettre LXIII – À la même
Ce mardi matin… 1752.
Ma besogne n’est point encore faite, madame ; le temps qui me presse, et le travail qui me gagne, m’empêcheront de pouvoir vous la montrer avant la semaine prochaine. Puisque vous sortez le matin, nous prendrons l’après-midi qu’il vous plaira, pourvu que ce ne soit pas plutôt que de demain en huit, ni jour d’opéra italien[518]. Comme la lecture sera un peu longue, si nous la voulons faire sans interruption, il faudra que vous ayez la bonté de faire fermer votre porte. J’ai tant de torts avec vous, madame, que je n’ose pas me justifier, même quand j’ai raison ; cependant je sais bien que, sans mon travail, je n’aurais pas mis cette fois si longtemps à vous aller voir.
1753
Lettre LXIV – À M. de Francueil
Lettre LXV – À Madame la baronne de Warens
Lettre LXVI – À Madame la marquise de Pompadour
Lettre LXVII – À M. Fréron
Lettre LXVIII – À M. l’abbé Raynal
Table de la correspondance
Lettre LXV – À Madame la baronne de Warens
Paris, le 13 février 1753.
Vous trouverez ci-joint, ma chère maman, une lettre de 240 livres. Mon coeur s’afflige également de la petitesse de la somme et du besoin que vous en avez : tâchez de pourvoir aux besoins les plus pressants ; cela est plus aisé où vous êtes qu’ici, où toutes choses, et surtout le pain, sont d’une cherté horrible. Je ne veux pas, ma bonne maman, entrer avec vous dans le détail des choses dont vous me parlez, parce que ce n’est pas le temps de vous rappeler quel a toujours été mon sentiment sur vos entreprises : je vous dirai seulement qu’au milieu de toutes vos infortunes, votre raison et votre vertu sont des biens qu’on ne peut vous ôter, et dont le principal usage se trouve dans les afflictions.
Votre fils s’avance à grands pas vers sa dernière demeure : le mal a fait un si grand progrès cet hiver, que je ne dois plus m’attendre à en voir un autre. J’irai donc à ma destination avec le seul regret de vous laisser malheureuse.
On donnera, le premier de mars, la première représentation du Devin à l’Opéra de Paris : je me ménage jusqu’à ce temps-là avec un soin extrême, afin d’avoir le plaisir de le voir. Il sera joué aussi, le lundi gras, au château de Bellevue, en présence du roi ; et madame la marquise de Pompadour y fera un rôle. Comme tout cela sera exécuté par des seigneurs et dames de la cour, je m’attends à être chanté faux et estropié ; ainsi je n’irai point. D’ailleurs, n’ayant pas voulu être présenté au roi, je ne veux rien faire de ce qui aurait l’air d’en rechercher de nouveau l’occasion. Avec toute cette gloire, je continue à vivre de mon métier de copiste, qui me rend indépendant, et qui me rendrait heureux si mon bonheur pouvait se faire sans le vôtre et sans la santé.
J’ai quelques nouveaux ouvrages à vous envoyer, et je me servirai pour cela de la voie de M. Léonard ou de celle de l’abbé Giloz, faute d’en trouver de plus directes.
Adieu, ma très bonne maman, aimez toujours un fils qui voudrait vivre plus pour vous que pour lui-même.
Lettre LXVII – À M. Fréron
[522]
[523]
Paris, le 21 juillet 1753.
Puisque vous jugez à propos, monsieur, de faire cause commune avec l’auteur de la lettre d’un ermite à J. J. Rousseau, vous trouverez fort bon, sans doute, que cette réponse vous soit aussi commune à tous deux. Quant à lui, si une pareille association l’offense, il ne doit s’en prendre qu’à lui-même, et son procédé peu honnête a bien mérité cette humiliation.
Vous avez raison de dire que le faux ermite a pris le masque : il l’a pris en effet de plus d’une manière ; mais j’ai peine à concevoir comment cet artifice l’a mis en droit de me parler avec plus de franchise : car je vous avoue que cela lui donne à mes yeux beaucoup moins l’air d’un homme franc que celui d’un fourbe et d’un lâche, qui cherche à se mettre à couvert pour faire du mal impunément. Mais il s’est trompé : le mépris public a suffi pour ma vengeance, et je n’ai perdu à tout cela qu’un sentiment fort doux, qui est l’estime que je croyais devoir à un honnête homme.
Letter LXII – To the Same One
Letter LXIII – To the Same One
Correspondence Table
Letter LIV – To the Same One
This Sunday morning, 1752.
Madam, after in vain attempting to translate it, I feel that it is utterly impossible for me; all I can do to comply with your request is to try to give you some idea of the text in question by writing it down in a way that I imagine Horace would have done if he had intended to present it in French prose—except for the inferiority of my talent and the limitations of imitation. If you show this attempt at translation to Monsieur l’Ambassadeur[512], he will quite rightly laugh at it, and I would feel just as pleased; but I cannot say that I could do any better if I were to try again in my own way.
Letter LVI – To the Same One
This Sunday morning, 1752.
No, madam, I have not used any deception towards you; as for lying, I try my best not to lie to anyone at all. The dinner I mentioned to you was canceled more than eight days ago; and if I had tried to avoid accepting your invitation on Monday, there would be no reason why I should have accepted it on Thursday or Friday. I will have the honor of dining with you on whatever day you designate, and then we can discuss our grievances; for I have mine as well. I find in your letters a tone of flattery far more offensive than the formalities you reproach me for using, and perhaps I am all too willing to correct such behavior.
You must not be serious when you mention coming to my humble abode; it’s not that I doubt your philosophical insight enough to think you would do me such an honor, but rather because, lacking the means to receive you without some embarrassment, I cannot imagine you would have such malice as to seek to take advantage of it. Moreover, I must warn you that at the time you mention, you might still find my guests there; they would undoubtedly suspect some kind of understanding between you and me, and if they pressed me to tell them the truth, I would never have the strength to hide it from them. It was necessary to inform you of this in order for you to be at ease regarding the matter. So then, until Friday, madam, for I look forward to this possibility with pleasure.
Letter LVIII – To the Same One
This Wednesday morning, the 23rd of, 1752.
I count the days, madam, and I am fully aware of my faults. I wish you could feel them too; I wish to make you forget them. It is truly difficult when one is guilty and wants to stop being it. Therefore, do not congratulate me on my fortune, for I have never been so miserable as since I became rich[514].
Letter LX – To the Same One
This Friday, 1752.
It is true, madam, that I presented myself at your door yesterday. However, the inconvenience of finding you in the company of others, or even worse, the fact that you were not at home, leads me to venture and ask for your permission to visit you this morning instead of in the afternoon, which would be far too risky for me due to the possibility of other visitors arriving.
It is also true that I am free[515]; this is a happiness that I wanted to experience before dying. As for wealth, it would not have been necessary to engage in philosophy at all in order to learn how to live without it. I will earn my living and be a man; there is no greater wealth than that.
Madam, I shall not be able to avail myself of the honor you offer me tomorrow; and to prove to you that it is not Mr. Saurin who prevents me from doing so, I am ready to accept a dinner with him on any other day you may choose to designate.
I am honored to be, with deep respect, Madame, your.
Letter LXII – To the Same One
On this Wednesday morning, the 23rd, 1752[517].
Madam, you are forcing me to refuse you for the first time in my life. I have thought it over carefully, and I have always felt that gratitude and friendship cannot coexist in my heart. Therefore, allow me to keep my heart whole for a feeling that can bring true happiness to my life—a feeling for which neither your wealth nor anyone else’s could ever compensate me.
I went to Passy yesterday and did not return until evening; that is why I was unable to visit you. Tomorrow, madam, I will dine at your home, and I will be even more pleased to do so since you are willing to forego the company of a third person.
Letter LXIII – To the Same One
On this Tuesday morning, 1752.
My task is not yet completed, madam; the time that presses upon me and the work that keeps me occupied will prevent me from showing it to you before next week. Since you go out in the morning, we can choose any afternoon of your choosing, so long as it is not tomorrow or one of the Italian opera days[518]. As the reading will be quite lengthy, if we are to proceed without interruption, I would ask you to kindly close your door. I owe you so much, madam, that I dare not even try to justify myself, even when I am in the right; yet I know well that, without my work, it would have taken me far less time to come and see you this time.
1753
Letter LXIV – To Mr. de Francueil
Letter LXV – To Baroness de Warens
Letter LXVI – To Madame la Marquise de Pompadour
Letter LXVII – To Mr. Fréron
Letter LXVIII – To Mr. Abbé Raynal
Correspondence Table
Letter LXV – To Baroness de Warens
Paris, February 13, 1753.
My dear mother, I enclose with this letter a sum of 240 livres. My heart also grieves at the smallness of this amount and at the necessity you have for it; please try to meet your most urgent needs. It is easier for you where you are than here, where everything—especially bread—is terribly expensive. I do not wish to go into detail about the matters you mention to me, for now is not the time to remind you of my constant attitude toward your endeavors. I will only say that, amidst all your misfortunes, your reason and virtue are assets that cannot be taken away from you, and whose greatest value lies precisely in times of adversity.
Your son is advancing rapidly toward his final resting place: the disease has made such great progress this winter that I no longer expect it to change. Therefore, I will go on my way with the only regret of leaving you in sorrow.
On will give the first performance of “Le Devin” at the Paris Opera on March 1st; I am taking extreme care of myself until then in order to have the pleasure of watching it. It will also be performed on Shrove Tuesday at the Château de Bellevue, in presence of the King; and Madame la Marquise de Pompadour will play a role in it. Since all these performances will be given by noblemen and ladies of the court, I expect my performance to be poor and distorted; therefore, I will not attend. Moreover, having refused to be presented to the King, I do not wish to do anything that might seem like seeking another opportunity to do so. Despite all this glory, I continue to live off my job as a copyist, which allows me independence—and would make me happy if my happiness could be achieved without yours and without your health.
I have some new books to send to you, and I will use either Mr. Leonard’s method or that of Abbe Giloz to do so, since I cannot find any more direct ways.
Goodbye, my dear mother; always love a son who would wish to live for you more than for himself.
Letter LXVII – To Mr. Fréron
[522]
[523]
Paris, July 21, 1753.
Since you, sir, have deemed it appropriate to align yourself with the author of that letter from an hermit to J.-J. Rousseau, you will undoubtedly find it quite fitting that this reply be shared by both of you. As for him, if such an alliance offends him, he must blame only himself; his dishonest behavior has indeed deserved such humiliation.
You are right in saying that the false hermit put on a mask; indeed, he did so in more than one way. But I find it hard to understand how such a ruse could give him the right to speak to me with such frankness. To be honest, in my eyes, this only makes him seem less like an honest man and more like a cunning and cowardly individual who seeks to hide his true nature in order to inflict harm unpunished. But he was mistaken: public contempt was enough for my vengeance. And all I lost in the end was a very tender feeling—the respect that I believed I owed to an honest person.
Lettera LXII – Alla stessa persona
Lettera LXIII – Alla stessa persona
Tabella della corrispondenza
Lettera LIV – Alla stessa persona
Questo mattino di domenica, nel 1752.
Signora, dopo inutili tentativi, sento che tradurre è impossibile per me; tutto ciò che posso fare per obbedirvi è cercare di darvi un’idea del testo in questione, scrivendolo più o meno come immagino che Orazio avrebbe fatto se avesse voluto trasformarlo in prosa francese, a parte la differenza rappresentata dalla inferiorità del mio talento e dalla schiavitù dell’imitazione. Se mostrerete questo tentativo fallito all’ambasciatore[512], lui ne riderà giustamente, e anch’io lo farei con tutto il cuore; ma non so dire di meglio seguendo le indicazioni di un altro, né molto meglio facendolo da solo.
Lettera LVI – Alla stessa persona
Questo mattino di domenica, nel 1752.
No, signora, non ho mai usato mezzi disonesti con voi; quanto al mentire, cerco di evitarlo con tutti. Il pranzo di cui vi ho parlato è stato annullato da più di otto giorni; e se avessi cercato di eludere il vostro invito per lunedì, non ci sarebbe alcuna ragione perché lo accettassi giovedì o venerdì. Avrò l’onore di pranzare con voi nel giorno che mi indicherete, e là discuteremo dei nostri dissidi; poiché anch’io ne ho i miei, e trovo nelle vostre lettere un tono di lodi molto peggiore di quello formale che mi rimproverate, e del quale forse ho fin troppa facilità nel correggermi.
Non è certo seriamente che parliate di venire nel mio “galetto”; non è che non creda che abbiate abbastanza filosofia per farmi questo onore, ma perché, non avendone io stessa abbastanza per ricevervi senza qualche imbarazzo, non penso che abbiate la malizia di volervene approfittare. Inoltre, devo avvertirvi che all’ora che menzionate potreste ancora trovare i miei ospiti; non mancherebbero di sospettare qualche intesa tra voi e me; e se mi pressassero per conoscere la verità su questo punto, non avrei mai il coraggio di nascondergliela. Era necessario avvertirvi a questo proposito per essere tranquilli riguardo all’eventualità. Quindi, a venerdì, signora, poiché considero questa possibilità con piacere.
Lettera LVIII – Alla stessa persona
Questo mercoledì mattina, 23, 1752.
Conto i giorni, signora, e mi rendo conto dei miei errori. Vorrei che anche voi li sentiste; vorrei farvi dimenticarli. È molto difficile quando si è colpevoli e si vuole smettere di esserlo. Quindi non ringraziatemi per la mia fortuna, perché mai sono stato così miserabile come da quando sono diventato ricco[514].
Lettera LX – Alla stessa persona
Questo venerdì, 1752.
È vero, signora, che ieri mi sono presentato alla vostra porta. Tuttavia, il fatto di trovarvi in compagnia, o, peggio ancora, di non trovarvi a casa, mi spinge a chiedervi il permesso di presentarmi questa mattina, invece che nel pomeriggio, che per me rappresenta un momento particolarmente rischioso a causa delle visite che potrebbero verificarsi.
È vero anche che sono libero[515]: è una felicità che ho voluto assaporare prima di morire. Per quanto riguarda la fortuna, non sarebbe stato necessario filosofare per imparare a farne a meno. Guadagnerò da vivere e sarò un uomo: non esiste alcuna fortuna al di sopra di questo.
Signora, non potrò godere dell’onore che mi fate domani; e per dimostrarvi che non è il signor Saurin a impedirmelo, sono disposto ad accettare un pranzo con lui in qualsiasi altro giorno voi decidiate di indicarmi.
Ho l’onore di essere, con profondo rispetto, signora, vostro.
Lettera LXII – Alla stessa persona
Questo mercoledì mattina, 23, 1752[517].
Mi costringete, signora, a rifiutarvi per la prima volta in vita mia. Ho riflettuto attentamente e ho sempre sentito che nella mia anima riconoscenza e amicizia non possono coesistere. Permettetemi quindi di conservare il mio cuore intero per un sentimento che può rendere felice la mia vita, e dal quale né i vostri beni né quelli di alcun altro potrebbero mai compensarmi.
Ieri sono andato a Passy e non sono tornato che la sera; per questo non sono riuscito a venire da voi. Domani, signora, pranzerò da voi, con tanto più piacere se volete concedermi l’onore di essere il terzo ospite.
Lettera LXIII – Alla stessa persona
Quel martedì mattina, 1752.
Il mio compito non è ancora terminato, signora; il tempo che mi manca e il lavoro che devo svolgere mi impediranno di mostrarvelo prima della prossima settimana. Poiché uscite al mattino, sceglieremo l’pomeriggio che più vi conviene, purché non sia il giorno dopo domani né un giorno in cui si tiene l’opera italiana[518]. Poiché la lettura sarà piuttosto lunga, se vogliamo farla senza interruzioni, dovrete avere la gentilezza di chiudere la porta. Ho così tanti torti nei vostri confronti, signora, che non oso nemmeno giustificarmi, anche quando ho ragione; tuttavia so bene che, senza il mio lavoro, non avrei impiegato tutto questo tempo per venire a trovarvi.
1753
Lettera LXIV – A Monsieur de Francueil
Lettera LXV – Alla signora baronessa di Warens
Lettera LXVI – Alla marchesa di Pompadour
Lettera LXVII – A Monsieur Fréron
Lettera LXVIII – A Monsignor l’Abate Raynal
Tabella della corrispondenza
Lettera LXV – Alla signora baronessa di Warens
Parigi, 13 febbraio 1753.
Mia cara mamma, troverete allegato una lettera del valore di 240 livre. Anche il mio cuore soffre per l’entità modesta di questa somma e per la necessità urgente in cui vi trovate: cercate di soddisfare le vostre esigenze più immediate; questo sarà più facile dove siete voi che qui, dove tutte le cose, soprattutto il pane, sono terribilmente costose. Non voglio entrare nei dettagli delle questioni di cui mi parlate, perché non è il momento di ricordarvi quale sia sempre stato il mio atteggiamento riguardo alle vostre iniziative. Vi dirò soltanto che, nonostante tutte le vostre sfortune, la vostra ragione e la vostra virtù sono beni che nessuno può togliervi, e i cui veri valori si manifestano proprio nelle difficoltà.
Vostro figlio si avvicina rapidamente alla sua ultima dimora: la malattia ha fatto grandi progressi quest’inverno, tanto che non mi aspetto più di vederlo migliorare. Andrò quindi verso la mia destinazione con l’unico rimpianto di lasciarvi nel dolore.
Il 1° marzo avrà luogo la prima rappresentazione di “Le Devin” all’Opéra di Parigi: fino a quel momento mi comporterò con estrema cautela, per poter godermi lo spettacolo. Sarà anche rappresentato, il lunedì grasso, al castello di Bellevue, in presenza del re; e la marchesa de Pompadour vi interpreterà un ruolo. Poiché tutto ciò sarà eseguito da nobili della corte, mi aspetto che le mie performance siano scadenti e imprecise, quindi non andrò. Inoltre, poiché non ho voluto essere presentato al re, non desidero fare nulla che possa sembrare un tentativo di cercare nuovamente l’occasione per farlo. Nonostante tutta questa “gloria”, continuo a vivere del mio lavoro di copista: mi rende indipendente e mi darebbe felicità, se solo la mia felicità potesse essere realizzata senza la vostra e senza la vostra salute.
Ho alcuni nuovi libri da inviarvi e userò per farlo il canale di Monsieur Léonard o quello dell’abate Giloz, poiché non ne trovo di più diretti.
Addio, mia amatissima mamma: continuate sempre ad amare un figlio che desidera vivere più per voi che per se stesso.
Lettera LXVII – A Monsieur Fréron
[522]
[523]
Parigi, 21 luglio 1753.
Poiché ritenete opportuno, signore, schierarvi al fianco dell’autore della lettera di un eremita a J.-J. Rousseau, sicuramente troverete molto giusto che anche questa risposta sia condivisa da entrambi. Quanto a lui, se una tale associazione lo offende, deve incolpare soltanto se stesso; il suo comportamento poco onesto merita davvero questa umiliazione.
Avete ragione nel dire che quel falso eremita ha indossato la maschera: l’ha fatto in più modi diversi; tuttavia fatico a comprendere come questo stratagemma gli abbia dato il diritto di parlarmi con maggiore franchezza. Poiché devo ammettere che, ai miei occhi, questo comportamento non lo fa sembrare affatto una persona onesta, ma piuttosto un individuo astuto e codardo, che cerca di nascondersi per compiere del male impunemente. Ma si è sbagliato: il disprezzo pubblico è stato sufficiente per la mia vendetta. E tutto ciò che ho perso è stato un sentimento molto dolce, ovvero l’ammirazione che credevo di dover provare per una persona onesta.
Je n’ai pas dessein d’entreprendre contre lui la défense du Devin du village. Il doit être permis à un ermite[524] plus qu’à tout autre de mal parler d’opéra ; et je ne m’attends pas que ce soit vous qui trouviez mauvais qu’on décide le plus hautement des choses que l’on connaît le moins.
La comparaison de J. J. Rousseau avec une jolie femme me paraît tout-à-fait plaisante ; elle m’a mis de si bonne humeur, que je veux prendre, pour cette fois, le parti des dames, et je vous demanderai d’abord de quel droit vous concluez contre celle-ci que se laisser voir à la promenade soit une preuve qu’elle a envie de plaire, si elle ne donne d’ailleurs aucune marque de ce désir. La jolie femme serait encore bien mieux justifiée, si, dans le goût supposé de se plaire à elle-même, il lui était impossible de se voir sans se montrer, et que l’unique miroir fût, par exemple, dans la place publique : car alors il est évident que, pour satisfaire sa propre curiosité, il faudrait bien qu’elle livrât son visage à celle des autres, sans qu’on pût l’accuser d’avoir cherché à leur plaire, à moins qu’un air de coquetterie, et toutes les minauderies des femmes à prétentions, n’en montrassent le dessein. Il vous reste donc, à l’ermite et à vous, monsieur, de nous dire les démarches qu’a faites J. J. Rousseau pour captiver la bienveillance des spectateurs, les cabales qu’il a formées, ses flatteries envers le public, la cour qu’il a faite aux grands et aux femmes, les soins qu’il s’est donnés pour gagner des preneurs et des partisans : ou bien il faudra que vous expliquiez quel moyen pouvait employer un particulier pour voir son ouvrage au théâtre, sans le laisser voir en même temps au public ; car je ne pouvais pas, comme Lulli, faire jouer l’opéra pour moi seul, à portes fermées[525]. Je trouve de plus cette différence dans le parallèle, qu’on ne se pare point pour soi tout seul, et que la plus belle femme, reléguée pour toujours seule dans un désert, n’y songerait pas même à sa toilette ; au lieu qu’un amateur de musique pourrait être seul au monde, et ne pas laisser de se plaire beaucoup à la représentation d’un opéra. Voilà, monsieur, ce que j’ai à vous répondre, à vous et à votre camarade, au nom de la jolie femme et au mien. Au reste, un ermite qui ne parle que de femmes, de toilette et d’opéra, ne donne guère meilleure opinion de sa vertu que les procédés du vôtre n’en donnent de son caractère ; et sa lettre, de son esprit.
Vous me reprochez, monsieur, un crime dont je fais gloire, et que je tâche d’aggraver de jour en jour. Il ne vous est pas, sans doute, aisé de concevoir comment on peut jouir de sa propre estime : mais afin que vous ne vous fassiez pas faute, ni l’ermite ni vous, de donner à un tel sentiment ces qualifications si menaçantes que vous n’osez même les nommer, je vous déclare derechef très publiquement que je m’estime beaucoup, et que je ne désespère pas de venir à bout de m’estimer beaucoup davantage. Quant aux éloges qu’on voudrait me donner, et dont vous me faites d’avance un crime, pourquoi n’y consentirais-je pas ? Je consens bien à vos injures, et vous voyez assez qu’il n’y a guère plus de modestie à l’un de ces consentements qu’à l’autre. En me reprochant mon orgueil, vous me forcez d’en avoir ; car, fût-on d’ailleurs le plus modeste de tous les hommes, comment ne pas un peu s’en faire accroire, en recevant les mêmes honneurs que les Voltaire, les Montesquieu, et tous les hommes illustres du siècle, dont vos satires font l’éloge presque autant que leurs propres écrits ? Aussi crois-je vous devoir des remerciements, et non des reproches, pour avoir acquiescé à ma prière, quand, persuadé avec tout le public que vos louanges déshonorent un homme de lettres, je vous fis demander, par un de vos amis, de m’épargner sur ce point, vous laissant toute liberté sur les injures. Si vous vous y fussiez borné selon votre Coutume, je ne vous aurais jamais répondu ; mais en repoussant la petite et nouvelle attaque que vous portez aux vérités que j’ai démontrées, on peut relever charitablement vos invectives, comme on met du foin à la corne d’un méchant boeuf.
Tout ce qui me fâche de nos petits démêlés est le mal qu’ils vont faire à mes ennemis. Jeunes barbouilleurs, qui n’espérez vous faire un nom qu’aux dépens du mien, toutes les offenses que vous me ferez sont oubliées d’avance, et je les pardonne à l’étourderie de votre âge ; mais l’exemple de l’ermite m’assure de ma vengeance : elle sera cruelle sans que j’y trempe, et je vous livre aux éloges de M. Fréron.
Je reviens à vous, monsieur ; et puisque vous le voulez, je vais tâcher d’éclaircir avec vous quelques idées relatives à une question pendante depuis longtemps devant le public. Vous vous plaignez que cette question est devenue ennuyeuse et trop rebattue : vous devez le croire ; car nul n’a plus travaillé que vous à faire que cela fût vrai.
Quant à moi, sans revenir sur des vérités démontrées, je me contenterai d’examiner l’ingénieux et nouveau problème que vous avez imaginé sur ce sujet ; c’est d’engager quelque académie à proposer cette question intéressante : si le jour a contribué à épurer les moeurs ? Après quoi, prenant la négative, vous direz de fort belles choses en faveur des ténèbres et de l’aveuglement ; vous louerez la méthode de courir, les yeux fermés, dans le pays le plus inconnu ; de renoncer à toute lumière pour considérer les objets ; en un mot, comme le renard écourté, qui voulait que chacun se coupât la queue, vous exhorterez tout le monde à s’ôter, au propre, l’organe qui vous manque au figuré. Sur le ton qu’on me dit qui règne dans vos petites feuilles, je juge que vous avez du vous applaudir beaucoup d’avoir pu tourner en ridicule une des plus graves questions qu’on puisse agiter : mais vous avez déjà fait vos preuves ; et après avoir si agréablement plaisanté sur l’Esprit des Lois f il n’est pas difficile d’en faire autant sur quelque sujet que ce soit. Dans cette occasion, j’ai trouvé votre plaisanterie assez bonne, et je pense, en général, que, si c’est la seule arme que vous osiez manier, vous vous en servez quelquefois avec assez d’adresse pour blesser le mérite et la vérité ; mais trouvez bon qu’en vous laissant les rieurs je réclame les amis de la raison ; aussi bien, que feriez-vous de ces gens-là dans votre parti ?
Vous trouvez donc, monsieur, que la science est à l’esprit ce que la lumière est au corps. Cependant, en prenant ces mots dans votre propre sens, j’y vois cette différence, que, sans l’usage des yeux, les hommes ne pourraient se conduire ni vivre ; au lieu qu’avec le secours de la seule raison, et les plus simples observations des sens, ils peuvent aisément se passer de toute étude. La terre s’est peuplée, et le genre humain a subsisté, avant qu’il fût question d’aucune de ces belles connaissances : croyez-vous qu’il subsisterait dans une éternelle obscurité ? C’est la raison, mais non la science, qui est à l’esprit ce que la vue est au corps.
I have no intention of defending the village’s “Devin” against him. It should be permitted to a hermit[524] more than to anyone else to speak ill of opera; and I do not expect it to be you who would object to someone making the most important decisions about things that we know the least about.
Comparing J. J. Rousseau to a beautiful woman seems to me entirely amusing; it put me in such a good mood that, for once, I want to take the side of the ladies. First of all, I would like to ask you on what basis you conclude that for a woman to be seen walking in the park is evidence that she wants to please others, when she shows no sign of such desire at all. The beautiful woman would even have a better excuse if, in her supposed desire to please herself, it were impossible for her to see herself without being seen by others—and if the only mirror available were, for example, in a public square. In that case, it would be obvious that in order to satisfy her own curiosity, she would have to expose her face to everyone else’s gaze, and one could not accuse her of trying to please them, unless there was some evidence of coquetry or the usual flirtatious behavior of women with such intentions. Therefore, it remains for you, Mr. Hermit, and you, sir, to tell us what measures J. J. Rousseau took to win the favor of the audience, what schemes he employed, what flattery he directed at the public, whom he courted among the nobility and women, and what efforts he made to gain supporters and followers. Or else, you will have to explain how a private individual could go to see a play in the theater without being seen by the audience itself—because I, after all, couldn’t have the opera performed for me alone, with the doors closed[525]. Moreover, I think there is a fundamental difference between these two situations: one does not dress up just for oneself, and even the most beautiful woman, if she were to be left alone in a desert forever, would not think of dressing at all; whereas a music lover could be completely alone in the world and still enjoy watching an opera performance greatly. That is what I have to say to you, both you and your companion, in the name of that beautiful woman and also in my own name. After all, an hermit who talks only about women, fashion, and opera does not give a much better impression of his virtue than the methods you employ give any indication of your character—or of your intelligence, for that matter.
You reproach me, sir, of a crime which I take pride in—and one that I endeavor to exacerbate day by day. It is undoubtedly not easy for you to comprehend how one can derive pleasure from their own self-esteem; but so that neither you nor this hermit might mistakenly attribute to such a sentiment those threatening qualities that you dare not even name, I declare very publicly that I hold myself in high regard—and that I have no doubt of coming to esteem myself even more highly in the future. As for the praises that some might wish to offer me, and which you already consider a crime against me, why should I refuse them? I am willing to accept your insults just as readily; and you can see quite well that there is hardly any difference in modesty between accepting one thing or the other. By reproaching me for my pride, you are forcing me to have it; for even if one were the most modest of all men, how could one not begin to believe in their own worth when receiving the same honors as Voltaire, Montesquieu, and all those illustrious figures of this century—whose works your satires praise almost as much as their own writings? Therefore, I believe I owe you thanks, rather than reproaches, for having acceded to my request. When I was convinced, along with the whole public, that your praises would bring disgrace upon a man of letters, I asked one of your friends to spare me on this point, leaving you free to hurl your insults at me as you saw fit. If you had confined yourself to that, according to your usual practice, I never would have replied to you; but by rejecting this new and petty attack on the truths I have demonstrated, one can kindly overlook your invectives—just as one might feed straw into the maw of a vicious bull.
What bothers me about our little disputes is the harm they will cause to my enemies. You young scribblers, who hope to make a name for yourselves at my expense—every offense you commit against me is forgotten in advance, and I forgive it out of the recklessness of your youth; but the example of that hermit assures me of my vengeance: it will be cruel, yet I shall not even be involved in it. I leave you to the praises of Mr. Fréron.
I turn back to you, sir; and since you wish it, I will try to clarify with you some ideas related to a question that has long been under discussion among the public. You complain that this issue has become tedious and over-discussed: you must believe that; for no one has worked harder than you to ensure that it remained so.
As for me, without revisiting established truths, I will content myself with examining the ingenious and novel issue you have raised on this subject: namely, whether day has played a role in purifying morals. By assuming the negative, you will then say many beautiful things in favor of darkness and ignorance; you will praise the method of running with one’s eyes closed through the most unfamiliar territory, of abandoning all light in order to perceive objects—in short, much like the fox that wanted everyone to cut off their own tails. In the tone said to prevail in your writings, I suppose you must be quite pleased with having managed to mock one of the most serious issues conceivable. But you have already proven your ability to entertain in this manner; and since it is so easy to joke about anything at all, I find your humor rather amusing in this case. Generally speaking, however, if this is the only weapon you dare to wield, sometimes you use it with such skill that it manages to harm both merit and truth. But since I side with the friends of reason, allow me to remind you that in your camp, what would you do with people like these?
Therefore, sir, you believe that science is to the mind what light is to the body. However, if I interpret these words in your own sense, I see this difference: without the use of eyes, humans would be unable to navigate or survive; whereas with the aid of reason alone and the simplest observations of the senses, they can easily do without any study at all. The earth was populated, and the human race survived long before any of these advanced conoscences even existed—do you think it could have continued to exist in perpetual darkness? It is reason, not science, that is to the mind what sight is to the body.
Non ho intenzione di difendere contro di lui il “Veggente” del villaggio. A un eremita, più che a chiunque altro, dovrebbe essere permesso parlare male dell’opera; inoltre, non mi aspetto affatto che siate voi a ritenere sbagliato che le questioni più importanti vengano decise su quelle che conosciamo meno.
Il paragone di J.-J. Rousseau con una bella donna mi sembra del tutto divertente; mi ha messo di così buon umore che, questa volta, voglio prendere le parti delle donne e vi chiedo innanzitutto con quale diritto giudicate che mostrarsi in giro sia una prova che una donna desideri piacere, se non dà alcun segno di tale desiderio. La bella donna avrebbe ancora più ragione se, nel gusto presunto di piacersi a sé stessa, le fosse impossibile vedersi senza mostrarsi, e se l’unico specchio disponibile fosse, ad esempio, in piazza pubblica: in tal caso sarebbe evidente che, per soddisfare la propria curiosità, dovrebbe pur mostrare il proprio viso agli altri, senza che si possa accusarla di aver cercato di piacere loro, a meno che un atteggiamento civettuoso o tutte le manierine delle donne presuntuose non ne dimostrassero l’intenzione. Quindi, a voi e all’eremita, signore, spetta dirci quali siano stati i metodi utilizzati da J.-J. Rousseau per conquistare la simpatia del pubblico: le cospirazioni che ha ordito, le lusinghe rivolte al pubblico, le attenzioni dedicate ai nobili e alle donne, gli sforzi fatti per ottenere sostenitori. Oppure dovete spiegarmi con quale mezzo un privato possa assistere a un’opera teatrale senza essere allo stesso tempo visto dal pubblico; infatti non posso certo, come Lulli, far eseguire l’opera solo per me, con le porte chiuse[525]. Inoltre, trovo che in questo paragone ci sia una differenza fondamentale: nessuno si veste per se stesso, e nemmeno la donna più bella, se rimasta sola in un deserto, penserebbe mai alla propria toilette; mentre un appassionato di musica potrebbe essere l’unico al mondo e non rinunciare comunque ad godersi una rappresentazione operistica. Ecco, signore, ciò che ho da rispondervi, in nome della bella donna e anche in mio nome. Del resto, un eremita che parla solo di donne, di toilette e d’opera non dà certo una buona impressione della propria virtù, così come i vostri metodi non fanno certo bene figura del vostro carattere. E nemmeno la sua lettera lascia intendere molto del suo spirito.
Mi rimproverate, signore, per un crimine di cui vado fiero e che cerco ogni giorno di aggravare ulteriormente. Non deve essere facile per voi comprendere come si possa godere della propria stima. Ma affinché né voi né io commettiamo l’errore di attribuire a tale sentimento qualità così minacciose da non osarne nemmeno parlare, vi dichiaro pubblicamente che mi stimo molto e che non dispero di arrivare a stimarmi ancora di più. Per quanto riguarda gli elogi che qualcuno potrebbe volermi rivolgere, perché mai non dovrei accettarli? Accetto benissimo anche le vostre offese, e vedete bene che in entrambi i casi non c’è molta differenza in termini di modestia. Rimproverandomi il mio orgoglio, mi costringete ad averne; perché, anche se si fosse la persona più umile del mondo, come si potrebbe non lasciare che qualcuno ci creda, ricevendo gli stessi onori di Voltaire, Montesquieu e di tutti quegli uomini illustri del secolo di cui le vostre satire lodano quasi quanto i loro stessi scritti? Pertanto credo di dovervi ringraziare, e non rimproverarvi, per aver accettato la mia richiesta. Quando, convinto insieme al pubblico che i vostri elogi disonorassero un letterato, vi chiesi, attraverso uno dei vostri amici, di risparmiarmi in questo senso, lasciandovi tutta libertà nelle offese. Se vi foste limitati a farlo, secondo la vostra abitudine, non vi avrei mai risposto. Ma rifiutando quell’attacco nuovo e insignificante alle verità che ho dimostrato, si può gentilmente ignorare le vostre invettive, proprio come si dà del fieno al muso di un buon bue.
Tutto ciò che mi dispiace dei nostri piccoli scontri è il danno che causeranno ai miei nemici. Giovani scapestrati, che sperate di farvi un nome solo a scapito del mio, tutte le offese che mi farete vengono dimenticate in anticipo e le perdono per la leggerezza della vostra età; ma l’esempio dell’eremita mi assicura sulla mia vendetta: sarà crudele, senza che io debba intervenire personalmente, e vi lascio alle lodi di Monsieur Fréron.
Torno a voi, signore; e poiché lo desiderate, cercherò di chiarire con voi alcune idee relative a una questione che da tempo è oggetto di dibattito tra il pubblico. Vi lamentate che questa questione sia diventata noiosa e troppo discussa: dovete crederci; perché nessuno ha lavorato più di voi per far sì che ciò fosse vero.
Per quanto mi riguarda, senza ripetere verità già dimostrate, mi limiterò ad esaminare il ingegnoso e nuovo problema che avete concepito su questo argomento: si tratta di invitare un’Accademia a proporre questa interessante questione: se il giorno abbia contribuito a purificare i costumi. Successivamente, assumendo una posizione negativa, direte cose molto belle a favore delle tenebre e dell’ignoranza; loderete il metodo di correre con gli occhi chiusi nel paese più sconosciuto, di rinunciare a ogni luce per osservare gli oggetti. In breve, come quel volpe che voleva che tutti si tagliassero la coda, esorterete tutti a togliersi, letteralmente, l’organo che a voi manca in senso figurato. Dal tono che mi dicono prevalga nelle vostre pubblicazioni, giudico che vi dovreste molto lodare per essere riusciti a mettere in ridicolo una delle questioni più importanti su cui si possa discutere. Ma avete già dimostrato di saper scherzare abilmente; e dopo aver divertito così piacevolmente riguardo all’“Esprit des Lois”, non è difficile fare lo stesso su qualsiasi altro argomento. In questa occasione, ho trovato il vostro scherzo abbastanza efficace. E in generale penso che, se questa fosse l’unica arma che osaste utilizzare, a volte la usiate con sufficiente abilità per danneggiare il merito e la verità. Ma permettetemi di chiamarmi amico della ragione. Del resto, cosa fareste di queste persone nel vostro partito?
Quindi, signore, ritenete che la scienza sia per lo spirito ciò che la luce è per il corpo? Tuttavia, interpretando queste parole secondo il vostro significato personale, noto questa differenza: senza l’uso degli occhi, gli esseri umani non potrebbero né muoversi né vivere; mentre, con l’aiuto della sola ragione e delle osservazioni più semplici dei sensi, possono facilmente fare a meno di qualsiasi studio. La terra si è popolata e la specie umana è sopravvissuta prima ancora che venissero concepite queste belle conoscenze: credete davvero che potrebbe continuare a esistere in un’eterna oscurità? È la ragione, non la scienza, che è per lo spirito ciò che la vista è per il corpo.
Une autre différence non moins importante est que, quoique la lumière soit une condition nécessaire sans laquelle les choses dont vous parlez ne se feraient pas, on ne peut dire, en aucune manière, que le jour soit la cause de ces choses-là ; au lieu que j’ai fait voir comment les sciences sont la cause des maux que je leur attribue. Quoique le feu brûle un corps combustible qu’il touche, il ne s’ensuit pas que la lumière brûle un corps combustible qu’elle éclaire : voilà pourtant la conclusion que vous tirez. Si vous aviez pris la peine de lire les écrits que vous me faites l’honneur de mépriser, et que vous devez du moins fort haïr, car ils sont d’un ennemi des méchants, vous y auriez vu une distinction perpétuelle entre les nombreuses sottises que nous honorons du nom de science, celles par exemple, dont vos recueils sont pleins, et la connaissance réelle de la vérité ; vous y auriez vu, par l’énumération des maux causés par la première, combien la culture en est dangereuse ; et par l’examen de l’esprit de l’homme, combien il est incapable de la seconde, si ce n’est dans les choses immédiatement nécessaires à sa conservation, et sur lesquelles le plus grossier paysan en sait du moins autant que le meilleur philosophe. D » sorte que, pour mettre quelque apparence de parité dans les deux questions, vous deviez supposer, non seulement un jour illusoire et trompeur, qui ne montre les choses que sous une fausse apparence, mais encore un vice dans l’organe visuel, qui altère la sensation de la lumière, des figures et des couleurs ; et alors vous eussiez trouvé qu’en effet il vaudrait encore mieux rester dans une éternelle obscurité, que de ne voir à se conduire que pour s’aller casser le nez contre des rochers, ou se vautrer dans la fange, ou mordre et déchirer tous les honnêtes gens qu’on pourrait atteindre. La comparaison du jour convient à la raison naturelle, dont la pure et bienfaisante lumière éclaire et guide les hommes : la science peut mieux se comparer à ces feux follets qui, dit-on, ne semblent éclairer les passants que pour les mener à des précipices. Pénétré d’une sincère admiration pour ces rares génies, dont les écrits immortels et les moeurs pures et honnêtes éclairent et instruisent l’univers, j’aperçois chaque jour davantage le danger qu’il y a de tolérer ce tas de grimauds, qui ne déshonorent pas moins la littérature par les louanges qu’ils lui donnent que par la manière dont ils la cultivent. Si tous les hommes étaient des Montesquieu, des Buffon, des Duclos, etc., je désirerais ardemment qu’ils cultivassent toutes les sciences, afin que le genre humain ne fut qu’une société de sages : mais vous, monsieur, qui sans doute êtes si modeste, puisque vous me reprochez tant mon orgueil, vous conviendrez volontiers, je m’assure, que si tous les hommes étaient des Frérons, leurs livres n’offriraient pas des instructions fort utiles, ni leur caractère une société fort aimable.
Ne manquez pas, monsieur, je vous prie, quand votre pièce aura remporté le prix, de faire entrer ces petits éclaircissements dans la préface. En attendant, je vous souhaite bien des lauriers ; mais si, dans la carrière que vous allez courir, le succès ne répond pas à votre attente, gardez-vous de prendre, comme vous dites, le parti de vous envelopper dans votre propre estime ; car vous auriez là un méchant manteau.
Lettre LXVIII – À M. l’abbé Raynal
SUR L’USAGE DANGEREUX DES USTENCILES DE CUIVRE
Juillet 1753.
Je crois, monsieur, que vous verrez avec plaisir l’extrait ci-joint d’une lettre de Stockholm, que la personne à qui elle est adressée me charge de vous prier d’insérer dans le Mercure, l’objet en est de la dernière importance pour la vie des hommes ; et plus la négligence du public est excessive à cet égard, plus les citoyens éclairés doivent redoubler de zèle et d’activité pour la vaincre.
Tous les chimistes de l’Europe nous avertissent depuis longtemps des mortelles qualités du cuivre, et des dangers auxquels on s’expose en faisant usage de ce pernicieux métal dans les batteries de cuisine. M. Rouelle, de l’académie des sciences, est celui qui en a démontré plus sensiblement les funestes effets, et qui s’en est plaint avec le plus de véhémence. M. Thierri, docteur en médecine, a réuni dans une savante thèse qu’il soutint en 1 749, sous la présidence de M. Falconnet, une multitude de preuves capables d’effrayer tout homme raisonnable qui fait quelque cas de sa vie et de celle de ses concitoyens. Ces physiciens ont fait voir que le vert-de-gris, ou le cuivre dissous, est un poison violent dont l’effet est toujours accompagné de symptômes affreux ; que la vapeur même de ce métal est dangereuse, puisque les ouvriers qui le travaillent sont sujets à diverses maladies mortelles ou habituelles ; que toutes les menstrues, les graisses, les sels, et l’eau même, dissolvent le cuivre, et en font du vert-de-gris ; que l’étamage le plus exact ne fait que diminuer cette dissolution ; que l’étain qu’on emploie dans cet étamage n’est pas lui-même exempt de danger, malgré l’usage indiscret qu’on a fait jusqu’à présent de ce métal, et que ce danger est plus grand ou moindre, selon les différents étains qu’on emploie, en raison de l’arsenic qui entre dans leur composition, ou du plomb qui entre dans leur alliage [526] ; que même en supposant à l’étamage une précaution suffisante, c’est une imprudence impardonnable de faire dépendre la vie et la santé des hommes d’une lame d’étain très déliée, qui s’use très promptement[527], et de l’exactitude des domestiques et des cuisiniers, qui rejettent ordinairement les vaisseaux récemment étamés, à cause du mauvais goût que donnent les matières employées à l’étamage : ils ont fait voir combien d’accidents affreux, produits par le cuivre, sont attribués tous les jours à des causes toutes différentes ; ils ont prouvé qu’une multitude de gens périssent, et qu’un plus grand nombre encore sont attaqués de mille différentes maladies, par l’usage de ce métal dans nos cuisines et dans nos fontaines, sans se douter eux-mêmes de la véritable cause de leurs maux. Cependant, quoique la manufacture d’ustensiles de fer battu et étamé, qui est établie au faubourg Saint-Antoine, offre des moyens faciles de substituer dans les cuisines une batterie moins dispendieuse, aussi commode que celle de cuivre, et parfaitement saine, au moins quant au métal principal, l’indolence ordinaire aux hommes sur les choses qui leur sont véritablement utiles, et les petites maximes que la paresse invente sur les usages établis, surtout quand ils sont mauvais, n’ont encore laissé que peu de progrès aux sages avis des chimistes, et n’ont proscrit le cuivre que de peu de cuisines. La répugnance des cuisiniers à employer d’autres vaisseaux que ceux qu’ils connaissent, est un obstacle dont on ne sent toute la force que quand on connaît la paresse et la gourmandise des maîtres. Chacun sait que la société abonde en gens qui préfèrent l’indolence au repos, et le plaisir au bonheur ; mais on a bien de la peine à concevoir qu’il y en ait qui aiment mieux s’exposer à périr, eux et toute leur famille, dans des tourments affreux, qu’à manger un ragoût brûlé.
Another difference of no less importance is that, although light is a necessary condition without which the things you speak of could not exist, it is in no way possible to say that day is the cause of those things; whereas I have shown how science is the cause of the evils that I attribute to it. Although fire burns any combustible substance it touches, it does not follow that light burns any combustible substance it illuminates—yet this is the conclusion you draw. If you had taken the trouble to read those writings that you have the honor of despising, and which you must at least hate deeply, for they come from an enemy of the wicked, you would have seen therein a clear distinction between the numerous foolish things that we call science—and I mean those things, for example, that are filled in your collections—and true knowledge of the truth. You would have seen, through the enumeration of the evils caused by the former, how dangerous their pursuit is; and by examining the nature of the human mind, how incapable it is of attaining the latter, unless it deals with matters that are immediately necessary for its survival—matters about which even the simplest peasant knows as much as the most learned philosopher. Therefore, in order to create any semblance of equivalence between these two concepts, you would have to assume not only an illusory and deceptive “day” that presents things only in a false light, but also a defect in the visual organ that alters our perception of light, shapes, and colors. And then you would have realized that it is actually far better to remain in eternal darkness than to rely on such “light” to guide us—only to end up breaking our noses against rocks, wallowing in mud, or harming every honest person within reach. The comparison of day to natural reason is appropriate, for the pure and beneficial light of reason illuminates and guides mankind; whereas science might better be likened to those deceptive fires that, it is said, seem to guide travelers toward cliffs. Deeply admiring these rare geniuses whose immortal writings and noble character illuminate and educate the entire world, I increasingly realize the danger of tolerating those fools who not only dishonor literature with their false praise but also corrupt its true purpose. If everyone were a Montesquieu, a Buffon, a Duclos, or someone like them, I would eagerly desire that they pursue all fields of knowledge, so that humanity might be a community of wise men. But you, sir—since you seem so modest and often reprove my pride—I am certain you would agree that if everyone were like Fréron, their books would offer no useful guidance, and their behavior would not create a pleasant society at all.
Please do not forget, sir, when your play wins the prize, to include these clarifications in the preface. In the meantime, I wish you much success; but if, in the career ahead, success does not meet your expectations, be careful not to resort to what you call “enveloping yourself in your own esteem”—for that would be a terrible cloak to wear.
Letter LXVIII – To Mr. Abbé Raynal
ON THE DANGEROUS USE OF COPPER UTENSILS
July 1753.
I believe, sir, that you will take pleasure in reading the excerpt from a letter from Stockholm that the person to whom it is addressed has asked me to request you to publish it in Mercure. The subject matter is of utmost importance for the welfare of mankind; and the more widespread public indifference on this issue is, the more enlightened citizens must redouble their efforts and enthusiasm to overcome it.
Chemists throughout Europe have long warned us of the deadly properties of copper and the dangers associated with its use in kitchen utensils. Mr. Rouelle, from the Academy of Sciences, was particularly outspoken about these harmful effects and vehemently protested against their use. Dr. Thierri, a physician, compiled a comprehensive thesis in 1749, presented before Mr. Falconnet, which presented numerous irrefutable arguments capable of frightening any reasonable person who values his own life and the lives of his fellow citizens. These scientists demonstrated that verdigris—i.e., dissolved copper—is a violent poison whose effects are always accompanied by terrible symptoms; even the vapor of this metal is dangerous, as workers exposed to it frequently suffer from various fatal or chronic illnesses. They also showed that all kinds of substances, including menstruation fluids, fats, salts, and even water, can dissolve copper and turn it into verdigris; even the most meticulous tin-plating process only reduces this dissolution to some extent. The tin itself used in this process is not without danger either, despite its widespread current use—the degree of risk varying depending on the type of tin used, as different alloys contain varying amounts of arsenic or lead [526]. Moreover, even if adequate precautions are taken during plating, it remains utterly imprudent to rely on the durability of such thin tin coatings, which wear out quickly [527], or on the carefulness of household servants and chefs—who often discard newly plated utensils due to their unpleasant taste. The scientists also pointed out how many terrible accidents caused by copper are actually attributed to entirely different factors every day. They proved that countless people die or suffer from various illnesses as a result of using copper in our kitchens and water faucets, yet they themselves are unaware of the true cause of their suffering. Nevertheless, although the production of ironware and tin-plated utensils in the Saint-Antoine district offers convenient alternatives to copper cookware—cost-effective, practical, and at least safe regarding the metal itself—the usual indifference of people toward things that truly benefit them, along with the petty excuses invented by laziness to justify continuing bad habits, have meant that chemists’ wise advice has had little impact so far, and copper is still widely used in many kitchens. The chefs’ reluctance to use any vessels other than those they are accustomed to is an obstacle whose full extent becomes apparent only when one understands the laziness and gluttony of their masters. Everyone knows that society is full of people who prefer idleness to rest, and pleasure to true happiness; yet it is hard to believe that there are actually some who would rather risk their own lives and those of their entire families by enduring terrible suffering than eat a burnt stew.
Un’altra differenza non meno importante è che, sebbene la luce sia una condizione necessaria senza la quale le cose di cui parlate non esisterebbero, non si può assolutamente affermare che il giorno ne sia la causa; al contrario, ho dimostrato come le scienze siano la causa dei mali che loro vengono attribuiti. Anche se il fuoco brucia un corpo combustibile che tocca, ciò non significa affatto che la luce bruci un corpo combustibile che illumina: eppure questa è la conclusione a cui giungete voi. Se vi foste presi la briga di leggere quegli scritti che avete l’onore di disprezzare, e che dovreste almeno odiare profondamente, poiché appartengono a un nemico dei malvagi, avreste visto una netta distinzione tra le molte sciocchezze che chiamiamo scienze – quelle, ad esempio, piene nei vostri raccolti – e la vera conoscenza della verità; avreste visto, attraverso l’elenco dei mali causati dalle prime, quanto sia pericolosa la loro pratica; e, analizzando lo spirito umano, quanto esso sia incapace di raggiungere la seconda, se non nelle cose strettamente necessarie alla sua sopravvivenza, su cui anche il più ignorante contadino ne sa tanto quanto il più erudito filosofo. Pertanto, per creare un’apparenza di equità tra queste due questioni, dovreste supporre non solo un giorno illusorio e ingannevole che mostra le cose solo sotto una falsa apparenza, ma anche un difetto nell’organo visivo che alteri la percezione della luce, delle forme e dei colori; e allora avreste scoperto che, in realtà, sarebbe ancora meglio rimanere per sempre nell’oscurità, piuttosto che cercare di orientarsi in un mondo pieno di pericoli. Il paragone con il giorno si addice alla ragione naturale, la cui luce pura e benefica illumina e guida gli uomini; le scienze, invece, possono essere paragonate a quei fuochi fatui che, si dice, sembrano illuminare i viandanti solo per condurli verso il disastro. Profondamente ammiratore di quei rari geni la cui opera immortale e le loro virtù purissime illuminano l’universo, vedo ogni giorno sempre più chiaramente quanto sia pericoloso tollerare quella massa di individui che non solo disonorano la letteratura con i loro elogi, ma anche con il modo in cui la praticano. Se tutti gli uomini fossero come Montesquieu, Buffon, Duclos e altri, desidererei ardentemente che coltivassero tutte le scienze, affinché l’umanità fosse una vera comunità di saggi; ma voi, signore, che sicuramente siete così umile da rimproverarmi tanto per il mio orgoglio, concorderete certamente con me sul fatto che, se tutti gli uomini fossero come Fréron, i loro libri non offrirebbero istruzioni utili e il loro comportamento non creerebbe una società piacevole.
Per favore, signore, non dimentichiate di inserire questi piccoli chiarimenti nella prefazione quando la vostra opera avrà vinto il premio. Nel frattempo, vi auguro grandi successi; ma se, nel percorso che intraprenderete, il successo non dovesse rispondere alle vostre aspettative, fate attenzione a non “avvolgervi” nella vostra stessa stima, perché quel sarebbe un cattivo mantello.
Lettera LXVIII – A Monsignor l’Abate Raynal
SULL’USO PERICOLOSO DEI UTENSILI IN OTTONERO
Luglio 1753.
Credo, signore, che troverete piacevole leggere l’estrazione tratta da una lettera proveniente da Stoccolma; la persona a cui è indirizzata mi ha incaricato di chiedervi di pubblicarla su “Le Mercure”, poiché il suo contenuto è di estrema importanza per la vita degli uomini. E più la negligenza del pubblico in questo ambito è eccessiva, più i cittadini illuminati devono raddoppiare lo zelo e l’impegno per combatterla.
Da tempo tutti i chimici d’Europa ci avvertono delle pericolose proprietà del rame e dei rischi a cui si espongono coloro che utilizzano questo metallo dannoso nelle pentole da cucina. Il signor Rouelle, dell’Accademia delle Scienze, è colui che ne ha dimostrato più chiaramente gli effetti funesti e si è lamentato con la massima veemenza di questa pratica. Il dottor Thierri, in una brillante tesi presentata nel 1749 sotto la presidenza del signor Falconnet, ha raccolto numerose prove capaci di spaventare qualsiasi uomo ragionevole che tenga alla propria vita e a quella dei suoi concittadini. Questi scienziati hanno dimostrato che il verderame, ovvero il rame disciolto, è un veleno violento i cui effetti sono sempre accompagnati da sintomi terribili; che persino la vaporizzazione di questo metallo è pericolosa, poiché gli operai che lo lavorano sono soggetti a diverse malattie mortali o croniche; che tutti i grassi, i sali e persino l’acqua disciolgono il rame, trasformandolo in verderame; che anche la più accurata trattazione con lo stagno non riesce a ridurre questa dissoluzione; che lo stagno stesso utilizzato in questo processo non è esente da pericoli, nonostante l’uso improprio che ne è stato fatto fino ad oggi; e che tale pericolo aumenta o diminuisce a seconda dello stagno impiegato, a causa dell’arsenico o del piombo presenti nella sua composizione. Hanno inoltre dimostrato come molti incidenti terribili causati dal rame vengano attribuiti ogni giorno a cause completamente diverse; hanno provato che molte persone muoiono, e un numero ancora maggiore soffre di mille malattie diverse, a causa dell’uso di questo metallo nelle nostre cucine e nelle nostre fontane, senza che esse stesse sappiano la vera causa dei loro mali. Tuttavia, nonostante la produzione di utensili in ferro battuto e stagno, stabilita nel quartiere di Saint-Antoine, offra mezzi semplici per sostituire nelle cucine una batteria meno costosa, altrettanto comoda di quella in rame e perfettamente sicura, almeno per quanto riguarda il metallo principale, l’indolenza umana verso ciò che è veramente utile e le piccole astuzie della pigrizia nei confronti delle abitudini consolidate, soprattutto quando queste sono dannose, hanno finora permesso solo pochi progressi agli saggi consigli dei chimici, e il rame è ancora ampiamente utilizzato in molte cucine. La ripugnanza dei cuochi nell’utilizzare altri utensili diversi da quelli a cui sono abituati rappresenta un ostacolo la cui reale entità si comprende solo conoscendo la pigrizia e la gola dei padroni di casa. Tutti sanno che nella società ci sono molte persone che preferiscono l’indolenza al riposo, e il piacere alla felicità; tuttavia è difficile credere che esistano individui che preferiscano esporre se stessi e tutta la propria famiglia a terribili sofferenze, piuttosto che mangiare un piatto bruciato.
Il faut raisonner avec les sages, et jamais avec le public. Il y a longtemps qu’on a comparé la multitude à un troupeau de moutons ; il lui faut des exemples au lieu de raisons ; car chacun craint beaucoup plus d’être ridicule que d’être fou ou méchant. D’ailleurs dans toutes les choses qui concernent l’intérêt commun, presque tous, jugeant d’après leurs propres maximes, s’attachent moins à examiner la force des preuves qu’à pénétrer les motifs secrets de celui qui les propose : par exemple, beaucoup d’honnêtes lecteurs soupçonneraient volontiers qu’avec de l’argent le chef de la fabrique de fer battu, ou l’auteur des fontaines domestiques, excite mon zèle en cette occasion ; défiance assez naturelle dans un siècle de charlatanerie, où les plus grands fripons ont toujours l’intérêt public dans la bouche. L’exemple est en ceci plus persuasif que le raisonnement, parce que, la même défiance ayant vraisemblablement dû naître aussi dans l’esprit des autres, on est porté à croire que ceux qu’elle n’a point empêchés d’adopter ce que l’on propose, ont trouvé pour cela des raisons décisives. Ainsi, au lien de m’arrêter à montrer combien il est absurde, même dans le doute, de laisser dans la cuisine des ustensiles suspects de poison, il vaut mieux dire que M. Duvernay vient d’ordonner une batterie de fer pour l’École militaire ; que M. le prince de Conti a banni tout le cuivre de la sienne ; que M. le duc de Duras, ambassadeur en Espagne, en a fait autant ; et que son cuisinier, qu’il consulta là-dessus, lui dit nettement que tous ceux de son métier qui ne s’accommodaient pas de la batterie de fer, tout aussi bien que de celle de cuivre, étaient des ignorants ou des gens de mauvaise volonté. Plusieurs particuliers ont suivi cet exemple, que les personnes éclairées qui m’ont remis l’extrait ci-joint ont donné depuis longtemps, sans que leur table se ressente le moins du monde de ce changement, que par la confiance avec laquelle on peut manger d’excellents ragoûts, très bien préparés dans des vaisseaux de fer.
Mais que peut-on mettre sous les yeux du public de plus frappant que cet extrait même ? S’il y avait au monde une nation qui dût s’opposer à l’expulsion du cuivre, c’est certainement la Suède, dont les mines de ce métal font la principale richesse, et dont les peuples, en général, idolâtrent leurs anciens usages. C’est pourtant ce royaume, si riche en cuivre, qui donne l’exemple aux autres d’ôter à ce métal tous les emplois qui le rendent dangereux, et qui intéressent la vie des citoyens ; ce sont ces peuples, si attachés à leurs vieilles pratiques, qui renoncent sans peine à une multitude de commodités qu’ils retireraient de leurs mines, dès que la raison et l’autorité des sages leur montrent le risque que l’usage indiscret de ce métal leur fait courir. Je voudrais pouvoir espérer qu’un si salutaire exemple sera suivi dans le reste de l’Europe, où l’on ne doit pas avoir la même répugnance à proscrire, au moins dans les cuisines, un métal que l’on tire de dehors. Je voudrais que les avertissements publics des philosophes et des gens de lettres réveillassent les peuples sur les dangers de toute espèce auxquels leur imprudence les expose, et rappelassent plus souvent à tous les souverains que le soin de la conservation des hommes n’est pas seulement leur premier devoir, mais aussi leur plus grand intérêt.
Je suis, etc.
1754
Lettre LXIX – À M. le comte d’Argenson
Lettre LXX – À M. le comte de Turpin
Lettre LXXI – À M. d’Alembert
Lettre LXXII – Au père Lesage
Lettre LXXII – À Madame Gonceru
Lettre LXXIV – À M. Vernes
Lettre LXXV – À M. Perdriau
Lettre LXXVI – À Madame la marquise de Menars
Lettre LXXVII – À M. le comte de Lastic
Lettre LXXVII – À Madame d’Épinay
Table de la correspondance
Lettre LXX – À M. le comte de Turpin
Qui m’avait adressé une Épître à la tête des é
AMUSEMENTS PHILOSOPHIQUES ET LITTÉRAIRES DE DEUX AMIS
Paris, le 12 mai 1754.
En vous faisant mes remerciements, monsieur, du recueil que vous m’avez envoyé, j’en ajouterais pour l’épître qui est à la tête, et qu’on prétend m’être adressée[532], si la leçon qu’elle contient n’était gâtée par l’éloge qui l’accompagne, et que je veux me hâter d’oublier, pour n’avoir point de reproches à vous faire.
Quant à la leçon, j’en trouve les maximes très sensées ; il ne leur manque, ce me semble, qu’une plus juste application. Il faudrait que je changeasse étrangement d’humeur et de caractère, si jamais les devoirs de l’humanité cessaient de m’être chers, sous prétexte que les hommes sont méchants. Je ne punis ni moi, ni personne, en me refusant à une société trop nombreuse. Je délivre les autres du triste spectacle d’un homme qui souffre, ou d’un observateur importun, et je me délivre moi-même de la gêne où me mettrait le commerce de beaucoup de gens dont heureusement je ne connaîtrais que les noms. Je ne suis point sujet à l’ennui que vous me reprochez ; et si j’en sens quelquefois, c’est seulement dans les belles assemblées, où j’ai l’honneur de me trouver fort déplacé de toutes façons. La seule société qui m’ait paru désirable est celle qu’on entretient avec ses amis, et j’en jouis avec trop de bonheur pour regretter celle du grand monde. Au reste, quand je haïrais les hommes autant que je les aime et que je les plains, j’ai peur que les voir de plus près ne fût un mauvais moyen de me raccommoder avec eux ; et, quelque heureux que je puisse être dans mes liaisons, il me serait difficile de me trouver jamais avec personne aussi bien que je suis avec moi-même.
J’ai pensé que me justifier devant vous était la meilleure preuve que je pouvais vous donner que vos avis ne m’ont pas déplu, et que je fais cas de votre estime. Venons à vous, monsieur, par qui j’aurais dû commencer ; j’ai déjà lu une partie de votre ouvrage, et j’y vois avec plaisir l’usage aimable et honnête que vous et votre ami faites de vos loisirs et de vos talents. Votre recueil n’est pas assez mauvais pour devoir vous rebuter du travail, ni assez bon pour vous ôter l’espoir d’en faire un meilleur dans la suite[533]. Travaillez donc sous vos divins maîtres à étendre leurs droits et votre gloire. Vaincre, comme vous avez commencé, les préjugés de votre naissance et de votre état, c’est se mettre fort au-dessus de l’une et de l’autre. Mais joindre l’exemple aux leçons de la vertu, c’est ce qu’on a droit d’attendre de quiconque la prêche dans ses écrits. Tel est l’honorable engagement que vous venez de prendre, et que vous travaillez à remplir.
Je suis de tout mon coeur, etc.
Lettre LXXI – À M. d’Alembert
[534]
Ce 26 juin 1754[535].
Je vous renvoie, monsieur, la lettre C, que je n’ai pu relire plus tôt, ayant toujours été malade. Je ne sais point comment on résiste à la manière dont vous m’avez fait l’honneur de m’écrire, et je serais bien fâché de le savoir. Ainsi j’entre dans toutes vos vues, et j’approuve les changements que vous avez jugé à propos de faire : j’ai pourtant rétabli un ou deux morceaux que vous aviez supprimés, parce qu’en me réglant sur le principe que vous avez établi vous-même il m’a semblé que ces morceaux faisaient à la chose, ne marquaient point d’humeur, et ne disaient point d’injures. Cependant je veux que vous soyez absolument le maître”, et je soumets le tout à votre équité et à vos lumières.
Je ne puis assez vous remercier de votre discours préliminaire. J’ai peine à croire que vous ayez eu beaucoup plus de plaisir à le faire que moi à le lire. La chaîne encyclopédique, surtout, m’a instruit et éclairé ; et je me propose de la relire plus d’une fois. Pour ce qui concerne ma partie, je trouve votre idée sur l’imitation musicale très juste et très neuve. En effet, à un très petit nombre de choses près, l’art du musicien ne consiste point à peindre immédiatement les objets, mais à mettre l’âme dans une disposition semblable à celle où la mettrait leur présence. Tout le monde sentira cela en vous lisant ; et, sans vous, personne peut-être ne se fût avisé de le penser. C’est là, comme dit Lamotte,
De ce vrai dont tous les esprits
Ont en eux-mêmes la semence ;
Que l’on sent, mais qu’on est surpris
De trouver vrai quand on y pense.
Il y a très peu d’éloges auxquels je sois sensible ; mais je le suis beaucoup à ceux qu’il vous a plu de me donner. Je ne puis m’empêcher de penser avec plaisir que la postérité verra, dans un tel monument, que vous avez bien pensé de moi.
Je vous honore du fond de mon âme, et suis de la même manière, monsieur, votre très humble, etc.
Lettre LXXII – Au père Lesage
One must reason with the wise, never with the public. For a long time, the multitude has been likened to a flock of sheep; it requires examples rather than reasoning, for everyone fears appearing ridiculous far more than being foolish or wicked. Moreover, in all matters concerning the common good, nearly everyone, judging by their own principles, cares less about examining the strength of the arguments than about understanding the hidden motives of those who present them. For instance, many honest readers would readily suspect that the owner of a ironworks or the inventor of household fountains might be trying to manipulate my interests in this matter; such suspicion is quite natural in an age filled with charlatans, where even the most deceitful people always speak in the name of the public good. In such cases, example is far more persuasive than reasoning, for since the same doubt would likely have arisen in the minds of others, one is inclined to believe that those who did not reject the proposed change must have found compelling reasons for doing so. Therefore, rather than endlessly arguing about how absurd it is—even in doubt—to keep potentially poisonous utensils in the kitchen, it is more relevant to note that Mr. Duvernay has recently ordered iron cooking utensils for the Military Academy; that Prince de Conti has banned all copperware from his household; that the Duke of Duras, ambassador to Spain, did the same; and that his chef assured him that anyone in his profession who refused to use iron or copper utensils was either ignorant or ill-intentioned. Numerous others have followed this example, and those well-informed individuals who provided me with the extract mentioned above have confirmed that this change has had no negative impact on their dining experience—on the contrary, they can now enjoy excellently prepared dishes in iron containers with complete confidence.
But what could be more strikingly presented to the public than this very excerpt? If there were any nation in the world that should oppose the exploitation of copper, it would certainly be Sweden, whose copper mines constitute its principal source of wealth, and whose people generally revere their ancient practices. Yet it is precisely this kingdom, so rich in copper, that sets an example to others by eliminating all uses of this metal that render it dangerous and harmful to the lives of its citizens. It is these very peoples, so attached to their old customs, who readily give up numerous conveniences that they could obtain from their mines, once reason and the authority of wise men demonstrate to them the risks inherent in the imprudent use of copper. I would like to hope that such a beneficial example will be followed throughout the rest of Europe, where there should certainly be less reluctance to ban, at least in the kitchen, a metal that is obtained from external sources. I wish that the public warnings of philosophers and men of letters would awaken people to the various dangers to which their imprudence exposes them, and remind all sovereigns that the responsibility for preserving human life is not only their primary duty but also their greatest interest.
I am, etc.
1754
Letter LXIX – To Mr. Count d’Argenson
Letter LXX – To Mr. Count of Turpin
Letter LXXI – To Mr. d’Alembert
Letter LXXII – To Father Lesage
Letter LXXII – To Madame Gonceru
Letter LXXIV – To Mr. Vernes
Letter LXXV – To Mr. Perdriau
Letter LXXVI – To Madame la Marquise de Menars
Letter LXXVII – To Mr. Count of Lastic
Letter LXXVII – To Madame d’Épinay
Correspondence Table
Letter LXX – To Mr. Count of Turpin
He who had sent me a Letter at the beginning of the chapters.
Philosophical and Literary Amusements of Two Friends
Paris, May 12, 1754.
In expressing my gratitude to you, sir, for the collection you sent me, I would like to add my thanks also for the letter that appears at its beginning and which is purportedly addressed to me[532]. Were it not for the praise accompanying it—which I wish to quickly forget—so as not to have any reason to reproach you, the content of that letter would be entirely worthy of appreciation.
As for the lesson itself, I find its maxims to be very sensible; what seems to lack is their more thorough application. It would require a remarkable change in my mood and character if the duties of humanity ever ceased to be dear to me, just because people are wicked. By avoiding too large societies, I neither punish myself nor others. I free others from the distressing sight of a suffering person or an annoying observer, and I free myself from the inconvenience that comes from interacting with numerous people whose names I know only superficially. I am not prone to the boredom you accuse me of; and when I occasionally feel it, it is only in beautiful gatherings, where I find myself utterly out of place in every way. The only company that seems desirable to me is that which one shares with friends, and I enjoy it so much that I have no regret for missing the society of high society. Moreover, even if I hated people as much as I love them and feel sorry for them, I doubt that getting to know them more closely would be a good way to reconcile with them. And no matter how happy I am in my relationships, it would be difficult for me to find anyone who could compare to the comfort of being alone with myself.
I thought that defending myself before you was the best proof I could give you that your opinions did not displeasure me, and that I valued your respect. Let me begin with you, sir, whom I should have addressed first; I have already read part of your work, and I am pleased to see the kind and honest way in which you and your friend make use of your leisure time and talents. Your collection is not bad enough to discourage you from further effort, nor good enough to take away the hope that you may one day create something even better[533]. Therefore, continue to work under the guidance of your divine masters, striving to extend their rights and enhance your own glory. To overcome, as you have begun to do, the prejudices born of your birth and status is indeed to place oneself far above both. But to combine practical examples with the teachings of virtue—such is what one would rightfully expect from anyone who preaches it in their writings. Such is the honorable commitment you have taken on, and which you are diligently striving to fulfill.
I am wholeheartedly, etc.
Letter LXXI – To Mr. d’Alembert
[534]
On this 26th of June 1754[535].
I return to you, sir, the letter C, which I was unable to read earlier due to my constant illness. I have no idea how one could resist the honor you have done me in writing to me; in fact, I would be quite pleased if I did not know how. Thus, I fully agree with all your views and approve of the changes you deemed appropriate to make. However, I have reinstated one or two passages that you had deleted, because, following the principles you yourself established, I felt that these passages were relevant to the subject, did not convey any ill will, and contained no insults. Nevertheless, I wish for you to be absolutely the authority in this matter, and I submit everything to your judgment and wisdom.
I cannot thank you enough for your introductory speech. I can hardly believe that you found it more enjoyable to deliver it than I did to read it. In particular, the encyclopedic series has been very instructive and enlightening to me; I intend to reread it many times. As for my own contribution, I find your idea regarding musical imitation to be both very accurate and innovative. Indeed, apart from a very few details, the art of a musician does not consist in immediately depicting objects, but rather in placing one’s soul in a state similar to that which the presence of those objects would induce. Everyone will understand this upon reading what you have written; and without you, perhaps no one would have ever thought of it at all. As Lamotte said.
Of that truth which is present in all minds.
They contain within them the seed itself;
One can sense it, but yet it comes as a surprise.
Upon reflection, it seems true.
There are very few compliments that touch me deeply; but I am particularly grateful for those you have taken the trouble to offer me. I cannot help but feel pleased at the thought that future generations will see, in such a monument, how kindly you have remembered me.
I honor you from the bottom of my heart, and in the same way, sir, I am your most humble servant, etc.
Letter LXXII – To Father Lesage
È necessario ragionare con i saggi, e mai con il pubblico. Da tempo si paragona la folla a un gregge di pecore: le serve esempi piuttosto che ragionamenti, poiché ognuno teme molto di apparire ridicolo più che pazzo o malvagio. Inoltre, in tutte le questioni che riguardano l’interesse comune, quasi tutti, giudicando secondo le proprie massime, preferiscono non esaminare la forza delle prove piuttosto che comprendere i motivi nascosti di chi le propone. Ad esempio, molti lettori onesti sospetterebbero facilmente che, con del denaro, il capo di una fabbrica di ferro battuto o l’inventore di fontane domestiche possano suscitare in me interesse in questa circostanza; un’ipotesi piuttosto naturale in un secolo di ciarlataneria, dove i più grandi truffatori parlano sempre in nome dell’interesse pubblico. L’esempio è in questo caso più persuasivo del ragionamento, poiché, essendo probabile che lo stesso scetticismo sia sorto anche negli altri, si tende a credere che coloro che non sono stati dissuasi da tale scetticismo abbiano trovato motivi decisivi per adottare ciò che veniva proposto. Pertanto, invece di limitarmi a dimostrare quanto sia assurdo, anche nel dubbio, lasciare in cucina utensili sospetti di contenere veleno, è meglio dire che il signor Duvernay ha appena ordinato l’uso della batteria di ferro nell’Accademia Militare; che il principe di Conti ne ha bandito l’uso nella propria casa; che il duca di Duras, ambasciatore in Spagna, ha fatto lo stesso; e che il suo cuoco, consultato al riguardo, gli ha assicurato chiaramente che coloro che non si adattavano all’uso della batteria di ferro, così come a quella di rame, erano o ignoranti o persone di cattive intenzioni. Molti altri hanno seguito questo esempio; le persone colte che mi hanno fornito il brano citato avevano già adottato questa pratica da tempo, e la loro tavola non ne ha risentito affatto, anzi, grazie alla fiducia che si può avere nel mangiare ottimi piatti preparati in contenitori di ferro.
Ma cosa potrebbe esserci di più evidente da mostrare al pubblico di questo stesso estratto? Se esistesse nel mondo una nazione che dovesse opporsi all’espulsione del rame, questa sarebbe sicuramente la Svezia, le cui miniere di questo metallo rappresentano la sua principale risorsa economica, e i cui abitanti, in generale, idolatrano le loro antiche usanze. Eppure è proprio questo regno, così ricco di rame, che dà l’esempio agli altri nel togliere a questo metallo tutti quegli utilizzi che lo rendono pericoloso e che minacciano la vita dei cittadini; sono questi popoli, così attaccati alle loro vecchie abitudini, che rinunciano senza esitazione a molte comodità che potrebbero ottenere dalle loro miniere, non appena la ragione e l’autorità degli saggi gli fanno comprendere il rischio che comporta un uso immoderato di questo metallo. Vorrei davvero sperare che un esempio così salutare venisse seguito nel resto d’Europa, dove non si dovrebbe avere la stessa riluttanza ad abolire, almeno nelle cucine, un metallo che viene estratto dall’estero. Vorrei che gli avvertimenti pubblici dei filosofi e degli intellettuali risvegliassero i popoli sui pericoli di ogni sorta a cui li espone la loro imprudenza, e ricordassero più spesso a tutti i sovrani che il dovere principale, se non l’interesse più grande, consiste nel prendersi cura della conservazione degli esseri umani.
Io sono, ecc.
1754
Lettera LXIX – Al signor conte d’Argenson
Lettera LXX – Al conte di Turpin
Lettera LXXI – A Monsieur d’Alembert
Lettera LXXII – Al padre Lesage
Lettera LXXII – A Madame Gonceru
Lettera LXXIV – A Monsieur Vernes
Lettera LXXV – A Monsieur Perdriau
Lettera LXXVI – Alla marchesa di Menars
Lettera LXXVII – Al signor conte di Lastic
Lettera LXXVII – Alla signora d’Épinay
Tabella della corrispondenza
Lettera LXX – Al conte di Turpin
Colui che mi aveva inviato una Lettera in cima alle altre.
Divertimenti filosofici e letterari di due amici
Parigi, 12 maggio 1754.
Signore, ringraziandovi per il raccolto che mi avete inviato, vorrei aggiungere i miei ringraziamenti anche per la lettera che ne accompagna l’inizio e di cui si dice sia stata indirizzata a me[532], se non fosse per l’elogio che la accompagna e che desidero dimenticare al più presto, affinché non abbia motivo di rimproverarvi.
Per quanto riguarda quella lezione, ritengo che le sue massime siano molto sensate; mi sembra però che manchi loro un’applicazione più accurata. Dovrei cambiare radicalmente umore e carattere se mai i doveri dell’umanità smettessero di essere cari per me, solo perché gli uomini sono cattivi. Non punisco né me stesso né nessun altro rifiutandomi di partecipare a società troppo numerose. Libero gli altri dal triste spettacolo di una persona che soffre, o da un osservatore importuno; e libero me stesso dall’imbarazzo che deriverebbe dal frequentare molte persone di cui, per fortuna, conosco soltanto i nomi. Non sono soggetto all’noia di cui mi accusate; e se talvolta la provo, è solo nelle belle riunioni, dove ho l’onore di sentirmi estremamente a disagio in ogni modo possibile. L’unica compagnia che mi sia sembrata desiderabile è quella che si può avere con gli amici. E ne godo con tale felicità da non rimpiangere affatto quella del gran mondo. Del resto, anche se odiassi gli uomini tanto quanto li amo e li compiango, temo che vederli più da vicino non sarebbe certo il modo migliore per riconciliarmi con loro. E, per quanto felice possa essere nelle mie relazioni, mi sarebbe difficile trovare mai con qualcuno in armonia tanto grande quanto quella che ho con me stesso.
Ho pensato che giustificarmi davanti a voi fosse la migliore prova che potessi darvi del fatto che i vostri pareri non mi hanno dispiaciuto e che tengo in grande considerazione il vostro giudizio. Veniamo ora a voi, signore, con cui avrei dovuto iniziare: ho già letto una parte della vostra opera e vi vedo, con piacere, utilizzare in modo amichevole ed onesto i vostri tempi liberi e i vostri talenti. Il vostro lavoro non è abbastanza scadente da scoraggiarvi dal continuare a lavorare, né abbastanza buono da privarvi della speranza di poterlo migliorare in futuro[533]. Lavorate quindi, sotto la guida dei vostri divini maestri, per estendere i loro diritti e la vostra gloria. Sconfiggere, come avete già iniziato a fare, i pregiudizi legati alla vostra nascita e al vostro status sociale significa elevarsi molto al di sopra di entrambi. Ma unire l’esempio alle lezioni della virtù è ciò che si può aspettare da chi ne predica nei propri scritti. Questo è l’onorevole impegno che avete appena assunto e per il quale state lavorando.
Con tutto il mio cuore, ecc.
Lettera LXXI – A Monsieur d’Alembert
[534]
Il 26 giugno 1754[535].
Vi rimando, signore, la lettera C, che non ho potuto rileggere prima a causa della mia costante malattia. Non so proprio come si possa resistere al modo in cui avete avuto la gentilezza di scrivermi. E sarei molto contento se non lo sapessi. Pertanto, condivido completamente le vostre opinioni e approvo i cambiamenti che avete ritenuto opportuni apportare; tuttavia ho ripristinato uno o due passaggi che avevate eliminato, poiché, seguendo il principio da voi stesso stabilito, mi è sembrato che tali passaggi non alterassero il senso del testo, né contenessero insulti o toni offensivi. Voglio comunque che siate voi l’unico padrone di questa situazione. E vi sottometto tutto alla vostra equità e alle vostre intuizioni.
Non posso ringraziarvi abbastanza per il vostro discorso preliminare. Faccio fatica a credere che vi sia stato più piacevole pronunciarlo di quanto mi sia stato piacevole leggerlo. In particolare, la serie enciclopedica mi ha insegnato e illuminato molto; intendo rileggerla più volte. Per quanto riguarda la mia parte, trovo che la vostra idea sull’imitazione musicale sia molto giusta e originale. Infatti, ad eccezione di pochissime cose, l’arte del musicista non consiste nel rappresentare immediatamente gli oggetti, ma nel mettere l’anima in una condizione simile a quella che tali oggetti le darebbero se fossero presenti. Tutti se ne renderanno conto leggendo il vostro discorso; e senza di voi, forse nessuno si sarebbe mai reso conto di questo. Come dice Lamotte.
Di questa verità, di cui tutti gli spiriti.
In loro stessi possiedono il seme necessario.
Si percepisce, ma si rimane sorpresi.
Ritenerlo vero, se ci si pensa bene.
Ci sono molto pochi elogi che riescono davvero a commuovermi; ma quelli che avete voluto farmi ricevo con grande gratitudine. Non posso fare a meno di pensare con piacere che la posterità, leggendo un simile monumento, comprenderà quanto bene abbiate pensato di me.
Vi onoro con tutto il profondo della mia anima e, allo stesso modo, signore, sono il vostro più umile servitore, ecc.
Lettera LXXII – Al padre Lesage
Aux Eaux-Vives[536], le 1er juillet au soir, 1754.
Sumite materiara vestris, qui scribitis, aequam Viribus[537].
Le musicien qui, en 1720, disait que la musique la plus simple était la plus belle, tenait là, ce me semble, un étrange propos. J’aimerais autant qu’il eût dit que le meilleur comédien est celui qui fait le moins de gestes et parle le plus posément. À l’égard des roulements de Lulli, je conviens qu’ils sont plats et de mauvais goût.
Je suis fort surpris qu’on retrouve dans le Devin du village les mêmes roulements que dans l’opéra de Roland ; il faut que, n’y trouvant pas, moi, le moindre rapport, je m’aveugle étrangement sur ce point. Au reste, ce n’est pas une chose aisée de déterminer les cas où la musique comporte des roulements, et ceux où elle n’en comporte point. Je me suis fait des règles pour distinguer ces cas, et j’ai soigneusement suivi ces règles dans la pratique. Poem a me soepè deliberatam et multùm agita-tam requiris[538].
Si la musique ne consiste qu’en de simples chansons, et ne plaît que par les sons physiques, il pourra arriver que des airs de province plairont autant ou plus que ceux de la cour ; mais toutes les fois que la musique sera considérée comme un art d’imitation, ainsi que la poésie et la peinture, c’est à la ville, c’est à la cour, c’est partout où s’exercent aux arts agréables beaucoup d’hommes rassemblés, qu’on apprend à la cultiver. En général, la meilleure musique est celle qui réunit le plaisir physique et le plaisir moral, c’est-à-dire l’agrément de l’oreille et l’intérêt du sentiment.
Alterius sic
Altera poscit opem res, et conjurât amicè.[539]
Si Molière a consulté sa servante, c’est sans doute sur le Médecin malgré lui, sur les saillies de Nicolle, et la querelle de Sosie et de Cléanthis : mais, à moins que la servante de Molière ne fût une personne fort extraordinaire, je parierais bien que ce grand homme ne la consultait pas sur le Misanthrope ni sur le Tartufe, ni sur la belle scène d’Alcmène et d’Amphitryon. Les musiciens ne doivent consulter les ignorants qu’avec le même discernement, d’autant plus que l’imitation musicale est plus détournée, moins immédiate, et demande plus de finesse de sentiment pour être aperçue, que celle de la comédie.
Quoique les principes de la beauté théâtrale n’aient été portés, ni par les modernes, ni même par Aristote, au degré de clarté dont ils sont susceptibles, ils sont faciles à établir. Ces principes me paraissent se réduire à deux, savoir, l’imitation et l’intérêt, qui s’appliquent également à la musique. Je ne dirai pas, de peur d’obscurité, que le beau consiste dans l’imitation du vrai, mais dans le vrai de l’imitation : c’est là, ce me semble, le sens du vers d’Horace et de celui de Boileau. Que l’imitation ne doive s’exercer que sur des objets utiles, c’est un bon précepte de morale, mais non pas une règle poétique ; car il y a de très belles pièces dont le sujet ne peut être d’aucune utilité : tel est l’Oedipe de Sophocle.
Les mathématiciens ont très bien expliqué la partie de la musique qui est de leur compétence, savoir les rapports des sons, d’où dépend aussi le plaisir physique de l’harmonie et du chant. Les philosophes, de leur côté, ont fait voir que la musique, prise pour un des beaux arts, a comme eux le principe de ses plus grands charmes dans celui de l’imitation.
Les musiciens ne sont point faits pour raisonner sur leur art : c’est à eux de trouver les choses, au philosophe de les expliquer.
Quoique l’abbé Du Bos ait parlé de musique en homme qui n’y entendait rien, cela n’empêche pas qu’il n’y ait des règles pour juger d’une pièce de musique aussi bien que d’un poème ou d’un tableau. Que dirait-on d’un homme qui prétendrait juger de l’Iliade d’Homère, ou de la Phèdre de Racine, ou du Déluge du Poussin, comme d’une oille ou d’un jambon ? Autant en serait nul celui qui voudrait comparer les prestiges d’une musique ravissante, qui porte au coeur le trouble de toutes les passions et la volupté de tous les sentiments, avec la sensation grossière et purement physique du palais dans l’usage des aliments. Quelle différence, pour les mouvements de l’âme, entre des hommes exercés et ceux qui ne le sont pas ! Un Pergolèse, un Voltaire, un Titien, disposeront, pour ainsi dire, à leur gré du coeur chez un peuple éclairé ; mais le paysan, insensible aux chefs-d’oeuvre de ces grands hommes, ne trouve rien de si beau que la bibliothèque bleue, les enseignes à bière, et le branle de son village.
Je crois donc qu’on peut très bien disputer de musique, et même assigner, relativement au langage, les qualités qu’elle doit avoir pour être bonne et pour plaire ; car quoiqu’on ne puisse expliquer les choses de goût qui ne sont que de pures sensations, le philosophe peut sans témérité entreprendre l’explication de celles qui modifient lame, et qui font partie du beau métaphysique. Je me garderai bien d’entrer dans la prétendue dispute de la musique simple et de la composée, jusqu’à ce que j’aie appris ce que signifient ces mots que je n’entends point. Je penserais, en attendant, que les sons et les mouvements doivent être composés et modifiés par le musicien, comme les lignes et les couleurs par le peintre, selon les teintes et les nuances des objets qu’il veut rendre et des choses qu’il veut exprimer. Mais pour bien résoudre ces questions, qui ne laissent pas d’avoir leur difficulté,
Vacet oportet, Eutyche, à negotiis,
Ut liber animus sentiat vim carminis[540].
Lettre LXXIV – À M. Vernes
[543]
Paris, le 15 octobre 1754.
Il faut vous tenir parole, monsieur, et satisfaire en même temps mon coeur et ma conscience ; car, estime, amitié, souvenir, reconnaissance, tout vous est dû, et je m’acquitterai de tout cela sans songer que je vous le dois. Aimons-nous donc bien tous deux, et hâtons-nous d’en venir au point de n’avoir plus besoin de nous le dire.
J’ai fait mon voyage[544] très heureusement et plus promptement encore que je n’espérais. Je remarque que mon retour a surpris bien des gens, qui voulaient faire entendre que la rentrée dans le royaume m’était interdite, et que j’étais relégué à Genève, ce qui serait pour moi comme pour un évêque français être relégué à la cour. Enfin m’y voici, malgré eux et leurs dents, en attendant que le coeur me ramène où vous êtes, ce qui se ferait dès à présent, si je ne consultais que lui. Je n’ai trouvé ici aucun de mes amis. Diderot est à Langres, Duclos en Bretagne, Grimm en Provence, d’Alembert même est en campagne ; de sorte qu’il ne me reste ici que des connaissances dont je ne me soucie pas assez pour déranger ma solitude en leur faveur. Le quatrième volume de l’Encyclopédie paraît depuis hier ; on le dit supérieur encore au troisième. Je n’ai pas encore le mien ; ainsi je n’en puis juger par moi-même. Des nouvelles littéraires ou politiques, je n’en sais pas. Dieu merci, et ne suis pas plus curieux des sottises qui se font dans ce monde que de celles qu’on imprime dans les livres.
J’oubliai de vous laisser, en partant, les canzoni que vous m’aviez demandées : c’est une étourderie que je réparerai ce printemps avec usure, en y joignant quelques chansons françaises, qui seront mieux du goût de vos dames, et qu’elles chanteront moins mal.
Mille respects, je vous supplie, à monsieur votre père et à madame votre mère, et ne m’oubliez pas non plus auprès de madame votre soeur, quand vous lui écrirez ; je vous prie de me donner particulièrement de ses nouvelles ; je me recommande encore à vous pour faire une ample mention de moi dans vos voyages de Sécheron, au cas qu’on y soit encore. Item, à monsieur, madame et mademoiselle Mussard, à Châtelaine : votre éloquence aura de quoi briller à faire l’apologie d’un homme, qui, après tant d’honnêtetés reçues, part et emporte le chat.
J’ai voulu faire un article à part pour M. Abauzit. Dédommagez-moi, en mon absence, de la gêne que m’a causée sa modestie, toutes les fois que j’ai voulu lui témoigner ma profonde et sincère vénération. Déclarez-lui, sans quartier, tous les sentiments dont vous me savez pénétré pour lui, et n’oubliez pas de vous dire à vous-même quelque chose des miens pour vous.
P. S. Mademoiselle Le Vasseur vous prie d’agréer ses très humbles respects. Je me proposais d’écrire à M. de Rochemont ; mais cette maudite paresse… Que votre amitié fasse pour la mienne auprès de lui, je vous en supplie.
Lettre LXXV – À M. Perdriau
À Genève
[545]
Paris, le 28 novembre 1754.
At Eaux-Vives[536], on the evening of July 1st, 1754.
Sumite material things of your body, which you use with equal effort.[537]
The musician who, in 1720, claimed that the simplest music was also the most beautiful, was making a rather strange statement in my opinion. I would have preferred him to say that the best actor is one who makes the fewest gestures and speaks in the most composed manner. As for Lulli’s musical passages, I agree that they are flat and of poor taste.
I am quite surprised to find that the same rhythmic patterns are present in “The Village Deity” as in Roland’s opera; it must be that, failing to see any connection myself, I am strangely blind to this point. After all, it is not easy to determine in which cases music contains such rhythmic patterns and in which it does not. I have established some rules to distinguish between these cases and have carefully followed them in my practice. Poem a me soepè deliberatam et multùm agita-tam requiris[538].
If music consisted merely of simple songs and pleased us solely through physical sounds, it might happen that tunes from the provinces could please us just as much or even more than those from the court. However, whenever music is considered an art of imitation, just like poetry and painting, it is in the cities, at the courts, and wherever many people gather to pursue the arts of pleasure that one learns to cultivate it. In general, the best music is that which combines both physical pleasure and moral enjoyment—that is, the delight of the ear with the stimulation of the emotions.
Thus it is for Alterius.
He requested the book again and earnestly begged his friend. [539]
If Molière consulted his maid, it was probably regarding The Doctor in Spades, Nicolle’s amusing antics, and the quarrel between Sosie and Cléanthis. But unless Molière’s maid was an exceptionally intelligent person, I would bet that this great playwright did not seek her advice on plays like Misanthrope, Tartuffe, or the beautiful scene involving Alcmene and Amphitryon. Musicians should also consult those who are ignorant with the same discretion—especially since musical imitation is far more indirect, less immediate, and requires greater sensitivity and skill to be appreciated than theatrical imitation.
Although the principles of theatrical beauty have not been clarified to the greatest extent possible by either modern theorists or even Aristotle, they are nonetheless easy to establish. In my view, these principles can be reduced to two: imitation and interest, principles that also apply to music. I would not say, for fear of causing confusion, that beauty consists in the imitation of the true; rather, it lies in the truthfulness of such imitation—this, I believe, is the meaning of the verses of Horace and Boileau. The idea that imitation should only be exercised on useful objects is a good moral precept, but not a poetic rule; for there are many beautiful works whose subjects possess no practical value at all—such as Sophocles’ “Oedipus”.
Mathematicians have very well explained the part of music that falls within their area of expertise—namely, the relationships between sounds, which also determine the physical pleasure derived from harmony and singing. On their part, philosophers have shown that music, considered one of the fine arts, shares with them the principle at the heart of its greatest charms: that of imitation.
Musicians are not meant to reason about their art; it is the musicians’ task to discover these things, and it is the philosopher’s role to explain them.
Although Abbe Du Bos spoke about music as a man who understood nothing of it, this does not prevent there from being rules for judging a musical composition just as there are rules for judging a poem or a painting. What would one say of a person who claimed to be able to judge Homer’s Iliad, Racine’s Phèdre, or Poussin’s The Deluge in the same way as he would judge an olive oil or a ham? Similarly, anyone who attempted to compare the profound effects of beautiful music—music that stirs every passion and fills the heart with all kinds of delightful emotions—with the crude, purely physical sensation experienced when tasting food would be utterly mistaken. What a vast difference there is, for the workings of the soul, between those who are cultivated in these matters and those who are not! A Pergolèse, a Voltaire, a Titian—these men can, so to speak, manipulate the hearts of enlightened people at will; but the countryman, ignorant of the masterpieces of such great artists, finds nothing more beautiful than the local village library, the signboards of the taverns, or the simple pleasures of his hometown.
I therefore believe that it is entirely possible to discuss music, and even to determine, in relation to language, the qualities that music must possess in order to be good and pleasing; for although one cannot explain matters of taste, which are merely pure sensations, the philosopher may without hesitation attempt to explain those aspects of music that modify its structure and form part of what constitutes true beauty at a metaphysical level. I would refrain from entering into the so-called debate regarding whether music is simply spontaneous or composed, until I have understood the meaning of these terms themselves, which I am still unfamiliar with. In the meantime, I would assume that sounds and rhythms must be arranged and transformed by the musician, just as lines and colors are manipulated by the painter according to the hues and nuances of the objects he wishes to depict and the ideas he wants to express. However, to truly resolve these issues, which undoubtedly present their difficulties, it is necessary to engage in a more thorough analysis.
In dealing with matters, it is appropriate to be cautious, Eutyche.
So that the free will may perceive the power of poetry. [540]
Letter LXXIV – To Mr. Vernes
[543]
Paris, October 15, 1754.
You must keep your promise, sir, and at the same time satisfy both my heart and my conscience; for, in my opinion, friendship, remembrance, and gratitude—all of these are your due to me, and I will fulfill them without ever thinking that I owe them to you. Let us therefore love each other dearly, and hasten to reach a point where we no longer need to say these things to one another.
I completed my journey[544] very happily and even more swiftly than I had hoped. I notice that my return surprised many people, who claimed that my re-entry into the kingdom was forbidden and that I had been exiled to Geneva—something that would be tantamount to a French bishop being banished to the court. Well, here I am, despite them and all their attempts, waiting for my heart to lead me back where you are. It could happen at any moment if I were to listen only to it. I haven’t found any of my friends here: Diderot is in Langres, Duclos in Brittany, Grimm in Provence, and even d’Alembert is in the countryside. So all that remains are acquaintances whose presence wouldn’t disturb my solitude in the slightest. The fourth volume of the Encyclopédie was published yesterday; it is said to be even better than the third. I don’t yet have a copy, so I can’t judge for myself. As for literary or political news, thank God; I’m just as indifferent to the foolishness happening in this world as to what people print in books.
I forgot to leave with you the songs you had asked me to prepare; it was a carelessness that I will rectify this spring by adding some French songs, which will be more to the taste of your ladies and which they will sing better.
With all my respect, I implore you to convey my greetings to your father and mother, and also do not forget to mention me to your sister when you write to her; please let me know how she is doing. Once again, I rely on you to speak well of me in your travels to Sécheron, in case anyone there might still be acquainted with me. Additionally, my regards to Monsieur, Madame, and Mademoiselle Mussard in Châtelaine: your eloquence will surely shine brightly when you defend a man who, after receiving so much honesty and trust, decides to leave and take away the cat.
I intended to write a separate article about Mr. Abauzit. Please forgive me for the inconvenience his modesty caused me whenever I tried to express my deep and sincere admiration for him in his absence. Let him know, without any reservation, all the feelings I hold for him; and do not forget to reflect on your own feelings towards him as well.
P.S. Mademoiselle Le Vasseur begs you to accept her most humble respects. I had intended to write to Mr. de Rochemont; but this damned laziness. Please use your friendship to help mine with him, I implore you.
Letter LXXV – To Mr. Perdriau
In Geneva.
[545]
Paris, November 28, 1754.
A Les Eaux-Vives[536], la sera del 1° luglio 1754.
Utilizzate materiali adeguati per ciò che state scrivendo, applicando uno sforzo equilibrato.[537]
Il musicista che, nel 1720, affermava che la musica più semplice fosse anche la più bella, secondo me avanzava un’affermazione strana. Avrebbe potuto benissimo dire che il miglior attore è colui che fa meno gesti e parla in modo più calmo e composto. Per quanto riguarda i ritmi di Lulli, concordo sul fatto che siano piatti e di cattivo gusto.
Sono molto sorpreso che nel “Devin du village” si ritrovino gli stessi accordi melodici presenti nell’opera di Roland; deve essere perché, non riuscendo io a individuare alcuna correlazione tra i due testi, mi sono stranamente accecato su questo punto. Del resto, non è affatto facile stabilire nei casi in cui la musica preveda tali accordi e in quali invece no. Mi sono fatto delle regole per distinguerli e le ho rigorosamente seguite nella pratica. Poem a me soepè deliberatam et multùm agita-tam requiris[538].
Se la musica consistesse soltanto in semplici canzoni e piacesse unicamente per i suoni fisici, potrebbe accadere che melodie di provincia piacciano tanto o più di quelle della corte; ma ogni volta che la musica viene considerata un’arte di imitazione, così come la poesia e la pittura, è nella città, alla corte, ovunque si riuniscano molte persone per coltivare le arti del piacere, che essa viene appresa e sviluppata. In generale, la migliore musica è quella che unisce il piacere fisico a quello morale, cioè l’aggradimento dell’orecchio all’interesse dello spirito.
Così per Alterius.
Cambia l’ordine delle cose e invoca l’aiuto di un amico.[539]
Se Molière consultò la sua serva, probabilmente riguardo a “Il medico contro la sua volontà”, alle battute di Nicolle, e alla disputa tra Sosia e Cléanthis; ma, a meno che la serva di Molière non fosse una persona davvero eccezionale, scommetterei che quel grande uomo non le chiedesse mai consigli riguardo a “Il misantropo”, a “Tartufo” o alla bellissima scena tra Alcmene e Amphitryon. Anche i musicisti dovrebbero consultare gli ignoranti con lo stesso discernimento, soprattutto perché l’imitazione musicale è molto più distaccata, meno immediata, e richiede una maggiore finezza di sensibilità per essere apprezzata, rispetto all’imitazione teatrale.
Sebbene i principi della bellezza teatrale non siano stati portati, né dai moderni né nemmeno da Aristotele, al grado di chiarezza a cui sono suscettibili, essi sono comunque facili da stabilire. Questi principi mi sembrano ridursi a due: l’imitazione e l’interesse, che si applicano altrettanto alla musica. Non direi, per evitare di creare confusione, che il bello consista nell’imitazione della verità, ma nella “verità dell’imitazione”: è questo, a mio parere, il senso dei versi di Orazio e di Boileau. Il fatto che l’imitazione debba esercitarsi soltanto su oggetti utili rappresenta un buon principio morale, ma non una regola poetica; infatti esistono opere molto belle la cui trama non presenta alcun valore pratico: è il caso dell’“Edipo” di Sofocle.
I matematici hanno spiegato molto bene quella parte della musica che rientra nella loro competenza, ovvero i rapporti tra i suoni, e da questi derivano anche il piacere fisico che proviamo nell’ascoltare armonie e canti. I filosofi, dal canto loro, hanno dimostrato che la musica, considerata una delle belle arti, ha, proprio come queste ultime, nel principio dell’imitazione il segreto dei suoi maggiori incantesimi.
I musicisti non sono fatti per riflettere sul proprio arte: spetta a loro scoprire le cose, mentre al filosofo spetta spiegarle.
Sebbene l’abate Du Bos abbia parlato di musica come un uomo che non ne capiva nulla, ciò non impedisce che esistano regole per giudicare una composizione musicale, così come un poema o un dipinto. Cosa si direbbe di un uomo che pretendesse di valutare l’Iliade di Omero, la Fedra di Racine o il Diluvio di Poussin allo stesso modo in cui valuta un olio d’oliva o un prosciutto? Lo stesso vale per chi vorrebbe paragonare il fascino di una musica incantevole, che suscita nel cuore l’agitazione di tutte le passioni e la voluttà di tutti i sentimenti, con la sensazione grossolana e puramente fisica che si prova gustando del cibo. Quanta differenza, per quanto riguarda gli stati d’animo umani, tra coloro che sono esperti in queste cose e quelli che non lo sono! Un Pergolèse, un Voltaire, un Tiziano potranno, per così dire, influenzare a piacimento i sentimenti di un popolo istruito; ma il contadino, insensibile alle opere di questi grandi artisti, non troverà nulla di più bello della biblioteca comunale, delle insegne dei pub o del ballo tradizionale del suo villaggio.
Credo quindi che si possa tranquillamente discutere di musica, e persino individuare, rispetto al linguaggio, le qualità che essa deve possedere per essere considerata buona e piacevole; poiché, sebbene non sia possibile spiegare quelle cose legate al gusto che sono semplicemente sensazioni puramente fisiche, il filosofo può senza timore tentare di analizzare quelle che modificano la natura stessa delle cose e fanno parte della vera essenza del bello. Mi asterrò però dal partecipare a quella presunta controversia tra musica semplice e musica composta, finché non avrò compreso il significato di termini che al momento non riesco a comprendere. Nel frattempo, ritengo che i suoni e i movimenti debbano essere composti e modificati dal musicista, proprio come le linee e i colori dal pittore, in base alle tonalità e alle sfumature degli oggetti che vuole rappresentare e delle idee che vuole esprimere. Ma per risolvere davvero queste questioni, che non mancano di difficoltà.
“È necessario essere opportuni nelle proprie azioni, Eutiche.”
Affinché l’animo libero possa percepire la forza della poesia[540].
Lettera LXXIV – A Monsieur Vernes
[543]
Parigi, 15 ottobre 1754.
Dovete mantenere la vostra parola, signore, e allo stesso tempo soddisfare sia il mio cuore che la mia coscienza; perché stima, amicizia, ricordo, riconoscenza, tutto vi è dovuto, e io mi impegnerò a ripagare tutto ciò senza mai pensare di dovervelo. Amiamoci dunque molto entrambi, e affrettiamoci a raggiungere quel punto in cui non avremo più bisogno di dirlo l’uno all’altro.
Ho compiuto il mio viaggio[544] in modo molto felice e persino più rapidamente di quanto mi aspettassi. Noto che il mio ritorno ha sorpreso molte persone, le quali sostenevano che il mio rientro nel regno fosse vietato e che fossi stato esiliato a Ginevra, il che per me sarebbe stato come per un vescovo francese essere confinato alla corte. Ebbene, eccomi qui, nonostante loro e le loro calunnie, in attesa che sia il mio cuore a riportarmi dove siete voi. Il che accadrebbe già adesso, se mi lasciassi guidare soltanto da esso. Non ho trovato qui nessuno dei miei amici: Diderot si trova a Langres, Duclos in Bretagna, Grimm in Provenza; persino d’Alembert è in campagna. Quindi non mi rimangono qui che conoscenti di cui non mi curo abbastanza da disturbare la mia solitudine per loro. Il quarto volume dell’Enciclopedia è uscito ieri; si dice sia ancora migliore del terzo. Non ne ho ancora ricevuto una copia, quindi non posso giudicarlo personalmente. Per quanto riguarda le notizie letterarie o politiche, grazie a Dio, non sono affatto curioso delle sciocchezze che avvengono in questo mondo, né di quelle che vengono stampate nei libri.
Ho dimenticato di lasciarvi, prima di partire, le canzoni che mi avevate chiesto: è stata una distrazione che riparerò questa primavera, aggiungendo alcune canzoni francesi, che saranno più a gradimento delle vostre dame e che canteranno meglio.
Con mille rispetti, vi prego di trasmettere i miei saluti a vostro padre e a vostra madre, e non dimenticatevi di menzionarmi anche quando scriverete a vostra sorella; vi supplico di comunicarmi in particolare le sue notizie. Mi raccomando ancora a voi affinché mi menzioniate ampiamente nei vostri resoconti sui vostri viaggi a Sécheron, nel caso ci si trovasse ancora lì. Inoltre, un saluto anche a monsieur, madame e mademoiselle Mussard di Châtelaine: la vostra eloquenza avrà sicuramente modo di brillare nell’apologia di un uomo che, dopo aver ricevuto tante prove di onestà, se ne va portando via il gatto.
Volevo dedicare un articolo a parte a Monsieur Abauzit. Perdonatemi, in mia assenza, per l’imbarazzo che la sua modestia mi ha causato ogni volta che ho cercato di esprimergli il mio profondo e sincero rispetto. Riferitegli senza esitazioni tutti i sentimenti che provo per lui, e non dimenticate di riflettere anche su quelli che io provo per voi.
P.S. La signorina Le Vasseur vi invita a ricevere i suoi più umili saluti. Intendevo scrivere al signor de Rochemont; ma questa maledetta pigrizia. Vi prego, facciate sì che la vostra amicizia possa aiutare la mia presso di lui.
Lettera LXXV – A Monsieur Perdriau
A Ginevra.
[545]
Parigi, 28 novembre 1754.
En répondant avec franchise à votre dernière lettre, en déposant mon coeur et mon sort entre vos mains, je crois, monsieur, vous donner une marque d’estime et de confiance moins équivoque que des louanges et des compliments, prodigués par la flatterie plus souvent que par l’amitié.
Oui, monsieur, frappé des conformités que je trouve entre la constitution de gouvernement qui découle de mes principes et celle qui existe réellement dans notre république, je me suis proposé de lui dédier mon Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité ; et j’ai saisi cette occasion, comme un heureux moyen d’honorer ma patrie et ses chefs par de justes éloges ; d’y porter, s’il se peut, dans le fond des coeurs, l’olive que je ne vois encore que sur des médailles, et d’exciter en même temps les hommes à se rendre heureux par l’exemple d’un peuple qui l’est ou qui pourrait l’être sans rien changer à son institution. Je cherche, en cela, selon ma coutume, moins à plaire qu’à me rendre utile ; je ne compte pas en particulier sur le suffrage de quiconque est de quelque parti ; car, n’adoptant pour moi que celui de la justice et de la raison, je ne dois guère espérer que tout homme qui suit d’autres règles puisse être l’approbateur des miennes ; et si cette considération ne m’a point retenu, c’est qu’en toute chose le blâme de l’univers entier me touche beaucoup moins que l’aveu de ma conscience. Mais, dites-vous, dédier un livre à la république, cela ne s’est jamais fait. Tant mieux, monsieur ; dans les choses louables, il vaut mieux donner l’exemple que le recevoir, et je crois n’avoir que de trop justes raisons pour n’être l’imitateur de personne : ainsi votre objection n’est, au fond, qu’un préjugé de plus en ma faveur, car depuis longtemps il ne reste plus de mauvaise action à tenter ; et, quoi qu’on en put dire, il s’agirait moins de savoir si la chose s’est faite ou non, que si elle est bien ou mal en soi, de quoi je vous laisse le juge. Quant à ce que vous ajoutez qu’après ce qui s’est passé, de telles nouveautés peuvent être dangereuses, c’est là une grande vérité à d’autres égards ; mais à celui-ci, je trouve, au contraire, ma démarche d’autant plus à sa place, après ce qui s’est passé, que mes éloges étant pour les magistrats, et mes exhortations pour les citoyens, il convient que le tout s’adresse à la république, pour avoir occasion de parler à ses divers membres, et pour ôter à ma dédicace toute apparence de partialité. Je sais qu’il y a des choses qu’il ne faut point rappeler ; et j’espère que vous me croyez assez de jugement pour n’en user, à cet égard, qu’avec une réserve dans laquelle j’ai plus consulté le goût des autres que le mien ; car je ne pense pas qu’il soit d’une adroite politique de pousser cette maxime jusqu’au scrupule. La mémoire d’Erostrate nous apprend que c’est un mauvais moyen de faire oublier les choses que d’ôter la liberté d’en parler ; mais si vous faites qu’on n’en parle qu’avec douleur, vous ferez bientôt qu’on n’en parlera plus. Il y a je ne sais quelle circonspection pusillanime fort goûtée en ce siècle, et qui, voyant partout des inconvénients, se borne, par sagesse, à ne faire ni bien ni mal : j’aime mieux une hardiesse généreuse qui, pour bien faire, secoue quelquefois le puéril joug de la bienséance.
Qu’un zèle indiscret m’abuse peut-être, que, prenant mes erreurs pour des vérités utiles, avec les meilleures intentions du monde je puisse faire plus de mal que de bien ; je n’ai rien à répondre à cela, si ce n’est qu’une semblable raison devrait retenir tout homme droit, et laisser l’univers à la discrétion du méchant et de l’étourdi, parce que les objections tirées de la seule faiblesse de la nature ont force contre quelque homme que ce soit, et qu’il n’y a personne qui ne dût être suspect à soi-même, s’il ne se reposait de la justesse de ses lumières sur la droiture de son coeur : c’est ce que je dois pouvoir faire sans témérité, parce que, isolé parmi les hommes, ne tenant à rien dans la société, dépouillé de toute espèce de prétention, et ne cherchant mon bonheur même que dans celui des autres, je crois du moins être exempt de ces préjugés d’état qui font plier le jugement des plus sages aux maximes qui leur sont avantageuses. Je pourrais, il est vrai, consulter des gens plus habiles que moi, et je le ferais volontiers, si je ne savais que leur intérêt me conseillera toujours avant leur raison. En un mot, pour parler ici sans détour, je me fie encore plus à mon désintéressement, qu’aux lumières de qui que ce puisse être.
Quoique en général je fasse très peu de cas des étiquettes de procédés, et que j’en aie depuis longtemps secoué le joug plus pesant qu’utile, je pense avec vous qu’il aurait convenu d’obtenir l’agrément de la république ou du conseil, comme c’est assez l’usage en pareil cas ; et j’étais si bien de cet avis, que mon voyage fut fait en partie dans l’intention de solliciter cet agrément ; mais il me fallut peu de temps et d’observations pour reconnaître l’impossibilité de l’obtenir ; je sentis que, demander une telle permission, c’était vouloir un refus, et qu’alors ma démarche, qui pèche tout au plus contre une certaine bienséance dont plusieurs se sont dispensés, serait par là devenue une désobéissance condamnable si j’avais persisté, ou l’étourderie d’un sot, si j’eusse abandonné mon dessein ; car ayant appris que, dès le mois de mai dernier, il s’était fait, à mon insu, des copies de l’ouvrage et de la dédicace, dont je n’étais plus le maître de prévenir l’abus, je vis que je ne l’étais pas non plus de renoncer à mon projet, sans m’exposer à le voir exécuter par d’autres.
Votre lettre m’apprend elle-même que vous ne sentez pas moins que moi toutes les difficultés que j’avais prévues ; or vous savez qu’à force de se rendre difficile sur les permissions indifférentes, on invite les hommes à s’en passer. C’est ainsi que l’excessive circonspection du feu chancelier sur l’impression des meilleurs livres, fit enfin qu’on ne lui présentait plus de manuscrits, et que les livres ne s’imprimaient pas moins, quoique cette impression, faite contre les lois, fût réellement criminelle, au lieu qu’une dédicace non communiquée n’est tout au plus qu’une impolitesse ; et loin qu’un tel procédé soit blâmable par sa nature, il est, au fond, plus conforme à l’honnêteté que l’usage établi ; car il y a je ne sais quoi de lâche à demander aux gens la permission de les louer, et d’indécent à l’accorder. Ne croyez pas, non plus, qu’une telle conduite soit sans exemple : je puis vous faire voir des livres dédiés à la nation française, d’autres au peuple anglais, sans qu’on ait fait un crime aux auteurs de n’avoir eu pour cela ni le consentement de la nation, ni celui du prince, qui sûrement leur eut été refusé, parce que, dans toute monarchie, le roi veut être l’état, lui tout seul, et ne prétend pas que le peuple soit quelque chose.
Au reste, si j’avais eu à m’ouvrir à quelqu’un sur cette affaire, c’aurait été à M. le Premier moins qu’à qui que ce soit au monde. J’honore et j’aime trop ce digne et respectable magistrat pour avoir voulu le compromettre en la moindre chose, et l’exposer au chagrin de déplaire peut-être à beaucoup de gens, en favorisant mon projet, ou d’être forcé peut-être à le blâmer contre son propre sentiment. Vous pouvez croire qu’ayant réfléchi longtemps sur les matières du gouvernement, je n’ignore pas la force de ces petites maximes d’état qu’un sage magistrat est obligé de suivre, quoiqu’il en sente lui-même toute la frivolité.
By responding candidly to your last letter, by placing my -heart and my fate in your hands, I believe, sir, I am expressing an esteem and trust that are far more unequivocal than the praises and compliments that are often offered out of flattery rather than friendship.
Yes, sir; struck by the similarities I observed between the form of government that derives from my principles and the one that actually exists in our republic, I decided to dedicate my “Discourse on the Origins and Foundations of Inequality” to it. I saw this as an excellent opportunity not only to honor my country and its leaders with just praise but also, if possible, to plant the olive branch of harmony in people’s hearts—something that at present exists only on medals—and to encourage them to seek happiness by following the example of a nation that is happy or could be happy without making any changes to its institutions. In doing so, I aim, as usual, less to please others than to be useful; I do not particularly rely on the support of those who belong to any particular party, for since I adhere only to the principles of justice and reason, I hardly expect anyone who follows other guidelines to approve of my views. And if this consideration did not deter me, it is because, in all matters, the criticism of the entire world matters far less to me than the approval of my own conscience. But you might say that dedicating a book to a republic is something that has never been done before. Even better, sir; in matters worthy of praise, it is better to set an example than to follow one. I believe I have more than sufficient reasons to consider myself unworthy of imitating anyone else; thus, your objection is, in essence, just another prejudice in my favor. After all, there are no longer any evil actions left to be attempted; and, whatever one may say, the question is not so much whether such a thing has been done or not but whether it is good or bad in itself—something I leave to your judgment. As for your concern that such innovations could be dangerous given what has happened recently, this is certainly true in many respects; but in this particular case, I believe my approach is all the more appropriate. Since my praise is directed at the magistrates and my exhortations are meant for the citizens, it is only right that the whole dedication be addressed to the republic itself—this way, I can address its various members directly and avoid giving my words any appearance of bias. I know there are some things that one should not bring up again; and I hope you believe me to have enough judgment not to do so, especially since in this regard, I have considered more what others might think than what I personally desire. After all, it would hardly be wise to pursue such a principle to the point of being overly cautious. The fate of Herostratus teaches us that trying to make people forget something by forbidding them from speaking about it is a poor strategy; but if we force people to speak about it only with sorrow, soon they will stop speaking about it altogether. There is some kind of timid prudence that has gained great favor in this century; such prudence, seeing difficulties everywhere, wisely chooses to do neither good nor evil. I prefer a boldness that, in order to do good, is willing sometimes to shake off the childish yoke of propriety.
Perhaps my indiscreet zeal may lead me astray; perhaps, in taking my mistakes for useful truths and acting with the best intentions in the world, I may do more harm than good. I have nothing to say in response to this, except that such an argument should actually deter every upright person from seeking guidance, and leave the entire world at the mercy of the wicked and the foolish. After all, objections drawn solely from the inherent weaknesses of human nature carry weight against anyone; and no one can be entirely free from suspicion, unless they base the certainty of their own judgment on the integrity of their own heart. This is something I can claim with confidence, for being isolated among men, holding no position in society, devoid of any pretensions, and seeking my happiness solely in that of others, I believe I am free from those prejudices of status that cause even the wisest to bend their judgment to suit their own interests. It is true that I could seek advice from people more knowledgeable than myself—and indeed I would do so if I did not know that their own interests would always override their reason. In short, to put it bluntly, I place far more trust in my own disinterest than in the wisdom of anyone else.
Although in general I pay very little attention to procedural labels and have long since shaken off their burden—more as a matter of convenience than necessity—I agree with you that it would have been appropriate to obtain the approval of the republic or the council, as is generally the custom in such cases. Indeed, this was my intention when I undertook my journey; however, after some consideration and observation, I quickly realized that it was impossible to secure such approval. I understood that requesting it would be tantamount to expecting a refusal, and that if I persisted, my action—while perhaps slightly lacking in certain formalities that many have chosen to ignore—would become a condemnable act of disobedience; whereas if I abandoned my plan, it would merely appear as the foolishness of a fool. For I learned that, without my knowledge, copies of my work and its dedication had already been made last May, and that I was no longer in control of preventing their misuse. Thus, I saw that giving up on my project would mean risking having it carried out by others instead.
Your letter itself tells me that you are fully aware of all the difficulties I had anticipated; yet you know that by making it excessively difficult to obtain permission for what is merely trivial, one actually encourages people to dispense with such formalities altogether. It was precisely because of the chancellor’s excessive caution regarding the approval of high-quality books that no more manuscripts were submitted to him, and yet books continued to be published—though such publication, being contrary to the law, was indeed criminal in nature. In contrast, a dedication that is not communicated to anyone at all is at most merely impolite; far from being blameworthy in itself, such a practice is actually more honest than the established conventions. After all, there is something cowardly in asking people for permission to praise them, and something indecent in granting it without their consent. Nor believe that such behavior is without precedent: I can show you books dedicated to the French nation or to the English people, yet the authors did not commit any crime in not obtaining either the approval of the nation or that of the sovereign—since in every monarchy, the king claims to be the sole authority, and does not acknowledge the existence of the people as an independent entity.
Besides, if I had ever needed to confide in anyone about this matter, it would have been in Mr. the Prime Minister more than in anyone else in the world. I hold too much respect and affection for that worthy and respectable magistrate to ever wish to compromise him in the slightest way, or to expose him to the distress of possibly displeasing many people by supporting my plan, or perhaps even being forced to condemn it against his own wishes. You may be certain that, having thought long and carefully about matters of governance, I am well aware of the importance of those subtle political maxims that a wise magistrate is obliged to follow, even if he himself sees all their frivolity.
Rispondendo con sincerità alla vostra ultima lettera, affidando il mio cuore e il mio destino nelle vostre mani, credo, signore, di dimostrarvi un segno di stima e fiducia meno ambiguo di lodi e complimenti che spesso derivano dalla adulazione piuttosto che dall’amicizia.
Sì, signore: avendo notato le somiglianze tra la forma di governo che deriverebbe dai miei principi e quella effettivamente esistente nella nostra repubblica, mi sono proposto di dedicarle il mio “Discorso sull’origine e i fondamenti dell’ineguaglianza”. Ho colto questa opportunità come un modo eccellente per onorare la mia patria e i suoi capi con lodi sincere; per cercare, se possibile, di insediare nei cuori delle persone quell’ideale di felicità che al momento appare soltanto sulle medaglie, e allo stesso tempo per incoraggiarle a rendersi felici seguendo l’esempio di un popolo che lo è o che potrebbe esserlo senza modificare minimamente le proprie istituzioni. In questo, come al solito, non cerco tanto di piacere quanto di essere utile; non conto in particolare sul voto di chiunque appartenga a un partito specifico, poiché seguendo soltanto le regole della giustizia e della ragione, difficilmente posso aspettarmi l’approvazione di coloro che adottano altre direttive. E se questa considerazione non mi ha trattenuto, è perché in ogni caso il biasimo dell’universo intero mi colpisce molto meno dell’ammissione della mia coscienza. Ma dite voi: dedicare un libro alla repubblica. Questo non si è mai fatto prima. Meglio ancora, signore: nelle cose lodevoli, è preferibile dare l’esempio piuttosto che riceverlo; e credo di avere motivi più che sufficienti per non imitare nessuno. Quindi la vostra obiezione, in fondo, non è altro che un pregiudizio a mio favore. Poiché da tempo non esistono più azioni cattive da tentare. E, qualunque cosa si possa dire, non si tratta tanto di sapere se una cosa sia stata fatta o meno, quanto di capire se essa sia buona o cattiva in sé. Di questo lascio che siano voi a giudicare. Quanto a ciò che aggiungete, ossia che, dopo quanto è accaduto, simili innovazioni possano essere pericolose. Questa è senz’altro una grande verità. Ma da questo punto di vista, ritengo che la mia azione sia ancora più appropriata. Poiché i miei elogi sono rivolti ai magistrati e le mie esortazioni ai cittadini. È giusto che tutto ciò si indirizzi alla repubblica stessa. Per poter parlare a tutti i suoi membri, e per eliminare dalla mia dedica qualsiasi traccia di parzialità. So che ci sono cose che non è opportuno ricordare. E spero che mi riteniate abbastanza saggio da evitarlo. In questo caso, ho tenuto più conto del gusto altrui che del mio. Poiché non credo che sia una politica saggia spingere questa massima fino allo scrupolo. Il ricordo di Erostrato ci insegna che eliminare la libertà di parlare delle cose è un modo pessimo per farle dimenticare. Ma se si fa sì che le persone ne parlino solo con dolore, presto non ne parleranno più affatto. In questo secolo prevale una sorta di timida e pusillanime prudenza che, vedendo ovunque degli svantaggi, si limita, per saggezza, a non fare né bene né male; preferisco invece un coraggio generoso che, pur di compiere il bene, sia disposto talvolta a scuotere il meschino giogo della convenienza.
Forse un zelo eccessivo mi spinge ad errare; forse, confondendo i miei errori con verità utili, potrei, con le migliori intenzioni del mondo, fare più male che bene. Non ho nulla da rispondere a questo, se non che una ragione simile dovrebbe indurre ogni uomo a comportarsi rettamente, lasciando l’universo alla discrezione del malvagio e dell’imprudente. Infatti, le obiezioni basate unicamente sulla debolezza umana hanno forza contro chiunque; e nessuno dovrebbe mai essere sicuro di sé stesso, se non si affida alla rettitudine del proprio cuore per verificare la correttezza delle proprie convinzioni. Questo è ciò che posso fare senza temerità: isolato tra gli uomini, privo di qualsiasi pretesa sociale, privo di ogni interesse personale e cercando il mio bene soltanto nel bene altrui, credo di essere almeno esente da quei pregiudizi legati allo status sociale che fanno piegare il giudizio anche dei saggi più equilibrati verso le opinioni che li avvantaggiano. Certo, potrei consultare persone più esperte di me; lo farei volentieri, se non sapessi che il loro interesse mi guiderà sempre più del loro buon senso. In breve, per parlare senza mezzi termini, mi fido ancora di più della mia onestà e del mio disinteresse, piuttosto che delle conoscenze altrui.
Sebbene in generale non dia molta importanza alle etichette relative ai procedimenti e abbia da tempo cercato di liberarmi dal loro peso più che dalla loro utilità, ritengo, come voi, che sarebbe stato opportuno ottenere l’approvazione della repubblica o del consiglio, come avviene comunemente in casi simili. Ero così convinto di ciò che il mio viaggio fu in parte effettuato con l’intenzione di chiedere tale approvazione; tuttavia, dopo poco tempo e alcune osservazioni, compresi che era impossibile ottenerla. Realizzai che chiedere un permesso del genere equivaleva a sperare in un rifiuto, e che quindi la mia iniziativa, che al massimo violava una certa convenienza di cui molti si sono astenuti, sarebbe diventata una disobbedienza condannabile se avessi insistito, o l’errore di uno sciocco se avessi abbandonato il mio progetto. Poiché appresi che, già a maggio dello scorso anno, erano state fatte copie dell’opera e della dedica senza il mio permesso, e che non ero più in grado di impedire che venissero utilizzate in modo improprio, capii anche che non potevo rinunciare al mio progetto senza rischiare che venisse realizzato da altri.
La vostra lettera stessa mi dimostra che provate, proprio come me, tutte le difficoltà che avevo previsto; e voi sapete bene che, rendendo troppo rigidi i requisiti per l’ottenimento di permessi insignificanti, si finisce per incoraggiare le persone a farne a meno. È così che l’eccessiva cautela del cancelliere riguardo alla pubblicazione dei migliori libri ha portato, in definitiva, al fatto che nessun manoscritto venisse più presentato a lui; eppure i libri continuavano ad essere stampati, anche se tale pratica, essendo contraria alle leggi, era effettivamente criminale. Al contrario, una dedica non comunicata rappresenta al massimo un atto di maleducazione; e lontanamente da essere criticabile per la sua natura, tale comportamento è, in realtà, più conforme all’onestà rispetto alle abitudini consolidate. Infatti, c’è qualcosa di vigliacco nel chiedere alle persone il permesso di lodarle, e di indecente nell’accordarlo. Non crediate nemmeno che un tale comportamento sia senza esempi: posso mostrarvi libri dedicati alla nazione francese o al popolo inglese, senza che gli autori abbiano commesso alcun crimine per non aver ottenuto né il consenso della nazione né quello del principe, che sicuramente sarebbe stato loro rifiutato, perché in ogni monarchia, il re vuole essere lo “stato”, lui solo, e non pretende affatto che il popolo abbia alcun ruolo.
Del resto, se avessi dovuto confidarmi di questa faccenda con qualcuno, sarebbe stato certamente il Primo Ministro, piuttosto che chiunque altro al mondo. Onoro e amo troppo quel nobile e rispettabile magistrato per volerlo compromettere in alcun modo, né esporlo al dolore di poter dispiacere a molte persone favorendo il mio progetto, o forse essere costretto a biasimarlo contro la sua stessa volontà. Potete credere che, avendo riflettuto a lungo sulle questioni di governo, non ignoro la forza di queste piccole massime politiche che un saggio magistrato è obbligato a seguire, anche se ne percepisce tutta la frivolezza.
Vous conviendrez, que je ne pouvais obtenir l’aveu du Conseil sans que mon ouvrage fût examiné ; or pensez-vous que j’ignore ce que c’est que ces examens, et combien l’amour-propre des censeurs les mieux intentionnés, et les préjugés des plus éclairés, leur font mettre d’opiniâtreté et de hauteur à la place de la raison, et leur font rayer d’excellentes choses, uniquement parce qu’elles ne sont pas dans leur manière de penser, et qu’ils ne les ont pas méditées aussi profondément que l’auteur ? N’ai-je pas eu ici mille altercations avec les miens ? Quoique gens d’esprit et d’honneur, ils m’ont toujours désolé par de misérables chicanes, qui n’avaient ni le sens commun, ni d’autre cause qu’une vile pusillanimité, ou la vanité de vouloir tout savoir mieux qu’un autre. Je n’ai jamais cédé, parce que je ne cède qu’à la raison ; le magistrat a été notre juge, et il s’est toujours trouvé que les censeurs avaient tort. Quand je répondis au roi de Pologne, je devais, selon eux, lui envoyer mon manuscrit, et ne le publier qu’avec son agrément : c’était, prétendaient-ils, manquer de respect au père de la reine que de l’attaquer publiquement, surtout avec la fierté qu’ils trouvaient dans ma réponse, et ils ajoutaient même que ma sûreté exigeait des précautions ; je n’en ai pris aucune ; je n’ai point envoyé mon manuscrit au prince ; je me suis fié à l’honnêteté publique, comme je fais encore aujourd’hui, et l’événement a prouvé que j’avais raison. Mais, à Genève, il n’en irait pas comme ici ; la décision de mes censeurs serait sans appel : je me verrais réduit à me taire, ou à donner sous mon nom le sentiment d’autrui ; et je ne veux faire ni l’un ni l’autre. Mon expérience m’a donc fait prendre la ferme résolution d’être désormais mon unique censeur ; je n’en aurais jamais de plus sévère, et mes principes n’en ont pas besoin d’autre, non plus que mes moeurs : puisque tous ces gens-là regardent toujours à mille choses étrangères dont je ne me soucie point, j’aime mieux m’en rapporter à ce juge intérieur et incorruptible qui ne passe rien de mauvais, et ne condamne rien de bon, et qui ne trompe jamais quand on le consulte de bonne foi. J’espère que vous trouverez qu’il n’a pas mal fait son devoir dans l’ouvrage en question, dont tout le monde sera content, et qui n’aurait pourtant obtenu l’approbation de personne.
Vous devez sentir encore que l’irrégularité qu’on peut trouver dans mon procédé est toute à mon préjudice et à l’avantage du gouvernement. S’il y a quelque chose de bon dans mon ouvrage, on pourra s’en prévaloir ; s’il y a quelque chose de mauvais, on pourra le désavouer ; on pourra m’approuver ou me blâmer selon les intérêts particuliers, ou le jugement du public : on pourrait même proscrire mon livre, si l’auteur et l’état avaient ce malheur que le Conseil n’en fût pas content : toutes choses qu’on ne pourrait plus faire, après en avoir approuvé la dédicace. En un mot, si j’ai bien dit eu l’honneur de ma patrie, la gloire en sera pour elle ; si j’ai mal dit, le blâme en retombera sur moi seul. Un bon citoyen peut-il se faire un scrupule d’avoir à courir de tels risques ?
Je supprime toutes les considérations personnelles qui peuvent me regarder, parce qu’elles ne doivent jamais entrer dans les motifs d’un homme de bien, qui travaille pour l’utilité publique. Si le détachement d’un coeur qui ne tient nia la gloire, ni à la fortune, ni même à la vie, peut le rendre digne d’annoncer la vérité, j’ose me croire appelé à cette vocation sublime : c’est pour faire aux hommes du bien selon mon pouvoir que je m’abstiens d’en recevoir d’eux, et que je chéris ma pauvreté et mon indépendance. Je ne veux point supposer que de tels sentiments puissent jamais me nuire auprès de mes concitoyens ; et c’est sans le prévoir, ni le craindre, que je prépare mon âme à cette dernière épreuve, la seule à laquelle je puisse être sensible ; croyez que je veux être, jusqu’au tombeau, honnête, vrai, et citoyen zélé ; et que, s’il fallait me priver, à cette occasion, du doux séjour de la patrie, je couronnerais ainsi les sacrifices que j’ai faits à l’amour des hommes et de la vérité par celui de tous qui coûte le plus à mon coeur, et qui par conséquent m’honore le plus.
Vous comprendrez aisément que cette lettre est pour vous seul : j’aurais pu vous en écrire une, pour être vue, dans un style fort différent ; mais, outre que ces petites adresses répugnent à mon caractère, elles ne répugneraient pas moins à ce que je connais du votre, et je me saurai gré, toute ma vie, d’avoir profité de cette occasion de m’ouvrir à vous sans réserve, et de me confier à la discrétion d’un homme de bien qui a de l’amitié pour moi. Bonjour, monsieur ; je vous embrasse de tout mon coeur avec attendrissement et respect[546].
Lettre LXXVII – À M. le comte de Lastic
(Incluse dans la précédente)
[548]
Paris, le 20 décembre 1754.
Sans avoir l’honneur, monsieur, d’être connu de vous, j’espère qu’ayant à vous offrir des excuses et de l’argent, ma lettre ne saurait être mal reçue.
J’apprends que mademoiselle de Cléry a envoyé de Blois un panier à une bonne vieille femme, nommée madame Le Vasseur, et si pauvre qu’elle demeure chez moi ; que ce panier contenait, entre autres choses, un pot de vingt livres de beurre ; que le tout est parvenu, je ne sais comment, dans votre cuisine ; que la bonne vieille, l’ayant appris, a eu la simplicité de vous envoyer sa fille, avec la lettre d’avis, vous redemander son beurre, ou le prix qu’il a coûté ; et qu’après vous être moqués d’elle, selon l’usage, vous et madame votre épouse, vous avez, pour toute réponse, ordonné à vos gens de la chasser.
J’ai tâché de consoler la bonne femme affligée, en lui expliquant les règles du grand monde et de la grande éducation ; je lui ai prouvé que ce ne serait pas la peine d’avoir des gens, s’ils ne servaient à chasser le pauvre, quand il vient réclamer son bien ; et, en lui montrant combien justice et humanité sont des mots roturiers, je lui ai fait comprendre, à la fin, qu’elle est trop honorée qu’un comte ait mangé son beurre. Elle me charge donc, monsieur, de vous témoigner sa reconnaissance de l’honneur que vous lui avez fait, son regret de l’importunité qu’elle vous a causée, et le désir qu’elle aurait que son beurre vous eût paru bon. Que si par hasard il vous en a coûté quelque chose pour le port du paquet à elle adressé, elle offre de vous le rembourser, comme il est juste. Je n’attends là-dessus que vos ordres pour exécuter ses intentions, et vous supplie d’agréer les sentiments avec lesquels j’ai l’honneur d’être, etc. [549]
Lettre LXXVII – À Madame d’Épinay
[550]
Ce jeudi matin (20 décembre 1754).
Il faut faire, madame, ce que vous voulez. Les lettres ne seront point envoyées, et M. le comte de Lastic peut désormais voler le beurre de toutes les bonnes femmes de Paris, sans que je m’en fâche. Laissons donc là M. le comte, et parlons de votre santé, qu’il ne faut pas mettre en jeu pour si peu de chose ; je ne sais que vous dire des ordonnances de M. Tronchin : votre expérience me les rend furieusement suspectes ; il a tant de réputation, qu’il pourrait bien n’être qu’un charlatan. Cependant je vous avoue que j’y tiens encore, et que j’attribue le malentendu, s’il y en a, à l’inconvénient de l’éloignement. Quoi qu’il en soit, j’approuve beaucoup le parti que vous avez pris de vous en tenir à son régime, et de laisser ses drogues : c’est en général tout l’usage que vous devriez faire de la médecine ; mais il faut choisir un régime et s’y tenir. Donnez-moi de vos nouvelles et de celles de madame d’Esclavelles. Bonjour, madame.
Observation
Les lettres adressées à madame d’Épinay ne sont pour la plupart, comme celles à madame de Créqui, datées que du jour de la semaine. Les unes comme les autres, écrites de Paris ou de l’Ermitage, n’avaient pas besoin d’autre indication pour les personnes qui les recevaient. Loin de prétendre avoir toujours rencontré juste en tâchant de réparer les omissions faites, nous convenons, quant à la correspondance avec madame d’Épinay, que cette précision n’était pas possible, parce qu’aucune circonstance de quelque intérêt ne rendait, à l’aide de rapprochements, la recherche facile. Mais cette correspondance finit avec l’année 1757. Elle offre en quelque sorte les pièces justificatives du récit présenté dans le neuvième livre des Confessions. Une partie de ces lettres se trouve dans les Mémoires de madame d’Épinay qui, sans intention, donne de nouvelles preuves de la sincérité de Rousseau.
1755
You will agree that it was impossible for me to obtain the Council’s approval without having my work examined first; and do you really think I am unaware of what such examinations entail, and how much the pride of even the most well-intentioned censors, as well as the prejudices of the most enlightened individuals, cause them to replace reason with stubbornness and arrogance, leading them to reject excellent works simply because they do not conform to their own way of thinking or have not been contemplated as deeply as by the author? Have I not had countless arguments with my fellow reviewers? Despite being intelligent and honorable people, they always disappointed me with petty tricks that lacked both common sense and any legitimate reason, arising merely from base cowardice or the vanity of wanting to know better than anyone else. I never yielded, because I yield only to reason; the magistrate served as our judge, and it was always proven that the censors were in error. When I replied to the King of Poland, they insisted that I send him my manuscript first and publish it only with his approval—claiming that attacking him publicly, especially given the confidence I displayed in my response, would be a lack of respect toward the queen’s father. They even argued that my own safety required such precautions; but I took no such measures. I did not send my manuscript to the prince; I relied on public honesty, just as I do today, and events have proven that I was right. However, in Geneva, things would not go the same way; the decisions of my censors would be final: I would either be forced to remain silent or be compelled to express the opinions of others under my own name—something I refuse to do. Therefore, based on my experience, I have resolved to be my own sole censor from now on. I could not have a more stringent one, and my principles nor my character require it. Since all those people focus on countless irrelevant matters that concern me not at all, I prefer to rely on that inner, incorruptible judge who never judges anything badly, never condemns anything good, and never deceives when consulted in good faith. I hope you will agree that this judge has performed his duty well in the work in question—a work that everyone will be satisfied with, even though it would have received no approval from anyone else.
You must still realize that the irregularities present in my method are entirely to my disadvantage and to the government’s advantage. If there is anything good in my work, it can be utilized; if there is anything bad, it can be rejected. People may approve of me or condemn me depending on their particular interests or the judgment of the public; they might even ban my book, if both the author and the state were unfortunate enough for the Council to disapprove of it—things that would no longer be possible once the dedication had been approved. In short, if I have done my duty towards my country well, its glory will be my reward; if I have failed, the blame shall fall solely upon me. Can a good citizen hesitate to take such risks?
I set aside all personal considerations that might affect me, for they must never enter into the motives of a good man who works for the public good. If detachment of a heart that holds no regard for glory, wealth, or even life can make one worthy of proclaiming the truth, then I dare believe I am called to this sublime vocation: it is to do good to others to the best of my ability that I refrain from accepting anything from them, and that I cherish my poverty and independence. I do not suppose such sentiments could ever harm me in the eyes of my fellow citizens; and without anticipating or fearing it, I prepare my soul for this final trial—the only one to which I might be susceptible. Believe me, I wish to remain honest, true, and a devoted citizen until my death; and if it were necessary for me to leave the sweet embrace of my homeland at this time, I would thus crown all the sacrifices I have made for the love of humanity and truth with that which costs my heart most, and which therefore honors me the most.
You will easily understand that this letter is intended solely for you: I could have written you another one, one that would be visible to others, in a very different style; but besides the fact that such informal addresses are contrary to my nature, they would also be contrary to what I know of yours. For this reason, I will always be grateful for having had this opportunity to speak to you without reservation and to trust in the discretion of a kind man who holds me in friendship. Goodbye, sir; I embrace you wholeheartedly, with tenderness and respect[546].
Letter LXXVII – To Mr. Count of Lastic
(Included in the previous one)
[548]
Paris, December 20, 1754.
Although I do not have the honor of being known to you, sir, I hope that since I am offering you both an apology and some money, my letter will not be received in a negative manner.
I have learned that Mademoiselle de Cléry sent a basket from Blois to a kind old woman named Madame Le Vasseur, who is so poor that she lives with me; that this basket contained, among other things, a pot of butter weighing twenty livres; that somehow all of this ended up in your kitchen; that when the old woman found out about it, she simply sent her daughter to you along with a letter explaining the situation, asking you to return her butter or pay its cost; and that after you and your wife mocked her, as is customary, you simply ordered your servants to drive her away.
I tried to comfort that distressed woman by explaining to her the rules of high society and proper education; I showed her that it would be pointless to have servants if their only purpose was to drive away the poor when they came to claim what was rightfully theirs. By demonstrating how justice and humanity were merely empty words in such contexts, I finally made her understand that she was far too honored for a count to have eaten her butter. Therefore, sir, she asks me to convey to you her gratitude for the honor you have done her, her regret for the inconvenience she may have caused you, and her wish that her butter had tasted good to you. Should it have cost you anything to have the package delivered to her, she is willing to repay you fairly. I am awaiting your orders only to carry out her wishes; I beg you to accept the sentiments with which I have the honor to be yours, etc. [549]
Letter LXXVII – To Madame d’Épinay
[550]
That Thursday morning (December 20, 1754).
Madam, you must do as you wish. The letters will not be sent, and now Monsieur the Count of Lastic can steal butter from all the good ladies in Paris without my complaint. Let’s drop Monsieur the Count and talk about your health—there is no need to risk it over such a trivial matter. As for Monsieur Tronchin’s prescriptions, your experience makes me highly skeptical; he has such a reputation that he could very well be a quack. Nevertheless, I must admit that I still trust him somewhat, and I attribute any possible misunderstanding to the inconvenience of distance. In any case, I greatly approve of your decision to stick to his treatment plan and avoid using his medicines. Generally speaking, that is all one should ever do with medicine—choose a regimen and stick to it. Please let me know how you are, as well as how Madame d’Esclavelles is. Goodbye, madam.
Observation
The letters addressed to Madame d’Épinay, like those to Madame de Créqui, were for the most part dated only with the day of the week. Whether written from Paris or from the Ermitage, neither set of letters required any additional indication for those who received them. Far from claiming to have always been able to determine the exact dates by attempting to fill in any omissions, we acknowledge that, in the case of correspondence with Madame d’Épinay, such precision was simply impossible, since no circumstances of any relevance would have made it possible to identify the dates through comparison. However, this correspondence came to an end in the year 1757. It serves, in a way, as evidence to support the account presented in the ninth book of the Confessions. A portion of these letters can be found in Madame d’Épinay’s Memoirs, which, unintentionally, provide further proof of Rousseau’s sincerity.
1755
Converrete che non avrei potuto ottenere l’approvazione del Consiglio senza che il mio lavoro venisse esaminato; e pensate davvero che io ignori cosa siano questi esami, e quanto l’orgoglio dei censori, per quanto benintenzionati, e i pregiudizi delle persone più illuminate li inducano ad essere ostinati e presuntuosi al posto della ragione, facendoli cancellare cose eccellenti soltanto perché non sono in linea con il loro modo di pensare o perché non le hanno meditate con la stessa profondità dell’autore? Non ho forse avuto mille discussioni con i miei censori? Pur essendo persone intelligenti e oneste, mi hanno sempre deluso con meschini cavilli che non avevano alcun fondamento logico, ma derivavano soltanto da una vile pusillanimità o dalla vanità di voler sapere tutto meglio degli altri. Non ho mai ceduto, perché io cedo solo alla ragione; il magistrato è stato il nostro giudice, e si è sempre rivelato che i censori avevano torto. Quando risposi al re di Polonia, secondo loro avrei dovuto inviargli il mio manoscritto e pubblicarlo soltanto con il suo consenso: sostenevano che sarebbe stato un segno di mancanza di rispetto verso il padre della regina attaccarlo pubblicamente, soprattutto con la fierezza che dimostravo nella mia risposta; aggiungevano anche che la mia sicurezza richiedeva delle precauzioni. Ma io non ne ho preso alcuna; non ho inviato il mio manoscritto al principe; mi sono fidato dell’onestà pubblica, proprio come faccio ancora oggi, e gli eventi hanno dimostrato che avevo ragione. Ma a Ginevra le cose andrebbero diversamente: la decisione dei miei censori sarebbe irrevocabile; mi troverei costretto a tacere o ad esprimere il parere di altri in mio nome. E io non voglio fare né l’uno né l’altro. Quindi, sulla base della mia esperienza, ho preso la ferma decisione di essere da ora in poi il mio unico “censore”: non ne avrò mai uno più severo, e i miei principi non ne hanno bisogno. Poiché tutte queste persone si basano sempre su mille considerazioni estranee a cui io non do alcuna importanza, preferisco affidarmi a quel giudice interiore e incorruptibile che non giudica nulla di male né approva nulla di buono, e che non inganna mai quando viene consultato con sincerità. Spero che concorderete sul fatto che questo giudice abbia svolto bene il suo compito nell’opera in questione. Un’opera che tutti saranno soddisfatti di, anche se probabilmente nessuno l’avrebbe approvata.
Dovete ancora riconoscere che l’irregolarità che si può trovare nel mio metodo è totalmente a mio svantaggio e a vantaggio del governo. Se c’è qualcosa di positivo nel mio lavoro, si potrà approfittarne; se c’è qualcosa di negativo, si potrà respingerlo; si potrà approvare o criticarmi in base agli interessi particolari o al giudizio del pubblico. Si potrebbe persino proibire il mio libro, se l’autore e lo Stato avessero la sfortuna che il Consiglio non ne fosse soddisfatto: tutte cose che non sarebbero più possibili, una volta approvata la dedica. In breve, se ho detto bene, l’onore sarà della mia patria; se ho detto male, il biasimo ricadrà solo su di me. Un buon cittadino può forse esitare ad affrontare tali rischi?
Rimuovo tutte quelle considerazioni personali che potrebbero riguardarmi, poiché non dovrebbero mai entrare nei motivi di un uomo onesto che lavora per il bene pubblico. Se l’indipendenza di un cuore che non desidera né la gloria, né la fortuna, né persino la vita può renderlo degno di annunciare la verità, oso credere di essere chiamato a questa sublime vocazione: è per fare del bene agli uomini, nel limite delle mie possibilità, che mi astengo dal riceverne da loro e che amo la mia povertà e la mia indipendenza. Non voglio nemmeno supporre che tali sentimenti possano mai nuocermi presso i miei concittadini; e sono pronto, senza prevederlo né temerlo, a affrontare questa ultima prova, l’unica alla quale possa essere sensibile. Credetemi: desidero rimanere onesto, vero e un cittadino devoto fino alla morte; e se in questa occasione dovesse toccarmi di lasciare la dolce dimora della patria, allora coronerò così i sacrifici che ho fatto per l’amore degli uomini e della verità con quello che costa di più al mio cuore, e che, di conseguenza, mi onora di più.
Comprenderete facilmente che questa lettera è destinata esclusivamente a voi: avrei potuto scrivervene un’altra, di stile molto diverso, in modo che venisse letta da altri; ma, oltre al fatto che questo tipo di lettere non si addica al mio carattere, esse non sarebbero certo adatte nemmeno al vostro. Mi sarà quindi per sempre grato aver avuto l’opportunità di aprirmi con voi senza riserve e affidarmi alla discrezione di un uomo onesto che mi tiene in grande stima. Buongiorno, signore; vi abbraccio con tutto il mio cuore, con affetto e rispetto[546].
Lettera LXXVII – Al signor conte di Lastic
(Incluso nel paragrafo precedente)
[548]
Parigi, 20 dicembre 1754.
Senza l’onore di essere conosciuto da voi, signore, spero che, offrendovi scuse e denaro, la mia lettera non venga ricevuta in modo negativo.
Ho appreso che la signorina de Cléry ha inviato da Blois un cesto a una buona vecchia donna di nome Madame Le Vasseur, così povera da abitare presso di me; che quel cesto conteneva, tra le altre cose, un vaso di burro del peso di venti libbre; che tutto ciò è arrivato, chissà come, nella vostra cucina; che la buona vecchia, venutone a conoscenza, ha avuto la semplicità di mandarvi sua figlia, insieme alla lettera in cui vi informava della situazione, per chiedervi indietro il suo burro o il prezzo che aveva pagato; e che voi e vostra moglie, dopo averla presa in giro, come è consuetudine, avete ordinato ai vostri domestici di cacciarla via.
Ho cercato di consolare quella buona donna angosciata, spiegandole le regole del mondo elegante e dell’educazione raffinata; le ho dimostrato che non ha alcun senso avere servitori se non per scacciare i poveri quando vengono a reclamare ciò che gli appartiene; e, mostrandole quanto siano banali termini come “giustizia” e “umanità”, alla fine le ho fatto capire che è davvero troppo onorata perché un conte abbia mangiato il suo burro. Pertanto, signore, mi incarica di esprimere la sua gratitudine per l’onore che le avete reso, il suo rammarico per l’intrusione che le ha causato, e il desiderio che il suo burro vi sia piaciuto. Se per caso vi è costato qualcosa il trasporto del pacco indirizzato a lei, si offre di rimborzarvi, come è giusto. Aspetto soltanto i vostri ordini per attuare le sue intenzioni e vi supplico di accettare con favore i sentimenti con cui ho l’onore di essere. [549]
Lettera LXXVII – Alla signora d’Épinay
[550]
Quel giovedì mattina (20 dicembre 1754).
Signora, bisogna fare ciò che desiderate voi. Le lettere non verranno inviate, e il conte di Lastic potrà ora rubare il burro a tutte le brave donne di Parigi senza che io me ne lamenti. Lasciamo quindi da parte il conte e parliamo della vostra salute, che non dovrebbe essere messa a rischio per una cosa così insignificante. Non so che dirvi riguardo alle prescrizioni del signor Tronchin: la sua esperienza le rende estremamente sospette. Ha una tale reputazione che potrebbe benissimo essere un ciarlatano. Tuttavia devo ammettere che ci tengo ancora a quelle prescrizioni, e attribuisco eventuali malintesi al disagio derivante dalla distanza. Comunque sia, approvo molto la decisione che avete preso di attenervi al suo regime alimentare e di non usare le sue medicine. In generale, questa dovrebbe essere l’unica utilità della medicina. Ma bisogna scegliere un regime alimentare e attenervisi rigorosamente. Fatemi sapere come state voi e come sta la signora d’Esclavelles. Addio, signora.
Osservazione.
Le lettere indirizzate a madame d’Épinay, come quelle a madame de Créqui, sono per lo più datate soltanto con il giorno della settimana in cui furono scritte. Sia l’una che l’altra, redatte a Parigi o all’Ermitage, non avevano bisogno di alcun’altra indicazione per chi le riceveva. Lontani dal pretendere di aver sempre azzeccato nel tentativo di correggere eventuali omissioni, riconosciamo che, per quanto riguarda la corrispondenza con madame d’Épinay, tale precisione fosse impossibile, poiché nessuna circostanza di qualche rilievo rendeva possibile individuare facilmente le lettere attraverso confronti. Tuttavia, questa corrispondenza terminò nell’anno 1757. Essa costituisce, in un certo senso, la prova concreta delle dichiarazioni contenute nel nono libro delle Confessioni. Una parte di queste lettere si trova nei Mémoires di madame d’Épinay, i quali, senza alcuna intenzione particolare da parte dell’autrice, forniscono ulteriori prove della sincerità di Rousseau.
1755
Lettre LXXIX – À M. Vernes
Lettre LXXX – À Madame d’Épinay
Lettre LXXXI – À la même
Lettre LXXXII – À M. Vernes
Lettre LXXXIII – À Madame la marquise de Créqui
Lettre LXXXIV – À M. de Voltaire
Lettre LXXXV – Au même
Lettre LXXXVI – À Madame d’Épinay
Lettre LXXXVII – À la même
Lettre LXXXVIII – À M. de Boissi
Lettre LXXXIX – À M. Vernes
Lettre XC – À un anonyme
Lettre XCI – À M. le comte de Tressan
Lettre XCII – À M. d’Alembert
Table de la correspondance
Lettre LXXX – À Madame d’Épinay
… 1755.
Pour Dieu ! madame, ne m’envoyez plus M. Malouin[553]. Je ne me porte pas assez bien pour l’entendre bavarder avec plaisir. J’ai tremblé hier toute la journée de le voir arriver ; délivrez-moi de la crainte d’en être réduit, peut-être, à brusquer un honnête homme que j’aime, et qui me vient de votre part ; et ne vous joignez pas à ces importuns amis qui, pour me faire vivre à leur mode, me feront mourir de chagrin. En vérité, je voudrais être au fond d’un désert quand je suis malade.
Autre chose : accablé de visites importunes et de gens incommodes, je respirais en voyant arriver M. de Saint-Lambert, et je lui contais mes peines par cette sorte de confiance que j’ai d’abord pour les gens que j’estime et respecte ; n’a-t-il pas été prendre cela pour lui ? Du moins, je dois le croire par ce qu’il me dit en me quittant, et par ce qu’il m’a fait dire par son laquais. Ainsi, j’ai le bonheur de rassembler autour de moi tout ce que je voudrais fuir, et d’écarter tout ce que je voudrais voir : cela n’est assurément ni fort heureux ni fort adroit. Au reste, je n’ai pas même entendu parler de Diderot. Que de vocation pour ma solitude et pour ne plus voir que vous ! Bonjour, madame. J’envoie savoir des nouvelles de la santé de Grimm et de la vôtre. J’ai peur que vous ne deviniez trop l’état de la mienne par le ton de ce billet. J’ai passé mie mauvaise nuit, durant laquelle la bile a fomenté, comme vous voyez. Je suis mieux ce matin. Je vous écris, et tout se calme insensiblement.
Lettre LXXXII – À M. Vernes
Paris, le 6 juillet 1755.
Voici, monsieur, une longue interruption ; mais comme je n’ignore pas mes torts, et que vous n’ignorez pas notre traité, je n’ai rien de nouveau à vous dire pour mon excuse, et j’aime mieux reprendre notre correspondance tout uniment, que de recommencer à chaque fois mon apologie ou mes inutiles excuses.
Je suppose que vous avez vu actuellement l’écrit pour lequel vous aviez marqué de l’empressement. Il y en a des exemplaires entre les mains de M. Chappuis. J’ai reçu, à Genève, tant d’honnêtetés de tout le monde, que je ne saurais là-dessus donner des préférences, sans donner en même temps des exclusions offensantes ; mais il y aurait à voler M. Chappuis une honnêteté dont l’amitié seule est capable[556], et que j’ai quelque droit d’attendre de ceux qui m’en ont témoigné autant que vous. Je ne puis exprimer la joie avec laquelle j’ai appris que le Conseil avait agréé, au nom de la république, la dédicace de cet ouvrage, et je sens parfaitement tout ce qu’il y a. d’indulgence et de grâce dans cet aveu[557]. J’ai toujours espéré qu’on ne pourrait méconnaître, dans cette épître, les sentiments qui l’ont dictée, et qu’elle serait approuvée de tous ceux qui les partagent ; je compte donc sur votre suffrage, sur celui de votre respectable père, et de tous mes bons concitoyens. Je me soucie très peu de ce qu’en pourra penser le reste de l’Europe. Au reste, on avait affecté de répandre des bruits terribles sur la violence de cet ouvrage, et il n’avait pas tenu à mes ennemis de me faire des affaires avec le gouvernement ; heureusement, l’on ne m’a point condamné sans me lire, et, après l’examen, l’entrée a été permise sans difficulté.
Donnez-moi des nouvelles de votre journal. Je n’ai point oublié ma promesse : ma copie me presse si fort depuis quelque temps, qu’elle ne me donne pas le loisir de travailler. D’ailleurs, je ne veux rien vous donner que j’aie pu faire mieux : mais je vous tiendrai parole, comptez-y, et le pis-aller sera de vous porter moi-même, le printemps prochain, ce que je n’aurai pu vous envoyer plus tôt : si je connais bien votre coeur, je crois qu’à ce prix vous ne serez pas fâché du retard.
Bonjour, monsieur ; préparez-vous à m’aimer plus que jamais, car j’ai bien résolu de vous y forcer à mon retour.
Lettre LXXXIII – À Madame la marquise de Créqui
Épinay, 8 septembre 1755.
Je vois, madame, que la bienveillance dont vous m’honorez vous cause de l’inquiétude sur le sort dont quelques gens, tout au moins fort indiscrets, aiment à me menacer. De grâce, que ma tranquillité ne vous alarme point, quand on vous annoncerait ma détention comme prochaine. Si je ne fais rien pour la prévenir, c’est que, n’ayant rien fait pour la mériter, je croirais offenser l’hospitalité de la nation française, et l’équité du prince qui la gouverne, en me précautionnant contre une injustice.
Si j’ai écrit, comme on le prétend, sur une question de droit politique proposée par l’académie de Dijon, j’y étais autorisé par le programme ; et puisqu’on n’a point fait un crime à cette académie de proposer cette question, je ne vois pas pourquoi l’on m’en ferait un de la résoudre. Il est vrai que j’ai dû me contenir dans les bornes d’une discussion générale et purement philosophique, sans personnalités et sans application ; mais pourriez-vous croire, madame, vous, dont j’ai l’honneur d’être connu, que j’aie été capable de m’oublier un moment là-dessus ? Quand la prudence la plus commune ne m’aurait point interdit toute licence à cet égard, j’aime trop la franchise et la vérité pour ne pas abhorrer les libelles et la satire ; et si je mets si peu de précaution dans ma conduite, c’est que mon coeur me répond toujours que je n’en ai pas besoin. Soyez donc bien assurée, je vous supplie, qu’il n’est jamais rien sorti et ne sortira jamais rien de ma plume qui puisse m’exposer au moindre danger sous un gouvernement juste.
Quand je serais dans l’erreur sur l’utilité de mes maximes, n’a-t-on pas, en France, des formes prescrites pour la publication des ouvrages qu’on y fait paraître ? et quand je pourrais m’écarter impunément de ces formes, mon seul respect pour les lois ne suffirait-il pas pour m’en empêcher ? Vous savez, madame, à quel point j’ai toujours porté le scrupule à cet égard ; vous n’ignorez pas que mes écrits les plus hardis, sans excepter cette effroyable Lettre sur la musique, n’ont jamais vu le jour qu’avec approbation et permission. C’est ainsi que je continuerai d’en user toute ma vie ; et jamais, durant mon séjour en France, aucun de mes ouvrages n’y paraîtra de mon aveu qu’avec celui du magistrat[558].
Mais, si je sais quels sont mes devoirs, je n’ignore pas non plus quels sont mes droits : je n’ignore pas qu’en obéissant fidèlement aux lois du pays où je vis, je ne dois compte à personne de ma religion ni de mes sentiments, qu’aux magistrats de l’état dont j’ai l’honneur d’être membre. Ce serait établir une loi bien nouvelle, de vouloir qu’à chaque fois qu’on met le pied dans un état, on fût obligé d’en adopter toutes les maximes, et qu’en voyageant d’un pays à l’autre, il fallût changer d’inclinations et de principes, comme de langage et de logement. Partout où l’on est, on doit respecter le prince et se soumettre à la loi ; mais on ne leur doit rien de plus, et le coeur doit toujours être pour la patrie. Quand donc il serait vrai qu’ayant en vue le bonheur de la mienne j’eusse avancé, hors du royaume, des principes plus convenables au gouvernement républicain qu’au monarchique, où serait mon crime ?
Qui jamais ouït dire que le droit des gens, qu’on se vante si fort de respecter en France, permit de punir un étranger pour avoir osé préférer, en pays étranger, le gouvernement de son pays à tout autre ?
On dit, il est vrai, que cette occasion ne sera qu’un prétexte, à la faveur duquel on me punira de mon mépris pour la musique française. Comment, madame, punir un homme de son mépris pour la musique ! Ouites-vous jamais rien de pareil ? Une injustice s’excuse-t-elle par une injustice encore plus criante ? et dans le temps de cette horrible fermentation, digne de la plume de Tacite, n’eût-il pas été moins odieux de m’opprimer sur ce grave sujet, que d’y revenir, après coup, sur un sujet encore moins raisonnable ?
Letter LXXIX – To Mr. Vernes
Letter LXXX – To Madame d’Épinay
Letter LXXXI – To the Same One
Letter LXXXII – To Mr. Vernes
Letter LXXXIII – To Madame la Marquise de Créqui
Letter LXXXIV – To Mr. de Voltaire
Letter LXXXV – To the Same One
Letter LXXXVI – To Madame d’Épinay
Letter LXXXVII – To the Same One
Letter LXXXVIII – To Mr. de Boissi
Letter LXXXIX – To Mr. Vernes
Letter XC – To an Anonymous Individual
Letter XCI – To Mr. Count of Tressan
Letter XCII – To Mr. d’Alembert
Correspondence Table
Letter LXXX – To Madame d’Épinay
… 1755.
For God’s sake, madam, do not send me Mr. Malouin[553] anymore. I am not in good enough health to enjoy listening to him chatter. I trembled all day yesterday at the thought of his arrival; please free me from the fear of perhaps having to hurt a decent man whom I love—and who has come to me through your means. And do not join those annoying friends who, in their attempt to make me live according to their ways, will cause me to die of sorrow. Truly, when I am ill, I would rather be at the bottom of a desert.
Another thing: overwhelmed by incessant visits and the presence of unpleasant people, I breathed a sigh of relief when Mr. de Saint-Lambert arrived; I confided in him about my troubles with that kind of trust I first place in those I esteem and respect. Surely he took it as pertaining to himself. At least, I must believe so, judging by what he said to me when he left and what he had his lackey tell me. In this way, I have the misfortune of bringing around me everything I wish to escape, and keeping away everything I wish to see—which is certainly neither very fortunate nor very clever. Besides, I haven’t even heard anything about Diderot. What a perfect match for my solitude, and for never seeing anyone but you! Goodbye, madam. I send my regards regarding the health of Grimm and yours. I’m afraid you might guess too much about my own condition from the tone of this letter. I had a very bad night; my bile was in turmoil, as you can see. I feel better this morning. As I write to you, everything is gradually returning to calm.
Letter LXXXII – To Mr. Vernes
Paris, July 6, 1755.
Here, sir, is a lengthy interruption; but since I am well aware of my faults, and you are certainly familiar with our agreement, I have nothing new to say as an excuse. I would rather resume our correspondence without further delay than to repeat my apologies or offer futile excuses every time.
I suppose you have already seen the manuscript for which you had shown such eagerness. Some copies are in the hands of Mr. Chappuis. In Geneva, I have received so many expressions of honesty from everyone that I would not be able to give preference to one over another without simultaneously causing offense by excluding others; yet there is one particular expression of honesty that only a friend could offer[556], and I have every right to expect it from those who have shown me such loyalty as you have. I cannot express in words the joy I felt when I learned that the Council had approved, on behalf of the republic, the dedication of this work; I fully appreciate all the indulgence and generosity contained in that decision[557]. I have always hoped that no one would fail to recognize the sentiments that inspired this letter, and that it would be welcomed by everyone who shares those sentiments; therefore, I count on your support, as well as that of your respected father and all my fellow citizens. I care very little what the rest of Europe might think about it. Moreover, terrible rumors had been spread about the severity of its content; yet my enemies did not hesitate to involve me in conflicts with the government. Fortunately, I was not condemned without being given a chance to present my case, and after examination, my entry was permitted without any difficulties.
Tell me how your journal is progressing. I have not forgotten my promise: my copy has been pressing upon me so heavily lately that it leaves me no time to work. Moreover, I would not want to give you anything less than my best effort. But trust me, I will keep my word. At the very worst, next spring I will personally deliver to you what I could not send earlier. If I know your heart well, I believe you won’t be offended by the delay.
Good day, sir; prepare yourself to love me more than ever, for I have made up my mind to force you to do so upon my return.
Letter LXXXIII – To Madame la Marquise de Créqui
Épinay, September 8, 1755.
I see, madam, that the kindness you show me causes you some concern regarding the fate that certain people—at least those who are extremely indiscreet—like to threaten me with. Please do not let my tranquility alarm you if someone were to inform you that my arrest is imminent. If I do nothing to prevent it, it is because, having done nothing to deserve it, I would consider it an offense to the hospitality of the French nation and to the fairness of the prince who governs it to take precautions against what might be an injustice.
If it is claimed that I wrote on a topic of political law proposed by the Academy of Dijon, I was authorized to do so by the program; and since proposing such a topic does not constitute any crime for an academy, I see no reason why addressing it should be considered a crime against me. It is true that I had to confine my remarks within the bounds of a general and purely philosophical discussion, without mentioning any specific individuals or applying those ideas to practical situations; but could you truly believe, madam, someone whom I have the honor of knowing, would be capable of forgetting such considerations for a moment? Even if common prudence would not allow me any leeway in this regard, I too much cherish honesty and truth to tolerate slander or satire. And if I take so few precautions in my conduct, it is because my conscience always assures me that I need none at all. Therefore, I implore you to be fully assured that nothing ever will come from my pen that could put me in any danger under a just government.
When I might be mistaken about the usefulness of my maxims, do not we in France have prescribed forms for the publication of works that are to be published there? And when I might freely deviate from these forms, would not my mere respect for the law be enough to prevent me from doing so? You know, madam, how much scrupulous care I have always taken in this regard; you are well aware that even my most daring writings, without exception of that terrible Letter on Music, have never seen print unless they had been approved and permitted. It is in this way that I intend to continue throughout my life; and never, during my stay in France, will any of my works be published there without the consent both of myself and of the authorities[558].
But if I know what my duties are, I am also aware of my rights: I am well aware that by faithfully obeying the laws of the country in which I live, I owe no account to anyone regarding my religion or my feelings, except to the officials of the state of which I have the honor to be a member. To demand that whenever one enters a new state, one must adopt all its principles, and that when traveling from one country to another, one must change one’s inclinations and beliefs, just as one changes one’s language and place of residence, would be to establish a completely new law. Everywhere one is, one must respect the sovereign and submit to the law; but one owes them nothing more, and one’s heart must always remain loyal to one’s homeland. So then, if it were true that, with the welfare of my country in mind, I had adopted principles more suitable for a republican government than for a monarchical one, where would my crime lie?
Who has ever heard it said that the rights of man, of which so much is boasted in France as being respected, allow a foreigner to be punished for having dared, in a foreign country, to prefer the government of his own country to any other?
It is indeed said that this occasion will merely be a pretext for punishing me for my disdain towards French music. How, madam, can one punish a man for his contempt for music! Have you ever heard of such a thing? Can an injustice be justified by an even more blatant injustice? And during this horrible “fermentation,” worthy of Tacite’s pen, wouldn’t it have been just as abhorrent to oppress me on this serious matter as to bring it up again later, on a subject that is even less reasonable?
Lettera LXXIX – A Monsieur Vernes
Lettera LXXX – Alla signora d’Épinay
Lettera LXXXI – Alla stessa persona
Lettera LXXXII – A Monsieur Vernes
Lettera LXXXIII – Alla marchesa di Créqui
Lettera LXXXIV – A Monsieur de Voltaire
Lettera LXXXV – Allo stesso
Lettera LXXXVI – Alla signora d’Épinay
Lettera LXXXVII – Alla stessa persona
Lettera LXXXVIII – A Monsieur de Boissi
Lettera LXXXIX – A Monsieur Vernes
Lettera XC – A un anonimo
Lettera XCI – Al conte di Tressan
Lettera XCII – A Monsieur d’Alembert
Tabella della corrispondenza
Lettera LXXX – Alla signora d’Épinay
… 1755.
Per Dio, signora, non mandatemi più il signor Malouin[553]. Non sto abbastanza bene per poter ascoltare con piacere i suoi discorsi. Ieri ho tremato tutto il giorno all’idea che arrivasse; liberatemi dalla paura di dover forse costringere un uomo onesto e che amo, mandatomi da voi, ad agire contro la mia volontà. E non unitevi a quegli importuni amici che, per farmi vivere secondo i loro modi, mi faranno morire di dolore. Onestamente, quando sono malata, vorrei trovarmi nel cuore del deserto.
Un’altra cosa: sopraffatto da visite importune e da persone sgradevoli, respiravo di sollievo quando arrivava il signor de Saint-Lambert; gli raccontavo le mie difficoltà con quella sorta di fiducia che provo inizialmente verso le persone che stimo e rispetto. Non avrà forse preso tutto questo per sé? Almeno, devo crederlo, a giudicare da ciò che mi ha detto quando si è congedato e da quanto gli ha fatto dire dal suo lacchè. Così, ho la sfortuna di avere intorno a me tutto ciò che vorrei evitare, e di allontanare tutto ciò che vorrei vedere. Certo, questo non è affatto fortunato né abile da parte mia. Del resto, non ho nemmeno sentito parlare di Diderot. Che strana vocazione: quella di vivere nella solitudine e di vedere solo voi! Buongiorno, signora. Vi mando notizie sulla salute di Grimm e sulla vostra. Temo che possiate indovinare troppo facilmente lo stato della mia salute dal tono di questa lettera. Ho trascorso una brutta notte; la bile, come potete vedere, ha peggiorato le cose. Questa mattina sto meglio. Vi scrivo mentre tutto inizia lentamente a calmarsi.
Lettera LXXXII – A Monsieur Vernes
Parigi, 6 luglio 1755.
Ecco, signore, una lunga interruzione nella nostra corrispondenza; ma poiché non ignoro i miei errori e poiché voi conoscete il nostro accordo, non ho nulla di nuovo da dirvi per scusarmi. Preferisco semplicemente riprendere la nostra comunicazione, piuttosto che dover ripetere ogni volta le mie scuse o le mie inutili giustificazioni.
Suppongo che abbiate già visto il testo per il quale avevate mostrato tanta fretta di riceverlo. Ne esistono alcune copie in possesso del signor Chappuis. A Ginevra ho ricevuto così tante manifestazioni di onestà da parte di tutti, che non potrei preferire nessuno senza al contempo offendere altri; tuttavia, ci sarebbe da rubare al signor Chappuis un’onestà di cui solo l’amicizia è degna[556], e ho qualche diritto di aspettarmela da coloro che me ne hanno dato tante prove, proprio come da voi. Non riesco a esprimere la gioia con cui ho appreso che il Consiglio ha approvato, a nome della repubblica, la dedica di quest’opera; percepisco perfettamente tutta la tolleranza e la gentilezza contenute in questa decisione[557]. Speravo sempre che nessuno potesse negare i sentimenti che hanno ispirato questa lettera, e che fosse accettata da tutti coloro che li condividono; quindi conto sul vostro voto, su quello di vostro rispettabile padre e di tutti i miei buoni concittadini. Non mi interessa affatto ciò che ne penserà il resto d’Europa. Del resto, si era cercato di diffondere voci terribili sulla violenza di quest’opera; i miei nemici non hanno avuto bisogno di crearmi problemi con il governo. Fortunatamente, nessuno mi ha condannato senza averla letta, e, dopo l’esame, è stata permessa la sua pubblicazione senza alcuna difficoltà.
Ditemi notizie del vostro giornale. Non ho dimenticato la mia promessa: da un po’ di tempo, la mia copia mi assilla così tanto che non mi lascia il tempo di lavorare. Inoltre, non vorrei darvi nulla che non potessi fare meglio. Ma manterrò la mia parola; contateci. Nel peggiore dei casi, vi porterò personalmente, la prossima primavera, ciò che non sarei riuscito a inviarvi prima. Se conosco bene il vostro cuore, credo che non vi dispiacerà questo ritardo.
Buongiorno, signore; si prepari a amarmi più che mai, perché ho deciso con fermezza di costringervi a farlo al mio ritorno.
Lettera LXXXIII – Alla marchesa di Créqui
Épinay, 8 settembre 1755.
Vedo, signora, che la benevolenza di cui mi onorate vi causa preoccupazione riguardo al destino di cui alcuni, almeno molto indiscreti, amano minacciarmi. Per favore, non lasciate che la mia tranquillità vi allarmi, anche se vi venisse annunciata la mia imminente detenzione. Se non faccio nulla per evitarla, è perché, non avendo fatto nulla per meritarla, crederei di offendere l’ospitalità della nazione francese e la giustizia del principe che la governa, prendendo precauzioni contro un’ingiustizia che forse non si verificherà mai.
Se ho scritto, come si sostiene, su una questione di diritto politico proposta dall’Accademia di Digione, ero autorizzato a farlo dal programma stabilito; e poiché non è considerato un crimine da parte di un’accademia proporre tale questione, non vedo perché dovrebbe essere considerato un crimine risolverla. È vero che ho dovuto limitarmi a una discussione generale e puramente filosofica, senza fare riferimento a persone specifiche né applicare concetti concreti; ma potreste davvero credere, signora, voi di cui ho l’onore di conoscervi, che io possa aver dimenticato tutto questo per un momento? Anche se la più elementare prudenza mi avesse vietato qualsiasi libertà in questo senso, amo troppo la franchezza e la verità per non detestare i libelli e la satira; e se metto così poca cautela nel mio comportamento, è perché il mio cuore mi dice sempre che non ne ho bisogno. Pertanto, vi prego di essere assolutamente certa che nulla mai uscirà dalla mia penna che possa espormi a qualsiasi pericolo sotto un governo giusto.
Quando sbaglierò riguardo all’utilità delle mie massime, in Francia non esistono forse forme prescritte per la pubblicazione degli scritti che vi vengono fatti uscire? E quando potessi allontanarmi impunemente da queste norme, il solo rispetto che ho per le leggi non basterebbe forse a impedirmelo? Signora, sapete quanto io abbia sempre prestato attenzione a questo aspetto; non ignorate certo che i miei scritti più audaci, senza eccezione di quella terribile “Lettera sulla musica”, sono mai stati pubblicati se non con l’approvazione e il permesso delle autorità competenti. Così continuerò a comportarmi per tutta la vita; e mai, durante il mio soggiorno in Francia, nessuno dei miei scritti verrà pubblicato senza il consenso sia mio che di un funzionario legale[558].
Ma se so quali sono i miei doveri, non ignoro nemmeno quali siano i miei diritti: so che obbedendo fedelmente alle leggi del paese in cui vivo, non devo rendere conto a nessuno della mia religione o dei miei sentimenti, ma soltanto ai magistrati dello stato di cui ho l’onore di essere membro. Sarebbe stabilire una legge davvero nuova voler che, ogni volta che si entra in un nuovo paese, si debbano adottarne tutte le norme e i principi; sarebbe come cambiare inclinazioni, principi, lingua e abitazione a seconda del luogo in cui ci si trova. Ovunque si sia, bisogna rispettare il sovrano e sottomettersi alla legge; ma non si deve loro nulla di più, e il cuore deve sempre essere fedele alla patria. Quindi, se fosse vero che, mirando al bene della mia patria, avessi adottato in paesi stranieri principi più adatti al governo repubblicano che a quello monarchico, qual sarebbe il mio crimine?
Chi mai ha sentito dire che il diritto internazionale, di cui in Francia si parla con tanto orgoglio come di una norma rispettata, permetta di punire un straniero per aver osato, in un paese straniero, preferire il governo del proprio paese a qualsiasi altro?
Si dice, è vero, che questa occasione non sarà altro che un pretesto per punirmi del mio disprezzo per la musica francese. Come si può, signora, punire una persona per il suo disprezzo per la musica! Avete mai sentito parlare di qualcosa del genere? Si può giustificare un’ingiustizia con un’ingiustizia ancora più evidente? E in questo periodo orribile, degno della penna di Tacite, non sarebbe stato meno odioso opprimermi su questa questione grave, che tornarci sopra, in un secondo momento, su un argomento ancora meno ragionevole?
Quant à ce que vous me dites, madame, qu’il n’est pas question du bien ou du mal qu’on fait, mais seulement des amis ou des ennemis qu’on a, malgré la mauvaise opinion que j’ai de mon siècle, je ne puis croire que les choses en soient encore tout-à-fait à ce point. Mais, quand cela serait, quels ennemis puis-je avoir ? Content de ma situation, je ne cours ni les pensions, ni les emplois, ni les honneurs littéraires. Loin de vouloir du mal à personne, je ne cherche pas même à me venger de celui qu’on me fait. Je ne refuse point mes services aux autres, et ne leur en demande jamais. Je ne suis point flatteur, il est vrai ; mais aussi je ne suis pas trompeur, et ma franchise n’est point satirique : toutes personnalités odieuses sont bannies de ma bouche et de mes écrits ; et si je maltraite les vices, c’est en respectant les hommes.
Ne craignez donc rien pour moi, madame, puisque je ne crains rien et que je ne dois rien craindre. Si l’on jugeait mon ouvragé sur les bruits répandus par la calomnie, je serais, je l’avoue, en fort grand danger ; mais, dans un gouvernement sage, on ne dispose pas si légèrement du sort des hommes ; et je sais bien que je n’ai rien à craindre, si l’on ne me juge qu’après m’avoir lu. Mes sentiments, ma conduite et la justice du roi sont la sauvegarde en qui je me fie : je demeure au milieu de Paris, dans la sécurité qui convient à l’innocence, et sous la protection des lois que je n’offensai jamais. Les cris des bateleurs ne seront pas plus écoutés qu’ils ne Font été. Si j’ai tort, on me réfutera peut-être ; peut-être même si j’ai raison : mais un homme irréprochable ne sera point traité comme un scélérat, pour avoir honoré sa patrie, et pour avoir dit que les Français ne chantaient pas bien. Enfin, quand même il pourrait m’arriver un malheur que l’honnêteté ne me permet pas de prévoir, j’aurais peine à me repentir d’avoir jugé plus favorablement du gouvernement sous lequel j’avais à vivre, que les gens qui cherchent à m’effrayer.
Je suis avec respect, etc.
Observation
Dans cette lettre très remarquable, Rousseau rend compte de ses principes et peint son caractère. En examinant sa conduite avec impartialité, l’on est forcé de reconnaître que toutes ses actions découlent, et de ces principes dont on ne peut contester la sagesse, et de ce caractère qu’on s’est plu à dénaturer. D’après cette résolution dont il ne s’écarta jamais, de se soumettre aux lois et de respecter le prince, il dut s’attendre au repos sous l’égide du prince et des lois. Ce ne put donc être sans la plus douloureuse surprise, et sans un bouleversement total dans ses idées, que, au mépris de cette protection sur laquelle il croyait avoir droit de compter, il se vit ensuite accusé, poursuivi, condamné. Cette injustice, si odieuse à ses yeux, dut influer nécessairement sur son imagination, et ses ennemis prirent pour un état naturel et constant ce qui n’était d’abord qu’accidentel et passager.
On peut présumer, par cette réponse à la lettre de madame de Créqui, que déjà il faisait ombrage, et qu’on s’entretenait de lui de manière à donner des inquiétudes à ses amis.
Lettre LXXXIV – À M. de Voltaire
Paris, le 10 septembre 1755.
C’est à moi, monsieur, de vous remercier à tous égards. En vous offrant l’ébauche de mes tristes rêveries, je n’ai point cru vous faire un présent digne de vous, mais m’acquitter d’un devoir et vous rendre lui hommage que nous vous devons tous comme à notre chef. Sensible, d’ailleurs, à l’honneur que vous faites à ma patrie, je partage la reconnaissance de mes concitoyens, et j’espère qu’elle ne fera qu’augmenter encore, lorsqu’ils auront profité des instructions que vous pouvez leur donner. Embellissez l’asile que vous avez choisi ; éclairez un peuple digne de vos leçons ; et, vous qui savez si bien peindre les vertus et la liberté, apprenez-nous à les chérir dans nos murs comme dans vos écrits. Tout ce qui vous approche doit apprendre de vous le chemin de la gloire.
Vous voyez que je n’aspire pas à nous rétablir dans notre bêtise, quoique je regrette beaucoup, pour ma part, le peu que j’en ai perdu. À votre égard, monsieur, ce retour serait un miracle si grand à la fois et si nuisible, qu’il n’appartiendrait qu’à Dieu de le faire, et qu’au diable de le vouloir. Ne tentez donc pas de retomber à quatre pattes ; personne au monde n’y réussirait moins que vous. Vous nous redressez trop bien sur nos deux pieds pour cesser de vous tenir sur les vôtres.
Je conviens de toutes les disgrâces qui poursuivent les hommes célèbres dans les lettres ; je conviens même de tous les maux attachés à l’humanité, et qui semblent indépendants de nos vaines connaissances. Les hommes ont ouvert sur eux-mêmes tant de sources de misères, que, quand le hasard en détourne quelqu’une, ils n’en sont guère moins inondés. D’ailleurs, il y a, dans le progrès des choses, des liaisons cachées que le vulgaire n’aperçoit pas, mais qui n’échapperont point à l’oeil du sage, quand il y voudra réfléchir. Ce n’est ni Térence, ni Cicéron, ni Virgile, ni Sénèque, ni Tacite ; ce ne sont ni les savants, ni les poètes, qui ont produit les malheurs de Rome et les crimes des Romains : mais sans le poison lent et secret qui corrompit peu à peu le plus vigoureux gouvernement dont l’histoire ait fait mention, Cicéron, ni Lucrèce, ni Salluste n’eussent point existé, ou n’eussent point écrit. Le siècle aimable de Lélius et de Térence amenait de loin le siècle brillant d’Auguste et d’Horace, et enfin les siècles horribles de Sénèque et de Néron, de Domitien et de Martial. Le goût des lettres et des arts nait chez un peuple d’un vice intérieur qu’il augmente ; et s’il est vrai que tous les progrès humains sont pernicieux à l’espèce ceux de l’esprit et des connaissances, qui augmentent notre orgueil et multiplient nos égarements, accélèrent bientôt nos malheurs. Mais il vient un temps où le mal est tel que les causes mêmes qui l’ont fait naître sont nécessaires pour l’empêcher d’augmenter ; c’est le for qu’il faut laisser dans la plaie, de peur que le blessé n’expire en l’arrachant.
Quant à moi, si j’avais suivi ma première vocation, et que je n’eusse ni lu ni écrit, j’en aurais sans doute été plus heureux. Cependant, si les lettres étaient maintenant anéanties, je serais privé du seul plaisir qui me reste. C’est dans leur sein que je me console de tous mes maux : c’est parmi ceux qui les cultivent que je goûte les douceurs de l’amitié, et que j’apprends à jouir de la vie sans craindre la mort. Je leur dois le peu que je suis ; je leur dois même l’honneur d’être connu de vous. Mais consultons l’intérêt dans nos affaires et la vérité dans nos écrits. Quoiqu’il faille des philosophes, des historiens, des savants, pour éclairer le monde et conduire ses aveugles habitants, si le sage Memnon m’a dit vrai, je ne connais rien de si fou qu’un peuple de sages.
Convenez-en, monsieur, s’il est bon que les grands génies instruisent les hommes, il faut que le vulgaire reçoive leurs instructions : si chacun se mêle d’en donner, qui les voudra recevoir ? » Les boiteux, dit Montaigne, sont mal propres aux exercices du corps ; et aux exercices de l’esprit, les âmes boiteuses. » Mais en ce siècle savant, on ne voit que boiteux vouloir apprendre à marcher aux autres.
Le peuple reçoit les écrits des sages pour les juger, non pour s’instruire. Jamais on ne vit tant de Dandins. Le théâtre en fourmille, les cafés retentissent de leurs sentences, ils les affichent dans les journaux, les quais sont couverts de leurs écrits, et j’entends critiquer l’Orphelin, parce qu’on l’applaudit, à tel grimaud si peu capable d’en voir les défauts, qu’à peine en sent-il les beautés.
Recherchons la première source des désordres de la société, nous trouverons que tous les maux des hommes leur viennent de l’erreur bien plus que de l’ignorance, et que ce que nous ne savons point nous nuit beaucoup moins que ce que nous croyons savoir. Or quel plus sûr moyen de courir d’erreurs en erreurs que la fureur de savoir tout ? Si l’on n’eût prétendu savoir que la terre ne tournait pas, on n’eût point puni Galilée pour avoir dit qu’elle tournait. Si les seuls philosophes en eussent réclamé le titre, l’Encyclopédie n’eût point eu de persécuteurs. Si cent mirmidons n’aspiraient à la gloire, vous jouiriez en paix de la vôtre, ou du moins vous n’auriez que des rivaux dignes de vous.
As for what you are telling me, madam—that it is not about the good or evil one does, but merely about the friends or enemies one has—I, despite my negative view of my own century, cannot believe that things have really reached such a state. But even if that were true, what enemies could I possibly have? Content with my situation, I do not pursue pensions, jobs, or literary honors. Far from wishing anyone harm, I do not even seek to take revenge for the wrongs done to me. I do not refuse to help others, nor do I ever ask for anything in return. It is true that I am not flattering; but I am also not deceitful, and my frankness is never meant as satire. All detestable characters are kept out of my words and writings; and when I criticize vices, it is always with respect for human beings.
Therefore, madam, do not worry about me, for I fear nothing and have nothing to fear. If my work were judged solely on the base of the slanderous rumors that are being spread, I must admit that I would be in great danger; but in a wise government, people’s fates are not decided so lightly. I am certain that I have nothing to fear, as long as one judges me only after reading what I have written. My sentiments, my conduct, and the justice of the king are the safeguards upon which I rely. I remain in the heart of Paris, enjoying the safety that belongs to an innocent person, and under the protection of laws that I have never violated. The cries of those who seek to incite fear will be just as ignored as they have always been. If I am in error, perhaps I will be refuted; perhaps even if I am right. But a man without any reproaches will not be treated like a scoundrel simply for having honored his country and for stating that the French do not sing well. Finally, even if some misfortune were to happen to me—a misfortune that honesty prevents me from anticipating—I would hardly regret having judged the government under which I lived more favorably than those who seek to frighten me.
With all due respect, etc.
Observation
In this highly remarkable letter, Rousseau outlines his principles and portrays his character. Upon examining his conduct impartially, one is forced to acknowledge that all his actions stemmed from those principles—the wisdom of which cannot be disputed—and from that character which he had willingly chosen to distort. Having resolved unswervingly to submit to the laws and respect the sovereign, he expected to enjoy peace under their protection. Yet, to his utter astonishment and profound disruption of his beliefs, despite this supposed right to such safeguards, he found himself accused, persecuted, and condemned. Such injustice, abhorrent in his eyes, inevitably influenced his mindset, and his enemies came to regard what was merely incidental and temporary as something inherent and permanent in his nature.
From this response to Madame de Créqui’s letter, it can be inferred that he must have already begun to cause trouble, and that discussions about him were likely causing concern for his friends.
Letter LXXXIV – To Mr. de Voltaire
Paris, September 10, 1755.
It is my duty, sir, to thank you in every possible way. By offering you a glimpse into my sad reveries, I did not intend to present you with something worthy of you; rather, I sought to fulfill a duty and pay you the respect that we all owe you as our leader. Moreover, deeply grateful for the honor you bring to my country, I share my fellow citizens’ appreciation, and I hope it will only grow greater when they have benefited from the guidance you can offer them. Beautify the refuge you have chosen; enlighten a people worthy of your teachings; and you, who know so well how to depict virtue and freedom, teach us to cherish them both within our own walls and in your writings. Everything that comes into your presence must learn from you the path to glory.
As you can see, I have no desire to restore us to our former state of ignorance and foolishness, although I personally regret greatly whatever little I may have lost as a result. As for you, sir, such a return would be a miracle—both immense and utterly harmful. It would belong solely to God to accomplish such a thing, and only the devil could desire it. Therefore, do not attempt to revert to your former state; no one in the world would be less capable of succeeding than you. You have helped us stand upright on our own feet so well that we cannot possibly cease standing on your own.
I acknowledge all the misfortunes that befall famous men in the realm of literature; I even accept all those evils inherent to humanity that seem independent of our vain knowledge. Men have opened up for themselves so many sources of misery that, even when fate diverts one of them, they are hardly less overwhelmed by others. Moreover, within the progress of things, there exist hidden connections that the ordinary person fails to perceive, but which will not escape the discerning eye of a sage who is willing to reflect upon them. It was neither Tereence nor Cicero nor Virgil nor Seneca nor Tacite; it was neither the scholars nor the poets who brought about Rome’s misfortunes and its people’s crimes. But without that slow, insidious poison that gradually corrupted what was perhaps the most vigorous form of government ever recorded in history, neither Cicero nor Lucrace nor Sallustus would have existed, or written their works. The gentle era of Julius Caesar and Tereence presaged the brilliant age of Augustus and Horace—and ultimately, the terrible centuries of Seneca and Nero, Domitian, and Martial. The taste for literature and the arts arises within a people from some internal vice that it only serves to exacerbate; and if it is true that all human progress is harmful to the species—especially those advances in the realm of the mind and knowledge that inflate our pride and multiply our errors—they will inevitably accelerate our misfortunes. Yet there comes a time when the evil has grown so far that precisely those very causes that gave it rise become necessary if we are to prevent it from worsening further. It is like having to leave a thorn in the wound, for fear that removing it would cause the victim to die.
As for me, if I had followed my first vocation and neither read nor written, I would probably have been happier. However, if literature were to be destroyed today, I would be deprived of the only pleasure that remains to me. It is within its embrace that I find solace in all my troubles; it is among those who cultivate it that I taste the sweetness of friendship and learn to enjoy life without fearing death. I owe whatever I am to literature; I even owe you the honor of being known through my writings. But let us consider what is beneficial in our actions and what is true in our writings. Although philosophers, historians, and scholars are needed to enlighten the world and guide its blind inhabitants, if the wise Memnon told me the truth, I do not know of anything more absurd than a people of sages.
“Admit it, sir: if it is indeed beneficial for great geniuses to instruct mankind, then the common people must receive their teachings. But if everyone tries to impart them, who will be willing to listen?” Montaigne said, “Lame people are unfit for physical exercises; and as for mental exercises, those whose minds are ‘lame’ are also incapable of engaging in them.” Yet in this age of knowledge, all we see are people who are themselves unable to learn—trying to teach others how to walk.
The people receive the writings of the wise in order to judge them, not in order to learn from them. Never have there been so many “Dandins” as now. The theaters are filled with their speeches, cafes resound with their remarks; they publish them in newspapers, and the streets are covered with their writings. I hear people criticizing “L’Orphelin”, simply because it is applauded—by people who are so incapable of seeing its flaws that they hardly even perceive its beauties.
Let us seek the root cause of the disorders in society, and we will find that all human misfortunes stem more from error than from ignorance. What we do not know harms us far less than what we believe we know. And what could be a surer way to make mistake after mistake than the obsession with knowing everything? Had people not claimed to know that the earth does not rotate, Galileo would not have been punished for stating the opposite. If only philosophers had claimed that title for themselves, the Encyclopædia would never have faced persecution. If not a hundred people were competing for glory, you could enjoy your own in peace—or at least you would only have rivals worthy of you.
Per quanto riguarda ciò che mi dite, signora, che non si tratta di bene o male compiuti, ma soltanto di amici o nemici che si hanno. Nonostante la cattiva opinione che ho del mio secolo, non posso credere che le cose siano ancora arrivate a tal punto. Ma anche se fosse vero, quali nemici potrei avere? Soddisfatto della mia situazione, non cerco né pensioni, né lavori, né onori letterari. Lontano dall’aver intenzioni negative verso nessuno, non cerco nemmeno di vendicarmi di chi mi fa del male. Non rifiuto mai di aiutare gli altri, e non ne chiedo mai nulla in cambio. Non sono certo un adulatore; ma allo stesso tempo non sono nemmeno ingannevole. La mia franchezza non ha mai intenti satirici: tutte le personalità odiose sono bandite dalla mia bocca e dai miei scritti. E se critico i vizi, è sempre nel rispetto degli uomini.
Pertanto, non temete nulla per me, signora: poiché io non temo nulla e non ho motivo di temere nulla. Se si giudicasse il mio operato in base alle calunnie diffuse, devo ammettere che sarei in grave pericolo; ma in un governo saggio, il destino delle persone non viene deciso così alla leggera. So bene che non ho nulla da temere, se mi si giudica soltanto dopo aver letto ciò che ho scritto. I miei sentimenti, il mio comportamento e la giustizia del re sono le garanzie su cui mi fido: rimango nel cuore di Parigi, nella sicurezza che spetta all’innocenza, sotto la protezione delle leggi che non ho mai violato. Le grida dei calunniatori non verranno ascoltate più di quanto lo siano state in passato. Se ho torto, forse mi si confuterà; forse anche se ho ragione. Ma un uomo irreprensibile non verrà trattato come un malvagio solo perché ha onorato la sua patria e ha detto che i francesi non cantano bene. Infine, anche se potesse accadermi qualche sventura che l’onestà non mi permette di prevedere, avrei difficoltà a pentirmi di aver giudicato il governo sotto cui dovevo vivere in modo più favorevole rispetto alle persone che cercano di spaventarmi.
Con tutto il rispetto, ecc.
Osservazione.
In questa lettera molto significativa, Rousseau esprime i suoi principi e descrive il proprio carattere. Esaminando la sua condotta con imparzialità, si è costretti a riconoscere che tutte le sue azioni derivano da quei principi la cui saggezza non può essere contestata, e da quel carattere che egli stesso aveva cercato di distorcere. In base a questa decisione, dalla quale non si allontanò mai, di sottomettersi alle leggi e di rispettare il sovrano, avrebbe dovuto aspettarsi la tranquillità sotto l’egida del sovrano e delle leggi. Pertanto, fu una sorpresa estremamente dolorosa, e un totale capovolgimento nelle sue idee, scoprire che, nonostante quella protezione di cui credeva di avere diritto, venne poi accusato, perseguitato e condannato. Quest’ingiustizia, così odiosa ai suoi occhi, dovette inevitabilmente influenzare la sua immaginazione; i suoi nemici considerarono quindi come uno stato naturale e costante ciò che in realtà era solo occasionale e passeggero.
Si può presumere, da questa risposta alla lettera di Madame de Créqui, che già allora suscitasse preoccupazioni e che si parlasse di lui in modo da generare ansia nei suoi amici.
Lettera LXXXIV – A Monsieur de Voltaire
Parigi, 10 settembre 1755.
È a me, signore, che spetta ringraziarvi in ogni senso. Offrendovi questa bozza delle mie tristi riflessioni, non ho inteso farvi un dono degno di voi, ma semplicemente adempiere a un dovere e rendervi omaggio, come tutti noi siamo tenuti a fare verso il nostro capo. Sensibile inoltre all’onore che fate alla mia patria, condivido la riconoscenza dei miei concittadini, e spero che essa aumenti ancora di più quando avranno tratto beneficio dalle istruzioni che potete loro fornire. Abbellite l’asilo che vi siete scelto; illuminate un popolo degno delle vostre lezioni; e voi, che sapete descrivere così bene le virtù e la libertà, insegnateci ad amarle sia nei nostri cuori che nelle nostre parole. Tutto ciò che vi è vicino deve imparare da voi la strada verso la gloria.
Come potete vedere, non desidero affatto che torniamo alla nostra stupidità, anche se personalmente rimpiango molto di averne perso un po’. Per quanto vi riguarda, signore, un tale ritorno sarebbe un miracolo così grande e al contempo così dannoso, da poter essere realizzato soltanto da Dio, o desiderato solo dal Diavolo. Quindi non cercate nemmeno di tornare indietro; nessuno al mondo ci riuscirebbe meglio di voi. Ci avete aiutati a stare in piedi così bene, che non possiamo smettere di rimanere in piedi anche noi.
Concordo su tutte le sfortune che perseguitano gli uomini celebri nel campo letterario; concordo persino su tutti i mali legati all’umanità, quelli che sembrano essere indipendenti dalle nostre vane conoscenze. Gli uomini hanno aperto su di sé tante fonti di miseria, che anche quando il caso ne devia una, non sono affatto meno sommersi da esse. Inoltre, nel progresso delle cose esistono legami nascosti che la gente comune non percepisce, ma che non sfuggiranno all’occhio del saggio se deciderà di rifletterci sopra. Non sono stati né Terezio, né Cicerone, né Virgilio, né Seneca, né Tacito; né gli scienziati, né i poeti a causare le disgrazie di Roma e i crimini dei Romani: ma senza il veleno lento e segreto che gradualmente corruppe il governo più vigoroso di cui la storia abbia mai fatto menzione, Cicerone, Lucrizio o Sallustio non sarebbero mai esistiti, o non avrebbero mai scritto. Il secolo felice di Lelio e Terezio preannunciava da lontano il secolo splendente di Augusto e Orazio, e infine i secoli orribili di Seneca, Nerone, Domiziano e Marziale. Il gusto per le lettere e le arti nasce in un popolo a causa di un vizio interno che esso stesso alimenta; e se è vero che tutti i progressi umani sono dannosi per l’umanità, quelli dello spirito e delle conoscenze, che aumentano il nostro orgoglio e moltiplicano le nostre illusioni, accelerano presto le nostre sfortune. Ma arriva un momento in cui il male diventa tale che proprio le cause che lo hanno generato risultano necessarie per impedirne l’aggravarsi; è come se fosse necessario lasciare il “veleno” nella ferita, per evitare che la vittima muoia nel tentativo di strapparselo via.
Per quanto mi riguarda, se avessi seguito la mia prima vocazione e non avessi né letto né scritto, probabilmente sarei stato più felice. Tuttavia, se le lettere fossero ora scomparse, mi mancherebbe l’unico piacere che mi rimane: è tra di esse che trovo conforto in tutte le mie sofferenze; è tra coloro che le coltivano che assaporo le dolcezze dell’amicizia e imparo ad apprezzare la vita senza temere la morte. Le devo tutto ciò che sono; le devo persino l’onore di essere conosciuto da voi. Ma consideriamo l’interesse nelle nostre azioni e la verità nei nostri scritti. Anche se siano necessari filosofi, storici, scienziati per illuminare il mondo e guidarne gli abitanti ciechi, se il saggio Memnone mi ha detto la verità, non conosco nulla di più assurdo di un popolo di saggi.
Ammettiamolo, signore: se è giusto che i grandi geni istruiscano gli uomini, allora anche la gente comune deve ricevere le loro insegnanze; ma se ognuno si mette a darle, chi le vorrà accettare? “I gobbi”, dice Montaigne, “non sono adatti agli esercizi fisici; e per quanto riguarda gli esercizi mentali, ci sono anime ‘gobbe’”. Ma in questo secolo di sapere, si vedono solo persone “gobbe” che cercano di insegnare agli altri a camminare.
Il popolo riceve gli scritti dei saggi per giudicarli, non per imparare. Non si sono mai visti così tanti “Dandin”. I teatri ne sono pieni, i caffè risuonano delle loro sentenze; le pubblicano sui giornali, i moli sono coperti dai loro scritti. E io sento criticare “L’Orfanello”, solo perché viene applaudito. Da individui così incapaci di riconoscere i suoi difetti, da non percepire nemmeno le sue bellezze.
Cercando la prima causa dei disordini della società, scopriremo che tutti i mali degli uomini derivano dall’errore, molto più che dall’ignoranza; inoltre, ciò che non sappiamo ci nuoce molto meno di ciò che crediamo di sapere. E quale mezzo più sicuro per commettere errore dopo errore, se non la frenesia di voler conoscere tutto? Se nessuno avesse affermato di sapere che la terra non ruota, Galileo non sarebbe stato punito per averlo detto; se solo i filosofi avessero rivendicato questo titolo, l’Enciclopedia non avrebbe avuto persecutori. Se cento persone non aspirassero alla gloria, voi potreste godere in pace della vostra, o almeno avreste rivali degni di voi.
Ne soyez donc pas surpris de sentir quelques épines inséparables des fleurs qui couronnent les grands talents. Les injures de vos ennemis sont les acclamations satiriques qui suivent le cortège des triomphateurs : c’est l’empressement du public pour tous vos écrits qui produit les vols dont vous vous plaignez : mais les falsifications n’y sont pas faciles, car le fer ni le plomb ne s’allient pas avec l’or. Permettez-moi de vous le dire, par l’intérêt que je prends à votre repos et à notre instruction : méprisez de vaines clameurs par-lesquelles on cherche moins à vous faire du mal qu’à vous détourner de bien faire. Plus on vous critiquera, plus vous devez vous faire admirer. Un bon livre est une terrible réponse à des injures imprimées ; et qui vous oserait attribuer des écrits que vous n’aurez point faits, tant que vous n’en ferez que d’inimitables ?
Je suis sensible à votre invitation ; et si cet hiver me laisse en état d’aller, au printemps, habiter ma patrie, j’y profiterai de vos bontés. Mais j’aimerais mieux boire de l’eau de votre fontaine que du lait de vos vaches ; et quant aux herbes de votre verger, je crains bien de n’y en trouver d’autres que le lotos, qui n’est pas la pâture des bêtes, et le moly, qui empêche les hommes de le devenir. Je suis de tout mon coeur et avec respect, etc.
Observation
Cette lettre, toute flatteuse qu’elle est, ne plut point à Voltaire. Il n’aimait point qu’on s’aperçût qu’il était sensible à la critique et qu’on lui conseillât de n’y répondre que par des ouvrages inimitables comme ceux qu’il avait faits. Il lui fallait de l’encens sans mélange, de la louange sans restriction. Le Discours sur l’Inégalité des conditions, que lui avait adressé Jean-Jacques (auquel il ne répondit que par une plaisanterie) devait lui faire sentir que ce nouvel écrivain était d’une autre trempe que la plupart de ceux avec qui il avait des rapports, et qu’il pourrait devenir un athlète redoutable. Il commença par éviter la lutte et par éluder la question, talent qu’il possédait à un souverain degré.
À la fin de cette lettre, Rousseau parle du lotos et du moly. La première plante croissait dans une île dont les habitants s’appelaient lotophages, parce qu’ils se nourrissaient de lotos : Homère en fait un mets.si délicieux que les dieux de l’Olympe en goûtaient avec plaisir : les compagnons d’Ulysse n’en voulaient plus d’autre. Le moly préserva Ulysse de l’influence de Circé. Nos botanistes ont désenchanté ces plantes merveilleuses. La dernière est une espèce d’ail. Le lotos est moins déchu ; c’est un petit arbre vert d’un aspect agréable : mais il a perdu son rang et ses propriétés.
Lettre LXXXVI – À Madame d’Épinay
[559]
… 1755.
Il s’en faut bien que mon affaire avec M. Tronchin ne soit faite, et votre amitié pour moi y met un obstacle qui me parait plus que jamais difficile à surmonter. Mais vous avez plus consulté votre coeur que votre fortune et mon humeur dans l’arrangement que vous me proposez ; cette proposition m’a glacé l’âme. Que vous entendez mal vos intérêts de vouloir faire un valet d’un ami, et que vous me pénétrez mal si vous croyez que de pareilles raisons puissent me déterminer ! Je ne suis point en peine de vivre ni de mourir : mais le doute qui m’agite cruellement, c’est celui du parti qui durant ce qui me reste à vivre peut m’assurer la plus parfaite indépendance. Après avoir tout fait pour elle, je n’ai pu la trouver à Paris. Je la cherche avec plus d’ardeur que jamais ; et ce qui m’afflige cruellement depuis plus d’un an, est de ne pouvoir démêler où je la trouverai le plus assurée. Cependant les plus grandes probabilités sont pour mon pays, mais je vous avoue que je la trouverais plus douce auprès de vous. La violente perplexité où je me trouve ne peut durer encore longtemps ; mon parti sera pris dans sept ou huit jours ; mais soyez bien sûre que ce ne seront pas des raisons d’intérêt qui me détermineront, parce que je n’ai jamais craint que le pain vint à me manquer, et qu’au pis-aller je sais comment on s’en passe.
Je ne refuse pas, au reste, d’écouter ce que vous avez à me dire, pourvu que vous vous souveniez que je ne suis pas à vendre, et que mes sentiments, au-dessus maintenant de tout le prix qu’on y peut mettre, se trouveraient bientôt au-dessous de celui qu’on y aurait mis. Oublions donc l’un et l’autre qu’il ait même été question de cet article.
Quant à ce qui vous regarde personnellement, je ne doute pas que votre coeur ne sente le prix de l’amitié ; mais j’ai lieu de croire que la vôtre m’est bien plus nécessaire qu’à vous la mienne, car vous avez des dédommagements qui me manquent et auxquels j’ai renoncé pour jamais.
Bonjour, madame : voilà encore un livre à vendre. Envoyez-moi mon opéra.
Lettre LXXXVIII – À M. de Boissi
De l’académie française
AUTEUR DU MERCURE DE FRANCE
[560]
Paris, le 4 novembre 1755.
Quand je vis, monsieur, paraître dans le Mercure, sous le nom de M. de Voltaire, la lettre que j’avais reçue de lui, je supposai que vous aviez obtenu pour cela son consentement ; et, comme il avait bien voulu me demander le mien pour la faire imprimer, je n’avais qu’à me louer de son procédé, sans avoir à me plaindre du vôtre. Mais que puis-je penser du galimatias que vous avez inséré dans le Mercure suivant, sous le titre de ma réponse ? Si vous me dites que votre copie était incorrecte, je me demanderai qui vous forçait d’employer une lettre visiblement incorrecte, qui n’est remarquable que par son absurdité. Vous abstenir d’insérer dans votre ouvrage des écrits ridicules est un égard que vous devez, sinon aux auteurs, du moins au public.
Si vous avez cru, monsieur, que je consentirais à la publication de cette lettre, pourquoi ne pas me communiquer votre copie pour la revoir ? Si vous ne l’avez pas cru, pourquoi l’imprimer sous mon nom ? S’il est peu convenable d’imprimer les lettres d’autrui sans l’aveu des auteurs, il l’est beaucoup moins de les leur attribuer sans être sûr qu’ils les avouent, ou même qu’elles soient d’eux, et bien moins encore lorsqu’il est à croire qu’ils ne les ont pas écrites telles qu’on les a. Le libraire de M. de Voltaire, qui avait à cet égard plus de droit que personne, a mieux aimé s’abstenir d’imprimer la mienne, que de l’imprimer sans mon consentement, qu’il avait eu l’honnêteté de me demander. Il me semble qu’un homme aussi justement estimé que vous ne devrait pas recevoir d’un libraire des leçons de procédés. J’ai d’autant plus, monsieur, à me plaindre du vôtre en cette occasion, que, dans le même volume où vous avez mis sous mon nom un écrit aussi mutilé, vous craignez, avec raison, d’imputer à M. de Voltaire des vers qui ne soient pas de lui. Si un tel égard n’était dû qu’à la considération, je me garderais d’y prétendre ; mais il est un acte de justice, et vous la devez à tout le monde.
Comme il est bien plus naturel de m’attribuer une sotte lettre qu’à vous un procédé peu régulier, et que par conséquent je resterais chargé du tort de cette affaire si je négligeais de m’en justifier, je vous supplie de vouloir bien insérer ce désaveu dans le prochain Mercure, et d’agréer, monsieur, mon respect et mes salutations.
Lettre LXXXIX – À M. Vernes
Paris, le 23 novembre 1755.
Que je suis touché de vos tendres inquiétudes ! je ne vois rien de vous qui ne me prouve de plus en plus votre amitié pour moi, et qui ne vous rende de plus en plus digne de la mienne. Vous avez quelque raison de me croire mort, en ne recevant de moi nul signe de vie ; car je sens bien que ce ne sera qu’avec elle que je perdrai les sentiments que je vous dois. Mais, toujours aussi négligent que ci-devant, je ne vaux pas mieux que je ne faisais, si ce n’est que je vous aime encore davantage ; et si vous saviez combien il est difficile d’aimer les gens avec qui l’on a tort, vous sentiriez que mon attachement pour vous n’est pas tout-à-fait sans prix.
Therefore, do not be surprised if you encounter some thorns that are inseparable from the flowers that crown great talents. The insults of your enemies are but satirical cheers that follow the procession of triumphalists; it is the public’s eagerness for all your writings that leads to those thefts of which you complain. Yet falsifications are not easy to carry out, for neither iron nor lead can be mixed with gold. Allow me to say this, out of my concern for both your peace and our enlightenment: despise those empty cries that aim less to harm you than to deter you from doing good. The more you are criticized, the more you must strive to earn admiration. A good book is a formidable reply to printed insults; and who would dare to attribute to you writings that you have not composed, when you can produce only works of unparalleled excellence?
I am grateful for your invitation; and if this winter allows me to be in good health, I will take the opportunity in spring to return to my homeland and avail myself of your kindnesses. However, I would prefer to drink water from your fountain rather than milk from your cows; as for the herbs in your garden, I fear that I would find nothing but lotus, which is not food for beasts, and moly, which prevents humans from becoming such. With all my heart and respect, etc.
Observation
This letter, as flattering as it was, did not please Voltaire at all. He disliked it when people realized that he was susceptible to criticism and when they advised him to respond only with works of unparalleled quality, like those he had already produced. What he needed was undivided adulation, unreserved praise. The “Discourse on the Inequality of Conditions” sent to him by Jean-Jacques (to which Voltaire replied merely with a joke) must have made him realize that this new writer was of a different calibre than most of those with whom he associated himself—and that he could become a formidable rival. Voltaire chose, at first, to avoid direct confrontation and to evade the issue altogether, a talent he possessed in the highest degree.
At the end of this letter, Rousseau mentions the lotus and the moly. The first plant grew on an island whose inhabitants were called “lotophagians” because they fed on lotuses; Homer describes it as such a delicious food that even the gods of Olympus enjoyed it with pleasure—Ulysses’ companions, however, wanted nothing else but it. The moly protected Ulysses from the influence of Circe. Our botanists have since demystified these wonderful plants; the latter is actually a type of garlic. The lotus, though less degraded in status, is now just a small, green tree with an attractive appearance—but it has lost its former significance and properties.
Letter LXXXVI – To Madame d’Épinay
[559]
… 1755.
My affairs with Mr. Tronchin are far from being settled, and your friendship toward me poses an obstacle that seems more difficult to overcome than ever before. But you have heeded your heart more than your own interests or my feelings in the arrangement you propose to me; this proposal has chilled my soul to the core. How poorly you understand your own interests to want to make a friend into a servant! And how little you know me if you think such considerations could sway me! I am not in any dire need of living or dying; but what torments me terribly is the uncertainty regarding which path will ensure me the greatest independence in the time left to me. Having done everything possible to find it, I have been unable to do so in Paris. I search for it with greater fervor than ever before; and what has afflicted me bitterly for over a year is the inability to determine where I might find it most securely. Nevertheless, the greatest likelihood lies in returning to my homeland, but I must confess that I would find it even more comforting beside you. The intense confusion I am in will not last much longer; my decision will be made in seven or eight days. But rest assured: it will not be driven by considerations of interest, for I have never feared running out of food, and in the worst-case scenario, I know how to make do.
Moreover, I am not opposed to listening to what you have to say, provided that you remember that I am not for sale, and that my feelings, which are now of greater value than any price one might be willing to pay, would soon become of less value than such a price. Let us therefore forget entirely that this matter has even been discussed.
As for you personally, I have no doubt that your heart understands the value of friendship; but I believe that my friendship is far more necessary to you than yours is to me, for you possess compensations that I lack—and for which I have forever renounced seeking.
Good day, madam: here is another book for sale. Please send me my opera.
Letter LXXXVIII – To Mr. de Boissi
From the Académie Française
AUTHOR OF “MERCURE DE FRANCE”
[560]
Paris, November 4, 1755.
When I saw, sir, that your letter, written under the name of Monsieur de Voltaire, appeared in the “Mercure,” I assumed that you had obtained his consent for its publication; and since he had taken the trouble to ask mine before printing it, I had every reason to praise his approach rather than complain of yours. But what can I think of the nonsense you included in the “Mercure” under the guise of my response? If you claim that your copy was inaccurate, I would wonder who forced you to use such obviously erroneous text—text that is noteworthy only for its absurdity. To refrain from including ridiculous writings in your publication is a courtesy you owe, if not to the authors, at least to the public.
If you believed, sir, that I would consent to the publication of this letter, why did you not send me a copy for my review? If you did not believe it, why print it under my name? If it is already improper to publish others’ letters without their consent, it is far more unjust to attribute them to them when there is no certainty that they indeed authored them—or even that they are their true works. Mr. de Voltaire’s bookseller, who had more right in this matter than anyone else, chose wisely to refrain from publishing my letter rather than print it without my consent, which he had the honesty to ask for beforehand. In my opinion, a man of your esteemed reputation should not be given lessons in such matters by a bookseller. Moreover, sir, I have all the more reason to complain about your conduct in this instance: in the very same volume in which you published a text so heavily altered under my name, you fear, quite rightly, that some verses attributed to Mr. de Voltaire may not actually be his work. If such consideration were the only basis for such behavior, I would not dare to claim it; but it is an act of justice—and you owe it to everyone.
Since it is far more natural for me to be blamed for a foolish mistake than for you to be accused of an irregular procedure, and since I would thus remain responsible for the error in this matter if I failed to justify myself, I earnestly request that you kindly include this denial in the next issue of Mercure, and accept, sir, my respect and greetings.
Letter LXXXIX – To Mr. Vernes
Paris, November 23, 1755.
How touched I am by your kind concerns! Nothing about you fails to prove once again how deep your friendship for me is, and how truly you deserve mine in return. You have every reason to believe me dead, since I send you no sign of life at all; for I know that it is only with her that I will lose the feelings I owe you. Yet, just as neglectful as before, I am no better than I used to be—except that I love you even more now. And if you only knew how difficult it is to love those whom one has wronged, you would realize that my affection for you is indeed priceless.
Non siate quindi sorpresi se sentite alcune “spine” inseparabili dai fiori che adornano i grandi talenti: le offese dei vostri nemici non sono altro che acclamazioni satiriche che seguono il corteo dei vincitori; è l’entusiasmo del pubblico per tutte le vostre opere a causare quei furti di cui vi lamentate. Ma le falsifiche non sono affatto semplici, poiché né il ferro né il piombo si uniscono all’oro. Permettetemi di dirvelo, per l’interesse che provo per il vostro riposo e per la nostra istruzione: disprezzate quelle vane grida con cui si cerca meno di farvi del male che di distogliervi dal fare del bene. Più vi criticheranno, più dovete cercare di essere ammirati. Un buon libro rappresenta una risposta terribile alle offese pubblicate; e chi oserebbe attribuirvi opere che non avrete mai scritto, finché ne scriverete solo di inimitabili?
Sono grato per la vostra invitazione; e se quest’inverno mi permetterà di stare in salute, in primavera andrò a vivere nella mia patria e approfitterò della vostra gentilezza. Tuttavia, preferirei bere l’acqua della vostra fonte piuttosto che il latte delle vostre mucche; quanto alle erbe del vostro giardino, temo di non trovarvi altro che il loto, che non è certo il cibo adatto agli animali, e il moly, che impedisce agli uomini di diventarlo. Con tutto il mio cuore e con rispetto, ecc.
Osservazione.
Questa lettera, per quanto lusinghiera, non piacque affatto a Voltaire. Non gli piaceva che si notasse che era sensibile alle critiche, né che gli si consigliasse di rispondervi soltanto con opere inimitabili, come quelle che aveva scritto lui stesso. Aveva bisogno di lodi incondizionate, di encomi senza limiti. Il “Discorso sull’ineguaglianza delle condizioni”, inviatogli da Jean-Jacques (a cui rispose soltanto con una battuta scherzosa), dovette fargli capire che questo nuovo scrittore era di tutt’altra tempra rispetto alla maggior parte di coloro con cui aveva rapporti, e che poteva diventare un avversario temibile. Decise quindi di evitare lo scontro diretto e di eludere la questione in discussione, un talento che possedeva in misura eccezionale.
Alla fine di questa lettera, Rousseau parla del loto e del moly. La prima pianta cresceva su un’isola la cui popolazione si chiamava “lotofagi”, perché si nutriva di loto: Omero lo descrive come un cibo delizioso che gli dèi dell’Olimpo gustavano con piacere; i compagni di Ulisse non volevano più mangiare nient’altro. Il moly, invece, protegge Ulisse dall’influenza di Circe. I nostri botanici hanno smascherato il segreto di queste meravigliose piante; l’ultima di esse è in realtà una specie d’aglio. Il loto, oggi, non ha più lo stesso status e le stesse proprietà di un tempo: si tratta di un piccolo albero verde dall’aspetto gradevole, ma ormai privo dei suoi antichi poteri.
Lettera LXXXVI – Alla signora d’Épinay
[559]
… 1755.
La mia questione con il signor Tronchin non è ancora risolta, e la vostra amicizia verso di me rappresenta un ostacolo che mi sembra più difficile da superare che mai. Tuttavia, avete tenuto maggior conto dei vostri sentimenti che della vostra situazione economica o del mio umore nell’elaborare la proposta che mi state facendo; questa proposta mi ha gelato l’anima. Come potete sbagliarvi così tanto nel considerare i vostri interessi, volendo rendere un amico mio in una posizione di sottomissione? E come potete non comprendere quanto io sia lontano dall’essere influenzato da motivi del genere! Non ho alcuna difficoltà a vivere o a morire; ma ciò che mi tormenta profondamente è il dubbio riguardo al luogo in cui potrò trovare la massima indipendenza nel tempo che mi resta da vivere. Dopo aver fatto di tutto per ottenerla, non sono riuscito a trovarla a Parigi; ora la cerco con ancora più determinazione di prima. E ciò che mi addolora da oltre un anno è il non riuscire a capire dove potrò trovarla in modo sicuro. Tuttavia, le probabilità maggiori sono che si trovi nel mio paese. Ma devo ammettere che la troverei più dolce accanto a voi. Questa terribile incertezza non potrà durare ancora a lungo; prenderò una decisione tra sette o otto giorni. Ma state certi che non saranno motivi di interesse a guidarmi: non ho mai temuto di rimanere senza cibo, e so come cavarmela anche nel peggiore dei casi.
Del resto, non rifiuto affatto di ascoltare ciò che avete da dirmi, purché vi ricordiate che non sono in vendita, e che i miei sentimenti, al di sopra ormai di qualsiasi prezzo si possa attribuire loro, presto saranno anche al di sotto di quel prezzo stesso. Dimentichiamo quindi completamente che sia mai stata sollevata questa questione.
Per quanto riguarda voi personalmente, non dubito che il vostro cuore comprenda il valore dell’amicizia; tuttavia ritengo che la mia amicizia sia per voi molto più necessaria di quanto non lo sia la vostra per me, poiché voi disponete di compensi che a me mancano e dai quali ho rinunciato per sempre.
Buongiorno, signora: ecco ancora un libro da vendere. Inviami il mio operaio.
Lettera LXXXVIII – A Monsieur de Boissi
Dell’Accademia francese
Autore del “Mercure de France”.
[560]
Parigi, 4 novembre 1755.
Quando vidi, signore, che la lettera che avevo ricevuto da lui veniva pubblicata sul “Mercure” con il nome di Monsieur de Voltaire, supposi che aveste ottenuto il suo consenso per farlo; e poiché egli stesso aveva voluto chiedermi il mio permesso per stamparla, non potevo fare altro che lodare il suo comportamento, senza dover lamentarmi del vostro. Ma cosa devo pensare di quel guazzabuglio che avete inserito nel “Mercure” sotto il titolo della mia risposta? Se mi dite che la vostra copia era errata, mi chiederò chi vi abbia costretto ad utilizzare una lettera palesemente inesatta, che si distingue soltanto per la sua assurdità. Astenersi dall’inserire scritti ridicoli nel proprio lavoro è un riguardo che dovete, se non agli autori, almeno al pubblico.
Se avete creduto, signore, che io avrei acconsentito alla pubblicazione di questa lettera, perché non mi avete inviato una copia affinché potessi esaminarla? Se invece non ne eravate certo, perché l’avete stampata a mio nome? Se è poco appropriato stampare le lettere altrui senza il loro consenso, è ancora meno giusto attribuirle loro senza essere certi che siano davvero loro, e ancor meno quando si ritiene che non siano state scritte da loro nella forma in cui sono state pubblicate. Il libraio di Monsieur de Voltaire, che aveva in questo senso più diritti di chiunque altro, ha preferito astenersi dal stampare la mia lettera, piuttosto che farlo senza il mio consenso, che gli era stato onestamente chiesto. Credo che un uomo stimato come voi non debba ricevere da un libraio lezioni su come comportarsi in queste circostanze. Ho quindi ancora più motivo di lamentarmi del vostro comportamento: nello stesso volume in cui avete pubblicato un testo alterato a mio nome, temete, con ragione, di attribuire a Monsieur de Voltaire versi che non sono suoi. Se tale considerazione fosse dovuta soltanto al rispetto reciproco, mi astenerei dal farvi osservazioni; ma si tratta di un atto di giustizia, e voi la dovete a tutti.
Poiché è molto più naturale attribuirmi una lettera sciocca piuttosto che a voi un comportamento poco regolare, e quindi rimarrei io il responsabile dell’errore in questa faccenda se trascurassi di giustificarmi, vi supplico di voler inserire questa dichiarazione di scusa nel prossimo numero di “Mercure”, e di accettare, signore, i miei rispetti e le mie saluti.
Lettera LXXXIX – A Monsieur Vernes
Parigi, 23 novembre 1755.
Quanto sono commosso dalle vostre tenere preoccupazioni! Non vedo in voi nulla che non mi dimostri sempre di più la vostra amicizia per me, e che non vi renda sempre più degna della mia. Avete ragione di credermi morto, visto che non ricevete da me alcun segno di vita; infatti so bene che sarà solo con la sua perdita che perderò i sentimenti che vi devo. Ma, altrettanto negligente di prima, non valgo certo meglio di quanto facessi allora, se non per il fatto che vi amo ancora di più. E se sapeste quanto sia difficile amare le persone con cui si ha torto, capireste che il mio affetto per voi non è affatto senza valore.
Vous avez été malade, et je n’en ai rien su : mais je savais que vous étiez surchargé de travail ; je crains que la fatigue n’ait épuisé votre santé, et que vous ne soyez encore prêt à la reperdre de même : ménagez-la, je vous prie, comme lui bien qui n’est pas à vous seul, et qui peut contribuer à la consolation d’un ami qui a pour jamais perdu la sienne. J’ai eu cet été une rechute assez vive ; l’automne a été très bien ; mais les approches de l’hiver me sont cruelles : j’ignore ce que je pourrai vous dire de celles du printemps. Le cinquième volume de l’Encyclopédie paraît depuis quinze jours ; comme la lettre E n’y est pas même achevée, votre article n’y a pu être employé ; j’ai même prié M. Diderot de n’en faire usage qu’autant qu’il en sera content lui-même. Car, dans un ouvrage fait avec autant de soin que celui-là, il ne faut pas mettre un article faible, quand on n’en met qu’un. L’article Encyclopédie, qui est de Diderot, fait l’admiration de tout Paris, et ce qui augmentera la vôtre, quand vous le lirez, c’est qu’il l’a fait étant malade.
Je viens de recevoir d’un noble vénitien une épitre italienne, où j’ai lu avec plaisir ces trois vers en l’honneur de ma patrie :
Deh ! cittadino di città ben retta
E compagno e fratel d’ottime geuti
Ch’amor del giusto ha ragunate insieme, etc.
Cet éloge me parait simple et sublime, et ce n’est pas d’Italie que je l’aurais attendu. Puissions-nous le mériter !
Bonjour, monsieur, il faut nous quitter, car la copie me presse. Mes amitiés, je vous prie, à toute votre aimable famille ; je vous embrasse de tout mon coeur.
Lettre XCI – À M. le comte de Tressan
[562]
Paris, le 26 décembre 1755.
Je vous honorais, monsieur, comme nous faisons tous ; il m’est doux de joindre la reconnaissance à l’estime, et je remercierais volontiers M. Palissot de m’avoir procuré, sans y songer, des témoignages de vos bontés, qui me permettent de vous en donner de mon respect. Si cet auteur a manqué à celui qu’il devait et que doit toute la terre au prince qu’il voulait amuser, qui plus que moi doit le trouver inexcusable ? Mais si tout son crime est d’avoir exposé mes ridicules, c’est le droit du théâtre ; je ne vois rien en cela de répréhensible pour l’honnête homme, et j’y vois pour l’auteur le mérite d’avoir su choisir un sujet très riche. Je vous prie donc, monsieur, de ne pas écouter là-dessus le zèle que l’amitié et la générosité inspirent à M. d’Alembert, et de ne point chagriner, pour cette bagatelle, un homme de mérite, qui ne m’a fait aucune peine, et qui porterait avec douleur la disgrâce du roi de Pologne et la vôtre.
Mon coeur est ému des éloges dont vous honorez ceux de mes concitoyens qui sont sous vos ordres. Effectivement le Genevois est naturellement bon, il a l’âme honnête, il ne manque pas de sens, et il ne lui faut que de bons exemples pour se tourner tout-à-fait au bien. Permettez-moi, monsieur, d’exhorter ces jeunes officiers à profiter du vôtre, à se rendre dignes de vos bontés, et à perfectionner sous vos yeux les qualités qu’ils vous doivent peut-être, et que vous attribuez à leur éducation. Je prendrai volontiers pour moi, quand vous viendrez à Paris, le conseil que je leur donne. Ils étudieront l’homme de guerre ; moi, le philosophe : notre étude commune sera l’homme de bien, et vous serez toujours notre maître. Je suis avec respect, etc.
Lettre XCII – À M. d’Alembert
Ce 27 décembre.
Je suis sensible, mon cher monsieur, à l’intérêt que vous prenez à moi ; mais je ne puis approuver le zèle qui vous fait poursuivre ce pauvre M. Palissot, et j’aurais grand regret aux moments que tout cela vous a fait perdre, sans le témoignage d’amitié qui en résulte en ma faveur. Laissez donc là cette affaire, je vous en prie derechef ; je vous en suis aussi obligé que si elle était terminée, et je vous assure que l’expulsion de Palissot, pour l’amour de moi, me ferait plus de peine que de plaisir. À l’égard de Fréron, je n’ai rien à dire de mon chef, parce que la cause est commune ; mais ce qu’il y a de bien certain, c’est que votre mépris l’eût plus mortifié que vos poursuites, et que, quel qu’en soit le succès, elles lui feront toujours plus d’honneur que de mal.
J’ai écrit à M. de Tressan pour le remercier et le prier d’en rester là. Je vous montrerai ma réponse avec sa lettre à notre première entrevue. Je ne puis douter que je ne vous doive tous les témoignages d’estime dont elle est remplie. Tout compté, tout rabattu, il se trouve que je gagne à tous égards dans cette affaire. Pourquoi rendrons-nous du mal à ce pauvre homme pour le bien réel qu’il m’a fait ? Je vous remercie et vous embrasse de tout mon coeur.
1756
Lettre XCIII – À M. le comte de Tressan
Lettre XCIV – À M. Perdriau
Lettre XCV – À M. le comte de Tressan
Lettre XCVI – À M. de Boissi
Lettre XCVII – À Madame d’Épinay
Lettre XCVIII – À la même
Lettre XCIX – À M. Vernes
Lettre C – À Madame d’Épinay
Lettre CI – À la même
Lettre CII – À la même
Lettre CIII – À la même
Lettre CIV – À la même
Lettre CV – À la même
Lettre CVI – À la même
Lettre CVII – À la même
Lettre CVIII – À la même
Lettre CIX – À la même
Lettre CIX – À M. de Scheyb
Lettre CXI – À Madame d’Épinay
Lettre CXII – À M. de Voltaire sur la Providence
Lettre CXIII – À M. Monnier
Lettre CXIV – À Madame d’Épinay
Lettre CXV – À la même
Lettre CXVI – À la même
Lettre CXVII – À la même
Lettre CXVIII – À la même
Lettre CXIX – À la même
Lettre CXX – À la même
Lettre CXXI – À la même
Table de la correspondance
Lettre XCIV – À M. Perdriau
Paris, 18 janvier 1756.
Je ne sais, monsieur, pourquoi je suis toujours si fort en arrière avec vous ; car je m’occupe fort agréablement en vous écrivant. Mais ce n’est pas en cela seul que je m’aperçois combien le tempérament l’emporte souvent sur l’inclination, et l’habitude sur le plaisir même.
Je commence par ce qui m’a le plus touché dans votre lettre après les témoignages d’amitié que vous m’y donnez, et qui me deviennent plus chers de jour en jour : c’est l’espèce de défiance où vous me paraissez être de vous-même, à l’entrée de la nouvelle carrière qui se présente à vous[563]. Je ne puis vous parler de vos études et de vos connaissances, parce que je ne suis rien moins que juge dans ces matières ; mais j’oserai vous parler de l’instrument qui fait valoir tout cela, et dont je trouve que vous vous servez à merveille. Vous avez de la finesse dans l’esprit ; c’est ce que j’ai remarqué chez beaucoup de nos compatriotes : mais vous y joignez le naturel plus rare, qui lui donne des grâces. Je trouve dans toutes vos lettres une élégante simplicité qui va au coeur ; rien de la sécheresse des lettres de pur bel esprit, et tout l’agrément qui manque souvent à celles où le sentiment seul s’épanche avec un ami. J’ai trouvé la même chose dans votre conversation ; et moi, qui ne crains rien tant que les gens d’esprit, je me suis, sans y songer, attaché à vous par le tour du vôtre. Avec de telles dispositions, il ne faut point que vous vous embarrassiez des caprices de votre mémoire : vous aurez peu besoin de ses ressources pour figurer dans le monde littéraire. La lecture des anciens ne vous attachera point au fatras de l’érudition ; vous y prendrez cet intérêt de l’âme, que la méthode et le compas ont chassé de nos écrits modernes. Si vous n’éclaircissez point quelque texte obscur, vous ferez sentir les vraies beautés de ceux qui s’entendent ; et vous ferez dire à vos auditeurs qu’il vaut encore mieux imiter les anciens que les expliquer. Voilà, monsieur, ce que j’augure de vos talents, appliqués à l’étude des belles-lettres. Les inquiétudes que vous témoignez, et la manière dont vous les exprimez, m’apprennent que la seule faculté qui vous manque est le courage de mettre à profit celles que vous possédez. Il me serait fort doux, et il ne vous serait peut-être pas inutile en cette occasion, que la confiance que vous devez à ma sincérité vous en donnât un peu dans vos forces.
You have been ill, and I did not know anything about it; but I knew that you were overwhelmed with work. I fear that the fatigue has exhausted your health, and that you might lose it again if you do not take care of it. Please cherish it, for it does not belong solely to you, and it can also bring comfort to a friend who has forever lost his own health. This summer, I had a rather severe relapse; autumn was quite good, but the approach of winter is cruel for me. I do not know how spring will affect me. The fifth volume of the Encyclopedia was published fifteen days ago; since the letter “E” has not even been completed in that volume, your article could not be included. In fact, I even asked Mr. Diderot to use it only if he himself was satisfied with it. For in a work that has been crafted with such care, one should not include a weak article when there is only one available at all. The article on the Encyclopedia written by Diderot has won the admiration of everyone in Paris. And what will add even more to your own admiration when you read it is that he wrote it while ill.
I have just received from a Venetian nobleman a letter written in Italian; therein, I found with pleasure these three verses in honor of my homeland:
Ah! A citizen of a well-governed city.
A companion and brother of noble character.
“Ch’amor del giusto has brought them together, etc.”
This eulogy seems simple and sublime to me, and yet I would not have expected it from Italy. May we be worthy of it!
Goodbye, sir; we must part now, for I am in a hurry to finish the copy. Please convey my regards to your entire kind family; I embrace you with all my heart.
Letter XCI – To Mr. Count of Tressan
[562]
Paris, December 26, 1755.
I honored you, sir, just as we all do; it is a pleasure for me to combine gratitude with respect, and I would be grateful to Mr. Palissot for having, without any intention on his part, provided me with evidence of your kindnesses, which allow me to express my own admiration for you. If this author failed in his duty toward the prince he sought to amuse—and indeed, if anyone deserves forgiveness more than I do—then who could possibly blame him? But if his only “crime” was exposing my ridicules, then that is precisely the role of theater; I see nothing wrong with this for an honest man, and indeed, I consider it a merit on the author’s part that he chose such a rich subject. Therefore, I beg you, sir, not to listen to the enthusiasm that friendship and generosity inspire in Mr. d’Alembert on this matter, and not to distress a worthy man over such a trivial matter—one who has never caused me any trouble and who would surely mourn deeply if he were to bring disgrace upon the King of Poland or you.
My heart is moved by the praise you bestow upon those of my fellow citizens who are under your command. Indeed, the Genevan by nature is good-hearted; he possesses an honest soul and is not lacking in judgment. All he needs are good examples to guide him toward goodness. Permit me, sir, to urge these young officers to learn from yours, to earn the merit of your kindnesses, and to perfect under your watchful eye those qualities that they perhaps owe to you—and that you attribute to their upbringing. I would be pleased to apply for myself the advice I offer them when you come to Paris. They will study the warrior; I will study the philosopher. Our common pursuit shall be the virtuous man, and you will always remain our teacher. With respect, etc.
Letter XCII – To Mr. d’Alembert
On this 27th of December.
I am truly grateful, my dear sir, for the interest you take in me; however, I cannot approve of the zeal that drives you to pursue that poor Mr. Palissot. I would deeply regret the time lost as a result of all this, were it not for the evidence of friendship it has brought me. Please put an end to this matter at once; I am indebted to you just as if it had already been resolved, and I assure you that expelling Palissot, out of consideration for me, would cause me more pain than pleasure. As for Fréron, I have nothing personally to say against him, since the issue concerns us both; but one thing is certain: your disdain would have hurt him far more than your pursuit of him, and whatever the outcome, such actions will only bring him honor rather than harm.
I wrote to Mr. de Tressan to thank him and ask him to stop doing so. I will show you my reply along with his letter during our first meeting. I have no doubt that I owe you all the expressions of gratitude contained in that letter. Taking everything into account, after making all the necessary adjustments, it turns out that I am actually coming out ahead in every way in this matter. Why should we cause any harm to this poor man for the real good he has done me? I thank you from the bottom of my heart and embrace you warmly.
1756
Letter XCIII – To Mr. Count of Tressan
Letter XCIV – To Mr. Perdriau
Letter XCV – To Mr. Count of Tressan
Letter XCVI – To Mr. de Boissi
Letter XCVII – To Madame d’Épinay
Letter XCVIII – To the Same One
Letter XCIX – To Mr. Vernes
Letter C – To Madame d’Épinay
Letter CI – To the Same One
Letter CII – To the Same One
Letter CIII – To the Same One
Letter CIV – To the Same One
Letter CV – To the Same Person
Letter CVI – To the Same One
Letter CVII – To the Same One
Letter CVIII – To the Same One
Letter CIX – To the Same One
Letter CIX – To Mr. de Scheyb
Letter CXI – To Madame d’Épinay
Letter CXII – To Mr. de Voltaire on Providence
Letter CXIII – To Mr. Monnier
Letter CXIV – To Madame d’Épinay
Letter CXV – To the Same One
Letter CXVI – To the Same One
Letter CXVII – To the Same One
Letter CXVIII – To the Same One
Letter CXIX – To the Same One
Letter CXX – To the Same One
Letter CXXI – To the Same One
Correspondence Table
Letter XCIV – To Mr. Perdriau
Paris, January 18, 1756.
I do not know, sir, why I am always so far behind you in this regard; for writing to you brings me great pleasure. Yet it is not merely in this that I realize how often temperament prevails over inclination, and habit takes precedence even over genuine enjoyment.
I begin with what touched me most in your letter, beyond all the expressions of friendship you offer me—something that grows more precious to me day by day: it is that certain confidence you seem to have in yourself as you embark on this new career before you[563]. I cannot speak to you about your studies or knowledge, for I am no judge in those matters; but I dare to talk about the instrument that makes all this possible—and which, in my opinion, you use with great skill. You possess a keen intellect; I have noticed this in many of our compatriots—but you add to it a rare natural grace that gives your intelligence its unique charm. In every one of your letters, I find an elegant simplicity that touches the heart directly; nothing of the dryness characteristic of letters written by those who rely solely on their intellect, and yet all the warmth that is often lacking in those where emotions are expressed unreservedly to a friend. I have seen the same in our conversations. And for someone like me, who fears nothing more than people of sharp intellect, I found myself unconsciously drawn to you because of the way you think. With such qualities, you need not worry about the whims of your memory; you will hardly need its help to make your mark in the literary world. Reading the ancients will not lead you into the maze of pedantic erudition; instead, you will discover that genuine interest in learning, which method and rigidity have driven out of our modern writings. If you do not bother to clarify some obscure texts, you will still be able to highlight the true beauties of those works that are well understood; and you will make your listeners realize that it is often better to imitate the ancients than to attempt to explain them. This, sir, is what I foresee for your talents when devoted to the study of the humanities. The concerns you express, and the way you convey them, tell me that the only thing lacking in you is the courage to put those abilities to good use. It would be a great pleasure for me—and perhaps useful for you as well—in this regard, if the trust you place in my sincerity could give you some strength in this endeavor.
Siete stato malato, e io non ne sapevo nulla; ma sapevo che eravate sommerso dal lavoro. Temo che la fatica abbia esaurito la vostra salute, e che siate ancora vicino a perderla di nuovo. Per favore, prendetevi cura di essa, come se appartenesse non solo a voi, ma anche a un amico che ha perso per sempre la propria salute. Quest’estate ho avuto una ricaduta piuttosto grave; l’autunno è trascorso abbastanza bene. Ma l’avvicinarsi dell’inverno mi causa grandi sofferenze. Non so cosa potrò dirvi riguardo all’arrivo della primavera. Il quinto volume dell’Enciclopedia è uscito da quindici giorni; poiché la lettera “E” non è nemmeno stata completata, il vostro articolo non è stato incluso. Ho persino chiesto a Monsieur Diderot di utilizzarlo soltanto se ne fosse stato lui stesso soddisfatto. In un’opera realizzata con tanta cura come questa, non si può inserire un articolo di scarsa qualità, quando ce ne sono altri migliori. L’articolo sull’Enciclopedia scritto da Diderot suscita l’ammirazione di tutta Parigi. E ciò che aumenterà ulteriormente la vostra ammirazione, quando lo leggerete, è il fatto che sia stato scritto mentre lui stesso era malato.
Ho appena ricevuto da un nobile veneziano una lettera scritta in italiano; in essa ho letto con piacere questi tre versi dedicati alla mia patria:
Ahimè, cittadino di una città ben governata.
E compagno e fratello di ottimi compagni.
Per amore della giustizia si sono riuniti insieme, ecc.
Questo elogio mi sembra semplice e sublime; non avrei mai immaginato di riceverlo dall’Italia. Possiamo meritarlo!
Buongiorno, signore, dobbiamo andare ora, perché ho fretta di completare la copia. Saluti affettuosi a tutta la sua cara famiglia; la abbraccio con tutto il mio cuore.
Lettera XCI – Al conte di Tressan
[562]
Parigi, 26 dicembre 1755.
Vi onoravo, signore, come facciamo tutti; è per me dolce unire riconoscenza e stima, e sarei felice di ringraziare il signor Palissot per avermi procurato, senza che se ne rendesse conto, testimonianze delle vostre bontà, che mi permettono di esprimervi la mia rispettovole considerazione. Se quest’autore ha mancato verso colui a cui doveva obbedire, e che tutta la terra deve al principe che voleva divertire, chi più di me dovrebbe ritenere tale comportamento inescusabile? Ma se il suo unico “crimine” è stato quello di aver messo in evidenza i miei ridicoli, questo è proprio il compito del teatro; non vedo nulla di riprovevole in ciò per un uomo onesto, e anzi riconosco nell’autore il merito di aver scelto un argomento molto interessante. Pertanto vi prego, signore, di non dare ascolto alle parole di zelo che l’amicizia e la generosità spingono il signor d’Alembert a pronunciare in questo senso, e di non addolorare, per una simile sciocchezza, un uomo meritevole che non mi ha mai causato alcun problema e che soffrirebbe profondamente se dovesse subire la disapprovazione del re di Polonia o la vostra.
Il mio cuore è commosso dagli elogi che voi riservate a quei miei concittadini che sono sotto i vostri ordini. Infatti, il genevese è per natura buono, ha un’anima onesta, non gli mancano certo le qualità intellettuali necessarie, e gli basteranno soltanto buoni esempi per orientarsi completamente verso il bene. Permettetemi, signore, di esortare questi giovani ufficiali a trarre insegnamento dal vostro comportamento, a rendersi degni delle vostre gentilezze e a perfezionare sotto i vostri occhi le qualità che forse possiedono, ma che voi attribuite alla loro educazione. Quando verrete a Parigi, accetterò volentieri il consiglio che do loro; loro studieranno l’uomo di guerra, io il filosofo: la nostra comune ricerca sarà l’uomo di bene, e voi sarete sempre il nostro maestro. Con rispetto, ecc.
Lettera XCII – A Monsieur d’Alembert
Il 27 dicembre.
Sono molto sensibile, caro signore, all’interesse che lei dimostra per me; tuttavia non posso approvare l’zelo con cui continua a perseguire quel povero signor Palissot. Mi dispiacerebbe moltissimo di tutti i momenti che queste azioni le hanno fatto perdere, se non fosse per il testimone d’amicizia che ne deriva a mio favore. Per favore, lasci perdere questa questione; gliene sono grato tanto quanto se fosse già risolta, e le assicuro che l’allontanamento di Palissot, per amor mio, mi causerebbe più dolore che piacere. Per quanto riguarda Fréron, non ho nulla da dire personalmente, poiché la causa è comune; ma una cosa è certa: il suo disprezzo sarebbe stato per lui più offensivo delle vostre persecuzioni, e qualunque ne sia l’esito, queste azioni gli porteranno sempre più onore che danno.
Ho scritto a Monsieur de Tressan per ringraziarlo e chiedergli di non procedere oltre in questa faccenda. Vi mostrerò la mia risposta insieme alla sua lettera durante il nostro primo incontro. Non posso dubitare che debba tutto il merito delle testimonianze di stima contenute in quella lettera. A conti fatti, in ogni modo possibile, ne esco vincitore. Perché dovremmo causare del male a quest’uomo povero per il bene reale che mi ha fatto? Vi ringrazio di tutto cuore e vi abbraccio.
1756
Lettera XCIII – Al conte di Tressan
Lettera XCIV – A Monsieur Perdriau
Lettera XCV – Al signor conte di Tressan
Lettera XCVI – A Monsieur de Boissi
Lettera XCVII – Alla signora d’Épinay
Lettera XCVIII – Alla stessa persona
Lettera XCIX – A Monsieur Vernes
Lettera C – Alla signora d’Épinay
Lettera CI – Alla stessa persona
Lettera CII – Alla stessa persona
Lettera CIII – Alla stessa persona
Lettera CIV – Alla stessa persona
Lettera CV – Alla stessa persona
Lettera CVI – Alla stessa persona
Lettera CVII – Alla stessa persona
Lettera CVIII – Alla stessa persona
Lettera CIX – Alla stessa persona
Lettera CIX – A Monsieur de Scheyb
Lettera CXI – Alla signora d’Épinay
Lettera CXII – A Monsieur de Voltaire sulla Provvidenza
Lettera CXIII – A Monsieur Monnier
Lettera CXIV – Alla signora d’Épinay
Lettera CXV – Alla stessa persona
Lettera CXVI – Alla stessa persona
Lettera CXVII – Alla stessa persona
Lettera CXVIII – Alla stessa persona
Lettera CXIX – Alla stessa persona
Lettera CXX – Alla stessa persona
Lettera CXXI – Alla stessa persona
Tabella della corrispondenza
Lettera XCIV – A Monsieur Perdriau
Parigi, 18 gennaio 1756.
Non so, signore, perché io sia sempre così indietro rispetto a voi nella nostra corrispondenza; infatti scrivervi mi procura grande piacere. Ma non è solo in questo che mi rendo conto di quanto il temperamento spesso prevale sull’inclinazione naturale e l’abitudine sopra il vero piacere.
Inizio con ciò che mi ha colpito di più nella vostra lettera, dopo i segni di amicizia che mi dimostrate e che diventano sempre più preziosi per me giorno dopo giorno: si tratta della sorta di fiducia in voi stesso che sembrate provare all’inizio di questa nuova carriera che vi si presenta[563]. Non posso parlare delle vostre studi e delle vostre conoscenze, poiché non sono affatto un esperto in queste materie; ma oso parlarvi dell’strumento grazie al quale tutto ciò può essere valorizzato, e che ritengo voi utilizziate con grande abilità. Avete una finezza d’intelletto; è qualcosa che ho notato in molti dei nostri connazionali; ma vi aggiungete anche quella natura più rara che conferisce alle vostre qualità un fascino particolare. Trovo in tutte le vostre lettere una semplicità elegante che tocca il cuore; nulla della freddezza tipica delle lettere scritte da persone di pura intelligenza, e tutta quella piacevolezza che spesso manca in quelle in cui i sentimenti si esprimono liberamente con un amico. Ho riscontrato lo stesso anche nella vostra conversazione; e io, che temo tanto le persone intelligenti, mi sono, senza nemmeno pensarci, legato a voi per il modo in cui vi esprimete. Con tali doti, non dovreste preoccuparvi dei capricci della vostra memoria: avrete bisogno di poche sue risorse per distinguervi nel mondo letterario. La lettura degli antichi non vi farà fissare su sciocchezze erudite; ne trarrete quell’interesse profondo che la metodicità e l’ordine hanno spesso eliminato dai nostri scritti moderni. Se non chiarite alcuni testi oscuri, farete comunque emergere le vere bellezze di quelli che sono ben compresi; e farete dire ai vostri ascoltatori che è ancora meglio imitare gli antichi che spiegarli. Ecco, signore, ciò che auguro per i vostri talenti, se applicati allo studio delle lettere. Le preoccupazioni che esprimete e il modo in cui le manifestate mi fanno capire che l’unica cosa che vi manca è il coraggio di sfruttare al meglio quelle capacità che possedete. Sarebbe molto dolce, per me, e forse anche utile in questa circostanza, se la fiducia che dovete nella mia sincerità vi desse un po’ più di fiducia nelle vostre possibilità.
Je pense qu’il ne faut pas trop chercher de précision dans les mots modus numerus, employés par Horace, non plus que dans tous les termes techniques qu’on trouve dans les poètes. Le seul endroit d’Horace où il paraisse avoir choisi les termes propres,-et qu’aussi les seuls ignorants entendent et expliquent, est le sonante mistum, etc., de la neuvième épode. Dans tout le reste, il prend vaguement un instrument pour la musique, le nombre pour la poésie, etc. ; et c’est faute d’avoir fait cette réflexion très simple, que tant de commentateurs se sont si ridiculement tourmentés sur tout cela.
Quant au sens précis des deux mots en question, c’est dans Boëce et Martianus Capella[564] qu’il faut le chercher ; car ils sont, parmi les anciens, les seuls Latins dont les écrits sur la musique nous soient parvenus. Vous y trouverez que Numerus est pris pour l’exécution du rythme, c’est-à-dire, en fait de musique, pour la division régulière des temps et des valeurs. À l’égard du mot modus y il s’applique aux règles particulières de la mélodie, et surtout à celles qui constituent le mode ou le ton. Ainsi le mode faisant sur les intervalles ou degrés des sons ce que faisait le nombre sur la durée des temps, la marche du chant, selon le premier sens, procédait per acutum, et grave, et, selon le second, per arsin et thesin.
À propos de chant, j’oubliais depuis longtemps de vous parler d’une observation que j’ai faite sur celui des psaumes dans nos temples ; chant dont je loue beaucoup l’antique simplicité, mais dont l’exécution est choquante aux oreilles délicates par un défaut facile à corriger. Ce défaut est que le chantre se trouvant fort éloigné de certaines parties du temple, et le son parcourant assez lentement ces grands intervalles, sa voix se fait à peine entendre aux extrémités, qu’il a déjà changé de ton, et commencé d’autres notes ; ce qui devient d’autant plus choquant en certains points, que, le son arrivant beaucoup plus tard encore d’une extrémité à l’autre que du milieu où est le chantre, la masse d’air qui remplit le temple se trouve partagée à la fois en divers sons fort discordants, qui enjambent sans cesse les uns sur les autres, et choquent fortement une oreille exercée : défaut que l’orgue même ne fait qu’augmenter, parce qu’au lieu d’être au milieu de l’édifice, comme le chantre, il ne donne le ton que d’une extrémité.
Or le remède à cet inconvénient me paraît très facile ; car comme les rayons visuels se communiquent à l’instant de l’objet à l’oeil, ou du moins avec une vitesse incomparablement plus grande que celle avec laquelle le son se transmet du corps sonore à l’oreille, il suffît de substituer l’un à l’autre, pour avoir, dans toute l’étendue du temple, un chant simultané et parfaitement d’accord. Il ne faut, pour cela, que placer le chantre, ou quelqu’un chargé de cette partie de sa fonction, de manière qu’il soit à la vue de tout le monde, et qu’il se serve d’un bâton de mesure dont le mouvement s’aperçoive aisément de loin, tel, par exemple, qu’un rouleau de papier. Car alors, avec la précaution de prolonger assez la première note pour que l’intention en soit partout entendue avant de continuer, tout le reste du chant marchera bien ensemble, et la discordance observée disparaîtra infailliblement. On pourrait même, au lieu d’un homme, employer un chronomètre, dont le mouvement serait encore plus égal.
Il résulterait de là deux autres avantages : l’un, que, sans presque altérer le chant des psaumes, on pourra lui donner un peu de rythme ou de quantité, et y observer du moins les longues et les brèves les plus sensibles ; l’autre, que ce qu’il a de langueur et de monotonie pourra être relevé par une harmonie juste, mâle et majestueuse, en y ajoutant la base et les parties, selon la première intention de l’auteur, qui n’était pas un harmoniste à mépriser. Voilà, monsieur, ce me semble, un usage important de l’arsis et thesis, et du nombre. Mais je n’en puis dire davantage, et le papier me manque plutôt que l’envie de m’entretenir avec vous. Bonjour, monsieur ; ” je vous embrasse avec respect et de tout mon coeur.
Lettre XCVI – À M. de Boissi
En lui renvoyant la LETTRE D’UN BOURGEOIS DE BORDEAUX,
qu’il n’avait voulu imprimer dans le Mercure qu’avec mon consentement,
et après les retranchements que je jugerais à propos d’y faire.
Paris, le 24 janvier 1756.
Je remercie très humblement M. de Boissi de la bonté qu’il a eue de me communiquer cette pièce. Elle me paraît agréablement écrite, assaisonnée de cette ironie fine et plaisante qu’on appelle, je crois, de la politesse, et je ne m’y trouve nullement offensé. non seulement je consens à sa publication, mais je désire même qu’elle soit imprimée dans l’état où elle est, pour l’instruction du public et pour la mienne. Si la morale de l’auteur paraît plus saine que sa logique, et si ses avis sont meilleurs que ses raisonnements, ne serait-ce point que les défauts de ma personne se voient bien mieux que les erreurs de mon livre ? Au reste, toutes les horribles choses qu’il y trouve lui montrent plus que jamais qu’il ne devrait pas perdre son temps à le lire.
Lettre XCVIII – À la même
[567]
… 1756.
Voilà mon maître et consolateur Plutarque ; gardez-le sans scrupule aussi longtemps que vous le lirez ; mais ne le gardez pas pour n’en rien faire, et surtout ne le prêtez à personne ; car je ne veux m’en passer que pour vous. Si vous pouvez faire donner à mademoiselle Le Vasseur l’argent de sa robe, vous lui ferez plaisir ; car elle a de petites emplettes à faire avant notre départ. Faites-moi dire si vous êtes délivrée de votre colique et de vos tracas domestiques ; et comment vous avez passé la nuit. Bonjour, madame et amie.
Lettre C – À Madame d’Épinay
Ce jeudi 1756.
J’avais oublié que j’allais dîner aujourd’hui chez le baron[570] et que par conséquent je ne puis m’aller promener avec vous cet après-midi.
Occupé des moyens de vivre tranquillement dans ma solitude, je cherche à convertir en argent tout ce qui m’est inutile, et ma musique me l’est encore plus que mes livres ; de sorte que si vous n’êtes pas excédée des embarras que je vous donne, j’ai envie de vous l’envoyer toute. Vous y choisirez tout ce dont vous pourrez me défaire, et je tacherai de mon côté de me défaire du reste. Je ne puis vous dire avec combien de plaisir je m’occupe de l’idée de ne plus voir que vous.
Lettre CII – À la même
Mars 1756.
J’ai vu M. Deleyre, et nous sommes convenus qu’il achèverait le mois commencé, et qu’il vous prierait de remercier M. de Saint-Lambert pour la suite ; au surplus, je pense qu’il n’y a que la présence de Conti qui l’ait empêché de profiter de votre offre, et qu’il en profitera si vous la renouvelez.
Quoique mon parti soit bien pris, je suis jusqu’à mon délogement dans un état de crise qui me tourmente ; je désire passionnément de pouvoir aller m’établir de samedi en huit. Si cette accélération demande des frais, trouvez bon que je les supporte ; je n’en ai jamais fait de meilleur coeur, ni de plus utiles à mon repos.
Faites-moi donner des nouvelles de votre santé. J’irai vous voir ce soir ou demain.
Lettre CIV – À la même
[572]
Quoique le temps me contrarie depuis mon arrivée ici, je viens de passer les trois jours les plus tranquilles et les plus doux de ma vie ; ils le seront encore plus quand les ouvriers qu’occupe mon luxe ou votre sollicitude seront partis. Ainsi je ne serai proprement dans ma solitude que d’ici à deux ou trois jours ; en attendant, je m’arrange, non selon la morale turque, qui veut qu’on ne s’établisse ici-bas aucun domicile durable, mais selon la mienne, qui me porte à ne jamais quitter celui que j’occupe. Vous me trouverez rangé délicieusement, à la magnificence près que vous y avez mise, et qui, toutes les fois que j’entre dans ma chambre, me fait chercher respectueusement l’habitant d’un lieu si bien meublé. Au surplus, je ne vous conseille pas beaucoup de compter sur des compliments à notre première entrevue ; je vous réserve, au contraire, une censure griève[573] d’être venue malade et souffrante m’installer ici sans égard pour vous ni pour moi. Hâtez-vous de me rassurer sur les suites de cette indiscrétion, et souvenez-vous, une fois pour toutes, que je ne vous pardonnerai jamais d’oublier ainsi mes intérêts en songeant aux vôtres.
I believe that one should not seek too much precision in the terms “modus numerus” used by Horace, nor in all those technical expressions found in the works of poets. The only passage in Horace where it seems he deliberately chose specific terms—terms that only ignorant people would actually understand and interpret—is the line “sonante mistum” in the ninth epode. In everything else, he merely uses words vaguely to refer to musical instruments or numerical concepts in poetic contexts. It is precisely because this very simple distinction was not made that so many commentators have gone to such ridiculous lengths in trying to decipher his intentions.
As for the precise meaning of these two terms, one must seek it in Boethius and Martianus Capella[564]; for they are, among the ancients, the only Latin writers whose writings on music have reached us. There you will find that the term “Numerus” is used to refer to the execution of rhythm—that is, in music, to the regular division of time and musical values. As for the term “modus,” it refers to the particular rules governing melody, especially those that constitute what is known as a mode or tone. Thus, just as number governed the duration of musical intervals, the progression of a chant, in the first sense, proceeded according to the ascending and descending degrees of sounds; in the second sense, it followed the rules of pitch variation.
Speaking of singing, I had long forgotten to mention an observation I made regarding the singing of psalms in our temples. I greatly admire the ancient simplicity of this practice, but its execution is shocking to delicate ears due to a flaw that is easily remediable. The problem arises when the singer is located far from certain parts of the temple; as the sound travels slowly across these large distances, by the time it reaches the outer areas, the singer’s voice has already changed pitch and begun to produce different notes. This becomes particularly disturbing in some areas, because the sound takes even longer to travel from one end of the temple to the other than from where the singer is standing. As a result, the air inside the temple is divided into various highly discordant sounds that overlap continuously, causing great discomfort to an experienced listener. This flaw is even more pronounced with the organ, since it emits sound only from one end of the building, rather than being located in its center like the singer.
Or the remedy for this inconvenience seems to me very simple; since the visual rays are transmitted from the object to the eye in an instant, or at least with a speed far greater than that at which sound is transmitted from the sounding body to the ear, it is sufficient to substitute one for the other in order to obtain a simultaneous and perfectly harmonious chant throughout the entire choir. To achieve this, all that is needed is to place the singer, or someone assigned with this task, in a position where he can be seen by everyone, and to have him use a measuring stick whose movement can be easily observed from a distance—for example, a roll of paper. With such precautions, as long as the first note is prolonged sufficiently so that its intention is clearly heard everywhere before the rest of the chant begins, everything else will proceed in perfect harmony, and any discordance that might exist will inevitably disappear. One could even use a clock instead of a person, since the movement of a clock would be even more regular and constant.
From this would arise two additional advantages: firstly, that without substantially altering the chant of the psalms, it would be possible to impart some rhythm or measure to them, thereby allowing for the distinction between long and short syllables in a more discernible manner; secondly, the inherent lethargy and monotony of such chants could be mitigated by the use of precise, masculine, and majestic harmonies, by adding appropriate bases and embellishments according to the author’s original intent—an intent that certainly did not deserve to be dismissed as insignificant. Well, sir, this, in my opinion, constitutes an important application of the techniques of arsis and thesis, as well as of musical proportion. But I cannot say more on this subject; what lacks is not so much the desire as the paper necessary to continue this discussion with you. Goodbye, sir; “I embrace you with respect and from the bottom of my heart.”
Letter XCVI – To Mr. de Boissi
By returning him the LETTER FROM A BURGHER OF BORDEAUX,
that he had intended to publish it in Mercure only with my consent.
and after making the necessary cuts that I deem appropriate.
Paris, January 24, 1756.
I sincerely thank Mr. de Boissi for his kindness in sharing this piece with me. It appears to be well-written, seasoned with that subtle and delightful irony which I believe is what one might call “politeness,” and I feel in no way offended by it. Not only do I consent to its publication, but I even wish it to be printed in its current form, for the benefit of both the public and myself. If the author’s morals seem more sound than his logic, and if his opinions are better than his reasoning, isn’t that perhaps because the flaws in my character are much more apparent than the errors in my book? In any case, all those horrible things he finds in it only serve to prove once again that he shouldn’t waste his time reading it.
Letter XCVIII – To the Same One
[567]
… 1756.
Here is my master and comforter, Plutarch; keep him without any scruples as long as you read him, but do not keep him just to do nothing with him, and above all, do not lend him to anyone else; for I want to use him only for your benefit. If you can manage to get mademoiselle Le Vasseur the money for her dress, you will do her a great pleasure, for she has some small purchases to make before we leave. Let me know whether you have been relieved of your stomach troubles and domestic worries, and how you spent the night. Goodbye, madam and friend.
Letter C – To Madame d’Épinay
This Thursday, in the year 1756.
I had forgotten that I was going to dinner at the Baron’s house today, and therefore I cannot go for a walk with you this afternoon.
Being occupied with finding ways to live peacefully in my solitude, I am trying to turn into money everything that is useless to me; and my music is even more useless to me than my books. Therefore, if you are not already overwhelmed by the troubles I cause you, I would like to send you all of it. You can choose whatever you wish to get rid of, and I will try my best to get rid of the rest. I cannot express in words how delighted I am at the thought of no longer having anything but you in my life.
Letter CII – To the Same One
March 1756.
I met Mr. Deleyre, and we agreed that he would complete the work started at the beginning of the month and that he would ask you to thank Mr. de Saint-Lambert for further assistance; moreover, I believe that it was only the presence of Conti that prevented him from taking advantage of your offer, and he will certainly do so if you renew it.
Although my plans are well-made, I am in a state of crisis that troubles me until I leave this place; I earnestly desire to be able to settle down somewhere by Saturday evening. If such haste incurs any additional expenses, please consider them as something I am willing to bear. I have never done anything with such good intentions or that has been more beneficial to my peace of mind.
Please let me know how you are. I will come to see you tonight or tomorrow.
Letter CIV – To the Same One
[572]
Although time has been against me since my arrival here, I have just spent the three most peaceful and pleasant days of my life; they will be even more so once the workers employed by my extravagance or your concern are gone. Thus, I will truly be alone only in another two or three days; until then, I am making arrangements—not according to Turkish customs, which dictate that no permanent dwelling should be established here—but according to my own principles, which urge me never to leave the place where I am currently staying. You will find me neatly arranged, except for the excess of luxury you have added, which, every time I enter my room, makes me feel as if I am entering the residence of someone so opulently furnished. Moreover, I do not recommend that you expect many compliments on our first meeting; instead, I reserve for you a serious reprimand for coming here sick and in pain, without considering either your or my well-being. Hurry and assure me about the consequences of this indiscretion, and remember once and for all that I will never forgive you for forgetting my interests in favor of yours.
Penso che non sia necessario cercare eccessivamente precisione nei termini “modus numerus” utilizzati da Orazio, né in tutti gli altri termini tecnici presenti nelle sue poesie. L’unico passaggio in cui Orazio sembra aver scelto deliberatamente termini specifici – e che quindi solo gli ignoranti riescono a comprendere e spiegare – è quello relativo al “sonante mistum”, nell’epopea nona. Nel resto, egli utilizza in modo vago concetti come l’“strumento musicale” o il “numero” per indicare rispettivamente la musica e la poesia; ed è proprio a causa di questa mancanza di riflessione elementare che così tanti commentatori si sono tormentati in modo ridicolo su queste questioni.
Per quanto riguarda il significato preciso dei due termini in questione, bisogna cercarlo in Boezio e in Martianus Capella[564]; poiché essi sono, tra gli antichi, gli unici latini i cui scritti sulla musica ci siano pervenuti. Vi si troverà che il termine “Numerus” viene utilizzato per indicare l’esecuzione del ritmo, cioè, in termini musicali, la divisione regolare dei tempi e delle durate. Per quanto riguarda il termine “modus”, esso si riferisce alle regole particolari della melodia, soprattutto a quelle che costituiscono il modo o il tono musicale. Così come il numero influenzava la durata dei tempi musicali, il modo influenzava gli intervalli e i gradi dei suoni; in questo senso, il “modo armonioso” seguiva le regole degli intervalli acuti e gravi, mentre il “modo disarmonioso” seguiva regole opposte.
A proposito del canto, da molto tempo avevo dimenticato di parlarvi di un’osservazione che ho fatto riguardo al canto dei Salmi nei nostri templi; un canto la cui antica semplicità lodo molto, ma la cui esecuzione risulta scioccante per le orecchie sensibili a causa di un difetto facilmente correggibile. Questo difetto consiste nel fatto che il cantore, essendo situato piuttosto lontano da alcune parti del tempio e poiché il suono impiega molto tempo ad attraversare queste grandi distanze, la sua voce arriva appena alle estremità del tempio quando già ha cambiato tono e inizia a pronunciare altre note; questo diventa ancora più evidente in alcuni punti, poiché il suono impiega un tempo ancora maggiore per spostarsi da un’estremità all’altra rispetto al punto centrale dove si trova il cantore, e quindi l’aria presente nel tempio viene divisa in diversi suoni molto discordanti che si sovrappongono continuamente, causando un forte disagio alle orecchie abituate a ascoltare con attenzione. Un difetto che persino l’organo non fa altro che accentuare, poiché, a differenza del cantore che si trova al centro dell’edificio, esso emette il suono soltanto da un’estremità.
Il rimedio a questo inconveniente mi sembra molto semplice: poiché i raggi visivi viaggiano dall’oggetto all’occhio nell’istante stesso in cui vengono emessi, o comunque con una velocità incomparabilmente maggiore rispetto a quella con cui il suono si trasmette dal corpo sonoro all’orecchio, basta sostituire i raggi visivi al suono per ottenere, in tutta l’estensione dell’area uditiva, un canto simultaneo e perfettamente armonioso. Per farlo, è sufficiente posizionare il cantante, o chiunque sia incaricato di questa funzione, in modo che sia visibile a tutti, e fargli utilizzare un bastone di misura il cui movimento possa essere facilmente osservato da lontano, ad esempio un rotolo di carta. Con questa precauzione – prolungare abbastanza la prima nota affinché il suo suono venga percepito ovunque prima che il canto continui – tutto il resto del brano risuonerà perfettamente in armonia, e ogni disarmonia sparirà inevitabilmente. Si potrebbe persino, al posto di un uomo, utilizzare un cronometro, il cui movimento sarebbe ancora più regolare.
Ne deriverebbero altri due vantaggi: il primo è che, senza quasi alterare il canto dei salmi, si potrebbe dar loro un certo ritmo o misura, osservando almeno le sillabe lunghe e quelle brevi più significative; il secondo è che quella noia e monotonia che caratterizzano talvolta i salmi possono essere alleviate da un’armonia giusta, mascolina e maestosa, aggiungendo le basi musicali e le parti corrispondenti, secondo l’intenzione originale dell’autore, il quale certamente non era un musicista da sottovalutare. Ecco, signore, ciò che ritengo sia un utilizzo importante dell’arsis e della thesis, nonché del numero musicale. Ma non posso dire di più; mi manca piuttosto la carta per continuare questa conversazione. Buongiorno, signore; vi abbraccio con rispetto e con tutto il mio cuore.
Lettera XCVI – A Monsieur de Boissi
Rinviandogli la LETTERA DI UN BORGHESE DI BORDO,
aveva voluto pubblicare su “Le Mercure” soltanto con il mio consenso.
e dopo le modifiche che riterrò opportune apportarvi.
Parigi, 24 gennaio 1756.
Ringrazio molto umilmente il signor de Boissi per la gentilezza dimostrata nel condividere con me questo testo. Mi sembra scritto in modo piacevole, arricchito da quell’ironia sottile e gradevole che, credo, si possa definire “cortesia”; non mi sento affatto offeso da esso. Non solo acconsento alla sua pubblicazione, ma desidero addirittura che venga stampato così com’è, a beneficio sia del pubblico che mio. Se la morale dell’autore sembra più sana della sua logica, e se i suoi consigli sono migliori dei suoi ragionamenti, non è forse perché i difetti della mia persona risultano molto più evidenti delle errori del mio libro? In ogni caso, tutte quelle cose orribili che vi trova dimostrano ancora di più che non dovrebbe perdere tempo a leggerlo.
Lettera XCVIII – Alla stessa persona
[567]
… 1756.
Ecco il mio maestro e consolatore, Plutarco; conservatelo senza esitazioni finché lo leggerete, ma non fatene uso per nulla, e soprattutto non prestatelo a nessuno; poiché voglio che sia utilizzato soltanto da voi. Se potete aiutare mademoiselle Le Vasseur ad ottenere i soldi necessari per il suo abito, le farete molto piacere; infatti ha alcune piccole spese da sbrigare prima della nostra partenza. Fatemi sapere se siete guarita dalla colica e dai vostri problemi domestici, e come avete trascorso la notte. Buongiorno, signora e amica mia.
Lettera C – Alla signora d’Épinay
Questo giovedì del 1756.
Avevo dimenticato che oggi avrei dovuto cenare da barone[570], quindi non posso andare a fare una passeggiata con te questo pomeriggio.
Occupato a trovare modi per vivere tranquillamente nella mia solitudine, cerco di trasformare in denaro tutto ciò che mi è inutile; la mia musica lo è ancora di più dei miei libri. Quindi, se non siete già sopraffatta dai problemi che vi causo, vorrei inviarvi tutta la mia roba. Potrete scegliere ciò di cui potete disfarvene, e io cercherò di liberarmi del resto. Non posso dirvi con quanta gioia penso al momento in cui non vedrò più altro che voi.
Lettera CII – Alla stessa persona
Marzo 1756.
Ho incontrato il signor Deleyre e abbiamo concordato che egli porterà a termine il lavoro iniziato, e vi chiederà di ringraziare il signor de Saint-Lambert per quanto riguarda la prosecuzione del progetto; inoltre, credo che sia stata solo la presenza di Conti ad impedirgli di approfittare della vostra offerta, e che ne approfitterà se la rinnoverete.
Nonostante le mie posizioni siano ben definite, rimango in uno stato di crisi che mi tormenta fino al momento del mio trasferimento; desidero ardentemente potermi stabilire entro sabato prossimo. Se questa accelerazione dei procedimenti richiede spese supplementari, consideratele a mio carico; non ne ho mai affrontate di migliori, né più utili per il mio riposo.
Fatemi sapere come state. Vi andrò a trovare stasera o domani.
Lettera CIV – Alla stessa persona
[572]
Sebbene il tempo mi sia ostile da quando sono arrivato qui, ho appena trascorso i tre giorni più tranquilli e dolci della mia vita; saranno ancora più sereni quando gli operai che il mio lusso o la vostra premura occupano se ne saranno andati. Quindi, in realtà, sarò veramente solo tra due o tre giorni; intanto mi sistemo non secondo la morale turca, che vuole che qui sotto non si stabilisca mai un domicilio permanente, ma secondo la mia, che mi spinge a non lasciare mai quello che occupo. Mi troverete sistemato in modo delizioso, tranne per la magnificenza che avete aggiunto voi; ogni volta che entro nella mia stanza, mi sembra di dover rispettosamente cercare il proprietario di un luogo così ben arredato. Inoltre, non vi consiglio di fare troppo affidamento su complimenti al nostro primo incontro; anzi, vi riservo una severa critica per essere venuti qui malati e sofferenti, senza considerare né voi né me. Affrettatevi a rassicurarmi riguardo alle conseguenze di questa indiscrezione, e ricordatevi, una volta per tutte, che non vi perdonerò mai se dimenticherete così i miei interessi per pensare ai vostri.
J’ai trouvé deux erreurs dans le compte joint à l’argent que vous m’avez remis ; toutes deux sont à votre préjudice, et me font soupçonner que vous pourriez bien en avoir fait d’autres de même nature, ce qui ne vous réussirait pas longtemps ; l’une est de quatorze livres, en ce que vous payez sept mains de papier de Hollande à cinq livres cinq sous, au lieu de trois livres cinq sous qu’il m’a coûté, et que je vous ai marquées ; l’autre est de six livres, pour un Racine que je n’ai jamais eu, et que par conséquent vous ne pouvez avoir vendu à mon profit ; ce sont donc vingt francs dont vous êtes créditée sur ma caisse. Soit dit sur l’argent, et revenons à nous.
Je n’ai songé qu’à moi ces jours-ci ; je savourais les beautés de mon habitation et les charmes d’une entière liberté ; mais en me promenant ce matin dans un lieu délicieux, j’y ai mis mon ancien ami Diderot à côté de moi, et, en lui faisant remarquer les agréments de la promenade, je me suis aperçu qu’ils s’augmentaient pour moi-même. Je ne sais si je pourrai jamais jouir réellement de cette augmentation ; si cela peut se faire un jour, ce ne sera guère que par le crédit de mon ancien ami Grimm : peut-être pourra-t-il et voudra-t-il bien me procurer une visite de l’ami que je lui ai procuré, et partager avec moi le plaisir que j’aurai de le recevoir. Ce n’est pas encore le temps de parler de tout cela ; mais vous, quand vous verra-t-on, vous en santé, et votre sauveur[574] sans affaire ? Il m’a promis de venir, et le fera sans doute. Quant à vous, ma bonne amie, quelque envie que j’aie de vous voir, si vous venez sans lui, ne venez pas du moins sans sa permission. Bonjour ; malgré la barbe de l’hermite[575] et la fourrure de l’ours, trouvez bon que je vous embrasse ; et portez aux pieds du seigneur de la case les hommages de son très dévoué sujet et fontainier honoraire[576].
Les gouverneuses veulent que je vous supplie d’agréer leurs très humbles respects ; elles s’accoutument, ici presque aussi bien que moi, et beaucoup mieux que mon chat.
Lettre CVI – À la même
L’Ermitage, mai 1756.
Je voulais vous aller voir jeudi, mais le temps qu’il fait gâta tellement les chemins qu’ils ne sont pas encore essuyés ; je compte pourtant, s’il fait beau, tenter demain le voyage. En attendant, faites-moi donner de vos nouvelles, car je suis inquiet de votre situation de corps et d’esprit. Bonjour, madame et amie ; j’aspire à ces moments de tranquillité où vous aurez le temps de m’aimer un peu.
Voilà vos deux livres dont je vous remercie.
Lettre CVII – À la même
L’Ermitage, mai 1756.
Vous serez bien aise, madame, d’apprendre que mon séjour me charme de plus en plus ; vous ou moi nous changerons beaucoup, ou je n’en sortirai jamais. Vous goûterez, conjointement avec M. d’Épinay, le plaisir d’avoir fait un homme heureux. C’est de quoi n’avoir pas regret à l’échange de manteau dont vous m’offrez la moitié[579].
Il me reste une petite épine à tirer, c’est le reste de mon délogement. Il faudra, madame, que vous acheviez, s’il vous plaît, de me tirer de cet embarras. Pour cela je voudrais… mais allons un peu par ordre ; car je voudrais tant de choses qu’il me faut des primo et des secundo.
1° Payer à madame Sabi 89 liv. 16 s. pour loyer et capitation, selon la note que j’en ai faite sur le petit livre ci-joint.
2° Recevoir quittance de l’un et de l’autre sur ledit livre.
3° Donner congé pour la fin de ce terme.
4° Faire aujourd’hui démonter le lit et la tapisserie de l’alcôve, si cela se peut.
5° Charger l’un et l’autre sur la voiture du jardinier, avec les matelas et ce qu’on y pourra joindre de poterie et menus ustensiles.
6° Il faudrait, pour cela, envoyer quelqu’un d’entendu avec le garçon jardinier, qui pût démonter et emballer le tout sans rien gâter.
7° Il restera, pour un autre voyage, un lit de camp qui est dans le grenier, une quarantaine de bouteilles qui sont encore à la cave ; et l’armoire, avec les brochures et paperasses qu’elle contient, et pour le transport desquelles j’enverrai d’ici une malle, avec une lettre pour prier M. Deleyre de présider à ce dépaperassement.
Il faut ajouter à cela la petite précaution de commencer par payer madame Sabi, afin qu’elle ne s’effarouche pas de voir achever de vider mon appartement sans faire mention du terme commencé, et par conséquent dû.
Tout ceci suppose que le déménagement de madame d’Esclavelles est achevé, et afin que la voiture du jardinier ne revienne pas à vide tant qu’il y a des choses à rapporter. Au surplus, ma grande prudence, qui a fait tous ces arrangements avec beaucoup d’effort, ne laisse pas de s’en remettre à la vôtre sur les changements qu’il pourrait être à propos de faire à ce projet.
Recevez les très humbles remerciements de mademoiselle Le Vasseur. Vous aviez donc deviné que la bouteille à l’encre avait été très exactement répandue de la Chevrette ici sur tout le linge des bonnes gens, dont à peine une seule pièce est restée intacte ? Il semble que vous avez, ainsi que les dieux, une providence prévoyante et bienfaisante ; c’est à peu près ce qui a été dit en recevant votre présent. Le temps ne se raccommode point encore, et votre maison ne s’achève point. Ce n’est pas de quoi se rapprocher si tôt. Ce que vous avez à faire pour mettre cet intervalle à profit, c’est de continuer à raffermir tellement votre santé, que, quand vous serez à la Chevrette, vous puissiez venir fréquemment à l’Ermitage chercher un ami et la solitude. Je vous montrerai des promenades délicieuses, que j’en aimerai davantage encore quand une fois vous les aimerez.
Votre conseil est bon, et j’en userai désormais. J’aimerai mes amis sans inquiétude, mais sans froideur ; je les verrai avec transport, mais je saurai me passer d’eux. Je sens qu’ils ne cesseront jamais de m’être également chers, et je n’ai perdu pour eux que cette délicatesse excessive qui me rendait quelquefois incommode et presque toujours mécontent. Au surplus, je n’ai jamais douté des bonnes résolutions de Diderot ; mais il y a loin de sa porte à la mienne, et bien des gens à gratter en chemin. Je suis perdu s’il s’arrange pour me venir voir ; cent fois il en fera le projet, et je ne le verrai pas une. C’est un homme qu’il faudrait enlever de chez lui, et le prendre par force pour lui faire faire ce qu’il veut.
Bonjour, ma bonne amie, et non pas madame, quoique je l’aie mis deux fois par inadvertance au commencement de ce griffonnage. Mais pourquoi ce correctif, et que fait la différence des mots quand le coeur leur donne à tous le même sens ?
Lettre CIX – À la même
Je suis inquiet, madame, de l’état où je vous ai laissée hier ; faites-moi donner des nouvelles de votre santé. Efforcez-vous de la rétablir pour l’amour de vous et de moi, et croyez, malgré toute la maussaderie de votre sauvage, que vous trouverez difficilement un plus véritable ami que lui.
Lettre CIX – À M. de Scheyb
SECRÉTAIRE DES ÉTATS DE LA BASSE-AUTRICHE.
[581]
À l’Ermitage, le 15 juillet 1756.
Vous me demandez, monsieur, des louanges pour vos augustes souverains et pour les lettres qu’ils font fleurir dans leurs états. Trouvez bon que je commence par louer en vous un zélé sujet de l’impératrice et un bon citoyen de la république des lettres. Sans avoir l’honneur de vous connaître, je dois juger, à la ferveur qui vous anime, que vous vous acquittez parfaitement vous-même des devoirs que vous imposez aux autres, et que vous exercez à la fois les fonctions d’homme d’état au gré de leurs majestés, et celles d’auteur au gré du public.
I have found two errors in the joint account regarding the money you gave me; both of them are to your disadvantage and make me suspect that you may have made other similar mistakes, which would not go unnoticed for long. The first error amounts to fourteen pounds: you are paying seven hands of Dutch paper at five pounds and five pence each, whereas it actually cost me three pounds and five pence, and I have noted this for your reference. The second error is six pounds, relating to a Racine play that I never received in the first place, so it is impossible you could have sold it to my benefit. In total, these amount to twenty francs, which should be credited to your account. Having dealt with the financial matters, let’s get back to our original topic.
These past few days, I have thought only of myself; I have savored the beauties of my dwelling and the charms of complete freedom. But this morning, as I strolled in a delightful place, I imagined my old friend Diderot by my side. As I pointed out to him all the pleasures of that walk, I realized that these pleasures were even greater for me. I do not know whether I will ever truly be able to enjoy such heightened sensations; but if it is possible at some time, it will probably be thanks to the help of my old friend Grimm. Perhaps he could—and would—arrange for me to meet the friend I introduced to him, and share with me the joy of receiving him. It is not yet the right time to talk about all this; but you, my dear friend, when will we see each other again—you, in good health, and your savior[574], free from any troubles? He has promised to come, and he certainly will. As for you, my kind friend, no matter how much I long to see you, if you come without him, please do not come without his permission. Goodbye; despite the hermit’s beard[575] and the bear’s fur, please allow me to kiss you. And bring to the lord of this dwelling the respects of his most devoted subject and honorary fountainkeeper[576].
The governors wish for me to implore you to accept their most humble respects; they are getting used to this place, just as well as I am—and even better than my cat is.
Letter CVI – To the Same One
The Hermitage, May 1756.
I wanted to go and see you on Thursday, but the weather ruined the roads; they haven’t been dried yet. Nevertheless, if the weather is good tomorrow, I plan to try making the trip. In the meantime, please let me know how you are, for I am worried about both your physical and mental well-being. Goodbye, madam and friend; I look forward to those moments of tranquility when you will have time to love me a little.
Here are your two books; I thank you for them.
Letter CVII – To the Same One
The Hermitage, May 1756.
Madam, you will be pleased to hear that my stay here is becoming increasingly delightful for me; either you or I will change greatly, or else I will never leave. You, together with Monsieur d’Épinay, will enjoy the satisfaction of having made a man happy. This is certainly something worth not regretting in exchange for the coat from which you offer me half of it[579].
I still have one small problem to resolve; it’s the remainder of my complaint. Madam, I would kindly ask you to help me get out of this predicament. To do that, I would like to, but let’s proceed in order; there are so many things I want to ask for that I need to prioritize them.
1° To pay Madame Sabi 89 livres and 16 sous for rent and a fixed amount per person, in accordance with the entry I have made in the attached small book.
2° To receive a receipt from both parties in respect of said book.
3° Grant leave at the end of this term.
4° Today, try to have the bed and the tapestry in the alcove removed, if possible.
5° Load both of them onto the gardener’s car, along with the mattresses and any pottery or small utensils that can be added to them.
6° To do this, it would be necessary to send someone competent to talk with the gardener boy, so that he could disassemble and pack everything without causing any damage.
7° For another journey, there will still be a camp bed in the attic, about forty bottles that are still in the cellar; and there is also the wardrobe, along with all the brochures and papers it contains. To transport these items, I will send a trunk from here, along with a letter asking Mr. Deleyre to oversee this process of organizing the papers.
In addition to this, it is necessary to take the small precaution of paying Madame Sabi in advance, so that she does not become alarmed when she sees my apartment being emptied without any mention of the agreed-upon and therefore due payment.
All of this assumes that Madame d’Esclavelles’ move has been completed, and in order to prevent the gardener’s car from returning empty while there are still things to be transported. Moreover, my own great caution, which involved considerable effort in making all these arrangements, does not allow me to rely solely on your judgment regarding any possible adjustments that might need to be made to this plan.
Please accept the most humble thanks of Mademoiselle Le Vasseur. So you had already guessed that the ink bottle had been used to deliberately spread ink over all the laundry belonging to these good people, leaving not a single piece intact? It seems that you, just like the gods, possess a provident and benevolent nature; something very similar was said when your gift was received. Time has not yet begun to heal its wounds, and your house is still far from completion. It would be premature to think about returning so soon. What you need to do now is to continue to take good care of your health, so that when you are at the Chevrette, you will be able to come to the Hermitage often to seek the company of a friend and some solitude. I will show you some delightful walks—places that I will love even more once you learn to appreciate them as well.
Your advice is good, and I will follow it from now on. I would like to have my friends without worry, but not without warmth; I would see them with joy, yet I would also be able to do without them. I feel that they will always remain dear to me, and what I have lost in their regard is merely that excessive sensitivity which sometimes caused me discomfort and almost always dissatisfaction. Moreover, I have never doubted Diderot’s good intentions; but there is a long way between his home and mine, and many obstacles to overcome along the way. I would be lost if he tried to come and see me; he might plan to do so a hundred times, yet I would never see him once. Such a man would need to be taken away from his home by force in order to make him do what is desired of him.
Hello, my good friend—no, not “madame,” although I inadvertently wrote it that way twice at the beginning of this scribble. But why such a correction? And what difference does it make between words when the -heart gives them all the same meaning?
Letter CIX – To the Same One
Madam, I am worried about the state you were in when I left you yesterday; please let me know how you are. Please do your best to recover, for the sake of both you and me. Believe me—despite all the hardships of your situation, it would be very difficult for you to find a more sincere friend than him.
Letter CIX – To Mr. de Scheyb
Secretary of State of Lower Austria.
[581]
At the Hermitage, on July 15, 1756.
You ask me, sir, to praise your august sovereigns and the literary endeavors they promote in their realms. Allow me then to begin by praising you as a zealous subject of the Empress and a worthy citizen of the Republic of Letters. Though I have not the honor of knowing you personally, I must conclude, from the fervor with which you pursue these pursuits, that you fulfill perfectly the duties you impose upon others—and that you simultaneously carry out the responsibilities of a statesman at the service of your sovereigns and those of an author who responds to the demands of the public.
Ho trovato due errori nel conto congiunto riguardo al denaro che mi avete consegnato; entrambi sono a vostro svantaggio e mi fanno sospettare che possiate averne commessi altri dello stesso tipo, il che non vi riuscirebbe per molto tempo. Il primo errore riguarda quattordici lire: pagate sette fogli di carta olandese a cinque lire e cinque soldi l’uno, invece di tre lire e cinque soldi, che è stato il mio costo e che vi ho indicato chiaramente. Il secondo errore riguarda sei lire per un’opera di Racine che non ho mai avuto, quindi non potete averla venduta a mio vantaggio; in totale, si tratta di venti franchi per cui siete creditata sul mio conto. Ora parliamo del denaro, e torniamo al nostro argomento principale.
In questi giorni ho pensato soltanto a me stesso; ho goduto delle bellezze della mia dimora e dei piaceri di una totale libertà. Ma questa mattina, passeggiando in un luogo delizioso, ho immaginato il mio vecchio amico Diderot al mio fianco; notando con lui i pregi di quella passeggiata, mi sono reso conto che tali piaceri aumentavano anche per me. Non so se riuscirò mai davvero a godere appieno di questo aumento. Se ciò dovesse accadere, probabilmente sarà grazie al favore del mio vecchio amico Grimm: forse potrà e vorrà organizzare un incontro con l’amico che gli ho procurato, per condividere con me la gioia di riceverlo. Non è ancora il momento di parlare di tutto questo. Ma voi, quando ci rivedremo? In salute, e il vostro salvatore senza problemi? Mi ha promesso di venire, e sicuramente lo farà. Quanto a voi, mia cara amica. Per quanto desideri vedermi, se venite senza di lui, almeno non venite senza la sua autorizzazione. Addio. Nonostante la barba dell’eremita e il pelo dell’orso, permettetemi di baciarvi. E portate ai piedi del signore di questa casa gli omaggi del suo molto devoto suddito e onorario fontaniere.
Le governatrici desiderano che io vi supplichi di accettare i loro più umili rispetti; si sono abituate, qui, quasi quanto me, e molto meglio del mio gatto.
Lettera CVI – Alla stessa persona
L’Ermitage, maggio 1756.
Volevo andare a trovarvi giovedì, ma il maltempo ha rovinato completamente i sentieri, che non sono ancora stati asciugati; tuttavia, se il tempo migliora, proverò comunque a partire domani. Nel frattempo, fatemi sapere come state, perché sono preoccupato per la vostra salute fisica e mentale. Salve, signora e amica mia; aspetto con impazienza quei momenti di tranquillità in cui avrete il tempo di amarmi un po’.
Ecco i vostri due libri, per i quali vi ringrazio.
Lettera CVII – Alla stessa persona
L’Ermitage, maggio 1756.
Sarà certamente un grande conforto per voi, signora, sapere che il mio soggiorno qui mi diventa sempre più piacevole; o noi due cambieremo molto, oppure non ne uscirò mai. Godrete, insieme a Monsieur d’Épinay, del piacere di aver reso felice un uomo. Ed è proprio per questo che non dovrete rimpiangere lo scambio di mantelli di cui mi offrite metà[579].
Mi resta ancora una piccola questione da risolvere: si tratta del resto della mia dichiarazione. Signora, dovrete per favore aiutarmi a uscire da questa situazione imbarazzante. Per farlo, vorrei, ma procediamo un po’ in ordine; voglio infatti molte cose, e quindi devo stabilire quali siano le priorità.
1° Pagare a madama Sabi 89 lire e 16 soldi per l’affitto e la tassa di capitazione, secondo quanto ho annotato nel libretto allegato.
2° Ricevere una ricevuta da entrambe le parti relativa allo stesso libro.
3° Concedere congedo alla fine di questo periodo.
4° Far smontare oggi il letto e la tappezzeria dell’alcova, se ciò è possibile.
5° Caricare entrambi sul furgone del giardiniere, insieme ai materassi e a tutto ciò che si possa aggiungere in termini di ceramiche e piccoli utensili domestici.
6° Per farlo, sarebbe necessario inviare qualcuno competente che possa smontare e imballare tutto senza causare alcun danno.
7° Per un altro viaggio, rimarranno un letto da campeggio che si trova nel solaio, una quarantina di bottiglie ancora in cantina; e l’armadio, con le brochures e i documenti che contiene. Per trasportarli, invierò da qui una valigia, insieme a una lettera nella quale chiederò a Monsieur Deleyre di occuparsi personalmente di questo smistamento dei documenti.
Inoltre, è necessario prendere questa piccola precauzione: iniziare pagando la signora Sabi, così da evitare che si spaventi nel vedere il mio appartamento svuotato senza che venga menzionata la scadenza prevista e, di conseguenza, l’importo dovuto.
Tutto ciò presuppone che il trasloco di madame d’Esclavelles sia già terminato; inoltre, affinché la carrozza del giardiniere non torni a vuoto finché ci sono ancora cose da portare via, ho preso tutte queste precauzioni con grande cura. In ogni caso, la mia grande prudenza, che ha organizzato tutto questo con tanto impegno, non mi permette di affidarmi interamente alla vostra per quanto riguarda eventuali modifiche da apportare a questo progetto.
Accettate le più umili ringraziamenti di mademoiselle Le Vasseur. Quindi avevate indovinato che l’inchiostro era stato distribuito con estrema precisione dalla Chevrette su tutti i vestiti delle persone oneste, e che a malapena un solo pezzo fosse rimasto intatto? Sembra che voi, proprio come gli dei, possediate una provvidenza previdente e benevola; è più o meno ciò che è stato detto quando vi abbiamo ricevuto il vostro dono. Il tempo non si è ancora ripreso, e la vostra casa non è ancora completata. Non è ancora il momento di avvicinarsi troppo l’uno all’altro. Quello che dovete fare per sfruttare questo periodo è continuare a rafforzare la vostra salute, in modo che, quando sarete alla Chevrette, possiate venire spesso all’Ermitage a cercare un amico e la solitudine. Vi mostrerò dei sentieri incantevoli, che amerò ancora di più quando anche voi li amerete.
Il vostro consiglio è ottimo, e lo seguirò d’ora in poi. Vorrei amare i miei amici senza preoccupazioni, ma senza freddezza; li vedrei con gioia, ma saprei anche fare a meno di loro. Sento che continueranno sempre ad essere ugualmente cari per me, e tutto ciò che ho perso per loro è quella delicatezza eccessiva che a volte mi causava disagio e quasi sempre insoddisfazione. Inoltre, non ho mai dubitato delle buone intenzioni di Diderot; ma c’è molta distanza tra la sua casa e la mia, e ci sono molte persone da superare lungo il cammino. Sono perduto se lui decidesse di venire a trovarmi: cento volte ne avrà l’intenzione, ma non lo vedrò mai arrivare. È un uomo che bisognerebbe portare via dalla sua casa, e costringerlo con la forza a fare ciò che si vuole da lui.
Ciao, mia cara amica, e non “madame”, anche se per errore l’ho scritto due volte all’inizio di questo scarabocchio. Ma perché questo rettifica? E qual è la differenza tra queste parole, quando il cuore ne dà a tutte lo stesso significato?
Lettera CIX – Alla stessa persona
Sono preoccupato, signora, per lo stato in cui vi ho lasciata ieri; fatemi sapere come state. Cerchate di riprendervi, per il vostro bene e per il mio. E credetemi: non troverete mai un amico più sincero e devoto di lui.
Lettera CIX – A Monsieur de Scheyb
Segretario di Stato della Bassa Austria.
[581]
All’Ermitage, il 15 luglio 1756.
Mi chiedete, signore, di lodare i vostri augusti sovrani e le lettere che fanno fiorire nei loro regni. Permettetemi allora di iniziare lodando in voi un devoto suddito dell’imperatrice e un buon cittadino della repubblica delle lettere. Senza l’onore di conoscervi personalmente, devo giudicare, dalla passione che vi anima, che svolgete perfettamente i doveri che imponete agli altri, e che esercitate al contempo le funzioni di statista a servizio delle loro maestà e quelle di autore a beneficio del pubblico.
À l’égard des soins dont vous me chargez, je sais bien, monsieur, que je ne serais pas le premier républicain qui aurait encensé le trône, ni le premier ignorant qui chanterait les arts ; mais je suis si peu propre à remplir dignement vos intentions, que mon insuffisance est mon excuse, et je ne sais comment les grands noms que vous citez vous ont laissé songer au mien. Je vois d’ailleurs, au ton dont la flatterie usa de tout temps avec les princes vulgaires, que c’est honorer ceux qu’on estime que de les louer sobrement ; car on sait que les princes loués avec le plus d’excès sont rarement ceux qui méritent le mieux de l’être. Or il ne convient à personne de se mettre sur les rangs avec le projet de faire moins que les autres, surtout quand on doit craindre de faire moins bien. Permettez-moi donc de croire qu’il n’y a pas plus de vrai respect pour l’empereur et l’impératrice-reine dans les écrits des auteurs célèbres dont vous me parlez, que dans mon silence, et que ce serait une témérité de le rompre à leur exemple, à moins que d’avoir leurs talents.
Vous me pressez aussi de vous dire si leurs majestés impériales ont bien fait de consacrer de magnifiques établissements et des sommes immenses à des leçons publiques dans leur capitale ; et, après la réponse affirmative de tant d’illustres auteurs, vous exigez encore la mienne. Quant à moi, monsieur, je n’ai pas les lumières nécessaires pour me déterminer aussi promptement ; et je ne connais pas assez les moeurs et les talents de vos compatriotes pour en faire une application sûre à votre question. Mais voici là-dessus le précis de mon sentiment, sur lequel vous pourrez, mieux que moi, tirer la conclusion.
Par rapport aux moeurs. Quand les hommes sont corrompus, il vaut mieux qu’ils soient savants qu’ignorants ; quand ils sont bons, il est à craindre que les sciences ne les corrompent.
Par rapport aux talents. Quand on en a, le savoir les perfectionne et les fortifie ; quand on en manque, l’étude ôte encore la raison, et fait un pédant et un sot d’un homme de bon sens et de peu d’esprit.
Je pourrais ajouter à ceci quelques réflexions. Qu’on cultive ou non les sciences, dans quelque siècle que naisse un grand homme, il est toujours un grand homme ; car la source de son mérite n’est pas dans les livres, mais dans sa tête, et souvent les obstacles qu’il trouve et qu’il surmonte ne font que l’élever et l’agrandir encore. On peut acheter la science et même les savants ; mais le génie, qui rend le savoir utile, ne s’achète point ; il ne connaît ni l’argent, ni l’ordre des princes ; il ne leur appartient point de le faire naître, mais seulement de l’honorer ; il vit et s’immortalise avec la liberté qui lui est naturelle, et votre illustre Métastase lui-même était déjà la gloire de l’Italie avant d’être accueilli par Charles VI. Tâchons donc de ne pas confondre le vrai progrès des talents avec la protection que les souverains peuvent leur accorder. Les sciences règnent pour ainsi dire à la Chine depuis deux mille ans, et n’y peuvent sortir de l’enfance, tandis qu’elles sont dans leur vigueur en Angleterre, où le gouvernement ne fait rien pour elles. L’Europe est vainement inondée de gens de lettres, les gens de mérite y sont toujours rares ; les écrits durables le sont encore plus, et la postérité croira qu’on fit bien peu de livres dans ce même siècle où l’on en fait tant.
Quant à votre patrie en particulier, il se présente, monsieur, une observation bien simple : l’impératrice et ses augustes ancêtres n’ont pas eu besoin de gager des historiens et des poètes pour célébrer les grandes choses qu’ils voulaient faire ; mais ils ont fait de grandes choses, et elles ont été consacrées à l’immortalité comme celles de cet ancien peuple qui savait agir et n’écrivait point. Peut-être manquait-il à leurs travaux le plus digne de les couronner, parce qu’il est le plus difficile ; c’est de soutenir, à l’aide des lettres, tant de gloire acquise sans elles.
Quoi qu’il en soit, monsieur, assez d’autres donneront aux protecteurs des sciences et des arts des éloges que leurs majestés impériales partageront avec la plupart des rois : pour moi, ce que j’admire en elles, et qui leur est plus véritablement propre, c’est leur amour-constant pour la vertu et pour tout ce qui est honnête. Je ne nie pas que votre pays n’ait été longtemps barbare ; mais je dis qu’il était plus aisé d’établir les beaux-arts chez les Huns que de faire de la plus grande cour de l’Europe une école de bonnes moeurs.
Au reste, je dois vous dire que votre lettre ayant été adressée à Genève avant de venir à Paris, elle a resté près de six semaines en route, ce qui m’a privé du plaisir d’y répondre aussi tôt que je l’aurais voulu.
Je suis, autant qu’un honnête homme peut l’être d’un autre, monsieur, etc.
Observation
Dans cette lettre, qu’un mélange de persiflage et de philosophie rend très remarquable, Rousseau résume son opinion sur la querelle littéraire élevée à l’occasion de son premier discours. Quand il dit qu’il vaut mieux que les hommes corrompus soient savants qu’ignorants, il fait voir combien on avait dénaturé cette opinion. En demandant si naïvement des louanges pour ses souverains, M. Scheyb s’adressait à quelqu’un qui n’en était pas prodigue.
Lettre CXII – À M. de Voltaire sur la Providence
Le 18 août 1756.
Vos deux derniers poèmes[583], monsieur, me sont parvenus dans ma solitude, et quoique tous mes amis connaissent l’amour que j’ai pour vos écrits, je ne sais de quelle part ceux-ci me pourraient venir, à moins que ce ne soit de la vôtre. Ainsi je crois vous devoir remercier à la fois de l’exemplaire et de l’ouvrage. J’y ai trouvé le plaisir avec l’instruction, et reconnu la main du maître. Je ne vous dirai pas que tout m’en paraisse également bon ; mais les choses qui m’y déplaisent ne font que m’inspirer plus de confiance pour celles qui me transportent : ce n’est pas sans peine que je défends quelquefois ma raison contre les charmes de votre poésie ; mais c’est pour rendre mon admiration plus digne de vos ouvrages que je m’efforce de n’y pas tout admirer[584].
Je ferai plus, monsieur, je vous dirai sans détour, non les beautés que j’ai cru sentir dans ces deux | poèmes, la tâche effraierait ma paresse, ni même les défauts qu’y remarqueront peut-être de plus habiles gens que moi, mais les déplaisirs qui troublent en cet instant le goût que je prenais à vos leçons ; et je vous les dirai, encore attendri d’une première lecture où mon coeur écoutait avidement le vôtre, vous aimant comme mon frère, vous honorant comme mon maître, me flattant enfin que | vous reconnaîtrez dans mes intentions la franchise d’une âme droite, et dans mes discours le ton d’un ami de la vérité qui parle à un philosophe. D’ailleurs, plus votre second poème m’enchante, plus je prends librement parti contre le premier ; car, si vous n’avez pas craint de vous opposer à vous-même, pourquoi craindrais-je d’être de votre avis ? Je dois croire que vous ne tenez pas beaucoup à des sentiments que vous réfutez si bien.
Tous mes griefs sont donc contre votre Poème sur le Désastre de Lisbonne, parce que j’en attendais des effets plus dignes de l’humanité qui paraît vous l’avoir inspiré. Vous reprochez à Pope et à Leibnitz d’insulter à nos maux en soutenant que tout est bien, et vous chargez tellement le tableau de nos misères, que vous en aggravez le sentiment : au lieu des consolations que j’espérais, vous ne faites que m’affliger ; on dirait que vous craignez que je ne voie pas assez combien je suis malheureux, et vous croiriez, ce semble, me tranquilliser beaucoup en me prouvant que tout est mal.
Ne vous y trompez pas, monsieur, il arrive tout le contraire de ce que vous vous proposez. Cet optimisme, que vous trouvez si cruel, me console pourtant dans les mêmes douleurs que vous me peignez comme insupportables. Le poème de Pope adoucit mes maux et me porte à la patience ; le vôtre aigrit mes peines, m’excite au murmure, et m’ôtant tout, hors une espérance ébranlée, il me réduit au désespoir. Dans cette étrange opposition qui règne entre ce que vous prouvez et ce que j’éprouve, calmez la perplexité qui m’agite, et dites-moi qui s’abuse du sentiment ou de la raison.
Regarding the duties you entrust to me, I am well aware, sir, that I would not be the first republican to praise the throne, nor the first ignorant person to extol the arts; but I am so utterly unfit to fulfill your intentions that my inadequacy is in fact my excuse. I cannot understand how those great names you mention could have led you to consider me worthy of such a role. Moreover, judging by the tone always used by flatterers toward ordinary princes, it seems that true honor lies in praising them modestly—for it is well known that those who are most excessively praised are often not those who truly deserve it. And surely no one should seek to fall short of others, especially when there is a risk of doing even worse. Therefore, allow me to believe that the respect shown for the Emperor and Empress-Rainbow in the writings of those famous authors you mention is no different from my own silence; and that it would be sheer audacity to break this silence by following their example, unless one possesses their talents as well.
You also urge me to tell you whether your imperial majesties were right in dedicating magnificent institutions and enormous sums of money to public lectures in their capital; and after receiving affirmative answers from so many distinguished authors, you still demand one from me as well. As for me, sir, I do not possess the necessary knowledge to form a judgment so promptly; nor am I sufficiently familiar with the customs and talents of your compatriots to apply it confidently to your question. However, here is my precise opinion on this matter, and you may draw your own conclusions far more accurately than I could.
In terms of morals: when men are corrupt, it is better for them to be knowledgeable than ignorant; but when they are good, there is a risk that knowledge may corrupt them.
In terms of talents, when one possesses them, knowledge refines and strengthens them; but when one lacks them, study only deprives one of reason, turning a person of good sense and little intellect into a pedantic fool.
I could add some reflections to this. Whether or not science is cultivated, whenever a great man emerges in any century, he remains a great man; for the source of his merit lies not in books, but in his own mind. Often, the obstacles he encounters and overcomes only serve to elevate and enhance him further. One can buy knowledge and even scholars; but genius, which makes that knowledge useful, cannot be purchased. It knows neither money nor the power of princes; it does not depend on them to bring it into existence, but merely to honor it. Genius lives and achieves immortality through the freedom that is its very nature. Even your illustrious Metastase was already a glory for Italy before he was welcomed by Charles VI. Let us therefore strive not to confuse true progress in talent with the protection that sovereigns may offer it. In China, science has existed for two thousand years and yet remains in its infancy; whereas in England, where the government does nothing to support it, science flourishes at its peak. Throughout Europe, though there are countless men of letters, those of real merit are still rare; enduring works are even rarer still, and future generations will likely think that far fewer books were written in this century than are being produced today.
As for your particular country, sir, there is a very simple observation to make: the empress and her august ancestors did not need to rely on historians and poets to celebrate the great things they sought to accomplish; yet they accomplished great things, and those achievements were granted immortality, just like those of that ancient people who knew how to act but did not write. Perhaps what was most lacking in their endeavors was precisely what would have crowned them with true glory—the ability to sustain, through literature, so much renown that had been gained without it.
In any case, sir, there will be many others who will offer praises to the protectors of science and the arts, praises that even their imperial majesties would share with most kings. For me, what I admire in them—and what is truly inherent to them—is their constant love for virtue and for all that is honest and honorable. I do not deny that your country was once barbaric; but I say that it would have been far easier to establish the arts among the Huns than to turn Europe’s most prestigious courts into schools of good manners.
Furthermore, I must inform you that since your letter was sent to Geneva before arriving in Paris, it took nearly six weeks to reach me, which prevented me from responding to it as promptly as I would have wished.
I am, as an honest man can be towards another, Mr. etc.
Observation
In this letter, which is remarkable for its blend of irony and philosophy, Rousseau summarizes his views on the literary controversy that arose in connection with his first speech. When he says that it is better for corrupt people to be wise than ignorant, he reveals how greatly this opinion had been distorted. By asking so naively for praise for his sovereigns, Mr. Scheyb was addressing someone who was far from generous in offering such praise.
Letter CXII – To Mr. de Voltaire on Providence
On August 18, 1756.
Your last two poems[583], sir, have reached me in my solitude. Although all my friends are aware of my fondness for your writings, I have no idea how they could have come to me, unless it was through you. Therefore, I believe I owe you my thanks both for the poem itself and for the work it represents. In them, I found both pleasure and enlightenment, and I recognized the hand of a master. I would not say that everything in them pleases me equally; but those aspects that do not please me only inspire me to have even greater confidence in those that delight me. It is not without effort that I sometimes defend my reason against the charms of your poetry; but it is precisely in order to make my admiration more worthy of your works that I strive not to admire everything in them[584].
I will say more, sir; I will speak without reservation. Not the beauties that I believed to perceive in those two poems—not even the faults that more discerning people might notice—no, it is rather the displeasures that disturb my enjoyment of your lectures at this moment that I wish to express. And I will say them still, moved by the first reading when my heart eagerly listened to yours; loving you as a brother, respecting you as a master, and finally feeling flattered that you would recognize in my intentions the sincerity of an upright soul, and in my words the tone of a friend of truth speaking to a philosopher. Indeed, the more your second poem delights me, the more freely I take sides against the first; for if you did not hesitate to oppose yourself, why should I fear to agree with you? I must believe that you do not hold much value on the sentiments that you so vehemently reject.
Therefore, all my grievances are directed at your Poem on the Disaster of Lisbon, for I expected it to have effects more befitting humanity, which seems to have inspired you. You accuse Pope and Leibnitz of insulting our sufferings by claiming that everything is well; moreover, you paint the picture of our miseries in such vivid detail that you only serve to intensify our feelings of sorrow. Instead of the consolation I hoped for, you only cause me further anguish. It seems as if you fear that I might not realize just how unhappy I am, and you believe that proving to me that everything is bad will actually bring me some relief.
Do not be mistaken, sir; the very opposite of what you intend happens. This optimism, which you find so cruel, actually comforts me in the very same pains that you describe as unbearable. Pope’s poem alleviates my suffering and inspires patience in me; yours, on the other hand, intensifies my pain, incites rebellion within me, and, taking away everything except a fragile hope, leaves me in despair. In this strange contradiction between what you claim and what I experience, please resolve the confusion that plagues me and tell me—whom it is that is deceiving itself, whether by emotion or by reason.
Per quanto riguarda i compiti che mi affidate, so bene, signore, che non sarei il primo repubblicano a lodare il trono, né il primo ignorante a esaltare le arti; ma sono così lontano dal poter adempiere degnamente alle vostre intenzioni, che la mia insufficienza è proprio la mia scusa. Non so davvero come i grandi nomi che citate possano avervi fatto pensare a me. Inoltre, osservando il tono con cui la lusinga è sempre stata usata nei confronti dei principi comuni, si capisce che onorarli consiste proprio nel lodarli in modo sobrio; infatti, si sa bene che i principi lodati con eccesso sono raramente quelli che meritano davvero di essere così esaltati. E non è certo appropriato per nessuno mettersi al loro livello con l’intenzione di fare meno degli altri, soprattutto quando si teme di non riuscire nemmeno a farlo bene. Permettetemi quindi di credere che nel silenzio dei grandi autori di cui parlate non ci sia certo meno rispetto per l’imperatore e l’imperatrice-regina di quanto ce ne sia nei miei scritti. E sarebbe una temerarietà rompere questo silenzio seguendo il loro esempio, a meno di possedere i loro talenti.
Mi esortate anche voi a dirvi se le loro maestà imperiali abbiano fatto bene a dedicare istituzioni magnifiche e somme enormi a lezioni pubbliche nella loro capitale; e, dopo la risposta affermativa di tanti illustri autori, esigete ancora la mia. Quanto a me, signore, non dispongo delle conoscenze necessarie per decidere con tanta rapidità; inoltre, non conosco abbastanza le usanze e i talenti dei vostri connazionali per poter dare una risposta certa alla vostra domanda. Ecco tuttavia il dettaglio delle mie opinioni, su cui potrete trarre voi stessi le conclusioni migliori di me.
In termini di costumi sociali: quando gli uomini sono corrotti, è meglio che siano istruiti piuttosto che ignoranti; quando invece sono buoni, si teme che le scienze possano corromperli.
Per quanto riguarda i talenti: quando ne si possiedono, la conoscenza li perfeziona e li rafforza; quando invece ne mancano, lo studio finisce per privare una persona della ragione, trasformandola da una persona di buon senso e scarsa intelligenza in un pedante o uno sciocco.
Potrei aggiungere alcune riflessioni a questo argomento. Che si coltivino o meno le scienze, in ogni secolo che nasca un grande uomo, egli rimane comunque un grande uomo; infatti la fonte del suo merito non risiede nei libri, ma nella sua mente, e spesso gli ostacoli che incontra e supera lo fanno crescere ancora di più. Si può acquistare la scienza, persino gli studiosi; ma il genio, che rende utile la conoscenza, non si compra: non conosce né l’oro né l’autorità dei sovrani; non spetta a loro farlo nascere, ma soltanto onorarlo. Il genio vive e si immortala nella libertà che gli è naturale, e persino il vostro illustre Metastasio era già una gloria per l’Italia prima di essere accolto da Carlo VI. Cerchiamo quindi di non confondere il vero progresso dei talenti con la protezione che i sovrani possono loro offrire. In Cina le scienze regnano da duemila anni e non riescono ancora a uscire dall’infanzia, mentre in Inghilterra sono al loro apice, nonostante il governo non faccia nulla per sostenerle. In Europa, sebbene ci siano molti letterati, le persone di vero merito sono sempre rare; gli scritti che sopravvivono nel tempo lo sono ancora di più, e la posterità crederà che in questo stesso secolo in cui ne vengono prodotti tanti, in realtà ne siano stati scritti molto pochi.
Per quanto riguarda la vostra patria in particolare, signore, vi è un’osservazione molto semplice da fare: l’imperatrice e i suoi augusti antenati non hanno avuto bisogno di ricorrere a storici e poeti per celebrare le grandi imprese che volevano compiere; ma hanno effettivamente compiuto grandi imprese, e queste sono state consacrate all’immortalità, proprio come quelle di quel popolo antico che sapeva agire senza bisogno di scrivere. Forse alle loro azioni mancava ciò che avrebbe potuto renderle ancora più degne di lode: il fatto cioè di essere supportate dalle lettere, per rendere possibile celebrare una tale gloria ottenuta senza il loro aiuto.
In ogni caso, signore, ci sono molti altri che renderanno agli protettori delle scienze e delle arti gli elogi che anche le vostre maestà imperiali condivideranno con la maggior parte dei re; per quanto mi riguarda, ciò che ammiro in loro, e che è veramente loro proprio, è il loro costante amore per la virtù e per tutto ciò che è onesto. Non nego che il vostro paese sia stato a lungo barbaro; ma dico che era più facile diffondere le belle arti tra gli Unni che trasformare la più grande corte d’Europa in un luogo di educazione ai buoni costumi.
Del resto, devo dirvi che la vostra lettera, essendo stata inviata a Ginevra prima di arrivare a Parigi, è rimasta in viaggio per quasi sei settimane, il che mi ha impedito di rispondervi così presto come avrei voluto.
Sono, per quanto un uomo onesto possa esserlo verso un altro, signore, ecc.
Osservazione.
In questa lettera, caratterizzata da un misto di ironia e filosofia che la rende particolarmente interessante, Rousseau riassume il proprio punto di vista sulla controversia letteraria scatenata in occasione del suo primo discorso. Quando afferma che sia meglio che gli uomini corrotti siano saggi piuttosto che ignoranti, mostra quanto questa opinione sia stata distorta. Chiedendo con ingenuità lodi per i suoi sovrani, il signor Scheyb si rivolgeva in realtà a qualcuno che non era certo prodigo di tali lodi.
Lettera CXII – A Monsieur de Voltaire sulla Provvidenza
Il 18 agosto 1756.
I vostri ultimi due poemi[583], signore, sono giunti fino a me nella mia solitudine. E sebbene tutti i miei amici conoscano l’amore che provo per le vostre opere, non so da quale fonte possano essere arrivati, a meno che non sia dalla vostra. Pertanto credo di dovervi ringraziare sia per l’esemplare stesso che per l’opera in sé. In essi ho trovato piacere e istruzione insieme, e ho riconosciuto la mano del maestro. Non vi dirò che tutto mi piaccia ugualmente; ma ciò che non mi piace non fa altro che suscitare in me ancora maggiore fiducia nelle cose che mi entusiasmano. Non è senza difficoltà che a volte difendo la mia ragione contro i fascini della vostra poesia; ma è proprio per rendere la mia ammirazione più degna delle vostre opere che cerco di non ammirarvi in tutto[584].
Farò di più, signore: vi dirò senza mezzi termini non le bellezze che ho creduto di percepire in questi due poemi – una tale analisi spaventerebbe la mia pigrizia – né tantomeno i difetti che persone più esperte di me potrebbero notare, ma piuttosto quei dispiaceri che in questo momento disturbano il piacere che provavo nelle vostre lezioni. Ve li dirò ancora, commosso da quella prima lettura in cui il mio cuore ascoltava con avidità il vostro; vi amo come un fratello, vi rispetto come un maestro e sono infine lusingato dal pensiero che riconoscerete nelle mie intenzioni la franchezza di un’anima onesta, e nei miei discorsi il tono di un amico della verità che parla a un filosofo. Del resto, più il vostro secondo poema mi incanta, più liberamente prendo posizione contro il primo; perché, se non avete esitato a contraddirvi stesso, perché dovrei temere di essere d’accordo con voi? Devo credere che non teniate davvero molto a sentimenti che confutate con tanta fermezza.
Tutti i miei rimpianti riguardano quindi il vostro Poema sul Disastro di Lisbona, perché mi aspettavo che avesse effetti più degni dell’umanità, che sembra esservi ispirata. Vi rimproverate di Pope e di Leibnitz per aver insultato i nostri mali sostenendo che tutto vada bene; inoltre, descrivete con tale intensità le nostre miserie da aggravarne ancora il senso di dolore: al posto del conforto che speravo di trovare, non fate altro che rattristarmi. Sembra quasi che temiate che io non abbia sufficiente consapevolezza di quanto sia sfortunato, e credete di tranquillizzarmi molto dimostrandomi che tutto va male.
Non si inganni, signore: accade esattamente il contrario di ciò che lei propone. Questo ottimismo, che lei ritiene così crudele, in realtà mi consola nelle stesse sofferenze che lei descrive come insopportabili. Il poema di Pope allevia i miei mali e mi induce alla pazienza; il suo, invece, aggrava le mie pene, mi spinge al lamento e, togliendomi tutto tranne che una speranza incerta, mi riduce al disperio. In questa strana contraddizione tra ciò che lei afferma e ciò che io provo, placi la mia confusione e dica chi si sta ingannando: se è il sentimento o la ragione.
« Homme, prends patience, me disent Pope et Leibnitz, les maux sont un effet nécessaire de la nature et de la constitution de cet univers. L’Être éternel et bienfaisant qui le gouverne eût voulu t’en garantir : de toutes les économies possibles, il a choisi celle qui réunissait le moins de mal et le plus de bien ; ou, pour dire la même chose encore plus crûment s’il le faut, s’il n’a pas mieux fait, c’est qu’il ne pouvait mieux faire. »
Que me dit maintenant votre poème ? « Souffre à jamais, malheureux. S’il est un Dieu qui t’ait créé, sans doute il est tout-puissant, il pouvait prévenir tous tes maux : n’espère donc jamais qu’ils finissent ; car on ne saurait voir pourquoi tu existes, si ce n’est pour souffrir et mourir. » Je ne sais ce qu’une pareille doctrine peut avoir de plus consolant que l’optimisme et que la fatalité même ; pour moi, j’avoue qu’elle me paraît plus cruelle encore que le manichéisme. Si l’embarras de l’origine du mal vous forçait d’altérer quelqu’une des perfections de Dieu, pourquoi vouloir justifier sa puissance aux dépens de sa bonté ? S’il faut choisir entre deux erreurs, j’aime encore mieux la première.
Vous ne voulez pas, monsieur, qu’on regarde votre ouvrage comme un poème contre la Providence ; et je me garderai bien de lui donner ce nom, quoique vous ayez qualifié de livre contre le genre humain un écrit[585] où je plaidais la cause du genre humain contre lui-même. Je sais la distinction qu’il faut faire entre les intentions d’un auteur et les conséquences qui peuvent se tirer de sa doctrine. La juste défense de moi-même m’oblige seulement à vous faire observer qu’en peignant les misères humaines, mon but était excusable et même louable, à ce que je crois : car je montrais aux hommes comment ils faisaient leurs malheurs eux-mêmes, et par conséquent comment ils les pouvaient éviter.
Je ne vois pas qu’on puisse chercher la source du mal moral ailleurs que dans l’homme libre, perfectionné, partant corrompu ; et quant aux maux physiques, si la matière sensible et impassible est une contradiction, comme il me le semble, ils sont inévitables dans tout système dont l’homme fait partie ; et alors la question n’est point pourquoi l’homme n’est pas parfaitement heureux, mais pourquoi il existe. De plus, je crois avoir montré qu’excepté la mort, qui n’est presque un mal que par les préparatifs dont on la fait précéder, la plupart de nos maux physiques sont encore notre ouvrage. Sans quitter votre sujet de Lisbonne, convenez, par exemple, que la nature n’avait point rassemblé là vingt mille maisons de six à sept étages ; et que si les habitants de cette grande ville eussent été dispersés plus également et plus légèrement logés, le dégât eût été beaucoup moindre, et peut-être nul. Tout eût fui au premier ébranlement, et on les eût vus le lendemain à vingt lieues de là, tout aussi gais que s’il n’était rien arrivé. Mais il faut rester, s’opiniâtrer autour des masures, s’exposer à de nouvelles secousses, parce que ce qu’on laisse vaut mieux que ce qu’on peut emporter. Combien de malheureux ont péri dans ce désastre pour vouloir prendre, l’un ses habits, l’autre ses papiers, l’autre son argent ! Ne sait-on pas que la personne de chaque homme est devenue la moindre partie de lui-même, et que ce n’est presque pas la peine de la sauver quand on a perdu tout le reste ?
Vous auriez voulu que le tremblement se fût fait au fond d’un désert plutôt qu’à Lisbonne. Peut-on douter qu’il ne s’en forme aussi dans les déserts ? mais nous n’en parlons point, parce qu’ils ne font aucun mal aux messieurs des villes, les seuls hommes dont nous tenions compte. Ils en font peu même aux animaux et aux sauvages qui habitent épars ces lieux retirés, et qui ne craignent ni la chute des toits, ni l’embrasement des maisons. Mais que signifierait un pareil privilège ? Serait-ce donc à dire que l’ordre du monde doit changer selon nos caprices, que la nature doit être soumise à nos lois, et que pour lui interdire un tremblement de terre en quelque lieu, nous n’avons qu’à y bâtir une ville ?
Il y a des événements qui nous frappent souvent plus ou moins, selon les faces par lesquelles on les considère, et qui perdent beaucoup de l’horreur qu’ils inspirent au premier aspect, quand on veut les examiner de près. J’ai appris dans Zadig, et la nature me confirme de jour en jour qu’une mort accélérée n’est pas toujours un mal réel,-et qu’elle peut quelquefois passer pour un bien relatif. De tant d’hommes écrasés sous les ruines de Lisbonne, plusieurs, sans doute, ont évité de plus grands malheurs ; et malgré ce qu’une pareille description a de touchant et fournit à la poésie, il n’est pas sûr qu’un seul de ces infortunés ait plus souffert que si, selon le cours ordinaire des choses, il eût attendu dans de longues angoisses la mort qui l’est venue surprendre. Est-il une fin plus triste que celle d’un mourant qu’on accable de soins inutiles, qu’un notaire et des héritiers ne laissent pas respirer, que les médecins assassinent dans son lit à leur aise, et à qui des prêtres barbares font avec art savourer la mort ? Pour moi, je vois partout que les maux auxquels nous assujettit la nature sont moins cruels que ceux que nous y ajoutons.
Mais, quelque ingénieux que nous puissions être à fomenter nos misères à force de belles institutions, nous n’avons pu jusqu’à présent nous perfectionner au point de nous rendre généralement, la vie à charge, et de préférer le néant à notre existence, sans quoi le découragement-et le désespoir se aéraient bientôt emparés du plus grand nombre, et le genre humain n’eût pu subsister longtemps. Or, s’il est mieux pour nous d’être que de n’être pas, c’en serait assez pour justifier notre existence, quand même nous n’aurions aucun dédommagement à attendre des maux que nous avons à souffrir, et que ces maux seraient aussi grands que vous les dépeignez. Mais il est difficile de trouver, sur ce point, de la bonne foi chez les hommes, et de bons calculs chez les philosophes, parce que ceux-ci, dans la comparaison des biens et des maux, oublient toujours le doux sentiment de l’existence indépendant de toute autre sensation, et que la vanité de mépriser la mort engage les autres à calomnier la vie, à peu près comme ces femmes qui, avec une robe tachée et des ciseaux, prétendent aimer mieux des trous que des taches.
Vous pensez, avec Érasme, que peu de gens voudraient renaître aux mêmes conditions qu’ils ont vécu ; mais tel tient sa marchandise fort haut, qui en rabattrait beaucoup s’il avait quelque espoir de conclure le marché. D’ailleurs, qui dois-je croire que vous avez consulté sur-cela ? des riches, peut-être, rassasiés de faux plaisirs, mais ignorant les véritables, toujours ennuyés de la vie, et toujours tremblants de la perdre ; peut-être des gens de lettres, de tous les ordres d’hommes le plus sédentaire, le plus malsain, le plus réfléchissant, et par conséquent le plus malheureux. Voulez-vous trouver des hommes de meilleure composition, ou du moins, communément plus sincères, et qui, formant le plus grand nombre, doivent au moins pour cela être écoutés par préférence ; consultez un honnête bourgeois qui aura passé une vie obscure et tranquille, sans projets et sans ambition ; un bon artisan qui vit commodément de son métier ; un paysan même, non de France, où l’on prétend qu’il faut les faire mourir de misère afin qu’ils nous fassent vivre, mais du pays, par exemple, où vous êtes, et généralement de tout pays libre. J’ose poser en fait qu’il n’y a peut-être pas dans le Haut-Valais un seul montagnard mécontent de sa vie presque automate, et qui n’acceptât volontiers, au lieu même du paradis qu’il attend et qui lui est dû, le marché de renaître sans cesse pour végéter ainsi perpétuellement. Ces différences me font croire que c’est souvent l’abus que nous faisons de la vie qui nous la rend à charge ; et j’ai bien moins bonne opinion de ceux qui sont fâchés d’avoir vécu, que de celui qui peut dire avec Caton : Nec me vixisse poenitet, quoniàm ità vixi, ut frustra me natum non existimem. Cela n’empêche pas que le sage ne puisse quelquefois déloger volontairement, sans murmure et sans désespoir, quand la nature ou la fortune lui porte bien distinctement l’ordre de mourir. Mais, selon le cours ordinaire des choses, de quelques maux que soit semée la vie humaine, elle n’est pas, à tout prendre, un mauvais présent ; et si ce n’est pas toujours un mal de mourir, c’en est fort rarement un de vivre.
“Man, be patient,” Pope and Leibnitz told me. “Misfortunes are a necessary consequence of the nature and structure of this universe. The eternal and benevolent Being that governs it would have wished to protect you from them; among all possible arrangements, it chose the one that caused the least harm and brought the most good. Or, to put it even more bluntly—if it could not have done better, it is because it simply could not.”
What does your poem tell me now? “Suffer forever, unhappy one. If there is a God who created you, he must be all-powerful; he could have prevented all your evils—so do not ever hope they will end. For otherwise, there would be no reason for your existence, except to suffer and die.” I do not know what such a doctrine can offer in the way of consolation compared to optimism or even the acceptance of fate. For myself, I must admit that it seems even more cruel than Manichaeism. If the dilemma of the origin of evil forced one to alter some aspect of God’s perfection, why then try to justify his power at the expense of his goodness? If one has to choose between two errors, I would prefer the first anyway.
You certainly do not wish that your work be regarded as a poem against Providence; and I would never dare to give it such a name, even though you have described a certain writing[585] as a book against humanity, when in fact I was defending humanity against itself in that work. I am well aware of the distinction that must be drawn between an author’s intentions and the consequences that may arise from his doctrines. In justly defending myself, I merely wish to point out to you that, by depicting human misery, my goal was not only excusable but even praiseworthy, in my opinion: for I showed people how they were causing their own misfortunes, and thus how they could avoid them.
I see no reason to seek the source of moral evil anywhere but in the free and perfected human being, who is inherently corrupt; as for physical evils, if the sensible and impassive material world constitutes a contradiction—in my opinion—it follows that such evils are inevitable in any system of which man is a part. In that case, the question is not why man is not perfectly happy, but why he exists at all. Moreover, I believe I have shown that, except for death—which is hardly a evil except for the preparations that precede it—most of our physical misfortunes are in fact our own doing. Without departing from your topic of Lisbon, consider this: nature did not gather twenty thousand six- or seven-story buildings in that area; if its inhabitants had been distributed more evenly and housed more properly, the damage would have been much less—or perhaps nonexistent at all. Everything would have been destroyed in the first shock, and the next day, people would have been seen twenty miles away, just as happy as if nothing had happened. But we insist on staying where we are, clinging to our possessions, and exposing ourselves to further dangers—because what we leave behind seems worth more than what we can take with us. How many unfortunate people lost their lives in that disaster simply because they wanted to save their clothes, their documents, or their money! Don’t we realize that, in such circumstances, a person’s identity becomes merely a tiny fraction of what they once were—so that saving that identity is hardly worth the effort when everything else has been lost?
You would have preferred that the earthquake occur in the depths of a desert rather than in Lisbon. Can anyone doubt that earthquakes also occur in deserts? But we do not mention it, because they cause no harm to the gentlemen from the cities—the only people we take into account. They hardly affect the animals and wild inhabitants of these remote areas, who neither fear the collapse of roofs nor the burning of houses. But what would such a privilege mean? Would it imply that the order of the world must change according to our whims, that nature must be subjected to our laws, and that in order to prevent an earthquake in a particular place, we simply need to build a city there?
There are events that often affect us to varying degrees, depending on the perspective from which we consider them; these events often lose much of the horror they seem to inspire at first glance when examined more closely. I learned this from “Zadig,” and nature confirms it to me day after day: a quick death is not always a real evil—in fact, it can sometimes be regarded as a relative blessing. Among the many people crushed under the ruins of Lisbon, quite a few undoubtedly avoided even greater misfortunes. And despite the poignant nature of such descriptions and the poetic imagery they evoke, it is far from certain that any one of these unfortunate victims suffered more than if, according to the normal course of things, they had had to wait for death to come upon them after years of agony. Is there a more tragic end than that of a person who is overwhelmed with unnecessary care, prevented from breathing by notaries and heirs, murdered in their own bed by doctors, and then forced by barbaric priests to endure the process of dying in an agonizing manner? For me, it is clear that the evils imposed upon us by nature are far less cruel than those we ourselves add to them.
But no matter how ingenious we may be at creating our own miseries through elaborate institutions, we have not yet managed to perfect ourselves to the extent of generally finding life unbearable and preferring nothingness to our existence. Otherwise, discouragement and despair would soon overcome the majority of people, and humanity could not have survived for long. Now, if it is better for us to exist than not to exist at all, that alone should be sufficient to justify our existence—even if we had no hope of compensation for the evils we must endure, even if those evils were as severe as you describe them. Yet it is difficult to find genuine sincerity in people’s views on this matter, nor sound reasoning among philosophers. For when they compare good and evil, they always overlook the pleasant sensation that comes with living independently of any other sensations. Moreover, the vanity inherent in despising death leads others to slander life—just as those women who, wearing stained clothes and wielding scissors, claim to prefer holes to stains.
You, like Erasmus, believe that few people would wish to be reborn under the same conditions as those in which they lived; yet there are those who hold their goods at a very high price, and would significantly lower their demands if they had any hope of closing a deal. After all, whom do you think I should consult on this matter? Perhaps the rich, who are saturated with false pleasures but ignorant of true ones, always bored by life, and constantly fearing its loss; perhaps scholars, among all sorts of people—the most sedentary, the most unhealthy, the most contemplative, and therefore the most unhappy. Do you wish to find men of better character, or at least those who are generally more sincere? And since they form the majority, they should at least be given priority in being listened to. Consult an honest bourgeois who has led a quiet and uneventful life, without any ambitions or plans; a skilled artisan who makes a comfortable living from his trade; even a peasant—not from France, where it is claimed that they must be made to die in poverty so that we may live—but perhaps from your own country, or indeed from any free land. I dare say that there might not be a single mountain dweller in the Haut-Valais who is dissatisfied with his almost automated existence and would not gladly accept, instead of the paradise he awaits and deserves, the prospect of being reborn again and again to lead such a perpetual, dull existence. These differences lead me to believe that it is often our own abuse of life that makes it burdensome for us; and I hold those who regret having lived in far less esteem than those who can say, like Cato, “I have no regrets for having lived, for I have lived in such a way that I do not consider my birth to have been in vain.” Nevertheless, it is true that sometimes the wise person may willingly leave this life, without complaint or despair, when nature or fortune clearly command him to die. But, considering the ordinary course of things, no matter how many misfortunes life may bring, it is not, after all, a bad present; and if dying is not always a misfortune, then living very rarely is one.
“Uomo, abbi pazienza”, mi dicono Papa e Leibnitz, “i mali sono un effetto necessario della natura e della struttura di questo universo. L’Essere eterno e benevolo che lo governa avrebbe voluto proteggerti da essi: tra tutte le possibili soluzioni, ha scelto quella che causava meno male e più bene; o, per dirlo in modo ancora più crudo se necessario, se non ha potuto fare di meglio, è perché non poteva farne di meglio.”
Cosa mi dice ora il vostro poema? “Soffri per sempre, infelice. Se esiste un Dio che ti ha creato, certamente è onnipotente; avrebbe potuto prevenire tutti i tuoi mali. Quindi non sperare mai che finiscano. Poiché non si potrebbe comprendere il motivo della tua esistenza, se non per soffrire e morire.” Non so cosa possa esserci di più consolante in una tale dottrina rispetto all’ottimismo o persino alla fatalità stessa. Per me, ammetto che mi sembri ancora più crudele del manicheismo. Se l’enigma dell’origine del male vi costringesse ad alterare alcuna delle perfezioni di Dio, perché voler giustificare la sua potenza a scapito della sua bontà? Se dobbiamo scegliere tra due errori, preferisco ancora il primo.
Non desiderate, signore, che il vostro lavoro venga considerato un poema contro la Provvidenza; e io mi asterrò certamente dal dargli tale nome, anche se voi avete definito “libro contro il genere umano” un’opera in cui difendevo la causa dell’umanità contro di essa stessa. So bene quale distinzione sia necessario fare tra le intenzioni di un autore e le conseguenze che possono derivare dalla sua dottrina. La legittima difesa di me stesso mi obbliga soltanto a farvi notare che, descrivendo le miserie umane, il mio scopo era giustificabile e persino lodevole, a mio parere: infatti mostravo agli uomini come fossero loro stessi a causarsi i propri mali, e quindi come potessero evitarli.
Non vedo come si possa cercare la fonte del male morale altrove che nell’uomo libero, perfezionato, ma già corrotto; quanto ai mali fisici, se la materia sensibile e impassibile rappresenta una contraddizione, come mi sembra, essi sono inevitabili in ogni sistema di cui l’uomo fa parte; quindi la domanda non è perché l’uomo non sia perfettamente felice, ma perché esista. Inoltre, credo di aver dimostrato che, ad eccezione della morte – che quasi non rappresenta un male se non per i preparativi che la precedono – la maggior parte dei nostri mali fisici è in realtà frutto delle nostre stesse azioni. Senza abbandonare l’argomento di Lisbona, concordate almeno su questo: la natura non aveva certo raccolto lì ventimila case di sei o sette piani; e se gli abitanti di questa grande città fossero stati distribuiti in modo più equilibrato e avessero vissuto in abitazioni più sicure, i danni sarebbero stati molto minori, o forse addirittura inesistenti. Tutto si sarebbe ripreso dopo il primo terremoto, e il giorno seguente li si sarebbe trovati a venti miglia di distanza, altrettanto felici come se nulla fosse accaduto. Ma bisogna restare, ostinarsi attorno alle proprie proprietà, esporci a nuove scosse, perché ciò che lasciamo indietro vale più di ciò che possiamo portarci via. Quanti sfortunati sono morti in quel disastro solo per cercare di salvare i propri vestiti, i propri documenti, il proprio denaro! Non si sa forse che la persona stessa di ogni uomo diventa ormai una parte insignificante di ciò che era un tempo, e che quasi non vale la pena salvarla quando si è perso tutto il resto?
Avreste voluto che il terremoto avvenisse nel cuore di un deserto piuttosto che a Lisbona. Si può dubitare che anche nei deserti non si verifichino terremoti? Ma non ne parliamo, perché essi non causano alcun danno ai signori delle città, gli unici uomini di cui ci curavamo. Non arrecano nemmeno danni agli animali e ai selvaggi che abitano in questi luoghi remoti, i quali non temono né il crollo dei tetti né l’incendio delle case. Ma quale significato avrebbe un simile privilegio? Significherebbe forse che l’ordine del mondo debba cambiare secondo i nostri capricci, che la natura debba essere sottomessa alle nostre leggi, e che per impedire a un terremoto di verificarsi in un certo luogo basti semplicemente costruirci una città?
Ci sono eventi che spesso ci colpiscono in modo diverso a seconda del punto di vista da cui li consideriamo; tali eventi perdono molto della loro terribilità quando vengono esaminati più attentamente. Ho imparato questo leggendo “Zadig”, e la natura mi conferma ogni giorno che una morte rapida non è sempre un vero male, anzi, a volte può persino rivelarsi un bene relativo. Tra tanti uomini distrutti dalle rovine di Lisbona, molti probabilmente hanno evitato disgrazie ancora peggiori; e nonostante la drammaticità di una simile descrizione e il fascino che essa possiede per la poesia, non è certo detto che uno solo di questi sfortunati abbia sofferto di più rispetto a quanto avrebbe sofferto se, secondo il corso normale degli eventi, avesse dovuto attendere a lungo in angoscia la morte che invece lo ha colpito all’improvviso. Esiste forse una fine più triste di quella di un uomo che viene sommerso da cure inutili, a cui notai e eredi non lasciano nemmeno il respiro, che i medici uccidono comodamente nel suo letto, e a cui preti barbari fanno assaporare con arte la morte? Per me, ovunque guardi, vedo che i mali a cui ci sottopone la natura sono meno crudeli di quelli che noi stessi aggiungiamo loro.
Ma per quanto possiamo essere ingegnosi nel creare le nostre sofferenze attraverso bellissime istituzioni, finora non siamo riusciti a perfezionarci al punto di rendere la vita generalmente insopportabile e preferire il nulla alla nostra esistenza; altrimenti, il scoraggiamento e il disperazione avrebbero presto conquistato la maggior parte delle persone, e la specie umana non sarebbe sopravvissuta a lungo. Ora, se è meglio per noi esistere piuttosto che non esistere affatto, questo basta a giustificare la nostra esistenza, anche se dai mali che dobbiamo sopportare non possiamo aspettarci alcun rimedio, e questi mali fossero davvero così grandi come voi li descrivete. Tuttavia, è difficile trovare buona fede negli uomini su questo punto, né calcoli saggi nei filosofi: questi ultimi, infatti, nel confrontare beni e mali, dimenticano sempre il dolce sentimento legato all’esistenza stessa, indipendente da qualsiasi altra sensazione; inoltre, l’arroganza di disprezzare la morte spinge gli altri a diffamare la vita, proprio come quelle donne che, con un abito macchiato e dei forbici, pretendono di preferire i buchi alle macchie.
Ritenete, come Erasmo, che poche persone vorrebbero rinascere nelle stesse condizioni in cui hanno vissuto; ma colui che vende il proprio “prodotto” a un prezzo elevato lo ridurrebbe notevolmente se avesse qualche speranza di concludere la vendita. Del resto, a chi credete che abbiate consultato al riguardo? Forse ai ricchi, sazi di false gioie e ignari di quelle vere, sempre infelici nella vita e sempre spaventati di perderla; forse agli intellettuali, tra le persone più sedentarie, malaticce e riflessive, e quindi anche le più sfortunate. Volete trovare uomini di carattere migliore, o almeno più sinceri, che, essendo la maggioranza, dovrebbero essere ascoltati con priorità? Consultate allora un onesto borghese che abbia trascorso una vita modesta e tranquilla, senza progetti né ambizioni; un bravo artigiano che viva dignitosamente del proprio lavoro; persino un contadino, non della Francia, dove si pretende che debbano morire di miseria affinché noi possiamo vivere, ma del paese da cui provenite voi, o in generale di qualsiasi paese libero. Oso affermare che probabilmente non esiste nemmeno un solo montanaro nell’Alto Vallese insoddisfatto della sua vita quasi meccanica, e che non accetterebbe volentieri, al posto del paradiso che aspetta e che gli spetta, l’idea di rinascere continuamente per vivere sempre allo stesso modo. Queste differenze mi fanno credere che sia spesso l’abuso che facciamo della vita a renderla un peso insopportabile; e ho molto meno stima di coloro che si lamentano di aver vissuto, rispetto a colui che può dire, come Catone: “Non mi pento di aver vissuto, poiché ho vissuto in modo tale da non considerarmi nato invano”. Questo non impedisce tuttavia al saggio di decidere talvolta, volontariamente e senza lamentele né disperazione, di lasciare questa vita. Ma, secondo il corso normale delle cose, nonostante i mali che la vita umana possa portare con sé, essa non è, in definitiva, un cattivo dono; e se morire non è sempre un male, molto raramente lo è vivere.
Nos différentes manières de penser sur tous ces points m’apprennent pourquoi plusieurs de vos preuves sont peu concluantes pour moi : car je n’ignore pas combien la raison humaine prend plus facilement le moule de nos opinions que celui de la vérité, et qu’entre deux hommes d’avis contraires ce que l’un croit démontré n’est souvent qu’un sophisme pour l’autre.
Quand vous attaquez, par exemple, la chaîne des êtres si bien décrite par Pope, vous dites qu’il n’est pas vrai que, si l’on ôtait un atome du monde, le monde ne pourrait subsister. Vous citez là-dessus M. de Crousaz[586] ; puis vous ajoutez que la nature n’est asservie à aucune mesure précise ni à aucune forme précise ; que nulle planète ne se meut dans une courbe absolument régulière ; que nul être connu n’est d’une figure précisément mathématique ; que nulle quantité précise n’est requise pour nulle opération ; que la nature n’agit jamais rigoureusement ; qu’ainsi on n’a aucune raison d’assurer qu’un atome de moins sur la terre serait la cause de la destruction de la terre. Je vous avoue que sur tout cela, monsieur, je suis plus frappé de la force de l’assertion que de celle du raisonnement, et qu’en cette occasion je céderais avec plus de confiance à votre autorité qu’à vos preuves.
À l’égard de M. de Crousaz, je n’ai point lu son écrit contre Pope, et ne suis peut-être pas en état de l’entendre ; mais, ce qu’il y a de très certain, c’est que je ne lui céderai pas ce que je vous aurai disputé, et que j’ai tout aussi peu de foi à ses preuves qu’à son autorité. Loin de penser que la nature ne soit point asservie à la précision des quantités et des figures, je croirais, tout au contraire, qu’elle seule suit à la rigueur cette précision, parce qu’elle seule sait comparer exactement les fins et les moyens, et mesurer la force à la résistance. Quant à ses irrégularités prétendues, peut-on douter qu’elles n’aient toutes leur cause physique ; et suffit-il de ne la pas apercevoir pour nier qu’elle existe ? Ces apparentes irrégularités viennent sans doute.de quelques lois que nous ignorons, et que la nature suit tout aussi fidèlement que celles qui nous sont connues ; de quelque agent que nous n’apercevons pas, et dont l’obstacle ou le concours a des mesures fixes dans toutes ses opérations ; autrement il faudrait dire nettement qu’il y a des actions sans principe et des effets sans cause, ce qui répugne à toute philosophie.
Supposons deux poids en équilibre et pourtant inégaux ; qu’on ajoute au plus petit la quantité dont ils diffèrent : ou les deux poids resteront encore en équilibre, et l’on aura une cause sans effet ; ou l’équilibre sera rompu, et l’on aura un effet sans cause : mais si les poids étaient de fer, et qu’il y eût un grain d’aimant caché sous l’un des deux, la précision de la nature lui ôterait alors l’apparence de la précision, et à force d’exactitude, elle paraîtrait en manquer. Il n’y a pas une figure, pas une opération, pas une loi dans le monde physique à laquelle on ne puisse appliquer quelque exemple semblable à celui que je viens de proposer sur la pesanteur[587].
Vous dites que nul être connu n’est d’une figure précisément mathématique ; je vous demande, monsieur, s’il y a quelque figure qui ne le soit pas, et si la courbe la plus bizarre n’est pas aussi régulière aux yeux de la nature, qu’un cercle parfait aux nôtres. J’imagine, au reste, que, si quelque corps pouvait avoir cette apparente régularité, ce ne serait que l’univers même, en le supposant plein et borné ; car les figures mathématiques, n’étant que des abstractions, n’ont de rapport qu’à elles-mêmes, au lieu que toutes celles des corps naturels sont relatives à d’autres corps et à des mouvements qui les modifient ; ainsi cela ne prouverait encore rien contre la précision de la nature, quand même nous serions d’accord sur ce que vous entendez par ce mot de précision.
Vous distinguez les évènements qui ont des effets de ceux qui n’en ont point : je doute que cette distinction soit solide. Tout événement me semble avoir nécessairement quelque effet, ou moral, on physique, ou composé des deux, mais qu’on n’aperçoit pas toujours, parce que la filiation des événements est encore plus difficile à suivre que celle des hommes. Comme en général on ne doit pas chercher des effets plus considérables que les événements qui les produisent, la petitesse des causes rend souvent l’examen ridicule, quoique les effets soient certains ; et souvent aussi plusieurs effets presque imperceptibles se réunissent pour produire un événement considérable. Ajoutez que tel effet ne laisse pas d’avoir lieu, quoiqu’il agisse hors du corps qui la produit. Ainsi, la poussière qu’élève un carrosse peut ne rien faire à la marche de la voiture, et influer sur celle du monde : mais comme il n’y a rien d’étranger à l’univers, tout ce qui s’y fait agit nécessairement sur l’univers même.
Ainsi, monsieur, vos exemples me paraissent plus ingénieux que convaincants. Je vois mille raisons plausibles pourquoi il n’était peut-être pas indifférent à l’Europe qu’un certain jour l’héritière de Bourgogne fût bien ou mal coiffée, ni au destin de Rome que César tournât les yeux à droite ou à gauche, et crachat de l’un ou de l’autre côté, en allant au sénat le jour qu’il y fut puni. En un mot, en me rappelant le grain de sable cité par Pascal, je suis, à quelques égards, de l’avis de votre bramine ; et, de quelque manière qu’on envisage les choses, si tous les événements n’ont pas des effets sensibles, il me paraît incontestable que tous en ont de réels, dont l’esprit humain perd aisément le fil, mais qui ne sont jamais confondus par la nature.
Vous dites qu’il est démontré que les corps célestes font leur révolution dans l’espace non résistant : c’était assurément une belle chose à démontrer ; mais, selon la coutume des ignorants, j’ai très peu de foi aux démonstrations qui passent ma portée. J’imaginerais que, pour bâtir celle-ci, l’on aurait à peu près raisonné de cette manière. Telle force, agissant selon telle loi, doit donner aux astres tel mouvement dans un milieu non résistant ; or les astres ont exactement le mouvement calculé, donc il n’y a point de résistance. Mais qui peut savoir s’il n’y a pas, peut-être, un million d’autres lois possibles, sans compter la véritable, selon lesquelles les mêmes mouvements s’expliqueraient mieux encore dans un fluide que dans le vide par celle-ci ? L’horreur du vide n’a-t-elle pas longtemps expliqué la plupart des effets qu’on a depuis attribués à l’action de l’air ? D’autres expériences ayant ensuite détruit l’horreur du vide, tout ne s’est-il pas trouvé plein ? N’a-t-on pas rétabli le vide sur de nouveaux calculs ? Qui nous répondra qu’un système encore plus exact ne le détruira pas derechef ? Laissons les difficultés sans nombre qu’un physicien ferait peut-être sur la nature de la lumière et des espaces éclairés ; mais croyez-vous de bonne foi que Bayle, dont j’admire avec vous la sagesse et la retenue en matière d’opinions, eût trouvé la vôtre si démontrée ?
En général, il semble que les sceptiques s’oublient un peu sitôt qu’ils prennent le ton dogmatique, et qu’ils devraient user plus sobrement que personne du terme de démontrer. Le moyen d’être cru quand on se vante de ne rien savoir, en affirmant tant de choses ! Au reste, vous avez fait un correctif très juste au système de Pope, en observant qu’il n’y a aucune gradation proportionnelle entre les créatures et le Créateur, et que si la chaîne des êtres créés aboutit à Dieu, c’est parce qu’il la tient, et non parce qu’il la termine.
Sur le bien du tout préférable à celui de sa partie, vous faites dire à l’homme : Je dois être aussi cher à mon maître, moi être pensant et sentant, que les planètes, qui probablement ne sentent point. Sans doute cet univers matériel ne doit pas être plus cher à son auteur qu’un seul être pensant et sentant ; mais le système de cet univers, qui produit, conserve et perpétue tous les êtres pensants et sentants, lui doit être plus cher qu’un seul de ces êtres ; il peut donc, malgré sa bonté, ou plutôt par sa bonté même, sacrifier quelque chose du bonheur des individus à la conservation du tout. Je crois, j’espère valoir mieux aux yeux de Dieu que la terre d’une planète ; mais si les planètes sont habitées, comme il est probable, pourquoi vaudrais-je mieux à ses yeux que tous les habitants de Saturne ? On a beau tourner ces idées en ridicule, il est certain que toutes les analogies sont pour cette population, et qu’il n’y a que l’orgueil humain qui soit contre. Or, cette population supposée, la conservation de l’univers semble avoir pour Dieu même immoralité qui se multiplie par le nombre des mondes habités.
Our different ways of thinking on all these matters help me understand why many of your arguments seem inconclusive to me: for I am well aware that human reason far too often conforms to our opinions rather than to the truth, and that what one man considers proven is often nothing more than a sophism to another who holds opposing views.
When you attack, for example, the chain of beings so well described by Pope, you claim that it is not true that if one atom were removed from the world, the world would cease to exist. You cite M. de Crousaz[586] on this point; then you add that nature is not subject to any precise measure or any specific form; that no planet moves along an absolutely regular trajectory; that no known being has a precisely mathematical shape; that no exact quantity is required for any process; that nature never acts in a strictly predictable manner; and thus, there is no reason to assert that the absence of a single atom on Earth would lead to its destruction. I must admit, sir, that in all this, I am more impressed by the force of your assertion than by the solidity of your reasoning—and that in this matter, I would place more trust in your authority than in your arguments.
Regarding Mr. de Crousaz, I have not read his writings against Pope, and may not even be in a position to understand them; but what is absolutely certain is that I will not yield to him what I have argued against you, and that I place just as little faith in his arguments as in his authority. Far from thinking that nature is not subject to the precision of quantities and forms, I would rather believe that it is precisely nature itself that adheres to such precision, because only it knows how to accurately compare ends with means and measure strength against resistance. As for those supposed irregularities in nature, can anyone doubt that they all have their physical causes? And just because we cannot perceive these causes does that mean they do not exist? These apparent irregularities are probably due to some laws of which we are unaware, but which nature follows just as faithfully as those we know about; they may be the result of some agents that we cannot see, whose influence or interference operates in a fixed and measurable manner throughout all natural processes. Otherwise, it would mean that there are actions without principles and effects without causes—which is utterly contrary to any philosophy.
Suppose there are two weights in equilibrium, yet not equal; if we add to the lighter weight the exact amount by which they differ, either the two weights will remain in equilibrium, resulting in a cause without effect; or the balance will be disrupted, leading to an effect without cause. However, if these weights were made of iron and a tiny magnet were hidden beneath one of them, the precision inherent in nature would strip away this apparent precision, and amidst such exactness, it might seem that precision is actually lacking. In the physical world, there is not a single geometric figure, mathematical operation, or scientific law to which we cannot apply some analogous example similar to the one I have just mentioned regarding gravity[587].
You say that no known entity possesses a precisely mathematical form; I ask you, sir, whether there exists any form that does not do so, and whether the most bizarre of curves is not, in the eyes of nature, just as regular as a perfect circle is to ours. Moreover, I imagine that if any physical object could exhibit such apparent regularity, it would be nothing other than the universe itself, assuming it to be both finite and complete; for mathematical figures being merely abstractions, they relate only to themselves, whereas all natural forms are related to other objects and movements that alter them. Thus, this argument would still prove nothing against the precision of nature, even if we agreed on what you understand by the term “precision.”
You distinguish between events that have effects and those that do not; I doubt whether this distinction is sound. To me, every event seems necessarily to have some effect—be it moral, physical, or a combination of both—but such effects are not always apparent, because the chain of events is even more difficult to trace than the lineage of human beings. Since one generally should not seek for effects that are more significant than the events that produce them, the triviality of the causes often renders the examination of these effects ridiculous, even though the effects themselves are undeniable. Moreover, often several almost imperceptible effects combine to produce a significant outcome. Furthermore, such an effect will still occur, even if it takes place outside of the body that generates it. Thus, the dust raised by a carriage may have no direct impact on its own movement, but it can influence the course of the entire world. And since nothing exists outside of the universe, everything that happens within it necessarily has an effect on the universe as a whole.
Thus, sir, your examples seem to me more ingenious than convincing. I can see a thousand plausible reasons why it might not have been indifferent to Europe whether the heiress of Burgundy wore her hair properly or not, nor why it might have mattered to Rome whether Caesar turned his head right or left, or spat on one side or the other as he went to the senate on the day he was punished there. In short, recalling Pascal’s mention of that grain of sand, I am, in some respects, of your Brahmin’s opinion; and no matter how one looks at things, if not all events have tangible consequences, it seems undeniable that they all have real effects—effects that the human mind often fails to grasp, but which are never confused by nature itself.
You say that it has been proven that celestial bodies move in a space devoid of resistance; certainly, that was a remarkable achievement to prove. However, following the custom of the ignorant, I place very little faith in demonstrations that go beyond my understanding. I imagine that, to construct such a demonstration, one would probably reason in this manner: A certain force, acting according to a particular law, must cause celestial bodies to move in a certain way within a space without resistance; yet the movements of these bodies are precisely calculated, which means there is no resistance at all. But who can know whether there might not be millions of other possible laws, in addition to the true one, according to which the same movements could be even better explained by some other medium than empty space? Didn’t the notion of the horror of empty space for a long time account for most of the effects that were later attributed to the action of air? When other experiments later dispelled this notion of an empty space, didn’t everything seem to become filled again? And wasn’t the concept of empty space re-established on the basis of new calculations? Who can tell us that some even more precise system won’t immediately destroy it? Let’s set aside the countless difficulties that a physicist might raise regarding the nature of light and illuminated spaces. But do you truly believe that Bayle, whose wisdom and restraint in matters of opinion I admire as much as you do, would have found your argument so thoroughly proven?
Generally speaking, it seems that skeptics tend to forget their skepticism as soon as they adopt a dogmatic tone; they should use the term “to demonstrate” with far more restraint than anyone else. How can one expect to be believed when one boasts of knowing nothing while asserting so many things at the same time! Moreover, you made a very accurate critique of Pope’s system by pointing out that there is no proportional gradation between created beings and the Creator. If the chain of created beings leads to God, it is because He holds it in place, not because He is its final link.
The good of the whole is certainly preferable to that of its parts; therefore, you cause man to say: “I must be just as precious to my Creator—being a being capable of thinking and feeling—as are those planets, which probably possess no such capacities at all.” Without doubt, this material universe cannot be more valuable in the eyes of its Creator than a single sentient being; yet the system of this universe, which produces, preserves, and perpetuates all sentient beings, must surely be regarded as of greater value to Him than any one of these beings. Hence, despite His goodness—or perhaps precisely because of it—He may be compelled to sacrifice some of the happiness of individual creatures in order to maintain the existence of the whole. I believe, I hope, that I am of more worth in God’s eyes than the earth of a planet; but if those planets are inhabited, as is likely, why should I be considered more valuable to Him than all the inhabitants of Saturn? No matter how much one may laugh at such ideas, it remains undeniable that all analogies favor this view, and that only human pride stands in its way. Moreover, if this hypothetical population of beings truly exists, then the preservation of the universe seems to involve an immorality on God’s part—which would become even more severe as the number of inhabited worlds increased.
I nostri divers modi di pensare su tutti questi argomenti mi spiegano perché molte delle vostre prove risultino poco convincenti per me: infatti non ignoro quanto la ragione umana tenda più facilmente ad adeguarsi alle nostre opinioni che alla verità, e come, tra due persone con punti di vista opposti, ciò che uno considera dimostrato possa spesso essere soltanto un sofisma per l’altro.
Quando si attacca, ad esempio, la catena degli esseri così ben descritta da Pope, si afferma che non sia vero che, se venisse rimosso un atomo dal mondo, questo non potrebbe continuare a esistere. A tal proposito si cita il signor de Crousaz[586]; inoltre si aggiunge che la natura non è soggetta a nessuna misura precisa né a nessuna forma definita; che nessun pianeta segue una traiettoria assolutamente regolare; che nessun essere conosciuto presenta una forma matematicamente esatta; che per nessuna operazione sia necessaria una quantità precisa; che la natura non agisce mai in modo rigido e preciso; quindi non vi è alcun motivo per ritenere che la mancanza di un atomo sulla Terra possa causarne la distruzione. Devo ammettere, signore, che su tutto ciò sono più colpito dalla forza delle vostre affermazioni che dalla validità dei vostri ragionamenti, e in questa occasione cederei con maggiore fiducia alla vostra autorità che alle vostre prove.
Per quanto riguarda il signor de Crousaz, non ho letto la sua opera contro Pope e forse non sono nemmeno in grado di comprenderla; ma una cosa è certa: non gli cederò ciò su cui vi ho discusso, e nutro altrettanta sfiducia nelle sue prove quanto nella sua autorità. Lontano dall’idea che la natura non sia soggetta alla precisione delle quantità e delle forme, credo invece proprio il contrario: è lei stessa ad aderire rigorosamente a tale precisione, poiché solo lei sa confrontare con esattezza i fini e i mezzi, e misurare la forza in base alla resistenza. Quanto alle sue presunte irregolarità, come si può dubitare che non abbiano tutte una causa fisica? E basta forse non percepirla per negarne l’esistenza? Queste apparenti irregolarità derivano probabilmente da alcune leggi di cui ignoriamo l’esistenza, ma che la natura segue con la stessa fedeltà di quelle che conosciamo; o da qualche agente che non riusciamo a individuare, il cui ostacolo o il cui contributo hanno dimensioni precise in tutte le sue operazioni. Altrimenti, si dovrebbe ammettere apertamente l’esistenza di azioni senza principio e di effetti senza causa, il che è assolutamente contrario a qualsiasi concezione filosofica.
Supponiamo due pesi in equilibrio, ma diversi tra loro; se si aggiunge al peso più piccolo la differenza che esiste tra i due, o entrambi i pesi rimarranno ancora in equilibrio, il che significherebbe una causa senza effetto; oppure l’equilibrio verrà rotto, il che significherebbe un effetto senza causa. Tuttavia, se i pesi fossero di ferro e sotto uno di essi ci fosse un granello di magnetite nascosto, la precisione della natura toglierebbe a tale fenomeno l’apparenza di precisione stessa; cioè, proprio per via della sua estrema accuratezza, quel fenomeno sembrerebbe privo di essa. Non esiste alcuna figura geometrica, alcuna operazione matematica, alcuna legge del mondo fisico a cui non si possa applicare un esempio simile a quello che ho appena proposto riguardo alla gravità[587].
Dite che nessun essere conosciuto presenta una forma esattamente matematica; vi chiedo, signore, se esista qualche forma che non lo sia, e se la curva più bizzarra non sia, agli occhi della natura, altrettanto regolare di un cerchio perfetto ai nostri. Inoltre, immagino che, se qualche corpo potesse possedere questa apparente regolarità, questo sarebbe soltanto l’universo stesso, nel caso in cui venisse considerato pieno e limitato; poiché le forme matematiche, essendo solo astrazioni, hanno rapporto soltanto con se stesse, mentre tutte le forme dei corpi naturali sono relative ad altri corpi e a movimenti che li modificano. Pertanto, questo non proverebbe comunque nulla contro la precisione della natura, anche se fossimo d’accordo su ciò che intendete per “precisione”.
Si distinguono gli eventi che hanno effetti da quelli che non ne hanno alcuno: dubito che questa distinzione sia fondata. Ogni evento mi sembra necessariamente avere qualche effetto, sia morale che fisico, o entrambi; tuttavia questi effetti non sempre sono evidenti, poiché la concatenazione degli eventi è ancora più difficile da comprendere di quella delle azioni umane. In generale, non si dovrebbero cercare effetti più significativi di quelli che gli eventi stessi producono; quindi la piccolezza delle cause rende spesso l’analisi ridicola, anche se gli effetti sono certi. Molto spesso, inoltre, diversi effetti quasi impercettibili si combinano per produrre un evento di rilievo. Inoltre, un certo effetto può comunque verificarsi, anche quando avviene al di fuori del corpo che lo genera. Ad esempio, la polvere sollevata da una carrozza potrebbe non influenzare affatto il movimento della stessa, ma potrebbe avere ripercussioni sull’intero universo: poiché nulla nell’universo è estraneo ad esso, tutto ciò che vi avviene agisce necessariamente su di esso stesso.
Pertanto, signore, i vostri esempi mi sembrano più ingegnosi che convincenti. Vedo mille ragioni plausibili per cui non sarebbe stato affatto indifferente per l’Europa che un certo giorno l’ereditiera di Borgogna fosse ben o male acconciata i capelli, né per il destino di Roma che Cesare voltasse lo sguardo a destra o a sinistra, e sputasse da una parte o dall’altra mentre si recava al senato nel giorno in cui vi veniva punito. In breve, ricordando il granello di sabbia menzionato da Pascal, sono, sotto alcuni aspetti, d’accordo con il vostro bramano; e, in qualunque modo si considerino le cose, se non tutti gli eventi hanno effetti sensibili, mi sembra indiscutibile che ne abbiano di reali, i cui fili l’intelletto umano spesso perde facilmente traccia, ma che la natura non confonde mai.
Dite che è stato dimostrato che i corpi celesti compiono le loro rivoluzioni in uno spazio privo di resistenza: certamente era una bella cosa da dimostrare; ma, secondo l’abitudine degli ignoranti, ho molto poca fiducia nelle dimostrazioni che esulano dalla mia portata. Immagino che, per costruire una tale dimostrazione, si sia ragionato più o meno in questo modo: una certa forza, agendo secondo una determinata legge, deve produrre nei corpi celesti un certo movimento in uno spazio privo di resistenza; poiché i corpi celesti presentano esattamente il movimento previsto dalla legge, ne consegue che non esiste alcuna resistenza. Ma chi può sapere se non esistono, forse, milioni di altre leggi possibili, oltre a quella vera, secondo le quali gli stessi movimenti potrebbero essere ancora meglio spiegati in un fluido che nel vuoto? L’idea del vuoto, non è forse stata per molto tempo utilizzata per spiegare la maggior parte degli effetti che oggi si attribuiscono all’azione dell’aria? Quando altre esperienze hanno poi confutato questa idea del vuoto, tutto non è diventato “pieno”? Non si è forse ripristinato il concetto di vuoto sulla base di nuovi calcoli? Chi ci può garantire che un sistema ancora più preciso non lo distruggerà immediatamente? Lasciamo da parte le innumerevoli difficoltà che un fisico potrebbe sollevare riguardo alla natura della luce e degli spazi illuminati; ma credete davvero che Bayle, la cui saggezza e prudenza nelle opinioni ammiro molto, avrebbe ritenuto la vostra teoria così convincente?
In generale, sembra che i scettici tendano a dimenticare le proprie posizioni non appena assumono un tono dogmatico; dovrebbero quindi utilizzare il termine “demonstrare” con maggiore moderazione di chiunque altro. Come si può essere creduti quando si pretende di non sapere nulla, mentre si affermano così tante cose? Del resto, avete fatto un corretto commento al sistema di Pope, osservando che non esiste alcuna gradazione proporzionale tra le creature e il Creatore; inoltre, se la catena degli esseri creati conduce a Dio, è perché Lui la sostiene, e non perché ne costituisca l’ultimo anello.
Il bene del tutto è certamente preferibile al bene della sua singola parte; per questo si dice all’uomo: “Devo essere altrettanto prezioso per il mio Creatore, io che sono dotato di pensiero e sensazioni, quanto le pianete, che probabilmente non provano alcuna sensazione”. Senza dubbio, questo universo materiale non deve essere più prezioso per il suo Autore di un singolo essere pensante e sensibile; ma il sistema stesso di questo universo, che produce, conserva e perpetua tutti gli esseri pensanti e sensibili, deve essere certamente più prezioso per Lui di uno qualsiasi di questi esseri. Pertanto, nonostante la sua bontà – o forse proprio a causa della sua bontà – Dio può sacrificare qualcosa del benessere degli individui al fine di preservare l’intero universo. Credo, spero di valere di più agli occhi di Dio della terra di una pianeta; ma se le pianete sono abitate, come è probabile, perché dovrei valere di più ai suoi occhi di tutti gli abitanti di Saturno? Per quanto si possano mettere in ridicolo queste idee, è certo che tutte le analogie a favore di questa ipotetica popolazione esistono, e che solo l’orgoglio umano si oppone ad esse. Ora, se questa popolazione esiste davvero, la conservazione dell’universo sembra rappresentare per Dio stesso un atto immorale, il cui effetto negativo aumenta con il numero dei mondi abitati.
Que le cadavre d’un homme nourrisse des vers, des loups, ou des plantes, ce n’est pas, je l’avoue, un dédommagement de la mort de cet homme ; mais si, dans le système de cet univers, il est nécessaire à la conservation du genre humain qu’il y ait une circulation de substance entre les hommes, les animaux et les végétaux, alors le mal particulier d’un individu contribue au bien général. Je meurs, je suis mangé des vers ; mais mes enfants, mes frères vivront comme j’ai vécu ; mon cadavre engraisse la terre dont ils mangeront les productions ; et je fais, par l’ordre de la nature et pour tous les hommes, ce que firent volontairement Codrus, Curtius, les Décies, les Philènes, et mille autres, pour une petite partie des hommes.
Pour revenir, monsieur, au système que vous attaquez, je crois qu’on ne peut l’examiner convenablement sans distinguer avec soin le mal particulier, dont aucun philosophe n’a jamais nié l’existence, du mal général qui nie l’optimisme. Il n’est pas question de savoir si chacun de nous souffre ou non, mais s’il était bon que l’univers fût, et si nos maux étaient inévitables dans sa constitution. Ainsi, l’addition d’un article rendrait, ce semble, la proposition plus exacte, et, au lieu de tout est bien, il vaudrait peut-être mieux dire, le tout est bien, ou tout est bien pour le tout. Alors il est très évident qu’aucun homme ne saurait donner de preuves directes ni pour ni contre ; car ces preuves dépendent d’une connaissance parfaite de la constitution du monde et du but de son auteur, et cette connaissance est incontestablement au-dessus de l’intelligence humaine. Les vrais principes de l’optimisme ne peuvent se tirer ni des propriétés de la matière, ni de la mécanique de l’univers, mais seulement par induction des perfections de Dieu qui préside à tout : de sorte qu’on ne prouve pas l’existence de Dieu par le système de Pope, mais le système de Pope par l’existence de Dieu ; et c’est, sans contredit, de la question de la Providence qu’est dérivée celle de l’origine du mal : que si ces deux questions n’ont pas été mieux traitées l’une que l’autre, c’est qu’on a toujours si mal raisonné sur la Providence, que ce qu’on en a dit d’absurde a fort embrouillé tous les corollaires qu’on pouvait tirer de ce grand et consolant dogme.
Les premiers qui ont gâté la cause de Dieu sont les prêtres et les dévots, qui ne souffrent pas que rien se fasse selon l’ordre établi, mais font toujours intervenir la justice divine à des événements purement naturels, et, pour être sûrs de leur fait, punissent et châtient les méchants, éprouvent ou récompensent les bons indifféremment avec des biens ou des maux, selon l’événement. Je ne sais, pour moi, si c’est une bonne théologie, mais je trouve que c’est une mauvaise manière de raisonner, de fonder indifféremment sur le pour et le contre les preuves de la Providence, et de lui attribuer, sans choix, tout ce qui se ferait également sans elle.
Les philosophes, à leur tour, ne me paraissent guère plus raisonnables, quand je les vois s’en prendre au ciel de ce qu’ils ne sont pas impassibles, crier que tout est perdu quand ils ont mal aux dents, ou qu’ils sont pauvres, ou qu’on les vole, et charger Dieu, comme dit Sénèque, de la garde de leur valise. Si quelque accident tragique eut fait périr Cartouche ou César dans leur-enfance, on aurait dit : Quels crimes avaient-ils commis ? Ces deux brigands ont vécu, et nous disons : Pourquoi les avoir laissé vivre ? Au contraire, un dévot dira, dans le premier cas. Dieu voulait punir le père en lui ôtant son enfant ; et dans le second. Dieu conservait l’enfant pour le châtiment du peuple. Ainsi, quelque parti qu’ait pris la nature, la Providence a toujours raison chez les dévots, et toujours tort chez les philosophes. Peut-être, dans l’ordre des choses humaines, n’a-t-elle ni tort ni raison, parce que tout tient à la loi commune, et qu’il n’y a d’exception pour personne. Il est à croire que les événements particuliers ne sont rien aux yeux du maître de l’univers ; que sa providence est seulement universelle ; qu’il se contente de conserver les genres et les espèces, et de présider au tout, sans s’inquiéter de la manière dont chaque individu passe cette courte vie. Un roi sage, qui veut que chacun vive heureux dans ses états, a-t-il besoin de s’informer si les cabarets y sont bons ? Le passant murmure une nuit quand ils sont mauvais, et vit tout le reste de ses jours d’une impatience aussi déplacée. Commorandi enim natura diversorium nobis, non habitandi dedit.
Pour penser juste à cet égard, il semble que les choses devraient être considérées relativement dans l’ordre physique et absolument dans l’ordre moral : la plus grande idée que je puis me faire de la Providence est que chaque être matériel soit disposé le mieux qu’il est possible par rapport au tout, et chaque être intelligent et sensible le mieux qu’il est possible par rapport à lui-même ; en sorte que, pour qui sent son existence, il vaille mieux exister que ne pas exister. Mais il faut appliquer cette règle à la durée totale de chaque être sensible, et non à quelque instant particulier-de sa durée, tel que la vie humaine ; ce qui montre combien la question de la Providence tient à celle de l’immortalité de l’âme, que j’ai le bonheur de croire, sans ignorer que la raison peut en douter, et à celle de l’éternité des peines, que ni vous, ni moi, ni jamais homme pensant bien de Dieu, ne croirons jamais.
Si je ramène ces questions diverses à leur principe commun, il me semble qu’elles se rapportent toutes à celle de l’existence de Dieu. Si Dieu existe, il est parfait ; s’il est parfait, il est sage, puissant, et juste ; s’il est sage et puissant, tout est bien, s’il est juste et puissant, mon âme est immortelle ; si mon âme est immortelle, trente ans de vie ne sont rien pour moi, et sont peut-être nécessaires au maintien de l’univers. Si l’on m’accorde la première proposition, jamais on n’ébranlera les suivantes ; si on la nie, il ne faut point disputer sur ses conséquences.
Nous ne sommes ni l’un ni l’autre dans ce dernier cas. Bien loin, du. moins, que je puisse rien présumer de semblable de votre part en lisant le recueil de vos oeuvres, la plupart m’offrent les idées les plus grandes, les-plus douces, les plus consolantes de la divinité, et j’aime bien mieux un chrétien de votre façon que de celle de la Sorbonne.
Quant à moi, je vous avouerai naïvement que ni le pour ni le contre ne me paraissent démontrés sur ce point par les seules lumières de la raison, et que, si le théiste ne fonde son sentiment que sur des probabilités, l’athée, moins précis encore, ne me paraît fonder le sien que sur des possibilités contraires. De plus, les objections de part et d’autre sont toujours insolubles, parce qu’elles roulent sur des choses dont les hommes n’ont point de véritable idée. Je conviens de tout cela, et pourtant je crois en Dieu tout aussi fortement que je crois une autre vérité, parce que croire et ne pas croire sont les choses du monde qui dépendent le moins de moi ; que l’état de doute est un état trop violent pour mon âme ; que, quand ma raison flotte, ma foi ne peut rester longtemps en suspens, et se détermine sans elle ; qu’enfin mille sujets de préférence m’attirent du côté le plus consolant, et joignent le poids de l’espérance à l’équilibre de la raison.
Whether a man’s corpse be nourished by worms, wolves, or plants—I admit that this is not any compensation for that man’s death. But if, within the workings of this universe, it is necessary for the survival of the human race that there be a circulation of substances among humans, animals, and plants, then the particular harm inflicted upon one individual contributes to the greater good of all. I die; I am consumed by worms. Yet my children, my brothers will live as I lived. My corpse will nourish the earth from which they will draw their sustenance. And in this way, by the order of nature and for the benefit of all mankind, I perform what Codrus, Curtius, the Decii, Philenes—and countless others—voluntarily did for the sake of a mere fraction of humanity.
To return to the system that you are criticizing, sir, I believe it cannot be properly examined without carefully distinguishing between the particular evil—whose existence no philosopher has ever denied—and the general evil that denies optimism itself. The question is not whether each of us suffers or not, but whether it would be good if the universe existed in this way, and whether our sufferings are inherent in its very nature. Thus, adding a word might make the statement more precise; instead of saying “everything is well,” it might be better to say “the whole thing is well” or “everything is well within the context of the whole.” It is clearly impossible for any human being to provide direct evidence either in favor or against this view, because such evidence would depend on a perfect understanding of the nature of the world and its purposeful design—knowledge that is undoubtedly beyond human comprehension. The true principles of optimism cannot be derived from the properties of matter or the mechanics of the universe, but only through induction from the perfections of God who governs all things. Therefore, we do not prove the existence of God based on Pope’s system; rather, we use Pope’s system to support the existence of God. Undoubtedly, the question of the origin of evil is derived from the question of divine providence; and if these two issues have not been addressed more effectively, it is because our reasoning about providence has often been flawed, leading to absurd conclusions that have obscured all the meaningful insights that can be drawn from this profound and comforting doctrine.
The first ones to ruin God’s cause were the priests and devout people who could not tolerate anything happening outside the established order. Instead, they always invoked divine justice in purely natural events. To ensure the validity of their beliefs, they punished the wicked and rewarded the good—whether through good or evil fortune, depending on the outcome of these events. I do not know if this constitutes sound theology, but I certainly consider it a flawed way of reasoning: to base arguments about God’s providence indiscriminately on both pros and cons, and to attribute to Him, without any distinction, everything that would also happen without His intervention.
In turn, philosophers do not seem much more reasonable to me when I see them condemning heaven for not being impassive, crying out that everything is lost whenever they have a toothache, or when they are poor, or when someone steals from them, and blaming God, as Seneca says, for keeping watch over their luggage. If some tragic accident had caused Cartouche or Caesar to die in their infancy, one might ask: What crimes had they committed? These two “robbers” lived on, yet we say: Why were they allowed to live? On the contrary, a devout person would say, in the first case, that God wanted to punish the father by taking away his child; and in the second case, that God kept the child alive for the sake of punishing the people. Thus, no matter what position nature takes, Providence is always considered right by the devout and always wrong by the philosophers. Perhaps, in the order of human affairs, it has neither right nor wrong, because everything depends on the universal law, and there are no exceptions for anyone. It seems likely that particular events mean nothing in the eyes of the ruler of the universe; that his providence is merely universal; that he simply maintains the genera and species and oversees the whole process, without caring about how each individual spends this brief life. A wise king, who wants everyone to live happily within their respective realms, does he need to worry whether the inns there are good? If they are bad, a passerby may complain one night, but for the rest of his days, he will live in equally misplaced impatience. For indeed, nature has given us various ways of living, not just one single way.
To consider this matter properly, it seems that things should be regarded as relative in the physical order and absolute in the moral order: The greatest idea I can form of Providence is that every material being is arranged in the best possible way with regard to the whole; and that every intelligent and sensible being is placed in the most favorable position possible for itself. Therefore, for anyone who is aware of their own existence, it is certainly better to exist than not to exist at all. However, this principle must be applied to the entire duration of each sentient being, and not to some particular moment within that duration—such as human life. This illustrates how closely the issue of Providence is linked to the question of the immortality of the soul, which I am fortunate enough to believe in, even though reason may doubt it; it is also closely connected to the question of the eternity of punishment, which neither you nor I, nor any truly pious person who believes in God, will ever come to believe.
If I reduce these various questions to their common principle, it seems to me that they all relate to the question of the existence of God. If God exists, he is perfect; if he is perfect, he is wise, powerful, and just; if he is wise and powerful, then everything is good; if he is just and powerful, my soul is immortal; if my soul is immortal, thirty years of life mean nothing to me—and perhaps they are even necessary for the maintenance of the universe. If the first proposition is accepted, the subsequent ones can never be challenged; if it is denied, there is no point in debating its consequences.
In that last case, we are neither one nor the other. Far from it, in fact. When I read your collection of works, I find that most of them convey the greatest, gentlest, and most comforting ideas about divinity. I prefer a Christian like you far more than one from the Sorbonne.
As for me, I must confess naively that neither the arguments in favor nor those against seem to be sufficiently supported by the mere reasonings of logic. If the theist bases his belief solely on probabilities, then the atheist, being even less precise, seems to base his own denial on equally probable alternatives. Moreover, the objections on both sides remain insoluble, for they concern matters about which humans possess no true understanding. I acknowledge all this, yet I believe in God just as firmly as I believe in any other truth. For to believe or not to believe are among those things in this world that depend least on me; doubt is a state too violent for my soul; when reason wavers, faith cannot remain suspended for long but must find its own determination independently of reason; and finally, countless considerations urge me toward the more comforting side, combining the weight of hope with the balance of reason.
Che il cadavere di un uomo venga nutrito da vermi, lupi o piante, non è, lo ammetto, una compensazione per la sua morte; ma se, nel sistema di questo universo, è necessario che vi sia uno scambio di sostanze tra uomini, animali e piante affinché il genere umano possa sopravvivere, allora il male particolare di un individuo contribuisce al bene generale. Io muoio, vengo divorato dai vermi; ma i miei figli, i miei fratelli vivranno come ho vissuto io; il mio cadavere nutrirà la terra da cui trarranno il loro sostentamento. E così, per ordine della natura e a beneficio di tutti gli uomini, faccio ciò che Codro, Curtio, le Decie, le Filene e migliaia d’altri fecero volontariamente, anche se solo per una piccola parte dell’umanità.
Per tornare, signore, al sistema che voi attaccate, credo che non si possa esaminarlo adeguatamente senza distinguere con cura il male particolare, la cui esistenza nessun filosofo ha mai negato, dal male generale che nega l’ottimismo. Non si tratta di sapere se ognuno di noi soffra o meno, ma se sia giusto che l’universo esista e se i nostri mali siano inevitabili nella sua struttura. Pertanto, l’aggiunta di un articolo renderebbe, a mio parere, la proposizione più precisa; e invece di dire “tutto è bene”, forse sarebbe meglio affermare “il tutto è bene, o il tutto è bene per il tutto”. È evidente quindi che nessun uomo potrebbe fornire prove dirette né a favore né contro questa tesi; poiché tali prove dipendono da una conoscenza perfetta della struttura del mondo e dello scopo del suo creatore, e tale conoscenza è indubbiamente al di là dell’intelligenza umana. I veri principi dell’ottimismo non possono essere dedotti né dalle proprietà della materia né dalla meccanica dell’universo, ma soltanto attraverso l’induzione delle perfezioni di Dio che presiede a tutto; quindi non si dimostra l’esistenza di Dio attraverso il sistema di Pope, ma il sistema di Pope attraverso l’esistenza di Dio. Inoltre, è senza dubbio dalla questione della Provvidenza che deriva quella sull’origine del male: se queste due questioni non sono state trattate in modo equilibrato, è perché si è sempre ragionato in modo errato sulla Provvidenza, al punto che quanto ne è stato detto di assurdo ha confuso completamente tutti i conseguimenti che si potevano trarre da questo grande e consolante dogma.
I primi ad aver rovinato la causa di Dio sono stati i sacerdoti e i devoti, che non tollerano che nulla avvenga secondo l’ordine stabilito, ma intervengono sempre con la giustizia divina in eventi puramente naturali; per essere certi della validità delle loro conclusioni, puniscono i malvagi e ricompensano i buoni, indistintamente, con beni o mali, a seconda degli eventi che si verificano. Non so se questa sia una buona teologia, ma ritengo che si tratti di un modo errato di ragionare: fondare in modo indiscriminato le prove della Provvidenza su argomentazioni a favore e contro, e attribuirle, senza distinzioni, tutto ciò che potrebbe accadere anche senza di essa.
Anche i filosofi, a mio parere, non sembrano molto più razionali quando si lamentano del cielo perché non è indifferente alle loro sofferenze, gridano che tutto è perduto quando hanno mal di denti, sono poveri o vengono derubati, e incolpano Dio, come dice Seneca, della custodia delle loro cose. Se qualche evento tragico avesse fatto morire Cartouche o Cesare nella loro infanzia, si sarebbe chiesto: “Quali crimini avevano commesso?”. Questi due “ladri” sono sopravvissuti, e noi diciamo: “Perché li abbiamo lasciati vivere?”. Al contrario, un devoto direbbe, nel primo caso: “Dio voleva punire il padre togliendogli il figlio”; nel secondo: “Dio conservava il figlio per castigare il popolo”. Così, qualunque sia la decisione della natura, per i devoti la Provvidenza ha sempre ragione, mentre per i filosofi ha sempre torto. Forse, nell’ordine delle cose umane, essa non ha né torto né ragione, perché tutto segue una legge comune e nessuno è escluso da essa. Si può credere che gli eventi particolari non significhino nulla agli occhi del Signore dell’universo; che la sua Provvidenza sia soltanto universale; che si limiti a preservare i generi e le specie, e a governare il tutto, senza curarsi del modo in cui ogni individuo trascorre questa breve vita. Un re saggio, che desidera che tutti vivano felici nei loro regni, ha forse bisogno di sapere se i locali pubblici sono buoni? Il passante si lamenta una notte quando non lo sono, e per il resto della sua vita vive nell’impazienza. Poiché la natura ci ha fornito mezzi diversi per vivere, non ci ha dato l’abitudine di utilizzarli tutti.
Per ragionare correttamente in questo senso, sembra che le cose debbano essere considerate in modo relativo nell’ordine fisico e assolutamente nell’ordine morale: l’idea più grande che io possa farmi della Provvidenza è che ogni essere materiale sia disposto nel modo migliore possibile rispetto al tutto, e che ogni essere intelligente e sensibile sia disposto nel modo migliore possibile rispetto a se stesso; in tal modo, per chi percepisce la propria esistenza, vale di più esistere piuttosto che non esistere. Tuttavia, questa regola deve essere applicata alla durata totale di ogni essere sensibile, e non a un momento particolare della sua esistenza, come ad esempio la vita umana; ciò dimostra quanto la questione della Provvidenza sia strettamente legata a quella dell’immortalità dell’anima, in cui ho la fortuna di credere, senza negare che la ragione possa dubitarne, e anche a quella dell’eternità delle pene, in cui né voi, né io, né alcun uomo che pensi bene di Dio crederemo mai.
Se riduco queste diverse questioni al loro principio comune, mi sembra che tutte riguardino la questione dell’esistenza di Dio. Se Dio esiste, è perfetto; se è perfetto, è saggio, potente e giusto; se è saggio e potente, tutto è bene; se è giusto e potente, la mia anima è immortale; se la mia anima è immortale, trent’anni di vita non significano nulla per me, e forse sono necessari per il mantenimento dell’universo. Se mi si concede la prima proposizione, le successive non verranno mai messe in dubbio; se viene negata, non bisogna discutere sulle sue conseguenze.
In questo ultimo caso, né io né voi siamo ciò che si potrebbe definire “tali”. Al contrario, leggendo la raccolta delle vostre opere, non posso affatto supporre nulla del genere da parte vostra; anzi, la maggior parte di esse mi offre le idee più grandi, più dolci e più consolanti sulla divinità. Preferisco di gran lunga un cristiano come voi a uno della Sorbona.
Per quanto mi riguarda, vi confesso ingenuamente che né il “sì” né il “no” mi sembrano essere dimostrati in questo punto unicamente dalle sole luci della ragione; e che, se il teista fonda la sua convinzione soltanto su probabilità, l’ateo, ancora meno preciso, mi pare fondi la propria sulla presenza di possibilità contrarie. Inoltre, le obiezioni da entrambe le parti rimangono sempre irrisolte, poiché riguardano questioni su cui gli uomini non possiedono una vera comprensione. Ammetto tutto ciò, eppure credo in Dio con la stessa forza con cui credo in un’altra verità; perché credere o non credere sono le cose del mondo che dipendono meno da me stesso; perché lo stato di dubbio è troppo violento per la mia anima; perché, quando la mia ragione vacilla, la mia fede non può rimanere a lungo incerta e si decide comunque, anche senza di essa; e perché, infine, mille motivi mi spingono verso quella direzione che offre più consolazione, unendo il peso della speranza all’equilibrio della ragione.
Voilà donc une vérité dont nous partons tous deux, à l’appui de laquelle vous sentez combien l’optimisme est facile à défendre et la Providence à justifier, et ce n’est pas à vous qu’il faut répéter les raisonnements rebattus, mais solides, qui ont été faits si souvent à ce sujet. À l’égard des philosophes qui ne conviennent pas du principe, il ne faut point disputer avec eux sur ces matières, parce que ce qui n’est qu’une preuve de sentiment pour nous ne peut devenir pour eux une démonstration, et que ce n’est pas un discours raisonnable de dire à un homme : Vous devez croire ceci parce que je le crois. Eux, de leur côté, ne doivent point non plus disputer avec nous sur ces mêmes matières, parce qu’elles ne sont que des corollaires de la proposition principale qu’un adversaire honnête ose à peine leur opposer, et qu’à leur tour ils auraient tort d’exiger qu’on leur prouvât le corollaire indépendamment de la proposition qui lui sert de base. Je pense qu’ils ne le doivent pas encore par une autre raison : c’est qu’il y a de l’inhumanité à troubler des âmes paisibles et à désoler les hommes à pure perte, quand c’e qu’on veut leur apprendre n’est ni certain ni utile. Je pense, en un mot, qu’a votre exemple on ne saurait attaquer trop fortement la superstition qui trouble la société, ni trop respecter la religion qui la soutient.
Mais je suis indigné, comme vous, que la foi de chacun ne soit pas dans la, plus parfaite liberté, et que l’homme ose contrôler l’intérieur des consciences où il ne saurait pénétrer, comme s’il dépendait de nous de croire ou de ne pas croire dans des matières où la démonstration n’a point lieu, et qu’on put jamais asservir la raison à l’autorité.
Les rois de ce monde ont-ils donc quelque inspection dans l’autre, et sont-ils en droit de tourmenter leurs sujets ici-bas pour les forcer d’aller en paradis ? Non, tout gouvernement humain se borne, par sa nature, aux devoirs civils, et, quoi qu’en ait pu dire le sophiste Hobbes, quand un homme sert bien l’état, il ne doit compte à personne de la manière dont il sert Dieu.
J’ignore si cet être juste ne punira point un jour toute tyrannie exercée en son nom ; je suis bien sûr au moins qu’il ne la partagera pas, et ne refusera le bonheur éternel à nul incrédule vertueux et de bonne foi. Puis-je, sans offenser sa bonté, et même sa justice, douter qu’un coeur droit ne rachète une erreur involontaire, et que des moeurs irréprochables ne vaillent bien mille cultes bizarres prescrits par les hommes et rejetés par la raison ? Je dirai plus : si je pouvais, à mon choix, acheter les oeuvres aux dépens de ma foi, et compenser, à force de vertu, mon incrédulité supposée, je ne balancerais pas un instant, et j’aimerais mieux pouvoir dire à Dieu : J’ai fait, sans songer à toi, le bien qui t’est agréable, et mon coeur suivait ta volonté sans la connaître, que de lui dire, comme il faudra que je fasse un jour : Je t’aimais, et je n’ai cessé de t’offenser ; je t’ai connu, et n’ai rien fait pour te plaire.
Il y a, je l’avoue, une sorte, de profession de foi que les lois peuvent imposer, mais hors les principes de la morale et du droit naturel, elle doit être purement négative, parce qu’il peut exister des religions qui attaquent les fondements de la société, et qu’il faut commencer par exterminer ces religions pour assurer la paix de l’état. De ces dogmes à proscrire, l’intolérance est sans difficulté le plus odieux ; mais il faut la prendre à sa source ; car les fanatiques les plus sanguinaires changent de langage selon la fortune, et ne prêchent que patience et douceur quand ils ne sont pas les plus forts. Ainsi j’appelle intolérant par principe tout homme qui s’imagine qu’on ne peut être homme de bien sans croire tout ce qu’il croit, et damne impitoyablement ceux qui ne pensent point comme lui. En effet, les fidèles sont rarement d’humeur à laisser les réprouvés en paix dans ce monde, et un saint qui croit vivre avec des damnés anticipe volontiers sur le métier du diable. Quant aux incrédules intolérants qui voudraient forcer le peuple à ne rien croire, je ne les bannirais pas moins sévèrement que ceux qui le veulent forcer à croire tout ce qu’il leur plaît ; car on voit, au zèle de leurs décisions, à l’amertume de leurs satires, qu’il ne leur manque que d’être les maîtres pour persécuter tout aussi cruellement les croyants qu’ils sont eux-mêmes persécutés par les fanatiques. Où est l’homme paisible et doux qui trouve bon qu’on ne pense pas comme lui ? Cet homme ne se trouvera sûrement jamais parmi les dévots, et il est encore à trouver chez les philosophes.
Je voudrais donc qu’on eût, dans chaque état, un code moral, ou une espèce de profession de foi civile qui contint positivement les maximes sociales que chacun serait tenu d’admettre, et négativement les maximes intolérantes qu’on serait tenu de rejeter, non comme impies, mais comme séditieuses. Ainsi, toute religion qui pourrait s’accorder avec le code serait admise ; toute religion qui ne s’y accorderait pas serait proscrite, et chacun serait libre de n’en avoir point d’autre que le code même. Cet ouvrage, fait avec soin, serait, ce me semble, le livre le plus utile qui jamais ait été composé, et peut-être le seul nécessaire aux hommes. Voilà, monsieur, un sujet pour vous ; je souhaiterais passionnément que vous voulussiez entreprendre cet ouvrage, et l’embellir de votre poésie, afin que chacun pouvant l’apprendre aisément, il portât dès l’enfance, dans tous les coeurs, ces sentiments de douceur et d’humanité qui brillent dans vos écrits, et qui manquent à tout le monde dans la pratique. Je vous exhorte à méditer ce projet, qui doit plaire à l’auteur d’Alzire. Vous nous avez donné, dans votre poème sur la religion naturelle, le catéchisme de l’homme ; donnez-nous maintenant, dans celui que je vous propose, le catéchisme du citoyen. C’est une matière à méditer longtemps, et peut-être à réserver pour le dernier de vos ouvrages, afin d’achever, par un bienfait au genre humain, la plus brillante carrière que jamais homme de lettres ait parcourue.
Je ne puis m’empêcher, monsieur, de remarquer à ce propos une opposition bien singulière entre vous et moi dans le sujet de cette lettre. Rassasié de gloire, et désabusé des vaines grandeurs, vous vivez libre au sein de l’abondance ; bien sûr de votre immortalité, vous philosophez paisiblement sur la nature de l’âme ; et, si le corps ou le coeur souffre, vous avez Tronchin pour médecin et pour ami : vous ne trouvez pourtant que mal sur la terre. Et moi, homme obscur, pauvre, et tourmenté d’un mal sans remède, je médite avec plaisir dans ma retraite, et trouve que tout est bien. D’où viennent ces contradictions apparentes ? Vous l’avez vous-même expliqué : vous jouissez, mais j’espère ; et l’espérance embellit tout.
J’ai autant de peine à quitter cette ennuyeuse lettre que vous en aurez à l’achever. Pardonnez-moi, grand homme, un zèle peut-être indiscret, mais qui ne s’épancherait pas avec vous si je vous estimais moins. À Dieu ne plaise que je veuille offenser celui de mes contemporains dont j’honore le plus les talents, et dont les écrits parlent le mieux à mon coeur ; mais il s’agit de la cause de la Providence, dont j’attends tout. Après avoir si longtemps puisé dans vos leçons des consolations et du courage, il m’est dur que vous m’ôtiez maintenant tout cela pour ne m’offrir qu’une espérance incertaine et vague, plutôt comme un palliatif actuel que comme un dédommagement à venir. Non, j’ai trop souffert en cette vie pour n’en pas attendre une autre. Toutes les subtilités de la métaphysique ne me feront pas douter un moment de l’immortalité de l’âme, et d’une Providence bienfaisante. Je la sens, je la crois, je la veux, je l’espère, je la défendrai jusqu’à mon dernier soupir ; et ce sera, de toutes les disputes que j’aurai soutenues, la seule où mon intérêt ne sera pas oublié. Je suis avec respect, monsieur, etc.
Observation
Here, then, is a truth upon which we both agree; and based on this truth, you surely realize how easy it is to defend optimism and justify Providence. It is not necessary for me to repeat those well-reasoned and solid arguments that have been made so often on this subject. As for those philosophers who do not accept this principle, there is no point in debating with them on these matters, because what is merely a matter of personal conviction for us cannot constitute a proof for them; moreover, it would be unreasonable to say to someone: “You must believe this because I believe it.” On their part, they too should refrain from debating with us on the same issues, since these arguments are merely corollaries of the main proposition—propositions that an honest opponent would hardly dare to challenge in the first place. And for their own sake, it would be wrong for them to demand that we prove these corollaries independently of the fundamental proposition upon which they depend. I believe they should not do so for another reason as well: it would be inhumane to disturb peaceful minds and cause distress to people for no good purpose, when all one wants to teach them is something that is neither certain nor useful. In short, I think that, by your example, we can never attack too forcefully the superstitions that disrupt society, nor can we show enough respect for the religion that supports it.
But I am as indignant as you that each person’s faith is not placed in the most perfect freedom, and that man dares to control the inner recesses of conscience—recesses into which he himself cannot penetrate—as if it were up to us to decide whether to believe or not in matters regarding which no proof is possible, and as if it were feasible to ever subject reason to authority.
Do the kings of this world therefore have any authority in the other world, and do they have the right to torment their subjects here on earth in order to force them to go to paradise? No; by its very nature, any human government is limited to civil duties. And, despite what the sophist Hobbes may have said, when a man serves the state well, he owes no one an account of how he serves God.
I do not know whether this righteous being will not one day punish all tyranny exercised in its name; I am at least certain that it will not share in such tyranny, nor will it refuse eternal happiness to any virtuous and sincere unbeliever. May I, without offending either its kindness or even its justice, doubt that a righteous heart can atone for an involuntary mistake, and that irreproachable morals are far more valuable than a thousand bizarre cults prescribed by men and rejected by reason? Moreover: if I could, at my own choice, purchase virtue at the expense of my faith, and compensate for my supposed disbelief through sheer virtue, I would not hesitate for a moment. I would rather be able to tell God: “I have done good deeds that please you, without ever thinking of you; my heart followed your will, even though I did not know it,” than to have to say one day: “I loved you, yet I never ceased to offend you; I knew you, but I did nothing to please you.”
I admit that there exists a certain kind of creed that laws may impose upon people; but beyond the principles of morality and natural law, such creeds must be purely negative in nature. For it is possible for religions to exist that undermine the foundations of society, and it is necessary to eradicate such religions first if we wish to ensure the peace of the state. Among these doctrines to be proscribed, intolerance is undoubtedly the most abhorrent; yet we must address it at its root. After all, the most bloodthirsty fanatics change their rhetoric depending on their circumstances, preaching patience and gentleness whenever they are not in a position of power. Therefore, I consider anyone who insists that one cannot be a good person without believing everything they believe to be inherently intolerant—and I condemn mercilessly those who think differently from them. Indeed, devout people rarely show any willingness to let those whom they reject live in peace in this world; a saint who believes he is living among damned souls would gladly take the devil’s role upon himself. As for those intolerant unbelievers who seek to force people to believe nothing at all, I would banish them just as harshly as those who want to force them to believe whatever they desire. For, judging by their zeal in making decisions and the bitterness of their criticisms, it is clear that all they lack is power in order to persecute believers with equal cruelty to the way they themselves are persecuted by fanatics. Where can one find a peaceful and gentle person who is content with others not thinking as he does? Such a person will surely never be found among devout people—but perhaps among philosophers.
I would therefore like for each state to have a code of morals, or a sort of civil creed that explicitly outlines the social principles that everyone should accept, and negatively lists those intolerant principles that must be rejected—not as heretical, but as subversive. In this way, any religion that aligns with this code would be tolerated; any religion that does not would be prohibited, and individuals would be free to follow no other creed than this very code. Such a carefully crafted work, in my opinion, would be the most useful book ever written—and perhaps the only one truly necessary for mankind. Here, sir, is a subject worthy of your attention; I earnestly hope you will undertake this project and embellish it with your poetry, so that everyone, easily able to access it from a young age, may cultivate in their hearts those sentiments of kindness and humanity that shine in your writings but are often lacking in real life. I urge you to consider this plan—surely it would please the author of Alzire. You have already provided us with the catechism of man in your poem on natural religion; now, in the one I propose, give us the catechism of the citizen. This is a subject worthy of thorough reflection—and perhaps best reserved for the final work of your literary career, so as to conclude, with another act of benevolence toward humanity, the most brilliant trajectory any scholar has ever pursued.
Sir, I cannot help but observe a rather peculiar contradiction between you and me regarding the subject of this letter. Satiated by glory and disillusioned with vain greatness, you live freely amidst abundance; certain of your own immortality, you philosophize peacefully about the nature of the soul; and if your body or heart suffer, you have Tronchin as both your doctor and your friend—yet you still find only evil on earth. As for me, a humble, poor man afflicted by an incurable disease, I meditate with joy in my solitude and find that everything is well. Where do these apparent contradictions come from? You yourself explained it: you enjoy what you have, but I hope; and hope itself makes everything seem beautiful.
I find it just as difficult to leave this tedious letter as you will find it difficult to complete it. Please forgive me, great man, for this perhaps indiscreet zeal; but if I held you in lower esteem, such feelings would never have been expressed. May God forbid that I should wish to offend anyone among my contemporaries whose talents I hold in the highest regard, and whose writings speak so eloquently to my heart. Yet, this matter concerns the cause of Providence, upon which I place all my hopes. Having drawn solace and courage from your teachings for so many years, it is hard for me to accept that you should now take away everything you have given me, offering in its place only a vague and uncertain hope—more like a temporary remedy than a real compensation for what I have lost. No, I have suffered too much in this life to not expect another. All the subtleties of metaphysics cannot make me doubt for a moment the immortality of the soul or the existence of a benevolent Providence. I feel it, I believe it, I desire it, I hope for it, and I will defend it until my last breath. And among all the arguments I have ever engaged in, this will be the only one in which my own interests are truly at stake. With respect, yours sincerely, [Your Name].
Observation
Ecco dunque una verità da cui entrambi partiamo; sulla base di essa, voi sentite quanto sia facile difendere l’ottimismo e giustificare la Provvidenza. Non spetta a voi ripetere quei ragionamenti, ormai ben noti e solidi, che sono stati così spesso espressi in merito. Per quanto riguarda i filosofi che non concordano su questo principio, non è necessario discutere con loro su queste materie: ciò che per noi rappresenta soltanto una dimostrazione basata sul sentimento, per loro potrebbe non essere altro che un’affermazione priva di fondamento logico. Non è certo un ragionamento valido dire a qualcuno: “Dovete credere in questo perché io ci credo”. Allo stesso modo, nemmeno loro dovrebbero discutere con noi su queste stesse questioni, poiché esse non sono altro che conseguenze della proposizione principale; un avversario onesto oserebbe a malapena opporle, e sarebbe errato da parte loro pretendere che quella conseguenza venisse dimostrata indipendentemente dalla premessa su cui si basa. Penso inoltre che non lo dovrebbero fare per un’altra ragione: è ingiusto turbare anime pacifiche e causare dolore agli uomini senza alcun motivo, quando ciò che si vuole insegnare loro non è né certo né utile. In breve, seguendo il vostro esempio, si potrebbe attaccare con forza la superstizione che disturba la società, ma anche rispettare profondamente la religione che la sostiene.
Ma sono indignato, come voi, che la fede di ciascuno non sia basata sulla libertà più perfetta, e che l’uomo osi controllare ciò che si trova nell’interno delle coscienze, qualcosa di cui non potrebbe mai comprendere il contenuto, come se dipendesse da noi credere o meno in questioni su cui non esistono prove concrete, e come se fosse possibile sottomettere la ragione all’autorità.
I re di questo mondo hanno forse qualche potere nell’altro regno e hanno il diritto di tormentare i loro sudditi quaggiù per costringerli ad andare in paradiso? No: ogni governo umano, per sua natura, si limita ai doveri civili; e, per quanto possa aver detto lo sofista Hobbes, quando un uomo serve bene lo stato, non deve rendere conto a nessuno del modo in cui serve Dio.
Non so se quest’essere giusto non punirà un giorno tutta la tirannia esercitata in suo nome; so però con certezza che non ne condividerà mai l’uso, e che non rifiuterà la felicità eterna a nessun incredulo virtuoso e di buona fede. Posso forse, senza offendere la sua bontà e nemmeno la sua giustizia, dubitare che un cuore retto non possa redimere un errore involontario, e che delle condotte irreprensibili non valgano ben mille culti strani prescritti dagli uomini e rifiutati dalla ragione? Direi ancora di più: se potessi, a mio piacimento, comprare le opere della virtù a scapito della mia fede, e compensare con la mia bontà la mia presunta incredulità, non esiterei un istante; preferirei anzi poter dire a Dio: “Ho compiuto, senza pensare a te, il bene che ti è gradito; il mio cuore ha seguito la tua volontà senza conoscerla”, piuttosto che dovergli dire un giorno: “Ti amavo, e non ho mai smesso di offenderti; ti ho conosciuto, e non ho fatto nulla per compiacerti”.
Devo ammettere che esiste una sorta di credo che le leggi possono imporre, ma al di fuori dei principi della morale e del diritto naturale, tale credo deve essere puramente negativo. Può infatti esistere delle religioni che attaccano i fondamenti della società, e bisogna innanzitutto estinguere queste religioni per garantire la pace dello stato. Tra questi dogmi da proibire, l’intolleranza è senza dubbio il più odioso; ma bisogna affrontarla alla sua radice: i fanatici più sanguinari cambiano atteggiamento a seconda delle circostanze e predicano solo pazienza e dolcezza quando non sono al potere. Pertanto, considero intollerante per principio qualsiasi persona che ritenga impossibile essere una buona persona senza credere in tutto ciò in cui crede, e condanna senza pietà coloro che non pensano come lei. Infatti, i fedeli raramente sono disposti a lasciare in pace coloro che sono riprovati in questo mondo; un santo che crede di vivere tra dei dannati è ben felice di anticipare il “lavoro” del diavolo. Quanto agli atei intolleranti che vorrebbero costringere la gente a non credere in nulla, li bandirei con la stessa severità di coloro che vogliono costringerla a credere in tutto ciò che loro desiderano; perché dallo zelo delle loro decisioni e dall’amarezza delle loro satire si evince chiaramente che a loro manca soltanto il potere per perseguitare i credenti con la stessa crudeltà con cui vengono perseguitati dai fanatici. Dov’è dunque quell’uomo pacifico e gentile che ritiene giusto che le persone non pensino come lui? Quest’uomo sicuramente non si troverà mai tra i devoti, ma forse tra i filosofi.
Vorrei quindi che in ogni stato esistesse un codice morale, o una sorta di dichiarazione di fede civile, che contenesse positivamente le massime sociali che ognuno dovrebbe adottare, e negativamente le massime intolleranti che dovrebbero essere rifiutate, non come empie, ma come sediziose. Così, qualsiasi religione che fosse in accordo con questo codice sarebbe accettata; qualsiasi religione che non lo fosse sarebbe proibita, e ognuno avrebbe la libertà di non adottarne alcuna altra se non proprio quel codice. Un’opera redatta con cura sarebbe, a mio parere, il libro più utile mai scritto, e forse l’unico davvero necessario agli uomini. Ecco, signore, un argomento adatto a voi; desidererei ardentemente che vi impegnaste in questa opera e la arricchiste con la vostra poesia, affinché tutti, potendola apprendere facilmente, possano fin da piccoli portare nei loro cuori quei sentimenti di dolcezza e umanità che brillano nelle vostre opere e che nella pratica mancano a tutti. Vi esorto a riflettere su questo progetto, che sicuramente piacerà all’autore di “Alzire”. Ci avete fornito, nel vostro poema sulla religione naturale, il catechismo dell’uomo; ora dateci, in quello che vi propongo, il catechismo del cittadino. Si tratta di un argomento su cui riflettere a lungo, e forse da riservare per l’ultima delle vostre opere, affinché, con un ulteriore beneficio per l’umanità, possiate completare la più brillante carriera che mai uno scrittore abbia intrapreso.
Non posso fare a meno, signore, di notare in questo contesto una singolare opposizione tra noi riguardo al tema di questa lettera. Saziato di gloria e disilluso dalle vane grandezze, voi vivete liberamente nell’abbondanza; certo della vostra immortalità, filosofate serenamente sulla natura dell’anima; e se il corpo o il cuore soffrono, avete Tronchin come medico e amico. Tuttavia, sulla terra non trovate che dolore. E io, uomo oscuro, povero e tormentato da un male senza rimedio, rifletto con piacere nella mia solitudine e trovo che tutto sia bene. Da dove derivano queste apparenti contraddizioni? Voi stesso l’avete spiegato: voi godete, ma io spero. E la speranza rende tutto più bello.
Mi costa lo stesso sforzo lasciare questa noiosa lettera quanto a voi costerà scriverla fino in fondo. Perdonatemi, nobile signore: forse il mio zelo è indiscreto, ma non si manifesterebbe mai se vi stimassi di meno. Che Dio non voglia che io offenda colui tra i miei contemporanei che rispetto maggiormente per i suoi talenti e il cui spirito si esprime al meglio attraverso le sue opere; tuttavia, si tratta della causa della Provvidenza, da cui aspetto tutto. Dopo aver tratto per tanto tempo consolazione e coraggio dalle vostre insegnanze, mi è difficile che ora voi mi priviate di tutto ciò, offrendomi soltanto una speranza incerta e vaga, più simile a un palliativo temporaneo che a un vero rimedio futuro. No. Ho sofferto troppo in questa vita per non aspettarmene un’altra. Tutte le sottigliezze della metafisica non mi faranno mai dubitare dell’immortalità dell’anima e di una Provvidenza benevola. La sento, la credo, la desidero, l’aspetto. E la difenderò fino all’ultimo mio respiro; ed è questa, tra tutte le controversie che avrò sostenuto, l’unica in cui il mio interesse non verrà dimenticato. Con tutto il rispetto, signore, ecc.
Osservazione.
Si jamais lettre fut digne d’attention et mérita une réponse de la part de Voltaire, c’était celle-ci, pleine de raison, de sensibilité, de tact, et d’un sentiment exquis des convenances. L’admiration pour le grand homme y est peinte avec de légères restrictions qui en rendent l’expression plus sincère, et la louange, en des termes qui ne permettent pas de douter de la franchise de celui qui en payait le tribut. Enfin le sujet traité était du plus grand intérêt, et s’il l’eût été par deux hommes de cette trempe, à quels développements lumineux ne pouvait-il pas se prêter ? Tout provoquait donc une réponse de la part de Voltaire, libre, riche, maître de son temps. En quoi consista-t-elle ? En ce peu de mots : « ; Votre lettre est très belle, mais je suis garde-malade et malade moi-même. J’attendrai que je me porte mieux pour penser avec vous. Comptez que de tous ceux qui vous ont lu, personne ne vous estime mieux que moi, malgré mes mauvaises plaisanteries. » La santé ne revint pas assez pour penser avec Rousseau, et bientôt les mauvaises plaisanteries furent remplacées par de sanglants outrages. (Cf. ci-dessous la réponse de Voltaire en son entier-Arv. ed.)
Réponse de Voltaire
Aux Délices, 12 Septembre 1756.
Mon cher Philosophe, nous pouvons vous et moi, dans les intervalles de nos maux, raisonner en vers et en prose. Mais dans le moment présent, vous me pardonnerez de laisser là toutes ces discussions philosophiques qui ne sont que des amusements. Votre lettre est très belle, mais j’ai chez moi une de mes nièces qui depuis trois semaines est dans un assez grand danger : je suis garde-malade et très malade moi-même. J’attendrai que je me porte mieux et que ma nièce soit guérie, pour oser penser avec vous. M. Tronchin m’a dit que vous viendriez enfin dans votre patrie. M. d’Alembert vous dira quelle vie philosophique on mène dans ma petite retraite. Elle mériterait le nom qu’elle porte, si elle pouvait vous posséder quelquefois. On dit que vous haïssez le séjour des villes ; j’ai cela de commun avec vous ; je voudrais vous ressembler en tant de choses, que cette conformité pût vous déterminer à venir nous voir. L’état où je suis ne me permet pas de vous en dire davantage. Comptez que de tous ceux qui vous ont lu, personne ne vous estime plus que moi malgré mes mauvaises plaisanteries, et que de tous ceux qui vous verront, personne n’est plus disposé à vous aimer tendrement. Je commence par supprimer toute cérémonie.
Lettre CXIV – À Madame d’Épinay
… 1756.
Je commence par vous dire que je suis résolu, déterminé, quoi qu’il arrive, à passer l’hiver à l’Ermitage ; que rien ne me fera changer de résolution, et que vous n’en avez pas le droit vous-même, parce que telles ont été nos conventions quand je suis venu ; ainsi n’en parlons plus, que pour vous dire en deux mots mes raisons.
Il m’est essentiel d’avoir du loisir, de la tranquillité, et toutes mes commodités pour travailler cet hiver ; il s’agit en cela de tout pour moi. Il y a cinq mois que je travaille à pourvoir à tout, afin que nul soin ne vienne me détourner. Je me suis pourvu de bois ; j’ai fait mes provisions ; j’ai rassemblé, rangé des papiers et des livres pour être commodément sous ma main. J’ai pourvu de loin à toutes mes aises en cas de maladie ; je ne puis avoir de loisir qu’en suivant ce projet, et il faudra nécessairement que je donne à m’arranger le temps que je ne puis me dispenser de donner à mon travail. Un déménagement, je le sais par expérience, ne peut se faire, malgré vous-même, sans perte, dégâts et frais de ma part, que je ne puis supporter une seconde fois. Si j’emporte tout, voilà des embarras terribles ; si je laisse quelque chose, il me fera faute, ou l’on viendra le voler ici cet hiver ; enfin, dans la position où je suis, mon temps et mes commodités me sont plus précieux que ma vie. Mais ne vous imaginez pas que je coure ici aucun risque ; je me défendrai toujours aisément de l’ennemi du dehors ; c’est au-dedans qu’il était dangereux. Je vous promets de ne jamais m’éloigner sans précaution. Je ne compte pas même me promener de tout l’hiver ailleurs que dans le jardin : il faudrait faire un siège pour m’attaquer ici. Pour surcroît de précaution, je ferai toujours coucher un voisin dans la maison. Enfin, sitôt que vous m’aurez envoyé des armes, je ne sortirai jamais sans un pistolet en vue’, même autour de la maison ; d’ailleurs je compte faire parler à notre homme par M. Matta. Ne m’en parlez donc plus, ma bonne amie ; vous ne feriez que me désoler, et n’obtiendriez rien ; car la contradiction m’est mortelle, et je suis entêté avec raison.
Je vois, par votre billet, que c’est lundi, et non pas dimanche, que vous congédiez notre homme[588] ; ce que je remarque, parce qu’il n’est pas indifférent que je sois instruit exactement du jour. N’oubliez pas de lui donner la note de ce que vous consentez qu’il emporte de la chambre ; sans quoi, ne sachant pas ce qui est à lui, je ne laisserai rien sortir. Je suis touché de vos alarmes et des inquiétudes que je vous donne ; mais comme elles ne sont pas raisonnables, je vous prie de les calmer. Aimez-moi toujours et tout ira bien. Bonjour.
Observation
Voici le commencement des persécutions dont Rousseau parle dans ses Confessions. Ou voulait qu’il rentrât à Paris. La mère de Thérèse s’ennuyait à l’Ermitage, où sa seule société consistait dans Thérèse, et dans Jean-Jacques, qu’elle ne comprenait pas. Comme elle se faisait faire des cadeaux à l’insu de Rousseau par les amis de celui-ci, l’on sent combien elle était contrariée d’être dans une solitude où, pendant l’hiver, ou ne voyait personne.
Lettre CXVI – À la même
Dimanche matin, l’Ermitage, octobre 1756.
J’apprends avec plaisir, ma bonne amie, que vous êtes mieux, et madame votre mère aussi ; je ne saurais vous en dire autant de moi. Je commence à craindre d’avoir porté mes projets plus loin que mes forces ; et si l’état où je suis continue, je doute que je revoie le printemps ni mon pays : au surplus, l’âme est assez tranquille, surtout depuis que j’ai revu mon ami[591].
Je voulais vous aller voir aujourd’hui, mais il faut remettre à demain ; encore ne puis-je m’assurer de rien. Ce sera sûrement le premier moment où je me sentirai du courage. Je n’ai point vu mon menaçant compatriote ; je vous remercie de votre avis ; mais je ne puis m’empêcher de rire de vos alarmes. À demain.
Lettre CXVIII – À la même
L’Ermitage, novembre 17 56.
Je suis beaucoup mieux aujourd’hui ; mais je ne pourrai cependant vous voir que la semaine prochaine, et j’irai fièrement à pied ; car cet appareil de carrosse me fait mal à l’imagination, comme si je pouvais manquer de jambes pour vous aller voir. Vous ne m’avez rien dit de vous ; j’espère que mademoiselle Le Vasseur m’en rapportera de bonnes nouvelles. Bonjour, madame.
Lettre CXX – À la même
L’Ermitage, décembre 1756.
Les chemins sont si mauvais, que je prends le parti de vous écrire par la poste, et vous pourrez en faire de même, car on m’apporte mes lettres de Montmorency jusqu’ici, et je suis à cet égard comme au milieu de Paris.
Il fait ici un froid rigoureux qui vient altérer un peu de bonne heure ma provision de bois, mais qui me montre, par l’image prématurée de l’hiver, que, quoi qu’on en dise, cette saison n’est plus terrible ici qu’ailleurs que par l’absence des amis ; mais on se console par l’espoir de les retrouver au printemps, ou du moins de les revoir ; car il y a longtemps que vous me faites connaître qu’on les retrouve au besoin dans toutes les saisons.
Pour Dieu, gardez bien cette chère imbécillité, trésor inattendu dont le ciel vous favorise et dont vous avez grand besoin ; car si c’est un rhumatisme pour l’esprit, c’est au corps un très bon emplâtre pour la santé ; il vous faudrait bien de pareils rhumatismes pour vous rendre impotente ; et j’aimerais mieux que vous ne pussiez remuer ni pied ni pate, c’est-à-dire n’écrire ni vers ni comédie, que de vous savoir la migraine.
Je dois une réponse à M. de Gauffecourt ; mais je compte toujours qu’il viendra la recevoir. En attendant les bouts-rimés, il peut prier M. Chapuis d’envoyer un double du mémoire que je lui ai laissé. Si tout ceci vous paraît clair, le rhumatisme vous tient bien fort.
If any letter was worthy of Voltaire’s attention and deserved a reply from him, it was this one—filled with reason, sensitivity, tact, and a fine sense of propriety. The admiration for this great man was expressed with slight reservations that made the sentiment even more sincere, while the praise was couched in terms that left no doubt about the sincerity of those who offered it. Moreover, the subject matter was of utmost importance; had it been discussed by two men of such stature, what brilliant developments might have resulted? Everything thus called for Voltaire’s response—a free, eloquent reply from a man who dominated his time. What was that response? These few words: “Your letter is very beautiful, but I am recovering from an illness and myself in poor health. I will wait until I feel better before discussing these matters with you. Believe me, among all those who have read your letter, none holds you in higher esteem than I do, despite my occasional sharp remarks.” Unfortunately, his health never improved enough for him to engage in meaningful discussions with Rousseau, and soon those “sharp remarks” were replaced by bloody insults. (See the full response from Voltaire below—Arv. ed.)
Voltaire’s response
At Les Délices, September 12, 1756.
My dear Philosopher, you and I can engage in philosophical discussions in verse and prose during the intervals of our troubles. But at present, please forgive me for setting aside all these discussions—after all, they are but mere pastimes. Your letter is very beautiful, but I have a niece at home who has been in great danger for three weeks; I am attending to her and am also very ill myself. I will wait until I feel better and my niece recovers before daring to think about seeing you again. Mr. Tronchin told me that you would finally return to your homeland. Mr. d’Alembert will tell you what kind of philosophical life one can lead in my modest retreat. It would truly deserve its name if it could ever welcome you here. People say you hate living in cities; I share that sentiment with you. I wish to resemble you in so many ways that this similarity might persuade you to come and visit us. My current state of health does not allow me to say more. Believe me, among all those who have read your works, none holds you in higher esteem than I do—despite my occasional mischievous remarks—and among all those who will meet you, none is more eager to love you dearly. Let me begin by dispelling any formalities.
Letter CXIV – To Madame d’Épinay
… 1756.
I begin by telling you that I am resolved, determined, no matter what happens, to spend the winter at the Hermitage; nothing will make me change my mind, and you yourself do not have the right to demand it, because such were our arrangements when I came here; so let us not talk about it any further, but rather let me briefly explain my reasons.
It is essential for me to have leisure, tranquility, and all the comforts necessary to work this winter; it truly means everything to me. Five months ago, I began preparing everything so that nothing would distract me. I gathered wood, stocked up on provisions, and organized papers and books to have them readily available. I took every precaution in case of illness; I could only enjoy leisure if I followed this plan, and I would inevitably have to allocate the time that I otherwise devoted to my work. I know from experience that moving, despite your efforts, would result in losses, damage, and expenses for me—something I could not afford a second time. If I took everything with me, it would cause terrible trouble; if I left anything behind, it would be missing or stolen this winter. In my current situation, my time and comforts are more precious than my life itself. But do not imagine that I am taking any risks; I can easily defend myself against external threats—the real danger lay within. I promise you that I will never leave without taking precautions. I don’t even plan to go anywhere other than the garden this whole winter; it would take a full-scale attack to try to capture me here. As an extra precaution, I will always have a neighbor staying with me in the house. Once you send me weapons, I will never go out without a pistol within reach—even when just walking around the house. Moreover, I plan to have our man communicate through M. Matta. So please stop discussing this with me, my dear friend; it would only upset me and achieve nothing. Contradiction is deadly to me, and I am right to be stubborn in this matter.
I see from your note that it is Monday, not Sunday, on which you are sending our man[588] away; I mention this because it is important for me to know the exact day. Please do not forget to give him a list of what you allow him to take from the room; otherwise, without knowing what belongs to him, I will not let anything be taken out. I am touched by your concerns and worries; but since they are not reasonable, I ask you to calm down. Always love me, and everything will go well. Goodbye.
Observation
Here begins the persecution of which Rousseau speaks in his Confessions. Or rather, it was at this time that he wished to return to Paris. Thérèse’s mother grew bored at the Hermitage; her only companions there were Thérèse and Jean-Jacques, whom she did not understand. Since she had friends of Rousseau give her gifts without his knowledge, one can easily imagine how frustrated she must have felt to be in such solitude, where, during the winter, she saw no one at all.
Letter CXVI – To the Same One
Sunday morning, the Hermitage, October 1756.
I am delighted to learn, my dear friend, that you and your mother are feeling better; I cannot say the same for myself. I begin to fear that I have pushed my plans further than my abilities will allow; and if this state continues, I doubt I will see spring or my country again. Nevertheless, my soul is quite at peace, especially since I have seen my friend again[591].
I wanted to visit you today, but I have to reschedule it for tomorrow; I still can’t be sure about anything yet. It will probably be the first time I feel brave enough to do so. I haven’t seen my threatening compatriot yet; I thank you for your advice, but I can’t help but laugh at your concerns. See you tomorrow.
Letter CXVIII – To the Same One
The Hermitage, November 17, 1756.
I feel much better today; but I will only be able to see you next week, and I will go there proudly on foot—for the thought of using a carriage fills me with discomfort, as if I might lack the ability to walk in order to visit you. You have not told me anything about yourself; I hope that Mademoiselle Le Vasseur will bring me some good news from you. Goodbye, madam.
Letter CXX – To the Same One
The Hermitage, December 1756.
The roads are in such poor condition that I have decided to write to you by mail; you can do the same, since my letters from Montmorency are delivered here, and in this respect, I am as if I were right in the heart of Paris.
The cold here is severe enough to somewhat diminish my stock of wood at an early stage, but it also serves as a premature reminder of winter, showing me that, regardless of what one might say, this season is not necessarily more terrible here than elsewhere—except perhaps for the absence of friends. However, we can take solace in the hope of reuniting with them in spring, or at least seeing them again; after all, you have long informed me that they can always be found when needed, in every season.
For God’s sake, hold onto this precious foolishness—this unexpected treasure that heaven has blessed you with, and of which you have great need. For if it is a “rheumatism” for the mind, it is indeed a very good remedy for the body’s health. You would truly need such “rheumatisms” to become incapable of doing anything; and I would rather you couldn’t move a foot or a toe—meaning you couldn’t write poems or plays—than to suffer from migraines.
I owe a reply to Mr. de Gauffecourt; but I still expect him to come and receive it. In the meantime, he may ask Mr. Chapuis to send me a copy of the memorandum I left with him. If all this seems clear to you, well, then your rheumatism must be quite severe.
Se mai una lettera fu degna di attenzione e meritò una risposta da parte di Voltaire, fu proprio questa: piena di ragionevolezza, sensibilità, tatto e di un’eccellente percezione delle convenienze sociali. L’ammirazione per questo grande uomo vi era espressa con leggere restrizioni che rendevano l’espressione ancora più sincera; la lode, in termini tali da non lasciare dubbi sulla sincerità di chi la formulava, rendeva il messaggio ancora più significativo. Inoltre, l’argomento trattato era di estremo interesse: se fosse stato affrontato da due uomini del genere, a quali brillanti sviluppi avrebbe potuto dare luogo? Tutto ciò rendeva inevitabile una risposta da parte di Voltaire, un uomo libero, colto e padrone del proprio tempo. In che consistette dunque questa risposta? In poche parole: “La vostra lettera è molto bella, ma sono in convalescenza e anch’io malato. Aspetterò di stare meglio per riflettere con voi. Potete essere certi che, tra tutti coloro che l’hanno letta, nessuno vi stima più di me, nonostante le mie battute spiacevoli.” La salute di Voltaire non migliorò abbastanza da permettergli di discutere con Rousseau; presto, quelle battute spiacevoli furono sostituite da offese crudeli. (Cfr. qui sotto la risposta completa di Voltaire – edizione Arv.)
Risposta di Voltaire
Aux Délices, 12 settembre 1756.
Mio caro Filosofo, tu ed io possiamo, nei momenti in cui non siamo afflitti da dolori, discutere in versi e in prosa. Ma in questo momento particolare, perdonami se lascio da parte tutte queste discussioni filosofiche che non sono altro che divertimenti. La tua lettera è molto bella, ma ho con me una mia nipote che da tre settimane si trova in grave pericolo; io stesso sono malato e devo assisterla. Aspetterò di stare meglio e che anche lei guarisca, prima di osare riflettere insieme a te. Il signor Tronchin mi ha detto che finalmente tornerai nella tua patria; il signor d’Alembert ti racconterà quale vita filosofica si conduce nel mio piccolo ritiro. Questo luogo meriterebbe davvero il nome che porta, se potesse averti qualche volta tra i suoi abitanti. Si dice che tu odii la vita nelle città; in questo ho qualcosa in comune con te. Vorrei assomigliarti in molti modi, affinché questa somiglianza ti spingesse a venirci a trovare. Lo stato in cui mi trovo non mi permette di dirti di più. Puoi essere certo che, tra tutti coloro che hanno letto la tua lettera, nessuno ti stimava più di me, nonostante le mie battute scherzose. E tra tutti coloro che ti incontreranno, nessuno è più disposto ad amarti sinceramente. Comincio quindi eliminando ogni formalità.
Lettera CXIV – Alla signora d’Épinay
… 1756.
Innanzitutto vi dico che sono deciso, risoluto, a passare l’inverno all’Ermitage, a qualunque costo; nulla mi farà cambiare idea, e nemmeno voi avete il diritto di chiedermelo, perché tali erano le nostre convenzioni quando sono arrivato. Quindi non ne parliamo più, ma vi espongo in due parole le mie ragioni.
È essenziale per me disporre di tempo libero, tranquillità e tutte le comodità necessarie per lavorare quest’inverno; per me, si tratta davvero di tutto. Cinque mesi fa ho iniziato a prendere tutte le precauzioni possibili affinché nessun impegno potesse distogliermi dal mio lavoro. Mi sono procurato legna, ho fatto scorta di provviste e ho raccolto, sistemato documenti e libri in modo da averli sempre a portata di mano. Ho anche previsto ogni possibile necessità nel caso mi ammalassi; posso godere di tranquillità soltanto seguendo questo piano, e dovrò necessariamente dedicare il tempo che altrimenti riserverei al lavoro. So per esperienza che un trasloco, nonostante le vostre intenzioni, comporterebbe perdite, danni e spese da parte mia, cose che non posso permettermi di affrontare una seconda volta. Se porto via tutto, ne deriverebbero grandi inconvenienti; se lascio qualcosa indietro, mi mancherebbe o qualcuno potrebbe venire a rubarlo quest’inverno. In definitiva, nella situazione in cui mi trovo, il mio tempo e le mie comodità sono più preziosi della mia stessa vita. Ma non pensate che io corra alcun rischio: mi difenderò sempre facilmente dagli eventuali pericoli esterni; il vero pericolo era interno. Vi prometto di non allontanarmi mai senza prendere le dovute precauzioni. Non intendo nemmeno passeggiare da qualche altra parte quest’inverno se non nel giardino: ci vorrebbe un assedio per attaccarmi qui. Per maggiore sicurezza, farò sempre dormire un vicino in casa mia. Infine, non appena mi avrete inviato le armi, non uscirò mai senza un pistolo a portata di mano, nemmeno intorno alla casa; inoltre, ho intenzione di far parlare il nostro uomo tramite il signor Matta. Quindi smettete pure di parlarne, mia cara amica: non fareste altro che rattristarmi e non otterreste nulla. La contraddizione mi è davvero mortale, e ho tutte le ragioni per essere testardo.
Dal vostro biglietto vedo che è lunedì, e non domenica, che congedate il nostro uomo[588]; ciò mi sembra importante, poiché è fondamentale conoscere con esattezza la data. Non dimenticate di comunicargli quali oggetti gli è permesso portare via dalla stanza; altrimenti, non sapendo cosa gli appartiene, non permetterò che nulla venga preso. Sono commosso dalle vostre preoccupazioni e ansie; tuttavia, poiché non sono giustificate, vi chiedo di tranquillizzarvi. Amatemi sempre e tutto andrà bene. Buongiorno.
Osservazione.
Ecco l’inizio delle persecuzioni di cui Rousseau parla nelle sue Confessioni. La madre di Thérèse si annoiava all’Ermitage; la sua unica compagnia era costituita da Thérèse e da Jean-Jacques, che lei non riusciva a comprendere. Poiché i suoi amici facevano regalare dei doni a Rousseau senza che lui lo sapesse, si può facilmente immaginare quanto fosse infelice in quella solitudine, dove, durante l’inverno, non vedeva nessuno.
Lettera CXVI – Alla stessa persona
Domenica mattina, l’Ermitage, ottobre 1756.
Mi rallegro molto, mia cara amica, di sapere che vi sentite meglio, così come vostra madre; per quanto riguarda me, non posso dire lo stesso. Inizio a temere di aver portato i miei progetti oltre le mie forze; e se questa situazione dovesse continuare, dubito di rivedere la primavera o il mio paese. Del resto, l’anima è abbastanza serena, soprattutto da quando ho rivisto il mio amico[591].
Volevo venire a trovarvi oggi, ma dovrò rimandare a domani; comunque, non posso ancora esserne certo. Sicuramente sarà il primo momento in cui proverò il coraggio di farlo. Non ho ancora incontrato quel mio pericoloso connazionale; vi ringrazio per i vostri consigli, ma non riesco a fare a meno di ridere delle vostre preoccupazioni. A domani.
Lettera CXVIII – Alla stessa persona
L’Ermitage, 17 novembre 1756.
Oggi sto molto meglio; tuttavia potrò vedervi solo la prossima settimana, e ci andrò con orgoglio a piedi. Questo mezzo di trasporto mi sembra così estraneo, come se non avessi le gambe per venire da voi. Non mi avete detto nulla di voi; spero che mademoiselle Le Vasseur mi porti buone notizie. Arrivederci, signora.
Lettera CXX – Alla stessa persona
L’Ermitage, dicembre 1756.
I sentieri sono così in cattive condizioni che ho deciso di scrivervi per posta; anche voi potete fare lo stesso, poiché le mie lettere da Montmorency mi vengono consegnate fino a qui, quindi, in questo senso, mi trovo come se fossi nel centro di Parigi.
Fa un freddo intenso qui, già da ora, riduce leggermente le mie scorte di legna; tuttavia, questa anticipata manifestazione dell’inverno mi dimostra che, nonostante quanto si possa dire, questa stagione qui non è affatto più terribile altrove, tranne per l’assenza degli amici. Ma ci consoliamo pensando di rivederli in primavera, o almeno di incontrarli di nuovo; infatti, da tempo mi avete detto che, quando necessario, si possono ritrovare gli amici in tutte le stagioni.
Per Dio, custodite bene questa preziosa “stupidità”, un tesoro inaspettato di cui il cielo vi favorisce e di cui avete grande bisogno; perché se si tratta di un “reumatismo” per l’anima, per il corpo è invece un ottimo rimedio per la salute. Vi servirebbero proprio molti di questi “reumatismi” per diventare incapaci di fare qualsiasi cosa. Preferirei che non poteste muovere né piede né mano, cioè che non poteste scrivere versi o commedie, piuttosto che soffrire di mal di testa.
Devo una risposta a Monsieur de Gauffecourt; ma conto ancora che venga a riceverla. Nel frattempo, può chiedere a Monsieur Chapuis di inviarmi una copia del memoriale che gli ho lasciato. Se tutto ciò vi sembra chiaro, il reumatismo vi affligge davvero molto.
À propos de M. de Gauffecourt, et son manuscrit, quand voulez-vous me le renvoyer ? Savez-vous qu’il y a quatre ans que je travaille à pouvoir le lire, sans avoir pu en venir à bout ? Bonjour, madame ; touchez pour moi la pâte à toute la société[592].
Lettre CXXI – À la même
Le 13 décembre 1756[593].
Ma chère amie, il faudra que j’étouffe, si je ne verse pas mes peines dans le sein de l’amitié. Diderot m’a écrit une lettre qui me perce l’âme. Il me font entendre que c’est par grâce qu’il ne me regarde pas comme un scélérat, et qu’il y aurait bien à dire là-dessus, ce sont ses termes ; et cela, savez-vous pourquoi ? parce que madame Le Vasseur est avec moi. Eh î hon Dieu, que dirait-il de plus si elle n’y était pas ? Je les ai recueillis dans la rue, elle et son mari, dans un âge où ils n’étaient plus en état de gagner leur vie. Elle ne m’a jamais rendu que trois mois de service. Depuis dix ans je m’ôte pour elle le pain de la bouche ; je la mène dans un bon air, où rien ne lui manque ; je renonce pour elle au séjour de ma patrie ; elle est sa maîtresse absolue, va, vient sans compte rendre ; j’en ai autant de soin que de ma propre mère ; tout cela n’est rien, et je ne suis qu’un scélérat si je ne lui sacrifie encore mon bonheur et ma vie, et si je ne vais mourir de désespoir à Paris pour son amusement. Hélas ! la pauvre femme ne le désire point ; elle ne se plaint point ; elle est très contente. Mais je vois ce que c’est ; M. Grimm ne sera pas content lui-même qu’il ne m’ait ôté tous les amis que je lui ai donnés. Philosophes des villes, si ce sont là vos vertus, vous me consolez bien de n’être qu’un méchant î J’étais heureux dans ma retraite ; la solitude ne m’est point à charge ; je crains peu la misère ; l’oubli du monde m’est indiffèrent ; je porte mes maux avec patience : mais aimer, et ne trouver que des coeurs ingrats, ah ! voilà le seul qui me soit insupportable ! Pardon, ma chère amie ; j’ai le coeur surchargé d’ennuis, et les yeux gonflés de larmes qui ne peuvent sortir. Si je pouvais vous voir un moment et pleurer, que je serais soulagé ! Mais je ne remettrai de ma vie les pieds à Paris ; pour le coup, je l’ai juré.
J’oubliais de vous dire qu’il y a même de la plaisanterie dans la lettre du philosophe ; il devient barbare avec légèreté : on voit qu’il se civilise.
Observation
Rousseau peint son âme dans cette lettre. On y voit combien il était révolté des jugements injustes. Il était loin de se douter que l’avenir lui en réservait de plus iniques que celui de Diderot, et même de M. Grimm. La manière dont il parle de ce dernier devait déplaire à madame d’Épinay.
1757
Lettre CXXII – À Madame d’Épinay
Lettre CXXIII – À la même
Lettre CXXIV – À la même
Lettre CXXV – À la même
Lettre CXXVI – À la même
Lettre CXXVII – À la même
Lettre CXXVIII – À la même
Lettre CXXIX – À M. Diderot
Lettre CXXX – Au même
Lettre CXXXI – À Madame d’Épinay
Lettre CXXXII – À la même
Lettre CXXXIII – À la même
Lettre CXXXIV – À la même
Lettre CXXXV – À la même
Lettre CXXXVI – À la même
Lettre CXXXVII – À la même
Lettre CXXXVIII – À M. Vernes
Lettre CXXXIX – À Madame d’Épinay
Lettre CXL – À la même
Lettre CXLI – À la même
Lettre CXLII – À Sophie (Madame d’Houdetot)
Lettre CXLIII – À Madame d’Épinay
Lettre CXLIV – À la même
Lettre CXLV – À la même
Lettre CXLVI – À la même
Lettre CXLVII – À la même
Lettre CXLVIII – À la même
Lettre CXLIX – À la même
Lettre CL – À la même
Lettre CLI – À la même
Lettre CLII – À M. de Saint-Lambert
Lettre CLIII – À M. Grimm
Lettre CLIV – À Madame d’Épinay
Lettre CLV – À Madame d’Houdetot
Lettre CLVI – À M. de Saint-Lambert
Lettre CLVII – À M. Grimm
Lettre CLVIII – À Madame d’Houdetot
Lettre CLIX – À la même
Lettre CLX – À Madame d’Épinay
Lettre CLXI – À la même
Table de la correspondance
Lettre CXXII – À la même
Janvier 1737.
Tenez, madame, voilà les lettres de Diderot et ma dernière réponse ; lisez et jugez-nous, car pour moi je suis trop aigri, trop violemment indigné pour avoir de la raison.
Je viens de déclarer à madame Le Vasseur que, quelque plaisir que nous eussions tous deux à vivre ensemble, mes amis jugeaient qu’elle était trop mal ici pour une femme de son-âge ; qu’il fallait qu’elle allât à Paris vivre avec ses enfants, et que je leur donnerais tout ce que j’avais au monde, à elle et à sa fille. Là-dessus la fille s’est mise à pleurer, et malgré la douleur de se séparer de sa mère, elle a protesté qu’elle ne me quitterait point, et en vérité les philosophes auront beau dire, je ne l’y contraindrai pas. Il faut donc que je me réserve quelque chose pour la nourrir aussi bien que moi. J’ai donc dit à madame Le Vasseur que je lui ferais une pension qui lui serait payée aussi longtemps que je vivrais, et c’est ce qui sera exécuté. Je lui ai dit encore que je vous prierais d’en régler la somme, et je vous en prie ; ne craignez point de la faire trop forte, j’y gagnerai toujours beaucoup, ne fût-ce que ma liberté personnelle.
Ce qu’il y a de plus affreux pour moi, c’est que la bonne femme s’est mis en tête que tout cela est un jeu joué entre Diderot, moi et sa fille, et que c’est un moyen que j’ai imaginé pour me défaire d’elle. Elle m’a représenté là-dessus une chose très juste, savoir, qu’ayant passé une partie de l’hiver ici[594], il lui est bien dur d’en partir à l’approche du printemps ; je lui ai dit qu’elle avait raison, mais que s’il venait à lui arriver le moindre malheur durant l’été, on ne manquerait pas de m’en rendre responsable. Ce ne sera pas le public, ai-je ajouté, qui dira cela, ce seront mes amis, et je n’ai pas le courage de m’exposer à passer chez eux pour un assassin.
Il y a quinze jours que nous vivions paisiblement ici, et dans une concorde parfaite. Maintenant nous voilà tous alarmés, agités, pleurant, forcés de nous séparer. Je vous assure que cet exemple m’apprendra à ne me mêler jamais qu’avec connaissance de cause et beaucoup de circonspection des affaires domestiques de mes amis, et je suis très incertain même si je dois écrire à M. d’Épinay en faveur de ce pauvre Cahouet[595].
Comme Diderot me marque qu’il viendra samedi, il est important de lui envoyer sur-le-champ sa lettre. S’il vient, il sera reçu avec honnêteté, mais mon coeur se fermera devant lui, et je sens que nous ne nous reverrons jamais. Peu lui importe, ce ne sera pour lui qu’un ami de moins. Mais moi, je perdrai tout, je serai tourmenté le reste de ma vie[596]. Un autre exemple m’a trop appris que je n’ai point un coeur qui sache oublier ce qui lui fut cher. Évitons, s’il se peut, une rupture irréconciliable. Je suis si cruellement tourmenté, que j’ai jugé à propos de vous envoyer cet exprès, afin d’avoir réponse à point nommé. Servez-vous-en pour l’envoyer porter la lettre à Diderot, et me répondez sur-le-champ, si vous avez quelque pitié de moi.
P. S. Il faut que je vous ajoute que madame Le Vasseur me fait à présent de violents reproches ; elle me les fait durement, avec hauteur, et du ton de quelqu’un qui se sent bien appuyé. Je ne réponds rien non plus que sa fille ; nous nous contentons de gémir en silence : je vois que les vieillards sont durs, sans pitié, sans entrailles, et n’aiment plus rien qu’eux-mêmes. Vous voyez que je ne peux plus éviter d’être un monstre. J’en suis un aux yeux de M. Diderot, si madame Le Vasseur reste ici ; j’en suis un à ses yeux si elle n’y reste pas. Quelque parti que je prenne, me voilà méchant malgré moi.
Observation
Regarding Mr. de Gauffecourt and his manuscript, when do you plan to return it to me? Do you realize that it has been four years since I began working on reading it, yet I have still not finished it? Good day, madam; please spread the word about this throughout society[592].
Letter CXXI – To the Same One
On December 13, 1756[593].
My dear friend, I would surely perish if I did not pour out my sorrows in the embrace of friendship. Diderot wrote me a letter that pierced my soul. He made it clear that it was only out of kindness that he did not regard me as a scoundrel—and there is much more to be said on this subject, his own words. And do you know why? Because Madame Le Vasseur is with me. Oh, heaven! What more would he have said if she were not here? I took them in off the street, her and her husband, when they were too old to earn a living. She has only served me for three months. For ten years now, I have been depriving myself of what is necessary for life in order to support her; I have provided her with everything she needed; I have even given up living in my own country for her sake. She is absolutely dependent on me, coming and going without any restraint; I care for her as if she were my own mother. And yet all this means nothing—if I do not sacrifice my own happiness and life for her, if I do not die of despair in Paris just for her amusement. Alas! The poor woman does not desire such things; she never complains; she is quite content. But I see what this means: even M. Grimm would not be satisfied if he had not deprived me of all the friends I once gave him. Philosophers of the city, if these are your so-called virtues, then you truly console me in knowing that I am but a wicked man. I was happy in my solitude; I did not mind poverty; I was indifferent to the world’s forgetfulness; I endured my troubles with patience. But to love—and to find only ungrateful hearts. Ah! That is what I cannot bear at all. Pardon me, my dear friend; my heart is burdened with sorrow, and my eyes are filled with tears that cannot be shed. If only I could see you for a moment and cry. How much relief it would bring me! But I will never set foot in Paris again; I have sworn it.
I forgot to tell you that there is even some humor in the philosopher’s letter; he becomes barbaric in a lighthearted way—which shows that he is indeed cultivating his civility.
Observation
Rousseau portrays his soul in this letter. It becomes evident how deeply he was outraged by unjust judgments. He had no way of knowing that the future would hold even more unfair treatments for him than those inflicted upon Diderot—and even upon Monsieur Grimm. The way he speaks about Monsieur Grimm must have displeased Madame d’Épinay.
1757
Letter CXXII – To Madame d’Épinay
Letter CXXIII – To the Same One
Letter CXXIV – To the Same One
Letter CXXV – To the Same One
Letter CXXVI – To the Same One
Letter CXXVII – To the Same One
Letter CXXVIII – To the Same One
Letter CXXIX – To Mr. Diderot
Letter CXXX – To the Same One
Letter CXXXI – To Madame d’Épinay
Letter CXXXII – To the Same One
Letter CXXXIII – To the Same One
Letter CXXXIV – To the Same One
Letter CXXXV – To the Same One
Letter CXXXVI – To the Same One
Letter CXXXVII – To the Same One
Letter CXXXVIII – To Mr. Vernes
Letter CXXXIX – To Madame d’Épinay
Letter CXL – To the Same One
Letter CXLI – To the Same One
Letter CXLII – To Sophie (Madam d’Houdetot)
Letter CXLIII – To Madame d’Épinay
Letter CXLIV – To the Same One
Letter CXLV – To the Same One
Letter CXLVI – To the Same One
Letter CXLVII – To the Same One
Letter CXLVIII – To the Same One
Letter CXLIX – To the Same One
Letter CL – To the Same One
Letter CLI – To the Same One
Letter CLII – To Mr. de Saint-Lambert
Letter CLIII – To Mr. Grimm
Letter CLIV – To Madame d’Épinay
Letter CLV – To Madame d’Houdetot
Letter CLVI – To Mr. de Saint-Lambert
Letter CLVII – To Mr. Grimm
Letter CLVIII – To Madame d’Houdetot
Letter CLIX – To the Same One
Letter CLX – To Madame d’Épinay
Letter CLXI – To the Same One
Correspondence Table
Letter CXXII – To the Same One
January 1737.
Here, madam, are Diderot’s letters and my last reply; read them and judge for yourselves, for as for me, I am too angry, too violently indignant to be able to think clearly.
I just told Madame Le Vasseur that, as much as we both might enjoy living together, my friends considered it too unpleasant for a woman of her age to stay here; they believed she should go to Paris to live with her children, and that I would give her and her daughter everything I owned in the world. Upon hearing this, the daughter began to cry, but despite the pain of separating from her mother, she insisted on staying with me. And indeed, no matter what the philosophers might say, I will not force her to leave. Therefore, I must reserve some money to provide for her just as I do for myself. So I told Madame Le Vasseur that I would give her a pension that would be paid as long as I lived, and that is what will happen. I also asked you to determine the amount of this pension for her, and I implore you to do so—please do not hesitate to set it high; I will always benefit greatly from it, even if it is just in terms of my personal freedom.
What is most terrible for me is that that good woman has taken it into her head that all of this is some kind of game being played between Diderot, me, and her daughter, and that it is a scheme I have concocted in order to get rid of her. She pointed out something very true regarding this: since she had spent part of the winter here[594], it was indeed very difficult for her to leave now that spring was approaching. I told her that she was right, but that if the slightest misfortune should happen to her during the summer, people would not hesitate to hold me responsible for it. “It won’t be the public,” I added, “who will say such things; it will be my friends. And I don’t have the courage to face them and be accused of being an assassin.”
Fifteen days ago, we were living here in peace and perfect harmony. Now, we are all alarmed, agitated, and in tears, forced to separate. I assure you that this experience has taught me never to get involved in my friends’ domestic affairs unless I understand the situation thoroughly and with great caution. In fact, I am quite uncertain whether I should write to Mr. d’Épinay in support of that poor Cahouet[595].
Since Diderot has informed me that he will be coming on Saturday, it is important to send him his letter immediately. If he comes, he will be received with honesty, but my heart will remain closed to him, and I feel that we will never see each other again. It matters little to him; it will merely mean the loss of another friend. But for me, I will lose everything and be tormented for the rest of my life[596]. Another experience has taught me too well that I do not possess a heart capable of forgetting what was dear to me. Let us, if possible, avoid an irreconcilable break. I am suffering so cruelly that I deemed it necessary to send you this urgent message in order to receive a prompt reply. Please use it to deliver the letter to Diderot and respond to me immediately, if you have any pity for me.
P.S. I must add that Madame Le Vasseur is now hurling violent reproaches at me; she does so in a harsh, arrogant manner, with the tone of someone who feels well-supported by others. Neither I nor her daughter respond; we merely suffer in silence. It is clear that the elderly are cruel, merciless, and heartless—they love nothing but themselves. You see that I can no longer avoid becoming a monster. In the eyes of Monsieur Diderot, I will be a monster whether Madame Le Vasseur stays here or not; whatever choice I make, I will inevitably turn out to be evil.
Observation
A proposito di Monsieur de Gauffecourt e del suo manoscritto, quando intende restituirmelo? Sa che da quattro anni lavoro per riuscire a leggerlo, senza però essere ancora riuscito a terminarlo? Buongiorno, signora; mi faccia avere l’opportunità di partecipare attivamente alla vita sociale[592].
Lettera CXXI – Alla stessa persona
Il 13 dicembre 1756[593].
Mia cara amica, dovrò soffocare se non riverso tutte le mie pene nell’abbraccio dell’amicizia. Diderot mi ha scritto una lettera che mi ha trafitto l’anima; mi dicono che è solo per grazia sua che non mi considera un malvagio, e ci sarebbe molto da dire al riguardo. Secondo le sue stesse parole. E sapete perché? Perché madame Le Vasseur è con me. Oh mio Dio, cosa direbbe ancora se lei non fosse qui? L’ho raccolta in strada, insieme a suo marito, in un’età in cui ormai non erano più in grado di guadagnarsi da vivere. Non mi ha mai reso che tre mesi di servizio. Da dieci anni mi privo del pane necessario per vivere per lei; la porto in luoghi dove non le manca nulla; rinuncio al soggiorno nella mia patria per lei. Lei è la sua padrona assoluta, va e viene senza alcun controllo. Mi prendo cura di lei come se fosse mia madre. Eppure tutto questo non basta. Sarei davvero un malvagio se non le sacrificassi anche la mia felicità e la mia vita. Se non morissi di disperazione a Parigi per il suo divertimento. Ahimè. Quella povera donna non lo desidera affatto; non si lamenta mai. È molto contenta. Ma capisco bene cosa sta succedendo. Anche M. Grimm non sarà soddisfatto se non mi avrà privato di tutti gli amici che gli ho dato. Filosofi delle città, se queste sono le vostre virtù, allora mi consolate davvero nel sapere di essere un malvagio. Ero felice nella mia solitudine; la solitudine non mi pesava; temevo poco la povertà; l’oblio del mondo non mi interessava; sopportavo i miei mali con pazienza. Ma amare, e trovare solo cuori ingrati, ah, questo è davvero insopportabile per me. Perdonami, mia cara amica. Il mio cuore è oppresso dal dolore. Gli occhi sono pieni di lacrime che non riescono a uscire. Se potessi vederti per un momento e piangere, quanto mi sentirei sollevato! Ma non metterò più piede a Parigi in vita mia. L’ho giurato.
Dimenticavo di dirvi che nella lettera di quel filosofo c’è persino dell’umorismo; si comporta in modo “barbaro” con leggerezza. Si vede chiaramente che sta cercando di “civilizzarsi”.
Osservazione.
In questa lettera Rousseau descrive la propria anima; vi si può vedere quanto fosse indignato di fronte ai giudizi ingiusti. Non avrebbe mai immaginato che il futuro gli riservasse giudizi ancora più ingiusti di quelli subiti da Diderot, o persino dal signor Grimm. Il modo in cui parla di quest’ultimo sicuramente non piacque a madame d’Épinay.
1757
Lettera CXXII – Alla signora d’Épinay
Lettera CXXIII – Alla stessa persona
Lettera CXXIV – Alla stessa persona
Lettera CXXV – Alla stessa persona
Lettera CXXVI – Alla stessa persona
Lettera CXXVII – Alla stessa persona
Lettera CXXVIII – Alla stessa persona
Lettera CXXIX – A Monsieur Diderot
Lettera CXXX – Allo stesso.
Lettera CXXXI – Alla signora d’Épinay
Lettera CXXXII – Alla stessa persona
Lettera CXXXIII – Alla stessa persona
Lettera CXXXIV – Alla stessa persona
Lettera CXXXV – Alla stessa persona
Lettera CXXXVI – Alla stessa persona
Lettera CXXXVII – Alla stessa persona
Lettera CXXXVIII – A Monsieur Vernes
Lettera CXXXIX – Alla signora d’Épinay
Lettera CXL – Alla stessa persona
Lettera CXLI – Alla stessa persona
Lettera CXLII – A Sophie (Madame d’Houdetot)
Lettera CXLIII – Alla signora d’Épinay
Lettera CXLIV – Alla stessa persona
Lettera CXLV – Alla stessa persona
Lettera CXLVI – Alla stessa persona
Lettera CXLVII – Alla stessa persona
Lettera CXLVIII – Alla stessa persona
Lettera CXLIX – Alla stessa persona
Lettera CL – Alla stessa persona
Lettera CLI – Alla stessa persona
Lettera CLII – A Monsieur de Saint-Lambert
Lettera CLIII – A Monsieur Grimm
Lettera CLIV – Alla signora d’Épinay
Lettera CLV – Alla signora d’Houdetot
Lettera CLVI – A Monsieur de Saint-Lambert
Lettera CLVII – A Monsieur Grimm
Lettera CLVIII – Alla signora d’Houdetot
Lettera CLIX – Alla stessa persona
Lettera CLX – Alla signora d’Épinay
Lettera CLXI – Alla stessa persona
Tabella della corrispondenza
Lettera CXXII – Alla stessa persona
Gennaio 1737.
Ecco, signora, le lettere di Diderot e la mia ultima risposta; leggetele e giudicateci, perché per quanto mi riguarda, sono troppo arrabbiato, troppo profondamente offeso per essere in grado di ragionare con lucidità.
Ho appena detto a madame Le Vasseur che, per quanto entrambi potessimo desiderare vivere insieme, i miei amici ritenevano che lei fosse troppo malata, per una donna della sua età; che dovesse andare a Parigi a vivere con i suoi figli, e che io le avrei dato tutto ciò che possedevo al mondo, sia a lei che a sua figlia. A queste parole la figlia ha iniziato a piangere, ma nonostante il dolore di separarsi dalla madre, ha protestato che non mi avrebbe lasciato. E onestamente, per quanto possano dire i filosofi, non la costringerò a farlo. Quindi devo riservarmi qualcosa anche io, per poterla mantenere allo stesso modo in cui mantengo me stesso. Ho detto quindi a madame Le Vasseur che le avrei concesso una pensione che le sarebbe stata pagata finché fossi vissuto. E così sarà fatto. Le ho anche chiesto di stabilire voi stessa l’importo di questa pensione. Vi prego: non esitate a fissarlo un po’ alto; ne trarrò sempre molti vantaggi, anche solo in termini di libertà personale.
Quello che trovo più orribile è che quella brava donna abbia preso l’idea che tutto ciò fosse solo un gioco tra Diderot, me e sua figlia, e che io avessi inventato questo stratagemma per sbarazzarmene. Mi ha fatto notare qualcosa di molto vero: essendo trascorsa una parte dell’inverno qui[594], le è davvero difficile andarsene con l’avvicinarsi della primavera. Le ho detto che aveva ragione, ma che se le fosse accaduto qualche disgrazia durante l’estate, non mancherebbero certo di incolparmi. “Non sarà il pubblico”, ho aggiunto, “a farlo, saranno i miei amici, e io non ho il coraggio di rischiare di essere considerato un assassino da loro.”
Quindici giorni fa vivevamo qui in pace e in perfetta armonia. Ora siamo tutti allarmati, agitati, in lacrime, costretti a separarci. Vi assicuro che questo episodio mi insegnerà a non immischiarmi mai nelle faccende domestiche dei miei amici se non dopo averne pienamente compreso le ragioni e con grande cautela. Sono persino incerto se debba scrivere a Monsieur d’Épinay a favore di quel povero Cahouet[595].
Poiché Diderot mi ha detto che verrà sabato, è importante inviargli immediatamente la sua lettera. Se dovesse venire, verrebbe accolto con onestà, ma il mio cuore si chiuderà davanti a lui e sento che non ci rivedremo mai più. A lui poco importerà; per lui sarà solo un amico in meno. Ma io perderò tutto e sarò tormentato per il resto della mia vita[596]. Un altro esempio mi ha insegnato troppo chiaramente che il mio cuore non sa dimenticare ciò che gli è stato caro. Se possibile, evitiamo una rottura irreconciliabile. Sono così crudelmente tormentato che ho ritenuto opportuno inviarvi questo messaggio urgente, affinché possiate ricevere una risposta tempestiva. Usatelo per consegnare la lettera a Diderot e rispondetemi immediatamente, se avete un po’ di pietà per me.
P.S. Devo aggiungere che ora madame Le Vasseur mi fa dei violenti rimproveri; me li fa in modo duro, con arroganza, e con il tono di qualcuno che si sente molto protetto. Nemmeno sua figlia risponde; ci limitiamo a lamentarci in silenzio. Vedo che gli anziani sono duri, senza pietà, senza cuore, e non amano più nulla se non se stessi. Capite quindi che ormai non posso più evitare di essere considerato un mostro. Lo sono agli occhi di Monsieur Diderot, sia che madame Le Vasseur rimanga qui, sia che se ne vada. Qualunque decisione prenda, mi ritrovo comunque a essere cattivo, contro la mia volontà.
Osservazione.
Ces lettres, à l’occasion de Diderot, mettent à même de juger avec connaissance de cause les deux amis ; l’un violent, l’autre emporté, mais avec cette différence que le premier voulait, bon gré malgré, se mêler des affaires du second, qui s’occupait à peine des siennes, et ne voulait pour lui que l’indépendance. L’emportement de celui-ci était toujours provoqué par une cause qui le justifiait. D’ailleurs il s’évaporait promptement : mais la violence de Diderot, accessible à la haine, avait de la durée. L’odieuse note à l’occasion de Sénèque ne le prouve que trop. Diderot a laissé dans ses écrits des traces de cette haine et de son injustice : dans les siens, Rousseau n’a parlé de son ancien ami qu’en termes honorables.
Lettre CXXIV – À la même
… 1757.
Madame Le Vasseur doit vous écrire, ma bonne amie ; je l’ai priée de vous dire sincèrement ce qu’elle pense. Pour la mettre bien à son aise, je lui ai déclaré que je ne voulais pas voir sa lettre, et je vous prie de ne me rien dire de ce qu’elle contient.
Je n’enverrai pas la mienne à Diderot, puisque vous vous y opposez. Mais me sentant très grièvement offensé, il y aurait, à convenir d’un tort que je n’ai pas, une bassesse et une fausseté que je ne saurais me permettre, et que vous blâmeriez vous-même sur ce qui se passe au fond de mon coeur. L’Évangile ordonne bien à celui qui reçoit un soufflet d’offrir l’autre joue, mais non pas de demander pardon. Vous rappelez-vous cet homme de la comédie, qui crie au meurtre en donnant des coups de bâton ? voilà le rôle du philosophe.
N’espérez pas l’empêcher de venir par le temps qu’il fait : il serait très fâché qu’il fût plus beau. La colère lui donnera le loisir et les forces que l’amitié lui refuse : il s’excédera pour venir à pied me répéter les injures qu’il me dit dans ses lettres. Je ne les endurerai rien moins que patiemment ; il s’en retournera être malade à Paris, et moi, je paraîtrai à tout le monde un homme fort odieux. Patience ! il faut souffrir. N’admirez-vous pas la raison de cet homme qui me voulait venir prendre à Saint-Denys, en fiacre, y dîner, et me remmener en fiacre, et à qui, huit jours après, sa fortune ne permet plus d’aller à l’Ermitage autrement qu’à pied ? Pour parler son langage, il n’est pas-absolument impossible que ce soit là le ton de la bonne foi ; mais, dans ce cas, il faut qu’en huit jours il soit arrivé d’étranges révolutions dans sa fortune. O la philosophie !
Je prends part au chagrin que vous donne la maladie de madame votre mère ; mais croyez que votre peine ne saurait approcher de la mienne ; on souffre moins encore de voir malades les personnes qu’on aime, qu’injustes et cruelles.
Adieu, ma bonne amie ; voici la dernière fois que je vous parlerai de cette malheureuse affaire.
Vous me parlez d’aller à Paris avec un sang-froid qui me réjouirait dans tout autre temps. Je me tiens pour bien dites toutes les belles choses qu’il y aurait à dire là-dessus ; mais avec tout cela, je n’irai de ma vie à Paris, et je bénis le ciel de m’avoir fait ours, ermite, et têtu, plutôt que philosophe.
Lettre CXXVI – À la même
Passe pour le cotillon ; mais le sel ! jamais femme donna-t-elle à la fois de la chaleur et de la prudence ? À la fin vous me ferez mettre mon bonnet de travers, et je ne le redresserai plus. N’avez-vous pas assez fait pour vous ? faites maintenant quelque chose pour moi, et laissez-vous aimer à ma guise.
Oh ! que vous êtes bonne avec vos explications ! Ah ! ce cher rhumatisme ! Maintenant que vous m’avez expliqué votre billet, expliquez-moi le commentaire ; car cette glacière où je ne comprends rien y revient encore, et pour moi, je ne vous connais pas d’autre glacière qu’un recueil de musique française.
Enfin, vous avez vu l’homme[599]. C’est toujours autant de pris ; car je suis de votre avis, et je crois que c’est tout ce que vous on aurez. Je me doute pourtant bien de ce qu’un ours musqué[600] devrait vous dire sur l’effet de ce premier entretien ; mais quant à moi, je pense que le Diderot du matin voudra toujours vous aller voir, et que le Diderot du soir ne vous aura jamais vue. Vous savez bien que le rhumatisme le tient aussi quelquefois, et quand il ne plane pas sur ses deux grandes ailes auprès du soleil, on le trouve sur un tas d’herbes, perclus de ses quatre pattes. Croyez-moi, si vous avez encore un cotillon de reste, vous ferez bien de le lui envoyer. Je ne savais pas que le papa Gauffecourt fût malade, et l’on m’a même flatté de le voir aujourd’hui ; ce que vous m’avez marqué fera que s’il ne vient pas, j’en serai fort en peine.
Encore de nouveaux plans ? Diable soit fait des plans, et plan plan relantanplan ! C’est sans doute une fort belle chose qu’un plan, mais faites des détails et des scènes théâtrales ; il ne faut que cela pour le succès d’une pièce à la lecture, et même quelquefois à la représentation. Que Dieu vous préserve d’en faire une assez bonne pour cela.
J’ai relu votre lettre pour y chercher les fautes d’orthographe, et n’y en ai pas su trouver une, quoique je ne doute pas qu’elles n’y soient. Je ne vous sais pas mauvais gré de les avoir faites, mais bien de les avoir remarquées. Moi, j’en voulais faire exprès pour vous faire honte, et n’y ai plus songé en vous écrivant.
Bonjour, mon amie du temps présent, et bien plus encore du temps à venir. Vous ne me dites rien de votre santé, ce qui me fait augurer qu’elle est bonne.
À propos de santé, je ne sais s’il y a de l’orthographe dans ce chiffon, mais je trouve qu’il n’y a pas grand sens ; ce qui me fait croire que je n’aurais pas mal fait de me faire de votre cotillon une bonne calotte bien épaisse, au lieu d’un gilet, car je sens que le rhumatisme ne me tient pas au coeur, mais à la cervelle.
Je vous prie de vouloir bien demander au tyran[601] ce que signifie un paquet qu’il m’a fait adresser, contenant deux écus de six francs : cela me paraît un acompte un peu fort sur les parties d’échecs qu’il doit perdre avec moi.
Diderot sort d’ici ; je lui ai montré votre lettre et la mienne. Je vous l’ai dit, il a conçu une grande estime pour vous, et ne vous verra point. Vous en avez assez fait, même pour lui. Croyez-moi, laissez-le aller. La maman Le Vasseur se porte un peu mieux.
Lettre CXXVIII – À la même
[602]
À l’Ermitage, janvier 1757.
Nous sommes ici trois malades, dont je ne suis pas celui qui aurait le moins besoin d’être gardé. Je laisse en plein hiver, au milieu des bois, les personnes que j’y ai amenées sous promesse de ne les y point abandonner. Les chemins sont affreux, et l’on enfonce de toutes parts jusqu’au jarret. De plus de deux cents amis qu’avait M. Gauffecourt à Paris, il est étrange qu’un pauvre infirme, accablé de ses propres maux, soit le seul dont il ait besoin. Je vous laisse réfléchir sur tout cela ; je vais donner encore ces deux jours à ma santé et aux chemins pour se raffermir. Je compte partir vendredi s’il ne pleut ni ne neige ; mais je suis tout-à-fait hors d’état d’aller à pied jusqu’à Paris, ni même jusqu’à Saint-Denys, et le pis est que le carrosse ne peut manquer de me faire beaucoup de mal dans l’état où je suis. Cependant si le vôtre se trouve, en cas de temps passable, vendredi à onze heures précises devant la grille de M. de Luxembourg[603], j’en profiterai, sinon je continuerai ma route comme je pourrai, et j’arriverai quand il plaira à Dieu. Au reste, je veux que mon voyage me soit payé ; je demande une épingle pour ma récompense ; si vous ne me la faites pas avoir, vous qui pouvez tout, je ne vous le pardonnerai jamais.
These letters, written on the occasion of Diderot’s actions, enable the two friends to judge each other with full understanding of the circumstances: one was violent, the other impulsive—but with this difference in their approaches—the first insisted, whether willingly or not, on meddling in the other’s affairs, while the latter paid little attention to his own and only desired independence for himself. The impulsiveness of the latter was always provoked by a justifiable cause; moreover, it would quickly subside. But Diderot’s violence, capable of giving rise to hatred, was more enduring. The hateful note written on the occasion of Seneca is but one example of this. Diderot left traces of this hatred and injustice in his writings; Rousseau, on the other hand, spoke of his former friend only in honorable terms.
Letter CXXIV – To the Same One
… 1757.
Madame Le Vasseur must write to you, my dear friend; I have asked her to tell you sincerely what she thinks. To put her at ease, I told her that I did not want to read her letter, and I beg you not to tell me anything about its contents.
I will not send mine to Diderot, since you oppose it. But feeling deeply offended, it would mean admitting a fault that I do not possess, and exhibiting a kind of baseness and falsity that I could never tolerate—and which, in truth, you yourself would condemn regarding what lies at the bottom of my heart. The Gospel indeed commands us to offer the other cheek to him who strikes us, but it does not command us to ask for forgiveness. Do you remember that character in the comedy who shouted “Murder!” while hitting someone with a stick? That is precisely the role of the philosopher.
Do not expect to stop him from coming in such weather; he would be very angry if it were nicer outside. Anger will give him the time and strength that friendship refuses him: he will go out of his way just to walk here and repeat to me the insults he writes in his letters. I will endure them with utmost patience; he will then return to Paris and fall ill, while I will appear before everyone as a truly detestable person. Patience! One must suffer. Don’t you see the logic behind this man’s behavior? He wanted to come to Saint-Denys by carriage, have dinner there, and then be taken back home by carriage too. Eight days later, however, his financial situation no longer allows him to travel to the Ermitage except on foot. To use his own words, it is not absolutely impossible that this could be a sign of good faith. But if that’s the case, then something extremely unusual must have happened to his finances in those eight days. Oh, philosophy!
I share in the sorrow you feel at your mother’s illness; but believe me, your pain could never compare to mine. In fact, it is even less painful to see those we love fall ill than to see them become unjust and cruel.
Goodbye, my dear friend; this will be the last time I speak to you about this unfortunate matter.
You speak to me about going to Paris with such calmness that it would delight me at any other time. I consider myself capable of saying all the beautiful things that could be said on this subject; but despite all that, I will never go to Paris in my life, and I thank heaven for having made me a bear, an hermit, and a stubborn person, rather than a philosopher.
Letter CXXVI – To the Same One
It may pass for a little flirtatious behavior; but the salt! Has any woman ever combined warmth with prudence at the same time? In the end, you’ll make me turn my hat askew, and I won’t be able to straighten it again. Haven’t you done enough for yourself? Now do something for me, and let me be loved in my own way.
Oh! How kind you are in giving me these explanations! Ah, that troublesome rheumatism. Now that you have explained the ticket to me, please explain the commentary as well; because I still don’t understand what that “glacière” refers to. And, to be honest, I don’t know of any other “glacière” you might have in mind except for a collection of French music.
Finally, you have seen that man[599]. That still counts as one capture; because I agree with you, and I believe that is all you will get. However, I can well imagine what a musk bear[600] might have to tell you about the effect of that first meeting. But as for me, I think the Diderot of the morning will always want to see you, while the Diderot of the evening will never have seen you at all. You know quite well that rheumatism sometimes plagues him too; and when he isn’t soaring high above the sun on his two great wings, one can find him lying in a pile of grass, immobilized by his four legs. Believe me, if you still have any leftover gauzes or bandages, you’d do well to send them to him. I didn’t know that Father Gauffecourt was ill; in fact, people even flattered me by saying they expected to see him today. But what you told me means that if he doesn’t come, I will be in great trouble.
More new plans? By the devil, plans are fine, but too many plans can lead to chaos! A plan itself is undoubtedly a very good thing, but add in some details and dramatic scenes—that’s all it takes for a play to be successful when read aloud, and sometimes even when performed on stage. May God keep you from creating something that’s actually good enough for that purpose.
I reread your letter in search of any spelling mistakes, but I couldn’t find any, although I have no doubt they exist. I am not angry with you for making them, but rather grateful that you noticed them. As for me, I had intended to make them on purpose just to embarrass you, but I completely forgot about that while writing to you.
Hello, my friend of the present, and even more so of the future. You haven’t mentioned anything about your health, which leads me to assume that it is good.
Regarding health, I don’t know if there’s any real meaning in this jumble of words, but it seems rather nonsensical to me. That makes me think I might have been better off making a thick, sturdy cap out of your fabric instead of a jacket, because I feel that rheumatism isn’t affecting my heart so much as my brain.
I would kindly ask you to inquire with the tyrant[601] what meaning he gives to a package that he had sent to me, containing two écus of six francs each; it seems to me like an excessively large advance on the chess games he is bound to lose against me.
Diderot is leaving here; I showed him your letter and mine. As I told you, he has developed a great respect for you, but he will not meet with you. You have already done enough, even for him. Believe me, let him go. Madame Le Vasseur is feeling a bit better now.
Letter CXXVIII – To the Same One
[602]
At the Hermitage, January 1757.
We are three sick people here, and I am certainly not the one who would need the least care or supervision. In the dead of winter, in the middle of the woods, I leave behind those I have brought there, promising not to abandon them. The roads are terrible; one sinks up to the ankles in mud everywhere. Out of more than two hundred friends that Monsieur Gauffecourt had in Paris, it is strange that a poor sick man, overwhelmed by his own troubles, should be the only one for whom he needs to worry. I leave you to reflect on all this; I will give my health and these roads another two days to recover. I plan to set off on Friday, provided it does not rain or snow; but in my current state, I am utterly unable to walk all the way to Paris, let alone to Saint-Denys. Moreover, the carriage is bound to cause me great harm given my condition. However, if your carriage happens to be available at eleven o’clock on Friday, in front of Monsieur de Luxembourg’s gate, I will take it; otherwise, I will continue on my journey as best I can and will arrive whenever God decides. Lastly, I demand that my travel expenses be paid; I ask for a pin as my reward. If you do not manage to provide it for me, you who can do anything, I will never forgive you.
Queste lettere, in occasione di Diderot, permettono ai due amici di giudicare con cognizione di causa le loro rispettive caratteristiche: l’uno violento, l’altro impulsivo, ma con questa differenza che il primo cercava, a tutti i costi, di intromettersi nelle faccende dell’altro, il quale si occupava appena delle proprie e desiderava soltanto per lui l’indipendenza. L’impulsività di quest’ultimo era sempre scatenata da una causa che la giustificava; inoltre, tale impulsività svaniva rapidamente. Ma la violenza di Diderot, suscettibile all’odio, aveva una durata maggiore; l’odiosa nota scritta in occasione di Seneca ne è la prova evidente. Diderot ha lasciato nei suoi scritti tracce di questo odio e della sua ingiustizia; Rousseau, invece, ha parlato del suo vecchio amico soltanto in termini onorevoli.
Lettera CXXIV – Alla stessa persona
… 1757.
Madame Le Vasseur dovrebbe scrivervi, mia cara amica; le ho chiesto di dirvi sinceramente ciò che pensa. Per metterla a suo agio, le ho detto che non volevo leggere la sua lettera, e vi prego di non dirmi nulla di ciò che contiene.
Non invierò il mio resoconto a Diderot, poiché voi vi opporreste. Ma sentendomi profondamente offeso, accordarsi su un tort che non ho commesso significherebbe una bassezza e una falsità che non potrei tollerare, e che voi stessi condannereste riguardo a ciò che accade nel profondo del mio cuore. L’Evangelo ordina certamente a chi riceve un colpo di offrire l’altra guancia, ma non di chiedere scusa. Vi ricordate quell’uomo nella commedia che gridava “assassinio” mentre sferrava colpi di bastone? Ecco il ruolo del filosofo.
Non sperate di poterlo impedire dal venire, con questo tempo. Sarebbe molto arrabbiato se il tempo fosse più bello. La rabbia gli darà il tempo e le forze che l’amicizia gli nega: si esalterà fino al punto di venire a piedi solo per ripetermi le offese che mi scrive nelle sue lettere. Le sopporterò, senza dubbio, con pazienza. Lui tornerà a Parigi e si ammalerà. E io apparirò davanti a tutti come un uomo estremamente odioso. Pazienza. Bisogna soffrire. Non trovate forse logica nel comportamento di quest’uomo che voleva venire da me a Saint-Denys, in fiacre, per pranzare e poi tornare via sempre in fiacre. E che, otto giorni dopo, a causa delle sue difficoltà finanziarie, non potesse più andare all’Ermitage se non a piedi? Parlando con il suo linguaggio. Non è assolutamente impossibile che ci sia sincerità nella sua azione. Ma in questo caso, devono essersi verificate strane trasformazioni nelle sue condizioni finanziarie. Oh, la filosofia,!
Condivido il dolore che provate a causa della malattia di vostra madre; ma credetemi, il vostro dolore non potrebbe nemmeno avvicinarsi al mio. In realtà, soffriremmo ancora meno se le persone che amiamo fossero solo malate, piuttosto che ingiuste e crudeli.
Addio, mia cara amica; questa è l’ultima volta che parlerò con te di questa sfortunata faccenda.
Mi parlate di andare a Parigi con una calma che in qualsiasi altro momento mi rallegrerebbe molto. Riconosco che ci siano molte belle cose da dire al riguardo; tuttavia, non andrò mai a Parigi in vita mia, e ringrazio il cielo per avermi reso un orso, un eremita, e testardo, piuttosto che un filosofo.
Lettera CXXVI – Alla stessa persona
Passi pure per una sciocchezza. Ma il sale! Mai una donna ha mai offerto allo stesso tempo calore e prudenza. Alla fine mi farete mettere il cappello storto, e non lo rimetterò più dritto. Non avete già fatto abbastanza per voi? Ora fate qualcosa anche per me. E lasciatevi amare a mio piacimento.
Oh! Che gentile siete a fornirmi queste spiegazioni. Ah, quel maledetto reumatismo. Ora che mi avete chiarito il contenuto di quella lettera, spiegatemi anche il commento; perché non capisco assolutamente cosa significhi quella “ghiacciaia” menzionata. E, per quanto ne so, l’unica “ghiacciaia” che vi riguardi è senz’altro una raccolta di musica francese.
Infine, avete visto quell’uomo[599]: è sempre lo stesso individuo, perché sono d’accordo con voi, e credo che sia tutto ciò che avrete mai da lui. Tuttavia, immagino bene cosa vi potrebbe dire un orso muschiato[600] sull’effetto di quel primo incontro. Ma per quanto mi riguarda, penso che il Diderot del mattino vorrà comunque venire a trovarvi, mentre il Diderot della sera non vi vedrà mai. Sapete bene che a volte anche lui soffre di reumatismo. E quando non “vola” sulle sue due grandi ali vicino al sole, lo si trova su un mucchio d’erba, bloccato nelle sue quattro zampe. Credetemi: se avete ancora qualche pezzo di stoffa in più, fateglielo inviare. Non sapevo che il padre Gauffecourt fosse malato; anzi, mi hanno persino lusingato dicendo che lo avrei visto oggi. Quello che mi avete detto mi fa pensare che, se non viene, ne sarò molto preoccupata.
Ancora nuovi piani? Che il diavolo si prenda tutti i piani. Un piano in sé è certamente una cosa molto bella, ma bisogna aggiungere dettagli e scene teatrali: sono proprio questi elementi a garantire il successo di un’opera, sia nella lettura che talvolta anche nell’esecuzione. Che Dio vi protegga dal crearne una davvero buona.
Ho riletto la vostra lettera alla ricerca di errori di ortografia, ma non ne ho trovato nessuno, anche se non dubito che ce ne siano. Non vi biasimo per averli commessi, ma piuttosto per esservene accorti. Io stesso avrei voluto farne apposta per mettervi in imbarazzo, ma non ci ho più pensato mentre vi scrivevo.
Ciao, mia amica del presente, e molto di più del futuro. Non mi parli della tua salute, il che mi fa sperare che sia buona.
Per quanto riguarda la salute, non so se in questo numero ci sia qualche errore di ortografia, ma non credo che abbia molto senso; questo mi fa pensare che forse avrei fatto meglio a utilizzare il vostro grembiule per realizzare un cappello spesso e robusto, invece di un gilet. Perché sento che il reumatismo non mi colpisce il cuore, ma il cervello.
Vi prego di chiedere al tiranno[601] cosa significhi un pacco che mi ha fatto inviare, contenente due scudi da sei franchi: mi sembra un acconto un po’ eccessivo rispetto alle partite a scacchi che dovrà perdere con me.
Diderot se ne va ora; gli ho mostrato la vostra lettera e la mia. Gliel’ho detto: ha sviluppato una grande stima per voi, ma non vi incontrerà più. Avete già fatto abbastanza, anche per lui. Credetemi, lasciatelo andare. La mamma Le Vasseur sta un po’ meglio ora.
Lettera CXXVIII – Alla stessa persona
[602]
All’Ermitage, gennaio 1757.
Siamo qui in tre malati, e non sono certo io quello che avrebbe meno bisogno di essere assistito. Lascio persone che ho portato qui con l’impegno di non abbandonarle, nel bel mezzo dell’inverno, tra i boschi. I sentieri sono terribili; si affonda nella neve fino alle caviglie. È strano che, tra i più di duecento amici che il signor Gauffecourt aveva a Parigi, sia proprio un povero malato, oppresso dai propri mali, l’unico di cui abbia bisogno. Lascio che riflettiate su tutto questo; darò ancora questi due giorni alla mia salute e ai sentieri per riprendermi. Intendo partire venerdì, a condizione che non piova né nevichi; ma sono completamente impossibilitato a viaggiare a piedi fino a Parigi, né tantomeno fino a Saint-Denys. E il peggio è che la carrozza potrebbe causarmi molti problemi, data la mia condizione. Tuttavia, se la vostra si trovasse, venerdì alle undici in punto davanti alla residenza del signor de Luxembourg[603], ne approfitterei; altrimenti continuerò il mio viaggio come potrò e arriverò quando Dio vorrà. In ogni caso, voglio che il mio viaggio venga pagato. Chiedo un ago come ricompensa; se non me lo procurate voi, che potete tutto, non ve lo perdonerò mai.
Je choisis d’aller dîner avec vous, et coucher chez Diderot. Je sens aussi, parmi tous mes chagrins, une certaine consolation à passer encore quelques soirées paisibles avec notre pauvre ami. Quant aux affaires, je n’y entends du tout rien ; je n’en veux entendre parler d’aucune espèce, à quelque prix que ce soit ; arrangez-vous là-dessus. Voilà un paquet et une lettre que je vous prie de faire porter chez Diderot. Bonjour, ma bonne amie ; tout en vous querellant, je vous plains, vous estime, et ne songe point sans attendrissement au zèle et à la constance dont vous avez besoin, toujours environnée d’amis malades ou chagrins, qui ne tirent leur courage et leur consolation que de vous.
Lettre CXXIX – À M. Diderot
[604]
Ce mercredi soir, 1757.
Quand vous prenez des engagements, vous n’ignorez pas que vous avez femme, enfant, domestique, etc. ; cependant vous ne laissez pas de les prendre comme si rien ne vous forçait d’y manquer : j’ai donc raison d’admirer votre courage. Il est vrai que, quand vous avez promis de venir, je murmure de vous attendre toujours vainement ; et, quand vous me donnez des rendez-vous, de vous voir manquer à tous sans exception : voilà, je pense, le plus grand des maux que je vous ai faits en ma vie.
Vous n’avez pas changé. Ne vous flattez pas de cela. Si vous eussiez toujours été ce que vous êtes, j’ai bien de la peine à croire que je fusse devenu votre ami ; je suis bien sûr au moins que vous ne seriez pas devenu le mien.
Vous voulez venir à l’Ermitage samedi ? Je vous prie de n’en rien faire ; je vous en prie instamment. Dans la disposition où nous sommes tous deux, il ne convient pas de se voir si tôt ; car il y a bien de l’apparence que ce serait notre dernière entrevue, et je ne veux pas exposer une amitié qui m’est chère à cette crise. Il n’est pas question de mon ouvrage, et je ne suis plus en état d’en parler, ni d’y penser. Mais peut-être serez-vous bien aisé de gagner une maladie, pour avoir le plaisir de me la reprocher, et de me chagriner doublement. Dans nos altercations, vous avez toujours été l’agresseur. Je suis très sûr de ne vous avoir jamais fait d’autre mal que de ne pas endurer assez patiemment celui que vous aimez à me faire, et en cela je conviens que j’avais tort. J’étais heureux dans ma solitude ; vous avez pris à tâche d’y troubler mon bonheur, et vous la remplissez fort bien. D’ailleurs, vous avez dit qu’il n’y a que le méchant qui soit seul ; et, pour justifier votre sentence, il faut bien, à quelque prix que ce soit, faire en sorte que je le devienne. Philosophes ! philosophes !
Non, je ne reprocherai point au ciel de m’avoir donné des amis ; mais sans madame d’Épinay, j’ai bien peur que je n’eusse à lui reprocher de ne m’en avoir point donné. Au reste, je ne conviens pas de leur inutilité ; ils servaient ci-devant à me rendre la vie agréable, et servent maintenant à m’en détacher.
Quant au sophisme inhumain que vous me reprochez, vous avez raison d’en parler bien bas ; vous ne sauriez en parler assez bas pour votre honneur. Que Dieu vous préserve d’avoir un coeur qui voie ainsi ceux de vos amis ! Je commence à être de votre avis sur madame Le Vasseur ; elle sera mieux à Paris : malheureusement je ne puis l’y tenir dans l’aisance ; mais je lui donnerai tout ce que j’ai, je vendrai tout ; si je puis gagner quelque chose, le produit sera pour elle. Elle a des enfants à Paris qui peuvent la soigner : s’ils ne suffisent pas, sa fille la suivra. En tout cela, je ne ferais pas trop pour mon coeur, ni assez pour mes amis. Mais, quoi qu’il en puisse arriver, je ne veux pas aliéner la liberté de ma personne, ni devenir son esclave, la philosophie dût-elle me démontrer que je le dois. Je resterai seul ici ; je mangerai du pain, je boirai de l’eau ; je serai heureux et tranquille : vous aurez madame Le Vasseur, et je serai bientôt oublié.
Je crois avoir répondu au Lettré[605], c’est-à-dire au fils d’un fermier général, que je ne plaignais pas les pauvres qu’il avait aperçus sur le rempart, attendant mon liard ; qu’apparemment il les en avait amplement dédommagés ; que je l’établissais mon substitut ; que les pauvres de Paris n’auraient pas à se plaindre de cet échange ; mais que je ne trouverais pas aisément un si bon substitut pour ceux de Montmorency, qui en avaient beaucoup plus de besoin. Il y a ici un bon vieillard respectable qui a passé sa vie à travailler, et qui, ne le pouvant plus, meurt de faim sur ses vieux jours. Ma conscience est plus contente des deux sous que je lui donne tous les lundis, que de cent liards que j’aurais distribués à tous les gueux du rempart. Vous êtes plaisants, vous autres philosophes, quand vous regardez les habitants des villes comme les seuls hommes auxquels vos devoirs vous lient. C’est à la campagne qu’on apprend à aimer et servir l’humanité ; on n’apprend qu’à la mépriser dans les villes. J’ai des devoirs dont je suis l’esclave ; et c’est pour cela que je ne veux pas m’en imposer d’autres qui m’ôtent le pouvoir de remplir ceux-là.
Je remarque une chose qu’il est important que je vous dise. Je ne vous ai jamais écrit sans attendrissement, et je mouillai de mes larmes ma précédente lettre ; mais enfin la sécheresse des vôtres s’étend jusqu’à moi. Mes yeux sont secs, et mon coeur se resserre en vous écrivant. Je ne suis pas en état de vous voir : ne venez pas, je vous en conjure. Je n’ai jamais consulté le temps, ni compté mes pas, quand mes amis ont eu besoin de ma présence. Je puis attendre d’eux le même zèle ; mais ce n’est pas ici le cas de l’employer. Si vous avez quelque respect pour une ancienne amitié, ne venez pas l’exposer à une rupture infaillible et sans retour. Je vous envoie cette lettre par un exprès auquel vous pourrez remettre mes papiers cachetés.
Observation
Cette lettre est une de celles qu’il est nécessaire délire avec attention pour juger de quel côté furent les torts dans la rupture entre Diderot et Jean-Jacques. On y voit que celui-ci s’aperçoit que l’amitié du premier se refroidit, et qu’il en éprouve un sentiment plein d’amertume.
Lettre CXXX – Au même
Janvier 1757.
J’ai envie de reprendre en peu de mots l’histoire de nos démêlés. Vous m’envoyâtes votre livre. Je vous écrivis là-dessus un billet le plus tendre et le plus honnête que j’aie écrit de ma vie, et dans lequel je me plaignais, avec toute la douceur de l’amitié, d’une maxime très louche, et dont on pourrait me faire une application bien injurieuse. Je reçus en réponse une lettre très sèche, dans laquelle vous prétendez me faire grâce, en ne me regardant pas comme un malhonnête homme ; et cela, uniquement parce que j’ai chez moi une femme de quatre-vingts ans : comme si la campagne était mortelle à cet âge, et qu’il n’y eût des femmes de quatre-vingts ans qu’à Paris. Ma réplique avait toute la vivacité d’un honnête homme insulté par son ami : vous repartîtes par une lettre abominable. Je me défendis encore, et très fortement ; mais, me défiant de la fureur où vous m’aviez mis, et, dans cet état même, redoutant d’avoir tort avec un ami, j’envoyai ma lettre à madame d’Épinay, que je fis juge de notre différent. Elle me renvoya cette même lettre, en me conjurant de la supprimer, et je la supprimai. Vous m’en écrivez maintenant une autre dans laquelle vous m’appelez méchant, injuste, cruel, féroce. Voilà le précis de ce qui s’est passé dans cette occasion.
Je voudrais vous faire deux ou trois questions très simples. Quel est l’agresseur dans cette affaire ? Si vous voulez vous en rapporter à un tiers, montrez mon premier billet ; je montrerai le vôtre.
En supposant que j’eusse mal reçu vos reproches, et que j’eusse tort dans le fond, qui de nous deux était le plus obligé de prendre le ton de la raison pour y ramener l’autre ? Je n’ai jamais résisté à un mot de douceur. Vous pouvez l’ignorer, mais vous pouvez savoir que je ne cède pas volontiers aux outrages. Si votre dessein, dans toute cette affaire, eût été de m’irriter, qu’eussiez-vous fait de plus ?
I have chosen to dine with you and spend the night at Diderot’s place. Among all my sorrows, I feel a certain comfort in being able to spend a few more peaceful evenings with our poor friend. As for matters of business, I understand nothing about them at all; I refuse to hear anything about them, no matter what the cost; you must arrange things accordingly. Here is a package and a letter; please have them delivered to Diderot. Goodbye, my dear friend; even as we argue, I feel sorry for you, I respect you, and I cannot help but think with emotion of the zeal and constancy you need, especially since you are always surrounded by friends who are sick or in sorrow, and who draw their courage and comfort from you alone.
Letter CXXIX – To Mr. Diderot
[604]
This Wednesday evening, 1757.
When you make promises, you are well aware that you have a wife, children, servants, and so on; yet you still go ahead and make those promises as if nothing were preventing you from keeping them. Therefore, I have every right to admire your courage. It is true that when you promise to come, I often wait in vain for you; and when you set up appointments with me, you never fail to keep them—without exception. I believe this is the greatest harm I have ever caused you in my life.
You haven’t changed at all. Don’t delude yourself about that. If you had always been what you are now, I find it hard to believe that I would have become your friend; at least I am certain that you would not have become mine.
Do you want to come to the Hermitage on Saturday? I beg you not to; I implore you earnestly. In our current situation, it would be inappropriate for us to meet so soon—there is a strong possibility that this will be our last encounter, and I do not wish to risk losing a friendship that is dear to me at such a time. It has nothing to do with my work; I am no longer in a state to talk about it or even think about it. But perhaps you would find it quite easy to fall ill just so that you could have the pleasure of reproaching me and causing me double sorrow. In all our arguments, you have always been the one who initiated the conflict. I am very certain that I have never done you any harm other than not enduring with enough patience the pain you enjoyed inflicting upon me—and in that regard, I admit I was wrong. I was happy in my solitude; you set out to disturb it, and you have succeeded quite well. After all, you said that only the wicked are alone; and in order to justify your judgment, you must, at any cost, make sure that I become one of them. Philosophers! Philosophers!
No, I shall not blame heaven for having given me friends; but without Madame d’Épinay, I’m afraid I would have to blame it for not having given me any at all. Moreover, I do not agree that they are useless; in the past, they helped to make my life pleasant, and now they seem to prevent me from enjoying it anymore.
As for that inhumane sophism you reproach me with, you are right to speak of it in such a low voice; indeed, you could not speak of it low enough for the sake of your own honor. May God protect you from having a heart that looks upon your friends in such a way! I begin to agree with you about Madame Le Vasseur; she will be better off in Paris. Unfortunately, I cannot provide her with comfort there, but I will give her everything I have, I will sell everything; if I manage to earn any money, it will be for her. She has children in Paris who can take care of her; if they are not enough, her daughter will join them. In all this, I would not be doing too much for my own heart, nor not enough for my friends. But whatever happens, I refuse to sacrifice my freedom or become her slave, even if philosophy were to prove that I ought to do so. I will remain alone here; I will eat bread and drink water; I will be happy and at peace. You will have Madame Le Vasseur, and soon I will be forgotten.
I believe I have already replied to the Gentleman[605], that is, to the son of a farmer-general, that I did not feel pity for the poor people I saw on the ramparts waiting for my penny; that apparently he had already compensated them generously enough; that I was appointing him as my substitute; that the poor people of Paris would have nothing to complain about this arrangement; but that I would not easily find such a good substitute for those in Montmorency, who needed it even more urgently. There is a worthy old man here who has spent his entire life working, and now, no longer able to work, he dies of hunger in his old age. My conscience is far more satisfied with the two sous I give him every Monday than with a hundred pounds I might distribute to all the beggars on the ramparts. You philosophers are really amusing when you regard the inhabitants of cities as the only people to whom your duties bind you. It is in the countryside that one learns to love and serve humanity; in cities, one only learns to despise it. I have duties that I am bound to fulfill; and for that reason, I refuse to take on any additional duties that would prevent me from carrying out these ones properly.
I notice something that it is important for me to tell you. I have never written to you without feeling tender; indeed, my previous letter was soaked with my tears. But now, even your indifference has extended to me as well. My eyes are dry, and my heart aches as I write to you. I am not in a position to receive you; please, do not come. I have never considered the time or counted my steps when my friends needed my presence. I would expect the same devotion from them, but this is not the case now. If you have any respect for an old friendship, do not bring it to the brink of an inevitable and irreparable break. I am sending you this letter via express mail; you can then return my sealed documents to me.
Observation
This letter is one of those that must be examined with careful attention in order to determine which party was at fault in the breakdown between Diderot and Jean-Jacques. It reveals that Jean-Jacques realized that Diderot’s friendship toward him had cooled, and he felt deep bitterness over this.
Letter CXXX – To the Same One
January 1757.
I would like to briefly summarize the story of our disagreements. You sent me your book, and I wrote you a letter—the most tender and honest one I have ever written—in which I gently but firmly complained about a very questionable maxim that could be misinterpreted in my favor. In response, you sent me a very dry letter, claiming to forgive me and not considering me an dishonest person, solely because I have a woman of eighty years old at home. As if living in the countryside were fatal at that age, or as if such women only existed in Paris. My reply was full of the indignation of an honest man insulted by his friend; you responded with another abominable letter. I defended myself again, but, fearing your anger and also not wanting to be wrong against a friend, I sent my letter to Madame d’Épinay, asking her to judge our dispute. She returned it to me, urging me to destroy it, so I did. Now you are writing me another letter, calling me malicious, unjust, cruel, and ferocious. This is the exact summary of what happened in this matter.
I would like to ask you two or three very simple questions. Who is the aggressor in this matter? If you want to refer to a third party, show my first letter; I will show yours.
Assuming that I had misinterpreted your reproaches and that I were in fact wrong, who of us two would have been more obliged to adopt a rational approach in order to bring the other back to reason? I have never been able to resist a word of kindness. You may choose to ignore that, but you should know that I do not easily yield to insults. If your intention throughout this entire matter was indeed to irritate me, what more could you have done?
Ho deciso di andare a cena con voi e di passare la notte da Diderot. Tra tutti i miei dolori, sento anche una certa consolazione nel poter trascorrere ancora alcune serate tranquille con il nostro povero amico. Per quanto riguarda gli affari, non ne capisco assolutamente nulla; non voglio nemmeno sentirne parlare, a nessun prezzo; arrangiatevi voi in merito. Ecco un pacchetto e una lettera che vi chiedo di far consegnare a Diderot. Addio, mia cara amica; anche se ci litighiamo, mi dispiace per voi, vi stimo molto, e penso con commozione al zelo e alla costanza di cui avete bisogno, trovandovi sempre circondata da amici malati o addolorati che traggono il loro coraggio e la loro consolazione solo da voi.
Lettera CXXIX – A Monsieur Diderot
[604]
Questo mercoledì sera, nel 1757.
Quando prendete impegni, non ignorate di avere una moglie, un figlio, domestici, ecc.; tuttavia continuate a prenderli come se nulla vi costringesse ad astenervi da essi: quindi ho ragione di ammirare il vostro coraggio. È vero che, quando promettete di venire, mi tocca aspettarvi invano; e quando fissate appuntamenti con me, vi vedo mancare a tutti senza eccezione. Questo, penso, è il più grande danno che vi abbia mai causato nella mia vita.
Non siete cambiato affatto. Non vi compiacetevi di questo. Se foste sempre stato ciò che siete, fatico a credere che io sia diventato vostro amico; sono certo, almeno, che voi non sareste diventato il mio.
Volete venire all’Ermitage sabato? Vi prego, non fatelo; vi supplico ardentemente. Nella situazione in cui ci troviamo entrambi, non è opportuno incontrarci così presto. Poiché sembra molto probabile che questa sia l’ultima volta che ci vedremo, e non voglio esporre un’amicizia che mi è cara a questa crisi. Non si tratta del mio lavoro: non sono più in grado di parlarne né di pensarci. Ma forse vi sarà facile ammalarvi, solo per il piacere di rimproverarmi e addolorarmi ancora di più. Nei nostri scontri, siete sempre stato voi l’aggressore. Sono molto sicuro di non avervi mai fatto altro male se non quello di non sopportare abbastanza pazientemente il dolore che vi piace infliggermi. E in questo, ammetto di aver sbagliato. Ero felice nella mia solitudine; voi avete cercato di turbare la mia serenità, e ci siete riusciti molto bene. Del resto, avete detto che solo il malvagio può vivere da solo. E per giustificare questa affermazione, è necessario, a qualunque costo, far sì che io diventi proprio così. Filosofi! Filosofi!
No, non rimprovererò il cielo per avermi dato degli amici; ma senza madame d’Épinay, temo molto che dovrei rimproverarlo per non avermeli dati affatto. Del resto, non concordo con l’idea che siano inutili: un tempo mi aiutavano a rendere la vita piacevole, e ora invece mi aiutano a staccarmene.
Per quanto riguarda quel sofismo inumano che mi rimproverate, avete ragione a parlarne con voce così bassa. Non potreste mai parlare abbastanza piano, per il vostro stesso onore. Che Dio vi protegga dal possedere un cuore capace di trattare in questo modo gli amici! Comincio ad essere d’accordo con voi riguardo a madame Le Vasseur: starà meglio a Parigi. Purtroppo non posso garantirle una vita agiata lì, ma le darò tutto ciò che ho, venderò tutto. Se riuscirò a guadagnare qualcosa, il ricavato sarà per lei. Ha dei figli a Parigi che possono prendersi cura di lei; se non fossero sufficienti, sua figlia verrà ad aiutarla. In tutto questo, non farei certo troppo per il mio cuore, né abbastanza per i miei amici. Ma, qualunque cosa accada, non voglio perdere la mia libertà, né diventare suo schiavo. Anche se la filosofia dovesse dimostrarmi che è mio dovere farlo. Rimarrò solo qui: mangerò pane, berò acqua. Sarò felice e tranquillo. Voi avrete madame Le Vasseur. E io verrò presto dimenticato.
Credo di aver risposto al Lettore[605], ovvero al figlio di un intendente reale, dicendogli che non mi lamentavo dei poveri che aveva visto sulle mura in attesa del mio liardo; che apparentemente li aveva ampiamente compensati; che lo consideravo il mio sostituto ideale; che i poveri di Parigi non avrebbero dovuto lamentarsi di questo scambio; ma che non avrei trovato facilmente un sostituto altrettanto valido per quelli di Montmorency, i quali ne avevano bisogno molto di più. C’è qui un buon vecchio rispettabile che ha trascorso tutta la sua vita a lavorare e che, non potendolo più fare, muore di fame negli ultimi anni della sua vita. La mia coscienza è più soddisfatta dei due soldi che gli do ogni lunedì che di cento liardi che avrei potuto distribuire a tutti i mendicanti sulle mura. Siete davvero divertenti voi filosofi, quando considerate gli abitanti delle città come gli unici esseri umani verso cui i vostri doveri vi legano. È nella campagna che si impara ad amare e a servire l’umanità; nelle città, invece, si impara soltanto a disprezzarla. Ho dei doveri dai quali sono schiavo. Ed è proprio per questo che non voglio assumermene altri che mi impediscano di adempiere a quelli che ho già.
Noto una cosa che è importante che vi dica: non vi ho mai scritto senza sentimento, e la mia lettera precedente era intrisa delle mie lacrime; ma alla fine anche la vostra freddezza si estende fino a me. I miei occhi sono asciutti, e il mio cuore si stringe mentre vi scrivo. Non sono in grado di vedervi: per favore, non venite. Non ho mai tenuto conto del tempo né del numero dei passi che facevo quando i miei amici avevano bisogno della mia presenza. Posso aspettarmi lo stesso impegno da loro; ma in questo caso non è il momento di farlo. Se avete un minimo di rispetto per un’antica amicizia, non venite a metterla a rischio di una rottura inevitabile e senza rimedio. Vi invio questa lettera tramite un corriere espresso, al quale potrete consegnare i miei documenti sigillati.
Osservazione.
Questa lettera è una di quelle che bisogna analizzare con attenzione per capire da quale parte risiedessero i torti nella rottura tra Diderot e Jean-Jacques. Vi si legge come quest’ultimo si rendesse conto che l’amicizia del primo si era raffreddata, e ne provasse un profondo senso di amarezza.
Lettera CXXX – Allo stesso.
Gennaio 1757.
Desidero riassumere in poche parole la storia dei nostri dissidi. Mi avete inviato il vostro libro; vi ho scritto una lettera, la più tenera e onesta che abbia mai scritto in vita mia, nella quale mi lamentavo, con tutta la dolcezza dell’amicizia, di un principio molto discutibile, dal quale si potrebbe trarre una conclusione assai offensiva nei miei confronti. In risposta ho ricevuto una lettera molto fredda, nella quale affermate di perdonarmi, senza considerarmi un uomo disonesto. E questo soltanto perché ho una donna di ottant’anni in casa mia: come se la campagna fosse mortale a quell’età, e che esistessero donne di ottant’anni solo a Parigi. La mia risposta era piena della vivacità di un uomo onesto offeso dal proprio amico; voi avete replicato con una lettera orribile. Mi sono difeso ancora, con forza. Ma, temendo di avere torto contro un amico, ho inviato la mia lettera a madame d’Épinay, chiedendole di giudicare il nostro dissidio. Lei mi ha rimandato quella stessa lettera, esortandomi a cancellarla. E l’ho fatto. Ora mi scrivete un’altra lettera in cui mi definite cattivo, ingiusto, crudele, feroce. Ecco il resoconto preciso di quanto è accaduto in questa occasione.
Vorrei farvi due o tre domande molto semplici. Chi è l’aggressore in questa faccenda? Se volete fare riferimento a una terza parte, mostratemi il mio primo biglietto; io vi mostrerò il vostro.
Supponendo che avessi mal interpretato le vostre rimproveri e che in fondo avessi torto, chi di noi due sarebbe stato più obbligato a ricorrere al ragionamento per far tornare l’altro alla calma? Non ho mai resistito a una parola dolce. Potete ignorarlo, ma potete sapere che non cedo facilmente agli insulti. Se il vostro scopo, in tutta questa faccenda, fosse stato quello di irritarmi, cosa avreste potuto fare di più?
Vous vous plaignez beaucoup des maux que je vous ai faits. Quels sont-ils donc enfin ces maux ? Serait-ce de ne pas endurer assez patiemment ceux que vous aimez à me faire ; de ne pas me laisser tyranniser à votre gré ; de murmurer quand vous affectez de me manquer de parole, et de ne jamais venir lorsque vous l’avez promis ? Si jamais je vous ai fait d’autres maux, articulez-les. Moi, faire du mal à mon ami ! Tout cruel, tout méchant, tout féroce que je suis, je mourrais de douleur, si je croyais jamais en avoir fait à mon plus cruel ennemi autant que vous m’en faites depuis six semaines.
Vous me pariez de vos services ; je ne les avais point oubliés ; mais ne vous y trompez pas : beaucoup de gens m’en ont rendu, qui n’étaient point mes amis. Un honnête homme, qui ne sent rien, rend service, et croit être ami : il se trompe ; il n’est qu’honnête homme. Tout votre empressement, tout votre zèle pour me procurer des choses dont je n’ai que faire, me touchent peu. Je ne veux que de l’amitié ; et c’est la seule chose qu’on me refuse. Ingrat, je ne t’ai point rendu de services, mais je t’ai aimé ; et tu ne me paieras de ta vie ce que j’ai senti pour toi durant trois mois. Montre cet article à ta femme, plus équitable que toi, et demande-lui si, quand ma présence était douce à ton coeur affligé, je comptais mes pas et regardais au temps qu’il faisait, pour aller à Vincennes consoler mon ami. Homme insensible et dur ! deux larmes versées dans mon sein m’eussent mieux valu que le trône du monde ; mais tu me les refuses, et te contentes de m’en arracher. Hé bien ! garde tout le reste, je ne veux plus rien de toi.
Il est vrai que j’ai engagé madame d’Épinay à vous empêcher de venir samedi dernier. Nous étions tous deux irrités : je ne sais point mesurer mes paroles ; et vous, vous êtes défiant, ombrageux, pesant à la rigueur les mots lâchés inconsidérément, et sujet à donner à mille choses simples un sens subtil auquel on n’a pas songé, Il était dangereux en cet état de nous voir. De plus, vous vouliez venir à pied ; vous risquiez de vous faire malade, et n’en auriez pas, peut-être, été trop fâché. Je ne me sentais pas le courage de courir tous les dangers de cette entrevue. Cette frayeur ne méritait assurément pas vos reproches ; car, quoi que vous puissiez faire, ce sera toujours un lien sacré pour-mon coeur que celui de notre ancienne amitié ; et dussiez-vous m’insulter encore, je vous verrai toujours avec plaisir, quand la colère ne m’aveuglera pas.
À l’égard de madame d’Épinay, je lui ai envoyé vos lettres et les miennes ; je serais étouffé de douleur sans cette communication ; et, n’ayant plus de raison, j’avais besoin de conseils. Vous paraissez toujours si fier de vos procédés dans cette affaire, que vous devez être fort content d’avoir un témoin qui les puisse admirer. Il est vrai qu’elle vous sert bien ; et si je ne connaissais son motif, je la croirais aussi injuste que vous.
Pour moi, plus j’y pense, moins je puis vous comprendre. Comment ! parce qu’à propos je ne sais pas trop de quoi, vous avez dit que le méchant est seul, fout-il absolument me rendre méchant, et sacrifier votre ami à votre sentence ? Pour d’autres auteurs, l’alternative serait dangereuse : mais vous ! D’ailleurs, cette alternative n’est point nécessaire ; votre sentence, quoique obscure et louche, est très vraie en un sens, et dans ce sens elle ne me fait qu’honneur : car, quoique vous en disiez, je suis beaucoup moins seul ici que vous au milieu de Paris. Diderot ! Diderot ! je le vois avec une douleur amère : sans cesse au milieu des méchants, vous apprenez à leur ressembler ; votre bon coeur se corrompt parmi eux, et vous forcez le mien de se détacher insensiblement de vous.
Lettre CXXXI – À Madame d’Épinay
[606]
À l’Ermitage, ce jeudi, 1757.
PREMIÈRE RÉDACTION
Diderot m’a écrit une troisième lettre, en me renvoyant mes papiers. Ma réponse était faite quand j’ai reçu la vôtre : il y a trop longtemps que cette tracasserie dure ; il faut qu’elle finisse : ainsi n’en parlons plus. Mais où avez-vous pris que je me plaindrai de vous aussi, parce que vous me querellez ? Eh ! vraiment, vous faites fort bien : j’en ai souvent grand besoin quand j’ai tort ; et même à présent que vous me querellez quand j’ai raison, je ne laisse pas de vous en savoir gré ; car je vois vos motifs ; et tout ce que nous me dites, pour être franc et sincère, n’en a que mieux le ton de l’estime et de l’amitié. Mais vous ne me ferez jamais entendre que vous croyez me faire grâce en parlant bien de moi : vous ne direz jamais : Encore y aurait-il bien à dire là-dessus. Vous m’offenseriez vivement, et vous vous outrageriez vous-même ; car il ne convient point à d’honnêtes gens d’avoir des amis dont ils pensent mal. Comment, madame, appelez-vous cela une forme, un extérieur ?
En qualité de solitaire, je suis plus sensible qu’un autre ; en qualité de malade, j’ai droit aux ménagements que l’humanité doit à la faiblesse et à l’humeur d’un homme qui souffre. Je suis pauvre, et il me semble que cet état mérite encore des égards. Que je vous fasse donc ma déclaration sur ce que j’exige de l’amitié, et sur ce que j’y veux mettre. Reprenez librement ce que vous trouverez à blâmer dans mes règles ; mais attendez-vous à ne m’en pas voir départir aisément ; car elles sont tirées de mon caractère, que je ne puis changer.
Premièrement, je veux que mes amis soient mes amis, et non pas mes maîtres ; qu’ils me conseillent, et non pas qu’ils me gouvernent : je veux bien leur aliéner mon coeur, mais non pas ma liberté.
Qu’ils me parlent toujours librement et franchement. Ils peuvent me tout dire : hors le mépris, je leur permets tout. Le mépris des indifférents m’est indifférent ; mais si je le souffrais de mes amis, j’en serais digne. S’ils ont le malheur de me mépriser, qu’ils ne me le disent pas ; car à quoi cela sert-il ? Qu’ils me quittent, c’est leur devoir envers eux-mêmes. À cela près, quand ils me font leurs représentations, de quelque ton qu’ils les fassent, ils usent de leur droit ; quand, après les avoir écoutés, je fais ma volonté, j’use du mien ; et je ne veux plus que, quand j’ai pris une fois mon parti, ils y trouvent sans cesse à redire, en m’accablant de criailleries éternelles et tout-à-fait inutiles.
Leurs grands empressements à me rendre mille services dont je ne me soucie point me sont à charge ; j’y trouve un certain air de supériorité qui me déplaît : d’ailleurs tout le monde en peut faire autant. J’aime mieux qu’ils m’aiment et se laissent aimer ; voilà ce que les amis seuls savent faire. Je m’indigne surtout quand le premier venu les dédommage de moi, tandis que je ne peux souffrir qu’eux seuls au monde. Il n’y a que leurs caresses qui puissent me faire endurer leurs bienfaits ; et, quand je fais tant que d’en recevoir d’eux, je veux qu’ils consultent mon goût, et non pas le leur : car nous pensons si différemment sur tant de choses, que souvent ce qu’ils jugent bon me paraît mauvais.
S’il survient une querelle, je dirais bien que c’est à celui qui a tort de revenir le premier ; mais c’est ne rien dire, car chacun croit toujours avoir raison. Tort ou raison, c’est à celui qui a commencé la querelle à la finir. Si je reçois mal sa censure, si je m’aigris sans sujet, si je me mets en colère mal à propos, je ne veux point qu’il s’y mette à son tour. Je veux qu’il me caresse bien, qu’il me baise bien ; entendez-vous, madame ? en un mot, qu’il commence par m’apaiser, ce qui ne sera pas long ; car il n’y a point d’incendie au fond de mon coeur qu’une larme ne puisse éteindre. Alors, quand je serai attendri, calmé, honteux, confus, qu’il me gourmande bien, qu’il me dise bien mon lait ; et sûrement il sera content de moi. Voilà ce que je veux que mon ami fasse envers moi quand j’ai tort, et ce que je suis toujours prêt à faire envers lui dans le même cas. S’il est question d’une minutie, qu’on la laisse tomber, et qu’on ne se fasse pas un sot point d’honneur d’avoir toujours l’avantage.
You complain greatly about the harm I have caused you. But what exactly are these harms? Could it be that I do not endure with enough patience those things you like to inflict upon me? That I do not allow you to tyrannize me at will? That I murmur when you seem to break your promises, and that I never come when you have promised to do so? If I have caused you any other harm, then state it clearly. For me to harm my friend! No matter how cruel, wicked, or ferocious I may be, I would die of pain if I ever believed I had done to my most bitter enemy as much as you have done to me in these six weeks.
You offer me your services; I had not forgotten them, but do not delude yourself: many people have rendered me services who were not my friends. An honest man, who feels nothing, offers his help and believes himself to be a friend—yet he is mistaken; he is merely an honest man. All your eagerness, all your zeal in providing me with things I do not need at all, touch me little. I desire only friendship—and that is the very thing people refuse me. Ungrateful one, I have not rendered you any services, but I have loved you; and you will never be able to repay, with your whole life, what I felt for you during those three months. Show this letter to your wife—she is more fair than you—and ask her whether, when my presence brought comfort to your troubled heart, I ever counted my steps or watched the weather to go and console my friend in Vincennes. Insensitive and cruel man! Two tears shed in my heart would have been worth more to me than the throne of the world; but you refuse them and are content only with tearing them from me. Well then! Keep everything else—I want nothing more from you.
It is true that I asked madame d’Épinay to prevent you from coming last Saturday. We were both irritated: I do not know how to measure my words; and you, on your part, are defiant, easily offended, and tend to overinterpret casually uttered statements, attributing subtle meanings to things that are quite simple. It would have been dangerous for us to meet in such a state of tension. Moreover, you wanted to come on foot; you might have gotten sick, and perhaps you wouldn’t have been too upset about it. I simply did not feel the courage to face all the risks associated with that meeting. This fear certainly did not deserve your reproaches; for no matter what you do, our former friendship will always remain a sacred bond for my heart. And even if you insult me again, I will still be happy to see you, as long as anger does not blind me.
Regarding madame d’Épinay, I have sent her both your letters and mine; without this means of communication, I would be overwhelmed with grief. Moreover, now that I no longer have any reason to act in this matter, I needed some advice. You seem so proud of the way you handled this affair that you must be very pleased to have a witness who can admire your actions. It is true that she serves you well; and if I did not know her motives, I would think her just as unjust as you are.
The more I think about it, the less I manage to understand you. How is that possible! Because, actually, I don’t quite know what you’re talking about, but you said that the villain is alone. Does that really mean he has to make me evil as well, and sacrifice your friend for his own judgment? For other authors, such an alternative would be dangerous. But you! Besides, this alternative isn’t even necessary at all; your judgment, though obscure and questionable, is true in a certain sense—and in that sense, it brings me honor. Because, no matter what you say, I am far less alone here than you are in the midst of Paris. Diderot. Diderot! I see you with bitter sorrow: constantly surrounded by villains, you learn to become like them; your kind heart is corrupted by their influence, and you force mine to gradually distance itself from you.
Letter CXXXI – To Madame d’Épinay
[606]
At the Hermitage, on this Thursday, 1757.
FIRST EDITION
Diderot wrote me a third letter, returning my documents to me. My reply was written at the time I received yours: this matter has been going on for far too long; it must come to an end—so let’s not talk about it any further. But where did you get the idea that I would complain about you because you argue with me? Really, you are doing very well indeed; I often greatly need such advice when I am in error. And even now, since you argue with me when I am right, I am still grateful for it, for I understand your motives. And, to be honest and sincere, everything you say to me only serves to enhance the tone of respect and friendship between us. But you will never make me believe that you are doing me a favor by speaking well of me—you will never say: “There is actually much more that could be said about this.” That would greatly offend me, and it would also offend you, for it is not right for honest people to have friends whom they regard unfavorably. How, madam, can you call this a “form” or an “appearance”?
As a solitary person, I am more sensitive than others; as a sick person, I deserve the care that humanity owes to the weakness and mood of someone who is suffering. I am poor, and it seems to me that this state also warrants respect. Therefore, let me make my declaration regarding what I expect from friendship and what I intend to bring to it. Feel free to criticize any aspect of my rules; but be prepared not to see me easily change them, for they are derived from my character, which I cannot alter.
First and foremost, I want my friends to be my friends, not my masters; I want them to advise me, not to govern me. I am willing to give them control over my heart, but not over my freedom.
Let them always speak to me freely and candidly. They can tell me everything; except for contempt, I allow them everything. The contempt of indifferent people is indifferent to me; but if it were directed at me by my friends, I would be worthy of it. If they are unfortunate enough to despise me, let them not tell me so; what good would that be? Let them leave me—that is their duty towards themselves. Apart from that, when they express their opinions to me, in whatever tone they may do so, they are exercising their right; and when, after listening to them, I act according to my own will, I am exercising mine. All I ask is that once I have made up my mind, they should not keep bringing up the same objections, incessantly and utterly uselessly.
Their excessive eagerness to render me a thousand services of which I care not at all is bothersome to me; it carries with it an air of superiority that displeases me. After all, anyone else could do the same. I prefer it when they love me and allow themselves to be loved—this is what true friends alone know how to do. What particularly irritates me is when some random person tries to compensate them for my absence, when in fact only they alone can cause me pain. Only their caresses enable me to endure their so-called “kindnesses”; and even when I accept them from them, I want them to consider what pleases ME, not what pleases THEM—because we often think so differently on so many matters that what they regard as good seems bad to me.
If a quarrel should arise, I would say that it is the one who is in the wrong who should be the first to make peace; but that would be saying nothing at all, for everyone always thinks they are right. Whether wrong or right, it is the one who started the quarrel who should end it. If I take his criticism badly, if I become angry for no reason, if I lose my temper unnecessarily, I do not want him to do the same in return. I want him to be kind to me, to treat me well; do you understand, madam? In short, I want him to calm me down first, and that won’t take long, because there is no fire in my heart that a single tear cannot put out. Then, when I am softened, calmed, ashamed, and confused, I want him to scold me properly, to tell me where I went wrong; and surely he will be satisfied with me. That is what I want my friend to do towards me when I am in the wrong, and that is what I am always ready to do for him in the same situation. If it’s just a trivial matter, let it go; there’s no need to be so stubbornly concerned about always having the upper hand.
Vi lamentate molto dei mali che vi ho causato. Ma quali sono dunque questi mali? Forse consistono nel non sopportare con abbastanza pazienza quelli che voi stesso desiderate infliggermi; nel non permettermi di essere “tirannizzato” secondo i vostri voleri; nel lamentarvi quando fingete di mancarmi di parole, e nel non venire mai quando me l’avete promesso? Se vi ho causato altri mali, ditemeli chiaramente. Io, fare del male al mio amico! Per quanto crudele, malvagio e feroce possa essere, morirei di dolore se credessi di aver fatto tanto male al mio nemico più acerrimo quante ne avete fatte voi a me nelle ultime sei settimane.
Mi offrite i vostri servizi; non li avevo dimenticati, ma non vi ingannate: molte persone me li hanno resi, eppure non erano mie amiche. Un uomo onesto, che non prova nulla, rende un favore e crede di essere amico. Si sbaglia: è soltanto un uomo onesto. Tutta la vostra premura, tutto il vostro zelo nel procurarmi cose di cui non ho alcun bisogno mi toccano poco. Voglio solo l’amicizia. E questa è l’unica cosa che mi viene rifiutata. Ingrato. Non ti ho reso nessun favore, ma ti ho amato; e tu non mi ripagherai mai con la tua vita di ciò che ho provato per te in tre mesi. Mostra questo discorso a tua moglie, più giusta di te. Chiedile se, quando la mia presenza era dolce al tuo cuore afflitto, io contavo i passi e guardavo il tempo per andare a Vincennes a consolare il mio amico. Uomo insensibile e crudele! Due lacrime versate nel mio petto mi sarebbero valse di più del trono del mondo. Ma tu me le rifiuti, e ti accontenti di strapparmele via. Bene. Tieniti tutto il resto; non voglio più nulla da te.
È vero che ho incaricato madame d’Épinay di impedirvi di venire sabato scorso. Entrambi eravamo irritati: io non so misurare le parole che pronuncio; e voi, siete ostile, suscettibile, analizzate con troppa attenzione quelle parole dette in modo superficiale, e tendete a attribuire a cose semplici significati nascosti che nessuno aveva preso in considerazione. Era pericoloso che ci incontrassimo in quelle condizioni. Inoltre, volevate venire a piedi; rischiavate di ammalarvi, e forse non ne sareste stato affatto dispiaciuto. Non mi sentivo il coraggio di affrontare tutti questi pericoli. Questo timore certamente non meritava i vostri rimproveri; perché, qualunque cosa possiate fare, il legame della nostra vecchia amicizia resterà sempre un legame sacro per il mio cuore. E anche se doveste insultarmi di nuovo, vi vedrò comunque con piacere, purché la rabbia non mi accechi.
Per quanto riguarda madame d’Épinay, le ho inviato sia le vostre lettere che le mie; senza questa comunicazione, sarei soffocato dal dolore. E, non avendo più alcuna ragione per agire, avevo bisogno di consigli. Sembrate sempre così orgogliosi dei vostri metodi in questa faccenda. Deve quindi esservi molto soddisfatti di avere un testimone che possa ammirarli. È vero che vi è molto utile. E se non conoscessi il suo movente, la considererei anch’io altrettanto ingiusta quanto voi.
Più ci penso, meno riesco a capirvi. Come! Perché, non so esattamente per cosa, avete detto che il malevolo è solo. Ma perché questo dovrebbe rendermi malvagio anch’io e farmi sacrificare il mio amico alla vostra sentenza? Per altri autori, quell’alternativa sarebbe pericolosa. Ma voi! Del resto, quell’alternativa non è nemmeno necessaria: la vostra sentenza, anche se oscura e strana, in un certo senso è molto vera. E in questo senso mi onora: perché, nonostante ciò che dite, io qui sono molto meno solo di voi nel mezzo di Parigi. Diderot! Diderot. Lo vedo con amara tristezza: costantemente circondato dai malvagi, imparate ad assomigliarvi a loro; il vostro buon cuore si corrompe in mezzo a loro, e costringete il mio a staccarsi lentamente da voi.
Lettera CXXXI – Alla signora d’Épinay
[606]
All’Ermitage, questo giovedì, 1757.
PRIMA REDAZIONE
Diderot mi ha scritto una terza lettera, restituendomi i miei documenti. Ma la mia risposta era già pronta quando ho ricevuto la vostra: questa faccenda dura da troppo tempo; deve finire. Quindi non ne parliamo più. Ma da dove avete preso l’idea che io possa lamentarmi anche di voi solo perché mi contraddite? Davvero, fate molto bene: ne ho spesso bisogno quando ho torto; e anche ora, che mi contraddite quando ho ragione, non smetto di ringraziarvi. Perché comprendo i vostri motivi, e tutto ciò che mi dite, onestamente parlando, ha sempre un tono di stima e amicizia. Ma non riuscirete mai a farmi credere che mi facciate un favore parlando bene di me. Non direte mai: “Ci sarebbero ancora molte cose da dire su questo argomento”. Mi offendreste profondamente, e vi offendereste anche voi stessi. Perché non è affatto dignitoso per persone oneste avere amici di cui pensano male. Come potete chiamare questa una “forma”, un “aspetto esteriore”,?
In qualità di solitario, sono più sensibile degli altri; in qualità di malato, ho diritto alle attenzioni che l’umanità deve riservare alla debolezza e all’umore di una persona che soffre. Sono povero, e mi sembra che questa condizione meriti ancora considerazione. Pertanto, vi faccio conoscere quali siano le mie esigenze riguardo all’amicizia e quali siano i principi su cui la baso. Sentitevi liberi di criticare quanto riterrete errato nelle mie regole; ma aspettatevi che non sia facile convincermi a modificarle, poiché derivano dal mio carattere, che non posso cambiare.
In primo luogo, desidero che i miei amici siano davvero miei amici, e non i miei padroni; che mi diano consigli, e non che mi governino: sono disposto a rinunciare al mio cuore per loro, ma non alla mia libertà.
Che parlino sempre con me liberamente e francamente. Possono dirmi tutto: tranne il disprezzo, permetto loro di dire qualsiasi cosa. Il disprezzo delle persone indifferenti non mi interessa; ma se lo dovessi subire dai miei amici, ne sarei degna. Se hanno la sfortuna di disprezzarmi, che non me lo dicano, a che serve? Che mi lascino andare, è il loro dovere verso se stessi. A parte questo, quando mi fanno le loro osservazioni, qualunque sia il tono con cui le esprimono, stanno semplicemente esercitando il loro diritto; e quando, dopo averle ascoltate, decido di agire secondo la mia volontà, sto semplicemente esercitando la mia. Non voglio altro che, una volta presa una decisione, non vengano continuamente a rimproverarmi con liti incessanti e del tutto inutili.
Le loro grandi premure nel cercare di rendermi mille servizi di cui non mi curo affatto mi sono d’intralcio; vi percepisco un certo atteggiamento di superiorità che mi dispiace. Del resto, chiunque potrebbe fare lo stesso. Preferisco che mi amino e si lascino amare: è questo che solo gli amici sanno fare. Mi indigno soprattutto quando qualsiasi persona si occupa di “risarcirli” per colpa mia, mentre io posso sopportare soltanto che siano loro ad afflittersi per me. Solo le loro carezze riescono a farmi accettare i loro benefici; e quando mi impegno tanto per riceverli da loro, voglio che sia il loro gusto a guidarli, non il loro. Poiché pensiamo in modo così diverso su molte cose, spesso ciò che loro ritengono buono mi sembra invece cattivo.
Se dovesse svergere una lite, direi senz’altro che è colui che ha torto ad essere il primo a fare pace; ma questo non significa nulla, perché ognuno crede sempre di avere ragione. Che abbia torto o ragione, spetta a colui che ha iniziato la lite a porre fine ad essa. Se ricevo una sua critica in modo offensivo, se mi arrabbio senza motivo, se mi infurio inappropriatamente, non voglio che anche lui faccia lo stesso. Voglio che mi tratti con dolcezza, che mi baci con affetto. Capite, signora? In breve, che inizi col calmarmi, il che non richiederà molto tempo; perché nel profondo del mio cuore non c’è alcun “incendio” che una lacrima non possa spegnere. Allora, quando sarò commosso, calmo, imbarazzato e confuso, che mi rimproveri con gentilezza, che mi dica ciò che devo fare. E sicuramente sarà contento di me. Questo è ciò che voglio che il mio amico faccia con me quando ho torto, e questo è ciò che sono sempre pronto a fare io per lui nella stessa situazione. Se si tratta di una questione insignificante, lasciamo perdere. E non bisogna fare la sciocca figura di voler sempre avere ragione.
Je puis vous citer là-dessus une espèce de petit exemple dont vous ne vous doutez pas, quoiqu’il vous regarde ; c’est à l’occasion de ce billet où je vous parlais de la Bastille dans un sens bien différent de celui où vous le prîtes, et que vous n’entendîtes assurément pas comme je vous l’avais écrit. Vous m’écrivîtes une lettre bien éloignée d’être injurieuse et désobligeante (vous n’en savez point écrire de telles à vos amis), mais où je voyais que vous étiez mécontente de la mienne. J’étais persuadé, comme je le suis encore, qu’en cela vous aviez tort ; je vous répliquai : vous aviez établi certaines maximes, qu’il faut aimer les hommes indifféremment ; qu’il faut être content des autres, pour l’être de soi ; que nous sommes faits pour la société, pour supporter mutuellement nos défauts, pour avoir entre nous une intimité de frères, etc. Vous m’aviez mis précisément sur mon terrain. Ma lettre était bonne, du moins je la crus telle, et sûrement vous auriez pris du temps pour y répondre. Prêt à la fermer, je la relus avec plaisir ; elle avait, n’en doutez pas, le ton de l’amitié, mais une certaine chaleur dont je ne puis me défendre. Je sentis que vous n’en seriez pas plus contente que de la première, et qu’il s’élèverait entre nous un nuage d’altercation dont je serais la cause. À l’instant je jetai ma lettre au feu, résolu d’en demeurer là. Je ne saurais vous dire avec quel contentement de coeur je vis brûler-mon éloquence ; et vous savez que je ne vous en ai plus parlé. Ma chère et bonne amie, Pythagore disait qu’il ne faut jamais attiser le feu avec une épée ; cette sentence me paraît être la plus importante et la plus sacrée des lois de l’amitié.
J’ai bien d’autres prétentions encore avec mes amis, et elles augmentent à mesure qu’ils me sont chers : aussi serai-je de jour en jour plus difficile avec vous. Mais, pour le coup, il faut finir cette lettre.
Je vois, en relisant la vôtre, que vous m’annoncez le paquet de Diderot. L’un et l’autre ne me sont pourtant pas parvenus ensemble, et j’ai reçu le paquet longtemps avant la lettre. Ne vous étonnez pas si je prends Paris toujours plus en haine : il ne m’en vient rien que de chagrinant, hormis vos lettres. Je n’irai jamais. Si vous voulez me faire vos représentations là-dessus, et même aussi vivement qu’il vous plaira, vous en avez le droit : elles seront bien reçues et inutiles ; après cela, vous ne m’en ferez plus.
Faites ce que vous jugerez à propos au sujet du livre de M. d’Holbach ; mais je n’approuve point qu’on se charge d’une édition, et surtout une femme. C’est une manière de faire acheter un livre par force, et de mettre à contribution ses amis ; je ne veux point de cela. Bonjour, ma bonne amie.
SECONDE RÉDACTION
Diderot m’a écrit une troisième lettre, en me renvoyant mes papiers. Quoique vous me marquiez par la vôtre que vous m’envoyez ce paquet, elle m’est parvenue plus tard et par une autre voie ; de sorte que quand je l’ai reçue, ma réponse à Diderot était déjà faite. Vous devez être aussi ennuyée de cette longue tracasserie que j’en suis excédé. Ainsi n’en parlons plus, je vous en supplie.
Mais où avez-vous pris que je me plaindrai de vous aussi ? Si j’avais à m’en plaindre, ce serait parce que vous usez de trop de ménagement avec moi et me traitez trop doucement. J’ai souvent besoin d’être plus gourmande que cela ; un ton de gronderie me plaît fort quand je le mérite ; je crois que je serais bomme à le regarder quelquefois comme une sorte de cajolerie de l’amitié. Mais on querelle son ami sans le mépriser ; on lui dira fort bien qu’il est une bête ; on ne lui dira pas qu’il est un coquin. Vous ne me ferez jamais entendre que vous me croyez faire grâce en pensant bien de moi. Vous ne m’insinuerez jamais qu’en y regardant de près il y aurait beaucoup d’estime à rabattre. Vous ne me direz pas: Encore y aurait-il bien à dire là-dessus. Ce ne serait pas seulement m’offenser, ce serait vous offenser vous-même ; car il ne convient pas à d’honnêtes gens d’avoir des amis dont ils pensent mal ; que s’il m’était arrivé de mal interpréter sur ce point un discours de votre part, vous vous hâteriez assurément de m’expliquer votre idée, et vous garderiez de soutenir durement et sèchement ce même propos dans le mauvais sens où je l’aurais entendu. Comment, madame, appelez-vous cela une forme, un extérieur ?
J’ai envie, puisque nous traitons ce sujet, de vous faire ma déclaration sur ce que j’exige de l’amitié, et sur ce que j’y veux mettre à mon tour. Reprenez librement ce que vous trouverez à blâmer dans mes règles ; mais attendez-vous à ne m’en pas voir départir aisément ; car elles sont tirées de mon caractère, que je ne puis changer.
Premièrement, je veux que mes amis soient mes amis, et non pas mes maîtres ; qu’ils me conseillent sans prétendre me gouverner ; qu’ils aient toutes sortes de droits sur mon coeur, aucun sur ma liberté. Je trouve très singuliers les gens qui, sous ce nom, prétendent toujours se mêler de mes affaires sans me rien dire des leurs.
Qu’ils me parlent toujours librement et franchement. Ils peuvent me tout dire: hors le mépris, je leur permets tout. Le mépris d’un indifférent m’est indifférent ; mais si je le souffrais d’un ami, j’en serais digne. S’il a le malheur da me mépriser, qu’il ne me le dise pas, qu’il me quitte ; c’est son devoir envers lui-même. À cela près, quand il me fait ses représentations, de quelque ton qu’il les fasse, il use de son droit ; quand, après l’avoir écouté, je fais ma volonté, j’use du mien ; et je trouve mauvais qu’on me rabâche éternellement sur une chose faite.
Leurs grands empressements à me rendre mille services dont je ne me soucie point me sont à charge ; j’y trouve un certain air de supériorité qui me déplait: d’ailleurs tout le monde en peut faire autant. J’aime mieux qu’ils m’aiment et se laissent aimer ; voilà ce que les amis seuls peuvent faire. Je m’indigne surtout quand le premier venu les dédommage de moi, tandis que je ne puis souffrir qu’eux seuls au monde. Il n’y a que leurs caresses qui puissent me faire supporter leurs bienfaits ; man quand je fais tant que d’en recevoir d’eux, je veux qu’ils consultent mon goût et non pas le leur ; car nous pensons si différemment sur tant de choses, que souvent ce qu’ils estiment bon me paraît mauvais.
S’il survient une querelle, je dirais bien que c’est à celui qui a tort de revenir le premier ; mais c’est ne rien dire, car chacun croit toujours avoir raison. Tort ou raison, c’est à celui qui a commencé la querelle à la, finir. Si je reçois mal sa censure, si je m’aigris sans sujet, si je me mets en colère mal à propos, il ne doit pas s’y mettre à mon exemple, ou bien il ne m’aime pas. Au contraire, je veux qu’il me caresse bien, qu’il me baise bien ; entendez-vous, madame ? en un mot, qu’il commence par m’apaiser, ce qui sûrement ne sera pas long ; car il n’y eut jamais d’incendie au fond de mon coeur qu’une larme ne pût éteindre. Alors, quand je serai attendri, calmé, honteux, confus, qu’il me gourmande bien, qu’il me dise bien mon fait ; et sûrement il sera content de moi. S’il est question d’une minutie qui ne vaille pas l’éclaircissement, qu’on la laisse tomber: que l’agresseur se taise le premier, et ne se fasse point un sot point d’honneur d’avoir toujours l’avantage. Voilà ce que je veux que mon ami fasse envers moi, et que je suis toujours prêt à faire envers lui dans le même cas.
I can cite a small example on this subject that you might not be aware of, even though it concerns you directly. It relates to that letter in which I discussed the Bastille in a way quite different from how you understood it, and certainly not in the same sense in which I had written it. You replied to me with a letter that was far from being offensive or disrespectful (you simply don’t know how to write such things to your friends), but from which I could tell that you were dissatisfied with my approach. I was convinced, and I still am, that you were wrong in this regard; so I replied to you, stating that you had established certain principles: that one should love people without distinction; that one must be content with others in order to be content with oneself; that we are meant to live in society, to tolerate each other’s shortcomings, and to share a fraternal intimacy. You had precisely addressed the issue I wanted to discuss. My letter was well-written, at least I believed so, and surely you would have taken some time to respond to it. Just as I was about to close it, I read it over again with pleasure; it certainly carried the tone of friendship, but also a certain warmth that I couldn’t help expressing. I realized that you wouldn’t be any more satisfied with this reply than you had been with the first one, and that it would only lead to further disagreements between us. In that moment, I threw my letter into the fire, determined not to pursue the matter any further. I can tell you with absolute satisfaction how glad I was to see my “eloquence” burn away; and as you know, I never mentioned it to you again. My dear and good friend, Pythagoras said that one should never fan a fire with a sword; this saying seems to me to be the most important and sacred rule of friendship.
I have many other demands towards my friends, and these demands increase the more dear they become to me; therefore, I will become increasingly demanding of you day by day. But for now, I must finish this letter.
Upon rereading your letter, I see that you are informing me about the package containing Diderot’s works. However, neither the package nor the letter arrived at the same time; I received the package long before the letter. Do not be surprised if I begin to hate Paris even more: nothing but sorrow comes from there, except for your letters. I will never go there. If you wish to express your concerns about this matter to me, and even if you do so fervently, you have every right to do so; your words will be heard and remain futile. After that, please refrain from doing so any further.
Do whatever you think is appropriate regarding Mr. d’Holbach’s book; but I do not approve of someone taking on the task of editing it, especially a woman. It amounts to forcing people to buy the book and exploiting their friends in the process; I refuse to have anything to do with it. Goodbye, my dear friend.
SECOND REDACTION
Diderot wrote me a third letter, returning my papers to me. Although you had mentioned in your previous letter that you were sending this package to me, it actually arrived later and by another route; as a result, by the time I received it, my reply to Diderot had already been written. You must be just as annoyed by all this delay as I am. So let’s not talk about it anymore, I beg you.
But where did you get the idea that I would complain about you too? If I ever had to complain, it would be because you are too gentle with me and treat me too kindly. Often, I need to be treated with a bit more firmness; a tone of reprimand suits me well when I deserve it—I think it could even be quite endearing, like a form of affectionate teasing between friends. But one argues with a friend without despising them; one might say they are silly or foolish, but never that they are despicable. You will never suggest to me that you think I am being gracious just because I speak well of you. You will never imply that, upon closer inspection, there is much less respect to be had for me. You would never say something like, “Well, there’s actually a lot more to criticize here.” That would not only offend me, but it would also offend you; after all, it is not right for honest people to have friends whom they disapprove of. If I ever misinterpreted anything you said on this matter, you would surely rush to explain your true intentions and never persist in holding the same view in the negative way that I might have understood it. How, madam, can you call this a “form” or an “appearance”?
Since we are discussing this topic, I would like to make my declaration regarding what I expect from friendship, and what I am willing to contribute to it in return. Feel free to point out anything you may consider flawed about my rules; but be prepared that I will not easily alter them, for they are rooted in my character, which I cannot change.
First and foremost, I want my friends to be my friends, not my masters; I want them to advise me without attempting to govern me; I want them to have every right to my affection, but no right over my freedom. I find it very strange when people, in the name of friendship, always try to interfere in my affairs without telling me anything about theirs.
Let them always speak to me freely and candidly. They can tell me everything; except for contempt, I allow them everything. The contempt of an indifferent person is indifferent to me; but if it comes from a friend, I would be worthy of it. If he has the misfortune to despise me, let him not tell me so—let him leave me; that is his duty towards himself. Apart from that, whenever he expresses his opinions to me, in whatever tone, he is exercising his right; and when, after listening to him, I act according to my own will, I am exercising mine. I consider it wrong for someone to keep nagging me endlessly about something that has already been done.
Their excessive eagerness to render me a thousand services of which I care not at all is bothersome to me; it carries with it an air of superiority that displeases me—after all, anyone else could do the same. I prefer it when they love me and allow themselves to be loved; only true friends can do that. What particularly irritates me is when some random person tries to compensate them for my absence, when in reality only they alone matter to me in this world. It is only their affection that enables me to endure their kindnesses; indeed, since I am willing to accept so much from them, I want them to consider what pleases me, not what pleases them—for we often think so differently on many matters that what they regard as good seems bad to me.
If a quarrel should arise, I would say that it is the one who is in the wrong who should be the first to make peace; but that would be saying nothing at all, for everyone always believes they are right. Whether wrong or right, it is the one who started the quarrel who should end it. If I take his criticism badly, if I become angry for no reason, if I lose my temper unnecessarily, he must not follow my example—otherwise, he does not love me. On the contrary, I want him to be kind to me, to treat me well; do you understand, madam? In short, I want him to calm me down first, which surely will not take long, for there has never been a fire in my heart that could not be extinguished by a single tear. Then, when I am softened, calmed, and ashamed, I want him to reprimand me properly and tell me where I went wrong; and surely he will be satisfied with me. If it is some trivial matter that is not worth discussing, let it go—let the one who started the quarrel be the first to apologize, and not insist on maintaining a foolish sense of honor at all costs. This is what I want my friend to do towards me, and I am always ready to do the same for him in similar situations.
Posso citarvi in proposito un piccolo esempio di cui probabilmente non vi rendete conto, anche se riguarda voi stessi; si tratta della lettera in cui vi parlavo della Bastiglia in modo molto diverso da come l’avete interpretata voi, e sicuramente non nel senso in cui l’avevo scritta. Mi avete risposto con una lettera assolutamente priva di offese o mancanza di rispetto (non sapete certo scrivere cose del genere ai vostri amici), ma dalla quale si capiva chiaramente che eravate insoddisfatta della mia risposta. Ero convinto, e lo sono ancora oggi, che in questo aveste torto; vi ho risposto dicendo che avevate enunciato alcune massime, come ad esempio amare gli uomini senza distinzioni, essere soddisfatti degli altri per poterlo essere di se stessi, e che siamo fatti per la società, per sopportare reciprocamente i nostri difetti, per avere tra noi un rapporto di fratellanza, ecc. Vi avevo colpito proprio nel punto debole. La mia lettera era buona, almeno così la credevo io, e sicuramente avreste preso del tempo per rispondermi. Mentre stavo per chiuderla, l’ho riletta con piacere; aveva certamente il tono dell’amicizia, ma anche una certa intensità che non posso negare. Ho capito che non sareste stata più soddisfatta di essa di quanto lo foste della prima, e che si sarebbe creato tra noi un conflitto a causa mia. Allora ho deciso di bruciarla, risoluto a lasciare le cose come stavano. Non so descrivervi con quanta gioia nel cuore abbia visto bruciare la mia “eloquenza”; e sapete bene che da allora non ne ho più parlato con voi. Mia cara e buona amica, Pitagora diceva che non si dovrebbe mai alimentare il fuoco con una spada; questa massima mi sembra essere la più importante e sacra tra tutte le leggi dell’amicizia.
Ho molte altre pretese nei confronti dei miei amici, e queste aumentano quanto più mi sono cari: perciò diventerò sempre più esigente con voi giorno dopo giorno. Ma, per ora, devo concludere questa lettera.
Leggendo la vostra lettera, vedo che mi annunciate l’arrivo del pacco di Diderot. Tuttavia, né l’uno né l’altro mi sono arrivati insieme: ho ricevuto il pacco molto prima della lettera. Non vi sorprendete se comincio ad odiare sempre di più Parigi: da quella città non ricevo altro che dolore, tranne le vostre lettere. Non ci andrò mai. Se desiderate esprimere i vostri rimproveri a questo proposito, anche con la massima veemenza possibile, avete tutto il diritto di farlo: saranno accettati, ma inutili. Dopo di ciò, non fatemelo più.
Fate ciò che ritenete opportuno riguardo al libro del signor d’Holbach; tuttavia non approvo affatto che qualcuno si assuma l’onere di pubblicarlo, soprattutto una donna. Si tratta in realtà di un modo per costringere le persone ad acquistare il libro e di sfruttare i propri amici a tale scopo; io non voglio nulla del genere. Arrivederci, mia cara amica.
Seconda redazione
Diderot mi ha scritto una terza lettera, restituendomi i miei documenti. Sebbene nella sua lettera mi aveste detto di inviarvi quel pacco, esso è arrivato in un secondo momento e per un’altra via; quindi, quando l’ho ricevuto, la mia risposta a Diderot era già pronta. Deve essere altrettanto seccata da questa lunga serie di problemi quanto lo sono io. Per favore, non ne parliamo più.
Ma da dove avete preso l’idea che mi lamenterei anche di voi? Se dovessi farlo, sarebbe perché siete troppo premurosi con me e mi trattate con troppa dolcezza. Spesso ho bisogno di essere trattata in modo più severo; un tono di rimprovero mi piace molto quando lo merito. Credo che a volte potrebbe persino risultare una sorta di affetto fraterno. Ma si discute con un amico senza disprezzarlo; si può dirgli chiaramente che è uno sciocco, ma non che è un idiota. Voi non mi farete mai credere che pensiate bene di me quando siete gentili con me. Non insinuerete mai che, se ci si guarda attentamente, ci sarebbe molto da ridimensionare nella mia stima. Non mi direte mai: “In realtà, ci sarebbero molte cose da criticare in me, ” Questo non solo mi offenderebbe, ma offenderebbe anche voi stesso. Perché non è dignitoso per persone oneste avere amici di cui pensano male. Se mai avessi frainteso qualcosa che avete detto su questo argomento, vi affrettaste sicuramente a spiegarmi il vostro vero pensiero, e non avreste mai sostenuto con fermezza quell’idea nel senso negativo in cui l’avrei potuta interpretare. Come potete chiamare questa una “forma”, un “aspetto esteriore”,?
Vorrei, poiché stiamo trattando questo argomento, farvi conoscere quali siano le mie esigenze riguardo all’amicizia e cosa intendo io stesso offrire in essa. Sentitevi liberi di criticare quelle regole che ritenete errate; ma aspettatevi che non sia facile per me modificarle, poiché derivano dal mio carattere, che non posso cambiare.
In primo luogo, voglio che i miei amici siano davvero miei amici, e non i miei padroni; che mi consiglino senza pretendere di governarmi; che abbiano ogni sorta di diritti sul mio cuore, ma nessun diritto sulla mia libertà. Trovo molto strani coloro che, sotto questo nome, pretendono sempre di intromettersi nelle mie faccende senza mai dirmi nulla delle loro.
Che parlino sempre con me liberamente e francamente. Possono dirmi tutto: tranne il disprezzo, gli permetto di dire qualsiasi cosa. Il disprezzo di una persona indifferente non mi interessa; ma se provenisse da un amico, ne sarei degna. Se ha la sfortuna di disprezzarmi, che non me lo dica, che se ne vada. È il suo dovere verso se stesso. A parte questo, quando mi fa delle osservazioni, qualunque sia il tono con cui le esprime, sta esercitando il proprio diritto; e quando, dopo averlo ascoltato, decido di agire secondo la mia volontà, sto esercitando la mia. Trovo infatti spiacevole che si continui all’infinito a rimproverarmi per qualcosa che è già stato fatto.
Le loro grandi premure nel cercare di rendermi mille servizi di cui non mi curo affatto mi sono d’intralcio; vi percepisco un certo atteggiamento di superiorità che mi dispiace. Del resto, chiunque potrebbe fare lo stesso. Preferisco che mi amino e si lascino amare: è questo che solo gli amici possono fare. Mi indigno soprattutto quando qualsiasi persona si occupa di “compensarmi” per la loro mancanza di attenzione verso di me, mentre io posso sopportare soltanto la loro assenza. Sono solo le loro carezze a permettermi di accettare i loro benefici; e quando faccio lo sforzo di riceverli da loro, voglio che sia il loro gusto a guidarli, non il mio. Poiché pensiamo in modo così diverso su molte cose, spesso ciò che loro ritengono buono mi sembra invece cattivo.
Se dovesse svergere una lite, direi senz’altro che sia colui che ha torto ad essere il primo a fare pace; ma questo non significa nulla, perché ognuno crede sempre di avere ragione. Che abbia torto o ragione, è colui che ha iniziato la lite a doverla concludere. Se ricevo una sua critica in modo offensivo, se mi arrabbio senza motivo, se mi infurio inappropriatamente, non dovrebbe imitarmi; altrimenti significa che non mi ama. Al contrario, voglio che mi tratti con dolcezza, che mi baci con affetto. Insomma, che cerchi prima di tutto di calmarmi, il che sicuramente non richiederà molto tempo: infatti, nel profondo del mio cuore, nessun “incendio” potrebbe essere spento se non da una lacrima. Allora, quando sarò commosso, calmo, imbarazzato e confuso, che mi rimproveri con gentilezza, che mi dica chiaramente cosa ho fatto. E sicuramente sarà contento di me. Se si tratta di una questione insignificante che non merita di essere chiarita, lasciamola perdere: che sia colui che ha iniziato la lite ad arrendersi per primo, e che non si faccia prendere da sciocche idee di “onore” nel voler sempre avere ragione. Questo è ciò che voglio che il mio amico faccia con me. E sono sempre pronto a fare lo stesso nei suoi confronti.
Je pourrai vous citer là-dessus une espèce de petit exemple dont vous ne vous doutez pas, quoiqu’il vous regarde ; c’est au sujet d’un billet que je reçus de vous il y a quelque temps, en réponse à un autre dont je vis que vous n’étiez pas contente, et où vous n’aviez pas, ce me semble, bien entendu ma pensée. Je fis une réplique assez bonne, ou du moins elle me parut telle: elle avait sûrement le ton de la véritable amitié, mais en même temps une certaine vivacité dont je ne puis me défendre ; et je craignis, en la relisant, que vous n’en fussiez pas plus contente que de la première. À l’instant, je jetai ma lettre au feu ; je ne puis vous dire avec quel contentement de coeur je vis brûler mon éloquence ; je ne vous en ai plus parlé, et je crois avoir acquis l’honneur d’être battu: il ne faut quelquefois qu’une étincelle pour allumer un incendie. Ma chère et bonne amie, Pythagore disait qu’on ne devait jamais attiser le feu avec une épée ; cette sentence me paraît la plus importante et la plus sacrée des lois de l’amitié.
J’exige d’un ami bien plus encore que tout ce que je viens de vous dire ; plus même qu’il ne doit exiger de moi, et que je n’exigerais de lui, s’il était à ma place et que je fusse à la sienne. En qualité de solitaire, je suis plus sensible qu’un autre: si j’ai quelque tort avec un ami qui vive dans le monde, il y songe un moment, et mille distractions le lui font oublier le reste de la journée ; mais rien ne me distrait sur les siens ; privé du sommeil, je m’en occupe durant la nuit entière ; seul à la promenade, je m’en occupe depuis que le soleil se lève jusqu’à ce qu’il se couche ; mon coeur n’a pas un instant de relâche, et les duretés d’un ami me donnent dans un seul jour des années de douleurs. En qualité de malade, j’ai droit aux ménagements que l’humanité doit à la faiblesse et à l’humeur d’un homme qui souffre. Quel est l’ami, quel est l’honnête homme qui ne doit pas craindre d’affliger un malheureux tourmenté d’une maladie incurable et douloureuse ? Je suis pauvre, et il me semble que cet état mérite encore des égards. Tous ces ménagements que j’exige, vous les avez eus sans que je vous en parlasse ; et sûrement jamais un véritable ami n’aura besoin que je les lui demande. Mais, ma chère amie, parlons sincèrement ; me connaissez-vous des amis ? Ma foi, bien m’en a pris d’apprendre à m’en passer ; je connais force gens qui ne seraient pas fâchés que je leur eusse obligation, et beaucoup à qui j’en ai en effet ; mais des coeurs dignes de répondre au mien, ah ! c’est bien assez d’en connaître un.
Ne vous étonnez donc pas si je prends Paris toujours plus en haine ; il ne m’en vient rien que de chagrinant, hormis vos lettres: on ne m’y reverra jamais. Si vous voulez me faire vos représentations là-dessus, et même aussi vivement qu’il vous plaira, vous en avez le droit: elles seront bien reçues et inutiles ; après cela, vous n’en ferez plus.
Faites tout ce que vous jugerez à propos au sujet du livre de M. d’Holbach, excepté de vous charger de l’édition ; c’est une manière de faire acheter un livre par force, et de mettre à contribution ses amis: je ne veux point de cela.
Je vous remercie du Voyage d’Anson ; je vous le renverrai la semaine prochaine.
Pardonnez les ratures ; je vous écris au coin de mon feu, où nous sommes tous rassemblés. Les gouverneuses épuisent avec le jardinier les histoires de tous les pendus du pays, et la gazette d’aujourd’hui est si abondante que je ne sais plus du tout ce que je dis. Bonjour, ma bonne amie.
Lettre CXXXIII – À la même
L’Ermitage, février 1757.
Il y a si longtemps que je n’ai reçu de vos nouvelles par vous-même, que je serais fort inquiet de votre santé si je ne savais d’ailleurs qu’à votre fluxion près elle a été passable. Je n’ai jamais aimé entre amis la règle de s’écrire exactement, car l’amitié elle-même est ennemie des petites formules ; mais la circonstance de ma dernière lettre me donne quelque inquiétude sur l’effet qu’elle aura produit sur vous ; et si je n’étais rassuré par mes intentions, je craindrais qu’elle ne vous eût déplu en quelque chose. Soyez bien sûre qu’en pareil cas j’aurais mal expliqué ou vous auriez mal interprété mes sentiments ; voulant être estimé de vous, je n’ai prétendu y faire que mon apologie vis-à-vis mon ami Diderot et des autres personnes qui ont autrefois porté ce nom ; et qu’hors les témoignages de mon attachement pour vous, il n’y avait rien dans cette lettre dont j’aie prétendu vous faire la moindre application. Ce qui me rassure aussi bien que mon coeur, c’est le vôtre qui n’est rien moins que défiant ; et je ne puis m’empêcher de croire que si vous eussiez été mécontente de moi, vous me l’auriez dit ; mais, je vous en prie, pour me tranquilliser tout-à-fait, dites-moi que vous ne l’êtes pas. Bonjour, ma bonne amie.
Vous aviez bien raison de vouloir que je visse Diderot ; il a passé hier la journée ici. Il y a longtemps que je n’en ai passé d’aussi délicieuse. Il n’y a point de dépit qui tienne contre la présence d’un ami.
Lettre CXXXV – À la même
De l’Ermitage, ce je ne sais pas quantième, printemps 1757.
Je voudrais bien, ma bonne amie, que vous eussiez été quitte de votre fluxion aussi facilement que moi de mon rhume ; il prenait un train assez vif, mais il s’en est allé tout d’un coup, sans que je sache ce qu’il est devenu. Que Dieu donne une bonne fois le même caprice à vos migraines !
Je vous remercie ; je ne me souviens pas de quoi. Ah ! du dinde, dont je ne vous remercie pourtant pas, puisqu’il n’était pas pour moi, mais dont j’ai mangé ou mangerai comme si c’était à moi d’en remercier.
Ce que vous me recommandez était tout-à-fait superflu. Les échos de mes bois sont discrets ; j’ai pour l’ordinaire peu de choses à leur, dire, et de ce peu, je ne leur en dis rien du tout. Le nom de Julie et le vôtre sont les seules choses qu’ils sachent répéter.
Je vous recommande votre santé, votre gaieté, et vos comédies. Je vous prie de faire ma cour à la parfaite[609], d’embrasser pour moi toute votre famille, et même les ours embrassables : je m’imagine qu’ils le sont tous, hors moi. J’assure en particulier sa tyrannie[610] de mes respects.
Lettre CXXXVII – À la même
Ce dimanche matin, avril 1757.
Voilà, madame, les prémices de votre Ermitage, à ce que dit le jardinier. Faites-moi dire, je vous supplie, des nouvelles de votre santé et de vos affaires, en attendant que les fêtes se passent, que les chemins s’essuient et me permettent de vous aller voir. Je fus, mardi, dîner à Eaubonne, et pris en revenant, de la pluie et d’un dérangement, qui l’un et l’autre n’ont pas cessé jusqu’ici. Bonjour, madame ; aimez-moi hermite[611], comme vous m’aimiez ours ; autrement je quitte mon froc et reprends ma peau.
Lettre CXXXIX – À Madame d’Épinay
Ce 4 mai 1757.
Bonjour, ma bonne amie. On dit que vous vous portez bien ; et comme je pense que si cela n’était pas vous m’en auriez fait dire quelque chose, je me fie à cette bonne nouvelle : on dit aussi que j’aurai bientôt le plaisir de vous revoir, et c’est alors que les beaux jours seront tout-à-fait revenus, surtout s’il est vrai, comme j’ai lieu de l’espérer, que vous viendrez ici goûter quelques-uns de ceux de l’Ermitage. Bonjour, derechef. M. Cahouet, pressé de repartir, me presse, et je finis.
Apportez de l’eau-de-vie, et une bouteille qui ait le goulot assez large pour y passer des noix.
Lettre CXLI – À la même
Ce Vendredi au soir, l’Ermitage, été de 1757.
I could cite a small example on this subject that you might not be aware of, even though it concerns you; it’s about a letter I received from you some time ago in response to another one I sent you, which I saw you were not satisfied with, and in which I did not, in my opinion, capture your thoughts accurately. I wrote a rather good reply—or at least that’s what I thought at the time; it certainly had the tone of true friendship, but at the same time, it contained a certain liveliness that I couldn’t help expressing. When I reread it later, I feared you might be even less satisfied with it than with the first one. Immediately, I threw my letter into the fire; I can’t tell you how delighted I was to see my “eloquence” burn away. I never mentioned it to you again, and I believe I have thus earned the honor of being “defeated” in this exchange. Sometimes, all it takes is a single spark to ignite a fire. My dear and good friend, Pythagoras said that one should never fan a fire with a sword; this saying seems to me to be the most important and sacred principle of friendship.
I demand of a friend far more than all that I have just told you; even more than what he himself would be entitled to demand of me, or than I would demand of him if our roles were reversed. As a solitary person, I am more sensitive than others: if I ever offend a friend who lives in the world, he will think about it for a moment, but a thousand distractions will make him forget about it for the rest of the day; yet nothing distracts me when it comes to my friends. Deprived of sleep, I devote the entire night to thinking about them; walking alone, I am preoccupied with them from sunrise to sunset. My heart never finds a moment of respite, and the harshness of a friend can cause me years of suffering in just one day. As a sick person, I deserve the care that humanity owes to someone who is weak and in pain. What friend, what honest man would not be afraid of causing distress to a unfortunate individual afflicted by an incurable and painful illness? I am poor, and yet I believe this state deserves even more consideration. All these considerations that I demand, you have given me without my asking; surely, no true friend will ever need me to ask for them. But, my dear friend, let us speak candidly—do you really know any friends of mine? Honestly, it was fortunate for me that I learned to do without them. I know many people who would not mind if I owed them something, and indeed, I do owe them things; but as for hearts worthy of matching mine, ah! It is enough to know just one such person.
Therefore, do not be surprised if I come to hate Paris even more; it brings me only sorrow, except for your letters—I will never return there. If you wish to express your concerns to me on this matter, and even as fervently as you please, you have every right to do so: they will be received with gratitude but will remain utterly useless. After that, please refrain from doing so any further.
Do whatever you consider appropriate regarding Mr. d’Holbach’s book, except for taking on the task of editing it; that would be a way to force people to buy the book and to exploit its friends: I do not want any part of that.
I thank you for the “Voyage of Anson”; I will return it to you next week.
Forgive the erasures; I am writing to you by the fire, where we are all gathered. The governors and the gardener are endlessly telling each other stories about all the people who were hanged in this country, and today’s newspaper is so full of news that I have no idea what I am actually saying. Hello, my dear friend.
Letter CXXXIII – To the Same One
The Hermitage, February 1757.
It has been so long since I received any news from you directly that I would be very worried about your health if it weren’t for the fact that, apart from that fever, you have seemed to be in fairly good condition. I have never liked the practice of exchanging letters in a strictly formal manner among friends, for friendship itself is the very antithesis of such formalities; but the circumstances surrounding my last letter make me somewhat anxious about its effect on you. If it weren’t for the confidence I have in my intentions, I would fear that it might have displeased you in some way. Rest assured that if that had been the case, either I would have failed to express myself clearly, or you would have misunderstood my feelings. In wishing to be valued by you, I merely sought to defend myself before my friend Diderot and those other people who once bore that name; beyond expressing my attachment for you, there was nothing in that letter that I intended to apply directly to you. What reassures me as much as it comforts my heart is the fact that your own feelings are no less strong than mine; I cannot help but believe that if you had been dissatisfied with me, you would have told me so. But please, to put my mind entirely at ease, tell me that you are not. Goodbye, my dear friend.
You were absolutely right in wanting me to meet Diderot; he spent the entire day here yesterday. It’s been a very long time since I’ve had such a delightful experience. No disappointment can stand up against the presence of a friend.
Letter CXXXV – To the Same One
From the Hermitage, some unspecified spring in 1757.
I wish, my dear friend, that you had recovered from your fever just as easily as I did from my cold; it developed quite rapidly, but then it suddenly disappeared without me even knowing what happened to it. May God once grant your headaches the same sudden resolution!
I thank you; I don’t remember for what exactly. Ah! The turkey—though I shouldn’t really be thanking you for it, since it wasn’t meant for me, yet I have eaten it or will eat it as if I were the one who deserves to thank you.
What you recommended to me was completely unnecessary. The echoes in my woods are quiet; I usually have little to say to them, and of that little, I say nothing at all. The names Julie’s and yours are the only things they know how to repeat.
I recommend to you your health, your joy, and your comedies. I beg you to pay your court to the perfect one[609], and to kiss for me all your family—even those adorable bears: I imagine they are all adorable, except for me. In particular, I assure her of my respect for her “tyranny”[610].
Letter CXXXVII – To the Same One
This Sunday morning, April 1757.
Here it is, madam, the beginnings of your hermitage, according to what the gardener says. Please let me know how you are and how things are going with you, until the festivities are over and the roads become passable again, so that I can come to see you. On Tuesday, I had dinner in Eaubonne, and on my way back, I was caught in rain and encountered various troubles that have continued ever since. Goodbye, madam; please love me as your hermit[611], just as you used to love me as your bear. Otherwise, I will put aside my monastic robes and return to my old ways.
Letter CXXXIX – To Madame d’Épinay
On this day, May 4th, 1757.
Hello, my dear friend. I hear you are doing well; and since I think if anything were wrong with you, you would have sent word to me, I trust this good news. It is also said that I will soon have the pleasure of seeing you again, and then truly, the beautiful days will have returned—especially if it proves true, as I hope it will, that you will come here to enjoy some of the delights of the Ermitage. Goodbye once more. Mr. Cahouet is eager to leave, so I must end my letter now.
Bring some brandy, and a bottle with a wide enough neck to allow nuts to be poured through it.
Letter CXLI – To the Same One
That Friday evening, at the Hermitage, in the summer of 1757.
Posso citarvi in proposito un piccolo esempio di cui probabilmente non vi rendete conto, anche se riguarda voi; si tratta di una lettera che ricevetti da voi qualche tempo fa, in risposta a un’altra della quale capii che non eravate soddisfatta, e nella quale, a mio parere, non avevate ben compreso il senso delle mie parole. Scrissi una replica abbastanza valida, o almeno così mi sembrò; sicuramente aveva il tono dell’amicizia vera, ma allo stesso tempo conteneva una certa vivacità di cui non posso fare a meno. E temevo, rileggendola, che non vi sareste trovata più soddisfatta di quella precedente. All’istante gettai la mia lettera nel fuoco; non posso descrivervi con quanta gioia vidi bruciare tutta la mia “eloquenza”. Non ne ho più parlato con voi, e credo di aver guadagnato l’onore di essere stato “sconfitto”: a volte basta una scintilla per scatenare un incendio. Mia cara e buona amica, Pitagora diceva che non si dovrebbe mai alimentare il fuoco con una spada. Questa massima mi sembra la più importante e la più sacra tra tutte le leggi dell’amicizia.
Esigo da un amico molto di più di quanto vi abbia appena detto; anzi, di più di quanto lui dovrebbe esigere da me, e di quanto io non esigerei da lui se fossimo nei suoi panni. In qualità di solitario, sono più sensibile degli altri: se commetto qualche errore verso un amico che vive nel mondo, lui ci pensa per un momento, ma mille distrazioni gli fanno dimenticare tutto il resto della giornata; invece, nulla mi distrae quando si tratta dei miei amici. Privato del sonno, me ne occupo per tutta la notte; da solo durante una passeggiata, ci penso dal sorgere al tramonto del sole; il mio cuore non ha un istante di tregua, e le durezze di un amico possono causarmi anni di dolore in un solo giorno. In qualità di malato, ho diritto alle attenzioni che l’umanità deve riservare alla debolezza e all’umore di una persona che soffre. Qual è l’amico, quale è l’uomo onesto che non dovrebbe temere di causare dolore a un infelice afflitto da una malattia incurabile e dolorosa? Sono povero, e mi sembra che anche questa condizione meriti rispetto. Tutte queste attenzioni che esigo, voi le avete dimostrato senza che io ve ne parlassi; e sicuramente nessun vero amico avrà mai bisogno che gliele chieda. Ma, cara mia amica, parliamo sinceramente: mi conoscete degli amici? Onestamente, sono stato fortunato ad imparare a fare a meno di loro. Conosco molte persone che non si dispiacerebbero se fossi in debito con loro, e molte altre per cui effettivamente lo sono; ma cuori degni di rispondere al mio, ah! ne basta conoscerne uno solo.
Non vi meravigliate quindi se provo sempre più odio per Parigi; non mi porta che dolore, a parte le vostre lettere. Lì non mi si rivedrà mai più. Se desiderate esprimere le vostre ragioni al riguardo, e anche con quanta forza vi pare, avete tutto il diritto di farlo: saranno accolte con gratitudine, ma inutili. Dopo di ciò, non ne parlerete più.
Fatemi pure tutto ciò che ritenete opportuno riguardo al libro di Monsieur d’Holbach, tranne che occuparvi voi stessi della sua pubblicazione; questo equivarrebbe a costringere le persone ad acquistare un libro contro la loro volontà e a coinvolgere i suoi amici in questa attività: io non voglio nulla del genere.
Vi ringrazio per il “Voyage d’Anson”; ve lo restituirò la settimana prossima.
Perdonate le cancellature; vi scrivo accanto al mio fuoco, dove tutti siamo riuniti. Le governanti, insieme al giardiniere, raccontano storie su tutti i giustiziati del paese, e il giornale di oggi è così ricco di notizie che non so proprio più cosa sto scrivendo. Ciao, mia cara amica.
Lettera CXXXIII – Alla stessa persona
L’Ermitage, febbraio 1757.
È da molto tempo che non ricevo notizie dirette da voi; sarei davvero molto preoccupato per la vostra salute, se non sapessi che, a parte quella febbre, vi siete sentita abbastanza bene. Non ho mai apprezzato tra gli amici l’abitudine di scriversi in modo troppo formale, poiché l’amicizia stessa è nemica delle formalità; tuttavia, la circostanza legata alla mia ultima lettera mi fa temere che possa avervi causato qualche dispiacere. Se non fossi certo delle mie intenzioni, temerei davvero che vi fosse sembrata offensiva in qualche modo. Siate certa che, in tal caso, avrei espresso male i miei sentimenti o voi li avreste interpretati erroneamente; desiderando essere apprezzato da voi, non ho voluto fare altro che difendere me stesso di fronte al mio amico Diderot e ad altre persone che un tempo portavano quel nome. Oltre ai segni del mio affetto per voi, non c’era nulla in quella lettera che potesse essere inteso come una dichiarazione personale. Quello che mi rassicura, così come il mio cuore, è il vostro atteggiamento, che è decisamente fiducioso nei miei confronti; non posso fare a meno di credere che, se foste stata insoddisfatta di me, me lo avreste detto. Ma vi prego, per tranquillizzarmi del tutto, ditemi che non lo siete. Addio, mia cara amica.
Avevate perfettamente ragione nel voler che io incontrassi Diderot; è stato qui tutto il giorno ieri. Da molto tempo non trascorro momenti così deliziosi. Nessun dispiacere può resistere alla presenza di un amico.
Lettera CXXXV – Alla stessa persona
Dall’Ermitage, in quella primavera del 1757, chissà quale.
Vorrei davvero, mia cara amica, che anche voi foste guarita dalla vostra influenza altrettanto facilmente quanto me dal mio raffreddore; prendeva una forma piuttosto grave, ma poi se n’è andata all’improvviso, senza che io sappia cosa ne sia stato. Che Dio possa far sì che anche le vostre emicranie seguano lo stesso “capriccio”!
Vi ringrazio; non ricordo per cosa. Ah! Per il tacchino, di cui tuttavia non vi ringrazio, poiché non era destinato a me, ma del quale ho mangiato o mangerò come se fosse mio dovere ringraziarvi.
Quello che mi avete consigliato era del tutto superfluo. Gli “echi” dei miei alberi sono discreti; di solito non ho molto da dir loro, e di ciò che ho, non ne dico assolutamente nulla. Il nome di Julie e il vostro sono le uniche cose che sanno ripetere.
Vi raccomando la vostra salute, la vostra allegria e le vostre commedie. Vi prego di rendere omaggio alla perfetta[609], di abbracciare per me tutta la vostra famiglia, e anche gli orsi che si possono abbracciare: immagino che lo siano tutti, tranne me. In particolare, assicuro alla sua tirannia[610] i miei rispetti.
Lettera CXXXVII – Alla stessa persona
Questo mattino di domenica, aprile 1757.
Ecco, signora, le basi della vostra “eremitaggio”, secondo quanto dice il giardiniere. Per favore, fatemi sapere notizie sulla vostra salute e sulle vostre faccende, finché non saranno passate le feste e i sentieri non si saranno asciugati, permettendomi così di venire a trovarvi. Martedì sono andato a cena a Eaubonne; al ritorno ho incontrato pioggia e disordini che continuano ancora adesso. Buongiorno, signora. Amatemi come un eremita, come mi amavate quando ero un orso; altrimenti lascerò il mio abito monastico e riprenderò la mia “pelle” di uomo comune.
Lettera CXXXIX – Alla signora d’Épinay
Il 4 maggio 1757.
Buongiorno, mia cara amica. Si dice che stiate bene; e poiché penso che se non fosse così mi avreste fatta sapere qualcosa, mi affido a questa buona notizia. Si dice anche che presto avrò il piacere di rivedervi, e sarà allora che i bei giorni torneranno davvero, soprattutto se è vero, come ho motivo di sperare, che verrete qui a gustare alcuni dei deliziosi prodotti dell’Ermitage. Buongiorno ancora. Il signor Cahouet, desideroso di ripartire, mi sollecita. E così concludo.
Portate del liquore e una bottiglia la cui bocca sia abbastanza larga da permettere di infilarci delle noci.
Lettera CXLI – Alla stessa persona
Quel venerdì sera, all’Ermitage, nell’estate del 1757.
J’envoie, madame, savoir de vos nouvelles et de celles de madame d’Esclavelles, par Damour le fils, qui va à Paris. Pour moi j’ai été incommodé ces deux jours-ci ; j’y ai beaucoup gagné ; car j’ai toujours remarqué que les maux du corps calment les agitations de l’âme. J’aurais besoin du Voyage de l’amiral Anson[613] ; vous saviez où trouver ce livre, vous me feriez plaisir de l’emprunter pour une quinzaine de jours, et de me l’envoyer. Je crois que M. d’Holbach Ta, et il se fera sûrement un plaisir de le prêter. Si vous pouviez me l’envoyer par le retour de Damour, j’en serais fort aise ; cependant cela ne presse pas absolument. Bonjour, ma bonne amie ; je suis touché de vos soins pour me rendre le repos ; le malheur est que personne n’en dira à Diderot autant que vous m’en avez dit, et qu’en vérité il est bien dur de porter en toute occasion les torts de nos amis et les nôtres.
Si vous ne trouvez pas aisément le livre, ne vous en tourmentez pas ; je le ferai demander à la Bibliothèque du roi.
Lettre CXLII – À Sophie (Madame d’Houdetot)
[614]
L’Ermitage, juin 1757[615].
Nota
La lettre suivante est d’un intérêt particulier par la situation dans laquelle se sont trouvés Jean-Jacques et Sophie, et que le premier décrit avec tant de charmes. Sa passion tenait du délire. Madame d’Houdetot y était peu sensible, parce qu’elle en éprouvait une pareille pour Saint-Lambert ; et, sans diminuer le mérite de la résistance, il est certain qu’elle eût été plus glorieuse si l’amour ne s’en était pas mêlé. Une bizarrerie inconcevable, si l’on ne savait combien cette passion fait commettre d’extravagances, c’est le plaisir que trouvait Jean-Jacques à se faire dire et répéter, par Sophie, qu’elle en aimait un autre. » J’aimais, lui dit-il, à t’entendre exprimer ta passion » pour un autre. »
Liée à la fin de sa longue carrière, avec un de nos hommes de lettres les plus estimables, soit par la supériorité du talent, soit par la noblesse du caractère[616], madame d’Houdetot Lui parlait un jour de la scène du bosquet d’Eaubonne, avec cet abandon charmant qui rendait ses entretiens délicieux. Elle avouait avoir couru des risques, et n’être échappée au danger que par l’effet que produisit sur elle une interjection prononcée à très intelligible voix par un charretier qui passait près du mur au moment de la scène. Cette interjection, adressée à un cheval qui venait de s’agenouiller, rendait très comique une situation qui ne l’était guère. Madame d’Houdetot, jeune, vive, et facile à distraire, partit d’un éclat de rire qui mit Rousseau en fureur. Tous les deux durent leur salut à un seul mot énergique, et tous deux sans doute très satisfaits par la suite d’avoir conservé, l’un ce que l’amour ne lui permettait pas de céder, l’autre ce que ses principes lui défendaient de prendre.
la lettre
Viens, Sophie, que j’afflige ton coeur injuste ; que je sois, à mon tour, sans pitié comme toi. Pourquoi t’épargnerais-je tandis que tu m’ôtes la raison, l’honneur et la vie ? Pourquoi te laisserais-je couler de paisibles jours, à toi qui me rends les miens insupportables ? Ah ! combien tu m’aurais été moins cruelle, si tu m’avais plongé dans le coeur un poignard au lieu du trait fatal qui me tue ! Vois ce que j’étais et ce que je suis devenu : vois à quel point tu m’avais élevé et jusqu’où tu m’as avili. Quand tu daignais m’écouter, j’étais plus qu’un homme ; depuis que tu me rebutes, je suis le dernier des mortels : j’ai perdu le sens, l’esprit et le courage ; d’un mot tu m’as tout ôté. Comment peux-tu te résoudre à détruire ainsi ton propre ouvrage ? Comment oses-tu rendre indigne de ton estime celui qui fut honoré de tes bontés ? Ah ! Sophie, je t’en conjure, ne te fais point rougir de l’ami que tu as cherché. C’est pour ta propre gloire que je te demande compte de moi. Ne suis-je pas ton bien ? N’en as-tu pas pris possession ? tu ne peux plus t’en dédire, et, puisque je t’appartiens, malgré moi-même et malgré toi, laisse-moi du moins mériter de t’appartenir. Rappelle-toi ces temps de félicité qui, pour mon tourment, ne sortiront jamais de ma mémoire. Cette flamme invisible, dont je reçus une seconde vie plus précieuse que la première, rendait à mon âme, ainsi qu’à mes sens, toute la vigueur de la jeunesse. L’ardeur de mes sentiments m’élevait jusqu’à toi. Combien de fois ton coeur, plein d’un autre amour, fut-il ému des transports du mien ? Combien de fois m’as-tu dit dans le bosquet de la cascade : Vous êtes l’amant le plus tendre dont j’eusse l’idée : non, jamais homme n’aima comme vous[617]. Quel triomphe pour moi que cet aveu dans ta bouche ! assurément il n’était pas suspect ; il était digne des feux dont je brûlais, de t’y rendre sensible en dépit des tiens, et de t’arracher une pitié que tu te reprochais si vivement. Eh ! pourquoi te la reprocher ? En quoi donc étais-tu coupable ? En quoi la fidélité était-elle offensée par des bontés qui laissaient ton coeur et tes sens tranquilles ? Si j’eusse été plus aimable et plus jeune, l’épreuve eût été plus dangereuse : mais, puisque. tu l’as soutenue, pourquoi t’en repentir ? Pourquoi changea de conduite avec tant de raisons d’être contente de toi ? Ah ! que ton amant même serait fier de ta constance s’il savait ce qu’elle a surmonté ! Si ton coeur et moi sommes seuls témoins de ta force, c’est à moi seul à m’en humilier. Étais-je digne de t’inspirer des désirs ? Mais quelquefois ils s’éveillent malgré qu’on en ait, et tu sus toujours triompher des tiens. Où est le crime d’écouter un autre amour, si ce n’est le danger de le partager ? Loin d’éteindre tes premiers feux, les miens semblaient les irriter encore. Ah ! si jamais tu fus tendre et fidèle, n’est-ce pas dans ces moments délicieux où mes pleurs t’en arrachaient quelquefois ; où les épanchements de nos coeurs s’excitaient mutuellement ; où, sans se répondre, ils savaient s’entendre ; où ton amour s’animait aux expressions du mien, et où l’amant qui t’est cher recueillait au fond de ton âme tous les transports exprimés par celui qui t’adore ? L’amour a tout perdu par ce changement bizarre que tu couvres de si vains prétextes. Il a perdu ce divin enthousiasme qui t’élevait à mes yeux au-dessus de toi-même ; qui te montrait à La fois, charmante par tes faveurs, sublime par ta résistance, et redoublait par tes bontés mon respect et mes adorations. Il a perdu, chez toi, cette confiance aimable qui te faisait verser dans ce coeur qui t’aime tous les sentiments du tien. Nos conversations étaient touchantes : un attendrissement continuel les remplissait de son charme. Mes transports, que tu ne pouvais partager, ne laissaient pas de te plaire, et j’aimais à t’entendre exprimer les tiens pour un autre objet qui leur était cher, tant l’épanchement et la sensibilité ont de prix, même sans celui du retour ! Non, quand j’aurais été aimé, à peine aurais-je pu vivre dans un état plus doux, et je te défie de jamais dire à ton amant même rien de plus touchant que ce que tu me disais de lui, mille fois le jour. Qu’est devenu ce temps, cet heureux temps ? La sécheresse et la gêne, la tristesse ou le silence remplissent désormais nos entretiens. Deux ennemis, deux indifférents, vivraient entre eux avec moins de réserve que ne font deux coeurs faits pour s’aimer. Le mien, resserré par la crainte, n’ose plus donner l’essor aux feux dont il est dévoré. Mon âme intimidée se concentre et s’affaisse sur elle-même ; tous mes sentiments sont comprimés par la douleur. Cette lettre, que j’arrose de froides larmes, n’a plus rien de ce feu sacré qui coulait de ma plume en de plus doux instants. Si nous sommes un moment sans témoins, à peine ta bouche ose-t-elle exprimer un sentiment qui m’oppresse, qu’un air triste et mécontent le resserre au fond de mon coeur. Le vôtre, à son tour, n’a plus rien à me dire. Hélas ! n’est-ce pas me dire assez combien vous vous déplaisez avec moi, que ne me plus parler de ce que vous aimez. Ah ! parlez-moi de lui sans cesse, afin que ma présence ne soit pas pour vous sans plaisir.
Madam, I am sending this letter to inquire about your well-being and that of Madame d’Esclavelles, through Damour le fils, who is going to Paris. As for me, I have experienced some discomfort these past two days; yet, in a way, it has been beneficial for me, for I have always observed that physical ailments can calm the turmoil of the soul. I would need the book The Voyage of Admiral Anson[613]; you knew where to find it. Would you please borrow it for about fifteen days and send it to me? I believe Mr. d’Holbach would be happy to lend it to me as well. If you could send it with Damour on his return, that would be very kind of you; however, it is not absolutely necessary. Goodbye, my dear friend; I am touched by your concern for ensuring my rest. Unfortunately, no one will tell Diderot as much about it as you have told me, and indeed, it is truly hard to bear the burdens of our friends’ and our own mistakes in every situation.
If you have difficulty finding the book, do not worry; I will request it from the King’s Library for you.
Letter CXLII – To Sophie (Madam d’Houdetot)
[614]
The Hermitage, June 1757[615].
Note
The following letter is of particular interest due to the circumstances in which Jean-Jacques and Sophie found themselves, and because Jean-Jacques describes them with such charm. His passion bordered on delirium. Madame d’Houdetot was little moved by it, for she felt a similar passion for Saint-Lambert; and, without diminishing the merit of his resistance, it is certain that it would have been even more glorious if love had not been involved. It is an inconceivable oddity—were it not for knowing how much such passion leads to extravagance—that Jean-Jacques found pleasure in having Sophie repeatedly tell him that she loved someone else. “I loved,” he said to her, “to hear you express your passion” for another person.
At the end of her long career, madame d’Houdetot, who was associated with one of our most esteemed literati—either due to the superiority of his talent or to the nobility of his character[616]—once spoke to him about the scene in the bosquet of Eaubonne, with that charming openness that made their conversations so delightful. She admitted having taken some risks and that she had escaped danger only because a coachman passing by near the wall at that moment uttered an exclamation in a very audible voice. This exclamation, directed at a horse that had just knelt down, turned what was otherwise a rather awkward situation into something quite comical. Madame d’Houdetot, young, lively, and easily amused, burst into laughter, which angered Rousseau greatly. Both of them owed their safety to one single, forceful word; and both must have been very satisfied in the end with having preserved, one what love did not allow him to give up, and the other what his principles prevented him from taking.
the letter
Come, Sophie, let me torment your unjust heart; let me too be without mercy, just like you. Why should I spare you while you take away my reason, my honor, and my life? Why should I allow you to live peaceful days, when you make mine unbearable? Ah! How much less cruel you would have been if you had plunged a dagger into my heart instead of that fatal arrow that kills me! Look at what I was and what I have become: see how high you raised me and how low you have brought me. When you deigned to listen to me, I was more than a man; since you have rejected me, I am the lowest of mortals—I have lost my senses, my mind, my courage; in one word, you have taken everything away from me. How can you bear to destroy your own creation in such a way? How dare you render someone unworthy of your respect when they were once honored by your kindnesses? Ah! Sophie, I implore you—do not let the friend you sought bring you shame. It is for your own glory that I demand an account of myself from you. Am I not your property? Have you not taken possession of me? You can no longer deny it, and since I belong to you, against my will and against yours, at least let me deserve to belong to you. Remember those happy times that, for my torment, will never leave my memory. That invisible flame, which gave me a second life more precious than the first, restored all the vigor of youth to both my soul and my senses. The intensity of my feelings raised me towards you. How many times did your heart, filled with another love, be moved by mine? How many times did you tell me in the grove by the waterfall: “You are the tenderest lover I could ever imagine; no, never has a man loved like you.” What a triumph for me to hear such words from your lips! Surely they were not insincere; they were worthy of the passion that burned within me, worthy of making you feel it despite your own feelings, and worthy of drawing forth a pity that you so bitterly regretted. But why should you regret it? In what way was I guilty? In what way was fidelity offended by kindnesses that left your heart and senses at peace? If I had been more charming and younger, the trial would have been more dangerous; but since you endured it, why should you repent? Why change your behavior when there are so many reasons to be satisfied with yourself? Ah! How proud even your lover would be of your constancy if he knew what it had overcome! If only your heart and I were the only witnesses to your strength—then it would be only me who should humble myself. Was I worthy of inspiring such desires in you? But sometimes they arise despite our will, and you always managed to conquer them. What crime is there in listening to another love, if not the danger of sharing it? Far from extinguishing your first passions, mine seemed to fan them even more. Ah! If ever you were tender and faithful, wasn’t it in those delightful moments when my tears sometimes brought forth some response from you; when the outpourings of our hearts excited each other; when, without needing words, we understood each other; when your love was stirred by the expressions of mine, and when the lover who is dear to you captured all the emotions that one who adores you conveyed? Love has lost everything because of this strange change that you cover with such vain pretexts. It has lost that divine enthusiasm which made you appear in my eyes as something greater than yourself; which showed you as charming through your kindnesses, sublime through your resistance, and which doubled my respect and adoration for you. It has lost, in you, that loving confidence which made you pour into the heart that loved you all the feelings of your own heart. Our conversations were touching; a constant tenderness filled them with its charm. My emotions, though you could not share them, still pleased you, and I loved to hear you express them for another person who was dear to you—for the value of expression and sensitivity is undeniable, even without reciprocation! No, even if I had been loved, I could hardly have enjoyed a more tender state of being; and I defy you to ever say to your lover anything more touching than what you said to me about him, thousands of times a day. What has become of that time, that happy time? Now, dryness, awkwardness, sadness, or silence fill our conversations. Two enemies, two people who are indifferent to each other, could live together with less restraint than two hearts meant to love each other. My heart, restrained by fear, no longer dares to let free the flames that devour it. My frightened soul concentrates and collapses upon itself; all my feelings are crushed by pain. This letter, which I wet with cold tears, no longer contains that sacred fire that used to flow from my pen in happier times. If we are alone for a moment, your lips hardly dare express a sentiment that weighs on me, before a sad and displeased expression stifles it deep within my heart. And yours, in turn, has nothing left to say to me. Alas! Isn’t that enough evidence that you dislike being with me, that you no longer talk about what you love? Ah! Speak of him constantly, so that my presence is not without pleasure for you.
Madama, invio Damour figlio a Parigi affinché mi porti notizie vostre e di madame d’Esclavelles. Io stesso ho avuto alcuni problemi in questi due giorni; tuttavia ne ho tratto beneficio, poiché ho sempre osservato che i mali del corpo placano le agitazioni dell’anima. Avrei bisogno del “Viaggio dell’ammiraglio Anson”[613]; sapevate dove trovarlo. Mi fareste un grande piacere se lo prendeste in prestito per quindici giorni e me lo inviaste. Credo che anche monsieur d’Holbach sarà felice di prestarmelo. Se poteste inviarmelo con il ritorno di Damour, ne sarei molto grato; tuttavia non è assolutamente necessario. Addio, mia cara amica. Sono commosso dal vostro impegno nel cercare di farmi riposare; purtroppo nessuno parlerà a Diderot di quanto voi abbiate fatto per me, e in realtà è davvero difficile, in ogni circostanza, sopportare i torti dei propri amici e i propri.
Se non riuscite a trovare facilmente quel libro, non preoccupatevi; chiederò che venga cercato presso la Biblioteca del Re.
Lettera CXLII – A Sophie (Madame d’Houdetot)
[614]
L’Ermitage, giugno 1757[615].
Nota.
La lettera seguente presenta un interesse particolare per la situazione in cui si trovarono Jean-Jacques e Sophie, e che il primo descrive con grande fascino. La sua passione assomigliava al delirio. Madame d’Houdetot non ne era molto sensibile, poiché provava una passione simile per Saint-Lambert; e, senza diminuire il merito della sua resistenza, è certo che essa sarebbe stata ancora più gloriosa se l’amore non vi si fosse intromesso. Una stranezza incomprensibile, se non si sapesse quanto questa passione spinga le persone a compiere gesti estremi. È il piacere che Jean-Jacques provava nell’ascoltare Sophie dichiarare e ripetere di amare un altro. “Mi piaceva,” le diceva, “sentirti esprimere la tua passione per un altro.”
Legata alla fine della sua lunga carriera, madame d’Houdetot parlava un giorno con uno dei nostri letterati più stimabili – sia per la superiorità del suo talento che per la nobiltà del suo carattere[616] – della scena avvenuta nel boschetto di Eaubonne. Lo faceva con quell’abbandono incantevole che rendeva i loro dialoghi davvero deliziosi. Ammise di aver corso dei rischi e di essere riuscita a sfuggire al pericolo grazie all’effetto prodotto su di lei da un’esclamazione pronunciata ad alta voce da un carrettiere che passava vicino al muro nel momento in cui la scena si svolgeva. Quell’esclamazione, rivolta a un cavallo che si era appena inginocchiato, rendeva molto comica una situazione che in realtà non lo era affatto. Madame d’Houdetot, giovane, vivace e facilmente distratta, scoppiò in una risata che fece infuriare Rousseau. Entrambi dovettero ringraziare una sola parola energica per essere scampati al pericolo; e sicuramente entrambi furono molto soddisfatti di aver conservato, l’uno ciò che l’amore non gli permetteva di cedere, l’altro ciò che i suoi principi gli impedivano di prendere.
La lettera
Vieni, Sophie, lascia che affligga il tuo cuore ingiusto; che anch’io sia spietato come te. Perché dovrei risparmiarti, mentre tu mi togli la ragione, l’onore e la vita? Perché dovrei permetterti di vivere giorni tranquilli, mentre tu rendi i miei insopportabili? Ah! Saresti stata meno crudele con me, se avessi piantato un pugnale nel mio cuore, invece di quell’arma fatale che mi uccide. Vedi com’ero e in cosa sono diventato: vedi fino a che punto mi hai elevato, e fino a che punto mi hai umiliato. Quando avevi la bontà di ascoltarmi, ero qualcosa di più di un uomo; da quando mi respingi, sono l’ultimo dei mortali: ho perso il senso, lo spirito e il coraggio. Con una sola parola mi hai tolto tutto. Come puoi decidere di distruggere così il tuo stesso operato? Come osi rendere indegno del tuo rispetto colui che un tempo fu onorato dalle tue gentilezze? Ah! Sophie, te lo supplico, non vergognarti dell’amico che hai cercato. È per la tua stessa gloria che ti chiedo conto di me. Non sono forse il tuo bene? Non ne hai preso possesso? Ora non puoi più rinunciare a me. E poiché appartengo a te, contro la mia volontà e contro la tua, lasciami almeno meritare di appartenerti. Ricorda quei tempi di felicità che, per il mio tormento, non usciranno mai dalla mia memoria. Quella fiamma invisibile che mi diede una seconda vita, più preziosa della prima. Rendeva alla mia anima e ai miei sensi tutta la forza della giovinezza. L’ardore dei miei sentimenti mi elevava fino a te. Quante volte il tuo cuore, pieno di un altro amore, fu commosso dai miei sentimenti. Quante volte mi dicesti nel boschetto della cascata: “Sei l’amante più tenero che abbia mai immaginato. No, nessun uomo ha mai amato come te, ” Che trionfo per me quell’affermazione dalle tue labbra. Certamente non era sospetta. Era degna dei sentimenti ardenti che provavo. Degna di farti sentire ciò che provavo, nonostante i tuoi sentimenti. E di strapparti una pietà che tu stessa rimproveravi con tanta intensità. Ah! Perché rimproverartela? In cosa eri colpevole? In cosa la fedeltà veniva offesa da quelle gentilezze che lasciavano il tuo cuore e i tuoi sensi tranquilli? Se fossi stato più affascinante e più giovane, l’esperienza sarebbe stata ancora più pericolosa. Ma poiché l’hai sopportata, perché pentirtene? Perché cambiare comportamento, quando c’erano tante ragioni per essere contenta di te? Ah! Quanto sarebbe orgoglioso del tuo coraggio anche il tuo amante, se sapesse ciò che hai dovuto superare. Se solo tu e io fossimo gli unici testimoni della tua forza. Sono io l’unico che deve umiliarsi. Ero davvero degno di ispirarti desideri? Ma a volte questi desideri si risvegliano nonostante ci si sforzi di reprimerli. E tu hai sempre saputo vincere i tuoi. Dove sta il crimine nell’ascoltare un altro amore, se non nel pericolo di condividerlo? Lontano dall’estinguere i tuoi primi sentimenti, i miei sembravano anzi intensificarli. Ah! Se mai fosti tenero e fedele, non fu forse in quei momenti deliziosi in cui le mie lacrime a volte ti strappavano qualche emozione; quando i sentimenti dei nostri cuori si eccitavano a vicenda, senza bisogno di parole; quando il tuo amore si ravvivava alle espressioni del mio, e l’amante che ti è caro raccoglieva nel profondo della tua anima tutti gli slanci dell’altro che ti adora? L’amore ha perso tutto a causa di questo strano cambiamento, che tu giustifichi con motivi così vani. Ha perso quell’entusiasmo divino che mi faceva vederti, ai miei occhi, al di sopra di te stesso; che ti mostrava, al contempo, incantevole per le tue tenerezze, sublime per la tua resistenza, e che raddoppiava il mio rispetto e la mia adorazione con le tue bontà. Ha perso, in te, quella fiducia affettuosa che ti spingeva a riversare nel cuore di colui che ti ama tutti i tuoi sentimenti. Le nostre conversazioni erano toccanti: un continuo commuoversi le riempiva di fascino. I miei slanci, che non potevi condividere, non cessavano comunque di farti piacere, e amavo sentirti esprimere i tuoi sentimenti per un altro oggetto a te caro. Quanto hanno valore l’espressione dei sentimenti e la sensibilità, anche senza il ritorno dell’altro! No, anche se fossi stato amato, difficilmente avrei potuto vivere in uno stato più dolce. E ti sfido a dire al tuo amante qualcosa di più commovente di ciò che mi dicevi di lui, mille volte al giorno. Che ne è diventato quel tempo, quel felice tempo? Ora la freddezza e l’imbarazzo, la tristezza o il silenzio riempiono le nostre conversazioni. Due nemici, due indifferenti, vivrebbero tra loro con meno riserve di quanto facciano due cuori fatti per amarsi. Il mio cuore, oppresso dalla paura, non osa più lasciare libero sfogo a quegli slanci che lo divorano. La mia anima, intimidita, si concentra su se stessa; tutti i miei sentimenti sono schiacciati dal dolore. Questa lettera, che inumidisco di lacrime fredde, non ha più nulla di quel fuoco sacro che un tempo scorreva dalla mia penna nei momenti più dolci. Se per un attimo siamo soli, a malapena la tua bocca osa esprimere un sentimento che mi opprime. Un’aria triste e scontenta lo rinchiude subito nel profondo del mio cuore. E il vostro cuore, a sua volta, non ha più nulla da dirmi. Ah! Non è forse questo sufficiente per dimostrarmi quanto vi dispiaccia stare con me. Il fatto che non parliate più di ciò che amate. Ah! Parlatemi di lui continuamente. Affinché la mia presenza non sia per voi priva di piacere.
Il vous est plus aisé de changer, ô Sophie ! que de cacher ce changement à mes yeux. N’alléguez plus de fausses excuses qui ne peuvent m’en imposer. Les événements ont pu vous forcer à une circonspection dont je ne me suis jamais plaint : mais tant que le coeur ne change pas, les circonstances ont beau changer, son langage est toujours le même ; et si la prudence vous force à me voir plus rarement, qui vous force de perdre avec moi le langage du sentiment pour prendre celui de l’indifférence ? Ah ! Sophie, Sophie ! ose me dire que ton amant t’est plus cher aujourd’hui que quand tu daignais m’écouter et me plaindre, et que tu m’attendrissais à mon tour, aux expressions de ta passion pour lui ! Tu l’adorais et te laissais adorer ; tu soupirais pour un autre, mais ma bouche et mon coeur recueillaient tes soupirs. Tu ne te faisais point un vain scrupule de lui cacher des entretiens qui tournaient au profit de ton amour. Le charme de cet amour croissait sous celui de l’amitié ; ta fidélité s’honorait du sacrifice des plaisirs non partagés. Tes refus, tes scrupules étaient moins pour lui que pour moi. Quand les transports de la plus violente passion qui fut jamais t’excitaient à la pitié, tes yeux inquiets cherchaient dans les miens si cette pitié ne t’ôterait point mon estime, et la seule condition que tu mettais aux preuves de ton amitié était que je ne cesserais point d’être ton ami.
Cesser d’être ton ami ! chère et charmante Sophie, vivre et ne plus t’aimer est-il, pour mon âme, un état possible ? Eh ! comment mon coeur se fût-il détaché de toi, quand aux chaînes de l’amour tu joignais les doux noeuds de la reconnaissance ? J’en appelle à ta sincérité. Toi qui vis, qui causas ce délire, ces pleurs, ces ravissements, ces extases, ces transports qui n’étaient pas faits pour un mortel, dis, ai-je goûté tes faveurs de manière à mériter de les perdre ? Ah ! non, tu t’es barbarement prévalue, pour me les ôter, des tendres craintes qu’elles m’ont inspirées. J’en suis devenu plus épris mille fois, il est vrai ; mais plus respectueux, plus soumis, plus attentif à ne jamais t’offenser. Comment ton bon coeur a-t-il pu se résoudre, en me voyant tremblant devant toi, à s’armer de ma passion contre moi-même, et à me rendre misérable pour avoir mérité d’être heureux ?
Le premier prix de tes bontés fut de m’apprendre à vaincre mon amour par lui-même, de sacrifier mes plus ardents désirs à celle qui les faisait naître, et mon bonheur à ton repos. Je ne rappellerai point ce qui s’est passé ni dans ton parc, ni dans ta chambre ; mais pour sentir jusqu’où l’impression de tes charmes inspire à mes sens l’ardeur de te posséder, ressouviens-toi du Mont-Olympe, ressouviens-toi de ces mots écrits au crayon sur un chêne. J’aurais pu les tracer du plus pur de mon sang, et je ne saurais te voir ni penser à toi qu’il ne s’épuise et ne renaisse sans cesse. Depuis ces moments délicieux où tu m’as fait éprouver tout ce qu’un amour plaint, et non partagé, peut donner de plaisir au monde, tu m’es devenue si chère que je n’ai plus osé désirer d’être heureux à tes dépens, et qu’un seul refus de ta part eût fait taire un délire insensé. Je m’en serais livré plus innocemment aux douceurs de l’état où tu m’avais mis ; l’épreuve de ta force m’eût rendu plus circonspect à t’exposer à des combats que j’avais trop peu su te rendre pénibles. J’avais tant de titres pour mériter que tes faveurs et ta pitié même ne me fussent point ôtées ; hélas ! que faut-il que je me dise pour me consoler de les avoir perdues, si ce n’est que j’aimai trop pour les savoir conserver ! J’ai tout fait pour remplir les dures conditions que tu m’avais imposées ; je leur ai conformé toutes mes actions, et, si je n’ai pu contenir de même mes discours, mes regards, mes ardents désirs, de quoi peux-tu m’accuser, si ce n’est de m’être engagé, pour te plaire, à plus que la force humaine ne peut tenir ! Sophie ! j’aimai trente ans la vertu, ah ! crois-tu que j’aie déjà le coeur endurci au crime ? Non ; mes remords égalent mes transports ; c’est tout dire : mais pourquoi ce coeur se livrait-il aux légères faveurs que tu daignais m’accorder, tandis que son murmure effrayant me détournait si fortement d’un attentat plus téméraire ? Tu le sais, toi qui vis mes égarements, si, même alors, ta personne me fut sacrée ! Jamais mes ardents désirs, jamais mes tendres supplications n’osèrent un instant solliciter le bonheur suprême que je ne me sentisse arrêté par les cris intérieurs d’une âme épouvantée. Cette voix terrible qui ne trompe point, me faisait frémir à la seule idée de souiller de parjure et d’infidélité celle que j’aime, celle que je voudrais voir aussi parfaite que l’image que j’en porte au fond de mon coeur ; celle qui doit m’être inviolable à tant de titres. J’aurais donné l’univers pour un moment de félicité ; mais t’avilir, Sophie ! ah ! non, il n’est pas possible, et, quand j’en serais le maître, je t’aime trop pour te posséder jamais.
Rends donc à celui qui n’est pas moins jaloux que toi de ta propre gloire, des bontés qui ne sauraient la blesser. Je ne prétends m’excuser ni envers toi, ni envers moi-même : je me reproche tout ce que tu me fais désirer. S’il n’eût fallu triompher que de moi, peut-être l’honneur de vaincre m’en eût-il donné le pouvoir ; mais devoir au dégoût de ce qu’on aime, des privations qu’on eût dû s’imposer, ah ! c’est ce qu’un coeur sensible ne peut supporter sans désespoir. Tout le prix de la victoire est perdu dès qu’elle n’est pas volontaire. Si ton coeur ne m’ôtait rien, qu’il serait digne du mien de tout refuser ! Si jamais je puis me guérir, ce sera quand je n’aurai que ma passion seule à combattre. Je suis coupable, je le sens trop, mais je m’en console en songeant que tu ne l’es pas. Une complaisance insipide à ton coeur, qu’est-elle pour toi, qu’un acte de pitié dangereux à la première épreuve, indifférent pour qui l’a pu supporter une fois. O Sophie ! après des moments si doux, l’idée d’une éternelle privation est trop affreuse à celui qui gémit de ne pouvoir s’identifier avec toi. Quoi ! tes yeux attendris ne se baisseraient plus avec cette douce pudeur qui m’enivre de volupté ? Quoi ! mes lèvres brûlantes ne déposeraient plus sur ton coeur mon âme avec mes baisers ? Quoi !je n’éprouverais plus ce frémissement céleste, ce feu rapide et dévorant qui, plus prompt que l’éclair………. moment ! moment inexprimable ! quel coeur, quel homme, quel dieu peut t’avoir ressenti et renoncer à toi ?
It is far easier for you, oh Sophie, to change than to hide that change from my eyes. Stop making false excuses that cannot persuade me. Events may have forced you to exercise caution, something of which I have never complained; but as long as the heart does not change, no matter how circumstances alter, its language remains the same. And if prudence forces you to see me less often, who forces you to abandon the language of affection in favor of one of indifference? Ah! Sophie, Sophie! Dare tell me that your lover is dearer to you today than when you would deign to listen to me and share your troubles, when you would move me with the expressions of your passion for him! You adored him and allowed him to adore you; you longed for another, yet my lips and my heart received all your sighs. You did not hesitate to hide from him those conversations that were beneficial to your love. The charm of this love grew even stronger amidst the bonds of friendship; your fidelity was honored by the sacrifice of unshared pleasures. Your refusals and scruples were less directed at him than at me. When the fiercest passions ever stirred within you moved you to compassion, your anxious eyes would seek in mine whether such compassion might not diminish my regard for you. And the only condition you imposed upon the proof of your friendship was that I never cease to be your friend.
“Cease to be my friend! Dear and charming Sophie, is it possible for my soul to live without loving you any longer? How could my heart ever detach itself from you, when you added the sweet bonds of gratitude to the chains of love that bound us together? I implore you to speak with sincerity. You who have brought me such delirium, such tears, such raptures, such ecstasy—experiences meant not for a mortal—tell me: have I ever deserved to lose your favor in any way? Ah no! You cruelly exploited the tender feelings you inspired in me in order to take them away. It is true that I became even more devoted to you as a result; but also more respectful, more submissive, and more careful never to offend you again. How could your kind heart possibly bear to see me tremble before you and then use my very passion against myself, making me miserable just because I had deserved to be happy?”
The first reward of your kindness was that you taught me to conquer my own desires through self-control, to sacrifice my most ardent aspirations for the very one who gave them life, and to place my happiness above your rest. I will not recall what happened, neither in your garden nor in your room; but to understand to what extent the influence of your charm inspired in me the fervor to possess you, remember Mount Olympus, remember those words written in pencil on a oak tree. I could have inscribed them with the purest blood of my heart, and whenever I see you or think of you, they seem to be renewed and replenished endlessly. Since those delightful moments when you made me experience all the pleasures that unrequited love can bring to a man, you have become so dear to me that I no longer dare to wish for happiness at your expense; a single refusal from you would silence even the most insane of my desires. I would have surrendered more innocently to the blisses you had bestowed upon me; the test of your strength would have made me more cautious about undertaking struggles that I knew might cause you too much suffering. I had every reason to believe that your favor and even your pity would never be withdrawn from me; alas! what else can I say to console myself for having lost them, but that I loved you too deeply to hope to keep you? I did everything possible to fulfill the harsh conditions you imposed upon me; I regulated all my actions accordingly. And if I failed to control my words, my gaze, my ardent desires, what else can you accuse me of, but that I committed myself, in order to please you, to something beyond human strength! Sophie! For thirty years I have cherished virtue—ah! do you think my heart has now grown hardened towards sin? No; my remorse is just as intense as my passion. But why did this heart allow itself to be satisfied with the slight favors you deigned to grant me, when its terrible inner voice kept me far away from any more daring attempts? You know well, you who witness my struggles—whether then or not your person was sacred to me! Never did my fervent desires or my tender pleas dare for even a moment to seek that supreme happiness, unless I felt restrained by the inward cries of a terrified soul. That terrible voice, which never lies, made me tremble at the very thought of betraying and failing the one I love—the one I wish to see as perfect as the image I hold of her in my heart; the one who is bound to be inviolable for so many reasons. I would have given the entire world for a single moment of happiness; but to degrade you, Sophie! ah! no, that is impossible. And even if I had the power to do so, I love you too much to ever possess you in that way.
Therefore, grant to him who is just as jealous of your own glory as you are, those kindnesses that could never harm it. I make no claim to excuse myself, neither towards you nor towards myself; I reproach myself for everything you make me desire. If victory had required overcoming only myself, perhaps the honor of triumph would have given me the power to do so; but to owe such victory to the disgust for what one loves, to such privations one is forced to impose upon oneself—ah! that is something a sensitive heart cannot endure without despair. The entire value of victory is lost whenever it is not voluntary. If your heart took nothing away from me, then mine would be worthy of rejecting everything! If I ever manage to cure myself, it will be when I have nothing left but my passion to fight against. I am guilty; I feel it too deeply. But I console myself by thinking that you are not. What is a tasteless indulgence for your heart, compared to an act of pity that proves dangerous at the first attempt and becomes indifferent once endured? Oh, Sophie! After such sweet moments, the thought of eternal separation is too terrible for one who agonizes at being unable to become one with you. How! Your tender eyes would no longer lower themselves with that gentle modesty which fills me with ecstasy? How! My burning lips would no longer deposit my soul upon your heart with my kisses? How! I would no longer experience that heavenly tremor, that swift, devouring fire—more rapid than lightning,. Oh moment! Indescribable moment! What heart, what man, what god could have felt what I feel for you and yet renounce you?
È per te molto più facile cambiare, oh Sophie! che nascondere questo cambiamento ai miei occhi. Non adducere più false scuse che non possono convincermi. Gli eventi potrebbero avervi costretto a una prudenza di cui non mi sono mai lamentato; ma finché il cuore non cambia, per quanto possano cambiare le circostanze, il suo linguaggio rimane sempre lo stesso. E se la prudenza vi costringe a vedermi più raramente, chi vi obbliga a perdere con me il linguaggio del sentimento per assumere quello dell’indifferenza? Ah! Sophie, Sophie. Osa dirmi che il tuo amante ti è oggi più caro di quando avevi la gentilezza di ascoltarmi e di consolarmi, quando a mia volta riuscivo a commuoverti con le espressioni della tua passione per lui! Lo adoravi e permettevi che ti adorasse; sospiravi per un altro, ma le mie parole e il mio cuore accoglievano i tuoi sospiri. Non avevi alcun rimorso nel nascondergli conversazioni che avrebbero potuto favorire il vostro amore. Il fascino di quell’amore cresceva sotto quello dell’amicizia; la tua fedeltà si onorava del sacrificio di piaceri non condivisi. I tuoi rifiuti, i tuoi scrupoli riguardavano meno lui che me. Quando gli slanci della passione più intensa ti spingevano alla pietà, i tuoi occhi ansiosi cercavano nei miei se quella pietà non avrebbe potuto togliermi la tua stima. E l’unica condizione che imponevi alle prove della tua amicizia era che io non smettessi mai di essere tuo amico.
“Smettere di essere tuo amico. Cara e incantevole Sophie, è davvero possibile per la mia anima vivere senza più amarti? Come potrebbe il mio cuore separarsi da te, quando alle catene dell’amore hai unito anche i dolci legami della riconoscenza? Chiedo alla tua sincerità. Tu che hai vissuto con me questi momenti di follia, di lacrime, di estasi. Dimmi: ho forse goduto delle tue attenzioni in modo da meritarne la perdita? Ah no. Hai crudelmente sfruttato le tenere paure che quelle attenzioni mi ispiravano per privarmene. È vero, sono diventato mille volte più innamorato di te; ma anche più rispettoso, più devoto, più attento a non offrirti mai motivo di dolore. Come ha potuto il tuo buon cuore decidere, vedendomi tremare davanti a te, di utilizzare la mia stessa passione contro di me stesso, rendendomi infelice proprio perché meritavo di essere felice?”
Il primo premio delle tue bontà fu insegnarmi a vincere il mio amore con esso stesso, a sacrificare i miei desideri più ardenti a colei che li generava, e la mia felicità al tuo riposo. Non ricorderò mai ciò che è accaduto né nel tuo parco né nella tua stanza; ma per comprendere fino a che punto l’impressione del tuo fascino ispira ai miei sensi il desiderio di possederti, ricorda il Monte Olimpo, ricorda quelle parole scritte con la matita su un quercio. Avrei potuto scriverle con il sangue più puro del mio cuore, e non potrei vederti o pensarti senza che quel sangue si esaurisca e rinascia continuamente. Da quei momenti deliziosi in cui mi hai fatto provare tutto ciò che un amore non condiviso può dare di piacere al mondo, sei diventata così cara per me che non ho più osato desiderare la felicità a tuo scapito. Un solo rifiuto da parte tua avrebbe fatto tacere un delirio insensato. Mi sarei consegnato più innocentemente alle dolcezze di quell’ stato in cui mi avevi posto; la prova della tua forza mi avrebbe reso più cauto nel rischiare battaglie che non ero abbastanza forte da farti soffrire. Avevo tanti motivi per meritare le tue grazie, e persino la tua pietà. Ahimè! Che cosa devo dire per consolarmi di averle perdute, se non che ho amato troppo per riuscire a conservarle? Ho fatto di tutto per rispettare le dure condizioni che mi avevi imposto; ho adattato tutte le mie azioni a esse. E se non sono riuscito a controllare i miei discorsi, i miei sguardi, i miei desideri ardenti. Di cosa posso accusarmi, se non di essermi impegnato, per compiacerti, a fare più di quanto la forza umana possa sopportare? Sophie. Ho amato la virtù per trent’anni. Ah! Credi davvero che il mio cuore sia ormai indurito al crimine? No. I miei rimorsi equivalgono ai miei trasporti d’amore. Ma perché questo cuore si arrendeva alle leggere grazie che avevi la bontà di concedermi, mentre il suo terribile “mormorio” mi allontanava con forza da atti ancora più audaci? Lo sai tu, che conosci le mie follie. Se anche allora la tua persona fosse stata sacra per me. Mai i miei desideri ardenti, mai le mie suppliche tenere avrebbero osato chiedere quella felicità suprema, se non mi fossi sentito trattenuto dai grida interiori di un’anima spaventata. Quella voce terribile che non inganna mai. Mi faceva tremare al solo pensiero di contaminare con tradimento e infedeltà colei che amo, colei che vorrei vedere perfetta come l’immagine che ne porto nel profondo del mio cuore, colei che deve essere inviolabile per tanti motivi. Avrei dato l’universo per un momento di felicità. Ma umiliarti, Sophie. Ahimè! È impossibile. E anche se ne fossi il padrone. Ti amo troppo per possederti mai.
Dunque, offri a colui che è altrettanto geloso di te della tua stessa gloria, delle gentilezze che non potrebbero mai ferirla. Non pretendo di scusarmi né con te né con me stesso: mi rimprovero tutto ciò che tu mi fai desiderare. Se fosse stato necessario vincere soltanto su di me, forse l’onore di trionfare mi avrebbe dato il potere per farlo; ma dover ringraziare il disgusto per ciò che si ama, subire privazioni che si sarebbero dovute imporre a se stessi, ah! questo è qualcosa che un cuore sensibile non può sopportare senza disperazione. Tutto il valore della vittoria viene perso non appena essa non è volontaria. Se il tuo cuore non mi privasse di nulla, quale sarebbe il merito del mio nel rifiutare tutto! Se mai potrò guarire, sarà quando dovrò combattere soltanto contro la mia passione. Sono colpevole, lo so troppo bene, ma mi consolo pensando che tu non lo sei. Una compiacenza insipida per il tuo cuore, cosa significa per te? Un atto di pietà pericoloso al primo tentativo, indifferente per chi l’ha potuto sopportare una volta. Oh, Sophie! Dopo momenti così dolci, l’idea di una privazione eterna è troppo terribile per colui che geme nel non potersi identificare con te. Che i tuoi occhi dolci non abbassino più quel pudore tenero che mi inebria di piacere. Che le mie labbra ardenti non posino più sul tuo cuore la mia anima, insieme ai miei baci. Che io non provi più quell’emozione celestiale, quel fuoco rapido e divorante che, più veloce del fulmine, momento! momento indescrivibile, quale cuore, quale uomo, quale dio può aver provato ciò che provo io e rinunciare a te?
Souvenirs amers et délicieux ! laisserez-vous jamais mes sens et mon coeur en paix ? et toutefois les plaisirs que vous me rappelez ne sont point ceux qu’il regrette le plus. Ah ! non, Sophie, il en fut pour moi de plus doux encore et dont ceux-là tirent leur plus grand prix, parce qu’ils en étaient le gage. Il fut, il fut un temps où mon amitié t’était chère et où tu savais me le témoigner. Ne m’eusses-tu rien dit, ne m’eusses-tu fait aucune caresse, un sentiment plus touchant et plus sûr m’avertissait que j’étais bien avec toi. Mon coeur te cherchait et le tien ne me repoussait pas. L’expression du plus tendre amour qui fut jamais, n’avait rien de rebutant pour toi. On eut dit à ton empressement à me voir que je te manquais quand tu ne m’avais pas vu : tes yeux ne fuyaient pas les miens, et leurs regards n’étaient pas ceux de la froideur : tu cherchais mon bras à la promenade ; tu n’étais pas si soigneuse à me dérober l’aspect de tes charmes, et quand ma bouche osait presser la tienne, quelquefois au moins je la sentais résister. Tu ne m’aimais pas, Sophie, mais tu te laissais aimer et j’étais heureux. Tout est fini : je ne suis plus rien, et, me sentant étranger, à charge, importun près de toi, je ne suis pas moins misérable de mon bonheur passé que de mes peines présentes. Ah ! si je ne t’avais jamais vue attendrie, je me consolerais de ton indifférence et me contenterais de t’adorer en secret ; mais me voir déchirer le coeur par la main qui me rendit heureux, et être oublié de celle qui m’appelait son doux ami ! ô toi qui peux tout sur mon être, apprends-moi à supporter cet état affreux, ou le change, ou me fais mourir. Je voyais les douleurs que m’apprêtait la fortune, et je m’en consolais en y voyant tes plaisirs ; j’ai appris à braver les outrages du sort, mais les tiens ! qui me les fera supporter ? La vallée que tu fuis pour me fuir, le prochain retour de ton amant, les intrigues de ton indigne soeur, l’hiver qui nous sépare, mes maux qui s’accroissent, ma jeunesse qui fuit de plus en plus, tandis que la tienne est dans sa fleur, tout se réunit pour m’ôter tout espoir ; mais rien n’est au-dessus de mon courage que tes mépris. Avec la consolation du coeur, je dédaignerais les plaisirs des sens, je m’en passerais au moins : si tu me plaignais, je ne serais plus à plaindre. Aide-moi, de grâce, à m’abuser moi-même : mon coeur affligé ne demande pas mieux ; je cherche moi-même sans cesse à te supposer pour moi le tendre intérêt que tu n’as plus. Je force tout ce que tu me dis pour l’interpréter en ma faveur : je m’applaudis de mes propres douleurs quand elles semblent t’avoir touchée : dans l’impossibilité de tirer de toi de vrais signes d’attachement, un rien suffit pour m’en créer de chimériques. À notre dernière entrevue, ou tu déployais de nouveaux charmes pour m’enflammer de nouveaux feux, deux fois tu me regardas en dansant. Tous tes mouvements s’imprimaient au fond de mon âme ; mes avides regards traçaient tous tes pas : pas un de tes gestes n’échappait à mon coeur, et, dans l’éclat de ton triomphe, ce faible coeur avait la simplicité de croire que tu daignais t’occuper de moi. Cruelle, rends-moi l’amitié qui m’est si chère, tu me l’as offerte ; je l’ai reçue ; tu n’as plus droit de me l’ôter. Ah ! si jamais je te voyais un vrai signe de pitié ; que ma douleur ne te fut point importune ; qu’un regard attendri se tournât sur moi ; que ton bras se jetât autour de mon cou ; qu’il me pressât contre ton sein ; que ta douce voix me dît avec un soupir, infortuné ! que je te plains ! oui, tu m’aurais consolé de tout : mon âme reprendrait sa vigueur et je redeviendrais digne encore d’avoir été bien voulu de toi…
NOTE DE M. DE KERATRY SUR CETTE LETTRE.
Madame d’Houdetot ayant déclaré à J. J. Rousseau, quand il lui redemandait les lettres qu’il lui avait écrites pendant le séjour de l’un à l’Ermitage et de l’autre à Eaubonne, que des lettres avaient été détruites par elle, à l’exception d’une seule confiée à Saint-Lambert, et cette dernière ayant elle-même disparu, il y a lieu de croire que ce qu’on vient de lire est uniquement une copie du brouillon trouvé dans les papiers de J. J. Rousseau, dont M. Moultou reçut le dépôt. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’on doit cette lettre à M. Moultou fils, qui en a fait l’envoi à M. de Musset, auteur de l’Histoire de la Vie et des Ouvrages de J. J. Rousseau : production en harmonie avec le caractère et les actes de ce grand écrivain sur lequel elle lève bien des doutes. Sans avoir jeté les yeux sur l’autographe des pages précédentes, nous osons affirmer qu’elles appartiennent à l’auteur d’Émile ; mais nous sommes persuadés qu’il les aura retouchées avant d’en faire l’envoi à madame d’Houdetot[618]. C’est sa verve, c’est sa chaleur de sentiment, et sa force de pensée ordinaire, tempérée par un naturel charmant et quelquefois aussi accompagnée de formes paradoxales. C’est donc toujours Rousseau, mais ce n’est qu’un premier jet de sa plume. Notre opinion à ce sujet prendra un caractère d’évidence, pour peu que l’on remarque les parties négligées de cette lettre, ses incorrections nombreuses, les répétitions des mêmes termes, là où il était facile de les éviter, soin dont Rousseau s’acquittait avec scrupule, souvent par le seul motif d’euphonie, ainsi que l’attestent les nombreux manuscrits de cet auteur. D’ailleurs, cette lettre est tellement remarquable en elle-même, que nous ne serions pas étonné qu’elle fût une de celles que madame d’Houdetot sacrifia avec le plus de regret, peut-être même celle qu’elle ne put se résoudre à livrer aux flammes ; et qu’elle crut faussement pouvoir préserver de la destruction en la confiant à Saint-Lambert. Un rival, même un rival heureux, est rarement digne d’un tel dépôt !
Lettre CXLIV – À la même
À l’Ermitage, ce vendredi, Août 1757.
Je suis, ma chère amie, toujours malade et chagrin : on dit que la philosophie guérit ce dernier ; pour moi je sens que c’est elle qui me donne, et je n’avais pas besoin de cette découverte pour la mépriser. Quant aux maux, on les supporte avec de la patience ; mais je n’en ai qu’en me promenant, et malheureusement voilà le temps tout-à-fait à la pluie. Sans le souvenir des amis, je ne connaîtrais plus de remède à rien : c’est votre billet qui m’a rappelé celui-ci : de sorte que les biens qui me viennent de vous sont à peu près les seuls qui me restent.
Je voudrais bien que madame d’Holbach fût promptement et heureusement accouchée, afin qu’elle, son mari, vous, et tous ses amis, fussions tirés d’inquiétude, et qu’on vous revît bientôt à la Chevrette.
Je serai bien aise de voir le théologien La Tour ; mais il n’y a que vous, qui m’avez tant fait accepter de choses, qui puissiez me faire accepter mon portrait, pour l’échanger avec le vôtre, comme étant de la main d’un meilleur peintre, par forme de compensation.
Prenez bien vite le livre de JM. de Buchelai, pourvu cependant que, vu ma lenteur, il me laisse un temps raisonnable pour le copier ; mais il faut le prier d’envoyer aussi du papier, car je n’en ai pas ici. Je serai trop heureux d’avoir à copier dans un temps où je ne saurais faire autre chose.
Bonjour, madame, revenez vite à la Chevrette, sitôt que vous aurez fait ce petit garçon ; c’est une chose terrible que, depuis que les femmes se mêlent de faire des enfants, elles ne-savent pas encore accoucher toutes seules.
Lettre CXLVI – À la même
Ce jeudi matin, l’Ermitage, août 1757.
Je suis en si mauvais état, que je ne me sentais pas le courage de vous aller voir aujourd’hui ; et la pluie de cette nuit m’en avait tout-à-fait ôté l’idée. Cependant, puisque votre ami est avec vous, et que je ne sais combien de temps il y demeurera, si le temps se ressuie dans la journée et laisse un peu sécher les chemins, je vous irai voir ce soir ; car je suis trop faible ce matin, et les chemins sont trop mauvais pour tenter l’aventure, après une aussi mauvaise nuit. À ce soir donc, ma chère amie ; vous connaissez trop mon coeur pour me soupçonner d’être en reste envers ceux qui m’aiment, et qu’il m’est si naturel d’aimer.
Lettre CXLVIII – À la même
L’Ermitage, été de 1757.
Bittersweet memories! Will you ever allow my senses and my heart to rest in peace? Yet the pleasures you remind me of are not those I regret the most. Ah, no, Sophie, there were times even sweeter for me—times whose greatest value lay precisely in their being a guarantee of your affection. There was a time when your friendship meant much to me, and you knew how to show it. Even if you had said nothing to me, if you had not shown me any tenderness, a more heartfelt and certain feeling would have told me that I was truly with you. My heart sought yours, and yours did not reject it. The expression of the tenderest love ever known held no repulsion for you. Your eagerness to see me seemed to prove that you missed me when we were apart; your eyes never avoided mine, and their gaze was far from cold. You would seek my arm while walking; you were not so careful about hiding the charms of your face from me. And when my lips dared to touch yours, at least sometimes I felt them resisting. Sophie, you did not love me, but you allowed me to love you—and I was happy. Now it is all over. I am nothing more than a burden, an annoyance in your presence. My past happiness makes me just as miserable as my present suffering. Ah! If I had never seen you show any tenderness toward me, I might have consoled myself with your indifference and contented myself with adoring you in secret. But to see my heart torn apart by the very hand that once brought me joy, and to be forgotten by the one who called me her dear friend. Oh, you who hold such power over me—teach me how to endure this terrible state, or change it, or let me die. I saw the pains that fate awaited me, but I consoled myself by thinking of the pleasures you could bring me. I learned to brave the insults of fortune, but how can I endure those inflicted by you? The valley you flee in order to escape me, your lover’s imminent return, the schemes of your unworthy sister, the winter that separates us, my growing suffering, my fading youth, while yours is still in its prime. All these combine to take away every hope from me. But nothing is more difficult for my courage than your indifference. With the consolation of your love, I could endure the pleasures of sensuality—I would at least try. If you had shown me any concern, I would no longer need it. Please help me to deceive myself. My heart, already wounded, asks for nothing less. I constantly imagine that you still hold a tender interest in me. I interpret everything you say in my favor; I take pride in my own suffering when it seems to touch you. In the absence of real signs of your affection, even the slightest thing is enough to create illusions for me. At our last meeting, as you danced, you looked at me twice. All your movements were imprinted deep within my soul; my eager gaze followed every step you took—not a single one of your gestures escaped my heart. In the radiance of your triumph, that weak heart of mine simply believed that you deigned to care for me. Cruel one, return to me the friendship which is so dear to me—you offered it to me; I accepted it; you no longer have the right to take it away. Ah! If only I could ever see a true sign of compassion from you; if only my pain were not considered bothersome to you; if only a kind look were directed toward me; if only your arm were placed around my neck and pulled me close to your bosom; if only your gentle voice said to me, with a sigh, “Poor one. I pity you!” Yes, then you would have comforted me in all things—my soul would have regained its strength, and I would once again be worthy of your favor.
Mr. de Keratry’s note on this letter.
When J. J. Rousseau asked Madame d’Houdetot for the letters he had written to her during their respective stays at the Ermitage and Eaubonne, she claimed that some of them had been destroyed by her—except for one that she had entrusted to Saint-Lambert; however, even that letter had subsequently disappeared. It seems likely that what has been read here is merely a copy of the draft found among Rousseau’s papers, which were handed over to M. Moultou. What is certain is that this letter was actually sent by M. Moultou fils to M. de Musset, the author of The History of the Life and Works of J. J. Rousseau—a work that seeks to portray this great writer in a manner consistent with his character and actions, though it raises many doubts regarding this portrayal. Without even examining the autograph of the preceding pages, we dare assert that they undoubtedly belong to the author of Emile; however, we believe that Rousseau must have revised them before sending them to Madame d’Houdetot[618]. The style is unmistakably his—his fervent emotion, his vigorous thought, all tempered by a charming nature and sometimes accompanied by paradoxical expressions. It is indeed Rousseau, but merely a preliminary draft of his work. Our opinion on this matter will become even more conclusive if one notices the various omissions in this letter, its numerous errors, the repetitions of the same terms where they could have been avoided—careful details that Rousseau always paid great attention to, often for purely aesthetic reasons, as evidenced by the numerous manuscripts he left behind. Moreover, this letter is so remarkable in itself that we would not be surprised if it were one of those that Madame d’Houdetot regretted losing the most; perhaps even one that she felt compelled to hide from destruction by entrusting it to Saint-Lambert. After all, even a successful rival is rarely worthy of such a precious trust!
Letter CXLIV – To the Same One
At the Hermitage, on this Friday, August 1757.
My dear friend, I am still ill and filled with sorrow; it is said that philosophy can cure such sorrow; yet for me, it seems rather to be the cause of my suffering. I did not need this realization to despise philosophy. As for physical ailments, one must endure them with patience; but I can only endure mine while walking outdoors—unfortunately, the weather is about to turn rainy. Without the memories of my friends, I would feel that there is no remedy left at all; it was your letter that reminded me of them. Thus, the blessings you send me are perhaps the only things that remain in my life.
I earnestly hope that Madame d’Holbach will give birth quickly and safely, so that she, her husband, you, and all her friends may be freed from their worries, and that we may soon see you again at the Chevrette.
I would be very pleased to meet the theologian La Tour; but it is only you, who have made me accept so many things, who could make me accept my own portrait in exchange for yours, on the grounds that it is the work of a better painter—a form of compensation, so to speak.
Please obtain the book by JM. de Buchelai as soon as possible, provided that, given my slow progress, he allows me enough time to copy it; however, you must also ask him to send me some paper, as I do not have any here. I would be extremely grateful if I could begin copying it at a time when I had nothing else to do.
Good morning, madam, please return to the Chevrette as soon as you have taken care of this little boy; it is truly terrible that, since women have started participating in the process of giving birth, they still do not know how to deliver a child on their own.
Letter CXLVI – To the Same One
That Thursday morning, the Hermitage, August 1757.
I am in such poor health that I did not feel the courage to visit you today; and the rain last night completely discouraged the idea. However, since your friend is with you and I do not know how long he will stay, if the weather improves during the day and allows the roads to dry out a bit, I will come to see you this evening. For I am too weak this morning, and the roads are in too bad condition to attempt such a journey after such a terrible night. So until tonight, my dear friend—you know my heart too well to suspect that I could ever be ungrateful to those who love me, or that it is not natural for me to love.
Letter CXLVIII – To the Same One
The Hermitage, summer of 1757.
Memorie amare e deliziose. Lascierai mai i miei sens e il mio cuore in pace? Eppure, i piaceri che mi ricordi non sono certo quelli che più rimpiango. Ah, no, Sophie. Ci fu un tempo in cui la tua amicizia era per me molto preziosa, e tu sapevi come dimostrarlo. Anche senza parole, senza carezze, un sentimento più profondo e sicuro mi faceva capire che ero veramente con te. Il mio cuore ti cercava, e il tuo non mi respingeva. L’espressione dell’amore più tenero mai esistito non aveva nulla di repellente per te. La tua premura nel vedermi dimostrava chiaramente quanto mi mancassi quando non eravamo insieme. I tuoi occhi non evitavano i miei, e il loro sguardo non era freddo. Cerchevi la mia mano durante le passeggiate. Non facevi alcuno sforzo per nascondere i tuoi incanti. E quando le mie labbra osavano toccare le tue, almeno a volte sentivo che resistevi. Sophie, non mi amavi, ma ti lasciavi amare, e io ero felice. Ora tutto è finito. Non sono più nulla. Mi sento estraneo, un peso, un fastidio per te. Eppure la mia passata felicità è ancora più dolorosa delle mie attuali sofferenze. Ah, se solo non ti avessi mai vista così indifferente. Mi consolerei della tua indifferenza e mi accontenterei di amarti in segreto. Ma vedermi distruggere il cuore da quella stessa mano che un tempo me lo rese felice, essere dimenticato da colei che mi chiamava suo caro amico. Oh, tu che puoi tutto sul mio essere, insegnami a sopportare questa terribile situazione, o cambiala, o fai che io muoia. Vedevo già le sofferenze che il destino mi riservava, ma me ne consolavo pensando ai piaceri che avrei potuto avere con te. Ho imparato a sfidare gli oltraggi del destino, ma i tuoi, come posso sopportarli? La valle che eviti per non incontrarmi, il prossimo ritorno del tuo amante, le intrighi di tua sorella indegna, l’inverno che ci separa, i miei mali che aumentano, la mia giovinezza che svanisce, mentre la tua è ancora nel suo fiore. Tutto questo si unisce per togliermi ogni speranza. Ma nulla è più difficile da sopportare del tuo disprezzo. Con il conforto del cuore, rinuncerei ai piaceri dei sensi, se solo tu mi mostrassi un po’ di affetto. Se solo mi consolassi. Aiutami, per favore, a illudermi ancora. Il mio cuore soffre, ma non chiede altro. Continuo a immaginare che tu abbia ancora per me quell’affetto tenero che ormai non hai più. Interpreto ogni tua parola nel senso migliore. Mi compiaccio delle mie stesse sofferenze quando sembrano toccarti. Nella impossibilità di ricevere da te segni veri di affetto, anche il minimo basta per crearmene di immaginari. Nell’ultima volta che ci siamo visti, hai mostrato nuovi incanti che hanno riacceso in me i vecchi sentimenti. Due volte mi hai guardato mentre ballavi. Tutti i tuoi movimenti si imprimevano nel profondo della mia anima; i miei sguardi avidi seguivano ogni tuo passo: nessun dei tuoi gesti sfuggiva al mio cuore, e, nell’abbagliante splendore del tuo trionfo, quel fragile cuore aveva la semplicità di credere che tu fossi disposta a prenderti cura di me. crudele, restituimi l’amicizia che mi è così cara. Me l’hai offerta; l’ho accettata. Non hai più il diritto di togliermela. Ah! Se mai vedessi in te un vero segno di pietà. Se la mia sofferenza non fosse per te un fastidio. Se uno sguardo pieno di tenerezza si rivolgesse verso di me. Se il tuo braccio mi avvolgesse attorno al collo. Se mi stringesse contro il tuo petto. Se la tua dolce voce, con un sospiro, mi dicesse: “Poverino, ” Allora sì, tu mi avresti consolata di tutto. La mia anima avrebbe ripreso vigore e io sarei di nuovo degna di essere amata da te.
Nota di Monsieur de Keratry su questa lettera.
Madame d’Houdetot dichiarò a J.-J. Rousseau, quando questi le chiese di restituirgli le lettere che gli aveva scritto durante il suo soggiorno all’Ermitage e poi a Eaubonne, che alcune lettere erano state distrutte da lei stessa, ad eccezione di una sola che era stata affidata a Saint-Lambert; ma anche questa ultima era scomparsa. È quindi plausibile ritenere che ciò che abbiamo appena letto sia soltanto una copia del manoscritto trovato tra le carte di J.-J. Rousseau, il cui deposito fu affidato a Monsieur Moultou. Quello che è certo è che questa lettera appartiene a Monsieur Moultou figlio, il quale la inviò a Monsieur de Musset, autore della “Storia della Vita e delle Opere di J.-J. Rousseau”: un’opera in armonia con il carattere e le azioni di questo grande scrittore, anche se solleva molti dubbi al suo riguardo. Senza aver esaminato l’autografo delle pagine precedenti, osiamo affermare che appartengono effettivamente all’autore di “Emile”; tuttavia siamo convinti che le abbia modificate prima di inviarle a Madame d’Houdetot[618]. È la sua eloquenza, il calore dei suoi sentimenti e la forza del suo pensiero ordinario, temperati da un carattere affascinante e talvolta accompagnati da forme paradossali. Insomma, è sempre Rousseau, ma si tratta soltanto di una prima stesura delle sue opere. La nostra opinione su questo argomento diventerà ancora più evidente se si osservano le parti trascurate in questa lettera, le numerose imprecisioni, le ripetizioni di termini che avrebbero potuto essere evitate facilmente – attenzioni che Rousseau prestava sempre con scrupolo, spesso soltanto per motivi di eleganza linguistica, come dimostrano i numerosi manoscritti di questo autore. Del resto, questa lettera è così notevole in sé stessa che non ci sorprenderebbe affatto se fosse una di quelle che Madame d’Houdetot sacrificò con grande rammarico, forse addirittura quella che non riuscì a decidersi a distruggere, confidandola invece a Saint-Lambert. Un rivale, anche un rivale fortunato, difficilmente merita un tale deposito!
Lettera CXLIV – Alla stessa persona
All’Ermitage, questo venerdì, agosto 1757.
Mia cara amica, sono ancora malata e triste: si dice che la filosofia possa curare il dolore; per me, invece, è proprio essa a rinnovarmi il dolore. E non avevo certo bisogno di questa “scoperta” per disprezzarla. Per quanto riguarda i mali fisici, si possono sopportare con pazienza; ma io ne soffro soltanto quando vado a fare una passeggiata. E purtroppo, in questo periodo il tempo è sempre piovoso. Senza il ricordo degli amici, non saprei più quale rimedio cercare. È stato proprio il tuo biglietto a rinfrescarmi la memoria di loro; quindi, le cose che mi vengono da te sono quasi l’unica cosa che mi rimane.
Spero davvero che madame d’Holbach partorisca presto e senza problemi, affinché lei, suo marito, voi e tutti i suoi amici possiate liberarvi dalle preoccupazioni e che vi rivediamo presto alla Chevrette.
Sarei molto felice di incontrare il teologo La Tour; ma solo voi, che avete fatto sì che accettassi molte cose, potete convincermi ad accettare anche il mio ritratto, in modo da scambiarlo con il vostro, dato che è stato dipinto da un pittore migliore, come una sorta di compensazione.
Prendete al più presto il libro di JM. de Buchelai, purché, data la mia lentezza, mi lasci abbastanza tempo per copiarlo; tuttavia è necessario chiedergli anche della carta, poiché qui non ne ho. Sarei davvero molto felice se potessi occuparmi di questa copia in un momento in cui non avrei nulla altro da fare.
Buongiorno, signora, tornate subito alla Chevrette non appena avrete partorito quel bambino; è terribile che, da quando le donne si occupano di dare la luce ai bambini, non sappiano ancora farlo da sole.
Lettera CXLVI – Alla stessa persona
Quel giovedì mattina, all’Ermitage, agosto 1757.
Sono in così cattive condizioni che non avevo il coraggio di andare da voi oggi; inoltre, la pioggia di stanotte mi ha completamente scoraggiata dall’idea di farlo. Tuttavia, poiché vostro amico è con voi e non so per quanto tempo rimarrà, se il tempo migliorerà durante la giornata e i sentieri si asciugheranno un po’, verrò a trovarvi stasera. Questa mattina sono troppo debole, e i sentieri sono troppo in cattive condizioni per tentare l’avventura dopo una notte così terribile. Quindi, a stasera, mia cara amica. Conoscete troppo bene il mio cuore per sospettare che io possa trascurare coloro che mi amano. Amare è infatti qualcosa che mi viene del tutto naturale.
Lettera CXLVIII – Alla stessa persona
L’Ermitage, estate del 1757.
Quoique je ne craigne pas la chaleur, elle est si terrible aujourd’hui, que je n’ai pas le courage d’entreprendre le voyage au fort du soleil. Je n’ai fait que me promener à l’ombre autour de la maison, et je suis tout en nage. Ainsi, je vous prie de témoigner mon regret âmes prétendus confrères[621] ; et, comme depuis qu’ils sont ours je me suis fait galant, trouvez bon que je vous baise très respectueusement la main.
Puisqu’on ne peut vous voir demain, ce sera pour vendredi, s’il fait beau, et je partirai de bonne heure[622].
Lettre CL – À la même
L’Ermitage, automne de 1757.
Soyez sûre que, sans le temps qu’il a fait, vous m’auriez vu dès hier. Je suis, sur votre état, dans des inquiétudes mortelles. Au reste, je juge que vous prenez le bon parti[623]. Adieu, ma chère amie ; quoique je me porte fort mal moi-même, vous me verrez demain matin au plus tard.
Lettre CLII – À M. de Saint-Lambert
[624]
À l’Ermitage, le 4 septembre 1757.
En commençant de vous connaître, je désirai de vous aimer. Je n’ai rien vu de vous qui n’augmentât ce désir. Au moment où j’étais abandonné de tout ce qui me fut cher, je vous dus une amie qui me consolait de tout, et à laquelle je m’attachais à mesure qu’elle me parlait de vous. Voyez, mon cher Saint-Lambert, si j’ai de quoi vous aimer tous deux, et croyez que mon coeur n’est pas de ceux qui demeurent en reste. Pourquoi faut-il donc que vous m’ayez affligé l’un et l’autre ? Laissez-moi promptement délivrer mon âme du poids de vos torts. Comme je me suis plaint de vous à elle, je viens me plaindre d’elle à vous. Elle m’a bien entendu : j’espère que vous m’entendrez de même ; et peut-être une explication dictée par l’estime et la confiance produira-t-elle, entre de nouveaux amis, l’effet de l’habitude et des ans.
Je songeais à vous sans songer guère à elle, quand elle est venue me voir et qu’elle a commencé de me rechercher. Connaissant mon penchant à m’attacher, et les chagrins qu’il me donne, j’ai toujours fui les liaisons nouvelles ; et il y avait quatre ans qu’elle m’offrait l’entrée de sa maison, sans que jamais j’y eusse mis le pied. Je n’ai pu la fuir ; je l’ai vue ; j’ai pris la douce habitude de la voir. J’étais solitaire et triste ; mon coeur affligé ne cherchait que des consolations ; je les trouvais auprès d’elle : elle en avait besoin à son tour ; elle trouvait un ami sensible à ses peines. Nous parlions de vous, du bon et trop facile Diderot, de l’ingrat Grimm, et d’autres encore. Les jours se passaient dans cet épanchement mutuel. Je m’attachais en solitaire, en homme affligé : elle conçut aussi de l’amitié pour moi ; elle m’en promit du moins. Nous faisions des projets pour le temps où nous pourrions lier entre nous trois une société charmante, dans laquelle j’osais attendre de vous, il est vrai, du respect pour elle et des égards pour moi.
Tout est changé, hormis mon coeur. Depuis votre départ elle me reçoit froidement ; elle me parle à peine, même de vous : elle trouve cent prétextes pour m’éviter ; un homme dont on veut se défaire n’est pas autrement traité que je le suis d’elle ; du moins autant que j’en puis juger, car je n’ai encore été congédié de personne. Je ne sais ce que signifie ce changement. Si je l’ai mérité, qu’on me le dise, et je me tiens pour chassé ; si c’est légèreté, qu’on me le dise encore ; je me retire aujourd’hui, et serai consolé demain. Mais après avoir répondu aux avances qui m’ont été faites, après avoir goûté le charme d’une société qui m’est devenue nécessaire, je crois, par l’amitié qu’on m’a demandée, avoir acquis quelque droit à celle qui m’était offerte ; je crois, par l’état de langueur où je suis réduit dans ma retraite, mériter au moins quelques égards ; et, quand je vous demande compte de l’amie que vous m’avez donnée, je crois vous invitera remplir un devoir de l’humanité.
Oui, c’est à vous que.je demande compte d’elle. N’est-ce pas de vous que lui viennent tous ses sentiments ? Qui le sait mieux que moi ? Je le sais mieux que vous, peut-être, et je puis bien lui reprocher ce que je reprochais, avec moins de justice, à feu madame d’Holbach[625], qu’elle ne m’aime que par l’impulsion de celui qu’elle aime. Dites-moi donc d’où vient son refroidissement. Auriez-vous pu craindre que je ne cherchasse à vous nuire auprès d’elle, et qu’une vertu mal entendue ne me rendît perfide et trompeur ? L’article d’une de vos lettres, qui me regarde, m’a fait entrevoir ce soupçon. Non, non, Saint-Lambert, la poitrine de J. J. Rousseau n’enferma jamais le coeur d’un traître, et je me mépriserais bien plus que vous ne pensez, si jamais j’avais essayé de vous ôter le sien.
Ne croyez pas m’avoir séduit par vos raisons : j’y vois l’honnêteté de votre âme, et non votre justification. Je blâme vos liens : vous ne sauriez les approuver vous-même ; et tant que vous me serez chers l’un et l’autre, je ne vous laisserai jamais la sécurité de l’innocence dans votre état. Mais un amour tel que le vôtre mérite aussi des égards, et le bien qu’il produit le rend moins coupable. Après avoir connu tout ce qu’elle sent pour vous, pourrais-je vouloir vous rendre malheureux l’un par l’autre ? Non, je me sens du respect pour une union si tendre, et ne la puis mener à la vertu par le chemin du désespoir. Un mot, surtout, qu’elle me dit il y a deux mois, et que je vous rapporterai quelque jour, m’a touché au point que, de confident de sa passion, j’en suis presque devenu le complice ; et il est certain que, si vous pouviez jamais abandonner une pareille amante, je ne saurais m’empêcher de vous mépriser. Je me suis abstenu d’attaquer vos raisons, que je pouvais mettre en poudre ; j’ai laissé goûter à son tendre coeur le charme de s’y complaire ; et, sans lui cacher mon sentiment, j’ai laissé le voile sur cette égide redoutable, dont ses yeux et les vôtres se seraient détournés. Je le répète, je ne veux point vous ôter l’un à l’autre. Bien loin de là, si jamais, entre vous deux, j’ai le bonheur de faire parler la vérité sans vous déplaire, et d’adoucir sa voix dans la bouche d’un ami, je ne veux que prévenir l’infaillible terme de l’amour, en vous unissant d’un lien plus durable, à l’épreuve du ravage des ans, dont vous puissiez tous deux vous honorer à la face des hommes, et qui vous soit doux encore au dernier moment de la vie. Mais soyez sûrs que je ne tiendrai jamais ces discours à aucun des deux séparément.
Un excès de délicatesse vous aurait-il fait croire aussi que l’amitié fait tort à l’amour, et que les sentiments que j’obtiendrais nuiraient à ceux qui vous sont dus ? Mais, dites-moi, qui est-ce qui sait aimer, si ce n’est un coeur sensible ? Les coeurs sensibles ne le sont-ils pas à toutes les sortes d’affections, et peut-il y naître un seul sentiment qui ne tourne au profit de celui qui les domine ? Où est l’amant qui n’en devient pas plus tendre, en parlant de celle qu’il aime à son ami ? Où est le coeur, plein d’un sentiment qui déborde, qui n’a pas besoin, dans l’absence, d’un autre coeur pour s’épancher ? Je fus jeune une fois, et je connus l’âme la plus aimante qui ait existé. Tous les attachements imaginables étaient réunis dans cette âme tendre ; chacun n’en était que plus délicieux par le concours de tous les autres, et celui qui l’emportait tirait de tous un nouveau prix. Quoi ! ne vous est-il point doux, dans l’éloignement, qu’il se trouve un être sensible, à qui votre amie aime à parler de vous, et qui se plaise à l’entendre ? Je suis persuadé que vous goûteriez ce plaisir aujourd’hui, si vous m’eussiez donné la journée que vous m’aviez promise, et que vous fussiez venu recevoir, à l’Ermitage, l’effusion d’un coeur dont sûrement le vôtre eût été content.
Although I am not afraid of heat, it is so terrible today that I do not have the courage to undertake a journey under the scorching sun. I merely walked in the shade around the house, and yet I am completely soaked with sweat. Therefore, I beg you to bear witness to my regret, dear so-called colleagues[621]; and since I have been behaving in a gentlemanly manner ever since they became bears, please accept my most respectful handshake.
Since we won’t be able to see you tomorrow, it will have to be on Friday, if the weather is good, and I will leave early[622].
Letter CL – To the Same One
The Hermitage, autumn of 1757.
Be assured that, if not for the bad weather, you would have seen me yesterday. I am extremely worried about your condition. Moreover, I believe you are taking the right course of action[623]. Adieu, my dear friend; although I am very unwell myself, you will see me by tomorrow morning at the latest.
Letter CLII – To Mr. de Saint-Lambert
[624]
At the Hermitage, on September 4, 1757.
As I began to get to know you, I wished to love you. I saw nothing in you that did not increase this desire. At a time when I was abandoned by everything dear to me, you became my friend, who comforted me in everything, and to whom I grew increasingly attached as she spoke of you to me. See, my dear Saint-Lambert, whether I have any reason to love you both; believe that my heart is not one that remains indifferent. Then why have you both had to cause me such sorrow? Allow me quickly to free my soul from the burden of your wrongs. Just as I complained about you to her, I come now to complain about her to you. She heard me well; I hope you will hear me likewise. Perhaps an explanation born out of respect and trust will, between new friends, produce the same effect as years of friendship and familiarity have done.
I was thinking of you without really thinking much of her, when she came to see me and began to seek my company. Knowing my tendency to form attachments and the sorrow they bring me, I had always avoided new relationships; yet for four years she had offered me the chance to enter her home, and I had never set foot there once. I couldn’t avoid seeing her; I ended up developing a fond habit of her presence. I was lonely and sad; my troubled heart sought only consolation, and I found it in her company—she, too, needed such comfort; she found a friend who understood her pain. We talked about you, about the kind but somewhat frivolous Diderot, about the ungrateful Grimm, and many others. Days passed in this mutual companionship. I grew attached to her, alone and in sorrow; she, too, developed feelings for me—at least she promised to do so. We made plans for the time when we could form a delightful community of three, where I dared to hope that you would show her respect and care for me as well.
Everything has changed, except for my heart. Since your departure, she has received me coldly; she hardly speaks to me, not even about you; she finds a hundred excuses to avoid me. A man whom one wants to get rid of is treated no differently than I am being treated by her—at least as far as I can tell, since no one has yet actually sent me away. I don’t understand what this change means. If I have deserved it, let them tell me so, and I will consider myself dismissed; if it is mere caprice, let them say that too. I will leave today, but perhaps tomorrow I will find some consolation. However, after having accepted the advances that were made to me, after having tasted the pleasure of a companionship that has become necessary to me, I believe that, through the friendship that people have sought from me, I have acquired some right to the one who was offered to me. I believe that, given the state of desolation into which I am reduced in my solitude, I deserve at least some consideration. And when I ask you to account for the friend you have given me, I believe I am asking you to fulfill a duty of humanity.
Yes, it is to you that I demand an account of her behavior. Do not all her feelings come from you? Who knows better than me? Perhaps I know better than you, and I am well entitled to reproach her for the very same things I once, less justly, accused Madame d’Holbach[625]—except that she loves me only out of impulse, driven by the person she truly loves. So tell me, where does this change in her attitude come from? Could you have feared that I would seek to harm you in her eyes, or that a misunderstood sense of virtue would make me deceitful and treacherous? A certain passage in one of your letters gave me cause to harbor such suspicions. No, Saint-Lambert, the heart of J.-J. Rousseau never harbored the feelings of a traitor. I would despise myself far more than you imagine if I had ever tried to take away your heart too.
Do not believe that you have seduced me with your arguments; I see therein the honesty of your soul, not your justification. I condemn your relationship: you yourselves could never approve of it; and as long as you both remain dear to me, I will never allow you the safety of innocence in such a state. Yet, a love like yours deserves respect, and the good it brings makes it less culpable. After knowing all that she feels for you, how could I wish to bring you both unhappiness? No; I feel respect for such a tender union and cannot lead it to virtue through the path of despair. In particular, a word she said to me two months ago—something I will tell you someday—touched me so deeply that, from being her confidant in her passion, I almost became its accomplice. And it is certain that if you ever could abandon such a lover, I would not be able to help but despise you. I refrained from attacking your arguments, which I could have shattered; I allowed her tender heart to savor the allure of indulging in them; and without hiding my feelings, I kept this formidable barrier between you both—something that both her eyes and yours would have avoided. I repeat it: I do not wish to separate you. On the contrary, if I ever have the fortune to speak the truth between you without causing you displeasure, and to soften its tone through the words of a friend, it is only to prevent the inevitable end of love by uniting you in a bond more enduring—one that can withstand the ravages of time, allowing you both to honor each other before mankind and remain tender even at the last moment of life. But be assured that I will never speak these words to either of you separately.
Would excessive delicacy have led you to believe that friendship is harmful to love, and that the feelings I might gain would harm those owed to you? But tell me, who is capable of knowing how to love, if not a sensitive heart? Are not sensitive hearts susceptible to all kinds of affection? And can there be any feeling that does not ultimately benefit the one who possesses it? Where is the lover who does not become even more tender when speaking of the one he loves to his friend? Where is the heart, filled with an overflowing emotion, that does not need another heart in its absence to express itself? I was once young, and I knew the most loving soul that ever existed. All imaginable forms of attachment were combined in that tender heart; each one became even more delightful because of the presence of all the others, and the dominant emotion drew new value from them all. Indeed, isn’t it pleasant, when you are far away, to know that there is a sensitive person to whom your loved one enjoys talking about you, and who takes pleasure in listening? I am convinced that you would enjoy this pleasure today if you had given me the day you promised me, and if you had come to the Hermitage to receive the outpouring of a heart that surely would have satisfied yours as well.
Anche se non temo il caldo, oggi è così terribile che non ho il coraggio di intraprendere il viaggio sotto il sole cocente. Sono solo andato a fare una passeggiata all’ombra intorno alla casa, e sono completamente fradicio. Pertanto, vi prego di esprimere la vostra comprensione, o presunti fratelli[621]; e poiché da quando sono diventato un “orso” mi sono comportato in modo cortese, considerate opportuno che vi baci a mani giunte con grande rispetto.
Poiché non potremo vederci domani, sarà venerdì; se il tempo sarà bello, partirò presto[622].
Lettera CL – Alla stessa persona
L’Ermitage, autunno del 1757.
Siate certa che, se non fosse stato per il tempo brutto, vi avrei vista già ieri. Per la vostra situazione, provo angosie terribili. Del resto, ritengo che abbiate preso la decisione giusta[623]. Addio, mia cara amica; anche se sto molto male anch’io, vi rivedrò domani mattina al più tardi.
Lettera CLII – A Monsieur de Saint-Lambert
[624]
All’Ermitage, il 4 settembre 1757.
Incominciando a conoscervi, ho desiderato amarvi. Non ho visto in voi nulla che non aumentasse questo desiderio. Nel momento in cui ero abbandonato da tutto ciò che mi era caro, siete stata voi ad offrirmi un’amica che mi consolava di tutto, e a cui mi sono legato sempre di più man mano che parlava di voi. Vedete, mio caro Saint-Lambert, se ho motivo di amarvi entrambi. E credete che il mio cuore non appartenga a coloro che rimangono indifferenti. Allora, perché dovete avermi causato dolore in entrambi i modi? Lasciate che liberi rapidamente la mia anima dal peso dei vostri torti. Come mi sono lamentato di voi con lei, ora vi lamento anch’io di lei. Lei mi ha ascoltato attentamente: spero che anche voi mi ascoltiate allo stesso modo. E forse una spiegazione nata dall’estima e dalla fiducia potrà, tra due nuovi amici, produrre lo stesso effetto dell’abitudine e degli anni.
Pensavo a voi senza pensare molto a lei, quando lei venne a trovarmi e iniziò a cercarmi. Conoscendo la mia tendenza ad affezionarmi facilmente e i dolori che ciò mi causava, avevo sempre evitato nuove relazioni; eppure da quattro anni lei mi offriva l’accesso alla sua casa, senza che io vi fossi mai entrato. Non ho potuto evitarla: l’ho vista, e ho preso l’abitudine di vederla spesso. Ero solo e triste; il mio cuore afflitto cercava solo consolazioni. Le trovavo in lei: anche lei ne aveva bisogno; trovava un amico sensibile alle sue sofferenze. Parlavamo di voi, del buon e troppo facile Diderot, dell’ingrato Grimm, e di altri ancora. I giorni passavano in queste conversazioni reciproche. Mi affezionavo a lei, da solo, come un uomo addolorato; anche lei iniziò ad avere affetto per me. Almeno così mi promise. Facevamo progetti per il momento in cui avremmo potuto creare insieme una compagnia piacevole. In quella compagnia, osavo sperare che voi mostraste rispetto per lei e attenzioni per me.
Tutto è cambiato, tranne il mio cuore. Da quando siete partito, lei mi accoglie con freddezza; parla appena con me, nemmeno di voi; trova mille scuse per evitarmi. Un uomo di cui si vuole liberarsi viene trattato esattamente allo stesso modo in cui io vengo trattato da lei. Almeno, così posso giudicare, poiché nessuno mi ha ancora congedato. Non so cosa significhi questo cambiamento. Se l’ho meritato, ditemelo pure e considererò me stesso esiliato; se si tratta solo di leggerezza, ditemelo ancora. Mi ritiro oggi, ma domani sarò consolato. Tuttavia, dopo aver accettato le proposte che mi sono state fatte, dopo aver assaporato il piacere di una compagnia che è diventata necessaria per me, credo di aver acquisito, grazie all’amicizia che mi è stata chiesta, qualche diritto su quella che mi era stata offerta. Credo anche di meritare almeno un po’ di considerazione, data la situazione di solitudine in cui mi trovo ora. E quando vi chiedo spiegazioni riguardo all’amica che mi avete dato, credo di stare invitandovi a adempiere a un dovere umano.
Sì, è a voi che chiedo conto di lei. Non è forse da voi che proviene tutto il suo affetto? Chi lo sa meglio di me? Forse lo so io meglio di voi, e posso ben rimproverarla per ciò che, con meno giustizia, rimproveravo un tempo a madame d’Holbach[625]: lei mi ama soltanto spinta dall’amore per colui che ama. Ditemi dunque da dove deriva questo suo distacco. Avreste potuto temere che cercassi di nuocervi presso di lei, o che una virtù mal interpretata mi rendesse perfido e ingannatore? Un passaggio di una delle vostre lettere mi ha fatto sorgere questo sospetto. No, no, Saint-Lambert: il petto di J.-J. Rousseau non ha mai contenuto il cuore di un traditore. Mi disprezzerei molto di più di quanto pensiate, se mai avessi cercato di portarvi via il suo affetto.
Non credete di avermi sedotto con le vostre ragioni: in esse vedo l’onestà della vostra anima, non la vostra giustificazione. Condanno i vostri legami: voi stessi non potreste approvarli; e finché vi amerò entrambi, non vi darò mai la sicurezza dell’innocenza nella vostra situazione attuale. Tuttavia, un amore come il vostro merita anch’esso rispetto, e il bene che produce lo rende meno colpevole. Dopo aver conosciuto tutto ciò che lei prova per voi, potrei forse volervi rendere infelici a vicenda? No, provo rispetto per un legame così tenero, e non posso condurlo verso la virtù attraverso il sentiero della disperazione. Una parola, in particolare, che lei mi ha detto due mesi fa, e che un giorno vi racconterò, mi ha colpito a tal punto che, da confidente della sua passione, sono quasi diventato suo complice. E è certo che, se mai poteste abbandonare una tale amante, non riuscirei a trattenermi dal disprezzarvi. Mi sono astenuto dall’attaccare le vostre ragioni, che avrei potuto distruggere facilmente; ho lasciato che il suo tenero cuore assaporasse il piacere di compiacersi in esse. E, senza nasconderle i miei sentimenti, ho lasciato che quel “velo” pericoloso rimanesse nascosto, dal quale sia i suoi occhi che i vostri si sarebbero allontanati. Lo ripeto: non voglio separarvi l’uno dall’altro. Anzi, se mai avrò la fortuna di far parlare la verità tra voi due senza offendervi, e di addolcire quella voce attraverso le parole di un amico, vorrò soltanto evitare il destino inevitabile dell’amore, unendovi con un legame più duraturo, capace di resistere al passare degli anni. Un legame che possa farvi onorare entrambi davanti agli uomini, e che rimanga dolce anche nell’ultimo momento della vita. Ma sappiate che non pronuncerò mai queste parole separatamente con nessuno dei due.
Un eccesso di delicatezza vi avrebbe forse fatto credere anche voi che l’amicizia danneggi l’amore, e che i sentimenti che io provo possano nuocere a quelli che sono dovuti a voi? Ma ditemi: chi può davvero sapere amare, se non un cuore sensibile? I cuori sensibili non lo sono forse per ogni sorta di affetto. E può esistere un solo sentimento che non sia vantaggioso per colui che lo prova? Dove si trova l’amante che, parlando della persona che ama al proprio amico, non diventi più tenero? Dove si trova il cuore pieno di sentimenti che traboccano, che non abbia bisogno, in assenza dell’altra persona, di un altro cuore per esprimersi? Un tempo fui giovane, e conobbi l’anima più amorevole che sia mai esistita. Tutti gli affetti immaginabili erano raccolti in quell’anima tenera; ciascuno di essi diventava ancora più delizioso grazie alla combinazione degli altri. E colui che prevaleva tra tutti ne traeva un nuovo valore. Oh! Non vi sembra dolce, quando siete lontani, che esista qualcuno che è sensibile, a cui la vostra amica ama parlare di voi, e che si compiace nell’ascoltarla? Sono convinto che oggi provereste anch’vous questo piacere, se mi aveste concesso la giornata che mi avevate promesso, e se foste venuti a ricevere, all’Ermitage, l’espressione di un cuore dal quale sicuramente anche il vostro ne sarebbe stato soddisfatto.
Il est fait, j’en suis sûr, pour m’entendre et répondre au mien. Consultez-le ; il vous redemandera pour moi l’amie que je tiens de vous, qui m’est devenue nécessaire, et que je n’ai point mérité de perdre. Si son changement vient d’elle, dites-lui ce qu’il convient : s’il vient de vous, dites-le à vous-même. Sachez au moins que, de quelque manière que vous en usiez, vous serez, elle et vous, mes derniers attachements. Mes maux me gagnent, et m’éloignent chaque jour davantage de la société. La vôtre était la seule de mon goût qui restât à ma portée. Si vous cherchez tous deux à vous éloigner de moi, je retirerai mon âme en dedans d’elle-même ; je mourrai seul et abandonné dans ma solitude, et vous ne penserez jamais à moi sans regret. Si vous vous rapprochez, vous trouverez un coeur qui ne laisse jamais faire la moitié du chemin à ceux qui lui conviennent.
Observation
C’est cette lettre dont il parle dans le neuvième livre des Confessions. » La douleur que me causa, dit-il, le refroidissement de madame d’Houdetot, et la certitude de ne l’avoir pas mérité, me firent prendre le singulier parti de m’en plaindre à Saint-Lambert même… Sa réponse m’apporta des consolations par les témoignages d’estime et de considération dont elle était pleine, et qui me donnèrent le courage et la force de les mériter. » Saint-Lambert, qui avait de la noblesse dans le caractère, sut apprécier la franchise de Rousseau, et la manière dont il parlait de sa liaison avec madame d’Houdetot,
Lettre CLIII – À M. Grimm
[626]
[627]
Le lundi 19 octobre 1757.
Dites-moi, Grimm, pourquoi tous mes amis prétendent que je dois suivre madame d’Épinay ? Ai-je tort, ou seraient-ils tous séduits ? auraient-ils tous cette basse partialité toujours prête à prononcer en faveur du riche, et à surcharger la misère de cent devoirs inutiles qui la rendent plus inévitable et plus dure ? Je ne veux m’en rapporter là-dessus qu’à vous seul. Quoique sans doute prévenu comme les autres, je vous crois assez équitable pour vous mettre à ma place, et pour juger de mes vrais devoirs. Ecoutez donc mes raisons, mon ami, et décidez du parti que je dois prendre ; car quel que soit votre avis, je vous déclare qu’il sera suivi sur-le-champ.
Qu’est-ce qui peut m’obliger à suivre madame d’Épinay ? L’amitié, la reconnaissance, l’utilité qu’elle peut retirer de moi. Examinons tous ces points. Si madame d’Épinay m’a témoigné de l’amitié, je lui en ai témoigné davantage. Les soins ont été mutuels, et du moins aussi grands de ma part que de la sienne. Tous deux malades, je ne lui dois plus qu’elle ne me doit qu’au cas que le plus souffrant soit obligé de garder l’autre. Parce que mes maux sont sans remède, est-ce une raison de les compter pour rien ? Je n’ajouterai qu’un mot : elle a des amis moins malades, moins pauvres, moins jaloux de leur liberté, moins pressés de leur temps, et qui lui sont du moins aussi chers que moi. Je ne vois pas qu’aucun d’eux se fasse un devoir de la suivre. Par quelle bizarrerie en sera-ce un pour moi seul, qui suis le moins en état de le remplir ?
Si madame d’Épinay m’était chère au point de renoncer à moi pour l’amuser, comment lui serais-je assez peu cher moi-même pour qu’elle achetât aux dépens de ma santé, de ma vie, de ma peine, de mon repos et de toutes mes ressources, les soins d’un complaisant aussi maladroit ? Je ne sais si je devais offrir de la suivre ; mais je sais bien qu’à moins d’avoir cette dureté d’âme que donne l’opulence, et dont elle m’a toujours paru loin, elle ne devait jamais l’accepter.
Quant aux bienfaits, premièrement je ne les aime point, je n’en veux point, et je ne sais aucun gré de ceux qu’on me fait supporter par force. J’ai dit cela nettement à madame d’Épinay avant d’en recevoir aucun d’elle ; ce n’est pas que je n’aime à me laisser entraîner comme un autre à des liens si chers, quand l’amitié les forme ; mais dès qu’on veut trop tirer la chaîne, elle rompt et je suis libre. Qu’a fait pour moi madame d’Épinay ? Vous le savez tous mieux que personne, et j’en puis parler librement avec vous : elle a fait bâtir à mon occasion une petite maison à l’Ermitage, m’a engagé d’y loger, et j’ajoute avec plaisir qu’elle a pris soin d’en rendre l’habitation agréable et sûre.
Qu’ai-je fait de mon côté pour madame d’Épinay ? Dans le temps que j’étais prêt à me retirer dans ma patrie, que je le désirais vivement, et que je l’aurais dû, elle remua ciel et terre pour me retenir. À force de sollicitations, et même d’intrigues, elle vainquit ma trop juste et longue résistance : mes voeux, mon goût, mon penchant, l’improbation de mes amis, tout céda dans mon coeur à la voix de l’amitié ; je me laissai entraîner à l’Ermitage[628]. Dès ce moment j’ai toujours senti que j’étais chez autrui, et cet instant de complaisance m’a déjà donné de cuisants repentirs. Mes tendres amis, attentifs à m’y désoler sans relâche, ne m’ont pas laissé un moment-de paix, et m’ont fait souvent pleurer de douleur de n’être pas à cinq cents lieues d’eux. Cependant, loin de me livrer aux charmes de la solitude, seule consolation d’un infortuné accablé de maux, et que tout le monde cherche à tourmenter, je vis que je n’étais plus à moi. Madame d’Épinay, souvent seule à la campagne, souhaitait que je lui tinsse compagnie : c’était pour cela qu’elle m’avait retenu. Après avoir fait un sacrifice à l’amitié, il en fallut faire un autre à la reconnaissance. Il faut être pauvre, sans valet, haïr la gêne, et avoir mon âme, pour savoir ce que c’est pour moi que de vivre dans la maison d’autrui[629]. J’ai pourtant vécu deux ans dans la sienne, assujetti sans relâche avec les plus beaux discours de liberté, servi par vingt domestiques, et nettoyant tous les matins mes souliers, surchargé de tristes indigestions, et soupirant sans cesse après ma gamelle. Vous savez aussi qu’il m’est impossible de travailler à de certaines heures, qu’il me faut la solitude, les bois et le recueillement ; mais je ne parle point du temps perdu, j’en serai quitte pour mourir de faim quelques mois plus tôt. Cependant cherchez combien d’argent vaut une heure de la vie et du temps d’un homme ; comparez les bienfaits de madame d’Épinay avec mon pays sacrifié et deux ans d’esclavage, et dites-moi qui d’elle ou de moi a le plus d’obligation à l’autre.
It is made, I am certain, to understand me and respond to my own feelings. Consult it; it will ask you on my behalf for the friend you gave me—someone who has become indispensable to me and whom I have not deserved to lose. If her change in attitude stems from her own actions, tell her what needs to be said; if it comes from you, then reflect on it yourself. At least know this: no matter how you decide to act, she and you will remain my last ties to the world. My suffering is growing day by day, pulling me further and further away from human society. Your friendship was the only one of my taste that was still within my reach. If both of you choose to distance yourselves from me, I will withdraw my soul into myself and die alone in my solitude—and you will never think of me without regret. But if you decide to draw closer again, you will find a heart that never allows those it has chosen to travel halfway on their path.
Observation
“It is about this letter that he speaks in the ninth book of Confessions.” “The pain it caused me,” he said, “the coldness shown by Madame d’Houdetot, and the certainty that I had not deserved it, led me to take the unusual step of complaining to Saint-Lambert himself. His reply brought me comfort through the expressions of esteem and regard he contained, which gave me the courage and strength to deserve such treatment.” Saint-Lambert, who possessed nobility of character, knew how to appreciate Rousseau’s frankness—and the way in which he spoke about his relationship with Madame d’Houdetot.
Letter CLIII – To Mr. Grimm
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Monday, October 19, 1757.
Tell me, Grimm, why do all my friends insist that I must follow Madame d’Épinay? Am I in error, or have they all been influenced by prejudice? Could it be that they all share that vile partiality that always favors the rich and burdens the poor with countless unnecessary obligations that only make their suffering more inevitable and more unbearable? In this matter, I wish to rely solely on your judgment. Although you are probably biased like everyone else, I trust you to be fair enough to put yourself in my position and assess my true responsibilities. Listen to my reasons, my friend, and decide for me what course of action I should take; for whatever your decision may be, I promise to follow it immediately.
What could compel me to follow Madame d’Épinay? Friendship, gratitude, and the benefit she could derive from my company. Let us examine each of these points. If Madame d’Épinay has shown me friendship, I have returned it in even greater measure. Our care for one another has been mutual—at least as much on my part as on hers. Since we are both ill, I owe her nothing more than she owes me, unless the one in greater distress should be forced to care for the other. Just because my suffering is incurable, does that mean it is worthless? I would only add one thing: she has friends who are less ill, less poor, less eager to preserve their freedom, and less pressed for time than I am—and yet they are just as dear to her as I am. I see no reason why any of them should consider it their duty to follow her. By what strange logic would it be my duty alone, when I am in the least capable of fulfilling it?
If madame d’Épinay had loved me so much as to give up everything for my sake just to amuse herself, how could I possibly be of such little value to her that she would willingly sacrifice my health, my life, my suffering, my rest, and all my resources in order to maintain the services of such an inept and unskilled complaisant? I don’t know whether I should have offered to accompany her; but what I do know is that, unless she possessed that kind of heartlessness born of wealth—which I have always considered her far from possessing—she could never have accepted such an offer.
As for the benefits, first of all, I do not like them at all; I do not desire them, and I feel no gratitude whatsoever for those that people force upon me. I said this clearly to Madame d’Épinay before receiving any from her; it is not that I am unwilling to be drawn into such bonds, when friendship forms them, but once one tries too hard to pull on the chain, it breaks, and I am free again. What has Madame d’Épinay done for me? You all know better than anyone, and I can speak about it freely with you: she had a small house built at l’Ermitage in my honor, arranged for me to live in there, and I am pleased to add that she took great care to make it a pleasant and safe place to dwell.
What have I done on my part for Madame d’Épinay? While I was ready to retire to my homeland, eager to do so, and indeed ought to have done so, she went to great lengths to prevent me from leaving. Through persistent requests and even intrigues, she overcame my just and long-standing resistance: my wishes, my preferences, the disapproval of my friends—everything gave way in my heart to the voice of friendship, and I allowed myself to be persuaded to go to the Ermitage[628]. From that moment on, I always felt as if I were in someone else’s home, and that moment of complacency later brought me intense remorse. My kind friends, who tirelessly tried to comfort me, never let me have a moment of peace and often made me cry in sorrow at being five hundred miles away from them. Yet, far from indulging in the charms of solitude—the only consolation for a unfortunate person overwhelmed by misfortunes and constantly tormented by others—I realized that I was no longer myself. Madame d’Épinay, often alone in the countryside, wished for my company; that was why she had kept me. After making a sacrifice to friendship, another one had to be made to gratitude. One must be poor, without a servant, loathe embarrassment, and have one’s soul at stake to understand what it means to live in someone else’s home[629]. Nevertheless, I lived in her house for two years, constantly subjected to what were ostensibly promises of freedom, served by twenty servants, forced to clean my own shoes every morning, plagued by miserable indigestions, and constantly longing for my own simple life. You also know that there are certain times when it is impossible for me to work; I need solitude, the woods, and quiet reflection. But I am not referring to the time I wasted—had it not been for that, I might have died of hunger months earlier. Yet, consider how much money an hour of a man’s life and time are worth; compare Madame d’Épinay’s benefits with my sacrificed homeland and two years of slavery, and tell me who owes whom more.
È stato creato, ne sono certo, apposta per comprendere e rispondere al mio cuore. Consultatelo: vi chiederà di restituirmi l’amica che ho ricevuto da voi, che è diventata necessaria per me e che non meritavo affatto di perdere. Se il suo cambiamento dipende da lei, ditele ciò che è opportuno; se dipende da voi, ditevelo voi stessi. Sappiate almeno che, in qualsiasi modo lo usiate, sia lei che voi sarete le mie ultime affezioni. I miei mali mi stanno portando via, giorno dopo giorno, dalla società. La vostra era l’unica compagnia che mi piacesse e che fosse a mia disposizione. Se entrambi cercate di allontanarvi da me, ritirerò la mia anima in me stesso; morirò solo e abbandonato nella mia solitudine. E voi non penserete mai a me senza rimpianto. Se invece vi avvicinerete, troverete un cuore che non permette mai agli altri di percorrere nemmeno metà del cammino necessario per raggiungerlo.
Osservazione.
È di questa lettera che parla nel nono libro delle Confessioni. “Il dolore che mi causò”, dice, “il distacco da Madame d’Houdetot e la certezza di non averlo meritato, mi spinsero a lamentarmene addirittura con Saint-Lambert. La sua risposta mi portò consolazione attraverso i segni di stima e considerazione che conteneva, e che mi diedero il coraggio e la forza per meritarli”. Saint-Lambert, dotato di nobiltà d’animo, seppe apprezzare la franchezza di Rousseau e il modo in cui parlava della sua relazione con Madame d’Houdetot.
Lettera CLIII – A Monsieur Grimm
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[627]
Lunedì 19 ottobre 1757.
Ditemi, Grimm, perché tutti i miei amici sostengono che debba seguire madame d’Épinay? Ho torto, o forse sono tutti loro influenzati da pregiudizi? Hanno davvero quella meschina parzialità che è sempre pronta a favorire i ricchi e ad aggravare la miseria con innumerevoli obblighi inutili che la rendono ancora più inevitabile e più dura? Per quanto riguarda questa questione, voglio affidarmi soltanto a voi. Anche se probabilmente siete influenzato come tutti gli altri, credo che siate abbastanza imparziale da mettervi al mio posto e giudicare quali siano i miei veri doveri. Ascoltate quindi le mie ragioni, amico mio, e decidete quale sia la decisione che devo prendere; perché, qualunque sia il vostro parere, vi dichiaro che lo seguirò immediatamente.
Che cosa potrebbe costringermi a seguire madame d’Épinay? L’amicizia, la riconoscenza, l’utilità che lei può trarre da me. Esaminiamo tutti questi aspetti. Se madame d’Épinay mi ha dimostrato amicizia, ne ho dimostrata ancora di più a mia volta. Gli aiuti reciproci sono stati numerosi e, almeno da parte mia, altrettanto significativi quanto i suoi. Entrambi malati, non le devo nulla più di quanto lei non mi debba. A meno che il più sofferente non debba prendersi cura dell’altro. Poiché i miei mali sono senza rimedio, è forse una ragione per considerarli insignificanti? Aggiungerò solo una cosa: lei ha amici meno malati, meno poveri, meno gelosi della loro libertà, meno impegnati nel loro tempo, e che le sono comunque altrettanto cari quanto me. Non vedo alcuno di loro che si senta in dovere di seguirla. Per quale strana coincidenza dovrebbe essere proprio io, il meno in grado di farlo, ad assumermi tale responsabilità?
Se madame d’Épinay mi fosse stata così cara da rinunciare a me per il mio piacere, come potrei mai essere abbastanza poco importante ai suoi occhi da spingerla a sacrificare la mia salute, la mia vita, le mie sofferenze, il mio riposo e tutte le mie risorse per i servizi di un compagno così inadeguato? Non so se dovrei offrirle di seguirla; ma so con certezza che, a meno di possedere quella durezza d’animo che deriva dalla ricchezza – di cui lei mi è sempre sembrata lontana –, lei non avrebbe mai accettato una proposta del genere.
Per quanto riguarda i benefici, innanzitutto, non li amo affatto, non ne desidero alcuno e non sono grato per quelli che mi vengono imposti con la forza. L’ho detto chiaramente a madame d’Épinay prima di riceverne alcuno; non è che io non ami essere trascinato, come tutti gli altri, in legami così preziosi quando sono formati dall’amore. Ma appena si cerca di tirare troppo forte la catena, essa si rompe e io divento libero. Cosa ha fatto madame d’Épinay per me? Lo sapete tutti meglio di chiunque altro, e posso parlarne liberamente con voi: ha fatto costruire una piccola casa all’Ermitage a mio uso, mi ha fatto assumere l’obbligo di vi abitare. E devo aggiungere con piacere che si è assicurata che quell’abitazione fosse confortevole e sicura.
Cosa ho fatto io per Madame d’Épinay? Mentre ero pronto a ritirarmi nel mio paese, desiderandolo ardentemente e dovendolo fare, lei fece di tutto per trattenermi. Con continue suppliche, persino con intrighi, riuscì a vincere la mia resistenza, giusta ma prolungata: i miei desideri, i miei gusti, le mie preferenze, l’opposizione dei miei amici, tutto cedette nel mio cuore al richiamo dell’amicizia; mi lasciai trascinare all’Ermitage[628]. Da quel momento ho sempre sentito di essere “in casa d’altri”, e quel breve periodo di compiacimento mi ha già causato amari rimpianti. I miei cari amici, costantemente premurosi nel rattristarmi, non mi hanno lasciato un attimo di pace, facendomi spesso piangere per il dolore di non trovarmi a cinquecento miglia da loro. Tuttavia, lontano dal lasciarmi catturare dai piaceri della solitudine – l’unica consolazione di un infelice oppresso da mille dolori e che tutti cercano di tormentare – ho capito di non essere più me stesso. Madame d’Épinay, spesso sola in campagna, desiderava che le facessi compagnia: era per questo che mi aveva trattenuto. Dopo aver fatto un sacrificio per l’amicizia, ne fu necessario fare un altro per la riconoscenza. Bisogna essere poveri, privi di servitori, odiare ogni incomodità e perdere la propria libertà per capire cosa significhi vivere nella casa di un altro[629]. Eppure ho vissuto due anni nella sua casa, sottoposto costantemente a “discorsi” sulla libertà, servito da venti domestici, costretto ogni mattina a pulirmi le scarpe, afflitto da tristi malattie, e sempre desideroso di tornare al mio paese. Voi sapete anche che è impossibile per me lavorare in certe ore; ho bisogno della solitudine, dei boschi, del silenzio. Ma non parlo del tempo perso: forse sarei morto di fame qualche mese prima. Tuttavia, pensate a quanto valga un’ora della vita e del tempo di una persona. Confrontate i benefici offerti da Madame d’Épinay con il mio paese sacrificato e due anni di schiavitù. E ditemi chi, tra lei e me, abbia più debiti verso l’altro.
Venons à l’article de l’utilité. Madame d’Épinay part dans une bonne chaise de poste, accompagnée de son mari, du gouverneur de son fils, et de cinq ou six domestiques. Elle va dans une ville peuplée et pleine de société, où elle n’aura que l’embarras du choix ; elle va chez M. Tronchin, son médecin, homme d’esprit, homme considéré, recherché ; elle va dans une famille pleine de mérite, où elle trouvera des ressources de toute espèce pour sa santé, pour l’amitié, pour l’amusement. Considérez mon état, mes maux, mon humeur, mes moyens, mon goût, ma manière de vivre, plus forte désormais que les hommes et la raison même ; voyez, je vous prie, en quoi je puis servir madame d’Épinay dans ce voyage, et quelles peines il faut que je souffre sans lui être jamais bon à rien. Soutiendrai-je une chaise de poste ? Puis-je espérer d’achever si rapidement une si longue route sans accident ? Ferai-je à chaque instant arrêter pour descendre ? ou accélérerai-je mes tourments et ma dernière heure pour m’être contraint ? Que Diderot fasse bon marché tant qu’il voudra de ma vie et de ma santé ; mon état est connu, les célèbres chirurgiens de Paris peuvent l’attester, et soyez sûr qu’avec tout ce que je souffre, je ne suis guère moins ennuyé que les autres de me voir vivre si longtemps. Madame d’Épinay doit donc s’attendre à de continuels désagréments, à lui spectacle assez triste, et peut-être à quelques malheurs dans la route. Elle n’ignore pas qu’en pareil cas j’irais plutôt expirer secrètement au coin d’un buisson que de causer les moindres frais et retenir un seul domestique ; et moi je connais trop son bon coeur pour ignorer combien il lui serait pénible de me laisser dans cet état. Je pourrais suivre la voiture à pied, comme le veut Diderot ; mais la boue, la pluie, la neige, me retarderont beaucoup dans cette saison. Quelque fort que je coure, comment faire vingt-cinq lieues par jour ; et si je laisse aller la chaise, de quelle utilité serai-je à la personne qui va dedans ? Arrivé à Genève, je passerai les jours enfermé avec madame d’Épinay ; mais, quelque zèle que j’aie pour tâcher de l’amuser, il est impossible qu’une vie si casanière et si contraire à mon tempérament n’achève de m’ôter la santé, et ne me plonge au moins dans une mélancolie dont je ne serai pas le maître.
Quoi qu’on fasse, un malade n’est guère propre à en garder un autre, et celui qui n’accepte aucun soin, quand il souffre, est dispensé d’en rendre aux dépens de sa santé. Quand nous sommes seuls et contents, madame d’Épinay ne parle point, ni moi non plus ; que sera-ce quand je serai triste et gêné ? je ne vois point encore là beaucoup d’amusement pour elle. Si elle tombe des nues à Genève, j’y en tomberai beaucoup plus ; car avec de l’argent on est bien partout, mais le pauvre n’est chez lui nulle part. Les connaissances que j’y ai ne peuvent lui convenir ; celles qu’elle y fera me conviendront encore moins. J’aurai des devoirs à remplir qui m’éloigneront d’elle, ou bien l’on me demandera quels soins si pressants me les font négliger et me retiennent sans cesse dans sa maison ; mieux mis, j’y pourrais passer pour son valet de chambre. Quoi donc ! un malheureux accablé de maux, qui se voit à peine des souliers à ses pieds, sans habits, sans argent, sans ressources ; qui ne demande à ses chers amis que de le laisser misérable et libre, serait nécessaire à madame d’Épinay, environnée de toutes les commodités de la vie, et qui traîne dix personnes après elle î Fortune ! vile et méprisable fortune ! si dans ton sein l’on ne peut se passer du pauvre, je suis plus heureux que ceux qui te possèdent, car je puis me passer d’eux.
C’est qu’elle m’aime, dira-t-on ; c’est son ami dont elle a besoin[630]. Oh ! que je connais bien tous les sens de ce mot d’amitié ! C’est un beau nom qui sort souvent de salaire à la servitude ; mais où commence l’esclavage, l’amitié finit à l’instant. J’aimerai toujours à servir mon ami, pourvu qu’il soit aussi pauvre que moi : s’il est plus riche, soyons libres tous deux, ou qu’il me serve lui-même ; car son pain est tout gagné, et il a plus de temps à donner à ses plaisirs.
Il me reste à vous dire deux mots de moi. S’il est des devoirs qui m’appellent à la suite de madame d’Épinay, n’en est-il point de plus indispensables qui me retiennent, et ne dois-je rien qu’à la seule madame d’Épinay sur la terre ? Assurez-vous qu’à peine, serai-je en route, que Diderot, qui trouve si mauvais que je teste, trouvera bien plus mauvais que je sois parti, et y sera beaucoup mieux fondé. Il suit, dira-t-il, une femme riche, bien accompagnée, qui n’a pas le moindre besoin de lui, et à laquelle, après tout, il doit peu de chose, pour laisser ici dans la misère et l’abandon des personnes qui ont passé leur vie à son service, et que son départ met au désespoir. Si je me laisse défrayer par madame d’Épinay, Diderot m’en fera aussitôt une nouvelle obligation qui m’enchaînera pour le reste de mes jours. Si jamais j’ose un moment disposer de moi : Voyez cet ingrat, dira-t-on ; elle a eu la bonté de le conduire dans son pays, et puis il l’a quittée. Tout ce que je ferai pour m’acquitter avec elle augmentera la reconnaissance que je lui devrai, tant c’est une belle chose d’être riche pour dominer et changer en bienfaits les fers qu’on nous donne. Si, comme je le dois, je paie une part des frais, d’où rassembler si promptement tant d’argent ? à qui vendre le peu d’effets et le peu de livres qui me restent ? Il ne s’agit plus de m’envelopper tout l’hiver dans une vieille robe de chambre. Toutes nies hardes sont usées ; il faut le temps de les raccommoder ou d’en racheter d’autres : mais quand on a dix habits de rechange, on ne songe guère à cela. Pendant ce voyage dont je ne sais pas la durée, je laisserai ici un ménage qu’il faut entretenir. Si je laisse ces femmes à l’Ermitage, il faut, outre les gages du jardinier, payer un homme qui les garde, car il n’y a pas d’humanité à les laisser seules au milieu des bois. Si je les emmène à Paris, il leur faut un logement ; et que deviendront les meubles et papiers que je laisse ici ? Il me faut, à moi, de l’argent dans ma poche ; car qu’est-ce que c’est que d’être défrayé dans la maison d’autrui, où tout va toujours bien pourvu que les maîtres soient servis ? c’est dépenser beaucoup plus que chez ‘soi pour être contrarié toute la journée, pour manquer de tout ce qu’on désire, pour ne rien faire de ce qu’on veut, et se trouver ensuite fort obligé à ceux chez qui l’on a mangé son argent. Ajoutez à cela l’indolence d’un malade paresseux, accoutumé à tout laisser traîner[631] et à ne rien perdre, à trouver autour de lui ses besoins, ses commodités sans les demander, et dont l’équipage, la fortune et le silence invitent également à le négliger. Si le voyage est long et que mon argent s’épuise, mes souliers s’usent, mes bas se percent s’il faut blanchir son linge, se faire la-barbe, accommoder sa perruque, etc., etc., il est triste d’être sans un sou ; et s’il faut que j’en demande à madame d’Épinay à mesure que j’en aurai besoin, mon parti est pris ; qu’elle garde bien ses meubles, car, pour moi, je vous déclare que j’aime mieux être voleur que mendiant.
Je crois voir d’où viennent tous les bizarres devoirs qu’on m’impose ; c’est que tous les gens[632] avec qui je vis méjugent toujours sur leur sort, jamais sur le mien, et veulent qu’un homme qui n’a rien vive comme s’il avait six mille livres de rente et du loisir de reste.
Let us turn to the matter of utility. Madame d’Épinay sets off in a comfortable post-chaise, accompanied by her husband, her son’s governor, and five or six servants. She is heading for a bustling city full of society, where she will have no shortage of choices; she is going to visit M. Tronchin, her physician—a man of wit and respectability, highly sought after; she is also going to join a family of merit, where she will find various resources for her health, friendship, and amusement. But consider my condition: my ailments, my mood, my means, my tastes, my way of living—all these factors are now stronger than human strength and even reason itself. Please tell me how I could be of any use to Madame d’Épinay on this journey, and what sufferings I must endure without being able to do her the slightest good. Will I be able to keep up with the post-chaise? Can I hope to complete such a long journey so quickly without any accidents? Will I have to stop at every turn to rest? Or will I only accelerate my own suffering and bring on my own demise by forcing myself to endure these hardships? Let Diderot think what he wants of my life and my health; my condition is well-known, and the famous surgeons of Paris can attest to it. Believe me, despite all my suffering, I am just as annoyed as anyone else at having to live so long in such poor health. Madame d’Épinay must therefore expect continuous discomforts, a rather sad sight for her, and perhaps even some misfortunes along the way. She knows that in such a case, I would rather die quietly in the woods than cause her the slightest expense or keep a single servant. And I know too well how kind her heart is to understand how painful it would be for her to leave me in this state. I could follow the carriage on foot, as Diderot suggests; but the mud, rain, and snow would greatly slow me down at this time of year. No matter how fast I run, how could I cover twenty-five miles a day? And if I let the carriage go ahead without me, what use would I be to the person traveling inside it? Once in Geneva, I would spend my days confined with Madame d’Épinay; but no matter how diligently I tried to entertain her, such a sedentary life, so contrary to my nature, would surely destroy my health and plunge me into a melancholy from which I could never free myself.
No matter what is done, a sick person is hardly in a position to care for another; and those who refuse any kind of treatment when they are suffering are, in effect, exempt from having to provide it at the expense of their own health. When we are alone and content, Madame d’Épinay says nothing, nor do I; but what will happen when I am sad and distressed? I don’t see much pleasure in that for her either. If she were to fall into dire poverty in Geneva, I would fall into even greater despair; for with money one can be comfortable anywhere, but the poor are truly nowhere at home. The people I know there could not suit her; and those she might meet there would suit me even less. I would have duties to fulfill that would keep me away from her, or someone might demand that such pressing concerns prevent me from attending to them and force me to stay constantly in her house; at best, I might merely serve as her footboy. Ah! What a miserable existence for a poor man afflicted by countless hardships—barefoot, without clothes, without money, with no resources at all; someone who asks only to be left alone in his misery. Would such a person be necessary to Madame d’Épinay, who enjoys every comfort of life and leads a life of luxury? Oh, vile and contemptible wealth! If one cannot do without the poor within your grasp, then I am happier than those who possess you, for I can do without them.
One might say it’s because she loves me; it’s her friend she needs[630]. Oh! How well I understand all the meanings of this word “friendship”! It’s a beautiful name that often emerges from the depths of poverty and servitude; but where slavery begins, friendship ends immediately. I would always be willing to serve my friend, so long as he is just as poor as me; if he is richer, let us both be free—or let him serve me instead; for his bread is already earned, and he has more time to devote to his pleasures.
I still have two things to tell you about myself. If there are duties that call me to follow madame d’Épinay, aren’t there even more indispensable obligations that hold me back? Don’t I owe anything at all but to madame d’Épinay alone on this earth? Be assured that as soon as I set off, Diderot, who thinks it is already bad enough that I test others, will consider my departure even worse—and he will have every right to do so. He will say that I am following a wealthy woman, well accompanied, who has no need for him at all, and to whom, after all, I owe very little. How then can I abandon those people who have spent their entire lives serving me, leaving them in poverty and abandonment? If madame d’Épinay supports me, Diderot will immediately create another obligation that will chain me for the rest of my life. If I ever dare to act on my own initiative, people will say, “Look at this ungrateful wretch—she had the kindness to bring him to her country, and yet he left her.” Whatever I do to repay her will only increase my debt of gratitude, for it is truly wonderful to be wealthy enough to turn what others give us into acts of kindness. If I, as I should, pay my share of the expenses, where can I quickly gather so much money? To whom can I sell the few belongings and books that I have left? I can no longer wrap myself in an old dressing gown all winter long—all my sturdy clothes are worn out; it will take time to repair them or buy new ones. But when one has ten change of clothes, such concerns hardly arise. During this journey whose duration I do not know, I will leave behind a household that needs to be maintained. If I leave these women at the Ermitage, in addition to paying the gardener’s wages, I must also hire someone to watch over them, for it would be utterly inhumane to leave them alone in the woods. If I take them to Paris, they will need a place to live; and what will happen to the furniture and documents I leave behind? I myself need money in my pocket—after all, being supported by others means that everything is always taken care of as long as one serves their needs. But living at someone else’s expense means spending far more than when one lives independently, only to face frustration throughout the day, to lack whatever one desires, to be unable to do what one wants, and to end up deeply indebted to those from whom one has received money. Add to this the laziness of a sick and indolent person, accustomed to letting everything slide and never running short of anything, always finding what he needs without asking for it—whose servants, wealth, and silence all invite neglect. If the journey is long and my money runs out, if my shoes wear out, if my stockings tear, if I have to wash his clothes, shave him, or take care of his wig, etc., etc., it’s truly sad to be penniless. And if I have to ask madame d’Épinay for money whenever I need it, then my decision is made: she had better keep all her furniture, because, frankly, I would rather be a thief than a beggar.
I believe I now understand where all these strange obligations that are imposed upon me come from; it’s because everyone[632] I live with always worries about their own fate, never about mine, and expects a man who has nothing to live as if he had six thousand pounds of income and plenty of leisure time at his disposal.
Passiamo ora all’argomento dell’utilità di questo viaggio. Madame d’Épinay parte in una comoda carrozza, accompagnata dal marito, dal governatore di suo figlio e da cinque o sei domestici. Si reca in una città popolosa e piena di vita sociale, dove avrà solo l’imbarazzo della scelta: andrà da M. Tronchin, il suo medico, un uomo intelligente e rispettato; andrà anche in una famiglia stimata, dove troverà ogni tipo di aiuto per la sua salute, per l’amicizia e per il divertimento. Considerate la mia condizione, i miei mali, il mio umore, le mie possibilità, i miei gusti, il mio modo di vivere. Ora sono più debole degli uomini e persino della ragione stessa; pensate dunque in che modo potrei essere utile a Madame d’Épinay in questo viaggio. E quali sofferenze dovrò sopportare senza poterle essere di alcun aiuto. Riuscirò a mantenere la carrozza? Potrò completare così rapidamente una lunga distanza senza incidenti? Dovrò fermarmi continuamente per scendere, o forse accelererò i miei tormenti e la mia stessa fine, solo perché costretto a farlo? Che Diderot possa disporre della mia vita e della mia salute quanto vuole. La mia condizione è nota; i famosi chirurghi di Parigi possono testimoniarlo. E credetemi: nonostante tutto ciò che soffro, non sono certo meno infelice degli altri nel dover continuare a vivere in questo stato. Madame d’Épinay deve quindi aspettarsi continui disagi, uno spettacolo piuttosto triste, e forse anche qualche sfortuna durante il viaggio. Non ignora che, in tal caso, preferirei morire in segreto in un angolo del bosco piuttosto che causarle la minima preoccupazione o trattenere anche solo un domestico. E io conosco troppo bene il suo buon cuore per non sapere quanto le sarebbe doloroso lasciarmi in questo stato. Potrei seguire la carrozza a piedi, come vuole Diderot. Ma fango, pioggia, neve, mi ritarderanno molto in questa stagione. Per quanto corra velocemente, come potrò percorrere venticinque miglia al giorno? E se lascio che la carrozza prosegua da sola, di quale utilità sarò per la persona che vi è dentro? Arrivato a Ginevra, trascorrerò i giorni chiuso con Madame d’Épinay. Ma, per quanto mi sforzi di renderle la vita più piacevole, è impossibile che una vita così monotona e contraria al mio temperamento non finisca per rovinarmi la salute e immergermi in una malinconia dalla quale non riuscirò a liberarmi.
Qualunque cosa si faccia, un malato difficilmente è in grado di prendersi cura di un altro; e colui che rifiuta qualsiasi tipo di assistenza, quando soffre, è esentato dal doverne fornire ad altri a scapito della propria salute. Quando siamo soli e felici, madame d’Épinay non parla, né io; ma cosa accadrà quando sarò triste e in difficoltà? Non vedo proprio molto divertimento per lei in una situazione del genere. Se dovesse cadere dal cielo a Ginevra, io cadrei ancora più in basso: con i soldi si può essere ovunque, ma il povero non è “a casa” da nessuna parte. Le conoscenze che ho lì non potrebbero certo interessarla; quelle che lei acquisirà lì mi interesseranno ancora meno. Avrò dei doveri da assolvere che mi allontaneranno da lei. Oppure si chiederà quale urgenza mi costringa a trascurarli e a trascorrere tutto il tempo in sua casa. Anzi, in condizioni migliori, potrei persino essere considerato il suo cameriere personale. Ma che cosa significa tutto questo? Un infelice, oppresso da mille sofferenze, senza scarpe, senza vestiti, senza soldi, senza risorse. Che chiede soltanto ai suoi cari amici di lasciarlo nella miseria e nella libertà. Sarebbe davvero necessario a madame d’Épinay, circondata da tutte le comodità della vita e che conduce una vita di lusso. Oh, vile e disprezzabile fortuna! Se nel tuo seno non si può fare a meno del povero, allora sono più fortunato di coloro che te la possiedono, perché io posso fare a meno di loro.
Si dirà che lei mi ama; in realtà ha bisogno del suo amico[630]. Oh! Quanto conosco bene tutti i significati di questa parola: “amore”! È un bel nome che spesso accompagna la schiavitù. Ma dove inizia la schiavitù, l’amore finisce immediatamente. Continuerò sempre ad amare il mio amico, purché sia povero quanto me; se è più ricco, che siamo entrambi liberi, oppure che sia lui a servirmi: il suo pane è già guadagnato, e avrà più tempo da dedicare ai suoi piaceri.
Mi resta ancora qualcosa da dirvi su di me. Se esistono doveri che mi spingono a seguire madame d’Épinay, non ce ne sono forse altri ancora più indispensabili che mi trattengono qui? Non devo forse nulla, in questo mondo, se non a madame d’Épinay stessa? State certi che non appena partirò, Diderot, che trova così spiacevole il fatto che io la lasci, considererà ancora più spiacevole il mio allontanamento, e avrà tutte le ragioni per farlo. Dirà: “Quell’ingrato segue una donna ricca e ben accompagnata, che non ha alcun bisogno di lui, e a cui, in fondo, deve molto poco. Lascia qui persone che hanno trascorso tutta la loro vita al suo servizio, abbandonandole nella miseria, ” Se permetto a madame d’Épinay di finanziare il mio viaggio, Diderot mi impegnerà immediatamente in un nuovo debito che mi legherà per il resto dei miei giorni. Se mai oserò disporre liberamente di me stesso, si dirà: “Guardate questo ingrato. Lei ha avuto la gentilezza di accompagnarlo nel suo paese, e lui l’ha poi lasciata, ” Tutto ciò che farò per ripagarla aumenterà ancora di più il debito che le devo. È davvero meraviglioso essere ricchi, quando si può dominare la situazione e trasformare in benefici tutto ciò che ci viene dato. Se pago una parte delle spese, da dove raccoglierò così rapidamente tutta quella somma di denaro? A chi venderò i pochi effetti personali e i pochi libri che mi restano? Non posso più vestirmi tutto l’inverno con vecchie vestaglie. Tutti i miei indumenti sono logori; serve tempo per ripararli o comprarne altri. Ma quando si hanno dieci abiti di riserva, a queste cose non ci si pensa nemmeno. Durante questo viaggio, la durata del quale non conosco, lascerò qui una casa da mantenere. Se lascio queste donne all’Ermitage, oltre ai salari del giardiniere, devo anche pagare qualcuno che le protegga. Non è certo umano lasciarle sole nel mezzo dei boschi. Se le porto a Parigi, hanno bisogno di un alloggio. E cosa ne sarà degli oggetti e dei documenti che lascio qui? Ho bisogno di denaro con me. Cosa significa essere mantenuto nella casa altrui, dove tutto è sempre pronto per i padroni, ma dove si vive in condizioni molto più difficili rispetto a quando si vive “a casa propria”, dove si deve affrontare ogni giorno mille inconvenienti, mancare di tutto ciò che si desidera, non poter fare ciò che si vuole, e poi trovarsi costretti ad essere molto grati a coloro che ci hanno fatto spendere il proprio denaro? Aggiungete a questo l’indolenza di un malato pigro, abituato a lasciare tutto in disordine senza mai perdere nulla, a trovare sempre tutto ciò di cui ha bisogno senza nemmeno chiederlo. Un uomo il cui equipaggiamento, la sua ricchezza e il suo silenzio invitano tutti a trascurarlo. Se il viaggio è lungo e il mio denaro si esaurisce, se i miei stivali si consumano, se le mie calze si strappano, se poi dovrei lavare i suoi vestiti, radermi, sistemarle la parrucca, ecc., ecc., è davvero triste non avere un soldo; e se dovessi chiederne in prestito a madame d’Épinay ogni volta che ne avessi bisogno, beh, ho già deciso: che tenga bene i suoi mobili, perché, per quanto mi riguarda, vi dichiaro apertamente che preferisco essere un ladro piuttosto che un mendicante.
Credo di aver capito da dove derivino tutti questi strani doveri che mi vengono imposti: è perché tutte le persone con cui vivo sottovalutano sempre il proprio destino, mai il mio, e vogliono che un uomo che non possiede nulla viva come se avesse sei migliaia di lire di rendita e tutto il tempo libero del mondo.
Personne ne sait se mettre à ma place, et ne veut voir que je suis un être à part, qui n’a point le caractère, les maximes, les ressources des autres, et qu’il ne faut point juger sur leurs règles. Si l’on fait attention à ma pauvreté, ce n’est pas pour respecter son dédommagement, qui est la liberté, mais pour m’en rendra le poids plus insupportable. C’est ainsi que le philosophe Diderot, dans son cabinet, au coin d’un bon feu, dans une bonne robe de chambre bien fourrée, veut que je fasse vingt-cinq lieues par jour, en hiver, à pied, dans les boues, pour courir après une chaise de poste, parce qu’après tout courir et se crotter est le métier d’un pauvre. Mais, en vérité, madame d’Épinay, quoique riche, mérite bien que J. J, Rousseau ne lui fasse pas un pareil affront. Ne pensez pas que le philosophe Diderot, quoi qu’il en dise, s’il ne pouvait supporter la chaise, courût de sa vie après celle de personne ; cependant il y aurait du moins cette différence qu’il aurait de bons bas drapés, de bons souliers, une bonne camisole ; qu’il aurait bien soupe la veille, et se serait bien chauffé en partant, au moyen de quoi l’on est plus fort pour courir que celui qui n’a pas de quoi payer ni le souper, ni la fourrure, ni les fagots. Ma foi, si la philosophie ne sert pas à faire ces distinctions, je ne vois pas trop à quoi elle est bonne.
Pesez mes raisons, mon cher ami, et dites-moi ce que je dois faire. Je yeux remplir mon devoir ; mais, dans l’état où je suis, qu’ose-t-on exiger de plus ? Si vous jugez que je doive partir, prévenez-en madame d’Épinay[633], puis envoyez-moi un exprès, et soyez sûr que, sans balancer, je pars à l’instant pour Paris en recevant votre réponse.
Quant au séjour de l’Ermitage, je sens fort bien que je n’y dois plus demeurer, même en continuant de payer le jardinier, car ce n’est pas un loyer suffisant ; mais je crois devoir à madame d’Épinay de ne pas quitter l’Ermitage d’un air de mécontentement, qui supposerait de la brouillerie entre nous. J’avoue qu’il me serait dur de déloger aussi dans cette saison, qui me fait déjà sentir aussi cruellement ses approches ; il vaut mieux attendre au printemps, où mon départ sera plus naturel, et où je suis résolu d’aller chercher une retraite inconnue à tous ces barbares tyrans qu’on appelle amis.
Observation
Cette lettre embarrassa Grimm, qui prit du temps pour y faire la réponse que Rousseau a rapportée dans ses Confessions. Cette réponse était amphigourique : Grimm n’en voulait point faire, il désirait seulement que son ami se conduisît de manière à s’attirer le blâme. Jean-Jacques était entre deux écueils. S’il restait, il passait pour un ingrat : s’il partait, il se couvrait de ridicule, à cause de la grossesse de madame d’Épinay, que l’on voulait cacher
Lettre CLV – À Madame d’Houdetot
Octobre 1757.
Madame d’Épinay ne part que demain dans la matinée : cela m’empêchera, chère comtesse, de pouvoir me rendre de bonne heure à Eaubonne, à moins que vous n’ayez la bonté d’envoyer votre carrosse, entre onze heures et midi, m’attendre à la croix de Deuil. Quoi qu’il en soit, j’irai dîner avec vous ; je vous porterai un coeur tout nouveau, dont vous serez contente ; j’ai dans ma poche une égide invincible qui me garantira de vous[639]. Il n’en fallait pas moins pour me rendre à moi-même ; mais j’y suis rendu, cela est sûr, ou plutôt je suis tout à l’amitié que vous me devez, que vous m’avez jurée, et dont je suis digne dès ce moment-ci.
Lettre CLVII – À M. Grimm
L’Ermitage, novembre 1757.
Je me refusais à ma juste défiance : j’achève trop tard de vous connaître. Voilà donc la lettre que vous vous êtes donné le loisir de méditer ; je vous la renvoie, elle n’est pas pour moi. Vous pouvez montrer la mienne à toute la terre et me haïr ouvertement ; ce sera de votre part une fausseté de moins.
Observation
Ce billet est rapporté dans les Confessions. Il faudrait entrer dans beaucoup de détails pour faire voir l’intrigue de Grimm. Afin de découvrir la vérité, il nous a fallu consulter sa Correspondance littéraire, les Mémoires de madame d’Épinay, et confronter ces deux témoignages avec celui de Rousseau. De cet examen est résulté un travail trop long pour trouver ici sa place ; il est dans l’Histoire de J. J. Rousseau, tome I, page 59 et suivantes. Il présente dans Grimm un homme faux, adroit, dangereux, qui fit de madame d’Épinay une dupe aveugle ; et, n’en pouvant faire une de Rousseau, le sacrifia comme une victime obscure. Il parvint à le brouiller avec ses amis et le crut perdu. À cette époque, Rousseau n’était encore connu que par ses deux premiers discours. Dans les lettres il faut presque toujours des prôneurs, des coteries, de l’intrigue pour parvenir ; Grimm le privait de tous ces secours croyant qu’il ne pourrait s’en passer. Il.se trompa. S’il avait entrevu dans l’avenir Émile et la Nouvelle Héloïse ; s’il avait vu le maréchal de Luxembourg, le prince de Conti, Frédéric, remplacer M. le baron de Grimm et M. le baron d’Holbach, il aurait probablement tenu une autre conduite.
Lettre CLIX – À la même
L’Ermitage, novembre 1757.
Voici la quatrième lettre que je vous écris sans réponse : ah ! si vous continuez de vous taire, je vous aurai trop entendue. Songez à l’état où je suis, et consultez votre bon coeur. Je puis supporter d’être abandonné de tout le monde : mais vous !… vous qui me connaissez si bien ! Grand Dieu ! suis-je un scélérat ? un scélérat, moi ! je l’apprends bien tard. C’est M. Grimm, c’est mon ancien ami, c’est celui qui me doit tous les amis qu’il m’ôte ; qui a fait cette belle découverte et qui la publie. Hélas ! il est l’honnête homme, et moi l’ingrat. Il jouit des honneurs de la vertu, pour avoir perdu son ami, et moi je suis dans l’opprobre, pour n’avoir pu flatter une femme perfide, ni m’asservir à celle que j’étais forcé de haïr. Ah ! si je suis un méchant, que toute la race humaine est vile ! Cruelle, fallait-il céder aux séductions de la fausseté, et faire mourir de douleur celui qui ne vivait que pour aimer ?
Adieu. Je ne vous parlerai plus de moi : mais si je ne puis vous oublier je vous défie d’oublier à votre tour ce coeur que vous méprisez, ni d’en trouver jamais un semblable.
Lettre CLXI – À la même
À Montmorency, le 17 décembre 1757.
Rien n’est si simple et si nécessaire, madame, que de déloger de votre maison quand vous n’approuvez pas que j’y reste. Sur votre refus de consentir que je passasse à l’Ermitage le reste de l’hiver, je l’ai donc quitté le 15 décembre[642] ; ma destinée était d’y entrer malgré moi et d’en sortir de même. Je vous remercie du séjour que vous m’avez engagé d’y faire, et je vous en remercierais davantage si je l’avais payé moins cher. Au reste, vous avez raison de me trouver malheureux : personne au monde ne sait mieux que vous combien je dois l’être. Si c’est un malheur-de se tromper sur le choix de ses amis, c’en est un autre non moins cruel de revenir d’une erreur si douce.
Observation
On a vu dans la précédente lettre à madame d’Épinay, que Rousseau voulait sortir de l’Ermitage, mais que ses amis s’y opposaient à cause de la rigueur de la saison, et qu’il devait y rester jusqu’au printemps, si elle y consentait. Madame d’Épinay répondit avec dureté » qu’elle était étonnée que des amis l’eussent retenu ; qu’elle ne les consultait point sur ses devoirs, et qu’elle n’avait plus rien à lui dire sur les siens. »
Dans ce moment la terre était couverte de neige, Rousseau languissant et même malade. L’indignation lui rendit ses forces : il déménagea le 15 décembre, et s’installa dans la petite maison de Montlouis, à Montmorency, qu’il tint à loyer de M. Mathas, procureur-fiscal du prince de Condé. C’est de là qu’il écrivit la lettre qu’on vient de lire, bien content de pouvoir annoncer à madame d’Épinay qu’il n’était plus chez elle.
No one is able to put themselves in my place, and they refuse to acknowledge that I am a being distinct from others—one who does not possess the same character, principles, or resources as them, and therefore should not be judged by their standards. If people pay attention to my poverty, it is not out of respect for the “compensation” I receive, which is freedom, but rather to make that very freedom seem even more unbearable to me. Such is the case with the philosopher Diderot: in his cozy study, by a warm fire, wearing a well-furred robe, he would expect me to walk twenty-five miles a day in winter, through the mud, just to chase after a post chaise—because, after all, running and suffering are the lot of the poor. But in truth, madame d’Épinay, despite being wealthy, deserves far better than for J.-J. Rousseau to treat her in such a manner. Do not think that Diderot, no matter what he says, would actually chase after someone else’s post chaise if he could not afford his own; at least he would have nice woolen stockings, good shoes, and a warm shirt. He would have had a decent meal the night before and kept warm before setting off—things that give one more strength to endure hardship than those who lack even basic necessities. Honestly, if philosophy cannot help us make such distinctions, I don’t see what use it is at all.
Consider my reasons carefully, my dear friend, and tell me what I should do. I wish to fulfill my duty; but in my current state, what more can one possibly ask of me? If you believe I should leave, please inform madame d’Épinay[633] and then send me an express messenger. Be assured that, without hesitation, I will set off for Paris immediately upon receiving your reply.
As for staying at the Ermitage, I am quite certain that I should no longer reside there, even if I continued to pay the gardener, for such payment is not sufficient to cover the costs; however, I feel it would be unfair toward Madame d’Épinay to leave the Ermitage in a manner that could suggest discord between us. I admit that it would be difficult for me to move away at this time of year, when its approaching winter already begins to cause me great discomfort; it is better to wait until spring, when my departure will seem more natural, and when I am determined to seek a retreat far away from all these barbaric tyrants whom people call friends.
Observation
This letter embarrassed Grimm, who took some time to compose a reply, as reported by Rousseau in his Confessions. The response was rather enigmatic: Grimm did not intend to offend anyone; he merely wished that his friend would behave in such a way as to deserve criticism. Jean-Jacques found himself caught between two dilemmas. If he stayed, he would be regarded as ungrateful; if he left, he would expose himself to ridicule, especially because of madame d’Épinay’s pregnancy, which people wanted to keep hidden.
Letter CLV – To Madame d’Houdetot
October 1757.
Madame d’Épinay does not leave until tomorrow morning; this will prevent me, dear countess, from being able to go to Eaubonne early in the day, unless you have the kindness to send your carriage to wait for me at the Croix de Deuil between eleven and noon. In any case, I will go to dinner with you; I will bring you a brand-new heart that you will surely be pleased with. I have in my pocket an invincible shield that will guarantee my safety around you[639]. Nothing less was needed for me to regain myself; but I have certainly done so—or rather, I am now entirely devoted to the friendship you owe me, which you have sworn to me, and of which I am worthy from this very moment on.
Letter CLVII – To Mr. Grimm
The Hermitage, November 1757.
I refused to exercise my rightful defiance: I have come to know you far too late in life. Here is therefore the letter that you took the time to ponder; I return it to you—it is not meant for me. You may show mine to the whole world and hate me openly; at least that would be one less act of falsehood on your part.
Observation
This account is found in the Confessions. It would take too many details to fully reveal the intricacies involved in Grimm’s schemes. In order to uncover the truth, we had to consult his Literary Correspondence, as well as Madame d’Épinay’s Memoirs, and compare these two accounts with Rousseau’s own version. The result of this examination was a work that is too lengthy to include here; it can be found in The History of J. J. Rousseau, Volume I, pages 59 and following. This account portrays Grimm as a deceitful, cunning, and dangerous man who made Madame d’Épinay his blind victim; unable to turn her into one of Rousseau’s followers, he sacrificed her as an obscure casualty. He succeeded in distorting Rousseau’s reputation among his friends and believed him to be lost forever. At that time, Rousseau was still known only through his first two discourses. In letters, one almost always needs supporters, factions, and scheming to achieve anything; Grimm deprived him of all such aid, believing that Rousseau could not do without it. But he was mistaken. If he had foreseen the future works Émile and The New Heloise, if he had known that the Marquis de Luxembourg, the Prince de Conti, and Frederick would eventually replace Monsieur le Baron de Grimm and Monsieur le Baron d’Holbach in their influence over Rousseau, he might have acted differently.
Letter CLIX – To the Same One
The Hermitage, November 1757.
Here is the fourth letter I write to you without receiving any response: Ah! If you continue to remain silent, I will have heard you enough. Consider my situation and reflect on your own conscience. I can endure being abandoned by everyone else—but you!, you who know me so well! Oh God! Am I really a scoundrel? A scoundrel, myself! I learn this far too late. It is Mr. Grimm—my former friend, the very one who gave me all my friends only to take them away again; the one who made this terrible discovery and published it. Alas! He is the honorable man, while I am the ungrateful one. He enjoys the honors associated with virtue for having lost his friend, while I am covered in disgrace for having failed to please a treacherous woman or to remain faithful to the one I was forced to hate. Ah! If I am indeed a villain, then entire humanity is vile! How cruel it is to yield to the temptations of falsehood and cause someone who lived only to love to die in agony.
Goodbye. I will no longer speak of myself to you; but if I cannot forget you, I defy you to forget in turn that heart which you despise, and to never find another like it.
Letter CLXI – To the Same One
In Montmorency, on December 17, 1757.
Nothing is so simple and yet so necessary, madam, as to leave your house when you do not approve of my staying there. Since you refused to allow me to stay at the Ermitage for the rest of the winter, I left it on December 15th[642]; my fate was indeed to enter there against my will and to leave just as willingly. I thank you for the time you allowed me to spend there, and I would be even more grateful if I had paid less for it. After all, you are right in saying that I am unhappy: no one in the world knows better than you how unhappy I must be. If it is a misfortune to make wrong choices about one’s friends, then it is an equally cruel misfortune to realize one’s error after having enjoyed such pleasant companionship.
Observation
As seen in the previous letter to Madame d’Épinay, Rousseau wished to leave the Ermitage, but his friends opposed this due to the harshness of the season; he would have to remain there until spring, if she consented. Madame d’Épinay replied sternly, stating that she was surprised her friends had kept him there; that she did not consult them regarding her own duties, and that she had nothing further to say about his.
At that time, the land was covered in snow; Rousseau was suffering and even ill. Indignation restored his strength: on December 15th, he moved into the small house in Montlouis, Montmorency, and took the liberty of renting it from Monsieur Mathas, the prosecutor-fiscal for the Prince of Condé. It was from there that he wrote the letter we have just read, delighted to be able to inform Madame d’Épinay that he was no longer living with her.
Nessuno riesce a mettersi al mio posto e vuole solo considerarmi un essere diverso dagli altri, privo dei loro caratteri, delle loro massime, delle loro risorse; quindi non si dovrebbero giudicare le cose secondo le loro regole. Se ci si sofferma sulla mia povertà, non è certo per rispettare il “danno” che essa comporta – ovvero la mancanza di libertà – ma piuttosto per rendere quel peso ancora più insopportabile da sopportare. È così che il filosofo Diderot, nel suo studio, accanto a un bel fuoco, vestito con una bella vestaglia calda e imbottita, vorrebbe che io percorressi venticinque miglia al giorno, in inverno, a piedi, nella fangia, solo per inseguire una carrozza postale, perché, dopotutto, correre e soffrire è il destino di un povero. Ma, in verità, madame d’Épinay, anche se ricca, merita davvero che J.-J. Rousseau non le infligga un simile affronto. Non pensiate che il filosofo Diderot, per quanto ne dica, se non potesse permettersi una carrozza, corresse di sua iniziativa dietro a quelle degli altri. Tuttavia, ci sarebbe almeno questa differenza: lui avrebbe calze buone e morbide, scarpe decenti, una camicia pulita; avrebbe mangiato bene la sera prima e si sarebbe riscaldato adeguatamente prima di partire, il che lo renderebbe certamente più in grado di correre rispetto a chi non ha nemmeno i mezzi per pagarsi da mangiare, il calore o il combustibile. Onestamente, se la filosofia non serve proprio a fare queste distinzioni, allora non vedo davvero a cosa possa servire.
Pensa attentamente alle mie ragioni, caro amico, e dimmi cosa devo fare. Desidero assolvere al mio dovere; ma, nella situazione in cui mi trovo, che altro si può chiedere da me? Se ritieni che debba partire, avvisa madame d’Épinay[633], poi manda un corriere espresso. E sappi che, non esitando nemmeno un istante, partirò immediatamente per Parigi non appena riceverò la tua risposta.
Per quanto riguarda la mia permanenza all’Ermitage, sono ben consapevole che non do più rimanervi, anche continuando a pagare il giardiniere, poiché quella somma non rappresenta un affitto sufficiente; tuttavia ritengo di dover rispettare i desideri della signora d’Épinay e non lasciare l’Ermitage con un atteggiamento di insoddisfazione, che potrebbe causare dissapori tra noi. Ammetto che mi sarebbe difficile trasferirmi in questa stagione, che già ora mi fa sentire crudelmente l’avvicinarsi dell’inverno; è meglio aspettare la primavera, quando il mio distacco sarà più naturale, e quando sono deciso ad andare a cercare un rifugio lontano da tutti questi “barbari tiranni” che vengono chiamati amici.
Osservazione.
Questa lettera mise Grimm in imbarazzo; egli impiegò del tempo per rispondere, e Rousseau riportò questa risposta nelle sue Confessioni. La risposta di Grimm era ambigua: non intendeva affatto offendere il suo amico, ma desiderava soltanto che questi si comportasse in modo da attirarsi le critiche. Jean-Jacques si trovava tra due scogli: se fosse rimasto, sarebbe stato considerato ingrato; se fosse partito, avrebbe messo in ridicolo sé stesso, a causa della gravidanza di madame d’Épinay che si cercava di nascondere.
Lettera CLV – Alla signora d’Houdetot
Ottobre 1757.
Madame d’Épinay parte solo domani mattina: questo mi impedirà, cara contessa, di recarmi presto a Eaubonne, a meno che non abbiate la gentilezza di farvi mandare la vostra carrozza ad aspettarmi alla croix de Deuil tra le undici e mezzogiorno. In ogni caso, verrò a cena con voi; vi porterò un cuore completamente nuovo, di cui sarete certamente soddisfatta; ho in tasca un’egida invincibile che mi garantirà la vostra compagnia[639]. Non c’era bisogno di altro per ritrovare me stesso. Ma ora sono sicuramente tornato a essere me stesso, o meglio: sono interamente dedicato all’amicizia che mi dovete, che mi avete giurato, e di cui sono degno da questo momento stesso.
Lettera CLVII – A Monsieur Grimm
L’Ermitage, novembre 1757.
Mi rifiutavo di esprimere il mio legittimo disprezzo: vi conosco troppo poco per farlo. Ecco dunque la lettera che vi siete preso il tempo di riflettere; ve la restituisco, non è destinata a me. Potete mostrarla a tutto il mondo e odiarmi apertamente. Sarà almeno una menzogna in meno da parte vostra.
Osservazione.
Questo aneddoto è menzionato nelle “Confessioni”. Sarebbe necessario entrare in molti dettagli per comprendere appieno l’intrigo di Grimm. Per scoprire la verità, abbiamo dovuto consultare la sua “Corrispondenza letteraria”, i “Memorie di madame d’Épinay” e confrontare questi due resoconti con quello di Rousseau. Il risultato di questa analisi è stato un lavoro troppo lungo per essere incluso qui; esso si trova nell’“Storia di J.-J. Rousseau”, volume I, pagine 59 e seguenti. Questo resoconto presenta Grimm come un uomo falsario, astuto e pericoloso che rese madame d’Épinay una vittima ingenua; non riuscendo a trasformarla in una vittima di Rousseau, la sacrificò come una vittima insignificante. Riuscì anche a metterlo in cattiva luce ai suoi occhi degli amici e credette che fosse ormai perduto. A quel tempo, Rousseau era conosciuto soltanto attraverso i suoi primi due discorsi; nelle lettere, infatti, è quasi sempre necessario il sostegno di sostenitori, di gruppi o di intrighi per avere successo. Grimm gli privò di tutti questi aiuti, credendo che non potesse farne a meno. Si sbagliava. Se avesse previsto l’avvento di “Émile” e della “Nuova Eloisa”; se avesse visto il maresciallo di Luxembourg, il principe di Conti e Federico sostituire il barone Grimm e il barone d’Holbach, probabilmente avrebbe agito in modo diverso.
Lettera CLIX – Alla stessa persona
L’Ermitage, novembre 1757.
Ecco la quarta lettera che vi scrivo senza ricevere alcuna risposta. Ah! Se continuerete a tacere, avrò sentito troppo di voi. Pensate allo stato in cui mi trovo e consultate la vostra buona coscienza. Posso sopportare di essere abbandonato da tutti. Ma voi! Voi che mi conoscete così bene. Dio mio! Sono forse un malvagio? Un malvagio io. Lo scopro solo ora. È M. Grimm, il mio vecchio amico. Colui che mi ha dato tutti gli amici che poi mi ha tolto; colui che ha fatto questa “bellissima scoperta” e la pubblica. Ahimè! Lui è l’uomo onesto. E io sono l’ingrato. Lui gode degli onori della virtù. Perché ha perso il suo amico. E io sono nella disonore. Perché non sono riuscito a compiacere una donna perfida, né ad assoggettarmi a colei che ero costretto ad odiare. Ah! Se sono un malvagio. Allora tutta l’umanità è vile! Oh crudeltà. Doveva davvero cedere alle seduzioni della falsità, e far morire di dolore colui che viveva soltanto per amare?
Addio. Non vi parlerò più di me; ma se non riesco a dimenticarvi, vi sfido a dimenticare anche voi quel cuore che disprezzate, e a non riuscire mai a trovarne uno simile.
Lettera CLXI – Alla stessa persona
A Montmorency, il 17 dicembre 1757.
Niente è così semplice e necessario, signora, come andarsene dalla vostra casa quando non siete d’accordo che io vi rimanga. Poiché avete rifiutato di permettermi di trascorrere il resto dell’inverno all’Ermitage, l’ho lasciato il 15 dicembre[642]; la mia sorte era però quella di entrarvi contro la mia volontà e di uscirne allo stesso modo. Vi ringrazio per il periodo che mi avete permesso di trascorrere lì, e vi ringrazierei ancora di più se ne fossi stato a un costo inferiore. Del resto, avete ragione nel ritenere che io sia sfortunato: nessuno al mondo sa meglio di voi quanto lo sia. Se sbagliare nella scelta degli amici è una sfortuna, altrettanto crudele è dover ricredersi dopo aver commesso un errore così dolce.
Osservazione.
Nella lettera precedente a madame d’Épinay, si leggeva che Rousseau desiderava lasciare l’Ermitage, ma che i suoi amici si opponevano a causa della rigore della stagione; egli avrebbe dovuto rimanervi fino alla primavera, se lei lo avesse consentito. Madame d’Épinay rispose con durezza, dichiarando di essere sorpresa che degli amici avessero cercato di trattenerlo; affermò inoltre di non consultarsi mai con loro riguardo ai propri doveri e che non aveva più nulla da dirgli sui suoi.
In quel momento la terra era coperta di neve; Rousseau si trovava in uno stato di debolezza, persino malato. L’indignazione gli restituì le forze: il 15 dicembre si trasferì nella piccola casa di Montlouis, a Montmorency, e decise di affittarla dal signor Mathas, procuratore fiscale del principe di Condé. Fu da lì che scrisse la lettera che abbiamo appena letto, molto felice di poter annunciare alla signora d’Épinay che non si trovava più presso di lei.
On peut maintenant, d’après le récit fait dans les Confessions, d’après la Correspondance de madame d’Épinay, celle de Grimm, juger des torts de Rousseau, qu’on a tant accusé d’ingratitude envers sa bienfaitrice. Le bienfait consista dans l’offre de l’Ermitage réparé, arrangé pour en faire une retraite agréable à Jean-Jacques. La manière dont ce bienfait fut offert y mit encore plus de prix. Madame d’Épinay l’y conduisit quand les travaux furent achevés et lui dit : » Mon ours, voilà votre asyle, c’est vous qui l’avez choisi, c’est l’amitié qui vous l’offre. J’espère qu’elle vous ôtera la cruelle idée de vous éloigner de moi. » Cette manière délicate fait cent fois plus d’honneur à madame d’Épinay que celle qu’on y a substituée dans sa Correspondance. Tout est à son avantage dans le récit du monstre d’ingratitude, ainsi que s’expriment Diderot, Grimm, et cette dame, sur le compte de Jean-Jacques, et à cette occasion.
Le bienfait et la délicatesse qu’y mit madame d’Épinay sont donc réels, et nous ne prétendons point en atténuer la valeur. Quel but avait-elle ? Nous n’en savons rien. Nous ne dirons point qu’elle eût alors pour Rousseau plus que de l’amitié, quoiqu’on l’ait prétendu. Cependant il est certain qu’elle goûtait sa conversation et recherchait son commerce. Francueil était son amant et paya cher, comme on sait, les faveurs qu’il en reçut. À cette passion bien connue, succéda celle pour M. Grimm, qui ne l’est pas moins. Mais entre les deux il y eut un intervalle. Nous ne disons pas que ce fut pour le remplir que madame d’Épinay fit une multitude d’avances à Rousseau. Des motifs dont il rend compte lui firent toujours oublier son sexe auprès d’elle. Nous voyons Grimm, amené par Rousseau, chasser bientôt celui-ci ; c’est-à-dire lui rendre la Chevrette désagréable, et lui faire chez madame d’Épinay des malhonnêtetés révoltantes.
Rousseau n’avait accepté l’Ermitage qu’à condition qu’il paierait les gages du jardinier, et surtout qu’il jouirait de sa liberté, sans réserve, sans être tenu d’aller faire sa cour à la dame du château, qui, malgré cette convention, l’envoyait chercher souvent. Il y allait avec plaisir pendant les premiers mois. Mais la seconde année, ces devoirs lui devinrent pénibles parce qu’ils étaient des devoirs. Cependant il les remplit, et lui seul nous lait connaître dans ses Confessions la gêne qu’ils lui causaient.
Quelle conduite tient-il envers madame d’Épinay pendant les vingt mois qu’il habita l’Ermitage ? il y devient amoureux de madame d’Houdetot, et ce n’est pas ce qu’il fait de mieux ; mais si c’était un tort envers madame d’Épinay sa belle-soeur, celle-ci n’en pouvait pas convenir. Une particularité remarquable dans l’accusation d’ingratitude envers elle, c’est que ni dans les Mémoires de madame d’Épinay, ni dans la Correspondance de Grimm, aucun fait n’est rapporté à l’appui de cette accusation. C’est d’abord un commérage à cause de la passion de Rousseau pour madame d’Houdetot ; ensuite une intrigue obscure ourdie par Grimm pour brouiller le premier avec la seconde, et tous les deux avec Saint-Lambert, amant de l’une, ami de l’autre. Dans cette intrigue Grimm fait jouer un rôle à Diderot, qui s’emportait facilement, et tenait à ses affections comme à ses idées. Aux hommes de cette trempe, quand on veut s’en servir, l’affaire essentielle est de les persuader. Ils vous précèdent ensuite dans le chemin que vous avez eu beaucoup de peine à leur faire prendre. Diderot fut donc le point de mire de Grimm. Nous ignorons tous les moyens qu’employa celui-ci, parce que, froid calculateur, intrigant habile, courant après une renommée de vertu, de délicatesse et de sensibilité, il mettait autant de soin à cacher les démarches qui l’auraient éloigné de ce but, qu’à réussir dans ses entreprises. Il parvint à convaincre Diderot et le mit de son bord. Dès-lors la réputation de Rousseau fut abandonnée à deux hommes qui possédaient les deux moyens les plus efficaces de détruire toute réputation. L’un s’exprimait en illuminé ; l’autre se renfermait dans de perfides réticences. Le premier semblait inspiré par l’enthousiasme de la vérité, et le second par sa pitié pour son ancien ami. Le moyen de résister ? Aussi Rousseau finit-il par confier sa défense au temps, dont les opérations sont lentes mais sûres.
FIN DU TOME-PREMIER DE LA CORRESPONDANCE
Table de la correspondance
Liste générale des titres
Correspondance
PARTIE II –
Du 1er janvier 1758 au 12 mai 1763
Depuis sa sortie de l’Ermitage,
jusqu’à son abdication du droit de bourgeoisie
Présentation
Il y a bien dans cet intervalle un événement d’une grande importance ; c’est son départ précipité de Montmorency, pour se mettre à l’abri de l’arrêt du parlement. Mais la nécessité de faire des volumes égaux nous a forcés de choisir une autre époque. Du reste, l’abdication fut un sacrifice pénible qu’il crut devoir faire pour contribuer, autant qu’il dépendait de lui, au rétablissement de la tranquillité dans sa patrie. Pour connaître toute l’étendue de ce sacrifice, il faut se rappeler le langage qu’il tient dans sa dédicace du Discours sur l’Inégalité des conditions. Quand on éprouve un tel enthousiasme pour son pays, quand on parle avec autant de feu de son gouvernement, que ne doit-il pas en coûter pour rompre tous les liens qui attachent à lui ? Il voulait, en les brisant, ôter tout prétexte à ses amis, à ses parents, qui, malgré ses prières instantes, s’obstinaient à le défendre : l’abdication rendait cette défense illusoire et sans motif. Accusé par ses ennemis de fomenter les troubles, et conséquemment d’avoir un parti, de le diriger, de l’exciter contre le gouvernement, il devenait étranger à ce parti. L’abdication l’indisposait contre lui, si ce parti eût existé, on démontrait qu’il n’existait que dans l’accusation, et, dans tous les cas, détruisait celle-ci. Mais il était de la destinée de Rousseau de ne rien faire qui fut blâmé. On lui reproche cette abdication : on lui contesta le droit de la faire ; on lui en fit un crime. Un de ses amis les plus sincères écrivit même, sur ce sujet, une discussion que nous reproduirons dans le volume consacré aux pièces inédites de Rousseau.
1758
Lettre CLXII – À Madame d’Houdetot
Lettre CLXIII – À M. Vernes
Lettre CLXIV – À un jeune homme
Lettre CLXV – À Madame d’Épinay
Lettre CLXVI – À M. Diderot
Lettre CLXVII – À M. Coindet
Lettre CLXVIII – À Madame d’Houdetot
Lettre CLXIX – À M. Vernes
Lettre CLXX – Au même
Lettre CLXXI– À M. Romilly
Lettre CLXXII – À M. d’Alembert
Lettre CLXXIII – À M. Vernes
Lettre CLXXIV – À Sophie
Lettre CLXXV – À M. Deleyre
Lettre CLXXVI – À M. Jacob Vernet
Lettre CLXXVII – À Madame de Créqui
Lettre CLXXVIII – À M. Vernes
Lettre CLXXIX – À M. Leroy
Lettre CLXXX – À M. Vernes
Lettre CLXXXI – À M. Le docteur Tronchin
Lettre CLXXXII – À M. Moultou
Table de la correspondance
Lettre CLXIII – À M. Vernes
Montmorency, le 18 février 1758.
Oui, mon cher concitoyen, je vous aime toujours, et, ce me semble, plus que jamais : mais je suis accablé de mes maux ; j’ai bien de la peine à vivre, dans ma retraite, d’un travail peu lucratif ; je n’ai que le temps qu’il me faut pour gagner mon pain, et le peu qui m’en reste est employé pour souffrir et me reposer. Ma maladie a fait un tel progrès cet hiver, j’ai senti tant de douleurs de toute espèce, et je me trouve tellement affaibli, que je commence à craindre que la force et les moyens ne me manquent pour exécuter mon projet. Je me console de cette impuissance par la considération de l’état où je suis. Que me servirait d’aller mourir parmi vous ? hélas ! il fallait y vivre. Qu’importe où l’on laisse son cadavre ? Je n’aurais pas besoin qu’on reportât mon coeur dans ma patrie : il n’en est jamais sorti.
Based on the accounts found in the Confessions and in Madame d’Épinay’s and Grimm’s correspondence, we can now assess the alleged ingratitude of Rousseau toward those who had done him such good. The act of kindness consisted in offering him the restored and renovated Hermitage, designed to provide him with a pleasant retreat. The manner in which this gift was offered added even more value to it. When the work was completed, Madame d’Épinay took him there and said, “My dear friend, here is your refuge—you chose it yourself; it is offered to you out of friendship. I hope it will help you abandon the cruel idea of leaving me.” Such a delicate and considerate approach honors Madame d’Épinay a hundred times more than the version presented in her correspondence. In the accounts of this so-called “monster of ingratitude,” Diderot, Grimm, and Madame d’Épinay all speak highly of Jean-Jacques on this occasion.
The kindness and delicacy displayed by Madame d’Épinay in her treatment of Rousseau are therefore genuine, and we make no attempt to diminish their value. What was her motive? We do not know. We would not claim that she felt for Rousseau anything more than friendship, although some have alleged otherwise. Nevertheless, it is certain that she enjoyed his company and sought his companionship. Francueil was her lover, and he paid a high price for the favors he received from her—as is well known. To this well-known passion succeeded one for Monsieur Grimm, which was no less intense. However, there was a period of time between the two. We do not claim that Madame d’Épinay made numerous overtures to Rousseau merely to fill this gap in her life. Rather, reasons of his own always caused him to forget his gender in her presence. We see Monsieur Grimm, brought about by Rousseau’s influence, soon replacing him; in other words, he made Rousseau’s stay at Madame d’Épinay’s home unpleasant and even led to outrageous behavior on his part there.
Rousseau had only agreed to take up residence at the Hermitage on the condition that he would pay the gardener’s wages and, above all, that he would enjoy complete freedom, without being obliged to court the lady of the castle—though, despite this agreement, she often sent for him. In the first few months, he went there willingly. But by the second year, these obligations had become burdensome to him simply because they were obligations. Nevertheless, he fulfilled them, and it is only through his Confessions that we learn of the discomfort they caused him.
What was his behavior toward Madame d’Épinay during the twenty months he lived at the Ermitage? He fell in love with Madame d’Houdetot, and that was certainly not his best course of action; but if this constituted a wrongdoing towards his sister-in-law, Madame d’Épinay herself could never have agreed with it. A notable aspect of the accusation of ingratitude toward her is that neither in Madame d’Épinay’s Memoirs nor in Grimm’s Correspondence is there any factual evidence to support this claim. Initially, it was merely a rumor stemming from Rousseau’s passion for Madame d’Houdetot; later, it turned into a murky intrigue orchestrated by Grimm with the aim of alienating Rousseau from both women—and also from Saint-Lambert, who was the lover of one and the friend of the other. In this scheme, Grimm used Diderot, a man who acted impulsively and cherished his affections as dearly as he valued his ideas. When it came to people of such temperament, the key to manipulating them lay in convincing them first; once convinced, they would follow you down the path you had struggled so much to lead them onto. Thus, Diderot became Grimm’s target. We remain unaware of all the means Grimm employed—for, being a cold calculator and a skilled intrigant who sought to cultivate an image of virtue, delicacy, and sensitivity, he went to great lengths to conceal any actions that might have undermined this facade while ensuring the success of his schemes. He ultimately succeeded in winning Diderot over to his side. From then on, Rousseau’s reputation was left in the hands of two men who possessed the most effective means to destroy it: one would speak in the name of enlightenment; the other would resort to deceitful reticence. The first seemed inspired by the fervor for truth; the second, by pity for his former friend. What was the remedy? In the end, Rousseau chose to entrust the defense of his reputation to time—whose workings are slow but sure.
END OF VOL. I OF THE CORRESPONDENCE
Correspondence Table
General list of titles
Correspondence
PART II –
From January 1, 1758, to May 12, 1763.
Since leaving the Hermitage,
until he renounced his bourgeois rights
Presentation
Indeed, there was an event of great significance during this period: his hasty departure from Montmorency in order to escape the parliament’s arrest orders. However, the need to organize the material into equal volumes forced us to choose another period for our narrative. Moreover, his abdication was a painful sacrifice he felt compelled to make in order to contribute, within his power, to restoring peace in his country. To fully understand the extent of this sacrifice, one must recall the words he used in the dedication to his “Discourse on the Inequality of Conditions.” When one feels such fervent devotion for one’s country, and speaks with such passion about its government, what price must be paid to break all ties that bind one to it? By renouncing his throne, he sought to remove any pretext for his friends and relatives—who, despite his urgent pleas, persisted in defending him—to continue such defense; the abdication made such efforts both futile and meaningless. Accused by his enemies of fomenting unrest and, consequently, of belonging to and leading a faction against the government, he was effectively rendered estranged from that very faction. If such a faction had existed at all, his abdication would have proven its non-existence; in any case, it destroyed such accusations entirely. Yet it was Rousseau’s fate never to do anything that could be condemned. People reproached him for this abdication; they disputed his right to undertake it; they even regarded it as a crime. One of his most sincere friends even wrote a detailed discussion on this subject, which we will reproduce in the volume dedicated to Rousseau’s unpublished works.
1758
Letter CLXII – To Madame d’Houdetot
Letter CLXIII – To Mr. Vernes
Letter CLXIV – To a Young Man
Letter CLXV – To Madame d’Épinay
Letter CLXVI – To Mr. Diderot
Letter CLXVII – To Mr. Coindet
Letter CLXVIII – To Madame d’Houdetot
Letter CLXIX – To Mr. Vernes
Letter CLXX – To the Same One
Letter CLXXI – To Mr. Romilly
Letter CLXXII – To Mr. d’Alembert
Letter CLXXIII – To Mr. Vernes
Letter CLXXIV – To Sophie
Letter CLXXV – To Mr. Deleyre
Letter CLXXVI – To Mr. Jacob Vernet
Letter CLXXVII – To Madame de Créqui
Letter CLXXVIII – To Mr. Vernes
Letter CLXXIX – To Mr. Leroy
Letter CLXXX – To Mr. Vernes
Letter CLXXXI – To Mr. Dr. Tronchin
Letter CLXXXII – To Mr. Moultou
Correspondence Table
Letter CLXIII – To Mr. Vernes
Montmorency, February 18, 1758.
Yes, my dear fellow citizen, I still love you, and I think even more than ever before; but I am overwhelmed by my troubles. It is very difficult for me to make a living in my retirement through a rather unprofitable job. I have just enough time to earn my bread, and what little money I manage to save is all spent on suffering and rest. This winter, my illness has progressed greatly; I have endured all kinds of pain and have become so weakened that I begin to fear that I may not have the strength or means to carry out my plans. I console myself for this powerlessness by reflecting on my current state. What use would it be for me to go and die among you? Alas, it would have been better for me to live there. What does it matter where one leaves their body? I wouldn’t even need anyone to bring my heart back to my homeland: it has never left there in the first place.
Ora possiamo, sulla base del racconto contenuto nelle “Confessioni” e della corrispondenza di madame d’Épinay e di Grimm, giudicare i torti attribuiti a Rousseau, così spesso accusato di ingratitudine nei confronti della sua benefattrice. Il favore reso consisteva nell’offrire l’Ermitage, riparato e arredato in modo da renderlo un luogo piacevole dove Jean-Jacques potesse ritirarsi. Il modo in cui questo dono fu concesso ne aumentava ancora di più il valore. Quando i lavori furono completati, madame d’Épinay lo accompagnò lì e gli disse: “Mio caro, ecco il tuo rifugio; sei tu stesso ad averlo scelto, è l’amicizia a offrirtelo. Spero che questo possa farti abbandonare l’idea crudele di allontanarti da me.” Questo modo delicato rende madame d’Épinay cento volte più meritevole di quanto sia stato descritto nella corrispondenza successiva. In tutto ciò che riguarda la descrizione di questo “mostro di ingratitudine”, sia Diderot che Grimm, così come madame d’Épinay stessa, parlano in modo molto favorevole di Jean-Jacques.
Il benevolenza e la delicatezza dimostrate da madame d’Épinay sono quindi reali, e non intendiamo affatto sminuire il loro valore. Qual era lo scopo che la guidava? Non lo sappiamo. Non diremo che lei provasse per Rousseau qualcosa di più dell’amicizia, anche se alcuni l’hanno affermato; tuttavia è certo che apprezzasse molto le sue conversazioni e cercasse spesso la sua compagnia. Francueil era il suo amante e, come si sa, pagò caro per i favori che ricevette da lei. A questa passione ben nota ne seguì un’altra, verso M. Grimm, che non fu meno intensa. Tuttavia tra le due ci fu un intervallo di tempo. Non sosteniamo che madame d’Épinay abbia fatto molte avances a Rousseau proprio per colmarlo; motivi che lui stesso spiega sempre gli impedirono di dimenticare il suo sesso in sua presenza. Vediamo poi Grimm, introdotto da Rousseau, allontanarlo presto da lei; in altre parole, rendergli la compagnia di madame d’Épinay insopportabile e compiere nei suoi confronti atti spregevoli e offensivi.
Rousseau aveva accettato l’Ermitage solo a condizione di pagare lo stipendio del giardiniere e, soprattutto, di poter godere liberamente della sua libertà, senza essere costretto ad andare a fare la corte alla signora del castello, che, nonostante l’accordo, lo mandava spesso a chiamarla. Ne era felice nei primi mesi. Ma il secondo anno, questi doveri divennero per lui una fonte di disagio, proprio perché erano dei doveri. Tuttavia li adempiette, e solo lui ci fa conoscere, nelle sue Confessioni, l’imbarazzo che gli causavano.
Qual fu il suo comportamento nei confronti di madame d’Épinay durante i venti mesi in cui visse all’Ermitage? Lì si innamorò di madame d’Houdetot, e questo non fu certo il comportamento più appropriato; tuttavia, se ciò rappresentava un torto verso sua cognata, lei stessa non avrebbe potuto accettarlo. Una particolarità degna di nota nell’accusa di ingratitudine nei suoi confronti è che né nei “Memorie” di madame d’Épinay né nella “Corrispondenza” di Grimm viene riportato alcun fatto a sostegno di tale accusa. Si trattava innanzitutto di pettegolezzi legati alla passione di Rousseau per madame d’Houdetot; in seguito, un’intriga oscura ordita da Grimm allo scopo di creare discordia tra lui e madame d’Épinay, nonché tra entrambi e Saint-Lambert, amante della prima e amico del secondo. In questa intrigha, Grimm fece leva su Diderot, un uomo che si lasciava facilmente influenzare dalle sue passioni e teneva molto alle proprie affezioni, così come alle proprie idee. Per persone di questo tipo, quando si vuole sfruttarle, l’elemento essenziale è convincerle; in seguito, esse stesse ci guidano lungo il percorso che con grande difficoltà siamo riusciti a far loro intraprendere. Fu quindi Diderot il bersaglio principale di Grimm. Non conosciamo tutti i mezzi che quest’ultimo utilizzò: essendo un calcolatore freddo e un abile intrigante, desideroso di conquistare una reputazione di virtù, delicatezza e sensibilità, si impegnava altrettanto a nascondere le azioni che avrebbero potuto allontanarlo da questo obiettivo quanto a riuscire nei suoi piani. Riuscì a convincere Diderot e a farlo schierare dalla sua parte. Da quel momento in poi, la reputazione di Rousseau fu abbandonata a due uomini che possedevano i due mezzi più efficaci per distruggerla: uno si esprimeva con l’aria di un illuminato; l’altro si limitava a riserve perfide. Il primo sembrava ispirato dall’entusiasmo per la verità, il secondo dalla pietà verso il suo ex amico. Qual era allora il modo per resistere? Alla fine, Rousseau decise di affidare la propria difesa al tempo, le cui azioni sono lente ma sicure.
Fine del primo volume della corrispondenza.
Tabella della corrispondenza
Elenco generale dei titoli
Corrispondenza
PARTE II –
Dal 1° gennaio 1758 al 12 maggio 1763
Dall’uscita dall’Ermitage,
fino al momento in cui rinunciò al proprio diritto di appartenere alla borghesia
Presentazione
In questo lasso di tempo vi fu certamente un evento di grande importanza: si trattava della sua partenza improvvisa da Montmorency per mettersi al riparo dall’arresto ordinato dal parlamento. Tuttavia, la necessità di compilare volumi di uguali dimensioni ci ha costretti a scegliere un altro periodo storico. In ogni caso, l’abdicazione fu un sacrificio doloroso che egli ritenne dovesse compiere per contribuire, nel limite delle sue possibilità, al ripristino della tranquillità nella sua patria. Per comprendere appieno l’entità di questo sacrificio, è necessario ricordare il linguaggio utilizzato nella dedica del “Discorso sull’ineguaglianza delle condizioni”. Quando si prova un tale entusiasmo per il proprio paese, quando si parla con tanta passione del proprio governo, a quale prezzo non si deve essere disposti a pagare per rompere tutti i legami che ci tengono attaccati ad esso? Egli voleva, spezzando questi legami, togliere ogni scusa ai suoi amici e ai suoi parenti che, nonostante le sue suppliche insistenti, si ostinavano a difenderlo: l’abdicazione rendeva questa difesa illusoria e priva di fondamento. Accusato dai suoi nemici di fomentare i disordini e quindi di appartenere a un partito politico, di guidarlo o di incitarlo contro il governo, egli diventava in realtà estraneo a quel partito stesso. L’abdicazione lo metteva in contrasto con esso; se tale partito esistesse davvero, essa ne dimostrava l’inesistenza; in ogni caso, distruggeva completamente quell’accusa. Ma era destino di Rousseau non fare mai nulla che potesse essere biasimato. Gli si rimprovera questa abdicazione: gli si contesta il diritto di compierla; se ne fa un crimine. Uno dei suoi amici più sinceri scrisse persino, sull’argomento, una discussione che riprodurremo nel volume dedicato alle opere inedite di Rousseau.
1758
Lettera CLXII – Alla signora d’Houdetot
Lettera CLXIII – A Monsieur Vernes
Lettera CLXIV – A un giovane uomo
Lettera CLXV – Alla signora d’Épinay
Lettera CLXVI – A Monsieur Diderot
Lettera CLXVII – A Monsieur Coindet
Lettera CLXVIII – Alla signora d’Houdetot
Lettera CLXIX – A Monsieur Vernes
Lettera CLXX – Allo stesso.
Lettera CLXXI – A Monsieur Romilly
Lettera CLXXII – A Monsieur d’Alembert
Lettera CLXXIII – A Monsieur Vernes
Lettera CLXXIV – A Sophie
Lettera CLXXV – A Monsieur Deleyre
Lettera CLXXVI – A Monsieur Jacob Vernet
Lettera CLXXVII – Alla Signora de Créqui
Lettera CLXXVIII – A Monsieur Vernes
Lettera CLXXIX – A Monsieur Leroy
Lettera CLXXX – A Monsieur Vernes
Lettera CLXXXI – A Monsieur il Dottor Tronchin
Lettera CLXXXII – A Monsieur Moultou
Tabella della corrispondenza
Lettera CLXIII – A Monsieur Vernes
Montmorency, 18 febbraio 1758.
Sì, mio caro concittadino, vi amo ancora, e credo più che mai. Ma sono sopraffatto dai miei mali; mi costa molto vivere, nella mia ritirata, con un lavoro poco redditizio; ho appena il tempo necessario per guadagnarmi da vivere, e quel poco che mi rimane lo impiego solo per soffrire e riposare. La mia malattia ha fatto grandi progressi quest’inverno: ho provato dolori di ogni sorta e mi trovo così indebolito che temo di non avere più la forza e i mezzi necessari per realizzare il mio progetto. Mi consolo di questa impotenza pensando allo stato in cui mi trovo. A cosa mi servirebbe andare a morire tra di voi? Ahimè, avrei dovuto vivere lì. Che importanza ha il luogo in cui si lascia il proprio cadavere? Non avrei nemmeno bisogno che qualcuno riportasse il mio cuore nella mia patria: esso non ne è mai uscito.
Je n’ai point eu occasion d’exécuter votre commission auprès de M. d’Alembert. Comme nous ne nous sommes jamais beaucoup vus, nous ne nous écrivons point ; et, confiné dans ma solitude, je n’ai conservé nulle espèce de relation avec Paris ; j’en suis comme à l’autre bout de la terre, et ne sais pas plus ce qui s’y passe qu’à Pékin. Au reste, si l’article dont vous me parlez est indiscret et répréhensible, il n’est assurément pas offensant[646]. Cependant, s’il peut nuire à votre corps, peut-être fera-t-on bien d’y répondre, quoiqu’à vous dire le vrai j’aie un peu d’aversion pour les détails où cela peut entraîner, et qu’en général je n’aime guère qu’en matière de foi l’on assujettisse la conscience à des formules. J’ai de la religion, mon ami, et bien m’en prend, je ne crois pas qu’homme au monde en ait autant besoin que moi. J’ai passé ma vie parmi les incrédules, sans me laisser ébranler, les aimant, les estimant beaucoup, sans pouvoir souffrir leur doctrine. Je leur ai toujours dit que je ne les savais pas combattre, mais que je ne voulais pas les croire ; la philosophie, n’ayant sur ces matières ni fond ni rive, manquant d’idées primitives et de principes élémentaires, n’est qu’une mer d’incertitudes et de doutes, dont le métaphysicien ne se tire jamais. J’ai donc laissé là la raison, et j’ai consulté la nature, c’est-à-dire le sentiment intérieur qui dirige ma croyance, indépendamment de ma raison. Je leur ai laissé arranger leurs chances, leurs sorts, leur mouvement nécessaire ; et, tandis qu’ils bâtissaient le monde à coups de dés, j’y voyais, moi, cette unité d’intentions qui me faisait voir, en dépit d’eux, un principe unique : tout comme s’ils m’avaient dit que l’Iliade avait été formée par un jet fortuit de caractères, je leur aurais dit très résolument : Cela peut être, mais cela n’est pas vrai ; et je n’ai point d’autre raison pour n’en rien croire, si ce n’est que je n’en crois rien. Préjugé que cela ! disent-ils. Soit ; mais que peut faire cette raison si vague, contre un préjugé plus persuasif qu’elle ? Autre argumentation sans fin contre la distinction des deux substances ; autre persuasion de ma part, qu’il n’y a rien de commun entre un arbre et ma pensée ; et ce qui m’a paru plaisant en ceci, c’est de les voir s’acculer eux-mêmes par leurs propres sophismes, au point d’aimer mieux donner le sentiment aux pierres que d’accorder une âme à l’homme.
Mon ami, je crois en Dieu, et Dieu ne serait pas juste si mon âme n’était immortelle. Voilà, ce me semble, ce que la religion a d’essentiel et d’utile ; laissons le reste aux disputeurs. À l’égard de l’éternité des peines, elles ne s’accordent ni avec la faiblesse de l’homme, ni avec la justice de Dieu. Il est vrai qu’il y a des âmes si noires, que je ne puis concevoir qu’elles puissent jamais goûter cette éternelle béatitude dont il me semble que le plus doux sentiment doit être le contentement de soi-même. Cela me fait soupçonner qu’il se pourrait bien que les âmes des méchants fussent anéanties à leur mort, et qu’être et sentir fût le premier prix d’une bonne vie. Quoi qu’il en soit, que m’importe ce que seront les méchants ? Il me suffit qu’en approchant du terme de ma vie je n’y voie point celui de mes espérances, et que j’en attende une plus heureuse après avoir tant souffert dans celle-ci. Quand je me tromperais dans cet espoir, il est lui-même un bien qui m’aura fait supporter tous mes maux. J’attends paisiblement l’éclaircissement de ces grandes vérités qui me sont cachées, bien convaincu cependant qu’en tout état de cause si la vertu ne rend pas toujours l’homme heureux, il ne saurait au moins être heureux sans elle ; que les afflictions du juste ne sont point sans quelque dédommagement ; et que les larmes même de l’innocence sont plus douces au coeur que la prospérité du méchant.
Il est naturel, mon cher Vernes, qu’un solitaire souffrant et privé de toute société épanche son âme dans le sein de l’amitié, et je ne crains pas que mes confidences vous déplaisent. J’aurais dû commencer par votre projet sur l’histoire de Genève ; mais il est des temps de peines et de maux où l’on est forcé de s’occuper de soi, et vous savez bien que je n’ai-pas un coeur qui veuille se déguiser. Tout ce que je puis vous dire sur votre entreprise, avec tous les ménagements que vous y voulez mettre, c’est qu’elle est d’un sage intrépide ou d’un jeune homme. Embrassez bien pour moi l’ami Roustan. Adieu, mon cher concitoyen ; je Vous écris avec une aussi grande effusion de coeur que si je me séparais de vous pour jamais, parce que je me trouve dans un état qui peut me mener très loin encore, mais qui me laisse douter pourtant si chaque lettre que j’écris ne sera point la dernière.
Observation
L’exposé des opinions religieuses rend cette lettre remarquable, ainsi que sa tolérance, qui le faisait vivre avec les incrédules et les athées sans pouvoir souffrir leur doctrine ; ce qui ne l’empêchait pas de les aimer beaucoup.
Lettre CLXV – À Madame d’Épinay
Mont-Louis, 27 février 1758.
Je vois, madame, que mes lettres ont toujours le malheur de vous arriver fort tard. Ce qu’il y a de sûr c’est que la vôtre du 17 janvier ne m’a été remise que le 17 de ce mois par M. Cahouet : apparemment que votre correspondant l’a retenue durant tout cet intervalle. Je n’entreprendrai pas d’expliquer ce que vous avez résolu de ne pas entendre, et j’admire comment avec tant d’esprit on réunit si peu d’intelligence ; mais je n’en devrais plus être surpris, il y a longtemps que vous vous vantez à moi du même défaut[647].
Mon dessein n’ayant jamais été de recevoir le remboursement des gages de votre jardinier, il n’y a guère d’apparence que je change à présent de sentiment là-dessus. Le consentement que vous objectez était de ces consentements vagues qu’on donne pour éviter des disputes, ou les remettre à d’autres temps, et valent au fond des refus. Il est vrai que vous envoyâtes au mois de septembre 1756 payer par votre cocher le précédent jardinier, et que ce fut moi qui réglai son compte.
Il est vrai aussi que j’ai toujours payé son successeur de mon argent. Quant aux premiers quartiers de ces gages que vous dites m’avoir été remis, il me semble, madame, que vous devriez savoir le contraire : ce qu’il y a de très sûr, c’est qu’ils ne m’ont pas même été offerts. À l’égard des quinze jours qui restaient jusqu’à la fin de l’année quand je sortis de l’Ermitage, vous conviendrez que ce n’était pas la peine de les déduire. À Dieu ne plaise que je prétende être quitte pour cela de mon séjour à l’Ermitage ! Mon coeur ne sait pas mettre à si bas prix les soins de l’amitié ; mais quand vous avez taxé ce prix vous-même, jamais loyer ne fut vendu si cher.
J’apprends les étranges discours que tiennent à Paris vos correspondants sur mon compte, et je juge par là de ceux que vous tenez peut-être un peu plus honnêtement à Genève. 11 y a donc bien du plaisir à nuire ? à nuire aux gens qu’on eut pour amis ? soit. Pour moi, je ne pourrai jamais goûter ce plaisir-là, même pour ma propre défense. Faites, dites tout à votre aise ; je n’ai d’autre réponse à vous opposer que le silence, la patience, et une vie intègre. Au reste, si vous me destinez quelque nouveau tourment, dépêchez-vous ; car je sens que vous pourriez bien n’en avoir pas longtemps le plaisir.
Observation
Ici finissent toutes relations entre Jean-Jacques et madame d’Épinay. Il persista dans son refus de recevoir le remboursement des gages qu’il avait payés au jardinier. Le ton de cette lettre est remarquable par une douce mélancolie qui prouve que le coeur de Rousseau était inaccessible à la haine. Quelque temps après la sortie de l’Ermitage, madame d’Épinay écrivait de Genève, à madame d’Houdetot, et lui disait : » On me mande qu’il a quitté l’Ermitage, et qu’il s’est établi à Montmorency. J’en suis fâchée pour lui, mais ce n’est pas moi qui en suis cause. » C’était cependant une cause bien déterminante que le congé formel qu’elle lui avait donné. Il paraît, d’après une lettre de Grimm insérée dans les Mémoires de madame d’Épinay, que le public de Paris ne mettait pas tous les torts du côté de Rousseau. » La désertion de l’Ermitage, dit-il, commence à faire du bruit. J’ai le chagrin de voir qu’on prend le change sur le motif honnête et généreux qui vous a portée à lui rendre service ; on ne voit dans ce que vous avez fait pour lui qu’une singularité affectée et une prétention ridicule. » Mémoires de madame d’Épinay, tome III, page 248, (1ère édition).
I have not had the opportunity to carry out your commission regarding Mr. d’Alembert. Since we have never met very often, we do not correspond; and, confined to my solitude, I have maintained no kind of connection with Paris at all. I am as if I were on the other side of the earth, and I know no more about what happens there than I do about Beijing. Moreover, if the matter you are referring to is indecent or reprehensible, it is certainly not offensive[646]. However, if it might harm you, perhaps it would be wise to respond to it, although I rather dislike delving into the details that such a response might entail, and in general, I am not fond of subjecting one’s conscience to rigid formulas, especially when it comes to matters of faith. My friend, I have a deep respect for religion, and I believe no one in the world needs it as much as I do. I have spent my life among unbelievers without ever being shaken; I loved them and held them in high regard, but I could not accept their doctrines. I always told them that I did not know how to oppose them, but that I refused to believe them. Philosophy, lacking any solid foundation or clear principles on these matters, is nothing but a sea of uncertainty and doubt from which the metaphysician can never escape. Therefore, I abandoned reason and turned to nature—that is, to the inner intuition that guides my beliefs, independent of reason itself. I let them arrange their chances, their fates, their inevitable movements; while they built the world based on random assumptions, I saw within it that unity of purpose which, despite their theories, revealed a single underlying principle. Just as if they had claimed that the Iliad was formed by a mere coincidence of characters, I would have replied resolutely: It is possible, but it is not true. And my reason for disbelieving it is simply that I do not believe it. “Prejudice!” they say. Well, what can such vague reasoning do against a prejudice that is far more convincing? Another endless debate over the distinction between the two natures; another attempt on my part to prove that there is nothing in common between a tree and my thoughts. What amused me most was seeing them entangle themselves in their own sophisms, to the point where they would prefer to endow stones with consciousness than grant humans a soul.
My friend, I believe in God, and God would not be just if my soul were not immortal. This, I think, is the essence and the usefulness of religion; let us leave the rest to those who argue about such matters. As for the eternity of punishments, they do not accord with either the weakness of human nature or the justice of God. It is true that there are some souls so dark that I cannot conceive they could ever experience that eternal bliss—which, in my opinion, must involve a deep sense of self-contentment. This leads me to suspect that perhaps the souls of the wicked are destroyed at death, and that being and feeling are the true rewards of a good life. But whatever the case, what does it matter what happens to the wicked? All I need is to know that, as I approach the end of my life, I will not find it the end of my hopes, but rather the beginning of a happier existence after so much suffering in this one. Even if I am mistaken in this hope, it itself is a good thing that has enabled me to endure all my hardships. I await patiently the revelation of these great truths that are currently hidden from me, firmly believing that, in any circumstances, if virtue does not always bring happiness, it certainly prevents one from being unhappy without it; that the sufferings of the righteous are not without some compensation; and that even the tears of innocence are more pleasing to the heart than the prosperity of the wicked.
It is only natural, my dear Vernes, that a lonely person who suffers and is deprived of all company should pour out the soul of his heart into the embrace of friendship; I have no fear that my confidences will displeasure you. I ought to have begun by speaking of your project concerning the history of Geneva; but these are times of sorrow and suffering when one is forced to focus on oneself, and you know well that my heart is not inclined to conceal anything. All I can say about your undertaking, with all the caution I wish to exercise, is that it befits either a wise and brave man or a young man. Give my best regards to your friend Roustan. Adieu, my dear fellow citizen; I write to you with such heartfelt emotion as if we were parting forever, for I find myself in a situation that could lead me far away yet also makes me doubt whether each letter I send might be the last one.
Observation
The expression of religious opinions makes this letter remarkable, as does its tolerance—which allowed the author to live among unbelievers and atheists without being affected by their doctrines; yet this did not prevent him from loving them very much.
Letter CLXV – To Madame d’Épinay
Mont-Louis, February 27, 1758.
I see, madam, that my letters always have the misfortune of arriving at you very late. What is certain is that your letter dated January 17th was not delivered to me until this very day, on the 17th, by Mr. Cahouet; apparently, your correspondent kept it hold during all that time. I will not attempt to explain what you have chosen to ignore, and I marvel at how one can combine so much wit with so little intelligence; but I should no longer be surprised by this, for you have long been boasting to me about the very same flaw[647].
Since my intention has never been to receive a refund for the wages of your gardener, there is little likelihood that I will change my mind now. The consent you mention was one of those vague agreements made in order to avoid disputes or to postpone them until another time; in essence, it amounted to a refusal. It is true that you sent your coachman to pay the previous gardener in September 1756, but it was I who settled his account.
It is also true that I have always paid my successor out of my own money. As for those first installments of wages you claim were paid to me, madam, I believe you should know the opposite: what is absolutely certain is that they were not even offered to me. As for the fifteen days remaining before the end of the year when I left the Ermitage, you will agree that there was no need to deduct them at all. God forbid that I should claim to be free from any further obligations related to my stay at the Ermitage! My heart would never devalue the kindness and support of friendship to such an extent; but since you yourself have set such a high price for it, never has a rent been charged so exorbitantly.
I learn of the strange statements made in Paris by your correspondents regarding me, and from these I can infer what you might say more honestly in Geneva. So, there truly is some pleasure in causing harm—harm to people one would otherwise consider friends? Well, for myself, I could never find such pleasure, not even for my own defense. Speak freely; all I have to offer in response is silence, patience, and an honest life. Moreover, if you intend to inflict any further torment upon me, hurry up—for I feel that you may soon no longer enjoy the opportunity to do so.
Observation
Here end all relations between Jean-Jacques and Madame d’Épinay. He persisted in his refusal to accept the refund of the deposits he had paid to the gardener. The tone of this letter is noteworthy for its gentle melancholy, which proves that Rousseau’s heart was incapable of harboring hatred. Some time after the publication of L’Ermitage, Madame d’Épinay wrote from Geneva to Madame d’Houdetot, saying: “People tell me that he has left L’Ermitage and settled in Montmorency. I am sorry for him, but it is not my doing.” Yet her formal dismissal was undoubtedly a decisive factor. According to a letter by Grimm included in Madame d’Épinay’s Memoirs, the public of Paris did not entirely blame Rousseau. “The abandonment of L’Ermitage is beginning to cause a stir,” Grimm wrote. “I am saddened to see that people misunderstand the honest and generous reasons that prompted you to help him; they regard what you did for him as nothing more than an affected eccentricity and a ridiculous pretension.” Madame d’Épinay’s Memoirs, Volume III, page 248 (1st edition).
Non ho avuto l’occasione di eseguire il vostro incarico presso il signor d’Alembert. Poiché non ci siamo mai visti molto, non ci scriviamo; e, confinato nella mia solitudine, non ho mantenuto alcun tipo di rapporto con Parigi; mi trovo come se fossi all’altro capo della terra, e non so cosa vi accada lì più di quanto sappia cosa succede a Pechino. Del resto, se l’articolo di cui parlate è indiscreto o riprovevole, certamente non è offensivo[646]. Tuttavia, se potesse nuocere al vostro interesse, forse sarebbe opportuno rispondervi, anche se, a dire la verità, provo una certa avversione per i dettagli che possono portare a questo, e in generale non mi piace affatto che, in materia di fede, si costringa la coscienza ad aderire a formule prestabilite. Ho religione, amico mio, e ne sono molto grato; credo che nessuno al mondo abbia bisogno di essa più di me. Ho trascorso tutta la mia vita tra gli increduli, senza lasciarmi influenzare da loro, amandoli e stimandoli molto, ma senza poter sopportare la loro dottrina. Ho sempre detto loro che non sapevo come combatterli, ma che non volevo crederci; la filosofia, essendo priva di fondamenti e principi elementari in queste materie, non è altro che un mare di incertezze e dubbi, da cui il metafisico non riesce mai a uscire. Ho quindi lasciato da parte la ragione e ho consultato la natura, cioè il sentimento interno che guida la mia fede, indipendentemente dalla ragione. Ho lasciato che fossero loro ad arrangiare le loro possibilità, i loro destini, il loro movimento necessario; mentre loro costruivano il mondo a caso, io vi vedeva quella unità di intenzioni che mi faceva riconoscere, nonostante loro, un principio unico: proprio come se mi avessero detto che l’Iliade fosse stata formata da un insieme casuale di caratteri, io avrei risposto loro con fermezza: “Può essere, ma non è vero”; e non ho altra ragione per non crederci, se non il fatto che semplicemente non ci credo. Un pregiudizio, dicono. Sì; ma cosa può fare questa ragione così vaga contro un pregiudizio più persuasivo di essa? Un’altra argomentazione infinita contro la distinzione tra le due sostanze; un’altra convinzione da parte mia che non ci sia nulla in comune tra un albero e il mio pensiero. E ciò che mi è sembrato divertente in tutto questo, è stato vederli costringersi da soli con i loro stessi sofismi a preferire dare un “sentimento” alle pietre piuttosto che concedere un’anima all’uomo.
Amico mio, credo in Dio, e Dio non sarebbe giusto se la mia anima non fosse immortale. Ecco, a mio parere, ciò che la religione ha di essenziale e di utile; lasciamo il resto ai controversi. Per quanto riguarda l’eternità delle pene, queste non sono in accordo né con la debolezza dell’uomo né con la giustizia di Dio. È vero che ci sono anime così malvagie che non riesco a immaginare possano mai godere di quella beatitudine eterna di cui il sentimento più dolce dovrebbe essere senz’altro la soddisfazione di sé stesso. Questo mi fa sospettare che le anime dei malvagi possano essere distrutte alla loro morte, e che esistere e sentire sia il vero premio di una buona vita. Comunque sia, a me cosa importa ciò che accadrà ai malvagi? Mi basta che, avvicinandomi alla fine della mia vita, non vi veda la fine delle mie speranze, e che possa attendere qualcosa di più felice dopo aver sofferto così tanto in questa vita. Anche se mi sbagliassi in quest’aspettativa, essa stessa è un bene che mi ha fatto sopportare tutti i miei mali. Aspetto con pace la chiarificazione di queste grandi verità che mi sono nascoste, convinto comunque che, in ogni caso, se la virtù non rende sempre l’uomo felice, almeno non potrebbe essere felice senza di essa; che le sofferenze del giusto non siano prive di qualche compensazione; e che anche le lacrime dell’innocenza siano più dolci per il cuore della prosperità del malvagio.
È naturale, mio caro Vernes, che un solitario che soffre e è privato di ogni compagnia riversi il proprio animo nell’ambito dell’amicizia; non temo che le mie confidenze possano dispiacervi. Avrei dovuto iniziare parlando del vostro progetto sulla storia di Ginevra, ma ci sono momenti di dolore e sofferenza in cui si è costretti a prendersi cura di sé stessi. E voi sapete bene che il mio cuore non è portato a nascondere nulla. Tutto ciò che posso dirvi riguardo al vostro progetto, con tutti i riguardi che desiderate mostrare, è che si tratta di un’impresa degna di un saggio coraggioso, o di un giovane uomo. Abbracciate per me il caro Roustan. Addio, mio caro concittadino: vi scrivo con tale sincerità e affetto, come se ci stessimo separando per sempre, perché mi trovo in una situazione che potrebbe portarmi lontano ancora, ma che tuttavia mi lascia dubitare che ogni lettera che scrivo non possa essere l’ultima.
Osservazione.
La esposizione delle opinioni religiose rende questa lettera particolarmente degna di nota, così come la sua tolleranza: essa gli permetteva di convivere con gli increduli e gli atei senza soffrire per le loro dottrine; ciò tuttavia non gli impediva di amarli molto.
Lettera CLXV – Alla signora d’Épinay
Mont-Louis, 27 febbraio 1758.
Vedo, signora, che le mie lettere hanno sempre la sfortuna di arrivare molto tardi. Quello che è certo è che la vostra del 17 gennaio mi è stata consegnata solo il 17 di questo mese da parte di Monsieur Cahouet: apparentemente il vostro corrispondente l’ha trattenuta per tutto questo periodo. Non intendo cercare di spiegare ciò che avete deciso di non voler ascoltare, e ammiro come si possa, con tanto spirito, avere così poco buon senso; ma non dovrei più meravigliarmene, poiché da tempo mi vantate dello stesso difetto[647].
Poiché il mio intento non è mai stato quello di ricevere il rimborso delle somme versate per l’affitto del vostro giardiniere, non sembra affatto probabile che io cambi ora opinione al riguardo. Il consenso che avete espresso era uno di quei consensi vaghi che si danno per evitare dispute o per rimandarli a un altro momento, e in realtà equivale a un rifiuto. È vero che nel mese di settembre 1756 avete incaricato il vostro cocchiere di pagare il precedente giardiniere, ma è stato io ad effettuare il pagamento del suo conto.
È vero anche che ho sempre pagato con i miei soldi il suo successore. Per quanto riguarda i primi pagamenti di questi stipendi che dite mi siano stati fatti, signora, credo che dovreste sapere il contrario: la cosa certa è che nemmeno mi sono stati offerti. Quanto ai quindici giorni rimanenti fino alla fine dell’anno, quando sono uscita dall’Ermitage, concorderete con me che non c’era alcun motivo di detrarli dal mio stipendio. Per l’amor di Dio, non vorrei mai pretendere di essere stata rimborsata per il mio soggiorno nell’Ermitage! Il mio cuore non è disposto a valutare così bassamente le attenzioni e la gentilezza dell’amicizia; ma quando siete stata voi stessa ad attribuire un prezzo così alto, nessun affitto è mai stato venduto a un prezzo così esorbitante.
Scopro i strani discorsi che i vostri corrispondenti a Parigi pronunciano su mio conto, e da questi posso giudicare anche quelli che forse voi stessi pronunciate un po’ più onestamente a Ginevra. Quindi, c’è davvero tanto piacere nel nuocere? Nel nuocere alle persone che si sono considerate amici. Bene. Per quanto mi riguarda, non potrò mai provare tale piacere, nemmeno per la mia stessa difesa. Fate pure, dite tutto ciò che volete; l’unica risposta che posso darvi è il silenzio, la pazienza e una vita integra. Del resto, se intendete infliggermi qualche altro tormento, affrettatevi, perché sento che forse non avrete molto tempo per farlo.
Osservazione.
Qui terminano tutte le relazioni tra Jean-Jacques e madame d’Épinay. Egli persistette nel suo rifiuto di ricevere il rimborso delle cauzioni pagate al giardiniere. Il tono di questa lettera è caratterizzato da una dolce malinconia che dimostra quanto il cuore di Rousseau fosse incapace di provare odio. Poco dopo la pubblicazione de “L’Ermitage”, madame d’Épinay scrisse da Ginevra a madame d’Houdetot, dicendole: “Mi è stato comunicato che ha lasciato l’Ermitage e si è stabilito a Montmorency. Ne sono dispiaciuta per lui, ma non sono stata io la causa di questa decisione”. Tuttavia, quella fu senz’altro una causa decisiva: il congedo formale che lei gli aveva dato. Secondo una lettera di Grimm inclusa nei “Mémoires” di madame d’Épinay, sembra che il pubblico di Parigi non attribuisse tutti i torti a Rousseau. “La sua partenza dall’Ermitage sta suscitando scalpore”, scriveva Grimm, “e mi dispiace vedere che ci si soffermi su quel motivo onesto e generoso che vi ha spinto ad aiutarlo; si considera invece ciò che avete fatto per lui una semplice eccentricità affettata o una pretesa ridicola”. “Mémoires de madame d’Épinay”, volume III, pagina 248, (prima edizione).
Lettre CLXVI – À M. Diderot
Mont-Louis, 2 mars 1758.
Il faut, mon cher Diderot, que je vous écrive encore une fois en ma vie : vous ne m’en avez que trop dispensé ; mais le plus grand crime de cet homme, que vous noircissez d’une si étrange manière, est de ne pouvoir se détacher de vous.
Mon dessein n’est point d’entrer en explication, pour ce moment-ci, sur les horreurs que vous m’imputez. Je vois que cette explication serait à présent inutile ; car, quoique né bon et avec une âme franche, vous avez pourtant un malheureux penchant à mésinterpréter les discours et les actions de vos amis. Prévenu contre moi connue vous l’êtes, vous tourneriez en mal tout ce que je pourrais dire pour me justifier, et mes plus ingénues explications ne feraient que fournir à votre esprit subtil de nouvelles interprétations à ma charge. Non, Diderot, je sens que ce n’est pas par là qu’il faut commencer. Je veux d’abord proposer à votre bon sens des préjugés plus simples, plus vrais, mieux fondés que les vôtres, et dans lesquels je ne pense pas, au moins, que vous puissiez trouver de nouveaux crimes.
Je suis un méchant homme, n’est-ce pas ? vous en avez les témoignages les plus sûrs ; cela vous est bien attesté. Quand vous avez commencé de l’apprendre, il y avait seize ans que j’étais pour vous un homme de bien, et quarante ans que je l’étais pour tout le monde. En pouvez-vous dire autant de ceux qui vous ont communiqué cette belle découverte ? Si l’on peut porter à faux » si longtemps le masque d’un honnête homme, quelle preuve avez-vous que ce masque ne couvre pas leur visage aussi bien que le mien ? Est-ce un moyen bien propre à donner du poids à leur autorité, que de charger en secret un homme absent, hors d’état de se défendre ? Mais ce n’est pas de cela qu’il s’agit.
Je suis un méchant : mais pourquoi le suis-je ? Prenez bien garde, mon cher Diderot ; ceci mérite votre attention. On n’est pas malfaisant pour rien. S’il y avait quelque monstre ainsi fait, il n’attendrait pas quarante ans à satisfaire ses inclinations dépravées. Considérez donc ma vie, mes passions, mes goûts, mes penchants ; cherchez, si je suis méchant, quel intérêt m’a pu porter à l’être. Moi qui, pour mon malheur, portai toujours un coeur trop sensible, que gagnerais-je à rompre avec ceux qui m’étaient chers ? À quelle place ai-je aspiré ? à quelles pensions, à quels honneurs m’a-t-on vu prétendre ? quels concurrents ai-je à écarter ? Que m’en peut-il revenir de mal faire ? Moi qui ne cherche que la solitude et la paix, moi dont le souverain bien consiste dans la paresse et l’oisiveté, moi dont l’indolence et les maux me laissent à peine le temps de pourvoir à ma subsistance, à quel propos, à quoi bon m’irais-je plonger dans les agitations du crime, et m’embarquer-dans l’éternel manège des scélérats ? Quoi que vous en disiez, on ne fuit point les hommes quand on cherche à leur nuire ; le méchant peut méditer ses coups dans la solitude, mais c’est dans la société qu’il les porte. Un fourbe a de l’adresse et du sang froid ; un perfide se possède et ne s’emporte point. Reconnaissez-vous en moi quelque chose de tout cela ? Je suis emporté dans la colère, et souvent étourdi de sang-froid. Ces défauts font-ils le méchant ? Non, sans doute ; mais le méchant en profite pour perdre celui qui les a.
Je voudrais que vous pussiez aussi réfléchir un peu sur vous-même. Vous vous fiez à votre bonté naturelle ; mais savez-vous à quel point l’exemple et l’erreur peuvent la corrompre ? N’avez-vous jamais craint d’être entouré d’adulateurs adroits qui n’évitent de louer grossièrement en face que pour s’emparer plus adroitement de vous sous l’appât d’une feinte sincérité ? Quel sort pour le meilleur des hommes d’être égaré par sa candeur même, et d’être innocemment, dans la main des méchants, l’instrument de leur perfidie ! Je sais que l’amour-propre se révolte à cette idée, mais elle mérite l’examen de la raison.
Voilà des considérations que je vous prie de bien peser : pensez-y longtemps avant que de me répondre. Si elles ne vous touchent pas, nous n’avons plus rien à nous dire ; mais si elles font quelque impression sur vous, alors nous entrerons en éclaircissements ; vous retrouverez un ami digne de vous, et qui peut-être ne vous aura pas été inutile. J’ai, pour vous exhorter à cet examen, un motif de grand poids, et ce motif le voici.
Vous pouvez avoir été séduit et trompé. Cependant votre ami gémit dans sa solitude, oublié de tout ce qui lui était cher. Il peut y tomber dans le désespoir, y mourir enfin, maudissant l’ingrat dont l’adversité lui fit tant verser de larmes, et qui l’accable indignement dans la sienne. Il se peut que les preuves de son innocence vous parviennent enfin, que vous soyez forcé d’honorer sa mémoire [648], et que l’image de votre ami mourant ne vous laisse pas des nuits tranquilles. Diderot, pensez-y. Je ne vous en parlerai plus.
Observation
On se demande, en lisant cette lettre touchante, si l’auteur qu’on traitait de monstre alors a pu l’écrire après avoir fait tout ce dont on l’accusait ; dans quel but il l’aurait écrite à celui de ses amis qui, plus que les autres, devait avoir des preuves de sa duplicité, puisque, d’après les Mémoires de madame d’Épinay, arrangés par Grimm, Jean-Jacques lui aurait fourni lui-même ces preuves, en lui montrant sa correspondance où se seraient trouvées des lettres faites par Rousseau, contre celui-là même à qui il les communiquait ; enfin, si c’est ainsi que s’exprime un coupable quand il s’adresse à celui-là seul aux yeux duquel il lui est impossible de se justifier ? Rien n’égale l’impudence irréfléchie de l’auteur de cette trame (Grimm), si ce n’est la crédulité sur laquelle il a compté et la justesse de son calcul. Il lui fallait Diderot pour le succès de son intrigue, et Diderot persuadé, parce qu’avec le caractère d’un homme qui avait toujours le langage d’un inspiré, on persuaderait bien mieux les autres. Diderot, trompé d’abord, et probablement de bonne foi, s’avança trop pour reculer. J’ai prouvé, d’après lui-même, à son article (Histoire de J. J. Rousseau), que de dupe il devint complice en racontant des faits démentis par ses propres lettres. Quant à celle qui donne lieu à ces remarques, j’avais cru d’abord qu’il y avait erreur dans la date (du 2 mars), parce que la préface dans laquelle il rompt ouvertement avec Diderot est datée du 20 de ce mois. Mais je me trompais, et il me paraît évident qu’avant de rompre sans retour avec son plus ancien ami, Rousseau voulait voir s’il était possible de le faire revenir et de se réconcilier avec lui. Remarquons bien que, dans cette rupture qui fit tant de bruit, le public ignora tout ce qui la motivait, tout ce qui s’était passé, et conséquemment mit et dut mettre tons les torts du côté de Rousseau, quand bien même Grimm n’aurait pas conduit toutes les intrigues dont il est rendu compte au commencement du dixième livre des Confessions.
Lettre CLXVII – À M. Coindet
[649]
À Paris
Montmorency, mars 1758[650].
J’avais cent choses à vous écrire ; un tracas est survenu, j’ai tout oublié : ma pauvre tête affaiblie ne peut suffire à deux objets. Voilà, très à la hâte, le commencement de la note que vous m’avez demandée, nous ferons le reste à loisir ; le prudent M. Rey n’est pas un homme avec lequel on ait besoin de précipitation. Cher Coindet, je suis sensible à votre zèle ; il me semble que vous m’aimez, et cela me touche. Je donnerais tout au monde pour que vous me convinssiez tout-à-fait, car je n’imagine d’autre vrai bonheur dans la vie qu’une intimité sans réserve ; mais il nuit vous donner la sienne, et n’en point espérer de vous, cela n’est pas possible. Je sens que je vous aime l’hiver, parce que vous venez seul, et que je vous hais l’été parce que vous allez ramassant des cortèges d’importuns qui me désolent. Vous savez nos conventions dès le premier de l’année prochaine ; songez-y, et songez-y sérieusement, car, malgré mon attachement pour vous, la première explication sera la dernière. Il me semble ; que si nous pouvions former entre le cher Carrion, vous et moi, une petite société exclusive où nul autre mortel au monde ne fût admis, cela serait trop délicieux. Mais je ne puis me corriger de mes châteaux en Espagne. J’ai beau vieillir, je n’en suis que plus enfant. Oh ! quand serai-je ignoré de la tourbe et aimé de deux amis ?… Mais je serais trop heureux, et je ne suis pas fait pour l’être.
Letter CLXVI – To Mr. Diderot
Mont-Louis, March 2, 1758.
My dear Diderot, I must write to you one more time in my life: you have too often spared me the effort of doing so; but the greatest crime of this man, which you portray in such a strange light, is his inability to break free from your influence.
My intention is not, at this moment, to enter into an explanation regarding the horrors you attribute to me. I see that such an explanation would be utterly useless now; for although I was born good and with an honest soul, you have unfortunately a tendency to misinterpret the words and actions of your friends. Having been warned against me, you would turn anything I might say in my defense into something harmful, and even my most innocent explanations would only provide your keen mind with new interpretations that would incriminate me. No, Diderot, I feel that this is not the right way to begin. First, I wish to present to your good judgment prejudices that are simpler, more genuine, and better-founded than yours—and in which, at least, I do not think you could find any new grounds for accusation.
I am a wicked man, am I not? You have the most conclusive evidence of it; it is clearly attested to you. When you began to learn this about me, sixteen years had passed since I was considered a good man in your eyes, and forty years since I had been regarded as such by everyone else. Can you say the same about those who have shared this “beautiful discovery” with you? If one can wear the mask of an honest man for such a long time without being discovered, what proof do you have that this mask does not cover their face just as well as it covers mine? Is it really a proper way to lend authority to their claims to secretly accuse a person who is absent and unable to defend themselves? But that is not what is at issue here.
I am a villain: but why am I one? Be careful, my dear Diderot; this deserves your attention. One does not become wicked for no reason. If there were such a monster, it would not wait forty years to indulge its depraved inclinations. Consider therefore my life, my passions, my tastes, my tendencies; try to understand what could have driven me to be evil. I, who, alas, have always possessed a too sensitive heart, what could I gain by harming those who were dear to me? What position did I aspire to? What pensions, what honors did I ever seek? What rivals did I need to eliminate? What harm could it bring me to do evil? I, who seek only solitude and peace, whose greatest happiness lies in laziness and idleness, whose indolence and misfortunes leave me with barely enough time to provide for my basic needs—why, for what purpose would I plunge into the turmoil of crime and embark on the endless antics of scoundrels? No matter what you say, one does not avoid people when they seek to harm them; a villain may plan his evil deeds in solitude, but it is in society that he carries them out. A cunning person has skill and composure; a treacherous one remains calm and controlled. Do you see any of these traits in me? I am prone to anger, yet often overcome by coldness. Do such flaws make me a villain? Surely not; but they allow a villain to exploit those who possess them.
I would like you to reflect a little on yourself as well. You trust in your natural goodness; but do you realize to what extent example and error can corrupt it? Have you never feared being surrounded by cunning flatterers who avoid blatant praise in public only to manipulate you more effectively under the guise of pretended sincerity? What fate awaits the best of men when their very innocence leads them into the hands of the wicked, making them unwitting instruments of their deceit! I know that self-esteem resists such an idea, but it deserves careful consideration by reason.
These are considerations that I beg you to weigh carefully: take ample time to think about them before answering me. If they do not touch you in any way, then we have nothing further to say to each other; but if they make some impression on you, then we will proceed to clarify things further. You will thus regain a friend worthy of you—one who may well have been of some use to you. I have a very weighty reason for urging you to consider these matters carefully, and that reason is as follows.
You may have been seduced and deceived. Yet your friend suffers in solitude, forgotten by all those who were dear to him. He may fall into despair, perhaps even die there, cursing the ungrateful one whose misfortune once made you shed so many tears, and who now treats him with such indignity in his own adversity. It is possible that evidence of his innocence will eventually reach you, that you will be forced to honor his memory [648], and that the image of your dying friend will prevent you from enjoying any peace at night. Diderot, think about this. I will not speak of it anymore.
Observation
As one reads this touching letter, one wonders whether the author, who was once called a monster, could have written it after having committed all the things of which he was accused; and for what purpose would he have written it to someone among his friends who, more than anyone else, must have had evidence of his duplicity—especially since, according to Grimm’s arrangement of Madame d’Épinay’s Memoirs, Jean-Jacques himself is said to have provided these proofs by showing him Rousseau’s correspondence, which contained letters written by Rousseau against the very person to whom he was sending them. Finally, one wonders whether this is indeed the way a guilty person would express themselves when addressing the only person before whom they cannot possibly defend themselves. Nothing compares to the reckless audacity of the author of this scheme—except perhaps for the credulity upon which he relied and the precision of his calculations. He needed Diderot for the success of his plot, and a convinced Diderot, too, because someone with the temperament of an inspired individual would be far more effective in persuading others. Diderot, deceived at first—and probably in good faith—went too far to be able to retreat. I have proven, based on his own statements in his article “History of J.-J. Rousseau,” that he went from being a dupe to becoming an accomplice by telling stories that were contradicted by his own letters. As for the letter that gives rise to these remarks, I initially thought there might be an error in the date (March 2), since the preface in which he openly breaks with Diderot is dated March 20 of that month. But I was mistaken; it seems clear that before breaking off relations with his oldest friend forever, Rousseau wanted to see if it were possible to bring him back and reconcile with him. It is worth noting that in this highly publicized break-up, the public knew nothing about its true motives or what had actually happened, and as a result, everyone—and certainly Grimm—attributed all the blame to Rousseau, even though Grimm himself was not responsible for all the intrigues described at the beginning of the tenth book of “Confessions.”
Letter CLXVII – To Mr. Coindet
[649]
In Paris
Montmorency, March 1758[650].
I had a hundred things to write to you; some trouble arose, and I forgot everything—my poor weakened mind simply cannot handle two matters at once. Here, very hastily, is the beginning of the note you asked me to write; we will finish the rest at our leisure. The prudent Mr. Rey is not someone who needs to be rushed. Dear Coindet, I appreciate your zeal; it seems to me that you love me, and that touches me deeply. I would give everything in the world if you could truly convince me of your feelings, because I see no true happiness in life other than an intimate relationship without any reservations. But it is impossible for me to give you my heart while not expecting the same from you. I feel that I love you in winter, because you come alone; but I hate you in summer, because you bring with you a crowd of annoying people who distress me. You know our arrangements for the first day of next year—think about it carefully, for despite my affection for you, the first argument would be the last. It seems to me that if we could form a small, exclusive circle consisting only of you, me, and the dear Carrion, where no other person in the world would be allowed, it would be absolutely delightful. But I simply cannot stop dreaming about these impossible castles in Spain. No matter how old I get, I remain just a child. Oh! When will I finally be forgotten by the vulgar world and loved by two true friends?. But then I would be too happy—and I am not made for such happiness.
Lettera CLXVI – A Monsieur Diderot
Mont-Louis, 2 marzo 1758.
Devo, caro Diderot, scrivervi ancora una volta nella mia vita: voi mi avete troppo risparmiato questa incombenza; ma il più grande crimine di quest’uomo, che voi descrivete in modo così strano, è proprio quello di non riuscire a liberarsi da voi.
Il mio intento non è, per il momento, quello di entrare in spiegazioni riguardo alle orrori che mi attribuite. Capisco che una tale spiegazione sarebbe ora inutile; poiché, sebbene sia nato buono e con un’anima onesta, voi avete la sfortunata tendenza a fraintendere i discorsi e le azioni dei vostri amici. Essendo già prevenuto contro di me, trasformereste in male qualsiasi cosa potessi dire per difendermi, e le mie spiegazioni più ingenui non farebbero altro che fornire al vostro acuto intelletto nuove interpretazioni a mio sfavore. No, Diderot, sento che non è da questa parte che bisogna iniziare. Voglio prima proporre al vostro buon senso pregiudizi più semplici, più veri e meglio fondati dei vostri; pregiudizi nei quali, almeno, non credo che possiate trovare nuovi motivi per accusarmi.
Sono un uomo malvagio, non è vero? Avete le prove più certe a sostegno di ciò; vi è stato detto con chiarezza. Quando avete iniziato a saperlo, da sedici anni io ero considerato una persona onesta per voi, e da quaranta anni lo ero per tutti. Potete dire lo stesso di coloro che vi hanno comunicato questa “bellissima scoperta”? Se si può indossare a lungo il maschera di un uomo onesto senza essere scoperti, quale prova avete che quel maschera non copra altrettanto bene il loro volto quanto il mio? È davvero un modo efficace per dare credibilità alla loro autorità, accusare in segreto una persona assente e incapace di difendersi? Ma non è di questo che si tratta.
Sono un malvagio. Ma perché lo sono? Fate attenzione, caro Diderot: questo merita la vostra considerazione. Non si è cattivi senza motivo. Se esistesse davvero un mostro del genere, non aspetterebbe nemmeno quarant’anni per soddisfare le sue inclinazioni depravate. Considerate dunque la mia vita, le mie passioni, i miei gusti, i miei desideri: cercate, se sono malvagio, quale interesse possa avermi spinto a esserlo. Io, che per sfortuna ho sempre avuto un cuore troppo sensibile. Che guadagnerei a rompere i legami con coloro che mi erano cari? A quale posizione aspiravo? A quali onori, a quali ricompense ho mai cercato di accedere? Con quali rivali dovevo competere? Cosa potrei guadagnare facendo del male? Io, che desidero solo solitudine e pace. Il mio bene supremo è la pigrizia e l’ozio. La mia indolenza e i miei mali mi lasciano appena il tempo di provvedere al mio sostentamento. Per quale motivo, a quale scopo dovrei immergermi nelle agitazioni del crimine, coinvolgermi nei continui intrighi dei malvagi? Che cosa ne potrei trarre? Non si fuggono gli uomini quando si cerca di loro nuocere. Il malvagio può pianificare i suoi atti nella solitudine. Ma è nella società che li compie. Un astuto possiede astuzia e freddezza. Un perfido sa controllarsi, non perde la testa. Riconoscete in me qualcosa di tutto questo? Sono impulsivo quando arrabbiato. E spesso freddo e calcolatore. Questi difetti mi rendono un malvagio? No, certamente. Ma il malvagio ne approfitta per distruggere coloro che li possiedono.
Vorrei che anche voi rifletteste un po’ su voi stessi. Vi fidate della vostra bontà naturale; ma sapete fino a che punto l’esempio e l’errore possono corromperla? Non avete mai temuto di essere circondati da adulatori abili, che evitano di lodarvi apertamente solo per approfittare più facilmente della vostra ingenuità sotto il pretesto di una falsa sincerità? Che destino per l’uomo migliore, essere ingannato proprio dalla propria candidezza e diventare, innocente, nelle mani dei malvagi, strumento delle loro perfidie! So che l’orgoglio si ribella a questa idea, ma merita di essere esaminata con la ragione.
Ecco considerazioni che vi prego di ponderare attentamente: rifletteteci a lungo prima di rispondermi. Se non vi colpiscono, non abbiamo più nulla da dirci; ma se suscitano in voi qualche impressione, allora potremo chiarire le cose; ritroverete un amico degno di voi, e che forse non vi è stato inutile. Ho un motivo molto importante per esortarvi a fare questa riflessione. E questo motivo è il seguente.
È possibile che siate stati sedotti e ingannati. Tuttavia, vostro amico geme nella sua solitudine, dimenticato da tutto ciò che gli era caro. Potrebbe cadere nel disperazione, morirvi dentro, maledicendo quell’ingrato il cui dolore lo aveva fatto versare tante lacrime e che ora lo opprime con ingiustizia nella sua sventura. È possibile che le prove della sua innocenza vi arrivino finalmente, che siate costretti a onorarne la memoria [648], e che l’immagine di vostro amico morente non vi lasci più tranquilli nelle notti. Diderot, rifletteteci bene. Non ne parlerò più.
Osservazione.
Leggendo questa lettera commovente, ci si chiede se l’autore, che allora veniva considerato un mostro, sia davvero stato in grado di scriverla dopo aver compiuto tutte le azioni di cui era accusato; e con quale scopo l’abbia scritta, soprattutto a coloro tra i suoi amici che, più di chiunque altro, avrebbero dovuto disporre di prove della sua doppiezza. Secondo i “Memorie” di madame d’Épinay, curati da Grimm, Jean-Jacques stesso gli avrebbe fornito queste prove, mostrandogli la propria corrispondenza in cui si trovavano lettere scritte da Rousseau contro lo stesso uomo a cui le inviava. Infine, ci si chiede se sia davvero così che un colpevole si esprime quando si rivolge all’unica persona davanti alla quale gli è impossibile giustificarsi. Niente eguaglia l’impudenza irreflessiva dell’autore di questa trama (Grimm), se non la credulità su cui ha potuto contare e l’accuratezza dei suoi calcoli. Gli serviva Diderot per il successo della sua intrigha. E un Diderot convinto, perché con il carattere di un uomo che sempre parlava come un ispirato, si sarebbero potuti convincere molto meglio gli altri. Diderot, ingannato all’inizio e probabilmente a buon credere, si spinse troppo lontano per poter tornare indietro. Ho dimostrato, basandomi su quanto lui stesso ha scritto nel suo articolo (“Storia di J.-J. Rousseau”), che passò da vittima a complice raccontando fatti smentiti dalle sue stesse lettere. Quanto alla lettera che dà origine a queste osservazioni, inizialmente pensavo ci fosse un errore nella data (2 marzo), poiché la prefazione in cui Rousseau rompe apertamente con Diderot è datata proprio il 20 di quel mese. Ma mi sbagliavo: sembra evidente che, prima di rompere definitivamente con il suo vecchio amico, Rousseau volesse vedere se fosse possibile farlo tornare sui suoi passi e riconciliarsi con lui. È importante notare che, in questa rottura che causò tanto scalpore, il pubblico ignorava completamente le motivazioni dietro di essa, non sapeva nulla di ciò che era accaduto. E quindi attribuiva, e doveva attribuire, tutti i torti a Rousseau. Anche se Grimm non avesse orchestrato tutte le intrighi di cui parla all’inizio del decimo libro delle “Confessioni”.
Lettera CLXVII – A Monsieur Coindet
[649]
A Parigi
Montmorency, marzo 1758[650].
Avevo cent cose da scrivervi; è intervenuto un imprevisto e ho dimenticato tutto: la mia povera mente indebolita non riesce a concentrarsi su due cose contemporaneamente. Ecco, molto in fretta, l’inizio della lettera che mi avevate chiesto; continueremo il resto quando ne avremo il tempo. Il prudente signor Rey non è certo una persona con cui si debba avere fretta. Caro Coindet, apprezzo molto la vostra dedizione; mi sembra che mi vogliate bene, e questo mi commuove. Darei tutto al mondo per essere completamente convinto della vostra affetto, perché non immagino alcun vero felicità nella vita se non un’intimità senza riserve. Ma è impossibile darvi la mia fiducia senza aspettarmene in cambio. So di amarvi d’inverno, perché venite da solo, e vi odio d’estate, perché portate con voi una serie di persone fastidiose che mi tormentano. Conoscete le nostre regole già dal primo giorno dell’anno prossimo. Pensateci seriamente, perché, nonostante il mio affetto per voi, la prima discussione potrebbe essere anche l’ultima. Mi sembra che, se potessimo formare tra di noi un piccolo gruppo esclusivo, dove nessun altro essere umano fosse ammesso, sarebbe davvero delizioso. Ma non riesco a smettere di sognare queste cose irrealizzabili. Nonostante invecchi, resto ancora un bambino. Oh! Quando sarò ignorato dalla gente comune e amato da due veri amici?. Ma sarei troppo felice, e io non sono fatto per essere così felice.
Cher Coindet, je cherche à vous aimer. Pour Dieu, ne gâtez pas cette fantaisie. Je me dis, cent fois le jour, que c’est une folie de chercher des convenances parfaites, et je suis bien loin de les trouver entre nous. Mais tâchons de nous accommoder l’un de l’autre tels que nous sommes ; car, en changeant, nous risquons d’être plus mal. C’est à vous, comme le plus jeune, à me supporter, et à ne pas choquer mes fantaisies : je vous dirai peut-être, quelquefois, des vérités dures, et il y a de quoi ; vous pouvez m’en rendre de plus dures aussi justement, et je ne m’en fâcherai jamais. Du reste, gardez votre liberté, et laissez-moi la mienne. Honorez nos liaisons par une probité inviolable, et, si vous aimez tant à cacher vos affaires, faites au moins que vous n’ayez jamais raison de me rien cacher. Adieu, je vous embrasse.
Observation
À la suite de la lettre se trouve celle note.
Code de la police, page 46.
« Si un spectacle n’a pour attrait qu’un mauvais principe, il est pernicieux pour les spectateurs, de même que pour les acteurs ; il attire et entretient, dans un genre de vie frivole et condamnable, les jeunes gens dont les talents pourraient être très utiles à la société ; et en général on peut dire que si, dans les grandes villes, les spectacles sont un amusement peut-être nécessaire pour éviter un plus grand mal, à l’égard des petites villes, on ne voit pas qu’il y ait une apparence d’utilité ou de mérite suffisante pour compenser le mal qui en résulte. »
Cette lettre nous a été communiquée par le docteur Coindet, neveu de celui à qui elle est adressée. Elle est sans date, mais nous pouvons en mettre une, d’après ce que dit Rousseau de son ami Carrion, et du passage du dixième livre des Confessions, où se trouve le sentiment qu’il exprime ici. Or, ce devait être en 1758, entre la sortie de l’Ermitage et l’époque où Rousseau connut le maréchal de Luxembourg. Nous ignorons l’usage et le motif de la note jointe à cette lettre, qui paraît avoir quelque rapport avec la Lettre à d’Alembert sur les spectacles.
Rousseau ne cache point, comme on voit, à M. Coindet le mécontentement que lui causait son indiscrète envie de lui amener toujours du monde, quand il ne voulait voir personne, et c’est sous ce rapport qu’il en parle dans ses Confessions.
Nous croyons que cette lettre doit être mise à côté de celle que Jean-Jacques écrivit à M. Vernes, le 25 mars 1758, et dans laquelle il lui dit qu’il a faim d’un ami.
Lettre CLXVIII – À Madame d’Houdetot
Ce samedi, 25 mars 1768.
En attendant votre courrier, je commence par répondre à votre lettre de vendredi, venue par la poste.
Je crois avoir à m’en plaindre, et j’ai peine à comprendre que vous l’ayez écrite avec l’intention que j’en fusse content. Expliquons-nous, et si j’ai tort, dites-le-moi sans détour.
Vous me dites que j’ai été le plus grand obstacle aux progrès de votre amitié. D’abord, j’ai à vous dire que je n’exigeais point que votre amitié fît du progrès, mais seulement qu’elle ne diminuât pas, et certainement je n’ai point été la cause de cette diminution. En nous séparant, à notre dernière entrevue d’Eaubonne, j’aurais juré que nous étions les deux personnes de l’univers qui avaient le plus d’estime et d’amitié l’une pour l’autre, et qui s’honoraient le plus réciproquement. C’est ce me semble, avec les assurances de ce mutuel sentiment que nous nous séparâmes, et c’est encore sur ce même ton que vous m’écrivîtes quatre jours après : Insensiblement vos lettres ont changé de style ; vos témoignages d’amitié sont devenus plus réservés, plus circonspects, plus conditionnels ; au bout d’un mois, il s’est trouvé, je ne sais comment, que votre ami n’était plus votre ami. Je vous ai demandé plusieurs fois la raison de ce changement, et vous m’obligez de vous la demander encore : je ne vous demande pas pourquoi votre amitié n’a point augmenté, mais pourquoi elle s’est éteinte. Ne m’alléguez pas ma rupture avec votre belle-soeur et son digne ami. Vous savez ce qui s’est passé ; et, de tout temps, vous avez dû savoir qu’il ne saurait y avoir de paix entre J. J. Rousseau et les méchants.
Vous me parlez de fautes, de faiblesses, d’un ton de reproche. Je suis faible, il est vrai ; ma vie est pleine de fautes, car je suis homme. Mais voici ce qui me distingue des hommes que je connais ; c’est qu’au milieu de mes fautes je me les suis toujours reprochées ; c’est qu’elles ne m’ont jamais fait mépriser mon devoir, ni fouler aux pieds la vertu ; c’est qu’enfin j’ai combattu et vaincu pour elle, dans les moments où tous les autres l’oublient. Puissiez-vous ne trouver jamais que des hommes aussi criminels !
Vous me dites que votre amitié, telle qu’elle est, subsistera toujours pour moi, tel que je sois, excepté le crime et l’indignité, dont vous ne me croirez jamais capable. À cela je vous réponds que j’ignore quel prix je dois donner à votre amitié, telle qu’elle est ; que, quant à moi, je serai toujours ce que je suis depuis quarante ans ; qu’on ne commence pas si tard à changer ; et quant au crime et à l’indignité, dont vous ne me croirez jamais capable, je vous apprends que ce compliment est dur pour un honnête homme, et insultant pour un ami.
Vous me dites que vous m’avez toujours vu beaucoup meilleur que je ne me suis montré. D’autres, trompés par les apparences, m’estiment moins que je ne vaux, et sont excusables ; mais pour vous, vous devez me connaître : je ne vous demande que de me juger sur ce que vous avez vu de moi.
Mettez-vous un moment à ma place. Que voulez-vous que je pense de vous et de vos lettres ? On dirait que vous avez peur que je ne sois paisible dans ma retraite, et que vous êtes bien aise de m’y donner, de temps en temps, des témoignages de peu d’estime, que, quoi que vous en puissiez dire, votre coeur démentira toujours. Rentrez en vous-même, je vous en conjure. Vous m’avez demandé quelquefois les sentiments d’un père : je les sens en vous parlant, même aujourd’hui que vous ne me les demandez plus. Je n’ai, point changé d’opinion sur votre bon coeur ; mais je vois que vous ne savez plus ni penser, ni parler, ni agir par vous-même. Voyez au moins quel rôle on vous fait jouer. Imaginez ma situation. Pourquoi venez-vous contrister encore, par vos lettres, une âme que vous devez croire assez affligée de ses propres ennuis ? Est-il si nécessaire à votre repos de troubler le mien ? Ne sauriez-vous concevoir que j’ai plus besoin de consolations que de reproches ? Épargnez-moi donc ceux que vous savez bien que je ne mérite pas, et portez quelque respect à mes malheurs. Je vous demande de trois choses l’une : ou changez de style, ou justifiez le vôtre, ou cessez de m’écrire ; j’aime mieux renoncer à vos lettres que d’en recevoir d’injurieuses. Je puis me passer que vous m’estimiez ; mais j’ai besoin de vous estimer vous-même, et c’est ce que je ne saurais faire si vous manquez à votre ami.
Quant à la Julie, ne vous gênez point pour elle. Soit que vous m’écriviez ou non, vos copies ne se feront pas moins ; et si je les ai suspendues après un silence de trois semaines, c’est que j’ai cru que, m’ayant tout-à-fait oublié, vous ne vous souciiez plus de rien qui vînt de moi. Adieu : je ne suis ni changeant ni subjugué comme vous ; l’amitié que vous m’avez demandée, et que je vous ai promise, je vous la garderai jusqu’au tombeau. Mais si vous continuez à m’écrire de ce ton équivoque et soupçonneux que vous affectez avec moi, trouvez bon que je cesse de vous répondre ; rien n’est moins regrettable qu’un commerce d’outrages : mon coeur et ma plume s’y refuseront toujours avec vous.
Lettre CLXX – Au même
Montmorency, le 25 mai 1758.
Dear Coindet, I strive to love you. For God’s sake, do not destroy this fantasy of mine. I tell myself hundreds of times a day that it is foolish to seek perfect compatibility, and yet we are far from finding it between us. But let us try to accommodate each other as we are; for if we change, we may end up in an even worse situation. It is your duty, as the younger one, to tolerate me and not offend my whims. Sometimes I may tell you hard truths, and there is reason for that; you can also return such truths to me just as fairly, and I will never be offended. In any case, preserve your freedom, and let me keep mine. Honor our relationship with unwavering honesty, and if you truly prefer to keep your affairs secret, at least make sure there is never any reason for you to hide anything from me. Adieu, I kiss you.
Observation
Following the letter is that note.
Police Code, page 46.
“If a form of entertainment is based on a bad principle, it is harmful both to the spectators and to the performers; it draws in and sustains young people in a frivolous and condemnable way of life, when their talents could be of great use to society. In general, one might say that while in large cities such entertainment may be an occasional necessity to prevent greater harm, in smaller towns, there seems to be no sufficient merit or utility to compensate for the negative consequences it entails.”
This letter was brought to us by Dr. Coindet, the nephew of the person to whom it is addressed. It lacks a date, but we can assign one based on what Rousseau says about his friend Carrion, as well as on the passage from the tenth book of the Confessions where he expresses the same sentiment. This must have been in 1758, between the publication of The Hermitage and the time when Rousseau met Marshal de Luxembourg. We are unaware of the purpose and intention of the note attached to this letter, which seems to be related in some way to Letter to d’Alembert on Theatres.
As one can see, Rousseau does not conceal from Mr. Coindet the dissatisfaction he felt at Mr. Coindet’s indiscreet tendency to constantly bring people around him when he himself wanted to see no one; it is in this context that Rousseau mentions it in his Confessions.
We believe that this letter should be placed alongside the one Jean-Jacques wrote to Mr. Vernes on March 25, 1758, in which he expressed his desire for a friend.
Letter CLXVIII – To Madame d’Houdetot
This Saturday, March 25, 1768.
While waiting for your letter, I will begin by responding to your letter from Friday, which arrived via mail.
I believe I have reason to complain, and I find it hard to understand how you could have written it with the intention that I would be pleased. Let’s clarify this matter; if I am wrong, please tell me without any hesitation.
You tell me that I have been the greatest obstacle to the progress of your friendship. First of all, I must say that I never demanded that your friendship should progress; I only wished that it would not decline, and certainly I was not the cause of that decline. When we parted at our last meeting in Eaubonne, I would have sworn that we were the two people in the world who held the most respect and felt the deepest friendship for each other, and who respected one another the most. It seems to me that it was with these mutual feelings that we parted; and yet, four days later, you wrote to me in exactly the same tone. Gradually, the style of your letters changed; your expressions of friendship became more reserved, more cautious, more conditional. After a month, somehow, it turned out that your “friend” was no longer your friend. I asked you several times for the reason behind this change, and now I am forced to ask you again: I am not asking why your friendship did not grow stronger, but why it disappeared. Do not blame my separation from your sister-in-law and her worthy friend. You know what happened; and from the very beginning, you must have known that there could never be any peace between J.-J. Rousseau and the wicked.
You speak to me of faults, of weaknesses, in a tone of reproach. It is true that I am weak; my life is full of faults, for I am human. But here lies what distinguishes me from the men I know: amidst my faults, I have always reproached myself for them; they have never made me despise my duty or trample on virtue; and finally, in times when everyone else forgets about it, I have fought for it and conquered. May you never encounter but such criminal men!
You tell me that your friendship, as it is now, will always remain with me, regardless of who I am—except for the crime and the indignity of which you would never believe me capable. To this, I reply that I do not know what value to assign to your friendship, as it currently stands; that as for myself, I will always remain what I have been for forty years; that one cannot begin to change so late in life; and that as for the crime and the indignity of which you would never believe me capable, I must tell you that such words are harsh for an honest man and insulting for a friend.
You tell me that you have always seen me to be much better than I have shown myself to be. Others, deceived by appearances, think less of me than I really am, and they are excusable; but as for you, you must know me well: all I ask is that you judge me based on what you have seen of me.
Put yourself in my position for a moment. What do you expect me to think of you and your letters? It seems as if you are afraid that I might be too peaceful in my retirement, and that you are quite pleased to occasionally send me messages full of disdain—messages whose contents, no matter what you say, your heart will always contradict. Reflect on yourself, I implore you. You have sometimes asked me to express the feelings of a father; I feel them as I speak to you, even today when you no longer ask me to do so. My opinion about your good heart has not changed; but I see that you are no longer able to think, speak, or act on your own. At least try to understand the role that others are making you play. Imagine my situation. Why do you continue to distress a soul that, I am sure, is already overwhelmed by its own troubles? Is it really necessary for your peace of mind to disturb mine? Can’t you understand that I need consolation more than reproaches? Therefore, spare me the reproaches you know I don’t deserve, and show some respect for my misfortunes. I ask you three things: either change the tone of your letters, or justify their content, or stop writing to me altogether. I would rather do without your letters than receive ones full of insult. I can live without your approval; but I need you to respect me as a friend—something you seem unable to do if you fail to fulfill your duties toward me.
As for Julie, do not hesitate to write to her at all. Whether you write to me or not, your letters will still be received; and if I put them on hold after a three-week silence, it was because I thought that, having completely forgotten about me, you no longer cared about anything coming from me. Adieu: I am neither fickle nor easily influenced like you. The friendship you asked for and which I promised you, I will keep it with you until my death. But if you continue to write to me in this ambiguous and suspicious tone that you adopt towards me, then please understand that I will stop responding. Nothing is more regrettable than a relationship filled with insults; both my heart and my pen will always refuse such communication with you.
Letter CLXX – To the Same One
Montmorency, May 25, 1758.
Caro Coindet, cerco di amarti. Per Dio, non rovinare questa fantasia. Cento volte al giorno mi dico che è follia cercare convenienze perfette. E sono lontano dall’averle trovate tra noi. Ma cerchiamo di adattarci l’uno all’altro così come siamo; cambiando, rischieremmo di peggiorare le cose. È a te, essendo il più giovane, che spetta sopportarmi e non offendere le mie fantasie. A volte ti dirò verità dure. Puoi rispondermi allo stesso modo, e non mi arrabbierò mai. In ogni caso, conserva la tua libertà. E lasciami la mia. Onora i nostri legami con una probità inviolabile. E se ami tanto nascondere le tue cose, almeno fai in modo che non ci sia mai motivo di nascondermi nulla. Addio. Ti abbraccio.
Osservazione.
Dopo questa lettera ne segue una contrassegnata con una nota.
Codice di polizia, pagina 46.
“Se uno spettacolo ha come unico attratto un principio negativo, è dannoso sia per gli spettatori che per gli attori; attira e mantiene, in una vita frivola e condannabile, giovani i cui talenti potrebbero essere molto utili alla società; e in generale si può dire che, se nelle grandi città gli spettacoli rappresentano forse un divertimento necessario per evitare un male maggiore, nelle piccole città non sembra esistere alcuna utilità o merito sufficiente a compensare il danno che ne deriva.”
Questa lettera ci è stata fatta conoscere dal dottor Coindet, nipote di colui a cui è indirizzata. Non reca data, ma possiamo indicarne una in base a quanto Rousseau dice del suo amico Carrion, nonché al passaggio presente nel decimo libro delle Confessioni dove si esprime lo stesso sentimento qui espresso. Pertanto, deve essere stata scritta nel 1758, tra la pubblicazione dell’“Ermitage” e il periodo in cui Rousseau conobbe il maresciallo di Luxembourg. Ignoriamo lo scopo e il motivo della nota allegata a questa lettera, che sembra avere qualche legame con la “Lettera a d’Alembert sui spettacoli”.
Come si può vedere, Rousseau non nasconde affatto a Monsieur Coindet il disappunto che gli causava l’insistente desiderio di quest’ultimo di portargli sempre gente intorno, quando lui stesso non voleva vedere nessuno; ed è proprio in questo contesto che ne parla nelle sue “Confessioni”.
Riteniamo che questa lettera debba essere posta accanto a quella che Jean-Jacques scrisse a Monsieur Vernes il 25 marzo 1758, nella quale gli diceva di sentire il bisogno di un amico.
Lettera CLXVIII – Alla signora d’Houdetot
Questo sabato, 25 marzo 1768.
In attesa della vostra lettera, inizio per prima cosa a rispondere alla vostra missiva di venerdì, arrivata per posta.
Credo di avere motivi per lamentarmi, e fatico a capire come abbiate potuto scriverlo con l’intenzione che ne fossi soddisfatto. Spieghiamoci chiaramente: se ho torto, ditemelo senza mezzi termini.
Mi dite che sono stato il più grande ostacolo al progresso della vostra amicizia. Prima di tutto, devo dirvi che non ho mai richiesto che la vostra amicizia progredisse, ma soltanto che non diminuisse; e certamente non sono stato la causa di tale diminuzione. Quando ci siamo separati, durante il nostro ultimo incontro a Eaubonne, avrei giurato che eravamo le due persone al mondo che avevano più stima e amicizia l’una per l’altra, e che ci rispettavamo reciprocamente di più. È con queste certezze riguardo ai nostri sentimenti reciproci che ci siamo separati; ed è ancora con lo stesso tono che mi avete scritto quattro giorni dopo: gradualmente, le vostre lettere hanno cambiato stile; i vostri manifesti di amicizia sono diventati più riservati, più cauti, più condizionati. Dopo un mese, in qualche modo, il vostro “amico” non era più tale. Vi ho chiesto più volte la ragione di questo cambiamento, e ora vi devo chiederla ancora: non vi chiedo perché la vostra amicizia non sia aumentata, ma perché sia svanita. Non adducete come motivo la mia rottura con vostra cognata e il suo nobile amico. Voi sapete cosa è accaduto; e fin dall’inizio avreste dovuto sapere che non può esserci pace tra J.-J. Rousseau e i malvagi.
Mi parlate di errori, di debolezze, con un tono di rimprovero. Sì, sono debole; la mia vita è piena di errori, perché sono un uomo. Ma ecco ciò che mi distingue dagli uomini che conosco: nonostante i miei errori, me li sono sempre rimproverati; essi non hanno mai fatto sì che disprezzassi il mio dovere o calpestassi la virtù; infine, ho lottato e vinto per essa nei momenti in cui tutti gli altri la dimenticavano. Possiate voi stesso incontrare soltanto uomini così criminali!
Mi dite che la vostra amicizia, così com’è, continuerà sempre ad esistere per me, indipendentemente da ciò che io sia, tranne nel caso di crimine e indignità, cose di cui non crederete mai che io sia capace. A questo vi rispondo che ignoro quale valore debba attribuire alla vostra amicizia, così com’è; che, per quanto mi riguarda, sarò sempre ciò che sono da quarant’anni; che non si può iniziare a cambiare così tardi nella vita. E riguardo al crimine e all’indignità di cui non crederete mai che io sia capace, vi dico che questo complimento è offensivo per un uomo onesto e insultante per un amico.
Mi dite che mi avete sempre visto molto migliore di quanto io abbia dimostrato di essere. Altri, ingannati dalle apparenze, mi valutano meno di quanto io meriti, e questo è comprensibile; ma voi, dovete conoscermi bene: vi chiedo soltanto di giudicarmi in base a ciò che avete visto di me.
Mettetevi per un momento al mio posto. Cosa dovreste pensare di voi e delle vostre lettere? Sembra che temiate che io possa trovar pace nella mia ritirata, e che vi compiacia fornirmi, di tanto in tanto, prove di scarsa stima. Che, per quanto possiate dire, il vostro cuore mentirà sempre. Riflettete seriamente su voi stesso, ve ne supplico. Mi avete chiesto più volte quali siano i sentimenti di un padre. Li provo mentre parlo con voi, anche oggi che non me li chiedete più. Non ho cambiato opinione sul vostro buon cuore; ma vedo che ormai non sapete più pensare, parlare o agire da soli. Almeno cercate di capire quale ruolo vi viene fatto interpretare. Immaginate la mia situazione. Perché continuate a addolorare ancora di più un’anima che dovreste ritenere già abbastanza afflitta dai propri problemi? È davvero necessario, per il vostro riposo, turbare il mio? Non potete forse capire che ho bisogno di consolazioni, non di rimproveri? Pertanto, risparmiatemi quelli che sapete bene che non merito. E mostrate un po’ di rispetto per le mie sfortune. Vi chiedo tre cose: o cambiate stile, o giustificate il vostro comportamento, o smettetela di scrivermi. Preferisco rinunciare alle vostre lettere piuttosto che riceverne di offensive. Posso fare a meno che mi stimiate; ma ho bisogno che voi stessi mi stimiate. E questo non potrei farlo se mancate al vostro amico.
Per quanto riguarda Julie, non esitate affatto a scrivere per lei. Che mi scriviate o meno, le vostre lettere arriveranno comunque; e se le ho trattenute dopo un silenzio di tre settimane, è perché ho pensato che, essendomi completamente dimenticata, non vi interessasse più nulla di ciò che proveniva da me. Addio: io non sono né capriccioso né soggiogato come voi; l’amicizia che mi avete chiesto e che vi ho promesso, la manterrò fino alla tomba. Ma se continuerete a scrivere a me con quel tono ambiguo e sospettoso che usate con me, considerate pure che smetterò di rispondervi; nulla è più spiacevole di un rapporto basato su offese: il mio cuore e la mia penna si rifiuteranno sempre di parteciparvi.
Lettera CLXX – Allo stesso.
Montmorency, 25 maggio 1758.
Je ne vous écris pas exactement, mon cher Vernes, mais je pense à vous tous les jours. Les maux, les langueurs, les peines, augmentent sans cesse ma paresse ; je n’ai plus, rien d’actif que le coeur ; encore, hors Dieu, ma patrie, et le genre humain, n’y reste-t-il d’attachement que pour vous ; et j’ai connu les hommes par de si tristes expériences, que si vous me trompiez comme les autres, j’en serais affligé, sans doute, mais je n’en serais plus surpris. Heureusement je ne présume rien de semblable de votre part ; et je suis persuadé que, si vous faites le voyage que vous me promettez, l’habitude de nous voir et de nous mieux connaître affermira pour jamais cette amitié véritable que j’ai tant de penchant à contracter avec vous. S’il est donc vrai que votre fortune et vos affaires vous permettent ce voyage, et que votre coeur le désire, annoncez-le-moi d’avance, afin que je me prépare au plaisir de presser, du moins une fois en ma vie, un honnête homme et un ami contre ma poitrine.
Par rapport à ma croyance, j’ai examiné vos objections, et je vous dirai naturellement qu’elles ne me persuadent pas. Je trouve que, pour un homme convaincu de l’immortalité de l’âme, vous donnez trop de prix aux biens et aux maux de cette vie. J’ai connu les derniers mieux que vous, et mieux peut-être qu’homme qui existe ; je n’en adore pas moins l’équité de la Providence, et me croirais aussi ridicule de murmurer de mes maux durant cette courte vie, que de crier à l’infortune pour avoir passé une nuit dans lui mauvais cabaret. Tout ce-que vous dites sur l’impuissance de la conscience se peut rétorquer plus vivement encore contre la révélation ; car que voulez-vous qu’on pense de l’auteur d’un remède qui ne guérit de rien ? Ne dirait-on pas que tous ceux qui connaissent l’Évangile sont de fort saints personnages, et qu’un Sicilien sanguinaire et perfide vaut beaucoup mieux qu’un Hottentot stupide et grossier ?
Voulez-vous que je croie que Dieu n’a donné sa loi aux hommes que pour avoir une double raison de les punir ? Prenez garde, mon ami ; vous voulez le justifier d’un tort chimérique, et vous aggravez l’accusation. Souvenez-vous surtout que, dans cette dispute, c’est vous qui attaquez mon sentiment, et que je ne fais que le défendre ; car, d’ailleurs, je suis très éloigné de désapprouver le vôtre, tant que vous ne voudrez contraindre personne à l’embrasser.
Quoi ! cette aimable et chère parente est toujours dans son lit ! Que ne suis-je auprès d’elle ! Nous nous consolerions mutuellement de nos maux, et j’apprendrais d’elle à souffrir les miens avec constance ; mais je n’espère plus faire un voyage si désiré ; je me sens de jour en jour moins en état de le soutenir. Ce n’est pas que la belle saison ne m’ait rendu de la vigueur et du courage, mais le mal local n’en fait pas moins de progrès ; il commence même à se rendre intérieurement très sensible ; une enflure, qui croît quand je marche, m’ôte presque le plaisir de la promenade, le seul qui m’était resté, et je ne reprends des forces que pour souffrir. La volonté de Dieu soit faite ! Cela ne m’empêchera pas, j’espère, de vous faire voir les environs de ma solitude, auxquels il ne manque que d’être autour de Genève pour me paraître délicieux. J’embrasse le cher Roustan, mon prétendu disciple ; j’ai lu avec plaisir son Examen des quatre beaux siècles[651] et je m’en tiens, avec plus de confiance, à mon sentiment, en voyant que c’est aussi le sien. La seule chose que je voudrais lui demander serait de ne pas s’exercer à la vertu à mes dépens, et de ne pas se montrer modeste en flattant ma vanité. Adieu, mon cher Vernes ; je trouve de jour en jour plus de plaisir à vous aimer.
Lettre CLXXII – À M. d’Alembert
Montmorency, le 25 juin 1758.
J’ai dû, monsieur, répondre à votre article Genève : je l’ai fait, et je vous ai même adressé cet écrit. Je suis sensible aux témoignages de votre souvenir, et à l’honneur que j’ai reçu de vous en plus d’une occasion ; mais vous nous donnez un conseil pernicieux, et si mon père en avait fait autant, je n’aurais pu ni dû me taire. J’ai tâché d’accorder ce que je vous dois avec ce que je dois à ma patrie ; quand il a fallu choisir, j’aurais fait un crime de balancer. Si ma témérité vous offense, vous n’en serez que trop vengé par la faiblesse de l’ouvrage. Vous y chercherez en vain les restes d’un talent qui n’est plus, et qui ne se nourrissait peut-être que de mon mépris pour mes adversaires. Si je n’avais consulté que ma réputation, j’aurais certainement supprimé cet écrit ; mais il n’est pas ici question de ce qui peut vous plaire ou m’honorer ; en faisant mon devoir, je serai toujours assez content de moi et assez justifié près de vous.
Lettre CLXXIV – À Sophie
[656]
Le 13 juillet 1758.
Je commence une correspondance qui n’a point d’exemple et ne sera guère imitée : mais votre coeur n’ayant plus rien à dire au mien, j’aime mieux faire seul les frais d’un commerce qui ne serait qu’onéreux pour vous, et où vous n’auriez à mettre que des paroles. C’est une fausseté méprisable de substituer des procédés à la place des sentiments, et de n’être honnête qu’à l’extérieur. Quiconque a le courage de paraître toujours ce qu’il est deviendra tôt ou tard ce qu’il doit être ; mais il n’y a plus rien à espérer de ceux qui se font un caractère de parade. Si je vous pardonne de n’avoir plus d’amitié pour moi, c’est parce que vous ne m’en montrez plus. Je vous aime cent fois mieux ainsi qu’avec ces lettres froides qui voulaient être obligeantes, et montraient, malgré vous, que vous songiez à autre chose en les écrivant. De la franchise, ô Sophie ! il n’y a qu’elle qui élève l’âme, et soutienne, par l’estime de soi-même, le droit à celle d’autrui. Mon dessein n’est pas de vous ennuyer de fréquentes et longues lettres. Je n’espère pas même, avec toute ma discrétion, que vous lisiez toutes celles que je vous écrirai ; mais du moins aurai-je eu le plaisir de les écrire, et peut-être est-il bon, pour vous et pour moi, que vous ayez la complaisance de les recevoir. Je vous crois un bon naturel ; c’est cette opinion qui m’attache encore à vous : mais une grande fortune sans adversité a dû vous endurcir lame ; vous avez trop peu connu de maux pour être fort sensible à ceux des autres. Ainsi les douceurs de la commisération vous sont encore inconnues. N’ayant su partager les peines d’autrui, vous serez moins en état d’en supporter vous-même, si jamais il en vient ; et il est toujours à craindre qu’il n’en vienne, car vous n’ignorez pas que la fortune même n’en garantit pas toujours ; et, quand elles nous attaquent au milieu de ses faveurs, quelles ressources lui reste-t-il pour les guérir ?
Non fidarti della sorte,
Ancor a me già fù grata,
E tu ancor abandonata
Sospirar potresti un di.
Veuille le ciel tromper ma prévoyance ! en ce cas, mes soins n’auront été qu’inutiles, et il n’y aura point de mal au moins à les avoir pris : mais si jamais votre coeur affligé se sent besoin de ressources qu’il ne trouvera pas en lui-même, si peut-être un jour d’autres manières de penser vous dégoûtent de celles qui n’ont pu vous rendre heureuse, revenez à moi si je vis encore, et vous saurez quel ami vous avez méprisé. Si je ne vis plus, relisez mes lettres ; peut-être le souvenir de mon attachement adoucira-t-il vos peines ; peut-être trouverez-vous dans mes maximes des consolations que vous n’imaginez pas aujourd’hui.
Lettre CLXXVI – À M. Jacob Vernet
[657]
Montmorency, le 18 septembre 1758.
I am not actually writing to you, my dear Vernes, but I think of you every day. Misfortunes, languor, and pain only increase my laziness; nothing in me is active except for my heart. Yet, apart from God, my country, and the human race, there is no other bond that holds me to anything else than you. And having experienced such sad things with people, if you were to deceive me like everyone else, I would surely be distressed, but it would no longer surprise me. Fortunately, I do not suppose such a thing could ever happen between us; and I am convinced that if you make the trip you have promised me, the habit of seeing each other and getting to know each other better will forever strengthen this true friendship that I so desire to form with you. Therefore, if it is indeed possible for your fortune and affairs to allow you to make this journey, and if your heart desires it, please let me know in advance, so that I can prepare myself to the joy of embracing an honest man and a friend—once at least in my life.
Regarding my beliefs, I have examined your objections, and I must say that they do not convince me. In my view, for a man who is convinced of the immortality of the soul, you place too much emphasis on the good and evil of this life. I have known those in their final moments better than you, perhaps even better than any other living person; yet I still admire the fairness of Providence. It would be just as ridiculous for me to complain about my misfortunes during this brief life as it would be for me to cry out in grief because I spent one night in a poor tavern. Everything you say about the powerlessness of conscience can be even more forcefully refuted against the teachings of revelation; for what should one think of the author of a remedy that proves utterly ineffective? Wouldn’t one conclude that everyone who knows the Gospel must be very holy people, and that a cruel and treacherous Sicilian is far superior to a stupid and crude Hottentot?
Do you want me to believe that God gave his laws to humans only in order to have a double reason for punishing them? Be careful, my friend; you are trying to justify Him for a fictitious wrongdoing, and you are only making the accusation even more severe. Remember above all that, in this debate, it is you who are attacking my opinion, and I am merely defending it; indeed, I am far from disapproving of yours, as long as you do not force anyone to accept it.
Oh! This kind and dear relative is still in bed! How I wish I were by her side! We could console each other for our sufferings, and I could learn from her to endure mine with patience; but I no longer hope to make that long-awaited journey. Day by day, I feel less capable of undertaking it. It’s not that the beautiful season has given me any more strength or courage, but my illness is progressing nonetheless; it has even begun to cause considerable discomfort internally. A swelling that worsens whenever I walk takes away almost all the pleasure I used to derive from walking—the only thing left that gave me some joy. Yet, I regain some strength only to suffer again. May God’s will be done! This won’t prevent me, I hope, from showing you the surroundings of my solitude, which would seem delightful if they were just around Geneva. I kiss my dear Roustan, my supposed disciple; I enjoyed reading his “Examination of the Four Beautiful Centuries”[651], and now I am even more convinced of my own views, seeing that he shares them as well. The only thing I would ask him is not to practice virtue at my expense, nor to be too modest in order to flatter my vanity. Adieu, my dear Vernes; I find it increasingly delightful to love you.
Letter CLXXII – To Mr. d’Alembert
Montmorency, June 25, 1758.
I was obliged, sir, to respond to your article “Geneva”; I did so and even sent you that letter. I am grateful for the signs of your remembrance and for the honor you have bestowed upon me on more than one occasion; however, the advice you offer us is harmful. If my father had acted in the same way, I would neither have been able nor willing to remain silent. I tried to balance what I owe to you with what I owe to my country; when it came time to make a choice, to hesitate would have been a crime. If my audacity offends you, you will be amply avenged by the weakness of this work. You will vainly seek in it traces of a talent that is now gone—and that perhaps relied solely on my contempt for my opponents. Had I considered only my own reputation, I would certainly have deleted this letter; but what matters here is not what may please you or honor me. In doing my duty, I shall always be satisfied with myself and justified in your eyes.
Letter CLXXIV – To Sophie
[656]
July 13, 1758.
I begin a correspondence that has no precedent and will hardly be imitated; but since your heart has nothing more to say to mine, I would rather bear the cost of this exchange alone—something that would only be burdensome for you, while all you would have to do is offer words. It is a despicable pretense to substitute formalities for genuine feelings and to be honest only on the surface. Anyone who dares to always be what they truly are will eventually become what they ought to be; but there is no hope for those who construct artificial personalities for others to see. If I forgive you for no longer having any friendship for me, it is because you no longer show it. I love you a hundred times more in this way than with those cold letters that were meant to be kind, yet still revealed, despite your efforts, that your thoughts were elsewhere while you wrote them. Oh Sophie, only honesty can elevate the soul and support our right to respect one another through self-respect. My intention is not to bore you with frequent and lengthy letters. I do not even expect, in all my discretion, that you will read every one of those I write; but at least I will have the pleasure of writing them, and perhaps it is good for both you and me that you are kind enough to receive them. I believe you have a kind nature; it is this belief that still binds me to you. But great wealth without adversity must have hardened your heart; you have known so little of suffering that you are unlikely to be deeply moved by others’ hardships. Thus, the tender sentiments of compassion are still unknown to you. Having never shared in others’ pain, you will be less capable of enduring it yourself if it ever comes your way—and it is always possible that it will, for you know well that even wealth cannot guarantee immunity from such trials. And when misfortune strikes us amidst its blessings, what resources does it left to overcome them?
Do not trust fate.
It was already pleasing to me once.
And you have still been abandoned.
You might sigh one day.
May heaven deceive my foresight! In that case, all my efforts would have been in vain, but at least it would not be wrong to have made them. But if ever your troubled heart seeks resources it cannot find within itself, if perhaps one day other ways of thinking make you loathe those that failed to bring you happiness, return to me if I am still alive, and then you will know what friend you have despised. If I am no longer here, read my letters again; perhaps the memory of my devotion will ease your pain, and maybe you will find in my words consolations you cannot yet imagine.
Letter CLXXVI – To Mr. Jacob Vernet
[657]
Montmorency, September 18, 1758.
Non vi scrivo esattamente, caro Vernes, ma penso a voi ogni giorno. I mali, la noia, le sofferenze aumentano continuamente la mia pigrizia; non ho più nulla di concreto nella mia vita se non il mio cuore; eppure, a parte Dio, la mia patria e l’umanità intera, non esiste nulla per cui io possa provare attaccamento se non voi. Ho conosciuto gli uomini attraverso esperienze così tristi che, se anche voi mi tradisteste come hanno fatto gli altri, ne soffrirei certamente, ma non ne sarei più sorpreso. Fortunatamente, non suppongo nulla del genere da parte vostra; e sono convinto che, se realizzerete il viaggio che mi avete promesso, l’abitudine di vederci e di conoscerci meglio renderà per sempre solida questa vera amicizia che desidero tanto instaurare con voi. Se quindi è vero che la vostra fortuna e le vostre circostanze vi permettono questo viaggio, e se il vostro cuore lo desidera, fatemelo sapere in anticipo, affinché io possa prepararmi al piacere di abbracciare, almeno una volta nella mia vita, un uomo onesto e un amico.
Riguardo alla mia fede, ho esaminato le vostre obiezioni e vi dirò naturalmente che non mi hanno convinto. Credo che, per un uomo convinto dell’immortalità dell’anima, voi attribuiate troppo valore ai beni e ai mali di questa vita. Ho conosciuto gli ultimi momenti della vita meglio di voi, forse anche meglio di qualsiasi altro essere umano; nonostante ciò, ammiro l’equità della Provvidenza e riterrei altrettanto ridicolo lamentarmi dei miei mali in questa breve esistenza, quanto gridare all’infortunio per aver trascorso una notte in un cattivo locale. Tutto ciò che dite sull’impotenza della coscienza può essere ancora più efficacemente confutato contro la rivelazione divina; infatti, cosa si dovrebbe pensare dell’autore di un “remedio” che non guarisce nulla? Non si direbbe forse che tutti coloro che conoscono l’Evangelo siano persone molto sagge, e che un siciliano crudele e perfido valga molto di più di un ottentotto stupido e rozzo?
Volete che creda che Dio abbia dato la sua legge agli uomini soltanto per avere un doppio motivo di punirli? Fate attenzione, amico mio: state cercando di giustificare Dio per un torto immaginario, e in questo modo state aggravando l’accusa. Ricordatevi soprattutto che, in questa discussione, siete voi ad attaccare il mio punto di vista, mentre io mi limito a difenderlo; del resto, sono molto lontano dal disapprovare il vostro, purché non vogliate costringere nessuno ad adottarlo.
Che cosa! Questa cara e gentile parente è ancora a letto. Che non fossi al suo fianco! Ci consoleremmo a vicenda dei nostri mali, e io imparerei da lei a sopportare i miei con costanza; ma ormai non spero più di poter intraprendere quel viaggio tanto desiderato. Mi sento giorno dopo giorno sempre meno in grado di sostenerlo. Non è che la bella stagione non mi abbia restituito un po’ di forza e coraggio, ma il mio male persiste; anzi, sta peggiorando. Un gonfiore che aumenta quando cammino mi toglie quasi tutto il piacere di passeggiare, l’unica cosa che mi rimaneva. Riprendo un po’ di forza solo per soffrire di più. Che sia fatta la volontà di Dio! Questo, tuttavia, non mi impedirà, spero, di farvi vedere i dintorni della mia solitudine. Un luogo che, se solo fosse vicino a Ginevra, mi sembrerebbe delizioso. Abbraccio il caro Roustan, il mio presunto discepolo. Ho letto con piacere il suo “Esame dei quattro bei secoli”[651] e mi attengo ancora di più al mio parere, vedendo che anche lui la pensa allo stesso modo. L’unica cosa che gli chiederei è di non esercitarsi nella virtù a mie spese. E di non mostrarsi troppo umile nel lusingare la mia vanità. Addio, caro Vernes. Ogni giorno mi piace sempre di più amarti.
Lettera CLXXII – A Monsieur d’Alembert
Montmorency, 25 giugno 1758.
Signore, ho dovuto rispondere al vostro articolo “Genève”; l’ho fatto e vi ho persino inviato quella lettera. Apprezzo molto i segni della vostra memoria e l’onore che avete voluto concedermi in più di un’occasione; tuttavia, il consiglio che mi date è pericoloso. Se mio padre avesse agito allo stesso modo, io non avrei potuto né dovuto tacere. Ho cercato di bilanciare ciò che vi devo con ciò che devo alla mia patria; quando è stato necessario scegliere, non avrei esitato un istante. Se la mia audacia vi offende, ne sarete più che vendicato dalla mediocrità di quest’opera. Cercherete invano in essa i resti di un talento ormai svanito, un talento che forse si nutriva soltanto del mio disprezzo per i miei avversari. Se avessi considerato solo la mia reputazione, avrei sicuramente cancellato questa lettera; ma qui non si tratta di ciò che può piacervi o onorarmi. Facendo il mio dovere, sarò sempre sufficientemente soddisfatto di me stesso e giustificato ai vostri occhi.
Lettera CLXXIV – A Sophie
[656]
Il 13 luglio 1758.
Inizio una corrispondenza che non ha precedenti e probabilmente non verrà imitata; ma poiché il vostro cuore non ha più nulla da dire al mio, preferisco assumere io stesso le spese di questo scambio che per voi sarebbe solo oneroso, e in cui voi dovreste mettere soltanto parole. È una meschinità deprecabile sostituire i sentimenti con formalità e essere onesti soltanto in apparenza. Chi ha il coraggio di mostrarsi sempre ciò che è, prima o poi diventerà ciò che deve essere; ma non c’è più nulla da sperare da coloro che si creano un carattere solo per fare scena. Se vi perdono il fatto che non abbiate più affetto per me, è perché voi non me ne mostrate più. Vi amo cento volte di più così, piuttosto che con quelle lettere fredde che cercavano di essere gentili, ma che, nonostante voi, rivelavano che pensavate ad altro mentre le scrivevate. Oh Sophie, solo la franchezza può elevare l’anima e sostenerne il diritto verso gli altri attraverso l’autostima. Il mio intento non è di annoiarvi con lettere frequenti e lunghe; non spero nemmeno, con tutta la mia discrezione, che le leggiate tutte quelle che vi scriverò; ma almeno avrò il piacere di scriverle, e forse è utile, sia per voi che per me, che abbiate la gentilezza di riceverle. Credo che siate una persona buona; è questa opinione che mi lega ancora a voi. Ma una grande fortuna priva di avversità deve avervi reso dura di cuore; avete conosciuto troppo poco i mali per essere particolarmente sensibili a quelli degli altri. Pertanto, le dolcezze della compassione vi sono ancora sconosciute. Non avendo mai condiviso le sofferenze altrui, sarete meno in grado di sopportarle voi stessi, se mai dovessero presentarsi; e c’è sempre il rischio che ciò accada, poiché non ignorate che nemmeno la fortuna può garantirne l’assenza. E quando queste sofferenze ci colpiscono proprio nel mezzo delle sue benedizioni, quali risorse ci restano per superarle?
Non fidarti della fortuna.
Già una volta mi fu grata.
E tu, ancora abbandonata.
Forse un giorno potrai sospirare.
Che il cielo possa ingannare la mia previsione! In tal caso, i miei sforzi sarebbero stati inutili, ma almeno non avrebbero portato a nulla di negativo. Ma se mai il vostro cuore afflitto dovesse sentire il bisogno di risorse che non trova in sé stesso, se un giorno altri modi di pensare vi facessero disprezzare quelli che non sono riusciti a rendervi felici, tornate da me, se sono ancora vivo, e allora saprete quale amico avete disprezzato. Se non sono più vivo, rileggete le mie lettere: forse il ricordo del mio affetto attenuerà le vostre sofferenze; forse troverete nelle mie massime consolazioni che oggi non immaginate nemmeno.
Lettera CLXXVI – A Monsieur Jacob Vernet
[657]
Montmorency, 18 settembre 1758.
J’ai lu, monsieur, avec d’autant plus de joie la dernière lettre dont vous m’avez honoré, que j’étais toujours dans quelque inquiétude sur l’effet de la mienne à M. d’Alembert, par rapport à ses imputations indiscrètes ; car, pour bien traiter des matières aussi délicates, rien n’est moins suffisant que la bonne intention, et lien n’est plus commun que de tout gâter en pensant bien faire. L’assurance que vous me donnez, que je ne suis pas dans le cas, m’ôte un grand poids de dessus le coeur, et ce n’est pas peu d’ajouter au plaisir que m’aurait fait votre lettre dans tous les temps. Vous avez raison, monsieur, de croire que j’ai été content de votre déclaration[658], mais content n’est pas assez dire. La modération, la sagesse, la fermeté, tout s’y trouve : je regarde cette pièce comme un modèle qui, malheureusement, ne sera pas imité par beaucoup de théologiens. Tout ce qu’il fallait étant fait de part et d’autre, j’espère que cette dangereuse tracasserie n’aura point de suites ; et, quand elle en aurait, je pense que le silence est le meilleur moyen de la faire finir. Du moins par rapport à moi, c’est le parti que je crois devoir prendre dans les critiques qui me pleuvent sur ce point et sur tous les autres. Il m’est d’autant moins difficile de n’y pas répondre, que je me suis imposé de n’en lire aucune. Il a pourtant fallu faire exception pour celle de l’abbé de La Porte, parce qu’il me l’a envoyée avec une lettre, et qu’il a bien fallu faire réponse à cette lettre ; mais ce qui ne fait que s’écrire est bien différent de ce qui s’imprime. Voici tout ce que je lui ai dit à ce sujet : Quant aux mots de CONSUBSTANTIEL, de TRINITÉ, D’INCARNATION, que vous me dites être clairsemés dans nos livres, ils sont tout aussi fréquents que dans L’Écriture, et nous nous consolons d’être hérétiques avec les apôtres de Jésus-Christ.
Il est incontestable, monsieur, par le reste de votre lettre, que vous avez vu le fond de la question plus nettement et plus clairement que moi[659] ; d’ailleurs connaissant mieux le local, vous faites des distinctions plus justes ; et je ne doute pas que si j’avais eu quelque conversation avec vous sur cette matière avant que d’écrire mon livre, il n’en fût devenu meilleur. Si j’avais le bonheur de me retirer dans ma patrie, et que je me sentisse encore en état de travailler, je vous demanderais la permission de vous voir et de vous consulter quelquefois. Je n’aurais pas seulement besoin du secours de vos lumières, mais aussi de celui de votre sagesse ; car je me sens emporté par un caractère ardent qui aurait souvent besoin d’être retenu. Je m’aperçois du bien que me font vos lettres, et je ne doute pas que votre conversation ne m’en fît encore davantage. Ce serait satisfaire au besoin en me procurant un plaisir. Recevez, monsieur, les assurances de mon véritable et profond respect.
Lettre CLXXVIII – À M. Vernes
Montmorency, le 22 octobre 1758.
Je reçois à l’instant, mon ami, votre dernière lettre, sans date, dans laquelle vous m’en annoncez une autre sous le pli de M. de Chenonceau, que je n’ai point reçue : c’est une négligence de ses commis, j’en suis sûr ; car il vint me voir il y a peu de jours, et ne m’en parla point. Quoi qu’il en soit, ne nous exposons plus au même inconvénient ; écrivez-moi directement, et n’affranchissez plus vos lettres ; car je ne suis pas à portée ici d’en faire de même. Quoique ce paquet soit assez gros pour en valoir la peine, je ne crois pas que mon ami regrette l’argent qu’il lui coûtera, et je ne lui ai pas donné le droit, que je sache, de penser moins favorablement de moi. Soyez aussi plus exact aux dates, que vous êtes sujet à oublier.
L’écrit à M. d’Alembert parait en effet à Paris depuis le i de ce mois ; je ne l’ai appris que le 7. Le lundi 8, je reçus le petit nombre d’exemplaires que mon libraire avait joints pour moi à cet envoi ; je les ai fait distribuer le même jour et les suivants ; en sorte que, le débit de cet ouvrage ayant été assez rapide, tous ceux à qui j’en ai envoyé l’avaient déjà : et voilà un des désagréments auxquels m’assujettit l’inconcevable négligence de ce libraire. Pour que vous jugiez s’il y a de ma faute dans les retards de l’envoi pour Genève, je vous envoie une de ses lettres à demi déchirée, et que j’ai heureusement retrouvée. Si vous avez des relations en Hollande, vous m’obligerez de vous en faire informer à lui-même. Selon mon compte, j’espère enfin que vous aurez reçu et distribué ceux qui vous sont adressés. Je vous dirai sur celui de M. Labat que nous ne nous sommes jamais écrit, et que nous ne sommes par conséquent en aucune espèce de relation ; cependant je serai bien aise de lui donner ce léger témoignage que je n’ai point oublié ses honnêtetés. Mais, mon cher Vernes, Roustan est moins en état d’en acheter un ; je voudrais bien aussi lui donner cette petite marque de souvenir ; et dans la balance entre le riche et le pauvre, je penche toujours pour le dernier. Je vous laisse le maître du choix. À l’égard de l’autre exemplaire, il faut, s’il vous plaît, le faire agréer à M. Soubeyran, avec lequel j’ai de grands torts de négligence, et non pas d’oubli ; tâchez, je vous prie, de l’engager à les oublier.
Je n’ignorais pas que l’article Genève était en partie de M. de Voltaire : quoique j’aie eu la discrétion de n’en rien dire, il vous sera aisé de voir, par la lecture de l’ouvrage, que je savais, en l’écrivant, à quoi m’en tenir. Mais je trouverais bizarre que M. de Voltaire crût, pour cela, que je manquerais de lui rendre un hommage que je lui offre de très bon coeur. Au fond, si quelqu’un devait se tenir offensé, ce serait M. d’Alembert ; car, après tout, il est au moins le père putatif de l’article. Vous verrez, dans sa lettre ci-jointe, comment il a reçu la déclaration que je lui fis, dans le temps, de ma résolution. Que maudit soit tout respect humain qui offense la droiture et la vérité ! J’espère avoir secoué pour jamais cet indigne joug.
Je n’ai rien à vous dire sur la réimpression de L’Économie politique, parce que je n’ai pas reçu la lettre où vous m’en parlez ; mais je vous avoue que, sur l’offre de JM. Duvillard, j’ai cru que l’auteur pouvait lui en demander deux exemplaires, et s’attendre à les recevoir. S’il ne tient qu’à les payer, je vous prie d’en prendre le soin, et je vous ferai rembourser cette avance avec celles que vous aurez pu faire au sujet de mon dernier écrit, et dont je vous prie de m’envoyer la note.
Je n’ai point lu le livre de l’Esprit ; mais j’en aime et estime l’auteur. Cependant j’entends de si terribles choses de l’ouvrage, que je vous prie de l’examiner avec bien du soin avant d’en hasarder un jugement ou un extrait dans votre recueil.
Adieu, mon cher Vernes, je vous aime trop pour répondre à vos amitiés ; ce langage doit être proscrit entre amis.
Lettre CLXXX – À M. Vernes
Montmorency, le 21 novembre 1758.
Cher Vernes, plaignez-moi. Les approches de l’hiver se font sentir. Je souffre, et ce n’est pas le pire pour ma paresse. Je suis accablé de travail, et jamais mon dernier écrit ne m’a coûté la moitié de la peine et du temps à faire que me coûteront à répondre les lettres qu’il m’attire. Je voudrais donner la préférence à mes concitoyens ; mais cela ne se peut sans m’exposer ; car, parmi les autres lettres, il y en a de très dangereuses, dans lesquelles on me tend visiblement des pièges, auxquelles-il faut pourtant répondre, et répondre promptement, de peur que mon silence même ne soit imputé à crime. Faites donc en sorte, mon ami, qu’un retard de nécessité ne soit pas attribué à négligence, et que mes compatriotes aient pour moi plus d’indulgence que je n’ai lieu d’en attendre des étrangers. J’aurai soin de répondre à tout le monde ; je désire seulement qu’un délai forcé ne déplaise à personne.
Vous me parlez des critiques. Je n’en lirai jamais aucune : c’est le parti que j’ai pris dès mon précédent ouvrage, et je m’en suis très bien trouvé. Après avoir dit mon avis, mon devoir est rempli. Errer est d’un mortel, et surtout d’un ignorant comme moi ; mais je n’ai pas l’entêtement de l’ignorance. Si j’ai fait des fautes, qu’on les censure : c’est fort bien fait. Pour moi, je veux rester tranquille ; et si la vérité m’importe, la paix m’importe encore plus.
Sir, I was the more delighted to read your latest letter that I had some concern regarding the effect of my own letter on Mr. d’Alembert, especially in light of his indecent accusations; for to handle matters so delicate, nothing is less sufficient than good intentions—yet nothing is more common than ruining everything while trying to do good. The assurance you give me that I am not at fault relieves a great burden from my heart, and this alone greatly enhances the pleasure your letter would have brought me at any time. You are right, sir, to believe that I was pleased with your statement[658]; but “pleased” is not enough to express it. Moderation, wisdom, firmness—everything is present in it. I regard this document as a model that, unfortunately, will not be emulated by many theologians. Now that everything necessary has been done on both sides, I hope this dangerous affair will have no further consequences; and if it does, I believe silence is the best way to bring it to an end. At least in my case, that is the course I consider appropriate to take in response to all the criticisms I receive on this and every other matter. It is all the easier for me not to respond, since I have made it a rule not to read any of them. However, an exception had to be made for the letter from Abbé de La Porte, since he sent it along with another letter, and that second letter certainly required a reply; but what is merely written down is quite different from what is actually printed. Here is what I told him on this subject: As for the terms “CONSUBSTANTIAL,” “TRINITÉ,” “INCARNATION”—which you say are rarely used in our books—I find them just as frequent in the Scriptures, and we take comfort in being considered heretics alongside the apostles of Jesus Christ.
It is undeniable, sir, from the rest of your letter, that you have seen the essence of the matter more clearly and distinctly than I have[659]; moreover, since you are more familiar with the circumstances, your distinctions are more just. I do not doubt that if I had had some conversation with you on this subject before writing my book, it would have been improved as a result. If I were fortunate enough to return to my homeland and still felt capable of working, I would ask you for permission to meet with you and consult you from time to time. I would not only need the assistance of your knowledge, but also the wisdom of your experience; for I realize that my passionate nature often requires restraint. I am aware of the benefit your letters bring me, and I believe that our conversations would be even more beneficial. It would be a way to satisfy my needs while providing me with pleasure. Please accept, sir, the expression of my sincere and deep respect.
Letter CLXXVIII – To Mr. Vernes
Montmorency, October 22, 1758.
I have just received, my friend, your latest letter, without a date, in which you inform me that another one will be sent with the correspondence from Mr. de Chenonceau—yet I have not received it; this must be some negligence on the part of his messengers, I am certain. For he came to see me a few days ago and did not mention it to me at all. In any case, let us not expose ourselves to the same inconvenience again; write to me directly and do not enclose your letters with other correspondence, for I am not in a position here to do the same. Although this package is quite large enough to justify the effort, I do not believe my friend will regret the expense it incurs, and I have certainly not given him any reason to think less favorably of me. Also, be more careful about including dates—after all, you are prone to forgetting them.
The letter addressed to Mr. d’Alembert indeed began to appear in Paris on the first day of this month; I only learned about it on the seventh. On Monday, the eighth, I received the few copies that my bookseller had included in this shipment for me; I had them distributed on the same day and in the following days. As a result, since the sales of this work were quite rapid, everyone to whom I sent it already had one copy. And here lies one of the inconveniences caused by the utterly incomprehensible negligence of this bookseller. To allow you to judge whether any fault on my part could be attributed to the delays in sending copies to Geneva, I am enclosing one of his letters—half-torn, but fortunately recovered by me. If you have any connections in Holland, please ask him himself about this matter. In my opinion, I hope you have already received and distributed those copies that were addressed to you. Regarding Mr. Labat, I must tell you that we have never written to each other; therefore, we are not in any kind of relationship. Nevertheless, I would be pleased to offer him this small testimony that I have not forgotten his honesty. But, my dear Vernes, Roustan is currently in less financial means than before; I would also like to give him this little memento. And when it comes to choosing between the rich and the poor, I always side with the latter. I leave the decision entirely up to you. As for the other copy, please have it approved by Mr. Soubeyran—whom I owe many apologies for my negligence, not my forgetfulness. Please try to persuade him to forgive me.
I was well aware that the article “Geneva” was in part written by Mr. de Voltaire; although I took the precaution of not mentioning it, it will be easy for you to see, upon reading the work itself, that I knew exactly what I was doing when writing it. However, I would find it strange if Mr. de Voltaire believed that I would fail to render him the respect that I offer him with all my heart. After all, if anyone had reason to feel offended, it would be Mr. d’Alembert—after all, he is at least the putative father of this article. You will see in his accompanying letter how he received the statement I made to him at that time about my intentions. May every human respect that offends against justice and truth be condemned forever! I hope that I have once and for all shaken off this despicable yoke.
I have nothing to tell you regarding the reprinting of L’Économie politique, because I have not received the letter in which you mention this; but I must confess that, in light of JM. Duvillard’s offer, I assumed that the author could request two copies from him and expect to receive them. If it is merely a matter of payment, please take care of this for me, and I will have this advance reimbursed along with any other payments you may have made regarding my last work—please send me the details of these payments as well.
I have not read the book by that author; yet I love and respect him. However, I hear such terrible things about this work that I beg you to examine it very carefully before daring to form an opinion about it or include any excerpt in your collection.
Goodbye, my dear Vernes—I love you too much to respond to your expressions of friendship; such words should be forbidden between friends.
Letter CLXXX – To Mr. Vernes
Montmorency, November 21, 1758.
Dear Vernes, please console me. The approaches of winter are already felt; I am suffering, and yet this is not even the worst part for my laziness. I am overwhelmed with work—never has writing a single letter before taken half as much effort or time as responding to these new letters that keep arriving. I would prefer to help my fellow citizens, but doing so would expose me to danger; among these letters, there are some extremely perilous ones, containing obvious traps. Yet I must respond to them promptly, for even my silence could be misinterpreted as a crime. Therefore, my friend, please ensure that any necessary delay is not attributed to negligence, and that my compatriots show me more understanding than I might expect from foreigners. I will make sure to reply to everyone; I merely hope that any forced delay will not offend anyone.
You are talking to me about critics. I will never read any of their reviews: that was my decision from the very beginning with my previous work, and I have found it very satisfactory. Once I have expressed my opinion, my duty is fulfilled. To err is human—even more so for an ignorant person like me; but I do not possess the stubbornness of ignorance. If I have made mistakes, let them be criticized: that is only right. As for me, I wish to remain in peace. And if truth matters to me, then peace matters even more.
Ho letto, signore, con ancora maggiore gioia l’ultima lettera che mi avete inviato, poiché ero ancora preoccupato riguardo all’effetto della mia missiva su Monsieur d’Alembert, soprattutto in merito alle sue accuse indiscrete. Infatti, per trattare correttamente argomenti così delicati, nulla è meno efficace di una buona intenzione; e non c’è niente di più comune che rovinare tutto nel tentativo di fare del bene. La rassicurazione che mi date, secondo cui non sono in quella situazione, mi toglie un grande peso dal cuore. E questo aggiunge molto al piacere che la vostra lettera mi avrebbe procurato in ogni caso. Avete ragione, signore, nel credere che io sia stato soddisfatto della vostra dichiarazione[658]; ma “soddisfatto” non è certo l’espressione adeguata. In essa si trovano moderazione, saggezza e fermezza: considero questo scritto un modello che, purtroppo, non sarà imitato da molti teologi. Ora che tutto ciò che era necessario è stato fatto da entrambe le parti, spero che questa pericolosa questione non abbia conseguenze negative; e, nel caso ne avesse, penso che il silenzio sia il modo migliore per farla finire. Almeno per quanto mi riguarda, questo è il comportamento che ritengo opportuno assumere di fronte alle critiche che ricevo su questo argomento e su tutti gli altri. Non mi è affatto difficile non rispondervi, poiché mi sono imposto di non leggere nessuna di esse. Tuttavia, ho fatto un’eccezione per quella dell’Abate de La Porte: me l’aveva inviata insieme a una lettera, e quindi era necessario risponderle; ma ciò che si scrive solo per iscritto è molto diverso da ciò che viene pubblicato. Ecco quanto gli ho detto in merito: Per quanto riguarda le parole “CONSUBSTANZIALE”, “TRINITÀ”, “INCARNAZIONE”, che mi dite essere poco frequenti nei nostri libri, esse sono altrettanto presenti nell’Antico Testamento. E ci consoliamo nel fatto di essere considerati eretici insieme agli apostoli di Gesù Cristo.
È indiscutibile, signore, anche dal resto della vostra lettera, che voi abbiate compreso più chiaramente e con maggiore precisione la sostanza della questione rispetto a me[659]; inoltre, essendo più familiare con il luogo in questione, fate distinzioni più giuste; non dubito affatto che se avessi avuto l’opportunità di conversare con voi su questo argomento prima di scrivere il mio libro, esso sarebbe risultato migliore. Se avessi la fortuna di potermi ritirare nella mia patria e ancora essere in grado di lavorare, vi chiederei il permesso di incontrarvi e di consultarvi di tanto in tanto. Non avrei bisogno soltanto del vostro aiuto intellettuale, ma anche della vostra saggezza; infatti, mi rendo conto che il mio carattere appassionato ha spesso bisogno di essere moderato. Mi rendo conto del bene che viaggiano le vostre lettere, e non dubito che una conversazione con voi possa portare a risultati ancora più positivi. Soddisfarei così un mio bisogno, ottenendo al contempo grande piacere. Ricevete, signore, le mie sincere e profonde manifestazioni di rispetto.
Lettera CLXXVIII – A Monsieur Vernes
Montmorency, 22 ottobre 1758.
Amico mio, sto ricevendo in questo momento la vostra ultima lettera, senza data; in essa mi annunciate un’altra lettera che dovrebbe essere arrivata insieme a quella di Monsieur de Chenonceau, ma che non ho ancora ricevuto. È sicuramente una negligenza da parte dei suoi impiegati, ne sono certo; poiché mi ha visitato pochi giorni fa e non me ne ha parlato. Comunque sia, non dobbiamo più esporci allo stesso inconveniente: scrivetemi direttamente e non inviatemi più le vostre lettere indirizzate a lui, poiché qui non ho la possibilità di farlo altrettanto. Anche se questo pacco è abbastanza pesante da meritare l’impegno di spedirlo, non credo che il mio amico rimpianga i soldi che ciò gli costerà. E, per quanto ne so, non gli ho mai dato motivo di pensare male di me. Siate anche più preciso riguardo alle date: a volte tendete ad dimenticarle.
La lettera indirizzata a Monsieur d’Alembert è effettivamente apparsa a Parigi dall’1° di questo mese; ne sono venuto a conoscenza solo il 7. Lunedì 8 ho ricevuto il numero limitato di esemplari che il mio libraio aveva allegato a questa spedizione per me; li ho fatti distribuire lo stesso giorno e nei giorni successivi; così, poiché la vendita di quest’opera è stata abbastanza rapida, tutti coloro a cui l’avevo inviata l’avevano già ricevuta. Ecco uno degli inconvenienti causati dall’inconcepibile negligenza di quel libraio. Affinché possiate giudicare se ci sia colpa mia per i ritardi nell’invio a Ginevra, vi invio una sua lettera, parzialmente strappata, che ho fortunatamente ritrovato. Se avete contatti in Olanda, vi prego di farvi informare da lui stesso. Secondo i miei calcoli, spero infine che abbiate ricevuto e distribuito quelli che erano destinati a voi. Per quanto riguarda Monsieur Labat, devo dirvi che non ci siamo mai scritti, e quindi non abbiamo alcun tipo di rapporto; tuttavia, mi farebbe molto piacere potergli dare questo piccolo segno del fatto che non ho dimenticato le sue onestà. Ma, mio caro Vernes, Roustan non è in condizioni di acquistarne uno. Vorrei anch’io potergli offrire questo piccolo ricordo; e, tra il ricco e il povero, io preferisco sempre il secondo. Lascio a voi la scelta. Per quanto riguarda l’altro esemplare, vi prego di farlo approvare da Monsieur Soubeyran. Con lui ho grandi debiti di negligenza, non d’oblio; cercate, per favore, di convincerlo a dimenticarli.
Non ignoravo che l’articolo “Genève” fosse in parte opera di Monsieur de Voltaire; sebbene abbia avuto la discrezione di non farne menzione, sarà facile per voi, leggendo l’opera stessa, constatare che sapevo perfettamente a cosa attenermi mentre la scrivevo. Tuttavia, troverei strano se Monsieur de Voltaire pensasse che, per questo motivo, io non gli rendessi un omaggio che gli offro con tutto il cuore. In fondo, se qualcuno dovrebbe sentirsi offeso, sarebbe proprio Monsieur d’Alembert; dopotutto, è almeno considerato il “padre putativo” di quell’articolo. Vedrete nella sua lettera allegata come abbia accolto la dichiarazione che gli feci all’epoca riguardo alla mia decisione. Che maledetto sia ogni rispetto umano che offende la giustizia e la verità! Spero di aver spezzato per sempre questo indegno giogo.
Non ho nulla da dirvi riguardo alla ristampa di “L’Économie politique”, poiché non ho ricevuto la lettera in cui ne parlate; tuttavia vi confesso che, sulla proposta di JM. Duvillard, ho pensato che l’autore potesse chiedergli due esemplari e aspettarsi di riceverli. Se si tratta soltanto di pagarli, vi prego di occuparvene voi stesso; vi farò rimborsare questa somma insieme a quelle che avrete potuto spendere per la mia ultima opera, e vi chiedo di inviarmi la nota relativa a queste spese.
Non ho letto il libro dello Spirito; tuttavia amo e stimo il suo autore. Tuttavia, ne leggo cose così terribili che vi prego di esaminarlo con molta attenzione prima di osare giudicarlo o trarne estratti per la vostra raccolta.
Addio, mio caro Vernes. Ti amo troppo per poter rispondere alle tue dichiarazioni d’affetto; un simile linguaggio dovrebbe essere bandito tra amici.
Lettera CLXXX – A Monsieur Vernes
Montmorency, 21 novembre 1758.
Caro Vernes, perdonami. L’avvicinarsi dell’inverno si fa sentire; soffro, e questa non è nemmeno la cosa peggiore per la mia pigrizia. Sono sommerso dal lavoro, e mai il mio ultimo scritto mi è costato la metà dello sforzo e del tempo che ora richiede rispondere alle lettere che ricevo. Vorrei dare la priorità ai miei concittadini, ma ciò significherebbe espormi a dei pericoli: tra le altre lettere, ce ne sono alcune molto pericolose, nelle quali mi vengono chiaramente tesi trappole. Eppure devo rispondere, e farlo rapidamente, per evitare che il mio silenzio stesso venga interpretato come un crimine. Quindi, caro amico, fai in modo che eventuali ritardi non siano attribuiti a negligenza, e che i miei connazionali abbiano verso di me più indulgenza di quanta io possa aspettarmene dagli stranieri. Mi assicurerò di rispondere a tutti. Voglio soltanto che nessuno si offenda per eventuali ritardi inevitabili.
Mi parlate delle critiche. Non ne leggerò mai nessuna: è la decisione che ho preso fin dal mio precedente libro, e mi sono trovato molto bene in quella scelta. Dopo aver espresso il mio parere, il mio dovere è compiuto. Errare è tipico di un mortale, soprattutto di uno ignorante come me. Ma non ho l’ostinazione dell’ignoranza. Se ho commesso errori, che vengano criticati: è giusto così. Per quanto mi riguarda, voglio restare in pace; e se la verità mi importa, la pace mi importa ancora di più.
Cher Vernes, qu’avons-nous fait ? Nous avons oublié M. Abauzit. Ah ! dites, méchant ami ! cet homme respectable, qui passe sa vie à s’oublier soi-même, doit-il être oublié des autres ? Il fallait oublier tout le monde avant lui. Que ne m’avez-vous dit un mot ! Je ne m’en consolerai jamais. Adieu.
Je n’oublie pas ce que vous m’avez demandé pour votre recueil ; mais du temps ! du temps !
Hélas ! je n’en fais cas que pour le perdre ? Ne trouvez-vous pas qu’avec cela mes comptes seront bien rendus ?
Lettre CLXXXII – À M. Moultou
[663]
Montmorency, le 15 décembre 1758.
Quoique je sois incommodé et accablé d’occupations désagréables, je ne puis, monsieur, différer plus longtemps à vous remercier de votre excellente lettre. Je ne puis vous dire à quel point elle m’a touché et charmé. Je l’ai relue et la relirai plus d’une fois : j’y trouve des traits dignes du sens de Tacite et du zèle de Caton. Il ne faut pas deux lettres comme celle-là pour faire connaître un homme ; et c’est d’après cette connaissance que je m’honore de votre suffrage. O cher Moultou ! nouveau Genevois, vous montrez pour la patrie toute la ferveur que les nouveaux chrétiens avaient pour la foi. Puissiez-vous l’étendre, la communiquer à tout ce qui vous environne ! Puissiez-vous réchauffer la tiédeur de nos vieux citoyens, et puissions-nous en acquérir beaucoup qui vous ressemblent ! car malheureusement il nous en reste peu.
Ne sachant si M. Vernes vous avait remis un exemplaire de mon dernier écrit, j’ai prié M. Coindet de vous en envoyer un par la poste, et il m’a promis de le faire contresigner. Si par hasard vous aviez reçu les deux, et que vous n’en eussiez pas disposé, vous m’obligeriez d’en rendre un à M. Vernes ; car j’apprends qu’il a distribué pour moi tous ceux que je lui avais fait adresser, et qu’il ne lui en reste pas un seul. Si vous n’en avez qu’un, vous m’offenseriez de songer à le rendre : si vous n’en avez point, vous m’affligeriez de ne m’en pas avertir.
Quoi ! monsieur, le respectable Abauzit daigne me lire, il daigne m’approuver ! Je puis donc me consoler de l’improbation de ceux qui me blâment ; car il est bien à craindre que, si j’obtenais leur approbation, je ne méritasse guère la sienne. Adieu, mon cher monsieur. Quand vous aurez un moment à perdre, je vous prie de me le donner ; il me semble qu’il ne sera pas perdu pour moi.
1759
Lettre CLXXXIII – À M. Vernes
Lettre CLXXXIV – À Madame de Créqui
Lettre CLXXXV – À M. le comte de Saint-Florentin
Lettre CLXXXVI – À M. Le Nieps
Lettre CLXXXVII – À M. le maréchal de Luxembourg
Lettre CLXXXVIII – À Madame la maréchale de Luxembourg
Lettre CLXXXVII – À M. le chevalier de Lorenzy
Lettre CXC – À M. le maréchal de Luxembourg
Lettre CXCI – À Madame la maréchale de Luxembourg
Lettre CXCII – À M. Vernes
Lettre CXCIII – À M. Cartier
Lettre CXCIV – À M. le maréchal de Luxembourg
Lettre CXCV – À Madame la maréchale de Luxembourg
Lettre CXCVI – À la même
Lettre CXCVII – À M. le maréchal de Luxembourg
Lettre CXCVIII – À M. Deleyre
Lettre CXCIX – À Madame la maréchale de Luxembourg
Lettre CC – À M. Vernes
Lettre CCI – À M. de Bastide
Lettre CCII – À M. Le maréchal de Luxembourg
Table de la correspondance
Lettre CLXXXIV – À Madame de Créqui
Montmorency, le 15 janvier 1759.
En vérité, madame, s’il ne fallait pas vous remercier de votre souvenir, je crois que je ne vous remercierais point de vos poulardes. Que pouvais-je faire de quatre poulardes ? J’ai commencé par en envoyer deux à gens dont je ne me souciais guère. Cela m’a fait penser combien il y a de différence entre un présent et un témoignage d’amitié. Le premier ne trouvera jamais en moi qu’un coeur ingrat ; le second… O madame ! si vous m’aviez fait donner de vos nouvelles sans rien m’envoyer de plus, que vous m’auriez fait riche et reconnaissant ! au lieu qu’à présent que les poulardes sont mangées, tout ce que je puis faire de mieux c’est de les oublier : n’en parlons donc plus. Voilà ce qu’on gagne à me faire des présents[665].
J’aime et j’approuve la tendresse maternelle qui vous fait parler avec tant d’émotion de l’armée où est monsieur votre fils ; mais je ne vois pas, madame, pourquoi il faut absolument que vous vous ruiniez pour lui : est-ce qu’avec le nom qu’il porte, et l’éducation qu’il a reçue, il a besoin, pour se distinguer, de ces ridicules équipages qui font battre vos années et mépriser vos officiers ? Quand le luxe est universel, c’est par la simplicité qu’on se distingue ; et cette distinction, qui laisserait un homme obscur dans la boue, ne peut qu’honorer un homme de qualité. Il ne faut pas que monsieur votre fils souffre, mais il faut qu’il n’ait rien de trop : quand il ne brillera pas par son équipage, il voudra briller par son mérite ; et c’est ainsi qu’il peut honorer et payer vos soins.
À propos d’éducation, j’aurais quelques idées sur ce sujet que je serais bien tenté de jeter sur le papier si j’avais un peu d’aide ; mais il faudrait avoir là-dessus les observations qui me manquent. Vous êtes mère, madame, et philosophe, quoique dévote ; vous avez élevé un fils ; il n’en fallait pas tant pour vous faire penser. Si vous vouliez jeter sur le papier, à vos moments perdus, quelques réflexions sur cette matière, et me les communiquer, vous seriez bien payée de votre peine si elles m’aidaient à faire un ouvrage utile ; et c’est à de tels dons que je serais vraiment sensible : bien entendu pourtant que je ne m’approprierais que ce que vous me feriez penser, et non pas ce que vous auriez pensé vous-même.
Votre lettre m’a laissé sur votre santé des inquiétudes que vous m’obligeriez de vouloir lever : il ne faut pour cela qu’un mot par la poste. Votre âme se porte trop bien, elle vous use ; vous n’aurez jamais un corps sain. Je hais ces santés robustes ; ces gens qui ont tant de force et si peu de vie ; il me semble que je n’ai vécu moi-même que depuis que je me sens demi-mort. Bonjour, madame. Il faut finir par régime ; car sûrement, si ma règle est bonne, je ne guérirai pas en vous écrivant.
Lettre CLXXXV – À M. le comte de Saint-Florentin
[666]
[667]
Montmorency, le 11 février 1759.
Monseigneur,
J’apprends qu’on s’apprête à remettre à l’Opéra de Paris une pièce de ma composition, intitulée le Devin du village. Si vous daignez jeter les yeux sur le mémoire ci-joint, vous verrez, monseigneur, que cet ouvrage n’appartient point à l’Académie royale de musique. Je vous supplie donc de vouloir bien lui défendre de le représenter, et ordonner que la partition m’en soit restituée. Il y a trois ans que j’avais écrit à M. le comte d’Argenson pour lui demander cette restitution. Il ne fit aucune attention à ma lettre ni à mon mémoire. J’espère, monseigneur, être plus heureux aujourd’hui ; car je ne demande rien que de juste, et vous ne refusez la justice à personne.
Je suis avec un profond respect, etc.
Mémoire
Au commencement de l’année 1753, je présentai à l’Opéra un petit ouvrage intitulé le Devin du village, qui avait été représenté devant le roi à Fontainebleau l’automne précédent. Je déclarai aux sieurs Rebel et Francoeur, alors inspecteurs de l’Académie royale de musique, en présence de M. Duclos, de l’Académie française, historiographe de France, que je ne demandais aucun argent de ce petit opéra ; que je me contentais pour son prix de mes entrées franches à perpétuité, mais que je les stipulais expressément : à quoi il me fut répondu par ledit sieur Rebel, en présence du même M. Duclos, que cela était de droit, conforme à l’usage, et que de plus il m’était dû des honoraires qu’on aurait soin de me faire payer.
Le Devin du village fut joué ; et quoique j’eusse aussi exigé que les quatre premières représentations seraient faites par les bons acteurs, ce qui fut accordé, il fut mis en double dès la troisième ; et la pièce eut trente et une représentations de suite avant Pâques, sans compter les trois capitations où elle fut aussi donnée.
Pour les honoraires qui m’étaient dus et que je n’avais point demandés, on m’apporta chez moi douze cents francs, dont je signai la quittance, telle qu’elle me fut présentée.
Dear Vernes, what have we done? We have forgotten Mr. Abauzit. Ah! Tell me, my dear friend—how could we forget such a respectable man, who spends his life forgetting himself? Should he also be forgotten by others? In fact, everyone else should have been forgotten before him. Why didn’t you say anything to me? I will never be able to console myself for this. Adieu.
I don’t forget what you asked me to do for your collection; but I need time! Time!
Alas! Do I do all this merely to lose it in the end? Don’t you think that with this, my accounts will be perfectly settled?
Letter CLXXXII – To Mr. Moultou
[663]
Montmorency, December 15, 1758.
Although I am troubled and overwhelmed by unpleasant obligations, I cannot delay any longer in expressing my gratitude for your excellent letter, sir. I cannot tell you how much it touched and delighted me. I have read it again and again; it contains qualities befitting the wisdom of Tacitus and the zeal of Cato. Two such letters are enough to bring a man into full light; and it is on this basis that I am honored by your support. Oh dear Moultou! As a newcomer to Geneva, you display for our country all the fervor that the early Christians had for their faith. May you be able to extend that fervor and share it with everyone around you! May you help to rekindle the lukewarmness of our old citizens, and may we gain many more who are like you! For, unfortunately, such people are few among us nowadays.
Not knowing whether Mr. Vernes had given you a copy of my latest work, I asked Mr. Coindet to send you one by mail, and he promised to have it countersigned. If, by chance, you have received both copies and do not need either, you would be kind enough to return one to Mr. Vernes; for I have learned that he has distributed all the copies I had asked him to send on my behalf, and that none are left with him. If you only have one copy, it would be very kind of you not to consider returning it; if you do not have any, it would please me greatly if you would inform me of that.
Oh! Sir, the respected Abauzit deigns to read my work and even to approve of it! Thus, I can console myself for the disapproval of those who criticize me; for it would be quite likely that, if I had their approval, I would hardly deserve his. Adieu, my dear sir. Whenever you have a moment to spare, please give it to me; I believe it will not be wasted for me.
1759
Letter CLXXXIII – To Mr. Vernes
Letter CLXXXIV – To Madame de Créqui
Letter CLXXXV – To Mr. the Count of Saint-Florentin
Letter CLXXXVI – To Mr. Le Nieps
Letter CLXXXVII – To Mr. Marshal of Luxembourg
Letter CLXXXVIII – To Madame la Maréchale de Luxembourg
Letter CLXXXVII – To Mr. Chevalier de Lorenzy
Letter CXC – To Mr. Marshal of Luxembourg
Letter CXCI – To Madame la Maréchale de Luxembourg
Letter CXCII – To Mr. Vernes
Letter CXCIII – To Mr. Cartier
Letter CXCIV – To Mr. Marshal of Luxembourg
Letter CXCV – To Madame la Maréchale de Luxembourg
Letter CXCVI – To the Same One
Letter CXCVII – To Mr. Marshal of Luxembourg
Letter CXCVIII – To Mr. Deleyre
Letter CXCIX – To Madame la Maréchale de Luxembourg
Letter CC – To Mr. Vernes
Letter CCI – To Mr. de Bastide
Letter CCII – To Mr. The Marshal of Luxembourg
Correspondence Table
Letter CLXXXIV – To Madame de Créqui
Montmorency, January 15, 1759.
In truth, madam, if it were not for your kindness in sending me those poulards, I believe I would not have thanked you at all. What could I have done with four poulards? I began by giving two to people whom I hardly cared about. That made me realize how different a gift is from a simple expression of friendship. A gift will never find in me but an ungrateful heart; whereas a gesture of friendship. Oh, madam! If you had simply informed me about your well-being without sending anything else, you would have made me both rich and grateful! But now that the poulards are eaten, all I can do is try to forget them—let’s not talk about them anymore. Such is the fate of receiving gifts from me[665].
I love and approve of the maternal tenderness that makes you speak with such emotion about the army where your son serves; but I do not understand, madam, why you must absolutely ruin yourself for his sake. With the name he carries and the education he has received, does he really need those ridiculous luxuries that waste your time and cause your officers to be disrespected? When luxury is widespread, it is through simplicity that one can distinguish oneself; and such distinction, which might leave an ordinary person in obscurity, can only bring honor to a person of quality. Your son should not suffer, but he certainly should not have anything excessive. If he cannot shine through his possessions, he will seek to do so through his merit—and it is in this way that he can truly honor and repay your care for him.
Regarding education, I have some ideas on this subject that I would be very willing to put down in writing if I had a little help; but it would require the observations that I currently lack. You are a mother, madam, and also a philosopher, albeit pious; you have raised a son, and that alone should be enough to inspire your thoughts on this matter. If you would take the time, during your leisure moments, to write down some reflections on education and share them with me, you would be amply rewarded if they helped me to produce a useful work. It is such gifts that I would truly appreciate; of course, I would only use what you inspire me to think, not what you yourself have thought.
Your letter has filled me with concerns regarding your health, and I would be grateful if you could put them to rest: all it takes is a single word sent by post. Your soul is in too good health; such vigor only wears you down, and you will never possess a truly healthy body. I hate such robust health—those people who have so much strength but so little life. It seems to me that I have only begun to live since I began to feel half-dead. Goodbye, madam. You must eventually begin to follow a proper regimen of health; for surely, if what I recommend is effective, writing to you will not help me recover.
Letter CLXXXV – To Mr. the Count of Saint-Florentin
[666]
[667]
Montmorency, February 11, 1759.
My Lord,
I am informed that a piece composed by me, entitled “The Village Prophet,” is about to be performed at the Paris Opera. If you would deign to take a look at the attached memorandum, you will see, Monsieur, that this work does not belong to the Royal Academy of Music. I therefore implore you to intervene to prevent its performance and order that my score be returned to me. Three years ago, I wrote to Count d’Argenson requesting the return of my score; he paid no attention either to my letter nor to my memorandum. I hope, Monsieur, that I will be more fortunate today, for I am asking for nothing but what is just, and you never deny justice to anyone.
With deep respect, etc.
Memory
At the beginning of the year 1753, I presented at the Opera a small work entitled The Village Fortune-teller, which had been performed before the King in Fontainebleau the previous autumn. I declared to Messieurs Rebel and Francoeur, who were then inspectors of the Royal Academy of Music, in the presence of Monsieur Duclos, historian of France and member of the French Academy, that I did not request any payment for this small opera; that I was content with free admission to its performances for life as its reward, but I specified this requirement explicitly. To this, Messieur Rebel replied, also in the presence of Monsieur Duclos, that such was my right, in accordance with established practice, and that moreover, I was entitled to certain fees which would be ensured to be paid to me.
“The Village Prophesy” was performed; and although I had also insisted that the first four performances be done by skilled actors, which was agreed to, he was replaced after the third performance. Nevertheless, the play had thirty-one consecutive performances before Easter, not to mention the three additional performances where he also acted in it.
For the fees that were owed to me and that I had not requested, twelve hundred francs were brought to my home; I signed a receipt for them as it was presented to me.
Caro Vernes, cosa abbiamo fatto? Abbiamo dimenticato il signor Abauzit. Ah! Ditemi, mio crudele amico. Quell’uomo rispettabile, che dedica la sua vita a dimenticare se stesso, deve davvero essere dimenticato dagli altri? Avremmo dovuto dimenticare tutti prima di lui. Perché non mi avete detto nulla? Non riuscirò mai a consolarmi. Addio.
Non dimentico ciò che mi avete chiesto per la vostra raccolta; ma serve tempo, molto tempo!
Ahimè! Lo faccio soltanto per perderlo. Non pensate che in questo modo i miei conti siano ben regolati?
Lettera CLXXXII – A Monsieur Moultou
[663]
Montmorency, 15 dicembre 1758.
Anche se sono a disagio e sommerso da occupazioni sgradevoli, non posso più ritardare, signore, nel ringraziarvi per la vostra eccellente lettera. Non so dirvi quanto mi abbia commosso e incantato: l’ho letta e la rileggerò più volte; vi trovo tratti degni dello spirito di Tacito e dell’entusiasmo di Catone. Non servono due lettere come questa per conoscere veramente una persona; ed è sulla base di questa conoscenza che mi onoro di chiedervi il vostro voto. Oh caro Moultou! Nuovo genovese, dimostri per la patria tutta la passione che i primi cristiani avevano per la loro fede. Possa tu estendere questa passione e condividerla con tutto ciò che ti circonda! Possa tu riscaldare l’indifferenza dei nostri vecchi cittadini, e possiamo noi acquisire molti individui simili a te, poiché, purtroppo, ne rimangono pochi.
Non sapendo se il signor Vernes vi avesse inviato una copia della mia ultima opera, ho chiesto al signor Coindet di spedirvene una per posta; mi ha promesso di farlo e di farla firmare da me. Se per caso aveste ricevuto entrambe le copie e non ne aveste bisogno, vi pregherei di restituire una al signor Vernes: ho infatti appreso che ha distribuito tutti i manoscritti che gli avevo fatto inviare e che non ne possiede più nessuno. Se ne avete solo uno, mi offendreste se pensaste di restituirlo; se non ne avete affatto, mi addolorereste se non me lo comunicaste.
Che cosa! Signore, il rispettabile Abauzit si degna di leggere ciò che ho scritto e di approvarlo. Posso quindi consolarmi dell’indifferenza o del disprezzo di coloro che mi criticano; infatti, è molto probabile che, se ottenessi il loro consenso, non meriterei affatto il suo. Addio, mio caro signore. Quando avrete un momento libero, vi prego di dedicarmelo: credo che non sarà sprecato per me.
1759
Lettera CLXXXIII – A Monsieur Vernes
Lettera CLXXXIV – Alla Signora de Créqui
Lettera CLXXXV – A Monsignor il conte di Saint-Florentin
Lettera CLXXXVI – A Monsieur Le Nieps
Lettera CLXXXVII – A Sua Eccellenza il maresciallo di Lussemburgo
Lettera CLXXXVIII – Alla Marchesa di Lussemburgo
Lettera CLXXXVII – A Monsignor il Cavaliere de Lorenzy
Lettera CXC – A Sua Eccellenza il maresciallo di Lussemburgo
Lettera CXCI – Alla Marchesa di Lussemburgo
Lettera CXCII – A Monsieur Vernes
Lettera CXCIII – A Monsieur Cartier
Lettera CXCIV – A Sua Eccellenza il maresciallo di Lussemburgo
Lettera CXCV – Alla Marchesa di Lussemburgo
Lettera CXCVI – Alla stessa persona
Lettera CXCVII – A Sua Eccellenza il maresciallo di Lussemburgo
Lettera CXCVIII – A Monsieur Deleyre
Lettera CXCIX – Alla Marchesa di Lussemburgo
Lettera CC – A Monsieur Vernes
Lettera CCI – A Monsieur de Bastide
Lettera CCII – A Sua Eccellenza il Maresciallo di Lussemburgo
Tabella della corrispondenza
Lettera CLXXXIV – Alla Signora de Créqui
Montmorency, 15 gennaio 1759.
In verità, signora, se non dovesse essere per ringraziarvi del vostro ricordo, credo che non vi ringrazierei nemmeno per le vostre oche. Cosa avrei potuto fare di quattro oche? Ho iniziato inviandone due a persone di cui non mi curavo affatto. Questo mi ha fatto riflettere su quanto sia diversa una regalo da un segno di amicizia: il primo non troverebbe mai in me che un cuore ingrato; il secondo, invece. Oh signora! Se solo mi aveste fatto sapere delle vostre notizie senza inviarmi nulla in più, quanto sarei stato ricco e riconoscente! Invece, ora che le oche sono state mangiate, l’unica cosa che posso fare è dimenticarle. Non ne parliamo più. Ecco a cosa si arriva a farmi regali[665].
Amo e approvo la tenerezza materna che vi spinge a parlare con tanta emozione dell’esercito in cui si trova vostro figlio; ma non capisco, signora, perché dovreste assolutamente rovinarvi per lui: con il nome che porta e l’educazione che ha ricevuto, ha davvero bisogno di quegli stravaganti equipaggi che consumano le vostre risorse e fanno disprezzare i vostri ufficiali? Quando il lusso è diffuso ovunque, è attraverso la semplicità che si può distinguersi; e questa distinzione, che potrebbe lasciare un uomo comune nella povertà, non può che onorare una persona di qualità. Non deve succedere che vostro figlio soffra, ma nemmeno che abbia troppo: se non brillerà con il suo equipaggio, cercherà di brillare per i suoi meriti; ed è così che potrà onorare e ripagare le vostre cure.
Per quanto riguarda l’educazione, ho alcune idee su questo argomento che sarei molto tentato di mettere per iscritto se avessi un po’ di aiuto; ma servirebbero osservazioni che mi mancano. Voi siete madre, signora, e filosofa, anche se devota; avete allevato un figlio. Non ci voleva certo molto per farvi riflettere su questo argomento. Se voleste, nei momenti liberi, scrivere qualche riflessione su questa materia e condividerla con me, ne sarei davvero grato se queste riflessioni mi aiutassero a realizzare un’opera utile. E sono proprio di questi doni che apprezzerei veramente la vostra generosità: naturalmente, però, mi approprierei soltanto di ciò che mi fareste riflettere, e non di ciò che avreste pensato voi stessa.
La vostra lettera mi ha suscitato preoccupazioni riguardo alla vostra salute, e vorrei tanto dissiparle: basterà una sola parola inviata per posta. La vostra anima è troppo in buona forma, ma questo la logora; non avrete mai un corpo sano. Odio queste “salute robuste”, questi uomini che hanno tanta forza e così poco vita. Mi sembra di aver vissuto davvero solo da quando mi sento quasi morto. Addio, signora. Dovete assolutamente seguire una dieta regolare; perché, se il mio metodo è efficace, sicuramente non guarirò scrivendovi.
Lettera CLXXXV – A Monsignor il conte di Saint-Florentin
[666]
[667]
Montmorency, l’11 febbraio 1759.
Signore mio.
Apprendo che si sta per presentare all’Opéra di Parigi un’opera mia intitolata “Il Veggente del villaggio”. Se vorrete prendervi la briga di leggere il memoriale allegato, vedrete, signore, che quest’opera non appartiene all’Accademia reale di musica. Vi supplico quindi di impedirne la rappresentazione e di ordinare che mi venga restituita la partitura. Tre anni fa avevo scritto al conte d’Argenson per chiedergli questa restituzione; tuttavia non ha prestato alcuna attenzione né alla mia lettera né al mio memoriale. Spero, signore, di avere più fortuna oggi; poiché non chiedo nulla di ingiusto, e voi certo non rifiutate la giustizia a nessuno.
Con profondo rispetto, ecc.
Memoria
All’inizio dell’anno 1753 presentai all’Opéra un piccolo lavoro intitolato “Il veggente del villaggio”, che era stato rappresentato davanti al re a Fontainebleau l’autunno precedente. Dichiarai ai signori Rebel e Francoeur, allora ispettori dell’Accademia reale di musica, in presenza di Monsieur Duclos, storiografo di Francia e membro dell’Accademia francese, che non chiedevo alcun denaro per questo piccolo lavoro; che mi accontentavo, come compenso, delle mie entrate gratuite a vita, ma precisai esplicitamente questa condizione. A ciò il suddetto signor Rebel, sempre in presenza di Monsieur Duclos, rispose che tale richiesta era legittima e conforme alle usanze vigenti, e che inoltre mi spettavano degli onorari che sarebbero stati pronti a pagarmi.
Fu rappresentato “Il Veggente del villaggio”; e sebbene avessi anche richiesto che le prime quattro rappresentazioni fossero eseguite dai migliori attori, cosa che fu accettata, dalla terza rappresentazione in poi il cast venne cambiato; la pièce ebbe quindi trentuno rappresentazioni consecutive prima di Pasqua, senza contare le altre tre occasioni in cui fu messa in scena.
Per gli onorari che mi spettavano e che non avevo richiesto, qualcuno mi portò a casa duecento franchi; ne firmai la ricevuta così come mi fu presentata.
Le Devin du village fut repris après Pâques, et continué toute l’année, et même le carnaval suivant, presque sans interruption, mais dans un état qui, ne me laissant pas le courage d’en soutenir le spectacle, ma toujours forcé de m’en absenter ; et c’est une année de non-jouissance de mon droit, dont je ne serais que trop fondé à demander compte.
Enfin, dans le temps que, délivré de ce chagrin, je croyais pouvoir profiter sans dégoût du privilège de mes entrées, le sieur de Neuville[668] me déclara, à la porte de l’Opéra, qu’il avait ordre du Bureau de la Ville[669] de me les refuser, convenant en même temps qu’un tel procédé était sans exemple. Et en effet, si telle est la distinction que réserve le Bureau de la Ville à ceux qui font à la fois les paroles et la musique d’un opéra, et aux auteurs des ouvrages qu’on joue cent fois de suite, il n’est pas étonnant qu’elle soit rare.
Sur cet exposé simple et fidèle, je me crois en droit de demander la restitution de mon manuscrit, et qu’il soit défendu à l’Académie royale de musique de jamais représenter le Devin du village, sur lequel elle a perdu son droit en violant le traité par lequel je le lui avais cédé ; car m’en ôter le prix convenu, c’est m’en rendre la propriété ; cela est incontestable en toute justice.
1° Ce ne serait pas répondre que de m’opposer un règlement prétendu qui, dit-on, borne à une année le droit d’entrée pour les auteurs d’opéra en un acte : règlement qu’on allègue sans le montrer, qui n’est connu de personne, et n’a jamais eu d’exécution contre aucun auteur avant moi ; règlement enfin qui, après une soigneuse vérification, se trouve n’avoir point existé quand mon accord fut fait, et qui, quand on l’aurait établi depuis, ne peut avoir un effet rétroactif.
2° Quand ce règlement existerait, quand il serait en vigueur, il ne peut avoir aucune force vis-à-vis de moi étranger, qui ne le connaissais point, et à qui on ne l’a point opposé dans le temps que, maître de mon ouvrage, je ne cédais qu’en stipulant une condition contraire. N’a-t-on pas dérogé à ce règlement en traitant avec moi ? C’était alors qu’il fallait m’en parler. Qui a jamais ouï dire qu’on annule une convention expresse par l’intention secrète de ne la pas tenir ?
3° Pourquoi l’Académie royale de musique se prévaudrait-elle contre moi d’un règlement qu’elle-même viole à mon préjudice ? Si l’auteur des paroles et celui de la musique d’un opéra d’un acte ont chacun leurs entrées pour un an, celui qui est à la fois l’un et l’autre doit les avoir pour deux, à moins que la réunion des talents, qui concourt à leur perfection, ne soit un titre contre celui qui les rassemble.
4° Si l’intention du Bureau de la Ville était d’en user à toute rigueur avec moi, il fallait donc commencer par me payer à la rigueur ce qui m’était dû. Le produit d’un grand opéra, pour chacun des deux auteurs, est de deux mille livres lorsqu’il soutient trente représentations consécutives ; savoir, cent francs pour chacune des dix premières représentations, et cinquante francs pour chacune des vingt autres. Or, le tiers de quatre mille francs est plus de douze cents francs. Si je n’ai pas réclamé le surplus, ce n’était point par ignorance de mon droit, mais c’est qu’ayant stipulé un autre prix pour mon ouvrage, je ne voulais pas marchander sur celui-là.
Si l’on ajoute à ces raisons que, contre ce qu’on m’avait promis, mon ouvrage a été mis en double dès la troisième représentation, l’on trouvera que la direction de l’Opéra n’ayant observé avec moi ni les conditions que j’avais stipulées, ni ses propres règlements, s’est dépouillée comme à plaisir de toute espèce de droit sur ma pièce. Il est vrai que j’ai reçu douze cents francs, que je suis prêt à rendre en recevant ma partition, espérant qu’à son tour l’Académie royale de musique voudra bien me rendre compte de cent représentations[670] qu’elle a faites d’un ouvrage qu’elle savait n’être pas à elle, puisqu’elle n’en voulait pas payer le prix convenu.
Que si cette Académie a des plaintes à faire contre moi, elle peut les faire par-devant les tribunaux, et non pas s’établir, juge dans sa propre cause ni se croire en droit pour cela de s’emparer de mon bien. Sitôt qu’on est mécontent d’un homme, il ne s’ensuit pas qu’il soit permis de le voler.
Observation
M. de Saint-Florentin fit comme M. d’Argenson, et l’on continua de jouer le Devin du village sans se mettre en peine des droits de l’auteur. On verra par les détails que donne Rousseau dans la lettre suivante, quel était le véritable motif pour lequel on lui refusait ses entrées à l’Opéra.
Lettre CLXXXVI – À M. Le Nieps
[671]
Montmorency, le 25 avril 1759.
Eh ! vive Dieu ! mon bon ami ; que votre lettre est réjouissante ! des cinquante louis ! des cent louis, des deux cents louis, des 4800 livres ! où prendrai-je des coffres pour mettre tout cela ? Vraiment, je suis tout émerveillé de la générosité de ces messieurs de l’Opéra. Qu’ils ont changé ! Oh ! les honnêtes gens ! Il me semble que je vois déjà les monceaux d’or étalés sur ma table. Malheureusement un pied cloche ; mais je le ferai reclouer, de peur que tant d’or ne vienne à rouler par les trous du plancher dans la cave „ au lieu d’y entrer par la porte en bon tonneaux bien reliés, digne et vrai coffre-fort, non pas tout-à-fait d’un Genevois, mais d’un Suisse. Jusqu’ici M. Duclos m’a gardé le secret sur ces brillantes offres ; mais, puisqu’il est chargé de me les faire, il me les fera ; je le connais bien, il ne gardera sûrement pas l’argent pour lui. Oh ! quand je serai riche, venez, venez, avec vos monstres de l’Escalade ; je vous ferai manger un brochet long comme ma chambre.
O çà, notre ami, c’est assez rire, mais que l’argent vienne. Revenons aux faits. Vous verrez par le mémoire ci-joint, et par les deux lettres qui l’accompagnent, l’état de la question. Ces lettres ont resté toutes deux sans réponse. Vous me dites qu’on me blâme dans cette affaire ; je serais bien curieux de savoir comment et de quoi. Serait-ce d’être assez insolent pour demander justice, et assez fou pour espérer que l’on me la rendra ? Dans cette dernière affaire j’ai envoyé un double de mon mémoire à M. Duclos, qui, dans le temps, ayant pris un grand intérêt à l’ouvrage, fut le médiateur et le témoin du traité. Encore échauffé d’un entretien qui ressemblait à ceux dont vous me parlez, je marquais un peu de colère et d’indignation dans ma lettre contre les procédés des directeurs de l’Opéra. Un peu calmé, je lui récrivis pour le prier de supprimer ma première lettre. Il répondit à cette première qu’il m’approuvait fort de réclamer tous mes droits ; qu’il m’était assurément bien permis d’être jaloux du peu que je m’étais réservé, et que je ne devais pas douter qu’il ne fit tout ce qui dépendrait de lui pour me procurer la justice qui m’était due. Il répondit à la seconde qu’il n’avait rien aperçu dans l’autre que je pusse regretter d’avoir écrit ; qu’au surplus MM. Rebel et Francoeur ne faisaient aucune difficulté de me rendre mes entrées, et que, comme ils n’étaient pas les maîtres de l’Opéra lorsque l’on me les refusa, ce refus n’était pas de leur fait. Pendant ces petites négociations, j’appris qu’ils allaient toujours leur train, sans s’embarrasser non plus de moi que si je n’avais pas existé ; qu’ils avaient remis le Devin du village… vous savez comment ! sans m’écrire, sans me rien faire dire, sans m’envoyer même les billets qui m’avaient été promis en pareil cas quand on m’ôta mes entrées ; de sorte que tout ce qu’avaient fait à cet égard les nouveaux directeurs avait été de renchérir sur la malhonnêteté des autres. Outré de tant d’insultes, je rejetai, dans ma troisième lettre à M. Duclos, l’offre tardive et forcée de me redonner les entrées, et je persistai à redemander la restitution de ma pièce. M. Duclos ne m’a pas répondu : voilà exactement à quoi l’affaire en est restée.
Or, mon ami, voyons donc, selon la rigueur du droit, en quoi je suis à blâmer. Je dis selon la rigueur du droit, à moins que les directeurs de l’Opéra ne se fassent, des insultes et des affronts qu’ils m’ont faits, un titre pour exiger de ma part des honnêtetés et des grâces.
Du moment que le traité est rompu, mon ouvrage m’appartient de nouveau. Les faits sont prouvés dans le mémoire. Ai-je tort de redemander mon bien ?
The village bard was performing again after Easter, and the performances continued throughout the year, even into the following carnival, almost without interruption. However, the state in which he was performing left me without the courage to watch it, forcing me to absent myself from those performances. It was a year during which I was unable to exercise my right to perform, and I have every reason to demand an explanation for this.
Finally, just as I had begun to believe that, freed from this sorrow, I could enjoy the privilege of my invitations without any distaste, Monsieur de Neuville[668] informed me at the door of the Opera that he had received orders from the City Bureau[669] to deny me those invitations, acknowledging at the same time that such a measure was without precedent. Indeed, if this is the distinction reserved by the City Bureau for those who both compose the words and music of an opera, as well as for the authors of works that are performed hundreds of times in succession, it is hardly surprising that such distinctions are so rare.
Based on this simple and faithful presentation, I consider myself entitled to demand the return of my manuscript, and that it be forbidden to the Royal Academy of Music to ever perform “The Village Fool,” for which it has lost its right by violating the treaty through which I had ceded it to it; for to deprive me of the agreed-upon reward is tantamount to returning it to my possession—this is indisputably true in every sense of justice.
1° To simply oppose me to a supposed regulation that is said to limit the right of opera composers to enter such competitions to one year would not constitute a response at all. This regulation is alleged without being presented; it is unknown to anyone, and it has never been applied against any composer before me. Furthermore, after careful verification, it turns out that this regulation never even existed at the time my agreement was made. And even if it had been established since then, it could not have any retroactive effect.
2° Even if such a regulation existed and were in force, it could have no effect whatsoever on me, an outsider who was unaware of it and to whom it was not presented until I, as the owner of my work, agreed to it only on the condition that a contrary stipulation be made. Wasn’t this regulation violated when dealing with me? That was precisely the time when one should have discussed it with me. Who has ever heard of a formal agreement being annulled simply because of the secret intention not to abide by it?
3° Why should the Royal Academy of Music claim to have a rule that it itself violates to my detriment? If the author of the libretto and the composer of the music for an opera of one act each receive their membership for one year, then the person who is both the librettist and the composer must receive it for two years—unless the combination of these talents, which contributes to their mutual excellence, constitutes a disadvantage for the individual who brings them together.
4° If the intention of the City Bureau was indeed to be strict with me in this matter, then they should have started by paying me what was rightfully due to me. The earnings from a major opera, for each of the two authors, amount to two thousand pounds when it receives thirty consecutive performances—i.e., one hundred francs for the first ten performances and fifty francs for each of the following twenty. Therefore, one-third of four thousand francs is more than twelve hundred francs. If I did not demand the additional amount, it was not out of ignorance of my rights, but because having agreed to a different payment for my work, I did not wish to haggle over that amount.
If we add to these reasons that, contrary to what I had been promised, my work was performed in double performances as soon as the third show took place, it becomes clear that the management of the Opera House neither observed the conditions I had stipulated nor its own regulations. As a result, they freely renounced any right they might have had over my piece. It is true that I received twelve hundred francs, which I am willing to return upon receiving my score, in the hope that the Royal Academy of Music will in turn compensate me for the one hundred performances it gave of a work it knew was not its own, since it refused to pay the agreed fee for it.
If this Academy has any complaints against me, it may present them before the courts, but it is not entitled to act as its own judge in its own cause, nor to seize my property on that grounds. Just because one is dissatisfied with a person does not mean that it is permissible to steal from that person.
Observation
Mr. de Saint-Florentin followed in Mr. d’Argenson’s footsteps, and people continued to perform “The Village Fortune-teller” without giving any thought to the author’s rights. As Rousseau details in the following letter, one will discover what the real reason was for refusing him entry to the Opera House.
Letter CLXXXVI – To Mr. Le Nieps
[671]
Montmorency, April 25, 1759.
Ah! Blessed God, my good friend—what a delightful letter yours is! Fifty louis! One hundred louis, two hundred louis, even 4,800 livres! Where on earth am I going to find chests to store all this? Truly, I am utterly amazed by the generosity of these gentlemen from the Opera. How they have changed! Oh, the honest people. It seems to me as if I can already see piles of gold spread out on my table. Unfortunately, there’s one small problem; but I’ll have it fixed, for I don’t want all this gold to roll down through the holes in the floor and end up in the cellar—instead of entering through the door, in proper chests, well-sealed and dignified, like a real safe. Not quite the work of a Genevan, but certainly that of a Swiss. So far, Monsieur Duclos has kept me in ignorance about these generous offers; but since he has been tasked with presenting them to me, he will surely do so. I know him well—he certainly won’t keep the money for himself. Oh! When I become rich, come on, bring your monsters from the Escalade; I’ll feed you brochet as long as my room is long!
Well, my friend, enough joking now—let’s get down to business. You will see the state of affairs from the attached memorandum and the two letters that accompany it. Both of these letters have gone unanswered. You tell me that I am being blamed in this matter; I would be very interested to know how and for what reason. Could it be because I was bold enough to demand justice, or foolish enough to hope that it would be granted? In connection with this last issue, I sent a copy of my memorandum to Mr. Duclos, who, at one time, had taken great interest in the project and had served as both mediator and witness to the agreement. Still upset by an encounter similar to those you have described to me, I expressed some anger and indignation in my letter regarding the actions of the Opera’s directors. After calming down a bit, I wrote to him again, asking him to remove my first letter. He replied to that letter, saying that he strongly approved of my demand for all my rights; that it was entirely justified for me to be jealous of the little that had been reserved for me, and that he would certainly do everything in his power to ensure that I received the justice I deserved. As for the second letter, he said that he saw nothing in it that I should regret having written; moreover, Messrs. Rebel and Francoeur had no objection to restoring my access to the Opera, and since they were not the managers at the time my entry was denied, the refusal was not their doing. During these negotiations, I learned that they were continuing with their usual ways, ignoring me as if I didn’t exist at all; they had put on Le Devin du village, you know how! Without writing to me, without letting me know anything, and without even sending me the tickets that had been promised in such cases when my access was revoked. In short, everything the new directors did in this regard only served to worsen the dishonesty of their predecessors. Furious at such insults, I rejected in my third letter to Mr. Duclos their tardy and forced offer to restore my entry rights and insisted on having my work restored to me. Mr. Duclos did not respond; that is exactly where the matter stands today.
Or, my friend, let us consider, in accordance with the strict principles of law, in what respect I am at fault. I say “in accordance with the strict principles of law,” unless the directors of the Opera have, through the insults and affronts they have directed at me, obtained some right to demand honesty and courtesy on my part.
Once the treaty has been violated, my work once again belongs to me. The facts are proven in the memorandum. Am I wrong to demand it back?
Il “Devin” del villaggio fu ripreso dopo Pasqua e continuò per tutto l’anno, persino durante il carnevale successivo, quasi senza interruzioni; tuttavia, lo stato in cui si trovava non mi dava il coraggio di assistere a quegli spettacoli, quindi fui costretto ad assentarmene. È un anno in cui non ho potuto godermi questo mio diritto, e ne ho tutte le ragioni per chiedere spiegazioni.
Infine, proprio nel momento in cui, liberato da quel dolore, credevo di poter godere senza disgusto del privilegio di entrare all’Opéra, il signor de Neuville[668] mi dichiarò, alla porta dell’Opéra, che aveva ricevuto l’ordine dal Bureau della Città[669] di negarmelo, sottolineando al contempo che un simile comportamento era senza precedenti. E in effetti, se questa è la distinzione riservata dal Bureau della Città a coloro che scrivono sia le parole che la musica di un’opera, e agli autori di opere che vengono messe in scena centinaia di volte di seguito, non sorprende affatto che tale distinzione sia così rara.
Sulla base di questa esposizione semplice e fedele, ritengo di avere il diritto di chiedere la restituzione del mio manoscritto, e che all’Accademia reale di musica venga vietato per sempre di rappresentare “Il Vegliardo del villaggio”, opera su cui ha perso ogni diritto in seguito alla violazione del trattato con il quale gliel’avevo ceduta; poiché privarmi del premio concordato equivale a restituirmi la proprietà dello stesso, e questo è indiscutibile sotto ogni punto di vista giuridico.
1° Non risponderei affatto a questa obiezione se non opponessi un regolamento presunto, che si dice limiti a un anno il diritto di entrata per gli autori d’opera in un atto: un regolamento di cui si parla senza mostrarlo, che nessuno conosce e che non è mai stato applicato contro alcun autore prima di me; un regolamento, infine, che, dopo una attenta verifica, si scopre non essere mai esistito al momento della mia accordazione, e che, anche se venisse istituito in seguito, non potrebbe avere effetti retroattivi.
2° Se tale regolamento esistesse e fosse in vigore, non potrebbe avere alcuna efficacia nei miei confronti, poiché non lo conoscevo e non mi è stato presentato prima che io, padrone del mio operato, acconsentissi ad esso soltanto a condizione che venisse stabilita una clausola contraria. Non si è forse derogato da questo regolamento nel trattare con me? In tal caso, avrebbe dovuto essere discusso con me in anticipo. Chi ha mai sentito dire che un accordo esplicito venga annullato semplicemente per l’intenzione segreta di non rispettarlo?
3° Perché l’Accademia reale di musica dovrebbe vantarsi, a mio svantaggio, di una regola che essa stessa viola? Se l’autore dei testi e quello della musica di un’opera in un atto hanno ciascuno il proprio incarico per un anno, colui che è sia l’uno che l’altro deve averlo per due anni, a meno che la combinazione di questi talenti, che contribuisce alla loro perfezione, non costituisca un vantaggio per chi li riunisce.
4° Se l’intenzione dell’Ufficio della Città era di trattarmi con rigore, avrebbero dovuto innanzitutto pagarmi rigorosamente quanto mi spettava. Il ricavato di un grande opera, per ciascuno dei due autori, ammonta a duemila lire quando l’opera viene rappresentata per trenta volte consecutive: cento franchi per le prime dieci rappresentazioni e cinquanta franchi per le altre venti. Ora, un terzo di quattromila franchi equivale a più di duecento franchi. Se non ho chiesto il resto, non è stato per ignoranza dei miei diritti, ma perché, avendo concordato un altro compenso per il mio lavoro, non volevo discutere su quello.
Se si aggiungono a queste ragioni il fatto che, contrariamente a quanto mi era stato promesso, la mia opera è stata messa in scena nuovamente già dalla terza rappresentazione, si comprenderà facilmente che la direzione dell’Opera non ha rispettato né le condizioni da me stabilite né i propri regolamenti, ma si è liberata, a piacimento suo, di ogni tipo di diritto su mia opera. È vero che ho ricevuto duecento franchi; sono disposto a restituirli non appena riceverò la mia partitura, nella speranza che anche l’Accademia reale di musica voglia rimborsarmi le cento rappresentazioni che ha tenuto di un’opera di cui sapeva benissimo che non le apparteneva, visto che non aveva intenzione di pagare il prezzo concordato.
Se questa Accademia ha delle lamentele da presentare contro di me, può farlo davanti ai tribunali, ma non ha il diritto di assumere il ruolo di giudice nella propria causa né di confiscare i miei beni per questo motivo. Il semplice fatto di essere insoddisfatti di qualcuno non autorizza affatto a derubarlo.
Osservazione.
Il signor de Saint-Florentin agì come il signor d’Argenson, e si continuò a rappresentare “Il Veggente del villaggio” senza preoccuparsi dei diritti dell’autore. Dai dettagli forniti da Rousseau nella lettera successiva si potrà comprendere quale fosse il vero motivo per cui gli venivano rifiutate le entrate all’Opéra.
Lettera CLXXXVI – A Monsieur Le Nieps
[671]
Montmorency, 25 aprile 1759.
Eh! Viva Dio, mio caro amico. Che lettera gioiosa! Cinquanta luigi. Cento luigi, duecento luigi, 4800 libbre. Dove troverò dei baúli per metterci tutto questo? Davvero, sono sbalordito dalla generosità di questi signori dell’Opéra. Che cambiamento hanno fatto! Oh, che persone oneste. Mi sembra già di vedere mucchi d’oro sparsi sul mio tavolo. Purtroppo c’è un piccolo problema. Ma farò riparare il pavimento, per evitare che tutto questo oro rotoli nei buchi del pavimento e finisca in cantina. Invece di entrare lì attraverso porte solide, ben sigillate, come veri e propri forzieri. Non proprio di Genova, ma comunque svizzeri. Finora il signor Duclos ha mantenuto il segreto su queste generose offerte. Ma poiché è incaricato di consegnarmele, le riceverò sicuramente. Lo conosco bene: non terrà certo i soldi per sé. Oh! Quando sarò ricco. Venite pure, con i vostri mostri dell’Escalade. Vi farò mangiare un pesce lungo quanto la mia stanza.
Ebbene, amico mio, basta scherzare ora; bisogna che arrivi il denaro. Torniamo ai fatti. Vedrete, attraverso il memoriale allegato e le due lettere che lo accompagnano, la situazione reale della questione. Entrambe queste lettere sono rimaste senza risposta. Dite che in questa faccenda si mi biasima; sarei davvero curioso di sapere come e per quale motivo. Forse perché ho avuto l’audacia di chiedere giustizia, o forse perché sono stato così folle da sperare che mi venisse concessa? Per quanto riguarda questa ultima questione, ho inviato una copia del mio memoriale a Monsieur Duclos, il quale, in passato, aveva mostrato grande interesse per la mia opera e fu il mediatore e testimone dell’accordo stipulato. Ancora turbato da un colloquio simile a quelli di cui mi parlate, ho espresso nella mia lettera un certo risentimento e indignazione nei confronti dei comportamenti dei direttori dell’Opéra. Dopo essermi calmato un po’, gli scrissi di nuovo chiedendogli di cancellare la mia prima lettera. Lui rispose che approvava pienamente il mio desiderio di rivendicare tutti i miei diritti; che avevo tutto il diritto di essere geloso di ciò che mi ero riservato, e che non dovevo dubitare che avrebbe fatto tutto il possibile per farmi ottenere la giustizia che mi spettava. Rispose anche alla seconda mia lettera, dicendo che non aveva trovato nulla nel memoriale che potesse farmi rimpiangere di averlo scritto; inoltre, aggiunse che Monsieur Rebel e Monsieur Francoeur non facevano alcuna difficoltà ad restituirmi i miei biglietti d’ingresso, e poiché non erano loro i responsabili dell’Opéra al momento in cui mi furono rifiutati, quel rifiuto non era dovuto a loro. Durante queste piccole trattative, scoprii che continuavano a procedere come sempre, senza curarsi affatto di me, come se non esistessi; avevano ripreso a rappresentare “Il Veggente del villaggio”, come sapete! Senza scrivermi, senza dirmi nulla, senza nemmeno inviarmi i biglietti che mi erano stati promessi in caso di rifiuto; quindi, tutto ciò che i nuovi direttori avevano fatto al riguardo non era altro che peggiorare l’ingiustizia dei precedenti. Offeso da tali insulti, nella mia terza lettera a Monsieur Duclos rifiutai l’offerta tardiva e forzata di restituirmi i biglietti d’ingresso, e insistetti nel chiedere la restituzione della mia opera. Monsieur Duclos non mi rispose: ecco esattamente dove si è fermata la questione.
Ora, mio caro, analizziamo, secondo la rigore della legge, in cosa io possa essere biasimato. Dico “secondo la rigore della legge”, a meno che i direttori dell’Opera non considerino le offese e gli insulti che mi hanno rivolto come un motivo per chiedermi onestà e favori da parte mia.
Dal momento che il trattato è stato violato, la mia opera mi appartiene di nuovo. I fatti sono dimostrati nel memoriale. Ho torto a chiedere indietro ciò che mi spetta?
Mais, disent les nouveaux directeurs, l’infraction n’est pas de notre fait. Je le suppose un moment ; qu’importe ? le traité en est-il moins rompu ? je n’ai point traité avec les directeurs, mais avec la direction. Ne tiendrait-il donc qu’à des changements simulés de directeurs pour faire impunément banqueroute tous les huit jours ? Je ne connais ni ne veux connaître les sieurs Rebel et Francoeur. Que Gautier ou Garguille dirigent l’Opéra, que me fait cela ? J’ai cédé mon ouvrage à l’Opéra sous des conditions qui ont été violées, je l’ai vendu pour un prix qui n’a point été payé ; mon ouvrage n’est donc pas à l’Opéra, mais à moi : je le redemande ; en le retenant, on le vole. Tout cela me paraît clair.
Il y a plus ; en ne réparant pas le tort que m’avaient fait les anciens directeurs, les nouveaux l’ont confirmé ; en cela d’autant plus inexcusables qu’ils ne pouvaient pas ignorer les articles d’un traité fait avec eux-mêmes en personnes. Étais-je donc obligé de savoir que l’Opéra, où je n’allais plus, changeait de directeurs ? pouvais-je deviner si les derniers étaient moins iniques ? pour l’apprendre, fallait-il m’exposer à de nouveaux affronts, aller leur faire ma cour à leur porte, et leur demander humblement en grâce de vouloir bien ne me plus voler ? S’ils voulaient garder mon ouvrage, c’était à eux de faire ce qu’il fallait pour qu’il leur appartînt ; mais en ne désavouant pas l’iniquité de leurs prédécesseurs, ils l’ont partagée ; en ne me rendant pas les entrées qu’ils savaient m’être dues, ils me les ont ôtées une seconde fois. S’ils disent qu’ils ne savaient où me prendre, ils mentent ; car ils étaient environnés de gens de ma connaissance, dont ils n’ignoraient pas qu’ils pouvaient apprendre où j’étais. S’ils disent qu’ils n’y ont pas songé, ils mentent encore ; car au moins, en préparant une reprise du Devin du village y ils ne pouvaient ne pas penser à ce qu’ils devaient à l’auteur. Mais ils n’ont parlé de ne plus me refuser les entrées que quand ils y ont été forcés par le cri public : il est donc faux que la violation du traité ne soit pas de leur fait. Ils ont fait davantage, ils ont renchéri sur la malhonnêteté de leurs prédécesseurs ; car, en me refusant l’entrée, le sieur de Neuville me déclara, de la part de ceux-ci, que, quand on jouerait le Devin du village, on aurait soin de m’envoyer des billets. Or, non seulement les nouveaux ne m’ont parlé, ni écrit, ni fait écrire ; mais quand ils ont remis le Devin du village, ils n’ont pas même envoyé les billets que les autres avaient promis. On voit que-ces gens-là, tout fiers de pouvoir être iniques impunément, se croiraient déshonorés s’ils faisaient un acte de justice.
En recommençant à ne me plus refuser les entrées, ils appellent cela me les rendre. Voilà qui est plaisant ! Qu’ils me rendent donc les cinq années écoulées depuis qu’ils me les ont ôtées ; la jouissance de ces cinq années ne m’était-elle pas due ? n’entrait-elle pas dans le traité ? Ces messieurs penseraient-ils donc être quittes avec moi en me donnant les entrées le dernier jour de ma vie ? Mon ouvrage ne saurait être à eux qu’ils ne m’en paient le prix en entier. Ils ne peuvent, me dira-t-on, me rendre le temps passé : pourquoi me l’ont-ils ôté ? c’est leur faute ; me le doivent-ils moins pour cela ? C’était à eux, par la représentation de cette impossibilité, et par de bonnes manières, d’obtenir que je voulusse bien me relâcher en cela de mon droit, ou en accepter une compensation. Mais, bon ! je vaux bien la peine qu’on daigne être juste avec moi ! soit. Voyons donc enfin de mon côté à quel titre je suis obligé de leur faire grâce. Ma foi, puisqu’ils sont si rogues, si vains, si dédaigneux de toute justice, je demande, moi, la justice en toute rigueur ; je veux tout le prix stipulé, ou que le marché soit nul. Que si l’on me refuse la justice qui m’est due, comment ce refus fait-il mon tort ? et qui est-ce qui m’ôtera le droit de me plaindre ? Qu’y a-t-il d’équitable, de raisonnable à répondre à cela ? Ne devrais-je point peut-être un remerciement à ces messieurs, lorsqu’à regret, et en rechignant, ils veulent bien ne me voler qu’une partie de ce qui m’est dû.
De nos plaideurs manceaux les maximes m’étonnent ;
Ce qu’ils ne prennent pas, ils disent qu’ils le donnent
Passons aux raisons de convenance. Après m’avoir ôté les entrées tandis que j’étais à Paris, me les rendre quand je n’y suis plus, n’est-ce pas joindre la raillerie à l’insulte ? ne savent-ils pas bien que je n’ai ni le moyen ni l’intention de profiter de leur offre ? Eh ! pourquoi diable irais-je si loin chercher leur Opéra ? n’ai-je pas tout à ma porte les chouettes de la forêt de Montmorency ?
Ils ne refusent pas, dit M. Duclos, de me rendre mes entrées. J’entends bien : ils me les rendront volontiers aujourd’hui pour avoir le plaisir de me les ôter demain, et de me faire ainsi un second affront. Puisque ces gens-là n’ont ni foi ni parole, qui est-ce qui me répondra d’eux et de leurs intentions ? Ne me sera-t-il pas bien agréable de ne me jamais présenter à la porte que dans l’attente de me la voir fermer une seconde fois ? Ils n’en auront plus, direz-vous, le prétexte. Eh ! pardonnez-moi, monsieur, ils l’auront toujours ; car, sitôt qu’il faudra trouver leur Opéra beau, qu’on me remmène aux Carrières ! Que n’ont-ils proposé cette admirable condition dans leur marché ! jamais ils n’auraient massacré mon pauvre Devin. Quand ils voudront me chicaner, manqueront-ils de prétextes ? Avec des mensonges, on n’en manque jamais. N’ont-ils pas dit que je faisais du bruit au spectacle, et que mon exclusion était, une affaire de police ?
Premièrement, ils mentent : j’en prends à témoin tout le parterre et l’amphithéâtre de ce temps-là. De ma vie je n’ai crié ni battu des mains aux bouffons ; et je ne pouvais ni rire ni bailler à l’Opéra français, puisque je n’y restais jamais, et qu’aussitôt que j’entendais commencer la lugubre psalmodie, je me sauvais dans les corridors. S’ils avaient pu me prendre en faute au spectacle, ils se seraient bien gardés de m’en éloigner. Tout le monde a su avec quel soin j’étais consigné, recommandé aux sentinelles ; partout on n’attendait qu’un mot, qu’un geste pour m’arrêter ; et sitôt que j’allais au parterre, j’étais environné de mouches qui cherchaient à m’exciter. Imaginez-vous s’il fallut user de prudence pour ne donner aucune prise sur moi. Tous leurs efforts furent vains ; car il y a longtemps que je me suis dit : Jean-Jacques, puisque tu prends le dangereux emploi de défenseur de la vérité, sois sans cesse attentif sur toi-même, soumis en tout aux lois et aux règles, afin que, quand on voudra te maltraiter, on ait toujours tort. Plaise à Dieu que j’observe aussi bien ce précepte jusqu’à la fin de ma vie, que je crois l’avoir observé jusqu’ici[672] ! Aussi, mon bon ami, je parle ferme et n’ai peur de rien. Je sens qu’il n’y a homme sur la terre qui puisse me faire du mal justement ; et quant à l’injustice, personne au monde n’en est à l’abri. Je suis le plus faible des êtres ; tout le monde peut me faire du mal impunément. J’éprouve qu’on le sait bien, et les insultes des directeurs de l’Opéra sont pour moi le coup de pied de l’âne. Rien de tout cela ne dépend de moi ; qu’y ferais-je ? Mais c’est mon affaire que quiconque me fera du mal fasse mal ; et voilà de quoi je réponds.
Premièrement donc, ils mentent ; et en second lieu, quand ils ne mentiraient pas, ils ont tort : car, quelque mal que j’eusse pu dire, écrire ou faire, il ne fallait point m’ôter les entrées, attendu que l’Opéra, n’en étant pas moins possesseur de mon ouvrage, n’en devait pas moins payer le prix convenu. Que fallait-il donc faire ? m’arrêter, me traduire devant les tribunaux, me faire mon procès, me faire pendre, écarteler, brûler, jeter ma cendre au vent, si je l’avais mérité ; mais il ne fallait pas m’ôter les entrées. Aussi-bien, comment, étant prisonnier ou pendu, serais-je allé faire du bruit à l’Opéra ? Ils disent encore : Puisqu’il se déplaît à notre théâtre, quel mal lui a-t-on fait de lui en ôter l’entrée ? Je réponds qu’on m’a fait tort, violence, injustice, affront ; et c’est du mal que cela. De ce que mon voisin ne veut pas employer son argent, est-ce à dire que je sois en droit d’aller lui couper la bourse ?
Yet, the new directors claim, the infringement is not our doing. I suppose so for a moment—but what does it matter? Has the treaty been any less broken because of it? I never dealt with the directors themselves; I dealt with the management. Could it then depend solely on sham changes of directors to allow one to go bankrupt with impunity every eight days? I neither know nor wish to know Messrs. Rebel and Francoeur. What does it matter to me whether Gautier or Garguille directs the Opera? I ceded my work to the Opera under conditions that were violated; I sold it for a price that was never paid. My work is therefore not at the Opera—it belongs to me. I am demanding it back; by withholding it, they are stealing it. All this seems perfectly clear to me.
Moreover, by failing to rectify the harm done to me by the former directors, the new ones have only confirmed it—making their conduct all the more inexcusable, since they could not have been unaware of the terms of a treaty made with them personally. Was I obliged to know that the Opera, where I no longer went, was changing directors? Could I have guessed whether the latest directors would be any less unjust? To find out, would I have had to expose myself to fresh insults, go begging at their door, and humbly ask them as a favor to kindly stop stealing from me? If they wanted to keep my work, it was up to them to do whatever was necessary to make it theirs. But by failing to disavow the injustice of their predecessors, they have shared in it. By not returning to me the tickets that they knew were owed to me, they have stolen them from me once again. If they say they didn’t know where to find me, they’re lying—for they were surrounded by people I knew, whom they couldn’t have failed to realize could tell them where I was. If they say they didn’t think about it, they’re lying again—for at least when preparing a revival of The Village Soothsayer, they couldn’t have failed to consider what they owed the author. Yet they spoke of no longer refusing me tickets only when public outcry forced them to do so—it is therefore false that the breach of the treaty was not their doing. They’ve gone even further, piling on to the dishonesty of their predecessors: when refusing me entry, Monsieur de Neuville declared, on behalf of those directors, that when The Village Soothsayer was performed, they’d make sure to send me tickets. Yet not only did the new directors neither speak to me, nor write to me, nor have anyone write to me; but when they finally put The Village Soothsayer back on stage, they didn’t even send the tickets that others had promised. It’s clear that these people, so proud of being able to act unjustly with impunity, would feel dishonored if they ever did an act of justice.
By starting again to refuse me tickets, they call it “returning” them to me. How amusing! Let them return to me the five years that have passed since they took them away from me—wasn’t I entitled to enjoy those five years? Wasn’t it part of the treaty? Do these gentlemen really think they’re off the hook with me just by giving me tickets on the last day of my life? My work can’t possibly belong to them unless they pay me its full price. They may tell me they can’t give me back the time that’s passed—but why did they take it away from me in the first place? That’s their fault; don’t they owe me something for it? It was up to them, through demonstrating this impossibility and showing good manners, to persuade me to relax my right in this regard or accept some compensation. But come now—am I really worth the trouble of being treated fairly? Very well. Let’s finally see from my side what right I have to grant them any leniency. Honestly, since they’re so rogue, so vain, so disdainful of all justice, I’m asking for justice in all its rigor—I want the full stipulated price, or else the contract should be null and void. And if they refuse me the justice that’s due to me, how exactly does that refusal harm me? And who will take away my right to complain? What could possibly be fair or reasonable in responding to that? Shouldn’t I perhaps even thank these gentlemen, when, reluctantly and grudgingly, they finally agree to steal only part of what’s rightfully mine?
Of our lawyers from Le Mans, their maxims astonish me:
What they don’t take, they say they’re giving away.
Let’s move on to reasons of convenience. After taking away my tickets while I was in Paris, to give them back to me now that I’m no longer there—isn’t that adding mockery to insult? Don’t they know full well that I neither have the means nor the intention to take advantage of their offer? Why on earth would I go so far to seek out their Opera? Don’t I have right at my doorstep the owls from the forest of Montmorency?
They don’t refuse, says Mr. Duclos, to give me back my tickets. I understand perfectly—they’ll gladly give them back today just to have the pleasure of taking them away again tomorrow, thus inflicting a second insult upon me. Since these people have neither faith nor word, who’s going to vouch for them and their intentions? Won’t it be quite pleasant for me never to show up at their door except in anticipation of seeing it slammed shut once more? You’ll say they won’t have the pretext anymore. Oh, forgive me, sir, they’ll always have it—for as soon as it comes to finding their Opera beautiful, they’ll send me back to the Quarries! Why didn’t they propose this admirable condition in their contract? They’d never have butchered my poor Soothsayer. When they want to pick a quarrel with me, will they lack pretexts? With lies, you never lack them. Didn’t they say I was making noise during the performance, and that my exclusion was a police matter?
First of all, they’re lying—I call the entire parterre and amphitheater of that time as witnesses. In my life, I’ve never shouted or clapped my hands at the buffoons; and I couldn’t laugh or yawn at the French Opera, since I never stayed there, and as soon as I heard the mournful chanting begin, I’d flee into the corridors. If they’d caught me in the act during the performance, they’d have been careful not to drive me away. Everyone knew how carefully I was kept under surveillance, recommended to the guards; everywhere, all it took was a word, a gesture, to stop me—and as soon as I went to the parterre, I was surrounded by flies trying to provoke me. Imagine how much caution I had to use to avoid giving them any hold over me. All their efforts were in vain; for a long time now, I’ve told myself: Jean-Jacques, since you’ve taken on the dangerous job of defending the truth, be constantly attentive to yourself, submit completely to laws and rules, so that whenever someone wants to mistreat you, they’ll always be in the wrong. God grant that I observe this precept as well until the end of my life as I believe I’ve observed it so far[672]! Thus, my dear friend, I speak firmly and fear nothing. I feel there’s no man on earth who can truly harm me; and as for injustice, no one in the world is safe from it. I’m the weakest of beings; everyone can harm me with impunity. I’ve experienced that they know it well, and the insults from the Opera directors are for me like the kick of a donkey. None of this depends on me—what could I do about it? But it’s my business that whoever harms me does harm; and that’s what I stand by.
First of all, then, they’re lying; and secondly, even if they weren’t lying, they’d still be wrong: for no matter what bad thing I might have said, written, or done, they shouldn’t have taken away my tickets, given that the Opera, still owning my work, should have paid the agreed-upon price. What then should they have done? Arrest me, bring me before the courts, put me on trial, hang me, quarter me, burn me, scatter my ashes to the wind—if I’d deserved it—but they shouldn’t have taken away my tickets. Besides, how could I, imprisoned or hanged, have gone to make noise at the Opera? They also say: Since he dislikes our theater, what harm has been done to him by taking away his ticket? I reply that I’ve been wronged, subjected to violence, injustice, and insult—and that’s the harm done. Just because my neighbor doesn’t want to spend his money, does that mean I’m entitled to go cut his purse?
Ma, dicono i nuovi direttori, la violazione non è colpa nostra. Lo suppongo per un momento. Ma che importa? Il trattato ne risulta forse meno valido? Non ho stipulato alcun accordo con i singoli direttori, ma con l’intera direzione. Significherebbe dunque che basterebbero semplici cambi di direttori per far fallire l’Opéra ogni otto giorni, senza subire conseguenze? Non conosco né desidero conoscere i signori Rebel e Francoeur. Che Gautier o Garguille dirigano l’Opéra. A me che importa? Ho ceduto la mia opera all’Opéra sotto condizioni che sono state violate; l’ho venduta per un prezzo che non è stato pagato. Quindi la mia opera non appartiene all’Opéra, ma a me: la richiedo indietro; tenerla significa rubarla. Tutto ciò mi sembra chiaro.
C’è di più: non solo non hanno rimediato all’ingiustizia che i precedenti direttori mi avevano inflitto, ma l’hanno anche rinnovata; e questo è ancora più inexcusabile, visto che non potevano ignorare gli articoli del trattato stipulato con loro stessi. Ero quindi costretto a sapere che l’Opéra, dove non andavo più, cambiava direttori. Potevo forse indovinare se i nuovi fossero meno ingiusti? Per scoprirlo, avrei dovuto espormi a nuove offese, andare loro a chiedere umilmente di smettere di derubarmi. Se volevano tenersi il mio lavoro, spettava a loro fare ciò che era necessario affinché mi appartenesse; ma non negando l’ingiustizia dei loro predecessori, l’hanno semplicemente condivisa. Non restituendomi gli ingressi che mi spettavano, me li hanno tolti una seconda volta. Dicono di non sapere dove trovarmi. Ma mentono: erano circondati da persone che conoscevo bene, e sapevano certamente dove fossi. Dicono anche di non averci pensato. Ma mentono ancora: preparando una nuova rappresentazione de “Il Pastore di Villaggio”, avrebbero dovuto almeno ricordarsi di ciò che dovevano all’autore. Hanno parlato di non rifiutarmi più gli ingressi solo quando sono stati costretti dal clamore pubblico. Quindi è falso dire che la violazione del trattato non sia stata loro intenzionale. Hanno fatto persino di peggio: hanno superato in malafede i loro predecessori. Rifiutandomi l’ingresso, il signor de Neuville mi ha detto, da parte loro, che quando si sarebbe rappresentato “Il Pastore di Villaggio”, avrebbero fatto in modo che mi venissero inviati dei biglietti. Invece, i nuovi direttori non solo non mi hanno parlato, né scritto, né fatto scrivere nulla; ma quando hanno ripreso a rappresentare “Il Pastore di Villaggio”, non hanno nemmeno inviato i biglietti che gli altri avevano promesso. Si vede quindi che queste persone, orgogliose di poter agire ingiustamente senza conseguenze, si considererebbero umiliate se compissero un atto di giustizia.
Ricominciando a non negarmi l’ingresso, loro definiscono questo atto “restituirmelo”. Che divertente! Allora che mi restituiscano anche i cinque anni che mi sono stati tolti. Il piacere di quei cinque anni non mi spettava forse? Non faceva parte dell’accordo iniziale? Pensano davvero di essersi liberati dei loro obblighi nei miei confronti semplicemente concedendomi l’ingresso l’ultimo giorno della mia vita? Il mio lavoro non potrà mai appartenere a loro se non mi pagano interamente il prezzo concordato. Si dirà che non possono restituirmi il tempo passato. Ma perché me lo hanno tolto, allora? È colpa loro; per questo motivo dovrebbero meno considerarsi in debito con me? Spettava a loro, attraverso una discussione seria e cortese su questa impossibilità, convincermi ad accontentarmi di una compensazione. Ma, beh, vale davvero la pena che si sforzino di essere giusti con me! Va bene. Vediamo ora da quale punto di vista io debba concedere loro questo “grazie”. Onestamente, dato che sono così insistenti, vanitosi e disprezzanti verso qualsiasi forma di giustizia, io chiedo giustizia nella sua massima espressione: voglio ricevere l’intero compenso concordato, altrimenti l’accordo è nullo. Se mi rifiutano la giustizia che mi spetta, come può questo rifiuto danneggiarmi? E chi mi impedirà di lamentarmene? Cosa c’è di equo o ragionevole in una risposta del genere? Forse dovrei persino ringraziare questi signori, quando, con riluttanza, sono disposti a non rubarmi che una parte di ciò che mi spetta.
Le massime dei nostri avvocati di Mâconnais mi sorprendono.
Quello che non prendono, dicono di darlo.
Passiamo ora alle ragioni di convenienza. Dopo avermi negato l’accesso mentre ero a Parigi, restituirmelo ora che non ci sono più, non è forse un modo per aggiungere all’insulto anche la derisione? Non sanno forse bene che non ho né i mezzi né l’intenzione di approfittare della loro offerta? Ehi! Perché diavolo dovrei andare fino a loro per ascoltare il loro Opera? Non ho forse tutto ciò di cui ho bisogno proprio qui, nelle foreste di Montmorency?
“Non si rifiutano,” dice il signor Duclos, “di restituirmi l’accesso alle sale dove si svolgono gli spettacoli. Capisco bene: me lo restituiranno volentieri oggi, solo per avere il piacere di privarmene domani e così infliggermi un secondo affronto. Poiché queste persone non hanno né onore né parola, chi mi garantirà la loro affidabilità e le loro intenzioni? Non sarà forse molto gradito per me dovermi presentare alla porta solo nell’attesa che venga nuovamente chiusa davanti a me? Diranno che non avranno più scuse. Ma, perdonatemi, signore: ne avranno sempre. Perché non appena vorranno trovare qualcosa di bello nel loro “spettacolo”, mi rimanderanno via! Perché mai non hanno proposto questa condizione nel loro accordo? Così non avrebbero mai massacrato il mio povero “Indovino”. Quando vorranno prendermi in giro, mancheranno forse delle scuse? Con le menzogne, non ne manca mai. Non hanno forse detto che facevo rumore durante lo spettacolo e che la mia espulsione fosse una questione di ordine pubblico?”
In primo luogo, mentono: lo giuro davanti a tutto il pubblico e all’intero auditorium di quell’epoca. In tutta la mia vita non ho mai gridato né applaudito i buffoni; e non potevo né ridere né sorridere all’Opéra francese, poiché non vi rimanevo mai: non appena sentivo iniziare quella lugubre melodia, scappavo immediatamente nei corridoi. Se avessero potuto cogliermi in fallo durante uno spettacolo, si sarebbero certamente astenuti dal allontanarmi da lì. Tutti sapevano con quanta attenzione fossi sorvegliato, quanto fossi stato affidato alle guardie; ovunque si aspettava soltanto una parola, un gesto per fermarmi. E non appena andavo nel parterre, ero circondato da persone che cercavano di provocarmi. Immaginate quanta prudenza fosse necessaria per non fornire loro alcuna opportunità di colpirmi. Tutti i loro sforzi furono vani; poiché molto tempo fa mi dissi: “Jean-Jacques, poiché hai assunto il pericoloso compito di difendere la verità, devi essere sempre attento a te stesso, rispettare in tutto le leggi e le regole, affinché, quando qualcuno vorrà farti del male, abbia sempre torto”. Possa Dio voler che io segua anch’io questo precetto fino alla fine della mia vita. Come credo di averlo fatto finora[672]! Pertanto, caro amico, parlo con fermezza e non ho paura di nulla. So che non esiste alcun uomo al mondo che possa farmi del male in modo legittimo; quanto all’ingiustizia, nessuno è al sicuro da essa. Sono l’essere più debole di tutti; chiunque può farmi del male impunemente. So bene che lo sanno, e le insulti dei direttori dell’Opéra sono per me come calci dati da un asino. Niente di tutto ciò dipende da me. Cosa potrei fare? Ma è mio dovere che chiunque mi faccia del male ne paghi le conseguenze. E di questo rispondo.
In primo luogo, mentono; e in secondo luogo, anche se non mentissero, avrebbero comunque torto: perché, per quanto male io possa aver detto, scritto o fatto, non si doveva negarmi l’ingresso, dato che l’Opéra, pur essendo proprietario del mio lavoro, doveva comunque pagare il prezzo concordato. Quindi, cosa si doveva fare? Fermarmi, processarmi in tribunale, farmi impiccare, squartare, bruciare, se lo meritavo; ma non si doveva negarmi l’ingresso. Inoltre, come avrei potuto causare problemi all’Opéra, essendo prigioniero o impiccato? Dicono anche: “Poiché a lui non piace il nostro teatro, quale male gli abbiamo fatto negandogli l’ingresso?” Rispondo che mi è stato fatto torto: violenza, ingiustizia, offesa. E questo è sicuramente un male. Il fatto che il mio vicino non voglia spendere i suoi soldi, significa forse che ho il diritto di andargli a prendere i suoi soldi?
De quelque manière que je tourne la chose, quelque règle de justice que j’y puisse appliquer, je vois toujours qu’en jugement contradictoire, par-devant tous les tribunaux de la terre, les directeurs de l’Opéra seraient à l’instant condamnés à la restitution de ma pièce, à réparation, à dommages et intérêts. Mais il est clair que j’ai tort, parce que je ne puis obtenir justice ; et qu’ils ont raison, parce qu’ils sont les plus forts. Je défie qui que ce soit au monde de pouvoir alléguer en leur faveur autre chose que cela.
Il faut à présent vous parler de mes libraires ; et je commencerai par M. Pissot. J’ignore s’il a gagné ou perdu avec moi. Toutes les fois que je lui demandais si la vente allait bien, il me répondait, passablement ; sans que jamais j’en aie pu tirer autre chose. Il ne m’a pas donné un sou de mon premier discours ni aucune espèce de présent, sinon quelques exemplaires pour mes amis. J’ai traité avec lui pour la gravure du Devin du village, sur le pied de cinq cents francs, moitié en livres, et moitié en argent, qu’il s’obligea de me payer en plusieurs fois, et à certains termes ; il ne tint parole à aucun, et j’ai été obligé de courir longtemps après mes deux cent cinquante livres.
Par rapport à mon libraire de Hollande, je l’ai trouvé en toutes choses exact, attentif, honnête : je lui demandai vingt-cinq louis de mon Discours sur l’Inégalité ; il me les donna sur-le-champ, et il envoya de plus une robe à ma gouvernante[673]. Je lui ai demandé trente louis de ma Lettre à M. d’Alembert et il me les donna sur-le-champ : il n’a fait, à cette occasion, aucun présent, ni à moi, ni à ma gouvernante ”, et il ne le devait pas ; mais il m’a fait un plaisir que je n’ai jamais reçu de JNT. Pissot, en me déclarant de bon coeur qu’il faisait bien ses affaires avec moi. Voilà, mon ami, les faits dans leur exactitude. Si quelqu’un vous dit quelque chose de contraire à cela, il ne dit pas vrai.
Si ceux qui m’accusent de manquer de désintéressement entendent par là que je ne me verrais pas ôter avec plaisir le peu que je gagne pour vivre, ils ont raison ; et il est clair qu’il n’y a pour moi d’autre moyen de leur paraître désintéressé que de me laisser mourir de faim. S’ils entendent que toutes ressources me sont également bonnes, et que, pourvu que l’argent vienne, je m’embarrasse peu comment il vient, je crois qu’ils ont tort. Si j’étais plus facile sur les moyens d’acquérir, il me serait moins douloureux de perdre, et l’on sait bien qu’il n’y a personne de si prodigue que les voleurs. Mais quand on me dépouille injustement de ce qui m’appartient, quand on m’ôte le modique produit de mon travail, on me fait un tort qu’il ne m’est pas aisé de réparer ; il m’est bien dur de n’avoir pas même la liberté de m’en plaindre. Il y a longtemps que le public de Paris se fait un Jean-Jacques à sa mode, et lui prodigue d’une main libérale des dons dont le Jean-Jacques de Montmorency ne voit jamais rien. Infirme et malade les trois quarts de l’année, il faut que je trouve, sur le travail de l’autre quart, de quoi pourvoir à tout. Ceux qui ne gagnent leur pain que par des voies honnêtes connaissent le prix de ce pain, et ne seront pas surpris que je ne puisse faire du mien de grandes largesses.
Ne vous chargez point, croyez-moi, de me défendre des discours publics, vous auriez trop à faire : il suffit qu’ils ne vous abusent pas, et que votre estime et votre amitié me restent. J’ai à Paris et ailleurs des ennemis cachés qui n’oublieront point les maux qu’ils m’ont faits ; car quelquefois l’offensé pardonne, mais l’offenseur ne pardonne jamais. Vous devez sentir-combien la partie est inégale entre eux et moi. Répandus dans le monde, ils y font passer tout ce qu’il leur plaît, sans que je puisse ni le savoir ni m’en défendre : ne sait-on pas que l’absent a toujours tort ? D’ailleurs, avec mon étourdie franchise, je commence par rompre ouvertement avec les gens qui m’ont trompé. En déclarant haut et clair que celui qui se dit mon ami ne l’est point, et que je ne suis plus le sien, j’avertis le public de se tenir en garde contre le mal que j’en pourrais dire. Pour eux, ils ne sont pas si maladroits que cela. C’est une si belle chose que le vernis des procédés et le ménagement de la bienséance ! La haine en tire un si commode parti ! On satisfait sa vengeance à son aise en faisant admirer sa générosité ; on cache doucement le poignard sous le manteau de l’amitié, et l’on sait égorger en feignant de plaindre. Ce pauvre citoyen ! dans le fond il n’est pas méchant ; mais il a une mauvaise tète qui le conduit aussi mal que ferait un mauvais coeur. On lâche mystérieusement quelque mot obscur, qui bientôt est relevé, commenté, répandu par les apprentis philosophes ; on prépare, dans d’obscurs conciliabules, le poison qu’ils se chargent de répandre dans le public. Tel a la grandeur d’âme de dire mille biens de moi, après avoir pris ses mesures pour que personne n’en puisse rien croire. Tel me défend du mal dont on m’accuse, après avoir fait en sorte qu’on n’en puisse douter. Voilà ce qui s’appelle de l’habileté ! Que voulez-vous que je fasse à cela ? Entends-je de ma retraite les discours que l’on tient dans les cercles ? Quand je les entendrais, irais-je, pour les démentir, révéler les secrets de l’amitié, même après qu’elle est éteinte ? Non, cher Le Nieps : on peut repousser les coups portés par des mains ennemies ; mais quand on voit parmi les assassins son ami, le poignard à la main, il ne reste qu’à s’envelopper la tête.
Voilà les éclaircissements que vous m’avez demandés ; je suis épouvanté de leur longueur ; mais je n’ai pu les faire en moins de paroles, et je m’y suis étendu pour n’y plus revenir.
Adieu, mon bon et digne ami : que de choses j’avais à vous dire ! mais votre coeur vous parlera pour le mien. Je me sens l’âme émue, il faut quitter la plume.
Lettre CLXXXVIII – À Madame la maréchale de Luxembourg
[676]
Au petit château de Montmorency, le 15 mai 1759.
Madame,
Toute ma lettre est déjà dans sa date. Que cette date m’honore ! que je l’écris de bon coeur ! Je ne vous loue point, madame, je ne vous remercie point ; mais j’habite votre maison. Chacun a son langage, j’ai tout dit dans le mien.
Daignez, madame la maréchale, agréer mon profond respect.
Lettre CXC – À M. le maréchal de Luxembourg
Au petit château, le 27 mai 1759.
Monsieur,
Votre maison est charmante ; le séjour en est délicieux. Il le serait plus encore si la magnificence que j’y trouve et les attentions qui m’y suivent me laissaient un peu moins apercevoir que je ne suis pas chez moi. À cela près, il ne manque au plaisir avec lequel je l’habite que celui de vous en voir le témoin.
Vous savez, M. le maréchal, que les solitaires ont tous l’esprit romanesque. Je suis plein de cet esprit ; je le sens et ne m’en afflige point. Pourquoi chercherais-je à guérir d’une si douce folie, puisqu’elle contribue à me rendre heureux ? Gens du monde et de la cour, n’allez pas vous croire plus sages que moi : nous ne différons que par nos chimères.
Voici donc la mienne en cette occasion. Je pense que, si nous sommes tous deux tels que j’aime à le croire, nous pouvons former un spectacle rare, et peut-être unique, dans un commerce d’estime et d’amitié (vous m’avez dicté ce mot) entre deux hommes d’états si divers, qu’ils ne semblaient pas faits pour avoir la moindre relation entre eux. Mais pour cela, monsieur, il faut rester tel que vous êtes, et me laisser tel que je suis. Ne veuillez point être mon patron ; je vous promets, moi, de ne point être votre panégyriste ; je vous promets de plus que nous aurons fait tous deux une très belle chose, et que notre société, si j’ose employer ce mot, sera, pour l’un et pour l’autre, un sujet d’éloge préférable à tous ceux que l’adulation prodigue. Au contraire, si vous voulez me protéger, me faire des dons, obtenir pour moi des grâces, me tirer de mon état, et que j’acquiesce à vos bienfaits, vous n’aurez recherché qu’un faiseur de phrases, et vous ne serez plus qu’un grand à mes yeux. J’espère que ce n’est pas à cette opinion réciproque qu’aboutiront les bontés dont vous m’honorez.
No matter how I look at it, no matter what rule of justice I apply, it is clear that in a contradictory judgment, before any court on earth, the directors of the Opera would immediately be condemned to return my play and compensate me for the damages caused. Yet it is evident that I am in the wrong, because I cannot obtain justice; while they are right, simply because they are the stronger party. I defy anyone in the world to come up with any other argument in their favor.
I must now talk to you about my publishers; I will begin with Mr. Pissot. I have no idea whether he made a profit or a loss from our dealings. Whenever I asked him how the sales were going, he would always reply that they were “passable” – but I never managed to get any further information from him. He did not give me a single sou for my first speech, nor any other kind of compensation, except for a few copies of the book to give to my friends. I negotiated with him regarding the printing of The Village Fortune-teller, agreeing on a payment of five hundred francs – half in books and half in cash. He promised to pay me in installments over a certain period, but he failed to keep any of his promises, and I ended up having to pursue my money for a long time before finally receiving my two hundred and fifty livres.
Regarding my bookseller in Holland, I found him to be precise in everything, attentive, and honest. I asked him for twenty-five louis for my “Discourse on Inequality”; he gave them to me immediately and even sent a dress for my governess[673]. I asked him for thirty louis for my “Letter to Mr. d’Alembert”, and he gave them to me right away too. On this occasion, he did not give any gifts, neither to me nor to my governess—and he certainly had no reason to do so; yet he pleased me in a way that I have never been pleased by JNT. Pissot told me with genuine kindness that he did his business well with me. Well, my friend, these are the facts, as exact as they can be. If anyone tells you anything different, they are not telling the truth.
If those who accuse me of lacking disinterest mean that I would not gladly give up the little I earn to live, they are right; it is clear that the only way for me to appear disinterested in their eyes is to let myself starve to death. But if they mean that all resources are equally accessible to me, and that as long as money comes into my hands, I don’t care how it is obtained, then I believe they are wrong. If it were easier for me to acquire what I need, it would be less painful for me to lose it—and one knows well that there is no one more wasteful than thieves. But when people unjustly deprive me of what belongs to me, when they take away the meager income from my labor, they do me a harm that is not easy for me to repair; it is truly hard not even to have the freedom to complain about it. For a long time now, the public in Paris has been creating its own “Jean-Jacques” in its own way, generously giving him donations of which the “Jean-Jacques” of Montmorency would never see a single penny. Infirm and sick for three-quarters of the year, I must find, from the work of the remaining quarter, enough to support myself. Those who earn their living through honest means know the true value of that money, and they will not be surprised that I am unable to afford to be generous with mine.
Do not bother, believe me, to defend me against such public speeches; you would have too much to do. It is enough that they do not abuse you, and that your respect and friendship remain with me. I have hidden enemies in Paris and elsewhere who will never forget the harm they have done me—for sometimes the offended may forgive, but the offender never does. You must realize how unequal the balance is between them and me. Scattered throughout the world, they can say whatever they please without my being able to know or defend myself; after all, isn’t it true that the absent is always considered in fault? Moreover, with my careless frankness, I openly break ties with those who have deceived me. By declaring publicly that those who call themselves my friends are not such, and that I am no longer their friend, I warn others to be cautious of the harm I might speak about them. For them, they are not so clumsy as that—what a wonderful thing it is to have the veneer of propriety and the art of politeness! Hatred takes such convenient advantage of it! One can easily take revenge by pretending to show generosity; one hides the dagger beneath the cloak of friendship and knows how to strike while feigning sympathy. That poor citizen, deep down, he is not bad; but his foolishness leads him just as badly as a malicious heart would. Someone secretly drops some obscure words, which are soon picked up, commented on, and spread by those who seek to manipulate public opinion. In secret meetings, they prepare the “poison” they then distribute among the people. Some have the so-called “magnanimity” of speaking well of me while taking every step to ensure no one believes them. Others defend me from the accusations against me after making sure no one can doubt them. This is what they call skill. What can I do about it? Am I supposed to listen to those speeches being made about me in various circles? If I did, would I go and reveal the secrets of friendship—even after it has ended—just to deny them? No, dear Le Nieps: one can ward off blows from enemy hands; but when one sees among the assassins their own friend, with a dagger in hand, all that remains is to cover one’s head.
Here are the clarifications you requested of me; I am horrified by their length, but I could not present them in fewer words, and I have gone into detail to ensure there is no room for ambiguity.
Goodbye, my kind and worthy friend—how many things I had to tell you! But your heart will speak for mine. My soul is filled with emotion; I must put down my pen now.
Letter CLXXXVIII – To Madame la Maréchale de Luxembourg
[676]
At the small castle of Montmorency, on May 15, 1759.
Madam,
Every word of my letter already bears its date. May this date bring me honor! May I write it with all my heart! I do not praise you, madam, nor do I thank you; but I live in your house. Everyone has their own way of expressing themselves; I have said everything in my own way.
Please accept, Madame la Maréchale, my deepest respects.
Letter CXC – To Mr. Marshal of Luxembourg
At the little castle, on May 27, 1759.
Sir,
Your home is charming; staying there is delightful. It would be even more so if the splendor I find there and the attentions I receive there allowed me to feel a little less that I am not in my own home. Apart from that, what is missing from the pleasure I derive from living there is merely the joy of having you as witness to it.
You know, Marshal, that all solitary people possess a romantic spirit. I am filled with this spirit; I feel it, and it does not cause me any distress. Why should I seek to cure such a gentle form of madness, when it contributes to my happiness? People of the world and those in the court—do not think yourselves wiser than me: we differ only in our fantasies.
Here, then, is my perspective on this matter. I believe that if both of us remain what I like to think we are, we can create a rare—and perhaps unique—example of mutual respect and friendship between two men of such vastly different backgrounds that it would seem impossible for them to have any connection at all. But for that to happen, sir, you must remain who you are, and I must remain who I am too. Please do not try to be my patron; I promise you that I will not be your flatterer. Moreover, I assure you that together we will accomplish something truly remarkable, and our relationship—if I may dare use that word—will be a source of praise for both of us, far surpassing all the empty adulation we might otherwise receive. On the contrary, if you wish to protect me, grant me gifts, secure favors for me, or lift me from my current circumstances, and I accept your kindnesses, then all you will have gained is someone who merely repeats clichés, and in my eyes, you will still be nothing more than a great man. I hope that our mutual respect will not be the outcome of such arrangements.
Qualunque sia il modo in cui consideri la questione, qualunque regola di giustizia possa applicarvi, vedo sempre che, in un processo contraddittorio davanti a tutti i tribunali della terra, i direttori dell’Opéra verrebbero immediatamente condannati a restituirmi la mia opera, a pagare un risarcimento e dei danni. Ma è evidente che ho torto, perché non riesco ad ottenere giustizia; e che hanno ragione, perché sono loro i più forti. Metto alla prova chiunque al mondo, affinché possa addurre qualcosa di diverso in loro favore.
Ora devo parlarvi dei miei librai; inizierò con il signor Pissot. Non so se abbia guadagnato o perso con me. Ogni volta che gli chiedevo come andassero le vendite, lui rispondeva “abbastanza bene”, senza mai fornirmi informazioni più dettagliate. Non mi ha dato nemmeno un soldo per il mio primo discorso, né alcun tipo di regalo, se non alcuni esemplari del libro da donare ai miei amici. Ho concluso con lui un accordo per la stampa della xilografia “Il Veggente del villaggio”, per una somma di cinquecento franchi: metà in libri e metà in denaro. Lui si è impegnato a pagarmi in più rate, entro determinati termini. Ma non ha mantenuto nessuna promessa, e io ho dovuto cercare a lungo per recuperare i miei duecentocinquantamila franchi.
Rispetto al mio libraio dell’Olanda, l’ho trovato in tutto preciso, attento e onesto: gli chiesi venticinque luigi per il mio “Discorso sull’ineguaglianza”; me li diede immediatamente e inoltre inviò una vestita alla mia governante[673]. Gli chiesi trenta luigi per la mia “Lettera a Monsieur d’Alembert” e me li diede subito: in quell’occasione non mi fece alcun regalo, né a me né alla mia governante, e non era nemmeno tenuto a farlo; tuttavia mi procurò un piacere che non avevo mai ricevuto da JNT. Pissot, dichiarandomi con sincero cuore di svolgere bene i suoi affari con me. Ecco, mio caro amico, i fatti nella loro esatta verità. Se qualcuno vi dice il contrario, non sta dicendo la verità.
Se coloro che mi accusano di mancare di disinteresse intendono dire che non mi verrebbe mai in mente di rinunciare volentieri a quel poco che guadagno per vivere, hanno ragione; è evidente che l’unico modo per loro per considerarmi disinteressato sia lasciarmi morire di fame. Se invece intendono dire che tutte le risorse siano ugualmente accessibili per me, e che, purché arrivi il denaro, non mi importi da dove provenga, credo che sbaglino. Se fosse più facile per me ottenere ciò di cui ho bisogno, perderelo mi costerebbe meno; si sa bene che non esiste nessuno più generoso dei ladri. Ma quando mi privano ingiustamente di ciò che mi appartiene, quando mi tolgono il modesto prodotto del mio lavoro, mi fanno un torto che non è facile per me rimediare; è davvero difficile non avere nemmeno la libertà di lamentarmene. Da molto tempo il pubblico di Parigi si crea il proprio “Jean-Jacques” a modo suo: con generosità dona denaro di cui quel “Jean-Jacques” di Montmorency non vede mai l’ombra. Io, invalido e malato per tre quarti dell’anno, devo trovare, nel lavoro degli altri quarti, il modo per provvedere a tutto. Coloro che guadagnano il proprio pane solo con mezzi onesti conoscono bene il prezzo di quel pane. E non saranno sorpresi se non riesco a fare grandi generosità con il mio.
Credetemi, non vi assumete il compito di difendermi dai discorsi pubblici: avreste troppo da fare. Basta che non mi ingannino e che la vostra stima e la vostra amicizia rimangano con me. A Parigi e altrove ho nemici nascosti che non dimenticheranno i mali che mi hanno fatto; perché a volte la vittima perdona, ma l’aggressore mai. Dovete capire quanto sia squilibrata questa situazione tra loro e me. Sparsi in tutto il mondo, fanno passare ciò che vogliono senza che io possa saperlo o difendermi: non si sa forse che chi è assente ha sempre torto? Inoltre, con la mia franchezza spensierata, finisco per rompere apertamente i rapporti con coloro che mi hanno ingannato. Dichiarando pubblicamente che colui che si dice mio amico non lo è, e che io non sono più il suo, avverto il pubblico di stare in guardia contro eventuali danni che potrei causare. Per loro, però, non sono così incauto. Che cosa meravigliosa è la capacità di nascondere le vere intenzioni sotto il velo delle buone maniere e della cortesia! L’odio trova sempre modi comodi per manifestarsi. Si può vendicare facilmente facendo credere di essere generosi; si nasconde dolcemente il pugnale sotto il mantello dell’amicizia, e poi si colpisce fingendo di compatire. Quel povero cittadino. In fondo non è cattivo, ma una cattiva testa lo guida verso errori altrettanto gravi di quelli causati da un cuore malvagio. Si lasciano cadere parole oscure e misteriose, che presto vengono raccolte, commentate e diffuse dai “filosofi”. In incontri segreti si prepara il “veleno” che poi viene diffuso tra la gente. C’è chi ha la presunzione di dire molte cose buone su di me, dopo aver preso tutte le misure necessarie affinché nessuno ci credesse. C’è chi mi difende dai mali di cui si mi accusa, dopo aver fatto in modo che nessuno possa dubitarne. Questa è davvero abilità. Che cosa dovrei fare al riguardo? Devo ascoltare i discorsi che si fanno su di me nei circoli? Se li sentissi, andrei a smentirli, a rivelare i segreti dell’amicizia, anche dopo che essa è finita? No, caro Le Nieps. Si possono respingere gli attacchi provenienti da nemici; ma quando si vede tra gli aggressori il proprio amico, con il pugnale in mano, non resta che coprirsi la testa.
Ecco le spiegazioni che mi avete chiesto; sono terrorizzato dalla loro lunghezza, ma non ho potuto redigerle in meno parole, e me ne sono occupato a fondo senza volermi più interrompere.
Addio, mio caro e nobile amico: quante cose avrei voluto dirti! Ma il tuo cuore parlerà al posto del mio. Mi sento commosso profondamente; devo lasciare da parte la penna.
Lettera CLXXXVIII – Alla Marchesa di Lussemburgo
[676]
Nel piccolo castello di Montmorency, il 15 maggio 1759.
Signora,
Tutta la mia lettera è già “all’interno della sua data”. Che questa data mi onori, che io la scriva con tutto il cuore! Non vi lodo, signora, non vi ringrazio; ma abito nella vostra casa. Ognuno ha il proprio modo di esprimersi: ho detto tutto nel mio.
Permettetemi, signora marescialla, di esprimervi il mio profondo rispetto.
Lettera CXC – A Sua Eccellenza il maresciallo di Lussemburgo
Nel piccolo castello, il 27 maggio 1759.
Signore,
La vostra casa è incantevole; trascorrerci del tempo è davvero delizioso. Lo sarebbe ancora di più se la magnificenza che vi trovo e le attenzioni che ricevo mi facessero percepire meno chiaramente che in realtà non sono a casa mia. A parte questo, al piacere che provo nell’abitarla manca soltanto il vedervi come testimoni di tutto ciò.
Sapete, signor maresciallo, che tutti coloro che vivono in solitudine possiedono uno spirito romantico. Anch’io sono pieno di questo spirito; lo percepisco e non ne soffro affatto. Perché mai dovrei cercare di curarmi da una follia così dolce, se essa contribuisce a rendermi felice? Voi, gente del mondo e della corte, non credete di essere più saggi di me: ci differenziamo soltanto per le nostre chimere.
Ecco quindi ciò che ho da dire in questa occasione. Penso che, se entrambi siamo davvero come vorrei credere, possiamo creare uno spettacolo raro, e forse unico, in un rapporto basato su stima e amicizia tra due uomini di stato così diversi da non sembrare destinati ad avere alcun legame tra loro. Ma per questo, signore, è necessario che rimaniate voi stesso come siete, e che mi lasciate essere io stesso come sono. Non vogliate essere il mio padrone; vi prometto, io, di non essere il vostro lusinghiero; vi prometto inoltre che entrambi avremo compiuto qualcosa di molto bello, e che la nostra compagnia, se oso usare questo termine, sarà, per entrambi, un motivo di lode preferibile a tutti quelli che l’adulazione può offrire. Al contrario, se volete proteggermi, farmi doni, ottenere per me favori, tirarmi fuori dalla mia condizione attuale, e se io accetto i vostri aiuti, non farete altro che cercare un uomo che sa solo parlare bene, e a miei occhi non sareste altro che una persona importante. Spero che le vostre gentilezze non portino a questo tipo di rapporto reciproco.
Mais, monsieur, il faut vous avouer tout mon embarras. Je n’imagine point la possibilité de ne voir que vous et madame la maréchale, au milieu de la foule inséparable de votre rang, et dont vous êtes sans cesse environnés. C’est pourtant une condition dont j’aurais peine à me départir. Je ne veux ni complaire aux curieux, ni voir, pas même un moment, d’autres hommes que ceux qui me conviennent ; et si j’avais cru faire pour vous une exception, je ne l’aurais jamais faite. Mon humeur qui ne souffre aucune gêne, mes incommodités qui ne la sauraient supporter, mes maximes sur lesquelles je ne veux point me contraindre, et qui sûrement offenseraient tout autre que vous, la paix surtout et le repos de ma vie, tout m’impose la douce loi de finir comme j’ai commencé. M. le maréchal, je souhaite de vous voir, de cultiver votre estime, d’apprendre de vous à la mériter ; mais je ne puis vous sacrifier ma retraite. Faites que je puisse vous voir seul, et trouvez bon que je ne vous voie que de cette manière.
Je ne me pardonnerais jamais d’avoir ainsi capitulé avec vous avant d’accepter l’honneur de vos offres, et c’est encore un hommage que je crois devoir à votre générosité, de ne vous dire mes fantaisies qu’après m’être mis en votre pouvoir : car, en sentant quels devoirs j’allais contracter, j’en ai pris l’engagement sans crainte. Je n’ignore pas que mon séjour ici, qui n’est rien pour vous, est pour moi d’une extrême conséquence. Je sais que, quand je n’y aurais couché qu’une nuit, le public, la postérité peut-être, me demanderaient compte de cette seule nuit. Sans doute ils me le demanderont du reste de ma vie ; je ne suis pas en peine de la réponse. Monsieur, ce n’est pas à moi de la faire. En vous nommant, il faut que je sois justifié, ou jamais je ne saurais l’être.
Je ne crois pas avoir besoin d’excuse pour le ton que je prends avec vous. Il me semble que vous devez m’entendre. M. le maréchal, je pourrais, il est vrai, vous parler en termes plus respectueux, mais non pas plus honorables.
Lettre CXCII – À M. Vernes
Montmorency, le 14 juin 1759.
Je suis négligent, cher Vernes, vous le savez bien ; mais vous savez aussi que je n’oublie pas mes amis. Jamais je ne m’avise de compter leurs lettres ni les miennes, et quelque exacts qu’il puissent être, je pense à eux plus souvent qu’ils ne m’écrivent. En rien de ce monde je ne m’inquiète de mes torts apparents, pourvu que je n’en aie pas de véritables, et j’espère bien n’en avoir jamais à me reprocher avec vous. Quand M. Tronchin vous a dit que j’avais pris le parti de ne plus aller à Genève, il a, lui, pris la chose au pis. H y a bien de la différence entre n’avoir pas pris, quant à présent, la résolution d’aller à Genève, ou avoir pris celle de n’y aller plus. J’ai si peu pris cette dernière, que, si je savais y pouvoir être de la moindre utilité à quelqu’un, ou seulement y être vu avec plaisir de tout le monde, je partirais dès demain. Mais, mon bon ami, ne vous y trompez pas, tous les Genevois n’ont pas pour moi le coeur de mon ami Vernes ; tout ami de la vérité trouvera des ennemis partout, et il m’est moins dur d’en trouver partout ailleurs que dans ma patrie. D’ailleurs, mes chers Genevois, on travaille à vous mettre tous sur un si bon ton, et l’on y réussit si bien, que je vous trouve trop avancés pour moi. Vous voilà tous si élégants, si brillants, si agréables ; que feriez-vous de ma bizarre figure et de mes maximes gothiques ? Que deviendrais-je au milieu de vous, à présent que vous avez un maître[677] en plaisanteries qui vous instruit si bien ? Vous me trouveriez fort ridicule, et moi je vous trouverais fort jolis : nous aurions grand’peine à nous accorder ensemble. Je ne veux point vous répéter mes vieilles rabâcheries, ni aller chercher de l’humeur parmi vous. Il vaut mieux rester en des lieux où, si je vois des choses qui me déplaisent, l’intérêt que j’y prends n’est pas assez grand pour me tourmenter. Voilà, quant à présent, la disposition où je me trouve, et mes raisons pour n’en pas changer, tant que, ne convenant pas au pays où vous êtes, je ne serai pas dans ce pays-ci un hôte très insupportable, et jusqu’ici je n’y suis pas traité comme tel. Que s’il m’arrivait jamais d’être obligé d’en sortir, j’espère que je ne rendrais pas si peu d’honneur à ma patrie que de la prendre pour un pis-aller.
Adieu, cher Vernes. Je n’ai pas oublié le temps où vous m’offrîtes de me venir voir, et où, quand je vous eus pris au mot, vous ne m’en parlâtes plus. Je n’ai rien dit quand vous êtes resté garçon ; et si, maintenant que vous voilà marié et que la chose est impossible, je vous en parle, c’est pour vous dire que je ne désespère point d’avoir le plaisir de vous embrasser, non pas à Montmorency, mais à Genève. Adieu, de tout mon coeur.
Lettre CXCIV – À M. le maréchal de Luxembourg
Août 1759.
Assez d’autres vous feront des compliments. Je sais combien le roi vous est cher, et vous venez d’en recevoir un nouveau témoignage d’estime[679]. Je sais combien vous êtes bon père, et ce témoignage est une grâce pour votre fils. Vous voyez que mon coeur entend le vôtre, et qu’il sait quelle sorte de plaisir vous touche le plus ; il le sait, il le sent, il s’en félicite. Ah ! M. le maréchal, vous ne savez pas combien il m’est doux de voir que l’inégalité n’est pas incompatible avec l’amitié, et qu’on peut avoir plus grand que soi pour ami.
Lettre CXCVI – À la même
Montmorency, le 31 octobre 1759.
Où êtes-vous à présent, madame la maréchale ? à Paris ? à l’Ile-Adam ? à Versailles ? car je sais que vous avez fait ce mois-ci tous ces voyages. Vous me trouverez curieux ; mais puisque cette curiosité m’intéresse, elle est dans l’ordre. À Versailles, vous parlez de moi avec M. le maréchal ; à l’ile-Adam, vous en parlez avec le chevalier de Lorenzy ; mais à Paris, avec qui en parlez-vous ? Je m’imagine que c’est à Paris qu’on va oublier les gens qu’on aime, et, comme je le hais, je l’accuse de tous les maux que je crains. De grâce, madame la maréchale, songez quelquefois qu’il existe à Montmorency un pauvre hermite à qui vous avez rendu votre souvenir nécessaire, et qui ne va point à Paris, Mais, en vérité, je ne sais de quoi je m’inquiète ; après les bontés dont vous m’avez honoré, dois-je craindre d’être oublié dans vos courses ? et dans quelque lieu que vous puissiez être, n’en sais-je pas un duquel vous ne sortez point ?
Vos copies ne sont pas encore commencées, mais elles vont l’être. En toutes choses, il faut suivre l’ordre et la justice. Quelqu’un, vous le savez, est en date avant vous ; ce quelqu’un me presse, et il faut bien tenir ma parole, puisque vous ne voulez pas que je dise les raisons que j’aurais de la retirer. Je vais finir la cinquième partie, et, avant de commencer la sixième, je ferai en sorte de vous envoyer la première. Mais, madame la maréchale, quoique vous soyez sûrement une bonne pratique, je me fais quelque peine de prendre de votre argent : régulièrement ce serait à moi de payer le plaisir que j’aurai de travailler pour vous.
Grondez un peu M. le maréchal, je vous supplie, de ce que, dans l’embarras où il est, il prend la peine de m’écrire lui-même. J’ai désiré d’avoir souvent de ses nouvelles et des vôtres, mais non pas que ce fût lui qui m’en donnât ; ne sait-il pas que je n’ai plus besoin qu’il m’écrive ? S’il m’écrit encore une fois de tout le quartier, je croirai lui avoir déplu. Pour vous, madame, il n’en est pas tout-à-fait de même. Je crois que j’ai encore besoin de quelques mots d’amitié ; et puis, quand je serai sûr également de tous deux, vous pourrez ne jamais m’écrire ni l’un ni l’autre que je n’en serai pas moins content, pourvu que mademoiselle Gertrude ou M. Dubertier m’apprennent de temps en temps que vous vous portez bien.
Lettre CXCVIII – À M. Deleyre
[680]
Montmorency, 10 novembre 1759.
But, sir, I must confess to you my complete embarrassment. I cannot imagine the possibility of seeing only you and Madame la Maréchale, amidst the crowd that is inseparable from your rank and constantly surrounds you. Yet this is a condition from which I would find it difficult to depart. I neither wish to please the curious nor, for a single moment, to see any other men than those who suit me; and if I had thought of making an exception for you, I would never have done so. My disposition, which cannot tolerate any inconvenience; my discomforts, which would not be able to endure them; my principles, which I refuse to compromise and which would surely offend anyone but you; above all, the peace and tranquility of my life—all these factors compel me to follow the same path I began on. Monsieur le Maréchal, I wish to see you, to earn your respect, and to learn from you how to deserve it; but I cannot sacrifice my solitude for that purpose. Please allow me to see you alone, and accept that this is the only way I can do so.
I could never forgive myself for having surrendered so easily to you before accepting the honor of your offers; and it is yet another tribute to your generosity that I waited until I was in your power before revealing my true intentions. For, upon realizing the obligations I would incur, I took them on without hesitation. I am well aware that my stay here, which means nothing to you, holds immense significance for me. Even if I had spent only one night here, the public—perhaps even future generations—would demand an account of that single night. Undoubtedly, they would also question the rest of my life; but I have no difficulty in providing an answer. Mr., it is not my place to give such an answer. By naming you as my guardian, I must prove myself worthy of that role; otherwise, I will never be able to do so.
I do not believe I need any excuse for the tone I adopt when speaking to you. It seems to me that you must hear what I have to say. Mr. Marshal, it is true that I could address you in more respectful terms, but not necessarily in more honorable ones.
Letter CXCII – To Mr. Vernes
Montmorency, June 14, 1759.
I am careless, dear Vernes, you know that well; but you also know that I do not forget my friends. I never bother to count their letters or mine, and as precise as they may be, I think of them more often than they write to me. In nothing in this world do I worry about my apparent faults, so long as I do not have any real ones; and I hope that I will never have anything to reproach myself for regarding you. When Mr. Tronchin told you that I had decided not to go to Geneva anymore, he took it in the worst possible light. There is a big difference between simply not having made up my mind to go there at present, and actually deciding not to go any longer. I have hardly made that decision at all; in fact, if I knew that I could be of any use to anyone there, or if even just being seen by everyone there would please me, I would leave tomorrow. But, my good friend, do not be mistaken—not all the people of Geneva have the same feelings for me as my friend Vernes does. Any friend of truth will find enemies everywhere, and it is less painful for me to find them elsewhere than in my own country. Besides, my dear Genevans, you are all being shaped into such a refined, brilliant, and pleasant society that I find you too advanced for my taste. You are all so elegant, so accomplished, so agreeable—what would you do with my odd appearance and my Gothic ways of thinking? Where would I fit in among you now, when you have such a master of wit who teaches you so well? You would probably find me quite ridiculous, while I would find you very charming; we would hardly get along together. I don’t want to repeat my old complaints to you, nor do I wish to seek out any unpleasantness among you. It is better to stay in places where, even if I see things that displeasure me, my interest in them is not great enough to cause me distress. That is my current state of mind, and the reasons why I have no intention of changing it—so long as I am not an unbearable guest in the country where you live, and so far, I have not been treated as such. If it ever becomes necessary for me to leave, I hope that I will not dishonor my country by considering it merely a last resort.
Adieu, dear Vernes. I have not forgotten the time when you offered to come and see me, and how, after I accepted your offer, you never mentioned it again. I said nothing when you were still a bachelor; and now that you are married and it is no longer possible, I mention it only to tell you that I have not given up hope of having the pleasure of kissing you—not in Montmorency, but in Geneva. Adieu, with all my heart.
Letter CXCIV – To Mr. Marshal of Luxembourg
August 1759.
Many others will offer you compliments. I know how much the king means to you, and you have just received another testament to his esteem[679]. I know how devoted a father you are, and this recognition is a great blessing for your son. You see that my heart understands yours; it knows what kind of pleasure touches you most. It knows, it feels it, and it rejoices in it. Ah! Monsieur le Maréchal, you have no idea how sweet it is for me to see that inequality is not incompatible with friendship, and that one can have someone greater than oneself as a friend.
Letter CXCVI – To the Same One
Montmorency, October 31, 1759.
Where are you now, Madame la Maréchale? In Paris? On Île-Adam? At Versailles? For I know that you have made all these trips this month. You may find my curiosity strange; but since it interests me, it is quite legitimate. At Versailles, you talk about me with Monsieur le Maréchal; on Île-Adam, you discuss me with the Knight de Lorenzy; but in Paris, with whom do you talk about me? I suppose it is in Paris that people one loves tend to be forgotten. And since I hate him, I attribute to him all the evils I fear. Please, Madame la Maréchale, sometimes think of the poor hermit in Montmorency—someone who needs your memories and who never goes to Paris. But, in truth, I don’t know what I’m worrying about. After all the kindnesses you have shown me, should I really fear being forgotten in your travels? And no matter where you may be, isn’t there one place you never leave?
Your copies have not yet begun, but they will soon do so. In all things, order and justice must be observed. Someone, as you know, is ahead of you in the process; this person is pressing me to proceed, and I must keep my promise, since you do not wish me to explain the reasons why I might withdraw it. I will finish the fifth part, and before starting the sixth, I will make sure to send you the first part. However, Madame la Maréchale, although you are surely a kind person, I feel somewhat reluctant to accept your money: in truth, it would be my duty to pay for the pleasure of working for you.
Please, Mr. Marshal, write to me more often—especially since you are in such a difficult situation that you still take the trouble to do so yourself. I have often wished to hear from both of you, but not necessarily through your letters; doesn’t he know that I no longer need him to write to me? If he writes to me again from all that neighborhood, I will think I have offended him. But as for you, madam, it is not quite the same. I believe I still need a few kind words of friendship from you; and moreover, once I am certain about your situation as well as his, I would be perfectly happy if neither of you ever wrote to me again, so long as Mademoiselle Gertrude or Mr. Dubertier occasionally let me know that you are both doing well.
Letter CXCVIII – To Mr. Deleyre
[680]
Montmorency, November 10, 1759.
Ma signore, devo confessarvi tutta la mia difficoltà. Non riesco nemmeno a immaginare di potervi vedere soltanto voi e madame la marescialla, in mezzo alla folla inevitabile del vostro rango, dalla quale siete costantemente circondati. Eppure questa è una condizione da cui mi sarebbe difficile separarmi. Non desidero né compiacere i curiosi, né vedere, nemmeno per un momento, altre persone se non quelle che mi convengono; e se avessi pensato di fare un’eccezione per voi, non l’avrei mai fatta. Il mio carattere, che non tollera alcun imbarazzo, le mie comodità, che non potrebbero sopportare alcuna restrizione, i miei principi, sui quali non voglio assolutamente rinunciare e che sicuramente offenderebbero chiunque altro se non voi. La pace e il riposo della mia vita mi impongono di concludere tutto come ho iniziato. Signor maresciallo, desidero vedervi, coltivare la vostra stima, imparare da voi a meritarla; ma non posso sacrificarvi la mia ritirata. Fate sì che possa vedervi da solo. E considerate giusto che io vi veda soltanto in questo modo.
Non mi perdonerei mai di essere così ceduto alle vostre pressioni prima di accettare l’onore delle vostre offerte; ed è ancora un omaggio che ritengo dover rendere alla vostra generosità il fatto di avervi rivelato i miei pensieri soltanto dopo essermi messo sotto il vostro controllo: infatti, comprendendo quali obblighi avrei assunto, li ho accettati senza esitazione. So bene che il mio soggiorno qui, che per voi non significa nulla, è per me di estrema importanza; so anche che, anche se ci fossi stato soltanto una notte, il pubblico, forse anche la posterità, mi chiederebbe conto di quella singola notte. E probabilmente mi chiederanno conto anche del resto della mia vita; non ho difficoltà a fornire una risposta. Signore, non spetta a me darla. Chiamandovi in causa, devo dimostrare la mia innocenza. Altrimenti, non riuscirei mai a farlo.
Non credo di aver bisogno di scuse per il tono che uso con voi. Mi sembra che dovreste ascoltarmi. Signor maresciallo, potrei certamente parlare con voi in termini più rispettosi, ma non certo più onorevoli.
Lettera CXCII – A Monsieur Vernes
Montmorency, 14 giugno 1759.
Sono negligente, caro Vernes, lo sai bene; ma sai anche che non dimentico mai i miei amici. Non mi preoccupo mai di contare le loro lettere né le mie, e per quanto possano essere precise, penso a loro più spesso di quanto loro scrivano a me. In nulla di questo mondo mi preoccupo dei miei presunti torti, purché non ne abbia veri; e spero davvero di non dovermi mai rimproverare con te per questo. Quando il signor Tronchin ti ha detto che avevo deciso di smettere di andare a Ginevra, lui ha interpretato le cose nel modo peggiore possibile. C’è una grande differenza tra non aver deciso, al momento attuale, di andare a Ginevra, e aver deciso di non andarci più. Ho preso questa decisione così raramente che, se sapessi di poter essere di qualche utilità per qualcuno lì, o semplicemente essere gradito da tutti, partirei domani stesso. Ma, caro amico, non fraintendermi: non tutti i ginevrini hanno nei miei confronti lo stesso affetto che il mio amico Vernes ha per me; ogni amico della verità troverà nemici ovunque, e per me non è più difficile trovarli altrove che nella mia patria. Del resto, cari ginevrini, si sta cercando di farvi tutti apparire in un modo così elegante e raffinato che temo siate ormai troppo avanzati per me. Siete tutti così eleganti, brillanti e piacevoli; cosa fareste della mia strana figura e delle mie idee “gotiche”? Cosa diventerei io tra di voi, ora che avete un maestro nell’arte del divertimento che vi insegna così bene? Mi trovereste molto ridicolo. E io troverei voi molto belli. Avremmo molte difficoltà ad andare d’accordo. Non voglio ripeterti le mie vecchie lamentele, né cercare di suscitare in voi malumore. È meglio rimanere in luoghi dove, anche se vedo cose che non mi piacciono, l’interesse che provo per esse non è abbastanza grande da tormentarmi. Questa è, al momento attuale, la mia situazione. E queste sono le ragioni per cui non intendo cambiarla, finché, non essendo adatta al paese in cui voi vivete, non diventerò un ospite troppo sgradevole qui. E fino ad ora, non sono stato trattato così. Se mai dovesse capitarmi di dover lasciare questo posto, spero di non rendere troppo poco onore alla mia patria, considerandola soltanto una scelta di ripiego.
Addio, caro Vernes. Non ho dimenticato il tempo in cui mi offristi di venire a trovarmi, e quando accettai la tua proposta, tu non ne parlasti più. Non dissi nulla quando eri ancora un ragazzo; e ora che sei sposato e che questa possibilità è impossibile, te ne parlo proprio per dirti che non dispero affatto di avere il piacere di abbracciarti, non a Montmorency, ma a Ginevra. Addio, con tutto il mio cuore.
Lettera CXCIV – A Sua Eccellenza il maresciallo di Lussemburgo
Agosto 1759.
Altri vi faranno sicuramente dei complimenti. So quanto il re sia caro per voi, e avete appena ricevuto un nuovo segno di stima da parte sua[679]. So anche quanto siate un buon padre, e questo gesto rappresenta una vera grazia per vostro figlio. Vedete che il mio cuore comprende il vostro, e sa quale tipo di gioia vi colpisca maggiormente; lo sa, lo sente, e ne è felice. Ah, signor maresciallo, non immaginate quanto mi sia dolce constatare che l’ineguaglianza non sia incompatibile con l’amicizia, e che si possa avere qualcuno più nobile di sé come amico.
Lettera CXCVI – Alla stessa persona
Montmorency, 31 ottobre 1759.
Dove si trova ora lei, madame la maréchale? A Parigi? Sull’Isola di Adamo? A Versailles? So infatti che questo mese ha fatto tutti questi viaggi. La troverà curioso; ma poiché questa curiosità mi interessa, è del tutto legittima. A Versailles parla di me con il marchese; sull’Isola di Adamo ne parla con il cavaliere de Lorenzy; ma a Parigi, con chi ne parla? Immagino che sia proprio a Parigi che si dimenticano le persone che si amano. E poiché io la odio, la incolpo di tutti i mali che temo. Per favore, madame la maréchale, pensi qualche volta a quel povero eremita di Montmorency: lei gli ha reso necessario il suo ricordo, e lui non va certo a Parigi. Ma, in verità, non so davvero di cosa mi preoccupi. Dopo le gentilezze che mi ha riservato, dovrei forse temere di essere dimenticato durante i suoi viaggi? E, ovunque lei si trovi, non esiste forse un luogo da cui non si allontani mai?
Le vostre copie non sono ancora iniziate, ma lo saranno presto. In ogni cosa è necessario seguire l’ordine e la giustizia. Qualcuno, come sapete, ha priorità rispetto a voi; questa persona mi sollecita, e devo mantenere la mia parola, visto che non volete che vi spieghi i motivi per cui potrei ritirare ciò che ho promesso. Finirò la quinta parte e, prima di iniziare la sesta, farò in modo di inviarvi la prima. Ma, madame la maréchale, anche se sicuramente siete una persona onesta, mi dispiace molto prendere i vostri soldi: normalmente sarebbe a me di pagare per il piacere che avrò nel lavorare per voi.
Per favore, siate più esplicito, signor maresciallo: perché, in una situazione così difficile come la sua, vi prendete la briga di scrivere personalmente a me? Desideravo molto ricevere notizie sue e vostre, ma non che fosse lui stesso ad informarmi. Non sa forse che non ho più bisogno che mi scriva? Se dovesse scrivermi ancora una volta da tutta quella zona, penserei di averlo offeso. Per quanto vi riguarda, signora, la situazione è un po’ diversa. Credo di avere ancora bisogno di alcune parole d’amicizia; inoltre, quando sarò sicuro anche della vostra situazione, non mi dispiacerebbe affatto se né voi né lui scriveste più. A condizione che mademoiselle Gertrude o signor Dubertier mi facciano sapere di tanto in tanto che state bene.
Lettera CXCVIII – A Monsieur Deleyre
[680]
Montmorency, 10 novembre 1759.
Vous voilà donc, mon cher Deleyre, bien décidément fou ; car il n’y a plus de doute sur votre dernière lettre : heureusement ce sont de ces folies qui ont leur terme, qui ne laissent après leur guérison qu’un peu de honte pour cicatrice, et que bien peu d’hommes ont droit de ne pas pardonner. Pour moi, vous jugez bien que je vous la pardonne de tout mon coeur ; je souhaite seulement qu’elle ne vous fasse pas faire de sottises.
Puisque vous aimez, vous n’aimez qu’un objet parfait ; cela est clair, et ce n’est assurément pas de quoi je dispute : mais il faut m’excuser d’avoir profané, je ne dis pas l’idole, mais la divinité de votre coeur. Il faut d’abord vous dire que je crus qu’à votre départ tout était fini, et que vous ne vous souveniez plus de vos anciennes adorations que pour vous moquer de vous-même et de votre simplicité. Naturellement vous conviendrez que cette opinion n’était pas sans vraisemblance, et que des amours de Paris ne doivent guère durer plus longtemps que cela. J’avais donc pris le ton que j’imaginais que vous prendriez vous-même, ou que du moins vous écouteriez volontiers : mais non ; l’absence, le sort cruel, vous voilà toujours dans les sentiments héroïques. À présent que je le sais, je changerai de ton : assurément je n’ai pas dessein de vous offenser, et je conviens que celui qui laisse mal parler de ce qu’il aime, ou n’aime point, ou n’est qu’un lâche. Mais quelle insulte affreuse lui ai-je donc faite, pour vous plonger dans le désespoir où vous semblez être ? Ai-je outragé ses moeurs, sa vertu, son honnêteté ? car c’est sur tout cela que vous vous épuisez en apologie ; et, sans mentir, j’aimerais autant que vous ne vous fussiez pas tant gendarmé là-dessus, puisqu’il n’en était pas question : c’est, mon cher Deleyre, une maxime de guerre qu’il fuit toujours attaquer les places du côté le mieux fortifié. Je l’ai traitée de commère, il est vrai ; j’ai eu tort sans doute, et je l’aurais bien plus aujourd’hui, que je vous sais toujours sous le charme, si je confirmais une épithète aussi peu respectueuse. Mais mettez-vous un moment à ma place ; je me disais, les commères sont importunes, babillardes, curieuses ; pour contenter leur curiosité, peu leur importe de troubler le repos d’autrui. Je me disais qu’une personne discrète et modeste, telle que vous m’aviez peint votre maîtresse, loin de vous exciter à me l’amener, vous en aurait détourné ; elle vous aurait dit (me figurais-je) : Pourquoi voulez-vous inquiéter ce pauvre solitaire ? Laissons-le dans sa retraite, puisqu’il veut y rester ; je n’aime point à contenter mes fantaisies aux dépens d’autrui. Au lieu de cela, on vient, on se met au guet, on me poursuit, on s’embarrasse fort peu de me chasser de chez moi ; on questionne ma gouvernante : pourquoi ceci ? pourquoi cela ? on s’amuse à me faire faire un fort sot personnage, et à vous-même un autre, ne vous déplaise, qui ne valait guère mieux. Excusez, mon pauvre Deleyre, si, dans la grossièreté de ma nomenclature, j’ai osé appeler cela du commérage : pareille expression ne m’échappera plus. Mais permettez-moi de vous dire, pour la dernière fois, que, bien que faible autant qu’un autre, jamais femme ni fille à pareils procédés n’aura l’honneur de me rendre amoureux d’elle.
Quant à la femme dont vous me parlez, et qui s’est, dites-vous, vantée de dîner avec moi, j’espère qu’elle n’a pas tenu parole ; et quant à moi, je n’en ai entendu parler que par vous, non plus que de votre maîtresse, dont je ne sais pas même le nom. Oh ! pour celle-là, puisque vous ne la protégez pas, je vais me venger sur elle et en faire une véritable commère ; car, voyez-vous, il m’en faut une absolument, et je vois bien que vous m’abandonnez celle-ci, comme le chasseur jette à l’épervier un morceau de chair pour lui faire lâcher sa proie.
Enfin donc vous vous êtes choisi une maîtresse tendre et vertueuse ! Cela n’est pas étonnant ; toutes les maîtresses le sont. Vous vous l’êtes choisie à Paris 1 Trouver à Paris une maîtresse tendre et vertueuse, c’est n’être pas malheureux. Vous lui avez fait une promesse de mariage ? Cher Deleyre, vous avez fait une sottise ; car si vous continuez d’aimer la promesse est superflue ; si vous cessez elle est inutile, et vous peut donner de grands embarras. Mais peut-être cette promesse a-t-elle été payée comptant : en ce cas je n’ai plus rien à dire. Vous l’avez signée de votre sang ? Cela est presque trafique ; mais je ne sais si le choix de l’encre dont on écrit, fait quelque chose à la foi de celui qui signe. Je vois bien que l’amour rend enfants les philosophes, tout aussi bien que nous autres. Cher Deleyre, sans être votre ami, j’ai de l’amitié pour vous, et je suis alarmé de l’état où vous êtes. Ah ! de grâce, songez que l’amour n’est qu’illusion, qu’on ne voit rien tel qu’il est tant qu’on aime ; et, s’il vous reste une étincelle de raison, ne faites rien sans l’avis de vos parents.
Lettre CC – À M. Vernes
Montmorency, le 18 novembre 1759.
Je savais, mon cher Vernes, la bonne réception que vous aviez faite à l’abbé de Saint-Non, que vous l’aviez fêté, que vous l’aviez présenté à M. de Voltaire, en un mot que vous l’aviez reçu comme recommandé par un ami. Il est parti le coeur plein de vous, et sa reconnaissance a débordé dans le mien. Mais pourquoi vous dire cela ? n’avez-vous pas eu le plaisir de m’obliger ? ne me devez-vous pas aussi de la reconnaissance ? n’est-ce pas à vous désormais de vous acquitter envers moi ?
Il n’y a rien de moi sous la presse ; ceux qui vous l’ont dit vous ont trompé. Quand j’aurai quelque écrit prêt à paraître, vous n’en serez pas instruit le dernier. J’ai traduit, tant bien que mal, un livre de Tacite, et j’en reste là. Je ne sais pas assez le latin pour l’entendre, et n’ai pas assez de talent pour le rendre. Je m’en tiens à cet essai ; je ne sais même si j’aurai jamais l’effronterie de le faire paraître ; j’aurais grand besoin de vous pour l’en rendre digne. Mais parlons de l’histoire de Genève. Vous savez mon sentiment sur cette entreprise ; je n’en ai pas changé : tout ce qui me reste à vous dire, c’est que je souhaite que vous fassiez un ouvrage assez vrai, assez beau et assez utile pour qu’il soit impossible de l’imprimer ; alors, quoi qu’il arrive, votre manuscrit deviendra un monument précieux qui fera bénir à jamais votre mémoire par tous les vrais citoyens, si tant est qu’il en reste après vous. Je crois que vous ne doutez pas de mon empressement à lire cet ouvrage ; mais si vous trouvez quelque occasion pour me le faire parvenir, à la bonne heure ; car, pour moi, dans ma retraite, je ne suis point à portée d’en trouver les occasions. Je sais qu’il va et vient beaucoup de gens de Genève à Paris, et de Paris à Genève ; mais je connais peu tous ces voyageurs, et n’ai nul dessein d’en beaucoup connaître. J’aime encore mieux ne pas vous lire.
Vous me demandez de la musique : eh Dieu ! cher Vernes !.de quoi me parlez-vous ? Je ne connais plus d’autre musique que celle des rossignols, et les chouettes de la forêt m’ont dédommagée de l’Opéra de Paris. Revenu au seul goût des plaisirs de la nature, je méprise l’apprêt des amusements des villes. Redevenu presque enfant, je m’attendris en rappelant les vieilles chansons de Genève ; je les chante d’une voix éteinte, et je finis par pleurer sur ma patrie en songeant que je lui ai survécu. Adieu.
Lettre CCII – À M. Le maréchal de Luxembourg
Montmorency, le 36 décembre 1759.
So here you are, my dear Deleyre, truly and utterly mad; for there is no longer any doubt about what was written in your last letter. Fortunately, such madness has its end; after it passes, it leaves only a trace of shame as a “scar,” and very few people have the right not to forgive it. As for me, you can be sure that I forgive you with all my heart; I merely hope that it will not lead you to do anything foolish.
Since you love, then you can only love a perfect being; that is clear, and I certainly have no dispute about it. But please forgive me for having profaned—not the idol, but the divinity of your heart. First of all, I must tell you that when you left, I thought everything was over, and that you no longer remembered your former affections except to mock yourself and your simplicity. Naturally, you will agree that this opinion was not without basis; after all, such loves in Paris usually do not last much longer. Therefore, I adopted the tone that I imagined you would use yourself, or at least that you would be willing to listen to. But no—absence, that cruel fate—has once again brought you back to those heroic sentiments. Now that I know this, I will change my approach. Surely, I have no intention of offending you; I admit that anyone who speaks ill of what they love, or who does not love at all, is a coward. But what terrible insult have I possibly committed to drive you into such despair? Have I offended your morals, your virtue, your honesty? For it is on these things that you spend all your energy in defense. And, to be honest, I would have preferred if you had not taken this matter so seriously, since it was not at all relevant. My dear Deleyre, it is a military maxim to never attack the strongest defenses of a place. Indeed, I called her a mercenary; perhaps I was wrong, and I would be even more wrong today if I confirmed such an disrespectful epithet, knowing that you are still under its spell. But put yourself in my position for a moment. I thought to myself that merchants were annoying, chatterboxes, curious—that in order to satisfy their curiosity, they would disturb the peace of others without a second thought. I imagined that a discreet and modest person like the one you described would not encourage you to bring her to me; instead, she might say to you: “Why bother this poor recluse? Let him be in his solitude if he wishes to stay there. I don’t want to satisfy my own whims at the expense of others.” Instead, people come, spy on me, pursue me, and seem utterly indifferent to driving me away from my home; they question my maid: “Why this? Why that?” They take pleasure in making a fool of me and, by extension, you as well. Please forgive me, my poor Deleyre, if in my crude language I dared to call such behavior “mercenary”; I will never use that expression again. But let me tell you one last time: despite being just as weak as any other man, no woman or girl who resorted to such tactics would ever have the honor of making me fall in love with her.
As for the woman you tell me about, who supposedly boasted of having dined with me, I hope she did not keep her word; and as for me, I have only heard of her from you, just as I have never heard of your mistress, whose name I do not even know. Oh! As for her, since you refuse to protect her, I will take my revenge on her and turn her into a proper courtesan. Because, see you, I absolutely need one, and it is clear that you are abandoning her to me, just as a hunter throws a piece of meat to a falcon in order to make it release its prey.
So finally, you have chosen a gentle and virtuous mistress! That is not surprising; all mistresses are such. You found her in Paris 1. To find a gentle and virtuous mistress in Paris means not to be unhappy. Did you promise her marriage? Dear Deleyre, you have done a foolish thing; for if you continue to love her, the promise is unnecessary; if you stop loving her, it is useless and could cause you great trouble. But perhaps this promise was made in good faith. In that case, I have nothing more to say. Did you sign it with your own blood? That is almost tantamount to a transaction of some kind. But I don’t know whether the type of ink used makes any difference to the sincerity of the signer. I see clearly that love turns philosophers into children, just like it does us ordinary people. Dear Deleyre, although I am not your friend, I have affection for you, and I am worried about the state you are in. Ah! Please, remember that love is nothing but an illusion; one cannot see things as they really are while in love. And if there is still a flicker of reason left in you, do nothing without consulting your parents.
Letter CC – To Mr. Vernes
Montmorency, November 18, 1759.
I knew, my dear Vernes, how warmly you had received Abbe de Saint-Non, how you had celebrated his visit and introduced him to Monsieur de Voltaire—in short, that you had treated him as if he were recommended by a friend. He left filled with good memories of you, and his gratitude overflowed into mine. But why tell you all this? Didn’t you have the pleasure of obliging me in return? Don’t you also owe me some gratitude? Isn’t it now your turn to repay me?
There is nothing of me in that work; those who told you otherwise have deceived you. When I have some writing ready to be published, you will not be the last to learn about it. I have translated, more or less successfully, a book by Tacitus, and that is all. My knowledge of Latin is not sufficient to understand it properly, nor do I possess the talent needed to translate it well. I content myself with this attempt; in fact, I don’t even know if I will ever have the audacity to publish it. I would greatly need your help to make it worthy of publication. But let us talk about the history of Geneva. You know my opinion on this project; it has not changed. All I have to add is that I hope you will produce a work that is true, beautiful, and useful enough that it will be impossible to publish it. In that case, whatever happens, your manuscript will become a precious monument that will ensure your memory is forever honored by all true citizens—if such still exist after you are gone. I believe you have no doubt about my eagerness to read this work; but if you ever find an opportunity to send it to me, that would be excellent. For as for me, in my retirement, I have no means of obtaining such opportunities. I know that many people travel between Geneva and Paris, but I know little about these travelers, and have no intention of getting to know them better. In fact, I would prefer not to read it at all.
You ask me about music. Oh God! Dear Vernes, what are you talking about? I know no other music but that of nightingales; the owls in the forest have compensated me for the Paris Opera. Having returned to the simple pleasures of nature, I despise the artificial entertainments of cities. Almost becoming a child again, I am moved when I recall the old songs of Geneva; I sing them in a faint voice, and in the end, I weep for my homeland, thinking that I have outlived it. Adieu.
Letter CCII – To Mr. The Marshal of Luxembourg
Montmorency, December 36, 1759.
Ecco quindi, mia cara Deleyre, che sei decisamente pazza; poiché non c’è più dubbio riguardo alla tua ultima lettera. Fortunatamente, queste follie hanno sempre una fine: dopo la loro “guarigione”, lasciano solo un po’ di vergogna come cicatrice. E ben pochi uomini hanno il diritto di non perdonare. Per quanto mi riguarda, puoi essere certa che te lo perdono con tutto il mio cuore; spero soltanto che questa follia non ti spinga a commettere sciocchezze.
Poiché ami, ami non puoi essere se non di un oggetto perfetto; questo è chiaro, e certamente non è una questione su cui io possa discutere. Ma devo scusarmi per aver profanato, non dico l’idolo, ma la divinità del tuo cuore. Prima di tutto, devo dirti che credevo che, con la tua partenza, tutto fosse finito, e che tu ricordassi le tue antiche adorazioni soltanto per prenderti in giro te stesso e la tua semplicità. Naturalmente, concorderai che questa opinione non era priva di fondamento. E che un amore parigino difficilmente possa durare più a lungo. Quindi ho adottato il tono che immaginavo tu avresti usato, o almeno che saresti stato disposto ad ascoltare. Ma no. L’assenza, quel destino crudele, eccoti ancora immerso in sentimenti eroici. Ora che lo so, cambierò tono. Certamente non ho intenzione di offenderti. E ammetto che chi permette che si parli male di ciò che ama, o non ama affatto, è senz’altro un codardo. Ma quale terribile insulta ti ho mai fatto, per gettarti nel dispero in cui sembri trovarti? Ho offeso le sue virtù, la sua onestà? Perché è su queste cose che ti affanni a difenderti. E, senza mentire, preferirei che non ti fossi così impegnato in questa difesa, visto che non era affatto necessario. Caro Deleyre, è una regola della guerra evitare sempre di attaccare le posizioni più fortificate. È vero, ti ho chiamata commerciante. Forse ho sbagliato. E oggi lo farei ancora di più, se sapessi che sei ancora sotto il mio incantesimo. Ma mettiti un momento al mio posto. Pensavo che le donne del genere fossero fastidiose, chiacchierone, curiose. Che per soddisfare la loro curiosità non esitassero a disturbare il riposo degli altri. Pensavo che una persona discreta e modesta, come quella che mi avevi descritto come tua amante, invece di incoraggiarti a portarmela da te, ti avrebbe dissuaso. Ti avrebbe detto: “Perché vuoi infastidire questo povero solitario? Lascialo nella sua ritirata, se vuole restarci. Non mi piace soddisfare i miei capricci a scapito degli altri, ” Invece, qualcuno viene, mi perseguita, non si cura affatto di cacciarmi dalla mia casa. Interroga la mia governante: “Perché questo? Perché quello?” Si diverte a farmi apparire una persona molto sciocca. E a farti apparire tu allo stesso modo. Scusami, mio povero Deleyre. Se nella mia grossolanità ho osato chiamare tutto ciò “commercio”, non ripeterò mai più un simile errore. Ma permettimi di dirtelo per l’ultima volta: anche se sono debole quanto chiunque altro, nessuna donna o ragazza che si comporti in questo modo avrà l’onore di farmi innamorare di lei.
Per quanto riguarda quella donna di cui mi parlate, e che avrebbe detto di aver pranzato con me, spero che non abbia mantenuto la sua promessa; quanto a me, ne ho sentito parlare solo da voi, così come della vostra amante, la cui nome nemmeno conosco. Oh! Per quella, poiché voi non la proteggete, me la prenderò io e ne farò una vera “commerciante”, perché, vedete, ne ho assolutamente bisogno. E capisco bene che mi state abbandonando proprio lei, proprio come un cacciatore getta un pezzo di carne all’epervier affinché lasci andare la sua preda.
Finalmente avete scelto una padrona gentile e virtuosa! Non c’è da meravigliarsi: tutte le padrone lo sono. L’avete trovata a Parigi. Trovare a Parigi una padrona gentile e virtuosa significa non essere infelici. Le avete fatto una promessa di matrimonio? Cara Deleyre, avete commesso un errore: se continuerete ad amarla, la promessa è superflua; se smetterete di amarla, sarà inutile e potrà causarvi grandi difficoltà. Ma forse questa promessa è già stata “pagata”. In tal caso, non ho più nulla da dire. L’avete firmata con il vostro sangue? Questo è quasi un atto illegale. Ma non so se la scelta dell’inchiostro utilizzato influisca sulla validità della promessa. Vedo bene che l’amore rende “infanti” anche i filosofi, proprio come noi. Cara Deleyre, anche se non sono vostro amico, vi tengo in grande stima e sono preoccupato per la vostra situazione. Ah! Per favore, ricordate che l’amore non è altro che un’illusione: quando si ama, non si vede nulla così com’è realmente. E se in voi c’è ancora un briciolo di ragione, non fate nulla senza il consiglio dei vostri genitori.
Lettera CC – A Monsieur Vernes
Montmorency, 18 novembre 1759.
Caro Vernes, sapevo bene quale accoglienza calorosa aveste riservato all’abate di Saint-Non: lo avevate festeggiato, lo avevate presentato a Monsieur de Voltaire. In breve, lo avevate accolto come se fosse stato raccomandato da un amico. È partito con il cuore pieno di gratitudine per voi, e la sua riconoscenza si è riversata anche nel mio. Ma perché dirvelo? Non avete forse avuto il piacere di rendermi un favore? Non dovreste anche voi essere riconoscenti nei miei confronti? Non spetta forse a voi ora ricambiare questo favore?
Sotto la pressione, non c’è nulla di me stesso; coloro che vi hanno detto il contrario vi hanno ingannato. Quando avrò qualche scritto pronto per essere pubblicato, non sarete certo gli ultimi a saperlo. Ho tradotto, più o meno bene, un libro di Tacito, e basta. Non conosco abbastanza il latino per comprenderlo appieno, né ho abbastanza talento per tradurlo in modo efficace. Mi limito a questo tentativo; non so nemmeno se avrò mai l’audacia di farlo pubblicare. Avrei davvero bisogno del vostro aiuto per renderlo degno di essere letto. Ma parliamo ora della storia di Ginevra. Conoscete il mio punto di vista su questo progetto; non l’ho cambiato: tutto ciò che ho da dirvi è che desidero che realizziate un’opera abbastanza vera, abbastanza bella e abbastanza utile da rendere impossibile la sua pubblicazione. In quel caso, qualunque cosa accada, il vostro manoscritto diventerà un monumento prezioso che farà benedire per sempre la vostra memoria da tutti i veri cittadini, se mai ne rimarranno dopo di voi. Credo che non dubitiate della mia voglia di leggere quest’opera. Ma se trovaste qualche modo per farmela arrivare, sarebbe ottimo; perché, nella mia ritirata, non ho facilmente l’opportunità di riceverla. So che molte persone vanno e vengono da Ginevra a Parigi, e da Parigi a Ginevra. Ma conosco pochi di questi viaggiatori, e non ho alcuna intenzione di conoscere molti di più. Preferisco ancora non leggere nulla da voi.
Mi chiedete di parlare di musica. Oh Dio, caro Vernes! Di cosa state parlando? Non conosco più altra musica se non quella dei usignoli; le civette della foresta mi hanno compensato dell’Opera di Parigi. Tornato ad apprezzare soltanto i piaceri della natura, disprezzo le artificiosità degli intrattenimenti urbani. Diventato quasi un bambino, mi commuovo ricordando le vecchie canzoni di Ginevra; le canto con una voce spenta. E alla fine finisco per piangere sulla mia patria, pensando di essere sopravvissuto a essa. Addio.
Lettera CCII – A Sua Eccellenza il Maresciallo di Lussemburgo
Montmorency, 36 dicembre 1759.
J’apprends, M. le maréchal, la perte que vous venez de faire[682], et ce moment est un de ceux où j’ai le plus de regret de n’être pas auprès de vous ; car la joie se suffit à elle-même, mais la tristesse a besoin de s’épancher, et l’amitié est bien plus précieuse dans la peine que dans le plaisir. Que les mortels sont à plaindre de se faire entre eux des attachements durables î Ah î puisqu’il faut passer sa vie à pleurer ceux qui nous sont chers, à pleurer les uns morts, les autres peu dignes de vivre, que je la trouve peu regrettable à tous égards ! Ceux qui s’en vont sont plus heureux que ceux qui restent ; ils n’ont plus rien à pleurer. Ces réflexions sont communes : qu’importe ? en sont-elles moins naturelles ? Elles sont d’un homme plus propre à s’affliger avec ses amis qu’à les consoler, et qui sent aigrir ses propres peines en s’attendrissant sur les leurs.
1760
Lettre CCIII – À Madame La maréchale de Luxembourg
Lettre CCIV – À M. Moultou
Lettre CCIV – À M. Le maréchal de Luxembourg
Lettre CCVI – À M. Vernes
Lettre CCVII – À Madame la comtesse d’Houdetot
Lettre CCVIII – À Madame la maréchale de Luxembourg
Lettre CCVIX – À la même
Lettre CCX – À M. de Malesherbes
Lettre CCXI – Au même
Lettre CCXII – À M. Duchesne
Lettre CCXIII – À M. de Bastide
Lettre CCXIV – À M. de Voltaire
Lettre CCXV – À Madame la maréchale de Luxembourg
Lettre CCXVI – À la même
Lettre CCXVII – À la même
Lettre CCXVIII – À la même
Lettre CCXIX – À M…
Lettre CCXX – À Madame la maréchale de Luxembourg
Lettre CCXXI – À Madame la maréchale de Luxembourg
Lettre CCXXII – À M. Delalive
Lettre CCXXIII – À Madame de Boufflers
Lettre CCXXIV – À M. le chevalier de Lorenzy
Lettre CCXXV – À M.***
Lettre CCXXVI – À M. le chevalier de Lorenzy
Lettre CCXXVII – À M. de Malesherbes
Lettre CCXXVIII – Au même
Lettre CCXXIX – Au même
Lettre CCXXX – À M. Duclos
Lettre CCXXXI – À M. Duclos
Lettre CCXXXII – À Madame la maréchale de Luxembourg
Lettre CCXXXIII – À M. Guérin
Table de la correspondance
Lettre CCIV – À M. Moultou
Montmorency, 29 janvier 1760.
Si j’ai des torts avec vous, monsieur, je n’ai pas celui de ne les pas sentir et de ne me les pas reprocher. Mon silence est bien plus contre moi que contre vous, car comment répondre à une lettre qui m’honore si fort et où je me reconnais si peu ? Je laisserai de votre lettre ce qui ne me convient pas ; je ne vous rendrai point les éloges que vous me donnez ; je suppose que vous n’aimeriez pas à les entendre, et je tâcherai de mériter dans la suite que vous en pensiez autant de moi.
Il y a un peu de la faute de M. Favre[683] si je vous réponds si tard. Il m’avait promis de me revenir voir, et je m’étais promis, après avoir causé un peu de temps avec lui, de lui remettre une lettre pour vous ; je l’ai attendu, et il n’est point revenu. Je l’ai reçu avec simplicité, mais avec joie. Je n’imagine pas qu’une pareille réception puisse rebuter un Genevois et un ami de M. Moultou. Si cela pouvait être, mon intention serait bien mal remplie, et j’en serais véritablement affligé.
M. Favre avait un extrait de votre sermon sur le luxe : il me l’a lu, et je l’ai prié de me le prêter pour le copier. M’entendez-vous, monsieur ?
Au reste vous êtes le premier, que je sache, qui ait montré que la feinte charité du riche n’est en lui qu’un luxe de plus ; il nourrit les pauvres comme des chiens et des chevaux. Le mal est que les chiens et les chevaux servent à ses plaisirs, et qu’à la fin les pauvres l’ennuient ; à la fin, c’est un air de les laisser périr, comme c’en fut d’abord un de les assister.
J’ai peur qu’en montrant l’incompatibilité du luxe et de l’égalité, vous n’ayez fait le contraire de ce que vous vouliez : vous ne pouvez ignorer que les partisans du luxe sont tous ennemis de l’égalité. En leur montrant comment il la détruit, vous ne ferez que le leur faire aimer davantage. Il fallait faire voir, au contraire, que l’opinion tournée en faveur de la richesse et du luxe anéantit l’inégalité des rangs, et que tout crédit gagné par les riches est perdu pour les magistrats. Il me semble qu’il y aurait là-dessus un autre sermon bien plus utile à faire, plus profond, plus politique encore, et dans lequel, en faisant votre cour, vous diriez des vérités très importantes et dont tout le monde serait frappé.
Vous me parlez de ce Voltaire ! Pourquoi le nom de ce baladin souille-t-il vos lettres ? Le malheureux a perdu ma patrie ; je le haïrais davantage si je le méprisais moins. Je ne vois dans ses grands talents qu’un opprobre de plus qui le déshonore par l’indigne usage qu’il en fait. Ses talents ne lui servent, ainsi que ses richesses, qu’à nourrir la dépravation de son coeur. O Genevois ! il vous paie bien de l’asile que vous lui avez donné. Il ne savait plus où aller faire du mal ; vous serez ses dernières victimes. Je ne crois pas que beaucoup d’autres hommes sages soient tentés d’avoir un tel hôte après vous.
Ne nous faisons plus illusion, monsieur ; je me suis trompé dans ma lettre à M. d’Alembert : je ne croyais pas nos progrès si grands, ni nos moeurs si avancées. Nos maux sont désormais sans remède ; il ne vous faut plus que des palliatifs, et la comédie en est un. Homme de bien, ne perdez pas votre ardente éloquence à nous prêcher l’égalité, vous ne seriez plus entendu. Nous ne sommes encore que des esclaves ; apprenez-nous, s’il se peut, à n’être pas des méchants ; non ad vetera instituta, quoe jam pridem, corruptis moribus, ludibrio sunt, revocans, mais en retardant le progrès du mal par des raisons d’intérêt, qui seules peuvent toucher des hommes corrompus. Adieu, monsieur ; je vous embrasse.
P. S. J’allais faire partir ma lettre, quand M. Favre est entré. J’ai été charmé de voir qu’il n’était pas mécontent de moi. J’ai passé avec lui une demi-journée agréable ; nous avons parlé devons. Il m’a dit que vous méditiez un second sermon sur la même matière ; j’en suis fort aise. Bonjour.
Observation
Il est question dans cette lettre de l’opinion de Rousseau sur le caractère de l’auteur de Zaïre, sur le mal que, dans cette opinion, il fait à sa patrie, la corruption qu’il y introduit, ainsi que l’amour du luxe et celui des spectacles. Ces expressions de colère, elles s’ont confiées à !a discrétion de l’amitié ; elles n’entrent point dans les relations de Jean-Jacques, soit avec le public, soit avec le patriarche de Ferney. Il n’était pas obligé de bien penser sur son compte, sur sa morale et ses intentions, mais il l’était de ne pas prendre le public pour confident. Il remplit ce devoir. Voltaire aimait qu’on fit courir ses lettres : Rousseau regardait ce procédé comme une trahison quand on n’avait pas le consentement du correspondant. Enfin il n’a jamais varié sur les talents et la supériorité de Voltaire ; et les outrages de celui-ci ne lui ont point ‘fait changer de langage. Un silence dédaigneux, ou de nouveaux hommages à ses talents, en déplorant l’abus qu’il en faisait, furent les seules réponses qu’il se permit. Il put ensuite, et sans manquer aux égards, en parler librement dans ses lettres confidentielles à ces amis. Il l’a fait quelquefois ; mais la conduite de Voltaire, ses procédés, furent uniquement l’objet de sa critique ou plutôt de son indignation ; car c’est le nom que méritent et la cause et l’objet de cette critique, toujours motivée par l’amour de Genève, où l’influence de Ferney se faisait sentir.
I am informed, Marshal, of the loss you have just suffered[682], and this is one of those moments when I regret most that I am not by your side; for joy can sustain itself, but sorrow must be expressed, and friendship is far more precious in times of pain than in times of happiness. How pitiable it is for mortals to form enduring bonds with one another! Ah, since one must spend one’s life mourning those we love—some dead, others unworthy of living—then I find such bonds utterly regrettable in every respect! Those who have departed are happier than those who remain; they no longer have anything to mourn. Such thoughts are common, but what does that matter? Does that make them any less natural? They are the thoughts of a man who is more inclined to share in his friends’ sorrow than to comfort them, and who feels his own pain intensify as he sympathizes with theirs.
1760
Letter CCIII – To Madame la Maréchale de Luxembourg
Letter CCIV – To Mr. Moultou
Letter CCIV – To Mr. The Marshal of Luxembourg
Letter CCVI – To Mr. Vernes
Letter CCVII – To Madame la Comtesse d’Houdetot
Letter CCVIII – To Madame la Maréchale de Luxembourg
Letter CCVIX – To the Same One
Letter CCX – To Mr. de Malesherbes
Letter CCXI – To the Same One
Letter CCXII – To Mr. Duchesne
Letter CCXIII – To Mr. de Bastide
Letter CCXIV – To Mr. de Voltaire
Letter CCXV – To Madame la Maréchale de Luxembourg
Letter CCXVI – To the Same One
Letter CCXVII – To the Same One
Letter CCXVIII – To the Same One
Letter CCXIX – To M.
Letter CCXX – To Madame la Maréchale de Luxembourg
Letter CCXXI – To Madame la Maréchale de Luxembourg
Letter CCXXII – To Mr. Delalive
Letter CCXXIII – To Madame de Boufflers
Letter CCXXIV – To Mr. Chevalier de Lorenzy
Letter CCXXV – To Mr. ***
Letter CCXXVI – To Mr. Chevalier de Lorenzy
Letter CCXXVII – To Mr. de Malesherbes
Letter CCXXVIII – To the Same One
Letter CCXXIX – To the Same One
Letter CCXXX – To Mr. Duclos
Letter CCXXXI – To Mr. Duclos
Letter CCXXXII – To Madame la Maréchale de Luxembourg
Letter CCXXXIII – To Mr. Guérin
Correspondence Table
Letter CCIV – To Mr. Moultou
Montmorency, January 29, 1760.
If I have wronged you in any way, sir, it is not my fault that I am not aware of it or that I do not reproach myself for it. My silence is far more harmful to me than to you, for how can one respond to a letter that speaks so highly of me while at the same time revealing so little about me? I will set aside from your letter whatever does not suit me; I will not return to you the praises you offer me—assuming that you would not wish to hear them—and I will try my best in the future to earn your same regard for me.
To some extent, it is Mr. Favre’s fault that I am responding to you so late. He had promised to come back and see me again, and after spending some time with him, I had resolved to give him a letter for you; I waited for him, but he never returned. I received his letter with simplicity, but also with joy. I cannot imagine that such an reception could possibly offend a man from Geneva or a friend of Mr. Moultou. If that were the case, my intention would have been greatly misunderstood, and I would be truly distressed by it.
Mr. Favre had a excerpt from your sermon on luxury; he read it to me, and I asked him to lend it to me so that I could copy it down. Do you hear me, sir?
Besides, you are the first person, as far as I know, to have shown that the pretended charity of the rich is nothing but another form of luxury for them; they feed the poor like dogs and horses. The problem is that these dogs and horses serve only their own pleasures, and in the end, the poor become a nuisance to them; ultimately, it’s just a pretense of letting them perish, just as it was initially a pretense of helping them.
I fear that by highlighting the incompatibility between luxury and equality, you may have achieved the very opposite of what you intended: it is undeniable that those who advocate for luxury are inherently enemies of equality. By showing them how luxury destroys equality, you will only make them cherish it even more. On the contrary, it would have been necessary to demonstrate how an attitude in favor of wealth and luxury actually undermines social hierarchies, and how any advantage gained by the wealthy results in losses for those in positions of authority. I believe that a different sermon on this subject would be far more useful, more profound, and more politically relevant—one in which you could convey truly important truths that would resonate with everyone.
You are speaking of this Voltaire! Why does the name of this vagrant tarnish your letters? That unfortunate man has lost my country; I would hate him even more if I did not despise him so much. In his great talents, I see nothing but another source of disgrace that brings him shame through the ignoble way in which he uses them. His talents, just like his wealth, only serve to nourish the corruption of his heart. Oh, Genevan! He repays you well for the asylum you granted him. He no longer knew where else to go to cause harm; you will be his last victims. I do not believe many other wise men would be tempted to welcome such a guest after you.
Let us have no more illusions, sir; I was mistaken in my letter to Mr. d’Alembert—I did not believe our progress was so great, nor our morals so advanced. Our ills are now beyond remedy; all that is left is palliatives, and comedy is one of them. A good man, do not waste your passionate eloquence on preaching equality to us—no one would listen anymore. We are still slaves; if possible, teach us how not to be evil. Let us not revert to the old institutions that have long been corrupted by our degenerate morals; rather, let us slow the progress of evil through considerations of self-interest—the only things that can touch such corrupt people. Adieu, sir; I embrace you.
P.S. I was about to send my letter off when Mr. Favre came in. I was delighted to see that he was not displeased with me. I spent a pleasant half-day with him; we talked about various things. He told me that you were planning to deliver another sermon on the same subject; I am very pleased to hear that. Goodbye.
Observation
This letter discusses Rousseau’s views on the character of the author of Zaïre, on the harm he does to his country according to these views, on the corruption he introduces there, as well as on his love for luxury and spectacles. These expressions of anger were confided to the discretion of friendship; they had nothing to do with Jean-Jacques’s relations, either with the public or with the patriarch of Ferney. He was not obliged to speak well of him in terms of his morals and intentions, but he was certainly not allowed to make the public his confidant. He fulfilled this duty. Voltaire liked it when people circulated his letters; Rousseau, however, considered such practice a betrayal whenever the correspondent’s consent had not been obtained. Finally, Rousseau never changed his opinion regarding Voltaire’s talents and superiority; nor did Voltaire’s insults cause him to alter his stance. A disdainful silence, or new expressions of admiration for Voltaire’s abilities while condemning their misuse, were the only responses he allowed himself. Later on, he was able to speak freely about these matters in his confidential letters to certain friends—though he did so occasionally. But Voltaire’s behavior and methods were always the subject of his criticism, or rather, of his indignation; for such criticism was always motivated by his love for Geneva, where Ferney’s influence was felt strongly.
Apprendo, signor maresciallo, della perdita che avete appena subito[682], e questo è uno di quei momenti in cui mi dispiace davvero di non essere al vostro fianco; perché la gioia si compie da sola, ma il dolore ha bisogno di essere condiviso, e l’amicizia è molto più preziosa nel dolore che nella felicità. Che sfortunati sono gli esseri umani a crearsi legami duraturi tra loro. Ah, se poi bisogna trascorrere tutta la vita a piangere coloro che ci sono cari, alcuni morti, altri poco degni di vivere, allora trovo questa condizione assolutamente non lamentevole sotto ogni aspetto! Coloro che se ne vanno sono più felici di quelli che rimangono; non hanno più nulla per cui piangere. Queste riflessioni sono comuni. Ma che importa? Per questo sono meno naturali? Sono tipiche di un uomo più propenso a soffrire insieme ai suoi amici che a consolarli, e il quale sente aumentare il proprio dolore nel commuoversi per il loro.
1760
Lettera CCIII – Alla Marchesa di Lussemburgo
Lettera CCIV – A Monsieur Moultou
Lettera CCIV – A Sua Eccellenza il Maresciallo di Lussemburgo
Lettera CCVI – A Monsieur Vernes
Lettera CCVII – Alla signora contessa d’Houdetot
Lettera CCVIII – Alla Marchesa di Lussemburgo
Lettera CCVIX – Alla stessa persona
Lettera CCX – A Monsieur de Malesherbes
Lettera CCXI – Allo stesso.
Lettera CCXII – A Monsieur Duchesne
Lettera CCXIII – A Monsieur de Bastide
Lettera CCXIV – A Monsieur de Voltaire
Lettera CCXV – Alla Marchesa di Lussemburgo
Lettera CCXVI – Alla stessa persona
Lettera CCXVII – Alla stessa persona
Lettera CCXVIII – Alla stessa persona
Lettera CCXIX – A M.
Lettera CCXX – Alla Marchesa di Lussemburgo
Lettera CCXXI – Alla Marchesa di Lussemburgo
Lettera CCXXII – A Monsieur Delalive
Lettera CCXXIII – Alla Signora de Boufflers
Lettera CCXXIV – A Monsignor il Cavaliere de Lorenzy
Lettera CCXXV – A Monsieur ***
Lettera CCXXVI – A Monsignor il Cavaliere de Lorenzy
Lettera CCXXVII – A Monsieur de Malesherbes
Lettera CCXXVIII – Allo stesso.
Lettera CCXXIX – Allo stesso.
Lettera CCXXX – A Monsieur Duclos
Lettera CCXXXI – A Monsieur Duclos
Lettera CCXXXII – Alla Marchesa di Lussemburgo
Lettera CCXXXIII – A Monsieur Guérin
Tabella della corrispondenza
Lettera CCIV – A Monsieur Moultou
Montmorency, 29 gennaio 1760.
Se ho commesso errori nei vostri confronti, signore, non posso certo negare di esserne consapevole e di rimproverarmeli. Il mio silenzio è in realtà più dannoso per me che per voi, poiché come potrei rispondere a una lettera che mi onora così tanto e nella quale riconosco così poco di me stesso? Lascierò da parte di questa lettera ciò che non mi conviene; non vi restituirò gli elogi che mi fate; suppongo che non vorreste sentirli, e cercherò di meritare in futuro che anche voi pensiate lo stesso di me.
In parte è colpa del signor Favre[683] se rispondo così tardi. Mi aveva promesso di tornare a trovarmi, e io mi ero impegnato, dopo aver parlato un po’ con lui, a consegnargli una lettera per voi; l’ho aspettato, ma non è mai tornato. L’ho ricevuta con semplicità, ma con gioia. Non riesco a immaginare che un simile trattamento possa scoraggiare un genevese e un amico del signor Moultou. Se così fosse, la mia intenzione sarebbe certamente fallita, e ne sarei davvero addolorato.
Il signor Favre aveva con sé un estratto del vostro sermone sul lusso; me lo ha letto e gli ho chiesto di prestarmelo per poterlo trascrivere. Mi sentite, signore?
Del resto, siete il primo, per quanto ne so, ad aver dimostrato che la presunta carità del ricco non è altro che un ulteriore lusso da parte sua; nutre i poveri come se fossero cani e cavalli. Il problema è che questi animali servono ai suoi piaceri personali, e alla fine i poveri lo infastidiscono. Alla fine, si tratta di una sorta di indifferenza verso la loro sorte, proprio come all’inizio sembrava esserci un vero desiderio di aiutarli.
Temo che, dimostrando l’incompatibilità tra lusso ed eguaglianza, abbiate ottenuto esattamente il risultato opposto a quello che volevate: non potete ignorare che i sostenitori del lusso sono tutti nemici dell’uguaglianza. Mostrando loro come il lusso la distrugga, non farete altro che farla amare ancora di più da loro. Invece, avreste dovuto dimostrare come l’opinione favorevole alla ricchezza e al lusso annienti l’ineguaglianza sociale, e che ogni vantaggio ottenuto dai ricchi rappresenta una perdita per i funzionari pubblici. Mi sembra che su questo argomento si potrebbe tenere un sermone molto più utile, più profondo e ancora più politico; in esso, lodando il lusso, si potrebbero esprimere verità di grande importanza che colpirebbero tutti.
Mi parlate di questo Voltaire! Perché il nome di questo buffone macchia le vostre lettere? Quel sfortunato ha perso la mia patria; lo odierei ancora di più se non lo disprezzassi meno. Non vedo nei suoi grandi talenti altro che un ulteriore disonore che lo umilia per il modo indegno in cui li utilizza. I suoi talenti, così come le sue ricchezze, servono soltanto a alimentare la corruzione del suo cuore. Oh Genovesi! Vi paga bene l’asilo che gli avete offerto. Non sapeva più dove andare a fare del male; voi sarete le sue ultime vittime. Non credo che molti altri uomini saggi siano tentati di ospitare un simile individuo dopo di voi.
Non facciamoci più illusioni, signore; mi sono sbagliato nella mia lettera a Monsieur d’Alembert: non credevo che i nostri progressi fossero così grandi, né che le nostre usanze fossero così avanzate. I nostri mali ormai sono senza rimedio; vi restano soltanto dei palliativi, e la commedia ne è uno. Uomo di bene, non sprecate più la vostra appassionata eloquenza nel predicarci l’uguaglianza: non verreste più ascoltato. Siamo ancora schiavi; insegnateci, se possibile, a non essere cattivi. Non ripristinando le antiche istituzioni ormai corrotte e ridotte a semplici strumenti di divertimento, ma ritardando il progresso del male con ragioni d’interesse, le uniche in grado di toccare gli uomini corrotti. Addio, signore; vi abbraccio.
P.S. Stavo per inviare la mia lettera quando è entrato il signor Favre. È stato molto piacevole constatare che non era scontento di me. Ho trascorso con lui una bella mezza giornata; abbiamo parlato di molte cose. Mi ha detto che stavate preparando un secondo sermone sullo stesso argomento; ne sono molto felice. Saluti.
Osservazione.
In questa lettera si tratta dell’opinione di Rousseau sul carattere dell’autore di “Zaire”, del danno che, secondo tale opinione, egli arreca alla sua patria, della corruzione che vi introduce, nonché dell’amore per il lusso e per gli spettacoli. Queste espressioni di rabbia sono state affidate alla discrezione dell’amicizia; non fanno parte delle relazioni di Jean-Jacques né con il pubblico né con il patriarca di Ferney. Non era obbligato a pensare bene di lui riguardo alla sua morale e alle sue intenzioni, ma era certo dovere non prendere il pubblico come confidente. Egli adempiette a questo dovere. Voltaire desiderava che le sue lettere venissero diffuse; Rousseau considerava tale pratica una tradizione quando non si aveva il consenso dell’autore delle stesse. Infine, non cambiò mai opinione sui talenti e sulla superiorità di Voltaire; né gli insulti di quest’ultimo lo indussero a modificare le sue parole. Un silenzio sprezzante, o nuovi omaggi ai suoi talenti, accompagnati dal rimprovero per l’abuso che ne faceva, furono le uniche risposte che si concesse. In seguito poté parlare liberamente di Voltaire nelle sue lettere confidenziali a quegli amici; lo fece talvolta. Tuttavia, il comportamento e i metodi di Voltaire furono l’unico oggetto della sua critica, o meglio, della sua indignazione; poiché tale critica era sempre motivata dall’amore per Ginevra, dove l’influenza di Ferney si faceva sentire.
Quand madame d’Épinay arriva dans cette ville. Voltaire lui fit beaucoup d’avances. En supposant qu’elle ne l’instruisit point de ce qui venait de se passer entre elle et Rousseau, ce qui est peu probable, le patriarche ne tarda point à l’apprendre de Paris, où la rupture fit beaucoup de bruit. Ses caresses en augmentèrent d’autant, quoique la femme d’un fermier général eût beaucoup de droits à sa considération. C’est un rapprochement curieux à faire que de voir comment elle s’exprimait sur Voltaire, précisément à la même époque où Jean-Jacques écrivit la lettre qu’on vient de lire. Voici donc ce qu’elle mandait à M. Grimm. » Voltaire n’a nul principe arrêté : il redit plus qu’il ne dit, et ne laisse jamais rien à faire aux autres. Il ne sait point causer et il humilie l’amour-propre[684]. Il dit le pour et le contre tant qu’on veut… Il n’a nulle philosophie dans la tête ; il est tout hérissé de petits préjugés d’enfants ; on les lui » passerait s’il ne s’affichait pas pour les secouer tous. Il a des inconséquences plaisantes. » Mémoires de madame d’Épinay, t. III, page 243. (1ère édition.)
Lettre CCVI – À M. Vernes
SUR LÀ MORT DE SÀ FEMME.
Montmorency, le 9 février 1760.
Il y a une quinzaine de jours, mon cher Vernes, que j’ai appris par M. Favre votre infortune ; il n’y en a guère moins que je suis tombé malade, et je ne suis pas rétabli. Je ne compare point mon état au vôtre ; mes maux actuels ne sont que physiques ; et moi, dont la vie n’est qu’une alternative des uns et des autres, je ne sais que trop que ce n’est pas les premiers qui transpercent le coeur le plus vivement. Le mien est fait pour partager vos douleurs, et non pour vous en consoler. Je sais trop bien, par expérience, que rien ne console que le temps, et que souvent ce n’est encore qu’une affliction de plus de songer que le temps nous consolera. Cher Vernes, on n’a pas tout perdu quand on pleure encore ; le regret du bonheur passé en est un reste. Heureux qui porte encore au fond de son coeur ce qui lui fut cher ! Oh ! croyez-moi, vous ne connaissez pas la manière la plus cruelle de le perdre ; c’est d’avoir à le pleurer vivant. Mon bon ami, vos peines me font songer aux miennes ; c’est un retour naturel aux malheureux. D’autres pourront montrer à vos douleurs une sensibilité plus désintéressée ; mais personne, j’en suis bien sûr, ne les partagera plus sincèrement.
Lettre CCVII – À Madame la comtesse d’Houdetot
Montmorency, 1760.
Je suis sensible à l’intérêt que vous prenez à mon état. S’il pouvait être soulagé, il le serait par les témoignages de votre amitié. Je me dis tout ce qu’il faut me dire sur mes injustices : ce seront les dernières, et vous ne recevrez plus de moi des plaintes que vous n’avez jamais méritées. Je ne suis pas mieux, c’est tout ce que je puis vous dire. Je n’ai de consolation et de témoignage d’amitié que de vous seule, et c’est bien assez pour moi : mais il n’est pas étonnant que j’en désire de fréquents retours dans un temps où j’ignore si chaque lettre que je reçois de vous, et chaque lettre que je vous écris, ne sera pas la dernière. Adieu. Voilà la. Julie : je travaille à la première partie, mais lentement, selon mes forces. Quoi qu’il arrive, souvenez-vous, je vous en conjure, que vous n’avez jamais eu et n’aurez jamais d’ami qui vous soit aussi sincèrement et aussi purement attaché que moi. Croyez encore qu’il n’y a pas un bon sentiment dans une âme humaine qui ne soit au fond de la mienne et que je n’y nourrisse avec plaisir. Il me serait doux, si j’avais à ne plus vous revoir, de vous laisser au moins une impression de moi qui vous fit quelquefois rappeler mon souvenir avec plaisir.
Ne donnez point la Julie à relier, je vous prie, jusqu’à nouvel avis, car je voudrais bien que, de quelque manière que ce soit, elle ne sortît point de vos mains.
Il faut que vous soyez non seulement mon amie, mais mon commissionnaire ; car je n’ai plus de relation qu’avec vous. Je vous prie donc de vouloir bien vous faire informer à la poste, s’il faut affranchir les lettres pour le canton de Berne. J’ai oublié de vous recommander le secret sur l’ouvrage commencé dont je vous ai parlé. Si vous en avez parlé à quelqu’un, il n’y a point de votre faute. Je vous prie de me le dire naturellement, mais de n’en plus reparler. Adieu, encore un coup. J’attends de vos nouvelles, c’est mon seul plaisir en ce monde.
Observation
Cette lettre, imprimée à Reims dans un journal, n’a point échappé à M. Barbier, et nous en devons la communication à ce savant.
Il me semble difficile d’en prouver l’authenticité, ne connaissant point la pièce autographe. Elle présente des circonstances qui ont besoin d’éclaircissements.
D’abord, en disant voilà la Julie, Jean Jacques donne lieu de croire que cet ouvrage était achevé, qu’il l’envoyait à madame d’Houdetot ; mais, comme il ajoute qu’il travaille lentement à la première partie, il paraît annoncer assez positivement qu’il ne fait que commencer la copie de cet ouvrage. Ensuite, en lui recommandant de ne pas le donner à relier, il autorise à croire que cette copie est faite. Il y a donc une contradiction. Mais, pour l’expliquer, il suffit de faire une distinction entre l’exemplaire de Julie imprimée qu’il envoyait à madame d’Houdetot, et la copie qu’il faisait pour elle de cet ouvrage.
Il ne paraît pas encore bien guéri de sa passion pour madame d’Houdetot, puisqu’il exprime un sentiment de jalousie dans le motif pour lequel il ne veut point que ce manuscrit sorte de ses mains, de quelque manière que ce soit.
Si l’on consulte les autres lettres de Jean-Jacques pour avoir quelques éclaircissements sur celle-ci, l’on en trouve une à madame de Luxembourg, dans laquelle Rousseau dit qu’il s’occupe de la copie de la Nouvelle Héloïse, pour cette dame ; mais il l’avertit que quelqu’un est en date avant elle (madame d’Houdetot), ajoutant qu’il va faire marcher de front les deux copies. Or, cette lettre étant du 29 octobre 1759, on pourrait supposer que celle que nous rapportons est d’une date postérieure.
Dans une autre lettre à la même maréchale, il parle encore de la copie destinée à madame d’Houdetot, et qui n’est pas encore finie le 15 janvier 1760. Le 20 juin de la même année il envoya à la maréchale la troisième partie de la Nouvelle Héloïse. Enfin, le 6 octobre suivant, il dit à la même : » Vous aurez la sixième partie avant le 15, ou j’aurai manqué de parole à madame d’Houdetot, et je tâche de n’en manquer à personne. »
Quant à l’ouvrage dont il est question dans cette lettre, il n’en est que trois, faits ou projetés à cette époque (1759 et 1760) : le Contrat social, l’Émile, et le Matérialisme du sage. Je présume que c’est de ce dernier que Jean-Jacques aurait eu l’intention de parler. Les interprétations dont le titre était susceptible, le déterminaient à ne pas communiquer le projet de cet ouvrage (que, malheureusement, il n’eut pas le temps de faire), et cette particularité fut cause qu’on lui en vola le plan. Du reste nous n’avons aucune donnée suffisante pour motiver des conjectures.
Madame d’Houdetot a mis en tête du manuscrit de la Nouvelle Héloïse que Rousseau lui donna, une note qui mérite d’être rapportée ; la voici : » Ce manuscrit fut pour moi le gage de l’attachement d’un homme célèbre : son triste caractère empoisonna sa vie ; mais la postérité n’oubliera jamais ses talents. S’il eut l’art, trop dangereux peut-être, d’excuser aux yeux de la vertu les fautes d’une âme passionnée, n’oublions pas qu’il voulut surtout apprendre à s’en relever, et qu’il cherche constamment à nous faire aimer cette vertu qu’il n’est peut-être pas donné à la faible humanité de suivre toujours. »
When Madame d’Épinay arrived in this city, Voltaire made her many advances. Assuming that she did not inform him about what had happened between her and Rousseau—which is rather unlikely—the “patriarch” soon learned of it from Paris, where the fallout caused quite a stir. His flattery only increased, despite the fact that the wife of a farmer-general deserved considerable respect. It is curious to observe how she spoke of Voltaire at precisely the same time as Jean-Jacques wrote the letter just mentioned. Here is what she sent to Mr. Grimm: “Voltaire has no fixed principles; he says more than he really means and never leaves anything for others to do. He doesn’t know how to engage in polite conversation and always humiliates people’s self-respect. He argues both ways whenever someone asks. He lacks any real philosophy; his mind is full of childish prejudices, and those prejudices would be harmless if he didn’t openly strive to overthrow them. His inconsistencies are quite amusing.” Memoirs of Madame d’Épinay, vol. III, page 243. (1st edition.)
Letter CCVI – To Mr. Vernes
ON THE DEATH OF HIS WIFE.
Montmorency, February 9, 1760.
About fifteen days ago, my dear Vernes, I learned from Mr. Favre about your misfortune; shortly thereafter, I fell ill myself and have yet to recover. I do not compare my condition to yours—my current troubles are merely physical, whereas yours must pierce the heart far more deeply. My own life is one endless alternation of such hardships, and I know all too well that it is not the physical suffering that hurts most. My heart is meant to share in your pain, not to comfort you. I know from experience that only time can bring true consolation—yet often, the very thought that time will heal us brings us only more anguish. Dear Vernes, one has not lost everything when one still weeps; the regret for past happiness is a sign that it remains within us. How fortunate those who still hold dear to their hearts what was once precious! Oh, believe me—you do not yet know the most cruel way to lose such things: to have to mourn them while they are still alive. My dear friend, your suffering reminds me of my own; such is the natural fate of the unfortunate. Others may show you sympathy for your pain, but I am certain that no one will share it with you in such sincerity.
Letter CCVII – To Madame la Comtesse d’Houdetot
Montmorency, 1760.
I am grateful for the concern you show for my situation. If it were possible to alleviate it in any way, it would be through the expressions of your friendship. I tell myself all that needs to be said about the injustices I have suffered: these will be the last, and you will no longer receive from me any complaints that you have never deserved. I cannot say that my condition has improved; that is all I can tell you. My only consolation and source of friendship come from you alone, and that is more than enough for me. But it is not surprising that I wish for frequent communications in these times when I do not know whether each letter I receive from you, or each one I write to you, will be the last. Adieu. Here is Julie: I am working on the first part of my project, but slowly, according to my abilities. Whatever happens, please remember—I implore you—to know that you have never had, and will never have, a friend who is so sincerely and purely devoted to you as I am. Believe once again that there is not a single good feeling in the human heart that does not exist in mine, and that I cherish it with joy. If it were necessary for me to never see you again, I would at least want to leave you with an impression of me that might sometimes bring you pleasure when you think of me.
Please do not give the book containing Julie to anyone else until further instructions; I would like it to remain in your hands at all costs.
You must not only be my friend, but also my agent; for I have no other connection left but with you. Therefore, I beg you to inquire at the post office whether it is necessary to pay postage for letters destined for the canton of Bern. I forgot to remind you to keep secret the project I told you about. If you have mentioned it to anyone else, it is not your fault. Please tell me about it frankly, but do not mention it again. Adieu, once more. I am waiting for your news; it is my only joy in this world.
Observation
This letter, printed in Reims in a newspaper, did not go unnoticed by Mr. Barbier, and we owe its transmission to this scholar.
It seems difficult for me to prove its authenticity, as I am not familiar with the original manuscript. There are certain circumstances surrounding it that require clarification.
Firstly, by saying “here is Julie,” Jean Jacques gives the impression that the work was completed and that he was sending it to Madame d’Houdetot; however, since he also mentions that he is working slowly on the first part, it seems quite clear that he has only just begun copying the work. Secondly, by advising her not to have it bound, he allows us to assume that the copy has already been made. Thus, there appears to be a contradiction. But this contradiction can be explained simply by distinguishing between the printed copy of Julie that he sent to Madame d’Houdetot and the copy he was making for her.
It seems he has not yet fully recovered from his passion for Madame d’Houdetot, since he expresses jealousy regarding the reason why he refuses to let this manuscript leave his hands, under any circumstances.
If one examines Jean-Jacques’s other letters in order to gain some clarification regarding this one, there is a letter addressed to Madame de Luxembourg in which Rousseau states that he is working on preparing a copy of New Heloise for her; however, he informs her that another person has already begun work on it before her (Madame d’Houdetot), adding that he intends to have both copies completed simultaneously. Since this letter dates from October 29, 1759, it would seem possible that the letter we are discussing is actually from a later date.
In another letter to the same marquessess, he again mentions the copy intended for Madame d’Houdetot, which had not yet been completed by January 15, 1760. On June 20 of the same year, he sent her the third part of New Heloise. Finally, on October 6 of the following year, he wrote to her: “You will receive the sixth part before the 15th; otherwise, I would have failed to keep my promise to Madame d’Houdetot, and I strive not to fail anyone.”
As for the work mentioned in this letter, there were only three at that time (1759 and 1760): the Social Contract, Émile, and The Materialism of the Sage. I presume it was this last one that Jean-Jacques intended to discuss. The various interpretations possible for its title led him to decide not to share the draft of this work (which, unfortunately, he did not have time to complete), and this very fact resulted in its plan being stolen from him. Nevertheless, we do not possess any sufficient information to justify such conjectures.
Madame d’Houdetot included in the manuscript of New Heloise that Rousseau gave her a note worth quoting; it reads as follows: “This manuscript was for me the proof of the devotion of a famous man. His sad character poisoned his life; but future generations will never forget his talents. Even if he possessed the perhaps too dangerous art of excusing, in the eyes of virtue, the faults of a passionate soul, let us not forget that his main goal was to learn how to rise above them, and that he constantly sought to make us cherish that virtue which it may not always be within the power of fragile human nature to uphold.”
Quando madame d’Épinay arrivò in questa città, Voltaire le fece molte avances. Ammesso che lei non lo informasse su ciò che era appena accaduto tra lei e Rousseau – il che è poco probabile – il “patriarca” non tardò ad apprenderlo da Parigi, dove la rottura causò grande scalpore. Le sue attenzioni nei suoi confronti aumentarono ancora di più, nonostante la moglie di un intendente generale avesse molti motivi per meritare la sua considerazione. È curioso osservare come lei si esprimesse su Voltaire, proprio nello stesso periodo in cui Jean-Jacques scrisse la lettera che abbiamo appena letto. Ecco dunque ciò che lei inviava a M. Grimm. Voltaire non segue alcun principio preciso: ripete più di quanto dica e non lascia mai nulla da fare agli altri. Non sa conversare e umilia l’orgoglio altrui; dice il pro e il contro come gli pare. Non possiede alcuna vera filosofia nella testa; è pieno di piccoli pregiudizi infantili. Si potrebbero tollerarli, se non li ostentasse così apertamente. Ha delle incoerenze piacevoli, Memorie di madame d’Épinay, t. III, pagina 243 (prima edizione).
Lettera CCVI – A Monsieur Vernes
SULLA MORTE DI SUA MOGLIE.
Montmorency, 9 febbraio 1760.
Circa quindici giorni fa, caro Vernes, ho appreso dalla vostra parte la vostra sfortuna tramite il signor Favre; poco dopo sono anch’io caduto malato e non mi sono ancora ripreso. Non intendo certo paragonare la mia situazione alla vostra: i miei mali attuali sono solo fisici, mentre la mia vita è un alternarsi continuo di questi dolori. So fin troppo bene che non sono i primi ad affondare più profondamente nel cuore delle persone. Il mio cuore è fatto per condividere le vostre sofferenze, non certo per consolarvi. So bene, per esperienza personale, che solo il tempo può offrire conforto, e spesso anche quel pensiero rappresenta soltanto un’altra fonte di angoscia. Caro Vernes, non si è persi tutto quando si continua ancora a piangere: il rimpianto per la felicità passata ne è una testimonianza. Fortunati coloro che conservano nel proprio cuore ciò che è stato loro caro. Oh, credetemi: non conoscete certo il modo più crudele per perderlo. Ed è doverlo piangere mentre è ancora vivo. Amico mio, le vostre sofferenze mi fanno pensare alle mie. È un ritorno naturale tra i sfortunati. Altri potranno mostrare verso le vostre dolori una sensibilità più distaccata. Ma nessuno, ne sono certo, le condividerà mai con la stessa sincerità.
Lettera CCVII – Alla signora contessa d’Houdetot
Montmorency, 1760.
Sono sensibile all’interesse che dimostrate per la mia situazione. Se potesse essere alleviato, lo sarebbe certamente grazie ai segni della vostra amicizia. Mi dico tutto ciò che devo dire riguardo alle ingiustizie subite: queste saranno le ultime, e non riceverete più da me lamentele che non abbiate mai meritato. Non sto meglio. Questo è tutto ciò che posso dirvi. La mia unica consolazione e il mio unico segno di amicizia provengono da voi sola, e questo mi basta: ma non sorprende che desideri ricevere vostre notizie con frequenza, in un momento in cui non so se ogni lettera che ricevo da voi, o che scrivo a voi, non sarà l’ultima. Addio. Ecco la mia Julie: sto lavorando alla prima parte del mio lavoro, ma lentamente, secondo le mie forze. Qualunque cosa accada, ricordatevi, vi prego, che non avete mai avuto e non avrete mai un amico più sincero e devoto di me. Credetemi ancora: non esiste nel cuore umano alcun sentimento positivo che non sia presente nel mio, e io lo coltivo con gioia. Sarebbe dolce, se dovessi non vedervi più, lasciarvi almeno l’impressione di me, in modo che talvolta ricordaste il mio ricordo con piacere.
Per favore, non datele in mano a nessuno per farla rilegare, fino a quando non avrò ricevuto nuove istruzioni; vorrei assicurarmi che, in ogni caso, non esca dalle vostre mani.
Dovete essere non solo mia amica, ma anche la mia intermediaria; poiché non ho più alcun legame con nessun altro. Vi prego quindi di informarvi presso la posta, nel caso sia necessario pagare le spese di spedizione delle lettere per il cantone di Berna. Ho dimenticato di raccomandarvi di mantenere il segreto riguardo all’opera che vi ho parlato di iniziare. Se ne avete parlato con qualcuno, non è colpa vostra. Vi prego di dirmelo sinceramente, ma di non menzionarlo più. Addio. Aspetto notizie da voi: è l’unica gioia che mi rimane in questo mondo.
Osservazione.
Questa lettera, pubblicata a Reims su un giornale, non è sfuggita al signor Barbier, e dobbiamo il suo contenuto proprio a questo studioso.
Mi sembra difficile provare la sua autenticità, poiché non conosco l’opera autografa in questione. Presenta alcune circostanze che richiedono spiegazioni.
Innanzitutto, dicendo “Ecco qui la Julie”, Jean Jacques lascia intendere che quest’opera fosse già completata e che la stesse inviando a madame d’Houdetot; tuttavia, poiché aggiunge di lavorare lentamente alla prima parte, sembra indicare chiaramente che non ha ancora iniziato nemmeno la copia dell’opera. Inoltre, raccomandandogli di non farla rilegare, si può dedurre che tale copia sia effettivamente stata realizzata. Esiste quindi una contraddizione. Ma per spiegarla basta fare distinzione tra l’esemplare della “Julie” già stampato che inviava a madame d’Houdetot e la copia che stava preparando appositamente per lei.
Sembra ancora non essersi completamente ripreso dalla sua passione per Madame d’Houdetot, poiché esprime un sentimento di gelosia nel motivo per cui non vuole che quel manoscritto esca dalle sue mani, in nessun modo.
Se si consultano le altre lettere di Jean-Jacques al fine di ottenere qualche chiarimento su questa in particolare, se ne trova una indirizzata a madame de Luxembourg, nella quale Rousseau dichiara di stare occupandosi della copia de “La Nuova Eloisa” per questa signora; tuttavia avverte che un’altra persona ha già inviato la propria copia prima di lei (madame d’Houdetot), aggiungendo che farà procedere entrambe le copie contemporaneamente. Poiché questa lettera risale al 29 ottobre 1759, si potrebbe supporre che quella che riportiamo sia di data successiva.
In un’altra lettera alla stessa marescialla, parla ancora della copia destinata a Madame d’Houdetot, che non era ancora stata completata il 15 gennaio 1760. Il 20 giugno dello stesso anno inviò alla marescialla la terza parte de “La Nuova Eloisa”. Infine, il 6 ottobre successivo le scrisse: “Avrete la sesta parte entro il 15; altrimenti avrei mancato di parola verso Madame d’Houdetot. E cerco di non mancare di parola a nessuno.”
Per quanto riguarda l’opera di cui si parla in questa lettera, ne esistevano soltanto tre, realizzate o progettate in quel periodo (1759 e 1760): il Contratto sociale, “Émile” e “Il materialismo del saggio”. Presumo che Jean-Jacques avesse intenzione di parlare proprio di quest’ultimo. Le possibili interpretazioni del titolo lo spinsero a non divulgare il progetto di quest’opera (che, purtroppo, non ebbe il tempo di completare), e questa particolarità fu la causa per cui qualcuno gli rubò il piano. Del resto, non disponiamo di alcuna informazione sufficiente per formulare congetture al riguardo.
Madame d’Houdetot inserì nel manoscritto della Nouvelle Héloïse che Rousseau le diede una nota che merita di essere riportata; eccola: “Questo manoscritto fu per me la garanzia dell’affetto di un uomo celebre: il suo triste carattere avvelenò la sua vita; ma la posterità non dimenticherà mai i suoi talenti. Anche se avesse posseduto l’arte, forse troppo pericolosa, di scusare agli occhi della virtù i peccati di un’anima appassionata, non dobbiamo dimenticare che il suo scopo principale era imparare a rialzarsi da tali errori, e che cercò costantemente di farci amare quella virtù che forse la debole umanità non è sempre in grado di seguire.”
N’ayant point vu le manuscrit en question, j’ignore s’il est réellement précédé de cette note. Je trouve que madame d’Houdetot passe trop facilement condamnation sur le triste caractère, et les témoignages de Corancès, de Saint-Pierre, de Grétry, etc., rapportés par nous, doivent faire modifier celui d’une dame qui ne connut Rousseau intimement que pendant six ou treize mois, et le fit sortir de son état naturel en lui inspirant une passion violente dont il ne sentit que les orages. Je pense encore que cette note n’est en harmonie ni avec le caractère angélique de la maîtresse de Saint-Lambert, ni avec ce sentiment exquis des convenances qu’elle possédait à un si haut degré. Il me semble qu’elle ne devait point parler de l’art dangereux d’excuser aux yeux de la vertu les fautes d’une âme passionnée, etc. Peu de femmes avaient, malgré l’usage qui leur servait d’excuse, le droit de blâmer Julie d’Étanges ou son historien ; et l’exception ne serait point en faveur de celle qui troubla le repos de cet historien. Si l’on ne se tait point dans sa propre cause, quand elle est mauvaise, du moins ne parle-t-on pas contre le rôle qu’on y joue, et ne fournit-on point des armes contre soi.
Lettre CCVIX – À la même
Ce jeudi matin.
J’apprends les plus tristes nouvelles, ou plutôt elles se confirment, car madame de Verdelin m’avait fait donner avis de la maladie de M. le duc de Montmorency ; mais n’en sachant rien de personne de votre maison, je croyais la nouvelle fausse, et j’avais déjà envoyé chez votre jardinier une lettre où je parlais à M. le maréchal de ces bruits et de mon inquiétude, lettre que celle de-M. Dubertier me fait retirer. H me marque qu’on attend aujourd’hui des nouvelles décisives, et me promet de m’en faire part. Je vous supplie, madame la maréchale, de lui rappeler sa promesse, et de me faire instruire exactement de l’état des choses tant qu’il y aura le moindre danger. Je suis dans un trouble qui me permet à peine d’écrire : je ne vous dis rien de mon état ; vous en pouvez juger puisque vous ne me voyez pas.
Lettre CCXI – Au même
Montmorency, le 18 mai 1760.
M. Rey me marque, monsieur, qu’il a mis. à la poste, le 8 de ce mois, un paquet contenant l’épreuve H et la bonne feuille D de la première partie du recueil qu’il imprime. Je n’ai point reçu ce paquet, et il ne m’est rien parvenu l’ordinaire précédent. Permettez-moi donc, monsieur, de vous demander si vous avez reçu ce même paquet ; car, comme son retard suspend tout, il m’importerait de savoir où il faut le réclamer. Le contreseing, votre cachet, votre nom, sont trop respectés pour que je puisse imaginer qu’un tel paquet se perde à la poste ; et je connais trop vos attentions, votre exactitude, pour supposer qu’il vous soit resté. Mais, monsieur, est-il bien sûr que les envois ne passent point par quelque autre main, en sortant des vôtres, et que peut-être ces misérables feuilles n’ont pas quelque lecteur à votre insu ? Il y a quinze jours que je reçus deux paquets consécutivement, l’un le lundi, l’autre le lendemain, et je conjecturai que vous n’aviez pas arrangé ainsi cet envoi. Si cela était, il serait à croire qu’un paquet put se perdre où les autres se retardent.
C’est à regret, monsieur, que je fais passer sous vos yeux ces minuties ; mais j’y suis forcé par la chose même, et il est très sûr que l’importunité que je vous cause me fait beaucoup plus de peine que mon propre embarras.
Agréez, monsieur, les assurances de mon profond respect.
Lettre CCXIII – À M. de Bastide
Le 16 juin 1760.
M. Duclos vous aura dit, monsieur, qu’il m’envoya la semaine dernière l’argent que vous lui aviez remis pour moi ; et j’ai aussi reçu avant-hier le premier cahier de votre nouvel ouvrage périodique, dont je vous fais mes remerciements. Je l’ai lu avec plaisir ; cependant je crains que le style n’en soit un peu trop soigné. S’il était un peu plus simple, ne pensez-vous pas qu’il serait un peu plus clair ? Une longue lecture me paraît difficile à soutenir sur le ton que vous avez pris. Je crains aussi que les petites lettres dont vous coupez les matières ne disent pas grand’chose. Deux ou trois sujets variés, mais suivis, feraient peut-être un tout plus agréable. Si je ne sais ce que je dis, comme il est probable, acte de mon zèle, et puis jetez mon papier au feu.
Quand vous ferez imprimer la Paix perpétuelle, vous voudrez bien, monsieur, ne pas oublier de m’envoyer les épreuves. J’approuve fort le changement de M. Duclos. Il est très apparent que le public ne prendrait pas le mot de secte dans le sens que je l’avais écrit ; au reste, ce sens peut être contre la bonne acception du mot, mais il n’est pas contre mes principes.
Il y a une note où je dis que, dans vingt ans, les Anglais auront perdu leur liberté : je crois qu’il faut mettre le reste de leur liberté ; car il y en a d’assez sots pour croire qu’ils l’ont encore.
Quand vous me demandez de vous ouvrir mon portefeuille, voulez-vous, monsieur, insulter à ma misère ? Non ; mais vous oubliez que vous avez vu le fond du sac. Je vous salue de tout mon coeur.
Lettre CCXIV – À M. de Voltaire
À Montmorency, le 17 juin 1760.
Je ne pensais pas, monsieur, me retrouver jamais en correspondance avec vous. Mais, apprenant que la lettre que je vous écrivis en 1756 a été imprimée à Berlin, je dois vous rendre compte de ma conduite à cet égard, et je remplirai ce devoir avec vérité et simplicité.
Cette lettre, vous ayant été réellement adressée, n’était point destinée à l’impression ; Je la communiquai, sous condition, à trois personnes à qui les droits de l’amitié ne me permettaient pas de rien refuser de semblable, et à qui les mêmes droits permettaient encore moins d’abuser de leur dépôt, en violant leur promesse. Ces trois personnes sont : madame de Chenonceau, belle fille de madame Dupin, madame la comtesse d’Houdetot, et un Allemand-nommé M. Grimm. Madame de Chenonceau souhaitait que cette lettre fût imprimée, et me demanda mon consentement pour cela. Je lui dis qu’il dépendait du vôtre. Il vous fut demandé ; vous le refusâtes, et il n’en fut plus question.
Cependant M. l’abbé Trublet, avec qui je n’ai nulle espèce de liaison, vient de m’écrire, par une attention pleine d’honnêteté, qu’ayant reçu les feuilles d’un journal de M. Formey, il y avait lu cette même lettre, avec un avis dans lequel l’éditeur dit, sous la date du 23 octobre 1759, qu’il l’a trouvée il y a quelques semaines citez les libraires de Berlin, et que, comme c’est une de ces feuilles volantes qui disparaissent bientôt sans retour, il a cru lui devoir donner place dans son journal.
Voilà, monsieur, tout ce que j’en sais. Il est très sûr que, jusqu’ici, l’on n’avait pas même ouï parler à Paris de cette lettre ; il est très sûr que l’exemplaire, soit manuscrit, soit imprimé, tombé dans les mains de M. Formey, n’a pu lui venir que de vous, ce qui n’est pas vraisemblable, ou d’une des trois personnes que je viens de nommer. Enfin, il est très sûr que les deux dames sont incapables d’une pareille infidélité. Je n’en puis savoir davantage de ma retraite : vous avez des correspondances au moyen desquelles il vous serait aisé, si la chose en valait la peine, de remonter à la source, et de vérifier le fait.
Dans la même lettre, M. l’abbé Trublet me marque qu’il tient la feuille en réserve, et ne la prêtera point sans mon consentement, qu’assurément je ne donnerai pas : mais cet exemplaire peut n’être pas le seul à Paris. Je souhaite, monsieur, que cette lettre n’y soit pas imprimée, et je ferai de mon mieux pour cela ; mais si je ne pouvais éviter qu’elle le fût, et qu’instruit à temps je pusse avoir la préférence, alors je n’hésiterais pas à la faire imprimer moi-même. Cela me paraît juste et naturel.
Quant à votre réponse à la même lettre, elle n’a été communiquée à personne, et vous pouvez compter qu’elle ne sera point imprimée sans votre aveu, qu’assurément je n’aurai pas l’indiscrétion de vous demander, sachant bien que ce qu’un homme écrit à un autre il ne l’écrit pas au public ; mais si vous en vouliez faire une pour être publiée et me l’adresser, je vous promets de la joindre fidèlement à ma lettre, et de n’y pas répliquer un seul mot.
Having not seen the manuscript in question, I do not know whether this note truly precedes it. I believe that Madame d’Houdetot too readily passes judgment on the unfortunate character of Rousseau; moreover, the testimonies of Corancès, Saint-Pierre, Grétry, and others, as reported by us, should cause one to reconsider the opinion of a woman who only knew Rousseau intimately for six or thirteen months and who induced in him a violent passion from which he only suffered the turmoil it brought. I also think that this note is neither in harmony with the angelic nature of Madame de Saint-Lambert nor with her exquisite sense of propriety, which was so highly developed in her. It seems entirely inappropriate for her to speak of the dangerous art of excusing the faults of a passionate soul in the eyes of virtue. Few women, even those who might use such excuses, had the right to condemn Julie d’Étanges or her historian; and this exception would certainly not apply to someone who disturbed the peace of that historian. If one does not remain silent when one’s own cause is unjust, at least one should not speak against the role one plays in it, nor should one provide weapons against oneself.
Letter CCVIX – To the Same One
That Thursday morning.
I am learning the saddest news—or rather, it is being confirmed to me, for Madame de Verdelin had informed me about the illness of Monsieur le Duc de Montmorency. However, not knowing anything from anyone in your household, I thought the news was false and had already sent a letter to your gardener expressing my concern regarding these rumors. But now, a letter from Monsieur Dubertier tells me to withdraw that letter. He informs me that decisive news is expected today and promises to keep me informed. I implore you, Madame la Maréchale, to remind him of his promise and to let me know the exact situation as long as there is even the slightest danger. I am in such distress that I can barely write; I need not tell you how ill I am—you can imagine since you cannot see me.
Letter CCXI – To the Same One
Montmorency, May 18, 1760.
Mr. Rey informs me that he sent by mail on the 8th of this month a package containing Test H and the correct answer sheet D for the first part of the collection he is printing. I have not received this package, nor has anything arrived with my usual mail. Therefore, permit me to ask you whether you have received it; since its delay is affecting everything, it is essential for me to know where it can be claimed. Your signature, your seal, and your name are too respected for me to think that such a package could be lost in the mail; and I am too aware of your attention to detail and precision to assume that you have not received it. However, sir, is it absolutely certain that these deliveries do not pass through other hands after leaving yours? Perhaps these unfortunate sheets have some unknown recipient? Fifteen days ago, I received two packages in succession, one on Monday and the other the following day; I suspected that you had not arranged the delivery in this manner. If that were the case, it would be possible for a package to get lost while the others are delayed.
It is with regret, sir, that I am obliged to bring these trivial matters to your attention; but I am forced to do so by the nature of the matter itself, and I am certain that the inconvenience I cause you causes me far more distress than it causes me.
Please accept, sir, my expression of deep respect.
Letter CCXIII – To Mr. de Bastide
June 16, 1760.
Mr. Duclos must have told you, sir, that he sent me last week the money you had given him for me; and I also received yesterday the first issue of your new periodic work, for which I thank you. I read it with pleasure; however, I fear that the style is perhaps too refined. If it were a bit simpler, don’t you think it would be clearer? A long reading seems rather difficult to sustain at the tone you have chosen. I also worry that those short paragraphs you use to divide the content may not convey much meaning. Two or three varied topics, presented in a coherent manner, might make for a more enjoyable whole. If what I am saying makes no sense—which is quite likely, due to my own eagerness—I suggest you just burn this paper.
When you have the “Perpetual Peace” printed, please do not forget to send me the proofs, sir. I highly approve of Mr. Duclos’ changes. It is quite clear that the public would not understand the word “sect” in the sense in which I had written it; moreover, that meaning might be contrary to the proper understanding of the term, but it is not contrary to my principles.
There is a note in which I say that in twenty years, the English will have lost their freedom; I believe it is necessary to point out that they still possess some degree of freedom, because there are quite a few fools who think they still have it.
When you ask me to open my wallet for you, sir, do you intend to insult my poverty? No; but you forget that you have already seen what is inside the bag. I greet you with all my heart.
Letter CCXIV – To Mr. de Voltaire
In Montmorency, on June 17, 1760.
I never thought, sir, that I would ever have correspondence with you. However, upon learning that the letter I wrote to you in 1756 was printed in Berlin, I feel it is my duty to inform you of my actions regarding that matter, and I will fulfill this duty with truth and sincerity.
This letter, having actually been addressed to you, was not intended for publication. I shared it, on certain conditions, with three people to whom the rights of friendship prevented me from refusing anything of this kind, and to whom those same rights certainly would not have allowed them to abuse such confidence by violating their promise. These three persons are: Madame de Chenonceau, the daughter of Madame Dupin; Madame la Comtesse d’Houdetot; and a German named Mr. Grimm. Madame de Chenonceau wished for this letter to be printed and asked me for my consent. I told her that it depended on yours. Your refusal meant that the matter was dropped entirely.
However, Mr. Abbé Trublet, with whom I have no kind of connection at all, has just written to me, out of complete honesty. He said that having received some pages from Mr. Formey’s newspaper, he read this very letter therein, along with a note in which the publisher stated, dated October 23, 1759, that he had found it a few weeks earlier and mentioned the bookstores in Berlin; since it was one of those ephemeral publications that soon disappear without a trace, the publisher felt it his duty to include it in his newspaper.
Here, sir, is all I know about this matter. It is absolutely certain that, up to now, not even a mention of this letter has been heard in Paris; it is also certain that the copy, whether in manuscript or printed form, that fell into Mr. Formey’s hands could only have come from you—or, which is even less likely, from one of the three people I just mentioned. Lastly, it is absolutely certain that those two ladies are incapable of such infidelity. From my own position, I cannot learn anything more. You possess correspondence that would allow you, if it were worth doing so, to trace the matter back to its source and verify the facts.
In the same letter, Mr. Abbé Trublet informs me that he is keeping this copy in reserve and will not lend it without my consent—which I certainly would not grant. However, it is possible that this particular exemplar is not the only one available in Paris. I hope, Monsieur, that this letter will not be printed there; I will do my utmost to prevent this from happening. But if I were unable to stop it and if I were given the opportunity in time to choose which copy would be printed, I would not hesitate to have it printed myself. I believe this to be just and natural.
As for your reply to the same letter, it has not been communicated to anyone, and you may be certain that it will not be printed without your consent. I certainly would not have the indiscretion to ask you for it, knowing full well that what one man writes to another is not meant for the public. However, if you wish to make it public and send it to me, I promise to attach it faithfully to my own letter and not add a single word to it.
Non avendo mai visto il manoscritto in questione, ignoro se davvero sia preceduto da questa nota. Ritengo che madame d’Houdetot condanni troppo facilmente quel triste carattere; inoltre, i testimoniati di Corancès, Saint-Pierre, Grétry, ecc., riportati da noi, dovrebbero far cambiare opinione su una donna che conobbe Rousseau intimamente soltanto per sei o tredici mesi e lo spinse a uscire dal suo stato naturale, ispirandogli una passione violenta di cui egli percepì soltanto gli effetti negativi. Credo inoltre che questa nota non sia in armonia né con il carattere angelico della padrona di Saint-Lambert, né con quel senso raffinato delle convenienze che lei possedeva a un tale livello. Mi sembra quindi che non avrebbe dovuto parlare dell’“arte pericolosa” di scusare agli occhi della virtù i peccati di un’anima appassionata, ecc. Poche donne, nonostante l’uso che ne facevano come scusa, avevano il diritto di criticare Julie d’Étanges o il suo biografo; e questa eccezione certamente non andrebbe a favore di colei che disturbò la tranquillità di quest’ultimo. Se non ci si tace nella propria causa quando essa è sbagliata, almeno non si dovrebbe parlare contro il ruolo che vi si svolge, né fornire armi contro se stessi.
Lettera CCVIX – Alla stessa persona
Quel giovedì mattina.
Apprendo le notizie più tristi, o meglio, esse si confermano: infatti la signora de Verdelin mi aveva informato della malattia del duca di Montmorency; ma non avendo ricevuto alcuna informazione da parte vostra, credevo che quella notizia fosse falsa e avevo già inviato una lettera al vostro giardiniere in cui parlavo di queste voci e della mia preoccupazione. Tuttavia, la lettera del signor Dubertier mi fa ritirare tale missiva. Mi viene detto che oggi si aspettano notizie decisive e mi promettono di informarmi al riguardo. Vi supplico, madame la maréchale, di ricordargli questa promessa e di farmi conoscere con precisione lo stato delle cose finché esisterà anche il minimo pericolo. Sono in uno stato di agitazione tale da non riuscire quasi a scrivere; non vi dico nulla del mio stato di salute, potete immaginarlo, visto che non mi vedete.
Lettera CCXI – Allo stesso.
Montmorency, 18 maggio 1760.
Signore Rey, mi fa notare che il 8 di questo mese ha spedito per posta un pacco contenente l’esercizio H e la risposta corretta D della prima parte del raccolto che sta stampando. Non ho ricevuto questo pacco, né alcun altro documento nell’ordinario precedente. Pertanto, mi permetta di chiederle se ha ricevuto lo stesso pacco; poiché il suo ritardo blocca tutto, è molto importante per me sapere dove possa essere reclamato. Il timbro contrassegnante, il suo sigillo e il suo nome sono troppo rispettati perché io possa pensare che un tale pacco possa andare perso in posta; inoltre, conosco troppo bene le sue attenzioni e la sua precisione per ritenere che possa essergli rimasto. Ma, è davvero certo che i pacchi non passino attraverso altre mani, dopo essere usciti dalle sue? E forse queste pagine non hanno trovato un lettore a sua insaputa? Quindici giorni fa ho ricevuto due pacchi consecutivamente, uno lunedì e l’altro il giorno successivo; ho quindi ipotizzato che lei non avesse organizzato questa spedizione in questo modo. Se fosse così, si potrebbe pensare che un pacco possa essere andato perso nello stesso posto dove gli altri hanno subito ritardi.
Con rammarico, signore, devo sottoporre alla vostra attenzione queste particolari; ma sono costretto a farlo dalla stessa situazione, e è certo che l’intrusione che vi causo mi dispiace molto di più del mio stesso imbarazzo.
Si prega di accettare, signore, le mie più sentite scuse per la mia profonda riverenza.
Lettera CCXIII – A Monsieur de Bastide
Il 16 giugno 1760.
Signore, il signor Duclos vi avrà detto che mi ha inviato la scorsa settimana i soldi che voi gli avevate dato per me; inoltre ho ricevuto anche ieri l’ primo numero della vostra nuova pubblicazione periodica, e vi ringrazio molto. L’ho letto con piacere; tuttavia temo che lo stile sia un po’ troppo raffinato. Non pensate che fosse più chiaro se fosse un po’ più semplice? Una lettura prolungata mi sembra difficile da sostenere con il tono che avete scelto. Inoltre, temo che le brevi note con cui accompagnate i vari argomenti non dicano molto. Due o tre argomenti diversi, ma collegati tra loro, potrebbero creare un insieme più piacevole da leggere. Se non so quello che sto dicendo, beh, probabilmente è segno del mio zelo. In tal caso, gettate pure via il mio foglio di carta.
Quando farà stampare la “Pace Perpetua”, le sarei molto grato, signore, se non dimenticasse di inviarmi le bozze. Approvo pienamente il cambiamento apportato da Monsieur Duclos. È evidente che il pubblico non interpreterebbe il termine “setta” nel senso in cui l’avevo utilizzato io; inoltre, quel significato potrebbe essere contrario all’uso corretto della parola, ma non è contrario ai miei principi.
C’è una nota in cui dico che, tra vent’anni, gli inglesi avranno perso la loro libertà; credo sia necessario precisare anche che possiedono ancora una certa libertà, perché ci sono abbastanza sciocchi che pensano di averla ancora.
Quando mi chiedete di aprirvi il mio portafoglio, volete forse insultare la mia povertà, signore? No; ma dimenticate che avete già visto cosa c’è dentro il mio sacco. Vi saluto con tutto il mio cuore.
Lettera CCXIV – A Monsieur de Voltaire
A Montmorency, il 17 giugno 1760.
Non pensavo, signore, di ritrovarmi mai in corrispondenza con voi. Tuttavia, venendo a sapere che la lettera che vi scrissi nel 1756 è stata stampata a Berlino, devo rendervi conto del mio comportamento in questo ambito, e lo farò con verità e semplicità.
Questa lettera, essendo stata effettivamente indirizzata a voi, non era destinata alla stampa; la condivisi, su condizione, con tre persone a cui i doveri dell’amicizia non mi permettevano di rifiutare nulla del genere, e a cui gli stessi doveri impedivano ancora di abusare della sua confidenza, violando la loro promessa. Queste tre persone sono: madame de Chenonceau, figlia di madame Dupin; madame la contessa d’Houdetot; e un tedesco di nome M. Grimm. Madame de Chenonceau desiderava che questa lettera venisse stampata e mi chiese il mio consenso al riguardo; le dissi che dipendeva dal vostro. Vi fu chiesto il permesso; voi lo rifiutaste, e la questione non fu più sollevata.
Tuttavia, il signor abate Trublet, con il quale non ho alcun tipo di legame, mi ha appena scritto, con grande sincerità, che avendo ricevuto le pagine di un giornale del signor Formey, vi aveva letto proprio questa stessa lettera, insieme a un commento nel quale l’editore, datando il 23 ottobre 1759, affermava di averla trovata alcune settimane prima, citando i librai di Berlino; poiché si trattava di una di quelle pubblicazioni effimere che scompaiono rapidamente senza lasciare traccia, aveva ritenuto doverne parlare nel suo giornale.
Ecco, signore, tutto ciò che so. È assolutamente certo che, fino ad ora, a Parigi non si era mai sentito parlare di questa lettera; è altrettanto certo che l’esemplare, sia manoscritto che stampato, finito nelle mani del signor Formey, può essere arrivatogli soltanto da voi, il che sembra improbabile, oppure da una delle tre persone che ho appena menzionato. Infine, è altrettanto certo che quelle due dame sono incapaci di una simile infedeltà. Non posso sapere di più dal mio ritiro: voi disponete di corrispondenze grazie alle quali potreste facilmente, se ne valesse la pena, risalire alla fonte e verificare i fatti.
Nella stessa lettera, il signor abate Trublet mi fa sapere che tiene quel foglio in riserva e non lo presterà senza il mio consenso, che certamente non darò; tuttavia, questo esemplare potrebbe non essere l’unico disponibile a Parigi. Spero, signore, che questa lettera non venga stampata lì, e farò del mio meglio per evitarlo; ma se non riuscissi a impedirlo e, venendo a sapere in tempo, potessi avere la priorità nella sua pubblicazione, allora non esiterei a farla stampare personalmente. Mi sembra giusto e naturale.
Per quanto riguarda la vostra risposta alla stessa lettera, essa non è stata comunicata a nessuno, e potete essere certi che non verrà pubblicata senza il vostro consenso. Sicuramente non avrò l’indiscrezione di chiedervela, poiché so bene che ciò che un uomo scrive a un altro non lo scrive per il pubblico; tuttavia, se desideraste farla pubblicare e inviarmela a me, vi prometto di allegarla fedelmente alla mia lettera senza aggiungere una parola.
Je ne vous aime point, monsieur ; vous m’avez fait les maux qui pouvaient m’être les plus sensibles, à moi votre disciple et : votre enthousiaste. Vous avez perdu Genève pour le prix de l’asile que vous avez reçu : vous avez aliéné de moi mes concitoyens pour le prix des applaudissements que je vous ai prodigués parmi eux ; c’est vous qui me rendez le séjour de mon pays insupportable ; c’est vous qui me ferez mourir en terre étrangère, privé de toutes les consolations des mourants, et jeté pour tout honneur dans une voirie, tandis que tous les honneurs qu’un homme peut attendre vous accompagneront dans mon pays. Je vous hais enfin, puisque vous l’avez voulu ; mais je vous hais en homme encore plus digne de vous aimer, si vous l’aviez voulu. De tous les sentiments dont mon coeur était pénétré pour vous, il n’y reste que l’admiration qu’on ne peut refuser à votre beau génie, et l’amour de vos écrits. Si je ne puis honorer en vous que vos talents, ce n’est pas ma faute : je ne manquerai jamais au respect que je leur dois, ni aux procédés que ce respect exige. Adieu, monsieur.
Observation
Chabanon, auteur dramatique, dit dans ses Oeuvres posthumes[685] : » Quant Émile fut condamné par le parlement et Jean-Jacques décrété, Voltaire, par une lettre pleine de grâces, offrit à Rousseau sa petite maison de l’Ermitage, située dans les bois. Voici la réponse de Jean-Jacques, telle que je l’ai lue ; à Genève dans les mains d’un homme impartial et digne de foi (c’était en 1767) : je l’écris de mémoire. Je n’accepte point votre offre, monsieur ; vous êtes un méchant homme, et je ne puis vous estimer. Vous vous occupez à pervertir mes concitoyens, tandis que je travaille à rendre les vôtres meilleurs. Vous donnez la comédie aux portes de Genève ; cela n’empêchera pas que vous ne soyez enterré en terre qu’ils disent sainte, et que mon corps ne soit jeté à la voirie comme un chien mort. »
Il paraît que Voltaire tira parti de la lettre de Jean-Jacques pour le calomnier indignement, en faisant croire que cette lettre, du 17 juin 1760, avait été envoyée comme réponse à une généreuse offre d’asile[686], tandis que Voltaire n’a jamais offert d’asile à Rousseau, et que la lettre en question a été écrite après quatre ans de silence entre ces deux illustres auteurs. Ajoutons qu’en 1760 Rousseau n’avait pas encore eu besoin d’asile, puisque l’Émile, première cause de ses tribulations, ne fut publié qu’en 1762.
Lettre CCXVI – À la même
Ce lundi 20 juillet 1760.
Vous savez mes regrets, et vous me les pardonnez : je ne me les reproche donc plus, et l’intérêt que vous y prenez me console de ma folie. Mon pauvre Turc n’était qu’un chien, mais il m’aimait ; il était sensible, désintéressé, d’un bon naturel. Hélas ! comme vous le dites, combien d’amis prétendus ne le valaient pas ! Heureux même si je retrouvais ces avantages dans la recherche dont vous voulez bien vous occuper ; mais, quel qu’en soit le succès, j’y verrai toujours les soins de l’amitié la plus précieuse qui jamais ait flatté mon coeur ; et cela seul dédommage de tout. J’ai été plus malade ces temps derniers, j’ai eu des vomissements ; mais je suis mieux, et il me reste plus de découragement et d’ennui que de mal. Je ne puis m’occuper à rien : les romans même finissent par m’ennuyer. J’ai voulu prendre Childéric ; il y faut renoncer. C’en est fait, je ne redonnerai de ma vie un seul coup de plume ; mes vains efforts ne feraient qu’exciter votre pitié. Il ne me reste qu’une occupation, qu’une consolation dans la vie, mais elle est douce ; c’est de m’attendrir en pensant à vous.
Lettre CCXVIII – À la même
Ce mercredi 6 août.
Je suis chargé, madame, par l’abbé Morellet de vous témoigner sa reconnaissance, et pour les soins que vous avez bien voulu prendre en sa faveur, et pour la bonté avec laquelle vous l’avez reçu. Il m’a écrit de la campagne où il est, et il m’a marqué qu’après avoir eu l’honneur de vous voir, il n’était plus surpris que vous fussiez exceptée de mon renoncement au inonde et à ses pompes ; ce sont ses termes : de sorte que, si ion accuse encore ma conduite d’être en contradiction avec mes principes, j’aurai toujours une réponse assurée quand il vous plaira d’en faire les frais, très sûr d’avoir autant réfuté de gens que vous aurez bien voulu recevoir de visites. M. d’Alembert me prie aussi d’être son interprète envers vous[689]. Mais moi, qui ai tant de choses à dire, qui sera le mien ? mon silence.
Je n’entends point parler du retour de M. le maréchal ; je vois bien qu’il faut renoncer à l’espoir de vous voir cet été. Voilà donc déjà l’hiver venu, et malheureusement le printemps n’en est pas plus rapproché de nous. Vos voyages en ce pays m’ont fait perdre la montre d’Émile ; le temps ne coule plus également pour moi.
Lettre CCXX – À Madame la maréchale de Luxembourg
Montmorency, le 6 octobre 1760.
Vous savez, madame, que je ne vous remercie plus de rien. Je me contenterais donc de vous parler de ma santé, si elle n’était assez bonne pour n’en rien dire. Vous me faites tort de croire que je ne me soucie pas assez de me conserver. Vous et M. le maréchal m’avez rendu l’amour de la vie ; elle me sera chère tant que vous y prendrez intérêt. M. le prince de Conti est venu ici avec madame de Boufflers, et je n’ignore pas à qui s’adressait cette visite. Je ne suis point surpris que l’honneur de votre bienveillance m’en attire d’autres ; mais, en voyant la considération qu’on me témoigne, je suis effrayé des dettes que je vous fais contracter. Les perdreaux que j’ai, reçus me confirment que M. le maréchal se porte bien, et que vous ne m’oubliez ni l’un ni l’autre. Pour moi, je ne sais si je dois être bien aise ou fâché d’avoir si peu de mérite à penser continuellement à vous ; mais je sais bien qu’il ne se passe pas une heure dans la journée où votre nom ne soit prononcé dans ma retraite avec attendrissement et respect.
Votre copie n’est pas encore achevée ; vous ne sauriez croire combien je suis détourné dans cette saison. Mais, cependant, madame, vous aurez la sixième partie avant le 15, ou j’aurai manqué de parole à madame d’Houdetot, et je tache de n’en manquer à personne.
Observation
Cette lettre sert à faire connaître avec précision l’époque où Rousseau acquit un de ses patrons les plus chauds et les plus constants, le prince de Conti, qui ne, cessa de lui donner des marques de son intérêt : il fait hommage de la visite de ce prince à madame de Luxembourg. Il était accompagné de madame de Boufflers, que nous verrons jouer un beau rôle dans les démêlés entre Jean-Jacques et David Hume.
Lettre CCXXII – À M. Delalive
[690]
Le 7 octobre 1760.
J’étais occupé, monsieur, au moment que je reçus votre présent[691], à un travail qui ne pouvait se remettre, et qui m’empêcha de vous en remercier sur-le-champ. Je l’ai reçu avec le plaisir et la reconnaissance que me donnent tous les témoignages de votre souvenir.
Venez, monsieur, quand il vous plaira, voir ma retraite ornée de vos bienfaits ; ce sera les augmenter, et les moments que vous aurez à perdre ne seront point perdus pour moi. Quant au scrupule de me distraire, n’en ayez point. Grâces au ciel, j’ai quitté la plume pour ne la plus reprendre[692] ; du moins l’unique emploi que j’en fais désormais craint peu les distractions. Que n’ai-je été toujours aussi sage ! je serais aimé des bonnes gens, et ne serais point connu des autres. Rentré dans l’obscurité qui me convient, je la trouverai toujours honorable et douce, si je n’y suis point oublié de vous.
Lettre CCXXIII – À Madame de Boufflers
[693]
Montmorency, le 7 octobre 1760.
Recevez mes justes plaintes, madame : j’ai reçu de la part de monsieur le prince de Conti un second présent de gibier, dont sûrement vous êtes complice, quoique vous sussiez qu’après avoir reçu le premier j’avais résolu de n’en plus accepter d’autre. Mais S. A. S. a fait ajouter dans la lettre que ce gibier avait été tué de sa main ; et j’ai cru ne pouvoir refuser ce second acte de respect à une attention si flatteuse. Deux fois je n’ai songé qu’à ce que je devais au prince ; il sera juste, à la troisième, que je songe à ce que je me dois.
I do not love you, sir; you have inflicted upon me the greatest harm that one could possibly inflict upon your disciple and enthusiastic admirer. You lost Geneva in exchange for the refuge you received; you alienated my fellow citizens from me in return for the applause I bestowed upon you among them. It is you who have made my stay in my own country unbearable; it is you who will cause me to die in a foreign land, deprived of all the consolations of the dying, and cast into ignominy, while all the honors that a man may hope for shall accompany you in my homeland. I hate you, for you have wished it so; but I hate you all the more as a man who would have been far more worthy of your love had you chosen to seek it. Of all the feelings that filled my heart toward you, only admiration for your brilliant genius and love for your writings remain. If I can honor you only in your talents, that is not my fault; I will never fail to show them the respect they deserve, nor deviate from the manner in which such respect should be expressed. Adieu, sir.
Observation
Chabanon, a playwright, stated in his Posthumous Works[685]: “When Émile was condemned by the parliament and Jean-Jacques was declared an outlaw, Voltaire, in a letter full of kindness, offered Rousseau his small house in the Ermitage, located in the woods. Here is Jean-Jacques’s reply, as I read it; it was written in Geneva in the hands of an impartial and trustworthy person (in 1767): I write it from memory. I do not accept your offer, sir; you are a wicked man, and I cannot hold you in high regard. You devote yourself to corrupting my fellow citizens, while I strive to make yours better. You present comedy at the gates of Geneva; yet this will not prevent you from being buried in what they call holy ground, while my body is thrown into the gutter like that of a dead dog.”
It seems that Voltaire took advantage of Jean-Jacques’ letter to slander him shamelessly, making people believe that this letter, dated June 17, 1760, had been sent in response to a generous offer of asylum[686]. In reality, Voltaire never offered Rousseau asylum, and the letter in question was written four years after the two illustrious authors had fallen out. Moreover, in 1760, Rousseau still had no need for asylum, since Émile, the cause of his troubles, was not published until 1762.
Letter CCXVI – To the Same One
This Monday, July 20, 1760.
You know my regrets, and you forgive them; therefore, I no longer reproach myself for them, and the concern you show for me consoles me for my folly. My poor Turk was but a dog, yet he loved me; he was sensitive, selfless, and of a kind nature. Alas! as you say, how many so-called friends were not worth him! Even if I could find such qualities in those you are willing to help me seek, I would still be happy; but whatever the outcome, I will always see in it the care of the most precious friendship that has ever touched my heart—and that alone is enough to make up for everything else. I have been very ill lately, suffering from vomiting; but now I am better. What troubles and boredom remain are more than what illness is. I cannot concentrate on anything; even novels begin to bore me. I tried to start writing again, but I must give up. It’s over—I will never pick up a pen again; my futile efforts would only arouse your pity. All that remains in my life is one occupation, one consolation, and it is sweet: it is to feel tender thoughts when I think of you.
Letter CCXVIII – To the Same One
This Wednesday, August 6th.
Madam, I have been entrusted by Abbe Morellet to express his gratitude to you for the care you took on his behalf and for the kindness with which you welcomed him. He wrote to me from the countryside where he is staying and mentioned that, after having the honor of meeting you, he was no longer surprised that you had been exempted from my renunciation of the Inquisition and its practices; those were his exact words. Therefore, if anyone still accuses my actions of being contrary to my principles, I will always have a solid answer ready whenever you wish to address this matter. I am fully confident that I have refuted as many people as you may have received in visits. Mr. d’Alembert also asks me to act as his intermediary with you[689]. But as for me, who have so much to say, whose interpreter will I be? My silence.
I hear no news of General Marshal’s return; it seems that we must give up hope of seeing you this summer. Already winter has arrived, and unfortunately, spring seems no closer to us. Your travels in this country have caused me to lose Émile’s watch; time no longer passes evenly for me.
Letter CCXX – To Madame la Maréchale de Luxembourg
Montmorency, October 6, 1760.
You know, madam, that I no longer feel obliged to thank you for anything. Therefore, I would simply like to talk to you about my health—unless it were so good that there is nothing to mention at all. You wrong me by assuming that I do not care enough about preserving my own well-being. You and Monsieur le Maréchal have given me the joy of life; it will remain precious to me as long as you continue to take an interest in it. Monsieur le Prince de Conti came here with Madame de Boufflers, and I am well aware of whom this visit was intended for. I am not surprised that the honor of your kindness attracts others to me as well; but seeing the regard that is shown toward me, I am afraid that I am causing you to incur certain obligations. The letters I have received confirm that Monsieur le Maréchal is doing well, and that you do not forget either of us. As for me, I am not sure whether I should be pleased or annoyed by the fact that I seem to deserve so little in return for constantly thinking of you; but one thing is certain: not a single hour passes throughout the day without your name being mentioned in my solitude, with affection and respect.
Your copy is not yet finished; you would never believe how much I have deviated from the original plan this season. Nevertheless, madam, you will receive the sixth part before the 15th—otherwise, I would be failing in my promise to madame d’Houdetot, and I strive not to fail anyone.
Observation
This letter serves to accurately establish the period during which Rousseau acquired one of his most ardent and steadfast patrons, the Prince of Conti, who never ceased to demonstrate his interest in him: it mentions the visit of this prince to Madame de Luxembourg. He was accompanied by Madame de Boufflers, who would later play an important role in the conflicts between Jean-Jacques and David Hume.
Letter CCXXII – To Mr. Delalive
[690]
October 7, 1760.
I was occupied, sir, at the time I received your gift[691], with a task that could not be postponed and which prevented me from thanking you immediately. I accepted it with the pleasure and gratitude that any gesture showing your thought of me would bring me.
Come, sir, whenever it pleases you, to see my retreat adorned with the fruits of your kindness; such a visit would only serve to increase them, and the time you might spend on this journey would not be wasted for me. As for any scruples you might have about disturbing my solitude, put them aside. Thanks to heaven, I have laid down my pen and will never take it up again[692]; at least, the sole purpose for which I now use it is far less likely to lead to distractions. How I wish I had always been so wise! I would have been loved by good people and unknown to others. Having returned to the obscurity that suits me, I would find it honorable and pleasant—were it not for the fear that you might have forgotten me there.
Letter CCXXIII – To Madame de Boufflers
[693]
Montmorency, October 7, 1760.
Receive my just complaints, madam: I have received another gift of game from His Highness the Prince de Conti, and you are surely complicit in this, even though you knew that after receiving the first gift I had resolved not to accept any more. However, His Highness added in his letter that the game had been killed by his own hand; and I felt that I could not refuse such an expression of respect for such flattering attention. Twice, I considered only what I owed to the prince; but on the third occasion, it will be only fair that I consider what I owe to myself.
Non vi amo, signore; mi avete inflitto i mali più dolorosi che potessero colpirmi, io vostro discepolo e vostro entusiasta. Avete perso Ginevra in cambio dell’asilo che avete ricevuto; avete allontanato da me i miei concittadini in cambio degli applausi che vi ho riservato tra di loro; siete voi a rendere insopportabile per me la vita nel mio paese; siete voi a far morire me in terra straniera, privo di tutte le consolazioni dei morenti, e gettato, senza alcun onore, in un luogo disprezzato, mentre tutti gli onori che un uomo può desiderare vi accompagneranno nel mio paese. Vi odio, infine, perché voi lo avete voluto; ma vi odio ancora di più come uomo degno di essere amato da voi, se solo lo aveste voluto. Di tutti i sentimenti che il mio cuore nutriva per voi, non rimane che l’ammirazione che si deve al vostro straordinario genio e l’amore per le vostre opere. Se non posso onorarvi se non per i vostri talenti, questa non è colpa mia: mancherò mai al rispetto che loro meritano, né alle forme di rispetto che esso richiede. Addio, signore.
Osservazione.
Chabanon, drammaturgo, afferma nelle sue Opere postume[685]: “Quando Émile fu condannato dal parlamento e Jean-Jacques dichiarato nemico dello Stato, Voltaire, con una lettera piena di gentilezze, offrì a Rousseau la sua piccola casa all’Ermitage, situata nei boschi. Ecco la risposta di Jean-Jacques, così come l’ho letta; a Ginevra, nelle mani di un uomo imparziale e degno di fiducia (era nel 1767): la scrivo a memoria. Non accetto la vostra offerta, signore; siete una persona malvagia e non posso stimarvi. Voi vi dedicate a corrompere i miei concittadini, mentre io lavoro per rendere migliori i vostri. Offrite opere teatrali alle porte di Ginevra; questo non impedirà che voi veniate sepolto in una terra che loro considerano sacra, e che il mio corpo venga gettato nella spazzatura come quello di un cane morto.”
Sembra che Voltaire approfitti della lettera di Jean-Jacques per diffamarlo in modo ignobile, facendo credere che tale lettera, datata 17 giugno 1760, sia stata inviata in risposta a un generoso offerta di asilo[686], mentre in realtà Voltaire non offrì mai asilo a Rousseau e che la lettera in questione fu scritta dopo quattro anni di silenzio tra questi due illustri autori. Aggiungiamo inoltre che nel 1760 Rousseau non aveva ancora bisogno di asilo, poiché “L’Émile”, la causa principale delle sue difficoltà, fu pubblicato solo nel 1762.
Lettera CCXVI – Alla stessa persona
Questo lunedì, 20 luglio 1760.
Conoscete i miei rimpianti e mi perdonate; quindi non me li rimprovero più, e l’interesse che voi dimostrate per loro mi consola della mia follia. Il mio povero turco non era altro che un cane, ma mi amava; era sensibile, disinteressato, di buon carattere. Ahimè! Come dite voi, quanti presunti amici non gli erano alla pari! Sarei felice anche se ritrovassi queste qualità nella ricerca di cui siete così gentili da occuparvi; ma, qualunque sia il risultato, vedrò sempre in ciò l’attenzione dell’amicizia più preziosa che abbia mai colmato il mio cuore. E questo solo basta a compensare tutto. Negli ultimi tempi sono stato molto malato, ho avuto vomiti; ma ora sto meglio. Tuttavia, mi resta più scoraggiamento e noia che dolore vero e proprio. Non riesco a occuparmi di nulla: nemmeno i romanzi mi divertono più. Ho provato a scrivere di Childéric, ma devo rinunciare. È finita: non scriverò mai più una parola; i miei vani sforzi non farebbero che suscitare la vostra pietà. Non mi resta che un’occupazione, un conforto nella vita. Ma è dolce: è rattristarmi pensando a voi.
Lettera CCXVIII – Alla stessa persona
Questo mercoledì, il 6 agosto.
Sono incaricato, signora, dall’abate Morellet di esprimergli la sua gratitudine per i riguardi che avete voluto prendervi a suo favore e per la gentilezza con cui lo avete accolto. Mi ha scritto dalla campagna dove si trova, sottolineando che, dopo aver avuto l’onore di conoscervi, non era più sorpreso dal fatto che foste stata esclusa dalla mia rinuncia all’Inondazione e alle sue macchine; queste sono le sue parole. Pertanto, se qualcuno dovesse ancora accusare il mio comportamento di essere in contraddizione con i miei principi, avrei sempre una risposta pronta quando voi vorrete farne uso, essendo assolutamente certo di aver confutato quante più persone abbiate voluto ricevere in visita. Anche il signor d’Alembert mi chiede di essere il suo intermediario con voi[689]. Ma io, che ho così tante cose da dire, chi sarà il mio interprete? Il mio silenzio.
Non ho sentito parlare del ritorno di Sua Eccellenza il Maresciallo; capisco quindi che dobbiamo rinunciare alla speranza di vedervi quest’estate. Ecco dunque già arrivato l’inverno, e purtroppo la primavera non sembra affatto più vicina a noi. I vostri viaggi in questo paese mi hanno fatto perdere l’orologio di Émile; il tempo, per me, non scorre più allo stesso ritmo.
Lettera CCXX – Alla Marchesa di Lussemburgo
Montmorency, 6 ottobre 1760.
Signora, sapete bene che non vi sono più grato per nulla. Mi accontenterei quindi di parlarvi della mia salute, se solo fosse abbastanza buona da non richiedere alcuna attenzione particolare. Vi fate un torto nel credere che non mi preoccupi abbastanza di preservarmi in salute. Voi e il marchese mi avete restituito l’amore per la vita; essa mi sarà cara finché voi ne mostrerete interesse. Il principe di Conti è venuto qui con madame de Boufflers, e non ignoro a chi fosse rivolta questa visita. Non mi sorprende che l’onore della vostra benevolenza attiri anche altri verso di me; ma, vedendo la considerazione che mi viene riservata, temo che questo possa farvi contrarre dei debiti nei miei confronti. I regali che ho ricevuto confermano che il marchese sta bene, e che voi non vi dimenticate né di lui né di me. Per quanto mi riguarda, non so se dovrei essere felice o infelice per il fatto di non meritare affatto che pensiate continuamente a me; ma so con certezza che non passa un’ora in tutto il giorno senza che il vostro nome venga menzionato nella mia solitudine, con affetto e rispetto.
La vostra copia non è ancora stata completata; non potreste immaginare quanto io sia deviato in questa stagione. Tuttavia, signora, avrete la sesta parte entro il 15, altrimenti avrei mancato alla mia parola con madame d’Houdetot. E cerco sempre di non mancare a nessuno.
Osservazione.
Questa lettera serve a far conoscere con precisione l’epoca in cui Rousseau ottenne uno dei suoi sostenitori più calorosi e costanti: il principe di Conti, che non cessò mai di dimostrargli il proprio interesse; viene menzionata anche la visita di questo principe da parte di madame de Luxembourg. Il principe era accompagnato da madame de Boufflers, che svolgerà un ruolo importante nei conflitti tra Jean-Jacques Rousseau e David Hume.
Lettera CCXXII – A Monsieur Delalive
[690]
Il 7 ottobre 1760.
Ero impegnato, signore, al momento in cui ho ricevuto il vostro dono[691], in un lavoro che non poteva essere interrotto e che mi ha impedito di ringraziarvi immediatamente. L’ho accolto con la gioia e la gratitudine che provo ogni volta che ricevo un segno del vostro ricordo.
Venga pure, signore, quando vorrà, a vedere la mia dimora adornata dai suoi doni; ciò non farà che aumentarli, e i momenti che dovrà perdere non saranno certo sprecati per me. Quanto al timore di distogliermi dalle mie occupazioni, non ne abbia alcuno. Grazie al cielo, ho lasciato la penna per non riprenderla mai più[692]; almeno l’unico uso che ora ne faccio non corre il rischio di causare distrazioni. Ah, se solo fossi sempre stato così saggio! Sarei amato dalle persone buone e ignorato dalle altre. Tornato nell’oscurità che mi conviene, la troverò sempre onorevole e dolce, a condizione che voi non mi abbiate dimenticato.
Lettera CCXXIII – Alla Signora de Boufflers
[693]
Montmorency, 7 ottobre 1760.
Accettate le mie giuste lamentele, signora: ho ricevuto da Sua Altezza il principe di Conti un secondo dono di selvaggina, del quale sicuramente siete complice, nonostante sapeste che dopo aver ricevuto il primo dono avevo deciso di non accettarne altri. Tuttavia, Sua Altezza ha aggiunto nella lettera che quella selvaggina era stata uccisa con le sue stesse mani; e ho ritenuto di non poter rifiutare questo secondo segno di rispetto verso un’attenzione così lusinghiera. Due volte ho pensato soltanto a ciò che dovevo al principe; la terza volta, sarà giusto che penso a ciò che devo a me stessa.
Je suis vivement touché des témoignages d’estime et de bonté dont m’a honoré S. A., et auxquels j’aurais le moins dû m’attendre. Je sais respecter le mérite jusque dans les princes, d’autant plus que, quand ils en ont, il faut qu’ils en aient plus que les autres hommes. Je n’ai rien vu de lui qui ne soit selon mon coeur, excepté son titre ; encore sa personne m’attire-t-elle plus que son rang ne me repousse. Mais, madame, avec tout cela, je n’enfreindrai plus mes maximes, même pour lui. Je leur dois peut-être en partie l’honneur qu’il m’a fait ; c’est encore une raison pour qu’elles me soient toujours chères. Si je pensais comme un autre, eût-il daigné me venir voir ? Eh bien ! j’aime mieux sa conversation que ses dons.
Ces dons ne sont que du gibier, j’en conviens ; mais qu’importe ? Us n’en sont que d’un plus grand prix, et je n’y vois que mieux la contrainte dont on use pour me les faire accepter. Selon moi, rien de ce que l’on reçoit n’est sans conséquence. Quand on commence par accepter quelque chose, bientôt on ne refuse plus rien. Sitôt qu’on reçoit tout, bientôt on demande ; et quiconque en vient à demander fait bientôt tout ce qu’il faut pour obtenir. La gradation me paraît inévitable. Or, madame, quoi qu’il arrive, je n’en veux pas venir là.
Il est vrai que M. le maréchal de Luxembourg m’envoie du gibier de sa chasse, et que je l’accepte.
Je suis bien heureux qu’il ne m’envoie rien de plus ; car j’aurais honte de rien refuser de sa main. Mais je suis très sûr qu’il m’aime trop pour abuser de ses droits sur mon coeur, et pour avilir toute la pureté de mon attachement pour lui. M. le maréchal de Luxembourg est avec moi dans un cas unique. Madame, je suis à lui ; il peut disposer comme il lui plait de son bien.
Voilà une bien grande lettre employée à ne vous parler que de moi : mais je crois que vous ne vous tromperez pas à ce langage ; et si je vous fais mon apologie avec tant d’inquiétude, vous en verrez aisément la raison.
Observation
Sincère avec lui-même, Rousseau se fait de justes reproches à l’occasion de cette lettre. » Elle fut, dit-il, généralement blâmée et méritait de l’être. Refuser du gibier d’un prince qui met tant d’honnêteté dans l’envoi, est moins la délicatesse d’un homme fier qui veut conserver son indépendance, que la rusticité d’un malappris qui se méconnaît. Je n’ai jamais songé à cette lettre sans en rougir. »
Lettre CCXXV – À M.***
Montmorency, … 1760.
Le mot propre me vient rarement, et je ne le regrette guère en écrivant à des lecteurs aussi clairvoyants que vous. La préface[694] est imprimée, ainsi je n’y puis plus rien changer. Je l’ai déjà cousue à la première partie ; je l’en détacherai pour vous l’envoyer, si vous voulez ; mais elle ne contient rien dont je ne vous aie déjà dit ou écrit la substance ; et j’espère que vous ne tarderez pas à l’avoir avec le livre même, car il est en route. Malheureusement mes exemplaires ne viennent qu’avec, ceux du libraire. J’espère pourtant faire en sorte que vous ayez le vôtre avant que le livre soit public.
Comme cette préface n’est que l’abrégé de celle dont je vous ai parlé, je persiste dans la pensée de donner celle-ci à part ; mais j’y dis trop de bien et trop de mal du livre pour la donner d’avance ; il faut lui laisser faire son effet, bon ou mauvais, de lui-même, et puis la donner après.
Quant aux aventures d’Édouard, il serait trop tard, puisque le livre est imprimé : d’ailleurs, craignant de succomber à la tentation, j’en ai jeté les cahiers au feu, et il n’en reste qu’un court extrait que j’en ai fait pour madame la maréchale de Luxembourg, et qui est entre ses mains.
À l’égard de ce que vous me dites de Wolmar, et du danger qu’il peut faire courir à l’éditeur, cela ne m’effraie point ; je suis sûr qu’on ne m’inquiétera jamais justement, et c’est une folie de vouloir se précautionner contre l’injustice. Il reste là-dessus d’importantes vérités à dire, et qui doivent être dites par un croyant. Je serai ce croyant-là ; et si je n’ai pas le talent nécessaire, j’aurai du moins l’intrépidité. À Dieu ne plaise que je veuille ébranler cet arbre sacré que je respecte, et que je voudrais cimenter de mon sang ! mais j’en voudrais bien ôter les branches qu’on y a greffées, et qui portent de si mauvais fruits.
Quoique je n’aie plus reçu de nouvelles de mon libraire depuis la dernière feuille, je crois son envoi en route, et j’estime qu’il arrivera à Paris vers Noël. Au reste, si vous n’êtes pas honteux d’aimer cet ouvrage[695], je ne vois pas pourquoi vous vous abstiendriez de dire que vous l’avez lu, puisque cela ne peut que favoriser le débit. Pour moi, j’ai gardé le secret que nous nous sommes promis mutuellement ; mais si vous me permettez de le rompre, j’aurai grand soin de me vanter de votre approbation.
Un jeune Genevois[696], qui a du goût pour les beaux-arts, a entrepris de faire graver, pour ce livre, un recueil d’estampes dont je lui ai donné les sujets : comme elles ne peuvent être prêtes à temps pour paraître avec le livre, elles se débiteront à part.
Lettre CCXXVII – À M. de Malesherbes
[697]
Montmorency, le 5 novembre 1760.
Je vois, monsieur, par la réponse dont vous m’avez honoré, que j’ai commis, sans le savoir, une indiscrétion pour laquelle je vous dois, avec mes humbles excuses, ma justification, autant qu’il est possible. Prenant donc la discussion dans laquelle vous voulez bien entrer avec moi comme une permission d’y entrer à mon tour, j’userai de cette liberté pour vous exposer les raisons de mon sentiment, que j’estimais être aussi le vôtre, sur l’affaire en question.
Je remarquerai d’abord qu’il y a sur le droit des gens beaucoup de maximes incontestées, lesquelles sont pourtant et seront toujours vaines et sans effet dans la pratique, parce qu’elles portent sur une égalité supposée entre les états comme entre les hommes ; principe qui n’est vrai pour les premiers, ni de leur grandeur, ni de leur forme, ni par conséquent du droit relatif des sujets, qui dérive de l’une et de l’autre. Le droit naturel est le même pour tous les hommes, qui tous ont reçu de la nature une mesure commune, et des bornes qu’ils ne peuvent passer ; mais le droit des gens, tenant à des mesures d’institutions humaines et qui n’ont point de terme absolu, varie et doit varier de nation à nation. Les grands états en imposent aux petits et s’en font respecter ; cependant ils ont besoin d’eux et plus besoin peut-être que les petits n’ont des grands. Il faut donc qu’ils leur cèdent quelque chose en équivalent de ce qu’ils en exigent. Les avantages pris en détail ne sont pas égaux, mais ils se compensent ; et de là nait le vrai droit des gens, établi, non dans les livres, mais entre les hommes. Les uns ont pour eux les honneurs, le rang, la puissance ; les autres, le profit ignoble, et la petite utilité. Quand les grands états voudront avoir à eux seuls leurs avantages, et partager ceux des petits, ils voudront une chose impossible, et, quoi qu’ils fassent, ils ne parviendront jamais à établir dans les petites choses cette parité qu’ils ne souffrent pas dans les grandes.
Les différences qui naissent de la nature du gouvernement ne modifient pas moins nécessairement les droits respectifs des sujets. La liberté de la presse, établie en Hollande, exige dans la police de la librairie des règlements différents de ceux qu’on lui donne en France, où cette liberté n’a ni ne peut avoir lieu. Et si l’on voulait, par des traités de puissance à puissance, établir une police uniforme et les mêmes règlements sur cette matière entre les deux états, ces traités seraient bientôt sans effet, ou l’un des deux gouvernements changerait de forme, attendu que dans tout pays il n’y a jamais de lois observées que celles qui tiennent à la nature du gouvernement.
I am deeply moved by the expressions of respect and kindness that His Excellency has honored me with—things I would have expected the least from him. I know how to recognize merit even in princes, all the more so since when they possess it, they ought to possess it in greater measure than other men. I have seen nothing about him that does not please my heart, except perhaps his title; yet his person attracts me far more than his rank repels me. But, madam, despite all this, I will not violate my principles, even for his sake. Perhaps I owe him in part the honor he has shown me; that is another reason why they must always remain dear to me. If I thought like others, would he have deigned to come and see me? Well! I prefer his company to his gifts.
These gifts are nothing but prey, I admit; but what does it matter? We merely obtain them at a higher cost, and this only makes me more aware of the coercion used to make us accept them. In my opinion, nothing we receive is without consequence. Once one begins to accept something, soon one refuses nothing anymore. Once one accepts everything, soon one begins to demand; and anyone who reaches that point will soon do whatever is necessary to obtain what they want. This progression seems inevitable to me. But, madam, no matter what happens, I refuse to go that way.
It is true that Marshal of Luxembourg sends me game from his hunts, and I accept it.
I am very glad that he does not ask me for anything more; for I would be ashamed to refuse anything coming from his hand. But I am certain that he loves me too much to abuse his right over my heart, or to tarnish the pureness of my feelings for him. In this particular situation, Marshal de Luxembourg is by my side. Madam, I belong to him; he may dispose of my wealth as he sees fit.
This is a rather long letter, and it deals entirely with me; but I believe you will not be mistaken about its meaning. And if I present my apologies to you with such concern, you will easily understand the reason for it.
Observation
Being honest with himself, Rousseau addressed some fair reproaches to himself in the context of this letter. “It was generally condemned,” he said, “and deserved to be.” To refuse game from a prince who goes to such lengths to ensure its honesty in delivery is less a sign of the delicacy of a proud man determined to preserve his independence than it is a sign of the rudeness of someone who lacks self-awareness. I have never thought about this letter without feeling ashamed.”
Letter CCXXV – To Mr. ***
Montmorency,, 1760.
It is not often that I come up with proper nouns, and I hardly regret it when writing to readers as perceptive as you are. The preface[694] has already been printed, so I cannot make any changes to it now. I have attached it to the first part of the book; if you wish, I can detach it and send it to you. However, it does not contain anything that I have not already told or written about in detail. I hope you will receive it soon, along with the book itself, as it is currently on its way to you. Unfortunately, my copies only come together with those distributed by the bookstore. Nevertheless, I will try my best to ensure that you get your own copy before the book is made public.
Since this preface is merely a summary of the one I told you about, I still intend to publish that original preface separately; however, I say too much good and too much bad about the book in it, so I should not publish it ahead of time. It is better to let it have its effect, whether good or bad, on its own, and then publish it afterward.
As for Édouard’s adventures, it would be too late now, since the book has already been printed. Moreover, fearing that I might succumb to the temptation, I threw all the notebooks containing those stories into the fire; only a short excerpt remains, which I prepared for Madame la Maréchale de Luxembourg—and it is now in her hands.
Regarding what you tell me about Wolmar and the danger he may pose to the publisher, I am not frightened at all; I am certain that one will never bother me for no reason, and it would be foolish to try to take precautions against injustice. There are still important truths to be said on this matter, and they must be spoken by a believer. I shall be that believer; and if I lack the necessary talent, at least I have the courage. May God forbid that I should ever attempt to shake this sacred tree which I respect so deeply—and which I would be willing to sanctify with my own blood! But I am determined to remove those branches that have been grafted onto it and that bear such evil fruit.
Although I have not received any news from my bookseller since the last letter, I believe his shipment is in progress and I expect it to arrive in Paris around Christmas. Moreover, if you are not ashamed to admire this work[695], I see no reason why you would refrain from saying that you have read it, since doing so can only help promote its sales. As for me, I have kept the secret we agreed to keep; but if you allow me to break it, I will be very careful to boast about your approval.
A young man from Geneva[696], who has a taste for the fine arts, undertook to have a collection of prints engraved for this book; I provided him with the subjects for these prints. Since they cannot be ready in time to appear alongside the book, they will be published separately.
Letter CCXXVII – To Mr. de Malesherbes
[697]
Montmorency, November 5, 1760.
I see, sir, from the response you have given me, that I must have unknowingly committed some indiscretion for which I owe you, along with my humblest apologies, an explanation as thorough as possible. Therefore, taking the discussion you are willing to engage in with me as permission for me to do so as well, I will take this liberty to lay out before you the reasons behind my stance—which I believed to be also yours—in regard to the matter at hand.
I would first observe that there are many undisputed maxims in the field of international law, yet these maxims remain and will always remain futile and ineffective in practice, because they are based on an assumed equality between nations, just as they are based on an imagined equality among individuals. This principle is false with regard to nations: it takes no account of their differences in size, structure, or the nature of their respective rights, which derive from these very distinctions. Natural law is the same for all men, since everyone has been endowed by nature with certain common qualities and boundaries that cannot be exceeded; but international law, being based on human-made institutions without absolute limits, varies from nation to nation. Larger nations impose their laws on smaller ones and expect them to be obeyed; yet these larger nations themselves rely on the smaller ones more than the latter depend on the former. Therefore, they must offer something in return for what they demand. The specific advantages obtained by different nations are not equal, but they often compensate for each other; and it is from this balance that true international law arises—not in books, but among men themselves. Some nations possess honors, status, and power; others gain only ignoble profits and minor benefits. When larger nations attempt to claim all the advantages for themselves while sharing those of smaller nations, they are seeking something impossible, and no matter what they do, they will never be able to establish equality in minor matters when such inequality exists so clearly in major ones.
Differences arising from the nature of government necessarily alter the respective rights of its subjects. The freedom of the press, established in Holland, requires different regulations regarding book censorship than those in France, where such freedom does not exist or cannot exist at all. Moreover, were attempts made through treaties between sovereign nations to establish uniform regulations on this matter between the two countries, such treaties would soon prove ineffective—or one of the two governments would inevitably change its form of governance, for in every nation, only laws that are inherent to the nature of that government are actually observed.
Sono profondamente commosso dai segni di stima e gentilezza che Sua Altezza mi ha riservato, e di cui non avrei certo dovuto aspettarmi. So come sia importante rispettare i meriti, anche nei principi, soprattutto quando questi li possiedono davvero in misura maggiore rispetto agli altri uomini. Non ho visto in lui nulla che non fosse in linea con i miei principi, tranne il suo titolo; anzi, la sua persona mi attrae molto di più di quanto il suo rango possa respingermi. Tuttavia, signora, non violerò mai più le mie convinzioni, nemmeno per lui. Forse in parte devo a queste convinzioni l’onore che mi ha reso; questo è un motivo in più perché siano sempre preziose per me. Se pensassi come gli altri, avrebbe forse osato venire a trovarmi? Beh, preferisco la sua compagnia ai suoi doni.
Questi doni non sono altro che cibo; lo ammetto. Ma che importa? Per noi rappresentano soltanto qualcosa di ancora più prezioso, e questo mi fa vedere ancora più chiaramente la costrizione che si utilizza per farci accettarli. A mio parere, nulla di ciò che riceviamo è privo di conseguenze: quando inizi a accettare qualcosa, presto non rifiuterai più nulla; e una volta che hai accettato tutto, presto inizierai a chiedere. Chi arriva a questo punto finirà per fare qualsiasi cosa sia necessaria per ottenere ciò che desidera. Questa graduazione mi sembra inevitabile. Ma, signora, qualunque cosa accada, io non intendo arrivare a quel punto.
È vero che il maresciallo di Lussemburgo mi invia la selvaggina cacciata da lui, e io la accetto.
Sono molto felice che non mi mandi nulla di più; perché avrei vergogna di rifiutare qualcosa proveniente dalla sua mano. Ma sono assolutamente certo che mi ami troppo per abusare dei suoi diritti sul mio cuore, o per profanare tutta la purezza del mio affetto per lui. Il maresciallo di Lussemburgo si trova in una situazione unica rispetto a me. Signora, appartengo a lui; può disporre della mia vita come desidera.
Ecco una lettera molto lunga, nella quale parlo soltanto di me stesso; ma credo che non vi ingannerò con questo linguaggio. E se vi faccio la mia difesa con tanta ansia, facilmente comprenderete il motivo.
Osservazione.
Sincero con se stesso, Rousseau si rimprovera giustamente in occasione di questa lettera. “Fu generalmente criticata”, disse, “e meritava davvero di esserlo. Rifiutare la selvaggina offerta da un principe che dimostra tanta onestà nel farla pervenire è meno un segno di delicatezza da parte di una persona orgogliosa che desidera mantenere la propria indipendenza, che una mancanza di raffinatezza da parte di qualcuno che non si conosce a fondo. Non ho mai pensato a questa lettera senza arrossire”.
Lettera CCXXV – A Monsieur ***
Montmorency,, 1760.
I termini tecnici o specifici mi vengono raramente in mente, e non me ne pento affatto quando scrivo a lettori così perspicaci come voi. La prefazione[694] è già stata stampata, quindi non posso più modificarla. L’ho già inserita nella prima parte del libro; se lo desiderate, ve la invierò separatamente, ma non contiene nulla di ciò che non vi abbia già detto o scritto riguardo al suo contenuto. Spero che possiate riceverla presto insieme al libro stesso, poiché è in viaggio verso di voi. Purtroppo i miei esemplari arrivano soltanto insieme a quelli del libraio. Tuttavia, farò del mio meglio per assicurarmi che anche voi possediate il vostro esemplare prima della pubblicazione del libro.
Poiché questa prefazione non è altro che un riassunto di quella di cui vi ho parlato, persisto nell’idea di pubblicarla separatamente; tuttavia, in essa dico troppo di bene e troppo di male del libro per farlo prima della sua uscita; bisogna lasciare che abbia il suo effetto, sia positivo che negativo, e poi pubblicarla.
Per quanto riguarda le avventure di Edouard, sarebbe troppo tardi, poiché il libro è già stato stampato; inoltre, temendo di cedere alla tentazione, ho gettato i suoi manoscritti nel fuoco. Ne rimane solo un breve estratto che ho preparato per la marchesa di Lussemburgo, e che ora si trova nelle sue mani.
Per quanto riguarda ciò che mi dite su Wolmar e sul pericolo che potrebbe rappresentare per l’editore, non ne sono affatto spaventato; sono certo che nessuno oserebbe mai inquietarmi ingiustamente, e sarebbe follia cercare di proteggersi dall’ingiustizia. Ci sono ancora molte verità importanti da dire su questo argomento, e devono essere espresse da una persona di fede. Sarò io quel credente; e se non possiedo il talento necessario, avrò almeno il coraggio. Che Dio non voglia che io intenda scuotere quest’albero sacro che rispetto profondamente, e che vorrei addirittura consacrare con il mio sangue. Ma vorrei certamente eliminare quelle ramificazioni che vi sono state innestate e che portano frutti così nocivi.
Anche se non ho più ricevuto notizie dal mio libraio da quando gli ho inviato l’ultima lettera, credo che il libro sia in viaggio verso di lui e penso che arriverà a Parigi intorno a Natale. Del resto, se non vi vergognate di amare quest’opera[695], non vedo perché dovreste astenervi dal dire di averla letta, poiché questo non potrebbe che favorirne la diffusione. Per quanto mi riguarda, ho mantenuto il segreto che ci eravamo promessi a vicenda; ma se mi permettete di romperlo, farò molta attenzione a vantarmi della vostra approvazione.
Un giovane di Ginevra[696], appassionato di belle arti, si è impegnato a realizzare, per questo libro, una raccolta di stampe i cui soggetti gli avevo fornito io stesso: poiché non sarà possibile completarle in tempo per la pubblicazione insieme al libro, verranno distribuite separatamente.
Lettera CCXXVII – A Monsieur de Malesherbes
[697]
Montmorency, 5 novembre 1760.
Vedo, signore, dalla risposta che mi avete concesso, che ho commesso, senza saperlo, un’indiscrezione per la quale devo, con le mie umili scuse, fornirvi una spiegazione, nella misura del possibile. Pertanto, considerando questa discussione come un’autorizzazione a parteciparvi anch’io, userò questa libertà per esporvi le ragioni della mia opinione, che ritenevo fosse anche la vostra, riguardo alla questione in questione.
Noterò innanzitutto che nel diritto delle genti esistono molte massime incontestabili, le quali tuttavia sono e saranno sempre vane e prive di effetto nella pratica, poiché si basano su un’uguaglianza presunta tra gli stati così come tra gli uomini; principio che non è vero né per gli stati, né per la loro grandezza, né per la loro forma, e quindi nemmeno per il diritto relativo ai soggetti, che ne deriva. Il diritto naturale è lo stesso per tutti gli uomini, poiché tutti hanno ricevuto dalla natura una misura comune e dei limiti che non possono oltrepassare; ma il diritto delle genti, basato su misure istituzionali umane prive di limite assoluto, varia e deve variare da nazione a nazione. Gli stati grandi ne impongono agli stati piccoli e si fanno rispettare; tuttavia hanno bisogno di loro, forse più di quanto gli stati piccoli abbiano bisogno degli stati grandi. Pertanto è necessario che questi ultimi cedano qualcosa in cambio di ciò che richiedono. Gli vantaggi ottenuti in dettaglio non sono uguali, ma si compensano a vicenda; ed è da questo che nasce il vero diritto delle genti, stabilito non nei libri, ma tra gli uomini. Alcuni stati godono di onori, rango e potere; altri, di profitti meschini e piccole utilità. Quando gli stati grandi vorranno per sé soltanto i propri vantaggi e condividerne quelli degli stati piccoli, cercheranno qualcosa di impossibile, e non riusciranno mai a stabilire, nelle questioni minori, quella parità che non tollerano nelle questioni maggiori.
Le differenze che derivano dalla natura del governo modificano inevitabilmente i diritti rispettivi dei sudditi. La libertà di stampa, stabilita in Olanda, richiede regolamenti diversi per la censura libraria rispetto a quelli vigenti in Francia, dove tale libertà non esiste né può esistere. E se si volesse, attraverso trattati tra stati sovrani, stabilire una normativa uniforme e gli stessi regolamenti in materia tra i due paesi, tali trattati diventerebbero ben presto inefficaci, oppure uno dei due governi cambierebbe forma, poiché in ogni nazione le leggi osservate sono sempre quelle che derivano dalla natura del proprio sistema di governo.
Le débit de la librairie est prodigieux en France, presque aussi grand que dans le reste de l’Europe entière. En Hollande il est presque nul. Au contraire, il s’imprime proportionnellement plus de livres en Hollande qu’en France. Ainsi l’on pourrait dire, à quelque égard, que la consommation est en France, et la fabrication en Hollande, quand même la France enverrait en Hollande plus de livres qu’elle n’en reçoit du même pays ; parce que, où le Français est consommateur, le Hollandais n’est que facteur : la France reçoit pour elle seule ; la Hollande reçoit pour autrui. Tel est, entre les deux puissances, l’état relatif de cette partie du commerce ; et cet état, forcé par les deux constitutions, reviendra toujours, malgré qu’on en ait. J’entends bien que le gouvernement de France voudrait que la fabrique fût où est la consommation : mais cela ne se peut, et c’est lui-même qui l’empêche par la rigueur de la censure. Il ne saurait, quand il le voudrait, adoucir cette rigueur ; car un gouvernement qui peut tout ne peut pas s’ôter à lui-même les chaînés qu’il est forcé de se donner pour continuer de tout pouvoir. Si les avantages de la puissance arbitraire sont grands, un pouvoir modéré a aussi les siens, qui ne sont pas moindres ; c’est de faire, sans inconvénient, tout ce qui est utile à la nation.
Suivant une des maximes du gouvernement de France, il y a beaucoup de choses qu’on ne doit pas permettre, et qu’il convient de tolérer : d’où il suit qu’on peut et qu’on doit souffrir l’entrée de tel livre dont on ne doit pas souffrir l’impression. Et en effet, sans cela, la France, réduite presque à sa seule littérature, ferait scission avec le corps de la république des lettres, retomberait bientôt dans la barbarie, et perdrait même d’autres branches de commerce auxquelles celle-là sert de contrepoids. Mais quand un livre imprimé en Hollande parce qu’il n’a pu ni dû être imprimé en France, y est pourtant réimprimé, le gouvernement pèche alors contre ses propres maximes, et se met en contradiction avec lui-même. J’ajoute que la parité dont il s’autorise est illusoire ; et la conséquence qu’il en tire, quoique juste, n’est pas équitable ; car comme on imprime en France pour la France, et en Hollande encore pour la France, et comme on ne laisse pas entrer dans le royaume les éditions contrefaites sur celles du pays, la réimpression, faite en Hollande, d’un livre imprimé en France fait peu de tort au libraire français ; et la réimpression, faite en France, d’un livre imprimé en Hollande ruine le libraire hollandais. Si cette considération ne touche pas le gouvernement de France, elle touche le gouvernement de Hollande, et il saura bien la faire valoir, si jamais le premier lui propose de mettre la chose au pair. Je sais trop bien, monsieur, à qui je parle pour entrer avec vous dans un détail de conséquences et d’applications. Le magistrat et l’homme d’état versé dans ces matières n’a pas besoin des éclaircissements qui seraient nécessaires à un homme privé. Mais voici une observation plus directe, et qui me rapproche du cas particulier. Lorsqu’un libraire hollandais commerce avec un libraire français, comme ils disent, en change, c’est-à-dire, lorsqu’il reçoit le paiement de ses livres en livres, alors le profit est double et commun entre eux ; et, aux frais du transport près, l’effet est absolument le même que si les livres qu’ils s’envoient réciproquement étaient imprimés dans les lieux où ils se débitent. C’est ainsi que Rey a traité ci-devant avec Pissot et avec Durand de ce qu’il a imprimé pour moi jusqu’ici. De plus, le libraire hollandais, qui craint la contrefaction, se met à couvert, et traite avec le libraire français de manière que celui-ci se charge, à ses périls et risques, du débit des exemplaires qu’il reçoit, et dont le nombre est convenu entre eux. C’est encore ainsi que Rey a négocié pour la Julie. Il met son correspondant français en son lieu et place ; et suivant, sans le savoir, le conseil que vous avez bien voulu me donner pour lui, il lui envoie à la fois la moitié de son édition. Par ce moyen, la contrefaction, si elle a lieu, ne nuira point au libraire d’Amsterdam, mais au libraire de Paris, qui lui est substitué. Ce sera un libraire français qui en ruinera un autre ; ou ce seront deux libraires français qui s’entre-ruineront mutuellement.
De tout ceci se déduisent seulement les raisons qui me portaient à croire que vous ne permettriez point qu’on réimprimât en France, contre le gré du premier éditeur, un livre imprimé d’abord en Hollande. Il me reste à vous exposer celles qui m’empêchent et de consentir à cette réimpression et d’en accepter aucun bénéfice, si elle se fait malgré moi. Vous dites, monsieur, que je ne dois point me croire lié par l’engagement que j’ai pris avec le libraire hollandais, parce que je n’ai pu lui céder que ce que j’avais, et que je n’avais pas le droit d’empêcher les libraires de Paris de copier ou contrefaire son édition. Mais équitablement je ne puis tirer de là qu’une conséquence à ma charge ; car j’ai traité avec le libraire sur le pied de la valeur que je donnais à ce que je lui ai cédé. Or il se trouve qu’au lieu de lui vendre un droit que j’avais réellement, je lui ai vendu seulement un droit que je croyais avoir. Si donc ce droit se trouve moindre que je n’avais cru, il est clair que, loin de tirer du profit de mon erreur, je lui dois le dédommagement du préjudice qu’il en peut souffrir.
Si je recevais derechef d’un libraire de Paris le bénéfice que j’ai déjà reçu de celui d’Amsterdam, j’aurais vendu mon manuscrit deux fois ; et comment aurais-je ce droit de l’aveu de celui avec qui j’ai traité, puisqu’il m’a disputé même le droit de faire une édition générale et unique de mes écrits, revus et augmentés de nouvelles pièces ? Il est vrai que, n’ayant jamais pensé m’ôter ce droit en lui cédant mes manuscrits, je crois pouvoir en ceci passer par-dessus son opposition, dont il m’a fait le juge, et cela par le même principe qui m’empêche, monsieur, d’acquiescer en cette occasion à votre avis. Comme je me sens tenu à tout ce que j’ai ou énoncé ou entendu mettre dans mes marchés, je ne me crois tenu à rien au-delà.
Soit donc que vous jugiez à propos de permettre ou d’empêcher la contrefaction ou réimpression du livre dont il s’agit, je ne puis, en ma qualité d’éditeur, ni choisir un libraire français pour cette réimpression, ni beaucoup, moins en recevoir aucune sorte de bénéfice en repos de conscience. Mais un avantage qui m’est plus précieux, et dont je profite avec le contentement de moi-même, est de recevoir en cette occasion de nouveaux témoignages de vos bontés pour moi, et de pouvoir vous réitérer, monsieur, ceux de ma reconnaissance et de mon profond respect, etc.
P. S. Je vous demande pardon, monsieur, d’avoir troublé vos délassements par ma précédente lettre. J’attendrai pour faire partir celle-ci votre retour de la campagne. Je n’ai point non plus remis encore à M. Guérin mon petit manuscrit. Je trouve une lâcheté qui me répugne à vouloir excuser d’avance en public un livre frivole. Il vaut mieux laisser d’abord paraître et juger le livre ; et puis je dirai mes raisons.
Rey me paraît fort en peine de n’avoir point reçu, monsieur, la permission qu’il vous a demandée. Je lui ai marqué qu’il ne devait point être inquiet de ce retard ; que le livre, par son espèce, ne pouvait souffrir de difficulté, et que, sur toute matière suspecte, il était le plus circonspect de tous les écrits que j’avais publiés jusqu’ici. J’espère qu’il ne s’est rien trouvé dans les feuilles qui vous en ait fait penser autrement.
Observation
Plusieurs circonstances rendent cette lettre extrêmement remarquable. M. de Malesherbes, par bienveillance pour Rousseau, voulait qu’on fît à Paris une édition de la Nouvelle Héloïse, pendant que le libraire Rey, à qui l’auteur avait cédé son manuscrit, l’imprimait en Hollande. À cette occasion Jean-Jacques fait quelques remarques sur les maximes du droit des gens, qui, pour être reconnues, ne sont jamais mises en pratique ; sur l’application ou les exceptions qu’en font les gouvernements. Il explique la bizarrerie qui permettait d’introduire en France des ouvrages qu’on n’y pouvait pas imprimer. Enfin ne voulant point qu’on élude en sa faveur les lois ou règlements, il prouve qu’il serait un malhonnête homme s’il profitait de l’avantage qu’on lui propose.
Lettre CCXXIX – Au même
Montmorency, le 17 novembre 1760.
The circulation of books is astonishingly high in France, nearly as great as throughout the rest of Europe. In the Netherlands, however, it is virtually non-existent. On the contrary, a proportionally larger number of books are printed in the Netherlands than in France. In this regard, one could say that consumption takes place in France, while production occurs in the Netherlands—even though France exports more books to the Netherlands than it imports from there. This is because where the Frenchman acts as a consumer, the Dutchman merely serves as a distributor: France receives books for its own use; the Netherlands receives them for the use of others. Such is the relative state of this aspect of commerce between these two countries. And this state, compelled by their respective political systems, will always remain unchanged, no matter what efforts are made to alter it. I understand well that the French government would prefer that production take place where consumption is; but this is impossible—precisely because of the strict censorship measures in place. The government could not, even if it wished, relax these restrictions; for a government that possesses absolute power cannot remove the shackles it is forced to impose upon itself in order to maintain that power. Indeed, although the advantages of arbitrary power are considerable, a moderate form of government also has its own significant benefits: namely, the ability to accomplish whatever is beneficial to the nation without causing any harm.
According to one of the principles of the French government, there are many things that should not be permitted but must instead be tolerated; hence it follows that we can and ought to endure the entry of certain books, even though their publication should not be allowed. Indeed, without this approach, France, reduced almost solely to its literary pursuits, would separate itself from the broader community of letters, quickly revert to barbarity, and even lose other branches of commerce that are balanced by its literary activities. However, when a book printed in the Netherlands—because it could not or should not have been printed in France—is nonetheless reprinted there, the government is acting against its own principles and contradicting itself. I would also add that the so-called “parity” upon which it relies is illusory; and the conclusion it draws from it, though just, is not equitable. For books are printed in France for the benefit of France, and even more so in the Netherlands for the same purpose; moreover, counterfeit editions are not allowed to enter the kingdom. Therefore, when a book printed in France is reprinted in the Netherlands, it causes little harm to the French bookseller; but when a book printed in the Netherlands is reprinted in France, it ruins the Dutch bookseller. If this consideration does not apply to the French government, it certainly applies to the Dutch government, which will surely insist on having it respected if the French side ever proposes to establish parity between the two situations. I know too well whom I am addressing, Monsieur, to enter into details about the consequences and applications of these matters. A magistrate or statesman knowledgeable in these fields does not need the clarifications that would be necessary for an ordinary person. But here is a more direct observation that relates to a specific case: when a Dutch bookseller trades with a French one—by exchanging books, that is—to receive payment for his goods in the form of books themselves, the profit is double and shared between them; and, apart from the costs of transportation, the effect is exactly the same as if the books were printed where they are sold. This was precisely how Rey handled matters with Pissot and Durand regarding the books he printed for me to date. Furthermore, a Dutch bookseller, concerned about counterfeiting, takes precautions by arranging with the French bookseller that the latter assumes all risks associated with selling the agreed number of copies. This is also how Rey conducted business regarding the “Julie” book. He placed his French correspondent in the position of being his agent; and, unknowingly following the advice you kindly gave me for him, he sent him half of the total edition. In this way, if counterfeiting were to occur, it would harm not the Dutch bookseller but the French one who replaced him in the transaction. It will be a French librarian who ruins another one; or it will be two French librarians who destroy each other.
From all this, I can only conclude the reasons that led me to believe you would not permit a book printed first in the Netherlands to be reprinted in France against the will of its original publisher. What remains is for me to explain to you the reasons that prevent me both from consenting to such reprinting and from benefiting in any way if it were carried out against my wishes. You say, sir, that I should not consider myself bound by the agreement I made with the Dutch bookseller, because I could only sell him what I actually possessed and did not have the right to prevent Parisian booksellers from copying or reproducing his edition. But, fairly speaking, this can only lead to a consequence that is detrimental to me; after all, I entered into the deal based on the value I attributed to what I sold him. Yet it turns out that instead of selling him a real right, I merely sold him a right that I believed I possessed. Therefore, if this right turns out to be less significant than I thought, it is clear that far from benefiting from my mistake, I am obliged to compensate him for any loss he may suffer as a result.
If I were to receive from a bookseller in Paris the same benefits that I have already received from one in Amsterdam, I would have sold my manuscript twice over; and how could I possibly claim such a right, given that the person with whom I negotiated even disputed my right to publish a single, definitive edition of my works, revised and expanded with new pieces? It is true that, since he never intended to deprive me of this right by acquiring my manuscripts, I believe I am entitled to override his opposition—whom he himself appointed as the judge in this matter—and do so on the very same principle that prevents me, sir, from accepting your opinion in this regard. Just as I feel bound to adhere to everything that I have stated or agreed to include in my contracts, I see no reason to go beyond that.
Whether you decide to permit or prohibit the counterfeiting or reprinting of this book, I, in my capacity as an editor, am neither able to choose a French bookseller for this reprint nor, much less, to derive any sort of benefit from it in terms of conscience. However, a benefit that is far more valuable to me, and one from which I derive great satisfaction, is the opportunity to receive once again new testimonies to your kindness towards me, and to be able to reiterate to you, sir, my gratitude and deep respect, etc.
P.S. I beg your pardon, sir, for having disturbed your leisure with my previous letter. I will wait until you return from the countryside before sending this one. I have also not yet returned Mr. Guérin my little manuscript. I find it cowardly—and utterly repugnant—to attempt to publicly defend a frivolous book in advance. It is better to let the book be published first and allow people to judge for themselves; then I will explain my reasons.
It seems to me that Rey is greatly distressed by the fact that he has not received the permission you requested from him, sir. I told him not to worry about this delay; that, given the nature of the book in question, there should be no difficulties whatsoever, and that, in matters of any suspicion, his approach was certainly the most cautious among all the writings I have published to date. I hope nothing in those pages has led you to think otherwise.
Observation
Several circumstances render this letter particularly noteworthy. Out of kindness toward Rousseau, Mr. de Malesherbes wished for an edition of The New Heloise to be published in Paris, while the publisher Rey, to whom the author had surrendered his manuscript, was printing it in the Netherlands. On this occasion, Jean-Jacques made some observations regarding the principles of international law—principles that, although recognized in theory, are never put into practice; he also discussed how governments apply or deviate from these principles. He explained the peculiarities that allowed certain works to be introduced into France despite being prohibited from publication there. Lastly, determined not to exploit any legal loopholes in his own favor, he demonstrated that it would be dishonest of him to take advantage of the benefits being offered to him.
Letter CCXXIX – To the Same One
Montmorency, November 17, 1760.
Il volume delle vendite librarie in Francia è straordinario, quasi paragonabile a quello dell’intera Europa. In Olanda, invece, è praticamente nullo. Al contrario, in Olanda vengono stampati proporzionalmente più libri che in Francia. Si potrebbe quindi dire, in qualche modo, che in Francia avviene la consumazione dei libri, mentre in Olanda ne ha luogo la produzione; anche se la Francia invierebbe in Olanda più libri di quanti ne riceva da quel paese. Questo perché, dove il francese è un consumatore, l’olandese agisce soltanto come intermediario: la Francia riceve per sé stessa, mentre l’Olanda riceve per conto di altri. Ecco lo stato relativo di questa branca del commercio tra i due paesi; uno stato che, determinato dalle loro rispettive strutture politiche, tornerà sempre allo stesso stato, nonostante tutti gli sforzi possibili. Capisco bene che il governo francese desideri che la produzione libraria avvenga dove si verifica la consumazione; ma questo è impossibile, e proprio il governo stesso lo impedisce a causa della rigidezza della censura. Non potrebbe, nemmeno volendo, allentare questa rigidezza; perché un governo che può tutto non può certo togliersi da solo le catene che è costretto ad imporsi per continuare a esercitare il proprio potere. Se i vantaggi di un potere arbitrario sono grandi, anche un potere moderato ne possiede di altrettanto significativi: quello di poter compiere, senza inconvenienti, tutto ciò che è utile alla nazione.
Secondo una delle massime del governo francese, ci sono molte cose che non si dovrebbero permettere, ma che invece è opportuno tollerare; da ciò deriva che si può e si deve sopportare l’ingresso di un libro il cui stampaggio non dovrebbe essere consentito. Infatti, senza questo compromesso, la Francia, ridotta quasi esclusivamente alla sua letteratura, si separerebbe dal corpo della repubblica delle lettere, ricadrebbe presto nella barbarie e perderebbe anche altre branche del commercio a cui quella letteratura svolge un ruolo di equilibrio. Tuttavia, quando un libro stampato in Olanda – perché non ha potuto né dovuto essere stampato in Francia – viene comunque ristampato in questo paese, il governo commette allora un errore contro le proprie stesse massime e si contraddice. Aggiungo che l’equivalenza di cui si avvale il governo è illusoria; e la conseguenza che ne trae, sebbene giusta, non è equa: poiché in Francia si stampa per la Francia, e in Olanda ancora per la Francia, e poiché non si permette l’ingresso nel regno di edizioni contraffatte rispetto a quelle prodotte nel paese stesso, la ristampa in Olanda di un libro stampato in Francia danneggia poco il libraio francese; mentre la ristampa in Francia di un libro stampato in Olanda distrugge il libraio olandese. Se questa considerazione non riguarda il governo francese, riguarda certamente quello olandese, e quest’ultimo saprà sicuramente farla valere qualora il primo gli proponga di stabilire un equilibrio tra le due situazioni. So troppo bene a chi mi rivolgo per entrare con voi nei dettagli delle conseguenze e delle applicazioni pratiche di questa questione. Il magistrato e lo statista esperto in queste materie non hanno bisogno degli chiarimenti che potrebbero essere necessari a un privato. Ma ecco una osservazione più diretta, che si riferisce a un caso particolare: quando un libraio olandese commercia con un libraio francese, cioè quando riceve il pagamento dei suoi libri in altri libri, allora il profitto è doppio e condiviso tra loro; e, a parte le spese di trasporto, l’effetto è esattamente lo stesso come se i libri che si inviano reciprocamente fossero stampati nei luoghi dove vengono venduti. È così che Rey ha trattato finora con Pissot e Durand per quanto riguarda i libri che ha stampato per me. Inoltre, il libraio olandese, temendo le contraffazioni, si protegge, accordandosi con il libraio francese affinché quest’ultimo si assuma, a proprio rischio e pericolo, la responsabilità della vendita degli esemplari che riceve, e il cui numero è concordato in anticipo. È ancora così che Rey ha gestito la questione relativa al libro “Julie”. Lui mette il suo corrispondente francese al proprio posto; e seguendo, senza saperlo, il consiglio che avete voluto darmi per lui, gli invia contemporaneamente la metà della propria edizione. In questo modo, qualora si verifichino contraffazioni, queste non danneggeranno il libraio di Amsterdam, ma quello di Parigi, che ne subisce le conseguenze. Sarà un libraio francese ad distruggere un altro; oppure saranno due librai francesi a distruggersi a vicenda.
Da tutto ciò si possono dedurre soltanto le ragioni che mi portavano a credere che voi non permettereste che in Francia, contro la volontà del primo editore, venisse ristampato un libro pubblicato inizialmente nei Paesi Bassi. Mi resta ora esporvi quelle ragioni che mi impediscono sia di acconsentire a questa ristampa sia di trarne alcun beneficio, qualora essa avvenga contro la mia volontà. Dite, signore, che non dovrei considerarmi vincolato dall’impegno preso con l’editore olandese, poiché gli ho ceduto soltanto ciò che possedevo e non avevo il diritto di impedire agli editori di Parigi di copiare o contraffare la sua edizione. Ma, in modo equo, da questo si può dedurre soltanto una conseguenza a mio sfavore; infatti ho trattato con l’editore sulla base del valore che attribuivo a ciò che gli ho ceduto. Ora, però, risulta che, invece di vendergli un diritto che realmente possedevo, gli ho venduto soltanto un diritto che credevo di avere. Pertanto, se questo diritto si rivela inferiore a quanto pensavo, è evidente che, lontano dal trarre profitto dall’errore commesso, devo invece risarcirlo per il danno che ne può derivare.
Se ricevessi immediatamente dal libraio di Parigi lo stesso beneficio che ho già ottenuto da quello di Amsterdam, avrei venduto il mio manoscritto due volte; e come potrei avere questo diritto, dato che colui con cui ho trattato mi ha persino contestato il diritto di pubblicare un’edizione generale e unica delle mie opere, riviste e arricchite di nuovi testi? È vero che, poiché non ha mai inteso privarmi di questo diritto cedendomi i miei manoscritti, credo di poter ignorare la sua opposizione, di cui mi ha fatto giudice, e ciò per lo stesso principio che mi impedisce, signore, di accettare in questa circostanza il vostro parere. Poiché mi sento vincolato a tutto ciò che ho dichiarato o autorizzato di includere nei miei contratti, non credo di dovermi impegnare oltre.
Quindi, che siate giunti alla decisione di permettere o impedire la contraffazione o la ristampa del libro in questione, io, nella mia veste di editore, non posso né scegliere un libraio francese per questa ristampa, né tantomeno trarne alcun beneficio, senza rimorsi di coscienza. Tuttavia, un vantaggio molto più prezioso, dal quale traggo grande soddisfazione, è quello di ricevere in questa occasione nuovi segni della vostra gentilezza nei miei confronti, e di potervi ribadire ancora una volta, signore, la mia gratitudine e il mio profondo rispetto.
P.S. Vi chiedo scusa, signore, per aver disturbato i vostri momenti di svago con la mia precedente lettera. Aspetterò il vostro ritorno dalla campagna prima di inviarla. Non ho ancora restituito a Monsieur Guérin il mio piccolo manoscritto. Trovo una codardia ripugnante nel voler scusare in anticipo, in pubblico, un libro frivolo; è meglio lasciare che il libro venga prima pubblicato e giudicato, e poi esporre le mie ragioni.
Rey mi sembra davvero molto preoccupato per non aver ricevuto, signore, l’autorizzazione che vi aveva chiesto. Gli ho detto di non essere inquieto per questo ritardo; che, data la natura del libro, non potevano esserci difficoltà nell’ottenere l’approvazione necessaria, e che, riguardo a qualsiasi questione potenzialmente problematica, Rey era senz’altro il più cauto tra tutti gli scritti che avevo pubblicato fino ad allora. Spero che non sia emerso nulla nelle carte inviate che possa farvi cambiare idea.
Osservazione.
Diverse circostanze rendono questa lettera estremamente degna di nota. Il signor de Malesherbes, per benevolenza verso Rousseau, desiderava che venisse pubblicata a Parigi un’edizione della “Nouvelle Héloïse”, mentre il libraio Rey, a cui l’autore aveva ceduto il manoscritto, la stampava in Olanda. In questa occasione Jean-Jacques formula alcune osservazioni sulle massime del diritto delle genti: queste, pur essendo riconosciute, non vengono mai messe in pratica; inoltre, spiega come i governi le applichino o ne facciano eccezioni. Inoltre, per evitare che si eludessero a suo favore leggi o regolamenti, dimostra che sarebbe un uomo disonesto se approfittasse dell’opportunità che gli viene offerta.
Lettera CCXXIX – Allo stesso.
Montmorency, 17 novembre 1760.
Parfaitement sûr, monsieur, que le volume que vous avez eu la bonté de m’envoyer n’est pas pour moi, je prends la liberté de vous le renvoyer, jugeant qu’il fait partie de l’exemplaire que vous voulez bien agréer. M. Rey l’aura trouvé trop gros pour être envoyé tout à la fois ; et, avec son étourderie ordinaire, il aura manqué de s’expliquer en vous l’adressant. Comme il m’a envoyé les feuilles en détail, et que mes exemplaires viennent avec les siens, il n’est pas croyable qu’il eût l’indiscrétion d’en envoyer un par la poste sans que je le lui eusse commandé.
Je n’ai jamais pensé ni désiré même que vous eussiez la patience de lire ce recueil tout entier ; mais je souhaite extrêmement que vous ayez, monsieur, celle de le parcourir assez pour juger de ce qu’il contient. Je n’ai point la témérité de porter mon jugement devant vous sur un livre que je publie ; j’en appelais au votre, supposant que vous l’aviez lu. En tout autre cas, je me rétracte, et vous supplie d’ordonner du livre comme si je n’en avais rien dit. Mes jeunes correspondants sont des protestants et des républicains. Il est très simple qu’ils parlent selon les maximes qu’ils doivent avoir, et très sûr qu’ils n’en parlent qu’en honnêtes gens ; mais cela ne suffit pas toujours. Au reste, je pense que tout ce qui peut être sujet à examen dans ce livre ne sera guère que dans les deux ou trois derniers volumes ; et j’avoue que je ne les crois pas indignes d’être lus. Ce sera toujours quelque chose que de vous avoir sauvé l’ennui des premiers.
Je n’ai rien à répliquer aux éclaircissements qu’il vous a plu de me donner sur la question ci-devant agitée, au moins quant à la considération économique et politique. Il serait également contre le respect et contre la bonne foi de disputer avec vous sur ce point. J’attends seulement et je désire de tout mon coeur l’occasion de recevoir de vous les lumières dont j’ai besoin pour débrouiller de vieilles idées qui me plaisent, mais dont au surplus je ne ferai jamais usage. Quant à ce qui me regarde, je pourrai être convaincu, sans être persuadé ; et je sens que ma conscience argumente là-dessus mieux que ma raison. Je vous salue, monsieur, avec un profond respect.
Lettre CCXXXI – À M. Duclos
[700]
Montmorency, le 29 novembre 1760.
Si j’avais reçu, monsieur, quinze jours plus tôt la lettre dont vous m’avez honoré le 4 de ce mois, j’aurais pu faire mention assez heureusement de l’affaire dont vous avez la bonté de m’instruire ; et cela d’autant plus à propos que, le livre dans lequel j’en aurais parlé n’étant point fait pour être vu de vous, j’aurais pu vous y rendre honneur plus à mon aise que dans les écrits qui doivent passer sous vos yeux. C’est une espèce de fade et plat roman dont je suis l’éditeur, et dont quiconque en aura le courage pourra me croire l’auteur s’il veut. J’ai semé par-ci, par-là, dans ce recueil de lettres, quelques notes sur différents sujets, et celle sur le préservatif y serait venue à merveille ; mais il est trop tard, et je n’aurais pu l’aire arriver cette addition en Hollande avant que le livre y fût achevé d’imprimer. La vie solitaire que je mène ici, surtout en hiver, ne me donne aucune ressource pour suppléer à cela dans la conversation ; et ce qu’il vient de monde à mon voisinage en été prend si peu de part aux affaires littéraires, que je n’espère pas être à portée de transmettre sur celle-ci la juste indignation dont j’ai été saisi à la lecture de votre lettre. Je n’en négligerai point l’occasion, si je la trouve. En attendant, je me réjouis de tout mon coeur que l’évidence de votre justification ait confondu la calomnie, et fait retomber sur ses auteurs l’opprobre dont ils voudraient couvrir tous les défenseurs de la foi, des moeurs et de la vertu.
Ainsi donc la satire, le noir mensonge et les libelles sont devenus les armes des philosophes et de leurs partisans ! Ainsi paie M. de Voltaire l’hospitalité dont, par une funeste indulgence, Genève use envers lui ! Ce fanfaron d’impiété, ce beau génie et cette âme basse, cet homme si grand par ses talents, et si vil par leur usage, nous laissera de longs et cruels souvenirs de son séjour parmi nous. La ruine des moeurs, la perte de la liberté, qui en est la suite inévitable, seront chez nos neveux les monuments de sa gloire et de sa reconnaissance. S’il reste dans leur coeur quelque amour pour la patrie, ils détesteront sa mémoire, et il en sera plus souvent maudit qu’admiré.
Ce n’est pas, monsieur, que j’aie aussi mauvaise opinion de l’état actuel de notre ville que vous paraissez le croire. Je sais qu’il y reste beaucoup de vrais citoyens qui ont du sens et de la vertu, qui respectent les lois, les magistrats, qui aiment les moeurs et la liberté. Mais ceux-là diminuent tous les jours ; les autres augmentent, mox daturos progeniem vitiosiorem. La pente donnée, rien ne peut désormais arrêter le progrès du mal : la génération présente l’a commencé ; celle qui vient l’achèvera ; la jeunesse qui s’élève tarira bientôt les restes du sang patriotique qui circule encore parmi nous ; chaque citoyen qui meurt est remplacé par quelque agréable. Le ridicule, ce poison du bon sens et de l’honnêteté, la satire, ennemie de la paix publique, la mollesse, le faste arrogant, le luxe, ne nous forment dans l’avenir qu’un peuple de petits plaisants, de bouffons, de baladins, de philosophes de ruelle, et de beaux esprits de comptoir, qui, de la considération qu’avaient ci-devant nos gens de lettres, les élèveront à la gloire des académies de Marseille ou d’Angers ; qui trouveront bien plus beau d’être courtisans que libres, comédiens que citoyens, et qui n’auraient jamais voulu sortir de leur lit à l’escalade, moins par lâcheté que par crainte de s’enrhumer. Je vous avoue, monsieur, que tout cela n’est guère attrayant pour un homme qui a encore la simplicité, peut-être la folie, de se passionner pour sa patrie, et auquel il ne reste d’autre ressource que de détourner les yeux des maux qu’il ne peut guérir.
J’aime le repos, la paix ; la haine du tracas et des soins fait toute ma modération, et un tempérament paresseux m’a jusqu’ici tenu lieu de vertu. Moins enivré que suffoqué de je ne sais quelle petite fumée, j’en ai senti cruellement l’amertume sans en pouvoir contracter le goût, et j’aspire au retour de cette heureuse obscurité qui permet de jouir de soi. Voyant les gens de lettres s’entre-déchirer comme des loups, et sentant tout-à-fait éteints les restes de chaleur qui, à près de quarante ans, m’avaient mis la plume à la main, je l’ai posée avant cinquante pour ne la plus reprendre[701]. Il me reste à publier une espèce de traité d’éducation, plein de mes rêveries accoutumées, et dernier fruit de mes promenades champêtres ; après quoi, loin du public et livré tout entier à mes amis et moi, j’attendrai paisiblement la fin d’une carrière déjà trop longue pour mes ennuis, et dont il est indifférent pour tout le monde et pour moi en quels lieux les restes s’achèvent.
Je suis charmé du voyage chez les montagnons ; cela montre quelque souvenir de leur panégyriste chez des personnes qu’il aime et qu’il respecte ; il se réjouit de n’avoir pas été trouvé menteur[702]. Le luxe a fait du progrès parmi ces bonnes gens. C’est la pente générale, c’est le gouffre où tout périt tôt ou tard. Mais ce progrès s’accélère quelquefois par des causes particulières, et voilà ce qui avance notre perte de deux cents ans. Je ne puis vous quitter, monsieur, comme vous voyez, à moins que le papier île m’y force. Tirez de cela, je vous prie, la conclusion naturelle, et recevez les assurances de mon profond respect.
Lettre CCXXXIII – À M. Guérin
LIBRAIRE
[704]
Montmorency, le 21 décembre 1760.
Si j’avais pu sortir, monsieur, tous ces temps-ci, je vous aurais sûrement prévenu dans la visite que vous vouliez me faire ; j’aurais été vous remercier, vous embrasser, vous faire mes adieux jusqu’à l’année prochaine. Mais il y a six semaines que je suis réduit à garder la chambre, et cela même augmente mes incommodités par la privation de tout exercice ; mais c’est une folie d’enfant de regimber contre la nécessité.
I am absolutely certain, sir, that the volume you have taken the trouble to send me is not meant for me; therefore, I take the liberty of returning it to you, assuming that it belongs to the copy you wish to keep. Mr. Rey must have found it too bulky to send at once; and, in his usual carelessness, he probably failed to explain why he was sending it to you. Since he sent me the individual pages separately, and my copies come along with his, it is utterly impossible that he would have had the indiscretion to send one by mail without my request.
I never imagined nor even wished that you would have the patience to read this entire collection; but I earnestly hope that you, sir, will take the time to go through it enough to form your own judgment of its contents. I do not dare to offer my opinion on a book I am publishing; I leave that to yours, assuming that you have read it. In any other case, I withdraw what I said and beg you to treat this book as if I had said nothing at all. My young correspondents are Protestants and Republicans; it is only natural that they speak in accordance with the principles they hold, and it is certain that they do so as honest people would. However, this is not always sufficient. Moreover, I believe that everything in this book that could be subject to scrutiny is mostly contained in the last two or three volumes; and I must admit that I do not consider them unworthy of reading. At any rate, it will at least save you the trouble of reading the earlier volumes.
I have nothing to add to the clarifications you have kindly provided regarding the matter discussed earlier, at least in terms of its economic and political aspects. It would also be contrary to both respect and good faith to argue with you on this point. I merely await, and earnestly desire, the opportunity to receive from you the information I need in order to understand some old ideas that I find interesting, though I will never put them into practice. As for me personally, I could be convinced without being absolutely persuaded; and I feel that my conscience argues on this matter more effectively than my reason does. I bid you a profound respect, sir.
Letter CCXXXI – To Mr. Duclos
[700]
Montmorency, November 29, 1760.
If I had received, sir, the letter you took the trouble to send me on the 4th of this month fifteen days earlier, I would have been able to mention quite happily the matter about which you have taken the kindness to inform me. Moreover, since the book in which I would have discussed it was not intended for your eyes, I could have paid you the respect due to it more conveniently than through writings that would necessarily come under your notice. It is a rather dull and mediocre novel of which I am the publisher; anyone who dares may believe me its author, if they wish. Scattered throughout this collection of letters, there are a few notes on various subjects, and one on the use of contraceptives would have fit in perfectly there; but it is too late now, and I could not have had that addition sent from Holland before the book was completed for printing. The solitary life I lead here, especially in winter, leaves me with no means to compensate for this lack in conversation; and as for the few people who come near my place in summer, they are so uninterested in literary matters that I do not expect to have the opportunity to express the righteous indignation I felt upon reading your letter. Should such an occasion arise, I will not fail to seize it. In the meantime, I am truly glad that the evidence of your innocence has shattered the slander and brought back upon its authors the disgrace they sought to cast upon all defenders of faith, morals, and virtue.
Thus, satire, vile lies, and libels have become the weapons of philosophers and their supporters! Thus does Monsieur de Voltaire repay the hospitality that Geneva, out of a fatal indulgence, extended toward him! This braggart in impiety, this so-called “great genius” and yet such a base soul—this man who was so great by his talents, yet so despicable in their use—will leave us with long and cruel memories of his stay among us. The ruin of morals and the loss of freedom, which are its inevitable consequences, will be regarded by our descendants as monuments to his “glory” and “gratitude.” If there remains in their hearts any love for their country, they will despise his memory; and he will be more often cursed than admired.
Sir, it is not that I hold such a poor opinion of the current state of our city as you seem to believe. I know that there are still many genuine citizens who possess sense and virtue, who respect the laws and authorities, and who cherish morality and freedom. But these people are dwindling day by day; while others are increasing in number—just as a bad lineage tends to produce worse offspring. Once the downward trend has begun, nothing can stop the progression of evil: the present generation has initiated it; the next will complete it. The youth rising up today will soon extinguish whatever remnants of patriotic spirit still exist among us. Every citizen who dies is replaced by someone even more despicable. Humor, that poison that destroys good sense and honesty; satire, that enemy of public peace; indulgence, arrogant luxury, and excess—all these will shape our future society into one filled with petty jesters, buffoons, street philosophers, and superficial intellects. These people will reduce the respect once held for our literati to the glory of some mediocre academies in Marseille or Angers. They will find it far more desirable to be courtiers than citizens, to be actors rather than men of virtue, and they would never leave their beds at dawn, not out of cowardice but out of fear of catching a cold. I must confess, sir, that all this is hardly appealing to a man who still possesses the simplicity—and perhaps even the madness—to care deeply about his country, and who has no other recourse but to turn away his eyes from the evils he cannot cure.
I love rest and peace; my aversion to troubles and worries is the source of all my moderation, and a lazy temperament has, so far, served me as if it were a virtue. Less intoxicated than suffocated by some subtle form of “fume,” I felt its bitterness keenly without ever finding any pleasure in it. I long for the return of that happy obscurity that allows one to enjoy oneself in solitude. Seeing how men of letters tear each other apart like wolves, and feeling that the last remnants of that enthusiasm which, at nearly forty years of age, had inspired me to take up the pen, I put it down before I was fifty and never picked it up again[701]. What remains for me is to publish a sort of treatise on education, filled with my usual daydreams and the final product of my walks in the countryside. After that, far away from the public eye and entirely devoted to my friends and myself, I will wait quietly for the end of a career that has already been far too long for all my troubles—and whose conclusion, for everyone else as well as for me, is utterly indifferent.
I am delighted by this journey among the mountains; it shows that some remembrance of their admirer lingers in the hearts of those he loves and respects; he takes pleasure in having not been proven a liar[702]. Luxury has made progress among these good people. Such is the general trend—such is the abyss into which everything inevitably falls sooner or later. Yet sometimes, particular circumstances accelerate this progress, and it is precisely these factors that hasten our downfall by two hundred years. I cannot leave you, sir, as you see; unless force compels me to do so. Please draw the natural conclusion from this, and accept my deepest regards.
Letter CCXXXIII – To Mr. Guérin
LIBRARIAN
[704]
Montmorency, December 21, 1760.
If I had been able to leave home these past few weeks, sir, I would have certainly informed you during the visit you intended to make; I would have thanked you, kissed you, and said goodbye until next year. But for six weeks now, I have been confined to my room, and this very situation only exacerbates my discomforts due to the lack of any exercise. Yet to resist such necessity is nothing but the behavior of a child.
Sono assolutamente certo, signore, che il volume che avete avuto la gentilezza di inviarmi non è destinato a me; pertanto mi permetto di restituirvelo, ritenendo che faccia parte dell’esemplare che desiderate ricevere. Il signor Rey deve averlo trovato troppo voluminoso per inviarlo tutto insieme; e, con la sua solita distrazione, probabilmente non si è preso la briga di spiegarvi chiaramente a chi lo indirizzava. Poiché mi ha inviato le singole pagine separatamente, e i miei esemplari arrivano insieme ai suoi, è impossibile che abbia avuto l’impertinenza di spedirmene uno per posta senza che io glielo avessi chiesto.
Non ho mai pensato, né tantomeno desiderato, che voi aveste la pazienza di leggere l’intera raccolta; tuttavia spero ardentemente che abbiate la curiosità di scorrerla almeno in parte per poterne giudicare il contenuto. Non oso affatto esprimere la mia opinione su un libro che pubblico; mi affido alla vostra, supponendo che lo abbiate letto. In caso contrario, ritiro quanto detto e vi supplico di trattare questo libro come se non ne avessi mai parlato. I miei giovani corrispondenti sono protestanti e repubblicani: è del tutto naturale che parlino secondo i principi che seguono, e sicuramente lo fanno con onestà; tuttavia, ciò non basta sempre. In ogni caso, credo che tutto ciò che potrebbe essere oggetto di critica in questo libro si trovi soltanto negli ultimi due o tre volumi; e devo ammettere che non ritengo questi volumi indegni di essere letti. Comunque sia, vi avrò almeno risparmiato la noia dei primi volumi.
Non ho nulla da replicare alle spiegazioni che avete voluto fornirmi sulla questione appena discussa, almeno per quanto riguarda l’aspetto economico e politico. Sarebbe altresì contrario al rispetto e alla buona fede discutere con voi su questo punto. Aspetto soltanto, e desidero con tutto il mio cuore, l’opportunità di ricevere da voi le luci di cui ho bisogno per chiarire alcune vecchie idee che mi piacciono, ma delle quali comunque non farò mai uso. Per quanto mi riguarda, potrei essere convinto senza essere realmente persuaso; e sento che la mia coscienza argomenta in questo senso meglio della mia ragione. Vi saluto, signore, con profondo rispetto.
Lettera CCXXXI – A Monsieur Duclos
[700]
Montmorency, 29 novembre 1760.
Se avessi ricevuto, signore, quindici giorni fa la lettera che mi avete inviato il 4 di questo mese, avrei potuto menzionare con piacere l’argomento di cui avete la gentilezza di informarmi; e ciò tanto più in quanto il libro nel quale avrei parlato di questo argomento non era destinato a essere letto da voi, quindi avrei potuto rendervi omaggio in modo più agevole rispetto ai testi che devono passare sotto i vostri occhi. Si tratta di un romanzo piatto e insipido di cui sono l’editore; chiunque abbia il coraggio di farlo può credere di essere anche l’autore, se lo desidera. Ho inserito in questo raccolta di lettere alcune note su diversi argomenti, e quella relativa al preservativo sarebbe stata perfettamente appropriata; ma ormai è troppo tardi: non avrei potuto far arrivare tale aggiunta nei Paesi Bassi prima che il libro fosse completato per la stampa. La vita solitaria che conduco qui, soprattutto in inverno, non mi offre alcun mezzo per colmare questa mancanza attraverso le conversazioni; inoltre, le persone che vengono a trovarmi durante l’estate partecipano molto poco alle discussioni letterarie, quindi non spero di avere l’opportunità di esprimere la giusta indignazione che ho provato leggendo la vostra lettera. Non trascurerò questa occasione, se dovesse presentarsi. Nel frattempo, mi rallegro profondamente che la veridicità delle vostre argomentazioni abbia confutato le calunnie e fatto ricadere sugli autori di queste ultime l’infamia che cercavano di gettare su tutti coloro che difendono la fede, i costumi e la virtù.
Ecco dunque come la satira, le menzogne oscure e i libelli siano diventati le armi dei filosofi e dei loro sostenitori! Così paga Monsieur de Voltaire l’ospitalità di cui, per una funesta indulgenza, Ginevra lo ha colmato. Questo fanfarone dell’impietà, questo “bel genio” e quest’anima meschina, quest’uomo così grande per i suoi talenti, e così spregevole nel loro uso, ci lascerà ricordi lunghi e crudeli del suo soggiorno tra di noi. La rovina dei costumi, la perdita della libertà – conseguenze inevitabili di tutto ciò – saranno, per i nostri nipoti, i monumenti della sua “gloria” e della sua “riconoscenza”. Se nei loro cuori rimarrà ancora un briciolo d’amore per la patria, odieranno il suo ricordo. E sarà più spesso maledetto che ammirato.
Non è che io abbia una cattiva opinione dello stato attuale della nostra città, come sembrate credere voi. So che esistono ancora molti veri cittadini che possiedono buon senso e virtù, che rispettano le leggi e i magistrati, che amano le buone usanze e la libertà. Ma questi sono sempre meno numerosi; gli altri, invece, aumentano. La tendenza attuale non può essere fermata: la generazione presente l’ha iniziata; quella futura la completerà. La gioventù che sta crescendo presto estinguerà gli ultimi resti di quel spirito patriottico che ancora esiste tra noi; ogni cittadino che muore viene sostituito da individui insignificanti e senza valore. Il ridicolo, questo veleno per il buon senso e l’onestà; la satira, nemica della pace pubblica; la debolezza, lo sfarzo arrogante, il lusso, tutto ciò formerà in futuro un popolo di persone frivole, buffoni, commedianti, filosofi da strada e individui senza principi. Quell’autorevolezza che un tempo possedevano i nostri letterati verrà ridotta a una semplice gloria accademica. Troveranno molto più bello essere cortigiani che cittadini, attori che persone oneste. E probabilmente non vorranno mai lasciare il loro letto, meno per paura della malattia che per codardia. Vi confesso, signore, che tutto questo non è affatto allettante per un uomo che ancora possiede la semplicità, o forse anche la follia, di appassionarsi per la propria patria, e che non ha altra scelta se non distogliere lo sguardo dai mali che non può curare.
Amo il riposo, la pace; l’odio per le preoccupazioni e i doveri costituisce tutta la mia moderazione, e un temperamento pigro mi ha finora sostituito la virtù. Meno ubriaco che soffocato da quella strana “fumata”, ne ho sentito amaramente l’effetto senza però riuscire ad apprezzarla; anelo quindi al ritorno di quell’allegra oscurità che permette di godere di se stessi. Vedendo gli uomini di lettere litigare tra loro come lupi, e sentendo completamente estinti gli ultimi sprazzi di entusiasmo che, a quasi quarant’anni, mi avevano spinto a prendere in mano la penna, l’ho posata prima dei cinquanta per non riprenderla mai più[701]. Mi resta da pubblicare una sorta di trattato sull’educazione, pieno delle mie solite fantasie e dell’ultimo frutto delle mie passeggiate in campagna; dopo di ciò, lontano dal pubblico e completamente dedicato a me stesso e ai miei amici, aspetterò tranquillamente la fine di una carriera ormai troppo lunga per i miei problemi. E non importa affatto, né per gli altri né per me, in quali luoghi ne termineranno i resti.
Sono incantato dal viaggio tra queste montagne; questo dimostra che in alcune persone che ama e rispetta esiste ancora il ricordo del loro difensore; si rallegra di non essere stato considerato un bugiardo[702]. Il lusso ha fatto progressi tra queste brave persone. È la tendenza generale, è il baratro in cui tutto, prima o poi, finisce per distruggersi. Ma talvolta questo progresso si accelera per cause particolari, ed è proprio questo che accorcia di duecento anni la nostra distruzione. Non posso lasciarvi, signore, a meno che il dovere non me lo imponga. Traggete da ciò, vi prego, le conclusioni ovvie, e ricevete le mie più profonde scuse per questa situazione.
Lettera CCXXXIII – A Monsieur Guérin
Libraio
[704]
Montmorency, 21 dicembre 1760.
Se solo fossi potuto uscire in questi ultimi tempi, signore, vi avrei sicuramente avvisato durante la visita che volevate farmi; vi avrei ringraziato, vi avrei abbracciato e mi sarei congedato da voi fino all’anno prossimo. Ma da sei settimane sono costretto a rimanere a letto, e anche questo aumenta le mie difficoltà a causa della mancanza di qualsiasi attività fisica; tuttavia, ribellarsi contro una necessità è davvero un comportamento infantile.
Je me rapporte à ce que je vous ai déjà marqué sur les projets que les bontés de M. le président de Malesherbes et votre amitié pour moi vous font faire en ma faveur. Il m’est impossible d’empêcher la réimpression du roman, lorsque M. de Malesherbes y donne son consentement. Mais je n’y saurais accéder à moins que Rey n’y consente aussi. Son consentement supposé, alors c’est autre chose, et je donnerai volontiers pour cette seconde édition les corrections dont la première a grand besoin. À l’égard des planches et dessins, je vous enverrai M. Coindet, mon compatriote, jeune homme de mérite, à qui je voudrais bien que son entreprise ne fût pas onéreuse ; et elle le serait sûrement s’il ne pouvait vendre sa collection que trois livres, sans compter que les soins infinis qu’il se donne pour la perfection de l’exécution méritent bien qu’il n’ait pas perdu son temps. Je lui marquerai de vous aller voir. Quant à la préface en dialogue, aussitôt que l’ouvrage aura paru, je vous la ferai tenir avec le morceau que nous avons conclu d’y joindre, pour en disposer comme il vous plaira.
Comme je ne veux faire qu’une seule édition de la collection de mes écrits, je souhaite qu’elle soit complète, et pour cela il faut qu’elle contienne ce qui me reste en manuscrit. Entre autres mon Traité de l’Éducation doit, ce me semble, être donné à part. Or, je n’imagine pas qu’il puisse être imprimé dans le royaume, au moins pour la première fois, sans une mutilation à laquelle je ne consentirai jamais, attendu que ce qu’il faudrait ôter est précisément ce que le livre a de plus utile. Je ne vois d’autre remède à cet inconvénient que de faire imprimer d’abord le livre en pays étranger ; après quoi, quand il aura fait son premier effet, je ne crois pas que la réimpression en France souffre les mêmes difficultés. Quant au choix du libraire et aux conditions du traité, je ne demande pas mieux que de m’en remettre aux personnes qui veulent bien s’intéresser à moi. Cette difficulté levée, je n’en vois nulle autre de ma part qui puisse empêcher l’exécution de votre obligeant projet. Je doute même que le sieur Pissot poussât l’impudence jusqu’à réclamer quelques droits sur les écrits que j’ai eu la bêtise de lui laisser imprimer. Au reste, je ne m’oppose pas à ce qu’il entre dans la société projetée, pourvu que, quant à moi, je n’aie rien à démêler avec lui, ni en bien ni en mal, ni de près ni de loin.
Lorsqu’il sera question de faire cette collection, je vous enverrai ou je vous porterai, si vous êtes à Saint-Brice, la note des pièces qui doivent y entrer, afin que vous puissiez vous décider sur le format et le nombre des volumes ; après quoi nous tâcherons de distribuer les pièces dans l’ordre le plus avantageux. Le papier me manque pour vous parler de mes belles plantations qui ne sont pas encore faites, et auxquelles j’espère que vous et mademoiselle Guérin voudrez bien venir l’année prochaine donner votre bénédiction.
1761
Lettre CCXXXIV– À M. Moultou
Lettre CCXXXV– À M. de Malesherbes
Lettre CCXXXVI – À Madame de Créqui
Lettre CCXXXVII – À Madame de Créqui
Lettre CCXXXVIII – À Madame d’Az***
Lettre CCXXXIX – À M. de Malesherbes
Lettre CCXXXL – À Madame C***
Lettre CCXXXLI – À M. ***
Lettre CCXXXLII – À M. d’Alembert
Lettre CCXXXLIII – À M. Panckoucke
Lettre CCXXXLIV – À Madame la maréchale de Luxembourg
Lettre CCXXXLV – À M. de ***
Lettre CCXXXLVI – À Madame la duchesse de Montmorency
Lettre CCXXXLVII – À Madame de Créqui
Lettre CCXXXLVIII – À Madame Bourette
Lettre CCXXXLIX – À M. Moultou
Lettre CCL – À Madame la maréchale de Luxembourg
Lettre CCLI – À M. Moultou
Lettre CCLII – À Madame la maréchale de Luxembourg
Lettre CCLIII – À M. Vernes
Lettre CCLIV – À M. Mollet
Lettre CCLV – À Jacqueline Danet
Lettre CCLVI – À M. Moultou
Lettre CCLVII – À Madame la maréchale de Luxembourg
Lettre CCLVIII – À Madame la maréchale de Luxembourg
Lettre CCLIX – À la même
Lettre CCLX – À la même
Lettre CCLXI – À Madame La Tour
Lettre CCLXII – À M. d’Offreville
Lettre CCLXIII – À Madame la maréchale de Luxembourg
Lettre CCLXIV – À Madame La Tour
Lettre CCLXV – Aux inséparables, hommes ou femmes
Lettre CCLXVI – À Madame la maréchale de Luxembourg
Lettre CCLXVII – À M. R…
Lettre CCLXVIII – À Madame la maréchale de Luxembourg
Lettre CCLXIX – À la même
Lettre CCLXX – À Julie
Lettre CCLXXI – À Madame la maréchale de Luxembourg
Lettre CCLXXII – À Julie
Lettre CCLXXIII – À Madame La Tour
Lettre CCLXXIV – À l’abbé de Jodelh
Lettre CCLXXV – À Julie
Lettre CCLXXVI – À M. le maréchal de Luxembourg
Lettre CCLXXVII – À Madame la maréchale de Luxembourg
Lettre CCLXXVIII – À Julie
Lettre CCLXXIX – À M. Moultou
Lettre CCLXXX – À Madame la maréchale de Luxembourg
Lettre CCLXXXI – À Julie
Lettre CCLXXXII – À M. Moultou
Lettre CCLXXXIII – À M. Roustan
Lettre CCLXXXIV – À M. Coindet
Lettre CCLXXXV – À M. de Malesherbes
Lettre CCLXXXVI – À M. Huber
Lettre CCLXXXVII – À Madame la maréchale de Luxembourg
Table de la correspondance
Lettre CCXXXV– À M. de Malesherbes
À Montmorency, le 28 janvier 1761.
Permettez-moi, monsieur, de vous représenter que la seconde édition s’étant faite à mon insu, je ne dois point ménager à mes dépens les libraires qui l’ont faite, lorsqu’ils ont eu eux-mêmes assez peu d’égards pour moi ; qu’aux fautes de la première édition ils ont ajouté des multitudes de contre-sens, qu’ils auraient évités si j’avais été instruit à temps de leur entreprise et revu leurs épreuves : ce qui était sans difficulté de ma part, cette seconde édition se faisant par votre ordre, et du consentement de Rey. J’aurais pu en même temps coudre quelques liaisons, et laisser des lacunes moins choquantes dans les endroits retranchés. Cependant je n’ai pas dit un mot jusqu’ici, si ce n’est au seul M. Coindet, qui est au fait de toute cette affaire ; je me tairai encore par respect pour vous. Mais je vous avoue, monsieur, qu’il est cruel de sacrifier en silence sa propre réputation à des gens à qui l’on ne doit rien.
Le sieur Robin a grand tort d’oser vous dire que je lui ai promis de garder chez moi les exemplaires qu’il devait m’envoyer. Cette promesse eût été absurde ; car de quoi m’eut servi de les avoir pour n’en faire aucun usage ? Je lui ai promis d’en distribuer le moins qu’il était possible, et de manière que cela ne lui nuisît pas. Il n’y a eu que six exemplaires distribués, des douze qu’a reçus pour moi M. Coindet. Je lui marque aujourd’hui de faire tous ses efforts pour les retirer. Quant aux six autres, ils sont chez moi, et n’en sortiront point sans votre permission. Voilà tout ce que je puis faire. Recevez, monsieur, les assurances de mon profond respect, etc.
Lettre CCXXXVII – À Madame de Créqui
À Montmorency, le 5 février 1761.
Je suis, madame, pénétré de reconnaissance et de respect pour vous ; mais je ne puis accepter un présent de l’espèce de celui que vous m’avez envoyé. Je ne vends pas mes livres ; et si je les vendais je ne les vendrais pas si cher. Si vous avez retiré vos anciennes bontés pour moi au point de dédaigner un exemplaire des écrits que je publie, vous pouvez me renvoyer celui-là ; je le recevrai avec douleur, mais en silence.
Vous me marquez qu’on trouve ce livre dangereux : je le crois en effet dangereux aux fripons, car il fait aimer les choses honnêtes. Vous devez concevoir là-dessus combien il doit être décrié, et vous ne devez point être fâchée pour moi de ce décri ; il me serait bien plus humiliant d’être approuvé de ceux qui me blâment. Au reste, si vous voulez en juger par vous-même, je crois que vous pouvez hasarder de lire ou parcourir les trois derniers volumes : le pis-aller sera de suspendre votre lecture aussitôt qu’elle vous scandalisera.
Vous n’ignorez pas, madame, que je n’ai jamais fait grand cas de la philosophie, et que je me suis absolument détaché du parti des philosophes. Je n’aime point qu’on prêche l’impiété : voilà déjà de ce côté-là un crime qu’on ne me pardonnera pas. D’un autre côté, je blâme l’intolérance, et je veux qu’on laisse en paix les incrédules ; or, le parti dévot n’est pas plus endurant que l’autre. Jugez en quelles mains me voilà tombé.
I am referring to what I have already mentioned regarding the projects that are being undertaken in my favor due to the kindness of Mr. President de Malesherbes and your friendship toward me. It is impossible for me to prevent the republication of the novel when Mr. de Malesherbes gives his consent; however, I could not agree to it unless Mr. Rey also did so. If his consent were granted, that would be another matter entirely, and I would gladly provide the corrections that the first edition greatly needed for this second edition. As for the illustrations and drawings, I will send you my compatriot, Mr. Coindet—a young man of merit—I would very much like for his efforts not to be unprofitable; indeed, they certainly would be if he could only sell his collection for three books each, not to mention the immense care he takes to ensure the perfection of the work. I will remind him to come and see you. As for the preface in dialogue format, as soon as the book is published, I will send it to you along with the additional material we have decided to include, so that you can decide how to use it at your discretion.
Since I intend to publish only one edition of my collected works, I wish for it to be complete, and to that end it must include everything that remains in manuscript form. Among other things, my Treatise on Education seems to deserve a separate publication. However, I cannot imagine that it could be printed in this kingdom, at least not for the first time, without some mutilations that I would never tolerate—since precisely what needs to be removed is what makes the book most useful. The only solution to this problem, in my view, is to have the book printed abroad first; after it has had its initial impact, I do not believe that reprinting it in France would encounter similar difficulties. As for choosing a publisher and determining the terms of publication, I am more than willing to leave such matters to those who are so kind as to show interest in my work. Once this obstacle is overcome, I see no other hindrance on my part that could prevent the realization of your kind project. In fact, I doubt even that Monsieur Pissot would have the audacity to claim any rights regarding the works that I foolishly allowed him to print. Moreover, I have no objection to his joining the proposed society, so long as I myself have nothing to do with him—either in good or in bad, nor closely nor remotely.
When it comes to compiling this collection, I will send you—or bring it to you if you are in Saint-Brice—the list of pieces that should be included, so that you can decide on the format and the number of volumes. After that, we will try to arrange the pieces in the most advantageous order. Unfortunately, I don’t have enough paper to tell you about my beautiful plantations, which have not yet been established; I hope that you and Mademoiselle Guérin will be kind enough to come and bless them next year.
1761
Letter CCXXXIV – To Mr. Moultou
Letter CCXXXV – To Mr. de Malesherbes
Letter CCXXXVI – To Madame de Créqui
Letter CCXXXVII – To Madame de Créqui
Letter CCXXXVIII – To Madame d’Az***
Letter CCXXXIX – To Mr. de Malesherbes
Letter CCXXXL – To Madame C***
Letter CCXXXLI – To Mr. ***
Letter CCXXXLII – To Mr. d’Alembert
Letter CCXXXLIII – To Mr. Panckoucke
Letter CCXXXLIV – To Madame la Maréchale de Luxembourg
Letter CCXXXLV – To Mr. de ***
Letter CCXXXLVI – To Madame la Duchesse de Montmorency
Letter CCXXXLVII – To Madame de Créqui
Letter CCXXXLVIII – To Madame Bourette
Letter CCXXXLIX – To Mr. Moultou
Letter CCL – To Madame la Maréchale de Luxembourg
Letter CCLI – To Mr. Moultou
Letter CCLII – To Madame la Maréchale de Luxembourg
Letter CCLIII – To Mr. Vernes
Letter CCLIV – To Mr. Mollet
Letter CCLV – To Jacqueline Danet
Letter CCLVI – To Mr. Moultou
Letter CCLVII – To Madame la Maréchale de Luxembourg
Letter CCLVIII – To Madame la Maréchale de Luxembourg
Letter CCLIX – To the Same One
Letter CCLX – To the Same One
Letter CCLXI – To Madame La Tour
Letter CCLXII – To Mr. d’Offreville
Letter CCLXIII – To Madame la Maréchale de Luxembourg
Letter CCLXIV – To Madame La Tour
Letter CCLXV – To Those Who Are Inseparable, Whether Men or Women
Letter CCLXVI – To Madame la Maréchale de Luxembourg
Letter CCLXVII – To Mr. R.
Letter CCLXVIII – To Madame la Maréchale de Luxembourg
Letter CCLXIX – To the Same One
Letter CCLXX – To Julie
Letter CCLXXI – To Madame la Maréchale de Luxembourg
Letter CCLXXII – To Julie
Letter CCLXXIII – To Madame La Tour
Letter CCLXXIV – To Abbe de Jodelh
Letter CCLXXV – To Julie
Letter CCLXXVI – To Mr. Marshal of Luxembourg
Letter CCLXXVII – To Madame la Maréchale de Luxembourg
Letter CCLXXVIII – To Julie
Letter CCLXXIX – To Mr. Moultou
Letter CCLXXX – To Madame la Maréchale de Luxembourg
Letter CCLXXXI – To Julie
Letter CCLXXXII – To Mr. Moultou
Letter CCLXXXIII – To Mr. Roustan
Letter CCLXXXIV – To Mr. Coindet
Letter CCLXXXV – To Mr. de Malesherbes
Letter CCLXXXVI – To Mr. Huber
Letter CCLXXXVII – To Madame la Maréchale de Luxembourg
Correspondence Table
Letter CCXXXV – To Mr. de Malesherbes
In Montmorency, on January 28, 1761.
Permit me to assure you, sir, that since the second edition was published without my knowledge, I have no reason to show any consideration for the publishers who undertook it, especially since they themselves showed so little respect for me. They not only retained the errors of the first edition but also added numerous contradictions—which could have been avoided had I been informed in time about their plans and had I reviewed their proofs. Such action would have been entirely within my power, since this second edition was published at your order and with Rey’s consent. I could even have made some minor adjustments to improve the text and reduce the number of glaring omissions. However, I have said nothing so far, except to Mr. Coindet, who is aware of all the details of this matter. Out of respect for you, I will remain silent again. But I must confess to you, sir, that it is truly cruel to silently sacrifice one’s own reputation for people to whom one owes nothing at all.
Mr. Robin is greatly in the wrong to dare tell you that I promised him to keep at my place those copies he was supposed to send me. Such a promise would have been absurd; for what use would it have been to me to have them if I were not to make any use of them? I promised him to distribute them as little as possible, and in a way that would not cause him any harm. Only six copies were actually distributed out of the twelve that Mr. Coindet sent for me. I am reminding him today to do his utmost to retrieve them. As for the other six, they are still with me and will not be given away without your permission. That is all I can do. Please accept, sir, my deepest regards, etc.
Letter CCXXXVII – To Madame de Créqui
In Montmorency, on February 5, 1761.
Madam, I am filled with gratitude and respect for you; however, I cannot accept a gift of the kind you have sent me. I do not sell my books, and if I did, I would not charge such a high price. If you have withdrawn your former kindness towards me to the point of dismissing a copy of my published works, then please send it back to me. I will receive it with regret, but in silence.
You tell me that this book is considered dangerous; I indeed believe it to be dangerous for those who are dishonest, for it makes one cherish honest things. You must realize how strongly it should be condemned, and you shouldn’t be offended on my behalf by such condemnation; it would be far more humiliating for me to be approved of by those who criticize me. Moreover, if you wish to form your own judgment, I think you might safely read or skim through the last three volumes; at the very worst, you can stop reading as soon as it begins to scandalize you.
You are well aware, madam, that I have never attached much importance to philosophy and that I have completely distanced myself from the philosophers’ camp. I dislike it when people preach impiety; already in that regard, such an offense will not be forgiven by me. On the other hand, I condemn intolerance and wish that those who do not believe should be left alone; yet the devout party is just as intolerant as the other. Judge for yourselves into whose hands I have fallen.
Mi riferisco a ciò che vi ho già detto riguardo ai progetti che, grazie alla benevolenza del signor presidente di Malesherbes e alla vostra amicizia per me, state attuando a mio favore. È impossibile per me impedire la ristampa del romanzo, quando il signor de Malesherbes vi dà il suo consenso; tuttavia, non potrei acconsentirvi se anche Rey non lo facesse. Se il suo consenso fosse certo, allora sarebbe un’altra questione, e io fornirei volentieri le correzioni di cui la prima edizione ha grande bisogno per questa seconda ristampa. Per quanto riguarda le tavole e i disegni, vi manderò il signor Coindet, mio connazionale e giovane di talento; vorrei davvero che il suo impegno non risultasse oneroso per lui. Il quale sicuramente lo sarebbe se potesse vendere la sua collezione soltanto a tre libri al prezzo di uno, senza considerare i numerosi sforzi che dedica alla perfezione dell’esecuzione dei lavori. Gli dirò di venire da voi. Per quanto riguarda la prefazione in forma di dialogo, non appena l’opera sarà pubblicata, ve la farò avere insieme al testo che abbiamo concordato di aggiungere, affinché possiate disporne a vostro piacimento.
Poiché desidero pubblicare una sola edizione della mia collezione di scritti, vorrei che fosse completa; per questo motivo deve contenere tutto ciò che mi è ancora rimasto in manoscritto. Tra l’altro, il mio “Trattato sull’Educazione” dovrebbe essere pubblicato separatamente. Tuttavia, non riesco a immaginare che possa essere stampato nel regno, almeno per la prima volta, senza subire modifiche che io non accetterei mai, poiché proprio ciò che andrebbe eliminato è esattamente ciò che rende il libro più utile. Non vedo altro rimedio a questo inconveniente se non quello di far stampare il libro all’estero; in seguito, quando avrà ottenuto il suo primo successo, non credo che la ristampa in Francia presenti le stesse difficoltà. Per quanto riguarda la scelta dell’editore e le condizioni per la pubblicazione del trattato, non chiedo altro che affidarmi alle persone che desiderano prendersi cura di me. Una volta risolto questo problema, non vedo alcun altro ostacolo da parte mia che possa impedire l’esecuzione del vostro gentile progetto. Anzi, dubito persino che il signor Pissot abbia l’impudenza di pretendere diritti sugli scritti che ho avuto la stupidità di fargli stampare. In ogni caso, non mi oppongo affatto al suo ingresso nella società progettata, a condizione che io stesso non abbia nulla da fare con lui, né in bene né in male, né da vicino né da lontano.
Quando verrà il momento di realizzare questa collezione, vi invierò o vi porterò personalmente, se siete a Saint-Brice, l’elenco delle opere che devono essere incluse al suo interno, in modo che possiate decidere il formato e il numero dei volumi; successivamente cercheremo di distribuire le opere nell’ordine più opportuno. Mi manca però il tempo per parlarvi delle mie bellissime piantagioni, che non sono ancora state realizzate, e alle quali spero che voi e mademoiselle Guérin vorrete venire l’anno prossimo a portare la vostra benedizione.
1761
Lettera CCXXXIV – A Monsieur Moultou
Lettera CCXXXV – A Monsieur de Malesherbes
Lettera CCXXXVI – Alla Signora de Créqui
Lettera CCXXXVII – Alla Signora de Créqui
Lettera CCXXXVIII – Alla Signora d’Az***
Lettera CCXXXIX – A Monsieur de Malesherbes
Lettera CCXXXL – Alla Signora C***
Lettera CCXXXLI – A Monsieur ***
Lettera CCXXXLII – A Monsieur d’Alembert
Lettera CCXXXLIII – A Monsieur Panckoucke
Lettera CCXXXLIV – Alla Marchesa di Lussemburgo
Lettera CCXXXLV – A Monsieur de ***
Lettera CCXXXLVI – Alla Signora Duchessa di Montmorency
Lettera CCXXXLVII – Alla Signora de Créqui
Lettera CCXXXLVIII – A Madame Bourette
Lettera CCXXXLIX – A Monsieur Moultou
Lettera CCL – Alla Marchesa di Lussemburgo
Lettera CCLI – A Monsieur Moultou
Lettera CCLII – Alla Marchesa di Lussemburgo
Lettera CCLIII – A Monsieur Vernes
Lettera CCLIV – A Monsieur Mollet
Lettera CCLV – A Jacqueline Danet
Lettera CCLVI – A Monsieur Moultou
Lettera CCLVII – Alla Marchesa di Lussemburgo
Lettera CCLVIII – Alla Marchesa di Lussemburgo
Lettera CCLIX – Alla stessa persona
Lettera CCLX – Alla stessa persona
Lettera CCLXI – A Madame La Tour
Lettera CCLXII – A Monsieur d’Offreville
Lettera CCLXIII – Alla Marchesa di Lussemburgo
Lettera CCLXIV – A Madame La Tour
Lettera CCLXV – Ai compagni inseparabili, uomini o donne
Lettera CCLXVI – Alla Marchesa di Lussemburgo
Lettera CCLXVII – A Monsieur R.
Lettera CCLXVIII – Alla Marchesa di Lussemburgo
Lettera CCLXIX – Alla stessa persona
Lettera CCLXX – A Julie
Lettera CCLXXI – Alla Marchesa di Lussemburgo
Lettera CCLXXII – A Julie
Lettera CCLXXIII – A Madame La Tour
Lettera CCLXXIV – All’abate di Jodelh
Lettera CCLXXV – A Julie
Lettera CCLXXVI – A Sua Eccellenza il maresciallo di Lussemburgo
Lettera CCLXXVII – Alla Marchesa di Lussemburgo
Lettera CCLXXVIII – A Julie
Lettera CCLXXIX – A Monsieur Moultou
Lettera CCLXXX – Alla Marchesa di Lussemburgo
Lettera CCLXXXI – A Julie
Lettera CCLXXXII – A Monsieur Moultou
Lettera CCLXXXIII – A Monsieur Roustan
Lettera CCLXXXIV – A Monsieur Coindet
Lettera CCLXXXV – A Monsieur de Malesherbes
Lettera CCLXXXVI – A Monsieur Huber
Lettera CCLXXXVII – Alla Marchesa di Lussemburgo
Tabella della corrispondenza
Lettera CCXXXV – A Monsieur de Malesherbes
A Montmorency, il 28 gennaio 1761.
Permettetemi, signore, di farvi notare che la seconda edizione è stata pubblicata a mia insaputa; pertanto non ho alcun obbligo nei confronti dei librai che l’hanno realizzata, soprattutto considerando che loro stessi hanno dimostrato scarso rispetto per me. Oltre ai errori presenti nella prima edizione, hanno aggiunto innumerevoli contraddizioni, errori che avrebbero potuto evitare se fossi stato informato tempestivamente della loro intenzione e se avessero revisionato i manoscritti: una cosa del tutto possibile, dato che questa seconda edizione è stata pubblicata su vostra ordinazione e con il consenso di Rey. Avrei potuto anche sistemare alcune imperfezioni e ridurre al minimo le lacune presenti nei passaggi tagliati. Tuttavia non ho detto una parola fino ad ora, se non a Monsieur Coindet, che è a conoscenza di tutta questa faccenda; continuerò a tacere per rispetto verso di voi. Ma vi confesso, signore, che è davvero crudele sacrificare in silenzio la propria reputazione per persone a cui non si deve nulla.
Il signor Robin ha grandissimo torto ad osare dire che gli ho promesso di tenere presso di me gli esemplari che doveva inviarmi. Tale promessa sarebbe stata assurda; infatti, a cosa mi sarebbero serviti quegli esemplari se non ne avessi fatto alcun uso? Gli ho promesso di distribuirne il meno possibile, e in modo che ciò non gli causasse alcun danno. Sono stati distribuiti soltanto sei esemplari, su dodici che il signor Coindet mi ha inviato. Oggi gli chiedo di fare ogni sforzo per ritirarli. Per quanto riguarda gli altri sei, sono ancora presso di me e non verranno consegnati senza la vostra autorizzazione. Questo è tutto ciò che posso fare. Ricevete, signore, le mie più sentite scuse per qualsiasi inconveniente possa esservi causato, ecc.
Lettera CCXXXVII – Alla Signora de Créqui
A Montmorency, il 5 febbraio 1761.
Signora, sono profondamente riconoscente e rispettoso verso di voi; tuttavia non posso accettare un dono del genere di quello che mi avete inviato. Non vendo i miei libri; e se li vendessi, non li venderei a un prezzo così elevato. Se avete ritirato le vostre precedenti gentilezze nei miei confronti al punto da disdegnare un esemplare delle opere che pubblico, potete rimandarmelo; lo accetterò con dolore, ma in silenzio.
Mi dite che questo libro è considerato pericoloso: effettivamente lo ritengo pericoloso per i furfanti, poiché insegna ad amare le cose oneste. Dovete comprendere quanto sia necessario denunciarlo apertamente, e non dovreste offendersi per questa mia azione; sarebbe molto più umiliante per me essere approvato da coloro che mi criticano. In ogni caso, se volete giudicarlo da soli, credo che possiate osare leggere o sfogliare gli ultimi tre volumi: nel peggiore dei casi, potrete interrompere la lettura non appena vi scandalizzerà.
Non ignorate certo, signora, che non ho mai dato grande importanza alla filosofia e che mi sono completamente allontanato dal partito dei filosofi. Non mi piace che si predichi l’impietà: già da questo punto di vista si tratta di un crimine che non mi verrà perdonato. D’altra parte, condanno l’intolleranza e voglio che si lascino in pace gli increduli; ormai, il partito devoto non è certo più tollerante dell’altro. Giudicate in quali mani sono finito.
Par-dessus cela il faut vous dire qu’une équivoque plaisante de M. de Marmontel m’en a fait un ennemi personnel, furieux et implacable, attendu que la vanité blessée ne pardonne point. Quand ma Lettre contre les spectacles parut, je lui en adressai un exemplaire avec ces mots : Non pas à l’auteur du Mercure, mais à M. de Marmontel. J’entendais par là que j’envoyais le livre à sa personne, et non pas pour qu’il en parlât dans son journal ; de plus, je voulais dire que M. de Marmontel était capable de mieux que de faire le Mercure de France. C’était un compliment que je lui faisais : il y a trouvé une injure ; et d’après cela vous pouvez bien croire que tous mes livres sont dangereux tout au moins.
Tels sont les dignes défenseurs des moeurs et de la vérité. Je me suis rendu justice en m’éloignant de leur vertueuse troupe ; il ne fallait pas qu’un aussi méchant homme déshonorât tant d’honnêtes gens. Je les laisse dire, et je vis en paix ; je doute qu’aucun d’eux en fît autant à ma place.
Je me flatte que le bon Saint-Louis m’a trouvé le même que j’étais quand vous m’honoriez de votre estime. Il me serait cruel de la perdre, madame ; mais il me serait encore plus cruel de l’avoir mérité. Quelque malheureux qu’on puisse être, il est toujours quelques maux qu’on peut éviter. Bonjour, madame. Vous avez raison de me renvoyer à ma devise ; je continue à me servir de mon cachet sans honte, parce qu’il est empreint dans mon coeur.
J’apprends avec grand plaisir l’entier rétablissement de M. l’ambassadeur ; mais vous me parlez de votre santé d’un ton qui m’inquiète ; cependant Saint-Louis me dit que vous êtes assez bien. Pour moi, la solitude m’ôte, sinon mes maux, du moins mes soucis ; et cela fait que j’engraisse : voilà tout le changement qui s’est fait en moi.
Lettre CCXXXIX – À M. de Malesherbes
Montmorency, 10 février 1761.
J’ai fait, monsieur, tout ce que vous avez voulu ; et le consentement du sieur Rey ayant levé mes scrupules, je me trouve riche de vos bienfaits. L’intérêt que vous daignez prendre à moi est au-dessus de mes remerciements ; ainsi je ne vous en ferai phis : mais M. le maréchal de Luxembourg sait ce que je pense et ce que je sens ; il pourra vous en parler. N’aurai-je point, monsieur, la satisfaction de vous voir chez lui à Montmorency au prochain voyage de Pâques, ou au mois de juillet, qu’il y fait une plus longue station et que le pays est plus agréable ? Si je n’ai nul autre moyen de satisfaire mon empressement et que vous vouliez bien, dans la belle saison, me donner chez vous une heure d’audience particulière, j’en profiterai pour aller vous rendre mes devoirs.
Lettre CCXXXLI – À M. ***
Montmorency, le 13 février 1761.
Je n’ai reçu qu’hier, monsieur, la lettre que vous m’avez écrite le 5 de ce mois. Vous avez raison de croire que l’harmonie de l’âme a aussi ses dissonances, qui ne gâtent point l’effet du tout : chacun ne sait que trop comment elles se préparent ; mais elles sont difficiles à sauver. C’est dans les ravissants concerts des sphères célestes qu’on apprend ces savantes successions d’accords. Heureux, dans ce siècle de cacophonie et de discordance, qui peut se conserver une oreille assez pure pour entendre ces divins concerts !
Au reste, je persiste à croire, quoi qu’on en puisse dire, que quiconque, après avoir lu la nouvelle Héloïse, la peut regarder comme un livre de mauvaises moeurs, n’est pas fait pour aimer les bonnes. Je me réjouis, monsieur, que vous ne soyez pas au nombre de ces infortunés, et je vous salue de tout mon coeur.
Lettre CCXXXLIII – À M. Panckoucke
[709]
Montmorency, le 15 février 1761.
J’ai reçu le 12 de ce mois, par la poste, une lettre anonyme, sans date, timbrée de Lille, et franche de port. Faute d’y pouvoir répondre par une autre voie, je déclare publiquement à l’auteur de cette lettre que je l’ai lue et relue avec émotion, avec attendrissement ; qu’elle m’inspire pour lui la plus tendre estime, le plus grand désir de le connaître et de l’aimer ; qu’en me parlant de ses larmes, il m’en a fait répandre ; qu’enfin, jusqu’aux éloges outrés dont il me comble, tout me plaît dans cette lettre, excepté la modeste raison qui le porte à se cacher.
Lettre CCXXXLV – À M. de ***
Montmorency, le 19 février 1761.
Voilà, monsieur, ma réponse aux observations que vous avez eu la bonté de m’envoyer sur la Nouvelle Héloïse. Vous l’avez élevée à l’honneur auquel elle ne s’attendait guère, d’occuper des théologiens : c’est peut-être un sort attaché à ce nom et à celles qui le portent, d’avoir toujours à passer par les mains de ces messieurs-là. Je vois qu’ils ont travaillé à la conversion de celle-ci avec un grand zèle, et je ne doute point que leurs soins pieux n’en aient fait une personne très orthodoxe ; mais je trouve qu’ils l’ont traitée avec un peu de rudesse : ils ont flétri ses charmes ; et j’avoue qu’elle me plaisait plus, aimable quoique hérétique, que bigote et maussade comme la voilà. Je demande qu’on me la rende comme je l’ai donnée ; ou je l’abandonnerai à ses directeurs.
Lettre CCXXXLVII – À Madame de Créqui
Montmorency, le 25 février 1761.
Madame,
Je vous dois bien des réponses ; j’aime à recevoir de vos lettres ; j’ai du plaisir à vous écrire ; je voudrais vous écrire longtemps ; il me semble que j’ai mille choses à vous dire, mais il m’est impossible de vous écrire à mon aise quant à présent : les tracas m’absorbent, me tuent ; je suis excédé. Permettez que je renvoie à un temps plus tranquille le plaisir de m’entretenir avec vous. Je prends part à tous vos soucis : les miens ne sont pas si graves, mais ils me touchent d’aussi près. Si vous effectuez jamais le projet d’aller vivre à la campagne, ne me laissez pas ignorer votre retraite ; car, fussiez-vous au bout du royaume, si vous ne rebutez pas ma visite, j’irai de mon pied faire un pèlerinage auprès de vous.
Lettre CCXXXLIX – À M. Moultou
Montmorency, mars 1761.
Il faudrait être le dernier des hommes pour ne pas s’intéresser à l’infortunée Louison. La pitié, la bienveillance que son honnête historien m’inspire pour elle ne me laissent pas douter que son zèle à lui-même ne puisse être aussi pur que le mien ; et, cela supposé, il doit compter sur toute l’estime d’un homme qui ne la prodigue pas. Grâces au ciel, il se trouve, dans un rang plus élevé, des coeurs aussi sensibles, et qui ont à la fois le pouvoir et la volonté de protéger la malheureuse mais estimable victime de l’infamie d’un brutal. Monsieur le maréchal de Luxembourg et madame la maréchale, à qui j’ai communiqué votre lettre, ont été émus, ainsi que moi, à sa lecture ; ils sont disposés, monsieur, à vous entendre et à consulter avec vous ce qu’on peut et ce qu’il convient de faire pour tirer la jeune personne de la détresse où elle est. Ils retournent à Paris après Pâques. Allez, monsieur, voir ces dignes et respectables seigneurs ; parlez-leur avec cette simplicité touchante qu’ils aiment dans votre lettre ; soyez avec eux sincère en tout, et croyez que leurs coeurs bienfaisants s’ouvriront à la candeur du vôtre. Louison sera protégée si elle mérite de l’être ; et vous, monsieur, vous serez estimé comme le mérite votre bonne action. Que si dans cette attente, quoique assez courte, la situation de la jeune personne était trop dure, vous devez savoir que, quant à présent, je puis payer, modiquement à la vérité, le tribut dû, par quiconque a son nécessaire, aux indigents honnêtes qui ne l’ont pas.
Lettre CCLI – À M. Moultou
Montmorency, le 29 mai 1761.
Furthermore, I must tell you that a rather amusing ambiguity on the part of Mr. de Marmontel made him my personal enemy—a furious and implacable one, for wounded vanity never forgives. When my Letter against Spectacles was published, I sent him a copy with these words: “Not to the author of Le Mercure, but to Mr. de Marmontel.” By this, I meant that I was sending the book to him personally, not in order for him to write about it in his journal; moreover, I wanted to imply that Mr. de Marmontel was capable of doing far more than merely editing Le Mercure de France. It was a compliment I offered him—but he saw it as an insult. And based on this, you can surely conclude that all my books are at least, dangerous.
Such are these worthy defenders of morality and truth. I have done myself justice by distancing myself from their virtuous company; it would not be right for such a wicked man to bring shame upon so many honest people. I let them speak their minds, and I live in peace; I doubt that any of them would do the same if they were in my position.
I am pleased that the kind Saint-Louis has found me just as I was when you honored me with your esteem. It would be cruel of me to lose it, madam; but it would be even more cruel if I had deserved it. No matter how unfortunate one may be, there are always some misfortunes that can be avoided. Goodbye, madam. You are right in reminding me of my motto; I continue to use my seal without shame, because it is engraved in my heart.
I am very pleased to hear that Ambassador Monsieur has fully recovered; however, the way you speak about your health worries me. Nevertheless, Saint-Louis tells me that you are quite well. For me, solitude has removed, if not my illnesses, at least my worries; and as a result, I have gained weight—that is all the change that has taken place in me.
Letter CCXXXIX – To Mr. de Malesherbes
Montmorency, February 10, 1761.
Sir, I have done everything you desired; and since the consent of Monsieur Rey dispelled my reservations, I find myself enriched by your kindnesses. The concern you take toward me is beyond my ability to express in thanks; therefore, I will not attempt to do so. However, Marshal de Luxembourg knows what I think and feel; he may tell you about it. Would it not please you, sir, if I were to visit you at his residence in Montmorency during the next Easter voyage, or in July, when they stay there for a longer time and the scenery is even more beautiful? If I have no other way to fulfill my desire, and if you would be so kind as to grant me an hour of private audience during the pleasant season, I would take this opportunity to express my gratitude to you.
Letter CCXXXLI – To Mr. ***
Montmorency, February 13, 1761.
I only received it yesterday, sir, the letter you wrote to me on the 5th of this month. You are right in believing that even the harmony of the soul has its dissonances, yet these do not in any way undermine the overall effect: everyone knows all too well how they arise; but they are difficult to rectify. It is within the beautiful concerts of the celestial spheres that one learns about these sophisticated sequences of harmonies. How fortunate those who, in this century of cacophony and discord, manage to preserve ears pure enough to hear such divine melodies!
Besides, I persist in believing that, whatever one may say, anyone who, after reading the new Héloïse, considers it a book of bad morals is certainly not someone who would be capable of appreciating what is good. I am glad, sir, that you are not among those unfortunate individuals, and I greet you with all my heart.
Letter CCXXXLIII – To Mr. Panckoucke
[709]
Montmorency, February 15, 1761.
On the 12th of this month, I received by mail an anonymous letter, without a date, stamped in Lille and free of postage costs. Since I was unable to respond to it in any other way, I declare publicly to its author that I read it again and again with emotion and tenderness; that it inspires in me the greatest respect for him, as well as a strong desire to get to know him and love him; that when he spoke of his tears, they brought tears to my own eyes; and finally, that apart from the modest reason that prompts him to hide his identity, everything about this letter pleases me.
Letter CCXXXLV – To Mr. de ***
Montmorency, February 19, 1761.
Here, sir, is my response to the observations you have taken the trouble to send me regarding New Heloise. You have raised her to an honor she hardly expected—to occupy the attention of theologians; perhaps it is fate attached to this name and those who bear it to always pass through the hands of such men. I see that they have worked with great zeal to convert her, and I doubt not that their pious efforts have made her a very orthodox person; but I find that they have treated her with some rudeness—they have condemned her charms. And I must admit that I preferred her before: charming, though heretical, rather than bigoted and gloomy as she is now. I request that she be returned to me in the same state in which I gave her; otherwise, I will abandon her to her guardians.
Letter CCXXXLVII – To Madame de Créqui
Montmorency, February 25, 1761.
Madam,
I owe you many answers; I enjoy receiving your letters; I take pleasure in writing to you; I would like to write to you at length. It seems to me that I have a thousand things to tell you, but for the time being, it is impossible for me to write to you freely—the troubles are consuming me, they are killing me; I am overwhelmed. Please allow me to postpone the pleasure of corresponding with you until times are more peaceful. I share in all your concerns; mine may not be so serious, but they affect me just as deeply. If you ever consider moving to the countryside, do not keep me unaware of your whereabouts; for even if you were at the ends of the earth, as long as you do not refuse my visit, I would make the journey to be with you.
Letter CCXXXLIX – To Mr. Moultou
Montmorency, March 1761.
One would have to be the last of men not to feel compassion for the unfortunate Louison. The pity and kindness that your honest historian feels for her make me believe that her own zeal towards her cause can be just as pure as mine; and assuming this to be the case, she surely deserves the full respect of a man who does not readily bestow it. Fortunately, there are others in higher positions whose hearts are equally tender, and who have both the power and the will to protect this unfortunate but worthy victim of a brutal man’s infamy. Monsieur le Maréchal de Luxembourg and Madame la Maréchale, to whom I have shown your letter, were moved by its contents, just as I was; they are willing to hear you and discuss with you what can be done—and what ought to be done—to help this young woman out of her dire situation. They are returning to Paris after Easter. Go, Monsieur, and meet these worthy and respected gentlemen; speak to them with that touching simplicity that they appreciate so much in your letter; be sincere with them in everything, and believe that their kind hearts will open up to the sincerity of yours. Louison will be protected if she deserves it; and you, Monsieur, will be esteemed for your good deeds. Should, during this rather brief wait, her situation become too difficult, please know that, for now at least, I am able to provide, albeit modestly, what is necessary for honest people in need.
Letter CCLI – To Mr. Moultou
Montmorency, May 29, 1761.
Inoltre, devo dirvi che un’equivoca piacevole da parte di Monsieur de Marmontel mi ha reso suo nemico personale, furioso e implacabile, poiché la vanità offesa non perdona mai. Quando uscì la mia Lettera contro gli spettacoli, ne inviai una copia a lui con queste parole: “Non all’autore del ‘Mercure’, ma a Monsieur de Marmontel”. Con questo volevo dire che gli inviavo il libro personalmente, e non affinché ne parlasse nel suo giornale; inoltre, volevo sottolineare che Monsieur de Marmontel era capace di qualcosa di meglio che scrivere il “Mercure de France”. Era un complimento che gli facevo. Lui l’ha interpretato come un insulto; e da questo potete ben capire che tutti i miei libri siano, almeno, pericolosi.
Ecco i veri difensori delle virtù e della verità. Mi sono reso giustizia allontanandomi dal loro nobile gruppo; non era certo possibile che un uomo così malvagio disonorasse tante persone oneste. Lascio che parlino pure. Io vivo in pace; dubito che qualcuno di loro farebbe lo stesso al mio posto.
Spero che il buon San Luigi mi abbia trovato esattamente come ero quando vi onoravo della vostra stima. Sarebbe crudele per me perderla, signora; ma sarebbe ancora più crudele averla meritata. Per quanto si possa essere sfortunati, ci sono sempre alcuni mali che si possono evitare. Buongiorno, signora. Avete ragione a rimandarmi alla mia massima; continuo ad utilizzare il mio sigillo senza vergogna, perché è inciso nel mio cuore.
Sono molto felice di apprendere del pieno recupero dell’ambasciatore; tuttavia, il modo in cui parlate della vostra salute mi preoccupa. Ma Saint-Louis dice che state abbastanza bene. Per quanto mi riguarda, la solitudine mi toglie, se non i miei mali, almeno le mie preoccupazioni; e questo fa sì che io ingrassi. Questo è l’unico cambiamento che si è verificato in me.
Lettera CCXXXIX – A Monsieur de Malesherbes
Montmorency, 10 febbraio 1761.
Signore, ho fatto tutto ciò che voi desideravate; e poiché il consenso del signor Rey ha dissipato i miei scrupoli, mi ritrovo ricco dei vostri benefici. L’interesse che vi prendete a me va al di là delle mie possibili ringraziamenti; pertanto non intendo esprimerlo a parole. Tuttavia, il maresciallo di Luxembourg conosce ciò che penso e ciò che provo; potrà parlarvene lui stesso. Non avrei forse la soddisfazione di vedervi da lui a Montmorency durante il prossimo viaggio di Pasqua, o nel mese di luglio, quando si trattiene più a lungo e il paesaggio è ancora più incantevole? Se non avessi alcun altro modo per esprimere la mia gratitudine e se voi foste disposti, durante la bella stagione, ad concedermi un’ora di udienza privata, ne approfitterei per rendervi omaggio.
Lettera CCXXXLI – A Monsieur ***
Montmorency, 13 febbraio 1761.
Signore, ho ricevuto soltanto ieri la lettera che mi avevate scritto il 5 di questo mese. Avete ragione nel ritenere che anche l’armonia dell’anima presenti le sue dissonanze, le quali tuttavia non rovinano affatto l’effetto complessivo: tutti sanno fin troppo bene come queste dissonanze si formino; ma è difficile salvarle. È proprio nei meravigliosi concerti delle sfere celesti che si impara a comprendere queste sapienti sequenze di accordi. Che fortuna, in questo secolo di cacofonia e discordia, avere un orecchio abbastanza puro per ascoltare questi divini concerti!
Del resto, persisto nella mia convinzione che, nonostante quanto si possa dire, chiunque, dopo aver letto la nuova “Eloisa”, possa considerarla un libro di cattive maniere, dimostra semplicemente di non essere adatto ad amare le cose buone. Mi rallegro, signore, che non facciate parte di questi sfortunati, e vi saluto con tutto il mio cuore.
Lettera CCXXXLIII – A Monsieur Panckoucke
[709]
Montmorency, 15 febbraio 1761.
Il 12 di questo mese ho ricevuto per posta una lettera anonima, senza data, timbrata a Lille e con diritto di ritorno gratuito. Poiché non è possibile rispondere in altro modo, dichiaro pubblicamente all’autore di questa lettera che l’ho letta e riletta più volte con emozione e commozione; che essa suscita in me il più profondo rispetto per lui, nonché il desiderio ardentissimo di conoscerlo e amarlo; che parlando delle sue lacrime, ha fatto sì che anch’io versassi lacrime; e infine, che, a parte quella ragione di modestia che lo spinge a nascondersi, tutto in questa lettera mi piace.
Lettera CCXXXLV – A Monsieur de ***
Montmorency, 19 febbraio 1761.
Ecco, signore, la mia risposta alle osservazioni che avete avuto la gentilezza di inviarmi riguardo a “La Nuova Eloisa”. L’avete elevata a un onore di cui probabilmente non si aspettava nemmeno: quello di essere oggetto degli studi di teologi. Forse è proprio questo il destino legato a quel nome e a coloro che lo portano, dover sempre passare attraverso le mani di questi signori. Vedo che hanno lavorato con grande zelo alla sua “conversione”, e non dubito affatto che i loro sforzi devoti l’abbiano resa una persona molto ortodossa; tuttavia ritengo che l’abbiano trattata con un po’ di durezza. Hanno denigrato i suoi pregi. E devo ammettere che mi piaceva di più così: affabile, anche se eretica, piuttosto che bigotta e cupa come è ora. Chiedo che mi venga restituita così com’era quando l’ho data; altrimenti la lascerò ai suoi “directori”.
Lettera CCXXXLVII – Alla Signora de Créqui
Montmorency, 25 febbraio 1761.
Signora,
Vi devo molte risposte; mi piace ricevere le vostre lettere; mi diverte scrivervi; vorrei scrivervi a lungo. Mi sembra di avere mille cose da dirvi, ma al momento non riesco a farlo con tranquillità: i problemi mi assorbono completamente. Permettetemi di rimandare il piacere di comunicare con voi a un momento più sereno. Condivido tutti i vostri preoccupazioni; le mie non sono così gravi, ma mi riguardano altrettanto da vicino. Se mai decideste di trasferirvi in campagna, non lasciate che io ignori la vostra nuova residenza. Perché, anche se foste all’altro capo del regno, se non rifiutaste la mia visita, andrei personalmente a farvi visita.
Lettera CCXXXLIX – A Monsieur Moultou
Montmorency, marzo 1761.
Sarebbe davvero da ultimo degli uomini non interessarsi alla sfortunata Louison. La compassione e la benevolenza che il suo onesto storico prova per lei non mi lasciano dubitare che anche il suo zelo possa essere altrettanto puro del mio; e, dato ciò, può contare su tutto il rispetto di un uomo che non lo sprecava certo. Grazie al cielo, esistono persone di cuore così sensibile, in posizioni più elevate, che hanno sia il potere che la volontà di proteggere questa sfortunata ma stimabile vittima dell’infamia di un individuo brutale. Il maresciallo de Luxembourg e sua moglie, a cui ho inviato la vostra lettera, sono stati commossi, proprio come me, alla sua lettura; sono disposti, signore, ad ascoltarvi e a consultarsi con voi su ciò che si può e cosa è opportuno fare per tirare questa giovane donna dalla difficoltà in cui si trova. Torneranno a Parigi dopo Pasqua. Andate dunque, signore, da questi nobili e rispettabili signori; parlate con loro con quella semplicità toccante che amano nella vostra lettera; siate sincero con loro in tutto, e credete che i loro cuori benevoli si apriranno alla sincerità del vostro. Louison sarà protetta se lo merita; e voi, signore, verrete stimato per la vostra buona azione. E se, in questo lasso di tempo, pur abbastanza breve, la situazione della giovane donna dovesse rivelarsi troppo difficile, sappiate che, almeno per il momento, sono in grado di pagare, sebbene modestamente, quella quota che chiunque abbia bisogno deve versare ai poveri onesti che non ne dispongono.
Lettera CCLI – A Monsieur Moultou
Montmorency, 29 maggio 1761.
Vous pardonneriez aisément mon silence, cher Moultou, si vous connaissiez mon état ; mais, sans vous écrire, je ne laisse pas de penser à vous, et j’ai une proposition à vous faire. Ayant quitté la plume et ce tumultueux métier d’auteur, pour lequel je n’étais point né, je m’étais proposé, après la publication de mes rêveries sur l’éducation, de finir par une édition générale de mes écrits, dans laquelle il en serait entré quelques-uns qui sont encore en manuscrit. Si peut-être le mal qui me consume ne me laissait pas le temps de faire cette édition moi-même, seriez-vous homme à faire le voyage de Paris, à venir examiner mes papiers dans les mains où ils seront laissés, et à mettre en état de paraître ceux que vous jugerez bons à cela ? Il faut vous prévenir que vous trouverez des sentiments sur la religion qui ne sont pas les vôtres, et que peut-être vous n’approuverez pas, quoique les dogmes essentiels à l’ordre moral s’y trouvent tous. Or je ne veux pas qu’il soit touché à cet article : il s’assit donc de savoir s’il vous convient de vous prêtera cette édition avec cette réserve qui, ce me semble, ne peut vous compromettre en rien quand on saura qu’elle vous est formellement imposée, sauf à vous de réfuter en votre nom, et dans l’ouvrage même, si vous le jugez à propos, ce qui vous paraîtra mériter réfutation ; pourvu que vous ne changiez ni supprimiez rien sur ce point, sur tout autre vous serez le maître.
J’ai besoin, monsieur, d’une réponse sur cette proposition, avant de prendre les derniers arrangements que mon état rend nécessaires. Si votre situation, vos affaires, ou d’autres raisons vous empêchent d’acquiescer, je ne vois que M. Roustan, qui m’appelle son maître, lui qui pourrait être le mien, auquel je pusse donner la même confiance, et qui, je crois, rendrait volontiers cet honneur à ma mémoire. En pareil cas, comme sa situation est moins aisée que la vôtre, on prendrait des mesures pour que ces soins ne lui fussent pas onéreux. Si cela ne vous convient ni à l’un ni à l’autre, tout restera comme il est ; car je suis bien déterminé à ne confier les mêmes soins à nul homme de lettres de ce pays. Réponse précise et directe, je vous supplie, le plus tôt qu’il se pourra, sans vous servir de la voie de M, Coindet. Sur pareille matière le secret convient, et je vous le demande. Adieu, vertueux Moultou : je ne vous fais pas des compliments, mais il ne tient qu’à vous de voir si je vous estime.
Vous comprenez bien que la Nouvelle Héloïse ne doit pas entrer dans le recueil de mes écrits.
Lettre CCLII – À Madame la maréchale de Luxembourg
[712]
Montmorency, le 12 juin 1761.
Que de choses j’aurais à vous dire avant que de vous quitter ! Mais le temps me presse, il faut abréger ma confession, et verser dans votre coeur bienfaisan t mon dernier secret. Vous saurez donc que depuis seize ans j’ai vécu dans la plus grande intimité avec cette pauvre fille qui demeure avec moi, excepté depuis ma retraite à Montmorency, que mon état m’a forcé de vivre avec elle comme avec ma soeur ; mais ma tendresse pour elle n’a point diminué, et, sans vous, l’idée de la laisser sans ressource empoisonnerait mes derniers instants. De ces liaisons sont provenus cinq enfants, qui tous ont été mis aux Enfants-Trouvés, et avec si peu de précaution pour les reconnaître un jour, que je n’ai pas même gardé la date de leur naissance. Depuis plusieurs années le remords de cette négligence trouble mon repos, et je meurs sans pouvoir la réparer, au grand regret de la mère et au mien. Je fis mettre seulement dans les langes de l’aîné une marque dont j’ai gardé le double ; il doit être né, ce me semble, dans l’hiver de 1746 à 47 ou à peu près. Voilà tout ce que je me rappelle. S’il y avait le moyen de retrouver cet enfant, ce serait faire le bonheur de sa tendre mère ; mais j’en désespère, et je n’emporte point avec moi cette consolation. Les idées dont ma faute a rempli mon esprit ont contribué en grande partie à me faire méditer le Traité de l’Éducation ; et vous y trouverez, dans le livre 1er, un passage qui peut vous indiquer cette disposition[713]. Je n’ai point épousé la mère, et je n’y étais point obligé, puisque avant de me lier avec elle je lui ai déclaré que je ne l’épouserais jamais, et même un mariage public nous eût été impossible à cause de la différence de religion : mais du reste je l’ai toujours aimée et honorée comme ma femme, à cause de son bon coeur, de sa sincère affection, de son désintéressement sans exemple, et de sa fidélité sans tache, sur laquelle elle ne m’a pas même occasionné le moindre soupçon.
Voilà, madame la maréchale, la trop juste raison de ma sollicitude sur le sort de cette “pauvre fille après qu’elle m’aura perdu ; tellement que, si j’avais moins de confiance en votre amitié pour moi et en celle de M. le maréchal, je partirais pénétré de douleur de l’abandon où je la laisse ; mais je vous la confie, et je meurs en paix à cet égard. Il me reste à vous dire ce que je pense qui conviendrait le mieux à sa situation et à son caractère, et qui donnerait le moins de prise à ses défauts.
Ma première idée était de vous prier de lui donner asile dans votre maison, ou auprès de l’enfant qui en est l’espoir, jusqu’à ce qu’il sortît des mains des femmes : mais infailliblement cela ne réussirait point ; il y aurait trop d’intermédiaire entre vous et elle, et elle a, dans votre maison, des malveillants qu’elle ne s’est assurément point attirés par sa faute, et qui trouveraient infailliblement l’art de la disgracier tôt ou tard auprès de vous ou de M. le maréchal. Elle n’a pas assez de souplesse et de prudence pour se maintenir avec tant d’esprits différents, et se prêter aux petits manèges avec lesquels on gagne la confiance des maîtres, quelque éclairés qu’ils soient. Encore une fois cela ne réussirait point, ainsi je vous prie de n’y pas songer.
Je ne voudrais pas non plus qu’elle demeurât à Paris de quelque manière que ce fût ; bien sûr que, craintive et facile à subjuguer, elle y deviendrait la proie et la victime de sa nombreuse famille, gens d’une avidité et d’une méchanceté sans bornes, auxquels j’ai eu moi-même bien de la peine à l’arracher, et qui sont cause en grande partie de ma retraite en campagne. Si jamais elle demeure à Paris, elle est perdue ; car, leur fût-elle cachée, comme elle est d’un bon naturel, elle ne pourra jamais s’abstenir de les voir, et en peu de temps ils lui suceront le sang jusqu’à la dernière goutte, et puis la feront mourir de mauvais traitements.
Je n’ai pas de moins fortes raisons pour souhaiter qu’elle n’aille point demeurer avec sa mère, livrée à mes plus cruels ennemis, nourrie par eux à mauvaise intention, et qui ne cherchent que l’occasion de punir cette pauvre fille de n’avoir point voulu se prêter à leurs complots contre moi. Elle est la seule qui n’ait rien eu de sa mère, et la seule qui l’ait nourrie et soignée dans sa misère ; et si j’ai donné, durant douze ans, asile à cette femme, vous comprenez bien que c’est pour la fille que je l’ai fait. J’ai mille raisons, trop longues à détailler, pour désirer qu’elle ne retourne point avec elle. Ainsi je vous prie d’interposer même, s’il le faut, votre autorité pour l’en empêcher.
Je ne vois que deux partis qui lui conviennent : l’un, de continuer d’occuper mon logement[714], et de vivre en paix à Montmorency ; ce qu’elle peut faire à peu de frais avec votre assistance et protection, tant du produit de mes écrits que de celui de son travail, car elle coud très bien, et il ne lui manque que de l’occupation, que vous voudrez bien lui donner ou lui procurer, souhaitant seulement qu’elle ne soit point à la discrétion des femmes de chambre, car leur tyrannie et leur monopole me sont connus.
Dear Moultou, you would easily forgive my silence if you knew my situation; but even without writing to you, I never cease to think of you, and I have a proposal to make. Having left behind the pen and that tumultuous career as an author, for which I was not born, I had planned, after publishing my reflections on education, to finally bring out a complete edition of my works, including some that are still in manuscript form. Should the illness that afflicts me prevent me from undertaking this task myself, would you be willing to make the journey to Paris, to review my papers in their original place, and to prepare for publication those you deem suitable? I must warn you that you will find therein opinions on religion that are not yours own; you may not agree with them, even though they contain all the doctrines essential to moral order. However, I do not wish anything to be altered in this regard. Therefore, my question is whether it would be acceptable for you to undertake this publication with such a reservation—reservation which, in my opinion, cannot in any way compromise you, provided that you are aware it is formally imposed upon you. Should you deem it appropriate, you are free to refute anything in my name, directly within the work itself; but please do not change or remove anything regarding this point. On all other matters, you shall have full authority.
Sir, I need a reply to this proposal before making the final arrangements that my current circumstances require. If your situation, your affairs, or other reasons prevent you from agreeing, I see no one but Mr. Roustan—who calls me his master, and who could be mine as well—to whom I could entrust the same confidence. I believe he would gladly honor my memory in this way. In such a case, since his circumstances are less favorable than yours, measures could be taken to ensure that these arrangements do not prove burdensome for him. If neither you nor he are satisfied with this solution, then everything will remain as it is; for I am absolutely determined not to entrust such matters to any other literary figure in this country. I beg you to give me a clear and direct reply as soon as possible, without going through Mr. Coindet. In matters of this kind, secrecy is essential—I ask you to respect it. Adieu, virtuous Moultou: I am not offering you compliments, but it is up to you to decide whether I hold you in high regard.
You must understand that New Heloise should not be included in my collection of writings.
Letter CCLII – To Madame la Maréchale de Luxembourg
[712]
Montmorency, June 12, 1761.
There are so many things I would like to tell you before parting! But time presses; I must shorten my confession and pour into your kind heart my last secret. You will thus learn that for sixteen years I have lived in the closest intimacy with this poor girl who has remained with me—except since my retirement to Montmorency, when my health forced me to live with her as if she were my sister. Yet my affection for her has not diminished in the slightest. Without you, the thought of leaving her destitute would poison my last moments. From these relationships five children were born; all of them were placed in the Foundling Home, and I took so little care to keep track of their identities that I did not even retain their dates of birth. For many years now, the remorse over this negligence has disturbed my peace of mind, and I die without being able to make amends, to the great regret of both the mother and myself. I simply had a mark placed on the blanket of the eldest child; I still have that mark. He must have been born around the winter of 1746 or 1747. That is all I can recall. If there were any way to find this child, it would bring great happiness to his kind mother; but I despair of such a possibility and take this consolation with me no more. The thoughts that filled my mind because of my mistake greatly influenced my writing of the “Treatise on Education”; in Book 1, you will find a passage that may help you trace him[713]. I did not marry the mother; I had no obligation to do so, for before becoming involved with her, I told her clearly that I would never marry her. Moreover, a public marriage would have been impossible due to our different religions. Nevertheless, I always loved and treated her as my wife, for her kind heart, her sincere affection, her unparalleled selflessness, and her spotless fidelity—she never gave me any cause to doubt her.
Here it is, Madame la Maréchale, the perfectly justifiable reason for my concern regarding the fate of this “poor girl” after she has lost me; indeed, if I had less trust in your friendship toward me and in that of Monsieur le Maréchal, I would leave filled with sorrow at the thought of leaving her in such a state. But I entrust her to you, and in this regard, I die in peace. What remains is for me to tell you what I believe would be most suitable for her situation and her character, and what would least exploit her shortcomings.
My first thought was to ask you to grant her asylum in your home, or with the child who is her hope, until she is freed from the control of those women; but such an attempt would surely fail. There would be too many intermediaries between you and her, and in your household, there are people who are certainly not her friends—and who would inevitably find a way to bring her into disrepute, either with you or with Monsieur le Maréchal. She lacks the flexibility and prudence needed to deal with such diverse individuals, nor does she possess the skillful tactics required to win over the trust of even the most discerning masters. Once again, such an attempt would be futile; therefore, I beg you not to consider it.
I also do not wish for her to remain in Paris in any way; indeed, being timid and easily subdued, she would there become the prey and victim of her numerous relatives—a group of people whose greed and malice are without limit. It was with great difficulty that I managed to rescue her from their clutches, and they are largely responsible for my retreat to the countryside. If she ever stays in Paris, she is doomed; for even if they hid her away, her kind nature would prevent her from avoiding them. In short, it would only take a little time before they drained her of every last drop of strength and then caused her to die through cruel treatment.
I have every reason to wish that she not remain with her mother, to be left at the mercy of my most cruel enemies—fed by them out of malice, and who only seek an opportunity to punish this poor girl for refusing to participate in their schemes against me. She is the only one who has not received anything from her mother; she is the only one who has cared for and supported her in her misery. And if I have provided shelter for this woman for twelve years, you understand that it was for her daughter that I did so. I have a thousand reasons—too many to detail here—to wish that she not return with her mother. Therefore, I beg you to intervene, if necessary, using your authority to prevent it.
I see only two options that would suit her: one is to continue occupying my apartment[714] and live peacefully in Montmorency; something she could easily accomplish with your assistance and protection, both from the income generated by my writings and by her own work, since she is very skilled at sewing. All she lacks is an occupation—which you would be kind enough to provide or arrange for her. I only wish that this occupation not fall under the control of the maids, for their tyranny and monopoly are well-known to me.
Caro Moultou, perdonereste facilmente il mio silenzio se conosceste la mia situazione; ma anche senza scrivervi, non smetto mai di pensare a voi e ho una proposta da farvi. Dopo aver abbandonato la penna e questa tumultuosa attività di scrittore, per la quale non ero nato, avevo deciso, dopo la pubblicazione delle mie riflessioni sull’educazione, di completare l’edizione completa dei miei scritti, includendovi anche quelli ancora in manoscritto. Se forse la malattia che mi affligge non mi lasciasse il tempo di realizzare questa edizione personalmente, sareste disposto a intraprendere il viaggio fino a Parigi per esaminare i miei documenti e prepararli alla pubblicazione di quelli che ritenete idonei? Devo avvertirvi che troverete in questi scritti opinioni sulla religione diverse dalle vostre; forse non le approverete, anche se vi sono contenuti tutti i dogmi essenziali all’ordine morale. Tuttavia, non desidero che questo aspetto venga modificato: quindi vorrei sapere se siete disposto ad accettare questa edizione con tale riserva, che, a mio parere, non vi potrebbe creare alcun problema, purché si sappia che è stata formalmente imposta a voi. A meno che non riteniate opportuno confutare personalmente, e direttamente nell’opera stessa, ciò che vi sembra degno di essere contestato; ma a condizione che non modifichiate o cancelliate nulla in questo senso: su ogni altro argomento sarete voi il padrone.
Signore, ho bisogno di una risposta riguardo a questa proposta prima di prendere gli ultimi accordi necessari per la mia situazione attuale. Se la vostra condizione, i vostri affari o altre ragioni vi impediscono di acconsentire, non vedo che il signor Roustan, che mi chiama suo maestro e che potrebbe essere anche il mio, a cui potrei affidare la stessa fiducia, e che, credo, sarebbe felice di rendere questo onore alla mia memoria. In tal caso, poiché la sua situazione è meno agiata della vostra, si potrebbero prendere misure affinché questi provvedimenti non gli risultassero onerosi. Se né a voi né a lui questa soluzione conviene, tutto rimarrà com’è; poiché sono fermamente deciso a non affidare gli stessi compiti a nessun altro letterato di questo paese. Vi prego di rispondere in modo preciso e diretto il prima possibile, senza ricorrere al signor Coindet. In materia del genere, la segretezza è necessaria; ve lo chiedo. Addio, virtuoso Moultou: non vi faccio complimenti, ma spetta a voi constatare se vi stimo davvero.
Capite bene che “La Nuova Eloisa” non debba far parte della raccolta delle mie opere.
Lettera CCLII – Alla Marchesa di Lussemburgo
[712]
Montmorency, 12 giugno 1761.
Quante cose avrei da dirvi prima di lasciarvi! Ma il tempo mi stringe alle spalle; devo abbreviare la mia confessione e confidare nel vostro benevolo cuore l’ultimo dei miei segreti. Saprete quindi che, per sedici anni, ho vissuto nella massima intimità con quella povera ragazza che vive ancora con me; tranne durante il mio ritiro a Montmorency, quando le circostanze mi hanno costretto a vivere con lei come con una sorella. Ma il mio affetto per lei non è mai diminuito, e senza di voi, l’idea di lasciarla in condizioni disperate avvelenerebbe gli ultimi momenti della mia vita. Da queste relazioni sono nati cinque bambini, tutti affidati agli Orfani; ho preso così poche precauzioni per poterli riconoscere un giorno, che non ho nemmeno conservato la data delle loro nascite. Da diversi anni il rimorso di questa negligenza turbina il mio riposo, e muoio senza poterla rimediare, con grande dolore sia della madre che mio. Ho fatto mettere nella copertina del figlio maggiore un segno che ho conservato; deve essere nato nell’inverno tra il 1746 e il 1747, più o meno. Questo è tutto ciò che ricordo. Se esistesse un modo per ritrovare quel bambino, si potrebbe rendere felice la sua tenera madre. Ma ne dispero, e non porto con me questa consolazione. Le idee che il mio errore ha popolato la mia mente hanno contribuito in gran parte a farmi riflettere sul “Trattato sull’Educazione”; nel primo libro di quel testo troverete un passaggio che potrebbe indicarvi questa verità[713]. Non ho sposato la madre di quei bambini, e non ero nemmeno obbligato a farlo; le avevo infatti dichiarato fin dall’inizio che non l’avrei mai sposata, e inoltre un matrimonio pubblico sarebbe stato impossibile a causa della differenza di religione. Tuttavia l’ho sempre amata e rispettata come mia moglie, per il suo buon cuore, la sua sincera affezione, il suo esempio di disinteresse e la sua fedeltà senza macchia. Di cui non mi ha mai dato motivo di dubitare.
Ecco, madame la marescialla, la ragione più che giusta della mia preoccupazione per il destino di questa “povera ragazza”, dopo che mi avrà perso. Tanto che, se non avessi così grande fiducia nella vostra amicizia verso di me e in quella del signor maresciallo, partirei pieno di dolore all’idea dell’abbandono in cui la lascio; ma ve la affido, e in questo senso muoio in pace. Mi resta da dirvi ciò che ritengo sia il più adatto alla sua situazione e al suo carattere, e ciò che potrebbe limitare al minimo i suoi difetti.
La mia prima idea era di chiedervi di darle rifugio nella vostra casa, o presso il bambino che rappresenta la sua speranza, fino a quando non fosse uscita dalle mani di quelle donne. Ma questo sicuramente non avrebbe funzionato: ci sarebbero stati troppi intermediari tra voi e lei. Inoltre, nella vostra casa ci sono persone malvagie che, certamente, non si sono avvicinate a lei per colpa sua, e che prima o poi troverebbero il modo di rovinarle la reputazione, sia presso di voi che presso il maresciallo. Lei non possiede abbastanza astuzia e prudenza per gestire rapporti con persone così diverse tra loro, né per utilizzare quei piccoli stratagemmi con cui si può conquistare la fiducia dei padroni, per quanto questi siano illuminati. Ancora una volta: questo non avrebbe funzionato. Pertanto, vi prego di non pensarci nemmeno.
Non vorrei nemmeno che lei rimanesse a Parigi, in nessun modo; certo, essendo timida e facilmente manipolabile, diventerebbe l’preda e la vittima della sua numerosa famiglia: persone di avidità e malvagità senza limiti, dalle quali ho avuto molta difficoltà a strapparla via, e che sono in gran parte responsabili del mio ritiro in campagna. Se mai dovesse rimanere a Parigi, sarebbe perduta; perché, anche se fosse nascosta da loro, data la sua buona natura, non riuscirebbe mai a evitarli, e in poco tempo le succhierebbero via tutto il sangue, per poi farla morire a causa dei maltrattamenti.
Non ho motivi meno validi per desiderare che lei non rimanga con sua madre, esposta ai miei nemici più crudeli, nutrita da loro con cattive intenzioni, e che cercano soltanto l’occasione per punire questa povera ragazza perché non ha voluto partecipare ai loro complotti contro di me. Lei è l’unica che non ha ricevuto nulla da sua madre, ed è l’unica che l’ha nutrita e curata nella sua miseria; e se ho offerto asilo a questa donna per dodici anni, capite bene che è stata per la figlia che l’ho fatto. Ho mille motivi, troppo lunghi da elencare, per desiderare che lei non torni con lei. Pertanto vi prego di intervenire, se necessario, con la vostra autorità per impedirlo.
Vedo soltanto due opzioni adatte a lei: una è continuare a occupare il mio appartamento[714] e vivere in pace a Montmorency; questo le sarebbe possibile con pochi sforzi, grazie al vostro aiuto e alla vostra protezione, sia attraverso i proventi dei miei scritti che quelli del suo lavoro, poiché sa cucinare molto bene. Le manca soltanto un’occupazione, che vorrete gentilmente darle o procurarle per lei. Desidero solo che tale occupazione non dipenda dalle cameriere, poiché conosco bene la loro tirannia e il loro monopolio su queste questioni.
L’autre parti est d’être placée dans quelque communauté de province où l’on vit à bon marché, et où elle pourrait très bien gagner sa vie par son travail. J’aimerais moins ce parti que l’autre, parce qu’elle serait ainsi trop loin de vous, et pour d’autres raisons encore. Vous choisirez pour le mieux, madame la maréchale ; mais, quelque choix que vous fassiez, je vous supplie de faire en sorte qu’elle ait toujours sa liberté, et qu’elle soit la maîtresse de changer de demeure sitôt qu’elle ne se trouvera pas bien. Je vous supplie enfin de ne pas dédaigner de prendre soin de ses petites affaires, en sorte que, quoi qu’il arrive, elle ait du pain jusqu’à la fin de ses jours.
J’ai prié M. le maréchal de vous consulter sur le choix de la personne qu’il chargerait de veiller aux intérêts de la pauvre fille, après mon décès. Vous n’ignorez pas l’injuste partialité que marque contre elle celui qui naturellement serait choisi pour cela. Quelque estime que j’aie conçue pour sa probité, je ne voudrais pas quelle restât à la merci d’un homme que je dois croire honnête, mais que je vois livré, par un aveuglement inconcevable, aux intérêts et aux passions d’un fripon. Vous voyez, madame la maréchale, avec quelle simplicité, avec quelle confiance j’épanche mon coeur devant vous. Tout le reste de l’univers n’est déjà plus rien à mes yeux. Ce coeur qui vous aima sincèrement ne vit déjà plus que pour vous, pour M. le maréchal, et pour la pauvre fille. Adieu, amis tendres et chéris ; aimez un peu ma mémoire ; pour moi, j’espère vous aimer encore dans l’autre vie : mais, quoi qu’il en soit de cet obscur et redoutable mystère, en quelque heure que la mort me surprenne, je suis sûr qu’elle me trouvera pensant à vous.
Lettre CCLIV – À M. Mollet
En réponse à une lettre qui contenait la description d’une fête militaire
célébrée à Genève le 5 juin 1761.
À Montmorency, le 26 juin 1761.
Je vous remercie, monsieur, de tout mon coeur de la charmante relation que vous m’avez envoyée de la fête du 5 de ce mois. Je l’ai lue et relue avec intérêt, avec attendrissement, avec un sincère regret de n’en avoir pas été témoin. De tels amusements ne sont point frivoles, ils réveillent dans les coeurs des sentiments que tout tend à éteindre dans notre siècle, et même dans notre patrie ; puissiez-vous, monsieur, vous et tous les bons citoyens qui vous ressemblent, ramener parmi nous ces goûts, ces jeux, ces fêtes patriotiques qui s’allient avec les moeurs, avec la vertu, qu’on goûte avec transport, qu’on se rappelle avec délices, et que le coeur assaisonne d’un charme que n’auront jamais tous ces criminels amusements si vantés des gens à la mode !
J’étais très mal, monsieur’, quand je reçus votre lettre ; c’est ce qui m’a empêchez de vous en remercier plus tôt. Quoique je continue à souffrir beaucoup, je ne puis me refuser plus longtemps à la douce et salutaire distraction de m’occuper de la patrie et de vous. J’ai lu déjà bien des fois votre lettre ; je la lirai bien des fois encore : si ce n’est pas un remède à mes maux, c’est du moins une consolation. Heureux si j’y pouvais ajouter l’espoir de vous embrasser quelque jour à Genève, et d’y voir encore une fois en ma vie une fête pareille à celle que vous décrivez si bien ! Je vous salue de tout mon coeur.
Lettre CCLVI – À M. Moultou
Montmorency, le 24 juillet 1761.
Je ne doutais pas, monsieur, que vous n’acceptassiez avec plaisir les soins que je prenais la liberté de confier à votre amitié, et votre consentement m’a plus touché que surpris. Je puis donc, en quelque temps que je cesse de souffrir, compter que, si mon recueil n’est pas encore en état de voir le jour, vous ne dédaignerez pas de l’y mettre ; et cette confiance m’ôte absolument l’inquiétude qu’il est difficile de n’avoir pas en pareil cas pour le sort de ses ouvrages. Quant aux soins qui regardent l’impression, comme il ne faut que de l’amitié pour les prendre, ils seront remplis en ce pays-ci par les amis auxquels je suis attaché, et que je laisserai dépositaires de mes papiers pour en disposer selon leur prudence et vos conseils. S’il s’y trouve eu manuscrit quelque chose qui mérite d’entrer dans votre cabinet, de quoi je doute, je m’estimerai plus honoré qu’il soit dans vos mains que dans celles du public ; et mes amis penseront comme moi. Vous voyez qu’en pareil cas un voyage à Paris serait indispensable ; mais vous seriez toujours le maître de choisir le temps de votre commodité, et, dans votre façon de penser, vous ne tiendriez pas ce voyage pour perdu, non seulement par le service que vous rendriez à ma mémoire, mais encore par le plaisir de connaître des personnes estimables et respectables, les seuls vrais amis que j’ai jamais eus, et qui sûrement deviendraient aussi les vôtres. En attendant, je n’épargne rien pour vous abréger du travail. Le peu de moments où mon état me permet de m’occuper sont uniquement employés à mettre au net mes chiffons ; et, depuis ma lettre[717], je n’ai pas laissé d’avancer assez la besogne pour espérer de l’achever, à moins de nouveaux accidents.
Connaissez-vous un M. Mollet, dont je n’ai jamais entendu parler ? Il m’écrivit, il y a quelque temps, une espèce de relation d’une fête militaire, laquelle me fit grand plaisir, et je l’en remerciai. Il est parti de là pour faire imprimer, sans m’en parler, non seulement sa lettre, mais ma réponse, qui n’était sûrement pas faite pour paraître en public[718]. J’ai quelquefois essuyé de pareilles malhonnêtetés ; mais ce qui me fâche est que celle-ci vienne de Genève. Cela m’apprendra une fois pour toutes à ne plus écrire à gens que je ne connais point.
Voici, monsieur, deux lettres dont je grossis à regret celle-ci : l’une est pour M. Roustan, dont vous avez bien voulu m’en faire parvenir une, et l’autre pour une bonne femme qui m’a élevé, et pour laquelle je crois que vous ne regretterez pas l’augmentation d’un port de lettre, que je ne veux pas lui faire coûter, et que je ne puis affranchir avec sûreté à Montmorency, Lisez dans mon coeur, cher Moultou, le principe de la familiarité dont j’use avec vous, et qui serait indiscrétion pour un autre ; le vôtre ne lui donnera pas ce nom-là. Mille choses pour moi à l’ami Vernes. Adieu ; je vous embrasse tendrement.
Lettre CCLVIII – À Madame la maréchale de Luxembourg
Ce lundi 18, été de 1761.
J’avais espéré, madame la maréchale, de vous porter hier moi-même de mes nouvelles à votre passage à Saint-Brice ; mais vos relais n’étant point venus, l’heure étant incertaine, et le temps menaçant de pluie, je n’osai, n’étant point encore bien remis, hasarder cette course sans être sûr de vous rencontrer Vous êtes trop en peine de mon état ; il n’est pas si mauvais qu’on vous l’a fait : j’ai plus d’inquiétude que de douleurs, et les alternatives qui se succèdent me font croire que, pour cette fois, il n’empirera pas considérablement. Si vous étiez actuellement au château, je vous irais voir à l’ordinaire, et je ne serai pas assez malheureux pour ne le pouvoir pas quand vous y serez. Ce voyage, dont j’espère profiter, fait mon espoir le plus doux, et je puis vous répondre que mon coeur n’est point malade. Quant à mon corps, s’il n’est pas bien, c’est une espèce de soulagement pour moi de savoir qu’il ne peut être mieux, ou du moins que cela ne dépend pas des hommes : par-là, j’évite la peine et la gêne attachées à la crédulité des malades et à la charlatanerie des médecins. Je ne veux plus ajouter la dépendance de ces messieurs-là à celle de la nécessité, dont ils ne dispensent pas, quoi qu’ils fassent : comme j’ai pris mon parti là-dessus depuis longtemps, j’attends de l’amitié dont vous m’honorez que vous voudrez bien ne m’en plus parler. Bonjour, madame la maréchale ; conservez votre santé, et venez m’aider à rétablir la mienne. Si votre présence et celle de monsieur le maréchal ne guérit pas mes souffrances, elle me les fera oublier.
Lettre CCLX – À la même
À Montmorency, le 1er septembre 1761.
The other option would be for her to live in some provincial community where living costs are low, and where she could quite easily earn a living through work. I would prefer this option less than the first one, because it would mean she would be too far away from you, and for other reasons as well. You will make the best choice, Madame la Maréchale; but whatever decision you take, I implore you to ensure that she always retains her freedom and is able to change her residence whenever she feels unsatisfied. Finally, I beg you not to neglect to take care of her daily needs, so that no matter what happens, she will have enough food to last until the end of her days.
I have asked Marshal Monsieur to consult you regarding the choice of a person to oversee the interests of that poor girl after my death. You are well aware of the unjust prejudice that naturally favors someone else over her in this matter. As much respect as I hold for his integrity, I would not wish for her to fall into the hands of a man whom I must believe to be honest, yet who, due to an incomprehensible blindness, is at the mercy of a scoundrel’s interests and passions. You see, Madame la Maréchale, with what simplicity and confidence I pour out my heart before you. The rest of the world means nothing to me anymore. This heart, which has loved you sincerely, now lives only for you, for Marshal Monsieur, and for that poor girl. Adieu, my dear and tender friends; please remember me a little. For my part, I hope to continue loving you in the next life. But whatever may happen in this mysterious and frightening unknown, no matter at what moment death surprises me, I am certain it will find me thinking of you.
Letter CCLIV – To Mr. Mollet
In response to a letter that contained a description of a military festival.
celebrated in Geneva on June 5, 1761.
In Montmorency, on June 26, 1761.
I thank you, sir, from the bottom of my heart, for the delightful account you sent me about the celebration on the 5th of this month. I read it over and over again with interest, with emotion, and with sincere regret that I was not able to witness it firsthand. Such festivities are by no means frivolous; they awaken in people’s hearts sentiments that everything seems to be striving to extinguish in our century, even in our own country. May you, sir, and all the other good citizens like you, help to bring back among us those tastes, those games, those patriotic celebrations that are in harmony with virtue and morality—those things that fill one with joy when enjoyed and with pleasant memories when recalled, and that endow the heart with a charm that all those so-called “entertaining” activities, so highly praised by the fashionable, will never be able to match!
“I was in very poor health, sir,” I wrote, “when I received your letter; that is why I was unable to thank you sooner. Although I still suffer greatly, I can no longer resist the pleasant and beneficial distraction of dedicating myself to the service of our country and to helping you. I have read your letter many times already; I will read it many more times to come. If it does not cure my ailments, at least it brings me comfort. How fortunate I would be if I could also hope to embrace you one day in Geneva and once again in my life witness a celebration as splendid as the one you describe so vividly! I greet you with all my heart.”
Letter CCLVI – To Mr. Moultou
Montmorency, July 24, 1761.
I had no doubt, sir, that you would gladly accept the efforts I took the liberty of entrusting to your friendship, and your consent touched me more than it surprised me. Therefore, as soon as my suffering ceases, I can be certain that, even if my collection is not yet ready for publication, you will not decline to assist in its completion. This trust completely dispels any concern I might have regarding the fate of my works in such a situation. As for the practical arrangements necessary for printing them, since friendship alone is sufficient to motivate such efforts, they will be undertaken here by those friends to whom I am attached and whom I will entrust with my manuscripts, so that they may dispose of them according to their judgment and your advice. Should there be any manuscript worthy of inclusion in your collection—which I doubt—I would consider it an even greater honor for it to be in your hands than in those of the public; and my friends would share my opinion. You see that, in such a case, a trip to Paris would be indispensable; but you would always have the freedom to choose the time that suits you best. In your way of thinking, you would not consider this journey a loss, not only because it would serve to honor my memory, but also because it would afford me the pleasure of meeting worthy and respected people—the only true friends I have ever had, and who surely would become yours as well. In the meantime, I spare no effort to expedite matters for you. The little time left when my condition permits me to work is entirely devoted to finishing my drafts; and since I wrote you last, I have not made enough progress to hope of completing them, unless some new setbacks occur.
Do you know a Mr. Mollet about whom I have never heard? Some time ago, he wrote to me describing a military festival in some detail; it gave me great pleasure, and I thanked him for it. Unbeknownst to me, he had not only printed his own letter but also my reply, which certainly was not meant to be made public[718]. I have occasionally encountered such dishonesty before; but what bothers me most is that this incident has happened in Geneva. It will serve as a lesson for me never to write to people I do not know.
Here are, sir, two letters; I regret having to enlarge this one in size: one is for Mr. Roustan, whom you kindly had me send a letter from; the other is for a good woman who raised me, and for whom I believe you will not mind the extra cost of an additional postage stamp. I do not wish her to bear any expense, and I cannot safely send it from Montmorency. Read in my heart, dear Moultou, the basis of the familiarity with which I address you—something that would be considered indiscreet with anyone else; but with you, it carries no such connotation. A thousand regards for me to my friend Vernes. Adieu; I embrace you tenderly.
Letter CCLVIII – To Madame la Maréchale de Luxembourg
This Monday, the 18th, in the summer of 1761.
Madam Maréchale, I had hoped to bring you my own news personally when you passed through Saint-Brice yesterday; but since your messengers did not arrive, and given the uncertain timing and the threat of rain, I did not dare take the risk of traveling without being certain of meeting you. You are too anxious about my condition; it is not as bad as they have made it out to be. I feel more worried than in pain, and the alternating phases I experience lead me to believe that, for this time at least, it will not worsen significantly. If you were here at the château now, I would visit you as usual; and once you are there, I shall certainly not be in such poor health as to be unable to do so. This journey, from which I hope to benefit, is my greatest source of comfort, and I can assure you that my heart is not ill. As for my body, if it is not in good condition, at least I know it cannot get any worse—and that, at least, is not within the power of humans. In this way, I avoid the distress and inconvenience associated with the credulity of the sick and the quackery of doctors. I no longer wish to add the dependence on such people to the necessity they themselves cannot alleviate. Since I have long made up my mind on this matter, I expect that you, out of the friendship you hold for me, will kindly refrain from mentioning it any further. Goodbye, Madame Maréchale; take care of your health, and come help me recover. If neither your presence nor that of Monsieur le Maréchal can cure my suffering, at least they will help me forget it.
Letter CCLX – To the Same One
In Montmorency, on September 1st, 1761.
L’altra opzione consiste nel farla stabilire in qualche comunità di provincia dove si possa vivere a buon mercato e dove possa facilmente guadagnarsi da vivere con il proprio lavoro. Preferirei meno questa soluzione rispetto all’altra, perché così lei sarebbe troppo lontana da voi, e per altre ragioni ancora. Sceglierete ciò che ritenete meglio, madama la marescialla; ma, qualunque sia la vostra decisione, vi supplico di fare in modo che lei mantenga sempre la sua libertà e possa cambiare residenza non appena si trovi scontenta. Vi supplico infine di non trascurare di occuparvi delle sue piccole necessità, affinché, qualunque cosa accada, abbia del pane fino alla fine dei suoi giorni.
Ho pregato il marchese di consultarvi riguardo alla scelta della persona che dovrà prendersi cura degli interessi di quella povera ragazza dopo la mia morte. Non ignorate l’ingiusta parzialità che colpisce lei, proprio colui che naturalmente dovrebbe essere scelto per questo compito. Per quanto apprezzi la sua onestà, non vorrei che rimanesse alla mercé di un uomo che devo ritenere onesto, ma che, a causa di una cecità incomprensibile, è esposto agli interessi e alle passioni di un furfante. Vedete, signora marchesa, con quale semplicità, con quale fiducia vi confido il mio cuore. Tutto il resto dell’universo non ha più alcun significato ai miei occhi. Questo cuore che vi ha amata sinceramente vive ormai solo per voi, per il marchese e per quella povera ragazza. Addio, cari e dolci amici; prendete un po’ cura della mia memoria. Per quanto mi riguarda, spero di potervi ancora amare nell’altra vita. Ma, qualunque sia il destino di questo oscuro e terribile mistero, in qualsiasi momento la morte mi colga, sono certo che mi troverà mentre penso a voi.
Lettera CCLIV – A Monsieur Mollet
In risposta a una lettera che conteneva la descrizione di una festa militare
Celebrata a Ginevra il 5 giugno 1761.
A Montmorency, il 26 giugno 1761.
Vi ringrazio, signore, con tutto il mio cuore per la deliziosa descrizione della festa del 5 di questo mese che mi avete inviato. L’ho letta e riletta con interesse, con commozione, e provo un sincero rimpianto di non esserne stato testimone. Tali divertimenti non sono affatto frivoli; risvegliano nei cuori sentimenti che tutto tende a spegnere nel nostro secolo, persino nella nostra patria. Possiate voi, signore, e tutti i buoni cittadini che vi assomigliano, riportare tra di noi questi gusti, questi giochi, queste feste patriottiche che si armonizzano con le virtù e i costumi, che ci procurano gioia e ricordi piacevoli. Al contrario, tutti quei divertimenti criminali tanto lodati dalle persone alla moda non potranno mai avere un simile effetto!
Ero molto malato, signore, quando ricevetti la sua lettera; è per questo che non sono riuscito a ringraziarla prima. Anche se continuo a soffrire molto, non posso più rinunciare al piacere e al beneficio di dedicarmi alla patria e a voi. Ho letto già molte volte la sua lettera; la leggerò ancora molte altre volte: anche se non rappresenta una cura per i miei mali, è almeno un conforto. Sarei felice se potessi aggiungere anche la speranza di abbracciarvi un giorno a Ginevra e di vedere ancora una volta nella mia vita una festa simile a quella che descrivete così bene! Vi saluto con tutto il mio cuore.
Lettera CCLVI – A Monsieur Moultou
Montmorency, 24 luglio 1761.
Non dubitavo affatto, signore, che accettaste con piacere le cure che mi permetto di affidare alla vostra amicizia, e il vostro consenso mi ha commosso molto più di quanto mi aspettassi. Pertanto, non appena smetterò di soffrire, posso essere certo che, anche se la mia raccolta non è ancora pronta per essere pubblicata, non vi rifiuterete di occuparvene; questa fiducia mi toglie completamente quell’ansia che in casi del genere è difficile non provare riguardo al destino delle proprie opere. Per quanto riguarda le cure necessarie alla stampa, poiché per farle basta semplicemente l’amore e la dedizione, in questo paese saranno svolte dagli amici a cui sono legato e che lascerò incaricati dei miei manoscritti affinché ne dispongano secondo la loro prudenza e i vostri consigli. Se dovesse esserci qualche manoscritto che meriti di essere portato nel vostro studio – il che dubito molto – mi considererei più onorato se fosse nelle vostre mani piuttosto che in quelle del pubblico; e anche i miei amici la penseranno allo stesso modo. Come potete vedere, in un caso del genere un viaggio a Parigi sarebbe indispensabile; ma siete voi a decidere quando sarà più conveniente per voi, e, data la vostra mentalità, non considerereste questo viaggio una perdita, non solo per il servizio che rendereste alla mia memoria, ma anche per il piacere di conoscere persone stimabili e rispettabili: gli unici veri amici che abbia mai avuto, e che sicuramente diventerebbero anche i vostri. Nel frattempo, non risparmio nulla per farvi risparmiare lavoro. I pochi momenti in cui il mio stato di salute mi permette di occuparmi di queste cose sono interamente dedicati alla sistemazione dei miei manoscritti; e da quando ho scritto quella lettera[717], non ho fatto progressi sufficienti per sperare di concludere il lavoro, a meno che non si verifichino nuovi imprevisti.
Conoscete un certo signor Mollet di cui non ho mai sentito parlare? Mi ha scritto qualche tempo fa una sorta di resoconto su una festa militare; mi è piaciuto molto e gliene sono stato grato. Da quel momento, senza dirmelo, ha fatto stampare non solo la sua lettera, ma anche la mia risposta, che sicuramente non era destinata a essere pubblicata[718]. A volte ho già subito simili comportamenti disonesti; ma ciò che mi offende è che questo sia avvenuto a Ginevra. Questo incidente mi insegnerà, una volta per tutte, a non scrivere più a persone che non conosco.
Ecco, signore, due lettere; con rammarico ne ingrandisco una: una è per il signor Roustan, di cui avete voluto che ricevessi una sua lettera, e l’altra per una brava donna che mi ha allevato; credo che non vi dispiacerà se aumento leggermente la spesa della posta per lei. Non voglio che ciò le costi nulla, e non posso assicurarmi che il pagamento possa avvenire senza problemi a Montmorency. Leggete nel mio cuore, caro Moultou, il principio di familiarità con cui vi parlo. Un altro potrebbe considerarlo indiscreto; ma voi non lo farete. Mille saluti all’amico Vernes. Addio; vi abbraccio teneramente.
Lettera CCLVIII – Alla Marchesa di Lussemburgo
Questo lunedì 18, estate del 1761.
Signora marchesa, speravo di potervi portare personalmente mie notizie ieri, durante il vostro passaggio per Saint-Brice; ma poiché i vostri corrieri non sono arrivati, l’orario del vostro arrivo era incerto e minacciava pioggia, non ho osato rischiare di intraprendere questo viaggio senza essere certo di trovarvi. Siete troppo preoccupata per la mia salute; in realtà non è così grave come vi hanno detto: provo più ansia che dolore, e le alternanze di sintomi mi fanno credere che, questa volta, la situazione non peggiorerà significativamente. Se foste attualmente al castello, vi andrei a trovare come al solito; e non sarò così sfortunato da non poterlo fare nemmeno quando sarete lì. Questo viaggio, dal quale spero di trarre beneficio, rappresenta la mia più grande speranza. Posso assicurarvi che il mio cuore non è malato. Per quanto riguarda il mio corpo, sebbene non sia in ottima forma, è quasi un sollievo sapere che non può migliorare, o almeno che questo non dipende dagli esseri umani: in questo modo evito la sofferenza e l’imbarazzo legati alla credulità dei malati e alle pratiche fraudolente dei medici. Non voglio aggiungere ulteriori dipendenze a quelle già inevitabili. Poiché ho preso questa decisione da tempo, aspetto soltanto che voi, con la vostra amicizia, non ne parliate più. Addio, signora marchesa: prendetevi cura della vostra salute e venite ad aiutarmi a riprendermi. Se la vostra presenza e quella di monsieur le maréchal non potessero guarire le mie sofferenze, almeno le faranno dimenticare.
Lettera CCLX – Alla stessa persona
A Montmorency, il 1° settembre 1761.
Il est vrai, madame la maréchale, que j’avais grand besoin de votre dernière lettre pour me tranquilliser, d’autant plus que, par une fatalité qui me poursuit en toutes choses, celle de M. le maréchal, qui aurait fait le même effet, s’est égarée en route, et ne m’est parvenue que depuis quelques jours. Depuis que vous avez daigné me rassurer, je n’ai plus besoin de réponse ; je saurai des nouvelles de votre santé ; et d’ailleurs, puisque vos bontés pour moi sont toujours les mêmes, il ne me faut plus de nouvelles sur ce point-là. J’ai pourtant un peu votre dernier mot sur le coeur ; vous me reprochez de l’avoir moins tendre que vous. Madame la maréchale, à cela je n’ai qu’un mot à dire : à Dieu ne plaise que je vous cause jamais le quart des inquiétudes et des peines que vous m’avez fait souffrir depuis deux mois !
Lettre CCLXII – À M. d’Offreville
À Douai
Sur cette question : S’il y a une morale démontrée, ou s’il n’y en a point.
[720]
Montmorency, le 4 octobre 1761.
La question que vous me proposez, monsieur, dans votre lettre du 15 septembre, est importante et grave ; c’est de sa solution qu’il dépend de savoir s’il y a une morale démontrée, ou s’il n’y en a point.
Votre adversaire soutient que tout homme n’agit, quoi qu’il fasse, que relativement à lui-même, et que, jusqu’aux actes de vertu les plus sublimes, jusqu’aux oeuvres de charité les plus pures, chacun rapporte tout à soi.
Vous, monsieur, vous pensez qu’on doit faire le bien pour le bien, même sans aucun retour d’intérêt personnel ; que les bonnes oeuvres qu’on rapporte à soi ne sont plus des actes de vertu, mais d’amour-propre : vous ajoutez que nos aumônes sont sans mérite si nous ne les faisons que par vanité ou dans la vue d’écarter de notre esprit l’idée des misères de la vie humaine ; et en cela vous avez raison.
Mais, sur le fonds de la question, je dois vous avouer que je suis de l’avis de votre adversaire : car, quand nous agissons, il faut que nous ayons un motif pour agir, et ce motif ne peut être étranger à nous, puisque c’est nous qu’il met en oeuvre ; il est absurde d’imaginer qu’étant moi, j’agirai comme si j’étais un autre. N’est-il pas vrai que si l’on vous disait qu’un corps est poussé sans que rien le touche, vous diriez que cela n’est pas concevable ? C’est la même chose en morale, quand on croit agir sans nul intérêt.
Mais il faut expliquer ce mot à intérêt, car vous pourriez lui donner tel sens, vous et votre adversaire, que vous seriez d’accord sans vous entendre, et lui-même pourrait lui en donner un si grossier, qu’alors ce serait vous qui auriez raison.
Il y a un intérêt sensuel et palpable qui se rapporte uniquement à notre bien-être matériel, à la fortune, à la considération, aux biens physiques qui peuvent résulter pour nous de la bonne opinion d’autrui. Tout ce qu’on fait pour un tel intérêt ne produit qu’un bien du même ordre, comme un marchand fait son bien en vendant sa marchandise le mieux qu’il peut. Si j’oblige un autre homme en vue de m’acquérir des droits sur sa reconnaissance, je ne suis en cela qu’un marchand qui fait le commerce, et même qui ruse avec l’acheteur. Si je fais l’aumône pour me faire estimer charitable et jouir des avantages attachés à cette estime, je ne suis encore qu’un marchand qui achète de la réputation. Il en est à peu près de même si je ne fais cette aumône que pour me délivrer de l’importunité d’un gueux ou du spectacle de sa misère. Tous les actes de cette espèce qui ont en vue un avantage extérieur ne peuvent porter le nom de bonnes actions ; et l’on ne dit pas d’un marchand qui a bien fait ses affaires, qu’il s’y est comporté vertueusement.
Il y a un autre intérêt qui ne tient point aux avantages de la société, qui n’est relatif qu’à nous-mêmes, au bien de notre âme, à notre bien-être absolu, et que pour cela j’appelle intérêt spirituel ou moral, par opposition au premier ; intérêt qui, pour n’avoir pas des objets sensibles, matériels, n’en est pas moins vrai, pas moins grand, pas moins solide, et, pour tout dire en un mot, le seul qui, tenant intimement à notre nature, tende à notre véritable bonheur. Voilà, monsieur, l’intérêt que la vertu se propose, et qu’elle doit se proposer, sans rien ôter au mérite, à la pureté, à la bonté morale des actions qu’elle inspire.
Premièrement, dans le système de la religion, c’est-à-dire des peines et des récompenses de l’autre vie, vous voyez que l’intérêt de plaire à l’auteur de notre être et au juge suprême de nos actions est d’une importance qui l’emporte sur les plus grands maux, qui fait voler au martyre les vrais croyants, et en même temps d’une pureté qui peut ennoblir les plus sublimes devoirs. La loi de bien faire est tirée de la raison même ; et le chrétien n’a besoin que de logique pour avoir de la vertu.
Mais outre cet intérêt, qu’on peut regarder en quelque façon comme étranger à la chose, comme n’y tenant que par une expresse volonté de Dieu, vous me demanderez peut-être s’il y a quelque autre intérêt lié plus immédiatement, plus nécessairement à la vertu par sa nature, et qui doive nous la faire aimer longuement pour elle-même. Ceci tient à d’autres questions dont la discussion passe les bornes d’une lettre, et dont, par cette raison, je ne tenterai pas ici l’examen : comme, si nous avons un amour naturel pour l’ordre, pour le beau moral ; si cet amour peut être assez vif par lui-même pour primer sur toutes nos passions ; si la conscience est innée dans le coeur de l’homme, ou si elle n’est que l’ouvrage des préjugés et de l’éducation : car en ce dernier cas il est clair que nul n’ayant en soi-même aucun intérêt à bien faire, ne peut faire aucun bien que par le profit qu’il en attend d’autrui ; qu’il n’y a par conséquent que des sots qui croient à la vertu, et des dupes qui la pratiquent. Telle est la nouvelle philosophie.
Sans m’embarquer ici dans cette métaphysique, qui nous mènerait trop loin, je me contenterai de vous proposer un fait que vous pourrez mettre en question avec votre adversaire, et qui, bien discuté, vous instruira peut-être mieux de ses vrais sentiments que vous ne pourriez-vous en instruire en restant dans la généralité de votre thèse.
En Angleterre, quand lui homme est accusé criminellement, douze jurés enfermés dans une chambre pour opiner, sur l’examen de la procédure, s’il est coupable ou s’il ne l’est pas, ne sortent plus de cette chambre, et n’y reçoivent point à manger qu’ils ne soient tous d’accord ; en sorte que leur jugement est toujours unanime et décisif sur le sort de l’accusé.
Dans une de ces délibérations, les preuves paraissant convaincantes, onze des jurés le condamnèrent sans balancer ; mais le douzième s’obstina tellement à l’absoudre, sans vouloir alléguer d’autre raison, sinon qu’il le croyait innocent, que, voyant ce juré déterminé à mourir de faim plutôt que d’être de leur avis, tous les autres, pour ne pas s’exposer au même sort, revinrent au sien, et l’accusé fut renvoyé absous.
L’affaire finie, quelques-uns des jurés pressèrent en secret leur collègue de leur dire la raison de son obstination ; et ils surent enfin que c’était lui-même qui avait fait le coup dont l’autre était accusé, et qu’il avait eu moins d’horreur de la mort que de faire périr l’innocent chargé de son propre crime.
Proposez le cas à votre homme, et ne manquez pas d’examiner avec lui l’état de ce juré dans toutes ses circonstances. Ce n’était point un homme juste, puisqu’il avait commis un crime ; et, dans cette affaire, l’enthousiasme de la vertu ne pouvait point lui élever le coeur et lui faire mépriser la vie. Il avait l’intérêt le plus réel à condamner l’accusé pour ensevelir avec lui l’imputation du forfait ; il devait craindre que son invincible obstination n’en fît soupçonner la véritable cause, et ne fût un commencement d’indice contre lui : la prudence et le soin de sa sûreté demandaient, ce semble, qu’il fit ce qu’il ne fit pas, et l’on ne voit aucun intérêt sensible qui dût le porter à faire ce qu’il fit. Il n’y avait cependant qu’un intérêt très puissant qui pût le déterminer ainsi dans le secret de son coeur à toute sorte de risque : quel était donc cet intérêt auquel il sacrifiait sa vie même ?
It is true, Madam the Marshal, that I greatly needed your last letter to calm my worries, all the more so since, by a fate that seems to follow me in everything, the letter from Mr. the Marshal—which would have had the same effect—got lost on its way and only arrived a few days ago. Since you have taken the trouble to reassure me, I no longer need an answer; I will learn about your health. Moreover, since your kindness towards me remains unchanged, I no longer require any news in that regard. However, I still recall something you said in your last letter regarding the heart; you reproached me for not being as tender towards it as you are. Madam the Marshal, to this I have only one thing to say: may God never cause me even a quarter of the worries and pains you have made me suffer over these past two months!
Letter CCLXII – To Mr. d’Offreville
In Douai
Regarding this question: whether there exists a demonstrated morality, or whether none does at all.
[720]
Montmorency, October 4, 1761.
The question you pose to me, sir, in your letter dated September 15th, is important and serious; its resolution will determine whether there exists a demonstrated morality, or whether none does at all.
Your opponent argues that every man, in whatever he does, acts only in relation to himself, and that even in the most sublime acts of virtue and the purest acts of charity, everyone ultimately relates everything back to themselves.
You, sir, believe that one must do good for the sake of goodness itself, even without any personal gain; that acts of kindness performed with self-interest are no longer acts of virtue, but manifestations of self-love; you also say that our charitable deeds are devoid of merit if we perform them out of vanity or in order to rid our minds of the thought of human suffering. And in this regard, you are right.
But, at the core of this issue, I must confess that I agree with your opponent: when we act, we must have a motive for doing so, and that motive cannot be external to us, since it is we who put it into action; it would be absurd to imagine that, as myself, I would act as if I were someone else. Isn’t it true that if someone told you that a body was moved without anything touching it, you would say that such a thing is inconceivable? The same applies in morality when one believes they are acting without any self-interest at all.
But it is necessary to explain this term in terms of practical interest, because you and your opponent might assign it such meanings that you would agree without actually discussing it; moreover, the term itself could be interpreted in such a vulgar way that then it would be you who were in the right.
There is a tangible, sensual interest that relates solely to our material well-being—wealth, respect, physical possessions that may result from the good opinion of others. Everything we do for such an interest merely produces benefits of the same kind; it’s like a merchant doing his business by selling his goods as best he can. If I coerce another person in order to gain their recognition and respect, I am nothing more than a merchant engaging in trade, even resorting to trickery with the buyer. If I give alms in order to be regarded as charitable and to enjoy the benefits associated with such esteem, I am still merely a merchant buying reputation. It’s roughly the same if I give alms simply to rid myself of the nuisance of a beggar or the sight of their poverty. All acts of this kind, which are motivated by external advantages, cannot be called virtuous actions; and one would not say that a merchant who has done well in his business has behaved virtuously.
There is another kind of interest that has nothing to do with the advantages of society; it relates solely to us, to the well-being of our souls, to our absolute happiness. For this reason, I call it spiritual or moral interest—as opposed to the former. This interest, although it does not involve tangible, material objects, is none the less real, significant, and enduring. In a word, it is the only kind of interest that is intimately connected with our nature and truly leads us toward happiness. Such is the interest that virtue aims to pursue—and indeed must pursue—without in any way diminishing the merit, purity, or moral goodness of the actions it inspires.
Firstly, within the framework of religious belief—that is, the concept of rewards and punishments in the afterlife—it becomes evident that satisfying the Creator of our existence and the supreme judge of our actions holds such importance that it outweighs even the greatest evils; it is a motivation strong enough to drive true believers toward martyrdom. Moreover, this pursuit possesses a purity that can elevate even the most sublime duties to a higher level. The law of doing good is inherent in reason itself; therefore, a Christian merely needs to apply logical thought in order to practice virtue.
But apart from this interest—which can be regarded in some way as external to the thing itself, as merely stemming from God’s explicit will—you may perhaps ask whether there exists some other interest that is more directly and inherently linked to virtue, and that would make us cherish it for its own sake. This question relates to other matters whose discussion goes beyond the scope of a single letter; for this reason, I shall not attempt to examine them here. For instance: do we possess a natural love for order and for noble moral principles? Can this love be strong enough in itself to overcome all our passions? Is conscience innate within the human heart, or is it merely the product of prejudice and education? For if it were the latter, it would be clear that since no one inherently has any interest in doing good, no one can do good except for the benefit they expect to gain from it; consequently, only fools would believe in virtue, and only dupes would practice it. Such is this new philosophy.
Without delving too deeply into this metaphysics, which would take us too far, I will simply present you with a fact that you can use to question your opponent. Upon careful consideration, it may provide you with a better understanding of their true feelings than merely adhering to the generalities of your own argument.
In England, when a man is charged with a criminal offense, twelve jurors are confined to a chamber to deliberate on the evidence presented in the case, to determine whether he is guilty or not. They do not leave that chamber until they all reach a consensus; as a result, their verdict is always unanimous and decisive regarding the fate of the accused.
During one of these deliberations, when the evidence seemed convincing, eleven of the jurors convicted him without hesitation; but the twelfth juror insisted so firmly on acquitting him, refusing to give any other reason than that he believed him innocent, that seeing this juror determined to starve rather than agree with them, all the others, in order not to face the same fate, changed their decision, and the accused was acquitted.
After the case was concluded, some of the jurors secretly urged their fellow juror to tell them the reason for his obstinacy; and they finally learned that it was he himself who had committed the act for which the other person was accused, and that he had found less horror in the idea of death than in the thought of causing an innocent person to suffer for his own crimes.
Present this case to your husband, and be sure to examine with him the state of that juror in all its aspects. He was not a righteous man, since he had committed a crime; and in this matter, the enthusiasm for virtue could not elevate his heart or make him despise life. He had the most tangible interest in condemning the accused, in order to bury the accusation of wrongdoing along with him; he must have feared that his unyielding obstinacy might lead people to suspect the true cause of his actions, and thus become a clue against him. Prudence and concern for his own safety seemed to demand that he do what he did not; yet, there appears to be no obvious motive that could have driven him to act as he did. Nevertheless, there must have been some very powerful interest that influenced him in this way, secretly motivating him to take every kind of risk—what was that interest, which made him willing to sacrifice even his own life?
È vero, signora marchesa, che avevo davvero bisogno della vostra ultima lettera per tranquillizzarmi; soprattutto perché, per una fatalità che mi perseguita in tutto, anche quella lettera del signor marchese, che avrebbe avuto lo stesso effetto, si è persa lungo la strada e non è arrivata fino a me che alcuni giorni fa. Da quando avete avuto la bontà di rassicurarmi, non ho più bisogno di una risposta; saprò notizie sulla vostra salute, e inoltre, poiché le vostre gentilezze verso di me sono sempre le stesse, non ho più bisogno di nuove informazioni a questo proposito. Tuttavia, mi è rimasto il vostro ultimo commento riguardo al mio cuore; mi rimproverate di non esserne stato abbastanza tenero con voi. Signora marchesa, a questo ho solo una cosa da dire: che Dio non voglia mai che io vi causi anche solo un quarto delle preoccupazioni e dei dolori che mi avete fatto soffrire negli ultimi due mesi!
Lettera CCLXII – A Monsieur d’Offreville
A Douai.
Su questa questione: se esista una morale dimostrata, o se invece non ne esiste alcuna.
[720]
Montmorency, 4 ottobre 1761.
La domanda che mi ponevate, signore, nella vostra lettera del 15 settembre, è importante e grave; dalla sua risposta dipenderà se esista una morale dimostrabile, o se invece non ne esista alcuna.
Il vostro avversario sostiene che ogni uomo agisca, in qualsiasi cosa faccia, soltanto in relazione a se stesso, e che, anche negli atti di virtù più sublimi e nelle opere di carità più pure, ognuno consideri tutto ciò che fa in funzione di sé stesso.
Voi, signore, ritenete che si debba compiere il bene per il bene stesso, anche senza alcun tornaconto personale; che le buone azioni che si attribuiscono a se stessi non siano più atti di virtù, ma di orgoglio: aggiungete inoltre che le nostre elemosine sono prive di valore se le compiamo solo per vanità o al fine di allontanare dalla nostra mente l’idea delle miserie della vita umana; e in questo avete ragione.
Ma, alla base di questa questione, devo ammettere di essere d’accordo con il vostro avversario: quando agiamo, deve esserci un motivo che ci spinge a farlo, e questo motivo non può essere estraneo a noi, poiché è proprio noi ad attuarlo; sarebbe assurdo pensare che, essendo io, agirei come se fossi qualcun altro. Non è vero che, se vi si dicesse che un corpo viene spinto senza che nulla lo tocchi, direste che questo è impossibile? È la stessa cosa in morale: quando crediamo di agire senza alcun interesse personale.
Ma è necessario spiegare il significato di questa parola in modo chiaro, perché voi e il vostro avversario potreste darle significati diversi senza nemmeno accordarvi su di essi; inoltre, lo stesso termine potrebbe essere interpretato in modo molto grossolano da qualcuno, e allora sareste voi ad avere ragione.
Esiste un interesse sensuale e tangibile che riguarda esclusivamente il nostro benessere materiale: la fortuna, la considerazione sociale, i beni fisici che possono derivarci dall’opinione positiva altrui. Tutto ciò che si fa per tale scopo produce soltanto un beneficio di natura analoga; è come quando un commerciante realizza il proprio guadagno vendendo la propria merce nel modo migliore possibile. Se costringo un altro uomo a riconoscermi i miei diritti al fine di ottenere la sua stima, non faccio altro che comportarmi come un mercante che intratta affari, persino ingannando l’acquirente. Se faccio l’elemosina per essere considerato caritatevole e godere dei vantaggi legati a tale reputazione, sono ancora una volta un mercante che acquista “reputazione”. Lo stesso vale se compio queste azioni soltanto per liberarmi dall’importunità di un mendicante o dallo spettacolo della sua povertà. Tutti gli atti di questo genere, che hanno come scopo un vantaggio esterno, non possono essere definiti buone azioni; e non si dice certo di un commerciante che ha avuto successo nei suoi affari che si sia comportato in modo virtuoso.
Esiste un altro interesse che non ha nulla a che fare con i vantaggi della società, ma riguarda esclusivamente noi stessi, il bene della nostra anima, il nostro benessere assoluto; per questo motivo lo chiamo interesse spirituale o morale, in contrapposizione al primo. Questo interesse, pur non avendo oggetti sensibili o materiali, non è meno reale, né meno importante, né meno solido; anzi, si può dire che sia l’unico interesse che, essendo strettamente legato alla nostra natura, tende verso il nostro vero felicità. Ecco, signore, l’interesse che la virtù si propone, e che deve proprio proporsi, senza alcun detrimento al merito, alla purezza e alla bontà morale delle azioni che ispira.
In primo luogo, nel sistema della religione, ovvero nelle punizioni e nelle ricompense dell’altra vita, si può vedere che il desiderio di compiacere l’autore della nostra esistenza e il giudice supremo delle nostre azioni è così importante da superare i più grandi mali; tale desiderio spinge i veri credenti a sacrificarsi per la loro fede, e al contempo conferisce alla virtù una purezza tale da nobilitare anche i doveri più sublimi. La legge del bene deriva direttamente dalla ragione stessa; quindi il cristiano ha bisogno soltanto della logica per praticare la virtù.
Ma oltre questo interesse, che si potrebbe considerare in qualche modo estraneo alla cosa stessa, come legato soltanto a una volontà esplicita di Dio, forse mi chiederete se esista qualche altro interesse più immediatamente e necessariamente collegato alla virtù per sua natura, e che possa spingerci ad amarla per se stessa. Ciò riguarda altre questioni la cui discussione trascende i limiti di una lettera, e per questa ragione non tenterò qui di esaminarle: come, ad esempio, se abbiamo un amore naturale per l’ordine, per la bellezza morale; se questo amore possa essere abbastanza intenso da prevalere su tutte le nostre passioni; se la coscienza sia innata nel cuore dell’uomo, o se non sia altro che il risultato di pregiudizi ed educazione. Perché in questo ultimo caso è chiaro che nessuno, avendo in sé stesso alcun interesse a comportarsi bene, può compiere azioni virtuose se non per il vantaggio che ne trae dagli altri; quindi ci sono soltanto sciocchi che credono nella virtù e ingannati che la praticano. Questa è la nuova filosofia.
Senza addentrarmi in questa metafisica che ci porterebbe troppo lontano, mi limiterò a proporvi un fatto che potrete mettere in discussione con il vostro avversario; una seria analisi di questo fatto potrebbe forse aiutarvi a comprendere meglio i suoi veri sentimenti, piuttosto che limitarvi alle generalizzazioni della vostra tesi.
In Inghilterra, quando un uomo viene accusato di un reato, dodici giurati vengono chiusi in una stanza per esaminare i documenti del processo e decidere se sia colpevole o innocente. Non escono mai da quella stanza e non ricevono cibo fino a quando non raggiungono un accordo unanime; di conseguenza, la loro sentenza è sempre unanimemente concorde e decisiva per il destino dell’accusato.
In una di queste deliberazioni, poiché le prove sembravano convincenti, undici giurati lo condannarono senza esitazione; ma il dodicesimo si ostinò così fermamente a proclamarlo innocente, rifiutando di addurre qualsiasi altra motivazione se non la sua fede nella sua colpevolezza, che, vedendo quel giurato disposto a morire di fame piuttosto che ad accordarsi con loro, tutti gli altri, per non rischiare lo stesso destino, cambiarono opinione e l’accusato fu assolto.
Dopo che l’affare fu concluso, alcuni dei giurati chiesero in segreto al loro collega di spiegare loro il motivo della sua ostinazione; e finalmente scoprirono che era stato proprio lui ad aver commesso l’atto di cui l’altro era accusato, e che provava meno orrore alla morte che all’idea di far morire un innocente accusato del suo stesso crimine.
Propone questa situazione al tuo uomo, e non dimenticare di esaminare con lui lo stato di questo giurato in tutte le sue circostanze. Non era certo un uomo giusto, poiché aveva commesso un crimine; e, in questa faccenda, l’entusiasmo per la virtù non poteva certo elevargli il cuore né fargli disprezzare la vita. Aveva un interesse molto concreto nel condannare l’accusato, affinché potesse seppellire insieme a lui anche l’accusa di quel crimine; doveva temere che la sua ostinazione invincibile non facesse sospettare la vera causa del reato, e non diventasse un indizio contro di lui. La prudenza e la cura per la propria sicurezza avrebbero dovuto farlo agire diversamente. Eppure non si vede alcun interesse concreto che possa averlo spinto a comportarsi così. C’era tuttavia un interesse molto potente che poteva determinarlo, nel segreto del suo cuore, a correre ogni sorta di rischio. Quale era dunque questo interesse per cui sacrificava persino la propria vita?
S’inscrire en faux contre le fait serait prendre une mauvaise défaite ; car on peut toujours l’établir par supposition, et chercher, tout intérêt étranger mis à part, ce que ferait en pareil cas, pour l’intérêt de lui-même, tout homme de bon sens qui ne serait ni vertueux ni scélérat.
Posant successivement les deux cas : l’un, que le juré ait prononcé la condamnation de l’accusé et l’ait fait périr pour se mettre en sûreté ; l’autre, qu’il l’ait absous, comme il fit, à ses propres risques ; puis, suivant dans les deux cas le reste de la vie du juré et la probabilité du sort qu’il se serait préparé, pressez votre homme de prononcer décisivement sur cette conduite, et d’exposer nettement, de part ou d’autre, l’intérêt et les motifs du parti qu’il aurait choisi ; alors, si votre dispute n’est pas finie, vous connaîtrez du moins si vous vous entendez l’un l’autre, ou si vous ne vous entendez pas.
Que s’il distingue entre l’intérêt d’un crime à commettre ou à ne pas commettre, et celui d’une bonne action à faire ou à ne pas faire, vous lui ferez voir aisément que, dans l’hypothèse, la raison de s’abstenir d’un crime avantageux qu’on peut commettre impunément est du même genre que celle de faire, entre le ciel et soi, une bonne action onéreuse ; car outre que, quelque bien que nous puissions faire, en cela nous ne sommes que justes, on ne peut, avoir nul intérêt en soi-même à ne pas faire le mal qu’on n’ait un intérêt semblable à faire le bien ; l’un et l’autre dérivent de la même source et ne peuvent être séparés.
Surtout, monsieur, songez qu’il ne faut point outrer les choses au-delà de la vérité, ni confondre, comme faisaient les stoïciens, le bonheur avec la vertu. Il est certain que faire le bien pour le bien c’est le faire pour soi, pour notre propre intérêt, puisqu’il donne à l’âme une satisfaction intérieure, lui contentement d’elle-même sans lequel il n’y a point de vrai bonheur. Il est sûr encore que les méchants sont tous misérables, quel que soit leur sort apparent, parce que le bonheur s’empoisonne dans une âme corrompue comme le plaisir des sens dans un corps malsain. Mais il est faux que les bons soient tous heureux dès ce monde ; et comme il ne suffit pas au corps d’être en santé pour avoir de quoi se nourrir, il ne suffit pas non plus à l’âme d’être saine pour obtenir tous les biens dont elle a besoin. Quoiqu’il n’y ait que les gens de bien qui puissent vivre contents, ce n’est pas à dire que tout homme de bien vive content. La vertu ne donne pas le bonheur, mais elle seule apprend à en jouir quand on l’a : la vertu ne garantit pas des maux de cette vie et n’en procure pas les biens ; c’est ce que ne fait pas non plus le vice avec toutes ses ruses ; mais la vertu fait porter plus patiemment les uns et goûter plus délicieusement les autres. Nous avons donc, en tout état de cause, un véritable intérêt à la cultiver, et nous faisons bien de travailler pour cet intérêt, quoiqu’il y ait des cas où il serait insuffisant par lui-même sans l’attente d’une vie à venir. Voilà mon sentiment sur la question que vous m’avez proposée.
En vous remerciant du bien que vous pensez de moi, je vous conseille pourtant, monsieur, de ne plus perdre votre temps à me défendre on à me louer. Tout le bien ou le mal qu’on dit d’un homme qu’on ne connaît point ne signifie pas grand-chose. Si ceux qui m’accusent ont tort, c’est à ma conduite à me justifier ; toute autre apologie est inutile ou superflue. J’aurais dû vous répondre plus tôt ; mais le triste état où je vis doit excuser ce retard. Dans le peu d’intervalle que mes maux me laissent, mes occupations ne sont pas de mon choix ; et je vous avoue que, quand elles en seraient, ce choix ne serait pas d’écrire des lettres. Je ne réponds point à celles de compliments, et je ne répondrais pas non plus à la vôtre si la question que vous m’y proposez ne me faisait un devoir de vous en dire mon avis.
Je vous salue, monsieur, de tout mon coeur.
Lettre CCLXIV – À Madame La Tour
Montmorency, le 19 octobre 1761.
Le plaisir que j’ai, madame, de recevoir de vous une seconde lettre, serait tempéré ou peut-être augmenté par vos reproches, si je pouvais les concevoir ; mais c’est à quoi je fais de vains efforts. Vous me parlez d’une lettre de votre amie ; je n’en ai point reçu d’autre que celle qui accompagnait la vôtre du 16, et qui est de même date ; et cette lettre, ne vous déplaise, n’est point d’une femme, mais seulement d’un homme ou d’un ange, ce qui est tout un pour mon dépit. Vous semblez vous plaindre de ma négligence à répondre, et plus je mérite ce reproche de tout autre part, plus votre ingratitude en augmente, puisque j’ai répondu à votre première lettre le surlendemain de sa réception, et que, par un progrès de diligence dont je me passerais bien, voilà que dès le lendemain je réponds à la seconde.
Le grand mal est qu’en vous donnant un homme pour ami, vous êtes restée femme ; et la tromperie est d’autant plus cruelle que vous ne m’avez trompé qu’à demi. Deux hommes me feraient mille pareils tours que je n’en ferais que rire ; mais je ne sais pourquoi je ne puis vous imaginer tête-à-tête avec monsieur Julie, concertant vos lettres et tout le persiflage adressé à la pauvre dupe, sans des mouvements de colère, et, je crois, de quelque chose de pis : si, pour me venger, je voulais vous imaginer horrible, vous vous doutez bien que cela me réussirait mal ; je me venge donc au contraire en vous imaginant si charmante que, comme que vous puissiez être, j’ai de quoi vous rendre jalouse de vous. Tout ce qui me déplaît dans cette vengeance est la peur de la prendre à mes dépens.
Nouvelle folie qu’il vous faut avouer. En lisant cette lettre désolante, en l’examinant par tous les recoins, pour y chercher cette chimérique Julie, que je ne puis m’empêcher de regretter presque jusqu’aux larmes, j’ai été découvrir que le timbre de la petite poste avait fait impression au papier, à travers l’enveloppe, d’où j’ai conclu que l’auteur de cette lettre ne l’avait point écrite dans votre chambre. Cette découverte a sur-le-champ désarmé ma furie ; et j’ai compris par là que je vous pardonnais plutôt le complot de me tromper, que le tête-à-tête de l’exécution. Pour Dieu, madame, vous qui devez faire des miracles, tolérez l’indiscrétion de ma prière ; je vous demande à genoux de rechanger ce monsieur en femme. Abusez-moi, mentez-moi ; mais de grâce, refaites-en, comme vous pourrez, une autre Julie, et je vous donnerai à toutes deux les coeurs de mille Saint-Preux dans un seul.
To pretend to deny this fact would be to suffer a bad defeat; for it can always be established through reasoning, and by setting aside all external interests, one can determine what any reasonable person, neither virtuous nor wicked, would do in such a situation for the sake of their own interests.
Consider successively these two scenarios: in one, the juror pronounces a guilty verdict against the accused and causes his death in order to secure his own safety; in the other, he acquits him, at his own risk. Then, trace the juror’s life thereafter in both cases and assess the likelihood of the outcome he would have chosen for himself. Press your opponent to make a definitive decision regarding this conduct, and to clearly explain the advantages and motivations behind the side he would have chosen. In that way, even if your debate is not concluded, you will at least know whether you agree with each other or not.
If one were to distinguish between the merits of committing a crime or refraining from it, and those of performing a good deed or avoiding it, you could easily show them that, in such a case, the reason for abstaining from a profitable crime that can be committed without punishment is of the same nature as the reason for undertaking a costly but virtuous action. For, no matter how much good we may do, in doing so we are merely acting justly; whereas one cannot derive any inherent benefit from refraining from evil unless one also possesses a corresponding motive to engage in goodness. Both good and evil originate from the same source and cannot be separated.
Above all, sir, remember that we must not exaggerate things beyond the truth, nor confuse, as the Stoics did, happiness with virtue. It is certain that doing good for its own sake is doing it for ourselves, for our own interest, for it brings the soul inner satisfaction, a contentment within itself without which there is no true happiness. It is also certain that all evil people are miserable, whatever their apparent fate may be, because happiness is poisoned in a corrupt soul, just as the pleasures of the senses are ruined in a sick body. But it is false to say that all good people are happy in this life; and just as a healthy body alone is not enough for sustenance, a healthy soul alone is not enough to obtain all the goods it needs. Although only good people can live contentedly, it does not mean that every good person is truly happy. Virtue does not give happiness itself, but it alone teaches us how to enjoy it when we possess it; virtue does not guarantee us from the evils of this life nor provide us with all its blessings; neither does vice, despite all its deceptions. Yet virtue enables us to endure hardships more patiently and to taste pleasures more delightfully. Therefore, in every case, we have a genuine reason to cultivate virtue, and it is right for us to strive for this goal, even if in some situations it would not be sufficient on its own without the hope of an afterlife. Such is my opinion on the question you have posed to me.
Thank you for the good things you think of me; however, I advise you, sir, not to waste any more time defending or praising me. All the good or bad that is said about a person one does not know means little. If those who accuse me are wrong, it is my behavior that must justify myself; any other defense is useless or superfluous. I should have replied to you sooner; but the sad state in which I find myself must excuse this delay. In the little time my ailments allow me, my occupations are not of my own choosing; and I must admit that, even if they were, writing letters would not be among them. I do not respond to compliments, nor would I respond to yours unless the question you pose in it required me to express my opinion to you.
I greet you wholeheartedly, sir.
Letter CCLXIV – To Madame La Tour
Montmorency, October 19, 1761.
Madam, the pleasure I feel in receiving a second letter from you would be tempered—or perhaps even increased—if I could understand what you are reproaching me for; but I make vain efforts to do so. You mention a letter from your friend; I have received only one other letter besides the one that came with yours on the 16th, and it is of the same date. And this letter, please do not take offense, is not written by a woman, but merely by a man—or perhaps an angel, which is even more to my dismay. You seem to be complaining about my negligence in responding; yet the more I deserve such reproaches from other sources, the greater your ingratitude seems, for I replied to your first letter the very day after it was received, and now, through an excess of diligence that I could well do without, I am replying to the second one as soon as it arrives.
The real problem is that, by having chosen a man as your friend, you have still remained a woman; and the deception is all the more cruel because you only deceived me halfway. If two men tried to play such tricks on me, I would laugh them off; but for some reason, I can’t help imagining you in collusion with Monsieur Julie, plotting your letters and all that mockery aimed at that poor fool—without feeling any anger, or perhaps something even worse. If, in order to take my revenge, I tried to imagine you in a horrible light, you surely know how poorly that would succeed. Instead, I take my revenge by imagining you so charming that, no matter what you really are, there’s always something about you that could make me jealous of you. The only thing I dislike about this kind of revenge is the fear that it might backfire on me.
Another act of madness that you must admit. As I read this lamentable letter, examining it in every detail in search of that elusive Julie—whom I can’t help but regret almost to the point of tears—I discovered that the stamp from the local post office had left an impression on the paper, through the envelope itself. This led me to conclude that the author must not have written it in your room. This discovery instantly calmed my fury; and I realized that I was more willing to forgive you for this attempt to deceive me than for that supposed private meeting where the “execution” took place. For God’s sake, madam—you who are capable of miracles—please tolerate the indiscretion of my plea. I beg you on my knees: transform this man back into a woman. Abuse me, lie to me, but please, create another Julie for me, and I will give both of you the hearts of a thousand Saint-Preux in one.
Negare un fatto equivarrebbe a subire una sconfitta ingiusta; infatti, tale fatto può sempre essere dimostrato attraverso delle ipotesi, e, prescindendo da qualsiasi interesse estraneo, si può sempre cercare di capire cosa farebbe, nell’interesse proprio, qualsiasi persona sensata che non sia né virtuosa né malvagia.
Esaminando successivamente i due casi: nel primo, che il giurato abbia pronunciato la condanna dell’accusato e lo abbia fatto morire per garantirsi la propria sicurezza; nel secondo, che lo abbia assolto, come fece, a proprio rischio; quindi, seguendo in entrambi i casi il resto della vita del giurato e la probabilità del destino che si sarebbe preparato ad affrontare, esortate il vostro interlocutore a prendere una decisione definitiva su questo comportamento e a spiegare chiaramente, da un lato o dall’altro, gli interessi e i motivi della scelta che avrebbe fatto; in questo modo, anche se la vostra discussione non dovesse concludersi, almeno saprete se vi intendete o meno.
Se si distingue tra il vantaggio di commettere o di non commettere un crimine, e quello di compiere o di non compiere una buona azione, gli si potrà facilmente dimostrare che, in questo caso, il motivo per cui è opportuno astenersi da un crimine vantaggioso che si può commettere impunemente è dello stesso genere di quello per cui è giusto compiere una buona azione onerosa; infatti, per quanto bene possiamo fare, in questo senso siamo soltanto giusti; non esiste alcun interesse intrinseco nel non compiere il male, così come non esiste un interesse analogo nel compiere il bene; entrambi derivano dalla stessa fonte e non possono essere separati.
Soprattutto, signore, ricordate che non si deve esagerare oltre la verità, né confondere, come facevano gli stoici, la felicità con la virtù. È certo che compiere il bene per il bene significa farlo per sé stesso, per il proprio interesse personale, poiché questo dona all’anima una soddisfazione interiore, un piacere di sé senza il quale non esiste vera felicità. È altresì certo che i malvagi sono tutti infelici, qualunque sia la loro sorte apparente, perché la felicità si avvelena in un’anima corrotta, così come il piacere dei sensi in un corpo malato. Tuttavia, è falso affermare che i buoni siano sempre felici in questa vita; e proprio come non basta che il corpo sia sano per disporre di ciò di cui ha bisogno, non basta nemmeno che l’anima sia pura per ottenere tutti i beni di cui ha necessità. Sebbene solo le persone buone possano vivere felicemente, questo non significa che ogni uomo buono lo sia davvero. La virtù non dona la felicità in sé, ma è l’unica a insegnare come goderla quando si possiede; la virtù non garantisce l’assenza dei mali di questa vita né ne provvede i beni; lo stesso vale per il vizio e tutte le sue astuzie. Tuttavia, la virtù permette di sopportare con maggiore pazienza i mali e di godere più appieno dei beni. Pertanto, in ogni caso, abbiamo un vero interesse a coltivarla, e facciamo bene a lavorare per questo scopo, anche se ci sono situazioni in cui tale impegno da solo non sarebbe sufficiente senza l’attesa di una vita futura. Ecco il mio parere sulla questione che mi avete posto.
Grazie per le buone cose che pensate di me, vi consiglio tuttavia, signore, di smettere di perdere il vostro tempo a difendermi o lodarmi. Tutto il bene o il male che si dice di una persona che non si conosce significa ben poco. Se coloro che mi accusano hanno torto, è alla mia condotta che spetta giustificarsi; qualsiasi altra apologia è inutile o superflua. Avrei dovuto rispondervi prima; ma lo stato triste in cui vivo deve scusare questo ritardo. Nel poco tempo che i miei mali mi lasciano, le mie occupazioni non sono di mia scelta; e vi confesso che, anche se lo fossero, tale scelta non sarebbe quella di scrivere lettere. Non rispondo a quelle piene di complimenti, e non risponderei nemmeno alla vostra se la questione che mi ponevate non mi imponesse il dovere di esprimervi il mio parere.
Vi saluto con tutto il mio cuore, signore.
Lettera CCLXIV – A Madame La Tour
Montmorency, 19 ottobre 1761.
Il piacere che provo, signora, nel ricevere una seconda lettera da voi sarebbe mitigato, o forse addirittura aumentato, dai vostri rimproveri, se solo potessi comprenderli; ma è qualcosa a cui cerco invano di dare un senso. Parlate di una lettera della vostra amica; non ne ho ricevuta nessun’altra se non quella che accompagnava la vostra del 16, e che ha lo stesso giorno di datazione. E questa lettera, non vi dispiace, vero? Non è scritta da una donna, ma soltanto da un uomo, o forse da un angelo, il che, per me, rappresenta una vera sconfitta. Sembra che vi lamentiate della mia negligenza nel rispondere; e più merito questo rimprovero da altre parti, più la vostra ingratitudine aumenta, visto che ho risposto alla vostra prima lettera il giorno dopo averla ricevuta, e che, con un’eccessiva diligenza di cui potrei ben fare a meno, ho risposto anche alla seconda nel giorno seguente.
Il vero problema è che, avendo scelto un uomo come amico, sei rimasta comunque una donna; e l’inganno diventa ancora più crudele perché mi hai ingannato solo in parte. Due uomini potrebbero farmi mille simili scherzi, ma io li troverei solo divertenti. Tuttavia non so perché non riesco a immaginarti insieme a monsieur Julie, mentre concordate le vostre lettere e tutto quel sarcasmo rivolto alla povera vittima, senza provare rabbia. E, credo, anche qualcosa di peggio. Se volessi vendicarmi, immaginandoti orribile, sai bene che non ci riuscirei mai; quindi mi vendico invece immaginandoti così incantevole da farti sentire invidiosa di te stessa. L’unica cosa che mi dispiace in questa “vendetta” è la paura che possa ritrovarmici io stesso a pagarne le conseguenze.
Un’altra follia che dovete ammettere. Leggendo questa lettera desolante, esaminandola attentamente in ogni dettaglio nella speranza di trovarvi quella chimera chiamata Julie, per la quale non posso fare a meno di provare quasi dolore fino alle lacrime, ho scoperto che il timbro della piccola posta aveva lasciato un’impronta sulla carta, attraverso l’involucro. Da questo ho concluso che l’autore di questa lettera non l’aveva scritta nella vostra stanza. Questa scoperta ha immediatamente placato la mia furia; e ho capito che vi perdonavo molto più il tentativo di ingannarmi che quell’incontro “intimo” durante l’esecuzione del vostro piano. Per Dio, signora. Voi che dovete compiere miracoli. Permettetemi questa indiscrezione. Vi supplico in ginocchio: trasformate quel signore in una donna. Abusate di me, mentite per me. Ma vi prego. Riportatela, come potrete, in quella Julie che un tempo era. E vi darò i cuori di mille Saint-Preux in uno solo.
Quant aux lettres que vous dites m’avoir été précédemment écrites, et qu’il est, ajoutez-vous, impossible de supposer ne m’être pas parvenues, il ne faut pas, madame, le supposer, il faut en être persuadée. Je n’ai point reçu ces lettres : si je les avais reçues, j’aurais pu n’y pas répondre, du moins si tôt, car je suis paresseux, souffrant, triste, occupé, et de ma vie je n’ai pu avoir d’exactitude dans les correspondances qui m’intéressaient le plus ; mais je n’en aurais point nié la réception, et je n’aurais point désavoué mon tort. Je juge par le tour de vos reproches qu’il était question du soin de ma santé, et je suis touché de l’intérêt que vous voulez bien y prendre. Loin que mon dessein soit de mourir, c’est pour vivre jusqu’à ma dernière heure que j’ai renoncé aux impostures des médecins. Vingt ans de tourments et d’expérience m’ont suffisamment instruit de la nature de mon mal et de l’insuffisance de leur art. Ma vie, quoique triste et douloureuse, ne m’est point à charge ; elle n’est point sans douceurs, tant que des personnes telles que vous me paraissez être daignent y prendre intérêt ; mais lutter en vain pour la prolonger, c’est l’user et raccourcir ; le peu qui m’en reste m’est encore assez cher pour en vouloir jouir en paix. Mon parti est pris, je n’aime pas la dispute, et je n’en veux point soutenir contre vous ; mais je ne changerai pas de résolution. Adieu, madame ; ici finira probablement notre courte correspondance ; jouissez du triomphe aisé de me laisser du regret à la finir. Je suis sensible, facile, et naturellement fort aimant ; je ne sais point résister aux caresses. D’une seule lettre vous m’aviez déjà subjugué ; j’avoue aussi que votre feinte Julie ajoutait beaucoup à votre empire ; et maintenant encore que je sais qu’elle n’existe pas, son idée augmente le serrement de coeur qui me reste, en songeant au tour que vous m’avez joué.
Lettre CCLXVI – À Madame la maréchale de Luxembourg
Montmorency, 22 octobre 1761.
J’ai reçu, madame la maréchale, une très énergique réponse de M. le maréchal[722], et j’aime à me flatter que cette réponse vous est commune avec lui, d’autant plus que vous m’en faites quelques-unes de ce ton-là, au papier près que vous n’y mettez pas. Il est vrai qu’une réponse que vous écrivez parle pour dix que vous n’écrivez point, et, si j’étais moins insatiable, une seule de vos lettres suffirait pour alimenter mon coeur pour toute ma vie : mais c’est précisément leur prix qui m’en rend avide, et je trouvé que vous n’avez jamais assez dit ce que je me plais tant à entendre et à lire. Au moyen de la correspondance nouvellement établie, j’espère que vous me dispenserez plus libéralement des grâces qui me sont chères ; il ne vous en coûtera qu’une feuille de papier et une adresse de votre main ; car il me faut, s’il vous plait, quelques mots que vous ayez tracés, et qui me donneront la confiance de supposer dans la lettre tous ceux qui n’y seront point, mais que vos bontés pour moi et mon attachement pour vous m’y feront supposer. Nous gagnerons tous deux à cet arrangement, madame la maréchale : vous aurez la peine d’écrire de moins, et moi j’aurai le plaisir de lire des lettres, moins agréables peut-être que vous ne les auriez écrites, mais, en revanche, aussi tendres qu’il me plaira.
Lettre CCLXVIII – À Madame la maréchale de Luxembourg
Ce dimanche 26 octobre.
Permettez, madame la maréchale, que je vous envoie le bulletin de ma journée d’hier. J’appris le matin que vous deviez passer à Saint-Brice, entre midi et une heure. Je dînai à onze heures et demie ; et, de peur d’arriver trop tard, voulant gagner le temps du relai, j’allai couper le grand chemin au barrage de Pierre-Fite ; de là je remontai au petit pas jusqu’à la vue de Saint-Brice. Là, les premières gouttes de pluie m’ayant surpris, je fus me réfugier chez le curé de Groslay, d’où, voyant que la pluie ne faisait qu’augmenter, je pris enfin le parti de me remettre en route, et j’arrivai chez moi mouillé jusqu’aux os, crotté jusqu’au dos, et, qui pis est, ne vous ayant point vue. Je voudrais bien, madame la maréchale, que tous ces maux excitassent votre pitié, et me valussent un petit emplâtre de papier blanc.
Lettre CCLXX – À Julie
[724]
Je joindrais une épithète si j’en savais quelqu’une qui pût aboutir à ce mot.
30 octobre 1761.
Oui, madame, vous êtes femme, j’en suis persuadé ; si, sur les indices contraires que je vous dirai quand il vous plaira, je m’obstinais après vos protestations à en douter encore, je ne ferais plus de tort qu’à moi. Cela posé, je sens que j’ai à réparer près de vous toutes les offenses qu’on peut faire à quelqu’un qu’on ne connaît que par son esprit ; mais ce devoir ne m’effraie point, et il faudra que vous soyez bien inexorable, si la disposition où je suis de m’humilier devant vous ne vous apaise pas. D’ailleurs, vous vous trompez fort, quand vous regardez votre amour-propre comme offensé par mes doutes ; la frayeur que j’avais qu’ils ne fussent fondés vous en venge assez ; et pensez-vous que ce ne fut rien, quand vous avez osé prendre ce nom de Julie, de n’avoir pu vous le disputer ?
La condition sous laquelle vous daignez satisfaire l’empressement que j’ai de savoir qui vous êtes, me confirme qu’il vous est bien dû. Je vous rends donc justice ; mais vous ne me la rendez pas, quand vous me supposez plus curieux que sensible. Non, madame, ce que je n’aurais pas fait pour vous complaire, je ne le ferais pas pour vous connaître, et je ne vous vendrais pas un bien que vous voulez me faire, pour en arracher un plus grand malgré vous. Je suppose que l’homme que vous voulez que je voie est le frère Côme, dont vous m’avez parlé précédemment ; si la chose était à faire, je vous obéirais, et vous resteriez inconnue : mais l’amitié a prévenu l’humanité. M. le maréchal de Luxembourg exigea l’été dernier que je le visse ; j’obéis, et il l’a fait venir deux fois. Le frère Côme a fait ce que n’avait pu faire avant lui nul homme de l’art ; je n’ai rien vu de lui qui ne soit très conforme à sa réputation et au jugement que vous en portez ; enfin, il m’a délivré d’une erreur fâcheuse, en vérifiant que mon mal n’était point celui que je croyais avoir. Mais celui que j’ai n’en est ni moins inconnu, ni moins incurable qu’auparavant, et je n’en souffre pas moins depuis ses visites ; ainsi, tous les soins humains ne servent plus qu’à me tourmenter. Ce n’est sûrement pas votre intention qu’ils aient cet usage.
Vous me reprochez l’abus de l’esprit qu’en vous supposant homme j’avais cru voir dans vos lettres. J’ignore si cette imputation est fondée, mais je n’ai jamais cru avoir assez d’esprit pour en pouvoir abuser, et je n’en fais pas assez de cas pour le vouloir. Mais il est vrai que dans l’espèce de correspondance qu’il vous a plu d’établir avec moi, l’embarras de savoir que dire a pu me faire recourir à de mauvaises plaisanteries qui ne me vont point, et dont je me tire toujours gauchement. Il ne tiendra qu’à vous, madame, et à votre aimable amie, de connaître que mon coeur et ma plume ont un autre langage, et que celui de l’estime et de la confiance ne m’est pas absolument étranger. Mais vous qui parlez, il s’en faut beaucoup que vous soyez disculpée auprès de moi sur ce chapitre ; et je vous avertis que ce grief n’est pas si léger à mon opinion, qu’il ne vaille la peine d’être d’abord discuté, et puis tout-à-fait ôté d’une correspondance continuée.
Après ma lettre pliée, je m’aperçois qu’on peut lire l’écriture à travers le papier, ainsi je mets une enveloppe.
Lettre CCLXXII – À Julie
À Montmorency, le 10 novembre 1761.
As for those letters you claim were previously written to me, and which, you add, it is impossible to assume did not reach me, madam, we must not merely assume it; we must be certain of it. I have not received these letters; if I had, I might not have replied, at least not so promptly, for I am lazy, suffering, sad, and occupied. Throughout my life, I have never been able to maintain any consistency in my correspondence with matters that interested me the most; but I would neither have denied receiving them nor denied my fault. From the tone of your reproaches, it seems you were concerned about my health, and I am touched by the interest you take in it. Far from wishing to die, it is precisely in order to live until my last hour that I have abandoned the deceptions of doctors. Twenty years of suffering and experience have taught me all I need to know about the nature of my illness and the inadequacy of their art. My life, though sad and painful, is not unbearable; it is not without its joys, so long as people like you are willing to show concern for it. But to struggle in vain to prolong it would only be to wear it out and shorten it. What little time I have left is still dear enough to me to want to enjoy it in peace. My decision is final; I do not care to argue, nor do I wish to contend with you; but I will not change my resolve. Adieu, madam; this likely marks the end of our brief correspondence. Enjoy the easy triumph of leaving me with regret at its conclusion. I am sensitive, gentle, and naturally very affectionate; I cannot resist tender feelings. A single letter from you had already captivated me; I must also admit that your pretended identity as Julie greatly enhanced your influence over me; and even now, knowing it was all an illusion, the memory of the trick you played only intensifies the longing in my heart.
Letter CCLXVI – To Madame la Maréchale de Luxembourg
Montmorency, October 22, 1761.
Madam Maréchal, I received a very enthusiastic reply from Monsieur le Maréchal[722], and I take pleasure in thinking that this response is shared by you both. All the more so since you yourself send me letters of this kind, albeit without putting them into writing. Indeed, a letter written by you is worth ten that you do not write; and if I were less insatiable, a single one of your letters would be enough to nourish my heart for the rest of my life. But it is precisely their rarity that makes me so eager for them. I find that you never say enough of those things which I delight in hearing and reading so much. Through this newly established correspondence, I hope you will grant me these cherished favors more freely. It will cost you nothing but a sheet of paper and your own handwriting; for I need, please, a few words penned by your hand—words that will give me the confidence to imagine all those who are not actually present in the letter, yet whom your kindness toward me and my devotion to you lead me to believe are there. Both of us will benefit from this arrangement, Madame Maréchal: you will have the less trouble writing, and I will have the pleasure of reading letters that may not be as delightful if written by you, but on the other hand, they will be as tender as I wish them to be.
Letter CCLXVIII – To Madame la Maréchale de Luxembourg
This Sunday, October 26th.
Permit me, Madame the Marshal, to send you a report of my activities yesterday. This morning, I learned that you were expected to pass through Saint-Brice between noon and one o’clock. I had dinner at eleven-thirty; fearing that I might arrive too late and in order to save time, I took a shortcut via the Pierre-Fite barrier. From there, I continued on at a slow pace until I came into sight of Saint-Brice. However, as the first drops of rain began to fall, I sought shelter at the curate’s house in Groslay. Seeing that the rain was only getting heavier, I finally decided to continue on my way. When I arrived home, I was drenched through and covered in mud; worse still, I had not managed to see you. I earnestly hope, Madame the Marshal, that all these misfortunes will arouse your compassion and earn me at least a small piece of white paper to dry myself with.
Letter CCLXX – To Julie
[724]
I would add an epithet if I knew of one that could appropriately describe this word.
October 30, 1761.
Yes, madam, you are a woman; I am convinced of that. If, in spite of the contrary evidence I will give you whenever you wish, I were to persist in doubting it despite your protests, I would be doing harm only to myself. Having said this, I feel that I must make amends to you for all the offenses one can commit against someone whom one knows only through their intellect; but this duty does not frighten me. You must indeed be very relentless if my willingness to humble myself before you does not appease you. Moreover, you are greatly mistaken in thinking that your self-esteem has been offended by my doubts; the fear that they might be justified is sufficient revenge for you. And think—was it nothing when you dared to take the name of Julie, and I could not stop you from doing so?
The condition under which you deign to satisfy my eagerness to know who you are confirms that this eagerness is indeed warranted. I therefore render you justice; but you do not render it to me when you assume that I am more curious than sensible. No, madam, what I would not do to please you, I would not do even to get to know you better, and I would certainly not sell you something you wish to make me buy, in order to cause you greater harm despite your intentions. I suppose the person you want me to meet is Brother Côme, about whom you have spoken to me before; if it were necessary for me to do so, I would obey you, and you would remain unknown to me. But friendship took precedence over human considerations. Last summer, Marshal de Luxembourg demanded that I meet with him; I obeyed, and he had him brought to see me twice. Brother Côme accomplished what no other artist had been able to before him; everything about him that I saw was entirely in line with his reputation and the opinion you hold of him. Finally, he corrected a serious mistake I had made, proving that my ailment was not what I had thought it was. But the illness I actually have remains just as unknown and incurable as before, and I suffer just as much since his visits. In short, all human efforts now only serve to torment me. Surely this is not your intention.
You reproach me of abusing my wit in assuming that I was a man when reading your letters. I do not know whether this accusation is founded, but I have never believed that I possessed enough wit to abuse it, nor do I attach any particular importance to it to the point of wishing to do so. However, it is true that in the kind of correspondence you chose to engage in with me, the difficulty of knowing what to say sometimes led me to resort to poor jokes that do not suit me at all, and from which I always emerge rather awkwardly. It depends solely on you, madam, and your kind friend, to understand that my heart and my pen speak a different language, and that the language of respect and trust is by no means entirely foreign to me. But since it is you who are speaking, you are far from being excused in my eyes on this matter; and I warn you that this complaint is not so trivial in my opinion as to not deserve serious consideration before deciding whether or not it should continue in our correspondence.
After folding my letter, I realize that the writing can be seen through the paper, so I put it into an envelope.
Letter CCLXXII – To Julie
In Montmorency, on November 10, 1761.
Per quanto riguarda quelle lettere che dite mi siano state scritte in precedenza e di cui aggiungete che sia impossibile supporre non siano arrivate a me, non bisogna, signora, semplicemente supporlo, ma ne essere convinta. Non ho ricevuto queste lettere; se le avessi ricevute, avrei potuto non rispondere, almeno non così presto, perché sono pigro, soffro, sono triste, sono occupato, e in tutta la mia vita non sono mai stato capace di mantenere un’accuratezza nelle corrispondenze che mi interessavano di più; ma non avrei né negato di averle ricevute, né avrei negato il mio errore. Dal tono delle vostre rimproveri deduco che si trattasse della mia salute, e sono commosso dall’interesse che vi prendete a essa. Lontano dal voler morire, è proprio per vivere fino all’ultima ora che ho rinunciato alle illusioni dei medici. Venti anni di sofferenze ed esperienza mi hanno insegnato abbastanza sulla natura della mia malattia e sull’inadeguatezza delle loro cure. La mia vita, sebbene triste e dolorosa, non è per me un peso; non è priva di dolcezze, finché persone come voi si degnano di prenderci cura; ma lottare invano per prolungarla significherebbe solo consumarla e accorciarla; ciò che mi resta mi è ancora abbastanza caro da volerlo godere in pace. Ho preso la mia decisione: non amo le discussioni e non intendo sostenerne nessuna con voi; ma non cambierò mai idea. Addio, signora; probabilmente qui finirà la nostra breve corrispondenza. Godetevi il facile trionfo di avermi lasciato dei rimpianti al suo termine. Sono sensibile, gentile e naturalmente molto affettuoso; non so resistere alle carezze. Con una sola lettera eravate già riuscita a soggiogarmi; ammetto anche che la vostra finta Julie abbia aggiunto molto al vostro potere su di me. E ora, anche se so che non esiste realmente, il ricordo di lei aumenta ancora di più l’emozione nel mio cuore, quando penso al trucco che mi avete giocato.
Lettera CCLXVI – Alla Marchesa di Lussemburgo
Montmorency, 22 ottobre 1761.
Signora marescialla, ho ricevuto una risposta molto decisa da parte del signor maresciallo[722], e mi compiaccio di pensare che questa risposta sia condivisa anche da voi; tanto più che voi stessa mi scrivete spesso in questo tono, sebbene non lo facciate esplicitamente per iscritto. È vero che una lettera scritta da voi vale dieci volte di più di una che non scriveste. E se fossi meno insaziabile, una sola delle vostre lettere basterebbe a nutrire il mio cuore per tutta la vita; ma proprio il loro valore è ciò che me le fa desiderare così ardentemente. Ho sempre avuto l’impressione che non diceste mai abbastanza di ciò che mi piace tanto ascoltare e leggere. Con questa nuova corrispondenza, spero che mi concediate più liberamente quelle grazie che mi sono così care: vi costerà soltanto una pagina di carta e una vostra firma. Mi bastano poche parole scritte da voi, per poter credere, nella lettera, a tutto ciò che non è effettivamente scritto, ma che la vostra bontà verso di me e il mio affetto per voi mi fanno supporre. Entrambi ne trarremo beneficio, signora marescialla: voi avrete meno da scrivere, e io avrò il piacere di leggere lettere. Forse meno piacevoli di quelle che avreste scritto voi stesse, ma comunque altrettanto dolci, secondo i miei desideri.
Lettera CCLXVIII – Alla Marchesa di Lussemburgo
Questo domenica, il 26 ottobre.
Permettetemi, signora marescialla, di inviarvi il resoconto della mia giornata di ieri. Stamattina ho saputo che avreste dovuto passare da Saint-Brice tra mezzogiorno e l’una. Ho pranzato alle undici e mezza; temendo di arrivare troppo tardi, per risparmiare tempo ho preso la strada più breve attraverso il ponte di Pierre-Fite, poi ho proseguito lentamente fino a quando non ho visto Saint-Brice in lontananza. A quel punto, le prime gocce di pioggia mi hanno colto di sorpresa; così sono andato a rifugiarmi presso il curato di Groslay. Vedendo che la pioggia continuava ad aumentare, alla fine ho deciso di riprendere il viaggio. Sono arrivato a casa bagnato fradicio, sporco dappertutto. E, cosa peggiore di tutto, non vi ho vista. Vorrei davvero, signora marescialla, che tutti questi inconvenienti suscitassero la vostra pietà e mi facessero guadagnare almeno un piccolo “impiastro” di carta bianca.
Lettera CCLXX – A Julie
[724]
Aggiungerei un epiteto se ne conoscessi uno che potesse corrispondere a questa parola.
30 ottobre 1761.
Sì, signora, sono convinto che siate una donna; e se, nonostante le prove contrarie che vi darò quando vorrete, io persistessi nel dubitarne nonostante le vostre proteste, farei del male soltanto a me stesso. Detto questo, sento di dovervi chiedere scusa per tutte le offese che si possono infliggere a qualcuno che si conosce solo attraverso il suo intelletto; ma questo dovere non mi spaventa affatto. E dovreste essere davvero implacabile, se la mia disposizione ad umiliarmi davanti a voi non vi placasse. Del resto, vi sbagliate di grosso quando ritenete che il vostro orgoglio sia offeso dai miei dubbi; la paura che questi potessero essere fondati è già una sufficiente vendetta per voi. E pensate davvero che non sia nulla il fatto che abbiate osato assumere quel nome, “Julie”, senza che io potessi oppormi?
La condizione sotto la quale vi degnate di soddisfare la mia curiosità riguardo alla vostra identità mi conferma che tale curiosità sia davvero giustificata. Vi rendo quindi giustizia; ma voi non me la rendete, quando supponete che io sia più curioso che sensibile. No, signora: ciò che non avrei fatto per compiacervi, non lo farei nemmeno per conoscervi meglio, e non vi venderei un bene che desiderate ottenere da me, pur di causarvi un danno maggiore contro la vostra volontà. Suppongo che l’uomo che volete che io incontri sia il fratello Côme, di cui mi avete parlato in precedenza; se fosse necessario farlo, vi obbedirei e voi rimarreste sconosciuta. Ma l’amicizia ha previsto l’umanità. L’estate scorsa il maresciallo de Luxembourg mi chiese di incontrarlo; ho obbedito, e lui lo fece venire due volte. Il fratello Côme ha realizzato ciò che nessun altro esperto avrebbe potuto fare prima di lui; non ho visto in lui nulla che non fosse in perfetta armonia con la sua reputazione e con il giudizio che voi ne avete; infine, mi ha liberato da un errore grave, dimostrando che il mio problema non era quello che credevo. Ma il problema che ho rimane comunque sconosciuto e incurabile come prima. E non soffro meno dopo le sue visite. Quindi, tutti questi sforzi umani servono soltanto a tormentarmi. Sicuramente non è questa la vostra intenzione.
Mi rimproverate di aver abusato dell’intelligenza, supponendovi un uomo e credendo di scorgere nelle vostre lettere tratti caratteristici di tale natura. Non so se questa accusa sia fondata, ma non ho mai pensato di possedere abbastanza intelligenza da poterla abusare, né ne faccio tanto conto da volerlo fare. Tuttavia è vero che, nel genere di corrispondenza che avete voluto intrattenere con me, la difficoltà di sapere cosa dire mi ha spesso portato a ricorrere a battute poco appropriate e che non mi appartengono affatto; ne esco sempre in modo goffo. Spetta soltanto a voi, signora, e alla vostra cara amica, far comprendere che il mio cuore e la mia penna parlano un altro linguaggio, e che quello dell’ammirazione e della fiducia non mi è affatto estraneo. Ma voi, che parlate, vi manca ancora molto per essere scusata in questo senso ai miei occhi; vi avverto che questa accusa, a mio parere, non è affatto trascurabile, e merita quindi di essere prima discussa, e poi definitivamente eliminata da una corrispondenza continuativa.
Dopo aver piegato la mia lettera, mi rendo conto che è possibile leggere la scrittura attraverso il foglio di carta; quindi decido di utilizzare una busta.
Lettera CCLXXII – A Julie
A Montmorency, il 10 novembre 1761.
Je crois, madame, que vous avez deviné juste, et que je me serais moins avancé, à l’égard de l’homme en question, si, malgré ce que m’avait écrit votre amie, j’avais cru que ce ne fût pas le frère Côme. Non, ce me semble, par le désir de me faire honneur d’une déférence que je ne voulais pas avoir, mais parce que avant d’avoir vu le frère Côme, il me restait à faire un dernier sacrifice, que vous eussiez sans doute obtenu, quoique j’en susse le désagrément et l’inutilité. Maintenant qu’il est fait, ce sacrifice a mis le terme à ma complaisance, et je ne veux plus rien faire, à cet égard, que ce que j’ai promis. Je ne me souviens pas de ma lettre, mais soyez vous-même juge de cet engagement : si je ne suis tenu à rien, je ne veux rien accorder ; si vous me croyez lié par ma parole, envoyez M. Sarbourg, il sera content de ma docilité. Mais, au reste, de quelque manière que se passe cette entrevue, elle ne peut aboutir de sa part qu’à un examen de pure curiosité ; car, s’il osait entreprendre ma guérison, je ne serais pas assez fou pour me livrer à cette entreprise, et je suis très sûr de n’avoir rien promis de pareil. J’ai senti dès l’enfance les premières atteintes du mal qui me consume ; il a sa source dans quelque vice de conformation né avec moi ; les plus crédules dupes de la médecine ne le furent jamais au point de penser qu’elle pût guérir de ceux-là. Elle a son utilité, j’en conviens ; elle sert à leurrer l’esprit d’une vaine espérance ; mais les emplâtres de cette espèce ne mordent plus sur le mien.
À l’égard de la promesse conditionnelle de vous faire connaître, je vous en remercie ; mais je vous en relève, quelque parti que vous preniez au sujet de M. Sarbourg. En y mieux pensant, j’ai changé de sentiment sur ce point ; si, selon votre manière d’interpréter, vous trouvez encore là une indifférence désobligeante, ce ne sera pas en cette occasion que je vous reprocherai trop d’esprit. Mon empressement de savoir qui vous êtes venait de ma défiance sur votre sexe, elle n’existe plus ; je vous crois femme, je n’en doute point, et c’est pour cela que je ne veux plus vous connaître ; vous ne sauriez plus y gagner, et moi j’y pourrais trop perdre.
Ne croyez pas, au reste, que jamais j’aie pu vous prendre pour un homme ; il n’y a rien de moins alliable que les deux idées qui me tourmentaient ; j’ai seulement cru vos lettres de la main d’un homme : je l’ai cru, fondé sur l’écriture, aussi liée, aussi formée que celle d’un homme ; sur la grande régularité de l’orthographe ; sur la ponctuation plus exacte que celle d’un prote d’imprimerie ; sur-un ordre que les femmes ne mettent pas communément dans leurs lettres, et qui m’empêchait de me fier à la délicatesse qu’elles y mettent, mais que quelques hommes y mettent aussi ; enfin, sur les citations italiennes, qui me déroutaient le plus. Le temps est passé des Bouillon, des La Suze, des La Fayette, des dames françaises qui lisaient et aimaient la poésie italienne. Aujourd’hui leurs oreilles racornies à votre Opéra ont perdu toute finesse, toute sensibilité : ce goût est éteint pour jamais parmi elles.
Ne plù il vestigio appar ; nè dir si puo
Egli qui fue.
Ajoutez à tout cela certain petit trait accolé de deux points, qui finit toutes vos lettres, et qui me fournissait un indice décisif au gré de ma pointilleuse défiance. Où diantre avez-vous aussi péché ce maudit trait qu’on ne fit jamais que dans des bureaux, et qui m’a tant désolé ? Charmante Claire, examinez bien la jolie main de votre amie ; je parie que ses petits doigts ne sauraient faire un pareil trait sans contracter un durillon. Mais ce n’est pas tout ; vous voulez savoir sur quoi portait aussi ma frayeur que cette lettre ne fût de la main d’un homme : c’est que votre Claire vous avait donné la vie et que cet homme-là vous tuait.
Il est vrai, madame, que je n’ai pas répondu à vos six pages, et que je n’y répondrais pas en cent. Mais, soit que vous comptiez les pages, les choses, les lettres, je serai toujours en reste ; et, si vous exigez autant que vous donnez, je n’accepte point un marché qui passe mes forces. Je ne sais par quel prodige j’ai été jusqu’ici plus exact avec vous, que je ne connais point, que je ne le fus de ma vie avec mes amis les plus intimes. Je veux conserver ma liberté jusque dans mes attachements ; je veux qu’une correspondance me soit un plaisir et non pas un devoir ; je porte cette indépendance dans l’amitié même : je veux aimer librement mes amis pour le plaisir que j’y prends ; mais, sitôt qu’ils mettent les services à la place des sentiments, et que la reconnaissance m’est imposée, l’attachement en souffre, et je ne fais plus avec plaisir ce que je suis forcé de faire. Tenez-vous cela pour dit, quand vous m’aurez envoyé votre M. Sarbourg. Je comprends que vous n’exigerez rien, c’est pour cela même que je vous devrai davantage, et que je m’acquitterai d’autant plus mal. Ces dispositions me font peu d’honneur, sans doute ; mais les ayant malgré moi, tout ce que je puis faire, est de les déclarer : je ne vaux pas mieux que cela. Revenant donc à nos lettres, soyez persuadée que je recevrai toujours les vôtres et celles de votre amie, avec quelque chose de plus que du plaisir y qu’elles peuvent charmer mes maux et parer ma solitude ; mais, que quand j’en recevrais dix de suite sans faire une réponse, et que vous écrivant enfin, au lieu de répondre article par article, je suivrais seulement le sentiment qui me fait prendre la plume, je ne ferais rien que j’aie promis de ne pas faire, et à quoi vous ne deviez, vous attendre.
C’est encore à peu près la même chose à l’égard du ton de mes lettres. Je ne suis pas poli, madame ; je sens dans mon coeur de quoi me passer de l’être, et il y surviendra bien du changement, si jamais je suis tenté de l’être avec vous. Voyez encore quelle interprétation votre bénignité veut donner à cela, car pour moi je ne puis m’expliquer mieux. D’ailleurs, j’écris très difficilement quand je veux châtier mon style : j’ai par-dessus la tête du métier d’auteur ; la gêne qu’il impose est une des raisons qui m’y font renoncer. À force de peine et de soin, je puis trouver enfin le tour convenable et le mot propre ; mais je ne veux mettre ni peine ni soins dans mes lettres ; j’y cherche le délassement d’être incessamment vis-à-vis du public ; et quand j’écris avec plaisir, je veux écrire à mon aise. Si je ne dis ni ce qu’il faut, ni comme il faut, qu’importe ? Ne sais-je pas que mes amis m’entendront toujours ; qu’ils expliqueront mes discours par mon caractère, non mon caractère par mes discours, et que si j’avais le malheur de leur écrire des choses malhonnêtes, ils seraient sûrs de ne m’avoir entendu qu’en y trouvant un sens qui ne le fût pas ? Vous me direz que tous ceux à qui j’écris ne sont ni mes amis, ni obligés de me connaître. Pardonnez-moi, madame ; je n’ai, ni ne veux avoir de simples connaissances ; je ne sais, ni ne veux savoir comment on leur écrit. Il se peut que je mette mon commerce à trop haut prix, mais je n’en veux rien rabattre, surtout avec vous, quoique je ne vous connaisse pas, car je présume qu’il m’est plus aisé de vous aimer sans vous connaître, que de vous connaître sans vous aimer. Quoi qu’il en soit, c’est ici une affaire de convention : n’attendez de moi nulle exactitude, et n’allez plus épiloguant sur mes mots. Si je ne vous écris ni régulièrement, ni convenablement, je vous écris pourtant : cela dit tout, et corrige tout le reste. Voilà mes explications, mes conditions ; acceptez ou refusez, mais ne marchandez pas ; cela serait inutile.
Je vois par ce que vous me marquez, et par la couleur de votre cachet, que vous avez fait quelque perte, et je sais par votre amie que vous n’êtes pas heureuse : c’est peut-être à cela que je dois votre commisération et l’intérêt que vous daignez prendre à moi. L’infortune attendrit l’âme ; les gens heureux sont toujours durs. Madame, plus le cas que je fais de votre bienveillance augmente, plus je la trouve trop chère à ce prix.
Madam, I believe you have guessed correctly. Had I believed, despite what your friend had written to me, that the person in question was not Brother Côme, I would not have gone so far in my actions toward him. No, it seems to me that it was not out of a desire to honor you by complying with an obligation I did not wish to assume, but because before seeing Brother Côme, there was one last sacrifice I still had to make—a sacrifice you would probably have obtained from me, even though I am aware of its displeasure and futility. Now that it has been made, this sacrifice has put an end to my compliance, and I intend to do nothing further in this matter except what I have promised. I do not remember the content of my letter, but you yourself can judge whether I am bound by that promise: if I am not obligated to do anything, then I refuse to comply; if you believe I am bound by my word, then send Mr. Sarbourg—he will be satisfied with my obedience. However, whatever happens during this meeting, it can only result in him conducting a mere act of curiosity on my behalf. For were he to dare attempt to cure me, I would not be so foolish as to submit to such an endeavor, and I am certain that I have never promised anything of the kind. Since childhood, I have felt the initial symptoms of the illness that is consuming me; its origin lies in some congenital defect in my body structure. Even the most gullible victims of medicine have never believed that it could cure such a condition. I admit that medicine has its uses—it serves to deceive the mind with vain hopes—but the so-called “cures” offered by it no longer have any effect on me.
Regarding the conditional promise to let me get to know you, I thank you for it; but I hereby withdraw that request, no matter what decision you make regarding Mr. Sarbourg. Upon further reflection, my opinion on this matter has changed. If, according to your interpretation, you still seem indifferent in a way that is considered impolite, it certainly won’t be because of this that I will criticize you for being too clever. My eagerness to find out who you were stemmed from my suspicion regarding your gender; that suspicion no longer exists. I believe you are a woman, without any doubt, and precisely for that reason I no longer wish to get to know you. You would gain nothing from it anymore, while I could lose too much.
Do not believe, moreover, that I ever regarded you as a man; there is nothing less compatible than the two ideas that plagued me. I simply believed that your letters were written by a man—I believed it based on the handwriting itself, which was as neat and well-formed as a man’s; on the exceptional regularity of the spelling; on the more precise punctuation than that used by printing typesetters; on an order in the writing that women generally do not employ in their letters—and which made it impossible for me to trust in the delicacy they might add, though some men also use such care. Lastly, there were those Italian quotations that confused me the most. The times of the Bouillons, La Suzes, La Fayettes, and those French ladies who read and loved Italian poetry are long gone. Today, their ears, hardened by your operas, have lost all sensitivity and taste for such things; that inclination has been extinguished among them forever.
No trace remained; nothing could be said about it.
He who was.
Add to all this that little dot attached by two points, which is used at the end of all your letters—and which provided me with a crucial clue, depending on my own meticulous scrutiny. Where in the world did you acquire that damned dot, which was only ever used in offices, and which caused me so much distress? Lovely Claire, take a good look at your friend’s pretty hand; I bet her little fingers couldn’t draw such a dot without forming a hard lump. But that’s not all. You want to know what else made me fear that this letter might not be from a man: it’s because your Claire had given you life, while this other man was about to take it away.
Madam, it is true that I have not replied to your six pages, and that I could not reply to them even in a hundred pages. But whether you count the pages, the things mentioned, or the letters themselves, I would still fall short; and if you demand as much as you give, I refuse to enter into a transaction that exceeds my abilities. I do not know by what miracle I have been more punctual with you than I ever was with my closest friends in my life. I wish to preserve my freedom even within my relationships; I want correspondence to be a pleasure for me, not a duty. I carry this independence even into friendships: I want to love my friends freely, for the joy it brings me; but the moment they replace affection with expectations and demand gratitude in return, my feelings suffer, and I am no longer willing to do what I am forced to do. Please take these words seriously when you send me Mr. Sarbourg’s letter. I understand that you will demand nothing—precisely because of this, I will owe you even more, and yet I will likely fail to fulfill my obligations. These feelings bring me little honor, undoubtedly; but since I cannot help feeling them, all I can do is confess them: I am not better than that. Returning to our letters, please believe that I will always receive yours and those of your friend with more than mere pleasure—they alleviate my troubles and fill my loneliness. However, if I received ten letters in a row without responding, and if you wrote to me without waiting for me to reply to each letter individually, but simply expressed the feelings that prompted you to write, then I would be doing nothing I had promised not to do, and nothing you could have expected from me.
The same is more or less true regarding the tone of my letters. I am not polite, madam; I feel in my heart that I have no need to be polite, and there would certainly be a great change in me if I ever felt inclined to be so with you. See once again how your kindness interprets this; for myself, I cannot explain it any better. Moreover, I find it very difficult to write carefully when I want to restrain the style of my letters. I have completely lost interest in the profession of an author; the embarrassment it entails is one of the reasons that make me want to give it up. After much effort and care, I can finally find the right expression and the precise word; but I do not wish to put any effort or care into my letters. I seek in them the relaxation of being constantly in contact with the public; and when I write with pleasure, I want to do so without restraint. If I do not say what is necessary or say it in the right way, what does it matter? Do I not know that my friends will always understand me; that they will interpret my words according to my character, rather than my character according to my words? And if I were unfortunate enough to write them things that are dishonest, they would be certain that they had only understood me in a way that was not true. You might say that those to whom I write are neither my friends nor obliged to know me. Please forgive me, madam; I have no desire, nor do I wish to have, mere acquaintances; I do not know, nor do I want to know, how one writes to such people. It is possible that I am overestimating the value of this form of communication, but I am not willing to reduce it in any way, especially not with you, even though I do not know you. For I suppose it is easier for me to love you without knowing you than to know you without loving you. In any case, this is a matter of convention: do not expect any precision from me, and stop trying to interpret my words too literally. If I do not write to you regularly or properly, I am still writing to you; that says everything and corrects anything else that might be wrong. These are my explanations, my conditions; accept them or reject them, but do not argue about them; it would be pointless to do so.
From what you have written to me, and from the color of your seal, I can tell that you have suffered some loss; and I know from your friend that you are not happy. Perhaps this is why you show me such compassion and take the trouble to care about me. Misfortune softens the heart; happy people are always cold-hearted. Madam, the more I appreciate your kindness, the more I feel it is too dear to pay such a price for it.
Credo, signora, che abbiate indovinato correttamente; non mi sarei spinto così oltre riguardo a quell’uomo se, nonostante quanto mi aveva scritto la vostra amica, avessi creduto che non fosse il fratello Côme. No. Penso che ciò sia avvenuto non per il desiderio di onorarmi con un rispetto che in realtà non volevo mostrare, ma perché, prima di incontrare il fratello Côme, mi restava ancora da compiere un ultimo sacrificio. Un sacrificio che probabilmente avreste ottenuto anche voi, sebbene ne conoscessi l’imbarazzo e l’inutilità. Ora che è stato fatto, questo sacrificio ha posto fine alla mia disponibilità in questa questione; non intendo più fare nulla al riguardo se non ciò che ho promesso. Non ricordo esattamente il contenuto della mia lettera, ma giudicate voi stessa questo impegno: se non sono tenuto a nulla, non voglio concedere nulla; se credete che io sia legato dalla mia parola, mandate il signor Sarbourg. Sarà soddisfatto della mia docilità. Ma, in ogni caso, qualunque sia l’esito di questo incontro, da parte sua non potrà che trattarsi di un semplice esame di pura curiosità. Perché, se osasse tentare di guarirmi, non sarei abbastanza pazzo da lasciarmi ingannare da una simile speranza. E sono assolutamente certo di non aver mai promesso nulla del genere. Ho percepito fin dall’infanzia i primi sintomi di questa malattia che mi consuma. Ha origine in qualche difetto congenito della mia costituzione. Nemmeno i più creduloni ingannati dalla medicina hanno mai pensato che essa potesse guarire persone del genere. Ammetto che la medicina abbia il suo utilità. Servono a illudere l’animo con vane speranze. Ma le “terapie” di questo tipo non hanno più alcun effetto su di me.
Per quanto riguarda la promessa condizionale di farvi conoscere, vi ringrazio; ma vi libero da qualsiasi impegno possiate aver preso in merito al signor Sarbourg. Ripensandoci meglio, ho cambiato opinione su questo punto; se, secondo il vostro modo di interpretare le cose, ritenete ancora che ci sia una sorta di indifferenza sgarbata da parte mia, non sarà certo in questa occasione che vi rimprovererò troppo per la vostra astuzia. La mia fretta di sapere chi foste derivava dalla mia diffidenza riguardo al vostro sesso; ora quella diffidenza è svanita. Credo che siate una donna, ne sono certa, ed è proprio per questo che non voglio più conoscervi: voi non potreste trarne alcun vantaggio, mentre io potrei perdere troppo.
Non crediate, del resto, che io abbia mai potuto considerarvi un uomo; non c’è nulla di meno compatibile tra le due idee che mi tormentavano. Ho semplicemente creduto che le vostre lettere fossero scritte da un uomo: l’ho creduto sulla base della grafia, altrettanto regolare e formata come quella di un uomo; sull’enorme regolarità dell’ortografia; sulla punteggiatura più precisa di quella di uno stampatore; su un ordine che le donne di solito non utilizzano nelle loro lettere. Un ordine che mi impediva di fidarmi della delicatezza che esse talvolta mettono nelle proprie scritture, ma che alcuni uomini utilizzano anch’essi. Infine, sulle citazioni in italiano, che mi confondevano maggiormente. I tempi dei Bouillon, delle La Suze, dei La Fayette, delle dame francesi che leggevano e amavano la poesia italiana sono ormai passati. Oggi le loro orecchie, abituate alle vostre opere liriche, hanno perso ogni sensibilità, ogni capacità di apprezzare queste cose. Questo gusto è per sempre estinto tra di loro.
Non rimane più traccia di esso; non si può nemmeno dire che sia esistito.
Lui è stato qui.
Aggiungete a tutto ciò quel piccolo segno, delimitato da due punti, che conclude tutte le vostre lettere. Quel segno mi forniva un indizio decisivo, in base alla mia meticolosa diffidenza. Da dove diavolo avete preso quell’odioso segno, utilizzato soltanto negli uffici, e che mi ha causato tanta delusione? Carina Claire, esaminate bene la bella mano della vostra amica: scommetto che i suoi ditini non riuscirebbero mai a tracciare un simile segno senza farsi male. Ma non è tutto. Volete sapere anche su cosa si basava la mia paura che quella lettera non fosse scritta da una donna? Era perché la vostra Claire vi aveva dato la vita, mentre quell’uomo vi stava uccidendo.
È vero, signora, che non ho risposto alle vostre sei pagine, e che non lo farei nemmeno in cento. Ma che si tratti di pagine, di cose o di lettere, rimarrò sempre indietro; e se pretendete tanto quanto date, non accetto un accordo che va oltre le mie forze. Non so con quale miracolo finora sia stato più puntuale con voi di quanto lo sia mai stato nella mia vita con i miei amici più intimi. Voglio conservare la mia libertà anche nei miei legami; voglio che una corrispondenza sia per me un piacere e non un dovere; porto questa indipendenza persino nell’amicizia: voglio amare liberamente i miei amici per il piacere che ne traggo; ma non appena mettono i doveri al posto dei sentimenti, e la riconoscenza diventa un obbligo, l’affetto ne risente, e non faccio più con piacere ciò che sono costretto a fare. Tenete presente questo quando mi invierete il vostro signor Sarbourg. Capisco che non chiederete nulla; ed è proprio per questo che vi dovrei di più, e forse mi acconterò ancora peggio. Queste mie disposizioni, senza dubbio, non mi fanno onore; ma poiché le ho nonostante me stesso, tutto ciò che posso fare è dichiararle: non valgo certo di più. Tornando alle nostre lettere, sappiate che riceverò sempre le vostre e quelle della vostra amica con piacere, ma se ne ricevessi dieci di fila senza rispondere, e voi scriveste finalmente invece di rispondere articolo per articolo, seguirei soltanto il sentimento che mi spinge a prendere la penna, e non farei nulla di ciò che avevo promesso di non fare, e di ciò che non dovevate aspettarvi da me.
Anche per quanto riguarda il tono delle mie lettere, è più o meno la stessa cosa: non sono cortese, signora; sento nel mio cuore di non aver bisogno di esserlo, e sicuramente ci sarebbero dei cambiamenti se mai fossi tentato di esserlo con voi. Vedete un’altra interpretazione che la vostra bontà vuole dare a questo. Per me, non posso spiegarmi meglio di così. Inoltre, scrivo molto male quando voglio “punire” il mio stile: ho completamente dimenticato l’arte di scrivere; l’imbarazzo che essa comporta è una delle ragioni per cui sto rinunciando a farlo. Con molta fatica e attenzione, riesco finalmente a trovare il modo giusto e la parola appropriata. Ma non voglio mettere né fatica né attenzione nelle mie lettere; cerco soltanto il piacere di scrivere, senza dovermi rivolgere continuamente al pubblico. E quando scrivo con piacere, voglio farlo liberamente. Se non dico né ciò che è necessario, né come è necessario, che importanza ha? Non so forse che i miei amici mi capiranno sempre; spiegheranno i miei scritti in base al mio carattere, e non il mio carattere attraverso i miei scritti. E se per sfortuna vi scrivessi cose disoneste, sarebbero sicuri di avermi capito nel senso che non avevo inteso. Mi direte che tutte le persone a cui scrivo non sono né mie amiche, né obbligate a conoscermi. Perdonatemi, signora; non ho, né voglio avere, semplici conoscenze. Non so, né voglio sapere come si scrive a queste persone. Forse sto valutando troppo alto il mio “commercio epistolare”, ma non intendo ridurlo, soprattutto con voi. Anche se non vi conosco. Perché presumo che sia più facile amarvi senza conoscervi, che conoscervi senza amarvi. Comunque sia. Si tratta qui di una questione di convenzione: non aspettatevi da me alcuna precisione. E smettete di cercare significati nascosti nelle mie parole. Se non vi scrivo né regolarmente, né in modo appropriato, vi scrivo comunque: questo basta a dire tutto, e corregge tutto il resto. Ecco le mie spiegazioni, le mie condizioni. Accettatele o rifiutatele, ma non discutetene; sarebbe inutile.
Dal modo in cui mi scrivete e dal colore della vostra busta, capisco che avete subito qualche perdita; inoltre, so dalla vostra amica che non siete felice. Forse è proprio per questo che merito la vostra compassione e l’attenzione che vi degnate di dedicarmi. L’infortunio rende l’anima più sensibile; le persone fortunate, invece, rimangono sempre indifferenti. Signora, più aumenta la mia necessità della vostra gentilezza, più essa mi sembra preziosa.
Je vous dirai une autre fois ce que je pense de l’affranchissement de votre lettre, et de la mauvaise raison que vous m’en donnez. En attendant, je vous prie, par cette raison même, de ne plus continuer d’affranchir, c’est le vrai moyen de faire perdre les lettres. Je suis à présent fort riche, et le serai, j’espère, longtemps pour cela ; tout ce que j’ôte à la vanité dans ma dépense, c’est pour le donner au vrai plaisir.
Lettre CCLXXIV – À l’abbé de Jodelh
[728]
Montmorency, le 16 novembre 1761.
Est-il bien naturel, monsieur, que, pour avoir des éclaircissements sur un écrit des pasteurs de Genève, vous vous adressiez à un homme qui n’a pas l’honneur d’être de leur nombre ? et ne serait-ce pas matière à scandale de voir un ecclésiastique dans un séminaire demander à un hérétique des instructions sur la foi, si l’on ne présumait que c’est une ruse polie de votre zèle pour me faire accepter les vôtres ? Mais, monsieur, quelque disposé que je puisse être à les recevoir dans tout autre temps, les maux dont je suis accablé me forcent de vaquera d’autres soins que cette petite escrime de controverse, bonne seulement pour amuser les gens oisifs qui se portent bien. Recevez donc, monsieur, mes remerciements de votre soin pastoral, et les assurances de mon respect.
Lettre CCLXXVI – À M. le maréchal de Luxembourg
Montmorency, le 26 novembre 1761.
Savez-vous bien, M. le maréchal que celle de toutes vos lettres dont j’avais le plus grand besoin, savoir la dernière sans date, mais timbrée de Fontainebleau, ne m’est arrivée que depuis trois ou quatre jours, quoique je la croie écrite depuis assez longtemps ? Je soupçonne, par les chiffres et les renseignements dont elle est couverte, qu’elle est allée à Enghien en Flandre avant de me parvenir. Ce sont des fatalités faites pour moi. Heureusement, il m’est venu dans l’intervalle une lettre de madame la maréchale, qui m’a rassuré ; la vôtre achève de me rendre le repos, et enfin me voilà tranquille sur la chose qui m’intéresse le plus au monde. Assurément je n’avais pas besoin qu’une pareille alarme vint me faire sentir tout le prix de vos bontés. M. le maréchal, il me reste un seul plaisir dans la vie, c’est celui de vous aimer et d’être aimé de vous. Je sens que si jamais je perdais celui-là, je n’aurais plus rien à perdre.
Lettre CCLXXVIII – À Julie
À Montmorency, le 29 novembre 1761.
Encore une lettre perdue, madame ! cela devient fréquent, et il est bizarre que ce malheur ne m’arrive qu’avec vous. Dans le premier transport que me donna la relation de votre amie, je vous écrivis, le coeur plein d’attendrissement, d’admiration, et les yeux en larmes. Ma lettre fut mise à la poste, sous son adresse, rue………. comme elle me l’avait marqué. Le lendemain je reçus la vôtre, où vous me tancez de mon impolitesse, et je craignis de là que la dernière ne vous eût encore déplu ; car je n’ai qu’un ton, madame, et je n’en saurais changer, même avec vous. Si mon style vous déplaît, il faut me taire ; mais il me semble que mes sentiments devraient me le faire pardonner. Adieu, madame ; je ne puis maintenant vous parler de mon état, ni vous écrire de quelque temps ; mais soyez sûre que, quoi qu’il arrive, votre souvenir me sera cher.
Mille choses de ma part à l’aimable Claire ; j’ai du regret de ne pouvoir écrire à toutes deux.
Lettre CCLXXIX – À M. Moultou
Montmorency, le 12 décembre 1761.
Vous voulez, cher Moultou, que je vous parle de mon état. Il est triste et cruel à tous égards ; mon corps souffre, mon coeur gémit, et je vis encore. Je ne sais si je dois m’attrister ou me réjouir d’un accident qui m’est arrivé il y a trois semaines, et qui doit naturellement augmenter mais abréger mes souffrances. Un bout de sonde molle, sans laquelle je ne saurais plus pisser, est resté dans le canal de l’urètre, et augmente considérablement la difficulté du passage ; et vous savez que dans cette partie-là les corps étrangers ne restent pas dans le même état, mais croissent incessamment, en devenant les noyaux d’autant de pierres. Dans peu de temps nous saurons à quoi nous en tenir sur ce nouvel accident.
Depuis longtemps j’ai quitté la plume et tout travail appliquant ; mon état me forcerait à ce sacrifice, quand je n’en aurais pas pris la résolution. Que ne l’ai-je prise trois ans plus tôt ! Je me serais épargné les cruelles peines qu’on me donne et qu’on me prépare au sujet de mon dernier ouvrage. Vous savez que j’ai jeté sur le papier quelques idées sur l’éducation. Cette importante matière s’est étendue sous ma plume au point de faire un assez et trop gros livre, mais qui m’était cher, comme le plus utile, le meilleur, et le dernier de mes écrits. Je me suis laissé guider dans la disposition de cet ouvrage ; et, contre mon avis, mais non pas sans l’aveu du magistrat, le manuscrit a été remis à un libraire de Paris, pour l’imprimer ; et il en a donné six mille francs, moitié comptant, et moitié en billets payables à divers termes. Ce libraire a ensuite traité avec un autre libraire de Hollande, pour faire en même temps, et sur ses feuilles, une autre édition parallèle à la sienne, pour la Hollande, l’Allemagne et l’Angleterre. Vous croiriez là-dessus que l’intérêt du libraire français étant de retirer et faire valoir son argent, il n’aurait eu plus grande hâte que d’imprimer et publier le livre ; point du tout, monsieur. Mon livre se trouve perdu, puisque je n’en ai aucun double, et mon manuscrit supprimé, sans qu’il me soit possible de savoir ce qu’il est devenu. Pendant deux ou trois mois, le libraire, feignant de vouloir imprimer, m’a envoyé quelques épreuves, et même quelques dessins de planches ; mais ces épreuves allant et revenant incessamment les mêmes, sans qu’il m’ait jamais été possible de voir une seule bonne feuille, et ces dessins ne se gravant point, j’ai enfin découvert que tout cela ne tendait qu’à m’abuser par une feinte ; qu’après les épreuves tirées on défaisait les formes, au lieu d’imprimer, et qu’on ne songeait à rien moins qu’à l’impression de mon livre.
Vous me demanderez quel peut être de la part du libraire le but d’une conduite si contraire à son intérêt apparent. Je l’ignore ; il ne peut certainement être arrêté que par un intérêt plus grand, on par une force supérieure. Ce que je sais, c’est que ce libraire dépend d’un autre libraire nommé Guérin, beaucoup plus riche, plus accrédité, qui imprime pour la police, qui voit les ministres, qui a l’inspection de la bibliothèque de la Bastille, qui est au fait des affaires secrètes, qui a la confiance du gouvernement, et qui est absolument dévoué aux jésuites. Or vous saurez que depuis longtemps les jésuites ont paru fort inquiets de mon traité de l’éducation : les alarmes qu’ils en ont prises m’ont fait plus d’honneur que je n’en mérite, puisque dans ce livre il n’est pas question d’eux, ni de leurs collèges, et que je me suis fait une loi de ne jamais parler d’eux dans mes écrits ni en bien ni en mal. Mais il est vrai que celui-ci contient une profession de foi qui n’est pas plus favorable aux intolérants qu’aux incrédules, et qu’il faut bien à ces gens-là des fanatiques, mais non pas des gens qui croient en Dieu. Vous saurez de plus que ledit Guérin, par mille avances d’amitié, m’a circonvenu depuis plusieurs années en se récriant contre les marchés que je faisais avec Rey, en le décriant dans mon esprit, et prenant mes intérêts avec une générosité sans exemple. Enfin, sans vouloir être mon imprimeur lui-même, il m’a donné celui-ci, auquel sans doute il a fait les avances nécessaires pour avoir le manuscrit ; car, malheureusement pour eux, il n’était plus dans mes mains, mais dans celles de madame de Luxembourg, qui n’a pas voulu le lâcher sans argent.
Voilà les faits ; voici maintenant mes conjectures. On ne jette pas six mille francs dans la rivière, simplement pour supprimer un manuscrit. Je présume que l’état de dépérissement où je suis aura fait prendre à ceux qui s’en sont emparés le parti de gagner du temps, et différer l’impression du mien jusqu’après ma mort. Alors, maîtres de l’ouvrage, sur lequel personne n’aura plus d’inspection, ils le changeront et falsifieront à leur fantaisie ; et le public sera tout surpris de voir paraître une doctrine jésuitique sous le nom de J. J. Rousseau.
I will tell you again another time what I think about the practice of stamping your letters free of charge, and about the poor reason you give for doing so. In the meantime, I beg you, precisely for that very reason, to stop doing so—because it is the very thing that leads to the loss of letters. I am now quite wealthy, and I hope to remain so for a long time; everything I spend that reduces my vanity is intended to bring me true pleasure.
Letter CCLXXIV – To Abbe de Jodelh
[728]
Montmorency, November 16, 1761.
Is it truly natural, sir, that in order to seek clarifications regarding a document penned by the pastors of Geneva, you should address someone who does not have the honor of being among them? Would it not be a matter for scandal if a clergyman in a seminary were to ask an heretic for instructions on faith—unless one assumed that this was merely a polite stratagem on your part, intended to persuade me to accept your own views? But, sir, no matter how willing I might be to consider your arguments at another time, the troubles that overwhelm me compel me to attend to matters far more pressing than such trivial debates, which are suitable only for entertaining idle people in good health. Therefore, please accept my thanks for your pastoral concern and my assurance of respect.
Letter CCLXXVI – To Mr. Marshal of Luxembourg
Montmorency, November 26, 1761.
Do you realize well, Monsieur the Marshal, that among all your letters, the one I needed most—namely, the latest one without a date but stamped with Fontainebleau—only arrived three or four days ago, although I believe it was written some time earlier? I suspect, judging by the numbers and details it contains, that it must have been sent to Enghien in Flanders before reaching me. Such misfortunes seem destined for me. Fortunately, in the meantime, I received a letter from Madame the Marshal which reassured me; your letter now completely puts my mind at ease regarding the matter that matters most to me in the world. Indeed, I never needed such an alarm to realize how much your kindness means to me. Monsieur the Marshal, there is only one joy left in my life: to love you and to be loved by you. I feel that if I were to lose that, I would have nothing left to lose at all.
Letter CCLXXVIII – To Julie
In Montmorency, on November 29, 1761.
Another lost letter, madam! This is happening too frequently, and it’s strange that such misfortunes only happen to me when it comes to you. When I first read your friend’s account of your situation, I wrote to you, my heart filled with tenderness and admiration, and my eyes filled with tears. My letter was sent to the address you had given me: rue,,.. Just as she had instructed me. The next day, I received your reply, in which you reprimanded me for my impoliteness, and I feared that my last letter might have displeased you even more; for I simply don’t know how to alter my tone, not even when speaking to you. If my style doesn’t please you, then you should remain silent; but I believe my feelings ought to be enough to earn your forgiveness. Adieu, madam; I cannot talk to you about my current situation, nor can I write to you for some time yet. But rest assured that, no matter what happens, your memory will always be dear to me.
A thousand things from me to the kind-hearted Claire; I regret that I cannot write to both of you.
Letter CCLXXIX – To Mr. Moultou
Montmorency, December 12, 1761.
You wish, dear Moultou, that I tell you about my condition. It is sad and cruel in every respect; my body suffers, my heart groans, and yet I am still alive. I do not know whether I should grieve or rejoice over an incident that happened to me three weeks ago—an incident that will naturally increase but also shorten my suffering. A piece of soft catheter, without which I would no longer be able to urinate, remains inside my urethra, considerably increasing the difficulty of passing urine. And you know that in such cases, foreign objects do not remain unchanged but continue to grow, eventually turning into stones. In short, we will soon find out exactly what this new development means for me.
I have long since put down my pen and abandoned all productive work; my current state of affairs would have forced me to make this sacrifice even if I had not chosen to do so myself. How I wish I had made that decision three years ago! I could have avoided the cruel hardships that have been inflicted upon me—and that continue to be prepared for me—regarding my last work. You know that I jotted down some ideas regarding education on paper. This important subject expanded under my pen into what became a rather bulky book, but it was also my most cherished, most useful, best, and final work. I allowed myself to be guided in the arrangement of this book; against my wishes—and yet with the approval of the relevant authorities—the manuscript was handed over to a bookseller in Paris for printing. He paid six thousand francs for it, half in cash and half in promissory notes due at various dates. This bookseller then negotiated with another bookseller in the Netherlands to produce a parallel edition of my book, also using his own printing facilities, for distribution in the Netherlands, Germany, and England. You might think that, since the French bookseller’s interest was simply to recover his investment, he would have been eager to print and publish the book as soon as possible; but far from it, sir. My book is lost, as I have no copies of it; my manuscript has been destroyed, and I have no way of knowing what has become of it. For two or three months, the bookseller pretended to be preparing to print the book, sending me some proofs and even some drawings of the illustrations; but these proofs were always the same, never once did I see a single good-quality page, and those drawings never got actually engraved. Eventually, I realized that all this was merely an attempt to deceive me. After the proofs were taken, the printing plates were simply destroyed instead of being used for actual printing—there was no intention of publishing my book at all.
You may ask what purpose a bookseller could have in adopting such a course of action that clearly goes against his apparent interests. I do not know; it can only be motivated by some greater interest or some superior force. What I do know is that this bookseller is dependent on another bookseller named Guérin, who is much richer and more influential. Guérin prints for the police, meets with ministers, oversees the library of the Bastille, is privy to secret affairs, enjoys the government’s trust, and is absolutely devoted to the Jesuits. You know quite well that for some time now the Jesuits have been very concerned about my treatise on education; their alarm over it has done me more honor than I deserve, since in that book I mention them or their institutions not at all, and I have made it a rule never to speak of them in my writings, either positively or negatively. Nevertheless, the treatise does contain a set of beliefs that are no more favorable to intolerants than to unbelievers. Such people certainly need fanatics, but not those who truly believe in God. Moreover, Guérin, through countless displays of friendship, has tried for many years to influence me by criticizing the deals I made with Rey, speaking ill of me in my presence, and generously supporting my interests in ways unparalleled. Finally, although he did not wish to be my printer himself, he provided me with one—likely after making certain arrangements to obtain the manuscript. Unfortunately for them, it was no longer in my hands but in those of Madame de Luxembourg, who would not part with it without payment.
Here are the facts; now come my conjectures. One would not throw six thousand francs into a river just to destroy a manuscript. I suppose that, given the state of decay in which it found itself, those who obtained it must have decided to gain time and delay the publication of my work until after my death. Thus, having control over this work, which would no longer come under anyone’s scrutiny, they would alter and falsify it at their own whim; and the public would be utterly surprised to see a Jesuit doctrine published under the name of J.-J. Rousseau.
Vi dirò un’altra volta cosa penso dell’affrancatura delle vostre lettere, e della scusa poco convincente che mi date per farlo. Nel frattempo, vi prego proprio per questa ragione di smettere di affrancare le lettere: è davvero il modo migliore per farle andare perdute. Ora sono molto ricco, e spero di rimanerlo a lungo; tutto ciò che tolgo alla vanità nelle mie spese, lo destino al vero piacere.
Lettera CCLXXIV – All’abate di Jodelh
[728]
Montmorency, 16 novembre 1761.
È davvero naturale, signore, che, per ottenere spiegazioni riguardo a un scritto dei pastori di Ginevra, vi rivolgiate a una persona che non ha l’onore di farne parte? E non sarebbe forse motivo di scandalo vedere un ecclesiastico in seminario chiedere a un eretico istruzioni sulla fede, se non si presumesse che si tratti di una cortese astuzia da parte vostra per farmi accettare le vostre idee? Tuttavia, signore, per quanto fossi disposto ad accettarle in qualsiasi altro momento, i mali che mi affliggono mi costringono a dedicarmi ad altre questioni, piuttosto che a queste piccole discussioni, utili soltanto per intrattenere le persone oziose e in buona salute. Pertanto, accettate le mie ringraziamenti per la vostra premura pastorale e le mie più sentite scuse per non poterle condividere con voi.
Lettera CCLXXVI – A Sua Eccellenza il maresciallo di Lussemburgo
Montmorency, 26 novembre 1761.
Sapete bene, signor maresciallo, che l’unica delle vostre lettere di cui avevo davvero bisogno – cioè l’ultima, senza data ma con il timbro di Fontainebleau – è arrivata solo tre o quattro giorni fa, anche se credo sia stata scritta da molto tempo. Sospetto che, a causa dei numeri e delle informazioni contenute in essa, sia stata inviata prima a Enghien in Flandra e poi mi sia giunta. Sono davvero destini avversi. Fortunatamente, nel frattempo ho ricevuto una lettera dalla signora maresciallo che mi ha rassicurato; la vostra lettera completa finalmente il mio sollievo, e ora sono tranquillo riguardo a ciò che per me è di maggior importanza al mondo. Senza dubbio, non avevo bisogno di un simile allarme per comprendere appieno il valore delle vostre gentilezze. Signor maresciallo, nella vita mi resta un solo piacere: quello di amarvi e essere amato da voi. So che se mai lo perdessi, non avrei più nulla da perdere.
Lettera CCLXXVIII – A Julie
A Montmorency, il 29 novembre 1761.
Un’altra lettera persa, signora. Sta diventando una cosa frequente, e è strano che questo inconveniente mi capiti solo con voi. Nel primo momento di emozione dopo aver letto la storia della vostra amica, vi scrissi, il cuore pieno di commozione e ammirazione, gli occhi pieni di lacrime. La mia lettera fu inviata all’indirizzo che mi avevate indicato. Il giorno dopo ricevetti la vostra, nella quale mi rimproveravate per la mia mancanza di educazione. Temetti che anche quella precedente vi fosse dispiaciuta; perché ho un solo modo di esprimermi, signora, e non saprei cambiarlo, nemmeno con voi. Se il mio stile vi dispiace, dovete semplicemente tacere. Ma credo che i miei sentimenti dovrebbero bastare a farmelo perdonare. Addio, signora. Non posso parlarvi del mio stato attuale, né scrivervi per un po’ di tempo. Ma sappiate che, qualunque cosa accada, il vostro ricordo rimarrà sempre prezioso per me.
Mille cose da parte mia per la cara Claire. Mi dispiace non poter scrivere a entrambe.
Lettera CCLXXIX – A Monsieur Moultou
Montmorency, 12 dicembre 1761.
Volete davvero, caro Moultou, che vi parli del mio stato? È triste e crudele sotto ogni aspetto: il mio corpo soffre, il mio cuore geme. Eppure continuo a vivere. Non so se debba rattristarmi o rallegrarmi per un incidente che mi è accaduto tre settimane fa e che, naturalmente, dovrebbe aumentare ma anche abbreviare le mie sofferenze. Un pezzo di sondino morbido, senza il quale non riuscirei più a urinare, è rimasto nel canale dell’uretere, rendendo l’atto di urinare estremamente difficile. E voi sapete bene che, in quella zona, gli oggetti estranei non rimangono immobili, ma continuano a crescere, trasformandosi gradualmente in “nuclei” di calcoli. Tra poco sapremo esattamente cosa aspettarci riguardo a questo nuovo problema.
Da molto tempo ho abbandonato la penna e ogni attività che richiedesse impegno e applicazione; la mia situazione mi avrebbe costretto a compiere questo sacrificio, anche se non ne avessi preso la decisione. Ah, se l’avessi fatto tre anni fa. Mi sarei risparmiato le crudeli sofferenze che mi sono state inflitte e che ancora mi vengono inflitte riguardo al mio ultimo lavoro. Sapete che ho scritto alcune idee sull’educazione; questo argomento importante si è ampliato sotto la mia penna fino a diventare un libro piuttosto voluminoso, ma per me estremamente prezioso: il più utile, il migliore, e anche l’ultimo dei miei scritti. Ho lasciato che fossero gli altri a decidere la struttura di questo libro; contro la mia volontà, ma con il consenso del magistrato incaricato della questione, il manoscritto è stato consegnato a un libraio di Parigi per essere stampato. Quest’ultimo ne ha pagato seimila franchi: metà in contanti e metà in cambiali da riscuotere in diversi periodi. Successivamente, quel libraio ha stretto accordi con un altro editore olandese affinché si pubblicasse una seconda edizione, parallela alla sua, per l’Olanda, la Germania e l’Inghilterra. Si potrebbe pensare che, essendo interessato a recuperare il proprio denaro, il libraio francese avesse ogni motivo di affrettarsi a stampare il libro. Niente affatto, signore. Il mio libro è andato perduto, poiché non ne possiedo alcuna copia; il mio manoscritto è stato distrutto, e non ho modo di sapere cosa ne sia stato. Per due o tre mesi, quel libraio ha finto di voler stampare il libro, inviandomi alcune prove e persino alcuni disegni delle tavole da utilizzare per la stampa; ma quelle prove erano sempre le stesse, senza che mai riuscissi a vedere una singola pagina effettivamente pronta per la stampa. E quei disegni non venivano nemmeno incisi. Alla fine ho capito che tutto ciò non faceva altro che ingannarmi; dopo aver stampato alcune prove, quelle stesse venivano distrutte, e non si pensava affatto a pubblicare il libro.
Mi chiederete quale possa essere lo scopo di un comportamento da parte del libraio che sia così contrario al suo interesse apparente. Non lo so; certamente non può essere motivato se non da un interesse più grande, o da una forza superiore. Quello che so è che questo libraio dipende da un altro libraio di nome Guérin, molto più ricco e influente: stampa per conto della polizia, incontra i ministri, ha il controllo sulla biblioteca della Bastiglia, è a conoscenza degli affari segreti, gode della fiducia del governo ed è assolutamente devoto ai gesuiti. Ora, saprete che da tempo i gesuiti sembrano molto preoccupati per il mio trattato sull’educazione: le loro allarme mi hanno fatto più onore di quanto meriti, poiché in quel libro non si parla affatto di loro né dei loro istituti, e ho sempre preso la decisione di non parlare mai di loro nei miei scritti, né a loro favore né contro di loro. Tuttavia, è vero che quel trattato contiene una dichiarazione di fede che non è certo più favorevole agli intolleranti che agli increduli. A queste persone servono certamente dei fanatici, ma non persone che credano in Dio. Inoltre, saprete che Guérin, con mille dimostrazioni di amicizia, ha cercato per anni di influenzarmi, lamentandosi delle mie trattative con Rey, diffamandolo nei miei confronti e prendendosi cura dei miei interessi con una generosità senza esempio. Infine, sebbene non volesse essere il mio editore, me ne ha fornito uno, al quale, probabilmente, aveva già fatto le necessarie pressioni per ottenere il manoscritto; poiché, sfortunatamente per loro, esso non era più nelle mie mani, ma in quelle di madame de Luxembourg, la quale non voleva cederlo senza ricevere del denaro.
Ecco i fatti; ora venite le mie congetture. Non si gettano sei mila franchi nel fiume soltanto per distruggere un manoscritto. Presumo che lo stato di decadenza in cui mi trovo abbia spinto coloro che se ne sono impadroniti a decidere di guadagnare tempo, rinviando la pubblicazione del mio lavoro dopo la mia morte. Così, essendo loro i padroni dell’opera, su cui nessuno potrà più esercitare alcun controllo, la altereranno e falsificheranno a piacimento; e il pubblico rimarrà sorpreso nel vedere apparire una dottrina gesuitica sotto il nome di J.-J. Rousseau.
Jugez de l’effet que doit faire une pareille prévoyance sur un pauvre solitaire qui n’est au fait de rien, sur un pauvre malade qui se sent finir, sur un auteur enfin qui peut-être a trop cherché sa gloire, mais qui ne l’a cherchée au moins que dans des écrits utiles à ses semblables. Cher Moultou, il faut tout mon espoir dans celui qui protège l’innocence pour me faire endurer l’idée qu’on n’attend que de me voir les yeux fermés pour déshonorer ma mémoire par un livre pernicieux. Cette crainte m’agite au point que, malgré mon état, j’ose entreprendre de me remettre sur mon brouillon pour refaire une seconde fois mon livre : mais, en pareil cas même, comment en tirer parti, je ne dis pas quant à l’argent ; car, vu la matière et les circonstances, un tel livre doit donner au moins vingt mille francs de profit au libraire, et je ne demande qu’à pouvoir rendre les mille écus que j’ai reçus ; mais je dis quant au crédit des opposants, qui trouveront partout, avec leurs intrigues, le moyen d’arrêter une édition dont ils seront instruits ? Il faudrait un libraire en état de faire une pareille entreprise, et Rey pour cela peut être bon ; mais il faudrait aussi de la diligence et du secret, et l’on ne peut attendre de lui ni l’un ni l’autre. D’ailleurs il faut du temps, et je ne sais si la nature m’en donnera ; sans compter que ceux qui ont intercepté le livre ne seront pas, quels qu’ils soient, gens à laisser l’auteur en repos, s’il vit trop longtemps à leur gré. Souvent l’offensé pardonne, mais l’offenseur ne pardonne jamais. Voilà mes embarras : je crois qu’un plus sage en aurait à moins. Prendre le parti de me plaindre serait agir en enfant : Nescit Orcus reddere proedam. Je n’ai pour moi que le droit et la justice contre des adversaires qui ont la ruse, le crédit, la puissance : c’est le moyen de se faire haïr.
Cher Moultou, cher Roustan, soyez tous deux, dans cet état, ma consolation, mon espérance. Instruits de mon malheur et de sa cause, promettez-moi, si mes craintes se vérifient, que vous ne laisserez pas sans désaveu passer sous mon nom un livre falsifié. Vous reconnaîtrez aisément mon style, et vous n’ignorez pas quels sont mes sentiments : ils n’ont point changé. J’ai peine à croire que jamais des jésuites y substituent assez adroitement les leurs pour vous en imposer ; mais au moins ils tronqueront et mutileront mon livre, et par cela seul ils le défigureront : en ôtant mes éclaircissements et mes preuves, ils rendront extravagant ce qui est démontré. Protestez hautement contre une édition infidèle, désavouez-la publiquement en mon nom : cette lettre vous y autorise ; une telle démarche est sans danger dans le pays où vous êtes ; et prendre la juste défense d’un ami qui n’est plus, c’est travailler à sa propre gloire. Que Roustan ne laisse pas avilir dans l’opprobre la mémoire d’un homme qu’il honora du nom de son maître. Quelque peu mérité que soit de ma part un pareil titre, cela ne le dispense pas des devoirs qu’il s’est imposés en me le donnant. Rien ne l’obligeait à contracter la dette, mais maintenant il doit la payer. Vous avez en commun celle de l’amitié, d’autant plus sacrée qu’elle eut pour premier fondement l’estime et l’amour de la vertu. Marquez-moi si vous acceptez l’engagement. J’ai grand besoin de tranquillité, et je n’en aurai point jusqu’à votre réponse.
Parlons maintenant de votre voyage. L’espérance est la dernière chose qui nous quitte, et je ne puis renoncer à celle que vous m’avez donnée. Oh ! venez, cher Moultou. Qui sait si le plaisir de vous voir, de vous presser contre mon coeur, ne me rendra pas assez de force pour vous suivre dans votre retour, et pour aller au moins mourir dans cette terre chérie où je n’ai pu vivre ? C’est un projet d’enfant, je le sens ; mais quand toutes les autres consolations nous manquent, il faut bien s’en faire de chimériques. Venez, cher Moultou, voilà l’essentiel ; si nous y sommes à temps, alors nous délibérerons du reste. Quant au passeport, ayez-le par vos amis, si cela se peut ; sinon, je crois, de manière ou d’autre, pouvoir vous le procurer ; mais je vous avoue que je me sens une répugnance mortelle à demander des grâces dans un pays où l’on me fait des injustices.
Je vous remercie de ce que vous avez fait pour moi sur la lettre à M. de Voltaire, et je vous prie d’en faire aussi mes très humbles remerciements à M. le syndic Mussard. Je n’ai pour raison de m’opposer à sa publication que les égards dus à M. de Voltaire, et que je ne perdrai jamais, de quelque manière qu’il se conduise avec moi ; car je ne me sens porté à l’imiter en rien. Cependant, puisque cette lettre est déjà publique, il y aurait peu de mal qu’elle le devint davantage en devenant plus correcte ; et je ne crains sur ce point la critique de personne, honoré du suffrage de M. Abauzit. Faites là-dessus tout ce qui vous paraîtra convenable ; je m’en rapporte entièrement à vous.
J’ai trouvé, parmi mes chiffons, un petit morceau que je vous destine, puisque vous l’avez souhaité. Le morceau est très faible ; mais il a été fait pour une occasion où il n’était pas permis de mieux faire, ni de dire ce que j’aurais voulu. D’ailleurs il est lisible et complet ; c’est déjà quelque chose : de plus, il ne peut jamais être imprimé, parce qu’il a été fait de commande et qu’il m’a été payé. Ainsi c’est un dépôt d’estime et d’amitié qui ne doit jamais passer en d’autres mains que les vôtres ; et c’est uniquement par là qu’il peut valoir quelque chose auprès de vous. Je voudrais bien espérer de vous le remettre ; mais si vous m’indiquez quelque occasion pour vous l’envoyer, je vous l’enverrai.
Que Dieu bénisse votre famille croissante, et donne à ma patrie, dans vos enfants, des citoyens qui vous ressemblent ! Adieu, cher Moultou.
P. S. 18 déc. J’ai suspendu l’envoi de ma lettre jusqu’à plus ample éclaircissement sur la matière principale qui la remplit ; et tout concourt à guérir des soupçons conçus mal à propos, bien plus sur la paresse du libraire que sur son infidélité. Or ces soupçons, ébruités, deviendraient d’horribles calomnies ; ainsi, jusqu’à nouvel avis, le secret en doit demeurer entre vous et moi, sans que personne en ait le moindre vent, non pas même le cher Roustan. Je récrirais même ma lettre, ou j’en ferais une autre, si j’avais la force ; mais je suis accablé de mal et de travail, et ce qui serait indiscrétion avec un autre n’est que confiance avec un homme vertueux. Dans cet intervalle j’ai travaillé à remettre au net le morceau le plus important de mon livre, et je voudrais trouver quelque moyen de vous l’envoyer secrètement. Quoique écrit fort serré, il coûterait beaucoup par la poste. Je ne suis pas à portée d’affranchir sûrement ; et si je fais contresigner le paquet, mon secret tout au moins est aventuré. Marquez-moi votre avis là-dessus, et du secret. Adieu.
Lettre CCLXXXI – À Julie
À Montmorency, le 19 décembre 1761.
Je voudrais continuer de vous écrire, madame, à vous et à votre digne amie ; mais je ne puis, et je ne supporterais pas l’idée que vous attribuassiez à négligence ou à indifférence un silence que je compte parmi les malheurs de mon état. Vous exigez de l’exactitude dans le commerce, et c’est bien le moins que je doive à celui que vous daignez lier avec moi ; mais cette exactitude m’est impossible : ma situation empilée partage mon temps entre l’occupation et la souffrance ; il ne m’en reste plus à donner à mon plaisir. Il n’est pas naturel que vous vous mettiez à ma place, vous qui avez du loisir et de la santé ; mais faites donc comme les dieux,
Donnez en commandant le pouvoir d’obéir.
Il faut, malgré moi, finir une correspondance dans laquelle il m’est impossible de mettre assez du mien, et qu’avec raison vous n’êtes point d’humeur d’entretenir seules. Si peut-être dans la suite… mais… c’est une folie de vouloir s’aveugler, et une bêtise de regimber contre la nécessité. Adieu donc, mesdames ; forcé par mon état, je cesse devons écrire, mais je ne cesse point de penser à vous.
Je découvre à l’instant que toutes vos lettres ont été à Beaumont avant que de me parvenir. Il ne fallait que Montmorency sur l’adresse, sans parler de la route de Beaumont.
Lettre CCLXXXII – À M. Moultou
[729]
Montmorency, le 23 décembre 1761.
Consider the effect such foresight must have on a poor lonely man who knows nothing of what is happening, on a sick person who feels his end is near, or on an author who may have sought glory too eagerly—but at least in writings that would be useful to his fellow men. Dear Moultou, I place all my hope in someone who protects innocence, so that I can endure the thought that people might wait for me to die before desecrating my memory with a harmful book. This fear troubles me so much that, despite my condition, I dare to try and revise my manuscript once more. But even in such a situation, how could I make use of it? Not to mention money—given the subject matter and circumstances, such a book would surely bring the publisher at least twenty thousand francs in profit. All I ask is to be able to repay the thousand écus I received. Yet I wonder: how could opponents, with their intrigues, prevent its publication if they learned of it? It would take a publisher willing to undertake such a venture—and Rey might be suitable for that role—but also diligence and secrecy, qualities he certainly lacks. Moreover, time is needed, and I don’t know if I will live long enough. And those who have already obtained a copy of the book will surely not let me rest in peace if I survive too long. Often the offended forgive, but the offender never does. Such are my difficulties. I suppose a wiser person would face even greater challenges. To complain would be childish behavior—Nescit Orcus reddere proedam. All I have is right and justice against adversaries who possess cunning, influence, and power. Yet such means only invite hatred.
Dear Moultou, dear Roustan, may you both, in this difficult situation, be my consolation and my hope. Having been informed of my misfortune and its cause, promise me that if my fears prove true, you will not allow a forged book to be published under my name without my disapproval. You will easily recognize my style, and you are well aware of my feelings—they have not changed in the slightest. I find it hard to believe that any Jesuits could so cleverly substitute their own words for mine as to deceive you; but at least they would distort and mutilate my work, thus defacing it entirely. By removing my clarifications and proofs, they would turn what is clearly demonstrated into something absurd. Protest loudly against such an unfaithful edition; publicly denounce it in my name—this letter gives you the authority to do so. Such action poses no danger in the country where you are; moreover, defending a friend who is no longer among us is nothing but serving his memory. Let Roustan not allow the memory of a man whom he honored with the name of his master to be tarnished by disgrace. No matter how little I may deserve such an honor, it does not exempt him from the duties he assumed in bestowing it upon me. He had no obligation to take on that responsibility, but now he must fulfill it. You share the duty of friendship—a duty all the more sacred because it was based on respect and love for virtue. Let me know whether you accept this commitment. I need peace of mind, and I will not find it until I receive your reply.
Let us now talk about your journey. Hope is the last thing that leaves us, and I cannot give up the hope you have given me. Oh! Come, dear Moultou. Who knows whether the joy of seeing you, of pressing you against my heart, might not give me enough strength to follow you on your return, or at least to die in that beloved land where I was never able to live? It is a childish plan, I know; but when all other consolations are gone, we must resort to such fanciful hopes. Come, dear Moultou—this is what matters most. If we arrive in time, then we can consider the rest. As for the passport, try to get it through your friends, if possible; otherwise, I believe I can obtain it in some way or another. But I must confess that I feel a deep aversion toward having to ask for favors in a country where I am treated so unjustly.
I thank you for what you have done for me regarding the letter to Mr. de Voltaire, and I beg you to convey my most humble thanks also to Mr. Mussard, the syndic. My only reason for opposing its publication is out of respect for Mr. de Voltaire—a respect which I will never lose, no matter how he behaves towards me; indeed, I feel in no way inclined to imitate him in any way. However, since this letter has already been made public, it would be no harm if it were made even more so by being corrected; and in this regard, I have no fear of criticism from anyone, especially since I am honored by the support of Mr. Abauzit. Please do whatever you deem appropriate in this matter; I place my complete trust in you.
Among my scraps of fabric, I found a small piece that I dedicate to you, since you wished for it. The piece is rather simple; but it was made for an occasion where it was not possible to use anything better, nor to express what I really wanted to say. Nevertheless, it is legible and complete; and that is already something. Moreover, it can never be printed, because it was made on order and I was paid for it. In this way, it represents a token of my respect and friendship, which should never fall into other hands than yours; and it is only in this sense that it can hold any value to you. I would very much like to be able to give it to you in person; but if you tell me when it would be appropriate for me to send it to you, I will do so.
May God bless your growing family, and may my country find in your children citizens who bear your likeness! Goodbye, dear Moultou.
P.S. December 18th: I have postponed sending my letter until further clarification is obtained regarding the main matter it addresses; everything points to the fact that these suspicions are unfounded, stemming more from the librarian’s laziness than from any infidelity on his part. If these suspicions were to become public, they would turn into terrible slander. Therefore, until further instructions, this matter must remain between you and me, without anyone else—even dear Roustan—knowing anything about it. I would even rewrite my letter or draft another one if I had the strength; but I am overwhelmed by illness and work. What might be considered indiscretion with someone else is merely trustworthiness when dealing with a virtuous person. In the meantime, I have worked on refining the most important part of my book and would like to find some way to send it to you secretly. Although it is written in a very compact format, mailing it would be extremely expensive. I am not in a position to ensure that it arrives safely; and if I ask someone else to sign for it, at least my secret would be at risk. Please let me know your thoughts on this matter—and also regarding how to keep it confidential. Adieu.
Letter CCLXXXI – To Julie
In Montmorency, on December 19, 1761.
I would like to continue writing to you, madam, and to your worthy friend; but I cannot, and I could not bear the thought that you might attribute this silence to negligence or indifference—when in fact I consider it one of the misfortunes of my current situation. You demand accuracy in our correspondence, and indeed that is the very least I owe to someone who has taken the trouble to engage in such communication with me; yet such accuracy is utterly impossible for me. My circumstances divide my time between work and suffering; there is no time left for pleasure. It is not natural for you to put yourself in my position—since you possess leisure and good health—but please, act as the gods would do.
By commanding it, one grants it the power to obey.
I am forced to conclude a correspondence in which I am unable to pour enough of myself into it, and you, quite rightly, are not in the mood to continue such exchanges on your own. Perhaps later on, but it would be foolish to delude oneself, and utterly ridiculous to resist what is necessary. So farewell, ladies; compelled by my circumstances, I must stop writing, but my thoughts of you will never cease.
I just realized that all your letters had been sent to Beaumont before reaching me. All that was needed on the address was “Montmorency,” not to mention the route leading to Beaumont.
Letter CCLXXXII – To Mr. Moultou
[729]
Montmorency, December 23, 1761.
Giudicate l’effetto che una tale precauzione può avere su un povero solitario che non sa nulla di ciò che accade, su un malato che sente di essere alla fine della sua vita, su uno scrittore che forse ha cercato troppo la gloria, ma almeno l’ha cercata attraverso opere utili ai suoi simili. Caro Moultou, devo riporre tutta la mia speranza in colui che protegge l’innocenza, affinché io possa sopportare l’idea che si aspetti soltanto che io chiuda gli occhi per disonorare la mia memoria con un libro dannoso. Questo timore mi tormenta a tal punto che, nonostante la mia condizione, oso tentare di riprendere il mio lavoro e riscrivere il libro da capo. Ma anche in questo caso, come si potrebbe trarne profitto? Non parlo certo dell’aspetto finanziario: considerando l’argomento trattato e le circostanze, un simile libro dovrebbe fruttare almeno ventimila franchi al libraio. Io desidero soltanto rimborsare i mille scudi che ho ricevuto. Ma come potranno gli oppositori, con le loro intrighi, impedire la pubblicazione di un libro del genere? Servirebbe un libraio disposto a intraprendere un simile progetto. E forse Rey potrebbe essere adatto. Ma servirebbero anche diligenza e segretezza. E queste cose non si possono certo aspettare da lui. Inoltre, serve del tempo. E non so se la natura me lo concederà. Senza contare che coloro che hanno intercettato il libro non saranno certo persone disposte a lasciare in pace l’autore, se questi dovesse vivere troppo a lungo a loro piacimento. Spesso la vittima perdona. Ma l’aggressore mai. Ecco i miei problemi. Credo che uno più saggio ne avrebbe di meno. Prendere le distanze e lamentarmi sarebbe comportarsi da bambino, “Nescit Orcus reddere proedam”. Non ho al mio fianco altro che il diritto e la giustizia contro avversari che dispongono di astuzia, credito e potere. E questo è proprio il modo per farsi odiare.
Caro Moultou, caro Roustan, che in questa situazione voi due siate entrambi la mia consolazione, la mia speranza. Avendo conoscenza della mia sfortuna e delle sue cause, promettetemi che, se le mie paure si avverassero, non permetterete che un libro falsificato venga pubblicato in mio nome. Riconoscerete facilmente il mio stile, e non ignorate certo quali siano i miei sentimenti: essi non sono cambiati. Faccio fatica a credere che dei gesuiti possano sostituire abilmente i miei pensieri con i loro per ingannarvi; ma almeno altereranno e mutileranno il mio libro, deformandolo così: togliendomi le mie spiegazioni e le mie prove, renderanno assurdo ciò che è invece evidente. Protestate apertamente contro un’edizione infida, denunciatela pubblicamente in mio nome: questa lettera vi autorizza a farlo; un tale gesto non comporta alcun pericolo nel paese in cui vi trovate; e difendere giustamente un amico che ormai non c’è più significa lavorare alla sua stessa gloria. Che Roustan non permetta che la memoria di un uomo che egli stesso onorò con il nome del suo maestro venga disonorata. Per quanto tale titolo possa essere poco meritato da parte mia, ciò non esenta lui dai doveri che si è assunto concedendomelo. Nessuno lo obbligava ad assumersi tali impegni, ma ora deve onorarli. Voi due condividete il dovere dell’amicizia, tanto più sacro in quanto fondato sull’estima e sull’amore per la virtù. Fatemi sapere se accettate questo impegno. Ho un grande bisogno di tranquillità, e non ne avrò fino a quando non riceverò la vostra risposta.
Parliamo ora del vostro viaggio. L’ speranza è l’ultima cosa che ci abbandona, e non posso rinunciare a quella che mi avete data voi. Oh! Venite, caro Moultou. Chi sa se il piacere di vedervi, di stringervi al mio cuore, non mi darà abbastanza forza per seguirvi nel vostro ritorno, e per andare almeno a morire in quella terra amata dove non ho potuto vivere. È un progetto infantile, lo so; ma quando tutte le altre consolazioni ci mancano, bisogna pur affidarsi a quelle chimeriche. Venite, caro Moultou. Questo è l’essenziale; se arriviamo in tempo, allora decideremo il resto. Per quanto riguarda il passaporto, cercate di ottenerlo tramite i vostri amici, se possibile; altrimenti, credo di potervelo procurare in qualche modo. Ma devo confessarvi che provo una repulsione mortale all’idea di chiedere favori in un paese dove mi vengono fatti degli ingiustizi.
Vi ringrazio per ciò che avete fatto per me riguardo alla lettera indirizzata a Monsieur de Voltaire, e vi prego di trasmettere anche le mie più umili ringraziamenti a Monsieur Mussard, il sindaco. L’unica ragione per cui potrei oppormi alla sua pubblicazione è dovuta al rispetto che devo a Monsieur de Voltaire, un rispetto che non perderò mai, indipendentemente dal modo in cui lui si comporterà con me; infatti, non provo alcuna inclinazione ad imitarlo in nulla. Tuttavia, poiché questa lettera è già stata pubblicata, non ci sarebbe nulla di male nel renderla ancora più corretta; e in questo senso non temo affatto le critiche di nessuno, avendo l’onore di essere sostenuto da Monsieur Abauzit. Fate quindi tutto ciò che ritenete opportuno; mi affido completamente a voi.
Ho trovato, tra i miei tessuti, un piccolo pezzo che vi dedico, poiché lo avete desiderato. Il pezzo è piuttosto semplice; ma è stato realizzato per un’occasione in cui non era possibile fare di meglio, né dire ciò che avrei voluto. Inoltre, è leggibile e completo; questo già significa qualcosa. In più, non potrà mai essere stampato, poiché è stato creato su commissione e mi è stato pagato. Così, rappresenta un segno di stima e amicizia che non dovrebbe mai finire in altre mani se non le vostre; ed è proprio per questo che può avere valore per voi. Vorrei molto potervelo consegnare personalmente; ma se mi indicate un’occasione per inviarvelo, lo farò senza esitazione.
Che Dio benedica la vostra famiglia in crescita, e che dia alla mia patria, attraverso i vostri figli, cittadini che vi assomiglino! Addio, caro Moultou.
P.S. 18 dicembre: Ho rinviato l’invio della mia lettera fino a quando non avrò ricevuto maggiori chiarimenti sulla questione principale che essa tratta; inoltre, tutto sembra indicare che i sospetti sortiti in modo infondato riguardano più la pigrizia del libraio che la sua infedeltà. Tuttavia, se questi sospetti venissero diffusi, potrebbero trasformarsi in orribili calunnie; pertanto, fino a nuovo ordine, il segreto deve rimanere tra voi e me, senza che nessuno ne abbia la minima idea, nemmeno il caro Roustan. Anzi, riscriverei la mia lettera o ne scriverei un’altra, se ne avessi la forza; ma sono sopraffatto da malattia e lavoro, e ciò che potrebbe essere considerato indiscreto con un altro, con un uomo virtuoso rappresenta semplicemente una dimostrazione di fiducia. Nel frattempo, ho lavorato per sistemare al meglio la parte più importante del mio libro e vorrei trovare un modo per inviarvela in segreto. Anche se scritta in modo molto compatto, il costo della spedizione sarebbe elevato; non sono in grado di pagare le spese di affrancatura con sicurezza, e se facessi firmare il pacco da qualcun altro, almeno il mio segreto verrebbe messo a rischio. Fatemi sapere la vostra opinione su questo argomento, così come riguardo al modo in cui dovrebbe essere mantenuto il segreto. Addio.
Lettera CCLXXXI – A Julie
A Montmorency, il 19 dicembre 1761.
Vorrei continuare a scrivervi, signora, a voi e alla vostra nobile amica; ma non posso, e non sopporterei l’idea che attribuiste a negligenza o indifferenza un silenzio che considero tra i mali della mia situazione. Voi esigete precisione nelle relazioni umane, ed è certamente il minimo che debba offrire a chi ha la gentilezza di stabilire un legame con me; ma tale precisione mi è impossibile: le mie difficoltà dividono il mio tempo tra impegni e sofferenze; non mi rimane nulla da dedicare al piacere. Non è naturale che vi mettiate al mio posto voi, che disponete di tempo libero e salute; ma allora agite come fanno gli dèi.
Concedete il potere di obbedire quando si ordina qualcosa.
Devo, contro la mia volontà, concludere una corrispondenza nella quale è impossibile mettere abbastanza di me stesso, e che, a ragione, voi non siete disposte ad intrattenere da sole. Forse in futuro, ma è follia voler ignorare la realtà, ed è stupidità ribellarsi alla necessità. Addio dunque, signore; costretto dalla mia situazione, smetto di scrivervi, ma non smetto di pensare a voi.
Scopro in questo momento che tutte le vostre lettere sono state inviate a Beaumont prima di arrivare a me. Era sufficiente indicare Montmorency nell’indirizzo, per non parlare della strada che conduce a Beaumont.
Lettera CCLXXXII – A Monsieur Moultou
[729]
Montmorency, 23 dicembre 1761.
C’en est fait, cher Moultou, nous ne nous reverrons plus que dans le séjour des justes. Mon sort est décidé par les suites de l’accident dont je vous ai parlé ci-devant ; et, quand il en sera temps, je pourrai, sans scrupule, prendre chez milord Édouard les conseils de la vertu même [730].
Ce qui m’humilie et m’afflige est une fin si peu digne, j’ose dire, de ma vie, et du moins de mes sentiments. Il y a six semaines que je ne fais que des iniquités, et n’imagine que des calomnies contre deux honnêtes libraires, dont l’un n’a de tort que quelques retards involontaires, et l’autre un zèle plein de générosité et de désintéressement, que j’ai payé, pour toute reconnaissance, d’une accusation de fourberie. Je ne sais quel aveuglement, quelle sombre humeur, inspirée dans la solitude par un mal affreux, m’a fait inventer, pour en noircir ma vie et l’honneur d’autrui, ce tissu d’horreurs, dont le soupçon, changé dans mon esprit prévenu presque en certitude, n’a pas mieux été déguisé à d’autres qu’à vous. Je sens pourtant que la source de cette folie ne fut jamais dans mon coeur. Le délire de la douleur m’a fait perdre la raison avant la vie ; en faisant des actions de méchant, je n’étais qu’un insensé.
Toutefois, dans l’état de dérangement où est ma tête, ne me fiant plus à rien de ce que je vois et de ce que je crois, j’ai pris le parti d’achever la copie du morceau dont je vous ai parlé ci-devant, et même de vous l’envoyer, très persuadé qu’il ne sera jamais nécessaire d’en faire usage, mais plus sûr encore que je ne risque rien de le confier à votre probité. C’est avec la plus grande répugnance que je vous extorque les frais immenses que ce paquet vous coûtera par la poste. Mais le temps presse ; et, tout bien pesé, j’ai pensé que de tous les risques, celui que je pouvais regarder comme le moindre était celui d’un peu d’argent. Certainement j’aurais fait mieux si je l’avais pu sans danger. Mais au reste, en supposant, comme je l’espère, qu’il ne sera jamais nécessaire d’ébruiter cette affaire, je vous en demande le secret, et je mets mes dernières fautes à couvert sous l’aile de votre charité. Le paquet sera mis, demain 24 décembre, à la poste, sans lettre ; et même il y a quelque apparence que c’est ici la dernière que je vous écrirai.
Adieu, cher Moultou. Vous concevrez aisément que la profession de foi du vicaire savoyard est la mienne. Je désire trop qu’il y ait un Dieu pour ne pas le croire ; et je meurs avec la ferme confiance que je trouverai dans son sein le bonheur et la paix dont je n’ai pu jouir ici-bas.
J’ai toujours aimé tendrement ma patrie et mes concitoyens ; j’ose attendre de leur part quelque témoignage de bienveillance pour ma mémoire. Je laisse une gouvernante presque sans récompense, après dix-sept ans de services et de soins très pénibles, auprès d’un homme presque toujours souffrant. Il me serait affreux de penser qu’après m’avoir consacré ses plus belles années, elle passerait ses vieux jours dans la misère et l’abandon. J’espère que cela n’arrivera pas : je lui laisse pour protecteurs et pour appuis tous ceux qui m’ont aimé de mon vivant. Toutefois, si cette assistance venait à lui manquer, je crois pouvoir espérer que mes compatriotes ne lui laisseraient pas mendier son pain. Engagez, je vous supplie, ceux d’entre eux en qui vous connaissez l’âme genevoise à ne jamais la perdre de vue, et à se réunir, s’il le fallait, pour lui aider à couler ses jours en paix à l’abri de la pauvreté.
Voici une lettre pour mon très honoré disciple. Je crois que j’aurais été son maître en amitié ; en tout le reste je me serais glorifié de prendre leçon de lui. Je souhaite fort qu’il accepte la proposition de faire la préface du recueil de mes oeuvres ; et en ce cas vous voudrez bien faire avec M. le maréchal de Luxembourg des arrangements pour lui faire agréer un présent sur l’édition. Au reste, si les choses ne tournaient pas comme je l’espère pour une édition en France, je n’ai point à me plaindre de la probité de Rey, et je crois qu’il n’a pas non plus à se plaindre de mes écrits. On pourrait s’adresser à lui.
Adieu derechef. Aimez vos devoirs, cher Moultou ; ne cherchez point les vertus éclatantes. Elevez avec grand soin vos enfants ; édifiez vos nouveaux compatriotes sans ostentation et sans dureté, et pensez quelquefois que la mort perd beaucoup de ses horreurs quanti on en approche avec un coeur content de sa vie.
Gardez-moi tous deux le secret sur ces lettres, du moins jusqu’après l’événement, dont j’ignore encore le temps, quoique sûrement peu éloigné. Je commence par les amis et les affaires, pour voir ensuite en repos avec Jean-Jacques si par hasard il n’a rien oublié.
Si vous venez, vous trouverez le morceau que je vous destinais parmi ce qu’il me reste encore de petits manuscrits. Si vous ne venez pas, et qu’on négligeât de vous l’envoyer, vous pouvez le demander, car votre nom y est en écrit. C’est, comme je crois vous l’avoir déjà marqué, une oraison funèbre de feu M, le duc d’Orléans.
Lettre CCLXXXIV – À M. Coindet
[732]
Montmorency, ce vendredi.
Quelque aimable que puisse être M. l’abbé de Grave, comme je ne le connais point, et qu’en France tout le monde est aimable, il me semble que rien n’est moins pressé que d’abuser de sa complaisance pour l’amener à Montmorency, sans savoir si vous ne lui ferez point passer une mauvaise journée et à moi aussi. Vous êtes toujours là-dessus si peu difficile, qu’il faut bien que je le sois pour tous deux.
À l’égard de l’édition projetée, si tant est qu’elle doive se faire, il ne convient pas qu’elle se fasse si vite, au moins si j’y dois consentir. M. de Malesherbes a exigé des réponses à ses observations, il faut me laisser le temps de les faire et de les lui envoyer. Il faut laisser à Robin le temps de débiter les éditions précédentes, afin qu’il ne tire pas de là un prétexte pour ne pas payer Rey. Enfin il faut me laisser, à moi, le temps de voir pourquoi je dois mutiler mon livre, pour une édition dont je ne me soucie point de devenir peut-être un jour responsable au gouvernement de France de ce qui peut y déplaire à quelque ministre de mauvaise humeur. Puisque la permission du magistrat ne met à couvert de rien, qu’aurai-je à répondre à ceux qui viendront me dire : Pourquoi imprimez-vous chez nous des maximes hérétiques et républicaines ? Je dirai que ce sont les miennes et celles de mon pays. Hé ! bien, me dira-t-on, que ne les imprimez-vous hors de chez nous ? Qu’aurai-je à dire ? Vous me direz que je n’ai qu’à les ôter. Autant vaudrait me dire de n’être phis moi. Je ne puis, ni ne veux les ôter qu’en étant tout le livre. Je voudrais bien savoir ce qu’on peut répondre à cela. Tant y a que, si je veux bien m’exposer, je veux m’exposer avec toute ma vigueur première, et non pas déjà tout châtré, déjà tout tremblant, et comme un homme qui a déjà peur. Adieu, mon cher Coindet, je vous embrasse.
Observation
Cette lettre ne porte d’autre date que l’indication du jour de la semaine. Elle nous a été remise par M. Mouchon, de la part de M. Coindet, neveu de celui à qui elle est adressée.
Le sujet traité par Jean-Jacques sort à mettre une date probable. Il est question d’Émile, et c’est pendant qu’on imprimait cet ouvrage dont M. de Malesherbes faisait surveiller et diriger l’impression par l’abbé de Grave. Ce doit donc être à la fin de 1761 ou dans les commencements de 1762.
Remarquons la sévère probité de Rousseau qui défend les intérêts de Rey, contre les siens, eu rejetant les propositions qu’on lui fait ; et l’énergie avec laquelle il repousse toute mutilation. Il devait trouver inconséquente et bizarre la responsabilité qui pesait sur lui, malgré le consentement ou l’approbation du magistrat chai-gé de laisser circuler ou d’arrêter un ouvrage. Il était à la veille d’être victime de cette inconséquence.
Lettre CCLXXXVI – À M. Huber
Montmorency, le 24 décembre 1761.
It is over now, dear Moultou; we shall only meet again in the abode of the righteous. My fate has been determined by the consequences of the accident I told you about earlier; and when the time comes, I will be able, without any remorse, to seek the guidance of virtue itself from Lord Edward [730].
What humiliates and grieves me is such an unworthy end to my life—and, at least, to my feelings. For six weeks now, I have been committing injustices and inventing slanderous accusations against two honest booksellers. One of them has committed no wrongdoing except for some unintentional delays, while the other has shown great generosity and selflessness in his endeavors. In return for all this, I have accused them of fraud. Some blind, dark mood, inspired by a terrible affliction in solitude, led me to concoct this web of horrors. In my preconceived mind, these suspicions turned into certainty, and I managed to hide them from no one but you. Yet I feel that the source of this madness was never in my heart. The delirium of pain made me lose reason before losing life; in committing those evil acts, I was nothing but a fool.
However, in the state of confusion in which my mind finds itself—no longer trusting anything I see or believe—I have decided to complete the copy of that document I spoke of earlier and even send it to you, fully convinced that it will never be necessary to use it; yet even more certain that I am putting no risk into entrusting it to your honesty. It is with the greatest reluctance that I ask you to bear the considerable expenses this package will incur through the postal service. But time presses, and after careful consideration, I have concluded that, of all the risks involved, losing some money is perhaps the least harmful. Surely I could have done better if it had been possible without any danger at all. Nevertheless, assuming—as I hope—it will never be necessary to make this matter public, I beg you to keep it confidential and place my last hopes under the shelter of your kindness. The package will be sent tomorrow, December 24th, without any accompanying letter; in fact, there is even a possibility that this will be my last letter to you.
Adieu, dear Moultou. You will easily understand that the beliefs of that Savoyard vicar are also mine own. I desire so earnestly that there must be a God that I cannot help but believe in him; and I die with firm confidence that I shall find in his embrace the happiness and peace which I was unable to enjoy in this world.
I have always loved my country and my fellow citizens with deep affection; I dare to hope that they will show some kindness towards my memory. I leave behind a governess who has rendered nearly unpaid services for seventeen years, caring for a man who was almost always in pain. It would be unbearable to think that, after she had devoted her best years to him, she should spend her old age in poverty and abandonment. I hope this will not happen; I leave her the protection and support of all those who loved me during my lifetime. However, if such assistance were to fail her, I believe my fellow citizens would not allow her to go hungry. I implore you to urge those among them who possess the true spirit of Geneva never to lose it, and to come together, if necessary, to help her live in peace and freedom from poverty.
Here is a letter for my most esteemed disciple. I believe that in terms of friendship, I would have been his master; in all other respects, I would have taken pride in learning from him. I earnestly hope that he will accept the offer to write the preface to this collection of my works; if so, you would please make arrangements with Monsieur le Maréchal de Luxembourg to ensure that he receives a gift for this edition. Moreover, should things not go as I hope for an edition in France, I have no reason to complain about Rey’s integrity, and I believe he has no reason to complain about my writings either. One could certainly turn to him for assistance.
Farewell once more. Cherish your duties, dear Moultou; do not seek after those dazzling virtues. Raise your children with great care; nurture your new compatriots without ostentation or harshness, and remember sometimes that death loses much of its horror when one approaches it with a heart content with one’s life.
Let both of us keep the secret regarding these letters, at least until after that event, whose time I still do not know, though it is surely not far off. I will start by dealing with friends and matters related to business, and then, once things are settled, I will discuss it calmly with Jean-Jacques to see if he has perhaps forgotten anything.
If you come, you will find the piece I intended for you among what remains of my small manuscripts. If you do not come, and it is forgotten to send it to you, you can still request it, for your name is written on it. As I believe I have already mentioned, this is a funeral oration by the late Monsieur M., the Duke of Orléans.
Letter CCLXXXIV – To Mr. Coindet
[732]
Montmorency, on this Friday.
No matter how pleasant Mr. Abbé de Grave may be—since I do not know him personally—and since everyone in France is pleasant by nature, it seems to me that there is absolutely no urgency in taking advantage of his kindness to bring him to Montmorency, without knowing whether you might cause him, or perhaps me as well, some distress. You are always so easy on such matters that I must be rather stubborn in order to protect both of us.
Regarding the proposed edition, if it is indeed to be carried out, it should not be done so quickly, at least not if I have to give my consent. Mr. de Malesherbes has demanded answers to his observations; I need time to prepare them and send them to him. We must also allow Robin enough time to deal with the previous editions, so that he cannot use this as an excuse not to pay Rey. Finally, I need time to understand why I should alter my book for an edition of which I have no intention of ever being responsible in front of the French government, especially if it might offend some minister in a bad mood. Since the magistrate’s permission offers no protection at all, what could I possibly answer those who came to ask me: “Why are you printing heretical and republican maxims in our country?” I would say that they are mine and those of my country. Well then, someone might argue, why not print them somewhere else? What could I reply to that? They would say I could simply remove them. But that would be tantamount to saying I should cease to exist as a person. I cannot and do not wish to remove them unless I remove the entire book. I would really like to know what one could possibly say in response to that. In any case, if I am willing to take this risk, I want to do so with all my strength, and not already weakened or trembling, as a man who is already afraid. Adieu, my dear Coindet; I kiss you.
Observation
This letter bears no other date than the indication of the day of the week. It was delivered to us by Mr. Mouchon, on behalf of Mr. Coindet, the nephew of the person to whom it is addressed.
The subject discussed by Jean-Jacques allows for the determination of a probable date. It concerns Émile, and it was during the period when this work was being printed—under the supervision and direction of M. de Malesherbes, who had Abbé de Grave oversee the printing process. Therefore, it must have been at the end of 1761 or in the beginning of 1762.
Let us note Rousseau’s strict integrity in defending Rey’s interests over his own, even when rejecting the proposals made to him; and also the vigor with which he opposed any form of censorship or distortion of truth. He must have found utterly inconsequential and absurd the responsibility imposed upon him—to decide whether to allow a work to circulate or to suppress it, despite the consent or approval of the judicial authorities. He was on the verge of becoming a victim of this very inconsistency.
Letter CCLXXXVI – To Mr. Huber
Montmorency, December 24, 1761.
È finita, caro Moultou; non ci rivedremo più se non nel regno dei giusti. Il mio destino è stato deciso dalle conseguenze dell’incidente di cui vi ho parlato in precedenza; e, quando sarà il momento, potrò, senza rimorsi, ricevere da lord Edward i consigli stessi della virtù [730].
Quello che mi umilia e mi addolora è una fine così poco degna, oserei dire, della mia vita, e almeno dei miei sentimenti. Da sei settimane non faccio altro che compiere ingiustizie e non penso ad altro che a diffamare due onesti librai: uno dei quali ha commesso soltanto alcuni ritardi involontari, mentre l’altro dimostra un zelo pieno di generosità e disinteresse. In cambio di tutto ciò, ho ricevuto solo un’accusa di frode. Non so quale cecità, quale cupa malinconia, ispirata nella solitudine da un dolore terribile, mi abbia spinto a inventare tutta questa serie di orrori, al fine di macchiare la mia vita e l’onore degli altri. Il sospetto, nel mio spirito prevenuto, è diventato quasi certezza; eppure non sono riuscito a nasconderlo meglio che a voi. Tuttavia sento che la fonte di questa follia non ha mai risieduto nel mio cuore. È stato il delirio del dolore a farmi perdere la ragione prima ancora della vita. Commettendo atti malvagi, non ero altro che un folle.
Tuttavia, nello stato di confusione in cui mi trovo, non fidandomi più di nulla di ciò che vedo e di ciò che credo, ho deciso di completare la copia di quel documento di cui vi ho parlato prima e persino di inviarvela, convinto com’ero che non sarebbe mai stata necessaria, ma ancora più sicuro che affidarla alla vostra onestà non comportasse alcun rischio. Con grande riluttanza vi chiedo di sostenere le enormi spese postali che questo pacco vi causerà. Ma il tempo stringe; e, dopo averci ben pensato, ho concluso che, tra tutti i rischi possibili, quello che ritenevo essere il minore fosse proprio la perdita di un po’ di denaro. Certamente avrei fatto meglio se avessi potuto agire senza correre alcun pericolo. Ma comunque, supponendo – come spero – che questa faccenda non debba mai venire alla luce, vi chiedo il segreto e mi affido alla vostra carità. Il pacco verrà spedito domani, 24 dicembre, senza alcuna lettera accompagnatoria; anzi, sembra proprio che questa sia l’ultima volta che vi scrivo.
Addio, caro Moultou. Capirai facilmente che la fede del vescovo savoiardo è anche la mia. Desidero troppo che esista un Dio per non crederci; e muoio con la ferma convinzione di trovare nel suo grembo la felicità e la pace di cui non ho potuto godere in questa vita.
Ho sempre amato teneramente la mia patria e i miei concittadini; oso sperare che mi dimostrino un po’ di benevolenza verso la mia memoria. Lascio una governante quasi senza ricompense, dopo diciassette anni di servizi e cure molto difficili, al fianco di un uomo quasi sempre malato. Mi sarebbe insopportabile pensare che, dopo averle dedicato gli anni migliori della sua vita, lei trascorresse i suoi ultimi giorni nella povertà e nell’abbandono. Spero che questo non accada: le lascio come protettori e sostegno tutti coloro che mi hanno amato in vita mia. Tuttavia, se questa assistenza dovesse mancarle, credo di poter sperare che i miei concittadini non la lascino mendicare il pane. Vi prego, impegnatevi affinché coloro tra loro nei quali conoscete l’animo genuino dei genovesi non lo perdano mai di vista, e si riuniscano, se necessario, per aiutarla a trascorrere i suoi giorni in pace, al riparo dalla povertà.
Ecco una lettera per il mio molto onorato discepolo. Credo che in termini di amicizia sarei stato io il suo maestro; in ogni altro ambito, mi sarei gloriato di imparare da lui. Spero ardentemente che accetti la proposta di scrivere la prefazione alla raccolta delle mie opere; in tal caso, vi prego di prendere accordi con il marchese di Lussemburgo affinché gli venga offerto un dono per l’edizione. In ogni caso, se le cose non andassero come spero per un’edizione in Francia, non ho motivo di lamentarmi della probità di Rey, e credo che nemmeno lui abbia motivi di lamentarsi dei miei scritti. Si potrebbe rivolgersi a lui.
Addio per sempre. Amate i vostri doveri, caro Moultou; non cercate virtù straordinarie o appariscenti. Crescite con cura vostri figli; educatene i nuovi concittadini senza ostentazione né durezza, e ricordatevi che la morte perde gran parte della sua orrore quando ci si avvicina a essa con un cuore soddisfatto della propria vita.
Tenete entrambi il segreto di queste lettere, almeno fino all’evento che ancora non conosco la data del suo verificarsi, anche se sicuramente non è lontano. Comincio con gli amici e le questioni pratiche, per poi parlare con calma con Jean-Jacques e vedere se per caso non ha dimenticato nulla.
Se venite, troverete il brano che vi destinavo tra ciò che mi è rimasto dei miei piccoli manoscritti. Se non venite e qualcuno trascura di inviarvelo, potete chiederlo, poiché il vostro nome è scritto lì sopra. Si tratta, come credo di avervi già detto, di un elogio funebre del defunto duca d’Orléans, monsignor M.
Lettera CCLXXXIV – A Monsieur Coindet
[732]
Montmorency, questo venerdì.
Per quanto gentile possa essere il signor abate de Grave – poiché non lo conosco affatto, e in Francia tutti siano gentili – mi sembra che non ci sia nulla di più imprudente che approfittare della sua disponibilità per portarlo a Montmorency, senza sapere se questo non possa causargli o a me dei problemi. Voi siete sempre così poco rigido in queste questioni, quindi tocca a me esserlo, per il bene di entrambi.
Per quanto riguarda l’edizione prevista, qualora dovesse effettivamente avvenire, non è opportuno che avvenga così in fretta, almeno se devo darvi il mio consenso. Il signor de Malesherbes ha richiesto risposte alle sue osservazioni; devo quindi avere il tempo di prepararle e inviargliele. È necessario anche dare a Robin il tempo di occuparsi delle edizioni precedenti, affinché non utilizzi questo come pretesto per non pagare Rey. Infine, è necessario lasciarmi il tempo di capire perché dovrei modificare il mio libro per un’edizione di cui, forse, un giorno dovrò assumermi la responsabilità davanti al governo francese riguardo a ciò che potrebbe dispiacere a qualche ministro di cattivo umore. Poiché l’autorizzazione del magistrato non mi protegge da nulla, cosa risponderò a coloro che verranno a dirmi: “Perché stampate qui delle massime eretiche e repubblicane?” Risponderò che sono le mie massime, e quelle del mio paese. E allora mi si dirà: “Perché non le stampate altrove?” A questo risponderei che potrei farlo soltanto eliminandole completamente. Il che equivalgerebbe a non essere più me stesso. Non posso né voglio eliminarle se non eliminando l’intero libro. Vorrei davvero sapere cosa si possa rispondere a una tale obiezione. Comunque, se decido di correre questo rischio, lo farò con tutta la mia forza e la mia determinazione, e non già indebolito o tremante, come un uomo che ha già paura. Addio, mio caro Coindet. Vi abbraccio.
Osservazione.
Questa lettera non riporta alcuna data diversa dall’indicazione del giorno della settimana. Ci è stata consegnata da Monsieur Mouchon, da parte di Monsieur Coindet, nipote di colui a cui è indirizzata.
L’argomento trattato da Jean-Jacques permet di stabilire una data probabile per la sua pubblicazione. Si tratta di Émile, e l’opera fu stampata mentre Monsieur de Malesherbes ne supervisionava e dirigeva la produzione, affiancato dall’abbé de Grave. Pertanto, la pubblicazione deve essere avvenuta alla fine del 1761 o all’inizio del 1762.
Notiamo la severa integrità di Rousseau, che difende gli interessi di Rey contro i propri, rifiutando le proposte che gli vengono fatte; e l’energia con cui respinge qualsiasi forma di manipolazione o distorsione dei fatti. Doveva considerare assurda e bizzarra la responsabilità che ricadeva su di lui, nonostante il consenso o l’approvazione del magistrato incaricato di controllare la circolazione delle opere. Era sull’orlo di diventare vittima proprio di questa assurdità.
Lettera CCLXXXVI – A Monsieur Huber
Montmorency, 24 dicembre 1761.
J’étais, monsieur, dans un accès du plus cruel des maux du corps, quand je reçus votre lettre et vos idylles. Après avoir lu la lettre, j’ouvris machinalement le livre, comptant le refermer aussitôt ; mais je ne le refermai qu’après avoir tout lu, et je le mis à côté de moi pour le relire encore. Voilà l’exacte vérité. Je sens que votre ami Gessner est un homme selon mon coeur, d’où vous pouvez juger de son traducteur et de son ami, par lequel seul il m’est connu. Je vous sais, en particulier, un gré infini d’avoir osé dépouiller notre langue de ce sot et précieux jargon qui ôte toute vérité aux images et toute vie aux sentiments. Ceux qui veulent embellir et parer la nature sont des gens sans âme et sans goût qui n’ont jamais connu ses beautés. Il y a six ans que je coule dans ma retraite une vie assez semblable à celle de Ménalque et d’Amyntas, au bien près, que j’aime comme eux, mais que je ne sais pas faire ; et je puis vous protester, monsieur, que j’ai plus vécu durant ces six ans que je n’avais lait dans tout le cours de ma vie. Maintenant vous me faites désirer de revoir encore un printemps, pour” faire avec vos charmants pasteurs de nouvelles promenades, pour partager avec eux ma solitude, et pour revoir avec eux des asiles champêtres qui ne sont pas inférieurs à ceux que M. Gessner et vous avez si bien décrits. Saluez-le de ma part, je vous supplie, et recevez aussi mes remerciements et mes salutations.
Voulez-vous bien, monsieur, quand vous écrirez à Zurich, faire dire mille choses pour moi à M. Usteri ? J’ai reçu de sa part une lettre que je ne me lasse point de relire, et qui contient des relations d’un paysan plus sage, plus vertueux, plus sensé que tous les philosophes de l’univers. Je suis fâché qu’il ne me marque pas le nom de cet homme respectable[733]. Je lui voulais répondre un peu au long, mais mon déplorable état m’en a empêché jusqu’ici.
Lettre CCXXXVIII– À Madame La Tour
À Montmorency le 11 janvier 1761.
Saint-Preux avait trente ans, se portait bien, et n’était occupé que de ses plaisirs : rien ne ressemble moins à Saint-Preux que J. J. Rousseau. Sur une lettre pareille à la dernière, Julie se fût moins offensée de mon silence qu’alarmée de mon état ; elle ne se fut point, en pareil cas, amusée à compter des lettres et à souligner des mots : rien ne ressemble moins à Julie que madame de Vous avez beaucoup d’esprit, madame, vous êtes bien aise de le montrer, et tout ce que vous voulez de moi ce sont des lettres : vous êtes plus de votre quartier que je ne pensais.
1762
Lettre CCXXXVIII– À Madame La Tour
Lettre CCLXXXIX – À la même
Lettre CCLXC – À M. de Malesherbes
Lettre CCLXCI – À M. Moultou
Lettre CCLXCII – À Madame la maréchale de Luxembourg
Lettre CCLXCIII – À la même
Lettre CCLXCIV – À la même
Lettre CCLXCV – À Madame La Tour
Lettre CCLXCVI – À la même
Lettre CCLXCVII – À M. Moultou
Lettre CCLXCVIII – À MM. De la Société Économique de Berne
Lettre CCLXCIX – À M. de Malesherbes
Lettre CCC – À Madame la maréchale de Luxembourg
Lettre CCCI – À Madame La Tour
Lettre CCCII – À Madame la maréchale de Luxembourg
Lettre CCCIII – À M. de Sartine
Lettre CCCIV – À Madame La Tour
Lettre CCCV – À M. Moultou
Lettre CCCVI – À Madame la marquise de Créqui
Lettre CCCVII – À Madame La Tour
Lettre CCCVIII – À la même
Lettre CCCIX – À M. Néaulme
Lettre CCCX – À M. Moultou
Lettre CCCXI – À Madame de Créqui
Lettre CCCXII – À Madame La Tour
Lettre CCCXIII – À M. de la Poplinière
Lettre CCCXIV – À M. Moultou
Lettre CCCXV – À M. le maréchal de Luxembourg
Lettre CCCXVI – À M. le prince de Conti
Lettre CCCXVII – À Madame la maréchale de Luxembourg
Lettre CCCXVIII – À M. le maréchal de Luxembourg
Lettre CCCXIX – À Mademoiselle le Vasseur
Lettre CCCXX – À M. Moultou
Lettre CCCXXI – À M. de Gingins de Moiry
Lettre CCCXXII – À M. Moultou
Lettre CCCXXIII – À M. le maréchal de Luxembourg
Lettre CCCXXIV – À Madame Cramer de Lon
Lettre CCCXXV – À Madame la comtesse de Boufflers
Lettre CCCXXVI – À M. Moultou
Lettre CCCXXVII – Au même
Lettre CCCXXVIII – À Milord Maréchal
Lettre CCCXXIX – Au roi de Prusse
Lettre CCCXXX – À M. Moultou
Lettre CCCXXXI – À M. de Gingins de Moiry
Lettre CCCXXXII – À M…
Lettre CCCXXXIII – À Madame la maréchale de Luxembourg
Lettre CCCXXXIV – À M. Moultou
Lettre CCCXXXV – À M. Marcet
Lettre CCCXXXVI – À Madame la comtesse de Boufflers
Lettre CCCXXXVII – À M. Moultou
Lettre CCCXXXVIII – Au même
Lettre CCCXXXIX – À Madame la maréchale de Luxembourg
Lettre CCCXL – À Madame la maréchale de Luxembourg
Lettre CCCXLI – À Milord Maréchal
Lettre CCCXLII – À Madame La Tour
Lettre CCCXLIII – À M. de Montmollin
Lettre CCCXLIV – À M. Jacob Vernet
Lettre CCCXLV – À M. Moultou
Lettre CCCXLVI – À M. Théodore Rousseau
Lettre CCCXLVII – À M. Pictet
Lettre CCCXLVIII – À Madame La Tour
Lettre CCCXLIX – À la même
Lettre CCCL – À Madame la comtesse de Boufflers
Lettre CCCLI – À M. Moultou
Lettre CCCXLII – Au même
Lettre CCCXLIII – À M. de Malesherbes
Lettre CCCXLIV – À M. de Mouchon
Lettre CCCXLV – À Madame la comtesse de Boufflers
Lettre CCCXLVI – Au roi de Prusse
Lettre CCCXLVII – À Milord Maréchal
Lettre CCCXLVIII – À M. de Malesherbes
Lettre CCCXLIX – À Milord Maréchal
Lettre CCCLX – À M. Moultou
Lettre CCCLXI – Au même
Lettre CCCLXII – À Madame La Tour
Lettre CCCLXIII – À M. Moultou
Lettre CCCLXIV – À M. de Montmollin
Lettre CCCLXV – À M. ***
Lettre CCCLXVI – À M. Loiseau de Mauléon
Lettre CCCLXVII – À Mademoiselle d’Ivernois
Lettre CCCLXVIII – À Madame la comtesse de Boufflers
Lettre CCCLXIX – À M…
Lettre CCCLXX – À Madame La Tour
Lettre CCCLXXI – À M. Moultou
Lettre CCCLXXII – A.M.D.L.C
Table de la correspondance
Lettre CCLXC – À M. de Malesherbes
Montmorency, le 8 février 1762.
Sitôt que j’appris, monsieur, que mon ouvrage serait imprimé en France, je prévis ce qui m’arrive, et j’en suis moins fâché que si j’en étais surpris. Mais n’y aurait-il pas moyen de remédier pour l’avenir aux inconvénients que je prévois encore, si, publiant d’abord les deux premiers volumes, Duchesne et Néaulme son correspondant restent propriétaires des deux autres ? Il résultera certainement de toutes ces cascades des difficultés et des embarras qui pourraient tellement prolonger la publication de mon livre qu’il serait à la fin supprimé ou mutilé, ou que je serais forcé de recourir tôt ou tard à quelque expédient dont ces libraires croiraient avoir à se plaindre. Le remède à tout cela me paraît simple ; la moitié du livre est faite ou à peu près, la moitié de la somme est payée ; que le marché soit résilié pour le reste, et que Duchesne me rende mon manuscrit : ce sera mon affaire ensuite d’en disposer comme je l’entendrai. Bien entendu que cet arrangement n’aura lieu qu’avec l’agrément de madame la maréchale, qui sûrement ne le refusera pas lorsqu’elle saura mes raisons. Si vous vouliez bien, monsieur, négocier cette affaire, vous soulageriez mon coeur d’un grand poids qui m’oppressera sans relâche jusqu’à ce qu’elle soit entièrement terminée.
Quant aux changements à faire dans les deux premiers volumes avant leur publication, je voudrais bien qu’ils fussent une fois tellement spécifiés que je fusse assuré qu’on n’en exigera pas d’ultérieurs, ou, pour parler plus juste, qu’ils ne seront pas nécessaires ; car, monsieur, je serais bien fâché que, par égard pour moi, vous laissassiez rien qui pût tirer à conséquence : il vaudrait alors cent fois mieux suivre l’idée d’envoyer toute l’édition hors du pays. C’est de quoi l’on ne peut juger qu’après avoir vu bien précisément à quoi se réduit tout ce qu’il s’agit d’ôter ou de changer ; car je crains sur toute chose qu’on n’y revienne à deux fois. Pour prévenir cela, je vous supplie, monsieur, de lire ou faire lire les deux volumes en entier, afin qu’il ne s’y trouve plus rien qui n’ait été vu.
Je ne vous parlerai point de votre visite, jugeant que ce silence doit être entendu de vous. Agréez, monsieur, mon profond respect.
Sir, I was suffering from one of the most cruel physical ailments when I received your letter and those idyllic passages you included. After reading the letter, I mechanically opened the book, intending to close it immediately; but I did not close it until I had read everything, and then I put it aside to read it again later. This is the absolute truth. I feel that your friend Gessner is a man who suits my heart very well; from this, you can judge what kind of person his translator—and, by extension, his friend, through whom I only came to know him—is. In particular, I am infinitely grateful to you for having dared to rid our language of that foolish and pretentious jargon that strips imagery of all truth and emotions of all vitality. Those who seek to embellish and adorn nature are soulless and tasteless individuals who have never truly understood its beauties. For six years now, I have led a life much like that of Ménalque and Amyntas—indeed, very similar—to such an extent that I love it just as they do, yet I lack the skills to express it in words. Sir, I can assure you that in these six years, I have “lived” more than I had ever lived in the entirety of my previous life. Now, your letter makes me long to experience another spring—to take new walks with your charming pastors, to share my solitude with them, and to revisit those rural retreats that are no less beautiful than those you and Mr. Gessner have so vividly described. Please convey my regards to him, and accept also my thanks and best wishes.
Would you please, sir, when you write to Zurich, ask Mr. Usteri to say many kind things for me? I have received a letter from him that I never tire of reading; it contains the stories of a farmer who is wiser, more virtuous, and more sensible than all the philosophers in the world. It’s a pity that he does not mention the name of this respectable man[733]. I wanted to reply to him at some length, but my poor health has prevented me from doing so so far.
Letter CCXXXVIII – To Madame La Tour
At Montmorency on January 11, 1761.
Saint-Preux was thirty years old, in good health, and devoted solely to his own pleasures; nothing could be more different from Saint-Preux than J.-J. Rousseau. In response to a letter like the last one, Julie would have been less offended by my silence than alarmed by my condition; under such circumstances, she would not have found any amusement in counting letters or highlighting particular words: nothing could be more different from Julie than Madame de. You have great wit, madam; you take great pleasure in showing it off, and all you seem to want from me are letters. You belong more to your own circle than I had thought.
1762
Letter CCXXXVIII – To Madame La Tour
Letter CCLXXXIX – To the Same One
Letter CCLXC – To Mr. de Malesherbes
Letter CCLXCI – To Mr. Moultou
Letter CCLXCII – To Madame la Maréchale de Luxembourg
Letter CCLXCIII – To the Same One
Letter CCLXCIV – To the Same One
Letter CCLXCV – To Madame La Tour
Letter CCLXCVI – To the Same One
Letter CCLXCVII – To Mr. Moultou
Letter CCLXCVIII – To Messrs. of the Bern Economic Society
Letter CCLXCIX – To Mr. de Malesherbes
Letter CCC – To Madame la Maréchale de Luxembourg
Letter CCCI – To Madame La Tour
Letter CCCII – To Madame la Maréchale de Luxembourg
Letter CCCIII – To Mr. de Sartine
Letter CCCIV – To Madame La Tour
Letter CCCV – To Mr. Moultou
Letter CCCVI – To Madame la Marquise de Créqui
Letter CCCVII – To Madame La Tour
Letter CCCVIII – To the Same One
Letter CCCIX – To Mr. Néaulme
Letter CCCX – To Mr. Moultou
Letter CCCXI – To Madame de Créqui
Letter CCCXII – To Madame La Tour
Letter CCCXIII – To Mr. de la Poplinière
Letter CCCXIV – To Mr. Moultou
Letter CCCXV – To Mr. Marshal of Luxembourg
Letter CCCXVI – To Monsieur the Prince of Conti
Letter CCCXVII – To Madame la Maréchale de Luxembourg
Letter CCCXVIII – To Mr. Marshal of Luxembourg
Letter CCCXIX – To Miss Le Vasseur
Letter CCCXX – To Mr. Moultou
Letter CCCXXI – To Mr. de Gingins de Moiry
Letter CCCXXII – To Mr. Moultou
Letter CCCXXIII – To Mr. Marshal of Luxembourg
Letter CCCXXIV – To Madame Cramer de Lon
Letter CCCXXV – To Madame la Comtesse de Boufflers
Letter CCCXXVI – To Mr. Moultou
Letter CCCXXVII – To the Same One
Letter CCCXXVIII – To My Lord Marshal
Letter CCCXXIX – To the King of Prussia
Letter CCCXXX – To Mr. Moultou
Letter CCCXXXI – To Mr. de Gingins de Moiry
Letter CCCXXXII – To M.
Letter CCCXXXIII – To Madame la Maréchale de Luxembourg
Letter CCCXXXIV – To Mr. Moultou
Letter CCCXXXV – To Mr. Marcet
Letter CCCXXXVI – To Madame la Comtesse de Boufflers
Letter CCCXXXVII – To Mr. Moultou
Letter CCCXXXVIII – To the Same One
Letter CCCXXXIX – To Madame la Maréchale de Luxembourg
Letter CCCXL – To Madame la Maréchale de Luxembourg
Letter CCCXLI – To My Lord Marshal
Letter CCCXLII – To Madame La Tour
Letter CCCXLIII – To Mr. de Montmollin
Letter CCCXLIV – To Mr. Jacob Vernet
Letter CCCXLV – To Mr. Moultou
Letter CCCXLVI – To Mr. Theodore Rousseau
Letter CCCXLVII – To Mr. Pictet
Letter CCCXLVIII – To Madame La Tour
Letter CCCXLIX – To the Same One
Letter CCCL – To Madame la Comtesse de Boufflers
Letter CCCLI – To Mr. Moultou
Letter CCCXLII – To the Same One
Letter CCCXLIII – To Mr. de Malesherbes
Letter CCCXLIV – To Mr. de Mouchon
Letter CCCXLV – To Madame la Comtesse de Boufflers
Letter CCCXLVI – To the King of Prussia
Letter CCCXLVII – To My Lord Marshal
Letter CCCXLVIII – To Mr. de Malesherbes
Letter CCCXLIX – To My Lord Marshal
Letter CCCLX – To Mr. Moultou
Letter CCCLXI – To the Same One
Letter CCCLXII – To Madame La Tour
Letter CCCLXIII – To Mr. Moultou
Letter CCCLXIV – To Mr. de Montmollin
Letter CCCLXV – To Mr. ***
Letter CCCLXVI – To Mr. Loiseau de Mauléon
Letter CCCLXVII – To Mademoiselle d’Ivernois
Letter CCCLXVIII – To Madame la Comtesse de Boufflers
Letter CCCLXIX – To M.
Letter CCCLXX – To Madame La Tour
Letter CCCLXXI – To Mr. Moultou
Letter CCCLXXII – A.M.D.L.C
Correspondence Table
Letter CCLXC – To Mr. de Malesherbes
Montmorency, February 8, 1762.
As soon as I learned, sir, that my work was to be published in France, I anticipated what would happen, and I am less disappointed than if I had been taken by surprise. But could there not be some way to remedy, for the future, the inconveniences I foresee? If Duchesne and Néaulme, his correspondents, retain ownership of the remaining two volumes after the first two are published, it is certain that all these successive difficulties and obstacles would greatly delay the publication of my book, to the point where it might ultimately be abandoned or altered, or force me to resort to some measure for which those publishers might consider themselves aggrieved. The solution to all this seems simple to me: half of the book is already completed, or nearly so; half of the payment has been made. Let the contract for the remaining parts be terminated, and let Duchesne return my manuscript to me—then it will be up to me to decide what to do with it. Of course, such an arrangement could only take place with the consent of Madame la Maréchale, who surely would not refuse it once she understood my reasons. If you would be so kind as to negotiate this matter for me, sir, you would relieve me of a great burden that would continue to weigh on me until it is completely resolved.
As for the changes that need to be made in the first two volumes before their publication, I would like them to be specified in such detail that there is no possibility of further modifications being required; or, to put it more precisely, so that such changes will not be necessary at all. For, sir, I would be very disappointed if, out of consideration for me, you allowed anything that might have significant consequences to remain unchanged. In that case, it would be far better to proceed with the plan of sending the entire edition abroad. Only after having a clear understanding of what exactly needs to be removed or altered can we make an informed decision; otherwise, I fear that we might end up making the same changes twice. To prevent this from happening, I implore you, sir, to read or have both volumes thoroughly reviewed, so as to ensure that nothing is left unattended.
I will not speak of your visit, for I believe that such silence speaks volumes on its own. Please accept, sir, my deepest respect.
Signore, mi trovavo in preda al più crudele dei mali fisici quando ricevetti la sua lettera e le sue poesie. Dopo aver letto la lettera, aprii meccanicamente il libro, con l’intenzione di richiuderlo subito dopo; ma non lo chiusi fino a quando non l’ebbi letto tutto, e poi lo misi da parte per rileggerlo ancora. Questa è la verità pura e semplice. Sento che il suo amico Gessner è un uomo secondo il mio Cuore, e da questo si può giudicare anche del suo traduttore e del suo amico, attraverso il quale solo io lo conosco. Le sono particolarmente grato per aver avuto il coraggio di liberare la nostra lingua da quel ridicolo e prezioso gergo che toglie ogni verità alle immagini e ogni vita ai sentimenti. Coloro che vogliono abbellire e adornare la natura sono persone senza anima e senza gusto, che non hanno mai conosciuto le sue bellezze. Da sei anni conduco una vita simile a quella di Ménalce e Amyntas: la amo tanto quanto loro, ma non so come farlo. Posso assicurarle, signore, che in questi sei anni ho vissuto più di quanto abbia vissuto in tutta la mia vita precedente. Ora lei mi fa desiderare ancora una primavera, per fare nuove passeggiate con i suoi incantevoli pastori, per condividere con loro la mia solitudine, e per rivedere quei luoghi campestri che non sono certo inferiori a quelli descritti così bene da Gessner e da lei. La prego di salutarlo da parte mia, e di accettare anche i miei ringraziamenti e le mie saluti.
Lei vorrebbe, per favore, quando scriverà a Zurigo, far dire mille cose a mio nome a Monsieur Usteri? Ho ricevuto da lui una lettera che non smetto mai di rileggere; contiene descrizioni di un contadino più saggio, più virtuoso e più ragionevole di tutti i filosofi dell’universo. Mi dispiace che non mi indichi il nome di quest’uomo rispettabile[733]. Volevo rispondergli in modo piuttosto dettagliato, ma la mia deplorevole condizione me lo ha impedito fino ad ora.
Lettera CCXXXVIII – A Madame La Tour
A Montmorency, l’11 gennaio 1761.
Saint-Preux aveva trent’anni, stava bene e si dedicava esclusivamente ai suoi piaceri: nulla assomiglia meno a Saint-Preux di J.-J. Rousseau. Di fronte a una lettera simile all’ultima ricevuta, Julie si sarebbe offesa meno per il mio silenzio che allarmata per la mia condizione; in un caso del genere, non si sarebbe certo divertita a contare le lettere o a sottolineare certe parole: nulla assomiglia meno a Julie di madame de, “Avete molto spirito, signora; vi piace molto dimostrarlo, e tutto ciò che desiderate da me sono lettere. Siete più del vostro ambiente di quanto pensassi.”
1762
Lettera CCXXXVIII – A Madame La Tour
Lettera CCLXXXIX – Alla stessa persona
Lettera CCLXC – A Monsieur de Malesherbes
Lettera CCLXCI – A Monsieur Moultou
Lettera CCLXCII – Alla Marchesa di Lussemburgo
Lettera CCLXCIII – Alla stessa persona
Lettera CCLXCIV – Alla stessa persona
Lettera CCLXCV – A Madame La Tour
Lettera CCLXCVI – Alla stessa persona
Lettera CCLXCVII – A Monsieur Moultou
Lettera CCLXCVIII – Ai Signori della Società Economica di Berna
Lettera CCLXCIX – A Monsieur de Malesherbes
Lettera CCC – Alla Marchesa di Lussemburgo
Lettera CCCI – A Madame La Tour
Lettera CCCII – Alla Marchesa di Lussemburgo
Lettera CCCIII – A Monsieur de Sartine
Lettera CCCIV – Alla Signora La Tour
Lettera CCCV – A Monsieur Moultou
Lettera CCCVI – Alla signora marchesa di Créqui
Lettera CCCVII – A Madame La Tour
Lettera CCCVIII – Alla stessa persona
Lettera CCCIX – A Monsieur Néaulme
Lettera CCCX – A Monsieur Moultou
Lettera CCCXI – Alla Signora de Créqui
Lettera CCCXII – A Madame La Tour
Lettera CCCXIII – A Monsieur de la Poplinière
Lettera CCCXIV – A Monsieur Moultou
Lettera CCCXV – A Sua Eccellenza il maresciallo di Lussemburgo
Lettera CCCXVI – Al signor principe di Conti
Lettera CCCXVII – Alla Marchesa di Lussemburgo
Lettera CCCXVIII – A Sua Eccellenza il maresciallo di Lussemburgo
Lettera CCCXIX – A Mademoiselle le Vasseur
Lettera CCCXX – A Monsieur Moultou
Lettera CCCXXI – A Monsieur de Gingins de Moiry
Lettera CCCXXII – A Monsieur Moultou
Lettera CCCXXIII – A Sua Eccellenza il maresciallo di Lussemburgo
Lettera CCCXXIV – A Madame Cramer de Lon
Lettera CCCXXV – Alla contessa di Boufflers
Lettera CCCXXVI – A Monsieur Moultou
Lettera CCCXXVII – Allo stesso
Lettera CCCXXVIII – A Sua Signoria il Maresciallo
Lettera CCCXXIX – Al re di Prussia
Lettera CCCXXX – A Monsieur Moultou
Lettera CCCXXXI – A Monsieur de Gingins de Moiry
Lettera CCCXXXII – A M.
Lettera CCCXXXIII – Alla Marchesa di Lussemburgo
Lettera CCCXXXIV – A Monsieur Moultou
Lettera CCCXXXV – A Monsieur Marcet
Lettera CCCXXXVI – Alla contessa di Boufflers
Lettera CCCXXXVII – A Monsieur Moultou
Lettera CCCXXXVIII – Allo stesso.
Lettera CCCXXXIX – Alla Marchesa di Lussemburgo
Lettera CCCXL – Alla Marchesa di Lussemburgo
Lettera CCCXLI – A Sua Signoria il Maresciallo
Lettera CCCXLII – A Madame La Tour
Lettera CCCXLIII – A Monsieur de Montmollin
Lettera CCCXLIV – A Monsieur Jacob Vernet
Lettera CCCXLV – A Monsieur Moultou
Lettera CCCXLVI – A Monsieur Théodore Rousseau
Lettera CCCXLVII – A Monsieur Pictet
Lettera CCCXLVIII – A Madame La Tour
Lettera CCCXLIX – Alla stessa persona
Lettera CCCL – Alla signora contessa di Boufflers
Lettera CCLI – A Monsieur Moultou
Lettera CCCXLII – Allo stesso.
Lettera CCCXLIII – A Monsieur de Malesherbes
Lettera CCCXLIV – A Monsieur de Mouchon
Lettera CCCXLV – Alla contessa di Boufflers
Lettera CCCXLVI – Al re di Prussia
Lettera CCCXLVII – A Sua Signoria il Maresciallo
Lettera CCCXLVIII – A Monsieur de Malesherbes
Lettera CCCXLIX – A Sua Signoria il Maresciallo
Lettera CCCLX – A Monsieur Moultou
Lettera CCCLXI – Allo stesso.
Lettera CCCLXII – A Madame La Tour
Lettera CCCLXIII – A Monsieur Moultou
Lettera CCCLXIV – A Monsieur de Montmollin
Lettera CCCLXV – A Monsieur ***
Lettera CCCLXVI – A Monsieur Loiseau de Mauléon
Lettera CCCLXVII – Alla signorina d’Ivernois
Lettera CCCLXVIII – Alla contessa di Boufflers
Lettera CCCLXIX – A M.
Lettera CCCLXX – A Madame La Tour
Lettera CCCLXXI – A Monsieur Moultou
Lettera CCCLXXII – A.M.D.L.C
Tabella della corrispondenza
Lettera CCLXC – A Monsieur de Malesherbes
Montmorency, l’8 febbraio 1762.
Non appena ho saputo, signore, che il mio libro sarebbe stato pubblicato in Francia, ho previsto ciò che mi sarebbe accaduto e non ne sono affatto dispiaciuto, anzi, meno di quanto lo fossi se me l’aspettassi. Ma non esiste forse un modo per rimediare, in futuro, ai inconvenienti che prevedo? Se venissero pubblicati prima i primi due volumi e Duchesne e Néaulme, i suoi corrispondenti, continuassero a possedere gli altri due, ne deriverebbero sicuramente molte difficoltà e ritardi nella pubblicazione del mio libro; alla fine, questo potrebbe portare alla sua cancellazione o alla sua distorsione, oppure mi costringerebbe ad adottare misure che questi librai potrebbero ritenere ingiuste. Il rimedio a tutto ciò mi sembra semplice: metà del libro è già stata scritta o quasi completata, e metà del denaro necessario per la pubblicazione è stato pagato; basterebbe annullare l’accordo relativo al resto della pubblicazione e che Duchesne mi restituisca il manoscritto: a quel punto potrei disporne come riterrò opportuno. Naturalmente, questo accordo potrà avvenire soltanto con il consenso di madame la maréchale, che sicuramente non lo rifiuterà una volta conosciute le mie ragioni. Se voleste gentilmente occuparvi di questa questione, signore, vi sarei molto grato; questo mi libererebbe da un grande peso che continuerebbe ad opprimermi fino a quando l’intera faccenda non sarà risolta.
Per quanto riguarda i cambiamenti da apportare ai primi due volumi prima della loro pubblicazione, vorrei che fossero specificati in modo così dettagliato da garantirmi che non ne sarebbero richiesti altri in seguito; o, per essere più precisi, che tali cambiamenti non risultassero necessari. Infatti, signore, mi dispiacerebbe molto se, a causa di me, venissero lasciati elementi che potrebbero avere conseguenze negative; in tal caso, sarebbe cento volte meglio inviare l’intera edizione all’estero. Si può giudicare solo dopo aver visto con precisione cosa esattamente debba essere eliminato o modificato; temo infatti che si possa tornare su queste decisioni in futuro. Per evitare questo, vi supplico, signore, di leggere o far leggere entrambi i volumi nell’intero loro contenuto, affinché non rimanga nulla che non sia stato esaminato attentamente.
Non vi parlerò della vostra visita, ritenendo che questo silenzio debba essere considerato come un segno del mio rispetto per voi. Accettate, signore, i miei più sentiti ringraziamenti.
Je ne vois point qu’il soit nécessaire que vous vous donniez la peine d’envoyer ici personne pour cette affaire ; il suffira peut-être de m’envoyer une note de ce qui doit être ôté, et j’écrirai là-dessus à Duchesne de faire Tes cartons nécessaires ; car, encore une fois, monsieur, je neveux en cette occasion disputer sur rien, et je serais bien fâché de laisser un seul mot qui put faire trouver étrange qu’on eût laissé faire cette édition à Paris. Indiquez seulement ce qu’il convient qu’on ôte, et tout cela sera ôté. Une seule chose me fait de la peine, c’est qu’on ne saurait exiger de Néaulme de faire en Hollande les mêmes cartons, et que, ne les faisant pas, son édition pourrait nuire à celle de Duchesne.
Lettre CCLXCII – À Madame la maréchale de Luxembourg
Montmorency, le 18 février 1762.
Vous êtes, madame la maréchale, comme la Divinité, qui ne parle aux mortels que par les soins de sa providence et les dons de sa libéralité. Quoique ces marques de votre souvenir me soient très précieuses, d’autres me le seraient encore plus : mais quand on est si riche, on ne doit pas être insatiable ; et il faut bien, quant à présent, me contenter du bien que vous me faites en signe de celui que vous me voulez. Avec quel empressement je vois approcher le temps de recevoir des témoignages d’amitié de votre bouche, et combien cet empressement n’augmenterait-il pas encore, si mes maux, me donnant lui peu de relâche, me laissaient plus en état d’en profiter ! Oh ! venez, madame la maréchale : quand, aux approches de Pâques, j’aurai vu M. le maréchal et vous, en quelque situation que je reste, je chanterai d’un coeur content le cantique de Siméon.
M de Malesherbes vous aura dit, madame la maréchale, qu’il se présente, sur la publication de mon ouvrage, quelques difficultés que j’ai prévues depuis longtemps, et qu’il faudra lever par des changements pour la partie qui est imprimée ; mais quant à la partie qui ne l’est pas, je souhaite fort, tant pour la sûreté du libraire que pour ma propre tranquillité, qu’elle ne soit pas imprimée en France. Ce même libraire ne devant plus l’imprimer lui-même, il est inutile qu’il en reste chargé pour la faire imprimer en pays étranger par un autre ; et toutes ces cascades, diminuant mon inspection sur mon propre ouvrage, le laissent trop à la discrétion de ces messieurs-là. Voilà ce qui me fait désirer, si vous l’agréez, que le traité soit annulé pour cette partie, que les billets soient rendus à Duchesne, et que le reste de mon manuscrit me soit aussi rendu. J’aime beaucoup mieux supprimer mon ouvrage que le mutiler ; et, s’il lui demeure, il faudra nécessairement qu’il soit mutilé, gâté, estropié pour le faire paraître ; ou, ce qui est encore pis, qu’il reste après moi à la discrétion d’autrui, pour être ensuite publié sous mon nom dans l’état où l’on voudra le mettre. Je vous supplie, madame la maréchale, de peser ces considérations, et de décider là-dessus ce que vous jugez à propos qui se fasse ; car mon plus grand désir dans cette affaire est qu’il vous plaise d’en être l’arbitre, et que rien ne soit fait que sur votre décision.
Lettre CCLXCIV – À la même
Montmorency, le 25 mars 1762.
Il faut, madame la maréchale, que je vous confie mes inquiétudes, car elles troublent mon coeur à proportion qu’il tient à ses attachements. M. le maréchal ayant été incommodé, et M. Dubertier ayant bien voulu m’informer de son état, je l’avais prié de continuer jusqu’à son entier rétablissement ; et précisément depuis ce moment il ne m’a pas récrit un mot : le même M. Dubertier est venu hier à Montmorency, et ne m’a rien fait dire. J’ai écrit en dernier lieu à M. le maréchal, et il ne m’a pas répondu. Le temps du voyage approche ; il avait accoutumé de me réjouir le coeur en me l’annonçant, et cette fois il a gardé le silence : enfin tout le monde se tait, et moi je m’alarme. C’est un défaut très importun, je le sens bien, aux personnes qui me sont chères, mais qui, tenant à mon caractère, est impossible à guérir, et que la solitude et les maux ne font qu’augmenter. Ayez-en pitié, madame la maréchale, vous qui m’en pardonnez tant d’autres, et sur qui tant de marques d’intérêt et de bonté que j’ai reçues de vous en dernier lieu m’empêchent d’étendre mes craintes. Engagez, de grâce, M. le maréchal à les dissiper par une simple feuille de papier blanc. Ce témoignage si chéri, si désiré, me dira tout ; et, en vérité, j’en ai besoin pour goûter sans alarmes l’attente du moment qui s’approche, et pour me livrer sans crainte à l’épanouissement de coeur que j’éprouve toujours en vous abordant.
Lettre CCLXCVI – À la même
24 avril 1762.
J’étais si occupé, madame, à l’arrivée de votre exprès, que je fus contraint d’user de la permission de ne lui donner qu’une réponse verbale. Je n’ai pas un coeur insensible à l’intérêt qu’on paraît prendre à moi, et je ne puis qu’être touché de la persévérance d’une personne faite pour éprouver celle d’autrui ; mais, quand je songe que mon âge et mon état ne me laissent plus sentir que la gêne du commerce avec les dames, quand je vois ma vie pleine d’assujettissements, auxquels vous en ajoutez un nouveau, je voudrais bien pouvoir accorder le retour que je vous dois avec la liberté de ne vous écrire que lorsqu’il m’en prend envie. Quant au silence de votre amie, j’en avais deviné la cause, et ne lui en savais point mauvais gré, quoiqu’elle rendît en cela plus de justice à ma négligence qu’à mes sentiments. Du reste, cette fierté ne me déplaît pas, et je la trouve de fort bon exemple. Bonjour, madame ; on n’a pas besoin d’être bienfaisant pour vous rendre ce qui vous est dû ; il suffit d’être juste, et c’est ce que : je serai toujours avec vous, tout au moins.
Lettre CCLXCVIII – À MM. De la Société Économique de Berne
Montmorency, le 29 avril 1762.
Vous êtes moins inconnus, messieurs, que vous lie pensez, et il faut que votre société ne manque pas de célébrité dans le monde, puisque le bruit en est parvenu dans cet asile à un homme qui n’a plus aucun commerce avec les gens de lettres. Vous vous montrez par un coté si intéressant, que votre projet ne peut manquer d’exciter le public, et surtout les honnêtes gens, à vouloir vous connaître ; et pourquoi voulez-vous dérober aux hommes le spectacle si touchant et si rare dans notre siècle, de vrais citoyens aimant leurs frères et leurs semblables, et s’occupant sincèrement du bonheur de la patrie et du genre humain ?
I see no need for you to go to the trouble of sending someone here regarding this matter; perhaps it would be sufficient to send me a note stating what needs to be removed, and I will then write to Duchesne to instruct him to prepare the necessary corrections. Once again, sir, I have no desire to argue about anything in this matter, and I would be very displeased if any comment could lead people to think that it was strange for such corrections to be made in Paris. Simply indicate what needs to be removed, and everything will be taken care of. The only thing that bothers me is that it might not be possible to require Néaulme to make the same corrections in the Netherlands, and if he fails to do so, his edition could end up harming Duchesne’s.
Letter CCLXCII – To Madame la Maréchale de Luxembourg
Montmorency, February 18, 1762.
Madam the Marshal, you are like a deity who speaks to mortals only through the means of her providence and her gifts of generosity. Although these signs of your remembrance are very precious to me, there would be others that would be even more so; but when one is so fortunate, one must not be insatiable. For now, I must content myself with the kindness you show me as a sign of the love you hold for me. How eagerly I await the moment when I will receive expressions of your friendship from your own lips! And how much more eagerly would I wait if my troubles did not prevent me from fully enjoying them! Oh, come, madam the Marshal—when, as Easter approaches, I see you and Monsieur the Marshal again, no matter what my circumstances may be, I will sing with a contented heart the hymn of Simon.
Madam the Maréchale, Monsieur de Malesherbes must have informed you that, with the publication of my work, certain difficulties have arisen—difficulties that I had anticipated long ago—and that these will need to be resolved through alterations in the printed portion of the text. As for the unpublished sections, for the sake both of the safety of the publisher and of my own peace of mind, I earnestly hope they will not be printed in France. Since this same publisher is no longer responsible for their publication, it is unnecessary for him to continue overseeing their printing abroad by another party. All these complications diminish my ability to oversee my own work, leaving it too much at the discretion of those individuals. Therefore, if you agree, I would like the treaty pertaining to these unpublished sections to be annulled, the corresponding manuscripts returned to Monsieur Duchesne, and the rest of my manuscript also given back to me. I would far prefer to have my work removed entirely than to have it altered or damaged in any way before publication. Moreover, if it were to remain after my death, it would fall into the hands of others to decide how it should be published under my name. I implore you, Madame the Maréchale, to consider these matters carefully and to make whatever decision you deem appropriate. My greatest wish in this matter is that you will act as the arbiter, ensuring that nothing is done without your authority.
Letter CCLXCIV – To the Same One
Montmorency, March 25, 1762.
Madam Maréchal, I must confide my worries to you, for they trouble my heart in proportion to how deeply I am attached to those I love. Since Monsieur le Maréchal has been unwell, and Monsieur Dubertier kindly informed me of his condition, I had asked him to keep writing until he was fully recovered; yet since then, not a single word from him has reached me. Yesterday, Monsieur Dubertier came to Montmorency but did not bring any news. I wrote to Monsieur le Maréchal again, but still received no reply. The time of his journey is approaching; he used to reassure me by informing me of it, but this time he remains silent. Everyone is quiet now, and I am filled with anxiety. I realize that such silence is a very troubling trait for those dear to me—especially since it is inherent in my personality and cannot be overcome. Solitude and hardship only make it worse. Please have mercy on me, Madame Maréchal—you who have already forgiven me so many things, and whose recent signs of concern and kindness prevent me from expressing my fears more openly. I implore you to urge Monsieur le Maréchal to put them to rest with just a simple letter. Such a cherished and long-awaited message would tell me everything I need to know. Indeed, it is essential for me to face the upcoming moment without fear and to embrace the joy I always feel when I am in your presence.
Letter CCLXCVI – To the Same One
April 24, 1762.
Madam, I was so occupied upon the arrival of your messenger that I was forced to use the excuse of being unable to provide a written reply. My heart is not insensible to the interest that people seem to take in me, and I am certainly touched by the perseverance of someone who is naturally inclined to understand the feelings of others. However, when I consider my age and my current circumstances, which leave me with little desire to engage in social interactions with ladies, and when I see my life already burdened by numerous obligations, to which you now add another, I would truly like to be able to repay you as I owe you, but only when I feel the urge to do so. As for the silence of your friend, I had already guessed its cause, and I hold no ill will toward her—though in doing so, she was giving more credit to my negligence than to my true feelings. Nevertheless, I find such pride quite admirable. Goodbye, madam; one does not need to be particularly kind to repay what is due you—it is enough to be just, and that is precisely what I will always strive to be toward you.
Letter CCLXCVIII – To Messrs. of the Bern Economic Society
Montmorency, April 29, 1762.
Gentlemen, you are less unknown than you perhaps think, and your society must surely possess considerable fame in the world, since news of it has even reached this remote place, where a man who no longer has any contact with the literary world resides. You present such interesting aspects that your project is bound to arouse the interest of the public—and especially of those honest people—who wish to get to know you. Why, then, would you wish to deprive mankind of such a touching and rare spectacle in our age: true citizens who love their fellow beings and sincerely strive for the happiness of their country and of humanity as a whole?
Non vedo alcuna necessità che vi prendiate la briga di inviare qualcuno qui per questa questione; forse sarà sufficiente inviarmi una nota su ciò che deve essere eliminato, e io ne scriverò a Duchesne affinché provveda ai necessari lavori di correzione. Perché, ancora una volta, signore, non desidero discutere su nulla in questa occasione, e mi dispiacerebbe molto se dovesse rimanere anche solo una parola che potesse far sembrare strano il fatto che questa edizione sia stata pubblicata a Parigi. Indicate semplicemente ciò che deve essere eliminato, e tutto verrà sistemato. L’unica cosa che mi dispiace è che non si possa chiedere a Néaulme di eseguire gli stessi lavori di correzione in Olanda; se non lo facesse, la sua edizione potrebbe danneggiare quella di Duchesne.
Lettera CCLXCII – Alla Marchesa di Lussemburgo
Montmorency, 18 febbraio 1762.
Madama la marescialla, voi siete come la Divinità, che parla ai mortali solo attraverso i segni della sua provvidenza e i doni della sua generosità. Sebbene questi gesti di affetto da parte vostra siano per me molto preziosi, altri ne sarebbero ancora più significativi. Ma quando si è così ricchi, non si deve essere insaziabili; quindi, per il momento, devo accontentarmi del bene che mi fate, come segno di ciò che desiderate per me. Con quanta impazienza aspetto il momento in cui riceverò testimonianze d’affetto dalle vostre labbra. E questa impazienza aumenterebbe ancora di più se i miei mali non mi permettessero di godermi appieno questi momenti! Oh, venite, madama la marescialla: quando, alle porte di Pasqua, avrò rivisto il marchese e voi, in qualsiasi situazione io mi trovi, canterò con un cuore felice il canto di Simone.
Il signor de Malesherbes vi avrà detto, madame la maréchale, che con la pubblicazione del mio lavoro si presentano alcune difficoltà che avevo previsto da tempo; queste difficoltà dovranno essere superate apportando modifiche alla parte già stampata. Per quanto riguarda la parte ancora in fase di stesura, desidero ardentemente, sia per la sicurezza del libraio che per la mia tranquillità personale, che non venga pubblicata in Francia. Poiché quel stesso libraio non dovrà più occuparsene personalmente, non ha senso che continui a essere incaricato di farla stampare all’estero da altri. Tutto ciò riduce notevolmente il mio controllo sul mio stesso lavoro, lasciandolo troppo alla discrezione di altre persone. Ecco perché desidero, se lo ritenete opportuno, che questa parte del trattato venga annullata, che i fogli relativi vengano restituiti a Duchesne e che il resto del mio manoscritto mi venga restituito anch’esso. Preferisco di gran lunga eliminare completamente il mio lavoro piuttosto che modificarlo in modo indebito; e se dovesse rimanere, sarebbe inevitabile che venisse alterato o danneggiato per poter essere pubblicato. O, cosa ancora peggiore, che rimanesse dopo la mia morte alla discrezione di altri, per essere poi pubblicato con il mio nome, nello stato in cui essi vorranno. Vi supplico, madame la maréchale, di prendere in considerazione queste ragioni e di decidere ciò che ritenete più opportuno; il mio più grande desiderio in questa faccenda è che siate voi ad arbitrarvi su tutto, affinché nulla venga fatto senza la vostra decisione.
Lettera CCLXCIV – Alla stessa persona
Montmorency, 25 marzo 1762.
Madame la maréchale, devo confidarvi le mio timore: esso tormenta il mio cuore nella misura in cui questo è legato ai sentimenti che provo per voi. Poiché il marchese si è ammalato e monsieur Dubertier si è preso la briga di informarmi sul suo stato, gli avevo chiesto di continuare a scrivere fino al suo pieno recupero; ma da allora non ha più ricevuto alcuna lettera da me. Ieri stesso monsieur Dubertier è venuto a Montmorency e non mi ha detto nulla. Ho scritto ancora una volta al marchese, ma senza risposta. Il momento del viaggio si avvicina; lui era solito rassicurarmi con le sue notizie, ma questa volta è rimasto in silenzio. Tutti tacciono, e io mi preoccupo sempre di più. So bene che questo atteggiamento rappresenta un grave problema per coloro che mi sono cari; tuttavia, essendo legato al mio carattere, è impossibile da eliminare, e la solitudine non fa altro che peggiorare le cose. Abbiate pietà di me, madame la maréchale. Voi che perdonate tante altre mie colpe, e che mi avete dimostrato tanto interesse e gentilezza negli ultimi tempi, impedite che i miei timori aumentino ulteriormente. Vi prego, convincete il marchese a dissiparli con una semplice lettera. Quel messaggio così prezioso e atteso mi dirà tutto ciò di cui ho bisogno per affrontare senza ansia l’imminente momento, e per poter vivere serenamente l’emozione che provo ogni volta che vi incontro.
Lettera CCLXCVI – Alla stessa persona
24 aprile 1762.
Ero così impegnato, signora, al momento dell’arrivo della vostra lettera urgente, che sono stato costretto a rispondervi solo verbalmente. Non ho un cuore insensibile all’interesse che sembrate provare per me, e non posso fare a meno di essere commosso dalla perseveranza di una persona che è naturalmente portata ad avere compassione per gli altri; tuttavia, quando penso al mio età e alla mia condizione attuale, che mi impediscono di intrattenere rapporti con le signore, e quando vedo la mia vita piena di difficoltà, a cui voi ne aggiungete un’altra, vorrei davvero potervi restituire ciò che vi devo, ma allo stesso tempo avere la libertà di scrivervi soltanto quando ne avrò voglia. Per quanto riguarda il silenzio della vostra amica, ne avevo già indovinato la causa e non gliene attribuisco alcun rancore, anche se questo silenzio dà più credito alla mia negligenza che ai miei sentimenti. Del resto, questa fierezza non mi dispiace affatto; anzi, la ritengo un ottimo esempio. Addio, signora: non è necessario essere particolarmente generosi per restituirvi ciò che vi spetta, basta semplicemente essere giusti. E questo, almeno, farò sempre con voi.
Lettera CCLXCVIII – Ai Signori della Società Economica di Berna
Montmorency, 29 aprile 1762.
Signori, siete meno sconosciuti di quanto crediate, e sicuramente la vostra società deve essere piuttosto celebre nel mondo, visto che la notizia della vostra attività è giunta fino a questo rifugio, dove vive un uomo ormai completamente isolato dal mondo letterario. Mostrate un tale interesse per le vostre iniziative che il vostro progetto non può fare a meno di suscitare l’interesse del pubblico, soprattutto delle persone oneste, desiderose di conoscervi. E perché mai vorreste negare agli uomini lo spettacolo così commovente e raro nel nostro secolo: quello di veri cittadini che amano i loro fratelli e i loro simili, e si dedicano sinceramente al benessere della patria e dell’umanità?
Quelque beau cependant que soit votre plan, et quelques talents que vous ayez pour l’exécuter, ne vous flattez pas d’un succès qui réponde entièrement à vos vues. Les préjugés qui ne tiennent qu’à l’erreur se peuvent détruire, mais ceux qui sont fondés sur nos vices ne tomberont qu’avec eux. Vous voulez commencer par apprendre aux hommes la vérité pour les rendre sages ; et, tout au contraire, il faudrait d’abord les rendre sages pour leur faire aimer la vérité. La vérité n’a presque jamais rien fait dans le monde, parce que les hommes se conduisent toujours plus par leurs passions que par leurs lumières, et qu’ils font le mal, approuvant le bien. Le siècle où nous vivons est des plus éclairés, même en morale : est-il des meilleurs ? Les livres ne sont bons à rien ; j’en dis autant des académies et des sociétés littéraires ; on ne donne jamais, à ce qui en sort d’utile, qu’une approbation stérile : sans cela, la nation qui a produit les Fénélon, les Montesquieu, les Mirabeau, ne serait-elle pas la mieux conduite et la plus heureuse de la terre ? En vaut-elle mieux depuis les écrits de ces grands hommes ? et un seul abus a-t-il été redressé sur leurs maximes ? Ne vous flattez pas de faire plus qu’ils n’ont fait. Non, messieurs, vous pourrez instruire les peuples, mais vous ne les rendrez ni meilleurs ni plus heureux. C’est une des choses qui m’ont le plus découragé durant ma courte carrière littéraire, de sentir que, même me supposant tous les talents dont j’avais besoin, j’attaquerais sans fruit des erreurs funestes, et que, quand je les pourrais vaincre, les choses n’en iraient pas mieux. J’ai quelquefois charmé mes maux en satisfaisant mon coeur, mais sans m’en imposer sur l’effet de mes soins. Plusieurs m’ont lu, quelques-uns m’ont approuvé même ; et, comme je l’avais prévu, tous sont restés ce qu’ils étaient auparavant. Messieurs, vous direz mieux et davantage, mais vous n’aurez pas un meilleur succès ; et, au lieu du bien public que vous cherchez, vous ne trouverez que la gloire que vous semblez craindre. Quoi qu’il en soit, je ne puis qu’être sensible à l’honneur que vous me faites de m’associer en quelque sorte, par votre correspondance, à de si nobles travaux. Mais, en nie la proposant, vous ignoriez sans doute que vous vous adressiez à un pauvre malade qui, après avoir essayé dix ans du triste métier d’auteur, pour lequel il n’était point fait, y renonce dans la joie de son coeur, et, après avoir eu l’honneur d’entrer en lice avec respect, mais en homme libre, contre une tête couronnée, ose dire, en quittant la plume pour ne la jamais reprendre :
Victor coestus artemque repono.
Mais sans aspirer aux prix donnés par votre munificence, j’en trouverai toujours un très grand dans l’honneur de votre estime ; et si vous me jugez digne de votre correspondance, je ne refuse point de l’entretenir, autant que mon état, ma retraite et mes lumières pourront le permettre ; et, pour commencer par ce que vous exigez de moi, je vous dirai que votre plan, quoique très bien fait, me paraît généraliser un peu trop les idées, et tourner trop vers la métaphysique des recherches, qui deviendraient plus utiles, selon vos vues, si elles avaient des applications pratiques, locales, et particulières. Quant à vos questions, elles sont très belles, la troisième[734], surtout, me plaît beaucoup ; c’est celle qui me tenterait si j’avais à écrire. Vos vues, en la proposant, sont assez claires ; et il faudra que celui qui la traitera soit bien maladroit s’il ne les remplit pas. Dans la première, où vous demandez quels sont les moyens de tirer un peuple de la corruption, outre que ce mot de corruption me paraît un peu vague, et rendre la question presque indéterminée, il faudrait commencer peut-être par demander s’il est de tels moyens ; car c’est de quoi l’on peut tout au moins douter. En compensation vous pourriez ôter ce que vous ajoutez à la fin, et qui n’est qu’une répétition de la question même, ou en fait une autre tout-à-fait à part[735].
Si j’avais à traiter votre seconde question[736], je ne puis vous dissimuler que je me déclarerais avec Platon pour l’affirmative, ce qui sûrement n’était pas votre intention en la proposant. Faites comme l’académie française, qui prescrit le parti que l’on doit prendre, et qui se garde bien de mettre en problème les questions sur lesquelles elle a peur qu’on ne dise la vérité.
La quatrième[737] est la plus utile, à cause de cette application locale dont j’ai parlé ci-devant ; elle offre de grandes vues à remplir. Mais il n’y a qu’un Suisse, ou quelqu’un qui connaisse à fond la constitution physique, politique et morale du corps helvétique, qui puisse la traiter avec succès. Il faudrait voir soi-même pour oser dire, O utinam ! Hélas ! c’est augmenter ses regrets de renouveler des voeux formés tant de fois et devenus inutiles. Bonjour, monsieur : je vous salue, vous et vos dignes collègues, de tout mon coeur et avec le plus vrai respect.
Lettre CCC – À Madame la maréchale de Luxembourg
Montmorency, le 19 mai 1762.
Je ne croyais pas, madame la maréchale, que notre livre pût paraître avant les fêtes ; mais Duchesne me marque qu’il compte pouvoir le mettre en débit la semaine prochaine ; et vous pensez bien que je vois ce qui l’a rendu diligent. J’avais destiné, pour vos distributions et celles de M. le maréchal, les quarante exemplaires qui ont été stipulés de plus que les soixante que je me réserve ordinairement ; mais mes distributions indispensables ont tellement augmenté, que je me vois forcé de vous en voler dix pour y suffire ; sauf restitution cependant, si vous n’en avez pas assez : encore ai-je espéré que vous voudriez bien en faire agréer lui à M. le prince de Conti, et un autre à M. le duc de Villeroi, désirant qu’ils reçoivent quelque prix auprès d’eux de la main qui les offrira. Je voudrais bien en présenter un exemplaire à M. le marquis d’Armentières, qui m’a paru prendre intérêt à cet ouvrage ; mais ne sachant comment le lui envoyer, je vous supplie, madame la maréchale, de vouloir bien, si vous le jugez à propos, vous charger de cet envoi, et j’en remplirai le vide.
J’ai écrit à Duchesne d’envoyer les trente exemplaires à l’hôtel de Luxembourg, dans le courant de la semaine, et de commencer, dimanche prochain 23, mes distributions, dont je lui ai envoyé la note. Si vous voulez bien, madame la maréchale, n’ordonner les vôtres que le même jour, cela fera que moins de gens auront à se plaindre que d’autres aient eu le livre avant eux. Au reste, quel que soit son succès dans le monde, mon dernier ouvrage ayant été publiquement honoré de vos soins et de votre protection, je crois ma carrière très heureusement couronnée : il était impossible de mieux finir.
Pour éviter tout double emploi, je crois devoir vous prévenir, madame la maréchale, que j’enverrai un exemplaire à madame la comtesse de Boufflers, ainsi qu’au chevalier de Lorenzy.
Lettre CCCII – À Madame la maréchale de Luxembourg
Vendredi 28 mai.
Vous savez, madame la maréchale, qu’il y a une édition contrefaite de mon livre, laquelle doit paraître ces fêtes. Il est certain que si cette édition se débite Duchesne est ruiné, et que si les auteurs ne sont pas découverts je suis déshonoré. Quelque nouvel embarras que ceci vous donne, il ne faut pas qu’il puisse être dit qu’une affaire entreprise par madame la maréchale de Luxembourg ait eu une si triste fin. J’ai écrit hier à M. de Malesherbes : mais j’ai quelque frayeur, je l’avoue, qu’on n’ait abusé de sa confiance, et que l’auteur de la fraude ne soit plus près de lui qu’il ne pense. Car enfin cet auteur est l’imprimeur, ou le correcteur, ou l’homme chargé de cette affaire, ou moi. Or il est bien difficile que ce soit l’imprimeur, puisqu’ils étaient deux, lesquels n’avaient aucune communication ensemble : le correcteur est l’ami du libraire, et même toutes les feuilles n’ont pas passé par ses mains. Resterait donc à chercher le fripon entre deux hommes dont je suis l’un, j’écris aujourd’hui à M. le lieutenant de police, et je vous envoie copie de ma lettre. J’aurais voulu me trouver à votre passage au retour de l’Ile-Adam ; mais je n’ai pu venir à bout de savoir si c’était aujourd’hui on demain que vous deviez venir ; et je suis si faible, si troublé, si occupé, que, ne sachant pas non plus l’heure, je ne tenterai pas même de m’y trouver, espérant me dédommager mardi prochain. Je vous excède, madame la maréchale, j’en suis navré ; mais si cette affaire n’est éclaircie, il faut que j’en meure de désespoir.
No matter how splendid your plan may be, and no matter what talents you possess for carrying it out, do not delude yourself into thinking that success will fully align with your expectations. Prejudices rooted in error can be overcome, but those grounded in our vices will vanish only with those vices themselves. You wish to begin by teaching people the truth in order to make them wise; yet, on the contrary, it would be more appropriate to first make them wise before making them love the truth. The truth has hardly ever had any real impact on the world, because people always act more out of their passions than out of their enlightenment, and they do evil while approving of good. The century in which we live is one of the most enlightened, even in terms of morality—but is it also the best? Books are of little use; the same can be said of academies and literary societies. Whatever beneficial things emerge from them receive only sterile approval; otherwise, would the nation that produced figures like Fénelon, Montesquieu, and Mirabeau not be the best-governed and happiest on earth? Has it truly become any better since the writings of these great men? And has a single abuse been corrected as a result of their teachings? Do not delude yourself into thinking you can achieve more than they did. No, gentlemen, you may educate people, but you will not make them better or happier. This is one of the things that has most discouraged me during my brief literary career—realizing that, even if I possessed all the talents needed, I would still futilely attack terrible errors, and that even if I succeeded in overcoming them, things would not improve for the better. Sometimes I managed to alleviate my suffering by indulging my heart, but without truly altering the course of my actions. Many people read my works; some even approved of them; yet, as I had anticipated, they all remained unchanged. Gentlemen, you may say more and achieve more, but your success will still be limited; and instead of bringing about public good, you will only gain the glory that you seem to fear. In any case, I am deeply grateful for the honor you have bestowed upon me by associating me, in some way, through your correspondence, with such noble endeavors. But when you offered it to me, you surely did not know that you were addressing a poor sick man who, after ten years of trying the miserable profession of an author—a profession for which he was not suited—has now resigned himself to it with peace of mind. Having had the honor of competing, albeit as an equal, against a crowned head, I dare say, as I put down my pen and never pick it up again:
I restore art and craft through Victor Coestus.
But without aspiring to the rewards offered by your generosity, I shall always find great honor in the privilege of corresponding with you; and if you deem me worthy of such correspondence, I am not averse to engaging in it, so far as my circumstances, my retreat, and my knowledge permit. To begin with what you require of me, I must say that your plan, although well-conceived, seems to generalize ideas too broadly and to lean too heavily towards metaphysical speculation. In your view, such inquiries would be more useful if they had practical, local, and specific applications. As for your questions, they are very excellent; in particular, the third one[734] pleases me greatly—it is precisely the kind of topic I would choose to address if I were to write. Your reasoning in proposing it is quite clear; anyone who attempts to address it must be remarkably inept if they fail to live up to its expectations. As for your first question, which asks what means can be employed to rescue a people from corruption, I find the term “corruption” somewhat vague and render the question almost indeterminate. Perhaps one should begin by asking whether such means exist at all; after all, there is reason to doubt this. On the other hand, you could perhaps eliminate the additional remarks you add at the end—these are merely repetitions of the original question, or in fact constitute entirely separate considerations[735].
If I were to address your second question[736], I must confess that I would side with Plato and answer it in the affirmative – which surely was not your intention when you raised it. Follow the example of the Académie française, which dictates the stance one should take and carefully avoids addressing issues on which it fears that the truth might be spoken.
The fourth one[737] is the most useful, due to that local application I mentioned earlier; it offers vast areas that can be explored. But only a Swiss, or someone who thoroughly understands the physical, political, and moral structure of the Helvetic body, could handle it successfully. One would have to see it for oneself before daring to say. O utinam! Alas! It would only increase one’s regret at having made wishes so many times only to find them ultimately useless. Good day, sir: I greet you and your distinguished colleagues with all my heart and the greatest respect.
Letter CCC – To Madame la Maréchale de Luxembourg
Montmorency, May 19, 1762.
Madam Maréchal, I did not believe that our book could be published before the festivities; but Duchesne informs me that he expects to make it available next week. You can easily understand what has motivated his haste. I had intended to set aside the forty extra copies stipulated—along with the usual sixty—for your distribution and that of Monsieur le Maréchal—but my indispensable obligations have increased so much that I am forced to borrow ten more from you to cover the demand. Of course, these will be returned to you if you do not need them all. Nevertheless, I would be grateful if you could arrange for Monsieur le Prince de Conti to receive one copy, and for Monsieur le Duc de Villeroi to receive another, so that they too may acknowledge this gift from the person who presents it to them. I also wish to offer a copy to Monsieur le Marquis d’Armentières, as he seemed to take an interest in this work; however, not knowing how to send it to him, I implore you, Madame Maréchal, to kindly undertake this task if you deem it appropriate, and I will ensure that the number is replenished accordingly.
I have written to Duchesne asking him to send the thirty copies to the Hôtel de Luxembourg within this week, and to begin distributing them on Sunday, the 23rd. I have sent him the details regarding these distributions. If you so desire, Madame la Maréchale, please order your own copies on the same day; this way, fewer people will complain that others received the book before them. After all, regardless of the success my latest work may enjoy in the world, since it has been publicly honored by your attention and protection, I believe my career has been very fortunate to have such an ending. It could not have been better.
To avoid any duplication of efforts, I believe it is my duty to inform you, Madame la Maréchale, that I will send a copy to Madame la Comtesse de Boufflers, as well as to Monsieur le Chevalier de Lorenzy.
Letter CCCII – To Madame la Maréchale de Luxembourg
Friday, May 28th.
You know, Madame la Maréchale, that there is a counterfeit edition of my book that is about to be published during these festivities. It is certain that if this edition sells well, Duchesne will be ruined; and if the authors are not discovered in time, I will be dishonored. No matter what additional trouble this may cause you, it must not be said that an undertaking initiated by Madame la Maréchale de Luxembourg has ended so tragically. I wrote to Monsieur de Malesherbes yesterday, but I admit that I am somewhat afraid that someone may have taken advantage of his trust, and that the perpetrator of this fraud might actually be closer to him than he thinks. After all, the person responsible could be either the printer, the proofreader, or someone else involved in this matter—or even me. But it is highly unlikely that it is the printer, since there were two people involved and they had no contact with each other. The proofreader is a friend of the bookseller, and not all the pages even went through his hands. Therefore, we are left to search for the scoundrel among these two men—one of whom I am. Today, I am writing to Monsieur le Lieutenant de Police and have sent you a copy of my letter. I would have liked to meet you on your way back from the Île-Adam, but I was unable to find out whether you would arrive today or tomorrow. Moreover, I am so weak, troubled, and overwhelmed that, not knowing the exact time either, I will not even try to meet you; I hope to make it up on Tuesday next week. I am overstepping my bounds, Madame la Maréchale, and I am deeply sorry for it. But if this matter is not resolved, I fear I will die of despair.
Per quanto bello possa essere il vostro piano, e per quanto talenti abbiate nel suo attuamento, non illudetevi di ottenere un successo che corrisponda pienamente alle vostre aspettative. I pregiudizi basati sull’errore possono essere distrutti, ma quelli radicati nei nostri vizi cadranno soltanto insieme ad essi. Voi vorreste insegnare agli uomini la verità per renderli saggi; invece, sarebbe necessario prima renderli saggi affinché amassero la verità stessa. La verità ha quasi mai avuto alcun effetto nel mondo, perché gli uomini si guidano sempre di più dalle loro passioni che dalla loro ragione, e compiono il male approvando il bene. Il secolo in cui viviamo è uno dei più illuminati, anche in materia morale: ma è forse anche il migliore? I libri non servono a nulla; lo stesso vale per le accademie e le società letterarie: ciò che ne deriva di utile riceve soltanto un’approvazione sterile. Altrimenti, la nazione che ha prodotto personaggi come Fénélon, Montesquieu, Mirabeau non sarebbe forse la più ben governata e la più felice della terra? E dopo gli scritti di questi grandi uomini, le cose sono davvero migliorate? E un solo abuso è stato corretto grazie alle loro idee? Non illudetevi di fare di più di quanto abbiano fatto loro. No, signori: potrete istruire i popoli, ma non li renderete né migliori né più felici. Questo è uno dei motivi che mi hanno maggiormente scoraggiato durante la mia breve carriera letteraria: rendersi conto che, anche possedendo tutti i talenti necessari, si affronterebbero senza successo errori funesti, e che, anche se questi potessero essere vinti, le cose non migliorerebbero comunque. A volte ho cercato di alleviare il mio dolore soddisfacendo i miei desideri personali, ma senza influenzare in alcun modo il corso delle cose. Molti hanno letto i miei scritti, alcuni li hanno persino approvati; e, come previsto, tutti sono rimasti uguali a prima. Signori, potrete dire di più e meglio, ma non otterrete maggior successo; e al posto del bene pubblico che cercate, troverete soltanto la gloria che sembrate temere. Comunque sia, non posso fare a meno di essere grato per l’onore che mi fate, associandomi in qualche modo, attraverso la vostra corrispondenza, a opere così nobili. Tuttavia, proponendomelo, ignoravate senza dubbio che vi stavate rivolgendo a un povero malato che, dopo aver provato per dieci anni il triste mestiere di autore, per il quale non era adatto, vi rinuncia con gioia nel cuore, e, dopo aver avuto l’onore di competere onestamente, ma come uomo libero, contro una testa coronata, osa dire, lasciando la penna per non riprenderla mai più.
“Vittore restituisce sia l’arte che la spada.”
Ma senza aspirare ai premi offerti dalla vostra munificenza, ne troverò sempre uno molto grande nell’onore della vostra stima; e se mi giudicate degno di questa corrispondenza, non rifiuto affatto di continuarla, per quanto il mio stato, la mia ritirata e le mie conoscenze me lo permettano. Per quanto riguarda ciò che mi chiedete, devo dire che il vostro piano, sebbene molto ben congegnato, mi sembra generalizzare un po’ troppo queste idee, rivolgendole troppo verso la metafisica; tali ricerche, secondo le vostre intenzioni, diventerebbero più utili se avessero applicazioni pratiche, locali e specifiche. Quanto alle vostre domande, sono molto belle; in particolare, la terza mi piace molto: è proprio quella che prenderei in considerazione se dovessi scrivere. Le vostre idee, nel formularla, sono abbastanza chiare; e colui che si occuperà di essa dovrà essere davvero inadeguato per non riuscire a realizzarle. Nella prima domanda, in cui chiedete quali siano i mezzi per salvare un popolo dalla corruzione, il termine stesso di “corruzione” mi sembra un po’ vago e rende la questione quasi indeterminata; forse sarebbe meglio cominciare chiedendosi se esistano davvero tali mezzi, perché di questo si può almeno dubitare. In compenso, potreste eliminare ciò che aggiungete alla fine: quella parte rappresenta soltanto una ripetizione della domanda stessa, o addirittura qualcosa di completamente diverso.
Se dovessi rispondere alla vostra seconda domanda[736], non posso nascondervi che mi schiererei dalla parte di Platone, optando per una risposta affermativa; cosa che sicuramente non era l’intenzione vostra quando l’avevate posta. Fate come l’Accademia francese, che indica quale posizione si debba assumere e che si guarda bene dal mettere in discussione quelle questioni su cui teme che possa essere detta la verità.
La quarta[737] è la più utile, grazie a quella applicazione locale di cui ho parlato in precedenza; offre ampie prospettive da esplorare. Tuttavia, solo uno svizzero, o qualcuno che conosca profondamente la costituzione fisica, politica e morale del corpo elvetico, potrebbe trattarla con successo. Bisognerebbe vederla personalmente per osare dirlo. Ahimè! Signor mio, vi saluto io e i vostri onorevoli colleghi con tutto il cuore e il massimo rispetto.
Lettera CCC – Alla Marchesa di Lussemburgo
Montmorency, 19 maggio 1762.
Non credevo, signora marescialla, che il nostro libro potesse essere pubblicato prima delle feste; ma Duchesne mi ha detto di poterlo mettere in vendita la prossima settimana. E voi capite bene quale motivo lo abbia spinto ad agire con tanta fretta. Avevo destinato, per le vostre distribuzioni e quelle del signor maresciallo, i quaranta esemplari previsti in più rispetto ai sessanta che di solito mi riservo; ma le mie necessità urgenti sono aumentate così tanto che sono costretto a prendervene altri dieci per far fronte alle richieste. A meno che non ne abbiate abbastanza, naturalmente, e in tal caso vi prego di farglieli consegnare dal signor principe di Conti o dal duca di Villeroi, desiderando che ricevano un riconoscimento da parte delle persone che glieli offriranno. Vorrei anche presentarne un esemplare al marchese d’Armentières, che mi è sembrato interessato a questo lavoro; ma non sapendo come inviarglielo, vi supplico, signora marescialla, di occuparvene voi stessa, se lo ritenete opportuno. E io farò in modo di colmare eventuali lacune.
Ho scritto a Duchesne di inviare i trenta esemplari all’hôtel de Luxembourg entro la settimana e di iniziare le mie distribuzioni domenica prossima, il 23; gli ho anche inviato l’elenco delle persone a cui dovrò consegnarli. Se volete, madame la maréchale, potete ordinare le vostre distribuzioni lo stesso giorno: in questo modo meno persone si lamenteranno che altri abbiano ricevuto il libro prima di loro. Del resto, qualunque sia il successo che il mio ultimo lavoro possa ottenere nel mondo, poiché è stato pubblicamente onorato dalla vostra attenzione e dalla vostra protezione, credo che la mia carriera sia stata coronata con grande fortuna: non si poteva concluderla in modo migliore.
Per evitare ogni duplicazione, credo di dovervi avvisare, signora marescialla, che invierò un esemplare alla contessa di Boufflers, così come al cavaliere de Lorenzy.
Lettera CCCII – Alla Marchesa di Lussemburgo
Venerdì 28 maggio.
Signora marchesa, sapete che esiste un’edizione falsificata del mio libro, la quale uscirà in questi giorni. È certo che, se questa edizione dovesse avere successo, Duchesne andrebbe in rovina, e se gli autori della frode non venissero scoperti, io verrei disonorato. Per quanto questo possa causarvi disagi, non deve assolutamente accadere che un’impresa intrapresa da voi abbia una fine così tragica. Ieri ho scritto a Monsieur de Malesherbes. Ma devo ammettere di temere che la sua fiducia sia stata abusata, e che l’autore della truffa possa trovarsi molto più vicino a lui di quanto pensiamo. Dopotutto, quell’autore può essere l’editore, il correttore, o qualcuno incaricato di questa faccenda. Ma è improbabile che sia l’editore, visto che c’erano due persone coinvolte e nessun contatto tra loro; inoltre, il correttore è amico del libraio, e non tutte le pagine del libro sono passate per le sue mani. Quindi rimane da individuare quel truffatore. Tra due uomini di cui uno sono io. Oggi scrivo a Monsieur il luogotenente di polizia e vi invio una copia della mia lettera. Avrei voluto incontrarvi al vostro ritorno dall’Ile-Adam. Ma non sono riuscito a scoprire se sareste venuta oggi o domani; inoltre, sono così debole, turbato e impegnato che, non sapendo nemmeno l’ora del vostro arrivo, non cercherò nemmeno di esserci. Spero di poter rimediare martedì prossimo. Vi sto importunando, signora marchesa. Ne sono profondamente dispiaciuto. Ma se questa faccenda non verrà chiarita, temo che morirò di disperazione.
Vous comprenez qu’il ne faudrait pas montrer ma lettre à M. de Malesherbes, mais seulement le prier de vouloir bien regarder lui-même à cette affaire. Le premier colporteur saisi d’un exemplaire de la fausse édition donne le bout de la pelote ; il n’y a plus qu’à dévider.
Lettre CCCIV – À Madame La Tour
Ce samedi 29.
La preuve, madame, que je n’ai point voulu mettre en égalité votre amie et vous, est que son exemplaire vous a été remis, quoique j’eusse son adresse ainsi que la vôtre. J’ai pensé qu’ayant une fille à élever, elle serait peut-être bien aise de voir ce livre ; et comme le libraire le vend fort cher, et qu’elle n’est pas riche, j’ai pensé encore que vous seriez bien aise de le lui offrir. Offrez-le lui donc, madame, non de ma part, mais de la vôtre, et ne lui faites aucune mention de moi. Du reste, quoi que vous puissiez dire, je n’appellerai ni Julie ni Claire deux femmes dont l’une aura des secrets pour l’autre : car, si j’imagine bien les coeurs d Julie et de Claire, ils étaient transparents l’un pour l’autre ; il leur était impossible de se cacher. Contentez-vous, croyez-moi, d’être Marianne ; et si cette Marianne est telle que je me la figure, elle n’a pas trop à se plaindre de son lot.
Lettre CCCVI – À Madame la marquise de Créqui
Montmorency, fin de mai 1762.
C’est vous, madame, qui m’oubliez ; je le sens fort bien : mais je ne vous laisserai pas faire ; car si j’ai peine à former des liaisons, j’en ai plus encore à les rompre, et surtout…[738]
J’aurai donc soin, malgré vous, de vous faire quelquefois souvenir de moi, mais non pas de la même manière. Ayant posé la plume pour ne la jamais reprendre, je n’aurai plus, grâces au ciel, de pareil hommage à vous offrir[739] ; mais pour ceux d’un coeur plein de respect, de reconnaissance et d’attachement, ils ne finiront pour vous, madame, de ma part, qu’avec ma vie.
Quoi ! vous voulez faire un pèlerinage à Montmorency ? Vous y viendrez visiter ces pauvres reliques genevoises, qui bientôt ne seront bonnes qu’à enchâsser ? Que j’attends avec empressement ce pèlerinage d’une espèce nouvelle, où l’on ne vient pas chercher le miracle, mais le faire ; car vous me trouverez mourant, et je ne doute pas que votre présence ne me ressuscite, au moins pour quinze jours. Au reste, madame, préparez-vous à voir un joli garçon, qui s’est bien formé depuis cinq ou six ans ; j’étais un peu sauvage à la ville, mais je suis venu me civiliser dans les bois.
Monsieur et madame de Luxembourg viennent ici mardi pour un mois. J’ai cru vous devoir cet avertissement, madame, sur la répugnance que vous avez à vous y trouver avec eux. Mais j’avoue que les raisons que vous en alléguez me semblent très mal fondées ; et de plus, j’ai pour eux tant d’attachement et d’estime, que quand on ne m’en parle pas avec éloge, j’aimerais mieux qu’on ne m’en parlât point du tout.
Puisque vous aimez les solitaires, vous aimez aussi les promenades qui le sont : et, quoique vous connaissiez le pays, je vous en promets de charmantes, que vous ne connaissez sûrement pas. J’ai aussi mon intérêt à cela ; car, outre l’avantage du moment présent, j’aurai encore pour l’avenir celui de parcourir avec plus de plaisir les lieux où j’aurai eu le bonheur de vous suivre.
Lettre CCCVIII – À la même
À M.M. 4 juin 1762.
J’ai, madame, une requête à vous présenter : le coeur plein de vous, j’en ai parlé à madame la maréchale de Luxembourg ; et, sans prévoir l’effet de mon zèle, je lui ai inspiré le désir de savoir qui vous êtes, et peut-être d’aller plus loin. Elle m’a donc chargé de vous demander la permission de vous nommer à elle, et je dois ajouter que vous m’obligerez de me l’accorder. Mais, du reste, vous pouvez me signifier vos volontés en toute confiance, vous serez fidèlement obéie, La seule chose que je vous demande pour l’acquit de ma commission, est, en cas de refus, de vouloir bien tourner votre lettre de manière que je puisse la lui montrer. Dois-je désirer ou craindre la visite que vous semblez me promettre ? Je crois, en vérité, qu’elle m’ôte le repos d’avance ; que sera-ce après l’événement, mon Dieu ! Que voulez-vous venir faire ici de ces beaux yeux vainqueurs des Suisses ? Ne sauraient-ils du moins laisser en paix les Genevois ? Ah ! respectez mes maux et ma barbe grise, ne venez pas grêler sur le persil. Il faut pourtant achever de m’humilier, en vous disant combien les préjugés que vous craignez sont chimériques. Hélas ! ce n’est pas d’aujourd’hui que de jolies femmes viennent impudemment insulter à ma misère, et me faire à la fois de leurs visites un honneur et un affront ! Je ne sais pourquoi le coeur me dit que je me tirerai mal de la vôtre. Non, je n’ai jamais redouté femme autant que vous. Cependant je dois vous prévenir que si vous voulez tout de bon faire ce pèlerinage, il faut nous concerter d’avance, et convenir du jour entre nous, surtout dans une saison où, sans cesse accablé d’importuns de toutes les sortes, je suis réduit à me ménager d’avance, et même avec peine, un jour de pleine liberté. Vous pouvez renvoyer la réponse à cet article à quelque autre lettre, et n’en point parler dans la réponse à celle-ci.
Je n’ai encore montré aucune de vos lettres à madame de Luxembourg ; et si je lui en montre, et que vous ne vouliez pas être connue, soyez sûre que j’y mettrai le choix nécessaire, et qu’elle ne saura jamais qui vous êtes, à moins que vous n’y consentiez. Excusez mon barbouillage ; j’écris à la hâte, fort distrait, et du monde dans ma chambre.
Lettre CCCX – À M. Moultou
Montmorency, le 7 juin 1762.
Je me garderais de vous inquiéter, cher Moultou, si je croyais que vous fussiez tranquille sur mon compte ; mais la fermentation est trop forte pour que le bruit n’en soit pas arrivé jusqu’à vous, et je juge parles lettres que je reçois des provinces, que les gens qui m’aiment y sont encore plus alarmée pour moi qu’à Paris, Mon livre a paru dans des circonstances malheureuses. Le parlement de Paris, pour justifier son zèle contre les jésuites, veut, dit-on, persécuter aussi ceux qui ne pensent pas comme eux ; et le seul homme en France qui croie en Dieu doit être la victime des défenseurs du christianisme. Depuis plusieurs jours, tous mes amis s’efforcent à l’envi de m’effrayer : on m’offre partout des retraites ; mais comme on ne me donne pas, pour les accepter, des raisons bonnes pour moi, je demeure ; car votre ami Jean-Jacques n’a point appris à se cacher. Je pense aussi qu’on grossit le mal à mes yeux pour tâcher de m’ébranler ; car je ne saurais concevoir à quel titre, moi citoyen de Genève, je puis devoir compte au parlement de Paris d’un livre que j’ai fait imprimer en Hollande avec privilège des États-Généraux. Le seul moyen de défense que j’entends employer, si l’on m’interroge, est la récusation de mes juges : mais ce moyen ne les contentera pas ; car je vois que, tout plein de son pouvoir suprême, le parlement a peu d’idée du droit des gens, et ne le respectera guère dans un petit particulier comme moi. Il y a dans tous les corps des intérêts auxquels la justice est toujours subordonnée ; et il n’y a pas plus d’inconvénient à brûler un innocent au parlement de Paris, qu’à en rouer un autre au parlement de Toulouse. Il est vrai qu’en général les magistrats du premier de ces corps aiment la justice, et sont toujours équitables et modérés, quand un ascendant trop fort ne s’y oppose pas ; mais si cet ascendant agit dans cette affaire, comme il est probable, ils n’y résisteront point. Tels sont les hommes, cher Moultou ; telle est cette société si vantée : la justice parle, et les passions agissent. D’ailleurs, quoique je n’eusse qu’à déclarer ouvertement la vérité des faits, ou, au contraire, à user de quelque mensonge pour me tirer d’affaire, même malgré eux, bien résolu de ne rien dire que de vrai, et de ne compromettre personne, toujours gêné dans mes réponses, je leur donnerai le plus beau jeu du monde pour me perdre à leur plaisir.
You understand that it would not be appropriate to show Mr. de Malesherbes my letter; instead, I should simply ask him to take the matter into his own hands. Once the first person who comes into possession of a copy of the fake edition is identified, the whole chain of distribution can be traced back.
Letter CCCIV – To Madame La Tour
This Saturday, the 29th.
Madam, the proof that I never intended to equate your friend with you is that her copy of the book was given to you, even though I had both her address and yours. I thought that, since she has a daughter to raise, she might find it useful to read this book; and since the bookstore sells it at a high price, and she is not wealthy, I also thought you would be happy to give it to her. So please offer it to her, madam—not on my behalf, but yours—and do not mention me in any way. Moreover, no matter what you say, I will never refer to Julie or Claire as two women one of whom has secrets from the other; for if I understand their hearts well, they are transparent to each other; it is impossible for them to hide anything from one another. Believe me, content yourself with being Marianne; and if this Marianne is such as I imagine her to be, she has nothing to complain about in her lot.
Letter CCCVI – To Madame la Marquise de Créqui
Montmorency, late May 1762.
It is you, madam, who are forgetting about me; I can feel it very clearly. But I will not let you do that. Because while it is difficult for me to form connections, it is even more difficult for me to break them off—especially. [738]
Therefore, despite your wishes, I will occasionally remind you of myself—but not in the same way. Having put down my pen with the intention never to pick it up again, I shall, thank heaven, no longer have such an opportunity to offer you this tribute[739]; but for those whose hearts are filled with respect, gratitude, and affection, these reminders from me will never cease, madam, until my very life ends.
What! You intend to make a pilgrimage to Montmorency? You will come there to visit those poor relics from Geneva, which will soon be good for nothing but to be encased in frames? I look forward with great anticipation to this new kind of pilgrimage—where people do not come to seek the miracle, but to create one; for you will find me on my deathbed, and I have no doubt that your presence will revive me, at least for fifteen days. Moreover, madam, prepare yourself to see a rather handsome young man who has grown quite refined in these past five or six years; I used to be rather wild in the city, but I have come here to become civilized in the woods.
Mr. and Mrs. of Luxembourg will be here for a month starting on Tuesday. I thought it my duty to inform you, madam, about your aversion to spending time with them. However, I must admit that the reasons you give seem quite unfounded to me; moreover, I hold such deep affection and respect for them that, unless someone speaks well of them to me, I would prefer not to hear anything at all about them.
Since you enjoy solitude, you must also love walks that are solitary in nature; and although you are familiar with this region, I assure you of some truly charming places that you surely do not know yet. I have my own reasons for wanting to do this too; for besides the pleasure of the present moment, it will also be delightful in the future to revisit these places again while having the good fortune of accompanying you on those walks.
Letter CCCVIII – To the Same One
To M.M., June 4, 1762.
Madam, I have a request to make of you: filled with thoughts of you, I spoke about it with Madame the Marquise of Luxembourg; and, without anticipating the effect of my enthusiasm, I inspired in her the desire to learn who you are—and perhaps to go further. She therefore entrusted me with asking you for permission to introduce you to her, and I must add that you will be doing me a great favor if you grant it. But otherwise, you may confide in me entirely regarding your wishes; they will be faithfully obeyed. The only thing I ask of you in order to fulfill my mission is that, in the event of a refusal, you would please arrange your letter in such a way that I can show it to her. Should I look forward to this visit, or rather fear it? In truth, I believe it will take my peace away beforehand; what will it be like after the event, God knows! What do you wish to come here for with those beautiful eyes that seem to have conquered the Swiss? Couldn’t they at least leave the Genevese in peace? Ah! Respect my suffering and my gray hair—do not come to torment me further. Yet you insist on humiliating me further by showing me how ill-founded are the prejudices you seem to fear. Alas! It is not today alone that beautiful women have the audacity to insult my misery, treating their visits to me both as an honor and an affront! I don’t know why, but my heart tells me that I will not fare well with yours. No, I have never feared a woman as much as you. Nevertheless, I must warn you that if you are determined to make this “pilgrimage,” we must arrange it in advance and decide on a specific day—especially during a season when, constantly harassed by all sorts of importuns, I can barely manage to set aside a single day of complete freedom. You may send your reply to this letter through another correspondence, and avoid mentioning it in your response to this one.
I have not yet shown any of your letters to Madame de Luxembourg; and if I do, and you do not wish to be identified, rest assured that I will take the necessary precautions so that she will never know who you are, unless you give me your permission. Please forgive my messy handwriting; I am writing in a hurry, quite distracted, and with people all around my room.
Letter CCCX – To Mr. Moultou
Montmorency, June 7, 1762.
I would refrain from worrying you, dear Moultou, if I believed you were at ease concerning my situation; but the agitation is too intense for such news not to have reached you. Judging by the letters I receive from various provinces, those who love me are even more alarmed about me there than they are in Paris. My book was published under unfortunate circumstances. The Parlement of Paris, in order to justify its zeal against the Jesuits, seems determined to persecute anyone who does not share their views; and in France, the only person who believes in God is destined to become a victim of those who defend Christianity. For several days now, all my friends have been trying their best to frighten me; offers of refuge are being made everywhere to me; but since no valid reasons are given for me to accept them, I remain where I am—for your friend Jean-Jacques has never learned how to hide. I also suspect that people are exaggerating the severity of my situation in an attempt to shake me; for I cannot see on what grounds, as a citizen of Geneva, I should be held accountable by the Parlement of Paris for a book that I had printed in the Netherlands with the permission of the General States. The only defense I would resort to if questioned is to refuse to acknowledge those who are judging me; but this would not satisfy them, for it is clear that, despite their supposed supreme authority, the Parlement knows very little about the rights of individuals and will show little respect for such a minor figure as myself. In every institution, there are interests that always override justice; and burning an innocent person in the Parlement of Paris is no more unjust than executing another in the Parlement of Toulouse. It is true that, generally speaking, the magistrates in these institutions love justice and are always fair and moderate unless some overwhelming influence intervenes; but if such influence plays a role in this case—which seems likely—I doubt they will resist it. Such are these people, dear Moultou; such is this so-called “just society”: justice is on the lips, but passion reigns supreme. Moreover, even if I could simply state the truth about what happened or, conversely, resort to lies in order to save myself—though I am determined to tell only the truth and not implicate anyone—I would still find it impossible to respond without compromising myself. In any case, they would have every opportunity they desired to bring me ruin at their pleasure.
Capite che non dovrebbe essere mostrata la mia lettera a Monsieur de Malesherbes, ma soltanto chiedergli di occuparsi personalmente della questione. Il primo individuo che venga preso con un esemplare dell’edizione falsa fornirà le informazioni necessarie; non resta che seguire quella pista.
Lettera CCCIV – Alla Signora La Tour
Questo sabato, il 29.
Signora, la prova che non ho mai voluto mettere a parità la vostra amica e voi è che il suo esemplare vi è stato consegnato, nonostante avessi sia l’indirizzo suo che il vostro. Ho pensato che, essendo lei una madre che deve educare sua figlia, le sarebbe probabilmente utile leggere quel libro; e poiché il libraio lo vende a un prezzo molto alto, e lei non è ricca, ho anche pensato che a voi potesse fare piacere offrirglielo. Offriteglielo quindi, signora, non da parte mia, ma dalla vostra. E non menzionatemi affatto in questo contesto. Del resto, qualunque cosa possiate dire, io non chiamerò mai Julie e Claire due donne tra cui una nasconda dei segreti all’altra: perché, se ho ben capito i loro cuori, essi erano trasparenti l’uno per l’altro. Era impossibile che si potessero nascondere a vicenda. Siate contenta, credetemi, di essere Marianne. E se questa Marianne è davvero come me la immagino, non ha certo motivo di lamentarsi del proprio destino.
Lettera CCCVI – Alla signora marchesa di Créqui
Montmorency, fine di maggio 1762.
Siete voi, signora, a dimenticarmi; lo percepisco chiaramente. Ma non vi permetterò di farlo. Perché se mi costa fatica stabilire legami, mi costa ancora di più romperli. Soprattutto. [738]
Quindi, nonostante voi, mi assicurerò che di tanto in tanto vi si ricordi di me, ma non nello stesso modo. Avendo posato la penna per non riprenderla mai più, grazie al cielo, non avrò più l’opportunità di offrirvi un simile omaggio; tuttavia, per coloro il cui cuore è pieno di rispetto, riconoscenza e affetto, questi sentimenti da parte mia verso di voi, signora, non finiranno mai, se non con la mia vita stessa.
Che cosa! Volete intraprendere un pellegrinaggio a Montmorency? Andrete a visitare quelle povere reliquie genovesi che presto non saranno più utili se non per essere incastonate. Aspetto con impazienza questo nuovo tipo di pellegrinaggio: in esso non si va a cercare il miracolo, ma piuttosto a compierlo. Perché vi troverete davanti a un uomo morente, e non dubito che la vostra presenza mi risveglierà, almeno per quindici giorni. Del resto, signora, preparatevi ad incontrare un bel giovane: si è ben educato negli ultimi cinque o sei anni; in città ero un po’ selvaggio, ma sono venuto a “civilizzarmi” nelle foreste.
Il signore e la signora di Lussemburgo verranno qui martedì per un mese. Ho ritenuto dovervi dare questo avviso, signora, riguardo alla ripugnanza che provate all’idea di trovarvi con loro. Tuttavia devo ammettere che le ragioni che adducete mi sembrano molto poco fondate; inoltre, ho per loro un tale affetto e stima che, se non ne si parla in termini lusinghieri, preferirei che non ne si parlasse affatto.
Poiché amate i luoghi solitari, amate anche le passeggiate che lo sono; e, sebbene conosciate questa regione, vi prometto delle escursioni incantevoli che sicuramente non conoscete ancora. Anche io ho un interesse personale in questo: oltre al piacere del momento presente, avrò anche il vantaggio di poter visitare, in futuro, con maggiore gioia i luoghi dove ho avuto la fortuna di seguirvi.
Lettera CCCVIII – Alla stessa persona
Al signor, 4 giugno 1762.
Signora, ho una richiesta da farvi: il cuore pieno di pensieri su di voi, ne ho parlato con la marchesa di Lussemburgo; e, senza prevedere l’effetto della mia insistenza, le è venuta la voglia di sapere chi siate, e forse anche di andare oltre. Mi ha quindi incaricato di chiedervi il permesso di presentarvela, e devo aggiungere che mi fareste un grande favore se me lo concedeste. Tuttavia, potete esprimere liberamente le vostre volontà: vi sarò fedele. L’unica cosa che vi chiedo, affinché possa adempiere al mio compito, è che, in caso di rifiuto, siate così gentile da firmare la vostra lettera in modo che io possa mostrarla a lei. Devo desiderare o temere questa visita che sembrate promettermi? Credo davvero che mi privi già in anticipo del mio riposo. E dopo l’evento, mio Dio! Che cosa venite a fare qui con quegli occhi così affascinanti che hanno conquistato persino gli svizzeri? Non potrebbero almeno lasciare in pace i genovesi? Ah, rispettate le mie sofferenze e la mia barba grigia: non venite a tormentarmi ulteriormente. Tuttavia, devo ancora umiliarmi di più, dicendovi quanto siano infondati i pregiudizi che temete. Ahimè! Non è certo oggi che le belle donne vengono a insultare la mia miseria, facendo delle loro visite sia un onore che un affronto per me. Non so perché, ma il mio cuore mi dice che non me la caverò bene con la vostra visita. No, non ho mai temuto una donna quanto voi. Tuttavia, devo avvertirvi che, se davvero volete venire, dobbiamo accordarci in anticipo e fissare insieme la data. Soprattutto in questa stagione, in cui sono costantemente assediato da importuni di ogni sorta, riesco a malapena a riservarmi un giorno di totale libertà. Potete rispondere a questa lettera in un’altra missiva, e non menzionarla nella risposta a questa.
Non ho ancora mostrato nessuna delle vostre lettere a madame de Luxembourg; e se dovesse vederle, e voi non volesseste essere riconosciuta, state certa che farò in modo che lei non sappia mai chi siate, a meno che voi stesse non lo consentiate. Scusate la mia scrittura disordinata: scrivo in fretta, molto distratto, e con molte distrazioni intorno a me nella stanza.
Lettera CCCX – A Monsieur Moultou
Montmorency, 7 giugno 1762.
Mi astenerei dal preoccuparvi, caro Moultou, se credessi che foste tranquillo riguardo a me; ma la situazione è troppo grave perché le voci non siano arrivate fino a voi, e dalle lettere che ricevo dalle province deduco che coloro che mi amano sono ancora più allarmati per me di quanto lo siano a Parigi. Il mio libro è stato pubblicato in circostanze sfortunate: il parlamento di Parigi, nel tentativo di giustificare la sua azione contro i gesuiti, vuole, si dice, perseguire anche coloro che non la pensano come loro; e l’unico uomo in Francia che crede in Dio dovrà diventare vittima dei difensori del cristianesimo. Da diversi giorni tutti i miei amici cercano in ogni modo di spaventarmi: mi si offrono ovunque luoghi dove rifugiarmi; ma poiché non mi vengono fornite ragioni valide per accettarli, rimango fermo nel mio posto, perché il vostro amico Jean-Jacques non ha mai imparato a nascondersi. Penso anche che si stia esagerando la gravità della situazione per cercare di intimidirmi; poiché non riesco a capire in quale modo, io cittadino di Ginevra, debba rendere conto al parlamento di Parigi di un libro che ho fatto stampare nei Paesi Bassi con il privilegio dei Parlamenti Generali. L’unico mezzo di difesa che intendo utilizzare, se dovessi essere interrogato, è rifiutare di rispondere ai giudici, ma questo non li soddisferà; poiché vedo chiaramente che, pur essendo pieno del proprio potere supremo, il parlamento ha ben poco rispetto per i diritti degli individui e probabilmente non li rispetterà nemmeno in un caso come il mio. In tutti gli organismi sociali esistono interessi che sempre prevalgono sulla giustizia; e bruciare un innocente al parlamento di Parigi non è certo meno ingiusto che torturare un altro al parlamento di Tolosa. È vero che, in generale, i magistrati di questi organismi amano la giustizia e sono sempre equi e moderati, quando non vi sono influenze troppo forti che interferiscano; ma se in questo caso tali influenze agiscono, probabilmente non resisteranno. Ecco quali sono gli uomini, caro Moultou, ecco quale è questa società tanto lodata: la giustizia parla, ma le passioni prendono il sopravvento. Del resto, anche se potessi semplicemente dichiarare apertamente la verità o, al contrario, mentire per uscire da questa situazione, pur essendo deciso a dire solo la verità e a non compromettere nessuno, rimarrei comunque in difficoltà nel rispondere alle loro domande, e gli darei così l’opportunità perfetta per far sì che io stesso mi perdessi, a loro piacimento.
Mais, cher Moultou, si la devise que j’ai prise n’est pas un piu-bavardage, c’est ici l’occasion de m’en montrer digne ; et à quoi puis-je employer mieux le peu de vie qui me reste ? De quelque manière que me traitent les hommes, que me feront-ils que la nature et mes maux ne m’eussent bientôt fait sans eux ? Ils pourront m’ôter une vie que mon état me rend à charge, mais ils ne m’ôteront pas ma liberté ; je la conserverai, quoi qu’ils fassent, dans leurs liens et dans leurs murs. Ma carrière est finie, il ne me reste plus qu’à la couronner. J’ai rendu gloire à Dieu, j’ai parlé pour le bien des hommes. O ami ! pour une si grande cause, ni toi ni moi ne refuserons jamais de souffrir. C’est aujourd’hui que le parlement rentre ; j’attends en paix ce qu’il lui plaira d’ordonner de moi.
Adieu, cher Moultou ; je vous embrasse tendrement : sitôt que mon sort sera décidé, je vous en instruirai, si je reste libre ; sinon vous l’apprendrez par la voix publique.
Lettre CCCXII – À Madame La Tour
À Montmorency, le 7 juin.
Rassurez-vous, madame, je vous supplie ; vous ne serez ni nommée ni connue : je n’ai fait que ce que je pouvais faire sans indiscrétion. Je visiterai dès aujourd’hui toutes vos lettres ; et, n’ayant pas le courage de les brûler, à moins que vous ne l’ordonniez, j’en ôterai du moins, avec le plus grand soin, tout ce qui pourrait servir de renseignement ou d’indice pour vous reconnaître. Au reste, attendez quelques jours à m’écrire. On dit que le parlement de Paris veut disposer de moi ; il faut le laisser faire, et ne pas compromettre vos lettres dans cette occasion.
Je rouvre ma lettre pour vous dire que j’aurai soin d’ôter aussi votre cachet, et de mettre toutes vos lettres en sûreté ; ainsi, soyez tranquille.
Lettre CCCXIV – À M. Moultou
Yverdon, le 15 juin 1762.
Vous aviez mieux jugé que moi, cher Moultou ; l’événement a justifié votre prévoyance, et votre amitié voyait plus clair que moi sur mes dangers. Après la résolution où Vous m’avez vu dans ma précédente lettre, vous serez surpris de me savoir maintenant à Yverdon ; mais je puis vous dire que ce n’est pas sans peine, et sans des considérations très graves, que j’ai pu me déterminer à un parti si peu de mon goût. J’ai attendu jusqu’au dernier moment sans me laisser effrayer ; et ce ne fut qu’un courrier venu dans la nuit du 8 au 9, de M. le prince de Conti à madame de Luxembourg, qui apporta les détails sur lesquels je pris sur-le-champ mon parti. Il ne s’agissait plus de moi seul, qui sûrement n’ai jamais approuvé le tour qu’on a pris dans cette affaire, mais des personnes qui, pour l’amour de moi, s’y trouvaient intéressées, et qu’une fois arrêté, mon silence même, ne voulant pas mentir, eût compromises. Il a donc fallu fuir, cher Moultou, et m’exposer, dans une retraite assez difficile, à toutes les transes des scélérats, laissant le parlement dans la joie de mon évasion, et très résolu de suivre la contumace aussi loin qu’elle peut aller. Ce n’est pas, croyez-moi, que ce corps haïsse et ne sente tort bien son iniquité ; mais voulant fermer la bouche aux dévots en poursuivant les jésuites, il m’eût, sans égard pour mon triste état, fait souffrir les plus cruelles tortures ; il m’eût fait brûler vif avec aussi peu de plaisir que de justice, et simplement parce que cela l’arrangeait. Quoi qu’il en soit, je vous jure, cher Moultou, devant ce Dieu qui lit dans mon coeur, que je n’ai rien fait en tout ceci contre les lois ; que non seulement j’étais parfaitement en règle, mais que j’en avais les preuves les plus authentiques, et qu’avant de partir je me suis défait volontairement de ces preuves pour la tranquillité d’autrui.
Je suis arrivé ici hier matin, et je vais errer dans ces montagnes jusqu’à ce que j’y trouve un asile assez sauvage pour y passer en paix le reste de mes misérables jours. Un autre me demanderait peut-être pourquoi je ne me retire pas à Genève ; mais, ou je connais mal mon ami Moultou, ou il ne me fera sûrement pas cette question ; il sentira que ce n’est point dans la patrie qu’un malheureux proscrit doit se réfugier ; qu’il n’y doit point porter son ignominie, ni lui faire partager ses affronts. Que ne puis-je, dès cet instant, y faire oublier ma mémoire ! N’y donnez mon adresse à personne ; n’y parlez plus de moi ; ne m’y nommez plus. Que mon nom soit effacé de dessus la terre ! Ah ! Moultou, la Providence s’est trompée ; pourquoi m’a-t-elle fait naître parmi les hommes, en me faisant d’une autre espèce qu’eux ?
Lettre CCCXVI – À M. le prince de Conti
[743]
Yverdon, le 17 juin 1762.
Monseigneur,
Je dois à V. A. S. ma vie, ma liberté, mon honneur même, plus augmenté par l’intérêt que vous daignez prendre à moi qu’altéré par l’iniquité du parlement de Paris. Ces biens, les plus estimés des hommes, ont un nouveau prix pour celui qui les tient de vous. Que ne puis-je, monseigneur, les employer au gré de ma reconnaissance ! C’est alors que je me glorifierais tous les jours de ma vie d’être avec le plus profond respect, etc.
Lettre CCCXVIII – À M. le maréchal de Luxembourg
Yverdon, le 17 juin 1762.
Je vous écrivis de Dole, M. le maréchal, samedi dernier. Hier je vous écrivis d’ici par la route de Genève ; et je vous écris aujourd’hui par la route de Pontarlier. En voilà maintenant pour huit jours avant qu’aucun courrier reparte. À l’égard de ceux de Paris pour ce pays, on peut écrire presque tous les jours ; il y en a cependant trois de préférence, mais le mercredi est le meilleur.
Si quelque chose au monde pouvait me consoler de m’être éloigné de vous, ce serait de retrouver ici dans un digne Suisse, tout l’accueil de l’amitié, et dans tous les habitants du pays l’hospitalité la plus douce et la moins gênante. Je n’ai pourtant dit mon nom qu’à M. Roguin, et je ne suis connu de personne que comme un de ses amis ; mais je ne pourrai éviter d’être présenté, aujourd’hui ou demain, à M. le bailli, qui est ici le gouverneur de la province. J’espère qu’en m’ouvrant à lui il me gardera le secret.
Tous mes arrangements ultérieurs dépendent tellement de la décision de mademoiselle Le Vasseur, qu’il faut que j’en sois instruit avant que de rien faire. Je verrai en attendant tous les lieux des environs où je puis chercher un asile, mais je ne le choisirai qu’après que j’aurai su si elle veut le partager ; et, là-dessus, je vous supplie qu’il ne lui soit rien insinué pour l’engager à venir si elle y a la moindre répugnance ; car l’empressement de l’avoir avec moi n’est que le second de mes désirs ; le premier sera toujours qu’elle soit heureuse et contente, et je crains qu’elle ne trouve ma retraite trop solitaire, qu’elle ne s’y ennuie. Si elle ne vient pas, je la regretterai toute ma vie ; mais si elle vient, son séjour ici ne sera pas pour moi sans embarras ; cependant qu’à cela ne tienne, et fût-elle ici dès demain !
Une autre chose qui me tient en suspens, c’est le sort des petits effets que j’ai laissés : s’ils me restent, ce que mademoiselle Le Vasseur ne voudra pas et qui sera d’un plus facile transport pourrait être emballé ou encaissé, et envoyé ici par les soins de M. de Rougemont, banquier, rue Beaubourg, lequel est prévenu. Mais si le parlement juge à propos de tout confisquer et de s’enrichir de mes guenilles, il faut que je pourvoie ici peu-à-peu aux choses dont j’ai un absolu besoin. Voulez-vous bien, M. le maréchal, me faire donner un mot d’avis sur tout cela, et vous charger des lettres que mademoiselle Le Vasseur peut avoir à m’écrire ? car elle n’a pas mon adresse, et je souhaite qu’elle ne soit communiquée à personne, ne voulant plus être connu que de vous. Voici une lettre pour elle. Je me crois autorisé, par vos bontés, à prendre ces sortes de libertés.
But, dear Moultou, if the motto I have chosen is not mere empty words, then this is the opportunity to prove myself worthy of it; and what better way can I use the little life that remains to me? No matter how men treat me, what can they do that nature and my own misfortunes would not have done to me without them? They may take away a life that my condition makes a burden upon me, but they cannot take away my freedom; I will preserve it, whatever they do, within their chains and their walls. My career is over; all that remains is for me to crown it. I have glorified God; I have spoken for the good of mankind. Oh friend! For such a great cause, neither you nor I shall ever refuse to suffer. Today the parliament is convened; I await in peace whatever order they may decide to issue regarding me.
Goodbye, dear Moultou; I kiss you tenderly. As soon as my fate is decided, I will inform you if I remain free; otherwise, you will learn of it through public announcements.
Letter CCCXII – To Madame La Tour
In Montmorency, on June 7th.
Please be assured, madam, I implore you; your name will not be mentioned or known in any way. I did only what I could without being indiscreet. I will go through all your letters today; and since I do not have the courage to burn them, unless you order me to, I will at least remove with great care anything that could serve as information or a clue that might lead to your identification. In any case, please wait a few days before writing to me. It is said that the Paris Parliament wants to deal with me; we must let them do their thing and not risk compromising your letters in this matter.
I am reopening my letter to tell you that I will make sure to remove your seal as well and keep all your letters safe; so, do not worry.
Letter CCCXIV – To Mr. Moultou
Yverdon, June 15, 1762.
You had better judgment than I did, dear Moultou; the events have proven your foresight, and your friendship allowed you to see my dangers more clearly than I could. After the decision you expressed in your previous letter, you will be surprised to find me in Yverdon now; but I can tell you that it was not without great difficulty and after considering very serious matters that I decided to take such a step, which certainly did not suit my inclinations. I waited until the last moment without letting fear overcome me; it was only a letter sent at night, from Monsieur le Prince de Conti to Madame de Luxembourg, that provided me with the details that led me to make my decision immediately. It was no longer just about me—someone who, surely, never approved of the course taken in this matter—but also about other people whose interests were involved because of their affection for me. Once I was arrested, even my silence would have implicated them, since it would not have been possible to lie. Therefore, I had to flee, dear Moultou, and expose myself to all the dangers posed by those scoundrels in a rather difficult situation, while leaving the parliament rejoicing at my escape. I am also determined to go as far as this defiance will take me. Believe me, it is not that this court hates injustice or feels any remorse for its wrongdoing; but by pursuing the Jesuits, it would have subjected me to the most cruel tortures, regardless of my poor state, simply because it suited its own interests. In any case, I swear to you, dear Moultou, before this God who reads in my heart, that I did nothing in all this that violated the law; not only was I completely within my rights, but I also had the most authentic evidence to prove it. Moreover, before leaving, I voluntarily destroyed those proofs for the sake of others’ peace of mind.
I arrived here yesterday morning, and I will wander through these mountains until I find a place so remote and wild that I can spend the rest of my miserable days in peace there. Some might ask why I do not retire to Geneva; but either I do not know my friend Moultou well, or he certainly would not ask me such a question. He would understand that it is not in one’s homeland that a wretched exile should seek refuge; that one should not bring there one’s shame or share there one’s humiliations. Oh! If only I could make my existence forgotten here! Do not give anyone my address; do not speak of me anymore; do not mention my name. Let my name be erased from the face of the earth! Ah, Moultou. Providence must have erred; why did it bring me into this world, making me different from all other men?
Letter CCCXVI – To Monsieur the Prince of Conti
[743]
Yverdon, June 17, 1762.
My Lord,
I owe to V. A. S. my life, my freedom, and even my honor—honors that have been further enhanced by the interest you take in me, rather than diminished by the injustice of the Parisian Parliament. These possessions, which are regarded as the most precious things in the world, hold an even greater value for one who possesses them through your grace. How I wish I could use them all in accordance with my deep gratitude! It would be then that I could celebrate every day of my life with the deepest respect, and so on.
Letter CCCXVIII – To Mr. Marshal of Luxembourg
Yverdon, June 17, 1762.
I wrote to you from Dole last Saturday, Mr. Marshal. Yesterday I wrote to you from here via the Geneva route; and today I am writing to you via the Pontarlier route. It will be another eight days before any mail can be sent out again. As for letters from Paris destined for this region, it is almost possible to send them every day; however, there are three preferred days, with Wednesday being the best.
If anything in the world could console me for having departed from you, it would be to find here, in this worthy land of Switzerland, all the warmth of friendship, and among its inhabitants, the gentlest and most unobtrusive hospitality. Yet I have only mentioned my name to Mr. Roguin, and everyone knows me merely as one of his friends; but I cannot avoid being introduced to the bailie, who is the governor of this province. I hope that by confiding in him, he will keep my secret.
All my subsequent arrangements depend so greatly on mademoiselle Le Vasseur’s decision that I must be informed before taking any action. In the meantime, I will investigate all the places in the vicinity where I might seek refuge, but I will not choose one until I know whether she is willing to share it with me. On this matter, I implore you not to suggest anything to her that might encourage her to come if she has the slightest reluctance; for my desire to have her with me is merely secondary to my primary wish: that she be happy and content. I fear she might find my retreat too solitary and boring. If she does not come, I will regret it for the rest of my life; but if she does, her stay here will not be without difficulties for me. Nevertheless, let it be so—even if she arrives tomorrow!
Another matter that keeps me in suspense is the fate of those small belongings I left behind: if they remain with me—which Madame Le Vasseur would not want—and since they are easier to transport, they could be packed up or sent here at the expense of Monsieur de Rougemont, the banker on rue Beaubourg, who has already been informed. But if the parliament decides to confiscate everything and appropriate my belongings, then I will have to gradually provide for my own basic needs here. Would you kindly, Monsieur le Maréchal, give me some guidance on all this matter and take care of any letters Madame Le Vasseur might want to send to me? She does not have my address, and I wish it to be kept confidential; I prefer to be known only to you. Here is a letter for her. I believe your kindness allows me to take such liberties.
Ma, caro Moultou, se il motto che ho scelto non è altro che un vaniloquio, questa è l’occasione per dimostrare di esserne degno; e a cosa potrei utilizzare meglio la breve vita che mi resta? Qualunque cosa gli uomini possano farmi, non potranno cambiare ciò che la natura e i miei mali mi avrebbero già fatto senza di loro. Potranno togliermi una vita che il mio stato rende onerosa per me, ma non mi toglieranno la libertà; la conserverò, qualunque cosa facciano, tra le loro catene e i loro muri. La mia carriera è finita; non mi resta altro che coronarla. Ho reso gloria a Dio, ho parlato per il bene degli uomini. Oh amico! Per una causa così nobile, né tu né io rifiuteremo mai di soffrire. Oggi il parlamento riunirà i suoi membri; aspetterò in pace ciò che decideranno di fare di me.
Addio, caro Moultou; ti bacio con affetto. Non appena il mio destino sarà deciso, te ne informerò, se rimarrò libero; altrimenti lo saprai attraverso i comunicati ufficiali.
Lettera CCCXII – A Madame La Tour
A Montmorency, il 7 giugno.
Rassicuratevi, signora, vi prego; non verrà né il vostro nome menzionato né voi riconosciuta: ho fatto soltanto ciò che potevo fare senza essere indiscreto. Visiterò tutte le vostre lettere oggi stesso; e, poiché non ho il coraggio di bruciarle, a meno che voi non me lo ordiniate, ne eliminerò con la massima cura tutto ciò che potrebbe costituire una informazione o un indizio per identificarvi. Del resto, aspettate qualche giorno prima di scrivermi. Si dice che il parlamento di Parigi voglia disporre di me; bisogna lasciarlo fare e non mettere a rischio le vostre lettere in questa circostanza.
Riapro la mia lettera per dirvi che mi assicurerò di rimuovere anche il vostro sigillo e di mettere al sicuro tutte le vostre lettere; quindi, state tranquilli.
Lettera CCCXIV – A Monsieur Moultou
Yverdon, 15 giugno 1762.
Avete giudicato meglio di me, caro Moultou; l’evento ha dimostrato la validità della vostra previsione, e la vostra amicizia vi ha fatto vedere più chiaramente dei miei pericoli. Dopo la decisione che avevate espresso nella mia lettera precedente, sarete sorpresi di trovarmi ora a Yverdon; ma posso dirvi che non è stato facile prendere questa decisione, e che ho dovuto considerare motivi molto gravi prima di scegliere una strada così poco gradita a me. Ho aspettato fino all’ultimo momento senza lasciarmi spaventare; solo una lettera arrivata nella notte tra l’8 e il 9, inviata dal principe de Conti alla signora de Luxembourg, ha fornito i dettagli che mi hanno permesso di prendere subito una decisione. Non si trattava più solo di me, che certamente non ho mai approvato il modo in cui questa questione è stata gestita, ma anche di altre persone che, per amor mio, erano coinvolte in essa; e se avessi taciuto, anche il mio silenzio stesso avrebbe potuto comprometterle. Quindi è stato necessario fuggire, caro Moultou, esponendomi, in un rifugio piuttosto difficile da trovare, a tutti i pericoli rappresentati da quegli individui malvagi; ho lasciato il parlamento nella gioia della mia fuga, e sono deciso a seguire questa strada fino in fondo. Credetemi: non è che questo organo governativo odii o riconosca l’ingiustizia delle sue azioni; ma cercando di zittire i devoti per perseguire i gesuiti, mi avrebbe fatto subire le più crudeli torture, senza alcun rispetto per la mia triste situazione, semplicemente perché questo gli conveniva. Comunque sia, vi giuro, davanti a Dio che legge nel mio cuore, che in tutto ciò non ho fatto nulla contro la legge; non solo ero perfettamente in regola, ma avevo anche le prove più autentiche della mia innocenza, e prima di partire me ne sono liberato volontariamente, per il bene degli altri.
Sono arrivato qui ieri mattina e intendo vagabondare in queste montagne finché non troverò un rifugio abbastanza remoto per trascorrervi in pace il resto dei miei giorni miserevoli. Qualcun altro potrebbe chiedermi perché non mi ritiro a Ginevra; ma o conosco male il mio amico Moultou, o lui certamente non mi porrà questa domanda: capirà che non è nella patria che un infelice esiliato dovrebbe cercare rifugio; che non deve portarvi la propria ignominia né farne condividere le offese. Ah! Se solo potessi far dimenticare il mio nome in questo luogo. Non date la mia indirizzo a nessuno; non parlate più di me, non menzionatemi nemmeno. Che il mio nome venga cancellato dalla faccia della terra! Ah, Moultou. La Provvidenza si è sbagliata: perché mi ha fatto nascere tra gli uomini, rendendomi diverso da loro?
Lettera CCCXVI – Al signor principe di Conti
[743]
Yverdon, 17 giugno 1762.
Signore mio.
Devo a Vostra Altezza Sua la mia vita, la mia libertà, persino il mio onore, reso ancora più prezioso dall’interesse che Vostra Altezza si degna di dimostrarmi, e non offuscato dall’ingiustizia del parlamento di Parigi. Questi beni, i più apprezzati dagli uomini, hanno un valore ancora maggiore per colui che li riceve da Vostra Altezza. Come potrei, signore, non utilizzarli secondo la profonda gratitudine che provo! In quel caso, mi glorierei ogni giorno della mia vita di essere al vostro servizio con il più profondo rispetto.
Lettera CCCXVIII – A Sua Eccellenza il maresciallo di Lussemburgo
Yverdon, 17 giugno 1762.
Vi ho scritto da Dole, signor maresciallo, sabato scorso. Ieri vi ho scritto da qui, lungo la strada di Ginevra; oggi vi scrivo lungo la strada di Pontarlier. Ora non ci sarà alcuna corrispondenza in partenza per altri otto giorni. Per quanto riguarda le lettere provenienti da Parigi in questa regione, si possono inviare quasi ogni giorno; tuttavia ci sono tre giorni particolarmente adatti per farlo, ma il mercoledì è il migliore di tutti.
Se qualcosa al mondo potesse consolarmi per essermi allontanato da voi, sarebbe certamente il ritrovare qui, in una nobile Svizzera, tutto l’accoglienza tipica dell’amicizia, e in tutti gli abitanti del paese l’ospitalità più dolce e meno invadente possibile. Tuttavia, ho rivelato il mio nome soltanto a Monsieur Roguin, e sono conosciuto da tutti come uno dei suoi amici; ma non potrò evitare di essere presentato, oggi o domani, a Monsieur le Bailli, che qui è il governatore della provincia. Spero che, confidandomi a lui, mi riserverà il segreto.
Tutti i miei futuri piani dipendono in modo così totale dalla decisione di mademoiselle Le Vasseur che devo essere informato prima di intraprendere qualsiasi cosa. Nel frattempo, esaminerò tutti i luoghi nelle vicinanze dove potrei cercare rifugio, ma non ne sceglierò uno finché non saprò se lei è disposta a condividerlo con me; e in questo senso vi supplico di non farle alcuna insinuazione che possa spingerla ad venire, anche solo nel caso in cui ne abbia la minima avversione. Il desiderio di averla con me è infatti secondario rispetto al mio principale obiettivo: che lei sia felice e contenta. Temo che il mio rifugio possa sembrarle troppo solitario e noioso. Se non verrà, la rimpiangerò per tutta la vita; ma se verrà, il suo soggiorno qui non sarà privo di difficoltà. Comunque sia, che venga anche domani stesso!
Un’altra cosa che mi lascia perplesso è il destino di quei piccoli oggetti che ho lasciato indietro: se mi rimangono, ciò che mademoiselle Le Vasseur non vorrà prendere e che potrebbe essere facilmente trasportato potrebbe essere impacchettato o inviato qui tramite il signor de Rougemont, banchiere di rue Beaubourg, il quale è già stato avvisato. Ma se il parlamento decidesse di confiscare tutto e di arricchirsi con le mie cose, dovrò provvedere gradualmente alle necessità essenziali che ho qui. Vorreste, per favore, signor maresciallo, darmi un parere su tutta questa questione e occuparvi delle lettere che mademoiselle Le Vasseur potrebbe volermi scrivere? Non ha infatti il mio indirizzo, e desidero che non venga comunicato a nessuno; preferisco essere conosciuto soltanto da voi. Ecco una lettera per lei. Mi credo autorizzato, grazie alla vostra gentilezza, ad agire in questo modo.
Je ne vous ai point fait l’histoire de mon voyage ; il n’a rien de fort intéressant. Je ne vous renouvelle plus l’exposition de mes sentiments, ils seront toujours les mêmes. Mon tendre attachement pour vous est à l’épreuve du temps, de l’éloignement, des malheurs, de ces malheurs même auxquels le coeur d’un honnête homme ne sait point se préparer, parce qu’il n’est pas fait pour l’ignominie, et qui l’absorbent tout entier quand ils lui sont arrivés. En cachant ma honte à toute la terre, je penserai toujours à vous avec attendrissement, et ce précieux souvenir fera ma consolation dans mes misères. Mais vous, M. le maréchal, daignerez-vous quelquefois vous souvenir d’un malheureux proscrit ?
Lettre CCCXX – À M. Moultou
Yverdon, le 22 juin 1762.
Ce que vous me marquez, cher Moultou, est à peine croyable. Quoi ! décrété sans être ouï ! Et où est le délit ? où sont les preuves ? Genevois, si telle est votre liberté, je la trouve peu regrettable. Cité à comparaître, j’étais obligé d’obéir, au lieu qu’un décret de prise de corps ne m’ordonnant rien, je puis demeurer tranquille. Ce n’est pas que je ne veuille purger le décret, et me rendre dans les prisons en, temps et lieux, curieux d’entendre ce qu’on peut avoir à me dire ; car j’avoue que je ne l’imagine pas. Quant à présent, je pense qu’il est à propos de laisser au Conseil le temps de revenir sur lui-même, et de mieux voir ce qu’il a fait. D’ailleurs, il serait à craindre que dans ce moment de chaleur quelques citoyens ne vissent pas sans murmure le traitement qui m’est destiné, et cela pourrait ranimer des aigreurs qui doivent rester à jamais éteintes. Mon intention n’est pas de jouer un rôle, mais de remplir mon devoir.
Je ne puis vous dissimuler, cher Moultou, que, quelque pénétré que je sois de votre conduite dans cette affaire, je ne saurais l’approuver. Le zèle que vous marquez ouvertement pour mes intérêts ne me fait aucun bien présent, et me nuit beaucoup pour l’avenir en vous nuisant à vous-même. Vous vous ôtez un crédit que vous auriez employé très utilement pour moi dans un temps plus heureux. Apprenez à louvoyer, mon jeune ami, et ne heurtez jamais de front les passions des hommes, quand vous voulez les ramener à la raison. L’envie et la haine sont maintenant contre moi à leur comble. Elles diminueront, quand ayant depuis longtemps cessé d’écrire, je commencerai d’être oublié du public, et qu’on ne craindra plus de moi la vérité. Alors, si je suis encore, vous me servirez, et l’on vous écoutera. Maintenant, taisez-vous ; respectez la décision des magistrats et l’opinion publique. Ne m’abandonnez pas ouvertement, ce serait une lâcheté ; mais parlez peu de moi, n’affectez point de me défendre, écrivez-moi rarement, et surtout gardez-vous de me venir voir, je vous le défends avec toute l’autorité de l’amitié : enfin, si vous voulez me servir, servez-moi à ma mode ; je sais mieux que vous ce qui me convient.
J’ai fait assez bien mon voyage, mieux que je n’eusse osé l’espérer : mais ce dernier coup m’est trop sensible pour ne pas prendre un peu sur ma santé. Depuis quelques jours je sens des douleurs qui m’annoncent peut-être une rechute. C’est grand dommage de ne pas jouir en paix d’une retraite si agréable. Je suis ici chez un ancien et digne patron et bienfaiteur, dont l’honorable et nombreuse famille m’accable, à son exemple, d’amitiés et de caresses. Mon bon ami, que j’aime à être bien voulu et caressé ! Il me semble que je ne suis plus malheureux quand on m’aime : la bienveillance est douce à mon coeur, elle me dédommage de tout. Cher Moultou, un temps viendra peut-être que je pourrai vous presser contre mon sein, et cet espoir me fait encore aimer la vie.
Lettre CCCXXII – À M. Moultou
Yverdon, le 24 juin 1762.
Encore un mot, cher Moultou, et nous ne nous écrirons plus qu’au besoin.
Ne cherchez point à parler de moi ; mais, dans l’occasion, dites à nos magistrats que je les respecterai toujours, même injustes ; et à tous nos concitoyens, que je les aimerai toujours, même ingrats. Je sens dans mes malheurs que je n’ai point l’âme haineuse, et c’est une consolation pour moi de me sentir bon aussi dans l’adversité. Adieu, vertueux
Moultou ; si mon coeur est ainsi pour les autres, vous devez comprendre ce qu’il est pour vous.
Lettre CCCXXIV – À Madame Cramer de Lon
2 juillet 1762.
Il y a longtemps, madame, que rien ne m’étonne plus de la part des hommes, pas même le bien quand ils en font. Heureusement je mets toutes les vingt-quatre heures un jour de plus à couvert de leurs caprices ; il faudra bientôt qu’ils se dépêchent s’ils veulent me rendre la victime de leurs jeux d’enfants.
Lettre CCCXXV – À Madame la comtesse de Boufflers
Yverdon, 4 juillet 1762.
Touché de l’intérêt que vous prenez à mon sort, je voulais vous écrire, madame, et je le voudrais plus que jamais ; mais ma situation, toujours empirée, me laisse à peine un moment à dérober aux soins les plus indispensables. Peut-être dans deux jours serai-je forcé de partir d’ici ; et tandis que j’y reste, je vous réponds qu’on ne m’y laisse pas sans occupation. Il faut attendre que je puisse respirer pour vous rendre compte de moi. Mademoiselle Le Vasseur m’avait déjà parlé de vos bontés pour elle, et de celles de M. le prince de Conti. J’emporte en mon coeur tous les sentiments qu’elles m’ont inspirés : puissent des jours moins orageux m’en laisser jouir plus à mon aise !
Vous m’étonnez, madame, en me reprochant mon indignation contre le parlement de Paris. Je le regarde comme une troupe d’étourdis qui, dans leurs jeux, font, sans le savoir, beaucoup de mal aux hommes ; mais cela n’empêche pas qu’en ne l’accusant envers moi que d’iniquité, je ne me sois servi du mot le plus doux qu’il était possible. Puisque vous avez lu le livre, vous savez bien, madame, que le réquisitoire de l’avocat-général n’est qu’un tissu de calomnies qui ne pourraient sauver que par leur bêtise le châtiment dû à l’auteur, quand il ne serait qu’un particulier. Que doit-ce être d’un homme qui ose employer le sacré caractère de la magistrature à faire le métier qu’il devrait punir ?
C’est cependant sur ce libelle qu’on se hâte de méjuger dans toute l’Europe, avant que le livre y soit connu ; c’est sur ce libelle que, sans m’assigner ni m’en tendre, on a commencé par me décréter, à Genève, de prise de corps ; et quand enfin mon livre y est arrivé, sa lecture y a causé l’émotion, la fermentation qui y règne encore à tel point, que le magistrat désavoue son décret, nie même qu’il l’ait porté, et refuse, à la requête même de ma famille, la communication du jugement rendu en Conseil à cette occasion : procédé qui n’eut peut-être jamais d’exemple depuis qu’il existe des tribunaux.
Il est vrai que le crédit de M. de Voltaire à Genève a beaucoup contribué à cette violence et à cette précipitation. C’est à l’instigation de M. de Voltaire qu’on y a vengé, contre moi, la cause de Dieu. Mais à Berne, où le même réquisitoire a été imprimé dans la Gazette, il y a produit un tel effet, que je sais, de M. le bailli même, qu’il attend, peut-être demain, l’ordre de me faire sortir des terres de la république ; et je puis dire qu’il le craint. Je sais bien que, quand mon livre sera parvenu à Berne, il y excitera la même indignation qu’à Genève, contre l’auteur du réquisitoire ; mais, en attendant, je serai chassé ; l’on ne voudra pas s’en dédire, et, quand on le voudrait, il ne me conviendrait pas de revenir. Ainsi, successivement, on me refusera partout l’air et l’eau. Voilà l’effet de ces procédures si régulières, dont vous voulez que j’admire l’équité.
Vous pouvez bien juger, madame, que toutes ces circonstances ne peuvent que me rendre encore plus précieuses les offres de madame *** ; et, si j’ai l’honneur d’être connu de vous, vous pourrez aisément lui faire comprendre à quel point j’en suis touché. Mais, madame, où est ce château ? Faut-il encore faire des voyages, moi qui ne puis plus me tenir ? Non ; dans l’état où je suis, il ne me reste qu’à me laisser chasser de frontière en frontière, jusqu’à ce que je ne puisse plus aller. Alors le dernier fera de moi ce qu’il lui plaira. À l’égard de l’Angleterre, vous jugez bien qu’elle est désormais pour moi comme l’autre monde : je ne la reverrai de mes jours.
I have not told you the story of my journey; it contains nothing particularly interesting. I need not repeat to you again the expression of my feelings—they will always remain the same. My tender affection for you has withstood the test of time, distance, and misfortune—those very misfortunes that the heart of an honest man is unprepared to face, for it is not made for humiliation, and which yet overwhelm him completely when they happen. By hiding my shame from the whole world, I will always think of you with tenderness, and this precious memory will be my consolation in my miseries. But you, Monsieur le Maréchal, will you deign sometimes to remember a poor outlaw like me?
Letter CCCXX – To Mr. Moultou
Yverdon, June 22, 1762.
What you are telling me, dear Moultou, is hardly believable. How! To be condemned without even being heard! Where is the crime? Where are the proofs? Genevois, if such is your concept of “freedom,” I find it far from regrettable. Having been summoned to appear before the authorities, I was obliged to comply; whereas a warrant for my arrest, since it orders me nothing at all, allows me to remain in peace. It’s not that I refuse to obey the decree and go to prison—on the contrary, I am eager to hear what they have to say against me, for I frankly cannot imagine what it could be. For now, I think it is appropriate to give the Council some time to reflect on its actions and understand better what it has done. Moreover, there is a risk that, in this moment of excitement, some citizens might object strongly to the treatment reserved for me, which could reignite old grievances that should have been completely extinguished. My intention is not to play any role, but merely to fulfill my duty.
I must not conceal from you, dear Moultou, that despite my deep understanding of your actions in this matter, I am unable to approve of them. The zeal you openly display for my interests brings me no immediate benefit and, in the long run, harms both you and me. You are losing a credibility that could have been of great use to me at a more favorable time. Learn to be tactful, my young friend; never confront head-on the passions of people when you wish to lead them towards reason. Envy and hatred toward me are at their peak at present. They will diminish when I cease writing for a long time and begin to be forgotten by the public, when people no longer fear the truth from me. Then, if I am still alive, you can serve me, and people will listen to you. For now, remain silent; respect the decisions of the authorities and public opinion. Do not openly abandon me—that would be cowardly—but speak little of me, do not pretend to defend me, write to me seldom, and above all, avoid coming to see me. I command you in the name of our friendship: if you wish to serve me, do so in my way; I know better than you what is best for me.
I have managed my journey quite well, even better than I had dared to hope; but this latest setback is too much for me to bear without affecting my health. For some days now, I have been experiencing pains that may signify a relapse. It is such a pity not to be able to enjoy in peace such a pleasant retirement. I am here with a former and worthy employer and benefactor whose honorable and large family, following his example, showeres me with friendship and kindness. My dear friend, how I cherish being so well-loved and cared for! It seems that I am no longer unhappy when someone loves me—kindness is so comforting to my heart; it compensates me for everything else. Dear Moultou, perhaps one day I will be able to hold you close to my heart, and this hope makes me cherish life even more.
Letter CCCXXII – To Mr. Moultou
Yverdon, June 24, 1762.
One more word, dear Moultou, and we will only write to each other when necessary.
Do not try to speak of me; but when the occasion arises, tell our magistrates that I will always respect them, even if they are unjust; and tell all our citizens that I will always love them, even if they are ungrateful. In my misfortunes, I feel that I do not possess a hateful heart, and it is a consolation for me to know that I am also good in adversity. Adieu, virtuous people.
Moultou; if my heart is such towards others, you must understand what it is towards you.
Letter CCCXXIV – To Madame Cramer de Lon
July 2, 1762.
Long ago, madam, nothing anymore surprises me about men—not even their good deeds when they do them. Fortunately, I take one extra day every twenty-four hours to shield myself from their whims; soon enough, they’ll have to hurry if they want to turn me back into the victim of their childish games.
Letter CCCXXV – To Madame la Comtesse de Boufflers
Yverdon, July 4, 1762.
Touched by the interest you take in my fate, I wanted to write to you, madam, and I wish to do so more than ever; but my situation, which continues to worsen, leaves me with barely any time to attend to even the most essential matters. Perhaps in two days I will be forced to leave this place; but as long as I remain here, I assure you that I am not left without anything to do. I must wait until I can breathe freely again before being able to inform you of my situation. Mademoiselle Le Vasseur had already told me about your kindness towards her, as well as that of Monsieur le Prince de Conti. I carry in my heart all the feelings they have inspired in me; may future, less turbulent times allow me to enjoy them more at ease!
You surprise me, madam, by reproaching me for my indignation towards the Parisian parliament. I regard it as a group of fools who, in their whimsical games, unknowingly cause great harm to people; yet even so, when I accused it of injustice, I used the mildest possible words. Since you have read the book, you must know, madam, that the prosecutor’s indictment is nothing but a fabric of slanderous accusations—accusations that could only serve to justify punishing their author, were he not merely an individual. What kind of man is one who dares to use the sacred authority of the judiciary to engage in the very activities that it is supposed to punish?
Yet it is on this mere tract that people in all of Europe are hasty to form judgment before the book itself has even been made known there; it is on this tract that, without either assigning me a lawyer or presenting it to me, proceedings were initiated against me in Geneva for arrest. And when my book finally arrived there, its reading caused such an uproar and agitation that the magistrate reneged on his earlier decree, even denied having issued it at all, and refused, despite the requests of my family, to make the judgment rendered by the council available for public view: a procedure that perhaps has no precedent in the history of courts since their inception.
It is true that Mr. de Voltaire’s influence in Geneva greatly contributed to such violence and haste. It was at his instigation that one sought to avenge, against me, what was regarded as God’s cause. But in Bern, where the same petition was published in the Gazette, it produced such an effect that I know even from the bailiff himself that he is probably awaiting orders to expel me from the territory of the republic—and I can say that he fears doing so. I am well aware that once my book reaches Bern, it will provoke the same indignation there as it did in Geneva against its author; but in the meantime, I will be expelled. People will not want to go against such orders, and even if they did, it would not be in my interest to return. In this way, step by step, I will be denied access to air and water everywhere. Such is the outcome of these so-called “regular” procedures—of which you demand that I admire the “equity.”
You may well understand, madam, that all these circumstances can only make the offers of madame *** even more precious to me; and if I have the honor of being known to you, you will be able to easily make her understand how deeply moved I am by them. But, madam, where is this castle? Must I travel again, when I am no longer able to walk? No; in my current state, all that remains for me is to be driven from one border to another, until I can go no further. Then, the last person who encounters me will do with me whatever he pleases. As for England, you can well understand that it is now like another world to me: I shall never see it again in this life.
Non vi ho raccontato la storia del mio viaggio; non contiene nulla di particolarmente interessante. Non ripeterò più davanti a voi i miei sentimenti: rimarranno sempre gli stessi. Il mio tenero affetto per voi è stato messo alla prova dal tempo, dalla lontananza, dalle sfortune, proprio da quelle sfortune di cui il cuore di un uomo onesto non sa come prepararsi, perché non è fatto per l’ignominia; e che, quando gli accadono, lo assorbono completamente. Nascondendo la mia vergogna a tutto il mondo, penserò sempre a voi con tenerezza. E questo prezioso ricordo sarà la mia consolazione nelle mie miserie. Ma voi, signor maresciallo, vi degnerete forse qualche volta di ricordarvi di un infelice esiliato?
Lettera CCCXX – A Monsieur Moultou
Yverdon, 22 giugno 1762.
Quello che mi dite, caro Moultou, è quasi inverosimile. Come! Un decreto emesso senza nemmeno ascoltare le mie ragioni. E dove sta il reato? Dove sono le prove? Genovese, se questa è la vostra idea di libertà, la trovo tutt’altro che spiacevole. Essendo stato convocato a comparire, ero obbligato ad obbedire; invece, poiché un decreto di arresto non mi ordina nulla, posso rimanere tranquillo. Non è che io non voglia rispettare il decreto e presentarmi nelle prigioni, anzi, sono curioso di sapere cosa si possa avere da dirmi; confesso infatti di non riuscire a immaginarlo. Per ora, penso sia opportuno lasciare che il Consiglio rifletta su quanto ha fatto. Inoltre, potrebbe succedere che in questo momento di agitazione alcuni cittadini non tollerino senza protestare il trattamento riservatomi. E questo potrebbe riaccendere rancori che dovrebbero rimanere per sempre spenti. La mia intenzione non è quella di assumere un ruolo particolare, ma semplicemente di adempiere al mio dovere.
Non posso nascondervi, caro Moultou, che, per quanto comprenda profondamente il vostro comportamento in questa faccenda, non riesco ad approvarlo. Lo zelo che dimostrate apertamente nei miei interessi non mi porta alcun beneficio nel presente e, invece, nuoce molto al mio futuro, poiché danneggia anche voi stesso. Vi private di una credibilità che avreste potuto utilizzare in modo molto utile per me in tempi più felici. Imparate a essere diplomatici, mio giovane amico: non contrastate mai frontalmente le passioni degli uomini quando volete farli ragionare. L’invidia e l’odio sono ora al loro apice contro di me; diminuiranno quando, avendo smesso da tempo di scrivere, inizierò ad essere dimenticato dal pubblico e quando nessuno temerà più la verità da parte mia. Allora, se sarò ancora vivo, mi servirete e vi ascolteranno. Ora, taciate; rispettate le decisioni dei magistrati e l’opinione pubblica. Non abbandonatemi apertamente, poiché ciò sarebbe una codardia; ma parlate poco di me, non fingete di difendermi, scrivetemi raramente e, soprattutto, evitate assolutamente di venire a trovarmi: ve lo proibisco con tutta l’autorità dell’amicizia. Infine, se volete servirmi, fatelo nel modo che ritengo più opportuno; so meglio di voi ciò che mi conviene.
Il mio viaggio è andato abbastanza bene, meglio di quanto avessi osato sperare; ma questo ultimo colpo è troppo duro da sopportare, e non posso fare a meno di preoccuparmi per la mia salute. Da alcuni giorni provo dolori che potrebbero segnare un ritorno della malattia. È davvero un peccato non poter godere in pace di una così piacevole ritirata. Sono qui, presso un ex datore di lavoro e benefattore nobile e rispettabile; la sua onorabile e numerosa famiglia, seguendo il suo esempio, mi colma di affetto e attenzioni. Mio caro amico, quanto mi piace essere così amato e coccolato! Mi sembra che non sia più infelice quando qualcuno mi ama: la gentilezza è dolce per il mio cuore, e mi compensa di tutto. Caro Moultou, forse un giorno potrò stringerti a me. E questa speranza mi fa ancora amare la vita.
Lettera CCCXXII – A Monsieur Moultou
Yverdon, 24 giugno 1762.
Un’ultima parola, caro Moultou: d’ora in poi ci scriveremo soltanto quando sarà necessario.
Non cercate di parlare di me; ma, in caso necessario, dite ai nostri magistrati che li rispetterò sempre, anche se ingiusti; e a tutti i nostri concittadini, che li amerò sempre, anche se ingrati. Nelle mie sfortune sento di non avere un’anima piena di odio, ed è una consolazione per me rendersi conto di essere anche buono nella sventura. Addio, virtuosi.
Moultou; se il mio cuore è così nei confronti degli altri, dovete capire com’è nei vostri confronti.
Lettera CCCXXIV – A Madame Cramer de Lon
2 luglio 1762.
Da molto tempo, signora, nulla più mi sorprende riguardo agli uomini, nemmeno il bene che compiono. Fortunatamente, ogni ventiquattro ore aggiungo un altro giorno alla mia protezione contro i loro capricci; presto dovranno affrettarsi se vogliono ridurmi di nuovo vittima dei loro giochi infantili.
Lettera CCCXXV – Alla contessa di Boufflers
Yverdon, 4 luglio 1762.
Risentito dall’interesse che dimostrate per la mia sorte, volevo scrivervi, signora, e lo vorrei ancora di più ora; ma la mia situazione, che continua ad peggiorare, mi lascia appena il tempo necessario per occuparmi delle cose più indispensabili. Forse tra due giorni sarò costretto a lasciare questo luogo; e finché ci rimango, vi assicuro che non mi manca nulla da fare. Devo aspettare di poter respirare liberamente per raccontarvi tutto di me. La signorina Le Vasseur mi aveva già parlato delle vostre gentilezze verso di lei, e anche di quelle del principe de Conti. Porto nel mio cuore tutti i sentimenti che queste persone mi hanno ispirato: possano giorni meno difficili permettermi di goderne più liberamente in futuro!
Mi sorprendete, signora, rimproverandomi la mia indignazione verso il parlamento di Parigi. Lo considero come un gruppo di persone sciocche che, nei loro “giocchi”, fanno, senza saperlo, molto male alle persone; ma questo non impedisce che, accusandolo soltanto di ingiustizia nei miei confronti, abbia utilizzato il termine più gentile possibile. Poiché avete letto il libro, sapete bene, signora, che l’atto d’accusa del procuratore generale non è altro che un insieme di calunnie che, se non fosse per la loro stessa stupidità, non potrebbero salvare dall’essere punito l’autore di tali accuse, anche se si trattasse soltanto di una persona privata. Che cosa si può pensare di un uomo che osa utilizzare il sacro ruolo della magistratura per svolgere quel compito che dovrebbe invece essere punito?
Eppure è proprio su questo manifesto che si affretta a giudicare in tutta Europa, prima ancora che il libro venga conosciuto; è su questo manifesto che, senza nemmeno ascoltarmi o inviarmelo, si è deciso a emettere un ordine di arresto contro di me a Ginevra; e quando finalmente il mio libro arrivò lì, la sua lettura suscitò un’emozione così intensa che il magistrato ritrattò il proprio decreto, negò persino di averlo emesso, e rifiutò, anche su richiesta della mia famiglia, di rendere noto il verdetto emesso in Consiglio a tale proposito: un procedimento che probabilmente non ha mai avuto precedenti da quando esistono tribunali.
È vero che il credito di Monsieur de Voltaire a Ginevra ha contribuito in gran misura a questa violenza e a questa precipitazione. È su istigazione di Monsieur de Voltaire che si è cercato di vendicare contro di me la causa di Dio. Ma a Berna, dove lo stesso reclamo è stato pubblicato sulla “Gazette”, ha prodotto un effetto tale che so, persino dal signor balivo in persona, che forse domani riceverà l’ordine di farmi lasciare i territori della repubblica; e posso dire che ne ha paura. So bene che, quando il mio libro arriverà a Berna, susciterà la stessa indignazione che a Ginevra contro l’autore di quel reclamo; ma intanto verrò cacciato. Nessuno vorrà contraddirsi in questo, e, anche se lo volessero fare, non mi conviene tornare. Così, gradualmente, in ogni luogo mi verranno rifiutati aria e acqua. Ecco l’effetto di queste procedure così “regolari”, delle quali volete che ammiri l’“equità”.
Potete ben capire, signora, che tutte queste circostanze non possono fare altro che rendere ancora più preziose le offerte della signora ***; e, se ho l’onore di essere conosciuto da voi, potrete facilmente farle comprendere fino a che punto ne sono commosso. Ma, signora, dove si trova questo castello? Dovrò ancora intraprendere viaggi, io che ormai non riesco nemmeno a camminare? No; nello stato in cui mi trovo, non mi resta altro che lasciarmi cacciare da un confine all’altro, fino a quando non potrò più andare avanti. Allora l’ultimo di loro farà di me ciò che vorrà. Per quanto riguarda l’Inghilterra, capite bene che ormai per me è come un altro mondo: non la rivedrò mai più in vita mia.
Je devrais maintenant vous parler de vos propres offres, madame, de ma reconnaissance, du chevalier de Lorenzy, de miss Becquet, et de mille autres choses qui, dans vos bontés pour moi, m’importent à vous dire. Mais voilà du monde ; le papier me manque, et la poste partira bientôt. 11 faut finir pour aujourd’hui.
Observation
Cette lettre constate l’irrégularité de la procédure du gouvernement de Genève, ou plutôt son injustice, car il n’y eut point de procédure. L’avocat-général du parlement de Paris avait lu l’Émile avant d’en provoquer la condamnation. Le gouvernement de Genève se contenta de lire le réquisitoire de l’avocat-général. Toutes les formes furent au moins observées par le parlement ; Genève les omit toutes.
Lettre CCCXXVI – À M. Moultou
Yverdon, le 6 juillet 1762.
Je vois bien, cher concitoyen, que tant que je serai malheureux vous ne pourrez vous taire, et cela vraisemblablement m’assure vos soins et votre correspondance pour le reste de mes jours. Plaise à Dieu que toute votre conduite dans cette affaire ne vous fasse pas autant de tort qu’elle vous fera d’honneur ! Il ne fallait pas moins, avec votre estime, que celle de quelques vrais pères de la patrie pour tempérer le sentiment de ma misère dans un concours de calamités que je n’ai jamais dû prévoir : la noble fermeté de M. Jalabert ne me surprend point. J’ose croire que son sentiment était le plus honorable au Conseil, ainsi que le plus équitable ; et pour cela même je lui suis encore plus obligé du courage avec lequel il l’a soutenu. C’est bien des philosophes qui lui ressemblent qu’on peut dire que, s’ils gouvernaient les états, les peuples seraient heureux.
Je suis aussi fâché que touché de la démarche des citoyens dont vous me parlez. Ils ont cru, dans cette affaire, avoir leurs propres droits à défendre, sans voir qu’ils me faisaient beaucoup de mal. Toutefois, si cette démarche s’est faite avec la décence et le respect convenables, je la trouve plus nuisible que répréhensible. Ce qu’il y a de très sûr, c’est que je ne l’ai ni sue ni approuvée, non plus que la requête de ma famille, quoiqu’à dire le vrai, le refus qu’elle a produit soit surprenant et peut-être inouï.
Plus je pèse toutes les considérations, plus je me confirme dans la résolution de garder le plus parfait silence. Car enfin que pourrais-je dire sans renouveler le crime de Cham ? Je me tairai, cher Moultou, mais mon livre parlera pour moi ; chacun y doit voir avec évidence que l’on m’a jugé sans m’avoir lu.
Donzel est venu chargé du livre de Deluc ; mais il ne m’a point dit être envoyé par lui. Ils prennent bien leur temps pour me faire des visites ! Les sermons par écrit n’importunent qu’autant qu’on veut ; mais que M. Deluc ne m’en vienne pas faire en personne : il s’en retournerait peu content.
non seulement j’attendrai le mois de septembre avant d’aller à Genève, mais je ne trouve pas même ce voyage fort nécessaire depuis que le Conseil lui-même désavoue le décret, et je ne suis guère en état d’aller faire pareille corvée. Il faut être fou, dans ma situation, pour courir à de nouveaux désagréments quand le devoir ne l’exige pas. J’aimerai toujours ma patrie, mais je n’en peux plus revoir le séjour avec plaisir.
On a écrit ici à M. le bailli que le sénat de Berne, prévenu par le réquisitoire imprimé dans la Gazette, doit dans peu m’envoyer un ordre de sortir des terres de la république. J’ai peine à croire qu’une pareille délibération soit mise à exécution dans un si sage Conseil. Sitôt que je saurai mon sort j’aurai soin de vous en instruire : jusque-là gardez-moi le secret sur ce point.
Ce réquisitoire ou plutôt ce libelle me poursuit d’état en état pour me faire interdire partout le feu et l’eau. On vient encore de l’imprimer dans le Mercure de Neuchâtel. Est-il possible qu’il ne se trouve pas dans tout le public un seul ami de la justice et de la vérité qui daigne prendre la plume et montrer les calomnies de ce sot libelle, lesquelles ne pourraient que par leur bêtise sauver l’auteur du châtiment qu’il recevrait d’un tribunal équitable, quand il ne serait qu’un particulier ? Que doit-ce être d’un homme qui ose employer le sacré caractère de la magistrature à faire le métier qu’il devrait punir ? Je vous embrasse de tout mon coeur.
Je dois vous dire que Donzel m’a questionné si curieusement sur mes correspondances, que je l’ai jugé plus espion qu’ami.
Lettre CCCXXVIII – À Milord Maréchal
[746]
Vitam impendere vero.
Juillet 1762.
Milord,
Un pauvre auteur proscrit de France, de sa patrie, du canton de Berne, pour avoir dit ce qu’il pensait être utile et bon, vient chercher un asile dans les états du roi. Milord, ne me l’accordez pas si je suis coupable, car je ne demande point de grâce et ne crois point en avoir besoin ; mais si je ne suis qu’opprimé, il est digne de vous et de sa majesté de ne pas me refuser le feu et l’eau qu’on veut m’ôter par toute la terre. J’ai cru vous devoir déclarer ma retraite et mon nom trop connu par mes malheurs : ordonnez de mon sort, je suis soumis à vos ordres ; mais si vous m’ordonnez aussi de partir dans l’état où je suis, obéir m’est impossible, et je ne saurais plus où fuir.
Daignez, Milord, agréer les assurances de mon profond respect.
[747]
Lettre CCCXXX – À M. Moultou
Môtiers-Travers, le 15 juillet 1762.
Votre dernière lettre m’afflige fort, cher Moultou. J’ai tort dans les termes, je le sens bien ; mais ceux d’un ami doivent-ils être si durement interprétés, et ne deviez-vous pas vous dire à vous-même : S’il dit mal, il ne pense pas ainsi ?
Quand j’ai demandé s’il ne se trouverait pas un ami de la justice et de la vérité pour prendre ma défense contre le réquisitoire, j’imaginais si peu que ce discours eût quelque trait à vous, que quand vous m’avez proposé de vous charger de ce soin, j’en ai été effrayé pour vous, comme vous l’aurez pu voir dans ma précédente. Il ne m’est pas même venu dans l’esprit qu’une pareille entreprise vous fût praticable en cette occasion, et d’autant moins que mes défenseurs, si jamais j’en ai, ne doivent point être anonymes. Mais sachant que vous voyez et connaissez des gens de lettres, j’ai pensé que vous pourriez exciter ou encourager en quelqu’un d’eux l’idée de faire ce que, sans imprudence, vous ne pouvez faire vous-même ; et que, si le projet était bien exécuté, il vous remercierait quelque jour peut-être de le lui avoir suggéré. Cependant, comme personne ne connaît mieux que vous votre situation et vos risques, que d’ailleurs cette entreprise est belle et honnête, et (|ne je ne connais personne au monde qui puisse mieux que vous s’en tirer et s’en faire honneur, si vous avez le courage de la tenter après l’avoir bien examinée, je ne m’y oppose ; pas, persuadé que, selon l’état des choses, que je ne connais point et que vous pouvez connaître, elle peut vous être plus glorieuse que périlleuse. C’est à vous de bien peser tout avant que de vous résoudre. Mais comme c’est votre avis que vous devez dire, et non pas le mien, je persiste dans la résolution de ne pas me mêler de votre ouvrage, et de ne le voir qu’avec le public.
Ce que M. de Voltaire a dit à madame d’Anville sur la délibération du Sénat de Berne à mon sujet n’est rien moins que vrai, et il le savait mieux que personne. Le 9 de ce mois, M. le bailli d’Yverdon, homme d’un mérite rare, et que j’ai vu s’attendrir sur mon sort jusqu’aux larmes, m’avoua qu’il élevait recevoir le lendemain et me signifier le même jour l’ordre de sortir dans quinze jours des terres de la république. Mais il est vrai que cet avis n’a pas passé sans contradiction ni sans murmure, et qu’il y a eu peu d’approbateurs dans le Deux-Cents, et aucun dans le pays. Je partis le même jour 9, et le lendemain j’arrivai ici, où, malgré l’accueil qu’on m’y fait, j’aurais tort de me croire plus en sûreté qu’ailleurs. Milord Maréchal attend à mon sujet des ordres du roi, et en attendant, m’a écrit la réponse la plus obligeante.
I should now speak to you about your own kind acts, madam, about my gratitude, about Sir de Lorenzy, about Miss Becquet, and a thousand other things that, in all your kindness towards me, are important enough for me to mention. But there are people waiting; I don’t have any paper left, and the post will leave soon. I must finish for today.
Observation
This letter highlights the irregularity, or rather the injustice, of the procedure employed by the Government of Geneva—for in fact, no proper procedure was followed at all. The Attorney General of the Paris Parliament had read the text in question before seeking its condemnation. The Government of Geneva merely read the indictment submitted by the Attorney General. While the Parliament observed at least some formalities, Geneva neglected them entirely.
Letter CCCXXVI – To Mr. Moultou
Yverdon, July 6, 1762.
I see quite well, dear fellow citizen, that as long as I remain unhappy, you will not be able to keep silent—and this, presumably, ensures your care and correspondence for the rest of my days. May God forbid that all your actions in this matter bring you as much harm as honor! It would have taken nothing less than your respect, along with that of some true fathers of the nation, to mitigate the sense of my misery amidst a series of calamities that I could never have anticipated. The noble resolve of Mr. Jalabert does not surprise me at all; I dare say that his stance was both the most honorable and the most just in the Council. And for this very reason, I am even more grateful for the courage with which he upheld it. It is indeed such philosophers as him who, if they governed nations, would bring happiness to their peoples.
I am both angered and moved by the actions of those citizens you speak of. They believed that they had their own rights to defend in this matter, without realizing that they were causing me great harm. However, if such actions were carried out with proper decency and respect, I would consider them more harmful than reprehensible. One thing is certain: I was neither aware of them nor did I approve of them, nor did I support my family’s request—though, to be honest, the rejection they received is indeed surprising and perhaps even unprecedented.
The more I weigh all these considerations, the more firmly I am resolved to maintain perfect silence. For what in the world could I say that would not constitute a repetition of Cham’s crime? I will remain silent, dear Moultou, but my book will speak for me; everyone will see therein clearly that I was judged without even having my works read.
Donzel came to deliver Deluc’s book; but he did not tell me that he had been sent by him. They really take their time in coming to see me! Written sermons are troublesome only to the extent one allows them to be; but let Mr. Deluc not come to see me in person—he would return quite dissatisfied.
Not only will I wait until September before going to Geneva, but I also don’t see the need for such a trip at all, since even the Council itself has disowned that decree. Moreover, I am in no state to undertake such an unpleasant obligation. In my situation, it would be utterly foolish to seek out further troubles when there is no duty requiring it. I will always love my country, but I can no longer look forward to staying there with pleasure.
It has been written here to Mr. the Baili that the Senate of Berne, having been informed by the official notice published in the Gazette, must soon send me an order to leave the territories of the republic. I can hardly believe that such a decision would be carried out in a council so wise. As soon as I learn my fate, I will make sure to inform you; until then, please keep this matter confidential for me.
This demand, or rather this libelous tract, pursues me relentlessly, seeking to have me banned from every place where fire and water are available. It has just been printed in the “Mercure de Neuchâtel” as well. Is it possible that there isn’t a single person among the public who is a friend of justice and truth and who would take the trouble to write and expose the slanderous contents of this foolish pamphlet? Such nonsense could only serve to save its author from the punishment he deserves at the hands of a fair tribunal—especially since he is merely an ordinary individual. How terrible must it be for a man to dare to use the sacred authority of the judiciary to engage in a profession that should be punishable by law! I embrace you with all my heart.
I must tell you that Donzel asked me some rather curious questions about my correspondence; I found him more of a spy than a friend.
Letter CCCXXVIII – To My Lord Marshal
[746]
Life truly demands haste.
July 1762.
My lord,
A poor exiled author, banished from France, his homeland, and the canton of Bern for expressing what he believed to be useful and good, comes seeking asylum in the realms of your Majesty. My lord, do not grant it to me if I am guilty, for I ask for no mercy nor believe I need it; but if I am merely oppressed, it is only right that you and your majesty should not refuse me the necessities of life that are being taken away from me everywhere. I felt it my duty to declare my whereabouts and my name, which has become too well-known due to my misfortunes; decree what you wish to be done with me, for I am at your command. But if you also order me to leave in my current state, obedience would be impossible for me—I would have nowhere left to flee.
Please accept, my Lord, the expressions of my deepest respect.
[747]
Letter CCCXXX – To Mr. Moultou
Môtiers-Travers, July 15, 1762.
Your last letter fills me with great sorrow, dear Moultou. I know I was wrong in my choice of words; but should the words of a friend really be interpreted so harshly? Didn’t you think to yourself: “If he expressed himself poorly, it must mean he didn’t truly mean that?”
When I asked whether there might not be some friend of justice and truth who would defend me against such a charge, I had no idea at all that this matter could in any way concern you. Therefore, when you offered to take on this task for me, I was genuinely frightened for you, as you must have seen from my previous letter. It never occurred to me that such an undertaking would be feasible for you under these circumstances, let alone the fact that my defenders, if I ever have any, must not be anonymous. But since you know and are acquainted with men of letters, I thought you might be able to inspire or encourage one of them to undertake what, without recklessness, you yourself could not do; and that, if the plan were successfully executed, they might one day thank you for suggesting it to them. However, since no one understands your situation and the risks involved better than you do, and since this undertaking is noble and honorable, and (|since I know of no one in the world who could handle it better or bring it more honorably to completion than you, if you have the courage to attempt it after careful consideration, I have no objection. On the contrary, I am convinced that, given the current circumstances—which I do not know but you may—this endeavor could prove more glorious than dangerous for you. It is up to you to weigh all these factors carefully before making your decision. But since it is your opinion, and not mine, that matters most, I remain determined not to interfere in your plans and will only learn of their outcome along with the public.
What Monsieur de Voltaire said to Madame d’Anville regarding the Senate of Berne’s deliberations concerning me is nothing but the truth, and he knew it better than anyone else. On the 9th of this month, Mr. the Baili of Yverdon—a man of rare merit, who had even wept over my fate—confessed to me that he had received orders the next day and would inform me on the same day that I was to leave the territory of the republic within fifteen days. However, it is true that this decision was met with opposition and murmurs; there were few supporters in the Two-Cents, and none at all in the rest of the country. I left on the 9th itself and arrived here the next day. Despite the welcome I receive here, it would be wrong for me to think that I am safer than elsewhere. Lord Marshal is awaiting orders from the King regarding my case, and in the meantime, he sent me the most gracious reply possible.
Ora dovrei parlarvi delle vostre offerte, signora, della mia riconoscenza, del cavaliere de Lorenzy, di miss Becquet, e di mille altre cose che, nelle vostre gentilezze verso di me, sono molto importanti da raccontarvi. Ma c’è troppa gente intorno; mi manca la carta, e la posta partirà presto. Bisogna concludere per oggi.
Osservazione.
Questa lettera evidenzia l’irregolarità della procedura adottata dal governo di Ginevra, o meglio la sua ingiustizia, poiché in realtà non vi fu alcuna vera e propria procedura. L’avvocato generale del parlamento di Parigi aveva letto l’opera “Émile” prima di farla condannare; il governo di Ginevra si limitò invece a leggere soltanto la richiesta presentata dall’avvocato generale. Il parlamento di Parigi rispettò almeno tutte le formalità previste; Ginevra, invece, ne trascurò completamente l’applicazione.
Lettera CCCXXVI – A Monsieur Moultou
Yverdon, 6 luglio 1762.
Vedo bene, caro concittadino, che finché sarò infelice non potrete rimanere in silenzio, e questo probabilmente mi assicura le vostre attenzioni e la vostra corrispondenza per il resto dei miei giorni. Possa Dio voler che tutto il vostro comportamento in questa questione non vi causi più danni di quelli che vi porterà onore! Non sarebbe stato possibile, data la vostra stima e quella di alcuni veri padri della patria, mitigare il senso della mia miseria in mezzo a una serie di calamità che non avrei mai dovuto prevedere. La nobile fermezza di Monsieur Jalabert non mi sorprende affatto; oso credere che il suo punto di vista fosse il più onorevole e il più equo nel Consiglio, e proprio per questo gli sono ancora più grato per il coraggio con cui lo ha sostenuto. Sono proprio dei filosofi come lui quelli di cui si potrebbe dire che, se governassero gli stati, i popoli sarebbero felici.
Sono sia arrabbiato che commosso dall’atteggiamento dei cittadini di cui mi parlate. Hanno creduto, in questa faccenda, di avere diritti da difendere, senza rendersi conto che così facendo mi causavano molto dolore. Tuttavia, se questo atteggiamento è stato espresso con la dovuta decenza e rispetto, lo ritengo più dannoso che riprovevole. Una cosa è certa: non ne ero a conoscenza né l’ho approvato, così come non ho approvato nemmeno la richiesta della mia famiglia. Anche se, a dire il vero, il rifiuto da loro ricevuto è sorprendente e forse addirittura inaudito.
Più rifletto su tutte queste considerazioni, più mi convinco della necessità di mantenere il silenzio più assoluto. Infatti, che cosa potrei dire senza ripetere il crimine di Cham? Me ne starò zitto, caro Moultou, ma il mio libro parlerà per me; ognuno potrà vedere chiaramente che sono stato giudicato senza nemmeno aver letto ciò che ho scritto.
Donzel è venuto portando il libro di Deluc; ma non mi ha detto di essere stato inviato da lui. Impiegano davvero molto tempo per venire a trovarmi. I sermoni scritti infastidiscono solo se lo si desidera; ma che Monsieur Deluc non venga personalmente a farmene: se lo facesse, probabilmente se ne andrebbe molto insoddisfatto.
Non solo aspetterò il mese di settembre prima di andare a Ginevra, ma non ritengo nemmeno che questo viaggio sia particolarmente necessario, visto che lo stesso Consiglio ha respinto quel decreto; inoltre, non sono affatto nelle condizioni mentali ad affrontare ulteriori disagi quando il dovere non lo richiede. Amo ancora la mia patria, ma non riesco più a considerarne la permanenza qualcosa di piacevole.
Si è scritto qui a Sua Signoria il balivo che il senato di Berna, avvisato dal provvedimento pubblicato nella Gazzetta, dovrà presto inviarmi un ordine di lasciare i territori della repubblica. Faccio fatica a credere che una tale decisione possa essere attuata in un Consiglio così saggio. Non appena saprò quale sarà la mia sorte, mi assicurerò di informarvi; intanto, mantenete il segreto su questo punto.
Questo reclamo, o meglio questo libello, mi perseguita ovunque, impedendomi di disporre né del fuoco né dell’acqua. È appena stato stampato sul “Mercure de Neuchâtel”. È possibile che non esista nel pubblico nemmeno un solo amico della giustizia e della verità che si degni di prendere la penna per smascherare le calunnie contenute in questo stupido libello? Tali calunnie, con la loro stessa stupidità, potrebbero forse salvare l’autore dal castigo che riceverebbe da un tribunale equo, quando invece non è altro che un privato cittadino. Che cosa si può pensare di un uomo che osa utilizzare il sacro ruolo della magistratura per compiere un’azione che dovrebbe essere punita? Vi abbraccio con tutto il mio cuore.
Devo dirvi che Donzel mi ha fatto domande molto curiose riguardo alle mie corrispondenze; per questo l’ho considerato più un spia che un amico.
Lettera CCCXXVIII – A Sua Signoria il Maresciallo
[746]
La vita deve essere vissuta con sincerità e verità.
Luglio 1762.
Mio signore,
Un povero autore esiliato dalla Francia, dalla sua patria, dal cantone di Berna, per aver detto ciò che riteneva utile e giusto, viene a cercare rifugio negli stati del re. Milord, non concedetemelo se sono colpevole, poiché non chiedo pietà né credo di averne bisogno; ma se sono soltanto oppresso, è degno di voi e della vostra maestà non rifiutarmi ciò che mi si vuole togliere ovunque io vada. Ho ritenuto dovervi comunicare la mia situazione e il mio nome, troppo noto a causa delle mie sfortune: decidete del mio destino, sono soggetto ai vostri ordini; ma se mi comandaste di partire nello stato in cui mi trovo, sarebbe impossibile obbedire, e non saprei più dove fuggire.
Permettetemi, Signore, di esprimere la mia più profonda stima e rispetto.
[747]
Lettera CCCXXX – A Monsieur Moultou
Môtiers-Travers, 15 luglio 1762.
La vostra ultima lettera mi addolora molto, caro Moultou. So di aver usato termini inappropriati; ma i parole di un amico dovrebbero forse essere interpretate in modo così severo? Non avreste dovuto pensare: “Se ha espresso male, non è certo ciò che pensava”?
Quando ho chiesto se non esistesse qualche amico della giustizia e della verità disposto a difendermi contro quella richiesta, non avrei mai immaginato che quel discorso potesse riguardarvi in qualche modo; perciò, quando mi avete proposto di assumervi questa responsabilità, ne sono stato spaventato per voi, come avrete potuto vedere nella mia precedente lettera. Non mi era nemmeno passato per la mente che un’impresa del genere fosse possibile in questa circostanza, soprattutto perché i miei difensori, se mai ne avrò, non dovrebbero essere anonimi. Tuttavia, sapendo che conoscete persone di lettere, ho pensato che poteste incoraggiare qualcuno di loro ad assumersi questo compito, dato che voi stesso, senza imprudenza, non potreste farlo personalmente; e che, se l’impresa fosse portata a termine con successo, forse un giorno quel qualcuno vi sarebbe grato per avergliene suggerito l’idea. Tuttavia, poiché nessuno conosce meglio di voi la vostra situazione e i rischi che comporta, e dato che si tratta di un’impresa nobile e onesta, (Non conosco nessuno al mondo che possa affrontarla e portarla a termine con maggiore successo di voi, se avete il coraggio di provarci dopo averla attentamente valutata, ) non mi oppongo; anzi, sono convinto che, considerate le circostanze attuali, possa rivelarsi più gloriosa che pericolosa. Spetta a voi valutare tutto attentamente prima di prendere una decisione. Ma poiché è il vostro parere che conta, e non il mio, persisto nella mia decisione di non interferire con il vostro progetto, e di seguirne gli sviluppi solo insieme al pubblico.
Quello che il signor de Voltaire disse alla signora d’Anville riguardo alle deliberazioni del Senato di Berna a mio riguardo è assolutamente vero, e lui lo sapeva meglio di chiunque altro. Il 9 di questo mese, il signor balivo di Yverdon, un uomo di raro merito che avevo visto commuoversi fino alle lacrime per la mia sorte, mi confessò di aver ricevuto l’ordine di farmi uscire entro quindici giorni dai territori della repubblica e di dovermi comunicarlo lo stesso giorno. Tuttavia, è vero che questa decisione non passò senza opposizioni e mormorii: ci furono pochi sostenitori nel Consiglio dei Duecento, e nessuno nel resto del paese. Partii il 9 stesso giorno e il giorno seguente arrivai qui; malgrado l’accoglienza che mi è stata riservata, sarebbe sbagliato ritenere di essere più al sicuro di altrove. Il marchese attende ordini dal re riguardo a me, e nel frattempo mi ha inviato una risposta estremamente cortese.
Comment pouvez-vous penser que ce soit par rapport à moi que je veux suspendre notre correspondance ? Jugez-vous que j’aie trop de consolations pour vouloir encore m’ôter les vôtres ? Si vous ne craignez rien pour vous, écrivez, je ne demande pas mieux ; et surtout n’allez pas sans cesse interprétant si mal les sentiments de votre ami. Donnez mon adresse à M. Usteri. Je ne me cache point ; on m’écrit même, et l’on peut m’écrire ici directement sans enveloppe ; je souhaite seulement que tous les désoeuvrés ne se mettent pas à écrire comme ci-devant : aussi-bien ne répondrai-je qu’à mes amis, et je ne puis être exact même avec eux. Adieu ; aimez-moi comme je vous aime, et de grâce ne m’affligez plus.
Remerciez pour moi M. Usteri, je vous prie. Je ne rejette point ses offres ; nous en pourrons reparler.
Lettre CCCXXXII – À M…
[749]
Môtiers, juillet 1762.
J’ai rempli ma mission, monsieur, j’ai dit tout ce que j’avais à dire ; je regarde ma carrière comme finie ; il ne me reste plus qu’à souffrir et mourir ; le lieu où cela doit se faire est assez indifférent. Il importait peut-être que parmi tant d’auteurs menteurs et lâches, il en existât un d’une autre espèce qui osât dire aux hommes les vérités utiles qui feraient leur bonheur s’ils savaient les écouter. Mais il n’importait pas que cet homme ne fût point persécuté ; au contraire, on m’accuserait peut-être d’avoir calomnié mon siècle si mon histoire même n’en disait plus que mes écrits ; et je suis presque obligé à mes contemporains de la peine qu’ils prennent à justifier mon mépris pour eux. On en lira mes écrits avec plus de confiance. On verra même, et j’en suis fâché, que j’ai souvent trop bien pensé des hommes. Quand je sortis de France je voulus honorer de ma retraite l’état de l’Europe pour lequel j’avais le plus d’estime, et j’eus la simplicité de croire être remercié de ce choix. Je me suis trompé ; n’en parlons plus. Vous vous imaginez bien que je ne suis pas, après cette épreuve, tenté de me croire ici plus solidement établi. Je veux rendre encore cet honneur à votre pays de penser que la sûreté que je n’y ai pas trouvée ne se trouvera pour moi nulle part. Ainsi, si vous voulez que nous nous voyions ici, venez tandis qu’on m’y laisse ; je serai charmé de vous embrasser.
Quant à vous, monsieur, et à votre estimable société, je suis toujours à votre égard dans les mêmes dispositions où je vous écrivis de Montmorency[750]. Je prendrai toujours un véritable intérêt au succès de votre entreprise ; et si je n’avais formé l’inébranlable résolution de ne plus écrire, à moins que la furie de mes persécuteurs ne me force à reprendre enfin la plume pour ma défense, je me ferais un honneur et un plaisir d’y contribuer ; mais, monsieur, les maux et l’adversité ont achevé de m’ôter le peu de vigueur d’esprit qui m’était resté ; je ne suis plus qu’un “être végétatif, une machine ambulante ; il ne me reste qu’un peu de chaleur dans le coeur pour aimer mes amis et ceux qui méritent de l’être : j’eusse été bien réjoui d’avoir à ce titre le plaisir de vous embrasser.
Lettre CCCXXXIII – À Madame la maréchale de Luxembourg
Môtiers-Travers, 21 juillet 1762.
Je me hâte de vous apprendre, madame la maréchale, que mademoiselle Le Vasseur est arrivée ici hier en assez bonne santé, et le coeur plein de nouveaux sentiments qu’elle m’aurait communiqués si les miens pour vous étaient susceptibles d’augmentation, et si vos bontés et celles de M. le maréchal n’avaient pas dès longtemps atteint la mesure où les augmentations n’ajoutent plus rien. Elle m’a apporté un reçu de M. de Rougemont d’une somme trop considérable pour être fort bien en règle, puisqu’entre autres articles, M. de La Roche rembourse en entier les six cents francs que je lui remis au voyage de Pâques, sans faire aucune déduction des déboursés qu’il a faits pour mes habits d’Arménien ; erreur sur laquelle j’attends éclaircissement et redressement.
Vous avez su, madame la maréchale, que, pour prévenir l’ordre qui venait de m’être signifié de sortir du canton de Berne sous quinzaine, je suis venu, avant l’intimation de cet ordre, me réfugier dans les états du roi de Prusse, où milord maréchal d’Ecosse, gouverneur du pays, m’a accordé, avec toutes sortes d’honnêtetés, la permission de demeurer jusqu’à la réception des ordres du roi, auquel il a donné avis de mon arrivée. En attendant, voici le second ménage dont je commence rétablissement : si l’on me chasse de celui-ci je ne sais plus où aller, et je dois m’attendre qu’on me refusera le feu et l’eau par toute la terre. L’équitable et judicieux réquisitoire de M. Joly de Fleuri a produit tous ces effets : il a donné une telle horreur pour mon livre, qu’on ne peut se résoudre à le lire, et qu’on n’a rien de plus pressé à faire que de proscrire l’auteur comme le dernier des scélérats. Quand enfin quelque téméraire ose faire cette abominable lecture et en parler, tout surpris de ce qu’on trouve et de ce qu’on a fait, on s’en repent, comme il est arrivé à Genève, et comme il arrive actuellement à Berne ; on maudit le réquisitoire et son fat auteur ; mais l’infortuné n’en demeure pas moins proscrit : et vous savez que la maxime la plus fondamentale de tout gouvernement est de ne jamais revenir des sottises qu’il a faites. Du reste, c’est le polichinelle Voltaire et le compère Tronchin, qui, tout doucement, et derrière la toile, ont mis en jeu toutes les autres marionnettes de Genève et de Berne : celles de Paris sont menées aussi, mais plus adroitement encore, par un autre arlequin que vous connaissez bien. Reste à savoir s’il y a aussi des marionnettes à Berlin. Je vous demande pardon de mes folies ; mais, dans l’état où je suis, il faut s’égayer ou s’égorger.
J’ai envoyé ci-devant à M. le maréchal copie d’une lettre d’un membre de notre conseil des Deux-cents au sujet de mon Contrat social. Cette lettre avant fait beaucoup de bruit, l’auteur a pris noblement le parti de la reconnaître par-devant nos quatre syndics : aussitôt l’affaire est devenue criminelle, et l’on est maintenant occupé et embarrassé peut-être à former un tribunal pour la juger. Trop intéressé dans tout cela, je suis suspect en jugeant mes juges ; mais j’avoue que les Genevois me paraissent devenus fous. Quoi qu’il en soit, qu’on fasse tout ce qu’on voudra, je ne dirai rien, je n’écrirai point, je resterai tranquille : tout ceci me paraît trop violent pour pouvoir durer.
Excusez, madame la maréchale, mes longues jérémiades. Avec qui épancherais-je mon coeur, si ce n’était avec vous ? Je n’ai pas peur qu’elles vous ennuient, mais qu’elles ne vous chagrinent : encore un coup ceci ne saurait durer. Après les peines vient le repos ; cette alternative n’a jamais manqué dans ma vie : et il me reste un espoir très solide, c’est que mon sort ne peut plus changer qu’en mieux, à moins que vous ne vinssiez à m’oublier ; malheur que j’ai d’autant moins à craindre que je ne l’endurerais pas longtemps. Après vos bontés et celles de M. le maréchal, rien n’a tant pénétré mon âme que celles que M. le prince de Conti a daigné étendre jusqu’à mademoiselle Le Vasseur. Pour madame la comtesse de Boufflers, il faut l’adorer. Eh ! pourquoi me plaindre de mes malheurs ? ils m’étaient nécessaires pour sentir tout le prix des biens qui m’étaient laissés.
On peut m’écrire en droiture à Môtiers-Travers, sous mon nom, ou, si l’on aime mieux, sous le couvert de M. le major Girardier ; mais il faut que les lettres soient affranchies jusqu’à Pontarlier. Il ne m’est encore arrivé aucune malle.
[751]Quand M. de La Tour a voulu faire graver mon portrait, je m’y suis opposé ; j’y consens maintenant si vous le jugez à propos, pourvu qu’au lieu d’y mettre mon nom l’on n’y mette que ma devise : ce sera désormais assez me nommer.
Le nom de ma demeure doit être écrit ainsi :
Môtiers-Travers, par Pontarlier.
Lettre CCCXXXV – À M. Marcet
[753]
Vitam impendere vero.
Votre lettre, monsieur, sur l’affaire de M. Pictet est judicieuse ; elle va très bien au fait. Permettez-moi d’y ajouter quelques idées pour achever de déterminer l’état de la question.
- La doctrine de la Profession de foi du vicaire savoyard est-elle si évidemment contraire à la religion établie à Genève, que cela n’ait pas même pu faire une question, et que le Conseil, quand il s’agissait de l’honneur et du sort d’un citoyen, ait dû sur cet article ne pas même consulter les théologiens ?
How can you think that I want to suspend our correspondence because of me? Do you believe I have too many comforts already to still desire yours? If you have no concerns for yourself, then write; I would not ask for anything more. And above all, do not constantly misinterpret the feelings of your friend. Give my address to Mr. Usteri. I am not hiding; people even write to me, and one can write to me here directly without an envelope. I only wish that those who have nothing better to do would not start writing to me in such a manner again. Otherwise, I will only respond to my friends, and even with them, I cannot be prompt. Adieu; love me as I love you, and please do not distress me any further.
Please thank Mr. Usteri on my behalf. I do not reject his offers; we can discuss them further.
Letter CCCXXXII – To M.
[749]
Motiers, July 1762.
I have fulfilled my mission, sir; I have said everything that had to be said. I regard my career as over; all that remains for me is to suffer and die. The place where it happens is of little importance. Perhaps it was necessary, among so many deceitful and cowardly writers, for one of another kind to exist—one who would dare to tell men the useful truths that would make them happy if they would only listen. But it was not necessary for such a man to be persecuted; on the contrary, people might even accuse me of slandering my own century if my story did not say more about it than my writings do. And I am almost forced to thank my contemporaries for the trouble they take to justify their own contempt for me. People will read my writings with greater confidence. They will even see—and I regret it—that I have often thought too highly of human beings. When I left France, I wanted to dedicate my retirement to that state of Europe which I held in the highest esteem; and I naively believed that I would be thanked for such a choice. I was mistaken; let us not talk about it anymore. You can imagine that, after this experience, I am in no way inclined to think that I have established myself more firmly here. Once again, I wish to honor your country by believing that the lack of security I found there could not be found anywhere else for me. Therefore, if you wish to meet me here, come while I am still allowed to stay; I would be delighted to embrace you.
As for you, sir, and your esteemed company, I remain in exactly the same disposition towards you as when I wrote to you from Montmorency[750]. I will always take genuine interest in the success of your endeavors; and were it not for my unwavering resolve to cease writing unless the fury of my persecutors forces me once again to pick up my pen in defense of myself, I would consider it both an honor and a pleasure to do so. However, sir, misfortunes and adversity have completely drained the little strength of will that was left in me; I am now nothing more than a “vegetative being, a walking machine.” All that remains is a faint warmth in my heart to love my friends—and those who deserve to be loved. I would have been greatly delighted to have the pleasure of embracing you in this capacity.
Letter CCCXXXIII – To Madame la Maréchale de Luxembourg
Môtiers-Travers, July 21, 1762.
I am eager to inform you, Madame la Maréchale, that Mademoiselle Le Vasseur arrived here yesterday in fairly good health, her heart filled with new sentiments which she would have shared with me had my feelings for you been capable of growing any further, and had your kindnesses and those of Monsieur le Maréchal not already reached such a level that no additional improvements could make any difference. She brought me a receipt from Monsieur de Rougemont for an amount far too substantial to be perfectly legitimate, especially since, among other items, Monsieur de La Roche has fully refunded the six hundred francs I gave him during his journey to Easter, without making any deductions for the expenses he incurred on my Armenian attire; an error which I await clarification and correction of.
Madam Marshal, you are aware that, in order to avoid the order issued to me to leave the canton of Bern within fifteen days, I came to seek refuge in the territories of the King of Prussia before such an order was given. There, Lord Marshall of Scotland, the governor of the region, granted me permission to stay there until further orders from the king were received, having been informed of my arrival. In the meantime, here is the second household where I am attempting to establish myself; if I am driven away from there, I will have nowhere else to go, and I can expect that people will refuse me even basic necessities throughout the land. The fair and judicious request made by Mr. Joly de Fleuri has had these effects: it has caused such revulsion toward my book that no one dares to read it, and everyone is eager to condemn its author as the worst of scoundrels. When someone dares to read it and talk about its contents, they are usually shocked by what they find and regret their actions—just as it happened in Geneva and is currently happening in Bern. People curse both the request and its foolish author; yet the unfortunate individual remains condemned. And you know that one of the most fundamental principles of any government is never to admit its own mistakes. As for the rest, it seems that Voltaire and Tronchin, those cunning manipulators, have quietly orchestrated all these events from behind the scenes, using various other “marionettes” in Geneva and Bern—while those in Paris are also being controlled, albeit more skillfully, by another character you well know. As for whether there are similar “marionettes” in Berlin. I beg your pardon for my follies; but in my current situation, one must either find amusement or seek death.
I had previously sent to Monsieur the Marshal a copy of a letter from a member of our Two-Hundreds Council regarding my Social Contract. This letter caused quite a stir; its author nobly chose to acknowledge it in front of our four syndics. Immediately, the matter turned criminal, and now people are busy—and perhaps embarrassed—to form a tribunal to judge it. Being too closely involved in all this, I am suspected when judging my own judges; but I must admit that the Genevans seem to have gone mad. In any case, no matter what is done, I will say nothing, write nothing, and remain quiet. All of this seems too violent to be able to last.
Excuse me, Madame the Marshal, for my long lamentations. To whom else could I confide my heart but to you? I fear they may not bore you, but perhaps they might distress you; yet once again, such sorrow cannot last forever. After suffering comes rest; this alternation has never been absent from my life. And I still hold a very firm hope: my fate can only improve from now on, unless you should decide to forget me. Alas, the less I have reason to fear this, the sooner I would endure it. After your kindnesses and those of Monsieur the Marshal, nothing has touched my soul as deeply as the generosity shown by Monsieur the Prince de Conti toward Mademoiselle Le Vasseur. As for Madame the Countess of Boufflers, she deserves to be adored. Why then should I complain about my misfortunes? They were necessary for me to appreciate fully all the blessings that have been left to me.
One may write to me directly at Môtiers-Travers, under my name, or, if preferred, under the pseudonym of Mr. Major Girardier; however, the letters must be postmarked before being sent to Pontarlier. I have not yet received any parcels.
[751] When Mr. de La Tour wanted to have my portrait engraved, I opposed it; now I consent if you deem it appropriate, provided that instead of my name, only my motto be included: That will be sufficient to identify me.
The name of my residence must be written as follows:
Môtiers-Travers, via Pontarlier.
Letter CCCXXXV – To Mr. Marcet
[753]
Life truly demands haste.
Your letter, sir, regarding the matter of Mr. Pictet is judicious; it closely addresses the issue at hand. Allow me to add some additional thoughts in order to further clarify the situation.
- Is the doctrine contained in the Savoyard Vicar’s Profession of Faith so clearly contrary to the religion established in Geneva that it never even came up for discussion, and that the Council, when dealing with the honor and fate of a citizen, felt no need to consult theologians on this matter?
Come potete pensare che io voglia interrompere la nostra corrispondenza a causa vostra? Ritenete forse che abbia già troppi conforti per desiderare ancora di privarmi dei vostri? Se non temete nulla per voi, scrivetemi pure; non chiedo nient’altro. E soprattutto, non interpretate mai in modo così errato i sentimenti del vostro amico. Dite a Monsieur Usteri dove mi trovo. Non mi nascondo affatto; anzi, ricevo lettere, e posso anche riceverle direttamente qui, senza bisogno di busta. Vorrei soltanto che tutti coloro che non hanno nulla da fare non iniziassero a scrivere come facevano prima. Risponderò soltanto ai miei amici, e nemmeno con loro posso essere sempre puntuale. Addio; amatemi come io vi amo, e per favore, non mi addolorate più.
Per favore, ringraziate per me il signor Usteri. Non rifiuto le sue offerte; ne potremo parlare di nuovo in futuro.
Lettera CCCXXXII – A M.
[749]
Môtiers, luglio 1762.
Ho adempiuto alla mia missione, signore; ho detto tutto ciò che dovevo dire; considero la mia carriera conclusa; non mi resta altro che soffrire e morire. Il luogo in cui ciò dovrà avvenire è del tutto indifferente. Forse era importante che, tra tanti autori bugiardi e codardi, esistesse qualcuno di un’altra sorta, che osasse dire agli uomini le verità utili che li renderebbero felici se solo le ascoltassero. Ma non era affatto necessario che quest’uomo venisse perseguitato; anzi, forse mi si accuserebbe di aver diffamato il mio secolo, se anche la mia storia stessa non ne parlasse più dei miei scritti. E sono quasi costretto a far soffrire i miei contemporanei per il modo in cui cercano di giustificare il loro disprezzo per me. Si leggeranno i miei scritti con maggiore fiducia. Si vedrà persino, e ne sono rammaricato, che spesso ho pensato troppo bene degli uomini. Quando lasciai la Francia, volevo onorare con il mio ritiro lo stato d’Europa per il quale provavo la massima stima. E avevo la semplicità di credere di essere ringraziato per questa scelta. Mi sono sbagliato. Lasciamo perdere. Immaginate bene che, dopo questa esperienza, non abbia alcuna voglia di pensare di essermi qui stabilito in modo più sicuro. Voglio ancora rendere questo onore al vostro paese: penso che la sicurezza che non vi ho trovato lì non si possa trovare da nessun’altra parte. Quindi, se volete che ci incontriamo qui, venite finché mi è permesso di restare. Sarò felice di abbracciarvi.
Per quanto riguarda voi, signore, e la vostra stimata compagnia, rimango sempre nei medesimi sentimenti di quando vi scrissi da Montmorency[750]. Continuerò a interessarmi sinceramente al successo dei vostri progetti; e se non avessi preso la ferma decisione di smettere di scrivere, a meno che la furia dei miei persecutori non mi costringesse finalmente a riprendere la penna per difendermi, mi farei un onore e un piacere nel contribuire in questo modo. Tuttavia, signore, i mali e le avversità hanno completamente distrutto l’unico barlume di energia mentale che mi era rimasto; non sono più che un “essere vegetativo, una macchina in movimento”; mi è rimasta soltanto un po’ di calore nel cuore per amare i miei amici e coloro che meritano di essere amati. Sarei stato molto felice di potervi abbracciare in questo senso.
Lettera CCCXXXIII – Alla Marchesa di Lussemburgo
Môtiers-Travers, 21 luglio 1762.
Mi affretto a comunicarvi, madama la marescialla, che mademoiselle Le Vasseur è arrivata qui ieri in buona salute, e con il cuore pieno di nuovi sentimenti che mi avrebbe espresso se i miei per voi fossero stati suscettibili di aumentare, e se le vostre bontà e quelle del signor maresciallo non avessero già da tempo raggiunto quel livello oltre il quale qualsiasi ulteriore incremento non potrebbe aggiungere nulla. Mi ha portato una ricevuta del signor de Rougemont relativa a una somma troppo considerevole per essere considerata del tutto regolare; in particolare, il signor de La Roche rimborsa integralmente i seicento franchi che gli avevo dato per il viaggio di Pasqua, senza detrarre alcuna spesa sostenuta per i miei abiti da Armeno. Un errore su cui attendo chiarimenti e correzioni.
Signora marescialla, avete saputo che, per evitare di dover lasciare entro quindici giorni il cantone di Berna secondo gli ordini ricevuti, sono venuto a rifugiarmi nei territori del re di Prussia, dove il marchese d’Ecosse, governatore della regione, mi ha concesso, con ogni sorta di cortesia, il permesso di rimanere fino all’arrivo degli ordini reali, dei quali gli aveva già comunicato il mio arrivo. Nel frattempo, ecco la seconda dimora nella quale sto cercando di stabilirmi: se dovessi essere cacciato anche da questa, non saprei più dove andare e temo che mi venisse negata l’accesso a cibo e acqua ovunque io fossi. La richiesta equa e giusta del signor Joly de Fleuri ha avuto questi effetti: ha suscitato tale orrore per il mio libro che nessuno osa più leggerlo, e tutti si affrettano a proscrivere l’autore come il peggiore dei mascalzoni. Quando poi qualcuno osa leggere quel libro e ne parla, rimane sbalordito da ciò che vi trova e da ciò che è stato fatto; allora si pente, come è accaduto a Ginevra e sta accadendo attualmente a Berna: si maledice la richiesta stessa e il suo autore infelice. Ma l’infortunato rimane comunque proscritto. E voi sapete bene che la regola fondamentale di ogni governo è quella di non tornare mai sui propri errori. Del resto, sono stati proprio Voltaire e Tronchin a manovrare, in modo subdolo e dietro le quinte, tutte le altre “marionette” di Ginevra e Berna; quelle di Parigi vengono guidate, ancora più abilmente, da un altro personaggio che voi ben conoscete. Resta da sapere se esistano anche delle “marionette” a Berlino. Vi chiedo scusa per le mie follie. Ma, in uno stato come il mio, bisogna o divertirsi, o uccidersi.
Ho inviato in precedenza al signor maresciallo delle copie di una lettera scritta da un membro del nostro consiglio dei Duecento riguardo al mio Contratto sociale. Questa lettera ha suscitato molto clamore; l’autore, con nobiltà d’animo, ha deciso di riconoscerne il contenuto davanti ai nostri quattro sindaci. Subito dopo, la questione è diventata di natura criminale, e ora si sta cercando di formare un tribunale per giudicarla. Essendo troppo coinvolto in tutta questa faccenda, mi ritrovo sospettato nel giudicare i miei stessi giudici; ma devo ammettere che i genovesi sembrano essere impazziti. Comunque sia, si possa fare ciò che si vuole, io non dirò nulla, non scriverò nulla e rimarrò tranquillo: tutto questo mi sembra troppo violento per poter durare a lungo.
Scusate, signora marchesa, per queste lunghe lamentele. Con chi potrei confidare i miei pensieri, se non con voi? Non temo che vi annoino, ma forse vi addolorano. Comunque, tutto questo non potrà durare a lungo. Dopo le sofferenze arriva il riposo; questa alternanza non è mai mancata nella mia vita. E ho ancora una speranza molto fondata: il mio destino non può cambiare che in meglio. A meno che voi non decidiate di dimenticarmi. Che sfortuna. Ma, per fortuna, non dovrei temerlo a lungo. Dopo le vostre gentilezze e quelle del marchese, nulla ha penetrato così profondamente nel mio animo quanto le attenzioni che il principe di Conti si è degnato di riservare a mademoiselle Le Vasseur. Per quanto riguarda la contessa di Boufflers, bisogna adorarla. Ebbene, perché dovrei lamentarmi delle mie sfortune? Sono state necessarie affinché potessi apprezzare davvero tutto ciò che mi è stato lasciato.
Si può scrivere direttamente a me a Môtiers-Travers, usando il mio nome, oppure, se si preferisce, sotto la copertura del signor maggiore Girardier; tuttavia, le lettere devono essere affrancate fino a Pontarlier. Non mi è ancora arrivata alcuna valigia.
[751] Quando il signor de La Tour volle far incidere il mio ritratto, mi opposi; ora acconsento se voi lo ritenete opportuno, a condizione che al posto del mio nome vi venga scritta soltanto la mia massima: questo sarà sufficiente per nominarmi.
Il nome della mia dimora deve essere scritto in questo modo:
Môtiers-Travers, attraverso Pontarlier.
Lettera CCCXXXV – A Monsieur Marcet
[753]
La vita deve essere vissuta con sincerità e verità.
La sua lettera, signore, riguardo alla questione del signor Pictet è molto acuta e si addice perfettamente al tema in discussione. Permettetemi di aggiungere alcune riflessioni ulteriori al fine di chiarire completamente la situazione.
- La dottrina contenuta nella Professione di fede del vescovo savoiardo è davvero così palesemente contraria alla religione stabilita a Ginevra da non aver nemmeno potuto costituire oggetto di discussione? E il Consiglio, quando si trattava dell’onore e del destino di un cittadino, non ha forse dovuto nemmeno consultare i teologi su questo argomento?
-
Supposé que cette doctrine y soit contraire, est-il bien sûr que J. J. Rousseau en soit l’auteur ? L’est-il même qu’il soit l’auteur du livre qui porte son nom ? ne peut-on pas faussement imprimer le nom d’un homme à la tête d’un livre qui n’est pas de lui ? Ne convenait-il pas de commencer par avoir ou des preuves ou la déclaration de l’accusé, avant de procéder contre sa personne ? On dirait qu’on s’est hâté de le décréter sans l’entendre, de peur de le trouver innocent.
-
Le cas du parlement de Paris est tout-à-fait différent, et n’autorise point la procédure du Conseil de Genève. Le parlement ayant prétendu, je ne sais, sur quel fondement, que le livre était imprimé dans le royaume sans approbation ni permission, avait ou croyait avoir à ce titre inspection sur le livre et sur l’auteur. Cependant tout le monde convient qu’il a commis une irrégularité choquante en décrétant d’abord de prise de corps celui qu’il devait premièrement assigner pour être ouï. Si cette procédure était légitime, la liberté de tout honnête homme serait toujours à la merci du premier imprimeur. On dira que la voix publique est unanime, et que celui à qui l’on attribue le livre ne le désavoue pas. Mais, encore une fois, avant que de flétrir l’honneur d’un homme irréprochable, avant que d’attenter à la liberté d’un citoyen, il faudrait quelque preuve positive : or la voix publique n’en est pas une ; et nul n’est tenu de répondre lorsqu’il n’est pas interrogé. Si donc la procédure du parlement de Paris est irrégulière en ce point, comme il est incontestable, que dirons-nous de celle du Conseil de Genève, qui n’a pas le moindre prétexte pour la fonder ? Quelquefois on se hâte de décréter légèrement un accusé qu’on peut saisir, de peur qu’il ne s’échappe ; mais pourquoi le décréter absent, à moins que le délit ne soit de la dernière évidence ? Ce procédé violent est sans prétexte ainsi que sans raison. Quand le public Juge avec étourderie, il est d’autant moins permis aux tribunaux de l’imiter que le public se rétracte comme il juge ; au lieu que la première maxime de tous les gouvernements du monde est d’entasser plutôt sottise sur sottise que de convenir jamais qu’ils en ont fait une, encore moins de la réparer.
-
Maintenant supposons le livre bien reconnu pour être de l’auteur dont il porte le nom : il s’agit ensuite de savoir si la Profession de foi en est aussi. Autre preuve positive et juridique indispensable en cette occasion : Car enfin, l’auteur du livre ne s’y donne point pour celui de la Profession de foi ; il déclare que c’est un écrit qu’il transcrit dans son livre ; et cet écrit, dans le préambule, paraît lui être adressé par un de ses concitoyens. Voilà tout ce qu’on peut inférer de l’ouvrage même ; aller plus loin, c’est deviner ; et si l’on se mêle une fois de deviner dans les tribunaux, que deviendront les particuliers qui n’auront pas le bonheur de plaire aux magistrats ? Si donc celui qui est nommé à la tête du livre où se trouve la Profession de foi doit être puni pour l’avoir publiée, c’est comme éditeur et non comme auteur ; on n’a nul droit de regarder la doctrine qu’elle contient comme étant la sienne, surtout après la déclaration qu’il fait lui-même qu’il ne donne point cette profession de foi pour règle des sentiments qu’on doit suivre en matière de religion, et il dit pourquoi il la donne. Mais on imprime tous les jours dans Genève des livres catholiques, même de controverse, sans que le Conseil cherche querelle aux éditeurs. Par quelle injuste partialité punit-on l’éditeur genevois d’un ouvrage prétendu hétérodoxe, imprimé en pays étranger, sans rien dire aux éditeurs genevois d’ouvrages incontestablement hétérodoxes, imprimés dans Genève même ?
-
À l’égard du Contrat social, l’auteur de cet écrit prétend qu’une religion est toujours nécessaire à la bonne constitution d’un état. Ce sentiment peut bien déplaire au poète Voltaire, au jongleur Tronchin, et à leurs satellites ; mais ce n’est pas parla qu’ils oseront attaquer le livre en public. L’auteur examine ensuite quelle est la religion civile sans laquelle nul état ne peut être bien constitué. H semble, il est vrai, ne pas croire que le christianisme, du moins celui d’aujourd’hui, soit cette religion civile indispensable à toute bonne législation ; et en effet beaucoup de gens ont regardé jusqu’ici les républiques de Sparte et de Rome comme bien constituées, quoiqu’elles ne crussent pas en Jésus-Christ. Supposons toutefois qu’en cela l’auteur se soit trompé : il aura fait une erreur en politique ; car il n’est pas ici question d’autre chose. Je ne vois point où sera l’hérésie, encore moins le crime à punir.
-
Quant aux principes de gouvernement établis dans cet ouvrage, ils se réduisent à ces deux principaux : le premier, que légitimement la souveraineté appartient toujours au peuple ; le second, que le gouvernement aristocratique est le meilleur de tous. Peut-être importerait-il beaucoup au peuple de Genève, et même à ses magistrats, de savoir précisément en quoi quelqu’un d’eux trouve ce livre blâmable et son auteur criminel. Si j’étais procureur-général de la république de Genève, et qu’un bourgeois, quel qu’il fût, osât condamner les principes établis dans cet ouvrage, je l’obligerais à s’expliquer avec clarté, ou je le poursuivrais criminellement comme traître à la patrie et criminel de lèse-majesté.
On s’obstine cependant à dire qu’il y a un décret secret du Conseil contre J. J. Rousseau, et même que sa famille ayant par requête demandé communication de ce décret, elle lui a été refusée. Cette manière ténébreuse de procéder est effrayante ; elle est inouïe dans tous les tribunaux du monde, excepté celui des inquisiteurs d’état à Venise. Si jamais elle s’établissait à Genève, il vaudrait mieux être né Turc que Genevois.
Au reste, je ne puis croire qu’on érige contre M. Pictet le tribunal dont vous parlez. En tout cas, ce sera fournir à un homme ferme, qui a du sens, de la santé, des lumières, l’occasion de jouer un très beau rôle, et de donner à ses concitoyens de grandes leçons.
Celui qui vous écrit ces remarques vous aime et vous salue de tout son coeur.
Lettre CCCXXXVI – À Madame la comtesse de Boufflers
À Môtiers-Travers, le 27 juillet 1762.
J’ai enfin le plaisir, madame, d’avoir ici mademoiselle Le Vasseur, et j’apprends d’elle à combien de nouveaux titres je dois être pénétré de reconnaissance pour les bienfaits que M. le prince de Conti a versés sur cette pauvre fille, pour les soins bien plus précieux dont il a daigné l’honorer, et surtout., madame, pour tout ce que vous avez fait pour elle et pour moi dans ces moments si tristes et si peu prévus. Pourquoi faut-il que la détresse et l’oppression qui resserrent mon coeur le ferment encore à l’effusion des sentiments dont il est pénétré ? Tout est encore en-dedans, madame ; mais tout y est, et vous m’avez fait encore plus de bien que vous ne pensez.
La réponse du roi n’est point encore venue sur l’asile que j’ai cherché dans ses états, et j’ignore quels seront ses ordres à mon égard. Après ce qui vient de m’arriver à Berne, je ne dois me croire en sûreté nulle part ; et j’avoue que, sans la nécessité qui m’y force, ce n’est pas ici que je le serais venu chercher, quelque plaisir que me fasse mademoiselle Le Vasseur. Surcroît d’embarras s’il faut fuir encore ; et moi qui ne sais plus ni où ni comment, il ne me reste qu’à m’abandonner à la Providence et à me jeter tête baissée dans mon destin. L’argent ne me manquera pas par le soin que l’on a pris de ma bourse et par ce qu’on a mis dans la sienne. Mais l’indigence pourrait augmenter mes infortunes, sans que l’argent les puisse adoucir, et je n’ai jamais été si misérable que quand j’ai été !e plus riche. J’ai toujours ouï-dire que l’or était bon à tout, sans l’avoir jamais trouvé bon à rien.
-
Assuming that this doctrine is contrary to it, is it really certain that J.-J. Rousseau is its author? Is he even the author of the book that bears his name? Cannot someone falsely print another person’s name on a book that does not belong to them? Would it not have been more appropriate to first obtain either evidence or the accused’s own confession before proceeding against him? It seems as if people were in such a hurry to condemn him that they did so without even hearing his side of the story, for fear that he might be found innocent.
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The case of the Paris Parliament is entirely different and does not allow for the procedure employed by the Geneva Council. The Parliament claimed, on some unspecified basis, that the book had been printed in the kingdom without approval or permission, and thus believed it had the authority to inspect both the book and its author. However, everyone agrees that it committed a shocking irregularity by first ordering the arrest of the person whom it should have first summoned for questioning. If such a procedure were legitimate, the freedom of any honest man would be at the mercy of the first printer who chose to use it. It may be argued that public opinion is unanimous and that the person to whom the book is attributed does not deny its ownership. But once again, before condemning the honor of an irreproachable individual or threatening the freedoms of a citizen, some positive evidence is required—yet public opinion is not such evidence; moreover, no one is obliged to respond unless questioned. Therefore, if the procedure of the Paris Parliament is irregular in this regard, what can we say about that of the Geneva Council, which has not the slightest pretext to justify it? Sometimes people hastily declare an accused person liable for arrest, out of fear that he may escape; but why declare him absent, unless the crime is absolutely undeniable? Such violent measures are both unjustified and unreasonable. When the public judges recklessly, it is all the more unacceptable for courts to follow suit—especially since the public itself often retracts its earlier judgments. After all, the fundamental principle of any government in the world should be to accumulate mistakes rather than admit they exist, let alone attempt to correct them.
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Now, let us assume that a book is clearly recognized as being the work of the author whose name it bears; the question then arises whether the “Profession de foi” contained within it is also by that same author. Another positive and legally indispensable piece of evidence in this regard is that, after all, the author of the book does not present himself as the author of the “Profession de foi”; he declares that it is a text he is merely transcribing into his book, and that this text, in its preface, appears to have been addressed to him by one of his fellow citizens. This is all that can be inferred from the work itself; to go further would amount to speculation. And if one were to engage in such speculation in the courts, what would become of those individuals who did not happen to please the judges? Therefore, if the person named as the author of the book containing the “Profession de foi” is to be punished for publishing it, it should be on the grounds of being an editor, not an author. One has no right to consider the doctrines contained within it as one’s own, especially in light of the author’s own statement that he is not presenting this profession of faith as a rule to be followed in matters of religion, and he explains why he has included it. Yet every day, Catholic books, even those containing controversial content, are printed in Geneva without the Council seeking to hold the publishers accountable. By what unjust prejudice is the Genevan publisher punished for an allegedly heretical work printed in a foreign country, while nothing is said about the Genevan publishers of works that are undoubtedly heretical and printed right here in Geneva?
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With regard to the social contract, the author of this text claims that a religion is always necessary for the proper establishment of a state. This view may well displeasure poets like Voltaire and jugglers like Tronchin, as well as their followers; yet they would never dare to attack this idea in public. The author then examines what constitutes a civil religion without which no state can be properly organized. It seems, indeed, that the author does not believe that Christianity—in its current form—is such an indispensable civil religion for any well-functioning society; indeed, many people have considered the republics of Sparta and Rome to be well-governed, even though they did not worship Jesus Christ. Nevertheless, suppose the author is mistaken in this regard: he would have committed a political error—because that is all there is at issue here. I see no place for heresy, let alone any crime worthy of punishment.
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As for the principles of government established in this work, they reduce to these two main ones: the first is that sovereignty legitimately always belongs to the people; the second is that aristocratic government is the best of all forms. It would perhaps be of great importance for the people of Geneva, and even for its magistrates, to know precisely in what regard someone considers this work condemnable and its author criminal. If I were the prosecutor-general of the Republic of Geneva, and some citizen, no matter who he were, dared to condemn the principles laid down in this work, I would force him to explain himself clearly, or I would prosecute him criminally as a traitor to the fatherland and an offender against majesty.
Nevertheless, people insist on claiming that there exists a secret decree of the Council against J. J. Rousseau; moreover, they claim that when his family requested to see this decree, they were denied access to it. Such a dark and sinister method of proceeding is frightening—and utterly unprecedented in any court in the world, except perhaps those of the state inquisitors in Venice. If such practices ever became commonplace in Geneva, it would be far better to have been born a Turk than a Genevan.
Besides, I cannot believe that anyone would actually set up the tribunal you mention against Mr. Pictet. In any case, it would provide an opportunity for a firm-minded man, who possesses judgment, good health, and enlightenment, to play a very important role and to offer his fellow citizens valuable lessons.
He who writes these words to you loves you and greets you with all his heart.
Letter CCCXXXVI – To Madame la Comtesse de Boufflers
At Môtiers-Travers, on July 27, 1762.
Madam, I am finally pleased to have Miss Le Vasseur here with us, and from her I learn how deeply I owe my gratitude for the kindnesses that Monsieur le Prince de Conti has shown toward this poor girl, for the even more precious care he has taken to honor her, and especially, madam, for everything you have done for her and for me in these so sad and unexpected moments. Why must it be that sorrow and oppression, which weigh heavily on my heart, prevent me from expressing all the feelings that fill it? Everything is still inside me, madam; but it is there, and you have done far more for me than you perhaps realize.
The king’s reply has not yet arrived regarding the asylum I sought in his realms, and I do not know what orders he will issue concerning me. After what has just happened to me in Bern, I feel that I am nowhere safe; and I must admit that, were it not for the necessity that forces me to act otherwise, I would not have come here, despite how pleasant mademoiselle Le Vasseur might be to me. The added difficulty of having to flee again. And now, since I no longer know where or how to go, all that remains for me is to surrender myself to fate and face my destiny head-on. As for money, I will not lack it, thanks to the care taken with my purse and what has been placed in hers. Yet poverty could only worsen my misfortunes, and money would be of no help in alleviating them. I have never been so miserable as when I was supposedly richer. I have always heard that gold is useful for everything—but I have never found it to be of any use at all.
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Supponendo che questa dottrina sia contraria a ciò che si ritiene corretto, è davvero certo che J.-J. Rousseau ne sia l’autore? E lo è davvero anche dell’opera che porta il suo nome? Non è possibile stampare falsamente il nome di una persona sulla copertina di un libro che non gli appartiene? Non sarebbe stato più opportuno prima cercare prove o dichiarazioni dall’accusato, prima di procedere contro di lui? Sembra che si sia affrettati a condannarlo senza ascoltarlo, per paura che risultasse innocente.
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Il caso del parlamento di Parigi è completamente diverso e non autorizza affatto la procedura adottata dal Consiglio di Ginevra. Poiché il parlamento aveva affermato, su quale fondamento non si sa, che il libro era stato stampato nel regno senza alcuna approvazione o autorizzazione, riteneva di avere il diritto di controllare sia il libro che l’autore. Tuttavia, tutti concordano sul fatto che abbia commesso un’irregolarità gravissima decidendo prima di tutto di arrestare la persona che avrebbe dovuto essere convocata per essere ascoltata. Se questa procedura fosse legittima, la libertà di qualsiasi uomo onesto sarebbe costantemente a disposizione del primo editore che decidesse di agire in tal modo. Si potrebbe obiettare che l’opinione pubblica sia unanime e che colui a cui viene attribuito il libro non lo neghi. Ma, ancora una volta, prima di diffamare l’onore di un uomo irreprensibile o di minacciare la libertà di un cittadino, sarebbe necessaria qualche prova concreta; invece, l’opinione pubblica non costituisce una prova valida, e nessuno è obbligato a rispondere se non viene interrogato. Pertanto, se la procedura del parlamento di Parigi è irregolare in questo senso – il che è indiscutibile – cosa si può dire della procedura adottata dal Consiglio di Ginevra, che non ha alcun pretesto per giustificarla? A volte ci si affretta a emettere un decreto contro un accusato temendo che possa fuggire. Ma perché dichiararlo “assente”, se il reato non è evidente al di là di ogni dubbio? Questa procedura violenta è priva sia di fondamento che di ragione. Quando il pubblico giudica in modo avventato, è ancora meno lecito che i tribunali la imitino. Poiché il pubblico, spesso, ritratta le proprie affermazioni dopo averle fatte; mentre il primo principio di ogni governo dovrebbe essere quello di accumulare errori anziché ammettere di averne commessi, e tantomeno cercare di correggerli.
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Ora supponiamo che il libro sia riconosciuto senza alcun dubbio come opera dell’autore che ne porta il nome: resta da verificare se lo stesso valga anche per la “Professione di fede” contenuta al suo interno. Un’altra prova positiva e indispensabile in questa circostanza è il fatto che l’autore del libro non si autodefinisce come autore della “Professione di fede”; egli afferma semplicemente di aver trascritto quel testo nel proprio libro, e questo stesso testo, nel suo preambolo, sembra essere stato inviato a lui da uno dei suoi concittadini. Questo è tutto ciò che si può dedurre dall’opera stessa; andare oltre significhere fare congetture. E se una volta ci si mettesse a indovinare nei tribunali, cosa ne sarebbe di coloro che non avessero la fortuna di piacere ai magistrati? Quindi, se colui che è indicato come autore del libro contenente la “Professione di fede” dovesse essere punito per averla pubblicata, ciò significherebbe punirlo in qualità di editore e non di autore; non si ha alcun diritto di considerare la dottrina contenuta in quell’opera come propria, soprattutto dopo che l’autore stesso dichiara chiaramente di non intendere farne una regola per i propri convincimenti religiosi, e spiega anche il motivo per cui l’ha pubblicata. Eppure, ogni giorno a Ginevra vengono stampati libri cattolici, persino di natura controversa, senza che il Consiglio si preoccupi di rimproverare gli editori. Con quale ingiusta parzialità si punisce quindi un editore genovese per un’opera presumibilmente eretica stampata all’estero, mentre non si dice nulla degli editori genovesi che pubblicano opere chiaramente eretiche proprio a Ginevra?
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Per quanto riguarda il Contratto sociale, l’autore di questo scritto afferma che una religione sia sempre necessaria per la corretta costituzione di uno stato. Questo punto di vista potrebbe non piacere al poeta Voltaire, al giocoliere Tronchin e ai loro seguaci; tuttavia, questo non li impedirà di attaccare pubblicamente il libro. L’autore analizza in seguito quale sia la religione civile senza la quale nessuno stato può essere ben costituito. Sembra, è vero, che l’autore non creda che il cristianesimo, almeno quello di oggi, sia questa religione civile indispensabile per qualsiasi buona legislazione; infatti, molte persone hanno sempre considerato le repubbliche di Sparta e di Roma come ben costituite, nonostante esse non credessero in Gesù Cristo. Tuttavia, supponiamo che l’autore si sia sbagliato in questo punto: avrà commesso un errore politico; perché qui non si tratta di altro. Non vedo dove possa esserci eresia, né crimini da punire.
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Per quanto riguarda i principi di governo enunciati in quest’opera, essi si riducono a due fondamentali: il primo, secondo cui la sovranità appartiene legittimamente sempre al popolo; il secondo, secondo cui il governo aristocratico è il migliore di tutti. Forse sarebbe molto utile per il popolo di Ginevra, e persino per i suoi magistrati, conoscere esattamente in cosa qualcuno di loro ritenga questo libro deprecabile e il suo autore colpevole di reati gravi. Se fossi procuratore generale della repubblica di Ginevra, e se un cittadino, qualunque fosse, osasse condannare i principi enunciati in quest’opera, lo costringerei a spiegarsi chiaramente, oppure lo perseguirei penalmente come traditore della patria e colpevole di lesa maestà.
Si insiste tuttavia nel dire che esista un decreto segreto del Consiglio contro J.-J. Rousseau, e che persino quando la sua famiglia ne ha chiesto la divulgazione, le è stata rifiutata. Questo modo oscuro e tenebroso di procedere è spaventoso; è inaudito in tutti i tribunali del mondo, tranne che in quello degli inquisitori di Stato a Venezia. Se mai dovesse diffondersi a Ginevra, sarebbe meglio essere nati turchi piuttosto che ginevrini.
Del resto, non posso credere che si possa istituire contro il signor Pictet il tribunale di cui parlate. In ogni caso, ciò offrirebbe a un uomo deciso, dotato di buon senso, di salute e di illuminazione, l’opportunità di svolgere un ruolo molto importante e di impartire grandi lezioni ai suoi concittadini.
Colui che vi scrive queste osservazioni vi ama e vi saluta con tutto il suo cuore.
Lettera CCCXXXVI – Alla contessa di Boufflers
A Môtiers-Travers, il 27 luglio 1762.
Signora, ho finalmente il piacere di aver qui la signorina Le Vasseur e apprendo da lei in quanti modi diversi debba essere profondamente riconoscente per i benefici che il principe di Conti ha riversato su questa povera ragazza, per le cure ancora più preziose di cui si è degnato di onorarla, e soprattutto, per tutto ciò che avete fatto voi stessa per lei e per me in questi momenti così tristi e imprevisti. Perché mai la miseria e l’oppressione che stringono il mio cuore dovrebbero impedirmi di esprimere i sentimenti che vi sono profondamente legati? Tutto è ancora dentro di me, signora, ma tutto c’è; e voi mi avete fatto più bene di quanto possiate immaginare.
La risposta del re non è ancora arrivata riguardo all’asilo che ho cercato nei suoi territori, e ignoro quali saranno i suoi ordini nei miei confronti. Dopo quanto mi è appena accaduto a Berna, non credo di essere al sicuro da nessuna parte; devo ammettere che, se non fosse per la necessità che mi costringe a farlo, non sarei venuto qui nemmeno per tutto il piacere che mi procura mademoiselle Le Vasseur. Se dovessi fuggire di nuovo, e io che ormai non so né dove né come farlo, non mi resta altro che affidarmi alla Provvidenza e accettare con rassegnazione il mio destino. L’oro, grazie alle precauzioni prese riguardo al mio portafoglio e a ciò che è stato messo nel suo, non mi mancherà. Tuttavia, la povertà potrebbe aggravare le mie sfortune, anche se l’oro non sarebbe in grado di alleviarle. E non sono mai stato così miserabile come ora, nonostante fossi più ricco in passato. Ho sempre sentito dire che l’oro fosse utile per tutto, ma non l’ho mai trovato davvero utile a nulla.
Vous ne sauriez concevoir à quel point le réquisitoire de ce Fleuri a effarouché tous nos ministres ; et ceux-ci sont les plus remuants de tous. Ils ne me voient qu’avec horreur : ils prennent beaucoup sur eux pour me souffrir dans les temples. Spinosa, Diderot, Voltaire, Helvétius, sont des saints auprès de moi. Il y a presque un raccommodement avec le parti philosophique pour me poursuivre de concert : les dévots ouvertement ; les philosophes en secret, par leurs intrigues, toujours en gémissant tout haut sur mou sort. Le poète Voltaire et le jongleur Tronchin ont admirablement joué leur rôle à Genève et à Berne. Nous verrons si je prévois juste, mais j’ai peine à croire qu’on me laisse tranquille où je suis. Cependant jusqu’ici Milord Maréchal paraît m’y voir d’un bon oeil. J’ai reçu hier, sous la date et le timbre de Metz, d’un prétendu baron de Corval, une lettre à mourir de rire, laquelle sent son Voltaire à pleine gorge. Je ne puis résister, madame, à l’envie de vous transcrire quelques articles de la lettre de M. le baron ; j’espère qu’elle vous amusera.
« Je voudrais pouvoir vous adresser, sans frais, deux de mes ouvrages. Le premier est un plan d’éducation tel que je l’ai conçu. Il n’approche pas de l’excellence du vôtre, mais jusqu’à vous, j’étais le seul qui pût se flatter d’approcher le but de plus près. Le second est votre Héloïse, dont j’ai fait une comédie en trois actes, en prose, le, mois de décembre dernier. Je l’ai communiquée à gens d’esprit, surtout aux premiers acteurs de notre théâtre messin. Tous l’ont trouvée digne de celui de Paris : elle est de sentiment, dans le goût de celles de feu M. de La Chaussée. Je l’ai adressée à M. Dubois, premier commis en chef des bureaux de l’artillerie et du génie, il y a trois mois, sans que j’en reçoive de réponse, je ne sais pourquoi. Si j’eusse connu l’excellence de votre coeur comme à présent, et que j’eusse su votre adresse à Paris, je vous l’aurais adressée pour la corriger et la faire recevoir aux Français, à mon profit.
« J’ai une proposition à vous faire. Je vous demande le même service que vous avez reçu du vicaire Savoyard ; c’est-à-dire de me recevoir chez vous, sans pension, pour deux ans ; me loger, nourri, éclairer, et chauffer. Vous êtes le seul qui puissiez me conduire de toute façon à la ‘(félicité, et m’apprendre à mourir. Mon excès d’humanité, inséparable de la pitié, m’a engagé à cautionner un militaire pour 3,200 livres. En établissant mes enfants, je ne me suis réservé qu’une pension de i, 500 livres : la voilà plus qu’absorbée pour deux ans ; c’est ce qui me force à partager votre pain pendant cet intervalle. Vous n’aurez pas sujet de vous plaindre de moi : je suis très sobre ; je n’aime que les légumes, et fort peu la viande ; je renchéris sur la soupe, à laquelle je suis habitué deux fois par jour ; je mange de tout, mais jamais de ragoûts faits dans le cuivre, ni de ces ragoûts raffinés qui empoisonnent.
Je vous préviens que la suite d’une chute m’a rendu sourd ; cependant j’entends très bien de l’oreille gauche, sans qu’on hausse la voix, pourvu qu’on me parle doucement et de près à cette oreille. De loin j’entends avec la plus grande facilité par des signes très faciles que je vous apprendrai, ainsi qu’à vos amis. Je ne suis point curieux ; je ne questionne jamais ; j’attends qu’on ait la bonté de me faire part de la conversation. »
Toute la lettre est sur le même ton. Vous me direz qu’il n’y a là qu’une folie plaisanterie. J’en conviens ; mais je vois qu’en plaisantant, cet honnête homme s’occupe de moi continuellement, et, madame, cela ne vaut rien. Je suis convaincu qu’on ne me laissera vivre en paix sur la terre que quand il m’aura oublié.
Depuis quinze jours je me mets souvent en devoir d’écrire au chevalier (de Lorenzy), et toujours quelque soin pressant m’en empêche ; et même à présent que je voulais vous parler de vous, madame, de madame la maréchale, voilà qu’on vient m’arracher à moi-même et aux bienfaisantes divinités que mon coeur adore, pour aller, en vrai manichéen, servir celles qui peuvent me nuire, sans pouvoir me faire aucun bien.
Observation
Nous croyons que Rousseau se trompe en attribuant la lettre du prétendu baron de Corval à Voltaire, qui faisait mieux que cela. Les allusions n’ont rien de piquant : l’une est relative à la lettre sur le danger de se servir à la cuisine d’ustensiles en cuivre (juillet 1753), et l’autre, au passage de l’Émile qui précède la Profession de foi.
Lettre CCCXXXVIII – Au même
Môtiers, ce 10 août 1762.
J’ai reçu hier au soir votre lettre du 7 : ainsi, à quelques petits retards près, notre correspondance est en règle ; et si l’on n’ouvre pas nos lettres à Genève, on ne les ouvre sûrement pas en Suisse. De sorte qu’à moins d’affaires plus importantes à traiter, et malgré les voies intermédiaires qu’on pourra vous proposer, je suis d’avis que nous continuions à nous écrire directement l’un à l’autre.
Si notre ami lisait dans mon coeur, il ne serait pas en peine de mon silence. Dites-lui que, s’il peut me tenir parole sans se compromettre et sans qu’on sache où il va, j’aimerais bien mieux l’embrasser que lui écrire. Son projet de me réfuter est excellent, et peut même m’être très utile et très honorable. Il est bon qu’on voie qu’il me combat et qu’il m’aime ; il est bon qu’on sache que mes amis ne me sont point attachés par esprit de parti, mais par un sincère amour pour la vérité, lequel nous unit tous.
L’arrêt est si volumineux que j’ai mieux aimé vous transcrire les notes. Attachez-vous surtout à la huitième. Quelle doctrine abominable que celle de ce réquisitoire, qui détruit tout principe commun de-société entre les fidèles et les autres hommes ! Conséquemment à cette doctrine il faut nécessairement poursuivre et massacrer comme des loups tous ceux qui ne sont pas jansénistes : car si la loi naturelle est criminelle, il faut brûler ceux qui la suivent et rouer ceux qui ne la suivent pas. Ce que vous a mandé M. C… ne doit point vous retenir ; car, outre que je n’ai pas grand foi à ses almanachs, vous devez toujours parler du parlement avec le plus grand respect, et même avec considération de l’avocat-général. Le tort de ce magistrat est très grand, sans doute, d’avoir adopté ce réquisitoire sans avoir lu le livre ; mais il serait bien plus grand encore s’il en était lui-même l’auteur. Ainsi séparez toujours le tribunal et l’homme du libelle, et tombez sur cet horrible écrit comme il le mérite. C’est un vrai service à rendre au genre humain d’attirer sur cet écrit toute l’exécration qui lui est due ; nul ménagement pour votre ami ne doit l’emporter sur cette considération.
Je souhaiterais que l’écrit de notre ami fût imprimé en France, et même le vôtre ; car il est bon qu’ils y paraissent, et s’ils sont imprimés dehors on ne les y laissera pas entrer. Je pense encore qu’il ne trouvera nulle part ailleurs un certain profit de son ouvrage, et il faut un peu faire ce qu’il ne fera pas, c’est-à-dire songer à ses intérêts. Si vous jugez à propos de me confier ce soin, je tâcherai de le remplir. Cependant je crois que l’homme dont je vous ai parlé ci-devant pourrait également se charger de cette affaire. Mais, comme je n’ai point de ses nouvelles, je ne me soucie pas de lui écrire le premier. À l’égard de la Suisse et de Genève, j’ai cessé de prendre intérêt à ce qu’on y pensait de moi. Ces gens-là sont si cafards, ou si faux, ou si bêtes, qu’il faut renoncer à les éclairer.
Plus je médite sur votre entreprise, plus je la trouve grande et belle. Jamais plus noble sujet ne put être plus dignement traité. Votre état même vous permet et vous prescrit de mettre dans vos discours une certaine élévation qui ne siérait pas à tout autre. Quelle touchante voix que celle du chrétien relevant les fautes de son ami, et quel spectacle aussi de le voir couvrir l’opprimé de l’égide de l’Évangile ! Ministre du Très-Haut, faites tomber à vos pieds tous ces misérables : sinon jetez la plume, et courez vous cacher ; vous ne ferez jamais rien.
You could never imagine to what extent the demands of this Fleuri have terrified all our ministers; and they are among those who are most disturbed by it. They look at me with sheer horror; they go to great lengths just to allow me to remain in the temples. For me, Spinoza, Diderot, Voltaire, Helvétius are like saints. There is almost a tacit agreement between the philosophical faction and those who oppose me: the devout pursue me openly, while the philosophers do so secretly, through their intrigues, always complaining loudly about my fate. The poet Voltaire and the “jester” Tronchin played their roles admirably in Geneva and Berne. We shall see whether I am right in my predictions, but I find it hard to believe that I will be left alone where I am. However, so far, Lord Marshal seems to view my situation with favor. Yesterday, I received a letter from a supposed Baron de Corval, dated and stamped from Metz; it was absolutely hilarious—and reeked of Voltaire’s style. Madam, I cannot resist the urge to copy some passages from this letter for you; I hope it will amuse you.
“I would like to be able to send you, at no cost, two of my works. The first is an educational plan as I conceived it. It may not come near the excellence of yours, but until now, I was the only one who could claim to have approached that goal more closely. The second is your ‘Héloïse’; I adapted it into a three-act prose comedy last December. I shared it with people of discernment, especially with the leading actors in our theater in Messina. All agreed it was on par with those from Paris: it is filled with genuine emotion and in the same style as those works by the late Monsieur de La Chaussée. Three months ago, I sent it to Mr. Dubois, the chief clerk at the Artillery and Engineering offices, but for some reason, I received no reply. If I had known of the excellence of your heart as I know it now, and if I had had your address in Paris, I would have sent it to you for you to revise it and have it published in France to my benefit.”
“I have a proposal for you. I am asking you to do the same thing you did for the vicar Savoyard: to allow me to live with you for two years without paying any rent; to provide me with lodging, food, light, and heat. You are the only person who can help me achieve ‘happiness’ and teach me how to die. My excessive humanity, inseparable from compassion, led me to guarantee a soldier’s debt of 3,200 pounds. In setting up my children’s lives, I only reserved for myself a pension of 1,500 pounds—this amount will be completely exhausted within two years; it is why I am forced to share your food during this time. You have no reason to complain about me: I am very frugal; I only eat vegetables and very little meat; I gladly pay extra for soup, which I consume twice a day. I eat everything, but never any dishes cooked in copper pots, nor those refined dishes that are harmful to health.”
I warn you that the aftermath of that fall left me deaf; however, I can hear very clearly with my left ear, as long as people speak softly and close to it. From a distance, I can also understand things quite easily through very simple signs—which I will teach you and your friends. I am not curious; I never ask questions; I simply wait for someone to have the kindness to share the conversation with me.
The entire letter is written in the same tone. You might say that it’s just a silly joke. I agree; but I can see that, even while joking, this honest man is constantly thinking of me. And, madam, that isn’t good at all. I am convinced that no one will let me live in peace on this earth until he has forgotten about me.
For fifteen days now, I have often made up my mind to write to Sir (de Lorenzy), but some pressing matter has always prevented me from doing so; and even now, as I wanted to talk to you, madam, about you and about Madame the Maréchale, someone comes and pulls me away from myself and from those benevolent beings whom my heart adores, in order to make me serve those who could harm me, without being able to do me any good at all.
Observation
We believe that Rousseau is mistaken in attributing the letter from the supposed Baron de Corval to Voltaire, who was capable of far more. These allusions are not particularly incisive: one relates to a letter discussing the dangers of using copper utensils in cooking (July 1753), and the other refers to a passage in Émile that precedes the “Profession de foi”.
Letter CCCXXXVIII – To the Same One
Môtiers, on August 10, 1762.
I received your letter dated the 7th yesterday evening; thus, apart from some minor delays, our correspondence is now in order. And if our letters are not opened in Geneva, they certainly will not be opened in Switzerland either. Therefore, unless there are more important matters to attend to, and despite any intermediate channels that might be suggested to you, I believe it would be best for us to continue writing to each other directly.
If our friend could read into my heart, he would have no difficulty understanding my silence. Tell him that if he can keep his promise without compromising himself and without anyone knowing where he is going, I would much prefer to kiss him than to write to him. His plan to refute me is excellent; it may even be of great use to me and bring me great honor. It is good for people to see that he fights against me yet loves me; it is good for everyone to know that my friends are not attached to me out of partisanship, but out of a sincere love for the truth—which binds us all together.
The document is so lengthy that I found it better to transcribe the notes for you. Pay special attention to the eighth one. What an abominable doctrine this request embodies—one that destroys any common principle of society between believers and other men! Based on this doctrine, it would be absolutely necessary to hunt down and massacre everyone who is not a Jansenist, for if natural law is considered criminal, then those who follow it should be burned, and those who do not should be persecuted. What Mr. C, ordered you to do should not deter you; after all, I have little faith in his predictions anyway. You must always speak of the parliament with utmost respect—and indeed, with consideration for the Attorney General. This magistrate’s mistake is certainly grave for adopting such a request without even reading the relevant book; but it would be far worse if he were its author himself. Therefore, always distinguish between the tribunal and the individual who issued this outrageous document, and condemn it thoroughly as it deserves. To draw all the condemnation it deserves upon this text is truly a service to humanity. No regard for your friend should override this principle.
I would like for our friend’s writings to be printed in France, and even yours; it is good that they appear there, for if they are printed elsewhere, they will not be allowed to enter. I also believe that he will not find any other place where his work could bring him any real benefit, and it is necessary sometimes to do what he himself would not do—that is, to consider his own interests. If you deem it appropriate to entrust me with this task, I will try my best to fulfill it. However, I believe that the person I mentioned earlier could also handle this matter. But since I have no news of him, I prefer not to be the one to write to him first. As for Switzerland and Geneva, I have ceased to care what people think of me there. Those people are so timid, deceitful, or foolish that it is futile to try to enlighten them.
The more I contemplate your enterprise, the greater and more beautiful it appears to me. Never has a nobler subject been treated with such dignity. Your very position allows and demands that you infuse your speeches with a certain elevation that would be unfit for anyone else. What a touching voice that of the Christian who points out his friend’s faults, and what a wonderful sight it is to see him place the oppressed under the protection of the Gospel! As a minister of the Most High, cause all these wretched people to fall at your feet; otherwise, cast down your pen and hide yourself—for you will never accomplish anything.
Non potreste nemmeno immaginare fino a che punto le richieste di questo Fleuri abbiano spaventato tutti i nostri ministri; e loro sono i più agitati di tutti. Mi guardano con orrore: fanno grandi sforzi per tollerare la mia presenza nei templi. Spinosa, Diderot, Voltaire, Helvétius, per me sono dei veri “santi”. C’è quasi un accordo tra il partito filosofico e i fanatici per perseguitarmi insieme: i primi apertamente, i secondi in segreto, tramite intrighi e lamenti continui sul mio destino. Il poeta Voltaire e lo “giocoliere” Tronchin hanno svolto il loro ruolo in modo ammirevole a Ginevra e Berna. Vedremo se ho ragione, ma fatico a credere che mi lascino in pace dove sono. Tuttavia, finora sembra che Milord Maréchal abbia una buona opinione di me. Ieri ho ricevuto, con la data e il timbro di Metz, una lettera di un presunto barone de Corval, così divertente da far morire dal ridere; si sente chiaramente l’influenza di Voltaire in ogni sua riga. Non posso resistere, signora, all’impulso di tradurvi alcuni passaggi di questa lettera. Spero vi diverta.
“Vorrei potervi inviare gratuitamente due delle mie opere. La prima è un progetto educativo come l’ho concepito io stesso; non raggiunge certo la perfezione del vostro, ma fino a poco tempo fa ero l’unico che potesse vantarsi di essere vicino allo scopo prefissato. La seconda è la vostra ‘Eloisa’, che ho adattato in una commedia in tre atti in prosa lo scorso dicembre. L’ho fatta leggere a persone colte, soprattutto ai primi attori del nostro teatro di Messina; tutti l’hanno ritenuta degna di quella di Parigi: è un’opera piena di sentimento, nel gusto di quelle dell’ex signor de La Chaussée. Tre mesi fa l’ho inviata al signor Dubois, primo commissario capo degli uffici dell’artiglieria e del genio, ma non ho ricevuto risposta, per qualche motivo che non so. Se avessi conosciuto la bontà del vostro cuore come la conosco ora, e se sapessi dove vi trovaste a Parigi, ve l’avrei inviata affinché poteste correggerla e farla conoscere ai francesi, a mio vantaggio.”
“Ho una proposta da farvi. Vi chiedo lo stesso aiuto che avete ricevuto dal vescovo Savoyard: cioè di ospitarmi a casa vostra, senza alcun compenso, per due anni; di fornirmi alloggio, cibo, luce e calore. Siete l’unico che possa aiutarmi in qualche modo ad alcanzare la ‘felicità’ e insegnarmi ad affrontare la morte. Il mio eccessivo senso di umanità, inscindibile dalla pietà, mi ha costretto a garantire un debito di 3.200 sterline per un militare. Nel sistemare i miei figli, mi sono riservato soltanto una pensione di 1.500 sterline: questa somma sarà interamente consumata in due anni; è proprio questo che mi costringe a condividere il vostro pane durante questo periodo. Non avrete motivo di lamentarvi di me: sono molto sobrio; amo solo le verdure e quasi nessun tipo di carne; aggiungo sempre della zuppa, alla quale sono abituato due volte al giorno; mangio di tutto, ma mai piatti preparati in pentole di rame, né quei piatti raffinati che possono essere pericolosi.
Vi avverto che l’effetto di una caduta mi ha reso sordo; tuttavia, riesco a sentire molto bene con l’orecchio sinistro, purché si parli dolcemente e da vicino. Da lontano, invece, riesco ad ascoltare facilmente grazie a dei segnali molto semplici che vi insegnerò, così come ai vostri amici. Non sono curioso; non faccio mai domande; aspetto semplicemente che qualcuno abbia la gentilezza di condividere con me la conversazione.
L’intera lettera è scritta nello stesso tono. Mi direte che si tratta soltanto di una sciocca battuta. Lo ammetto; ma vedo che, scherzando, quest’uomo onesto continua a pensare a me costantemente, e, signora, questo non ha alcun valore. Sono convinto che nessuno mi permetterà di vivere in pace su questa terra finché non mi avrà dimenticato del tutto.
Da quindici giorni mi impegno spesso a scrivere al cavaliere (di Lorenzy), ma sempre qualche motivo urgente mi impedisce di farlo; e proprio ora che volevo parlare di voi, signora, di madame la marescialla, ecco che qualcuno viene a strapparmi da me stesso e dalle “divinità benefiche” che il mio cuore adora, per costringermi, come un vero maniaco, a servire coloro che possono nuocermi, senza che io possa ricevere alcun bene da loro.
Osservazione.
Riteniamo che Rousseau si sbagli nel attribuire la lettera del presunto barone di Corval a Voltaire, il quale era in grado di fare molto di più. Le allusioni contenute in quelle lettere non hanno alcun significato particolarmente pungente: una riguarda la lettera sul pericolo di utilizzare utensili in rame in cucina (luglio 1753), mentre l’altra si riferisce al passaggio de “L’Émile” che precede “La Profession de foi”.
Lettera CCCXXXVIII – Allo stesso.
Môtiers, il 10 agosto 1762.
Ieri sera ho ricevuto la vostra lettera del 7: quindi, ad eccezione di alcuni piccoli ritardi, la nostra corrispondenza è regolare; e se le nostre lettere non vengono aperte a Ginevra, sicuramente non lo verranno nemmeno in Svizzera. Pertanto, a meno che non ci siano questioni più importanti da trattare, e nonostante i canali intermedi che vi potrebbero essere proposti, ritengo che sia meglio continuare a scriverci direttamente l’uno all’altro.
Se il nostro amico potesse leggere nel mio cuore, non avrebbe alcuna difficoltà a comprendere il mio silenzio. Ditegli che, se può mantenere la sua promessa senza compromettersi e senza che nessuno sappia dove sta andando, preferirei di gran lunga abbracciarlo piuttosto che scrivergli. Il suo progetto di confutarmi è eccellente e potrebbe persino rivelarsi molto utile e onorevole per me. È bene che tutti vedano che lui mi combatte, ma anche che mi ama; è bene che si sappia che i miei amici non sono legati a me per motivi di partito, ma per un sincero amore per la verità, che ci unisce tutti.
L’atto è così voluminoso che ho preferito trascrivervi le note. Prestate particolare attenzione alla ottava di esse: quale dottrina abominabile quella contenuta in questo documento, che distrugge ogni principio comune di convivenza tra i fedeli e gli altri uomini! In base a questa dottrina, è necessario perseguitare e massacrare come lupi tutti coloro che non sono giansenisti; poiché se la legge naturale è considerata criminale, bisogna bruciare coloro che la seguono e perseguitare coloro che non la seguono. Quello che vi ha ordinato il signor C, non dovrebbe trattenervi: inoltre, non ho molta fiducia nei suoi almanacchi, ma dovete sempre parlare del Parlamento con il massimo rispetto, persino con considerazione per l’avvocato generale. Il torto di questo magistrato è certamente grande per aver adottato tale documento senza averlo letto; ma sarebbe ancora più grave se ne fosse lui stesso l’autore. Pertanto, separate sempre il tribunale dall’uomo che ha redatto quel testo orribile, e condannatelo con tutto il rigore che merita. È un vero servizio da rendere all’umanità attirare su di esso tutta l’odio che gli è dovuto; nessuna considerazione per il vostro amico deve prevalere su questo principio.
Desidererei che le opere di nostro amico venissero stampate in Francia, e anche le vostre; poiché è giusto che appaiano lì, e se venissero stampate all’estero, non verrebbero comunque ammesse in questo paese. Penso inoltre che altrove il suo lavoro non possa trarre alcun beneficio, e bisogna talvolta fare ciò che lui stesso non farà, cioè prendersi cura dei suoi interessi. Se ritenete opportuno affidarmi questa incombenza, cercherò di adempierla al meglio. Tuttavia credo che anche l’uomo di cui vi ho parlato in precedenza potrebbe occuparsi di questa questione. Ma poiché non ho sue notizie, non intendo scrivergli per primo. Per quanto riguarda la Svizzera e Ginevra, ho smesso di interessarmi a ciò che la gente lì pensa di me. Queste persone sono così meschine, false o stupide, che è inutile cercare di illuminarle.
Più rifletto sul vostro progetto, più lo trovo grande e meraviglioso. Non esiste argomento più nobile che possa essere trattato con maggiore dignità. Il vostro stesso ruolo vi permette e vi impone di inserire nei vostri discorsi un certo livello di elevatezza che non sarebbe appropriato a nessun altro. Che voce commovente quella del cristiano che rimprovera i difetti del proprio amico, e quale spettacolo vedere lui stesso proteggere gli oppressi sotto l’egida dell’Evangelo! Voi, ministro del Très-Haut, fate cadere ai vostri piedi tutti questi miseri; altrimenti gettate via la penna e andatevene a nascondervi: non riuscirete mai a compiere nulla.
Il est certain qu’il y a des gens de mauvaise humeur à Neuchâtel, qui meurent d’envie d’imiter les autres, et de me chercher chicane à leur tour ; mais outre qu’ils sont retenus par d’autres gens plus sensés, que peuvent-ils me faire ? Ce n’est pas sous leur protection que je me suis mis, c’est sous celle du roi de Prusse ; il faut attendre ses ordres pour disposer de moi : en attendant, il ne paraît pas que milord maréchal soit d’avis de retirer la protection qu’il m’a accordée, et que probablement ils n’oseront pas violer. Au reste, comme l’expérience m’apprend à tout mettre au pis, il ne peut plus rien m’arriver de désagréable à quoi je ne sois préparé. Il est vrai cependant que dans cette affaire-ci j’ai trouvé la stupidité publique plus grande que je ne l’aurais attendu ; car quoi de plus plaisant que de voir les dévots se faire les satellites de Voltaire et du parti philosophique, bien plus vivement ulcéré qu’eux, et les ministres protestants se faire, à ma poursuite, les archers, des prêtres ? La méchanceté ne me surprend plus ; mais je vous avoue que la bêtise, poussée à ce point, m’étonne encore. Adieu, ami ; je vous embrasse.
Lettre CCCXL – À Madame la maréchale de Luxembourg
Môtiers-Travers, août 1762.
J’ai reçu dans leur temps, madame, vos deux lettres des 11 et 31 juillet, avec l’extrait par duplicata d’un P. S. de M. Hume, que vous y avez joint. L’estime de cet homme unique efface tous les outrages dont on m’accable. M. Hume était l’homme selon mon coeur, même avant que j’eusse le bonheur de vous connaître, et vos sentiments sur son compte ont encore augmenté les miens, n’est le plus vrai philosophe que je connaisse, et le seul historien qui jamais ait écrit avec impartialité. Il n’a pas plus aimé la vérité que moi, j’ose le croire ; mais j’ai mis de la passion dans sa recherche, et lui n’y a mis que ses lumières et son beau génie. L’amour-propre m’a souvent égaré par mon aversion même pour le mensonge ; j’ai haï le despotisme en républicain, et l’intolérance en théiste. M. Hume a dit : Voilà ce que fait l’intolérance et ce, que fait le despotisme. Il a vu par toutes ses faces l’objet que la passion ne m’a laissé voir que par un côté. H a mesuré, calculé les erreurs des hommes en être au-dessus de l’humanité. J’ai cent fois désiré et je désire encore voir l’Angleterre, Soit pour elle-même, soit pour y converser avec lui, et cultiver son amitié, dont je ne me crois pas indigne. Mais ce projet devient de jour en jour moins praticable ; et le grand éloignement des lieux suffirait seul pour le rendre tel, surtout à cause du tour qu’il faudrait faire, ne pouvant plus passer par la France.
Quoi ! madame, moi qui ne puis plus, sans horreur, souffrir l’aspect d’une rue ; moi qui mourrai de tristesse lorsque je cesserai de voir des prés, des buissons, des arbres devant ma fenêtre, irai-je maintenant habiter la ville de Londres ? irai-je, à mon âge, et dans mon état, chercher fortune à la cour, et me fourrer parmi la valetaille qui entoure les ministres ? Non, madame ; je puis être embarrassé des restes d’une vie plus longue que je n’ai compté ; mais ces restes, quoi qu’il arrive, ne seront point si mal employés. Je ne me suis que trop montré pour mon repos ; je ne commencerai vraiment à jouir île moi que quand on ne saura plus que j’existe : or je ne vois pas, dans cette manière de penser, comment le séjour de l’Angleterre me serait possible ; car si je n’en tire pas mes ressources, il m’en faudra bien plus là qu’ailleurs. H est de plus très douteux que j’y vécusse dans mon indépendance aussi agréablement que vous le supposez. J’ai pris sur la nation anglaise une liberté qu’elle ne pardonne à personne, et surtout aux étrangers, c’est d’en dire le mal ainsi que le bien ; et vous savez qu’il faut être buse pour aller vivre en Angleterre mal voulu du peuple anglais. Je ne doute pas que mon dernier livre ne m’y fasse détester, ne fut-ce qu’à cause de ma note sur le Good natured people. Vous m’obligerez, madame, si vous pouvez vous informer de ce qu’il en est, et m’en instruire.
Quant à l’édition générale de mes écrits à faire à Londres, c’est une très bonne idée, surtout si ce projet peut s’exécuter en mon absence. Cependant, comme l’impression coûte beaucoup en Angleterre, à moins que l’édition ne fût magnifique et ne se fit par souscription, elle serait difficile à faire, et j’en tirerais peu de profit.
Le château de Schleyden, étant moins éloigné, serait plus à ma portée, et l’avantage de vivre à bon marché, que je n’ai pas ici, serait dans mon état une grande raison de préférence ; mais je ne connais pas assez monsieur et madame de La Mare pour savoir s’il me convient de leur avoir cette obligation ; c’est à vous, madame, et à madame la maréchale à me décider là-dessus. À l’égard de la situation, je ne connais aucun séjour triste et vilain avec de la verdure ; mais s’il n’y a que des sables ou des rochers tout nus, n’en parlons pas. J’entends peu ce que c’est qu’aller par corvées, mais, sur le seul mot, s’il n’y a pas d’autre moyen d’arriver au château, je n’irai jamais. Quant au troisième asile dont vous me parlez, madame, je suis très reconnaissant de cette offre, mais très déterminé à n’en pas profiter. Au reste, il y a du temps pour délibérer sur les autres ; car je ne suis point maintenant en état de voyager ; et, quoique les hivers soient ici longs et rudes, je suis forcé d’y passer celui-ci à tout risque, ne présumant pas que le roi de Prusse, dont la réponse n’est point venue, me refuse, en l’état où je suis, l’asile qu’il a souvent accordé à des gens qui ne le mentaient guère.
Voilà, madame, quant à présent, ce que je puis vous dire sur les soins relatifs à moi, dont vous voulez bien vous occuper. Soyez persuadée que mon sort tient bien moins à l’effet de ces mêmes soins qu’à l’intérêt qui vous les inspire. La bonté que vous avez de vous souvenir de mademoiselle Le Vasseur l’autorise à vous assurer de son profond respect. Il n’y a pas de jour qu’elle ne m’attendrisse en me parlant de vous et de vos bontés, madame. Je bénirais lui malheur qui m’a si bien appris à vous connaître, s’il ne m’eut en même temps éloigné de vous.
Lettre CCCXLII – À Madame La Tour
Môtiers-Travers, le 20 août 1762.
J’ai reçu, madame, vos trois lettres en leur temps ; j’ai tort de ne vous avoir pas à l’instant accusé la réception de celle que vous avez envoyée à madame de Luxembourg, et sur laquelle vous jugez si mal d’une personne dont le coeur m’a fait oublier le rang. J’avais cru que nia ‘situation vous ferait excuser des retards auxquels vous deviez être accoutumée, et que vous m’accuseriez plutôt de négligence que madame de Luxembourg d’infidélité. Je m’efforcerai d’oublier que je me suis trompé. Du reste, puisque, même dans la circonstance présente, vous ne savez que gronder avec moi, ni m’écrire que des reproches, contentez-vous, madame, si cela vous amuse : je m’en complairai peut-être un peu moins à vous répondre ; mais cela n’empêchera pas que je ne reçoive vos lettres avec plaisir, et que votre amitié ne me soit toujours chère. Vous pouvez m’écrire en droiture ici, en ajoutant, par Pontarlier ; mais il faut faire affranchir jusqu’à Pontarlier, sans quoi les lettres ne passent pas la frontière.
Lettre CCCXLIV – À M. Jacob Vernet
[755]
Môtiers-Travers, le 31 août 1762.
It is certainly true that there are people in Neuchâtel who are in a bad mood and who would love to imitate others and cause me trouble in return; but apart from the fact that they are restrained by more sensible people, what can they do to me? It is not under their protection that I have placed myself, but under that of the King of Prussia; we must wait for his orders before anything can be done regarding me. In the meantime, it does not seem that Lord Marshal intends to withdraw the protection he has granted me, and it is likely they will not dare to violate it. Moreover, since experience teaches me to expect the worst in everything, nothing unpleasant can happen to me now that I am prepared for it. It is true, however, that in this particular matter, I have found public stupidity to be greater than I had expected; after all, what could be more amusing than seeing devout people become the followers of Voltaire and the philosophical party—far more outraged by their actions than they are—and Protestant ministers turn into archers and priests, pursuing me? Malice no longer surprises me; but I must admit that such sheer stupidity still amazes me. Adieu, my friend; I embrace you.
Letter CCCXL – To Madame la Maréchale de Luxembourg
Môtiers-Travers, August 1762.
Madam, I received your two letters on July 11th and July 31st respectively, along with a duplicate extract of a postscript from Mr. Hume that you had attached to them. The esteem I hold for this unique individual overshadows all the insults directed at me. Even before I had the fortune to meet you, Mr. Hume was the very man my heart desired; your feelings about him only strengthened mine. He is indeed the greatest philosopher I know and the only historian who has ever written with impartiality. I dare believe that he loved truth as much as I do; however, while I pursued it with passion, he approached it solely with his wisdom and brilliant intellect. My own pride often led me astray, even in my aversion to falsehood; I hated despotism as a republican and intolerance as a theist. But Mr. Hume said: “This is what intolerance does; this is what despotism does.” He saw the whole picture of things where passion allowed me to see only one aspect. He measured and analyzed human errors from a position above humanity itself. Time and again, I have desired—and still desire—to visit England, either for its own sake or to spend time with him and cultivate his friendship, which I do not consider myself unworthy of. Yet this plan becomes increasingly impractical with each passing day; the immense distance alone would make it difficult, not to mention the detour we would have to take, since we could no longer pass through France.
What! Madam, I who can no longer endure the sight of a street without feeling horror; I who would die of sorrow if I were to no longer see fields, bushes, and trees in front of my window—should I now go live in the city of London? At my age, and in my condition, should I try to make a living at court, and mingle among the servants who surround the ministers? No, madam. I may indeed be troubled by the remnants of a life longer than I had anticipated; but whatever happens, those remnants will not be wasted in any harmful way. I have already caused myself too much trouble for my own peace of mind; I will truly begin to enjoy life only when no one knows I am still alive. And in such a mindset, I see no way in which living in England would be possible for me—for if I cannot obtain what I need there, I would surely need even more elsewhere. Moreover, it is highly doubtful that I could live there in the independence and comfort you assume. I have taken liberties with the English people that they do not forgive anyone, especially foreigners; to speak well of them as well as ill of them is something they will never tolerate. And you know quite well that one must be foolish to choose to live in England while being disliked by its people. I have no doubt that my last book will make me despised there, simply because of my remarks about the “good-natured English people.” Madam, if it is within your power to find out what has become of it and inform me, you would do me a great service.
As for the general publication of my writings to be carried out in London, that is a very good idea—especially if the project can be executed in my absence. However, since printing costs are quite high in England, unless the edition were of exceptional quality and funded through subscriptions, it would be difficult to implement, and I would gain little profit from it.
The castle of Schleyden, being less distant, would be more within my reach; moreover, the advantage of living at a low cost—something I do not enjoy here—would be a significant reason for choosing it. However, I do not know Mr. and Mrs. de La Mare well enough to determine whether it would be appropriate for me to owe them such a debt. It is up to you, madam, and Madame la Maréchale to decide for me in this matter. As for the living conditions, I am unaware of any place that is both unpleasant and devoid of greenery; but if there are only bare sands or rocks, then let’s not even consider it. I don’t quite understand what “going by corvée” means, but merely on that basis—if there is no other way to reach the castle—I would never go. As for the third place of refuge you mention, madam, I am very grateful for this offer, but I am also firmly determined not to take advantage of it. After all, there is still time to consider the other options; since I am currently not in a position to travel, and although the winters here are long and harsh, I am forced to spend this one year there at all risks, without assuming that the King of Prussia—whose reply has yet to arrive—will refuse me the asylum he has so often granted to people who were not entirely dishonest.
Here, madam, is all I can tell you for now regarding the care you are so kind as to wish to provide for me. Be assured that my fate depends far less on the effect of such care than on the kindness that motivates you to offer it. The kindness you have shown toward Mademoiselle Le Vasseur allows her to assure you of her deep respect. Not a single day passes without her bringing me comfort by speaking of you and your benevolence, madam. I would bless the misfortune that has taught me so much about you, if it had not also separated us.
Letter CCCXLII – To Madame La Tour
Môtiers-Travers, August 20, 1762.
Madam, I received your three letters in due order; I am at fault for not informing you immediately about the receipt of the letter you sent to Madame de Luxembourg, regarding which you have such poor opinions of a person whose kindness made me forget her social status. I assumed that your current circumstances would excuse the delays you were probably accustomed to, and that you would rather blame me for negligence than Madame de Luxembourg for infidelity. I will try to forget that I was mistaken. Nevertheless, since even under these present circumstances you only choose to reprimand me or write me reproaches, then please do so, madam, if it amuses you; perhaps I will be less pleased in responding to you, but that will not prevent me from receiving your letters with pleasure and from cherishing your friendship as always. You may write to me directly here, adding “via Pontarlier”; however, the letters must be sent through an agent who guarantees their delivery up to Pontarlier, otherwise they will not cross the border.
Letter CCCXLIV – To Mr. Jacob Vernet
[755]
Môtiers-Travers, August 31, 1762.
È certo che a Neuchâtel ci siano persone di cattivo umore, che morirebbero d’invidia se potessero imitare gli altri e cercare di crearmi problemi; ma, oltre al fatto che sono trattenute da altre persone più sensate, cosa possono farmi? Non è sotto la loro protezione che mi sono messo, ma sotto quella del re di Prussia; bisogna attendere i suoi ordini per decidere cosa fare di me. Nel frattempo, non sembra che milord maresciallo abbia intenzione di ritirare la protezione che mi ha concesso, e probabilmente loro non oserebbero violarla. Del resto, poiché l’esperienza mi insegna ad essere sempre preparato al peggio, non può più accadermi nulla di spiacevole a cui non sia pronto. È vero che in questa faccenda ho trovato la stupidità pubblica maggiore di quanto mi aspettassi; infatti, cosa c’è di più divertente che vedere i devoti diventare alleati di Voltaire e del partito filosofico, molto più offesi di loro stessi, mentre i ministri protestanti si trasformano, nella mia persecuzione, in “arcieri” guidati dai preti? La malvagità non mi sorprende più. Ma devo ammettere che una stupidità portata a questo livello mi stupisce ancora. Addio, amico; ti abbraccio.
Lettera CCCXL – Alla Marchesa di Lussemburgo
Môtiers-Travers, agosto 1762.
Signora, ho ricevuto nei tempi opportuni le vostre due lettere del 11 e del 31 luglio, insieme alla copia di una postilla di Monsieur Hume che avevate allegato. L’ammirazione per quest’uomo unico cancella completamente tutte le offese che mi vengono rivolte. Monsieur Hume era l’uomo che il mio cuore desiderava, anche prima di avere la fortuna di conoscervi; i vostri sentimenti nei suoi confronti hanno ulteriormente rafforzato i miei. È il più vero filosofo che conosca e l’unico storico che abbia mai scritto con imparzialità. Non amava la verità meno di me, oserei dire; ma io ho messo passione nella sua ricerca, mentre lui vi ha dedicato soltanto le sue intelligenze e il suo straordinario genio. L’orgoglio mi ha spesso ingannato, soprattutto a causa della mia avversione per la menzogna; ho odiato il dispotismo in quanto repubblicano e l’intolleranza in quanto teista. Monsieur Hume ha detto: “Ecco ciò che fa l’intolleranza, ed ecco ciò che fa il dispotismo”. Ha visto ogni aspetto di quel problema, mentre la passione mi ha permesso di vederne soltanto uno. Ha misurato e calcolato gli errori degli uomini, trovandosi al di sopra dell’umanità stessa. Cento volte ho desiderato, e ancora desidero, visitare l’Inghilterra: sia per il suo bene che per poter conversare con lui e coltivare la sua amicizia, di cui non mi ritengo indegno. Ma questo progetto diventa sempre meno realizzabile giorno dopo giorno; inoltre, la grande distanza geografica è già di per sé un ostacolo insormontabile, soprattutto perché non si può più passare attraverso la Francia.
Oh! Signora, io che non riesco più a sopportare, senza orrore, l’aspetto di una strada; io che morirò di tristezza quando non vedrò più prati, cespugli, alberi davanti alla mia finestra, andrò ora ad abitare nella città di Londra? Andrò, a quest’età e in questo stato, a cercare fortuna alla corte, a mescolarmi tra la servitù che circonda i ministri? No, signora; forse dovrò affrontare le conseguenze di una vita più lunga di quanto avessi previsto, ma queste conseguenze, in ogni caso, non saranno certo sprecate. Ho dato troppo peso alle mie esigenze personali; comincerò davvero a godermi la vita solo quando nessuno saprà più che io esisto. E non vedo proprio come una permanenza in Inghilterra possa essere possibile per me, in questo modo di pensare: se non trovo lì ciò di cui ho bisogno, ne avrò bisogno molto di più altrove. Inoltre, è molto dubbia l’idea che io possa vivere lì con la stessa libertà e agio di cui voi parlate. Ho preso verso il popolo inglese una libertà che esso non perdona a nessuno, soprattutto agli stranieri. E sapete bene che è assurdo cercare di vivere in Inghilterra senza essere ben voluti dal popolo locale. Non dubito che il mio ultimo libro mi faccia odiare lì, anche solo a causa della mia critica al “popolo buono e gentile” inglese. Vi sarei molto grato, signora, se poteste informarvi su cosa ne sia stato di quel libro e comunicarmelo.
Per quanto riguarda l’edizione generale delle mie opere da realizzare a Londra, è un’ottima idea, soprattutto se questo progetto può essere portato a termine in mia assenza. Tuttavia, poiché la stampa costa molto in Inghilterra, a meno che l’edizione non fosse di qualità eccezionale e realizzata tramite sottoscrizioni, sarebbe difficile da realizzare e io ne trarrei poco profitto.
Il castello di Schleyden, essendo più vicino, sarebbe più accessibile per me; inoltre, il vantaggio di vivere a basso costo, che qui non ho, rappresenterebbe una ragione importante per sceglierlo. Tuttavia, non conosco abbastanza bene il signor e la signora de La Mare per sapere se sia opportuno assumere tale obbligo nei loro confronti; spetta a voi, signora, e alla marchesa decidere al mio posto. Per quanto riguarda l’ambiente in cui vivere, non conosco luoghi tristi o brutti ma privi di verde; se ci fossero solo sabbie o rocce nude, non ne parliamo nemmeno. Non capisco bene cosa significhi “andare a piedi”, ma, se non esistesse altra possibilità per raggiungere il castello, non ci andrei mai. Quanto al terzo rifugio di cui mi parlate, signora, sono molto grato per questa offerta, ma deciso a non approfittarne. Del resto, c’è ancora tempo per prendere una decisione riguardo agli altri; attualmente non sono in condizioni di viaggiare, e anche se gli inverni qui sono lunghi e duri, devo comunque trascorrerlo qui a tutti i rischi, senza sperare che il re di Prussia, la cui risposta non è ancora arrivata, mi rifiuti l’asilo che spesso ha concesso a persone che non gli mentivano affatto.
Ecco, signora, tutto ciò che posso dirvi per il momento riguardo ai cura che desiderate dedicarmi. Siate certa che il mio destino dipende molto meno dall’efficacia di tali cure che dall’interesse che vi spinge a prendervene cura. La gentilezza che dimostrate nei confronti di mademoiselle Le Vasseur le permette di assicurarvi della sua profonda stima per voi. Non passa giorno senza che lei mi commuova parlando di voi e delle vostre bontà, signora. Benedirei la sfortuna che mi ha insegnato a conoscervi così bene, se solo non mi avesse allo stesso tempo allontanato da voi.
Lettera CCCXLII – A Madame La Tour
Môtiers-Travers, 20 agosto 1762.
Signora, ho ricevuto le vostre tre lettere nei tempi previsti; ho torto di non avervi immediatamente comunicato l’arrivo di quella che avete inviato a madame de Luxembourg, e sulla quale giudicate così male una persona la cui bontà mi ha fatto dimenticare il suo rango. Pensavo che la vostra situazione potesse scusare i ritardi a cui eravate sicuramente abituata, e che sareste stata voi ad accusarmi di negligenza piuttosto che madame de Luxembourg di infedeltà. Cercherò di dimenticare di essermi sbagliato. Del resto, poiché anche in questa circostanza vi limitate a rimproverarmi e a scrivermi solo parole di biasimo, accontentatevi, signora, se questo vi diverte: forse non mi divertirà altrettanto rispondervi; ma ciò non impedirà che riceva le vostre lettere con piacere e che la vostra amicizia rimanga sempre preziosa per me. Potete scrivermi liberamente qui, aggiungendo “per Pontarlier”; tuttavia è necessario far affrancare le lettere fino a Pontarlier, altrimenti non supereranno il confine.
Lettera CCCXLIV – A Monsieur Jacob Vernet
[755]
Môtiers-Travers, 31 agosto 1762.
Je crois, monsieur, devoir vous envoyer la lettre ci-jointe que je viens de recevoir dans l’enveloppe que je vous envoie aussi. Epuisé en ports de lettres anonymes, j’ai d’abord déchiré celle-ci par dépit sur le bavardage par lequel elle commence ; mais, ayant repris les pièces par un mouvement machinal, j’ai pensé qu’il pouvait vous importer de connaître quels sont les misérables qui passent leur temps à écrire ou dicter de pareilles bêtises. Nous avons, monsieur, des ennemis communs qui cherchent à brouiller deux hommes d’honneur qui s’estiment : je vous réponds, de mon côté, qu’ils auront beau faire, ils ne parviendront pas à m’ôter la confiance que je vous ai vouée et qui ne se démentira jamais, et j’espère bien aussi conserver les mêmes bontés dont vous m’avez honoré et que je ne mériterai point de perdre. J’apprends avec grand plaisir que non seulement vous ne dédaignez pas de prendre la plume pour me combattre, mais que même vous me faites l’honneur de m’adresser la parole. Je suis très persuadé que, sans me ménager lorsque vous jugez que je me trompe, vous pouvez faire beaucoup plus de bien à vous, à moi, et à la cause commune, que si vous écriviez ; pour ma défense, tant je crois avoir bien saisi d’avance I’esprit de votre réfutation. Sur cette idée, je ne feindrai point, monsieur, de vous demander quelques exemplaires de votre ouvrage pour en distribuer dans ce pays-ci. Je me propose aussi d’en prévenir mes amis en France aussitôt que le titre m’en sera connu, persuadé qu’il suffira de vous faire connaître pour l’y faire bientôt rechercher.
Je crois devoir, vous prévenir que, sur une lettre que j’ai écrite à M. de Montmollin, pasteur de Môtiers, et dont je vous enverrai copie si vous le souhaitez, au cas qu’elle ne vous parvienne pas d’ailleurs, il a non seulement consenti, mais désiré que je m’approchasse de la sainte table, comme j’ai fait avec la plus grande consolation dimanche dernier. Je me flatte, monsieur, que vous voudrez bien ne pas désapprouver ce qu’a fait en cette occasion l’un de messieurs vos collègues, ni me traiter dans votre écrit comme séparé de l’Eglise réformée, à laquelle m’étant réuni sincèrement et de tout mon coeur, j’ai, depuis ce temps, demeuré constamment attaché, et le serai jusqu’à la fin de ma vie. Recevez, monsieur, les assurances inviolables de tout mon attachement et de tout mon respect.
Lettre CCCXLVI – À M. Théodore Rousseau
[756]
À Môtiers, le 11 septembre 1762.
Quelque plaisir, mon très cher cousin, que me fassent vos lettres, il m’est impossible de m’engager à vous répondre exactement, car lime faudrait plus de vingt-quatre heures dans la journée pour répondre à toutes les lettres qui me pieu vent, et mon état ne me permet pas d’écrire sans cesse. Ne me reprochez donc pas, je vous prie, que je vous dédaigne, et que je vous refuse des réponses ; ce langage est hors de propos entre des parents qui s’estiment et qui s’aiment, et vous devez bien plutôt me plaindre d’être condamné à passer ma vie entière à faire toute autre chose que ma volonté. J’ai reçu votre première lettre, recommandée à M. le colonel Roguin, et la seconde aurait fait le même tour, par Yverdon, si les commis de la poste n’eussent eux-mêmes rectifié votre adresse. N faut m’écrire directement à Môtiers-Travers ; de cette manière, vos lettres me parviendront aussi sûrement, beaucoup plus tôt, et coûteront moins. Je ne suis point étonné qu’on commence à changer de manière de penser sur mon compte à Genève ; le travers qu’on y avait pris était trop violent pour pouvoir durer. Il ne faut, pour en revenir, qu’ouvrir les yeux, lire soi-même, et ne pas me juger sur l’intérêt de certaines gens. Pour moi, j’ai déjà vu changer cinq ou six fois le public à mon égard, mais je suis toujours resté le même, et le serai, j’espère, jusqu’à la fin de mes jours. De quelque manière que tout ceci se termine, il me restera toujours un souvenir plein de reconnaissance de la démarche que vous et mon cousin, votre père, avez faite en cette occasion ; démarche sage, vertueuse, faite très à-propos, et qui, quoiqu’en apparence infructueuse, ne peut, dans la suite des temps, qu’être honorable à moi et à ma famille : soyez persuadé que je ne l’oublierai jamais.
J’ai ici mademoiselle Le Vasseur, à laquelle vous avez la bonté de vous intéresser. Elle parle souvent de vous, et de tous les bons traitements qu’elle et moi avons reçus de vos obligeants père et mère, durant mon séjour à Genève. Présentez-leur, je vous prie, mes plus tendres amitiés, et soyez persuadé, mon très cher cousin, que je vous suis attaché pour la vie.
Observation
Cette lettre fait voir que la famille de Rousseau ne le laissa point condamner à Genève sans réclamer.
Elle coïncide avec les détails qu’il donne lui-même sur l’intervention de ses parents dans son procès.
Lettre CCCXLVIII – À Madame La Tour
Môtiers le 26 septembre 1762.
Je suis encore prêt à me fâcher, madame, de la crainte que vous marquez de me tourmenter par vos lettres. Croyez, je vous supplie, que quand vous ne m’y gronderez pas, elles ne me tourmenteront que par le désir d’en voir l’auteur, de lui rendre mes hommages ; et je vous avoue que, de cette manière, vous me tourmentez plus de jour en jour. Vous m’avez plus d’obligation que vous ne pensez de la douceur que je vous force d’avoir avec moi, car elle vous donne à mon imagination toutes les grâces que vous pourriez avoir à mes yeux ; et moins vous me reprochez ma négligence, plus vous me forcez à me la reprocher.
La femme qui me dit le tais-toi, Jean-Jacques[758], n’était point madame de Luxembourg, que je ne connaissais pas même dans ce temps-là ; c’est une personne que je n’ai jamais revue, mais qui dit avoir pour moi une estime dont je me tiens très honoré. Vous dites que je ne suis indifférent à personne ; tant mieux : je ne puis souffrir les tièdes, et j’aime mieux être haï de mille à outrance, et aimé de même d’un seul. Quiconque ne se passionne pas pour moi n’est pas digne de moi. Comme je ne sais point haïr, je paie en mépris la haine des autres, et cela ne me tourmente point : ils sont pour moi comme n’existant pas. À l’égard de mon livre, vous le jugerez comme il vous plaira ; vous savez que j’ai toujours séparé l’auteur de l’homme : on peut ne pas aimer mes livres, et je ne trouve point cela mauvais ; mais quiconque ne m’aime pas à cause de mes livres est un fripon, jamais on ne m’ôtera cela de l’esprit.
C’est en effet M. de Gisors dont j’ai voulu parler[759], je n’ai pas cru qu’on s’y put tromper. Nous n’avons pas le bonheur de vivre dans un siècle où le même éloge se puisse appliquer à plusieurs jeunes gens.
Je crois que vous connaissez M. du Terreaux ; il faut que je vous dise une chose que je souhaite qu’il sache. J’avais demandé, par une lettre qui a passé dans ses mains, un exemplaire du mandement que M. l’archevêque de Paris a donné contre moi. M. du Terreaux, voulant m’obliger, a prévenu celui à qui je m’adressais, et m’a envoyé un exemplaire de ce mandement par monsieur son frère, qui, avant de me le donner, a pris le soin de le faire promener par tout Môtiers ; ce qui ne peut faire qu’un fort mauvais effet dans un pays où les jugements de Paris servent de règle, et où il m’importe d’être bien voulu. Entre nous, il y a bien de la différence entre les deux frères pour le mérite. Engagez M. du Terreaux, si jamais il m’honore de quelque envoi, de ne le point faire passer par les mains de son frère, et prenez, s’il vous plaît, la même requête pour vous.
Bonjour, madame : si vous ressemblez à vos lettres, vous êtes mon ange ; si j’étais des vôtres, je vous ferais ma prière tous les matins.
Lettre CCCL – À Madame la comtesse de Boufflers
Môtiers-Travers, le 7 octobre 1762.
I believe, sir, that I am obliged to send you the letter I have just received, which is enclosed in the envelope I am also sending you. Having grown tired of receiving anonymous letters, I initially tore it up out of annoyance at its trivial content; but, upon picking up the pieces mechanically, I thought it might be important for you to know who these wretched people are who spend their time writing or dictating such nonsense. We have common enemies, sir, who seek to undermine two honorable men who respect each other. On my part, I assure you that no matter what they try, they will never succeed in making me lose the trust I have placed in you—a trust that will never be betrayed. I also hope to continue enjoying the kindnesses you have shown me, which I certainly do not deserve to lose. It fills me with great pleasure to learn that you are not only willing to take up the pen to oppose me but also honor me by addressing me directly. I am firmly convinced that, even if you are harsh in your criticism when you believe I am mistaken, you could do far more good for yourself, for me, and for our common cause by speaking rather than writing. As for my defense, I believe I have already grasped the essence of your argument. With this in mind, I dare to ask you for some copies of your work so that I can distribute them in this country. I also plan to inform my friends in France as soon as I learn the title; I am certain that once they know who you are, they will seek out your works immediately.
I believe it is my duty to inform you that, regarding a letter I wrote to Mr. de Montmollin, the pastor of Môtiers—and which I will send you a copy if you wish, in case it should not otherwise reach you—he not only agreed but also expressed his desire for me to approach the holy altar, just as I did with great comfort last Sunday. I hope, sir, that you will not disapprove of what one of your colleagues did on this occasion, nor will you treat me in your letter as if I were separated from the Reformed Church. For I have sincerely and wholeheartedly joined itself, and since then I have remained steadfastly attached to it until the end of my life. Accept, sir, the most sincere assurances of my loyalty and respect.
Letter CCCXLVI – To Mr. Theodore Rousseau
[756]
At Môtiers, on September 11, 1762.
How pleasant it is, my dear cousin, to receive your letters; yet it is impossible for me to promise to reply to them all in detail, for it would take more than twenty-four hours a day to do so, and my health does not permit me to write constantly. Therefore, please do not blame me if I seem to ignore you or refuse to respond to your letters. Such language is entirely inappropriate between relatives who respect and love each other. You should rather regret that I am forced to spend my entire life doing something entirely contrary to my will. I have received your first letter, which was sent through Colonel Roguin; the second would have followed the same route via Yverdon, had it not been for the post office officials who corrected your address for me. Please write directly to Môtiers-Travers; in this way, your letters will reach me more securely, much more quickly, and at a lower cost. I am not surprised that people in Geneva have begun to change their opinion of me; the prejudice they held against me was too intense to last forever. All it takes is for them to open their eyes, read for themselves, and judge me not based on the interests of certain individuals. As for me, I have seen public opinion toward me change five or six times already, but I have always remained the same, and I hope to remain so until the end of my days. No matter how this all ends, I will always remember with gratitude the steps you and your cousin, your father, took in this matter. It was a wise and virtuous decision, made at just the right time, and although it may have seemed unsuccessful at first, it will undoubtedly bring honor to me and my family in the long run. Please believe that I will never forget it.
I have here Miss Le Vasseur, whom you have the kindness to show interest in. She often speaks of you and of all the kind treatments that she and I received from your kind parents during my stay in Geneva. Please convey my warmest regards to them, and believe me, my dear cousin, I am bound to you for life.
Observation
This letter shows that Rousseau’s family did not allow him to be condemned in Geneva without making a protest.
It coincides with the details he himself provides regarding his parents’ involvement in his trial.
Letter CCCXLVIII – To Madame La Tour
Motiers, on September 26, 1762.
Madam, I am still ready to be annoyed at the thought that you might torment me through your letters. Believe me, I implore you—when you do not reprimand me in them, they only cause me distress because I long to know who their author is and to pay my respects to him. And I must confess that in this way, you torment me more and more every day. You owe me far more than you realize for the kindness you are forced to show toward me, for it allows my imagination to depict you as possessing all the charms that you might actually possess in reality. And the less you criticize my negligence, the more I am compelled to criticize it myself.
The woman who told me to shut up, Jean-Jacques[758], was not Madame de Luxembourg—whom I did not even know at that time. It is someone I have never seen again, but who claims to hold me in high regard, which I take as a great honor. You say I am not indifferent to anyone; the better so: I cannot tolerate lukewarmness; I would rather be hated by thousands than loved by just one. Anyone who does not feel passionate about me is not worthy of me. Since I do not know how to hate, I simply dismiss others’ hatred with contempt—and it troubles me not at all; they exist for me as if they did not exist at all. As for my book, you may judge it however you please. You know that I have always separated the author from the man himself: one may not like my books, and I see no harm in that; but anyone who does not love me because of my books is a hypocrite—and I will never let this idea leave my mind.
It is indeed Mr. de Gisors that I wished to mention[759]; I did not believe anyone could be mistaken regarding him. We are not fortunate enough to live in an era where the same praise can be applied to several young men.
I believe you know Mr. du Terreaux; I must tell you something that I wish he would be aware of. Through a letter that came into his hands, I had requested a copy of the decree issued against me by the Archbishop of Paris. Mr. du Terreaux, in an attempt to obligate me, informed the person I was addressing and sent me a copy of this decree through his brother. Before giving it to me, his brother took the precaution of having it circulated throughout Môtiers; this could only have a very negative effect in a place where judgments from Paris are considered authoritative, and where it is of great importance for me to maintain a good reputation. Between these two brothers, there is indeed a significant difference in their merits. If Mr. du Terreaux ever has the honor of sending me anything, please ensure that it does not pass through his brother’s hands; and please make the same request on your own behalf as well.
Good morning, madam: if you are as kind as your letters make you seem, then you must be my angel; if I were in your position, I would pray for you every morning.
Letter CCCL – To Madame la Comtesse de Boufflers
Môtiers-Travers, October 7, 1762.
Credo, signore, di dovervi inviare la lettera che ho appena ricevuto, contenuta nell’indirizzo che vi sto anche inviando. Esausto di ricevere lettere anonime, all’inizio ho strappato quella senza nemmeno leggerla, disgustato dallo sciocchezze con cui iniziava; ma, riprendendo i fogli per un movimento meccanico, ho pensato che potesse essere importante per voi conoscere chi siano questi miserabili che passano il loro tempo a scrivere o a dire simili stupidaggini. Abbiamo, signore, nemici in comune che cercano di separare due uomini d’onore che si stimano a vicenda; vi assicuro che, nonostante i loro sforzi, non riusciranno mai a togliermi la fiducia che ho in voi e che non verrà mai meno. Spero anche di poter continuare ad godere delle stesse gentilezze di cui mi avete onorato e di non meritare mai di perderle. Sono molto felice di scoprire che non solo non vi disdegnate di scrivere per combattere contro di me, ma che addirittura mi fate l’onore di rivolgermi direttamente a voi. Sono convinto che, anche se non esiterete a contraddirmi quando ritenete che io abbia torto, potrete fare molto di più per voi stesso, per me e per la causa comune se parlate con me piuttosto che scrivere; per quanto riguarda la mia difesa, credo di aver già compreso perfettamente lo spirito della vostra replica. Per questo motivo, non esiterò a chiedervi alcuni esemplari del vostro libro da distribuire in questo paese; intendo anche informare i miei amici in Francia non appena conoscerò il titolo, convinto che sarà sufficiente farvi conoscere per farlo cercare immediatamente.
Credo di dovervi avvisare che, riguardo a una lettera che ho scritto al signor de Montmollin, pastore di Môtiers, e della quale vi invierò una copia se lo desiderate, nel caso in cui non vi arrivasse per altri canali, egli non solo ha acconsentito, ma ha anche espresso il desiderio che io mi avvicinassi all’altare sacro, come ho fatto con grande consolazione domenica scorsa. Spero, signore, che vorrete accordarmi la vostra approvazione per quanto uno dei vostri colleghi ha fatto in questa occasione, e che non mi tratterete nella vostra lettera come se fossi separato dalla Chiesa riformata, alla quale mi sono unito sinceramente e con tutto il mio cuore. Da allora, sono rimasto costantemente legato a essa, e lo sarò fino alla fine della mia vita. Ricevete, signore, le più sincere assicurazioni del mio attaccamento e del mio rispetto.
Lettera CCCXLVI – A Monsieur Théodore Rousseau
[756]
A Môtiers, l’11 settembre 1762.
Che piacere mi facciano le vostre lettere, mio carissimo cugino. Tuttavia è impossibile per me impegnarmi a rispondervi con precisione: servirebbero più di ventiquattro ore al giorno solo per rispondere a tutte le lettere che ricevo, e la mia condizione attuale non mi permette di scrivere continuamente. Pertanto, vi prego di non rimproverarmi se vi ignoro o rifiuto di rispondervi. Un simile comportamento è del tutto inappropriato tra parenti che si stimano e si amano; dovreste piuttosto compiangermi per essere costretto a trascorrere tutta la mia vita facendo qualcosa che non desidero affatto. Ho ricevuto la vostra prima lettera, inviata tramite il colonnello Roguin; la seconda avrebbe fatto lo stesso percorso, passando per Yverdon, se solo gli impiegati postali non avessero corretto da soli l’indirizzo. Non scrivetemi direttamente a Môtiers-Travers: in questo modo le vostre lettere arriveranno con maggiore sicurezza, molto più rapidamente e a minor costo. Non mi sorprende affatto che a Ginevra la gente inizi a cambiare opinione su di me. L’atteggiamento negativo che vi era stato assunto laggiù era troppo estremo per poter durare a lungo. Basta semplicemente aprire gli occhi, leggere con i propri occhi e non giudicarmi in base agli interessi di alcune persone. Per quanto mi riguarda, ho già visto il pubblico cambiare opinione su di me cinque o sei volte; tuttavia sono sempre rimasto lo stesso, e spero di rimanerlo fino alla fine dei miei giorni. Qualunque sia l’esito di tutto ciò, avrò sempre un ricordo pieno di riconoscenza per l’iniziativa che voi e mio cugino, vostro padre, avete preso in questa circostanza. Un’iniziativa saggia, virtuosa, del tutto appropriata. E che, anche se apparentemente infruttuosa, non potrà che portare onore a me e alla mia famiglia nel corso del tempo. Siate certo che non la dimenticherò mai.
Ho qui mademoiselle Le Vasseur, di cui voi avete la gentilezza di occuparvi. Lei parla spesso di voi e di tutti i buoni trattamenti che lei e io abbiamo ricevuto dai vostri affettuosi genitori durante il mio soggiorno a Ginevra. Vi prego di trasmettere loro i miei più sinceri auguri di amicizia, e credetemi, caro cugino, che vi sono legato per tutta la vita.
Osservazione.
Questa lettera dimostra che la famiglia di Rousseau non lo lasciò essere condannato a Ginevra senza fare ricorso.
Corrisponde ai dettagli che egli stesso fornisce riguardo all’intervento dei suoi genitori nel suo processo.
Lettera CCCXLVIII – A Madame La Tour
Môtiers, 26 settembre 1762.
Sono ancora disposto a arrabbiarmi, signora, per la paura che voi provate nel temere di tormentarmi con le vostre lettere. Credetemi, vi supplico: quando non mi rimproverate, queste lettere mi tormentano soltanto con il desiderio di conoscere chi le scrive e di rendergli i miei omaggi; e devo ammettere che, in questo modo, mi tormentate sempre di più giorno dopo giorno. Avete nei miei confronti un debito molto maggiore di quanto possiate pensare per la gentilezza che siete costretta ad avere con me, perché essa fa sì che nella mia immaginazione voi appariate con tutte le grazie che potreste avere ai miei occhi; e più raramente mi rimproverate per la mia negligenza, più mi costringete a rimproverarmela io stesso.
La donna che mi disse di stare zitto, Jean-Jacques[758], non era affatto la signora di Luxembourg; anzi, in quel periodo non la conoscevo nemmeno. È una persona che non ho mai più rivisto, ma che afferma di provare per me un’ammirazione di cui mi considero molto onorato. Dite che non sono indifferente verso nessuno. Meglio così: non posso sopportare le persone tiepide; preferisco essere odiato da mille persone piuttosto che amato soltanto da una. Chi non si appassiona per me non è degno di me. Poiché non so come odiare, rispondo al disprezzo degli altri con il mio stesso disprezzo. E questo non mi tormenta affatto: per me, loro non esistono nemmeno. Per quanto riguarda il mio libro, giudicatelo come volete; sapete che ho sempre separato l’autore dall’uomo stesso. Si può non amare i miei libri, e non lo ritengo affatto un male. Ma chi non mi ama a causa dei miei libri è una persona spregevole. Questo pensiero non mi abbandonerà mai.
È proprio di Monsieur de Gisors che volevo parlare[759]; non credevo fosse possibile sbagliarsi su di lui. Non abbiamo la fortuna di vivere in un secolo in cui lo stesso elogio possa essere rivolto a più giovani contemporaneamente.
Credo che conosciate il signor du Terreaux; devo dirvi qualcosa che vorrei fosse noto anche a lui. Avevo chiesto, attraverso una lettera che gli era arrivata nelle mani, un esemplare dell’ordinanza emessa dall’arcivescovo di Parigi contro di me. Il signor du Terreaux, volendo compiacermi, ha avvisato la persona a cui mi rivolgevo e mi ha inviato l’esemplare dell’ordinanza tramite suo fratello; quest’ultimo, prima di darmelo, si è preso la cura di farlo circolare in tutto Môtiers. Il che non può fare altro che avere un effetto molto negativo in una regione dove le decisioni di Parigi vengono considerate normative, e dove per me è fondamentale essere ben visto. Tra i due fratelli esiste davvero una grande differenza in termini di meriti. Vi prego: se il signor du Terreaux dovesse mai onorarmi con un messaggio, vi supplico di far sì che non passi attraverso le mani di suo fratello; fate lo stesso anche voi, per favore.
Buongiorno, signora: se siete come le vostre lettere, allora siete il mio angelo; se fossi al vostro posto, vi farei la mia preghiera ogni mattina.
Lettera CCCL – Alla signora contessa di Boufflers
Môtiers-Travers, 7 ottobre 1762.
J’espère, madame, avoir gardé, sur les obligeantes offres de madame de La M. (La Mare), le secret que vous me recommandez dans votre lettre du 10 septembre. Cependant, comme je n’ai pas un souvenir exact de ce que j’ai pu écrire, je pourrais y avoir manqué par inadvertance, ayant d’abord cru que ce secret exigé n’était que la délicatesse d’un coeur noble qui ne veut point publier ses bienfaits. Il faut de plus vous dire qu’avant l’arrivée de votre pénultième lettre, j’en avais reçu une de madame la M. de L. (la maréchale de Luxembourg), dans laquelle, après m’avoir parlé de vos propositions pour l’Angleterre, elle ajoute que vous m’en avez fait d’autres, qu’elle aimerait bien mieux que j’acceptasse. Or, n’ayant point encore reçu la lettre où vous me parlez de l’offre de M. le P. de C. (le prince de Conti), pouvais-je croire autre chose, sinon que l’offre de madame de La M. (La Mare) était connue et approuvée de madame de Luxembourg ? J’étais dans cette idée quand je lui répondis. Cependant je suis persuadé que je ne lui en parlai point ; mais je ne me souviens pas assez de ma lettre pour en » être sûr.
Voici la lettre que vous m’ordonnez de vous renvoyer. Milord Maréchal, qui m’honore de ses bontés, pense comme vous sur le voyage d’Angleterre que vous me proposez. Je ne sais même s’il n’a pas aussi écrit à M. Hume sur mon compte. Je me rends donc ; et si, après le voyage que vous vous proposez de faire dans cette île le printemps prochain, vous persistez à croire qu’il me convienne d’y aller, j’irai, sous vos auspices, y chercher la paix, que je ne puis trouver nulle part. Il n’y a que mon état qui puisse nuire à ce projet. Les hivers ici sont si rudes, et les approches de celui-ci me sont déjà si contraires, que c’est une espèce de folie d’étendre mes vues au-delà. Nous parlerons de tout cela dans le temps ; mais, en attendant, je ne puis vous cacher que je suis très déterminé à ne point passer par la France. Il faut qu’un étranger soit fou pour mettre le pied dans un pays où l’on ne connaît d’autre justice que la force, et où l’on ne sait pas même ce que c’est que le droit des gens.
Vous aurez su, madame, que le roi de Prusse a fait sur mon compte une réponse très obligeante à Milord Maréchal. On a fait courir dans le public un extrait de cette lettre qui m’est honorable aussi, mais qui n’est pas vrai ; car Milord ne l’a montrée à personne, pas même à moi. Il m’a dit seulement que le roi se ferait un plaisir de me faire bâtir un Ermitage[760] à ma fantaisie, et que j’en pourrais choisir moi-même l’emplacement. Je vous avoue qu’une offre si bien assortie à mon goût m’a changé le coeur. Je ne sais point résister aux caresses, et je suis bien heureux que jamais ministre ne m’ait voulu tenter par là. J’ai répondu à Milord que j’étais touché des boutés du roi, mais qu’il me serait impossible de dormir dans une maison bâtie, pour moi, d’une main royale ; et il n’en a plus été question. Madame, j’ai trop mal pensé et parlé du roi de Prusse pour recevoir jamais ses bienfaits ; mais je l’aimerai toute ma vie.
Il faut que je vous supplie, madame, de vouloir bien vous faire informer de M. Duclos. Je crains qu’il ne soit malade. Il m’a écrit avec intérêt. Je lui ai répondu. Il m’a récrit, en me demandant qui étaient mes ennemis et quels, et d’autres détails sur ma situation. Je l’ai satisfait pleinement dans une seconde réponse, dans laquelle je lui ai développé toutes les menées du poète, du jongleur, et de leurs amis. Dans la même lettre, je lui demande, à mon tour, des nouvelles de ce qui se passe à Paris par rapport à moi, selon l’offre qu’il m’en avait faite lui-même. Il y a de cela plus de six semaines, et je n’entends plus parler de lui. M. Duclos n’est certainement ni un faux ami ni un négligent : il faut absolument qu’il soit malade. Je vous supplie de vouloir bien me tirer de peine sur son compte. Je n’ai point encore écrit au chevalier de Lorenzy, et j’ai grand tort, car je n’ai pas cessé un moment de compter sin-toute son amitié, quoique je le sache très lié avec des gens qui ne m’aiment pas, mais qui feignent de m’aimer avec ceux qui m’aiment, et qui ne manqueront pas d’avoir cette feinte avec lui.
Puisque vous daignez vous ressouvenir de mademoiselle Le Vasseur, permettez, madame, qu’elle vous témoigne sa reconnaissance, et qu’elle vous assure de son profond respect. Le froid augmente ici de jour en jour, et le pays est tout couvert de neige.
Si vous aviez la bonté, madame, de m’écrire directement, vos lettres me parviendraient beaucoup plus tôt ; car il faut qu’elles passent ici pour aller à Neuchâtel.
Lettre CCCXLII – Au même
Môtiers-Travers, le 21 octobre 1762.
J’ai eu l’ami Deluc, comme vous me l’aviez annoncé. Il m’est arrivé malade ; je l’ai soigné de mon mieux, et il est reparti bien rétabli. C’est un excellent ami, un homme plein de sens, de droiture et de vertu ; c’est le plus honnête et le plus ennuyeux des hommes. J’ai de l’amitié, de l’estime, et même du respect pour lui ; mais je redouterai toujours de le voir. Cependant je ne l’ai pas trouvé tout-à-fait si assommant qu’à Genève : en revanche, il m’a laissé ses deux livres[761] ; j’ai même eu la faiblesse de promettre de les lire, et, de plus, j’ai commencé, lion Dieu, quelle tâche ! Moi qui ne dors point, j’ai de l’opium au moins pour deux ans. Il voudrait bien me rapprocher de vos messieurs, et moi aussi je le voudrais de tout mon coeur : mais je vois clairement que ces gens-là, mal intentionnés comme ils sont, voudront me remettre sous la férule, et s’ils n’ont pas tout-à-fait le front de demander des rétractations, de peur que je ne les envoie promener, ils voudront des éclaircissements qui cassent les vitres, et qu’assurément je ne donnerai qu’autant que je le pourrai dans mes principes ; car très certainement ils ne me feront point dire ce que je ne pense pas. D’ailleurs n’est-il pas plaisant que ce soit à moi de faire les frais de la réparation des affronts que j’ai reçus ? On commence par brûler le livre, et l’on demande des éclaircissements après. En un mot, ces messieurs, que je croyais raisonnables, sont cafards comme les autres, et, comme eux, soutiennent par la force une doctrine qu’ils ne croient pas. Je prévois que tôt ou tard il faudra rompre : ce n’est pas la peine de renouer. Quand je vous verrai nous causerons à fond de tout cela.
Vous avez très bien vu l’état de la question sur le dernier chapitre du Contrat social, et la critique de Roustan porte à faux à cet égard ; mais comme cela n’empêche pas d’ailleurs que son ouvrage ne soit bon, je n’ai pas dû l’engager à jeter au feu un écrit dans lequel il me réfute ; et c’est pourtant ce qu’il aurait dû faire si je lui avais fait voir combien il s’est trompé. Je trouve dans cet écrit un zèle pour la liberté qui me le fait aimer. Si les coups portés aux tyrans doivent passer par ma poitrine, qu’on la perce sans scrupule, je la livrerai volontiers.
Mettez-moi, je vous prie, aux pieds de l’aimable dame qui daigne s’intéresser pour moi. Pour les lacets, l’usage en est consacré, et je n’en suis plus le maître. Il faut, pour en obtenir un, qu’elle ait la bonté de redevenir fille, de se remarier de nouveau, et de s’engager à nourrir de son lait son premier enfant. Pour vous, vous avez des filles : je déposerai dans vos mains ceux qui leur sont destinés. Adieu, cher ami.
Lettre CCCXLIV – À M. de Mouchon
MINISTRE DU SAINT ÉVANGILE, À GENÈVE.
[762]
À Môtiers, le 29 octobre 1762.
Bien obligé, très cher cousin, de votre bonne visite, de votre bon envoi, de votre bonne lettre, et surtout de votre bonne amitié, qui donne du prix à tout le reste. Je vous assure que si vous avez emporté d’ici quelque souvenir agréable, vous y avez laissé bien des consolations. Vous me faites bénir les malheurs qui m’ont attiré de tels amis. Et quel cas ne dois-je pas faire d’un attachement formé par l’épreuve qui en brise tant d’autres ? Vous me devez maintenant tous les sentiments que vous m’avez inspirés, et vous ne pourrez, sans ingratitude, oublier de votre vie que les deux larmes que vous avez versées à notre premier abord, sont tombées dans mon coeur.
I hope, madam, that I have kept, in response to the kind offers made by Madame de La M. (La Mare), the secret you recommended to me in your letter dated September 10th. However, since I do not have a clear recollection of what I may have written, it is possible that I have inadvertently omitted something, having initially assumed that this so-called “secret” merely referred to the delicacy of a noble heart that wishes not to publicize its charitable deeds. Moreover, I must inform you that before receiving your penultimate letter, I had already received one from Madame la M. de L. (the Marquise of Luxembourg), in which, after mentioning your proposals regarding England, she added that you had made other offers to me and that she would much prefer if I accepted those. Since I had not yet received the letter in which you referred to the offer from Monsieur le P. de C. (the Prince of Conti), what else could I have thought but that Madame de La M. (La Mare)‘s proposal was already known and approved by Madame de Luxembourg? That was my assumption when I replied to her. However, I am convinced that I did not mention this to her; but I do not remember my letter well enough to be certain.
Here is the letter that you have ordered me to send back to you. My Lord Marshal, who honors me with his kindnesses, shares your opinion regarding the trip to England that you suggest for me. I even suspect that he may have written to Mr. Hume about me as well. Therefore, I am ready to go; and if, after the journey you plan to undertake on this island next spring, you still believe it is appropriate for me to go there, I will set off under your auspices in search of peace—something I cannot find anywhere else. Only my current circumstances could possibly prevent me from carrying out this plan. The winters here are so harsh, and the approach of this winter alone has already caused me so much distress, that it would be nothing but madness to consider going any further. We will discuss all of this at a later time; but for now, I must tell you that I am absolutely determined not to pass through France. Only a madman would dare set foot in a country where the only form of justice known is force, and where people do not even understand what human rights mean.
Madam, you must have heard that the King of Prussia sent Milord the Marshal a very kind reply regarding me. A excerpt from this letter was circulated among the public; it was honorable for me, but it was not true, for Milord never showed it to anyone, not even to me. He merely told me that the King would be pleased to have built me an hermitage according to my own design, and that I could choose the location myself. I must confess that such an offer, so in line with my tastes, truly moved me. I cannot resist such kindness, and I am fortunate that no minister has ever tried to manipulate me in this way. I replied to Milord that I was grateful for the King’s generosity, but that it would be impossible for me to live in a house built by a royal hand; and since then, the matter was dropped. Madame, I have thought and spoken too poorly of the King of Prussia to ever receive his favors; yet I will love him for the rest of my life.
I must implore you, madam, to take the trouble to inquire about Mr. Duclos. I fear he may be ill. He wrote to me expressing interest; I replied to him, and he wrote again, asking who my enemies were and other details about my situation. In my second reply, I provided him with a thorough account of the schemes of that poet, the juggler, and their associates. In the same letter, I asked him in turn for news regarding what was happening in Paris concerning me, in accordance with the promise he had made me. It has been over six weeks since then, and I have heard nothing from him. Mr. Duclos is certainly neither a false friend nor careless; he must be ill. I earnestly beg you to do something to alleviate my concern for him. I have not yet written to Sir de Lorenzy, and I am greatly at fault in doing so, for I have never lost hope in his friendship, even though I know he is closely associated with people who do not truly love me—but who pretend to do so, just as they do with those who do love me. And they will surely continue this pretense with him as well.
Since you deign to recall Miss Le Vasseur, permit me, madam, to express her gratitude on your behalf and assure you of her deepest respect. The cold is getting worse day by day here, and the entire region is covered in snow.
If you would be so kind, madam, as to write to me directly, your letters would reach me much more quickly; for they have to be sent here first before being forwarded to Neuchâtel.
Letter CCCXLII – To the Same One
Môtiers-Travers, October 21, 1762.
I did meet the friend Deluc, just as you had told me. He fell ill; I took care of him as best I could, and he soon recovered completely. He is an excellent friend—a man full of sense, integrity, and virtue; indeed, he is the most honest, but also the most tedious of men. I feel friendship, respect—even admiration—for him; yet I would always avoid seeing him. However, he did not seem quite so unbearable as he was in Geneva. On the contrary, he left me his two books[761]; I even foolishly promised to read them. Oh, what a task! I, who never sleep, now have enough opium for at least two years. He would like to bring me closer to your gentlemen, and I would wish it with all my heart too; but I clearly see that these people, being of ill intent, will try to reinstate me under their control. If they don’t dare demand outright retracts—for fear that I might send them away—they will seek some explanations that are bound to cause trouble. And surely I will only give as much as my principles allow; for they will never make me say anything I do not believe. Besides, isn’t it amusing that it is I who must pay the price for the insults I have received? First, they burn my books, and then they demand explanations. In short, these gentlemen, whom I thought reasonable, are just as despicable as everyone else; like them, they cling to a doctrine they themselves do not believe in. I foresee that sooner or later we will have to break off relations altogether—it’s not worth continuing. When I see you again, we will discuss all this in detail.
You have very clearly seen the state of affairs regarding the last chapter of the Social Contract; Roustan’s critique is misplaced in this regard; but since this does not in any way diminish the merit of his work, I saw no need to urge him to burn a manuscript in which he refutes me. Yet that would have been what he should have done had I shown him how greatly he had erred. I find in this manuscript a zeal for freedom that makes me respect it. If blows against tyrants must pass through my chest, then let them pierce it without hesitation—I will offer it up willingly.
Please place me at the feet of that kind lady who deigns to show concern for me. As for the laces, their use is well-established, and I am no longer in control of them. To obtain one, she would have to be so kind as to become a woman again, remarry, and pledge to feed her first child with her own milk. As for you, you have daughters; I will place those laces destined for them into your hands. Adieu, my dear friend.
Letter CCCXLIV – To Mr. de Mouchon
Minister of the Holy Gospel, in Geneva.
[762]
At Môtiers, on October 29, 1762.
Thank you very much, my dear cousin, for your kind visit, your generous gifts, your letter, and above all for your wonderful friendship, which gives value to everything else. I assure you that if you have taken some pleasant memories from here, you have also left behind many sources of comfort. You make me grateful for the misfortunes that have brought me such friends. And what greater testimony could there be to the strength of a bond formed through adversity, which so often shatters other relationships? You now owe me all the feelings that you have inspired in me; and it would be utterly ungrateful of you to ever forget that the two tears you shed upon our first meeting fell right into my heart.
Spero, signora, di aver mantenuto il segreto che mi avete raccomandato nella vostra lettera del 10 settembre, nonostante le gentili offerte della signora de La M. Tuttavia, poiché non ricordo con esattezza ciò che ho potuto scrivere, è possibile che io abbia trascurato qualcosa per distrazione, avendo inizialmente creduto che quel segreto richiesto riguardasse soltanto la delicatezza di un cuore nobile che non desidera rendere noti i propri benefici. Devo inoltre dirvi che, prima dell’arrivo della vostra penultima lettera, ne avevo ricevuta una dalla signora de La M, de L., nella quale, dopo avermi parlato delle vostre proposte per l’Inghilterra, aggiungeva che mi avevate fatto altre offerte e che le sarebbe molto più gradito se le accettassi. Ora, non avendo ancora ricevuto la lettera in cui mi parlate dell’offerta del signor de C., come potevo pensare altrimenti, se non che l’offerta della signora de La M, de L. fosse già conosciuta e approvata dalla signora de Luxembourg? Ero proprio con questa idea quando le risposi. Tuttavia sono convinto di non averle parlato di questo; ma non ricordo abbastanza bene la mia lettera per poterlo affermare con certezza.
Ecco la lettera che mi avete ordinato di inviarvi. Il Milord Maresciallo, che mi onora con le sue gentilezze, la pensa come voi riguardo al viaggio in Inghilterra che mi proponete. Non so nemmeno se non abbia scritto anche a Monsieur Hume a mio riguardo. Quindi parto; e se, dopo il viaggio che intendete intraprendere su quest’isola la prossima primavera, persistrete nel ritenere che sia opportuno per me andarci, ci andrò, sotto i vostri auspici, a cercare quella pace che altrove non riesco a trovare. Solo il mio stato attuale potrebbe ostacolare questo progetto: gli inverni qui sono così rigidi, e le condizioni meteorologiche di questi mesi mi sono già molto sfavorevoli, che sarebbe una sorta di follia estendere i miei piani oltre ciò che è possibile. Ne parleremo più avanti; ma per ora non posso nascondervi che sono assolutamente deciso a non passare per la Francia. Solo un pazzo potrebbe mettere piede in un paese dove l’unica giustizia conosciuta è quella della forza, e dove nemmeno si sa cosa significhi il diritto delle genti.
Signora, avrete certamente saputo che il re di Prussia ha risposto in modo molto cortese a Milord Maresciallo riguardo a me. È stato diffuso tra il pubblico un estratto di questa lettera che, sebbene mi onori, non corrisponde alla verità; infatti Milord non l’ha mostrata a nessuno, nemmeno a me. Mi ha semplicemente detto che il re si sarebbe compiaciuto di far costruire per me un eremo secondo i miei desideri, e che avrei potuto scegliere personalmente il luogo dove essere edificato. Devo ammettere che una proposta così in linea con i miei gusti mi ha profondamente commosso. Non so resistere alle lusinghe del genere, e sono davvero fortunato che nessun ministro abbia mai cercato di tentarmi in questo modo. Ho risposto a Milord che ero grato per le attenzioni del re, ma che sarebbe stato impossibile per me dormire in una casa costruita appositamente per me da una mano reale; e da allora la questione non è più stata sollevata. Signora, ho pensato e parlato troppo male del re di Prussia per poter mai accettare i suoi favori. Ma lo amerò per tutta la vita.
Devo supplicarvi, signora, di informarvi su quanto accade a Monsieur Duclos. Temo che possa essere malato. Mi ha scritto con interesse; gli ho risposto e lui mi ha inviato un’altra lettera in cui chiedeva chi fossero i miei nemici e altri dettagli sulla mia situazione. Gli ho fornito tutte le informazioni necessarie, descrivendo in dettaglio le azioni del poeta, del giocoliere e dei loro amici. Nella stessa lettera, a mia volta, gli ho chiesto notizie su ciò che accade a Parigi riguardo a me, secondo quanto mi aveva promesso lui stesso. Sono passate più di sei settimane e non ho più ricevuto sue notizie. Monsieur Duclos sicuramente non è né un falso amico né negligente: deve essere davvero malato. Vi supplico di aiutarmi a sapere cosa gli sia successo. Non ho ancora scritto al cavaliere de Lorenzy, e ne sono molto pentita, perché non ho mai smesso di contare sulla sua amicizia, anche se so che è molto legato a persone che non mi amano, ma che fingono di farlo insieme a coloro che mi amano. E sicuramente continueranno a fingere anche con lui.
Poiché vi degnate di ricordarvi di mademoiselle Le Vasseur, permettetemi, signora, che lei esprima la sua riconoscenza e vi assicuri del suo profondo rispetto. Qui il freddo aumenta giorno dopo giorno, e la regione è completamente coperta da neve.
Se volesse avere la gentilezza, signora, di scrivermi direttamente, le sue lettere mi arriverebbero molto più in fretta; infatti devono prima essere inviate qui per poi proseguire verso Neuchâtel.
Lettera CCCXLII – Allo stesso.
Môtiers-Travers, 21 ottobre 1762.
Ho avuto l’amico Deluc, come mi avevate annunciato. Si è ammalato; l’ho curato nel miglior modo possibile e ora si è ripreso completamente. È un ottimo amico, un uomo pieno di buon senso, onestà e virtù, ma anche il più noioso degli uomini. Provo per lui affetto, stima, persino rispetto; tuttavia temerò sempre di rivederlo. Tuttavia, non mi è sembrato così noioso come a Ginevra: anzi, mi ha lasciato i suoi due libri[761]; ho persino avuto la debolezza di promettere di leggerli, e, per di più, ho iniziato, mio Dio, che compito arduo! Io, che non dormo mai, ora ho abbastanza oppio per almeno due anni. Lui vorrebbe molto che io mi avvicinassi ai vostri signori, e anch’io lo desidererei con tutto il cuore; ma vedo chiaramente che queste persone, essendo di cattive intenzioni, cercheranno di ridurmi sotto la loro influenza. Se non osano chiedermi delle rettifiche, per paura che io li mandi via, allora cercheranno delle spiegazioni che, sicuramente, romperanno ogni regola, e io darò solo ciò che posso, rispettando i miei principi, perché di certo non mi faranno dire ciò che non penso. Del resto, non è divertente che sia proprio a me toccare il compito di “rimediare” agli insulti che ho ricevuto? Prima si brucia il libro, e poi si chiedono delle spiegazioni. In breve, questi signori, che credevo fossero ragionevoli, sono uguali agli altri: sostengono con la forza una dottrina che in realtà non credono. Prevedo che prima o poi sarà necessario interrompere questa relazione, non vale la pena riprovarci. Quando vi rivedrò, ne parleremo a fondo.
Avete visto molto chiaramente lo stato della questione nel capitolo finale del Contratto sociale, e la critica di Roustan in questo senso è infondata; tuttavia, poiché ciò non impedisce affatto che il suo lavoro sia valido, non ho ritenuto necessario convincerlo a gettare via un testo nel quale mi confuta; eppure avrebbe dovuto farlo, se gli avessi mostrato quanto si fosse sbagliato. Trovo in quel testo un zelo per la libertà che lo rende ammirevole. Se i colpi destinati ai tiranni devono passare attraverso il mio petto, che vengano sferrati senza esitazioni: io li offrirò volentieri.
Per favore, mettetemi ai piedi di quella gentile signora che si degna di interessarsi a me. Per quanto riguarda i lacci, l’uso ne è ormai stabilito, e io non ne sono più il padrone. Affinché possa ottenerne uno, dovrà avere la bontà di tornare a essere una ragazza, di risposarsi e di promettere di nutrire con il suo latte il proprio primo figlio. Per quanto vi riguarda, avete delle figlie: io deporrò nelle vostre mani quelli che sono destinati a loro. Addio, caro amico.
Lettera CCCXLIV – A Monsieur de Mouchon
Ministro dell’Evangelo, a Ginevra.
[762]
A Môtiers, il 29 ottobre 1762.
Grazie mille, caro cugino, per la tua gentile visita, per il tuo bel messaggio, per la tua lettera affettuosa e, soprattutto, per la tua buona amicizia, che dà valore a tutto il resto. Ti assicuro che, se hai portato con te qualcosa di piacevole da qui, hai anche lasciato molte consolazioni. Mi fai ringraziare i malanni che mi hanno permesso di conoscere amici del genere. E quale caso non dovrei fare di un legame nato attraverso prove che distruggono tanti altri? Ora mi devi tutti i sentimenti che mi hai ispirato, e non potrai, senza ingratitudine, dimenticare che le due lacrime che hai versato al nostro primo incontro sono cadute nel mio cuore.
C’est un petit mal que la qualité de citoyen ne soit pas énoncée dans le baptistaire ; j’ai toujours été plus jaloux des devoirs que des droits de ce titre honorable. Je me suis toujours fait un devoir de peu exiger des hommes : en échange du bien que j’ai tâché de leur faire, je ne leur ai demandé que de ne me point faire de mal. Vous voyez comment je l’ai obtenu. Mais, n’importe, ils auront beau faire, je serai libre partout, malgré eux.
Si je vous ai tenu quelques mauvais propos, au sujet de l’atlas, ce dont je ne me souviens point, j’ai eu tort, et je vous prie de l’oublier. Il est bon qu’une amitié aussi généreuse que la vôtre commence par avoir quelque chose à pardonner. Je n’approuve pas, de mon côté, que vous en ayez payé le port. Je vous prie d’en ajouter le déboursé à celui du baptistaire et au prix de l’atlas, qu’un ami sera chargé de vous rembourser.
Mille choses, je vous supplie, à l’honnête anonyme[763], dont je vous ai montré la lettre ; vous savez combien elle m’a touché ; vous n’avez là-dessus à lui dire que ce que vous avez vu vous-même. Adieu, cher cousin, je vous embrasse et vous aime de tout mon coeur.
Je dois une lettre[764] au bon et aimable Beauchâteau, mais je ne sais comment lui écrire, n’ayant pas son adresse.
Observation
Cette lettre de J. J. Rousseau fut écrite à la suite d’un voyage que firent, en octobre 1762, à Môtiers-Travers, trois jeunes Genevois, pour y visiter leur célèbre compatriote, après s’être assurés de sa disposition à les recevoir. Ces Genevois étaient MM. les ministres Mouchon et Roustan, et M. Beauchâteau, horloger[765].
Lettre CCCXLV – À Madame la comtesse de Boufflers
Le 30 octobre 1762.
En m’annonçant, madame, dans votre lettre du 22 septembre (c’est, je crois, le 22 octobre), un changement avantageux dans mon sort[766], vous m’avez d’abord fait croire que les hommes qui me persécutent s’étaient lassés de leurs méchancetés, que le parlement de Paris avait levé son inique décret, que le magistrat de Genève avait reconnu son tort, et que le public me rendait enfin justice. Mais loin de là, je vois, par votre lettre même, qu’on m’intente encore de nouvelles accusations : le changement de sort que vous m’annoncez se réduit à des offres de subsistances dont je n’ai pas besoin quant à présent ; et comme j’ai toujours compté pour rien, même en santé, un avenir aussi incertain que la vie humaine, c’est pour moi, je vous jure, la chose la plus indifférente que d’avoir à dîner dans trois ans d’ici.
Il s’en faut beaucoup, cependant, que je sois insensible aux bontés du roi de Prusse ; au contraire, elles augmentent un sentiment très doux, savoir l’attachement que j’ai conçu pour ce grand prince. Quant à l’usage que j’en dois faire, rien ne presse pour me résoudre, et j’ai du temps pour y penser.
À l’égard des offres de M. Stanlay, comme elles sont toutes pour votre compte, madame, c’est à vous de lui en avoir obligation. Je n’ai point ouï parler de la lettre qu’il vous a dit m’avoir écrite.
Je viens maintenant au dernier article de votre lettre, auquel j’ai peine à comprendre quelque chose, et qui me surprend à tel point, surtout après les entretiens que nous avons eus sur cette matière, que j’ai regardé plus d’une fois à l’écriture pour voir si elle était bien de votre main. Je ne sais ce que vous pouvez désapprouver dans la lettre que j’ai écrite à mon pasteur dans une occasion nécessaire. À vous entendre avec votre ange, on dirait qu’il s’agissait d’embrasser une religion nouvelle, tandis qu’il ne s’agissait que de rester comme auparavant dans la communion de mes pères et de mon pays, dont on cherchait à m’exclure : il ne fallait point pour cela d’autre ange que le vicaire savoyard. S’il consacrait en simplicité de conscience dans un culte plein de mystères inconcevables, je ne vois pas pourquoi J. J. Rousseau ne communierait pas de même dans un culte on lien ne choque la raison ; et je vois encore moins pourquoi, après avoir jusqu’ici professé ma religion chez les catholiques sans que personne m’en fit un crime, on s’avise tout d’un coup de m’en faire un fort étrange de ce que je ne la quitte pas en pays protestant.
It is a minor inconvenience that the quality of being a citizen is not explicitly stated in the baptismal register; I have always felt more envy for the duties associated with this honorable title than for its rights. I have always made it my duty to demand little from people: in exchange for the good I tried to bring them, I asked them only not to do me any harm. You can see how I achieved this. But anyway, no matter what they do, I will remain free everywhere, despite them.
If I have said anything unpleasant about the atlas—of which I cannot remember in any detail—I was wrong, and I beg you to forget it. It is only right that a friendship as generous as yours should begin with an act of forgiveness. On my part, I do not approve of your having paid for it. Please add the amount you spent to the cost of the baptismal certificate and the atlas; a friend will be responsible for reimbursing you.
A thousand things, I implore you, dear anonymous friend[763], to whom I have shown that letter; you know how deeply it touched me; all you have to tell him is what you yourself have seen. Adieu, dear cousin; I embrace you and love you with all my heart.
I owe a letter[764] to the kind and pleasant Beauchâteau, but I don’t know how to write to him since I don’t have his address.
Observation
This letter by J.-J. Rousseau was written following a trip that three young men from Geneva made to Môtiers-Travers in October 1762, in order to visit their famous compatriot there, after ensuring that he was willing to receive them. These Genevans were Messrs. Mouchon and Roustan, who were ministers, and Mr. Beauchâteau, a watchmaker[765].
Letter CCCXLV – To Madame la Comtesse de Boufflers
October 30, 1762.
In your letter dated September 22nd (I believe it was actually October 22nd), you informed me of a favorable change in my fate[766]. At first, I believed that the people who were persecuting me had abandoned their malice, that the Paris Parliament had revoked its unjust decree, that the magistrate in Geneva had acknowledged his mistake, and that the public was finally bringing me justice. But far from it—your very letter reveals that new accusations are still being made against me. The so-called “favourable change” you mention amounts merely to offers of food and shelter, which I currently have no need for. And since I have always regarded an uncertain future, like human life itself, as utterly insignificant, I swear to you that knowing whether I will have dinner in three years from now is the very least of my concerns.
However, it is far from true that I am insensible to the kindnesses of the King of Prussia; on the contrary, they only enhance a very tender feeling—the affection that I have developed for this great prince. As for how I should make use of these kindnesses, there is no rush to decide, and I have plenty of time to think about it.
Regarding Mr. Stanlay’s offers, since they are all made in your name, madam, it is up to you to decide whether to accept them or not. I have not heard anything about the letter he claimed to have written to you.
I now come to the last section of your letter; I find it extremely difficult to understand, and it surprises me so much—especially after the discussions we have had on this subject—that I even checked the handwriting several times to confirm whether it really was yours. I don’t know what you could possibly object to in the letter I wrote to my pastor on a purely necessary matter. Listening to you speak with your “angel,” one might think that you were embracing a new religion, when in fact all that was at stake was remaining true to the traditions of my ancestors and my country, which some people seemed determined to exclude me from. For doing so, they didn’t need any other “angel” than the Savoyard vicar. If he simply devoted himself to worship in a ceremony filled with incomprehensible mysteries out of pure conscience, I don’t see why J.-J. Rousseau couldn’t do the same in a worship that doesn’t offend reason at all. And even less so, why, after I have always practiced my religion among Catholics without anyone ever condemning me for it, someone would suddenly consider it such a strange crime for me to continue doing so in a Protestant country.
È un piccolo inconveniente il fatto che la qualità di cittadino non venga menzionata nel battesimo; ho sempre invidiato di più i doveri che i diritti legati a questo onorevole titolo. Mi sono sempre imposto come dovere non chiedere molto alle persone: in cambio del bene che ho cercato di far loro, ho chiesto loro soltanto di non farmi del male. Vedete come ci sono riuscito. Ma comunque sia, non importa cosa facciano, sarò libero ovunque, nonostante loro.
Se vi ho detto qualcosa di spiacevole riguardo all’atlante, di cui non mi ricordo affatto, ho sbagliato e vi prego di dimenticarlo. È giusto che un’amicizia così generosa come la vostra inizi con un atto di perdono da parte mia. Da parte mia, non approvo il fatto che abbiate pagato voi stesso le spese per l’atlante; vi prego quindi di aggiungere questa somma a quella già spesa per il battesimo e al costo dell’atlante stesso, e un amico si occuperà di rimborsarvi.
Mille cose, vi prego, per l’onesto anonimo[763], di cui vi ho mostrato la lettera; sapete quanto mi abbia commosso. Non avete da dirgli altro se non ciò che avete visto con i vostri occhi. Addio, caro cugino: vi bacio e vi amo con tutto il mio cuore.
Devo scrivere una lettera al gentile e amabile Beauchâteau, ma non so come farlo, poiché non ho il suo indirizzo.
Osservazione.
Questa lettera di J.-J. Rousseau fu scritta in seguito a un viaggio che, nell’ottobre del 1762, fecero a Môtiers-Travers tre giovani genovesi per andare a visitare il loro celebre connazionale, dopo essersi assicurati della sua disponibilità ad accoglierli. Questi genovesi erano i signori ministri Mouchon e Roustan, nonché il signor Beauchâteau, orologiaio[765].
Lettera CCCXLV – Alla contessa di Boufflers
Il 30 ottobre 1762.
Signora, annunciandomi nella vostra lettera del 22 settembre (credo che fosse il 22 ottobre) un cambiamento favorevole nel mio destino[766], mi avete fatto credere inizialmente che gli uomini che mi perseguitavano avessero smesso le loro cattive intenzioni, che il parlamento di Parigi avesse revocato il suo ingiusto decreto, che il magistrato di Ginevra avesse riconosciuto il proprio errore e che finalmente il pubblico mi rendesse giustizia. Ma lontanamente da ciò, vedo dalla stessa vostra lettera che si intendono ancora muovermi nuove accuse: il cambiamento nel mio destino di cui parlate si riduce a offerte di sostentamento di cui al momento non ho bisogno; e poiché ho sempre considerato del tutto insignificante, anche in termini di salute, un futuro così incerto come la vita umana, per me, vi giuro, è la cosa più indifferente del mondo dover pranzare tra tre anni.
Tuttavia, sono tutt’altro che insensibile alle gentilezze del re di Prussia; anzi, esse rafforzano un sentimento molto dolce, ovvero l’affetto che ho sviluppato per questo grande principe. Per quanto riguarda il modo in cui dovrò utilizzarlo, non c’è alcuna urgenza nel prendere una decisione; ho tutto il tempo necessario per rifletterci.
Per quanto riguarda le offerte del signor Stanlay, poiché sono tutte a vostro nome, signora, è a voi che spetta riconoscergliene il debito. Non ho sentito parlare della lettera che lui diceva di avervi scritto.
Ora passo all’ultimo articolo della vostra lettera: fatico davvero a comprenderne il contenuto e mi sorprende moltissimo, soprattutto dopo le conversazioni che abbiamo avuto sull’argomento. Ho persino controllato più volte la grafia per verificare se fosse davvero della vostra mano. Non so cosa possiate disapprovare nella lettera che ho scritto al mio pastore in una circostanza necessaria. Ascoltandovi insieme al vostro “angelo”, si potrebbe pensare che si tratti di abbracciare una nuova religione, mentre in realtà si trattava semplicemente di rimanere nella comunione dei miei antenati e del mio paese, da cui cercavano di escludermi. Non era certo necessario, per farlo, un “angelo” diverso dal vescovo savoiardo. Se lui, con semplicità di cuore, partecipa a un rito pieno di misteri incomprensibili, non vedo perché J.-J. Rousseau non possa fare lo stesso in un rito che non offende la ragione. E ancora meno capisco perché, dopo aver professato sempre la mia religione tra i cattolici senza che nessuno me ne facesse una colpa, ora si decida improvvisamente di considerare strano il fatto che io non la lasci nel paese protestante.
Mais pourquoi cet appareil d’écrire une lettre ? Ah ! pourquoi ? Le voici. M. de Voltaire me voyant opprimé par le parlement de Paris, avec la générosité naturelle à lui et à son parti, saisit ce moment de me faire opprimer de même à Genève, et d’opposer une barrière insurmontable à mon retour dans ma patrie. Un des plus sûrs moyens qu’il employa pour cela fut de me faire regarder comme déserteur de ma religion : car là-dessus nos lois sont formelles, et tout citoyen ou bourgeois qui ne professe pas la religion qu’elles autorisent perd par là même son droit de cité. Il travailla donc de toutes ses forces à soulever les ministres : il ne réussit pas avec ceux de Genève, qui le connaissent ; mais il ameuta tellement ceux du pays de Vaud, que, malgré la protection et l’amitié de M. le bailli d’Yverdon et de plusieurs magistrats, il fallut sortir du canton de Berne. On tenta de faire la même chose en ce pays ; le magistrat municipal de Neuchâtel défendit mon livre ; la classe des ministres le déféra ; le conseil d’état allait le défendre dans tout l’état, et peut-être procéder contre ma personne : mais les ordres de Milord Maréchal et la protection déclarée du roi l’arrêtèrent tout court ; il fallut me laisser tranquille. Cependant le temps de la communion approchait, et cette époque allait décider si j’étais séparé de l’Église protestante ou si je ne l’étais pas. Dans cette circonstance, ne voulant pas m’exposer à un affront public, ni non plus constater tacitement, en ne me présentant pas, la désertion qu’on me reprochait, je pris le parti d’écrire à M. de Montmollin, pasteur de la paroisse, une lettre qu’il a fait courir, mais dont les voltairiens ont pris soin de falsifier beaucoup de copies. J’étais bien éloigné d’attendre de cette lettre l’effet qu’elle produisit : je la regardais comme une protestation nécessaire, et qui aurait son usage en temps et lieu. Quelle fut ma surprise et ma joie de voir dès le lendemain chez moi M. de Montmollin me déclarer que non seulement il approuvait que j’approchasse de la sainte table, mais qu’il m’en priait, et qu’il m’en priait de l’aveu unanime de tout le consistoire, pour l’édification de sa paroisse, dont j’avais l’approbation et l’estime ! Nous eûmes ensuite quelques conférences, dans lesquelles je lui développai franchement mes sentiments tels à peu près qu’ils sont exposés dans la Profession du vicaire, appuyant avec vérité sur mon attachement constant à l’Évangile et au christianisme, et ne lui déguisant pas non plus mes difficultés et mes doutes. Lui, de son côté, connaissant assez mes sentiments par mes livres, évita prudemment les points de doctrine qui auraient pu m’arrêter ou le compromettre ; il ne prononça pas même le mot de rétractation, n’insista sur aucune explication, et nous nous séparâmes contents l’un de l’autre. Depuis lors j’ai la consolation d’être reconnu membre de son Église. Il faut être opprimé, malade, et croire en Dieu, pour sentir combien il est doux de vivre parmi ses frères. M. de Montmollin, ayant à justifier sa conduite devant ses confrères, fit courir ma lettre. Elle a fait à Genève un effet qui a mis les voltairiens au désespoir, et qui a redoublé leur rage. Des foules de Genevois sont accourus à Môtiers, m’embrassant avec des larmes de joie, et appelant hautement M. de Montmollin leur bienfaiteur et leur père. Il est même sûr que cette affaire aurait des suites, pour peu que je fusse d’humeur à m’y prêter. Cependant il est vrai que bien des ministres sont mécontents. Voilà, pour ainsi dire, la Profession de foi du vicaire approuvée en tous ses points par un de leurs confrères : ils ne peuvent digérer cela. Les uns murmurent, les autres menacent d’écrire ; d’autres écrivent en effet ; tous veulent absolument des rétractations et des explications qu’ils n’auront jamais. Que dois-je faire à présent, madame, à votre avis ? Irai-je laisser mon digne pasteur dans les lacs où il s’est mis pour l’amour de moi ? l’abandonnerai-je à la censure de ses confrères ? autoriserai-je cette censure par ma conduite et par mes écrits ? et, démentant la démarche que j’ai faite, lui laisserai-je toute la honte et tout le repentir de s’y être prêté ? Non, non, madame ; on me traitera d’hypocrite tant qu’on voudra, mais je ne serai ni un perfide ni un lâche. Je ne renoncerai point à la religion de mes pères, à cette religion si raisonnable, si pure, si conforme à la simplicité de l’Evangile, où je suis rentré de bonne foi depuis nombre d’années, et que j’ai depuis toujours hautement professée. Je n’y renoncerai point au moment où elle fait toute la consolation de ma vie, et où il importe à l’honnête homme qui m’y a maintenu que j’y demeure sincèrement attaché. Je n’en conserverai pas non plus les liens extérieurs, tout chers qu’ils me sont, aux dépens de la vérité ou de ce que je prends pour elle ; et l’on pourrait m’excommunier et me décréter bien des fois avant de me faire dire ce que je ne pense pas. Du reste, je me consolerai d’une imputation d’hypocrisie sans vraisemblance et sans preuves. Un auteur qu’on bannit, qu’on décrète, qu’on brûle, pour avoir dit hardiment ses sentiments, pour s’être nommé, pour ne vouloir pas se dédire ; un citoyen chérissant sa patrie, qui aime mieux renoncer à son pays qu’à sa franchise, et s’expatrier que se démentir, est un hypocrite d’une espèce assez nouvelle. Je ne connais, dans cet état, qu’un moyen de prouver qu’on n’est pas un hypocrite ; mais cet expédient auquel mes ennemis veulent me réduire ne me conviendra jamais, quoi qu’il arrive ; c’est d’être un impie ouvertement. De grâce, expliquez-moi donc, madame, ce que vous voulez dire avec votre ange, et ce que vous trouvez à reprendre à tout cela.
Vous ajoutez, madame, qu’il fallait que j’attendisse d’autres circonstances pour professer ma religion ; vous avez voulu dire pour continuer de la professer. Je n’ai peut-être que trop attendu, par une fierté dont je ne saurais me défaire. Je n’ai fait aucune démarche tant que les ministres m’ont persécuté ; mais quand une fois j’ai été sous la protection du roi, et qu’ils n’ont plus pu me rien faire, alors j’ai fait mon devoir, ou ce que j’ai cru l’être. J’attends que vous m’appreniez en quoi je me suis trompé.
Je vous envoie l’extrait d’un dialogue de M. de Voltaire avec un ouvrier de ce pays-ci qui est à son service. J’ai écrit ce dialogue de mémoire, d’après le récit de M. de Montmollin, qui ne me l’a rapporté lui-même que sur le récit de l’ouvrier, il y a plus de deux mois. Ainsi, le tout peut n’être pas absolument exact, mais les traits principaux sont fidèles, car ils ont frappé M. de Montmollin ; il, les a retenus, et vous croyez bien que je ne les ai pas oubliés. Vous y verrez que M. de Voltaire n’avait pas attendu la démarche dont vous vous plaignez pour me taxer d’hypocrisie.
CONVERSATION DE M. DE VOLTAIRE
AVEC UN DE SES OUVRIERS DU COMTÉ DE NEUCHATEL.
But why this device for writing a letter? Ah! Why indeed? Here it is. Seeing me oppressed by the Parliament of Paris, Mr. de Voltaire, with the generosity inherent in him and his party, seized this opportunity to make me suffer the same oppression in Geneva and to place an insurmountable barrier in my way back to my homeland. One of the most certain means he employed to do this was to make me appear as a deserter from my religion; for on this matter our laws are clear-cut, and any citizen or burgher who does not profess the religion authorized by them loses thereby his right to citizenship. He therefore did everything in his power to incite the ministers against me; he failed with those in Geneva, who knew him well, but he managed so effectively to stir up those in the canton of Vaud that, despite the protection and friendship of Mr. the Baili of Yverdon and several other officials, I was forced to leave the canton of Bern. The same attempts were made in my own country; the municipal magistrate of Neuchâtel defended my book; the clergy supported it; the State Council was about to defend it throughout the state and perhaps even take action against me personally; but orders from Lord Marshal and the explicit support of the king put an end to all that. However, the time for receiving communion was approaching, and this would determine whether I was separated from the Protestant Church or not. In this situation, not wishing to expose myself to public humiliation, nor to tacitly admit the charge of desertion by my absence, I decided to write a letter to Mr. de Montmollin, the pastor of the parish. He had it circulated, but the followers of Voltaire took care to falsify many copies of it. I had no illusions about the effect this letter would have; I saw it merely as a necessary protest that would come in its own time and place. My surprise and joy were immense when, the very next day, Mr. de Montmollin came to tell me that not only did he approve of my receiving communion, but he also begged me to do so, and requested that the entire consistory give its unanimous approval for the sake of the edification of his parish, whose respect and approval I already held! We had several further discussions in which I frankly expressed my views, much as they are set forth in the “Profession of the Vicar.” I truthfully emphasized my unwavering attachment to the Gospel and Christianity, without concealing my difficulties and doubts. On his part, having come to know my feelings through my books, he carefully avoided any doctrinal points that might have stopped me or put him in a difficult position; he did not even mention the word “retraction” or insist on any explanations, and we parted as friends. Since then, I have the comfort of being recognized as a member of his Church. One must be oppressed, sick, and believe in God to truly understand how sweet it is to live among one’s brothers. Mr. de Montmollin, needing to justify his actions before his fellow ministers, had my letter circulated. It produced an effect in Geneva that filled the Voltaireans with despair and doubled their rage. Crowds of Genevans came to Môtiers, embracing me with tears of joy and calling Mr. de Montmollin their benefactor and father. It is even certain that this incident could have had further consequences if I had been inclined to allow it. However, it is true that many ministers were dissatisfied. In essence, this was the “Confession of Faith” of the vicar, approved in every respect by one of his fellow ministers—yet they simply could not accept it. Some murmured; others threatened to write; some actually did write; all demanded retracts and explanations that they would never receive. What should I do now, madam? Should I leave my worthy pastor in the difficulties he has encountered out of love for me? Should I abandon him to the criticism of his fellow ministers? Or should I, through my own actions and writings, give such criticism legitimacy? And by denying the stance I have taken, should I force him to bear all the shame and regret of having adhered to it? No, madam; people may call me a hypocrite if they wish, but I will neither be a traitor nor a coward. I will not renounce the religion of my ancestors—a religion so reasonable, so pure, and so in accordance with the simplicity of the Gospel. I have sincerely embraced it for many years and have always openly professed it. I will not abandon it now, especially when it brings me such comfort in life and is essential to the integrity of a man like me who has always upheld it. Nor will I maintain its external forms at the expense of truth or what I consider to be truth. Even if I were excommunicated and condemned again and again, I would never say anything I do not believe. Moreover, I am prepared to endure the accusation of hypocrisy, since such accusations are baseless and unfounded. An author who is banned, condemned, or burned for speaking his mind boldly, for declaring his beliefs openly, and for refusing to renounce them; a citizen who prefers to abandon his country than to sacrifice his freedom, and who chooses exile rather than denial—such a person would indeed be a novel kind of hypocrite. In this situation, I see only one way to prove that one is not a hypocrite: to become an open and blatant heretic. Please, madam, explain to me what you mean by your “angel” and what you object to in all of this.
You also said, madam, that I had to wait for other circumstances before professing my religion; what you really meant was that I had to continue to profess it. Perhaps I waited too long, out of a pride from which I am unable to free myself. I took no action as long as the ministers persecuted me; but once I came under the protection of the king and they were no longer able to do anything to me, then I did my duty—or what I believed to be my duty. I await your instruction on in what regard I may have erred.
I am sending you an excerpt from a dialogue between Mr. de Voltaire and a worker from this country who served him. I wrote this dialogue from memory, based on the account given by Mr. de Montmollin—who himself told it to me only after hearing it from the worker, more than two months ago. Therefore, not everything in it may be absolutely accurate, but the main points are true, since they impressed Mr. de Montmollin; he retained them, and you can believe that I have not forgotten them either. You will see from this excerpt that Mr. de Voltaire did not wait for the action you complain about to accuse me of hypocrisy.
CONVERSATION BETWEEN M. DE VOLTAIRE
WITH ONE OF HIS WORKMEN FROM THE COUNTY OF NEUCHATEL.
Ma perché questo strumento viene usato per scrivere una lettera? Ah. Perché? Ecco qua. Il signor de Voltaire, vedendomi oppresso dal parlamento di Parigi, con la generosità tipica di lui e del suo partito, approfittò dell’occasione per far sì che anch’io fossi oppresso a Ginevra, creando così un ostacolo insormontabile al mio ritorno in patria. Uno dei metodi più sicuri che utilizzò fu quello di farmi considerare un disertore della mia religione: infatti, le nostre leggi sono molto chiare in questo senso, e ogni cittadino o borghese che non professa la religione autorizzata dalle leggi perde automaticamente il proprio diritto di cittadinanza. Lavorò quindi con tutte le sue forze per influenzare i ministri del cantone; non riuscì a farlo con quelli di Ginevra, che lo conoscevano bene, ma riuscì a suscitare grande ostilità tra i ministri del Vaud, al punto che, nonostante la protezione e l’amicizia del signor balivo di Yverdon e di diversi magistrati, fui costretto ad abbandonare il cantone di Berna. Tentarono di fare lo stesso anche nel mio paese; il magistrato comunale di Neuchâtel difese il mio libro, ma la classe dei ministri lo condannò; il consiglio di stato stava per difenderlo in tutto lo stato e forse anche per procedere contro di me personalmente. Ma gli ordini del marchese di Marlborough e la protezione dichiarata dal re fermarono tutto; fui costretto a lasciare in pace. Tuttavia, il momento della comunione si avvicinava, e quell’occasione avrebbe deciso se fossi separato dalla Chiesa protestante o meno. In questa situazione, non volendo espormi a un affronto pubblico, né confermare tacitamente la “diserzione” che mi veniva imputata, decisi di scrivere una lettera al signor de Montmollin, pastore della parrocchia. Una lettera che fu diffusa ampiamente, ma delle cui copie i volteriani si presero cura di falsificarne molte. Non mi aspettavo affatto che quella lettera avesse l’effetto che ebbe: la consideravo semplicemente una protesta necessaria, che avrebbe avuto il suo peso al momento giusto. Quale fu la mia sorpresa e la mia gioia quando, il giorno dopo, il signor de Montmollin venne da me per dirmi non solo che approvava il mio desiderio di partecipare alla santa comunione, ma che mi pregava di farlo. E che lo faceva anche su esortazione unanime dell’intero consiglio parrocchiale, per l’edificazione della sua chiesa, la quale apprezzava molto il mio operato! Successivamente ebbi alcune conversazioni con lui, nelle quali gli espresi apertamente i miei sentimenti, più o meno come sono espressi nella “Professione del vicaire”; sottolineai con sincerità il mio costante attaccamento all’Evangelo e al cristianesimo, senza nascondere le mie difficoltà e i miei dubbi. Lui, conoscendo abbastanza bene i miei sentimenti attraverso i miei libri, evitò saggiamente di affrontare argomenti dottrinali che avrebbero potuto fermarmi o metterlo in imbarazzo; non pronunciò nemmeno la parola “ritrattazione”, non insistette su alcuna spiegazione. E ci separammo entrambi soddisfatti l’uno dell’altro. Da allora ho la consolazione di essere riconosciuto come membro della sua chiesa. Bisogna essere oppressi, malati, e credere in Dio, per comprendere quanto sia dolce vivere tra i propri fratelli. Signora, il signor de Montmollin, avendo bisogno di giustificare la propria condotta davanti ai suoi confratelli, fece circolare la mia lettera. Questa ebbe a Ginevra un effetto tale da gettare i voltairiani nel dispero e da raddoppiare la loro furia. Numerose persone di Ginevra accorsero a Môtiers, abbracciandomi con lacrime di gioia e chiamando il signor de Montmollin loro benefattore e padre. È certo che questa vicenda avrebbe avuto ulteriori conseguenze, se solo io fossi stato disposto ad alimentarla. Tuttavia, molti ministri sono insoddisfatti. Ecco, in sostanza, la “professione di fede” del vescovo approvata in tutti i suoi punti da uno dei suoi confratelli. Ma loro non riescono ad accettarlo. Alcuni mormorano, altri minacciano di scrivere; alcuni effettivamente scrivono. Tutti vogliono delle rettifiche e delle spiegazioni che non otterranno mai. Che dovrei fare ora, signora? Lascierò il mio nobile pastore nei guai in cui si è cacciato per amor mio? Lo abbandonerò alla critica dei suoi confratelli? Autorizzerò questa critica con le mie azioni e i miei scritti? O, contraddicendo ciò che ho fatto, lascerò a lui tutta la vergogna e il rimorso di essersi prestato a queste cose? No, signora. Mi chiamino ipocrita pure quanto vogliono, ma non sarò né un traditore né un codardo. Non rinuncierò alla religione dei miei antenati, a quella religione così ragionevole, pura e conforme alla semplicità dell’Evangelo, nella quale sono entrato di buona fede da molti anni e che ho sempre professato apertamente. Non la abbandonerò proprio nel momento in cui rappresenta tutta la consolazione della mia vita, e in cui è importante per un uomo onesto come me rimanere sinceramente attaccato ad essa. Non conserverò nemmeno i legami esteriori con questa religione, per quanto cari possano essere, a scapito della verità o di ciò che considero vera. E anche se mi escomunicassero e mi condannassero molte volte, non direi mai ciò che non penso. Del resto, mi consolerò facilmente di un’accusa di ipocrisia priva di fondamento e di prove. Un autore che viene bandito, condannato o bruciato per aver espresso apertamente i propri sentimenti, per essersi dichiarato tale senza voler cambiare idea. Un cittadino che ama la propria patria e preferisce abbandonarla piuttosto che rinunciare alla propria libertà, che sceglie di emigrare piuttosto che mentire, è un ipocrita di una specie davvero nuova. Conosco soltanto un modo per dimostrare di non essere un ipocrita. Ma questo mezzo, a cui i miei nemici vogliono costringermi, non mi conviene mai, qualunque cosa accada. È diventare apertamente un ateo. Per favore, spiegatemi dunque, signora, cosa intendete dire con quelle parole, e cosa trovate da rimproverare in tutto ciò.
Dite anche, signora, che dovevo attendere altre circostanze per professare la mia religione; intendevate dire per continuare a profonderla. Forse ho aspettato troppo a lungo, a causa di un orgoglio dal quale non riesco a liberarmi. Non ho intrapreso alcuna iniziativa finché i ministri mi perseguitavano; ma quando finalmente sono entrata sotto la protezione del re e loro non hanno più potuto farmi nulla, allora ho adempiuto al mio dovere, o quanto ritenevo fosse il mio dovere. Aspetto che voi mi spieghiate in cosa mi sia sbagliata.
Vi invio un estratto di un dialogo tra il signor de Voltaire e un operaio di questo paese che lavorava al suo servizio. Ho scritto questo dialogo a memoria, basandomi sul racconto del signor de Montmollin, il quale me lo ha riferito soltanto sulla base delle parole dell’operaio, più di due mesi fa. Pertanto, tutto ciò potrebbe non essere assolutamente esatto, ma i tratti principali sono fedeli, poiché hanno colpito l’attenzione del signor de Montmollin; lui li ha ricordati e, credetemi, anch’io non li ho dimenticati. In questo dialogo vedrete che il signor de Voltaire non aveva aspettato l’iniziativa di cui vi lamentate per accusarmi di ipocrisia.
CONVERSAZIONE DI M. DE VOLTAIRE
Con uno dei suoi operai della contea di Neuchâtel.
Est-il vrai que vous êtes du comté de Neuchâtel ?
L’OUVRIER.
Oui, monsieur.
Is it true that you are from the county of Neuchâtel?
The worker.
Yes, sir.
È vero che siete del contea di Neuchâtel?
Il LAVORATORE.
Sì, signore.
Etes-vous de Neuchâtel même ?
L’OUVRIER.
Non, monsieur ; je suis du village de Butte, dans la vallée de Travers.
Are you from Neuchâtel yourself?
The worker.
No, sir; I come from the village of Butte, in the Travers valley.
Siete davvero di Neuchâtel?
Il LAVORATORE.
No, signore; io sono del villaggio di Butte, nella valle di Travers.
Butte ! Cela est-il loin de Môtiers ?
L’OUVRIER.
À une petite lieue.
Butte! Is it far from Môtiers?
The worker.
At a distance of about half a mile.
Butte! È lontano da Môtiers?
Il LAVORATORE.
A una piccola lega di distanza.
Vous avez dans votre pays un certain personnage de celui-ci qui a bien fait des siennes.
L’OUVRIER.
Qui donc, monsieur ?
In your country, there is a certain individual who has certainly done quite a few things.
The worker.
Then who is it, sir?
Nel vostro paese c’è una certa figura che ha davvero combinato un sacco di guai.
Il LAVORATORE.
Allora, chi è?
Un certain Jean-Jacques Rousseau. Le connaissez-vous ?
L’OUVRIER.
Oui monsieur ; je l’ai vu un jour à Butte, dans le carrosse de M. de Montmollin, qui se promenait avec lui.
A certain Jean-Jacques Rousseau. Do you know him?
The worker.
Yes, sir; I saw him one day in Butte, in Mr. de Montmollin’s carriage, as he was taking a walk with him.
Un certo Jean-Jacques Rousseau. Lo conoscete?
Il LAVORATORE.
Sì, signore; l’ho visto una volta a Butte, nella carrozza di Monsieur de Montmollin, che si spostava con lui.
Comment ! ce pied-plat va en carrosse ! Le voilà donc bien fier ?
L’OUVRIER.
Oh ! monsieur, il se promène aussi à pied. Il court comme un chat maigre, et grimpe sur toutes nos montagnes.
How! Such a simpleton is going by carriage now! So he’s quite proud of himself, isn’t he?
The worker.
Oh! Sir, he also walks on foot. He runs like a thin cat and climbs all our mountains.
Come! Quel incompetente che sale in carrozza. Finalmente si sente orgoglioso, vero?
Il LAVORATORE.
Oh! Signore, anche lui si muove a piedi. Corre come un gatto magro e sale su tutte le nostre montagne.
Il pourrait bien grimper quelque jour sur une échelle. Il eût été pendu à Paris s’il ne se fût sauvé ; et il le sera ici s’il y vient.
L’OUVRIER.
Pendu, monsieur ! Il a l’air d’un si bon homme ; eh mon Dieu ! qu’a-t-il donc fait ?
He might well climb a ladder some day. He would have been hanged in Paris if he hadn’t managed to escape; and he will be hanged here if he comes here.
The worker.
Hanged, sir! He seems such a good man; oh my God, what on earth could he have done?
Potrebbe benissimo salire su una scala un giorno di questi. A Parigi sarebbe stato impiccato se non si fosse salvato; e qui lo sarà se verrà.
Il LAVORATORE.
Impiccato. Sembrava una brava persona; mio Dio, cosa deve aver fatto?
Il a fait des livres abominables. C’est un impie, un athée.
L’OUVRIER.
Vous me surprenez. Il va tous les dimanches à l’église.
He has written terrible books. He is an unbeliever, an atheist.
The worker.
You surprise me. He goes to church every Sunday.
Ha scritto libri orribili. È un empio, un ateo.
Il LAVORATORE.
Mi sorprendete. Ogni domenica va in chiesa.
Ah ! l’hypocrite ! Et que dit-on de lui dans le pays ? Y a-t-il quelqu’un qui veuille le voir ?
L’OUVRIER.
Tout le monde, monsieur ; tout le monde l’aime. Il est recherché partout ; et on dit que Milord lui fait aussi bien des caresses.
Ah! The hypocrite! What does people say about him in the country? Is there anyone who wants to meet him?
The worker.
Everyone, sir; everyone loves him. He is sought after everywhere; and it is said that Lord also gives him many caresses.
Ah! L’ipocrita. E cosa si dice di lui nel paese? C’è qualcuno che voglia vederlo?
Il LAVORATORE.
Tutti, signore; tutti lo amano. È molto ricercato ovunque; e si dice che anche Lord gli faccia spesso delle carezze.
C’est que Milord ne le connaît pas, ni vous non plus. Attendez seulement deux ou trois mois, et vous connaîtrez l’homme. Les gens de Montmorency, où il demeurait, ont fait des feux de joie quand il s’est sauvé pour n’être pas pendu. C’est un homme sans foi, sans honneur, sans religion.
L’OUVRIER.
Sans religion, monsieur ! mais on dit que vous n’en avez pas beaucoup vous-même.
It’s simply because Lord doesn’t know him, nor do you. Just wait a couple of months, and you will get to know the man. The people of Montmorency, where he lived, held celebratory fires when he managed to escape so as not to be hanged. He is a man without faith, without honor, without religion.
The worker.
No religion, sir! But it is said that you yourself don’t have much of one either.
È perché Milord non lo conosce, né voi del resto. Aspettate solo due o tre mesi e conoscerete quell’uomo. La gente di Montmorency, dove abitava, ha organizzato festeggiamenti quando è riuscito a sfuggire alla pena di morte per impiccagione. È un uomo senza fede, senza onore, senza religione.
Il LAVORATORE.
Nessuna religione, signore! Ma si dice che nemmeno voi ne abbiate molta.
Qui ? moi, grand Dieu ! Et qui est-ce qui dit cela ?
L’OUVRIER.
Tout le monde, monsieur.
Who? Me, by God! And who is it that says such a thing?
The worker.
Everyone, sir.
Chi? Io, mio Dio! E chi è che dice una cosa del genere?
Il LAVORATORE.
Tutti, signore.
Ah ! quelle horrible calomnie ! Moi qui ai étudié chez les jésuites, moi qui ai parlé de Dieu mieux que tous les théologiens !
L’OUVRIER.
Mais, monsieur, on dit que vous avez fait bien des mauvais livres.
Ah! What a terrible slander! I, who studied under the Jesuits, I, who spoke of God better than all those theologians!
The worker.
But, sir, it is said that you have written many bad books.
Ah! Quelle orribile calunnia. Io che ho studiato presso i gesuiti, io che ho parlato di Dio meglio di tutti i teologi.
Il LAVORATORE.
Ma, signore, si dice che abbiate scritto molti libri cattivi.
On ment. Qu’on m’en montre un seul qui porte mon nom, comme ceux de ce croquant portent le sien, etc.
Lettre CCCXLVII – À Milord Maréchal
En lui envoyant la lettre précédente.
À Môtiers, le 1er novembre 1762.
Je sens bien, Milord, le prix de votre lettre à madame de Boufflers ; mais elle ne m’apprend rien de nouveau, et vos soins généreux ne peuvent désormais pas plus me surprendre qu’ajouter à mes sentiments. Je crois n’avoir pas besoin de vous dire combien je suis touché des bontés du roi : mais, pour vous faire mieux sentir l’effet de vos bontés et des siennes, je dois vous avouer que je ne l’aimais point auparavant, ou plutôt on m’avait trompé ; j’en haïssais un autre sous son nom. Vous m’avez fait un coeur tout nouveau, mais un coeur à l’épreuve, qui ne changera pas plus pour lui que pour vous.
J’ai de quoi vivre deux ou trois ans, et jamais je n’ai poussé si loin la prévoyance : mais, fussé-je prêt à mourir de faim, j’aimerais mieux, dans l’état actuel de ce bon prince, et ne lui étant bon à rien, aller brouter l’herbe et ronger des racines que d’accepter de lui un morceau de pain. Que ne puis-je bien plutôt, à l’insu de lui-même et de tout le monde, aller jeter la pite[768] dans un trésor qui lui est nécessaire, et dont il sait si bien user ! je n’aurais rien fait de ma vie avec plus de plaisir. Laissons-lui faire une paix glorieuse, rétablir ses finances, et revivifier ses états épuisés ; alors, si je vis encore et qu’il conserve pour moi les mêmes bontés, vous verrez si je crains ses bienfaits.
Voici, Milord, une lettre que je vous prie de lui envoyer. Je sais quelle est sa confiance en vous, et j’espère que vous ne doutez pas de la mienne ; mais ce qui est convenable marche avant tout : la lettre ne doit être vue que du roi seul, à moins qu’il ne le permette.
J’envoie à votre excellence un paquet dont je la supplie d’agréer le contenu ; ce sont des fruits de mon jardin. Il ne sont pas si doux que les vôtres : aussi n’ont-ils été arrosés que de larmes.
Milord, il n’y a pas de jour que mon coeur ne s’épanouisse en songeant à notre château en Espagne. Ah ! que ne peut-il faire le quatrième avec nous, ce digne homme que le ciel a condamné à payer si cher la gloire, et à ne connaître jamais le bonheur de la vie ! Recevez tout mon respect.
Lettre CCCXLIX – À Milord Maréchal
Novembre 1762.
Non, Milord, je ne suis ni en santé ni content ; mais quand je reçois de vous quelque marque de bonté et de souvenir, je m’attendris, j’oublie mes peines : au surplus, j’ai le coeur abattu, et je tire bien moins de courage de ma philosophie que de votre vin d’Espagne.
Madame la comtesse de Boufflers demeure rue Notre-Dame-de-Nazareth, proche le Temple ; mais je ne comprends pas comment vous n’avez pas son adresse, puisqu’elle me marque que vous lui avez encore écrit pour l’engager à me faire accepter les offres du roi. De grâce, Milord, ne vous servez plus de médiateur avec moi, et daignez être bien persuadé, je vous supplie, que ce que vous n’obtiendrez pas directement ne sera obtenu par nul autre. Madame de Boufflers semble oublier, dans cette occasionne respect qu’on doit aux malheureux. Je lui réponds plus durement que je ne devrais, peut-être, et je crains que cette affaire ne me brouille avec elle, si même cela n’est déjà fait.
Je ne sais, Milord, si vous songez encore à notre château en Espagne ; mais je sens que cette idée, si elle ne s’exécute pas, fera le malheur de ma vie. Tout me déplaît, tout me gêne, tout m’importune : je n’ai plus de confiance et de liberté qu’avec vous, et, séparé par d’insurmontables obstacles du peu d’amis qui me restent, je ne puis vivre en paix que loin de toute autre société. C’est, j’espère, un avantage que j’aurai dans votre terre, n’étant connu là-bas de personne, et ne sachant pas la langue du pays. Mais je crains que le désir d’y venir vous-même n’ait été plutôt une fantaisie qu’un vrai projet ; et je suis mortifié aussi que vous n’ayez aucune réponse de M. Hume. Quoi qu’il en soit, si je ne puis vivre avec vous, je veux vivre seul. Mais il y a bien loin d’ici en Écosse, et je suis bien peu en état d’entreprendre un si long trajet. Pour Colombier, il n’y faut pas penser ; j’aimerais autant habiter une ville : c’est assez d’y faire de temps en temps des voyages lorsque je saurai ne vous pas importuner.
J’attends pourtant avec impatience le retour de la belle saison pour-vous y aller voir, et décider avec vous quel parti je dois prendre, si j’ai encore longtemps à traîner mes chagrins et mes maux : car cela commence à devenir long, et ayant rien prévu de ce qui m’arrive, j’ai peine à savoir comment je dois m’en tirer. J’ai demandé à M. de Malesherbes la copie de quatre lettres que je lui écrivis l’hiver dernier, croyant avoir peu de temps encore à vivre, et n’imaginant pas que j’aurais tant à souffrir. Ces lettres contiennent la peinture exacte de mon caractère, et la clef de toute ma conduite, autant que j’ai pu lire dans mon propre coeur. L’intérêt que vous daignez prendre à moi me fait croire que vous ne serez pas fâché de les lire, et je les prendrai en allant à Colombier.
On m’écrit de Pétersbourg que l’impératrice fait proposer à M. d’Alembert d’aller élever son fils. J’ai répondu là-dessus que M. d’Alembert avait de la philosophie, du savoir, et beaucoup d’esprit ; mais que s’il élevait ce petit garçon, il n’en ferait ni un conquérant ni un sage, qu’il en ferait un arlequin.
Je vous demande pardon, Milord, de mon ton familier, je n’en saurais prendre un autre quand mon coeur s’épanche ; et quand lui homme a de l’étoffe en lui-même, je ne regarde plus à ses habits. Je n’adopte nulle formule, n’y voyant aucun terme fixe pour s’arrêter sans être faux ; j’en pourrais cependant adopter une auprès de vous, Milord, sans courir ce risque ; ce serait celle du bon Ibrahim[769].
Lettre CCCLXI – Au même
Môtiers-Travers, le 15 novembre 1762.
Je reçois à l’instant, cher ami. une lettre de M. Deluc, que je viens d’envoyer à M. de Montmollin, sans le solliciter de rien, mais le priant seulement de me faire dire ce qu’il a résolu de faire quant à la copie qu’on lui demande, afin que je m’arrange aussi de mon côté en conséquence de ce qu’il aura fait. S’il prend le parti d’envoyer cette copie, moi, de mon côté, je lui écrirai en peu de lignes la lettre d’éclaircissement que M. Deluc souhaite, laquelle pourtant ne dira rien de plus que la précédente, parce qu’il n’est pas possible de dire plus. S’il ne veut pas envoyer cette copie, moi, de mon côté, je ne dirai plus rien ; j’en resterai là, et continuerai de vivre en bon chrétien réformé, comme j’ai fait jusqu’ici de tout mon pouvoir.
Le moment critique approche où je saurai si Genève m’est encore quelque chose. Si les Genevois se conduisent comme ils le doivent, je me reconnaîtrai toujours leur concitoyen, et les aimerai comme ci-devant. S’ils me manquent dans cette occasion, s’ils oublient quels affronts et quelles insultes ils ont à réparer envers moi, je ne cesserai point de les aimer ; mais, du reste, mon parti est pris.
Je ne puis répondre à M. Deluc cet ordinaire, parce que ma réponse dépend de celle de M. de Montmollin, qui m’a fait dire simplement qu’il viendrait me voir ; car, depuis plusieurs semaines, l’état où je suis ne me permet pas de sortir. Or, comme la poste part dans peu d’heures, il n’est pas vraisemblable que j’aie le temps d’écrire : ainsi je n’écrirai à M, Deluc que jeudi au soir. Je vous prie de le lui dire, afin qu’il ne soit pas inquiet de mon silence.
Il est certain que, quoi qu’il arrive, je ne demeurerai jamais à Genève, cela est bien décidé. Cependant je vous avoue que les approches du moment qui décidera si je suis encore Genevois, ou si je ne le suis plus, me dorment une vive agitation de coeur. Je donnerais tout au monde pour être à la fin du mois prochain. Adieu, cher ami.
Lettre CCCLXIII – À M. Moultou
Môtiers, 25 novembre 1762.
People lie. Show me just one person who bears my name, just as those individuals bear their own names, and so on.
Letter CCCXLVII – To My Lord Marshal
By sending him the previous letter.
At Môtiers, on November 1st, 1762.
I well understand, My Lord, the significance of your letter to Madame de Boufflers; but it tells me nothing new, and your generous concern can now neither surprise me nor enhance my feelings in any way. I believe I need not tell you how deeply moved I am by the king’s kindnesses; yet, in order for you to more fully appreciate the effect of both your own and his generosity, I must confess that I did not love him before—or rather, I was deceived; I hated another person in his name. You have given me a completely new heart, but a heart that has been tested, and which will remain unchanged, whether toward him or toward you.
I have enough to live on for two or three years, and I have never gone so far in making provisions; but even if I were willing to starve to death, in the current state of this kind-hearted prince—and since I am of no use to him at all—I would rather go and graze on grass and chew on roots than accept a piece of bread from him. Why not, instead, without his knowledge or anyone else’s, take the money that he so desperately needs and knows how to spend it wisely? I would find no greater pleasure in doing so. Let him live in peace and prosperity, restore his finances, and revitalize his depleted estates; then, if I am still alive and he continues to show me such kindness, you will see whether I would ever fear his generosity.
Here, My Lord, is a letter that I beg you to send to him. I know how much trust he has in you, and I hope you do not doubt my own trust in you; but what is appropriate must come first: this letter must be seen only by the king himself, unless he permits otherwise.
I send to your excellence a package, and I implore you to accept its contents; they are the fruits of my own garden. They are not as sweet as yours; therefore, they have been watered only with tears.
My lord, not a single day passes without my heart swelling with joy at the thought of our castle in Spain. Ah! How it would be wonderful if that worthy man, whom heaven has condemned to pay such a high price for glory and who will never know the happiness of true life, could be with us now. Accept all my respect.
Letter CCCXLIX – To My Lord Marshal
November 1762.
No, My Lord, I am neither in good health nor happy; but when I receive some sign of your kindness and remembrance, my heart softens, and I forget my troubles. Moreover, my spirits are low, and I draw far less courage from my philosophy than from your Spanish wine.
Madame la Comtesse de Boufflers still resides on rue Notre-Dame-de-Nazareth, near the Temple; but I cannot understand how you do not have her address, since she herself mentioned that you had written to her again, asking her to persuade me to accept the King’s offers. Please, my Lord, do not act as a mediator between us any longer, and I implore you to be firmly convinced that whatever you cannot achieve directly, no one else will be able to accomplish. Madame de Boufflers seems to have forgotten the respect due to those in misfortune. Perhaps I am responding to her too harshly than I should, and I fear that this matter may cause a rift between us—unless it has already done so.
I do not know, My Lord, whether you still think of our castle in Spain; but I feel that if this plan is not carried out, it will bring ruin to my life. Everything displeases me, everything hinders me, everything troubles me. I no longer have confidence or freedom except with you, and separated by insurmountable obstacles from the few friends I still have, I can only live in peace away from all other company. I hope this will be an advantage for me in your land, since no one there knows me, and I do not speak the local language. However, I fear that your desire to go there yourself was more of a fantasy than a serious plan; and I am also disappointed that you have received no reply from Mr. Hume. In any case, if I cannot live with you, I must live alone. But Scotland is far away from here, and I am in too poor health to undertake such a long journey. As for living with Colombier, that is out of the question; I would rather live in a town. It would be sufficient to make occasional trips there once I know I am not bothering you.
Yet I await with impatience the return of the beautiful season, so that I may go and see you, and together decide what course I should take—whether I must continue to endure my sorrows and afflictions for much longer: for it is beginning to seem endless. Having prepared nothing for what has happened to me, I hardly know how I shall manage. I asked Mr. de Malesherbes for a copy of the four letters I wrote him last winter, believing that I had little time left to live and not imagining that I would suffer so much. These letters contain an accurate portrayal of my character and the key to all my actions, as far as I was able to understand my own heart. The fact that you are willing to show me such concern makes me believe that you will not object if I read them to you; I will take them with me when I go to Colombier.
I have received a letter from St. Petersburg stating that the empress has suggested to Mr. d’Alembert that he should take charge of raising his son. I replied that Mr. d’Alembert possesses philosophy, knowledge, and great intelligence; but that if he were to raise this young boy, he would not make him a conqueror or a sage—not even a clown would he turn out to be.
I beg your pardon, My Lord, for my familiar tone; I would not know how to use any other when my heart speaks freely. And when a man has true substance within him, I no longer pay attention to his clothes. I do not adopt any particular formula, for I see no fixed terms that would prevent me from expressing myself truthfully without being misleading. However, in your case, My Lord, I could adopt one such formula without running any risk; it would be the same as that of the good Ibrahim[769].
Letter CCCLXI – To the Same One
Môtiers-Travers, November 15, 1762.
I have just received, my dear friend, a letter from Mr. Deluc, which I had just sent to Mr. de Montmollin without asking him for anything in particular, but merely requesting him to inform me of his decision regarding the copy that is being requested of him, so that I could make corresponding arrangements on my own side. If he decides to send this copy, then I will write to him a few brief lines containing the clarification Mr. Deluc wishes to have; however, these letters will not say anything more than what was already mentioned, because it is simply impossible to say anything more. If he does not wish to send this copy, then I too will say nothing further; I will simply leave matters as they are and continue to live as a good Reformed Christian, doing my best to do so ever since.
The critical moment is approaching when I will know whether Geneva still means anything to me. If the people of Geneva behave as they ought to, I will still consider myself their fellow citizen and love them just as before. But if they fail me in this regard, if they forget all the insults and affronts they owe me, I will not cease to love them; nevertheless, my decision is made.
I am unable to respond to Mr. Deluc at this time, because my reply depends on that of Mr. de Montmollin, who merely told me that he would come to see me; since, for several weeks now, my current condition does not allow me to go out. Moreover, as the mail will be sent off in a few hours, it is unlikely that I will have time to write; therefore, I will not write to Mr. Deluc until Thursday evening. Please tell him this, so that he will not worry about my silence.
It is certain that, whatever happens, I will never remain in Geneva; that is firmly decided. However, I must confess that the events ahead, which will determine whether I am still a Genevan or no longer, cause me great agitation. I would give anything to be at the end of next month. Adieu, my dear friend.
Letter CCCLXIII – To Mr. Moultou
Môtiers, November 25, 1762.
Si mente. Mostratemi solo una persona che porti il mio nome, proprio come quelle persone portano i loro nomi.
Lettera CCCXLVII – A Sua Signoria il Maresciallo
Inviandogli la lettera precedente.
A Môtiers, il 1° novembre 1762.
Capisco bene, Milord, il valore della vostra lettera per madame de Boufflers; tuttavia essa non mi insegna nulla di nuovo, e le vostre generose attenzioni ormai non possono né sorprendermi né rafforzare i miei sentimenti. Credo di non aver bisogno di dirvi quanto sia grato per la bontà del re; ma affinché possiate comprendere meglio l’effetto delle vostre e delle sue azioni, devo confessarvi che in precedenza non lo amavo affatto, o piuttosto ero stato ingannato: odiavo un altro sotto il suo nome. Voi mi avete dato un cuore completamente nuovo, ma un cuore ancora da mettere alla prova, che non cambierà né per lui né per voi.
Ho abbastanza da vivere per due o tre anni, e mai prima d’ora ho preso tali precauzioni: ma anche se fossi disposto a morire di fame, preferirei, nella situazione attuale di questo nobile signore che non è di alcun aiuto per me, andare a brucare l’erba e rosicchiare le radici piuttosto che accettare da lui un pezzo di pane. Perché non potrei, all’insaputa sia suo che di tutti, gettare via questa miseria in un tesoro che gli è necessario e che sa utilizzare così bene? Non avrei mai fatto nulla nella mia vita con maggiore piacere. Lasciamo che compia una pace gloriosa, ripristini le sue finanze e rivitalizzi i suoi stati esausti; allora, se ancora sarò vivo e se continuerà a mostrarmi la stessa gentilezza, vedrete se temerò i suoi benefici.
Ecco, Milord, una lettera che vi prego di inviargli. So quale sia la sua fiducia in voi, e spero che non dubitiate della mia; ma ciò che è appropriato viene prima di tutto: la lettera deve essere letta soltanto dal re, a meno che lui stesso non lo permetta.
Inviò alla Vostra Eccellenza un pacco e supplico che accetti il suo contenuto: si tratta di frutti del mio giardino. Non sono così dolci come i vostri. Pertanto, sono stati irrigati soltanto con lacrime.
Milord, non c’è giorno in cui il mio cuore non si riempia di gioia al pensiero del nostro castello in Spagna. Ah! Che cosa potrebbe mai fare con noi quel nobile uomo che il cielo ha condannato a pagare un prezzo così alto per la gloria, e a non conoscere mai la felicità nella vita. Ricevete tutto il mio rispetto.
Lettera CCCXLIX – A Sua Signoria il Maresciallo
Novembre 1762.
No, Milord, né sono in salute né felice; ma quando ricevo da voi qualche segno di gentilezza e di attenzione, mi commuovo, dimentico le mie sofferenze. Del resto, il mio cuore è pesante, e trovo molto meno coraggio nella mia filosofia che nel vostro vino spagnolo.
La contessa di Boufflers risiede in rue Notre-Dame-de-Nazareth, vicino al Tempio; ma non capisco come possiate non conoscere il suo indirizzo, visto che mi ha scritto dicendo che avete ancora cercato di convincerla ad aiutarmi ad accettare le offerte del re. Per favore, Milord, smettete di fare da intermediario tra me e lei, e siate certo che ciò che non riuscirete a ottenere direttamente non verrà mai realizzato da nessun altro. La contessa di Boufflers sembra dimenticare, in questa circostanza, il rispetto che si deve ai malheureux. Le rispondo in modo più duro di quanto dovrei, e temo che questa questione possa rovinare le nostre relazioni, se non lo ha già fatto.
Non so, Milord, se ancora pensiate al nostro castello in Spagna; ma sento che questo desiderio, se non verrà realizzato, porterà sfortuna nella mia vita. Tutto mi dispiace, tutto mi ostacola, tutto mi infastidisce: ho fiducia e libertà soltanto con voi, e separato da insormontabili ostacoli dai pochi amici che mi restano, non posso vivere in pace se non lontano da ogni altra compagnia. Spero che questo sia un vantaggio nel vostro paese: lì nessuno mi conoscerà e non conosco la lingua del luogo. Tuttavia temo che il desiderio di venire voi stesso laggiù fosse più una fantasia che un vero progetto; inoltre, mi addolora molto il fatto che non abbiate ricevuto alcuna risposta da parte di Monsieur Hume. Comunque sia, se non posso vivere con voi, voglio vivere da solo. Ma dall’Inghilterra all’ Scozia c’è una distanza troppo grande, e io non sono affatto in condizioni di intraprendere un viaggio così lungo. Per quanto riguarda Colombier, beh, nemmeno pensarci: preferirei vivere in una città; sarebbe sufficiente fare occasionalmente dei viaggi, purché non vi disturbassi troppo.
Tuttavia aspetto con impazienza il ritorno della bella stagione per poter andare a vederla e decidere insieme a voi quale decisione prendere: se debba ancora trascinare a lungo i miei dolori e le mie sofferenze. Poiché tutto questo sta iniziando ad apparirmi troppo lungo, e non avendo previsto nulla di ciò che mi è accaduto, fatico a capire come possa uscirne. Ho chiesto a Monsieur de Malesherbes una copia di quattro lettere che gli scrissi l’inverno scorso, credendo di avere poco tempo da vivere e senza immaginare che avrei dovuto soffrire così tanto. Queste lettere descrivono con precisione il mio carattere e forniscono la chiave di tutta la mia condotta, almeno per quanto io sia riuscito a comprendere il mio stesso cuore. Il fatto che vi interessiate a me mi fa credere che non vi dispiacerà leggerle. Le prenderò con me quando andrò a Colombier.
Mi è stato scritto da San Pietroburgo che l’imperatrice ha proposto a Monsieur d’Alembert di andare ad educare suo figlio. Ho risposto che Monsieur d’Alembert possiede filosofia, conoscenza e molto spirito; ma che, se dovesse educare quel bambino, non ne farebbe né un conquistatore né un saggio, bensì un buffone.
Vi chiedo scusa, Milord, per il mio tono familiare: non saprei adottarne un altro quando il mio cuore si apre liberamente; e quando un uomo possiede vera nobiltà d’animo, non mi interessa più il suo abbigliamento. Non utilizzo alcuna formula prestabilita, poiché non esiste termine fermo che permetta di fermarsi senza commettere errori; tuttavia, potrei adottarne una con voi, Milord, senza correre questo rischio. Quella del buon Ibrahim[769].
Lettera CCCLXI – Allo stesso.
Môtiers-Travers, 15 novembre 1762.
In questo momento sto ricevendo, caro amico, una lettera da parte di Monsieur Deluc; l’ho appena inviata a Monsieur de Montmollin senza chiedergli nulla in particolare, ma gli ho semplicemente chiesto di farmi sapere quale decisione abbia preso riguardo alla copia che gli viene richiesta, affinché anch’io possa prendere le mie contromisure in base a ciò che lui avrà fatto. Se deciderà di inviare questa copia, io gli scriverò brevemente la lettera di chiarimento che Monsieur Deluc desidera; tuttavia, essa non dirà nulla di più rispetto alla precedente, perché semplicemente non è possibile dire di più. Se invece non vorrà inviare quella copia, allora io non dirò più nulla; mi fermerò lì e continuerò a vivere come un buon cristiano riformato, nel modo in cui ho fatto finora con tutto il mio impegno.
Si avvicina il momento critico in cui scoprirò se Ginevra abbia ancora un significato per me. Se i ginevrini si comporteranno come dovrebbero, mi riconoscerò sempre loro concittadino e li amerò come prima. Se in questa occasione mi mancheranno, se dimenticheranno quali offese e insulti debbano rimediare nei miei confronti, non smetterò mai di amarli; ma, comunque sia, la mia decisione è già presa.
Non posso rispondere subito a Monsieur Deluc, poiché la mia risposta dipende da quella di Monsieur de Montmollin, il quale mi ha semplicemente detto che sarebbe venuto a trovarmi; infatti, da diverse settimane lo stato in cui mi trovo non mi permette di uscire. Poiché la posta parte tra poco, non è probabile che abbia il tempo di scrivere: quindi risponderò a Monsieur Deluc solo giovedì sera. Vi prego di dirglielo, affinché non si preoccupi per il mio silenzio.
È certo che, qualunque cosa accada, non rimarrò mai a Ginevra; è una decisione irrevocabile. Tuttavia vi confesso che le prossime ore, quelle in cui si deciderà se sarò ancora considerato un ginevrino o meno, suscitano in me una viva agitazione interiore. Darei tutto al mondo per essere alla fine del mese prossimo. Addio, caro amico.
Lettera CCCLXIII – A Monsieur Moultou
Môtiers, 25 novembre 1762.
Je m’étais attendu, cher ami, à ce qui vient de se passer ; ainsi j’en suis peu ému. Peut-être n’a-t-il tenu qu’à moi que cela ne se passât autrement. Mais une maxime dont je ne me départirai jamais, est de ne faire du mal à personne. Je suis charmé de ne m’en être pas départi en cette occasion ; car je vous avoue que la tentation était vive. Savez-vous à quel jeu j’ai perdu M. Marcet ? Il me paraît certain que je l’ai perdu. J’aurais cru pouvoir compter sur un ancien ami de mon père. Je soupçonne que l’amitié de M. Deluc m’a ôté la sienne.
Je suis charmé que vous voyiez enfin que je n’en ai déjà que trop fait. Ces messieurs les Genevois le prennent, en vérité, sur un singulier ton. On dirait qu’il faut que j’aille encore demander pardon des affronts qu’on m’a faits. Et puis, quelle extravagante inquisition ! L’on n’en ferait pas tant chez les catholiques. En vérité ces gens-là sont bien bêtement rogues. Comment ne voient-ils pas qu’il s’agit bien plus de leur intérêt que du mien ?
Le bon homme dispose de moi comme de ses vieux souliers ; il veut que j’aille courir à Genève dans une saison et dans un état où je ne puis sortir, je ne dis pas de Môtiers, mais de ma chambre. Il n’y a pas de sens à cela. Je souhaite de tout mon coeur de revoir Genève, et je me sens un coeur fait pour oublier leurs outrages ; mais on ne m’y verra sûrement jamais en homme qui demande grâce ou qui la reçoit.
Vous voulez m’envoyer votre ouvrage, supposant que je suis en état de le rendre meilleur. Il n’en est rien, cher ami ; je n’ai jamais pu corriger une seule phrase ni pour moi ni pour les autres. J’ai l’esprit primesautier, comme disait Montaigne 5 passé cela je ne suis rien. Dans un ouvrage fait je ne vois que ce qu’il y a ; je ne vois rien de ce qu’on y peut mettre. Si je veux toucher à votre ouvrage, je me tourmenterai beaucoup, et je le gâterai infailliblement, ne fût-ce que parce qu’il s’agit de moi : on ne sait jamais parler de soi comme il faut. Je vois que vous vous défiez de vous ; mais vous devriez vous fier un peu à moi, qui peux mieux que vous vous mettre à votre taux. En ceci seulement je jugerai mieux que vous. Faites de vous-même ; vous serez moins correct, mais plus un. Au reste, revenez plusieurs fois sur votre ouvrage avant que de le donner. Je crains seulement les fautes de langue ; mais, si vous êtes bien attentif, elles ne vous échapperont pas. Je crains aussi un peu les boutades du feu de la jeunesse. Attachez-vous à ôter tout ce qui peut être exclamation ou déclamation. Simplifiez votre style, surtout dans les endroits où les choses ont de la chaleur. J’ai une lecture à vous conseiller avant que de revoir pour la dernière fois votre écrit, c’est celle des Lettres persanes. Cette lecture est excellente à tout jeune homme qui écrit pour la première fois. Vous y trouverez pourtant quelques fautes de langue. En voici une dans la quarante-deuxième lettre : Tel que l’on devrait mépriser parce qu’il est un sot, ne l’est souvent que parce qu’il est un homme de robe. La faute est de prendre pour le participe passif Méprisé, qui n’est pas dans la phrase, l’infinitif mépriser qui y est. Les Genevois sont encore fort sujets à faire cette faute-là. Toutefois, si vous voulez absolument m’envoyer votre écrit, faites. Je ne sais lequel de vous ou de moi me donnera le plus d’intérêt à sa lecture, mais je vous répète que je ne vous y puis être d’aucune utilité.
Je vous ai parlé des offres du roi de Prusse et de ma reconnaissance. Mais voudriez-vous que je les eusse acceptées ? Est-il nécessaire de vous dire ce que j’ai fait ? ces choses-là devraient se deviner entre nous.
Je dois vous prévenir d’une chose. Vous avez dû voir beaucoup d’inégalités dans mes lettres ; c’est qu’il y en a beaucoup dans mon humeur, et je ne la cache point à mes amis. Mais ma conduite ne se règle point sur mon humeur ; elle a une règle plus constante ; à mon â »e on ne change plus. Je serai ce que j’ai été. Je ne suis différent qu’en une chose, c’est que jusqu’ici j’ai eu des amis, mais à présent je sens que j’ai un ami.
Vous apprendrez avec plaisir qu’Émile a le plus grand succès en Angleterre. On en est à la seconde édition anglaise. Il n’y a pas d’exemple à Londres d’un succès si rapide pour aucun livre étranger, et, nota, malgré le mal que j’y dis des Anglais.
Lettre CCCLXV – À M. ***
En parlant, monsieur, dans votre gazette du 23 juin, d’un papier appelé réquisitoire, publié en France contre le meilleur et le plus utile de mes écrits, vous avez rempli votre office, et je ne vous en sais pas mauvais gré ; je ne me plains pas même que vous ayez transcrit les imputations dont, ce papier est rempli, et auxquelles je m’abstiens de donner celle qui leur est due.
Mais lorsque vous ajoutez de votre chef que je suis condamnable au-delà de ce qu’on peut dire pour avoir composé le livre dont il s’agit, et surtout pour y avoir mis mon nom, comme s’il était permis et honnête de se cacher en parlant au public ; alors, monsieur, j’ai droit de me plaindre de ce que vous jugez sans connaître ; car il n’est pas possible qu’un homme éclairé et un homme de bien porte avec connaissance un jugement si peu équitable sur un livre où l’auteur soutient la cause de Dieu, des moeurs, de la vertu, contre la nouvelle philosophie, avec toute la force dont il est capable. Vous avez donné trop d’autorité à des procédures irrégulières, et dictées par des motifs particuliers que tout le monde connaît.
Mon livre, monsieur, est entré les mains du public ; il sera lu tôt ou tard par des hommes raisonnables, peut-être enfin par des chrétiens, qui verront avec surprise et sans doute avec indignation qu’un disciple de leur divin maître soit traité parmi eux comme un scélérat.
Je vous prie donc, monsieur, et c’est une réparation que vous me devez, de lire vous-même le livre dont vous avez si légèrement et si mal parlé ; et, quand vous l’aurez lu, de vouloir alors rendre compte au public, sans faveur et sans grâce, du jugement que vous en aurez porté. Je vous salue, monsieur, de tout mon coeur.
Lettre CCCLXVII – À Mademoiselle d’Ivernois
Fille de M. le procureur-général de Neuchâtel, en lui envoyant le premier lacet de ma façon, qu’elle m’avait demandé pour présent de noces.
Le voilà, mademoiselle, ce beau présent de noces que vous avez désiré : s’il s’y trouve du superflu, faites, en bonne ménagère, qu’il ait bientôt son emploi. Portez sous d’heureux auspices cet emblème des liens de douceur et d’amour dont vous tiendrez enlacé votre heureux époux, et songez qu’en portant un lacet tissu par la main qui traça les devoirs des mères, c’est s’engager à les remplir.
Lettre CCCLXVIII – À Madame la comtesse de Boufflers
Môtiers, le 26 novembre 1762.
Je reçois à l’instant, madame, la lettre dont vous m’avez honoré le 10 de ce mois sous le couvert de Milord Maréchal, et je vous avoue qu’elle me surprend plus encore que la précédente. J’ai tant d’estime et de respect pour vous, que, dussiez-vous continuer à m’en écrire de semblables, elles me surprendraient toujours.
Je suis pénétré de reconnaissance et de respect pour le roi de Prusse ; mais ses bienfaits, souvent répandus avec plus de générosité que de choix, ne sont pas une preuve bien sûre qu’on les mérite. Si je les acceptais, je croirais lui rendre autant d’honneur que j’en recevrais de lui ; et je ne suis point persuadé que, par cette démarche, je fisse un si grand déplaisir à mes ennemis.
Je crois, madame, que si j’étais dans le besoin, et que j’eusse recours à vous, vous consulteriez plus votre coeur que votre fortune ; mais ce que vous ne feriez pas à cet égard, peut-être devrais-je le faire. Comme je ne suis pas dans ce cas-là, et que jusqu’ici mes amis ne se sont point aperçus que j’y aie été, cette délibération me paraît, quant à présent, fort inutile. Il me semble que je n’ai jamais donné à personne occasion de prendre un si grand souci de mes besoins.
Vous persistez, dites-vous, à croire que ma lettre à M. de Montmollin était peu nécessaire. Je ne vois pas bien comment vous pouvez juger de cela. Je vous ai dit les raisons qui m’ont fait croire qu’elle l’était ; vous auriez dû me dire celles qui vous font penser autrement.
My dear friend, I had expected what just happened; therefore, it doesn’t affect me much. Perhaps it was entirely up to me to prevent it from happening differently. But there is a maxim I will never abandon: to do no harm to anyone. I am pleased that I adhered to it in this situation, for I must admit that the temptation was strong. Do you know at what game I lost Mr. Marcet? I am pretty sure I did. I had thought I could rely on an old friend of my father’s. But I suspect that Mr. Deluc’s friendship cost me that support as well.
I am delighted that you have finally come to realize that I have already done far too much. These gentlemen from Geneva are taking this matter in a most peculiar manner; it seems as if I still need to apologize for the insults they have directed at me. Moreover, what an extravagant form of inquiry! Such thoroughness would not be seen among Catholics. In truth, these people are rather foolishly stubborn. How can they not see that this matter is far more beneficial to their interests than to mine?
That good man treats me just like his old shoes; he wants me to rush off to Geneva at a time and in a state where I am not even able to leave my room, let alone Môtiers. It makes no sense at all. With all my heart, I long to see Geneva again, and I feel as if I have a heart made for forgetting their insults; but surely, people there will never see me as someone who begs for forgiveness or has received it.
You wish to send me your work, assuming that I am in a position to improve it. But that is not the case, my dear friend; I have never been able to correct a single sentence, whether for myself or for others. My mind is whimsical, as Montaigne said; beyond that, I am nothing. When I read a completed work, I see only what is already there; I fail to see what could possibly be added to it. If I were to attempt to alter your work, I would cause it great harm, simply because it concerns me—after all, one can never speak of oneself in the right way. I notice that you have some doubts about your own abilities; but you should trust me a little, for I am better able than you to assess your own strengths and weaknesses. In this regard alone, I might be able to offer you some useful advice. Be true to yourself—your work may not be perfectly polished, but it will be more genuine. Moreover, review your work several times before submitting it. I am especially concerned about possible grammatical errors; but if you are careful, they will not escape you. I also fear that the enthusiasm of youth might lead you to include overly dramatic or emotional expressions in your text. Try to remove everything that sounds like an exclamation or a grand statement. Simplify your style, especially in those parts where your ideas are particularly passionate. Before reviewing your work one last time, I would recommend that you read “The Persian Letters” by Montaigne—this is an excellent read for any young man who is writing for the first time. Nevertheless, you will still find some grammatical mistakes in it. For example, in the forty-second letter, there is this error: “One should despise someone because they are a fool, but often such people are only fools because they are members of the clergy.” The mistake arises from mistaking the infinitive “despise” for the passive participle “Méprisé,” which is not actually present in the sentence. People from Geneva tend to make this particular error quite frequently. Nevertheless, if you insist on sending me your work, please do so. I am not sure whether reading it will be of much interest to either of us, but I repeat that I cannot offer you any real help in doing so.
I have told you about the offers of the King of Prussia and my gratitude. But would you really want me to have accepted them? Is it necessary for me to tell you what I did? Such things should be understood between us without words.
I must warn you of one thing. You must have noticed many instances of inequality in my letters; that is because such inequality exists in my temperament, and I do not hide it from my friends. However, my behavior is not determined by my mood; it follows a more constant principle. At my age, one no longer changes. I will remain what I have always been. The only difference is that until now I have had many friends, but now I feel that I have one true friend.
You will be pleased to learn that Émile is achieving tremendous success in England; the second English edition has already been published. There is no precedent in London for such rapid success for any foreign book—and, I must add, despite all my negative remarks about the English people.
Letter CCCLXV – To Mr. ***
In your newspaper of June 23rd, sir, you mentioned a document called a “requisitoire” that was published in France against some of my best and most useful writings. You have fulfilled your duty in doing so, and I hold no ill will toward you; I do not even complain that you reproduced the accusations contained in that document, since I choose to refrain from giving them the response they deserve.
But when you go so far as to claim that I am deserving of condemnation beyond what can be said against someone who has written a certain book—and especially for having my name attached to it, as if it were permissible and honorable to hide one’s identity while addressing the public—then, sir, I have every right to complain about your judgment, which is based on ignorance. For it is impossible for a person of insight and integrity to knowingly issue such an unfair verdict regarding a book in which the author defends the cause of God, morality, and virtue against the new philosophy, with all the strength he possesses. You have granted too much authority to irregular procedures that are motivated by selfish and well-known reasons.
My book, sir, has already reached the hands of the public; it will sooner or later be read by reasonable people—perhaps even by Christians—who will be surprised, and undoubtedly indignant, to see that a disciple of their divine Master is treated among them as a scoundrel.
Therefore, I beg you, sir—and it is a repayment you owe me—to read yourself the book about which you have spoken so lightly and so poorly. And after reading it, I ask you to give the public a straightforward account of your judgment regarding it, without any favoritism or indulgence. I salute you, sir, with all my heart.
Letter CCCLXVII – To Mademoiselle d’Ivernois
As the daughter of the Attorney General of Neuchâtel, she sent me the first lace in my own way, which she had asked me to give her as a wedding gift.
Here it is, mademoiselle, the beautiful wedding gift you desired: if there is anything superfluous in it, then, as a proper housewife, make sure it finds its use soon. Wear this symbol of bonds of tenderness and love that will bind your beloved husband to you, and remember that by wearing a lace woven by the very hand that defined the duties of a mother, you are committing yourself to fulfilling those duties.
Letter CCCLXVIII – To Madame la Comtesse de Boufflers
Môtiers, November 26, 1762.
Madam, I have just received the letter you took the trouble to send me on the 10th of this month through Lord Marshal. I must admit that it surprises me even more than the previous one. I hold you in such high esteem and respect that, even if you continued to write to me letters like this, they would still always take me by surprise.
I am filled with gratitude and respect for the King of Prussia; however, his favors, often bestowed with more generosity than discretion, are not necessarily a sure proof that one deserves them. If I accepted them, I would believe that I was returning to him as much honor as he was granting me; yet I am not convinced that such an action would cause great displeasure to my enemies.
I believe, madam, that if I were in need and sought your assistance, you would consult more your heart than your wealth; but what you would not do in such a situation, perhaps I ought to do. Since I am not in that position, and since my friends have not yet noticed that I have been in it, this deliberation seems quite unnecessary to me at present. It appears to me that I have never given anyone cause to worry so much about my needs.
You insist, I suppose, in believing that my letter to Mr. de Montmollin was somewhat unnecessary. I don’t quite see how you can come to that conclusion. I told you the reasons that led me to believe it necessary; what you should have done was to tell me the reasons that make you think otherwise.
Caro amico, mi aspettavo esattamente ciò che è appena accaduto; per questo non sono molto turbato. Forse sarebbe stato possibile evitare tutto ciò se solo avessi agito diversamente. Ma c’è un principio dal quale non mi allontanerò mai: non fare del male a nessuno. Sono felice di essermi attenuto a questo principio in questa occasione, perché devo ammettere che la tentazione era forte. Sapete con quale “gioco” ho perso il signor Marcet? Credo di averlo davvero perso. Avrei potuto contare sull’amicizia di un vecchio amico di mio padre. Sospetto però che l’amicizia del signor Deluc mi abbia impedito di farlo.
Sono lieto che finalmente si rendano conto che ne ho già fatto abbastanza. Questi signori di Ginevra lo prendono davvero in un modo strano. Sembra quasi che debba ancora chiedere scusa per gli insulti che mi sono stati fatti. E poi, che inchiesta assurda! Non si farebbero tante storie nemmeno tra i cattolici. Davvero, queste persone sono terribilmente insistenti e sciocche. Come non capiscono che si tratta molto di più del loro interesse che del mio?
Quel buon uomo mi tratta come se fossi uno dei suoi vecchi stivali; vuole che io vada a Ginevra in una stagione e in uno stato in cui non posso nemmeno uscire di casa, per non parlare di Môtiers. Non ha alcun senso. Desidero con tutto il mio cuore rivedere Ginevra; sento di avere un cuore capace di dimenticare le loro offese. Ma sicuramente nessuno mi vedrà lì come una persona che chiede perdono o che lo riceve.
Volete inviarmi il vostro lavoro, supponendo che io sia in grado di migliorarlo. Ma non è affatto così, caro amico: non sono mai riuscito a correggere nemmeno una singola frase, né per me stesso né per gli altri. Ho un modo di pensare troppo impulsivo, come diceva Montaigne. Al di là di questo, non sono nulla. Quando si tratta di un’opera già scritta, vedo soltanto ciò che contiene; non riesco a immaginare cosa si possa aggiungere. Se provassi a modificare il vostro lavoro, mi tormenterei molto e sicuramente lo rovinerei. Anche solo perché si tratta di me: non si sa mai come parlare di sé stesso nel modo giusto. Vedo che vi fidate poco di voi stessi. Ma dovreste fidarvi un po’ di me, che posso comprendervi meglio di voi. Solo in questo potrei giudicare meglio di voi. Lavorate su voi stesso: sarete meno “corretti” nel linguaggio, ma più veri a voi stessi. Comunque, rivedete il vostro lavoro più volte prima di inviarlo. Temo soltanto gli errori di grammatica; ma se siete attenti, non vi sfuggiranno. Temo anche che ci siano delle espressioni troppo appassionate, tipiche della giovinezza. Cercate di eliminare tutto ciò che potrebbe sembrare un’esclamazione o una dichiarazione enfatica. Semplificate il vostro stile, soprattutto nei passaggi in cui le idee sono particolarmente intense. Ho una lettura da consigliarvi prima di rivedere per l’ultima volta il vostro scritto: si tratta delle “Lettere persiane”. Questa lettura è eccellente per ogni giovane che scriva per la prima volta. Tuttavia, troverete comunque alcuni errori di grammatica. Ecco uno esempio nella quarantaduesima lettera: “Tel que l’on devrait mépriser parce qu’il est un sot, ne l’est souvent que parce qu’il est un homme de robe.” L’errore sta nel confondere il participio passivo “Méprisé” (che non esiste nella frase) con l’infinito “mépriser”. I genovesi commettono spesso questo errore. Comunque, se volete assolutamente inviarmi il vostro scritto, fatelo pure. Non so quale di voi due trarrà maggior beneficio dalla mia lettura. Ma vi ripeto: non posso esservi di alcun aiuto in questo.
Vi ho parlato delle offerte del re di Prussia e della mia riconoscenza. Ma vorreste davvero che le avessi accettate? È necessario che vi dica ciò che ho fatto? Queste cose dovrebbero essere intuite tra noi.
Devo avvertirvi di una cosa. Avrete sicuramente notato molte disuguaglianze nelle mie lettere; ciò è dovuto al fatto che esistono molte disuguaglianze anche nel mio umore, e non le nascondo affatto ai miei amici. Tuttavia, il mio comportamento non si basa sul mio umore; segue regole più costanti. A quest’età, infatti, non ci si cambia più. Sarò sempre quello che sono stato. Sono diverso soltanto in un punto: fino ad ora ho avuto molti amici, ma ora sento di avere un solo vero amico.
Imparerete con piacere che Émile sta riscuotendo un enorme successo in Inghilterra: è già alla seconda edizione inglese. Non esiste alcun precedente a Londra per un successo così rapido di un libro straniero. E, notate bene, nonostante i miei commenti negativi sugli Inglesi.
Lettera CCCLXV – A Monsieur ***
Parlando, signore, del foglio stampato il 23 giugno nella vostra gazzetta, intitolato “requisitoire” e pubblicato in Francia contro i miei scritti migliori e più utili, avete adempiuto al vostro dovere, e non vi ne sono grato; anzi, non mi lamento nemmeno del fatto che abbiate riprodotto le accuse contenute in quel documento, alle quali io stesso mi astengo dal rispondere come meritano.
Ma quando voi aggiungete, di vostra iniziativa, che io sia condannabile oltre ogni limite per aver scritto quel libro e soprattutto per avervi messo il mio nome, come se fosse permesso e onesto nascondersi mentre si parla al pubblico, allora, signore, ho diritto di lamentarmi di ciò che giudicate senza conoscere la verità. Infatti, non è possibile che un uomo illuminato e onesto possa, consapevolmente, emettere un giudizio così ingiusto su un libro in cui l’autore sostiene la causa di Dio, delle morali e della virtù contro la nuova filosofia, con tutta la forza di cui è capace. Avete dato troppa autorità a procedure irregolari, motivate da motivi particolari che tutti conoscono.
Il mio libro, signore, è giunto tra le mani del pubblico; prima o poi sarà letto da persone ragionevoli, forse addirittura da cristiani, i quali vedranno con sorpresa e certamente con indignazione che un discepolo del loro divino Maestro venga trattato tra di loro come un malvagio.
Vi prego quindi, signore, e questa è una riparazione che mi dovete, di leggere voi stesso il libro di cui avete parlato in modo così superficiale e negativo; e, dopo averlo letto, di voler rendere conto al pubblico, senza favori né indulgenze, del giudizio che ne avrete formato. Vi saluto con tutto il mio cuore, signore.
Lettera CCCLXVII – Alla signorina d’Ivernois
Figlia del procuratore generale di Neuchâtel, mi inviò il primo laccio fatto a mio modo, che lei mi aveva chiesto come regalo di nozze.
Ecco, signorina, questo bellissimo regalo di nozze che desideravate: se ci fosse qualcosa di superfluo, come brava casalinga, fate in modo che venga immediatamente utilizzato. Indossate con buoni auspici questo simbolo dei legami di dolcezza e amore che uniranno voi al vostro felice sposo, e ricordate che indossare una cordicella tessuta dalla mano che ha stabilito i doveri delle madri significa impegnarsi a rispettarli.
Lettera CCCLXVIII – Alla contessa di Boufflers
Môtiers, 26 novembre 1762.
Signora, sto ricevendo in questo momento la lettera che mi avete inviato il 10 di questo mese tramite Lord Maréchal, e devo ammettere che mi sorprende ancora di più della precedente. Vi ho così tanta stima e rispetto che, anche se continuereste a scrivermi lettere del genere, mi sorprenderebbero comunque.
Sono pieno di riconoscenza e rispetto per il re di Prussia; tuttavia i suoi benefici, spesso distribuiti con più generosità che saggezza, non costituiscono una prova certa del fatto che li si meriti. Se li accettassi, crederei di rendergli tanto onore quante ne riceverei da lui; e non sono convinto che tale comportamento causasse grande dispiacere ai miei nemici.
Credo, signora, che se fossi in difficoltà e vi chiedessi aiuto, voi vi affidaste di più al vostro cuore che alla vostra fortuna; ma ciò che voi non fareste in questa situazione, forse io dovrei farlo. Poiché non mi trovo in tale condizione e fino ad ora i miei amici non si sono accorti che ci fossi mai stato, questa riflessione mi sembra, per il momento, del tutto inutile. Credo di non aver mai dato a nessuno motivo di preoccuparsi così tanto delle mie necessità.
Ditevi che persistete nel credere che la mia lettera a Monsieur de Montmollin fosse poco necessaria. Non capisco proprio come possiate giudicarla in questo modo. Vi ho spiegato le ragioni per cui ritenevo che fosse necessaria; avreste dovuto dirmi invece quelle che vi fanno pensare il contrario.
Vous dites qu’elle a fait un mauvais effet ; mais sur qui ? Si c’est sur MM. d’Alembert et Voltaire, je m’en félicite. J’espère n’être jamais assez malheureux pour obtenir leur approbation.
H était inutile que cette lettre courût, et je ne l’ai jamais montrée à personne. Vous dites l’avoir vue à Paris. Je sais qu’elle a été falsifiée, et je vous l’ai dit ; cela n’emportait pas la nécessité de vous la transcrire, puisque cette pièce, ayant fait ici son effet, n’importe, au surplus, ni à vous, ni à moi, ni à personne. Cependant, puisqu’elle vous fait plaisir, la voilà telle que je l’ai écrite, et que je l’écrirais tout-à-l‘heure si c’était à recommencer.
J’ai toujours approuvé que mes amis me donnassent des avis, mais non pas des lois. Je veux bien qu’ils me conseillent, mais non pas qu’ils me gouvernent. Vous avez daigné, madame, remplir avec moi le soin de l’amitié ; je vous en remercie. Vous vous en tenez là ; je vous en remercie encore : car je n’aimerais pas être obligé de marquer moi-même la borne de votre pouvoir sur moi.
Ne parlerons-nous jamais de vous, madame ? Il me semble pourtant que les droits et les devoirs de l’amitié devraient être réciproques. Verrez-vous toujours mes malheurs, et ne verrai-je jamais vos plaisirs, ou ceux des personnes qui vous approchent ? Vous n’avez pas besoin de mes conseils, je le sais ; mais j’aurais le plaisir de me réjouir de tout ce que vous faites de bien ; j’approuverais, je m’attendrirais, je m’égaierais de votre joie, et tous mes maux seraient oubliés.
Je n’ai jamais songé à vous demander, madame, si l’on avait rendu à M. le prince de Conti la musique que j’avais copiée pour lui. Daignez agréer les humbles remerciements et respects de mademoiselle Le Vasseur.
Lettre CCCLXX – À Madame La Tour
Môtiers, le 18 décembre 1762.
Pour le coup, madame, vous auriez été contenté de mon exactitude, si j’avais pu suivre, en recevant votre dernière lettre, la résolution que je pris d’y répondre dès le lendemain ; mais il est dit que je voudrai toujours vous plaire, et que je n’y parviendrai jamais. Une maudite fièvre est venue traverser mes bonnes résolutions ; elle m’a abattu, au. point d’en garder le lit, ce qui ne m’était jamais arrivé dans mes plus grands maux : sans doute, le bon usage que je voulais faire de mes forces m’a aidé à les recouvrer, et je me suis dépêché de guérir pour vous offrir les prémices de ma convalescence, si tant est pourtant qu’on puisse appeler convalescence l’état où je suis resté.
Je voudrais, madame, pouvoir vous donner l’éclaircissement que vous désirez sur l’homme au gros poireau, et je voudrais, pour moi-même, connaître un homme qui m’ose louer publiquement à Paris ; car, quoique je doive peut-être bien plus à vous qu’à lui la chaleur de son zèle, ce qu’il a dit pour vous complaire me le fait autant aimer que s’il l’avait dit pour moi. Mais ma mémoire ne me fournit rien d’applicable en tout au signalement que vous m’avez donné. J’ai fréquenté dix ans Épinay et la Chevrette ; pendant ce temps-là, on a représenté beaucoup de pièces, et exécuté, beaucoup de divertissements, où j’ai quelquefois fait de la musique, et où divers auteurs ont fait des paroles ; mais depuis lors tant de choses me sont arrivées, que je ne me rappelle tout cela que fort confusément. Le poireau surtout me désoriente ; je ne me rappelle pas d’avoir vécu dans une certaine intimité avec quelqu’un qui en eût un ; si ce n’est, ce me semble, M. le marquis de Croix-Mard, qui, à la vérité, a beaucoup d’esprit, mais qui n’est plus ni jeune, ni d’une assez jolie figure, et auquel je ne me suis sûrement jamais mêlé de donner des conseils.
Il est vrai, madame, que je ne doute plus que vous ne soyez femme ; vous me l’avez trop bien fait sentir par l’empire que vous avez pris sur moi, et par le plaisir que je prends à m’y soumettre ; mais vous n’avez pas à vous plaindre d’un échange qui vous donne tant de nouveaux droits, en vous laissant tous ceux que je voulais revendiquer pour mon sexe. Toutefois, puisque vous deviez être femme, vous deviez bien aussi vous montrer. Je crois que votre figure me tourmente encore plus que si je l’avais vue. Si vous ne voulez pas me dire comment vous êtes faite, dites-moi donc du moins comment vous vous habillez, afin que mon imagination se fixe sur quelque chose que je sois sûr vous appartenir, et que je puisse rendre hommage à la personne qui porte votre robe, sans crainte de vous faire une infidélité.
Lettre CCCLXXII – A.M.D.L.C
Décembre 1762.[773]
Il faut, monsieur, que vous ayez une grande opinion de votre éloquence, et une bien petite du discernement de l’homme dont vous vous dites enthousiaste, pour croire l’intéresser en votre faveur par le petit roman scandaleux qui remplit la moitié de la lettre que vous m’avez écrite, et par l’historiette qui le suit. Ce que j’apprends de plus sûr dans cette lettre, c’est que vous êtes bien jeune, et que vous me croyez bien jeune aussi.
Vous voilà, monsieur, avec votre Zélie comme ces saints de votre église, qui, dit-on, couchaient dévotement avec des filles, et attisaient tous les feux des tentations pour se mortifier en combattant le désir de les éteindre. J’ignore ce que vous prétendez par les détails indécents que vous m’osez faire ; mais il est difficile de les lire sans vous croire un menteur ou un impuissant.
L’amour peut épurer les sens, je le sais ; il est cent fois plus facile à un véritable amant d’être sage qu’à un autre homme : l’amour qui respecte son objet en chérit la pureté ; c’est une perfection de plus qu’il y trouve, et qu’il craint de lui ôter. L’amour-propre dédommage un amant des privations qu’il s’impose en lui montrant l’objet qu’il convoite plus digne des sentiments qu’il a pour lui ; mais si sa maîtresse, une fois livrée à ses caresses, a déjà perdu toute modestie ; si son corps est en proie à ses attouchements lascifs ; si son coeur brûle de tous les feux qu’ils y portent ; si sa volonté même, déjà corrompue, la livre à sa discrétion, je voudrais bien savoir ce qui lui reste à respecter en elle.
Supposons qu’après avoir ainsi souillé la personne de votre maîtresse, vous ayez obtenu sur vous-même l’étrange victoire dont vous vous vantez, et que vous en ayez le mérite, l’avez-vous obtenue sur elle, sur ses désirs, sur ses sens même ? Vous vous vantez de l’avoir fait pâmer entre vos bras : vous vous êtes donc ménagé le sot plaisir de la voir pâmer seule ? Et c’était là l’épargner selon vous ? Non, c’était l’avilir. Elle est plus méprisable que si vous en eussiez joui. Voudriez-vous d’une femme qui serait sortie ainsi des mains d’un autre ? Vous appelez pourtant tout cela des sacrifices à la vertu. Il faut que vous ayez d’étranges idées de cette vertu dont vous parlez, et qui ne vous laisse pas même le moindre scrupule d’avoir déshonoré la fille d’un homme dont vous mangiez le pain. Vous n’adoptez pas les maximes de l’Héloïse, vous vous piquez de les braver ; il est faux, selon vous, qu’on ne doit rien accorder aux sens quand on veut leur refuser quelque chose. En accordant aux vôtres tout ce qui peut vous rendre coupable, vous ne leur refusiez que ce qui pouvait vous excuser. Votre exemple supposé vrai ne fait point contre la maxime, il la confirme.
You say that it had a negative effect; but on whom? If it was on Messieurs d’Alembert and Voltaire, I am pleased by that. I hope I will never be so unfortunate as to earn their approval.
It was unnecessary for this letter to be circulated, and I never showed it to anyone. You say you saw it in Paris. I know it was forged, and I told you that; there was no need, therefore, to transcribe it for you, since this document, having achieved its purpose here, is of no importance whatsoever to you, to me, or to anyone else. Nevertheless, since it brings you pleasure, here it is, just as I wrote it, and I would write it again if I had to start all over.
I have always welcomed it when my friends offer me their opinions, but not their commands. I am willing for them to advise me, but not to govern me. You, madam, have taken the trouble to share with me the responsibilities of friendship; I thank you for that. But you stop there; I thank you even more—because I would not wish to be forced to set the limits of your authority over me myself.
Shall we never speak of you, madam? It seems to me that the rights and duties of friendship should be reciprocal. Will you always witness my misfortunes, while I shall never know of your joys or those of those who are close to you? I know you do not need my advice; but I would take great pleasure in rejoicing in everything good you do. I would approve of it, feel moved by it, and be delighted in your happiness—and then all my own troubles would be forgotten.
I have never thought of asking you, madam, whether the music that I had copied for Monsieur le Prince de Conti has been returned to him. Please accept the humble thanks and respects of Mademoiselle Le Vasseur.
Letter CCCLXX – To Madame La Tour
Môtiers, December 18, 1762.
This time, madam, you would have been pleased with my accuracy had I managed to act on the resolve I made upon receiving your last letter—to respond to it immediately the next day; but it seems that I will always strive to please you, yet never succeed. A terrible fever shattered all my good intentions; it left me so weak that I was bedridden, something that had never happened even during my most severe illnesses. Perhaps it was precisely because I was determined to use all my strength that I was able to recover quickly. I hurried to get better in order to offer you some signs of my recovery, if what I am now in can even be called recovery at all.
Madam, I would be glad to provide you with the clarification you desire regarding the man with the large nose, and I myself would like to meet a man who dares to praise me publicly in Paris; for, although I owe him far less than I owe you for his enthusiasm, what he said to please you makes me love him just as much as if he had said it for me. However, my memory fails to provide any information that corresponds in the slightest to the description you have given me. I spent ten years in Épinay and la Chevrette; during that time, many plays were performed and various entertainments were held, in some of which I played music and other authors wrote the lyrics. But so many things have happened since then that I can only recall all of this very vaguely. In particular, the mention of the large nose confuses me completely; I do not remember having had any close relationship with anyone who had such a feature. Unless it is Mr. the Marquis de Croix-Mard—whom, indeed, I find to be quite intelligent—but he is no longer young and does not have particularly attractive features, and I certainly have never given him any advice of any kind.
It is true, madam, that I no longer doubt you are a woman; you have made me feel it too clearly through the power you exert over me and the pleasure I take in submitting to it. But you have nothing to complain about in this exchange—after all, it grants you many new rights while allowing me to retain all those I would have claimed for my own sex. Nevertheless, since you were destined to be a woman, you ought at least to reveal yourself to me. I believe your appearance troubles me even more than if I had actually seen you. If you refuse to tell me how you look, at least tell me how you dress, so that my imagination can fix on something I am certain belongs to you, and I can pay my respects to the person wearing that garment without fear of being disloyal to you.
Letter CCCLXXII – A.M.D.L.C
December 1762.[773]
Sir, it must be that you hold yourself to be extremely eloquent, and yet regard the judgment of the man whom you profess to admire so poorly, that you believe you can impress him in your favor through that petty, scandalous tale which occupies half of the letter you wrote to me, as well as the subsequent anecdote. What I know for certain from this letter is that you are quite young—and that you also assume I am quite young.
Here you are, sir, with your Zélie, just like those saints in your church who, it is said, devoutly slept with young women and deliberately stirred up all the fires of temptation in order to mortify themselves by fighting against the desire to extinguish them. I have no idea what you mean by those indecent details you dare to mention; but it is difficult not to think of you as a liar or a weakling when reading them.
Love can purify the senses, I know; it is a hundred times easier for a true lover to be wise than for any other man. Love that respects its object cherishes its purity; it sees in that object an additional perfection, one it fears to destroy. Self-love may compensate a lover for the sacrifices he makes by making the object of his desire seem more worthy of the feelings he holds for it. But if his mistress, once surrendered to his caresses, has already lost all modesty; if her body is at the mercy of his lascivious touches; if her heart burns with the passion they kindle; if even her will, already corrupted, yields to his control—then I truly wonder what there is left for her to respect in herself.
Suppose that, after thus defiling your mistress, you managed to achieve that strange victory over yourself of which you boast, and that you truly deserved it—did you achieve it over her, over her desires, even over her senses themselves? You boast of having made her faint in your arms: did you therefore take the foolish pleasure of seeing her faint alone? And you consider this to be protecting her? No, it is demeaning her. She is more despicable than if you had actually taken pleasure in her. Would you want a woman who had been treated in such a way by another man? Yet you call all this sacrifices to virtue. Clearly, you have some very strange ideas about this virtue of which you speak—a virtue that does not even leave you with the slightest scruple about having dishonored the daughter of a man from whom you were receiving food and shelter. You do not follow the principles of Heloise; instead, you pretend to defy them. In your view, it is not true that one should deny their senses anything when they wish to resist certain temptations. By giving your own senses everything that could make you guilty, you are actually only denying them what might have served as an excuse for your behavior. Your so-called “exemplary” conduct does not contradict this principle; rather, it confirms it.
Dite che ha avuto un effetto negativo. Ma su chi? Se riguarda i signori d’Alembert e Voltaire, ne sono lieto. Spero di non essere mai abbastanza sfortunato da ottenere il loro consenso.
Non era necessario che questa lettera venisse diffusa, e non l’ho mai mostrata a nessuno. Dite di averla vista a Parigi. So che è stata falsificata, e ve l’ho detto; tuttavia, non c’era alcuna urgenza nel trascriverla per voi, poiché questo documento, avendo già ottenuto il suo effetto qui, ormai non interessa né a voi, né a me, né a nessun altro. Tuttavia, poiché vi dà piacere, eccola così come l’ho scritta, e l’avrei scritta di nuovo se fosse necessario.
Ho sempre apprezzato che i miei amici mi dessero dei consigli, ma non delle “leggi” da seguire. Sono disposto ad accettare i loro suggerimenti, ma non che mi governino. Voi, signora, avete voluto condividere con me le responsabilità dell’amicizia; vi ne sono grato. Vi fermate qui; ve ne sono ancora più grato: perché non vorrei mai essere costretto a stabilire personalmente i limiti del vostro potere su di me.
Non parleremo mai di voi, signora? Tuttavia mi sembra che i diritti e i doveri dell’amicizia debbano essere reciproci. Continuerete sempre a vedere le mie sfortune, mentre io non conoscerò mai le vostre gioie o quelle delle persone che vi stanno vicine? So che non avete bisogno dei miei consigli; ma mi farebbe piacere gioire di tutto ciò che fate di buono. Approverei, mi commuoverei e mi rallegrerei della vostra felicità; così tutti i miei mali verrebbero dimenticati.
Non ho mai pensato di chiedervi, signora, se sia stata restituita al principe di Conti la musica che avevo copiato per lui. Permettetemi di esprimere i più umili ringraziamenti e rispetto della signorina Le Vasseur.
Lettera CCCLXX – A Madame La Tour
Môtiers, 18 dicembre 1762.
In questo caso, signora, sareste stata soddisfatta della mia precisione se avessi potuto rispondere alla vostra ultima lettera il giorno stesso in cui l’ho ricevuta; ma si dice che io voglia sempre compiacervi, e che non ci riuscirò mai. Una maledetta febbre ha rovinato tutte le mie buone intenzioni: mi ha indebolito al punto di costringermi a letto, cosa che non mi era mai accaduta nemmeno nei momenti più difficili della mia vita. Fortunatamente, il buon uso che ho voluto fare delle mie forze mi ha aiutato a riprendermi, e mi sono affrettato a guarire per potervi offrire i primi segni della mia convalescenza, anche se si possa davvero definire “convalescenza” lo stato in cui mi trovo attualmente.
Signora, vorrei davvero potervi fornire le spiegazioni che desiderate riguardo all’uomo con il grosso naso; inoltre, per mio conto, vorrei conoscere un uomo che osasse lodarmi pubblicamente a Parigi. Poiché, anche se forse devo a lui molto meno della sua zelosità nei miei confronti rispetto a quanto debba a voi, ciò che ha detto per compiacervi mi fa amarlo tanto quanto se l’avesse detto per me. Tuttavia, la mia memoria non mi fornisce alcun elemento utile in relazione alla descrizione che mi avete fornito. Ho frequentato Épinay e la Chevrette per dieci anni; durante quel periodo sono state rappresentate molte opere teatrali e organizzati numerosi spettacoli: a volte ho suonato la musica, altri autori hanno scritto i testi. Ma da allora sono accadute così tante cose che ricordo tutto questo in modo molto confuso. In particolare, il dettaglio del “naso grosso” mi confonde completamente. Non ricordo di aver avuto rapporti particolarmente stretti con qualcuno che ne avesse uno simile; a meno che non si tratti del marchese de Croix-Mard. Il quale, in effetti, è molto intelligente, ma ormai non è più giovane e non ha un aspetto particolarmente attraente. E di certo non gli ho mai dato consigli.
È vero, signora, che non dubito più che siate una donna; me l’avete fatto capire troppo chiaramente attraverso il dominio che avete su di me e dal piacere che provo nell’essermi sottomesso a esso. Tuttavia, non dovete lamentarvi di uno scambio che vi conferisce tanti nuovi diritti, lasciandovi tutti quelli che io stesso volevo rivendicare per il mio sesso. Comunque, poiché dovevate essere una donna, avreste dovuto anche mostrarvelo. Credo che il vostro aspetto mi tormenti ancora di più di quanto non sarebbe se vi avessi vista realmente. Se non volete dirmi com’è fatto il vostro corpo, almeno ditemi come vi vestite, affinché la mia immaginazione possa fissarsi su qualcosa di cui sono certo appartenga a voi, e io possa rendere omaggio alla persona che indossa il vostro abito, senza temere di commettere un’infedeltà.
Lettera CCCLXXII – A.M.D.L.C
Dicembre 1762.[773]
Signore, deve proprio avere una grande stima della propria eloquenza, e una ben scarsa considerazione per il giudizio dell’uomo di cui si dice entusiasta, per ritenere che possa essere interessato a suo favore da quel piccolo racconto scandaloso che occupa metà della lettera che mi ha scritto, e dalla storia che segue. Quello che so con certezza da questa lettera è che lei è molto giovane, e che crede anche io lo sia.
Ecco voi, signore, con la vostra Zélie, proprio come quei santi della vostra chiesa che, si dice, dormivano devotamente con delle ragazze e alimentavano ogni sorta di tentazione per mortificarsi combattendo il desiderio di spegnerle. Non so cosa intendiate con quei dettagli indecenti che osate raccontarmi; ma è difficile leggerli senza considerarvi un bugiardo o un impotente.
So che l’amore può purificare i sensi; per un vero amante è cento volte più facile essere saggio che per un altro uomo: l’amore che rispetta la sua oggetto ama anche la sua purezza; è un’altra perfezione che vi trova, e di cui teme di privarla. L’orgoglio può compensare un amante delle privazioni che si impone, mostrandogli l’oggetto del suo desiderio come più degno dei sentimenti che prova per lui; ma se la sua amata, una volta consegnata alle sue carezze, ha già perso ogni modestia; se il suo corpo è soggetto ai suoi atti lascivi; se il suo cuore brucia di tutti i desideri che questi suscitano; se persino la sua volontà è ormai corrotta e si arrende alla sua discrezione, allora vorrei davvero sapere cosa le rimanga da rispettare in sé stessa.
Supponiamo che, dopo aver così contaminato la persona della vostra amante, abbiate ottenuto su di voi stesso quella strana “vittoria” di cui vi vantate, e che ne abbiate davvero il merito. L’avete ottenuta anche su di lei, sui suoi desideri, sui suoi stessi sensi? Vi vantate di averla fatta svenire tra le vostre braccia: quindi vi siete concesso il meschino piacere di vederla svenire da sola. E questo era, secondo voi, “proteggerla”? No: era umiliarla. È ancora più spregevole di quanto non lo sarebbe stata se foste stati voi ad approfittarne. Vorreste davvero una donna che sia uscita dalle mani di un altro in questo modo? Eppure chiamate tutto ciò “sacrifici alla virtù”. Devono esserci idee molto strane riguardo a questa cosiddetta virtù, se non vi lasciano nemmeno il minimo rimorso per aver disonorato la figlia di un uomo dal quale mangiavate il pane. Non seguite le massime di Eloisa: anzi, vi vantate di sfidarle. Secondo voi, è falso dire che non si debba cedere ai sensi quando si vuole negar loro qualcosa. Concedendo ai vostri sensi tutto ciò che può rendervi colpevoli, in realtà non gli negate altro che ciò che potrebbe giustificare le vostre azioni. Il vostro presunto esempio, se vero, non contraddice affatto questa massima: anzi, la conferma.
Ce joli conte est suivi d’un autre plus vraisemblable, mais que le premier me rend bien suspect. Vous voulez avec l’art de votre âge émouvoir mon amour-propre, et me forcer, au moins par bienséance, à m’intéresser pour vous. Voilà, monsieur, de tous les pièges qu’on peut me tendre celui dans lequel on me prend le moins, surtout quand on le rend aussi peu finement. Il y aurait de l’humeur à vous blâmer de la manière dont vous dites avoir soutenu ma cause, et même une sorte d’ingratitude à ne vous en pas savoir gré. Cependant, monsieur, mon livre ayant été condamné par votre (parlement, vous ne pouviez mettre trop de modestie et de circonspection à le défendre, et vous ne devez pas me faire une obligation personnelle envers vous d’une justice que vous avez dû rendre à la vérité, ou à ce qui vous a paru l’être. Si j’étais sûr que les choses se fussent passées comme vous me le marquez, je croirais devoir vous dédommager, si je pouvais, d’un préjudice dont je serais en quelque manière la cause ; mais cela ne m’engagerait pas à vous recommander, sans vous connaître, préférablement à beaucoup de gens de mérite que je connais sans pouvoir les servir ; et je me garderais de vous procurer des élèves, surtout s’ils avaient des soeurs, sans autre garant de leur bonne éducation que ce que vous m’avez appris de vous, et la pièce de vers que vous m’avez envoyée. Le libraire à qui vous l’avez présentée a eu tort de vous répondre aussi brutalement qu’il l’a fait, et l’ouvrage, du côté de la composition, n’est pas aussi mauvais qu’il l’a paru croire : les vers sont faits avec facilité ; il y en a de très bons parmi beaucoup d’autres faibles et peu corrects : du reste, il y règne plutôt un ton de déclamation qu’une certaine chaleur d’âme. Zamon se tue en acteur de tragédie : cette mort ne persuade ni ne touche : tous les sentiments sont tirés de la nouvelle Héloïse ; on en trouve à peine un qui vous appartienne ; ce qui n’est pas un grand signe de la chaleur de votre coeur ni de la vérité de l’histoire. D’ailleurs, si le libraire avait tort dans un sens, il avait bien raison dans un autre, auquel vraisemblablement il ne songeait pas. Comment un homme qui se pique de vertu peut-il vouloir publier une pièce d’où résulte la plus pernicieuse morale, une pièce pleine d’images licencieuses que rien n’épure, une pièce qui tend à persuader aux jeunes personnes que les privautés des amants sont sans conséquence, et qu’on peut toujours s’arrêter où l’on veut ; maxime aussi fausse que dangereuse, et propre à détruire toute pudeur, toute honnêteté, toute retenue entre les deux sexes ? Monsieur, si vous n’êtes pas un homme sans moeurs, sans principes, vous ne ferez jamais imprimer vos vers, quoique passables, sans un correctif suffisant pour en empêcher le mauvais effet.
Vous avez des talents, sans doute, mais vous n’en faites pas un usage qui porte à les encourager. Puissiez-vous, monsieur, en faire un meilleur dans la suite, et qui ne vous attire ni regrets à vous-même, ni le blâme des honnêtes gens ! Je vous salue de tout mon coeur.
P. S. Si vous aviez un besoin pressant des deux louis que vous demandiez au libraire, je pourrais en disposer sans m’incommoder beaucoup. Parlez-moi naturellement : ce ne serait pas vous en faire un don, ce serait seulement payer vos vers au prix que vous y avez mis vous-même.
1763
Lettre CCCLXXIII– À Madame La Tour
Lettre CCCLXXIV – À M. Dumoulin
Lettre CCCLXXV – À Mademoiselle Duchesne
Lettre CCCLXXVI – À M. le maréchal de Luxembourg
Lettre CCCLXXVII – À Madame La Tour
Lettre CCCLXXVIII – À M. le maréchal de Luxembourg
Lettre CCCLXXIX – À M. Moultou
Lettre CCCLXXX – À M. Petit-Pierre
Lettre CCCLXXXI – À M. Moultou
Lettre CCCLXXXII – À M. David Hume
Lettre CCCLXXXIII – À Madame La Tour
Lettre CCCLXXXIV – À M. Moultou
Lettre CCCLXXXV – À M. Deluc
Lettre CCCLXXXVI – À M. Beau-Château
Lettre CCCLXXXVII – À M.***
Lettre CCCLXXXVIII – À M. Marcel
Lettre CCCLXXXIX – À M. de ***
Lettre CCCXC– À M. Kirchberger
Lettre CCCXCI– À M. Daniel Roguin
Lettre CCCXCII– À Milord Maréchal
Lettre CCCXCIII– À M. Moultou
Lettre CCCXCIV– À M. J. Burnand
Lettre CCCXCV– À Madame de***
Lettre CCCXCVI– À M. J. Burnand
Lettre CCCXCVII– À M. de Montmollin
Lettre CCCXCVIII– À M. Moultou
Lettre CCCXCIX– À M. l’abbé de La Porte
Lettre CD– À M. J. Burnand
Lettre CDI– À Madame La Tour
Lettre CDII– À M. Watelet
Lettre CDIII– À M. J. Burnand
Lettre CDIV– À M. Le maréchal de Luxembourg
Lettre CDV– À M. Moultou
Lettre CDVI– À M. Favre
Table de la correspondance
Lettre CCCLXXIV – À M. Dumoulin
PROCUREUR FISCAL DE S. A. S. MONSEIGNEUR LE PRINCE DE CONDÉ.
À MONTMORENCY PRÈS PARIS.
À Môtiers-Travers, le 16 janvier 1763.
J’apprends, monsieur, avec d’autant plus de douleur la perte que vous venez de faire de votre digne oncle, qu’ayant négligé trop longtemps de l’assurer de mon souvenir et de ma reconnaissance, je l’ai mis en droit de se croire oublié d’un homme qui lui était obligé et qui lui était encore plus attaché, et à vous aussi. M. Mathas sera regretté et pleuré de tous ses amis et de tout le peuple dont il était le père. Il ne suffit pas de lui succéder » monsieur, il faut le remplacer. Songez que vous le suivrez un jour, et qu’alors il ne vous sera pas indifférent d’avoir fait des heureux ou des misérables. Puissiez-vous mériter longtemps et obtenir bien tard l’honneur d’être aussi regretté que lui !
Si le souvenir des moments que nous avons passés ensemble vous est aussi cher qu’à moi, je ne vous recommanderai point un soin qui vous soit à charade, en vous priant d’en conserver les monuments dans votre petite maison de Saint-Louis : entretenez au moins mou petit bosquet, je vous en supplie, surtout les deux arbres plantés de ma main ; ne souffrez pas qu’Augustin ni d’autre se mêlent de les tailler ou de les façonner ; laissez-les venir librement sous la direction de la nature, et buvez quelque jour sous leur ombre à la santé de celui qui jadis eut le plaisir d’y boire avec vous. Pardonnez ces petites sollicitudes puériles à l’attendrissement d’un souvenir qui ne s’effacera jamais de mon coeur. Mes jours de paix se sont passés à Montmorency, et vous avez contribué à me les rendre agréables. Rappelez-vous-en quelquefois la mémoire ; pour moi je la conserverai toujours.
P. S. Mademoiselle Le Vasseur vous prie d’agréer ses respects et de les faire agréer à madame Dumoulin. Je me suis placé ici à portée d’un village catholique pour pouvoir l’y envoyer, le plus souvent qu’il se peut, remplir son devoir, et notre pasteur lui prête pour cela sa voiture avec grand plaisir. Je vous prie de le dire à M. le curé, qui paraissait alarmé de ce que deviendrait sa religion parmi nous autres. Nous aimons la nôtre et nous respectons celle d’autrui.
Permettez que je vous prie de remettre l’incluse à son adresse.
Lettre CCCLXXVI – À M. le maréchal de Luxembourg
Môtiers, le 20 février 1763.
This lovely tale is followed by another that seems even more plausible, yet the first one makes me highly suspicious. You wish, with the art of your age, to touch my self-respect and force me, at least out of good manners, to take an interest in you. Well, sir, among all the traps that could be set for me, this one is the one in which I would be least deceived, especially since it is so clumsily devised. It would be somewhat amusing to reproach you for the way you claim to have supported my cause; indeed, there might even be a sense of ingratitude in not expressing my gratitude. However, sir, since my book was condemned by your (parliament), you could hardly have defended it with more modesty and caution, and you certainly cannot impose on me a personal obligation to uphold justice when that justice was merely due to the truth—or what you believed to be the truth. If I were certain that things had happened as you describe, I might feel obliged to compensate you for any harm I may have caused; but that would not lead me to recommend you, without knowing you, over many other worthy individuals whom I know but cannot serve. Moreover, I would never seek to provide you with students—especially if they had sisters—without anything more than what you have told me about yourself and the poem you sent me as evidence of your character. The bookseller who accepted it from you was wrong to respond so rudely; and the work itself, in terms of composition, is not as bad as he seemed to think: the verses are written rather carelessly, and although many of them are weak and incorrect, there are also some that are quite good. Nevertheless, the tone of the poem is more declamatory than genuinely heartfelt. Zamon kills himself in a tragic play—yet this death neither convinces nor moves the reader; all the emotions expressed come directly from the novel “Héloïse”; hardly any of them reflect your own true feelings or the authenticity of the story. Moreover, if the bookseller was wrong in one regard, he was certainly right in another, though he probably did not realize it. How can a man who prides himself on virtue want to publish a work that promotes such harmful morals, filled with licentious imagery that offers no restraint, and that teaches young people that the liberties of lovers are harmless and that one can stop whenever they wish? Such a doctrine is as false as dangerous, and it would destroy all decency, honesty, and modesty between men and women. Sir, if you are not a man without morals or principles, you will never have your poems printed—no matter how passable they may be—without sufficient corrections to prevent their harmful effects.
You undoubtedly possess talents, but you do not utilize them in a way that would encourage their further development. May you, sir, make better use of them in the future—so as to avoid both regret for yourself and the criticism of honest people! I salute you wholeheartedly.
P.S. If you had an urgent need for the two louis you were asking the bookseller for, I could provide them without much inconvenience. Feel free to speak to me about it: it wouldn’t be considered a gift from me; it would simply be paying for your poems at the price you yourself had set.
1763
Letter CCCLXXIII – To Madame La Tour
Letter CCCLXXIV – To Mr. Dumoulin
Letter CCCLXXV – To Miss Duchesne
Letter CCCLXXVI – To Mr. Marshal of Luxembourg
Letter CCCLXXVII – To Madame La Tour
Letter CCCLXXVIII – To Mr. Marshal of Luxembourg
Letter CCCLXXIX – To Mr. Moultou
Letter CCCLXXX – To Mr. Petit-Pierre
Letter CCCLXXXI – To Mr. Moultou
Letter CCCLXXXII – To Mr. David Hume
Letter CCCLXXXIII – To Madame La Tour
Letter CCCLXXXIV – To Mr. Moultou
Letter CCCLXXXV – To Mr. Deluc
Letter CCCLXXXVI – To Mr. Beau-Château
Letter CCCLXXXVII – To Mr. ***
Letter CCCLXXXVIII – To Mr. Marcel
Letter CCCLXXXIX – To Mr. de ***
Letter CCCXC – To Mr. Kirchberger
Letter CCCXCI – To Mr. Daniel Roguin
Letter CCCXCII – To My Lord Marshal
Letter CCCXCIII – To Mr. Moultou
Letter CCCXCIV – To Mr. J. Burnand
Letter CCCXCV – To Madame de***
Letter CCCXCVI – To Mr. J. Burnand
Letter CCCXCVII – To Mr. de Montmollin
Letter CCCXCVIII – To Mr. Moultou
Letter CCCXCIX – To Mr. Abbé de La Porte
Letter CD – To Mr. J. Burnand
Letter CDI – To Madame La Tour
Letter CDII – To Mr. Watelet
Letter CDIII – To Mr. J. Burnand
Letter CDIV – To Mr. The Marshal of Luxembourg
Letter CDV – To Mr. Moultou
Letter CDVI – To Mr. Favre
Correspondence Table
Letter CCCLXXIV – To Mr. Dumoulin
Public Prosecutor for His Serene Highness the Prince of Condé.
In Montmorency, near Paris.
At Môtiers-Travers, on January 16, 1763.
I learn with even greater sorrow, sir, of the loss you have just suffered at the loss of your worthy uncle. Having neglected for too long to assure him of my remembrance and gratitude, I allowed him to believe that he had been forgotten by a man who was indebted to him—and who felt even deeper ties to him, as well as to you. Mr. Mathas will be missed and mourned by all his friends and by the entire people for whom he was a father. It is not enough merely to succeed him, sir; we must also replace him. Remember that one day you too will follow in his footsteps, and then it will not be indifferent to you whether you have made others happy or miserable. May you merit, after a long time, and only much later in life, the honor of being remembered with the same depth of sorrow!
If the memories of the times we spent together are just as precious to you as they are to me, I would never recommend any care that might seem trivial or meaningless to you. I beg you to keep these reminders in your little home in Saint-Louis: at least take care of that small grove of trees—I implore you, especially those two trees that I planted myself. Do not allow Augustin or anyone else to interfere in pruning or shaping them; let them grow naturally under the guidance of nature itself. And one day, perhaps, drink beneath their shade, in memory of the person who once had the pleasure of drinking there with you. Please forgive these childish requests born from the tenderness of a memory that will never fade from my heart. My peaceful days were spent in Montmorency, and you helped to make them even more pleasant. Sometimes, remember them; for me, I will always keep them in my memory.
P.S. Mademoiselle Le Vasseur asks you to convey her regards to Madame Dumoulin. I have located myself in a Catholic village so that I can send her there as often as possible to fulfill her duties, and our pastor is more than happy to lend her his car for this purpose. Please tell Monsieur the Curé about this; he seemed quite concerned about what would happen to her religion among us. We love our own religion and respect those of others.
Please, could you send the attachment to its intended recipient?
Letter CCCLXXVI – To Mr. Marshal of Luxembourg
Môtiers, February 20, 1763.
Questo bel racconto è seguito da un altro ancora più plausibile, ma che il primo mi fa sospettare molto. Voi cercate, con l’arte della vostra età, di commuovere il mio orgoglio e di costringermi, almeno per buone maniere, ad interessarmi a voi. Ebbene, signore, tra tutti gli inganni che si possono tendere a me, questo è senz’altro quello in cui meno ci si aspetta di essere presi, soprattutto quando è presentato in modo così poco raffinato. Ci sarebbe da rimproverarvi per il modo in cui dite di aver sostenuto la mia causa. E persino una sorta di ingratitudine se non vi ringraziassi per questo. Tuttavia, signore, poiché il mio libro è stato condannato dal vostro tribunale, non potevate certo esitare a difenderlo con la massima modestia e cautela. E non dovete considerarlo un debito personale da parte mia verso di voi: avete semplicemente adempiuto al dovere che avevate verso la verità, o verso ciò che vi è sembrato tale. Se fossi certo che le cose siano andate come mi dite, credo che dovrei ringraziarvi, se possibile, per un danno di cui in qualche modo sono responsabile. Ma questo non mi spingerebbe mai a raccomandarvi, senza conoscervi bene, preferibilmente a molte altre persone meritevoli che conosco ma non posso aiutare. E mi guarderei bene dal procurarvi degli studenti, soprattutto se avessero delle sorelle. Senza altro garanzia della loro buona educazione, se non ciò che avete detto di voi stesso e il poema che mi avete inviato. Il libraio a cui l’avete presentato ha commesso un errore a rispondervi in modo così brusco. E l’opera, dal punto di vista della composizione, non è poi così cattiva come lui credeva: i versi sono scritti con facilità; ce ne sono alcuni molto belli, sebbene molti altri siano deboli e poco corretti. In ogni caso, prevale più un tono declamatorio che una vera passione. Zamon si uccide nel ruolo di un attore tragico: questa morte non convince né commuove. Tutti i sentimenti descritti derivano dalla “nuova Héloïse”; ne trovi a malapena uno che appartenga veramente a voi. Il che non è certo un segno della profondità del vostro cuore né della veridicità della storia. Del resto, se il libraio aveva torto in un senso, aveva certamente ragione in un altro. Come può un uomo che si preoccupa di mantenere la propria virtù voler pubblicare un’opera che insegna le più pericolose morali, piena di immagini licenziose e prive di ogni forma di purità. Un’opera che tende a far credere alle giovani donne che le relazioni amorose siano senza conseguenze e che si possa sempre fermarsi quando si vuole. Una massima tanto falsa quanto pericolosa, capace di distruggere ogni pudore, ogni onestà, ogni rispetto tra i due sessi. Signore, se non siete un uomo privo di morale e principi, non pubblicherete mai i vostri versi, anche se passabili, senza apportare le necessarie correzioni per evitare effetti negativi.
Senza dubbio possedete dei talenti, ma non li utilizzate in modo da incoraggiarne lo sviluppo. Possa, signore, in futuro farne un uso migliore, tale da non suscitare né rimpianti in voi stesso né biasimo da parte delle persone oneste! Vi saluto con tutto il mio cuore.
P.S. Se aveste bisogno urgente dei due luigi che chiedete al libraio, potrei disporne senza troppi problemi. Parlate con me liberamente: non sarebbe come farvi un dono, ma semplicemente come pagare i vostri versi al prezzo che voi stessi ne avete stabilito.
1763
Lettera CCCLXXIII – A Madame La Tour
Lettera CCCLXXIV – A Monsieur Dumoulin
Lettera CCCLXXV – Alla Signorina Duchesne
Lettera CCCLXXVI – A Sua Eccellenza il maresciallo di Lussemburgo
Lettera CCCLXXVII – A Madame La Tour
Lettera CCCLXXVIII – A Sua Eccellenza il maresciallo di Lussemburgo
Lettera CCCLXXIX – A Monsieur Moultou
Lettera CCCLXXX – A Monsieur Petit-Pierre
Lettera CCCLXXXI – A Monsieur Moultou
Lettera CCCLXXXII – A Monsieur David Hume
Lettera CCCLXXXIII – A Madame La Tour
Lettera CCCLXXXIV – A Monsieur Moultou
Lettera CCCLXXXV – A Monsieur Deluc
Lettera CCCLXXXVI – A Monsieur Beau-Château
Lettera CCCLXXXVII – A Monsieur ***
Lettera CCCLXXXVIII – A Monsieur Marcel
Lettera CCCLXXXIX – A Monsieur de ***
Lettera CCCXC – A Monsieur Kirchberger
Lettera CCCXCI – A Monsieur Daniel Roguin
Lettera CCCXCII – A Sua Signoria il Maresciallo
Lettera CCCXCIII – A Monsieur Moultou
Lettera CCCXCIV – A Monsieur J. Burnand
Lettera CCCXCV – Alla Signora de***
Lettera CCCXCVI – A Monsieur J. Burnand
Lettera CCCXCVII – A Monsieur de Montmollin
Lettera CCCXCVIII – A Monsieur Moultou
Lettera CCCXCIX – A Monsignor l’abate de La Porte
Lettera CD – A Monsieur J. Burnand
Lettera CDI – A Madama La Tour
Lettera CDII – A Monsieur Watelet
Lettera CDIII – A Monsieur J. Burnand
Lettera CDIV – A Sua Eccellenza il Maresciallo di Lussemburgo
Lettera CDV – A Monsieur Moultou
Lettera CDVI – A Monsieur Favre
Tabella della corrispondenza
Lettera CCCLXXIV – A Monsieur Dumoulin
Procuratore fiscale di S.A.S. Monsignore il Principe di Condé.
A Montmorency, vicino a Parigi.
A Môtiers-Travers, il 16 gennaio 1763.
Signore, apprendo con tanto dolore della perdita che avete subito per la scomparsa di vostro nobile zio, mi sento in colpa: essendo troppo a lungo rimasto indifferente nei suoi confronti, non gli ho mai dimostrato il mio ricordo e la mia riconoscenza. Per questo motivo, egli ha potuto credere di essere stato dimenticato da un uomo che gli doveva molto e al quale era profondamente legato, e lo stesso vale per voi. Il signor Mathas sarà rimpianto e pianto da tutti i suoi amici e da tutto il popolo di cui era il padre. Non basta semplicemente sostituirlo, signore: è necessario rimpiazzarlo veramente. Pensate che un giorno anche voi lo seguirete nella morte, e allora non vi sarà indifferente aver reso felici o infelici delle persone. Possiate meritare a lungo, e solo molto tempo dopo, l’onore di essere rimpianto proprio come lui!
Se il ricordo dei momenti che abbiamo trascorso insieme è per voi tanto caro quanto lo è per me, non vi consiglierò alcun tipo di cura che possa risultare complessa o difficile da attuare; vi prego invece di conservare i “monumenti” di quei momenti nella vostra piccola casa a Saint-Louis: mantenete almeno quel piccolo boschetto, vi supplico, soprattutto quegli due alberi piantati dalla mia mano. Non permettete che Augustin o altri si intromettano nel loro taglio o nella loro forma; lasciate che crescano liberamente sotto la guida della natura. E un giorno, bevete all’ombra di quegli alberi in onore di colui che un tempo ebbe il piacere di bere lì con voi. Perdonate queste piccole preghiere infantili, derivano soltanto dal tenero ricordo di momenti che non svaniranno mai dal mio cuore. I miei giorni di pace sono trascorsi a Montmorency, e siete stato voi a renderli piacevoli. Ricordatene ogni tanto. Per me, lo ricorderò per sempre.
P.S. La signorina Le Vasseur vi prega di accettare i suoi saluti e di farli pervenire anche alla signora Dumoulin. Mi sono stabilito in un villaggio cattolico affinché possa inviarla lì, il più spesso possibile, per che esegua il suo dovere; il nostro pastore le presta volentieri la sua macchina a tale scopo. Vi prego di riferirlo al signor curato, il quale sembrava preoccupato riguardo al futuro della sua fede tra di noi. Noi amiamo la nostra fede e rispettiamo quella degli altri.
Per favore, restituite l’incluso alla sua destinataria.
Lettera CCCLXXVI – A Sua Eccellenza il maresciallo di Lussemburgo
Môtiers, 20 febbraio 1763.
Vous voulez, M. le maréchal, que je vous décrive le pays que j’habite. Mais comment faire ? Je ne sais voir qu’autant que je suis ému ; les objets indifférents sont nuls à mes yeux ; je n’ai de l’attention qu’à proportion de l’intérêt qui l’excite : et quel intérêt puis-je prendre à ce que je retrouve si loin de vous ? Des arbres, des rochers, des maisons, des hommes même, sont autant d’objets isolés dont chacun en particulier donne peu d’émotion à celui qui le regarde : mais l’impression commune de tout cela, qui le réunit en un seul tableau, dépend de l’état on nous sommes en le contemplant. Ce tableau, quoique toujours le même, se peint d’autant de manières qu’il y a de dispositions différentes dans les coeurs des spectateurs ; et ces différences, qui font celles de nos jugements, n’ont pas lieu seulement d’un spectateur à l’autre, mais dans le même en différents temps. C’est ce que j’éprouve bien sensiblement en revoyant ce pays que j’ai tant aimé. J’y croyais retrouver ce qui m’avait charmé dans ma jeunesse : tout est changé ; c’est un autre paysage, un autre air, un autre ciel, d’autres hommes ; et, ne voyant plus mes montagnons avec des yeux de vingt ans, je les trouve beaucoup vieillis. On regrette le bon temps d’autrefois ; je le crois bien : nous attribuons aux choses tout le changement qui s’est fait en nous, et lorsque le plaisir nous quitte nous croyons qu’il n’est plus nulle part. D’autres voient les choses comme nous les avons vues, et les verront comme nous les voyons aujourd’hui. Mais ce sont des descriptions que vous me demandez, non des réflexions, et les miennes m’entraînent comme un vieux enfant qui regrette encore ses anciens jeux. Les diverses impressions que ce pays a faites sur moi à différents âges me font conclure que nos relations se rapportent toujours plus à nous qu’aux choses, et que, comme nous décrivons bien plus ce que nous sentons que ce qui est, il faudrait savoir comment était affecté l’auteur d’un voyage en l’écrivant, pour juger de combien ses peintures sont au-deçà ou au-delà du vrai. Sur ce principe ne vous étonnez pas de voir devenir aride et froid, sous ma plume, un pays jadis si verdoyant, si vivant, si riant, à mon gré : vous sentirez trop aisément dans ma lettre en quel temps de ma vie et en quelle saison de l’année elle a été écrite.
Je sais, M. le maréchal, que, pour vous parler d’un village, il ne faut pas commencer par vous décrire toute la Suisse, comme si le petit coin que j’habite avait besoin d’être circonscrit d’un si grand espace. Il y a pourtant des choses générales qui ne se devinent point, et qu’il faut savoir pour juger des objets particuliers. Pour connaître Môtiers, il faut avoir quelque idée du comté de Neuchâtel, et pour connaître le comté de Neuchâtel, il faut en avoir de la Suisse entière.
Elle offre à peu près partout les mêmes aspects, des lacs, des prés, des bois, des montagnes ; et les Suisses ont aussi tous à peu près les mêmes moeurs, mêlées de l’imitation des autres peuples et de leur antique simplicité. Ils ont des manières de vivre qui ne changent point, parce qu’elles tiennent pour ainsi dire au sol, au climat, aux besoins divers, et qu’en cela les habitants sont toujours forcés de se conformer à ce que la nature des lieux leur prescrit. Telle est, par exemple, la distribution de leurs habitations, beaucoup moins réunies en villes et en bourgs qu’en France, mais éparses et dispersées çà et là sur le terrain avec beaucoup plus d’égalité. Ainsi, quoique la Suisse soit en général plus peuplée à proportion que la France, elle a de moins grandes villes et de moins gros villages : en revanche, on y trouve partout des maisons : le village couvre toute la paroisse, et la ville s’étend sur tout le pays. La Suisse entière est comme une grande ville divisée en treize quartiers, dont les uns sont sur les vallées, d’autres sur les coteaux, d’autres sur les montagnes. Genève, Saint-Gall, Neuchâtel sont comme les faubourgs : il y a des quartiers plus ou moins peuplés, mais tous le sont assez pour marquer qu’on est toujours dans la ville : seulement les maisons, au lieu d’être alignées, sont dispersées sans symétrie et sans ordre, comme on dit qu’étaient celles de l’ancienne Rome, On ne croit plus parcourir des déserts quand on trouve des clochers parmi les sapins, des troupeaux sur des rochers, des manufactures dans des précipices, des ateliers sur des torrents. Ce mélange bizarre a je ne sais quoi d’animé, de vivant, qui respire la liberté, le bien-être, et qui fera toujours du pays où il se trouve un spectacle unique en son genre, mais fait seulement pour des yeux qui sachent voir.
Cette égale distribution vient du grand nombre de petits états qui divise les capitales, de la rudesse du pays, qui rend les transports difficiles, et de la nature des productions, qui, consistant pour la plupart en pâturages, exige que la consommation s’en fasse sur les lieux mêmes, et tient les hommes aussi dispersés que les bestiaux. Voilà le plus grand avantage de la Suisse, avantage que ses habitants regardent peut-être comme un malheur, mais qu’elle tient d’elle seule, que rien ne peut lui ôter, qui, malgré eux, contient ou retarde le progrès du luxe et des mauvaises moeurs, et qui réparera toujours à la longue l’étonnante déperdition d’hommes qu’elle fait dans les pays étrangers.
Voilà le bien : voici le mal amené par ce bien même. Quand les Suisses, qui jadis vivant renfermés dans leurs montagnes se suffisaient à eux-mêmes, ont commencé à communiquer avec d’autres nations, ils ont pris goût à leur manière de vivre, et ont voulu l’imiter ; ils se sont aperçus que l’argent était une bonne chose, et ils ont voulu en avoir : sans productions et sans industrie pour l’attirer, ils se sont mis en commerce eux-mêmes, ils se sont vendus en détail aux puissances ; ils ont acquis par là précisément assez d’argent pour sentir qu’ils étaient pauvres ; les moyens de le faire circuler étant presque impossibles dans un pays qui ne produit rien et qui n’est pas maritime, cet argent leur a porté de nouveaux besoins sans augmenter leurs ressources. Ainsi leurs premières aliénations de troupes les ont forcés d’en faire de plus grandes et de continuer toujours. La vie étant devenue plus dévorante, le même pays n’a plus pu nourrir la même quantité d’habitants. C’est la raison de la dépopulation qu’on commence à sentir dans toute la Suisse. Elle nourrissait ses nombreux habitants quand ils ne sortaient pas de chez eux ; à présent qu’il en sort la moitié, à peine peut-elle nourrir l’autre.
Le pis est que de cette moitié qui sort il en rentre assez pour corrompre tout ce qui reste par l’imitation des usages des autres pays, et surtout de la France, qui a plus de troupes suisses qu’aucune autre nation. Je dis corrompre, sans entrer dans la question si les moeurs françaises sont bonnes ou mauvaises en France, parce que cette question est hors de doute quant à la Suisse, et qu’il n’est pas possible que les mêmes usages conviennent à des peuples qui, n’ayant pas les mêmes ressources et n’habitant ni le même climat ni le même sol, seront toujours forcés de vivre différemment.
Le concours de ces deux causes, l’une bonne et l’autre mauvaise, se fait sentir en toutes choses ; il rend raison de tout ce qu’on remarque de particulier dans les moeurs des Suisses, et surtout de ce contraste bizarre de recherche et de simplicité qu’on sent dans toutes leurs manières. Ils tournent, à contre-sens tous les usages qu’ils prennent, non | par faute d’esprit, mais par la force des choses. En transportant dans leurs bois les usages des grandes villes, ils les appliquent de la façon la plus comique ; ils ne savent ce que c’est qu’habits de campagne ; ils sont parés dans leurs rochers comme ils l’étaient à Paris ; ils portent sous leurs sapins tous les pompons du Palais-Royal, et j’en ai vu revenir de faire leurs foins en petite veste à falbala de mousseline. Leur délicatesse a toujours quelque chose de grossier, leur luxe a toujours quelque chose de rude. Ils ont des entremets, mais ils mangent du pain noir ; ils servent des vins étrangers, et boivent de la piquette ; des ragoûts fins accompagnent leur lard rance et leurs choux ; ils vous offriront à déjeuner du café, du fromage ; à goûter, du thé avec du jambon ; les femmes ont de la dentelle et de fort gros linge, des robes de goût avec des bas de couleur : leurs valets, alternativement laquais et bouviers, ont l’habit de livrée en servant à table, et mêlent l’odeur du fumier à celle des mets.
“Sir Marshal, you wish that I describe to you the country where I live. But how can I do that? I am only able to see things when I am moved; indifferent objects mean nothing to me. My attention is drawn only in proportion to the interest they arouse—and what interest could I possibly have in what lies so far from you? Trees, rocks, houses, even people—each of these is merely an isolated object that brings little emotion to those who observe it. But the overall impression produced by all these elements, when combined into a single scene, depends on the state of mind of the observer at the moment of viewing it. This scene, though always the same, is perceived in countless different ways, depending on the various emotions within the observers’ hearts. And these differences in perception—not only among different observers but also within the same person at different times—are what shape our judgments. I can truly sense this when I revisit this country that I once loved so much. I thought I would find there again all that had delighted me in my youth, but everything has changed: it’s a different landscape, different air, different sky, different people. And no longer seeing my mountains with the eyes of a twenty-year-old, I find them much older now. One misses the good times of the past—I certainly do; we attribute to things all the changes that have taken place within us, and when pleasure leaves us, we believe it has vanished entirely. Others may see things just as we did in the past, or even as we see them today. But what you are asking for are descriptions, not reflections. And my thoughts lead me back like an old child still longing for its former games. The different impressions this country has left on me at various stages of my life make me realize that our relationships with things are always more about ourselves than about the things themselves. And since we describe far more what we feel than what actually exists, one would need to know how the author of a travelogue felt while writing it in order to judge how accurate his descriptions really are. Based on this principle, do not be surprised if you find that a country once so lush, vibrant, and joyful becomes dry and cold in my words—you will easily discern from my letter at what time of my life and in what season it was written.”
I know, Mr. Marshal, that when talking about a village, one should not begin by describing the entire of Switzerland, as if the small area where I live needed to be framed within such a vast context. Nevertheless, there are certain general aspects that must be understood in order to properly assess more specific matters. To know Môtiers, one must have some understanding of the county of Neuchâtel; and to understand the county of Neuchâtel, one must have an understanding of Switzerland as a whole.
Almost everywhere, it presents the same features: lakes, meadows, forests, mountains; and the Swiss also share roughly the same customs, a blend of imitation of other peoples and their ancient simplicity. Their ways of living remain unchanged, for they are essentially tied to the land, the climate, and various local needs—reasons that always compel residents to conform to what nature itself prescribes for their environment. For instance, the distribution of their settlements is quite different from that in France: towns and villages are much less concentrated, but rather scattered evenly across the landscape. As a result, although Switzerland is generally more densely populated than France, it has fewer large cities and towns. Nevertheless, homes can be found everywhere; a village encompasses an entire parish, while a “city” extends across an entire region. The whole of Switzerland is like a vast city divided into thirteen districts—some located in valleys, others on hillsides, and still others on mountains. Cities like Geneva, St. Gallen, and Neuchâtel function somewhat like suburbs: there are districts more or less populated, but all are sufficiently inhabited to be considered part of the city. However, the houses are not arranged in neat rows; instead, they are scattered haphazardly, without any apparent symmetry or order—just as it was said that the houses in ancient Rome were laid out this way. One no longer feels like traveling through a desert when one encounters churches among the pines, herds on the rocks, factories in steep valleys, and workshops by rushing streams. This bizarre mixture of elements possesses an undeniable vitality and liveliness—it exudes freedom and prosperity, and always makes the land where it exists a unique spectacle, one meant solely for eyes that know how to appreciate it.
This even distribution arises from the large number of small states that divide the country into numerous regions, from the ruggedness of the terrain which makes transportation difficult, and from the nature of its industries—most of which consist of pastoral activities—which require consumption to take place in the very same places where production occurs. This is precisely Switzerland’s greatest advantage. Its inhabitants may regard it as a disadvantage, but it is an inherent characteristic of the country; nothing can take it away. Despite their wishes, this very factor prevents or slows the development of luxury and bad morals. In the long run, it will always compensate for the astonishing loss of population that Switzerland causes in other countries.
Here is good; here is evil, brought about precisely by that good itself. When the Swiss, who once lived in isolation within their mountains and were self-sufficient, began to communicate with other nations, they took a liking to their way of life and desired to imitate it. They realized that money was a valuable thing and sought to acquire it. Lacking any means of production or industry to generate it, they resorted to commerce themselves, selling themselves in detail to various powers. In this way, they acquired enough money to realize how poor they actually were. However, since the means to circulate this money were nearly non-existent in a country that produced nothing and had no maritime access, this very money gave rise to new needs without increasing their resources at all. Thus, their initial dealings in selling soldiers forced them to engage in even greater such transactions, and they continued down this path. As life became increasingly demanding, the same country was no longer able to sustain the same population. This is the reason for the declining population that is now being observed throughout Switzerland. The country used to be able to feed its numerous inhabitants when they stayed within their homes; but now, with half of them leaving home, it can barely manage to feed the remaining half.
The worst of it is that from this half which emerges, enough of it re-enters to corrupt everything that remains through the imitation of the customs of other countries, especially France, which has more Swiss troops than any other nation. I say “corrupt” without delving into the question of whether French manners are good or bad in France itself, because this question is beyond doubt when it comes to Switzerland; moreover, it is impossible for the same customs to be suitable for peoples who do not possess the same resources and who do not live in the same climate or on the same soil, and therefore will always have to lead different lives.
The interaction of these two forces—one good and the other bad—is evident in everything; it explains everything that is particularly noteworthy about the customs of the Swiss, especially that strange contrast between refinement and simplicity that can be observed in all their ways. They apply the customs of big cities in a most comical manner; they have no idea what country clothes are; they dress in their mountains just as they did in Paris; under their pines, they wear all the finery of the Palace-Royal, and I’ve seen them return from cutting hay wearing small, frilly muslin vests. Their delicacy always carries an element of coarseness; their luxury always has a rough edge to it. They have delicate desserts, but they eat black bread; they serve foreign wines, yet drink homemade wine; exquisite dishes accompany their rancid lard and cabbage; they offer you coffee and cheese for breakfast, tea with ham for afternoon tea. The women wear lace and very thick fabric, stylish dresses paired with brightly colored stockings; their servants, sometimes butlers, sometimes cowboys, wear livery uniforms while serving at the table, mixing the smell of manure with that of the food.
Maresciallo, desiderate che vi descriva il paese in cui vivo. Ma come posso farlo? Posso vedere soltanto ciò che mi commuove; gli oggetti indifferenti non hanno alcun significato ai miei occhi; presto attenzione solo in proporzione all’interesse che suscitano in me. E quale interesse potrei provare per ciò che ritrovo, lontano da voi? Alberi, rocce, case, persino gli uomini. Sono tutti oggetti isolati, ciascuno dei quali suscita poca emozione in chi li osserva. Ma l’impressione complessiva di tutto ciò, che li unisce in un’unica immagine, dipende dallo stato d’animo di colui che li contempla. Quest’immagine, sebbene sempre la stessa, si presenta in modi diversi a seconda delle diverse disposizioni del cuore di chi la osserva. E queste differenze, che influenzano i nostri giudizi, non esistono soltanto da un osservatore all’altro, ma anche nello stesso individuo in momenti diversi. Lo percepisco molto chiaramente ogni volta che rivedo questo paese che ho tanto amato. Credevo di ritrovare ciò che mi aveva incantato nella mia giovinezza. Ma tutto è cambiato: è un altro paesaggio, un’altra aria, un altro cielo, altre persone. E, non vedendo più le mie montagne con gli occhi di vent’anni fa, le trovo molto invecchiate. Si rimpiange il bel tempo passato. Lo credo davvero: attribuiamo alle cose tutto il cambiamento che è avvenuto in noi. E quando il piacere ci abbandona, pensiamo che non esista più da nessuna parte. Altri vedono le cose come le abbiamo viste noi, e le vedranno anche domani. Ma queste sono descrizioni che mi chiedete, non riflessioni. Le mie riflessioni mi portano lontano, come un bambino vecchio che ancora rimpiange i suoi giochi d’un tempo. Le diverse impressioni che questo paese ha suscitato in me in momenti diversi della mia vita mi fanno concludere che le nostre percezioni dipendono sempre di più da noi stessi che dalle cose. E poiché descriviamo molto di più ciò che sentiamo che ciò che esiste realmente, dovremmo sapere in quale stato d’animo si trovava l’autore di un viaggio quando lo scriveva, per poter giudicare quanto le sue descrizioni siano vicine o lontane dalla verità. Su questo principio, non sorprendetevi se vedete che, sotto la mia penna, un paese un tempo così verde, così vivido, così gioioso diventa arido e freddo. Potrete facilmente capire in quale momento della mia vita e in quale stagione dell’anno sia stato scritto.
So, signor maresciallo, che per parlare di un villaggio non si deve iniziare descrivendo l’intera Svizzera, come se il piccolo angolo in cui vivo avesse bisogno di essere delimitato da un territorio così vasto. Tuttavia, ci sono alcune cose generali che è necessario conoscere per poter giudicare correttamente gli aspetti particolari di un luogo. Per comprendere Môtiers, è necessario avere una certa idea della contea di Neuchâtel; e per conoscere la contea di Neuchâtel, è indispensabile conoscere l’intera Svizzera.
In quasi tutte le regioni della Svizzera si trovano gli stessi elementi naturali: laghi, prati, foreste, montagne; inoltre, gli svizzeri condividono pressoché gli stessi costumi, caratterizzati da un mix di influenze altrui e dalla loro antica semplicità. I loro modi di vivere rimangono immutati, poiché sono strettamente legati al terreno, al clima e alle diverse esigenze della vita quotidiana; per questo motivo gli abitanti sono costretti ad adeguarsi a ciò che la natura del luogo impone loro. È proprio questa caratteristica che si riflette nella distribuzione delle loro abitazioni: molto meno concentrate in città e borghi rispetto alla Francia, queste case sono sparse in modo più uniforme su tutto il territorio. Sebbene la Svizzera sia generalmente più popolosa della Francia, le sue città e i suoi villaggi sono di dimensioni più ridotte; tuttavia, ovunque si trovino, esistono delle abitazioni: un villaggio copre l’intera parrocchia, mentre una città si estende su un’intera regione. L’intera Svizzera è come una grande città divisa in tredici quartieri, alcuni situati nelle valli, altri sui colli, altri ancora sulle montagne. Genova, San Gallo, Neuchâtel sono simili ai sobborghi: ci sono quartieri più o meno popolosi, ma tutti sufficientemente densamente abitati da far sembrare che si trovi all’interno di una città; tuttavia, le case non sono disposte in modo ordinato, bensì sparse senza regolarità, proprio come si dice fossero quelle dell’antica Roma. Non si ha più l’impressione di attraversare zone desolate quando si incontrano campanili tra i pini, greggi sui massi rocciosi, fabbriche nei burroni, laboratori lungo i torrenti. Questo strano insieme di elementi possiede qualcosa di vivace e dinamico che esprime libertà e benessere; tale caratteristica rende il paese uno spettacolo unico nel suo genere, ma solo per occhi capaci di apprezzarne la bellezza.
Questa distribuzione uniforme deriva dal gran numero di piccoli stati che dividono il territorio svizzero, dalla natura aspra del paese, che rende i trasporti difficili, e dalla natura delle produzioni, che consistono per lo più in pascoli, il che richiede che il consumo avvenga direttamente sul posto stesso, tenendo così gli uomini altrettanto dispersi quanto gli animali. Questo è il più grande vantaggio della Svizzera: un vantaggio che i suoi abitanti potrebbero considerare una sfortuna, ma che deriva esclusivamente da caratteristiche intrinseche del paese stesso e che nulla può togliere loro. Nonostante ciò, questo vantaggio ostacola o ritarda lo sviluppo del lusso e delle cattive abitudini, e a lungo andare compenserà sicuramente la straordinaria perdita di popolazione che il paese subisce nei Paesi stranieri.
Ecco il bene: ecco il male che viene proprio da quel bene stesso. Quando gli svizzeri, un tempo chiusi tra le loro montagne e autosufficienti, iniziarono a comunicare con altre nazioni, presero gusto al loro modo di vivere e vollero imitarlo; si resero conto che l’oro era una cosa preziosa e ne desiderarono possederne. Senza risorse produttive né industrie per ottenerlo, iniziarono essi stessi a commerciare, vendendosi in piccoli lotti alle potenze straniere; così ottennero abbastanza denaro da rendersi conto di essere poveri. Poiché i mezzi per far circolare quel denaro erano quasi impossibili in un paese che non produce nulla e non è marittimo, esso generò in loro nuovi bisogni senza aumentare le loro risorse. Così, le prime volte in cui vendettero parti del loro territorio li costrinsero a farlo ancora di più, continuando sempre su questa strada. La vita divenne sempre più difficile da sostenere, e lo stesso paese non fu più in grado di nutrire la stessa quantità di abitanti. Questa è la ragione della diminuzione demografica che si sta osservando in tutta la Svizzera: un tempo il paese riusciva a sfamare i suoi numerosi abitanti quando questi rimanevano chiusi nelle loro case; ora, che metà di loro esce fuori, a malapena riesce a nutrire l’altra metà.
Il peggio è che di questa metà che esce, ne ritorna abbastanza per corrompere tutto ciò che rimane, attraverso l’imitazione delle usanze degli altri paesi, soprattutto della Francia, che dispone di più truppe svizzere di qualsiasi altra nazione. Dico “corrompere”, senza entrare nel discorso su se le usanze francesi siano buone o cattive in Francia; perché questa questione è del tutto ovvia per quanto riguarda la Svizzera, e non è possibile che le stesse usanze siano adatte a popoli che, non avendo le stesse risorse, né vivendo nello stesso clima o sullo stesso suolo, siano inevitabilmente costretti a vivere in modo diverso.
La combinazione di queste due cause, una buona e l’altra cattiva, si fa sentire in tutte le cose; essa spiega tutto ciò che si osserva di particolare nei costumi degli svizzeri, soprattutto quel bizzarro contrasto tra raffinatezza e semplicità che si nota nelle loro abitudini. Essi applicano, in modo assurdo, gli usanze delle grandi città nelle loro zone montane; non lo fanno per mancanza di intelligenza, ma per necessità. Portando con sé nelle foreste i costumi delle città, li adattano in modi davvero comici; non sanno nemmeno cosa significhi vestirsi in modo appropriato per la campagna; si abbigliano nei loro luoghi di vita come facevano a Parigi; indossano sotto gli abeti tutti i fronzoli e i ornamenti tipici del Palais-Royal, e ho visto persone tornare dal lavoro con una piccola giacca decorata di pizzo. La loro raffinatezza ha sempre qualcosa di grossolano, il loro lusso ha sempre qualcosa di rozzo. Hanno piatti prelibati, ma mangiano pane nero; servono vini stranieri, ma bevono vino ordinario; piatti raffinati accompagnano il loro lardo rancido e i loro cavoli; vi offrono a colazione caffè e formaggio; a merenda tè con prosciutto; le donne indossano pizzi delicati e biancheria molto spessa, abiti di buon gusto con calze colorate; i loro servitori, a volte camerieri, a volte mandriani, indossano abiti da domestici mentre servono a tavola, mescolando così l’odore del letame con quello dei cibi.
Comme on ne jouit du luxe qu’en le montrant, il a rendu leur société plus familière sans leur ôter pourtant le goût de leurs demeures isolées. Personne ici n’est surpris de me voir passer l’hiver en campagne ; mille gens du monde en fout tout autant. On demeure donc toujours séparés ; mais on se rapproche par de longues et fréquentes visites. Pour étaler sa parure et ses meubles il faut attirer ses voisins et les aller voir ; et comme ces voisins sont souvent assez éloignés, ce sont des voyages continuels. Aussi jamais n’ai-je vu de peuple si allant que les Suisses ; les Français n’en approchent pas. Vous ne rencontrez de toute part que voitures ; il n’y a pas une maison qui n’ait la sienne, et les chevaux, dont la Suisse abonde, ne sont rien moins qu’inutiles dans le pays. Mais, comme ces courses ont souvent pour objet des visites de femmes, quand on monte à cheval, ce qui commence à devenir rare, on y monte en jolis bas blancs bien tirés, et l’on fait à peu près, pour courir la poste, la même toilette que pour aller au bal. Aussi rien n’est si brillant que les chemins de la Suisse ; on y rencontre à tout moment de petits messieurs et de belles dames ; on n’y voit que bleu, vert, couleur de rose ; on se croirait au jardin du Luxembourg.
Un effet de ce commerce est d’avoir presque j ôté aux hommes le goût du vin ; et un effet contraire de cette vie ambulante est d’avoir cependant rendu les cabarets fréquents et bons dans toute la Suisse. Je ne sais pas pourquoi l’on vante tant ceux de France ; ils n’approchent sûrement pas de ceux-ci. Il est vrai qu’il y fait très cher vivre ; mais cela est vrai aussi de la vie domestique, et cela ne saurait être autrement dans un pays qui produit peu de denrées, et où l’argent ne laisse pas de circuler.
Les trois seules marchandises qui leur en aient fourni jusqu’ici sont les fromages, les chevaux, et les hommes ; mais depuis l’introduction du luxe ce commerce ne leur suffit plus, et ils y ont ajouté celui des manufactures, dont ils sont redevables aux réfugiés français : ressource qui cependant a plus d’apparence que de réalité ; car, comme. la cherté des denrées augmente avec les espèces, et que la culture de la terre se néglige quand on gagne davantage à d’autres travaux, avec plus d’argent ils n’en sont pas plus riches, ce qui se voit par la comparaison avec les Suisses catholiques, qui, n’ayant pas la même ressource, sont plus pauvres d’argent et ne vivent pas moins bien.
Il est fort singulier qu’un pays si rude, et dont les habitants sont si enclins à sortir, leur inspire pourtant un amour si tendre, que le regret de l’avoir quitté les y ramène presque tout à la fin, et que ce regret donne à ceux qui n’y peuvent revenir une maladie quelquefois mortelle, qu’ils appellent, je crois, le hemvé[776]. Il y a dans la Suisse un air célèbre appelé le ranz des vaches, que les bergers sonnent sur leurs cornets, et dont ils font retentir tous les coteaux du pays. Cet air, qui est peu de chose en lui-même, mais qui rappelle aux Suisses mille idées relatives au pays natal, leur fait verser des torrents de larmes quanti ils l’entendent en terre étrangère. Il en a même fait mourir de douleur un si grand nombre, qu’il a été défendu, par ordonnance du roi, de jouer le ranz des vaches dans les troupes suisses. Mais, M. le maréchal, vous savez peut-être tout cela mieux que moi, et les réflexions que ce fait présente ne vous auront pas échappé. Je ne puis m’empêcher de remarquer seulement que la France est assurément le meilleur pays du monde, où toutes les commodités et tous les agréments de la vie concourent au bien-être des habitants. Cependant il n’y a jamais eu, que je sache, de hemvé ni de ranz des vaches qui fit pleurer et mourir de regret un
Français en pays étranger ; et cette maladie diminue beaucoup chez les Suisses depuis qu’on vit plus agréablement dans leur pays.
Les Suisses en général sont justes, officieux, charitables, amis solides, braves soldats, et bons citoyens, mais intrigants, défiants, jaloux, curieux, avares, et leur avarice contient plus leur luxe que ne fait leur simplicité. Ils sont ordinairement graves et flegmatiques, mais ils sont furieux dans la colère, et leur joie est une ivresse. Je n’ai rien vu de si gai que leurs jeux. Il est étonnant que le peuple français danse tristement, languissamment, de mauvaise grâce, et que les danses suisses soient sautillantes et vives. Les hommes y montrent leur vigueur naturelle, et les filles y ont une légèreté charmante ; on dirait que la terre leur brûle les pieds.
Les Suisses sont adroits et rusés dans les affaires : les Français qui les jugent grossiers sont bien moins déliés qu’eux ; ils jugent de leur esprit par leur accent. La cour de France a toujours voulu leur envoyer des gens fins, et s’est toujours trompée. À ce genre d’escrime ils battent communément les Français : mais envoyez-leur des gens droits et fermes, vous ferez d’eux ce que vous voudrez, car naturellement ils vous aiment. Le marquis de Bonnac, qui avait tant d’esprit, mais qui passait pour adroit, n’a rien fait en Suisse ; et jadis le maréchal de Bassompierre y faisait tout ce qu’il voulait, parce qu’il était franc, ou qu’il passait chez eux pour l’être. Les Suisses négocieront toujours avec avantage, à moins qu’ils ne soient vendus par leurs magistrats, attendu qu’ils peuvent mieux se passer d’argent que les puissances ne peuvent se passer d’hommes ; car, pour votre blé, quand ils voudront ils n’en auront pas besoin. Il faut avouer aussi que, s’ils font bien leurs traités, ils les exécutent encore mieux : fidélité qu’on ne se pique pas de leur-rendre.
Je ne vous dirai rien, M. le maréchal, de leur gouvernement et de leur politique, parce que cela me mènerait trop loin, et que je ne veux vous parler que de ce que j’ai vu. Quant au comté de Neuchâtel où j’habite, vous savez qu’il appartient au roi de Prusse. Cette petite principauté, après avoir été démembrée du royaume de Bourgogne et passé successivement dans les maisons de Chalons, d’Hochberg et de Longueville, tomba enfin, en 1707, dans celle de Brandebourg par la décision des Etats du pays, juges naturels des droits des prétendants. Je n’entrerai point dans l’examen des raisons sur lesquelles le roi de Prusse fut préféré au prince de Conti, ni des influences que purent avoir d’autres puissances dans cette affaire ; je me contenterai de remarquer que, dans la concurrence entre ces deux princes, c’était un honneur qui ne pouvait manquer aux Neuchâtelois d’appartenir un jour à un grand capitaine. Au reste, ils ont conservé sous leurs souverains à peu près la même liberté qu’ont les autres Suisses : mais peut-être en sont-ils plus redevables à leur position qu’à leur habileté ; car je les retrouve bien remuants pour des gens sages.
Tout ce que je viens de remarquer des Suisses, en général, caractérise encore plus fortement ce peuple-ci ; et le contraste du naturel et de l’imitation s’y fait encore mieux sentir, avec cette différence pourtant que le naturel a moins d’étoffe, et qu’à quelque petit coin près, la dorure couvre tout le fond. Le pays, si l’on excepte la ville et les bords du lac, est aussi rude que le reste de la Suisse : la vie y est aussi rustique ; et les habitants accoutumés à vivre sous des princes, s’y sont encore plus affectionnés aux grandes manières ; de sorte qu’on trouve ici du jargon, des airs, dans tous les états ; de beaux parleurs labourant les champs, et des courtisans en souquenille. Aussi appelle-1-on les Neuchâtelois les Gascons de la Suisse. Ils ont de l’esprit, et ils se piquent de vivacité ; ils lisent, et la lecture leur profite : les paysans mêmes sont instruits ; ils ont presque tous un petit recueil de livres choisis qu’ils appellent leur bibliothèque ; ils sont même assez au courant pour les nouveautés ; ils font valoir tout cela dans la conversation d’une manière qui n’est point gauche, et ils ont presque le ton du jour comme s’ils vivaient à Paris. Il y a quelque temps qu’en me promenant je m’arrêtai devant une maison où des filles faisaient de la dentelle ; la mère berçait un petit enfant, et je la regardais faire quand je vis sortir de la cabane un gros paysan, qui, m’abordant d’un air aisé, me dit : » Vous voyez qu’on ne suit pas trop bien vos préceptes ; mais nos femmes tiennent autant aux vieux préjugés qu’elles aiment les nouvelles modes. » Je tombais des nues. J’ai entendu parmi ces gens-là cent propos du même ton.
For one can only enjoy luxury by displaying it; thus, he made their society more accessible without, however, depriving them of the charm of their secluded homes. Here, no one is surprised to see me spend the winter in the countryside; thousands of people around the world would think the same. We remain separated, indeed; but we draw closer through frequent and extended visits. To show off one’s possessions and furniture, one must invite neighbors over and visit them in return; and since these neighbors are often quite far apart, such visits become a constant form of travel. Hence, I have never seen a people more sociable than the Swiss; the French fall far short of them. Everywhere you go, you see carriages; not a single house lacks its own carriage, and horses, though abundant in Switzerland, are practically useless in this region. However, since these rides often serve as opportunities for ladies to visit each other, when one mounts a horse—something that is becoming increasingly rare—one does so in beautiful white stockings neatly pulled up, and one dresses almost as formally for a post ride as for a ball. Thus, nothing is more dazzling than the roads of Switzerland; at every turn, you encounter young gentlemen and lovely ladies; everywhere you see blue, green, and pink colors—it’s like being in the Luxembourg Gardens.
One effect of this kind of commerce is that it has almost entirely removed the taste for wine among men; yet another, contrary effect of this nomadic lifestyle is that it has made taverns become frequent and popular throughout Switzerland. I don’t understand why those in France are so highly praised; they certainly cannot compare with these ones here. It is true that living costs are very high there; but the same is true for domestic life as well. In a country that produces little and where money constantly circulates, it would be impossible otherwise.
The only three commodities that have thus far provided them with what they needed are cheese, horses, and men; but since the introduction of luxury, such trade is no longer sufficient for their needs, and they have added to it the commerce in manufactured goods, which they owe to the French refugees. However, this source of income seems more theoretical than practical; for as the cost of goods increases with the amount of money available, and land cultivation is neglected when one can earn more from other pursuits, having more money does not necessarily make them richer—in fact, this is evident when compared with the Catholic Swiss, who, lacking this same resource, are poorer in terms of money but live just as well.
It is most peculiar that such a rough country, whose inhabitants are so inclined to leave it, should yet inspire in them such tender affection that the regret of having departed often brings them back there in the end; and that this very regret should cause those who cannot return to suffer from a sometimes fatal illness, which they call, I believe, “hemvé[776]”. In Switzerland, there is a famous tune called “the cowherd’s song,” which shepherds play on their horns, causing it to resound throughout the hills of the country. This tune, which is insignificant in itself, but which reminds the Swiss of countless memories related to their homeland, makes them burst into tears whenever they hear it in a foreign land. So many people have even died of grief because of it that, by royal decree, it was forbidden to play “the cowherd’s song” within the Swiss armies. However, Monsieur le Maréchal, you surely know all this better than I do, and the implications of this fact must not have escaped you. All I can add is that France is undoubtedly the best country in the world, where every convenience and pleasure of life contribute to the well-being of its inhabitants. Nevertheless, as far as I am aware, there has never been any “hemvé” or “cowherd’s song” that caused people to weep and die of regret.
French people living abroad; moreover, this disease has become much less common among Swiss people since their lives have become more comfortable in their own country.
Swiss people in general are just, informal, charitable, loyal friends, brave soldiers, and good citizens; yet they are also scheming, defiant, jealous, curious, and greedy. Their greed is more about luxury than about simplicity. They are usually serious and calm, but they become furious when angry, and their joy is akin to intoxication. I have never seen anything so lively and joyful as their dances. It is astonishing that the French people dance in a sad, languid, and unenthusiastic manner, while Swiss dances are full of energy and liveliness. Men display their natural strength in them, and women exhibit a charming lightness; it seems as if the ground itself burns under their feet as they dance.
The Swiss are skillful and cunning in business matters; the French who consider them crude are far less astute than they are—they judge their intelligence by their accent. The French court has always tried to send refined individuals to deal with them, but it has always been mistaken. In such dealings, the Swiss usually outwit the French; but if you send upright and firm-minded people, you can make of them whatever you wish, for they naturally love you. The Marquis de Bonnac, who was very intelligent but considered clever, achieved nothing in Switzerland; whereas in the past, the Marshal de Bassompierre could do whatever he wanted there, because he was honest—or at least was perceived as such by them. The Swiss will always negotiate to their advantage, unless their officials betray them, for they can do without money far better than powerful nations can do without people. After all, when it comes to grain, they won’t need any if they choose not to. It must also be admitted that, when they make treaties, they execute them even more faithfully than one could possibly expect of them.
I will say nothing to you, Monsieur the Marshal, about their government and their policies, because that would take me too far away from my subject; I wish to speak only of what I have seen myself. As for the county of Neuchâtel where I live, you know it belongs to the King of Prussia. This small principality, after having been separated from the kingdom of Burgundy and passing successively into the hands of the houses of Chalons, Hochberg, and Longueville, finally fell into the possession of the house of Brandenburg in 1707, as decided by the local estates, which were the natural judges of the rights of the various claimants. I will not delve into the reasons why the King of Prussia was preferred to the Prince of Conti, nor into the influence that other powers may have had in this matter; I will merely observe that, in the competition between these two princes, it was undoubtedly an honor for the people of Neuchâtel to one day come under the rule of a great monarch. Moreover, they have retained under their sovereigns roughly the same freedoms as other Swiss citizens; but perhaps they owe these freedoms more to their geographical location than to their own efforts, for I find them quite active and energetic for people of their temperament.
Everything I have just observed about the Swiss in general serves to highlight even more strongly these particular characteristics of this people; the contrast between naturalness and artificiality is even more pronounced here, albeit with the difference that naturalness seems to lack substance, while in every small detail, artificiality seems to cover everything completely. The countryside, apart from the towns and the lakeside areas, is just as rugged as the rest of Switzerland; life there is equally rustic; and the inhabitants, accustomed to living under the rule of princes, have developed an even greater fondness for refined manners. As a result, one can find jargon and affected airs in all walks of life here: fine speakers tilling the fields alongside courtiers in threadbare attire. That’s why the people of Neuchâtel are often called the “Gascons of Switzerland.” They are intelligent and pride themselves on being lively; they read, and reading benefits them greatly—even the peasants are educated. Almost everyone owns a small collection of selected books that they call their “library”; they are even quite well-informed about current events. They present all this in conversations in a way that is by no means awkward, and they almost always use the latest expressions, as if they lived in Paris. Some time ago, while walking, I stopped in front of a house where some girls were making lace; the mother was rocking a baby, and as I watched her work, a burly peasant came out of the cottage and, approaching me with an air of ease, said, “You see that we don’t follow your teachings too closely; but our women cling to old prejudices just as much as they love new fashions.” I was utterly taken aback. I have heard hundreds of similar remarks from these people.
Poiché il lusso può essere apprezzato soltanto quando viene mostrato, esso ha reso le loro società più intime senza però togliere loro il piacere di vivere in dimore isolate. Qui nessuno si sorprende se passo l’inverno in campagna; molte persone al mondo fanno lo stesso. Quindi rimaniamo sempre separati, ma ci avviciniamo grazie a visite frequenti e lunghe. Per esibire i propri vestiti e i propri mobili, è necessario attirare i vicini e andarli a trovare; e poiché questi vicini spesso abitano a distanza, si tratta di viaggi continui. Non ho mai visto un popolo più viaggiatore dei Svizzeri; i Francesi, invece, non sono affatto portati a questo tipo di spostamenti. Dappertutto si vedono carrozze; non esiste casa che non ne abbia una, e i cavalli, così abbondanti in Svizzera, sono praticamente inutili in quel paese. Tuttavia, poiché queste uscite spesso hanno lo scopo di fare visite a donne, quando si monta a cavallo – cosa ormai diventa sempre più rara – ci si veste con abiti eleganti e puliti, e si fa quasi lo stesso vestito per andare a correre alla posta che per andare a un ballo. Per questo i sentieri della Svizzera sono sempre molto affollati; si incontrano continuamente giovani signori e belle dame; tutto è pieno di colori come il blu, il verde, il rosa. Si ha l’impressione di essere nel giardino del Luxembourg.
Un effetto di questo tipo di commercio è stato quello di aver quasi completamente privato gli uomini del piacere di bere vino; al contrario, questa vita itinerante ha reso i cabaret molto frequentati e apprezzati in tutta la Svizzera. Non so perché si lodino tanto quelli della Francia: sicuramente non sono paragonabili a questi. È vero che là il costo della vita è molto elevato; ma lo stesso vale per la vita domestica, e non potrebbe essere diversamente in un paese che produce poche risorse e in cui l’oro continua comunque a circolare.
Le uniche tre merci che fino ad ora sono state loro fornite sono i formaggi, i cavalli e gli uomini; ma da quando è stato introdotto il lusso, questo commercio non basta più, e ne hanno aggiunto uno relativo alle manifatture, per il quale sono in debito con i rifugiati francesi: una risorsa tuttavia che appare più teorica che reale; infatti, poiché il costo delle merci aumenta con l’aumentare della moneta e la coltivazione della terra viene trascurata quando si guadagna di più con altri lavori, avere più denaro non significa necessariamente essere più ricchi, come si può vedere confrontandoli con i svizzeri cattolici, che, non disponendo della stessa risorsa, sono più poveri in termini di denaro ma vivono comunque bene.
È molto singolare che un paese così rude, e i cui abitanti sono così propensi ad abbandonarlo, ispiri loro però un amore così tenero da far sì che il rimpianto di averlo lasciato li riporti quasi sempre indietro; inoltre, questo stesso rimpianto provoca, in coloro che non possono tornarvi, una malattia a volte mortale, che credo venga chiamata “hemvé”. In Svizzera esiste un canto molto famoso, chiamato “Ranz des Vaches”, che i pastori suonano sui loro corni, facendolo risuonare su tutti i colli del paese. Questo canto, in sé poco significativo, ma che ricorda ai svizzeri mille cose legate alla loro terra natale, fa versare loro fiumi di lacrime ogni volta che lo ascoltano in terre straniere; anzi, tanti ne sono morti per il dolore, al punto che è stato proibito, per ordine del re, suonarlo nelle truppe svizzere. Ma, signor maresciallo, probabilmente voi sapete tutto questo meglio di me, e le riflessioni che questo fatto suscita non vi sono sfuggite. Non posso fare a meno di osservare soltanto che la Francia è sicuramente il miglior paese del mondo, dove tutte le comodità e i piaceri della vita contribuiscono al benessere dei suoi abitanti. Tuttavia, per quanto ne so, non esistono né “hemvé” né “Ranz des Vaches” capaci di far piangere e morire di rimpianto qualcuno.
Francese in terra straniera; e questa malattia diminuisce molto tra gli svizzeri da quando la vita nel loro paese è diventata più piacevole.
In generale, gli svizzeri sono giusti, discreti, caritatevoli, amici leali, soldati coraggiosi e buoni cittadini; tuttavia sono anche intriganti, diffidenti, gelosi, curiosi e avari. La loro avarizia è più evidente nel loro lusso che nella loro semplicità. Di solito sono seri e calmi, ma diventano furibondi quando si arrabbiano, e la loro gioia assomiglia all’ebbrezza. Non ho mai visto nulla di così allegro come i loro giochi. È sorprendente che il popolo francese danzi in modo triste, languido e senza entusiasmo, mentre le danze svizzere sono vivaci e scattanti. Gli uomini vi dimostrano la loro forza naturale, e le ragazze mostrano una leggerezza incantevole; sembra quasi che la terra bruci loro i piedi.
Gli svizzeri sono abili e astuti nelle loro affari: i francesi che li considerano rozzi sono in realtà molto meno agili di loro; giudicano il loro intelletto soltanto dall’accento. La corte di Francia ha sempre cercato di inviare loro persone raffinate, ma si è sempre sbagliata. In questo genere di “duelli diplomatici”, di solito gli svizzeri battono i francesi; ma se inviate loro persone oneste e decise, potrete fare di loro ciò che volete, perché naturalmente vi amano. Il marchese de Bonnac, che aveva molto spirito ma era considerato abile, non riuscì a ottenere nulla in Svizzera; mentre un tempo il maresciallo de Bassompierre riusciva sempre nel suo intento, perché era franco, o almeno così veniva considerato da loro. Gli svizzeri continueranno sempre a negoziare con successo, a meno che non vengano traditi dai loro magistrati; dopotutto, possono fare a meno di denaro molto più facilmente di quanto le potenze possano fare a meno di uomini, perché, per quanto riguarda il grano, quando lo vorranno, non ne avranno bisogno. Bisogna ammettere anche che, se stipulano trattati con cura, li attuano ancora meglio: una fedeltà che a nessuno viene in mente di loro richiedere.
Non vi dirò nulla, signor maresciallo, riguardo al loro governo e alla loro politica, perché ciò mi porterebbe troppo lontano; voglio parlare soltanto di ciò che ho visto personalmente. Per quanto riguarda la contea di Neuchâtel, dove abito, sapete bene che appartiene al re di Prussia. Questo piccolo principato, dopo essere stato smembrato dal regno di Borgogna e passato successivamente nelle mani delle casate di Chalons, Hochberg e Longueville, finì infine, nel 1707, sotto il dominio della casa di Brandeburgo, a seguito della decisione degli Stati del paese, giudici naturali dei diritti dei pretendenti al trono. Non entrerò nell’analisi delle ragioni per cui il re di Prussia fu preferito al principe di Conti, né delle influenze che altre potenze potrebbero aver avuto in questa questione; mi limiterò a osservare che, nella competizione tra questi due principi, per i cittadini di Neuchâtel fu un onore il fatto che un giorno quel territorio appartenesse a un grande comandante. In ogni caso, essi hanno conservato sotto i loro sovrani quasi la stessa libertà degli altri svizzeri; tuttavia, forse questa libertà è dovuta più alla loro posizione geografica che alle loro capacità personali, perché li ritrovo davvero molto attivi e dinamici, per essere persone sagge.
Tutto ciò che ho appena osservato sui Svizzeri, in generale, caratterizza ancora più distintamente questo popolo; il contrasto tra la natura e l’imitazione vi si manifesta con maggiore evidenza, anche se c’è questa differenza: nella natura manca spesso sostanza, mentre, in ogni caso, lo “oro” delle convenzioni sociali copre completamente tutto. La regione, ad eccezione della città e delle rive del lago, è altrettanto rude quanto il resto della Svizzera; la vita vi è ugualmente rustica; gli abitanti, abituati a vivere sotto la guida di principi, hanno sviluppato un’ulteriore passione per le grandi maniere; si trovano qui persone che parlano con un gergo specifico, che hanno modi affettati in ogni ambito sociale: ci sono bellimbusti che lavorano nei campi e cortigiani vestiti in modo elegante. Per questo i Neuchâtelois vengono spesso chiamati i “Gasconi della Svizzera”. Hanno spirito e amano la vivacità; leggono, e la lettura è utile anche per loro: persino i contadini sono istruiti; quasi tutti possiedono una piccola collezione di libri scelti che chiamano “la loro biblioteca”; sono anche abbastanza aggiornati sulle novità del momento; sfruttano tutto ciò nelle conversazioni in modo naturale, e hanno quasi lo stesso tono delle persone di oggi, come se vivessero a Parigi. Qualche tempo fa, passeggiando, mi fermai davanti a una casa dove alcune ragazze lavoravano alla dentellatura; la madre cullava un bambino, e mentre la osservavo, vidi uscire dalla capanna un grosso contadino che, avvicinandosi con aria disinvolta, mi disse: “Vede bene che non seguiamo troppo fedelmente i suoi insegnamenti. Ma le nostre donne amano tanto gli antichi pregiudizi quanto le nuove modo.” Rimasi sbalordito. Ho sentito centinaia di commenti dello stesso tenore tra queste persone.
Beaucoup d’esprit et encore plus de prétention, mais sans aucun goût, voilà ce qui m’a d’abord frappé chez les Neuchâtelois. Ils parlent très bien, très aisément ; mais ils écrivent platement et mal, surtout quand ils veulent écrire légèrement, et ils le veulent toujours. Comme ils ne savent pas même en quoi consiste la grâce et le sel du style léger, lorsqu’ils ont enfilé des phrases lourdement sémillantes ils se croient autant de Voltaire et de Crébillon. lis ont une manière de journal dans lequel ils s’efforcent d’être gentils et badins. Ils y fourrent même de petits vers de leur façon. Madame la maréchale trouverait, sinon de l’amusement, au moins de l’occupation dans ce Mercure, car c’est d’un bout à l’autre un logogriphe qui demande un meilleur Oedipe que moi.
C’est à peu près le même habillement que dans le canton de Berne, mais un peu plus contourné. Les hommes se mettent assez à la française ; et c’est ce que les femmes voudraient bien faire aussi : mais comme elles ne voyagent guère, ne prenant pas comme eux les modes de la première main, elles les outrent, les défigurent ; et, chargées de pretintailles[777] et de falbalas[778], elles semblent parées de guenilles.
Quant à leur caractère, il est difficile d’en juger, tant il est offusqué de manières : ils se croient polis parce qu’ils sont façonniers, et gais parce qu’ils sont turbulents. Je crois qu’il n’y a que les Chinois au monde qui puissent l’emporter sur eux à faire des compliments. Arrivez-vous fatigué, pressé, n’importe, il faut d’abord prêter le flanc à la longue bordée ; tant que la machine est montée elle joue, et elle se remonte toujours à chaque arrivant. La politesse française est de mettre les gens à leur aise, et même de s’y mettre aussi : la politesse neuchâteloise est de gêner et soi-même et les autres. Ils ne consultent jamais ce qui vous convient, mais ce qui peut étaler leur prétendu savoir-vivre. Leurs offres exagérées ne tentent point ; elles ont toujours je ne sais quel air de formule, je ne sais quoi de sec et d’apprêté, qui vous invite au refus. Ils sont pourtant obligeants, officieux, hospitaliers très réellement, surtout pour les gens de qualité : on est toujours sûr d’être accueilli d’eux en se donnant pour marquis ou comte ; et comme une ressource aussi facile ne manque pas aux aventuriers, ils en ont souvent dans leur ville, qui pour l’ordinaire y sont très fêtés : un simple honnête homme avec des malheurs et des vertus ne le serait pas de même ; on peut y porter un grand nom sans mérite, mais non pas un grand mérite sans nom. Du reste, ceux qu’ils servent une fois ils les servent bien. Ils sont fidèles à leurs promesses, et n’abandonnent pas aisément leurs protégés. Il se peut même qu’ils soient aimants et sensibles ; mais rien n’est plus éloigné du ton du sentiment que celui qu’ils prennent ; tout ce qu’ils font par humanité semble être fait par ostentation, et leur vanité cache leur bon coeur.
Cette vanité est leur-vice dominant ; elle perce partout, et d’autant plus aisément qu’elle est maladroite. Ils se croient tous gentilshommes, quoique leurs souverains ne fussent que des gentilshommes eux-mêmes. Ils aiment la chasse, moins par goût que parce que c’est un amusement noble. Enfin jamais on ne vit des bourgeois si pleins de leur naissance : ils ne la vantent pourtant pas, mais on voit qu’ils s’en occupent ; ils n’en sont pas fiers, ils n’en sont qu’entêtés.
Au défaut de dignités et de titres de noblesse ils ont des titres militaires ou municipaux en telle abondance, qu’il y ; i plus de gens titrés que de gens qui ne le sont pas. C’est M. le colonel, M. le major, M. le capitaine, M. le lieutenant, M. le conseiller, M. le châtelain, M. le maire, M. le justicier, M. le professeur, M. le docteur, M. l’ancien : si j’avais pu reprendre ici mon ancien métier, je ne doute pas que je n’y fusse M. le copiste. Les femmes portent aussi les titres de leurs maris ; madame la conseillère, madame la ministre : j’ai pour voisine madame la major ; et comme on n’y nomme les gens que par leurs titres, on est embarrassé comment dire aux gens qui n’ont que leur nom ; c’est comme s’ils n’en avaient point.
Le sexe n’y est pas beau ; on dit qu’il a dégénéré. Les filles ont beaucoup de liberté et en font usage. Elles se rassemblent souvent en société, ou l’on joue, où l’on goûte, où l’on babille, et où l’on attire tant qu’on peut les jeunes gens ; mais par malheur ils sont rares, et il faut se les arracher. Les femmes vivent assez sagement : il y a dans le pays d’assez bons ménages, et il y en aurait bien davantage si c’était un air de bien vivre avec son mari. Du reste, vivant beaucoup en campagne, lisant moins et avec moins de fruit que les hommes, elles n’ont pas l’esprit fort orné ; et, dans le désoeuvrement de leur vie, elles n’ont d’autre ressource que de faire de la dentelle, d’épier curieusement les affaires des autres, de médire, et de jouer. Il y en a pourtant de fort aimables, mais en général on ne trouve pas dans leur entretien ce ton que la décence et l’honnêteté même rendent séducteur, ce ton que les Françaises savent si bien prendre quand elles veulent, qui montre du sentiment, de l’âme, et qui promet des héroïnes de roman. La conversation des Neuchâteloises est aride ou badine ; elle tarit sitôt qu’on ne plaisante pas. Les deux sexes ne manquent pas de bon naturel ; et je crois que ce n’est pas un peuple sans moeurs, mais c’est un peuple sans principes, et le mot de vertu y est aussi étranger ou aussi ridicule qu’en Italie. La religion dont ils se piquent sert plutôt à les rendre hargneux que bons. Guidés par leur clergé, ils épilogueront sur le dogme ; mais pour la morale, ils ne savent ce que c’est ; car quoiqu’ils parlent beaucoup de charité, celle qu’ils ont n’est assurément pas l’amour du prochain, c’est seulement l’affectation de donner l’aumône. Un chrétien pour eux est lui homme qui va au prêche tous les dimanches ; quoi qu’il fasse dans l’intervalle, il n’importe pas. Leurs ministres, qui se sont acquis un grand crédit sur le peuple tandis que leurs princes étaient catholiques, voudraient conserver ce crédit en se mêlant de tout, en chicanant sur tout, en étendant à tout la juridiction de l’Église : ils ne voient pas que leur temps est passé. Cependant ils viennent encore d’exciter dans l’état une fermentation qui achèvera de les perdre. L’importante affaire dont il s’agissait était de savoir si les peines des damnés étaient éternelles. Vous auriez peine à croire avec quelle chaleur cette dispute a été agitée ; celle du jansénisme en France n’en a pas approché. Tous les corps assemblés, les peuples prêts à prendre les armes, ministres destitués, magistrats interdits ; tout marquait les approches d’une guerre civile ; et cette affaire n’est pas tellement finie qu’elle ne puisse laisser de longs souvenirs. Quand ils se seraient tous arrangés pour aller en enfer, ils n’auraient pas plus de souci de ce qui s’y passe.
Voilà les principales remarques que j’ai faites jusqu’ici sur les gens du pays où je suis. Elles vous paraîtraient peut-être lui peu dures pour un homme qui parle de ses hôtes, si je vous laissais ignorer que je ne leur suis redevable d’aucune hospitalité. Ce n’est point à messieurs de Neuchâtel que je suis venu demander un asile qu’ils ne m’auraient sûrement pas accordé, c’est à Milord Maréchal, et je ne suis ici que chez le roi de Prusse. Au contraire, à mon arrivée sur les terres de la principauté, le magistrat de la ville de Neuchâtel s’est, pour tout accueil, dépêché de défendre mon livre sans le connaître ; la classe des ministres l’a déféré de même au conseil d’état : on n’a jamais vu de gens plus pressés d’imiter. les sottises de leurs voisins. Sans la protection déclarée de Milord Maréchal, on ne m’eût sûrement point laissé en paix dans ce village. Tant de bandits se réfugient dans le pays, que ceux qui le gouvernent ne savent pas distinguer des malfaiteurs poursuivis les innocents opprimés, ou se mettent peu en peine d’en faire la différence. La maison que j’habite appartient à une nièce de mon vieux ami M. Roguin. Ainsi, loin d’avoir nulle obligation à messieurs de Neuchâtel, je n’ai qu’à m’en plaindre. D’ailleurs je n’ai pas mis le pied dans leur ville, ils me sont étrangers à tous égards ; je ne leur dois que justice en parlant d’eux, et je la leur rends.
Much wit and even more pretension, but not the slightest taste—this is what first struck me about the people of Neuchâtel. They speak very well, very effortlessly; but they write in a dull and poor manner, especially when they try to write lightly—and they always do want to do so. Since they don’t even understand what grace and wit consist of in light-style writing, when they string together heavy, wordy sentences, they imagine themselves to be something like Voltaire or Crébillon. They have a kind of “journal” in which they try to be pleasant and playful; they even insert little verses of their own composition into it. Madame la Maréchale would find, if not amusement, at least entertainment in this “Mercure,” for it is nothing but a jumble of words that requires a more discerning “Oedipus” than I could ever be.
It’s roughly the same attire as in the canton of Bern, but somewhat more elaborate. The men dress in a rather French style; and that’s what the women would also like to do. However, since they don’t travel much and don’t follow the latest fashions firsthand, they end up exaggerating them and distorting them. Clad in all sorts of frills and trimmings, they seem to be dressed in rags instead.
As for their character, it is difficult to judge, for they are so confused in their ways: they consider themselves polite because they are formalistic, and cheerful because they are boisterous. I believe that only the Chinese in the world are capable of outdoing them in the art of giving compliments. Whether you are tired or in a hurry, it is necessary first to endure their prolonged flattery; once the machine is set in motion, it keeps going, and it is always reactivated with every new arrival. French politeness aims to make people feel at ease—even oneself included; Neuchâtelish politeness, on the other hand, seeks to hinder both oneself and others. They never consider what suits you, but only what can display their supposed savoir-vivre. Their exaggerated offers are not appealing; they always carry an air of formality, something dry and rehearsed, that invites rejection. Yet they are indeed obliging, informal, and genuinely hospitable, especially towards people of quality: one is always certain of being well received by them, even if one pretends to be a marquis or count. And since such easy resources are not lacking among adventurers, many of them have such people in their cities, who are usually very well-received there; an ordinary honest man with misfortunes and virtues would not enjoy the same treatment. One can carry a great name there without merit, but not great merit without a name. Moreover, once they have pledged their service to someone, they keep it faithfully and do not easily abandon their protégés. It is even possible that they are kind and sensitive; but nothing is further removed from the tone of genuine emotion than the manner in which they express it; everything they do out of humanity seems to be done for show, and their vanity conceals their good heart.
This vanity is their predominant vice; it permeates everything in them, and the more clumsily it is expressed, the more obvious it becomes. They all consider themselves gentlemen, even though their sovereigns are merely gentlemen themselves. They enjoy hunting, not so much out of genuine taste as because it is considered a noble pastime. Lastly, one never sees merchants so obsessed with their social status: they do not boast about it, but it is clear that they are constantly preoccupied by it; they are not proud of it, they are merely stubbornly attached to it.
In the absence of noble dignities and titles, they possess military or municipal titles in such abundance that there are more people with these titles than those without them. There is Mr. Colonel, Mr. Major, Mr. Captain, Mr. Lieutenant, Mr. Counselor, Mr. Castellan, Mr. Mayor, Mr. Justice, Mr. Professor, Mr. Doctor, Mr. Former Officer: if I could have resumed my former occupation here, I doubt not I would have become Mr. Copyist. Women also bear the titles of their husbands; Madame the Counselor, Madame the Minister. My neighbor is Madame the Major. And since people are referred to only by their titles here, one is at a loss as to how to address those who only have their given names; it’s as if they had no titles at all.
Sexuality is not considered beautiful in this culture; it is said to have degenerated. Women enjoy considerable freedom and make use of it. They often gather in social gatherings where they play games, taste food, chat, and try their best to attract young men—though unfortunately such men are rare, and one must strive hard to obtain them. Women lead relatively modest lives; there are many good households in the region, and there would be even more if there were a greater emphasis on living virtuously with one’s husband. However, since they spend much of their time in the countryside, read less, and engage in fewer productive activities than men, their minds are not highly cultivated. In the emptiness of their lives, their only pursuits seem to be needlework, prying into others’ affairs, gossiping, and playing games. Nevertheless, there are some very pleasant women among them; but generally speaking, one does not find in their conversations that kind of charm which decency and honesty can impart—a charm that French women know so well how to display when they wish, a charm that reveals feelings, depth of soul, and the qualities of a romantic heroine. The conversations of Neuchâtel women are either dull or frivolous; they quickly lose interest whenever there is no joking involved. Both sexes possess good natural instincts; I believe this people are not devoid of morals, but rather lacking in principles. The word “virtue” is as foreign or ridiculous to them as it is in Italy. The religion they profess seems more likely to make them irritable than virtuous. Guided by their clergy, they focus solely on theological doctrines; but when it comes to moral principles, they have no real understanding of what they mean. Although they talk a lot about charity, the charity they practice is certainly not genuine love for others—it is merely an act of giving alms. To them, a Christian is someone who attends church every Sunday; whatever else he does in between is irrelevant. Their clergymen, who have gained great influence among the people while their princes remained Catholic, seek to maintain this influence by meddling in everything, quibbling over trivial matters, and extending the authority of the Church to all aspects of life—they fail to realize that their times have passed. Yet they have once again stirred up unrest within the state, which will ultimately lead to their downfall. The important issue at hand was whether the punishments for the damned are eternal. You would hardly believe how passionately this debate was waged; even the Jansenist controversy in France could not compare. All sorts of assemblies were held, people were ready to take up arms, ministers were dismissed from their posts, and magistrates were banned from exercising their authority—everything pointed toward the brink of civil war. And this matter is far from settled; it will likely leave lasting memories behind. Even if they all agreed to go to hell, they would still care nothing about what happens there.
These are the main observations I have made so far regarding the people of the country where I am. They might seem rather harsh to you when coming from someone who speaks about his hosts, were it not for the fact that I owe them no hospitality at all. It was not to the gentlemen of Neuchâtel that I came seeking asylum—something they certainly would not have granted me—but to Lord Marshal. In truth, I am merely in the presence of the King of Prussia. On the contrary, upon my arrival in the territory of this principality, the magistrate of the city of Neuchâtel promptly set about defending my book without even reading it; the ministry followed suit and referred the matter to the state council. One could never see people more eager to imitate the foolishness of their neighbors. Without the explicit protection of Lord Marshal, I doubt I would have been left in peace in this village at all. With so many bandits taking refuge in this country, those who govern it are unable—or simply do not bother—to distinguish between persecuted innocents and convicted criminals. The house where I live belongs to a niece of my old friend Mr. Roguin. Thus, far from owing anything to the gentlemen of Neuchâtel, I have every right to complain about them. In fact, I have never set foot in their city; they are strangers to me in every respect. I owe them nothing but fairness in speaking of them—and I give it to them.
Molto spirito e ancora più presunzione, ma assolutamente nessun gusto. Ecco ciò che mi ha colpito subito nei neocattolici di Neuchâtel. Parlano molto bene, con grande facilità; ma scrivono in modo banale e scadente, soprattutto quando cercano di scrivere in modo leggero. E lo vogliono sempre. Poiché non sanno nemmeno cosa significhi avere grazia e vivacità nello stile, quando compiono frasi pesanti e prolisse si credono dei veri Voltaire o Crébillon. Hanno anche un modo particolare di scrivere giornali in cui cercano di essere gentili e scherzosi; ci inseriscono persino piccoli versi scritti a loro modo. La marchesa, se non altro per divertimento, troverebbe qualcosa di interessante in questo “Mercure”, perché si tratta, da cima a fondo, di un insieme di frasi enigmatiche che richiederebbero uno “Edipo” molto più abile di me per essere comprese.
È più o meno lo stesso abbigliamento che si usa nel cantone di Berna, ma un po’ più elaborato. Gli uomini si vestono in modo piuttosto alla francese; e anche le donne vorrebbero fare lo stesso. Ma poiché non viaggiano molto e non seguono direttamente le mode in voga, queste ultime vengono spesso esagerate o alterate da loro; e, cariche di fronzoli e ornamenti superflui, sembrano vestite con stracci.
Per quanto riguarda il loro carattere, è difficile giudicarli, poiché le loro maniere sono estremamente complesse e ambigue: si considerano “politi” perché sono attenti alle formalità, e allegri perché sono turbolenti. Credo che solo i cinesi al mondo siano in grado di superarli nel fare complimenti. Che siate stanchi o impegnati, non importa: prima bisogna subire questa sorta di “bombardamento” di cortesie; finché la “macchina” è avviata, continua a funzionare, e si ricarica sempre con ogni nuovo arrivato. La cortesia francese consiste nel mettere le persone a loro agio, e anche nel farlo oneself; la cortesia neuchâteloise, invece, consiste nel creare disagio sia a se stessi che agli altri. Non si considerano mai ciò che è più adatto alle esigenze dell’interlocutore, ma soltanto ciò che può mettere in evidenza la loro presunta raffinatezza. Le loro offerte eccessive non sono affatto allettanti; hanno sempre un tono formale, una certa secchezza e artificialità che invita al rifiuto. Tuttavia, sono davvero premurosi, ospitali, soprattutto con le persone di qualità: si può essere sicuri di essere ben accolti da loro anche se ci si presenta come marchesi o conti; e poiché questa risorsa è così facile da ottenere, spesso hanno persone del genere nella loro città, che di solito sono molto apprezzate. Un semplice uomo onesto, con i suoi problemi e le sue virtù, invece, non avrebbe lo stesso successo; si può portare un grande nome in quella società senza meriti, ma non certo grandi meriti senza un nome. Del resto, una volta che decidono di servire qualcuno, lo fanno davvero bene: mantengono le loro promesse e non abbandonano facilmente i loro protetti. È anche possibile che siano affettuosi e sensibili. Ma nulla è più lontano dal tono autentico del sentimento di ciò che esprimono; tutto ciò che fanno per umanità sembra essere fatto solo a scopo di ostentazione, e la loro vanità nasconde il loro vero “cuore”.
Questa vanità è il loro vizio dominante; si manifesta ovunque, e tanto più facilmente in quanto è goffa e maldestra. Si considerano tutti gentiluomini, anche se i loro sovrani non sono altro che gentiluomini anch’essi. Amano la caccia, meno per gusto che perché rappresenta un divertimento nobile. Infine, non si vedono mai borghesi così orgogliosi della propria origine: non la vantano apertamente, ma è evidente che ci tengono molto; non ne sono fieri, ma ne sono semplicemente ossessionati.
In assenza di dignità e titoli nobiliari, hanno titoli militari o municipali in tale abbondanza che ci sono più persone con titoli che senza di essi. Ci sono il colonnello, il maggiore, il capitano, il tenente, il consigliere, il castellano, il sindaco, il giudice, il professore, il dottore. Se avessi potuto riprendere qui il mio vecchio mestiere, non dubito che sarei diventato “il copista”. Anche le donne portano i titoli dei loro mariti: signora consigliera, signora ministra. La mia vicina è la signora maggiore. E poiché le persone vengono nominate soltanto in base ai loro titoli, si finisce per non sapere come rivolgersi a coloro che hanno soltanto il proprio nome; è come se non ne avessero affatto.
Il sesso non è bello; si dice che sia degenerato. Le ragazze hanno molta libertà e ne fanno uso: si riuniscono spesso in compagnia, giocano, assaggiano cibi, chiacchierano e cercano di attirare gli uomini. Ma purtroppo questi sono rari, e bisogna “strapparli” via. Le donne vivono abbastanza saggiamente: nel paese ci sono molte buone famiglie, e ne sarebbero ancora di più se si praticasse davvero un modo sano di convivere con il marito. Tuttavia, essendo costrette a trascorrere molto tempo in campagna, leggono meno degli uomini e non approfittano altrettanto dei loro insegnamenti; per questo il loro spirito non è molto coltivato. Nella noia della loro vita, non hanno altra distrazione se non fare merletti, spiar curiosamente le faccende altrui, mormorare e giocare. Ci sono comunque molte donne piacevoli da frequentare, ma in generale il loro modo di conversare manca di quella grazia naturale che la decenza e l’onestà rendono così affascinante; quel tono che le francesi sanno assumere quando lo desiderano, quel tono che mostra sentimenti profondi e promette grandi qualità. La conversazione delle donne del Neuchâtel è arida o banale; si interrompe non appena la gente smette di scherzare. Nessuno dei due sessi manca di buone qualità naturali. Credo che questo non sia un popolo privo di morale, ma un popolo privo di principi morali; il termine “virtù” è per loro altrettanto estraneo o ridicolo quanto in Italia. La religione, di cui si vantano, non fa che renderli irritabili piuttosto che buoni. Guidati dal loro clero, discutono appassionatamente dei dogmi; ma per quanto riguarda la morale, non sanno nemmeno cosa significhi. Anche se parlano molto di carità, quella che praticano non è certo l’amore verso il prossimo, ma soltanto l’affettazione di donare denaro. Per loro, un cristiano è semplicemente una persona che va in chiesa ogni domenica; tutto ciò che fa nel resto del tempo non ha alcuna importanza. I loro ministri, che hanno guadagnato grande credito tra la gente mentre i loro principi erano cattolici, cercano di mantenere questo credito intervenendo in ogni cosa, discutendo su ogni dettaglio, estendendo a tutto il potere della Chiesa. Ma non si rendono conto che i tempi sono cambiati. Tuttavia, hanno appena scatenato nel paese un fermento che finirà per distruggerli. L’argomento principale su cui si discuteva era se le punizioni degli inferni fossero eternhe. È difficile credere con quale passione sia stata affrontata questa questione; nemmeno il dibattito sul jansenismo in Francia è stato così acceso. Tutti i gruppi si sono riuniti, la gente era pronta a prendere le armi. Ministri destituiti, magistrati proibiti. Tutto indicava l’imminenza di una guerra civile. E questa questione non è ancora del tutto risolta. Anche se tutti avessero deciso di andare all’inferno, non gliene importerebbe nulla di ciò che vi accade.
Ecco le principali osservazioni che ho fatto finora sulle persone del paese in cui mi trovo. Forse vi sembrerebbero poco severe da parte di uno che parla dei suoi ospiti, se non vi dicessi che non sono loro debitore di alcuna ospitalità. Non sono venuto dai signori di Neuchâtel a chiedere asilo, che sicuramente non mi avrebbero concesso; sono venuto da Lord Maréchal, e qui sono soltanto presso il re di Prussia. Al contrario, al mio arrivo nelle terre della principessa, il magistrato della città di Neuchâtel si è affrettato a difendere il mio libro senza nemmeno conoscerlo; la classe dei ministri l’ha altresì portato davanti al consiglio di stato: non si sono mai visti persone più desiderose di imitare le sciocchezze dei loro vicini. Senza la protezione dichiarata di Lord Maréchal, sicuramente non mi avrebbero lasciato in pace in questo villaggio. Tanti banditi si rifugiano in questa regione, che coloro che la governano non sanno distinguere tra criminali ricercati e innocenti oppressi, o almeno non si danno molto da fare per farlo. La casa in cui abito appartiene a una nipote del mio vecchio amico M. Roguin. Quindi, lontano dall’essere in alcun modo obbligato nei confronti dei signori di Neuchâtel, ho soltanto motivi per lamentarmi di loro. Del resto, non ho mai messo piede nella loro città: sono loro estraneo sotto ogni aspetto; quindi posso parlare di loro solo con giustizia, e lo faccio appunto.
Je la rends de meilleur coeur encore à ceux d’entre eux qui m’ont comblé de caresses, d’offres, de politesses de toute espèce. Flatté de leur estime et touché de leurs bontés, je me ferai toujours un devoir et un plaisir de leur marquer mon attachement et ma reconnaissance ; mais l’accueil qu’ils m’ont fait n’a rien de commun avec le gouvernement neuchâtelois, qui m’en eût fait un bien différent s’il en eût été le maître. Je dois dire encore que, si la mauvaise volonté du corps des ministres n’est pas douteuse, j’ai beaucoup à me louer en particulier de celui dont j’habite la paroisse. Il me vint voir à mon arrivée, il me fit mille offres de services qui n’étaient point vaines, comme il me l’a prouvé dans une occasion essentielle où il s’est exposé à la mauvaise humeur de plus d’un de ses confrères pour s’être montré vrai pasteur envers moi. Je m’attendais d’autant moins de sa part à cette justice, qu’il avait joué dans les précédentes brouilleries un rôle qui n’annonçait pas un ministre tolérant. C’est au surplus un homme assez gai dans la société, qui ne manque pas d’esprit, qui fait quelquefois d’assez bons sermons, et souvent de fort bons contes.
Je m’aperçois que cette lettre est un livre, et je n’en suis encore qu’à la moitié de ma relation. Je vais. M. le maréchal, vous laisser reprendre haleine, et remettre le second tome à une autre fois[779].
Lettre CCCLXXVII – À Madame La Tour
À Môtiers, le 27 janvier 1763.
Je reçois presque en même temps, madame, vos étrennes et votre portrait, deux présents qui me sont précieux ; l’un parce qu’il vous représente, et l’autre parce qu’il vient de vous. Il semble que vous avez prévu le besoin que j’aurais de l’almanach, pour contenir l’effet que ferait sur moi la description de votre personne, et pour m’avertir honnêtement qu’un homme né le 4 juillet 1712, ne doit pas, le 27 janvier 1763, prendre un intérêt si curieux à certains articles, sous peine d’être un vieux fou. Malheureusement le poison me parait plus fort que le remède, et votre lettre est plus propre à me faire oublier mon âge, que votre almanach à m’en faire souvenir. Il n’eut pas fallu d’autre magie à Médée pour rajeunir le vieux Éson : et si l’Aurore était faite comme vous, Titon décrépit pourrait être encore malade, que ses ans et ses maux devaient disparaître en la voyant. Pour moi, si loin de vous, je ne gagne à tout cela que des regrets et du ridicule ; un coeur rajeuni n’est qu’un nouveau mal avec tant d’autres, et rien n’est plus sot qu’un barbon de vingt ans. Aussi je ne voudrais pas, pour tout au monde, être exposé désormais à voir ce joli visage d’un ovale parfait, et qui n’est pas la partie la moins blanche de votre personne ; j’aurais toujours peur que ces petites mouches couleur de rose ne devinssent pour moi transparentes, et que, pour mieux apprécier le teint du visage, quelque frileuse que vous puissiez être, mon esprit indiscret n’allât, à travers mille voiles, chercher des pièces de comparaison.
Come per acqua o per cristallo intero
Trapassa il raggio, e no’l divide o parte ;
Per entro il chiuso manto osa il pensiero
Si penetrar nella vietata parte.
(Tasso,Ger. C. IV, 32.)
Mais, madame, laissons un peu votre teint et votre figure, qu’il n’appartient pas à une imagination de cinquante ans de profaner, et parlons plutôt de cette aimable physionomie, faite pour vous donner des amis de tout Age, et qui promet un coeur propre à les conserver. Il ne tiendra pas à moi qu’elle n’achève ce que vos lettres ont si bien commencé, et que je n’aie pas pour vous, le reste de ma vie, un attachement digne d’un caractère aussi charmant. Combien il va m’être agréable de me faire dire par une aussi jolie bouche tout ce que vous m’écrirez d’obligeant, et de lire dans des yeux bruns d’un bleu foncé, armés d’une paupière noire, l’amitié que vous me témoignez ! Mais cette même amitié m’impose des devoirs que je veux remplir ; et si mon âge rend les fadeurs ridicules, il fait excuser la sincérité. Je vous pardonne bien d’idolâtrer un peu votre chevelure, et je partage même d’ici cette idolâtrie ; mais l’approbation que je puis donner à votre manière de vous coiffer dépend d’une question qu’il ne faut jamais faire aux femmes, et que je vous ferai pourtant. Madame, quel âge avez-vous ?
Puisque vous avez lu le chiffon qui accompagnait le lacet dont vous me parlez, vous savez, madame, à quelle occasion il a été envoyé, et sous quelles conditions on en peut obtenir un semblable. Ayez la bonté de redevenir fille, de vous marier tout de nouveau, de vous engager à nourrir vous-même Notre premier enfant, et vous aurez le plus beau lacet que je puisse faire. Je me suis engagé à n’en jamais donner qu’à ce prix : je ne puis violer ma promesse.
Je suis fort sensible à l’intérêt que M. du Terreaux veut bien prendre à ma santé, et plus encore au soin de la main qui m’a fait passer sa recette ; mais ayant depuis longtemps abandonné ma vie et mon corps à la seule nature, je ne veux point empiéter sur elle, ni me mêler de ce que je ne sais pas. J’ai appris à souffrir, madame ; cet art dispense d’apprendre à guérir, et n’en a pas les inconvénients. Toutefois, s’il ne tient qu’à quelques verres d’eau pour vous complaire, je veux bien les boire dans la saison, non pour ma santé, mais à la vôtre ; je voudrais faire pour vous des choses plus difficiles, pourvu qu’elles eussent un autre objet.
Lettre CCCLXXVIII – À M. le maréchal de Luxembourg
Môtiers, le 28 janvier 1763.
Il faut, M. le maréchal, avoir du courage pour décrire en cette saison le lieu que j’habite. Des cascades, des glaces, des rochers nus, des sapins noirs couverts de neige, sont les objets dont je suis entouré ; et à l’image de l’hiver le pays ajoutant l’aspect de l’aridité, ne promet, à le voir, qu’une description fort triste. Aussi a-t-il l’air assez nu en toute saison ; mais il est presque effrayant dans celle-ci. Il faut donc vous le représenter comme je l’ai trouvé en y arrivant, et non comme je le vois aujourd’hui, sans quoi l’intérêt que vous prenez à moi m’empêcherait de vous en rien dire.
Figurez-vous donc un vallon d’une bonne demi-lieue de large et d’environ deux lieues de long, au milieu duquel passe une petite rivière appelée la Reuss, dans la direction du nord-ouest au sud-est. Ce vallon, formé par deux chaînes de montagnes qui sont des branches du Mont-Jura et qui se resserrent par les deux bouts, reste pourtant assez ouvert pour laisser voir au loin ses prolongements, lesquels, divisés eu rameaux par les bras des montagnes, offrent plusieurs belles perspectives. Ce vallon, appelé le Val-de-Travers, du nom d’un village qui est à son extrémité orientale, est garni de quatre ou cinq autres villages à peu de distance les uns des autres : celui de Môtiers, qui forme le milieu, est dominé par un vieux château désert, dont le voisinage et la situation solitaire et sauvage m’attirent souvent dans mes promenades du matin, d’autant plus que je puis sortir de ce côté par une porte de derrière sans passer par la rue ni devant aucune maison. On dit que les bois et les rochers qui environnent ce château sont fort remplis de vipères ; cependant, ayant beaucoup parcouru tous les environs, et m’étant assis à toutes sortes de places, je n’en ai point vu jusqu’ici.
Outre ces villages on voit vers le bas des montagnes plusieurs maisons éparses, qu’on appelle des prises, dans lesquelles on tient des bestiaux et dont plusieurs sont habitées par les propriétaires, la plupart paysans. Il y en a une entre autres à mi-côte nord, par conséquent exposée au midi, sur une terrasse naturelle, dans la plus admirable position que j’aie jamais vue, et dont le difficile accès m’eut rendu l’habitation très commode. J’en fus si tenté, que dès la première fois je m’étais presque arrangé avec le propriétaire pour y loger ; mais on m’a depuis tant dit lie mal de cet homme, qu’aimant encore mieux la paix et la sûreté qu’une demeure agréable, j’ai pris le parti de rester où je suis. La maison que j’occupe est dans une moins belle position, mais elle est grande, assez commode ; elle a une galerie extérieure où je me promène dans les mauvais temps ; et, ce qui vaut mieux que tout le reste, c’est un asile offert par l’amitié.
I return this good will with even greater sincerity to those among them who have showered me with kindnesses, gifts, and various forms of courtesy. Flattered by their esteem and touched by their generosity, it will always be my duty and pleasure to express my attachment and gratitude toward them. However, the welcome they extended to me bears no resemblance to that which the government of Neuchâtel would have offered me had it been in its power to do so. I must also say that, although the ill-will of certain members of the ministry is undeniable, I have much to be thankful for regarding the one who presides over my parish. He came to see me upon my arrival and offered me countless services that proved to be of great value—especially on an critical occasion when he risked displeasing several of his colleagues in order to act as a true pastor to me. I had little reason to expect such fairness from him, given the role he had played in previous conflicts, which did not suggest a tolerant minister. Nevertheless, he is a man who enjoys society, possesses considerable wit, and sometimes delivers very good sermons—as well as some quite amusing stories.
I realize that this letter is in fact a book, and I have only reached halfway through its content. Well then, Mr. Marshal, I will allow you to take a breath and reschedule the reading of the second volume for another time[779].
Letter CCCLXXVII – To Madame La Tour
At Môtiers, on January 27, 1763.
Madam, I receive almost at the same time both your New Year’s greetings and your portrait—two gifts of great value to me: one because it portrays you, and the other because it comes from you. It seems you anticipated my need for an almanac, not only to contain descriptions of your person that would affect me deeply but also to honestly remind me that a man born on July 4, 1712, should not, by January 27, 1763, take such keen interest in certain entries, lest he be deemed an old fool. Unfortunately, the “poison” seems more potent than the “remedy”; your letter is far more likely to make me forget my age than your almanac to remind me of it. No other magic was needed for Medea to rejuvenate the aged Jason; and if Aurora were like you, even the decaying Titan could still be sickly, but his years and ailments would vanish upon seeing her. For me, so far away from you, all this only brings me regret and ridicule. A “rejuvenated” heart is but another form of suffering; and nothing is more foolish than a twenty-year-old old man. Therefore, for the sake of everything, I would rather not be exposed to seeing that beautiful face with its perfectly oval shape—and certainly not the least fair part of your person. I would always fear that those rose-colored “flies” might become transparent to me, and that, in my eager attempt to appreciate the fairness of your skin, my indiscreet mind might seek comparisons beyond a thousand veils.
Whether by water or through a whole crystal.
It traps the ray without dividing or separating it into parts;
Within the closed cloak, thought dares to emerge.
To penetrate into that forbidden area.
(Tasso, German C. IV, 32.)
But, madam, let us put aside your complexion and your features—let them not be desecrated by the imagination of a man fifty years old—and rather speak of that lovely countenance which is meant to win you friends of all ages and promises a heart fit to keep them. It would not be unkind of me if it were able to complete what your letters have so excellently begun, and if I could devote the rest of my life to you with an affection worthy of such a charming character. How delightful it will be for me to hear from such a beautiful mouth all that you are kind enough to write to me, and to read in those dark brown eyes, framed by dark eyelashes, the friendship you offer me! Yet this very friendship imposes upon me certain duties that I am determined to fulfill. And if my age makes certain things seem foolish, it also excuses sincerity. I can quite forgive you for idolizing your hair a little bit—I even share in that admiration—but whether I approve of the way you style it depends on a question that one should never ask women, yet I will ask you anyway. Madam, how old are you?
Since you have read the note that came with the lace you are referring to, madam, you know under what circumstances it was sent and under what conditions a similar one can be obtained. Please have the kindness to become a daughter again, to marry once more, and to promise to take care of our first child yourself—then you will receive the most beautiful lace I am capable of making. I have promised never to give it otherwise; I cannot break my word.
I am deeply grateful for the concern Mr. du Terreaux shows for my health, and even more so for the kindness he showed in sharing his recipe with me. However, having long since entrusted my life and body solely to nature, I wish not to interfere with its workings or meddle in matters of which I know nothing. I have learned to endure pain, madam; this art eliminates the need to learn how to heal—and it carries no such disadvantages. Nevertheless, if drinking a few glasses of water would please you, I would be willing to do so, not for my own health, but for yours. I would even be willing to do things far more difficult for you, so long as they served a different purpose.
Letter CCCLXXVIII – To Mr. Marshal of Luxembourg
Môtiers, January 28, 1763.
My lord Marshal, it takes courage to describe the place where I live in this season. Waterfalls, ice, bare rocks, and black pines covered in snow are all that surrounds me; and, like winter itself, the landscape adds an air of desolation, making it seem utterly bleak upon sight. Thus, it appears rather barren throughout the year; but in this particular season, it is almost frightening. You must therefore imagine it as I found it when I arrived there, and not as I see it today—otherwise, your interest in my well-being would prevent me from telling you anything about it at all.
Imagine, then, a valley about half a mile wide and approximately two miles long, through which flows a small river called the Reuss, running from northwest to southeast. This valley is formed by two ranges of mountains that are branches of the Mont-Jura; although they narrow at both ends, the valley remains wide enough to allow one to see into its distant stretches. These extensions, divided into various branches by the mountain ridges, offer several beautiful perspectives. The valley is called Val-de-Travers, after a village located at its eastern end. Within a short distance of each other, there are four or five other villages: Môtiers, which lies in the middle of the valley, is dominated by an old, deserted castle. Its secluded and wild surroundings often attract me on my morning walks, especially since I can leave this area through a back door without passing by any streets or houses. It is said that the forests and rocks surrounding this castle are full of snakes; however, having explored the entire area and sat in many different places, I have not seen a single one so far.
In addition to these villages, one can see several scattered houses further down the mountains, which are called “pastures” and are used for keeping livestock; several of them are inhabited by their owners, most of whom are farmers. There is one in particular halfway up the northern slope, therefore facing south, situated on a natural terrace in what is undoubtedly the most magnificent location I have ever seen. The difficult access to it made its residence particularly convenient for me. I was so tempted that on my first visit, I almost arranged to move there; but since I heard so much about this man’s unpleasant character, and preferring peace and security to a pleasant dwelling place, I decided to stay where I was. The house I live in is not in such an ideal location, but it is large and fairly comfortable; it has an outdoor veranda where I can walk when the weather is bad. And what is more important than anything else, it offers the shelter of friendship.
La rendo ancora più grato di cuore a coloro tra loro che mi hanno colmato di carezze, offerte e cortesie di ogni sorta. Lusingato dalla loro stima e commosso dalle loro gentilezze, considererò sempre un dovere e un piacere dimostrare loro il mio affetto e la mia riconoscenza; tuttavia, l’accoglienza che hanno avuto per me non ha nulla in comune con quella del governo neocastellano, che mi avrebbe trattato molto diversamente se ne fosse stato il responsabile. Devo anche dire che, sebbene la cattiva volontà del corpo dei ministri sia indubbia, devo riconoscere i meriti particolari di colui il cui distretto pastorale abito. È venuto a trovarmi al mio arrivo e mi ha offerto mille forme di aiuto che non si sono rivelate vane, come mi ha dimostrato in un’occasione fondamentale in cui si è esposto alla cattiva disposizione di molti dei suoi colleghi per essersi comportato come un vero pastore nei miei confronti. Non mi aspettavo affatto una tale giustizia da parte sua, soprattutto considerando il ruolo che aveva svolto nelle controversie precedenti, un ruolo che non prometteva certo un ministro tollerante. Inoltre, è un uomo abbastanza piacevole in compagnia, dotato di spirito e capacità oratorie; a volte tiene prediche molto buone, altre volte racconti davvero interessanti.
Mi rendo conto che questa lettera è in realtà un libro, e io ne ho ancora letto solo metà del contenuto. Ora lascerò il signor maresciallo riposare un po’, e riprenderò la lettura del secondo volume un’altra volta[779].
Lettera CCCLXXVII – A Madame La Tour
A Môtiers, il 27 gennaio 1763.
Madama, ricevo quasi contemporaneamente sia i vostri auguri di Capodanno che il vostro ritratto: due doni preziosi per me; uno perché mi raffigura voi, l’altro perché proviene da voi. Sembra che abbiate previsto il bisogno che avrei di questo almanacco, per contenere l’effetto che la descrizione della vostra persona avrebbe su di me, e per avvertirmi onestamente che un uomo nato il 4 luglio 1712 non dovrebbe, il 27 gennaio 1763, interessarsi così curiosamente a certi articoli dell’almanacco, altrimenti rischierebbe di diventare un vecchio pazzo. Purtroppo, il “veleno” sembra più potente del “remedio”: la vostra lettera è più efficace nel farmi dimenticare la mia età di quanto lo sia l’almanacco stesso nel ricordarmela. Non sarebbe servita alcuna magia a Medea per ringiovanire il vecchio Eson; e se l’Aurora fosse come voi, Titone, anche se ormai in declino, potrebbe continuare ad ammalarsi, ma i suoi anni e i suoi mali scomparirebbero non appena lo vedesse. Per me, invece, lontano da voi, tutto ciò mi porta solo rimpianti e ridicolo; un cuore ringiovanito non è altro che un nuovo male, tra tanti altri. E nulla è più sciocco di un vecchio barbuto di vent’anni. Pertanto, per niente al mondo vorrei più essere costretto a vedere quel bellissimo viso dall’ovale perfetto, né quella parte della vostra persona che non è certo la meno bianca. Temo sempre che quelle piccole macchie color rosa diventino “trasparenti” ai miei occhi, e che, per apprezzare meglio il vostro incarnato – per quanto possiate essere delicata – la mia mente indiscreta cerchi, attraverso mille “veli”, delle comparazioni.
Proprio come per l’acqua o per un cristallo integro.
Il raggio lo attraversa, senza dividerlo o separarlo in parti.
All’interno del suo velo impenetrabile, il pensiero osa esprimersi.
Entrare in quella zona proibita.
(Tasso, Gerusalemme Liberata, IV libro, 32.)
Ma signora, lasciamo da parte il vostro incarnato e il vostro viso, che non dovrebbero essere profanati dall’immaginazione di un uomo di cinquant’anni. Parliamo piuttosto di quella deliziosa fisionomia che vi permette di guadagnare amici di ogni età e che promette un cuore degno di mantenerli. Non sarà certo colpa mia se questa bellezza completerà ciò che le vostre lettere hanno così bene iniziato. E non mancherà certo, per il resto della mia vita, un affetto degno di un carattere così incantevole da parte mia. Quanto mi sarà piacevole sentir pronunciare da una bocca così bella tutte le parole gentili che mi scriverete, e leggere negli occhi marroni, dal blu intenso e incorniciati da palpebre scure, l’amicizia che mi dimostrate. Ma proprio questa stessa amicizia mi impone dei doveri che desidero assolvere; e se la mia età rende ridicole le effeminatezze, almeno permette di scusare la sincerità. Vi perdono volentieri se amate un po’ i vostri capelli. Anzi, condivido anch’io questa passione. Ma il mio parere riguardo al modo in cui vi acconciate dipende da una domanda che non si dovrebbe mai porre alle donne. Eppure ve la farò. Signora, quanti anni avete?
Poiché avete letto il biglietto che accompagnava il laccio di cui mi parlate, signora, sapete quindi a quale occasione è stato inviato e sotto quali condizioni si può ottenere uno simile. Vi prego di tornare a essere una ragazza, di sposarvi nuovamente e di impegnarvi a nutrire voi stessa il nostro primo figlio; in tal caso avrete il laccio più bello che io possa realizzare. Mi sono impegnato a darlo soltanto a questo prezzo: non posso infrangere la mia promessa.
Sono molto sensibile all’interesse che il signor du Terreaux mostra per la mia salute, e ancora di più alla cura con cui mi ha fornito la sua ricetta; tuttavia, avendo da tempo affidato la mia vita e il mio corpo soltanto alla natura, non intendo invadere i suoi dominii né occuparmi di ciò che non so. Ho imparato a sopportare il dolore, signora; quest’arte dispensa dall’apprendere a guarire e non presenta alcun inconveniente. Tuttavia, se bere qualche bicchiere d’acqua può farvi piacere, sarò felice di berli in questa stagione, non per la mia salute, ma per la vostra; sarei disposto a fare per voi cose ancora più difficili, purché avessero un altro scopo.
Lettera CCCLXXVIII – A Sua Eccellenza il maresciallo di Lussemburgo
Môtiers, 28 gennaio 1763.
Signor Maresciallo, è necessario avere coraggio per descrivere, in questa stagione, il luogo in cui vivo. Cascate, ghiacciai, rocce nude, pini neri coperti di neve: questi sono gli elementi che mi circondano; e, simile all’inverno, la regione aggiunge anche l’aspetto dell’aridità, rendendo la sua descrizione estremamente triste. Pertanto, in qualsiasi stagione appaia piuttosto desolata; ma in questa è davvero spaventosa. Bisogna quindi che ve la immaginiate così come l’ho trovata al mio arrivo, e non come la vedo oggi. Altrimenti, il vostro interesse per me mi impedirebbe di parlarvene affatto.
Immaginate dunque una valle larga circa mezzo miglio e lunga circa due miglia, attraversata da un piccolo fiume chiamato Reuss che scorre in direzione nord-ovest-sud-est. Questa valle, formata da due catene montuose che sono rami del Monte Giura e che si restringono alle estremità, rimane comunque abbastanza aperta da permettere di vedere a distanza i suoi prolungamenti; questi, divisi in ramificazioni dai versanti delle montagne, offrono diverse e belle vedute. Questa valle, chiamata Val-de-Travers dal nome di un villaggio situato alla sua estremità orientale, è circondata da altri quattro o cinque villaggi distanziati tra loro di poco: quello di Môtiers, che si trova al centro della valle, è dominato da un vecchio castello deserto; il suo ambiente solitario e selvaggio mi attira spesso durante le mie passeggiate mattutine, soprattutto perché posso uscire da questo lato attraverso una porta posteriore senza passare per la strada né davanti a nessuna casa. Si dice che i boschi e le rocce che circondano questo castello siano pieni di vipere; tuttavia, avendo percorso molte zone circostanti e seduto in vari luoghi, finora non ne ho vista alcuna.
Oltre a questi villaggi, si vedono verso il basso delle montagne diverse case sparse, chiamate “prises”, in cui si tengono gli animali e molte delle quali sono abitate dai proprietari, per lo più contadini. C’è una in particolare situata a metà pendio nord, quindi esposta al sole del mezzogiorno, su un terrazzo naturale; si trova nella posizione più incantevole che abbia mai visto, e l’accesso difficile avrebbe reso la sua abitazione molto comoda. Ne fui così tentato che, la prima volta che la vidi, quasi raggiunsi un accordo con il proprietario per stabilirmici; ma in seguito mi fu detto tanto di cattivo su quell’uomo, che, preferendo ancora la pace e la sicurezza a una dimora piacevole, decisi di rimanere dove ero. La casa in cui abito si trova in una posizione meno bella, ma è grande e abbastanza confortevole; ha anche un portico esterno dove mi riposo nei giorni di maltempo; e, cosa che vale più di tutto il resto, offre l’asilo offerto dall’amicizia.
La Reuss a sa source au-dessus d’un village appelé Saint-Sulpice, à l’extrémité occidentale du vallon ; elle en sort au village de Travers, à l’autre extrémité, où elle commence à se creuser un lit, qui devient bientôt précipice, et la conduit enfin dans le lac de Neuchâtel. Cette Reuss est une très jolie rivière, claire et brillante comme de l’argent, où les truites ont bien de la peine à se cacher dans des touffes d’herbes. On la voit sortir tout d’un coup de terre à sa source, non point en petite fontaine ou ruisseau, mais toute grande et déjà rivière, comme la fontaine de Vaucluse, en bouillonnant à travers les rochers. Comme cette source est fort enfoncée dans les rochers escarpés d’une montagne, on y est toujours à l’ombre ; et la fraîcheur continuelle, le bruit, les chutes, le cours de l’eau, m’attirant l’été à travers ces roches brûlantes, me font souvent mettre en nage pour aller chercher le frais près de ce murmure, ou plutôt près de ce fracas, plus flatteur à mon oreille que celui de la rue Saint-Martin.
L’élévation des montagnes qui forment le vallon n’est pas excessive, mais le vallon même est montagne, étant fort élevé au-dessus du lac ; et le lac, ainsi que le sol de toute la Suisse, est encore extrêmement élevé sur les pays de plaines, élevés à leur tour au-dessus du niveau de la mer. On peut juger sensiblement de la pente totale par le long et rapide cours des rivières qui, des montagnes de Suisse, vont se rendre les unes dans la Méditerranée et les autres dans l’Océan. Ainsi, quoique la Reuss traversant le vallon soit sujette à de fréquents débordements, qui font des bords de son lit une espèce de marais, on n’y sent point le marécage, l’air n’y est point humide et malsain, la vivacité qu’il tire de son élévation l’empêchant de rester longtemps chargé de vapeurs grossières ; les brouillards, assez fréquents les matins, cèdent pour l’ordinaire à l’action du soleil à mesure qu’il s’élève. Comme entre les montagnes et les vallées la vue est toujours réciproque, celle dont je jouis ici dans un fond n’est pas moins vaste que celle que j’avais sur les hauteurs de Montmorency, mais elle est d’un autre genre ; elle ne flatte pas, elle frappe ; elle est plus sauvage que riante ; l’art n’y étale pas ses beautés, mais la majesté de la nature en impose ; et quoique le parc de Versailles soit plus grand que ce vallon, il ne paraîtrait qu’un colifichet en sortant d’ici. Au premier coup d’oeil, le spectacle, tout grand qu’il est, semble un peu nu ; on voit très peu d’arbres dans la vallée ; ils y viennent mal, et ne donnent presque aucun fruit ; l’escarpement des montagnes, étant très rapide, montre en divers endroits le gris des rochers ; le noir des sapins coupe ce gris d’une nuance qui n’est pas riante, et ces sapins si grands, si beaux quand on est dessous, ne paraissent au loin que des arbrisseaux, ne permettent ni l’asile ni l’ombre qu’ils donnent : le fond du vallon, presque au niveau de la rivière, semble n’offrir à ses deux bords qu’un large marais où l’on ne saurait marcher ; la réverbération des rochers n’annonce pas, dans un lieu sans arbres, une promenade bien fraîche quand le soleil luit ; sitôt qu’il se couche, il laisse à peine un crépuscule, et la hauteur des monts, interceptant toute la lumière, fait passer presque à l’instant du jour à la nuit.
Mais, si la première impression de tout cela n’est pas agréable, elle change insensiblement par un examen plus détaillé ; et, dans un pays où l’on croyait avoir tout vu du premier coup d’oeil, on se trouve avec surprise environné d’objets chaque jour plus intéressants. Si la promenade de la vallée est un peu uniforme, elle est en revanche extrêmement commode ; tout y est du niveau le plus parfait, les chemins y sont unis comme des allées de jardin, les bords de la rivière offrent par places de larges pelouses d’un plus beau vert que les gazons du Palais-Royal, et l’on s’y promène avec délices le long de cette belle eau, qui dans le vallon prend un cours paisible en quittant ses cailloux et ses rochers, qu’elle retrouve au sortir du Val-de-Travers. On a proposé de planter ses bords de saules et de peupliers, pour donner, durant la chaleur du jour, de l’ombre au bétail désolé par les mouches. Si jamais ce projet s’exécute, les bords de la Reuss deviendront aussi charmants que ceux du Lignon, et il ne leur manquera plus que des Astrées, des Silvandres, et un d’Urfé.
Comme la direction du vallon coupe obliquement le cours du soleil, la hauteur des monts jette toujours de l’ombre par quelque côté sur la plaine ; de sorte qu’en dirigeant ses promenades, et choisissant ses heures, on peut aisément faire à l’abri du soleil tout le tour du vallon. D’ailleurs, ces mêmes montagnes, interceptant ses rayons, font qu’il se lève tard et se couche de bonne heure, en sorte qu’on n’en est pas longtemps bridé. Nous avons presque ici la clef de l’énigme du ciel de trois aunes[780], et il est certain que les maisons qui sont près de la source de la Reuss n’ont pas trois heures de soleil même en été.
Lorsqu’on quitte le bas du vallon pour se promener à mi-côte, comme nous fîmes une fois, M. le maréchal, le long des Champeaux, du côté d’Andilly, on n’a pas une promenade aussi commode ; mais cet agrément est bien compensé par la variété des sites et des points de vue, par les découvertes que l’on fait sans cesse autour de soi, par les jolis réduits qu’on trouve dans les gorges des montagnes, où le cours des torrents qui descendent dans la vallée, les hêtres qui les ombragent, les coteaux qui les entourent, offrent des asiles verdoyants et frais quand on suffoque à découvert. Ces réduits, ces petits vallons, ne s’aperçoivent pas tant qu’on regarde au loin les montagnes, et cela joint à l’agrément du lieu celui de la surprise, lorsqu’on vient tout d’un coup à les découvrir. Combien de fois je me suis figuré, vous suivant à la promenade et tournant autour d’un rocher aride, vous voir surpris et charmé de retrouver des bosquets pour les dryades, où vous n’auriez cru trouver que des antres et des ours !
Tout le pays est plein de curiosités naturelles qu’on ne découvre que peu à peu, et qui, par ces découvertes successives, lui donnent chaque jour l’attrait de la nouveauté. La botanique offre ici ses trésors à qui saurait les connaître ; et souvent, en voyant autour de moi cette profusion de plantes rares, je les foule à regret sous le pied d’un ignorant. Il est pourtant nécessaire d’en connaître une pour se garantir de ses terribles effets ; c’est le napel[781]. Vous voyez une très belle plante haute de trois pieds, garnie de jolies fleurs bleues, qui vous donnent envie de la cueillir ; mais à peine l’a-t-on gardée quelques minutes, qu’on se sent saisi de manx de tête, de vertiges, d’évanouissements, et l’on périrait si l’on ne jetait promptement ce funeste bouquet. Cette plante a souvent causé des accidents à des enfants et à d’autres gens qui ignoraient sa pernicieuse vertu. Pour les bestiaux, ils n’en approchent jamais, et ne broutent pas même l’herbe qui l’entoure. Les faucheurs l’extirpent autant qu’ils peuvent ; quoi qu’on fasse, l’espèce en reste, et je ne laisse pas d’en voir beaucoup en me promenant sur les montagnes ; mais on l’a détruite à peu près dans le vallon.
À une petite lieue de Môtiers, dans la seigneurie de Travers, est une mine d’asphalte, qu’on dit qui s’étend sous tout le pays : les habitants lui attribuent modestement la gaieté dont ils se vantent, et qu’ils prétendent se transmettre même à leurs bestiaux. Voilà sans doute une belle vertu de ce minéral ; mais, pour en pouvoir sentir l’efficace, il ne faut pas avoir quitté le château de Montmorency-Quoi qu’il en soit des merveilles qu’ils disent de leur asphalte, j’ai donné au seigneur de Travers un moyen sur d’en tirer la médecine universelle ; c’est de faire une bonne pension à Lorry ou à Bordeu.
The Reuss originates above a village called Saint-Sulpice, at the western end of the valley; it emerges at the village of Travers, on the other end, where it begins to carve out its course, which soon turns into a steep precipice, before finally flowing into Lake Neuchâtel. This river is truly beautiful—clear and sparkling like silver, so that trout have difficulty hiding among the clumps of grass. One can see it suddenly burst forth from the ground at its source, not as a small spring or brook, but already a full-fledged river, much like the fountain of Vaucluse, gushing through the rocks. Since this source is deeply embedded in the rugged cliffs of a mountain, it is always in shade. The constant coolness, the sound of the water, the cascades, and the rushing current—these all draw me there in the summer, through these scorching rocks, just to seek relief near that murmuring, or rather, that thunderous noise, which sounds far more pleasing to my ears than the hustle and bustle of the Rue Saint-Martin.
The elevation of the mountains that form this valley is not excessive; yet the valley itself is essentially mountainous, being quite high above the lake. Moreover, both the lake and the entire terrain of Switzerland are exceptionally elevated compared to the low-lying plains. One can gain a fair idea of the overall steepness of the landscape by observing the long and rapid courses of the rivers that flow from the Swiss mountains—some into the Mediterranean Sea and others into the Ocean. Thus, although the Reuss River, which flows through this valley, frequently overflows, causing its banks to become somewhat marshy, one does not perceive any signs of dampness or foul air in the area. The very altitude of the region prevents the accumulation of heavy vapors for long periods; the fogs that are fairly common in the mornings usually dissipate under the sun’s rays as it rises. Since visibility is always mutual between mountains and valleys, the view I enjoy here from this location is just as expansive as the one I had from the heights of Montmorency—yet it is of a different kind. It does not please the eye in an indulgent way; rather, it strikes with its grandeur and wildness. Here, art does not display its beauties; instead, the majesty of nature commands respect. And even though Versailles Park is larger than this valley, it would seem like a mere trinket compared to what one sees here. At first glance, despite its vastness, the landscape seems somewhat bare: there are very few trees in the valley; those that do grow struggle to thrive and produce little fruit. The steep cliffs reveal the gray of the rocks in many places, while the black of the pines adds a gloomy tone to this scenery. These towering pines, so beautiful up close, appear like shrubs from a distance, offering neither shelter nor shade. The bottom of the valley, almost at the same level as the river, seems like a wide marsh where one could hardly walk. The reflection of the rocks does not promise a cool and refreshing walk in this treeless area when the sun shines; once it sets, there is barely any twilight, and the high mountains, blocking out all light, cause day to turn into night almost instantly.
However, if the initial impression of all this is not particularly pleasing, it gradually changes upon closer examination; and in a country where one might have thought everything had been seen at first glance, one is surprised to find oneself surrounded every day by objects that become increasingly interesting. Although the walk along the valley is somewhat monotonous, it is nevertheless extremely convenient; everything there is of the most perfect level, the paths are smooth like garden alleys, and the riverbanks offer wide lawns of a greener shade than those in the Palais-Royal gardens. One can stroll delightfully along this beautiful water, which flows peacefully through the valley, away from its rocks and stones, only to reappear again as it exits the Val-de-Travers. It has been suggested to plant willows and poplars along its banks, to provide shade for the livestock afflicted by flies during the heat of the day. If this plan ever comes to fruition, the banks of the Reuss River will become just as charming as those of the Lignon; all that would be missing are some Astrées, some Silvandres, and perhaps a character like Urfé.
Since the direction of the valley cuts obliquely across the path of the sun, the mountains always cast some shade over the plain on one side or another; therefore, by planning one’s walks and choosing the right times, it is easy to stay in the shade throughout the entire valley. Moreover, these very same mountains, by blocking the sun’s rays, cause it to rise late and set early, so that its presence is not felt for long periods at all. Here, we almost hold the key to understanding the mystery of this region with its “three aunes” of sunlight; indeed, it is certain that houses located near the source of the Reuss river receive no more than three hours of sunlight even in summer.
When one leaves the bottom of the valley and walks along the slopes, as we did once alongside the Champeaux, in the direction of Andilly, the walk is not so convenient; yet this inconvenience is more than compensated for by the variety of landscapes and views, by the constant discoveries one makes around oneself, and by the beautiful shelters one finds in the mountain gorges. There, the streams descending into the valley, the beech trees that shade them, and the hills surrounding them create lush, refreshing refuges when one is tired of the open air. These small valleys are not easily visible from a distance while looking at the mountains; this, combined with the pleasantness of the place, adds the element of surprise when one suddenly discovers them. How many times have I imagined, following you on your walk and circling around a barren rock, seeing you surprised and delighted to find bosquets that seemed like habitats for dryads, where you would never have expected to find anything but caves and bears!
The entire country is filled with natural wonders that are only gradually discovered, and it is precisely these successive discoveries that endow it with the allure of novelty every day. Botany offers its treasures to those who know how to appreciate them; yet often, as I see around me this abundance of rare plants, I regret trampling them underfoot out of ignorance. Nevertheless, it is essential to recognize at least one such plant in order to avoid its deadly effects—take the napel[781], for example. You might see a very beautiful plant, three feet tall and adorned with lovely blue flowers that make you want to pick it. But once you hold it for just a few minutes, you will immediately feel dizzy, experience vertigo, and may even faint—if you don’t quickly discard this deadly bouquet. This plant has often caused accidents in children and other people who are unaware of its harmful properties. As for animals, they never approach it, nor do they even eat the grass surrounding it. Farmers try their best to eradicate it; yet despite these efforts, the species still survives. I often see many of them while walking in the mountains, but it has been almost completely eradicated from the valleys.
About a mile from Môtiers, in the territory of Travers, there is an asphalt mine which, it is said, extends throughout the entire region. The locals modestly attribute their happiness—and even claim that this happiness is transmitted to their animals—to this mineral. Indeed, this must be a remarkable quality of this substance; however, in order to experience its effects, one must not have left the castle of Montmorency. Regardless of the wonders they speak of their asphalt, I have advised the lord of Travers on a way to utilize it for producing a universal medicine: simply offer generous pensions to Lorry or Bordeu.
Il fiume Reuss nasce sopra un villaggio chiamato Saint-Sulpice, all’estremità occidentale della valle; ne esce poi nel villaggio di Travers, all’altra estremità, dove inizia a scavarsi un letto che presto diventa una scogliera, per confluire infine nel lago di Neuchâtel. Questo fiume è davvero molto bello: chiaro e brillante come l’argento, tanto che le trote faticano a nascondersi tra i ciuffi d’erba. Si vede emergere all’improvviso dalla terra alla sua sorgente, non come una piccola fontana o un ruscello, ma già grande e pieno di vita, proprio come la fontana di Vaucluse, che scorre tumultuosa tra le rocce. Poiché questa sorgente si trova in profondità tra le scoscese rocce di una montagna, vi regna sempre l’ombra; la freschezza costante, il rumore delle acque, le cascate e il corso del fiume mi attirano ogni estate attraverso queste rocce roventi, spingendomi spesso a tuffarmi per godermi la frescura vicino a quel mormorio, o meglio, a quel fragore che risuona alle mie orecchie in modo più piacevole di quello della strada Saint-Martin.
L’altitudine delle montagne che formano la valle non è eccessiva, ma la valle stessa può essere considerata una montagna, poiché si trova a grande distanza sopra il lago; inoltre, sia il lago che il terreno di tutta la Svizzera sono estremamente elevati rispetto ai paesi pianeggianti, i quali a loro volta si trovano al di sopra del livello del mare. Si può stimare con precisione l’entità della pendenza totale osservando il corso rapido e lungo dei fiumi che, partendo dalle montagne svizzere, si dirigono alcuni verso il Mediterraneo e altri verso l’Oceano. Pertanto, anche se il fiume Reuss, che attraversa la valle, è soggetto a frequenti inondazioni che trasformano le sue rive in una sorta di palude, non si percepisce alcun effetto negativo; l’aria non è umida né malsana, e la vivacità derivante dall’altitudine impedisce che vi rimangano a lungo vapori densi; le nebbie, abbastanza frequenti al mattino, di solito si dissolvono sotto l’effetto del sole man mano che questo sorge. Poiché tra le montagne e le valli la vista è sempre reciproca, quella da cui godo qui non è meno vasta di quella che avevo sulle alture di Montmorency, ma è di tipo diverso: non è piacevole all’occhio, bensì imponente; non esalta, ma incute rispetto; è più selvaggia che gioiosa; l’arte non vi esprime le sue bellezze, ma la maestosità della natura vi impone il suo dominio. E anche se il parco di Versailles è più grande di questa valle, sembrerebbe soltanto un giocattolo insignificante rispetto a ciò che si vede qui. A prima vista, lo spettacolo, per quanto vasto, appare un po’ desolato: nella valle ci sono pochi alberi; questi crescono male e non producono quasi frutti; le ripide pareti delle montagne mostrano in diversi punti il colore grigio delle rocce; il nero dei pini contrasta con quel grigio, conferendo all’ambiente un aspetto poco piacevole; questi grandi e bellissimi pini, che appaiono imponenti da vicino, da lontano sembrano soltanto cespugli; il fondo della valle, quasi allo stesso livello del fiume, sembra offrire solo una vasta palude dove non si potrebbe camminare agevolmente; la riflessione delle rocce non promette un’escursione fresca in un luogo privo di alberi quando il sole splende; non appena tramonta, rimane quasi subito il crepuscolo, e l’altezza delle montagne, intercettando tutta la luce, fa passare istantaneamente dal giorno alla notte.
Ma se la prima impression di tutto ciò non è piacevole, essa cambia insensibilmente con un esame più dettagliato; e in un paese dove si credeva di aver visto tutto a colpo d’occhio, ci si ritrova, con sorpresa, circondati ogni giorno da oggetti sempre più interessanti. Se il passeggio nella valle appare un po’ monotono, è invece estremamente comodo; tutto vi è al livello più perfetto, i sentieri sono uniformi come vialetti di giardino, le rive del fiume offrono in alcuni punti ampie aiuole di un verde ancora più bello di quello dei prati del Palais-Royal, e si può passeggiare con piacere lungo quest’acqua meravigliosa, che nella valle scorre tranquillamente, lontana da sassi e rocce, per poi ritrovarli alla fine della valle. Si è proposto di piantare salici e pioppi lungo le sue rive, al fine di offrire ombra durante il calore del giorno al bestiame tormentato dalle mosche. Se mai questo progetto verrà realizzato, le rive del Reuss diventeranno altrettanto incantevoli come quelle del Lignon, e non mancherà loro che qualche Astrée, qualche Silvandro, e forse anche un po’ di Urfé.
Poiché la direzione della valle interseca obliquamente il percorso del sole, l’altezza delle montagne proietta sempre ombra su qualche parte della pianura; quindi, dirigendo opportunamente le proprie passeggiate e scegliendo con attenzione gli orari, si può facilmente rimanere al riparo dal sole in tutta la valle. Inoltre, proprio queste stesse montagne, intercettando i raggi solari, fanno sì che il sole sorga tardi e tramonti presto, quindi non ci si trova a lungo esposti al suo calore. Qui abbiamo quasi la “chiave” per comprendere questo misterioso fenomeno climatico; è certo che le case situate vicino alla sorgente del fiume Reuss non godono nemmeno di tre ore di luce solare in estate.
Quando si lascia il fondo della valle per passeggiare lungo i pendii, come facemmo una volta, lungo i Champeaux, verso Andilly, il passeggio non è così comodo; tuttavia, questo inconveniente viene ampiamente compensato dalla varietà dei paesaggi e dei punti di vista, dalle scoperte che si fanno continuamente intorno a sé, dai bei rifugi che si trovano nelle gole delle montagne, dove il corso dei torrenti che discendono nella valle, gli ontani che li ombreggiano e i pendii che li circondano offrono ripari verdi e freschi quando ci si sente soffocare all’aperto. Questi rifugi, questi piccoli valli, non si notano facilmente se si guardano da lontano le montagne; questo, unito al piacere che il luogo stesso procura, aggiunge anche la sorpresa quando, all’improvviso, li si scoprono. Quante volte mi sono immaginato, seguendovi in giro per i monti e girando intorno a una roccia arida, di vedervi sorpresi e incantati nel ritrovare boschetti che sembravano adatti alle ninfe, dove invece non avreste mai pensato di trovare altro che caverne e orsi.
Tutto il paese è pieno di curiosità naturali che si scoprono solo gradualmente, e che, grazie a queste scoperte successive, gli conferiscono ogni giorno il fascino della novità. La botanica offre qui i suoi tesori a chi sa apprezzarli; spesso, vedendo intorno a me questa abbondanza di piante rare, le calpesto con rammarico, come farebbe un ignorante. Tuttavia è necessario conoscere almeno una di queste piante per evitare i suoi terribili effetti. Prendiamo ad esempio il napel[781]. Vedete una pianta molto bella, alta circa un metro e mezzo, adornata di bellissime fiori blu che vi spingono a raccoglierla; ma appena la si tiene per qualche minuto, si inizia ad avvertire mal di testa, vertigini, svenimenti. E si morirebbe se non si gettasse immediatamente via quel “fatale mazzo” di fiori. Questa pianta ha spesso causato incidenti a bambini e altre persone che ignoravano la sua pericolosità. Per quanto riguarda gli animali, essi non vi si avvicinano mai nemmeno, e non bruciano nemmeno l’erba che la circonda; i falciatori cercano di eliminarla ogni volta che possibile. Ma nonostante tutto, questa pianta continua a esistere: ne vedo molte mentre faccio passeggiate sulle montagne. Tuttavia nel vallone è stata quasi completamente distrutta.
A una piccola distanza da Môtiers, nel feudo di Travers, si trova una miniera di asfalto; si dice che si estenda in tutta quella regione. Gli abitanti attribuiscono modestamente a questo minerale la gioia di cui si vanno vantando e che, a loro dire, si trasmette persino ai loro animali. Questa è senza dubbio una “buona virtù” di questo materiale; tuttavia, per poterne percepire gli effetti benefici, non bisogna aver lasciato il castello di Montmorency. Comunque sia riguardo alle meraviglie che raccontano riguardo al loro asfalto, ho fornito al signore di Travers un metodo per ottenere da esso una “medicina universale”: basta offrire una buona pensione a Lorry o a Bordeu.
Au-dessus de ce même village de Travers, il se fit, il y a deux ans, une avalanche considérable, et de la façon du monde la plus singulière. Un homme qui habite au pied de la montagne avait son champ devant sa fenêtre, entre la montagne et sa maison. Un matin, qui suivit une nuit d’orage, il fut bien surpris, en ouvrant sa fenêtre, de trouver un bois à la place de son champ ; le terrain, s’éboulant tout d’une pièce, avait recouvert son champ des arbres d’un bois qui était au-dessus ; et cela, dit-on, fait entre les. deux propriétaires le sujet d’un procès qui pourrait trouver place dans le recueil de Pitaval[782]. L’espace que l’avalanche a mis à nu est fort grand et paraît de loin ; mais il faut en approcher pour juger de la force de l’éboulement, de l’étendue du creux, et de la grandeur des rochers qui ont été transportés. Ce fait récent et certain rend croyable ce que dit Pline d’une vigne qui avait été ainsi transportée d’un côté du chemin à l’autre. Mais rapprochons-nous de mon habitation.
J’ai vis-à-vis de mes fenêtres une superbe cascade, qui, du haut de la montagne, tombe par l’escarpement d’un rocher dans le vallon, avec un bruit qui se fait entendre au loin, surtout quand les eaux sont grandes. Cette cascade est très en vue ; mais ce qui ne l’est pas de même est une grotte à côté de son bassin, de laquelle l’entrée est difficile, mais qu’on trouve au-dedans assez espacée, éclairée par une fenêtre naturelle, cintrée en tiers-point, et décorée d’un ordre d’architecture qui n’est ni toscan ni dorique, mais l’ordre de la nature, qui sait mettre des proportions et de l’harmonie dans ses ouvrages les moins réguliers. Instruit de la situation de cette grotte, je m’y rendis seul l’été dernier pour la contempler à mon aise. L’extrême sécheresse me donna la facilité d’y entrer par une ouverture enfoncée et très surbaissée, en me traînant sur le ventre, car la fenêtre est trop haute pour qu’on puisse y passer sans échelle. Quand je fus au-dedans, je m’assis sur une pierre, et je me mis à contempler avec ravissement cette superbe salle dont les ornements sont des quartiers de roche diversement situés, et formant la décoration la plus riche que j’aie jamais vue, si du moins on peut appeler ainsi celle qui montre la plus grande puissance, celle qui attache et intéresse, celle qui fait penser, qui élève l’âme, celle qui force l’nomme à oublier sa petitesse pour ne penser qu’aux oeuvres de la nature. Des divers rochers qui meublent cette caverne, les uns détachés et tombés de la voûte, les autres encore pendants et diversement situés, marquent tous dans cette mine naturelle l’effet de quelque explosion terrible dont la cause paraît difficile à imaginer, car même un tremblement de terre ou un volcan n’expliquerait pas cela d’une manière satisfaisante. Dans le fond de la grotte, qui va en s’élevant de même que sa voûte, on monte sur une espèce d’estrade, et de là, par une pente assez roide, sur un rocher qui mène de biais à un enfoncement très obscur par où l’on pénètre sous la montagne. Je n’ai point été jusque-là, ayant trouvé devant moi un trou large et profond qu’on ne saurait franchir qu’avec une planche. D’ailleurs, vers le haut de cet enfoncement, et presque à l’entrée de la galerie souterraine, est un quartier de rocher très imposant ; car, suspendu presque en l’air, il porte à faux par un de ses angles, et penche tellement en avant, qu’il semble se détacher et partir pour écraser le spectateur. Je ne doute pas cependant qu’il ne soit dans cette situation depuis bien des siècles, et qu’il n !y reste encore plus longtemps : mais ces sortes d’équilibres, auxquels les yeux ne sont pas faits, ne laissent pas de causer quelque inquiétude ; et quoiqu’il fallût peut-être des forces immenses pour ébranler ce rocher qui paraît si prêt à tomber, je craindrais d’y toucher du bout du doigt, et ne voudrais pas plus rester dans la direction de sa chute que sous l’épée de Damoclès.
La galerie souterraine, à laquelle cette grotte sert de vestibule, ne continue pas d’aller en montant ; mais elle prend sa pente un peu vers le bas, et suit la même inclinaison dans tout l’espace qu’on a jusqu’ici parcouru. Des curieux s’y sont engagés à diverses fois avec des domestiques, des flambeaux, et tous les secours nécessaires ; mais il faut du courage pour pénétrer loin dans cet effroyable lieu, et de la vigueur pour ne pas s’y trouver mal. On est allé jusqu’à près de demi-lieue, en ouvrant le passage où il est trop étroit, et sondant avec précaution les gouffres et fondrières qui sont à droite et à gauche : mais on prétend, dans le pays, qu’on peut aller par le même souterrain à plus de deux lieues jusqu’à l’autre côté de la montagne, où l’on dit qu’il aboutit du côté du lac, non loin de l’embouchure de la Reuss.
Au-dessous du bassin de la même cascade est une autre grotte plus petite, dont l’abord est embarrassé de plusieurs grands cailloux et quartiers de roche qui paraissent avoir été entraînés là par les eaux. Cette grotte-ci n’étant pas si praticable que l’autre, n’a pas de même tenté les curieux. Le jour que j’en examinai l’ouverture il faisait une chaleur insupportable ; cependant il en sortait un vent si vif et si froid, que je n’osai rester longtemps à l’entrée, et toutes les fois que j’y suis retourné j’ai toujours senti le même vent ; ce qui me fait juger qu’elle a une communication plus immédiate et moins embarrassée que l’autre.
À l’ouest de la vallée, une montagne la sépare en deux branches ; l’une fort étroite, où sont le village de Saint-Sulpice, la source de la Reuss, et le chemin de Pontarlier. Sur ce chemin, l’on voit encore une grosse chaîne, scellée dans le rocher, et mise là jadis par les Suisses pour fermer de ce côté-là le passage aux Bourguignons.
L’autre branche, plus large, et à gauche de la première, mène par le village de Butte à un pays perdu appelé la Cote aux Fées y qu’on aperçoit de loin parce qu’il va en montant. Ce pays, n’étant sur aucun chemin, passe pour très sauvage, et en quelque sorte pour le bout du monde. Aussi prétend-on que c’était autrefois le séjour des fées, et le nom lui en est resté : on y voit encore leur salle d’assemblée dans une troisième caverne qui porte aussi leur nom, et qui n’est pas moins curieuse que les précédentes. Je n’ai pas vu cette grotte aux Fées, parce qu’elle est assez loin d’ici ; mais on dit qu’elle était superbement ornée, et l’on y voyait encore, il n’y a pas longtemps, un trône et des sièges très bien taillés dans le roc. Tout cela a été gâté et ne parait presque plus aujourd’hui. D’ailleurs, l’entrée de la grotte est presque entièrement bouchée par les décombres, par les broussailles ; et la crainte des serpents et des bêtes venimeuses rebute les curieux d’y vouloir pénétrer. Mais si elle eût été praticable encore et dans sa première beauté, et que madame la maréchale eût passé dans ce pays, je suis sûr qu’elle eût voulu voir-cette grotte singulière, n’eût-ce été qu’en faveur de Fleur-d’Épine et des Facardins[783].
Plus j’examine en détail l’état et la position de ce vallon, plus je me persuade qu’il a jadis été sous l’eau ; que ce qu’on appelle aujourd’hui le Val-de-Travers fut autrefois un lac formé par la Reuss, la cascade, et d’autres ruisseaux, et contenu par les montagnes qui l’environnent, de sorte que je ne doute point que je n’habite l’ancienne demeure des poissons : en effet, le-sol du vallon est si parfaitement uni, qu’il n’y a qu’un dépôt formé par les eaux qui puisse l’avoir ainsi nivelé. Le prolongement du vallon, loin de descendre, monte le long du cours de la Reuss ; de sorte qu’il a fallu des temps infinis à cette rivière pour se caver, dans les abîmes qu’elle forme, lui cours en sens contraire à l’inclinaison du terrain. Avant ces temps, contenue de ce côté, de même que de tous les autres, et forcée de refluer sur elle-même, elle dut enfin remplir le vallon jusqu’à la hauteur de la première grotte que j’ai décrite, par laquelle elle trouva ou s’ouvrit un écoulement dans la galerie souterraine qui lui servait d’aqueduc.
Above the same village of Travers, a considerable avalanche occurred two years ago, and in the most peculiar manner possible. A man who lived at the foot of the mountain had his field right in front of his window, between the mountain and his house. One morning, after a night of storm, he was greatly surprised to find trees where his field used to be when he opened his window; the ground had collapsed all at once, covering his field with trees from the area above. This incident, it is said, has given rise to a lawsuit between the two landowners, and could well find its way into Pitaval’s collection of curious cases[782]. The area exposed by the avalanche is quite large and visible from a distance; but one must approach it closely to appreciate the force of the landslide, the extent of the crater formed, and the size of the rocks that were carried away. This recent and well-documented incident makes what Pliny describes about a vineyard being transported from one side of a road to the other seem plausible. But let us return to my residence.
In front of my windows, there is a magnificent waterfall that, descending from the top of the mountain along the steep edge of a rock, plunges into the valley with a sound that can be heard in the distance, especially when the water volume is high. This waterfall is very visible; however, what is not so easily noticed is a cave located beside its basin. The entrance to this cave is difficult to find, but inside it proves to be quite spacious, illuminated by a natural window shaped like an arch, and decorated with a style of architecture that is neither Tuscan nor Doric—it is rather the order of nature itself, which knows how to create proportion and harmony even in its most irregular creations. Having learned about the location of this cave, I went there alone last summer to admire it at my leisure. The extreme drought at that time made it possible for me to enter through a low and narrow opening; I had to crawl on my belly since the window was too high to pass through without a ladder. Once inside, I sat down on a rock and began to marvel at this splendid chamber whose decorations consisted of variously positioned chunks of rock, forming the richest and most captivating spectacle I had ever seen—especially when one considers how these elements display immense power, engage the imagination, elevate the soul, and make one forget one’s own insignificance in the face of nature’s wonders. Among the rocks that fill this cave, some have fallen from the ceiling, while others still hang precariously in place. All of them bear witness to some terrible explosion whose cause is difficult to conceive—even an earthquake or a volcano would not be able to explain such phenomena satisfactorily. At the back of the cave, which rises gradually like its ceiling, one climbs onto a kind of platform and then, along a rather steep slope, reaches a rock that leads diagonally to a very dark recess where one can continue further beneath the mountain. I did not go that far, as I encountered a wide and deep hole that could only be crossed with a plank. Moreover, near the entrance to this underground passage, there is a particularly imposing rock formation: hanging almost in mid-air, it juts out at an angle and leans so far forward that it seems on the verge of falling down and crushing anyone who approaches. I have no doubt that it has been in this position for centuries and will likely remain so for much longer. However, such precarious balances are certainly unsettling to behold; and although it might take immense forces to shake this rock, I would not dare touch it even with the tip of my finger—and I would prefer not to be in its path when it were to fall.
The underground passage, of which this cave serves as a vestibule, does not continue upward; instead, it slopes downward slightly and maintains the same inclination throughout the entire distance we have traveled so far. Curious individuals have ventured into it on several occasions, accompanied by servants, torches, and all necessary supplies; however, it takes considerable courage to penetrate deep into this terrifying place, and one must possess great stamina to avoid suffering adverse effects. They have managed to advance nearly half a mile by widening passages where they were too narrow and carefully examining the ravines and chasms on both sides. It is said in the region that the same underground passage extends for more than two miles on the other side of the mountain, where it is believed to lead near the lake, not far from the mouth of the Reuss river.
Below the basin of the same waterfall, there is another smaller cave, whose entrance is obstructed by several large rocks and fragments of stone that seem to have been carried there by the waters. Since this cave is not as easily accessible as the other, it has never attracted the curiosity of many. On the day I examined its entrance, the heat was unbearable; however, the wind coming out of it was so strong and cold that I did not dare stay at the entrance for long. Every time I returned there, I encountered the same bitter wind, which leads me to believe that this cave must have a more direct and unobstructed passage than the other one.
To the west of the valley, a mountain divides it into two branches; one of them is very narrow and contains the village of Saint-Sulpice, the source of the Reuss river, and the road leading to Pontarlier. Along this road, one can still see a large chain fixed into the rock, which was once installed by the Swiss in order to block the passage to the Burgundians on this side.
The other branch, which is wider and located to the left of the first one, leads through the village of Butte to a remote region called la Cote aux Fées. This place can be seen from afar because it lies uphill. Since this land is not on any established routes, it is considered very wild and, in a way, the edge of the world. It is said that this was once the dwelling place of fairies, and that name has remained: one can still see their assembly hall in a third cave that bears the same name and is just as fascinating as the previous ones. I have not seen this Fairy Cave myself, as it is quite far from here; but it is said to have been beautifully decorated, and not long ago, one could still find a throne and chairs intricately carved into the rock there. All of this has since been damaged and hardly looks the same today. Moreover, the entrance to the cave is almost completely blocked by debris and bushes; the fear of snakes and venomous beasts also deters those who are curious enough to try entering. But if it were still accessible in its original state of beauty, and if the Marquise had passed through this region, I am sure she would have wanted to see this remarkable cave—just for the sake of Fleur-d’Épine and the Facardins[783].
The more I examine in detail the state and location of this valley, the more I am convinced that it must once have been under water; that what is now called Val-de-Travers was once a lake formed by the Reuss river, the waterfall, and other streams, and contained within the surrounding mountains. Therefore, I have no doubt that I am living in the former habitat of fish: indeed, the valley floor is so perfectly even that only the sediment deposited by water could have leveled it in this way. The extension of the valley does not descend but rather rises along the course of the Reuss; it must therefore have taken countless centuries for this river to carve out its path through these depths, flowing against the natural slope of the terrain. Before that time, confined on this side as well as on all other sides and forced to flow back upon itself, the river must eventually have filled the valley up to the height of the first cave I described—through which it found or opened a passage into the underground tunnel that served as its conduit.
Sopra lo stesso villaggio di Travers, due anni fa si verificò una valanga considerevole, e in modo davvero singolare. Un uomo che abitava ai piedi della montagna aveva un campo proprio davanti alla sua finestra, tra la montagna e la sua casa. Una mattina, dopo una notte di tempesta, rimase molto sorpreso quando aprì la finestra e trovò al posto del suo campo un bosco; il terreno si era sgretolato all’improvviso, coprendo tutto con gli alberi di quel bosco che si trovava sopra. Si dice che questo episodio abbia dato origine a un processo tra i due proprietari terrieri, e che possa essere incluso nella raccolta dei casi giudiziari di Pitaval[782]. L’area esposta dalla valanga è molto vasta e si distingue da lontano; ma bisogna avvicinarsi per valutare con precisione la forza dell’erosione, l’estensione della cavità formatasi e le dimensioni delle rocce che sono state trasportate. Questo fatto recente e certamente accaduto rende credibile quanto afferma Plinio riguardo a una vigna che fu trasportata in questo modo da un lato della strada all’altro. Ma torniamo ora alla mia abitazione.
Di fronte alle mie finestre c’è una meravigliosa cascata che, dalla cima della montagna, cade lungo il ripido versante di una roccia nel valle, con un rumore che si sente in lontananza, soprattutto quando le acque sono alte. Questa cascata è molto visibile; ma ciò che non è altrettanto evidente è una grotta situata accanto al suo bacino: l’ingresso è difficile da trovare, ma all’interno si scopre essere abbastanza spaziosa e illuminata da una finestra naturale, a forma di arco, decorata con uno stile architettonico che non è né toscano né dorico, bensì lo stile della natura stessa, capace di creare proporzioni ed armonia anche nelle sue opere meno regolari. Avendo conoscenza della posizione di questa grotta, l’anno scorso estivo ci sono andato da solo per ammirarla a mio agio. L’estrema siccità mi ha permesso di entrare attraverso un’apertura bassa e stretta, trascinandomi sul ventre, poiché la finestra era troppo alta per poter essere attraversata senza una scala. Una volta all’interno, mi sono seduto su una pietra e ho iniziato ad ammirare con entusiasmo questa meravigliosa sala le cui decorazioni consistono in blocchi di roccia disposti in modo diverso, formando il complesso più ricco che abbia mai visto, se si può davvero definire così un ambiente che mostra tanta potenza, tanto fascino, capacità di stimolare la mente, elevare l’anima e far dimenticare la propria piccolezza di fronte alle opere della natura. Tra i vari blocchi di roccia che riempiono questa grotta, alcuni sono staccati dalla volta, altri ancora pendono in posizioni diverse; tutti testimoniano l’effetto di qualche terribile esplosione la cui causa è difficile da immaginare, nemmeno un terremoto o un vulcano potrebbero spiegarlo in modo soddisfacente. Nella parte più profonda della grotta, che si innalza gradualmente insieme alla sua volta, si sale su una sorta di piattaforma; da lì, lungo una pendenza abbastanza ripida, si raggiunge una roccia che conduce in modo obliquo verso un’oscurità profonda, attraverso la quale si penetra sotto la montagna. Non sono mai arrivato fino a quel punto, poiché ho trovato davanti a me un buco largo e profondo che si potrebbe attraversare soltanto usando una tavola. Inoltre, verso l’alto di quell’oscurità, quasi all’ingresso della galleria sotterranea, c’è un blocco di roccia molto imponente, appeso quasi a mezz’aria, pende in avanti con tale angolazione da sembrare sul punto di cadere e schiacciare chi lo osserva. Tuttavia, non dubito che rimanga in quella posizione da secoli, ma questi equilibri, ai quali gli occhi umani non sono abituati, suscitano inevitabilmente preoccupazione. E anche se probabilmente servirebbero forze immense per far cadere quel blocco di roccia, temerei di toccarlo anche solo con la punta del dito, e preferirei non trovarmi nella direzione della sua possibile caduta, proprio come non vorrei trovarmi sotto l’arma di Damocle.
La galleria sotterranea, di cui questa grotta funge da vestibolo, non prosegue verso l’alto; anzi, presenta una leggera pendenza verso il basso e mantiene lo stesso inclinazione per tutto il tratto che abbiamo percorso finora. In diverse occasioni, curiosi si sono addentrati in essa insieme a domestici, con torce e tutti i mezzi necessari; tuttavia, serve coraggio per penetrare profondamente in questo luogo spaventoso, e molta forza per non rischiare di rimanere feriti. Si è riusciti ad avanzare per quasi mezzo miglio, aprendo i passaggi troppo stretti e sondando con attenzione le voragini e le caverne presenti su entrambi i lati; tuttavia, si dice nella zona che lo stesso sotterraneo possa portare fino a più di due miglia dall’altra parte della montagna, dove, secondo quanto si racconta, conduce verso il lago, non lontano dalla foce del fiume Reuss.
Sotto la pozza della stessa cascata c’è un’altra grotta, più piccola, il cui ingresso è ostruito da diversi grandi massi e frammenti di roccia che sembrano essere stati trasportati lì dalle acque. Poiché questa grotta non è così accessibile come l’altra, non ha destato lo stesso interesse dei curiosi. Il giorno in cui ne esaminai l’ingresso faceva un caldo insopportabile; tuttavia ne usciva un vento così forte e freddo che non osai rimanere a lungo all’interno, e ogni volta che ci sono tornato ho sempre percepito lo stesso vento; questo mi fa pensare che abbia una comunicazione più diretta e meno ostacolata rispetto all’altra grotta.
A ovest della valle, una montagna la divide in due rami; uno di essi è molto stretto e vi si trovano il villaggio di Saint-Sulpice, la sorgente del fiume Reuss e la strada per Pontarlier. Su questa strada si può ancora vedere una grossa catena, incastonata nella roccia, che un tempo i Svizzeri posero lì per impedire ai Burgundi di attraversare da quel lato.
L’altra diramazione, più larga e situata a sinistra della prima, conduce attraverso il villaggio di Butte verso una regione remota chiamata “La Costa delle Fate”, visibile da lontano perché si innalza gradualmente verso l’alto. Questa terra, non essendo attraversata da alcun sentiero, è considerata molto selvaggia e, in un certo senso, rappresenta il confine del mondo conosciuto. Si dice che un tempo fosse la dimora delle fate, e questo nome le è rimasto: si può ancora vedere la loro sala delle assemblee in una terza grotta che porta lo stesso nome ed è altrettanto meravigliosa delle precedenti. Non ho avuto l’opportunità di visitare questa grotta delle Fate, poiché si trova piuttosto lontano da qui; ma si dice che fosse magnificamente decorata, e fino a poco tempo fa vi si potevano ancora vedere un trono e dei sedili scolpiti con grande maestria nella roccia. Tutto ciò, però, è ormai in stato di rovina e quasi irriconoscibile. Inoltre, l’ingresso della grotta è quasi completamente ostruito da detriti e rovi; in più, la paura dei serpenti e delle altre bestie velenose scoraggia chiunque voglia entrarvi. Ma se fosse ancora accessibile nella sua antica bellezza, e se la marchesa fosse passata attraverso questa regione, sono certo che avrebbe voluto visitare questa straordinaria grotta, anche solo per il bene di Fleur-d’Épine e dei Facardins[783].
Più esamino in dettaglio lo stato e la posizione di questa valle, più mi convinco che un tempo fosse sommersa dall’acqua; ciò che oggi viene chiamato Val-de-Travers era in passato un lago formato dal fiume Reuss, dalle cascate e da altri ruscelli, e delimitato dalle montagne che lo circondavano. Non ho dubbio alcuno di trovarmi nell’antica dimora dei pesci: infatti, il terreno della valle è così uniformemente livellato che l’unica spiegazione possibile è che sia stato appiattito dall’acqua. Il prolungamento della valle, invece di scendere, sale lungo il corso del fiume Reuss; quindi deve essere trascorso un tempo infinito perché questo fiume potesse scavarsi nel terreno, seguendo un percorso opposto alla pendenza del suolo. Prima di allora, il fiume era confinato da queste montagne e da tutte le altre circostanze naturali, e costretto a rifluire su se stesso; alla fine deve aver riempito tutta la valle fino all’altezza della prima grotta che ho descritto, attraverso la quale ha trovato o si è aperto un passaggio nella galleria sotterranea che fungeva da suo canale di scorrimento.
Le petit lac demeura donc constamment à cette hauteur jusqu’à ce que, par quelques ravages, fréquents au pied des montagnes dans les grandes eaux, des pierres ou graviers embarrassèrent tellement le canal, que les eaux n’eurent plus un cours suffisant pour leur écoulement. Alors s’étant extrêmement élevées, et agissant avec une grande force contre les obstacles qui les retenaient, elles s’ouvrirent enfin quelque issue par le côté le plus faible et le plus bas. Les premiers filets échappés ne cessant de creuser et de s’agrandir, et le niveau du lac baissant à proportion, à force de temps le vallon dut enfin se trouver à sec. Cette conjecture, qui m’est venue en examinant la grotte où l’on voit des traces sensibles du cours de l’eau, s’est confirmée premièrement par le rapport de ceux qui ont été dans la galerie souterraine, et qui m’ont dit avoir trouvé des eaux croupissantes dans les creux des fondrières dont j’ai parlé ; elle s’est confirmée encore dans les pèlerinages que j’ai faits à quatre lieues d’ici pour aller voir Milord Maréchal à sa campagne au bord du lac, et où je suivais, en montant la montagne, la rivière qui descendait à côté de moi par des profondeurs effrayantes, que, selon toute apparence, elle n’a pas trouvées toutes faites, et qu’elle n’a pas non plus creusées en un jour. Enfin, j’ai pensé que l’asphalte, qui n’est qu’un bitume durci, était encore un indice d’un pays longtemps imbibé par les eaux. Si j’osais croire que ces folies pussent vous amuser, je tracerais sur le papier une espèce de plan qui put vous éclaircir tout cela : mais il faut attendre qu’une saison plus favorable et un peu de relâche à mes maux me laissent en état de parcourir le pays.
On peut vivre ici puisqu’il y a des habitants. On y trouve même les principales commodités de la Nie, quoique un peu moins facilement qu’en France. Les denrées y sont chères, parce que le pays en produit peu et qu’il est fort peuplé, surtout depuis qu’on y a établi des manufactures de toile peinte, et que les travaux d’horlogerie et de dentelle s’y multiplient. Pour y avoir du pain mangeable, il faut le faire chez soi ; et c’est le parti que j’ai pris à l’aide de mademoiselle Le Vasseur ; la viande y est mauvaise, non que le pays n’en produise de bonne ; mais tout le boeuf va à Genève ou à Neuchâtel, et l’on ne tue ici que de la vache. La rivière fournit d’excellente truite, mais si délicate, qu’il faut la manger sortant de l’eau. Le vin vient de Neuchâtel, et il est très bon, surtout le rouge : pour moi, je m’en tiens au blanc, bien moins violent, à meilleur marché, et selon moi beaucoup plus sain. Point de volaille, peu de gibier, point de fruit, pas même des pommes ; seulement des fraises bien parfumées, en abondance, et qui durent longtemps. Le laitage y est excellent, moins pourtant que le fromage de Viry, préparé par mademoiselle Rose ; les eaux y sont claires et légères : ce n’est pas pour moi une chose indifférente que de bonne eau, et je me sentirai longtemps du mal que m’a fait celle de Montmorency. J’ai sous ma fenêtre une très belle fontaine dont le bruit fait une de mes délices. Ces fontaines, qui sont élevées et taillées en colonnes ou en obélisques, et coulent par des tuyaux de fer dans de grands bassins, sont un des ornements de la Suisse. Il n’y a si chétif village qui n’en ait au moins deux ou trois ; les maisons écartées ont presque chacune la sienne, et l’on en trouve même sur les chemins pour la commodité des passants, hommes et bestiaux. Je ne saurais exprimer combien l’aspect de toutes ces belles eaux coulantes est agréable au milieu des rochers et des bois durant les chaleurs ; l’on est déjà rafraîchi par la vue, et l’on est tenté d’en boire sans avoir soif.
Voilà, M. le maréchal, de quoi vous former quelque idée du séjour que j’habite, et auquel vous voulez bien prendre intérêt. Je dois l’aimer comme le seul lieu de la terre où la vérité ne soit pas un crime, ni l’amour du genre humain une impiété. J’y trouve la sûreté sous la protection de Milord Maréchal, et l’agrément dans son commerce. Les habitants du lieu m’y montrent de la bienveillance et ne me traitent point en proscrit. Comment pourrais-je n’être pas touché des bontés qu’on m’y témoigne, moi qui dois tenir à bienfait de la part des hommes tout le mal qu’ils ne me font pas ? Accoutumé à porter depuis si longtemps les pesantes chaines de la nécessité, je passerais ici sans regret le reste de ma vie, si j’y pouvais voir quelquefois ceux qui me la font encore aimer.
Lettre CCCLXXX – À M. Petit-Pierre
Procureur à Neuchâtel
[785]
Môtiers, 1763.
Je n’ai point, monsieur, de satisfaction à faire au christianisme, parce que je ne l’ai point offensé ; ainsi je n’ai que faire pour cela du livre de M. Denise[786].
Toutes les preuves de la vérité de la religion chrétienne sont contenues dans la Bible. Ceux qui se mêlent d’écrire ces preuves ne font que les tirer de là et les retourner à leur mode. Il vaut mieux méditer l’original et les en tirer soi-même, que de les chercher dans le fatras de ces auteurs. Ainsi, monsieur, je n’ai que faire encore pour cela du livre de M. Denise.
Cependant, puisque vous m’assurez qu’il est bon, je veux bien le garder sur votre parole pour le lire quand j’en aurai le loisir, à condition que vous aurez la bonté de me faire dire ce que vous a conté l’exemplaire que vous m’avez envoyé, et de trouver bon que j’en remette le prix à votre commissionnaire ; faute de quoi le livre lui sera rendu sous quinze jours pour vous être renvoyé.
Je passe, monsieur, à la réponse à vos deux questions.
Le vrai christianisme n’est que la religion naturelle mieux expliquée, comme vous le dites vous-même dans la lettre dont vous m’avez honoré. Par conséquent, professer la religion naturelle n’est point se déclarer contre le christianisme.
Toutes les connaissances humaines ont leurs objections et leurs difficultés souvent insolubles. Le christianisme a les siennes, que l’ami de la vérité, l’homme de bonne foi, le vrai chrétien, ne doivent point dissimuler. Rien ne me scandalise davantage que de voir qu’au lieu de résoudre ces difficultés on me reproche de les avoir dites.
Où prenez-vous, monsieur, que j’aie dit que mon motif à professer la religion chrétienne est le pouvoir qu’ont les esprits de ma sorte d’édifier et de scandaliser ? Cela n’est assurément pas dans ma lettre à M. de Montmollin, ni rien d’approchant, et je n’ai jamais dit ni écrit pareille sottise.
Je n’aime ni n’estime les lettres anonymes, et je n’y réponds jamais ; mais j’ai cru, monsieur, vous devoir une exception par respect pour votre âge et pour votre zèle. Quant à la formule que vous avez voulu m’éviter en ne vous signant pas, c’était un soin superflu ; car je n’écris rien que je ne veuille avouer hautement, et je n’emploie jamais de formule.
Lettre CCCLXXXII – À M. David Hume
[787]
Môtiers-Travers, le 19 février 1763.
Thus, the small lake remained at this level throughout until, due to certain natural processes that are common at the foot of mountains in large water bodies, stones and gravel began to clog the channel so severely that the water could no longer flow freely. The waters then rose dramatically and, with great force, broke through the obstacles blocking their path, finding an outlet on the weakest and lowest side. As these initial breaches continued to widen over time, and the lake’s level dropped accordingly, the valley eventually dried up completely. This conjecture—formed while examining a cave where clear traces of ancient watercourses could be seen—was first confirmed by those who had visited the underground passages and reported finding stagnant water in the depressions I mentioned. It was also corroborated during my travels four miles away to visit Lord Marshal at his estate by the lake, where I followed a river that flowed alongside me through terrifyingly deep gorges. Clearly, this river had not been formed overnight, nor had it existed in its current form from the beginning. Lastly, I considered that the asphalt—nothing more than hardened bitumen—was another indication of an area that had long been saturated by water. If I dared to believe these whimsical ideas might amuse you, I would draw a map on paper to explain everything in detail, but first, I must wait for more favorable weather and some relief from my ailments before being able to explore the region properly.
One can live here since there are inhabitants. One even finds the basic necessities of daily life, though not quite as easily as in France. Goods are expensive because the country produces little of them and its population is large, especially since textile factories have been established there, and watchmaking and lace-making industries have also flourished. To obtain edible bread, one must make it at home; that’s what I decided to do with the help of mademoiselle Le Vasseur. The meat here is poor quality—not because the country doesn’t produce good meat—but because all the beef goes to Geneva or Neuchâtel; only cattle are slaughtered locally. The river provides excellent trout, but it is so delicate that it must be eaten right after being caught. The wine comes from Neuchâtel and is very good, especially the red kind; however, I prefer the white wine, which is less strong, cheaper, and in my opinion much healthier. There is no poultry, little game, no fruits—even no apples; only fragrant strawberries, in abundance and lasting for a long time. The dairy products here are excellent, though not as good as the cheese from Viry, prepared by mademoiselle Rose. The water is clear and refreshing; for me, good water is of great importance, and I still suffer from the effects of the poor quality water in Montmorency. Beneath my window is a very beautiful fountain whose sound is one of my greatest delights. These fountains, erected in the shape of columns or obelisks and flowing through iron pipes into large basins, are one of the beauties of Switzerland. Even the poorest villages have at least two or three of them; each isolated house often has its own, and some are even placed along roads for the convenience of travelers and livestock. I cannot express how pleasing the sight of all these beautiful flowing waters is amidst the rocks and woods during the heat of summer; merely looking at them brings relief, and one is tempted to drink it without feeling thirsty.
Here, My Lord Marshal, is some idea of the place where I reside and which you have taken a keen interest in. I must love it as the only place on earth where truth is not a crime, and where love for mankind is not considered impiousness. Under the protection of My Lord Marshal, I find safety here; in his company, I find pleasure. The locals treat me with kindness and do not regard me as a outlaw. How could I not be moved by such kindness, especially when I owe my very existence to the mercy of others—since they prevent me from suffering even greater harm? Having endured the heavy chains of necessity for so long, I would gladly spend the rest of my life here, if only I could sometimes see those who still make this place worth living in.
Letter CCCLXXX – To Mr. Petit-Pierre
Prosecutor in Neuchâtel
[785]
Môtiers, 1763.
Sir, I feel no particular satisfaction in being associated with Christianity, since I have not offended it in any way; therefore, I see no need to refer to Mr. Denise’ book[786] in this regard.
All the proofs of the truth of Christianity are contained within the Bible. Those who attempt to write these proofs are merely extracting them from there and presenting them in their own manner. It is far better to meditate on the original texts and draw one’s own conclusions than to search through the nonsense written by such authors. Therefore, sir, I have no further need for Mr. Denise’s book on this matter.
However, since you assure me that it is good, I am willing to keep it on your word and read it when I have the time, provided that you will kindly tell me what the copy you sent me contained, and agree that I should pay the price through your agent; otherwise, the book will be returned to you within fifteen days so that it can be sent back to you.
I shall now proceed, sir, to answer your two questions.
True Christianity is nothing but the natural religion explained more thoroughly—just as you yourself state in the letter you took the trouble to send me. Therefore, to profess the natural religion is not in any way to oppose Christianity.
All human knowledge is subject to objections and difficulties that are often insoluble. Christianity has its own such difficulties, and those who are friends of truth, people of good faith, true Christians, should not conceal them. Nothing disgusts me more than to see that, instead of trying to resolve these difficulties, people accuse me of having raised them in the first place.
Where do you get the idea, sir, that I have said my motive for professing the Christian religion is the power that spirits of my kind possess to build up or provoke scandal? Such a thing is certainly not mentioned in my letter to Mr. de Montmollin, nor anything close to it; I have never said or written such a foolish thing.
I neither like nor respect anonymous letters, and I never respond to them; but I felt, sir, that I owed you an exception out of respect for your age and your zeal. As for the manner in which you chose to avoid signing your name, it was unnecessary; for I only write things that I am willing to admit openly, and I never use any concealed or pseudonymous forms.
Letter CCCLXXXII – To Mr. David Hume
[787]
Môtiers-Travers, February 19, 1763.
Il piccolo lago rimase quindi costantemente a quella stessa altitudine fino a quando, a causa di alcuni danni frequentemente causati ai piedi delle montagne nelle zone allagate, pietre e ghiaia ostruirono talmente il canale che le acque non furono più in grado di scorrere liberamente. Allora, le acque si alzarono notevolmente e, con grande forza, iniziarono a scavare un percorso attraverso la parte più debole e più bassa degli ostacoli che le trattenevano. I primi filamenti d’acqua che si liberarono continuarono a scavare e ad allargarsi, e il livello del lago diminuì di conseguenza; col tempo, la valle finì per prosciugarsi completamente. Questa ipotesi, che mi è venuta osservando la grotta dove si possono vedere chiaramente le tracce del passaggio delle acque, è stata confermata innanzitutto dai racconti di coloro che avevano visitato la galleria sotterranea e mi dissero di aver trovato acque stagnanti nelle cavità delle caverne di cui ho parlato; inoltre, questa ipotesi si è ulteriormente confermata durante i viaggi che ho fatto a quattro miglia da qui per andare a trovare il Marchese Maréchal nella sua tenuta sul lago: mentre salivo la montagna, seguivo il corso del fiume che scorreva accanto a me attraverso profondità spaventose; è evidente che quel fiume non si sia formato in un giorno, né sia stato creato naturalmente. Infine, ho pensato che l’asfalto, che non è altro che bitume indurito, potesse rappresentare un ulteriore segno di un territorio a lungo sommerso dalle acque. Se osassi credere che queste riflessioni possano divertirvi, traccerei su carta una sorta di planina che vi spiegherebbe tutto ciò; ma devo aspettare che una stagione più favorevole e un po’ di sollievo dai miei mali mi permettano di esplorare effettivamente quella regione.
Si può vivere qui perché ci sono abitanti; si trovano persino le principali comodità della regione di Nie, anche se non con la stessa facilità che in Francia. I generi alimentari sono costosi, perché il paese ne produce poco e è molto popolato, soprattutto da quando vi sono state istituite manifatture di tessuti dipinti, e i lavori di orologeria e di merletto si sono moltiplicati. Per avere del pane commestibile, bisogna prepararlo in casa; ed è ciò che ho deciso di fare con l’aiuto di mademoiselle Le Vasseur. La carne è di scarsa qualità, non perché il paese ne produca di buona; ma tutto il bestiame viene inviato a Ginevra o a Neuchâtel, e qui si macellano solo vacche. Il fiume fornisce ottima trota, ma così delicata che bisogna mangiarla appena tirata fuori dall’acqua. Il vino proviene da Neuchâtel ed è molto buono, soprattutto quello rosso; per quanto mi riguarda, preferisco quello bianco: meno forte, più economico e, a mio parere, molto più salutare. Non ci sono pollame né selvaggina, poche frutta, nemmeno mele; solo fragole profumate, in abbondanza e che durano a lungo. Il latte è eccellente, anche se non quanto il formaggio di Viry, preparato da mademoiselle Rose; le acque sono limpide e fresche: per me, l’acqua buona è molto importante, e mi sentirei male se dovessi bere quella di Montmorency. Davanti alla mia finestra c’è una bellissima fontana il cui rumore rappresenta uno dei miei piaceri. Queste fontane, erette e scolpite a forma di colonne o obelischi, da cui l’acqua scorre attraverso tubi di ferro in grandi bacini, sono uno degli ornamenti tipici della Svizzera. Non c’è villaggio povero che non ne abbia almeno due o tre; le case sparse hanno quasi tutte la propria fontana, e se ne trovano anche lungo i sentieri per comodità di viandanti e animali. Non saprei esprimere quanto sia piacevole l’aspetto di tutte queste belle acque che scorrono tra rocce e alberi durante il caldo; già la vista è rinfrescante, e si ha voglia di berle anche senza sete.
Ecco, signor maresciallo, ciò che può darvi un’idea del luogo in cui risiedo e al quale desiderate prendere interesse. Devo amarlo come l’unica parte della terra dove la verità non è considerata un crimine, né l’amore per l’umanità un atto di impietà. Qui trovo sicurezza sotto la protezione di Sua Signoria il Maresciallo, e piacere nella sua compagnia. Gli abitanti del luogo mi dimostrano gentilezza e non mi trattano come un esiliato. Come potrei non essere commosso da tanta bontà, io che devo ringraziare gli uomini per tutto il male che non mi fanno? Abituato da così tanto tempo a portare i pesanti ceppi della necessità, trascorrerei qui senza rimpianti il resto della mia vita, se solo potessi occasionalmente rivedere coloro che ancora rendono questo luogo degno di essere amato.
Lettera CCCLXXX – A Monsieur Petit-Pierre
Procuratore a Neuchâtel
[785]
Môtiers, 1763.
Signore, non provo alcuna soddisfazione nel rendere omaggio al cristianesimo, poiché non l’ho mai offeso; pertanto, a tale scopo, non ho bisogno di ricorrere al libro del signor Denise[786].
Tutte le prove della veridicità della religione cristiana sono contenute nella Bibbia. Coloro che si occupano di scrivere queste prove non fanno altro che estrarle dalla Bibbia e rielaborarle secondo i loro propri schemi. È meglio meditare sull’originale stesso e trarne le conclusioni personalmente, piuttosto che cercare informazioni nel caos delle opere di questi autori. Pertanto, signore, non ho alcun bisogno del libro di Monsieur Denise a questo scopo.
Tuttavia, poiché mi assicurate che sia un buon libro, sono disposto a tenerlo in considerazione, per leggerlo quando ne avrò l’opportunità, a condizione che siate così gentili da dirmi ciò che vi ha raccontato l’esemplare che mi avete inviato, e che acconsentiate affinché io paghi il prezzo tramite il vostro commissario; in caso contrario, il libro vi verrà restituito entro quindici giorni per essere rimandato a voi.
Passo ora alla risposta alle vostre due domande, signore.
Il vero cristianesimo non è altro che la religione naturale spiegata in modo più chiaro, come voi stesso affermate nella lettera che mi avete inviato. Pertanto, professare la religione naturale non significa affatto dichiararsi contro il cristianesimo.
Tutte le conoscenze umane presentano obiezioni e difficoltà spesso insolubili. Anche il cristianesimo ne ha le sue; l’amico della verità, l’uomo di buona fede, il vero cristiano non dovrebbero mai nasconderle. Niente mi scandalizza di più del vedere che, invece di risolvere queste difficoltà, mi si rimprovera proprio per averle sollevate.
Dove mai avrei detto, signore, che il motivo per cui professo la religione cristiana sia il potere che gli spiriti della mia natura hanno di edificare o scandalizzare? Certamente non lo ho mai scritto nella mia lettera a Monsieur de Montmollin, né nulla del genere; inoltre, non ho mai detto o scritto una simile sciocchezza.
Non amo né apprezzo le lettere anonime e non rispondo mai ad esse; tuttavia, signore, ho ritenuto di dover fare un’eccezione per rispetto alla vostra età e al vostro zelo. Per quanto riguarda la formula che avete voluto utilizzare per non firmarvi, era un’inutile precauzione: infatti, non scrivo mai nulla che non sia disposto ad ammettere apertamente, e non uso mai alcuna formula particolare.
Lettera CCCLXXXII – A Monsieur David Hume
[787]
Môtiers-Travers, 19 febbraio 1763.
Je n’ai reçu qu’ici, monsieur, et depuis peu, la lettre dont vous m’honoriez à Londres le 2 juillet dernier, supposant que j’étais dans cette capitale. C’était sans doute dans votre nation et le plus près de vous qu’il m’eût été possible que j’aurais cherché ma retraite, si j’avais prévu l’accueil qui m’attendait dans ma patrie. Il n’y avait qu’elle que je pusse préférer à l’Angleterre ; et cette prévention, dont j’ai été trop puni, m’était alors bien pardonnable ; mais à mon grand étonnement, et même à celui du public, je n’ai trouvé que des affronts et des outrages où j’espérais, sinon de la reconnaissance, au moins des consolations. Que de choses m’ont fait regretter l’asile et l’hospitalité philosophique qui m’attendaient près de vous ! Toutefois mes malheurs m’en ont toujours rapproché en quelque manière. La protection et les bontés de Milord Maréchal, votre illustre et digne compatriote, m’ont fait trouver, pour ainsi dire, l’Ecosse au milieu de la Suisse : il vous a rendu présent à nos entretiens, il m’a fait faire avec vos vertus la connaissance que je n’avais faite encore qu’avec vos talents ; il m’a inspiré la plus tendre amitié pour vous, et le plus ardent désir d’obtenir la vôtre avant que je susse que vous étiez disposé à me l’accorder. Jugez, quand je trouve ce penchant réciproque, combien j’aurais de plaisir à m’y livrer ! Non, monsieur, je ne vous rendais que la moitié de ce qui vous était dû quand je n’avais pour-vous que de l’admiration. Vos grandes vues, votre étonnante impartialité, votre génie, vous élèveraient trop au-dessus des hommes, si votre bon coeur ne vous en rapprochait. Milord Maréchal, en m’apprenant à vous voir encore plus aimable que sublime, me rend tous les jours votre commerce plus désirable, et nourrit en moi l’empressement qu’il m’a fait naître de finir mes jours près de vous. Monsieur, qu’une meilleure santé, qu’une situation plus commode ne me mettent-elles à portée de faire ce voyage comme je le désirerais ! Que ne puis-je espérer de nous voir un jour rassemblés avec Milord dans votre commune patrie qui deviendrait la mienne ! Je bénirais dans une société si douce les malheurs par lesquels j’y fus conduit, et je croirais n’avoir commencé de vivre que du jour qu’elle aurait commencé. Puissè-je voir cet heureux jour plus désiré qu’espéré ! Avec quel transport je m’écrierais en touchant l’heureuse terre où sont nés David Hume et le maréchal d’Ecosse !
« … Salve, fatis mihi débita tellus !
Hic domus, haee patria est. »
Observation
La date de la lettre de Hume est du 2 juillet 1762. L’arrêt du parlement avait été rendu le 9 juin : dans la nuit, Jean-Jacques était parti pour la Suisse. À peine pouvait-on le savoir à Édimbourg, et l’historien croyait Rousseau à Londres. Il ne lui offrit donc point un asile, à moins que ce ne fût en Écosse. C’était à l’époque de la publication d’Émile, et la condamnation du livre et de l’auteur, accumulaient sur celui-ci tous les genres d’intérêt, et le rendaient l’objet de l’attention générale. Il ne faudra pas oublier ces circonstances quand David Hume emmènera Jean-Jacques à Londres.
Lettre CCCLXXXIV – À M. Moultou
Môtiers, 26 février 1763.
Je n’ai point trouvé, cher Moultou, dans la lettre de M. Deluc celle que vous me marquez lui avoir remise ; je comprends que vous vous êtes ravisé. Je puis avoir mis de l’humeur dans la mienne, et j’ai eu tort : je trouve, au contraire, beaucoup de raison dans la vôtre ; mais j’y vois en même temps un certain ton redressé, cent fois pire que l’humeur et les injures. J’aimerais mieux que vous eussiez déraisonné. Quand j’aurai tort, dites-moi mes vérités franchement et durement, mais ne vous redressez pas, je vous en conjure : car cela finirait mal. Je vous aime tendrement, cher ami, et vous m’êtes d’autant plus précieux, que vous serez le dernier, et qu’après vous je n’en aurai plus d’autres ; mais, à mon âge, on a pris son pli ; c’est au vôtre qu’on en prend un. Il faut vous accommoder de moi tel que je suis, ou me laisser là. J’admire avec reconnaissance et respect les infatigables soins du bon M. Deluc ; mais, en vérité, je suis si excédé de toutes leurs tracasseries genevoises que je ne puis plus les souffrir. Je ne leur dis rien, je ne leur demande rien, je ne veux rien avoir à faire avec eux. Je les ai laissés brûler, décréter, censurer tout à leur aise : que me veulent-ils de plus ? Et ces imbéciles bourgeois, qui regardent tout cela du haut de leur gloire, comme si cela ne les intéressait point, et, au lieu de réclamer hautement contre la violation des lois, s’amusent à vouloir me faire dire mon catéchisme, et à se demander ce que je ferai tandis qu’ils demeurent les bras croisés, que me veulent-ils ? je ne saurais le comprendre. Je croyais que les Genevois étaient des hommes, et ce ne sont que des caillettes. Je sens que mon coeur s’intéresse encore un peu à eux, par le souvenir de mon bon père, qui certainement valait mieux qu’eux tous. Mais l’intérêt devient bien faible quand l’estime ne le soutient plus. Dans l’état où je suis, ennuyé de tout, et surtout de la vie, le repos et la paix sont les seuls biens que je puisse goûter encore. Voulez-vous que j’y renonce pour-aller chercher des corrections, des leçons, des réprimandes et de nouveaux affronts parmi des gens que je méprise ? Oh ! par ma foi, non.
J’avais barbouillé une espèce de réponse à l’archevêque de Paris, et malheureusement, dans un moment d’impatience, je l’envoyai à Rey. En y mieux pensant, je l’ai voulu retirer : il n’était plus temps ; il m’a marqué, en réponse, qu’il avait déjà commencé. J’en suis très fâché. Il n’est pas permis de s’échauffer en parlant de soi ; et, sur des chicanes de doctrine, on ne peut que vétiller. L’écrit est froid et plat. J’en prévois l’effet d’avance ; mais la sottise est faite : il est inutile de se tourmenter d’un mal sans remède. Bonjour.
Lettre CCCLXXXV – À M. Deluc
[789]
Môtiers, le 26 février 1763.
Je n’ai point, mon cher ami, de déclaration à faire à M. le premier syndic, parce qu’on a commencé par me juger sans me lire ni m’entendre, et qu’une déclaration après coup ne saurait faire que ce qui a été fait n’ait pas été fait. C’est pourtant par là qu’il faudrait commencer pour remettre les choses dans le cas de la déclaration que vous demandez.
Je ne puis dire que je suis fâché d’avoir écrit ce qu’il n’est pas vrai que je sois fâché d’avoir écrit, puisque, au contraire, si ce que j’ai écrit et publié était à écrire ou à publier, je l’écrirais aujourd’hui et le publierais demain.
Je pourrais dire, tout au plus, que je suis fâché qu’on ait pu tirer de mes écrits des prétextes pour me persécuter ; mais jamais ce mot à animadversion du Conseil ne me conviendra. Il faut iniquité, et violation des lois. Je ne sais nommer les choses que par leur nom.
Je ne puis ni ne veux rien dire, ni rien faire, en quelque manière que ce soit, qui ait l’air de réparation ni d’excuses, parce qu’il est infâme et ridicule que ce soit à l’offensé de faire satisfaction à l’offenseur.
Les éclaircissements que vous me proposez sont bons et bien tournés. Je les aurais pu donner si l’on n’eut pas voulu m’y contraindre ; mais je suis las de faire l’enfant, et indigné de voir des Genevois faire si sottement les inquisiteurs. Les éclaircissements nécessaires sont tous dans mes écrits et dans ma conduite : je n’en ai plus d’autres à donner.
Vos Genevois, dites-vous, se demandent. Que fera Rousseau ? Je trouve que ceux qui disent, Il ne fera rien, parlent très sensément, puisqu’en effet il n’a rien à faire. Quant à ceux qui disent, Il se fera connaître, j’ignore ce qu’ils attendent ; mais je sais bien que si cela n’est pas fait, cela ne se fera jamais. Moi aussi je me demandais, Que feront les Genevois ? Je répondais, Ils se feront connaître. C’est aussi ce qu’ils ont fait.
Je suis surpris que mon ami Deluc puisse me conseiller de faire à Berne des bassesses que je ne veux pas faire à Genève. Je vous jure que les procédés des Bernois ne me touchent guère : ce sont ceux des Genevois qui m’ont navré. S’ils veulent être les derniers à réparer leurs torts, je les en dispense.
Je ne suis nullement en état d’aller à Genève ; je n’en ai pas la moindre envie ; et si jamais j’y vais (ce qui, vu le sort qui m’y attend, n’est à désirer, ni pour mon repos, ni pour ma sûreté, ni pour l’honneur des Genevois), ce ne sera sûrement pas en suppliant.
I have only received this letter, sir, quite recently—having not received the one you had the kindness to send me from London on July 2nd, assuming I was in that capital at the time. Surely, if I had anticipated the reception awaiting me in my homeland, I would have sought refuge in your country, which is the closest to you. It was only there that I could have preferred it to England; and such prejudice, for which I have been excessively punished, was indeed pardonable at the time. But to my great surprise—and, indeed, to the surprise of everyone—what I found were nothing but insults and indignities, instead of the recognition or consolation I had hoped for. How many things made me regret the refuge and philosophical hospitality that awaited me near you! Nevertheless, my misfortunes have always brought me closer to you in some way. The protection and kindness of Lord Maréchal, your illustrious and worthy compatriot, have enabled me to find Scotland amidst Switzerland, so to speak. He kept you present in our conversations; he introduced me to your virtues in addition to your talents; he inspired in me the deepest affection for you and a fervent desire to win your friendship before even learning that you were willing to grant it to me. Imagine, then, how delighted I would be if this mutual affection were realized! No, sir, when I held you in nothing but admiration, I was still only repaying half of what you deserved from me. Your great vision, your astonishing impartiality, your genius—these qualities would elevate you far above ordinary men were it not for the kindness of your heart that brings you down to their level. Lord Maréchal, by making me see you as even more admirable than magnificent, makes your company increasingly desirable to me every day and fuels my eagerness to spend the rest of my life near you. Sir, if only I could travel to you in better health and under more convenient circumstances! How I hope we may one day be reunited with Lord Maréchal in your common homeland, which would then become mine as well! In such a gentle society, I would bless the misfortunes that brought me there; I would feel as if I had only truly begun to live from the moment it began. May I see that happy day sooner than I expect! With what fervor I would exclaim upon touching the blessed land where David Hume and the Marquis of Scotland were born!
“, Hail, O earth that has granted me my fate!”
“This house is my home; this place is my country.”
Observation
The date of Hume’s letter is July 2, 1762. The parliamentary decree had been issued on June 9; that very night, Jean-Jacques set off for Switzerland. In Edinburgh, hardly anyone was aware of his whereabouts, and the historian assumed Rousseau was in London. Therefore, he did not offer him any refuge—unless it were in Scotland. At that time, Émile was being published, and the condemnation of both the book and its author had drawn all sorts of attention to Rousseau, making him the subject of widespread interest. These circumstances must not be forgotten when considering why David Hume eventually took Jean-Jacques to London.
Letter CCCLXXXIV – To Mr. Moultou
Môtiers, February 26, 1763.
Dear Moultou, I have not found in Mr. Deluc’s letter that which you claim to have given him; I understand that you must have changed your mind. Perhaps I was too hasty in my reaction, and I regret it. On the contrary, I see a lot of reason in what you say; but at the same time, I notice a certain tone in your words that is far worse than mere anger or insults. I would have preferred if you had been unreasonable. When I am wrong, please tell me the truth frankly and bluntly—but please do not adopt this confrontational attitude, I beg you; it could only lead to bad things. I love you dearly, my dear friend, and you are all the more precious to me because you will be the last one; after you, there will be no others. But at my age, one’s habits are hard to change. One must accept me as I am, or leave me alone. I appreciate and respect the tireless efforts of the kind Mr. Deluc, but truthfully, I am utterly exhausted by all their Genevan troubles; I can no longer endure them. I say nothing to them, I ask for nothing, I want nothing to do with them. I let them burn, decree, and censor whatever they please—what more do they want from me? And those foolish bourgeois, who watch all this from the height of their so-called “glory,” as if it had nothing to do with them, and instead of loudly protesting against these violations of the law, they enjoy trying to make me recite some kind of “catechism” and asking what I plan to do while they stand by doing nothing—what do they want from me? I simply cannot understand it. I thought the people of Geneva were real men, but they are nothing but weaklings. I still feel a slight interest in them, out of memory of my dear father, who was certainly better than all of them combined. But when respect is gone, that interest fades away too. In my current state, bored by everything—especially by life itself—peace and tranquility are the only things I can still enjoy. Do you really want me to give up that for more complaints, lectures, reprimands, and new insults from people I despise? Oh, by all means not.
I had roughly drafted a response to the Archbishop of Paris, but unfortunately, out of impatience, I sent it to Rey. Upon reflection, I wanted to withdraw it, but it was too late; he replied that he had already begun working on it. I am very upset about this. It is not permissible to become heated when discussing oneself; and over such doctrinal disputes, one can only engage in futile arguments. Writing is cold and devoid of emotion. I anticipate the consequences in advance, but the mistake has been made—there is no use worrying over a problem that has no solution. Goodbye.
Letter CCCLXXXV – To Mr. Deluc
[789]
Môtiers, February 26, 1763.
My dear friend, I have no statement to make to Mr. the first syndic, because one began by judging me without reading or hearing what I had to say, and a statement made afterwards would only serve to make what has already been done seem as if it had not been done at all. Yet it is precisely from this point that one should begin in order to put things back in the right order for making the declaration you are requesting.
I can only say that I am sorry for having written something that is not true; however, I am not actually angry about having written it. On the contrary, if what I wrote and published were things that truly deserved to be written or published, I would write them today and publish them tomorrow.
At most, I could say that I am angry that someone could use my writings as a pretext to persecute me; but the word “animadversion” used by the Council will never suit me. What happened was injustice and a violation of the law. I can only refer to things by their proper names.
I cannot and do not wish to say or do anything that might in any way appear to be an attempt at compensation or excuse, because it would be utterly shameful and ridiculous for the offended person to be the one to satisfy the demands of the offender.
The clarifications you offer me are good and well-worded. I could have provided them myself if people had not forced me to; but I am tired of behaving like a child, and indignant at seeing Genevans act so foolishly in the role of inquisitors. All the necessary clarifications can be found in my writings and in my actions; I have nothing else to add.
Your Genevans, you say, are wondering: What will Rousseau do? I think those who say, “He won’t do anything,” are quite right, for indeed he has nothing to do. As for those who say, “He will make himself known,” I don’t know what they expect; but I do know that if it hasn’t happened yet, it never will happen. I too wondered: What will the Genevans do? I answered: They will make themselves known. And that’s exactly what they did.
I am surprised that my friend Deluc could advise me to commit acts of baseness in Berne that I would not want to commit in Geneva. I swear to you that the methods of the Bernese do not bother me much; it is the methods of the Genevese that have disappointed me. If they wish to be the last ones to make amends for their wrongs, then I will spare them that effort.
I am in no way in a state to go to Geneva; I have not the slightest desire to do so; and if I ever do go (which, given the fate that awaits me there, would be neither desirable for my rest nor for my safety, nor for the honor of the people of Geneva), it certainly will not be by begging.
Signore, ho ricevuto qui soltanto, e di recente, la lettera che mi avevate inviato da Londra il 2 luglio scorso, supponendo che fossi in quella capitale. Senza dubbio, se avessi previsto l’accoglienza che mi aspettava nel mio paese natale, sarei andato a cercare rifugio nella vostra nazione, la più vicina a voi. Solo essa avrebbe potuto essere preferibile all’Inghilterra; e tale prevenzione, per cui sono stato troppo punito, era allora ben scusabile. Ma con mio grande stupore, e anche di tutto il pubblico, ho trovato soltanto offese e insulti, invece della riconoscenza o almeno del conforto che speravo. Quante cose mi hanno fatto rimpiangere l’asilo e l’ospitalità filosofica che mi aspettavano vicino a voi! Tuttavia, i miei mali mi hanno sempre avvicinato, in qualche modo, a voi. La protezione e la gentilezza di Milord Maréchal, il vostro illustre e nobile connazionale, mi hanno fatto trovare, per così dire, l’Ecosca nel mezzo della Svizzera: vi ha reso presente nelle nostre conversazioni, mi ha permesso di conoscere le vostre virtù oltre ai vostri talenti; mi ha ispirato la più tenera amicizia per voi e il desiderio più ardente di ottenere la vostra stima, prima ancora di sapere che foste disposto a concedermela. Immaginate, trovando questo sentimento reciproco, quanto piacere avrei nel lasciarmi andare completamente a esso! No, signore: quando vi riservavo soltanto ammirazione, non vi rendevo nemmeno la metà di ciò che vi era dovuto. Le vostre grandi visioni, la vostra straordinaria imparzialità, il vostro genio, vi eleverebbero troppo al di sopra degli uomini, se non fosse per il vostro buon cuore che vi avvicina a noi. Milord Maréchal, insegnandomi a vedervi ancora più amabile di quanto non si possa descrivere, rende ogni giorno il vostro rapporto con me ancora più desiderabile e alimenta in me l’impazienza di trascorrere i miei ultimi giorni al vostro fianco. Signore, se solo una salute migliore, una situazione più comoda mi permettessero di intraprendere questo viaggio come desidero. Che speranza posso avere di vederci un giorno riuniti tutti insieme, in questa vostra patria che diventerebbe anche la mia! In una società così dolce, benedirei i mali che mi hanno portato lì, e crederei di aver iniziato a vivere soltanto dal giorno in cui essa avrebbe iniziato a esistere. Possa vedere quel giorno felice più desiderato che sperato. Con quale emozione esclamerei, toccando quella terra fortunata dove sono nati David Hume e il maresciallo d’Ecosca!
“. Salve, terra che mi hai dato la vita!”
“Questa casa, è la mia patria.”
Osservazione.
La data della lettera di Hume è il 2 luglio 1762. La decisione del parlamento era stata presa il 9 giugno: quella notte, Jean-Jacques partì per la Svizzera. A Edimburgo era difficile saperlo, e lo storico riteneva che Rousseau si trovasse a Londra. Pertanto non gli offrì rifugio, a meno che non fosse in Scozia. Era il periodo della pubblicazione di “Émile”, e la condanna del libro e dell’autore attiravano su di lui ogni tipo di interesse, rendendolo oggetto dell’attenzione generale. Non si dovranno dimenticare queste circostanze quando David Hume porterà Jean-Jacques a Londra.
Lettera CCCLXXXIV – A Monsieur Moultou
Môtiers, 26 febbraio 1763.
Caro Moultou, non ho trovato nella lettera di Monsieur Deluc quella che tu mi dici avergli consegnato; capisco quindi che ti sei pentito della tua decisione. Forse sono stato troppo rigido nei miei confronti, e ho sbagliato: al contrario, ritengo che ci sia molta ragione nelle tue parole. Ma allo stesso tempo noto un tono piuttosto arrogante nella tua lettera, cento volte peggiore di qualsiasi insulto o offesa. Preferirei che tu avessi continuato a sbagliare. Quando ho torto, dimmi la verità francamente e senza mezzi termini. Ma ti prego, non assumere un atteggiamento così presuntuoso: altrimenti le cose finiranno male. Ti amo profondamente, caro amico. E sei ancora più prezioso per me perché sarai l’ultimo. Dopo di te, non ne avrò altri. Ma, alla mia età, si è già presa una certa abitudine. Bisogna accontentarsi di ciò che si ha. O lasciar perdere tutto. Ammiro con riconoscenza e rispetto le instancabili attenzioni del buon Monsieur Deluc. Ma, in verità, sono davvero stanco di tutte queste fastidiose complicazioni genovesi. Non dico nulla, non chiedo nulla, non voglio avere nulla a che fare con loro. Ho lasciato che facessero ciò che volevano. Che bruciassero, decretassero, condannassero. Cosa vogliono ancora da me? E quegli stupidi borghesi, che guardano tutto questo dall’alto della loro presunzione, come se non li riguardasse affatto. Invece di protestare energicamente contro le violazioni delle leggi, si divertono a farmi dire il mio “catechismo” e a chiedersi cosa farò mentre loro rimangono con le braccia incrociate. Cosa vogliono? Non riesco proprio a capirlo. Pensavo che i genovesi fossero degli uomini. Ma in realtà sono solo dei meschini individui. Sento ancora un po’ di interesse per loro, per il ricordo del mio buon padre. Che sicuramente valeva molto più di tutti loro. Ma l’interesse svanisce completamente quando manca la stima. Nello stato in cui mi trovo, annoiato da tutto. Soprattutto dalla vita. Il riposo e la pace sono gli unici beni che posso ancora godermi. Vuoi davvero che rinunci a loro per andare a cercare rimproveri, lezioni, critiche. E nuovi affronti tra persone che disprezzo? Oh. No, per favore.
Avevo buttato giù una sorta di risposta per l’arcivescovo di Parigi, e purtroppo, in un momento di impazienza, l’ho inviata a Rey. Ripensandoci meglio, ho voluto ritirarla, ma ormai era troppo tardi; mi ha risposto dicendo che aveva già iniziato a lavorarci sopra. Ne sono molto dispiaciuto. Non è permesso lasciarsi prendere dall’ira quando si parla di sé stesso; e, su questioni dottrinali banali, non si può fare altro che discutere senza arrivare a nulla. La risposta scritta risultava fredda e priva di emozioni. Prevedo già quale ne sarà l’effetto. Ma ormai è troppo tardi: non ha senso tormentarsi per un problema senza soluzione. Ciao.
Lettera CCCLXXXV – A Monsieur Deluc
[789]
Môtiers, 26 febbraio 1763.
Caro amico, non ho alcuna dichiarazione da fare al primo sindaco, perché si è deciso di giudicarmi senza nemmeno leggermi o ascoltarmi, e una dichiarazione fatta in un secondo momento non potrebbe che rendere vano ciò che è già stato fatto. Eppure è proprio da questo punto che dovremmo partire per rimettere le cose nella giusta prospettiva, come richiesto da voi.
Posso solo dire di essere dispiaciuto per aver scritto cose che non sono vere, ma allo stesso tempo non sono dispiaciuto per averle scritte, poiché, al contrario, se ciò che ho scritto e pubblicato fosse davvero degno di essere scritto o pubblicato, lo scriverei oggi stesso e lo pubblicherei domani.
Potrei al massimo dire di essere infastidito dal fatto che si siano potuti trarre dai miei scritti pretesti per perseguitarmi; ma mai accetterò un termine come “animadversione” da parte del Consiglio. Si tratta di ingiustizia e violazione delle leggi. Io so nominare le cose soltanto con il loro nome.
Non posso né voglio dire nulla, né fare nulla che possa sembrare una forma di riparazione o scusa, perché è vergognoso e ridicolo che sia proprio la vittima a dover soddisfare le richieste dell’aggressore.
Le spiegazioni che mi proponete sono valide e ben formulate. Avrei potuto darle anch’io, se non si fosse voluto costringermi a farlo; ma ne ho abbastanza di comportarmi come un bambino, e sono indignato nel vedere dei genovesi comportarsi in modo così sciocco da assumere il ruolo di inquisitori. Tutte le spiegazioni necessarie si trovano nei miei scritti e nella mia condotta: non ne ho altre da fornire.
I vostri genevesi, dite voi, si chiedono: “Cosa farà Rousseau?”. Penso che coloro che dicono “Non farà nulla” parlino molto sensatamente, poiché in effetti non ha nulla da fare. Quanto a coloro che dicono “Si farà conoscere”, ignoro cosa aspettino; ma so bene che, se questo non accadrà ora, non accadrà mai più. Anch’io mi chiedevo: “Cosa faranno i genevesi?”. Rispondevo: “Si faranno conoscere”. Ed è proprio ciò che hanno fatto.
Sono sorpreso che il mio amico Deluc possa consigliarmi di compiere a Berna azioni meschine che non intendo affatto compiere a Ginevra. Vi giuro che i metodi dei bernesi non mi interessano affatto: sono quelli dei ginevrini ad avermi offeso profondamente. Se vogliono essere gli ultimi a rimediare ai loro torti, non ho alcuna intenzione di farlo per loro.
Non sono affatto in condizioni di recarmi a Ginevra; non ne ho la minima voglia; e se mai ci andassi (il che, considerando il destino che mi aspetta lì, non sarebbe certo vantaggioso né per il mio riposo, né per la mia sicurezza, né per l’onore dei genovesi), certamente non lo farei supplicando.
J’ai été citoyen tant que j’ai cru avoir une patrie. Je me trompais ; je suis désabusé. L’insulte qui m’a été faite m’est commune, comme vous le dites fort bien, avec les lois et la religion : les affronts qu’on partage avec elles sont des triomphes. Cependant les membres de l’état restent tranquilles spectateurs dans cette affaire, comme si elle ne les regardait pas. À la bonne heure. Pour moi, je vous déclare que désormais elle me regarde encore moins. Si je m’obstinais à faire seul le don Quichotte, ce qui fut jusqu’ici le zèle d’un patriote deviendrait l’entêtement d’un fou. Personne ne sait mieux que les Genevois si je leur suis bon à quelque chose : pour moi, je sais par expérience qu’ils ne me sont bons à rien.
Voilà vos livres, cher ami : je me suis efforcé de les lire ; mais je vous avoue que votre Ditton accable ma pauvre tête. Il me noie dans une mer de paroles dont je ne puis me tirer. Tout ce qu’il me semble d’apercevoir, c’est qu’il tient en l’air une grosse massue qu’il remue sans cesse, d’un air fort terrible et menaçant ; et quand il vient à frapper, ce qu’il fait rarement et pour cause, on sent que la massue n’est que du coton.
Bonjour, homme de bien ; je vous embrasse ; et, Genevois ou non, je serai toujours votre ami.
Lettre CCCLXXXVII – À M.***
Môtiers, 1763.
Il est, dites-vous, très cher ami, quatre cents citoyens et bourgeois qui ont paru mécontents de ce qui s’est passé. Il s’en est donc trouvé cinq ou six cents autres qui en ont été contents. Que voulez-vous que j’aille faire parmi ces gens-là ?
Vous me proposez un voyage dans une saison où je ne puis pas même sortir de ma chambre : c’est un arrangement que mon état rend impossible. Il y a vingt ans que je n’ai fait une lieue en hiver. Si jamais j’entreprends un voyage en pareille saison, ce ne sera sûrement pas pour aller à Genève.
Vous me demandez le compliment que je ferais à M. le premier syndic. Je serais fort embarrassé de vous le dire. Je n’aurais assurément qu’un fort mauvais compliment à lui faire. Ce n’est pas la peine d’aller si loin pour cela.
Depuis quand est-ce à l’offensé de demander excuse ? Que l’on commence par me faire la satisfaction qui m’est due ; je tâcherai d’y répondre convenablement.
Tous vos messieurs se tourmentent beaucoup de savoir pourquoi M. de Montmollin ne m’a pas excommunié. Je les trouve plaisants. Et de quoi se mêlent-ils ? Je pense avoir autant de droits sur eux qu’ils en ont sur moi ; cependant je ne vais point m’informer curieusement s’ils disent bien leur catéchisme et s’ils ont bien fait leurs pâques.
Que je sois, du moins quant à présent, orthodoxe, juif, païen, athée, que leur importe ? ce n’est pas de cela qu’il s’agit ; la question est de savoir si les lois ont été violées, et si, quel que je sois, on m’a traité injustement : voilà ce qui leur importe, et sûrement beaucoup plus qu’à moi ; car, par rapport à moi, la chose est faite, on ne me fera pas pis ; mais les conséquences les regardent. Tandis qu’ils traitent cette affaire du haut de leur grandeur „ faut-il donc que j’en fasse pour eux tous les frais, et que je vienne en suppliant demander qu’on me pardonne les affronts que j’ai reçus ? Ce n’est pas mon avis. Que les choses en restent-là, puisque cela leur convient. On verra qui dans la suite s’en trouvera le plus mal, d’eux ou de moi.
Cher ami, je vous l’ai dit, et je vous le répète de bon coeur : j’aime encore mes compatriotes ; je sens vivement, dans mes malheurs, l’atteinte qui a été portée à leurs droits et à leur liberté. Quoi qu’il arrive, je ne veux jamais demeurer à Genève, cela est bien décidé. Mais, s’ils avaient vu le tort que leur fait celui que j’ai reçu, et combien ils ont d’intérêt qu’il soit réparé, j’aurais agi de concert avec eux dans cette affaire, autant que mon honneur outragé l’eût permis. Alors, après avoir commencé par remettre les choses dans l’état où elles doivent être, s’ils ont tant d’envie de me régenter, ils m’auraient régenté tout leur soûl. Mais comment ne voient-ils pas qu’avant cela l’inquisition qu’ils veulent établir sur moi est impertinente et ridicule ? S’ils sont assez fous pour exiger que je m’y prête, je ne suis pas assez sot pour m’y prêter. Ainsi je n’ai rien à dire à M. de Montmollin, attendu que ni M. de Montmollin ni moi n’avons pas plus de compte à leur rendre que nous n’en avons à leur demander.
Les affronts qui m’ont été faits ne peuvent être suffisamment réparés que par une invitation honnête et formelle de retourner à Genève. Si l’on peut se résoudre à une démarche si décente et si convenable, si due, il faudra qu’on soit bien difficile si l’on n’est pas content de la manière dont j’y répondrai. Alors on pourra s’enquêter de ma foi, et je serai toujours prêt à en rendre compte. Sans cela, ne parlons plus de cette affaire, car nul autre expédient ne peut me convenir.
Lettre CCCLXXXVIII – À M. Marcel
Sous-directeur des plaisirs
et maître de danse de la cour du duc de Saxe-Gotha.
[792]
Môtiers, le 1er mars 1763.
J’ai lu, monsieur, avec un vrai plaisir, la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire[793], et j’y ai trouvé, je vous jure, une des meilleures critiques qu’on ait faites de mes écrits. Vous êtes élève et parent de M. Marcel ; vous défendez votre maître, il n’y a rien là que de louable : vous professez un art sur-lequel vous me trouvez injuste et mal instruit, et vous le justifiez ; cela est assurément très permis : je vous parais un personnage fort singulier tout au moins, et vous avez la bonté de me le dire plutôt qu’au public ; on ne peut rien de plus honnête, et vous me mettez, par vos censures, dans le cas de vous devoir des remerciements.
Je ne sais si je m’excuserai fort bien près de vous, en vous avouant que les singeries dont j’ai taxé M. Marcel tombaient bien moins sur son art que sur sa manière de le faire valoir. Si j’ai tort, même en cela, je l’ai d’autant plus, que ce n’est point d’après autrui que je l’ai jugé, mais d’après moi-même. Car, quoi que vous en puissiez dire, j’étais quelquefois admis à l’honneur de lui voir donner ses leçons ; et je me souviens que, tout autant de profanes que nous étions là, sans excepter son écolière, nous ne pouvions nous tenir de rire à la gravité magistrale avec laquelle il prononçait ses savants apophtegmes. Encore une fois, monsieur, je ne prétends point m’excuser en ceci ; tout au contraire, j’aurais mauvaise grâce à vous soutenir que M. Marcel faisait des singeries, à vous qui peut-être vous trouvez bien de l’imiter ; car mon dessein n’est assurément ni de vous offenser ni de vous déplaire. Quant à l’ineptie avec laquelle j’ai parlé de votre art, ce tort est plus naturel qu’excusable ; il est celui de quiconque se mêle de parler de ce qu’il ne sait pas. Mais un honnête homme qu’on avertit de sa faute doit la réparer ; et c’est ce que je crois ne pouvoir mieux faire en cette occasion qu’en publiant franchement votre lettre et vos corrections, devoir que je m’engage à remplir en temps et lieu. Je ferai, monsieur, avec grand plaisir cette réparation publique à la danse et à M. Marcel, pour le malheur que j’ai eu de leur manquer de respect. J’ai pourtant quelque lieu de penser que votre indignation se fût un peu calmée, si mes vieilles rêveries eussent obtenu grâce devant vous. Vous auriez vu que je ne suis pas si ennemi de votre art que vous m’accusez de l’être, et que ce n’est pas une grande objection à me faire que son établissement dans mon pays, puisque j’y ai proposé moi-même des bals publics, desquels j’ai donné le plan. Monsieur, faites grâce à mes torts en faveur de mes services ; et quand j’ai scandalisé pour vous les gens austères, pardonnez-moi quelques déraisonnements sur un art duquel j’ai si bien mérité.
I considered myself a citizen as long as I believed I had a fatherland. I was mistaken; I am now disillusioned. The insult inflicted upon me is, as you rightly say, common to me as it is to the laws and religion themselves—those affronts that we share with them are nothing but triumphs for those who inflict them. Yet the members of this state remain calm spectators in all this, as if it had nothing to do with them. Well and good. For my part, I declare that from now on, it has even less to do with me. If I were to persist in acting alone like Don Quixote, what until now was the zeal of a patriot would become the stubbornness of a fool. No one knows better than the people of Geneva whether I am of any use to them; for my own part, experience has taught me that I am of no use at all.
Here are your books, my dear friend: I have tried my best to read them; but I must admit that your writing utterly confuses my poor head. It inundates me with a sea of words from which I cannot escape. All I seem to grasp is that you keep a huge club in the air, waving it around constantly in a very frightening and threatening manner; and when you finally strike—something which happens rarely, and for good reason—I feel as if that club is actually made of cotton.
Hello, good man; I kiss you; and whether you are from Geneva or not, I will always be your friend.
Letter CCCLXXXVII – To Mr. ***
Môtiers, 1763.
You say there are four hundred citizens and bourgeoisie who seemed dissatisfied with what happened. Well, then there must be another five or six hundred who were satisfied. What do you want me to do among these people?
You are suggesting a journey during a season when I cannot even leave my room—such an arrangement is simply impossible given my current condition. It has been twenty years since I last traveled a single mile in winter. If I ever undertake a journey at such a time, it certainly won’t be to Geneva.
You ask me what compliment I would give to Mr. the first syndic. I would be very embarrassed to tell you. I surely have only a very poor compliment to offer him. There’s no need to go to such lengths for that.
Since when is it the offended party’s responsibility to ask for forgiveness? First, you must fulfill the obligation you owe me; then I will try to respond appropriately.
All your gentlemen are greatly troubled by wondering why Mr. de Montmollin did not excommunicate me. I find them quite amusing. And what right do they have to interfere? I believe I have just as much right over them as they have over me; however, I shall not go to the trouble of inquiring curiously whether they recite their catechism properly or have observed Easter properly.
Whether I am, at least for the time being, orthodox, Jewish, pagan, or atheist—what does it matter to them? That is not what is at issue; the question is whether the laws have been violated, and whether, whatever my identity may be, I have been treated unjustly. That is what matters to them—and certainly far more than to me. Because, as far as I am concerned, the matter has already been decided; nothing worse can happen to me now. But the consequences concern them. While they deal with this matter from the height of their own superiority, must I bear all the costs for it and come begging them to forgive the insults I have received? That is not my opinion. Let things remain as they are, since it suits them. We will see in the future who will suffer the most—them or me.
My dear friend, I have told you this before, and I say it now with all my sincerity: I still love my compatriots; in my own misfortunes, I deeply feel the harm that has been done to their rights and freedoms. No matter what happens, I will never remain in Geneva—that is my firm decision. But if they had understood the wrong that has been done to them because of what happened to me, and how much it is in their interest for that wrong to be redressed, I would have acted together with them on this matter, as far as my outraged honor would have permitted. So, after having first restored things to their proper state, if they had really wanted to “regent” me, they could have done so to their heart’s content. But how can they not see that the inquisition they want to conduct against me is utterly irrelevant and ridiculous? If they are mad enough to demand that I comply, I am not foolish enough to do so. Therefore, I have nothing to say to Mr. de Montmollin—since neither he nor I owe them anything, just as we owe them nothing in return.
The insults that have been directed at me can only be adequately redressed through an honest and formal invitation for me to return to Geneva. If one is willing to take such a decent, appropriate, and rightful step, then one must indeed find it very difficult to be dissatisfied with the way I will respond. In that case, they may inquire about my faith, and I will always be ready to account for it. Without that, let us not talk about this matter any further, for no other solution would satisfy me.
Letter CCCLXXXVIII – To Mr. Marcel
Deputy Director of Pleasures
and court dancer to the Duke of Saxony-Gotha.
[792]
Môtiers, March 1, 1763.
Sir, I read with genuine pleasure the letter you took the trouble to write to me[793], and I assure you that it contained one of the best critiques of my work that I have ever received. You are a student and relative of Mr. Marcel; you defend your teacher, and there is nothing wrong with that at all. You profess to hold an opinion about an art in which you consider me unjust and uninformed, yet you go on to justify it—indeed, that is perfectly permissible. At the very least, I must say that you are a rather peculiar individual, and you have the kindness to tell me this rather than addressing it to the public. There could be no greater honesty in your approach, and your criticisms actually place me in the position of being grateful to you.
I do not know whether I would be able to apologize properly to you if I admitted that the antics I attributed to Mr. Marcel were less related to his art itself than to the way in which he presented it. Even if I am wrong in this regard, my mistake is all the more serious since I judged him not on the opinions of others but based on my own observations. For, whatever you may think, I was sometimes fortunate enough to be present when he gave his lessons; and I remember that, despite our profane presence there—except for his student—none of us could help but laugh at the solemnity with which he delivered those so-called “sage” aphorisms. Once again, sir, I do not intend to apologize for this; on the contrary, it would be impolite of me to claim that Mr. Marcel was being ridiculous, especially since you might perhaps find his behavior amusing. My goal is certainly not to offend or displeasure you. As for the ineptitude of my remarks about your art, such faults are all too common for anyone who dares to speak on a subject they do not understand. However, an honest person who is reminded of their mistakes should strive to correct them; and I believe that the best way to do this in this case is by publicly publishing your letter and your corrections—a duty which I am committed to fulfilling at the appropriate time. With great pleasure, sir, I will make this public apology for my disrespect toward dance and Mr. Marcel. Nevertheless, I have reason to think that your anger might have been somewhat alleviated if my old whims had found favor with you. You would then have seen that I am not such an enemy of your art as you accuse me of being; and that the fact that it has gained a foothold in my country is not really an objection, since I was actually the one who proposed holding public balls there—and even provided the plans for them. Sir, please forgive my faults in consideration of the services I have rendered. And when I caused offense to those who are strict in their views on art, please pardon my occasional irrationalities regarding a field for which I have indeed deserved so much criticism.
Sono stato considerato un cittadino finché ho creduto di avere una patria. Mi sbagliavo; ora sono disilluso. L’insulto che mi è stato rivolto è comune, come dite voi molto bene, alle leggi e alla religione: gli affronti che condivido con loro sono in realtà dei “trionfi”. Tuttavia i membri dello Stato rimangono tranquilli spettatori in questa faccenda, come se essa non li riguardasse. Meglio così. Per quanto mi riguarda, vi dichiaro che ormai essa mi riguarda ancora meno. Se insistessi nel continuare da solo a comportarmi come Don Chisciotte, ciò che fino ad ora era l’entusiasmo di un patriota diventerebbe l’ostinazione di un pazzo. Nessuno sa meglio dei genovesi se io possa essergli utile in qualche modo; per quanto mi riguarda, so per esperienza che non sono affatto utile a loro.
Ecco i vostri libri, caro amico: ho cercato di leggerli, ma devo confessarvi che le vostre parole confondono completamente la mia mente. Mi sommergono in un mare di parole dal quale non riesco a liberarmi. Tutto ciò che riesco a comprendere è che tenete in mano una grossa mazza che agitate continuamente, con un’aria molto terribile e minacciosa; ma quando finalmente la usate per colpire – il che avviene raramente e per motivi specifici – si capisce che quella mazza è in realtà fatta di cotone.
Buongiorno, uomo di bene; vi bacio; e, sia che siate di Ginevra o meno, sarò sempre vostro amico.
Lettera CCCLXXXVII – A Monsieur ***
Môtiers, 1763.
Diteci, caro amico mio, che ci sono quattrocento cittadini e borghesi che si sono mostrati insoddisfatti di quanto è accaduto. Ne sono quindi risultati altri cinque o seicento che ne erano soddisfatti. Cosa volete che io faccia in mezzo a queste persone?
Mi proponete un viaggio in una stagione in cui non posso nemmeno uscire dalla mia stanza: un’escursione impossibile data la mia condizione attuale. Da vent’anni non ho percorso nemmeno una lega d’inverno. Se mai intraprenderò un viaggio in una stagione del genere, sicuramente non sarà per andare a Ginevra.
Mi chiedete quale complimento farei al primo sindaco. Mi troverei molto imbarazzato a dirvelo: sicuramente sarebbe un complimento molto negativo. Non vale davvero la pena prendersi tanto disturbo per questo.
Da quando spetta a chi è offeso chiedere scuse? Prima datemi quella soddisfazione che mi è dovuta; allora cercherò di rispondervi in modo appropriato.
Tutti questi signori si tormentano molto nel chiedersi perché il signor de Montmollin non mi abbia escomunicato. Li trovo davvero divertenti. E di cosa si occupano, in fondo? Penso di avere su di loro gli stessi diritti che loro hanno su di me; tuttavia, non intendo certo indagare curiosamente se recitino correttamente il loro catechismo o se abbiano celebrato la Pasqua come si deve.
Che io sia, almeno per il momento, ortodosso, ebreo, pagano, ateo, che importanza ha per loro? Non è di questo che si tratta; la questione è se le leggi sono state violate, e se, qualunque cosa io sia, sia stato trattato ingiustamente: è questo che conta per loro, e sicuramente molto di più che per me. Per quanto mi riguarda, ormai tutto è accaduto; non mi verrà fatto nulla di peggio, ma le conseguenze riguardano loro. Mentre loro affrontano questa questione con la loro suprema arroganza, perché dovrei io sopportare tutti i costi e venire a chiedere perdono per gli insulti che ho ricevuto? Non è questo il mio parere. Lasciamo che le cose rimangano così, visto che conviene a loro. Vedremo poi chi ne risentirà di più, se loro o me.
Caro amico, te l’ho detto e te lo ripeto con tutto il mio cuore: amo ancora i miei connazionali; nelle mie sfortune, sento profondamente quanto sia stato colpito il loro diritto e la loro libertà. Qualunque cosa accada, non intendo mai rimanere a Ginevra, è una decisione irrevocabile. Ma se solo avessero visto l’ingiustizia che hanno subito a causa di ciò che ho io ricevuto, e quanto sia importante che questa ingiustizia venga riparata, avrei agito insieme a loro in questa questione, nella misura in cui il mio onore offeso me lo avesse permesso. Allora, dopo aver rimesso le cose nello stato in cui dovrebbero essere, se avessero voluto “reggermi”, avrebbero potuto farlo liberamente. Ma come non capiscono che prima di tutto l’inchiesta che vogliono condurre su di me è assurda e ridicola? Se sono abbastanza pazzi da chiedermi di collaborare, io non sono abbastanza sciocco per acconsentire. Quindi non ho nulla da dire a Monsieur de Montmollin: né lui né io abbiamo alcun debito nei loro confronti, così come non ne abbiamo alcuno da chiedere loro.
Gli insulti che mi sono stati rivolti possono essere adeguatamente compensati soltanto attraverso un invito onesto e formale a tornare a Ginevra. Se si è disposti ad adottare un approccio così decoroso e appropriato, allora sarà davvero difficile non essere soddisfatti del modo in cui risponderò. In tal caso, potrete verificare la mia lealtà, e sarò sempre pronto a renderne conto. Altrimenti, smettiamola di parlare di questa questione, poiché nessun altro rimedio mi sembrerebbe appropriato.
Lettera CCCLXXXVIII – A Monsieur Marcel
Vice-direttore dei piaceri
e maestro di danza alla corte del duca di Sassonia-Gota.
[792]
Môtiers, 1° marzo 1763.
Ho letto, signore, con grande piacere la lettera che mi avete fatto l’onore di scrivere[793], e vi giuro che vi ho trovato una delle migliori critiche mai fatte ai miei scritti. Siete allievo e parente del signor Marcel; difendete il vostro maestro, e non c’è nulla in questo di biasimabile: professate un’arte riguardo alla quale ritenete che io sia ingiusto e mal informato, e la giustificate. Questo certamente è del tutto lecito. Mi sembrate almeno una persona molto singolare, e avete la gentilezza di dirmelo piuttosto che al pubblico; non si può essere più onesti di così. E le vostre critiche mi mettono nella condizione di dovervi ringraziare.
Non so se riuscirò a scusarmi adeguatamente con voi ammettendo che le buffonate che ho attribuito al signor Marcel riguardavano meno la sua arte che il modo in cui la esprimeva. Anche se mi sbaglio anche in questo, lo faccio ancora di più poiché non l’ho giudicato in base ad altri, ma secondo me stesso. Infatti, per quanto possiate dire, a volte ho avuto l’onore di assistere alle sue lezioni; e ricordo che, nonostante fossimo tutti profani presenti, compresa la sua allieva, non potevamo fare a meno di ridere della gravità “magistrale” con cui pronunciava i suoi saggi aforismi. Ancora una volta, signore, non intendo scusarmi per questo; al contrario, sarebbe sgarbato da parte mia sostenere che il signor Marcel facesse buffonate, soprattutto considerando che forse anche voi trovate piacevole imitarlo. Poiché il mio scopo certamente non è né offendervi né dispiacervi. Quanto all’ineptitudine con cui ho parlato del vostro arte, questo errore è più naturale che scusabile; è quello di chi si permette di discutere di ciò che non conosce. Ma un uomo onesto, quando viene avvertito dei propri errori, deve correggerli; e credo che in questa occasione non possa fare di meglio che pubblicare apertamente la vostra lettera e le vostre correzioni, impegno che mi assumo di adempiere tempestivamente. Farò con grande piacere questa “riparazione pubblica” nei confronti della danza e del signor Marcel, per il disonore che ho avuto nel mancare loro di rispetto. Tuttavia, ho motivo di pensare che la vostra indignazione si sarebbe un po’ placata se le mie vecchie fantasie avessero trovato accoglienza presso di voi: avreste visto che non sono così nemico del vostro arte come mi accusate di essere, e che il fatto che essa sia diffusa nel mio paese non costituisce certo un grande ostacolo, dato che sono stato io stesso a proporre balli pubblici, per i quali ho anche fornito il progetto. Signore, perdonate i miei errori in considerazione dei miei servizi; e quando ho scandalizzato le persone rigide a causa vostra, perdonatemi qualche assurdità riguardo a un’arte di cui ho davvero meritato di essere criticato.
Quelque autorité cependant qu’aient sur moi vos décisions, je tiens encore un peu, je l’avoue, à la diversité des caractères dont je proposais l’introduction dans la danse. Je ne vois pas bien encore ce que vous y trouvez d’impraticable, et il me paraît moins évident qu’à vous qu’on s’ennuierait davantage quand les danses seraient plus variées. Je n’ai jamais trouvé que ce fût un amusement bien piquant pour une assemblée, que cette enfilade d’éternels menuets par lesquels on commence et poursuit un bal, et qui ne disent tous que la même chose, parce qu’ils n’ont tous qu’un seul caractère ; au lieu qu’en leur en donnant seulement deux, tels, par exemple, que ceux de la blonde et de la brime, on les eut pu varier de quatre manières qui les eussent rendus toujours pittoresques et plus souvent intéressants : la blonde avec le brun, la brune avec le blond, la brune avec le brun, et la blonde avec le blond. Voilà l’idée ébauchée : il est aisé de la perfectionner et de l’étendre ; car vous comprenez bien, monsieur, qu’il ne faut pas presser ces différences de blonde et de brune ; le teint ne décide pas toujours du tempérament ; telle brune est blonde par l’indolence, telle blonde est brune par la vivacité, et l’habile artiste ne juge pas du caractère par les cheveux.
Ce que je dis du menuet, pourquoi ne le dirais-je pas des contredanses et de la plate symétrie sur laquelle elles sont toutes dessinées ? Pourquoi n’y introduirait-on pas de savantes irrégularités, comme dans une bonne décoration ; des oppositions et des contrastes, comme dans les parties de la musique ? On fait bien chanter ensemble Héraclite et Démocrite ; pourquoi ne les ferait-on pas danser ?
Quels tableaux charmants, quelles scènes variées ne pourrait point introduire dans la danse un génie inventeur, qui saurait la tirer de sa froide uniformité et lui donner un langage et des sentiments, comme en a la musique ! Mais votre M. Marcel n’a rien inventé que des phrases qui sont mortes avec lui ; il a laissé son art dans le même état où il l’a trouvé : il l’eût servi plus utilement, en pérorant un peu moins, et dessinant davantage ; et au lieu d’admirer tant de choses dans un menuet, il eut mieux fait de les y mettre. Si vous vouliez faire un pas de plus, vous, monsieur, que je suppose homme de génie, peut-être, au lieu de vous amuser à censurer mes idées, chercheriez-vous à étendre et rectifier les vues qu’elles vous offrent ; vous deviendriez créateur dans votre art ; vous rendriez service aux hommes qui ont tant de besoin qu’on leur apprenne à avoir du plaisir ; vous immortaliseriez votre nom, et vous auriez cette obligation à un pauvre solitaire qui ne vous a point offensé, et que vous voulez haïr sans sujet.
Croyez-moi, monsieur, laissez là des critiques qui ne conviennent qu’aux gens sans talents, incapables de rien produire d’eux-mêmes, et qui ne savent chercher de la réputation qu’aux dépens de celle d’autrui. Échauffez votre tête, et travaillez ; vous aurez bientôt oublié ou pardonné mes bavardises, et vous trouverez que les prétendus inconvénients que vous objectez aux recherches que je propose à faire seront des avantages quand elles auront réussi. Alors, grâce à la variété des genres, l’art aura de quoi contenter tout le monde, et prévenir la jalousie en augmentant l’émulation. Toutes vos écolières pourront briller sans se nuire, et chacune se consolera d’en voir d’autres exceller dans leurs genres, en se disant. J’excelle aussi dans le mien ; au lieu qu’en leur faisant faire à toutes la même chose, vous laissez sans aucun subterfuge l’amour-propre humilié ; et, comme il n’y a qu’un modèle de perfection, si l’une excelle dans le genre unique, il faut que toutes les autres lui cèdent ouvertement la primauté.
Vous avez bien raison, mon cher monsieur, de dire que je ne suis pas philosophe. Mais vous qui parlez, vous ne feriez pas mal de tâcher de l’être un peu. Cela serait plus avantageux à votre art que vous ne semblez le croire. Quoi qu’il en soit, ne fâchez pas les philosophes, je vous le conseille ; car tel d’entre eux pourrait vous donner plus d’instruction sur la danse que vous ne pourriez lui en rendre sur la philosophie ; et cela ne laisserait pas d’être humiliant pour un élève du grand Marcel.
Vous me taxez d’être singulier, et j’espère que vous avez raison. Toutefois vous auriez pu, sur ce point, me faire grâce en faveur de votre maître ; car vous m’avouerez que M. Marcel lui-même était un homme fort singulier. Sa singularité, je l’avoue, était plus lucrative que la mienne ; et, si c’est là ce que vous me reprochez, il faut bien passer condamnation. Mais quand vous m’accusez aussi de n’être pas philosophe, c’est comme si vous m’accusiez de n’être pas maître à danser. Si c’est un tort à tout homme de ne pas savoir son métier, ce n’en est point un de ne pas savoir le métier d’un autre. Je n’ai jamais aspiré à devenir philosophe ; je ne me suis jamais donné pour tel ; je ne le fus, ni ne le suis, ni ne veux l’être. Peut-on forcer un homme à mériter malgré lui un titre qu’il ne veut pas porter ? Je sais qu’il n’est permis qu’aux philosophes de parler philosophie : mais il est permis à tout homme de parler de la philosophie, et je n’ai rien fait de plus. J’ai bien aussi parlé quelquefois de la danse, quoique je ne sois pas danseur ; et, si j’en ai parlé même avec trop de zèle, à votre avis, mon excuse est que j’aime la danse, au lieu que je n’aime point du tout la philosophie. J’ai pourtant eu rarement la précaution que vous me prescrivez, de danser avec les filles, pour éviter la tentation ; mais j’ai eu souvent l’audace de courir le risque tout entier, en osant les voir danser sans danser moi-même. Ma seule précaution a été de me livrer moins aux impressions des objets qu’aux réflexions qu’ils me faisaient naître, et de rêver quelquefois, pour n’être pas séduit. Je suis fâché, mon cher monsieur, que mes rêveries aient eu le malheur de vous déplaire ; je vous assure que ce ne fut jamais mon intention, et je vous salue de tout mon coeur.
Lettre CCCXC– À M. Kirchberger
[794]
Môtiers, le 17 mars 1763.
Si jeune, et déjà marié ! Monsieur, vous avez entrepris de bonne heure une grande tâche. Je sais que la maturité de l’esprit peut suppléer à l’âge, et vous m’avez paru promettre ce supplément. Vous vous connaissez d’ailleurs en mérite, et je compte sur celui de l’épouse que vous vous êtes choisie. Il n’en faut pas moins, cher Kirchberger, pour rendre heureux un établissement si précoce. Votre âge seul m’alarme pour vous ; tout le reste me rassure. Je suis toujours persuadé que le vrai bonheur de la vie est dans un mariage bien assorti ; et je ne le suis pas moins que tout le succès de cette carrière dépend de la façon de la commencer. Le tour que vont prendre vos occupations, vos soins, vos manières, vos affections domestiques, durant la première année, décidera de toutes les autres. C’est maintenant que le sort de vos Jours est entre vos mains ; plus tard, il dépendra de vos habitudes. Jeunes époux, vous êtes perdus si vous n’êtes qu’amants ; mais soyez amis de bonne heure pour l’être toujours. La confiance, qui vaut mieux que l’amour, lui survit et le remplace. Si vous savez l’établir entre vous, votre maison vous plaira plus qu’aucune autre ; et dès qu’une fois vous serez mieux chez vous que partout ailleurs, je vous promets du bonheur pour le reste de votre vie. Mais ne vous mettez pas dans l’esprit d’en chercher au loin, ni dans la célébrité, ni dans les plaisirs, ni dans la fortune. La véritable félicité ne se trouve point au-dehors ; il faut que votre maison vous suffise, ou jamais rien ne vous suffira.
Conséquemment à ce principe, je crois qu’il n’est pas temps, quant à présent, de songer à l’exécution (hi projet dont vous m’avez parlé. La société conjugale doit vous occuper plus que la société helvétique : avant que de publier les annales de celle-ci, mettez-vous en état d’en fournir le plus bel article. Il faut qu’en rapportant les actions d’autrui vous puissiez dire comme le Corrège, Et moi aussi je suis homme.
Mon cher Kirchberger, je crois voir germer beaucoup de mérite parmi la jeunesse suisse ; mais la maladie universelle vous gagne tous. Ce mérite cherche à se faire imprimer ; et je crains bien que, de cette manie dans les gens de votre état, il ne résulte un jour à la tête de vos républiques plus de petits auteurs que de grands hommes. Il n’appartient pas à tous d’être des Haller.
However much authority your decisions may hold over me, I still hold onto the idea, I must admit, of introducing diversity in character into the dances. I don’t quite see what you find impractical about this, and it seems to me less obvious than to you that the dances would become far more boring if they were not varied. I have always found that such a succession of endless minuets, with which a ball begins and continues, is at best a rather dull form of entertainment—after all, they all say the same thing, since they all share the same characteristic. But by giving them just two different characteristics—for example, those of a blonde and a brunette—one could vary them in four ways, making them always more interesting and visually appealing: the blonde with the brown, the brunette with the blond, the brunette with herself, and the blonde with herself again. This is just a rough idea; it is easy to refine and expand upon it. For you understand, sir, that these distinctions between blonde and brunette are not absolute; skin color does not always determine one’s temperament—some brunettes are actually “blond” due to their indolence, while some blondes are more “brunette” because of their liveliness. An accomplished artist does not judge character based on hair alone.
What I say about the menuet, why not apply it to the contredanses and to the symmetrical structure on which they are all based? Why not introduce subtle irregularities into them, just as one would in a well-designed decoration; why not create oppositions and contrasts, much like in various sections of music? If we can make Héraclite and Democrite sing together, why not make them dance as well?
What charming scenes, what varied representations might not be introduced into dance by a genius who knew how to bring it out of its dull uniformity and endow it with language and emotion, just as music does! But your Mr. Marcel has invented nothing but phrases that died with him; he left his art in the very same state in which he found it. He could have served it more usefully by speaking less and drawing more; instead of admiring so many things in a minuet, it would have been better for him to actually include them in the dance itself. If you were willing to go one step further—assuming you are indeed a genius—you might, rather than wasting your time criticizing my ideas, try to expand and refine the perspectives they offer you. Then you would become a true creator in your art; you would do a great service to those people who so desperately need someone to teach them how to find pleasure in life; you would immortalize your name—and at the same time, you would fulfill an obligation toward a poor, innocent stranger whom you have no reason to hate.
Believe me, sir, let us put aside those criticisms that are suitable only for people without talent, incapable of producing anything on their own, and who seek reputation at the expense of others. Use your mind and work hard; soon you will forget or forgive my idle talk, and you will realize that what you regard as disadvantages in the pursuits I suggest will actually be advantages once they succeed. Thanks to the diversity of artistic genres, art will have something to satisfy everyone and prevent jealousy by fostering competition. All your students will be able to excel without harming one another; each of them can take comfort in seeing others succeed in their fields, thinking to themselves, “I also excel in my own.” Instead of making them all do the same thing, you are allowing pride to be humiliated without any pretense. And since there is only one standard of perfection, if one person excels in a particular field, it is inevitable that all others must openly acknowledge her superiority.
You are quite right, my dear sir, to say that I am not a philosopher. But since you are speaking, it would not be a bad idea for you to try to become one a little. It would be more beneficial to your art than you seem to believe. In any case, I advise you not to offend the philosophers; for one of them might teach you more about dance than you could teach him about philosophy—and that would certainly be humiliating for a disciple of the great Marcel.
You accuse me of being peculiar, and I hope you are right. However, in this regard, you could have shown me some mercy out of respect for your master—for after all, even Monsieur Marcel himself was a very peculiar man. Admittedly, his peculiarity was far more “profitable” than mine; so if that is what you are reproaching me for, then I must accept the condemnation. But when you also accuse me of not being a philosopher, it’s as if you were accusing me of not being a dance master. If it is a fault for anyone not to know their own trade, it is certainly no fault to not know another person’s trade. I have never aspired to be a philosopher; I have never pretended to be one; I was not one, am not one, and do not wish to be one. Can a man be forced to earn a title he does not desire? I know that only philosophers are permitted to talk about philosophy—but anyone is allowed to discuss philosophy, and that is all I have done. Indeed, I sometimes talked about dance, even though I am not a dancer; and if I did so with too much zeal, in your view, my excuse is that I love dance, whereas I have no interest in philosophy at all. Nevertheless, I rarely took the precaution you recommend—of dancing with girls to avoid temptation; but I often dared to take the full risk, by watching them dance without joining in myself. My only precaution was to let my thoughts be guided more by reflection than by external impressions, and sometimes to indulge in dreams in order not to be seduced. I am sorry, my dear sir, that my daydreams have happened to displeasure you; I assure you that it was never my intention, and I salute you with all my heart.
Letter CCCXC – To Mr. Kirchberger
[794]
Môtiers, March 17, 1763.
So young, and already married! My dear sir, you have undertaken a great task at a very early age. I know that the maturity of the mind can make up for a lack of age, and you seemed to possess that maturity. You yourselves are aware of your own merits, and I have confidence in the merits of the wife you have chosen. Indeed, nothing less will be necessary, dear Kirchberger, if you wish to bring happiness to such a young marriage. It is only your age that worries me; everything else reassures me. I remain firmly convinced that true happiness in life lies in a well-matched marriage; and I am equally certain that the success of any career depends on how it begins. The direction your future pursuits, your responsibilities, your manners, and your domestic duties will take in the first year will determine the course of your entire life. It is now up to you to shape the destiny of your days; later on, it will depend on your habits. Young spouses, you are lost if you remain merely lovers; but be friends from the very beginning if you wish to remain so forever. Trust, which is far more valuable than love, endures and even replaces love. If you manage to establish it between yourselves, your home will please you more than any other place; and once you find yourself happier at home than anywhere else, I promise you happiness for the rest of your life. But do not seek it elsewhere—neither in fame, nor in pleasures, nor in wealth. True felicity can be found within; if your home does not suffice you, then nothing will ever suffice you.
According to this principle, I believe it is not yet the right time to consider carrying out the project you mentioned to me. The domestic life and responsibilities should be your primary concern at present; before publishing the annals of Swiss society, make sure you have prepared the finest possible account of it. When describing the actions of others, you should be able to say, like Corneille, “And I too am a man.”
My dear Kirchberger, I believe that much merit is beginning to emerge among the Swiss youth; but a universal malady is affecting all of you. This merit strives to be recognized and acknowledged; yet I fear that, due to this obsession among people in your position, there will soon be more minor authors than great men at the helm of your republics. Not everyone is destined to be a Haller.
Tuttavia, per quanto le vostre decisioni abbiano autorità su di me, devo ancora, lo ammetto, attenermi alla diversità dei caratteri che proponevo di introdurre nella danza. Non riesco ancora a capire cosa troviate voi in questo aspetto di impraticabilità; inoltre, mi sembra meno evidente di quanto vi sembri a voi che le danze diventerebbero più noiose se fossero più varie. Non ho mai ritenuto che questa sequenza di menuetti sempre uguali, con cui si inizia e si prosegue un ballo, rappresentasse un vero divertimento per un’assemblea; anzi, questi menuetti dicono tutti la stessa cosa, perché hanno tutti lo stesso carattere. Invece, dando loro soltanto due caratteri diversi – ad esempio, quelli della bionda e della bruna – si sarebbero potuti creare quattro varianti diverse, che li avrebbero resi sempre più interessanti e pittoreschi: la bionda con il bruno, la bruna con il biondo, la bruna con il bruno. Ecco l’idea in embrione: è facile perfezionarla e ampliarla. Comprendete bene, signore, che non bisogna enfatizzare troppo queste differenze tra bionde e brune; il colore dei capelli non determina sempre il temperamento: alcune donne brune sono in realtà bionde per indolenza, altre sono bionde per vivacità. E l’artista abile non giudica il carattere delle persone solo dai loro capelli.
Quello che dico del menuetto, perché non dovrei dirlo anche delle contredanse e della regolare simmetria su cui sono tutte costruite? Perché non introdurre nelle contredanse delle irregolarità “savanti”, come avviene in una buona decorazione; delle opposizioni e dei contrasti, proprio come nelle parti musicali? Se si fa cantare insieme Eraclito e Democrito, perché non farli anche ballare insieme?
Che quadri incantevoli, che scene varie potrebbe introdurre nella danza un genio inventivo, capace di farla uscire dalla sua fredda uniformità e darle un linguaggio e dei sentimenti, proprio come avviene nella musica! Ma il vostro signor Marcel non ha inventato nulla se non frasi che sono morte con lui; ha lasciato il suo arte nello stesso stato in cui l’aveva trovata. Avrebbe potuto servirla in modo più utile, parlando meno e disegnando di più; invece di ammirare tante cose in un menuet, avrebbe fatto meglio a includerle effettivamente nella sua creazione. Se voleste fare un passo avanti, voi che, suppongo, siate un uomo di genio, forse invece di criticare le mie idee, cerchereste di ampliare e correggere quelle prospettive che vi offrono; diventereste così creatori nel vostro campo d’arte, fareste del bene agli uomini che hanno tanto bisogno che qualcuno insegni loro ad apprezzare la bellezza; immortalizzereste il vostro nome e avreste così un debito verso un povero solitario che non vi ha offeso in alcun modo, e che voi vorreste odiare senza motivo.
Credetemi, signore: lasciate da parte quelle critiche che sono adatte soltanto alle persone senza talento, incapaci di produrre qualcosa di proprio, e che cercano la reputazione a scapito altrui. Concentratevi sul lavoro; presto dimenticherete o perdonerete le mie chiacchiere, e scoprirete che quelle cosiddette “svantaggi” che sollevate riguardo alle ricerche che propongo sono in realtà vantaggi quando queste avranno successo. Grazie alla varietà dei generi, l’arte avrà modo di soddisfare tutti e di prevenire la gelosia, aumentando così l’emulazione. Tutte le vostre allieve potranno brillare senza danneggiarsi a vicenda; ognuna si consolerà vedendo altre eccellere nei loro rispettivi generi, pensando: “Anch’io eccello nel mio”. Invece di far fare a tutte la stessa cosa, lasciate che il loro orgoglio venga umiliato senza alcun subterfugio. E poiché esiste soltanto un modello di perfezione, se una persona eccelle in un genere unico, tutte le altre devono riconoscere apertamente la sua superiorità.
Avete perfettamente ragione, mio caro signore, nel dire che non sono un filosofo. Ma voi, che parlate, fareste bene a cercare di esserlo un po’. Ciò sarebbe più vantaggioso per la vostra arte di quanto possiate credere. In ogni caso, vi consiglio di non offendere i filosofi; perché uno di loro potrebbe insegnarvi molto di più sulla danza di quanto voi possiate insegnargli di filosofia. E questo non sarebbe certo umiliante per un allievo del grande Marcel.
Mi accusate di essere singolare, e spero che abbiate ragione. Tuttavia avreste potuto, su questo punto, perdonarmi in onore del vostro maestro; poiché ammetterete che anche il signor Marcel era un uomo assai singolare. La sua singolarità, lo confesso, era più “proficua” della mia; e se è questo ciò che mi rimproverate, allora devo accettare la condanna. Ma quando mi accusate anche di non essere filosofo, è come se mi accusaste di non essere un maestro di danza. Se è un errore per chiunque non conoscere il proprio mestiere, non lo è certo per chi non conosce il mestiere altrui. Non ho mai aspirato a diventare filosofo; non mi sono mai considerato tale; non lo sono stato, né lo sono ora, né intendo esserlo. Si può forzare un uomo a meritare, contro la sua volontà, un titolo che non desidera? So bene che solo i filosofi hanno il diritto di parlare di filosofia; ma è permesso a chiunque parlare della filosofia, e io non ho fatto nulla di più. Anche se a volte ho parlato di danza, pur non essendo un ballerino; e se l’ho fatto con troppo zelo, secondo voi, la mia scusa è che amo la danza, mentre in realtà non amo affatto la filosofia. Tuttavia, raramente ho preso le precauzioni che mi consigliate: non ho mai ballato con le ragazze per evitare tentazioni; ma spesso ho osato correre tutto il rischio, permettendomi di vederle danzare senza danzare io stesso. La mia unica precauzione è stata quella di affidarmi meno alle impressioni che gli oggetti mi suscitavano e più alle riflessioni che mi provocavano, e a volte sognare, per non essere sedotto. Mi dispiace molto, caro signore, che i miei sogni abbiano avuto la sfortuna di non piacervi; vi assicuro che questa non è mai stata mia intenzione, e vi saluto con tutto il mio cuore.
Lettera CCCXC – A Monsieur Kirchberger
[794]
Môtiers, 17 marzo 1763.
Così giovane, e già sposato! Signore, avete intrapreso molto presto una grande responsabilità. So che la maturità dell’intelletto può compensare l’età, e voi mi siete sembrato un uomo capace di offrire tale compensazione. Conoscete bene i vostri meriti, e conto anche su quelli della moglie che avete scelto. Tuttavia, caro Kirchberger, non basta questo per rendere felice una coppia così giovane. Solo la vostra età mi preoccupa un po’; tutto il resto, invece, mi rassicura. Sono sempre convinto che la vera felicità nella vita risieda in un matrimonio ben assortito; e sono altrettanto certo che il successo di qualsiasi carriera dipenda dal modo in cui viene intrapresa. Il percorso che seguiranno le vostre attività, i vostri impegni, i vostri modi di comportarsi, le vostre responsabilità domestiche nel primo anno determineranno il futuro della vostra vita. Ora è proprio voi a decidere del vostro destino; in seguito, tutto dipenderà dalle vostre abitudini. Giovani sposi, siete perduti se vi limitate ad essere amanti. Ma diventate amici fin da ora, affinché possiate rimanerlo per sempre. La fiducia, che è più preziosa dell’amore, sopravvive a quest’ultimo e lo sostituisce. Se riuscite a instaurarla tra di voi, la vostra casa vi piacerà più di qualsiasi altra; e non appena vi sentirete meglio a casa che altrove, vi prometto felicità per il resto della vita. Ma non cercatela lontano: né nella celebrità, né nei piaceri, né nella fortuna. La vera felicità non si trova fuori di voi. La vostra casa deve bastarvi; altrimenti, nulla vi basterà mai.
In base a questo principio, credo che al momento non sia il caso di pensare all’esecuzione di quel progetto di cui mi avete parlato. La vita coniugale dovrebbe occuparvi più della vita sociale elvetica: prima di pubblicare le annali di quest’ultima, mettetevi in condizione di fornirne la parte più importante e significativa. Dovete essere in grado, raccontando le azioni altrui, di dire, come fece Corrège, “Anch’io sono un uomo”.
Mio caro Kirchberger, credo di vedere emergere molto merito tra i giovani svizzeri; ma una malattia diffusa sta contagiando tutti voi. Questo merito cerca di farsi riconoscere; temo però che, a causa di questa tendenza tra le persone della vostra posizione sociale, un giorno nelle vostre repubbliche ci saranno più piccoli autori che grandi uomini. Non è certo destino di tutti essere come Haller.
Vous m’avez envoyé un livre très précieux et de fort belles cartes ; comme d’ailleurs vous avez acheté l’un et l’autre, il n’y a aucune parité à faire en aucun sens entre ces envois et le barbouillage dont vous faites mention. De plus, vous vous rappellerez, s’il vous plaît, que ce sont des commissions dont vous avez bien voulu vous charger, et qu’il n’est pas honnête de transformer des connaissions on présents. Ayez donc la bonté de me marquer ce que vous coûtent ces emplettes, afin qu’en acceptant la peine qu’elles vous ont données d’aussi bon coeur que vous l’avez prise, je puisse au moins vous rendre vos déboursés, sans quoi je prendrai le parti de vous renvoyer le livre et les cartes.
Adieu, très bon et aimable Kirchberger ; faites, je vous prie, agréer mes hommages à madame votre épouse ; dites-lui combien elle a droit à ma reconnaissance en faisant le bonheur d’un homme que j’en crois si digne, et auquel je prends un si tendre intérêt.
Lettre CCCXCII– À Milord Maréchal
Le 21 mars 1763.
Il y a dans votre lettre du 19 un article qui m’a donné des palpitations ; c’est celui de l’Ecosse. Je ne vous dirai là-dessus qu’un mot, c’est que je donnerais la moitié des jours qui me restent pour y passer l’autre avec vous. Mais, pour Colombier, ne comptez pas sur moi. Je vous aime, Milord ; mais il faut que mon séjour me plaise, et je ne puis souffrir ce pays-là.
Il n’y a rien d’égal à la position de Frédéric. Il paraît qu’il en sent tous les avantages, et qu’il saura bien les faire valoir. Tout le pénible et le difficile est fait, tout ce qui demandait le concours de la fortune est fait. Il ne lui reste à présent à remplir que des soins agréables, et dont l’effet dépend de lui. C’est de ce moment qu’il va s’élever, s’il veut, dans la postérité un monument unique ; car il n’a travaillé jusqu’ici que pour un siècle. Le seul piège dangereux qui désormais lui reste à éviter est celui de la flatterie ; s’il se laisse louer, il est perdu. Qu’il sache qu’il n’y a plus d’éloges dignes de lui que ceux qui sortiront des cabanes de ses paysans.
Savez-vous, Milord, que Voltaire cherche à se raccommoder avec moi ? Il a eu sur mon compte un long entretien avec Moultou, dans lequel il a supérieurement joué son rôle : il n’y en a point d’étranger au talent de ce grand comédien, dolis instructus et arte pelasgâ. Pour moi, je ne puis lui promettre une estime qui ne dépend pas de moi : mais, à cela près, je serai, quand il le voudra, toujours prêt à tout oublier ; car je vous jure, Milord, que de toutes les vertus chrétiennes, il n’y en a point qui me coûte moins que le pardon des injures. Il est certain que, si la protection des Calas lui a fait grand honneur, les persécutions qu’il m’a fait essuyer à Genève lui en ont peu fait à Paris ; elles y ont excité un cri universel d’indignation. J’y jouis, malgré mes malheurs, d’un honneur qu’il n’aura jamais nulle part ; c’est d’avoir laissé ma mémoire en estime dans le pays où j’ai vécu. Bonjour, Milord.
Lettre CCCXCIV– À M. J. Burnand
[796]
Môtiers, le 21 mars 1763.
La réponse à votre objection, monsieur, est dans le livre même d’où vous la tirez. Lisez plus attentivement le texte et les notes, vous trouverez cette objection résolue.
Vous voulez que j’ôte de mon livre ce qui est contre la religion : mais il n’y a dans mon livre rien qui soit contre la religion.
Je voudrais pouvoir vous complaire en faisant le travail que vous me prescrivez. Monsieur, je suis infirme, épuisé ; je vieillis ; j’ai fait ma tâche, mal sans doute, mais de mon mieux. J’ai proposé mes idées à ceux qui conduisent les jeunes gens ; mais je ne sais pas écrire pour les jeunes gens.
Vous m’apprenez qu’il faut vous dire tout, ou que vous n’entendez rien. Cela me fait désespérer, monsieur, que vous m’entendiez jamais ; car je n’ai point, moi, le talent de parler aux gens à qui il faut tout dire.
Je vous salue, monsieur, de tout mon coeur.
Lettre CCCXCVI– À M. J. Burnand
Môtiers, le 28 mars 1763.
Solution de l’objection de M. Burnand :
Mais y quand une fois tout est ébranlé, on doit conserver le tronc aux dépens des branches, etc.
Voilà, je crois, ce que le bon vicaire pourrait dire à présent au public.[797]
M. Burnand m’assure que tout le monde trouve qu’il y a dans mon livre beaucoup de choses contre la religion chrétienne. Je ne suis pas, sur ce point comme sur bien d’autres, de l’avis de tout le monde, et d’autant moins, que parmi tout ce monde-là je ne vois pas un chrétien.
Un homme qui cherche des explications pour compromettre celui qui les donne est peu généreux ; mais l’opprimé qui n’ose les donner est un lâche, et je n’ai pas peur de passer pour tel. Je ne crains point les explications ; je crains les discours inutiles. Je crains surtout les désoeuvrés, qui, ne sachant à quoi passer leur temps, veulent disposer du mien.
Je prie M. Burnand d’agréer mes salutations.
Lettre CCCXCVIII– À M. Moultou
Môtiers-Travers, ce 2 avril 1763.
Ce n’était pas, cher ami, que je désapprouvasse l’envoi d’un exemplaire en France, que je ne vous ai pas répondu sur-le-champ ; mais l’ennui, les tracas, les souffrances, les importuns, me rendent paresseux : l’exactitude est un travail qui passe ma force actuelle. Faites ce que vous voudrez ; votre envoi ne sera qu’inutile ; voilà tout. Vous n’avez que trois exemplaires, j’attends d’en avoir davantage pour vous en envoyer, encore ne sais-je pas trop comment.
Vernet est un fourbe. Je n’approuve point qu’on lui fasse lire l’ouvrage, encore moins qu’on le lui prête. Il ne veut le voir que pour le faire décrier par les petits vipereaux qu’il élève à la brochette, et par lesquels il répand contre moi son fade poison dans les Mercures de Neuchâtel.
Vous devez comprendre qu’un carton est impossible dès qu’une fois un ouvrage est sorti de la boutique du libraire. Si vous voulez en faire un pour Genève en particulier, soit, j’y consens : mais je ne veux pas m’en mêler, et soyez persuadé que cela ne servira de rien. Quand on cherche des prétextes on en trouve. Les Genevois m’ont trop fait de mal pour ne pas me haïr ; et moi, je les connais trop pour ne les pas mépriser. Je prévois mieux que vous l’effet de la lettre. J’ai honte de porter encore ce même titre dont je m’honorais ci-devant : dans six mois d’ici je compte en être délivré.
Votre aventure avec la compagnie ne m’étonne point ; elle me confirme dans le jugement que j’ai porté de toute cette prêtraille. Je ne doute point qu’en effet votre amitié pour moi n’ait produit votre exclusion, mais loin d’en être fâché je vous en félicite. L’état d’homme d’église ne peut plus convenir à un homme de bien nia un croyant. Quittez-moi ce collet qui vous avilit ; cultivez en paix les lettres, vos amis, la vertu ; soyez libre, puisque vous pouvez l’être. Les marchands de religion n’en sauraient avoir. Mes malheurs m’ont instruit trop tard ; qu’ils vous instruisent à temps.
Je souffre beaucoup, cher ami : je me suis remis à l’usage des sondes pour tâcher de me procurer lui peu de relâche quand vous serez avec moi. Je me ménage ce temps comme le plus précieux de ma vie, ou du moins le plus doux qui me reste à passer. Ménagez-vous la liberté de venir quand je vous écrirai ; car malheureusement je suis encore moins maître de mon temps que vous du vôtre.
J’ai toujours oublié de vous dire que j’ai à Yverdon un cabriolet que je ne serais pas fâché de trouver à vendre. Pourrait-il vous servir, en attendant, dans nos petits pèlerinages ? Pour moi, vous savez que je n’aime aller qu’à pied. Si vous avez des jambes, nous nous en servirons, mais à petits pas, car je ne saurais aller vite ni faire de longues traites ; mais je vais toujours. Nous causerons à notre aise ; cela sera délicieux. Je vous embrasse.
Si vous amenez quelqu’un, tâchez au moins que nous puissions un peu nous voir seuls.
Lettre CD– À M. J. Burnand
Môtiers, le 4 avril 1763.
You sent me a very precious book and some extremely beautiful cards; since you purchased both, there is no way to equate these gifts with the trivial matters you mentioned. Moreover, please remember that these were commissions you kindly agreed to handle, and it would be dishonest to exploit existing friendships for such purposes. Therefore, I would appreciate it if you could let me know how much these purchases cost you. In this way, when I accept the trouble you have taken with such good heart, I will at least be able to reimburse you for your expenses. Otherwise, I will have no choice but to return the book and cards to you.
Adieu, kind and dear Kirchberger; please convey my regards to your wife. Tell her how much she deserves my gratitude for bringing happiness to a man whom I consider so worthy and toward whom I feel such deep concern.
Letter CCCXCII – To My Lord Marshal
March 21, 1763.
In your letter dated the 19th, there was an article that caused me great anxiety—it was the one about Scotland. I will say only one thing about it: I would give half of the days I have left to spend in Scotland and the other half with you. But as for Colombier, don’t count on me. I love you, Milord; but my stay there must be pleasant, and I simply cannot endure that country.
There is nothing comparable to Frédéric’s position. It seems that he is fully aware of all its advantages and will know how to make the most of them. All the difficult and arduous tasks have been accomplished; everything that required the help of fortune has been done. What remains for him now is merely to engage in pleasant pursuits, the outcome of which depends on him alone. It is at this moment that he can, if he wishes, erect a unique monument in future history—for thus far, he has only worked for one century. The only dangerous trap left for him to avoid is flattery; if he allows himself to be praised, he is lost. Let him remember that the only praises worthy of him will come from the cottages of his peasants.
Do you know, My Lord, that Voltaire is trying to reconcile himself with me? He had a long conversation with Moultou about me, in which he played his role with great skill—such talent is inherent in that great comedian, a man who combines cunning with artistry. As for me, I cannot promise him an esteem that does not depend on my own will; but apart from that, I am always ready to forget everything if he so wishes. For I swear to you, My Lord, among all Christian virtues, there is none that costs me less than forgiving insults. It is certain that, although the protection he extended to Calas brought him great honor, the persecutions he inflicted upon me in Geneva brought him little glory in Paris—instead, they provoked universal outrage there. Despite my misfortunes, I enjoy an honor there that he will never attain anywhere else: the respect my memory enjoys in the country where I lived. Goodbye, My Lord.
Letter CCCXCIV – To Mr. J. Burnand
[796]
Môtiers, March 21, 1763.
The answer to your objection, sir, is contained within the very book from which you have drawn it. Read the text and the notes more carefully, and you will find that this objection is resolved.
You want me to remove from my book everything that is against religion; but there is nothing in my book that is contrary to religion.
I would like to be able to please you by doing the work you have assigned to me. Sir, I am infirm, exhausted; I am getting old. I have done my task, perhaps not well, but to the best of my ability. I have presented my ideas to those who guide young people; but I do not know how to write for young people.
You are telling me that I must tell you everything, or else you won’t understand anything at all. This fills me with despair, sir—that you might never understand me; for I simply do not possess the ability to speak to those to whom one must tell everything.
I greet you wholeheartedly, sir.
Letter CCCXCVI – To Mr. J. Burnand
Môtiers, March 28, 1763.
Response to Mr. Burnand’s objection:
But once everything has been shaken, one must preserve the trunk at the expense of the branches, and so on.
I believe this is what a good vicar could say to the audience now.[797]
Mr. Burnand assures me that everyone agrees that there are many things in my book that are critical of Christianity. On this point, as on many others, I do not share the opinions of everyone; moreover, among all those people, I do not see a single Christian.
A man who seeks explanations in order to undermine those who provide them is not very generous; but the oppressed person who dares not offer any explanations is a coward, and I am not afraid of being regarded as such. I have no fear of explanations themselves; what I fear are useless speeches. What I fear most are those idle people who, having nothing to do with their time, want to control mine as well.
I request Mr. Burnand to accept my regards.
Letter CCCXCVIII – To Mr. Moultou
Môtiers-Travers, on this 2nd of April 1763.
It is not that, my dear friend, I disapprove of sending an example to France or that I did not reply to you immediately; but the troubles, the hassles, the suffering, and all those bothersome people make me lazy—punctuality requires a level of effort that exceeds my current capacity. Do as you please; your attempt will be merely futile, and that is all. You only have three copies; I am waiting to get more before sending them to you, though I still don’t know quite how I will manage to do so.
Vernet is a cunning man. I do not approve of letting him read that work, let alone lending it to him. He wants to read it only in order to have it condemned by those little snakes he nurtures—and through them, he spreads his insipid venom against me in the Neuchâtel “Mercure” publications.
You must understand that it is impossible to create such a “carton” once a book has already left the bookstore. If you particularly want to do it for Geneva, then fine, I agree—but I don’t want to get involved in it, and believe me, it will be of no use at all. When one looks for excuses, they can always find some. The people of Geneva have done me too much harm; I hate them. And I know them too well to not despise them. I anticipate the effect of that letter better than you do. I am ashamed to still bear that same title which I once took pride in; within six months, I intend to be free of it.
Your involvement with that company does not surprise me at all; it only reinforces my opinion about all that clerical nonsense. I have no doubt that your friendship for me was indeed the reason for your exclusion, but far from being offended, I congratulate you on it. The life of a clergyman is no longer suitable for a decent person or a true believer. Cast off that shackle that debases you; pursue peacefully your studies, your friends, and virtue; be free, since you have the ability to be so. Those who trade in religion would never understand such things. My own misfortunes taught me too late; may they teach you in time.
I am suffering greatly, my dear friend: I have resumed the use of these instruments in order to try to bring her some relief when you are with me. I cherish this time as the most precious moment of my life, or at least as the sweetest time that remains for me. Please ensure that you are free to come whenever I write to you; for unfortunately, I have even less control over my own time than you do over yours.
I’ve always forgotten to tell you that I have a convertible in Yverdon that I wouldn’t mind selling. Could it be of any use to you on our little excursions? As for me, you know I prefer to walk everywhere. If you have legs, we can use them, but at a slow pace—because I can’t walk fast or cover long distances; nevertheless, I’ll keep going anyway. We’ll chat comfortably; it will be delightful. I kiss you.
If you bring someone along, please at least make sure we get some time alone.
Letter CD – To Mr. J. Burnand
Môtiers, April 4, 1763.
Mi avete inviato un libro molto prezioso e alcune carte davvero bellissime; poiché comunque avete acquistato sia il libro che le carte, non esiste alcuna parità da stabilire, in nessun senso, tra questi regali e quel “barbouillage” di cui parlate. Inoltre, vi ricorderete sicuramente che si tratta di commissioni che avete gentilmente deciso di svolgere per me, e non è onesto trasformare delle conoscenze presenti in opportunità commerciali. Pertanto, vi prego di indicarmi esattamente quanto vi sono costati questi acquisti, affinché, accettando con tanta buona volontà la fatica che vi sono state causate, io possa almeno rimborzarvi le spese sostenute; in caso contrario, sarò costretto a restituirvi il libro e le carte.
Addio, caro e gentile Kirchberger; per favore, riferite i miei saluti a vostra moglie; ditele quanto sia degna della mia gratitudine, poiché rende felice un uomo che ritengo davvero meritevole di tale fortuna, e verso il quale provo un profondo interesse.
Lettera CCCXCII – A Sua Signoria il Maresciallo
Il 21 marzo 1763.
Nella vostra lettera del 19 c’è un articolo che mi ha fatto venire le palpitazioni. Quello sull’ Scozia. Non vi dirò altro se non che darei metà dei giorni che mi restano per trascorrerli lì, e l’altra metà con voi. Ma per quanto riguarda Colombier, non contate su di me. Vi amo, Milord; ma il mio soggiorno deve piacermi, e io semplicemente non posso sopportare quel paese.
Non c’è nulla di paragonabile alla posizione di Frédéric. Sembra che egli ne percepisca tutti i vantaggi e saprà sicuramente sfruttarli al meglio. Tutto ciò che era difficile e arduo è stato già compiuto; tutto ciò che richiedeva il contributo della fortuna è stato già realizzato. A lui non resta ora che occuparsi di attività piacevoli, il cui risultato dipende da lui stesso. Da questo momento in poi, se lo desidera, potrà erigere nella storia un monumento unico; infatti, fino ad ora ha lavorato soltanto per un singolo secolo. L’unico pericolo che gli rimane da evitare è quello della lusinga: se si lascia lodare, è perduto. Che sappia che gli unici elogi degni di lui saranno quelli che proveniranno dalle case dei suoi contadini.
Sapete, Milord, che Voltaire cerca di riconciliarsi con me? Ha avuto un lungo colloquio con Moultou a mio riguardo, nel quale ha interpretato alla perfezione il proprio ruolo: non c’è nulla che non sia tipico del talento di questo grande commediante, abile nell’insegnare attraverso l’arte. Per quanto mi riguarda, non posso promettergli un rispetto che dipenda da me; tuttavia, se lo desidera, sarò sempre pronto a dimenticare tutto. Poiché vi giuro, Milord, che tra tutte le virtù cristiane, nessuna mi costa meno del perdono delle offese. È certo che, se la protezione accordatami dai Calas gli ha portato grande onore, le persecuzioni che mi ha inflitto a Ginevra non ne hanno ottenuto alcuno a Parigi; anzi, queste persecuzioni hanno suscitato un’indignazione universale. Nonostante i miei mali, godo lì di un onore che lui non avrà mai da nessuna parte: quello di aver lasciato la mia memoria in buona considerazione nel paese dove ho vissuto. Addio, Milord.
Lettera CCCXCIV – A Monsieur J. Burnand
[796]
Môtiers, 21 marzo 1763.
La risposta alla vostra obiezione, signore, si trova proprio nel libro da cui l’avete tratta. Leggete il testo e le note con maggiore attenzione: troverete che questa obiezione è già stata risolta.
Volete che rimuova dal mio libro tutto ciò che è contrario alla religione. Ma nel mio libro non c’è nulla che sia contrario alla religione.
Vorrei davvero potervi compiacere svolgendo il lavoro che mi avete affidato. Signore, sono infermo, esausto; invecchio. Ho svolto il mio compito, forse in modo imperfetto, ma con tutte le mie forze. Ho proposto le mie idee a coloro che guidano i giovani; tuttavia non so scrivere per i giovani.
Mi state insegnando che bisogna dirvi tutto, oppure che non capite nulla. Questo mi fa disperare, signore, che possiate mai comprendere; perché io, infatti, non ho il talento di parlare alle persone a cui è necessario dire tutto.
Vi saluto con tutto il mio cuore, signore.
Lettera CCCXCVI – A Monsieur J. Burnand
Môtiers, 28 marzo 1763.
Risposta all’obiezione del signor Burnand:
Ma quando una volta tutto è scosso, bisogna conservare il tronco a scapito dei rami, ecc.
Ecco, credo, ciò che un buon vescovo potrebbe ora dire al pubblico.[797]
Il signor Burnand mi assicura che tutti ritengano che nel mio libro ci siano molte cose contro la religione cristiana. In questo punto, come in molti altri, non condivido l’opinione di tutti; soprattutto perché, tra tutte queste persone, non vedo nessun cristiano.
Un uomo che cerca spiegazioni al solo scopo di compromettere chi le fornisce è poco generoso; ma l’oppresso che non osa fornirle è un codardo, e non ho paura di essere considerato tale. Non temo le spiegazioni; temo i discorsi inutili. Temo soprattutto gli oziosi, che, non sapendo come occupare il proprio tempo, vogliono impadronirsene del mio.
Prego il signor Burnand di accettare i miei saluti.
Lettera CCCXCVIII – A Monsieur Moultou
Môtiers-Travers, il 2 aprile 1763.
Caro amico, non è che disapprovi l’invio di un esemplare in Francia il motivo per cui non vi ho risposto immediatamente; ma la noia, le preoccupazioni, i dolori e gli importuni mi rendono pigro: l’accuratezza richiede uno sforzo che va oltre le mie possibilità attuali. Fate pure ciò che volete; il vostro invio sarà soltanto inutile. Non ho altro da dire. Avete solo tre esemplari; aspetto di ne avere di più per poterveli inviare, anche se ancora non so bene come farlo.
Vernet è un individuo astuto e ingannevole. Non approvo affatto che gli venga fatto leggere quel libro, né tantomeno che gli venga prestato. Vuole vederlo soltanto per farlo criticare da quei piccoli serpenti velenosi che alleva e di cui si serve per diffondere il suo veleno insipido contro di me nei giornali “Mercure de Neuchâtel”.
Dovete capire che è impossibile creare un “carton” per un libro non appena quest’ultimo esce dalla libreria. Se volete farlo, in particolare per Ginevra, bene, vi acconsento, ma non voglio immischiarmi in questa faccenda, e sappiate che sarà inutile. Quando si cercano scuse, se ne trovano sempre. I ginevrini mi hanno fatto troppo male per non odiarli; e io li conosco troppo bene per non disprezzarli. Prevedo meglio di voi l’effetto di quella lettera. Mi vergogno ancora di portare lo stesso titolo di un tempo: entro sei mesi, spero di potermene liberare.
La vostra avventura con quella compagnia non mi sorprende affatto; anzi, conferma la mia opinione su tutta questa setta di preti. Non dubito che la vostra amicizia per me abbia contribuito alla vostra esclusione, ma invece di esserne offeso, vi ne felicito. Lo stato di uomo di chiesa non può più essere adatto a una persona onesta e credente. Lasciatevi indietro quel collare che vi umilia; coltivate in pace le lettere, i vostri amici e la virtù. Siate liberi, se solo potete esserlo. I mercanti di religione non saprebbero certo come comportarsi in questa situazione. I miei mali mi hanno insegnato troppo tardi; che possano insegnare a voi in tempo.
Soffro molto, caro amico: ho ripreso a utilizzare le sonde per cercare di concedermi un po’ di sollievo quando sarete con me. Tratto questo periodo come il più prezioso della mia vita, o almeno come il più dolce che mi rimanga da trascorrere. Vi prego di riservarvi la libertà di venire quando vi scriverò; perché, purtroppo, io sono ancora meno padrone del mio tempo di quanto lo siate voi del vostro.
Ho sempre dimenticato di dirvi che ho a Yverdon una berlina scoperta che non mi dispiacerebbe vendere. Potrebbe esservi utile, intanto, per i nostri piccoli viaggi? Per quanto mi riguarda, sapete bene che preferisco camminare a piedi. Se avete le gambe in salute, la useremo, ma a passi lenti, perché non so andare velocemente né percorrere lunghe distanze; comunque, andrò lo stesso. Parleremo con calma e tranquillità, sarà delizioso. Vi bacio.
Se portate qualcuno con voi, cercate almeno di far sì che possiamo stare un po’ da soli.
Lettera CD – A Monsieur J. Burnand
Môtiers, 4 aprile 1763.
Je suis très content, monsieur, de votre dernière lettre, et je me fais lui très grand plaisir de vous le dire. Je vois avec regret que je vous avais mal jugé. Mais, de grâce, mettez-vous à ma place. Je reçois des milliers de lettres où, sous prétexte de me demander des explications, on ne cherche qu’à me tendre des pièges. Il me faudrait de la santé, du loisir et des siècles pour entrer dans tous les détails qu’on me demande ; et, pénétrant le motif secret de tout cela, je réponds avec franchise, avec dureté même, à l’intention plutôt qu’à l’écrit. Pour vous, monsieur, que mon âpreté n’a point révolté, vous pouvez compter de ma part sur toute l’estime que mérite votre procédé honnête, et sur une disposition à vous aimer, qui probablement aura son effet si jamais nous nous connaissons davantage. En attendant, recevez, monsieur, je vous supplie, mes excuses et mes sincères salutations.
Lettre CDII– À M. Watelet
[800]
Môtiers, 1763.
Vous me traitez en auteur, monsieur ; vous me faites des compliments sur mon livre. Je n’ai rien à dire à cela, c’est l’usage. Ce même usage veut aussi qu’en avalant modestement votre encens, je vous en renvoie une bonne partie. Voilà pourtant ce que je ne ferai pas ; car, quoique vous ayez des talents très vrais, très aimables, les qualités que j’honore en vous les effacent à mes yeux ; c’est par elles que je vous suis attaché ; c’est par elles que j’ai toujours désiré votre bienveillance, et l’on ne m’a jamais vu rechercher les gens à talents qui n’avaient que des talents. Je m’applaudis pourtant de ceux auxquels vous m’assurez que je dois votre estime, puisqu’ils me procurent un bien dont je fais tant de cas. Les miens, tels quels, ont cependant si peu dependu.de ma volonté, ils m’ont attiré tant de maux, ils m’ont abandonné si vite, que j’aurais bien voulu tenir cette amitié, dont vous permettez que je me flatte, de quelque chose qui m’eût été moins funeste, et que je pusse dire être plus à moi.
Ce sera, monsieur, pour votre gloire, au moins je le désire et je l’espère, que j’aurai blâmé le merveilleux de l’Opéra. Si j’ai eu tort, comme cela peut très bien être, vous m’aurez réfuté par le fait ; et si j’ai raison, le succès dans un mauvais genre n’en rendra votre triomphe que plus éclatant. Vous voyez, monsieur, par l’expérience constante du théâtre, que ce n’est jamais le choix du genre bon ou mauvais qui décide du sort d’une pièce. Si la vôtre est intéressante malgré les machines, soutenue d’une bonne musique elle doit réussir ; et vous aurez eu, comme Quinault, le mérite de la difficulté vaincue. Si, par supposition, elle ne l’est pas, votre goût, votre aimable poésie, l’auront ornée au moins de détails charmants qui la rendront agréable ; et c’en est assez pour plaire à l’Opéra français. Monsieur, je tiens beaucoup plus, je vous jure, à votre succès qu’à mon opinion, et non seulement pour vous, mais aussi pour votre jeune musicien ; car le grand voyage que l’amour de l’art lui a fait entreprendre, et que vous avez encouragé, m’est garant que son talent n’est pas médiocre. Il faut en ce genre, ainsi qu’en bien d’autres, avoir déjà beaucoup en soi-même pour sentir combien on a besoin d’acquérir. Messieurs, donnez bientôt votre pièce, et, dussé-je être pendu, je l’irai voir si je puis.
Lettre CDIV– À M. Le maréchal de Luxembourg
Môtiers-Travers, le 23 avril 1763.
Pardonnez-moi, M. le maréchal, une nouvelle importunité : il s’agit d’un doute qui me rend malheureux, et dont personne ne peut me tirer plus aisément ni plus sûrement que vous. Tout le monde ici me trouble de mille vaines alarmes sur de prétendus projets contre ma liberté. J’ai pour voisin depuis quelque temps un gentilhomme hongrois, homme de mérite, dans l’entretien duquel je trouve des consolations. On vient de recevoir et de me montrer un avis que cet étranger est au service de France, et envoyé tout exprès pour m’attirer dans quelque piège. Cet avis a tout l’air d’une basse jalousie. Outre que je ne suis assurément pas un personnage assez important pour mériter tant de soins, je ne puis reconnaître l’esprit français à tant de barbarie, ni soupçonner un honnête homme sur des imputations en l’air. Cependant on se fait ici un plaisir malin de m’effrayer. 4 les en croire, je ne suis pas même en sûreté à la promenade, et je n’entends parler que de projets de m’enlever. Ces projets sont-ils réels ? Est-il vrai qu’on en veuille à ma personne ? Si cela est, l’exécution n’en sera pas difficile, et je suis prêt d’aller me rendre moi-même où l’on voudra, aimant mille fois mieux passer le reste de mes jours dans les fers que dans les agitations continuelles où je vis, et en défiance de tout le monde. Je ne demande ni faveur ni grâce, je ne demande pas même justice ; je ne veux qu’être éclairci sur les intentions du gouvernement. Ce n’est nullement pour me mettre à couvert que je désire en être instruit, comme on le connaîtra par ma conduite ; et si l’on ne pense pas à moi, ce me sera un grand soulagement d’en être instruit. Un mot d’éclaircissement de vous me rendra la vie. Je ne puis croire que ma prière soit indiscrète. Je n’entends pas pour cela que vous me répondiez de rien ; marquez-moi simplement ce que vous pensez, et je suis content ; le doute m’est cent fois pire que le mal. Si vous connaissiez de quelle angoisse votre réponse, telle qu’elle soit, peut me tirer, je connais votre coeur, monsieur le maréchal, et je suis bien sûr que vous ne tarderiez pas à la faire.
Lettre CDVI– À M. Favre
Premier syndic de la république de Genève
[801]
Môtiers-Travers, le 12 mai 1763.
Monsieur,
Revenu du long étonnement où m’a jeté de la part du magnifique Conseil le procédé que j’en devais le moins attendre, je prends enfin le parti que l’honneur et la raison me prescrivent, quelque cher qu’il en coûte à mon coeur.
Je vous déclare donc, monsieur, et je vous prie de déclarer au magnifique Conseil que j’abdique à perpétuité mon droit de bourgeoisie et de cité dans la ville et république de Genève. Ayant rempli de mon mieux les devoirs attachés à ce titre sans jouir d’aucun de ses avantages, je ne crois point être en reste avec l’état en le quittant. J’ai tâché d’honorer le nom Genevois ; j’ai tendrement aimé mes compatriotes ; je n’ai rien oublié pour me faire aimer d’eux ; on ne saurait plus mal réussir : je veux leur complaire jusque dans leur haine. Le dernier sacrifice qui me reste à faire est celui d’un nom qui me fut si cher. Mais, monsieur, ma patrie, en me devenant étrangère, ne peut me devenir indifférente ; je lui reste attaché par un tendre souvenir, et je n’oublie d’elle que ses outrages. Puisse-t-elle prospérer toujours, et voir augmenter sa gloire ! Puisse-t-elle abonder en citoyens meilleurs, et surtout plus heureux que moi !
Recevez, je vous prie, monsieur, les assurances de mon profond respect.
FIN DU TOME SECOND DE LA CORRESPONDANCE
Table de la correspondance
Liste générale des titres
Correspondance
Partie III –
Du 12 mai 1763 au 1er janvier 1766
Depuis son abdication du droit de bourgeoisie,
jusqu’à son départ pour l’Angleterre
Présentation
En renonçant au titre de citoyen de Genève, Rousseau crut que son nom ne serait plus mêlé aux troubles qui agitaient cette république, et que ses amis garderaient le silence. Mais quand on vit qu’il continuait de demeurer dans le voisinage, on crut qu’il prenait toujours quelque intérêt aux discussions orageuses qui l’affligeaient. Alors il forma le projet d’aller au loin chercher une retraite. Une persécution directe du clergé protestant accéléra l’exécution de ce projet. Il partit pour l’Angleterre.
I am very pleased, sir, with your last letter, and I take great pleasure in telling you so. I regret that I had misjudged you. But please put yourself in my position. I receive thousands of letters in which, under the pretext of asking for explanations, people are actually trying to lay traps for me. It would take me good health, plenty of time, and centuries to address all the details they ask me about; and upon understanding the true motives behind it all, I reply frankly—even harshly—to their intentions, rather than to their words. As for you, sir, since my severity has not offended you, you may be assured of all the respect that your honest conduct deserves, as well as of my willingness to grow fond of you—if we ever get to know each other better. In the meantime, please accept my apologies and my sincere regards.
Letter CDII – To Mr. Watelet
[800]
Môtiers, 1763.
You treat me as an author, sir; you offer me compliments on my book. I have nothing to say in response to that—it is the custom. Yet, by the same convention, when I humbly accept your praise, I should also return a fair portion of it to you. But this is something I will not do. For, although you possess very genuine and endearing talents, the qualities that I honor in you overshadow them in my eyes. It is because of these qualities that I am attached to you; it is for their sake that I have always desired your goodwill. Yet, I have never sought out people who are talented merely because they are talented. Nevertheless, I take pride in those whom you assure me deserve your respect—since they bring me a benefit that I hold in such high esteem. But my own friends, as they are, have so little depended on my will; they have brought me so much suffering and left me so quickly. I would have wished to maintain this friendship, of which you allow me to boast, if it had been something less harmful to me—and if I could say that it truly belonged to me.
Sir, it will be for your glory, at least I hope and desire it, that I have criticized the merits of this opera. If I am wrong—which is quite possible—I shall be refuted by the facts themselves; and if I am right, then the success of a poor-quality work will only make your triumph all the more brilliant. You see, sir, from my constant experience in the theater that it is never the choice of whether a work is good or bad that determines its fate. If your piece is interesting despite its elaborate staging and is supported by good music, it is bound to succeed; and you will have, just like Quinault, earned the merit of overcoming such difficulties. Even if, hypothetically, it does not succeed, your taste and your delightful poetic style will at least add charming details that will make it pleasing to the French public. Sir, I swear that I care far more about your success than about my own opinion—and this is true not only for you but also for your young musician. For the great journey that his passion for art has led him on, and which you have encouraged, assures me that his talent is by no means mediocre. In this field, as in many others, one must already possess considerable abilities within oneself to realize how much one still needs to learn. Gentlemen, please present your play soon; and even if it costs me my life, I will go to see it if I can.
Letter CDIV – To Mr. The Marshal of Luxembourg
Môtiers-Travers, April 23, 1763.
Forgive me, Monsieur the Marshal, for this further importunity: it is a doubt that fills me with sorrow, and none but you could dispel it so easily and so surely. Everyone here troubles me with countless baseless alarms about supposed plots against my freedom. For some time now, I have been living next to a Hungarian gentleman of merit, whose company brings me some solace. Recently, I was shown a document claiming that this foreigner is in the service of France and has been sent specifically to lure me into some trap. This document seems nothing but the work of petty jealousy. Besides the fact that I am certainly not a person of such importance as to merit such attention, I cannot believe that Frenchmen would stoop to such barbarity, nor can I suspect an honest man of such baseless accusations. Yet people here take great pleasure in frightening me. If I believed them, I would not even feel safe out walking; all I hear are plans to abduct me. Are these plans real? Is there truly someone who seeks my harm? If so, it would be easy enough to carry them out, and I am ready to go wherever they wish—far preferable to continuing this life of constant turmoil and suspicion, regardless of what anyone else thinks. I ask for neither favor nor mercy, nor even justice; I simply want to know the government’s intentions. It is not to protect myself that I seek this clarity, as my behavior will speak for itself. If they have no ill intent toward me, then knowing it would bring me great relief. A single word from you could change my life entirely. I cannot believe my request is impertinent. But I do not expect you to give me a definite answer; simply let me know what you think, and that will be enough. Doubt itself is far worse than any harm that might come. If you knew how much relief your response would bring me, knowing your heart, Monsieur the Marshal, I am certain you would act without delay.
Letter CDVI – To Mr. Favre
First Syndic of the Republic of Geneva
[801]
Môtiers-Travers, May 12, 1763.
Sir,
Having recovered from the profound astonishment caused by the manner in which the magnificent Council handled matters—in a way I could least have expected—it is now time for me to take the course that honor and reason dictate, no matter what cost it may impose upon my heart.
I therefore declare to you, sir, and I request you to declare to the magnificent Council that I renounce forever my rights as a burgher and citizen of the city and republic of Geneva. Having fulfilled to the best of my ability the duties attached to this status without enjoying any of its privileges, I believe that I do not owe the state anything upon leaving it. I have tried to honor the name of Geneva; I have loved my fellow citizens with deep affection; I have done everything in my power to earn their respect and love—yet I could not have failed more miserably. I am willing to please them even in their hatred. The last sacrifice I am forced to make is that of a name which was so dear to me. But, sir, though my country has become foreign to me, it can never cease to be dear to my heart; I am still bound to it by tender memories, and I only remember its insults. May it prosper forever and see its glory grow ever greater! May it produce more worthy citizens—and, above all, happier ones than I have been!
Please accept, sir, my sincere expressions of deep respect.
END OF VOLUE TWO OF THE CORRESPONDENCE
Correspondence Table
General list of titles
Correspondence
Part III –
From May 12, 1763, to January 1, 1766.
Since he renounced his bourgeois rights,
until his departure for England
Presentation
By renouncing his citizenship of Geneva, Rousseau believed that his name would no longer be associated with the troubles that plagued that republic, and that his friends would remain silent. However, when it became apparent that he continued to reside in the vicinity, people assumed that he still had some interest in those tumultuous debates that afflicted him. Consequently, he decided to go far away in search of a place of retreat. Direct persecution by the Protestant clergy hastened the realization of this plan. He set off for England.
Sono molto contento, signore, della sua ultima lettera, e mi fa grande piacere dirglielo. Mi dispiace ammettere di averla giudicata male in passato; ma, per favore, mettasi nei miei panni. Ricevo migliaia di lettere nelle quali, sotto il pretesto di chiedermi spiegazioni, si cerca soltanto di tendermi trappole. Mi servirebbero salute, tempo libero e secoli interi per rispondere a tutti i dettagli che mi vengono richiesti; e, comprendendo il vero scopo di tutto ciò, rispondo con franchezza, persino con durezza, più all’intenzione che alle parole scritte. Per lei, signore, la mia asprezza non deve averla offeso: può contare sulla mia stima per il suo comportamento onesto, e su una disponibilità ad amarla che probabilmente avrà i suoi effetti se un giorno ci conosceremo meglio. Nel frattempo, le invio le mie scuse e i miei sinceri saluti.
Lettera CDII – A Monsieur Watelet
[800]
Môtiers, 1763.
Mi trattate come un autore, signore; mi fate complimenti sul mio libro. Non ho nulla da dire al riguardo, è l’uso. Ma lo stesso uso vuole anche che, accettando umilmente i vostri elogi, ne restituisca una buona parte a voi. Eppure questo non farò; perché, sebbene abbiate talenti veri e amabili, le qualità che onoro in voi le offuscano ai miei occhi. È per queste qualità che vi sono legato; è per esse che ho sempre desiderato la vostra benevolenza. E nessuno mi ha mai visto cercare persone dotate soltanto di talento, senza altre qualità. Tuttavia, mi compiaccio di quelle persone per le quali mi assicurate che devo la vostra stima, poiché mi procurano un bene di cui tengo molto. I miei amici, invece, non dipendevano affatto dalla mia volontà. Mi hanno portato tanti mali. Mi hanno abbandonato così rapidamente. Che avrei voluto che questa amicizia, di cui vi permettete che mi vanti, fosse qualcosa di meno funesto per me. Qualcosa che potessi davvero considerare mio.
Signore, sarà per la vostra gloria, almeno lo desidero e lo spero, che io abbia criticato aspramente le meraviglie di questo spettacolo operistico. Se ho sbagliato, come è molto possibile, voi mi avrete contraddetto con i fatti; e se ho ragione, il successo in un genere errato renderà ancora più brillante la vostra vittoria. Vedete, signore: dall’esperienza costante nel mondo del teatro, si sa che non è mai la scelta di un genere “buono” o “cattivo” a determinare il destino di un’opera. Se la vostra opera è interessante nonostante l’uso di macchinari scenici e se è sostenuta da una buona musica, sicuramente avrà successo; e voi avrete, come Quinault, il merito di aver vinto una difficoltà apparentemente insormontabile. Se, per ipotesi, non dovesse avere successo, il vostro gusto, la vostra poetica affascinante le daranno comunque dettagli incantevoli che la renderanno piacevole; e questo basterà per soddisfare i gusti del pubblico francese. Signore, vi giuro che il vostro successo è molto più importante, per me, della mia opinione. Non solo per voi, ma anche per il vostro giovane musicista: poiché il lungo percorso intrapreso da lui nell’amore per l’arte, e che voi avete incoraggiato, mi garantisce che il suo talento non è affatto mediocre. In questo campo, come in molti altri, bisogna già possedere grandi capacità interiori per rendersi conto di quanto sia necessario continuare ad imparare. Signori, presentate presto la vostra opera. E, anche se dovessi essere impiccato, andrò a vederla, se possibile.
Lettera CDIV – A Sua Eccellenza il Maresciallo di Lussemburgo
Môtiers-Travers, 23 aprile 1763.
Perdonatemi, signor maresciallo, un’altra richiesta importuna: si tratta di un dubbio che mi rende infelice, e dal quale nessuno potrebbe liberarmi con maggiore facilità o sicurezza di voi. Tutti qui mi turbano con innumerevoli allarmi vane riguardo a presunti progetti contro la mia libertà. Da qualche tempo ho per vicino un gentiluomo ungherese, un uomo meritevole; nel suo dialogo trovo conforto. Abbiamo appena ricevuto e mi è stato mostrato un documento secondo cui questo straniero lavorerebbe a favore della Francia ed sarebbe stato inviato appositamente per attirarmi in qualche trappola. Questo documento sembra nascere da una meschina gelosia. Oltre al fatto che di certo non sono una persona così importante da meritare tali attenzioni, non riesco a riconoscere lo spirito francese in tanta barbarie, né posso sospettare un uomo onesto di basse intenzioni su accuse prive di fondamento. Tuttavia, qui si trova piacere nel spaventarmi. Se ci credessi, non sarei nemmeno al sicuro durante le passeggiate; si parla sempre di progetti per rapirmi. Sono questi progetti reali? È vero che qualcuno abbia intenzioni contro di me? Se così fosse, l’esecuzione non sarebbe difficile. Sarei pronto ad andarmi da solo dove si desidera, preferendo mille volte trascorrere il resto dei miei giorni in prigione piuttosto che nella continua agitazione in cui vivo, indipendentemente da tutti. Non chiedo né favori né grazie. Non chiedo nemmeno giustizia; voglio solo essere chiarito riguardo alle intenzioni del governo. Non desidero affatto mettermi al riparo. Voglio soltanto sapere la verità, e si vedrà dalla mia condotta se ho ragione o meno. Se nessuno pensa a me, sarà un grande sollievo saperlo. Una sola parola da parte vostra mi restituirà la pace. Non posso credere che la mia richiesta sia inopportuna. Questo non significa che vi aspetti una risposta concreta. Ditemi semplicemente cosa pensate. Il dubbio è per me cento volte peggiore del male stesso. Se solo sapeste di quale angoscia può liberarmi la vostra risposta, qualunque essa sia. Conosco il vostro cuore, signor maresciallo. Sono certo che non esitereste a rispondermi al più presto possibile.
Lettera CDVI – A Monsieur Favre
Primo sindaco della repubblica di Ginevra
[801]
Môtiers-Travers, 12 maggio 1763.
Signore,
Ritornato dallo stupore profondo che mi aveva colpito di fronte al comportamento del magnifico Consiglio, che non era affatto ciò che mi aspettavo, decido finalmente di adottare la posizione che onore e ragione mi impongono, per quanto costoso possa essere per il mio cuore.
Vi dichiaro quindi, signore, e vi prego di comunicare al magnifico Consiglio che rinuncio per sempre al mio diritto di cittadinanza nella città e repubblica di Ginevra. Avendo adempiuto nel miglior modo possibile ai doveri connessi a tale titolo senza godere di alcuno dei suoi vantaggi, non credo di dover nulla allo Stato lasciandolo. Ho cercato di onorare il nome di Ginevra; ho amato profondamente i miei connazionali; non ho trascurato nulla per essere amato da loro. Non si potrebbe fallire di più: desidero compiacerli anche nel loro odio. L’ultima sacrificio che mi resta da fare è quello di un nome che mi è stato così caro. Ma, signore, la mia patria, diventandomi straniera, non può diventarmi indifferente; rimango legato a lei per un tenero ricordo, e non la dimentico se non nei suoi oltraggi. Possa prosperare sempre e vedere aumentare la sua gloria! Possa essere ricca di cittadini migliori, e soprattutto più felici di me!
Lei sia certo, signore, delle mie più sincere manifestazioni di rispetto.
Fine del secondo volume della corrispondenza.
Tabella della corrispondenza
Elenco generale dei titoli
Corrispondenza
Parte III –
Dal 12 maggio 1763 al 1° gennaio 1766
Dall’abdicazione al proprio ruolo di borghese,
fino alla sua partenza per l’Inghilterra
Presentazione
Rinunciando al titolo di cittadino di Ginevra, Rousseau pensò che il suo nome non sarebbe più stato associato ai turbamenti che agitavano quella repubblica e che i suoi amici avrebbero mantenuto il silenzio. Tuttavia, quando si vide che continuava a risiedere nelle vicinanze, si credette che fosse ancora interessato alle violente discussioni che lo affliggevano. Allora decise di andare lontano in cerca di un rifugio. Una persecuzione diretta da parte del clero protestante accelerò la realizzazione di questo progetto; partì per l’Inghilterra.
Dans cette partie, où figure une lettre à madame Latour, il y a une lacune indiquée par des points. J’ai consulté le manuscrit, que je n’ai pu me procurer que depuis l’impression du volume. Voici ce que j’y trouve, après ces mots, mais vous l’avez toujours : » dans les lettres faites pour être montrées, je me soutiens mieux ; mais je ne cache point ma faiblesse en vous écrivant. » J’imagine que le motif de cette suppression était de ne pas faire voir que Rousseau manquait quelquefois de courage, et que, dans certaines circonstances, il écrivait des lettres pour être montrées. Mais il est aisé de s’en convaincre en les lisant toutes, et de distinguer celles où son coeur s’épanchait sans réserve, du petit nombre de lettres qu’il savait devoir courir le monde. On peut en voir la preuve dans celle adressée à Du Peyrou, le 8 août 1765. Du reste, des suppressions de ce genre me paraissent blâmables. Rien ne dispense de dire la vérité sur celui dont la maxime était de sacrifier sa vie à la vérité : on peut éclairer de son flambeau toutes les actions de Jean-Jacques, sa morale, ses sentiments, depuis qu’il a pris la plume. On trouvera quelquefois de la faiblesse, du découragement, mais jamais de bassesse ; et quand on n’arriverait pas au résultat qu’on a la satisfaction d’obtenir, il n’en faudrait pas moins dire la vérité.
1763 (suite)
Lettre CDVII – À Madame La Tour
Lettre CDVIII– À Marc Chapuis
Lettre CDIX– Au même
Lettre CDX– À M. Moultou
Lettre CDXI– À M.A.A
Lettre CDXII– À M. Théodore Rousseau
Lettre CDXIII– À Madame La Tour
Lettre CDXIV– À M. Moultou
Lettre CDXV– Au même
Lettre CDXVI– À M. Deluc
Lettre CDXVII– À M. de Gauffecourt
Lettre CDXVIII– À M. Usteri
Lettre CDXIX– À M. F.H Rousseau
Lettre CDXX– À M. Duclos
Lettre CDXXI– Au même
Lettre CDXXII– À M. Martinet
Lettre CDXXIII– À M. Moultou
Lettre CDXXIV– À Madame La Tour
Lettre CDXXV– À M. d’Ivernois
Lettre CDXXVI– À M.***
Lettre CDXXVII– À M.***
Lettre CDXXVIII– À M.G
Lettre CDXXIX– À M. Le prince Louis-Eugène de Wirtemberg
Lettre CDXXX– À Madame La Tour
Lettre CDXXXI– À la même
Lettre CDXXXII– À M. le prince L.E de Wirtemberg
Lettre CDXXXIII– À M. Régnault
Lettre CDXXXIV– À Madame La Tour
Lettre CDXXXV– À Madame de Luze Warney
Lettre CDXXXVI– Au prince L.E de Wirtemberg
Lettre CDXXXVII– À M. l’abbé de***
Lettre CDXXXVIII– À Madame de B.
Lettre CDXXXIX– À M…
Lettre CDXL– À M. de Conzié
Lettre CDXLI– À M…
Lettre CDXLII– À M. le prince de Wirtemberg
Lettre CDXLIII– À M. M***
Lettre CDXLIV– À M. d’Ivernois
Lettre CDXLV– À Madame La Tour
Lettre CDXLVI– À Madame la comtesse de Boufflers
Table de la correspondance
Lettre CDVII – À Madame La Tour
À Môtiers, le 14 mai 1763.
Vous avez des peines, madame, qui ajoutent aux miennes, et moi l’on me fait vivre dans un tumulte continuel, qui ne rend peut-être que trop excusable l’inexactitude que vous avez la bonté de me reprocher. Je vous remercierais des choses vives que vous me dites là-dessus, si je n’y voyais qu’en rendant justice à ma négligence vous ne la rendez pas âmes sentiments. Mon coeur vous venge assez de mes torts avec vous pour vous épargner le soin de m’en punir, et ces torts ont pour principe un défaut, mais non pas un vice. Comment pouvez-vous me soupçonner de tiédeur au milieu des adversités que j’éprouve ? L’heureux ne sait s’il est aimé, disait un ancien poète ; et moi j’ajoute, L’heureux ne sait pas aimer. Jamais je n’eus le coeur si tendre pour mes amis que depuis que mes malheurs m’en ont si peu laissé. Croyez-m’en madame, je vous supplie ; je vous compte avec attendrissement danser petit nombre, et dans les convenances qui nous lient, j’en vois avec douleur une de trop.
Je vous avoue que je ne relis pas vos lettres depuis assez longtemps : vous concluez de là qu’elles me sont indifférentes, et c’est tout le contraire. Il faudrait, pour me juger équitablement, vous faire une idée de ma situation, et cela nous est impossible ; il faut la connaître pour la comprendre, je ne dois pas même tenter de vous l’expliquer. Je vous dirai seulement que, parmi des ballots de lettres que je reçois continuellement, feu met part des liasses qui me sont chères, et dans lesquelles les vôtres n’occupent sûrement pas le dernier rang ; mais le tout reste mêle et confondu jusqu’à ce que j’aie le loisir d’en faire le triage. Parmi les qualités que vous avez, et qui me manquent, l’esprit d’arrangement est une de celles dont la privation me cause, sinon le plus grand préjudice, au moins le plus continuel. Tous mes papiers sont pêle-mêle ; pour en trouver un. il faut les feuilleter tous, et je passe ma vie et à chercher et à brouiller davantage, sans qu’après mille résolutions il m’ait jamais été possible de me corn, là-dessus. Il s’agit donc de trier vos lettres, et pour cela il faut tout renverser, tout fureter ; pour mettre tout en ordre il faut commencer par tout mettre sens dessus dessous : cela demande un temps qu’on ne me laisse pas à présent, et un domicile assuré que je suis bien loin d’avoir en ce pays. Je ne prévois pas de pouvoir faire cette revue avant l’hiver, temps où la mauvaise saison forcera les importuns à me laisser quelque trêve, et où ma situation sera probablement plus stable qu’elle ne l’est à présent. C’est un temps de plaisir que je me ménage, que celui que je passerai à vous relire, et à m’arranger pour pouvoir vous relire souvent. Jusqu’à ce moment, qu’il ne dépend pas de moi d’accélérer, usez, de grâce, avec moi d’indulgence, et croyez que mon coeur n’est indifférent sur rien de ce que vous m’écrivez, quoique je ne réponde pas à tout, et même que j’en oublie quelque chose.
Quoique je fusse bien fâché de recevoir le monsieur dans vos lettres, je voudrais bien, madame, y trouver un titre, et il me semble que vous me l’aviez promis : je vous avertis que ce n’est pas de ces choses qu’il soit permis d’oublier. Il faut pourtant avouer que j’en ai oublié une, et que si vous me jugez à la rigueur cet oubli me rend indigne de la savoir ; c’est votre nom de baptême, que vous m’avez dit dans une de vos lettres, et que je rougis devant vous de ne pouvoir me rappeler. Je n’ai que cet aveu pour ma justification ; mais vous qui lisez si bien dans les coeurs, vous excuserez le mien : quand un crime de cette espèce nous rend vraiment coupable, on ne l’avoue jamais. De grâce, le joli nom de baptême ; car notez que je me souviens très bien qu’il l’est. En Vérité, vous êtes trop madame pour que je vous appelle madame plus longtemps.
Si je veux voir votre portrait ! Ah ! non seulement le voir, mais l’avoir s’il était possible. À la vérité, je suis bien éloigné d’avoir du superflu ; mais si une copie de ce précieux portrait, faite pourtant de bonne main, pouvait ne coûter que huit à dix pistoles, ce ne serait pas les prendre sur mon nécessaire, ce serait y pourvoir. Voyez ce qui se peut faire, et ce que vous pouvez permettre que je fasse Un présent d’un prix inestimable sera votre consentement ; vous sentez que ma proposition en exclut toute autre.
Je ne vous ai point envoyé, madame, d’explication ultérieure sur la terre en question ; d’abord, parce que je remis votre lettre à M. notre châtelain, qui l’envoya à M. de Bioley son beau-frère, et celui-ci l’a gardée un temps infini. Ensuite, je trouvai que les éclaircissements qui me furent donnés verbalement n’ajoutaient rien à ce que je vous avais déjà écrit. On consent, et l’on avait déjà consenti à toutes les consultations qui peuvent vous être utiles ; on vous prie seulement de n’en parler qu’autant qu’il convient à vos intérêts. Quant aux petites parties dont la recette est composée, elles ne causent aucun embarras, puisqu’elles s’apportent toutes au château le jour marqué, et qu’on peut affermer le tout, ou charger un receveur de ce détail. Une autre raison encore a un peu ralenti le zèle que j’avais de vous voir acquérir des possessions en ce pays ; mais cette raison ne regardant absolument que moi, ne doit rien changer à vos projets : ainsi nous en parlerons plus à loisir.
Me voilà bien en train de babiller, et tant pis pour vous, madame, car, quand je bavarde tant, je ne sais plus ce que je dis : tant pis aussi pour moi, peut-être ; j’ai peur, quand ma ferveur se réchauffe, que la vôtre ne vienne à s’attiédir. N’aurait-elle point déjà commencé ?
Observation
In this section, which contains a letter to Madame Latour, there is a gap indicated by dots. I consulted the manuscript, which I was only able to obtain after the book was published. Here is what I found after those words—though you already have it: “In letters meant to be shown, I feel more at ease; but when writing to you, I do not conceal my weakness.” I suppose the reason for this deletion was to avoid showing that Rousseau sometimes lacked courage and that, under certain circumstances, he wrote letters that were intended for public display. However, it is easy to see this by reading all his letters and distinguishing between those in which his heart poured out its feelings without reservation and the few letters he knew would be circulated widely. Evidence of this can be found in the letter he sent to Du Peyrou on August 8, 1765. Nevertheless, such deletions seem regrettable. Nothing excuses failing to tell the truth about someone whose motto was to sacrifice his life for the truth: one can use his words to illuminate every action of Jean-Jacques, his morality, and his sentiments, from the moment he took up the pen. One may occasionally find signs of weakness or discouragement, but never any baseness; and even if one does not achieve the desired outcome, it is still necessary to tell the truth.
1763 (continued)
Letter CDVII – To Madame La Tour
Letter CDVIII – To Marc Chapuis
Letter CDIX – To the Same One
Letter CDX – To Mr. Moultou
Letter CDXI – To M.A.A
Letter CDXII – To Mr. Theodore Rousseau
Letter CDXIII – To Madame La Tour
Letter CDXIV – To Mr. Moultou
Letter CDXV – To the Same One
Letter CDXVI – To Mr. Deluc
Letter CDXVII – To Mr. de Gauffecourt
Letter CDXVIII – To Mr. Usteri
Letter CDXIX – To Mr. F.H. Rousseau
Letter CDXX – To Mr. Duclos
Letter CDXXI – To the Same One
Letter CDXXII – To Mr. Martinet
Letter CDXXIII – To Mr. Moultou
Letter CDXXIV – To Madame La Tour
Letter CDXXV – To Mr. d’Ivernois
Letter CDXXVI – To Mr. ***
Letter CDXXVII – To Mr. ***
Letter CDXXVIII – To M.G
Letter CDXXIX – To Mr. Prince Louis-Eugène of Württemberg
Letter CDXXX – To Madame La Tour
Letter CDXXXI – To the Same One
Letter CDXXXII – To Mr. Prince L.E. of Württemberg
Letter CDXXXIII – To Mr. Régnault
Letter CDXXXIV – To Madame La Tour
Letter CDXXXV – To Madame de Luze Warney
Letter CDXXXVI – To Prince L.E. of Württemberg
Letter CDXXXVII – To Mr. Abbé de***
Letter CDXXXVIII – To Madame de B.
Letter CDXXXIX – To M.
Letter CDXL – To Mr. de Conzié
Letter CDXLI – To M.
Letter CDXLII – To His Highness the Prince of Württemberg
Letter CDXLIII – To Mr. M***
Letter CDXLIV – To Mr. d’Ivernois
Letter CDXLV – To Madame La Tour
Letter CDXLVI – To Madame la Comtesse de Boufflers
Correspondence Table
Letter CDVII – To Madame La Tour
At Môtiers, on May 14, 1763.
Madam, you suffer hardships that only add to mine, and I am forced to live in a constant state of turmoil—a circumstance that perhaps makes the inaccuracies you kindly reproach me all the more understandable. I would be grateful for the sincere words you address me on this matter, were it not for the fact that, by acknowledging my own negligence, you seem to be condemning my very feelings as well. My heart already avenges my faults towards you sufficiently; there is no need for you to take the trouble to punish me. Moreover, these faults stem from shortcomings, not true vices. How can you suspect me of indifference in the face of all the adversities I endure? “The happy man does not know whether he is loved,” said an ancient poet; and I would add: “The happy man does not even know how to love.” Never before have I felt such tenderness towards my friends as since my misfortunes have left so little of me. Believe me, madam—I implore you. I consider you among those few people who truly understand me, and in the bonds that connect us, I see one too many that cause me pain.
I must admit that I haven’t read your letters for quite some time; you might therefore conclude that they are of no interest to me, but the truth is quite the opposite. To judge me fairly, it would be necessary for you to understand my situation, but that is utterly impossible for us. One must know something in order to understand it, and I don’t even attempt to explain it to you. I will only say that, among the piles of letters I receive constantly, fire destroys those bundles that are dear to me, and your letters certainly are not at the very bottom of that list; yet everything remains mixed up until I have the time to sort them out. Among the qualities you possess—and which I lack—organizational skills are certainly one of those whose absence causes me the greatest, or at least the most persistent, inconvenience. All my papers are in a complete mess; to find any one of them, I have to go through them all, and in doing so, I only end up losing more time and making things even more chaotic. Despite countless attempts, I have never been able to sort them out properly. What is needed is to go through your letters carefully and systematically; but to do that, everything must be turned upside down and searched through thoroughly. To put everything in order, one must first start by throwing it all into chaos—something that, at present, I simply don’t have the time for. Moreover, I far from have a stable residence in this country. I don’t expect to be able to go through these letters before winter arrives, when the bad weather will probably force those who bother me to give me some respite, and my situation will likely become more stable than it is now. That is the time I look forward to—the time I will spend rereading your letters and making arrangements so that I can read them often. Until then, since it is not up to me to speed up this process, please be kind enough to show me some patience. Believe me, my heart is far from indifferent to anything you write to me, even if I do not respond to everything or even forget about some of your messages.
Although I was very displeased to receive that gentleman’s name in your letters, I would still like, madam, to find some justification for it there; and it seems to me that you had promised to give me one. I warn you that such things cannot be forgotten. However, I must admit that I have forgotten one, and if you judge me strictly on this account, then this forgetfulness makes me unworthy of knowing it. It is your baptismal name—that you told me in one of your letters—and I am ashamed before you that I cannot recall it. This is all I have to offer as an explanation; but you, who read people’s hearts so well, will surely forgive mine. When a crime of this kind truly makes us guilty, we never admit it. Please, tell me that beautiful baptismal name again. For I remember very well indeed that it exists. In truth, you are too noble, madam, for me to continue calling you “madam” any longer.
If only I could see your portrait! Ah, not merely see it, but possess it if that were possible. To be honest, I am far from having any surplus resources; but if a copy of this precious portrait, made with care and skill, could cost only eight or ten pistoles, it would not mean taking anything away from what I need urgently—it would simply mean providing for such a need. Please consider what can be done, and what you might allow me to do. A gift of immeasurable value would be your consent; you yourself see that my proposal excludes any other possibility.
Madam, I have not sent you any further explanations regarding the land in question; firstly, because I handed your letter over to our lord of the castle, who then sent it to Mr. de Bioley, his brother-in-law, and he kept it for an indefinitely long time. Secondly, I found that the verbal clarifications given to me added nothing to what I had already written to you. Everyone agreed—and had indeed agreed—to all the arrangements that might be of use to you; we merely ask you to mention them only when it is appropriate to your interests. As for those small items whose collection constitutes the income, they do not cause any trouble at all, since they are all brought to the castle on the designated day, and it is possible to account for everything in detail or to entrust a clerk with this task. There is another reason as well that somewhat slowed down my enthusiasm to help you acquire property in this region; but since this reason concerns only me personally, it should in no way affect your plans; we will discuss it at more leisure later on.
Here I am, talking at length, and it’s bad for you, madam, because when I talk so much, I don’t even remember what I’m saying. And it might also be bad for me; I’m afraid that as my enthusiasm grows hotter, yours might begin to cool down. Has it perhaps already started?
Observation
In questa parte, che contiene una lettera indirizzata a madame Latour, vi è una lacuna indicata da punti. Ho consultato il manoscritto, che sono riuscito a ottenere soltanto dopo la pubblicazione del volume. Ecco ciò che ho trovato: “Nelle lettere destinate ad essere mostrate, mi sento più a mio agio; ma non nascondo la mia debolezza scrivendovi.” Immagino che il motivo di questa omissione fosse quello di evitare di far credere che Rousseau a volte mancasse di coraggio, e che, in alcune circostanze, scrivesse lettere destinate ad essere mostrate. Tuttavia, è facile convincersene leggendo tutte le sue lettere e distinguere quelle in cui il suo cuore si apriva senza riserve da quel ristretto numero di missive che sapeva sarebbero finite tra le mani del pubblico. Una prova di ciò si trova nella lettera indirizzata a Du Peyrou l’8 agosto 1765. In ogni caso, considero queste omissioni biasimevoli. Niente può giustificare il fatto di nascondere la verità su una persona la cui massima era quella di sacrificare la propria vita per la verità: si possono illuminare con la sua luce tutte le azioni di Jean-Jacques, la sua morale, i suoi sentimenti, da quando ha preso in mano la penna. A volte si troveranno tracce di debolezza e scoraggiamento, ma mai bassezza; e anche se non si riuscisse ad ottenere il risultato desiderato, è comunque necessario dire la verità.
1763 (continuazione)
Lettera CDVII – A Madame La Tour
Lettera CDVIII – A Marc Chapuis
Lettera CDIX – Allo stesso.
Lettera CDX – A Monsieur Moultou
Lettera CDXI – A M.A.A
Lettera CDXII – A Monsieur Théodore Rousseau
Lettera CDXIII – A Madame La Tour
Lettera CDXIV – A Monsieur Moultou
Lettera CDXV – Allo stesso.
Lettera CDXVI – A Monsieur Deluc
Lettera CDXVII – A Monsieur de Gauffecourt
Lettera CDXVIII – A Monsieur Usteri
Lettera CDXIX – A Monsieur F.H. Rousseau
Lettera CDXX – A Monsieur Duclos
Lettera CDXXI – Allo stesso.
Lettera CDXXII – A Monsieur Martinet
Lettera CDXXIII – A Monsieur Moultou
Lettera CDXXIV – A Madame La Tour
Lettera CDXXV – A Monsieur d’Ivernois
Lettera CDXXVI – A Monsieur ***
Lettera CDXXVII – A Monsieur ***
Lettera CDXXVIII – A M.G
Lettera CDXXIX – A Sua Altezza Serenissima il Principe Luigi-Eugenio di Württemberg
Lettera CDXXX – A Madame La Tour
Lettera CDXXXI – Alla stessa persona
Lettera CDXXXII – A Sua Altezza Serenissima il principe L.E di Wirtemberg
Lettera CDXXXIII – A Monsieur Régnault
Lettera CDXXXIV – A Madame La Tour
Lettera CDXXXV – Alla signora de Luze Warney
Lettera CDXXXVI – Al principe L.E di Wirtemberg
Lettera CDXXXVII – A Monsignor l’abate de***
Lettera CDXXXVIII – Alla Signora de B.
Lettera CDXXXIX – A M.
Lettera CDXL – A Monsieur de Conzié
Lettera CDXLI – A M.
Lettera CDXLII – Al signor principe di Württemberg
Lettera CDXLIII – A Monsieur M***
Lettera CDXLIV – A Monsieur d’Ivernois
Lettera CDXLV – A Madame La Tour
Lettera CDXLVI – Alla contessa di Boufflers
Tabella della corrispondenza
Lettera CDVII – A Madame La Tour
A Môtiers, il 14 maggio 1763.
Signora, le vostre dolori si aggiungono ai miei; inoltre, mi si costringe a vivere in un continuo tumulto, il che rende forse troppo scusabile l’imprecisione di cui avete la bontà di rimproverarmi. Vi ringrazierei per le parole sincere che mi dite al riguardo, se non vedessi nel fatto stesso che, giustificando la mia negligenza, voi non state in realtà offrendo giustizia ai miei veri sentimenti. Il mio cuore vi vendica ampiamente dei miei torti, tanto da risparmiarvi il disturbo di punirmi; e questi torti hanno come origine un difetto, ma non un vizio. Come potete sospettare che io sia freddo o indifferente di fronte alle avversità che incontro? “Il felice non sa se è amato”, diceva un antico poeta; e io aggiungo: “Il felice non sa nemmeno come si ami”. Mai il mio cuore è stato così tenero nei confronti dei miei amici come da quando i miei mali ne hanno ridotto tanto la possibilità di manifestarsi. Credetemi, signora. Vi prego con sincera emozione: tra le relazioni che ci legano, ne vedo una soltanto che non dovrebbe esistere.
Vi confesso che da molto tempo non rileggo le vostre lettere; da questo deducete che mi siano indifferenti, ma è tutto il contrario. Per giudicarmi equamente, sarebbe necessario che conosceste la mia situazione, ma ciò è impossibile; per comprenderla bisogna prima conoscerla, e io non devo nemmeno tentare di spiegarvela. Vi dirò soltanto che, tra i mucchi di lettere che ricevo continuamente, il fuoco separa quelle che mi sono care, e tra queste le vostre sicuramente non occupano l’ultimo posto; tuttavia tutto rimane mescolato fino a quando non avrò il tempo di fare una selezione. Tra le qualità che possedete e che a me mancano, l’organizzazione è senz’altro quella la cui mancanza mi causa, se non il maggior danno, almeno il più continuo. Tutti i miei documenti sono in disordine; per trovarne uno bisogna sfogliarli tutti, e io passo la mia vita a cercare e a confondere ancora di più le cose, senza che, nonostante mille risoluzioni, sia mai riuscito a mettere ordine. Quindi, per selezionare le vostre lettere, è necessario rovesciare tutto, frugare dappertutto; per sistemare tutto bisogna prima metterlo sottosopra: questo richiede tempo che al momento non mi viene concesso, e una dimora stabile che in questo paese sono lontano dall’avere. Non prevedo di poter fare questa revisione prima dell’inverno, periodo in cui il cattivo tempo costringerà gli importuni a lasciarmi un po’ di tregua, e in cui la mia situazione sarà probabilmente più stabile di adesso. È un momento di piacere che mi riservo: quello che passerò a rileggervi le lettere e a organizzare le cose in modo da poterle leggere spesso. Fino a quel momento, poiché non dipende da me accelerare i tempi, vi prego di essere indulgenti con me, e credete che il mio cuore non sia indifferente a nulla di ciò che mi scrivete, anche se non rispondo a tutto e anzi qualche volta dimentico qualcosa.
Anche se sono stato molto infastidito di ricevere quel signore nelle vostre lettere, vorrei comunque trovarvi un motivo per farlo, e mi sembra che me lo aveste promesso. Vi avverto che non si possono dimenticare certe cose. Devo ammettere però di averne dimenticata una; e se mi giudicate con severità, questo errore potrebbe rendermi indegno di conoscerla. Si tratta del vostro nome battesimale, che mi avete detto in una delle vostre lettere. E arrossisco davanti a voi per non riuscire a ricordarmelo. Non ho altro da offrire come scusa. Ma voi, che leggete così bene nei cuori delle persone, sicuramente mi perdonerete. Quando un crimine del genere ci rende veramente colpevoli, infatti, non lo ammettiamo mai. Per favore, ditemi quel bel nome battesimale. Perché vi assicuro che me ne ricordo molto bene. In verità, siete troppo nobile per essere chiamata semplicemente “madame”.
Vorrei tanto vedere il vostro ritratto! Ah, non solo vederlo, ma averne una copia, se fosse possibile. A dire il vero, non ho certo mezzi superflui; ma se una copia di questo prezioso ritratto, realizzata con cura, costasse soltanto otto o dieci pistole, non significherebbe toglierle dalle mie necessità quotidiane, ma semplicemente procurarmele. Pensate a cosa si potrebbe fare, e cosa potreste permettermi di fare. Un dono di inestimabile valore sarà il vostro consenso; capite bene che la mia proposta esclude qualsiasi altra possibilità.
Signora, non vi ho inviato alcuna spiegazione ulteriore riguardo alla terra in questione; innanzitutto, perché ho consegnato la vostra lettera al signor nostro castellano, il quale l’ha inviata al signor de Bioley, suo cognato, e quest’ultimo l’ha trattenuta per un periodo infinitamente lungo. Inoltre, ho ritenuto che le spiegazioni ricevute oralmente non aggiungessero nulla a ciò che vi avevo già scritto. Si è acconsentito, e si era già acconsentito, a tutte le informazioni che potrebbero esservi utili; vi si chiede soltanto di parlarne solo nella misura in cui ciò sia conveniente ai vostri interessi. Per quanto riguarda le piccole parti che compongono la ricetta necessaria per l’acquisto delle proprietà, non causano alcun problema, poiché vengono tutte portate al castello il giorno stabilito, e si può affermare con certezza tutto ciò che è necessario, oppure affidare questo compito a un incaricato. Un’altra ragione ha inoltre rallentato leggermente il mio desiderio di vedervi acquisire proprietà in questa regione; tuttavia, poiché questa ragione riguarda esclusivamente me stesso, non dovrebbe modificare in alcun modo i vostri piani: ne parleremo quindi con più calma in un’altra occasione.
Eccomi qui a parlare senza sosta. E questo non è certo vantaggioso per voi, signora: quando parlo troppo, non so più cosa dico. E forse non lo è nemmeno per me; temo che, mentre la mia passione si intensifica, la vostra possa indebolirsi. Forse è già successo?
Osservazione.
Madame La Tour était malheureuse avec son mari, qui avait mangé une partie de sa fortune. Pour sauver le reste elle voulait acheter une terre, et sa passion pour Rousseau la lui faisait chercher dans son voisinage.
Lettre CDIX– Au même
Môtiers, le 26 mai 1763.
Je vois, monsieur, par la lettre dont vous m’avez honoré le 18 de ce mois, que vous me jugez bien légèrement dans mes disgrâces. Il en coûte si peu d’accabler les malheureux, qu’on est presque toujours disposé à leur faire un crime de leur malheur.
Vous dites que vous ne comprenez rien à ma démarche : elle est pourtant aussi claire que la triste nécessité qui m’y a réduit. Flétri publiquement dans ma patrie sans que personne ait réclamé contre cette flétrissure, après dix mois d’attente, j’ai dû prendre le seul parti propre à conserver mon honneur si cruellement offensé. C’est avec la plus vive douleur que je m’y suis déterminé : mais que pouvais-je faire ? Demeurer volontairement membre de l’état après ce qui s’était passé, n’était-ce pas consentir à mon déshonneur ?
Je ne comprends point comment vous m’osez demander ce que m’a fait la patrie. Un homme aussi éclairé que vous ignore-t-il que toute démarche publique faite par le magistrat est censée faite par tout l’état lorsqu’aucun de ceux qui ont droit de la désavouer ne la désavoue. Quand le gouvernement parle et que tous les citoyens se taisent, apprenez que la patrie a parlé.
Je ne dois pas seulement compte de moi aux Genevois, je le dois encore à moi-même, au public, dont j’ai le malheur d’être connu, et à la postérité, de qui je le serai peut-être. Si j’étais assez sot pour vouloir persuader au reste de l’Europe que les Genevois ont désapprouvé la procédure de leurs magistrats, ne s’y moquerait-on pas de moi ? Ne savons-nous pas, me dirait-on, que la bourgeoisie a droit de faire des représentations dans toutes les occasions où elle croit les lois lésées et où elle improuve la conduite des magistrats ? Qu’a-t-elle fait ici depuis près d’un an que vous avez attendu ? Si cinq ou six bourgeois seulement eussent protesté, l’on pourrait vous croire sur les sentiments que vous leur prêtez. Cette démarche était facile, légitime ; elle ne troublait point l’ordre public : pourquoi donc ne l’a-t-on pas faite ? Le silence de tous ne dément-il pas vos assertions ? Montrez-nous les signes du désaveu que vous leur prêtez. Voilà, monsieur, ce qu’on me dirait et qu’on aurait raison de me dire. On ne juge point les hommes par leurs pensées, on les juge sur leurs actions.
Il y avait peut-être divers moyens de me venger de l’outrage, mais il n’y en avait qu’un de le repousser sans vengeance ; et c’est celui que j’ai pris. Ce moyen qui ne fait de mal qu’à moi. doit-il m’attirer des reproches au lieu des consolations que je devais espérer ?
Vous dites que je n’avais pas droit l’abdication de ma bourgeoisie[803] : mais le dire n’est pas le prouver. Nous sommes bien loin de compte ; car je n’ai point prétendu demander cette abdication, mais la donner. J’ai as étudié mes droits pour les connaître, quoique je ne les aie exercés qu’une fois, et seulement pour les abdiquer. Ayant pour moi l’usage de tous les peuples, l’autorité de la raison, du droit naturel, de Grotius, de tous les jurisconsultes, et même l’aveu du Conseil, je ne suis pas obligé de me régler sur votre erreur. Chacun sait que tout pacte dont une des parties enfreint les conditions devient nul pour l’autre. Quand je devais tout à la patrie, ne me devait-elle rien ? J’ai payé ma dette, a-t-elle payé la sienne ? On n’a jamais droit de la déserter, je l’avoue : mais, quand elle nous rejette, on a toujours droit de la quitter ; on le peut dans les cas que j’ai spécifiés, et même on le doit dans le mien. Le serment que j’ai lait envers elle, elle l’a fait envers moi. En violant engagements, elle m’affranchit des miens ; et, en me les rendant ignominieux, elle me fait un devoir d’y renoncer.
Vous dites que si des citoyens se présentaient au Conseil pour demander pareille chose. vous ne seriez pas surpris qu’on les incarcérât. Ni moi non plus, je n’en serais pas surpris, parce que rien d’injuste ne doit surprendre de la part de quiconque a la force en main. Mais bien qu’une loi, qu’on n’observa jamais, défende au citoyen qui veut demeurer tel de sortir sans congé du territoire ; comme on n’a pas besoin de demander l’usage d’un droit qu’on a, quand un Genevois veut quitter tout-à-fait sa patrie pour aller s’établir en pays étranger, personne ne songe à lui en faire un crime, et on ne l’incarcère point pour cela. Il est vrai qu’ordinairement cette renonciation n’est pas solennelle, mais c’est qu’ordinairement ceux qui la font, n’ayant pas reçu des affronts publics, n’ont pas besoin de renoncer publiquement à la société qui les leur a faits.
Monsieur, j’ai attendu, j’ai médité, j’ai cherché longtemps s’il y avait quelque moyen d’éviter une démarche qui m’a déchiré. Je vous avais confié mon honneur, ô Genevois ! et j’étais tranquille ; mais vous avez si mal gardé ce dépôt, que vous me forcez de vous l’ôter.
Mes bons anciens compatriotes, que j’aimerai toujours malgré votre ingratitude, de grâce, ne me forcez pas, par vos propos durs et malhonnêtes, de faire publiquement mon apologie ». Épargnez-moi, dans ma misère, la douleur de me défendre à vos dépens.
Souvenez-vous, monsieur, que c’est malgré moi que je suis réduit à vous répondre sur ce ton. La vérité, dans cette occasion, n’en a pas deux. Si vous m’attaquiez moins durement, je ne chercherais qu’à verser mes peines dans votre sein. Votre amitié me sera toujours chère, je me ferai toujours un devoir de la cultiver ; mais je vous conjure, en m’écrivant, de ne pas me la rendre si cruelle, et de mieux consulter votre bon coeur. Je vous embrasse de tout le mien.
Lettre CDX– À M. Moultou
Môtiers, le 4 juin 1763.
J’ai si peu de bons moments en ma vie, qu’à peine espérais-je d’en retrouver d’aussi doux (pie ceux que vous m’avez donnés. Grand merci, cher ami : si vous avez été coulent de moi, je l’ai été encore plus de vous ; cette simple vérité vaut bien vos éloges. Aimons-nous assez l’un l’autre pour n’avoir plus à nous louer.
Vous me donnez pour mademoiselle C… une commission dont je m’acquitterai mal, précisément à cause de mon estime pour elle. Le refroidissement de M.G… [804] me fait mal penser de lui ; j’ai revu son livre, il y court après l’esprit ; il s’y guinde : M. G… n’est point mon homme : je ne puis croire qu’il soit celui de mademoiselle C… qui ne sent pas son prix n’est pas digne d’elle ; mais qui l’a pu sentir, et s’en détache, est un homme à mépriser. Elle ne sait ce qu’elle veut ; cet homme la sert mieux que son propre coeur. J’aime cent fois mieux qu’il la laisse pauvre et libre au milieu de vous, que de l’emmener être malheureuse et riche en Angleterre. En vérité, je souhaite que M. G… ne vienne pas. Je voudrais me déguiser, mais je ne saurais ; je voudrais bien faire, et je sens que je gâterai tout.
Je tombe des nues au jugement de M. de Monclar. Tous les hommes vulgaires, tous les petits littérateurs sont faits pour crier toujours au paradoxe, pour me reprocher d’être outré ; mais lui que je croyais philosophe, et du moins logicien, quoi ! c’est ainsi qu’il m’a lu ! c’est ainsi qu’il me juge ! il ne m’a donc pas entendu. Si mes principes sont vrais, tout est vrai ; s’ils sont faux, tout est taux ; car je n’ai tiré que des conséquences rigoureuses et nécessaires. Que veut-il donc dire ? je n’y comprends rien. Je suis assurément comblé et honoré de ses éloges, mais autant seulement que je peux l’être de ceux d’un homme de mérite qui ne m’entend pas. Du reste, usez de sa lettre comme il vous plaira ; elle ne peut que m’être honorable dans le public. Mais, quoi qu’il dise, il sera toujours clair entre vous et moi qu’il ne m’entend point.
Madame La Tour was unhappy with her husband, who had spent a portion of their wealth. In order to save what remained, she wanted to buy some land, and her passion for Rousseau led her to look for it in their neighborhood.
Letter CDIX – To the Same One
Môtiers, May 26, 1763.
I see, sir, from the letter you took the trouble to send me on the 18th of this month, that you consider my misfortunes to be rather trivial. It costs so little to bring misery upon those who are already unfortunate, that one is almost always inclined to regard their suffering as a crime in their own right.
You say that you don’t understand my actions at all; yet they are just as clear as the sad necessity that forced me to take them. Having been publicly humiliated in my homeland without anyone raising a voice against such humiliation, after ten months of waiting, I had no choice but to adopt the only course that would allow me to preserve my honor, which had been so cruelly offended. I made this decision with the greatest pain; but what else could I have done? To remain willingly a member of that state after what had happened was, wasn’t it, to accept my own disgrace?
I cannot understand how you dare to ask me what the motherland has done to me. A man as enlightened as you could not possibly be unaware that any public action taken by an official is deemed to represent the entire state, so long as no one with the right to reject it does so in fact. When the government speaks and all citizens remain silent, then know for certain that it is the motherland itself that has spoken.
I owe it not only to the people of Geneva, but also to myself, to the public for whom I am unfortunately known, and to future generations who may come to know me. If I were foolish enough to try to convince the rest of Europe that the people of Geneva disapproved of the actions of their magistrates, wouldn’t they laugh at me? Wouldn’t they tell me that the bourgeoisie has every right to express its opinions in any situation where it believes the laws have been violated or where it condemns the behavior of the authorities? What have these citizens done since you began your efforts nearly a year ago? If only five or six of them had protested, one might perhaps believe in the sentiments you attribute to them. Such an action would have been easy and legitimate; it would not have disturbed public order—so why was it not taken? Doesn’t the silence of everyone refute your claims? Show us the signs of that disapproval you claim they feel. That is what people would say to me—and they would be right to do so. People are not judged by their thoughts, but by their actions.
There might have been various ways to take revenge for that outrage, but there was only one way to reject it without seeking vengeance; and that is the one I chose. A method that harms only me. Should it bring me reproaches instead of the consolation I had hoped for?
You say that I had no right to demand the abdication of my bourgeoisie[803]: but merely stating this does not constitute proof. We are still far from reaching a conclusion; for I have never claimed to demand such an abdication, but rather to offer it voluntarily. I have studied my rights in order to understand them, although I have only exercised them once—and that was solely to renounce them. Having at my disposal the reasoning of all peoples, the authority of reason, natural law, Grotius, and all jurists, as well as the recognition of the Council itself, I am not bound to conform to your error. Everyone knows that any pact in which one party violates its terms becomes void for the other. When I owed everything to my country, did it owe me anything in return? I have fulfilled my duty—has it fulfilled its own? It is certainly never justified to abandon one’s country; I admit that. But when it rejects us, we always have the right to leave it—and indeed, in the circumstances I have specified, we even have a duty to do so. The oath I swore to it was one it also swore to me. By violating its commitments, it frees me from mine; and by rendering them shameful, it forces me to renounce them.
You say that if citizens were to present themselves before the Council and request such a thing, you would not be surprised if they were imprisoned. Nor would I be surprised; for nothing unjust should surprise anyone who holds power in their hands. However, although there is a law—though it is never enforced—that prohibits a citizen wishing to remain a citizen from leaving the territory without permission, no one considers it a crime when a Genevan decides to leave his country entirely and settle in a foreign land. Indeed, such renunciation is usually not formalized; but that’s because those who make it generally have not suffered any public insults, and therefore do not feel the need to publicly renounce the society that inflicted them.
Sir, I waited, I reflected, I searched for a long time to see if there was any way to avoid taking a step that would have torn me apart. I had entrusted you with my honor, oh Genevan! and I felt at peace; but you have failed so miserably in protecting it that I am forced to take it back from you.
My dear old compatriots, whom I will always love despite your ingratitude, please do not force me, with your harsh and dishonest words, to make a public apology. Spare me, in my misery, the pain of having to defend myself at your expense.
Remember, sir, that it is against my will that I am forced to respond to you in this tone. In this matter, there is only one truth. If you did not attack me so harshly, I would be more than willing to share my troubles with you. Your friendship will always be dear to me, and I will always make it a point to nurture it; but I implore you, when writing to me, not to make it so cruel, and to listen more to your own good heart. I embrace you wholeheartedly.
Letter CDX – To Mr. Moultou
Môtiers, June 4, 1763.
I have so few good moments in my life that I hardly dared to hope for any more as sweet as those you have given me. Thank you so much, dear friend; if I have been kind to you, then I have been even kinder still. This simple truth is well worth your praise. Let us love each other enough so that we no longer need to praise one another.
You are entrusting me with a commission regarding Miss C,, a task which I would perform poorly precisely because of my respect for her. The behavior of M.G. [804] fills me with negative thoughts about him; I have reread his book, and it is clear that he is merely chasing after superficialities without truly understanding her nature. M.G, is not the right man for her; someone who does not appreciate her worth is certainly not worthy of her. But anyone who could have appreciated her and yet chose to abandon her is a person deserving of contempt. She doesn’t know what she really wants; this man serves her better than her own heart would. I would prefer a hundred times over that he let her remain poor and free among you, rather than take her to England where she would surely be unhappy despite her wealth. In truth, I wish M.G, would never come. I would like to disguise myself, but I don’t know how; I want to do something good, but I feel certain that I will only ruin everything.
I am utterly stunned by Mr. de Monclar’s judgment. All vulgar men, all mediocre literati, are always ready to cry out “paradox” and to reproach me for being outrageous; but him—who I thought was a philosopher, at least a logician!—this is how he interpreted my words, this is how he judges me. He simply did not understand me. If my principles are true, then everything is true; if they are false, then everything is wrong—for I have drawn only rigorous and inevitable conclusions. What does he mean, then? I cannot make any sense of it. I am certainly flattered and honored by his praise, but no more so than I would be by the praise of a worthy man who did not understand me at all. In any case, use his letter as you please; it can only bring me honor in the eyes of the public. But whatever he says, it will always be clear between you and me that he does not understand me.
Madame La Tour era infelice con suo marito, che aveva speso una parte della loro fortuna. Per salvare il resto, voleva comprare un terreno; la sua passione per Rousseau la spinse a cercarlo nelle zone circostanti.
Lettera CDIX – Allo stesso.
Môtiers, 26 maggio 1763.
Vedo, signore, dalla lettera che mi avete inviato l’18 di questo mese, che mi giudicate piuttosto leggerina nelle mie sfortune. È così poco costoso tormentare i sfortunati, che quasi sempre si è disposti a considerare il loro stesso dolore come un crimine da loro commesso.
Dite di non comprendere affatto le mie motivazioni: eppure sono altrettanto chiare quanto la triste necessità che mi ha costretto ad agire in questo modo. Essendo stato pubblicamente umiliato nella mia patria senza che nessuno si opponesse a tale umiliazione, dopo dieci mesi di attesa, ho dovuto prendere l’unica decisione possibile per salvare la mia onore, così crudelmente offeso. Mi sono deciso con il dolore più profondo. Ma cosa avrei potuto fare? Rimanere volontariamente membro dello stato dopo quanto era accaduto, non significava forse acconsentire al mio disonore?
Non capisco come osiate chiedermi cosa mi abbia fatto la patria. Un uomo così illuminato come voi può forse ignorare che qualsiasi azione pubblica intrapresa da un magistrato è considerata come se fosse stata compiuta da tutto lo stato, finché nessuno che abbia il diritto di opporvisi non lo faccia apertamente? Quando il governo parla e tutti i cittadini tacciono, sappiate che è la patria stessa a aver parlato.
Non devo considerare solo me stesso nei confronti dei genevesi, ma anche me stesso, il pubblico di cui ho la sfortuna di essere conosciuto, e la posterità, per la quale forse lo sarò in futuro. Se fossi abbastanza sciocco da voler convincere il resto d’Europa che i genevesi hanno disapprovato l’operato dei loro magistrati, non si prenderebbero gioco di me? Non sappiamo forse che la borghesia ha il diritto di presentare delle proteste in tutte le occasioni in cui ritiene che le leggi siano violate e in cui disapprova l’atteggiamento dei magistrati? Cosa ha fatto lei stessa qui, da quasi un anno a questa parte? Se solo cinque o sei borghesi avessero protestato, si potrebbe credere ai sentimenti che loro attribuite. Questa azione era semplice e legittima; non disturbava affatto l’ordine pubblico: perché allora non è stata intrapresa? Il silenzio di tutti non smentisce forse le vostre affermazioni? Mostratemi i segni del dissenso che loro attribuite. Ecco, signore, ciò che mi si direbbe e ciò che avrebbe ragione di dirmi. Gli uomini non vengono giudicati dalle loro idee, ma dalle loro azioni.
Forse esistevano diversi modi per vendicarmi di quell’offesa, ma c’era solo uno che permettesse di respingerla senza ricorrere alla vendetta; ed è quello che ho scelto. Questo metodo, che causa danno soltanto a me stesso, dovrebbe forse attirarmi rimproveri invece delle consolazioni che avrei potuto aspettarmi?
Dite che non avevo il diritto di chiedere l’abdicazione della mia borghesia[803]: ma affermarlo non significa provarlo. Siamo ancora molto lontani dalla verità; infatti, non ho mai preteso di chiedere quell’abdicazione, ma di offrirla volontariamente. Ho studiato i miei diritti per conoscerli, anche se li ho esercitati una sola volta, e soltanto per abbandonarli. Avendo a mio favore l’uso di tutti i popoli, l’autorità della ragione, del diritto naturale, di Grotius e di tutti i giuristi, non sono obbligato ad adeguarmi al vostro errore. Ognuno sa che qualsiasi patto, nel quale una delle parti viola le condizioni previste, diventa nullo per l’altra. Quando dovevo tutto alla patria, non mi doveva forse nulla lei? Ho pagato la mia debito, ma ha pagato la sua? Non si ha mai il diritto di abbandonarla, lo ammetto; tuttavia, quando lei ci rifiuta, abbiamo sempre il diritto di lasciarla, e possiamo farlo nei casi che ho specificato; anzi, nel mio caso, è addirittura un dovere. Il giuramento che ho fatto verso di lei, lei l’ha fatto anche verso di me. Violando gli impegni presi, lei mi libera dai miei; e rendendoli ignominiosi, mi obbliga a rinunciarvi.
Dite che se dei cittadini si presentassero al Consiglio per chiedere qualcosa del genere, non vi sorprenderebbe se venissero imprigionati. Nemmeno a me sorprenderebbe, perché nulla di ingiusto dovrebbe sorprendere chi ha il potere nelle mani. Tuttavia, anche se esiste una legge – che però non viene mai rispettata – che vieta al cittadino che desidera rimanere tale di lasciare il territorio senza autorizzazione. Poiché non c’è bisogno di chiedere l’utilizzo di un diritto che si possiede già, quando un genevese decide di abbandonare completamente la propria patria per stabilirsi in un paese straniero, nessuno considera questo un crimine e nessuno lo imprigiona per questo motivo. È vero che solitamente questa rinuncia non è formale. Ma è perché coloro che la compiono, non avendo subito offese pubbliche, non hanno bisogno di rinunciare pubblicamente alla società che quelle offese loro ha inflitto.
Signore, ho atteso a lungo, ho riflettuto a lungo, ho cercato con insistenza se esistesse qualche modo per evitare un passo che mi ha spezzato il cuore. Vi avevo affidato la mia onorabilità, o Genevese, e ero tranquillo; ma voi avete custodito così male questa fiducia, che sono costretto a riprendermela.
Miei cari vecchi connazionali, che amerò sempre nonostante la vostra ingratitudine, vi prego, non costringetemi, con i vostri discorsi duri e disonesti, a difendermi pubblicamente. Lasciate che io, nella mia miseria, eviti il dolore di dovermi difendere a vostro scapito.
Ricordatevi, signore, che sono costretto a rispondervi in questo modo non per mia volontà. In questa circostanza, la verità è una sola. Se mi attaccaste con meno durezza, cercherei soltanto di condividere le mie sofferenze con voi. La vostra amicizia mi sarà sempre cara e farò sempre del mio meglio per coltivarla; ma vi supplico, quando mi scrivete, di non renderla così crudele e di consultare più spesso il vostro buon cuore. Vi abbraccio con tutto il mio cuore.
Lettera CDX – A Monsieur Moultou
Môtiers, 4 giugno 1763.
Ho così pochi momenti felici nella mia vita, che a malapena speravo di poterne ritrovare altri altrettanto dolci. Quelli che mi avete regalato sono stati davvero preziosi. Grazie mille, caro amico: se sono stato generoso con voi, lo sono stato ancora di più con voi; questa semplice verità vale ben più dei vostri elogi. Amiamoci abbastanza l’uno l’altro da non aver più bisogno di lodarci a vicenda.
Mi avete affidato la commissione di parlare a nome della signorina C,, una responsabilità che non sarò in grado di adempiere correttamente, proprio a causa del mio rispetto per lei. Il comportamento freddo di M.G, mi fa pensare male di lui; ho riletto il suo libro: cerca disperatamente di compiacere l’intelletto, ma fallisce miserabilmente. M.G, non è il tipo d’uomo adatto a lei; non posso credere che possa essere il compagno giusto per una ragazza che non apprezza davvero i suoi meriti. Chi invece li ha apprezzati e poi li ha abbandonati, è senz’altro un uomo da disprezzare. Lei stessa non sa ciò che vuole; quell’uomo la serve meglio di quanto possa farlo il suo stesso cuore. Preferirei mille volte che la lasciasse povera e libera tra di voi, piuttosto che portarla in Inghilterra per renderla infelice e ricca. Onestamente, vorrei che M.G, non venisse mai qui. Vorrei poter nascondere i miei sentimenti, ma non so come farlo; vorrei davvero aiutarla, ma temo di rovinare tutto.
Sono completamente sconcertato dal giudizio di Monsieur de Monclar. Tutti gli uomini volgari, tutti i piccoli letterati sono portati a gridare sempre al paradosso, a rimproverarmi per le mie affermazioni; ma lui, che credevo fosse un filosofo, o almeno un logico. Ah! È proprio così che mi ha interpretato, è proprio così che mi giudica. Quindi non mi ha affatto capito. Se i miei principi sono veri, allora tutto è vero; se sono falsi, allora tutto è falso, perché ho tratto soltanto conseguenze rigorose e necessarie dalle mie idee. Cosa vuole dire dunque? Non ne capisco nulla. Sono certamente lusingato e onorato dai suoi elogi, ma solo nella misura in cui posso esserlo da quelli di una persona meritevole che, però, non mi comprende affatto. Del resto, fate pure ciò che volete con la sua lettera. Non può che rendermi onore davanti al pubblico. Ma, qualunque cosa dica, sarà sempre chiaro tra noi due che lui non mi ha capito.
Je suis accablé de lettres de Genève. Vous ne sauriez imaginer à la fois la bêtise et la hauteur de ces lettres. Il n’y en a pas une où l’auteur ne se porte pour mon juge, et ne me cite à son tribunal pour lui rendre compte de ma conduite, un M. B….t, qui m’a envoyé toute sa procédure, prétend que je n’ai point reçu d’affront, et que le Conseil avait droit de-flétrir mon livre, sans commencer par citer l’auteur. Il me dit, au sujet de mon livre brûlé par le bourreau, que l’honneur ne souffre point du fait d’un tiers. Ce qui signifie (au moins si ce mot de tiers veut dire ici quelque chose) qu’un homme qui reçoit un soufflet d’un autre ne doit point se tenir pour insulté. J’ai pourtant, parmi tout ce fatras, reçu une lettre qui m’a attendri jusqu’aux larmes : elle est anonyme, et, par une simplicité qui m’a touché encore en me faisant rire, l’auteur a eu soin d’y renfermer le port.
Je souhaite de tout mon coeur que les choses soient laissées comme elles sont, et que je puisse jouir tranquillement du plaisir de voir mes amis à Genève, sans affaires et sans tracas ; je partirai sitôt que j’aurai reçu de vos nouvelles. Je vous manderai le jour de notre arrivée, et je vous prierai de nous louer une chaise pour partir le lendemain matin. Adieu, cher ami, mille respect à M. votre père et à madame votre épouse : elle n’a point à se plaindre, j’espère, de votre séjour à Môtiers ; si vous y avez acquis le corps d’Émile, vous y avez point perdu le coeur de Saint-Preux, et je suis bien sûr que vous aurez toujours l’un et l’autre pour elle.
Voici des lettres que j’ai reçues pour vous. Mille amitiés à M. Le Sage. Je vous embrasse de tout mon coeur.
Observation
On a. jusqu’à ce jour, ignore quelles étaient les personnes dont Rousseau parle dans cette lettre. Toutes deux ont, depuis qu’elle a été écrite, acquis une grande célébrité. Ce sont Gibbon l’historien, et mademoiselle Curchold, qui épousa M. Necker. La lecture des Mémoires de Gibbon m’a fait connaître ces noms. À. l’occasion de cette lettre il s’exprime en ces termes : » Je n’appelle point comme auteur du jugement de Jean-Jacques : mais cet homme extraordinaire que j’admire et dont j’ai pitié, aurait dû être moins prompt à condamner le caractère moral et la conduite d’un étranger. » En effet, le père de Gibbon ne voulut point consentir au mariage de son fils avec mademoiselle Curchold. » J’en soupirai comme amant, dit l’historien, et j’obéis comme fils. » Ainsi Gibbon et Rousseau sont d’accord sur le mérite de mademoiselle Curchold. Le second, qui ne pouvait connaître les véritables motifs de la conduite du premier, le jugea sévèrement et d’après les apparences qui le condamnaient en effet. Le livre dont parle Jean-Jacques est l’Essai sur l’étude de la littérature, qui parut en 1761, écrit dans notre langue. Le premier volume de l’Histoire de la décadence et de la chute de l’empire romain ne parut que quinze ans après, en 1776. Il est douteux que Rousseau l’ait connu. Il était à la fin de sa carrière, lisait peu, et n’avait pas sous la main un livre qu’on n’avait pas encore traduit, puisqu’il ne le fut qu’en 1777. Jean-Jacques eût, sans aucun doute, réformé son jugement sur l’auteur.
Lettre CDXII– À M. Théodore Rousseau
[806]
Môtiers, le 5 juin 1763
Je vous aurais envoyé sur-le-champ, mon très cher cousin, la copie que vous me demandez, de ma lettre à M. le premier syndic, si je n’eusse été informé que cette lettre était publique à Genève, peu de jours après sa réception, de sorte que je ne puis douter que vous n’en ayez en communication peu de temps après l’envoi de la vôtre Si cependant cela n’était pas, demandez-en communication à M. Chappuis ou à M. Deluc ; ils ne vous la refuseront sûrement pas. Tout le monde me demande des copies de mes lettres, sans songer que je n’ai point de secrétaire, et que quand je passerais ma vie à faire des copies, je ne suffirais pas à la curiosité du public. Votre cas, mon cher cousin est très différent, et j’en fais bien la distinction : aussi si je pouvais présumer que vous n’eussiez pas déjà celle que vous me demandez, vous la ferais-je à l’instant. Mais je suis assuré que ce serait un soin superflu.
Il me semble que vous vous exprimez avec moi en termes peu convenables sur la triste démarche que j’ai été obligé de faire pour la défense de mon honneur, chargé par le Conseil d’une flétrissure publique, contre laquelle personne n’a réclamé et à laquelle ce serait consentir que de rester volontairement membre de l’état où je l’ai reçue. Vous devez sentir et plaindre mon affliction dans une démarche nécessaire qui me déchire : mais quel droit avez-vous de me supposer irrité lorsque je ne fais du mal qu’à moi ? Vous dites que c’est un coup sanglant pour mes parents ; et tout au contraire, c’est un soin cruel, mais indispensable que je devais à ma personne, à mon nom, à ceux qui le portent ainsi que moi. Si j’étais capable de boire des affronts sans m’en défendre, c’est alors que ma famille aurait droit de se plaindre de l’avilissement qu’elle partagerait avec moi. J’attendais de vous des remerciements pour n’avoir pas laissé déshonorer votre nom. J’espérais du moins que vous me plaindriez dans mes malheurs. Dispensez-vous, je vous prie, à l’avenir de me faire des reproches injustes et déraisonnables que je n’ai sûrement pas mérités. Du reste, soyez persuadé, mon cher cousin, qu’en renonçant à ma patrie je n’ai point renoncé à ma famille : elle me sera toujours chère. Et mon cher cousin Théodore doit être assuré de trouver toujours en moi un bon parent et ami qui ne l’oubliera jamais. Je vous embrasse de tout mon coeur.
Observation
On voit que les parents de Rousseau blâmaient l’abdication qu’il avait faite du titre de citoyen. Plusieurs de ses compatriotes lui ont adressé des reproches pareils.
Lettre CDXIV– À M. Moultou
Môtiers-Travers, ce lundi 27 juin 1763.
Je suis en peine de vous, mon cher Moultou ; seriez-vous malade ? Je le demande à tout le monde, et ne puis avoir de réponse. Vous qui étiez si exact à m’écrire dans les autres temps, comment vous taisez-vous dans la circonstance présente ? ce silence a quelque chose d’alarmant.
Je viens de recevoir une lettre de M. Marc Chappuis, dans laquelle il me parle ainsi : » Vous avez envoyé dans cette ville copie de la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire le 26 mai dernier… Cette copie, que je n’ai point vue, est tronquée, à ce que m’a assuré M. Moultou, qui m’est venu demander lecture de l’original. »
Cet étrange passage demande explication. Je l’attends de vous, mon cher Moultou ; et ce n’est qu’après avoir reçu votre réponse que je ferai la mienne à M. Chappuis. M. de Sautera vous fait mille amitiés ; recevez les respects de mademoiselle Le Vasseur et les embrassements de votre ami.
Lettre CDXVI– À M. Deluc
Môtiers, le 7 juillet 1763.
Je crains, mon cher ami, que votre zèle patriotique n’aille un peu trop loin dans cette occasion, et que votre amour pour les lois n’expose à quelque atteinte la plus importante de toutes, qui est le salut de l’état. J’apprends que nous et vos dignes concitoyens méditez de nouvelles représentations ; et la certitude de leur inutilité me fait craindre qu’elles ne compromettent enfin vis-à-vis les uns des autres, ou la bourgeoisie, ou les magistrats. Je ne prétends pas me donner dans cette affaire une importance qu’au surplus je ne tiendrais que de mes malheurs : je sais que vous avez à redresser des griefs qui, bien que relatifs à de simples particuliers, blessent la liberté publique. Mais, soit que je considère cette démarche relativement à moi, ou relativement au corps de la bourgeoisie, je la trouve également inutile et dangereuse ; et j’ajoute même que la solidité de vos raisons tournera toute à votre commun préjudice, en ce qu’ayant mis en poudre les sophismes de sa réponse, vous forcerez le Conseil à ne pouvoir plus répliquer que par un sec Il n’y a lieu, et par conséquent de rentrer, par le fait, en possession de son prétendu droit négatif, qui réduirait à rien celui que vous avez de faire des représentations. Que si, après cela, vous vous obstinez à poursuivre le redressement des griefs (que très certainement vous n’obtiendrez point), il ne vous reste plus qu’une seule voie légitime, dont l’effet n’est rien moins qu’assuré, et qui, donnant atteinte à votre souveraineté, établirait une planche très dangereuse, et serait un mal beaucoup pire que celui que vous voulez réparer.
I am inundated with letters from Geneva. You could never imagine the sheer stupidity and arrogance of these letters. Not a single one of them fails to portray its author as my judge, summoning me before their “tribunal” to account for my behavior. A certain Mr. B, t, who sent me all his correspondence, claims that I have not been offended in any way, and that the Council had every right to condemn my book—without even mentioning the author first. Regarding the fact that my book was burned by the executioner, he argues that one’s honor is not affected by what a third party does. In other words (assuming the term “third party” means anything here at all), a man who is slapped by another should not consider it an insult. Nevertheless, amidst all this nonsense, I received a letter that moved me to tears: it was anonymous, and its simplicity—along with the fact that the author had taken the trouble to include the address—touched me deeply.
With all my heart, I wish that things could remain as they are, and that I might enjoy the pleasure of seeing my friends in Geneva without any worries or troubles; I will set off as soon as I receive news from you. I will let you know the day we arrive, and I would ask you to rent us a chair so that we can leave the next morning. Adieu, dear friend; convey my best regards to your father and your wife. I hope she has no reason to complain about your stay in Môtiers; if you have gained Émile’s body there, you have certainly not lost Saint-Preux’s heart, and I am certain you will always have both for her.
These are some letters I have received for you. Send my best wishes to Mr. Le Sage. I kiss you with all my heart.
Observation
To this day, it remains unknown which individuals Rousseau refers to in this letter. Both of them have since gained great fame: the historian Gibbon and Mademoiselle Curchold, who later married Mr. Necker. It was reading Gibbon’s Memoirs that brought me to know these names. In reference to this letter, he wrote: “I do not claim to be the author of the judgment rendered on Jean-Jacques; but this extraordinary man, whom I admire and for whom I feel pity, should have been less quick to condemn the moral character and conduct of a stranger.” Indeed, Gibbon’s father refused to consent to his son’s marriage to Mademoiselle Curchold. “I sighed as a lover,” said the historian, “but I obeyed as a son.” Thus, both Gibbon and Rousseau agreed on the merits of Mademoiselle Curchold. The latter, however, being unaware of the true motives behind Gibbon’s actions, judged him harshly based solely on appearances. The book mentioned by Jean-Jacques is “An Essay on the Study of Literature,” which was published in 1761 in our language. The first volume of “The History of the Decline and Fall of the Roman Empire” did not appear until fifteen years later, in 1776. It is doubtful that Rousseau was aware of its existence. By then, he was at the end of his career, read little, and certainly did not have access to a book that had not yet been translated—since it was not published until 1777. Had Jean-Jacques known about it, he would undoubtedly have revised his opinion of its author.
Letter CDXII – To Mr. Theodore Rousseau
[806]
Môtiers, June 5, 1763
I would have sent you at once, my dear cousin, the copy of my letter to Mr. the First Syndic that you are requesting, if I had not been informed that this letter was made public in Geneva just a few days after its receipt. Therefore, I have no doubt that you must already have access to it shortly after you sent your own. However, if this is not the case, please request it from Mr. Chappuis or Mr. Deluc; they certainly will not refuse you. Everyone asks me for copies of my letters, without realizing that I do not have a secretary, and that even if I devoted my entire life to making copies, I would still not be able to satisfy the curiosity of the public. Your situation, my dear cousin, is quite different, and I make this distinction very clearly. Therefore, if I could assume that you did not already possess the copy you are asking for, I would send it to you immediately. But I am certain that such a step would be entirely unnecessary.
It seems to me that you are expressing yourself towards me in rather inappropriate terms regarding the unfortunate step I was forced to take in order to defend my honor—a step that the Council had tasked me with undertaking, involving public humiliation, against which no one raised any objection, and which would have meant willingly remaining a member of the society that inflicted it upon me. You must surely understand and sympathize with my anguish at having to undertake such a necessary but heartbreaking action. But what right do you have to assume that I am irritated when all I am doing is harming myself? You say that this is a cruel blow to my parents; on the contrary, it is a harsh but indispensable measure that I had to take for my own sake, for my reputation, and for those who bear my name. If I were capable of enduring such insults without defending myself, then indeed my family would have every right to complain about the disgrace they would share with me. I had hoped you would thank me for not allowing your name to be tarnished; at the very least, I expected you to offer me some sympathy in my misfortune. Please, from now on, refrain from making any unjust or unreasonable reproaches towards me—reproaches that I certainly do not deserve. Moreover, believe me, my dear cousin, in giving up my country, I have not given up my family: it will always remain dear to me. And my dear cousin Theodore may be assured that he will always find in me a loyal relative and friend who will never forget him. I embrace you with all my heart.
Observation
It is evident that Rousseau’s parents blamed him for renouncing his citizenship. Several of his fellow citizens also expressed similar reproaches toward him.
Letter CDXIV – To Mr. Moultou
Môtiers-Travers, on this Monday, June 27, 1763.
I am deeply worried about you, my dear Moultou; are you ill? I have asked everyone, but I receive no answer. You, who were always so diligent in writing to me in the past, why are you keeping silent now? This silence is somewhat alarming.
I have just received a letter from Mr. Marc Chappuis, in which he writes to me as follows: “You sent to this city a copy of the letter you had the kindness to write to me on May 26th last. This copy, which I have not seen, is incomplete, according to what Mr. Moultou told me, who came to ask me to read the original.”
This strange passage requires an explanation. I am awaiting it from you, my dear Moultou; only after receiving your reply will I give mine to Mr. Chappuis. Mr. de Sautera sends his best regards to you; convey my respects to mademoiselle Le Vasseur and give my friend’s kisses.
Letter CDXVI – To Mr. Deluc
Motiers, July 7, 1763.
My dear friend, I fear that your patriotic zeal may go a little too far in this matter, and that your love for the laws might put at risk the most important thing of all: the salvation of the state. I have learned that you and your fellow citizens intend to submit new petitions; but given the certainty of their ineffectiveness, I worry that they might ultimately harm either the interests of the bourgeoisie or those of the magistrates. I do not pretend to attach more importance to this matter than I actually do, since my own misfortunes give me some reason to speak out. I know that you have reasons to address grievances that, although concerning individual citizens, actually undermine public freedom. However, whether I consider these actions in relation to myself or to the bourgeoisie as a whole, I find them both futile and dangerous. Moreover, I believe that the solidity of your arguments will only work against us all, for by refuting the sophisms contained in their responses, you will force the Council to respond with nothing more than the flat statement “There is no basis for this,” thereby effectively restoring their so-called “negative right” – a right that would render meaningless any efforts you might make to submit petitions. If, after all this, you insist on pursuing these grievances (which I am certain you will not succeed in redressing), then you are left with only one legitimate course of action, whose effect is guaranteed to be detrimental. By doing so, you would not only fail to achieve your goal but also undermine your own sovereignty, setting up a very dangerous precedent and causing far greater harm than you intend to remedy.
Sono sommerso da lettere provenienti da Ginevra. Non potreste nemmeno immaginare quanto siano stupide e arroganti queste lettere. Nessuna di esse esclude che l’autore si consideri mio giudice e mi convochi davanti al suo tribunale per chiedermi conto del mio comportamento. Un certo signor B, mi ha inviato tutta la sua “procedura”, affermando che non ho subito alcuna offesa e che il Consiglio aveva tutto il diritto di condannare il mio libro, senza nemmeno citare l’autore stesso. Riguardo al fatto che il mio libro sia stato bruciato dal boia, mi dice che l’onore non viene offeso da atti compiuti da terzi. Il che significa, almeno se con “terzi” si intende qualcuno che agisce senza autorizzazione, che una persona che riceve uno schiaffo da un altro non deve considerarsi insultata. Tuttavia, tra tutta questa roba inutile, ho ricevuto una lettera che mi ha commosso fino alle lacrime: è anonima, e l’autore, con una semplicità che mi ha toccato profondamente, si è preso la briga di indicare anche l’indirizzo.
Desidero con tutto il mio cuore che le cose rimangano come sono, e che io possa godermi tranquillamente la gioia di vedere i miei amici a Ginevra, senza affari né preoccupazioni; partirò non appena riceverò vostre notizie. Vi invierò la data del nostro arrivo e vi pregherò di noleggiarci una carrozza per partire il giorno seguente mattina. Addio, caro amico; portate mille saluti a monsieur vostro padre e a madame vostra moglie: spero che lei non abbia motivo di lamentarsi del vostro soggiorno a Môtiers; se avete acquistato lì il corpo di Émile, non avete certo perso il cuore di Saint-Preux. E sono sicuro che entrambi rimarranno sempre per lei.
Ecco alcune lettere che ho ricevuto per voi. Saluti affettuosi a Monsieur Le Sage. Vi abbraccio con tutto il mio cuore.
Osservazione.
Fino ad oggi si ignora chi fossero le persone di cui Rousseau parla in questa lettera. Entrambe, da quando fu scritta, hanno acquisito grande fama: si tratta dell’storico Gibbon e di mademoiselle Curchold, che sposò il signor Necker. La lettura dei “Memorie” di Gibbon mi ha fatto conoscere questi nomi. In occasione di questa lettera, Gibbon si esprime così: “Non definisco autore del giudizio su Jean-Jacques quest’uomo straordinario che ammiro e per il quale provo compassione; avrebbe dovuto essere meno pronto a condannare il carattere morale e il comportamento di uno straniero”. Infatti, il padre di Gibbon non volle consentire il matrimonio di suo figlio con mademoiselle Curchold. “Ne ho sofferto come amante”, disse l’storico, “ma ho obbedito come figlio”. Così, sia Gibbon che Rousseau concordano sul merito di mademoiselle Curchold. Il secondo, che non poteva conoscere i veri motivi del comportamento del primo, lo giudicò severamente, basandosi soltanto sulle apparenze. Il libro di cui parla Jean-Jacques è l’“Saggio sull’studio della letteratura”, pubblicato nel 1761 nella nostra lingua; il primo volume dell’“Storia della decadenza e della caduta dell’impero romano” uscì soltanto quindici anni dopo, nel 1776. È improbabile che Rousseau lo conoscesse: si trovava alla fine della sua carriera, leggeva poco e non aveva a disposizione un libro che non fosse ancora stato tradotto, poiché tale traduzione avvenne soltanto nel 1777. Senza dubbio, Jean-Jacques avrebbe modificato il proprio giudizio su quell’autore.
Lettera CDXII – A Monsieur Théodore Rousseau
[806]
Môtiers, 5 giugno 1763
Avrei inviato immediatamente a voi, mio caro cugino, la copia della mia lettera a Monsieur il primo sindaco, se non avessi appreso che tale lettera era stata resa pubblica a Ginevra pochi giorni dopo la sua ricezione; quindi non posso dubitare che ne abbiate già una in vostro possesso poco dopo l’invio della vostra. Tuttavia, se così non fosse, chiedetela a Monsieur Chappuis o a Monsieur Deluc: sicuramente non vi rifiuteranno di darvela. Tutti mi chiedono copie delle mie lettere, senza rendersi conto che non ho un segretario e che, anche se dedicassi tutta la mia vita a farne delle copie, non riuscirei comunque a soddisfare la curiosità del pubblico. Il vostro caso, mio caro cugino, è molto diverso, e ne faccio ben distinzione; quindi, se potessi presumere che non possediate ancora quella lettera che mi chiedete, ve la invierei immediatamente. Ma sono certo che si tratterebbe di un’inutile premura da parte mia.
Mi sembra che voi esprimiatevi nei miei confronti in termini poco appropriati riguardo alla triste decisione che sono stato costretto a prendere per difendere il mio onore: il Consiglio mi aveva incaricato di subire una pubblica umiliazione, contro la quale nessuno si è opposto e della quale l’unico modo per evitare conseguenze negative sarebbe stato rimanere volontariamente membro dello stato che mi aveva inflitto tale disonore. Dovreste comprendere e compatire la mia sofferenza dovuta a questa necessità dolorosa. Ma qual diritto avete di ritenere che io sia irritato, quando in realtà il male che causo riguarda soltanto me stesso? Dite che questo è un colpo crudele per i miei genitori; al contrario, si tratta di un atto di cura necessario e doloroso, ma indispensabile verso la mia persona, il mio nome e coloro che li portano, così come io. Se fossi in grado di sopportare senza reagire tali offese, allora sì che la mia famiglia avrebbe motivo di lamentarsi dell’umiliazione che condividerebbe con me. Aspettavo da voi ringraziamenti per non aver permesso che il vostro nome venisse disonorato; almeno speravo che mi compatiste nelle mie difficoltà. Vi prego, in futuro, di astenervi dal farmi rimproveri ingiusti e irragionevoli che sicuramente non merito. In ogni caso, sappiate che, rinunciando alla mia patria, non ho certo abbandonato la mia famiglia: essa mi sarà sempre cara. E mio caro cugino Theodore, possa essere certo di trovare in me un buon parente e amico che non lo dimenticherà mai. Vi abbraccio con tutto il cuore.
Osservazione.
Si evince che i genitori di Rousseau rimproveravano il fatto che avesse rinunciato al titolo di cittadino. Anche diversi suoi connazionali gli hanno rivolto rimproveri simili.
Lettera CDXIV – A Monsieur Moultou
Môtiers-Travers, lunedì 27 giugno 1763.
Mi manchi molto, mio caro Moultou; sei forse malato? Lo chiedo a tutti, ma non ricevo alcuna risposta. Tu che in passato eri così puntuale nel scrivermi, perché ora taci? Questo silenzio è davvero preoccupante.
Ho appena ricevuto una lettera da Monsieur Marc Chappuis, nella quale mi scrive: “Avete inviato in questa città una copia della lettera che avete avuto la gentilezza di scrivermi il 26 maggio scorso. Questa copia, che non ho mai visto, è stata troncata, come mi ha assicurato Monsieur Moultou, che è venuto da me per chiedermi di leggere l’originale.”
Questo strano passaggio richiede una spiegazione. La aspetto da voi, mio caro Moultou; e solo dopo aver ricevuto la vostra risposta darò la mia a Monsieur Chappuis. Monsieur de Sautera vi manda i suoi saluti più affettuosi; trasmettete i rispetti di mademoiselle Le Vasseur e gli abbracci del vostro amico.
Lettera CDXVI – A Monsieur Deluc
Môtiers, 7 luglio 1763.
Mio caro amico, temo che il vostro zelo patriottico non vada un po’ troppo oltre in questa occasione, e che il vostro amore per le leggi non esponga a qualche danno quella che è la cosa più importante di tutte: il benessere dello Stato. So che voi e i vostri onorevoli concittadini state pensando di presentare nuove petizioni; ma la certezza della loro inutilità mi fa temere che possano finire per compromettere, l’uno nei confronti dell’altro, sia la borghesia che i magistrati. Non pretendo di attribuirmi un’importanza che, del resto, deriverebbe soltanto dai miei stessi mali: so bene che avete bisogno di risolvere delle questioni che, sebbene riguardino semplici individui, colpiscono comunque la libertà pubblica. Ma, sia che consideri questa iniziativa dal mio punto di vista o da quello della borghesia nel suo complesso, la ritengo ugualmente inutile e pericolosa; anzi, aggiungo che la solidità delle vostre argomentazioni finirà soltanto per danneggiarvi tutti, poiché, aver smascherato i sofismi della risposta del Consiglio vi costringerà a non poter replicare se non con un semplice “Non c’è motivo”. Di conseguenza, riuscireste di fatto a riprendere in mano quel cosiddetto “diritto negativo” del Consiglio, il che ridurrebbe a nulla il vostro diritto di presentare petizioni. Se, nonostante ciò, insistete nel cercare di risolvere queste questioni (che molto probabilmente non otterrete), vi rimane un’unica strada legittima, la cui efficacia è assolutamente certa; tuttavia, essa colpirebbe la vostra sovranità e creerebbe situazioni molto pericolose, rappresentando un danno ancora maggiore di quello che cercate di eliminare.
Je sais qu’une famille intrigante et rusée[809], s’étayant d’un grand crédit au-dehors, sape à grands coups les fondements de la république, et que ses membres, jongleurs adroits et gens à deux envers, mènent le peuple par l’hypocrisie et les grands par l’irréligion. Mais vous et vos concitoyens devez considérer que c’est vous-mêmes qui l’avez établie ; qu’il est trop tard pour tenter de l’abattre, et qu’en supposant même un succès qui n’est pas à présumer, vous pourriez vous nuire encore plus qu’à elle, et vous détruire en l’abaissant. Croyez-moi, mes amis, laissez-la faire ; elle touche à son terme, et je prédis que sa propre ambition la perdra, sans que la bourgeoisie s’en mêle. Ainsi, par rapport à la république, ce que vous voulez faire n’est pas utile en ce moment ; le succès est impossible, ou serait funeste, et tout reprendra son cours naturel avec le temps.
Par rapport à moi, vous connaissez ma manière de penser, et M d’Ivernois, à qui j’ai ouvert mon coeur à son passage ici, vous dira, comme je vous l’ai écrit, et à tous mes amis, que, loin de désirer en cette circonstance des représentations, j’aurais voulu qu’elles n’eussent point été faites, et que je désire encore plus qu’elles n’aient aucune suite. Il est certain, comme je l’ai écrit à M. Chappuis, qu’avant ma lettre à M. Favre, des représentations de quelques membres de la bourgeoisie, suffisant pour marquer qu’elle improuvait la procédure, et mettant par conséquent mou honneur à couvert, eussent empêché une démarche que je n’ai faite que par force, avec douleur, et quand je ne pouvais plus m’en dispenser sans consentir à mon déshonneur ; mais une lois faite, et mon parti pris, cette démarche ne me laissant plus qu’un tendre souvenir de mes anciens compatriotes, et un désir sincère de les voir vivre en paix, toute démarche subséquente, et relative à celle-là, m’a paru déplacée, inutile ; et je ne l’ai ni désirée ni approuvée. J’avoue toutefois que vos représentations m’ont été honorables, en montrant que la procédure faite contre moi était contraire aux lois, et improuvée par la plus saine partie de l’état. Sous ce point de vue, quoique je n’aie point acquiescé à ces représentations, je ne puis en être fâché. Mais tout ce que vous ferez de plus maintenant n’est propre qu’à en détruire le bon effet, et à faire triompher mes ennemis et les vôtres, en criant que vous donnez à la vengeance ce que vous ne donnez qu’au maintien des lois.
Je vous conjure donc, mon vertueux ami, par votre amour pour la patrie et pour la paix, de laisser tomber cette affaire, on même d’en abandonner ouvertement la poursuite, au moins pour ce qui me regarde, afin que votre exemple entraîne ceux qui vous honorent de leur confiance, et que les griefs d’un particulier qui n’est plus rien à l’état n’en troublent point le repos. Ne soyez en peine, ni du jugement qu’on portera de cette retraite, ni du préjudice qu’en pourrait souffrir la liberté. La réponse du Conseil, quoique tournée avec toute l’adresse imaginable, prête le flanc de tant de côtés, et vous donne de si grandes prises, qu’il n’y a point d’homme un peu au fait qui ne sente le motif de votre silence, et qui ne juge que vous vous taisez pour avoir trop à dire. Et quant à la lésion des lois, comme elle en deviendra d’autant plus grande qu’on en aura plus vivement poursuivi la réparation sans l’obtenir, il vaut mieux fermer les yeux dans une occasion où le manteau de l’hypocrisie couvre les attentats contre la liberté, que de fournir aux usurpateurs le moyen de consommer, au nom de Dieu, l’ouvrage de leur tyrannie.
Pour moi, mon cher ami, quelque disposé que je fusse à me prêter à tout ce qui pouvait complaire à mes anciens concitoyens „ et à reprendre avec joie un titre qui me fut si cher, s’il meut été restitué de leur gré, d’un commun accord, et d’une manière qui me l’eût pu rendre acceptable, vos démarches, en cette occasion, et les maux qui peuvent en résulter, me forcent à changer de résolution sur ce point, et à en prendre une dont, quoi et à en prendre une dont, quoiqu’il arrive, rien ne me fera départir. Je vous déclare donc, et j’en ai fait le serment, que de mes jours je ne remettrai le pied dans vos murs, et que, content de nourrir dans mon coeur les sentiments d’un vrai citoyen de Génère, je n’en reprendrai jamais le titre : ainsi toute démarche qui pourrait tendre à me le rendre est inutile et vaine. Après avoir sacrifié mes droits les plus chers à l’honneur, je sacrifie aujourd’hui mes espérances à la paix. Il ne me reste plus rien à faire. Adieu.
Lettre CDXVIII– À M. Usteri
PROFESSEUR À ZURICH.
Sur le chapitre VIII du dernier livre du CONTRAT SOCIAL
Môtiers, 15 juillet 1763.
Quelque excède que je sois de disputes et d’objections, et quelque répugnance que j’aie d’employer à ces petites guerres le précieux commerce de l’amitié, je continue à répondre à vos difficultés, puisque vous l’exigez ainsi. Je vous dirai donc, avec ma franchise ordinaire, que vous ne me paraissez pas avoir bien saisi l’état de la question. La grande société, la société humaine en général, est fondée sur l’humanité, sur la bienfaisance universelle. Je dis et j’ai toujours dit que le christianisme est favorable à celle-là.
Mais les sociétés particulières, les sociétés politiques et civiles ont un tout autre principe ; ce sont des établissements purement humains, dont par conséquent le vrai christianisme nous détache comme de tout ce qui n’est que terrestre. Il n’y a que les vices des hommes qui rendent ces établissements nécessaires, et il n’y a que les passions humaines qui les conservent. Otez tous les vices à vos chrétiens, ils n’auront plus besoin de magistrats ni de lois ; ôtez-leur toutes les passions humaines, le lien civil perd à l’instant tout son ressort : plus d’émulation, plus de gloire, plus d’ardeur pour les préférences. L’intérêt particulier est détruit ; et, faute d’un soutien convenable, l’état politique tombe en langueur.
Votre supposition d’une société politique et rigoureuse de chrétiens, tous parfaits à la rigueur, est donc contradictoire ; elle est encore outrée quand vous n’y voulez pas admettre un seul homme injuste, pas un seul usurpateur. Sera-t-elle plus parfaite que celle des apôtres ? et cependant il s’y trouva un Judas… Sera-t-elle plus parfaite que celle des anges et le diable, dit-on, en est sorti. Mon cher ami, vous oubliez que mis chrétiens seront des hommes r et que la perfection que je leur suppose est celle que peu ! comporter l’humanité. Mon livre n’est pas fait pour les dieux.
Ce n’est pas tout. Vous donnez à vos citoyens un tact moral, une finesse exquise : et pourquoi ? parce qu’ils sont bons chrétiens. Comment ! nul ne peut être bon chrétien à votre compte sans être un La Rochefoucauld, un La Bruyère ? À quoi pensait donc notre maître, quand il bénissait les pauvres en esprit ? Cette assertion-là, premièrement, n’est pas raisonnable, puisque la finesse du tact moral ne s’acquiert qu’à force de comparaisons, et s’exerce même infiniment mieux sur les vices que l’on cache que sur les vertus qu’on ne cache point. Secondement, cette même assertion est contraire à toute expérience, et Ion voit constamment que c’est dans les plus grandes villes, chez les peuples les plus corrompus qu’on apprend à mieux pénétrer dans les coeurs, à mieux observer les hommes, à mieux interpréter leurs discours par leurs sentiments, à mieux distinguer la réalité de l’apparence. Nierez-vous qu’il n’y ait d’infiniment meilleurs observateurs moraux à Paris qu’en Suisse ? ou conclurez-vous de là qu’on vit plus vertueusement à Paris que chez vous ?
Vous dites que vos citoyens seraient infiniment choqués de la première injustice. Je le crois ; mais, quand ils la verraient, il ne serait plus temps d’y pourvoir, et d’autant mieux qu’ils ne se permettraient pas aisément de mal penser de leur prochain, ni de donner une mauvaise interprétation à ce qui pourrait en avoir une bonne. Cela serait trop contraire à la charité. Vous n’ignorez pas que les ambitieux adroits se gardent bien de commencer par des injustices ; au contraire, ils n’épargnent rien pour gagner d’abord la confiance et l’estime publique par la pratique extérieure de la vertu ; ils ne jettent le masque et ne frappent les grands coups que quand leur partie est bien liée, et qu’on n’en peut plus revenir. Cromwell ne fut connu pour un tyran qu’après avoir passé quinze ans pour le vengeur des lois et le défenseur de la religion.
I know that a cunning and scheming family, relying on its considerable influence outside the country, is steadily undermining the foundations of the republic; its members, adept tricksters and people with double faces, lead the people through hypocrisy and manipulate the elite through irreligion. But you and your fellow citizens must realize that it was you who established this regime in the first place; it is now too late to attempt to overthrow it. Moreover, even if such an attempt were successful—which is far from certain—you would cause yourself far more harm than it would do to that regime, and its downfall could ultimately lead to your own destruction. Believe me, my friends: let it be. Its end is near, and I predict that its own ambition will be its downfall, without the bourgeoisie even having to intervene. In short, what you wish to accomplish regarding this republic is neither useful nor feasible at present; success would be impossible or disastrous, and everything will eventually return to its natural course over time.
Regarding me, you know how I think; and Monsieur d’Ivernois, to whom I opened my heart during his stay here, will tell you, just as I wrote to you and to all my friends, that far from wishing for any representations in this matter, I would have preferred that none at all be made. Moreover, I still wish even more that they should have no further consequences. It is certain, as I wrote to Monsieur Chappuis, that before my letter to Monsieur Favre, representations from some members of the bourgeoisie—representations sufficient to show that they disapproved of the procedure and thus brought disgrace upon it—would have prevented me from taking a step which I could only do under compulsion, with pain, and when I could no longer avoid it without consenting to my own dishonor. But once the law was enacted and my decision made, any subsequent action, related to that initial one, seemed to me inappropriate and unnecessary; I neither desired nor approved of it. I must admit, however, that your representations were honorable in that they showed that the procedure taken against me was contrary to the law and disapproved by the majority of the people. From this perspective, although I did not agree with these representations, I cannot be offended by them. But anything you do now is only likely to destroy their positive effect and to help my enemies as well as yours to succeed, by giving the impression that you are seeking vengeance rather than upholding the law.
I therefore implore you, my virtuous friend, in the name of your love for the fatherland and for peace, to drop this matter entirely and even to openly abandon its pursuit, at least with regard to me. Let your example inspire those who place their trust in you, and let not the grievances of a private individual, who holds no authority in the state, disturb the peace of the nation. Do not worry about what others may think of this step you take, nor about any harm it might cause to freedom. The Council’s response, though crafted with every possible care, is vulnerable on so many fronts and offers you such strong arguments that anyone who understands the situation will see the reason for your silence—and will conclude that you remain silent precisely because you have too much to say. As for the violation of laws, such violations will only become more serious the more vigorously we attempt to redress them without success. In a time when the cloak of hypocrisy covers acts against freedom, it is better to turn a blind eye than to give those who usurp power the means to carry out their tyranny in the name of God.
For me, my dear friend, no matter how willing I might have been to do anything that would please my former fellow citizens—and to gladly reclaim a title that was so dear to me, if it could have been restored to me with their consent, through mutual agreement, and in a way that would have made it acceptable to me—your actions on this occasion, and the harm that may result from them, force me to change my resolve on this matter. I shall take a different course, one from which nothing, no matter what happens, will ever make me deviate. Therefore, I declare to you—and I swear it—I will never set foot within your walls again. Content to hold in my heart the sentiments of a true citizen of Genere, I will never reclaim that title. Any effort made to restore it to me is thus futile and meaningless. After having sacrificed my most cherished rights for honor, I now sacrifice my hopes for peace. There is nothing left for me to do. Adieu.
Letter CDXVIII – To Mr. Usteri
Professor in Zurich.
In Chapter VIII of the last book of the SOCIAL CONTRACT
Môtiers, July 15, 1763.
No matter how much I may be inclined to engage in disputes and objections, and no matter how reluctant I am to use the precious bond of friendship for such petty quarrels, I continue to address your difficulties, since you insist on it. Therefore, I will tell you, in my usual frankness, that I do not believe you have fully understood the nature of the issue. Society in general, human society as a whole, is founded on humanity and on universal benevolence. I say—and I have always said—that Christianity is conducive to such principles.
But particular societies, political and civil societies, are based on a completely different principle; they are purely human institutions, and therefore true Christianity separates us from everything that is merely earthly. It is only the vices of human beings that make such institutions necessary, and it is only human passions that preserve them. Remove all vices from your Christians, and they will no longer need magistrates or laws; remove all human passions, and civil society will immediately lose all its vitality: no more emulation, no more glory, no more passion for achieving superiority. Private interests would be destroyed; and, without proper support, political institutions would wither away.
Your assumption of a strict, political society composed solely of perfect Christians is therefore contradictory; it becomes even more absurd when you refuse to admit a single unjust person or a single usurper within it. Will such a society be any more perfect than that of the apostles? Yet there was Judas among them. Will it be more perfect than that of angels, when it is said that the devil also originated from them? My dear friend, you forget that Christians are still human beings, and the perfection I attribute to them is one that very few members of humanity can attain. My book is not intended for gods.
That’s not all. You bestow upon your citizens a kind of moral tact, a delicacy of perception—why? Because they are good Christians. How! According to you, no one can be a good Christian without being someone like La Rochefoucauld or La Bruyère? What was our master thinking when he blessed the poor in spirit? Firstly, this assertion is unreasonable; for the subtlety of moral tact is acquired only through comparison, and it is even exercised far more effectively in observing vices that are concealed than virtues that are not. Secondly, this same assertion contradicts all experience. After all, it is in the largest cities, among the most corrupt peoples, that one learns to better understand people’s hearts, to observe them more keenly, to interpret their words through their emotions, and to distinguish between reality and appearance. Will you deny that there are infinitely better moral observers in Paris than in Switzerland? Or will you conclude from this that people live more virtuously in Paris than among you?
You say that your citizens would be infinitely shocked by the first instance of injustice. I believe that; but by the time they witnessed it, it would be too late to take action. Moreover, they would not readily harbor ill thoughts toward their fellow humans, nor would they misinterpret anything that could potentially be understood in a good way. Such behavior would go against the very essence of charity. You must be aware that cunning and ambitious individuals never begin by committing injustices; on the contrary, they spare no effort to gain public trust and respect through outward displays of virtue. They only remove their masks and strike their final blows when their plans are firmly in place and there is no turning back. Cromwell was not known as a tyrant until fifteen years had passed—by then, he had already established himself as the defender of the law and the religion.
So che una famiglia intrigante e astuta, sostenuta da un grande credito all’estero, mina profondamente le fondamenta della repubblica; i suoi membri, abili nell’inganno e persone doppiogiochiste, guidano il popolo con l’ipocrisia e i potenti con l’irreligione. Ma voi e i vostri concittadini dovete considerare che è stata proprio voi ad instaurarla; ormai è troppo tardi per cercare di distruggerla, e anche ammesso un successo improbabile, potreste danneggiarvi ancora di più di quanto non lo fareste a lei, distruggendovi nel farla cadere. Credetemi, amici miei: lasciatela agire; sta per raggiungere la sua fine, e prevedo che sia proprio la sua stessa ambizione a perderla, senza che la borghesia debba intervenire. Quindi, riguardo alla repubblica, ciò che volete fare in questo momento non è utile; il successo è impossibile, o sarebbe funesto, e tutto riprenderà il suo corso naturale con il tempo.
Riguardo a me, conoscete il mio modo di pensare; e il signor d’Ivernois, a cui ho aperto il mio cuore durante la sua visita qui, vi dirà, come gli ho scritto, così come l’ho detto a tutti i miei amici, che, lungi dal desiderare in questa circostanza alcuna rappresentazione, avrei voluto che non venisse neppure intrapresa, e desidero ancora di più che essa non abbia alcuna conseguenza. È certo, come ho scritto al signor Chappuis, che prima della mia lettera al signor Favre, delle rappresentazioni da parte di alcuni membri della borghesia, sufficienti a dimostrare che quella procedura era contraria alle leggi e quindi disonorevole per tutti, avrebbero potuto impedire un passo che ho intrapreso solo per necessità, con dolore, e quando non potevo più evitarlo senza accettare la mia umiliazione. Tuttavia, una volta presa quella decisione e fatta quella mossa, tutto ciò che ne è seguito mi ha lasciato soltanto un tenero ricordo dei miei vecchi connazionali e il sincero desiderio di vederli vivere in pace; quindi qualsiasi ulteriore azione relativa a quella situazione mi è sembrata fuori luogo e inutile, e non l’ho né desiderata né approvata. Ammetto tuttavia che le vostre rappresentazioni sono state onorevoli per me, poiché hanno dimostrato che la procedura intrapresa contro di me era contraria alle leggi ed era disapprovata dalla maggior parte della popolazione. Da questo punto di vista, anche se non ho accettato quelle rappresentazioni, non posso esserne offeso. Tuttavia, qualsiasi altra cosa facciate ora non farà altro che distruggere l’effetto positivo delle vostre azioni e contribuire alla vittoria dei miei nemici e dei vostri, poiché sembrerà che stiate dando spazio alla vendetta piuttosto che al rispetto delle leggi.
Vi supplico dunque, mio nobile amico, per il vostro amore per la patria e per la pace, di abbandonare questa questione, o almeno di cessare apertamente di perseguirla, almeno per quanto mi riguarda. Così il vostro esempio potrà guidare coloro che vi onorano con la loro fiducia, e le accuse di un individuo che ormai non rappresenta più nulla lo stato non disturberanno la pace pubblica. Non temete né il giudizio che si potrebbe formulare su questa decisione, né il danno che essa potrebbe arrecare alla libertà. La risposta del Consiglio, per quanto abilmente formulata, presenta troppe debolezze e offre troppi pretesti per giustificare il vostro silenzio; chiunque sia minimamente informato comprenderà certamente che vi astenete dal parlare perché avete molto da dire. Quanto alla violazione delle leggi, essa diventerà ancora più grave se continueremo a cercare di farle rispettate senza riuscirci: in una situazione in cui l’ipocrisia nasconde gli attacchi contro la libertà, è meglio chiudere un occhio piuttosto che fornire agli usurpatori l’occasione per compiere, in nome di Dio, atti di tirannia.
Per me, caro amico, per quanto fossi disposto a fare tutto ciò che potesse compiacere i miei antichi concittadini e ad accettare con gioia un titolo che mi fu così caro, se solo fosse stato restituito di loro spontanea volontà, in accordo comune e in modo tale da renderlo accettabile per me, le vostre azioni, in questa circostanza, e i danni che ne potrebbero derivare, mi costringono a cambiare decisione su questo punto e ad assumere una posizione dalla quale, qualunque cosa accada, non mi allontanerò mai. Vi dichiaro quindi, e lo giuro, che per tutta la mia vita non rientrerò mai nelle vostre mura e che, contento di conservare nel mio cuore i sentimenti di un vero cittadino di Genova, non riprenderò mai quel titolo: pertanto, qualsiasi azione possa mirare a restituirmelo è inutile e vana. Dopo aver sacrificato i miei diritti più preziosi per l’onore, oggi sacrifico le mie speranze per la pace. Non mi resta più nulla da fare. Addio.
Lettera CDXVIII – A Monsieur Usteri
Professore a Zurigo.
Nel capitolo VIII dell’ultimo libro del CONTRATTO SOCIALE
Môtiers, 15 luglio 1763.
Per quanto io possa eccedere in dispute e obiezioni, e per quanto mi dispiaccia utilizzare il prezioso legame dell’amicizia in queste “piccole guerre”, continuerò a rispondere alle vostre difficoltà, poiché voi lo esigete. Vi dirò quindi, con la mia solita franchezza, che non mi sembra che abbiate compreso correttamente la natura della questione. La grande società, la società umana in generale, è fondata sull’umanità, sul bene comune di tutti. Dico e ho sempre detto che il cristianesimo è favorevole a questo scopo.
Ma le società particolari, le società politiche e civili seguono principi completamente diversi; si tratta di istituzioni puramente umane, e quindi il vero cristianesimo ci distacca da tutto ciò che è solo terreno. Sono soltanto i vizi degli uomini a rendere queste istituzioni necessarie, e sono soltanto le passioni umane a mantenerle in vita. Eliminate tutti i vizi dai vostri cristiani, e non avranno più bisogno di magistrati né di leggi; eliminate tutte le passioni umane, e il legame civile perderà immediatamente ogni sua forza: niente più emulazione, niente più gloria, niente più desiderio di ottenere preferenze. L’interesse particolare viene distrutto; e, in assenza di un sostegno adeguato, lo stato politico declina rapidamente.
La vostra ipotesi di una società politica e rigorosa composta da cristiani, tutti perfetti sotto ogni aspetto, è quindi contraddittoria; diventa ancora più assurda quando rifiutate di ammettere anche un solo uomo ingiusto, nemmeno un solo usurpatore. Sarà forse questa società più perfetta di quella degli apostoli? Eppure tra loro c’era Giuda. Sarà forse più perfetta di quella degli angeli? Eppure si dice che il diavolo ne sia provenuto. Caro amico, dimenticate che anche i migliori cristiani sono pur sempre uomini, e che la perfezione che attribuite loro è una perfezione che pochissimi esseri umani possono raggiungere. Il mio libro non è scritto per gli dei.
Non basta: date ai vostri cittadini un senso del tatto morale, una finezza estrema. E perché? Perché sono buoni cristiani. Come! Secondo voi, nessuno può essere un buon cristiano senza essere un La Rochefoucauld o un La Bruyère? A cosa pensava dunque il nostro maestro quando benediceva i poveri nel loro spirito? Questa affermazione, innanzitutto, non è ragionevole: la finezza del tatto morale si acquisisce soltanto attraverso continui confronti, e si esercita addirittura molto meglio nei vizi nascosti che nelle virtù apertamente manifestate. In secondo luogo, questa stessa affermazione è in contraddizione con ogni esperienza reale: si osserva infatti che proprio nelle città più grandi, tra i popoli più corrotti, si impara a comprendere meglio i cuori umani, ad osservare gli uomini con maggiore attenzione, a interpretare i loro discorsi in base ai loro veri sentimenti, a distinguere la realtà dall’apparenza. Negherete forse che a Parigi ci siano osservatori morali molto più abili che in Svizzera? O ne concluderete che a Parigi si viva in modo più virtuoso che da voi?
Dite che i vostri cittadini sarebbero infinitamente scioccati dalla prima ingiustizia. Lo credo; ma quando la vedrebbero, non ci sarebbe più tempo per intervenire, e inoltre loro stessi non si permetterebbero facilmente di pensare male del proprio prossimo, né di dare una cattiva interpretazione a ciò che potrebbe invece avere un significato positivo. Questo sarebbe troppo contrario alla carità. Non ignorate certo che gli ambiziosi e abili si guardano bene dal commettere ingiustizie fin dall’inizio; al contrario, non risparmiano nulla per guadagnare prima la fiducia e l’ammirazione del pubblico attraverso la pratica esteriore della virtù. Solo quando la loro causa è ormai saldamente avviata, e non si può più tornare indietro, allora abbassano la maschera e colpiscono duramente. Cromwell fu conosciuto come tiranno solo dopo aver trascorso quindici anni a farsi passare per il vendicatore delle leggi e il difensore della religione.
Pour conserver votre république chrétienne, vous rendez ses voisins aussi justes qu’elle : à la bonne heure ; je conviens qu’elle se défendra toujours assez bien pourvu qu’elle ne soit point attaquée. À l’égard du courage que vous donnez à ses soldats, par le simple amour de la conservation, c’est celui qui ne manque à personne. Je lui ai donné un motif encore plus puissant sur des chrétiens, savoir, l’amour du devoir. Là-dessus, je crois pouvoir, pour toute réponse, vous renvoyer à mon livre, où ce point est bien discuté. Comment ne voyez-vous pas qu’il n’y a que de grandes passions qui fassent de grandes choses ? Qui n’a d’autre passion que celle de son salut ne fera jamais rien de grand dans le temporel. Si Mutius Scaevola n’eût été qu’un saint, croyez-vous qu’il eût fait lever le siège de Rome ? Vous me citerez peut-être la magnanime Judith. Mais nos chrétiennes hypothétiques, moins barbarement coquettes, n’iront pas je crois séduire leurs ennemis, et puis coucher avec eux pour les massacrer durant leur sommeil
Mon cher ami, je n’aspire pas à vous convaincre. Je sais qu’il n’y a pas deux têtes organisées de même, et qu’après bien des disputes, bien des objections, bien des éclaircissements, chacun finit toujours par rester dans son sentiment comme auparavant. D’ailleurs, quelque philosophe que vous puissiez être, je sens qu’il faut toujours un peu tenir à l’état. Encore une fois, je vous réponds parce que vous le voulez ; mais je ne vous estimerai pas moins pour ne pas penser comme moi. J’ai dit mon avis au public, et j’ai cru le devoir dire, en choses importantes et qui intéressent l’humanité. Au reste, je puis m’être trompé toujours ; et je me suis trompé souvent sans doute. J’ai dit mes raisons ; c’est au public, c’est à nous à les peser, à les juger, à choisir. Pour moi, je n’en sais pas davantage, et je trouve très bon que ceux qui ont d’autres sentiments les gardent, pourvu qu’ils me laissent en paix dans le mien.
Lettre CDXX– À M. Duclos
[812]
Môtiers, le 30 juillet 1763
Bien arrivé, mon cher philosophe. Je prévoyais votre jugement sur l’Angleterre. Pour des yeux comme les vôtres, l’es hommes sont les mêmes par tout pays ; les nuances qui les distinguent sont trop superficielles, le fond de l’étoffe domine toujours. Tout comparé, vous vous décidez pour votre pays : ce choix est naturel. Après y avoir passé les plus belles années de ma vie j’en ferais de bon coeur autant. Je crois pourtant qu’en général j’aimerais mieux que mon ami fût Anglais que Français. J’avais beaucoup d’amis en France ; mes disgrâces sont venues, et j’en ai conservé deux. En Angleterre, j’en aurais eu moins peut-être, mais je n’en aurais perdu aucun.
J’ai fait pour mon pays ce que j’ai fait pour mes amis. J’ai tendrement aimé ma patrie, tant que j’ai cru en avoir une. À l’épreuve, j’ai trouvé que je me trompais. En me détachant d’une chimère, j’ai cessé d’être un homme à visions ; voilà tout. Vous voudriez que je fisse un manifeste ; c’est supposer que j’en ai besoin. Cela me paraît bizarre qu’il faille toujours me justifier de l’iniquité d’autrui, et que je suis toujours coupable, uniquement parce que je suis persécuté. Je ne vis point dans le monde, je n’y ai nulle correspondance, je ne sais rien de ce qui s’y dit. Mes ennemis y sont à leur aise ; ils savent bien que leurs discours ne me parviennent pas. Me voilà donc, comme à l’inquisition, forcé de me défendre sans savoir de quoi je suis accusé.
En parlant de la renonciation à ma bourgeoisie vous dites que beaucoup de citoyens ont réclamé en ma faveur ; que j’avais donc des exceptions à faire. Entendons-nous, mon cher philosophe : les réclamations dont vous parlez n’ayant été faites qu’après ma démarche, ne pouvaient pas me fournir un motif pour m’en abstenir. Cette démarche n’a point été précipitée, elle n’a été faite qu’après dix mois d’attente, durant lesquels personne n’a dit un mot en public, si ce n’est contre moi. Alors le consentement de tous étant présumé de leur silence, rester volontairement membre d’un état où j’avais été flétri, n’était-ce pas consentir moi-même à mon déshonneur ? Et me restait-il une voie plus honnête, plus juste, plus modérée de protester contre cette injure, que de me retirer paisiblement de la société où elle m’avait été faite ?Nos lois les plus précises ayant été, de toutes manières, foulées aux pieds à mon égard, à quoi pouvais-je rester engagé de mon côté, lorsque les liens de la patrie n’étaient plus rien envers moi que ceux de l’ignominie, de l’injustice et de la violence ?
Cette retraite fit ouvrir les yeux à la bourgeoisie elle sentit son tort, elle en eut honte ; et. selon le retour ordinaire de l’amour-propre, pour s’en disculper, elle tâcha de me l’imputer. On m’écrivit des lettres-de reproches. En réponse, j’exposai mes raisons : elles étaient sans réplique. On voulut trop tard réparer la faute et revenir sur une chose faite. On n’avait rien dit quand il fallait parler ; on parla quand il ne restait qu’à se taire, et que tout ce qu’on pouvait dire n’aboutissait plus à rien. La bourgeoisie fit des représentations, le Conseil les éluda par des réponses dont l’adresse ne put sauver le ridicule : mais il y a longtemps qu’on s’est mis au-dessus des sifflets. La bourgeoisie voulut insister ; les esprits s’échauffaient, la mésintelligence allait devenir brouillerie, et peut-être pis. Je vis alors qu’il me restait quelque chose à faire. Mes amis savaient que, toujours attaché par le coeur à mon pays, je reprendrais avec joie le titre auquel j’avais été forcé de renoncer, lorsque d’un commun accord il me serait convenablement rendu. Le désir de mon rétablissement paraissait être le seul motif de leur démarche ; il fallait leur ôter cette source de discorde. Pour leur faire abandonner la poursuite d’une affaire qui pouvait les mener trop loin, je leur ai donc déclaré que jamais, quoi qu’il arrivât je ne rentrerais dans leurs murs ; que jamais je ne reprendrais la qualité de leur concitoyen, et qu’ayant confirmé par serment cette résolution, je n’étais plus le maître d’en changer. Comme je n’ai voulu conserver aucune correspondance suivie à Genève, j’ignore absolument ce qui s’y est passé depuis ce temps-là : mais voilà ce que j’ai fait. Après avoir sacrifié mes droits les plus chers à mon honneur outragé, j’ai sacrifié à la paix mes dernières espérances. Tels sont mes torts dans cette affaire ; je ne m’en connais point d’autres.
Vous voudriez, dites-vous, que je fisse voir à tout le monde comment, étant mal avec beaucoup de gens, je devrais être bien avec tous : mais je serais fort embarrassé moi-même de dire pourquoi je suis mal avec quelqu’un ; car je défie qui que ce soit au monde d’oser dire que je lui aie jamais fait ou voulu le moindre mal. Ceux qui me persécutent ne me persécutent que pour le seul plaisir de nuire : ceux qui me haïssent ne peuvent me haïr qu’à cause du mal qu’ils m’ont fait. Ils se complaisent dans leur ouvrage ; ils ne me pardonneront jamais leur propre méchanceté. Or, qu’ils fassent donc tout à leur aise ; bientôt je pourrai les mettre au pis. Cependant ils auront beau m’accabler de maux, il leur en reste un pour ma vengeance que je leur défie de me faire éprouver ; c’est le tourment de la haine, avec lequel je les tiens plus malheureux : que moi. Voilà tout ce que je puis dire sur ce chapitre. Au reste, j’ai passé cinquante ans de ma vie sans apprendre à faire mon apologie ; il est trop tard pour commencer.
M. Cramer n’est point du Conseil. Il est le libraire, même l’ami de M. de Voltaire ; et l’on sait ce que sont les amis de Voltaire-par rapport à moi ; du reste, je ne le connais point du tout. Je sais seulement qu’en général tous les Genevois du grand air me haïssent, mais qu’ils savent se plier aux goûts de ceux qui leur parlent. Ils ont soin de ne pas perdre leurs coups en l’air ; ils ne les lâchent que quand ils portent
Me voici au bout de mon papier et de mon bavardage sans avoir pu vous parler de vous.
Une réflexion bien simple, mon cher philosophe, et je finis. Je vous ai tendrement aimé dans les jours brillants de ma vie, et vous savez que l’adversité n’endurcit pas le coeur. Je vous embrasse.
Lettre CDXXII– À M. Martinet
[815]
CHEZ LUI
In order to preserve your Christian republic, you make its neighbors just as righteous as itself—well done; I admit that it will always be able to defend itself quite adequately so long as it is not attacked. As for the courage you inspire in its soldiers, merely out of a love for preservation, such courage is something no one lacks. I have given them an even more powerful motive among Christians: the love of duty. On this point, I believe I can simply refer you to my book, where this matter is discussed at length. How do you not realize that only great passions can accomplish great things? Those who have no passion other than that for their own salvation will never achieve anything significant in this world. If Mutius Scaevola had been merely a saint, do you think he would have managed to lift the siege of Rome? You might cite the magnanimous Judith as an example. But our hypothetical Christian women, less barbarously coquettish than she, I believe would not go so far as to seduce their enemies and then sleep with them in order to massacre them while they slept.
My dear friend, I do not seek to convince you. I know that no two well-organized minds ever agree on the same matters, and that after many arguments, objections, and clarifications, each person ultimately remains firm in their own convictions just as before. Moreover, no matter how philosophical you may be, I feel it is essential to uphold one’s stance at times. Once again, I am responding to you because you wish it; but I will not hold you in lower regard for not sharing my views. I have expressed my opinion to the public, and I believed it was my duty to do so on matters of great importance that concern humanity. After all, I may still be wrong—indeed, I have probably been wrong many times. I have presented my reasons; it is up to the public, up to us, to weigh them, judge them, and make our choices. As for me, I know no more than before, and I consider it perfectly acceptable for those who hold different opinions to retain theirs, so long as they leave me alone with mine.
Letter CDXX – To Mr. Duclos
[812]
Môtiers, July 30, 1763
Welcome, my dear philosopher. I anticipated your judgment about England. To eyes like yours, men are the same everywhere; the differences that distinguish them are too superficial—the essence of their nature always prevails. After all things considered, you choose your own country: such a choice is natural. Having spent the best years of my life there, I would do the same with all my heart. Yet, I believe that in general, I would prefer my friend to be English rather than French. I had many friends in France; when misfortunes befell me, I kept only two of them. In England, I might have had fewer friends, but I wouldn’t have lost a single one.
I did for my country what I did for my friends. I loved my homeland with all my heart, as long as I believed I truly had one. But in the face of reality, I realized I had been mistaken. By letting go of an illusion, I ceased to be a man filled with grand visions; that’s all there is to it. You would expect me to issue a manifesto; but that would imply I needed one. It seems strange that I am always forced to justify the injustices others commit, and that I am considered guilty merely because I am persecuted. I do not live in this world; I have no connections with it, and I know nothing of what is said there. My enemies are at ease there; they are well aware that their words never reach me. Thus, just like during the Inquisition, I am forced to defend myself without even knowing what charges are being made against me.
When you speak of my renunciation of my bourgeois status, you say that many citizens spoke in my favor; that therefore there were exceptions to be considered. Let us be clear, my dear philosopher: the complaints you refer to were made only after my actions had been taken, and thus could not provide any reason for me to refrain from them. My decision was not hasty; it came only after ten months of waiting—during which no one spoke in public in my defense, except those who condemned me. Since everyone’s silence was presumed to mean consent, remaining voluntarily a member of a state that had condemned me was tantamount to accepting my own disgrace. And what more honorable, just, and moderate way could I have had to protest against such an insult than to withdraw peacefully from the society in which it was inflicted upon me? Since our most stringent laws had been blatantly violated in my case, what obligation could I still have toward that state, when its ties to me were now nothing but those of humiliation, injustice, and violence?
This retreat served to make the bourgeoisie realize its mistake; it felt ashamed of it. And, in accordance with the usual reaction of self-respect, in order to justify itself, it tried to blame me for it. I received letters full of reproaches. In response, I explained my reasons: they were irrefutable. They tried too late to rectify their mistake and to reverse something that had already been done. They had said nothing when it was necessary to speak; they spoke when it was only left to remain silent, and by then everything they could say was of no avail. The bourgeoisie made representations, but the Council dismissed them with replies so inept that they only served to emphasize the ridicule of their position. However, I had long since decided to ignore such insults. The bourgeoisie insisted; tempers began to heat up, and misunderstandings were on the verge of escalating into something worse. Then I realized that there was still something I could do. My friends knew that, as someone who remained deeply attached to my country in my heart, I would gladly reclaim the title that I had been forced to renounce, whenever it became appropriate for me to do so through mutual agreement. Their desire for my reinstatement seemed to be the sole motive behind their actions; it was necessary to remove this source of discord for them. In order to persuade them to abandon a course of action that could lead to further trouble, I declared to them that, no matter what happened, I would never return among them; that I would never again assume the status of their citizen. Having sworn this resolve, I knew I could no longer change it. Since I chose not to maintain any correspondence in Geneva after that, I have absolutely no idea what has happened there since then. But this is what I did. After sacrificing my most cherished rights for the sake of my offended honor, I gave up my last hopes for peace as well. Such are my faults in this matter; I know of none others.
You would perhaps like me to show everyone how, since I have bad relations with many people, I should still be able to get along well with everyone else; but I myself would find it extremely difficult to explain why I have a poor relationship with someone particular, for I defy anyone in the world to claim that I have ever done them any harm or intended to do so. Those who persecute me do so merely out of the pleasure of causing me pain; those who hate me can only hate me because they have done me harm. They take satisfaction in their actions; they will never forgive their own malice. Well, let them do as they please—soon enough, I will be able to turn the tables against them. Even if they heap every kind of evil upon me, there remains one thing that can bring me vengeance, and I defy them to prevent me from experiencing it: the torment of hatred itself, which makes them far more miserable than I am. That is all I have to say on this subject. Besides, I have spent fifty years of my life without ever learning how to defend myself; it is too late to start now.
Mr. Cramer is not a member of the Council. He is merely a bookseller, and even a friend of Mr. de Voltaire; and one knows what kind of friends Voltaire had—especially with regard to me; anyway, I don’t know him at all. I only know that, in general, all those Genevans from the “upper classes” hate me, but they are clever enough to adapt themselves to the preferences of those who address them. They make sure not to waste their efforts in vain; they only take action when it is certain to succeed.
I have run out of paper and run out of things to say, yet I still haven’t managed to talk to you about you.
A very simple reflection, my dear philosopher—and that concludes it. I have loved you dearly during the bright days of my life, and you know that adversity does not harden the heart. I kiss you.
Letter CDXXII – To Mr. Martinet
[815]
AT HIS PLACE
Per preservare la vostra repubblica cristiana, rendete i suoi vicini altrettanto giusti di essa: bene fatto; ammetto che si difenderà sempre abbastanza bene, a condizione che non venga attaccata. Per quanto riguarda il coraggio che infondete nei suoi soldati, semplicemente per amore della propria salvezza, questo coraggio non manca a nessuno. Io ho dato loro un motivo ancora più potente: l’amore del dovere. A questo proposito, credo di potervi rimandare al mio libro, dove questo argomento viene discusso in modo approfondito. Come non vedete che solo grandi passioni possono portare a grandi imprese? Chi non ha altro scopo se non la propria salvezza non farà mai nulla di grande nel mondo temporale. Se Mutius Scaevola fosse stato soltanto un santo, credete che avrebbe fatto levare l’assedio di Roma? Potreste citarmi forse la nobile Giuditta. Ma le nostre ipotetiche cristiane, meno volgari e frivole nelle loro azioni, probabilmente non andranno a sedurre i loro nemici, né si coricheranno con loro per massacrarli mentre dormono.
Mio caro amico, non ho alcuna intenzione di convincervi. So che non esistono due menti organizzate allo stesso modo, e che, dopo molte discussioni, obiezioni e chiarimenti, ognuno finisce sempre per rimanere fermo nelle proprie convinzioni, come prima. Del resto, per quanto filosofo possiate essere, sento che è necessario mantenere sempre un certo ordine nelle idee. Vi rispondo ancora una volta perché lo desiderate voi; ma non vi considererò meno stimabile solo perché non la pensate come me. Ho espresso il mio parere al pubblico, e ho ritenuto di doverlo fare su questioni importanti che riguardano l’umanità. Del resto, potrei sempre essermi sbagliato. E probabilmente mi sono sbagliato spesso. Ho esposto le mie ragioni; è al pubblico, a noi, che spetta valutarle, giudicarle e scegliere. Per quanto mi riguarda, non so nulla di più; e ritengo molto giusto che coloro che hanno opinioni diverse le mantengano, purché mi lascino in pace con le mie.
Lettera CDXX – A Monsieur Duclos
[812]
Môtiers, 30 luglio 1763
Benvenuto, caro filosofo. Mi aspettavo il tuo giudizio sull’Inghilterra. Per occhi come i tuoi, gli uomini sono uguali in ogni paese; le differenze che li distinguono sono troppo superficiali: la sostanza fondamentale rimane sempre la stessa. Dopo aver trascorso i migliori anni della mia vita in Inghilterra, lo sceglierei di nuovo con tutto il cuore. Tuttavia, credo che in generale preferirei che mio amico fosse inglese piuttosto che francese. Avevo molti amici in Francia; dopo le mie sfortune ne ho conservati soltanto due. In Inghilterra ne avrei avuti forse meno, ma non ne avrei perso nessuno.
Ho fatto per il mio paese ciò che ho fatto per i miei amici. Ho amato teneramente la mia patria, finché credevo di averne una. Alla prova, ho scoperto di essermi sbagliato. Liberandomi da un’illusione, ho smesso di essere un uomo dalle visioni. Ecco tutto. Vorreste che scrivessi un manifesto? Significherebbe supporre che ne abbia bisogno. Mi sembra strano che debba sempre giustificarmi dell’ingiustizia altrui, e che sia sempre considerato colpevole soltanto perché vengo perseguitato. Non vivo nel mondo; non ho alcun contatto con esso, non so nulla di ciò che vi si dice. I miei nemici, invece, se la passano bene lì dentro; sanno benissimo che i loro discorsi non mi raggiungono. E così mi trovo costretto, come all’Inquisizione, a difendermi senza sapere di cosa vengo accusato.
Parlando della rinuncia alla mia appartenenza alla borghesia, dite che molti cittadini hanno espresso richieste a mio favore; quindi, secondo voi, avrei dovuto fare delle eccezioni. Ma capiamoci bene, caro filosofo: le richieste di cui parlate sono state fatte soltanto dopo la mia decisione, e quindi non potevano costituire un motivo per rinunciarvi. Questa decisione non è stata affatto precipitata; è stata presa solo dopo dieci mesi di attesa, durante i quali nessuno ha detto nulla in pubblico, se non cose contro di me. Poiché il silenzio di tutti veniva considerato un consenso, rimanere volontariamente membro di uno stato che mi aveva umiliato non significava forse accettare io stesso quel disonore? E quale altra strada avrei potuto seguire per protestare contro tale offesa, se non quella di ritirarmi pacificamente da una società che me l’aveva inflitta? Poiché le nostre leggi più precise erano state sistematicamente violate nei miei confronti, a cosa potevo ancora essere legato, quando i legami con la patria non rappresentavano altro che vincoli di ignominia, ingiustizia e violenza?
Questa ritirata fece aprire gli occhi alla borghesia: essa si rese conto del proprio errore e ne provò vergogna; e, secondo il normale comportamento dell’orgoglio umano, per scusarsene, cercò di incolparne me. Mi furono inviate lettere piene di rimproveri. In risposta, esposi le mie ragioni: erano irrefutabili. Tentarono di rimediare troppo tardi, quando ormai nulla poteva essere cambiato. Non avevano detto nulla quando era necessario parlare; parlarono invece quando non restava altro da fare se non tacere, e tutto ciò che avrebbero potuto dire ormai non serviva a nulla. La borghesia presentò delle lamentele, ma il Consiglio le ignorò con risposte così ridicole da non poter salvare nemmeno la dignità di chi le aveva formulate; tuttavia, da tempo avevo deciso di non curarmi più dei loro sibili. La borghesia insistette; gli animi si accesero, l’incomprensione rischiava di trasformarsi in conflitto, e forse anche in qualcosa di peggio. Allora capii che mi restava ancora qualcosa da fare. I miei amici sapevano che, essendo sempre legato dal cuore al mio paese, avrei ripreso con gioia il titolo che ero stato costretto a rinunciare, non appena fosse stato restituito in modo appropriato. Il desiderio del mio ristabilimento sembrava essere l’unico motivo della loro azione; era necessario togliere loro questa fonte di discordia. Per farli abbandonare una causa che avrebbe potuto portarli troppo lontano, dichiarai loro che mai, per nulla al mondo, sarei tornato tra le loro mura; che mai avrei ripreso la qualità di loro cittadino, e poiché avevo confermato questa decisione con un giuramento, non ero più in grado di cambiarla. Poiché non volevo mantenere alcuna corrispondenza regolare a Ginevra, ignoro assolutamente cosa sia successo da allora; ma questo è ciò che ho fatto. Dopo aver sacrificato i miei diritti più preziosi per il mio onore offeso, ho sacrificato anche le mie ultime speranze per la pace. Questi sono i miei errori in questa faccenda; non ne conosco altri.
Vorreste, dite voi, che io mostrassi a tutti come, essendo in cattivi rapporti con molte persone, dovrei essere in buoni rapporti con tutti. Ma anch’io mi troverei in grande imbarazzo nel spiegare perché sono in cattivi rapporti con qualcuno; infatti, sfido chiunque al mondo ad affermare che io abbia mai fatto o voluto loro del male. Coloro che mi perseguitano lo fanno soltanto per il piacere di nuocermi; coloro che mi odiano possono farlo solo a causa del male che mi hanno inflitto. Si compiacciono nel loro operato. Ma non mi perdoneranno mai la loro stessa malvagità. Ebbene, che facciano pure ciò che vogliono: presto sarò in grado di renderli ancora più infelici. Tuttavia, anche se dovessero infliggermi ogni sorta di male, ne rimarrà uno per la mia vendetta. Il tormento dell’odio. Ed è proprio questo che li rende più sfortunati di me. Questo è tutto ciò che posso dire su questo argomento. Del resto, ho trascorso cinquant’anni della mia vita senza imparare a difendermi. È troppo tardi per iniziare ora.
Il signor Cramer non fa parte del Consiglio; è semplicemente il libraio, anzi l’amico del signor de Voltaire. E si sa bene cosa siano gli amici di Voltaire, per quanto mi riguarda. Del resto, non lo conosco affatto. So soltanto che, in generale, tutti i genovesi mi odiano, ma sanno come adattarsi ai gusti di coloro che parlano con loro. Fanno attenzione a non sprecare le loro opportunità. Le colpiscono soltanto quando sono sicuri di successo.
Mi trovo alla fine della mia carta e del mio chiacchiericcio, senza essere riuscito a parlarvi di voi.
Una riflessione molto semplice, mio caro filosofo. E con questo ho finito. Vi ho amato profondamente nei giorni più belli della mia vita, e voi sapete che la sfortuna non indurisce il cuore. Vi bacio.
Lettera CDXXII – A Monsieur Martinet
[815]
IN LUI
Vous ne m’aimez point, monsieur, je le sais mais moi je vous estime ; je sais que vous êtes un homme juste et raisonnable : cela me suffit pour laisser en toute confiance mademoiselle Le Vasseur sous votre protection. Elle en est digne ; elle est connue et bienvoulue de ce qu’il y a de plus grand en France : tout le monde approuvera ce que vous aurez fait pour elle, et Milord Maréchal, en particulier, vous en saura gré. Voilà bien des raisons, monsieur, qui me rassurent contre l’effet d’un peu de froideur entre nous. Je vous fais remettre un testament qui peut n’avoir pas toutes les formalités requises ; mais s’il ne contient rien que de raison nable et de juste, pourquoi le casserait-on ? Je me lit » bien encore à votre intégrité dans ce point.
Adieu, monsieur ; je pars pour la patrie des âmes justes. J’espère y trouver peu d’évêques et de gens d’église, niais beaucoup d’hommes comme vous et moi. Quand vous y viendrez à votre tour, vous arriverez en pays de connaissance. Adieu donc derechef, monsieur ; au revoir.
Lettre CDXXIII– À M. Moultou
Môtiers, lundi 1er août 1763.
Je vous remercie, mon cher MouItou, du livre de M. Vernes que vous m’avez envoyé : l’état où je suis ne me permet pas de le lire, encore moins d’y répondre ; et, quand je le pourrais, je ne le ferais assurément pas. Je ne réponds jamais qu’à des gens que j’estime.
Je suis persuadé que ce que M. Vernes me pardonne le moins est d’avoir attaqué le livre d’Helvétius, quoique je l’aie fait avec toute la décence imaginable, en passant, sans le nommer, ni même le désigner, si ce n’est en rendant honneur à son bon caractère. Dans les pages 71 et 72 de M. Vernes, qui me sont tombées sous les yeux, il me fait un grand crime d’avoir employé ce qu’il appelle le jargon de la métaphysique ; et il suppose que j’ai eu besoin de ce jargon pour établir la religion naturelle, au lieu que je n’en ai eu besoin que pour attaquer le matérialisme. Le principe fondamental du livre de l’Esprit et que juger est sentir ; d’où il suit clairement que tout n’est que corps. Ce principe, étant établi par des raisonnements métaphysiques, ne pouvait être attaqué que par de semblables raisonnements. C’est ce que M. Vernes ne me pardonne pas. La métaphysique ne l’édifie que dans le livre d’Helvétius ; elle le scandalise dans le mien.
Je n’approuve pourtant pas que le public voie l’article de ma lettre qui le regarde : j’exige même que vous ne le montriez à personne, qu’à lui seul si nous voulez. Je n’eus jamais de penchant à la haine ; et je crois qu’à ma place l’homme du monde le plus haineux s’attiédirait fort sur la vengeance. Mon ami, laissons tous ces gens-là triompher à leur aise ; ils ne me fermeront pas la patrie des âmes justes, dans laquelle j’espère parvenir dans peu.
J’avoue que dans de certains moments j’aurais grand besoin de quelque consolation. En proie à des douleurs sans relâche et sans ressource, je suis dans le cas de l’exception faite par milord Édouard, en répondant à Saint-Preux, ou jamais homme au monde n’y fut. Toutefois je prends patience ; mais il est bien cruel de n’avoir pas la main d’un ami pour me fermer les yeux, moi à qui ce devoir a tant coûté, et qui l’ai rendu de si bon coeur. Il est bien cruel de laisser ici, loin de son pays, cette pauvre fille sans amis, sans protection, et de ne pouvoir pas même lui assurer la possession de mes guenilles pour prix de vingt ans de soins et d’attachement, elle a des défauts, cher Moultou ; mais c’est une belle âme. J’ai tort de me plaindre de manquer de consolations ; je les trouve en elle ; quand nous avons déploré mes malheurs ensemble, ils sont presque tous oubliés : cependant leur sentiment revient et s’aggrave par la continuité des maux du corps.
Je voulais écrire au cher Gauffecourt : je n’en ai pour aujourd’hui ni le temps ni la force ; dites-lui, je vous prie, que j’ai un extrême regret de ne pouvoir l’accompagner ; je le désirais trop pour devoir l’espérer. Qu’il ne manque pas d’embrasser pour moi M. de Conzié, comte des Charmettes, et de lui témoigner combien j’étais disposé à me rendre à son invitation ; mais
« Me anteit saeva nécessitas,
Clavos trabales et cuneos manu
Gestans ahenà. »
Mademoiselle Le Vasseur persiste à vous prier de lui renvoyer sa robe, si vous ne l’avez pas vendue. Bonjour.
Lettre CDXXV– À M. d’Ivernois
[816]
Môtiers, le 22 août 1763.
Recevez, monsieur, mes remerciements des attentions dont vous continuez de m’honorer, et des peines que vous voulez bien prendre en ma faveur. Sans M. Deluc et sans vous, j’ignorerais absolument l’état des choses, ne conservant plus aucune relation dans Genève par laquelle j’en puisse être informé. Je vois, par ce que vous avez la bonté de me marquer, qu’après toutes ces démarches les choses resteront, comme je l’avais prévu, dans le même état où elles étaient auparavant. Il peut arriver cependant que tout cela rendra, du moins pour quelque temps, le Conseil un peu moins violent dans ses entreprises ; mais je suis trompé si jamais il renonce à son système, et s’il ne vient à bout de l’exécuter à la fin. Voilà, monsieur, puisque vous le voulez, ce que je pense de l’issue de cette affaire, à laquelle je ne prends plus, quant à moi, d’autre intérêt que celui que mon tendre attachement pour la bourgeoisie de Genève m’inspire, et qui ne s’éteindra jamais dans mon coeur. Permettez, monsieur, que je vous adresse la lettre ci-jointe pour M. Deluc. Mademoiselle Le Vasseur vous remercie de l’honneur que vous lui faites, et vous assure de son respect. Toute votre famille te porte bien, au respectable docteur près, qui décline de jour en jour. Il faut toute la force de son âme pour lui faire supporter avec courage le poids de la vie. Quelle leçon pour moi, qui souffre moins et qui suis moins patient ! je vous embrasse, monsieur, et vous salue de tout mon coeur.
Lettre CDXXVII– À M.***
Môtiers-Travers, le 11 septembre 1763.
Je ne sais, monsieur, si vous vous rappellerez un homme autrefois connu de vous ; pour moi, qui n’oublie point vos honnêtetés, je me suis rappelé avec plaisir vos traits dans ceux de M. votre fils, qui m’est venu voir il y a quelques jours. Le récit de ses malheurs m’a vivement touché ; la tendresse et le respect avec lesquels il m’a parlé de vous ont achevé de m’intéresser pour lui. Ce qui lui rend ses maux plus aggravants est qu’ils lui viennent d’une main si chère. J’ignore, monsieur, quelles sont ses fautes, mais je vois son affliction ; je sais que vous êtes père, et qu’un père n’est pas fait pour être inexorable. Je crois vous donner un vrai témoignage d’attachement en vous conjurant de n’user plus envers lui d’une rigueur désespérante, et qui, le faisant errer de lieu en lieu sans ressource et sans asile, n’honore ni le nom qu’il porte, ni le père dont il le tient. Réfléchissez, monsieur, quel serait son sort si, dans cet état, il avait le malheur de vous perdre. Attendra-t-il des parents, des collatéraux, une commisération que son père lai aura refusée ? et si vous y comptez, comment pouvez-vous laisser à d’autres le soin d’être plus humains que nous envers votre fils ? le ne sais point Comment cette seule idée ne désarme pas votre-bon coeur. D’ailleurs de quoi s’agit-il ici ? de faire révoquer une malheureuse lettre de cachet qui n’aurait jamais dû être sollicitée. Votre fils ne vous demande que sa liberté, et il n’en veut user que pour réparer ses torts s’il en a. Cette demande même est un devoir qu’il vous rend : pouvez-vous ne pas sentir le vôtre ? Encore une fois, pensez-y, monsieur, je ne veux que cela ; la raison nous dira le reste. Quoique M. de M. ne soit plus ici, je sais, si vous m’honorez d’une réponse, où lui faire passer vos ordres ; ainsi vous pouvez les lui donner par mon canal. Recevez, monsieur, mes salutations les assurances de mon respect.
Lettre CDXXIX– À M. Le prince Louis-Eugène de Wirtemberg
[818]
Môtiers, le 29 septembre 1763.
You do not love me, sir; I know that, but I respect you. I know that you are a just and reasonable man—and that is enough for me to place Mademoiselle Le Vasseur under your protection with complete confidence. She deserves it; she is known and respected by the most distinguished people in France. Everyone will approve of what you do for her, and especially Lord Maréchal will be grateful to you. These are more than sufficient reasons, sir, to dispel any concerns I might have about any possible coldness between us. I am enclosing a will that may not contain all the necessary formalities; but since it contains nothing unreasonable or unjust, why should it be rejected? I have every trust in your integrity on this matter.
Goodbye, sir; I am departing for the homeland of righteous souls. I hope to find few bishops and clergy there, but many men just like you and me. When you come there in turn, you will arrive in a place of familiarity. So goodbye again, sir; until we meet again.
Letter CDXXIII – To Mr. Moultou
Môtiers, Monday, August 1, 1763.
I thank you, my dear MouItou, for the book by Mr. Vernes that you sent me: my current state does not allow me to read it, let alone respond to it; and even if I could, I certainly would not do so. I only reply to people whom I respect.
I am convinced that what Mr. Vernes least forgives me is that I attacked Helvétius’s book, although I did so with all imaginable decency—without ever mentioning his name or even referring to it directly, except to acknowledge the goodness of his character. On pages 71 and 72 of Mr. Vernes’s work, which came into my hands, he considers it a grave offense on my part that I used what he calls the jargon of metaphysics; and he assumes that I needed such jargon in order to establish natural religion, when in fact I only needed it to attack materialism. The fundamental principle of Helvétius’s book is that “to judge is to feel”; from this it follows clearly that everything is nothing but matter. Since this principle is established through metaphysical reasoning, it could only be attacked by similar reasoning. This is precisely what Mr. Vernes does not forgive me for. Metaphysics builds this principle up in Helvétius’s book; in mine, it causes him to feel scandalized.
However, I do not approve of the public seeing that part of my letter which concerns him; in fact, I demand that you show it to no one but him, if you wish at all. I have never had any tendency toward hatred; and I believe that, in my place, even the most hateful person would become much more lenient when it came to matters of vengeance. My friend, let us allow these people to triumph as they please; they will not prevent me from entering that homeland of righteous souls where I hope to arrive soon enough.
I admit that at certain moments I would greatly need some consolation. Suffering relentless and hopeless pain, I am in the same situation as Lord Edward referred to when answering Saint-Preux—no man in the world could be in a worse plight. Yet I try to be patient; but it is truly cruel not to have the support of a friend to help me close my eyes, especially for someone like me who has given so much in fulfilling this duty with such pure sincerity. It is also cruel to leave this poor girl here, far from her homeland, without friends or protection, and unable even to provide her with the bare necessities of life as a reward for twenty years of care and devotion. She has her flaws, dear Moultou; but she possesses a beautiful soul. I am wrong to complain about the lack of consolation; I find it in her. When we share in lamenting my misfortunes, they seem almost forgotten—until the physical suffering continues, bringing those feelings back with renewed intensity.
I wanted to write to dear Gauffecourt: I don’t have either the time or the strength to do so today; please tell him how much I regret being unable to accompany him. I wished it so much that I can’t bear to think I won’t be able to. Please make sure he greets Mr. de Conzié, Count of Charmettes, for me and tells him how willing I was to accept his invitation. But.
“Driven by fierce necessity, ”
Laborious nails and hand-crafted wedges.
He gestured with his hand. “Ahem.”
Mademoiselle Le Vasseur insists on asking you to return her dress to her, in case you have not sold it. Good day.
Letter CDXXV – To Mr. d’Ivernois
[816]
Môtiers, August 22, 1763.
Sir, allow me to express my gratitude for the attention you continue to pay me and for the efforts you take on my behalf. Without Mr. Deluc and without you, I would be completely ignorant of the current situation, as I no longer maintain any contact in Geneva that could provide me with information. From what you have kindly informed me, it seems that, despite all these efforts, things will remain as I had anticipated them to be. It is possible, however, that this may, at least for a while, make the Council less aggressive in its actions; but I would be mistaken if it ever abandoned its plans and succeeded in carrying them out to the end. This, sir, is my opinion on the outcome of this matter—an opinion driven solely by my deep affection for the bourgeoisie of Geneva, an affection that will never fade from my heart. Please allow me to send you the attached letter for Mr. Deluc. Mademoiselle Le Vasseur thanks you for the honor you have bestowed upon her and assures you of her respect. All your family is well, except for the esteemed doctor, whose health is deteriorating day by day. It takes all his strength of will to endure the burdens of life with courage. What a lesson for me, who suffer less and lack such patience! I embrace you, sir, and greet you with all my heart.
Letter CDXXVII – To Mr. ***
Môtiers-Travers, September 11, 1763.
I do not know, sir, whether you will recall a man whom you once knew; but for me, who never forget your honesty, it was with pleasure that I recognized your features in those of your son, who came to see me a few days ago. The account of his misfortunes deeply moved me; the tenderness and respect with which he spoke of you made me feel even more interested in him. What makes his suffering even more unbearable is that it comes from such a dear source. I do not know what his faults are, but I see his affliction; I know that you are a father, and that a father is not meant to be merciless. I believe I am offering you genuine evidence of my concern when I urge you to cease using towards him such desperate rigour—rigour that causes him to wander from place to place, without resources or shelter, failing both to honor the name he bears and the father he has. Consider, sir, what his fate would be if, in this state, he were to lose you as well. Would he expect compassion from relatives or collateral relatives, when such compassion was refused by his legal father? And if you place your trust in them, how can you allow others to be more humane towards your son than we are? How can this very thought not soften your kind heart? After all, what is at issue here? Nothing more than the revocation of a unfortunate letter of command that should never have been requested in the first place. Your son asks for nothing but his freedom—and he intends to use it only to make amends for any wrongs he may have committed. This very request is a duty he owes you; how can you not feel yours towards him? Once again, I implore you to consider this, sir. I want nothing more than that; reason will tell you the rest. Even though Mr. de M. is no longer here, I know where to send your orders if you are kind enough to respond to me. Thus, you can convey them to him through me. Accept, sir, my regards and assurances of my respect.
Letter CDXXIX – To Mr. Prince Louis-Eugène of Württemberg
[818]
Môtiers, September 29, 1763.
Non mi amate, signore, lo so; ma io vi stimo. So che siete un uomo giusto e ragionevole: questo mi basta per affidare con piena fiducia mademoiselle Le Vasseur alla vostra protezione. Lei ne è degna; è conosciuta e apprezzata da coloro che rappresentano il meglio della Francia: tutti approveranno ciò che farete per lei, e soprattutto Milord Maréchal vi sarà grato. Ci sono molte ragioni, signore, che mi rassicurano riguardo a eventuali freddezze tra di noi. Vi invio un testamento che forse non presenta tutte le formalità richieste; ma se contiene soltanto cose ragionevoli e giuste, perché dovrebbe essere invalidato? Ho piena fiducia nella vostra integrità in questo ambito.
Addio, signore; parto per la patria delle anime giuste. Spero di trovarvi pochi vescovi e persone d’chiesa, ma molti uomini come voi e me. Quando anche voi verrete lì, arriverete in un paese che conoscete bene. Quindi addio ancora una volta, signore; arrivederci.
Lettera CDXXIII – A Monsieur Moultou
Môtiers, lunedì 1° agosto 1763.
Vi ringrazio molto, caro MouItou, per il libro di Monsieur Vernes che mi avete inviato: la mia attuale condizione non mi permette di leggerlo, figuriamoci di rispondervi; e anche se potessi farlo, sicuramente non lo farei. Rispondo soltanto alle persone che stimo.
Sono convinto che ciò che il signor Vernes mi perdona meno sia il fatto di aver attaccato il libro di Helvétius, anche se l’ho fatto con tutta la decenza possibile, senza mai menzionare il suo nome né indicarlo in alcun modo, se non per lodarne il buon carattere. Nelle pagine 71 e 72 del libro del signor Vernes che mi sono capitate sott’occhio, egli considera un grave errore da parte mia l’uso di ciò che definisce “gergo della metafisica”; inoltre, suppone che io abbia avuto bisogno di tale gergo per difendere la religione naturale, quando in realtà ne ho avuto bisogno soltanto per attaccare il materialismo. Il principio fondamentale del libro di Helvétius è che “giudicare significa sentire”; da ciò deriva chiaramente che tutto non sia altro che materia. Poiché questo principio viene dimostrato attraverso ragionamenti metafisici, poteva essere attaccato soltanto con argomentazioni analoghe. Ed è proprio questo che il signor Vernes mi rinfaccia. La metafisica, nel libro di Helvétius, la sostiene e la difende; nel mio libro, invece, la scandalizza.
Tuttavia, non approvo che il pubblico possa leggere quella parte della mia lettera che lo riguarda: vi esigo addirittura di non mostrarla a nessuno, se non a lui stesso, se proprio volete farlo. Non ho mai avuto alcuna tendenza all’odio; e credo che, al mio posto, anche l’uomo più pieno d’odio del mondo si placerebbe molto di fronte alla possibilità di vendicarsi. Amico mio, lasciamo che queste persone trionfino liberamente; non mi impediranno certo di raggiungere quella “patria delle anime giuste” nella quale spero di arrivare presto.
Ammetto che in alcuni momenti avrei davvero bisogno di qualche consolazione. Soffrendo di dolori incessanti e senza speranza, mi trovo nella stessa situazione descritta da milord Edward nel rispondere a Saint-Preux. Nessun altro uomo al mondo si sarebbe trovato in una condizione simile. Tuttavia, cerco di avere pazienza; ma è davvero crudele non poter contare sulla mano di un amico che mi chiuda gli occhi. Io, a cui questo dovere è costato così tanto e che l’ho compiuto con tanta sincerità. È crudele lasciare questa povera ragazza qui, lontano dal suo paese, senza amici, senza protezione. E non poter nemmeno assicurarle i miei miseri vestiti in cambio di vent’anni di cure e affetto da parte sua. Ha dei difetti, caro Moultou. Ma è davvero un’anima bella. Ho torto a lamentarmi della mancanza di consolazioni: le trovo in lei. Quando abbiamo pianto insieme i miei mali, quasi tutti sono stati dimenticati. Tuttavia, il dolore ritorna e si intensifica con la continuità delle sofferenze fisiche.
Volevo scrivere al caro Gauffecourt: oggi non ho né il tempo né la forza per farlo; per favore, ditegli che mi dispiace molto di non poterlo accompagnare; lo desideravo troppo per poter sperare di riuscirci. Che non dimentichi di abbracciare per me il signor de Conzié, conte des Charmettes, e che gli faccia sapere quanto fossi disposto ad accettare la sua invitazione.
“La necessità mi spinse ad agire, ”
Chiodi storti e cunei di legno.
“Gestano ahenà.”
Signorina Le Vasseur insiste nel chiedervi di restituirle il suo abito, nel caso in cui non lo abbiate venduto. Buongiorno.
Lettera CDXXV – A Monsieur d’Ivernois
[816]
Môtiers, 22 agosto 1763.
Accettate, signore, i miei ringraziamenti per le attenzioni che continuate a riservarmi e per le cure che vi prendete a mio favore. Senza il signor Deluc e senza di voi, ignorerei completamente la situazione attuale, poiché non ho più alcun legame a Ginevra che possa permettermi di essere informato. Dal modo in cui mi avete gentilmente comunicato le ultime novità, capisco che, nonostante tutte queste iniziative, le cose rimarranno, come avevo previsto, nello stesso stato in cui erano prima. Tuttavia, è possibile che tutto ciò renda, almeno per un certo periodo, il Consiglio meno aggressivo nelle sue azioni; ma mi sbaglierei se mai dovesse rinunciare al suo piano e riuscisse comunque a realizzarlo. Ecco, signore, ciò che penso sull’esito di questa questione: personalmente non ne traggo alcun interesse diverso da quello che il mio profondo affetto per la borghesia di Ginevra mi ispira, un sentimento che non svanirà mai dal mio cuore. Permettetemi, signore, di inviarvi la lettera allegata per il signor Deluc. La signorina Le Vasseur vi ringrazia per l’onore che le avete fatto e vi assicura della sua stima. Tutta la vostra famiglia sta bene, tranne il rispettabile dottore, il cui stato di salute peggiora di giorno in giorno. Occorre tutta la forza del suo animo per permettergli di sopportare con coraggio le difficoltà della vita. Che lezione per me, che soffro meno e sono meno paziente! Vi abbraccio, signore, e vi saluto con tutto il mio cuore.
Lettera CDXXVII – A Monsieur ***
Môtiers-Travers, l’11 settembre 1763.
Non so, signore, se vi ricorderete di un uomo che un tempo conosceste; per quanto mi riguarda, che non dimentico mai le vostre virtù, ho riconosciuto con piacere i vostri tratti nel volto di vostro figlio, che è venuto a trovarmi alcuni giorni fa. Il racconto delle sue sfortune mi ha profondamente commosso; la tenerezza e il rispetto con cui mi ha parlato di voi hanno completato il mio interesse per lui. Ciò che rende i suoi mali ancora più dolorosi è il fatto che provengano da una fonte così cara. Non so quali siano i suoi errori, ma vedo la sua angoscia; so che siete un padre, e che un padre non è fatto per essere spietato. Credo di offrirvi una vera dimostrazione del mio affetto supplicandovi di smettere di trattarlo con una severità disperata, che lo costringerebbe a vagare senza risorse né rifugio, umiliando sia il nome che porta sia il padre da cui deriva. Pensateci, signore: quale sarebbe la sua sorte se, in questa condizione, dovesse perdervi. Aspetterebbe mai che parenti o congiunti mostrassero una compassione che suo padre biologico gli ha rifiutato? E se ci contate su di loro, come potete affidare ad altri il compito di essere più umani di noi verso vostro figlio? Non so. Come mai questa sola idea non smuove il vostro buon cuore. Del resto, di cosa si tratta? Di far revocare una sfortunata lettera di ordine che non avrebbe mai dovuto essere richiesta. Vostro figlio vi chiede soltanto la libertà, e intende usarla solo per rimediare ai propri errori, se ne ha commessi. Anche questa richiesta è un dovere che vi pone: potete forse ignorare il vostro? Ancora una volta, rifletteteci. Voglio soltanto questo; la ragione dirà il resto. Anche se il signor de M. non è più qui, so che, se mi risponderete, posso farvi pervenire i vostri ordini. Quindi potete darli tramite me. Ricevete le mie saluti e le mie più sincere manifestazioni di rispetto.
Lettera CDXXIX – A Sua Altezza Serenissima il Principe Luigi-Eugenio di Württemberg
[818]
Môtiers, 29 settembre 1763.
Vous me faites, monsieur le duc, bien plus d’honneur que je n’en mérite. Votre altesse sérénissime aura pu voir dans le livre qu’elle daigne citer que je n’ai jamais su comment il faut élever les princes, et la clameur publique me persuade que je ne sais comment il faut élever personne. D’ailleurs les disgrâces et les maux m’ont affecté le coeur et affaibli la tête. Il ne me reste de vie que pour souffrir, je n’en ai plus pour penser. À Dieu ne plaise toutefois que je me refuse aux vues que vous m’exposez dans votre lettre. Elle me pénètre de respect et d’admiration pour vous. Vous me paraissez plus qu’un homme, puisque vous savez l’être encore dans votre rang. Disposez de moi, monsieur le duc ; marquez-moi vos doutes, je vous dirai mes idées ; vous pourrez me convaincre aisément d’insuffisance, mais jamais de mauvaise volonté.
Je supplie votre altesse sérénissime d’agréer les assurances de mon profond respect.
Lettre CDXXXI– À la même
Le 16 octobre 1763.
Le voilà donc enfin, ce précieux portrait, si justement désiré î 11 m’arrive au moment où je suis entouré d’importuns et d’étrangers, et ce n’est pas la seule conformité qu’il me donne en cet instant avec Saint-Preux[820]. Vous permettrez bien, belle Marianne, que je prenne un peu de temps pour le considérer et lui rendre mes hommages. Pour moins abuser, cependant, de votre complaisance, et ne pas prolonger vos inquiétudes, je compte vous le renvoyer l’ordinaire prochain, c’est-à-dire dans huit jours. En attendant, j’ai cru devoir vous donner avis de sa réception, afin de vous tranquilliser là-dessus.
Lettre CDXXXIII– À M. Régnault
[821]
À LYON
Au sujet d’une offre d’argent dont il était chargé de la part d’un inconnu qui, ayant appris que Rousseau relevait d’une maladie dangereuse, avait supposé que ce secours pouvait lui être utile.
Môtiers, le 21 octobre 1763.
J’ignore, monsieur, sur quoi fondé l’inconnu dont vous me parlez se croit en droit de me faire des présents ; ce que je sais, c’est que, si jamais j’en accepte, il faudra que je commence par bien connaître celui qui croira mériter la préférence, et que je pense comme lui sur ce point.
Je suis fort sensible aux offres obligeantes que vous me faites. N’étant pas, quant à présent, dans le cas de m’en prévaloir, je vous en fais mes remerciements, et vous salue, monsieur, de tout mon coeur.
Lettre CDXXXV– À Madame de Luze Warney
Môtiers, le 2 novembre 1763.
Pour me venger, madame, de vos présents, j’ai résolu de ne vous en remercier que quand ils seraient mangés ; et, grâces aux hôtes qui me sont venus, la vengeance a été plus courte qu’elle n’eût dû l’être. Vous avez cru qu’ayant tant de droits sur moi vous deviez avoir aussi celui de me faire des présents, même sans m’en prévenir ; à la bonne heure : mais ces présents, que le messager qui les apporta disait tenir d’une autre main, m’ont coûté bien des tourments avant de remonter à leur source, et je les ai un peu achetés à force de recherches et de lettres. Je vous en remercie enfin, madame, et j’ai trouvé les raisins et les biscuits excellents ; mais, comme je crains encore plus la peine que je n’aime les bonnes choses, je vous supplie cependant de ne pas m’envoyer souvent des cadeaux au même prix.
Agréez, madame, que je fasse mes salutations à M. de Luze, et que je vous assure de tout mon respect.
Lettre CDXXXVI– Au prince L.E de Wirtemberg
Môtiers, le 10 novembre 1763.
Si j’avais le malheur d’être né prince, d’être enchaîné par les convenances de mon état, que je disse contraint d’avoir un train, une suite, des domestiques, c’est-à-dire des maîtres, et que pourtant j’eusse une âme assez élevée pour vouloir être homme malgré mon rang, pour vouloir remplir les grands devoirs de père, de mari, de citoyen de la république humaine, je sentirais bientôt les difficultés de concilier tout cela, celle surtout d’élever mes enfants pour l’état où les plaça la nature, en dépit de celui qu’ils ont parmi leurs égaux.
Je commencerais donc par me dire : Il ne faut pas vouloir des choses contradictoires ; il ne faut pas vouloir être et n’être pas. La difficulté que je veux vaincre est inhérente à la chose ; si l’état de la chose ne peut changer, il faut que la difficulté reste. Je dois sentir que je n’obtiendrai pas tout ce que je veux : mais n’importe, ne nous décourageons point. De tout ce qui est bien je ferai tout ce qui est possible ; mon zèle et ma vertu m’en répondent : une partie de la sagesse est de porter le joug de la nécessité : quand le sage fait le reste il a tout fait. Voilà ce que je me dirais si j’étais prince. Après cela j’irais en avant sans me rebuter, sans rien craindre ; et quel que fût mon succès, ayant fait ainsi, je serais content de moi. Je ne crois pas que j’eusse tort de l’être.
Il faut, monsieur le duc, commencer par vous bien mettre dans l’esprit qu’il n’y a point d’oeil paternel que celui d’un père, ni d’oeil maternel que celui d’une mère. Je voudrais employer vingt rames de papier à vous répéter ces deux lignes, tant je suis convaincu que tout en dépend. Vous êtes prince, rarement pourrez-vous être père ; vous aurez trop d’autres soins à remplir : il faudra donc que d’autres remplissent les vôtres.
Madame la duchesse sera dans le même cas à peu près.
De là suit cette première règle. Faites en sorte que votre enfant soit cher à quelqu’un.
Il convient que ce quelqu’un soit de son sexe. L’âge est très difficile à déterminer. Par d’importantes raisons il la faudrait jeune. Mais une jeune personne a bien d’autres soins en tête que de veiller jour et nuit sur un enfant. Ceci est un inconvénient inévitable et déterminant.
Ne la prenez donc pas jeune, ni belle par conséquent ; car ce serait encore pis : jeune, c’est elle que vous aurez à craindre ; belle, c’est tout ce qui l’approchera.
Il vaut mieux qu’elle soit veuve que fille. Mais si elle a des enfants, qu’aucun d’eux ne soit autour d’elle, et que tous dépendent de vous.
Point de femmes à grands sentiments, encore moins de bel esprit. Qu’elle ait assez d’esprit pour vous bien entendre, non pour raffiner sur vos instructions.
Il importe qu’elle ne soit pas trop facile à vivre et il n’importe pas qu’elle soit libérale. Au contraire, il la faut rangée, attentive à ses intérêts. Il est impossible de soumettre un prodigue à la règle ; on tient les avares par leur propre défaut.
Point d’étourdie ni d’évaporée ; outre le mal de la chose, il y a encore celui de l’humeur, car toutes les folles en ont, et rien n’est plus à craindre que l’humeur : par la même raison les gens vifs, quoique plus aimables, me sont suspects, à cause de l’emportement. Comme nous ne trouverons pas une femme parfaite, il ne faut pas tout exiger : ici la douceur est de précepte ; mais, pourvu que la raison la donne, elle ; peut n’être pas dans le tempérament. Je l’aime aussi mieux égale et froide qu’accueillante et capricieuse. En toutes choses préférez un caractère sûr à un caractère brillant. Cette dernière qualité est même un inconvénient pour notre objet ; une personne faite pour être au-dessus des autres peut être gâtée par le mérite de ceux qui l’élèvent. Elle en exige ensuite autant de tout le monde, et cela la rend injuste avec ses inférieurs.
Du reste, ne cherchez dans son esprit aucune culture ; il se farde en étudiant, et c’est tout. Elle se déguisera, si elle sait ; vous la connaîtrez bien mieux, si elle est ignorante : dût-elle ne pas savoir lire, tant mieux ; elle apprendra avec son élève. La seule qualité d’esprit qu’il nuit exiger, c’est un sens droit.
Je ne parle point ici des qualités du coeur ni des moeurs, qui se supposent, parce qu’on se contrefait là-dessus. On n’est pas si en garde sur le reste du caractère, et c’est par là que de bons yeux jugent du tout. Tout ceci demanderait peut-être de plus grands détails ; mais ce n’est pas maintenant de quoi il s’agit.
Je dis, et c’est ma première règle, qu’il faut que l’enfant soit cher à cette personne-là. Mais comment faire ?
Vous ne lui ferez point aimer l’enfant en lui disant de l’aimer, et avant que l’habitude ait fait naître l’attachement : on s’amuse quelquefois avec les autres enfants, mais on n’aime que les siens.
You do me the utmost honor, Your Highness the Duke, far more than I deserve. Your Serene Highness could have seen in the book you refer to that I have never known how one should raise princes; and public opinion seems to agree that I know nothing about how to raise anyone at all. Moreover, misfortunes and hardships have affected my heart and weakened my mind. All that remains of my life is to suffer; I no longer have the energy to think. Nevertheless, may God forbid that I should reject the views you express in your letter. It fills me with respect and admiration for you. You seem to be more than just a man, for you manage to maintain such qualities even in your high position. Do with me as you please, Your Highness the Duke; express your doubts, and I will share my thoughts with you. You may easily convince me of my shortcomings, but never of my lack of good will.
I implore Your Serene Highness to accept my expression of deep respect.
Letter CDXXXI – To the Same One
October 16, 1763.
Here it is at last, this precious portrait, so eagerly desired by me—arriving just when I am surrounded by importuns and strangers. And this is not the only way in which it resembles Saint-Preux[820] at this moment. Dear Marianne, will you allow me to take some time to admire it and pay my respects to it? However, in order not to abuse your kindness too much and avoid prolonging your worries, I intend to return it to you next week, that is, in eight days. In the meantime, I thought it necessary to inform you of its receipt, so as to put your mind at ease on this matter.
Letter CDXXXIII – To Mr. Régnault
[821]
In Lyon.
Regarding an offer of money that he was entrusted to deliver from an unknown individual who, having learned that Rousseau was suffering from a dangerous illness, assumed that such assistance might be of use to him.
Môtiers, October 21, 1763.
I do not know, sir, on what basis the unknown person you are referring to believes he is entitled to give me gifts; what I do know is that, if I ever accept one of them, I will first need to get to know thoroughly the person who thinks he deserves such favor, and I must share his views on this matter.
I am very grateful for the kind offers you have made to me. Since I am not in a position to take advantage of them at present, I would like to express my sincere thanks to you and bid you a warm welcome, sir.
Letter CDXXXV – To Madame de Luze Warney
Môtiers, November 2, 1763.
To take my revenge upon you, madam, for the gifts you have given me, I resolved to thank you only after they had been eaten; and thanks to the people who came to visit me, my vengeance was accomplished sooner than it otherwise would have been. You thought that since you had so many rights over me, you also had the right to give me gifts without even informing me beforehand; well, that was fortunate for me. But these gifts, which the messenger who brought them said came from another person, caused me a great deal of trouble before I could trace their origin; I had to go through much effort and write many letters to do so. Finally, I thank you, madam, and I must say that the grapes and biscuits were excellent. However, since I fear pain far more than I enjoy good things, I beg you not to send me gifts at such a high cost again.
Please allow me, madam, to extend my greetings to Mr. de Luze and assure you of my utmost respect.
Letter CDXXXVI – To Prince L.E. of Württemberg
Môtiers, November 10, 1763.
If I were unfortunate enough to be born a prince, bound by the conventions of my status, and forced to maintain a certain lifestyle, including a retinue and servants—in other words, masters over others—I would still possess a soul noble enough to desire to be an ordinary man despite my rank. I would want to fulfill the great duties of a father, a husband, and a citizen of this human republic. However, I would soon realize the immense difficulties involved in reconciling all these obligations—especially the challenge of raising my children according to the role nature has assigned them, despite their position among their peers.
I would begin by telling myself: One must not desire things that are contradictory; one must not wish to be both and not to be at the same time. The difficulty that I seek to overcome is inherent in the very nature of the matter; if the state of things cannot change, then that difficulty must remain. I must accept that I will not obtain everything I want; but nevertheless, let us not lose heart. Of all that is good, I will do whatever is possible; my zeal and virtue assure me of success. Part of wisdom lies in accepting the yoke of necessity; when the wise person does the rest, they have accomplished everything. This is what I would tell myself if I were a prince. After that, I would move forward without hesitation or fear; and no matter what my success might be, having acted in this way, I would be satisfied with myself. I do not believe I would be wrong to feel that way.
Your Highness, it is essential that you first understand firmly that there is no such thing as a “fatherly gaze” other than that of a father, nor a “motherly gaze” other than that of a mother. I would be willing to spend twenty pages of paper repeating these two points to you, for I am utterly convinced that everything depends on them. You are a prince; very rarely will you have the opportunity to become a father yourself. You will have too many other responsibilities to attend to; therefore, it will be necessary for others to take on those duties in your place.
Madam the Duchess will be in roughly the same situation.
From there arises this first rule: make sure that your child is cherished by someone.
It is necessary that this person be of the same sex as the child. Determining the age is very difficult; for important reasons, the person should be young. However, a young person has many other concerns besides taking care of a child day and night. This is an inevitable and decisive drawback.
Therefore, do not choose her to be young, nor therefore beautiful; for that would be even worse: if she is young, it will be her that you must fear; if she is beautiful, it will be precisely what brings her closer to you.
It would be better for her to be widowed than to have children. But if she does have children, make sure none of them are around her, and that all depend on you.
No women with deep emotions, let alone those with great wit. It’s enough if she has the intelligence to understand you properly—not to add unnecessary refinements to your instructions.
It is important that she not be too easy to live with; it does not matter whether she is liberal or not. On the contrary, she must be disciplined and attentive to her own interests. It is impossible to make a prodigal person obey rules; on the other hand, one can control the miser through his own weakness.
Neither foolishness nor capriciousness; apart from the inherent flaws of such behavior, there is also the danger posed by moods, for all mad people exhibit these traits—and nothing is more to be feared than a changeable mood. For the same reason, lively individuals, though perhaps more pleasant, arouse my suspicion due to their impulsiveness. Since we will never find a perfect woman, it is unreasonable to expect everything; here, gentleness is merely a recommended virtue. But as long as reason supports it, such gentleness need not necessarily be an inherent part of one’s temperament. I prefer her to be even-tempered and cold rather than warm and capricious. In all matters, choose a steady character over a brilliant one; the latter quality is even detrimental to our goals. A woman destined to stand above others may become spoiled by the merits of those who elevate her; she will then demand the same from everyone else—and that makes her unjust toward those beneath her.
Furthermore, do not seek any culture in his mind; he merely pretends to be studying, and that is all. She may disguise herself if she knows how; but you will know her much better if she is ignorant—indeed, it would be even better if she could not read at all; she will learn from her student. The only mental quality that it is harmful to demand of him is a straightforward understanding.
I am not referring here to the qualities of the heart or one’s manners, which are assumed to exist because people pretend to possess them in these areas. One is not as cautious when assessing other aspects of a person’s character, and it is through these aspects that discerning observers form their overall judgment. All of this might require more detailed examination; but that is not the subject at hand at present.
I say, and this is my first rule, that the child must be dear to that particular person. But how can that be achieved?
You cannot make her love the child by telling her to do so; and before habit has developed any true attachment, one may sometimes play with other children, but one truly loves only one’s own.
Mi fate, signor duca, un onore molto maggiore di quanto io meriti. Vostra Altezza Serenissima avrà potuto leggere nel libro che ha la bontà di citare che non ho mai saputo come si debbano educare i principi, e il clamore pubblico mi convince che non so come si debba educare nessuno. Inoltre, le sfortune e i mali hanno colpito il mio cuore e indebolito la mia mente. Non mi resta nella vita che soffrire; non ho più la forza di pensare. Tuttavia, possa Dio impedirmi di rifiutare le idee che esponete nella vostra lettera. Mi colmano di rispetto e ammirazione per voi. Vi sembrate qualcosa di più di un semplice uomo, poiché siete in grado di mantenere tali qualità anche nel vostro rango. Disponete di me come desiderate, signor duca: esprimete i vostri dubbi, e vi dirò le mie opinioni; potrete facilmente convincermi della mia incompetenza, ma mai della mia cattiva volontà.
Prego Vostra Altezza Serenissima di accettare le mie più sentite espressioni di rispetto.
Lettera CDXXXI – Alla stessa persona
Il 16 ottobre 1763.
Eccolo finalmente, questo prezioso ritratto, tanto desiderato. Arriva proprio nel momento in cui sono circondato da persone importune e sconosciute. E questa non è l’unica somiglianza che presenta in questo istante con Saint-Preux[820]. Permettetemi, bella Marianne, di dedicare un po’ di tempo a osservarlo e rendergli omaggio. Tuttavia, per non abusare troppo della vostra gentilezza e per non prolungare le vostre preoccupazioni, intendo restituirvelo il prossimo giorno, cioè tra otto giorni. Nel frattempo, ho ritenuto opportuno informarvi della sua ricezione, affinché poteste stare tranquilla al riguardo.
Lettera CDXXXIII – A Monsieur Régnault
[821]
A Lione.
Riguardo a un’offerta di denaro che gli era stata fatta da uno sconosciuto, il quale, avendo appreso che Rousseau soffriva di una malattia pericolosa, aveva ritenuto che tale aiuto potesse essergli utile.
Môtiers, 21 ottobre 1763.
Non so, signore, su quale fondamento l’ignoto di cui mi parlate ritenga di avere il diritto di farmi regali; quello che so è che, se mai ne accettassi uno, dovrei prima conoscere bene la persona che ritiene di meritare tale preferenza e dovrei concordare con lei su questo punto.
Sono molto grato per le gentili offerte che mi fate. Poiché al momento non sono nella condizione di poterle accettare, vi ringrazio sinceramente e vi saluto con tutto il mio cuore, signore.
Lettera CDXXXV – Alla signora de Luze Warney
Môtiers, 2 novembre 1763.
Per vendicarmi, signora, dei vostri regali, ho deciso di ringraziarvi soltanto quando fossero stati consumati; e, grazie agli ospiti che sono venuti a trovarmi, la vendetta è stata più rapida del previsto. Avete pensato che, avendo tanti diritti su di me, doveste anche avere il diritto di farmi regali, senza nemmeno avvisarmi; per fortuna. Ma questi regali, di cui il messaggero che li portò disse che provenivano da un’altra persona, mi hanno causato molti problemi prima che riuscissi a scoprirne l’origine; li ho ottenuti soltanto dopo molte ricerche e lettere. Vi ringrazio comunque, signora: i grappoli e i biscotti erano davvero deliziosi. Ma poiché temo molto più le difficoltà che non apprezzo le cose buone, vi supplico di non mandarmi regali con lo stesso costo ogni volta.
Permettetemi, signora, di porgere i miei saluti a Monsieur de Luze e di assicurarvi della mia più profonda stima.
Lettera CDXXXVI – Al principe L.E di Wirtemberg
Môtiers, 10 novembre 1763.
Se avessi la sfortuna di essere nato principe, se fossi legato dalle convenzioni del mio rango, se fossi costretto ad avere un certo stile di vita, una scorta, dei domestici, in altre parole, dei “servitori”, eppure se avessi un’anima abbastanza nobile da voler essere un uomo nonostante il mio status, se volessi assolvere i grandi doveri di padre, marito e cittadino della repubblica umana, presto mi renderei conto delle difficoltà legate al tentativo di conciliare tutto ciò: soprattutto quella di educare i miei figli secondo lo stato in cui la natura li ha creati, nonostante il loro rango tra i loro pari.
Comincerei quindi dicendomi: Non si deve desiderare cose contraddittorie; non si deve voler essere e allo stesso tempo non esserlo. La difficoltà che intendo superare è intrinseca alla situazione stessa; se lo stato delle cose non può cambiare, allora anche la difficoltà dovrà rimanere. Devo accettare il fatto di non ottenere tutto ciò che desidero. Ma in ogni caso, non dobbiamo scoraggiarci. Di tutto ciò che è buono, farò tutto ciò che è possibile; il mio zelo e la mia virtù me ne garantiscono il successo. Una parte della saggezza consiste proprio nel sopportare le difficoltà imposte dalla necessità: quando il saggio compie il resto, allora ha davvero fatto tutto. Questo è ciò che mi direi se fossi un principe. Dopo questo, procederei senza esitazioni, senza temere nulla. E qualunque fosse il mio successo, avendo agito in questo modo, sarei soddisfatto di me stesso. Non credo di aver torto a esserlo.
Mio signore duca, è necessario che prima di tutto vi si faccia ben comprendere che non esiste occhio paterno diverso da quello di un padre, né occhio materno diverso da quello di una madre. Vorrei utilizzare venti pagine di carta per ripetervi queste due frasi, tanto sono convinto che tutto dipenda da questo. Voi siete principe; raramente avrete l’opportunità di diventare padre, poiché avrete troppe altre responsabilità da assolvere. Pertanto, dovranno essere altri a occuparsi delle vostre.
La duchessa sarà più o meno nella stessa situazione.
Da qui deriva questa prima regola: assicuratevi che vostro figlio sia amato da qualcuno.
È necessario che questa persona sia del suo stesso sesso. L’età è molto difficile da determinare; per motivi importanti, dovrebbe essere giovane. Tuttavia, una persona giovane ha ben altri pensieri in mente piuttosto che prendersi cura di un bambino giorno e notte. Questo rappresenta uno svantaggio inevitabile e decisivo.
Quindi non sceglietela giovane, né bella; perché in tal caso sarebbe ancora peggio: se è giovane, sarà lei che dovrete temere; se è bella, tutto ciò che la avvicinerà a voi potrebbe rivelarsi pericoloso.
È meglio che sia vedova piuttosto che figlia. Ma se ha dei figli, che nessuno di loro sia al suo fianco e che tutti dipendano da voi.
Nessuna donna dotata di grandi sentimenti, e tant meno di un’intelligenza brillante. Che abbia abbastanza intelletto per comprendervi correttamente, ma non certo per elaborare ulteriormente le vostre istruzioni.
È importante che non sia troppo facile da vivere e non importa se sia liberale. Al contrario, deve essere ordinata, attenta ai propri interessi. È impossibile sottomettere un prodigo alle regole; si controllano gli avari proprio attraverso il loro stesso difetto.
Nessuna follia né capriccio; oltre al problema legato alla situazione stessa, c’è anche quello legato all’umore, poiché tutte le donne folli ne sono affette. E nulla è più da temere dell’umore: per la stessa ragione, le persone vivaci, sebbene più amabili, mi sembrano sospette, a causa della loro impulsività. Poiché non troveremo mai una donna perfetta, non dobbiamo pretendere l’impossibile; qui la dolcezza è soltanto un principio da seguire. Ma purché sia guidata dalla ragione, può anche non far parte del temperamento naturale della donna. Preferisco che sia equilibrata e fredda piuttosto che accogliente e capricciosa. In ogni cosa, preferisci un carattere sicuro a uno brillante. Quest’ultima qualità rappresenta persino un svantaggio per il nostro obiettivo: una persona destinata a stare al di sopra degli altri potrebbe essere corrotta dal merito di coloro che la elevano. Allora inizia ad esigere lo stesso da tutti, e questo la rende ingiusta nei confronti dei suoi inferiori.
Del resto, non cercate nella sua mente alcuna vera cultura; si maschera fingendo di studiare, e basta. Si travestirà, se ne ha la capacità; la conoscerete ancora meglio se è ignorante: anche se non sapesse leggere, tanto meglio; imparerà insieme al suo allievo. L’unica qualità mentale che si dovrebbe esigere da lei è una buona logica.
Qui non parlo delle qualità del cuore né dei costumi, che si presuppongono soltanto perché in questi ambiti le persone fingono di comportarsi in un certo modo. Non si è altrettanto attenti riguardo al resto del carattere, ed è proprio attraverso questo che si può giudicare veramente una persona. Tutto ciò richiederebbe forse maggiori dettagli; ma non è questo il tema di cui si tratta in questo momento.
Dico, e questa è la mia prima regola, che il bambino debba essere caro a quella persona in particolare. Ma come farlo?
Non riuscirete a farlo amare il bambino dicendogli di amarlo, e prima che l’abitudine generi un vero legame affettivo: a volte ci si diverte con gli altri bambini, ma si ama soltanto i propri.
Elle pourrait l’aimer si elle aimait le père ou la mère ; mais dans votre rang on n’a point d’amis, et jamais, dans quelque rang que ce puisse être, on n’a pour amis les gens qui dépendent de nous. Or l’affection qui ne naît pas du sentiment, d’où peut-elle naître si ce n’est de l’intérêt ?
Ici vient une réflexion que le concours de mille autres confirme ; c’est que les difficultés que vous ne pouvez ôter de votre condition, vous ne les éluderez qu’à force de dépense.
Mais n’allez pas croire, comme les autres, que l’argent fait tout par lui-même, et que, pourvu qu’on paie, on est servi. Ce n’est pas cela.
Je ne connais rien de si difficile quand on est riche, que de faire usage de sa richesse pour aller à ses fins. L’argent est un ressort dans la mécanique morale, mais il repousse toujours la main qui le fait agir. Faisons quelques observations nécessaires pour notre objet.
Nous voulons que l’enfant soit cher à sa gouvernante. Il faut pour cela que le sort de la gouvernante soit lié à celui de l’enfant. Il ne faut pas qu’elle dépende seulement des soins qu’elle lui rendra, tant parce qu’on n’aime guère les gens qu’on sert, que parce que les soins payants ne sont qu’apparents : les soins réels se négligent, et nous cherchons ici des soins réels.
Il faut qu’elle dépende non de ses soins, mais de leur succès, et que sa fortuite soit attachée à l’effet de l’éducation qu’elle aura donnée. Alors seulement elle se verra dans son élève et s’affectionnera nécessairement à elle ; elle ne lui rendra pas un service de parade et de montre, mais un service réel ; ou plutôt, en la servant, elle ne servira qu’elle-même, elle ne travaillera que pour soi
Mais qui sera juge de ce succès ? La foi d’un père équitable, et dont la probité est bien établie, doit suffire : la probité est un instrument sûr dans les affaires, pourvu qu’il soit joint au discernement.
Le père peut mourir. Le jugement des femmes n’est pas reconnu assez sûr, et l’amour maternel est aveugle. Si la mère était établie juge au défaut du père, ou la gouvernante ne s’y fierait pas, ou elle s’occuperait plus à plaire à la mère qu’à bien élever l’enfant.
Je ne m’étendrai pas sur le choix des juges de l’éducation ; il faudrait pour cela des connaissances particulières relatives aux personnes. Ce qui importe essentiellement, c’est que la gouvernante ait la plus entière confiance dans l’intégrité du jugement, qu’elle soit persuadée qu’on ne la privera point du prix de ses soins si elle a réussi, et que, quoi qu’elle puisse dire, elle ne l’obtiendra pas dans le cas contraire. Il ne faut jamais qu’elle oublie que ce n’est pas à sa peine que ce prix sera dû, mais au succès.
Je sais bien que, soit qu’elle ait fait son devoir ou non, ce prix ne saurait lui manquer. Je ne suis pas assez fou, moi qui connais les hommes, pour m’imaginer que ces juges, quels qu’ils soient, iront déclarer solennellement qu’une jeune princesse de quinze à vingt ans a été mal élevée. Mais cette réflexion que je fais là, la bonne ne la fera pas ; quand elle la ferait, elle ne s’y fierait pas tellement qu’elle en négligeât des devoirs dont dépend son sort, sa fortune, son existence. Et ce qu’il importe ici n’est pas que la récompense soit bien administrée, mais l’éducation qui doit l’obtenir.
Comme la raison nue a peu de force, l’intérêt seul n’en a pas tant qu’on croit. L’imagination seule est active. C’est une passion que nous voulons donner à la gouvernante ; et l’on n’excite les passions que par l’imagination. Une récompense promise en argent est très puissante, mais la moitié de sa force se perd dans le lointain de l’avenir. On compare de sang-froid l’intervalle et l’argent, on compense le risque avec la fortune, et le coeur reste tiède. Etendez pour ainsi dire l’avenir sous les sens, afin de lui donner plus de prise ; présentez-le sous des faces qui le rapprochent, qui flattent I espoir, et séduisent l’esprit. On se perdrait dam la multitude de suppositions qu’il faudrait parcourir, selon les temps, les lieux, les caractères. Un exemple est un cas dont on peut tirer l’induction pour cent mille autres.
Ai-je affaire à un caractère paisible, aimant l’indépendance et le repos ; je mène promener cette personne dans une campagne : elle voit dans une jolie situation une petite maison bien ornée, une basse-cour, un jardin, des terres pour l’entretien du maître, les agréments qui peuvent Lui en faire aimer le séjour. Je vois ma gouvernante enchantée : on s’approprie toujours par la convoitise ce qui convient à notre bonheur. Au fort de son enthousiasme, je la prends a part ; je lui dis : Élevez ma fille à ma fantaisie ; tout ce que vous voyez est à vous. Et afin qu’elle ne prenne pas ceci pour un mot en l’air, j’en passe l’acte conditionnel : elle n’aura pas un dégoût dans ses fonctions sur lequel son imagination n’applique cette maison pour emplâtre.
Encore un coup, ceci n’est qu’un exemple.
Si la longueur du temps épuise et fatigue l’imagination, l’on peut partager l’espace et la récompense en plusieurs termes, et même à plusieurs personnes : je ne vois ni difficulté ni inconvénient à cela. Si dans six ans mon enfant est ainsi, vous aurez telle chose. Le terme venu, si la condition est remplie on tient parole, et l’on est libre des deux côtés.
Bien d’autres avantages découleront de l’expédient que je propose ; mais je ne peux ni ne dois tout dire. L’enfant aimera sa gouvernante, surtout si elle est d’abord sévère et que l’enfant ne soit pas encore gâté. L’effet de l’habitude est naturel et sûr ; jamais il n’a manqué que par la faute des guides. D’ailleurs la justice a sa mesure et sa règle exacte ; au lieu que la complaisance, qui n’en a point, rend les enfants toujours exigeants et toujours mécontents. L’enfant donc qui aime sa bonne sait que le sort de cette bonne est dans le succès de ses soins ; jugez de ce que fera l’enfant à mesure que son intelligence et son coeur se formeront.
Parvenu à certain âge, la petite fille est capricieuse ou mutine. Supposons un moment critique, important, où elle ne veut rien entendre ; ce moment viendra bien rarement, on sent pourquoi. Dans ce moment fâcheux la bonne manque de ressource : alors elle s’attendrit en regardant son élève, et lui dit : C’en est donc fait, tu m’ôtes le pain de ma vieillesse !
Je suppose que la fille d’un tel père ne sera pas un monstre : cela étant, l’effet de ce mot est sûr ; mais il ne faut pas qu’il soit dit deux fois.
On peut faire en sorte que la petite se le dise à toute heure ; et voilà d’où naissent mille biens à la fois. Quoi qu’il en soit, croyez-vous qu’une femme qui pourra parler ainsi à son élevé ne s’affectionnera pas à elle ? On s’affectionne aux gens sur la tête desquels on a mis des fonds ; c’est le mouvement de la nature, et un mouvement non moins naturel est de s’affectionner à son propre ouvrage, surtout quand on en attend son bonheur. Voilà donc notre première recette accomplie.
Seconde règle.
Il faut que la bonne ait sa conduite toute tracée et une pleine confiance dans le succès.
Le mémoire instructif qu’il faut lui donner est une pièce très importante. Il faut qu’elle l’étudié sans cesse ; il faut qu’elle le sache par coeur, mieux qu’un ambassadeur ne doit savoir ses instructions. Mais ce qui est plus important encore, c’est qu’elle soit parfaitement convaincue qu’il n’y a point d’autre route pour aller au but qu’on lui marque, et par conséquent au sien.
She might love him if she loved his father or mother; but in your position, one has no friends at all, and in no position whatsoever can one have as friends those who depend on us. Now, if affection does not arise from sentiment, where else could it arise but from interest?
Here comes a reflection that is confirmed by countless other examples: the difficulties inherent in your condition can only be overcome at great expense.
But do not believe, as others do, that money can do everything by itself, and that as long as one pays, everything will be taken care of. That is not the case.
I know of nothing more difficult when one is wealthy than to use that wealth in order to achieve one’s goals. Money serves as a lever in the machinery of morality, yet it always repels the hand that attempts to manipulate it. Let us make some observations necessary for our purpose.
We want the child to be cherished by his nanny. For this to happen, the nanny’s fate must be tied to that of the child. She should not depend solely on the care she provides for him—firstly, because people generally do not hold much affection for those they serve; and secondly, because paid care is often merely superficial: genuine care is often neglected, and it is precisely such genuine care that we are seeking here.
It must depend not on her own efforts but on the success of those she teaches, and its effectiveness must be linked to the impact of the education she has provided. Only then will she truly see herself in her student and inevitably develop a genuine affection for her; she will not be performing some superficial act of service, but providing real assistance. In other words, by helping her student, she will actually be helping herself—she will be working solely for her own benefit.
But who will be the judge of this success? The faith of a fair-minded father, whose integrity is well-established, should suffice: integrity is a reliable tool in matters, provided it is combined with discernment.
The father may die. The judgment of women is not considered sufficiently reliable, and maternal love is often blind. If the mother were appointed as judge in the absence of a father, either the guardian would not trust her, or she would focus more on pleasing the mother than on properly raising the child.
I will not dwell on the selection of judges in the field of education; such a matter would require specialized knowledge regarding the individuals involved. What is essential, above all else, is that the governess have absolute confidence in the integrity of their judgment. She must be certain that her efforts will not go unrewarded if she succeeds, and that, regardless of what she may say, she will still receive the reward if she fails. It is crucial that she never forget that this reward is based on success, not on her effort alone.
I well know that, whether she has fulfilled her duties or not, this reward cannot possibly be lacking to her. I am not mad enough, knowing as I do how men are, to imagine that those judges, whatever they may be, would go so far as to declare solemnly that a young princess of fifteen to twenty years of age has been poorly educated. But the kind of reflection I am making here is not the one she will engage in; even if she did, she would not trust it enough to neglect duties upon which depend her fate, her fortune, and her very existence. And what matters here is not so much that the reward be properly administered, but rather the education that deserves to receive it.
Since pure reason possesses little power, mere interest does not have as much effect as one might believe. Only imagination is truly active. It is this passion that we wish to arouse in those who govern; and passions can only be stirred by imagination. A promised reward in money is very powerful, but half of its effect is lost due to the distance of time. One calmly compares the duration of the effort with the amount of money involved, balances the risk against the potential gain—yet the heart remains indifferent. In other words, we should extend the concept of the future beyond our senses, so that it has a greater impact on us; we should present it in ways that bring it closer to us, that nurture hope and captivate the mind. However, attempting to consider all the various possibilities that would depend on time, place, and individual characteristics would lead to overwhelming complexity. An example is merely one case from which we can draw a general inference that can be applied to countless other situations.
Am I dealing with a peaceful person who loves independence and rest? I take this individual for a walk in the countryside: she sees a lovely setting—a small, well-decorated house, a courtyard, a garden, land suitable for the master’s needs, and all the amenities that could make him enjoy living there. I see my governess filled with delight; after all, we always seize what is necessary for our happiness through greed. At the height of her enthusiasm, I take her aside and say: “Raise my daughter according to my wishes; everything you see here is yours.” And to ensure she does not take this as mere empty words, I add a conditional clause: she shall not find anything in her duties that her imagination cannot associate with this house and use to enrich her own vision of happiness.
Once again, this is merely an example.
If the length of time exhausts and tires the imagination, one can share space and rewards in multiple ways, or even with multiple people: I see no difficulty or inconvenience in that. If, in six years, my child is in such a situation, you will have this thing. When the time comes, if the conditions are met, we keep our promise, and both parties are freed from any obligations.
Many other advantages will arise from the measure I propose; but I cannot and need not reveal them all. A child will come to love his governess, especially if she is strict at first and if the child has not yet been spoiled. The effect of habit is natural and certain; it has never failed except through the negligence of those who guide children. Moreover, justice possesses its own measure and precise rules; whereas indulgence, lacking such principles, always makes children demanding and dissatisfied. Therefore, a child who loves his governess knows that her fate depends on the success of her care for him; imagine what such a child will do as his intelligence and heart develop further.
At a certain age, little girls become capricious or rebellious. Suppose there is a critical, important moment when they refuse to listen to anything; such moments are very rare, and it’s easy to understand why. During these difficult times, the teacher lacks the necessary resources to deal with the situation. So, looking at her student with compassion, she might say: “Well, it seems that you have taken away the very means by which I can sustain myself in my old age!”
I suppose that the daughter of such a father would not be a monster; therefore, the effect of this statement is certain; but it must not be repeated twice.
One can ensure that the child constantly reminds herself of this; and thus, a thousand benefits arise at once. In any case, do you believe that a woman who is able to speak to her child in this way would not grow fond of her? People tend to develop affection for those on whom they have invested time and effort; it is a natural impulse of nature. And it is equally natural to feel affection for one’s own creation, especially when one expects happiness from it. Thus, our first “recipe” is successfully implemented.
Second rule.
One must have a clear path to follow and complete confidence in achieving success.
The instructive memorandum that must be given to her is of utmost importance. She must study it constantly; she must know it by heart, better than an ambassador must know his own instructions. But what is even more important is that she must be absolutely convinced that there is no other way to achieve the goal that has been set for her—and, by extension, her own goal as well.
Potrebbe amarlo se amasse il padre o la madre; ma nel vostro rango non ci sono amici, e mai, in nessun rango che sia, le persone che dipendono da noi possono essere considerate nostri amici. Ora, un affetto che non nasce dal sentimento, da dove può nascere, se non dall’interesse?
Ecco un pensiero che viene confermato dalla concorrenza di migliaia di altri: le difficoltà che non potete eliminare dalla vostra condizione potrete superarle soltanto a costo di grandi spese.
Ma non credete, come fanno gli altri, che il denaro faccia tutto da solo e che, basta pagare per essere serviti. Non è così.
Non conosco nulla di così difficile quando si è ricchi, se non l’uso della propria ricchezza per raggiungere i propri scopi. L’oro è una molla nella “meccanica morale”, ma spinge sempre via la mano che lo fa agire. Facciamo alcune osservazioni necessarie al nostro scopo.
Vogliamo che il bambino sia caro alla sua tata. Per questo è necessario che il destino della tata sia legato a quello del bambino. Non deve dipendere soltanto dai cura che gli presta, sia perché di solito non si ama molto chi si serve, sia perché i cura retribuiti sono solo apparenti: i veri cura vengono trascurati, e noi cerchiamo proprio questi cura reali.
Deve dipendere non dai suoi sforzi, ma dal loro successo; inoltre, il suo compenso deve essere legato all’efficacia dell’educazione che ha fornito. Solo allora potrà vedere se stessa nel proprio allievo e provare per lui un vero affetto; non gli renderà un servizio di facciata o di dimostrazione, ma uno reale. In altre parole, servendo l’allievo, in realtà servirà soltanto sé stessa, lavorerà soltanto per se stessa.
Ma chi sarà il giudice di questo successo? La fede di un padre equo, la cui onestà è ben consolidata, dovrebbe essere sufficiente: l’onestà è uno strumento sicuro nelle questioni pratiche, purché venga unita alla saggezza.
Il padre può morire. Il giudizio delle donne non è considerato abbastanza affidabile, e l’amore materno è cieco. Se la madre fosse designata a giudicare in assenza del padre, né la tutrice si fiderebbe di lei, né si impegnerebbe tanto nel far piacere alla madre quanto nell’educare correttamente il bambino.
Non mi soffermerò sulle considerazioni relative alla scelta dei giudici incaricati di valutare l’operato delle tate; per farlo sarebbero necessarie conoscenze particolari riguardanti le persone coinvolte. Quello che è essenziale, invece, è che la tata abbia la massima fiducia nell’integrità dei giudizi formulati, sia convinta che non le verrà negato il riconoscimento del merito dei suoi sforzi qualora questi avessero avuto successo, e che, in ogni caso, otterrà comunque tale riconoscimento. Non deve mai dimenticare che tale ricompensa non dipende dal suo impegno, ma dal risultato ottenuto.
So bene che, sia che abbia adempiuto ai suoi doveri o meno, a lei quel premio non potrebbe mai mancare. Non sono così pazzo da credere, conoscendo come sono gli uomini, che quei giudici, qualunque siano, dichiareranno solennemente che una giovane principessa di quindici o vent’anni sia stata mal educata. Ma questa riflessione che faccio io non la farà lei; anche se la facesse, non ci fiderebbe abbastanza da trascurare dei doveri dai quali dipendono il suo destino, la sua fortuna, la sua stessa esistenza. E ciò che conta qui non è tanto che il premio venga distribuito correttamente, quanto l’educazione che deve portarla ad ottenerlo.
Poiché la ragione nuda ha poca forza, l’interesse solo non ne ha altrettanta quanto si creda. Solo l’immaginazione è attiva; è una passione che vogliamo suscitare nella persona incaricata di governare gli altri. E le passioni si eccitano soltanto attraverso l’immaginazione. Una ricompensa promessa in denaro è molto potente, ma metà della sua efficacia si perde nel lontano futuro. Si confronta freddamente il periodo di tempo necessario per ottenere la ricompensa con l’importo stesso del denaro; si compensa il rischio con la fortuna. Ma il cuore rimane indifferente. Allargate, in qualche modo, il concetto di futuro, affinché abbia un effetto più immediato; presentatelo sotto aspetti che lo avvicinino al presente, che esaltino la speranza e seducano l’intelletto. Ma ci si perderebbe nella miriade di ipotesi che sarebbero necessarie, a seconda dei tempi, dei luoghi e delle caratteristiche individuali. Un esempio rappresenta un caso dal quale si può trarre una induzione applicabile a centomila altri casi simili.
Ho a che fare con una persona tranquilla, amante dell’indipendenza e del riposo? Porto questa persona in campagna: lei vede in un bel contesto una piccola casa ben arredata, un cortile, un giardino, terreni sufficienti per il mantenimento del padrone di casa, tutti quegli elementi che potrebbero farle apprezzare quel luogo. Vedo la mia governante incantata: è sempre così che, spinti dall’avidità, ci appropriamo di ciò che può rendere felici. Nel pieno del suo entusiasmo, la prendo da parte e le dico: “Cresci mia figlia secondo i miei desideri; tutto ciò che vedi è tuo”. E per assicurarmi che non possa considerare queste parole prive di significato, aggiungo che tutto ciò sarà suo a condizione che la sua immaginazione utilizzi sempre quella casa come modello per costruire il proprio futuro.
Ancora una volta, questo è soltanto un esempio.
Se la lunghezza del tempo esaurisce e stanca l’immaginazione, si può condividere lo spazio e la ricompensa in più parti, o addirittura con più persone: non vedo alcuna difficoltà né inconveniente in questo. Se tra sei anni mio figlio sarà in questa condizione, voi avrete ciò che desiderate. Quando arriverà il momento stabilito, se le condizioni saranno soddisfatte, manteniamo la promessa e entrambe le parti ne traggono beneficio.
Molti altri vantaggi deriveranno dall’espediente che propongo; ma non posso né devo dire tutto. Il bambino amerà la sua governante, soprattutto se questa è all’inizio severa e il bambino non è ancora viziato. L’effetto dell’abitudine è naturale e sicuro; mai si è verificato che fallisse, se non a causa degli errori dei tutori. Inoltre, la giustizia ha le sue misure e le sue regole precise; al contrario della compiacenza, che ne è sprovvista, essa rende i bambini sempre esigenti e sempre insoddisfatti. Quindi, il bambino che ama la sua governante sa che il destino di questa dipende dal successo delle sue cure; immaginate cosa farà il bambino man mano che la sua intelligenza e il suo cuore si svilupperanno.
Arrivata a una certa età, la bambina diventa capricciosa o ribelle. Supponiamo un momento critico, importante, in cui lei non vuole ascoltare nulla; un momento del genere arriverà molto raramente. Si capisce facilmente il perché. In quel momento difficile, la persona gentile manca di risorse. Allora si commuove, guarda la sua allieva e le dice: “Ecco fatto. Mi stai togliendo il pane della mia vecchiaia!”
Suppongo che la figlia di un tale padre non possa essere un mostro; quindi, l’effetto di questa affermazione è certo. Ma non deve essere ripetuta due volte.
Si può fare in modo che la bambina si dica queste cose in qualsiasi momento; ed è da qui che nascono mille benefici contemporaneamente. Comunque sia, credete davvero che una donna che possa parlare in questo modo con il proprio educando non si affezionerà a lui? Ci si affeziona alle persone su cui si sono investiti sforzi e risorse; è un movimento naturale. E altrettanto naturale è affezionarsi al proprio “opera”, soprattutto quando se ne aspetta la felicità. Ecco quindi completata la nostra prima “ricetta”.
Seconda regola.
È necessario che una persona perbene abbia un comportamento ben definito e una piena fiducia nel proprio successo.
Il memoriale informativo che deve ricevere è un documento di grande importanza. Deve studiarlo costantemente; deve conoscerne il contenuto a memoria, meglio di quanto un ambasciatore debba conoscere le proprie istruzioni. Ma ciò che è ancora più importante è che sia assolutamente convinta che non esista altra strada per raggiungere l’obiettivo che le viene indicato, e quindi anche il proprio obiettivo personale.
Il ne faut pas pour cela lui donner d’abord le mémoire. Il faut lui dire premièrement ce que vous voulez faire, lui montrer l’état de corps et d’âme où vous exigez qu’elle mette votre enfant. Là-dessus toute dispute ou objection de sa part est inutile : vous n’avez point de raisons à lui rendre de votre volonté. Mais il faut lui prouver que la chose est faisable, et qu’elle ne l’est que par les moyens que vous proposez : c’est sur cela qu’il faut beaucoup raisonner avec elle : il faut lui dire vos raisons clairement, simplement, au long, en termes à sa portée. Il faut écouter ses réponses, ses sentiments, ses objections, les discuter à loisir ensemble, non pas tant pour ces objections mêmes, qui probablement seront superficielles, que pour saisir l’occasion de bien lire dans son esprit, de la bien convaincre que les moyens que vous indiquez sont les seuls propres à réussir. Il faut s’assurer que de tout point elle est convaincue, non en paroles, mais intérieurement. Alors seulement il faut lui donner le mémoire, le lire avec elle, l’examiner, l’éclaircir, le corriger peut-être, et s’assurer qu’elle l’entend parfaitement.
Il surviendra souvent, durant l’éducation, des circonstances imprévues : souvent les choses prescrites ne tourneront pas comme on avait cru : les éléments nécessaires pour résoudre les problèmes moraux sont en très grand nombre, et un seul omis rend la solution fausse. Cela demandera des conférences fréquentes, des discussions, des éclaircissements auxquels il ne faut jamais se refuser, et qu’il faut même rendre agréables à la gouvernante par le plaisir avec lequel on s’y prêtera. C’est encore un fort bon moyen de l’étudier elle-même.
Ces détails me semblent plus particulièrement la tâche de la mère. Il faut qu’elle sache le mémoire aussi bien que la gouvernante ; mais il faut qu’elle le sache autrement. La gouvernante le saura par les règles, la mère le saura par les principes ; car premièrement ayant reçu une éducation plus soignée, et ayant eu l’esprit plus exercé, elle doit être plus en état de généraliser ses idées, et d’en voir tous les rapports ; et de plus, prenant au succès un intérêt plus vif encore, elle doit plus s’occuper des moyens d’y parvenir.
Troisième règle. La bonne doit avoir un pouvoir absolu sur l’enfant. Cette règle bien entendue se réduit à celle-ci, que le mémoire seul doit tout gouverner ; et quand chacun se réglera scrupuleusement sur le mémoire, il s’ensuit que tout le monde agira toujours de concert, sauf ce qui pourrai ! être ignoré des mis on des autres ; mais il est aisé de pourvoir à cela.
Je n’ai pas perdu mon objet de me, mais j’ai de forcé de faire un bien grand détour. Voilà déjà la difficulté levée en grande partie ; car notre élève aura peu à craindre des domestiques quand la seconde mère aura tant d’intérêt à la surveiller. Parlons à présent de ceux-ci.
Il y a dans une maison nombreuse des moyens généraux pour tout faire, et sans lesquels on ne parvient jamais à rien.
D’abord les moeurs, l’imposante imagé de la vertu, devant laquelle tout fléchit, jusqu’au vice même ; ensuite l’ordre, la vigilance ; enfin l’intérêt, le dernier de tous : j’ajouterais la vanité, mais l’état servile est trop près de la misère ; la vanité n’a sa grande force que sur les gens qui ont du pain.
Pour ne pas me répéter ici, permettez, monsieur le duc, que je vous renvoie à la quatrième partie de l’Héloïse, lettre dixième. Vous y trouverez un recueil de maximes qui me paraissent fondamentales pour donner dans une maison, grande ou petite, du ressort à l’autorité ; du reste, je conviens de la difficulté de l’exécution, parce que, de tous les ordres d’hommes imaginables, celui des valets laisse le moins de prise pour le mener ou l’on veut. Mais tous les raisonnements du monde ne feront pas qu’une chose ne soit pas ce qu’elle est, que ce qui n’y est pas s’y trouve, que des valets ne soient pas des valets.
Le train d’un grand seigneur est susceptible de plus et de moins, sans cesser d’être convenable. Je pars de là pour établir ma première maxime.
1° Réduisez votre suite au moindre nombre de gens qu’il soit possible ; vous aurez moins d’ennemis, et vous en serez mieux servi. S’il y a dans votre maison un seul homme qui n’y soit pas nécessaire, il y est nuisible, soyez-en sûr.
2° Mettez du choix dans ceux que vous garderez, et préférez de beaucoup un service exact à un service agréable. Ces gens qui aplanissent tout devant leur maître sont tous des fripons. Surtout point de dissipateur.
3° Soumettez-les à la règle en toute chose, même au travail, ce qu’ils feront dût-il n’être bon à rien.
4° Faites qu’ils aient un grand intérêt à rester longtemps à votre service, qu’ils s’y attachent à mesure qu’ils y restent, qu’ils craignent par conséquent d’autant plus d’en sortir, qu’ils y sont restés plus longtemps. La raison et les moyens de cela se trouvent dans le livre indiqué.
Ceci sont les données que je peux supposer, parce que, bien qu’elles demandent beaucoup de peine, enfin elles dépendent de vous. Cela posé :
Quelque temps avant que de leur parler, vous avez quelquefois des entretiens à table sur L’éducation de votre enfant, et sur ce que vous vous proposez de faire, sur les difficultés que vous aurez à vaincre, et sur la ferme résolution où vous êtes de n’épargner aucun soin pour réussir. Probablement vos gens n’auront pas manqué de critiquer entre eux la manière extraordinaire d’élever l’enfant ; ils y auront trouvé de la bizarrerie : il la faut justifier, mais simplement et en peu de mots. Du reste, il faut montrer votre objet beaucoup plus du côté moral et pieux que du côté philosophique. Madame la princesse, en ne consultant que son coeur, peut y mêler des mots charmants. M. Tissot peut ajouter quelques réflexions dignes de lui.
On est si peu accoutumé de voir les grands avoir des entrailles, aimer la vertu, s’occuper de leurs enfants, que ces conversations courtes et bien ménagées ne peuvent manquer de produire un grand effet. Mais surtout nulle ombre d’affectation ; point de longueur. Les domestiques ont l’oeil très perçant : tout serait perdu s’ils soupçonnaient seulement qu’il y eût en cela rien de concerté ; et en effet rien ne doit l’être. Bon père, bonne mère, laissez parler vos coeurs avec simplicité : ils trouveront des choses touchantes d’eux-mêmes ; je vois d’ici vos domestiques derrière vos chaises se prosterner devant leur maître au fond de leurs coeurs. Voilà les dispositions qu’il faut faire naître, et dont il faut profiter pour les règles que nous avons à leur prescrire.
Ces règles sont de deux espèces, selon le jugement que vous porterez vous-même de l’état de votre maison et des moeurs de vos gens.
Si vous croyez pouvoir prendre en eux nue confiance raisonnable et fondée sur leur Intérêt, il ne s’agira que d’un énoncé clair et bref de la manière dont on doit se conduire toutes les fois qu’on approchera de votre enfant, pour ne point contrarier son éducation.
Que si, malgré toutes vos précautions, vous croyez devoir vous défier de ce qu’ils pourront dire ou faire en sa présence, la règle alors sera plus simple, et se réduira à n’en approcher jamais sous quelque prétexte que ce soit.
Quel de ces deux partis que vous choisissiez, il faut qu’il soit sans exception, et le même pour vos gens de tout étage, excepté ce que vous destinez spécialement au service de l’enfant, et qui ne peut être en trop petit nombre ni trop scrupuleusement choisi. Un jour donc vous assemblez vos gens, et, dans un discours grave et simple, vous leur direz que vous croyez devoir en bon père apporter tous vos soins à bien élever l’enfant que Dieu vous a donné : » Sa mère et moi sentons tout ce qui nuisit à la nôtre. Nous l’en voulons préserver ; et, si Dieu bénit nos efforts, nous n’aurons point de compte à lui rendre des défauts ou des vices que notre enfant pourrait contracter. Nous avons pour cela de grandes précautions à prendre : voici celles qui vous regardent, et auxquelles j’espère que vous vous prêterez en honnêtes gens, dont les premiers devoirs sont d’aider à remplir ceux de leurs maîtres. »
Après l’énoncé de la règle dont vous prescrivez l’observation, vous ajoutez que ceux qui seront exacts à la suivre peuvent compter sur votre bienveillance et même sur vos bienfaits. » Mais je vous déclare en même temps, poursuivez-vous d’une voix plus haute, que quiconque aura manqué une seule fois, et en quoi que ce puisse être, sera chassé sur-le-champ et perdra ses gages. Comme c’est là la condition sous laquelle je vous garde, et que je vous en préviens tous, ceux qui ne veulent pas acquiescer peuvent sortir. »
For this purpose, it is not necessary to give her the memorandum first. You must first tell her what you intend to do and show her the state of mind and character that you require her to adopt in order to care for your child. Any dispute or objection on her part is utterly unnecessary; you have no reason to justify your intentions to her. However, it is essential to prove to her that what you propose is feasible—and that it can only be accomplished through the means you suggest. This is where thorough discussion is required. You must explain your reasons clearly, simply, and in terms she can understand. Listen to her responses, consider her feelings and objections, and discuss them at length—not so much because of those objections themselves, which are likely to be superficial, but rather as an opportunity to gain a deeper understanding of her thoughts and to convince her firmly that the methods you recommend are indeed the only ones capable of success. Make sure that she is convinced not merely in words, but deeply in her heart. Only then should you give her the memorandum, read it together with her, examine it carefully, clarify any points that may be unclear, and possibly make corrections, ensuring that she fully understands its contents.
During the process of education, unexpected circumstances often arise: frequently, what has been prescribed does not work out as expected. The elements necessary to resolve moral dilemmas are numerous, and the omission of just one can render the solution incorrect. This will require frequent discussions, debates, and clarifications—things that should never be avoided, but rather made enjoyable for the teacher by engaging enthusiastically in them. After all, this is also an excellent way to study the subject itself.
These details seem particularly to fall within the mother’s role. She must be as well-versed in this matter as the governess; but she must acquire her knowledge in a different way. The governess will learn it through rules and regulations, while the mother will understand it through principles. Firstly, because she has received a more thorough education and her mind has been more cultivated, she is better able to generalize her ideas and see all their interrelationships. Moreover, since she takes greater interest in success itself, she is bound to pay even more attention to the means required to achieve it.
Third rule: The mother must possess absolute power over the child. This rule, of course, boils down to the principle that memory alone should govern everything; and when everyone strictly adheres to this principle based on memory, it will result in everyone always acting in concert—except for those things that might be overlooked by others; but such oversight can easily be avoided.
I have not lost my sense of self, but I have been forced to take a very long detour. This difficulty has already been largely overcome; for our student will have little to fear from the servants when the “second mother” takes such great interest in supervising her. Now let us talk about these servants.
In a large house, there are always various general means at one’s disposal for doing everything; without them, one would never be able to accomplish anything at all.
Firstly, there are morals and the imposing image of virtue, which cause everything to bow in their presence—even vice itself; then there is order and vigilance; finally, there is self-interest, the least important of all. I would also add vanity, but a servile state is too close to misery; vanity possesses its true power only among those who have enough to eat.
In order not to repeat myself here, permit me, Your Excellency the Duke, to refer you to the fourth part of Héloïse, letter ten. There you will find a collection of maxims that I consider fundamental for ensuring that authority, in a large or small household, is effectively exercised. Indeed, I acknowledge the difficulty of putting these principles into practice, for among all conceivable categories of people, those of servants offer the least opportunity for influencing their behavior as one may wish. But no amount of reasoning in the world can change the fact that something is what it is, that what is not there actually exists, or that servants will always remain servants.
The train of a great lord can vary in certain aspects without ever ceasing to be appropriate. It is on this basis that I establish my first maxim.
1° Reduce your group to the smallest possible number of people; you will have fewer enemies, and it will be better for your purposes. If there is even one person in your household who is not necessary, he is certainly a liability.
2° Give those you keep more choice, and prefer an accurate service to a pleasant one by far. Those who smooth things over for their master are all deceitful people. Above all, avoid being wasteful.
3° Subject them to rules in everything, even in their work—no matter how useless what they do may be.
4° Ensure that they have a strong incentive to remain in your service for an extended period of time; that they become increasingly attached to it as they stay longer, and thus fear leaving it even more the longer they have stayed there. The reasons and methods for doing this can be found in the mentioned book.
These are the assumptions I can make, because although they require considerable effort, they ultimately depend on you. Having said that.
Some time before speaking to them, you might have had conversations at the table about your child’s education, about what you intended to do, about the difficulties you would have to overcome, and about your firm resolve to spare no effort in achieving success. Most likely, your family members would have criticized among themselves the unusual methods you were using to raise your child; they might have found them strange. Such criticisms must be addressed, but simply and concisely. Moreover, when explaining your approach, you should emphasize its moral and religious aspects far more than its philosophical ones. Madame la Princesse, guided solely by her heart, can surely use charming words to express herself on this matter. Monsieur Tissot, for his part, can add some reflections worthy of him.
We are so unaccustomed to seeing the great in people possess compassion, love for virtue, and concern for their children, that such brief and well-conducted conversations cannot fail to have a profound effect. But above all, there must not be the slightest trace of affectation or lengthiness in these exchanges. The servants have very keen eyes; everything would be lost if they even suspected that there was any premeditation behind it—and indeed, there should be none at all. Good fathers and good mothers, let your hearts speak simply; they will find things that are truly touching on their own. I can imagine your servants, sitting behind you, bowing in their hearts before their masters. Such attitudes are precisely what we need to foster, and we must make use of them when establishing the rules we wish to impose upon them.
These rules fall into two categories, depending on your own assessment of the condition of your house and the behavior of your people.
If you believe that it is reasonable and justified to place absolute trust in them based on their own interests, then all that is required is a clear and concise statement of how one should behave whenever approaching your child, in order not to undermine his or her upbringing.
Even if, despite all your precautions, you feel compelled to confront whatever they might say or do in his presence, then the rule is simply this: never approach him under any pretext whatsoever.
No matter which of these two parties you choose, it must be the same for everyone in your household, except for those specifically designated to serve the child—whose number must not be too small, nor must they be chosen too carefully. One day, then, you gather your people and, in a serious and straightforward speech, tell them that as a good parent, you believe it is your duty to do your utmost to raise well the child that God has given you. “His mother and I are aware of everything that could harm our child; we wish to protect him from it. And if God blesses our efforts, we will have no need to account to Him for any faults or vices that our child might develop. To this end, we must take great precautions—these are the ones that concern you, and I hope that you will comply with them as honest people whose primary duty is to help their masters fulfill their responsibilities.”
After stating the rule that you require to be observed, you add that those who strictly comply with it may expect your kindness and even your benefits. “But at the same time,” you continue in a louder voice, “I declare that anyone who fails to observe it even once, in whatever way, will be immediately expelled and lose his wages. Since this is the condition upon which I keep you all, and I am warning you in advance, those who do not wish to agree may leave now.”
Non è necessario darle prima di tutto il memoriale. È necessario dirle innanzitutto ciò che si vuole fare, mostrarle lo stato fisico e morale in cui si richiede che lei metta al mondo vostro figlio. A questo proposito, qualsiasi discussione o obiezione da parte sua è inutile: non avete alcuna ragione per doverle spiegare la vostra volontà. Tuttavia, è necessario dimostrarle che ciò è possibile e che tale possibilità esiste soltanto attraverso i mezzi che voi proponete. È su questo punto che bisogna discutere a lungo con lei: bisogna spiegarle chiaramente, semplicemente e in termini comprensibili le vostre ragioni. È necessario ascoltare le sue risposte, i suoi sentimenti, le sue obiezioni, e discuterle insieme a fondo, non tanto per quelle obiezioni stesse, che probabilmente saranno superficiali, quanto piuttosto per cogliere l’occasione di comprendere meglio il suo modo di pensare e convincerla pienamente che i mezzi che suggerite sono gli unici adatti a ottenere successo. È necessario assicurarsi che lei sia convinta in ogni senso, non solo a parole, ma sinceramente nel profondo del cuore. Solo allora è possibile darle il memoriale, leggerlo insieme a lei, esaminarlo, chiarirlo, eventualmente correggerlo, e assicurarsi che lo comprenda perfettamente.
Durante l’educazione, spesso si verificano circostanze impreviste: molto frequentemente, ciò che era stato prescritto non va come si pensava. Gli elementi necessari per risolvere i problemi morali sono moltissimi, e la mancanza di uno solo di essi rende la soluzione errata. Ciò richiederà conferenze frequenti, discussioni e chiarimenti che non bisogna mai rifiutare, anzi è necessario renderli piacevoli anche per l’insegnante, attraverso il piacere con cui ci si dedicherà a loro. Questo rappresenta ancora un ottimo modo per studiare direttamente la materia stessa.
Questi dettagli mi sembrano essere particolarmente compiti della madre. È necessario che lei conosca i fatti tanto quanto l’insegnante; ma deve conoscerli in modo diverso. L’insegnante li conoscerà attraverso le regole, la madre attraverso i principi; poiché, innanzitutto, avendo ricevuto un’educazione più accurata e avendo il pensiero più allenato, deve essere meglio in grado di generalizzare le proprie idee e di comprendere tutti i loro rapporti tra loro. Inoltre, essendo interessata ancora di più al successo, deve occuparsi maggiormente dei mezzi per raggiungerlo.
Terza regola: la madre deve esercitare un potere assoluto sul bambino. Questa regola si riduce, ovviamente, al principio secondo cui soltanto la memoria debba governare ogni cosa; e quando tutti si regoleranno scrupolosamente in base alla memoria, ne consegue che tutti agiranno sempre all’unisono, tranne per ciò che potrebbe essere ignorato dagli altri; ma è facile provvedere a questo.
Non ho perso l’oggetto del mio interesse, ma sono stato costretto a compiere un lungo giro. Questa difficoltà è già stata in gran parte superata; infatti, il nostro allievo avrà poco da temere dai domestici, dato che la “seconda madre” avrà grande interesse a sorvegliarli. Ora parliamo di loro.
In una casa grande ci sono sempre i mezzi necessari per fare qualsiasi cosa; senza di essi, non si riesce mai a portare a termine nulla.
Innanzitutto i costumi, quell’imponente simbolo della virtù davanti al quale tutto si piega, persino il vizio stesso; poi l’ordine, la vigilanza; infine l’interesse, l’ultimo di tutti. Aggiungerei anche la vanità, ma lo stato servile è troppo vicino alla miseria; la vanità ha la sua vera forza soltanto su coloro che hanno del pane.
Per non ripetermi qui, permettetemi, signor duca, di rimandarvi alla quarta parte dell’“Héloïse”, lettera decima. Lì troverete una raccolta di massime che mi sembrano fondamentali per dare, in una casa grande o piccola, più efficacia all’autorità; del resto, riconosco la difficoltà di attuarle, poiché, tra tutti i ranghi sociali immaginabili, quello dei servitori è senz’altro il meno suscettibile di essere guidato secondo le intenzioni desiderate. Ma per quanto possano essere validi tutti i ragionamenti del mondo, non si potrà mai cambiare la realtà delle cose, far sì che ciò che non esiste esista, o trasformare dei servitori in qualcos’altro.
Il treno di un grande signore può essere più o meno lussuoso, senza però mai smettere di essere adeguato alle esigenze del suo proprietario. Partendo da questo principio, stabilisco la mia prima massima.
1° Riducete la vostra compagnia al numero minimo di persone possibile; avrete meno nemici e vi serviranno meglio. Se nella vostra casa c’è anche solo una persona che non sia necessaria, è certamente dannosa, ne siete sicuri.
2° Fate in modo che coloro che tenete con voi abbiano la possibilità di scegliere, e preferite di gran lunga un servizio accurato a uno piacevole. Tutti quei persone che sistemano tutto al meglio davanti ai loro padroni sono dei furfanti. Soprattutto, evitate assolutamente chi è dissipatore.
3° Sottoponeteli alla regola in ogni cosa, anche nel lavoro; ciò che faranno potrebbe non essere utile in alcun modo.
4° Fate in modo che abbiano un grande interesse a rimanere a lungo al vostro servizio, che si attacchino sempre di più a esso man mano che vi rimangono, e che quindi temano ancora di più di lasciarlo non appena vi sono rimasti per un periodo più lungo. La ragione e i mezzi per far ciò si trovano nel libro indicato.
Queste sono le informazioni che posso ipotizzare, perché, sebbene richiedano molto impegno, in definitiva dipendono da voi. Detto questo.
Qualche tempo prima di parlarne con loro, avrete sicuramente avuto delle conversazioni a tavola sull’educazione vostro figlio, su ciò che intendete fare, sulle difficoltà da superare e sulla ferma determinazione di non risparmiare alcuno sforzo per riuscire. Probabilmente i vostri domestici avranno commentato tra loro questo modo insolito di educare il bambino; ne avranno visto delle stranezze. Bisogna però giustificarle, ma in modo semplice e conciso. In ogni caso, è necessario sottolineare soprattutto gli aspetti morali e devoti dell’educazione, piuttosto che quelli filosofici. Madame la princesse, seguendo soltanto il proprio cuore, potrà utilizzare parole incantevoli per esprimersi; Monsieur Tissot, invece, potrà aggiungere alcune riflessioni degne di lui.
Non siamo affatto abituati a vedere i grandi avere un cuore, amare la virtù, prendersi cura dei loro figli; perciò queste brevi e ben condotte conversazioni non possono che produrre un grande effetto. Ma soprattutto, nessuna traccia di affettazione; niente lungaggini. I domestici hanno occhi molto acuti: tutto sarebbe perso se solo sospettassero che ci fosse qualcosa di convenuto in tutto questo; e infatti non deve esserci nulla del genere. Buoni padri, buone madri, lasciate che i vostri cuori parlino con semplicità: troveranno da soli cose commoventi; vedo già i vostri domestici, dietro le vostre sedie, prostarsi nel loro cuore davanti al loro padrone. Ecco le disposizioni che dobbiamo far nascere e dalle quali dobbiamo trarre vantaggio per stabilire le regole che dobbiamo imporre loro.
Queste regole si dividono in due categorie, a seconda della valutazione che farete voi stessi dello stato della vostra casa e delle abitudini delle vostre persone.
Se ritenete di poter fidarvi ragionevolmente e fondatamente di loro, tenendo conto del loro interesse, allora basterà enunciare in modo chiaro e conciso come dovreste comportarvi ogni volta che vi avvicinate a vostro figlio, affinché non si contraddica la sua educazione.
Anche se, nonostante tutte le vostre precauzioni, ritenete di dovervi difendere da ciò che potrebbero dire o fare in sua presenza, la regola sarà allora molto semplice: dovreste evitarlo assolutamente, per qualsiasi motivo possa esserci.
Qualunque di questi due partiti scegliate, deve essere, senza eccezione, lo stesso per tutte le persone a vostro servizio, ad eccezione di quelle destinate specificamente al servizio del bambino; queste ultime non possono essere in numero troppo esiguo né selezionate con eccessiva cura. Un giorno, dunque, radunate le persone a voi soggette e, con un discorso serio e semplice, dite loro che ritenete sia vostro dovere, da buoni genitori, dedicare tutte le vostre attenzioni all’educazione del bambino che Dio vi ha dato: “Sua madre ed io percepiamo tutto ciò che potrebbe nuocere a lui; vogliamo proteggerlo e, se Dio benedice i nostri sforzi, non avremo nulla da rimproverargli per difetti o vizi che potesse sviluppare. Per questo abbiamo preso grandi precauzioni; eccole quelle che riguardano voi, e spero che vi adopererete a loro in qualità di persone oneste, il cui primo dovere è aiutare a compiere i doveri dei loro padroni.”
Dopo aver enunciato la regola che prescrive il suo rispetto, aggiungete che coloro che la seguiranno fedelmente potranno contare sulla vostra benevolenza e persino sui vostri benefici. “Ma vi dichiaro anche”, proseguite a voce più alta, “che chiunque trasgredirà questa regola, per qualsiasi motivo sia, verrà immediatamente allontanato e perderà i suoi diritti. Poiché questa è la condizione su cui vi tengo sotto la mia protezione, e ve lo avverto tutti, coloro che non desiderano accettarla possono andarsene.”
Des règles si peu gênantes ne feront sortir que ceux qui seraient sortis sans cela : ainsi nous ne perdez rien à leur mettre le marché à la main, et vous leur en imposez beaucoup. Peut-être au commencement quelque étourdi en sera-t-il la victime, et il faut qu’il le soit. Fût-ce le maître d’hôtel, s’il n’est chassé comme un coquin, tout est manqué. Mais s’ils voient une fois que c’est tout de bon, et qu’on les surveille, on aura désormais peu besoin de les surveiller.
Mille petits moyens relatifs naissent de ceux-là : mais il ne faut pas tout dire, et ce mémoire est déjà trop long. J’ajouterai seulement un avis très important et propre à couper cours au mal qu’on n’aura pu prévenir ; c’est d’examiner toujours l’enfant avec le plus grand soin, et de suivre attentivement les progrès de son corps et de son coeur. S’il se fait quelque chose autour de lui contre la règle, l’impression s’en marquera dans l’enfant même. Dès que vous y verrez un signe nouveau, cherchez-en la cause avec soin, vous la trouverez infailliblement. À certain âge il y a toujours remède au mal qu’on n’a pu prévenir, pourvu qu’on sache le connaître et qu’on s’y prenne à temps pour le guérir.
Tous ces expédients ne sont pas faciles, et je ne réponds pas absolument de leurs succès ; cependant je crois qu’on y peut prendre une confiance raisonnable, et je ne vois rien d’équivalent dont j’en puisse dire autant.
Dans une route toute nouvelle il ne faut pas chercher des chemins battus, et jamais entreprise extraordinaire et difficile ne s’exécute par des moyens aisés et communs.
Du reste, ce ne sont peut-être ici que les délires d’un fiévreux. La comparaison de ce qui est à ce qui doit être m’a donné l’esprit romanesque et m’a toujours jeté loin de tout ce qui se fait. Mais vous ordonnez, monsieur le duc, j’obéis. Ce sont mes idées que vous demandez, les voilà. Je vous tromperais si je vous donnais la raison des autres pour les folies qui sont à moi. En les faisant passer sous les yeux d’un si bon juge, je ne crains pas le mal qu’elles peuvent causer.
Lettre CDXXXVIII– À Madame de B.
[823]
Décembre 1763.
Je n’ai rien, madame, à vous dire sur le jugement que vous avez porté de la probité de M. de Voltaire ; je-vous dirai seulement que je n’ai point reçu la lettre que vous lui avez adressée pour moi, et que je n’ai envoyé, ni à vous ni à personne l’imprimé intitulé, Sermon des cinquante, que je n’ai même jamais vu. Du reste, il me parait bizarre que, pour me faire parvenir une lettre, vous vous soyez adressée au chef de mes persécuteurs »
À l’égard des doutes que vous pouvez avoir, madame, sur certains points de la religion, pourquoi vous adressez-vous, pour les lever, à un homme qui n’en est pas exempt lui-même ? Si malheureusement les vôtres tombent sur les principes de vos devoirs, je vous plains ; mais s’ils n’y tombent pas, de quoi vous mettez-vous en peine ? Vous avez une religion qui dispense de tout examen ; suivez-la en simplicité de coeur. C’est le meilleur conseil que je puis nous donner, et je le prends autant que je peux pour moi-même.
Recevez, madame, mes salutations et mon respect.
Lettre CDXL– À M. de Conzié
Comte de Charmettes
[825]
[826]
À Môtiers-Travers, 7 décembre 1763
Je voudrais, mon cher comte, voir multiplier encore le nombre de mes agresseurs, si chacun de leurs ouvrages me valait un témoignage de votre souvenir. Je reçois avec plaisir et reconnaissance celui que vous me donnez en m’envoyant l’écrit du père Gerdil : quoique en effet cet écrit me paraisse un peu froid, je le trouve assez gentil pour un moine…
J’avais chargé monsieur de Gauffecourt de vous témoigner mon regret de ne pouvoir vous aller voir cet été comme je l’avais résolu. Le commencement de l’hiver m’a jeté dans un état si triste qu’il ne me permet guère de faire des projets pour l’avenir. Toutefois, si la belle saison me rend les forces que le froid m’ôte, je me propose toujours de vous aller voir. S’il arrivait que vous vous rapprochassiez du Chablais, cela me serait bien commode ; et, en ce cas, je vous prierais de m’en prévenir aussi ; car, ne pouvant déterminer d’avance le temps de mon voyage, il me siérait mal de l’avoir fait en pure perte, et d’aller jusque-là sans vous y trouver.
Soyez persuadé que rien ne peut ralentir L’ardent désir que j’ai de vous voir et de vous embrasser. Il me semble qu’un moment si doux me rendra tout le temps heureux que je regrette, et me fera oublier tous ceux qui m’en ont si tristement séparé. Moi qui suis si désabusé de la vie, et qui ne forme plus de projets, je ne puis renoncer à celui-là. Après avoir tout comparé, je ne trouve point de meilleur peuple que le vôtre ; je voudrais de tout mon coeur passer dans son sein le reste de mes jours, et me mettre de cette manière à portée de contenter, au moins de temps à autre, le besoin que mon coeur a de vous.
Observation
L’autographe de cette lettre est déposé à la bibliothèque de Chambéry. Elle fut publiée pour la première fois il y a quelques années dans le journal de Savoie[827].
Lettre CDXLII– À M. le prince de Wirtemberg
Môtiers, le 15 décembre 1763.
Vous m’avez tiré, monsieur le duc, d’une grande inquiétude, en m’apprenant la résolution où vous êtes d’élever vous-même votre enfant. Je vous suggérais des moyens dont je sentais moi-même l’insuffisance ; grâces au ciel, votre vertu les rend superflus. Si vous persévérez, je ne suis plus en peine du succès : tout ira bien, par cela seul que vous y veillerez vous-même. Mais j’avoue que vous confondez fort toutes mes idées : j’étais bien éloigné de croire qu’il existât dans ce siècle un homme semblable à vous ; et, quand j’aurais soupçonné son existence, j’aurais été bien éloigné de le chercher dans votre rang. Je n’ai pu lire sans émotion votre dernière lettre. Est-il donc vrai que j’ai pu contribuer aux vertueuses résolutions que vous avez prises ? J’ai besoin de le croire pour mettre un contrepoids à mes afflictions, avoir fait quelque bien sur la terre est une consolation qui manquait à mon coeur ; je vous félicite de me l’avoir donnée, et je me glorifie de la recevoir de vous.
Vous voyez votre enfant précoce ; je n’en suis pas étonné, vous êtes père. Il est vrai qu’un père que la philosophie a conservé tel a bien d’autres yeux que le vulgaire : d’ailleurs le témoignage de M. Tissot légalise le vôtre ; et puis vous citez des faits. De ces faits, il y en a que je conçois, d’autres non. Les enfants distinguent de bonne heure les odeurs comme différentes, comme faibles ou fortes, mais non pas comme bonnes ou mauvaises : la sensation vient de la nature ; la préférence ou l’aversion n’en vient pas. Cette observation, que j’ai faite en particulier sur l’odorat, n’est pas applicable aux autres sens : ainsi le jugement que la petite porte sur cet article est déjà une chose acquise.
Elle a changé de voix pour témoigner ses désirs : cela doit être. D’abord ses plaintes, ne marquant que l’inquiétude du malaise, ressemblaient à des pleurs. Maintenant l’expérience lui apprend qu’on l’écoute et qu’on la soulage. Sa plainte est donc devenue un langage ; au Lieu de pleurer, elle parle à sa manière.
De ce qu’elle voit avec le même plaisir les nouveaux venus et les vieilles connaissances, vous en concluez qu’elle aura le caractère aimant. Ne vous fiez pas trop à cette observation ; d’autres en tireraient peut-être un signe de coquetterie plutôt que de sensibilité. Pour moi, j’en tire un indice différent de tous les deux, et qui n’est pas de mauvais augure ; c’est qu’elle aura du caractère : car le signe le plus assuré d’un coeur faible est l’empire que l’habitude a sur lui.
Si réellement votre enfant est précoce, il vous donnera beaucoup plus de peine ; mais il vous en dédommagera bien plus tôt : ainsi gardez cependant de vous prévenir au point de lui appliquer avant le temps une méthode qui ne lui serait pas convenable. Observez, examinez, vérifiez, et ne gâtez rien ; dans le doute, il vaut toujours mieux attendre.
Rules that are so unobtrusive will only encourage those who would have acted in any case: by imposing them, we gain nothing but ensure their compliance. Perhaps at first, some foolish person will be the victim of these rules—and indeed, such people must exist. Even if it’s just the maître d’hôtel, if he isn’t dismissed like a scoundrel, everything is ruined. But once they realize that these rules are serious and that they are being monitored, there will be little need for further supervision.
A thousand minor remedies arise from these fundamental ones; but it is not necessary to mention them all, and this memo is already too long. I would only like to add one very important point that could effectively prevent harm that might otherwise have been avoided: it is essential to always observe the child with great care and to closely monitor the progress of both his body and his heart. If anything happens around him that goes against these principles, the child will inevitably be affected by it. As soon as you notice any new signs, carefully investigate their cause—you will invariably find it. At a certain age, there is always a remedy for harm that could not have been prevented, so long as one knows how to identify it and takes timely action to cure it.
None of these measures are easy to implement, and I cannot guarantee their success; however, I believe that one can place reasonable trust in them, and I see nothing else of comparable value that I could say the same about.
On a completely new path, one must not seek established routes; moreover, no extraordinary or difficult undertaking is ever accomplished through easy and ordinary means.
After all, these may merely be the delirious thoughts of a fevered individual. Comparing what is with what ought to be inspired in me a romantic spirit and has always led me away from everything that is conventional or ordinary. But you command, my lord duke; I obey. You ask for my own ideas—here they are. I would deceive you if I were to offer you the reasons of others for the follies that belong solely to me. By presenting them before such a discerning judge, I fear no harm they might cause.
Letter CDXXXVIII – To Madame de B.
[823]
December 1763.
Madam, I have nothing to say regarding your judgment of Mr. de Voltaire’s integrity; I would only like to inform you that I have not received the letter you sent to him on my behalf, nor have I sent either to you or anyone else the printed work titled “Sermon des Cinquante,” which I have never even seen. Moreover, it seems strange to me that you should have addressed yourself to the leader of those who persecute me in order to send me a letter.
Regarding the doubts you may have, madam, regarding certain aspects of religion, why turn to a man who himself is not free from such doubts in order to resolve them? If, unfortunately, your doubts happen to concern the principles of your duties, I feel sorry for you; but if they do not, then what is there to worry about? You have a religion that dispenses with any need for examination; follow it with a sincere and humble heart. That is the best advice I can give you, and I myself take it as much as possible.
Receive, madam, my greetings and my respect.
Letter CDXL – To Mr. de Conzié
Count of Charmettes
[825]
[826]
At Môtiers-Travers, December 7, 1763
My dear Count, I would wish for the number of my “aggressors” to multiply further, if each of their actions brought me a token of your remembrance. I receive with pleasure and gratitude the gift you have sent me: the letter from Father Gerdil. Although it may seem somewhat formal or distant in tone, I find it quite kind for a monk.
I had asked Monsieur de Gauffecourt to convey to you my regret for not being able to visit you this summer as I had intended. The onset of winter has plunged me into such sorrow that it makes it difficult for me to plan for the future. However, should the good weather restore my strength, which the cold has weakened, I still intend to go and see you. It would be very convenient for me if you happened to be in the vicinity of Chablais; in that case, please let me know. Since I cannot determine in advance when I will be able to travel, it would be unfortunate to make the journey only to find you not there.
Be assured that nothing can diminish the intense desire I have to see you and kiss you. It seems to me that such a sweet moment will bring me all the happiness I have regretted in the past, and it will make me forget all those who so sadly separated us. I, who am so disillusioned with life and no longer form any plans, cannot give up on this one. After comparing everything, I find no better people than yours; with all my heart, I wish to spend the rest of my days among you, so that at least occasionally, I can satisfy the longing in my heart for you.
Observation
The autograph of this letter is kept in the library of Chambéry. It was first published a few years ago in the journal “Savoie”[827].
Letter CDXLII – To His Highness the Prince of Württemberg
Môtiers, December 15, 1763.
You have relieved me of great anxiety, Your Highness, by informing me of your resolve to raise your own child yourself. I had suggested methods that I myself felt were insufficient; thank heaven, your virtue makes them superfluous. If you persevere, success is assured: everything will go well simply because you are overseeing it personally. However, I must admit that you have quite misunderstood my intentions. I was far from believing that such a man as you existed in this century; and even if I had suspected his existence, I would never have thought to look for him among your peers. I was deeply moved upon reading your last letter. Is it truly true that I have played some role in the virtuous decisions you have made? I need to believe it in order to find solace in my own afflictions—for to have done some good in this world is a consolation that my heart had long lacked. I congratulate you for giving me this joy, and I am proud to receive it from you.
You see your precocious child; I am not surprised by it—after all, you are a father. Indeed, a father as philosophy has preserved him possesses eyes very different from those of ordinary people; moreover, Mr. Tissot’s testimony validates yours; and then there are the facts you cite. Of these facts, some I can understand, others not. Children quite early on distinguish odors as different, as weak or strong, but not as good or bad: the sensation itself comes from nature; preference or aversion, however, do not. This observation, which I made particularly regarding the sense of smell, does not apply to the other senses; thus, the little girl’s judgment regarding this matter is already an acquired notion.
She changed her voice to express her desires; it had to be done that way. At first, her complaints, which merely indicated the discomfort she was feeling, sounded like tears. Now, experience has taught her that people are listening and willing to comfort her. Thus, her complaint has become a form of language; instead of crying, she speaks in her own way.
Since she takes equal pleasure in meeting both newcomers and old acquaintances, you conclude that she must have an affectionate nature. But don’t rely too much on this observation; others might see it as a sign of coquetry rather than sensitivity. For me, however, it indicates something entirely different from either of these interpretations—and it is certainly not a bad sign. It means that she will have character: for the most certain sign of a weak heart is the dominance that habit has over it.
If your child is truly precocious, it will bring you much more trouble; but it will also reward you far sooner. Therefore, be careful not to prematurely apply a method that may not be suitable for them. Observe, examine, verify—and don’t spoil anything. In doubt, it’s always better to wait.
Regole poco invasive porteranno fuori soltanto coloro che comunque sarebbero usciti senza di esse; quindi non perdiamo nulla nel fornire loro una “guida” per farlo, e voi imponete loro molte restrizioni. Forse all’inizio qualche sciocco ne sarà vittima. E deve esserlo. Anche se si tratta del cameriere, se non viene cacciato via come un idiota, tutto è andato storto. Ma se una volta capiscono che si tratta di regole serie e che vengono sorvegliati, allora avremo bisogno di farlo molto meno in seguito.
Da questi pochi mezzi ne derivano mille altri; ma non è necessario dire tutto, e questa memoria è già troppo lunga. Aggiungerò soltanto un consiglio molto importante, capace di prevenire i danni che altrimenti sarebbero inevitabili: bisogna sempre esaminare con la massima attenzione il bambino e seguire attentamente i progressi del suo corpo e del suo cuore. Se intorno a lui avvengono cose contrarie alle regole stabilite, questa impressione si imprimerà direttamente nel bambino stesso. Non appena noterete un nuovo sintomo, cercate con cura la sua causa: la troverete inevitabilmente. A un certo età, c’è sempre rimedio al danno che non è stato possibile prevenire, purché si sappia riconoscerlo e si intervenga tempestivamente per guarirlo.
Tutti questi mezzi non sono certo semplici da attuare, e non posso garantire con certezza il loro successo; tuttavia credo che si possa avere una fiducia ragionevole in essi, e non vedo nulla di equivalente di cui possa dire lo stesso.
In una strada completamente nuova non si devono cercare sentieri già tracciati; inoltre, nessuna impresa straordinaria e difficile può essere realizzata con mezzi semplici e comuni.
Del resto, forse questi sono soltanto i deliri di un uomo febbricitante. Il confronto tra ciò che è e ciò che dovrebbe essere mi ha ispirato uno spirito romantico e mi ha sempre spinto lontano da tutto ciò che viene fatto comunemente. Ma voi comandate, signor duca, obbedisco. Sono le mie idee che chiedete; eccole qui. Vi ingannerei se vi fornissi le ragioni altrui per spiegare le follie che appartengono a me. Presentandole davanti a un giudice così perspicace, non temo il danno che potrebbero causare.
Lettera CDXXXVIII – Alla Signora de B.
[823]
Dicembre 1763.
Non ho nulla da dirvi, signora, riguardo al giudizio che avete espresso sulla probità di Monsieur de Voltaire; vi dirò soltanto che non ho ricevuto la lettera che avete indirizzato a lui per mio conto, e che non ho inviato né a voi né a nessun altro quella pubblicazione intitolata “Sermon des cinquante”, che in realtà non ho mai nemmeno visto. Del resto, mi sembra strano che, per farmi arrivare una lettera, vi siate rivolta al capo dei miei persecutori.
Per quanto riguarda i dubbi che potreste avere, signora, su alcuni aspetti della religione, perché vi rivolgete a un uomo che non ne è nemmeno lui esente per risolverli? Se, sfortunatamente, i vostri dubbi riguardano i principi dei vostri doveri, mi dispiace; ma se non li riguardano, di cosa vi preoccupate? Avete una religione che dispensa da qualsiasi esame; seguitela con semplicità di cuore. Questo è il miglior consiglio che posso darvi, e lo seguo anch’io per quanto mi è possibile.
Porga i miei saluti e il mio rispetto, signora.
Lettera CDXL – A Monsieur de Conzié
Conte di Charmettes
[825]
[826]
A Môtiers-Travers, il 7 dicembre 1763.
Caro conte, vorrei che il numero dei miei aggressori aumentasse ancora di più, se ogni loro atto mi portasse un segno del vostro ricordo. Ricevo con piacere e gratitudine quello che mi inviate, ovvero la lettera del padre Gerdil: anche se in effetti questa lettera mi sembra un po’ fredda, la ritengo abbastanza gentile per un monaco.
Avevo incaricato il signor de Gauffecourt di esprimervi il mio rammarico per non poter venire a trovarvi quest’estate, come avevo deciso. L’inizio dell’inverno mi ha gettato in uno stato così triste che quasi non mi permette di fare progetti per il futuro. Tuttavia, se la bella stagione mi restituirà le forze che il freddo mi toglie, ho ancora intenzione di venire a trovarvi. Se doveste avvicinarvi al Chablais, mi sarebbe molto comodo; in tal caso, vi pregherei di avvisarmi. Poiché non posso determinare in anticipo la data del mio viaggio, sarebbe spiacevole farlo invano e arrivare lì senza trovarvi.
Siate certo che nulla può rallentare il mio ardente desiderio di vedervi e di abbracciarvi. Mi sembra che un momento così dolce possa rendere felice tutto il tempo che mi manca, e farmi dimenticare coloro che mi hanno separato da voi in modo così triste. Io, che sono così deluso dalla vita e che non formulo più alcun progetto, non posso rinunciare a questo. Dopo aver confrontato tutto, non trovo nessun popolo migliore del vostro; vorrei con tutto il mio cuore trascorrere il resto dei miei giorni tra voi, in modo da poter, almeno di tanto in tanto, soddisfare il bisogno che il mio cuore ha di voi.
Osservazione.
L’autografo di questa lettera è conservato presso la biblioteca di Chambéry. Fu pubblicato per la prima volta alcuni anni fa sul giornale “La Savoie”[827].
Lettera CDXLII – Al signor principe di Württemberg
Môtiers, 15 dicembre 1763.
Mi avete tolto una grande angoscia, Vostra Altezza Duca, comunicandomi la decisione che avete preso di educare voi stesso vostro figlio. Vi proponevo dei metodi di cui sentivo anch’io l’inadeguatezza; grazie al cielo, la vostra virtù li rende superflui. Se persevererete, non temo più alcun insuccesso: tutto andrà bene, semplicemente perché voi stesso ne veglierete. Tuttavia devo ammettere che confuse completamente le mie idee: ero lontano dall’immaginare che in questo secolo esistesse un uomo simile a voi; e anche se avessi sospettato della sua esistenza, non avrei mai pensato di trovarlo tra i vostri pari. Non ho potuto leggere senza commozione la vostra ultima lettera. È davvero vero che ho potuto contribuire alle virtuose decisioni che avete preso? Devo crederci per poter alleviare le mie sofferenze; aver compiuto qualche bene in questo mondo è una consolazione di cui il mio cuore aveva bisogno. Vi ringrazio per avermela data, e mi glorio di riceverla da voi.
Vedete il vostro bambino svilupparsi precocemente; non mi sorprende, siete un padre. È vero che un padre, così come lo concepisce la filosofia, possiede occhi molto diversi da quelli del comune mortale: del resto, il testimone di M. Tissot legittima le vostre osservazioni; inoltre, citate fatti concreti. Di questi fatti, alcuni li comprendo, altri no. I bambini distinguono fin da piccoli gli odori come diversi, come deboli o forti, ma non come buoni o cattivi: la sensazione deriva dalla natura; la preferenza o l’avversione, invece, no. Questa osservazione, che ho fatto in particolare riguardo all’olfatto, non è applicabile agli altri sensi: quindi, il giudizio che la bambina formula su questo argomento rappresenta già una conoscenza acquisita.
Ha cambiato voce per esprimere i suoi desideri: deve essere così. All’inizio, le sue lamentele, che indicavano soltanto l’ansia dovuta a quel malessere, assomigliavano a pianti. Ora, grazie all’esperienza, sa che la si ascolta e che si cerca di alleviare il suo dolore. Quindi, la sua lamentela è diventata un vero linguaggio: al posto di piangere, ora parla a modo suo.
Dal fatto che tratti con lo stesso piacere sia i nuovi arrivati che le vecchie conoscenze, si può dedurre che abbia un carattere amorevole. Tuttavia, non fidatevi troppo di questa osservazione: altri potrebbero interpretarla come un segno di civetteria piuttosto che di sensibilità. Per me, invece, rappresenta un indizio diverso da entrambi e non certo negativo; significa che avrà carattere, perché il segno più evidente di un cuore debole è proprio l’assoggettamento di quest’ultimo all’abitudine.
Se davvero vostro figlio è precoce, vi causerà molte più difficoltà; ma vi compenserà molto presto: quindi fate attenzione a non anticipare e ad applicargli troppo presto un metodo che potrebbe non essere adatto a lui. Osservate, esaminate, verificate, e non rovinatelo nulla; nel dubbio, è sempre meglio aspettare.
Au reste, quoique vous fassiez, j’ai la plus grande confiance dans votre ouvrage, et je suis persuadé que tout ira bien. Quand vous vous tromperiez, ce que je ne présume pas, ce ne serait jamais en chose grave ; et les erreurs des pères nuisent toujours moins que la négligence des instituteurs. Il ne me reste qu’une seule inquiétude, c’est que vous n’ayez entrepris cette grande tâche sans en prévoir toutes les difficultés, et qu’en s’offrant de jour en jour elles ne vous rebutent. Dans une première ferveur, rien ne coûte, mais un soin continuel accable à la fin ; et les meilleures résolutions, qui dépendent de la persévérance, sont rarement à l’épreuve du temps. Je vous supplie M. le duc, de me pardonner ma franchise ; elle vient de l’admiration que vous m’inspirez. Votre entreprise est trop belle pour ne pas éprouver des obstacles, et il vaut mieux vous préparer d’avance que d’en rencontrer d’imprévus.
Ce que vous me dites de la manière dont vous voulez acquérir des amis m’apprend combien vous méritez d’en faire ; mais où seront les hommes dignes que vous soyez le leur ?
Je supplie V. A. S. d’agréer mon profond respect
Lettre CDXLIV– À M. d’Ivernois
Môtiers, le 17 décembre 1763.
Je reçois à l’instant, monsieur, une lettre de votre compagnon de voyage, par laquelle j’apprends qu’il l’a aussi bien fini que commencé, et qu’il s’est mieux trouvé de vos auspices que des miens. Je m’en réjouis de tout mon coeur, et je voudrais bien être à portée de me sentir de la même influence ; car j’en ai encore plus besoin que lui, et le remède ne me plairait pas moins. Quant à votre querelle avec madame votre femme, vous m’avez bien l’air de me prendre pour arbitre honoraire, et de m’avoir déjà soufflé le raccommodement. Quoi qu’il en soit, je vais remplir mon office en vous condamnant tous les deux : elle pour réclamer, après quatorze enfants, les droits de Sophie ; car en ce point il vaut mieux jamais que tard ; et vous pour lui reprocher sa paresse en vrai paresseux vous-même, qui voudrait faire à la fois beaucoup d’ouvrage pour n’y pas revenir si souvent.
Je vous salue, monsieur, et vous honore de tout mon coeur.
Mille amitiés et compliments de votre aimable cousine. M. son frère a enfin reçu son brevet, et je m’en réjouis de tout mon coeur.
Lettre CDXLVI– À Madame la comtesse de Boufflers
Môtiers, le 28 décembre 1763.
Votre lettre, madame, m’a fait un plaisir d’autant plus sensible que je m’y attendais moins. Je craignais, il est vrai, d’avoir perdu votre amitié ; et, sans avoir à me reprocher cette perte, je la mettais au nombre des malheurs qui m’accablent et que je ne me suis pas attirés. Je suis charmé pour moi, madame, et je suis bien aise aussi pour vous qu’il n’en soit rien ; il ne tiendra sûrement pas à moi que je ne me conserve toute ma vie un bien qui m’est si précieux. L’intérêt que je vous ai vu prendre à mes disgrâces ne peut pas plus sortir de mon coeur que n’en sortiront les sentiments qu’il avait conçus pour vous-même auparavant. Je me réjouis de n’apprendre votre rougeole et votre mélancolie qu’après votre guérison. Tâchez d’être aussi bien quitte de l’une que de l’autre. Eh ! comment la mélancolie osait-elle se loger dans une âme si belle, parée d’un babil qui lui va si bien, faite à tant d’égards pour faire adorer la vertu et pour la rendre heureuse par elle ? Ne dussiez-vous jouir que du bien que vous faites, je n’imagine pas ce qui devrait manquer a votre bonheur.
Après vous avoir parlé de vous, comment oser parler de moi ? Mon âme, surchargée, travaille à soutenir ses disgrâces sans s’en laisser accabler ; et depuis l’entrée de l’hiver, il ne manque aux maux que mon corps souffre 1 que le degré nécessaire pour s’en délivrer tout-à-fait. Dans cet état, vous me demandez quels sont mes projets : grâce au ciel je n’eus fais plus, madame ; ce n’est plus la peine d’en faire ; c’est une inquiétude dont mes maux m’ont enfin délivré. Le dernier, le plus chéri, celui qui ne peut, même à présent, sortir de mon coeur, était de rejoindre Milord Maréchal ; de donner mes derniers jours à mon ami, mon protecteur, mon père, au seul homme qui m’ait tendu la main dans ma misère, et qui m’en ait consolé. Mais cet espoir m’était trop doux ; il m’échappe encore : mon triste état me Pote ; il ne m’en reste presque plus que le désir, à moins que le reste de l’hiver ne m’épargne, et que le retour de la belle saison ne lasse un miracle ; je n’attends plus d’autre changement à mon sort ici-bas, que son terme ; il ne me reste plus qu’à souffrir et mourir. Cela se peut faire ici tout comme ailleurs ; et si je ne puis rejoindre Milord Maréchal, je ne songe plus à changer de place : ce dont j’ai besoin désormais se trouve partout.
Il y a longtemps que je n’ai eu de nouvelles de Milord Maréchal ; je soupçonne que dans le long trajet nos lettres s’égarent, car je suis parfaitement sûr qu’il ne m’oublie pas, et j’en ai la preuve par ce qu’il vient de faire en ma faveur auprès de vous. Ah ! ce digne homme ! Au bout de la terre il serait mon bienfaiteur encore, et mon coeur irait l’y chercher. Ayez la bonté, madame, de lui faire parvenir l’incluse : je le connaisse sais qu’il m’aime, et vous lui ferez plaisir presque autant qu’à moi.
Vous voulez que je vous donne des nouvelles de mademoiselle Le Vasseur : c’est une bonne et honnête personne, digne de l’honneur que vous lui faites. Chaque jour ajoute à mon estime pour elle, et la seule chose qui me rend désormais l’habitation de ce pays déplaisante, est de l’y laisser sans amis après moi qui la protègent contre l’avarice des gens de loi qui dissiperont mes guenilles et visiteront mes chiffons. Du reste, l’air de ce pays lui est plus favorable qu’à moi, et elle s’y porte mieux qu’à Montmorency, quoiqu’elle s’y plaise moins. Permettez-lui, madame, de vous faire ici ses remerciements très humbles, et de joindre ses respects aux miens.
1764
Lettre CDXLVII– À M. l’abbé de***
Lettre CDXLVIII– À M. le prince L.E de Wirtemberg
Lettre CDXLIX– À Madame la marquise de Verdelin
Lettre CDL– À Mademoiselle Julie Bondeli
Lettre CDLI– À M. d’Escherny
Lettre CDLII– À Madame La Tour
Lettre CDLIII– À M. Panckoucke
Lettre CDLIV– À M. Pictet
Lettre CDLV– À M. l’abbé de***
Lettre CDLVI– À Madame La Tour
Lettre CDLVII– À M. le prince de Wirtemberg
Lettre CDLVIII– À Madame de Luze
Lettre CDLIX– À Milord Maréchal
Lettre CDLX– À Madame Roguin
Lettre CDLXI– À Milord Maréchal
Lettre CDLXII– Au même
Lettre CDLXIII– À M. A
Lettre CDLXIV– À M. le prince L.E de Wirtemberg
Lettre CDLXV– À M. le maréchal de Luxembourg
Lettre CDLXVI– À M. d’Ivernois
Lettre CDLXVII– À Madame La Tour
Lettre CDLXVIII– À M. Guy
Lettre CDLXIX– À Mademoiselle D. M
Lettre CDLXX– À Madame de Verdelin
Lettre CDLXXI– À Mademoiselle Galley
Lettre CDLXXII– À M. de Sauttersheim
Lettre CDLXXIII– À M. de P.
Lettre CDLXXIV– À M. Panckoucke
Lettre CDLXXV– À M. le prince L.E de Wirtemberg
Lettre CDLXXVI– À M***
Lettre CDLXXVII– À M. Deleyre
Lettre CDLXXVIII– À Madame la maréchale de Luxembourg
Lettre CDLXXIX– À la même
Lettre CDLXXX– À M. de Sauttersheim
Lettre CDLXXXI– À M. de Chamfort
Lettre CDLXXXII– À M. d’Ivernois
Lettre CDLXXXIII– À M. H.D.P
Lettre CDLXXXIV– À Madame de Créqui
Lettre CDLXXXV– À M. Séguier de Saint-Brisson
Lettre CDLXXXVI– À M. d’Ivernois
Lettre CDLXXXVII– Au même
Lettre CDLXXXVIII– À Milord Maréchal
Lettre CDLXXXIX– À Madame la comtesse de Boufflers
Lettre CDXC– À M. le prince L.E de Wirtemberg
Lettre CDXCI– À Madame La Tour
Lettre CDXCII– À M. du Peyrou
Lettre CDXCIII– Au même
Lettre CDXCIV– À M. d’Ivernois
Lettre CDXCV– À M. du Peyrou
Lettre CDXCVI– À M. Daniel Roguin
Lettre CDXCVII– À M. de Chamfort
Lettre CDXCVIII– À M. du Peyrou
Lettre CDXCIX– À M. Marteau
Lettre D– À M. Laliaud
Lettre DI– À M. le prince L.E de Wirtemberg
Lettre DII– À M. de Latour
Lettre DIII– À M. Le Nieps
Lettre DIV– À M. Moultou
Lettre DV– À M. Deleyre
Lettre DVI– À M. Foulquier
Lettre DVII– À M. le comte Charles de Zinzendorf
Lettre DVIII– À Madame La Tour
Lettre DIX– À Madame P***
Lettre DX– À Madame de Luze
Lettre DXI– À Milord Maréchal
Lettre DXII– À M. Théodore Rousseau
Lettre DXIII– À Mademoiselle D.M
Lettre DXIV– À M. D***
Lettre DXV– À M. l’abbé De***
Lettre DXVI– À M. Hirzel
Lettre DXVII– À M. de Malesherbes
Lettre DXVIII– À M. le prince L.E de Wirtemberg
Lettre DXIX– À M. d’Ivernois
Besides, whatever you do, I have the greatest confidence in your work, and I am convinced that everything will go well. Even if you were to make a mistake—which I do not assume—it would never be anything serious; moreover, the errors of parents always cause less harm than the negligence of educators. My only concern is that you may have undertaken this great task without anticipating all its difficulties, and that these difficulties might eventually discourage you. In the initial enthusiasm of a new endeavor, nothing seems insurmountable, but constant effort can become overwhelming over time; and even the best resolutions, which depend on perseverance, are rarely tested by reality. I implore you, Monsieur le Duc, to forgive my frankness—it stems merely from the admiration I feel for you. Your undertaking is too noble to fail to encounter obstacles, and it is better to prepare in advance than to face them unexpectedly.
What you tell me about the way you wish to acquire friends tells me how much you deserve to have them; but where will those men be who are worthy of being your friends?
I earnestly beg V. A. S. to accept my deepest respect.
Letter CDXLIV – To Mr. d’Ivernois
Môtiers, December 17, 1763.
At this very moment, sir, I am receiving a letter from your traveling companion, in which he informs me that he has completed his task just as well as he began it, and that he fared better under your guidance than under mine. I am truly delighted by this, and I would wish to be in a position where I could exert the same influence; for I need it even more than he does, and I would find the remedy just as beneficial to me. As for your dispute with your wife, it seems that you are considering me an honorary arbitrator and have already suggested to me how the matter might be settled. In any case, I will perform my duty by condemning both of you: her for claiming the rights of Sophie after having had fourteen children—for in this regard, it is better never to act than to delay too long; and you for reproaching her for her laziness, when you yourself are a true lazyman, wishing to accomplish a great deal of work yet avoiding it as often as possible.
I greet you, sir, and honor you with all my heart.
Sincere greetings and compliments from your dear cousin. Her brother has finally received his patent, and I am overjoyed by it.
Letter CDXLVI – To Madame la Comtesse de Boufflers
Môtiers, December 28, 1763.
Madam, your letter brought me particular pleasure, especially since I had not expected it at all. Indeed, I feared that I might have lost your friendship; and though I have no reason to reproach myself for that loss, I still considered it one of the misfortunes that have burdened me—misfortunes that were not of my own making. For my own sake, madam, I am delighted; and for yours as well, I am glad that nothing has changed between us. It is certainly not in my power to prevent myself from preserving a treasure so precious to me throughout my life. The concern you showed for my misfortunes surely stemmed not from anything other than genuine kindness; just as the feelings I once held for you were entirely sincere. I am glad to learn about your illness and your melancholy only after you have recovered. Please make sure to overcome both of them completely. How dare melancholy dwell in such a beautiful soul, adorned with such delightful qualities that seem designed to inspire love for virtue and bring happiness through it? Even if you could only enjoy the good you do others, I cannot imagine what could possibly lack in your happiness.
After having spoken of you, how dare I speak of myself? My soul, overwhelmed by sorrow, struggles to endure its misfortunes without giving way to despair; and since the onset of winter, what is lacking to my suffering but for my body to suffer to the point where it can finally be freed from it all. In such a state, you ask me what my plans are: thank heaven, madam, I no longer have any; there is no need to make them now—such concerns have been relieved by my afflictions. My last, most cherished hope, one that even now cannot leave my heart, was to join Lord Maréchal; to spend my final days with my friend, my protector, my father—the only man who extended a hand to me in my misery and comforted me. But such a hope was too sweet for me; it still eludes me: my dire condition prevents it; all that remains is the desire—for unless the rest of winter spares me, and the return of spring brings some miracle, I expect no other change in my fate here below than its end. All that remains for me is to suffer and die. This can happen just as well here as elsewhere; and if I cannot join Lord Maréchal, I no longer wish to change my place of residence—what I need now can be found everywhere.
It has been a long time since I heard from Lord Marshal; I suspect that our letters get lost en route, for I am absolutely certain he does not forget me—proof of this is what he has just done on my behalf with you. Ah! What a noble man! Even at the ends of the earth, he would still be my benefactor, and my heart would seek him there. Please, madam, have the kindness to deliver this letter to him: I know for certain that he loves me, and you will bring him just as much joy as it brings me.
You wish me to give you news of Miss Le Vasseur: she is a good and honest person, worthy of the honor you have bestowed upon her. Every day increases my respect for her; the only thing that now makes the life in this country unpleasant for me is leaving her there without friends who could protect her from the greed of those in power, who would seize my meager possessions. Moreover, the climate here is more suitable for her than it is for me, and she feels better there than in Montmorency, though she does not enjoy it as much. Please allow her, madam, to express her most humble gratitude to you here, and to join my own respects to hers.
1764
Letter CDXLVII – To Mr. Abbé de***
Letter CDXLVIII – To His Highness Prince L.E. of Württemberg
Letter CDXLIX – To Madame la Marquise de Verdelin
Letter CDL – To Miss Julie Bondeli
Letter CDLI – To Mr. d’Escherny
Letter CDLII – To Madame La Tour
Letter CDLIII – To Mr. Panckoucke
Letter CDLIV – To Mr. Pictet
Letter CDLV – To Mr. Abbé de***
Letter CDLVI – To Madame La Tour
Letter CDLVII – To His Highness the Prince of Württemberg
Letter CDLVIII – To Madame de Luze
Letter CDLIX – To My Lord Marshal
Letter CDLX – To Madame Roguin
Letter CDLXI – To My Lord Marshal
Letter CDLXII – To the Same One
Letter CDLXIII – To Mr. A
Letter CDLXIV – To His Highness Prince L.E. of Württemberg
Letter CDLXV – To Mr. Marshal of Luxembourg
Letter CDLXVI – To Mr. d’Ivernois
Letter CDLXVII – To Madame La Tour
Letter CDLXVIII – To Mr. Guy
Letter CDLXIX – To Miss D. M
Letter CDLXX – To Madame de Verdelin
Letter CDLXXI – To Miss Galley
Letter CDLXXII – To Mr. de Sauttersheim
Letter CDLXXIII – To Mr. de P.
Letter CDLXXIV – To Mr. Panckoucke
Letter CDLXXV – To His Highness Prince L.E. of Württemberg
Letter CDLXXVI – To M***
Letter CDLXXVII – To Mr. Deleyre
Letter CDLXXVIII – To Madame la Maréchale de Luxembourg
Letter CDLXXIX – To the Same One
Letter CDLXXX – To Mr. de Sauttersheim
Letter CDLXXXI – To Mr. de Chamfort
Letter CDLXXXII – To Mr. d’Ivernois
Letter CDLXXXIII – To Mr. H.D.P
Letter CDLXXXIV – To Madame de Créqui
Letter CDLXXXV – To Mr. Séguier de Saint-Brisson
Letter CDLXXXVI – To Mr. d’Ivernois
Letter CDLXXXVII – To the Same One
Letter CDLXXXVIII – To My Lord Marshal
Letter CDLXXXIX – To Madame la Comtesse de Boufflers
Letter CDXC – To His Highness Prince L.E. of Württemberg
Letter CDXCI – To Madame La Tour
Letter CDXCII – To Mr. du Peyrou
Letter CDXCIII – To the Same One
Letter CDXCIV – To Mr. d’Ivernois
Letter CDXCV – To Mr. du Peyrou
Letter CDXCVI – To Mr. Daniel Roguin
Letter CDXCVII – To Mr. de Chamfort
Letter CDXCVIII – To Mr. du Peyrou
Letter CDXCIX – To Mr. Marteau
Letter D – To Mr. Laliaud
Letter DI – To His Highness Prince L.E. of Württemberg
Letter DII – To Mr. de Latour
Letter DIII – To Mr. Le Nieps
Letter DIV – To Mr. Moultou
Letter DV – To Mr. Deleyre
Letter DVI – To Mr. Foulquier
Letter DVII – To Mr. Count Charles de Zinzendorf
Letter DVIII – To Madame La Tour
Letter DIX – To Madame P***
Letter DX – To Madame de Luze
Letter DXI – To My Lord Marshal
Letter DXII – To Mr. Theodore Rousseau
Letter DXIII – To Miss D.M
Letter DXIV – To Mr. D***
Letter DXV – To Mr. Abbé De***
Letter DXVI – To Mr. Hirzel
Letter DXVII – To Mr. de Malesherbes
Letter DXVIII – To Mr. Prince L.E. of Württemberg
Letter DXIX – To Mr. d’Ivernois
Del resto, qualunque cosa facciate, ho la massima fiducia nel vostro lavoro e sono convinto che tutto andrà bene. Anche se vi sbagliaste – il che non presumo affatto – non sarebbe mai in una questione grave; inoltre, gli errori dei maestri fanno sempre meno danno della negligenza degli insegnanti. Mi rimane un’unica preoccupazione: che non abbiate intrapreso questa grande impresa senza prendere in considerazione tutte le difficoltà che potreste incontrare, e che queste, presentandosi giorno dopo giorno, non vi scoraggino. Nella prima fase di entusiasmo, nulla costa; ma un impegno costante alla fine diventa estenuante. E le migliori risoluzioni, che dipendono dalla perseveranza, raramente resistono alla prova del tempo. Vi supplico, Signor Duca, di perdonarmi la mia franchezza: deriva dall’ammirazione che provo per voi. La vostra impresa è troppo nobile per non incontrare ostacoli; quindi è meglio prepararsi in anticipo piuttosto che affrontarli all’improvviso.
Quello che mi dite riguardo al modo in cui desiderate fare amicizia mi fa capire quanto meritate di averne; ma dove troverete degli uomini degni di essere vostri amici?
Spero vivamente che Vostra Altezza Accetti i miei più sentiti rispetti.
Lettera CDXLIV – A Monsieur d’Ivernois
Môtiers, 17 dicembre 1763.
In questo momento ricevo una lettera dal vostro compagno di viaggio: apprendo da essa che ha portato a termine ciò che aveva iniziato, e che si è trovato meglio sotto la vostra guida che sotto la mia. Ne sono profondamente lieto, e vorrei poter godere dello stesso ascendente su di voi; ne ho infatti più bisogno di lui, e il rimedio mi piacerebbe altrettanto. Per quanto riguarda la vostra disputa con vostra moglie, sembrate considerarmi un arbitro onorario e avermi già suggerito di mediare tra voi. Comunque sia, adempirò al mio dovere condannandovi entrambi: lei per pretendere, dopo quattordici figli, i diritti che spettano a Sophie; in questo caso è meglio agire presto piuttosto che tardi. E voi per rimproverarle la sua pigrizia, quando siete voi stesso un vero pigro, che vorrebbe fare molto lavoro senza mai riuscire a portarlo a termine.
Vi saluto, signore, e vi onoro con tutto il mio cuore.
Mille saluti e complimenti da parte della vostra cara cugina. Suo fratello ha finalmente ricevuto il suo brevetto, e ne sono davvero felice.
Lettera CDXLVI – Alla contessa di Boufflers
Môtiers, 28 dicembre 1763.
Signora, la vostra lettera mi ha fatto un piacere tanto più grande quanto meno me lo aspettassi. Certo, temevo di aver perso la vostra amicizia; e, anche senza potermi rimproverare questa perdita, la consideravo tra i mali che mi opprimono e che non ho certo cercato io stesso. Per me sono davvero felice che non sia così; sicuramente farò tutto il possibile per conservare per tutta la vita un bene così prezioso per me. L’interesse che avete dimostrato per le mie sfortune non può provenire se non dal mio cuore, proprio come i sentimenti che avevo già per voi prima d’allora. Sono felice di aver appreso della vostra malattia e della vostra tristezza solo dopo la vostra guarigione. Cerchiate di liberarvi sia dell’una che dell’altra. Oh, come osava la tristezza insediarsi in un’anima così bella, dotata di una parlantina così adatta a far amare la virtù e a renderla felice attraverso di essa? Anche se godeste soltanto del bene che fate agli altri, non riesco a immaginare nulla che possa mancare al vostro felicità.
Dopo avervi parlato di me, come oserei parlare di voi? La mia anima, sopraffatta dal dolore, si sforza di sopportare le sue sfortune senza lasciarsi schiacciare da esse; e da quando è iniziata l’inverno, a questi mali manca soltanto che il mio corpo soffra nel grado necessario per liberarmene definitivamente. In queste condizioni, mi chiedete quali siano i miei progetti. Grazie al cielo, non ne ho più, signora; non vale nemmeno la pena pensarci: questa preoccupazione è stata finalmente allontanata dai miei mali. L’ultimo desiderio, il più caro, quello che ancora oggi non può lasciare il mio cuore, è quello di raggiungere Milord Maréchal. Di dedicare gli ultimi giorni della mia vita al mio amico, al mio protettore, al mio padre, all’unico uomo che mi ha teso la mano nella mia miseria e mi ha consolato. Ma questa speranza era troppo dolce per me; mi sfugge ancora. Il mio triste stato me lo impedisce. Non mi resta quasi altro che sopportare e morire. Questo si può fare qui come altrove. E se non riesco a raggiungere Milord Maréchal, non penso più a cambiare luogo: ciò di cui ho bisogno ora si trova ovunque.
Da molto tempo non ho più ricevuto notizie da Sua Signoria il Maresciallo; sospetto che, nel lungo percorso, le nostre lettere si perdano. Poiché sono assolutamente certo che non mi abbia dimenticato, ne ho la prova in ciò che ha appena fatto a mio favore presso di voi. Ah! Quell’uomo nobile. Anche all’estremità della terra, sarebbe ancora il mio benefattore, e io andrei lì ad cercarlo con tutto il cuore. Vi prego, signora, di fargli pervenire questa lettera: so per certo che mi ama, e voi gli farete felice quasi quanto me.
Volete che vi dia notizie di mademoiselle Le Vasseur? È una persona buona e onesta, degna dell’onore che le fate. Ogni giorno aumenta la mia stima per lei; l’unica cosa che ora rende sgradevole per me la vita in questo paese è doverla lasciare senza amici che possano proteggerla dall’avarizia degli avvocati, i quali distruggeranno le mie poche cose e si impadroniranno dei miei beni. Del resto, l’aria di questo luogo le è più favorevole che a me, e si trova meglio qui che a Montmorency, anche se non le piace altrettanto. Permettetele, signora, di esprimervi la sua più umile gratitudine e di unire i suoi saluti ai miei.
1764
Lettera CDXLVII – A Monsignor l’abate de***
Lettera CDXLVIII – A Sua Altezza Serenissima il principe L.E di Wirtemberg
Lettera CDXLIX – Alla signora marchesa di Verdelin
Lettera CDL – A Mademoiselle Julie Bondeli
Lettera CDLI – A Monsieur d’Escherny
Lettera CDLII – A Madame La Tour
Lettera CDLIII – A Monsieur Panckoucke
Lettera CDLIV – A Monsieur Pictet
Lettera CDLV – A Monsignor l’abate de***
Lettera CDLVI – A Madame La Tour
Lettera CDLVII – Al signor principe di Württemberg
Lettera CDLVIII – Alla Signora de Luze
Lettera CDLIX – A Sua Signoria il Maresciallo
Lettera CDLX – A Madame Roguin
Lettera CDLXI – A Sua Signoria il Maresciallo
Lettera CDLXII – Allo stesso.
Lettera CDLXIII – A Monsieur A
Lettera CDLXIV – A Sua Altezza Serenissima il principe L.E di Wirtemberg
Lettera CDLXV – A Sua Eccellenza il Maresciallo di Lussemburgo
Lettera CDLXVI – A Monsieur d’Ivernois
Lettera CDLXVII – A Madame La Tour
Lettera CDLXVIII – A Monsieur Guy
Lettera CDLXIX – A Mademoiselle D. M
Lettera CDLXX – Alla signora de Verdelin
Lettera CDLXXI – A Mademoiselle Galley
Lettera CDLXXII – A Monsieur de Sauttersheim
Lettera CDLXXIII – A Monsieur de P.
Lettera CDLXXIV – A Monsieur Panckoucke
Lettera CDLXXV – A Sua Altezza Serenissima il principe L.E di Wirtemberg
Lettera CDLXXVI – A M***
Lettera CDLXXVII – A Monsieur Deleyre
Lettera CDLXXVIII – Alla Marchesa di Lussemburgo
Lettera CDLXXIX – Alla stessa persona
Lettera CDLXXX – A Monsieur de Sauttersheim
Lettera CDLXXXI – A Monsieur de Chamfort
Lettera CDLXXXII – A Monsieur d’Ivernois
Lettera CDLXXXIII – A Monsieur H.D.P
Lettera CDLXXXIV – Alla Signora de Créqui
Lettera CDLXXXV – A Monsieur Séguier de Saint-Brisson
Lettera CDLXXXVI – A Monsieur d’Ivernois
Lettera CDLXXXVII – Allo stesso.
Lettera CDLXXXVIII – A Sua Signoria il Maresciallo
Lettera CDLXXXIX – Alla signora contessa di Boufflers
Lettera CDXC – A Sua Altezza Serenissima il principe L.E di Wirtemberg
Lettera CDXCI – A Madame La Tour
Lettera CDXCII – A Monsieur du Peyrou
Lettera CDXCIII – Allo stesso.
Lettera CDXCIV – A Monsieur d’Ivernois
Lettera CDXCV – A Monsieur du Peyrou
Lettera CDXCVI – A Monsieur Daniel Roguin
Lettera CDXCVII – A Monsieur de Chamfort
Lettera CDXCVIII – A Monsieur du Peyrou
Lettera CDXCIX – A Monsieur Marteau
Lettera D – A Monsieur Laliaud
Lettera di, a Sua Altezza Serenissima il principe L.E di Wirtemberg
Lettera DII – A Monsieur de Latour
Lettera DIII – A Monsieur Le Nieps
Lettera DIV – A Monsieur Moultou
Lettera DV – A Monsieur Deleyre
Lettera DVI – A Monsieur Foulquier
Lettera DVII – A Monsignor il conte Carlo di Zinzendorf
Lettera DVIII – A Madame La Tour
Lettera Dici – Alla Signora P***
Lettera DX – Alla Signora de Luze
Lettera DXI – A Sua Signoria il Maresciallo
Lettera DXII – A Monsieur Théodore Rousseau
Lettera DXIII – A Mademoiselle D.M
Lettera DXIV – A Monsieur D***
Lettera DXV – A Monsignor l’Abate De***
Lettera DXVI – A Monsieur Hirzel
Lettera DXVII – A Monsieur de Malesherbes
Lettera DXVIII – A Sua Altezza Serenissima il principe L.E di Wirtemberg
Lettera DXIX – A Monsieur d’Ivernois
Lettre DXX– À M. du Peyrou
Lettre DXXI– À M. Duclos
Lettre DXXII– À Milord Maréchal
Lettre DXXIII– À M. du Peyrou
Lettre DXXIV– À M. Laliaud
Lettre DXXV– À M. Abauzit
Lettre DXXVI– À M. de Montpéroux
Lettre DXXVII– À M. du Peyrou
Lettre DXXVIII– À Madame La Tour
Lettre DXXIX– À M. d’Ivernois
Lettre DXXX– À M. Panckoucke
Lettre DXXXI– À M. de Montmollin
Lettre DXXXII– À M. d’Ivernois
Lettre DXXXIII– À M. du Peyrou
Lettre DXXXIV– À M. d’Ivernois
Table de la correspondance
Lettre CDXLVIII– À M. le prince L.E de Wirtemberg
Môtiers, le 21 janvier 1764.
Je m’attendais bien, monsieur le duc, que la manière dont vous élevez votre enfant ne passerait pas sans critique et sans opposition, et je vous avoue que je sais quelque gré au révérend docteur de celle qu’il vous a faite ; car ces objections étaient plus propres à vous réjouir qu’à vous ébranler ; et moi j’ai profité de la gaieté qu’elles vous ont donnée. On ne peut rien de plus plaisant que l’exposé de ses raisons, et je crois qu’il serait difficile qu’il en fût plus content que moi : je crains pourtant qu’il ne les trouve pas tout-à-fait péremptoires ; car s’il a pour lui les chardonnerets, le chenilles, les escargots, en revanche il a contre lui les vers, les limaçons, les grenouilles, et cela doit l’intriguer furieusement
Je ne suis pas fort surpris non plus des petits désagréments qui peuvent rejaillir, à cette occasion, sur M. Tissot ; je crains même que l’accord de nos principes sur ce point n’ajoute au chagrin qu’on lui témoigne : l’influence d’un certain voisinage nourrit dans le canton de Berne une furieuse animosité contre moi, que les traitements qu’on m’y a faits aigrissent encore. On oublie quelquefois les offenses qu’on a reçues, mais jamais celles qu’on a faites ; et ces messieurs ne me pardonnent point le tort qu’ils ont avec moi : tels sont les hommes. Ce qui me rassure pour M. Tissot, c’est qu’il leur est trop nécessaire pour qu’ils ne lui passent pas de mieux penser qu’eux : c’est aux rêveurs purement spéculatifs qu’il n’est pas permis de dire des vérités que rien ne rachète. Le bienfaiteur des hommes peut-être vrai impunément, mais il n’en faut pas moins, je l’avoue ; et s’il était moins directement utile, il serait bientôt persécuté.
Permettez que je supplie votre altesse sérénissime de vouloir bien lui remettre le barbouillage ci-joint, roulant sur une métaphysique assez ennuyeuse, et dont, par cette raison, je ne vous propose pas la lecture, ni même à M. Tissot ; mais la bonté qu’il a eue de m’envoyer ses ouvrages m’impose l’obligation de lui faire hommage des miens. J’ai même été deux fois l’été dernier sur le point d’employer à lui aller rendre sa visite un des pèlerinages que mes bons intervalles m’ont permis ; mais quelque plaisir que ce devoir m’eût fait à remplir, je m’en suis abstenu pour ne pas le compromettre, et j’ai sacrifié mon désir à son repos.
Vous m’inspirez pour monsieur et madame de Gollowkin toute l’estime dont vous êtes pénétré pour eux ; mais, flatté de l’approbation qu’ils donnent à mes maximes, je ne suis pas sans crainte que leur enfant ne soit peut-être un jour la victime de mes erreurs. Par bonheur je dois, sur le portrait que vous m’avez tracé, les supposer assez éclairés pour discerner le vrai et ne pratiquer que ce qui est bien. Cependant il me reste toujours une frayeur fondée sur l’extrême difficulté d’une telle éducation ; c’est qu’elle n’est bonne que dans son tout, qu’autant qu’on y persévère, et que s’ils viennent à se relâcher ou à changer de système, tout ce qu’ils auront fait jusqu’alors gâtera tout ce qu’ils voudront faire à l’avenir. Si l’on ne va jusqu’au bout, c’est un grand mal d’avoir commencé.
J’ai relu plusieurs fois votre lettre, et je ne l’ai point lue sans émotion. Les chagrins, les maux, les ans ont beau vieillir ma pauvre machine, mon coeur sera jeune jusqu’à la fin, et je sens que vous lui rendez sa première chaleur. Oserais -je vous demander si nous ne nous sommes jamais vus ? N’est-ce point avec vous que j’ai eu l’honneur de causer un quart d’heure, il y a huit ou dix ans, à Passy, chez M. de La Poplinière ? Je n’ai pas, comme vous voyez, oublié cet entretien ; mais j’avoue qu’il m’eût fait une autre impression si j’avais prévu la correspondance que nous avons maintenant, et le sujet qui l’a fait naître.
Qu’ai-je fait pour mériter les bontés de madame la princesse ? Rien n’est si commun que les barbouilleurs de papier : Ce qui est si rare, c’est une femme de son rang qui aime et remplit ses devoirs de mère, et voilà ce qu’il faut admirer.
Lettre CDL– À Mademoiselle Julie Bondeli
[830]
Môtiers, le 18 janvier 1764.
Vous savez bien, mademoiselle, que les correspondants de votre ordre font toujours plaisir et 11 incommodent jamais ; mais je ne suis pas assez injuste pour exiger de vous une exactitude dont je ne me sens pas capable, et la mise est si peu égale entre nous, que, quand vous répondriez à dix de mes lettres par une des vôtres, vous seriez quitte avec moi tout au moins.
Je trouve M. Schulthess bien payé de son goût pour la vertu par l’intérêt qu’il vous inspire ; et, si ce goût dégénère en passion près de vous, ce pourrait bien être un peu la faute du maître. Quoi qu’il en soit, je lui veux trop de bien pour le tirer de votre direction en le prenant sous la mienne ; et jamais, ni pour le bonheur, ni pour la vertu, il n’aura regret à sa jeunesse, s’il la consacre à recevoir vos instructions. Au reste, si, comme vous le pensez, les passions sont la petite-vérole de l’âme, heureux qui, pouvant la prendre encore, irait s’inoculera Koenitz ! Le mal d’une opération si douce serait le danger de n’en pas guérir. N’allez pas vous fâcher de mes douceurs, je vous prie, je ne les prodigue pas à toutes les femmes, et puis on peut être un peu vaine. Je ne puis, mademoiselle, répondre à votre question sur les Lettres d’un citoyen de Genève[831], car cet ouvrage m’est parfaitement inconnu, et je ne sais que par vous qu’il existe. Il est vrai qu’en général je suis peu curieux de ces sortes d’écrits ; et, quand ils seraient aussi obligeants qu’ils sont insultants pour l’ordinaire, je n’irais pas plus à la chasse des éloges que des injures. Du reste, sitôt qu’il est question de moi, tous les préjugés sont qu’en effet l’ouvrage est une satire ; mais les préjugés sont-ils faits pour l’emporter sur vos jugements ? D’ailleurs, je ne vois pas que ce livre soit annoncé dans la gazette de Berne ; grande preuve qu’il ne m’est pas injurieux.
Je n’ose vous parler de mon état, il contristerait votre bon coeur. Je vous dirai seulement que je ne puis me procurer des nuits supportables qu’en fendant du bois tout le jour, malgré ma faiblesse, pour me maintenir dans une transpiration continuelle, dont la moindre suspension me l’ait cruellement souffrir. Vous avez raison toutefois de prendre quelque intérêt à mon existence : malgré tous mes maux, elle m’est chère encore par les sentiments d’estime et d’affection qui m’attachent au vrai mérite ; et voilà, mademoiselle, ce qui ne doit pas vous être indifférent.
Acceptez un barbouillage qui ne vaut pas la peine d’en parler, et dont je n’ose vous proposer la lecture que sous les auspices de L’ami Platon.
Lettre CDLII– À Madame La Tour
5 février 1764.
Je suis fort en peine de vous, madame. Quoique je n’aime pas à me savoir dans votre disgrâce, j’aime encore mieux regarder votre silence comme une punition que vous m’imposez, que comme un signe que vous êtes malade. Un mot, je vous supplie, sur la cause de ce silence, afin que si c’est le malheur de vous déplaire, je m’en afflige ; mais que je ne porte pas à la fois deux maux pour un. Je reçois à l’instant votre lettre du 30 janvier, j’y vois que mes pressentiments n’étaient que trop justes. J’espère que vous êtes bien rétablie ; toutefois votre lettre ne me rassure pas assez. Un mot sur votre état présent, je vous supplie. Je n’en puis dire aujourd’hui davantage ; le paquet de France ne m’arrive qu’au moment où je dois fermer le mien.
Lettre CDLIV– À M. Pictet
Môtiers, le 1er mars 1764.
Letter DXX – To Mr. du Peyrou
Letter DXXI – To Mr. Duclos
Letter DXXII – To My Lord Marshal
Letter DXXIII – To Mr. du Peyrou
Letter DXXIV – To Mr. Laliaud
Letter DXXV – To Mr. Abauzit
Letter DXXVI – To Mr. de Montpéroux
Letter DXXVII – To Mr. du Peyrou
Letter DXXVIII – To Madame La Tour
Letter DXXIX – To Mr. d’Ivernois
Letter DXXX – To Mr. Panckoucke
Letter DXXXI – To Mr. de Montmollin
Letter DXXXII – To Mr. d’Ivernois
Letter DXXXIII – To Mr. du Peyrou
Letter DXXXIV – To Mr. d’Ivernois
Correspondence Table
Letter CDXLVIII – To His Highness Prince L.E. of Württemberg
Môtiers, January 21, 1764.
I fully expected, Your Duke, that the way you raise your child would not go unchallenged or without opposition. I must admit that I am somewhat grateful to the reverend doctor for his objections; for they were more likely to please you than to shake your resolve. And I, for my part, took pleasure in the amusement they brought you. There is nothing more delightful than hearing someone present their reasons clearly and logically, and I believe he could not have been more satisfied than I was. However, I fear he may not find them entirely convincing; for while he has the sparrows, caterpillars, and snails on his side, against him stand the worms, slugs, and frogs—and that must be causing him great frustration.
I am not particularly surprised by the minor inconveniences that may arise in this matter for Mr. Tissot; I even fear that our agreement on this point might only add to the distress he is already experiencing. The influence of certain neighbors has fostered intense hostility against me in the canton of Bern, and the treatment I have received there only serves to exacerbate it. People sometimes forget the offenses they have suffered, but never those they have committed themselves; and these gentlemen will never forgive me for the wrongs they believe I have done them—such are human beings. What reassures me regarding Mr. Tissot is that he is too indispensable to them for them not to treat him with respect at least as much as they do themselves. It is precisely those who indulge in purely speculative dreams that are not allowed to speak truths for which nothing can atone. A benefactor of mankind may indeed go unpunished for his good deeds, but I must admit that such people are still needed; and if their contributions were less directly beneficial, they would soon be persecuted.
Permit me to implore your Serene Highness to kindly return to him the attached manuscript, which deals with rather tedious metaphysical themes—hence I neither propose its reading to you nor even to Mr. Tissot. However, the kindness he has shown me by sending me his works obliges me to repay this favor with mine. In fact, last summer, on two occasions, I was about to undertake the journey to pay him my respects; but no matter how much pleasure such a task would have brought me, I refrained from doing so in order not to disturb his tranquility, and I sacrificed my own desires for his well-being.
You inspire me regarding Mr. and Mrs. de Gollowkin with all the respect you hold for them; yet, flattered by their approval of my principles, I cannot help but fear that their child might one day become a victim of my mistakes. Fortunately, based on the portrait you have drawn of them, I assume they are sufficiently enlightened to distinguish what is true and to practice only what is good. Nevertheless, I remain concerned due to the extreme difficulty of such an education—it is effective only when pursued consistently; if they should slacken or change their approach, everything they have done so far would be wasted, and whatever they attempt in the future would also fail. If one does not see it through to the end, then beginning at all is a great mistake.
I have read your letter several times, and every time I read it, I am deeply moved. Despite the sorrows, the hardships, and the passing of time, which seem to age my poor body, my heart will remain young until the end. I feel that you are restoring its first warmth once again. May I ask you—if we have ever met before? Was it not with you that I had the honor of spending a quarter of an hour, eight or ten years ago, in Passy, at Mr. de La Poplinière’s house? As you can see, I have not forgotten that conversation; but I must admit that it would have made a different impression on me if I had known about the correspondence we now share, and the subject that gave rise to it.
What have I done to deserve the kindness of Princess Madame? There are countless people who scribble on paper; what is truly rare, however, is a woman of her rank who loves and fulfills her duties as a mother—and that is what deserves admiration.
Letter CDL – To Miss Julie Bondeli
[830]
Môtiers, January 18, 1764.
You know very well, mademoiselle, that the correspondents of your order are always pleasant to deal with and never cause any inconvenience; but I would not be so unjust as to demand from you accuracy which I myself do not feel capable of providing. Moreover, the balance between us is so uneven that if you were to respond to ten of my letters with just one of yours, you would at least have fulfilled your duty towards me.
I think Mr. Schulthess is amply rewarded for his taste for virtue, given the interest he inspires in you; and if this taste should degenerate into passion near you, it might well be partly the master’s fault. In any case, I hold him in too high regard to remove him from your influence by taking him under mine; and never, for the sake of happiness or virtue, would he regret having devoted his youth to receiving your guidance. Moreover, if, as you believe, passions are the “measles” of the soul, then how fortunate is one who, still able to contract them, would choose to “get vaccinated” against them! The harm from such a “gentle operation” would be the risk of not recovering at all. Please do not take offense at my compliments; I do not offer them to every woman, and besides, one can be somewhat vain. I cannot answer your question about Letters of a Citizen of Geneva[831], for I am entirely unfamiliar with that work and only know of its existence through you. It is true that I am generally little interested in such writings; and even if they were as flattering as they are often offensive, I would not go out of my way to seek either praise or insult. Moreover, whenever it comes to me, everyone assumes that the work is a satire; but are prejudices enough to override your own judgment? Besides, I see no mention of this book in the Bernese newspaper; which is strong evidence that it is not meant to be offensive to me.
I dare not speak to you about my condition; it would distress your kind heart. I will only tell you that I can manage to endure these nights only by chopping wood all day long, despite my weakness, in order to keep myself constantly sweating—any pause in this activity would cause me intense suffering. Nevertheless, you are right in taking some interest in my existence: despite all my troubles, it is still dear to me because of the feelings of respect and affection that bind me to those who truly deserve them. And this, mademoiselle, is something that surely cannot be indifferent to you.
Endure a scribble that isn’t even worth mentioning; I dare offer you its reading only under the auspices of our friend Plato.
Letter CDLII – To Madame La Tour
February 5, 1764.
I am deeply distressed for you, madam. Although I do not like to be the cause of your distress, I would rather consider your silence as a punishment you are imposing upon me than as a sign that you are ill. Please, say a word about the reason for this silence—so that if it is because I have displeased you, I may grieve over it; but so that I do not have to bear two sorrows at once. I have just received your letter dated January 30th, and from it I see that my suspicions were entirely justified. I hope you have fully recovered; yet your letter does not reassure me completely. Please, tell me something about your current condition. I cannot say more today—the mail only arrives at the very moment when I must close mine.
Letter CDLIV – To Mr. Pictet
Môtiers, March 1, 1764.
Lettera DXX – A Monsieur du Peyrou
Lettera DXXI – A Monsieur Duclos
Lettera DXXII – A Sua Signoria il Maresciallo
Lettera DXXIII – A Monsieur du Peyrou
Lettera DXXIV – A Monsieur Laliaud
Lettera DXXV – A Monsieur Abauzit
Lettera DXXVI – A Monsieur de Montpéroux
Lettera DXXVII – A Monsieur du Peyrou
Lettera DXXVIII – A Madame La Tour
Lettera DXXIX – A Monsieur d’Ivernois
Lettera DXXX – A Monsieur Panckoucke
Lettera DXXXI – A Monsieur de Montmollin
Lettera DXXXII – A Monsieur d’Ivernois
Lettera DXXXIII – A Monsieur du Peyrou
Lettera DXXXIV – A Monsieur d’Ivernois
Tabella della corrispondenza
Lettera CDXLVIII – A Sua Altezza Serenissima il principe L.E di Wirtemberg
Môtiers, 21 gennaio 1764.
Mi aspettavo bene, signor duca, che il modo in cui allevate vostro figlio non passasse inosservato e senza opposizioni; devo ammettere di essere grato al reverendo dottore per quelle obiezioni che vi ha sollevato: infatti, esse erano più proprie a rallegrarvi che a scuotervi, e anch’io ho tratto beneficio dalla gioia che vi hanno procurato. Non c’è nulla di più piacevole dell’esposizione delle proprie ragioni, e credo che sia difficile trovare qualcuno più soddisfatto di me in questo senso. Tuttavia, temo che non le ritenga del tutto convincenti; perché se da un lato ha a suo favore gli usignoli, le larve, i lumache, dall’altro ha contro di sé i vermi, i limacchi, le rane. E questo, sicuramente, lo deve innervosire molto.
Non sono affatto sorpreso dai piccoli dispiaceri che, in questa occasione, possono derivare per il signor Tissot; temo addirittura che l’accordo dei nostri principi su questo punto non aumenti ulteriormente il dolore che gli viene inflitto: l’influenza di certi ambienti genera nel cantone di Berna un’accesa ostilità contro di me, e i trattamenti che mi sono stati riservati in quel luogo la aggravano ancora. A volte si dimenticano le offese ricevute, ma mai quelle fatte; e questi signori non mi perdonano mai il torto che hanno commesso nei miei confronti. Così sono gli uomini. Quello che mi rassicura riguardo al signor Tissot è che lui è troppo necessario a loro perché non gli riservino pensieri migliori dei propri; ai sognatori puramente speculativi, infatti, non è permesso pronunciare verità che nulla possa espiare. Il benefattore degli uomini può forse agire impunemente, ma ciò non significa che sia meno necessario. E se fosse meno direttamente utile, probabilmente verrebbe presto perseguitato.
Permettetemi di supplicare Vostra Altezza Serenissima di voler gentilmente restituirmi il testo allegato, che si basa su una metafisica piuttosto noiosa; per questa ragione non vi propongo nemmeno di leggerlo, né tantomeno al signor Tissot. Tuttavia, la gentilezza dimostrata da lui nel mandarmi i suoi scritti mi impone l’obbligo di rispondere alla sua cortesia con i miei. L’estate scorsa sono stato persino due volte sul punto di intraprendere un viaggio per andargli a fare visita, grazie ai periodi di tranquillità che la mia situazione mi ha permesso; ma, per quanto piacevole fosse per me adempiere a questo dovere, mi sono astenuto per non metterlo in imbarazzo e ho sacrificato il mio desiderio al suo riposo.
Mi ispirate, riguardo al signore e alla signora de Gollowkin, tutta quella stima che provate per loro; tuttavia, onorato dell’approvazione che danno alle mie idee, non posso fare a meno di temere che il loro figlio possa un giorno diventare vittima dei miei errori. Fortunatamente, dal ritratto che mi avete descritto, posso presumere che siano abbastanza saggi da distinguere il vero dal falso e da praticare soltanto ciò che è giusto. Tuttavia, rimane sempre una preoccupazione legata alla grande difficoltà di un’educazione del genere: essa è efficace soltanto nel suo insieme, purché vi si perseveri costantemente; altrimenti, se dovessero allentare gli sforzi o cambiare approccio, tutto ciò che hanno fatto fino ad ora andrebbe perso e tutto ciò che vorranno fare in futuro risulterebbe vano. Se non si arriva fino in fondo, è un grande errore anche solo aver iniziato.
Ho riletto più volte la vostra lettera, e non l’ho letta senza emozione. I dolori, i mali, gli anni possono anche invecchiare il mio povero corpo, ma il mio cuore rimarrà giovane fino alla fine; sento che voi gli restituite quel calore che un tempo aveva. Oso chiedervi: ci siamo mai incontrati? Non è forse stato con voi che ho avuto l’onore di conversare per un quarto d’ora, otto o dieci anni fa, a Passy, da parte di Monsieur de La Poplinière? Come potete vedere, non ho dimenticato quell’incontro; ma ammetto che mi avrebbe fatto un’impressione diversa se avessi previsto la corrispondenza che ora abbiamo e l’argomento che ne ha dato origine.
Cosa ho fatto per meritare le gentilezze di Sua Altezza la Principessa? Non esiste nulla di più comune dei persone che disegnano su carta. Quello che è davvero raro, invece, è una donna del suo rango che ami e adempia ai propri doveri di madre: ed è proprio questo che merita ammirazione.
Lettera CDL – A Mademoiselle Julie Bondeli
[830]
Môtiers, 18 gennaio 1764.
Lo sa bene, signorina, che i corrispondenti della sua organizzazione sono sempre graditi e mai scomodi da avere a che fare; ma non sono così ingiusto da chiederle un’accuratezza di cui non mi sento all’altezza, e inoltre le condizioni tra noi sono così disuguali che, anche se rispondesse a dieci delle mie lettere con una sola delle sue, almeno per me sarebbe sufficiente.
Trovo che il signor Schulthess sia ampiamente ricompensato per il suo gusto per la virtù, visto l’interesse che suscita in voi; e se questo gusto dovesse trasformarsi in passione al suo fianco, forse sarebbe un po’ colpa del maestro stesso. Comunque sia, gli voglio troppo bene per allontanarlo dalla vostra guida prendendolo sotto la mia; e mai, né per il suo benessere né per la sua virtù, rimpiangerà la sua giovinezza, se la dedicherà ad ascoltare le vostre istruzioni. Del resto, se, come voi pensate, le passioni sono la “varicella” dell’anima, che fortuna per chi, potendole ancora contrarre, sceglierebbe di farsi inoculare da Koenitz! Il male derivante da un’operazione così “dolce” sarebbe il rischio di non guarire mai. Per favore, non vi offendete per le mie dolci parole: non le distribuisco a tutte le donne, e poi, si può essere anche un po’ vanitose. Non posso rispondere alla vostra domanda riguardo alle “Lettere di un cittadino di Ginevra”[831], perché quest’opera mi è completamente sconosciuta; so della sua esistenza solo grazie a voi. È vero che, in generale, non sono molto curioso di questo genere di scritti. E anche se fossero tanto lusinghieri quanto offensivi per lo più delle persone, non mi dedicherei certo alla ricerca né degli elogi né delle insulti. Del resto, ogni volta che si parla di me, tutti pensano che quest’opera sia una satira. Ma i pregiudizi bastano davvero a influenzare il nostro giudizio? Inoltre, non vedo menzionato questo libro nella gazzetta di Berna. Il che è una grande prova che non mi offende affatto.
Non oso parlare con voi del mio stato; vi rattristerebbe il cuore gentile. Vi dirò soltanto che riesco a trascorrere notti tollerabili solo tagliando legna tutto il giorno, nonostante la mia debolezza, per mantenere una sudorazione continua; anche la minima interruzione di questa condizione mi causerebbe grandi sofferenze. Tuttavia avete ragione ad interessarvi della mia esistenza: nonostante tutti i miei mali, essa mi è ancora cara grazie ai sentimenti di stima e affetto che mi legano al vero merito. E questo, signorina, non dovrebbe esservi indifferente.
Accettate quindi una sorta di “barbouillage” che non merita nemmeno di essere menzionato, e di cui oserei suggerirvi la lettura soltanto sotto l’egida dell’amico Platone.
Lettera CDLII – A Madame La Tour
5 febbraio 1764.
Sono profondamente addolorato per voi, signora. Anche se non mi piace trovarmi nella vostra sfortuna, preferisco considerare il vostro silenzio come una punizione che mi infliggete, piuttosto che come un segno che siate malata. Una parola, vi prego. Ditemi la causa di questo silenzio: se si tratta davvero del fatto che non mi piacciate più, ne sarò profondamente addolorato; ma almeno non dovrò sopportare due dolori contemporaneamente. Ho appena ricevuto la vostra lettera del 30 gennaio e vedo che i miei timori erano più che fondati. Spero che vi siate completamente ripresa. Tuttavia, la vostra lettera non mi rassicura abbastanza. Una parola riguardo al vostro stato attuale, vi prego. Oggi non posso dire di più; il pacchetto postale arriva proprio nel momento in cui devo chiudere il mio.
Lettera CDLIV – A Monsieur Pictet
Môtiers, 1° marzo 1764.
Je suis flatté, monsieur, que, sans un fréquent commerce de lettres, vous rendiez justice à mes sentiments pour vous : ils seront aussi durables que l’estime sur laquelle ils sont fondés ; et j’espère que le retour dont vous m’honorez ne sera pas moins à l’épreuve du temps et du silence. La seule chose changée entre nous est l’espoir d’une connaissance personnelle. Cette attente, monsieur, m’était douce ; mais il y faut renoncer, si je ne puis la remplir que sur les terres de Genève ou dans les environs. Là-dessus mon parti est pris pour la vie ; et je puis vous assurer que vous êtes entré pour beaucoup dans ce qu’il m’en a coûté de le prendre. Du reste je sens avec surprise qu’il m’en coûtera moins de le tenir que je ne m’étais figuré. Je ne pense plus à mon ancienne patrie qu’avec indifférence ; c’est même un aveu que je vous fais sans honte, sachant bien que nos sentiments ne dépendent pas de nous ; et cette indifférence était peut-être le seul qui pouvait rester pour elle dans un coeur qui ne sut jamais haïr. Ce n’est pas que je me croie quitte envers elle ; on ne l’est jamais qu’à la mort. J’ai le zèle du devoir encore, mais j’ai perdu celui de l’attachement.
Mais où est-elle, cette patrie ? Existe-t-elle encore ? Votre lettre décide cette question. Ce ne sont ni les murs ni les hommes qui font la patrie ; ce sont les lois, les moeurs, les coutumes, le gouvernement, la constitution, la manière d’être qui résulte de tout cela. La patrie est dans les relations de l’état à ses membres : quand ces relations changent ou s’anéantissent, la patrie est dans les relations de l’état à ses membres : quand ces relations changent ou s’anéantissent, la patrie s’évanouit. Ainsi, monsieur, pleurons la nôtre ; elle a péri, et son simulacre qui reste encore ne sert plus qu’à la déshonorer.
Je me mets, monsieur, à votre place, et je comprends combien le spectacle que vous avez sous les yeux doit vous déchirer le coeur. Sans contredit on souffre moins loin de son pays que de le voir dans un état si déplorable ; mais les affections, quand la patrie n’est plus, se resserrent autour de la famille, et un bon père se console avec ses enfants de ne plus vivre avec ses frères. Cela me fait comprendre que des intérêts si chers, malgré les objets qui nous affligent, ne vous permettront pas de vous dépayser. Cependant, s’il arrivait que par voyage ou par déplacement vous vous éloignassiez de Genève, il me serait très doux de vous embrasser ; car, bien que nous n’ayons plus de commune patrie, j’augure des sentiments qui nous animent que nous ne cesserons point d’être concitoyens ; et les liens de l’estime et de l’amitié demeurent toujours quand même on a rompu tous les autres. Je vous salue, monsieur, de tout mon coeur.
Lettre CDLV– À M. l’abbé de***
Môtiers, le 4 mars 1764.
J’ai parcouru, monsieur, la longue lettre où vous m’exposez vos sentiments sur la nature de l’âme et sur l’existence de Dieu. Quoique j’eusse résolu de ne plus rien lire sur ces matières, j’ai cru vous devoir une exception pour la peine que vous avez prise, et dont il ne m’est pas aisé de démêler le but. Si c’est d’établir entre nous un commerce de dispute, je ne saurais en cela vous complaire ; car je ne dispute jamais, persuadé que chaque homme a sa manière de raisonner qui lui est propre en quelque chose, et qui n’est bonne en tout à nul autre que lui. Si c’est de me guérir des erreurs où vous me jugez être, je vous remercie de vos bonnes intentions ; mais je n’en puis faire aucun usage, ayant pris depuis longtemps mon parti sur ces choses-là. Ainsi, monsieur, votre zèle philosophique est à pure perte avec moi, et je ne serai pas plus votre prosélyte que votre missionnaire. Je ne condamne point vos façons de penser ; mais daignez me laisser les miennes, car je vous déclare que je n’en veux pas changer.
Je vous dois encore des remerciements du soin que vous prenez dans la même lettre de m’ôter l’inquiétude que m’avaient données les premières sur les principes de la haute vertu dont voua bâtes profession. Sitôt que ces principes vous paraissent solides, le devoir qui en dérive doit avoir pour vous la même force que s’ils l’étaient en effet : ainsi mes doutes sur-leur solidité n’ont lien d’offensant pour vous ; mais je vous avoue que, quant. »moi, de rois principes me paraîtraient frivoles ; et sitôt que je n’en admettrais pas d’autres, je sens que dans le secret de mon coeur ceux-là me mettraient fort à l’aise sur les vertus pénibles qu’ils paraîtraient m’imposer : tant il est \rai que les mêmes raisons ont rarement la même prise en diverses têtes, et qu’il ne faut jamais disputer de rien !
D’abord l’amour de l’ordre, en tant (pie cet ordre est étranger à moi, n’est point un sentiment qui puisse balancer en moi celui de mon intérêt propre ; une vue purement spéculative ne saurait dans le coeur humain l’emporter sur les passions ; ce serait à ce qui est moi préférer ce qui m’est étranger : ce sentiment n’est pas dans la nature. Quant à l’amour de l’ordre dont je fais partie, il ordonne tout par rapport à moi, et comme alors je suis seul le centre de cet ordre, il serait absurde et contradictoire qu’il ne me fit pas rapporter toutes choses à mon bien particulier. Or la vertu suppose un combat contre nous-mêmes, et c’est la difficulté de la victoire qui en fait le mérite ; mais, dans la supposition, pourquoi ce combat ? Toute raison, tout motif y manque. Ainsi point de vertu possible par le seul amour de l’ordre.
Le sentiment intérieur est un motif très puissant sans doute ; mais les passions et l’orgueil l’altèrent et l’étouffent de bonne heure dans presque tous les coeurs. De tous les sentiments que nous donne une conscience droite, les deux plus forts et les seuls fondements de tous les autres sont celui de la dispensation d’une providence et celui de l’immortalité de lame : quand ces deux-là sont détruits, je ne vois plus ce qui peut rester. Tant que le sentiment intérieur me dirait quelque chose, il me défendrait, si j’avais le malheur d’être sceptique, d’alarmer ma propre mère des doutes que je pourrais avoir.
L’amour de soi-même est le plus puissant, et, selon moi, le seul motif qui fasse agir les hommes. Mais comment la vertu, prise absolument et comme un être métaphysique, se fonde-t-elle sur cet amour-là ? c’est ce qui me passe. Le crime, dites-vous, est contraire à celui qui le commet ; cela est toujours vrai dans mes principes, et souvent très faux dans les vôtres. Il faut distinguer alors les tentations, les positions, l’espérance plus ou moins grande qu’on a qu’il reste inconnu ou impuni. Communément le crime a pour motif d’éviter un grand mal ou d’acquérir un grand bien ; souvent il parvient à son but. Si ce sentiment n’est pas naturel, quel sentiment pourra l’être ? Le crime adroit jouit dans cette vie de tous les avantages de la fortune et même de la gloire. La justice et les scrupules ne font ici-bas que des dupes. Otez la justice éternelle et la prolongation de mon être après cette Nie, je ne vois plus dans la vertu qu’une folie à qui l’on donne un beau nom. Pour un matérialiste l’amour de soi-même n’est que l’amour de son corps. Or quand Régulus allait, pour tenir sa foi, mourir dans les tourments à Carthage, je ne vois point ce que l’amour de son corps faisait à cela.
Une considération plus forte encore confirme les précédentes ; c’est que, dans votre système, le mot même de vertu ne peut avoir aucun sens ; c’est un son qui bat l’oreille, et rien de plus. Car enfin, seIon vous, tout est nécessaire : où tout est nécessaire, il n’y a point de liberté ; sans liberté, point de moralité dans les actions ; sans la moralité des actions, où est la vertu ? Pour moi, je ne le vois pas. En parlant du sentiment intérieur je devais mettre au premier rang celui du libre arbitre ; mais il suffit de l’y renvoyer d’ici.
Ces raisons vous paraîtront très faibles ; je n’en doute pas ; mais elles me paraissent fortes à moi ; et cela suffit pour vous prouver que, si par hasard je devenais votre disciple, vos leçons n’auraient fait de moi qu’un fripon. Or un homme vertueux comme vous ne voudrait pas consacrer ses peines à mettre un fripon de plus dans le monde, car je crois qu’il y a bien autant de ces gens-là que d’hypocrites, et qu’il n’est pas plus à propos de les y multiplier.
I am deeply flattered, sir, that you have come to recognize my feelings for you without the necessity of frequent correspondence; these feelings will remain as enduring as the respect upon which they are based. I hope that the bond you have established with me will prove just as resilient to the test of time and silence. The only thing that has changed between us is the hope of meeting each other in person. This expectation was once a source of great joy for me; yet I must now give it up, unless we can meet in Geneva or its surroundings. My decision on this matter is final; and I assure you that your presence has played a significant role in my making it. Moreover, to my surprise, maintaining this distance proves to be less difficult than I had imagined. I now think of my former homeland with indifference—even this confession I make to you without shame, knowing full well that our feelings are beyond our control. Perhaps this very indifference was the only thing left in my heart, a heart that never knew how to hate. It is not that I consider myself free from obligations toward it; one is never truly free until death comes. I still feel a sense of duty, but I have lost all attachment.
But where is this motherland? Does it still exist? Your letter determines the answer to this question. It is not the walls nor the people that make up a motherland; rather, it is the laws, customs, traditions, government, constitution, and the way of life that arise from all these elements. The motherland lies in the relationships between the state and its citizens; when these relationships change or cease to exist, the motherland also disappears. Hence, sir, let us mourn our lost motherland; it is dead, and the mere semblance that remains now only serves to bring it shame.
I put myself in your place, sir, and I understand how the sight before your eyes must break your heart. Undoubtedly, it is less painful to be far from one’s country than to see it in such a dire state; but when the fatherland no longer exists, affections turn toward the family, and a good father can find comfort in his children for no longer living with his brothers. This makes me realize that, despite these painful circumstances, such cherished interests will prevent you from leaving this place. However, if by chance you were to travel or move away from Geneva, it would be a great pleasure for me to embrace you; for although we no longer share the same country, I believe our mutual feelings will ensure that we remain comrades in spirit. And the bonds of respect and friendship endure even when all other ties are severed. I greet you wholeheartedly, sir.
Letter CDLV – To Mr. Abbé de***
Môtiers, March 4, 1764.
Sir, I have read the lengthy letter in which you express your views on the nature of the soul and the existence of God. Although I had resolved not to read anything further on these subjects, I felt it was my duty to do so out of respect for the effort you have put forth—and whose purpose it is not easy for me to discern. If your aim is to engage in a debate with me, I am unable to comply; for I never engage in debates, convinced that every person possesses their own unique way of reasoning, which is valid for them alone and for no one else. If your intention is to help me correct the errors you believe I hold, I thank you for your good intentions; but I cannot make use of them, having long since settled my own views on these matters. Thus, sir, your philosophical zeal is utterly wasted on me—I shall neither become your convert nor your missionary. I do not condemn your ways of thinking; but please allow me to hold onto mine, for I declare that I have no desire to change them.
I still owe you my thanks for the care you took to dispel the concerns I had initially regarding the principles of those noble virtues upon which your profession is based. Once these principles seem solid to you, the duties that derive from them must hold the same force for you as if they truly were solid; therefore, my doubts about their solidity in no way offend you. But I must confess that, for myself, such principles would seem frivolous; and once I were to accept no others, I feel that, deep in my heart, those very principles would bring me great comfort regarding the difficult virtues they seemingly require of me. Indeed, the same reasons often have different effects on different people, and it is never wise to argue about anything!
First and foremost, there is the love of order itself; yet this order is utterly foreign to me—it is not a sentiment that could counterbalance in my heart my own self-interest. A purely speculative view could never prevail over human passions in the human heart; it would be tantamount to preferring what is foreign to me over what is truly me. Such a sentiment does not exist in nature. As for the love of order of which I am a part, it organizes everything in relation to me; and since I am the sole center of this order, it would be absurd and contradictory if it did not direct me to relate all things to my own particular well-being. Yet virtue entails a struggle against ourselves, and it is precisely the difficulty of achieving victory that gives virtue its merit. But in this case, why such a struggle? All reason and motive for it are absent. Therefore, virtue is impossible to attain through mere love of order alone.
The inner sentiment is undoubtedly a very powerful force; but passions and pride distort and suppress it at an early stage in nearly everyone’s heart. Of all the sentiments that a sound conscience can inspire, the two most intense and the sole foundations upon which all others rest are the belief in the providential care of a higher power and the conviction of one’s own immortality. When these two beliefs are destroyed, I see nothing left at all. So long as the inner sentiment speaks to me, it will protect me from allowing doubts—even those that might arise within me—to alarm me or cause me distress.
Self-love is the most powerful motive, and in my opinion, the only one that drives people to act. But how can virtue, considered in its absolute form as a metaphysical entity, be based on such love? That is what puzzles me. You say that crime is contrary to the person who commits it; this is always true according to my principles—but often entirely false according to yours. We must therefore distinguish between different temptations, different situations, and varying degrees of hope that one’s wrongdoing will remain unknown or unpunished. Generally speaking, crime is motivated by the desire to avoid great harm or to obtain some great benefit; and it often achieves its goal. If this sentiment is not natural, then what could possibly be? A clever criminal enjoys in this life all the advantages of wealth—even glory. Justice and conscience merely serve as tools for deception here below. Remove eternal justice and the continuation of one’s existence after death, and I see no value in virtue other than a foolishness given a beautiful name. For a materialist, self-love is nothing more than love for one’s own body. But when Regulus went to Carthage to die in torment in order to uphold his principles, I see no role for the love of his own body in that decision at all.
An even more compelling consideration confirms the preceding points: in your system, the very term “virtue” cannot possess any meaning at all; it is merely a sound that strikes the ear, and nothing more. For after all, in your view, everything is necessary; where everything is necessary, there is no freedom; without freedom, there is no morality in actions; and without the morality of actions, where is virtue? For myself, I see none. When discussing inner sentiments, I should have placed the sense of free will at the forefront; but it is sufficient to refer it back here now.
These reasons may seem very weak to you; I do not doubt it; but to me, they seem strong enough. And that is sufficient to prove to you that, if by some chance I became your disciple, your teachings would only turn me into a scoundrel. Now, a man of virtue like you would certainly not want to spend his time and effort in adding another scoundrel to the world. For I believe that there are just as many such people as hypocrites, and it would be no good at all to increase their number.
Sono lusingato, signore, che, nonostante la mancanza di frequenti scambi epistolari, voi riconosciate i miei sentimenti verso di voi: essi saranno altrettanto duraturi quanto l’affetto su cui si fondano; e spero che anche il vostro ritorno dimostri la sua solidità nel tempo e nel silenzio. L’unica cosa che è cambiata tra noi è la speranza di poterci conoscere personalmente. Questa attesa, signore, era per me dolce; ma devo rinunciarvi, se non posso realizzarla se non nei territori di Ginevra o nelle sue vicinanze. In questo ho preso una decisione definitiva per tutta la vita; e posso assicurarvi che voi avete contribuito in modo significativo a questa scelta. Del resto, sono sorpreso nello scoprire che mantenerla mi costerà meno di quanto immaginassi. Non penso più alla mia vecchia patria se non con indifferenza; anzi, vi faccio questo confessamento senza vergogna, sapendo bene che i nostri sentimenti non dipendono da noi. E forse questa indifferenza è l’unica cosa che potesse rimanere per lei in un cuore che non ha mai saputo odiare. Non è che mi consideri completamente libera nei suoi confronti; si è mai veramente liberi, se non alla morte? Ho ancora il zelo del dovere, ma ho perso quello dell’affetto.
Ma dove si trova questa patria? Esiste ancora? La vostra lettera risponde a questa domanda. Non sono i muri né le persone a costituire una patria; sono le leggi, i costumi, le tradizioni, il governo, la costituzione, insomma tutto ciò che ne deriva. La patria risiede nelle relazioni dello stato con i suoi cittadini: quando queste relazioni cambiano o vengono distrutte, anche la patria scompare. Pertanto, signore, piangiamo la nostra patria; è morta, e il suo simulacro che ancora esiste non serve altro che a disonorarla.
Mi metto al vostro posto, signore, e capisco quanto lo spettacolo che avete davanti agli occhi debba spezzarvi il cuore. Senza dubbio si soffre meno lontano dal proprio paese che vedendolo in uno stato così deplorevole; ma quando la patria non esiste più, gli affetti si concentrano sulla famiglia, e un buon padre si consola con i suoi figli nel non poter più vivere con i propri fratelli. Questo mi fa capire che interessi così cari, nonostante le sofferenze che ci affliggono, non vi permetteranno di lasciare questa città. Tuttavia, se per viaggio o per qualche motivo doveste allontanarvi da Ginevra, mi sarebbe molto dolce potervi abbracciare; perché, anche se non abbiamo più una patria comune, credo che i sentimenti che ci uniscono continueranno a farci considerarci concittadini; e i legami di stima e amicizia rimangono sempre, anche quando tutti gli altri legami sono stati spezzati. Vi saluto con tutto il mio cuore, signore.
Lettera CDLV – A Monsignor l’abate de***
Môtiers, 4 marzo 1764.
Signore, ho letto attentamente quella lunga lettera nella quale esponete i vostri pensieri sulla natura dell’anima e sull’esistenza di Dio. Sebbene avessi deciso di non leggere più nulla su queste materie, ho ritenuto di dover fare un’eccezione per la cura che vi siete preso, e il cui scopo mi risulta difficile da comprendere. Se il vostro intento è quello di instaurare con me un dialogo basato sulle discussioni filosofiche, non potrò certo accontentarvi; poiché io non discuto mai, convinto che ognuno abbia il proprio modo di ragionare, particolare e unico per lui. Se invece il vostro scopo è quello di aiutarmi a correggere gli errori in cui ritengo di incorrere, vi ringrazio per le vostre buone intenzioni; ma non posso farne alcun uso, poiché ho già preso da tempo una decisione al riguardo. Pertanto, signore, il vostro zelo filosofico è del tutto inutile con me: non sarò né vostro discepolo né il vostro missionario. Non condanno i vostri modi di pensare; ma vi prego di lasciarmi tranquillamente mantenere i miei, poiché vi dichiaro apertamente che non intendo cambiarli.
Devo ancora ringraziarvi per l’attenzione che avete dimostrato nel dissipare le preoccupazioni che le prime informazioni mi avevano suscitato riguardo ai principi della nobile virtù su cui basate la vostra professione. Non appena questi principi vi sembrano solidi, il dovere che ne deriva deve per voi avere lo stesso valore come se effettivamente lo fossero: pertanto i miei dubbi sulla loro solidità non possono considerarsi offensivi nei vostri confronti. Tuttavia devo ammettere che, per quanto mi riguarda, alcuni di questi principi mi sembrerebbero frivoli; e se non ne accettassi altri, sentirei che, nel profondo del mio cuore, quelli che ho già adottato mi permetterebbero di affrontare con maggiore serenità le virtù difficili che essi sembrano impormi. È vero infatti che le stesse ragioni spesso hanno effetti diversi a seconda delle persone, e non si dovrebbe mai discutere di nulla!
Innanzitutto, l’amore per l’ordine, in quanto tale – poiché questo ordine mi è estraneo e non rappresenta un sentimento in grado di bilanciare in me quello del mio interesse personale – non potrebbe mai prevalere nel cuore umano sulle passioni; sarebbe come preferire ciò che mi è estraneo a ciò che fa parte di me stesso: un tale sentimento non rientra nella natura umana. Quanto all’amore per l’ordine di cui faccio parte, esso organizza tutto in relazione a me stesso; poiché io sono l’unico centro di questo ordine, sarebbe assurdo e contraddittorio se non mi spingesse a riferire tutte le cose al mio bene particolare. Ora, la virtù presuppone uno sforzo contro noi stessi, ed è proprio la difficoltà della vittoria a renderla meritevole; ma, in questa ipotesi, perché tale sforzo? Mancano completamente ogni ragione e ogni motivo per farlo. Pertanto, non esiste alcuna virtù possibile basata unicamente sull’amore per l’ordine.
Il sentimento interno è senza dubbio un motivo molto potente; ma le passioni e l’orgoglio lo alterano e lo soffocano fin da subito in quasi tutti i cuori. Di tutti i sentimenti che ci derivano da una coscienza retta, i due più forti e gli unici fondamenti di tutti gli altri sono quello della provvidenza e quello dell’immortalità dell’anima: quando questi due vengono distrutti, non vedo più nulla che possa rimanere. Finché il sentimento interno mi dice qualcosa, mi difende anche dal timore, nel caso avessi la sfortuna di essere scettico, di allarmare le persone a me care riguardo ai dubbi che potrei avere.
L’amore per se stesso è il più potente, e, a mio parere, l’unico motivo che spinge gli uomini ad agire. Ma come può la virtù, intesa in senso assoluto e come entità metafisica, fondarsi su questo amore? Questo è ciò che mi lascia perplesso. Il crimine, dite voi, è contrario a colui che lo commette; questo è sempre vero nei miei principi, ma spesso molto falso nei vostri. Bisogna quindi distinguere le tentazioni, le circostanze, la speranza – maggiore o minore – che si abbia che il crimine rimanga ignorato o impunito. In generale, il crimine ha come motivo l’evitare un grande male o l’ottenere un grande bene; spesso riesce nel suo scopo. Se questo sentimento non è naturale, quale altro potrebbe esserlo? Il crimine astuto gode, in questa vita, di tutti i vantaggi della fortuna, persino della gloria. La giustizia e i rimorsi non fanno qui che da vittime. Togliete la giustizia eterna e la possibilità che la mia esistenza si prolunghi oltre questa vita, e nella virtù non vedo altro che una follia a cui viene dato un bel nome. Per un materialista, l’amore per se stesso non è altro che l’amore per il proprio corpo. Eppure, quando Regolo andò a morire nei tormenti a Cartagine, per mantenere la sua fede, non vedo quale ruolo avesse in questo l’amore per il suo corpo.
Un’ulteriore considerazione conferma quelle precedenti: nel vostro sistema, il termine stesso di “virtù” non può avere alcun significato; è soltanto un suono che raggiunge le orecchie, e nient’altro. Infatti, in voi tutto è necessario; dove tutto è necessario, non esiste libertà; senza libertà, non c’è moralità nelle azioni; senza la moralità delle azioni, dove si trova la virtù? Per me, non la vedo affatto. Parlando del sentimento interno, avrei dovuto mettere al primo posto quello dell’autonomia della volontà; ma basta rimandarlo qui.
Queste ragioni vi sembreranno molto deboli; non ne dubito; ma a me sembrano forti; e questo basta per dimostrarvi che, se per caso diventassi vostro discepolo, le vostre lezioni non farebbero di me altro che un furfante. Ora, un uomo virtuoso come voi non vorrebbe certo dedicare i propri sforzi a far aumentare il numero dei furfanti nel mondo, perché credo che ce ne sia altrettanti quanti ipocriti, e che non sia affatto opportuno moltiplicarli.
Au reste je dois avouer que ma morale est bien moins sublime que la vôtre, et je sens que ce sera beaucoup même si elle me sauve de votre mépris. Je ne puis disconvenir que vos imputations d’hypocrisie ne portent un peu sur moi. Il est très vrai que sans être en tout du sentiment de nies frères, et sans déguiser le mien dans l’occasion, je m’accommode très bien du leur : d’accord avec eux sur les principes de nos devoirs, je ne dispute point sur le reste, qui me paraît très peu important. En attendant que nous sachions certainement qui de nous a raison, tant qu’ils me souffriront dans leur communion je continuerai d’y vivre avec un véritable attachement. La vérité pour nous est couverte d’un voile, mais la paix et l’union sont des biens certains.
Il résulte de toutes ces réflexions que nos façons de penser sont trop différentes pour que nous puissions nous entendre, et que par conséquent un plus long commerce entre nous ne peut qu’être sans fruit. Le temps est si court et nous en avons besoin pour tant de choses, qu’il ne faut pas l’employer inutilement. Je vous souhaite, monsieur, un bonheur solide, la paix de l’âme, qu’il me semble que vous n’avez pas, et je vous salue de tout mon coeur.
Lettre CDLVII– À M. le prince de Wirtemberg
11 mars 1764.
Qui, moi, des contes ? à mon âge et dans mon état ? Non, prince, je ne suis plus dans l’enfance, ou plutôt je n’y suis pas encore, et malheureusement je ne suis pas si gai dans mes maux que Scarron l’était dans les siens. Je dépéris tous les jours ; j’ai des comptes à rendre, et point de contes à faire. Ceci m’a bien l’air d’un bruit préliminaire répandu par quelqu’un qui veut m’honorer d’une gentillesse de sa façon. Divers auteurs, non contents d’attaquer mes sottises, se sont mis à m’imputer les leurs. Paris est inondé d’ouvrages qui portent mon nom, et dont on a soin de faire des chefs-d’oeuvre de bêtise, sans doute afin de mieux tromper les lecteurs. Vous n’imagineriez jamais quels coups détournés on porte à ma réputation, à mes moeurs, à mes principes. En voici un qui vous fera juger des autres.
Tous les amis de M. de Voltaire répandent à Paris qu’il s’intéresse tendrement à mon sort (et il est vrai qu’il s’y intéresse). Ils font entendre qu’il est avec moi dans la plus intime liaison. Sur ce bruit, une femme qui ne me connaît point me demande par écrit quelques éclaircissements sur la religion, et envoie sa lettre à M. de Voltaire, le priant de me la faire passer. M. de Voltaire garde la lettre qui m’est adressée, et renvoie à cette dame, comme en réponse, le Sermon des cinquante. Surprise d’un pareil envoi de ma part, cette femme m’écrit par une autre voie ; et voilà comment j’apprends ce qui s’est passé [833].
Vous êtes surpris que ma Lettre sur la Providence n’ait pas empêché Candide de naître ? C’est elle, au contraire, qui lui a donné naissance ; Candide en est la réponse. L’auteur m’en fit une de deux pages, dans laquelle il battait la campagne, et Candide parut dix mois après. Je voulais philosopher avec lui ; en réponse il m’a persiflé. Je lui ai écrit une fois que je le haïssais, et je lui en ai dit les raisons. Il ne m’a pas écrit la même chose. mais il me l’a vivement fait sentir. Je me venge en profitant des excellentes leçons qui sont dans ses ouvrages, et je le force à continuer de de faire du bien malgré lui.
Pardon, prince : voilà trop de jérémiades ; mais c’est un peu votre faute si je prends tant de plaisir à m’épancher avec vous. Que fait madame la princesse ? Daignez me parler quelquefois de son état Quand aurons-nous ce précieux enfant de l’amour qui sera l’élève de la vertu ? Que ne deviendra-il point sous de tels auspices ? De quelles fleurs charmantes, de quels fruits délicieux ne-couronnera-t-il point les liens de ses dignes parents ? Mais cependant quels nouveaux soins vous sont imposés ! Vos travaux vont redoubler ; y pourrez-vous suffire ? aurez-vous la force de persévérer jusqu’à la fin ? Pardon, monsieur le duc ; vos sentiments connus me sont garants de vos succès. Aussi mon inquiétude ne vient-elle pas de défiance, mais du vif intérêt que j’y prends.
Lettre CDLIX– À Milord Maréchal
25 mars 1764.
Enfin, Milord, j’ai reçu dans son temps, par M. Rougemont, votre lettre du 2 février, et c’est de toutes les réponses dont vous me parlez la seule qui me soit parvenue. J’y vois, par votre dégoût de l’Écosse, par l’incertitude du choix de votre demeure, qu’une partie de nos châteaux en Espagne est déjà détruite, et je crains bien que le progrès de mon dépérissement, qui rend chaque jour mon déplacement plus difficile, n’achève de renverser l’autre. Que le coeur de l’homme est inquiet ! Quand j’étais près de vous, je soupirais, pour y être plus à mon aise, après le séjour de l’Écosse ; et maintenant je donnerais tout au monde pour vous voir encore ici gouverneur de Neuchâtel. Mes voeux sont divers, mais leur objet est toujours le même. Revenez à Colombier, Milord, cultiver votre jardin, et faire du bien à des ingrats, même malgré eux ; peut-on terminer plus dignement sa carrière ? Cette exhortation de ma part est intéressée, j’en conviens ; mais, si elle offensait votre gloire, le coeur de votre enfant ne se la permettrait jamais.
J’ai beau vouloir me flatter, je vois, Milord, qu’il faut renoncer à vivre auprès de vous ; et malheureusement je n’en perdrai pas si facilement le besoin que l’espoir. La circonstance où vous m’avez accueilli m’a fait une impression que les jours passés avec vous ont rendue ineffaçable : il me semble que je ne puis plus être libre que sous vos yeux, ni valoir mon prix que dans votre estime. L’imagination du moins me rapprocherait, si je pouvais vous donner les bons moments qui me restent : mais vous m’avez refusé des mémoires sur votre illustre frère. Vous avez eu peur que je ne fisse le bel esprit, et que je ne gâtasse la sublime simplicité du probus vixit, fortis obiit. Ah, Milord ! fiez-vous à mon coeur ; il saura trouver un ton qui doit plaire au votre pour parler de ce qui vous appartient. Oui, je donnerais tout au monde pour que vous voulussiez me fournir des matériaux pour m’occuper de vous, de votre famille, pour pouvoir transmettre à la postérité quelque témoignage de mon attachement pour vous et de vos bontés pour moi. Si vous avez la complaisance de m’envoyer quelques mémoires, soyez persuadé que votre confiance ne sera point trompée : d’ailleurs vous serez le juge de mon travail : et comme je n’ai d’autre objet que de satisfaire un besoin qui me tourmente, si j’y parviens j’aurai fait ce que j’ai voulu. Vous déciderez du reste, et rien ne sera publié que de votre aveu. Pensez à cela, Milord, je vous conjure, et croyez que vous n’aurez pas peu fait pour le bonheur de ma vie, si vous me mettez à portée d’en consacrer le reste à m’occuper de vous[835].
Je suis touché de ce que vous avez écrit à M. le conseiller Rougemont au sujet de mon testament. Je compte, si je me remets un peu, l’aller voir cet été à Saint-Aubin pour en conférer avec lui. Je me détournerai pour passer à Colombier : j’y reverrai du moins ce jardin, ces allées, ces bords du lac où se sont faites de si douces promenades et où vous devriez venir les recommencer, pour réparer du moins, dans un climat qui vous est salutaire, l’altération que celui d’Édimbourg a faite à votre santé.
Vous me promettez, Milord, de me donner de vos nouvelles et de n’instruire de vos directions itinéraires : ne l’oublie pas, je vous en supplie. J’ai été cruellement tourmenté de ce long silence. Je ne craignais pas que vous m’eussiez oublié, mais je craignais pour vous la rigueur de l’hiver. L’été je craindrai la mer, les fatigues, les déplacements, et de ne savoir plus où vous écrire.
Lettre CDLXI– À Milord Maréchal
31 mars 1764.
Sur l’acquisition, Milord, que vous avez faite, et sur l’avis que vous m’en avez donné, la meilleure réponse que j’aie à vous faire est de vous transcrire ici ce que j’écris sur ce sujet à la personne que je prie de donner cours à cette lettre, en lui parlant des acclamations de vos bons compatriotes.
« Tous les plaisirs ont beau être pour les méchants, en voilà pourtant un que je leur défie de goûter. Il n’a rien eu de plus pressé que de me donner avis du changement de sa fortune :
Vous devinez aisément pourquoi. Félicitez-moi de tous mes malheurs, madame, ils m’ont donné pour ami Milord Maréchal. »
Moreover, I must admit that my morals are far less sublime than yours, and I feel that even if they save me from your contempt, it would still be far from enough. I cannot deny that your accusations of hypocrisy apply to some extent to me. It is true that, although I do not share in all their sentiments and do not conceal my own when appropriate, I get along very well with them: agreeing with them on the principles of our duties, I dispute nothing else, which seems to me of very little importance. Until we know for certain who among us is right, as long as they allow me to remain part of their community, I will continue to live there with genuine devotion. For us, the truth is veiled, but peace and unity are certain blessings.
From all these reflections, it follows that our ways of thinking are too different for us to understand each other, and therefore any further interaction between us can only be futile. Time is so short, and we have so much to do with it, that we must not waste it needlessly. I wish you, sir, a solid happiness and the peace of mind which, it seems to me, you lack. I greet you with all my heart.
Letter CDLVII – To His Highness the Prince of Württemberg
March 11, 1764.
“Who, me, telling tales? At my age and in my state? No, prince; I am no longer a child—or rather, I have not yet become one—and unfortunately, I am not so cheerful in my misfortunes as Scarron was in his own. I decline day by day; I have debts to repay, but no tales to tell. This seems rather like some preliminary ruse used by someone who wishes to honor me with a gesture of their own kind. Various authors, far from content with attacking my own foolishness, have begun attributing their own mistakes to me. Paris is flooded with works bearing my name, and they go to great lengths to turn them into masterpieces of stupidity—probably in order to deceive readers even more effectively. You could never imagine the underhanded attacks being directed at my reputation, my character, my principles. Here is one example that will give you some idea of the rest.”
All of Mr. de Voltaire’s friends in Paris are saying that he takes a great interest in my fate (and indeed he does). They claim that he is in very close contact with me. Upon hearing this, a woman who did not know me at all wrote to me asking for some clarifications regarding religion and sent her letter to Mr. de Voltaire, requesting him to pass it on to me. Mr. de Voltaire kept the letter addressed to me and, in response, sent this lady the “Sermon of the Fifty.” Surprised by such a reply from me, this woman wrote to me through another channel; and that is how I learned what had happened [833].
Are you surprised that my “Letter on Providence” did not prevent Candide from being born? On the contrary, it was precisely that letter which gave him life; Candide is its answer. The author wrote me a two-page response in which he launched into a lengthy argument, and ten months later, Candide appeared. I wanted to engage in philosophical discourse with him; in reply, he merely mocked me. Once I wrote to him expressing my hatred for him and stating the reasons for it; he did not write back in the same manner, but he made it very clear to me. I take my revenge by making use of the excellent lessons contained in his works, and I force him to continue doing good, even against his will.
Pardon, Prince; these complaints of mine are perhaps excessive—but it is partly your own fault that I take such pleasure in confiding in you. How is Princess Madame? Please tell me sometimes about her condition. When will we see that precious child of love, who will be the embodiment of virtue? What wonders may not be achieved under such auspices? With what lovely flowers and delicious fruits will he not adorn the bonds of his noble parents? Yet, what new responsibilities are imposed upon you! Your duties will surely multiply; will you be able to cope with them all? Will you have the strength to persevere until the end? Pardon, Duke; your well-known sentiments give me reason to believe in your success. Therefore, my concern arises not from doubt, but from my sincere interest in your welfare.
Letter CDLIX – To My Lord Marshal
March 25, 1764.
Finally, My Lord, I received from Mr. Rougemont your letter dated February 2nd in due course, and it is the only response you mentioned to me that has actually arrived. From its contents—your aversion toward Scotland and the uncertainty regarding your future residence—I infer that some of our castles in Spain must have already been destroyed. I fear that the progression of my own decline, which makes it increasingly difficult for me to travel, may soon lead to the complete destruction of those remaining. How restless the human heart truly is! When I was near you, I longed to return to Neuchâtel to live there more comfortably after my stay in Scotland; now, I would give anything to see you once again governing that province. My wishes vary, but their purpose remains the same: please return to Colombier, My Lord, to tend to your garden and do good to those who are ungrateful—even if it means against their will. Could one possibly conclude one’s life in a more honorable manner? I admit that this plea of mine is motivated by self-interest; yet, were it to offend your glory, the heart of your child would never permit such a thing.
No matter how much I wish to flatter myself, my Lord, I realize that I must give up living at your side; yet unfortunately, I will not lose the desire to do so as easily as I would lose the hope. The circumstances in which you took me in have left such an impression upon me that the days spent with you seem indelible. It seems to me that I can only be truly free in your presence, and that my worth is only appreciated in your regard. At least, if I were able to offer you the pleasant moments that remain in my life, it would bring us closer together; but you have refused to allow me access to any records concerning your illustrious brother. You feared that I might distort the simple and noble spirit embodied in the phrase “probus vixit, fortis obiit.” Ah, my Lord! Trust my heart; it will find the right words to speak of what belongs to you. Yes, I would give anything to have you provide me with materials that would allow me to write about you and your family, so that future generations might know of my devotion to you and of your kindness toward me. If you would kindly send me some such records, be assured that your trust will not be betrayed. After all, you will be the judge of my work; and since my only goal is to satisfy a longing that plagues me, if I succeed in doing so, I will have achieved what I desired. You shall decide ultimately, and nothing will be published without your permission. Please consider this, my Lord—I implore you to do so. Believe me, you would do much for the happiness of my life if you allowed me to devote the rest of it to serving you[835].
I am touched by what you have written to Mr. Rougemont regarding my will. I intend, if I recover somewhat, to visit him in Saint-Aubin this summer to discuss it with him. I will make a detour to pass through Colombier; at least there, I can revisit that garden, those walks, those lakesides where we used to take such pleasant strolls. You should come and join me there too, so as to restore, in a climate that is beneficial to you, the harm that Edinburgh’s weather has done to your health.
You promise me, my Lord, to keep me informed about your whereabouts and to let me know the directions of your travels—do not forget, I beg you. This long silence has caused me immense suffering. I did not fear that you had forgotten me, but I was worried about the harshness of winter for you. In the summer, I will worry about the sea, the hardships, the constant travel, and the uncertainty of where to send you letters.
Letter CDLXI – To My Lord Marshal
March 31, 1764.
Regarding the acquisition you made, Milord, and based on the information you provided to me, the best response I can offer is to transcribe here what I am writing on this subject to the person I have asked to deliver this letter to, informing them of the praises extended by your good fellow countrymen.
“Though all pleasures seem to belong to the wicked, there is one that I defy them even to attempt. He couldn’t have waited any longer to inform me of the change in his fortune, ”
You can easily guess why. Congratulations on all my misfortunes, madam—they have granted me Lord Marshal as a friend.
Del resto, devo ammettere che la mia morale è molto meno sublime della vostra, e sento che anche se mi salvasse dal vostro disprezzo, questo non significherebbe nulla per me. Non posso negare che le vostre accuse di ipocrisia abbiano un certo fondamento riguardo a me. È vero che, senza condividere completamente i sentimenti dei miei fratelli e senza nascondere i miei propri in alcune circostanze, mi adatto molto bene ai loro: concordo con loro sui principi dei nostri doveri, ma non discuto su ciò che ritengo di scarsa importanza. Finché non sapremo con certezza chi di noi abbia ragione, continuerò a vivere nella loro comunità con vera devozione. La verità è avvolta in un velo per noi, ma la pace e l’unità sono beni certi.
Il risultato di tutte queste riflessioni è che i nostri modi di pensare sono troppo diversi perché possiamo capirci a vicenda, e quindi un ulteriore scambio tra di noi non può che risultare infruttuoso. Il tempo è così breve e abbiamo bisogno di esso per tante cose, che non dobbiamo sprecarlo inutilmente. Vi auguro, signore, una felicità solida, la pace dell’anima, che, a mio parere, voi non possedete, e vi saluto con tutto il mio cuore.
Lettera CDLVII – Al signor principe di Württemberg
11 marzo 1764.
Qui, io, racconti? A quest’età e in questo stato? No, principe: non sono più un bambino, o meglio, non lo sono ancora. E purtroppo, non sono affatto così sereno di fronte alle mie sfortune come lo era Scarron alle sue. Muoio ogni giorno; ho delle responsabilità da assolvere, ma nessun racconto da inventare. Tutto questo sembra piuttosto un preludio a qualche gesto gentile da parte di qualcuno che vuole onorarmi con la sua cortesia. Ma diversi autori, non contenti di attaccare le mie sciocchezze, hanno iniziato ad attribuirmi anche le loro. Parigi è invasa da opere che portano il mio nome, e che vengono presentate come veri capolavori di stupidità, probabilmente per ingannare ancora di più i lettori. Non potreste mai immaginare quali colpi subdoli vengano inflitti alla mia reputazione, ai miei costumi, ai miei principi. Ecco un esempio che vi farà capire il resto.
Tutti gli amici di Monsieur de Voltaire diffondono a Parigi che egli si preoccupa con affetto del mio destino (e in effetti lo fa davvero). Dicono anche che sia in stretta relazione con me. A causa di queste voci, una donna che non mi conosce mi chiede per iscritto alcune spiegazioni riguardo alla religione e invia la sua lettera a Monsieur de Voltaire, pregandolo di farla arrivare a me. Monsieur de Voltaire conserva la lettera indirizzata a me e risponde a quella signora con il “Sermone dei cinquanta”. Sorpresa da tale risposta da parte mia, questa donna mi scrive nuovamente; ed è così che vengo a conoscenza di ciò che è accaduto [833].
Siete sorpresi che la mia “Lettera sulla Provvidenza” non abbia impedito a Candide di nascere? È proprio essa, al contrario, che lo ha fatto nascere; Candide ne è la risposta. L’autore mi scrisse una lettera di due pagine in cui esprimeva le sue opinioni, e dieci mesi dopo apparve Candide. Volevo discutere filosoficamente con lui; in risposta, si limitò a prendermi in giro. Gli scrissi una volta che lo odiavo, e gli spiegai i motivi di questo sentimento. Lui non mi scrisse nulla del genere, ma me lo fece capire chiaramente. Mi vendico ora sfruttando le eccellenti lezioni contenute nei suoi scritti, costringendolo così a continuare a compiere il bene, anche se contro la sua volontà.
Perdonatemi, principe: queste lamentele sono davvero eccessive. Ma in parte è anche colpa vostra se trovo tanto piacere nel confidarmi con voi. Che cosa fa la principessa? Vi prego, parlatemi qualche volta della sua salute. Quando avremo finalmente quel prezioso bambino dell’amore che diventerà allievo della virtù? Che futuro meraviglioso lo aspetta! Di quali fiori incantevoli, di quali frutti deliziosi non coronerà i legami dei suoi nobili genitori? Eppure, quali nuove responsabilità vi vengono imposte! I vostri impegni aumenteranno; riuscirete a farvi fronte? Avrete la forza di perseverare fino alla fine? Perdonatemi, signor duca: i vostri sentimenti sono noti a tutti, e questo mi garantisce il vostro successo. Quindi la mia preoccupazione non deriva dalla diffidenza, ma dal sincero interesse che provo per voi.
Lettera CDLIX – A Sua Signoria il Maresciallo
25 marzo 1764.
Finalmente, Milord, ho ricevuto in tempo, tramite il signor Rougemont, la vostra lettera del 2 febbraio; è l’unica risposta di cui mi parlate ad essere arrivata fino a me. Dal vostro disgusto per l’Ecosca e dall’incertezza riguardo alla scelta della vostra residenza, deduco che una parte dei nostri castelli in Spagna sia già stata distrutta; temo che il progredire del mio declino, che rende ogni giorno più difficile il mio spostamento, possa portare al loro completo rovino. Che cuore inquieto è quello dell’uomo! Quando ero vicino a voi, desideravo ardentemente tornare in Scozia per trovarvi lì; e ora darei tutto al mondo pur di vedervi ancora qui, come governatore di Neuchâtel. I miei desideri sono diversi, ma il loro scopo rimane sempre lo stesso: tornate a Colombier, Milord, coltivate il vostro giardino e fate del bene anche verso coloro che vi sono ingrati. C’è modo più nobile di concludere la propria vita? Ammetto che questa mia esortazione sia motivata da interessi personali; ma se dovesse offendere la vostra gloria, il cuore di vostro figlio non lo permetterebbe mai.
Per quanto io desideri lusingarmi, Milord, vedo chiaramente che devo rinunciare all’idea di vivere al vostro fianco; purtroppo, però, non perderò facilmente il bisogno di farlo, così come non perderò la speranza di poterlo fare ancora. L’occasione in cui mi avete accolto ha lasciato in me un’impressione tale che i giorni trascorsi con voi sembrano ormai indelibili: mi pare di non poter essere veramente libera se non sotto i vostri occhi, né di poter valere qualcosa se non nella vostra stima. Almeno la mia immaginazione potrebbe avvicinarmi a voi, se solo potessi offrirvi quei momenti felici che mi restano. Ma mi avete rifiutato i documenti riguardanti vostro illustre fratello. Avete temuto che io potessi esagerare nel descrivere le sue qualità e rovinare così la sublime semplicità del detto “Il buon uomo visse, il nobile morì”. Ah, Milord, affidatevi al mio cuore: saprà trovare il tono giusto per parlare di ciò che vi appartiene. Sì, darei tutto al mondo pur di potervi fornire materiale su di voi e sulla vostra famiglia, affinché io possa tramandare alla posterità un testimonianza del mio attaccamento verso di voi e delle vostre bontà nei miei confronti. Se avrete la gentilezza di inviarmi alcuni di questi documenti, sappiate che la vostra fiducia non verrà tradita. In ogni caso, sarete voi stesso a giudicare il mio lavoro; e poiché l’unico mio scopo è soddisfare un desiderio che mi tormenta, se ci riuscirò, avrò ottenuto esattamente ciò che volevo. Voi deciderete del resto. E nulla verrà pubblicato senza la vostra autorizzazione. Pensateci, Milord. Vi supplico. Credetemi: non fareste certo poco per il felicità della mia vita, se mi permetteste di dedicarne il resto a parlare di voi[835].
Sono commosso da ciò che avete scritto al signor consigliere Rougemont riguardo al mio testamento. Intendo, se mi riprenderò un po’, andarlo a trovare quest’estate a Saint-Aubin per discuterne con lui. Farò una deviazione per passare da Colombier: lì rivedrò almeno quel giardino, quei viali, quelle rive del lago dove abbiamo fatto tante dolci passeggiate. E dovreste venire anche voi a riprovarle, almeno per recuperare, in un clima che vi è salutare, il danno che il clima di Edimburgo ha arrecato alla vostra salute.
Mi promettete, Milord, di farmi sapere notizie di voi e di comunicarmi le vostre intenzioni riguardo ai vostri spostamenti: non dimenticatelo, vi prego. Questo lungo silenzio mi ha causato indicibili sofferenze. Non temevo che mi aveste dimenticato, ma temevo per voi le rigori dell’inverno. In estate, temerò il mare, le fatiche, i viaggi, e di non sapere più dove scrivervi.
Lettera CDLXI – A Sua Signoria il Maresciallo
31 marzo 1764.
Riguardo all’acquisto che avete effettuato, Milord, e in base al parere che mi avete espresso, la migliore risposta che posso darvi è trascrivervi qui ciò che sto scrivendo sull’argomento alla persona a cui chiedo di far avere questa lettera, raccontandole delle acclamazioni dei vostri buoni connazionali.
“Anche se tutti i piaceri appartengono ai malvagi, c’è uno che li sfido a provare. Non ha fatto altro che comunicarmi immediatamente il cambiamento della sua fortuna, ”
Potete facilmente indovinare il motivo. Congratulatemi per tutte le mie sfortune, signora: mi hanno fatto conoscere Lord Marshall come mio amico.
Sur nos offres, qui regardent mademoiselle Le Vasseur et moi, je commencerai, Milord, par vous dire que, loin de mettre de l’amour-propre à me refuser à vos dons, j’en mettrais un très noble à les recevoir. Ainsi là-dessus point de dispute ; les preuves que vous vous intéressez à moi, de quelque genre qu’elles puissent être, sont plus propres à m’enorgueillir qu’à m’humilier, et je ne m’y refuserai jamais ; soit dit une fois pour toutes.
Mais j’ai du pain quant à présent ; et, au moyen des arrangements que je médite, j’en aurai pour le reste de mes jours. Que me servirait le surplus ? Rien ne me manque de ce que je désire et qu’on peut avoir avec de l’argent. Milord, il faut préférer ceux qui ont besoin a ceux qui n’ont pas besoin, et je suis dans ce dernier cas. D’ailleurs, je n’aime point qu’on me parle de testaments. Je ne voudrais pas être, moi le sachant, dans celui d’un indifférent : jugez si je voudrais me savoir dans le vôtre.
Vous savez, Milord, que mademoiselle Le Vasseur a une petite pension de mon libraire avec laquelle elle peut vivre quand elle ne m’aura plus. Cependant j’avoue que le bien que vous voulez lui faire m’est plus précieux que s’il me regardait directement, et je suis extrêmement touché de ce moyen trouvé par votre coeur de contenter la bienveillance dont vous m’honorez. Mais s’il se pouvait que vous lui assignassiez plutôt la rente de la somme que la somme même, cela m’éviterait l’embarras de chercher à la placer, sorte d’affaire où je n’entends rien.
J’espère, Milord, que vous aurez reçu ma précédente lettre. M’accorderez-vous des mémoires ? Pourrai-je écrire l’histoire de votre maison ?Pourrai-je donner quelques éloges à ces bons Écossais à qui vous êtes si cher, et qui par-là me sont chers aussi ?
Lettre CDLXIII– À M. A
Môtiers-Travers, le 7 avril 1764.
L’état où j’étais, monsieur, au moment où votre lettre me parvint, m’a empêché de vous en accuser plus tôt la réception, et de vous remercier comme je fais aujourd’hui du plaisir que m’a fait ce témoignage de votre souvenir. J’en suis plus touché que surpris ; et j’ai toujours bien cru que l’amitié dont vous m’honoriez dans mes jours prospères ne se refroidirait ni par mes disgrâces ni par mon exil. De mon côté, sans avoir avec vous des relations suivies, je n’ai point cessé, monsieur, de prendre intérêt aux changements agréables que vous avez éprouvés depuis nos anciennes liaisons. Je ne doute point que vous ne soyez aussi bon mari et aussi digne père de famille que vous étiez homme aimable étant garçon, que vous ne vous appliquiez à donner à vos enfants une éducation raisonnable et vertueuse, et que vous ne fassiez le bonheur d’une femme de mérite qui doit faire le vôtre. Toutes ces idées, fruits de L’estime qui vous est due, me rendent la vôtre plus précieuse.
Je voudrais vous rendre compte de moi pour répondre à l’intérêt que vous daignez y prendre : mais que vous dirais-je ? Je ne fus jamais bien grand-chose ; maintenant je ne suis plus rien ; je me regarde comme ne vivant déjà plus. Ma pauvre machine délabrée me laissera jusqu’au bout, j’espère, une âme saine quant aux sentiments et à la volonté ; mais, du côté de l’entendement et des idées, je suis aussi malade de l’esprit que du corps. Peut-être est-ce un avantage pour ma situation. Mes maux me rendent mes malheurs peu sensibles. Le coeur se tourmente moins quand le corps souffre, et la nature me donne tant d’affaires que l’injustice des hommes ne me touche plus. Le remède est cruel, je l’avoue ; mais enfin c’en est un pour moi : car les plus vives douleurs me laissent toujours quelque relâche, au lieu que les grandes afflictions ne m’en laissent point. Il est donc bon que je souffre et que je dépérisse pour être moins attristé ; et j’aimerais mieux être Scarron malade que Timon en santé. Mais si je suis désormais peu sensible aux peines, je le suis encore aux consolations ; et c’en sera toujours une pour moi d’apprendre que vous vous portez bien, que vous êtes heureux, et que vous continuez de m’aimer. Je vous salue, monsieur, et vous embrasse de tout mon coeur.
Lettre CDLXV– À M. le maréchal de Luxembourg
Môtiers, le 21 avril 1764.
Je suis alarmé, monsieur le maréchal, d’apprendre à l’instant que vous n’êtes pas allé ce printemps à Montmorency. Je crains que la suite d’une indisposition, qu’on m’avait décrite comme légère, et dont je vous croyais rétabli, n’ait mis obstacle à ce voyage. Permettez que je vous supplie de me faire écrire un mot sur votre état présent. Je sais qu’il faudrait toujours savoir se retirer avant que d’être importun, et qu’on y est obligé, du moins quand on sent qu’on l’est devenu. Mais, monsieur le maréchal, comme les sentiments que vous daignâtes cultiver ne peuvent sortir de mon coeur, je ne puis perdre non plus les inquiétudes qui en sont inséparables. Je serai discret désormais sur tout autre article ; mais je ne puis me résoudre à l’être, quand je suis en peine de votre santé.
Lettre CDLXVII– À Madame La Tour
À Môtiers, le 28 avril 1764.
Tant que ma situation ne changera pas, j’aurai, chère Marianne, avec le chagrin de ne pouvoir nous écrire que des lettres rares et courtes, celui de sentir que vous imputez toujours en vous-même mon malheur à main aise volonté ; car je sais qu’il n’est pas dans le coeur humain de se mettre à la place des autres dans les choses qu’on exige d’eux. Au reste, un article de vos lettres, auquel je ne répondrais pas quand j’aurais le temps et la santé qui me manquent, est celui des louanges. Le silence est la seule bonne réponse que je sache faire à cet article-là.
Les pièces de mes écrits que vous avez in-12, et que vous me demandez in-8°, ont, pour la plupart, été imprimées, dans ce dernier format, chez Pissot, quai de Conti, à la descente du Pont-Neuf ; le Discours sur l’économie politique a aussi été imprimé in-8° à Genève, chez Duvillard. Je n’ai aucune de ces pièces détachées de l’unique exemplaire que je me suis réservé de mes écrits, et je n’ai plus aucune relation avec les libraires qui les ont imprimées. Cependant, ne vous mettez pas en quête de ces pièces de six semaines d’ici ; car j’espère, avant ce terme, pouvoir vous les procurer toutes d’une bonne édition, et cela sans embarras. Voilà, chère Marianne, ce que j’ai quant à présent à vous répondre sur les éclaircissements que vous m’avez demandés. J’attends maintenant la question que vous avez à me faire ; j’espère qu’elle n’a nul traita mon sincère attachement pour vous ; car, quelque mécontente que vous soyez de ma correspondance, je ne vous pardonnerais pas de rien mettre en doute qui pût se rapporter à cet objet-là.
Lettre CDLXIX– À Mademoiselle D. M
Le 7 mai 1764.
Je ne prends pas le change, Henriette, sur l’objet de votre lettre, non plus que sur votre date de Paris[840]. Vous recherchez moins mon avis sur le parti que vous avez à prendre que mon approbation pour celui que vous avez pris. Sur chacune de vos lignes je vois ces mots écrits en gros caractères : Voyons si vous aurez le front de condamner à ne plus penser ni lire quelqu’un qui pense et écrit ainsi. Cette interprétation n’est assurément pas un reproche, et je ne puis que vous savoir gré de me mettre au nombre de ceux dont les jugements vous importent. Mais en me flattant vous n’exigez pas, je crois, que je vous flatte ; et vous déguiser mon sentiment, quand il y va du bonheur de votre vie, serait mal répondre à l’honneur que vous m’avez fait.
Commençons par écarter les délibérations inutiles. Il ne s’agit plus de vous réduire à coudre et broder. Henriette, on ne quitte pas sa tête comme un bonnet, et l’on ne revient pas plus à la simplicité qu’à l’enfance ; l’esprit une fois en effervescence y reste toujours, et quiconque a pensé pensera toute sa vie. C’est là le plus grand malheur de l’état de réflexion : plus on en sent les maux, plus on les augmente ; et tous nos efforts pour en sortir ne font que nous y embourber plus profondément.
Ne parlons donc pas de changer d’état, mais du parti que vous pouvez tirer du vôtre. Cet état est malheureux, il doit toujours l’être. Vos maux sont grands et sans remède ; vous les sentez, vous en gémissez ; et, pour les rendre supportables, vous cherchez du moins un palliatif. N’est-ce pas là l’objet que vous vous proposez dans vos plans d’études et d’occupations ?
Regarding the offers made to both mademoiselle Le Vasseur and myself, I would like to begin by telling you, Milord, that far from being offended if you refuse to grant me these gifts, I would consider it a great honor to receive them. Therefore, there is no need for any dispute on this matter; any evidence that you have an interest in me, whatever form it may take, would bring me pride rather than humiliation, and I will never refuse it—let this be clear once and for all.
But for now, I have enough bread; and with the arrangements I am contemplating, I will have enough for the rest of my life. What use would it be to me to have more? Nothing is lacking to me of what I desire and that can be obtained with money. My lord, one should prefer those in need to those who are not in need, and I belong to the latter category. Moreover, I do not like to hear talk about wills. I would not want, knowing it myself, to be included in the will of someone indifferent; so consider whether I would wish to be included in yours.
You know, My Lord, that Mademoiselle Le Vasseur receives a small pension from my bookseller, which allows her to live on after I am no longer here. However, I must admit that the kindness you wish to show her is even more precious to me than if it were directed directly at me. I am deeply moved by the way your heart has found to fulfill the generosity you are showing me. But if it were possible for you to assign her the income generated by that sum rather than the sum itself, it would save me the embarrassment of having to find a way to invest it—a matter in which I know nothing at all.
I hope, My Lord, that you have received my previous letter. Will you grant me permission to write a memoir? May I narrate the history of your family? And may I offer some praise for these good Scots who are so dear to you—and therefore also dear to me?
Letter CDLXIII – To Mr. A
Môtiers-Travers, April 7, 1764.
The state I was in when your letter reached me, sir, prevented me from informing you of its receipt sooner and thanking you for the pleasure it brought me—this testimony to your memory. I am more moved than surprised by it; I had always believed that the friendship you showed me in my prosperous times would not wane either through my misfortunes or my exile. On my part, although we have not maintained regular contact, I have never ceased to follow with interest the pleasant changes you have experienced since our last correspondence. I have no doubt that you are as good a husband and a worthy father as you were an amiable young man; that you devote yourself to providing your children with a reasonable and virtuous education; and that you bring happiness to a worthy woman who, in turn, must bring happiness to you. All these thoughts, born out of the respect I hold for you, make your friendship even more precious to me.
I would like to tell you something about myself in order to respond to the interest you have taken in me—but what could I say? I was never anything special; now I am nothing at all; I consider myself as if I no longer lived. My poor, deteriorating body will, I hope, retain a healthy soul in terms of feelings and willpower until the end. But as for my mind and my thoughts, I am just as mentally ill as physically. Perhaps this is even an advantage in my situation. My suffering makes me less sensitive to my misfortunes. The heart suffers less when the body endures pain, and nature provides me with so much to occupy my time that the injustices of men no longer affect me. The remedy is cruel, I admit it—but after all, it is a remedy for me. For even the most intense pains still allow some respite, whereas great afflictions leave me without any relief at all. It is therefore good that I suffer and decline in health, for this helps to reduce my sorrow. I would rather be the sick Scarron than the healthy Timon. But if I am now less sensitive to pain, I am still sensitive to consolation; and learning that you are well, that you are happy, and that you continue to love me will always bring me some comfort. I salute you, sir, and embrace you with all my heart.
Letter CDLXV – To Mr. Marshal of Luxembourg
Môtiers, April 21, 1764.
I am alarmed, Monsieur le Maréchal, to learn at this very moment that you did not go to Montmorency this spring. I fear that some lingering illness, which was described to me as minor and for which I assumed you had fully recovered, may have prevented you from making that journey. Allow me to beg you to write to me and let me know how you are currently doing. I understand that one must always know when it is time to withdraw oneself before becoming a burden to others—especially when one realizes that they have become such. But, Monsieur le Maréchal, since the feelings I hold for you arise solely from my heart, I cannot cease to worry about you. In all other matters, I will be discreet; but when it comes to your health, I simply cannot bear to remain silent.
Letter CDLXVII – To Madame La Tour
At Môtiers, on April 28, 1764.
So long as my situation does not change, dear Marianne, I will continue to suffer from the sadness of being able to write to you only infrequently and briefly. I also feel that you readily attribute my misfortune to your own willful actions; for I know that it is not within human nature to put oneself in another person’s place when demanding something of them. Moreover, one of the aspects of your letters that I would not respond to, if I had the time and health I lack, is when you praise me. Silence is the only appropriate response I know how to give to such compliments.
The chapters of my writings that you have requested in 12mo format and that you now ask me to provide in 8vo format were, for the most part, printed in that latter format by Pissot, located on the Quai de Conti, downriver from the Pont-Neuf; moreover, “The Discourse on Political Economy” was also printed in 8vo format in Geneva by Duvillard. I no longer possess any of these separate chapters; they were all taken from the only copy of my writings that I have kept for myself. Moreover, I have lost all contact with the booksellers who published them. However, please do not go looking for them for another six weeks, for I hope to be able to provide you with all of them in a good edition without any difficulties by then. This, dear Marianne, is what I have to tell you regarding the clarifications you requested. I am now awaiting the question you wish to ask me; I hope it has nothing to do with my sincere affection for you, for, no matter how dissatisfied you may be with our correspondence, I would never forgive you for doubting anything that relates to this subject.
Letter CDLXIX – To Miss D. M
May 7, 1764.
I do not wish to discuss the subject of your letter, Henriette, nor the date of your visit to Paris[840]. What you seek is not so much my opinion on the decision you have made as my approval of it. In every line of your letter, these words seem to be written in bold: “Let us see whether you will have the audacity to condemn someone who thinks and writes in this way from further thinking or reading.” This interpretation is certainly not meant as a reproach, and I am only grateful that you consider my judgment to be of any importance to you. But by flattering me, you do not, I believe, expect me to flatter you in return; and to conceal my true feelings when it comes to the happiness of your life would be a poor return for the honor you have shown me.
Let us begin by discarding unnecessary deliberations. It is no longer about reducing you to mere sewing and embroidery. Henriette, one does not cast off their intellect as one would a hat, nor do we return to simplicity as if returning to childhood; once the mind begins to stir, it remains so forever, and anyone who has thought will continue to think for the rest of their life. This is the greatest tragedy of the state of reflection: the more we become aware of its evils, the more we exacerbate them; and all our efforts to escape it only lead us to sink deeper into it.
Let us not speak of changing one’s state, but rather of the advantage that one can derive from one’s current state. This state is unfortunate; it always must be so. Your troubles are great and without remedy; you feel them, you lament them; and in order to make them more bearable, you at least seek some palliative measures. Is not this precisely the goal you pursue through your plans of study and activities?
Per quanto riguarda le nostre offerte, che riguardano sia mademoiselle Le Vasseur che me, vorrei innanzitutto dirvi, Milord, che lontanamente dall’essere motivata dall’orgoglio a rifiutare i vostri doni, ne sarei molto onorata ad accettarli. Quindi, su questo punto non ci sono dubbi: le prove del vostro interesse per me, qualunque esse siano, sono più proprie a rendermi orgogliosa che umiliata, e io non mi rifiuterò mai di accettarle; lo dichiaro una volta per tutte.
Ma per il momento ho del pane; e, grazie ai piani che sto elaborando, ne avrò per il resto dei miei giorni. A cosa mi servirebbe un surplus? Non mi manca nulla di ciò che desidero e che si possa ottenere con denaro. Milord, bisogna preferire coloro che hanno bisogno a coloro che non ne hanno; io appartengo alla seconda categoria. Inoltre, non mi piace affatto che si parli di testamenti. Non vorrei trovarmi, essendone a conoscenza, nel testamento di qualcuno che non mi riguarda; pensate un po’ se vorrei trovarmi nel vostro.
Sapete, Milord, che mademoiselle Le Vasseur riceve una piccola pensione dal mio libraio, con cui può vivere quando non sarà più con me. Tuttavia devo ammettere che il bene che volete farle mi è ancora più prezioso di se venisse direttamente a me; sono profondamente commosso da questo modo trovato dal vostro cuore per soddisfare la gentilezza di cui mi onorate. Ma se fosse possibile che le assegnaste piuttosto il reddito derivante da quella somma, invece della somma stessa, questo mi eviterebbe l’imbarazzo di dover cercare di investirla, un’operazione di cui non comprendo nulla.
Spero, Milord, che abbiate ricevuto la mia precedente lettera. Mi concederete l’autorizzazione di scrivere delle memorie? Potrò raccontare la storia della vostra famiglia? Potrò lodare questi bravi scozzesi, a cui siete così caro e che, per questo motivo, lo sono anche per me?
Lettera CDLXIII – A Monsieur A
Môtiers-Travers, 7 aprile 1764.
Signore, lo stato in cui mi trovavo al momento dell’arrivo della sua lettera mi ha impedito di ringraziarla tempestivamente e di farlo come faccio oggi per il piacere che questo segno del suo ricordo mi ha procurato. Sono più commosso che sorpreso; ho sempre creduto fermamente che l’amicizia che mi dimostrava nei miei giorni di fortuna non si sarebbe raffreddata né a causa delle mie sfortune né a causa del mio esilio. Da parte mia, anche se non avevo con lei rapporti continui, non ho mai smesso di seguire con interesse i positivi cambiamenti che ha vissuto da quando ci eravamo persi di vista. Non dubito affatto che sia un buon marito e un degno padre di famiglia, proprio come era un uomo amabile da giovane; che si dedichi a fornire ai suoi figli un’educazione saggia e virtuosa, e che renda felice una donna meritevole che sicuramente renderà felice anche lui. Tutti questi pensieri, frutto dell’ammirazione che provo per lei, fanno sì che il suo affetto sia ancora più prezioso per me.
Vorrei raccontarvi di me per rispondere all’interesse che avete voluto dimostrarmi; ma cosa potrei dirvi? Non sono mai stato nulla di particolare; ora non sono più nulla; mi considero ormai come se non vivessi più. La mia povera, decaduta condizione fisica, spero, mi lascerà fino alla fine un’anima sana per quanto riguarda i sentimenti e la volontà; ma dal punto di vista dell’intelligenza e delle idee, sono altrettanto malato nello spirito che nel corpo. Forse questo rappresenta un vantaggio nella mia situazione. I miei mali rendono i miei dolori meno sensibili. Il cuore soffre meno quando il corpo patisce, e la natura mi offre così tante cose da occupare la mente che l’ingiustizia degli uomini non riesce più a colpirmi. Il rimedio è crudele, lo ammetto; ma dopotutto è un rimedio per me. Poiché i dolori più intensi lasciano sempre un po’ di sollievo, al contrario delle grandi afflizioni che non mi danno alcun riposo. Quindi è bene che soffra e che decadga, così da essere meno addolorato. Preferirei essere Scarron malato piuttosto che Timone in salute. Ma se ora sono poco sensibile alle sofferenze, lo sono ancora di più alle consolazioni. E sarà sempre una consolazione per me sapere che vi sentite bene, che siete felici e che continuate ad amarmi. Vi saluto, signore, e vi abbraccio con tutto il mio cuore.
Lettera CDLXV – A Sua Eccellenza il Maresciallo di Lussemburgo
Môtiers, 21 aprile 1764.
Sono preoccupato, signor maresciallo, di apprendere in questo momento che quest’estate non siete andato a Montmorency. Temo che una malattia, descritta come lieve e dalla quale credevo foste guarito, abbia ostacolato questo viaggio. Permettetemi di supplicarvi di scrivermi qualcosa riguardo al vostro attuale stato di salute. So bene che è sempre necessario sapere quando ritirarsi per non essere invadenti, e che ciò è particolarmente obbligatorio quando si percepisce di esserlo diventati. Ma, signor maresciallo, poiché i sentimenti che avete avuto la bontà di nutrire provengono dal mio cuore, non posso nemmeno smettere di essere preoccupato per voi. D’ora in poi sarò discreto su ogni altro argomento; ma quando si tratta della vostra salute, non riesco proprio a trattenermi.
Lettera CDLXVII – A Madame La Tour
A Môtiers, il 28 aprile 1764.
Finché la mia situazione non cambierà, cara Marianne, avrò il dolore di dovervi scrivere solo lettere rare e brevi, e il dolore anche di sentire che voi attribuite sempre facilmente e volontariamente la mia sfortuna a voi stessa; perché so che non è nella natura umana mettersi nei panni degli altri quando si chiedono loro qualcosa. Del resto, un passaggio delle vostre lettere a cui non risponderei nemmeno se avessi il tempo e la salute di cui mi mancano, è quello riguardante i complimenti. Il silenzio è l’unica buona risposta che so dare a quel genere di richieste.
Le parti delle mie opere che avete richiesto in formato in-12 e che ora desiderate in formato in-8° sono state per lo più stampate in questo ultimo formato da Pissot, situato sul quai de Conti, alla discesa del Pont-Neuf; anche il “Discorso sull’economia politica” è stato stampato in formato in-8° a Ginevra, presso Duvillard. Non possiedo nessuna di queste copie, poiché mi sono riservato l’unico esemplare delle mie opere, e non ho più alcun contatto con i librai che le hanno stampate. Tuttavia, non vi affrettate a cercarle: spero di potervele fornire tutte entro sei settimane, in una buona edizione e senza alcun problema. Ecco, cara Marianne, ciò che ho da rispondere per il momento alle vostre domande. Ora aspetto la domanda che desiderate pormi; spero che non riguardi in alcun modo il mio sincero affetto per voi. Poiché, per quanto possiate essere insoddisfatta della mia corrispondenza, non vi perdonerei mai se metteste in dubbio qualcosa che riguardi questo argomento.
Lettera CDLXIX – A Mademoiselle D. M
Il 7 maggio 1764.
Non mi offendo, Henriette, né per l’argomento della vostra lettera né per la data del vostro soggiorno a Parigi[840]. Non cercate tanto il mio parere su quale decisione prendere, quanto la mia approvazione per quella che avete già preso. In ogni riga della vostra lettera leggo chiaramente queste parole: “Vediamo se avrete il coraggio di condannare qualcuno che pensa e scrive in questo modo a non pensare più né leggere”. Quest’interpretazione certamente non è un rimprovero, e non posso fare altro che ringraziarvi per avermi incluso tra coloro i cui giudizi vi interessano. Tuttavia, nel lusingarmi, non credo che esigiate che io vi lusinghi a mia volta; e nascondere il mio vero sentimento, quando si tratta del vostro benessere, significherebbe mancare di rispetto all’onore che mi avete fatto.
Iniziamo eliminando tutte le deliberazioni inutili. Non si tratta più di ridurvi a cucire e ricamare. Henriette, non si abbandona la propria mente come si getta via un cappello, né ci si ritorna alla semplicità dell’infanzia; l’intelligenza, una volta stimolata, rimane sempre attiva, e chi ha mai pensato continuerà a farlo per tutta la vita. Questo rappresenta il più grande male dello stato di riflessione: più ne si percepiscono i danni, più li si amplificano; e tutti i nostri sforzi per uscirne non fanno altro che trascinarci ancora più in profondità in esso.
Quindi, non parliamo di cambiare stato, ma di ciò che si può trarre dal proprio attuale stato. Questo stato è infelice, e deve necessariamente rimanerlo. I vostri mali sono grandi e senza rimedio; li sentite, ne soffrite. E, per renderli sopportabili, cercate almeno un palliativo. Non è forse questo lo scopo dei vostri piani di studio e delle vostre attività?
Vos moyens peuvent être bons dans une autre vue, mais c’est votre fin qui vous trompe, parce que ne voyant pas la véritable source de vos maux, vous en cherchez l’adoucissement dans la cause qui les fit naître. Vous les cherchez dans votre situation, tandis qu’ils sont votre ouvrage. Combien de personnes de mérite nées dans le bien-être, et tombées dans l’indigence, l’ont supportée avec moins de succès et de bonheur que vous, et toutefois n’ont pas ces réveils tristes et cruels dont vous décrivez l’horreur avec tant d’énergie ? Pourquoi cela ? Sans doute elles n’auront pas, direz-vous, une âme aussi sensible. Je n’ai vu personne en ma vie 4 qui n’en dît autant. Mais qu’est-ce enfin que cette sensibilité si vantée ? Voulez-vous le savoir, Henriette ? c’est en dernière analyse un amour-propre qui se compare. J’ai mis le doigt sur le siège du mal.
Toutes vos misères viennent et viendront de vous être affichée. Par cette manière de chercher le bonheur il est impossible qu’on le trouve. On n’obtient jamais dans l’opinion des autres la place qu’on y prétend. S’ils nous l’accordent à quelques égards, ils nous la refusent à mille autres, et une seule exclusion tourmente plus que ne flattent cent préférences. C’est bien pis encore dans une femme qui, voulant se faire homme, met d’abord tout son sexe contre elle, et n’est jamais prise au mot par le nôtre ; en sorte que son orgueil est souvent aussi mortifié par les honneurs qu’on lui rend que par ceux qu’on lui refuse. Elle n’a jamais précisément ce qu’elle veut, parce qu’elle veut des choses contradictoires ; et qu’usurpant les droits d’un sexe sans vouloir renoncer à ceux de l’autre, elle n’en possède aucun pleinement.
Mais le grand malheur d’une femme qui s’affiche est de n’attirer, ne voir que des gens qui font comme elle, et d’écarter le mérite solide et modeste, qui ne s’affiche point, et qui ne court point où s’assemble la foule. Personne ne juge si mal et si faussement des hommes que les gens à prétentions ; car ils ne les jugent que d’après eux-mêmes et ce qui leur ressemble ; et ce n’est certainement pas voir le genre humain par son beau côté. Vous êtes mécontente de toutes vos sociétés : je le crois bien ; celles où vous avez vécu étaient les moins propres à vous rendre heureuse ; vous n’y trouviez personne en qui vous pussiez prendre cette confiance qui soulage. Comment l’auriez-vous trouvée parmi des gens tout occupés d’eux seuls, à qui vous demandiez dans leur coeur la première place, et qui n’en ont pas même une seconde à donner ? Vous vouliez briller, vous vouliez primer, et vous vouliez être aimée : ce sont des choses incompatibles. Il faut opter. Il n’y a point d’amitié sans égalité, et il n’y a jamais d’égalité reconnue entre gens à prétentions. Il ne suffit pas d’avoir besoin d’un ami pour en trouver, il faut encore avoir de quoi fournir aux besoins d’un autre. Parmi les provisions que vous avez faites, vous avez oublié celle-là.
La marche par laquelle vous avez acquis des connaissances n’en justifie ni l’objet ni l’usage. Vous avez voulu paraître philosophe ; c’était renoncer à l’être ; et il valait beaucoup mieux avoir l’air d’une fille qui attend un mari, que d’un sage qui attend de l’encens. Loin de trouver le bonheur dans l’effet des soins que vous n’avez donnés qu’à la seule apparence, vous n’y avez trouvé que des biens apparents et des maux véritables. L’état de réflexion où vous vous êtes jetée vous a fait faire incessamment des retours douloureux sur vous-même ; et vous voulez pourtant bannir ces idées par le même genre d’occupation qui vous les donna.
Vous voyez l’erreur de la route que vous avez prise, et, croyant en changer par votre projet, vous allez encore au même but par un détour. Ce n’est point pour vous que vous voulez revenir à l’étude, c’est encore pour les autres. Vous voulez faire des provisions de connaissances pour suppléer dans un autre âge à la figure : vous voulez substituer l’empire du savoir à celui des charmes.
Vous ne voulez pas devenir la complaisante d’une autre femme, mais vous voulez avoir des complaisants. Vous voulez avoir des amis, c’est-à-dire une cour : car les amis d’une femme jeune ou vieille sont toujours ses courtisans ; ils la servent ou la quittent, et vous prenez de loin des mesures pour les retenir, afin d’être toujours le centre d’une sphère, petite ou grande. Je crois sans cela que les provisions que vous voulez faire seraient la chose la plus inutile pour l’objet que vous croyez bonnement vous proposer. Vous voudriez, dites-vous, vous mettre en état d’entendre les autres. Avez-vous besoin d’un nouvel acquis pour cela ? Je ne sais pas au vrai quelle opinion vous avez de votre intelligence actuelle ; mais, dussiez-vous avoir pour amis des Oedipes, j’ai peine à croire que vous soyez fort curieuse de jamais entendre les gens que vous ne pouvez entendre aujourd’hui. Pourquoi donc tant de soins pour obtenir ce que vous avez déjà ? Non, Henriette, ce n’est pas cela ; mais, quand vous serez une sibylle, vous voulez prononcer des oracles ; votre vrai projet n’est pas tant d’écouter les autres que d’avoir vous-même des auditeurs. Sous prétexte de travailler pour l’indépendance, vous travaillez encore pour la domination. C’est ainsi que, loin d’alléger le poids de l’opinion qui vous rend malheureuse, vous voulez en aggraver le joug. Ce n’est pas le moyen de vous procurer des réveils plus sereins.
Vous croyez que le seul soulagement du sentiment pénible qui vous tourmente est de vous éloigner de vous. Moi, tout au contraire, je crois que c’est de vous en rapprocher.
Toute votre lettre est pleine de preuves que jusqu’ici l’unique but de toute votre conduite a été de vous mettre avantageusement sous les yeux d’autrui. Comment, ayant réussi dans le public autant que personne, et en rapportant si peu de satisfaction intérieure, n’avez-vous pas senti que ce n’était pas là le bonheur qu’il vous fallait, et qu’il était temps de changer de plan ? Le vôtre peut être bon pour la gloire, mais il est mauvais pour la félicité. Il ne faut point chercher à s’éloigner de soi, parce que cela n’est pas possible, et que tout nous y ramène malgré que nous en ayons. Vous convenez d’avoir passé des heures très douces en m’écrivant et me parlant de vous. Il est étonnant que cette expérience ne vous mette pas sur la voie, et ne vous apprenne pas où vous devez chercher, sinon le bonheur, au moins la paix.
Cependant, quoique mes idées en ceci diffèrent beaucoup des vôtres, nous sommes à peu près d’accord sur ce que vous devez faire. L’étude est désormais pour vous la lance d’Achille, qui doit guérir la blessure qu’elle a faite. Mais vous ne voulez qu’anéantir la douleur, et je voudrais ôter la cause du mal. Vous voulez vous distraire de vous par la philosophie ; moi, je voudrais qu’elle vous détachât de tout, et vous rendît à vous-même. Soyez sûre que vous ne serez contente des autres que quand vous n’aurez plus besoin d’eux, et que la société ne peut vous devenir agréable qu’en cessant de vous être nécessaire. N’ayant jamais à vous plaindre de ceux dont vous n’exigerez rien, c’est vous alors qui leur serez nécessaire, et, sentant que vous vous suffisez à vous-même, ils vous sauront gré du mérite que vous voulez bien mettre en commun. Ils ne croiront plus vous faire grâce ; ils la recevront toujours. Les agréments de la vie vous rechercheront par cela seul que vous ne les rechercherez pas ; et c’est alors que, contente de vous sans pouvoir être mécontente des autres, vous aurez un sommeil paisible et un réveil délicieux.
Il est vrai que des études faites dans des vues si contraires ne doivent pas beaucoup se ressembler, et il y a bien de la différence entre la culture qui orne l’esprit et celle qui nourrit lame. Si vous aviez le courage de goûter un projet dont l’exécution vous sera d’abord très pénible, il faudrait beaucoup changer vos directions. Cela demanderait d’y bien penser avant de se mettre à l’ouvrage. Je suis malade, occupé, abattu, j’ai l’esprit lent ; il me faut des efforts pénibles pour sortir du petit cercle d’idées qui me sont familières, et rien n’en est plus éloigné que votre situation. Il n’est pas juste que je me fatigue à pure perte ; car j’ai peine à croire que vous vouliez entreprendre de refondre, pour ainsi dire, toute votre constitution morale. Vous avez trop de philosophie pour ne pas voir avec effroi cette entreprise. Je désespérerais de vous, si vous vous y mettiez aisément. N’allons donc pas plus loin quant à présent ; il suffît que votre principale question est résolue : suivez la carrière des lettres ; il ne vous en reste plus d’autre à choisir.
Your methods may be good from a certain perspective, but it is your ultimate goal that deceives you—because, failing to see the true source of your troubles, you seek to alleviate them in the very causes that gave them rise. You look for solutions within your current circumstances, when in fact those circumstances are the result of your own actions. How many people of merit, born into prosperity but later reduced to poverty, have endured it with less success and happiness than you—and yet they have not suffered those sad and cruel awakenings that you describe with such intensity? Why is that? Perhaps, you might say, they do not possess such a sensitive soul. In my life, I have never met anyone who would deny this. But what, in the end, is this so highly praised sensitivity? Do you really want to know, Henriette? It is nothing but an inflated self-esteem at work. I have identified the root of all evil.
All your miseries arise from the fact that you have made yourself visible to others. In this manner of seeking happiness, it is impossible to find it. One can never obtain in the opinions of others the place one claims for oneself; if they grant it in some respects, they deny it in countless others, and a single rejection causes more distress than a hundred favors could bring pleasure. The situation is even worse when a woman attempts to behave like a man—she puts all the characteristics of her own sex against herself, and yet our sex never takes her words seriously; as a result, her pride is often just as much hurt by the honors given her as by those refused her. She never obtains exactly what she wants, because she desires things that are contradictory to each other; and by usurping the rights of one sex without being willing to renounce those of the other, she ends up possessing none of them truly.
But the great misfortune of a woman who seeks to attract attention is that she only attracts and meets people who behave in the same way as she does; at the same time, she alienates those genuine, modest individuals who do not seek to flaunt themselves or gather in crowded places. No one judges men so poorly and falsely as those who are full of pretensions—for they judge them solely based on themselves and what resembles them, and that is certainly not a true understanding of human nature. You are dissatisfied with all the societies you have been part of; I believe that to be the case. Those societies in which you lived were probably the least suitable for bringing you happiness—there, you could find no one whom you could trust enough to rely on. How could you have found such a person among people who are so consumed by themselves, who demand the primary place in your heart but are not even willing to offer a secondary one? You wanted to shine, to be distinguished, to be loved—but these things are incompatible. One must make a choice. There is no friendship without equality, and there can never be any true equality among those who are full of pretensions. It is not enough simply to need a friend; one must also have something to offer that person’s needs. Among all the preparations you have made in life, you have forgotten this essential one.
The process by which you acquired your knowledge neither justifies its object nor its use. You sought to appear philosophical; but that was tantamount to renouncing true philosophy itself. It would have been far better to resemble a young woman waiting for a husband than a so-called sage seeking admiration and flattery. Far from finding happiness in the efforts you devoted merely to appearances, you only encountered apparent advantages and real disadvantages. The state of contemplation into which you plunged yourself led you to incessantly engage in painful self-examination; yet you now seek to banish those thoughts precisely through the very activities that brought them about.
You see the error in the path you have chosen, and believing that you can correct it through your plan, you are actually leading yourself to the same goal by taking a detour. It is not for yourself that you wish to return to studying; it is still for others. You want to accumulate knowledge so that, in another stage of life, you can compensate for what may be lacking in other aspects: you want to replace the power of charm with the power of knowledge.
You do not want to become the complaisant partner of another woman; instead, you desire to have those who cater to your needs. You want friends—in other words, a court of admirers, for the friends of a young or old woman are always her courtiers: they serve her or leave her. From a distance, you take various measures to retain them, in order to remain at the center of a sphere, whether small or large. Without this, I believe that all your efforts would be utterly futile for the goal you seem to have in mind. You say you want to be in a position where you can listen to others. Do you really need something new to achieve this? I don’t know what opinion you hold of your current intelligence; but even if your friends were like Oedipuses, I doubt you would be particularly eager to hear the opinions of people you cannot already understand today. So why go to such lengths to obtain what you already have? No, Henriette, it’s not that. But when you become a “sibyl,” you want to deliver oracles; your true goal is not so much to listen to others as to have listeners of your own. Under the pretext of working for independence, you are actually working towards domination. In this way, far from alleviating the burden of the opinions that make you unhappy, you seek only to worsen their oppression. That is certainly not the way to achieve a more peaceful state of mind.
You believe that the only way to relieve the painful feelings that torment you is to distance yourself from them. I, on the other hand, believe that the only way is to draw closer to them.
Your entire letter is filled with evidence that, so far, the sole purpose of all your actions has been to present yourself in a favorable light to others. How is it that, having achieved as much success among the public as anyone else, yet experiencing so little inner satisfaction, you have not realized that this is not the happiness you truly need, and that it is time to change course? Your approach may be suitable for achieving glory, but it is far from conducive to true felicity. One must not strive to distance oneself from oneself, because it is impossible to do so; indeed, everything inevitably draws us back toward ourselves. You admit that you have spent many pleasant hours writing to me and telling me about yourself. It is astonishing that such an experience has not led you to discover the path you should follow—either happiness or at least peace.
However, although my ideas on this matter differ greatly from yours, we are essentially in agreement regarding what you must do. Study has now become for you the “spear of Achilles” – a tool that must heal the wound it has caused. But you wish only to eliminate the pain, while I seek to eradicate the root cause of the problem. You want to distract yourself with philosophy; I want it to free you from everything and restore you to yourself. Be assured: you will only be truly satisfied with others when you no longer need them, and society can only bring you pleasure when it ceases to be essential to your life. Since you will never have reason to complain about those to whom you demand nothing, it will be you who become necessary to them. And when they realize that you are self-sufficient, they will be grateful for the gift of your companionship. They will no longer consider themselves doing you a favor; rather, they will always receive it as such. The pleasures of life will seek you precisely because you will not seek them yourself. And then, content with yourself and unable to be dissatisfied with others, you will enjoy peaceful sleep and a delightful awakening.
It is true that studies conducted from such opposing perspectives must differ greatly; there is indeed a significant difference between the culture that enriches the mind and that which merely nourishes the body. If you had the courage to undertake a project whose execution would initially be very difficult for you, it would be necessary to change your approach considerably. This would require careful consideration before beginning. I am ill, busy, and discouraged; my thoughts move slowly. It takes great effort for me to step outside of the narrow circle of ideas that are familiar to me—and nothing is more distant from such a challenge than your situation. It would be unfair of me to exhaust myself in vain, for I can hardly believe you truly wish to attempt to restructure, so to speak, the entire framework of your moral character. You possess too much wisdom not to recognize the sheer terror that such an undertaking entails. If you found it easy to embark on this path, I would despair of you. Let us not go any further for now; it is sufficient if your main question is resolved: pursue a career in literature—there is no other choice left for you.
I vostri metodi possono essere validi da un altro punto di vista, ma è proprio la vostra finalità a ingannarvi: poiché non vedete la vera fonte dei vostri mali, cercate di alleviarli nella causa stessa che li ha generati. Li cercate nella vostra situazione attuale, quando in realtà sono il risultato delle vostre scelte. Quante persone meritevoli, nate in condizioni di benessere e poi cadute nella povertà, l’hanno sopportata con meno successo e felicità di voi. Eppure non hanno mai vissuto quei risvegli tristi e crudeli di cui descrivete l’orrore con tanta enfasi. Perché? Forse perché non possiedono un’anima così sensibile, direte voi. Non ho mai incontrato nessuno nella mia vita che non la pensasse allo stesso modo. Ma cos’è davvero questa presunta sensibilità? Volete saperlo, Henriette? In fondo, non è altro che un orgoglio che si confronta con gli altri. Ho individuato la vera causa del vostro male.
Tutte le vostre miserie derivano dal fatto che vi esponete apertamente agli sguardi altrui. Con questo modo di cercare la felicità, è impossibile trovarla davvero. Non si ottiene mai, nell’opinione degli altri, il posto che ci si pretende di occupare: se ci viene concesso in alcuni aspetti, ci viene rifiutato in mille altri, e un solo rifiuto causa più dolore di cento favori. La situazione è ancora peggiore quando una donna, cercando di comportarsi come un uomo, mette prima di tutto tutto il proprio sesso contro di sé, e non viene mai presa sul serio dal nostro; così il suo orgoglio viene spesso offeso tanto dagli onori che le vengono resi quanto da quelli che le vengono rifiutati. Non ottiene mai esattamente ciò che vuole, perché desidera cose contraddittorie; e, usurpando i diritti di un sesso senza voler rinunciare a quelli dell’altro, non ne possiede nessuno in modo completo.
Ma la grande sfortuna di una donna che si mette in mostra è quella di attirare e incontrare soltanto persone che fanno lo stesso; al contrario, viene allontanato il merito sincero e modesto, quello che non cerca di attirare l’attenzione o non si reca nei luoghi frequentati dalla folla. Nessuno giudica gli uomini in modo così errato e ingiusto quanto le persone piene di pretese; infatti, queste li valutano soltanto in base a se stesse e a ciò che loro assomiglia, il che certamente non rappresenta una visione completa dell’umanità. Siete insoddisfatta di tutte le vostre compagnie. Lo credo bene; quelle in cui avete vissuto erano sicuramente le meno adatte a rendervi felici: non vi trovavate mai nessuno in chi poteste riporre quella fiducia che porta sollievo. Come avreste potuto trovarlo tra persone completamente preoccupate di se stesse, che da voi chiedevano il primo posto nel loro cuore, ma che non avevano nemmeno un secondo posto da offrire? Volevate brillare, volevate essere le prime. E volevate essere amate: queste sono cose incompatibili. Bisogna scegliere. Non esiste amicizia senza uguaglianza, e tra persone piene di pretese non c’è mai stata alcuna vera uguaglianza riconosciuta. Non basta avere bisogno di un amico per trovarne uno: è necessario anche disporre di qualcosa da offrire ai suoi bisogni. Tra le “provviste” che avete raccolto, ne avete dimenticata una.
Il percorso attraverso il quale avete acquisito queste conoscenze non giustifica né l’oggetto né l’utilizzo di esse. Volevate sembrare filosofi; in realtà vi siete rifiutati di esserlo veramente. Era molto meglio apparire una ragazza che aspetta un marito, piuttosto che un saggio che attende dell’incenso. Lontano dal trovare la felicità negli effetti dei sacrifici che avete offerti soltanto all’apparenza, non avete ottenuto altro che beni apparenti e mali reali. Lo stato di riflessione in cui vi siete immersa vi ha costretto a fare continuamente dolorosi ritorni su voi stessi; eppure cercate di scacciare queste idee proprio con lo stesso tipo di attività che le ha generate.
Vedete chiaramente l’errore della strada che avete intrapresa; credendo di correggerlo con il vostro progetto, in realtà arriverete allo stesso scopo attraverso un percorso diverso. Non è per voi stessi che desiderate tornare agli studi, ma ancora una volta per gli altri. Volete accumulare conoscenze affinché, in un’altra fase della vita, possiate compensare la mancanza di altre qualità: volete sostituire l’influenza dei “carmi” con quella del sapere.
Non volete diventare la compiacente un’altra donna, ma desiderate avere persone che vi compiacciano. Volete avere degli amici, cioè una cerchia di persone intorno a voi: infatti gli amici di una donna, giovane o anziana che sia, sono sempre i suoi cortigiani; essi la servono o la lasciano, e voi prendete delle misure per trattenerli, al fine di rimanere sempre il centro di un “cerchio”, piccolo o grande che sia. Credo che senza questo, tutti gli sforzi che fate sarebbero del tutto inutili rispetto all’obiettivo che vi siete proposti. Dite di voler essere in grado di ascoltare gli altri. Ma avete davvero bisogno di acquisire nuove capacità per questo? Non so quale sia la vostra opinione riguardo alla vostra intelligenza attuale; ma anche se aveste degli “amici” come Oedipo, dubito che vi interessi davvero ascoltare le persone che oggi non potete ascoltare. Allora, perché tanti sforzi per ottenere ciò che già possedete? No, Henriette. Non è proprio questo il vostro vero obiettivo; quando diventerete una “sibilla”, vorrete pronunciare oracoli. Il vostro vero desiderio non è tanto ascoltare gli altri, quanto avere voi stesse degli ascoltatori. Sotto pretesto di lavorare per l’indipendenza, in realtà lavorate ancora per il dominio. In questo modo, invece di alleviare il peso dell’opinione che vi rende infelici, cercate solo di aggravarne il giogo. Non è certo questo il modo per ottenere risvegli più sereni nella vostra vita.
Ritenete che l’unico modo per alleviare quel dolore spiacevole che vi tormenta sia allontanarvi da voi stessi? Io, invece, credo che l’unica soluzione sia avvicinarsi di più a se stessi.
Tutta la vostra lettera è piena di prove del fatto che, fino ad ora, l’unico scopo della vostra condotta sia stato quello di mettervi in evidenza agli occhi degli altri. Come avete potuto, essendo riusciti tanto nel mondo esterno e provando così poca soddisfazione interiore, non rendervi conto che questo non era il vero felicità che vi serviva, e che fosse giunto il momento di cambiare approccio? Il vostro percorso può essere valido per la gloria, ma è dannoso per la felicità. Non bisogna cercare di allontanarsi da se stessi: questo non è possibile, e tutto ci riporta indietro, nonostante i nostri sforzi. Ammettete di aver trascorso momenti molto piacevoli scrivendomi e parlandomi di voi. È sorprendente che questa esperienza non vi guidi sulla giusta strada, né vi insegni dove cercare, almeno la pace, se non proprio la felicità.
Tuttavia, anche se le mie idee in questo campo differiscono molto dalle vostre, siamo più o meno d’accordo su ciò che dovete fare. Lo studio rappresenta ora per voi l’“asta di Achille”, capace di guarire la ferita che ha causato; ma voi volete soltanto eliminare il dolore, mentre io vorrei eliminare la causa del male stesso. Voi cercate di distrarvi da voi stessi attraverso la filosofia; io, invece, vorrei che essa vi liberasse da tutto e vi restituisse a voi stessi. Siate certe: sarete soddisfatta degli altri soltanto quando non ne avrete più bisogno, e la società potrà diventare piacevole per voi solo quando smetterà di esservi necessaria. Non avendo mai motivo di lamentarvi di coloro da cui non chiederete nulla, sarete voi stesse a essere necessarie a loro; e, sentendovi sufficienti a voi stesse, loro vi saranno grati per il merito che siete disposta a condividere con loro. Non crederanno più di dovervi ringraziare; vi ringrazieranno sempre. Gli piaceri della vita vi cercheranno semplicemente perché voi non li cercherete; e sarà allora, essendo soddisfatta di voi stessa senza poter essere insoddisfatta degli altri, che godrete di un sonno tranquillo e di una sveglia deliziosa.
È vero che studi condotti da prospettive così opposte non dovrebbero assomigliarsi molto tra loro, e c’è davvero una grande differenza tra quella cultura che arricchisce lo spirito e quella che alimenta l’anima. Se aveste il coraggio di provare a realizzare un progetto la cui attuazione vi risulterebbe inizialmente molto difficile, dovreste cambiare completamente direzione. Ciò richiederebbe una seria riflessione prima di iniziare. Sono malato, occupato, scoraggiato; il mio pensiero è lento. Mi costa grande sforzo uscire dal piccolo cerchio di idee che mi sono familiari, e nulla è più lontano da questa situazione di quanto lo sia la vostra. Non sarebbe giusto che mi stancassi invano. Perché fatico a credere che vogliate davvero tentare di ristrutturare, per così dire, l’intera vostra costituzione morale. Avete troppa filosofia per non vedere con orrore questa impresa. Mi scoraggerei se vi ci metteste facilmente. Quindi, per il momento, basta che la vostra principale questione sia risolta: seguite la carriera letteraria. Non vi resta più nulla da scegliere.
Ces lignes que je vous écris à la hâte, distrait et souffrant, ne disent peut-être rien de ce qu’il faut dire : mais les erreurs que ma précipitation peut m’avoir fait faire ne sont pas irréparables. Ce qu’il fallait, avant toute chose, était de vous faire sentir combien vous m’intéressez ; et je crois que vous n’en douterez pas en lisant cette lettre. Je ne vous regardais jusqu’ici que comme une belle penseuse qui, si elle avait reçu un caractère de la nature, avait pris soin de l’étouffer, de l’anéantir sous l’extérieur, comme un de ces chefs-d’oeuvre jetés en bronze, qu’on admire par les dehors et dont le dedans est vide. Mais si vous savez pleurer encore sur votre état, il n’est pas sans ressource ; tant qu’il reste au coeur un peu d’étoffe, il ne faut désespérer de rien.
Lettre CDLXXI– À Mademoiselle Galley
En lui envoyant un lacet
[841]
14 mai 1764.
Ce présent, ma bonne amie, vous fut destiné du moment que j’eus le bien de vous connaître, et, quoi qu’en pût dire votre modestie, j’étais sûr qu’il aurait dans peu son emploi. La récompense suit de près la bonne oeuvre. Vous étiez cet hiver garde-malade, et ce printemps Dieu vous donne un mari : vous lui serez charitable, et Dieu vous donnera des enfants ; vous les élèverez en sage mère, et ils vous rendront heureuse un jour. D’avance vous devez l’être par les soins d’un époux aimable et aimé, qui saura vous rendre le bonheur qu’il attend de vous. Tout ce qui promet un bon choix m’est garant du votre ; des liens d’amitié formés dès l’enfance, éprouvés par le temps, fondés sur la connaissance des caractères ; l’union des coeurs que le mariage affermit, mais ne produit pas ; l’accord des esprits où des deux parts la bonté domine, et où la gaieté de l’un, la solidité de l’autre, se tempérant mutuellement, rendront douce et chère à tous deux L’austère loi qui fait succéder aux jeux de l’adolescence des soins plus graves, mais plus touchants. Sans parler d’autres convenances, voilà de bonnes raisons de compter pour toute la vie sur un bonheur commun dans l’état où vous entrez, et que vous honorerez par votre conduite. Voir vérifier un augure si bien fondé sera, chère Isabelle, une consolation très douce pour votre ami. Du reste, la connaissance que j’ai de vos principes, et l’exemple de madame votre soeur, me dispensent de faire avec vous des conditions. Si vous n’aimez pas les enfants, vous aimerez vos devoirs. Cet amour me répond de l’autre ; et votre mari, dont vous fixerez les goûts sur divers articles, saura bien changer le vôtre sur celui-là.
En prenant la plume j’étais plein de ces idées. Les voilà pour tout compliment. Vous attendiez peut-être une lettre faite pour être montrée ; mais auriez-vous dû me la pardonner, et reconnaitriez-vous l’amitié que vous m’ayez inspirée, dans une épître on je songerais au public en parlant de vous ?
Lettre CDLXXIII– À M. de P.
23 mai 1764.
Je sais, monsieur, que, depuis deux ans, Paris fourmille d’écrits qui portent mon nom, mais dont heureusement peu de gens sont les dupes. Je n’ai ni écrit ni vu ma prétendue lettre à M. l’archevêque d’Auch, et la date de Neuchâtel prouve que l’auteur n’est pas même instruit de ma demeure.
Je n’avais pas attendu les exhortations des protestants de France pour réclamer contre les mauvais traitements qu’ils essuient. Ma lettre à M. l’archevêque de Paris porte un témoignage assez éclatant du vif intérêt que je prends à leurs peines : il serait difficile d’ajouter à la force des raisons que j’apporte pour engager le gouvernement à les tolérer, et j’ai même lieu de présumer qu’il y a fait quelque attention. Quel gré m’en ont-ils su ? On dirait que cette lettre, qui a ramené tant de catholiques, n’a fait qu’achever, d’aliéner les protestants ; et combien d’entre eux ont osé m’en faire un nouveau crime ! Comment voudriez-vous, monsieur, que je prisse avec succès leur défense, lorsque j’ai moi-même à me défendre de leurs outrages ? Opprimé, persécuté, poursuivi chez eux de toutes parts comme un scélérat, je les ai vus tous réunis pour achever de m’accabler ; et lorsqu’enfin la protection du roi a mis ma personne à couvert, ne pouvant plus autrement me nuire, ils n’ont cessé de m’injurier. Ouvrez jusqu’à vos Mercures, et vous verrez de quelle façon ces charitables chrétiens m’y traitent : si je continuais à prendre leur cause, ne me demanderait-on pas de quoi je me mêle ? Ne jugerait-on pas qu’apparemment je suis de ces braves qu’on mène au combat à coups de bâton ? » Vous avez bonne grâce de venir nous prêcher la tolérance, me dirait-on, tandis que vos gens se montrent plus intolérants que nous ! Votre propre histoire dément vos principes, et prouve que les réformés, doux peut-être quand ils sont faibles, sont très violents sitôt qu’ils sont les plus forts. Les uns vous décrètent, les autres vous bannissent, les autres vous reçoivent en rechignant. Cependant vous voulez que nous les traitions sur des maximes de douceur qu’ils n’ont pas eux-mêmes ! Non : puisqu’ils persécutent, ils doivent être persécutés ; c’est la loi de l’équité qui veut qu’on fasse à chacun comme il fait aux autres. Croyez-nous, ne vous mêlez plus de leurs affaires, car ce ne sont point les vôtres. Ils ont grand soin de le déclarer tous les jours en vous reniant pour leur frère, en protestant que votre religion n’est pas la leur. »
Si vous voyez, monsieur, ce que j’aurais de solide à répondre à ce discours, ayez la bonté de me le dire ; quant à moi, je ne le vois pas. Et puis, que sais-je encore ? peut-être, en voulant les défendre, avancerais-je par mégarde quelque hérésie, pour laquelle on me ferait saintement brûler. Enfin, je suis abattu, découragé, souffrant, et l’on me donne tant d’affaires à moi-même, que je n’ai plus le temps de me mêler de celles d’autrui.
Recevez mes salutations, monsieur, je vous supplie, et les assurances de mon respect.
Lettre CDLXXV– À M. le prince L.E de Wirtemberg
Môtiers, le 26 mai 1764.
Je reçois avec reconnaissance le livre que vous avez eu la bonté de m’envoyer ; et lorsque je relirai cet ouvrage, ce qui, j’espère, m’arrivera quelquefois encore, ce sera toujours dans l’exemplaire que je tiens de vous. Ces entretiens ne sont point de Phocion, ils sont de l’abbé de Mably frère de l’abbé de Condillac, célèbre par d’excellents livres de métaphysique, et connu lui-même par divers ouvrages de politique, très bons aussi dans leur genre. Cependant on retrouve quelquefois dans ceux-ci de ces principes de la politique moderne qu’il serait à désirer que tous les hommes de votre rang blâmassent ainsi que vous. Aussi, quoique l’abbé de Mably soit un honnête homme rempli de vues très saines, j’ai pourtant été surpris de le voir s’élever, dans ce dernier ouvrage, à une morale si pure et si sublime. C’est pour cela sans doute que ces entretiens, d’ailleurs très bien faits, n’ont eu qu’un succès médiocre en France ; mais ils en ont eu un très grand en Suisse, où je vois avec plaisir qu’ils ont été réimprimés.
J’ai le coeur plein de vos deux dernières lettres. Je n’en reçois pas une qui n’augmente mon respect et, si j’ose le dire, mon attachement pour vous. L’homme vertueux, le grand homme élevé par les disgrâces, me fait tout-à-fait oublier le prince et le frère d’un souverain ; et, vu l’antipathie pour cet état qui m’est naturelle, ce n’est pas peu de m’avoir amené là. Nous pourrions bien cependant n’être pas toujours de même avis en toute chose ; et, par exemple, je ne suis pas trop convaincu qu’il suffise, pour être heureux, de bien remplir les devoirs de son emploi. Sûrement Turenne, en brûlant le Palatinat par l’ordre de son prince, ne jouissait pas du vrai bonheur ; et je ne crois pas que les fermiers-généraux les plus appliqués autour de leur tapis vert en jouissent davantage : mais si ce sentiment est une erreur, elle est plus belle en vous que la vérité même ; elle est digne de qui sut se choisir un état dont tous les devoirs sont des vertus.
Le coeur me bat à chaque ordinaire dans l’attente du moment désiré qui doit tripler votre être. Tendres époux, que vous êtes heureux ! Que vous allez le devenir encore, en voyant multiplier des devoirs si charmants à remplir ! Dans la disposition d’âme où je vous vois tous les deux, non, je n’imagine aucun bonheur pareil au vôtre. Hélas ! quoi qu’on en puisse dire, la vertu seule ne le donne pas, mais elle seule nous le fait connaître, et nous apprend à le goûter.
Lettre CDLXXVII– À M. Deleyre
Môtiers, 3 juin 1764.
These lines that I am writing to you in haste, distracted and suffering, may perhaps not say everything that needs to be said; but the mistakes resulting from my impatience are not irreparable. What was most important above all else was for me to make you understand how much you interest me; and I believe you will have no doubt about this upon reading this letter. Until now, I had regarded you merely as a beautiful thinker who, if she had been given any character by nature, had taken care to suppress it, to obliterate it beneath her outward appearance—like one of those bronze statues that we admire on the outside but whose interior is empty. But if you are still able to mourn your own condition, then it is not without hope; as long as there is a trace of vitality left in the heart, there is no reason to despair of anything.
Letter CDLXXI – To Miss Galley
By sending him a lace strap.
[841]
May 14, 1764.
My dear friend, this gift was meant for you from the very moment I had the fortune to get to know you. And no matter what your modesty might say, I was certain that it would soon find its use. Reward follows good deeds closely. This winter, you served as a nurse; this spring, God grants you a husband. You will be kind to him, and God will grant you children. You will raise them as a wise mother, and one day they will bring you happiness. Already now, you should feel happy, for you have the care of a loving and beloved husband who will surely give you the happiness he expects from you. Everything that indicates a good match assures me of your suitability; childhood friendships that have been tested by time, based on mutual understanding of character; the union of hearts that marriage strengthens but does not create; the harmony of minds in which kindness prevails on both sides, and where one’s cheerfulness and the other’s stability complement each other—these are all reasons to look forward to a lifelong happiness in the state you are about to enter, a happiness that you will honor through your behavior. To see such a well-founded promise come true will be a great comfort to your friend, dear Isabelle. Moreover, my knowledge of your principles and the example set by your sister give me no need to lay down any conditions with you. If you do not love children, you will at least love your duties. That love is enough to assure me that you will also love them. And your husband, whose tastes you can guide in various areas, will surely help you change yours in this regard as well.
As I took up the pen, my mind was filled with these ideas. These are all the compliments I have to offer. You might have expected a letter meant to be shown to others; but should you have forgiven me for that? And would you recognize the friendship you have inspired in me in a letter where I spoke of you in front of an audience?
Letter CDLXXIII – To Mr. de P.
May 23, 1764.
I know, sir, that for the past two years Paris has been filled with writings bearing my name, but fortunately few people have fallen for them. I have neither written nor seen my so-called letter to Monsignor the Archbishop of Auch, and the date from Neuchâtel proves that the author does not even know where I live.
I had not needed the exhortations of the Protestants in France to speak out against the ill-treatment they endured. My letter to Monsignor the Archbishop of Paris provides clear evidence of my deep concern for their suffering: it would be difficult to add anything further to the compelling arguments I present in order to urge the government to tolerate them, and I even have reason to believe that some attention has been paid to these concerns. But how grateful have they ever been to me? It seems that this letter, which brought so many Catholics back to their faith, has only served to further alienate the Protestants; and how many of them have dared to accuse me of a new crime because of it! How could I possibly succeed in defending their cause when I myself am constantly subjected to their insults? Persecuted, harassed, pursued throughout their own country as if I were some villain—how have they not all united to crush me completely? And even after the king’s protection placed me under safe refuge, and they could no longer harm me in any way, they did not cease to insult me. Open any of your newspapers, and you will see how these so-called “charitable Christians” treat me: if I were to continue to support their cause, wouldn’t people ask what right I have to meddle in such matters? Wouldn’t they think that I was simply one of those fools who are driven into battle with sticks in hand? “You come to preach tolerance to us,” they would say, “yet your own people are more intolerant than we are! Your own history refutes your principles; it proves that the Reformers, though gentle when weak, become extremely violent once they gain power. Some declare you guilty of heresy, others ban you from their lands, and yet some reluctantly allow you to stay. Yet you expect us to treat them with the same principles of kindness that they themselves refuse to apply!” No: since they persecute others, they deserve to be persecuted in turn—this is the law of justice. Believe us: do not involve yourself further in their affairs, for they are not your concern at all. They make every effort to clarify this point, daily rejecting you as their enemy and declaring that your religion is not theirs at all.
If you, sir, see anything solid that I could use to respond to this speech, please tell me; as for me, I see nothing of the sort. Moreover, what do I know? Perhaps, in trying to defend them, I might inadvertently advance some heresy for which they would burn me as a heretic. In short, I am defeated, discouraged, and suffering; and with so many matters of my own to attend to, I no longer have time to concern myself with those of others.
Receive my greetings, sir; I beg you to accept them, along with my assurance of respect.
Letter CDLXXV – To His Highness Prince L.E. of Württemberg
Môtiers, May 26, 1764.
I receive with gratitude the book you have had the kindness to send me; and when I reread this work—which I hope will happen from time to time—I will always do so using the copy you gave me. These conversations are not by Phocion, but by Abbé de Mably, brother of Abbé de Condillac, who is famous for his excellent books on metaphysics and himself known for various works on politics that are also very good in their field. However, one sometimes finds in these latter works certain principles of modern politics that it would be desirable for all men of your rank to condemn just as you have done. Therefore, although Abbé de Mably is an honest man with very sound views, I was still surprised to see him elevate himself, in that latest work of his, to such pure and sublime morality. Perhaps for this reason these conversations, which are otherwise very well-written, have only met with moderate success in France; but they have been extremely successful in Switzerland, where I am pleased to see that they have been reprinted.
My heart is filled with the content of your last two letters. Not a single one of them fails to increase my respect for you—and, if I may dare say so, my affection as well. This virtuous man, this great individual who has been elevated through adversity, makes me completely forget about being a prince or the brother of a sovereign. Given my natural aversion toward such a status, it is quite remarkable that you have managed to bring me to this position. Nevertheless, we may not always agree on everything; for instance, I am not entirely convinced that merely fulfilling one’s duties adequately is enough to achieve true happiness. Surely Turenne, when he burned the Palatinate at his sovereign’s orders, did not experience true happiness; nor do I believe that the most dedicated farmers-general living in their comfortable positions enjoy greater joy. But if this belief is an error, it is a far more beautiful error in you than it would be the truth itself. It is truly worthy of someone who knew how to choose a profession whose very duties amount to virtues.
My heart beats with every ordinary moment in anticipation of that desired moment which will multiply your happiness tenfold. Tender spouses, how fortunate you are! And how much more fortunate you will become when you see the number of delightful duties awaiting you to fulfill! In the state of mind I see you both in, I truly cannot imagine any happiness comparable to yours. Alas! No matter what one might say, virtue alone does not bring it; but it is virtue alone that enables us to recognize it and teaches us how to appreciate it.
Letter CDLXXVII – To Mr. Deleyre
Môtiers, June 3, 1764.
Queste righe che vi scrivo in fretta, distratto e sofferente, forse non dicono tutto ciò che sarebbe necessario dire; tuttavia gli errori che la mia precipitazione potrebbe avermi fatto commettere non sono irreparabili. Prima di tutto, era importante farvi comprendere quanto mi interessiate; credo che non ne dubiterete leggendo questa lettera. Fino ad ora vi consideravo soltanto una bella pensatrice che, sebbene avesse ricevuto certi tratti dalla natura, aveva preso cura di soffocarli, di annientarli nell’aspetto esteriore, come uno di quegli splendidi capolavori fusi in bronzo che si ammirano per la loro forma esterna ma il cui interno è vuoto. Ma se siete ancora in grado di piangere per la vostra situazione, non tutto è perduto; finché nel vostro cuore c’è ancora un po’ di forza, non bisogna disperare di nulla.
Lettera CDLXXI – A Mademoiselle Galley
Inviandogli una corda per le scarpe.
[841]
14 maggio 1764.
Questo dono, mia cara amica, vi era destinato fin dal momento in cui ho avuto la fortuna di conoscervi; e, nonostante la vostra modestia, ero certo che presto avrebbe trovato il suo scopo. La ricompensa segue sempre da vicino le buone azioni. Quest’inverno siete stata infermiera, e questa primavera Dio vi dona un marito: voi sarete gentile con lui, e Dio vi darà dei figli; li allevierete come una madre saggia, e un giorno essi renderanno felici entrambi. Già ora dovreste essere felici grazie alle attenzioni di un marito amorevole e amato, che saprà rendervi la felicità che egli stesso si aspetta da voi. Tutto ciò che promette una buona scelta mi garantisce che anche voi farete la stessa scelta; legami d’amicizia formatisi fin dall’infanzia, consolidatisi nel tempo e basati sulla conoscenza dei caratteri; l’unione dei cuori, che il matrimonio rafforza ma non crea. Tutto ciò rende certa la felicità condivisa in questa nuova fase della vostra vita, e voi la onorerete con il vostro comportamento. Vedere realizzarsi un auspicio così fondato sarà, cara Isabella, una consolazione molto dolce per il vostro amico. Inoltre, la conoscenza che ho dei vostri principi, nonché l’esempio di vostra sorella, mi dispensano dal porvi condizioni. Se non amate i bambini, amerete comunque i vostri doveri; questo amore mi garantisce che anche voi li amerete. E vostro marito, il cui gusto potrete influenzare in diversi ambiti, saprà sicuramente modificare il vostro riguardo a questo aspetto.
Mentre prendevo la penna, ero pieno di queste idee. Ecco tutto il mio complimento. Forse vi aspettavate una lettera destinata ad essere mostrata in pubblico; ma avreste dovuto perdonarmi, e riconoscereste l’amicizia che mi avete ispirato. In una lettera del genere, come potrei pensare al pubblico quando parlo di voi?
Lettera CDLXXIII – A Monsieur de P.
23 maggio 1764.
So, signore, che da due anni Parigi è piena di scritti che portano il mio nome, ma fortunatamente poche persone ne sono state ingannate. Non ho né scritto né visto quella presunta lettera indirizzata al signor arcivescovo di Auch, e la data di Neuchâtel dimostra che l’autore non conosce nemmeno il mio indirizzo.
Non avevo aspettato le esortazioni dei protestanti di Francia per denunciare i maltrattamenti che subiscono. La mia lettera all’arcivescovo di Parigi fornisce una testimonianza piuttosto evidente dell’interesse profondo che provo per le loro sofferenze: sarebbe difficile aggiungere qualcosa alle argomentazioni che presento per convincere il governo a tollerarli, e ho persino motivo di ritenere che il governo abbia prestato attenzione a queste richieste. Quanto ringraziamento mi hanno espresso! Si direbbe che questa lettera, che ha riportato molti cattolici alla fede protestante, abbia solo contribuito ad allontanare ulteriormente i protestanti; e quanti di loro hanno osato addirittura considerarla un nuovo crimine da parte mia! Come potrei mai difenderli con successo, se devo prima difendere me stesso dai loro oltraggi? Opprimuto, perseguitato, inseguito ovunque come un malvagio, li ho visti tutti uniti contro di me; e quando finalmente la protezione del re ha messo al sicuro la mia persona, non avendo più modo di nuocermi, non hanno smesso di insultarmi. Aprite anche i vostri giornali, e vedrete con quale crudeltà questi cosiddetti cristiani mi trattano: se continuassi a difendere la loro causa, non mi si chiederebbe forse perché mi intrometto? Non si penserebbe che io sia uno di quei “bravi” che vengono portati al combattimento a colpi di bastone? Avete il coraggio di venire a predicarci la tolleranza, mentre le vostre persone sono più intolleranti di noi! La vostra stessa storia confuta i vostri principi e dimostra che i riformati, forse dolci quando sono deboli, diventano molto violenti non appena diventano i più forti: alcuni vi dichiarano guerra, altri vi bandiscono, altri vi accolgono con riluttanza. Eppure voi volete che li trattiamo secondo principi di dolcezza che nemmeno loro rispettano! No: poiché persecutano, devono essere perseguitati; è la legge dell’equità che impone di trattare ciascuno come lui tratta gli altri. Credeteci: non intromettetevi più nelle loro faccende, perché non sono affari vostri. Loro stessi lo dichiarano ogni giorno, rinnegandovi per il loro “fratello”, protestando che la vostra religione non è la loro.
Vedete, signore, se ho qualcosa di concreto da rispondere a questo discorso; vi prego di dirmelo. Per quanto mi riguarda, io non ne vedo nulla. Inoltre, cosa so ancora? Forse, nel tentativo di difenderli, potrei involontariamente avanzare qualche eresia per la quale mi farebbero bruciare sul rogo. Alla fine, sono sconfitto, scoraggiato, sofferente. E mi vengono affidate così tante responsabilità che non ho più il tempo di occuparmi delle faccende altrui.
Accettate le mie saluti, signore; vi supplico e vi assicuro della mia massima rispetto.
Lettera CDLXXV – A Sua Altezza Serenissima il principe L.E di Wirtemberg
Môtiers, 26 maggio 1764.
Ricevo con gratitudine il libro che avete avuto la gentilezza di inviarmi; e quando rileggerò quest’opera – cosa che spero accada ancora qualche volta – sarà sempre attraverso l’esemplare che ho ricevuto da voi. Questi dialoghi non sono di Focione, ma dell’abate di Mably, fratello dell’abate di Condillac: celebre per eccellenti opere di metafisica e noto anche lui per diversi scritti di politica, anch’essi molto buoni nel loro genere. Tuttavia, in alcuni di questi testi si ritrovano principi di politica moderna che sarebbe auspicabile che tutti gli uomini del vostro rango condannassero, proprio come avete fatto voi. Pertanto, sebbene l’abate di Mably sia un uomo onesto e dotato di ottime idee, sono rimasto sorpreso nel vederlo elevare, in quest’ultimo lavoro, a una morale così pura e così sublime. Forse è proprio per questo che questi dialoghi, sebbene molto ben scritti, hanno avuto un successo solo mediocre in Francia; invece in Svizzera hanno ottenuto grande successo, e sono felice di vedere che siano stati ristampati.
Il mio cuore è pieno delle vostre ultime due lettere. Non ne ricevo una che non aumenti il mio rispetto, e, se oso dirlo, anche il mio affetto per voi. Quell’uomo virtuoso, quel grande uomo elevato dalle avversità, mi fa dimenticare completamente il principe e il fratello di un sovrano; e, considerando l’avversione naturale che provo verso tale stato sociale, non è poco ciò che vi ha portato a sceglierlo. Tuttavia, potremmo anche non essere sempre d’accordo su tutto; ad esempio, non sono del tutto convinto che basti, per essere felici, ad adempiere correttamente ai propri doveri. Sicuramente Turenne, bruciando il Palatinato per ordine del suo principe, non provava la vera felicità; e non credo che nemmeno i più diligenti funzionari amministrativi godano di una felicità maggiore: ma se questo sentimento è un errore, in voi è più bello della stessa verità; è degno di chi seppe scegliere per sé uno stato sociale nel quale tutti i doveri sono virtù.
Il mio cuore batte forte ad ogni istante nell’attesa del momento desiderato che dovrà raddoppiare la vostra felicità. Cari coniugi, quanto siete fortunati! E quanto lo sarete ancora di più quando vedrete moltiplicarsi i doveri così incantevoli da compiere. Nella disposizione d’animo in cui vi vedo entrambi, no, non riesco a immaginare alcuna felicità paragonabile alla vostra. Ahimè! Per quanto si possa dire, la virtù da sola non basta a crearla, ma è l’unica che ci permette di conoscerla e di apprezzarla.
Lettera CDLXXVII – A Monsieur Deleyre
Môtiers, 3 giugno 1764.
J’avais reçu toutes vos lettres, cher Deleyre, et j’ai aussi reçu celle que m’a fait passer en dernier lieu M. Sabattier. Je ne crois pas vous avoir proposé d’établir entre nous une correspondance suivie ; non qu’elle ne me soit agréable, mais parce que ma paresse naturelle, mon état languissant, les lettres dont je suis accablé, les survenants dont ma maison ne désemplit point, m’empêcheraient de la suivre régulièrement. Mais, comme je vous aime et que je désire que vous m’aimiez, je recevrai toujours avec plaisir les détails que vous voudrez me faire de la situation de votre âme et de vos affaires, des marques de votre confiance et de votre amitié. Je me ménagerai aussi par intervalles le plaisir de vous écrire ; et quand j’aurai le temps d’épancher mon coeur avec vous, ce sera un soulagement pour moi. Voilà ce que je puis vous promettre ; mais je ne vous promets point dans mes réponses une exactitude que je n’y sus jamais mettre. On n’a que trop de devoirs à remplir dans la vie sans s’en imposer encore de nouveaux.
Vos deux dernières lettres me fourniraient ample matière à disserter, tant sur vos dispositions actuelles que sur votre manière d’envisager l’histoire grecque et romaine : comme si, commençant cette étude, vous y eussiez cherché d’autres êtres que des hommes, et que ce ne fût pas bien assez d’y en trouver de meilleurs dans leurs étoffes que ne sont nos contemporains. Mais, mon cher, l’accablement où me jettent les maux du corps et de l’âme, et tout récemment la perte de M. de Luxembourg, qui m’a porté le dernier coup, m’ôtent la force de penser et d’écrire. Vous le savez, j’avais pour amis tout ce qu’il y avait d’illustre parmi les gens de lettres : je les ai tous perdus pleins de vie ; aucun, pas même Duclos, ne m’est resté dans mes disgrâces. J’en fais un parmi les grands : c’est celui qui se trouve à l’épreuve, et la mort vient de l’ôter. Quel renversement d’idées ! sur quels nouveaux principes faut-il donc remonter ma raison. Je suis trop vieux pour supporter un tel bouleversement ; je suis trop sensible pour philosopher uniquement sur mes pertes. Ma tête n’y est plus ; je ne sens plus que mes douleurs, je ne vois plus qu’un chaos. Cher Deleyre, j’ai trop vécu.
Avant de finir, reparlons de la manière de lier notre correspondance, au moins telle que je puis l’entretenir. Puisque vous avez reçu la lettre que je vous ai écrite directement, et que j’ai reçu la vôtre, nous ne sommes point fondés par notre expérience à nous défier des postes d’Italie[846]. La médiation de M. Sabattier, plus embarrassante, ne fait qu’augmenter la peine et la dépense, puisqu’il faut multiplier les enveloppes, lui écrire à lui-même, affranchir pour Turin comme pour Parme, payer des ports plus forts encore. En tout ma peine me coûte plus que mon argent. Ainsi je suis d’avis que nous revenions au plus simple, en nous écrivant directement. Si l’on ouvre nos lettres, que nous importe ? nous ne tramons pas des conspirations. Si nous trouvons qu’elles se perdent, il sera temps alors de prendre d’autres mesures. Quant à présent, contentons-nous de les numéroter, comme je fais celle-ci ; ce sera le moyen de reconnaître si l’on en a intercepté quelqu’une. Je ne croyais vous écrire qu’un mot, et me voilà à ma troisième page. La conséquence est facile à tirer. Mon respect, je vous prie, à madame Deleyre, et mes salutations à M. l’abbé de Condillac. Je vous embrasse de tout mon coeur.
Lettre CDLXXIX– À la même
Môtiers, le 17 juin 1764.
Que mon état est affreux ! et que votre lettre m’a soulagé ! Oui, madame !a maréchale, la certitude d’avoir été aimé de M. le maréchal, sans me consoler de sa perte, en adoucit l’amertume, et fait succéder à mon désespoir des lai nies précieuses et douces dont je ne cesserai d’honorer sa mémoire tons les jours de ma vie. José dire qu’il me la devait cette amitié sincère que vous m’assurez qu’il eut toujours pour moi ; car mon coeur n’eut jamais d’attachement plus vrai, plus vif, plus tendre, que celui qu’il m’avait inspiré. C’est encore un de mes regrets que les tristes bienséances m’aient souvent empêché de lui faire connaître jusqu’à quel point il m’était cher. J’en puis dire autant à votre égard, madame la maréchale, et j’en ai pour preuve bien cruelle les déchirements que j’ai sentis dans la persuasion d’être oublié de vous. Mon dessein n’est point d’entrer en explication sur le passé. Vous dites m’avoir écrit la dernière : nous sommes là-dessus bien loin de compte ; mais vos bontés me sont si précieuses, que, pourvu qu’elles me soient rendues, je me chargerai volontiers d’un tort que mon coeur n’eut jamais, et qu’il saura bien vous faire oublier. Je consens que vous ne m’accordiez rien qu’à titre de grâce. Mais, si je n’ai point mérité votre amitié, songez, je vous supplie, que, de votre propre aveu, M. le maréchal m’accordait la sienne. C’est en son nom, c’est au nom de sa mémoire qui nous est si chère à tous deux, que je réclame de votre part les sentiments qu’il eut pour moi, et que, de mon côté, je voue à la personne qu’il aima le plus tous ceux que j’avais pour lui. Il est impossible dédire davantage. Je ne demande ni de fréquentes lettres, ni des réponses exactes ; mais quand vous sentirez que je dois être inquiet (et, quand on aime les gens, cela se devine), faites-moi dire un mot par M. de La Roche, et je suis content.
Lettre CDLXXXI– À M. de Chamfort
Le 24 juin 1764.
J’ai toujours désiré, monsieur, d’être oublié de la tourbe insolente et vile qui ne songe aux infortunés que pour insulter à leur misère ; mais l’estime des hommes de mérite est un précieux dédommagement de ses outrages, et je ne puis qu’être flatté de l’honneur que vous m’avez fait en m’envoyant votre pièce[847]. Quoique accueillie du public, elle doit l’être des connaisseurs et des gens sensibles aux vrais charmes de la nature. L’effet le plus sûr de mes maximes, qui est de m’attirer la haine des méchants et l’affection des gens de bien, et qui se marque autant par mes malheurs que par mes succès, m’apprend, par l’approbation dont vous honorez mes écrits, ce qu’on doit attendre des vôtres, et me fait désirer, pour l’utilité publique, qu’ils tiennent tout ce que promet votre début. Je vous salue, monsieur, de tout mon coeur.
Lettre CDLXXXIII– À M. H.D.P
[848]
Môtiers, le 15 juillet 1764.
Si mes raisons, monsieur, contre la proposition qui m’a été faite par le canal de M. P***, vous paraissent mauvaises, celles que vous m’objectez ne me semblent pas meilleures ; et dans ce qui regarde ma conduite, je crois pouvoir rester juge des motifs qui doivent me déterminer.
Il ne s’agit pas, je le sais, de ce que tel ou tel peut mériter par la loi du talion, mais il s’agit de l’objection par laquelle les catholiques me fermeraient la bouche en m’accusant de combattre ma propre religion. Vous écrivez contre les persécuteurs, me diraient -ils, et vous vous dites protestant ! Vous avez donc tort ; car les protestants sont tout aussi persécuteurs que nous, et c’est pour cela que nous ne devons point les tolérer, bien sûrs que, s’ils devenaient les plus forts, ils ne nous toléreraient pas nous-mêmes. Vous nous trompez, ajouteraient-ils, ou vous vous trompez en vous mettant en contradiction avec les vôtres, et nous prêchant d’autres maximes que les leurs. Ainsi, l’ordre veut qu’avant d’attaquer les catholiques je commence par attaquer les protestants, et par leur montrer qu’ils ne savent pas leur propre religion. Est-ce là, monsieur, ce que vous m’ordonnez de faire ? Cette entreprise préliminaire rejetterait l’autre encore loin ; et il me paraît que la grandeur de la tâche ne vous effraie guère, quand il n’est question que de l’imposer.
Que si les arguments ad hominem qu’on m’objecterait vous paraissent peu embarrassants, ils me le paraissent beaucoup à moi ; et, dans ce cas, c’est à celui qui sait les résoudre d’en prendre le soin.
I have received all your letters, dear Deleyre, as well as the one that Mr. Sabattier sent me recently. I do not believe I ever suggested to you the idea of maintaining a regular correspondence; not that I would be averse to it, but because my natural laziness, my frail health, the overwhelming number of letters I receive, and the constant stream of visitors in my home would make it impossible for me to keep up with it regularly. However, since I love you and desire that you too love me, I will always be pleased to receive any details you wish to share regarding the state of your soul, your affairs, or as signs of your trust and friendship toward me. From time to time, I will also take the pleasure of writing to you; and when I have the time to pour out my heart to you, it will be a great comfort for me. This is all I can promise you; but I cannot assure you that my replies will always be entirely accurate, since there are already too many duties to fulfill in life without imposing any additional ones on myself.
Your last two letters would provide me with ample material for discussion, both regarding your current state of mind and your approach to the study of Greek and Roman history. It seems as if, from the very beginning of this endeavor, you sought to discover something beyond mere human beings within these histories—and that finding individuals who were morally superior to our contemporaries was not enough for you. But, my dear friend, the overwhelming burden imposed upon me by physical and mental suffering, coupled most recently with the loss of Monsieur de Luxembourg, which dealt me the final blow, has robbed me of the strength to think and write. As you know, I once had among my friends everyone who was illustrious in the world of letters; yet I have lost them all while they were still full of life. Not a single one of them—not even Duclos—remained by my side during my misfortunes. I consider him one of the great ones: he faced adversity, and now death has taken him away. What a reversal of thoughts! Upon what new principles must I base my reasoning now? I am too old to endure such turmoil; I am too sensitive to merely philosophize about my losses. My mind is no longer capable of clarity; all I feel are my pains; all I see is chaos. Dear Deleyre, I have lived too long.
Before concluding, let us discuss once again how to maintain our correspondence—at least in the way that I am able to do so. Since you have received the letter I wrote to you directly, and I have received yours as well, we have no reason, based on our experience, to avoid using the postal services of Italy[846]. The mediation provided by Mr. Sabattier is even more troublesome, as it only increases the hassle and costs—we have to use additional envelopes, write to him personally, pay extra postage for both Turin and Parma, and deal with even higher fees at the ports. In short, all this results in my efforts costing me more than just money. Therefore, I believe we should return to the simplest method: writing to each other directly. If someone were to open our letters, what would it matter? We are not engaged in any conspiracies. If we find that they have been lost or intercepted, then we can always take other measures at that time. For now, let’s simply number them, just as I am doing with this one; this will help us determine if any have been stolen. I had intended to write you only a few words, but here I am already on my third page. The conclusion is obvious. Please convey my regards to Madame Deleyre and my greetings to Monsieur l’Abbé de Condillac. I embrace you with all my heart.
Letter CDLXXIX – To the Same One
Môtiers, June 17, 1764.
How terrible my state is! And how much your letter has relieved me! Yes, madam—the certainty that I was loved by Marshal de La Roche, though it does not console me for his loss, at least mitigates its bitterness and replaces my despair with precious and tender memories of him, which I will honor throughout my life. José said that he owed me this sincere friendship you assure me he always held toward me; indeed, my heart never felt a deeper, more intense, or more tender attachment than the one he inspired in me. It is another regret that the constraints of propriety often prevented me from letting him know how much I cherished him. The same holds true for you, madam the marshal—my painful conviction that you had forgotten me serves as cruel evidence of this. My intention is not to dwell on the past. You say you were the last one to write to me; we are far from reaching an understanding on this matter. But your kindnesses are so precious to me that, if only they could be restored to me, I would gladly make amends for any wrong my heart may have ever committed—and I am certain it will manage to make you forget it entirely. I accept that you might grant me your favor merely out of kindness. But if I have not deserved your friendship, then please consider—according to your own admission—Marshal de La Roche himself granted it to me. It is in his name, in the memory of him who is so dear to us both, that I beg you to show me the same feelings he had for me; and on my part, I vow to dedicate to the person he loved most all the affection I once held for him. There can be no greater sincerity than this. I do not ask for frequent letters or immediate replies; but when you feel that I might be worried (and when one loves someone, such concerns are only natural), please let me know through M. de La Roche—and that will be enough to satisfy me.
Letter CDLXXXI – To Mr. de Chamfort
June 24, 1764.
Sir, I have always desired to be forgotten by that insolent and vile crowd which thinks only of the unfortunate to insult their misery; but the respect accorded to those of merit is a precious compensation for such insults, and I am truly flattered by the honor you have done me in sending me your play[847]. Although it has been well received by the public, it should also be appreciated by connoisseurs and those who are sensitive to the true beauties of nature. The most certain effect of my principles is to earn the hatred of the wicked and the affection of the good; this is evident both in my misfortunes and in my successes. The approval you have shown for my writings tells me what to expect of yours, and it fills me with the hope that they will live up to all the promises of your initial efforts. I salute you, sir, from the bottom of my heart.
Letter CDLXXXIII – To Mr. H.D.P
[848]
Môtiers, July 15, 1764.
If, sir, my reasons against the proposal made to me through Mr. P*** seem inadequate to you, then the objections you raise do not seem any better to me; and as far as my own conduct is concerned, I believe I am in a position to judge for myself the motives that should guide me.
I know that this is not about what someone might deserve according to the law of retribution, but rather about the argument that Catholics would use to silence me by accusing me of fighting against my own religion. You write against persecutors, they would say to me, and yet you call yourself a Protestant! Therefore, you are in error; for Protestants are just as persecutory as we are, and precisely for this reason we must not tolerate them—surely, if they became the stronger party, they would not tolerate us either. You are deceiving us, they would add, or you are deceiving yourself by advocating principles that contradict your own beliefs and preaching doctrines other than their own. Thus, logic demands that before attacking Catholics, I should first attack Protestants and show them that they do not truly understand their own religion. Is this, sir, what you are ordering me to do? Such a preliminary step would only push the other issue further away; and it seems to me that the magnitude of this task does not frighten you in the slightest, when all that is at stake is its implementation.
Even if the ad hominem arguments that might be raised against me seem little embarrassing to you, they seem very embarrassing to me; and in that case, it is up to those who know how to address them to take care of dealing with them.
Ho ricevuto tutte le vostre lettere, cara Deleyre, così come quella che mi ha inviato di recente il signor Sabattier. Non credo di avervi mai proposto di intrattenere una corrispondenza regolare; non perché essa non mi piacesse, ma a causa della mia naturale pigrizia, del mio stato di salute precario, delle lettere che ricevo in continuazione e delle persone che non cessano di visitarmi a casa. Tuttavia, poiché vi amo e desidero che anche voi mi amiate, accetterò sempre con piacere qualsiasi notizia vogliate comunicarmi riguardo alla vostra situazione personale, alle vostre faccende, nonché ai segni della vostra fiducia e della vostra amicizia. Mi prenderò anche il tempo, di tanto in tanto, di scrivervi; e quando avrò l’opportunità di condividere con voi i miei pensieri, sarà per me un grande conforto. Questo è ciò che posso promettervi, ma non vi prometto mai una precisione nella risposta che non sia sempre possibile mantenere. Nella vita, si hanno già troppi doveri da assolvere senza aggiungerne altri.
Le vostre ultime due lettere mi fornirebbero abbondante materiale per discutere, sia sulle vostre attuali disposizioni che sul modo in cui considerate la storia greca e romana: sembra quasi che, avviando questo studio, abbiate cercato in esso esseri diversi dagli uomini comuni, e che non vi bastasse il fatto di trovarvi persone migliori dei nostri contemporanei sotto ogni aspetto. Ma, caro mio, l’oppressione causata dai mali del corpo e dell’anima, e soprattutto la recente perdita di Monsieur de Luxembourg, che è stata il colpo più duro per me, mi privano della forza di pensare e di scrivere. Come sapete, avevo tra i miei amici tutte le figure più illustri del mondo letterario; li ho persi tutti mentre erano ancora pieni di vita; nessuno, nemmeno Duclos, mi è rimasto al fianco nei momenti della mia sfortuna. Lo considero uno dei grandi: è colui che si trova di fronte alla prova più dura, e la morte lo ha portato via. Che capovolgimento di idee! Su quali nuovi principi dovrò basare ora il mio ragionamento? Sono troppo vecchio per sopportare un simile sconvolgimento; sono troppo sensibile per limitarmi a riflettere esclusivamente sulle mie perdite. La mia mente non è più in grado di funzionare normalmente; non sento altro che dolore, non vedo altro che caos. Caro Deleyre, ho vissuto troppo a lungo.
Prima di concludere, parliamo ancora del modo in cui possiamo mantenere la nostra corrispondenza, almeno per quanto riguarda il modo in cui io posso farlo. Poiché avete ricevuto la lettera che vi ho scritto direttamente, e io ho ricevuto la vostra, non abbiamo alcun motivo, sulla base della nostra esperienza, di diffidare dei servizi postali d’Italia[846]. La mediazione di Monsieur Sabattier, invece, è solo più complicata e aumenta sia le difficoltà che le spese: bisogna utilizzare più buste, scrivere direttamente a lui, pagare tariffe di spedizione più elevate per Torino e Parma. In definitiva, tutto questo mi costa più del denaro stesso. Pertanto, ritengo che sia meglio tornare al metodo più semplice, cioè scriverci direttamente. Se qualcuno dovesse leggere le nostre lettere, che importanza avrebbe? Non stiamo certo tramando alcuna congiura. Se scopriremo che alcune sono andate perse, allora sarà il momento di prendere altre misure. Per ora, basterà numerarle, come faccio io con questa; in questo modo potremo verificare se ne sia stata intercettata qualcuna. Pensavo di scrivervi solo una breve frase, e invece ho già raggiunto la terza pagina. La conclusione è ovvia. Vi invio il mio rispetto a Madame Deleyre e i miei saluti a Monsieur l’abbé de Condillac. Vi abbraccio con tutto il cuore.
Lettera CDLXXIX – Alla stessa persona
Môtiers, 17 giugno 1764.
Che stato orribile il mio. E quanto la vostra lettera mi abbia consolato! Sì, signora marchesa: la certezza di essere stato amato dal marchese, sebbene non possa lenire la mia perdita, attenua almeno l’amarezza del dolore e sostituisce il mio dispero con ricordi preziosi e dolci che onorerò per tutta la vita in memoria sua. José afferma di dovermi questa sincera amicizia. Poiché il mio cuore non ha mai provato un affetto più vero, più intenso, più tenero di quello che lui mi ispirò. Un altro dei miei rimpianti è che le rigide convenzioni sociali mi abbiano spesso impedito di fargli comprendere quanto fossi caro per me. Lo stesso posso dire di voi, signora marchesa; e ne ho una prova terribile nei dolori che ho provato nel credermi dimenticato da voi. Non intendo entrare in dettagli sul passato. Dite di avermi scritto l’ultima volta: siamo molto lontani dalla verità su questo punto; ma le vostre gentilezze sono così preziose per me, che, purché mi siano restituite, sarò felice di compensare un torto che il mio cuore non ha mai commesso. Accetto volentieri che mi concediate qualcosa soltanto come favore. Ma se non ho meritato la vostra amicizia, pensate, vi prego, che, secondo le vostre stesse parole, il marchese me la concedeva. È in suo nome, è in memoria sua, così cara a entrambi, che chiedo da voi i sentimenti che lui aveva per me. E io, dal canto mio, dedico a quella persona che amò di più tutti quelli che provavo per lui. Non si può esprimere di più. Non chiedo lettere frequenti né risposte immediate; ma quando sentirete che devo essere in ansia (e quando si ama qualcuno, questo si capisce facilmente), fatevi dire qualcosa da parte di M. de La Roche. E sarò soddisfatto.
Lettera CDLXXXI – A Monsieur de Chamfort
Il 24 giugno 1764.
Signore, ho sempre desiderato essere dimenticato da quella plebaglia insolenza e vile che pensa agli sfortunati soltanto per insultare la loro miseria; ma l’aprezzamento delle persone di merito rappresenta un prezioso rimedio a tali offese, e non posso che essere lusingato dall’onore che mi avete fatto inviandomi la vostra opera[847]. Anche se accolta dal pubblico, essa dovrebbe essere apprezzata anche dagli esperti e da coloro che sono sensibili ai veri incanti della natura. L’effetto più certo delle mie idee – ovvero attirarmi l’odio dei malvagi e l’affetto delle persone buone, un effetto che si manifesta tanto nei miei insuccessi quanto nei miei successi – mi insegna, attraverso l’approvazione che date ai miei scritti, ciò che si può aspettare dai vostri. E questo mi spinge a sperare, per il bene pubblico, che i vostri lavori mantengano tutte le promesse del loro inizio. Vi saluto con tutto il mio cuore, signore.
Lettera CDLXXXIII – A Monsieur H.D.P
[848]
Môtiers, 15 luglio 1764.
Signore, se le mie ragioni contro la proposta che mi è stata fatta tramite il signor P*** vi sembrano scarse, quelle che voi mi oppongete non mi sembrano certo migliori; e per quanto riguarda la mia condotta, credo di poter essere io stesso a giudicare i motivi che dovrebbero guidarmi.
So bene che non si tratta di ciò che qualcuno possa meritare secondo la legge del taglione, ma si tratta dell’obiezione con cui i cattolici cercherebbero di zittirmi, accusandomi di combattere contro la mia stessa religione. Scrivete contro i persecutori, mi direbbero, eppure vi dichiarate protestante! Quindi avete torto: i protestanti sono altrettanto persecutori di noi, ed è proprio per questo che non dobbiamo tollerarli; sicuramente, se diventassero i più forti, non tollererebbero nemmeno noi. Ci ingannate, aggiungerebbero, o vi ingannate voi stessi, contraddicendovi e insegnandoci principi diversi dai loro. Pertanto, l’ordine naturale vuole che, prima di attaccare i cattolici, io inizi attaccando i protestanti, dimostrando loro che non conoscono davvero la propria religione. È questo, signore, ciò che mi ordinate di fare? Questa azione preliminare allontanerebbe ancora di più l’obiettivo principale; e mi sembra che la grandezza della missione che vi proponete non vi spaventi affatto, quando si tratta soltanto di imporla agli altri.
Anche se gli argomenti ad hominem che mi venissero sollevati vi sembrassero poco imbarazzanti, a me lo sembrano molto; e in tal caso, spetta a colui che sa come risolverli occuparsene.
Il y a encore, ce me semble, quelque chose de dur et d’injuste de compter pour rien tout ce que j’ai fait, et de regarder ce qu’on me prescrit comme un nouveau travail à faire. Quand on a bien établi une vérité par cent preuves invincibles, ce n’est pas un si grand crime, à mon avis, de ne pas courir après la cent et unième, surtout si elle n’existe pas. J’aime à dire des choses utiles, mais je n’aime pas à les répéter ; et ceux qui veulent absolument les redites n’ont qu’à prendre plusieurs exemplaires du même écrit. Les protestants de France jouissent maintenant d’un repos auquel je puis avoir contribué, non par de vaines déclamations comme tant d’autres, mais par de fortes raisons politiques bien exposées. Cependant voilà qu’ils me pressent d’écrire en leur faveur : c’est faire trop de cas de que je puis faire, ou trop peu de ce que j’ai fait. Ils avouent qu’ils sont tranquilles ; mais ils veulent être mieux que bien, et c’est après que je les ai servis de toutes mes forces qu’ils me reprochent de ne les pas servir au-delà de mes forces.
Ce reproche, monsieur, me paraît peu reconnaissant de leur part, et peu raisonné de la vôtre. Quand un homme revient d’un long combat, hors d’haleine et couvert de blessures, est-il temps de l’exhorter gravement à prendre les armes, taudis qu’on se tient soi-même en repos ! Eh ! messieurs, chacun son tour, je vous prie. Si vous êtes si curieux des coups, allez en chercher votre part : quant à moi, j’en ai bien la mienne ; il est temps de songer à la retraite : mes cheveux gris m’avertissent que je ne suis plus qu’un vétéran ; mes maux et mes malheurs me prescrivent le repos, et je ne sors point de la lice sans y avoir payé de ma personne. Sat patrioe Priamoque datum. Prenez mon rang, jeunes gens, je vous le cède ; gardez-le seulement comme j’ai fait, et après cela ne vous tourmentez pas plus des exhortations indiscrètes et des reproches déplacés, que je ne m’en tourmenterai désormais.
Ainsi, monsieur, je confirme à loisir ce que vous m’accusez d’avoir écrit à la hâte, et que vous jugez n’être pas digne de moi ; jugement auquel j’éviterai de répondre, faute de l’entendre suffisamment.
Recevez, monsieur, je vous supplie, les assurances de tout mon respect.
Lettre CDLXXXV– À M. Séguier de Saint-Brisson
[850]
Môtiers, le 22 juillet 1764.
Je crains, monsieur, que vous n’alliez un peu vite en besogne dans vos projets ; il faudrait, quand rien ne vous presse, proportionner la maturité des délibérations à l’importance des résolutions. Pourquoi quitter si brusquement l’état que vous aviez embrassé, tandis que vous pouviez à loisir vous arranger pour en prendre un autre, si tant est qu’on puisse appeler un état le genre de vie que vous vous êtes choisi, et dont vous serez peut-être aussitôt rebuté que du premier ? Que risquiez-vous à mettre un peu moins d’impétuosité dans vos démarches, et à tirer parti de ce retard, pour vous confirmer dans vos principes, et pour assurer vos résolutions par une plus mûre étude de vous-même ? Vous voilà seul sur la terre dans l’Age où l’homme doit tenir à tout ; je vous plains, et c’est pour cela que je ne puis vous approuver, puisque vous avez voulu vous isoler vous-même au moment où cela vous convenait le moins. Si vous croyez avoir suivi mes principes, vous vous trompez : vous avez suivi l’impétuosité de votre âge ; une démarche d’un tel éclat valait assurément la peine d’être bien pesée avant d’en venir à l’exécution. C’est une chose faite, je le sais : je veux seulement vous faire entendre que la manière de la soutenir et d’en revenir demande un peu plus d’examen que vous n’en avez mis à la faire.
Voici pis. L’effet naturel de cette conduite a été de vous brouiller avec madame votre mère. Je vois, sans que vous me le montriez, le fil de tout cela ; et, quand il n’y aurait que ce que vous me dites, à quoi bon aller effaroucher la conscience tranquille d’une mère, en lui montrant sans nécessité des sentiments différents des siens ? Il fallait, monsieur, garder ces sentiments au -dedans de noms pour la règle de votre conduite, et leur premier effet devrait être de vous faire endurer avec patience les tracasseries de vos prêtres, et de ne pas changer ces tracasseries en persécutions, en voulant secouer hautement le joug de la religion où vous étiez né. Je pense si peu comme vous sur cet article, que quoique le clergé protestant me fasse une guerre ouverte, et que je sois fort éloigné de penser comme lui sur tous les points, je n’en demeure pas moins sincèrement uni à la communion de notre Église, bien résolu d’y vivre et d’y mourir s’il dépend de moi : car il est très consolant pour un croyant affligé de rester en communauté de culte avec ses frères, et de servir Dieu conjointement avec eux. Je vous dirai plus, et je vous déclare que si j’étais né catholique, je demeurerais catholique, sachant bien que votre Église met un frein très salutaire aux écarts de la raison humaine, qui ne trouve ni fond ni rive quand elle veut sonder l’abîme des choses ; et je suis si convaincu de l’utilité de ce frein, que je m’en suis moi-même imposé un semblable, en me prescrivant, pour le reste de ma vie, des règles de foi dont je ne me permets plus de sortir. Aussi je vous jure que je ne suis tranquille que depuis ce temps-là, bien convaincu que, sans cette précaution, je ne l’aurais été de ma vie. Je vous parle, monsieur, avec effusion de coeur, et comme un père parlerait à son enfant. Votre brouillerie avec madame votre mère me navre. J’avais dans mes malheurs la consolation de croire que mes écrits ne pouvaient faire que du bien ; voulez-vous m’ôter encore cette consolation ? Je sais que s’ils font du mal, ce n’est que faute d’être entendus ; mais j’aurai toujours le regret de n’avoir pu me faire entendre. Cher Saint-Brisson, un fils brouillé avec sa mère a toujours tort : de tous les sentiments naturels, le seul demeuré parmi nous est l’affection maternelle. Le droit des mères est le plus sacré que je connaisse ; en aucun cas on ne peut le violer sans crime : raccommodez-vous donc avec la vôtre. Allez-vous jeter à ses pieds ; à quelque prix que ce soit, apaisez-la : soyez sûr que son coeur vous sera rouvert si le vôtre vous ramène à elle. Ne pouvez-vous sans fausseté lui faire le sacrifice de quelques opinions inutiles, ou du moins les dissimuler ? Vous ne serez jamais appelé à persécuter personne ; que vous importe le reste ? Il n’y a pas deux morales. Celle du christianisme et celle de la philosophie sont la même, l’une et l’autre vous imposent ici le même devoir ; vous pouvez le remplir, vous le devez ; la raison, l’honneur, votre intérêt, tout le veut : moi, je l’exige pour répondre aux sentiments dont vous m’honorez. Si vous le faites, comptez sur mon amitié, sur toute mon estime, sur mes soins, si jamais ils vous sont bons à quelque chose. Si vous ne le faites pas, vous n’avez qu’une mauvaise tête ; ou, qui pis est, votre coeur vous conduit mal, et je ne veux conserver de liaisons qu’avec des gens dont la tête et le coeur soient sains.
Lettre CDLXXXVII– Au même
Môtiers, le 20 août 1764-
En arrivant ici avant-hier, monsieur, en médiocre état, je reçus avec des centaines de lettres la vôtre pour m’en consoler, mais à laquelle l’importunité des autres m’empêche de répondre en détail aujourd’hui.
Je suis très sensible à la grâce que veut me faire M. Guyot ; ce serait en abuser que de prendre toutes ses bougies au prix auquel il veut bien me les passer. D’ailleurs, il ne me paraît pas que celle que vous m’avez envoyée soit exactement semblable aux miennes ; il faudrait, pour en faire l’essai convenablement, et plus de loisir et un plus grand nombre. À tout événement, si de ces cinq douzaines M. Guyot voulait bien en céder deux, je pourrais, sur ces vingt-quatre bougies, faire cet hiver des essais qui me décideraient sur ce qui pourrait lui en rester au printemps ; et, si pour ce nombre il permet le choix, je les aimerais mieux grises ou noires que rouges, et surtout des plus longues qu’il ait, puisque je suis obligé de mettre à toutes des allonges qui m’incommodent beaucoup, mais qui sont nécessaires pour que la bougie pénètre jusqu’à l’obstacle.
There is still, in my opinion, something harsh and unjust in the fact that all that I have done counts for nothing, while what is required of me now is regarded as a new task to be undertaken. When one has established a truth through a hundred irrefutable proofs, it does not seem to me to be such a grave mistake to refuse to pursue the one hundred and first proof, especially if it does not exist at all. I like to say useful things, but I do not like to repeat them; those who insist on hearing them again can simply produce multiple copies of my writings. The Protestants in France now enjoy a peace for which I may have contributed—not through empty declarations like so many others, but through sound and well-reasoned political arguments. Yet now they are pressing me to write in their favor: this is either giving too much importance to what I can do, or failing to recognize the extent of my contributions. They admit that they are at peace; but they want to be even better off than they already are, and it is precisely after I have served them with all my might that they accuse me of not doing enough for them.
Sir, such a reproach seems to me far from grateful on their part, and rather unreasonable on yours. When a man returns from a long battle, breathless and covered in wounds, is it really the time to earnestly urge him to take up arms again, while one oneself remains at rest? Ah, gentlemen, let each of us take our turn. If you are so keen on fighting, go and seek your share of action; as for me, I have had my share enough. It is time to think about retreating. My gray hair tells me that I am but a veteran now; my ailments and misfortunes demand rest. I do not leave the field of battle without having given my all. “Sat patrioe Priamoque datum.” Take my place, young men—I cede it to you. Only preserve it just as I have done, and then cease to torment yourselves with indecent exhortations and misplaced reproaches, just as I will cease to do so from now on.
Thus, sir, I willingly confirm what you accuse me of having written in haste, and which you deem unworthy of me; a judgment upon which I will refrain from commenting, as I have not heard it clearly enough.
Please accept, sir, my sincerest expressions of respect.
Letter CDLXXXV – To Mr. Séguier de Saint-Brisson
[850]
Môtiers, July 22, 1764.
I fear, sir, that you are proceeding a bit too hastily with your plans; when there is no pressing need, one should ensure that the thoroughness of deliberation matches the importance of the decisions to be made. Why abandon so abruptly the state of life you had chosen, when you could have taken your time to settle into another—one that, if it can even be called a way of life at all, perhaps you will soon grow weary of it just as quickly as you grew tired of the first? What risk would there have been in adopting a more measured approach and using this delay to reinforce your principles and solidify your resolutions through a more careful self-examination? You now find yourself alone on this earth, at an age when one must cling to everything; I feel sorry for you—and precisely for that reason, I cannot approve of what you have done, for you chose to isolate yourself at a time when it would have been least appropriate. If you believe you have followed my principles, you are mistaken: you have simply acted on the impetuosity of your youth. A decision of such significance surely deserved careful consideration before being carried out. It is done now; I merely wish to point out that the way to uphold it and later reconsider it requires far more thought than you gave it at the time.
Here’s something even worse. The natural consequence of such behavior was that it caused you to fall out with your mother. I can see, without you needing to tell me, the whole sequence of events; and even if what you tell me were all true, why would you go and disturb the peace of a mother’s conscience by showing her feelings that are different from hers? My dear sir, you should have kept these feelings hidden within yourself, as a guide for your behavior. Their first effect should have been to make you endure patiently the troubles caused by your priests, rather than turning those troubles into persecutions just because you wanted to shake off the yoke of the religion in which you were born. I hold views on this matter that are quite different from yours; even if the Protestant clergy were to declare war on me openly, and even though I disagree with them on almost every point, I would still remain sincerely united in the communion of our Church, determined to live and die within it if it is in my power to do so. For it is a great comfort for a believer in distress to remain in community with his fellow believers and to serve God together with them. Let me say more: I declare that even if I had been born Catholic, I would still be Catholic, knowing full well that your Church provides a very beneficial restraint on the excesses of human reason, which seeks in vain to explore the depths of unknown matters. I am so convinced of the usefulness of this restraint that I have imposed it upon myself as well, setting for myself rules of faith that I no longer dare to deviate from. And I swear to you that I have only begun to feel at peace since then, fully aware that without such precautions, I would never have found peace in my life. I speak to you, sir, with the utmost sincerity, as a father would speak to his child. Your quarrel with your mother fills me with sorrow. In my own misfortunes, I had the comfort of believing that my writings could only bring good; do you now wish to take that comfort away from me as well? I know that if they cause harm, it is only because they are not heeded; but I will always regret having failed to make myself heard. Dear Saint-Brisson, a son who falls out with his mother is always in the wrong. Of all natural sentiments, only maternal affection remains among us. The rights of mothers are the most sacred that I know; under no circumstances can they be violated without committing a crime. So please reconcile with your mother. Go and kneel at her feet; whatever it takes, appease her. Be assured that her heart will be opened to you again if yours brings you back to her. Can’t you, without any falseness, sacrifice some of those useless opinions of yours, or at least hide them? You will never be called upon to persecute anyone; what does the rest matter? There is only one true morality. That of Christianity and that of philosophy are the same; both impose upon you the same duty here. You can fulfill it, and you ought to do so; reason, honor, your own interests—everything demands it of you. I, for my part, insist on it as a response to the sentiments you hold toward me. If you do it, rely on my friendship, all my respect, and my care—if such care can be of any use to you. If you do not do it, then either you are foolish, or, worse still, your heart leads you astray. And I am only willing to maintain relations with people whose minds and hearts are sound.
Letter CDLXXXVII – To the Same One
Môtiers, August 20, 1764-
Upon arriving here yesterday, in a rather poor state of health, I received hundreds of letters, including yours, which were meant to comfort me; however, due to the sheer volume of other correspondence, I am unable to respond to them in detail today.
I am very aware of the kindness Mr. Guyot wishes to show me; it would be unfair to take all his candles at the price he is willing to offer them to me. Moreover, I do not think the ones you sent me are exactly the same as mine; in order to conduct proper tests, I would need more time and a larger number of candles. In any case, if Mr. Guyot would be so kind as to give me two out of these fifty-two candles, I could use these twenty-four to carry out experiments this winter that will help me decide what remains with him by spring. And if he allows me to choose among them, I would prefer them to be gray or black rather than red, and especially the longest ones he has, since I am obliged to attach extensions to all of them, which is very inconvenient for me but necessary in order for the candle to reach the target area effectively.
Credo ancora che ci sia qualcosa di duro e ingiusto nel considerare inutile tutto ciò che ho fatto, e nel considerare ciò che mi viene imposto come un nuovo compito da svolgere. Quando si è dimostrata una verità attraverso cento prove irrefutabili, non credo sia un grande crimine non cercare di trovare la centunesima prova, soprattutto se essa non esiste davvero. Mi piace dire cose utili, ma non mi piace ripeterle; coloro che vogliono assolutamente che le ripeta possono semplicemente prendere diversi esemplari dello stesso scritto. I protestanti di Francia godono ora di un periodo di tranquillità a cui ho potuto contribuire, non con vane dichiarazioni come tante altre, ma con solide ragioni politiche ben argomentate. Eppure ora mi chiedono di scrivere a loro favore: questo significa dare troppo peso a ciò che posso fare, o sottovalutare ciò che ho già fatto. Ammettono di essere tranquilli; ma vogliono essere ancora meglio di così. Ed è proprio dopo averli serviti con tutte le mie forze che mi rimproverano di non averlo fatto al di là delle mie possibilità.
Questo rimprovero, signori, mi sembra poco riconoscente da parte loro e poco ragionevole da parte vostra. Quando un uomo ritorna da una lunga battaglia, senza fiato e coperto di ferite, è forse il momento giusto per esortarlo seriamente a riprendere le armi, mentre noi stessi ci teniamo in disparte? Eh! Signori, ognuno al suo turno. Se siete così curiosi dei combattimenti, andate voi stessi a parteciparvi; quanto a me, ne ho già avuto abbastanza. È ora di pensare alla ritirata: i miei capelli grigi mi ricordano che non sono più che un veterano; i miei dolori e le mie sfortune mi impongono il riposo. E io non esco da questo campo di battaglia senza aver dato tutto ciò che avevo. “Sat patrioe, Priamoque datum.” Prendete il mio posto, giovani. Ve lo cedo; ma vi prego di custodirlo proprio come l’ho fatto io. E dopo questo, non tormentatevi più con esortazioni indiscrete o rimproveri inopportuni. Proprio come non mi tormenterò più io stesso.
Pertanto, signore, confermo liberamente ciò di cui mi accusate di aver scritto in fretta e che ritenete non sia degno di me; a questo giudizio eviterò di rispondere, poiché non l’ho compreso appieno.
Accettate, signore, vi prego, le mie più sentite scuse per la mia mancanza di rispetto.
Lettera CDLXXXV – A Monsieur Séguier de Saint-Brisson
[850]
Môtiers, 22 luglio 1764.
Temo, signore, che vi stiate muovendo un po’ troppo in fretta nei vostri progetti; quando non c’è alcuna urgenza, sarebbe opportuno far corrispondere la maturità delle deliberazioni all’importanza delle decisioni da prendere. Perché abbandonare così bruscamente lo stato di vita che avevate scelto, quando avreste potuto tranquillamente trovarne un altro, ammesso che si possa davvero definire “stato di vita” il modo in cui vi siete imposto, e dal quale forse vi stancherete altrettanto rapidamente quanto del primo? Qual rischio avreste corso ad essere meno impulsivi nelle vostre azioni, e a utilizzare questo ritardo per rafforzare i vostri principi e consolidare le vostre decisioni attraverso un’analisi più approfondita di voi stessi? Ora siete solo al mondo, in un’epoca in cui l’uomo deve tenersi a tutto; mi dispiace per voi, ed è proprio per questo che non posso approvare la vostra scelta, visto che avete voluto isolarvi nel momento meno adatto. Se credete di aver seguito i miei principi, vi sbagliate: avete agito seguendo l’impulsività della vostra età; un passo così importante meritava sicuramente una riflessione più attenta prima di essere messo in atto. È fatta ormai, lo so. Voglio solo farvi capire che il modo in cui dovreste sostenere tale decisione e ripensarci richiede un’analisi più approfondita di quella che avete dedicato all’iniziale fase di valutazione.
Ecco qualcosa di ancora peggiore: l’effetto naturale di questo comportamento è stato quello di creare un conflitto tra voi e vostra madre. Capisco, senza che me lo diciate, tutta la situazione; e anche se ci fossero solo le cose che mi avete raccontato, a che scopo andare ad agitare la coscienza tranquilla di una madre, mostrandole sentimenti diversi dai suoi? Avreste dovuto, signore, tenere questi sentimenti nascosti, come regola del vostro comportamento; il loro primo effetto avrebbe dovuto essere quello di farvi sopportare con pazienza le fastidie dei vostri preti, senza trasformarle in persecuzioni, nel tentativo di scuotere violentemente il giogo della religione nella quale siete nato. Io la penso molto diversamente da voi su questo argomento: anche se il clero protestante mi dichiarasse guerra aperta, e anche se fossi lontano dal condividere le loro opinioni su ogni punto, rimarrei comunque sinceramente unito alla comunione della nostra Chiesa, deciso a vivere e morire in essa, se dipendesse da me. Poiché è molto consolante, per un credente afflitto, restare nella comunità di culto dei propri fratelli e servire Dio insieme a loro. Vi dirò di più: vi dichiaro che anche se fossi nato cattolico, rimarrei cattolico, poiché so bene che la vostra Chiesa impone un freno molto salutare agli eccessi della ragione umana, che non trova fondamento né limite quando cerca di esplorare l’abisso delle cose. E sono così convinto dell’utilità di questo freno, che me ne sono imposto uno anch’io, stabilendo per il resto della mia vita regole di fede dalle quali non mi permetto più di deviare. Perciò vi giuro che solo da allora sono diventato tranquillo. Convinto che, senza questa precauzione, non lo sarei mai stato in tutta la mia vita. Vi parlo con sincerità, signore, come un padre parlerebbe al proprio figlio. Il vostro conflitto con vostra madre mi addolora profondamente. Nei miei momenti di sfortuna, avevo il conforto di credere che i miei scritti potessero fare solo del bene. Volete privarmi anche di questo conforto? So che, se fanno del male, è solo perché non vengono ascoltati. Ma avrò sempre il rimpianto di non essere riuscito a farmi ascoltare. Caro Saint-Brisson, un figlio in conflitto con sua madre ha sempre torto. Di tutti i sentimenti naturali, l’unico che è rimasto tra noi è l’affetto materno. Il diritto delle madri è il più sacro che conosca; in nessun caso si può violare senza commettere un crimine. Riconciliatevi quindi con vostra madre. Andate da lei, a qualunque costo, calmatele. Siate certo che il suo cuore vi sarà nuovamente aperto se il vostro vi riporta da lei. Non potete forse, senza falsità, sacrificare alcune opinioni inutili, o almeno nasconderle? Non sarete mai chiamato a perseguitare nessuno. Che importanza ha il resto? Non esistono due moralità. Quelle del cristianesimo e quella della filosofia sono la stessa: entrambe vi impongono lo stesso dovere; potete compierlo, dovete compierlo; la ragione, l’onore, il vostro interesse, tutto vi esorta a farlo; io, in particolare, lo esigo per rispondere ai sentimenti con cui mi onorate. Se lo farete, contate sulla mia amicizia, su tutta la mia stima, sui miei aiuti, se mai possano esservi utili. Se non lo farete, allora avete soltanto una mente malvagia, o, peggio ancora, il vostro cuore vi guida nel errore; e io non desidero mantenere rapporti con persone la cui mente e il cui cuore siano corrotti.
Lettera CDLXXXVII – Allo stesso.
Môtiers, 20 agosto 1764-
Arrivando qui ieri, in uno stato di salute non molto buono, ho ricevuto insieme a centinaia di altre lettere anche la vostra, che aveva lo scopo di consolarmi; tuttavia, a causa dell’infinità di altre comunicazioni che ho ricevuto, oggi non riesco a rispondervi in modo dettagliato.
Sono molto sensibile alla gentilezza che Monsieur Guyot vuole dimostrarmi; sarebbe un abuso da parte mia accettare tutte le sue candele al prezzo che è disposto a offrirmele. Inoltre, non mi sembra che quella che mi avete inviato sia esattamente simile alle mie; per poterla testare correttamente, sarebbero necessari più tempo e un numero maggiore di candele. Comunque, se Monsieur Guyot fosse disposto a cedermene due su queste cinquantaquattro, potrei utilizzarle per fare degli esperimenti durante l’inverno, che mi aiuterebbero a decidere quale tipo di candele gli rimarrà disponibile in primavera. E, se per questo numero di candele fosse possibile effettuare una selezione, preferirei quelle grigie o nere rispetto alle rosse, soprattutto le più lunghe che possiede, poiché sono costretto ad applicare delle prolunghe a tutte, il che mi causa notevoli disagi, ma è necessario affinché la candela riesca a raggiungere l’ostacolo.
Vous aurez la Nouvelle Héloïse ; mais, comme je suppose que vous n’êtes pas pressé, j’attendrai que les tracas me laissent respirer. Du reste, ne vous laites pas tant valoir pour m’avoir demandé cette bagatelle ; votre intention se pénètre aisément. Les autres donnent pour-recevoir ; vous faites tout le contraire, et même vous abusez de ma facilité. Ne m’envoyez point de l’eau d’Auguste[851], parce qu’en vérité je n’en saurais que faire, ne la trouvant pas fort agréable, et n’ayant pas grand-foi à ses vertus. Quant à la truite, l’assaisonnement et la main qui l’a préparée doivent rendre excellente une chose naturellement aussi bonne ; mais mon état présent m’interdit l’usage de ces sortes de mets. Toutefois ce présent vient d’une part qui m’empêche de le refuser, et j’ai grand’peur que ma gourmandise ne m’empêche de m’en abstenir.
Je dois vous avertir, par rapport à l’eau d’Auguste, de ne plus vous servir d’une aiguille de cuivre, ou de vous abstenir d’en boire ; car la liqueur doit dissoudre assez de cuivre pour rendre cette boisson pernicieuse et pour en faire même un poison. Ne négligez pas cet avis.
J’aurais cent choses à vous dire ; mais le temps me presse, il faut finir : ce ne serait pas sans vous faire tous les remerciements que je vous dois, si des paroles y pouvaient suffire. Bien des respects à madame, je vous supplie ; mille choses à nos amis : recevez les remerciements et les salutations de mademoiselle Le Vasseur, et d’un homme dont le coeur est plein de vous.
Je ne puis m’empêcher de vous réitérer que l’idée d’adresser D à B est une chose excellente ; c’est une mine d’or que cette idée entre des mains qui sauront l’exploiter.
Lettre CDLXXXIX– À Madame la comtesse de Boufflers
Môtiers, le 26 août 1764.
Après les preuves touchantes, madame, que j’ai eues de votre amitié dans les plus cruels moments de ma vie, il y aurait à moi de l’ingratitude de n’y pas compter toujours ; mais il faut pardonner beaucoup à mon état : la confiance abandonne les malheureux, et je sens, au plaisir que m’a fait votre lettre, que j’ai besoin d’être ainsi rassuré quelquefois. Cette consolation ne pouvait me venir plus à propos : après tant de pertes irréparables, et en dernier lieu celle de M. de Luxembourg, il m’importe de sentir qu’il me reste des biens assez précieux pour valoir la peine de vivre. Le moment où j’eus le bonheur de le connaître ressemblait beaucoup à celui où je l’ai perdu ; dans l’un et dans l’autre, j’étais affligé, délaissé, malade : il me consola de tout ; qui me consolera de lui ? Les amis que j’avais avant de le perdre ; car mon coeur, usé par les maux, et déjà durci par les ans, est ferme désormais à tout nouvel attachement.
Je ne puis penser, madame, que dans les critiques qui regardent l’éducation de M. votre fils, vous compreniez ce que, sur le parti que vous avez pris de l’envoyer à Leyde, j’ai écrit au chevalier[853] de L***. Critiquer quelqu’un, c’est blâmer dans le public sa conduite ; mais dire son sentiment à un ami commun sur un pareil sujet, ne s’appellera jamais critiquer, à moins que l’amitié impose la loi de ne dire jamais ce qu’on pente, même en choses où les gens du meilleur sens peuvent n’être pas du même avis. Après la manière dont j’ai constamment pense et parlé de vous, madame, je me décrierais moi-même si je m’avisais de vous critiquer. Je trouve à la vérité beaucoup d’inconvénient à envoyer les jeunes gens dans les universités ; mais je trouve aussi que, selon les circonstances, il peut y en avoir davantage à ne pas le faire, et l’on n’a pas toujours en ceci le choix du plus grand bien, mais du moindre mal. D’ailleurs une fois la nécessité de ce parti supposée, je crois comme vous qu’il y a moins de danger en Hollande que partout ailleurs.
Je suis ému de ce que vous m’avez marqué de messieurs les comtes de B*** : jugez, madame, si la bienveillance des hommes de ce mérite m’est précieuse, à moi, que celle même des gens que je n’estime pas subjugue toujours. Je ne sais ce qu’on eût fait de moi par les caresses : heureusement on ne s’est pas avisé de me gâter là-dessus. On a travaillé sans relâche à donner à mon coeur, et peut-être à mon génie, le ressort que naturellement ils n’avaient pas. J’étais né faible ; les mauvais traitements m’ont fortifié : à force de vouloir m’avilir, on m’a rendu fier.
Vous avez la bonté, madame, de vouloir des détails sur ce qui me regarde. Que vous dirai-je ? rien n’est plus uni que ma vie, rien n’est plus Borné que mes projets ; je vis au jour la journée sans souci du lendemain, ou plutôt j’achève de vivre avec plus de lenteur que je n’avais compté. Je ne m’en irai pas plus tôt qu’il ne plaît à la nature ; mais ses longueurs ne laissent pas de m’embarrasser, car je n’ai plus rien à faire ici. Le dégoût de toutes choses me livre toujours plus à l’indolence et à l’oisiveté. Les maux physiques me donnent seuls un peu d’activité. Le séjour que j’habite, quoique assez sain pour les autres hommes, est pernicieux pour mon état : ce qui fait que, pour me dérober aux injures de l’air et à l’importunité des désoeuvrés, je vais errant par le pays durant la belle saison ; mais, aux approches de l’hiver, qui est ici très rude et très long, il faut revenir et souffrir. Il y a Ion g-temps que je cherche à déloger : mais où aller ? comment m’arranger ? J’ai tout à la fois l’embarras de l’indigence et celui des richesses : toute espèce de soin m’effraie ; le transport de mes guenilles et de mes livres par ces montagnes est pénible et coûteux : c’est bien la peine de déloger de ma maison, dans l’attente de déloger bientôt de mon corps ! Au lieu que, restant où je suis, j’ai des journées délicieuses, errant, sans souci, sans projet, sans affaires, de bois en bois et de rochers en rochers, rêvant toujours et ne pensant point. Je donnerais tout au monde pour savoir la botanique ; c’est la véritable occupation d’un corps ambulant et d’un esprit paresseux : je ne répondrais pas que je n’eusse la folie d’essayer de l’apprendre, si je savais par où commencer. Quant à ma situation du côté des ressources, n’en soyez pas en peine ; le nécessaire, même abondant, ne m’a point manqué jusqu’ici, et probablement ne me manquera pas de sitôt. Loin de vous gronder de vos offres, madame, je vous en remercie ; mais vous conviendrez qu’elles seraient mal placées si je m’en prévalais avant le besoin.
Vous vouliez des détails ; vous devez être contente. Je suis très content des vôtres, à cela près que je n’ai jamais pu lire le nom du lieu que vous habitez. Peut-être le connais-je ; et il me serait bien doux de nous y suivre, du moins par I ’imagination. Au reste, je vous plains de n’en être encore qu’à la philosophie. Je suis bien plus avancé que vous, madame ; sauf mon devoir et mes amis, me voilà revenu à rien.
Je ne trouve pas le chevalier si déraisonnable, puisqu’il vous divertit ; s’il n’était que déraisonnable, il n’y parviendrait sûrement pas. Il est bien à plaindre dans les accès de sa goutte ; car on souffre cruellement ; mais il a du moins l’avantage de souffrir sans risque. Des scélérats ne l’assassineront pas, et personne n’a intérêt à le tuer. Êtes-vous à portée, madame, de voir souvent madame la maréchale ? dans les tristes circonstances où elle se trouve, elle a bien besoin de tous ses amis, et surtout de vous.
Lettre CDXCI– À Madame La Tour
Au Champ-du-Moulin, le 9 septembre 1764.
J’ai reçu toutes vos lettres, chère Marianne, je sens tous mes torts ; pourtant j’ai raison. Dans les tracas où je suis, l’aversion d’écrire des lettres s’étend jusqu’aux personnes à qui je suis forcé de les adresser, et vous étés, en pareil cas, une de celles à qui je me sens le moins disposé d’écrire. Si ce sont absolument des lettres que vous voulez, rien ne m’excuse ; mais si l’amitié vous suffit, restez en repos sur ce point. Au surplus, daignez attendre, je vous écrirai quand je pourrai.
Mille choses, je vous supplie, au papa, s’il est encore auprès de vous.
Lettre CDXCIII– Au même
Ce dimanche matin, septembre 1764.
You will receive New Heloise; but since I suppose you are not in any hurry, I will wait until my troubles allow me some respite. Besides, do not think too much of yourself for having asked me for such a trivial thing—your intentions are easily understood. Others give with the expectation of receiving in return; you do the very opposite, and even take advantage of my generosity. Do not send me any “water from Augustus”[851], because I really wouldn’t know what to do with it; I don’t find it particularly pleasant, nor do I have much faith in its supposed virtues. As for the trout, the seasoning and the skill with which it was prepared must surely make something that is naturally good even better; but my current state of health prevents me from enjoying such foods. Nevertheless, this gift comes from someone who prevents me from refusing it, and I fear that my greed might prevent me from abstaining from it after all.
I must warn you that, regarding Auguste’s water, you should no longer use a copper needle for pouring it, or refrain from drinking it; for the liquid contains enough copper to render it harmful—even poisonous. Do not ignore this advice.
I have a hundred things to say to you; but time is pressing, and we must finish. It would be impossible to express all the gratitude I owe you in mere words. Many regards to madam; I implore you to accept them. Thousands of greetings to our friends: please convey my thanks and best wishes to Miss Le Vasseur, and to a man whose heart is filled with thoughts of you.
I cannot help but reiterate that the idea of directing D towards B is an excellent one; it is a goldmine when placed in the hands of those who know how to exploit it.
Letter CDLXXXIX – To Madame la Comtesse de Boufflers
Môtiers, August 26, 1764.
After having witnessed the touching proofs of your friendship during the cruelest moments of my life, it would be ungrateful of me not to rely on it always; but one must forgive my situation: in times of adversity, trust often abandons the unfortunate, and I feel that, given the joy your letter brought me, I sometimes truly need such reassurance. This consolation could not have come at a more opportune time: after so many irreparable losses, especially that of Monsieur de Luxembourg, it is essential for me to know that I still possess assets valuable enough to make life worthwhile. The moment I had the happiness of meeting him was very similar to the one when I lost him; in both cases, I was afflicted, abandoned, and ill—he consoled me in everything; but who will console me now for his loss? The friends I had before losing him. For my heart, worn by suffering and hardened by time, is now closed to any new attachment.
Madam, I can only suppose that in your criticisms regarding the education of your son, you understand what I wrote to Sir [853] de L*** regarding the decision you made to send him to Leiden. To criticize someone means to publicly condemn their behavior; but to express one’s opinion on such a matter to a common friend is by no means criticism—unless friendship imposes the rule never to say what one truly thinks, even in matters where people of good judgment may disagree. Given the way I have always thought and spoken about you, madam, I would be condemning myself if I were to dare criticize you. Indeed, I see many disadvantages in sending young people to universities; but I also believe that, depending on the circumstances, there may be even more disadvantages in not doing so. Moreover, once the necessity of such a decision is established, I agree with you that Holland presents less danger than any other place.
I am deeply moved by what you have told me about the counts of B***: judge for yourselves, madam, how precious the kindness of such men is to me—especially since it comes from those whom I do not even consider worthy of respect. I do not know what would have been made of me if such indulgence had been shown; fortunately, no one thought of spoiling me in that regard. Everyone worked tirelessly to give my heart, and perhaps also my talents, the strength they naturally lacked. I was born weak; harsh treatment has strengthened me—by trying so hard to humble me, they have made me proud instead.
Madam, you have taken the trouble to inquire about my circumstances. What can I tell you? Nothing is more orderly in my life, nothing is more carefully planned than my projects; I live day by day without worrying about tomorrow—or rather, I am living my life at a slower pace than I had intended. I will not leave until nature decides it is time for me to go; but the length of my stay here begins to trouble me, for I no longer have anything to do here. My weariness towards everything leads me increasingly towards laziness and idleness. Only physical discomforts force me to be active occasionally. The place where I live is healthy enough for most people, but it is harmful to my condition. Therefore, in order to escape the harsh weather and the nuisance of the idle, I wander around during the good seasons; but as winter approaches—which is very severe and long here—I have to return and endure its hardships. For a long time now, I have been trying to find a new place to live, but where to go? How to arrange it all? I face the difficulties both of poverty and wealth at the same time; every kind of worry terrifies me. Transporting my ragged clothes and books through these mountains is tedious and expensive—what’s the point of leaving my current home, only to soon have to leave my body as well! If I stayed where I am, I would enjoy delightful days, wandering around carefree, without plans or worries, from one forest to another, from one rock to another, always dreaming and never thinking. I would give everything in the world to understand botany—it is the perfect occupation for a person who moves from place to place and whose mind is lazy. I wouldn’t say I wouldn’t be foolish enough to try learning it, if only I knew where to start. As for my financial situation, don’t worry; what I need has never been lacking, and it likely won’t be any time soon. Far from blaming you for your offers, madam, I am grateful for them; but you would agree that it would be inappropriate of me to take advantage of them before I really need them.
You wanted details; you must be satisfied now. I am very pleased with yours, except that I have never been able to read the name of the place where you live. Perhaps I know it; and it would be very pleasant for me to imagine ourselves there. Nevertheless, I pity you for still being at just the stage of philosophy. I have progressed much further than you, madam; apart from my duties and my friends, I find myself back where I started.
I do not find the knight so unreasonable, since he brings you amusement; if he were truly unreasonable, he would surely not be able to do so. He indeed suffers greatly during his attacks of gout; such suffering is indeed cruel, but at least he suffers without any risk—no villains will assassinate him, and no one has any motive to kill him. Are you in a position, madam, to visit Madame la Maréchale often? In these sad circumstances she faces, she needs all her friends, especially you.
Letter CDXCI – To Madame La Tour
At Champ-du-Moulin, on September 9, 1764.
I have received all your letters, dear Marianne; I am fully aware of all my faults, yet I believe I am in the right. In the midst of all my troubles, the reluctance to write letters extends even to those to whom I am forced to address them, and you are, in such cases, one of those to whom I feel least inclined to write. If you absolutely insist on receiving letters, then nothing can excuse me; but if friendship is sufficient for you, then rest assured on that point. In any case, please wait—I will write to you when I am able to.
A thousand things, I beg you, for daddy, if he is still with you.
Letter CDXCIII – To the Same One
That Sunday morning, September 1764.
Avrete la “Nuova Eloisa”; ma poiché immagino che non siate affrettato, aspetterò che le mie occupazioni mi lascino un po’ di tempo libero. Del resto, non crediate di essere così importante da avermi chiesto questa piccola cosa; le vostre intenzioni sono facilmente comprensibili. Gli altri danno qualcosa in cambio di qualcos’altro; voi fate esattamente il contrario, e anzi abusate della mia disponibilità. Non mandatemi quella “acqua di Augusto”[851]: onestamente non saprei cosa farne, non mi sembra affatto gradevole, e non ho molta fiducia nelle sue proprietà benefiche. Per quanto riguarda la trota, il condimento e chi l’ha preparata devono certamente rendere eccellente una prelibatezza che in sé è già molto buona; ma le mie attuali condizioni mi impediscono di consumare cibi del genere. Tuttavia, questo dono proviene da una persona che non mi permette di rifiutarlo. E temo davvero che la mia gola mi spinga a farne uso.
Devo avvertirvi che, riguardo all’acqua di Auguste, non dovete più utilizzare aghi di rame, né berla; infatti, tale liquido contiene una quantità sufficiente di rame per rendere questa bevanda nociva, persino velenosa. Non trascurate questo consiglio.
Avrei cento cose da dirvi; ma il tempo stringe, dobbiamo concludere: non sarebbe possibile farlo senza esprimervi tutta la mia gratitudine, se solo le parole fossero sufficienti. Un profondo rispetto a madama; vi prego di trasmetterlo. Mille saluti ai nostri amici: portate i ringraziamenti e i saluti di mademoiselle Le Vasseur, e di un uomo il cui cuore è pieno di voi.
Non posso fare a meno di ribadire che l’idea di inviare D a B è davvero eccellente; si tratta di una miniera d’oro, se messa nelle mani di persone capaci di sfruttarla al meglio.
Lettera CDLXXXIX – Alla signora contessa di Boufflers
Môtiers, 26 agosto 1764.
Dopo le commoventi prove dell’amicizia che avete dimostrato nei momenti più crudeli della mia vita, sarebbe ingratitudine da parte mia non contare sempre su di essa; ma bisogna perdonare molto il mio stato: la fiducia abbandona i sfortunati, e dal piacere che mi ha procurato la vostra lettera capisco di aver bisogno, a volte, di essere rassicurato in questo modo. Questo conforto non poteva arrivarmi in un momento più opportuno: dopo tante perdite irreparabili, e soprattutto quella di Monsieur de Luxembourg, è importante per me sentire che mi rimangono beni abbastanza preziosi da rendere la vita degna di essere vissuta. Il momento in cui ho avuto la fortuna di conoscerlo assomigliava molto a quello in cui l’ho perso; in entrambi i casi, ero afflitto, abbandonato, malato: lui mi ha consolato di tutto. Chi potrà consolarmi della sua perdita? Gli amici che avevo prima di perderlo, perché il mio cuore, logorato dai dolori e ormai indurito dagli anni, è ora incapace di qualsiasi nuovo legame affettuoso.
Non posso pensare, signora, che nelle critiche riguardanti l’educazione di vostro figlio voi comprendiate ciò che, riguardo alla decisione che avete preso di mandarlo a Leida, ho scritto al cavaliere de L***. Criticare qualcuno significa biasimare in pubblico il suo comportamento; ma esprimere il proprio parere su un argomento del genere a un amico comune non può mai essere considerato una critica, a meno che l’amicizia non imponga di non dire mai ciò che si pensa, anche in questioni su cui le persone più sensate potrebbero avere opinioni diverse. Dopo il modo in cui ho sempre pensato e parlato di voi, signora, mi denigrerei io stesso se osassi criticarvi. In verità, ritengo che mandare i giovani all’università presenti molti svantaggi; ma credo anche che, a seconda delle circostanze, possano essercene ancora di più nel non farlo, e in questo caso non si ha sempre la possibilità di scegliere il bene maggiore, ma soltanto il male minore. Del resto, una volta presa in considerazione la necessità di tale decisione, credo, come voi, che in Olanda ci siano meno pericoli rispetto ad altri luoghi.
Sono commosso da ciò che mi avete raccontato riguardo ai signori conti di B***: giudicate voi stessa, signora, se la benevolenza di persone di tale merito possa essere per me preziosa, soprattutto quando si tratta di persone che non stimo affatto. Non so cosa si sarebbe potuto fare di me con le carezze; fortunatamente nessuno ha pensato di “rovinarmi” in questo senso. Si è lavorato instancabilmente per dare al mio cuore, e forse anche al mio ingegno, quella spinta che naturalmente non possedevano. Sono nato debole; i maltrattamenti mi hanno reso più forte: cercando di umiliarmi, in realtà mi hanno reso orgoglioso.
Madama, avete la gentilezza di chiedere informazioni su ciò che mi riguarda. Cosa potrei dirvi? Nella mia vita non c’è nulla di più ordinato, nulla di più preciso dei miei progetti; vivo giorno per giorno, senza preoccuparmi del domani. O meglio, sto terminando di vivere più lentamente di quanto avessi previsto. Non me ne andrò prima che la natura lo decida; tuttavia, le sue lunghe stagioni invernali mi creano difficoltà, poiché non ho più nulla da fare qui. Il disgusto per tutte le cose mi spinge sempre di più verso l’indolenza e l’ozio. Solo i mali fisici mi costringono ad essere un po’ attivo. Il luogo in cui vivo, sebbene abbastanza salutare per gli altri uomini, è dannoso per la mia condizione. Per sfuggire alle intemperie dell’aria e all’importunità dei disoccupati, vago per le montagne durante la stagione bella; ma con l’avvicinarsi dell’inverno, che qui è molto rigido e lungo, devo tornare indietro. Da tempo cerco un modo per cambiare vita. Ma dove andare? Come organizzarmi? Soffro sia della povertà che della ricchezza. Ogni tipo di preoccupazione mi spaventa. Trasportare i miei stracci e i miei libri attraverso queste montagne è faticoso e costoso. Che senso ha lasciare la mia casa, se presto dovrò lasciare anche il mio corpo? Invece di restare dove sono, potrei trascorrere giorni deliziosi, vagando senza preoccupazioni, senza progetti, senza impegni. Da un bosco all’altro, da una roccia all’altra. Sognando sempre, senza pensare a nulla. Darei tutto al mondo per conoscere la botanica. È davvero l’occupazione adatta per un corpo che si muove e per uno spirito pigro. Non negherei di provare ad impararla, se solo sapessi da dove iniziare. Per quanto riguarda le mie risorse finanziarie, non temete: il necessario, anche in abbondanza, non mi è mai mancato. E probabilmente non mi mancherà a breve. Lontano dall’accusarvi delle vostre offerte, madama, vi ringrazio; ma capirete che sarebbe inappropriato approfittarne prima di averne davvero bisogno.
Volevate dei dettagli; dovete essere soddisfatta. Sono molto contento dei vostri, ad eccezione del fatto che non sono mai riuscito a leggere il nome del luogo in cui vivete. Forse lo conosco. E mi sarebbe molto piacevole poterci recare lì, almeno con l’immaginazione. Del resto, mi dispiace che siate ancora solo alla fase filosofica delle riflessioni. Io sono molto più avanti di voi, signora; a parte il mio dovere e i miei amici, sono tornato praticamente a nulla.
Non ritengo il cavaliere affatto irragionevole, visto che vi diverte; se lo fosse davvero, sicuramente non riuscirebbe a farlo. È certamente da compiangere durante gli attacchi della sua gotta, poiché si soffre terribilmente; ma almeno ha il vantaggio di soffrire senza rischi: nessun malvagio lo assassinerà, e nessuno ha interesse a ucciderlo. Siete in grado, signora, di incontrare spesso la marchesa nelle tristi circostanze in cui si trova? In momenti del genere, ha davvero bisogno di tutti i suoi amici, soprattutto di voi.
Lettera CDXCI – A Madame La Tour
A Champ-du-Moulin, il 9 settembre 1764.
Ho ricevuto tutte le vostre lettere, cara Marianne; riconosco tutti i miei torti. Eppure ho ragione. Nelle difficoltà in cui mi trovo, l’avversione a scrivere lettere si estende anche alle persone a cui sono costretto a rivolgerme. E voi siete, in questo caso, una di quelle a cui mi sento meno disposto a scrivere. Se volete assolutamente che vi scriva, nulla può scusarmi; ma se l’amicizia vi basta, non preoccupatevi per questo. In ogni caso, aspettate. Vi scriverò quando potrò.
Mille cose, vi prego, per papà, se è ancora con voi.
Lettera CDXCIII – Allo stesso.
Quel sabato mattina, settembre 1764.
Mon état met encore plus d’obstacles que le temps à mon départ. Ainsi j’abandonne, pour le présent, mon premier projet de voyage, qui ne me permettrait pas d’être ici de retour à la fin du mois, ce qu’il faut absolument ; mais, au lieu de cela, je prendrai le parti de descendre à Neuchâtel, et d’y passer quelques jours avec vous ; ainsi, vous pouvez, si vous y descendez, me prendre avec vous, ou nous descendrons séparément, toujours en supposant que mon état le permette.
Je fais mille salutations et respects à tous les habitants et habitantes de Monlezi. Je ne dois entrer pour rien dans l’arrangement de voyage de M. Chaillet, parce que je ne prévois pas pouvoir descendre aussitôt que lui. Madame Boy de La Tour me charge de lui marquer, de même qu’à madame, l’empressement qu’elle a de les voir ici. Elle leur fait dire aussi, pour nouvelle, que madame de Froment est arrivée hier à Colombier. Nous verrons votre besogne quand nous nous verrons ; et c’est surtout pour en confère r ensemble que je veux passer deux ou trois jours avec vous. J’écris si à la hâte, que je ne sais ce que je dis, sinon quand je vous assure que je vous aime de tout mon coeur.
Le portrait est fait, et on le trouve assez ressemblant ; mais le peintre n’en est pas content.
Lettre CDXCV– À M. du Peyrou
Le 17 septembre 1764.
Le temps qu’il fait ni mon état présent ne me permettent pas, monsieur, de fixer le jour auquel il me sera possible d’aller à Cressier. Mais s’il faisait beau et que je fusse mieux, je tacherais, d’aujourd’hui ou de demain en huit, d’aller coucher à Neuchâtel ; et de là, si votre carrosse était chez vous, je pourrais, puisque vous le permettez, le prendre pour aller à Cressier. Mon désir d’aller passer quelques jours près de vous est certain ; mais je suis si accoutumé à voir contrarier mes projets, que je n’ose presque plus en faire ; toutefois voilà le mien quant à présent, et, s’il arrive que j’y renonce, j’aurai sûrement regret de n’avoir pu l’exécuter. Mille remerciements, monsieur, et salutations de tout mon coeur.
Je ne comprends pas bien, monsieur, pourquoi vous avez affranchi votre lettre. Comme je n’aime pas pointiller, je n’affranchis pas la mienne. Quand on s’écarte de l’usage, il faut avoir des raisons ; j’en aurais une, et vous n’en aviez point que je sache.
Lettre CDXCVII– À M. de Chamfort
Môtiers, le 6 octobre 1764.
Je vous remercie, monsieur, de votre dernière pièce[854] et du plaisir que m’a fait sa lecture. Elle décide le talent qu’annonçait la première, et déjà l’auteur m’inspire assez d’estime pour oser lui dire du mal de son ouvrage. Je n’aime pas trop qu’à votre âge vous fassiez le grand-père, que fous me donniez un intérêt si tendre pour le petit-fils que vous n’avez point, et que, dans une épitre où vous dites de si belles choses, je sente que ce n’est pas vous qui parlez. Évitez cette métaphysique à la mode, qui depuis quelque temps obscurcit tellement les vers français, qu’on ne peut les lire qu’avec contention d’esprit. Les vôtres ne sont pas dans ce cas encore ; mais ils y tomberaient si la différence qu’on sent entre votre première pièce et la seconde allait en augmentant. Votre épitre abonde, non seulement en grands sentiments, mais en pensées philosophiques, auxquelles je reprocherais quelquefois de l’être trop. Par exemple, en louant dans les jeunes gens la foi qu’ils ont et qu’on doit à la vertu, croyez-vous que leur faire entendre que cette foi n’est qu’une erreur de leur âge soit un bon moyen de la leur conserver ? Il ne faut pas, monsieur, pour paraître au-dessus des préjugés, saper les fondements de la morale. Quoiqu’il n’y ait aucune parfaite vertu sur la terre, il n’y a peut-être aucun homme qui ne surmonte ses penchants en quelque chose, et qui par conséquent n’ait quelque vertu ; les uns en ont plus, les autres moins : mais si la mesure est indéterminée, est-ce à dire que la chose n’existe point ? C’est ce qu’assurément vous ne croyez point, et que pourtant vous faites entendre. Je vous condamne, pour réparer cette faute, à faire une pièce où vous prouverez que, malgré les vices des hommes, il y a parmi eux des vertus, et même de la vertu, et qu’il y en aura toujours. Voilà, monsieur, de quoi s’élever à la plus haute philosophie. Il y en a davantage à combattre les préjugés philosophiques qui sont nuisibles qu’à combattre les préjugés populaires qui sont utiles. Entreprenez hardiment cet ouvrage ; et, si vous le traitez comme vous le pouvez faire, un prix ne saurait vous manquer[855] :
En vous parlant des gens qui m’accablent dans mes malheurs et qui me portent leurs coups en secret, j’étais bien éloigné, monsieur, de songer à rien qui eût le moindre rapport sa parlement de Paris. J’ai pour cet Illustre corps les mêmes sentiments qu’avant ma disgrâce, et je rends toujours la même justice à ses membres, quoiqu’ils me l’aient si mal rendue. Je veux même penser qu’ils ont cru faire envers moi leur devoir d’hommes publics ; mais c’en était un pour-eux de mieux l’apprendre. On trouverait difficilement un fait où le droit des gens fut violé de tant de manières : mais quoique les suites de cette affaire m’aient plongé dans on gouffre de malheurs d’où je ne sortirai de ma vie, je n’en sais nul mauvais gré a ces messieurs. Je sais que leur but n’était point de me nuire, mais seulement d’aller à leurs fins. Je sais qu’ils n’ont pour moi ni amitié ni haine, que mon être et mon sort est la chose du monde qui les intéresse le moins. Je me suis trouvé sur leur passage comme un caillou qu’on pousse avec le pied sans y regarder. Je connais à peu près leur portée et leurs principes. Ils ne doivent pas dire qu’ils ont fait leur devoir, mais qu’ils ont fait leur métier.
Lorsque vous voudrez m’honorer de quelque témoignage de souvenir et me faire quelque part de vos travaux littéraires, je les recevrai toujours avec intérêt et reconnaissance. Je vous salue, monsieur, de tout mon coeur.
Lettre CDXCIX– À M. Marteau
Môtiers, le 14 octobre 1764.
J’ai reçu, monsieur, au retour d’une tournée que j’ai faite dans nos montagnes, votre lettre du 4 août et l’ouvrage que vous y avez joint J’y ai trouvé des sentiments, de l’honnêteté, du goût ; et il m’a rappelé avec plaisir notre, ancienne connaissance. Je ne voudrais pourtant pas qu’avec le talent que vous paraissez avoir, vous en bornassiez l’emploi à de pareilles bagatelles.
Ne songez pas, monsieur, à venir ici avec une femme et douze cents livres de rente viagère pour toute fortune. La liberté met ici tout le monde à son aise ; le commerce qu’on ne gêne point y fleurit ; on y a beaucoup d’argent et peu de denrées : ce n’est pas le moyen d’y vivre à bon marché. Je vous conseille aussi de bien songer, avant de vous marier, à ce que vous allez faire. Une rente viagère n’est pas une grande ressource pour une famille. Je remarque d’ailleurs que tous les jeunes gens à marier trouvent des Sophies ; mais je n’entends plus parler de Sophies aussitôt qu’ils sont mariés.
Je vous salue, monsieur, de tout mon coeur.
Lettre DI– À M. le prince L.E de Wirtemberg
Môtiers, le 14 octobre 1764.
C’est à regret, prince, que je me prévaux quelquefois des conditions que mon état et la nécessité, plus que ma paresse, m’ont forer de faire avec nous. Je vous écris rarement ; mais j’ai toujours le coeur plein de vous et de tout ce qui vous est cher. Votre constance à suivre le genre de vie si sage et si simple que vous avez choisi, me fait voir que vous avez tout ce qu’il faut pour l’aimer toujours ; et cela m’attache et m’intéresse à vous, comme si j’étais votre égal, ou plutôt comme si nous étiez le mien ; car ce n’est que dans les conditions privées que l’on connait l’amitié.
Le sujet des deux épitaphes que vous m’avez envoyées est bien moral : la pensée en est fort belle : mais avouez que les vers de l’une et de l’autre sont bien mauvais. Des vers plats sur une plate pensée font du moins un tout assorti ; au lieu qu’à mal dire une belle chose on a le double tort de mal dire et de la gâter.
Il me vient une idée en écrivant ceci : ne seriez-vous point l’auteur d’une de ces deux pièces ? Cela serait plaisant, et je le voudrais un peu. Que n’avez-vous fait quatre mauvais vers, afin que je pusse vous le dire, et que vous m’en aimassiez encore plus !
Lettre DIII– À M. Le Nieps
Môtiers, le 14 octobre 1764.
My health is creating even more obstacles than the time it would take for me to travel. Therefore, I am giving up my initial travel plans for now—since they would not allow me to return here by the end of the month, which is absolutely necessary. Instead, I will decide to go down to Neuchâtel and spend some days with you. That way, if you plan to go there, you can bring me along; otherwise, we can travel separately, always assuming that my health permits it.
I send my thousand greetings and respects to all the inhabitants of Monlezi. I have no need to interfere in Mr. Chaillet’s travel arrangements, as I do not expect to arrive there at the same time as him. Madame Boy de La Tour has asked me to convey to her, as well as to madame herself, how eager she is to see them here. She also asks them to know that madame de Froment arrived in Colombier yesterday. We will discuss your matters when we meet; and it is especially for the purpose of discussing these matters together that I wish to spend two or three days with you. I am writing so hurriedly that I am not even sure what I am saying, except that I assure you once again how much I love you with all my heart.
The portrait is finished, and it seems quite similar to the person depicted; but the painter is not satisfied with it.
Letter CDXCV – To Mr. du Peyrou
September 17, 1764.
The weather and my current state of health do not allow me, sir, to determine the exact day on which I will be able to go to Cressier. However, if the weather were good and I felt better, I would make sure to leave for Neuchâtel today or tomorrow at the latest; from there, if your carriage were available, I could take it to Cressier, provided you give me permission. My desire to spend a few days near you is firm; but since I am accustomed to having my plans thwarted, I hardly dare to make any anymore. Nevertheless, this is my current plan, and if I should decide to abandon it, I would surely regret not having tried to carry it out. Thank you very much, sir, and please accept my sincere regards.
I don’t quite understand, sir, why you chose to address your letter without a formal heading. Since I don’t particularly care for such details, I myself do not add one to my letters. When one deviates from common practice, there must be reasons; I would have my reasons, but as far as I know, you had none.
Letter CDXCVII – To Mr. de Chamfort
Môtiers, October 6, 1764.
I thank you, sir, for your latest piece[854] and for the pleasure it brought me to read it. It confirms the talent that your first work had already hinted at, and it has already inspired in me enough respect to dare offer you some criticism of its contents. I don’t quite like the fact that, at your age, you seem to be playing the role of a grandfather, showing such tender concern for a grandson whom you do not actually have. Moreover, in a letter where you express such beautiful sentiments, I feel that it is not really you speaking. Avoid this fashionable metaphysics that has lately made French poetry so obscure that it can only be read with great mental effort. Your poems are not yet affected by this trend; but they would fall into it if the difference between your first and second works continued to widen. Your letter is not only filled with noble sentiments but also contains philosophical ideas—ideas which, in my opinion, sometimes go too far. For instance, when you praise the faith that young people have in virtue, do you really think that telling them this faith is merely an error of their age is a good way to help them preserve it? To appear above prejudices, one must not undermine the foundations of morality. Although there is no perfect virtue on earth, perhaps no man exists who does not overcome some of his inclinations and thus possesses at least some virtue—some more than others, some less. But just because the degree of this virtue is indeterminable, does that mean it doesn’t exist at all? Surely you don’t believe that; yet that is exactly what your letter seems to imply. To correct this mistake, I urge you to write a piece in which you prove that, despite human vices, there are still virtues among us—and indeed, there always will be. That, sir, would be raising yourself to the highest level of philosophy. There is more need to combat those harmful philosophical prejudices than those useful popular ones. Take up this task with courage; and if you handle it well, you will surely receive recognition[855].
When I speak of those who burden me in my misfortunes and secretly inflict harm upon me, sir, I was far from considering anything that had the slightest connection with your Parliament in Paris. I hold the same sentiments toward that illustrious body as I did before my downfall, and I continue to judge its members fairly, even though they have treated me so unjustly. In fact, I even try to believe that they believed they were fulfilling their duty as public servants towards me; but it would have been better for them to learn otherwise. It would be difficult to find a single instance where the rights of individuals were violated in such numerous ways. However, despite the terrible consequences that this affair has brought me, plunging me into a abyss of misfortune from which I may never emerge, I hold no ill will toward these gentlemen. I know that their intention was not to harm me, but merely to achieve their own goals. I know they bear neither friendship nor hatred towards me; my existence and fate are the very things that interest them the least. I have simply been in their way, like a pebble that is kicked aside without a second thought. I have a fairly good understanding of their capabilities and principles. They should not claim to have fulfilled their duty, but rather to have merely carried out their job.
Whenever you wish to honor me with some token of remembrance or share some of your literary works with me, I will always receive them with interest and gratitude. I salute you, sir, from the bottom of my heart.
Letter CDXCIX – To Mr. Marteau
Môtiers, October 14, 1764.
Sir, upon my return from a tour of our mountains, I received your letter dated August 4th and the book you attached to it. I found therein sentiments of sincerity and good taste; it brought me pleasant recollections of our former acquaintance. However, I would not wish that you, with such talent as you seem to possess, limit its use to such trivial matters.
Do not think, sir, of coming here with a woman and twelve hundred pounds of annual income as your entire wealth. Here, freedom allows everyone to live comfortably; commerce flourishes without any obstacles; there is much money but few goods—so it is not possible to live here at a low cost. I also advise you to carefully consider what you are going to do before getting married. An annual income is not a sufficient resource for a family. Moreover, I notice that all young men looking for wives always manage to find them; but once they get married, I no longer hear any mention of these “Sophies.”
I greet you wholeheartedly, sir.
Letter DI – To His Highness Prince L.E. of Württemberg
Môtiers, October 14, 1764.
It is with regret, prince, that I sometimes have to rely on circumstances that my situation and necessity, more than my laziness, have forced me to accept in order to be with you. I write to you seldom; but my heart is always filled with thoughts of you and everything dear to you. Your perseverance in following the wise and simple way of life you have chosen shows that you possess all the qualities necessary to continue loving it forever; and this makes me feel connected to you and interested in your well-being, as if I were your equal—or rather, as if we were equals in every respect; for it is only within such private circumstances that true friendship can be understood.
The subject of the two epitaphs you sent me is indeed moral in nature, and the ideas expressed are quite beautiful. But admit it: the verses in both cases are rather poor. Flat verses expressing flat ideas at least form a coherent whole; whereas trying to misexpress something beautiful results in the double mistake of both failing to convey it properly and ruining its beauty.
As I write this, an idea occurs to me: could you possibly be the author of one of these two pieces? That would be delightful, and I rather hope it is. Why not compose four poor-quality verses, so that I can tell you so—and so that you might love me even more!
Letter DIII – To Mr. Le Nieps
Môtiers, October 14, 1764.
La mia condizione fisica crea ancora più ostacoli del tempo necessario per il mio viaggio. Pertanto, per il momento, abbandono il mio primo progetto di viaggio, che non mi avrebbe permesso di tornare qui entro la fine del mese, cosa assolutamente necessaria; invece, deciderò di recarmi a Neuchâtel e trascorrere alcuni giorni con voi. Quindi, se anche voi andate lì, potete portarmi con voi, oppure possiamo scendere separatamente, sempre ammesso che la mia condizione lo permetta.
Rivolgo mille saluti e rispetti a tutti gli abitanti di Monlezi. Non ho alcun diritto di interferire nell’organizzazione del viaggio di Monsieur Chaillet, poiché non prevedo di poter arrivare prima di lui. Madame Boy de La Tour mi incarica di trasmettere loro, così come a lei stessa, l’urgenza con cui desidera vederli qui. Li informa anche che madame de Froment è arrivata ieri a Colombier. Ne parleremo più approfonditamente quando ci incontreremo; ed è proprio per discuterne insieme che desidero trascorrere due o tre giorni con voi. Scrivo così in fretta che non so nemmeno cosa sto dicendo. Tranne che vi assicuro di amarvi con tutto il mio cuore.
Il ritratto è stato completato e sembra abbastanza somigliante; tuttavia, l’artista non ne è soddisfatto.
Lettera CDXCV – A Monsieur du Peyrou
Il 17 settembre 1764.
Le condizioni meteorologiche attuali e il mio stato di salute non mi permettono, signore, di stabilire con precisione la data in cui potrò recarmi a Cressier. Tuttavia, se il tempo fosse bello e io fossi in migliori condizioni, cercherei di partire entro otto giorni da oggi o domani per soggiornare a Neuchâtel; da lì, se la vostra carrozza fosse disponibile, potrei prenderla per andare a Cressier, se voi lo permettete. Il mio desiderio di trascorrere alcuni giorni vicino a voi è certo; ma essendo abituato a vedere i miei piani frustrati, quasi non oso più farne. Comunque, questo è il mio piano attuale; e se dovesse rivelarsi impossibile da realizzare, ne pentirò sicuramente. Mille ringraziamenti, signore, e i miei più sinceri saluti.
Non capisco bene, signore, perché abbiate firmato personalmente la vostra lettera. Poiché non mi piace fare cose superflue, nemmeno io firmo personalmente le mie lettere. Quando si devia dal solito modo di fare, bisogna avere delle ragioni; io ne avrei una, mentre voi, per quel che so, non ne avevate affatto.
Lettera CDXCVII – A Monsieur de Chamfort
Môtiers, 6 ottobre 1764.
Vi ringrazio, signore, per la vostra ultima opera e per il piacere che mi ha procurato la sua lettura. Quest’opera conferma il talento che era già evidente nella prima; l’autore mi ispira ormai tanta stima da permettermi di esprimere anche critiche riguardo al suo lavoro. Tuttavia, non mi piace affatto che, alla vostra età, vi dedichiate a descrivere con tale tenerezza un nipote che non avete ancora; inoltre, nelle vostre lettere, sebbene esprimiate cose molto belle, si percepisce chiaramente che non siete voi stesso a parlare. Evitate questa metafisica alla moda che, negli ultimi tempi, ha reso così difficile la lettura dei versi francesi. I vostri versi, almeno per ora, non sono in questo stato; ma potrebbero cadere in tale errore se la differenza tra la prima e la seconda opera dovesse continuare ad aumentare. La vostra lettera è ricca non solo di grandi sentimenti, ma anche di riflessioni filosofiche, riflessioni che, a volte, mi sembrano eccessive. Ad esempio, lodare nei giovani la fede che hanno nella virtù, credete davvero che far loro capire che questa fede non sia altro che un errore legato alla loro età sia il modo migliore per mantenerla? Non bisogna, signore, per apparire al di sopra dei pregiudizi, minare le basi della morale. Anche se sulla terra non esiste alcuna virtù perfetta, probabilmente non esiste nessun uomo che non superi in qualche modo i propri vizi, e quindi che non possieda almeno un po’ di virtù; alcuni ne hanno di più, altri di meno. Ma se questa differenza è indefinita, significa forse che la virtù non esista affatto? Certo che no. Eppure è proprio questo che voi sembrate suggerire. Per correggere questo errore, vi invito a scrivere un’opera in cui dimostriate che, nonostante i vizi degli uomini, esistono tra loro virtù, e anzi, molte virtù, e che queste continueranno ad esistere. Ecco, signore, il modo per elevarsi alla più alta filosofia. Combattere i pregiudizi filosofici dannosi è molto più importante che combattere i pregiudizi popolari utili. Affrontate con coraggio questa impresa; e se la trattate come merita, non vi mancherà sicuramente un riconoscimento[855].
Parlando di quelle persone che mi opprimono nei miei mali e che mi infliggono i loro colpi in segreto, signore, ero lontano dall’immaginare che tutto ciò avesse il minimo rapporto con il Parlamento di Parigi. Per questo illustre organo nutro gli stessi sentimenti di prima della mia sfortuna e continuo a riconoscere i meriti dei suoi membri, nonostante mi abbiano trattato in modo così ingiusto. Anzi, sono disposto a credere che abbiano ritenuto di compiere il loro dovere di cittadini. Ma avrebbero fatto meglio ad imparare qualcosa di più su ciò che significa comportarsi con dignità e giustizia. È difficile trovare un caso in cui i diritti umani siano stati violati in così tanti modi. Tuttavia, anche se le conseguenze di questa vicenda mi hanno gettato in un abisso di miserie da cui non uscirò mai più in vita mia, non nutro alcun rancore verso queste persone. So che il loro scopo non era certo quello di nuocermi, ma soltanto di raggiungere i propri obiettivi. So anche che non provano né affetto né odio per me. Il mio essere e il mio destino sono le cose al mondo che li interessano di meno. Mi sono trovato sul loro cammino come un sasso che si spinge via con il piede, senza nemmeno guardarlo. Conosco abbastanza bene la loro portata e i loro principi. Non possono certo dire di aver compiuto il loro dovere. Ma soltanto il loro lavoro.
Quando vorrete onorarmi con qualche ricordo o con una parte dei vostri lavori letterari, li accetterò sempre con interesse e gratitudine. Vi saluto, signore, con tutto il mio cuore.
Lettera CDXCIX – A Monsieur Marteau
Môtiers, 14 ottobre 1764.
Signore, al ritorno da un viaggio nelle nostre montagne, ho ricevuto la sua lettera del 4 agosto insieme all’opera che aveva allegato. Ho trovato in essa sentimenti sinceri, onestà e buon gusto; mi ha ricordato con piacere la nostra vecchia conoscenza. Tuttavia, non vorrei che, con il talento che sembra possedere, si limitasse ad utilizzarlo per simili cose banali.
Non pensiate, signore, di venire qui con una donna e duemila lire di rendita annua come unica ricchezza. Qui la libertà permette a tutti di vivere comodamente; il commercio, non ostacolato da nulla, fiorisce; ci sono molti soldi, ma poche merci: quindi non è possibile vivere qui spendendo poco. Vi consiglio anche di riflettere bene, prima di sposarvi, su ciò che avrete intenzione di fare. Una rendita annua non rappresenta certo una risorsa significativa per una famiglia. Inoltre, noto che tutti i giovani in cerca di moglie trovano delle “Sophie”; ma non si parla più di queste “Sophie” non appena si sposano.
Vi saluto con tutto il mio cuore, signore.
Lettera di, a Sua Altezza Serenissima il principe L.E di Wirtemberg
Môtiers, 14 ottobre 1764.
Con rammarico, principe, a volte devo fare appello alle circostanze e alla necessità – piuttosto che alla pigrizia – per unirmi a voi. Vi scrivo raramente; ma il mio cuore è sempre pieno di voi e di tutto ciò che vi è caro. La vostra costanza nel seguire quel modo di vita saggio e semplice che avete scelto dimostra che possedete tutto ciò che serve per amarlo per sempre; e questo mi lega a voi e mi interessa, come se fossi vostro pari, o meglio, come se fossimo entrambi parte della mia stessa famiglia. Infatti, è solo nelle circostanze private che si può veramente conoscere l’amicizia.
L’argomento delle due epigrafi che mi avete inviato è certamente morale e il concetto espresso è molto bello; tuttavia ammettetelo: i versi di entrambe sono davvero scadenti. Versi banali che esprimono un pensiero altrettanto banale formano almeno un insieme coerente; invece, cercare di esprimere qualcosa di bello in modo errato significa commettere sia l’errore nella formulazione che quello nel rovinare il contenuto stesso.
Mentre scrivo queste parole, mi viene in mente un’idea: non sareste forse l’autore di una di queste due opere? Sarebbe divertente. Lo vorrei davvero. Perché non avete scritto quattro versi “cattivi”, così che potessi dirvelo e voi mi amaste ancora di più?!
Lettera DIII – A Monsieur Le Nieps
Môtiers, 14 ottobre 1764.
Puisque, malgré ce que je vous avais marqué ci-devant, mon bon ami, vous avez jugé à propos de recevoir pour moi mon second portrait de M. de La Tour, je ne vous en dédirai pas. L’honneur qu’il m’a fait, l’estime et l’amitié réciproque, la consolation que je reçois de son souvenir dans mes malheurs, ne me laissent pas écouter dans cette occasion une délicatesse qui, vis-à-vis de lui, serait une espèce d’ingratitude. J’accepte ce second présent, et il ne m’est point pénible de joindre pour lui la reconnaissance à l’attachement. Faites-moi le plaisir, cher ami, de lui remettre l’incluse, et priez-le, comme je fais, de vous donner ses avis sur la manière d’emballer et voiturer ce bel ouvrage, afin qu’il ne s’endommage pas dans le transport. Employez quelqu’un d’entendu pour cet emballage, et prenez la peine aussi de prier MM. Rougemont de vous indiquer des voituriers de confiance à qui l’on puisse remettre la caisse pour qu’elle me parvienne sûrement, et que ce qu’elle contiendra ne soit point tourmenté. Comme il ne vient pas de voituriers de Paris jusqu’ici, il faut l’adresser, par lettre de voiture, à M. Junet, directeur des postes à Pontarlier, avec prière de me la faire parvenir. Vous ferez, s’il vous plaît, une note exacte de vos déboursés, et je vous les ferai rembourser aussitôt. Je suis impatient de m’honorer en ce pays du travail d’un aussi illustre artiste, et des dons d’un homme aussi vertueux.
Le mauvais temps ne me permit pas de suivre cet été ma route jusqu’à lix, pour une misérable sciatique dont les premières atteintes, jointes à mes autres maux, m’ont fort effrayé. Je vis à Thonon quelques Genevois, et entre autres celui dont vous parlez ; et en ce point vous avez été très bien informé, mais non sur le reste, puisque nous nous séparâmes tous fort contents les uns des autres. M. D. a des défauts qui sont assez désagréables ; mais c’est un honnête homme, bon citoyen, qui, sans cagoterie, a de la religion, et des moeurs sans âpreté. Je vous dirai qu’à mon voyage de Genève, en 1754, il nie parut désirer de se raccommoder avec vous ; mais je n’osai vous en parler, voyant l’éloignement que vous aviez pour lui : cependant il me serait fort doux de voir tous ceux que j’aime s’aimer entre eux.
Après avoir cherché dans tout le pays une habitation qui me convînt mieux que celle-ci, j’ai partout trouvé des inconvénients qui m’ont retenu, et sur lesquels je me suis enfin déterminé à revenir passer l’hiver ici. Bien sûr que je ne trouverai la santé nulle part, j’aime autant trouver ici qu’ailleurs la fin de mes misères. Les maux, les ennuis, les années qui s’accumulent me rendent moins ardent dans mes désirs, et moins actif à les satisfaire ; puisque le bonheur n’est pas dans cette vie, n’y multiplions pas du moins les tracas.
Nous axons perdu le banneret Roguin, homme de grand mérite, proche parent de notre ami très regretté de sa famille, de sa ville, et de tous les gens de bien. C’est encore, en mon particulier, un ami de moins ; hélas ! ils s’en vont tous, et moi je reste pour survivre à tant de pertes et pour les sentir. Il ne m’en demeure plus guère à faire, mais elles me seraient bien cruelles. Cher ami, conservez-vous.
Lettre DV– À M. Deleyre
Môtiers, le 17 octobre 1764.
J’ai le coeur surchargé de mes torts, cher Deleyre ; je comprends par votre lettre qu’il m’est échappé dans un moment d’humeur des expressions désobligeantes, dont vous auriez raison d’être offensé, s’il ne fallait pardonner beaucoup à mon tempérament et à ma situation. Je sens que je me suis mis en colère sans sujet et dans une occasion où vous méritiez d’être désabusé et non querellé. Si j’ai plus fait et que je vous aie outragé, comme il semble par vos reproches, j’ai fait dans un emportement ridicule ce que dans nul autre temps je n’aurais fait avec personne, et bien moins encore avec vous. Je suis inexcusable, je l’avoue, mais je vous ai offensé sans le vouloir. Voyez moins l’action que l’intention, je vous en supplie. Il est permis aux autres hommes de n’être que justes, mais les amis doivent être cléments.
Je reviens de longues courses que j’ai faites dans nos montagnes, et même jusqu’en Savoie, où je comptais aller prendre à Aix les bains pour une sciatique naissante qui, par son progrès, m’ôtait le seul plaisir qui me reste dans la vie, savoir la promenade. Il a fallu revenir sans avoir été jusque-là. Je trouve en rentrant chez moi des tas de paquets et de lettres à faire tourner la tête. Il faut absolument répondre au tiers de tout cela pour le moins. Quelle tâche ! Pour surcroît, je commence à sentir cruellement les approches de l’hiver, souffrant, occupé, surtout ennuyé : jugez de ma situation ! N’attendez donc de moi, jusqu’à ce qu’elle change, ni de fréquentes ni de longues lettres ; mais soyez bien convaincu que je vous aime, que je suis fâché de nous avoir offensé que je ne puis être bien avec moi-même jusqu’à ce que j’aie fait ma paix avec vous.
Lettre DVII– À M. le comte Charles de Zinzendorf
[857]
Môtiers, le 20 octobre 1764.
J’avais résolu, monsieur, de vous écrire. Je suis fâché que vous m’ayez prévenu ; mais je n’ai pu trouver jusqu’ici le temps de chercher dans des tas de lettres la matière du mémoire dont vous vouliez bien vous charger. Tout ce que je me rappelle ; ce sujet, est que l’homme en question s’appelle M. de Sauttersheim, fils d’un bourgmestre de Bude, et qu’il a été employé durant deux ans dans une des chambres dont sont composés à Vienne les différents conseils de la reine. C’est un homme d’environ trente ans, d’une bonne taille, avant assez d’embonpoint pour son âge, brun, portant ses cheveux, d’un visage assez agréable, ne manquant pas d’esprit. Je ne sais de lui que des choses honnêtes, et qui ne sont point d’un aventurier.
J’étais bien sûr, monsieur, que lorsque vous auriez vu M. le prince de Wirtemberg, vous changeriez de sentiment sur son compte, et je suis bien sûr maintenant que vous n’en changerez plus. Il y a longtemps qu’à force de m’inspirer du respect il m’a fait oublier sa naissance ; ou si je m’en souviens quelquefois encore, c’est pour honorer tant plus sa vertu.
Les Corses, par leur valeur, ayant acquis l’indépendance, osent aspirer encore à la liberté. Pour l’établir, ils s’adressent au seul ami qu’ils lui connaissent. Puisse-t-il justifier l’honneur de leur choix.
Je recevrai toujours, monsieur, avec empressement, des témoignages de votre souvenir, et j’y répondrai de même, ils ne peuvent que me rappeler la journée agréable que j’ai passée avec vous, et nourrir le désir d’en avoir encore de pareilles. Agréez, monsieur, mes salutations et mon respect.
Je suis bien aise que vous connaissiez M. Deluc ; c’est un digne citoyen. Il a été l’utile défenseur de la liberté de sa patrie ; maintenant il voudrait courir encore après cette liberté qui n’est plus : il perd son temps.
Lettre DIX– À Madame P***
Môtiers, 24 octobre 1764.
J’ai reçu vos deux lettres, madame ; c’est avouer tous mes torts : ils sont grands, mais involontaires ; ils tiennent aux désagréments de mon état. Tous les jours je voulais vous répondre, et tous les jours des réponses plus indispensables venaient renvoyer celle-là ; car enfin, avec la meilleure volonté du monde, on ne saurait passer la vie à faire des réponses du matin jusqu’au soir. D’ailleurs je n’en connais point de meilleure aux sentiments obligeants dont vous m’honorez, que de tâcher d’en être digne, et de vous rendre ceux qui vous sont dus. Quant aux opinions, sur lesquelles vous me marquez que nous ne sommes pas d’accord, qu’aurais-je à dire, moi qui ne dispute jamais avec personne, qui trouve très bon que chacun ait ses idées, et qui ne veux pas plus qu’on se soumette aux miennes que me soumettre à celles d’autrui ? Ce qui me semble utile et vrai, j’ai cru de mon devoir de le dire ; mais je n’eus jamais la manie de vouloir le faire adopter, et je réclame pour moi la liberté que je laisse à tout le monde. Nous sommes d’accord, madame, sur les devoirs des gens de bien, je n’en doute point. Gardons, au reste, vous vos sentiments, moi les miens, et vivons en paix. Voilà mon avis. Je vous salue, madame, avec respect et de tout mon coeur.
Lettre DXI– À Milord Maréchal
Môtiers-Travers, le 29 octobre 1764.
Since, despite what I had previously mentioned to you, my dear friend, you deemed it appropriate to receive for me my second portrait of Mr. de La Tour, I shall not object to it. The honor he has done me, our mutual respect and friendship, as well as the comfort his memory brings me in my times of adversity, prevent me from showing any delicacy that would, in his regard, amount to ingratitude. I accept this second gift, and it does not trouble me at all to combine gratitude with my affection for him. Please, dear friend, take the pleasure of delivering it to him, and ask him, as I am doing, to give you his advice on how to pack and transport this beautiful work so that it is not damaged in transit. Employ someone skilled for this task, and also take the trouble to ask Mr. Rougemont to recommend some reliable carriers to whom we can entrust the box, ensuring that it reaches me safely and that its contents are not harmed. Since there are no carriers from Paris available at present, we must send it by post letter to M. Junet, the director of the postal services in Pontarlier, with the request that he forward it to me. Please keep an accurate record of your expenses, and I will reimburse you immediately. I am eagerly looking forward to honoring myself in this country with the work of such an illustrious artist and the gifts of such a virtuous man.
The bad weather prevented me from continuing my journey to Lix this summer, due to a miserable case of sciatica whose initial symptoms, combined with my other ailments, filled me with great fear. I met some Genevans in Thonon, among them the one you are referring to; and in that regard, you have been very well informed. However, you are not aware of the rest, for we parted ways quite satisfied with each other. Mr. D. has some rather unpleasant flaws; but he is an honest man, a good citizen who, without being pedantic, possesses religious beliefs and manners that are free from harshness. I must say that during my trip to Geneva in 1754, he seemed eager to reconcile with you; but I did not dare mention it to you, given your aversion toward him. Nevertheless, it would be very pleasing for me to see all those I love getting along well with each other.
After searching throughout the country for a dwelling that would suit me better than this one, I found drawbacks everywhere that prevented me from moving elsewhere, and ultimately I decided to return here to spend the winter. Of course, I won’t find health anywhere, but I would rather end my miseries here than elsewhere. The troubles, the hardships, and the years that accumulate gradually diminish my enthusiasm and reduce my efforts to satisfy my desires; since happiness does not exist in this life, let us at least avoid multiplying our troubles.
We have lost the valiant Roguin—a man of great merit, a close relative of our much-lamented friend, who was cherished by his family, his city, and all people of good heart. For me personally, this is another friend gone; alas, they are all leaving, while I remain to endure such losses and feel their absence. There is little left for me to do now, but it would be far too cruel. Dear friend, take care of yourself.
Letter DV – To Mr. Deleyre
Môtiers, October 17, 1764.
My heart is burdened with my faults, dear Deleyre; from your letter, I understand that in a moment of anger, I uttered some offensive words that you would have every right to find insulting. Yet, one must forgive my temperament and my circumstances. I realize that I lost my temper for no good reason, at a time when you deserved nothing but disappointment rather than resentment. If I have indeed done more and offended you, as your reproaches seem to suggest, then it was in a ridiculous fit of anger that I acted in a way I would never have done with anyone else—let alone with you. I admit I am unforgivable, but my offense was unintentional. Please, consider not the action itself but my intentions. While it is acceptable for others to be merely just, true friends must also be kind.
I have just returned from long walks in our mountains, and even as far as Savoie, where I had planned to go to Aix-les-Bains to treat a recurring sciatica that, as it worsened, was taking away the only pleasure left in my life: the joy of walking. Unfortunately, I had to return without reaching my destination. Upon returning home, I find piles of packages and letters that seem endless. I absolutely must respond to at least a third of them. What a task! Moreover, I am beginning to feel the harsh approach of winter—suffering, occupied, and above all, annoyed: you can imagine my situation! Therefore, until it changes, do not expect me to write you frequently or at length; but be assured that I love you, that I regret having offended you, and that I cannot truly be at peace with myself until I have reconciled with you.
Letter DVII – To Mr. Count Charles de Zinzendorf
[857]
Môtiers, October 20, 1764.
Sir, I had resolved to write to you. I am sorry that you informed me in advance; but I have not yet found the time to search through piles of letters for the information you wished me to provide. All I can recall regarding this matter is that the man in question is named Mr. de Sauttersheim, the son of a mayor from Bude, and that he worked for two years in one of the offices that make up the various councils of the Queen in Vienna. He is about thirty years old, of average height, with a body build that is somewhat plump for his age, brown-haired, and has a fairly pleasant face; he is also quite intelligent. All I know about him is that he is an honest man, and certainly not the kind to engage in any adventurous activities.
Of course, sir, I was certain that once you had met His Highness the Prince of Württemberg, your opinion about him would change; and now I am equally certain that it will not change anymore. For a long time, his constant inspiration filled me with respect, to the point where I came to forget his birth; and when I occasionally remember it, it is only to honor his virtues all the more.
The Corsicans, having gained their independence through their valor, dare still to aspire for freedom. To establish it, they turn to the only friend they know. May he be worthy of the honor of their choice.
I will always, sir, gladly receive any messages from you expressing your remembrance of me, and I will respond in the same way. Such messages only serve to remind me of the pleasant day I spent with you and to renew my desire to experience more such moments. Please accept my regards and my respect, sir.
I am glad that you know Mr. Deluc; he is a worthy citizen. He was a devoted defender of his country’s freedom; now, he tries to pursue that freedom which no longer exists—he is wasting his time.
Letter DIX – To Madame P***
Môtiers, October 24, 1764.
I have received your two letters, madam; to do so is to admit all my faults. They are many, but unintentional; they stem from the difficulties of my situation. Every day I wanted to reply to you, but every day other, even more urgent matters prevented me from doing so. After all, no matter how good one’s intentions are, it would be impossible to spend one’s entire life responding to letters from morning till night. Moreover, in response to the kind sentiments you have shown me, I can only try to be worthy of them and return to you what is due to you. As for the opinions on which we disagree, what could I possibly say? I never argue with anyone; I think it is perfectly legitimate for everyone to hold their own views, and I would not want anyone to accept my opinions any more than I am willing to accept theirs. What I consider useful and true, I felt it was my duty to express; but I have never had the notion of trying to force others to agree with me. I demand for myself the same freedom that I grant to everyone else. Madam, I am certain we agree on what is right and proper for good people to do. Let us each keep our own beliefs and live in peace. That is my opinion. I salute you, madam, with respect and from the bottom of my heart.
Letter DXI – To My Lord Marshal
Môtiers-Travers, October 29, 1764.
Poiché, nonostante quanto vi avevo detto in precedenza, mio caro amico, avete ritenuto opportuno ricevere per me il secondo ritratto di Monsieur de La Tour, non vi rimprovererò per questo. L’onore che mi ha reso, la stima e l’amicizia reciproca, la consolazione che trovo nel ricordo di lui nei miei momenti difficili, non mi permettono in questa occasione di mostrare una delicatezza che, nei suoi confronti, sarebbe una sorta di ingratitudine. Accetto questo secondo dono, e non mi dispiace affatto unire a esso riconoscenza e affetto. Fatemi il piacere, caro amico, di consegnargli l’incluso nella lettera, e pregatelo, come faccio io, di darvi i suoi consigli su come imballare e trasportare quest’opera d’arte, affinché non si danneggi durante il viaggio. Assumete qualcuno competente per questo compito, e prendetevi anche la briga di chiedere a Monsieur Rougemont di indicarvi dei vettori affidabili a cui poter affidare la cassa, in modo che mi arrivi senza problemi e che il contenuto non subisca danni. Poiché finora non esistono vettori provenienti da Parigi, è necessario inviarla per lettera di viaggio a Monsieur Junet, direttore delle poste di Pontarlier, chiedendogli di farla arrivare a me. Vi prego inoltre di redigere una nota precisa dei vostri spese, e vi rimborserò immediatamente. Sono impaziente di poter onorarmi in questo paese del lavoro di un artista così illustre e dei doni di un uomo così virtuoso.
Il cattivo tempo non mi permette di proseguire quest’estate il mio viaggio fino a Lix; una terribile influenza, unita alle mie altre malattie, mi ha molto spaventato. Vivo a Thonon alcuni genovesi, tra cui proprio colui di cui parlate voi; in questo punto siete stato molto ben informato, ma non per il resto, poiché ci siamo separati tutti molto soddisfatti gli uni degli altri. Il signor D. ha alcuni difetti piuttosto sgradevoli; ma è un uomo onesto, buon cittadino, che, senza frivolezze, possiede fede religiosa e comportamenti morali privi di asprezza. Vi dirò che durante il mio viaggio da Ginevra nel 1754, sembrava desideroso di riconciliarsi con voi, ma non ho osato parlarvene, vedendo quanto foste ostile nei suoi confronti; tuttavia, mi sarebbe molto gradito che tutte le persone che amo si amassero a vicenda.
Dopo aver cercato in tutto il paese una residenza che mi soddisfacesse di più di questa, ho trovato ovunque degli inconvenienti che mi hanno costretto a rimanere; è su questi motivi che ho infine deciso di tornare qui per trascorrere l’inverno. Certo, non troverò la salute da nessuna parte, ma preferisco trovare qui, come altrove, la fine delle mie sofferenze. I mali, i problemi, gli anni che si accumulano mi rendono meno fervente nei miei desideri e meno attivo nel cercare di soddisfarli; poiché la felicità non esiste in questa vita, almeno non aumentiamo i nostri tormenti.
Abbiamo perso il valoroso Roguin, uomo di grande merito e stretto parente del nostro amico molto rimpianto dalla sua famiglia, dalla sua città e da tutti i buoni uomini. Per me personalmente, è un altro amico che se n’è andato. Ahimè! Tutti se ne vanno, e io resto a sopravvivere a tante perdite. Non mi resta più molto da fare, ma queste perdite sarebbero davvero crudeli per me. Caro amico, prendetevi cura di voi stesso.
Lettera DV – A Monsieur Deleyre
Môtiers, 17 ottobre 1764.
Il mio cuore è oppresso dai miei errori, cara Deleyre; dalla tua lettera capisco che in un momento di malumore ho usato espressioni offensive, e avresti tutto il diritto di sentirti offesa, se non fosse per la mia natura impulsiva e per le circostanze in cui mi trovo. So di essere stato irragionevole e di averlo fatto in un momento in cui avresti dovuto essere delusa, piuttosto che offesa. Se ho fatto di più e ti ho insultata, come sembra dalle tue rimproveri, è stato per un impulso ridicolo; in nessun altro momento avrei mai agito così con chiunque, tantomeno con te. Lo ammetto: sono incolpabile, ma ti ho offesa senza volerlo. Per favore, considera meno l’azione e più le mie intenzioni. Ai soliti uomini è permesso essere giusti, ma gli amici devono essere clementi.
Sono appena tornato da lunghe escursioni nelle nostre montagne, e persino in Savoia, dove avevo intenzione di recarmi ad Aix-les-Bains per curare una nuova passione per lo sci che, con il suo sviluppo, mi stava togliendo l’unico piacere che mi rimane nella vita: passeggiare. Ho dovuto tornare indietro senza essere mai arrivato a destinazione. Tornando a casa, trovo un mucchio di pacchi e lettere. Bisogna assolutamente rispondere ad almeno un terzo di tutto questo. Che compito! Inoltre, inizio a sentire crudelmente avvicinarsi l’inverno: soffro, sono occupato, soprattutto infastidito. Immaginate la mia situazione! Quindi, fino a quando non cambierà, non aspettatevi da me lettere frequenti o lunghe; ma sappiate con certezza che vi amo, che mi dispiace di avervi offeso e che non riesco ad essere sereno con me stesso finché non avrò fatto pace con voi.
Lettera DVII – A Monsignor il conte Carlo di Zinzendorf
[857]
Môtiers, 20 ottobre 1764.
Signore, avevo deciso di scrivervi. Mi dispiace che mi abbiate avvisato in anticipo; ma fino ad ora non ho trovato il tempo necessario per cercare, tra mucchi di lettere, le informazioni relative al memoriale di cui volevate occuparvi. Tutto ciò che ricordo è che quest’uomo si chiama Monsieur de Sauttersheim, figlio di un sindaco di Bude, e che ha lavorato per due anni in uno dei dipartimenti che compongono i vari consigli della regina a Vienna. È un uomo di circa trent’anni, di statura media, abbastanza robusto per la sua età, di carnagione scura; i suoi capelli sono ondulati e il suo viso è piuttosto gradevole; inoltre, non manca di spirito. Di lui conosco soltanto cose oneste, e nulla che possa far pensare a un avventuriero.
Ero certo, signore, che quando aveste incontrato il principe di Wirtemberg, avreste cambiato opinione su di lui; e sono altrettanto certo che ora non cambierete più idea. Da molto tempo, grazie al rispetto che provo per lui, ho finito per dimenticare la sua origine; o se talvolta me ne ricordo ancora, è solo per onorare ancora di più la sua virtù.
I Corsi, grazie al loro coraggio, hanno ottenuto l’indipendenza e ora osano ancora aspirare alla libertà. Per realizzarla, si rivolgono all’unico amico che conoscono. Possa egli essere all’altezza dell’onore scelto da loro.
Accetterò sempre con piacere, signore, i vostri messaggi di ricordo e risponderò allo stesso modo; essi non fanno altro che rievocare nella mia memoria la piacevole giornata trascorsa insieme a voi e alimentano il desiderio di viverne altre simili. Accettate, signore, i miei saluti e il mio rispetto.
Sono molto contento che conosciate il signor Deluc; è un cittadino degno di stima. È stato un fedele difensore della libertà della sua patria; ora, però, cerca ancora di perseguire quella libertà che ormai non esiste più: sta solo perdendo tempo.
Lettera Dici – Alla Signora P***
Môtiers, 24 ottobre 1764.
Ho ricevuto le vostre due lettere, signora; ammetterle equivale ad riconoscere tutti i miei errori: sono numerosi, ma involontari; derivano dalle difficoltà della mia situazione. Ogni giorno volevo rispondervi, ma ogni giorno emergevano questioni ancora più urgenti che impedivano di farlo; dopotutto, con la migliore volontà del mondo, non si potrebbe trascorrere tutta la vita a rispondere alle lettere altrui. Inoltre, non conosco risposta migliore ai sentimenti gentili che mi dimostrate, se non quella di cercare di esserne degno e di ricambiarvi ciò che vi devo. Per quanto riguarda le opinioni su cui ritenete che non siamo d’accordo, cosa potrei dire io, che non discuto mai con nessuno, che ritengo sia giusto che ognuno abbia le proprie idee e che non desidero affatto che gli altri si sottomettano alle mie come io non mi sottometto alle loro? Ciò che ritengo utile e vero, ho ritenuto fosse mio dovere dirlo; ma non ho mai avuto l’ambizione di farlo accettare da tutti, e chiedo per me la stessa libertà che concedo a chiunque altro. Siamo d’accordo, signora, sui doveri delle persone oneste, ne sono certo. Tuttavia, lasciate che voi conserviate i vostri sentimenti e io i miei; viviamo in pace. Questa è la mia opinione. Vi saluto con rispetto e dal profondo del mio cuore.
Lettera DXI – A Sua Signoria il Maresciallo
Môtiers-Travers, 29 ottobre 1764.
Je voudrais, Milord, pouvoir supposer que vous n’avez point reçu mes lettres, je serais beaucoup moins attristé ; mais outre qu’il n’est pas possible qu’il ne vous en soit parvenu quelqu’une, si le cas pouvait être, les bontés dont vous m’honoriez vous auraient à vous-même inspiré quelque inquiétude ; vous vous seriez informé de moi ; vous m’auriez fait dire au moins quelques mots par quelqu’un : mais point ; mille gens en ce pays ont de vos nouvelles, et je suis le seul oublié. Cela m’apprend mon malheur ; mais, qui m’en apprendra la cause ? Je cesse de la chercher, n’en trouvant aucune qui soit digne de vous.
Milord, les sentiments que je vous dois et que je vous ai voués dureront toute ma vie ; je ne penserai jamais à vous sans attendrissement ; je vous regarderai toujours comme mon protecteur et mon père. Mais comme je ne crains rien tant que d’être importun, et que je ne sais pas nourrir seul une correspondance, je cesserai de vous écrire jusqu’à ce que vous m’ayez permis de continuer.
Daignez, Milord, je vous supplie, agréer mon profond respect.
Lettre DXIII– À Mademoiselle D.M
Môtiers, le 4 novembre 1764.
Si votre situation, mademoiselle, vous laisse à peine le temps de m’écrire, vous devez concevoir que la mienne m’en laisse encore moins pour vous répondre. Vous n’êtes que dans la dépendance de vos affaires et des gens à qui vous tenez ; et moi je suis dans celle de toutes les affaires et de tout le monde, parce que chacun, me jugeant libre, veut par droit de premier occupant disposer de moi. D’ailleurs, toujours harcelé, toujours souffrant, accablé d’ennuis, et dans un état pire que le vôtre, j’emploie à respirer le peu de moments qu’on me laisse ; je suis trop occupé pour n’être pas paresseux. Depuis un mois je cherche un moment pour vous écrire à mon aise : ce moment ne vient point ; il faut donc vous écrire à la dérobée, car vous m’intéressez trop pour vous laisser sans réponse. Je connais pende gens qui m’attachent davantage, et personne qui m’étonne autant que vous.
Si vous avez trouvé dans ma lettre beaucoup de choses qui ne cadraient pas à la vôtre, c’est qu’elle était écrite pour une autre que vous. Il y a dans votre situation des rapports si frappants avec celle d’une autre personne, qui précisément était à Neuchâtel quand je reçus votre lettre, que je ne doutai point que cette lettre ne vint d’elle ; et je pris le change dans l’idée qu’on cherchait à me le donner[858]. Je vous parlai donc moins sur ce que vous me disiez de votre caractère, que sur ce qui m’était connu du sien. Je crus trouver dans sa manie de s’afficher, car c’est une savante et un bel esprit en titre, la raison du malaise intérieur dont vous me faisiez le détail : je commençai par attaquer cette manie, comme si c’eut été la vôtre, et je ne doutai point qu’en vous ramenant à vous-même je ne vous rapprochasse du repos, dont rien n’est plus éloigné, selon moi, que l’état d’une femme qui s’affiche.
Une lettre faite sur un pareil quiproquo doit contenir bien des balourdises. Cependant il y avait cela de bon dans mon erreur, qu’elle me donnait la clef de l’état moral de celle à qui je pensais écrire ; et, sur cet état supposé, je croyais entrevoir un projet à suivre pour vous tirer des angoisses que vous me décriviez, sans recourir aux distractions qui, selon vous, en sont le seul remède, et qui, selon moi, ne sont pas même un palliatif. Vous m’apprenez que je me suis trompé, et que je n’ai rien vu de ce que je croyais voir. Comment trouverais-je un remède à votre état, puisque cet état m’est inconcevable ? Vous m’êtes une énigme affligeante et humiliante. Je croyais connaître le coeur humain, et je ne connais rien au vôtre. Vous souffrez, et je ne puis vous soulager.
Quoi ! parce que rien d’étranger à vous ne vous contente, vous voulez vous fuir ; et, parce que vous avez à vous plaindre des autres, parce que vous les méprisez, qu’ils vous en ont donné le droit, que vous sentez en vous une âme digne d’estime, vous ne voulez pas vous consoler avec elle du mépris que vous inspirent celles qui ne lui ressemblent pas ? Non, je n’entends rien à cette bizarrerie, elle me passe.
Cette sensibilité qui vous rend mécontente de tout ne devait-elle pas se replier sur elle-même ? ne devait-elle pas nourrir votre coeur d’un sentiment sublime et délicieux d’amour-propre ? n’a-t-on pas toujours en lui la ressource contre l’injustice et le dédommagement de l’insensibilité ? Il est si rare, dites-vous, de rencontrer une âme. Il est vrai ; mais comment peut-on en avoir une et ne pas se complaire avec elle ? Si l’on sent, à la sonde, les autres étroites et resserrées, on s’en rebute, on s’en détache ; mais après s’être si mal trouvé chez les autres, quel plaisir n’a-t-on pas de rentrer dans sa maison ? Je sais combien le besoin d’attachement rend affligeante aux coeurs sensibles l’impossibilité d’en former ; je sais combien cet état est triste : mais je sais qu’il a pourtant des douceurs ; il fait verser des ruisseaux de larmes ; il donne une mélancolie qui nous rend témoignage de nous-mêmes, et qu’on ne voudrait pas ne pas avoir ; il fait rechercher la solitude comme le seul asile où l’on se retrouve avec tout ce qu’on a raison d’aimer. Je ne puis trop vous le redire, je ne-connais ni bonheur ni repos dans l’éloignement de soi-même : et, au contraire. je sens mieux, de jour-m jour, qu’on ne peut être heureux sur la terre qu’à proportion qu’on s’éloigne des choses et qu’on se rapproche de soi. S’il y a quelque sentiment plus doux que l’estime de soi-même, s’il y a quelque occupation plus aimable que celle d’augmenter ce sentiment. je puis avoir tort ; mais voilà comme je pense : jugez sur cela s’il m’est possible d’entrer dans vos vues, et même de concevoir votre état.
Je ne puis m’empêcher d’espérer encore que vous vous trompez sur le principe de votre malaise qu’au lieu de venir du sentiment qui réfléchit sur vous-même, il vient au contraire de celui qui vous lie encore à votre insu aux choses dont vous vous croyez, détachée, et dont peut-être vous désespérez seulement de jouir. Je voudrais que cela fût, je verrais une prise pour agir ; mais, si vous accusez juste, je n’en vois point. Si j’avais actuellement sous les yeux votre première lettre, et plus de loisir pour y réfléchir, peut-être parviendrais-je à vous comprendre, et je n’y épargnerais pas ma peine, car vous m’inquiétez véritablement ; mais cette lettre est noyée dans des tas de papiers ; il me faudrait pour la retrouver plus de temps qu’on ne m’en laisse ; je suis forcé de renvoyer cette recherche à d’autres moments. Si l’inutilité de notre correspondance ne vous rebutait pas de m’écrire, ce serait vraisemblablement un moyen de vous entendre à la fin. Mais je ne puis vous promettre plus d’exactitude dans mes réponses que je ne suis en état d’y en mettre ; ce que je vous promets et que je tiendrai bien, c’est de m’occuper beaucoup de vous et de ne vous oublier de ma vie. Votre dernière lettre, pleine de traits de lumière et de sentiments profonds, m’affecte encore plus que la précédente. Quoi que vous en puissiez dire, je croirai toujours qu’il ne tient qu’à celle qui l’a écrite de se plaire avec elle-même, et de se dédommager par là des rigueurs de son sort.
Lettre DXV– À M. l’abbé De***
Môtiers-Travers, le 11 novembre 1764.
Vous voilà donc, monsieur, tout d’un coup devenu croyant. Je vous félicite de ce miracle, car c’en est sans doute un de la grâce, et la raison pour l’ordinaire n’opère pas si subitement. Mais, ne me faites pas honneur de votre conversion, je vous prie ; je sens que cet honneur ne m’appartient point. Un homme qui ne croit guère aux miracles n’est pas un fort bon convertisseur. Je dis quelquefois mon avis quand on me le demande, et que je crois que c’est à bonne intention ; mais je n’ai point la folie d’en vouloir faire une loi pour d’autres, et quand ils m’en veulent faire une du leur, je m’en défends du mieux que je puis sans chercher à les convaincre. Je n’ai rien fait de plus avec vous : ainsi, monsieur, vous avez seul tout le mérite de votre résipiscence[859], et je ne songeais rarement point à vous catéchiser.
I would like to believe, My Lord, that you have not received my letters; then I would be much less distressed. But it is impossible that none of them have reached you, and if such were the case, the kindnesses you have shown me would surely have prompted you to inquire about me. You would have sent for me or at least had someone convey a few words from me. But nothing—thousands of people in this country have news of you, yet I am the only one who has been forgotten. This tells me of my misfortune, but who can tell me its cause? I cease to seek it, for I cannot find any reason that could be worthy of you.
My lord, the feelings I owe you and that I have always held for you will last throughout my life; I will never think of you without feeling tenderness; I will always regard you as my protector and my father. However, since I fear nothing more than being troublesome, and since I do not know how to maintain a correspondence on my own, I will cease writing to you until you permit me to continue.
I implore you, my Lord, to accept my deepest respect.
Letter DXIII – To Miss D.M
Môtiers, November 4, 1764.
If your circumstances, mademoiselle, leave you little time to write to me, then you must realize that my own circumstances leave me even less time to respond to you. You are merely dependent on your own affairs and the people you care about; whereas I am dependent on everyone and everything, for everyone assumes that, since they consider me free, they have the right to “occupy” me first. Moreover, constantly harassed, suffering, overwhelmed by troubles, and in a state even worse than yours, I manage to scrape by with the little time that is allowed me; I am too occupied to be anything but lazy. For a month now, I have been trying to find a moment to write to you in peace—yet such a moment never comes. Therefore, I can only do so in secret, for you interest me too much to leave you without a reply. I know of people who are more important to me, yet none surprise me as much as you.
If you found many things in my letter that did not correspond to your situation, it is because it was written for someone other than you. Your circumstances bear such striking similarities to those of another person who happened to be in Neuchâtel at the time I received your letter that I had no doubt it came from her; and I assumed that someone had tried to pass it off as hers[858]. Therefore, I spoke less about what you told me about your own character and more about what I knew of hers. I believed that her habit of flaunting herself—for she is, after all, a woman of great intellect and beauty—was the root of the inner turmoil you described to me. I began by criticizing this habit, as if it were yours own, and I was certain that by making you reflect on yourself, I would help you find peace, something that, in my opinion, is utterly impossible for a woman who constantly seeks to attract attention.
A letter written on such a basis of misunderstanding must surely contain many foolishities. However, there was one good thing about my mistake: it gave me insight into the moral state of the person I intended to write to. Based on that assumed state, I believed I could devise a way to alleviate the troubles you described to me—without resorting to those distractions that, in your view, are the only remedy, but which, in mine, are not even a palliative. You have shown me that I was mistaken and that I saw nothing of what I thought I saw. How could I possibly find a cure for your condition, when it is utterly beyond my comprehension? You represent an agonizing and humiliating enigma to me. I thought I understood the human heart, but I know nothing about yours. You are suffering, and I am unable to relieve you.
What! Because nothing that is foreign to you satisfies you, you wish to flee; and because you have reasons to complain about others, because you despise them—and since they have given you the right to do so—because you feel within yourself a soul worthy of respect, you refuse to console yourself with it for the contempt that those who do not resemble it inspire in you? No, I simply cannot understand this absurdity; it passes me by.
This sensitivity that makes you dissatisfied with everything—shouldn’t it turn inward? Shouldn’t it nourish your heart with a sublime and delightful sense of self-respect? Don’t we always possess within us the means to resist injustice and compensate for indifference? You say it’s so rare to encounter such a soul. It’s true; but how can one have such a soul without finding pleasure in it? If, upon examination, we find others narrow-minded and confined, we repulse them and distance ourselves from them. But after having felt so unwelcome among others, what joy isn’t there in returning to our own “home”? I know how the need for attachment makes sensitive hearts suffer from the impossibility of forming such bonds; I know how sad this state is, but I also know it contains its own sweetnesses. It brings tears; it induces a melancholy that allows us to understand ourselves better—and we would never want to be without it. It makes one seek solitude as the only refuge where we can be with all that deserves our love. I cannot stress enough how, for me, happiness and peace are impossible apart from connecting with myself. On the contrary, day by day, I come to realize that one can only truly be happy on earth by distancing oneself from worldly things and drawing closer to one’s inner self. If there is any feeling more tender than self-respect, if there is any pursuit more delightful than nurturing this feeling, perhaps I am wrong. But this is how I think. Judge for yourselves whether it is possible for me to understand your perspective—and even to grasp the nature of your state of being.
I cannot help but hope that you are mistaken regarding the origin of your discomfort—rather than stemming from a sense of self-reflection, it may actually arise from those ties that, unbeknownst to you, still connect you to things from which you believe yourself to be detached, and for which you might even feel despair at being unable to enjoy them. I would wish this to be the case; then I would see an opportunity to take action. But if your accusation is true, I see none. If I had your first letter before me right now and more time to reflect on it, perhaps I could understand you better, and I would spare no effort in doing so, for you truly concern me. However, this letter is lost among piles of other papers; it would take me more time than is available to find it, so I am forced to postpone this attempt until another time. If the futility of our correspondence does not deter you from writing to me, it might ultimately be a way for us to communicate. But I cannot promise you greater accuracy in my responses than what I am currently able to provide. What I can and will do is to devote much thought to you and never forget you in my life. Your last letter, filled with insightful remarks and profound emotions, affects me even more deeply than the previous one. No matter what you may say, I will always believe that it depends solely on the person who wrote it whether she finds pleasure in it—and perhaps uses it as a means to compensate for the harshness of her fate.
Letter DXV – To Mr. Abbé De***
Môtiers-Travers, November 11, 1764.
So here you are, sir, suddenly become a believer. I congratulate you on this miracle, for it is undoubtedly one brought about by grace; reason alone could not produce such a sudden change. But please, do not attribute your conversion to me; I feel it does not belong to me. A man who hardly believes in miracles is not likely to be an effective converter. Sometimes I express my opinion when asked, and I believe it is done out of good intentions; but I would never be so foolish as to impose it on others. And when they try to impose their own opinions on me, I defend myself as best I can without attempting to convince them. I have done nothing more with you than that. Therefore, sir, you alone deserve all the credit for your change of heart[859]; I hardly ever thought of preaching to you at all.
Vorrei, Milord, poter supporre che non abbiate ricevuto le mie lettere; in tal caso sarei molto meno addolorato. Tuttavia, è impossibile che alcuna di esse non vi sia arrivata; e se così fosse stato, la vostra gentilezza verso di me vi avrebbe certamente indotto a chiedervi notizie di me. Avreste potuto farvi dire qualcosa da qualcuno. Ma nulla: migliaia di persone in questo paese hanno notizie di voi, e io sono l’unico dimenticato. Questo mi fa comprendere la mia sfortuna. Ma chi mi dirà mai la causa? Smetto di cercarla, poiché non ne trovo nessuna degna di voi.
Milord, i sentimenti che vi devo e che ho sempre provato per voi dureranno per tutta la mia vita; non penserò mai a voi senza commuovermi; vi considererò sempre come mio protettore e mio padre. Tuttavia, poiché temo soprattutto di essere importunante e non so come mantenere da solo una corrispondenza, smetterò di scrivervi fino a quando non mi autorizzerete a continuare.
Per favore, mio Signore, accettate il mio profondo rispetto.
Lettera DXIII – A Mademoiselle D.M
Môtiers, 4 novembre 1764.
Se, signorina, la vostra situazione vi lascia a malapena il tempo di scrivermi, dovete comprendere che la mia ne mi lascia ancora meno per rispondervi. Voi siete legata soltanto alle vostre faccende e alle persone a cui tenete; io, invece, sono legato a tutte le faccende e a tutti, perché ognuno, ritenendomi libero, vuole, in base al principio del “primo arrivato, primo servito”, disporre di me. Inoltre, costantemente perseguitato, soffrendo continuamente, oppresso da mille problemi e in uno stato peggiore del vostro, impiego gli unici momenti che mi vengono concessi soltanto per respirare; sono troppo impegnato per non essere pigro. Da un mese cerco disperatamente un momento tranquillo per scrivervi, ma quel momento non arriva mai. Pertanto devo scrivervi di nascosto, perché mi interessa troppo per lasciarvi senza risposta. Conosco molte persone che mi sono più vicine, ma nessuna mi sorprende quanto voi.
Se avete trovato nella mia lettera molte cose che non corrispondevano a ciò che mi avevate detto, è perché era stata scritta per un’altra persona, non per voi. Nella vostra situazione esistono troppe somiglianze con quella di un’altra donna che, proprio in quel periodo, si trovava a Neuchâtel quando ricevetti la vostra lettera; quindi non ebbi alcun dubbio che fosse lei ad averla scritta. Pensai che qualcuno stesse cercando di farla passare per mia. Per questo motivo parlai meno di ciò che mi avevate detto riguardo al vostro carattere, e più di ciò che conoscevo del suo. Credevo che la sua abitudine di mettersi in mostra – poiché si trattava di una donna intelligente e colta – fosse la causa del malessere interiore di cui mi avevate parlato; quindi decisi di attaccare proprio questa abitudine, come se fosse la vostra. E non dubitavo affatto che, facendovi tornare a voi stesse, vi avrei aiutato a ritrovare quella serenità dalla quale, secondo me, nulla è più lontano dello stato di una donna che si mette in mostra.
Una lettera scritta sulla base di un simile malinteso deve contenere molte sciocchezze. Tuttavia, c’era qualcosa di positivo nel mio errore: mi ha fornito la chiave dello stato d’animo di colei a cui volevo scrivere; e, partendo da questo presupposto, credevo di poter individuare un modo per alleviare le angosie che mi descrivevate, senza ricorrere alle distrazioni che, secondo voi, sono l’unico rimedio, mentre, a mio parere, non costituiscono nemmeno un palliativo. Mi dite ora di essermi sbagliato, e che non ho visto nulla di ciò che credevo di vedere. Come potrei trovare una soluzione al vostro stato, se tale stato mi è del tutto incomprensibile? Siete per me un enigma doloroso e umiliante. Credevo di conoscere il cuore umano, ma non conosco affatto il vostro. Soffrite, e io non posso alleviare la vostra sofferenza.
Che cosa! Solo perché nulla di ciò che vi riguarda vi soddisfa, volete fuggire; e perché avete motivo di lamentarvi degli altri, perché li disprezzate, perché loro vi hanno dato il diritto di farlo, perché sentite in voi un’anima degna di stima, non volete consolarvi con essa del disprezzo che provate per coloro che non le assomigliano? No, non capisco questa stranezza. Mi sfugge completamente.
Questa sensibilità che vi rende insoddisfatti di tutto non avrebbe dovuto rivolgersi verso se stessa? Non avrebbe dovuto nutrire il vostro cuore con un sentimento sublime e delizioso d’orgoglio? Non abbiamo forse sempre in noi la risorsa per contrastare l’ingiustizia e compensare l’insensibilità? Dite che è così raro incontrare un’anima simile. È vero; ma come si può possederne una senza goderne appieno? Se, esaminando gli altri, ci rendiamo conto di quanto siano ristretti e limitati, ne sentiamo disgusto e ci allontaniamo da loro; ma dopo aver trovato tanta insoddisfazione tra gli altri, quale piacere non proviamo nel tornare nella nostra “casa”? So bene quanto il bisogno di affetto renda tristi i cuori sensibili quando non è possibile trovarlo; so quanto sia doloroso questo stato. Ma so anche che possiede delle dolcezze: fa scorrere lacrime, dona una malinconia che ci fa riflettere su noi stessi e di cui non vorremmo mai privarci; spinge a cercare la solitudine come l’unico rifugio dove possiamo ritrovarci con tutto ciò che abbiamo motivo di amare. Non posso ripeterlo abbastanza: non conosco felicità né pace lontano da me stesso. Al contrario, ogni giorno mi rendo sempre più conto che si può essere veramente felici sulla terra solo allora in cui ci allontaniamo dalle cose esterne e ci avviciniamo a noi stessi. Se esiste qualche sentimento più dolce dell’ammirazione per se stessi, se esiste qualche occupazione più piacevole di quella che contribuisce ad alimentare questo sentimento. Forse mi sbaglio; ma è così che penso. Giudicate voi stesso se sia possibile che io comprenda il vostro stato d’animo.
Non posso fare a meno di sperare ancora che vi sbagliate riguardo alla causa del vostro malessere: invece di derivare da un sentimento che riflette su voi stessi, esso proviene probabilmente da quello che, senza che ve ne rendiate conto, vi lega ancora alle cose dalle quali credete di essere ormai distaccata, e forse delle quali desiderate soltanto poter godere. Vorrei che fosse così: vedrei allora un modo per intervenire; ma se aveste ragione nelle vostre accuse, non ne vedo alcuno. Se avessi davanti ai miei occhi la vostra prima lettera e più tempo per rifletterci sopra, forse riuscirei a comprendervi e non mi risparmierei certo gli sforzi, perché veramente vi preoccupo; ma questa lettera è sepolta tra mucchi di carte. Mi servirebbe molto più tempo del permesso che ho per trovarla; sono costretto quindi a rimandare questa ricerca a un altro momento. Se l’inutilità della nostra corrispondenza non vi scoraggiasse dal scrivere, questo potrebbe probabilmente essere un modo per chiarirci le idee. Ma non posso promettervi che le mie risposte saranno sempre precise. Quello che vi prometto e che manterrò sicuramente è di occuparmi molto di voi e di non dimenticarvi mai nella mia vita. La vostra ultima lettera, piena di pensieri profondi e sentimenti sinceri, mi ha colpito ancora di più della precedente. Qualunque cosa possiate dire, crederò sempre che dipenda soltanto da chi l’ha scritta il fatto che si possa trovare gioia in essa, e che ciò possa costituire una forma di compensazione per le difficoltà della sua vita.
Lettera DXV – A Monsignor l’Abate De***
Môtiers-Travers, l’11 novembre 1764.
Ecco dunque, signore, che all’improvviso siete diventato credente. Vi congratulo per questo miracolo, poiché senza dubbio si tratta di un segno della grazia divina; la ragione, infatti, non agisce mai in modo così improvviso. Ma vi prego, non attribuite a me il merito della vostra conversione: sento chiaramente che tale onore non mi spetta. Un uomo che poco crede nei miracoli difficilmente può essere un buon convertitore. A volte esprimo il mio parere quando mi viene chiesto, e credo che ciò avvenga con buone intenzioni; tuttavia, non ho la follia di voler imporlo agli altri. E quando loro cercano di impormi il loro, mi difendo nel modo migliore possibile, senza però cercare di convincerli. Non ho fatto nulla di più con voi: quindi, signore, è interamente merito vostro questa vostra conversione, e raramente ho pensato a catechizzarvi.
Mais voici maintenant les scrupules qui s’élèvent. Les vôtres m’inspirent du respect pour vos sentiments sublimes, et je vous avoue ingénument que, quant à moi, qui marche un peu plus terre à terre, j’en serais beaucoup moins tourmenté. Je me dirais d’abord que de confesser mes fautes est une chose utile pour m’en corriger, parce que, me faisant une loi de dire tout et de dire vrai, je serais souvent retenu d’en commettre par la honte de les révéler.
Il est vrai qu’il pourrait y avoir quelque embarras sur la foi robuste qu’on exige dans votre Église, et que chacun n’est pas maître d’avoir comme il lui plaît. Mais de quoi s’agit-il au fond dans cette affaire ? du sincère désir de croire, d’une soumission du coeur plus que de la raison : car enfin la raison ne dépend pas de nous, mais la volonté en dépend ; et c’est par la seule volonté qu’on peut être soumis ou rebelle à l’Église. Je commencerais donc par me choisir pour confesseur un bon prêtre, un homme sage et sensé, tel qu’on en trouve partout quand on les cherche. Je lui dirais : Je vois l’océan de difficultés où nage l’esprit humain dans ces matières ; le mien ne cherche point à s’y noyer ; je cherche ce qui est vrai et bon ; je le cherche sincèrement ; je sens que la docilité qu’exige l’Église est un état désirable pour être en paix avec soi : j’aime cet état, j’y veux vivre ; mon esprit murmure, il est vrai, mais mon coeur lui impose silence, et mes sentiments sont tous contre mes raisons. Je ne crois pas, mais je veux croire, et je le veux de tout mon coeur. Soumis à la foi malgré mes lumières, quel argument puis-je avoir à craindre ? Je suis plus fidèle que si j’étais convaincu.
Si mon confesseur n’est pas un sot, que voulez-vous qu’il me dise ? Voulez-vous qu’il exige bêtement de moi l’impossible ? qu’il m’ordonne de voir du rouge où je vois du bleu ? Il me dira, soumettez-vous. Je répondrai, C’est ce que je fais. Il priera pour moi, et me donnera l’absolution sans balancer ; car il la doit à celui qui croit de toute sa force, et qui suit la loi de tout son coeur.
Mais supposons qu’un scrupule mal entendu le retienne, il se contentera de m’exhorter en secret et de me plaindre ; il m’aimera même je suis sûr que ma bonne foi lui gagnera le coeur. Vous supposez qu’il m’ira dénoncer à l’official ; et pourquoi ? qu’a-t-il à me reprocher ? de quoi voulez-vous qu’il m’accuse ? d’avoir trop fidèlement rempli mon devoir ? Vous supposez un extravagant, un frénétique ; ce n’est pas l’homme que j’ai choisi. Vous supposez de plus un scélérat abominable que je peux poursuivre, démentir, faire pendre peut-être, pour avoir sapé le sacrement par sa base, pour avoir causé le plus dangereux scandale, pour avoir violé sans nécessité, sans utilité, le plus saint de tous les devoirs, quand j’étais si bien dans le mien, que je n’ai mérité que des éloges, Cette supposition, je l’avoue, une fois admise, parait avoir ses difficulté
Je trouve en général que vous les pressez en homme qui n’est pas fâché d’en faire naître. Si tout se réunit contre vous, si les prêtres vous poursuivent, si le peuple vous maudit, si la douleur fait descendre vos parents au tombeau, voilà, je l’avoue, des inconvénients bien terribles pour n’avoir pas voulu prendre en cérémonie un morceau de pain. Mais que faire enfin ? me demandez-vous. Là-dessus voici, monsieur, ce que j’ai à vous dire.
Tant qu’on peut être juste et vrai dans la société des hommes, il est des devoirs difficiles sur lesquels un ami désintéressé peut être utilement consulté.
Mais quand une fois les institutions humaines sont à tel point de dépravation qu’il n’est plus possible d’y vivre et d’y prendre un parti sans malfaire, alors on ne doit plus consulter personne ; il faut n’écouter que son propre coeur, parce qu’il est injuste et malhonnête de forcer un honnête homme à nous conseiller le mal. Tel est mon avis. Je vous salue, monsieur, de tout mon coeur.
Lettre DXVII– À M. de Malesherbes
Môtiers-Travers, par Pontarlier, le 11 novembre 1764.
J’use rarement, monsieur, de la permission que vous m’avez donnée de vous écrire ; mais les malheureux doivent être discrets. Mon coeur n’est pas plus changé que mon sort ; et, plongé dans un abîme de maux dont je ne sortirai de ma vie. j’ai beau sentir mes misères, je sens toujours vos bontés
En apprenant votre retraite, monsieur, j’ai plaint les gens de lettres ; mais je vous ai félicité[861] ; En cessant d’être à leur tête par votre place, vous y serez toujours par vos talents ; par eux, vous embellissez votre âme et votre asile. Occupé des charmes de la littérature, vous n’êtes plus forcé d’en voir les calamités : vous philosophez plus à votre aise, et votre coeur a moins à souffrir. C’est un moyen d’émulation, selon moi, bien plus sûr, bien plus digne, d’accueillir et distinguer le mérite à Malesherbes que de le protéger à Paris.
Où est-il, où est-il, ce château de Malesherbes, que j’ai tant désiré de voir ? les bois, les jardins, auraient maintenant un attrait de plus pour moi dans le nouveau goût qui me gagne. Je suis tenté d’essayer de la botanique, non comme vous, monsieur, en grand et comme une branche de l’histoire naturelle, mais tout au plus en garçon apothicaire, pour savoir faire ma tisane et mes bouillons. C’est le véritable amusement d’un solitaire qui se promène et qui ne veut penser à rien. Il ne me vient jamais une idée vertueuse et utile, que je ne voie à côté de moi la potence où l’échafaud : avec un Linna ?us dans la poche et du foin dans la tête, j’espère qu’on ne me pendra pas. Je m’attends à faire les progrès d’un écolier à barbe grise : mais qu’importe ? Je ne veux pas savoir, mais étudier ; et cette étude, si conforme à ma vie ambulante, m’amusera beaucoup et me sera salutaire : on n’étudie pas toujours si utilement que cela.
Je viens, à la prière de mes anciens concitoyens, de faire imprimer en Hollande une espèce de réfutation des Lettres de la campagne, écrit que peut-être vous aurez vu. Le mien n’a trait absolument qu’à la procédure faite à Genève contre moi et à ses suites : je n’y parle des Français qu’avec éloge, de la médiation de la France qu’avec respect ; il n’y a pas un mot contre les catholiques et leur clergé. Les rieurs y sont toujours pour lui contre nos ministres. Enfin cet ouvrage aurait pu s’imprimer à Paris avec privilège du roi, et le gouvernement aurait dû en être bien aise. M. de Sartine en a défendu l’entrée, j’en suis fâché, parce que cette défense me met hors d’état de faire passer sous vos yeux cet écrit dans sa nouveauté, n’osant, sans votre permission, vous le faire envoyer par la poste.
Agréez, monsieur, je vous supplie, mon profond respect.
On dit que la raison pour laquelle M. de Sartine a défendu l’entrée de mon ouvrage, est que j’ose me justifier contre l’accusation d’avoir rejeté les miracles. Ce M. de Sartine m’a bien l’air d’un homme qui ne serait pas fâché de me faire pendre, uniquement pour avoir prouvé que je ne méritais pas d’être pendu. France, France, vous dédaignez trop dans votre gloire les hommes qui vous aiment et qui savent écrire ! Quelque méprisables qu’ils vous paraissent, ce serait toujours plus sagement fait de ne pas les pousser à bout.
Lettre DXIX– À M. d’Ivernois
Môtiers, le 29 novembre 1764-
Je m’aperçois à l’instant, monsieur, d’un quiproquo que je viens de faire, en prenant dans votre lettre le 6 décembre pour le 6 janvier. Cela me donne l’espoir de vous voir un mois plus tôt que je n’avais cru, et je prends le parti de vous l’écrire, de peur que vous n’imaginiez peut-être sur ma lettre d’aujourd’hui que je voudrais renvoyer aux Rois votre visite, de quoi je serais bien fâché. M. de Payraube sort d’ici, et m’a apporté votre lettre et vos nouveaux cadeaux. Nous avons pour le présent beaucoup de comptes à faire. et d’autres arrangements à prendre pour l’avenir. D’aujourd’hui en huit donc, j’attends monsieur, le plaisir de vous embrasser ; et en attendant je vous souhaite un bon voyage et vous salue de tout mon coeur.
Lettre DXXI– À M. Duclos
Môtiers, le 1er décembre 1764.
But now, scruples arise. Your scruples inspire in me respect for your noble sentiments; and I must frankly admit that, as someone who approaches things more practically, I would be much less troubled by them. I would first tell myself that confessing one’s faults is a useful way to correct them, because by making it my principle to say everything and always tell the truth, the shame of revealing those faults would often prevent me from committing them in the first place.
It is true that there may be some difficulty in attaining the firm faith required in your Church, and that not everyone is able to have it in exactly the way they desire. But what is really at stake in this matter? It is a sincere desire to believe, a submission of the heart rather than of reason—for after all, reason does not depend on us, but will does; and it is solely through will that one can submit to or resist the Church. Therefore, I would begin by choosing for my confessor a good priest, a wise and sensible man, one whom one can find everywhere if one seeks him. I would tell him: “I see the ocean of difficulties in which the human mind struggles when dealing with these matters; my own mind does not seek to drown in them. I seek what is true and good; I seek it sincerely. I feel that the obedience required by the Church is a desirable state for living in peace with oneself. I love this state; I wish to live in it. My reason may murmur, but my heart commands silence, and all my feelings oppose my reasoning. I do not believe, but I want to believe—and I want to believe with all my heart. Submitting to faith despite my own understanding, what argument can I have to fear? I am more faithful than if I were convinced.”
If my confessor is not a fool, what else can he possibly tell me? Do you want him to foolishly demand of me the impossible? To order me to see red where I see blue? He will tell me to submit. I will answer: That is exactly what I am doing. He will pray for me and grant me absolution without hesitation; for he owes it to those who believe with all their strength and follow the law with all their heart.
But suppose that some misguided scruple prevents him from doing so; he will simply urge me in secret and complain about me. I am sure his good faith will win his heart. You assume that he might go and denounce me to the authorities; but why? What can he accuse me of? What crime do you think he could impute to me? Of having fulfilled my duty too faithfully, perhaps? You imagine him to be some kind of eccentric or fanatic; but such is not the man I have chosen. Moreover, you assume that he might be some despicable scoundrel whom I could prosecute, refute his accusations, and perhaps even have hanged—just for undermining a sacred obligation at its very foundation, for causing the most dangerous scandal, for violating, without any necessity or benefit, the holiest of all duties, when I myself had fulfilled my duty so well as to deserve nothing but praise. I must admit that once such an assumption is accepted, it indeed seems to present considerable difficulties.
In general, I think you are pressing them too hard as a man who is not opposed to causing such difficulties for them. If everything turns against you—if the priests pursue you, if the people curse you, if pain forces your parents to descend into the grave—well, I admit, those are indeed terrible inconveniences for simply refusing to take part in some religious ceremony involving bread. But what can one ultimately do? You ask me. Well, here is what I have to say on that matter, sir.
As long as one can be just and true within the society of men, there are difficult duties for which an impartial friend can be a useful source of advice.
But when human institutions have degenerated to such an extent that it is no longer possible to live within them or to take a side without committing wrongdoing, then one should consult no one else; one must listen only to one’s own heart, because it would be unjust and dishonest to force an honest person to advise us on evil. Such is my opinion. I greet you wholeheartedly, sir.
Letter DXVII – To Mr. de Malesherbes
Môtiers-Travers, via Pontarlier, on November 11, 1764.
I rarely make use of the permission you have given me to write to you, sir; but the unfortunate must be discreet. My heart has not changed in any way, nor has my fate; and, plunged into an abyss of suffering from which I will never escape in this life, I am well aware of my misfortunes, yet I always remember your kindnesses.
Upon learning of your retirement, sir, I lamented for the literary world; but I also congratulated you[861]. By ceasing to lead them from your position, you will still guide them through your talents; through literature, you beautify both your soul and your retreat. Engaged in the charms of literature, you are no longer forced to confront its calamities: you philosophize more at ease, and your heart suffers less. In my view, this is a far more certain and dignified way to recognize and honor merit at Malesherbes than to protect it in Paris.
Where is it, where is it, this château of Malesherbes that I have longed to see so much? The woods and gardens would surely hold even more allure for me now, with my new tastes developing. I am tempted to try botany—not in the grand manner, as a branch of natural history, like you do, sir—but rather like a young apothecary, just enough to learn how to prepare my own infusions and decoctions. That would be the true delight of a solitary person who wanders about, wanting to think of nothing but leisure. Never would a virtuous or useful idea occur to me if I didn’t constantly imagine the gallows beside me. With a Linnaeus in my pocket and straw in my head, I hope they won’t hang me. I expect to make as much progress as an old schoolboy with a gray beard—but what does it matter? I don’t want to know anything; I just want to study. And this study, so suited to my wandering lifestyle, will surely bring me great pleasure and even be beneficial to me. After all, not everyone studies in such a useful way.
At the request of my former fellow citizens, I have had a certain work refuting those “Letters from the Campagne” printed in Holland—works which you may perhaps have seen. My own work deals exclusively with the proceedings brought against me in Geneva and their consequences; I speak of the French people only in terms of praise, and of France’s mediation with respect. Not a single word is contained in it against Catholics or their clergy. Moreover, this work could have been printed in Paris with the king’s privilege, and the government would have surely welcomed such an opportunity. However, Mr. de Sartine prevented its publication; I am disappointed by this, for it prevents me from presenting this work to you in its original form, as I dare not send it to you via the postal service without your permission.
Please accept, sir, my deepest respect. I implore you to do so.
It is said that the reason why Mr. de Sartine defended the inclusion of my work was that I dared to defend myself against the accusation that I had denied the existence of miracles. This Mr. de Sartine seems like a man who would not mind seeing me hanged, simply because I proved that I did not deserve to be hanged. France, France, in your glory, you too often despise those who love you and know how to write! No matter how contemptible they may seem to you, it would always be wiser not to push them to the brink.
Letter DXIX – To Mr. d’Ivernois
Môtiers, November 29, 1764-
I just realize, sir, that I have made a misunderstanding by taking the date of December 6th in your letter to be January 6th. This gives me the hope of seeing you a month sooner than I had thought, and I have decided to write to you about this, so as you would not possibly assume from today’s letter that I wish to cancel our meeting with the Kings, which would greatly disappoint me. Mr. de Payraube just left here and brought your letter and your new gifts. For now, we have many matters to settle and other arrangements to make for the future. Therefore, I look forward to the pleasure of embracing you in eight days; until then, I wish you a safe journey and send you my warmest regards.
Letter DXXI – To Mr. Duclos
Môtiers, December 1st, 1764.
Ma ecco ora i rimorsi che sorgono. I vostri mi ispirano rispetto per i vostri sentimenti sublimi, e vi confesso onestamente che, quanto a me, che procedo in modo un po’ più concreto e terreno, ne sarei molto meno tormentato. Mi direi innanzitutto che confessare i propri errori è qualcosa di utile per correggerli, perché, imponendomi come legge di dire tutto e di dire la verità, spesso mi tratterrei dal commettere errori a causa della vergogna di rivelarli.
È vero che potrebbero sorgere alcuni ostacoli riguardo alla ferma fede che viene richiesta nella vostra Chiesa, e che non tutti sono in grado di possederla a piacimento. Ma di cosa si tratta, in fondo, in questa questione? Si tratta del sincero desiderio di credere, di una sottomissione del cuore più che della ragione: infatti la ragione non dipende da noi, ma la volontà sì; ed è soltanto attraverso la volontà che si può essere sottomessi o ribelli alla Chiesa. Quindi, per prima cosa, sceglierei come confessore un buon prete, un uomo saggio e ragionevole, di quelli che si trovano ovunque se li si cerca. Gli direi: “Vedo l’oceano di difficoltà in cui naviga lo spirito umano in queste materie; il mio spirito non intende affogarvisi; cerco ciò che è vero e buono, lo cerco con sincerità; sento che la docilità richiesta dalla Chiesa è uno stato desiderabile per vivere in pace con se stessi: amo questo stato, voglio viverci; il mio spirito forse obietta, ma il mio cuore gli impone il silenzio, e tutti i miei sentimenti sono contrari alle mie ragioni. Non credo, ma voglio credere, e lo voglio con tutto il mio cuore. Sottomesso alla fede nonostante le mie ragionamenti, quale argomento potrei avere per temere? Sono più fedele di quanto lo sarei se fossi convinto.”
Se il mio confessore non è uno sciocco, che cosa vuole che mi dica? Vuole forse che mi chieda stupidamente qualcosa di impossibile? Che mi ordini di vedere il rosso dove vedo il blu? Mi dirà: “Sottomettiti”. Risponderò: “È proprio ciò che faccio”. Pregherà per me e mi darà l’assoluzione senza esitazione; perché deve farlo colui che crede con tutta la sua forza e segue la legge con tutto il suo cuore.
Ma supponiamo che un scrupolo mal inteso lo trattiene: si limiterà a esortarmi in segreto e a lamentarsi di me; mi amerà persino, ne sono sicuro, poiché la mia buona fede gli conquisterà il cuore. Voi pensate che possa andare a denunciarmi all’autorità competente. E perché? Di cosa dovrebbe accusarmi? Di aver adempiuto troppo fedelmente al mio dovere? Immaginate un uomo eccentrico, un fanatico. Ma non è certo quest’uomo che ho scelto. Inoltre, supponete che si tratti di un individuo spregevole e abominabile. Potrei perseguitarlo, confutarne le accuse, forse persino farlo impiccare. Perché ha minato alla base il sacramento, ha causato lo scandalo più grave, ha violato senza necessità, senza alcun motivo, il dovere più sacro di tutti. Mentre io mi ero comportato in modo impeccabile, meritando soltanto lodi. Ammetto che, se questa ipotesi venisse accettata, presenterebbe delle difficoltà.
In generale, ritengo che li stiate spingendo con troppa forza, come un uomo che non disdegna di causare loro dei problemi. Se tutto si rivolta contro di voi, se i preti vi perseguitano, se il popolo vi maledice, se il dolore porta vostri genitori alla tomba, beh, devo ammetterlo: questi sono davvero terribili inconvenienti per aver rifiutato di partecipare a una cerimonia con del pane. Ma cosa si può fare, in definitiva? Mi chiederete voi. Ecco ciò che ho da dirvi al riguardo, signore.
Finché si può essere giusti e veritieri nella società umana, ci sono doveri difficili riguardo ai quali un amico disinteressato può essere di grande aiuto nel fornire consigli utili.
Ma quando le istituzioni umane sono giunte a tal punto di decadenza che non è più possibile viverci o prendervi parte senza commettere ingiustizie, allora non si deve più consultare nessuno; bisogna ascoltare soltanto il proprio cuore, perché sarebbe ingiusto e disonesto costringere un uomo onesto a consigliarci il male. Questa è la mia opinione. Vi saluto con tutto il mio cuore, signore.
Lettera DXVII – A Monsieur de Malesherbes
Môtiers-Travers, presso Pontarlier, l’11 novembre 1764.
Raramente uso, signore, il permesso che mi avete concesso di scrivervi; ma i sfortunati devono essere discreti. Il mio cuore non è cambiato più del mio destino; e, immerso in un abisso di mali da cui non uscirò mai in questa vita, nonostante percepisca le mie sofferenze, sento sempre la vostra bontà.
Apprendendo della vostra ritirata, signore, ho pianto per i letterati; ma vi ho anche congratulato[861]. Smettendo di essere al loro fianco per via del vostro ruolo, rimarrete comunque al loro fianco grazie ai vostri talenti; attraverso la letteratura, arricchite la vostra anima e il vostro rifugio spirituale. Occupato dai piaceri della letteratura, non sarete più costretto a contemplarne le calamità: potrete filosofare con maggiore tranquillità, e il vostro cuore soffrirà meno. Secondo me, questo rappresenta un modo di incoraggiare e valorizzare i meriti molto più sicuro e nobile rispetto al semplice proteggerli a Parigi.
Dove è, dove è quel castello di Malesherbes che ho tanto desiderato vedere? I boschi, i giardini avrebbero ora un fascino ancora maggiore per me, con quel nuovo gusto che sta prendendo possesso di me. Sono tentato di provare a occuparmi di botanica, non come voi, signore, in modo serio e come una branca della storia naturale, ma al massimo come un ragazzo apprendista farmacista, per imparare a preparare le mie tisane e i miei decotti. Questo è il vero divertimento di uno solitario che passe il tempo camminando e che non vuole pensare a nulla. Non mi viene mai in mente nessuna idea nobile o utile, se non vedo accanto a me sia la farmacia che l’impiccagione: con un Linnaeus in tasca e il fieno in testa, spero che non mi impicchino. Mi aspetto di fare progressi come uno scolaro con la barba grigia. Ma che importanza ha? Non voglio sapere nulla, voglio solo studiare. E questo studio, così in linea con la mia vita errante, mi divertirà molto e sarà salutare per me. Non si studia sempre in modo così utile.
Su esortazione dei miei vecchi concittadini, ho chiesto che venisse stampato in Olanda un testo che costituisce una sorta di confutazione delle “Lettere dalla campagna”, che forse avrete già letto. Il mio scritto tratta esclusivamente della procedura intentata contro di me a Ginevra e delle sue conseguenze: parlo dei francesi solo in termini lusinghieri, della mediazione della Francia con rispetto; non contiene una sola parola contro i cattolici e il loro clero. In esso, coloro che ridono sono sempre dalla parte dei nostri ministri. Infine, questo libro avrebbe potuto essere stampato a Parigi con il privilegio del re, e il governo avrebbe dovuto esserne molto soddisfatto. Tuttavia, il signor de Sartine ne ha impedito la diffusione; ne sono infastidito, perché questa restrizione mi impedisce di farvi conoscere questo scritto nella sua forma originale, non osando inviarvelo per posta senza il vostro permesso.
Permettetemi, signore, di esprimervi il mio più profondo rispetto.
Si dice che il motivo per cui il signor de Sartine abbia difeso la pubblicazione del mio lavoro sia perché oso difendermi dall’accusa di aver rifiutato l’esistenza dei miracoli. Questo signor de Sartine sembra proprio il tipo d’uomo che non esiterebbe a farmi impiccare, solo perché ho dimostrato di non meritare la morte per impiccagione. Francia, Francia: nella vostra gloria disprezzate troppo coloro che vi amano e sanno scrivere! Per quanto possano sembrarvi spregevoli, sarebbe sempre più saggio non spingerli fino all’estremo.
Lettera DXIX – A Monsieur d’Ivernois
Môtiers, 29 novembre 1764-
Mi rendo conto in questo momento, signore, di aver commesso un errore: ho scambiato la data del 6 dicembre con quella del 6 gennaio nella vostra lettera. Questo mi dà la speranza di vedervi un mese prima di quanto pensassi, e perciò decido di scrivervi subito, per evitare che possiate interpretare male la mia missiva di oggi e pensare che voglia rimandare la vostra visita ai Re, cosa che mi dispiacerebbe molto. Il signor de Payraube è appena uscito da qui e mi ha portato la vostra lettera e i vostri nuovi regali. Al momento abbiamo molte questioni da risolvere e altri accordi da prendere per il futuro. Quindi, tra otto giorni a partire da oggi, aspetto con impazienza il piacere di abbracciarvi; intanto vi auguro un buon viaggio e vi saluto con tutto il mio cuore.
Lettera DXXI – A Monsieur Duclos
Môtiers, 1° dicembre 1764.
Je crois, mon cher ami, qu’au point où nous en sommes, la rareté des lettres est plus une marque de confiance que de négligence : votre silence peut m’inquiéter sur votre santé, mais non sur votre amitié, et j’ai lieu d’attendre de vous la même sécurité sur la mienne. Je suis errant tout Tété, malade tout l’hiver, et en tout temps si surchargé de désoeuvrés, qu’à peine ai-je un moment de relâche pour écrire à mes amis.
Le recueil fait par Duchesne est en effet incomplet, et, qui pis est f très fautif ; mais il n’y manque rien que vous ne connaissiez, excepté ma réponse aux Lettres écrites de la campagne, qui n’est pas encore publique. J’espérais vous la faire remettre aussitôt qu’elle serait à Paris ; mais on m’apprend que M. de Sartine en a défendu l’entrée, quoique assurément il n’y ait pas un mot dans cet ouvrage qui puisse déplaire à la France ni aux Français, et que le clergé catholique y ait à son tour les rieurs au dépens du nôtre. Malheur aux opprimés ! surtout quand ils le sont injustement, car alors ils n’ont pas même le droit de se plaindre ; et je ne serais pas étonné qu’on me fit pendre uniquement pour avoir dit et prouvé que je ne méritais pas d’être décrété. Je pressens le contrecoup de cette défense en ce pays. Je vois d’avance le parti qu’en vont tirer mes implacables ennemis, et surtout ipse doli fabricator Epeus.
J’ai toujours le projet de faire enfin moi-même un recueil de mes écrits, dans lequel je pourrai faire entrer quelques chiffons qui sont encore en manuscrits, et entre autres le petit conte[862] dont vous parlez, puisque vous jugez qu’il en vaut la peine. Mais outre que cette entreprise m’effraie, surtout dans l’état ou je suis, je ne sais pas trop où la faire. En France il n’y faut pas songer. La Hollande est trop loin de moi. Les libraires de ce pays n’ont pas d’assez vastes débouchés pour cette entreprise, les profits en seraient peu de chose, et je vous avoue que je n’y songe que pour me procurer du pain durant le reste de mes malheureux jours, ne me sentant plus en état d’en gagner. Quant aux mémoires de ma vie, dont vous parlez, ils sont trop difficiles à faire sans compromettre personne : pour y songer, il faut plus de tranquillité qu’on ne m’en laisse, et que je n’en aurai probablement jamais : si je vis toutefois, je n’y renonce pas. Vous avez toute ma confiance, mais vous sentez qu’il y a des choses qui ne se disent pas de si loin.
Mes courses dans nos montagnes, si riches en plantes, m’ont donné du goût pour la botanique : cette occupation convient fort à une machine ambulante à laquelle il est interdit de penser. Ne pouvant laisser ma tête vide, je la veux empailler ; c’est de foin qu’il faut l’avoir pleine pour être libre et vrai, sans crainte d’être décrété. J’ai l’avantage de ne connaître encore que dix plantes, en comptant l’hysope ; j’aurai longtemps du plaisir à prendre avant d’en être aux arbres de nos forêts.
J’attends avec impatience votre nouvelle édition des Considérations sur les moeurs. Puisque vous avez des facilités pour tout le royaume, adressez le paquet à Pontarlier, à moi directement, ce qui suffit ; ou à M. Junet, directeur des postes ; il me le fera parvenir. Vous pouvez aussi le remettre à Duchesne, qui me le fera passer avec d’autres envois. Je vous demanderai même, sans façon, de faire relier l’exemplaire, ce que je ne puis faire ici sans le gâter ; je le prendrai secrètement dans ma poche en allant herboriser ; et, quand je ne verrai point d’archers autour de moi, j’y jetterai les yeux à La dérobée. Mon cher ami, comment faites-vous pour penser, être honnête homme, et ne vous pas faire pendre ? Cela me paraît difficile, en vérité. Je vous embrasse de tout mon coeur.
Lettre DXXIII– À M. du Peyrou
Le 8 décembre 1764.
Quoique les affaires et les visites dont je suis accablé ne me laissent presque aucun moment à moi, et que d’ailleurs celle qui m’occupe en ce moment me rende nécessaire d’en délibérer avec vous, monsieur, puisque vous y consentez, ne pouvant me ménager du temps pour suffire à tout, je donne la préférence au soin de vous tranquilliser sur ce terrible B qui vous inquiète, et qui vous a paru suffisant pour effacer ou balancer le témoignage de tous mes écrits et de ma vie entière, sur les sentiments que j’ai constamment professés et que je professerai jusqu’à mon dernier soupir. Puisqu’une seule lettre de l’alphabet a tant de puissance il faut croire désormais aux vertus des talismans. Ce B signifie Bon, cela est certain ; mais comme vous m’en demandez l’explication, sans me transcrire les passages auxquels il se rapporte, et dont je n’ai pas le moindre souvenir, je ne puis vous satisfaire que préalablement vous n’ayez eu la bonté de m’envoyer ces passages, en y ajoutant le sens que vous donnez au B qui vous inquiète ; car il est à présumer que ce sens n’est pas le mien. Peut-être alors, en vous développant ma pensée, viendrai-je à bout de vous édifier sur ce point. Tout ce que je puis vous dire d’avance est que non seulement je ne suis pas matérialiste, mais que je ne me souviens pas même d’avoir été un seul moment de ma vie tenté de le devenir. Bien est-il vrai que sur un grand nombre de propositions, je suis d’accord avec les matérialistes, et celles où vous avez vu des B sont apparemment de ce nombre ; mais il ne s’ensuit nullement que ma méthode de déduction et la leur soient la même, et me conduise aux mêmes conclusions. Je ne puis, quant à présent, vous en dire davantage, et il faut savoir sur quoi roulent vos difficultés avant de songer à les résoudre. En attendant, j’ai des excuses à vous faire du souci que vous a causé mon indiscrétion, et je vous promets que si jamais je suis tenté de barbouiller des marges de livres, je me souviendrai de cette leçon.
Lettre DXXV– À M. Abauzit
En lui envoyant les Lettres de la montagne.
Môtiers, le 9 décembre 1764.
Daignez, vénérable Abauzit, écouter mes justes plaintes. Combien j’ai gémi que le Conseil et les ministres de Genève m’aient mis en droit de leur dire des vérités si dures ! Mais puisque enfin je leur dois ces vérités, je veux payer ma dette. Ils ont rebuté mon respect, ils auront désormais toute ma franchise. Pesez mes raisons et prononcez. Ces dieux de chair ont pu me punir si j’étais coupable ; mais si Caton m’absout, ils n’ont pu que m’opprimer.
Lettre DXXVII– À M. du Peyrou
Môtiers, le 13 décembre 1764.
Je vous parlerai maintenant, monsieur, de mon affaire, puisque vous voulez bien vous charger de mes intérêts. J’ai revu mes gens : leur société est augmentée d’un libraire de France, homme entendu, qui aura l’inspection de la partie typographique. Ils sont en état de faire les fonds nécessaires sans avoir besoin de souscription, et d’ailleurs une voie à laquelle je ne consentirai jamais par de très bonnes raisons, trop longue détailler dans une lettre.
En combinant toutes les parties de l’entreprise, et supposant un plein succès, j’estime qu’elle doit donner un profit net de cent mille francs. Pour aller d’abord au rabais, réduisons-le à cinquante. Je crois que, sans être déraisonnable, je puis porter mes prétentions au quart de cette somme ; d’autant plus que cette entreprise demande de ma part un travail assidu de trois ou quatre ans, qui sans doute achèvera de m’épuiser, et me coûtera plus de peine à préparer et revoir mes feuilles que je n’en eus à les composer.
Sur cette considération, et laissant à part celle du profit, pour ne songer qu’à mes besoins, je vois que ma dépense ordinaire depuis vingt ans a été, l’un dans l’autre, de soixante louis par an. Cette dépense deviendra moindre lorsqu’absolument séquestré du public je ne serai plus accablé de ports de lettres et de visites, qui, par la loi de l’hospitalité, me forcent d’avoir une table pour les survenants.
Je pars de ce petit calcul pour fixer ce qui m’est nécessaire pour vivre en paix le reste de mes jours, sans manger le pain de personne ; résolution formée depuis longtemps, et dont, quoi qu’il arrive, je ne me départirai jamais.
Je compte pour ma part sur un fonds de dix à douze mille livres ; et j’aime mieux ne pas faire l’entreprise s’il faut me réduire à moins, parce qu’il n’y a que le repos du reste de mes jours que je veuille acheter par quatre ans d’esclavage.
I believe, my dear friend, that at this stage, the rarity of your letters is more a sign of trust than of negligence: your silence might worry me about your health, but not about our friendship. I have every reason to expect the same consideration from you regarding mine. I have been wandering around Tété all winter, ill throughout the time, and constantly overwhelmed with idle people, so that I hardly have any moment of leisure to write to my friends.
Indeed, the collection compiled by Duchesne is incomplete and, what’s worse, highly erroneous; yet it lacks nothing that you would already be aware of, except for my response to those Letters written from the countryside, which has not yet been published. I had hoped to send it to you as soon as it arrived in Paris; but I have been informed that Mr. de Sartine has prohibited its entry, despite the fact that there isn’t a single word in this work that could possibly offend France or the French people. On the contrary, the Catholic clergy would likely find cause to laugh at our efforts. Alas for the oppressed! Especially when they are oppressed unjustly, for then they don’t even have the right to complain. And I wouldn’t be surprised if someone were to order my execution simply because I stated and proved that I did not deserve such a condemnation. I can already foresee the consequences of this prohibition in this country; I see clearly how my relentless enemies will exploit it—for instance, that very deceitful individual named Epeus.
I still have the plan to finally compile my own collection of writings, in which I could include some pieces that are still in manuscript form, among them the short story[862] you mention, since you think it’s worth it. But apart from the fact that this undertaking frightens me, especially in my current state, I don’t know where to proceed with it. In France, such a project is out of the question; Holland is too far away for me. The booksellers there don’t have enough opportunities for something like this, and the profits would be minimal. To be honest, I consider it only as a way to earn a living in the remaining days of my miserable existence, since I no longer feel capable of earning money on my own. As for those memoirs of my life you mention, they are too difficult to write without compromising anyone’s interests; to undertake such a task requires more peace of mind than I currently have, and which I likely will never possess. Nevertheless, if I live long enough, I won’t give up on this idea. You have my complete trust, but you understand that there are things that cannot be discussed over such a distance.
My walks in our mountains, so rich in plants, have developed my interest in botany—this pursuit is quite suitable for a “mobile machine” to which it is forbidden to think. Since I cannot allow my mind to remain empty, I want to fill it with knowledge; only by filling it with facts can one be truly free and genuine, without fear of being condemned. Fortunately, I currently know only ten plants, including the hyssop; I will have plenty of pleasure in learning before even beginning to study the trees in our forests.
I am awaiting with impatience your new edition of “Considerations on Mores.” Since you have the means to send things throughout the kingdom, please send it directly to me in Pontarlier, or to Monsieur Junet, the postmaster; he will ensure it reaches me. You can also give it to Duchesne, who will forward it along with other deliveries. I would even earnestly request that you have the copies bound together—for I cannot do so here without damaging them. I would secretly take them in my pocket when going out to collect herbs, and then, when no one is around, steal a glance at them. My dear friend, how on earth do you manage to think, remain an honest man, and not end up hanged? To me, that seems absolutely impossible. I embrace you with all my heart.
Letter DXXIII – To Mr. du Peyrou
December 8, 1764.
Although the numerous affairs and visits that overwhelm me leave me with hardly any time for myself, and since the matter that concerns me at present requires that I discuss it with you, sir—since you are willing to do so—I would prefer to assure you regarding this troubling letter “B” that worries you so much, and which seems to you sufficient to undermine or override the testimony of all my writings and of my entire life, proving the feelings I have always held and will hold until my last breath. If a single letter of the alphabet can possess such power, then one must surely believe in the virtues of talismans. This letter “B” certainly means “Good”; but since you ask me to explain it without providing me with the relevant passages, of which I have no memory at all, I can only assure you that this is possible only after you have the kindness to send me those passages along with the meaning you attribute to this letter “B.” It is likely that this meaning is not mine. Perhaps by explaining my thoughts further, I will be able to clarify this matter for you. All I can tell you in advance is that I am not a materialist at all; in fact, I do not even remember having ever considered becoming one for a single moment in my life. It is true that on many points, I agree with materialists, and those passages where you found the letter “B” are apparently among them; but this does not mean that my method of reasoning is the same as theirs, nor that it leads to the same conclusions. At present, I cannot say more. We must first understand the basis of your doubts before attempting to resolve them. In the meantime, I would like to apologize for the concern my indiscretion has caused you, and I promise you that if I ever again feel tempted to scribble on the margins of books, I will remember this lesson.
Letter DXXV – To Mr. Abauzit
By sending him The Letters from the Mountain.
Môtiers, December 9, 1764.
Please, venerable Abauzit, hear my just complaints. How often have I lamented that the Council and the ministers of Geneva have given me the right to speak such hard truths to them! But since I owe them these truths after all, I wish to fulfill my duty. They have rejected my respect; henceforth, they shall receive all my sincerity. Consider my reasons and pronounce your judgment. These mortal gods may have punished me if I were guilty; but if Caton absolves me, they can only oppress me.
Letter DXXVII – To Mr. du Peyrou
Môtiers, December 13, 1764.
I will now speak to you, sir, about my affair, since you are willing to take charge of my interests. I have reunited with my team: their company has been expanded by a bookseller from France, a man of considerable competence who will oversee the typesetting aspect. They are in a position to raise the necessary funds without the need for any subscriptions. Moreover, there is another approach that I would never agree to for very good reasons—explaining it in detail in a letter would take too much time.
By combining all the elements of this enterprise and assuming complete success, I estimate that it should generate a net profit of one hundred thousand francs. To be conservative, let’s reduce that figure to fifty thousand. I believe that, without being unreasonable, I can set my claim at one-quarter of this amount; especially since this undertaking will require me to devote three or four years of diligent effort—a period that will undoubtedly exhaust me completely, and the preparation and revision of these documents will cost me far more effort than actually composing them.
Based on this consideration, and setting aside the aspect of profit to focus solely on my own needs, I find that my regular expenses over the past twenty years have amounted to sixty louis per year on average. These expenses will decrease further once I am completely isolated from the public and no longer subjected to the burden of hosting letters and receiving visitors, which, due to the laws of hospitality, force me to provide food for those who come to see me.
I base my decisions on this simple calculation to determine what is necessary for me to live in peace for the rest of my days, without taking food from anyone else. This resolve has been with me for a long time, and I will never abandon it, no matter what happens.
I myself rely on a fund of ten to twelve thousand pounds; and I would rather not undertake this enterprise if it were necessary for me to end up with less, because all I want in exchange for four years of slavery is the rest of my life to be free from worries.
Credo, caro amico, che, alla situazione attuale, la rarità delle vostre lettere sia più un segno di fiducia che di trascuratezza: il vostro silenzio potrebbe preoccuparmi riguardo alla vostra salute, ma non riguardo alla nostra amicizia; ho quindi motivo di aspettarmi da voi la stessa considerazione per la mia situazione. Sono in viaggio per tutta la regione di Tété, malato per tutto l’inverno, e costantemente sommerso da mille impegni inutili, al punto che a malapena ho un momento libero per scrivere ai miei amici.
La raccolta compilata da Duchesne è infatti incompleta e, cosa ancora peggiore, molto errata; tuttavia non manca nulla di ciò che voi conoscete, tranne la mia risposta alle Lettere scritte dalla campagna, che non è ancora stata pubblicata. Speravo di potervela inviare non appena fosse arrivata a Parigi; ma mi è stato detto che il signor de Sartine ne ha vietato la diffusione, sebbene in quell’opera non vi sia una parola che possa dispiacere alla Francia o ai francesi, e anzi il clero cattolico ne trarrebbe motivo per deridere il nostro. Sventura agli oppressi, soprattutto quando vengono oppressi ingiustamente, perché in tal caso non hanno nemmeno il diritto di lamentarsi; e non mi sorprenderebbe affatto se venissi impiccato soltanto per aver detto e dimostrato di non meritare alcuna condanna. Prevedo già le conseguenze negative di questa restrizione in questo paese. Vedo chiaramente quale vantaggio ne trarranno i miei implacabili nemici, soprattutto quel furfante che ha inventato tutte queste calunnie contro di me.
Ho sempre avuto l’intenzione di realizzare personalmente una raccolta delle mie opere, nella quale potrei includere alcuni testi ancora in forma manoscritta, tra cui anche quel piccolo racconto di cui parlate, visto che ritenete che ne valga la pena. Tuttavia, oltre al fatto che questo progetto mi spaventa, soprattutto nello stato in cui mi trovo attualmente, non so proprio dove potrei realizzarlo. In Francia è impossibile; l’Olanda è troppo lontana da me. I librai di quel paese non dispongono di opportunità sufficienti per un progetto del genere, e i profitti sarebbero molto scarsi. Vi confesso che penso a questo solo per potermi procurare il cibo necessario nei giorni della mia miseria, poiché non mi sento più in grado di guadagnarmelo. Per quanto riguarda i ricordi della mia vita di cui parlate, sono troppo difficili da scrivere senza compromettere nessuno. Per affrontare un simile compito serve una tranquillità che a me non viene concessa, e probabilmente non mi verrà mai data. Tuttavia, se dovesse succedermi di vivere ancora, non rinuncerò a questo progetto. Ho tutta la mia fiducia in voi, ma capite bene che ci sono cose che non si possono dire da così lontano.
Le mie escursioni nelle nostre montagne, ricche di piante, mi hanno fatto prendere gusto alla botanica: questa attività si addice molto a una “macchina ambulante” a cui è vietato pensare. Non potendo lasciare la mia mente vuota, voglio riempirla; bisogna riempirla di paglia per essere liberi e veri, senza paura di essere giudicati. Ho il vantaggio di conoscere ancora soltanto dieci piante, compresa l’isoppo. Avrò molto tempo per godermi questa attività prima di passare agli alberi delle nostre foreste.
Aspetto con impazienza la vostra nuova edizione delle “Considerazioni sulle mœurs”. Poiché avete facilità di comunicazione in tutto il regno, inviate il pacco direttamente a me a Pontarlier, oppure al signor Junet, direttore delle poste; lui me lo farà arrivare. Potete anche affidarlo a Duchesne, che me lo consegnerà insieme ad altri pacchi. Vi chiederò persino, senza alcuna formalità, di far legare il volume insieme agli altri libri inviati; qui non potrei farlo senza rovinarlo. Lo prenderò segretamente nella mia tasca quando andrò a raccogliere erbe, e, quando non vedrò nessuno intorno a me, lo leggerò di nascosto. Mio caro amico, come fate a riuscire a pensare, ad essere un uomo onesto, e a non farvi impiccare? A me sembra davvero difficile. Vi abbraccio con tutto il mio cuore.
Lettera DXXIII – A Monsieur du Peyrou
L’8 dicembre 1764.
Sebbene le faccende e le visite che mi assillano non mi lascino quasi alcun momento libero, e inoltre ciò che mi occupa attualmente richieda che ne discuta con voi, signore – poiché lo permettete – e non essendo in grado di trovare il tempo necessario per fare fronte a tutto, preferisco tranquillizzarvi riguardo a quel terribile “B” che vi preoccupa e che sembra sufficiente a annullare o bilanciare la testimonianza di tutti i miei scritti e di tutta la mia vita riguardo ai sentimenti che ho sempre professato e che proferirò fino all’ultimo mio respiro. Poiché una singola lettera dell’alfabeto possiede tale potere, bisogna ora credere anche nelle virtù dei talismani. Questo “B” significa “Buono”, questo è certo; ma poiché mi chiedete spiegazioni senza fornirmi i passaggi a cui si riferisce e di cui non ho alcun ricordo, non posso soddisfarvi se prima non avrete la gentilezza di inviarmeli, aggiungendo il significato che attribuite voi stesso a quel “B” che vi preoccupa. Poiché è probabile che tale significato non sia lo stesso del mio. Forse, esponendovi più in dettaglio le mie idee, riuscirò a chiarire questo punto. Tutto ciò che posso dirvi per ora è che non solo non sono un materialista, ma non ricordo nemmeno di aver mai provato, neanche per un momento, ad esserlo. È vero che su molte questioni sono d’accordo con i materialisti, e quei passaggi in cui avete visto la lettera “B” appartengono evidentemente a questo gruppo; ma ciò non significa affatto che il mio metodo di deduzione sia lo stesso del loro, né che porti alle stesse conclusioni. Per il momento non posso dirvi di più. È necessario conoscere esattamente su cosa si basano le vostre difficoltà prima di cercare di risolverle. Nel frattempo, ho delle scuse da farvi per la preoccupazione che la mia indiscrezione vi ha causato. Vi prometto che, se mai dovesse venirmi in mente di scrivere qualcosa sulle pagine dei libri, ricorderò questa lezione.
Lettera DXXV – A Monsieur Abauzit
Inviandogli le “Lettere della montagna”.
Môtiers, 9 dicembre 1764.
Per favore, venerabile Abauzit, ascoltate le mie giuste lamentele. Quanto ho sofferto perché il Consiglio e i ministri di Ginevra mi hanno costretto a dire loro verità così dure. Ma poiché dopotutto devo loro queste verità, voglio onorare il mio debito. Hanno rifiutato il mio rispetto; ora avranno tutta la mia franchezza. Valutate le mie ragioni e pronunciatevi. Questi dèi di carne potevano punirmi se fossi stato colpevole. Ma se Catone mi assolve, non hanno potuto fare altro che opprimermi.
Lettera DXXVII – A Monsieur du Peyrou
Môtiers, 13 dicembre 1764.
Ora vi parlerò, signore, della mia faccenda, poiché siete disposto a prendervi cura dei miei interessi. Ho rivisto le persone con cui lavoro: il loro gruppo è stato ampliato con l’aggiunta di un libraio francese, uomo competente che si occuperà della parte tipografica del progetto. Sono in grado di reperire i fondi necessari senza dover ricorrere a raccolte fondi; inoltre, esiste un altro modo per procedere, ma per motivi molto validi non lo accetterei mai. Non ho intenzione di entrare nei dettagli in questa lettera.
Combinando tutte le componenti di questa impresa e presupponendo un pieno successo, ritengo che dovrebbe generare un utile netto di centomila franchi. Per cominciare con una stima più bassa, riduciamolo a cinquanta. Credo che, senza essere irragionevole, possa aumentare le mie richieste fino al quarto di questa somma; soprattutto perché questo progetto richiederà da parte mia un lavoro instancabile di tre o quattro anni, che sicuramente mi esaurirà completamente e mi costerà più fatica nel preparare e rivedere i documenti necessari che nell’effettivamente compilarli.
Sulla base di questa considerazione, e mettendo da parte quella del profitto per concentrarmi esclusivamente sui miei bisogni, vedo che la mia spesa ordinaria negli ultimi vent’anni è stata, in media, di sessanta luigi all’anno. Questa spesa diminuirà ulteriormente quando sarò completamente isolato dal pubblico e non dovrò più sopportare le spese legate alle visite e ai pasti che, per via delle regole dell’ospitalità, mi costringono ad offrire cibo a chiunque si presenti.
Parto da questo piccolo calcolo per stabilire ciò che mi è necessario per vivere in pace il resto dei miei giorni, senza rubare il pane a nessuno; una decisione presa da tempo, e dalla quale, qualunque cosa accada, non mi allontanerò mai.
Personalmente, dispongo di un capitale di diecimila a dodicimila sterline; preferisco quindi non intraprendere questa impresa se ciò dovesse significare ridurmi a una somma inferiore, poiché desidero acquistare soltanto il riposo per il resto dei miei giorni, a scapito di quattro anni di schiavitù.
Si ces messieurs peuvent me faire cette somme, mon dessein est de la placer en rentes viagères ; et, puisque vous voulez bien vous charger de cet emploi, elle vous sera comptée, et tout est dit. Il convient seulement, pour la sûreté de la chose, que tout soit payé avant que l’on commence l’impression du dernier volume, parce que je n’ai pas le temps d’attendre le débit de l’édition pour assurer mon état.
Mais comme une telle somme en argent comptant pourrait gêner les entrepreneurs, vu les grandes avances qui leur sont nécessaires, ils aimeront mieux me faire une rente viagère ; ce qui, vu mon âge et l’état de ma santé, leur doit probablement tourner plus à compte. Ainsi, moyennant des sûretés dont vous soyez content, j’accepterai la rente viagère, sauf une somme en argent comptant lorsqu’on commencera l’édition ; et, pourvu que cette somme ne soit pas moindre que cinquante louis, je m’en contente, en déduction du capital dont on me fera la rente.
Voilà, monsieur, les divers arrangements dont je leur laisserais le choix si je traitais directement avec eux : mais, comme il se peut que je me trompe, ou que j’exige trop, ou qu’il y ait quelque meilleur parti à prendre pour eux ou pour moi, je n’entends point vous donner en cela des règles auxquelles vous deviez vous tenir dans cette négociation. Agissez pour moi comme un bon tuteur pour son pupille ; mais ne chargez pas ces messieurs d’un traité qui leur soit onéreux. Cette entreprise n’a de leur part qu’un objet de profit, il faut qu’ils gagnent ; de ma part elle a un autre objet, il suffit que je vive ; et, toute réflexion faite, je puis bien vivre à moins de ce que je vous ai marqué. Ainsi n’abusons pas de la résolution où ils paraissent être d’entreprendre cette affaire à quelque prix que ce soit : comme tout le risque demeure de leur côté, il doit être compensé par les avantages. Faites l’accord dans cet esprit, et soyez sûr que de ma part il sera ratifié.
Je vous vois avec plaisir prendre cette peine : voilà, monsieur, le seul compliment que je vous ferai jamais.
Lettre DXXIX– À M. d’Ivernois
Môtiers, le 17 décembre 1764.
Il est bon, monsieur, que nous sachiez que, depuis votre départ d’ici, je n’ai reçu aucune de vos lettres, ni nouvelles d’aucune espèce par le canal de personne, quoique vous m’eussiez promis de m’annoncer votre heureuse arrivée à Genève, et de m’écrire même auparavant. Vous pouvez concevoir mon inquiétude. Je sais bien que c’est l’ordinaire qu’on m’accable de lettres inutiles, et que tout se taise dans les moments essentiels ; je m’étais flatté cependant qu’il y aurait dans celui-ci quelque exception en ma faveur : je me suis trompé. Il faut prendre patience, et se résoudre à attendre qu’il vous plaise de me donner des nouvelles de votre santé, que je souhaite être bonne de tout mon coeur.
Mes respects à madame, je vous supplie.
Lettre DXXXI– À M. de Montmollin
En lui envoyant les Lettres écrites de la montagne.
Le 23 décembre 1764.
Plaignez-moi, monsieur, d’aimer-tant la paix, et d’avoir toujours la guerre. Je n’ai pu refuser à mes anciens compatriotes de prendre leur défense comme ils avaient pris la mienne. C’est ce que je ne pouvais faire sans repousser les outrages dont, par la plus noire ingratitude, les ministres de Genève ont eu la bassesse de m’accabler dans mes malheurs, et qu’ils ont osé porter jusque dans la chaire sacrée. Puisqu’ils aiment si fort la guerre, Us l’auront ; et, après mille agressions de leur part, voici mon premier acte d’hostilité, dans lequel toutefois je défends une de leurs plus grandes prérogatives, qu’ils se laissent lâchement enlever ; car, pour insulter à leur aise au malheureux, ils rampent volontiers sous la tyrannie. La querelle, au reste, est tout-à-fait personnelle entre eux et moi ; ou, si j’y fais entrer la religion protestante pour quelque chose, c’est comme son défenseur contre ceux qui veulent la renverser. Voyez mes raisons, monsieur, et soyez persuadé que, plus on me mettra dans la nécessité d’expliquer mes sentiments, plus il en résultera d’honneur pour votre conduite envers moi, et pour la justice que vous m’avez rendue.
Recevez, monsieur, je vous prie, mes salutations et mon respect.
Lettre DXXXIII– À M. du Peyrou
………. 31 décembre 1764.
Votre lettre m’a touché jusqu’aux larmes. Je vois que je ne me suis pas trompé, et que vous avez une âme honnête. Vous serez un homme précieux à mon coeur. Lisez l’imprimé ci-joint[864]. Voilà, monsieur, à quels ennemis j’ai affaire, voilà les armes dont ils m’attaquent. Renvoyez-moi cette pièce quand vous l’aurez lue ; elle entrera dans les monuments de l’histoire de ma vie Oh ! quand un jour le voile sera déchiré, que la postérité m’aimera ! qu’elle bénira ma mémoire ! Vous, aimez-moi maintenant, et croyez que je n’en suis pas indigne. Je vous embrasse.
Lettre DXXXIV– À M. d’Ivernois
Môtiers, le 31 décembre 1764.
Je reçois, mon cher monsieur, votre lettre du 28 et les feuilles de la réponse ; vous recevrez aussi bientôt la musique que vous demandez. J’ai reçu par ce même courrier un imprimé intitulé, Sentiment des citoyens. J’ai d’abord reconnu le style pastoral de M. Vernes, défenseur de la foi, de la vérité, de la vertu, et de la charité chrétienne. Les citoyens ne pouvaient choisir un plus digne organe pour déclarer au public leurs sentiments. Il est très à souhaiter que cette pièce se répande en Europe ; elle achèvera ce que le décret a commencé.
Tout ce qu’on me marque de M. le premier est d’un magistrat bien sage. Si les autres l’étaient autant, tout serait bientôt pacifié, et les choses rentreraient dans l’état douteux où peut-être il serait à désirer qu’elles fussent encore. Mais fiez-vous aux sottises que l’animosité leur fera faire : ils vont désormais travailler pour vous.
Les deux exemplaires que demande M*** sont sans doute pour travailler dessus : mais n’importe ; je les lui enverrais avec grand plaisir, si j’en avais l’occasion, surtout s’il voulait prendre le ton de M. Vernes. Si par hasard c’était en effet par goût pour l’ouvrage, M*** serait un théologien bien étonnant : mais laissez-les faire. La colère les transporte : comme ils vont prêter le flanc ! Oh ! monsieur, si tous ces gens-là, moins brutaux, moins rognes, s’étaient avisés de me prendre par des caresses, j’étais perdu, je sens que jamais je n’aurais pu résister ; mais, par le côté qu’ils m’ont pris, je suis à l’épreuve. Ils feront tant qu’ils me rendront illustre et grand, au lieu que j’étais fait pour n’être jamais qu’un petit garçon. Je vous embrasse de tout mon coeur.
1765
Lettre DXXXV– À M. Duchesne
Lettre DXXXVI– À M. ***
Lettre DXXXVII– À M. Séguier de Saint-Brisson
Lettre DXXXVIII– À M. Moultou
Lettre DXXXIX– À M. d’Ivernois
Lettre DXL– À M. de Gauffecourt
Lettre DXLI– À M. Duclos
Lettre DXLII– À M. d’Ivernois
Lettre DXLIII– À M. Pictet
Lettre DXLIV– À M. du Peyrou
Lettre DXLV– À M. le comte de B.
Lettre DXLVI– À Madame la comtesse de B.
Lettre DXLVII– À Milord Maréchal
Lettre DXLVIII– À M. Ballière
Lettre DXLIX– À M. du Peyrou
Lettre DL– À M. Bourgeois
Lettre DLI – À M. Paul Chappuis
Lettre DLII– À Madame la marquise de Verdelin
Lettre DLIII– À Madame Guyenet
Lettre DLIV– À Madame de Chenonceau
Lettre DLV– À M. l’abbé de Mably
Lettre DLVI– À M. D***
Lettre DLVII– À M. Moultou
Lettre DLVIII– À M. Le Nieps
Lettre DLIX– À Madame de La Tour
Lettre DLX– À Milord Maréchal
Lettre DLXI– À M. Deleyre
Lettre DLXII– À M. du Peyrou
Lettre DLXIII– À M. Dastier
Lettre DLXIV– À M. Moultou
Lettre DLXV– À M. le prince L.E de Wirtemberg
Lettre DLXVI– À M. d’Ivernois
Lettre DLXVII– À M.M. Deluc
Lettre DLXVIII– À M. le prince L.E de Wirtemberg
Lettre DLXIX– À M. de P
Lettre DLXX– À M. de C.P.A.A
Lettre DLXXI– À Madame la générale Sandoz
Lettre DLXXII– À M. Clairaut
Lettre DLXXIII– À M. du Peyrou
Lettre DLXXIV– Au même
Lettre DLXXV– À M. Moultou
Lettre DLXXVI– À M. Meuron
Lettre DLXXVII– À M. le professeur de Montmollin
Lettre DLXXVIII– À Madame La Tour
Lettre DLXXIX– À M. le P. de Félice
Lettre DLXXX– À M. du Peyrou
Lettre DLXXXI– À M. Meuron
Lettre DLXXXII– À Madame d’Ivernois
Lettre DLXXXIII– Au consistoire de Môtiers
Lettre DLXXXIV– À M. du Peyrou
Lettre DLXXXV– À Milord Maréchal
Lettre DLXXXVI– À M. d’Escherny
Lettre DLXXXVII– À M. Laliaud
Lettre DLXXXVIII– À M. d’Ivernois
Lettre DLXXXIX– À M. du Peyrou
Lettre DXC– À Mademoiselle d’Ivernois
Lettre DXCI– À M. Meuron
Lettre DXCII– À M. du Peyrou
Lettre DXCIII– Au même
Lettre DXCIV– Au même
Lettre DXCV– À M. d’Ivernois
Lettre DXCVI– À M. Coindet
Lettre DXCVII– À M. du Peyrou
Lettre DXCVIII– Au même
Lettre DXCIX– Au même
Lettre DC– Au même
If these gentlemen are able to provide me with this sum of money, my intention is to invest it in annuities; and since you are willing to undertake this task for me, the money will be paid to you, and that settles everything. It is only necessary, for the sake of ensuring the safety of the matter, that all payments be made before we begin printing the last volume, because I do not have time to wait for the proceeds from the edition to secure my financial situation.
However, since such a large sum of cash could pose difficulties for entrepreneurs, given the substantial upfront investments they need to make, they would probably prefer to offer me a lifetime annuity. Considering my age and health condition, this arrangement would likely be more advantageous for them as well. Therefore, provided that they provide satisfactory guarantees, I would accept the lifetime annuity—except for a certain amount of cash at the beginning of the publication process; and so long as this sum is not less than fifty louis, it would suffice me, to be deducted from the capital from which the annuity will be calculated.
Here, sir, are the various arrangements I would leave them the choice to decide upon if I were dealing directly with them; but since I might be mistaken, or demand too much, or perhaps there is some better course of action for either them or me, I do not intend to impose any rules on you that you must adhere to in this negotiation. Act on my behalf as a good guardian would for his ward; but do not burden these gentlemen with a treaty that proves burdensome for them. On their part, this undertaking has only the purpose of profit—they must make a gain; on my part, it serves another purpose—I simply need to survive. And after careful consideration, I believe I can manage to live on less than what I have mentioned. Let us therefore not abuse their apparent resolve to undertake this affair at any cost: since all the risk lies with them, it must be compensated by corresponding benefits. Reach an agreement in this spirit, and be assured that it will be ratified by me.
I am pleased to see you go to such lengths; indeed, sir, this is the only compliment I will ever offer you.
Letter DXXIX – To Mr. d’Ivernois
Môtiers, December 17, 1764.
It is good, sir, that you should know that since your departure from here, I have not received any of your letters, nor any news of any kind through anyone, despite the fact that you had promised to inform me of your safe arrival in Geneva and even to write to me beforehand. You can understand my anxiety. I am well aware that it is usual for people to overwhelm me with unnecessary letters, and that everything falls silent at critical moments; yet I had hoped that this time would be an exception in my favor—I was mistaken. We must exercise patience and resolve to wait until you choose to inform me of your health, which I sincerely wish to be good.
My respects to you, madam; I implore you.
Letter DXXXI – To Mr. de Montmollin
By sending him those Letters written from the mountain.
December 23, 1764.
Sir, please forgive my deep love for peace and the fact that war seems always to follow it. I could not refuse to defend my former compatriots just as they had defended me in the past. It was impossible for me to do otherwise without rejecting the insults inflicted upon me by the ministers of Geneva—with the utmost ingratitude, they dared to hurl these insults even in the sacred presence of a church. Since they love war so much, they shall have it; and after countless acts of aggression on their part, this is my first act of hostility—yet I am defending one of their most cherished prerogatives, which they allow to be shamelessly taken away from them. For, in order to insult the unfortunate with impunity, they are willing to grovel under tyranny. Moreover, this dispute is entirely personal between them and me; or, if I involve Protestant religion in it at all, it is only as its defender against those who seek to overthrow it. Please consider my reasons, sir, and believe that the more you force me to explain my feelings, the greater will be the honor reflected upon your conduct toward me—and upon the justice you have shown me.
Please accept, sir, my greetings and my respect.
Letter DXXXIII – To Mr. du Peyrou
,. December 31, 1764.
Your letter touched me to the point of tears. I see that I was not mistaken; you possess an honest soul. You will be a precious person in my heart. Please read the attached document[864]. Here, sir, are the enemies I face, and here are the weapons they use against me. Send it back to me after you have read it; it will become part of the monuments that record the history of my life. Oh! When the veil of mystery is finally lifted one day, may future generations love me and bless my memory! You, love me now—believe me, I am worthy of it. I embrace you.
Letter DXXXIV – To Mr. d’Ivernois
Môtiers, December 31, 1764.
I have received, my dear sir, your letter dated the 28th along with the sheets containing the response; you will also soon receive the music you requested. Through the same correspondence, I received a printed piece titled “Sentiments des Citoyens.” At first, I recognized the pastoral style of Mr. Vernes, a defender of faith, truth, virtue, and Christian charity. The citizens could not have chosen a more worthy medium to express their sentiments to the public. It is highly desirable that this work be disseminated throughout Europe; it will complete what the decree has begun.
All that is said about Mr. le Premier is that he is a very wise magistrate. If only the others were as wise, everything would soon be pacified, and things would return to that uncertain state in which perhaps it would even be desirable for them to remain. But trust me—let’s not delude ourselves: out of spite, they will now work against you.
The two copies that M*** has requested are probably meant for his own work; but anyway, I would be more than happy to send them to him if I had the chance, especially if he wanted to adopt Mr. Vernes’s style. If, by some chance, his interest really stemmed from a fondness for the work itself, then M*** would indeed be a rather peculiar theologian. But let them go ahead. Passion drives them; how easily they will expose themselves to danger! Oh, sir, if only all these people—less brutal, less stubborn—had tried to win me over with kindness and affection, I would have been lost; I know I could never have resisted. But in the way they approached me, I am now being tested. They will succeed in making me famous and great, when in fact I was meant to remain but a little boy. I embrace you wholeheartedly.
1765
Letter DXXXV – To Mr. Duchesne
Letter DXXXVI – To Mr. ***
Letter DXXXVII – To Mr. Séguier de Saint-Brisson
Letter DXXXVIII – To Mr. Moultou
Letter DXXXIX – To Mr. d’Ivernois
Letter DXL – To Mr. de Gauffecourt
Letter DXLI – To Mr. Duclos
Letter DXLII – To Mr. d’Ivernois
Letter DXLIII – To Mr. Pictet
Letter DXLIV – To Mr. du Peyrou
Letter DXLV – To Mr. Count of B.
Letter DXLVI – To Madame la Comtesse de B.
Letter DXLVII – To My Lord Marshal
Letter DXLVIII – To Mr. Ballière
Letter DXLIX – To Mr. du Peyrou
Letter DL – To Mr. Bourgeois
Letter DLI – To Mr. Paul Chappuis
Letter DLII – To Madame la Marquise de Verdelin
Letter DLIII – To Madame Guyenet
Letter DLIV – To Madame de Chenonceau
Letter DLV – To Mr. Abbé de Mably
Letter DLVI – To Mr. D***
Letter DLVII – To Mr. Moultou
Letter DLVIII – To Mr. Le Nieps
Letter DLIX – To Madame de La Tour
Letter DLX – To My Lord Marshal
Letter DLXI – To Mr. Deleyre
Letter DLXII – To Mr. du Peyrou
Letter DLXIII – To Mr. Dastier
Letter DLXIV – To Mr. Moultou
Letter DLXV – To His Highness Prince L.E. of Württemberg
Letter DLXVI – To Mr. d’Ivernois
Letter DLXVII – To Mr. Deluc
Letter DLXVIII – To His Highness Prince L.E. of Württemberg
Letter DLXIX – To Mr. de P
Letter DLXX – To Mr. de C.P.A.A
Letter DLXXI – To Madame General Sandoz
Letter DLXXII – To Mr. Clairaut
Letter DLXXIII – To Mr. du Peyrou
Letter DLXXIV – To the Same One
Letter DLXXV – To Mr. Moultou
Letter DLXXVI – To Mr. Meuron
Letter DLXXVII – To Mr. the Professor from Montmollin
Letter DLXXVIII – To Madame La Tour
Letter DLXXIX – To Mr. Father de Félice
Letter DLXXX – To Mr. du Peyrou
Letter DLXXXI – To Mr. Meuron
Letter DLXXXII – To Madame d’Ivernois
Letter DLXXXIII – To the Consistory of Môtiers
Letter DLXXXIV – To Mr. du Peyrou
Letter DLXXXV – To My Lord Marshal
Letter DLXXXVI – To Mr. d’Escherny
Letter DLXXXVII – To Mr. Laliaud
Letter DLXXXVIII – To Mr. d’Ivernois
Letter DLXXXIX – To Mr. du Peyrou
Letter DXC – To Miss d’Ivernois
Letter DXCI – To Mr. Meuron
Letter DXCII – To Mr. du Peyrou
Letter DXCIII – To the Same One
Letter DXCIV – To the Same One
Letter DXCV – To Mr. d’Ivernois
Letter DXCVI – To Mr. Coindet
Letter DXCVII – To Mr. du Peyrou
Letter DXCVIII – To the Same One
Letter DXCIX – To the Same One
Letter DC– To the Same One
Se questi signori sono disposti a fornirmi questa somma, il mio progetto è di investirla in rendite viaggianti; e poiché siete disposti ad assumervi questo compito, la somma vi verrà pagata, e non c’è altro da dire. È necessario, tuttavia, per garantire la sicurezza dell’operazione, che tutto venga pagato prima di iniziare la stampa dell’ultimo volume, poiché non ho il tempo di aspettare le entrate derivanti dalla vendita della pubblicazione per assicurarmi i mezzi necessari.
Ma poiché una tale somma in contanti potrebbe rappresentare un ostacolo per gli imprenditori, considerando le ingenti somme di denaro che hanno bisogno di anticipare, preferiranno offrirmi una rendita viaggiante; questo, data la mia età e lo stato della mia salute, probabilmente risulterà più vantaggioso per loro. Pertanto, a condizione che vengano fornite garanzie a mio soddisfazione, accetterò questa rendita viaggiante, fatta eccezione per una somma in contanti al momento dell’inizio della pubblicazione; e purché tale somma non sia inferiore a cinquanta luigi, mi accontenterò, detrarrendola dal capitale da cui verrà calcolata la rendita.
Ecco, signore, i diversi accordi tra cui potrei lasciare che scegliessero se trattassi direttamente con loro; tuttavia, poiché è possibile che io mi sbagli, o che richieda troppo, o che esista un’opzione migliore per loro o per me, non intendo fornirvi regole precise alle quali doveste attenervi in questa negoziazione. Agite per mio conto come un buon tutore per il proprio pupillo; ma non caricate questi signori di un trattato che possa rivelarsi oneroso per loro. Da parte loro, questo affare ha soltanto lo scopo di ottenere un profitto; devono guadagnare. Da parte mia, invece, l’obiettivo è semplicemente quello di sopravvivere; e, dopo averci ben pensato, posso certamente sopravvivere anche con meno di quanto vi ho indicato. Quindi non abusiamo della determinazione che sembrano avere nel portare avanti questa faccenda a qualunque costo: poiché tutto il rischio ricade su di loro, esso deve essere compensato dai vantaggi ottenuti. Concludete l’accordo seguendo questo principio, e sappiate che da parte mia sarà certamente ratificato.
Vedo con piacere che vi prendete questa briga: ecco, signore, l’unico complimento che vi farò mai.
Lettera DXXIX – A Monsieur d’Ivernois
Môtiers, 17 dicembre 1764.
È bene, signore, che sappiate che, da quando avete lasciato questo luogo, non ho ricevuto nessuna delle vostre lettere, né alcuna notizia di sorta attraverso alcuno canale; nonostante mi aveste promesso di comunicarmi l’ora del vostro felice arrivo a Ginevra e persino di scrivermi prima. Potete immaginare la mia preoccupazione. So bene che di solito ricevo lettere inutili, e che in momenti cruciali tutto tace; tuttavia mi ero illuso che questa volta ci fosse un’eccezione a mio favore. Mi sono sbagliato. Dobbiamo avere pazienza e rassegnarci ad aspettare che voi decidiate di comunicarmi notizie sulla vostra salute, della quale desidero che sia buona con tutto il mio cuore.
I miei rispetti, signora, la prego.
Lettera DXXXI – A Monsieur de Montmollin
Inviandogli le Lettere scritte dalla montagna.
Il 23 dicembre 1764.
Perdonatemi, signore, di amare così tanto la pace e di dover sempre affrontare la guerra. Non ho potuto rifiutarmi di difendere i miei antichi compatrioti, proprio come loro avevano difeso me. Questo è ciò che non avrei potuto fare senza respingere le offese con cui, con la più nera ingratitudine, i ministri di Ginevra hanno avuto la bassezza di colpirmi nei miei momenti di sventura, e che hanno osato portare persino sul pulpito sacro. Poiché amano così tanto la guerra, l’avranno; e, dopo mille aggressioni da parte loro, ecco il mio primo atto di ostilità, anche se in questo attacco difendo una delle loro più grandi prerogative, che permettono loro di lasciarsi spietatamente privare di ciò che è loro dovuto. Poiché, per insultare liberamente il malcapitato, sono disposti a sottomettersi volontariamente alla tirannia. Del resto, questa disputa è puramente personale tra loro e me; o, se permetto alla religione protestante di entrarvi in qualche modo, è solo come sua difensore contro coloro che cercano di rovesciarla. Esaminate le mie ragioni, signore, e siate convinto che, più mi verrà chiesto di spiegare i miei sentimenti, maggior onore ne deriverà per il modo in cui avete agito nei miei confronti, e per la giustizia che mi avete riservato.
Prego, signore, di accettare le mie saluti e il mio rispetto.
Lettera DXXXIII – A Monsieur du Peyrou
,,.. 31 dicembre 1764.
La vostra lettera mi ha commosso fino alle lacrime. Vedo che non mi sono sbagliato: avete un’anima onesta. Sarete una persona preziosa per il mio cuore. Leggete il documento allegato[864]. Ecco, signore, con quali nemici ho a che fare, ecco le armi con cui mi attaccano. Restituitemi questo documento dopo averlo letto; entrerà nei monumenti della storia della mia vita. Oh! Quando un giorno il velo verrà sollevato, che la posterità mi ami, che benedica la mia memoria! Voi, amatemi ora, e credete che non ne sia degno. Vi bacio.
Lettera DXXXIV – A Monsieur d’Ivernois
Môtiers, 31 dicembre 1764.
Caro signore, ricevo la sua lettera del 28 nonché le bozze della risposta; presto riceverà anche la musica che ha richiesto. Nello stesso corriere ho ricevuto un opuscolo intitolato “Sentimenti dei cittadini”. Ho subito riconosciuto lo stile pastorale di Monsieur Vernes, difensore della fede, della verità, della virtù e della carità cristiana. I cittadini non avrebbero potuto scegliere un organo più degno per esprimere al pubblico i loro sentimenti. È molto auspicabile che quest’opera si diffonda in Europa; completerà ciò che il decreto ha già iniziato.
Tutto ciò che mi viene detto su Monsieur le Premier è che si tratta di un magistrato molto saggio. Se anche gli altri fossero altrettanto saggi, tutto sarebbe presto pacificato e le cose tornerebbero nello stato incerto in cui forse sarebbe addirittura auspicabile che rimanessero. Ma fidatevi delle sciocchezze che l’animosità li spingerà a commettere: ora lavoreranno contro di voi.
I due esemplari che M*** richiede sono sicuramente destinati a essere utilizzati per il suo lavoro; ma non importa: glieli invierei con grande piacere, se ne avessi l’opportunità, soprattutto se volesse adottare lo stile di M. Vernes. Se per caso lo facesse davvero per gusto verso quest’opera, M*** sarebbe un teologo davvero straordinario. Ma lasciateli fare pure: la rabbia li spinge a comportarsi in questo modo; come faranno ad attaccarmi da quel lato! Oh, signore, se solo tutte queste persone, meno brutali e meno ostili, avessero cercato di conquistarmi con tenerezze. Sarei perso; so che non avrei mai potuto resistere. Ma, dato il modo in cui hanno deciso di approcciarsi a me, ora sono messo alla prova. Faranno di tutto per rendermi illustre e grande, mentre io, in realtà, ero destinato a rimanere soltanto un ragazzo ordinario. Vi abbraccio con tutto il mio cuore.
1765
Lettera DXXXV – A Monsieur Duchesne
Lettera DXXXVI – A Monsieur ***
Lettera DXXXVII – A Monsieur Séguier de Saint-Brisson
Lettera DXXXVIII – A Monsieur Moultou
Lettera DXXXIX – A Monsieur d’Ivernois
Lettera DXL – A Monsieur de Gauffecourt
Lettera DXLI – A Monsieur Duclos
Lettera DXLII – A Monsieur d’Ivernois
Lettera DXLIII – A Monsieur Pictet
Lettera DXLIV – A Monsieur du Peyrou
Lettera DXLV – Al signor conte di B.
Lettera DXLVI – Alla signora contessa di B.
Lettera DXLVII – A Sua Signoria il Maresciallo
Lettera DXLVIII – A Monsieur Ballière
Lettera DXLIX – A Monsieur du Peyrou
Lettera DL – A Monsieur Bourgeois
Lettera DLI – A Monsieur Paul Chappuis
Lettera DLII – Alla signora marchesa di Verdelin
Lettera DLIII – A Madame Guyenet
Lettera DLIV – Alla Signora de Chenonceau
Lettera DLV – A Monsignor l’abate de Mably
Lettera DLVI – A Monsieur D***
Lettera DLVII – A Monsieur Moultou
Lettera DLVIII – A Monsieur Le Nieps
Lettera DLIX – Alla Signora de La Tour
Lettera DLX – A Sua Signoria il Maresciallo
Lettera DLXI – A Monsieur Deleyre
Lettera DLXII – A Monsieur du Peyrou
Lettera DLXIII – A Monsieur Dastier
Lettera DLXIV – A Monsieur Moultou
Lettera DLXV – A Sua Altezza Serenissima il principe L.E di Wirtemberg
Lettera DLXVI – A Monsieur d’Ivernois
Lettera DLXVII – A S.E. Deluc
Lettera DLXVIII – A Sua Altezza Serenissima il principe L.E di Wirtemberg
Lettera DLXIX – A Monsieur de P
Lettera DLXX – A Monsieur de C.P.A.A
Lettera DLXXI – Alla signora generale Sandoz
Lettera DLXXII – A Monsieur Clairaut
Lettera DLXXIII – A Monsieur du Peyrou
Lettera DLXXIV – Allo stesso.
Lettera DLXXV – A Monsieur Moultou
Lettera DLXXVI – A Monsieur Meuron
Lettera DLXXVII – A Monsieur, il professore di Montmollin
Lettera DLXXVIII – A Madame La Tour
Lettera DLXXIX – A Monsignor de Félice
Lettera DLXXX – A Monsieur du Peyrou
Lettera DLXXXI – A Monsieur Meuron
Lettera DLXXXII – A Madame d’Ivernois
Lettera DLXXXIII – Al consiglio di Môtiers
Lettera DLXXXIV – A Monsieur du Peyrou
Lettera DLXXXV – A Sua Signoria il Maresciallo
Lettera DLXXXVI – A Monsieur d’Escherny
Lettera DLXXXVII – A Monsieur Laliaud
Lettera DLXXXVIII – A Monsieur d’Ivernois
Lettera DLXXXIX – A Monsieur du Peyrou
Lettera DXC – A Mademoiselle d’Ivernois
Lettera DXCI – A Monsieur Meuron
Lettera DXCII – A Monsieur du Peyrou
Lettera DXCIII – Allo stesso.
Lettera DXCIV – Allo stesso.
Lettera DXCV – A Monsieur d’Ivernois
Lettera DXCVI – A Monsieur Coindet
Lettera DXCVII – A Monsieur du Peyrou
Lettera DXCVIII – Allo stesso.
Lettera DXCIX – Allo stesso.
Lettera DC – Allo stesso.
Lettre DCI– À M. Panckoucke
Lettre DCII– À M. d’Ivernois
Lettre DCIII– À M. Klupfflel
Lettre DCIV– Billet à M. de Voltaire
Lettre DCV – À M. d’Escherny
Lettre DCVI– À M. du Peyrou
Lettre DCVII– Au même
Lettre DCVIII– Au même
Lettre DCIX– Au même
Lettre DCX– Au même
Lettre DCXI– À M. d’Ivernois
Lettre DCXII– Au même
Lettre DCXIII – À Mademoiselle d’Ivernois
Lettre DCXIV– À M. du Peyrou
Lettre DCXV– À Madame La Tour
Lettre DCXVI– À M. d’Ivernois
Lettre DCXVII– À M. Moultou
Lettre DCXVIII– À M. d’Ivernois
Lettre DCXIX– À M. du Peyrou
Lettre DCXX– À M. d’Ivernois
Lettre DCXXI– À M. du Peyrou
Lettre DCXXII– Au même
Lettre DCXXIII– Au même
Lettre DCXXIV– Au même
Lettre DCXXV– Au même
Lettre DCXXVI– Au même
Lettre DCXXVII– Au même
Lettre DCXXVIII– Au même
Lettre DCXXIX– À M. Graffenried
Lettre DCXXX– Au même
Lettre DCXXXI– Au même
Lettre DCXXXII– À M. du Peyrou
Lettre DCXXXIII– À M. Graffenried
Lettre DCXXXIV– À M. du Peyrou
Lettre DCXXXV– Au même
Lettre DCXXXVI– Au même
Lettre DCXXXVII– À M. de Luze
Lettre DCXXXVIII– À M. du Peyrou
Lettre DCXXXIX– Au même
Lettre DCXL– Au même
Lettre DCXLI– À M. d’Ivernois
Lettre DCXLII– À M. du Peyrou
Lettre DCXLIII– À M. de Luze
Lettre DCXLIV– À M. du Peyrou
Lettre DCXLV– À M. d’Ivernois
Lettre DCXLVI– À M. David Hume
Lettre DCXLVII– À M. de Luze
Lettre DCXLVIII– À M. du Peyrou
Lettre DCXLIX– À M. d’Ivernois
Lettre DCL– Au même
Lettre DCLI– À M. de Luze
Lettre DCLII– À Madame La Tour
Lettre DCLIII– À M. du Peyrou
Lettre DCLIV– À M. de Luze
Lettre DCLV– À M. d’Ivernois
Table de la correspondance
Lettre DXXXV– À M. Duchesne
Libraire à Paris
Môtiers, le 6 janvier 1765.
Je vous envoie, monsieur, une pièce imprimée et publiée à Genève[865], et que je vous prie d’imprimer et publier à Paris, pour mettre le public en état d’entendre les deux parties, en attendant les autres réponses plus foudroyantes qu’on prépare à Genève contre moi. Celle-ci est de M. Vernes, si toutefois je ne me trompe ; il ne faut qu’attendre pour s’en éclaircir : car, s’il en est l’auteur, il ne manquera pas de la reconnaître hautement, selon le devoir d’un homme d’honneur et d’un bon chrétien ; s’il ne l’est pas, il la désavouera de même, et le public saura bientôt à quoi s’en tenir.
Je vous connais trop, monsieur, pour croire que vous voulussiez imprimer une pièce pareille, si elle vous venait d’une autre main ; mais puisque c’est moi qui vous en prie, vous ne devez vous en faire aucun scrupule.
(En faisant lui-même réimprimer ce libelle à Paris, Rousseau y a joint quelques notes que nous allons reproduire, en les faisant précéder des passages du libelle auquel chacune d’elles se rapporte.)
« Lorsqu’il mêla l’irréligion à ses romans, nos magistrats furent indispensablement obligés d’imiter ceux de Paris et de Berne,…
« Je ne fus chassé du canton de Berne qu’un mois après le décret de Genève. »
… dont les uns le décrétèrent et les autres le chassèrent. »
« Figurons-nous, ajoute-t-il, une âme infernale analysant ainsi l’Évangile. Eh ! qui l’a jamais ainsi analysé ? où est cette âme infernale ? »
Il paraît que l’auteur de cette pièce pourrait mieux répondre que personne à sa question. Je prie le lecteur de ne pas manquer de consulter, dans l’endroit qu’il cite, ce qui précède et ce qui suit.
« Considérons qui les traite ainsi (nos pasteurs) : est-ce un savant… est-ce un homme de bien… ? Nous avouons avec douleur et en rougissant, que c’est un homme qui porte encore les marques funestes de ses débauches ; et qui, déguisé en saltimbanque, traîne avec lui, de village en village, la malheureuse dont il fit mourir la mère, et dont il a exposé les enfants à la porte d’un hôpital, en rejetant les soins qu’une personne charitable voulait avoir d’eux, et en abjurant tous les sentiments de la nature, comme il dépouille ceux de l’honneur et de la religion. »
« Je veux faire avec simplicité la déclaration que semble exiger de moi cet article. Jamais aucune maladie, de celles dont parle ici l’auteur, ni petite, ni grande, n’a souillé mon corps. Celle dont je suis affligé n’y a pas le moindre rapport ; elle est née avec moi, comme le savent les personnes encore vivantes qui ont pris soin de mon enfance. Cette maladie est connue de MM. Malouin, Morand, Thiery, Daran, et du frère Côme. S’il s’y trouve la moindre marque de débauche, je les prie de me confondre et de me faire honte de ma devise. La personne sage et généralement estimée qui me soigne dans mes maux et me console dans mes afflictions, n’est malheureuse que parce qu’elle partage le sort d’un homme fort malheureux ; sa mère est actuellement pleine de vie et en bonne santé, malgré sa vieillesse. Je n’ai jamais exposé ni fait exposer aucun enfant à la porte d’aucun hôpital ni ailleurs. Une personne qui aurait eu la charité dont on parle, aurait eu celle d’en garder le secret ; et chacun sent que ce n’est pas de Genève, où je n’ai point vécu, et d’où tant d’animosité se répand contre moi, qu’on doit attendre des informations fidèles sur ma conduite. Je n’ajouterai rien sur ce passage, sinon qu’au meurtre près, j’aimerais mieux avoir fait ce dont son auteur m’accuse, que d’en avoir écrit un pareil. »
« C’est donc là celui qui parle des devoirs de la société ! Certes il ne remplit pas ces devoirs quand, dans le même libelle, trahissant la confiance d’un ami,…
« Je crois devoir avertir le public que le théologien qui a écrit la lettre dont j’ai donné un extrait, n’est ni ne fut jamais mon ami, que je ne l’ai vu qu’une fois dans ma vie, et qu’il n’a pas la moindre chose à démêler, ni en bien ni en mal, avec les ministres de Genève. Cet avertissement m’a paru nécessaire pour prévenir les téméraires applications. »
… il fait imprimer une de ses lettres, pour brouiller ensemble trois pasteurs. C’est ici qu’on peut le dire… de ce même écrivain, auteur d’un roman d’éducation, que, pour élever un jeune homme, il faut commencer par avoir été bien élevé. »
« Tout le monde accordera, je pense, à l’auteur de cette pièce, que lui et moi n’avons pas plus eu la même éducation, que nous n’avons la même religion. »
« Pourquoi réveille-t-il nos anciennes querelles ? Veut-il que nous nous égorgions parce qu’on a brûlé un mauvais livre à Paris et à Genève ? »
On peut voir dans ma conduite les douloureux sacrifices que j’ai faits pour ne pas troubler la paix de ma patrie, et, dans mon ouvrage, avec quelle force j’exhorte les citoyens à ne la troubler jamais, a quelque extrémité qu’on les réduise.
Lettre DXXXVII– À M. Séguier de Saint-Brisson
Môtiers, janvier 1765.
J’ai reçu, monsieur, votre lettre du 27 décembre, j’ai aussi lu Ariste et Philopenès. Malgré le plaisir que m’ont fait l’un et l’autre, je ne me repens point du mal que je vous ai dit du premier ; et ne doutez pas que je ne vous en eusse dit du second, si vous m’eussiez consulté. Mon cher Saint-Brisson, je ne vous dirai jamais assez avec quelle douleur je vous vois entrer dans une carrière couverte de (leurs et semée d’abîmes, où l’on ne peut éviter de se cor rompre ou de se perdre, où l’on devient malheureux ou méchant à mesure qu’on avance, et très souvent l’un et l’autre avant d’arriver. Le métier d’auteur n’est bon que pour qui veut servir les passions des gens qui mènent les autres ; mais pour qui veut sincèrement le bien de l’humanité, c’est un métier funeste. Aurez-vous plus de zèle que moi pour la justice, pour la vérité, pour tout ce qui est honnête et bon ?aurez-vous des sentiments plus désintéressés, une religion plus douce, plus tolérante, plus pure, plus sensée ? aspirerez-vous à moins de choses ? suivrez-vous une route plus solitaire ? irez-vous sur le chemin de moins de gens ? choquerez-vous moins de rivaux et de concurrents ? éviterez-vous avec plus de soin de croiser les intérêts de personne ? Et toutefois vous voyez ; je ne sais comment il existe dans le monde un seul honnête homme à qui mon exemple ne fasse pas tomber la plume des mains. Faites du bien, mon cher Saint-Brisson, mais non pas des livres ; loin de corriger les méchants, ils ne font que les aigrir. Le meilleur livre fait très peu de bien aux hommes et beaucoup de mal à son auteur. Je vous ai déjà vu aux champs pour une brochure qui n’était pas même fort malhonnête ; à quoi devez-vous vous attendre si ces choses vous blessent déjà.
Letter DCI – To Mr. Panckoucke
Letter DCII – To Mr. d’Ivernois
Letter DCIII – To Mr. Klupfflel
Letter DCIV – Note to Mr. de Voltaire
Letter DCV – To Mr. d’Escherny
Letter DCVI – To Mr. du Peyrou
Letter DCVII – To the Same One
Letter DCVIII – To the Same One
Letter DCIX – To the Same One
Letter DCX – To the Same One
Letter DCXI – To Mr. d’Ivernois
Letter DCXII – To the Same One
Letter DCXIII – To Mademoiselle d’Ivernois
Letter DCXIV – To Mr. du Peyrou
Letter DCXV – To Madame La Tour
Letter DCXVI – To Mr. d’Ivernois
Letter DCXVII – To Mr. Moultou
Letter DCXVIII – To Mr. d’Ivernois
Letter DCXIX – To Mr. du Peyrou
Letter DCXX – To Mr. d’Ivernois
Letter DCXXI – To Mr. du Peyrou
Letter DCXXII – To the Same One
Letter DCXXIII – To the Same One
Letter DCXXIV– To the Same One
Letter DCXXV – To the Same One
Letter DCXXVI– To the Same One
Letter DCXXVII – To the Same One
Letter DCXXVIII – To the Same One
Letter DCXXIX – To Mr. Graffenried
Letter DCXXX – To the Same One
Letter DCXXXI– To the Same One
Letter DCXXXII – To Mr. du Peyrou
Letter DCXXXIII – To Mr. Graffenried
Letter DCXXXIV – To Mr. du Peyrou
Letter DCXXXV – To the Same One
Letter DCXXXVI – To the Same One
Letter DCXXXVII – To Mr. de Luze
Letter DCXXXVIII – To Mr. du Peyrou
Letter DCXXXIX – To the Same One
Letter DCXL – To the Same One
Letter DCXLI – To Mr. d’Ivernois
Letter DCXLII – To Mr. du Peyrou
Letter DCXLIII – To Mr. de Luze
Letter DCXLIV – To Mr. du Peyrou
Letter DCXLV – To Mr. d’Ivernois
Letter DCXLVI – To Mr. David Hume
Letter DCXLVII – To Mr. de Luze
Letter DCXLVIII – To Mr. du Peyrou
Letter DCXLIX – To Mr. d’Ivernois
Letter DCL – To the Same One
Letter DCLI – To Mr. de Luze
Letter DCLII – To Madame La Tour
Letter DCLIII – To Mr. du Peyrou
Letter DCLIV – To Mr. de Luze
Letter DCLV – To Mr. d’Ivernois
Correspondence Table
Letter DXXXV – To Mr. Duchesne
Bookstore in Paris
Môtiers, January 6, 1765.
I am sending you, sir, a piece that has been printed and published in Geneva[865], and I beg you to print and publish it in Paris as well, so that the public may hear both sides of the argument, in anticipation of other even more devastating responses that are being prepared against me in Geneva. This piece is attributed to Mr. Vernes, unless I am mistaken; we need only wait to find out for sure. For if he is indeed its author, he will not fail to acknowledge it openly, in keeping with the duties of a man of honor and a good Christian; if not, he will likewise deny it, and the public will soon know what to believe.
I know you too well, sir, to believe that you would want to publish such a piece if it had come from someone else’s hands; but since it is I who am asking you to do so, you should have no reservations at all.
By having this pamphlet reprinted in Paris himself, Rousseau included some notes which we will reproduce here, preceded by excerpts from the pamphlet to which each note relates.
“Whenever he incorporated irreligion into his novels, our magistrates were inevitably forced to follow the examples set by those in Paris and Bern, ”
“I was not expelled from the canton of Bern until a month after the decree from Geneva.”
, some of whom declared it, while others drove it away.
“Imagine,” he adds, “an infernal soul analyzing the Gospel in this way. Well! Who has ever analyzed it in such a manner? Where is this infernal soul?”
It seems that the author of this play could answer his question better than anyone else. I ask the reader not to fail to consult what comes before and what follows in the place he mentions.
“Consider those who treat them in this manner—our pastors: are they scholars, are they good people,? We must admit, with pain and shame, that they are men who still bear the terrible marks of their debauchery; men who, disguised as entertainers, drag from village to village that unfortunate woman whose mother they caused to die, and whose children they abandoned at the door of a hospital, rejecting the care that a kind-hearted person offered them, and renouncing all natural sentiments, just as they strip themselves of any sense of honor and religion.”
“I wish to make the statement simply, as this article seems to require of me. Not a single disease of those mentioned by the author—whether minor or severe—has ever afflicted my body. The affliction from which I am suffering has not the slightest connection with any of them; it was with me at birth, as those who cared for me in my childhood are well aware. This illness is known to Messrs. Malouin, Morand, Thiery, Daran, and Brother Côme. If there is the slightest hint of immorality involved, I beg them to condemn me and make me ashamed of my own motto. The wise and highly respected person who cares for me in my suffering does so only because she shares the fate of a man who is extremely unfortunate; her mother is still full of life and in good health, despite her old age. I have never exposed or had any child exposed at the door of a hospital or anywhere else. A person who possessed the kind of charity mentioned here would have had the decency to keep such matters secret; and everyone can see that reliable information about my conduct cannot come from Geneva, where I have never lived and where so much hostility is directed against me. I will say nothing more on this matter, except that, apart from murder, I would rather have committed the things of which this article accuses me than written such a thing myself.”
“So this is the person who talks about the duties of society! Indeed, he fails to fulfill those duties when, in the very same document, he betrays the trust of a friend, ”
“I believe it is my duty to inform the public that the theologian who wrote the letter from which I have quoted an excerpt is not, nor has he ever been, my friend; I have only met him once in my life, and he has no connection, either positive or negative, with the ministers of Geneva. I found it necessary to issue this warning in order to prevent any rash interpretations.”
, he had one of his letters printed in order to confuse three pastors at once. It is here that we can truly say that this very same writer, who wrote a novel on education, believed that in order to raise a young man properly, one must first have oneself been well raised.
“I think everyone will agree with the author of this play that he and I have not had the same education, just as we do not share the same religion.”
“Why does it revive our old disputes? Does it want us to kill each other just because a bad book was burned in Paris and Geneva?”
One can see from my actions the painful sacrifices I have made in order not to disturb the peace of my country; and in my writings, one can also see how forcefully I urge citizens never to disturb that peace, no matter what extreme measures may be taken against them.
Letter DXXXVII – To Mr. Séguier de Saint-Brisson
Motiers, January 1765.
Sir, I have received your letter dated December 27th, and I have also read “Ariste” and “Philopenès.” Despite the pleasure both works have given me, I stand by the negative opinions I expressed about the first one; and do not doubt that I would have said the same about the second if you had consulted me beforehand. My dear Saint-Brisson, I can never express enough how distressed I am to see you embarking on a career that is fraught with dangers and pitfalls—where one is bound to suffer harm or lose oneself, where one becomes unhappy or wicked as they progress, and often both before even reaching the end. The profession of an author is suitable only for those who wish to serve the passions of those who manipulate others; but for those who truly seek the good of humanity, it is a fatal vocation. Will you be more zealous than I am in upholding justice, truth, and all that is honest and good? Will your sentiments be more selfless, your religion more gentle, tolerant, pure, and sensible? Will you aspire to less? Will you follow a path that leads fewer people astray? Will you offend fewer rivals and competitors? Will you take greater care not to conflict with anyone’s interests? Yet, I see that in this world, there isn’t a single honest man whose example wouldn’t cause me to lose the will to write. My dear Saint-Brisson, do good—but do not write books. Far from correcting the wicked, they only make them more bitter. The best books bring little good to people and much harm to their authors. I have already seen you devote yourself to a pamphlet that was not even particularly dishonest; what can you expect if such things already cause you distress?
Lettera DCI – A Monsieur Panckoucke
Lettera DCII – A Monsieur d’Ivernois
Lettera DCIII – A Monsieur Klupfflel
Lettera DCIV – biglietto per Monsieur de Voltaire
Lettera DCV – A Monsieur d’Escherny
Lettera DCVI – A Monsieur du Peyrou
Lettera DCVII – Allo stesso.
Lettera DCVIII – Allo stesso.
Lettera DCIX – Allo stesso.
Lettera DCX – Allo stesso.
Lettera DCXI – A Monsieur d’Ivernois
Lettera DCXII – Allo stesso.
Lettera DCXIII – Alla signorina d’Ivernois
Lettera DCXIV – A Monsieur du Peyrou
Lettera DCXV – A Madame La Tour
Lettera DCXVI – A Monsieur d’Ivernois
Lettera DCXVII – A Monsieur Moultou
Lettera DCXVIII – A Monsieur d’Ivernois
Lettera DCXIX – A Monsieur du Peyrou
Lettera DCXX – A Monsieur d’Ivernois
Lettera DCXXI – A Monsieur du Peyrou
Lettera DCXXII – Allo stesso.
Lettera DCXXIII – Allo stesso.
Lettera DCXXIV – Allo stesso.
Lettera DCXXV – Allo stesso.
Lettera DCXXVI – Allo stesso.
Lettera DCXXVII – Allo stesso.
Lettera DCXXVIII – Allo stesso.
Lettera DCXXIX – A Monsieur Graffenried
Lettera DCXXX – Allo stesso.
Lettera DCXXXI – Allo stesso.
Lettera DCXXXII – A Monsieur du Peyrou
Lettera DCXXXIII – A Monsieur Graffenried
Lettera DCXXXIV – A Monsieur du Peyrou
Lettera DCXXXV – Allo stesso.
Lettera DCXXXVI – Allo stesso.
Lettera DCXXXVII – A Monsieur de Luze
Lettera DCXXXVIII – A Monsieur du Peyrou
Lettera DCXXXIX – Allo stesso.
Lettera DCXL – Allo stesso.
Lettera DCXLI – A Monsieur d’Ivernois
Lettera DCXLII – A Monsieur du Peyrou
Lettera DCXLIII – A Monsieur de Luze
Lettera DCXLIV – A Monsieur du Peyrou
Lettera DCXLV – A Monsieur d’Ivernois
Lettera DCXLVI – A Monsieur David Hume
Lettera DCXLVII – A Monsieur de Luze
Lettera DCXLVIII – A Monsieur du Peyrou
Lettera DCXLIX – A Monsieur d’Ivernois
Lettera DCL – Allo stesso.
Lettera DCLI – A Monsieur de Luze
Lettera DCLII – A Madame La Tour
Lettera DCLIII – A Monsieur du Peyrou
Lettera DCLIV – A Monsieur de Luze
Lettera DCLV – A Monsieur d’Ivernois
Tabella della corrispondenza
Lettera DXXXV – A Monsieur Duchesne
Libraio a Parigi
Môtiers, 6 gennaio 1765.
Vi invio, signore, un testo stampato e pubblicato a Ginevra[865], e vi prego di stamparlo e pubblicarlo anche a Parigi, affinché il pubblico possa ascoltare entrambe le parti, in attesa delle altre risposte ancora più incisive che si stanno preparando a Ginevra contro di me. Questo testo è di M. Vernes, a meno che io non mi sbagli; basterà attendere per chiarire la questione: infatti, se ne è l’autore, non mancherà di riconoscerlo apertamente, secondo il dovere di un uomo onesto e di un buon cristiano; se invece non lo è, lo negherà allo stesso modo, e il pubblico saprà presto a cosa credere.
Vi conosco troppo bene, signore, per credere che vorreste pubblicare un’opera del genere, se fosse stata scritta da qualcun altro; ma poiché sono io a chiedervelo, non dovete avere alcun rimorso al riguardo.
(Rivolgendosi personalmente a Parigi per far ristampare questo libello, Rousseau vi aggiunse alcune note che ora riproduciamo, precedendole con passaggi tratti dallo stesso libello a cui ciascuna di esse si riferisce.)
“Quando mescolò l’irreligione nei suoi romanzi, i nostri magistrati furono inevitabilmente costretti a imitare quelli di Parigi e di Berna, ”
“Fui espulso dal Cantone di Berna solo un mese dopo il decreto di Ginevra.”
, alcuni lo decretarono, altri lo scacciarono.
“Immaginiamo”, aggiunge, “un’anima infernale che analizzi l’Evangelo in questo modo. Ehi! Chi l’ha mai fatto? Dove si trova questa anima infernale?”
Sembra che l’autore di questa opera possa rispondere alla sua domanda meglio di chiunque altro. Invito il lettore a non trascurare di consultare, nel luogo che cita, ciò che precede e ciò che segue.
“Consideriamo questi individui che trattano le persone in questo modo: sono degli studiosi, sono uomini onesti,? Ammettiamo con dolore e imbarazzo che si tratta di uomini ancora segnati dalle orme funeste delle loro dissolutezze; uomini che, sotto mentite spoglie di saltimbanchi, portano da villaggio a villaggio quella sventurata la cui madre hanno fatto morire, e i cui figli hanno abbandonato alla porta di un ospedale, rifiutando le cure che una persona caritatevole voleva offrir loro, e rinnegando tutti i sentimenti naturali, proprio come rinnegano quelli dell’onore e della religione.”
“Desidero fare, con semplicità, la dichiarazione che questo articolo sembra richiedere da me. Mai alcuna malattia, né quelle di cui parla l’autore in questo testo, né piccola né grande, ha contaminato il mio corpo. La malattia di cui sono affetto non ne ha alcun legame; è nata con me, come sanno coloro che hanno curato la mia infanzia e che sono ancora in vita. Questa malattia è nota ai signori Malouin, Morand, Thiery, Daran e al fratello Côme. Se ci fosse anche solo il minimo indizio di condotta dissoluta da parte mia, li prego di condannarmi e di farmi vergognare del mio motto. La persona saggia e generalmente stimata che si prende cura di me nei miei mali e mi consola nelle mie afflizioni è infelice soltanto perché condivide la sorte di un uomo molto sfortunato; sua madre, nonostante l’età avanzata, è ancora piena di vita e in buona salute. Non ho mai esposto né fatto esporre alcun bambino alla porta di nessun ospedale, né altrove. Una persona che avesse dimostrato la carità di cui si parla avrebbe avuto il buon senso di mantenere il segreto; e tutti sanno che non è certo da Ginevra, dove non ho mai vissuto e da dove proviene tanta ostilità nei miei confronti, che ci si può aspettare una descrizione fedele del mio comportamento. Non aggiungerò nulla a questo passaggio, se non che, a parte l’omicidio, preferirei aver commesso ciò di cui mi accusa l’autore di questo articolo, piuttosto che averne scritto una descrizione simile.”
“Ecco quindi colui che parla dei doveri della società! Certo, non li adempie quando, nello stesso scritto, tradisce la fiducia di un amico, ”
“Credo di dover avvertire il pubblico che il teologo che ha scritto la lettera da cui ho tratto questo estratto non è mai stato mio amico, che l’ho visto una sola volta in vita mia e che non ha alcun legame, né positivo né negativo, con i ministri di Ginevra. Questo avvertimento mi è sembrato necessario per prevenire eventuali interpretazioni temerarie.”
, fece stampare una delle sue lettere al fine di confondere insieme tre pastori. È proprio in questo contesto che si può dire, che lo stesso scrittore, autore di un romanzo sull’educazione, affermava che, per educare un giovane, è necessario prima essere stati bene educati oneself.
“Credo che tutti concordino con l’autore di questa opera nel riconoscere che né lui né io abbiamo ricevuto la stessa educazione, né pratichiamo la stessa religione.”
“Perché risveglia le nostre vecchie dispute? Vuole forse che ci uccidiamo a vicenda solo perché è stato bruciato un libro malvagio a Parigi e a Ginevra?”
Nella mia condotta si possono vedere i dolorosi sacrifici che ho compiuto per non disturbare la pace della mia patria; nel mio scritto, invece, si può notare con quale forza esorto i cittadini a non disturbarla mai, per quanto estreme possano essere le circostanze.
Lettera DXXXVII – A Monsieur Séguier de Saint-Brisson
Môtiers, gennaio 1765.
Signore, ho ricevuto la sua lettera del 27 dicembre e ho anche letto “Ariste e Filopenesi”. Nonostante il piacere che entrambi questi scritti mi abbiano procurato, non ritratto affatto le parole negative che ho detto sul primo; e non dubiti che avrei espresso lo stesso giudizio anche sul secondo, se lei me ne avesse dato l’opportunità. Caro Saint-Brisson, non potrò mai dirle abbastanza quanto mi addolori vederla intraprendere una carriera piena di pericoli e insidie: un cammino in cui è impossibile evitare di ferirsi o di perdersi, in cui si diventa infelici o malvagi man mano che ci si avanza, spesso entrambe le cose prima ancora di raggiungere la meta. La professione di scrittore è adatta soltanto a chi desidera servire i capricci e le passioni di coloro che guidano gli altri; ma per chi cerca sinceramente il bene dell’umanità, è una professione funesta. Avrà lei più zelo di me per la giustizia, la verità, tutto ciò che è onesto e buono? Avrà sentimenti più disinteressati, una religione più dolce, tollerante, pura e sensata? Desidererà raggiungere obiettivi meno ambiziosi? Seguirà un percorso più solitario? Incrocerà meno rivali e concorrenti? Farà di tutto per non contraddire gli interessi altrui. Eppure, signore, non so come sia possibile che nel mondo esista anche solo un uomo onesto il cui esempio non lo spinga a rinunciare a scrivere. Faccia del bene, caro Saint-Brisson, ma non scriva libri: lontano dal correggere i malvagi, questi scritti non fanno che renderli ancora più ostili. Il miglior libro fa molto poco bene alle persone e molto male al suo autore. L’ho già visto impegnato in attività poco oneste. A cosa può aspettarsi se queste cose lo feriscono già ora?
Comment pouvez-vous croire que je veuille passer en Corse, sachant que les troupes françaises y sont ? Jugez-vous que je n’aie pas assez de mes malheurs, sans en aller chercher d’autres. Non, monsieur, dans l’accablement où je suis, j’ai besoin de reprendre haleine ; j’ai besoin d’aller plus loin de Genève chercher quelques moments de repos ; car on ne m’en laissera nulle part un long sur la terre, je ne puis plus l’espérer que dans sein. J’ignore encore de quel côté j’irai : il ne m’en reste plus guère à choisir. Je voudrais, chemin faisant, me chercher quelque retraite fixe, pour m’y transplanter tout-à-lait, où l’on eût l’humanité de me recevoir, et de me laisser mourir en paix. Mais où la trouver parmi les chrétiens ? La Turquie hop loin d’ici.
Ne doutez pas, cher Saint-Brisson, qu’il ne me fut fort doux de vous avoir pour compagnon de voyage, pour consolateur, et pour garde-malade, mais j’ai contre ce même voyage de grandes objections par rapport à vous. Premièrement, ôtez-vous de l’esprit de me consulter-sur rien, et de trouver dans mon entretien la moindre ressource contre l’ennui. L’étourdissement où me jettent des agitations sans relâche ma rendu stupide ; ma tête est en léthargie, mon coeur même est mort, je ne sens ni ne pense plus. Il me reste un seul plaisir dans la vie ; j’aime encore à marcher, mais en marchant je ne rêve pas même ; j’ai les sensations des objets qui me frappent, et rien de plus, je voulais essayer d’un peu de botanique pour m’amuser du moins à reconnaître en chemin quelques plantes ; mais ma mémoire est absolument éteinte ; elle ne peut pas même aller jusque-là. Imaginez le plaisir de voyager avec un pareil automate.
Ce n’est pas tout. Je sens le mauvais effet que votre voyage ici fera pour-vous-même. Vous n’êtes déjà pas trop bien auprès des dévots ; voulez-vous achever de vous perdre ? Vos compatriotes mêmes, en général, ne vous pardonnent pas de me connaître, comment vous pardonneraient-ils de m’aimer ? Je suis très fâché que vous m’ayez nommé à la tête de votre Ariste : ne faites plus pareille sottise, où je me brouille avec vous tout de bon. Dites-moi surtout de quel oeil vous croyez que votre famille verra ce voyage : madame votre mère en frémira. ; je frémis moi-même à penser aux funestes effets qu’il peut produire auprès de vos proches Et vous voulez que je vous laisse faire ! C’est vouloir (pie je sois le dernier des hommes. Non, monsieur, obtenez l’agrément de madame votre mère, et venez. Je vous embrasse avec la plus grande joie ; mais, sans cela, n’en parlons plus.
Lettre DXXXIX– À M. d’Ivernois
Môtiers, le 7 janvier 1765.
J’ai reçu, monsieur, avec vos dernières lettres, comprise celle du 5, la réponse aux Lettres écrites de la campagne. Cet ouvrage est excellent, et doit être en tout temps le manuel des citoyens. Voilà, monsieur, le ton respectueux, mais ferme et noble, qu’il faut toujours prendre, au lieu du ton craintif et rampant dont on n’osait sortir autrefois ; mais il ne faut jamais passer au-delà. Vos magistrats n’étant plus mes supérieurs, je puis, vis-à-vis d’eux, prendre un ton qu’il ne vous conviendrait pas d’imiter.
Je vous remercie derechef des soins sans nombre que vous avez bien voulu prendre pour mes petites commissions, mais qui sont grandes par la peine continuelle qu’elles vous donnent, car il semble, à votre activité, que vous ne pouvez être occupé que de moi. Vos soins obligeants, monsieur, peuvent m’être aussi utiles que votre amitié me sera précieuse ; et, lorsque vous voudrez bien observer nos conditions, une fois à mon aise de ce côté, bien sûr de vos bontés, je n’épargnerai point vos peines.
Je n’ai point encore donné le louis de votre part à ma pauvre voisine : premièrement, parce que, sa santé. étant passable à présent, elle n’est pas absolument sous la condition que vous y avez mise ; et, en second lieu, purée que vous exigez de n’être pas nommé, condition que je ne puis admettre, parce que ce serait faire présumer à ces bonnes gens que cette libéralité vient de moi, et que je me cache par modestie, idée à laquelle il ne me convient pas de donner lieu.
Bien des remerciements à M. Deluc fils de sa bonne volonté. Je ne vous cacherai pas que l’optique me serait fort agréable ; mais, premièrement, je ne consentirai point que M. Deluc, déjà si chargé d’autres occupations, s’en donne la peine lui-même, et je crains que cette fantaisie ne coûte plus d’argent que je n’y en puis mettre pour le présent. Mais il m’a promis de me pourvoir d’un microscope ; peut-être même en faudrait-il deux. Il en sait l’usage, il décidera. Je serais bien aise aussi d’avoir, en couleurs bien pures, un peu d’outremer et de carmin, du vert de vessie, et de la gomme arabique.
Il est très à désirer que la fermentation causée par les derniers écrits n’ait rien de tumultueux. Si les Genevois sont sages, ils se réuniront, mais paisiblement ; ils ne se livreront à aucune impétuosité, et ne feront aucune démarche brusque. Il est vrai que la longueur du temps est contre eux ; car on travaillera fortement à les désunir, et tôt ou tard on réussira. La combinaison des droits, des préjugés, des circonstances, exige dans les démarches autant de sagesse que de fermeté. Il est des moments qui ne reviennent plus quand on les néglige ; mais il faut autant de pénétration pour les connaître que d’adresse à les saisir. N’y aurait-il pas moyen de réveiller un peu le Deux-cents ? S’il ne voit pas ici son intérêt, ses membres ne sont que des cruches. Mais tenez-vous sûrs qu’on vous tendra des pièges, et craignez les faux frères. Profitez du zèle apparent de M. Ch…, mais ne vous y fiez pas, je vous le répète. Ne comptez point non plus sur l’homme dont vous m’avez envoyé une réponse. S’il faut agir, que ce soit plus loin. Du reste, je commence à penser que, si l’on se conduit bien, cette ressource hasardeuse ne sera pas nécessaire.
Vous voulez une inscription sur votre exemplaire. Mes bons Saint-Gervaisiens en ont mis une qui se rapporte à l’ouvrage : en voici une autre qui se rapporte à l’auteur : Alto quoesivit caelo lucem, ingemuitque repertà.
Je suis fâché de vous donner du latin ; mais le français ne vaut rien pour ce genre ; il est mou, il est mort, il n’a pas plus de nerf que de vie.
Mille remerciements, je vous prie, à madame d’lvernois, pour la bonté qu’elle a eue de présider à l’achat pour mademoiselle Le Vasseur. Son goût se montre dans ses emplettes comme son esprit dans ses lettres. Je vous embrasse de tout mon coeur.
Voici une lettre pour M. Moultou : la sienne m’a fait le plus grand plaisir, et mon coeur en avait besoin.
Je m’aperçois que l’inscription ci-dessus est beaucoup trop longue pour l’usage que vous en voulez faite. En voici une de l’invention de M. Moultou, qui dit à peu près la même chose en moins de mots : Luget et monet.
J’oubliais de vous dire que le premier de ce mois messieurs de Couvet me firent prier, par une députation, de vouloir bien agréer la bourgeoisie de leur communauté ; ce que je fis avec reconnaissance ; et, le lendemain, un des gouverneurs avec le secrétaire m’apportèrent des lettres conçues en termes très obligeants et très honorables, et dans le cartouche desquelles, dessiné en miniature, ils avaient eu l’attention de mettre ma devise. Je leur dis, car je ne veux rien vous taire, que je me tenais plus libre, sujet d’un roi juste, et plus honoré d’être membre d’une communauté où régnait l’égalité et la concorde, que citoyen d’une république où les lois n’étaient qu’un mot, et la liberté qu’un leurre. Il est dit dans les lettres que la délibération a été unanime aux suffrages de cent vingt-cinq voix.
Hier l’abbaye de l’arquebuse de Couvet me fit offrir le même honneur, et je l’acceptai de même. Vous savez que je suis déjà de celle de Môtiers. Je vous avoue que je suis plus flatté de ces marques de bienveillance, après un assez long séjour dans le pays pour que ma conduite et mes moeurs y fussent connues, que si elles m’eussent été prodiguées d’abord en y arrivant.
Lettre DXLI– À M. Duclos
Môtiers, le 13 janvier 1765.
How can you believe that I would want to go to Corsica, knowing that French troops are there? Do you think I don’t have enough misfortunes already, without going out to seek more? No, sir. In the depths of my despair, I need time to catch my breath; I need to go far from Geneva in search of some moments of peace. For no place on earth will allow me to stay for long—I can only hope for it within the embrace of humanity. I still don’t know which direction I will take; there are hardly any choices left. Along the way, I would like to find a permanent refuge where I could settle down and be given the human decency to die in peace. But where can I find such a place among Christians? Turkey is far too distant from here.
Do not doubt, dear Saint-Brisson, that it was a great pleasure for me to have you as my traveling companion, my consoler, and my nurse; yet I have serious objections to this very journey regarding you. First of all, please put aside the idea of consulting me on anything or finding any solace in our conversations against boredom. The constant turmoil leaves me utterly stunned; my mind is in a state of lethargy, even my heart seems dead—I feel nothing and think nothing anymore. There is only one pleasure left in my life: I still enjoy walking, but even while walking, I do not dream. I perceive the objects that come into contact with me, but that is all. I had tried to engage in a bit of botany to at least enjoy identifying some plants along the way; but my memory has completely faded—it is unable to handle such tasks even. Imagine what kind of pleasure it would be to travel with such an “automaton.”
That’s not all. I sense the negative impact that your trip here will have on you. You’re already in a difficult situation among those devout people; do you really want to ruin yourself completely? Even your own compatriots generally don’t forgive you for knowing me—how could they ever forgive you for loving me? I’m very upset that you appointed me as the leader of your group; don’t make such a foolish mistake again, or I will truly become your enemy. Above all, tell me what you think your family will think of this trip: your mother will be horrified at the thought. I myself shudder when I consider the terrible consequences it could have for your loved ones. And you still want me to let you go ahead with this! That would be asking me to do something I would refuse even if I were the last person in the world. No, sir—obtain your mother’s consent first, and then come back. I will welcome you with great joy; but otherwise, let’s not talk about it anymore.
Letter DXXXIX – To Mr. d’Ivernois
Môtiers, January 7, 1765.
Sir, I have received, along with your recent letters, including that dated the 5th, the responses to those writings penned from the countryside. This work is excellent and should always serve as a guide for citizens. Such is the respectful, yet firm and noble tone that must be adopted at all times—instead of the fearful and subservient manner in which people used to dare speak; however, it must never be taken too far. Since your magistrates are no longer my superiors, I am able to address them in a tone that you would perhaps not find appropriate to emulate.
I once again thank you for the countless attentions you have taken to my minor requests—requests that, given the constant effort they require of you, are in fact quite substantial. It seems from your activities that you devote all your time to attending to me. Your kind and diligent care, sir, can be just as helpful to me as your friendship will be precious to me. And once I am able to settle into my new circumstances, with the assurance of your continued kindness, I shall certainly not spare any effort to repay your generosity.
I have not yet given the louis you requested to my poor neighbor: firstly, because her health is now somewhat better, and she is no longer in the dire condition you had specified; and secondly, because you insist on not being named as the donor, a requirement I cannot accept, as it would imply to those good people that this generosity comes from me, and that I am concealing my identity out of modesty—a notion I certainly do not wish to encourage.
Many thanks to Mr. Deluc for his kind willingness. I must admit that the idea would be very pleasing to me; but first and foremost, I would not have it happen that Mr. Deluc, who is already so occupied with other matters, goes to the trouble himself. Moreover, I fear that the cost of such a project might exceed my current financial means. However, he has promised to provide me with a microscope; perhaps even two will be needed. He knows how to use them, and he will decide what is best. It would also be very helpful if I could obtain some ultramarine and cinnabar in pure colors, as well as indigo and gum arabic.
It is highly desirable that the ferment caused by these recent writings not lead to any turmoil. If the people of Geneva are wise, they will gather together, but peacefully; they will refrain from any impetuosity or hasty actions. Indeed, time is working against them, for efforts will be made relentlessly to divide them, and sooner or later success will be achieved. The combination of rights, prejudices, and circumstances requires both wisdom and determination in one’s actions. There are moments that never return if they are missed; yet it takes both insight to recognize them and skill to seize them. Could there not be some way to awaken the “Two-hundred”? If it does not see its own interests here, its members are but empty vessels. But be assured: traps will be set for you, and beware of false friends. Make use of Mr. Ch, ’s apparent zeal, but do not trust it—I repeat this. Nor rely on the man to whom you sent your reply. If action is necessary, let it take place elsewhere. Moreover, I begin to think that, if we behave wisely, this risky resource may not be needed at all.
You would like an inscription on your copy. My fellow Saint-Gervaisians have included one that relates to the work itself; here is another one that refers to the author: “Alto quoesivit caelo lucem, ingemuitque repertà.”
I regret having to use Latin with you; but French is utterly inadequate for such a purpose—it is weak, lifeless; it lacks both vitality and strength.
A thousand thanks, please, to Madame d’lvernois for her kindness in overseeing the purchase on behalf of Mademoiselle Le Vasseur. Her taste is evident in her purchases, just as her intellect is evident in her letters. I embrace you with all my heart.
Here is a letter for Mr. Moultou: his letter brought me great joy, and my heart needed it.
I realize that the inscription above is much too long for the purpose you have in mind. Here is one invented by Mr. Moultou, which says roughly the same thing in fewer words: “Luget et monet.”
I forgot to tell you that at the beginning of this month, the gentlemen of Couvet sent me a delegation asking me to grant their community’s bourgeoisie the honor they desired; I did so with gratitude. The next day, one of the governors, along with the secretary, brought me letters worded in very polite and honorable terms. On the cover of these letters, my motto was depicted in miniature. I told them, for I wish to tell you everything, that I felt more free as a subject of a just king, and more honored to be a member of a community where equality and harmony reigned, than as a citizen of a republic where laws were mere words and freedom nothing but a deception. The letters stated that the decision had been unanimously approved by one hundred twenty-five votes.
Yesterday, the abbey of Couvet also offered me the same honor, and I accepted it in the same manner. You know that I already belong to the abbey of Môtiers. I must confess that I feel more flattered by such signs of goodwill, after having spent a considerable amount of time in this region so that my behavior and manners are known there, than if they had been bestowed upon me upon my arrival.
Letter DXLI – To Mr. Duclos
Môtiers, January 13, 1765.
Come potete credere che io voglia andare in Corsica, sapendo che ci sono truppe francesi? Ritenete forse che i miei mali non siano già abbastanza, senza che debba cercarne altri? No, signore: nell’abisso di dolore in cui mi trovo, ho bisogno di riprender fiato; ho bisogno di allontanarmi da Ginevra per trovare qualche momento di pace. Poiché nessuno al mondo mi permetterà di vivere in tranquillità, posso sperarlo soltanto nel grembo della morte. Non so ancora verso quale direzione andrò: non mi resta quasi più nulla da scegliere. Vorrei, lungo il cammino, trovare un rifugio stabile dove potermi stabilire per sempre, dove qualcuno avesse la bontà di accogliermi e lasciarmi morire in pace. Ma dove trovarlo tra i cristiani? La Turchia. Lontano da qui.
Non dubitate, caro Saint-Brisson, che sia stato per me molto dolce avervi come compagno di viaggio, consolatore e assistente durante questa traversata. Tuttavia, riguardo a questo stesso viaggio, ho grandi obiezioni riguardo a voi. Prima di tutto, smettete subito di volermi consultare su qualsiasi cosa e di cercare nel mio dialogo il minimo conforto contro la noia. L’assordante tumulto causato da continue agitazioni mi ha reso stupido; la mia mente è in letargo, persino il mio cuore sembra morto. Non sento più nulla, non penso più a nulla. Mi rimane un solo piacere nella vita: amo ancora camminare, ma camminando non sogno nemmeno; percepisco soltanto le sensazioni degli oggetti che mi circondano, e nient’altro. Volevo provare a occuparmi di botanica, almeno per riconoscere qualche pianta lungo il cammino, ma la mia memoria è completamente spenta; non riesce nemmeno a farlo. Immaginate quale possa essere il piacere di viaggiare con un “automato” del genere.
Non è tutto. Percepisco chiaramente gli effetti negativi che questo viaggio avrà su di voi stesso. Non state già in buone condizioni tra i devoti; volete davvero perdervi completamente? Anche i vostri connazionali, in generale, non vi perdonano il fatto che mi conosciate. Come potrebbero mai perdonarvi se mi amaste? Sono molto dispiaciuto che mi abbiate nominato a capo del vostro gruppo: non commettete più una simile sciocchezza, altrimenti perderò definitivamente la vostra stima. Ditemi soprattutto con quale atteggiamento pensate che la vostra famiglia accoglierà questo viaggio. Vostra madre ne sarà sconvolta; anch’io tremo al pensiero degli effetti disastrosi che potrebbe avere sui vostri cari. E voi vorreste che io vi lasciasi fare! È impossibile. Non, signore: ottenete prima l’approvazione di vostra madre e poi venite. Vi abbraccio con grande gioia. Ma senza questo, non ne parliamo più.
Lettera DXXXIX – A Monsieur d’Ivernois
Môtiers, 7 gennaio 1765.
Signore, con le vostre ultime lettere, compresa quella del 5, ho ricevuto la risposta alle Lettere scritte dalla campagna. Quest’opera è eccellente e dovrebbe sempre costituire il manuale dei cittadini. Ecco, signore, il tono rispettoso, ma fermo e nobile, che si deve sempre adottare, al posto di quel tono timido e servile che un tempo nessuno osava usare; tuttavia, non bisogna mai oltrepassare i limiti. Poiché i vostri magistrati non sono più i miei superiori, posso, nei loro confronti, adottare un tono che a voi non conviene imitare.
Vi ringrazio sinceramente per i numerosi sforzi che avete compiuto nel prendervi cura delle mie piccole commissioni, sforzi che, data la loro continuità, devono esservi stati particolarmente onerosi, poiché sembra che la vostra attività quotidiana sia interamente dedicata a me. I vostri premurosi gesti, signore, possono essere per me altrettanto utili quanto la vostra amicizia possa rivelarsi preziosa; e quando vorrete prendere in considerazione le nostre condizioni, una volta che anch’io sarò in grado di contribuire al nostro sostentamento, con certezza non risparmierò alcuno sforzo per ricambiare la vostra gentilezza.
Non ho ancora consegnato il luigi che mi avete chiesto alla mia povera vicina: innanzitutto, perché la sua salute, sebbene ora sia discreta, non è assolutamente nelle condizioni che avevate stabilito; in secondo luogo, perché voi esigete che il vostro nome non venga menzionato, una condizione che non posso accettare, poiché ciò significherebbe far credere a quelle brave persone che questa generosità proviene da me e che io mi nascondo per modestia, un’idea alla quale non intendo dare alcun peso.
Un grande ringraziamento va al signor Deluc per la sua gentilezza. Non vi nasconderò che l’idea mi piacerebbe molto; tuttavia, innanzitutto, non permetterei mai che il signor Deluc, già impegnato in altre attività, si prendesse personalmente questo disturbo, e temo che questa iniziativa possa costare più di quanto io sia attualmente in grado di spendere. Ma mi ha promesso di procurarmi un microscopio; forse ne serviranno addirittura due. Lui conosce bene il suo utilizzo, deciderà lui stesso. Sarei anche molto contento di disporre, in colori ben puri, di un po’ di ultramarino, di carminio, di verde di bile e di gomma arabica.
È molto auspicabile che la fermentazione causata dagli ultimi scritti non sia di natura tumultuosa. Se i genevesi sono saggi, si riuniranno, ma in modo pacifico; non commetteranno alcuna imprudenza né intraprenderanno azioni affrettate. È vero che il tempo lavora contro di loro: ci saranno sforzi concertati per dividerli, e prima o poi ci riusciranno. La combinazione di diritti, pregiudizi e circostanze richiede, nelle decisioni da prendere, sia saggezza che fermezza. Ci sono momenti che non si ripetono se vengono trascurati; ma per coglierli è necessaria sia profondità di analisi che abilità nell’agire. Non esisterebbe forse un modo per risvegliare un po’ l’interesse del “Deux-cents”? Se non ne riconosce qui il proprio vantaggio, i suoi membri non sono altro che strumenti nelle mani degli altri. Ma state attenti: vi verranno tesi trappole, e fatevi guardia dai falsi fratelli. Approfittate della apparente zelosità di M. Ch,, ma non fidatevi troppo; ve lo ripeto. Non contate nemmeno sull’uomo a cui avete inviato una risposta: se dovesse essere necessario agire, che ciò avvenga altrove. Del resto, inizio a pensare che, se ci comporteremo bene, questa risorsa rischiosa non sarà affatto necessaria.
Desiderate una dedica sul vostro esemplare? I miei cari concittadini di Saint-Gervais hanno scritto una che riguarda l’opera stessa; ecco un’altra dedicata all’autore: “Alto quoesivit caelo lucem, ingemuitque repertà”.
Mi dispiace dovervi usare il latino; ma il francese non è adatto affatto a questo scopo: è privo di vitalità, senza energia, senza vita stessa.
Mille ringraziamenti, vi prego, alla signora d’lvernois per la gentilezza dimostrata nell’organizzare l’acquisto per la signorina Le Vasseur. Il suo gusto si manifesta chiaramente nelle sue spese, così come il suo intelletto nelle sue lettere. Vi abbraccio con tutto il mio cuore.
Ecco una lettera per il signor Moultou: la sua mi ha fatto grande piacere, e il mio cuore ne aveva bisogno.
Mi rendo conto che la scritta sopra riportata è decisamente troppo lunga per l’uso che intendete farne. Ecco invece una versione ideata dal signor Moultou, che dice più o meno lo stesso in meno parole: “Luget et monet”.
Dimenticavo di dirvi che all’inizio di questo mese i signori de Couvet mi inviarono una delegazione per chiedermi di accettare l’invito della borghesia della loro comunità; cosa che feci con gratitudine. Il giorno seguente, uno dei governatori insieme al segretario mi portarono delle lettere redatte in termini molto cortesi e onorevoli; all’interno di tali lettere, disegnata in miniatura, era stata messa anche la mia massima preferita. Dissi loro, poiché non voglio nascondervi nulla, che mi sentivo più libero essendo suddito di un re giusto e più onorato nell’appartenere a una comunità dove regnavano l’uguaglianza e l’armonia, piuttosto che cittadino di una repubblica in cui le leggi erano solo parole vuote e la libertà soltanto un inganno. Le lettere indicavano inoltre che la delibera era stata unanime, con centoventicinque voti a favore.
Ieri l’abbazia di Couvet mi ha offerto lo stesso onore, e io l’ho accettato allo stesso modo. Sapete che appartengo già all’abbazia di Môtiers. Vi confesso che sono molto lusingato da queste manifestazioni di benevolenza, dopo un soggiorno abbastanza lungo in questa regione da far conoscere le mie azioni e i miei comportamenti, piuttosto che se mi fossero state offerte fin dal mio arrivo.
Lettera DXLI – A Monsieur Duclos
Môtiers, 13 gennaio 1765.
J’attendais, mon cher ami, pour vous remercier de votre présent, que j’eusse eu le plaisir de lire cette nouvelle édition, et de la comparer avec la précédente ; mais la situation violente où me jette la fureur de mes ennemis ne me laisse pas un moment de relâche ; et il faut renvoyer les plaisirs à des moments plus heureux, s’il m’est encore permis d’en attendre. Votre portrait n’avait pas besoin de la circonstance pour me causer de l’émotion ; mais il est vrai qu’elle en a été plus vive par la comparaison de mes misères présentes avec les temps où j’avais le bonheur de vous voir tous les jours. Je voudrais bien que vous me fissiez l’amitié de m’en donner une seconde épreuve pour mon portefeuille. Les vrais amis sont trop rares pour qu’en effet la planche ne restât pas longtemps neuve, si vous n’en donniez qu’une épreuve à chacun des vôtres ; mais j’ose ici dire, au nom de tous, qu’ils sont bien dignes que vous l’usiez pour eux.
Quoique je sache que vous n’êtes point fait pour en perdre, je suis peu surpris que vous ayez à vous plaindre de ceux avec lesquels j’ai été forcé de rompre. Je sens que quiconque est un faux ami pour moi n’en peut être un vrai pour personne.
Ils travaillent beaucoup à me faciliter l’entreprise d’écrire ma vie, que vous m’exhortez de reprendre. Il vient de paraître à Genève un libelle effroyable, pour lequel la dame d’Épinay a fourni des mémoires à sa manière, lesquels me mettent déjà fort à mon aise vis-à-vis d’elle et de ce qui l’entoure. Dieu me préserve toutefois de l’imiter, même en me défendant ! Mais sans révéler les secrets qu’elle m’a confiés, il m’en reste assez de ceux que je ne tiens pas d’elle pour la faire connaître autant qu’il est nécessaire en ce qui se rapporte à moi. Elle ne me croit pas si bien instruit ; mais, puisqu’elle m’y force, elle apprendra quelque jour combien j’ai été discret. Je vous avoue cependant que j’ai peine encore à vaincre ma répugnance, et je prendrai du moins des mesures pour que rien ne paraisse de mon vivant. Mais j’ai beaucoup à dire, et je dirai tout ; je n’omettrai pas une de mes fautes, pas même une de mes mauvaises pensées. Je me peindrai tel que je suis : le mal offusquera presque toujours le bien ; et, malgré cela, j’ai peine à croire qu’aucun de mes lecteurs ose se dire : Je suis meilleur que ne fut cet homme-là.
Cher ami, j’ai le coeur oppressé, j’ai les yeux gonflés de larmes ; jamais être humain n’éprouva tant de maux à la fois. Je me tais, je souffre, et j’étouffe. Que ne suis-je auprès de vous ! du moins je respirerais. Je vous embrasse.
Lettre DXLII– À M. d’Ivernois
Môtiers, 17 janvier 1765.
Votre lettre, monsieur, du 9 de ce mois, ne m’est parvenue qu’hier, et très certainement elle avait été ouverte.
Il me semble que je ne serais pas de votre avis sur la question de porter ou de ne-pas porter au conseil général les griefs de la bourgeoisie, puisqu’en supposant de la part du petit conseil le refus de la satisfaire sur ses griefs, il n’y a nul autre moyen de prouver qu’il y est obligé : car enfin de ce que des particuliers se plaignent, il ne s’ensuit pas qu’ils aient raison de se plaindre, et de ce qu’ils disent que la loi a été violée, il ne s’ensuit pas que cela soit vrai, surtout quand le conseil n’en convient pas. Je vois ici deux parties ; savoir, les représentants et le petit conseil. Qui sera juge entre les deux ?
D’ailleurs la grande affaire en cette occasion est d’annuler le prétendu droit négatif dans sa partie qui n’est pas légitime ; et rien n’est plus important pour constater cette nullité que l’appel au conseil général. Le fait seul de cette assemblée donnerait aux représentants gain de cause, quand même lers griefs n’y seraient pas adoptés.
Je conviens que par la diminution du nombre cette souveraine assemblée perdra peu à peu son autorité ; mais cet inconvénient, peut-être inévitable, est encore éloigné, et il est bien plus grand en renonçant dès à présent aux conseils généraux. Il est certain que votre gouvernement tend rapidement à l’aristocratie héréditaire ; mais il ne s’ensuit pas qu’on doive abandonner dès à présent un bon remède, et surtout s’il est unique, seulement parce qu’on prévoit qu’il perdra sa force un jour. Mille incidents peuvent d’ailleurs retarder ce progrès encore ; mais si le petit conseil demeure seul juge de vos griefs, en tout état de cause vous êtes perdus.
La question me paraît bien établie dans ma huitième lettre. On se plaint que la loi est transgressée. Si le conseil convient de cette transgression et la répare, tout est dit, et vous n’avez rien à demander de plus ; mais s’il n’en convient pas, ou refuse de la réparer, que vous reste-t-il à demander pour l’y contraindre ? un conseil général.
L’idée de faire une déclaration sommaire des griefs est excellente ; mais il faut éviter de la faire d’une manière trop dure, qui mette le conseil trop au pied du mur. Demander que le jugement contre moi soit révoqué, c’est demander une chose insupportable pour eux, et aussi parfaitement inutile pour vous que pour moi. 11 n’est pas même sûr que l’affirmative passât au conseil général ; et ce serait m’exposer à un nouvel affront encore plus solennel. Mais demander si l’article 88 de l’ordonnance ecclésiastique ne s’applique pas aux auteurs des livres ainsi qu’à ceux qui dogmatisent de vive voix, c’est exiger une décision très raisonnable, qui dans le droit aura la morne force, en supposant l’affirmative, que si la procédure était annulée, mais qui sauve le conseil de l’affront de l’annuler ouvertement. Sauvez à vos magistrats des rétractations humiliantes, et prévenez les interprétations arbitraires pour l’avenir. Il y a cependant des points sur lesquels on doit exiger les déclarations les plus expresses ; tels sont les tribunaux sans syndics, tels sont emprisonnements faits d’office, etc. Laissez là, messieurs, le petit point d’honneur, et allez au solide. Voilà mon avis.
J’ai reçu les couleurs et le microscope ; mille remerciements, et à M. Deluc. N’oubliez pas, je Vous supplie, de tenir une note exacte de tout. Dans celle que vous m’avez envoyée vous avez oublié la flanelle ; je vous prie de réparer cette omission.
J’ai fait donner le louis à ma voisine. Digne homme, que les bénédictions du ciel sur vous et sur votre famille augmentent de jour en jour une fortune dont vous faites un si noble usage.
Le messager doit partir la semaine prochaine. Je voudrais que vous attendissiez les occasions de vous servir de lui plutôt que d’importuner incessamment M. le trésorier pour tant de petits articles qui ne pressent point du tout, et dont l’expédition lui donne encore plus d’incommodité qu’à moi d’avantage.
Ne faites rien mettre dans la gazette. Le gazetier, vendu à mes ennemis, altérerait infailliblement votre article, ou l’empoisonnerait dans quelque autre. D’ailleurs à quoi bon ? Que ne suis-je oublié du genre humain ! que ne puis-je, aux dépens de cette petite gloriole, qui ne me flatta de ma vie, jouir du repos que j’idolâtre, de cette paix si chère à mon coeur, et qu’on ne goûte que dans l’obscurité ! Oh ! si je puis faire une fois mes derniers adieux au public !… Mais peut-être avant cet heureux moment faut-il les faire à la vie. La volonté de Dieu soit faite. Je vous embrasse tendrement.
Je vous prie de vouloir bien donner cours à cette lettre pour Chambéry. Je ne puis faire la procuration que vous demandez que dans la belle saison, voulant qu’elle soit légalisée à Yverdon ou à Neuchâtel, par des raisons que je vous expliquerai et qui n’ont aucun rapport à la chose.
Lettre DXLIV– À M. du Peyrou
Môtiers, le 24 janvier 1765.
Je vous avoue que je ne vois qu’avec effroi l’engagement[866] que je vais prendre avec la compagnie en question si l’affaire se consomme ; ainsi quand elle manquerait, j’en serais très peu puni. Cependant, comme j’y trouverais des avantages solides, et une commodité très grande pour l’exécution d’une entreprise que j’ai à coeur, que d’ailleurs je ne veux pas répondre malhonnêtement aux avances de ces messieurs, je désire, si l’entreprise se rompt, que ce ne soit pas par ma faute. Du reste, quoique je trouve les demandes que vous avez faites en mon nom un peu fortes, je suis fort d’avis, puisqu’elles sont faites, qu’il n’en soit rien rabattu.
My dear friend, I was waiting to thank you for your gift until I had the pleasure of reading this new edition and comparing it with the previous one; but the violent circumstances into which my enemies have thrown me do not allow me a moment of respite; and I must postpone such pleasures until more fortunate times, if it is still possible for me to hope for them. Your portrait would have moved me without this particular circumstance; but indeed, the comparison between my current misfortunes and the times when I had the happiness of seeing you every day made its effect even more profound. I would be very grateful if you would kindly give me another copy of it for my collection. True friends are too rare for such a gift not to remain “new” for a long time, especially if you only gave one copy to each of them; but on behalf of all of us, I dare say that they are indeed worthy of such a gesture from you.
Although I know you are not the kind of person to lose such things, I am not surprised that you have reason to complain about those with whom I was forced to break ties. I feel that anyone who is a false friend to me cannot possibly be a true friend to anyone else.
They are doing a great deal to make it easier for me to undertake the task of writing my life, which you urge me to resume. A terrible libel has just been published in Geneva; Madame d’Épinay provided her own version of the events in the form of memoirs, which already put me in a very advantageous position regarding her and those around her. However, God forbid that I should imitate her, even in order to defend myself! But without revealing the secrets she confided to me, there is still enough information that I possess, albeit not from her, to expose her as fully as necessary in relation to me. She does not believe I am so well-informed; but since she forces me to do this, one day she will discover how discreet I have been. I must admit, however, that it still takes great effort for me to overcome my reluctance; at the very least, I will take measures to ensure that nothing of what I write is made public during my lifetime. But I have much to say, and I will say it all—I will not omit any of my mistakes, not even any of my evil thoughts. I will present myself as I really am: evil will almost always overshadow good; and yet, I find it hard to believe that any of my readers would dare to say to themselves, “I am better than that man was.”
My dear friend, my heart is overwhelmed with sorrow; my eyes are filled with tears. No human has ever endured so much suffering at once. I remain silent, I suffer, and I feel like I am suffocating. How I wish I were by your side! At least then I could breathe freely. I kiss you.
Letter DXLII – To Mr. d’Ivernois
Môtiers, January 17, 1765.
Your letter, sir, dated the 9th of this month, did not reach me until yesterday, and it had certainly been opened in the meantime.
It seems to me that I would not agree with you on the matter of whether or not to bring the grievances of the bourgeoisie before the general council. For if it is assumed that the lower council will refuse to address these grievances, there is no other way to prove that it is obliged to do so. After all, just because individuals complain does not mean that they have a right to complain, and just because they claim that the law has been violated does not necessarily mean that this is true, especially when the council disagrees. Here, I see two opposing parties: the representatives and the lower council. Who will act as the judge between them?
Moreover, the main issue at hand is to annul that purported negative right in its illegitimate portion; and nothing is more important than calling upon the General Council to establish this nullity. The very fact of such a meeting would grant the representatives victory in their cause, even if their grievances were not ultimately adopted.
I admit that by reducing the number of members, this supreme assembly will gradually lose its authority; but this disadvantage, perhaps inevitable, is still far from happening at present. Moreover, the consequences of abandoning the general councils now would be far more severe. It is certainly true that your government is rapidly moving towards hereditary aristocracy; but that does not mean we should abandon a good remedy—especially one that may be the only one available—just because we anticipate that it will lose its effectiveness someday. In fact, countless factors could slow down this process further; but if the small council remains the sole authority to judge your grievances, then in any case you are doomed.
The issue seems to have been clearly addressed in my eighth letter. People complain that the law is being violated. If the council agrees with this violation and takes steps to remedy it, then nothing further needs to be asked for; but if it does not agree or refuses to rectify the situation, what else can be done to force it to do so? A general council, perhaps.
The idea of making a brief statement of the grievances is excellent; but it must be avoided to do so in a too harsh manner that puts the council in an extremely difficult position. To demand that the judgment against me be revoked is to ask for something utterly unacceptable to them—and just as useless to you as to me. It is not even certain that such a request would even be considered by the general council; and it would expose me to an even more solemn insult. However, to inquire whether Article 88 of the ecclesiastical ordinance applies to the authors of such books as well as to those who preach their doctrines aloud is to ask for a perfectly reasonable decision. In theory, such a decision would have the same force as if the proceedings were annulled—if that were possible—but it would at least save the council from the humiliation of having to annul them outright. Save your magistrates from humiliating retracts, and prevent arbitrary interpretations in the future. There are, however, certain matters where the most explicit declarations must be demanded—such as cases involving courts without assessors, or arbitrary imprisonments, etc. Ladies and gentlemen, let us put aside such trivial matters of pride and focus on what is truly important. This is my opinion.
I have received the colors and the microscope; thank you very much, especially to Mr. Deluc. I beg you not to forget to keep an exact record of everything. In the note you sent me, you forgot to mention the flannel; please correct this oversight.
I gave the louis to my neighbor. What a worthy man—may the blessings of heaven increase day by day your wealth and that of your family, as you use it for such noble purposes.
The messenger must set off next week. I would like you to wait for appropriate opportunities to use him, rather than constantly bothering Mr. the Treasurer with so many minor requests that are not urgent at all, and whose dispatch causes him even more inconvenience than it does me.
Do not allow anything to be published in the newspaper. The journalist, having been sold to my enemies, would inevitably alter your article or distort it in some other way. Moreover, what is the point? Why not be forgotten by mankind! Why not, at the cost of this fleeting glory that never truly pleased me in my life, enjoy the peace I so cherish—that peace which can only be found in obscurity! Oh, if only I could bid farewell to the public one last time. But perhaps before that happy moment comes, I must first say goodbye to life. Let God’s will be done. I embrace you tenderly.
I beg you to kindly process this letter on behalf of Chambéry. I can only act as the proxy that you request during the summer season, in order for it to be legally authenticated in Yverdon or Neuchâtel—for reasons that I will explain to you, and which have nothing to do with the actual matter at hand.
Letter DXLIV – To Mr. du Peyrou
Môtiers, January 24, 1765.
I must confess that I view with great fear the commitment[866] I will be making to the aforementioned company if this matter comes to fruition; in that case, if it fails, I would suffer very little consequences. However, since I would gain substantial advantages and considerable convenience in carrying out a project that is dear to me, and moreover, since I do not wish to dishonestly reject the offers made by these gentlemen, I hope that, should the project fail, it will not be due to my fault. Nevertheless, although I find the requests you have made on my behalf to be somewhat excessive, I am of the firm opinion that, now that they have been made, nothing should be reduced or canceled.
Caro amico, aspettavo di aver avuto il piacere di leggere questa nuova edizione e di confrontarla con la precedente per potervi ringraziare del vostro regalo; ma la violenta situazione in cui mi trovo a causa della furia dei miei nemici non mi lascia un attimo di tregua; quindi devo rimandare questi piaceri a momenti più felici, se mai mi sarà ancora permesso aspettarli. Il vostro ritratto, anche senza questa circostanza, avrebbe già suscitato in me emozioni profonde; ma è vero che la comparazione tra le mie attuali miserie e i tempi in cui avevo la fortuna di vedervi ogni giorno ha reso queste emozioni ancora più intense. Vorrei molto che mi concedeste un’altra copia del vostro ritratto da aggiungere al mio portafoglio. I veri amici sono troppo rari perché una tale “targhetta” possa rimanere nuova a lungo, se voi ne date solo una copia a ciascuno di loro; ma oso dire, a nome di tutti, che essi sono davvero degni che voi la utilizziate per loro.
Sebbene sappia che non siete il tipo da perderli, non mi sorprende affatto che vi lamentiate di coloro con cui sono stato costretto a rompere i rapporti. Sento che chiunque sia un falso amico per me non può essere considerato tale nemmeno per altri.
Lavorano molto per facilitarmi il compito di scrivere la mia vita, che voi mi esortate a riprendere. È appena uscito a Ginevra un libello orribile; la signora d’Épinay vi ha fornito i suoi ricordi a modo suo, e questi mi mettono già in una posizione molto vantaggiosa rispetto a lei e a tutto ciò che la circonda. Tuttavia, Dio mi protegga dal imitarla, anche solo per difendermi! Ma senza rivelare i segreti che mi ha confidato, ne ho ancora abbastanza di quelli che non le devo per farla conoscere nel modo necessario riguardo a me. Lei non crede che io sia così ben informato; ma poiché mi costringe a farlo, un giorno scoprirà quanto sia stato discreto. Vi confesso tuttavia che fatico ancora ad superare la mia ripugnanza, e prenderò almeno le misure necessarie affinché nulla venga reso noto durante la mia vita. Ma ho molto da dire, e dirò tutto; non ometterò nessuno dei miei errori, né nemmeno una delle mie cattive pensieri. Mi descriverò così come sono: il male offuscherà quasi sempre il bene; eppure, fatico a credere che qualche mio lettore osi dire: “Sono migliore di quell’uomo”.
Caro amico, il mio cuore è oppresso, i miei occhi sono pieni di lacrime; nessun essere umano ha mai provato tanti mali contemporaneamente. Taccio, soffro, e mi sento soffocare. Quanto vorrei essere al tuo fianco! Almeno potrei respirare liberamente. Ti bacio.
Lettera DXLII – A Monsieur d’Ivernois
Môtiers, 17 gennaio 1765.
La sua lettera, signore, datata 9 di questo mese, è arrivata solo ieri, e sicuramente era già stata aperta.
Mi sembra che non condividerei la vostra opinione riguardo alla questione di portare o meno i reclami della borghesia al consiglio generale: infatti, supponendo che il piccolo consiglio rifiuti di soddisfare tali reclami, non esiste alcun altro modo per dimostrare che sia obbligato a farlo; dopotutto, il fatto che dei privati si lamentino non significa necessariamente che abbiano ragione nel farlo, e il fatto che sostengano che la legge sia stata violata non implica necessariamente che ciò sia vero, soprattutto quando il consiglio stesso non è d’accordo. Qui ci sono due parti in conflitto: i rappresentanti e il piccolo consiglio. Chi avrà il ruolo di giudice tra loro?
Del resto, l’aspetto principale di questa questione consiste nel annullare quella parte del cosiddetto “diritto negativo” che non è legittima; e nulla è più importante per dimostrare tale invalidità dell’appello al consiglio generale. Il solo fatto che si tenga un’assemblea del genere conferirebbe ai rappresentanti il vantaggio legale, anche se le loro lamentele non venissero accolte.
Concordo sul fatto che, con la riduzione del numero dei membri di questa sovrana assemblea, essa perderà gradualmente la sua autorità; tuttavia, questo svantaggio, forse inevitabile, è ancora lontano dall’aver luogo, e diventa molto più grave se si rinunciasse immediatamente ai consigli generali. È certo che il vostro governo tende rapidamente verso un sistema aristocratico ereditario; ma ciò non significa che si debba abbandonare subito una soluzione efficace, soprattutto se è l’unica disponibile, solo perché si prevede che un giorno possa perdere la sua efficacia. Inoltre, mille eventi potrebbero ritardare ulteriormente questo processo; ma se il piccolo consiglio rimarrà l’unico a giudicare i vostri problemi, in ogni caso sarete perduti.
La question mi sembra essere stata chiaramente affrontata nella mia ottava lettera. Si lamenta che la legge venga trasgredita; se il consiglio riconosce tale trasgressione e la rimuove, allora non c’è nulla di altro da chiedere; ma se non la riconosce o si rifiuta di correggerla, cosa vi resta da fare per costringerlo a farlo? Un consiglio generale.
L’idea di formulare una dichiarazione sommaria delle accuse è eccellente; tuttavia bisogna evitare di farlo in modo troppo duro, poiché ciò metterebbe il consiglio in una situazione difficile. Chiedere che la sentenza contro di me venga revocata significa richiedere qualcosa di insopportabile per loro, e allo stesso tempo del tutto inutile sia per voi che per me. Non è nemmeno certo che una risposta affermativa arriverebbe al consiglio generale; inoltre, ciò mi esporrebbe a un nuovo affronto ancora più grave. Tuttavia, chiedere se l’articolo 88 dell’ordinanza ecclesiastica si applichi sia agli autori di tali libri che a coloro che ne fanno la dottrina ad alta voce significa richiedere una decisione del tutto ragionevole: essa avrebbe, nel diritto, lo stesso effetto di un annullamento della procedura, anche se positivo; inoltre, permetterebbe al consiglio di evitare l’umiliazione di doverla annullare apertamente. Salvate i vostri magistrati da rettifiche umilianti e prevetete interpretazioni arbitrarie per il futuro. Tuttavia, ci sono alcuni punti su cui è necessario richiedere dichiarazioni molto chiare: si tratta di tribunali senza sindaci, di detenzioni effettuate d’ufficio, ecc. Lasciate da parte, signori, queste questioni di piccola importanza e rivolgetevi a ciò che è realmente importante. Questo è il mio parere.
Ho ricevuto i colori e il microscopio; mille ringraziamenti, soprattutto a Monsieur Deluc. Vi prego, non dimenticate di tenere una nota accurata di tutto. In quella che mi avete inviato, avete dimenticato di menzionare la flanella; vi chiedo di correggere questa omissione.
Ho regalato il luigi alla mia vicina. Che le benedizioni del cielo aumentino giorno dopo giorno la vostra fortuna e quella della vostra famiglia, voi che ne fate un uso così nobile.
Il messaggero deve partire la prossima settimana. Vorrei che aspettaste le occasioni opportune per utilizzarlo, invece di importunare costantemente il signor tesoriere per tanti piccoli acquisti che non sono affatto urgenti e la cui spedizione causa al signor tesoriere ancora più disagi di quanto possa portarmene vantaggio io.
Non fate pubblicare nulla sul giornale. Il giornalista, vendutosi ai miei nemici, altererebbe inevitabilmente il vostro articolo o lo “avvelenerebbe” in qualche altro modo. Del resto, a che scopo? Perché non essere dimenticato dall’umanità. Perché non poter, a scapito di questa piccola gloria che nella mia vita non mi ha mai lusingato, godere del riposo che adoro, di quella pace tanto cara al mio cuore e che si può assaporare solo nell’oscurità. Oh! Se solo potessi dire addio per l’ultima volta al pubblico. Ma forse, prima di quel momento felice, devo dire addio alla vita stessa. Che sia fatta la volontà di Dio. Vi abbraccio teneramente.
Vi prego di voler dare esecuzione a questa lettera per Chambéry. Posso esercitare l’incarico che mi chiedete soltanto durante la stagione estiva, poiché desidero che venga legalizzata a Yverdon o a Neuchâtel, per motivi che vi spiegherò e che non hanno alcuna relazione con la questione in sé.
Lettera DXLIV – A Monsieur du Peyrou
Môtiers, 24 gennaio 1765.
Devo ammettere che vedo con grande timore l’impegno che dovrò assumere con la compagnia in questione se l’affare andrà a buon fine; in tal caso, ne subirei conseguenze molto lievi. Tuttavia, poiché ci troverei degli vantaggi concreti e una grande comodità nell’eseguire un progetto che mi sta molto a cuore, e poiché non desidero assolutamente rifiutare ingannosamente le offerte di questi signori, vorrei che, qualora l’affare dovesse fallire, ciò avvenisse non per colpa mia. In ogni caso, anche se ritengo che le richieste che avete fatto in mio nome siano un po’ eccessive, sono assolutamente d’accordo, dato che sono già state fatte, che non venga nulla ridotto.
Je vous reconnais bien, monsieur, dans l’arrangement que vous me proposez au défaut de celui-là ; mais quoique j’en sois pénétré de reconnaissance, je me reconnaîtrais peu moi-même si je pouvais l’accepter sur ce pied là : toutefois j’y vois une ouverture pour sortir, avec votre aide, d’un furieux embarras où je suis. Car, dans l’état précaire où sont ma santé et ma vie, je mourrais dans une perplexité bien cruelle en songeant que je laisse mes papiers, mes effets, et ma gouvernante, à la merci d’un inconnu. Il aura bien du malheur su l’intérêt que vous voulez bien prendre à moi, et la confiance que j’ai en vous, ne nous amènent pas à quelque arrangement qui contente votre coeur sans faire souffrir le mien. Quand vous serez une fois mon dépositaire universel, je serai tranquille ; et il me semble que le repos de mes joins m’en sera plus doux quand je vous en serai redevable. Je voudrais seulement qu’au préalable nous puissions faire une connaissance encore plus intime. J’ai des projets de Voyage pour cet etc. Ne pour-rions-nous en faire quelqu’un ensemble ? Votre bâtiment vous occupera-t-il si fort que vous ne puissiez le quitter quelques semaines, même quelques mois, si le cas y échoit ? Mon cher monsieur, il faut commencer par beaucoup se connaître pour savoir bien ce qu’on fait quand on se lie. Je m’attendris à penser qu’après une vie si malheureuse, peut-être trouverai-je encore des jours sereins près de vous, et que peut-être une chaîne de traverses m’a-t-elle conduit à l’homme que la Providence appelle à me fermer les yeux. Au reste, je vous parle de mes voyages, parce qu’à force d’habitude les déplacements sont devenus pour moi des besoins. Durant toute la belle saison il m’est impossible de rester plus de deux ou trois jours en place sans me contraindre et sans souffrir.
Lettre DXLVI– À Madame la comtesse de B.
Môtiers, le 26 janvier 1765.
J’apprends, madame, que vous êtes une femme aussi vertueuse qu’aimable, que vous avez pour votre mari autant de tendresse qu’il en a pour vous, et que c’est à tous égards dire autant qu’il est possible. On ajoute que vous m’honorez de votre estime, et que vous m’en préparez même un témoignage qui me donnerait l’honneur d’appartenir à votre sang par des devoirs[867].
En voilà plus qu’il ne faut, madame, pour m’attacher par le plus vif intérêt au bonheur d’un si digne couple, et bien assez, j’espère, pour m’autoriser à vous marquer ma reconnaissance pour la part qui me vient de vous des bontés qu’a pour moi M. le comte de ***. J’ai pensé que l’heureux événement qui s’approche pouvait, selon vos arrangements, me mettre avec vous en correspondance ; et pour un objet si respectable je sens du plaisir à la prévenir.
Une autre idée me fait livrer à mon zèle avec-confiance. Les devons de M. le comte de *** l’appelleront quelquefois loin de vous. Je rends trop de justice à vos sentiments nobles pour douter que si le charme de votre présence lui faisait oublier ces devoirs, vous ne les lui rappelassiez vous-même avec courage. Comme un amour fondé sur-la vertu peut sans danger braver l’absence, il n’a rien de la mollesse du vice ; il se renforce par les sacrifices qui lui coûtent, et dont il s’honore à ses propres yeux. Que vous êtes heureuse, madame, d’avoir un mérite qui vous met au-dessus des craintes, et un époux qui sait si bien en sentir le prix ! Plus il aura de comparaisons à faire, plus il s’applaudira de son bonheur.
Dans ces intervalles vous passerez un temps très doux à vous occuper de lui, des chers gages de sa tendresse, à lui en parler dans vos lettres, à en parler à ceux qui prennent part à votre union. Dans ce nombre oserais-je, madame, me compter auprès de vous pour quelque chose ? J’en ai le droit par mes sentiments : essayez si j’entends les vôtres, si je sens vos inquiétudes, si quelquefois je puis les calmer. Je ne me flatte pas d’adoucir vos peines ; mais c’est quelque chose que les partager, et voilà ce que je ferai de tout mon coeur. Recevez, madame, je vous supplie, les assurances de mon respect.
Lettre DXLVIII– À M. Ballière
Môtiers, le 28 janvier 1765.
Deux envois de M. Duchesne, qui ont demeuré très longtemps en route, m’ont apporté, monsieur, l’un votre lettre et l’autre votre livre [869] : voilà ce qui m’a fait retarder si longtemps à vous remercier de l’une et de l’autre. Que ne donnerais-je pas pour avoir pu consulter votre ouvrage ou vos lumières, il y a dix ou douze ans, lorsque je travaillais à rassembler les articles mal digérés que j’avais faits pour l’Encyclopédie ! Aujourd’hui que cette collection est achevée, et que tout ce qui s’y rapporte est entièrement effacé de mon esprit, il n’est plus temps de reprendre cette longue et ennuyeuse besogne, malgré les erreurs et les fautes dont elle fourmille. J’ai pourtant le plaisir de sentir quelquefois que j’étais, pour ainsi dire, à la piste de vos découvertes, et qu’avec un peu plus d’étude et de méditation j’aurais pu peut-être en atteindre quelques-unes ; Car ? par exemple, j’ai très bien vu que l’expérience qui sert de principe à M. Rameau n’est qu’une partie de celle des aliquotes, et que c’est de cette dernière, prise dans sa totalité, qu’il faut déduire le système de notre harmonie : mais je n’ai eu du reste que des demi-lueurs qui n’ont fait que m’égarer. Il est trop tard pour revenir maintenant sur mes pas, et il faut que mon ouvrage reste avec toutes tes fautes, ou qu’il soit refondu dans une seconde édition par une meilleure main. Plût à Dieu, monsieur, que cette main fut la vôtre ! vous trouveriez peut-être assez de bonnes recherches toutes faites pour vous épargner le travail du manoeuvre, et vous laisser seulement celui de l’architecte et du théoricien.
Recevez, monsieur, je vous supplie, mes très humbles salutations.
Lettre DL– À M. Bourgeois
Môtiers, le 2 février 1765.
J’ai reçu, monsieur, avec la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire le 29 janvier, l’écrit que vous avez pris la peine d’y joindre. Je vous remercie de l’une et de l’autre.
Vous m’assurez qu’un grand nombre de lecteurs me traitent d’homme plein d’orgueil, de présomption, d’arrogance ; vous avez soin d’ajouter que ce sont là leurs propres expressions. Voilà, monsieur, de fort vilains vices dont je dois tâcher de me corriger. Mais sans doute ces messieurs, qui usent si libéralement de ces termes, sont eux-mêmes si remplis d’humilité, de douceur et de modestie, qu’il n’est pas aisé d’en avoir autant qu’eux.
Je vois, monsieur, que vous avez de la santé, du loisir, et du goût pour la dispute : je vous en fais mon compliment ; et pour moi, qui n’ai rien de tout cela, je vous salue, monsieur, de tout mon coeur.
Lettre DLII– À Madame la marquise de Verdelin
Môtiers, le 3 février 1765.
Au milieu des soins que vous donne, madame, le zèle pour votre famille, et au premier moment de votre convalescence, vous vous occupez de moi ; vous pressentez les nouveaux dangers où vont me replonger les fureurs de mes ennemis, indignés que j’aie osé montrer leur injustice. Vous ne vous trompez pas, madame ; on ne peut rien imaginer de pareil à la rage qu’ont excitée les Lettres de la montagne. Messieurs de Berne viennent de défendre cet ouvrage en termes très insultants : je ne serais pas surpris qu’on me fît un mauvais parti sur leurs terres, lorsque j’y remettrai le pied. Il faut en ce pays même toute la protection du roi pour m’y laisser en sûreté. Le conseil de Genève, qui souffle le feu tant ici qu’en Hollande, attend le moment d’agir ouvertement à son tour, et d’achever de m’écraser, s’il lui est possible. De quelque côté que je me tourne, je ne vois que griffes pour me déchirer, et que gueules ouvertes pour m’engloutir. J’espérais du moins plus d’humanité du côté de la France : mais j’avais tort ; coupable du crime irrémissible d’être injustement opprimé, je n’en dois attendre que mon coup de grâce. Mon parti est pris, madame ; je laisserai tout faire, tout dire, et je me tairai : ce n’est pourtant pas faute d’avoir à parler.
I certainly recognize you well, sir, in the arrangement you propose to me in lieu of the other one; but although I am deeply grateful for it, I would hardly recognize myself if I were to accept it on such terms. Nevertheless, I see an opportunity here to escape, with your help, from a terrible predicament in which I find myself. For, in my current fragile state of health and life, I would die in utter distress at the thought of leaving my papers, belongings, and my governess at the mercy of an stranger. It would be unfortunate if that person were to take advantage of the concern you are willing to show for me and of the trust I have in you, leading us to an arrangement that satisfies your heart without causing me any suffering. Once you become my universal trustee, I will be at peace; indeed, the comfort I feel knowing that I owe you something will make my rest even more serene. I would only like us to get to know each other more intimately beforehand. I have some travel plans in mind for this and other purposes—could we not carry them out together? Will your duties prevent you from leaving your ship for a few weeks, or even months, if necessary? My dear sir, it is essential to know each other well before entering into any commitment. The thought of finding peaceful days by your side after such a miserable life fills me with hope; perhaps a series of misfortunes has led me to the very person that Fate has destined to help me close my eyes. In any case, I mention these travel plans because, for me, moving from one place to another has become a necessity over time. During the entire summer season, it is impossible for me to stay in one place for more than two or three days without suffering greatly.
Letter DXLVI – To Madame la Comtesse de B.
Môtiers, January 26, 1765.
I learn, madam, that you are a woman as virtuous as kind, that you have for your husband all the tenderness that he has for you, and that in every respect, this is saying as much as it is possible to say. It is also said that you honor me with your esteem, and that you are even preparing me a proof of it, which would give me the honor of belonging to your family through marriage[867].
Madam, this is more than enough to bind me with the deepest interest to the happiness of such a worthy couple; and I hope it is also sufficient to allow me to express my gratitude for the kindnesses that Mr. the Count of *** has shown me through your intermediation. I thought that the upcoming happy event might, according to your arrangements, enable us to maintain correspondence; and for such a respectable purpose, I am pleased to take the initiative in informing you.
Another thought fills me with confidence and zeal. Mr. the Count of ***’s duties may sometimes require him to be away from you for a while. I know too well the nobility of your feelings to doubt that if the charm of your presence made him forget those duties, you would yourself remind him of them with courage. Just as a love based on virtue can safely endure separation, it possesses none of the weakness inherent in vice; rather, it grows stronger through the sacrifices it demands—and these very sacrifices bring it honor in his own eyes. How fortunate you are, madam, to have a virtue that places you above all fears, and a husband who understands so well its true value! The more comparisons he makes, the more he will rejoice in his own happiness.
During these intervals, you will spend some very tender time taking care of him—those dear signs of his tenderness. Talk about him in your letters, and also share this with those who are involved in your bond. In all this, may I, madam, consider myself among those who matter to you? I have the right to do so through my feelings; try whether I can understand yours, whether I can sense your worries, and perhaps sometimes even help to ease them. I do not boast that I can alleviate your pain; but sharing it is something I am willing to do with all my heart. Please accept, madam, the assurances of my respect.
Letter DXLVIII – To Mr. Ballière
Môtiers, January 28, 1765.
Two letters from Mr. Duchesne, which took a very long time to reach me, brought me, sir, firstly your letter and secondly your book [869]. This is what caused my delay in thanking you for both of them. How I wish I could have had the opportunity to study your work or benefit from your insights ten or twelve years ago, when I was working on compiling those poorly-digested articles I had written for the Encyclopédie! Now that this collection is completed and everything related to it has been completely forgotten from my mind, it is too late to embark on that lengthy and tedious task again, despite the numerous errors and inaccuracies it contains. Nevertheless, I sometimes feel that I was, so to speak, on the right track regarding your discoveries; with a little more study and reflection, I might have been able to grasp some of them. For instance, I clearly saw that the principle upon which Mr. Rameau based his work was merely a part of the principles related to the concept of “aliquotes,” and that it was actually from these latter principles, taken in their entirety, that one could derive the system of our harmony. But all I had were vague notions that only led me astray. It is too late now to change course; my work will have to remain flawed, or it will have to be revised in a second edition by someone more competent. May God grant that this person be you, sir! You might well find that enough good research has already been done to spare you the effort of undertaking such work yourself, and allow you to focus solely on your role as an architect and theorist.
Please accept, sir, my most humble greetings.
Letter DL – To Mr. Bourgeois
Môtiers, February 2, 1765.
Sir, I received, along with the letter you had the kindness to write to me on January 29th, the document you took the trouble to attach to it. I thank you for both.
You assure me that a great number of readers regard me as a man full of pride, presumption, and arrogance; you even take the trouble to add that these are their own words. Well, sir, these are indeed very vile vices, and I must strive to correct them in myself. But surely those gentlemen who use such terms so freely must themselves be filled with humility, kindness, and modesty—so much so that it is not easy for anyone else to match them in these qualities.
I see, sir, that you possess good health, leisure time, and a taste for argumentation; I offer you my compliments on these qualities. As for me, who lack all of these things, I greet you wholeheartedly, sir.
Letter DLII – To Madame la Marquise de Verdelin
Môtiers, February 3, 1765.
Amidst all the care you take for me, madam, and your zeal for your family, and in the very first moments of my recovery, you concern yourselves about me; you anticipate the new dangers into which the fury of my enemies will plunge me again, now that I have dared to expose their injustice. You are not mistaken, madam; one cannot imagine anything more terrible than the rage that the “Letters from the Mountain” have provoked. The gentlemen of Bern have just defended this work in extremely insulting terms; I would not be surprised if I were to encounter harm on their territory once I set foot there again. In this country itself, the full protection of the king is necessary to ensure my safety. The Council of Geneva, which stirs up trouble here as well as in Holland, is waiting for the right moment to act openly and crush me completely, if it is possible for it to do so. No matter which way I turn, I see only claws ready to tear me apart and mouths open to swallow me whole. I had at least hoped to find more humanity on the part of France; but I was wrong. guilty of the unforgivable crime of being unjustly oppressed, I can expect nothing but my final doom. My decision is made, madam; I will allow everything to be done and said, and I will remain silent—even though I have much to say.
Vi riconosco bene, signore, nell’arrangiamento che mi proponete in assenza di un altro; tuttavia, per quanto io ne sia profondamente grato, non mi riconoscerei più se potessi accettarlo in questi termini: ciononostante, vedo in esso una possibilità per uscire, con il vostro aiuto, da un terribile imbarazzo in cui mi trovo. Infatti, nello stato precario in cui si trovano la mia salute e la mia vita, morirei nella più crudele angoscia se pensassi di lasciare i miei documenti, le mie cose e la mia governante alla mercé di uno sconosciuto. Lui avrebbe molte difficoltà nell’adempire al compito che desiderate assumervi nei miei confronti, e la fiducia che ho in voi non ci permetterebbe di trovare un accordo che soddisfi il vostro cuore senza causare sofferenza al mio. Quando sarete diventato il mio depositario universale, sarò tranquillo; e mi sembra che il riposo che troverò sarà ancora più dolce se dovrò esservi grato per esso. Vorrei soltanto che prima potessimo conoscerci ancora meglio. Ho alcuni progetti di viaggio. Non potremmo realizzarne uno insieme? Il vostro impegno lavorativo vi impedirà di lasciare la nave per alcune settimane, o addirittura mesi, se dovesse essere necessario? Caro signore, è necessario conoscere a fondo qualcuno prima di stabilire un legame solido. Penso con commozione al fatto che, dopo una vita così infelice, forse troverò ancora giorni sereni al vostro fianco. E forse una serie di avversità mi ha portato proprio verso l’uomo che la Provvidenza ha deciso fosse il mio salvatore. In ogni caso, parlo dei miei viaggi perché, ormai, spostarmi è diventato per me una vera necessità. Durante tutta la bella stagione, non riesco a rimanere nello stesso posto per più di due o tre giorni senza soffrire.
Lettera DXLVI – Alla signora contessa di B.
Môtiers, 26 gennaio 1765.
Signora, apprendo che siete una donna tanto virtuosa quanto affabile, che provate per vostro marito la stessa tenerezza che lui prova per voi. E questo, sotto ogni aspetto, è davvero il massimo che si possa desiderare. Si aggiunge inoltre che mi onorate con la vostra stima e che addirittura mi preparate una testimonianza che mi darebbe l’onore di appartenere al vostro sangue attraverso dei doveri[867].
Signora, questo è più che sufficiente per legarmi con il più vivo interesse al felicità di una coppia così nobile; e spero sia anche abbastanza per permettermi di esprimervi la mia gratitudine per le gentilezze che il signor conte di *** ha avuto nei miei confronti. Ho pensato che l’evento felice che si avvicina potesse, secondo i vostri piani, mettermi in contatto con voi; e per un motivo così rispettabile, mi fa piacere anticiparvi la notizia.
Un’altra idea mi spinge a dedicarmi con fiducia e zelo a questo compito. I doveri del signor conte di *** potrebbero talvolta costringerlo ad allontanarsi da voi. Riconosco troppo appieno la nobiltà dei vostri sentimenti per dubitare che, anche se il fascino della vostra presenza lo facesse dimenticare questi doveri, non sareste voi stessa a ricordarglieli con coraggio. Un amore basato sulla virtù può affrontare senza pericolo l’assenza; non possiede la debolezza del vizio: si rafforza proprio attraverso i sacrifici che comporta, e di cui si gloria davanti a se stesso. Che fortuna avete, signora, ad avere un merito che vi mette al di sopra di ogni timore, e un marito che sa apprezzarlo così profondamente! Più avrà occasioni di confrontarsi con altre situazioni, più si renderà conto del proprio vero valore.
In questi periodi trascorrerete del tempo molto dolce dedicandovi a lui: sono i preziosi segni della sua tenerezza. Ne parlerete nelle vostre lettere e ne parlerete anche a coloro che partecipano alla vostra unione. In mezzo a tutte queste persone, oserei forse considerarmi qualcuno di importante per voi, signora? Ne ho il diritto grazie ai miei sentimenti: provate dunque se riesco a comprendere i vostri, se percepisco le vostre preoccupazioni, e se talvolta posso alleviarle. Non mi lusingo di poter lenire le vostre sofferenze; ma condividere almeno in parte quel dolore è ciò che farò con tutto il mio cuore. Accettate, vi prego, le mie più sentite espressioni di rispetto.
Lettera DXLVIII – A Monsieur Ballière
Môtiers, 28 gennaio 1765.
Due lettere di Monsieur Duchesne, che sono rimaste per molto tempo in viaggio, mi hanno portato, signore, una vostra lettera e il vostro libro [869]: è questo ciò che mi ha fatto ritardare così a lungo nel ringraziarvi per entrambi. Quanto darei per aver potuto consultare il vostro lavoro o le vostre idee dieci o dodici anni fa, quando lavoravo alla raccolta degli articoli che avevo scritto per l’Enciclopedia! Oggi che questa collezione è completata e che tutto ciò che vi è contenuto è completamente dimenticato nella mia mente, non c’è più tempo per riprendere quel lavoro lungo e noioso, nonostante le errori e i difetti che esso contiene. Tuttavia, ho il piacere di sentire talvolta che, in un certo senso, ero sulla strada delle vostre scoperte, e che con un po’ più di studio e riflessione avrei forse potuto raggiungerne alcune; ad esempio, ho ben capito che l’esperimento su cui si basa il sistema di Monsieur Rameau non è altro che una parte di quelli relativi alle aliquote, e che è proprio da questi ultimi, considerati nel loro insieme, che bisogna dedurre il vero sistema dell’armonia: ma ho avuto soltanto intuizioni vaghe che mi hanno solo confuso. È troppo tardi ora per tornare indietro, e il mio lavoro dovrà rimanere con tutti i suoi errori, oppure dovrà essere rielaborato in una seconda edizione da mani migliori. Che Dio voglia che queste mani siano le vostre! Forse trovereste abbastanza ricerche già fatte per non dovervi impegnare nel lavoro di preparazione, e potreste concentrarvi soltanto su quello di architetto e teorico.
Accettate, signore, vi prego, le mie più umili saluti.
Lettera DL – A Monsieur Bourgeois
Môtiers, 2 febbraio 1765.
Signore, insieme alla lettera che mi avete onorato di scrivere il 29 gennaio, ho ricevuto anche il documento che vi siete preso la briga di allegarvi. Vi ringrazio per entrambi.
Mi assicurate che molti lettori mi definiscano un uomo pieno di orgoglio, presunzione e arroganza; vi siete premurati di aggiungere che queste sono proprio le loro stesse espressioni. Ebbene, signore, questi sono vizi davvero molto brutti di cui devo cercare di correggermi. Ma probabilmente questi signori, che usano così liberamente tali termini, sono essi stessi pieni di umiltà, dolcezza e modestia, tanto che non è facile raggiungere il loro livello.
Vedo, signore, che disponete di salute, tempo libero e un certo gusto per le discussioni: vi faccio i miei complimenti; mentre io, che non ho nulla di tutto ciò, vi saluto con tutto il cuore, signore.
Lettera DLII – Alla signora marchesa di Verdelin
Môtiers, 3 febbraio 1765.
Tra le cure che mi dedicate, signora, e il vostro zelo per la vostra famiglia, non appena iniziate a riprendervi, vi occupate anche di me; prevedete i nuovi pericoli nei quali le furie dei miei nemici mi faranno ricadere, indignati che io abbia osato denunciare la loro ingiustizia. Non vi sbagliate, signora: non si può immaginare nulla di paragonabile alla rabbia suscitata dalle “Lettere della montagna”. I signori di Berna hanno appena difeso quest’opera in termini molto offensivi; non mi sorprenderebbe affatto se mi venisse fatto del male sulle loro terre, quando vi tornerò. In questo paese, è necessaria tutta la protezione del re per poter rimanere al sicuro. Il consiglio di Ginevra, che alimenta il fuoco sia qui che in Olanda, attende soltanto l’occasione per agire apertamente a sua volta e completare la mia rovina, se gli è possibile. Da qualunque parte mi volga, non vedo altro che artigli pronti a dilaniarmi e bocche spalancate per inghiottirmi. Speravo almeno in più umanità da parte della Francia. Ma mi sbagliavo: colpevole del crimine irreparabile di essere stato ingiustamente oppresso, non posso aspettarmi altro che la mia condanna a morte. Il mio partito è deciso, signora: permetterò che si faccia tutto, che si dica tutto, e rimarrò in silenzio. Nonostante abbia molto da dire.
Je sens qu’il est impossible qu’on me laisse respirer en paix ici. Je suis trop près de Genève et de Berne. La passion de cette heureuse tranquillité m’agite et me travaille chaque jour davantage. Si je n’espérais la trouver à la fin, je sens que ma constance achèverait de m’abandonner. J’ai quelque envie d’essayer de l’Italie, dont le climat et l’inquisition me seront peut-être plus doux qu’en France et qu’ici. Je tâcherai cet été de me traîner de ce côté-là pour y chercher un gîte paisible ; et si je le puis trouver, je vous promets bien qu’on n’entendra plus parler de moi. Repos, repos, chère idole de mon coeur, où te trouverai-je ? Est-il possible que personne n’en veuille laisser jouir un homme qui ne troubla jamais celui de personne ? Je ne serais pas surpris d’être à la fin forcé de me réfugier chez les Turcs, et je ne doute point que je n’y fusse accueilli avec plus d’humanité et d’équité que chez les chrétiens.
On vous dit donc, madame, que M. de Voltaire m’a écrit sous le nom du général Paoli, et que j’ai donné dans le piège. Ceux qui disent cela ne font guère plus d’honneur, ce me semble, à la probité de M. de Voltaire qu’à mon discernement. Depuis la réception de votre lettre, voici ce qui m’est arrivé. Un chevalier de Malte, qui a beaucoup bavardé dans Genève, et qui dit venir de l’Italie, est venu me voir il y a quinze jours, de la part du général Paon, faisant beaucoup l’empressé des commissions dont il se disait chargé près de moi, mais me disant au fond très peu de chose, et m’étalant, d’un air important, d’assez chétives paperasses fort pochetées. À chaque pièce qu’il me montrait, il était tout étonné de me voir tirer d’un tiroir la même pièce, et la lui montrer à mon tour. J’ai vu que cela le mortifiait d’autant plus, qu’ayant fait tous ses efforts pour savoir quelles relations je pouvais avoir eues en Corse, il n’a pu là-dessus m’arracher un seul mot. Comme il ne m’a point apporté de lettres, et qu’il n’a voulu ni se nommer, ni me donner la moindre notion de lui, je l’ai remercié des visites qu’il voulait continuer de me faire. Il n’a pas laissé de passer encore ici dix ou douze jours sans me revenir voir. J’ignore ce qu’il y a fait. On m’apprend qu’il est reparti d’hier.
Vous vous imaginez bien, madame, qu’il n’est plus question pour moi de la Corse, tant à cause de l’état où je me trouve, que par mille raisons qu’il vous est aisé d’imaginer. Ces messieurs dont vous me parlez[871] ont de la santé, du pain, du repos ; ils ont la tête libre, et le coeur épanoui par le bien-être ; ils peuvent méditer et travailler à leur aise. Selon toute apparence les troupes françaises, s’ils vont dans le pays, ne maltraiteront point leurs personnes ; et, s’ils n’y vont pas, n’empêcheront point leur travail. Je désire passionnément voir une législation de leur façon ; mais j’avoue que j’ai peine à voir quel fondement ils pourraient lui donner en Corse, car malheureusement les femmes de ce pays-là sont très laides, et très chastes, qui pis est.
Que mon ouvrage projeté n’aille pas, madame, vous faire renoncer au vôtre. J’en ai plus besoin que jamais, et tout peut très bien s’arranger, pourvu que vous veniez au commencement ou à la fin de la belle saison. Je compte ne partir qu’à la fin de mai, et revenir au mois de septembre.
Lettre DLIV– À Madame de Chenonceau
Môtiers, le 6 février 1765.
Je suis entraîné, madame, dans un torrent de malheurs qui m’absorbe et m’ôte le temps de vous écrire. Je me soutiens cependant assez bien. Je n’ai plus de tête ; mais mon coeur me reste encore.
Faites-moi l’amitié, madame, de faire tenir cette lettre à M. l’abbé de Mably, et de me faire passer sa réponse aussitôt qu’il se pourra. On fait circuler sous son nom, dans Genève, une lettre avec laquelle on achève de me traîner par les boues, et toujours vers le bûcher. Je serais sûr que cette lettre n’est pas de lui, par cela seul qu’elle est lourdement écrite ; j’en suis encore plus sûr, parce qu’elle est basse et malhonnête. Mais à Genève, où l’on se connaît aussi mal en style qu’en procédés, le public s’y trompe. Je crois qu’il est bon qu’on le désabuse, autant pour l’honneur de M. l’abbé de Mably que pour le mien.
Lettre DLVI– À M. D***
Môtiers, le 7 février 1765
Je ne doute point, monsieur, qu’hier, jour de Deux-cents, on n’ait brûlé mon livre à Genève ; du moins toutes les mesures étaient prises pour cela. Vous aurez su qu’il fut brûlé le 22 à La Haye. Rey me marque que l’inquisiteur[874] a écrit dans ce pays-là beaucoup de lettres, et que le ministre Chais, de Genève, s’est donné de grands mouvements. Au surplus, on laisse Rey fort tranquille. Tout cela n’est-il pas plaisant ? Cette affaire s’est tramée avec beaucoup de secret et de diligence ; car le comte de B***, qui m’écrivit peu de jours auparavant, n’en savait rien. Vous me direz : Pourquoi ne l’a-t-il pas empêché au moment de l’exécution ? Monsieur, j’ai partout des amis puissants, illustres, et qui, j’en suis très sûr, m’aiment de tout leur coeur ; mais ce sont tous gens droits, bons, doux, pacifiques, qui dédaignent toute voie oblique. Au contraire, mes ennemis sont ardents, adroits, intrigants, rusés, infatigables pour nuire, et qui manoeuvrent toujours sous terre, comme les taupes. Vous sentez que la partie n’est pas égale. L’inquisiteur est l’homme le plus actif que la terre ait produit ; il gouverne en quelque façon toute l’Europe.
Tu dois régner ; ce monde est fait pour les méchants.
Je suis très sûr qu’à moins que je ne lui survive, je serai persécuté jusqu’à la mort.
Je ne digère point que M. de Buffon suppose que c’est moi qui m’attire sa haine. Eh ! qu’ai-je donc fait pour cela ? Si l’on parle trop de moi, ce n’est pas ma faute ; je me passerais d’une célébrité acquise à ce prix. Marquez à M. de Buffon tout ce que votre amitié pour moi vous inspirera ; et, en attendant que je sois en état de lui écrire, parlez-lui, je vous supplie, de tous les sentiments dont vous me savez pénétré pour lui.
M. Vernes désavoue hautement, et avec horreur. le libelle ou j’ai mis mon nom. Il m’a écrit là-dessus une lettre honnête, à laquelle j’ai répondu sur le même ton, offrant de contribuer, autant qu’il me serait possible, à répandre son désaveu. Malgré la certitude où je croyais être que l’ouvrage était de lui, certains faits récents me font soupçonner qu’il pourrait bien être de quelqu’un qui se cache sous son manteau.
Au reste, l’imprimé de Paris s’est très promptement et très singulièrement répandu à Genève. Plusieurs particuliers en ont reçu par la poste des exemplaires sous enveloppe, avec ces seuls mots, écrits d’une main de femme, Lisez, bonnes gens ! Je donnerais tout au monde pour savoir qui est cette aimable femme qui s’intéresse si vivement à un pauvre opprimé, et qui sait marquer son indignation en termes si brefs et si pleins d’énergie.
J’avais bien prévu, monsieur, que votre calcul ne serait pas admissible, et qu’auprès d’un homme que vous aimez votre coeur ferait déraisonner votre tête en matière d’intérêt. Nous causerons de cela plus à notre aise, en herborisant cet été ; car loin de renoncer à nos caravanes, même en supposant le voyage d’Italie, je Veux bien tacher qu’il n’y nuise pas. Au reste, je vous dirai que je sens en moi, depuis quelques jours, une révolution qui m’étonne. Ces derniers événements, qui devaient achever de m’accabler, m’ont, je ne sais comment, rendu tranquille, et même assez gai. Il me semble que je donnais trop d’importance à des jeux d’enfants. Il y a dans toutes ces brûleries quelque chose de si niais et de si bête, qu’il faut être plus enfant qu’eux pour s’en émouvoir. Ma vie morale est finie. Est-ce la peine de tant choisir la terre où je dois laisser mon corps ? La partie la plus précieuse de moi-même est déjà morte : les hommes n’y peuvent plus rien, et je ne regarde plus tous ces tas de magistrats si barbares que comme autant de vers qui s’amusent à ronger mon cadavre.
La machine ambulante se montera donc cet été pour aller herboriser ; et, si l’amitié peut la réchauffer encore, vous serez le Prométhée qui me rapportera le feu du ciel. Bonjour, monsieur.
Lettre DLVIII– À M. Le Nieps
Môtiers, le 8 février 1765.
I feel that it is impossible for me to live in peace here. I am too close to Geneva and Bern. The longing for this happy tranquility agitates me more and more every day. If I did not hope to find it at the end, I believe my perseverance would ultimately lead to my ruin. I have some desire to try Italy; its climate and its Inquisition might be kinder to me than those in France or here. This summer, I will try to make my way there in search of a peaceful place to dwell; and if I succeed, I promise you that no one will ever hear anything about me again. Rest, rest, dear idol of my heart—where can I find you? Is it really possible that no one would allow a man who has never disturbed anyone else’s peace to enjoy such tranquility? I would not be surprised if I were ultimately forced to seek refuge among the Turks; and I have no doubt that I would be received there with more humanity and fairness than among Christians.
Madam, I am told that Mr. de Voltaire wrote to me under the name of General Paoli, and that I fell for his trick. Those who say such things seem to do little to honor either Mr. de Voltaire’s integrity or my own judgment. Since receiving your letter, here is what happened to me: A Knight of Malta who had been talking a great deal in Geneva and claimed to be from Italy came to see me fifteen days ago, claiming to have important commissions from General Paoli. However, he actually told me very little and showed me some rather poor-quality documents with an air of importance. Every time he showed me a document, he was astonished when I pulled the same one out of my drawer and showed it to him in turn. It seemed particularly embarrassing for him, since despite his efforts to find out what connections I might have had in Corsica, he was unable to extract a single word from me on that subject. Since he did not bring any letters with him and refused to reveal his identity or give me any information about himself, I simply thanked him for his visits. He returned here again ten or twelve days later. I have no idea what he did during that time. I was told that he left yesterday.
You can well understand, madam, that I can no longer think of Corsica at all, either due to my current situation or for a thousand other reasons that are easy for you to imagine. These gentlemen whom you mention[871] have good health, food, and rest; they have their minds free and their hearts filled with happiness; they can meditate and work in peace and tranquility. It seems certain that if the French troops were to go there, they would not mistreat these people; and even if they did not go, they would not prevent them from working. I earnestly desire to see a form of legislation established in their way; but I must admit that I find it difficult to see what basis such legislation could have in Corsica, especially since, unfortunately, the women there are very ugly—and, what’s worse, very chaste.
May my proposed project not cause you, madam, to abandon yours. I need it more than ever, and everything can be arranged perfectly, provided that you come during the beginning or the end of the beautiful season. I intend to leave only at the end of May and return in September.
Letter DLIV – To Madame de Chenonceau
Môtiers, February 6, 1765.
Madam, I am being swept away by a torrent of misfortunes that consume all my time and prevent me from writing to you. Nevertheless, I am managing quite well. I no longer have my mind; but at least my heart is still with me.
Please do me the favor, madam, of delivering this letter to Monsieur l’Abbé de Mably and sending me his reply as soon as possible. In Geneva, a letter is being circulated in his name, which serves only to bring me further disgrace and drag me closer to ruin. I am certain that this letter is not his; firstly, because it is written in a clumsy and inept manner; and secondly, because its content is base and dishonest. However, in Geneva, where people know so little about both style and integrity, the public is easily deceived. I believe it is necessary to set them straight—both for the honor of Monsieur l’Abbé de Mably and for my own sake.
Letter DLVI – To Mr. D***
Môtiers, February 7, 1765
I doubt not, sir, that yesterday, on the day of Two-Hundreds, my book was burned in Geneva; at least all necessary measures were taken to do so. You must have heard that it was burned on the 22nd in The Hague. Rey informs me that the inquisitor[874] wrote many letters in that country, and that the minister Chais of Geneva took great action. Moreover, Rey is left entirely alone and unharmed. Isn’t all this quite amusing? This entire affair was carried out with great secrecy and diligence; indeed, the count of B***, who wrote to me not long ago, was completely unaware of it. You might ask: Why didn’t he prevent it at the time of execution? Sir, I have powerful and influential friends everywhere, people who, I am certain, love me wholeheartedly; but they are all upright, kind, gentle, and peaceful individuals who despise any underhanded methods. On the contrary, my enemies are fervent, cunning, scheming, deceitful, and tireless in their efforts to harm me—they operate always in secret, like moles. You can see that the odds are not equal. The inquisitor is undoubtedly the most active man this earth has ever produced; he holds considerable influence over all of Europe.
You must rule; this world is meant for the wicked.
I am very certain that, unless I outlive him, I will be persecuted until my death.
I cannot tolerate the fact that Mr. de Buffon assumes it is I who have provoked his hatred towards me. What on earth have I done to deserve such treatment? If people talk too much about me, it is not my fault; in fact, I would rather avoid gaining fame at such a cost. Please convey to Mr. de Buffon all the feelings your friendship for me inspires in you; and until I am able to write to him myself, please tell him how deeply I respect and admire him.
Mr. Vernes firmly and with horror denies any connection to the libel in which my name was used. He wrote me an honest letter on this matter, to which I replied in the same tone, offering to do whatever I could to help spread his denial. Despite being certain that the work was his, some recent developments have led me to suspect that it might actually be the work of someone hiding behind his identity.
Moreover, the printed copies from Paris were very quickly and remarkably spread throughout Geneva. Several individuals received them by mail in envelopes, with just these words written in a woman’s hand: “Read this, good people!” I would give anything to know who this kind-hearted woman is who shows such great concern for a poor oppressed individual, and who knows how to express her indignation in such concise and powerful terms.
I had anticipated it well, sir, that your calculations would not be admissible; and that in the presence of a man whom you love, your heart would make your reason lose its judgment when it came to matters of interest. We will discuss this more at ease this summer, while engaged in our herbal pursuits; for far from giving up on our travels, even if we were to undertake a journey to Italy, I am determined to see that it does us no harm. Moreover, I must tell you that for some days now, I have been feeling within me a transformation that astonishes me. These recent events, which seemed destined to overwhelm me completely, have somehow brought me peace—even a certain degree of joy. It seems that I had attached too much importance to mere child’s games. There is something so foolish and absurd about all these quarrels and conflicts that one would need to be even more childish than they are to take them seriously. My moral life is over. Is it really worth going to such lengths in choosing the place where my body shall rest? The most precious part of me is already dead; men can do nothing about it anymore, and I regard all these barbaric magistrates merely as worms that delight in gnawing at my corpse.
Therefore, the portable machine will be assembled this summer for use in collecting herbs; and if friendship can warm it further, you shall be the Prometheus who brings me the fire from heaven. Good day, sir.
Letter DLVIII – To Mr. Le Nieps
Môtiers, February 8, 1765.
Sento che è impossibile che mi lascino vivere in pace qui: sono troppo vicino a Ginevra e a Berna. La passione per questa felice tranquillità mi agita sempre di più ogni giorno. Se non sperassi di trovarla alla fine, temo che la mia costanza finisca per abbandonarmi del tutto. Ho l’impulso di provare in Italia: il clima e l’inquisizione, forse, laggiù saranno più tolleranti di quanto lo siano in Francia o qui. Quest’estate cercherò di recarmi da quella parte per cercare un rifugio tranquillo; e se ci riuscirò, vi prometto che non si sentirà mai più parlare di me. Riposo, riposo, cara immagine del mio cuore, dove potrò trovarti? È possibile che nessuno voglia permettere a un uomo che non ha mai disturbato la tranquillità altrui di godersela? Non mi sorprenderebbe se alla fine fossi costretto a rifugiarmi tra i Turchi, e non dubito affatto che vi sarei accolto con maggiore umanità ed equità che tra i cristiani.
Quindi, signora, mi si dice che il signor de Voltaire abbia scritto a mio nome sotto il nome del generale Paoli, e che io sia caduta nella trappola che lui aveva preparato. Coloro che dicono queste cose, a mio parere, non fanno certo onore né alla probità del signor de Voltaire né al mio buon giudizio. Dalla ricezione della vostra lettera, ecco ciò che mi è accaduto: un cavaliere di Malta, che ha molto chiacchierato a Ginevra e sostiene di provenire dall’Italia, è venuto da me quindici giorni fa, presentandosi come inviato del generale Paon. Si è mostrato molto insistente riguardo alle commissioni che avrebbe dovuto svolgere per mio conto, ma in realtà non mi ha detto quasi nulla, e mi ha mostrato alcune carte piuttosto scarse e di scarso valore. Ogni volta che mi mostrava una di queste carte, rimaneva sorpreso nel vedermi tirare fuori dal cassetto la stessa carta e mostrarla a mia volta. Era evidente che questo lo metteva molto a disagio; inoltre, nonostante avesse cercato in tutti i modi di scoprire quali potessero essere le mie relazioni in Corsica, non è riuscito a ottenere alcuna informazione al riguardo. Poiché non mi ha portato nessuna lettera e non ha voluto né rivelare il proprio nome né darmi alcuna informazione su di sé, gli ho ringraziato per le visite che continuava a farmi. È tornato ancora da me dieci o dodici giorni fa. Non so cosa abbia fatto in questo periodo, ma mi è stato detto che se n’è andato ieri.
Capite bene, signora, che per me non è più possibile pensare alla Corsica, sia a causa della mia situazione attuale, sia per mille altre ragioni che potete facilmente immaginare. Questi signori di cui mi parlate[871] godono di buona salute, hanno cibo e riposo; hanno la mente libera e il cuore colmo di benessere; possono riflettere e lavorare con tranquillità. A prima vista, se le truppe francesi dovessero andare in quel paese, non maltratterebbero le loro persone; e, se non ci andassero, non ostacolerebbero il loro lavoro. Desidero ardentemente vedere una legge redatta secondo i loro principi; ma devo ammettere che trovo difficile capire su quale base potrebbero fondarla in Corsica, perché, purtroppo, le donne di quel paese sono molto brutte, e, cosa ancora peggiore, molto caste.
Spero che il mio progetto non vi induca, signora, a rinunciare al vostro. Ne ho più bisogno che mai, e tutto può sistemarsi perfettamente, purché veniate all’inizio o alla fine della stagione bella. Intendo partire soltanto alla fine di maggio e tornare a settembre.
Lettera DLIV – Alla Signora de Chenonceau
Môtiers, 6 febbraio 1765.
Sono trascinato, signora, in un vortice di sfortune che mi assorbe completamente e mi impedisce di scrivervi. Tuttavia, me la cavo abbastanza bene. Non ho più la testa, ma il cuore mi è rimasto.
Per favore, signora, faccia in modo che questa lettera venga consegnata all’abate de Mably e mi faccia avere la sua risposta non appena sarà possibile. A Ginevra circola, a suo nome, una lettera con cui si cerca di umiliarmi ulteriormente, portandomi sempre più verso il rogo. Sono certo che questa lettera non sia sua: lo sono soprattutto perché è scritta in modo goffo e volgare. Tuttavia, a Ginevra, dove le persone conoscono molto poco sia lo stile letterario che i comportamenti corretti, il pubblico ci crede facilmente. Credo sia giusto dissipare questa illusione, sia per l’onore dell’abate de Mably che per il mio.
Lettera DLVI – A Monsieur D***
Môtiers, 7 febbraio 1765
Non dubito affatto, signore, che ieri, giorno del Duecento, il mio libro sia stato bruciato a Ginevra; almeno tutte le misure necessarie erano state prese per farlo. Avrete saputo che fu bruciato il 22 a L’Aia. Rey mi fa notare che l’inquisitore[874] ha scritto molte lettere in quel paese, e che il ministro Chais di Ginevra si è impegnato molto in questa faccenda. Inoltre, lasciano Rey completamente tranquillo. Non è forse tutto questo divertente? Questa faccenda è stata organizzata con grande segretezza e diligenza; infatti, il conte di B***, che mi aveva scritto pochi giorni prima, non ne sapeva nulla. Mi direte: “Perché non l’ha impedito al momento dell’esecuzione?” Signore, ho amici potenti e illustri ovunque, e sono molto sicuro che mi amino sinceramente; ma si tratta tutti di persone oneste, buone, dolci, pacifiche, che disdegnano qualsiasi mezzo tortuoso. Al contrario, i miei nemici sono ferventi, abili, intrighanti, astuti, instancabili nel nuocere, e agiscono sempre in segreto, come le talpe. Capite bene che le probabilità non siano uguali. L’inquisitore è l’uomo più attivo che la terra abbia mai prodotto; in un certo senso, governa tutta Europa.
Devi regnare; questo mondo è fatto per i malvagi.
Sono molto sicuro che, a meno che non sopravviva a lui, verrò perseguitato fino alla morte.
Non riesco a tollerare che il signor de Buffon supponga che sia io la causa del suo odio verso di me. Eh! Che cosa ho mai fatto per meritarlo? Se si parla troppo di me, non è colpa mia; preferirei di gran lunga una celebrità ottenuta a questo prezzo. Ricordate al signor de Buffon tutto ciò che la vostra amicizia verso di me vi ispirerà. E, finché non sarò in grado di scrivergli personalmente, per favore parlategli di tutti i sentimenti che provo per lui.
Il signor Vernes respinge con forza e orrore quel libello nel quale ho messo il mio nome. Mi ha scritto una lettera onesta al riguardo, e io gli ho risposto nello stesso tono, offrendomi di contribuire, nella misura delle mie possibilità, a diffondere la sua smentita. Nonostante fossi certo che l’opera fosse sua, alcuni fatti recenti mi fanno sospettare che possa invece essere di qualcuno che si nasconde dietro il suo nome.
Del resto, la stampa parigina si diffuse molto rapidamente e in modo singolare a Ginevra. Diversi individui ne ricevettero degli esemplari per posta, dentro buste, accompagnati da queste sole parole scritte a mano da una donna: “Leggete, buone persone! Darei tutto al mondo per sapere chi sia questa gentile donna che si interessa così vivamente a un povero oppresso e che sa esprimere la sua indignazione in termini così brevi e pieni di energia”.
Ero ben certo, signore, che il vostro calcolo non sarebbe stato accettabile; e che, di fronte a un uomo come voi, il cuore avrebbe fatto perdere la ragione alla mente quando si trattava di questioni d’interesse. Ne parleremo più comodamente quest’estate, mentre raccoglieremo erbe; poiché non intendo affatto rinunciare alle nostre spedizioni, nemmeno se dovesse trattarsi di un viaggio in Italia. Anzi, farò in modo che questo viaggio non mi nuoccia. Del resto, devo dirvi che da alcuni giorni percepisco in me stesso un cambiamento che mi sorprende: gli eventi recenti, che avrebbero dovuto distruggermi completamente, mi hanno, chissà come, reso tranquillo, anzi, quasi felice. Mi sembra di aver dato troppa importanza a cose banali e infantili; in tutte queste situazioni c’è qualcosa di così sciocco e ridicolo che si deve essere ancora più bambini di loro per commuoversene. La mia vita morale è finita. Che senso ha scegliere con tanta cura il luogo dove dovrò lasciare il mio corpo? La parte più preziosa di me stesso è già morta: gli uomini non possono più farci nulla, e io considero tutti quei magistrati così barbari come semplici vermi che si divertono a rosicchiare il mio cadavere.
Quindi, quest’estate, la macchina ambulante verrà montata per andare a raccogliere erbe; e se l’amicizia potrà riscaldarla ancora di più, voi sarete il Prometeo che mi riporterà il fuoco dal cielo. Buongiorno, signore.
Lettera DLVIII – A Monsieur Le Nieps
Môtiers, l’8 febbraio 1765.
Je commençais à être inquiet de vous, cher ami ; votre lettre vient bien à propos me tirer de peine. La violente crise où je suis me force à ne vous parler, dans celle-ci, que de moi. Vous aurez vu qu’on a brûlé le 22 mon livre à La Haye. Rey me marque que le ministre Chais s’est donné beaucoup de mouvements, et que l’inquisiteur Voltaire a écrit beaucoup de lettres pour cette affaire. Je pense qu’avant-hier le Deux-cents en a fait autant à Genève, du moins tout était préparé pour cela. Toutes ces brûleries sont si bêtes, qu’elles ne font plus que me faire rire. Je vous envoie ci-joint copie d’une lettre[875] que j’écrivis avant-hier là-dessus à une jeune femme qui m’appelle son papa. Si la lettre vous paraît bonne, vous pouvez la faire courir, pourvu que les copies soient exactes.
Prévoyant les chagrins sans nombre que m’attirerait mon dernier ouvrage, je ne le fis qu’avec répugnance, malgré moi, et vivement sollicité. Le voilà fait, publié, brûlé. Je m’en tiens-là. non seulement je ne veux plus me mêler des affaires de Genève, ni même en entendre parler ; mais, pour le coup, je quitte tout-à-fait la plume, et soyez assuré que rien au monde ne me la fera reprendre. Si l’on m’eût laissé faire, il y a longtemps que j’aurais pris ce parti ; mais il est pris si bien, que, quoi qu’il arrive, rien ne m’y fera renoncer. Je ne demande au ciel que quelque intervalle de paix jusqu’à ma dernière heure, et tous mes malheurs seront oubliés ; mais, dût-on me poursuivre jusqu’au tombeau, je cesse de me défendre. Je ferai comme les enfants et les ivrognes, qui se laissent tomber tout bonnement quand on les pousse, et ne se font aucun mal ; au lieu qu’un homme qui veut se raidir n’en tombe pas moins, et se casse une jambe ou un bras par-dessus le marché.
On répand donc que c’est l’inquisiteur qui m’a écrit au nom des Corses, et que j’ai donné dans un piège si subtil. Ce qui me paraît ici tout-à-fait bon est que l’inquisiteur trouve plaisant de se faire passer pour faussaire, pourvu qu’il me fasse passer pour dupe. Supposons que ma stupidité fut de ce que, sans autre information, j’eusse pris cette prétendue lettre pour-argent comptant, est-il concevable qu’une pareille négociation se fut bornée à cette unique lettre, sans instructions, sans éclaircissements, sans mémoires, sans précis d’aucune espèce ? ou bien M. de Voltaire aura-t-il pris la peine de fabriquer aussi tout cela ? Je veux que sa profonde érudition ait pu tromper, sur ce point, tant d’ignorance ; tout cela n’a pu se faire au moins sans avoir de ma part quelque réponse, ne fut-ce que pour savoir si j’acceptais la proposition. Il ne pouvait même avoir que cette réponse en vue d’en attester ma crédulité ; ainsi son premier soin t serait d’être de se la faire écrire : qu’il la montre, et tout sera dit.
Voyez comment ces pauvres gens accordent leurs flûtes. Au premier bruit d’une lettre que j’ai reçue, on y mit aussitôt pour emplâtre que messieurs Helvétius et Diderot en avaient reçu de pareilles. Que sont maintenant devenues ces lettres ? M. de Voltaire a-t-il aussi voulu se moquer d’eux ? Je ris toujours de vos Parisiens, de ces esprits subtils, de ces jolis faiseurs d’épigrammes, que Voltaire mène incessamment avec des contes tels qu’on ne ferait pas croire aux enfants. Je peux dire que ce Voltaire lui-même, avec tout son esprit, n’est qu’une bête, un méchant très malade. Il me poursuit, il m’écrase, il me persécute. Peut-être me fera-t-il périr à la fin : grande merveille, avec cent mille livres de rente, tant d’amis puissants à la cour, et tant de si basses cajoleries contre un pauvre homme dans mon état ! J’ose dire que si Voltaire, dans une situation pareille à la mienne, osait m’attaquer, et que je daignasse employer contre lui ses propres armes, il serait bientôt terrassé. Vous allez juger de la finesse de ses pièges par un fait qui peut-être a donné lieu au bruit qu’il a répandu, comme s’il eut été sûr d’avance du succès d’une ruse bien conduite.
Un chevalier de Malte, qui a beaucoup bavardé dans Genève, et dit venir d’Italie, est venu me voir, il y a quinze jours, de la part du général Paoli, faisant beaucoup l’empressé des commissions dont il se disait chargé près de moi ; mais me disant au fond très peu de chose, et m’étalant d’un air important d’assez chétives paperasses fort pochetées. À chaque pièce qu’il me montrait, il était tout étonné de me voir tirer d’un tiroir la même pièce, et la lui montrer à mon tour. J’ai vu que cela le mortifiait d’autant plus, qu’ayant fait tous ses efforts pour savoir quelles relations je pouvais avoir eues en Corse, il n’a pu là-dessus m’arracher un seul mot. Comme il ne m’a point apporté de lettres, et qu’il n’a voulu ni se nommer ni me donner la moindre notion de lui, je l’ai remercié des visites qu’il voulait continuer de me faire. Il n’a pas laisser de passer encore ici dix ou douze jours sans me revenir voir.
Tout cela peut être une chose fort simple. Peut-être, ayant quelque envie de me voir, n’a-t-il cherché qu’un prétexte pour-s’introduire, et peut-être est-ce un galant homme, très bien intentionné qui n’a d’autre tort, dans ce fait, que d’avoir fait un peu trop l’empressé pour rien. Mais comme tant de malheurs doivent m’avoir appris à me tenir sur mes gardes, vous m’avouerez que si c’est un piège, il n’est pas fin.
M. Vernes m’a écrit une lettre honnête pour désavouer avec horreur le libelle. Je lui ai répondu très honnêtement, et je me suis obligé de contribuer, autant qu’il m’est possible, a répandre son désaveu, dans le doute que quelqu’un plus méchant que lui ne se cache sous son manteau.
Lettre DLX– À Milord Maréchal
Môtiers, le 11 février 1765.
Vous savez, Milord, une partie de ce qui m’arrive, la brûlerie de La Haye, la défense de Berne, ce qui se prépare à Genève ; mais vous ne pouvez savoir tout. Des malheurs si constants, une animosité si universelle, commençaient à m’accabler tout-à-fait. Quoique les mauvaises nouvelles se multiplient depuis la réception de votre lettre, je suis plus tranquille, et même assez gai. Quand ils m’auront fait tout le mal qu’ils peuvent, je pourrai les mettre au pis. Grâces à la protection du roi et à la vôtre, ma personne est en sûreté contre leurs atteintes ; mais elle ne l’est pas contre leurs tracasseries, et ils me le font bien sentir. Quoi qu’il en soit, si ma tête s’affaiblit et s’altère, mon coeur me reste en bon état. Je l’éprouve en lisant votre dernière lettre et le billet que vous avez écrit pour la communauté de Couvet. Je crois que M Meuron s’acquittera avec plaisir de la commission que vous lui donnez : je n’en dirais pas autant de l’adjoint que vous lui associez pour cet effet, malgré l’empressement qu’il affecte. Un des tourmenta de ma vie est d’avoir quelquefois à me plaindre des gens que vous aimez, et à me louer de ceux que vous n’aimez pas. Combien tout ce qui vous est attaché me serait cher s’il voulait seulement ne pas repousser mon zèle ! mais vos bontés pour moi font ici bien des jaloux ; et, dans l’occasion, ces jaloux ne me cachent pas trop leur haine. Puisse-t-elle augmenter sans cesse au même prix ! Ma bonne soeur Émetulla, conservez-moi soigneusement notre père : si je le perdais, je serais le plus malheureux des êtres.
Avez-vous pu croire que j’aie fait la moindre démarche pour obtenir la permission d’imprimer ici le recueil de mes écrits, ou pour empêcher que cette permission ne fût révoquée ? Non, Milord, j’étais si parfaitement là-dessus dans vos sentiments, sans les connaître, que dès le commencement je parlai sur ce ton aux associés qui se présentèrent, et à Du Peyrou, qui a bien voulu se charger de traiter avec eux. La proposition est venue d’eux, et je ne me suis point pressé d’y consentir. Du reste, je n’ai rien demandé, je ne demande rien, je ne demanderai rien ; et, quoi qu’il arrive, on ne pourra pas se vanter de m’avoir fait un refus, qui, après tout, me nuira moins qu’à eux-mêmes, puisqu’il ne fera qu’ôter au pays cinq ou six cent mille francs que j’y aurais fait entrer de cette manière, et qu’on ne rebutera peut-être pas si dédaigneusement ailleurs. Mais s’il arrivait, contre toute attente, que la permission fût accordée ou ratifiée, j’avoue que j’en serais touché comme si personne n’y gagnait que moi seul, et que je m’attacherais au pays pour le reste de ma vie.
I began to worry about you, my dear friend; your letter comes just in time to relieve my distress. The severe crisis I am going through forces me to speak only of myself in this letter. You must have heard that my book was burned in The Hague on the 22nd. Rey informs me that Minister Chais took great action regarding this matter, and that the Inquisitor Voltaire wrote numerous letters concerning it. I believe that the same happened in Geneva the day before yesterday; at least everything was prepared for such an event. All these acts of burning books are so absurd that they only make me laugh. I am attaching a copy of a letter[875] I wrote yesterday to a young woman who addresses me as “papa.” If you think it is worth publishing, feel free to do so, provided that the copies are accurate.
Anticipating the countless troubles that my last work would bring me, I undertook it only with reluctance, against my will, and despite strong entreaties. Now it is done, published—even burned. That is enough for me. Not only do I no longer wish to involve myself in Geneva’s affairs, nor even hear about them; but from this moment on, I truly put down the pen forever. Believe me, nothing in the world will ever make me pick it up again. If people had allowed me my way, I would have taken this decision long ago; but now that it has been made, nothing, no matter what happens, will make me change my mind. I only ask the heavens to grant me some peace until my last hour—then all my misfortunes will be forgotten. But even if they pursued me to the grave, I would cease to defend myself. I would behave like children and drunkards, who simply fall down when pushed without so much as a scratch; whereas a man who tries to resist will only end up breaking a leg or a arm in the process.
It is therefore claimed that it was the inquisitor who wrote to me in the name of the Corsicans, and that I fell into such a subtly devised trap. What seems entirely reasonable to me is that the inquisitor found it amusing to pretend to be a forger, so long as he could make me appear to be a fool. Suppose my stupidity consisted in taking this supposed letter for genuine without any further information—could such a negotiation have been limited to that single letter, without any instructions, clarifications, memoranda, or details of any kind? Or perhaps Mr. de Voltaire went to the trouble of fabricating all of this himself? I would like to believe that his profound erudition was capable of deceiving so much ignorance; but surely such a thing could not have been accomplished without some response from my part, even if merely to ascertain whether I accepted the proposal. He could have had no other purpose in seeking such a response than to prove my credulity; therefore, his first step must have been to have it written down for me—show me that letter, and everything will be clear.
Look how these poor people go about spreading such rumors. As soon as they heard the first mention of a letter I had received, they immediately started claiming that Monsieurs Helvétius and Diderot had also received similar letters. But what happened to those letters? Did Monsieur de Voltaire also intend to mock them? I still laugh at your Parisians—those so-called “subtle minds,” those clever epigrammatists, who are constantly entertained by Voltaire with tales so absurd they wouldn’t be believed even by children. I can say that this very Voltaire, with all his so-called wit, is nothing but a beast, a terribly sick and evil man. He persecutes me, crushes me under his authority. Perhaps he will ultimately cause my death. What a marvel—given his annual income of one hundred thousand livres, his numerous powerful friends at court, and all those despicable tactics used against a poor man in my situation! I dare say that if Voltaire were in my position and dared to attack me, and if I were to use his own methods against him, he would be swiftly defeated. You will judge the “subtlety” of his schemes by an incident that may well have given rise to the rumors he spread—as if he had been certain in advance of the success of such a ruse.
A Knight of Malta, who had been talking a great deal in Geneva and claimed to come from Italy, came to see me fifteen days ago on behalf of General Paoli. He made much of the various commissions he supposedly had been entrusted with regarding me; yet in reality, he told me very little and showed me some rather poor-quality documents with an air of importance. Every time he showed me a document, he was greatly surprised when I pulled out the same one from a drawer and showed it to him in turn. It became even more embarrassing for him when he realized that, despite all his efforts to find out what connections I might have had in Corsica, he was unable to extract a single word from me on the subject. Since he did not bring any letters with him and refused to tell me his name or provide any information about himself, I simply thanked him for his visits and told him that I would be happy to receive them in the future. He did not fail to return here every ten or twelve days thereafter.
All of this could be something quite simple. Perhaps, having some desire to see me, he merely sought an excuse to introduce himself; perhaps he is a well-intentioned gentleman who has only made the mistake of being a bit too eager for nothing. But since so many misfortunes have taught me to be cautious, you must admit that if this is a trick, it is not a clever one at all.
Mr. Vernes wrote me a sincere letter in which he horrifiedly disavowed that slanderous statement. I replied to him very honestly and made it my duty to do whatever I could to help spread his denial, in case someone even more malicious than him was hiding beneath his guise.
Letter DLX – To My Lord Marshal
Môtiers, February 11, 1765.
You know, My Lord, that part of what is happening to me—the fire at La Haye, the defense of Berne, what is preparing to take place in Geneva—but you cannot know everything. Such constant misfortunes, such universal hostility, began to overwhelm me completely. Although bad news has been multiplying since I received your letter, I am now more tranquil, even rather cheerful. When they have done to me all the harm they can, I will be able to deal with them in my turn. Thanks to the protection of the King and yours, my person is safe from their attacks; but it is not safe from their harassment, and they make me feel that quite clearly. Nevertheless, even if my mind weakens or declines, my heart remains strong. I can feel it whenever I read your latest letter and the note you wrote for the community of Couvet. I believe that Monsieur Meuron will gladly carry out the task you have entrusted to him; but I am less certain about the assistant you have assigned to assist him, despite his pretended eagerness. One of the greatest troubles in my life is sometimes having to complain about people you love, and praise those you do not. How much more precious would everything that is connected to you be if they would only not dampen my enthusiasm! But your kindness towards me arouses much envy; and when the time comes, these envious people do not hide their hatred from me. May it grow ever stronger, at no loss to you! My dear sister Émetulla, take good care of our father for me: if I lost him, I would be the most unhappy of creatures.
Could you have believed that I took any steps to obtain permission to print here my collection of writings, or to prevent such permission from being revoked? No, My Lord; I was so perfectly in agreement with your feelings on this matter, without even knowing them, that from the very beginning I spoke in that tone to the associates who approached me, as well as to Du Peyrou, who kindly agreed to handle matters with them. The proposal came from them, and I did not rush to accept it. Moreover, I have asked for nothing; I am asking for nothing, and I will ask for nothing. And whatever happens, one cannot boast of having refused me, since such a refusal would harm them more than it would harm me—after all, it would only cause the country to lose five or six hundred thousand francs that I would have contributed in this way, and perhaps such a refusal would not be met with such disdain elsewhere. But if, against all expectations, permission were granted or confirmed, I admit that I would be deeply moved, as if only I alone had benefited from it, and I would commit myself to this country for the rest of my life.
Incominciavo a preoccuparmi per voi, caro amico; la vostra lettera arriva proprio al momento giusto per sollevarmi dal dolore. La grave crisi in cui mi trovo mi costringe a parlarvi, in questa occasione, solo di me stesso. Avrete sicuramente saputo che il 22 è stato bruciato il mio libro a L’Aia. Rey mi informa che il ministro Chais si è impegnato molto in questa faccenda, e che l’inquisitore Voltaire ha scritto molte lettere al riguardo. Penso che ieri l’“Deux-cents” abbia fatto lo stesso a Ginevra; comunque, tutto era stato preparato per questo evento. Tutte queste azioni di distruzione sono così stupide da farmi solo ridere. Vi invio insieme una copia di una lettera[875] che ho scritto ieri su questo argomento a una giovane donna che mi chiama “papà”. Se la ritenete interessante, potete farla circolare, purché le copie siano fedeli all’originale.
Prevedendo i numerosi dolori che il mio ultimo lavoro avrebbe potuto causarmi, lo realizzai solo con riluttanza, contro la mia volontà e nonostante le sollecitazioni ricevute. Ecco fatto: è stato pubblicato, poi bruciato. Mi fermo qui. Non solo non voglio più immischiarmi negli affari di Ginevra, ma nemmeno ne voglio più sentire parlare; per questa volta, abbandono definitivamente la penna, e siate certi che nulla al mondo mi farà riprenderla in mano. Se mi fosse stato permesso di agire a mio piacimento, avrei preso questa decisione molto tempo fa; ma ora che è stata presa, nulla, per quanto possa accadere, mi farà rinunciarvi. Chiedo al cielo solo un po’ di pace fino all’ultimo momento della mia vita: tutti i miei mali saranno dimenticati. Ma anche se dovessi essere inseguito fino alla tomba, smetterò di difendermi. Farò come i bambini e gli ubriachi, che semplicemente si lasciano cadere quando vengono spinti, senza farsi del male; mentre un uomo che cerca di resistere finisce per cadere e rompersi una gamba o un braccio.
Si diffonde quindi l’idea che sia stato l’inquisitore a scrivermi in nome dei Corsi, e che io sia caduto in una trappola così astuta. Quello che mi sembra del tutto plausibile è che l’inquisitore trovi divertente fingersi un falsario, purché possa farmi passare per uno sciocco. Supponiamo che la mia stupidità sia stata tale da farmi prendere questa presunta lettera per una cambiale valida; è davvero concepibile che una negoziazione del genere si sia limitata a quella singola lettera, senza istruzioni, senza chiarimenti, senza alcun documento? Oppure M. de Voltaire si sarà davvero preso la briga di inventare tutto ciò? Voglio credere che la sua profonda erudizione abbia potuto ingannare tanta ignoranza; ma tutto questo non può essere avvenuto senza che io rispondessi in qualche modo, almeno per sapere se accettavo la proposta. L’inquisitore non poteva certo aspettarsi altro da me se non una risposta, proprio per dimostrare la mia credulità; quindi il suo primo obiettivo doveva essere quello di farsela scrivere. Se ce l’ha mostrata, allora tutto è stato chiarito.
Vedete come questi poveri uomini si accordino nei loro comportamenti. Non appena ho ricevuto una lettera, hanno immediatamente iniziato a diffondere la notizia che anche i signori Helvétius e Diderot ne avevano ricevute di simili. Ma che fine hanno fatto quelle lettere? Anche il signor de Voltaire ha voluto prendersi gioco di loro? Rido sempre dei vostri parigini, di questi intellettuali subdoli, di questi abilissimi creatori di epigrammi. Voltaire li intrattiene costantemente con storie così ridicole da non sembrare nemmeno adatte ai bambini. Posso dire che quel Voltaire stesso, con tutto il suo “intelligenza”, non è altro che una bestia, un malvagio molto malato. Mi perseguita, mi schiaccia, mi tormenta. Forse alla fine riuscirà a uccidermi. Che meraviglia: con centomila lire di rendita all’anno, tanti amici potenti alla corte, e tutte queste meschine manovre contro un poveruomo nella mia situazione! Oso dire che se Voltaire si trovasse nella mia stessa condizione e osasse attaccarmi, e io decidessi di usare le sue stesse armi contro di lui, verrebbe immediatamente sconfitto. Potrete giudicare la “finesse” delle sue trappole da un fatto che forse ha contribuito a diffondere quelle voci, come se fosse stato sicuro in anticipo del successo di una strategia ben congegnata.
Un cavaliere di Malta, che ha parlato molto a Ginevra e si è presentato come proveniente dall’Italia, è venuto da me quindici giorni fa su incarico del generale Paoli. Si è mostrato molto sollecito riguardo alle commissioni che sosteneva di aver ricevuto per conto mio; in realtà, però, non mi ha detto quasi nulla e si è limitato a mostrarmi alcuni documenti piuttosto insignificanti. Ogni volta che mi mostrava un documento, rimaneva sorpreso nel vedermi tirare fuori dal cassetto lo stesso documento e mostrarlo a mia volta. Questo lo imbarazzava ancora di più, poiché aveva fatto ogni sforzo per scoprire quali potessero essere le mie relazioni in Corsica, ma non è riuscito a ottenere alcuna informazione al riguardo. Poiché non mi ha portato nessuna lettera e non ha voluto né rivelarmi il suo nome né darmi alcuna informazione su di sé, l’ho ringraziato per le visite che intendeva continuare a farmi. Non è passato nemmeno dieci o dodici giorni che è tornato da me di nuovo.
Tutto ciò potrebbe essere qualcosa di molto semplice. Forse, avendo desiderio di vedermi, ha cercato soltanto un pretesto per introdursi; forse è un gentiluomo dalle migliori intenzioni, che non ha commesso altro errore se non quello di essere stato un po’ troppo insistente senza motivo. Ma poiché tanti disastri mi hanno insegnato a stare sempre in guardia, ammetterete che, se si tratta davvero di una trappola, non è ancora finita.
Il signor Vernes mi ha scritto una lettera onesta per denunciare con orrore quella diffamazione. Gli ho risposto molto sinceramente e mi sono impegnato a contribuire, nel limite delle mie possibilità, a diffondere la sua condanna, nel timore che sotto il suo “mantello” si nascondesse qualcuno ancora più malvagio di lui.
Lettera DLX – A Sua Signoria il Maresciallo
Môtiers, l’11 febbraio 1765.
Sapete, Milord, che una parte di ciò che mi accade – l’incendio a La Haye, la difesa di Berna, ciò che si sta preparando a Ginevra – è nota a voi; ma non potete conoscere tutto. Sventure continue e un’animosità così diffusa iniziavano davvero ad opprimermi. Nonostante le cattive notizie siano aumentate da quando ho ricevuto la vostra lettera, mi sento più tranquillo, anzi quasi felice. Quando avranno fatto tutto il male che possono, sarò io a contrapporre loro le mie risorse. Grazie alla protezione del re e alla vostra, la mia persona è al sicuro dalle loro aggressioni; ma non lo è dai loro intrighi, e me ne rendono ben conto. Comunque sia, anche se la mia mente potesse indebolirsi, il mio cuore rimane forte. Lo provo leggendo la vostra ultima lettera e il biglietto che avete scritto per la comunità di Couvet. Credo che M. Meuron si adempirà con piacere alla commissione che gli avete affidata; non lo direi altrettanto dell’assistente che avete nominato per questo compito, nonostante l’impegno che ostenta. Uno dei tormenti della mia vita è dover a volte lamentarmi delle persone che voi amate e lodarmi di quelle che non amate. Quanto mi sarebbe caro tutto ciò che vi è caro, se solo volessero smettere di respingere il mio zelo! Ma le vostre gentilezze verso di me suscitano molta invidia; e, quando occorre, questi invidiosi non nascondono affatto il loro odio. Possa esso aumentare sempre di più. Mia cara sorella Émetulla, prendetevi cura di nostro padre con attenzione: se lo perdessi, sarei l’essere più sfortunato del mondo.
Avete mai potuto credere che io abbia fatto il minimo sforzo per ottenere il permesso di stampare qui la raccolta delle mie opere, o per impedire che tale permesso venisse revocato? No, Milord: ero così perfettamente in sintonia con i vostri sentimenti, senza nemmeno conoscerli, che fin dall’inizio ho parlato in questo modo agli associati che si sono presentati, e a Du Peyrou, il quale si è gentilmente offerto di trattare con loro. La proposta è venuta da loro, e non mi sono affrettato ad accettarla. Del resto, non ho chiesto nulla, non chiedo nulla e non chiederò mai nulla; e, qualunque cosa accada, nessuno potrà vantarsi di avermi rifiutato qualcosa che, in fondo, nuocerebbe di meno a loro stessi che a me, poiché significherebbe semplicemente privare il paese di cinque o seicentomila franchi che avrei potuto fargli entrare in questo modo. E forse altrove non si rifiuterebbe con tanta disprezzo. Ma se, contro ogni aspettativa, il permesso venisse concesso o ratificato, ammetto che ne sarei profondamente commosso, come se nessuno tranne me stesso ne avesse tratto vantaggio; e mi attaccherei a questo paese per il resto della mia vita.
Comme probablement cela n’arrivera pas, et que le voisinage de Genève me devient de jour en jour plus insupportable, je cherche à m’en éloigner à tout prix. Il ne me reste à choisir que deux asiles, l’Angleterre ou l’Italie : mais l’Angleterre est trop éloignée ; il y fait trop cher vivre, et mon corps ni ma bourse n’en supporteraient pas le trajet. Reste l’Italie, et surtout Venise, dont le climat et l’inquisition sont plus doux qu’en Suisse ; mais saint Marc, quoique apôtre, ne pardonne guère, et j’ai bien dit du mal de ses enfants. Toutefois je crois qu’à la fin j’en courrai les risques ; car j’aime encore mieux la prison et la paix, que la liberté et la guerre. Le tumulte où je suis ne me permet encore de rien résoudre ; je vous en dirai davantage quand mes sens seront plus rassis. Un peu de vos conseils nie serait bien nécessaire ; car je suis si malheureux quand j’agis de moi-même, qu’après avoir bien raisonné, detériora sequor.
Lettre DLXII– À M. du Peyrou
Môtiers, le 14 février 1765.
Voici, monsieur, le projet que vous avez pris la peine de me dresser : sur quoi je ne vous dis rien, par la raison que vous savez. Je vous prie, si cette affaire doit se conclure, de vouloir bien décider de tout à votre volonté ; je confirmerai tout, car pour moi j’ai maintenant l’esprit à mille lieues de là ; et, sans vous, je n’irais pas plus loin, par le seul dégoût de parler d’affaires. Si ce que les associés disent dans leur réponse, article premier, de mon Ouvrage sur la Musique, s’entend du Dictionnaire, je m’en rapporte là-dessus à la réponse verbale que je leur ai faite. J’ai sur cette compilation des engagements antérieurs qui ne me permettent plus d’en disposer ; et s’il arrivait que, changeant de pensée, je le comprisse dans mon recueil, ce que je ne promets nullement, ce ne serait qu’après qu’il aurait été imprimé à part par le libraire auquel je suis engagé.
Vous ne devez point, s’il vous plaît, passer outre, que les associés n’aient le consentement formel du Conseil d’état, que je doute fort qu’ils obtiennent. Quant à la permission qu’ils ont demandée à la cour, je doute encore plus qu’elle leur soit accordée. Milord Maréchal connaît là-dessus mes intentions ; il sait que non seulement je ne demande rien, mais que je suis très déterminé à ne jamais me prévaloir de son crédit à la cour, pour y obtenir quoi que ce puisse être, relativement au pays où je vis, qui n’ait pas l’agrément du gouvernement particulier du pays même. Je n’entends me mêler en aucune façon de ces choses-là, ni traiter qu’elles ne soient décidées.
Depuis hier que ma lettre est écrite, j’ai la preuve de ce que je soupçonnais depuis quelques jours, que l’écrit de Vernes trouvait ici parmi les femmes autant d’applaudissement qu’il a causé d’indignation à Genève et à Paris, et que trois ans d’une conduite irréprochable sous leurs yeux mêmes ne pouvaient garantir la pauvre mademoiselle Le Vasseur de l’effet d’un libelle venu d’un pays où ni moi ni elle n’avons vécu. Peu surpris que ces viles âmes ne se connaissent pas mieux en vertu qu’en mérite, et se plaisent à insulter aux malheureux, je prends enfin la ferme résolution de quitter ce pays, ou du moins ce village, et d’aller chercher une habitation où l’on juge les gens sur leur conduite, et non sur les libelles de leurs ennemis. Si quelque autre honnête étranger veut connaître Môtiers, qu’il y passe, s’il peut, trois ans, comme j’ai fait, et puis qu’il en dise des nouvelles.
Si je trouvais à Neuchâtel ou aux environs un logement convenable, je serais homme à l’aller occuper en attendant.
Lettre DLXIV– À M. Moultou
Môtiers, le 18 février 1765.
Ce qui arrive ne me surprend point ; je l’ai toujours prévu, et j’ai toujours dit qu’en pareil cas il fallait s’en tenir là. Au lieu de faire tout ce qu’on peut, il suffit de faire tout ce qu’on doit, et cela est fait. On ne saurait aller plus loin sans exposer la patrie et le repos public, ce que le sage ne doit jamais. Quand il n’y a plus de liberté commune, il reste une ressource, c’est de cultiver la liberté particulière, c’est-à-dire la vertu. L’homme vertueux est toujours libre ; car, en faisant toujours son devoir, il ne fait jamais que ce qu’il veut. Si la bourgeoisie de Genève savait remonter ses principes, épurer ses goûts, prendre des moeurs plus sévères, en livrant ces messieurs à l’avilissement des leurs, elle leur deviendrait encore si respectable, qu’avec leur morgue apparente ils trembleraient devant elle ; et comme les jongleurs de toute espèce et leurs amis ne vivront pas toujours, tel changement de circonstances étrangères pourrait les mettre à portée de faire examiner enfin par la justice ce que la seule force décide aujourd’hui.
Je vous prie de vouloir bien saluer MM. Deluc de ma part, et leur dire que je ne puis leur écrire. Comme cela n’est plus nécessaire ni utile, il n’est pas raisonnable de l’exiger. On ne doit pas m’envier le repos que je demande, et je crois l’avoir assez payé.
Tâchez de m’envoyer, avant votre départ, ce dont vous m’avez parlé, non pour en faire à présent aucun usage ; mais pour prendre d’avance tous les arrangements nécessaires pour en faire usage un jour. J’aurais même autre chose, et d’un genre plus agréable, à vous proposer ; mais nous en parlerons à loisir. Je vous embrasse.
Lettre DLXVI– À M. d’Ivernois
Môtiers, le 22 février 1765.
Où êtes-vous, monsieur ? que faites-vous ? comment vous portez-vous ? Votre absence et votre long silence me tiennent en peine. C’est votre tour d’être paresseux : à la bonne heure, pourvu que je sache que vous vous portes bien, et que madame d’Ivernois, que je supplie d’agréer mon respect, veuille bien m’en faire informer par un bulletin de deux lignes.
Le tour qu’ont pris vos affaires, messieurs, et les miennes, la persuasion que la vérité ni la justice n’ont plus aucune autorité parmi les hommes, l’ardent désir de me ménager quelques moments de repos sur la fin de ma triste carrière, m’ont fait prendre l’irrévocable résolution de renoncer désormais à tout commerce avec le public, à toute correspondance hors de la plus absolue nécessité, surtout à Genève, et de me ménager quelques douleurs de moins, en ignorant tout ce qui se passe ; et à quoi je ne peux plus rien. Les bontés dont vous m’avez comblé, et l’avantage que j’ai de vous voir deux fois l’année, me feront pourtant faire pour vous, si vous l’agréez, une exception, au moyen de laquelle j’aurai le plaisir d’avoir aussi, de temps en temps, des nouvelles de nos amis auxquels je ne cesserai assurément point de m’intéresser.
Votre aimable parente, la jeune madame Guyenet, après une couche assez heureuse, est si mal depuis deux jours, qu’il est à craindre que je ne la perde. Je dis moi, car sûrement, de tout ce qui l’entoure, rien ne lui est plus véritablement attaché que moi ; et je le suis moins à cause de son esprit, qui me parait pourtant d’autant plus agréable qu’elle est moins pressée de le montrer, qu’à cause de son bon coeur et de sa vertu ; qualités rares dans tous les pays du monde, et bien plus rares encore dans celui-ci.
Pour moi, mon cher monsieur, je ne vous dis rien de ma situation particulière ; vous pouvez l’imaginer. Cependant, depuis ma résolution, je me sens l’aine beaucoup plus calme. Comme je m’attends à tout de la part des hommes, et qu’ils m’ont déjà fait à peu près du pis qu’ils pouvaient, je tâcherai de ne plus m’affliger que des maux réels, c’est-à-dire de ceux que ma volonté peut faire, ou de ceux que mon corps peut souffrir. Ces derniers me retiennent actuellement dans des entraves que je tiens de votre charité, mais qui ne laissent pas d’être fort pénibles. J’attends avec empressement de vos nouvelles, et vous embrasse, mon cher monsieur, de tout mon coeur.
Lettre DLXVIII– À M. le prince L.E de Wirtemberg
PROCUREUR-GÉNÉRAL.
25 février 1765.
J’apprends, monsieur, avec quelle bonté de coeur et avec quelle vigueur de courage vous avez pris la défense d’un pauvre opprimé. Poursuivi par la classe, et défendu par vous, je puis bien dire comme Pompée, Victrix causa diis placuit, sed victa Catoni.
Toutefois, je suis malheureux, mais non pas vaincu ; mes persécuteurs, au contraire, ont tout fait pour ma gloire, puisque c’est par eux que j’ai pour protecteur le plus grand des rois, pour père le plus vertueux des hommes, et pour patron l’un des plus éclairés magistrats.
Lettre DLXX– À M. de C.P.A.A
Février 1765.
Since this is probably not going to happen, and since living near Geneva has become increasingly unbearable for me, I am determined to get away from there at any cost. I have only two places to choose between: England or Italy. But England is too far away; the cost of living there is too high, and neither my health nor my finances could endure such a journey. That leaves Italy—especially Venice, whose climate and Inquisition are milder than those in Switzerland. However, Saint Mark, though an apostle, is not known for his leniency, and I have indeed spoken ill of his followers. Nevertheless, I believe I will ultimately take the risk; for I would rather endure imprisonment and peace than freedom and war. The turmoil in which I find myself currently prevents me from making any decisions; I will tell you more when my senses have settled down a bit. Some of your advice would be very helpful indeed; for I am so miserable whenever I try to act on my own that, even after much deliberation, things often end up worse than before.
Letter DLXII – To Mr. du Peyrou
Môtiers, February 14, 1765.
Here is, sir, the plan you have taken the trouble to prepare for me; I say nothing about it, for you know the reasons. I beg you, if this matter is to be concluded, to please decide everything according to your own will; I will confirm everything, for at present my mind is far away from such matters; and without your guidance, I would not go any further, out of sheer aversion to discussing business matters. If what the partners state in their reply, in the first article of my work on Music, refers to the Dictionary, I refer you to the verbal response I gave them on that matter. I have prior commitments regarding this compilation that prevent me from making further changes to it; and should I change my mind and decide to include it in my collection—which I make no promise to do—I would only do so after it had been printed separately by the publisher with whom I am contracted.
You must not, please, overlook the fact that the associates do not possess the formal consent of the Council of State, which I greatly doubt they will obtain. As for the permission they have requested from the court, I doubt even more that it will be granted to them. My Lord Marshal is aware of my intentions in this regard; he knows that not only do I ask for nothing, but that I am also firmly determined never to exploit his influence at the court to secure anything regarding the country where I live that has not been approved by the local government itself. I have no intention of interfering in these matters in any way, nor of discussing them until they have been decided.
Since I wrote my letter yesterday, I have obtained proof of what I had suspected for some days: that Vernes’s writings have received as much applause among these women as they caused indignation in Geneva and Paris; and that three years of irreproachable conduct in their very presence could not guarantee poor mademoiselle Le Vasseur against the effects of a slanderous pamphlet originating from a country where neither she nor I have ever lived. Little surprised that such vile people know each other better for virtue than for merit, and take pleasure in insulting the unfortunate, I finally resolve to leave this country—or at least this village—and seek a place where people are judged by their conduct, rather than by the slanderous writings of their enemies. If any other honest stranger wishes to get to know Môtiers, let him go there and spend three years there, just as I did, and then let him tell us what he thinks of it.
If I were to find a suitable place to live in Neuchâtel or the surrounding area, I would certainly move there and take up residence there until further arrangements could be made.
Letter DLXIV – To Mr. Moultou
Môtiers, February 18, 1765.
What is happening does not surprise me at all; I have always anticipated it, and I have always said that in such a case one must stop there. Instead of doing everything possible, it is sufficient to do what is necessary—and that has already been done. One could not go any further without putting the fatherland and public peace at risk, something that a wise person should never do. When there is no longer any common freedom left, there remains one resource: to cultivate individual freedom, that is, virtue. A virtuous person is always free; for by always doing his duty, he is merely doing what he wants to do. If the bourgeoisie of Geneva were to return to its principles, purify its tastes, and adopt stricter morals, by exposing these gentlemen to the disgrace they deserve, it would become so respectable that, despite their apparent arrogance, they would tremble before it. And since jugglers of all kinds and their accomplices will not always be in power, such a change in external circumstances might finally bring about the outcome that today is decided solely by force.
I beg you to kindly convey my regards to Mr. Deluc and tell them that I am unable to write to them. Since this is no longer necessary or useful, it would be unreasonable to insist on it. One should not envy me for the rest I seek; I believe I have paid a sufficient price for it.
Try to send me, before you leave, what you told me about—it’s not for my use right now; but rather so that I can make all the necessary arrangements to use it some day in the future. I actually have something else to offer you, something even more pleasant; but we can talk about that at another time. I kiss you.
Letter DLXVI – To Mr. d’Ivernois
Môtiers, February 22, 1765.
Where are you, sir? What are you doing? How are you? Your absence and your long silence cause me great concern. It’s your turn to be lazy—thank goodness, as long as I know you are well, and that Madame d’Ivernois, whom I earnestly request to accept my respects, will kindly inform me of your condition with just a couple of lines.
The turn that both your affairs and mine have taken, the conviction that truth and justice no longer hold any authority among men, and the earnest desire to enjoy some moments of rest at the end of my sad career, have led me to make the irrevocable decision to cease all contact with the public, to refrain from any correspondence except in absolutely necessary cases—especially in Geneva—and thus to endure fewer pains by ignoring everything that is happening and over which I can no longer exert any influence. Nevertheless, the kindnesses you have shown me and the pleasure of seeing you twice a year will enable me to make an exception for your sake, if you so desire. In this way, I shall be able to keep in touch from time to time with our friends, about whom I will certainly never cease to care.
Your kind relative, the young Madame Guyenet, after experiencing a rather happy period, has been so ill for the past two days that I fear I may lose her. I say this because, surely, of all those around her, nothing holds her heart more truly than mine; yet my attachment to her is less due to her intellect—which seems all the more delightful precisely because she is less eager to display it—and more due to her kind heart and her virtue. Such qualities are rare in every country of the world, but even rarer still in this one.
For me, my dear sir, I need not tell you anything about my particular situation; you can imagine it for yourself. However, since I made up my mind, I feel much calmer now. Since I expect the worst from men, and they have already done to me almost the worst they could, I will try to suffer only from real evils—those that my will can endure or that my body can bear. At present, these constraints are imposed upon me by your kindness, but they are certainly very painful. I look forward to hearing from you with great anticipation, and embrace you wholeheartedly, my dear sir.
Letter DLXVIII – To His Highness Prince L.E. of Württemberg
Attorney General.
February 25, 1765.
I learn, sir, with what kindness of heart and what vigor of courage you have defended a poor oppressed individual. Persecuted by the authorities but defended by you, I can truly say, as Pompey did, “Victrix causa diis placuit, sed victa Catoni.”
However, I am unhappy, but not defeated; on the contrary, my persecutors have done everything to bring me glory, for it is through them that I have as my protector the greatest of kings, as my father the most virtuous of men, and as my patron one of the most enlightened magistrates.
Letter DLXX – To Mr. de C.P.A.A
February 1765.
Poiché probabilmente questo non accadrà e il vicinato di Ginevra diventa sempre più insopportabile per me, cerco a tutti i costi di allontanarmene. Mi restano solo due possibilità: l’Inghilterra o l’Italia. Ma l’Inghilterra è troppo lontana; il costo della vita è eccessivamente alto, e né il mio corpo né le mie risorse finanziarie potrebbero sopportare un viaggio del genere. Resta l’Italia, soprattutto Venezia, dove il clima e l’inquisizione sono più mite che in Svizzera. Ma San Marco, pur essendo un apostolo, non perdona facilmente. E ho davvero detto molte cose negative sui suoi “figli”. Tuttavia credo che alla fine correrò questi rischi. Perché preferisco di gran lunga la prigione e la pace alla libertà e alla guerra. Il tumulto in cui mi trovo attualmente non mi permette ancora di prendere una decisione definitiva. Vi dirò di più quando i miei sensi saranno più calmi. Un po’ dei vostri consigli sarebbero davvero necessari. Perché sono così sfortunato quando agisco da solo. Che, anche dopo aver riflettuto a lungo, alla fine le cose finiscono sempre per andare storte.
Lettera DLXII – A Monsieur du Peyrou
Môtiers, 14 febbraio 1765.
Ecco, signore, il progetto che vi siete preso la briga di redigere per me: non vi dirò nulla al riguardo, poiché voi lo sapete già. Vi prego, se questa faccenda dovrà concludersi, di decidere tutto secondo la vostra volontà; io confermerò ogni cosa, poiché in questo momento il mio pensiero è lontano mille miglia da queste questioni. E senza di voi, non andrei oltre, semplicemente per il disgusto che provo nel parlare di affari. Se ciò che gli associati dicono nella loro risposta, relativo al primo articolo del mio “Ouvrage sur la Musique”, si riferisce al Dizionario, mi attengo alla risposta verbale che ho dato loro in merito. Per quanto riguarda questa compilazione, ho già preso impegni precedenti che non mi permettono più di modificarla; e se, cambiando idea, decidessi di includerla nel mio raccolto, cosa che assolutamente non prometto, lo farei soltanto dopo che fosse stata stampata separatamente dal libraio con il quale ho un contratto.
Si prega di non trascurare il fatto che gli associati non abbiano ottenuto l’approvazione formale del Consiglio di Stato, cosa di cui dubito fortemente che riescano ad averla. Per quanto riguarda il permesso richiesto alla corte, ne dubito ancora di più che venga concesso. Milord Maresciallo conosce le mie intenzioni in merito; sa che non solo non chiedo nulla, ma sono anche fermamente deciso a non approfittare mai della sua influenza presso la corte per ottenere qualsiasi cosa riguardi il paese in cui vivo, senza l’approvazione del governo locale stesso. Non intendo in alcun modo immischiarmi in queste questioni, né trattarle finché non siano state decise.
Da quando ho scritto questa lettera, ho avuto la prova di ciò che sospettavo da alcuni giorni: le opere di Vernes hanno trovato qui, tra le donne, lo stesso grado di approvazione che hanno suscitato indignazione a Ginevra e a Parigi; inoltre, tre anni di condotta irreprensibile ai loro stessi occhi non sono stati sufficienti a garantire alla povera signorina Le Vasseur l’effetto negativo di un libello proveniente da un paese dove né io né lei abbiamo mai vissuto. Non mi sorprende affatto che queste persone vili conoscano meglio la virtù che il merito altrui, e si divertano a insultare i malheureux; quindi ho preso la ferma decisione di lasciare questo paese, o almeno questo villaggio, e di cercare un luogo dove le persone vengano giudicate in base alla loro condotta, e non in base ai libelli dei loro nemici. Se qualche altro onesto straniero desidera conoscere Môtiers, che vi vada e trascorra lì tre anni, come ho fatto io, per poi raccontarci cosa ne pensa.
Se trovassi a Neuchâtel o nelle sue vicinanze un alloggio adatto, sarei il tipo di persona che lo occuperebbe immediatamente in attesa del resto.
Lettera DLXIV – A Monsieur Moultou
Môtiers, 18 febbraio 1765.
Quello che sta accadendo non mi sorprende affatto; l’avevo sempre previsto e avevo sempre detto che, in un caso del genere, bisognava fermarsi lì. Invece di fare tutto ciò che è possibile, basta fare tutto ciò che è dovuto, ed è già stato fatto. Non si potrebbe andare oltre senza esporre la patria e la tranquillità pubblica, cosa che un saggio non dovrebbe mai fare. Quando non c’è più libertà comune, rimane ancora una risorsa: coltivare la libertà individuale, cioè la virtù. L’uomo virtuoso è sempre libero; perché, facendo sempre il proprio dovere, non fa mai altro se non ciò che vuole. Se la borghesia di Ginevra sapesse riallacciarsi ai propri principi, purificare i propri gusti e adottare costumi più severi, mettendo questi signori alla disperazione dei loro simili, diventerebbe ancora così rispettabile da farli tremare davanti a sé, nonostante la loro apparente arroganza. E poiché gli intrattenitori di ogni genere e i loro amici non vivranno per sempre, un tale cambiamento nelle circostanze esterne potrebbe finalmente permettere che ciò che oggi viene deciso solo con la forza venga esaminato dalla giustizia.
Vi prego di salutare per me i signori Deluc e di dir loro che non posso scrivere loro. Poiché questo non è più necessario né utile, non è ragionevole insistervi. Non dovete invidiarmi il riposo che chiedo, e credo di averlo pagato a sufficienza.
Cercate di inviarmi, prima della vostra partenza, ciò di cui mi avete parlato; non per utilizzarlo immediatamente, ma per prendere in anticipo tutte le misure necessarie affinché possa essere usato un giorno. Avrei anche qualcos’altro da proporgervi, di genere più piacevole; ne parleremo quando avremo tempo. Vi abbraccio.
Lettera DLXVI – A Monsieur d’Ivernois
Môtiers, 22 febbraio 1765.
Dove siete, signore? Cosa state facendo? Come vi sentite? La vostra assenza e il vostro lungo silenzio mi angosciano molto. È il vostro turno di essere pigro. Per fortuna, basta che sappia che vi trovate bene, e che madame d’Ivernois, a cui chiedo umilmente di accettare i miei rispetti, voglia gentilmente informarmi con un breve messaggio di due righe.
Le vicende che hanno attraversato le vostre faccende, signori, così come le mie, la convinzione che la verità e la giustizia non abbiano più alcun potere tra gli uomini, il forte desiderio di concedermi alcuni momenti di riposo alla fine della mia triste carriera, mi hanno spinto a prendere la risoluzione irrevocabile di rinunciare da ora in poi a qualsiasi rapporto con il pubblico, a qualsiasi corrispondenza se non quella strettamente necessaria, soprattutto a Ginevra, al fine di ridurre al minimo i dolori derivanti dall’ignoranza di ciò che accade, e di ciò su cui ormai non posso più intervenire. Tuttavia, la gentilezza con cui mi avete onorato e il piacere di vedervi due volte all’anno mi spingeranno, se lo desiderate, a fare un’eccezione: così potrò continuare ad avere notizie dei nostri amici, di cui certamente non smetterò mai di prendermi cura.
Vostra cara parente, la giovane signora Guyenet, dopo un periodo di relativa felicità, sta molto male da due giorni; temo davvero di perderla. Lo dico perché, sicuramente, tra tutto ciò che la circonda, nulla le è veramente caro quanto me. Eppure io non mi sento così legato a lei per il suo spirito, che anzi mi sembra tanto più piacevole proprio perché lei non si affretta a mostrarlo, quanto per il suo buon cuore e la sua virtù: qualità rare in tutti i paesi del mondo, e ancora più rare in questo.
Per quanto mi riguarda, caro signore, non vi dirò nulla della mia situazione particolare; potete immaginarla facilmente. Tuttavia, da quando ho preso questa decisione, mi sento molto più tranquilla. Poiché mi aspetto di tutto dagli uomini, e poiché essi hanno già fatto di me quasi il peggio che potessero, cercherò di non addolorarmi se non per dei mali reali, cioè per quelli che la mia volontà può causare o che il mio corpo può sopportare. Quest’ultimi mi tengono attualmente in condizioni difficili, dovute alla vostra carità, ma che sono comunque molto penose. Aspetto con impazienza vostre notizie e vi abbraccio con tutto il cuore, caro signore.
Lettera DLXVIII – A Sua Altezza Serenissima il principe L.E di Wirtemberg
PROCURATORE GENERALE.
25 febbraio 1765.
Imparo, signore, con quanta bontà d’animo e con quanta forza di coraggio siate intervenuti in difesa di un povero oppresso. Inseguito dalla classe dominante e difeso da voi, posso dire, come Pompeo, che “la causa vittoriosa è stata quella voluta dagli dei, ma la vittoria è appartenuta a Catone”.
Tuttavia, sono sfortunato, ma non sconfitto; anzi, i miei persecutori hanno fatto di tutto per la mia gloria, poiché è grazie a loro che ho come protettore il più grande dei re, come padre il più virtuoso degli uomini e come mentore uno dei magistrati più illuminati.
Lettera DLXX – A Monsieur de C.P.A.A
Febbraio 1765.
J’attendais des réparations, monsieur, et vous en exigez ; nous sommes fort loin de compte. Je veux croire que vous n’avez point concouru, dans les lieux où vous êtes, aux iniquités qui sont l’ouvrage de vos confrères ; mais il fallait, monsieur, vous élever contre une manoeuvre si opposée à l’esprit du christianisme, et si déshonorante pour votre état. La lâcheté n’est pas moins répréhensible que la violence dans les ministres du Seigneur. Dans tous les pays du monde il est permis à l’innocent de défendre son innocence : dans le vôtre on l’en punit ; on fait plus, on ose employer la religion à cet usage. Si vous avez protesté contre cette profanation, vous êtes excepté dans mon livre, et je ne vous dois point de réparation : si vous n’avez pas protesté, vous êtes coupable de connivence, et je vous en dois encore moins.
Agréez, monsieur, je vous supplie, mes salutations et mon respect.
Lettre DLXXII– À M. Clairaut
Môtiers-Travers, le 3 mars 1765.
Le souvenir, monsieur, de vos anciennes bontés pour moi vous cause une nouvelle importunité de ma part. Il s’agirait de vouloir bien être, pour la seconde fois, censeur d’un de mes ouvrages. C’est une très mauvaise rapsodie que j’ai compilée, il y a plusieurs années, sous le nom de Dictionnaire de musique, et que je suis forcé de donner aujourd’hui pour avoir du pain. Dans le torrent de malheurs qui m’entraîne, je suis hors d’état de revoir ce recueil. Je sais qu’il est plein d’erreurs et de bévues. Si quelque intérêt pour le sort du plus malheureux des hommes vous portait à voir son ouvrage avec un peu plus d’attention que celui d’un autre, je vous serais sensiblement obligé de toutes les fautes que vous voudriez bien corriger, chemin faisant. Les indiquer sans les corriger ne serait rien faire, car je suis absolument hors d’état d’y donner la moindre attention ; et si vous daignez en user comme de votre bien, pour changer, ajouter, ou retrancher, vous exercerez une charité très utile, et dont je serai très reconnaissant. Recevez, monsieur, mes très humbles excuses et mes salutations[881].
Lettre DLXXIV– Au même
Môtiers, le 7 mars 1765.
Pour Dieu, ne vous fâchez pas, et sachez pardonner quelques torts à vos amis dans leur misère. Je n’ai qu’un ton, monsieur, et il est quelquefois un peu dur : il ne faut pas me juger sur mes expressions, mais sur ma conduite. Elle vous honore quand mes termes vous offensent. Dans le besoin que j’ai des consolations de l’amitié, je sens que les vôtres me manquent, et je m’en plains : cela est-il donc si désobligeant ?
Si j’ai écrit a d’autres, comment n’avez-vous pas senti l’absolue nécessité de répondre, et surtout dans la circonstance, a des personnes avec qui je n’ai point de correspondance habituelle, et qui viennent au fort de mes malheurs y prendre le plus généreux intérêt ?Je croyais que, sur ces lettres mêmes, vous vous diriez, Il n’a pas le temps de m’écrire, et que vous vous souviendriez de nos conventions. Fallait-il donc, dans une occasion si critique, abandonner tous mes intérêts, toutes mes affaires, mes devoirs mêmes, de peur de manquer avec vous à l’exactitude d’une réponse dont vous m’aviez dispensé ? Vous vous seriez offensé de ma crainte, et vous auriez eu raison. L’idée même, très fausse assurément, que vous aviez de m’avoir chagriné par votre lettre, n’était-elle pas, pour votre bon coeur, un motif de réparer le mal que vous supposiez m’avoir fait ? Dieu vous préserve d’affliction ! mais, en pareil cas, soyez sûr que je ne compterai pas vos réponses. En tout autre cas, ne comptez jamais mes lettres, ou rompons tout de suite, car aussi-bien ne tarderions-nous pas à rompre. Mon caractère vous est connu, je ne saurais le changer.
Toutes vos autres raisons ne sont que trop bonnes. Je vous plains dans vos tracas, et les approches de votre goutte nie chagrinent surtout vivement, d’autant plus que, dans l’extrême besoin de me distraire, je me promettais des promenades délicieuses avec vous. Je sens encore que ce que je vais vous dire peut être bien déplacé parmi vos affaires ; mais il faut vous montrer si je vous crois le coeur dur, et si je manque de confiance en votre amitié. Je ne fais pas des compliments, mais je prouve.
Il faut quitter ce pays, je le sens ; il est trop près de Genève, on ne m’y laisserait jamais en repos. Il n’y a guère qu’un pays catholique qui me convienne ; et c’est de là, puisque vos ministres veulent tant la guerre, qu’on peut leur en donner le plaisir tout leur soûl. Vous sentez, monsieur, que ce déménagement a ses embarras. Voulez-vous être dépositaire de mes effets en attendant que je me fixe ? voulez-vous acheter mes livres, ou m’aider à les vendre ? voulez-vous prendre quelque arrangement, quant à mes ouvrages, qui me délivre de l’horreur d’y penser, et de m’en occuper le reste de ma vie ? Toute cette rumeur est trop vive et trop folle pour pouvoir durer. Au bout de deux ou trois ans, toutes les difficultés pour l’impression seront levées, surtout quand je n’y serai plus. En tous cas, les autres lieux, même au voisinage, ne manqueront pas. Il y a sur tout cela des détails qu’il serait trop long d’écrire, et sur lesquels, sans que vous soyez marchand et sans que vous me fassiez l’aumône, cet arrangement peut m’être utile, et ne vous pas être onéreux. Cela demande d’en conférer : Il faut voir seulement si vos affaires présentes vous permettent de penser à celle-là.
Vous savez donc le triste état de la pauvre madame Guyenet, femme aimable, d’un vrai mérite, d’un esprit aussi fin que juste, et pour qui la vertu n’était pas un vain mot : sa famille est dans la plus grande désolation, son mari est au désespoir, et moi je suis déchiré. Voilà, monsieur, l’objet que j’ai sous les yeux pour me consoler d’un tissu de malheurs sans exemple.
J’ai des accès d’abattement, cela est assez naturel dans l’état de maladie, et ces accès sont très sensibles, parce qu’ils sont les moments où je cherche le plus à m épancher ; mais ils sont courts, et n’influent point sur ma conduite. Mon état habituel est le courage ; et vous le verrez peut-être dans cette affaire, si l’on me pousse à bout ; car je me fais une loi d’être patient jusqu’au moment où l’on ne peut plus l’être sans lâcheté. Je ne sais quelle diable de mouche a piqué vos messieurs ; mais il y a bien de l’extravagance à tout ce vacarme ; ils en rougiront sitôt qu’ils seront calmés.
Mais, que dites-vous, monsieur, de l’étourderie de vos ministres, qui, vu leurs moeurs, leur crasse ignorance, devraient trembler qu’on n’aperçut qu’ils existent, et qui vont sottement payer pour les autres dans une affaire qui ne les regarde pas ? Je suis persuadé qu’ils s’imaginent que je vais rester sur la défensive, et faire le pénitent et le suppliant : le conseil de Genève le croyait aussi, je l’ai désabusé ; je me charge de les désabuser de même. Soyez-moi témoin, monsieur, de mon amour pour la paix, et du plaisir avec lequel j’avais posé les armes : s’ils me forcent à les reprendre, je les reprendrai, car je ne veux pas me laisser battre à terre ; c’est un point tout résolu. Quelle prise ne me donnent-ils pas ? À trois ou quatre près, que j’honore et que j’excepte, que sont les autres ? quels mémoires n’aurai-je pas sur leur compte ? Je suis tenté de faire ma paix avec tous les autres clergés, aux dépens du votre, d’en faire le bouc d’expiation pour les péchés d’Israël. L’invention est bonne, et son succès est certain. Ne serait-ce pas bien servir l’état, d’abattre si bien leur morgue, de les avilir à tel point, qu’ils ne pussent jamais plus ameuter les peuples ? J’espère ne pas me livrer à la vengeance ; mais si je les touche, comptez qu’ils sont morts. Au reste, il faut premièrement attendre l’excommunication ; car, jusqu’à ce moment, ils me tiennent ; ils sont mes pasteurs, et je leur dois du respect. J’ai là-dessus des maximes dont je ne me départirai jamais, et c’est pour cela même que je les trouve bien peu sages de m’aimer mieux loup que brebis.
Lettre DLXXVI– À M. Meuron
Conseiller d’État et procureur général à Neuchâtel
Môtiers, le 9 mars 1765.
I was expecting compensation, sir, yet you demand it of me; we are still far from reaching an agreement. I wish to believe that you did not participate in the injustices committed by your fellow ministers in the places where you reside; but it was your duty, sir, to oppose such actions that are so contrary to the spirit of Christianity and so disgraceful to your profession. Cowardice is just as reprehensible as violence among those who serve the Lord. In every country in the world, it is permitted for the innocent to defend their innocence; in yours, however, they are punished for doing so—even more, people dare to use religion for such purposes. If you protested against this profanation, then you are exempt from any obligation on my part; I owe you no compensation at all. But if you did not protest, then you are guilty of complicity, and in that case, I owe you even less.
Please accept, sir, my greetings and my respect. I implore you to do so.
Letter DLXXII – To Mr. Clairaut
Môtiers-Travers, March 3, 1765.
Sir, the memory of your past kindnesses toward me brings me the impertinence of asking you once again to consider reviewing one of my works. Several years ago, I compiled a rather poor collection under the title Dictionary of Music—I am forced to offer it today in order to secure food. Lost in a torrent of misfortune, I am utterly unable to revise it myself. I know it is full of errors and mistakes. If your concern for the fate of the most unfortunate of men leads you to examine this work with more attention than you would give to another’s, I would be immensely grateful if you would kindly correct any errors you find along the way. Merely pointing them out without correcting them would be of no use, as I am completely unable to address them myself. If you would take the liberty to use it in whatever way you see fit—to make alterations, additions, or deletions—I would consider it a very useful act of charity for which I would be eternally thankful. Accept, sir, my most humble apologies and regards[881].
Letter DLXXIV – To the Same One
Môtiers, March 7, 1765.
For God’s sake, do not be angry, and learn to forgive some of the wrongs your friends may have committed in their times of hardship. I use only one tone when speaking, sir, and it may sometimes seem a bit harsh; you should not judge me by my words, but by my actions. If my words offend you, it is because my behavior honors you. In my need for the comfort that friendship can provide, I feel that yours is lacking, and I complain about it—is that really so offensive?
If I had written other letters, how could you have failed to feel the absolute necessity of responding—especially under such circumstances, to people with whom I do not usually correspond and who are so generously concerned about my misfortunes? I thought that upon reading those very letters, you would say to yourselves, “He doesn’t have time to write to me,” and that you would remember our previous arrangements. Was it really necessary, in such a critical moment, to abandon all my interests, my affairs, even my duties, just for fear of failing to respond promptly when you had previously exempted me from this obligation? You would have been offended by my concern, and you would have been right. The very notion—that you might have hurt my feelings with your letter—was, surely a very mistaken one—but for your kind heart, shouldn’t it have been enough reason to make amends for what you assumed I had suffered? May God protect you from any affliction! But in such a case, be assured that I will not count on your replies. In every other situation, never consider my letters as anything more than casual communications—or else let us end our correspondence right away, for it would only be a matter of time before we do so anyway. You know my character; I could never change it.
All your other reasons are more than sufficient. I sympathize with your troubles, and the fact that your illness brings such distress is particularly heartbreaking, especially since, in my desperate need to distract myself, I had looked forward to enjoying delightful walks with you. I realize that what I am about to say might seem highly inappropriate in light of your current circumstances; but I must make it clear whether I truly believe you have a heartless nature, or whether I lack confidence in your friendship. I am not offering compliments—I am presenting facts.
I must leave this country; I feel it clearly—it is too close to Geneva, and they would never let me live in peace there. There is hardly any other Catholic country that would suit me; and since your ministers are so eager for war, then there is no better way than to give them the pleasure they desire. You understand, sir, that moving away involves many difficulties. Would you be kind enough to take care of my belongings until I settle down somewhere else? Would you like to buy my books or help me sell them? Or could you make some arrangements regarding my works, so that I would no longer have to think about them or deal with them for the rest of my life? All this commotion is too intense and too absurd to last long. In a couple of years, all the difficulties related to publishing will be resolved, especially once I am no longer involved in it. Anyway, there are other places available, even in the vicinity. There are many details regarding all this that would take too much time to explain in writing; but without you having to be a merchant or offer me any financial assistance, such arrangements could be of great benefit to me and not cost you anything. It is necessary to discuss this further: we simply need to see whether your current affairs allow you to consider this possibility.
You are therefore aware of the sad state of poor Madame Guyenet—a kind-hearted woman, truly deserving of respect, with a mind as refined as just; for her, virtue was not an empty word. Her family is in utter despair, her husband is overcome with grief, and I am equally heartbroken. Such is the situation before me, sir, that it serves to console me amidst this unparalleled series of misfortunes.
I experience periods of despondency, which are quite natural in my state of illness. These moments are particularly intense because it is during them that I try most earnestly to express myself; however, they are brief and do not affect my behavior at all. My usual state of mind is one of courage—and you may see this in this matter, if pushed to the limit; for I have made it a rule to remain patient until the point where further patience would amount to cowardice. I don’t know what damned insect has bitten your gentlemen; but all this commotion is truly excessive. They will surely feel ashamed of it once they calm down.
But what do you say, sir, about the foolishness of your ministers? Given their behavior and their utter ignorance, one would expect them to tremble at the thought that their existence might be discovered. Yet they foolishly risk everything on behalf of others in a matter that has nothing to do with them. I am convinced they think I will remain passive and adopt an attitude of penitence and supplication—but the Council of Geneva believed the same, only for me to disabuse it of that notion; I shall do the same with them. Be witness, sir, to my love for peace and to how gladly I laid down my arms. If they force me to take them up again, I will—because I refuse to be defeated. That is a decision I have made firmly. What advantage could they possibly gain over me? With three or four exceptions, whom I respect and exempt from this, what are the others but insignificant figures? What records don’t I possess against them? I am tempted to make peace with all other clergy at the expense of yours, to use them as scapegoats for the sins of Israel. The idea is sound, and its success is certain. Wouldn’t it be a great service to the state to crush their arrogance so thoroughly and humiliate them so badly that they could never again incite the people? I hope I will not give in to vengeance; but if I do strike back, believe me, they will be dead. Nevertheless, we must first wait for the excommunication—until then, they hold me in their power; they are my “pastors,” and I owe them respect. I have principles on this matter that I will never abandon, and precisely because of that, I find it utterly foolish of them to prefer me as an enemy than as a friend.
Letter DLXXVI – To Mr. Meuron
State Counselor and Attorney General in Neuchâtel
Môtiers, March 9, 1765.
Aspettavo delle riparazioni, signore, e voi ne chiedete l’adempimento; siamo ancora molto lontani dall’arrivarci. Voglio credere che voi non abbiate partecipato, nei luoghi in cui vi trovate, alle ingiustizie compiute dai vostri colleghi; ma avreste dovuto, signore, opporvi a una manovra così contraria allo spirito del cristianesimo e così disonorevole per la vostra professione. La codardia è altrettanto riprovevole della violenza tra i ministri del Signore. In tutti i paesi del mondo all’innocente è permesso difendere la propria innocenza; nel vostro paese invece viene punito per farlo. E si osa persino utilizzare la religione a tale scopo. Se avete protestato contro questa profanazione, siete esclusi dalla mia lista di persone che meritano riparazioni; in tal caso non vi devo nulla. Se invece non avete protestato, siete colpevoli di complicità. E allora non vi devo ancora meno.
Permettetemi, signore, di porgervi i miei saluti e il mio rispetto.
Lettera DLXXII – A Monsieur Clairaut
Môtiers-Travers, 3 marzo 1765.
Signore, il ricordo delle vostre antiche gentilezze verso di me mi spinge a chiedervi ancora una volta il vostro aiuto. Si tratterebbe questa volta di voler essere, per la seconda volta, il revisore di uno dei miei lavori. Si tratta di una rapsodia molto imperfetta che composi alcuni anni fa con il titolo “Dizionario di musica”; oggi sono costretto a pubblicarla pur di procurarmi del pane. Nel vortice di sfortune in cui mi trovo, non ho la possibilità di rivedere quel lavoro; so bene che è pieno di errori e di imprecisioni. Se il destino dell’uomo più sfortunato del mondo vi spingesse a prestargli un po’ più di attenzione rispetto ad altri lavori, vi sarei profondamente grato se volesseste correggere tutte le erratezze che vi capitassero di trovare. Indicarle senza correggerle non significherebbe fare nulla, poiché sono assolutamente incapace di prestare loro la minima attenzione; e se vorrete utilizzarle a vostro piacimento, per modificarle, aggiungerci qualcosa o eliminarne alcune parti, eserciterete una carità molto utile, della quale sarò estremamente grato. Accettate, signore, le mie più umili scuse e i miei saluti[881].
Lettera DLXXIV – Allo stesso.
Môtiers, 7 marzo 1765.
Per Dio, non vi arrabbiate e imparate a perdonare qualche torto ai vostri amici nel loro momento di difficoltà. Ho un solo modo di esprimermi, signore, e a volte può sembrare un po’ duro; non dovete giudicarmi in base alle mie parole, ma in base al mio comportamento. Anche se le mie parole vi offendono, il mio comportamento vi onora. Nel momento in cui ho bisogno del conforto dell’amicizia, sento che quello di voi mi manca. E me ne lamento: è davvero così sgradevole da parte mia?
Se ho scritto ad altri, perché non avete sentito l’assoluta necessità di rispondere, soprattutto in una circostanza del genere, a persone con cui non ho alcun rapporto epistolare abituale e che, proprio nel momento dei miei maggiori dolori, hanno dimostrato il più sincero interesse per me? Pensavo che, leggendo quelle lettere, vi sareste detti: “Non ha tempo di scrivermi”, e che vi sareste ricordati delle nostre convenzioni. Doveva forse, in un momento così critico, abbandonare tutti i miei interessi, tutte le mie faccende, persino i miei doveri, solo per non mancare a voi nell’adempimento di una risposta di cui mi avevate esentato? Vi sareste offesi della mia paura, e avreste avuto ragione. Anche l’idea, certamente molto errata, che la vostra lettera potesse avermi addolorato, non era forse, per il vostro buon cuore, un motivo per rimediare al male che supponevate di avermi causato? Dio vi preservi da ogni afflizione. Ma in una situazione del genere, sappiate che non conto sulle vostre risposte. In ogni altro caso, non considerate mai le mie lettere, oppure rompete immediatamente ogni rapporto con me, poiché comunque presto ci saremmo separati. Il mio carattere vi è noto: non saprei cambiarlo.
Tutte le vostre altre ragioni sono davvero troppo valide. Vi compiango per i vostri problemi, e soprattutto mi addolorano molto quelle situazioni che riguardano la vostra salute; tanto più che, nel bisogno estremo di distrarmi, mi ero promesso delle deliziose passeggiate con voi. So bene che ciò che sto per dirvi potrebbe sembrare inappropriato, considerando le vostre difficoltà; ma devo dimostrare se vi ritengo davvero senza cuore, o se manco di fiducia nella vostra amicizia. Non sto facendo complimenti, ma sto cercando di essere chiaro.
Devo lasciare questo paese; lo sento chiaramente: è troppo vicino a Ginevra, e lì non mi lascerebbero mai in pace. C’è solo un paese cattolico che possa andarmi bene. E proprio da lì, dato che i vostri ministri desiderano così ardentemente la guerra, possiamo accontentarli pienamente. Capite, signore, che questo trasferimento presenta molti problemi. Volete prendervi cura dei miei effetti fino a quando non mi sarò sistemato? Volete comprare i miei libri o aiutarmi a venderli? Volete trovare qualche soluzione per i miei lavori, in modo da liberarmi dall’angoscia di pensarci e di occuparmene per il resto della mia vita? Tutto questo clamore è troppo intenso e assurdo per poter durare. Dopo due o tre anni, tutte le difficoltà legate alla pubblicazione dei miei libri saranno superate, soprattutto quando io non ci sarò più. In ogni caso, ci sono altri posti, anche nelle vicinanze, che non mancheranno. Ci sono molti dettagli su tutto questo; sarebbe troppo lungo scriverli tutti. E senza che voi siate un commerciante, e senza che mi facciate l’elemosina, questa soluzione potrebbe essermi utile. E non vi costerebbe nulla. È necessario discuterne: bisogna solo vedere se le vostre attuali circostanze vi permettono di preoccuparvi anche di questo problema.
Quindi conoscete lo stato tragico della povera signora Guyenet: una donna amabile, davvero meritevole, dallo spirito delicato e giusto; per lei la virtù non era certo una parola vuota. La sua famiglia è nella più profonda disperazione, suo marito è sconvolto, e io stesso sono distrutto. Ecco, signore, ciò che ho davanti agli occhi: un esempio di sventure senza precedenti. Qualcosa che potrebbe consolarmi in mezzo a tutto questo dolore.
Ho momenti di abbattimento, il che è abbastanza naturale in uno stato di malattia; questi momenti sono particolarmente intensi, perché sono proprio quelli in cui cerco con più forza di esprimere i miei sentimenti; tuttavia durano poco e non influenzano in alcun modo il mio comportamento. Il mio stato abituale è quello del coraggio; forse lo vedrete anche in questa situazione, se mi si spinge fino al limite. Perché mi sono imposto la regola di essere paziente fino al momento in cui non sia più possibile farlo senza mostrare debolezza. Non so quale maledetta mosca abbia pungito i vostri signori; ma tutto questo clamore è davvero eccessivo. Si vergogneranno di esso non appena si saranno calmati.
Ma che ne dite, signore, dell’imprudenza dei vostri ministri, i quali, data la loro condotta e la loro totale ignoranza, dovrebbero temere che qualcuno scoprisse persino la loro esistenza, e che ora stanno stupidamente pagando al posto degli altri in una questione che non li riguarda affatto? Sono convinto che pensino che io rimarrò sulla difensiva, fingendo pentimento e suppliche. Anche il Consiglio di Ginevra lo credeva; l’ho disilluso; farò lo stesso con loro. Siate testimone, signore, del mio amore per la pace e del piacere che provavo nel deporre le armi. Se mi costringeranno a riprenderle, le riprenderò, perché non intendo permettere che mi abbattano al suolo; questa è una decisione irrevocabile. Quale vantaggio non mi offrono? A parte tre o quattro persone che onoro e rispetto, chi sono gli altri? Quanti documenti ho contro di loro. Sono tentato di fare la pace con tutti gli altri cleri, a scapito del vostro; di farne il capro espiatorio dei peccati di Israele. L’idea è buona, e il successo è certo. Non sarebbe un ottimo servizio da rendere allo stato abbattere così completamente la loro arroganza, umiliarli a tal punto che non possano mai più incitare i popoli contro di noi? Spero di non cedere alla vendetta. Ma se li colpisco, siate certo che saranno spacciati. Comunque, prima di tutto bisogna aspettare l’escomunica. Perché fino a quel momento, loro sono i miei “pastori”. E devo rispettarli. Ho delle regole rigide al riguardo, e non le abbandonerò mai. Ed è proprio per questo che ritengo molto poco saggio da parte loro amarmi di più come lupo che come agnello.
Lettera DLXXVI – A Monsieur Meuron
Consigliere di Stato e Procuratore Generale a Neuchâtel
Môtiers, 9 marzo 1765.
Hier, monsieur, M. de Montmollin m’honora d’une visite, dans laquelle nous eûmes une conférence assez vive. Après m’avoir annoncé l’excommunication formelle comme inévitable, il me proposa, pour prévenir le scandale, un tempérament que je refusai net. Je lui dis que je ne voulais point d’un état intermédiaire ; que je voulais être dedans ou dehors, en paix ou en guerre, brebis ou loup. Il me fit sur cette affaire plusieurs objections que je mis en poudre ; car, comme il n’y a ni raison ni justice à tout ce qu’on fait contre moi, sitôt qu’on entre en discussion je suis fort. Pour lui montrer que ma fermeté n’était point obstination, encore moins insolence, j’offris, si la classe voulait rester en repos, de m’engager avec lui de ne plus écrire de ma vie sur aucun point de religion. Il répondit qu’on se plaignait que j’avais déjà pris cet engagement, et que j’y avais manqué. Je répliquai qu’on avait tort ; que je pouvais bien l’avoir résolu pour moi, mais que je ne l’avais promis à personne. Il protesta qu’il n’était pas le maître, qu’il craignait que la classe n’eut déjà pris sa résolution. Je répondis que j’en étais fâché, mais que j’avais aussi pris la mienne. En sortant, il me dit qu’il ferait ce qu’il pourrait ; je lui dis qu’il ferait ce qu’il voudrait, et nous nous quittâmes. Ainsi, monsieur, jeudi prochain, ou vendredi au plus tard, je jetterai l’épée ou le fourreau dans la rivière.
Comme vous êtes mon bon défenseur et patron, j’ai cru vous devoir rendre compte de cette entrevue. Recevez, je vous supplie, mes salutations et mon respect.
Lettre DLXXVIII– À Madame La Tour
Môtiers, le 10 mars 1765.
J’ai lu votre lettre a\cc la plus grande attention j’ai rapproché tous les rapports qui pouvaient m’en faire juger sainement : c’était pour mon coeur une affaire importante.
Vous étiez flatteuse durant ma prospérité, vous devenez franche dans mes misères : à quelque chose malheur est bon.
J’aime la vérité, sans doute ; mais si jamais j’ai le malheur d’avoir un ami : dans l’état ou je suis et que je ne trouve aucune vérité consolante a lui dire, je mentirai.
On peut donner en tout temps à son ami le blâme qu’on croit qu’il mérite ; mais, quand on choisit le moment de ses malheurs, il faut s’assurer qu’on a raison.
Lorsque je disais, Il faut se taire, et ne pas imiter le crime de Cham, j’étais citoyen de Genève ; je ne dois que la vérité à ceux par qui je ne le suis plus.
Lorsque je disais, il faut se taire, je n’avais que ma cause à défendre, et je me taisais ; mais, quand c’est un devoir de parler, il ne faut pas se taire : voyez l’avertissement. Adieu, Marianne.
Lettre DLXXX– À M. du Peyrou
Môtiers, le 14 mars 1765.
Voici, monsieur, votre lettre. En la lisant j’étais dans votre coeur : elle est désolante. Je vous désolerai peut-être moi-même en vous avouant que celle qui l’écrit me paraît avoir de bons yeux, beaucoup d’esprit, et point d’âme. Vous devriez en faire, non votre amie, mais votre folle, comme les princes avaient jadis des fous, c’est-à-dire d’heureux étourdis, qui osaient leur dire la vérité. Nous reparlerons de cette lettre dans un tête-à-tête. Cher du Peyrou, croyez-moi, continuez d’être bon et d’aimer les hommes ; mais ne comptez jamais avec eux.
Premier acte d’ami véritable, non dans vos offres, mais dans vos conseils ; je les attendais de vous : vous n’avez pas trompé mon attente. Le désir de me venger de votre prêtraille était né dans le premier mouvement ; c’était un effet de la colère ; mais je n’agis jamais dans le premier mouvement, et ma colère est courte. Nous sommes de même avis ; ils sont en sûreté, et je ne leur ferai sûrement pas l’honneur d’écrire contre eux.
non seulement je n’ai pas dessein de quitter ce pays durant l’orage, je ne veux pas même quitter Môtiers, à moins qu’on n’use de violence pour m’en chasser, ou qu’on ne me montre un ordre du roi sous l’immédiate protection duquel j’ai l’honneur d’être. Je tiendrai dans cette affaire la contenance que je dois à mon protecteur et à moi. Mais, de manière ou d’autre, il faudra que cette affaire fini Si l’on me fait traîner dehors par des archers, il faut bien que je m’en aille ; si l’on finit par me laisser en repos, je veux alors m’en aller, c’est un point résolu. Que voulez-vous que je fasse dans un pays où l’on me traite plus mal qu’un malfaiteur ? Pourrai-je jamais jeter sur ces gens-là un autre oeil que celui du mépris et de l’indignation ? Je m’avilirais aux yeux de toute la terre si je restais au milieu d’eux.
Je suis bien aise que vous ayez d’abord senti et dit la vérité sur le prétendu livre Des Princes : mais savez-vous qu’on a écrit de Berne à l’imprimeur d’Yverdon de me demander ce livre et de l’imprimer, que ce serait une bonne affaire ? J’ai d’abord senti les soins officieux de l’ami Bertrand ; j’ai tout de suite envoyé à M. Félice la lettre dont copie ci-jointe, le faisant prier de l’imprimer et de la répandre. Comme il est livré à gens qui ne m’aiment pas, j’ai prié M. Roguin, en cas d’obstacle, de vous en donner avis par la poste ; et alors je vous serais bien obligé si vous vouliez la donner tout de suite à Fauche, et la lui faire imprimer bien correctement. Il faut qu’il la verse, le plus promptement qu’il sera possible, à Berne, à Genève, et dans le pays de Vaud ; mais avant qu’elle paraisse ayez la bonté de la relire sur l’imprimé, de peur qu’il ne s’y glisse quelque faute. Vous sentez qu’il ne s’agit pas ici d’un petit scrupule d’auteur, mais de ma sûreté et de ma liberté peut-être pour le reste de ma vie. En attendant l’impression vous pouvez donner et envoyer des copies.
Je ne serai peut-être en état de vous écrire de longtemps. De grâce mettez-vous à ma place, et ne soyez pas trop exigeant. Vous devriez sentir qu’on ne me laisse pas du temps de reste ; mais vous en avez pour me donner de vos nouvelles, et même des miennes : car vous savez ce qui se passe par rapport à moi ; pour moi je l’ignore parfaitement.
Je vous embrasse.
Lettre DLXXXII– À Madame d’Ivernois
Môtiers, le 25 mars 1765.
Je suis comblé de vos bontés, madame, et confus de mes torts : ils sont tous dans ma situation, je vous assure : aucun n’est dans mes sentiments. Vous avez trop bien deviné, madame, le sort de notre aimable et infortunée amie. M. Tissot m’a fait l’amitié de venir la voir, sous sa direction elle est déjà beaucoup mieux. Je ne doute point qu’il n’achevé de rétablir son corps et sa tête, mais je crains que son coeur ne soit plus longtemps malade, et que l’amitié même ne puisse pas grand-chose sur un mal auquel la médecine ne peut rien.
Pourquoi, madame, n’avez-vous pas ouvert ma lettre pour M. votre mari ? j’y avais compté ; une médiatrice telle que vous ne peut que rendre notre commerce encore plus agréable. Dites-lui, je vous supplie, mille choses pour moi que je n’ai pas le temps de lui dire ; j’ai le temps seulement de l’aimer de tout mon coeur, et j’emploie bien ce temps-là : pour l’employer mieux encore, je voudrais que vous daignassiez en usurper une partie. Il faut finir, madame. Mille salutations et respects.
Observation
La malade dont il est question est madame Guyenet, que les suites d’une couche laborieuse avaient réduite à la dernière extrémité.
Lettre DLXXXIV– À M. du Peyrou
Le 6 avril 1765.
Yesterday, sir, Mr. de Montmollin paid me the honor of a visit during which we had a rather heated discussion. After informing me that formal excommunication was inevitable, he proposed to me a compromise to prevent scandal, but I firmly refused it. I told him that I did not want any intermediate state; I wanted to be either within or outside the church, in peace or at war, a sheep or a wolf. He raised several objections against this, but I dismissed them all, for since everything he said against me was devoid of reason and justice, I became very persuasive once we began discussing it. To show him that my firmness was not stubbornness or insolence, I offered to promise him, if the community wished to remain at peace, that I would never write again on any religious matters for the rest of my life. He replied that people complained that I had already made such a promise but had failed to keep it. I denied this, saying that people were mistaken; I might have resolved to do so for myself, but I had never promised it to anyone. He insisted that he was not in charge and feared that the community might have already made its decision. I said I regretted that, but that I had also made my own decision. When he left, he told me he would do what he could; I told him to do whatever he wished, and then we parted ways. Thus, sir, next Thursday at the latest, I will throw either my sword or its scabbard into the river.
Since you are my loyal defender and patron, I felt it was my duty to report to you about this meeting. Please accept my greetings and respect.
Letter DLXXVIII – To Madame La Tour
Môtiers, March 10, 1765.
I read your letter with the greatest attention and examined all the reports that could help me form a fair judgment; it was a matter of great importance to my heart.
You were flattering me when I was successful; now you become honest in my times of adversity—after all, every misfortune carries its own good.
I love the truth, undoubtedly; but if I ever have the misfortune to have a friend—and in the state I am in, if I cannot find any comforting truth to tell him—I will lie.
One can always blame one’s friend for what one believes he deserves; however, when choosing the moment to do so—during his misfortunes—it is necessary to be certain that one is right.
When I said, “One must remain silent and not imitate the crime of Cham,” I was a citizen of Geneva; I owe only truth to those whom I am no longer.
When I said “one must remain silent,” it was only because I was defending my own cause; in such cases, I kept quiet. But when it is a duty to speak, then one must not remain silent—see the warning. Goodbye, Marianne.
Letter DLXXX – To Mr. du Peyrou
Môtiers, March 14, 1765.
Here is your letter, sir. As I read it, I felt as if I were in your heart; it is truly distressing. Perhaps I will cause you further sorrow by admitting that the person who wrote it seems to have beautiful eyes, much intelligence—but no soul at all. You should make her not your friend, but your “madwoman,” just as princes used to have fools around them—people who dared to tell them the truth. We will discuss this letter again in private. Dear du Peyrou, believe me: continue to be kind and loving toward people; but never rely on them.
The first act of a true friend lies not in your offers but in your advice; I was expecting it from you, and you did not disappoint me. The desire to take revenge for your deceit arose at first instance—it was a product of anger—but I never act on impulse, and my anger lasts for little. We share the same view; they are safe, and I certainly will not have the honor of writing against them.
Not only do I have no intention of leaving this country during this storm, but I also refuse to leave Môtiers, unless violence is used to drive me away or unless I am presented with an order from the king under whose immediate protection I have the honor to stand. In this matter, I will maintain the dignity that is due both to my protector and to myself. However, one way or another, this situation must come to an end. If I am forced to leave by archers, then I shall go; if I am finally allowed to remain in peace, then I also want to leave—this is my firm decision. What else could I do in a country where I am treated worse than a criminal? Could I ever look at these people otherwise than with contempt and indignation? If I stayed among them, I would bring shame upon myself before the whole world.
I am very pleased that you were the first to perceive and speak the truth about the so-called book Des Princes. But do you know that someone from Bern wrote to the printer in Yverdon, asking him to obtain this book and print it, claiming it would be a profitable venture? I first sensed the indirect efforts of my friend Bertrand; immediately afterwards, I sent Mr. Félice the letter (a copy of which is attached here), requesting him to print and distribute it. Since it is being given to people who do not hold me in high regard, I asked Mr. Roguin to inform you by post in case any obstacles arose. I would be extremely grateful if you could deliver this letter to Fauche immediately and have it printed carefully. It must be sent as soon as possible to Bern, Geneva, and the region of Vaud; but before it is published, please take the time to review it against the final printed version, to ensure that no errors remain. You understand that this is not some trivial matter concerning an author’s pride, but rather a matter of my safety and perhaps even my freedom for the rest of my life. In the meantime, you may distribute copies as you see fit.
I may not be able to write to you for a long time. Please put yourself in my position and be not too demanding. You should realize that I do not have much free time; but you certainly have the time to let me know how you are doing, and even to tell me about yourself: after all, you know what is happening regarding me; whereas I have no idea at all.
I kiss you.
Letter DLXXXII – To Madame d’Ivernois
Môtiers, March 25, 1765.
I am overwhelmed by your kindness, madam, and filled with remorse for my faults; they all stem from my circumstances, I assure you—none of them reflect my true feelings. You have too accurately guessed the fate of our kind and unfortunate friend. Mr. Tissot took the trouble to visit her, and under his care, she has already improved considerably. I have no doubt that he will soon restore both her health and her spirits, but I fear that her heart may no longer be able to recover, and that even friendship may not be enough to heal a sorrow against which medicine is powerless.
Why, madam, have you not opened my letter for your husband? I had hoped so; a mediator like you could only make our correspondence even more pleasant. Please tell him thousands of things on my behalf—things I don’t have time to say myself. I do have the time to love him with all my heart, and I use that time well. To use it even better, I would be grateful if you would kindly take over some of that task for me. We must come to an end now, madam. With thousands of greetings and respects.
Observation
The patient in question is Madame Guyenet, who had been reduced to utter destitution as a result of the difficulties associated with childbirth.
Letter DLXXXIV – To Mr. du Peyrou
April 6, 1765.
Ieri, signore, il signor de Montmollin mi ha fatto l’onore di una visita durante la quale abbiamo avuto una conversazione piuttosto animata. Dopo avermi annunciato che l’escomunica formale era inevitabile, mi propose, al fine di prevenire lo scandalo, un compromesso che rifiutai categoricamente. Gli dissi che non volevo alcuna situazione intermedia; che volevo essere chiaramente dentro o fuori, in pace o in guerra, pecora o lupo. Mi fece diverse obiezioni su questo argomento, ma le confutai tutte; poiché tutto ciò che si fa contro di me non ha alcuna ragione né giustizia, non appena si entra in discussione divento molto determinato. Per fargli capire che la mia fermezza non era ostinazione, né tantomeno insolenza, gli offrii di impegnarmi, se la classe lo desiderava, a non scrivere più per il resto della mia vita su alcun argomento religioso. Rispose che si lamentavano che avessi già preso tale impegno e che non l’avessi mantenuto. Gli replicai che si sbagliavano; che forse avevo deciso di farlo per me stesso, ma non lo avevo promesso a nessuno. Insistette sul fatto che non era lui il responsabile della decisione e temeva che la classe avesse già preso la sua. Risposi che ne ero dispiaciuto, ma anch’io avevo preso la mia decisione. Alla fine, uscendo, mi disse che avrebbe fatto del suo meglio; io gli risposi che avrebbe potuto fare ciò che voleva, e così ci congedammo. Quindi, signore, giovedì prossimo, o al massimo venerdì, getterò la spada, o il fodero, nel fiume.
Poiché siete il mio buon difensore e protettore, ho ritenuto di dovervi rendere conto di questo incontro. Vi prego di accettare le mie saluti e il mio rispetto.
Lettera DLXXVIII – A Madame La Tour
Môtiers, 10 marzo 1765.
Ho letto la vostra lettera con la massima attenzione e ho esaminato tutti i documenti che potevano aiutarmi a giudicarla in modo corretto: per il mio cuore, si trattava di una questione molto importante.
Eri lusinghiera quando ero prospero, diventi franca ora che sono nei miei momenti di sfortuna: forse anche nel dolore c’è del buono.
Amo la verità, senza dubbio; ma se mai avessi la sfortuna di avere un amico, in quelle circostanze in cui mi trovo e non riuscissi a trovare nessuna verità confortante da dirgli, mentirei.
Si può sempre incolpare un amico di ciò che si ritiene che meriti; tuttavia, quando si sceglie il momento dei suoi mali, è necessario essere certi di avere ragione.
Quando dicevo “È necessario tacere e non imitare il crimine di Cham”, ero un cittadino di Ginevra; devo solo la verità a coloro per i quali ormai non lo sono più.
Quando dicevo “bisogna tacere”, avevo solo la mia causa da difendere, quindi tacevo; ma quando parlare è un dovere, non si deve tacere: vedete questo avvertimento. Addio, Marianne.
Lettera DLXXX – A Monsieur du Peyrou
Môtiers, 14 marzo 1765.
Ecco, signore, la sua lettera. Leggendola, sono entrato nel suo cuore. È desolante. Forse la mia confessione la renderà ancora più triste: a me sembra che chi l’ha scritta abbia bei occhi, molto spirito, ma nessuna anima. Dovrebbe farne la sua amica, no, la sua “folle”, come un tempo i principi avevano dei folli: persone felici e spensierate, capaci di dire loro la verità. Ne parleremo di nuovo in privato. Caro du Peyrou, creda a me: continui ad essere buono e ad amare gli uomini, ma non si fidi mai di loro.
Il primo atto di un vero amico non consiste nelle offerte, ma nei consigli; li aspettavo da voi: non avete deluso le mie aspettative. Il desiderio di vendicarmi delle vostre calunnie è nato nel primo istante; era un effetto della rabbia. Ma io non agisco mai d’impulso, e la mia rabbia dura poco. Siamo d’accordo: sono al sicuro, e certamente non vi renderò l’onore di scrivere contro di loro.
Non solo non ho alcuna intenzione di lasciare questo paese durante la tempesta, ma non voglio nemmeno lasciare Môtiers, a meno che non si usi della violenza per scacciarmi o che non mi venga mostrato un ordine del re sotto la protezione diretta del quale ho l’onore di trovarmi. In questa questione manterrò l’atteggiamento che devo al mio protettore e a me stesso. Ma, in un modo o nell’altro, questa situazione dovrà finire. Se mi si costringerà ad andarmene con l’aiuto degli archieri, allora dovrò partire; se invece mi si lascerà in pace, vorrò comunque andarmene: è una decisione irrevocabile. Cosa potrei fare in un paese dove vengo trattato peggio di un criminale? Come potrei mai guardare queste persone con altro occhio se non con disprezzo e indignazione? Mi umilierei agli occhi di tutto il mondo se rimanessi tra loro.
Sono molto contento che abbiate prima percepito e detto la verità riguardo al presunto libro “Dei Principi”; ma sapete che qualcuno ha scritto da Berna all’editore di Yverdon chiedendogli di pubblicare questo libro, sostenendo che si trattasse di un affare vantaggioso? All’inizio ho ricevuto le sollecitazioni informali dell’amico Bertrand; subito dopo ho inviato a Monsieur Félice la lettera che vi allego, chiedendogli di pubblicarla e diffonderla. Poiché il libro viene consegnato a persone che non mi amano, ho pregato Monsieur Roguin, in caso di ostacoli, di informarvi per posta; vi sarei molto grato se voleste inviarlo immediatamente a Fauche affinché lo facesse stampare con la massima cura. È necessario che venga distribuito il prima possibile a Berna, Ginevra e nel Vaud; ma prima della sua pubblicazione, vi prego di rileggerlo attentamente sull’edizione finale, per evitare eventuali errori. Capite bene che non si tratta di una semplice questione di scrupoli editoriali, ma della mia sicurezza e forse anche della mia libertà per il resto della mia vita. Nel frattempo, potete distribuire e inviare delle copie del libro.
Forse non sarò in grado di scrivervi per molto tempo. Vi prego, mettetevi nei miei panni e non siate troppo esigenti. Dovreste capire che non mi viene concesso molto tempo; ma voi avete tutto il tempo necessario per comunicarmi le vostre notizie, e anche le mie: voi infatti sapete cosa sta succedendo riguardo a me; io, invece, ne sono completamente all’oscuro.
Vi bacio.
Lettera DLXXXII – A Madame d’Ivernois
Môtiers, 25 marzo 1765.
Sono profondamente grato per le vostre gentilezze, signora, e imbarazzato per i miei errori: sono tutti legati alla mia situazione, ve lo assicuro; nessuno riguarda i miei sentimenti. Avete indovinato con grande precisione, signora, il destino della nostra cara e sfortunata amica. Il signor Tissot si è preso la briga di andarla a trovare; sotto la sua assistenza, lei sta già molto meglio. Non dubito che riuscirà a riprendersi completamente sia fisicamente che mentalmente, ma temo che il suo cuore non possa più guarire. E forse nemmeno l’amicizia possa fare molto di fronte a una malattia contro cui la medicina è impotente.
Perché, signora, non avete aperto la mia lettera per vostro marito? Ci contavo; una intermediaria come voi potrebbe solo rendere il nostro rapporto ancora più piacevole. Ditegli, vi prego, mille cose per me che non ho tempo di dirgli personalmente; ho soltanto il tempo di amarlo con tutto il mio cuore, e lo uso appieno. Per usarlo ancora meglio, vorrei che voi aveste la gentilezza di occuparvene anche voi. Bisogna finire, signora. Mille saluti e rispetti.
Osservazione.
La donna di cui si parla è la signora Guyenet, che le conseguenze di un parto difficile avevano ridotta in condizioni estremamente gravi.
Lettera DLXXXIV – A Monsieur du Peyrou
Il 6 aprile 1765.
Je souffre beaucoup depuis quelques jours les tracas que je croyais finis, et que je vois se multiplier, ne contribuent pas à me tranquilliser le corps ni l’âme. Voilà donc de nouvelles Lettres d’éclat à écrire, de nouveaux engagements à prendre, et qu’il faut jeter à la tête de tout le monde, jusqu’à ce que je trouve quelqu’un qui les daigne agréer. Voilà, toute chose cessante, un déménagement à faire. Il faut me réfugier à Couvet, parce que j’ai le malheur d’être dans la disgrâce du ministre de Môtiers : il faut vite aller chercher un autre ministre et un autre consistoire ; car, sans ministre et sans consistoire, il ne m’est plus permis de respirer ; et il faut errer de paroisse en paroisse, jusqu’à ce que je trouve un ministre assez bénin pour daigner me tolérer dans la sienne. Cependant M. de Pury appelle cela le pays le plus libre de la terre ; à la bonne heure : mais cette liberté-là n’est pas de mon goût : M. de Pury sait que je ne veux plus rien avoir à faire avec les ministres ; il me l’a conseillé lui-même ; il sait que naturellement je suis désormais dans ce cas avec celui-ci ; il sait que le Conseil d’état m’a exempté de la juridiction de son consistoire : par quelle étrange maxime veut-il que je m’aille refourrer tout exprès sous la juridiction d’un autre consistoire dont le Conseil d’état ne m’a point exempté, et sous celle d’un autre ministre qui me tracassera plus poliment, sans cloute, mais qui me tracassera toujours ; voudra poliment savoir comme je pense, et que poliment j’enverrai promener ? Si j’avais une habitation à choisir dans ce pays, ce serait celle-ci, précisément par la raison qu’on veut que j’en sorte. J’en sortirai donc puisqu’il le faut ; mais ce ne sera sûrement pas pour aller à Couvet.
Quant à la lettre que vous jugez à propos que j’écrive pour promettre le silence pendant mon séjour en Suisse, j’y consens ; je désirerais seulement que vous me fissiez l’amitié de m’envoyer le modèle de cette lettre, que je transcrirai exactement, et de me marquer à qui je dois l’adresser. Garrottez-moi si bien que je ne puisse plus remuer ni pied ni patte ; voilà mon coeur et mes mains dans les liens de l’amitié. Je suis très déterminé à vivre en repos, si je puis, et à ne plus rien écrire, quoi qu’il arrive, si ce n’est ce que vous savez, et pour la Corse, s’il le faut absolument, et que je vive assez pour cela. Ce qui me fâche, encore un coup, c’est d’aller offrant cette promesse de porte en porte, jusqu’à ce qu’il se trouve quelqu’un qui la daigne agréer : je ne sache rien au monde de plus humiliant ; c’est donner à mon silence une importance que personne n’y voit que moi seul.
Pardonnez, monsieur, l’humeur qui me ronge ; j’ai onze lettres sur la table, la plupart très désagréables, et qui veulent toutes la plus prompte réponse. Mon sang est calciné, la fièvre me consume, je ne pisse plus du tout, et jamais rien ne m’a tant coûté de ma vie que cette promesse authentique qu’il faut que je fasse d’une chose que je suis bien déterminé à tenir, que je la promette ou non. Mais, tout en grognant fort maussadement, j’ai le coeur plein des sentiments les plus tendres pour ceux qui s’intéressent si généreusement à mon repos, et qui me donnent les meilleurs conseils pour l’assurer. Je sais qu’ils ne me conseillent que pour mon bien, qu’ils ne prennent à tout cela d’autre intérêt que le mien propre. Moi, de mon côté, tout en murmurant, je veux leur complaire, sans songer à ce qui m’est bon. S’ils me demandaient pour eux ce qu’ils me demandent pour moi-même », il ne me coûterait plus rien ; mais comme il est permis de faire en rechignant son propre avantage, je veux leur obéir, les aimer, et les gronder. Je vous embrasse.
P. S. Tout bien pensé, je crois pourtant qu’avant le départ de M. Meuron je ferai ce qu’on désire. Ma paresse commence toujours par se dépiter, mais à la fin mon coeur cède.
Si je restais, j’en reviendrais, en attendant que votre maison fût faite, au projet de chercher quelque jolie habitation près de Neuchâtel, et de m’abonner à quelque société où j’eusse à la fois la liberté et le commerce des hommes. Je n’ai pas besoin de société pour me garantir de l’ennui, au contraire ; mais j’en ai besoin pour me détourner de rêver et d’écrire. Tant que je vivrai seul, ma tête ira malgré moi.
Lettre DLXXXVI– À M. d’Escherny
Môtiers, le 6 avril 1765.
Je n’entends pas bien, monsieur, ce qu’après sept ans de silence M. Diderot vient tout-à-coup exiger de moi. Je ne lui demande rien. Je n’ai nul désaveu à faire. Je suis bien éloigné de lui vouloir du mal, encore plus de lui en faire ou d’en dire de lui ; je sais respecter jusqu’à la fin les droits de l’amitié, même éteinte, mais je ne la rallume jamais : c’est ma plus inviolable maxime. [883]
J’ignore encore où m’entraînera ma destinée. Ce que je sais, c’est que je ne quitterai qu’à regret un pays où, parmi beaucoup de personnes que j’estime, il y en a quelques-unes que j’aime et dont je suis aimé. Mais, monsieur, ce que j’aime le plus au monde, et dont j’ai le plus de besoin, c’est la paix : je la chercherai jusqu’à ce que je la trouve ou que je meure à la peine. Voilà la seule chose sur laquelle je suis bien décidé.
J’espérais toujours vous rapporter votre musique ; mais, malade et distrait, je n’ai pas le temps d’y jeter les yeux. M. de Montmollin a jugé à propos de m’occuper ici d’autres chansons bien moins amusantes. Il a voulu me faire chanter ma gamme, et s’est fait un peu chanter la sienne ; que Dieu nous préserve de pareille musique ! Ainsi soit-il. Je vous salue, monsieur, de tout mon coeur.
Lettre DLXXXVIII– À M. d’Ivernois
Môtiers, le 8 avril 1765.
Bien arrivé, mon cher monsieur ; ma joie est grande, mais elle n’est pas complète, puisque vous n’avez pas passé par ici. Il est vrai que vous auriez trouvé une fermentation désagréable à votre amitié pour moi. J’espère, quand vous viendrez, que vous trouverez tout pacifié. La chance commence à tourner extrêmement. Le roi s’est si hautement déclaré ; Milord Maréchal a si vivement écrit ; les gens en crédit ont pris mon parti si chaudement, que le Conseil d’état s’est unanimement déclaré pour moi. et m’a, par un arrêt, exempté de la juridiction du consistoire, et assuré la protection du gouvernement. Les ministres sont généralement hués : l’homme à qui vous avez écrit est consterné et furieux ; il ne lui reste plus d’autres ressources que d’ameuter la canaille, ce qu’il a fait jusqu’ici avec assez de succès. Un des plus plaisants bruits qu’il fait courir, est que j’ai dit dans mon dernier livre que les femmes n’avaient point d’âme ; ce qui les met dans une telle fureur par tout le Val-de-Travers, que pour être honoré du sort d’Orphée je n’ai qu’à sortir de chez moi. C’est tout le contraire à Neuchâtel, où toutes les dames sont déclarées en ma faveur. Le sexe dévot y traîne les ministres dans les boues. Une des plus aimables disait, il y a quelques jours, en pleine assemblée, qu’il n’y avait qu’une seule chose qui la scandalisât dans tous mes écrits ; c’était l’éloge de M.de Montmollin. Les suites de cette affaire m’occupent extrêmement. M. Andrié m’est arrivé de Berlin de la part de Milord Maréchal. Il me survient de toutes parts des multitudes de visites. Je songe à déménager de cette maudite paroisse pour aller m’établir près de Neuchâtel, où tout le monde a la bonté de me désirer. Par-dessus tous ces tracas, mon triste état ne me laisse point de relâche, et voici le septième mois que je ne suis sorti qu’une seule fois, dont je me suis trouvé fort mal. Jugez d’après tout cela si je suis en état de recevoir M. de Servan, quelque désir que j’en eusse ; dans tout le cours de ma vie il n’aurait pas pu choisir plus mal son temps pour me venir voir. Dissuadez-l’en, je vous supplie, ou qu’il ne s’en prenne pas à moi s’il perd ses pas.
For several days now, I have been suffering greatly from troubles that I thought were over, yet they seem to be multiplying instead, causing neither physical nor mental peace to me. Once again, I must write new letters, make new commitments, and present them to everyone until someone deigns to accept them. Meanwhile, all my other affairs have come to a halt, and I must move somewhere else. I will take refuge in Couvet, for unfortunately, I am in disfavor with Minister de Môtiers; I need to find another minister and another consistoire quickly, for without either, I cannot even breathe freely. I will have to wander from parish to parish until I find a minister kind enough to tolerate my presence in his jurisdiction. Yet Mr. de Pury calls this place the freest country on earth. Well, perhaps it is, but such freedom is not to my taste. Mr. de Pury knows that I want nothing to do with ministers anymore; he himself advised me to do so. He knows that I am now in this situation with this particular minister, and that the Council of State has exempted me from his consistoire’s jurisdiction. By what strange logic does he expect me to willingly submit myself to the jurisdiction of another consistoire—whose authority the Council of State has not even exempted me from—and to yet another minister who will undoubtedly harass me in a more “polite” way, but still harass me nonetheless? If I had a place to choose in this country, it would certainly not be Couvet. But since I must leave somewhere, it will surely not be there.
As for the letter you consider appropriate for me to write in order to promise silence during my stay in Switzerland, I agree to it; I would only like you to have the kindness of sending me a model of this letter, which I will copy verbatim, and also indicating to whom it should be addressed. Tie me up so tightly that I am unable to move either foot or hand; here are my heart and my hands, bound by the bonds of friendship. I am absolutely determined to live in peace, if possible, and to write nothing more, no matter what happens—except for what you know, and perhaps for Corsica, if it is absolutely necessary, provided I live long enough to do so. What bothers me again is having to go from door to door offering this promise, until someone deigns to accept it; I don’t know of anything more humiliating in the world; it is giving my silence an importance that no one else sees but me alone.
Forgive me, sir, for the gloomy mood that consumes me; there are eleven letters on my desk, most of them very unpleasant, and all demanding an immediate reply. My blood seems to have been scorched, fever consumes me, I can no longer urinate at all, and nothing in my life has ever cost me so much as this solemn promise that I must make—regardless of whether I truly intend to keep it or not. Yet, despite my grumbling, my heart is filled with the deepest gratitude toward those who so generously care about my well-being and offer me the best advice to ensure it. I know they only have my good at heart and are motivated solely by concern for my own welfare. As for me, even as I murmur complaints, I wish to please them, without considering what is truly in my best interest. If they asked me to do something for them that they themselves ask me to do for myself, it would cost me nothing at all; but since it is permissible to resist doing what is beneficial to oneself, I choose to obey them, love them—and even scold them sometimes. I embrace you.
P.S. Upon further reflection, I believe that before Mr. Meuron leaves, I will do what is desired. My laziness always starts with resistance, but in the end, my heart gives in.
If I stayed, I would return to that idea once your house was finished—namely, to look for a nice place to live near Neuchâtel and join some society where I could enjoy both freedom and the company of other people. I don’t need society to protect me from boredom; on the contrary, it’s necessary to prevent me from daydreaming and writing too much. As long as I live alone, my thoughts will wander on their own without my control.
Letter DLXXXVI – To Mr. d’Escherny
Môtiers, April 6, 1765.
I do not quite understand, sir, what Mr. Diderot is suddenly demanding of me after seven years of silence. I ask him for nothing; I have no regrets to make. I am far from wishing him any harm, let alone doing it or speaking ill of him. I know how to respect the rights of friendship—even when it is dead—but I never try to revive it: that is my most unviolable principle. [883]
I still do not know where fate will lead me. What I do know is that I will leave a country with regret—for among many people I respect, there are a few whom I love and who love me. But, sir, what I cherish most in this world, and what I need most, is peace. I will seek it until I find it, or until I die trying. That is the only thing I am absolutely determined to do.
I had always hoped to bring you back your music; but, being ill and distracted, I have no time to look at it. Mr. de Montmollin thought it would be appropriate for me to work on other songs, far less entertaining than yours. He wanted me to sing my scale, and he himself had me sing his; may God save us from such music! Well then. I bid you a heartfelt farewell, sir.
Letter DLXXXVIII – To Mr. d’Ivernois
Môtiers, April 8, 1765.
Welcome, my dear sir; my joy is great, but it is not complete, for you have not passed this way. Indeed, you would have found an unpleasant situation arising from your friendship with me. I hope that when you come, you will find everything settled peacefully. Fortune has begun to turn in my favor greatly. The king has spoken so highly of me; Lord Marshal has written so enthusiastically; those in power have taken my side so warmly, that the Council of State has unanimously declared itself in my favor and, by a decree, exempted me from the jurisdiction of the consistory and assured me the protection of the government. Ministers are generally met with hostility everywhere; the man to whom you wrote is in despair and fury; he has no other recourse but to incite the mob, which he has been doing with considerable success so far. One of the most ridiculous rumors he has spread is that I claimed in my last book that women have no souls; this has filled them with such rage throughout the Val-de-Travers that, to be honored in the same way as Orpheus, I would simply have to leave my home. In Neuchâtel, on the other hand, all the ladies speak in my favor. The devout people there drag the ministers through the mud. A few days ago, one of the most kind-hearted ladies said in public that the only thing that shocked her in all my writings was the praise I gave to Monsieur de Montmollin. This matter is occupying me greatly at the moment. Mr. Andrié has arrived from Berlin on behalf of Lord Marshal. People are coming to visit me from all directions. I am considering moving away from this cursed parish and settling near Neuchâtel, where everyone is so kind as to wish me well. Amidst all these troubles, my poor health does not allow me any respite; it has been seven months now since I last went out, and I felt very unwell when I did. Judge for yourself whether I am in a position to receive Monsieur de Servan, no matter how much I might wish to do so; in the entire course of my life, he could not have chosen a worse time to come and see me. Please dissuade him from doing so, or at least forgive him if he loses his way on the journey.
Da alcuni giorni soffro molto: i problemi che credevo fossero finiti sembrano invece moltiplicarsi, e questo non contribuisce affatto a tranquillizzare né il mio corpo né la mia anima. Bisogna quindi scrivere nuove lettere, assumersi nuovi impegni, e farli conoscere a tutti, fino a quando non troverò qualcuno che abbia la gentilezza di accettarli. Inoltre, dato che tutto questo continua, devo trasferirmi: dovrò rifugiarmi a Couvet, perché sfortunatamente sono in disgrazia con il ministro di Môtiers. Bisogna quindi trovare un altro ministro e un altro consiglio religioso; senza di loro, non mi è più permesso nemmeno respirare. Dovrò vagabondare da una parrocchia all’altra, fino a quando non troverò un ministro abbastanza gentile da tollerarmi nella sua. Eppure M. de Pury definisce questo paese il più libero della terra. Ma questa libertà non fa per me: lui sa che non voglio più avere nulla a che fare con i ministri; me lo ha consigliato lui stesso. Sa anche che, naturalmente, ora sono in disaccordo con quel ministro. Sa che il Consiglio di Stato mi ha esentato dalla giurisdizione del suo consiglio religioso. Ma secondo quale strana logica dovrei andare proprio sotto la giurisdizione di un altro consiglio religioso, da cui il Consiglio di Stato non mi ha esentato. E sotto quella di un altro ministro che, probabilmente, continuerà a tormentarmi in modo “più gentile”, ma comunque tormentarmi? Se avessi una casa da scegliere in questo paese, sarebbe proprio questa. Ma dato che vogliono che me ne vada, lo farò. Tuttavia, sicuramente non andrò a Couvet.
Per quanto riguarda quella lettera che ritenete opportuno che io scriva per promettere il silenzio durante il mio soggiorno in Svizzera, acconsento; desidererei soltanto che mi inviaste l’esempio di questa lettera, che trascriverò esattamente, e che mi indicaste a chi devo indirizzarla. Impiccatemi pure, se volete, in modo che non possa più muovere né piede né mano; ecco il mio cuore e le mie mani legate dall’amicizia. Sono assolutamente deciso a vivere in pace, se possibile, e a non scrivere più nulla, qualunque cosa accada, tranne ciò che voi mi avete chiesto di scrivere, e soltanto per la Corsica, se fosse assolutamente necessario. E spero di vivere abbastanza a lungo per farlo. Quello che mi infastidisce ancora è dover andare di porta in porta a offrire questa promessa, fino a quando non si trovi qualcuno che abbia la gentilezza di accettarla: non conosco nulla al mondo di più umiliante. È come dare al mio silenzio un’importanza che nessun altro vede, se non io stesso.
Perdonate, signore, l’umore cupo che mi assilla; ho undici lettere sul tavolo, la maggior parte delle quali molto sgradevoli e tutte che richiedono una risposta immediata. Il mio sangue è infuocato, la febbre mi consuma, non urino più affatto. E nulla nella mia vita mi è mai costato di più di questa promessa che devo fare, qualunque sia il suo contenuto, e che sono deciso a mantenere. Tuttavia, nonostante i miei lamenti, il mio cuore è pieno di sentimenti molto teneri per coloro che si interessano così generosamente al mio benessere e mi danno i migliori consigli per assicurarmelo. So che mi consigliano solo per il mio bene, che non hanno altro interesse in tutto questo se non il mio stesso interesse. Io, dal canto mio, anche se mormoro, voglio compiacerli, senza pensare a ciò che è veramente meglio per me. Se mi chiedessero di fare per loro ciò che mi chiedono di fare per me stesso, non mi costerebbe nulla; ma poiché è permesso cercare di ottenere il proprio vantaggio anche con riluttanza, voglio obbedire a loro, amarli, e anche rimproverarli. Vi abbraccio.
P.S. A ben pensarci, credo comunque che prima della partenza di Monsieur Meuron farò ciò che si desidera. La mia pigrizia inizia sempre con il rancore, ma alla fine il mio cuore cede.
Se rimanessi, tornerei indietro, aspettando che la vostra casa fosse pronta, per poi riprendere in considerazione l’idea di cercare una bella abitazione vicino a Neuchâtel e iscrivermi a qualche società dove potessi godere sia della libertà che degli incontri con gli altri. Non ho bisogno di società per evitare la noia, anzi; ma ne ho bisogno per non indulgere troppo nei sogni e nella scrittura. Finché vivrò da solo, la mia mente continuerà a vagabondare contro la mia volontà.
Lettera DLXXXVI – A Monsieur d’Escherny
Môtiers, 6 aprile 1765.
Non capisco bene, signore, cosa sia che, dopo sette anni di silenzio, il signor Diderot voglia improvvisamente da me. Non gli chiedo nulla; non ho alcun rimorso da esprimere. Sono lontano dall’aver intenzioni negative nei suoi confronti, e ancora di più dal fargli del male o parlare male di lui. So rispettare fino in fondo i diritti dell’amicizia, anche quando è spenta, ma non la rinnovo mai: questa è la mia massima più inviolabile. [883]
Non so ancora dove mi porterà il destino. Quello che so è che lascerò con rammarico un paese in cui, tra molte persone che stimo, ce ne sono alcune che amo e le quali mi amano. Ma, signore, ciò che amo di più al mondo, e di cui ho più bisogno, è la pace: la cercherò fino a quando non la troverò, o fino a quando non morirò nel tentativo di farlo. Questa è l’unica cosa su cui sono assolutamente deciso.
Speravo ancora di potervi riportare la vostra musica; ma, essendo malato e distratto, non ho il tempo di occuparmene. Il signor de Montmollin ha ritenuto opportuno che qui mi dedicassi ad altre canzoni molto meno divertenti. Ha voluto che cantassi la mia scala musicale, e si è fatto anche lui cantare la sua; che Dio ci protegga da una musica del genere! Comunque sia. Vi saluto con tutto il mio cuore, signore.
Lettera DLXXXVIII – A Monsieur d’Ivernois
Môtiers, l’8 aprile 1765.
Benvenuto, caro signore; la mia gioia è grande, ma non completa, poiché non siete passato di qui. È vero che avreste trovato situazioni spiacevoli a causa della vostra amicizia per me. Spero che, quando verrete, troverete tutto pacificato. La fortuna sta iniziando a girare decisamente a mio favore: il re si è espresso con grande chiarezza; Milord Maréchal ha scritto con grande fervore; le persone influenti hanno preso apertamente posizione a mio sostegno, tanto che il Consiglio di Stato si è unanimemente pronunciato in mio favore. Con un decreto mi hanno esentato dalla giurisdizione del tribunale e mi hanno garantito la protezione del governo. I ministri, invece, sono generalmente oggetto di critiche; l’uomo a cui avete scritto è sconvolto e furioso. Gli resta solo il modo di sollevare la plebaglia, cosa che ha fatto con notevole successo finora. Uno dei pettegolezzi più diffusi riguarda il contenuto del mio ultimo libro: si dice che io abbia affermato che le donne non abbiano anima. Questo li ha messi in una tale furia in tutto il Val-de-Travers, che per essere “onorato” dallo stesso destino di Orfeo basterebbe semplicemente uscire di casa mia. Al contrario, a Neuchâtel tutte le dame sono dalla mia parte; il sesso devoto lì trascina i ministri nel fango. Qualche giorno fa, in una riunione pubblica, una donna molto gentile ha detto che l’unica cosa che la scandalizzava nei miei scritti era l’elogio di M. de Montmollin. Le conseguenze di questa situazione mi occupano moltissimo. Il signor Andrié è arrivato da Berlino per conto di Milord Maréchal; ricevo continue visite da tutte le parti. Penso di trasferirmi da questa maledetta parrocchia e stabilirmi vicino a Neuchâtel, dove tutti hanno la gentilezza di desiderarmi lì. Ma, nonostante tutto questo, il mio stato di salute non migliora affatto; è già il settimo mese che esco solo una volta al mese, e ogni volta mi sento molto male. Giudicate voi stesso se sono in condizioni di ricevere il signor de Servan, per quanto ne desideri l’incontro. Nella mia vita non avrebbe potuto scegliere un momento peggiore per venire a trovarmi. Vi prego, dissuadetelo. O, se dovesse perdere la strada, che non si arrabbi con me.
Je ne crois pas avoir écrit à personne que peut-être je serais dans le cas d’aller à Berlin. Il m’a tant passé de choses par la télé que celle-là pourrait avoir passé aussi ; mais je suis presque assuré de n’en avoir rien dit à qui que ce soit. La mémoire. que je perds absolument, m’empêche de rien affirmer. Des motifs très doux, très pressants, très honorables, m’y attireraient sans doute ; mais le climat me fait peur. Que je cherche au moins la bénignité du soleil, puisque je n’en dois point attendre des hommes. J’espère que celle de l’amitié me suivra partout. Je commis la vôtre, et je m’en prévaudrais au besoin ; mais ce n’est pas l’argent qui me manque, et, si j’en avais besoin, cinquante louis sont à Neuchâtel à mes ordres, grâce à la prévoyance de Milord Maréchal.
Lettre DXC– À Mademoiselle d’Ivernois
Môtiers, le 9 avril 1765.
Au moins, mademoiselle, n’allez pas m’accuser aussi de croire que les femmes n’ont point d’âme ; car, au contraire, je suis persuadé que toutes celles qui vous ressemblent en ont au moins deux à leur disposition. Quel dommage que la vôtre vous suffise ! J’en connais une qui se plairait fort à loger en même lieu. Mille respects à la chère maman et à toute la famille. Je vous prie, mademoiselle, d’agréer les miens.
Lettre DXCII– À M. du Peyrou
Vendredi, 12 avril 1765.
Plus j’étais touché de vos peines, plus j’étais fâché contre vous ; et en cela j’avais tort ; le commencement de votre lettre me le prouve. Je ne suis pas toujours raisonnable, mais j’aime toujours qu’on me parle raison, Je voudrais connaître vos peines pour les soulager, pour les partager, du moins. Les vrais épanchements du coeur veillent non seulement l’amitié, mais la familiarité, et la familiarité ne vient que par l’habitude de vivre ensemble. Puisse un jour cette habitude si douce donner, entre nous, à l’amitié tous ses charmes ! Je les sentirai trop bien pour ne pas vous les faire sentir aussi.
La sentence de Cicéron que vous demandez est, amicus Plato, amicus Aristoteles, sed magis amica veritas. Mais vous pourrez la resserrer, en n’employant que les deux premiers mots et les trois derniers, et souvenez-vous qu’elle emporte l’obligation de me dire mes vérités. Au lieu devons dire précisément si vous devez employer le terme de conclave inquisitorial, j’aime mieux vous exposer le principe sur lequel je me détermine en pareil doute. Qu’une expression soit ou ne soit pas ce qu’on appelle française ou du bel usage, ce n’est pas de cela qu’il s’agit : on ne parle et l’on n’écrit que pour se faire entendre ; pourvu qu’on soit intelligible, on va à son but ; quand on est clair, on y va encore mieux : parlez donc clairement pour quiconque entend le français. Voilà la règle, et soyez sûr que, fissiez-vous au surplus cinq cents barbarismes, vous n’en aurez pas moins bien écrit. Je vais plus loin, et je soutiens qu’il faut quelquefois faire des fautes de grammaire pour être plus lumineux. C’est en cela, et non dans-toutes les pédanteries du purisme, que consiste le véritable art d’écrire. Ceci posé, j’examine, sur cette règle, le conclave inquisitorial, et je me demande si deux mots réunis présentent à l’esprit une idée bien une et bien nette, et il me parait que non. Le mot conclave en latin ne signifie qu’une chambre retirée, mais en français il signifie l’assemblée des cardinaux pour l’élection du pape. Cette idée n’a nul rapport à la vôtre, et elle exclut même celle de l’inquisition. Voyez si, peut-être en changeant le premier mot, et mettant, par exemple, celui de synode inquisitorial, vous n’iriez pas mieux à votre but. Il semble même que le mot synode pris pour une assemblée de ministres, contrastant avec celui d’inquisitorial, ferait mieux sentir l’inconséquence de ces messieurs. L’union seule de ces deux mots ferait, à mon sens, un argument sans réplique ; et voilà en quoi consiste la finesse de l’emploi des mots. Pardon, monsieur, de mes longueries ; mais comme vous pouvez avoir quelquefois, dans l’honnêteté de votre âme, l’occasion de parler au public pour le bien de la vérité, j’ai cru que vous seriez peut-être bien aise de connaître la règle générale qui me parait toujours bonne à suivre dans le choix des mots.
Comme je suis très persuadé que votre ouvrage n’aura nul besoin de ma révision, je vous prie de m’en dispenser à cause de la matière. Il convient que je puisse dire que je n’y ai aucune part et que je ne l’ai pas vu. Il est même inutile de m’envoyer aucune des pièces que vous vous proposez d’y mettre, puisqu’il me suffira de les trouver toutes dans l’imprimé.
Au train dont la neige tombe, nous en aurons ce soir plus d’un pied : cela, et mon état encore empiré, m’ôtera le plaisir de vous aller voir aussitôt que je l’espérais. Sitôt que je le pourrai, comptez que vous verrez celui qui vous aime.
Lettre DXCIV– Au même
22 avril 1765.
L’amitié est une chose si sainte, que le nom n’en doit pas même être employé dans l’usage ordinaire : ainsi nous serons amis, et nous ne nous dirons pas mon ami. J’eus un surnom jadis que je crois mériter mieux que jamais ; à Paris, on ne m’appelait que le citoyen. À votre égard, prenez un nom de société qui vous plaise et que je puisse vous donner. Je me plais à songer que vous devez être un jour mon cher hôte, et j’aimerais à vous en donner le titre d’avance ; mais celui-là ou un autre, prenez-en un qui soit de votre goût, et qui supprime entre nous le maussade mot de monsieur, que l’amitié et sa familiarité doivent proscrire.
Votre petite note est très bien. Sur ce que j’apprends, il me paraît important que vous preniez vos mesures si justes et si sûres, que l’écrit paraisse avant la générale de mai. J’ai eu le plaisir de voir M. de Pury ; c’est un digne homme dont je n’oublierai jamais les services. Je souffre toujours beaucoup.
Je vous embrasse.
Examinez toujours le cachet de mes lettres, pour voir si elles n’ont point été ouvertes, et pour cause : je me servirai toujours de la lyre.
Lettre DXCVI– À M. Coindet
À Môtiers, le 27 avril 1765.
Je devrais, mon cher Coindet, vous écrire souvent, ne fût-ce que pour vous remercier. Mais acceptez, je vous prie, la bonne volonté pour l’effet ; car, en ce moment, eussé-je dix mains et dix secrétaires, je ne suffirais pas à tout ce qu’on me force d’écrire. Je dois aussi des remerciements à M. Watelet et à M.Loiseau. Quand je ne leur en devrais pas, je voudrais leur écrire. En attendant que je puisse là-dessus me satisfaire, faites-leur les plus tendres salutations de ma part.
Je comprends qu’on a pu vous marquer de Genève que je quittais Môtiers. On y a si bien travaillé pour cela, qu’on n’a pas douté du succès. Je ne sais pas encore si je prendrai le parti de complaire à ces messieurs, mais jusqu’ici cela dépend uniquement de ma volonté, et il est apparent que cela n’en dépendra pas moins dans la suite.
Vous aurez su que je portais autrefois l’honorable surnom du citoyen par excellence, lorsque je l’avais beaucoup moins mérité qu’aujourd’hui. Vous pouvez voir, par la couronne civique dont j’ai entouré ma devise, à la tête de mon dernier ouvrage, quelle justice je sens m’être due à cet égard. Je souhaite qu’au moins mes amis me l’accordent, en me rendant ce nom de citoyen, qui m’est si cher, et que j’ai payé si cher. Ce n’est point pour moi un titre vain, puisqu’outre que, par une élection unanime, j’ai ici une patrie qui m’a choisi, s’il est sur la terre un état où règne la justice et la liberté, je suis citoyen né de cet état-là. Conclusion : je fus et je suis le citoyen. Quiconque m’aime ne doit plus me donner d’autre nom.
À mesure que vous m’envoyez quelque chose, vous ne m’en marquez point le prix. Cela fait que je ne puis vous rendre vos déboursés. Vous prétendez que je ne vous devais qu’un écu pour le cadre de l’amitié : c’est une moquerie, mais soit ; depuis lors le compte doit être augmenté. Donnez-m’en la note, et je chargerai Duchesne de vous rembourser. Car, pour vos soins, je ne puis les payer qu’en reconnaissance, puisque c’est le seul prix que vous en voulez agréer. Le Corneille est admirable, c’est dommage qu’il ait été un peu chiffonné dans le transport. J’ai reçu la charmante oiseleuse avec un nouveau plaisir, augmenté par les bontés de l’aimable graveur. Il mérite un nouveau remerciement pour celui dont il me dispense ; sans m’acquitter, une lettre me coûte ; c’est me faire un second présent que de m’en exempter.
I don’t think I have written to anyone about the possibility of my going to Berlin. So many things have happened to me through television that it’s possible one of them could have also involved this; but I am almost certain that I haven’t mentioned it to anyone. My memory, which is failing me completely, prevents me from affirming anything with certainty. Very gentle, very urgent, and very honorable reasons would surely persuade me to go; but the climate there frightens me. At least I can seek the warmth of the sun, since I cannot expect the same from human beings. I hope that the warmth of friendship will accompany me wherever I go. I have committed your friendship to you, and I would rely on it if necessary; but it’s not money that is lacking to me. In fact, if I needed it, fifty louis are waiting for me in Neuchâtel, thanks to the foresight of Lord Maréchal.
Letter DXC – To Miss d’Ivernois
Môtiers, April 9, 1765.
At least, mademoiselle, do not accuse me of also believing that women have no soul; on the contrary, I am convinced that all those who resemble you possess at least two souls at their disposal. What a pity that yours is all they need! I know someone who would be very pleased to share the same “place” with you. With utmost respect for your dear mother and the whole family, I beg you, mademoiselle, to accept my regards.
Letter DXCII – To Mr. du Peyrou
Friday, April 12, 1765.
The more I was moved by your troubles, the angrier I became toward you; and in that I was wrong—the beginning of your letter proves it to me. I am not always reasonable, but I always appreciate when someone speaks to me sensibly. I would like to understand your hardships in order to alleviate them, or at least share them with you. True expressions of the heart not only nurture friendship but also create a sense of intimacy, and intimacy can only arise from the habit of living together. May one day this sweet habit bring all the charms of friendship between us! I will feel them so deeply that I will surely share them with you as well.
The sentence by Cicero that you ask for is: “Amicus Plato, amicus Aristoteles, sed magis amica veritas.” But you can shorten it to just the first two words and the last three; and remember that this sentence implies an obligation on your part to tell me the truth. Instead of asking whether you should use the term “conclave inquisitorial,” I would prefer to explain to you the principle upon which I base my decisions in such matters. Whether a phrase is or is not what is considered “French” or in “correct usage” is not what matters here: we speak and write solely in order to be understood; as long as one is clear, one achieves one’s purpose. And when one is particularly clear, that is even better. Therefore, speak clearly—so that everyone who understands French can understand you. That is the rule. And believe me, even if you committed five hundred grammatical errors, your writing would still be just as good. I go further and claim that sometimes it is necessary to make grammatical mistakes in order to be more clear. It is in this regard, and not in all the pedantry of purism, that the true art of writing lies. Having said this, let me examine the term “conclave inquisitorial” in light of this rule. I wonder whether two words combined present a clear and distinct idea in the mind—and it seems to me that they do not. The word “conclave” in Latin simply means a secluded room, but in French it refers to the assembly of cardinals for the election of the pope. This meaning has nothing to do with what you have in mind, and it even excludes the meaning associated with the Inquisition. Perhaps by changing the first word, such as using “synode inquisitorial,” you would achieve your purpose more effectively. Indeed, using “synode” to refer to an assembly of officials, in contrast to “inquisitorial,” might better highlight the inconsistency of these practices. In my opinion, combining these two words alone would create an argument that is irrefutable—and this is precisely where the subtlety of word choice lies. Excuse my lengthiness, sir; but since you may occasionally have the opportunity to speak to the public in the name of truth, I thought it would be useful for you to know this general rule that I always find beneficial to follow when choosing words.
Since I am quite certain that your work will not require any revision on my part, I beg you to exempt me from doing so due to the nature of the material involved. It is essential that I can declare that I have had no involvement in it and that I have not seen it at all. In fact, it would be unnecessary for you to send me any of the materials you plan to include in it, since I will simply find them all in the final printed version.
On the train where snow is falling, there will be more than a foot of it by tonight; coupled with my worsening condition, this will prevent me from going to see you as soon as I had hoped. As soon as I am able to, do not doubt that you will meet those who love you.
Letter DXCIV – To the Same One
April 22, 1765.
Friendship is such a sacred thing that its name should not even be used in everyday conversation; thus, we can be friends without calling each other “my friend.” I once had a nickname that I believe I deserve more than ever now; in Paris, people simply called me “citoyen.” As for you, choose any social title that pleases you, and which I may use to address you. I like to think that one day you will be my dear host, and I would gladly give you that title in advance; but whether it is that one or another, please choose one that suits your taste—and one that eliminates the unpleasant word “monsieur” from our relationship, for friendship and its intimacy forbid such formalities.
Your brief note is very good. From what I have learned, it seems important that you take your measures in such a just and sure manner that the text can be ready before the general review in May. I had the pleasure of meeting Mr. de Pury; he is a worthy man whose services I will never forget. I am still suffering greatly.
I kiss you.
Always check the seal on my letters to see if they have been opened—there is a reason for this: I will always use the lyre.
Letter DXCVI – To Mr. Coindet
At Môtiers, on April 27, 1765.
I should, my dear Coindet, write to you more often, if only to express my gratitude. But please accept my good intentions in this regard; for at present, even if I had ten hands and ten secretaries, I would still not be able to cope with all the things that are forced upon me to write. I also owe thanks to Mr. Watelet and M. Loiseau. Even if I weren’t obliged to do so, I would want to write to them. Until I can fulfill this wish myself, please convey my warmest regards to them on my behalf.
I understand that someone in Geneva must have informed you of my departure from Môtiers. So much effort was put into it that success seemed certain. I still don’t know whether I will choose to please these gentlemen, but for now, it depends entirely on my own will—and it is clear that in the future, it will still depend on my will.
You must have known that I once bore the honorable title of “citizen par excellence,” even though at that time I deserved it far less than I do today. You can see, by the civic crown surrounding my motto at the head of my latest work, how much justice I feel I am owed in this regard. I hope that at least my friends will grant me this title—this name of citizen, which is so dear to me and for which I have paid such a high price. For me, this is not a vain title; for, besides having been chosen by my country through unanimous election, if there is any state on earth where justice and freedom reign, then I am a citizen born of that state. In conclusion: I was, and I am, a citizen. Anyone who loves me should no longer give me any other name.
Whenever you send me something, you do not indicate its cost to me. As a result, I am unable to repay you for your expenses. You claim that I owe you only one écu in recognition of our friendship—this is ridiculous, but let it be; since then, the amount owed must be increased. Please provide me with the bill, and I will instruct Duchesne to reimburse you. For your kindnesses, I can only repay them in gratitude, for that is the only price you seem willing to accept. Corneille is truly admirable; it’s a pity that his work was slightly damaged during transportation. I received the charming birdcage with even greater pleasure, especially thanks to the kindness of the kind engraver. He deserves another thank you for the service he renders me; by exempting me from paying for these items, you are giving me a second gift.
Non credo di aver scritto a nessuno che forse potrei dover andare a Berlino. Tante cose mi sono successe attraverso la televisione, anche quella potrebbe essere successa; ma sono quasi certo di non averne parlato con nessuno. La memoria, che sto perdendo completamente, mi impedisce di affermare nulla con certezza. Motivi molto dolci, molto urgenti, molto onorevoli probabilmente mi spingerebbero ad andare, ma il clima mi spaventa. Almeno cercherò la gentilezza del sole, visto che non posso aspettarmela dagli uomini. Spero che anche la gentilezza dell’amicizia mi segua ovunque io vada. Ho commesso l’errore di offendervi, e me ne servirei se necessario; ma non è il denaro a mancarmi: cinquanta luigi sono a mia disposizione a Neuchâtel, grazie alla premura di Milord Maréchal.
Lettera DXC – A Mademoiselle d’Ivernois
Môtiers, 9 aprile 1765.
Almeno, signorina, non mi accusate anche di credere che le donne non abbiano anima; anzi, sono convinto che tutte quelle che assomigliano a voi ne abbiano almeno due a disposizione. Che peccato che la vostra vi basti! Conosco una donna che si divertirebbe molto ad “alloggiare” nello stesso posto. Mille rispetti alla cara mamma e a tutta la famiglia. Vi prego, signorina, di accettare i miei saluti.
Lettera DXCII – A Monsieur du Peyrou
Venerdì, 12 aprile 1765.
Più ero commosso dalle vostre sofferenze, più mi arrabbiavo con voi; e in questo avevo torto; l’inizio della vostra lettera me lo dimostra. Non sono sempre razionale, ma amo sempre che si parli ragionevolmente con me. Vorrei conoscere le vostre difficoltà per poterle alleviare, o almeno condividerle. I veri sentimenti del cuore non solo preservano l’amicizia, ma anche la familiarità, e la familiarità nasce soltanto dall’abitudine di vivere insieme. Possa un giorno questa dolce abitudine donare all’amicizia tra noi tutti i suoi incanti! Ne sentirò troppo intensamente gli effetti per non farveli sentire anche voi.
La frase di Cicerone che chiedete è: “Amicus Plato, amicus Aristoteles, sed magis amica veritas”. Ma potete ridurla soltanto ai primi due termini e agli ultimi tre, e ricordatevi che questa frase implica l’obbligo di dirmi la verità. Invece di chiedervi se dovreste utilizzare il termine “conclave inquisitoriale”, preferisco spiegarvi il principio su cui mi baso quando mi trovo di fronte a un simile dubbio. Il fatto che un’espressione sia o meno considerata corretta dal punto di vista linguistico non è ciò che conta: si parla e si scrive soltanto per farsi capire; basta essere comprensibili per raggiungere lo scopo desiderato, e se si è chiari, tanto meglio. Quindi parlate chiaramente, affinché tutti coloro che comprendono il francese possano capirvi. Questa è la regola fondamentale; e credetemi: anche se vi atteneste a cinquecento “barbarismi”, non scrivereste comunque peggio. Vado ancora oltre: sostengo che a volte sia necessario commettere errori grammaticali per essere più chiari nel proprio discorso. È in questo, e non in tutte le pedanterie del purismo linguistico, che consiste l’arte vera di scrivere. Ora, applicando questa regola al termine “conclave inquisitoriale”, mi chiedo se due parole unite possano trasmettere un’idea chiara e precisa. E a mio parere, no. La parola “conclave” in latino significa semplicemente una stanza riservata, mentre in francese indica l’assemblea dei cardinali per l’elezione del papa; quest’idea non ha alcun rapporto con quella che voi intendete, e anzi esclude persino il significato legato all’inquisizione. Forse cambiando la prima parola, ad esempio utilizzando “synode inquisitorial”, riuscireste a essere più chiari nel vostro discorso. Anzi, potrebbe essere proprio l’uso di termini contrapposti come “synode” e “inquisitorial” a evidenziare meglio l’incoerenza di tali concetti. Secondo me, un’unione appropriata di queste due parole creerebbe un argomento irrefutabile. E in questo consiste davvero la raffinatezza nell’uso delle parole. Scusatemi per le mie lunghe spiegazioni, ma poiché a volte potreste avere l’occasione di parlare al pubblico per il bene della verità, ho pensato che vi sarebbe stato utile conoscere questa regola generale che ritengo sempre valida nel selezionare le parole da utilizzare.
Essendo molto convinto che il vostro lavoro non abbia alcun bisogno della mia revisione, vi prego di risparmiarmi questo incomodo a causa del contenuto stesso dell’opera. È opportuno che io possa dichiarare di non avervi avuto alcuna parte in questa fase e di non averla mai vista. È persino inutile inviarmi le parti che intendete includere nel libro, poiché mi basterà trovarle tutte nell’edizione stampata.
Con questa neve che continua a cadere, stasera avremo più di un piede di neve: questo, unito al peggioramento del mio stato di salute, mi impedirà di andare da voi così presto come speravo. Non appena potrò, state certi che vedrete colui che vi ama.
Lettera DXCIV – Allo stesso.
22 aprile 1765.
L’amicizia è una cosa così sacra che nemmeno il suo nome dovrebbe essere utilizzato nell’uso comune: quindi saremo amici, ma non ci chiameremo “il mio amico”. Un tempo avevo un soprannome che credo di meritare più che mai; a Parigi mi chiamavano semplicemente “il cittadino”. Per quanto riguarda te, scegli pure un nome con cui poterci rivolgere a vicenda, uno che ti piaccia e che io possa usare. Mi piace pensare che un giorno tu sarai il mio caro ospite, e vorrei darti questo titolo in anticipo; ma sia quello che un altro, scegli qualcosa che ti soddisfi e che elimini da noi quella noiosa parola “signore”, che l’amicizia e la sua familiarità dovrebbero bandire.
La vostra breve nota è molto buona. Da quanto ho appreso, mi sembra importante che prendiate le vostre misure in modo così accurato e sicuro da far sì che il testo venga pubblicato prima della riunione generale di maggio. Ho avuto il piacere di incontrare il signor de Pury; è un uomo degno di stima, i cui servizi non dimenticherò mai. Soffro ancora molto.
Vi bacio.
Controllate sempre il sigillo delle mie lettere per verificare che non siano state aperte; e c’è un motivo preciso: userò sempre la lira come simbolo di questo controllo.
Lettera DXCVI – A Monsieur Coindet
A Môtiers, il 27 aprile 1765.
Dovrei, caro Coindet, scrivervi spesso, anche solo per ringraziarvi. Ma accettate, vi prego, questa buona volontà; perché in questo momento, anche se avessi dieci mani e dieci segretari, non riuscirei comunque a fare fronte a tutto ciò che mi viene chiesto di scrivere. Devo anche ringraziare M. Watelet e M. Loiseau. Anche se non fossi in debito con loro, vorrei comunque scrivergli. Fino a quando non potrò farlo personalmente, inviate loro i miei più affettuosi saluti.
Capisco che vi sia stato comunicato da Ginevra che io lasciavo Môtiers; si è lavorato così bene in questo senso che non si dubitava affatto del successo. Non so ancora se deciderò di accontentare questi signori, ma per il momento tutto dipende esclusivamente dalla mia volontà, e sembra evidente che anche in futuro la situazione non cambierà.
Avrete saputo che un tempo portavo l’onorevole titolo di “cittadino per eccellenza”, anche se allora lo meritavo molto meno di quanto lo meriti oggi. Potete vedere, dalla corona civica che ho circondato il mio motto in cima al mio ultimo lavoro, quale giustizia ritengo di dovermi riconoscere in questo senso. Spero che almeno i miei amici mi concedano questo titolo di cittadino, che per me è così prezioso e per cui ho pagato un prezzo così alto. Non si tratta per me di un titolo vuoto: poiché, oltre ad essere stato scelto unanimemente dalla mia patria, se esiste al mondo uno Stato dove regnano giustizia e libertà, io sono cittadino nato in tale Stato. Conclusione: fui e sono cittadino. Chiunque mi ami non dovrebbe più darmi alcun altro nome.
Man mano che mi inviate qualcosa, non indicate mai il prezzo; per questo non posso restituirvi i vostri soldi. Sostenete che vi debba soltanto un ecu in segno di amicizia: è una presa in giro, ma va bene. Da ora in poi, il conto deve essere aumentato. Datemi la nota, e incaricherò Duchesne di rimborzarvi. Poiché non posso pagare i vostri servizi se non in segno di riconoscenza, visto che questo è l’unico prezzo che accettate. Il Corneille è davvero meraviglioso. Peccato che sia stato un po’ danneggiato durante il trasporto. Ho ricevuto la deliziosa “uccelliera” con ancora più piacere, soprattutto grazie alle gentilezze dell’amabile incisore. Merita davvero un altro ringraziamento per ciò che mi offre; senza questo “pagamento”, scrivervi una lettera mi costerebbe denaro. Esentarmi da tale costo è, in realtà, un secondo regalo da parte vostra.
Je vois, par le présent que vous m’avez envoyé, de la part de M. Watelet, que madame Le Comte, ni lui, n’ont pas voulu profaner, dans mes mains, leurs propres ouvrages. Ils m’auraient pourtant été beaucoup plus précieux que toute autre estampe ; mais, du reste, on ne saurait refuser plus magnifiquement.
Voici le huitième mois que je ne suis sorti de la chambre. Plaignez-moi, mon cher Coindet, vous qui savez que je n’ai plus d’autre plaisir que la promenade, et que je ne suis qu’une machine ambulante. Encore ma prison me serait-elle moins rude, si du moins j’y vivais tranquille, et qu’on m’y laissât le temps d’écrire à mon aise à mes amis. Je vous embrasse de tout mon coeur.
Pour trouver, s’il se peut, le repos après lequel je soupire, je prends le parti de vider ma tête de toute idée, et de l’empailler avec du foin. Je gagnerai à cela de mettre un nouvel intérêt à nus promenades, par le plaisir d’herboriser. Je voudrais trouver un recueil de plantes gravées, bien ressemblantes, quand même il faudrait y mettre un certain prix. Ne pourriez-vous point m’aider dans cette recherche ? Cela me procurerait encore le plaisir de m’occuper l’hiver à I’enluminer.
Observation
Nous devons cette lettre à l’obligeance de M. Coindet, neveu de celui à qui elle est adressée.
Lettre DXCVIII– Au même
2 mai 1765.
Mon cher hôte, votre lettre à Milord Maréchal est très belle ; il n’y a pas une syllabe à ajouter ni à retrancher, et je vous garantis qu’elle lui fera le plus grand plaisir.
Je vois par le tour que prennent les choses que l’archiprêtre sera bientôt forcé de me laisser en repos : c’est alors que je veux sortir de Môtiers, lorsqu’il sera bien établi qu’étant maître d’y rester tranquille, ma retraite n’aura point l’air de fuite. Je crois qu’en pareil cas je me déterminerai tout-à-fait à être à Cressier l’hôte de mon hôte, au moins si cela lui convient. Mais, quoique la maison soit trop grande pour moi, il me la faudrait tout entière, accommodée, meublée, bien fermée, et avec le petit jardin. Voilà bien des choses, voyez si ce n’est pas trop. Il y a plus : quoique au point où nous en sommes ce soit peut-être à moi une sorte d’ingratitude de ne pas accepter ce logement gratuitement, il faut, pour m’y mettre tout-à-fait à mon aise, que vous me louiez comme vous pourriez faire à tout autre, et que vous y compreniez les frais pour le mettre en état. Cela posé, je pourrais bien m’y établir pour le reste de ma vie, sauf à occuper près de vous un autre appartement en ville, quand votre bâtiment sera fait. Voilà, mon cher hôte, mes châteaux en Espagne ; voyez s’il vous convient de les réaliser.
On me mande de Berne que le sieur Bertrand a demandé le 29 au sénat sa démission, et l’a obtenue sans difficulté ; on ajoute qu’il quittera Berne. Le voyage de M. Chaillet n’aurait-il point contribué à cela ?
Si le temps s’obstine à être mauvais, je suis bien tenté d’accepter votre offre : en ce cas, vous pourriez expédier vos tracas les plus pressés le reste de cette semaine, et m’envoyer votre carrosse lundi ou mardi prochain. Je vous irais joindre à Neuchâtel, et de là nous irions ensemble à Bienne, à pied, s’il faisait beau, en carrosse s’il faisait mauvais. Ce qui m’embarrasse est que je voudrais aller auparavant à Gorgier voir M. Andrié, et je ne sais comment arranger ces diverses courses, d’autant moins qu’il faut absolument que je sois de retour ici les huit ou dix derniers jours du mois. Vous pourriez, dimanche au soir, m’écrire votre sentiment ; lundi au soir je vous ferais ma réponse ; et si le mauvais temps continuait, vous m’enverriez votre carrosse pour me rendre mercredi près de vous : mais, s’il fait, beau, j’irai premièrement et pédestrement à Gorgier. Voilà mes arrangements, sauf Les vôtres et sauf les obstacles tirés de mon état, qui ne s’améliore point. Peut-être la vie sédentaire et méditative, la désagréable occupation d’écrire des lettres, l’attitude d’être assis qui me nuit et que je déteste, contribuent-elles à m’entretenir dans ce mauvais état.
Je reviens aux tracasseries d’ici, qui ne me fâchent pas tant par rapport à moi, que par rapport à ces braves anciens qui méritent tant d’encouragement, et que la canaille accable d’opprobres. Tout ce qui s’est fait en leur faveur n’a pas été assez solennel ; des arrêts secrets n’arrêtent point la populace qui les ignore. Un arrêt affiché, ou quelque témoignage public d’approbation, voilà ce qu’on leur devrait pour l’utilité publique, et ce qui mortifierait plus cruellement l’archiprêtre que toutes les censures du Conseil d’état ou de la classe, faites à huis clos. Je prédis qu’il n’y a qu’un expédient de cette espèce qui puisse finir tout, et sur-le-champ. Je vous embrasse.
À vue de pays, je ne crois pas que la semaine prochaine je sois encore en état de voyager, à moins d’une révolution bien subite, que le temps ni mon état ne me promettent pas.
Lettre DC– Au même
23 mai 1765.
Dans la crainte que vous n’ayez besoin de votre Mémoire, je vous le renvoie après l’avoir lu. Je l’ai trouvé fort bien raisonné ; il me paraît seulement que vous assujettissez les sociétés en général à des lois plus rigoureuses qu’elles ne sont établies par le droit public ; car, par exemple, selon vos principes, A, étant allié de B, ne pourrait postérieurement s’engager à fournir à C des troupes en certains cas contre B, engagement qui toutefois se contracte et s’exécute fréquemment, sans qu’on prétende avoir enfreint l’alliance antérieure.
Vous aurez su les nouvelles tentatives et leur mauvais succès, ce qui n’empêche pas que ce séjour ne soit devenu pour moi absolument inhabitable : ainsi, j’accepte tous vos bons soins, soit pour Suchié, soit pour Cressier, soit pour la Coudre ; je m’en rapporte entièrement à votre choix ; et, pour moi, je ne vois qu’une raison de préférence, après celle de loger chez vous, c’est pour le logement qui sera le plus tôt prêt.
Il me paraît que vous pouvez prendre votre parti sur la brochure ; je pense même que cette affaire, une fois éventée, en deviendra partout plus difficile à exécuter, et je vous conseille d’abandonner cette entreprise : que si vous persistez, vous avez de nouvelles pièces à joindre à votre recueil ; et, tandis que vous le compléterez, il faut travailler d’avance à prendre si bien vos mesures que le manuscrit n’aille à sa destination qu’au moment qu’on pourra l’exécuter, et après que toutes les difficultés seront prévues et levées. La Hollande me paraît désormais le seul endroit sûr ; mais il faut compter sur six mois d’attente.
Je suis bien éloigné d’avoir maintenant le loisir de travailler à notre écrit. Comme ce n’est pas un acte où le notaire doive mettre la main, et que notre convention générale est faite, rien ne presse sur le reste ; c’est ce que nous pourrons rédiger ensemble à loisir. 11 s’agit seulement de savoir quand vous me permettrez d’en parler à mes amis ; car rien de ce qui s’intéresse à moi ne doit ignorer que je vous devrai le repos de ma vie.
Lettre DCII– À M. d’Ivernois
Môtiers, le 30 mai 1765.
Je suis très inquiet de vous, monsieur. Suivant ce que vous m’aviez marqué, j’ai suspendu mes courses et mes affaires pour revenir vous attendre ici dès le 20 ; cependant ni moi ni personne n’avons entendu parler de vous. Je crains que vous ne soyez malade ; faites-moi du moins écrire deux mots par charité.
Il m’est impossible de vous attendre plus longtemps que deux ou trois jours encore ; mais je ne serai jamais assez éloigné d’ici que, lorsque vous y viendrez, nous ne puissions pas nous joindre. On vous dira chez moi où je serai ; et selon vos arrangements de route, vous viendrez, ou l’on m’enverra chercher.
Voici, monsieur, deux lettres pour Gênes, auxquelles je vous prie de donner cours en faisant affranchir, s’il est nécessaire. J’attends de vos nouvelles avec la plus grande impatience, et vous embrasse de tout mon coeur.
Lettre DCIV– Billet à M. de Voltaire
Môtiers, le 31 mai 1765.
Si M. de Voltaire a dit qu’au lieu d’avoir été secrétaire de l’ambassadeur de France à Venise j’ai été son valet, M. de Voltaire en a menti comme un impudent.
Si dans les aimées 1743 et 1744 je n’ai pas été premier secrétaire de l’ambassadeur de France, si je n’ai pas fait les fonctions de secrétaire d’ambassade, si je n’en ai pas eu les honneurs au sénat de Venise, j’en aurai menti moi-même.
Lettre DCVI– À M. du Peyrou
Mardi, 11 juin 1765.
From what you have sent me from Mr. Watelet, it is clear that neither madame Le Comte nor he wished to profane their own works in my hands. They would have been of far greater value to me than any other print; yet, in any case, such a refusal could not have been more gracious.
This is the eighth month that I have not left my room. Please pity me, my dear Coindet—you who know that my only pleasure now is walking, and that I am nothing but a walking machine. Even if this prison were less harsh, it would be more endurable if I could live there in peace and if they would give me time to write to my friends in tranquility. I embrace you with all my heart.
In order to find, if possible, that peace I long for, I decide to empty my mind of all thoughts and fill it with hay. This would also give new interest to my leisurely walks, as I could enjoy the pleasure of collecting plants. I would like to find a collection of engraved plant illustrations that are very accurate; although, of course, such a collection would cost a certain amount of money. Could you not help me in this search? It would also bring me great joy to spend the winter illustrating them.
Observation
We owe this letter to the kindness of Mr. Coindet, the nephew of the person to whom it is addressed.
Letter DXCVIII – To the Same One
May 2, 1765.
My dear host, your letter to Lord Marshal is truly beautiful; not a single syllable needs to be added or removed, and I assure you that it will bring him the greatest pleasure.
From the way things are developing, I can see that the archpriest will soon be forced to let me rest in peace. That is when I wish to leave Môtiers—once it is firmly established that my desire to live there in tranquility does not constitute any kind of flight. I believe that in such a case, I would be absolutely determined to become the guest of my host in Cressier, at least if that suits him. However, although the house is too large for me alone, I would need it in its entirety—prepared, furnished, properly secured, and including the small garden as well. That’s quite a lot, you see. Moreover, even though, given the current circumstances, it might seem somewhat ungrateful of me not to accept this accommodation for free, in order to truly settle down there comfortably, you would have to rent it to me just like you would to anyone else and include the costs necessary to get it in good condition. With that in mind, I could quite possibly settle there for the rest of my life—unless, of course, your building is completed by then, and I decide to take up another apartment in the town near you. Well, my dear host, these are my “castles in Spain”. See if they suit you.
I have been instructed from Bern that Mr. Bertrand requested his resignation from the senate on the 29th and obtained it without any difficulty; it is also said that he will leave Bern. Could Mr. Chaillet’s journey not have played some role in this?
If the weather persists in being bad, I am quite tempted to accept your offer: in that case, you could send off your most urgent troubles during the rest of this week and send your carriage to me on Monday or Tuesday next. I would join you in Neuchâtel, and from there we could go together to Bienne—on foot if the weather was good, by carriage if it was bad. What troubles me is that I would like to visit Mr. Andrié in Gorgier first, and I don’t know how to arrange all these different trips, especially since I must absolutely be back here during the last eight or ten days of the month. You could write to me on Sunday evening to let me know your decision; I would reply to you on Monday evening. If the bad weather continued, you could send your carriage to pick me up on Wednesday; but if the weather is good, I will go to Gorgier on foot first. These are my plans, unless you have other suggestions or there are any obstacles arising from my worsening health. Perhaps it is the sedentary and contemplative lifestyle, the unpleasant task of writing letters, and the harmful habit of sitting for long periods that are keeping me in this poor state.
I return to these local troubles, which annoy me not so much in regard to myself, as in regard to those good old people who deserve such great encouragement, and who are being subjected to such outrageous reproaches. Everything that has been done in their favor has not been solemn enough; secret orders cannot stop the populace, which ignores them. A public order, or some form of public recognition and approval—such is what they deserve for the sake of the public good. And such an action would humiliate the archpriest far more than all the private censures from the Council of State or any other authority. I predict that there is only one way to put an end to this situation, and it must be done immediately. I embrace you all.
Judging by the current circumstances, I don’t think I will be in a position to travel next week, unless there is some sudden and dramatic change—something neither the weather nor my health condition suggests is likely to happen.
Letter DC– To the Same One
May 23, 1765.
Out of concern that you might need your Memoir, I am returning it to you after reading it. I found it to be quite well-reasoned; however, it seems to me that you are imposing upon societies in general laws that are more stringent than those established by public law. For instance, according to your principles, if A is an ally of B, A would not be able to subsequently agree to provide troops for C against B in certain circumstances—yet such agreements are frequently made and carried out without anyone claiming that they violate the previous alliance.
You must have been aware of the new attempts and their poor outcomes; nevertheless, this stay has become absolutely uninhabitable for me. Therefore, I accept all your kind arrangements, whether it concerns Suchié, Cressier, or the Coudre family; I place my complete trust in your judgment. As for me, after the obvious advantage of staying with you, the only other consideration is which dwelling will be ready sooner.
It seems to me that you can decide your course of action regarding the brochure; in fact, I believe that once this matter becomes known, it will become increasingly difficult to carry out. I advise you to abandon this undertaking. If you insist on proceeding, you will need to add new documents to your collection. While you are completing it, you must take all necessary precautions so that the manuscript reaches its destination only when everything possible has been done to overcome any difficulties. Holland now seems to be the only safe place; however, we must prepare for a six-month wait.
I am far from having the leisure to work on our document at this time. Since it is not an act that requires the notary’s intervention, and since our general agreement has already been made, there is no urgency regarding the rest; we can simply draft it together at our convenience. The only question now is when you will allow me to discuss it with my friends; after all, nothing that concerns me should remain unaware of the fact that I owe you the peace of my life.
Letter DCII – To Mr. d’Ivernois
Môtiers, May 30, 1765.
I am very worried about you, sir. Following your instructions, I stopped all my activities and returned here to wait for you on the 20th; however, neither I nor anyone else has heard anything about you. I fear you may be ill; please, out of charity, send me at least a few words.
I cannot wait for you any longer than two or three days; but I will not move far enough away until, when you come here, we are able to meet. They will tell you where I will be at my place; and depending on your travel plans, you will come, or someone will send for me.
Here, sir, are two letters addressed to Genoa; I beg you to ensure they are sent on their way, and if necessary, have the postage paid for them. I await your news with great impatience, and embrace you wholeheartedly.
Letter DCIV – Note to Mr. de Voltaire
Môtiers, May 31, 1765.
If Monsieur de Voltaire said that instead of being the secretary to the French ambassador in Venice, I was merely his servant, then Monsieur de Voltaire lied shamelessly.
If in 1743 and 1744 I did not serve as the first secretary to the French ambassador, if I did not hold the position of ambassador’s secretary, if I was not honored with that role in the Senate of Venice, then I would have been lying myself.
Letter DCVI – To Mr. du Peyrou
Tuesday, June 11, 1765.
Dal messaggio che mi avete inviato da parte del signor Watelet, capisco chiaramente che né la signora Le Comte né lui hanno voluto che le loro opere finissero nelle mie mani, come se volessero preservarle dalla profanazione. Tuttavia, per me sarebbero state molto più preziose di qualsiasi altra stampa; ma, in ogni caso, non si potrebbe rifiutare con maggiore cortesia.
Sono già otto mesi che non esco dalla mia stanza. Piangetemi, caro Coindet, voi che sapete che il mio unico piacere ormai è passeggiare. Sono diventato quasi una macchina in movimento. Anche se fossi rinchiuso in una prigione più umana, almeno potrei vivere in pace e avere il tempo di scrivere liberamente ai miei amici. Vi abbraccio con tutto il mio cuore.
Per cercare, se possibile, quel riposo di cui ho tanto bisogno, decido di svuotare la mia mente da ogni pensiero e di “impacchettarla” con del fieno. In questo modo, le mie passeggiate diventerebbero più interessanti grazie al piacere di raccogliere erbe. Vorrei trovare un libro contenente illustrazioni di piante ben realizzate; anche se dovesse costare un certo prezzo. Non potreste aiutarmi in questa ricerca? Mi darebbe il piacere di occuparmene durante l’inverno, decorandole con delle incisioni.
Osservazione.
Dobbiamo questa lettera all’obligazione del signor Coindet, nipote di colui a cui è indirizzata.
Lettera DXCVIII – Allo stesso.
2 maggio 1765.
Mio caro ospite, la vostra lettera a Lord Maresciallo è davvero meravigliosa; non c’è una singola sillaba da aggiungere o da togliere, e vi assicuro che gli farà grande piacere.
Dalla direzione che stanno prendendo le cose, capisco che l’arciprete sarà presto costretto a lasciarmi in pace: è allora che intendo lasciare Môtiers, quando sarà ben chiaro che, essendo io il padrone di quella tranquillità, la mia ritirata non sembrerà affatto una fuga. Credo che in tal caso deciderò decisamente di diventare l’ospite del mio ospite a Cressier, almeno se questo gli conviene. Tuttavia, anche se la casa è troppo grande per me, mi servirebbe tutta intera: arredata, mobilata, ben chiusa e con il piccolo giardino. Sono davvero molte richieste, vedete se non sono troppe. C’è ancora qualcosa: anche se, considerando la situazione attuale, potrebbe sembrarmi ingratitudine rifiutare questa sistemazione gratuitamente, per potermi stabilire veramente lì in modo confortevole, sarebbe necessario che mi affittaste la casa come fareste con chiunque altro, e che includeste anche i costi per renderla abitabile. A questo punto, potrei benissimo stabilirmici per il resto della mia vita, a meno che non decidessi di occupare un’altra stanza in città, quando il vostro edificio sarà completato. Ecco, mio caro ospite, i miei “castelli in Spagna”; vedete se vi conviene realizzarli.
Mi è stato comunicato da Berna che il signor Bertrand ha chiesto al senato di dimettersi il 29 e le sue dimissioni sono state accettate senza difficoltà; si aggiunge inoltre che lascerà Berna. Il viaggio del signor Chaillet non avrà forse contribuito a questo?
Se il tempo insiste nel essere cattivo, sono davvero tentato di accettare la vostra proposta: in tal caso, potreste spedire i vostri problemi più urgenti nel resto di questa settimana e inviarmi la vostra carrozza lunedì o martedì prossimo. Vi raggiungerei a Neuchâtel e da lì andremmo insieme a Bienne, a piedi se il tempo fosse bello, in carrozza se fosse cattivo. Quello che mi preoccupa è il fatto che vorrei prima recarmi a Gorgier per vedere il signor Andrié, e non so come coordinare tutti questi viaggi, soprattutto perché devo assolutamente tornare qui negli ultimi otto o dieci giorni del mese. Potreste scrivermi domenica sera quale sia la vostra decisione; lunedì sera vi risponderò. Se il tempo dovesse continuare a essere cattivo, mi inviereste la vostra carrozza per farmi raggiungere mercoledì vicino a voi; ma se il tempo fosse bello, andrei prima a Gorgier a piedi. Ecco i miei piani, a meno che non ci siano cambiamenti da parte vostra o ostacoli legati alla mia salute, che non migliora affatto. Forse una vita sedentaria e meditativa, l’insopportabile compito di scrivere lettere, e quella posizione seduta che mi danneggia e che odio, contribuiscono a mantenere questo cattivo stato di salute.
Torno alle fastidiose questioni di qui: non mi infastidiscono tanto per me stesso, quanto per quei bravi anziani che meritano davvero tante incoraggiamenti, e che invece vengono oppressi da continue ingiustizie. Tutto ciò che è stato fatto a loro favore non è stato abbastanza solenne; degli ordini segreti non riescono a fermare la gente comune, che li ignora completamente. Un decreto pubblicamente affisso, o qualche testimonianza ufficiale di approvazione, ecco ciò che si dovrebbe fare per il bene pubblico, e questo colpirebbe l’arciprete in modo ancora più crudele di qualsiasi rimprovero del Consiglio di Stato o della classe dirigente, pronunciato a porte chiuse. Prevedo che esista soltanto un mezzo del genere capace di porre fine a tutto questo, e subito. Vi abbraccio.
A giudicare dalla situazione attuale, non credo di essere ancora in grado di viaggiare la prossima settimana, a meno che non si verifichi una rivoluzione improvvisa. Il tempo e il mio stato di salute non mi lasciano speranze in questo senso.
Lettera DC – Allo stesso.
23 maggio 1765.
Per timore che poteste aver bisogno della vostra Memoria, ve la rimando dopo averla letta. Mi è sembrata molto ben argomentata; tuttavia, mi pare che voi imponiate alle società in generale leggi più rigorose di quelle stabilite dal diritto pubblico. Ad esempio, secondo i vostri principi, A, essendo alleato di B, non potrebbe successivamente impegnarsi a fornire a C truppe in determinati casi contro B, un impegno che tuttavia viene spesso contratto ed eseguito senza che si pretenda di aver violato l’alleanza precedente.
Sarete a conoscenza delle nuove tentativi e del loro scacco; ciò non impedisce tuttavia che questo soggiorno sia diventato per me assolutamente inabitabile. Pertanto accetto con gratitudine tutti i vostri aiuti, sia per Suchié che per Cressier o per la Coudre; mi affido completamente alla vostra scelta. Per quanto mi riguarda, l’unica ragione di preferenza, oltre al soggiornare presso di voi, è quella relativa all’alloggio che verrà pronto il prima possibile.
Mi sembra che possiate prendere una decisione riguardo a quella brochure; anzi, penso che, una volta diventata di dominio pubblico, l’impresa diventerà sempre più difficile da realizzare, quindi vi consiglio di abbandonarla. Se insistete, dovrete aggiungere nuovi documenti al vostro raccolto; e nel frattempo, dovete prendere tutte le precauzioni necessarie affinché il manoscritto arrivi a destinazione soltanto quando sarà possibile eseguirlo, e dopo che tutte le difficoltà siano state previste e risolte. Olanda mi sembra ora l’unico luogo sicuro; ma dobbiamo prepararci ad aspettare per sei mesi.
Sono lontano dall’avere ora il tempo libero per lavorare al nostro scritto. Poiché non si tratta di un atto che richieda l’intervento di un notaio, e poiché la nostra convenzione generale è già stata stipulata, nulla urge nel resto; potremo redigerlo insieme quando ne avremo il tempo. L’unica questione è sapere quando mi permetterete di parlarne ai miei amici; infatti, nulla che mi riguardi può ignorare che dovrò a voi la tranquillità della mia vita.
Lettera DCII – A Monsieur d’Ivernois
Môtiers, 30 maggio 1765.
Sono molto preoccupato per voi, signore. Secondo quanto mi avevate detto, ho interrotto tutte le mie attività per tornare ad aspettarvi qui il 20; tuttavia, né io né nessun altro abbiamo avuto notizie di voi. Temo che siate malato. Scrivetemi almeno due parole, per carità.
È impossibile per me aspettarvi ancora per più di due o tre giorni; tuttavia, non mi allontanerò mai abbastanza da qui affinché, quando verrete voi, non possiamo incontrarci. Vi verranno detti dove mi troverò a casa mia; e in base ai vostri piani di viaggio, verrete voi stesso, oppure qualcuno manderà a prendermi.
Ecco, signore, due lettere destinate a Genova; vi prego di farle consegnare e, se necessario, di provvedere alla loro spedizione. Aspetto vostre notizie con la massima impazienza e vi abbraccio con tutto il mio cuore.
Lettera DCIV – biglietto per Monsieur de Voltaire
Môtiers, 31 maggio 1765.
Se Monsieur de Voltaire ha detto che invece di essere stato segretario dell’ambasciatore di Francia a Venezia, sono stato il suo valletto, allora Monsieur de Voltaire ha mentito in modo sprezzante.
Se negli anni 1743 e 1744 non fossi stato primo segretario dell’ambasciatore di Francia, se non avessi ricoperto la carica di segretario d’ambasciata, se non ne avessi ricevuto gli onori presso il senato di Venezia, allora avrei mentito io stesso.
Lettera DCVI – A Monsieur du Peyrou
Martedì, 11 giugno 1765.
Si je reste un jour de plus je suis pris : je pars donc, mon cher hôte, pour la Ferrière, où je vous attendrai avec le plus grand empressement, mais sans m’impatienter. Ce qui achève de me déterminer, est qu’on m’apprend que vous avez commencé à sortir. Je vous recommande de ne pas oublier parmi vos provisions, café, sucre, cafetière, briquet, et tout l’attirail pour faire, quand on veut, du café dans les bois. Prenez Linnoeus et Sauvages, quelque livre amusant et quelque jeu pour s’amuser plusieurs, si l’on est arrêté dans une maison par le mauvais temps. Il faut tout prévoir pour prévenir le désoeuvrement et l’ennui.
Bonjour : je compte partir demain matin, s’il fait beau, pour aller coucher au Locle, et dîner ou coucher à la Ferrière le lendemain jeudi. Je vous embrasse.
Lettre DCVIII– Au même
Môtiers, le 29 juin 1765.
Savez-vous, mon cher hôte, que vous me gâtez si fort, qu’il m’est désormais fort pénible de vivre éloigné de vous ? Depuis deux jours que je suis de retour, il m’ennuie déjà de ne point vous voir. Je songe, en conséquence, à redescendre dès demain, et voici un arrangement qui fait à présent mon château en Espagne, et qui se réalisera ou se réformera selon que le temps, votre santé et votre volonté le permettront.
Si le temps se remet aujourd’hui, nous descendrons demain, M. d’Ivernois, mademoiselle Le
Vasseur, et moi ; et, comme il n’est question que d’une nuit, pour ne pas nous séparer nous coucherons à l’auberge. Le lundi, j’irai avec M. d’Ivernois faire une promenade, d’où nous serons de retour le lendemain. M. d’lvernois continuera son voyage, et moi j’irai avec mademoiselle Le Vasseur voir la maison de Cressier. Nous pourrons y séjourner un jour ou deux, si nous trouvons des lits, pour avoir le temps d’aller voir l’île ; puis nous reviendrons. Mademoiselle Le Vasseur s’en retournera à Môtiers, et moi j’attendrai près de vous que nous puissions faire la caravane du Creux du vent, après quoi chacun s’en retournera à ses affaires.
Comme la petite course que je dois faire avec M. d’Ivernois me rapproche du pont de Thielle, je pourrais de là me rendre directement à Cressier, et mademoiselle Le Vasseur s’y rendre aussi, de son côté, si elle trouvait une voiture, ou que vous pussiez lui en prêter une.
Tous ces arrangements un peu précipités sont inévitables, sans quoi, restant ici quelques jours encore, je suis intercepté pour le reste de la belle saison. Il faut même, en supposant leur exécution possible, que le secret en demeure entre nous, sans quoi nous serons poursuivis, où que nous soyons, par les gens qui me viendront voir, et qui, ne me trouvant pas ici, me chercheront où que je sois. Au reste, mon état est si sensiblement empiré depuis mon retour ici, que je crains beaucoup d’y passer l’hiver, et que, malgré tous les embarras, si Cressier peut être prêt au commencement d’octobre, je suis déterminé à m’y transplanter.
Je vous écris à la hâte, mon très cher hôte, accablé de petits tracas qui m’excèdent. Comme mon voyage dépend du temps, qui paraît se brouiller, il n’est pas sûr que j’arrive demain à Neuchâtel. À tout événement, vous pourriez envoyer demain au soir à la Couronne, et, si j’y suis arrivé, m’y faire passer vos observations sur les arrangements proposés ; car, comme j’arriverai le soir pour repartir le matin, je ne veux pas même qu’on me voie dans les rues. Je vous embrasse de tout mon coeur.
Lettre DCX– Au même
À Brot, le lundi 15 juillet 1765.
Vos gens, mon cher hôte, ont été bien mouillés, et le seront encore, de quoi je suis bien fâché : ainsi, trouvant ici un char-à-banc, je ne les mènerai pas plus loin.
Je pars le coeur plein de vous, et aussi empressé de vous revoir que si nous ne nous étions vus depuis longtemps. Puissé-je apprendre à notre première entrevue que tous vos tracas sont finis, et que vous avez l’esprit aussi tranquille que votre honnête coeur doit être content de lui-même et serein dans tous les temps ! La cérémonie de ce matin met dans le mien la satisfaction la plus douce. Voilà, mon cher hôte, les traits qui me peignent au vrai l’âme de Milord Maréchal, et me montrent qu’il connaît la mienne. Je ne connais personne plus fait pour vous aimer et pour être aimé de vous. Comment ne verrais-je pas enfin réunis tous ceux qui m’aiment ? ils sont dignes de s’aimer tous. Je vous embrasse.
Mademoiselle Le Vasseur est pénétrée de vos bontés, et veut absolument que je vous le dise.
Lettre DCXI– À M. d’Ivernois
Môtiers, le 20 juillet 1765.
J’arrive il y a trois jours ; je reçois vos lettres, vos envois, M. Chappuis, etc. Mille remerciements. Je vous renvoie les deux lettres. J’ai bien les bilboquets, mais je ne puis m’en servir, parce que, outre que les cordons sont trop courts, je n’en ai point pour changer et qu’ils s’usent très promptement.
Je vous remercie aussi du livre de M. Claparède[886]. Comme mes plantes et mon bilboquet me laissent peu de temps à perdre, je n’ai lu ni ne lirai ce livre, que je crois fort beau. Mais ne m’envoyez plus de tous ces beaux livres ; car je vous avoue qu’ils m’ennuient à la mort et que je n’aime pas à m’ennuyer.
Mille salutations à M. Deluc et à sa famille. Je le remercie du soin qu’il veut bien donner à l’optique. Je n’ai point d’estampes. Je le prie d’en faire aussi l’emplette, et de les choisir belles et bien enluminées ; car je n’aurai pas le temps de les enluminer. Une douzaine me suffira quant à présent : je souhaite que l’illusion soit parfaite, ou rien.
Mademoiselle Le Vasseur a reçu votre envoi dont elle vous fait ses remerciements, et moi mes reproches. Vous êtes un donneur insupportable ; il n’y a pas moyen de vivre avec vous.
J’ai passé huit ou dix jours charmants dans l’île de Saint-Pierre, niais toujours obsédé d’importuns : j’excepte de ce nombre M. de Graffenried, bailli de Nidau, qui est venu dîner avec moi ; c’est un homme plein d’esprit et de connaissances, titré, très opulent, et qui, malgré cela, me parait penser très bien et dire tout haut ce qu’il pense.
Je reçois à l’instant vos lettres et envois des 10 et 17. Je suis surchargé, accablé, écrasé de visites, de lettres et d’affaires, malade par-dessus le marché ; et vous voulez que j’aille à Morges m’aboucher avec M. Vernes ! Il n’y a ni possibilité ni raison à cela. Laissez-lui faire ses perquisitions, qu’il prouve, et il sera content de moi : mais en attendant je ne veux nul commerce avec lui. Vous verrez à votre premier voyage ce que j’ai fait ; vous jugerez de mes preuves, et de celles qui peuvent les détruire. En attendant je n’ai rien publié ; je ne publierai rien sans nouveau sujet de parler. Je pardonne de tout mon coeur à M. Vernes, même en le supposant coupable : je suis fâché de lui avoir nui ; je ne veux plus lui nuire, à moins que je n’y sois forcé. Je donnerais tout au monde pour le croire innocent, afin qu’il connût mon coeur et qu’il vît comment je répare mes torts. Mais avant de le déclarer innocent il faut que je le croie ; et je crois si décidément le contraire, que je n’imagine pas même comment il pourra me dépersuader. Qu’il prouve et je suis à ses pieds. Mais, pour Dieu, s’il est coupable, conseillez-lui de se taire ; c’est pour lui le meilleur parti. Je vous embrasse.
Notre archiprêtre[887] fait imprimer à Yverdon une réponse que le magistrat de Neuchâtel a. refusé la permission d’imprimer à cause des personnalités. Je suis bien aise que toute la terre connaisse la frénésie du personnage. Vous savez que le colonel Pury a été fait conseiller d’état. Si notre homme ne sent pas celui-là, il faut qu’il soit ladre comme un vieux porc.
Ma lettre a, par oubli, retardé d’un ordinaire. Tout bien pensé, j’abandonne l’optique pour la botanique : et si votre ami était à portée de me faire faire les petits outils nécessaires pour la dissection des fleurs, je serais sûr que son intelligence suppléerait avantageusement à celle des ouvriers. Ces outils consistent dans trois ou quatre microscopes de différents foyers, de petites pinces délicates et minces pour tenir les fleurs, de ciseaux très fins, canifs et lancettes, pour les découper. Je serais bien aise d’avoir le tout à double, excepté les microscopes, parce qu’il y a ici quelqu’un qui a le même goût que moi et qui a été mal servi.
Lettre DCXIII – À Mademoiselle d’Ivernois
Môtiers, le 1er août 1765.
If I stay one more day, I will be caught; therefore, I am leaving, my dear host, for Ferrière, where I will wait for you with great impatience—but without becoming impatient. What finally decides me to go is the news that you have begun to go out again. I advise you not to forget to pack coffee, sugar, a coffee pot, a lighter, and all the necessary items to make coffee in the woods whenever you wish. Take Linnoeus and Sauvages, some interesting books, and a game to keep us entertained if we are forced to stay in a house due to bad weather. We must prepare everything to avoid idleness and boredom.
Hello: I plan to leave tomorrow morning, if the weather is good, in order to spend the night at Locle, and then dine or spend the night at La Ferrière on Thursday. I kiss you all.
Letter DCVIII – To the Same One
Môtiers, June 29, 1765.
Do you know, my dear host, that you are treating me so generously that it has become extremely difficult for me to live apart from you? Since I returned two days ago, I am already bored by the thought of not seeing you. Therefore, I am considering descending again tomorrow. Here is a plan that, for now, seems perfect; it will be implemented or adjusted depending on how time, your health, and your wishes permit it.
If the weather improves today, we will set off tomorrow, Mr. d’Ivernois, Miss Le.
Vasseur and I; and since it’s only for one night, in order not to be separated, we will stay at an inn. On Monday, I will go for a walk with Mr. d’Ivernois, and we will return the next day. Mr. d’Ivernois will continue his journey, while I will go with Miss Le Vasseur to see the house in Cressier. We might stay there for a day or two, if we can find beds, so as to have time to visit the island; then we will come back. Miss Le Vasseur will return to Môtiers, and I will wait near you until we can join the caravan heading to Creux du Vent, after which each of us will go on with our own affairs.
Since the short journey I have to make with Mr. d’Ivernois takes me near the Thielle bridge, I could then go straight to Cressier from there. And Miss Le Vasseur could also make her way there on her own, if she managed to find a carriage, or if you could lend her one.
All these rather hasty arrangements are inevitable; otherwise, if I stayed here a few more days, I would be intercepted for the rest of the good season. Moreover, even assuming such arrangements could be carried out, the secret must remain between us alone—otherwise, people who come to look for me and do not find me here will pursue me wherever I go. Indeed, my condition has deteriorated considerably since my return, and I fear greatly that I might not survive the winter here. Nevertheless, despite all the difficulties, if Cressier can be ready by the beginning of October, I am determined to move there.
I am writing to you in haste, my dear host, overwhelmed by a series of minor troubles that are beyond my endurance. Since my journey depends on the weather, which seems to be worsening, it is not certain whether I will arrive in Neuchâtel tomorrow. In any case, you could send your observations regarding the proposed arrangements to the Couronne tomorrow evening; if I have already arrived, they can be delivered to me there. As I will arrive in the evening and leave in the morning, I do not even want anyone to see me on the streets. I embrace you with all my heart.
Letter DCX – To the Same One
In Brot, on Monday, July 15, 1765.
Your people, my dear host, have been thoroughly wetted, and they will be wetted even more; I am quite annoyed by this. Therefore, since I find a carriage here, I will not take them any further.
I leave with my heart filled with thoughts of you, and I am as eager to see you again as if we had not seen each other for a long time. May I learn at our first meeting that all your troubles have come to an end, and that your mind is as peaceful as your honest heart surely deserves to be—always content and serene! The ceremony of this morning fills my heart with the sweetest satisfaction. Here, my dear host, are the true characteristics of Lord Maréchal’s personality; they show me that he understands mine. I do not know anyone more suited to love you and to be loved by you. How could I not finally see all those who love me reunited? They are indeed worthy of loving each other. I kiss you.
Mademoiselle Le Vasseur is deeply grateful for your kindnesses, and she insists that I convey this to you.
Letter DCXI – To Mr. d’Ivernois
Môtiers, July 20, 1765.
I arrived three days ago; I am receiving your letters and packages, Mr. Chappuis, etc. Thank you very much. I am returning the two letters to you. I do have the tokens, but I cannot use them because, not only are the cords too short, but I also do not have any replacements, and they wear out very quickly.
I also thank you for Mr. Claparède’s book[886]. Since my plants and my game of marbles leave me with little time to spare, I have not read, nor will I read, this book, which I believe to be very beautiful. But please stop sending me all these wonderful books; I must admit that they bore me to death, and I really don’t like being bored.
Many greetings to Mr. Deluc and his family. I thank him for the care he takes in matters relating to optics. I do not possess any prints; I ask him to procure some as well, and to choose beautiful ones that are well-illuminated, for I will not have the time to illuminate them myself. For now, a dozen will be sufficient; I wish for perfection in this matter—otherwise, it would be of no use at all.
Mademoiselle Le Vasseur has received your gift, for which she expresses her gratitude to you, while I express my complaints. You are an unbearable giver; it is impossible to live with you.
I spent eight or ten delightful days on the island of Saint-Pierre, yet I was still constantly plagued by annoying people—except for Mr. de Graffenried, the bailie of Nidau, who came to dine with me. He is a man full of wit and knowledge, of noble birth, extremely wealthy, and yet he seems to think very clearly and to speak his mind openly.
I have just received your letters and am sending them on the 10th and 17th. I am overwhelmed, burdened with visits, letters, and affairs; I am also ill. And you want me to go to Morges to confront Mr. Vernes! There is neither possibility nor reason for that. Let him carry out his investigations; let him prove his innocence, and he will be satisfied with me. But in the meantime, I want nothing to do with him. You will see what I have done on your first trip; you can judge for yourself my evidence and those that might refute it. For now, I have published nothing; I will not publish anything unless there is new material to discuss. I forgive Mr. Vernes wholeheartedly, even if I assume him to be guilty. I regret having caused him any harm; I do not want to harm him anymore, unless forced to do so. I would give everything to believe him innocent, so that he could know how sincere my feelings are and how I intend to make amends for my mistakes. But before declaring him innocent, I must believe it myself; and I firmly believe the opposite. I cannot even imagine how he might convince me otherwise. Let him prove his innocence, and I will be at his feet. But, by God, if he is guilty, advise him to remain silent—it would be the best thing for him. I embrace you all.
Our archpriest[887] had a reply printed in Yverdon, although the magistrate of Neuchâtel had refused to grant permission for its publication due to the prominent individuals involved. I am glad that everyone in the world knows about this man’s frenzied behavior. You know that Colonel Pury has been appointed as a councilor of state. If our man doesn’t recognize such importance, then he must be as greedy as an old pig.
My letter was delayed by an ordinary amount due to forgetfulness. After careful consideration, I have decided to abandon that approach in favor of botany: if your friend could provide me with the necessary tools for dissecting flowers, I am certain his intelligence would more than compensate for that of any worker. These tools include three or four microscopes with different magnifications, delicate and thin forceps for holding the flowers, very fine scissors, as well as knives and lancets for cutting them. I would greatly appreciate having double sets of everything except the microscopes, because someone here shares my interests—and has been poorly served in that regard.
Letter DCXIII – To Mademoiselle d’Ivernois
Môtiers, August 1, 1765.
Se resto un giorno in più, sarò scoperto; quindi me ne vado, caro ospite, verso la Ferrière, dove vi aspetterò con grande impazienza, ma senza innervosirmi. Ciò che mi spinge definitivamente a partire è il fatto che ho appreso che avete iniziato a uscire. Vi raccomando di non dimenticare nelle vostre provviste caffè, zucchero, macchina da caffè, accendino, e tutto ciò che serve per preparare del caffè nei boschi, quando se ne ha voglia. Portate con voi Linneo, Sauvages, qualche libro divertente e qualche gioco per passare il tempo, nel caso vi trovaste bloccati in una casa a causa del cattivo tempo. Bisogna prevedere tutto per evitare noia e malinconia.
Ciao: intendo partire domani mattina, se il tempo è bello, per andare a dormire al Locle, e poi cenare o passare la notte alla Ferrière giovedì prossimo. Vi bacio.
Lettera DCVIII – Allo stesso.
Môtiers, 29 giugno 1765.
Sapete, mio caro ospite, che mi viziate così tanto da rendere davvero difficile per me vivere lontano da voi? Da quando sono tornato, già due giorni fa, mi annoio terribilmente all’idea di non vedervi. Pertanto, sto pensando di scendere di nuovo domani. Ecco un piano che, al momento, rappresenta la soluzione ideale per me; verrà attuato o modificato a seconda delle circostanze, della vostra salute e della vostra volontà.
Se il tempo migliora oggi, scenderemo domani, signor d’Ivernois, signorina Le.
Io e Vasseur; poiché si tratta solo di una notte, per non separarci dormiremo in un ostello. Lunedì andrò con il signor d’Ivernois a fare una passeggiata, tornando il giorno dopo. Il signor d’Ivernois continuerà il suo viaggio, mentre io andrò con la signorina Le Vasseur a visitare la casa di Cressier. Potremmo soggiornarvi un giorno o due, se troviamo letti, per avere il tempo di andare a vedere l’isola; poi torneremo indietro. La signorina Le Vasseur ritornerà a Môtiers, mentre io aspetterò vicino a voi che possiamo partire insieme per il Creux du Vent; dopodiché ognuno tornerà alle proprie occupazioni.
Poiché la piccola corsa che devo fare con il signor d’Ivernois mi avvicina al pont di Thielle, potrei da lì recarmi direttamente a Cressier; e anche la signorina Le Vasseur potrebbe raggiungermi lì, se riuscisse a trovare una carrozza, o se voi foste in grado di prenderne in prestito una per lei.
Tutti questi accordi un po’ affrettati sono inevitabili; altrimenti, se rimanessi qui ancora per qualche giorno, verrei intercettato per il resto della bella stagione. Anzi, anche ammettendo che possano essere attuati, è necessario che il segreto rimanga tra di noi, altrimenti saremmo inseguiti ovunque andassimo da coloro che verranno a cercarmi e che, non trovandomi qui, mi cercheranno dovunque io sia. Del resto, la mia salute è peggiorata notevolmente da quando sono tornato; temo molto di dover trascorrere l’inverno qui, e quindi, nonostante tutti gli ostacoli, se Cressier potrà essere pronto all’inizio di ottobre, sono deciso a trasferirmi lì.
Vi scrivo in fretta, mio molto caro ospite: sono assillato da piccoli problemi che mi stanno sopraffacendo. Poiché il mio viaggio dipende dal tempo, che sembra volgersi contro di me, non è certo che arrivi a Neuchâtel domani. In ogni caso, potreste inviare domani sera alla Couronne le vostre osservazioni riguardo ai preparativi proposti; poiché arriverò la sera per ripartire il mattino, non voglio nemmeno essere visto per strada. Vi abbraccio con tutto il mio cuore.
Lettera DCX – Allo stesso.
A Brot, lunedì 15 luglio 1765.
I vostri uomini, mio caro ospite, sono stati molto bagnati e lo saranno ancora; ne sono davvero dispiaciuto. Pertanto, trovando qui una carrozza a due posti, non li porterò oltre.
Parto con il cuore pieno di voi, e con la stessa impazienza di rivedervi come se non ci fossimo visti da molto tempo. Possa scoprire già al nostro primo incontro che tutti i vostri problemi sono finiti, e che il vostro spirito è altrettanto sereno quanto il vostro onesto cuore dovrebbe essere sempre. La cerimonia di questa mattina mi riempie del più dolce senso di soddisfazione. Ecco, mio caro ospite, i tratti che descrivono veramente l’anima di Milord Maréchal, e che dimostrano quanto lui conosca la mia. Non conosco nessuno più adatto ad amarvi e ad essere amato da voi. Come potrei non vedere finalmente tutti coloro che mi amano riuniti? Sono davvero degni di amarsi a vicenda. Vi bacio.
Signorina Le Vasseur è profondamente grata per la vostra gentilezza e insiste affinché vi lo dica.
Lettera DCXI – A Monsieur d’Ivernois
Môtiers, 20 luglio 1765.
Sono arrivato tre giorni fa; ricevo le vostre lettere, i vostri regali, il signor Chappuis, ecc. Mille ringraziamenti. Vi rimando le due lettere che avete inviato. Ho effettivamente i gettoni necessari, ma non posso utilizzarli, perché, oltre al fatto che i lacci siano troppo corti, non ne ho altri da sostituire e inoltre si consumano molto rapidamente.
Vi ringrazio anche per il libro di Monsieur Claparède[886]. Poiché le mie piante e il mio gioco da tavolo non mi lasciano molto tempo libero, non ho letto né leggerò questo libro, che credo sia molto bello. Ma non mandatemi più tutti questi bei libri; perché vi confesso che mi annoiano terribilmente e non mi piace annoiarmi.
Mille saluti a Monsieur Deluc e alla sua famiglia. Gli ringrazio per l’attenzione che dedica all’ottica. Non possiedo alcune stampe; gli chiedo quindi di procurarmene alcune, scegliendone di belle e ben illustrate, poiché non avrò il tempo di farle io stesso. Per ora, dodici sono sufficienti: desidero che l’illusione risultanti sia perfetta, altrimenti niente.
Signorina Le Vasseur ha ricevuto il vostro regalo e vi ringrazia; io, invece, vi rimprovero. Siete un donatore insopportabile. Non c’è modo di convivere con voi.
Ho trascorso otto o dieci giorni incantevoli sull’isola di Saint-Pierre, ma sono stato continuamente assillato da persone fastidiose; escludo però il signor de Graffenried, balivo di Nidau, che è venuto a cena con me: è un uomo pieno di spirito e conoscenze, titolato, molto ricco, e che, nonostante ciò, mi sembra pensare in modo molto chiaro e esprimere apertamente ciò che pensa.
Sto ricevendo in questo momento le vostre lettere e ne invio alcune il 10 e il 17. Sono sommerso da visite, lettere e affari; sono malato, oltre tutto. E voi volete che vada a Morges per incontrare il signor Vernes. Non c’è alcuna possibilità né motivo per farlo. Lasciate che lui faccia le sue indagini, che provi le sue accuse. Allora sarà soddisfatto di me; ma fino ad allora non voglio avere alcun rapporto con lui. Vedrete, nel vostro primo viaggio, cosa ho fatto; giudicherete voi stessi le mie prove e quelle che potrebbero distruggerle. Per ora non ho pubblicato nulla; non pubblicherò nulla senza un nuovo motivo per farlo. Perdono con tutto il cuore il signor Vernes, anche supponendolo colpevole. Mi dispiace di avergli fatto del male; non voglio più fargliene, a meno che non ne venga costretto. Darei tutto al mondo per credere in sua innocenza, affinché conoscesse il mio cuore e vedesse come cerco di rimediare ai miei errori. Ma prima di dichiararlo innocente, devo crederci io stesso; e io credo decisamente il contrario. Non riesco nemmeno a immaginare come possa convincermi del contrario. Che provi le sue accuse. E allora sarò ai suoi piedi. Ma, per Dio, se è colpevole, consigliategli di tacere. È la scelta migliore per lui. Vi abbraccio.
Il nostro arciprete[887] fa stampare a Yverdon una risposta che il magistrato di Neuchâtel aveva rifiutato di autorizzare alla stampa a causa delle persone coinvolte. Sono molto contento che tutta la gente conosca l’isteria di quel personaggio. Sapete che il colonnello Pury è stato nominato consigliere di stato. Se il nostro uomo non lo teme nemmeno lui, allora deve essere davvero un ladro, come un vecchio maiale.
La mia lettera è stata ritardata, per errore, di un giorno rispetto al previsto. Dopo averci pensato bene, abbandono l’idea di utilizzare strumenti specifici e opto invece per la botanica: se il vostro amico fosse in grado di procurarmi gli attrezzi necessari per la dissezione dei fiori, sono sicuro che la sua intelligenza compenserebbe ampiamente quella degli operai. Gli strumenti richiesti includono tre o quattro microscopi con ingrandimenti diversi, piccole pinze sottili e delicate per tenere i fiori in posizione, forbici molto affilate, coltelli e lancette per tagliarli. Mi sarebbe molto utile disporre di tutto questo in doppia copia, tranne che per i microscopi, perché qui c’è qualcuno che condivide il mio stesso interesse e che, purtroppo, non ha ricevuto gli strumenti necessari.
Lettera DCXIII – Alla signorina d’Ivernois
Môtiers, 1° agosto 1765.
Vous me remerciez, mademoiselle, du présent que vous me faites ; et moi je devrais vous le reprocher : car si je vous fais aimer le travail, vous me faites aimer le Luxe : c’est rendre le mal pour le bien. Je puis, il est vrai, vous remercier d’un autre miracle aussi grand et plus utile ; c’est de me rendre exact à répondre et de me donner du plaisir à l’être. J’en aurai toujours, Mademoiselle, à vous témoigner ma reconnaissance et à mériter votre amitié.
Mes respects, je vous prie, à la très bonne maman.
Lettre DCXIV– À M. du Peyrou
[889]
Môtiers-Travers, le 8 août 1765.
Non, monsieur ; jamais, quoi que l’on en dise, je ne me repentirai d’avoir loué M. de Montmollin. J’ai loué de lui ce que j’en connaissais, sa conduite vraiment pastorale envers moi : je n’ai point loué son caractère que je ne connaissais pat ; je n’ai point loué sa véracité, sa droiture. J’avouerai même que son extérieur, qui ne lui est pas favorable, son ton, son air, son regard sinistre, me repoussaient malgré moi : j’étais étonné de voir tant de douceur, d’humanité, de vertu, se cacher sous une aussi sombre physionomie ; mais j’étouffais ce penchant injuste. Fallait-il juger d’un homme sur des signes trompeurs que sa conduite démentait si bien ? fallait-il épier malignement le principe secret d’une tolérance peu attendue ? Je hais cet art cruel d’empoisonner les bonnes actions d’autrui, et mon coeur ne sait point trouver de mauvais motifs à ce qui est bien. Plus je sentais en moi d’éloignement pour M. de Montmollin, plus je cherchais à le combattre par la reconnaissance que je lui devais. Supposons derechef possible le même cas, et tout ce que j’ai fait je le referais encore.
Aujourd’hui M. de Montmollin lève le masque et se montre vraiment tel qu’il est. Sa conduite présente explique la précédente. Il est clair que sa prétendue tolérance, qui le quitte au moment qu’elle eût été le plus juste, vient de la même source que ce cruel zèle qui l’a pris subitement. Quel était son objet, quel est-il à présent ? je l’ignore ; je sais seulement qu’il ne saurait être bon. Non seulement il m’admet avec empressement, avec honneur à la communion, mais il me recherche, me prône, me fête, quand je parais avoir attaqué de gaieté de coeur le christianisme : et quand je prouve qu’il est faux que je l’aie attaqué, qu’il est faux du moins que j’aie eu ce dessein, le voilà lui-même attaquant brusquement ma sûreté, ma foi, ma personne ; il veut m’excommunier, me proscrire ; il ameute la paroisse après moi, il me poursuit avec un acharnement qui tient de la rage. Ces disparates sont-elles dans son devoir ? non : la charité n’est point inconstante, la vertu ne se contredit point elle-même, et la conscience n’a pas deux voix. Après s’être montré si peu tolérant, il s’était avisé trop tard de l’être ; cette affectation ne lui allait point ; et comme elle n’abusait personne, il a bien fait de rentrer dans son état naturel. En détruisant son propre ouvrage, en me faisant plus de mal qu’il ne m’avait fait de bien, il m’acquitte envers lui de toute reconnaissance ; je ne lui dois plus que la vérité, je me la dois à moi-même ; et, puisqu’il me force à la dire, je la dirai.
Vous voulez savoir au vrai ce qui s’est passé entre nous dans cette affaire. M. de Montmollin a fait au public sa relation en homme d’église, et trempant sa plume dans ce miel empoisonné qui tue, il s’est ménagé tous les avantages de son état. Pour moi, monsieur, je vous ferai la mienne du ton simple dont les gens d’honneur se parlent entre eux. Je ne m’étendrai point en protestation d’être sincère ; je laisse à votre esprit sain, à votre coeur ami de la vérité, le soin de la démêler entre lui et moi.
Je ne suis point, grâces au ciel, de ces gens qu’on fête et que l’on méprise ; j’ai l’honneur d’être de ceux que l’on estime et qu’on chasse. Quand je me réfugiai dans ce pays, je n’y apportai de recommandations pour personne, pas même pour Milord Maréchal. Je n’ai qu’une recommandation que je porte partout, et près de Milord Maréchal il n’en faut point d’autre. Deux heures après mon arrivée, écrivant à S. E. pour l’en informer et me mettre sous sa protection, je vis entrer un homme inconnu qui, s’étant nommé le pasteur du lieu, me fit des avances de toute espèce, et qui, voyant que j’écrivais à Milord Maréchal, m’offrit d’ajouter de sa main quelques lignes pour me recommander. Je n’acceptai point cette offre : ma lettre partit, et j’eus l’accueil que peut espérer l’innocence opprimée partout où régnera la vertu.
Comme je ne m’attendais pas dans la circonstance à trouver un pasteur si liant, je contai dès le même jour cette histoire à tout le monde, et entre autres à M. le colonel Roguin, qui, plein pour moi des bontés les plus tendres, avait bien voulu m’accompagner jusqu’ici.
Les empressements de M. de Montmollin continuèrent : je crus devoir en profiter ; et, voyant approcher la communion de septembre, je pris le parti de lui écrire pour savoir si, malgré la rumeur publique, je pouvais m’y présenter. Je préférai une lettre à une visite pour éviter les explications verbales qu’il aurait pu vouloir pousser trop loin. C’est même sur quoi je tâchai de le prévenir ; car déclarer que je ne voulais ni désavouer ni défendre mon livre, c’était dire assez que je ne voulais entrer sur ce point dans aucune discussion. Et en effet, forcé de défendre mon honneur et ma personne au sujet de ce livre, j’ai toujours passé condamnation sur les erreurs qui pouvaient y être, me bornant à montrer qu’elles ne prouvaient point que l’auteur voulût attaquer le christianisme, et qu’on avait tort de le poursuivre criminellement pour cela.
M. de Montmollin écrit que j’allai le lendemain savoir sa réponse : c’est ce que j’aurais fait s’il ne fût venu me l’apporter. Ma mémoire peut me tromper sur ces bagatelles ; mais il me prévint, ce me semble, et je me souviens au moins que par les démonstrations de la plus vive joie il me marqua combien ma démarche lui faisait de plaisir. Il me dit en propres termes que lui et son troupeau s’en tenaient honorés, et que cette démarche inespérée allait édifier tous les fidèles. Ce moment, je vous l’avoue, fut un des plus doux de ma vie. Il faut connaître tous mes malheurs, il faut avoir éprouvé les peines d’un coeur sensible qui perd tout ce qui lui était cher, pour juger combien il m’était consolant de tenir à une société de frères qui me dédommagerait des pertes que j’avais faites, et des amis que je ne pouvais plus cultiver. Il me semblait qu’uni de coeur avec ce petit troupeau dans un culte affectueux et raisonnable, j’oublierais plus aisément tous mes ennemis. Dans les premiers temps je m’attendrissais au temple jusqu’aux larmes. N’ayant jamais vécu chez les protestants, je m’étais fait d’eux et de leur clergé des images angéliques : ce culte si simple et si pur était précisément ce qu’il fallait à mon coeur ; il me semblait fait exprès pour soutenir le courage et l’espoir des malheureux ; tous ceux qui le partageaient me semblaient autant de vrais chrétiens unis entre eux par la plus tendre charité. Qu’ils m’ont bien guéri d’une erreur si douce ! Mais enfin j’y étais alors, et c’était d’après mes idées que je jugeais du prix d’être admis au milieu d’eux.
Voyant que durant cette visite M. de Montmollin ne me disait rien sur mes sentiments en matière de foi, je crus qu’il réservait cet entretien pour un autre temps ; et sachant combien ces messieurs sont enclins à s’arroger le droit qu’ils n’ont pas de juger de la foi des chrétiens, je lui déclarai que je n’entendais me soumettre à aucune interrogation ni à aucun éclaircissement quel qu’il pût être. Il me répondit qu’il n’en exigerait jamais, et il m’a là-dessus si bien tenu parole, je l’ai toujours trouvé si soigneux d’éviter toute discussion sur la doctrine, que jusqu’à la dernière affaire il ne m’en a jamais dit un seul mot, quoiqu’il me soit arrivé de lui en parler quelquefois moi-même.
You thank me, mademoiselle, for the gift you have given me; yet I should be the one to reproach you for it—for if you make me love work, you also make me love luxury: that is to repay good with evil. It is true, I can still thank you for another miracle, just as great and even more useful: you have made me diligent in responding and find pleasure in doing so. I will always have reason, mademoiselle, to express my gratitude to you and earn your friendship.
With all respect, I would like to address the very kind mother.
Letter DCXIV – To Mr. du Peyrou
[889]
Môtiers-Travers, August 8, 1765.
No, sir; never, no matter what anyone says, will I regret having praised Mr. de Montmollin. I praised him for what I knew of him—his truly pastoral manner towards me. I did not praise his character, which I did not know well; nor did I praise his honesty or integrity. In fact, I must admit that his appearance, which was not in his favor, his tone, his air, his sinister gaze—all these things repelled me against my will. I was amazed to see so much kindness, humanity, and virtue hidden beneath such a dark exterior; but I suppressed this unjust prejudice. Should one judge a man based on misleading signs that his behavior so clearly contradicts? Should one maliciously seek to uncover the secret principles of an unexpected tolerance? I hate this cruel art of tarnishing others’ good deeds; my heart simply cannot find any evil reasons for what is good. The more I felt distaste towards Mr. de Montmollin, the more I tried to overcome it through the gratitude I owed him. Suppose such a situation were to happen again today—I would do everything the same once more.
Today, Mr. de Montmollin drops his mask and reveals himself truly as he is. His current behavior explains his past actions. It is clear that his so-called tolerance—which vanishes precisely when it would be most justified—comes from the same source as that cruel zeal that suddenly seized him. What was its purpose, and what is it now? I do not know; I only know that it cannot possibly be good. Not only does he eagerly and honorably welcome me into his “communion,” but he also seeks me out, praises me, and celebrates me when I seemingly attack Christianity in a spirit of joyousness. And when I prove that such an attack was never my intention, he suddenly turns against my integrity, my faith, my very person; he tries to excommunicate me, to banish me. He incites the entire parish against me with a fury bordering on madness. Are such actions in line with his duties as a Christian? No: charity is not fickle, virtue does not contradict itself, and conscience has but one voice. After having shown so little tolerance, he realized too late that it was his duty to be more generous; this pretense did not suit him at all. And since it harmed no one, it was only right for him to return to his true nature. By destroying his own “work” and causing me far more harm than good, he has actually freed me from any obligation toward him. I owe him nothing but the truth—something I owe myself as well. And since he forces me to speak it, I will speak it.
You truly wish to know what happened between us in this matter. Mr. de Montmollin presented his account to the public in the capacity of a clergyman, and by dipping his pen into that poisoned honey that is deadly, he managed to secure all the advantages inherent in his position. As for me, sir, I will tell you my version in the straightforward manner in which people of honor speak to one another. I need not go into lengthy protests about my sincerity; I leave it to your sound judgment and your heart, which loves truth, to discern the truth between us.
Thank heaven, I do not belong to those people who are both celebrated and despised; I have the honor of being among those who are respected but also pursued. When I took refuge in this country, I brought no recommendations with me, not even for Lord Marshal. I have only one recommendation that I carry everywhere—and near Lord Marshal, no other is needed at all. Two hours after my arrival, as I was writing to His Excellency to inform him of my situation and place myself under his protection, I saw an unfamiliar man enter. He introduced himself as the local pastor and made various advances towards me. Seeing that I was writing to Lord Marshal, he offered to add a few lines himself to recommend me. I refused this offer: my letter was sent on its way, and I received the welcome that an innocent person persecuted can expect wherever virtue reigns.
Since I had not expected to meet such a kind and approachable pastor under these circumstances, I told everyone about this story on the same day, including Mr. Colonel Roguin, who had shown me great kindness and even taken the trouble to accompany me here.
Mr. de Montmollin’s eagerness continued; I felt it was my duty to take advantage of it. Seeing that September’s communion was approaching, I decided to write to him to find out whether, despite public rumors, I could still attend. I preferred a letter to a personal visit, in order to avoid any verbal explanations that he might have tried to push too far. In fact, this was precisely what I tried to warn him about. To state that I neither wanted to deny nor defend my book was enough to make it clear that I had no intention of engaging in any discussion on that matter. Indeed, whenever I was forced to defend my honor and reputation regarding that book, I always limited myself to pointing out that the errors contained within it did not in any way prove that the author intended to attack Christianity, and that it was wrong to prosecute him criminally on such grounds.
Mr. de Montmollin wrote that I went to find out his answer the next day—this is what I would have done if he had not come to bring it to me himself. My memory may fail me regarding such trivial matters; but he seemed to have warned me, and I at least remember that he expressed his great joy at my actions, showing how much they pleased him. He told me in no uncertain terms that he and his congregation felt deeply honored by this gesture, and that such an unexpected step would inspire all the faithful. I must admit that this moment was one of the sweetest of my life. One must know all my misfortunes, one must have endured the pain of a sensitive heart that loses everything dear to it, in order to understand how comforting it was for me to belong to a community of brothers who would compensate me for my losses and for the friends I could no longer keep. It seemed to me that, united with this small congregation in a loving and sincere worship, I would be able to forget all my enemies more easily. In the beginning, I would often weep while attending services at the temple. Never having lived among Protestants before, I had formed an idealized image of them and their clergy; such a simple and pure form of worship was precisely what my heart needed—it seemed tailor-made to strengthen the courage and hope of the unfortunate. All those who shared in it appeared to me to be true Christians, united by the deepest compassion. How wonderfully they cured me of such a misguided sentiment! But at that time, I was indeed among them, and it was based on my own ideas that I valued the honor of being accepted in their midst.
Seeing that during this visit Mr. de Montmollin said nothing to me about my beliefs regarding faith, I assumed that he had reserved this discussion for another time. And knowing how prone these gentlemen are to assume the right they do not possess to judge the faith of Christians, I told him that I had no intention of submitting to any questioning or clarification, whatever it might be. He replied that he would never demand such things of me, and he kept his word so faithfully on this matter that, until the very last incident, he never mentioned anything related to doctrine to me, although I occasionally brought the subject up myself.
Mi ringraziate, signorina, per il dono che mi fate; e io dovrei invece rimproverarvi: perché se voi mi fate amare il lavoro, voi mi fate amare anche il Lusso. È come compensare il male con il bene. Posso certamente ringraziarvi anche per un altro miracolo altrettanto grande e più utile: quello di rendermi puntuale nel rispondervi e di darmi piacere nell’essere così. Signorina, avrò sempre motivo di dimostrarvi la mia riconoscenza e di meritare la vostra amicizia.
Con i miei rispetti, per favore, alla molto cara mamma.
Lettera DCXIV – A Monsieur du Peyrou
[889]
Môtiers-Travers, l’8 agosto 1765.
No, signore; mai, per quanto si possa dire, mi pentirò di aver lodato il signor de Montmollin. Ho lodato in lui ciò che conoscevo: il suo comportamento davvero gentile e premuroso nei miei confronti; non ho lodato il suo carattere, che non conoscevo affatto; non ho lodato la sua onestà, la sua integrità. Ammetto persino che il suo aspetto, che non gli è certo favorevole, il suo tono, il suo sguardo sinistro mi respingevano involontariamente: ero sorpreso di vedere tanta dolcezza, umanità e virtù nascoste sotto un volto così cupo; ma soffocavo questo pregiudizio ingiusto. Bisogna forse giudicare una persona in base a segni ingannevoli che il suo comportamento smentisce così chiaramente? Bisogna forse spiare con malizia i principi nascosti di una tolleranza inaspettata? Odio quest’arte crudele di rovinare le buone azioni altrui; il mio cuore non riesce mai a trovare motivi negativi in ciò che è giusto. Più sentivo in me avversione per il signor de Montmollin, più cercavo di combatterla ricordando tutto ciò che gli dovevo. Supponiamo pure che si verifichi lo stesso scenario: farei ancora esattamente le stesse cose.
Oggi il signor de Montmollin toglie il velo e si mostra davvero per quello che è. Il suo comportamento attuale spiega quello precedente: è evidente che la sua presunta tolleranza, che lo abbandona proprio nel momento in cui avrebbe dovuto essere più giusta, proviene dalla stessa fonte di quel crudele zelo che lo ha improvvisamente assalito. Qual ne era lo scopo, qual è ora? Lo ignoro; so soltanto che non può essere niente di buono. Non solo mi accoglie con entusiasmo e onore nella comunità cristiana, ma mi cerca, mi promuove, mi celebra quando sembro attaccare il cristianesimo con gioia. E quando dimostro che è falso che l’abbia attaccato, o almeno che abbia avuto tale intenzione, eccolo lui stesso a attaccare improvvisamente la mia sicurezza, la mia fede, la mia persona; vuole escomunicarmi, proscrivermi. Incita la parrocchia contro di me, mi insegue con un accanimento che sembra furia. Sono queste le azioni appropriate a una persona virtuosa? No: la carità non è incostante, la virtù non si contraddice mai, e la coscienza non ha due voci. Dopo essersi dimostrato così poco tollerante, si è reso conto troppo tardi di doverlo essere. Questa finzione non gli si addiceva; e poiché non ingannava nessuno, ha fatto bene a tornare al suo vero carattere. Distruggendo il proprio operato, facendomi più male di quanto mi avesse fatto del bene, mi è liberato da ogni debito verso di lui. Non gli devo più nulla; gli devo soltanto la verità. E poiché mi costringe a dirla, la dirò.
Volete davvero sapere ciò che è realmente accaduto tra di noi in questa faccenda? Il signor de Montmollin ha raccontato al pubblico quanto gli era accaduto con l’atteggiamento tipico di un uomo d’Chiesa; intingendo la sua penna in quel “miele avvelenato” che uccide, si è assicurato tutti i vantaggi derivanti dalla sua posizione. Per quanto mi riguarda, signore, vi racconterò le cose con lo stesso tono semplice e onesto con cui gli uomini d’onore si parlano tra loro. Non mi dilungherò in proteste sulla mia sincerità; lascio che sia il vostro buon senso, il vostro cuore amico della verità, a stabilire se ciò che ho detto corrisponde o meno alla realtà.
Per fortuna, non appartengo a quella categoria di persone che vengono celebrate e allo stesso tempo disprezzate; ho l’onore di far parte di coloro che sono stimati e perseguitati. Quando mi rifugiai in questo paese, non portai con me alcuna raccomandazione per nessuno, nemmeno per Milord Maréchal. Ho soltanto una raccomandazione che porto ovunque, e vicino a Milord Maréchal non ne è necessaria alcuna altra. Due ore dopo il mio arrivo, mentre scrivevo a Sua Eccellenza per informarla e mettermi sotto la sua protezione, entrò un uomo sconosciuto che si presentò come il pastore del luogo; mi fece varie proposte di ogni genere e, vedendo che stavo scrivendo a Milord Maréchal, mi offrì di aggiungere personalmente alcune righe per raccomandarmi. Rifiutai questa proposta: la mia lettera partì, e ricevetti quell’accoglienza che l’innocenza oppressa può sperare ovunque regni la virtù.
Poiché non mi aspettavo, in quelle circostanze, di incontrare un pastore così premuroso, raccontai quella storia a tutti quel giorno stesso, tra gli altri anche al colonnello Roguin, il quale, pieno di lealtà e gentilezza verso di me, si era offerto di accompagnarmi fino a qui.
Gli sforzi di Monsieur de Montmollin continuarono; ritenni opportuno approfittarne e, vedendo avvicinarsi la data della comunione di settembre, decisi di scrivergli per chiedere se, nonostante le voci pubbliche, potessi parteciparvi. Preferii una lettera a una visita, al fine di evitare spiegazioni verbali che avrebbe potuto voler approfondire troppo. Fu proprio su questo punto che cercai di preavvertirlo: dichiarare infatti che non intendevo né smentire né difendere il mio libro significava chiaramente che non volevo entrare in alcuna discussione al riguardo. E in effetti, quando fui costretto a difendere il mio onore e la mia persona a causa di quel libro, mi limitai sempre a sottolineare che gli errori presenti in esso non dimostravano affatto che l’autore volesse attaccare il cristianesimo, e che fosse errato perseguirlo penalmente per questo motivo.
Il signor de Montmollin scrive che il giorno seguente andai a chiedergli la sua risposta: è ciò che avrei fatto anch’io se non fosse venuto lui stesso a portarmela. Ma la mia memoria potrebbe ingannarmi su queste piccole cose; tuttavia, mi sembra che mi abbia avvisato personalmente, e ricordo almeno che, con manifestazioni di grande gioia, mi fece capire quanto gli fosse piaciuta la mia iniziativa. Mi disse esplicitamente che lui e il suo gruppo ne erano onorati, e che questa azione inaspettata avrebbe rafforzato la fede di tutti i fedeli. Devo ammettere che quel momento fu uno dei più dolci della mia vita. Bisogna conoscere tutte le mie sfortune, bisogna aver provato le sofferenze di un cuore sensibile che perde tutto ciò che gli è caro, per capire quanto fosse consolante per me appartenere a una comunità di fratelli che avrebbero compensato le perdite subite e i rapporti con amici che non potevo più mantenere. Mi sembrava che, unito a quel piccolo gruppo in un culto affettuoso e ragionevole, avrei potuto dimenticare più facilmente tutti i miei nemici. Nei primi tempi, mi commuovevo fino alle lacrime in chiesa. Non essendo mai vissuto tra i protestanti, avevo creato di loro e del loro clero un’immagine angelica: quel culto così semplice e puro era esattamente ciò di cui il mio cuore aveva bisogno; mi sembrava fatto apposta per sostenere il coraggio e la speranza dei malheureux; tutti coloro che lo condividevano mi apparivano come veri cristiani uniti tra loro dalla più tenera carità. Quanto mi hanno aiutato a superare un errore così dolce! Ma, in fondo, all’epoca ero lì, e era secondo le mie idee che valutavo il significato di essere ammesso tra di loro.
Vedendo che durante questa visita il signor de Montmollin non mi diceva nulla riguardo ai miei sentimenti in materia di fede, pensai che avesse riservato quel colloquio per un altro momento; e sapendo quanto questi signori siano propensi a arrogarsi un diritto che in realtà non possiedono di giudicare la fede dei cristiani, gli dichiarai che non intendevo sottopormi a alcuna interrogazione né a alcun chiarimento, qualunque esso fosse. Lui mi rispose che non ne avrebbe mai richiesto, e mantenne fedelmente questa promessa; ho sempre trovato che fosse molto attento a evitare qualsiasi discussione sulla dottrina, tanto che fino all’ultima occasione non mi ha mai detto una parola al riguardo, anche se a volte ero stato io stesso ad affrontare l’argomento.
Les choses se passèrent de cette sorte tant avant qu’après la communion ; toujours même empressement de la part de M. de Montmollin, et toujours même silence sur les matières théologiques. Il portait même si loin l’esprit de tolérance, et le montrait si ouvertement dans ses sermons, qu’il m’inquiétait quelquefois pour lui-même. Comme je lui étais sincèrement attaché, je ne lui déguisais point mes alarmes, et je me souviens qu’un jour qu’il prêchait très vivement contre l’intolérance des protestants, je fus très effrayé de lui entendre soutenir avec chaleur que l’Église réformée avait grand besoin d’une réformation nouvelle, tant dans la doctrine que dans les moeurs, je n’imaginais guère alors qu’il fournirait dans peu lui-même une si grande preuve de ce besoin.
Sa tolérance et l’honneur qu’elle lui faisait dans le monde excitèrent la jalousie de plusieurs de ses confrères, surtout à Genève. Ils ne cessèrent de le harceler par des reproches, et de lui tendre des pièges où il est à la fin tombé. J’en suis fâché, mais ce n’est assurément pas ma faute. Si M. de Montmollin eût voulu soutenir une conduite si pastorale par des moyens qui en fussent dignes, s’il se fut contenté, pour sa défense, d’employer avec courage, avec franchise, les seules armes du christianisme et de la vérité, quel exemple ne donnait-il point à l’Église, à l’Europe entière ! quel triomphe ne s’assurait-il point ! Il a préféré les armes de son métier, et les sentant mollir contre la vérité, pour sa défense, il a voulu les rendre offensives en m’attaquant. Il s’est trompé ; ces vieilles armes, fortes contre qui les craint, faibles contre qui les brave, se sont brisées. Il s’était mal adressé pour réussir.
Quelques mois après mon admission, je vis entrer un soir M. de Montmollin dans ma chambre : il avait l’air embarrassé ; il s’assit et garda longtemps le silence ; il le rompit enfin par un de ces longs exordes dont le fréquent besoin lui a fait un talent. Venant ensuite à son sujet, il me dit que le parti qu’il avait pris de m’admettre à la communion lui avait attiré bien des chagrins et le blâme de ses confrères, qu’il était réduit à se justifier là-dessus d’une manière qui put leur fermer la bouche, et que si la bonne opinion qu’il avait de mes sentiments lui avait fait supprimer les explications qu’à sa place un autre aurait exigées, il ne pouvait, sans se compromettre, laisser croire qu’il n’en avait eu aucune.
Là-dessus, tirant doucement un papier de sa poche, il se mit à lire, dans un projet de lettre à un ministre de Genève, des détails d’entretiens qui n’avaient jamais existé, mais où il plaçait, à la vérité fort heureusement, quelques mots, par-ci par-là, dits à la volée et sur un tout autre objet. Jugez, monsieur, de mon étonnement ; il fut tel que j’eus besoin de toute la longueur de cette lecture pour me remettre en l’écoutant. Dans les endroits où la fiction était la plus forte, il s’interrompait en me disant : Vous sentez la nécessité… ma situation… ma place… il faut bien un peu se prêter. Cette lettre, au reste, était faite avec assez d’adresse, et, à peu de chose près, il avait grand soin de ne m’y faire dire que ce que j’aurais pu dire en effet. En finissant il me demanda si j’approuvais cette lettre, et s’il pouvait renvoyer telle qu’elle était.
Je répondis que je le plaignais d’être réduit à de pareilles ressources ; que, quant à moi, je ne pouvais rien dire de semblable ; mais que, puisque c’était lui qui se chargeait de le dire, c’était son affaire et non pas la mienne ; que je n’y voyais rien non plus que je fusse oblige de démentir. Comme tout ceci, reprit-il, ne peut nuire à personne, et peut vous être utile ainsi qu’à moi, je passe aisément sur un petit scrupule qui ne ferait qu’empêcher le bien ; mais dites-moi, au surplus, si vous êtes content de cette lettre, et si vous n’y voyez rien à changer pour qu’elle soit mieux. Je lui dis que je la trouvais bien pour la fin qu’il s’y proposait. Il me pressa tant, que, pour lui complaire, je lui indiquai quelques légères corrections qui ne signifiaient pas grand-chose. Or il faut savoir que, de la manière dont nous étions assis, l’écritoire était devant M. de Montmollin ; mais durant tout ce petit colloque, il la poussa comme par hasard devant moi ; et comme je tenais alors sa lettre pour la relire, il me présenta la plume pour faire les changements indiqués ; ce que je fis avec la simplicité que je mets à toute chose. Cela fait, il mit son papier dans sa poche, et s’en alla.
Pardonnez-moi ce long détail ; il était nécessaire. Je vous épargnerai celui de mon dernier entretien avec M. de Montmollin, qu’il est plus aisé d’imaginer. Vous comprenez ce qu’on peut répondre à quelqu’un qui vient froidement vous dire : Monsieur, j’ai ordre de vous casser la tête ; mais si vous voulez bien vous casser la jambe, peut-être se contentera-t-on de cela. M. de Montmollin doit avoir eu quelquefois à traiter de mauvaises affaires ; cependant je ne vis de ma vie un homme aussi embarrassé qu’il le fut vis-à-vis de moi dans celle-là : rien n’est plus gênant en pareil cas que d’être aux prises avec un homme ouvert et franc, qui, sans combattre avec vous de subtilités et de ruses, vous rompt en visière à tout moment. M. de Montmollin assure que je lui dis en le quittant que, s’il venait avec de bonnes nouvelles, je l’embrasserais ; sinon que nous nous tournerions le dos. J’ai pu dire des choses équivalentes, mais en termes plus honnêtes ; et quant à ces dernières expressions, je suis très sûr de ne m’en être point servi. M. de Montmollin peut reconnaître qu’il ne me fait pas si aisément tourner le dos qu’il l’avait cru.
Quant au dévot pathos dont il use pour prouver la nécessité de sévir, on sent pour quelle sorte de gens il est fait, et ni vous ni moi n’avons rien à leur dire. Laissant à part ce jargon d’inquisiteur, je vais examiner ses raisons vis-à-vis de moi, sans entrer dans celles qu’il pouvait avoir avec d’autres.
Ennuyé du triste métier d’auteur, pour lequel j’étais si peu fait, j’avais depuis longtemps résolu d’y renoncer. Quand l’Émile parut, j’avais déclaré à tous mes amis à Paris, à Genève, et ailleurs, que c’était mon dernier ouvrage, et qu’en l’achevant je posais la plume pour ne la plus reprendre. Beaucoup de lettres me restent où l’on cherchait à me dissuader de ce dessein. En arrivant ici, j’avais dit la même chose à tout le monde, à vous-même ainsi qu’à M. de Montmollin. Il est le seul qui se soit avisé de transformer ce propos en promesse, et de prétendre que je m’étais engagé avec lui de ne plus écrire, parce que je lui en avais montré l’intention. Si je lui disais aujourd’hui que je compte aller demain à Neuchâtel, prendrait-il acte de cette parole, et si j’y manquais, m’en ferait-il un procès ? C’est la même chose absolument, et je n’ai pas plus songé à faire une promesse à M. de Montmollin qu’à vous, d’une résolution dont j’informais simplement l’un et l’autre.
M. de Montmollin oserait-il dire qu’il ait entendu la chose autrement ? oserait-il affirmer, comme il l’ose faire entendre, que c’est sur cet engagement prétendu qu’il m’admit à la communion ? La preuve du contraire est qu’à la publication de ma Lettre à M. l’archevêque de Paris, M. de Montmollin, loin de m’accuser de lui avoir manqué de parole, fut très content de cet ouvrage, et qu’il en fit l’éloge à moi-même et à tout le monde, sans dire alors un mot de cette fabuleuse promesse qu’il m’accuse aujourd’hui de lui avoir faite auparavant. Remarquez pourtant que cet écrit est bien plus fort sur les mystères et même sur les miracles que celui dont il fait maintenant tant de bruit ; remarquez encore que j’y parle de même en mon nom, et non plus au nom du vicaire. Peut-on chercher des sujets d’excommunication dans ce dernier, qui n’ont pas même été des sujets de plainte dans l’autre ?
Things happened in this manner both before and after the communion; Mr. de Montmollin always showed the same eagerness, yet remained silent on theological matters. He went so far in upholding the spirit of tolerance and openly expressed it in his sermons that at times I worried for his own safety. Since I felt sincerely attached to him, I did not hide my concerns from him. I remember one day when he was passionately preaching against the intolerance of Protestants, I was greatly alarmed to hear him fervently argue that the Reformed Church needed a new reform, both in its doctrine and in its practices. At that time, I could never have imagined that he would himself soon provide such convincing evidence of this need.
Her tolerance and the honor she bestowed upon him in the world aroused the jealousy of several of his colleagues, especially in Geneva. They ceaselessly harassed him with reproaches and set traps for him, which he ultimately fell into. I am sorry about it, but it is certainly not my fault. If Mr. de Montmollin had chosen to uphold such a pastoral approach with means worthy of it, if he had resorted, in his defense, only to the weapons of Christianity and truth—used with courage and honesty—he would have set an excellent example for the Church and for all of Europe! He would have achieved great success. Instead, he chose the tools of his profession, and when he found them failing him in defending the truth, he tried to turn them against others by attacking me. He was mistaken; those old weapons—strong enough to intimidate some, but weak enough to be defied by others—fell apart. He had chosen the wrong approach to succeed.
A few months after my admission, one evening I saw Mr. de Montmollin enter my room; he seemed embarrassed. He sat down and remained silent for a long time before finally breaking the silence with one of those lengthy introductions that his frequent need to express himself had made him adept at. Then, referring to the decision he had made to admit me to the communion, he told me that it had brought him a great deal of distress and criticism from his colleagues. He explained that he had been forced to justify his actions in a way that ultimately silenced them. Moreover, although his positive opinion of my character had prevented him from providing the sort of explanations that someone else might have demanded, he could not, without compromising himself, allow anyone to think that he had not given any at all.
Thereupon, he slowly took out a piece of paper from his pocket and began to read, in what appeared to be the draft of a letter to a minister in Geneva, details of conversations that had never actually taken place. Yet, fortunately for him, he had interspersed the text with a few words that had been casually uttered in connection with entirely different matters. Judge, sir, my astonishment—it was so great that I needed to read the entire letter through before I could even begin to comprehend what he was telling me. In those parts where the fiction was most blatant, he would stop and say to me: “You must understand the necessity, my situation, my position, one has to make certain concessions.” Moreover, he had written the letter with considerable skill, taking great care to include only those things that I might indeed have said under similar circumstances. At the end, he asked me if I approved of the letter and whether he could send it as it was.
I replied that I regretted that he was reduced to such means; that as for me, I could say nothing similar; but since it was he who had taken the initiative to mention it, it was his concern, not mine; and that I saw no reason at all to deny it. “Since all of this,” he continued, “can harm no one and may even be useful to both you and me, I am willing to overlook a minor scruple that would only prevent us from achieving good; but tell me, do you find this letter satisfactory, and is there anything you would like to change in it to make it better?” I told him that I thought it was suitable for the purpose he had in mind. He pressed me so much that, in order to please him, I suggested some minor corrections that meant little in themselves. It should be noted that, given the way we were seated, the writing desk was in front of Monsieur de Montmollin; but during this brief conversation, he casually moved it in front of me. Since I was holding his letter to read it again, he handed me the pen so that I could make the necessary changes, which I did with the same simplicity with which I handle everything. After that, he put his paper into his pocket and left.
Forgive me for this lengthy detail; it was necessary. I will spare you the account of my last conversation with Mr. de Montmollin, as that is easier to imagine. You understand what one might reply to someone who coldly says to you: “Sir, I have orders to break your head; but if you would be so kind as to break your own leg, perhaps that would suffice.” Mr. de Montmollin must have dealt with some unpleasant matters on occasion; yet in my entire life, I have never seen a man more at a loss than he was in that situation. In such cases, nothing is more embarrassing than dealing with someone straightforward and honest who, without resorting to subtleties or tricks, will confront you head-on at any moment. Mr. de Montmollin claims that when I left him, I told him that if he brought good news, I would embrace him; otherwise, we would turn our backs on each other. I may have said something similar, but in far more honest terms; as for those last words. I am absolutely certain I did not use them. Mr. de Montmollin can surely admit that it is not so easy for me to turn my back on him as he had thought.
As for the devout pathos he employs to prove the necessity of severity, one can easily tell what kind of people he is addressing; neither you nor I have anything to say to them. Setting aside this inquisitorial jargon, I will examine his arguments as they relate to me, without delving into those he might have had against others.
Bored by the miserable profession of being a writer, which was so unsuited to me, I had long decided to give it up. When Émile appeared, I told all my friends in Paris, Geneva, and elsewhere that this would be my last work, and that upon its completion I would put down my pen forever. Many letters have been sent to me attempting to dissuade me from this resolve. Upon arriving here, I repeated the same to everyone, including you and Mr. de Montmollin. He was the only one who took my words as a promise and claimed that I had made an agreement with him not to write anymore, since I had indicated such intentions to him. If I were to tell him today that I intend to go to Neuchâtel tomorrow, would he take my word seriously? And if I failed to keep it, would he sue me for it? It’s exactly the same situation. I never intended to make a promise to Mr. de Montmollin any more than I did to you—I was simply informing both of you about my decision.
Would Mr. de Montmollin dare to claim that he understood things differently? Would he dare to affirm, as he does, that it was on the basis of this so-called promise that he allowed me to participate in the communion? The proof against this is that, when my Letter to Monsignor the Archbishop of Paris was published, Mr. de Montmollin, far from accusing me of breaking my word, was very pleased with the work and praised it both to me and to everyone, without mentioning a single word about that fabulous promise he now accuses me of having made to him in the past. Yet, note that this letter deals at greater length with matters related to mysteries—even miracles—than the one he is making such a fuss over nowadays; also, note that I speak in it in my own name, and no longer in the name of the vicar. Can anyone possibly find grounds for excommunication in the latter document, when such grounds did not even exist in the former?
Le cose andarono così sia prima che dopo la comunione; sempre lo stesso impegno da parte di Monsignor de Montmollin, e sempre lo stesso silenzio su questioni teologiche. Portava addirittura così lontano lo spirito di tolleranza, e lo dimostrava in modo così aperto nei suoi sermoni, che a volte mi preoccupavo per lui stesso. Poiché gli ero sinceramente legato, non gli nascondevo le mie apprensioni; ricordo che un giorno, mentre predicava con grande fervore contro l’intolleranza dei protestanti, fui molto spaventato quando lo sentii sostenere con entusiasmo che la Chiesa riformata aveva estremamente bisogno di una nuova riforma, sia nella dottrina che nei costumi. All’epoca non avrei mai immaginato che poco dopo lui stesso avrebbe fornito una prova così evidente di tale necessità.
La sua tolleranza e l’onore che gli veniva riconosciuto nel mondo suscitarono la gelosia di molti dei suoi confratelli, soprattutto a Ginevra. Essi non smisero mai di perseguitarlo con rimproveri e di tendergli trappole, nelle quali alla fine cadde. Ne sono dispiaciuto, ma certamente questa non è colpa mia. Se il signor de Montmollin avesse volto sostenere un comportamento così nobile con mezzi degni di esso, se si fosse accontentato, per la sua difesa, di utilizzare con coraggio e onestà le sole armi del cristianesimo e della verità, quale esempio non avrebbe dato alla Chiesa, a tutta l’Europa! Quale trionfo non si sarebbe assicurato! Ha preferito invece gli strumenti propri del suo mestiere; e vedendoli indebolirsi di fronte alla verità, ha cercato di renderli offensivi attaccandomi. Si è sbagliato: quegli antichi strumenti, forti contro coloro che li temevano, deboli contro coloro che li sfidavano, si sono spezzati. Ha scelto il modo sbagliato per riuscire nel suo intento.
Qualche mese dopo il mio ingresso, una sera vidi entrare nella mia stanza il signor de Montmollin: sembrava imbarazzato; si sedette e rimase a lungo in silenzio; alla fine lo ruppe con uno di quei lunghi preamboli che la frequente necessità gli aveva reso un vero talento. Poi, venendo al punto, mi disse che la decisione di ammettermi alla comunione gli aveva causato molti dispiaceri e l’odio dei suoi confratelli; era costretto a giustificarsi in modo tale da farli tacere, e che, se la buona opinione che aveva dei miei sentimenti lo aveva spinto a omettere le spiegazioni che un altro al suo posto avrebbe richiesto, non poteva, senza compromettersi, lasciare credere di non averne fornite alcuna.
A questo punto, estraendo lentamente un foglio di carta dalla tasca, iniziò a leggere, all’interno di una bozza di lettera indirizzata a un ministro di Ginevra, dettagli di conversazioni che in realtà non erano mai avvenute; tuttavia, inseriva qua e là, con grande abilità, alcune frasi pronunciate casualmente e su argomenti completamente diversi. Giudicate, signore, il mio stupore: fu tale che ebbi bisogno di leggere l’intera lettera per riuscire a comprendere ciò che mi stava raccontando. Nei passaggi in cui la finzione era più evidente, si interrompeva dicendomi: “Capite bene la necessità, la mia situazione, il mio ruolo, bisogna pur concedersi qualche libertà”. In ogni caso, quella lettera era scritta con notevole abilità; per lo più, egli faceva in modo che vi fossero soltanto dichiarazioni che avrei potuto effettivamente pronunciare. Alla fine mi chiese se approvassi il contenuto della lettera e se potesse inviarmela così com’era.
Risposi che mi dispiaceva che fosse costretto a ricorrere a simili mezzi; che, per quanto riguardava me, non potevo dire nulla del genere; ma poiché era lui ad occuparsene, era affar suo e non mio; inoltre, non vedevo alcun motivo per negare ciò che aveva detto. “Poiché tutto questo,” riprese, “non può nuocere a nessuno e potrebbe essere utile sia a voi che a me, ignorerò facilmente un piccolo scrupolo che potrebbe solo ostacolare il bene; ma ditemi, in ogni caso, se siete soddisfatto di questa lettera e se non vedete nulla da modificare affinché sia ancora migliore.” Gli dissi che mi sembrava perfetta per lo scopo che si proponeva. Insistette così tanto che, per compiacerlo, gli indicai alcune lievi correzioni che in realtà non significavano molto. Bisogna sapere che, data la posizione in cui eravamo seduti, la scrivania si trovava di fronte a Monsieur de Montmollin; ma durante tutta questa breve conversazione, lui la spinse casualmente davanti a me; e poiché stavo rileggendo la sua lettera, mi porse la penna per apportare le modifiche richieste; cosa che feci con la semplicità che metto in tutto ciò che faccio. Dopo averlo fatto, mise il foglio nella tasca e se ne andò.
Perdonatemi questo lungo dettaglio; era necessario. Vi risparmierò invece il resoconto del mio ultimo incontro con il signor de Montmollin, che è molto più facile da immaginare. Capite certamente cosa si possa rispondere a qualcuno che vi dice freddamente: “Signore, ho l’ordine di rompervi la testa; ma se volete bene rompervi una gamba, forse ci accontenteremo di questo”. Il signor de Montmollin deve aver avuto occasione in passato di occuparsi di faccende spiacevoli; tuttavia, nella mia vita non ho mai visto un uomo così imbarazzato come lo fu lui con me in quella circostanza: nulla è più scomodo in simili situazioni che trovarsi di fronte a una persona schietta e diretta, che, senza ricorrere a subtilità o astuzie, vi affronta apertamente in ogni momento. Il signor de Montmollin afferma che, quando lo lasciai, gli dissi che, se fosse venuto con buone notizie, l’avrei abbracciato; altrimenti ci saremmo girati le spalle. Io ho potuto dire cose simili, ma in termini più onesti; quanto a queste ultime parole, sono molto sicuro di non averle mai usate davvero. Il signor de Montmollin può ammettere che non mi è così facile girargli le spalle come credeva.
Per quanto riguarda quel pathos devoto che utilizza per dimostrare la necessità di essere severi, si capisce a quale tipo di persone sia adatto; né voi né io abbiamo nulla da dire loro. Mettendo da parte questo gergo da inquisitore, esaminerò le sue argomentazioni riguardo a me, senza addentrarmi in quelle che potrebbe aver avuto con altre persone.
Stanco del triste mestiere di scrittore, per il quale non ero affatto adatto, avevo da tempo deciso di rinunciarvi. Quando uscì “L’Émile”, dichiarai a tutti i miei amici a Parigi, a Ginevra e altrove che quello era il mio ultimo lavoro e che, una volta terminato, avrei messo da parte la penna per non riprenderla mai più. Mi sono arrivate molte lettere in cui si cercava di dissuadermi da questo proposito. Anche qui, appena arrivato, dissi la stessa cosa a tutti, anche a voi e a Monsieur de Montmollin. Lui è l’unico che ha preso questa dichiarazione come una promessa, sostenendo che mi fossi impegnato con lui a non scrivere più, perché gliene avevo fatto intendere l’intenzione. Se oggi gli dicessi che intendo andare domani a Neuchâtel, prenderebbe sul serio queste parole? E se mancassi alla promessa, mi processerebbe per questo? È esattamente la stessa situazione: non ho affatto pensato di fare una promessa a Monsieur de Montmollin, così come non l’ho fatta con voi; si trattava semplicemente di condividere con entrambi questa decisione.
Oserebbe il signor de Montmollin affermare di aver inteso le cose in modo diverso? Oserebbe sostenere, come effettivamente lo fa, che sia stato proprio su questa presunta promessa che mi ha permesso di partecipare alla comunione? La prova del contrario è che, al momento della pubblicazione della mia Lettera all’arcivescovo di Parigi, il signor de Montmollin, invece di accusarmi di aver mancato alla parola, ne fu molto soddisfatto e ne fece l elogio sia a me che a tutti, senza mai menzionare quella favolosa promessa di cui oggi mi accusa. Tuttavia, notate bene che questo scritto tratta in modo molto più approfondito dei misteri, persino dei miracoli, rispetto a quello di cui ora fa tanto clamore; notate anche che in questo scritto parlo sempre in mio nome, e non più in nome del viceré. Si può davvero trovare motivo per un’escomunica in quest’ultimo, quando tali motivi non sono nemmeno stati sollevati nell’altro?
Quand j’aurais fait à M. de Montmollin cette promesse, à laquelle je ne songeai de ma vie, prétendrait-il qu’elle fût si absolue qu’elle ne supportât pas la moindre exception, pas même d’imprimer un mémoire pour ma défense, Lorsque ‘aurais un procès ? Et quelle exception m’était mieux permise que celle où, me justifiant, je le justifiais lui-même, où je montrais qu’il était faux qu’il eût admis dans son Église un agresseur de la religion ? Quelle promesse pouvait m’acquitter de ce que je devais à d’autres et à moi-même ? Comment pouvais-je supprimer un écrit défensif pour mon honneur, pour celui de mes anciens compatriotes ; un écrit que tant de grands motifs rendaient nécessaire, et où j’avais à remplir de si saints devoirs ? À qui M. de Montmollin fera-t-il croire que je lui ai promis d’endurer l’ignominie en silence ? À présent même que j’ai pris avec un corps respectable un engagement formel, qui est-ce, dans ce corps, qui m’accuserait d’y manquer, si, forcé par les outrages de M. de Montmollin, je prenais le parti de les repousser aussi publiquement qu’il ose les faire ? Quelque promesse que fasse un honnête homme, on n’exigera jamais, on présumera bien moins encore, qu’elle aille jusqu’à se laisser déshonorer.
En publiant les Lettres écrites de la montagne, je fis mon devoir et je ne manquai point à M. de Montmollin. Il en jugea lui-même ainsi, puisque après la publication de l’ouvrage, dont je lui avais envoyé un exemplaire, il ne changea point avec moi de manière d’agir. Il le lut avec plaisir, m’en parla avec éloge ; pas un mot qui sentit l’objection. Depuis lors il me vit longtemps encore, toujours de la meilleure amitié ; jamais la moindre plainte sur mon livre. On parlait dans ce temps-là d’une édition générale de mes écrits ; non seulement il approuvait cette-entreprise, il désirait même s’y intéresser : il me marqua ce désir, que je n’encourageai pas, sachant que la compagnie qui s’était formée se trouvait déjà trop nombreuse, et en voulait plus d’autre associé. Sur mon peu d’empressement, qu’il remarqua trop, il réfléchit quelque temps après que la bienséance de son état ne lui permettait pas d’entrer dans cette entreprise. C’est alors que la classe prit le parti de s’y opposer, et fit des représentations à la cour.
Du reste, la bonne intelligence était si parfaite encore entre nous, et mon dernier ouvrage y mettait si peu d’obstacle, que, longtemps après sa publication, M. de Montmollin, causant avec moi, me dit qu’il voulait demander à la cour une augmentation de prébende, et me proposa de mettre quelques lignes dans la lettre qu’il écrirait pour cet effet à Milord Maréchal. Cette forme de recommandation me paraissant trop familière, je lui demandai quinze jours pour en écrire à Milord Maréchal auparavant. Il se tut, et ne m’a plus parlé de cette affaire. Dès-lors il commença de voir d’un autre oeil les Lettres de la montagne, sans cependant en improuver jamais un seul mot en ma présence. Une fois seulement il me dit : Pour moi, je crois aux miracles. J’aurais pu lui répondre : J’y crois tout autant que vous.
Puisque je suis sur mes torts avec M. de Montmollin, je dois vous avouer, monsieur, que je m’en reconnais d’autres encore. Pénétré pour lui de reconnaissance, j’ai cherché toutes les occasions de la lui marquer, tant en public qu’en particulier : mais je n’ai point fait d’un sentiment si noble un trafic d’intérêt ; l’exemple ne m’a point gagné, je ne lui ai point fait de présents, je ne sais pas acheter les choses saintes. M. de Montmollin voulait savoir toutes mes affaires, connaître tous mes correspondants, diriger, recevoir mon testament, gouverner mon petit ménage : voilà ce que je n’ai point souffert. M. de Montmollin aime à tenir table longtemps : pour moi c’est un vrai supplice. Rarement il a mangé chez moi, jamais je n’ai mangé chez lui. Enfin j’ai toujours repoussé avec tous les égards et tout le respect possible l’intimité qu’il voulait établir entre nous. Elle n’est jamais un devoir dès qu’elle ne convient pas à tous deux.
Voilà mes torts, je les confesse sans pouvoir m’en repentir : ils sont grands si l’on veut, mais ils sont les seuls, et j’atteste quiconque connaît un peu ces contrées, si je ne m’y suis pas souvent rendu désagréable aux honnêtes gens par mon zèle à louer dans M. de Montmollin ce que j’y trouvais de louable. Le rôle qu’il avait joué précédemment le rendait odieux, et l’on n’aimait pas à me voir effacer par ma propre histoire celle des maux dont il fut l’auteur.
Cependant, quelques mécontentements secrets qu’il eût contre moi, jamais il n’eût pris pour les faire éclater un moment si mal choisi, si d’autres motifs ne l’eussent porté à ressaisir l’occasion fugitive qu’il avait d’abord laissé échapper : il voyait trop combien sa conduite allait être choquante et contradictoire. Que de combats n’a-t-il pas dû sentir en lui-même avant d’oser afficher une si claire prévarication ! Car passons telle condamnation qu’on voudra sur les Lettres de la montagne, en diront-elles, enfin, plus que l’Émile, après lequel j’ai été, non pas laissé, mais admis à la table sacrée ? plus que la Lettre à M. de Beaumont, sur laquelle on ne m’a dit un seul mot ? Qu’elles ne soient, si l’on veut, qu’un tissu d’erreurs, que s’ensuivra-t-il ? qu’elles ne m’ont point justifié, et que l’auteur d’Émile demeure inexcusable ; mais jamais que celui des Lettres écrites de la montagne doive en particulier être condamné. Après avoir fait grâce à un homme du crime dont on l’accuse, le punit-on pour s’être mal défendu ? Voilà pourtant ce que fait ici M. de Montmollin ; et je le défie, lui et tous ses confrères, de citer dans ce dernier ouvrage aucun des sentiments qu’ils censurent, que je ne prouve être plus fortement établi dans les précédents.
Mais, excité sous main par d’autres gens, il saisit le prétexte qu’on lui présente, sûr qu’en criant à tort et à travers à l’impie, on met toujours le peuple en fureur ; il sonne après coup le tocsin de Môtiers sur un pauvre homme, pour s’être osé défendre chez les Genevois ; et, sentant bien que le succès seul pouvait le sauver du blâme, il n’épargne rien pour se l’assurer. Je vis à Môtiers : je ne veux point parler de ce qui s’y passe, vous le savez aussi bien que moi ; personne à Neuchâtel ne l’ignore ; les étrangers qui viennent le voient, gémissent, et moi je me tais.
M. de Montmollin s’excuse sur les ordres de la classe. Mais, supposons-les exécutés par des voies légitimes ; si ces ordres étaient justes, comment avait-il attendu si tard à le sentir ? comment ne les prévenait-il point lui-même que cela regardait spécialement ? comment, après avoir lu et relu les Lettres de la montagne, n’y avait-il jamais trouvé un mot à reprendre, ou pourquoi ne m’en avait-il rien dit, à moi son paroissien, dans plusieurs visites qu’il m’avait faites ? Qu’était devenu son zèle pastoral ? Voudrait-il qu’on le prît pour un imbécile qui ne sait voir dans un livre de son métier ce qui y est que quand on le lui montre ? Si ces ordres étaient injustes, pourquoi s’y soumettait-il ? Un ministre de l’Évangile, un pasteur, doit-il persécuter par obéissance un homme qu’il sait être innocent ? Ignorait-il que paraître même en consistoire est une peine ignominieuse, un affront cruel pour un homme de mon âge, surtout dans un village où l’on ne connaît d’autres matières consistoriales que des admonitions sur les moeurs ? Il y a dix ans que je fus dispensé à Genève de paraître en consistoire dans une occasion beaucoup plus légitime, et, ce que je me reproche presque, contre le texte formel de la loi. Mais il n’est pas étonnant que l’on connaisse à Genève des bienséances que l’on ignore à Môtiers.
When I made that promise to Mr. de Montmollin—a promise of which I never had any intention in my life—would he claim that it was so absolute as to allow not the slightest exception, not even the right to prepare a defense in my own behalf? What exception could be more appropriate than one in which, by justifying myself, I would also justify him, and show that it was false for him to have admitted into his Church someone who attacked the religion? What promise could free me from what I owed to others and to myself? How could I possibly refrain from producing a defensive document for my own honor and that of my former compatriots—a document that was necessitated by so many important reasons, and in which I had to fulfill such sacred duties? To whom would Mr. de Montmollin try to convince that I promised him to endure humiliation in silence? Even now that I have made a formal commitment in the presence of respectable people, who within this community would accuse me of failing it, if I were forced by Mr. de Montmollin’s insults to publicly reject them? No matter what promise an honest man makes, it is never expected, let alone presumed, that he would go so far as to allow himself to be dishonored as a result.
By publishing Letters Written from the Mountain, I fulfilled my duty and did not fail Mr. de Montmollin in any way. He himself saw it that way, for after the publication of the work, to which I had sent him a copy, he did not change his behavior towards me in the slightest. He read it with pleasure and spoke highly of it; not a single word expressed any objection. For some time thereafter, he continued to see me on very good terms; there was never the slightest complaint about my book. At that time, discussions were taking place about publishing a complete edition of my writings; not only did he approve of this idea, but he even expressed a desire to be involved in it. He made this known to me, but I did not encourage him, knowing that the group of people who had already come together was already too large and needed no additional members. Noticing my lack of enthusiasm, which he seemed to find rather strange, he reflected for some time before concluding that his position did not allow him to participate in such an undertaking. It was then that other people took the initiative to oppose this plan and presented their objections to the court.
Besides, the mutual understanding between us was still so perfect, and my latest work posed no obstacles to it at all, that long after its publication, Mr. de Montmollin, while talking with me, mentioned his intention to request an increase in his stipend from the court and suggested that I add a few lines to the letter he would write to Lord Maréchal for this purpose. Finding this form of recommendation too familiar, I asked him to wait fifteen days before writing to Lord Maréchal myself. He fell silent and never mentioned the matter again. From that moment on, he began to view The Letters from the Mountain with different eyes, though he never criticized a single word of it in my presence. Only once did he say to me: “For my part, I believe in miracles.” I could have replied: “I believe in them just as much as you do.”
Since I am in fault towards Mr. de Montmollin, I must confess to you, sir, that I owe him many other offenses as well. Deeply grateful to him, I sought every opportunity to express my gratitude, both in public and in private; yet I never turned such a noble sentiment into an exploit for personal gain. His example did not inspire me; I gave him no gifts, for I do not know how to buy what is sacred. Mr. de Montmollin wanted to know all about my affairs, to be acquainted with all my correspondents, to oversee and receive my will, and even to manage my modest household: such things I would never tolerate. Mr. de Montmollin enjoyed prolonging meals; for me, it was a true torment. He rarely dined at my home, and I never went to dine at his. In short, I always resisted with the greatest care and respect whatever intimacy he sought to establish between us. Intimacy can never be a duty unless it is mutually acceptable to both parties.
These are my faults; I confess them without any ability to regret them. They may be serious, but they are the only ones I have. I swear to anyone who knows these regions at all that, if I did not often cause displeasure to honest people through my eagerness to praise whatever worthy aspect I found in Mr. de Montmollin, it was because of the role he had played in the past that he became detestable. People did not wish to see me, with my own actions, erase the evils for which he was responsible.
However, no matter what secret grievances he might have against me, he would never have chosen such a poorly-timed moment to express them, had it not been for other motives that drove him to seize this fleeting opportunity he had initially let slip away: he was fully aware of how shocking and contradictory his behavior would be. How many internal battles must he have fought before daring to commit such an obvious deception! For let us set aside whatever judgment one might wish to pass on The Letters from the Mountain—after all, do they say anything more than what Émile says, after whom I was not only allowed but even admitted to the “sacred table” of literary criticism? More than the Letter to Monsieur de Beaumont, about which not a single word was said against me? Even if these works are indeed filled with errors, what does that mean? Just because they do not justify me, it does not follow that the author of Émile is excusable; but by no means should the author of The Letters from the Mountain be condemned in particular. After granting forgiveness to a man accused of a crime, would one punish him for failing to defend himself properly? Yet precisely this is what Monsieur de Montmollin does here. I defy him—and all his colleagues—to cite a single sentiment in that latter work which they condemn, and which I have not already proven to be even more firmly established in the earlier ones.
But, secretly incited by others, he seized the pretext that was offered to him, certain that by shouting falsely against the heretic, one would always enrage the people; he subsequently used the false accusation of Môtiers against a poor man simply for having dared defend himself among the Genevese; and, realizing that only success could save him from blame, he spared no effort to ensure it. I was in Môtiers; I wish not to speak of what happened there—you know it as well as I do; no one in Neuchâtel is unaware of it; foreigners who come and see it lament, and I remain silent.
Mr. de Montmollin apologizes on behalf of the class. But even if these orders had been carried out through legitimate means, if they were just, why did he wait so long to act upon them? Why didn’t he inform me himself that this matter concerned me specifically? After reading the “Letters from the Mountain” over and over again, why didn’t he ever find a single word in them that could be questioned, or why didn’t he tell me about it, as his parishioner, during the many times he visited me? Where had all his pastoral zeal gone? Did he really want people to think of him as an idiot who couldn’t recognize what was important in a book related to his profession unless someone pointed it out to him? If these orders were unjust, why did he obey them? Should a minister of the Gospel, a pastor, persecute a man whom he knew to be innocent simply out of obedience? Did he not realize that even attending a consistory is an ignoble punishment, a cruel insult for a man of my age, especially in a village where the only matters discussed at consistory are admonitions regarding morals? Ten years ago, I was exempted from attending a consistory in Geneva on a far more legitimate occasion—and, to be honest, I almost regretted not doing so, even though it went against the literal terms of the law. But it’s not surprising that certain customs are known in Geneva but unknown in Môtiers.
Se avessi fatto a Monsieur de Montmollin quella promessa, di cui non avevo mai pensato in vita mia, pretenderebbe forse che fosse così assoluta da non permettere alcuna eccezione, nemmeno quella di pubblicare un memoriale in mia difesa? E quale eccezione potrebbe essere più giustificata della mia, nella quale, difendendomi, lo difendo anch’io lui stesso, dimostrando che è falso il fatto che abbia accolto nella sua Chiesa un aggressore della religione? Quale promessa potrebbe liberarmi da ciò che dovevo agli altri e a me stesso? Come potrei eliminare un documento difensivo per la mia onorabilità, per quella dei miei antichi connazionali; un documento reso necessario da motivi così importanti, e nel quale dovevo adempiere a doveri così sacri? A chi crederà Monsieur de Montmollin che io gli abbia promesso di sopportare in silenzio l’umiliazione? Anche ora che ho preso un impegno formale con un corpo rispettabile, chi, all’interno di questo corpo, potrebbe accusarmi di non averlo mantenuto, se fossi costretto, a causa degli insulti di Monsieur de Montmollin, a respingerli pubblicamente come lui osa farlo? Qualunque promessa faccia un uomo onesto, nessuno mai pretenderà, e tanto meno si potrà supporre, che arrivi al punto di permettersi di essere disonorato.
Pubblicando le “Lettere scritte dalla montagna”, ho adempiuto al mio dovere e non ho deluso il signor de Montmollin. Anche lui lo considerò così, poiché, dopo la pubblicazione dell’opera di cui gli avevo inviato un esemplare, non cambiò affatto il modo in cui si comportava con me. La lesse con piacere e ne parlò in termini lusinghieri; non pronunciò una sola parola che potesse essere interpretata come un’obiezione. In seguito continuò a vedermi per molto tempo, sempre con la massima amicizia; mai ebbe il minimo rimprovero riguardo al mio libro. A quel tempo si parlava di una possibile edizione completa delle mie opere; non solo approvava questa iniziativa, ma desiderava persino parteciparvi attivamente: mi espresse questo desiderio, che tuttavia non incoraggiai, poiché sapevo che il gruppo di persone già formato era già troppo numeroso e ne cercavano un altro membro. Notando la mia scarsa disponibilità, dopo qualche riflessione concluse che le circostanze della sua posizione sociale non gli permettevano di partecipare a tale progetto. Fu allora che il gruppo decise di opporsi e presentò delle richieste alla corte.
Del resto, l’intesa tra di noi era ancora così perfetta, e il mio ultimo lavoro non creava alcun ostacolo in questo senso, che, molto tempo dopo la sua pubblicazione, il signor de Montmollin, parlando con me, mi disse di voler chiedere alla corte un aumento della sua prebenda, e mi propose di aggiungere qualche riga nella lettera che avrebbe scritto a tale scopo al Milord Maresciallo. Questa forma di raccomandazione mi sembrò troppo familiare, quindi gli chiesi quindici giorni per scrivere personalmente al Milord Maresciallo prima di procedere. Lui rimase in silenzio e non ne parlò più con me. Da quel momento in poi iniziò a guardare con occhi diversi le “Lettere della montagna”, senza tuttavia mai criticarne una sola parola in mia presenza. Una volta solo mi disse: “Per quanto mi riguarda, credo nei miracoli”. Avrei potuto rispondergli: “Io ci credo tanto quanto voi”.
Poiché ho torto nei confronti di Monsieur de Montmollin, devo ammettervi che ne ho altri ancora. Profondamente riconoscente verso di lui, ho cercato ogni occasione per dimostrarlo, sia in pubblico che in privato; tuttavia non ho mai trasformato un sentimento così nobile in uno strumento per ottenere vantaggi personali. L’esempio di Monsieur de Montmollin non mi ha ispirato; non gli ho fatto regali e non so come si possano comprare le cose “sante”. Monsieur de Montmollin voleva conoscere tutti i miei affari, sapere chi erano i miei corrispondenti, gestire il mio testamento e dirigere la mia piccola vita domestica. Questo è ciò che non ho mai tollerato. Inoltre, Monsieur de Montmollin ama trascorrere molto tempo a tavola; per me questo rappresenta un vero supplizio. Raramente ha mangiato a casa mia, e io mai a casa sua. Infine, ho sempre rifiutato con ogni riguardo e rispetto possibile qualsiasi intimità volesse stabilire tra noi. Un’intimità che non è mai un dovere, se non conviene a entrambi.
Ecco i miei errori: li confesso senza potermene pentire. Forse sono gravi, ma sono gli unici. E giuro a chiunque conosca un po’ queste regioni che, se non fossi stato così zelante nel lodare in Monsieur de Montmollin tutto ciò che vi trovavo di lodevole, probabilmente avrei spesso causato dispiacere alle persone oneste. Il ruolo che aveva svolto in passato lo rendeva odioso. E a nessuno piaceva vedermi cancellare, con la mia stessa storia, i mali di cui era stato autore.
Tuttavia, per quanto avesse dei risentimenti segreti nei miei confronti, non avrebbe mai scelto un momento così inopportuno per farli esplodere, se non fossero stati altri motivi a spingerlo a cogliere quell’occasione fugace che inizialmente aveva lasciato sfuggire: sapeva troppo bene quanto la sua condotta sarebbe risultata scioccante e contraddittoria. Quanti conflitti interiore deve aver dovuto affrontare prima di osare manifestare una tale palese menzogna! Perché, mettiamo da parte ogni giudizio negativo che si voglia formulare sulle “Lettere della montagna”: queste dicono forse qualcosa in più rispetto a “Émile”, dopo il quale non sono stato semplicemente accettato, ma ammesso alla “tavola sacra”, o rispetto alla “Lettera a M. de Beaumont”, su cui nessuno ha mai detto una parola? Anche se queste opere fossero soltanto un insieme di errori, cosa ne consegue? Che l’autore di “Émile” rimanga incolpabile, ma che quello delle “Lettere della montagna” non debba assolutamente essere condannato. Dopo aver perdonato un uomo accusato di crimini, lo si punisce forse perché si è difeso male? Eppure è proprio questo che fa qui M. de Montmollin. E lo sfido, lui e tutti i suoi colleghi, a citare in quest’ultimo lavoro anche solo uno dei sentimenti che criticano, quando io posso dimostrare che tali sentimenti sono ancora più radicati nei lavori precedenti.
Ma, istigato segretamente da altre persone, afferra il pretesto che gli viene offerto, convinto che gridare ingiustamente contro l’empio possa sempre scatenare la furia del popolo; colpisce a tradimento un poveruomo con le stesse armi usate a Môtiers da coloro che si erano ribellati contro i Genovesi; e, sapendo bene che solo il successo poteva salvarlo dal biasimo, non risparmia nulla per ottenerlo. Ho visto ciò che è accaduto a Môtiers: non voglio parlare di queste cose; voi le conoscete tanto quanto me; nessuno a Neuchâtel le ignora; gli stranieri che vengono qui le vedono e ne soffrono. E io taccio.
Il signor de Montmollin si scusa in nome dell’autorità della classe. Ma, supponiamo che tali ordini siano stati eseguiti attraverso vie legittime: se fossero stati giusti, perché avrebbe atteso così a lungo prima di informarsene? Perché non me ne aveva mai parlato personalmente, dato che si trattava di una questione che lo riguardava direttamente? Dopo aver letto più e più volte le “Lettere della montagna”, perché non vi aveva mai trovato nulla da criticare, o perché non me ne aveva fatto parola durante le numerose visite che mi aveva fatto? Dove era finito il suo zelo pastorale? Voleva forse far credere che fosse un idiota, incapace di comprendere ciò che è contenuto in un libro del proprio mestiere se non gli viene spiegato esplicitamente? Se quegli ordini erano ingiusti, perché li obbediva? Un ministro dell’Evangelo, un pastore, dovrebbe forse percorrere la strada della persecuzione soltanto per obbedienza, anche quando sa che una persona è innocente? Non ignorava forse che partecipare a riunioni consistoriali rappresentasse una punizione ignominiosa e un affronto crudele per un uomo della mia età, soprattutto in un villaggio dove le questioni trattate durante tali riunioni riguardano soltanto questioni morali? Dieci anni fa fui esentato da Genova dal dovere partecipare a una riunione consistoriale in un’occasione molto più legittima. E questo mi rimprovero, nonostante le disposizioni formali della legge. Ma non sorprende che a Genova si conoscano certe usanze che a Môtiers sono sconosciute.
Je ne sais pour qui M. de Montmollin prend ses lecteurs quand il leur dit qu’il n’y avait point d’inquisition dans cette affaire ; c’est comme s’il disait qu’il n’y avait point de consistoire ; car c’est la même chose en cette occasion. Il fait entendre, il assure même qu’elle ne devait point avoir de suite temporelle : le contraire est connu de tous les gens au fait du projet ; et qui ne sait qu’en surprenant la religion du Conseil d’état, on l’avait déjà engagé à faire des démarches qui tendaient à m’ôter la protection du roi ? Le pas nécessaire pour achever était l’excommunication : après quoi de nouvelles remontrances au Conseil d’état auraient fait le reste : on s’y était engagé ; et voilà d’où vient la douleur de n’avoir pu réussir. Car d’ailleurs qu’importe à M. de Montmollin ? Craint-il que je ne me présente pour communier de sa main ? Qu’il se rassure : je ne suis pas aguerri aux communions, comme je vois tant de gens l’être : j’admire ces estomacs dévots toujours si prêts à digérer le pain sacré ; le mien n’est pas si robuste.
Il dit qu’il n’avait qu’une question très simple à me faire de la part de la classe. Pourquoi donc, en me citant, ne me fit-il pas signifier cette question ? Quelle est cette ruse d’user de surprise, et de forcer les gens de répondre à l’instant même, sans leur donner un moment pour réfléchir ? C’est qu’avec cette question de la classe dont M. de Montmollin parle, il m’en réservait de son chef d’autres dont il ne parle point, et sur lesquelles il ne voulait pas que j’eusse le temps de me préparer. On sait que son projet était absolument de me prendre en faute, et de m’embarrasser par tant d’interrogations captieuses qu’il en vînt à bout ; il savait combien j’étais languissant et faible. Je ne veux pas l’accuser d’avoir eu le dessein d’épuiser mes forces ; mais, quand je fus cité, j’étais malade, hors d’état de sortir, et gardant la chambre depuis six mois : c’était l’hiver ; il faisait froid, et c’est, pour un pauvre infirme, un étrange spécifique qu’une séance de plusieurs heures, debout, interrogé sans relâche, sur des matières de théologie, devant des anciens dont les plus instruits déclarent n’y rien entendre. N’importe ; on ne s’informa pas même si je pouvais sortir de mon lit, si j’avais la force d’aller, s’il faudrait me faire porter ; on ne s’embarrassait pas de cela : la charité pastorale, occupée des choses de la foi, ne s’abaisse pas aux terrestres soins de cette vie.
Vous savez, monsieur, ce qui se passa dans le consistoire en mon absence, comment s’y fit la lecture de ma lettre, et les propos qu’on y tint pour en empêcher l’effet ; vos mémoires là-dessus vous viennent de la bonne source. Concevez-vous qu’après cela M. de Montmollin change tout à coup d’état et de titre, et que s’étant fait commissaire de la classe pour solliciter l’affaire, il redevienne aussitôt pasteur pour la juger. J’agissais, dit-il, comme pasteur, comme chef du consistoire, et non comme représentant dela vénérable classe. C’était bien tard changer de rôle, après en avoir fait jusqu’alors un si différent. Craignons, monsieur, les gens qui font si volontiers deux personnages dans la même affaire ; il est rare que ces deux en fassent un bon.
Il appuie la nécessité de sévir sur le scandale causé par mon livre. Voilà des scrupules tout nouveaux, qu’il n’eut point du temps de l’Émile. Le scandale lut tout aussi grand pour le moins, les gens d’église et les gazetiers ne firent pas moins de bruit ; on brûlait, on brayait, on m’insultait par toute l’Europe. M. de Montmollin trouve aujourd’hui des raisons de m’excommunier dans celles qui ne l’empêchèrent pas alors de m’admettre. Son zèle, suivant le précepte, prend toutes les formes pour agir selon les temps et les lieux. Mais qui est-ce, je vous prie, qui excita dans sa paroisse le scandale dont il se plaint au sujet de mon dernier livre ? Qui est-ce qui affectait d’en faire un bruit affreux, et par soi-même et par des gens apostés ? Qui est-ce, parmi tout ce peuple si saintement forcené, qui aurait su que j’avais commis le crime énorme de prouver que le conseil de Genève m’avait condamné à tort, si l’on n’eût pris soin de le leur dire, en leur peignant ce singulier crime avec les couleurs que chacun sait ? Qui d’entre eux même en état de lire mon livre et d’entendre ce dont il s’agit ? Exceptons, si l’on veut, l’ardent satellite de M. de Montmollin, ce grand maréchal qu’il cite si fièrement, ce grand clerc, le Boirude de son église, qui se connaît si bien en fers de chevaux et en livres de théologie. Je veux le croire en état de lire à jeun et sans épeler une ligne entière ; quel autre des ameutés en peut faire autant ? En entrevoyant sur mes pages les mots d’évangile et de miracles, ils auraient cru lire un livre de dévotion ; et me sachant bonhomme, ils auraient dit : Que Dieu le bénisse, il nous édifie. Mais on leur a tant assuré que j’étais un homme abominable, un impie, qui disait qu’il n’y avait point de Dieu, et que les femmes n’avaient point d’âme, que, sans songer au langage si contraire qu’on leur tenait ci-devant, ils ont à leur tour répété : C’est un impie, un scélérat, c’est l’Antéchrist ; il faut l’excommunier, le brûler. On leur a charitablement répondu : Sans doute ; mais criez, et laissez-nous faire ; tout ira bien.
La marche ordinaire de messieurs les gens d’église me paraît admirable pour aller à leur but : après avoir établi en principe leur compétence sur tout scandale, ils excitent le scandale sur tel objet qui leur plaît, et puis, en vertu de ce scandale qui est leur ouvrage, ils s’emparent de l’affaire pour la juger. Voilà de quoi se rendre maître de tous les peuples, de toutes les lois, de tous les rois, et de toute la terre, sans qu’on ait le moindre mot à leur dire. Vous rappelez-vous le conte de ce chirurgien dont la boutique donnait sur deux rues, et qui sortant par une porte estropiait les passants, puis rentrait subtilement, et pour les panser ressortait par l’autre ? Voilà l’histoire de tous les clergés du monde, excepté que le chirurgien guérissait du moins ses blessés, et que ces messieurs, en traitant les leurs, les achèvent.
N’entrons point, monsieur, dans les intrigues secrètes qu’il ne faut pas mettre au grand jour. Mais si M. de Montmollin n’eût voulu qu’exécuter l’ordre de la classe, ou faire l’acquit de sa conscience, pourquoi l’acharnement qu’il a mis à cette affaire ? pourquoi ce tumulte excité dans le pays ? pourquoi ces prédications violentes ? pourquoi ces conciliabules ? pourquoi tant de sots bruits répandus pour tâcher de m’effrayer par les cris de la populace ?
I don’t know for whom Mr. de Montmollin is speaking when he tells his readers that there was no inquisition involved in this matter; it’s as if he were saying that there was no consistoire at all, for in this case it’s exactly the same thing. He claims—even insists—that such an inquisition should not have had any temporal consequences: yet everyone familiar with the details of this plan knows the opposite to be true. Who doesn’t know that by surprise attacking the religious policies of the Council of State, they had already induced it to take steps aimed at removing me from the king’s protection? The next necessary step would have been my excommunication; after that, further remonstrances with the Council of State would have done the rest—such was the plan. And this is precisely why they regret having failed. But after all, what does it matter to Mr. de Montmollin? Does he fear that I might seek to receive communion from his hands? Let him rest assured: I am not accustomed to such things, unlike so many people; I admire those devout souls who are always ready to “digest” the sacred bread—but my stomach is not quite that strong.
He said that he had only one very simple question from the class to ask me. Then why, when citing me, did he not simply convey this question to me? What kind of trick is it to use surprise and force people to answer immediately, without giving them a moment to think? It is clear that, with this question from the class about which M. de Montmollin spoke, he was actually hiding other questions of his own, ones about which he did not mention and for which he did not want me to have time to prepare. It is well known that his intention was absolutely to catch me in a mistake and embarrass me with so many cleverly crafted questions that I would be overwhelmed; he knew how weak and feeble I was. I do not accuse him of deliberately trying to exhaust my strength; but when I was called upon, I was ill, unable to leave my bed, and had been confined to my room for six months—it was winter, and it was cold. For a poor sick person, being forced to stand for several hours at a time, being interrogated relentlessly on theological matters in front of people whose most knowledgeable among them admitted they understood nothing about it—what a bizarre form of “treatment” indeed! Nevertheless, no one even bothered to ask whether I could get out of bed, whether I had the strength to go, or whether someone would have to carry me there; such worldly concerns were not of any concern to this so-called “pastoral charity,” which was preoccupied solely with matters of faith.
You know, sir, what happened at the consistory in my absence, how my letter was read there, and the discussions that took place in order to prevent it from having its intended effect; your memories on this matter come from a reliable source. Can you imagine that after all this, Mr. de Montmollin suddenly changed his role and title? After having assumed the role of commissioner for the class in order to pursue this matter, he immediately reverted to being the pastor responsible for judging it. He claimed that I had acted as a pastor, as the head of the consistory, and not as a representative of the venerable class. It was far too late to change one’s role after having played such a different one all along. Let us be wary, sir, of those who so readily assume two different identities in the same matter; it is rare for them to manage to combine them successfully.
He supports the necessity of taking severe action regarding the scandal caused by my book. What new scruples these are—scruples that Monsieur Émile never had time to consider. The scandal was just as great, if not greater; the clergy and journalists made just as much noise; people were burning books, shouting insults, and denouncing me throughout Europe. Today, Monsieur de Montmollin finds reasons to excommunicate me using the very same arguments that did not prevent him from admitting me into his church back then. His zeal, in accordance with certain precepts, takes on all forms in order to act according to the times and places. But who, I ask you, was it who stirred up the scandal within his parish regarding my latest book? Who went to such lengths to make a fuss about it, both personally and through agents? Among all that supposedly pious crowd, who could have known that I had committed the “horrible crime” of proving that the Council of Geneva had condemned me unjustly, if not for someone going out of their way to tell them—describing this so-called “crime” in the very terms they would understand? Who among them, capable of reading my book and understanding its content at all? Except, perhaps, Monsieur de Montmollin’s ardent follower—that great “marshal” he so proudly mentions, that learned clergyman who knows so much about horse saddles and theological books. I’m willing to believe he could read a whole page without even spelling a word correctly; but who else among those people would be able to do the same? Seeing words like “evangelium” and “miracles” on my pages, they would have thought they were reading a devotional work; and knowing me to be an honest man, they would have said: “May God bless him—he is edifying us.” But they had been so firmly convinced that I was an abominable person, an atheist who claimed there was no God and that women had no souls, that without even considering the complete contradiction of what was being told to them before, they simply repeated: “He’s an atheist, a scoundrel—he’s the Antichrist; we must excommunicate him, burn him.” And someone kindly replied to them: “Certainly, but just shout and let us do our duty; everything will go well.”
The ordinary procedures followed by these clergy members seem admirable in achieving their goals: having established, in principle, their authority over any matter involving scandal, they deliberately provoke such scandals regarding whatever topic suits them, and then, on the basis of these very scandals—which are in fact their own creations—they take control of the situations to judge them. In this way, they can come to dominate all peoples, all laws, all kings, and the entire world, without anyone having the right to object. Do you remember the story of that surgeon whose shop faced two streets? He would exit through one door and maim passersby, then quietly re-enter and, under the pretext of treating their wounds, emerge through the other door. Well, this is precisely the story of all clergy throughout the world—except that at least the surgeon healed his victims, while these gentlemen, in “treating” their own followers, actually kill them.
Let us not delve into those secret intrigues that should never be brought to light. But if Mr. de Montmollin had merely intended to carry out the orders of his class or fulfill his conscience, why then such relentless determination in this matter? Why all this turmoil stirred up in the country? Why those violent sermons? Why those secret meetings? Why so much foolish noise being spread in an attempt to frighten me with the cries of the populace?
Non so per chi il signor de Montmollin si prenda i suoi lettori quando loro dice che in questa faccenda non ci fu alcuna inchiesta; è come se dicesse che non ci fu alcun consiglio religioso, perché in questo caso si tratta della stessa cosa. Lui afferma, anzi insiste sul fatto che quella decisione non avrebbe dovuto avere alcuna conseguenza pratica: il contrario è noto a tutti coloro che conoscono i dettagli di quel progetto. E chi non sa che, sorprendendo le deliberazioni del Consiglio di Stato riguardo alla religione, si era già ottenuto che intraprendesse azioni volte a privarmi della protezione del re? Il passo necessario per completare il piano era l’escomunica; dopo di ciò, nuove proteste al Consiglio di Stato avrebbero fatto il resto. Si era già impegnati in questo senso. Ed ecco da dove deriva il rammarico per non essere riusciti nel proprio intento. Del resto, a cosa importa al signor de Montmollin? Teme forse che io vada a ricevere la comunione dalle sue mani? Si tranquillizzi: io non sono abituato alle comunioni, come tante altre persone lo sono. Ammiro quegli stomaci devoti sempre pronti a “digerire” il pane sacro. Il mio, invece, non è così robusto.
Diceva di avere solo una domanda molto semplice da porre a nome della classe. Allora, perché, citandomi, non mi fece comunicare quella domanda? Qual è questa astuzia di ricorrere alla sorpresa e di costringere le persone a rispondere immediatamente, senza lasciar loro il tempo di riflettere? È evidente che, con quella domanda della classe di cui parla M. de Montmollin, in realtà mi riservava altre domande personali, di cui non parlava affatto e su cui non voleva che avessi il tempo di prepararmi. Si sapeva che il suo vero scopo era quello di mettermi in imbarazzo con un numero così elevato di domande ingannevoli da portarmi alla sconfitta; sapeva bene quanto fossi debole e malato. Non voglio accusarlo di aver intenzionalmente esaurito le mie forze; ma quando fui chiamato a rispondere, ero malato, impossibilitato a muovermi, e stavo in letto da sei mesi: era inverno, faceva freddo. E per un povero infermo, una seduta di diverse ore in piedi, interrotta continuamente da domande su questioni teologiche, davanti ad anziani i quali, tra quelli più istruiti, ammettevano di non capirne nulla. Comunque sia: nessuno si preoccupò nemmeno di verificare se fossi in grado di alzarmi dal letto, se avessi la forza di andare, o se fosse necessario farmi portare via. La carità pastorale, impegnata nelle questioni della fede, non si abbassa certo ai bisogni materiali di questa vita.
Sapete, signore, ciò che accadde nel consiglio religioso in mia assenza, come fu letta la mia lettera e quali furono i discorsi tenuti per impedirne l’effetto; le vostre memorie al riguardo provengono da una fonte attendibile. Riuscite a immaginare che, dopo tutto ciò, il signor de Montmollin cambi improvvisamente ruolo e titolo: da commissario incaricato di trattare la questione, diventa immediatamente pastore per giudicarla? Diceva che aveva agito come pastore, come capo del consiglio religioso, e non come rappresentante della rispettabile classe. Era davvero troppo tardi cambiare ruolo, dopo averlo assunto in modo così diverso fino ad allora. Temiamo, signore, coloro che sono disposti a interpretare due ruoli diversi nella stessa questione: raramente questi due ruoli vengono svolti con successo.
È proprio la necessità di reagire con severità allo scandalo causato dal mio libro che egli sostiene. Che scrupoli nuovi, quelli che l’Emile non avrebbe mai avuto il tempo di provare. Lo scandalo fu comunque altrettanto grande; i membri della chiesa e i giornalisti fecero lo stesso rumore; si bruciavano cose, si gridava, mi si insultava in tutta Europa. Oggi il signor de Montmollin trova motivi per escomunicarmi proprio in quelli che allora non gli impedirono di accogliermi. Il suo zelo, seguendo i precetti, assume tutte le forme possibili per agire secondo i tempi e i luoghi. Ma chi, vi prego, ha scatenato nella sua parrocchia lo scandalo di cui si lamenta riguardo al mio ultimo libro? Chi ha fatto tanta clamore, sia personalmente che attraverso persone incaricate di diffonderlo? Tra tutta quella gente così devotamente zelante, chi avrebbe potuto sapere che avevo commesso l’orrendo crimine di dimostrare che il consiglio di Ginevra mi aveva condannato ingiustamente, se non fosse stato per coloro che si presero la briga di dirglielo, descrivendo loro questo “singolare crimine” con le parole che tutti conoscono? Tra di loro, chi avrebbe potuto leggere il mio libro e capirne il contenuto? A meno di escludere quel fervente seguace del signor de Montmollin, quel grande “maresciallo” che egli cita con tanta fierezza, quel prete importante della sua chiesa, così esperto in questioni di cavalli e di libri teologici. Vorrei credere che sia davvero in grado di leggere un libro intero senza nemmeno sbagliare una parola. Ma chi altro, tra coloro che si sono radunati per protestare, potrebbe farlo? Vedendo sulle mie pagine parole sull’evangelo e sui miracoli, avrebbero pensato di leggere un libro di devozione. E sapendomi una persona onesta, avrebbero detto: “Che Dio lo benedica, ci edifica”. Ma a loro è stato ripetuto così spesso che ero un uomo abominabile, un empio che sosteneva non esistesse Dio e che le donne non avessero anima. Che, senza nemmeno pensare alle parole contrarie che avevano sentito prima, hanno a loro volta ripetuto: “È un empio, un scellerato, è l’Anticristo. Bisogna escomunicarlo, bruciarlo”. E loro hanno ricevuto la risposta: “Certo, ma gridate pure, lasciate che facciamo noi, tutto andrà bene”.
La procedura abituale dei membri del clero mi sembra davvero ammirevole per raggiungere i loro scopi: dopo aver stabilito in linea di principio la propria competenza su ogni tipo di scandalo, essi fanno sorgere uno scandalo su un argomento a loro piacimento e poi, proprio grazie a quell’ scandalo che è il frutto delle loro azioni, si impossessano della questione per giudicarla. In questo modo riescono a dominare tutti i popoli, tutte le leggi, tutti i re e tutta la terra, senza che nessuno abbia il diritto di opporsi loro. Vi ricordate la storia di quel chirurgo il cui negozio si affacciava su due strade: uscendo da una porta, castrava i passanti; poi rientrava furtivamente e, per curarli, usciva dall’altra porta? Ecco la storia di tutti i membri del clero del mondo, tranne che il chirurgo almeno guariva le sue vittime, mentre questi signori, nel “curare” le loro, in realtà le distruggono completamente.
Non entriamo, signore, nelle intrighi segreti che non dovrebbero essere portati alla luce. Ma se il signor de Montmollin avesse voluto semplicemente eseguire l’ordine della sua classe o soddisfare i doveri della sua coscienza, perché allora quell’ostinazione nel perseguire questa causa? Perché tutto quel tumulto scatenato nel paese? Perché quelle prediche violente? Perché quei conciliaboli? E perché tanti rumori insensati diffusi, al solo scopo di spaventarmi con le grida della folla?
Tout cela n’est-il pas notoire au public ? M. de Montmollin le nie ; et pourquoi non, puisqu’il a bien nié d’avoir prétendu deux voix dans le consistoire ? Moi, j’en vois trois, si je ne me trompe : d’abord celle de son diacre, qui n’était là que comme son représentant ; la sienne ensuite, qui formait l’égalité ; et celle enfin qu’il voulait avoir pour départager les suffrages. Trois voix à lui seul, c’eût été beaucoup, même pour absoudre ; il les voulait pour condamner, et ne put les obtenir : où était le mal ? M.de Montmollin était trop heureux que son consistoire, plus sage que lui, l’eut tiré d’affaire avec la classe, avec ses confrères, avec ses correspondants, avec lui-même. J’ai fait mon devoir, aurait-il dit ; j’ai vivement poursuivi la chose ; mon consistoire n’a pas jugé comme moi, il a absous Rousseau contre mon avis. Ce n’est pas ma faute ; je me retire ; je n’en puis faire davantage sans blesser les lois, sans désobéir au prince, sans troubler le repos public ; je suis trop bon chrétien, trop bon citoyen, trop bon pasteur pour rien tenter de semblable. Après avoir échoué il pouvait encore, avec un peu d’adresse, conserver sa dignité et recouvrer sa réputation ; mais l’amour-propre irrité n’est pas sage ; on pardonne encore moins aux autres le mal qu’on leur a voulu faire, que celui qu’on leur a fait en effet. Furieux de voir manquer à la face de l’Europe ce grand crédit dont il aime à se vanter, il ne peut quitter la partie ; il dit en classe qu’il n’est pas sans espoir de la renouer ; il le tente dans un autre consistoire : mais, pour se montrer moins à découvert, il ne la propose pas lui-même, il la fait proposer par son maréchal, par cet instrument de ses menées, qu’il appelle à témoin qu’il n’en a pas fait. Cela n’était-il pas finement trouvé ? Ce n’est pas que M. de Montmollin ne soit fin ; mais un homme que la colère aveugle ne fait plus que des sottises quand il se livre à sa passion.
Cette ressource lui manque encore. Vous croiriez qu’au moins alors ses efforts s’arrêtent là : point du tout ; dans l’assemblée suivante de la classe, il propose un autre expédient, fondé sur l’impossibilité d’éluder l’activité de l’officier du prince dans sa paroisse ; c’est d’attendre que j’aie passé dans une autre, et là de recommencer les poursuites sur nouveaux frais. En conséquence de ce bel expédient, les sermons emportés recommencent ; on met derechef le peuple en rumeur, comptant, à force de désagrément, me forcer enfin de quitter la paroisse. En voilà trop, en vérité, pour un homme aussi tolérant que M. de Montmollin prétend l’être, et qui n’agit que par l’ordre de son corps.
Ma lettre s’allonge beaucoup, monsieur, mais il le faut, et pourquoi la couperais-je ? serait-ce l’abréger que d’en multiplier les formules ? Laissons à M. de Montmollin le plaisir de dire dix fois de suite : Dinazarde, ma soeur, dormez-vous ?
Je n’ai point entamé la question de droit ; je me suis interdit cette matière. Je me suis borné dans la seconde partie de cette lettre à vous prouver que M. de Montmollin, malgré le ton béat qu’il affecte, n’a point été conduit dans cette affaire par le zèle de la loi, ni par son devoir ; mais qu’il a, selon l’usage, fait servir Dieu d’instrument à ses passions. Or jugez si pour de telles fins on emploie des moyens qui soient honnêtes, et dispensée-moi d’entrer dans des détails qui feraient gémir la vertu.
Dans la première partie de ma lettre je rapporte des faits opposés à ceux qu’avance M. de
Montmollin. Il avait eu l’art de se ménager des indices auxquels je n’ai pu répondre que par le récit fidèle de ce qui s’est passé. De ces assertions contraires de sa part et de la mienne vous conclurez que l’un des deux est un menteur ; et j’avoue que cette conclusion me parait juste.
En voulant finir ma lettre et poser sa brochure, je la feuillette encore. Les observations se présentent sans nombre, et il ne faut pas toujours recommencer. Cependant, comment passer ce que j’ai dans cet instant sous les yeux ? Que feront nos ministres, se disait-on publiquement ? défendront-ils l’Évangile attaqué si ouvertement par ses ennemis ? C’est donc moi qui suis l’ennemi de l’Évangile, parce que je m’indigne qu’on le défigure et qu’on l’avilisse ? Eh ! que ses prétendus défenseurs n’imitent-ils l’usage que j’en voudrais faire ! que n’en prennent-ils ce qui les rendrait bons et justes, que n’en laissent-ils ce qui ne sert de rien à personne, et qu’ils n’entendent pas plus que moi !
Si un citoyen de ce pays avait osé dire ou écrire quelque chose d’approchant à ce qu’avance M. Rousseau, ne sévirait-on pas contre lui ? Non assurément ; j’ose le croire pour l’honneur de cet état. Peuples de Neuchâtel, quelles seraient donc vos franchises si, pour quelque point qui fournirait matière de chicane aux ministres, ils pouvaient poursuivre au milieu de vous l’auteur d’un factum imprimé à l’autre bout de l’Europe, pour sa défense en pays étranger ? M. de Montmollin m’a choisi pour vous imposer en moi ce nouveau joug : mais serais-je digne d’avoir été reçu parmi vous, si j’y laissais, par mon exemple, une servitude que je n’y ai point trouvée ?
M. Rousseau, nouveau citoyen, a-t-il donc plus de privilèges que tous les anciens citoyens ? Je ne réclame pas même ici les leurs ; je ne réclame que ceux que j’avais étant homme, et comme simple étranger. Le correspondant que M. de Montmollin fait parler, ce merveilleux correspondant qu’il ne nomme point, et qui lui donne tant de louanges, est un singulier raisonneur, ce me semble. Je veux avoir, selon lui, plus de privilèges que tous les citoyens, parce que je résiste à des vexations que n’en dura jamais aucun citoyen. Pour m’ôter le droit de défendre ma bourse contre un voleur qui voudrait me la prendre, il n’aurait donc qu’à me dire : Vous êtes plaisant de ne vouloir pas que je vous vole ? Je volerais bien un homme du pays s’il passait au lieu de vous.
Remarquez qu’ici M. le professeur de Montmollin est le seul souverain, le despote qui me condamne, et que la loi, le consistoire, le magistral, le gouvernement, le gouverneur, le roi même, qui me protègent, sont autant de rebelles à l’autorité suprême de M. le professeur de Montmollin.
L’anonyme demande si je ne me suis pas soumis comme citoyen aux lois de l’état et aux usages, et de l’affirmative, qu’assurément on ne lui contesta pas, il conclut que je me suis soumis à une loi qui n’existe point, et à un usage qui n’eut jamais lieu.
M. de Montmollin dit à cela que cette loi existe à Genève, et que je me suis plaint moi-même qu’on l’a violée à mon préjudice. Ainsi donc la loi qui existe à Genève, et qui n’existe pas à Môtiers, on la viole à Genève pour me décréter, et on la suit à Mo tiers pour m’excommunier. Convenez que me voilà dans une agréable position ! C’était sans doute dans un de ses moments de gaieté que M. de Montmollin fit ce raisonnement-là.
Il plaisante à peu près sur le même ton dans une note sur l’offre[890] que je voulus bien faire à la classe, à condition qu’on me laissât en repos ; il dit que c’est se moquer, et qu’on ne fait pas ainsi la loi à ses supérieurs.
Premièrement, il se moque lui-même quand il prétend qu’offrir une satisfaction très obséquieuse et très raisonnable à gens qui se plaignent, quoique à tort, c’est leur faire la loi.
Mais la plaisanterie est d’avoir appelé messieurs de la classe mes supérieurs, comme si j’étais homme d’église. Car qui ne sait que la classe. ayant juridiction sur le clergé seulement, et n’ayant au surplus rien à commander à qui que ce soit, ses membres ne sont comme tels les supérieurs de personne[891] ? Or de me traiter en homme d’église est une plaisanterie fort déplacée à mon avis. M. de Montmollin sait très bien que je ne suis point homme d’église, et que j’ai même, grâces au ciel, très peu de vocation pour le devenir.
Encore quelques mots sur la lettre que j’écrivis au consistoire, et j’ai fini. M. de Montmollin promet peu de commentaires sur cette lettre. Je crois qu’il fait très bien, et qu’il eût mieux fait encore de n’en point donner du tout. Permettez que je passe en revue ceux qui me regardent : l’examen ne sera pas long.
Comment répondre, dit-il, à des questions qu’on ignore ? Comme j’ai fait, en prouvant d’avance qu’on n’a point le droit de questionner.
Une foi dont on ne doit compte qu’à Dieu ne se publie pas dans toute l’Europe.
Is all of this not well known to the public? Monsieur de Montmollin denies it; but why should he deny it, since he has already denied claiming to have two voices at the council meeting? As for me, I see three voices there—if I am not mistaken: first, the voice of his deputy, who was present merely as his representative; then his own voice, which ensured equality in decision-making; and finally, the voice he wanted to use in order to resolve any discrepancies in the votes. Three voices for one person—that would have been enough, even just to pronounce an acquittal; but he wanted them to condemn someone, yet he failed to obtain them. Where was the harm in that? Monsieur de Montmollin was far too fortunate that his council meeting, wiser than he was, managed to extricate him from this difficult situation—both with the other clergy members, his correspondents, and himself. “I have done my duty,” he would have said; “I pursued this matter vigorously; but my council meeting did not agree with me—it acquitted Rousseau against my opinion.” That is not my fault; I withdraw; I cannot do any more without violating the laws, disobeying the prince, or disturbing public order. I am too good a Christian, too good a citizen, too good a pastor to attempt anything of the sort. After failing, he could still have, with some skill, preserved his dignity and regained his reputation; but an enraged self-esteem is no guide to wisdom. One is even less willing to forgive others for the harm one intended to do them than for the harm that was actually inflicted. Furious at seeing this great credibility he prided himself on fail in front of Europe, he had no choice but to continue this futile struggle. He claimed in public that he still saw hope of renewing it; he tried again in another council meeting—but, in order to appear less direct, he did not propose it himself; instead, he had his marshal do so, using that man as a tool for his own schemes, while pretending not to have been behind it. Wasn’t that a clever maneuver? It’s not that Monsieur de Montmollin lacks cunning; but when a man is blinded by anger, he only commits foolishness.
This resource is still lacking to him. One might think that at least his efforts would stop there—but not at all. At the next meeting of the congregation, he proposes another scheme, based on the fact that it is impossible to avoid the activities of the prince’s official in his parish. His idea is to wait until I move to another parish and then resume the pursuit from scratch. As a result of this “ingenious” plan, the sermons that had been silenced resume once again; people are stirred up once more, in the hope that all this annoyance will finally force me to leave the parish. Indeed, this is far too much for a man as tolerant as Monsieur de Montmollin claims to be—one who acts solely on orders from his superiors.
My letter grows quite long, sir, but it must be this way; why should I shorten it? Would abbreviating it not mean repeating its phrases more frequently? Let Mr. de Montmollin have the pleasure of saying ten times in a row: “Dinazarde, my sister, are you asleep?”
I have not addressed the issue of law at all; I have refrained from dealing with that subject. In the second part of this letter, I have merely sought to prove to you that Mr. de Montmollin, despite the pious tone he assumes, was not guided in this matter by a zeal for the law or by his duty; rather, he, in accordance with common practice, used God as a tool to serve his own passions. Now, judge for yourselves whether such ends can be achieved through honorable means—and spare me the need to delve into details that would cause virtue to lament.
In the first part of my letter, I report facts that are contrary to those put forward by Mr. de.
Montmollin. He had the skill of leaving behind clues that I could only respond to by faithfully recounting what had happened. From these conflicting statements on his part and mine, you will conclude that one of us must be a liar; and I admit that this conclusion seems justified to me.
As I tried to finish writing my letter and put away her brochure, I flipped through it again. Observations came to mind in abundance, and there was no need to repeat them all. Yet how could I convey what I see before me at this moment? What would our ministers do? Would they defend the Gospel so openly attacked by its enemies? So, am I then the enemy of the Gospel simply because I am outraged by the way it is being distorted and degraded? Ah! Why don’t its so-called defenders follow the purpose I have in mind for it? Why don’t they take from it what would make them good and righteous, discard what is of no use to anyone, and understand it just as well as I do?
If a citizen of this country were to dare say or write anything resembling what Mr. Rousseau proposes, would not severe measures be taken against him? Most certainly not; I dare believe it, for the honor of this state. People of Neuchâtel, what freedoms would you then have left if, because some statement might provide ministers with an excuse for complaint, they were able to prosecute in your midst the author of a publication printed on the other side of Europe, just so that he could defend himself in a foreign country? Mr. de Montmollin has chosen me to impose upon you this new yoke; but would I be worthy of having been welcomed among you if, by my own example, I introduced a form of slavery that was not even present here originally?
Does Mr. Rousseau, as a new citizen, therefore have more privileges than all the former citizens? I am not even claiming their privileges here; I am only asking for those that I had as a man and merely as an outsider. The correspondent whom Mr. de Montmollin makes speak—this wonderful correspondent, whose name he does not even mention and who praises him so highly—is, in my opinion, a rather peculiar reasoning individual. According to him, I should have more privileges than all citizens simply because I resist certain indignities that no citizen has ever had to endure. To take away my right to defend my money against a thief who wants to steal it from me, he would merely have to say to me: “It’s funny of you not wanting me to steal from you.” Well, I would certainly steal from any other person in that situation rather than from you.
Note that here, Mr. the Professor of Montmollin is the sole sovereign, the despot who condemns me; whereas the law, the council, the magistrate, the government, the governor—even the king himself—those who protect me, are all in fact rebels against the supreme authority of Mr. the Professor of Montmollin.
The anonymous individual asks whether I have not submitted myself, as a citizen, to the laws of the state and to established customs. Upon receiving an affirmative answer—of which there surely was no dispute—he concludes that I must have submitted myself to a law that does not exist at all, and to customs that were never actually practiced.
Mr. de Montmollin remarked that such a law existed in Geneva, and that he himself had complained about it being violated to his detriment. Thus, the law that exists in Geneva but not in Môtiers is violated in Geneva in order to condemn me, yet it is followed in Môtiers in order to excommunicate me. Admit it, I am indeed in a rather pleasant position! Presumably, Mr. de Montmollin made this remark during one of his moments of humor.
He jokes in roughly the same tone in a note regarding the offer[890] that I was kind enough to make to the class, on the condition that they would leave me alone; he says that it would be mocking, and that one should not treat their superiors in such a way.
Firstly, he mocks himself when he claims that offering very obsequious and reasonable satisfaction to people who are complaining, even if unjustly, is tantamount to imposing one’s own rules on them.
But the joke lies in referring to the members of that class as my superiors, as if I were a clergyman. For who does not know that such a class has jurisdiction only over the clergy itself, and moreover has no authority over anyone at all? Its members are therefore, in themselves, the superiors of no one[891]. To treat me as a clergyman is, in my opinion, a highly inappropriate joke. Mr. de Montmollin knows very well that I am not a clergyman, and that, thank heaven, I have very little inclination to become one.
A few more words about the letter I wrote to the consistoire, and that will be it. Mr. de Montmollin has promised to offer few comments on this letter. I think he is doing very well; in fact, he would have done even better if he had offered no comments at all. Allow me now to review those who are watching me: the examination will not take long.
“How can one answer,” he said, “questions that one does not know? By proving in advance that one has no right to ask those questions at all.”
A faith that one is only accountable to God is not spread throughout all of Europe.
Non è forse tutto questo noto al pubblico? Monsieur de Montmollin lo nega; e perché no, visto che ha già negato di aver affermato di possedere due voci nel consiglio ecclesiastico? Io ne vedo tre, se non mi sbaglio: innanzitutto quella del suo diacono, che era lì soltanto come suo rappresentante; poi la sua stessa voce, che garantiva l’equilibrio tra le opinioni; e infine quella che voleva utilizzare per decidere i risultati delle votazioni. Tre voci per lui solo, sarebbe stato molto, anche solo per assolvere qualcuno; le voleva invece per condannare, ma non riuscì ad ottenerle: dove stava il male? Monsieur de Montmollin era troppo fortunato che il suo consiglio ecclesiastico, più saggio di lui, lo avesse tirato fuori dai guai, risolvendo la questione con i suoi colleghi, con i suoi corrispondenti, e persino con lui stesso. “Ho fatto il mio dovere”, avrebbe potuto dire; “ho agito con determinazione in questa faccenda”; “il mio consiglio ecclesiastico non ha giudicato come me, ha assolto Rousseau contro la mia volontà”. Non è colpa mia. Mi ritiro. Non posso fare di più senza offendere le leggi, senza disobbedire al principe, senza disturbare la pace pubblica. Sono troppo buon cristiano, troppo buon cittadino, troppo buon pastore per tentare qualcosa del genere. Dopo aver fallito, avrebbe ancora potuto, con un po’ di abilità, conservare la sua dignità e riacquistare la sua reputazione. Ma l’orgoglio offeso non è mai saggio. Si perdona ancora meno agli altri il male che si voleva fargli, di quanto si perdoni il male che si è effettivamente commesso. Furioso nel vedere come, davanti all’Europa intera, gli mancasse quel grande credito di cui ama vantarsi, non poteva fare altro che abbandonare la causa. Diceva in pubblico che non era senza speranza di ristabilirla; ci provò in un altro consiglio ecclesiastico. Ma, per non esporre troppo se stesso, non la propose lui personalmente. La fece proporre dal suo “maresciallo”, da quell’instrumento delle sue manovre, che chiamava a testimoniare del fatto che non ne era stato l’autore. Non era forse un’idea molto astuta? Non è che Monsieur de Montmollin non sia astuto. Ma un uomo accecato dalla rabbia commette soltanto sciocchezze quando si abbandona alla sua passione.
Gli manca ancora questa risorsa. Si potrebbe pensare che almeno in quel momento i suoi sforzi si fermassero lì. Niente affatto: nella successiva riunione della classe propone un altro stratagemma, basato sull’impossibilità di eludere l’attività dell’ufficiale del principe nella sua parrocchia; consiste nell’aspettare che io vada in un’altra parrocchia e poi riprendere le persecuzioni da capo. Di conseguenza, i sermoni diffusi continuano; si cerca nuovamente di creare scompiglio tra la gente, nella speranza che, con continui disagi, io sia finalmente costretto a lasciare quella parrocchia. Davvero troppo, per un uomo così tollerante come il signor de Montmollin sostiene di essere, e che agisce soltanto su ordine del proprio corpo.
La mia lettera diventa molto lunga, signore, ma è necessario. Perché mai dovrei tagliarla? Non sarebbe forse un modo per abbreviarla aumentarne le frasi? Lasciamo che il signor de Montmollin abbia il piacere di ripetere dieci volte di seguito: “Dinazarde, mia sorella, dormi?”
Non ho affrontato la questione legale; mi sono vietato di trattare tale argomento. Nella seconda parte di questa lettera mi sono limitato a dimostrarvi che il signor de Montmollin, nonostante l’atteggiamento beato che ostenta, non è stato guidato in questa faccenda né dall’amore per la legge né dal proprio dovere; bensì, seguendo l’uso comune, ha utilizzato Dio come strumento delle proprie passioni. Ora giudicate voi stesso se per scopi del genere si possano usare mezzi onesti. E risparmiatemi di entrare in dettagli che potrebbero suscitare il rimorso nella virtù.
Nella prima parte della mia lettera riporto fatti contrari a quelli sostenuti da Monsieur de.
Montmollin. Aveva l’arte di lasciarmi indizi a cui ho potuto rispondere soltanto raccontando fedelmente ciò che era accaduto. Da queste affermazioni contrarie da parte sua e da parte mia, voi concluderete che uno dei due è un bugiardo; e devo ammettere che questa conclusione mi sembra giusta.
Mentre cerco di concludere questa lettera e mettere da parte il suo opuscolo, lo sfoglio ancora una volta. Le osservazioni che vi si trovano sono innumerevoli, e non è sempre necessario ripetere lo stesso lavoro. Tuttavia, come posso trasmettere ciò che ho davanti agli occhi in questo momento? Cosa faranno i nostri ministri, si chiedeva pubblicamente. Lo difenderanno l’Evangelo, attaccato così apertamente dai suoi nemici? Quindi sono io il nemico dell’Evangelo, solo perché mi indigno che venga deturpato e umiliato? Ebbene, perché i suoi presunti difensori non imitano semplicemente l’uso che ne vorrei fare io stesso? Perché non prendono da esso ciò che potrebbe renderli buoni e giusti, e lasciano invece ciò che non serve a nessuno? E perché non lo comprendono altrettanto bene di me?
Se un cittadino di questo paese osasse dire o scrivere qualcosa di simile a ciò che sostiene il signor Rousseau, non verrebbe punito? Assolutamente no; oso crederlo, per l’onore di questo stato. Popoli di Neuchâtel, quali sarebbero allora le vostre libertà se, per qualche motivo che potesse fornire pretesti ai ministri per perseguirvi, questi potessero processare in mezzo a voi l’autore di un scritto pubblicato dall’altra parte dell’Europa, costringendolo a difendersi in un paese straniero? Il signor de Montmollin mi ha scelto per imporvi questo nuovo giogo; ma sarei davvero degno di essere stato accolto tra voi, se con il mio esempio vi lasciassi una schiavitù che non ho trovato qui?
Il signor Rousseau, nuovo cittadino, ha forse più privilegi di tutti gli antichi cittadini? Non chiedo nemmeno i loro privilegi; chiedo soltanto quelli che avevo quando ero uomo, e semplicemente uno straniero. Il corrispondente di cui parla il signor de Montmollin, quel meraviglioso corrispondente che non nomina mai, ma che gli attribuisce tante lodi, mi sembra davvero un singolare ragionatore. Secondo lui, dovrei avere più privilegi di tutti i cittadini, solo perché resisto a delle umiliazioni che nessun altro cittadino ha mai subito. Per privarmi del diritto di difendere il mio denaro da un ladro che vorrebbe rubarmelo, basterebbe che mi dicesse: “È buffo che non vogliate che vi rubi, ”. Beh, io ruberei volentieri un uomo del posto, se fosse al posto suo.
Notate che qui il signor professore di Montmollin è l’unico sovrano, l’unico despota che mi condanna; mentre la legge, il consiglio, il magistrato, il governo, il governatore, persino il re stesso, che dovrebbero proteggermi, non sono altro che ribelli all’autorità suprema del signor professore di Montmollin.
L’anonimo chiede se io non mi sia sottomesso, in qualità di cittadino, alle leggi dello stato e agli usi locali; e, avendo ricevuto una risposta affermativa, di cui certamente non si può dubitare, conclude che io mi sia sottomesso a una legge che in realtà non esiste e a un uso che mai è stato praticato.
Il signor de Montmollin a aggiunto che questa legge esiste a Ginevra, e che io stesso mi sono lamentato del suo violamento a mio danno. Quindi, la legge che esiste a Ginevra ma non a Motiers viene violata a Ginevra per condannarmi, mentre viene rispettata a Motiers per scomunicarmi. Ammettetelo: mi trovo davvero in una situazione molto piacevole! Probabilmente è stato in uno dei suoi momenti di allegria che il signor de Montmollin ha fatto questo ragionamento.
Si esprime più o meno nello stesso tono in una nota riguardante l’offerta[890] che ho voluto fare alla classe, a condizione che mi lasciassero in pace; dice che si tratta di prendersi gioco delle persone e che non si dovrebbe comportarsi così nei confronti dei propri superiori.
In primo luogo, si prende gioco di sé stesso quando afferma che offrire una soddisfazione molto diligente e molto ragionevole alle persone che si lamentano, anche se a torto, significhi imporre loro le proprie regole.
Ma la battuta consiste nel chiamare i membri di quella classe “miei superiori”, come se fossi un uomo di chiesa. Chi non sa infatti che tale classe ha giurisdizione soltanto sui membri del clero, e inoltre non ha alcun potere su nessuno? Pertanto, considerarla una sorta di autorità superiore è, a mio parere, una battuta molto poco appropriata. Il signor de Montmollin sa benissimo che non sono un uomo di chiesa. Anzi, grazie al cielo, ho ben poca vocazione per diventarlo.
Alcune altre parole sulla lettera che scrissi al consiglio, e ho finito. Il signor de Montmollin promette pochi commenti su questa lettera. Credo che faccia molto bene, e che avrebbe fatto ancora meglio a non ne dare affatto. Permettetemi ora di esaminare coloro che mi stanno osservando: l’ispezione non durerà a lungo.
“Come si può rispondere”, disse, “a domande di cui non si conosce la risposta? Come ho fatto io, dimostrando in anticipo che non si ha il diritto di porre tali domande.”
Una fede di cui si deve rendere conto soltanto a Dio non viene diffusa in tutta Europa.
Et pourquoi une foi dont on ne doit compte qu’à Dieu ne se publierait-elle pas dans toute l’Europe ?
Remarquez l’étrange prétention d’empêcher un homme de dire son sentiment, quand on lui en prête d’autres, de lui fermer la bouche et de le faire parler.
Celui qui erre en chrétien redresse volontiers ses erreurs. Plaisant sophisme !
Celui qui erre en chrétien ne sait pas qu’il erre. S’il redressait ses erreurs sans les connaître, il n’errerait pas moins, et de plus il mentirait. Ce ne serait plus errer en chrétien.
Est-ce s’appuyer sur l’autorité de l’Évangile que de rendre douteux les miracles ? Oui, quand c’est par l’autorité même de L’Évangile qu’on rend douteux les miracles.
Et d’y jeter du ridicule ? Pourquoi non, quand, s’appuyant sur l’Évangile, on prouve que ce ridicule n’est que dans les interprétations des théologiens.
Je suis sûr que M. de Montmollin se félicitait ici beaucoup de son laconisme. Il est toujours aisé de répondre à de bons raisonnements par des sentences ineptes.
Quant à la note de Théodore de Bèze, il n’a pas voulu dire autre chose, sinon que la foi du chrétien n’est pas appuyée uniquement sur les miracles.
Prenez garde, monsieur le professeur ; ou vous n’entendez pas le latin, ou vous êtes un homme de mauvaise foi.
Ce passage, non satis tuta fides eorum qui miraculis nituntur, ne signifie point du tout, comme vous le prétendez, que la foi du chrétien n’est pas appuyée uniquement sur les miracles.
Au contraire, il signifie très exactement que la foi de quiconque s’appuie sur les miracles est peu solide. Ce sens se rapporte fort bien au passage de saint Jean qu’il commente, et qui dit de Jésus que plusieurs crurent en lui, voyant ses miracles, mais qu’il ne leur confiait point pour cela sa personne, parce qu’il les connaissait bien. Pensez-vous qu’il aurait aujourd’hui plus de confiance en ceux qui font tant de bruit de la même foi ?
Ne croirait-on pas entendre M. Rousseau dire, dans sa Lettre à l’archevêque de Paris, qu’on devrait lui dresser des statues pour son Émile ? Notez que cela se dit au moment où, pressé par la comparaison d’Émile et des Lettres de la montagne, M. de Montmollin ne sait comment s’échapper ; il se tire d’affaire par une gambade.
S’il fallait suivre pied à pied ses écarts, s’il fallait examiner le poids de ses affirmations, et analyser les singuliers raisonnements dont il nous paie, on ne finirait pas, et il faut finir. Au bout de tout cela, fier de s’être nommé, il s’en vante. Je ne vois pas trop là de quoi se vanter. Quand une fois on a pris son parti sur certaine chose, on a peu de mérite à se nommer.
Pour vous, monsieur, qui gardiez par ménagement pour lui l’anonyme qu’il vous reproche, nommez-vous, puisqu’il le veut ; acceptez des honnêtes gens l’éloge qui vous est dû ; montrez-leur le digne avocat de la cause juste, l’historien de la vérité, l’apologiste des droits de l’opprimé, de ceux du prince, de l’état et des peuples, tous attaqués par lui dans ma personne. Mes défenseurs, mes protecteurs, sont connus ; qu’il montre à son tour son anonyme et ses partisans dans cette affaire : il en a déjà nommé deux ; qu’il achève Il m’a fait bien du mal : il voulait m’en faire bien davantage ; que tout le monde connaisse ses amis et les miens ; je ne veux point d’autre vengeance.
Recevez, monsieur, mes tendres salutations.
Lettre DCXVI– À M. d’Ivernois
Môtiers, le 15 août 1765.
J’ai reçu tous vos envois, monsieur, et je vous remercie des commissions ; elles sont fort bien, et je vous prie aussi d’en faire mes remerciements à M. Deluc. À l’égard des abricots, par respect pour madame d’Ivernois, je veux bien ne pas les renvoyer ; mais j’ai là-dessus deux choses à vous dire, et je vous les dis pour la dernière fois : l’une, qu’à faire aux gens des cadeaux malgré eux, et à les servir à notre mode et non pas à la leur, je vois plus de vanité que d’amitié ; l’autre, que je suis très déterminé à secouer toute espèce de joug qu’on peut vouloir m’imposer malgré moi, quel qu’il puisse être ; que quand cela ne peut se faire qu’en rompant, je romps, et que quand une fois que j’ai rompu, je ne renoue jamais ; c’est pour la vie. Votre amitié, monsieur, m’est trop précieuse pour que je vous pardonnasse jamais de m’y avoir fait renoncer.
Les cadeaux sont un petit commerce d’amitié fort agréable quand ils sont réciproques : mais ce commerce demande de part et d’autre de la peine et des soins ; et la peine et les soins sont le fléau de ma vie ; j’aime mieux un quart d’heure d’oisiveté que toutes les confitures de la terre. Voulez-vous me faire des présents qui soient pour mon coeur d’un prix inestimable, procurez-moi des loisirs, sauvez-moi des visites, fournissez-moi des moyens de n’écrire à personne ; alors je vous devrai le bonheur de ma vie, et je reconnaîtrai les soins du véritable ami ; autrement non.
M. Marcuard est venu lui cinq ou sixième : j’étais malade, je n’ai pu le voir ni lui ni sa compagnie. Je suis bien aise de savoir que les visites que vous me forcez de faire m’en attirent. Maintenant que je suis averti, si j’y suis repris ce sera ma faute.
Votre M. de Fournière, qui part de Bordeaux pour me venir voir, ne s’embarrasse pas si cela me convient ou non. Comme il fait tous ses petits arrangements sans moi, il ne trouvera pas mauvais, je pense, que je prenne les miens sans lui.
Quant à M. Liotard, son voyage ayant un but déterminé qui se rapporte plus à moi qu’à lui, il mérite une exception, et il l’aura. Les grands talents exigent des égards. Je ne réponds pas qu’il me trouve en état de me laisser peindre, mais je réponds qu’il aura lieu d’être content de la réception que je lui ferai. Au reste, avertissez-le que pour être sûr de me trouver, et de me trouver libre, il ne doit pas venir avant le 4 ou le 5 de septembre.
Je suis étonné du front qu’a eu le sieur Durey de se présenter chez vous, sachant que vous m’honorez de votre amitié. Je ne sais s’il a fait ce qu’il vous a dit : mais je suis bien sûr qu’il ne vous a pas dit tout ce qu’il a fait. C’est le dernier des misérables.
J’ai vu depuis quelque temps beaucoup d’Anglais ; mais M. Wilkes n’a pas paru, que je sache. Je vous embrasse de tout mon coeur.
Lettre DCXVIII– À M. d’Ivernois
Môtiers, le 25 août 1765.
Engagez, monsieur, je vous en prie, M. Liotard non seulement à venir seul, à moins qu’il ne lui soit extrêmement agréable de venir avec M. Wilkes, mais à différer son départ jusqu’au mois d’octobre : car, en vérité, l’on ne me laisse plus respirer. Il m’est absolument nécessaire de reprendre haleine ; et lorsqu’une compagnie que j’attends à la fin du mois sera repartie, je serai forcé de partir moi-même pour quelque temps, pour éviter quelques-unes des bandes qui me tombent, non plus par deux ou trois, comme autrefois, mais par sept ou huit à la fois.
Vous avez eu bien tort d’imaginer que je voulusse cesser de vous écrire, puisque l’exception est faite pour vous depuis longtemps. Il est vrai que je voudrais que cela ne devînt une tache onéreuse ni pour vous ni pour moi. Ecrivons à notre aise et quand nous en aurons la commodité. Mais, si vous voulez m’asservir régulièrement à vous écrire tous Les huit ou quinze jours, je vous déclare une fois pour toutes que cela ne m’est pas possible ; et, quand vous nous plaindrez de m’avoir écrit tant de lettres sans réponse, vous voudrez bien vous tenir pour dit une fois pour toutes : Pourquoi m’en écrivez-vous tant ?
Tout en vous querellant j’abuse de votre complaisance. Voici une réponse pour Venise : vous m’avez dit que vous pourriez la faire tenir ; ainsi je vous l’envoie, sans savoir l’adresse. Ceux qui ont remis la lettre à laquelle celle-ci répond y suppléeront. Je vous embrasse de tout mon coeur.
Lettre DCXX– À M. d’Ivernois
Neuchâtel, ce lundi 10 septembre 1765.
And why should a faith that is meant to be accountable only to God not be spread throughout all of Europe?
Notice the strange claim of preventing a man from expressing his own feelings, while at the same time attributing him other feelings, forcing him to remain silent and making him speak against his will.
He who strays in the way of Christianity is willing to correct his mistakes. What a pleasing sophism!
He who erres as a Christian does not realize that he is erring. If he were to correct his mistakes without even being aware of them, he would still be in error—and moreover, he would be lying. Such behavior would no longer constitute erring as a Christian.
Is it relying on the authority of the Gospel to cast doubt on miracles? Yes, when it is precisely through the authority of the Gospel itself that miracles are rendered doubtful.
And to add ridicule to it? Why not, when, by relying on the Gospel, it can be proven that such ridicule exists only in the interpretations of theologians.
I am sure that Mr. de Montmollin would have taken great pleasure in his laconicism here. It is always easy to respond to sound reasoning with inept statements.
As for Theodore de Beze’s remark, he meant nothing else than that the faith of a Christian is not based solely on miracles.
Be careful, Mr. Professor; either you do not understand Latin, or you are a man of bad faith.
This passage, which does not satisfy the faith of those who seek miracles, in no way means, as you claim, that the faith of a Christian is not solely based on miracles.
On the contrary, it precisely means that the faith of anyone who relies on miracles is rather weak. This meaning fits very well with the passage from Saint John that he comments on, which says that many people believed in Jesus because they saw his miracles, but he did not reveal to them his true identity, because he knew them well. Do you think he would have more trust today in those who make so much of the same faith?
One would almost think of hearing Mr. Rousseau saying, in his Letter to the Archbishop of Paris, that statues should be erected in his honor for his work “Émile.” Note that this is said at a time when, faced with the comparison between “Émile” and “Les Lettres de la montagne,” Mr. de Montmollin does not know how to extricate himself; he manages to get out of trouble by making a rather awkward excuse.
If one were to meticulously follow every deviation he makes, if one were to examine the weight of his assertions, and analyze the peculiar reasoning he presents to us, one would never finish—and yet we must finish. In the end, he takes pride in having “named himself”; I don’t see what there is to be proud of there. Once one has taken his side on a particular matter, there is little merit in “naming oneself” in connection with it.
For you, sir, who out of consideration for him maintained the anonymity he reproaches you for having kept, name yourself, since he insists on it; accept the praise that is due to you from honest people; show them the worthy advocate of the just cause, the historian of truth, the defender of the rights of the oppressed—as well as those of princes, states, and peoples, all of whom he has attacked through me. My defenders and protectors are known; let him likewise reveal his own anonymity and his supporters in this matter—he has already named two of them; let him finish revealing them all. He has done me a great deal of harm; he wanted to do even more; let everyone know who his friends are and who mine; I seek no other revenge.
Receive, sir, my warmest regards.
Letter DCXVI – To Mr. d’Ivernois
Môtiers, August 15, 1765.
I have received all your deliveries, sir, and I thank you for the commissions; they are very good indeed. I would also like you to convey my thanks to Mr. Deluc on my behalf. As for the apricots, out of respect for Madame d’Ivernois, I am willing not to return them; but I have two things to say to you on this matter, and I say them for the last time: first, that giving people gifts against their will, and serving them in our way rather than theirs, seems to me to reflect more vanity than friendship. Second, I am absolutely determined to shake off any kind of yoke that someone might try to impose upon me against my will, no matter what it is; and if this can only be done by breaking such a yoke, then I will break it—once and for all. Your friendship, sir, is too precious to me for me ever to forgive you for making me give it up.
Gifts are a delightful form of friendly exchange when they are mutual—but such exchanges require effort and care on both sides; yet effort and care are the scourges of my life. I would prefer twenty minutes of idleness to all the sweets in the world. If you wish to give me gifts that hold immeasurable value for my heart, then provide me with leisure, free me from unnecessary visits, and give me the means to write to no one at all. In that case, I would owe you the happiness of my life, and I would recognize the care of a true friend; otherwise, not.
Mr. Marcuard arrived around the fifth or sixth time; I was ill and was unable to see him or his companions. I am glad to know that the visits you force me to make are attracting people to me. Now that I am aware of this, if I am caught going again, it will be my own fault.
Your Mr. de Fournière, who is departing from Bordeaux to come and see me, does not bother to consider whether it suits me or not. Since he makes all his little arrangements without consulting me, I think he would not mind if I made my own decisions without him as well.
As for Mr. Liotard, since his journey serves a specific purpose that relates more to me than to him, he deserves an exception—and he shall have it. Great talents require respect. I do not say that he will find me in a state where I would allow myself to be painted, but I assure him that he will be satisfied with the reception I will offer him. Moreover, inform him that in order to be certain of finding me—and that I am free—he must not come before September 4th or 5th.
I am astonished by the audacity of Mr. Durey in coming to see you, knowing that you hold me in your friendship. I do not know whether he told you what he said; but I am certain that he did not tell you everything he had done. He is one of the lowest of scoundrels.
I have seen many English people lately; but as far as I know, Mr. Wilkes has not appeared. I embrace you with all my heart.
Letter DCXVIII – To Mr. d’Ivernois
Môtiers, August 25, 1765.
Please, sir, urge Mr. Liotard not only to come alone—unless it would be extremely pleasant for him to come with Mr. Wilkes—but also to postpone his departure until October. Indeed, I am no longer able to breathe freely. It is absolutely necessary for me to take some time to recover; and once the company that I am waiting for at the end of the month has left, I will be forced to go away myself for a while, in order to avoid those bands of people who now attack me—not in small groups of two or three, as before, but in groups of seven or eight at a time.
You were utterly wrong to imagine that I would want to stop writing to you, since an exception has long been made in your case. It is true that I would prefer for this not to become a burdensome obligation for either of us. Let us write when it is convenient for both of us. But if you insist on making me write to you regularly, every eight or fifteen days, I declare once and for all that it is impossible for me to do so. And when you later complain to us about having sent us so many letters without receiving a response, please remember this: Why are you sending us so many letters?
As we argue, I take advantage of your kindness. Here is a reply for Venice: you told me you could arrange for it to be delivered; so I am sending it to you, not knowing the address. Those who have received the letter to which this one responds will take care of providing the necessary details. I kiss you with all my heart.
Letter DCXX – To Mr. d’Ivernois
Neuchâtel, on this Monday, September 10, 1765.
E perché una fede di cui si deve rendere conto soltanto a Dio non dovrebbe diffondersi in tutta Europa?
Notate questa strana pretesa di impedire a un uomo di esprimere i propri sentimenti, quando invece gli si attribuiscono altri; è come chi gli chiude la bocca e lo costringe a parlare contro la sua volontà.
Chi erra nella fede cristiana è disposto a correggere volentieri i propri errori. Che piacevole sofismo!
Chi erra nella fede cristiana non si rende conto di stare sbagliando. Se correggesse i propri errori senza nemmeno conoscerli, continuerebbe comunque a sbagliare, e inoltre mentirebbe. In quel caso, non si tratterebbe più di errare nella fede cristiana.
È forse un atto di affidarsi all’autorità dell’Evangelo mettere in dubbio i miracoli? Sì, quando è proprio attraverso l’autorità stessa dell’Evangelo che si cercano motivi per dubitare dei miracoli.
E gettarci sopra del ridicolo? Perché no, quando, basandosi sull’Evangelo, si dimostra che tale ridicolo esiste soltanto nelle interpretazioni dei teologi.
Sono certo che il signor de Montmollin si sarebbe molto compiaciuto del suo laconismo in questa situazione. È sempre facile rispondere a buone argomentazioni con frasi inadeguate.
Per quanto riguarda la nota di Teodoro de Bèze, non voleva dire altro se non che la fede del cristiano non si basa unicamente sui miracoli.
Stia attento, signor professore: o non capisce il latino, o è una persona di cattiva fede.
Questo passaggio, che non soddisfa la fede di coloro che attribuiscono importanza ai miracoli, non significa affatto, come voi affermate, che la fede cristiana non si basi esclusivamente sui miracoli.
Al contrario, significa esattamente che la fede di chiunque si basi sui miracoli è piuttosto fragile. Questo significato si adatta perfettamente al passaggio di San Giovanni che commenta, dove si dice che molte persone credevano in Gesù vedendo i suoi miracoli, ma che Egli non confidava loro la propria persona, perché li conosceva bene. Credete che oggi avrebbe maggiore fiducia in coloro che fanno tanto rumore riguardo alla stessa fede?
Si potrebbe quasi credere di sentire Monsieur Rousseau dire, nella sua Lettera all’arcivescovo di Parigi, che gli si dovrebbero erigere statue per il suo “Émile”. Notate che queste parole vengono pronunciate proprio nel momento in cui, messo sotto pressione dal confronto tra “Émile” e le “Lettere dalla montagna”, Monsieur de Montmollin non sa come uscire da questa situazione imbarazzante; si salva con una battuta scherzosa.
Se si dovesse seguire passo dopo passo ogni sua deviazione, se si dovesse esaminare attentamente il peso delle sue affermazioni e analizzare i ragionamenti strani con cui ci persuade, non si finirebbe mai. E invece bisogna finire. Alla fine, lui si vanta di aver preso una posizione su certe questioni. Non vedo davvero cosa ci sia da vantarsi in questo. Una volta che si ha preso una decisione su qualcosa, non c’è molto merito nel dichiararlo apertamente.
Per voi, signore, che per rispetto verso di lui avete mantenuto l’anonimato che egli vi rimprovera, dichiarate il vostro nome, se ciò è ciò che desidera; accettate gli elogi che vi spettano da persone oneste; mostrate loro l’onorevole difensore della causa giusta, lo storico della verità, l’apologeta dei diritti degli oppressi, di quelli del principe, dello stato e dei popoli, tutti attaccati da lui attraverso la mia persona. I miei difensori, i miei protettori sono noti; che anche lui mostri il suo anonimato e i suoi sostenitori in questa questione: ne ha già menzionati due; che faccia conoscere a tutti i suoi amici e i miei. Non desidero alcuna altra vendetta.
Accetti, signore, i miei più affettuosi saluti.
Lettera DCXVI – A Monsieur d’Ivernois
Môtiers, 15 agosto 1765.
Ho ricevuto tutti i vostri regali, signore, e vi ringrazio per le commissioni che mi avete affidato; sono davvero molto buone. Vi prego anche di ringraziare il signor Deluc al mio posto. Per quanto riguarda gli albicocchi, per rispetto della signora d’Ivernois, acconsento a non restituirli; tuttavia ho due cose da dirvi in merito, e lo faccio per l’ultima volta: la prima è che regalare qualcosa alle persone contro la loro volontà, e servirle secondo i nostri modi e non i loro, rappresenta più vanità che amicizia; la seconda è che sono assolutamente deciso a scuotere qualsiasi tipo di giogo si voglia impormi contro la mia volontà, qualunque esso sia; se ciò richiede di rompere, allora romperò, e una volta fatto, non riprenderò mai più quel rapporto, per tutta la vita. La vostra amicizia, signore, è troppo preziosa per me, quindi non vi perdonerei mai se mi aveste costretto a rinunciarvi.
I regali rappresentano un piccolo scambio di affetto molto piacevole quando sono reciproci; tuttavia tale scambio richiede da entrambe le parti impegno e cura. E l’impegno e la cura sono il flagello della mia vita. Preferisco trascorrere un quarto d’ora in ozio a tutte le delizie del mondo. Se volete regalarmi qualcosa che abbia per il mio cuore un valore inestimabile, procuratemi tempo libero, salvatemi dalle visite e datemi i mezzi per non scrivere a nessuno. Allora vi sarò grato per la felicità che mi avrete donato, e riconoscerò le attenzioni di un vero amico. Altrimenti no.
Il signor Marcuard è arrivato al quinto o sesto posto: ero malato e non ho potuto vederlo né lui né la sua compagnia. Sono molto contento di sapere che le visite che mi costringete a fare attirano davvero delle persone. Ora che ne sono a conoscenza, se dovrei riprenderle, sarà colpa mia.
Il vostro signor de Fournière, che parte da Bordeaux per venirmi a trovare, non si preoccupa affatto se ciò mi convenga o meno. Poiché fa tutti i suoi piccoli accordi senza di me, penso che non gli dispiacerà nemmeno se faccio i miei accordi senza di lui.
Per quanto riguarda il signor Liotard, poiché il suo viaggio ha uno scopo preciso che riguarda più me che lui, merita un’eccezione, e l’avrà. I grandi talenti richiedono rispetto. Non rispondo se sia disposto a farsi ritrarre da me, ma posso assicurargli che sarà soddisfatto dell’accoglienza che gli riserverò. Del resto, avvertitelo che, per essere certo di trovarmi e di trovarmi libera, non deve venire prima del 4 o del 5 settembre.
Sono sorpreso dal fatto che il signor Durey abbia osato presentarsi da voi, sapendo che mi onorate della vostra amicizia. Non so se abbia detto la verità su ciò che vi ha raccontato, ma sono certo che non vi abbia rivelato tutto ciò che ha fatto. È davvero l’ultimo dei miserabili.
Da un po’ di tempo vedo molti inglesi; ma, per quanto ne so, il signor Wilkes non è comparso. Vi abbraccio con tutto il mio cuore.
Lettera DCXVIII – A Monsieur d’Ivernois
Môtiers, 25 agosto 1765.
Si prega, signore, di convincere il signor Liotard non solo a venire da solo – a meno che non gli sia estremamente piacevole farlo insieme al signor Wilkes – ma anche a rimandare la sua partenza fino al mese di ottobre. In verità, non mi lasciano più respirare. È assolutamente necessario che io possa riprendere fiato; e quando una compagnia che aspetto alla fine del mese se ne sarà andata, sarò costretto a partire anch’io per un po’, per evitare alcune di quelle bande che ora mi assalgono. Non più due o tre persone alla volta, come in passato, ma sette o otto insieme.
Avete commesso un grave errore a pensare che volessi smettere di scrivervi, visto che da tempo per voi è fatta un’eccezione. È vero che vorrei che questa abitudine non diventasse onerosa né per voi né per me. Scriviamo quando ne abbiamo la possibilità e con comodità. Ma se volete che io vi scriva regolarmente, ogni otto o quindici giorni, vi dichiaro una volta per tutte che questo è impossibile per me; e quando ci lamenterete di avermi inviato tante lettere senza ricevere risposta, vi prego di ricordare sempre: “Perché mi scrivete così spesso?”
Mentre ci litigiamo, abuso della vostra gentilezza. Ecco una risposta per Venezia: mi avete detto che potevate farla arrivare lì; quindi ve la mando, senza conoscere l’indirizzo esatto. Coloro che hanno ricevuto la lettera a cui questa risponde provvederanno a sistemarla. Vi bacio con tutto il mio cuore.
Lettera DCXX – A Monsieur d’Ivernois
Neuchâtel, lunedì 10 settembre 1765.
Les bruits publics vous apprendront, monsieur, ce qui s’est passé, et comment le pasteur de Môtiers s’est fait ouvertement capitaine de coupe-jarrets. Votre amitié pour moi m’engage à me presser de vous tranquilliser sur mon compte. Grâces au ciel je suis en sûreté, et hors de Môtiers, où je compte ne retourner de ma vie : mais malheureusement ma gouvernante et mon bagage y sont encore ; mais j’espère que le gouvernement donnera des ordres qui contiendront ces enragés et leur digne chef. En attendant que vous soyez mieux instruit de tout, je vous conseille de ne pas vous fier à ce que vous écriront vos parents, et je suis forcé de vous déclarer qu’ils ont pris, dans cette occasion, un parti qui les déshonore. Aimez-moi toujours ; je vous aime de tout mon coeur, et je vous embrasse.
Adressez tout simplement vos lettres à M. du Peyrou à Neuchâtel ; et, pour éviter les enveloppes, mettez simplement une croix au-dessus de l’adresse ; il saura ce que cela veut dire.
Lettre DCXXII– Au même
À l’île de Saint-Pierre, le 18 septembre 1765.
Enfin, mon cher hôte, me voici sûr à peu près de rester ici, mais avec de si grandes incommodités, qu’il faut en vérité toute ma répugnance à m’éloigner de vous pour me les faire endurer. Il s’agit maintenant d’avoir ici mademoiselle Le Vasseur avec mon bagage. Le receveur compte envoyer lundi, ou le premier beau jour de la semaine prochaine, un bateau chargé de fruits à Neuchâtel ; et, pour l’amour de moi, il s’est offert d’y aller lui-même : en conséquence, j’écris à mademoiselle Le Vasseur de se tenir prête pour profiter d’une si bonne occasion, du moins pour le bagage ; car, quant à elle, j’aimerais autant qu’elle cherchât quelque autre voiture, pour peu qu’il ne fît pas très beau, ou qu’elle eut quelque répugnance à venir sur un bateau chargé. Ayez la même honte qui vous est ordinaire, de donner à tout cela le coup d’oeil de l’amitié.
Je suis si occupé de mon petit établissement, que je ne puis songer à autre chose, ni écrire à personne. Je dois cependant des multitudes de lettres, surtout à MM. Meuron, Chaillet, Sturler, Martinet. Comment donc faire décrire du matin au soir ? c’est ce que je ne puis foire nulle part, surtout dans cette île : ils pardonneront. Je vous enverrai la semaine prochaine la lettre pour MM. de Couvet.
Ne comptiez-vous pas paraître cette semaine ? Donnez-moi des nouvelles de cela. M. de Vautravers m’a amené hier des ministres dont je me serais bien passé.
Je m’arrange sur ce que vous m’avez marqué de la messagerie. Je puis envoyer à la Neuville tous les samedis et même tous les mercredis, s’il était nécessaire. On ira retirer mes lettres à la poste, et l’on y portera les miennes ; cela sera plus simple et évitera les cascades. Si vos tracas vous permettent de me donner un peu au long de vos nouvelles, tant mieux, sinon, un bonjour, je me porte bien, me suffit. Mille choses au commandant de la place sous les ordres duquel j’ai fait service une nuit. Je vous embrasse.
Lettre DCXXIV– Au même
Ce dimanche 6 octobre, à midi.
J’envoie, mon cher hôte, à madame la commandante dix mesures de pommes reinettes, que je la supplie d’agréer, non comme un présent que je prends la liberté de lui faire, mais en échange du café que vous m’avez destiné.
Depuis ma lettre écrite et partie ce matin, j’ai reçu votre paquet du 3. Je vois avec douleur le procès qu’on vous prépare. Vous avez à faire au plus déterminé des scélérats, et vous êtes un homme de bien : jugez des avantages qu’il aura sur vous. Mensonges, cabales, fourberie, noirceurs, faux serments, faux témoins, subornation de juges ; quelles armes terribles dont vous êtes privé, et qu’il emploiera contre vous. J’avoue que si sa famille le soutient, il faut qu’elle soit composée de membres qui se donnent tout ouvertement pour gens de sac et de corde ; mais il faut s’attendre à tout de la part des hommes, et je suis fâché de vous dire que vous vivez dans un pays plein de gens d’esprit, mais qui n’imaginent pas même qu’il existe quelque chose, qui se puisse appeler justice et vertu. J’ai l’âme navrée, et tout ceci met le comble à mes malheurs.
Vous pouvez, si vous voulez, m’envoyer la petite caisse par le retour du bateau qui vous portera les pommes et qui la conduira à Cerlier, où je la ferai prendre. Mon généreux ami, je vous embrasse le coeur ému et les yeux en larmes.
Lettre DCXXVI– Au même
Ce vendredi 11 octobre.
Je suppose, mon cher hôte, que vous aurez reçu un mot de lettre où je vous accusais la réception du dernier paquet, contenant, entre autres, un exemplaire de votre réponse au sicaire de Môtiers. Deux heures après je reçus votre billet du samedi ; je n’ai montré la réponse à personne, et ne la montrerai point. Je suis curieux d’apprendre ce que sa famille aura obtenu de vous. À l’éloge que vous faisiez de ces gens-là, je croyais qu’ils allaient étouffer ce monstre entre deux matelas. Tant qu’il ne s’est montré que demi-coquin, ils ont paru le désapprouver ; mais, depuis qu’il s’est fait ouvertement chef de brigands, les voilà tous ses satellites. Que Dieu vous délivre d’eux et moi aussi ! Tirez-vous de leurs mains comme vous pourrez, et tenons-nous désormais bien loin de pareilles gens.
Lettre DCXXVII– Au même
Mardi soir, 15 octobre.
Voici, mon cher hôte, deux lettres auxquelles je vous prie de vouloir bien donner cours. J’ai reçu, avec la vôtre du 9, la petite caisse et le café, sur lequel vous m’avez bien triché, puisque la quantité en est bien plus forte que celle en échange de laquelle j’envoyais les pommes.
J’apprends avec bien de la peine et tous vos tracas et les maladies successives de tous vos gens, surtout de M. Jeannin, qui vous est toujours fort utile et qui mérite qu’on s’intéresse pour lui. Je vous avoue, au reste, que je ne suis pas fâché que la négociation en question se soit rompue, surtout par la faute de ce sacripant ; car j’étais presque sûr d’avance de ce qu’il aurait écrit et dit à tout le monde au sujet du juste désaveu que vous exigiez, et qu’il n’aurait pas manqué de donner pour un acte de sa complaisance envers sa famille, que vous aviez intéressée pour vous tirer d’embarras. Je serais assez curieux de savoir ce qui s’est fait dans le conseil de samedi, fort inutilement au reste, puisque ces messieurs n’ont aucune force pour faire valoir leur autorité, et que tout aboutit à des arrêts presque clandestins, qu’on ignore ou dont on se moque.
J’ai vu ici M. l’intendant de l’hôpital, à qui M. Sturler avait eu la bonté d’écrire, et qui lui a manifesté de meilleures intentions que celles que je lui crois en effet. J’ai poussé jusqu’à la bassesse des avances pour captiver sa bienveillance qui me paraissent avoir fort mal réussi. Ce qui me console est que mon séjour ici ne dépend pas de lui, et qu’il n’osera peut-être pas témoigner la mauvaise volonté qu’il peut avoir, voyant qu’en général on ne voit pas à Berne de mauvais oeil mon séjour ici, et que M. le bailli de Nidau paraît aussi m’y voir avec plaisir. Je ne sais s’il convient de faire cette confidence à M. Chaillet, dont le zèle est quelquefois trop impétueux. Mais, si vous aviez occasion d’en toucher quelque chose à M. Sturler, j’avoue que je n’en serais pas fâché, quand ce ne serait que pour savoir au juste les vrais sentiments de leurs excellences à ce sujet ; car enfin il serait désagréable d’avoir fait beaucoup de dépense pour m’accommoder ici, et d’être obligé d’en partir au printemps.
Je voudrais de tout mon coeur complaire à M. d’Escherny ; mais convenez qu’il n’aurait guère pu prendre plus mal son temps pour mettre en avant cette affaire. D’ailleurs ce n’est point ici le moment d’en parler, pour des raisons qui ne regardent ni Milord, ni M. d’Escherny, ni moi, et dont je vous ferai confidence, quand nous nous verrons, sous le sceau du secret. Ainsi je suis prêt à renvoyer à M. d’Escherny ses papiers, s’il est pressé : s’il ne l’est pas, le temps peut venir d’en faire usage, et alors il doit être sûr de ma bonne volonté ; mais je ne puis rien promettre au-delà.
En parcourant votre ouvrage, j’avais trouvé quelques corrections à faire ; mais le relisant à la hâte, je n’en ai su retrouver que trois marquées dans le papier ci-joint.
Voici quelques notes de commissions qui ne pressent point, et dont vous ferez celles que que vous pourrez, lorsque vous viendrez ici, puisque vous me flattez de venir bientôt.
Public rumors will inform you, sir, of what has happened and how the pastor of Môtiers openly became the leader of these bandits. Your friendship for me compels me to assure you immediately of my safety. Thanks to heaven, I am safe and far from Môtiers, where I never intend to return in my life. Unfortunately, my governess and my luggage are still there; but I hope the authorities will issue orders to deal with these madmen and their infamous leader. Until you learn more about the situation, I advise you not to trust what your parents may write to you. I am forced to tell you that they have taken a course of action that brings them shame. Always love me; I love you with all my heart and kiss you warmly.
Simply address your letters to Mr. du Peyrou in Neuchâtel; and to avoid using envelopes, just place a cross above the address—he will understand what it means.
Letter DCXXII – To the Same One
On the island of Saint-Pierre, on September 18, 1765.
Finally, my dear host, I am now almost certain that I will remain here, but under such great inconveniences that, frankly, it takes all my reluctance to leave you in order to endure them. What needs to be done now is to have mademoiselle Le Vasseur bring my luggage here. The caretaker has promised to send a boat loaded with fruits to Neuchâtel on Monday, or on the first fine day of next week; and, out of consideration for me, he has offered to go himself. Therefore, I am writing to mademoiselle Le Vasseur to prepare herself to take advantage of such a good opportunity—at least for my luggage. As for her, I would rather she found some other means of transport, especially if the weather is not very good, or if she is reluctant to travel by boat. Please, show the same discretion that you usually do and give these matters the appearance of being done out of friendship.
I am so occupied with my small establishment that I have no time to think of anything else or to write to anyone. However, I owe numerous letters, especially to Messrs. Meuron, Chaillet, Sturler, and Martinet. How on earth am I supposed to find the time to do this from morning till night? That is something I simply cannot manage anywhere, especially on this island. They will forgive me. I will send you the letter for Messrs. de Couvet next week.
Were you not planning to appear this week? Please let me know how it will work out. Mr. de Vautravers brought me some ministers yesterday, but I could very well have done without them.
I will arrange things according to what you have indicated in the message. I can deliver letters to Neuville every Saturday, and even every Wednesday if necessary. Someone will go to the post office to collect my letters and take mine there; it will be simpler and avoid any complications. If your schedule allows you to share some updates with me, that would be great; otherwise, just a simple “hello” and letting me know you are well is enough. Many regards to the commander of the garrison under whose orders I served one night. I kiss you.
Letter DCXXIV– To the Same One
On this Sunday, October 6th, at noon.
I send, my dear host, ten measures of Reine des Reines apples to Madame the Commandant, and I beg her to accept them not as a gift that I take the liberty of offering her, but in exchange for the coffee that you had intended for me.
Since my letter was written and sent this morning, I have received your package dated the 3rd. With deep sorrow, I see the trial that awaits you. You are facing one of the most determined scoundrels, and you are a good man—consider how vastly superior he will be to you in terms of his resources. Lies, plots, deceit, cruelty, false oaths, false witnesses, bribery of judges, what terrible weapons he possesses, and what he will use against you. I admit that if his family supports him, they must all be people who openly engage in vile and despicable acts; but one must expect anything from human beings. I am sorry to tell you that you live in a country full of intelligent people, yet not one of them even dreams that there is such a thing as justice or virtue. My heart is broken, and all this adds to my misfortunes.
You may, if you wish, send me that small box back with the boat that will bring you the apples and take it to Cerlier, where I will arrange for it to be collected. My generous friend, I embrace you with a heart filled with emotion and eyes brimming with tears.
Letter DCXXVI– To the Same One
This Friday, October 11th.
I suppose, my dear host, that you have received a letter in which I accused you of having received the latest package, which contained, among other things, a copy of your reply to that villain from Môtiers. Two hours later, I received your note on Saturday; I have shown that reply to no one, and will not show it either. I am curious to know what his family has managed to obtain from you. From the way you praised those people, I thought they would manage to put an end to that monster. As long as he had only behaved in a half-clever manner, they seemed to disapprove of him; but since he openly became the leader of those bandits, now they have all become his followers. May God deliver you and me from them! Try your best to get free from their grasp, and let us keep our distance from such people from now on.
Letter DCXXVII – To the Same One
Tuesday evening, October 15th.
Here, my dear host, are two letters that I beg you to take action upon. Along with your letter dated the 9th, I received the small box and the coffee—you really cheated me on that, as the quantity is much larger than what I had sent in exchange for the apples.
I am learning with great difficulty, amidst all your troubles and the successive illnesses of your people—especially those of Mr. Jeannin, who is still of great use to you and deserves our concern. I must admit, however, that I am not disappointed that the negotiations in question came to an end, especially due to that fool’s behavior; for I was almost certain in advance of what he would write and say to everyone regarding the rightful refusal you demanded. He would undoubtedly have portrayed it as an act of indulgence toward his family, whom you had used to extricate yourself from trouble. I would be quite curious to know what happened at that council on Saturday—though, in truth, it was utterly futile, since those gentlemen possess no real authority to enforce their decisions. Everything ultimately results in almost clandestine rulings that are either ignored or laughed at.
I saw here the hospital’s intendant, to whom Mr. Sturler had taken the trouble to write, and who showed me far better intentions than I actually believe he possesses. I even went so far as to make rather lowly requests in an attempt to win his favor, but it seems they were utterly unsuccessful. What comforts me is that my stay here does not depend on him, and that he might perhaps not dare to show any ill will toward me, given that generally speaking, my presence in Bern is not viewed unfavorably, and that Mr. the Baili of Nidau also seems to approve of it. I am not sure whether it is appropriate to confide this in Mr. Chaillet, whose zeal sometimes borders on impetuosity. However, if you should have the opportunity to mention it to Mr. Sturler, I would not object at all—just to learn the true feelings of these gentlemen on the matter. After all, it would be quite unpleasant to have gone to such great lengths to settle here only to be forced to leave in the spring.
I would be more than willing to please Mr. d’Escherny with all my heart; but admit that he could not have chosen a worse moment to bring up this matter. Moreover, this is not the place to discuss it now, for reasons that concern neither Lord Norbert nor Mr. d’Escherny, nor me. I will confide these reasons to you when we meet again, under the seal of secrecy. Therefore, I am ready to return Mr. d’Escherny’s documents to him if he is in a hurry; if not, the time may come when they will be needed, and then he can be certain of my good intentions—but I cannot promise anything beyond that.
While reading your work, I had identified several corrections that needed to be made; however, upon rereading it in haste, I was only able to locate three of them, which have been marked in the attached document.
Here are some commission tasks that are not urgent; you may complete them whenever you have the time when you come here, since you have kindly told me that you will be coming soon.
I rumori pubblici vi informeranno, signore, di ciò che è accaduto e di come il pastore di Môtiers si sia apertamente proclamato capo di quella banda di briganti. La vostra amicizia nei miei confronti mi obbliga a tranquillizzarvi al riguardo del mio stato. Grazie al cielo, sono al sicuro e lontano da Môtiers, dove non intendo mai più tornare; purtroppo, la mia governante e i miei bagagli si trovano ancora lì. Ma spero che il governo emetta ordini per fermare questi furibondi e il loro capo. Fino a quando non sarete meglio informato su tutto, vi consiglio di non fidarvi di ciò che vi scriveranno i vostri genitori. Devo dirvi che, in questa circostanza, hanno preso una decisione che li disonora. Amatemi sempre; vi amo con tutto il mio cuore e vi abbraccio.
Semplicemente indirizzate le vostre lettere a Monsieur du Peyrou a Neuchâtel; e, per evitare di usare buste, basta tracciare una croce sopra l’indirizzo: lui capirà cosa significa.
Lettera DCXXII – Allo stesso.
Sull’isola di Saint-Pierre, il 18 settembre 1765.
Infine, mio caro ospite, sono quasi certo di dover rimanere qui, ma con tali grandi incomodità che, in verità, è proprio per la mia profonda avversione a lasciarvi che sopporto tutto questo. Ora bisogna far venire qui mademoiselle Le Vasseur con i miei bagagli. Il ricevitore ha intenzione di inviare lunedì, o nel primo giorno bello della prossima settimana, una barca carica di frutta a Neuchâtel; e, per amor mio, si è offerto di andarci personalmente. Pertanto, scrivo a mademoiselle Le Vasseur di prepararsi ad approfittare di questa ottima opportunità, almeno per quanto riguarda i bagagli; perché, per quanto la riguarda, preferirei che trovasse un’altra vettura, soprattutto se il tempo non fosse molto bello, o se avesse qualche riluttanza ad andare su una barca carica. Avete pure voi lo stesso senso di vergogna che vi è abituale, e date a tutto questo l’aspetto di un gesto d’amicizia.
Sono così impegnato con la mia piccola attività che non riesco a pensare ad altro, né a scrivere a nessuno. Tuttavia devo ancora scrivere molte lettere, soprattutto ai signori Meuron, Chaillet, Sturler e Martinet. Come farò, dunque, a occuparmene dal mattino al pomeriggio? Non riesco proprio a trovare il modo, soprattutto in quest’isola. Ma mi perdoneranno. Vi invierò la prossima settimana la lettera destinata ai signori de Couvet.
Non avevate intenzione di presentarvi questa settimana? Fatemi sapere cosa succederà. Ieri il signor de Vautravers mi ha portato alcuni ministri di cui avrei molto voluto fare a meno.
Mi attengo a quanto mi avete indicato nella vostra comunicazione. Posso inviare lettere alla Neuville ogni sabato e, se necessario, anche ogni mercoledì. Qualcuno andrà a ritirare le mie lettere all’ufficio postale e ne porterà altre al mio indirizzo; sarà più semplice ed eviteremo problemi di consegna. Se i vostri impegni vi permettono di aggiungere qualche dettaglio sulle vostre novità, tanto meglio; in caso contrario, basta un semplice “ciao”, dico che sto bene, questo mi basta. Mille saluti al comandante della guarnigione sotto il cui comando ho prestato servizio una notte. Vi abbraccio.
Lettera DCXXIV – Allo stesso.
Questo domenica, il 6 ottobre, a mezzogiorno.
Mio caro ospite, invio alla comandante dieci porzioni di mele reinette, pregandola di accettarle non come un dono che mi permetto di farle, ma in cambio del caffè che mi avete destinato.
Dalla lettera che ho scritto e inviato questa mattina, ho ricevuto il vostro pacco del 3. Vedo con dolore il processo che vi viene preparato: dovrete affrontare uno dei più spietati criminali, e voi siete una persona onesta. Pensate solo ai vantaggi che lui avrà su di voi: menzogne, intrighi, frodi, oscurezza, giuramenti falsi, testimoni bugiardi, corruzione dei giudici. Che terribili armi vi mancano, e quali utilizzerà contro di voi! Ammetto che, se la sua famiglia lo sostiene, deve essere composta da persone che si dichiarano apertamente individui disonesti e malvagi. Ma bisogna aspettarsi di tutto dagli esseri umani. E mi dispiace dirvi che vivete in un paese pieno di persone intelligenti, ma che nemmeno immaginano l’esistenza di qualcosa che possa essere chiamato giustizia o virtù. Il mio cuore è spezzato. Tutto questo rappresenta la ciliegina sulla torta dei miei mali.
Se volete, potete inviarmi quella piccola scatola con il ritorno della barca che vi porterà le mele e che la condurrà a Cerlier, dove la farò ritirare. Mio generoso amico, vi abbraccio con il cuore commosso e gli occhi pieni di lacrime.
Lettera DCXXVI – Allo stesso.
Questo venerdì, l’11 ottobre.
Suppongo, mio caro ospite, che abbiate ricevuto una lettera nella quale vi accusavo di aver ricevuto l’ultimo pacco, contenente, tra le altre cose, un esempio della vostra risposta al sicario di Môtiers. Due ore dopo ricevetti la vostra nota del sabato; non ho mostrato quella risposta a nessuno, e non la mostrerò mai. Sono curioso di sapere cosa la sua famiglia abbia ottenuto da voi. Dall’elogio che facevate di quelle persone, credevo che avrebbero soffocato quel mostro tra due materassi. Finché si è comportato solo in modo un po’ scherzoso, sembravano disapprovarlo; ma da quando si è dichiarato apertamente capo di una banda di briganti, eccoli tutti diventati i suoi seguaci. Che Dio vi liberi da loro, e anche da me! Allontanatevi il più possibile da persone del genere, e teniamoci d’ora in poi ben lontani da simili individui.
Lettera DCXXVII – Allo stesso.
Martedì sera, 15 ottobre.
Ecco, mio caro ospite, due lettere che vi prego di voler far avere corso. Ho ricevuto, insieme alla vostra del 9, la piccola scatola e il caffè; però mi avete ingannato, poiché la quantità è decisamente maggiore rispetto a quella in cambio della quale inviavo le mele.
Imparo con grande difficoltà di tutto ciò che riguarda i vostri problemi e le malattie che hanno colpito molte persone della vostra famiglia, soprattutto il signor Jeannin, che vi è sempre stato di grande aiuto e merita davvero la nostra attenzione. Devo ammettere, inoltre, che non mi dispiace affatto che la negoziazione in questione sia fallita, soprattutto a causa di quel individuo insopportabile; ero quasi certo, infatti, di ciò che avrebbe scritto e detto a tutti riguardo al giusto rifiuto che richiedevate, e non avrebbe mancato di presentarlo come un atto di compiacimento verso la sua famiglia, che avevate coinvolto per aiutarvi ad uscire da difficoltà. Sarei davvero curioso di sapere cosa sia accaduto nel consiglio di sabato. Un consiglio del resto assolutamente inutile, poiché quei signori non hanno alcun potere reale per far valere la loro autorità, e tutto finisce con decisioni quasi segrete, ignorate o derise da tutti.
Ho visto qui il signor intendente dell’ospedale, a cui il signor Sturler aveva avuto la gentilezza di scrivere, e che gli ha dimostrato intenzioni migliori di quelle che in realtà credo possieda. Sono arrivato persino al punto di compiere azioni meschine pur di conquistare la sua benevolenza, ma sembra che non ci sia riuscito affatto. Quello che mi consola è che il mio soggiorno qui non dipende da lui, e probabilmente non oserà mostrare alcuna cattiva volontà, visto che in generale a Berna il mio soggiorno non viene considerato negativamente, e anche il signor balivo di Nidau sembra accoglierlo con favore. Non so se sia opportuno confidare queste cose al signor Chaillet, il cui zelo a volte è troppo impulsivo. Ma se aveste l’occasione di parlarne con il signor Sturler, ammetto che non mi dispiacerebbe, anche solo per conoscere con precisione i veri sentimenti delle loro eccellenze al riguardo; dopotutto sarebbe spiacevole aver fatto tante spese per sistemarmi qui e poi doverme andare via in primavera.
Desidero ardentemente compiacere il signor d’Escherny; tuttavia, ammettetelo, non avrebbe potuto scegliere un momento peggiore per sollevare questa questione. Inoltre, non è il momento adatto per parlarne, per ragioni che riguardano né Milord, né il signor d’Escherny, né me stesso; vi confiderò queste ragioni quando ci incontreremo, sotto il sigillo del segreto. Pertanto, sono disposto a restituire i documenti al signor d’Escherny se è urgente che li riceva; in caso contrario, potrebbe arrivare il momento di utilizzarli, e allora può essere certo della mia buona volontà, ma non posso promettere nulla di più.
Leggendo il vostro lavoro, avevo individuato alcune correzioni da apportare; tuttavia, rileggendolo in fretta, ne ho trovate soltanto tre segnalate nel foglio allegato.
Ecco alcune note relative a commissioni che non presentano urgenza; potrete occuparvene quando verrete qui, dato che mi lusingate dicendo che verrete presto.
1° Les deux rasoirs que vous m’avez donnés sont déjà gâtés, soit par la maladresse de mes essais, soit à cause de l’extrême rudesse de ma barbe ; il m’en faudrait au moins encore quatre, afin que je n’eusse pas sans cesse recours à des expédients très incommodes dans ma position, pour les faire repasser. Mais peut-être les faudrait-il un peu moins fins pour une si forte barbe.
2° J’aurais besoin d’un cahier de papier doré pour mes herbiers ; je préférerais du papier doré en plein à celui qui a des ramages.
J’ai peine à me désaccoutumer tout d’un coup de lire la gazette, et à ne plus rien savoir des affaires de l’Europe. Comme vous prenez et gardez, je crois, quelque gazette, si M. Jeannin voulait bien me les envoyer suite après suite dans les occasions, je serais très attentif à n’en point égarer, et à les lui renvoyer de même. Je ne me soucie point de gazettes récentes, ni d’avoir souvent des paquets ; il me suffira seulement qu’il n’y ait point d’interruption dans la suite ; du reste, le temps n’y fait rien. J’ai cessé de les lire depuis le premier septembre.
Dans l’accord pour ma pension, il entre, entre autres choses, une étrenne annuelle pour madame la receveuse. Ne pourriez-vous pas m’aider à trouver quelque cadeau honnête à lui faire, et qui cependant ne passât pas trente à trente-six francs de France ? Je sais qu’elle a envie d’avoir une tabatière de femme. Nous avons jusqu’à la fin de l’année, mais la rencontre peut venir plus tôt. Voilà tout ce qui me vient à présent ; mais je sens que j’oublie bien des choses. Mille pardons et embrassements.
Lettre DCXXIX– À M. Graffenried
BAILLI À NIDAU
Ile de Saint-Pierre, le 17 octobre 1765.
Monsieur,
J’obéirai à l’ordre de leurs excellences avec le regret de sortir de votre gouvernement et de votre voisinage, mais avec la consolation d’emporter votre estime et celle des honnêtes gens. Nous entrons dans une saison dure, surtout pour un pauvre infirme : je ne suis point préparé pour un long voyage, et mes affaires demanderaient quelques préparations. J’aurais souhaité, monsieur, qu’il vous eût plu de me marquer si l’on m’ordonnait de partir sur-le-champ, ou si l’on voulait bien m’accorder quelques semaines pour prendre les arrangements nécessaires à ma situation. En attendant qu’il vous plaise de me prescrire un terme, que je m’efforcerai même d’abréger, je supposerai qu’il m’est permis de séjourner ici jusqu’à ce que j’aie mis l’ordre le plus pressant à mes affaires. Ce qui me rend ce retard presque indispensable est que, sur les indices que je croyais sûrs, je me suis arrangé pour passer ici le reste de ma vie avec l’agrément tacite du souverain. Je voudrais être sûr que ma visite ne vous déplairait pas ; quelque précieux que me soient les moments en cette occasion, j’en déroberai de bien agréables pour aller vous renouveler, monsieur, les assurances de mon respect.
Lettre DCXXXI– Au même
Le 22 octobre 1765.
Je puis, monsieur, quitter samedi prochain l’île de Saint-Pierre, et je me conformerai en cela à l’ordre de leurs excellences ; mais, vu l’étendue de leurs états et ma triste situation, il m’est absolument impossible de sortir le même jour de l’enceinte de leur territoire. J’obéirai en tout ce qui me sera possible. Si leurs excellences me veulent punir de ne l’avoir pas fait, elles peuvent disposer à leur gré de ma personne et de ma vie : j’ai appris à m’attendre à tout de la part des hommes ; ils ne prendront pas mon âme au dépourvu.
Recevez, homme juste et généreux, les assurances de ma respectueuse reconnaissance, et d’un souvenir qui ne sortira jamais de mon coeur.
Lettre DCXXXIII– À M. Graffenried
Bienne, le 25 octobre 1765.
Je reçois, monsieur, avec reconnaissance les nouvelles marques de vos attentions et de vos bontés pour moi ; mais je n’en profiterai pas pour le présent : les prévenances et sollicitations de MM. de Bienne me déterminent à passer quelque temps avec eux, et, ce qui me flatte, à votre voisinage. Agréez, monsieur, je vous supplie, mes remerciements, mes salutations et mon respect.
Lettre DCXXXV– Au même
Bienne, lundi 28 octobre 1765.
On m’a trompé, mon cher hôte, je pars demain matin avant qu’on me chasse. Donnez-moi de vos nouvelles à Bâle. Je vous recommande ma pauvre gouvernante. Je ne puis écrire à personne, quelque désir que j’en aie ; je n’ai pas même le temps de respirer, ni la force. Je vous embrasse.
Lettre DCXXXVII– À M. de Luze
Strasbourg, le 4 novembre 1765.
J’arrive, monsieur, du plus détestable voyage, à tous égards, que j’aie fait de ma vie, J’arrive excédé, rendu ; mais enfin j’arrive, et, grâces à vous, dans une maison où je puis me remettre et reprendre haleine à mon aise, car je ne puis songer à reprendre de longtemps ma route. ; et si j’en ai encore une pareille à celle que je viens de faire, il me sera totalement impossible de la soutenir. Je ne me prévaux point si tôt de votre lettre pour M. Zollicoffer ; car j’aime fort le plaisir de prince de garder l’incognito le plus longtemps qu’on peut. Que ne puis-je le garder le reste de ma vie ! je serais encore un heureux mortel. Je ne sais au reste comment m’accueilleront les Français ; mais s’ils font tant que de me chasser, ils ne choisiront pas le temps que je suis malade, et s’y prendront moins brutalement que les Bernois. Je suis d’une lassitude à ne pouvoir tenir la plume. Le cocher veut repartir dès aujourd’hui. Je n’écris donc point à M. du Peyrou : veuillez suppléer à ce que je ne puis faire ; je lui écrirai dans la semaine infailliblement. Il faut que je lui parle de vos attentions et de vos bontés mieux que je ne peux faire à vous-même. Ma manière d’en remercier est d’en profiter ; et, sur ce pied, l’on ne peut être mieux remercié que vous l’êtes : mais il est juste que je lui parle de l’effet qu’a produit sa recommandation. Bonjour, monsieur ; bonne foire et bon voyage. J’espère avoir le plaisir de vous embrasser encore ici.
Lettre DCXXXIX– Au même
Strasbourg, le 10 novembre 1765.
Rassurez-vous, mon cher hôte, et rassurez nos amis sur les dangers auxquels vous me croyez exposé. Je ne reçois ici que des marques de bienveillance, et tout ce qui commande dans la ville et dans la province paraît s’accorder à me favoriser Sur ce que m’a dit M. le maréchal, que je vis hier, je dois me regarder comme aussi en sûreté à Strasbourg qu’à Berlin. M. Fischer m’a servi avec toute la chaleur et tout le zèle d’un ami, et il a eu le plaisir de trouver tout le monde aussi bien disposé qu’il pouvait le désirer. On me fait apercevoir bien agréablement que je ne suis plus en Suisse.
Je n’ai que le temps de vous marquer ce mot pour vous rassurer sur mon compte.
Je vous embrasse de tout mon coeur.
Lettre DCXLI– À M. d’Ivernois
À Strasbourg, le 21 novembre 1765.
Ne soyez point en peine de moi, monsieur, grâces au ciel, je ne suis plus en Suisse, je le sens tous les jours à l’accueil dont on m’honore ici ; mais ma santé est dans un délabrement facile à imaginer Mes papiers et mes livres sont restés dans un désordre épouvantable ; la malle que vous savez a été remise à M. Martinet, châtelain du Val-de-Travers ; vos papiers sont restés parmi les miens ; n’en soyez point en peine ; ils se retrouveront, mais il faut du temps. Vous pouvez m’écrire ici ou à l’adresse de M. du Peyrou à Neuchâtel. Vous pouvez aussi, et même je vous en prie, tirer sur moi à vue pour l’argent que je vous dois et dont j’ignore la somme. Je ne vous dis rien de vos parents ; mais. malgré ce que vous m’avez fait dire par M. Desarts, je compte et compterai toujours sur votre amitié, comme vous pouvez toujours compter sur la mienne. Je vous embrasse de tout mou coeur
Lettre DCXLIII– À M. de Luze
Strasbourg, le 27 novembre 1765.
1° The two razors you gave me have already been damaged, either due to my clumsy attempts or because of the extremely coarse growth of my beard; I would need at least four more so that I wouldn’t constantly have to resort to very inconvenient methods in my current situation to sharpen them again. However, perhaps they would need to be a bit coarser for such a thick beard.
2° I would need a sheet of gold-colored paper for my herb notebooks; I prefer solid gold-colored paper over the kind with patterns or veins.
I find it quite difficult to suddenly stop reading the newspaper and to no longer keep up with European affairs. Since you seem to read and keep some newspapers yourself, if Mr. Jeannin would be so kind as to send them to me one after another at appropriate times, I would make sure not to lose any of them and would return them to him in the same manner. I don’t care about recent newspapers, nor do I mind receiving packages frequently; all that matters is that the supply doesn’t stop. In fact, time plays no role in this matter. I have stopped reading them since September 1st.
In the agreement regarding my pension, among other things, there is an annual gift for the lady in charge of receiving it. Could you not help me find a decent gift for her that would not cost more than thirty to thirty-six francs French? I know she wants a ladies’ tobacco box. We have until the end of the year, but the meeting might take place sooner. That’s all I can think of for now; but I feel like I’m forgetting many things. Thousands of apologies and many kisses.
Letter DCXXIX – To Mr. Graffenried
BAILLY À NIDAU
Ile de Saint-Pierre, October 17, 1765.
Sir,
I will obey the orders of your excellencies with regret at having to leave your government and your company, but with the consolation of carrying with me your esteem and that of honest people. We are entering a difficult time, especially for a poor and infirm person like myself: I am not prepared for a long journey, and my affairs require some time to arrange properly. I would have wished, sir, that you had informed me whether I was required to leave immediately or if you were willing to grant me a few weeks to make the necessary arrangements. Until you instruct me otherwise, I will try my best to shorten my stay here as much as possible. What makes this delay almost inevitable is that, based on what I believed to be reliable information, I had made plans to spend the rest of my life here with the implicit approval of the sovereign. I would like to assure you that my visit does not intend to cause you any displeasure; although these moments are precious for me, I would gladly sacrifice much of their pleasure in order to renew my expressions of respect to you, sir.
Letter DCXXXI– To the Same One
October 22, 1765.
Sir, I am able to leave the island of Saint-Pierre next Saturday, and I will comply with the orders of their Excellencies in this regard; however, given the extent of their territories and my dire circumstances, it is absolutely impossible for me to leave the boundaries of their domain on the same day. I will obey in whatever way is possible for me. If their Excellencies wish to punish me for not having done so, they may do with my person and my life as they see fit: I have learned to expect everything from human beings; they will not take my soul unprepared.
Receive, kind and generous man, the assurance of my respectful gratitude, and a memory that will never be forgotten from my -heart.
Letter DCXXXIII – To Mr. Graffenried
Bienne, October 25, 1765.
Sir, I receive with gratitude these new signs of your attention and kindness toward me; however, I will not take advantage of them for the time being. The courtesies and invitations of Mr. de Bienne have determined me to spend some time with them—and, what pleases me even more, in your vicinity. Please accept, sir, my thanks, my regards, and my respect.
Letter DCXXXV – To the Same One
Bienne, Monday, October 28, 1765.
Someone has deceived me, my dear host; I am leaving tomorrow morning before they send me away. Please let me know how you are in Basel. I recommend to you my poor governess. I cannot write to anyone, no matter how much I wish to; I don’t even have time to breathe, nor the strength. I kiss you.
Letter DCXXXVII – To Mr. de Luze
Strasbourg, November 4, 1765.
I have just returned from what was, in every respect, the most detestable journey of my life. I am exhausted and worn out; but at least I have arrived—and, thanks to you, in a place where I can rest and recover my strength, for I cannot possibly continue on my journey any longer. If I were forced to undertake another such ordeal, it would be utterly beyond my ability to endure it. I do not boast too soon about your letter regarding Mr. Zollicoffer; indeed, I enjoy the pleasure of keeping my identity hidden for as long as possible. How I wish I could continue doing so for the rest of my life! Then I would truly be a happy man. I have no idea how the French will receive me; but if they dare to expel me, they will certainly not choose a time when I am ill—and they will be less brutal than the Bernese were. I am so weary that I can hardly hold a pen. The coachman wants to set off again today; therefore, I will not write to Mr. du Peyrou. Please do what I cannot do; I will certainly write to him within a week. I must thank him for your kindness and care in far more detail than I can express here. My way of thanking you is simply by taking advantage of it—and in that regard, one could hardly thank you any better than I have done. But it is only right that I also tell him about the positive effect his recommendation has had. Goodbye, sir; may you have a successful fair and a safe journey. I look forward to the pleasure of greeting you here again soon.
Letter DCXXXIX – To the Same One
Strasbourg, November 10, 1765.
Rest assured, my dear host, and reassure our friends regarding the dangers you believe I am exposed to. I receive only signs of goodwill here, and everything that matters in the city and the province seems to be working in my favor. As far as what Mr. the Marshal told me yesterday, I must consider myself just as safe in Strasbourg as in Berlin. Mr. Fischer treated me with all the warmth and enthusiasm of a friend, and he was pleased to find that everyone was as accommodating as he could have wished. It is quite clear to me that I am no longer in Switzerland.
I only have time to write this word for you to assure you of my well-being.
I kiss you with all my heart.
Letter DCXLI – To Mr. d’Ivernois
In Strasbourg, on November 21, 1765.
Do not worry about me, sir; thank heaven, I am no longer in Switzerland, and I can feel it every day in the kindness and attention I receive here. However, my health is in a state of decline that is easy to imagine. My papers and books are in complete disarray; the trunk you know was delivered to Mr. Martinet, the lord of Val-de-Travers. Your documents are still among mine; do not worry about them—they will be found eventually, but it will take some time. You can write to me here or at Mr. du Peyrou’s address in Neuchâtel. Alternatively, and I even urge you to do so, you may shoot me on sight to recover the money I owe you—though I have no idea how much it is. I say nothing about your parents; but despite what you made me tell through Mr. Desarts, I rely on your friendship just as you can always rely on mine. I embrace you with all my heart.
Letter DCXLIII – To Mr. de Luze
Strasbourg, November 27, 1765.
I due rasoi che mi avete dato sono già rovinati, sia a causa della mia goffaggine nell’uso, sia per l’estrema ruvidezza della mia barba; ne avrei bisogno di almeno altri quattro, così da non dover ricorrere continuamente a metodi molto scomodi, data la mia situazione, per farli funzionare correttamente. Forse, però, per una barba così folta, sarebbero necessari rasoi meno affilati.
2° Avrei bisogno di un quaderno di carta dorata per i miei erbari; preferirei la carta dorata liscia rispetto a quella con le venature.
Faccio fatica ad abituarmi improvvisamente al fatto di non leggere più i giornali e di non essere più informato sugli avvenimenti in Europa. Poiché voi ne leggete e ne conservate sicuramente alcuni, se il signor Jeannin volesse inviarmeli uno dopo l’altro nelle occasioni opportune, farei molta attenzione a non perderne nessuno e glielo rimanderei allo stesso modo. Non mi interessa affatto leggere giornali recenti, né ricevere spesso pacchi; mi basta che non ci siano interruzioni nella consegna; del resto, il tempo non ha alcuna importanza in questo caso. Ho smesso di leggerli dal primo settembre.
Nell’accordo relativo alla mia pensione è previsto, tra le altre cose, un regalo annuale per la signora incaricata di riceverla. Potreste aiutarmi a trovare un dono appropriato, che tuttavia non costi più di trenta-trentasei franchi francesi? So che desidera molto avere una tabacchiera da donna. Abbiamo tempo fino alla fine dell’anno, ma l’incontro potrebbe avvenire anche prima. Questo è tutto ciò che mi viene in mente per ora; ma sento di aver dimenticato molte cose. Mille scuse e mille baci.
Lettera DCXXIX – A Monsieur Graffenried
Bailly à Nidau
Isola di Saint-Pierre, 17 ottobre 1765.
Signore,
Obbedirò all’ordine delle loro eccellenze con il rammarico di lasciare il vostro governo e la vostra vicinanza, ma con la consolazione di portare con me la vostra stima e quella delle persone oneste. Entriamo in una stagione difficile, soprattutto per un povero infermo come me: non sono preparato per un lungo viaggio, e le mie faccende richiederebbero alcune preparazioni. Avrei desiderato, signore, che mi comunicaste se dovevo partire immediatamente, o se voleste concedermi qualche settimana per prendere le misure necessarie alla mia situazione. Fino a quando non mi indicherete una scadenza, farò del mio meglio per abbreviare i tempi; intanto, supporrò di poter rimanere qui fino a quando non avrò sistemato al meglio le mie faccende. Ciò che rende questo ritardo quasi indispensabile è il fatto che, sulla base di indizi che ritenevo certi, ho organizzato di trascorrere qui il resto della mia vita, con l’implicita approvazione del sovrano. Vorrei essere certo che la mia visita non vi dispiaccia; per quanto preziosi siano questi momenti, ne sacrificherò altri molto piacevoli per andare a rinnovarvi, signore, le mie manifestazioni di rispetto.
Lettera DCXXXI – Allo stesso.
Il 22 ottobre 1765.
Signore, posso lasciare l’isola di Saint-Pierre sabato prossimo e mi attenuerò a tale ordine delle loro eccellenze; tuttavia, data l’estensione dei loro territori e la mia triste situazione, è assolutamente impossibile per me uscire lo stesso giorno dai confini del loro dominio. Obbedirò in tutto ciò che mi sarà possibile. Se le loro eccellenze desiderano punirmi per non averlo fatto, possono disporre a piacimento della mia persona e della mia vita: ho imparato ad aspettarmi di tutto da parte degli uomini. Non mi prenderanno l’anima alla sprovvista.
Riceva, o uomo giusto e generoso, le mie più sincere espressioni di riconoscenza e un ricordo che non uscirà mai dal mio cuore.
Lettera DCXXXIII – A Monsieur Graffenried
Bienne, 25 ottobre 1765.
Signore, ricevo con gratitudine queste nuove dimostrazioni delle vostre attenzioni e della vostra gentilezza nei miei confronti; tuttavia non ne approfitterò per il momento: le premure e le sollecitazioni dei signori de Bienne mi hanno spinto a trascorrere un po’ di tempo con loro, e, cosa che mi lusinga molto, anche nelle vostre vicinanze. Vi prego, accettate i miei ringraziamenti, le mie saluti e il mio rispetto.
Lettera DCXXXV – Allo stesso.
Bienne, lunedì 28 ottobre 1765.
Mi hanno ingannato, mio caro ospite; parto domani mattina prima che mi caccino via. Fatemi sapere come state a Basilea. Vi raccomando la mia povera governante. Non posso scrivere a nessuno, per quanto ne abbia voglia; non ho nemmeno il tempo di respirare, né la forza. Vi bacio.
Lettera DCXXXVII – A Monsieur de Luze
Strasburgo, 4 novembre 1765.
Arrivo, signore, dal viaggio più orribile che abbia mai fatto in tutta la mia vita; arrivo estenuato, spossato. Ma finalmente sono arrivato, e grazie a voi, in una casa dove posso riposarmi e riprendere fiato con comodità, poiché non riesco nemmeno a pensare di riprendere subito il mio viaggio. Se dovessi intraprenderne un altro simile, sarebbe del tutto impossibile per me sopportarlo. Non mi vanto ancora della vostra lettera riguardo al signor Zollicoffer. Poiché amo molto il piacere di mantenere l’incognito il più a lungo possibile. Se solo potessi continuare a farlo per il resto della mia vita, sarei davvero un mortale felice. Non so come mi accoglieranno i francesi; ma se dovessero decidere di scacciarmi, non sceglieranno certo il momento in cui sono malato. E si comporteranno meno brutalmente dei bernesi. Sono così stanco che quasi non riesco a tenere in mano la penna. Il cocchiere vuole ripartire già oggi. Quindi non scrivo al signor du Peyrou: vi prego di fare ciò che io non posso. Gli scriverò sicuramente entro questa settimana. Devo parlargli delle vostre attenzioni e della vostra gentilezza, in modo più approfondito di quanto possa farlo con voi stesso. Il modo migliore per ringraziarvi è semplicemente approfittare dei vostri favori. E su questo fronte, non si può essere più riconoscenti di quanto lo siate voi. Ma è giusto che gli parli anche dell’effetto positivo che ha avuto la sua raccomandazione. Addio, signore; buona fiera e buon viaggio. Spero di avere ancora il piacere di abbracciarvi qui.
Lettera DCXXXIX – Allo stesso.
Strasburgo, 10 novembre 1765.
Rassicuratevi, caro ospite, e rassicurate anche i nostri amici riguardo ai pericoli di cui credete che io sia esposto. Qui ricevo soltanto segni di benevolenza, e tutto ciò che accade nella città e nella provincia sembra volermi favorire. Per quanto riguarda quanto mi ha detto ieri il maresciallo, devo considerarmi altrettanto al sicuro a Strasburgo quanto a Berlino. Il signor Fischer si è occupato di me con tutta la calore e l’impegno di un amico, e ha avuto la gioia di constatare che tutti erano altrettanto disponibili nei miei confronti quanto potesse desiderare. Mi viene chiaramente fatto capire che non mi trovo più in Svizzera.
Ho solo il tempo di scrivervi questa parola per tranquillizzarvi riguardo a me.
Vi bacio con tutto il mio cuore.
Lettera DCXLI – A Monsieur d’Ivernois
A Strasburgo, il 21 novembre 1765.
Non preoccupatevi per me, signore: grazie al cielo, non sono più in Svizzera; lo sento ogni giorno dall’ospitalità con cui vengo trattato qui. Tuttavia, la mia salute è in uno stato di declino facile da immaginare. I miei documenti e i miei libri sono rimasti in un disordine terribile; la valigia che conoscete è stata consegnata a Monsieur Martinet, castellano del Val-de-Travers; i vostri documenti si trovano ancora tra i miei. Non temete: verranno ritrovati, ma ci vorrà del tempo. Potete scrivermi qui o all’indirizzo di Monsieur du Peyrou a Neuchâtel. Potete anche, anzi vi prego di farlo, spararmi addosso per ottenere i soldi che vi devo. Non so esattamente quanto sia la somma. Non parlo dei vostri genitori; ma nonostante ciò che mi avete fatto dire tramite Monsieur Desarts, conto sempre sulla vostra amicizia, così come voi potete contare sempre sulla mia. Vi abbraccio con tutto il mio cuore.
Lettera DCXLIII – A Monsieur de Luze
Strasburgo, 27 novembre 1765.
Je me réjouis, monsieur, de votre heureuse arrivée à Paris, et je suis sensible aux bons soins dont vous vous êtes occupé pour moi dès l’instant même ; c’est une suite de vos bontés pour moi, qui ne m’étonne plus, mais qui me touche toujours. J’ai différé d’un jour à vous répondre, pour vous envoyer la copie que vous demandez, et que vous trouverez ci-jointe : vous pouvez la lire à qui il vous plaira ; mais je vous prie de ne pas la laisser transcrire. Il est superflu de prendre de nouvelles informations sur la sûreté de mon passage à Paris : j’ai là-dessus les meilleures assurances ; mais j’ignore encore si je serai dans le cas de m’en prévaloir, vu la saison, vu mon état qui ne me permet pas à présent de me mettre en route. Sitôt que je serai déterminé de manière ou d’autre, je vous le manderai. Je vous prie de me maintenir dans les bons souvenirs de madame de Faugnes, et de lui dire que l’empressement de la revoir, ainsi que M. de Faugnes, et d’entretenir chez eux une connaissance qui s’est faite chez vous, entre pour beaucoup dans le désir que j’ai de passer par Paris. J’ajoute de grand coeur, et j’espère que ; vous n’en doutez pas, que ma tentation d’aller en Angleterre s’augmente extrêmement par l’agrément de vous y suivre, et de voyager avec vous. Voilà quant à présent tout ce que je puis dire sur cet article : je ne tarderai pas à vous parler plus positivement ; mais jusqu’à présent cet arrangement est très douteux. Recevez mes plus tendres salutations, je vous embrasse, monsieur, de tout mon coeur.
Prêt à fermer ma lettre, je reçois la vôtre sans date, qui contient les éclaircissements que vous avez eu la bonté de prendre avec Guy : ce qui me détermine absolument à vous aller joindre aussitôt que je serai en état de soutenir le voyage. Faites-moi entrer dans vos arrangements pour celui de Londres : je me réjouis beaucoup de le faire avec vous. Je ne joins pas ici ma lettre à M. de Graffenried, sur ce que vous me marquez qu’elle court Paris. Je marquerai à M. Guy le temps précis de mon départ ; ainsi vous en pourrez être informé par lui. Qu’il ne m’envoie personne, je trouverai ici ce qu’il me faut. Rey m’a envoyé son commis, pour m’emmener en Hollande : il s’en retournera comme il est venu.
Lettre DCXLV– À M. d’Ivernois
Strasbourg, le 2 décembre 1765.
Vous ne doutez pas, monsieur, du plaisir avec lequel j’ai reçu vos deux lettres et celles de M. Deluc. On s’attache à ce qu’on aime à proportion des maux qu’il nous coûte. Jugez par là si mon coeur est toujours au milieu de vous. Je suis arrivé dans cette ville malade et rendu de fatigue. Je m’y repose avec le plaisir qu’on a de se retrouver parmi des humains, en sortant du milieu des bêtes féroces. J’ose dire que depuis le commandant de la province jusqu’au dernier bourgeois de Strasbourg, tout le monde désirerait de me voir passer ici mes jours : mais telle n’est pas ma vocation. Hors d’état de soutenir la route de Berlin, je prends le parti de passer en Angleterre. Je m’arrêterai quinze jours ou trois semaines à Paris, et vous pouvez m’y donner de vos nouvelles chez la veuve Duchesne, libraire, rue Saint-Jacques[892].
Je vous remercie de la bonté que vous avez eue de songer à mes commissions. J’ai d’autres prunes à digérer ; ainsi disposez des vôtres. Quant aux bilboquets et aux mouchoirs, je voudrais bien que vous pussiez me les envoyer à Paris, car ils me feraient grand plaisir ; mais, à cause que les mouchoirs sont neufs, j’ai peur que cela ne soit difficile. Je suis maintenant très en état d’acquitter votre petit mémoire sans m’incommoder. Il n’en sera pas de même lorsque, après les frais d’un voyage long et coûteux, j’en serai à ceux de mon premier établissement en Angleterre : ainsi, je voudrais bien que vous voulussiez tirer sur moi à Paris à vue le montant du mémoire en question. Si vous voulez absolument remettre cette affaire au temps où je serai plus tranquille, je vous prie au moins de me marquer à combien tous vos déboursés se montent, et permettre que je vous en fasse mon billet. Considérez, mon bon ami, que vous avez une nombreuse famille à qui vous devez compte de l’emploi de votre temps, et que le partage de votre fortune, quelque grande qu’elle puisse être, vous oblige à n’en rien laisser dissiper, pour laisser tous vos enfants dans une aisance honnête. Moi, de mon côté, je serai inquiet sur cette petite dette, tant qu’elle ne sera pas ou payée ou réglée. Au reste, quoique cette violente expulsion me dérange, après un peu d’embarras je me trouverai du pain et le nécessaire pour le reste de mes jours, par des arrangements dont je dois vous avoir parlé ; et quant à présent rien ne me manque. J’ai tout l’argent qu’il me faut pour mon voyage et au-delà, et, avec un peu d’économie, je compte me retrouver bientôt au courant comme auparavant. J’ai cru vous devoir ces détails pour tranquilliser votre honnête coeur sur le compte d’un homme que vous aimez. Vous sentez que, dans le désordre et la précipitation d’un départ brusque, je n’ai pu emmener mademoiselle Le Vasseur errer avec moi dans cette saison, jusqu’à ce que j’eusse un gîte ; je l’ai laissée à l’île Saint-Pierre, où elle est très bien et avec de très honnêtes gens. Je pense à la faire venir ce printemps, en Angleterre, par le bateau qui part d’Yverdon tous les ans. Bonjour, monsieur ; mille tendres salutations à votre chère famille et à tous nos amis ; je vous embrasse de tout mon coeur.
Lettre DCXLVII– À M. de Luze
Paris, le 16 décembre 1765.
J’arrive chez madame Duchesne plein du désir de vous voir, de vous embrasser, et de concerter avec vous le prompt voyage de Londres, s’il y a moyen. Je suis ici dans la plus parfaite sûreté ; j’en ai en poche l’assurance la plus précise[894]. Cependant, pour éviter d’être accablé, je veux y rester le moins qu’il me sera possible, et garder le plus parfait incognito, s’il se peut : ainsi ne me décelez, je vous prie, à qui que ce soit. Je voudrais vous aller voir ; mais pour ne pas promener mon bonnet dans les rues, je désire que vous puissiez venir vous-même le plus tôt qu’il se pourra ! Je vous embrasse, monsieur, de tout mon coeur[895]
Lettre DCXLIX– À M. d’Ivernois
Paris, le 18 décembre 1765.
Avant-hier au soir, monsieur, j’arrivai ici très fatigué, très malade, ayant le plus grand besoin de repos. Je n’y suis point incognito, et je n’ai pas besoin d’y être : je ne me suis jamais caché, et je ne veux pas commencer. Comme j’ai pris mon parti sur les injustices des hommes, je les mets au pis sur toutes choses, et je m’attends à tout de leur part, même quelquefois à ce qui est bien. J’ai écrit en effet la lettre à M. le bailli de Nidau ; mais la copie que vous m’avez envoyée est pleine de contresens ridicules et de fautes épouvantables. On voit de quelle boutique elle vient. Ce n’est pas la première fabrication de cette espèce, et vous pouvez croire que des gens si fiers de leurs iniquités ne sont guère honteux de leurs falsifications. Il court ici des copies plus fidèles de cette lettre, qui viennent de Berne, et qui font assez d’effet. M. le dauphin lui-même, à qui on l’a lue dans son lit de mort, en a paru touché, et a dit là-dessus des choses qui feraient bien rougir mes persécuteurs, s’ils les savaient, et qu’ils fussent gens à rougir de quelque chose.
Vous pouvez m’écrire ouvertement chez madame Duchesne où je suis toujours. Cependant j’apprends à l’instant que M. le prince de Conti a eu la bonté de me faire préparer un logement au Temple, et qu’il désire que je l’aille occuper. Je ne pourrai guère me dispenser d’accepter cet honneur ; mais, malgré mon délogement, vos lettres sous la même adresse me parviendront également.
Lettre DCLI– À M. de Luze
22 décembre 1765.
L’affliction, monsieur, où la perte d’un père tendrement aimé plonge en ce moment madame de Verdelin, ne me permet pas de me livrer à des amusements, tandis qu’elle est dans les larmes. Ainsi nous n’aurons point de musique aujourd’hui. Je serai cependant chez moi ce soir comme à l’ordinaire ; et, s’il entre dans vos arrangements d’y passer, ce changement ne m’ôtera pas le plaisir de vous y voir. Mille salutations.
Lettre DCLIII– À M. du Peyrou
À Paris, le 24 décembre 1765.
I am delighted, sir, at your happy arrival in Paris, and I am grateful for the kind care you have taken of me from the very beginning; this is another instance of your kindness towards me, which no longer surprises me, but which still touches me deeply. I delayed answering you for a day in order to send you the copy you requested, which you will find attached here: you may read it to anyone you wish; but I beg you not to allow it to be copied. It is unnecessary to obtain further information regarding the safety of my journey to Paris; I have the best assurances in this regard; however, I still do not know whether I will have the opportunity to make use of them, given the season and my current state of health which prevents me from setting off at present. As soon as I have made up my mind in one way or another, I will inform you immediately. Please convey my best regards to Madame de Faugnes, and tell her that my eagerness to see her again, as well as Mr. de Faugnes, and to maintain the friendship we have formed in your presence, plays a significant role in my desire to pass through Paris. I send this with all my heart, and I hope you do not doubt that my desire to go to England is greatly increased by the pleasure of accompanying you there and traveling with you. For now, this is all I can say on this matter; I will soon be able to inform you more positively; but for the time being, the prospects remain very uncertain. Accept my most sincere greetings; I embrace you wholeheartedly, sir.
Just as I was about to close my letter, I received yours, which is undated and contains the clarifications you took the trouble to provide in consultation with Monsieur Guy. This absolutely determines me to join you as soon as I am in a condition to undertake the journey. Please include me in your arrangements for the trip to London; I would be very pleased to do so with you. I am not attaching my letter to Monsieur de Graffenried, since you mention that it is already in Paris. I will inform Monsieur Guy of the exact time of my departure, so that he can keep you informed. Please do not send anyone to me; I will have everything I need here. Rey has sent his commis to take me to Holland; he will return just as he came.
Letter DCXLV – To Mr. d’Ivernois
Strasbourg, December 2, 1765.
You need not doubt, sir, how pleased I was to receive your two letters as well as those from Mr. Deluc. One’s attachment to what one loves increases in proportion to the suffering it brings. Judge therefore whether my heart remains with you. I arrived in this city ill and exhausted. I am resting here with the joy one feels upon rejoining human society, after having been among ferocious beasts. I dare say that from the governor of the province down to the last citizen of Strasbourg, everyone would wish to see me spend my days here; but such is not my destiny. Unable to continue on my way to Berlin, I have decided to proceed to England. I will stop in Paris for fifteen days or three weeks, and you may send me news of yourself at the residence of Madame Duchesne, the bookseller, on Rue Saint-Jacques[892].
I thank you for your kindness in considering my requests. I still have other matters to deal with; so please handle yours as you see fit. As for those lottery tickets and handkerchiefs, I would be very pleased if you could send them to me in Paris, but since the handkerchiefs are new, I fear it might be difficult. For now, I am in a position to settle your small debt without any inconvenience. However, once I have covered the expenses of a long and costly journey and established myself in England, things will be different. Therefore, I would like you to send me the amount due in Paris as soon as possible. If you prefer to wait until I am in a more stable situation, at least please let me know exactly how much you have spent so that I can repay you accordingly. My dear friend, consider that you have a large family for whom you must be responsible for managing your time, and that the distribution of your wealth, no matter how substantial it may be, requires you to ensure that none of it is wasted, so as to provide all your children with a decent standard of living. As for me, I will remain anxious about this small debt until it is paid or settled. Nevertheless, although this sudden departure has caused some trouble, after some arrangements I made—of which I must have told you—I will soon be able to secure enough food and necessities for the rest of my life. For now, I have all the money I need for my journey and more; with a bit of frugality, I expect to return to my previous financial stability soon. I felt it was my duty to provide you with these details in order to reassure your kind heart regarding a man whom you love. You understand that, due to the chaos and haste of my sudden departure, I was unable to take mademoiselle Le Vasseur with me on this journey until I found a place for her to stay; I left her in the island of Saint-Pierre, where she is doing very well and living with some very honest people. I plan to bring her to England this spring via the boat that departs from Yverdon every year. Goodbye, sir; please convey my warmest greetings to your dear family and all our friends. I embrace you wholeheartedly.
Letter DCXLVII – To Mr. de Luze
Paris, December 16, 1765.
I have arrived at Madame Duchesne’s residence filled with the desire to see you, to kiss you, and to discuss with you how we can make our prompt journey to London, if it is possible. I am here in perfect safety; I have the most definite assurance of that in my possession[894]. However, in order to avoid being overwhelmed, I wish to stay here for as short a time as possible and maintain complete anonymity, if that is feasible. Therefore, please do not reveal my presence to anyone. I would like to go and see you; but in order not to have to wear my hat in the streets, I hope you can come to me as soon as possible! I kiss you, sir, with all my heart[895].
Letter DCXLIX – To Mr. d’Ivernois
Paris, December 18, 1765.
The night before yesterday, sir, I arrived here in great fatigue and illness, in utter need of rest. I am not here incognito, nor do I need to be; I have never hidden myself, and I have no intention of beginning to do so now. Since I have taken a firm stand against the injustices of men, I assess them at their worst in everything, and I expect anything from them—even sometimes something good. Indeed, I wrote that letter to Mr. the Bailie of Nidau; but the copy you sent me is full of ridiculous misunderstandings and terrible errors. It is clear where it came from. This is not the first time such falsifications have been produced; you can be certain that people who are so proud of their injustices are hardly ashamed of their deceit. There are more accurate copies of this letter circulating here, ones that come from Bern, and they have quite an effect. Even the Dauphin himself, to whom it was read on his deathbed, seemed moved by it, and said things that would surely make my persecutors blush—if they were capable of such shame.
You may write to me openly at Madame Duchesne’s address, where I am still staying. However, I have just learned that Monsieur le Prince de Conti has had the kindness to arrange for a residence for me in the Temple, and he wishes that I move there. I hardly have any choice but to accept this honor; but even after I move away, your letters will still reach me at the same address.
Letter DCLI – To Mr. de Luze
December 22, 1765.
Sir, the sorrow that Madame de Verdelin is now experiencing at the loss of a dearly loved father prevents me from engaging in any amusement while she is in tears. Therefore, we will have no music today. However, I will be at home this evening as usual; and if it happens to be part of your plans to visit, such a change will not diminish my pleasure in seeing you. With many regards.
Letter DCLIII – To Mr. du Peyrou
In Paris, on December 24, 1765.
Sono molto lieto, signore, del vostro felice arrivo a Parigi, e apprezzo molto le attenzioni che avete dimostrato per me fin dal primo momento; si tratta di un’altra dimostrazione della vostra gentilezza nei miei confronti, che ormai non mi sorprende più, ma che mi commuove profondamente. Ho ritardato di un giorno a rispondervi per inviarvi la copia che desideravate, e che troverete allegata a questa lettera: potete leggerla a chiunque vogliate, ma vi prego di non permettere che venga trascritta. Non c’è bisogno di ulteriori informazioni sulla sicurezza del mio viaggio verso Parigi: ho le migliori garanzie al riguardo; tuttavia, non so ancora se avrò l’opportunità di approfittarne, considerando la stagione e il mio stato di salute che al momento non mi permette di mettermi in viaggio. Non appena deciderò in un modo o nell’altro, ve lo farò sapere immediatamente. Vi prego di portare i miei più affettuosi saluti a madame de Faugnes, e di dirle che il desiderio di rivederla, così come M. de Faugnes, e di continuare la conoscenza iniziata presso di voi, gioca un ruolo fondamentale nella mia decisione di passare per Parigi. Vi invio i miei più sinceri sentimenti, e spero che, come non dubitate, il desiderio di recarmi in Inghilterra aumenti notevolmente all’idea di potervi seguire e viaggiare con voi. Questo è tutto per ora; presto vi comunicherò informazioni più precise, ma al momento la situazione rimane molto incerta. Ricevete i miei più cordiali saluti; vi abbraccio con tutto il mio cuore, signore.
Sul punto di chiudere la mia lettera, ricevo la vostra, priva di data, che contiene le spiegazioni che avete avuto la gentilezza di fornire a Guy: questo mi determina assolutamente ad andare da voi non appena sarò in grado di sopportare il viaggio. Includetemi nei vostri piani per il viaggio a Londra: ne sarei molto felice se potessi farlo insieme a voi. Non allego qui la mia lettera a Monsieur de Graffenried, poiché mi avete detto che è già in viaggio verso Parigi. Indicherò a Monsieur Guy il momento esatto della mia partenza; così potrete essere informati da lui. Che non mi mandi nessuno: troverò qui tutto ciò di cui ho bisogno. Rey mi ha inviato il suo commesso per portarmi in Olanda; tornerà indietro come è venuto.
Lettera DCXLV – A Monsieur d’Ivernois
Strasburgo, 2 dicembre 1765.
Non dubitate certo, signore, del piacere con cui ho ricevuto le vostre due lettere e quelle di Monsieur Deluc. Ci attacciamo a ciò che amiamo nella misura in cui questo ci costa dolore. Giudicate voi stesso se il mio cuore sia ancora tra di voi. Sono arrivato in questa città malato e stanco; mi riposo qui con la gioia che si prova nel ritrovarsi tra gli esseri umani, lontano dal mondo delle bestie feroci. Oso dire che, dal comandante della provincia al più umile cittadino di Strasburgo, tutti desidererebbero che trascorressi qui i miei giorni. Ma tale non è la mia vocazione. Non essendo in grado di proseguire il mio viaggio verso Berlino, ho deciso di recarmi in Inghilterra. Mi fermerò a Parigi per quindici o tre settimane; potete inviarmi notizie di voi presso la vedova Duchesne, libraia, in rue Saint-Jacques[892].
Vi ringrazio per la gentilezza dimostrata nel pensare alle mie commissioni. Ho ancora altre questioni da risolvere; potete quindi disporre liberamente delle vostre. Per quanto riguarda i regali e i fazzoletti, mi piacerebbe molto se poteste inviarmeli a Parigi, poiché mi farebbero grande piacere; tuttavia, dato che i fazzoletti sono nuovi, temo che possa essere difficile. Al momento, sono in grado di saldare il vostro piccolo debito senza alcun problema. Non sarà lo stesso, invece, quando, dopo le spese di un lungo e costoso viaggio, dovrò affrontare anche le spese per stabilirmi in Inghilterra: per questo motivo, vorrei che mi inviaste subito a Parigi l’importo del debito. Se preferite rimandare questa questione a quando sarò più tranquillo, vi prego almeno di indicarmi esattamente quanto ammontano tutte le vostre spese e di permettermi di farvi un rendiconto dettagliato. Considerate, caro amico, che avete una numerosa famiglia di cui dovete rendere conto dell’uso del vostro tempo, e che la divisione della vostra fortuna, per quanto grande possa essere, vi obbliga a non permettere che venga sprecata, in modo da garantire a tutti i vostri figli una vita dignitosa. Per quanto mi riguarda, sarò preoccupato per questo piccolo debito finché non verrà saldato o regolamentato. In ogni caso, anche se questa improvvisa partenza mi crea qualche difficoltà, dopo un po’ di tempo riuscirò a trovare il pane e tutto ciò di cui ho bisogno per il resto della mia vita, grazie a degli accordi di cui vi ho sicuramente parlato; al momento, non mi manca nulla. Ho abbastanza denaro per il mio viaggio e anche per altro ancora, e con un po’ di economia, spero di tornare presto alla mia solita situazione finanziaria. Ho ritenuto necessario fornirvi questi dettagli per tranquillizzare il vostro onesto cuore riguardo a un uomo che amate. Capite bene che, nel caos e nella fretta di una partenza improvvisa, non ho potuto portare con me mademoiselle Le Vasseur in questo periodo, finché non avessi trovato un alloggio; l’ho lasciata sull’isola di Saint-Pierre, dove sta molto bene e con persone molto oneste. Penso di farla venire in Inghilterra questa primavera, con la nave che parte da Yverdon ogni anno. Addio, caro signore; mille affettuosi saluti alla vostra cara famiglia e a tutti i nostri amici; vi abbraccio con tutto il mio cuore.
Lettera DCXLVII – A Monsieur de Luze
Parigi, 16 dicembre 1765.
Arrivo a casa della signora Duchesne pieno di desiderio di vedervi, di abbracciarvi e di concordare con voi i dettagli del viaggio rapido verso Londra, se ci fosse modo. Sono qui in totale sicurezza; ne ho la certezza più assoluta[894]. Tuttavia, per evitare di essere assillato, desidero rimanere il meno possibile e mantenere l’incognito più completo possibile, se ciò fosse possibile: quindi vi prego, non rivelatemi a nessuno. Vorrei andare da voi; ma per non dover portare il mio cappello per le strade, desidero che possiate venire voi stesso il prima possibile! Vi abbraccio con tutto il cuore, signore[895].
Lettera DCXLIX – A Monsieur d’Ivernois
Parigi, 18 dicembre 1765.
Ieri sera, signore, sono arrivato qui estremamente stanco e malato, in grande bisogno di riposo. Non sono qui sotto falso nome, né ho alcun bisogno di nascondermi: non mi sono mai nascosto, e non intendo farlo ora. Poiché ho preso posizione contro le ingiustizie umane, le valuto al loro peggio in ogni situazione, e mi aspetto di tutto da parte loro, anche di cose a volte positive. Ho effettivamente scritto quella lettera al signor balivo di Nidau; ma la copia che mi avete inviato è piena di contraddizioni ridicole e errori spaventosi. Si può facilmente capire da dove proviene. Non è certo la prima volta che si verificano falsificazioni del genere, e potete essere certi che persone così orgogliose delle proprie ingiustizie non si vergognano affatto delle proprie menzogne. Qui circolano copie più fedeli di quella lettera, provenienti da Berna, e che producono notevole effetto. Anche il principe ereditario stesso, a cui è stata letta sul suo letto di morte, ne è parso commosso, e ha detto cose che farebbero certamente arrossire i miei persecutori, se le sapessero. E se fossero persone capaci di vergognarsi di qualcosa.
Potete scrivermi liberamente presso madame Duchesne, dove sono ancora presente. Tuttavia, ho appena saputo che il principe di Conti ha avuto la gentilezza di farmi preparare un alloggio al Temple e desidera che io vi mi trasferisca. Non potrò certo rifiutare tale onore; tuttavia, anche dopo il mio trasloco, le vostre lettere arriveranno comunque alla stessa indirizzo.
Lettera DCLI – A Monsieur de Luze
22 dicembre 1765.
Signore, il dolore causato dalla perdita di un padre tanto amato in questo momento per la signora de Verdelin non mi permette di dedicarmi a divertimenti, mentre lei è immersa nel pianto. Pertanto, oggi non ci sarà musica. Tuttavia, stasera sarò a casa come al solito; e se fa parte dei vostri piani passare da me, questo cambiamento non mi impedirà di essere felice di vedervi. Mille saluti.
Lettera DCLIII – A Monsieur du Peyrou
A Parigi, il 24 dicembre 1765.
Je vous envoie, mon cher hôte, l’incluse ouverte, afin que vous voyiez de quoi il s’agit. Tout le monde me conseille de faire venir tout de suite mademoiselle Le Vasseur, et je compte sur votre amitié et sur vos soins, pour lui procurer les moyens de venir le plus promptement et le plus commodément qu’il sera possible. Je voudrais qu’elle vint tout de suite, ou qu’elle attendit le mois d’avril, parce que je crains pour elle les approches de l’équinoxe ou la mer est très orageuse. Disposez de tout selon votre prudence, en faisant, pour l’amour de moi, grande attention à sa commodité et à sa sûreté.
Notre voyage est arrangé pour le commencement de janvier ; M. de Luze aura pu vous en rendre compte. J’ai l’honneur d’être, en attendant, l’hôte de M le prince de Conti. Il a voulu que je fusse logé et servi avec une magnificence qu’il sait bien n’être pas selon mon goût ; mais je comprends que, dans la circonstance, il a voulu donner en cela un témoignage public de l’estime dont il m’honore. Il désirait beaucoup me retenir tout-à-fait, et m’établir dans un de ses châteaux à douze lieues d’ici ; mais il y avait à cela une condition nécessaire que je n’ai pu me résoudre d’accepter, quoiqu’il ait employé durant deux jours consécutifs toute son éloquence, et il en a beaucoup, pour me persuader. L’inquiétude où il était sur mes ressources m’a déterminé à lui exposer nos arrangements ; j’ai fait, par la même raison, la même confidence à tous mes amis devenus les vôtres, et qui, j’ose le dire, ont conçu pour vous la vénération qui vous est due. Cependant, une inquiétude déplacée sur tous les hasards leur a fait exiger de moi une promesse dont il faut que je m’acquitte, très persuadé que c’est un soin bien superflu ; c’est de vous prier de prendre les mesures convenables pour que, si j’avais le malheur de vous perdre, je ne fusse pas exposé à mourir de faim. Au reste, c’est un arrangement entre vous et vos héritiers, sur lequel il me suffit de la parole que vous m’avez donnée.
On se fait une fête en Angleterre d’ouvrir une souscription pour l’impression de mes ouvrages. Si vous voulez en tirer parti, j’ose vous assurer que le produit en peut être immense, et plus grand de mon vivant qu’après ma mort. Si cette idée pouvait vous déterminer à y faire un voyage, je désirerais autant de la voir exécutée, que je le craignais en toute autre occasion.
Je ne voudrais pas, mon cher hôte, séparer mes livres ; il faut vendre tout ou m’envoyer tout. Je pense que les livres, l’herbier et les estampes, le tout bien emballé, peut m’être envoyé par la Hollande, sans que les frais soient immenses, et je ne doute pas que MM. Portalès, et surtout M. Paul, qui m’a fait des offres si obligeantes, ne veuille bien se charger de ce soin. Toutefois, si vous trouvez l’occasion de vous défaire du tout, sauf les livres de botanique dont j’ai absolument besoin, j’y consens. Je pense que vous ferez bien aussi de m’envoyer toutes les lettres et autres papiers relatifs à mes mémoires, parce que mon projet est de rassembler et transcrire d’abord toutes mes pièces justificatives ; après quoi je vous renverrai les originaux à mesure que je les transcrirai. Vous devez en avoir déjà la première liasse ; j’attends, pour faire la seconde, une trentaine de lettres de 1758, qui doivent être entre vos mains. Pygmalion ne n’est plus nécessaire, n’étant plus à Strasbourg ; mais je ne serais pas fâché de pouvoir lire à mes amis le Lévite d’Éphraïm, dont beaucoup de gens me parlent avec curiosité.
Je vous écris avec beaucoup de distraction, parce qu’il me vient du monde sans cesse, et que je n’ai pas un moment à moi. Extérieurement, je suis forcé d’être à tous les survenants ; intérieurement, mon coeur est à vous ; soyez-en sûr. Je vous embrasse.
Si vous me répondez, sur-le-champ, je pourrai recevoir encore votre lettre, soit sous le pli de M. de Luze, soit directement à l’hôtel de Saint-Simon, au Temple.
Lettre DCLV– À M. d’Ivernois
Paris, le 30 décembre 1765.
Je reçois, mon bon ami, votre lettre du 23. Je suis très fâché que vous n’ayez pas été voir M. de Voltaire. Avez-vous pu penser que cette démarche me ferait de la peine ? que vous connaissez mal mon coeur ! Eh ! plût à Dieu qu’une heureuse réconciliation entre vous, opérée par les soins de cet homme illustre, me faisant oublier tous ses torts, me livrât sans mélange à mon admiration pour lui ! Dans les temps où il m’a le plus cruellement traité, j’ai toujours eu beaucoup moins d’aversion pour lui que d’amour pour mon pays. Quel que soit l’homme qui vous rendra la paix et la liberté, il me sera toujours cher et respectable. Si c’est Voltaire, il pourra du reste me faire tout le mal qu’il voudra ; mes voeux constants, jusqu’à mon dernier soupir, seront pour son bonheur et pour sa gloire.
Laissez menacer les jongleurs ; tel fiert qui ne tue pas[897]. Votre sort est presque entre les mains de M. de Voltaire ; s’il est pour vous, les jongleurs vous feront fort peu de mal. Je vous conseille et vous exhorte, après que vous l’aurez suffisamment sondé, de lui donner votre confiance. Il n’est pas croyable que, pouvant être l’admiration de l’univers, il veuille en devenir l’horreur : il sent trop bien l’avantage de sa position pour ne pas la mettre à profit pour sa gloire. Je ne puis penser qu’il veuille, en vous trahissant, se couvrir d’infamie. En un mot, il est votre unique ressource : ne vous l’ôtez pas. S’il vous trahit, vous êtes perdu, je l’avoue ; mais vous l’êtes également s’il ne se mêle pas de vous. Livrez-vous donc à lui rondement et franchement ; gagnez son coeur par cette confiance ; prêtez-vous à tout accommodement raisonnable. Assurez les lois et la liberté ; mais sacrifiez l’amour-propre à la paix. Surtout aucune mention de moi, pour ne pas aigrir ceux qui me haïssent ; et si M. de Voltaire vous sert comme il le doit, s’il entend sa gloire, comblez-le d’honneurs, et consacrez à Apollon pacificateur, Phoebo pacatori, la médaille que vous m’aviez destinée.
FIN DU TOME TROISIÈME DE LA CORRESPONDANCE
Table de la correspondance
Liste générale des titres
Correspondance
PARTIE IV
– Du 1er janvier 1766 à fin juin 1768
Depuis son départ de Paris pour l’Angleterre
jusqu’à sa sortie de Trye-le Château.
Présentation
Cet espace comprend le séjour de Jean-Jacques à Wootton, et chez le prince de Conti.
1766
Lettre DCLVI– À M. du Peyrou
Lettre DCLVII– À Madame de Créqui
Lettre DCLVIII– À Madame La Tour
Lettre DCLIX– À Madame la comtesse de Boufflers
Lettre DCLX– À M. du Peyrou
Lettre DCLXL – À M. d’Ivernois
Lettre DCLXII– À Madame la comtesse de Boufflers
Lettre DCLXIII– À M. du Peyrou
Lettre DCLXIV– À M. d’Ivernois
Lettre DCLXV– À M. le chevalier de Beauteville
Lettre DCLXVI– À M. le comte Orloff
Lettre DCLXVII– À M. du Peyrou
Lettre DCLXVIII– Au même
Lettre DCLXIX– À M. Hume
Lettre DCLXX– Au même
Lettre DCLXXI– À M. du Peyrou
Lettre DCLXXII– À M. J.F Coindet
Lettre DCLXXIII– Au roi de Prusse
Lettre DCLXXIII– À M. le chevalier d’Éon
Lettre DCLXXV– À M. d’Ivernois
Lettre DCLXXVI– À Milord Strafford
Lettre DCLXXVII– À Madame la comtesse de Boufflers
Lettre DCLXXVIII– À Milord ***
Lettre DCLXXIX– À l’auteur de Saint-James Chronicle
Lettre DCLXXX– À Madame la comtesse de Boufflers
Lettre DCLXXXI– À MM. Becket et de Hondt
Lettre DCLXXXII– À M. F.H. Rousseau
Lettre DCLXXXIII– À Lord ***
Lettre DCLXXXIV– À M…
Lettre DCLXXXV– À Madame de Luze
Lettre DCLXXXVI– À M. de Luze
Lettre DCLXXXVII– À M. du Peyrou
Lettre DCLXXXVIII– À Madame de Créqui
Lettre DCLXXXIX– À M. de Malesherbes
Lettre DCXC – À M. le général Conway
Lettre DCXCI – À M. du Peyrou
Lettre DCXCII – À M. d’Ivernois
Lettre DCXCIII – À M. du Peyrou
Lettre DCXCIV – Au même
Lettre DCXCV – À M. Hume
Lettre DCXCVI – À M. d’Ivernois
Lettre DCXCVII – À M. Granville
Lettre DCXCVIII – Au même
Lettre DCXCIX – Au même
Lettre DCC – Au même
Lettre DCCI – Au même
Lettre DCCII – Au même
Lettre DCCIII – À Mademoiselle Dewes
Lettre DCCIV – À M. Davenport
Lettre DCCV – À M. David Hume
Lettre DCCVI – À M. du Peyrou
Lettre DCCVII – À Milord Maréchal
Lettre DCCVIII – À M. Davenport
Lettre DCCIX – À M. Guy
Lettre DCCX – À Milord Maréchal
Lettre DCCXI – À Madame la marquise de Verdelin
Lettre DCCXII – À M. Marc-Michel Rey
Lettre DCCXIII – À M. d’Ivernois
Lettre DCCXIV – À M. du Peyrou
Lettre DCCXV – À Madame la comtesse de Boufflers
Lettre DCCXVI – À M. d’Ivernois
I am sending you, my dear host, the open envelope containing the necessary details, so that you may see what it is all about. Everyone advises me to have mademoiselle Le Vasseur come here immediately, and I rely on your friendship and care to ensure that she can arrive as quickly and conveniently as possible. I would like her to come right away, or at the latest by April, because I am concerned for her safety during the approach of the equinoxes when the sea is often very stormy. Please act according to your discretion, and for my sake, pay great attention to her comfort and well-being.
Our journey is scheduled for the beginning of January; Mr. de Luze must have informed you about this. In the meantime, I have the honor of being the host to His Highness the Prince de Conti. He insisted that I be accommodated and served with a magnificence that he well knows does not suit my tastes; yet I understand that, under these circumstances, he wished to publicly demonstrate the esteem in which he holds me. He was very eager to keep me with him entirely and to settle me in one of his castles twelve miles from here; but there was one necessary condition that I could not bring myself to accept, despite his using all his eloquence—of which he is quite capable—for two consecutive days to persuade me otherwise. His concern for my financial situation led me to explain our arrangements to him; for the same reason, I shared this information with all my friends who have since become yours, and who, I dare say, have developed for you the respect that you deserve. However, their unnecessary anxiety about various possibilities led them to demand from me a promise which I must fulfill—though I am firmly convinced that it is entirely superfluous: namely, to ask you to take appropriate measures so that, should I unfortunately lose you, I would not be left to die of hunger. After all, this is an arrangement between you and your heirs; for my part, the word you have given me is sufficient.
In England, people celebrate the initiation of a subscription campaign for the printing of my works. If you wish to take advantage of this opportunity, I assure you that the benefits could be immense—greater even in my lifetime than after my death. If this idea motivates you to make the journey there, I would wish for its realization as much as I feared it might not happen under any other circumstances.
I would not wish to part with my books, my dear host; it is necessary to sell them all or have them sent to me. I believe that the books, the herbarium, and the prints, if properly packed, could be sent from Holland without incurring excessive expenses, and I do not doubt that Messrs. Portalès, and especially Mr. Paul, who has made me such kind offers, would be willing to take care of this matter for me. However, if you happen to find an opportunity to get rid of everything except the botany books which I absolutely need, I would consent. I also think it would be advisable for you to send me all the letters and other documents related to my memoirs, because my plan is first to collect and transcribe all my supporting materials; after that, I will return the originals to you as I complete the transcription. You must already have the first bundle of these documents; I am waiting for about thirty letters from 1758 to assemble the second bundle, which should be in your possession. Pygmalion is no longer necessary since I am no longer in Strasbourg; but I would be pleased if I could read to my friends The Levite of Ephraim, about which many people have shown me great interest.
I am writing to you with great distraction, because matters from the outside world keep coming at me constantly, and I don’t have a moment for myself. On the outside, I am forced to attend to all these affairs; inside, my heart is with you—believe that. I kiss you.
If you reply to me immediately, I will be able to receive your letter again, either inside the envelope sent by Mr. de Luze or directly at the Hôtel de Saint-Simon, in the Temple.
Letter DCLV – To Mr. d’Ivernois
Paris, December 30, 1765.
My dear friend, I have received your letter dated the 23rd. I am very disappointed that you did not go to see Mr. de Voltaire. Could you have thought that such a step would cause me any pain? How little you understand my feelings! Oh, may God grant that a happy reconciliation between you, brought about by the efforts of this illustrious man, might make me forget all his wrongs and allow me to express my admiration for him without reservation! Even in the times when he treated me most cruelly, I never felt less aversion toward him than love for my country. Whatever man restores peace and freedom to you, he will always be dear and respected by me. If it is Voltaire, then he may do to me whatever he wishes; my constant wishes, until my last breath, will be for his happiness and glory.
Let the jugglers be threatened; he who does not kill is truly honorable[897]. Your fate is almost in the hands of Monsieur de Voltaire; if it is favorable to you, those jugglers will cause you little harm. I advise you and exhort you—after thoroughly examining his intentions—to place your trust in him. It is inconceivable that someone who could be the object of universal admiration would wish to become its source of horror: he is too aware of the advantages of his position to fail to use it for his own glory. I cannot believe he would seek to bring disgrace upon himself by betraying you. In short, he is your only hope; do not lose him. If he betrays you, you are lost, I admit it; but you would be just as lost if he did nothing at all to help you. Therefore, confide in him wholeheartedly and frankly; win his trust through this confidence; be willing to make any reasonable compromise. Ensure the protection of laws and freedom; but sacrifice your pride for the sake of peace. Above all, never mention me, so as not to enrage those who hate me; and if Monsieur de Voltaire serves you properly, if he seeks his own glory, honor him generously. And dedicate to Apollo the pacifier, Phoebo pacatori, the medal that you had intended for me.
END OF VOLUE THREE OF THE CORRESPONDENCE
Correspondence Table
General list of titles
Correspondence
PART IV
– From January 1, 1766, to late June 1768
Since his departure from Paris for England.
until his departure from Trye-le-Château.
Presentation
This period includes Jean-Jacques’ stay in Wootton, as well as at the residence of the Prince of Conti.
1766
Letter DCLVI – To Mr. du Peyrou
Letter DCLVII – To Madame de Créqui
Letter DCLVIII – To Madame La Tour
Letter DCLIX – To Madame la Comtesse de Boufflers
Letter DCLX – To Mr. du Peyrou
Letter DCLXL – To Mr. d’Ivernois
Letter DCLXII – To Madame la Comtesse de Boufflers
Letter DCLXIII – To Mr. du Peyrou
Letter DCLXIV – To Mr. d’Ivernois
Letter DCLXV – To Mr. Chevalier de Beauteville
Letter DCLXVI – To Mr. Count Orloff
Letter DCLXVII – To Mr. du Peyrou
Letter DCLXVIII – To the Same One
Letter DCLXIX – To Mr. Hume
Letter DCLXX – To the Same One
Letter DCLXXI – To Mr. du Peyrou
Letter DCLXXII – To Mr. J.F. Coindet
Letter DCLXXIII – To the King of Prussia
Letter DCLXXIII – To Mr. Chevalier d’Éon
Letter DCLXXV – To Mr. d’Ivernois
Letter DCLXXVI – To Lord Strafford
Letter DCLXXVII – To Madame la Comtesse de Boufflers
Letter DCLXXVIII – To My Lord ***
Letter DCLXXIX – To the author of The Saint James Chronicle
Letter DCLXXX – To Madame la Comtesse de Boufflers
Letter DCLXXXI – To Messrs. Becket and de Hondt
Letter DCLXXXII – To Mr. F.H. Rousseau
Letter DCLXXXIII – To Lord ***
Letter DCLXXXIV – To M.
Letter DCLXXXV – To Madame de Luze
Letter DCLXXXVI – To Mr. de Luze
Letter DCLXXXVII – To Mr. du Peyrou
Letter DCLXXXVIII – To Madame de Créqui
Letter DCLXXXIX – To Mr. de Malesherbes
Letter DCXC – To General Conway
Letter DCXCI – To Mr. du Peyrou
Letter DCXCII – To Mr. d’Ivernois
Letter DCXCIII – To Mr. du Peyrou
Letter DCXCIV – To the Same One
Letter DCXCV – To Mr. Hume
Letter DCXCVI – To Mr. d’Ivernois
Letter DCXCVII – To Mr. Granville
Letter DCXCVIII – To the Same One
Letter DCXCIX – To the Same One
Letter DCC – To the Same One
Letter DCCI – To the Same One
Letter DCCII – To the Same One
Letter DCCIII – To Miss Dewes
Letter DCCIV – To Mr. Davenport
Letter DCCV – To Mr. David Hume
Letter DCCVI – To Mr. du Peyrou
Letter DCCVII – To My Lord Marshal
Letter DCCVIII – To Mr. Davenport
Letter DCCIX – To Mr. Guy
Letter DCCX – To My Lord Marshal
Letter DCCXI – To Madame la Marquise de Verdelin
Letter DCCXII – To Mr. Marc-Michel Rey
Letter DCCXIII – To Mr. d’Ivernois
Letter DCCXIV – To Mr. du Peyrou
Letter DCCXV – To Madame la Comtesse de Boufflers
Letter DCCXVI – To Mr. d’Ivernois
Vi invio, caro ospite, l’involucro aperto, affinché possiate vedere di cosa si tratta. Tutti mi consigliano di far venire immediatamente mademoiselle Le Vasseur, e conto sulla vostra amicizia e sui vostri aiuti per farle trovare i mezzi necessari per arrivare il prima possibile e nel modo più comodo. Vorrei che venisse subito, oppure che aspettasse fino al mese di aprile, perché temo per lei le vicinanze dell’equinozio: in quel periodo il mare è molto agitato. Disponete di tutto secondo la vostra prudenza, e fate, per amor mio, molta attenzione alla sua comodità e alla sua sicurezza.
Il nostro viaggio è fissato per l’inizio di gennaio; il signor de Luze avrà sicuramente potuto informarvi in merito. Nel frattempo, ho l’onore di essere ospite del principe di Conti. Ha voluto che fossi alloggiato e servito con una magnificenza che, ben sapeva, non corrispondeva ai miei gusti; tuttavia comprendo che, in queste circostanze, volesse così dimostrare pubblicamente l’alta stima che nutre per me. Desiderava molto trattenermi presso di sé e stabilirmi in uno dei suoi castelli, situato a dodici miglia da qui; ma c’era una condizione necessaria che non ho potuto accettare, nonostante abbia impiegato due giorni consecutivi tutta la sua eloquenza – di cui dispone certamente in abbondanza – per convincermi. L’ansia che provava riguardo alle mie risorse finanziarie mi ha spinto a rivelargli i nostri piani; per lo stesso motivo, ho condiviso questa informazione anche con tutti i miei amici, che ora sono diventati anche i vostri, e che, oserei dire, hanno sviluppato per voi la stessa profonda venerazione che vi è dovuta. Tuttavia, un’inutile apprensione riguardo a eventuali imprevisti li ha spinti a chiedermi una promessa che devo assolutamente mantenere, anche se sono convinto che si tratti di una precauzione del tutto superflua: vi prego cioè di prendere tutte le misure necessarie affinché, nel caso mi capitasse la sfortuna di perdervi, non debba rischiare di morire di fame. Del resto, si tratta di un accordo tra voi e i vostri eredi; per quanto riguarda questo aspetto, mi basta la vostra parola.
In Inghilterra si festeggia l’avvio di una raccolta fondi per la stampa delle mie opere. Se desiderate trarne vantaggio, vi assicuro che i benefici potrebbero essere immensi, e maggiori durante la mia vita che dopo la mia morte. Se questa idea potesse spingervi a intraprendere un viaggio in Inghilterra, vorrei tanto che si realizzasse, proprio come temevo che non avvenisse in qualsiasi altra circostanza.
Caro ospite, non vorrei separarmi dai miei libri; è necessario vendere tutto o farmelo inviare. Penso che i libri, l’erbario e le stampe, ben imballati, possano essere spediti dall’Olanda senza costi eccessivi, e non dubito che i signori Portalès, soprattutto il signor Paul, che mi ha fatto offerte così gentili, si prenderanno cura di questo. Tuttavia, se trovaste l’occasione di disfarvi di tutto, tranne che dei libri di botanica di cui ho assolutamente bisogno, sono d’accordo. Penso anche che sia opportuno inviarmi tutte le lettere e gli altri documenti relativi ai miei ricordi, poiché il mio piano è prima raccogliere e trascrivere tutte le mie prove; successivamente vi rimanderò gli originali man mano che li trascriverò. Dovreste già avere la prima raccolta di questi documenti; aspetto, per preparare la seconda, circa trenta lettere del 1758 che dovrebbero essere in vostro possesso. Pygmalion non è più necessario, poiché non si trova più a Strasburgo; tuttavia non mi dispiacerebbe poter leggere ai miei amici il “Levita di Efraim”, di cui molte persone parlano con curiosità.
Vi scrivo con molta distrazione, perché continuamente mi vengono richieste cose dal mondo esterno e non ho un momento libero per me stesso. Esteriormente sono costretto ad occuparmi di tutte queste cose; interiormente, il mio cuore è solo vostro; ne siete certi. Vi bacio.
Se mi rispondete immediatamente, potrò ricevere ancora la vostra lettera, sia attraverso il plico inviato da Monsieur de Luze, sia direttamente all’hotel de Saint-Simon, nel Temple.
Lettera DCLV – A Monsieur d’Ivernois
Parigi, 30 dicembre 1765.
Caro amico, ricevo la tua lettera del 23. Sono molto dispiaciuto che tu non sia andato a trovare il signor de Voltaire. Come hai potuto pensare che una tale iniziativa mi avrebbe fatto del male? Che poco conosci il mio cuore! Oh, se solo una felice riconciliazione tra voi, operata grazie agli sforzi di quest’uomo illustre, potesse farmi dimenticare tutti i suoi torti e permettermi di dedicargli tutta la mia ammirazione. Nei momenti in cui mi ha trattato più crudelmente, ho sempre provato per lui molto meno avversione che amore per il mio paese. Chiunque sia l’uomo che vi restituirà la pace e la libertà, sarà sempre caro e rispettabile ai miei occhi. Se è Voltaire, potrà comunque farmi tutto il male che vuole; i miei desideri costanti, fino all’ultimo mio respiro, saranno per la sua felicità e la sua gloria.
Lasciate che i giocolieri minaccino; un uomo nobile che non uccide non merita disprezzo[897]. Il vostro destino è quasi nelle mani di Monsieur de Voltaire: se è dalla vostra parte, i giocolieri vi faranno molto poco male. Vi consiglio e vi esorto, dopo averlo sufficientemente valutato, a fidarvi di lui. Non è credibile che, potendo essere l’oggetto dell’ammirazione di tutto il mondo, voglia diventare la sua fonte di orrore: conosce troppo bene i vantaggi della sua posizione per non sfruttarli a proprio vantaggio. Non riesco a immaginare che, tradendovi, voglia coprirsi di infamia. In breve, è la vostra unica risorsa: non rinunciatelo. Se vi tradisce, siete perduti, lo ammetto; ma lo sareste ugualmente se lui stesso non intervenisse in vostro aiuto. Dategli quindi fiducia apertamente e sinceramente; conquistate il suo cuore con questa fiducia; accettate qualsiasi accordo ragionevole. Proteggete le leggi e la libertà, ma sacrificiate l’orgoglio per la pace. Soprattutto, non menzionatemi mai, per non inasprire coloro che mi odiano; e se Monsieur de Voltaire vi aiuterà come dovrebbe, se penserà alla propria gloria, onoratelo profondamente, e dedicate a Apollo pacificatore la medaglia che avevate destinato a me.
Fine del terzo volume della corrispondenza.
Tabella della corrispondenza
Elenco generale dei titoli
Corrispondenza
PARTE IV
– Dal 1° gennaio 1766 alla fine di giugno 1768
Dall’epoca della sua partenza da Parigi per l’Inghilterra.
Fino alla sua uscita da Trye-le-Château.
Presentazione
Questo spazio include il soggiorno di Jean-Jacques a Wootton e presso il principe di Conti.
1766
Lettera DCLVI – A Monsieur du Peyrou
Lettera DCLVII – Alla Signora de Créqui
Lettera DCLVIII – A Madame La Tour
Lettera DCLIX – Alla contessa di Boufflers
Lettera DCLX – A Monsieur du Peyrou
Lettera DCLXL – A Monsieur d’Ivernois
Lettera DCLXII – Alla contessa di Boufflers
Lettera DCLXIII – A Monsieur du Peyrou
Lettera DCLXIV – A Monsieur d’Ivernois
Lettera DCLXV – A Monsignor il Cavaliere de Beauteville
Lettera DCLXVI – A Monsignor il conte Orloff
Lettera DCLXVII – A Monsieur du Peyrou
Lettera DCLXVIII – Allo stesso.
Lettera DCLXIX – A Monsieur Hume
Lettera DCLXX – Allo stesso.
Lettera DCLXXI – A Monsieur du Peyrou
Lettera DCLXXII – A Monsieur J.F. Coindet
Lettera DCLXXIII – Al re di Prussia
Lettera DCLXXIII – A Monsignor il Cavaliere d’Éon
Lettera DCLXXV – A Monsieur d’Ivernois
Lettera DCLXXVI – A Lord Strafford
Lettera DCLXXVII – Alla contessa di Boufflers
Lettera DCLXXVIII – A Lord ***
Lettera DCLXXIX – All’autore della “Saint-James Chronicle”
Lettera DCLXXX – Alla contessa di Boufflers
Lettera DCLXXXI – Ai signori Becket e de Hondt
Lettera DCLXXXII – A Monsieur F.H. Rousseau
Lettera DCLXXXIII – A Lord ***
Lettera DCLXXXIV – A M.
Lettera DCLXXXV – Alla Signora de Luze
Lettera DCLXXXVI – A Monsieur de Luze
Lettera DCLXXXVII – A Monsieur du Peyrou
Lettera DCLXXXVIII – Alla Signora de Créqui
Lettera DCLXXXIX – A Monsieur de Malesherbes
Lettera DCXC – A Sua Eccellenza il generale Conway
Lettera DCXCI – A Monsieur du Peyrou
Lettera DCXCII – A Monsieur d’Ivernois
Lettera DCXCIII – A Monsieur du Peyrou
Lettera DCXCIV – Allo stesso.
Lettera DCXCV – A Monsieur Hume
Lettera DCXCVI – A Monsieur d’Ivernois
Lettera DCXCVII – A Monsieur Granville
Lettera DCXCVIII – Allo stesso.
Lettera DCXCIX – Allo stesso.
Lettera DCC – Allo stesso.
Lettera DCCI – Allo stesso.
Lettera DCCII – Allo stesso
Lettera DCCIII – A Mademoiselle Dewes
Lettera DCCIV – A Monsieur Davenport
Lettera DCCV – A Monsieur David Hume
Lettera DCCVI – A Monsieur du Peyrou
Lettera DCCVII – A Sua Signoria il Maresciallo
Lettera DCCVIII – A Monsieur Davenport
Lettera DCCIX – A Monsieur Guy
Lettera DCCX – A Sua Signoria il Maresciallo
Lettera DCCXI – Alla signora marchesa di Verdelin
Lettera DCCXII – A Monsieur Marc-Michel Rey
Lettera DCCXIII – A Monsieur d’Ivernois
Lettera DCCXIV – A Monsieur du Peyrou
Lettera DCCXV – Alla contessa di Boufflers
Lettera DCCXVI – A Monsieur d’Ivernois
Lettre DCCXVII – À Madame la duchesse de Portland
Lettre DCCXVIII – À M. Roustan
Lettre DCCXIX – À Milord Maréchal
Lettre DCCXX – À M. Richard Davenport
Lettre DCCXXI – À Milord Maréchal
Lettre DCCXXII – À Madame***
Lettre DCCXXIII – À M. du Peyrou
Lettre DCCXXIV – Au même
Lettre DCCXXV – Au même
Lettre DCCXXVI – À M. Lalliaud
Lettre DCCXXVII – À Mademoiselle Dewes
Lettre DCCXXVIII – À Milord Maréchal
Lettre DCCXXIX – À M. d’Ivernois
Lettre DCCXXX – À M. Davenport
Lettre DCCXXXI – À Lord Vicomte de Nuncham
Table de la correspondance
Lettre DCLVII– À Madame de Créqui
Au Temple, le 1er janvier 1766.
Le désir de vous revoir, madame, formait un de ceux qui m’attiraient à Paris. La nécessité, la dure nécessité, qui gouverne toujours ma vie, m’empêche de le satisfaire. Je pars avec la cruelle certitude de ne vous revoir jamais : mais mon sort n’a point changé mon âme ; l’attachement, le respect, la reconnaissance, tous les sentiments que j’eus pour vous dans les moments les plus heureux, m’accompagneront dans mes richesses jusqu’à mon dernier soupir[898].
Lettre DCLIX– À Madame la comtesse de Boufflers
Londres, 18 janvier 1766.
Nous sommes arrivés ici, madame, lundi dernier, après un voyage sans accident ; je n’ai pu, comme je l’espérais, me transporter d’abord à la campagne. M. Hume a eu la bonté d’y venir hier faire une tournée avec moi, pour chercher un logement. Nous avons passé à Fulham, chez le jardinier auquel on avait songé ; nous avons trouvé une maison très malpropre, où il n’a qu’une seule chambre à donner, laquelle a deux lits, dont l’un est maintenant occupé par un malade, et qu’il n’a pas même voulu nous montrer. Nous avons vu quelques endroits sur lesquels nous ne sommes pas encore décidés, mon désir ardent étant de m’éloigner davantage de Londres, et M. Hume pensant que cela ne se peut, sans savoir l’anglais ; je ne puis mieux faire que de m’en rapporter entièrement à la direction d’un conducteur si zélé. Cependant je vous avoue, madame, que je ne renoncerais pas facilement à la solitude dont je m’étais flatté et où je comptais nourrir à mon aise les précieux souvenirs des bontés de M. le prince de Conti et des vôtres.
M. Hume m’a dit qu’il courait à Paris une prétendue lettre que le roi de Prusse m’a écrite. Le roi de Prusse m’a honoré de sa protection la plus décidée et des offres les plus obligeantes ; mais il ne m’a jamais écrit. Comme toutes ces fabrications ne tarissent point, et ne tariront vraisemblablement pas si tôt, je désirerais ardemment qu’on voulût bien me les laisser ignorer, et que mes ennemis en fussent pour les tourments qu’il leur plaît de se donner sur mon compte, sans me les faire partager dans ma retraite. Puissé-je ne plus rien savoir de ce qui se passe en terre ferme, hors ce qui intéresse les personnes qui me sont chères ! J’apprends, par une lettre de Neuchâtel, que mademoiselle Le Vasseur est actuellement en route pour Paris ; peut-être au moment où vous recevrez cette lettre, madame, sera-t-elle déjà chez madame la maréchale : je prends la liberté de la recommander de nouveau à votre protection, et aux bons conseils de miss Beckett. Je souhaite qu’elle vienne me joindre le plus tôt qu’il lui sera possible : elle s’adressera à palais ; à M. Mord Disque, négociant ; et à Douvres, à M. Minet 1 maître des paquebots, qui l’adressera à M. Steward, à Londres.
Je ne puis rien vous dire de ce pays, madame, que vous ne sachiez mieux que moi ; il me parait qu’on m’y voit avec plaisir, et cela m’y attache. Cependant j’aimerais mieux la Suisse que l’Angleterre, mais j’aime mieux les Anglais que les Suisses. Votre séjour chez cette nation, quoique court, lui a laissé des impressions qui m’en donnent de bien favorables sur son compte. Tout le monde m’y parle de vous, même en songeant moins à moi qu’à soi. On s’y souvient de vos voyages, comme d’un bonheur pour l’Angleterre, et je suis sûr d’y trouver partout la bienveillance, en me vantant de la vôtre. Cependant, comme tout ce qu’on dit ne vaut pas, à mon gré, ce que je sens, je voudrais de l’hôtel de Saint-Simon avoir été transporté dans la plus profonde solitude : j’aurais été bien sûr de n’y jamais rester seul. Mon amour pour la retraite ne m’a pourtant pas fait encore accepter aucun des logements qu’on m’a offerts en campagne. Me voilà devenu difficile en hôte.
Lorsque vous voudrez bien, madame, me faire dire un mot de vos nouvelles, soit directement, soit par M. Hume, permettez que je vous prie de m’en faire donner aussi sur la santé de madame la maréchale.
Après avoir écrit cette lettre, j’apprends que M. Hume a trouvé un seigneur du pays de Galles, qui, dans un vieux monastère où loge un de ses fermiers, lui fait offre pour moi d’un logement précisément tel que je le désire. Cette nouvelle, madame, me comble de joie. Si dans cette contrée, si éloignée et si sauvage, je puis passer en paix les derniers jours de ma vie, oublié des hommes, cet intervalle de repos me fera bientôt oublier toutes mes misères, et je serais redevable à M. Hume de tout le bonheur auquel je puisse encore aspirer.
Observation
Une circonstance rapportée dans cette lettre mérite d’être remarquée : c’est la confidence de David Hume à Jean-Jacques, sur la prétendue lettre du roi de Prusse. Rousseau fuyait en Angleterre pour ne plus entendre ce que ses ennemis disaient de lui ; et son hôte a la maladresse de l’en instruire. Jean-Jacques en eut de l’humeur contre Hume : il n’ose l’exprimer directement à madame de Boufflers, amie intime de l’historien, et qui les avait liés tous les deux, mais il ne saurait en dissimuler l’expression. Je désirerais qu’on voulût bien, etc. Il est probable qu’il voulait faire donner l’avis par madame de Boufflers.
Lettre DCLXL – À M. d’Ivernois
Chiswick, le 29 janvier 1766.
Je suis arrivé heureusement dans ce pays : j’ai été accueilli, et j’en suis très content : mais ma santé, mon humeur, mon état, demandent que je m’éloigne de Londres ; et, pour ne plus entendre parler, s’il est possible, de mes malheurs, je vais dans peu me confiner dans le pays de Galles. Puissé-je mourir en paix ! c’est le seul voeu qui me reste à faire. Je vous embrasse tendrement.
Lettre DCLXIII– À M. du Peyrou
À Chiswick, le 15 février 1766.
J’ai reçu presque à la fois deux bien grands plaisirs, mademoiselle Le Vasseur et votre n° 17 ; j’apprends par l’une et par l’autre combien vous êtes occupé de vos affaires, et encore plus des miennes. La nouvelle arrivée n’a rien eu de plus pressé que d’entrer avec moi dans les détails de vos bontés pour elle, qui m’ont touché, sans doute, mais qui ne m’ont pas surpris. Je n’ajoute rien là-dessus ; vous savez pourquoi. Je n’attends plus, pour me mettre en route avec elle pour le pays de Galles, qu’un peu de repos pour elle, et un temps plus doux pour tous les deux. La Tamise a été prise, la gelée a été terrible ; nous avons eu l’un des plus rudes hivers dont j’aie connaissance ; il semble que la charité chrétienne de messieurs de Berne l’ait choisi tout exprès pour me faire voyager.
Mademoiselle Le Vasseur ne m’a point apporté la petite caisse, qui n’a dû arriver à Paris que le jour qu’elle en est partie. J’espère que madame de Faugnes aura la bonté d’en prendre soin ; je l’ai recommandée aussi à M. de Luze, qui partit samedi dernier en bonne santé, mais fort peu content de Londres. Au moyen de toutes vos précautions, j’ai lieu d’espérer que ces papiers me parviendront sains et saufs. Cependant, je ne puis me défendre d’en être un peu inquiet, vu l’importance dont ils sont pour les recueils dont je vais m’occuper.
Dans mes deux précédentes lettres, j’entrais dans de longs détails sur l’envoi de mes livres et papiers. J’ai quelque lieu de craindre que la première n’ait été perdue ; mais la deuxième suffit pour vous guider dans l’envoi que vous voulez m’en faire, et qui réellement me fera grand plaisir dans ma retraite ; ce qui m’en ferait bien plus encore, serait l’espoir de vous y voir un jour. Si jamais M. de Cerjeat vous y attire, j’aurai bien des raisons de l’aimer. Je n’ai pas ouï parler de lui, et je ne cherche pas de nouvelles connaissances ; mais, s’il cherche à me voir, je le recevrai comme votre ami, et j’oublierai qu’il croit aux miracles.
Letter DCCXVII – To Madame la Duchesse de Portland
Letter DCCXVIII – To Mr. Roustan
Letter DCCXIX – To My Lord Marshal
Letter DCCXX – To Mr. Richard Davenport
Letter DCCXXI – To My Lord Marshal
Letter DCCXXII – To Madame***
Letter DCCXXIII – To Mr. du Peyrou
Letter DCCXXIV – To the Same One
Letter DCCXXV – To the Same One
Letter DCCXXVI – To Mr. Lalliaud
Letter DCCXXVII – To Miss Dewes
Letter DCCXXVIII – To My Lord Marshal
Letter DCCXXIX – To Mr. d’Ivernois
Letter DCCXXX – To Mr. Davenport
Letter DCCXXXI – To Lord Vicomte de Nuncham
Correspondence Table
Letter DCLVII – To Madame de Créqui
At the Temple, on January 1, 1766.
The desire to see you again, madam, was one of the reasons that drew me to Paris. But the necessity—the harsh necessity—that always governs my life prevents me from fulfilling it. I leave with the cruel certainty that I will never see you again; yet my fate has not changed my soul. The affection, respect, and gratitude I felt for you in the happiest moments of my life will accompany me throughout my wealth, until my last breath[898].
Letter DCLIX – To Madame la Comtesse de Boufflers
London, January 18, 1766.
We arrived here, madam, last Monday, after a journey without any accidents; I was unable, as I had hoped, to go directly to the countryside first. Mr. Hume had the kindness of coming with me yesterday to look for a place to stay. We stopped at Fulham, where we visited the gardener who had been suggested as a possible host; however, we found a very dirty house where he only had one room available—a room with two beds, one of which was currently occupied by a sick person—and he even refused to show it to us. We saw several other places, but we have not yet made a decision. My strong desire is to move further away from London, but Mr. Hume believes that this is impossible without knowing English; therefore, I can do no better than rely entirely on the guidance of such a dedicated and attentive host. Nevertheless, I must confess to you, madam, that I would not easily give up the solitude I had enjoyed, where I hoped to quietly cherish the precious memories of the kindnesses shown me by Mr. the Prince de Conti and by you.
Mr. Hume told me that there was a supposed letter circulating in Paris, claiming to be written by the King of Prussia to me. The King of Prussia has honored me with his most firm support and the most generous offers; yet he has never written to me personally. Since such fabrications continue unabated and are likely to persist for some time to come, I earnestly hope that people will choose to ignore them. Let my enemies indulge in all the troubles they wish to cause myself—let them bear the consequences of their own actions, without involving me in them while I am in retreat. May I never hear anything about what is happening on mainland France, except what concerns those dear to my heart! I have learned from a letter from Neuchâtel that Mademoiselle Le Vasseur is currently on her way to Paris; perhaps by the time you receive this letter, Madame, she will already have arrived at the residence of the Marquise. I take the liberty of recommending her once again to your protection and to the kind guidance of Miss Beckett. I hope she will join me as soon as possible. She should address herself to M. Mord Disque, a merchant in Paris; and upon arriving in Dover, to M. Minet, the master of the packet ships, who will then direct her to M. Steward in London.
Madam, I cannot tell you anything about that country that you would not already know better than I do; it seems that people are pleased to see me there, and that fact makes me feel attached to it. Nevertheless, I prefer Switzerland to England, but I like the English more than the Swiss. Your brief stay in that nation has left such favorable impressions upon me that everyone speaks well of it. Everyone mentions you there, often thinking less of me than of themselves. People recall your travels as a source of happiness for England, and I am certain that everywhere I would receive kindness, especially since I can boast of yours. However, since not everything people say holds the same weight in my eyes as what I personally feel, I wish I had been transported from the Hôtel de Saint-Simon into the deepest solitude—there, I would have been certain never to be alone. Yet, even my love for seclusion has not led me to accept any of the country houses that have been offered to me. In short, I have become rather particular when it comes to choosing where to stay.
When you wish, madam, for me to convey some news from you, either directly or through Mr. Hume, please also let me know how madam the marshal is doing.
After writing this letter, I learn that Mr. Hume has found a gentleman from Wales who, in an old monastery where one of his tenants lives, has offered me exactly the kind of accommodation I desire. This news, madam, fills me with joy. If I can spend the last days of my life in this remote and wild region, forgotten by all men, this period of peace will soon enable me to forget all my misfortunes, and I would owe Mr. Hume all the happiness I may yet aspire to attain.
Observation
There is one circumstance mentioned in this letter that deserves attention: it relates to David Hume’s confidance to Jean-Jacques regarding the supposed letter from the King of Prussia. Rousseau had fled to England in order to stop hearing what his enemies said about him; and his host had the misfortune of informing him about it. Jean-Jacques became annoyed at Hume for this reason: he did not dare express his displeasure directly to Madame de Boufflers, Hume’s close friend who had connected them both, but he could not conceal it either. “I would be grateful if someone would, ”, he writes. It is likely that he wanted Madame de Boufflers to offer her opinion on the matter.
Letter DCLXL – To Mr. d’Ivernois
Chiswick, January 29, 1766.
I was fortunate to arrive in this country; I was welcomed, and I am very pleased. However, my health, my mood, and my overall condition require that I leave London. And in order to no longer hear anything about my misfortunes, if it is at all possible, I will soon retire to Wales. May I die in peace! That is the only wish I have left. I embrace you tenderly.
Letter DCLXIII – To Mr. du Peyrou
At Chiswick, on February 15, 1766.
I have received almost simultaneously two great pleasures: Mademoiselle Le Vasseur and your letter number 17; through both of them, I learn how much you are engaged in your own affairs—and even more so in mine. The newcomer had no sooner arrived than she began to discuss with me the details of your kindness toward her, which, undoubtedly, touched me, but did not surprise me. I need say nothing more on this subject; you know why. All I am waiting for now is some rest for her, and warmer weather for both of us, before setting off for Wales with her. The Thames was frozen over; the frost was terrible. We have had one of the harshest winters I have ever experienced. It seems that the Christian charity of the gentlemen from Berne deliberately chose such a time to send me on my journey.
Mademoiselle Le Vasseur did not bring me the small box; it must have arrived in Paris only on the day she left. I hope that madame de Faugnes will be kind enough to take care of it; I also recommended it to M. de Luze, who left last Saturday in good health but far from pleased with London. Thanks to all your precautions, I have reason to hope that these papers will reach me safe and sound. Nevertheless, I cannot help feeling a bit anxious about them, given their importance for the collections I am going to work on.
In my two previous letters, I went into great detail regarding the sending of my books and papers. I have some reason to fear that the first one may have been lost; but the second one is more than sufficient to guide you in the process of sending them to me, and it would truly bring me great joy in my retirement. What would bring me even greater joy would be the hope of seeing you there one day. If Mr. de Cerjeat ever manages to persuade you to go, I will have every reason to like him. I have not heard anything about him, and I am not seeking new acquaintances; but if he wishes to meet with me, I will receive him as your friend and forget that he believes in miracles.
Lettera DCCXVII – Alla Signora Duchessa di Portland
Lettera DCCXVIII – A Monsieur Roustan
Lettera DCCXIX – A Sua Signoria il Maresciallo
Lettera DCCXX – A Monsieur Richard Davenport
Lettera DCCXXI – A Sua Signoria il Maresciallo
Lettera DCCXXII – A Madama***
Lettera DCCXXIII – A Monsieur du Peyrou
Lettera DCCXXIV – Allo stesso
Lettera DCCXXV – Allo stesso
Lettera DCCXXVI – A Monsieur Lalliaud
Lettera DCCXXVII – A Mademoiselle Dewes
Lettera DCCXXVIII – A Sua Signoria il Maresciallo
Lettera DCCXXIX – A Monsieur d’Ivernois
Lettera DCCXXX – A Monsieur Davenport
Lettera DCCXXXI – Al Lord Vicconte di Nuncham
Tabella della corrispondenza
Lettera DCLVII – Alla Signora de Créqui
Al Tempio, il 1° gennaio 1766.
Il desiderio di rivedervi, signora, era uno dei motivi che mi spingevano a Parigi. Ma la necessità, quella dura necessità che governa sempre la mia vita, mi impedisce di realizzarlo. Parto con la crudele certezza di non vedervi mai più; tuttavia, il mio destino non ha cambiato la mia anima: l’affetto, il rispetto, la riconoscenza, tutti i sentimenti che ho provato per voi nei momenti più felici continueranno ad accompagnarmi, anche nella mia ricchezza, fino all’ultimo dei miei respiri[898].
Lettera DCLIX – Alla contessa di Boufflers
Londra, 18 gennaio 1766.
Siamo arrivati qui, signora, lunedì scorso, dopo un viaggio senza incidenti; non ho potuto, come speravo, recarmi subito in campagna. Il signor Hume ha avuto la gentilezza di venire con me ieri per cercare un alloggio. Siamo stati a Fulham, da quel giardiniere che avevamo preso in considerazione; abbiamo trovato una casa molto trasandata, nella quale c’era soltanto una stanza disponibile, dotata di due letti: uno dei quali è attualmente occupato da un malato, e il proprietario non ha nemmeno voluto mostrarcela. Abbiamo visto altri posti, ma non abbiamo ancora preso una decisione definitiva; il mio desiderio più ardente è allontanarmi il più possibile da Londra, mentre il signor Hume ritiene che ciò sia impossibile senza conoscere la lingua inglese. Non posso fare altro che affidarmi completamente alla guida di un accompagnatore così zelante. Tuttavia, devo ammettere con voi, signora, che non rinuncerei facilmente alla solitudine di cui mi ero compiaciuto e nella quale speravo di poter coltivare in tranquillità i preziosi ricordi delle gentilezze del principe di Conti e delle vostre.
Il signor Hume mi ha detto che a Parigi circolava una presunta lettera scritta dal re di Prussia a mio favore. Il re di Prussia mi ha onorato della sua più decisa protezione e delle offerte più generose; ma non mi ha mai scritto personalmente. Poiché queste invenzioni non cessano mai, e probabilmente non smetteranno tanto presto, desidererei ardentemente che si decidesse di ignorarle completamente, affinché i miei nemici potessero continuare a tormentarsi a mio riguardo senza costringermi ad condividerne le conseguenze nella mia ritirata. Possa non sapere più nulla di ciò che accade in terraferma, se non ciò che riguarda le persone a me care! Apprendo da una lettera proveniente da Neuchâtel che la signorina Le Vasseur è attualmente in viaggio verso Parigi; forse, nel momento in cui riceverete questa lettera, madame, lei sarà già presso la marchesa: mi permetto quindi di raccomandarla nuovamente alla vostra protezione e ai saggi consigli di miss Beckett. Spero che possa raggiungermi il prima possibile: si rivolgerà al palazzo, a monsieur Mord Disque, commerciante; e a Dover, a monsieur Minet, capo delle navi da viaggio, che la indirizzerà a monsieur Steward a Londra.
Non posso dirvi nulla di questo paese, signora, che non sappiate già meglio di me; mi sembra che la gente mi accolga con piacere, e questo mi lega a esso. Tuttavia preferirei la Svizzera all’Inghilterra, ma preferisco gli inglesi ai svizzeri. Il vostro soggiorno in questa nazione, sebbene breve, vi ha lasciato un’impressione tale da farmi considerarla molto favorevole. Tutti parlano di voi lì, pensando più a voi che a me stesso. Si ricorda dei vostri viaggi come di una fortuna per l’Inghilterra. E sono certo di trovare ovunque gentilezza, parlando della vostra benevolenza. Tuttavia, poiché tutto ciò che si dice non vale, a mio parere, quanto ciò che sento io stesso, vorrei essere stato trasportato nella più profonda solitudine. Sarei certo di non rimanervi mai solo. Eppure il mio amore per la ritirata non mi ha ancora spinto ad accettare nessuno degli alloggi che mi sono stati offerti in campagna. Sono diventato davvero difficile da accontentare come ospite.
Quando vorrete, signora, che vi faccia sapere qualcosa sulle vostre novità, sia direttamente che tramite il signor Hume, permettetemi di chiedervi anche notizie sulla salute della marchesa.
Dopo aver scritto questa lettera, vengo a sapere che il signor Hume ha trovato un nobile del Galles che, in un vecchio monastero dove risiede uno dei suoi contadini, mi offre un alloggio esattamente come desideravo. Questa notizia, signora, mi riempie di gioia. Se in questa regione così remota e selvaggia potrò trascorrere in pace gli ultimi giorni della mia vita, dimenticato dagli uomini, questo periodo di tranquillità mi farà presto dimenticare tutte le mie miserie, e sarò grato al signor Hume per tutta la felicità a cui posso ancora aspirare.
Osservazione.
Una circostanza menzionata in questa lettera merita di essere notata: si tratta della confidenza fatta da David Hume a Jean-Jacques riguardo alla presunta lettera del re di Prussia. Rousseau fuggiva in Inghilterra per non dover più ascoltare ciò che i suoi nemici dicevano di lui; e il suo ospite, con una certa sventatezza, gliene parlò. Jean-Jacques ne rimase infastidito nei confronti di Hume: non osava esprimere apertamente questo sentimento verso madame de Boufflers, amica intima dello storico e che aveva legato loro due insieme, ma non riusciva a nasconderlo. “Desidererei che si volesse, ”, scrive; è probabile che intendesse chiedere a madame de Boufflers di esprimere il proprio parere al riguardo.
Lettera DCLXL – A Monsieur d’Ivernois
Chiswick, 29 gennaio 1766.
Sono arrivato fortunatamente in questo paese: sono stato accolto con gentilezza e ne sono molto soddisfatto; tuttavia, la mia salute, il mio umore e la mia condizione fisica richiedono che me allontani da Londra. E per non sentire più parlare, se possibile, dei miei mali, tra poco mi ritirerò nel Galles. Possa morire in pace. Questo è l’unico desiderio che mi rimane. Vi abbraccio con affetto.
Lettera DCLXIII – A Monsieur du Peyrou
A Chiswick, il 15 febbraio 1766.
Ho ricevuto quasi contemporaneamente due grandi gioie: la signorina Le Vasseur e il vostro messaggio numero 17; da entrambi ho appreso quanto vi occupiate delle vostre faccende, e ancora di più delle mie. La nuova arrivata non ha fatto altro che parlarmi immediatamente dei vostri gesti di gentilezza nei suoi confronti, che mi hanno certamente commosso, ma non mi hanno sorpreso. Non aggiungo nulla al riguardo; sapete il motivo. Non aspetto altro che un po’ di riposo per lei e condizioni meteorologiche più miti per entrambi, prima di partire con lei per il Galles. Il Tamigi è stato bloccato dal ghiaccio; abbiamo vissuto uno degli inverni più rigidi di cui abbia memoria; sembra che la carità cristiana dei signori di Berna abbia scelto apposta questo momento per farmi viaggiare.
Mademoiselle Le Vasseur non mi ha portato la piccola scatola, che sicuramente è arrivata a Parigi solo il giorno in cui lei ne è partita. Spero che madame de Faugnes abbia la gentilezza di prendersene cura; l’ho anche raccomandata a M. de Luze, che se n’è andato sabato scorso in buona salute, ma molto insoddisfatto di Londra. Grazie alle vostre precauzioni, ho motivo di sperare che questi documenti mi arrivino sani e salvi. Tuttavia, non posso fare a meno di essere un po’ preoccupato, data l’importanza che hanno per i progetti a cui mi dedicherò in futuro.
Nelle mie due lettere precedenti ho fornito molti dettagli riguardo all’invio dei miei libri e documenti. Temo che la prima possa essere andata persa; ma la seconda è sufficiente per guidarvi nell’inviarmeli, e questo mi farebbe davvero molto piacere nella mia ritirata. Ciò che mi renderebbe ancora più felice sarebbe l’idea di potervi vedere un giorno lì. Se mai il signor de Cerjeat dovesse venire da voi, avrei molte ragioni per apprezzarlo. Non ho sentito parlare di lui e non cerco nuove conoscenze; ma se dovesse voler incontrarmi, lo accoglierei come vostro amico. E dimenticherei che crede nei miracoli.
Je ne vois pas sans inquiétude votre commerce avec M. Misoprist ; j’ai peur qu’il n’en résulte enfin quelque chagrin pour vous. Je ne vous conseille point de faire imprimer son manuscrit ; quant à la lettre véritable, ce peut être une plaisanterie sans conséquence. Cependant, je trouve qu’il est au-dessous de vous de vous occuper de ce cuistre de Montmollin, et de sa vile séquelle. Oubliez que toute cette canaille existe ; ces gens-là n’ont du sentiment qu’aux épaules, et l’on ne peut leur répondre qu’à coups de bâton. Je ne sais ce qu’a dit le moine Bergeon, et ne m’en soucie guère. Quand vous aurez prouvé que tous ces gens-là sont des fripons, vous n’aurez dit que ce que tout le monde sait. Cependant, n’oubliez pas de rassembler toutes les pièces qui me regardent, et de me les envoyer quand vous en aurez l’occasion. Je n’ai vu qu’une seule des lettres de Voltaire dont vous me parlez ; c’est, je crois, la dix-septième ou dix-huitième lettre. Je n’ai point vu non plus la prétendue lettre du roi de Prusse, à moi adressée ; et pourquoi vous l’attribuez à M. Horace Walpole, c’est ce que je ne sais point du tout.
On travaille ici à traduire vos lettres, et j’ai donné pour cela mon exemplaire corrigé comme j’ai pu ; mais l’ouvrage va si lentement, et la traduction est si mauvaise, que j’aimerais, je crois, presque autant que tout cela ne parût point du tout. Rey aurait désiré les avoir pour les imprimer, et je vous avoue que je suis surpris que vous ne vous serviez pas de lui pour toutes ces petites pièces, dont vous pourriez vous faire envoyer des exemplaires par la poste, plutôt que des imprimeurs autour de vous, qui, environnés des pièges de nos ennemis, y sont infailliblement pris, soit comme fripons, soit comme dupes. Il me paraît certain que Félice a supprimé vos lettres avec autant de soin qu’il a répandu celles de ce misérable. On trouve partout les siennes ; on n’entend parler des vôtres nulle part, et assurément ce n’est pas la préférence du mérite qui fait ici celle du cours. Ou n’imprimez rien, ou n’imprimez qu’au loin, comme j’ai fait.
J’attends aujourd’hui M. Guinand, avec qui je prendrai des arrangements pour notre correspondance. J’espère vous écrire encore avant mon départ ; cependant je ne puis causer tranquillement avec vous que de ma retraite.
Je ne sais pas trop ce que signifie Misoprist ; il me paraît qu’il signifie ennemi de je ne sais quoi, quoique je m’en doute et vous aussi.
Lettre DCLXIV– À M. d’Ivernois
Chiswick, le 23 février 1766.
Je reçois, monsieur, votre lettre du premier de ce mois. Je sens la douleur qu’a dû vous causer la perte de madame votre mère, et l’amitié me la fait partager. C’est le cours de la nature, que les parents meurent avant leurs enfants, et que les enfants de ceux-ci restent pour les consoler. Vous avez dans votre famille et dans vos amis de quoi ne vous laisser sentir d’une telle perte que ce que votre bon naturel ne lui peut refuser.
Vous n’avez pas dû penser que je voulusse être redevable à M. de Voltaire de mon rétablissement. Qu’il vous serve utilement, et qu’il continue au surplus ses plaisanteries sur mon compte ; elles ne me feront pas plus de chagrin que de mal. J’aurais pu m’honorer de son amitié s’il en eût été capable ; je n’aurais jamais voulu de sa protection : jugez si j’en veux, après ce qui s’est passé. Son apologie est pitoyable ; il ne me croit pas si bien instruit. Parlez-lui toujours de ma part en termes honnêtes ; n’acceptez ni ne refusez rien. Le moins d’explication que vous aurez avec lui sur mon compte, sera le mieux, à moins que vous n’aperceviez clairement qu’il revient de bonne foi : mais il a tous les torts, il faut qu’il fasse toutes les avances ; et voilà ce qu’il ne fera jamais. 11 veut pardonner et protéger : nous sommes fort loin de compte.
Je ne connais point M. de Guerchi, ambassadeur de France en cette cour ; et, quand je le connaîtrais, je doute que sa recommandation ni celle d’un autre fut de quelque poids dans vos affaires. Votre sort est décidé à Versailles. M. de Beauteville ne fera qu’exécuter l’arrêt prononcé. Toutefois je tente de lui écrire, quoique je sois très peu connu de lui. Je voudrais qu’il vous connût et qu’il vous aimât, ce qui est à peu près la même chose. Une lettre sert au moins à faire connaissance : vous pourrez donc lui rendre la mienne après l’avoir cachetée, si vous le jugez à propos. Je vous l’envoie à Bordeaux pour plus de sûreté ; mais surtout n’en parlez ni ne la montrez à personne. Je vous en ferai peut-être passer à Genève un double par duplicata pour plus de sûreté.
Je vous suis obligé de votre lettre de crédit ; je serai peut-être dans le cas d’en faire usage. Selon mes arrangements avec M. du Peyrou, il a écrit à son banquier de me donner l’argent que je lui demanderais. Je lui ai demandé vingt-cinq louis ; il ne m’a fait aucune réponse. Je ne suis pas d’humeur de demander deux fois : ainsi quand j’aurai découvert l’adresse de MM. Lucadou et Drake, que vous ne m’avez pas donnée, je les prierai peut-être de m’avancer cette somme, et j’en ferai le reçu de manière qu’il vous serve d’assignation pour être remboursé par M. du Peyrou.
J’aurais à vous consulter sur autre chose. J’ai chez madame Boy de La Tour trois mille livres de France, et mademoiselle Le Vasseur, quatre cents. L’augmentation de dépense que le séjour d’Angleterre va m’occasionner, me fait désirer de placer ces sommes en rentes viagères sur la tête de mademoiselle Le Vasseur. Le petit revenu de cet argent doublerait de cette manière, et ne serait pas perdu pour cette pauvre fille à ma mort. Il se fait, à ce qu’on dit, un emprunt en France ; croyez-vous que je pourrais placer là mon argent sans risqué ? y serais-je à temps ? pourriez-vous vous charger de cette affaire ? à qui faudrait-il que je remisse le billet pour retirer cet argent, et cela pourrait-il se foire convenablement sans en avoir prévenu madame Boy de La Tour ? Voyez. Dans l’éloignement où je vais être de Londres, les correspondances seront longues et difficiles ; c’est pour cela que je voudrais, en partant, emporter assez d’argent pour avoir le temps de m’arranger.
D’ailleurs, j’écrirai peu ; j’attendrai des occasions pour éviter d’immenses ports de lettres, et je ne recevrai point de lettres par la poste. J’aurai soin de donner une adresse à M. Casenove avant de partir ; ce que je compte foire dans quinze jours au plus tard. Bon voyage, heureux retour. Je vous embrasse.
Je suppose que vous avez reçu la lettre que je vous ai écrite de Londres il y a environ trois semaines ou un mois.
Il me vient une pensée. Une histoire de la médiation pourrait devenir un ouvrage intéressant. Recueillez, s’il se peut, des pièces, des anecdotes, des faits, sans faire semblant de rien. Je regrette plusieurs pièces qui étaient dans la malle, et qui seraient nécessaires. Ceci n’est qu’un projet qui, j’espère, ne s’exécutera jamais, au moins de ma part. Toutefois, de ma part ou d’une autre, un bon recueil de matériaux aurait tôt ou tard son emploi. En faisant un peu causer Voltaire, l’on en pourrait tirer d’excellentes choses. Je vous conseille de le voir quelquefois ; mais surtout ne me compromettez pas.
Je ne comprends pas ce que j’ai pu vous envoyer à la place de cette lettre que je vous écrivais, en vous envoyant celle pour M. de Beauteville. Je me hâte de réparer cette étourderie. Voici votre lettre. Vous pourrez juger si ce que j’ai pu vous envoyer à la place demande de m’être renvoyé. Pour moi, je n’en sais rien.
Lettre DCLXVI– À M. le comte Orloff
Sur l’offre à lui faite par ce seigneur d’une retraite dans une de ses terres en Russie.
Halton, le 23 février 1766.
I cannot help but be concerned about your dealings with Mr. Misoprist; I fear they may ultimately bring you some sorrow. I do not advise you to have his manuscript printed; as for the genuine letter, it may well be a harmless joke. However, I think it is beneath you to bother with that scoundrel Montmollin and his despicable followers. Forget about the existence of all these rascals—they have no sense of honor at all, and the only way to deal with them is with a stick. I don’t know what Monk Bergeon said, nor do I care much. Once you prove that all these people are scammers, you will have merely stated what everyone already knows. Nevertheless, please make sure to gather all the documents related to me and send them to me whenever you have the chance. I have only seen one of the letters from Voltaire that you mentioned; I believe it is the seventeenth or eighteenth one. I have also not seen the so-called letter from the King of Prussia addressed to me; and as for why you attribute it to Mr. Horace Walpole, I have no idea at all.
We are currently working on translating your letters, and I have provided my corrected version as best as I could; however, the progress is so slow and the quality of the translations is so poor that, frankly, I would almost prefer if none of this ever saw print at all. Rey would have wanted to use them for printing purposes, and I must admit I am surprised you do not employ him for these small-scale tasks—after all, you could simply have sent copies by mail instead of relying on printers around you, who, surrounded as they are by the traps set by our enemies, are inevitably caught, either as thieves or as dupes. It seems certain that Félice went to great lengths to remove your letters just as he went to great lengths to spread those of that wretched man. His letters can be found everywhere; yours, on the other hand, are nowhere to be seen. Clearly, merit is not what determines which writings get published here. Either don’t publish anything at all, or publish only remotely, just as I have done.
I am waiting today for Mr. Guinand, with whom I will make arrangements regarding our correspondence. I hope to write to you again before my departure; however, I can only discuss matters related to my retirement in a calm and orderly manner.
I’m not quite sure what “Misoprist” means; it seems to refer to an enemy of something, though I doubt that’s really the case, and you probably do too.
Letter DCLXIV – To Mr. d’Ivernois
Chiswick, February 23, 1766.
I have received your letter on the first of this month, sir. I can sense the pain that the loss of your dear mother must have caused you, and out of friendship, I wish to share that sorrow with you. It is the way of nature that parents should pass away before their children, so that those children may be there to comfort them in their grief. You have family and friends who will surely help you cope with such a loss, as your kind nature ensures you will not suffer too greatly.
You must not have thought that I would wish to be indebted to Monsieur de Voltaire for my recovery. Let him be of some use to you, and let him continue his jokes about me—if they cause me any pain, it is only slight. I could have been honored by his friendship if he were capable of such a thing; but I would never have desired his protection. Judge for yourself whether I still wish it, after what has happened. His apology is pitiful; he does not believe me to be so well-informed as he thinks. Always speak on my behalf in an honest manner; accept nothing and refuse nothing either. The least amount of explanation you need to give him about me will be the best—unless you clearly see that he is acting out of good faith. But he is entirely at fault; he must make every effort to reconcile things, yet that is something he will never do. He wants to forgive and offer protection; but we are still far from reaching that point.
I do not know Mr. de Guerchi, the French ambassador at this court; and even if I did, I doubt that his recommendation, or that of anyone else, would carry much weight in your affairs. Your fate has already been decided in Versailles. Mr. de Beauteville will merely execute the order that has been issued. Nevertheless, I am attempting to write to him, although I know him very little. I hope he might get to know you and come to like you—which is essentially the same thing. At least a letter serves as a means of getting to know each other; so you may return mine to him after sealing it, if you deem it appropriate. I am sending it to Bordeaux for greater safety; but above all, do not mention it or show it to anyone. Perhaps I will send you a duplicate via Geneva for even more security.
I am grateful for your letter of credit; I may possibly need to use it. According to my arrangements with Mr. du Peyrou, he has instructed his banker to provide me with the money I request. I asked for twenty-five louis, but he has not responded at all. I am not in the mood to ask twice; therefore, once I have found the addresses of Messrs. Lucadou and Drake—which you have not provided—I may ask them to advance this amount to me. I will issue a receipt for it, which can serve as an assignment for you to claim repayment from Mr. du Peyrou.
I would like to consult you regarding another matter. I have three thousand livres of French money with Madame Boy de La Tour, and four hundred with Mademoiselle Le Vasseur. The additional expenses that living in England will entail make me wish to invest these sums in annuities in Mademoiselle Le Vasseur’s name. In this way, the small income generated by this money would double, and it would not be lost for this poor girl after my death. It is said that loans can be obtained in France; do you think I could invest my money there without any risk? Would I be able to do so in time? Could you take care of this matter for me? To whom should I give the bond in order to withdraw this money, and could it be done properly without informing Madame Boy de La Tour in advance? You see, given how far away I will be from London, correspondence will be slow and difficult; that is why I would like to take enough money with me when I leave so that I have time to arrange everything properly.
Besides, I will write very little; I will wait for opportunities to avoid writing lengthy letters, and I will not receive any letters through the post. I will make sure to give Mr. Casenove my address before leaving—something I plan to do no later than in fifteen days. Good journey, happy return. I kiss you.
I suppose you have received the letter I wrote to you from London about three weeks or a month ago.
I have an idea: a collection of stories about mediation could become an interesting work. If possible, gather pieces, anecdotes, facts—without pretending to be doing anything special. I regret that several items were in the trunk and would have been useful. This is just a project that, I hope, will never be carried out, at least not by me. Nevertheless, whether by me or someone else, a good collection of materials would surely come in handy eventually. By having Voltaire talk a bit, we could extract some excellent material from it. I suggest you meet with him occasionally—but above all, don’t compromitise me.
I don’t understand what I could have sent you in place of this letter I was writing to you, when I actually sent you the one addressed to Mr. de Beauteville. I hurry to correct this mistake. Here is your letter; you can decide whether what I sent instead requires to be returned to me. As for me, I have no idea.
Letter DCLXVI – To Mr. Count Orloff
Regarding the offer made to him by that lord to retire in one of his lands in Russia.
Halton, February 23, 1766.
Non posso fare a meno di essere preoccupato per il vostro rapporto con il signor Misoprist; temo che possa finire per causarvi qualche dispiacere. Non vi consiglio affatto di far stampare il suo manoscritto; quanto alla lettera vera, potrebbe trattarsi soltanto di una battuta senza conseguenze. Tuttavia, ritengo che non sia degno di voi occuparvi di quel miserabile Montmollin e della sua spregevole banda. Dimenticate pure l’esistenza di tutta questa canaglia: queste persone hanno sentimenti soltanto a livello delle spalle, e si può rispondere loro solo con i colpi di bastone. Non so cosa abbia detto il monaco Bergeon, e non mi interessa affatto. Quando avrete dimostrato che tutti questi individui sono dei truffatori, avrete semplicemente confermato ciò che già tutti sanno. Tuttavia, non dimenticate di raccogliere tutte le carte che riguardano me e di inviarmele non appena ne avrete l’occasione. Ho visto soltanto una delle lettere di Voltaire di cui mi parlate; credo sia la diciassettesima o la diciottesima. Non ho nemmeno visto quella presunta lettera del re di Prussia indirizzata a me; e non so affatto perché la attribuiate al signor Horace Walpole.
Qui stiamo lavorando alla traduzione delle vostre lettere; ho fornito il mio esemplare corretto nel miglior modo possibile, ma il lavoro procede molto lentamente e la qualità della traduzione è davvero scadente. Quindi, credo, preferirei quasi che tutto questo non venisse pubblicato affatto. Rey avrebbe voluto averle per poterle stampare; devo ammettere di essere sorpreso dal fatto che non vi serviate di lui per tutte queste piccole opere, per le quali potreste facilmente farvi inviare degli esemplari per posta, invece di rivolgervi agli stampatori intorno a voi. Che, essendo circondati dai trappoli dei nostri nemici, vengono inevitabilmente catturati, sia come furfanti che come ingannati. Sembra certo che Félice abbia distrutto le vostre lettere con la stessa cura con cui ha diffuso quelle di quel miserabile. Le sue lettere si trovano ovunque; delle vostre, invece, non si parla affatto. E sicuramente, qui, non è il merito a determinare quale testo venga pubblicato. O non stampate nulla, oppure stampate soltanto in luoghi lontani, come ho fatto io.
Oggi aspetto il signor Guinand, con il quale stabilirò gli accordi necessari per la nostra corrispondenza. Spero di potervi scrivere ancora prima della mia partenza; tuttavia, posso parlare con voi in modo tranquillo soltanto riguardo alla mia ritirata.
Non so esattamente cosa significhi “Misoprist”; mi sembra che significhi “nemico di qualcosa”, anche se ne dubito, e lo stesso vale per voi.
Lettera DCLXIV – A Monsieur d’Ivernois
Chiswick, 23 febbraio 1766.
Signore, ho ricevuto la sua lettera il primo di questo mese. Percepisco il dolore che la perdita di sua madre deve averle causato, e l’amicizia mi spinge a condividerlo con voi. È proprio nella natura delle cose che i genitori muoiano prima dei loro figli, affinché questi ultimi possano consolarli. Nella sua famiglia e tra i suoi amici troverà sicuramente tutto ciò di cui ha bisogno per superare una tale perdita, grazie alla sua buona natura.
Non dovete aver pensato che desiderassi essere in debito con Monsieur de Voltaire per la mia riabilitazione. Che possa esservi utile, e che continui pure le sue battute sul mio conto; non mi causeranno né dolore né dispiacere. Avrei potuto onorarmi della sua amicizia se ne fosse stato capace; ma non avrei mai voluto la sua protezione: giudicate voi stesso se la desidero, dopo quanto è accaduto. La sua difesa è patetica; non crede che io sia così ben informato. Parlategli sempre da parte mia in termini onesti; non accettate né rifiutate nulla. Meno spiegazioni avrete con lui sul mio conto, meglio sarà, a meno che non si possa vedere chiaramente che agisce di buona fede: ma lui ha tutti i torti, deve essere lui ad fare le prime mosse, e questo è qualcosa che non farà mai. Vuole perdonare e proteggere, ma noi siamo molto lontani da questo punto.
Non conosco affatto il signor de Guerchi, ambasciatore di Francia presso questa corte; e anche se lo conoscessi, dubito che la sua raccomandazione, o quella di chiunque altro, possa avere alcun peso nelle vostre faccende. Il vostro destino è stato deciso a Versailles: il signor de Beauteville si limiterà ad eseguire l’ordine emesso. Tuttavia, cercherò di scrivergli, anche se non lo conosco affatto bene. Vorrei che vi conoscesse e che vi apprezzasse, il che, in fondo, è più o meno la stessa cosa. Una lettera, almeno, serve a fare conoscenza: potrete quindi restituirgliene una dopo averla sigillata, se lo ritenete opportuno. Ve la invio a Bordeaux per maggiore sicurezza; ma soprattutto non ne parlate e non la mostrate a nessuno. Forse vi manderò anche un duplicato a Ginevra, per ulteriori precauzioni.
Vi sono grato per la vostra lettera di credito; potrei aver bisogno di utilizzarla. Secondo gli accordi che ho preso con il signor du Peyrou, lui ha chiesto al suo banchiere di concedermi l’importo che gli avrei richiesto. Gli ho chiesto venticinque luigi, ma non mi ha risposto. Non ho intenzione di chiederlo due volte; quindi, quando avrò scoperto l’indirizzo dei signori Lucadou e Drake, che voi non mi avete fornito, forse li pregherò di anticiparmi questa somma e ne farò ricevuta, in modo che possa servire come garanzia per il rimborso da parte del signor du Peyrou.
Dovrei consultarvi su un altro argomento. Ho presso la signora Boy de La Tour tremila libbre di franchi, e presso la signorina Le Vasseur quattrocento. L’aumento delle spese che il soggiorno in Inghilterra mi causerà mi spinge a voler investire queste somme in rendite viaggiarie a nome della signorina Le Vasseur. In questo modo, il piccolo reddito derivante da questi soldi raddoppierebbe e non andrebbe perso dopo la mia morte per quella povera ragazza. Si dice che in Francia sia possibile ottenere prestiti; credete che possa investire i miei soldi lì senza rischi? Riuscirei ad agire in tempo? Potreste occuparvi voi di questa faccenda? A chi dovrei consegnare il documento necessario per ritirare questi soldi, e potrebbe tutto essere sistemato correttamente senza avvisare la signora Boy de La Tour? Pensateci. Essendo così lontano da Londra, le comunicazioni saranno lunghe e difficili; è per questo che vorrei portare con me abbastanza denaro da avere il tempo di organizzare tutto prima della partenza.
Del resto, scriverò poco; aspetterò le occasioni giuste per evitare di dover scrivere lunghe lettere, e non riceverò alcuna lettera per posta. Mi assicurerò di dare un indirizzo a Monsieur Casenove prima di partire. Cosa che intendo fare entro quindici giorni al massimo. Buon viaggio, buon ritorno. Vi abbraccio.
Suppongo che abbiate ricevuto la lettera che vi ho scritto da Londra circa tre settimane o un mese fa.
Mi è venuta un’idea: una raccolta di storie sulla mediazione potrebbe diventare un’opera interessante. Se possibile, raccogliete brani, aneddoti, fatti, senza dare nell’occhio. Mi dispiace per alcuni materiali che si trovavano nella valigia e che sarebbero stati necessari. Questo è solo un progetto che, spero, non verrà mai realizzato, almeno da parte mia. Tuttavia, sia che sia io ad occuparmene o qualcun altro, una buona raccolta di materiale troverebbe sicuramente il suo utilizzo, prima o poi. Parlando un po’ con Voltaire, si potrebbero ottenere cose eccellenti. Vi consiglio di incontrarlo di tanto in tanto; ma soprattutto, non mettetemi nei guai.
Non capisco cosa possa avervi inviato al posto di questa lettera che vi stavo scrivendo, inviandovi invece quella destinata a Monsieur de Beauteville. Mi affretto a rimediare a questo errore. Ecco la vostra lettera: potrete giudicare se ciò che vi ho inviato richiede che me lo riinviate. Per quanto mi riguarda, non ne so nulla.
Lettera DCLXVI – A Monsignor il conte Orloff
Riguardo all’offerta fatta da quel signore di ritirarsi in una delle sue proprietà in Russia.
Halton, 23 febbraio 1766.
Vous vous donnez, M. le comte, pour avoir des singularités : en effet, c’en est presque une d’être bienfaisant sans intérêt ; et c’en est une bien plus grande de l’être de si loin pour quelqu’un qu’on ne connaît pas. Vos offres obligeantes, le ton dont vous me les avez faites, et la description de l’habitation que vous me destinez, seraient assurément très capables de m’y attirer, si j’étais moins infirme, plus allant, plus jeune, et que vous fussiez plus près du soleil : je craindrais d’ailleurs qu’en voyant celui que vous honorez d’une invitation, vous n’y eussiez quelque regret : vous vous attendriez à une manière d’homme de lettres, un beau diseur, qui devrait payer en frais d’esprit et de paroles votre généreuse hospitalité, et vous n’auriez qu’un bonhomme bien simple, que son goût et ses malheurs ont rendu fort solitaire, et qui, pour tout amusement, herborisant toute la journée, trouve dans ce commerce avec les plantes cette paix si douce à son coeur, que lui ont refusée les humains.
Je n’irai donc pas, monsieur, habiter votre maison ; mais je me souviendrai toujours avec reconnaissance que vous me l’avez offerte, et je regretterai quelquefois de n’y être pas pour cultiver les bontés et l’amitié du maître.
Agréez, monsieur le comte, je vous supplie, mes remerciements très sincères et mes très humbles salutations.
Lettre DCLXVIII– Au même
À Chiswick, le 14 mars 1766.
Enfin, mon cher hôte, après un silence de six semaines, votre n° 18 vient me tirer de peine. Je vois que mes lettres ne vous parviennent pas fidèlement. Tâchons donc d’établir une règle plus lente, puisqu’il le faut, mais plus sure. Je vous écrirai sous l’adresse de Paris que vous me marquez, et vous pourrez, par la même voie, m’écrire sous celle-ci :
To MM. Lucadou and Drake, Union-Court, London.
En quelque lieu de l’Angleterre que je sois, ces messieurs auront soin de m’y faire passer vos lettres ; mais ne vous chargez d’aucunes lettres, et ne donnez mon adresse à personne.
J’ai reçu les 30 livres sterling dont vous m’avez envoyé l’assignation, et vous voyez que celle voie est la plus prompte pour cet effet. Je ne voulais pas m’éloigner de Londres que je ne fusse bien pourvu d’argent, à cause du temps qu’il me faudra pour m’ouvrir des correspondances sûres et commodes pour en recevoir. En attendant, j’ai été faire une promenade dans la province de Surrey, où j’ai été extrêmement tenté de me fixer ; mais le trop grand voisinage de Londres, ma passion croissante pour la retraite, et je ne sais quelle fatalité qui me détermine indépendamment de la raison, m’entraînent dans les montagnes de Derbyshire, et je compte partir mercredi prochain pour aller finir mes jours dans ce pays-là. Je brûle d’y être pour respirer après tant de fatigues et de courses, et pour m’entretenir avec vous plus à mon aise que je n’ai pu faire jusqu’à présent. Je vous décrirai mon habitation, mon cher hôte, dans l’espoir de vous y voir quelque jour user de votre droit, puis user davantage du mien dans la vôtre. Si cette douce idée ne me consolait dans ma tristesse, je craindrais que l’air épais de cette île ne prît à la fin trop sur mon humeur.
M. Hume m’a donné l’adresse ci-jointe pour son ami, M. Walpole, qui part de Paris dans un mois d’ici ; mais, par des raisons trop longues à déduire par lettres, je voudrais qu’on n’employât cette voie que faute de toute autre. On m’a parlé de la prétendue lettre du roi de Prusse, mais on ne m’avait point dit qu’elle eût été répandue par M. Walpole ; et, quand j’en ai parlé à M. Hume, il ne m’a dit ni oui ni non.
Je n’entends point parler des traductions de vos lettres : M. Hume m’a pourtant dit qu’elles allaient leur train ; mais on ne m’a rien montré. Ces relations ne peuvent faire aucune sensation dans ce pays, où l’on ne sait pas même que j’ai eu des affaires à Neuchâtel, dont les prêtres ne sont connus que par le sort du pauvre Petit-Pierre. Ces misérables sont partout si méprisés, que s’occuper d’eux, c’est grêler sur le persil. Croyez-moi, oubliez-les totalement ; à quelque prix que ce soit, ils sont trop honorés de notre souvenir. On sait ici que j’ai été persécuté à Genève, et l’on en est indigné. Le clergé anglais me regarde à-peu-près comme un confesseur de la foi. Du reste, il se tient ici, comme dans toute grande ville, beaucoup de propos ineptes, bons et mauvais. Le public en général ne vaut pas la peine qu’on s’occupe de lui.
Comment va votre bâtiment ? est-il confirmé que vous aurez de l’eau ? Quoique absent, je m’intéresserai toujours à votre demeure, et mon coeur y habitera toujours.
Lettre DCLXX– Au même
Wootton, le 29 mars 1766.
Vous avez vu, mon cher patron, par la lettre que M. Davenport a du vous remettre, combien je me trouve ici placé selon mon goût. J’y serais peut-être plus à mon aise si l’on y avait pour moi moins d’attentions ; mais les soins d’un si galant homme sont trop obligeants pour s’en fâcher ; et, comme tout est mêlé d’inconvénients dans la vie, celui d’être trop bien est un de ceux qui se tolèrent le plus aisément. J’en trouve un plus grand à ne pouvoir me faire bien entendre des domestiques, ni surtout à entendre un mot de ce qu’ils me disent. Heureusement mademoiselle Le Vasseur me sert d’interprète, et ses doigts parlent mieux que ma langue. Je trouve même à mon ignorance un avantage qui pourra faire compensation, c’est d’écarter les oisifs en les ennuyant. J’ai eu hier la visite de M. le ministre, qui, voyant que je ne lui parlais que français, n’a pas voulu me parler anglais ; de sorte que l’entrevue s’est passée à peu près sans mot dire. J’ai pris goût à l’expédient ; je m’en servirai avec tous mes voisins, si j’en ai ; et, dussé-je apprendre l’anglais, je ne leur parlerai que français, surtout si j’ai le bonheur qu’ils n’en sachent pas un mot. C’est à peu près la ruse des singes qui, disent les Nègres, ne veulent pas parler, quoiqu’ils le puissent, de peur qu’on ne les fasse travailler. Il n’est point vrai du tout que je sois convenu avec M. Gosset de recevoir un modèle en présent. Au contraire, je lui en demandai le prix, qu’il me dit être d’une guinée et demie, ajoutant qu’il m’en voulait faire la galanterie, ce que je n’ai point accepté. Je vous prie donc de vouloir bien lui payer le modèle en question, dont M. Davenport aura la bonté de vous rembourser. S’il n’y consent pas, il faut le lui rendre et le faire acheter par une autre main. Il est destiné pour M. du Peyrou, qui depuis longtemps désire avoir mon portrait, et en a fait faire un en miniature qui n’est point du tout ressemblant. Vous êtes pourvu mieux que lui ; mais je suis fâché que vous m’ayez ôté par une diligence aussi flatteuse le plaisir de remplir le même devoir envers vous. Ayez la bonté, mon cher patron, de faire remettre ce modèle à MM. Guinand et Han-key, Little-Saint-Hellen’s, Bischopsgate street, pour l’envoyer à M. du Peyrou par la première occasion sûre. Il gèle ici depuis que j’y suis ; il a neigé tous les jours ; le vent coupe le visage ; malgré cela, j’aimerais mieux habiter le trou d’un des lapins de cette garenne que le plus bel appartement de Londres. Bonjour, mon cher patron ; je vous embrasse de tout mon coeur.
Lettre DCLXXII– À M. J.F Coindet
Chez MM. Thélusson et Necker, à Paris.
À Wootton en Derbyshire, le 29 mars 1766.
You claim to possess certain peculiarities, Mr. Count; indeed, it is almost a peculiarity in itself to be kind without any self-interest at stake; and it is an even greater peculiarity to go to such lengths for someone one does not know. Your kind offers, the manner in which you made them, and the description of the dwelling you have prepared for me would surely be very appealing if I were less infirm, more mobile, younger, and if you lived closer to the sun. However, I fear that upon seeing the person whom you honor with this invitation, you might feel some regret: you would expect to meet a man of letters, an eloquent speaker, who would repay your generous hospitality with wit and words. But all I am is a simple countryman, whose tastes and misfortunes have made me very solitary; my only amusement lies in collecting plants throughout the day, and it is in this interaction with nature that I find the peace so gentle to my heart—a peace that humans have refused me.
Therefore, sir, I will not go to live in your house; but I will always remember with gratitude that you offered it to me, and sometimes I will regret not being there to enjoy the kindnesses and friendship of my host.
Please accept, my lord count, my most sincere thanks and my humbleest regards.
Letter DCLXVIII – To the Same One
At Chiswick, on March 14, 1766.
Finally, my dear host, after a six-week silence, your letter number 18 comes to relieve my boredom. It seems that my letters are not reaching you reliably. Let us therefore establish a more gradual but certainly more reliable system of communication. I will write to you at the Paris address you have provided, and you can, in turn, write to me using the same address.
To Mr. Lucadou and Drake, Union Court, London.
No matter where I am in England, these gentlemen will make sure to send me your letters; but please do not bother to write any letters yourself, and do not give my address to anyone.
I have received the 30 pounds sterling that you sent me via assignment, and as you can see, this is the fastest way to accomplish this matter. I did not wish to leave London until I was properly furnished with money, given the time it would take for me to establish secure and convenient means of correspondence to receive it. In the meantime, I took a walk in the province of Surrey, where I felt greatly tempted to settle down; but the proximity of London, my growing desire for solitude, and some unknown fate that seems to guide me against my will—these all led me towards the mountains of Derbyshire. I intend to set off next Wednesday to spend the rest of my days there. I am eager to be there, to breathe fresh air after so much fatigue and hustle, and to converse with you more freely than I have been able to do until now. My dear host, I will describe my dwelling to you in the hope that one day you may take advantage of your right—and even more so, I hope that you will allow me to do the same at yours. If it were not for this pleasant thought that comforts me in my sadness, I might fear that the heavy air of this island would eventually have a negative effect on my mood.
Mr. Hume provided me with the address below for his friend, Mr. Walpole, who is leaving Paris in about a month; however, for reasons too lengthy to explain in letters, I would prefer that this method be used only as a last resort, if no other alternatives are available. I have heard about the supposed letter from the King of Prussia, but I was not informed that it had been circulated by Mr. Walpole; and when I mentioned it to Mr. Hume, he neither confirmed nor denied it.
I hear nothing about the translations of your letters; Mr. Hume told me that they were progressing smoothly, but I have not seen any evidence of it. Such matters cannot have any impact in this country, where people do not even know that I had any dealings in Neuchâtel—where the priests are known only through the fate of that poor little Pierre. These wretched people are so despised everywhere that caring for them is like wasting time on insignificant matters. Believe me, forget about them entirely; at any cost, they are far too honored by our memory. People here know that I was persecuted in Geneva, and they are indignant about it. The English clergy regard me almost as a confessor of the faith. Nevertheless, as in every large city, there are many foolish remarks, both good and bad. The general public is not worth bothering with at all.
How is your building doing? Has it been confirmed that you will have access to water? Although I am not present, I will always be concerned about your home, and my heart will always reside there.
Letter DCLXX – To the Same One
Wootton, March 29, 1766.
“You have seen, my dear employer, from the letter that Mr. Davenport is to deliver to you, how well I am accommodated here according to my wishes. I might be even more at ease if there were less attention paid to me; but the attentions of such a gallant man are too kind to be resented; and since everything in life involves some inconvenience, the inconvenience of being overly attended to is one of those that are easiest to endure. However, I find a greater difficulty in not being able to make myself understood by the servants, or even in hearing what they say to me. Fortunately, Miss Le Vasseur acts as my interpreter; her fingers speak better than my tongue. In fact, I consider my ignorance to have an advantage in that it keeps the idle people away by annoying them. Yesterday, Mr. the Minister visited me; since he saw that I only spoke French to him, he refused to speak English with me, so our meeting went on almost without a word being exchanged. I have taken a liking to this method; I will use it with all my neighbors if I have any. And even if I were to learn English, I would still speak only French to them—especially if I were fortunate enough for them not to know a single word of it. It is almost like the trick used by monkeys, which, according to the Negroes, refuse to speak even though they are capable of doing so, just because they don’t want to be made work. It is absolutely not true that I have agreed with Mr. Gosset to receive a model in exchange for something. On the contrary, I asked him what its price was; he told me it was one and a half guineas, adding that he was doing me this favor out of kindness, but I did not accept it. Therefore, I beg you to please pay for that model; Mr. Davenport will be kind enough to reimburse you. If he refuses, we must return it and have someone else buy it. It is meant for M. du Peyrou, who has long desired to have my portrait made and had already have a miniature done of me, but it does not resemble me at all. You are better off than him; but I am sorry that you have deprived me of the pleasure of fulfilling the same duty for you with such an flattering promptness. Please, my dear employer, have that model delivered to Messrs. Guinand and Han-key, Little-Saint-Hellen’s, Bischopsgate Street, so that it can be sent to M. du Peyrou at the first safe opportunity. It has been freezing here since I arrived; it has snowed every day; the wind is harsh on the face; yet, I would rather live in the burrow of a rabbit in this forest than in the most beautiful apartment in London. Goodbye, my dear employer; I embrace you with all my heart.”
Letter DCLXXII – To Mr. J.F. Coindet
At Messrs. Thélusson and Necker, in Paris.
At Wootton, in Derbyshire, on March 29, 1766.
Signor conte, vi considerate davvero una persona dal carattere particolare: infatti, essere generosi senza alcun interesse è già di per sé una stranezza; e essere così premurosi verso qualcuno che non conoscete affatto è ancora più notevole. Le vostre offerte gentili, il tono con cui me le avete fatte e la descrizione dell’abitazione che mi destinate sarebbero certamente in grado di attirarmi, se fossi meno malato, più agile, più giovane, e se voi foste più vicini al “sole” della vita sociale. Tuttavia, temo che, vedendo la persona a cui inviate questa invitazione, possiate provare del rimorso: vi aspettereste certo un uomo di lettere, un oratore abile, capace di compensare con il proprio spirito e le proprie parole la vostra generosa ospitalità. Invece avrete soltanto un buon uomo semplice, reso molto solitario dai suoi gusti e dalle sue sfortune; un uomo che, per tutto divertimento, passa le giornate a raccogliere erbe, trovando in quel rapporto con la natura quella pace così dolce per il suo cuore, che gli è stata negata dagli esseri umani.
Quindi, signore, non andrò ad abitare nella vostra casa; tuttavia ricorderò sempre con gratitudine che me l’avete offerta, e a volte mi dispiacerà di non esserci per coltivare la gentilezza e l’amicizia del vostro padrone di casa.
Permettetemi, signor conte, di esprimervi la mia più sincera gratitudine e i miei più umili ringraziamenti.
Lettera DCLXVIII – Allo stesso.
A Chiswick, il 14 marzo 1766.
Finalmente, mio caro ospite, dopo un silenzio di sei settimane, la vostra lettera numero 18 viene a sollevarmi dal dolore. Mi rendo conto che le mie lettere non vi arrivano regolarmente. Cerchiamo quindi di stabilire una regola più lenta, se necessario, ma più affidabile. Vi scriverò all’indirizzo di Parigi che mi avete indicato, e voi potrete scrivere a me allo stesso modo, utilizzando questo stesso indirizzo.
A Messeri Lucadou e Drake, Union-Court, Londra.
Ovunque io mi trovi in Inghilterra, questi signori si assicureranno che le vostre lettere mi arrivino; tuttavia, non scrivete alcuna lettera per me e non date la mia indirizzo a nessuno.
Ho ricevuto i 30 sterline che mi avete inviato tramite assegnazione bancaria, e vedete che questo è il modo più rapido per ottenere ciò che desideravo. Non volevo allontanarmi da Londra finché non fossi stato adeguatamente provvisto di denaro, considerando il tempo necessario per stabilire contatti sicuri e comodi per riceverlo. Nel frattempo, sono andato a fare una passeggiata nella contea di Surrey, dove ho avuto la forte tentazione di stabilirmi lì; tuttavia, la troppa vicinanza a Londra, la mia crescente passione per la vita ritirata, e chissà quale fatalità che mi spinge indipendentemente dalla ragione, mi portano verso le montagne del Derbyshire. Intendo partire mercoledì prossimo per trascorrere il resto dei miei giorni in quel luogo. Non vedo l’ora di arrivare lì, per riposarmi dopo tante fatiche e viaggi, e per poter conversare con voi più liberamente di quanto sia stato possibile finora. Vi descriverò la mia dimora, caro ospite mio, nella speranza che un giorno possiate venire a trovarmi lì, e poi anche voi potrete godere del diritto di soggiornare nella vostra casa sotto il mio tetto. Se questa dolce idea non mi consolasse nella mia tristezza, temerei che l’aria pesante di quest’isola finisse per influenzare negativamente il mio umore.
Il signor Hume mi ha fornito l’indirizzo qui allegato per il suo amico, il signor Walpole, che partirà da Parigi tra un mese; tuttavia, per ragioni troppo complesse da spiegare per iscritto, vorrei che questa via venisse utilizzata soltanto in assenza di altre possibilità. Mi è stato parlato della presunta lettera del re di Prussia, ma non mi era stato detto che fosse stata diffusa dal signor Walpole; quando ne ho parlato con il signor Hume, lui non ha risposto né sì né no.
Non ho sentito parlare di alcuna traduzione delle vostre lettere: tuttavia il signor Hume mi ha detto che tali traduzioni stavano procedendo regolarmente; ma non mi è stata mostrata alcuna prova concreta al riguardo. Queste comunicazioni non possono suscitare alcun interesse in questo paese, dove nessuno sa nemmeno che io abbia avuto affari a Neuchâtel. I preti di quella città sono conosciuti soltanto per il destino del povero Petit-Pierre. Questi infelici sono ovunque così disprezzati, che occuparsi di loro è come sprecare tempo e sforzi inutilmente. Credetemi: dimentichiamoli completamente; a qualunque prezzo, sono troppo onorati dal nostro ricordo. Qui si sa che sono stato perseguitato a Ginevra, e tutti ne sono indignati. Il clero inglese mi considera più o meno come un confessore della fede. Del resto, come in qualsiasi grande città, qui si pronunciano molte parole inutili, sia buone che cattive. In generale, il pubblico non merita certo che ci si preoccupi di lui.
Come va la vostra casa? È confermato che avrete acqua? Anche se sono assente, continuerò a interessarmi alla vostra dimora; il mio cuore vi abiterà sempre.
Lettera DCLXX – Allo stesso.
Wootton, 29 marzo 1766.
Avete visto, mio caro padrone, dalla lettera che il signor Davenport vi ha dovuto consegnare, quanto io sia soddisfatto della mia situazione qui. Forse mi troverei ancora più a mio agio se ci fossero meno attenzioni rivolte a me; ma le premure di un uomo così gentile sono troppo piacevoli per poterle rifiutare; e, poiché nella vita tutto comporta degli svantaggi, quello di essere trattato con eccessiva cortesia è uno dei più facilmente tollerabili. Tuttavia, ho un ulteriore svantaggio: non riesco a farmi capire dai domestici, né tantomeno a comprendere una parola di ciò che mi dicono. Fortunatamente, la signorina Le Vasseur fa da interprete per me; i suoi gesti parlano meglio della mia lingua. Anzi, trovo addirittura un vantaggio nella mia ignoranza: riesco a tenere alla larga gli oziosi, infastidendoli con le mie domande. Ieri ho avuto la visita del ministro; vedendo che parlavo solo francese, non ha voluto conversare in inglese con me; quindi l’incontro è trascorso quasi in silenzio. Mi sono divertito molto con questo sistema e lo userò anche con tutti i miei vicini, se ne avrò. E anche se imparassi l’inglese, parlerei comunque solo francese con loro, soprattutto se avessero la sfortuna di non conoscere questa lingua. È più o meno lo stesso stratagemma dei scimmie: secondo i Neri, queste non vogliono parlare, anche se ne sono capaci, per evitare di dover lavorare. Non è affatto vero che abbia concordato con il signor Gosset di ricevere un modello in regalo; anzi, gli ho chiesto il prezzo, che mi ha detto essere di una ghinea e mezza, aggiungendo che voleva farmi questo favore, cosa che non ho accettato. Pertanto, vi prego di pagare voi stesso quel modello; il signor Davenport vi rimborserà poi la somma. Se si rifiuta, dobbiamo restituirglielo e farlo comprare da qualcun altro. È destinato al signor du Peyrou, che da tempo desidera avere il mio ritratto e ne ha fatto fare una miniatura che non assomiglia affatto a me. Voi disponete di risorse migliori di lui; ma mi dispiace che questa vostra premura così lusinghiera mi abbia impedito di compiere lo stesso dovere nei vostri confronti. Vi prego, mio caro padrone, di far consegnare questo modello ai signori Guinand e Han-key, Little-Saint-Hellen’s, Bischopsgate Street, affinché possano inviarlo al signor du Peyrou alla prima occasione opportuna. Qui fa freddo da quando sono arrivato; nevica ogni giorno, il vento è gelido. Eppure preferirei vivere nella tana di un coniglio che nell’abitazione più bella di Londra. Addio, mio caro padrone; vi abbraccio con tutto il cuore.
Lettera DCLXXII – A Monsieur J.F. Coindet
Presso i signori Thélusson e Necker, a Parigi.
A Wootton, nel Derbyshire, il 29 marzo 1766.
J’ai reçu vos lettres, cher Coindet, et celle de madame de Chenonceau. J’ai différé de vous répondre jusqu’au moment où j’arriverais en lieu de repos où je puisse respirer. J’en avais grand besoin, je vous jure, et le voisinage de Londres m’était aussi importun que Londres même par l’extrême affluence des curieux. J’ai répondu sur-le-champ à la dernière lettre de madame de Chenonceau ; le sujet le demandait absolument. Il m’importe extrêmement de savoir si ma lettre lui est parvenue et si elle n’a pas essuyé de retard, pour juger de la fidélité des gens à qui je l’ai confiée. J’ai aussi reçu indirectement des nouvelles de M. Watelet et de nouvelles preuves de ses soins bienfaisants par ses recommandations en ma faveur. Un des plus doux emplois de mes loisirs sera de lui écrire quelquefois. Je voudrais qu’il fut tenté de venir voir ma solitude ; elle ne serait pas indigne, à quelques égards, d’occuper ses regards et ses talents. Je suis fâché de ne pouvoir faire aucun usage de l’adresse que vous m’avez donnée ; mais je suis à cinquante lieues de Londres, et bien résolu de n’y retourner que quand je ne pourrai faire autrement. Me voilà comme régénéré par un nouveau baptême, ayant été bien mouillé en passant la mer. J’ai dépouillé le vieil homme, et, hors quelques amis parmi lesquels je vous compte, j’oublie tout ce qui se rapporte à cette terre étrangère qui s’appelle le continent. Les auteurs, les décrets, les livres, cette acre fumée de gloire qui fait pleurer, tout cela sont des folies de l’autre monde auxquelles je ne prends plus de part et que je me vais hâter d’oublier. Je ne puis jouir encore ici des charmes de la campagne, ce pays étant enseveli sous la neige ; mais, en attendant, je me repose de mes longues courses, je prends haleine, je jouis de moi, et nie rends le témoignage que, pendant quinze ans, que j’ai eu le malheur d’exercer le triste métier d’homme de lettres, je n’ai contracté aucun des vices de cet état ; l’envie, la jalousie, l’esprit d’intrigue et de charlatanerie n’ont pas un instant approché démon coeur. Je ne me sens pas même aigri par les persécutions, par les infortunes, et je quitte la carrière aussi sain de coeur que j’y suis entré. Voilà, cher Coindet, la source du bonheur que je vais goûter dans ma retraite, si l’on veut bien m’y laisser en paix. Les gens du monde ne conçoivent pas qu’on puisse vivre heureux et content vis-à-vis de soi ; et moi, je ne conçois pas qu’on puisse être heureux d’une autre manière. De quoi sera-t-on content dans la vie si l’on ne l’est pas du seul homme qu’on ne quitte point ? Voilà bien de la morale pour un homme du monde, mais pas trop pour un hermite. Au lieu de vous parler de vous, je vous parle de moi ; cela n’est pas fort poli, sans doute, mais cela est tout naturel. Usez-en de même avec moi, parlez-moi de vous à votre tour, et soyez sûr de me faire grand plaisir. La difficulté est de me faire parvenir vos lettres, car, pour plusieurs bonnes raisons, je n’en reçois aucune par la poste, qui ne vient pas jusqu’au village voisin de cette maison. En attendant d’autres arrangements plus commodes, faites remettre votre lettre à Londres, chez M. Davenport next door lord Égremont[899], Piccadilly. Par ce moyen, elle me parviendra. Je vous embrasse de tout mon coeur.
Rappelez-moi quelquefois, je vous prie, au souvenir de M. et madame d’Azincourt.
Je serais bien aise de savoir exactement votre adresse, afin de pouvoir vous écrire par occasions quand elles se présenteront.
Observation
Nous devons cette lettre à M. Coindet, neveu de celui à qui elle est écrite. On retrouve Rousseau, dans cette acre fumée de gloire qui fait pleurer ; dans le tableau de cette paix du coeur si chèrement achetée, si heureusement décrite ; dans cet homme qu’on ne quitte point.
Elle porte la même date que celle qui fut écrite à David Hume, et prouve que le 29 mars 1766 il n’y avait point encore de soupçons graves contre cet historien. Ils ne commencèrent que le 31 mars. Cependant il est toujours inquiet de la lettre qu’il avait adressée à madame de Chenonceau et qu’il accusait David d’avoir interceptée, d’après les détails qu’il donne à madame de Boufflers le 9 avril 1766.
Lettre DCLXXIII– À M. le chevalier d’Éon
[901]
Wootton, le 31 mars 1766.
J’étais, monsieur, à la veille de mon départ pour cette province, lorsque je reçus le paquet que vous m’avez adressé ; et, ne l’ayant ouvert qu’ici, je n’ai pu lire plus tôt la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire. Je n’ai même encore pu que parcourir rapidement vos Mémoires. C’en est assez pour confirmer l’opinion que j’avais des rares talents de l’auteur, mais non pas pour juger du fond de la querelle entre vous et M. de Guerchi. J’avoue pourtant, monsieur, que, dans le principe, je crois voir le tort de votre côté ; et il ne me paraît pas juste que, comme ministre, vous vouliez, en votre nom et à ses frais, faire la même dépense qu’il eût faite lui-même ; mais, sur la lecture de vos Mémoires, je trouve dans la suite de cette affaire des torts beaucoup plus graves du côté de M. Guerchi ; et la violence de ses poursuites n’aura, je pense, aucun de ses propres amis pour approbateur. Tout ce que prouve l’avantage qu’il a sur vous, à cet égard, c’est qu’il est le plus fort, et que vous êtes le plus faible. Cela met contre lui tout le préjugé de l’injustice ; car le pouvoir et l’impunité rendent les forts audacieux ; le bon droit seul est l’arme des faibles ; et cette arme leur crève ordinairement dans les mains. J’ai éprouvé tout cela comme vous, monsieur ; et ma vie est un tissu de preuves en faits que la justice a toujours tort contre la puissance. Mon sort est tel que j’ai dû l’attendre de ce principe. J’en suis accablé sans en être surpris ; je sais que tel est l’ordre, pas moral, mais naturel des choses. Qu’un prêtre huguenot me fasse lapider par la canaille, qu’un conseil ou qu’un parlement me décrète, qu’un sénat m’outrage de gaieté de coeur, qu’il me chasse barbarement, au coeur de l’hiver, moi malade, sans ombre de plainte, de justice, ni de raison J’en souffre sans doute ; mais je ne m’en fâche pas plus que de voir détacher un rocher sur ma tête, au moment que je passe au-dessous de lui. Monsieur, les vices des hommes sont en grande partie l’ouvrage de leur situation ; l’injustice marche avec le pouvoir. Nous, qui sommes victimes et persécutés, si nous étions à la place de ceux qui nous poursuivent, nous serions peut-être tyrans et persécuteurs comme eux. Cette réflexion, si humiliante pour l’humanité, n’ôte pas le poids des disgrâces, mais elle en ôte l’indignation qui les rend accablantes. On supporte son sort avec plus de patience, quand on le sent attaché à notre constitution.
Je ne puis qu’applaudir, monsieur, à l’article qui termine votre lettre. Il est convenable que vous soyez aussi content de votre religion que je le suis de la mienne, et que nous restions chacun dans la nôtre en sincérité de coeur. La Notre est fondée sur la soumission, et vous vous soumettez. La mienne est fondée sur la discussion, et je raisonne. Tout cela est fort bien pour gens qui ne veulent être ni prosélytes, ni missionnaires, comme je pense que nous ne voulons l’être, ni vous ni moi. Si mon principe me parait le plus vrai, le vôtre me paraît le plus commode ; et un grand avantage que vous avez, est que votre clergé s’y tient bien, au lieu que le nôtre, composé de petits barbouillons, à qui l’arrogance a tourné la tête, ne sait ni ce qu’il veut ni ce qu’il dit, et n’ôte l’infaillibilité à l’Eglise qu’afin de l’usurper chacun pour soi. Monsieur, j’ai éprouvé, comme vous, des tracasseries d’ambassadeurs : que Dieu vous préserve de celles des prêtres ! Je finis par ce voeu salutaire, en vous saluant très humblement, monsieur, et de tout mon coeur.
Lettre DCLXXVI– À Milord Strafford
Wootton, 3 avril 1766.
I have received your letters, dear Coindet, as well as those from Madame de Chenonceau. I delayed responding until I arrived in a place of rest where I could breathe freely. I truly needed it, I swear to you; the vicinity of London was just as troublesome for me as London itself, due to the overwhelming influx of curious onlookers. I replied immediately to Madame de Chenonceau’s last letter—it was absolutely necessary to do so. It is of utmost importance to me to know whether my letter reached her and if there were any delays, in order to assess the reliability of those to whom I entrusted it. I have also received indirect news from Monsieur Watelet, as well as further evidence of his kind efforts through his recommendations in my favor. One of the most pleasant pastimes during my leisure time will be to write to him occasionally. I would like him to consider coming and seeing my solitude; in some respects, it might be worthy of occupying his attention and talents. I regret that I am unable to make use of the address you provided me; but I am fifty miles away from London and am determined not to return there until it is absolutely necessary. In a way, I feel as if I have been reborn through a new “baptism,” having endured great hardships during my journey across the sea. I have shed the old self, and aside from a few friends, among whom you are included, I have forgotten everything related to this foreign land called the continent. Authors, decrees, books—this acrid smoke of glory that brings tears to one’s eyes—all these are follies of another world; I no longer participate in them and intend to forget them soon enough. At present, I cannot enjoy the charms of the countryside, as it is buried under snow; but in the meantime, I rest after my long travels, regain my strength, and take pleasure in being myself. I must also testify that during the fifteen years in which I have had the misfortune to pursue the sad profession of a writer, I never contracted any of the vices associated with that life—envy, jealousy, intrigue, or deceit never touched my heart. I am not even resentful due to persecution or misfortunes; I leave this career as healthy in spirit as I entered it. This, dear Coindet, is the source of the happiness I will enjoy in my retreat, if only people will allow me to live in peace. People in the world cannot conceive that one can be happy and content with oneself alone; but I cannot imagine being happy in any other way. What could one possibly take pleasure in life if not in the only person one never leaves? Such morality might suit a man of the world, but not quite an hermit. Instead of talking about you, I have been speaking of myself; perhaps this is not very polite, but it is entirely natural. Please do the same with me and talk to me about yourself—I am sure it will bring me great joy. The difficulty lies in getting your letters to me, because for several good reasons, I do not receive any through the postal service, which does not extend to the neighboring village near this house. Until more convenient arrangements can be made, please have your letter sent to London, to Mr. Davenport next door to Lord Égremont[899], in Piccadilly. In this way, it will reach me. I embrace you with all my heart.
Please remind me sometimes, in memory of Mr. and Mrs. d’Azincourt.
I would be very pleased to know your exact address so that I could write to you whenever the opportunity arises.
Observation
We owe this letter to Mr. Coindet, the nephew of the person to whom it is addressed. One can find Rousseau in this acrid smoke of glory that brings tears to one’s eyes; in the portrayal of this peace of heart so dearly obtained and so happily described; in this man who never leaves our side.
It bears the same date as the letter written to David Hume, and proves that on March 29, 1766, there were still no serious suspicions against this historian; such suspicions did not begin until March 31. However, he was still concerned about the letter he had sent to Madame de Chenonceau, which he accused David of having intercepted, according to the details he provided to Madame de Boufflers on April 9, 1766.
Letter DCLXXIII – To Mr. Chevalier d’Éon
[901]
Wootton, March 31, 1766.
Sir, I was on the eve of my departure for that province when I received the package you had sent to me; and since I only opened it here, I was unable to read the letter you had taken the trouble to write to me until now. I have even only had time to skim through your Memoirs briefly. This is enough to confirm my previous opinion regarding the author’s rare talents, but it is not sufficient for me to form a judgment on the merits of the dispute between you and Mr. de Guerchi. However, I must confess that, in principle, I believe that you are in the right; and it does not seem fair for you, as a minister, to want to incur the same expenses on behalf of someone else at their own cost. But after reading your Memoirs, I find that there are much more serious faults on Mr. Guerchi’s side in this entire matter; and I believe that the intensity of his persecutions will not find any support among his own friends. All that his advantage over you proves in this regard is that he is stronger, while you are weaker. This circumstance brings with it the preconception of injustice; for power and impunity make the strong bold, whereas only justice can be the weapon of the weak—and even then, this weapon often breaks in their hands. I have experienced all these things just as you have, sir; and my life is a living testament to the fact that justice is always at a disadvantage against power. My fate has been such that I could expect nothing other than what I have encountered; I am overwhelmed by it, but not surprised by it. I know that this is the order of things—not moral, but natural. If a Huguenot priest were to order me to be stoned by a mob, if a council or parliament were to condemn me, if a senate were to insult me in cold blood and barbarously expel me in the dead of winter, while I am ill and without any recourse to justice or reason, I would certainly suffer; but I would not be angered by it any more than I would be disturbed if a rock were to fall on my head as I passed beneath it. Sir, the vices of human beings are, to a large extent, the result of their social position; injustice goes hand in hand with power. We, who are victims and persecuted, if we were in the place of those who hunt us down, might perhaps become tyrants and persecutors just like them. This thought, though humiliating for humanity, does not lessen the weight of our misfortunes, but it does remove the indignation that makes them so unbearable. One endures one’s fate more patiently when one realizes that it is inherent in one’s very nature.
I can only applaud, sir, the passage at the end of your letter. It is only right that you should be as satisfied with your religion as I am with mine, and that we each remain true to our own beliefs in all sincerity. Your religion is based on submission, and you practice submission; mine is based on discussion, and I reason. All this is quite appropriate for people who have no desire to be proselytizers or missionaries—just as I believe neither you nor I wish to be such. If my principle seems the most true to me, yours seems the most convenient; indeed, a great advantage you possess is that your clergy adheres firmly to it, whereas ours, composed of petty, arrogant individuals who have lost their way, neither know what they want nor what they say, and only seek to usurp the Church’s infallibility for their own purposes. Sir, I have, like you, encountered various troubles caused by diplomats; may God protect you from the troubles posed by priests! I conclude with this wholesome wish, saluting you very humbly and from the bottom of my heart, sir.
Letter DCLXXVI – To Lord Strafford
Wootton, April 3, 1766.
Ho ricevuto le vostre lettere, caro Coindet, così come quella di madame de Chenonceau. Ho rinviato a rispondervi fino al momento in cui sarei arrivato in un luogo di riposo dove potessi finalmente respirare liberamente. Ne avevo davvero bisogno, ve lo giuro; inoltre, la vicinanza di Londra era altrettanto fastidiosa quanto la città stessa, a causa dell’enorme afflusso di curiosi. Ho risposto immediatamente all’ultima lettera di madame de Chenonceau: il tema lo richiedeva assolutamente. È estremamente importante per me sapere se la mia lettera le sia arrivata e se non abbia subito alcun ritardo, al fine di valutare la fedeltà delle persone a cui l’avevo affidata. Ho anche ricevuto notizie indirette su M. Watelet, nonché nuove prove dei suoi buoni propositi, dimostrati dalle sue raccomandazioni a mio favore. Uno dei piaceri più dolci dei miei momenti di svago sarà scrivergli di tanto in tanto. Vorrei che fosse tentato di venire a visitare la mia solitudine; essa, sotto alcuni aspetti, non sarebbe certo indegna di attirare il suo interesse e i suoi talenti. Mi dispiace molto non poter utilizzare l’indirizzo che mi avete fornito; ma mi trovo a cinquanta miglia da Londra e sono deciso a non tornarci finché non sarà necessario. Ora mi sento come se fossi stato “rigenereato” attraverso un nuovo battesimo, dopo aver attraversato il mare. Ho abbandonato l’“uomo vecchio” e, ad eccezione di alcuni amici tra cui voi, ho dimenticato tutto ciò che riguarda questo mondo straniero chiamato “continente”. Gli autori, i decreti, i libri, tutta quella fumosa vanità che fa piangere, sono solo follie di un altro mondo a cui non partecipo più e che presto dimenticherò del tutto. Qui, per il momento, non posso ancora godere dei piaceri della campagna, poiché il paese è sepolto sotto la neve; ma intanto mi riposo dopo lunghe viaggi, prendo fiato, mi godo me stesso, e posso affermare con certezza che, in quindici anni trascorsi nella triste professione di letterato, non ho mai acquisito nessuno dei vizi tipici di questa vita; l’invidia, la gelosia, l’inganno, nulla di tutto ciò ha mai sfiorato il mio cuore. Non mi sento nemmeno offeso dalle persecuzioni o dalle sfortune, e lascio questa carriera con il cuore sereno, proprio come vi sono entrato. Ecco, caro Coindet, la fonte della felicità che godrò nella mia ritirata, se solo mi lasceranno in pace. Le persone del mondo non riescono a immaginare che si possa vivere felici e soddisfatti di sé stessi; io, invece, non riesco a concepire che si possa essere felici in altro modo. Di cosa si può essere contenti nella vita, se non della persona unica che non si lascia mai? Questa è davvero una morale adatta alle persone del mondo, ma non troppo per un eremita. Invece di parlare di voi, parlo di me stesso. Certo, non è molto educato, ma è del tutto naturale. Fatelo anche voi con me: parlatemi di voi, e state certo che mi farete grande piacere. Il problema è far arrivare le vostre lettere a me, poiché, per diverse ragioni valide, non ne ricevo nessuna tramite la posta, che non arriva fino al villaggio vicino a questa casa. Fino a quando non saranno trovate soluzioni più convenienti, vi prego di far consegnare la vostra lettera a Londra, presso il signor Davenport, in Piccadilly. In questo modo, mi raggiungerà sicuramente. Vi abbraccio con tutto il mio cuore.
Per favore, ricordatemi di tanto in tanto il signor e la signora d’Azincourt.
Mi sarebbe molto utile conoscere esattamente il vostro indirizzo, in modo da potervi scrivere quando si presentassero opportunità pertinenti.
Osservazione.
Dobbiamo questa lettera a Monsieur Coindet, nipote di colui a cui è indirizzata. In essa ritroviamo Rousseau: in quella fumosa atmosfera di gloria che fa piangere; nel ritratto di quella pace interiore così arduamente conquistata e così felicemente descritta; in quell’uomo dal quale non ci si può separare mai.
Porta la stessa data di quella scritta a David Hume e dimostra che il 29 marzo 1766 non esistevano ancora sospetti gravi contro questo storico; tali sospetti iniziarono soltanto il 31 marzo. Tuttavia, egli rimane preoccupato per la lettera che aveva inviato a madame de Chenonceau e di cui accusava David di averla intercettata, come risulta dai dettagli che fornisce a madame de Boufflers il 9 aprile 1766.
Lettera DCLXXIII – A Monsignor il Cavaliere d’Éon
[901]
Wootton, 31 marzo 1766.
Ero, signore, alla vigilia della mia partenza per quella provincia quando ricevetti il pacco che mi avevate inviato; e poiché l’ho aperto solo ora, non ho potuto leggere prima la lettera che mi avete onorato di scrivere. Non ho nemmeno avuto il tempo di sfogliare rapidamente i vostri Memorie. Questo basta per confermare l’opinione che avevo sui rari talenti dell’autore, ma non è sufficiente per giudicare in modo completo la questione tra voi e il signor de Guerchi. Tuttavia, devo ammettere, signore, che, in linea di principio, credo che sia dalla vostra parte l’errore; e non mi sembra giusto che, in qualità di ministro, vogliate, a spese sue, sostenere le stesse spese che avrebbe potuto sostenere lui stesso. Tuttavia, dopo aver letto i vostri Memorie, ho scoperto che nella successiva evoluzione della questione ci sono colpe molto più gravi da parte del signor de Guerchi; e la violenza delle sue azioni, penso, non troverà alcun sostegno tra i suoi stessi amici. Tutto ciò che dimostra il vantaggio che ha su di voi in questo senso è che lui è più forte e voi più debole. Questo lo mette contro di sé con tutto il pregiudizio legato all’ingiustizia; infatti, il potere e l’impunità rendono i forti audaci; solo la giustizia è l’arma dei deboli, ma spesso questa arma si spezza nelle loro mani. Ho sperimentato tutto questo proprio come voi, signore; e la mia vita è un esempio concreto di come la giustizia sia sempre in svantaggio rispetto al potere. Il mio destino è stato quello che mi aspettavo, basandomi su questo principio. Ne sono sopraffatto, ma non sorpreso; so che tale è l’ordine delle cose, non certo morale, ma naturale. Che un prete ugonotto mi faccia lapidare dalla folla, che un consiglio o un parlamento emetta una sentenza contro di me, che un senato mi offenda con gioia, che mi caccino brutalmente, nel cuore dell’inverno, mentre sono malato, senza alcuna lamentela, giustizia o ragione. So di soffrire, ma non ne sono più indignato di quando vedo una roccia essere sollevata sopra la mia testa proprio nel momento in cui ci passo sotto. Signore, i vizi degli uomini sono in gran parte il risultato della loro posizione sociale; l’ingiustizia accompagna sempre il potere. Noi, che siamo vittime e perseguitati, se fossimo al posto di coloro che ci inseguono, forse saremmo tiranni e persecutori come loro. Questa riflessione, anche se umiliante per l’umanità, non toglie il peso delle sfortune, ma elimina l’indignazione che le rende insopportabili. Si sopporta il proprio destino con più pazienza quando si sa che è legato alla propria natura.
Non posso fare altro che applaudire, signore, all’articolo con cui concludete la vostra lettera. È giusto che voi siate altrettanto soddisfatto della vostra religione quanto lo sono io della mia, e che ognuno di noi rimanga fedele alla propria con sincerità di cuore. La mia religione si fonda sulla discussione e sul ragionamento; la vostra si basa sulla sottomissione, e voi vi sottomettete. Tutto ciò è perfetto per persone che non desiderano essere né proseliti né missionari, proprio come credo che né voi né io lo vogliamo. Se il mio principio mi sembra il più vero, il vostro mi pare il più conveniente; e un grande vantaggio che avete voi è che il vostro clero si attiene fedelmente a esso, al contrario del nostro, composto da individui presuntuosi e confusi, i quali non sanno né cosa vogliono né cosa dicono, e che togliono all’Chiesa la sua infallibilità soltanto per usurparla ciascuno per sé. Signore, ho provato, come voi, le fastidie causate dagli ambasciatori; che Dio vi preservi da quelle causate dai preti! Concludo con questo augurio salutare, salutandovi molto umilmente e con tutto il mio cuore.
Lettera DCLXXVI – A Lord Strafford
Wootton, 3 aprile 1766.
Les témoignages de votre souvenir, milord, et de vos bontés pour moi, me feront toujours autant de plaisir que d’honneur. J’ai regret de n’avoir pu profiter à Chiswick de la dernière promenade que vous y avez faite. J’espère réparer bientôt cette perte en ce pays. Je voudrais être plus jeune et mieux portant, j’irais vous rendre quelquefois mes devoir en Yorkshire ; mais quinze lieues sont beaucoup pour un piéton presque sexagénaire ; car dès que je suis une fois en place, je ne voyage plus pour mon plaisir autrement qu’à pied. Toutefois je ne renonce pas à cette entreprise, et vous pouvez vous attendre à voir quelque jour un pauvre garçon herboriste aller vous demander l’hospitalité. Pour vous, milord, qui avez des chevaux et des équipages, si vous faites quelque pèlerinage équestre dans ce canton, et quelque station dans la maison que j’habite, outre l’honneur qu’en recevra le maître du logis, vous ferez une oeuvre pie en faveur d’un exilé de la terre ferme, prisonnier, mais bien volontaire, dans le pays de la liberté. Agréez, milord, je vous supplie, mes salutations et mon respect.
Lettre DCLXXVII– À Madame la comtesse de Boufflers
À Wootton, le 5 avril 1766.
Vous avez assurément, madame, et vous aurez toute ma vie, le droit de me demander compte de moi. J’attendais, pour remplir un devoir qui m’est si cher, qu’arrivé dans un lieu de repos j’eusse un moment à donner à mes plaisirs. Grâce aux soins de M. Hume, ce moment est enfin venu, et je me hâte d’en profiter. J’ai cependant peu de choses à vous dire sur les détails que vous me demandez. Vivant dans un pays dont j’ignore la langue, et toujours sous la conduite d’autrui, je n’ai guère qu’à suivre les directions qu’on me donne. D’ailleurs, loin du monde et de la capitale, ignorant tout ce qu’on y dit, et ne désirant pas l’apprendre, je sais ce qu’on veut me dire et rien de plus. Peu de gens sont moins instruits que moi de ce qui me regarde.
Les petits événements de mon voyage ne méritent pas, madame, de vous en occuper. Durant la traversée de Calais à Douvres, qui se fit de nuit et dura douze heures, je fus moins malade que M. Hume ; mais je fus mouillé et gelé, et j’ai plutôt senti la mer que je ne l’ai vue. J’ai été accueilli à Londres, j’ai eu beaucoup de visites, beaucoup d’offres de service, des habitations à choisir, j’en ai enfin choisi une dans cette province : je suis dans la maison d’un galant homme dont M. Hume m’a dit beaucoup de bien qui n’a été démenti par personne. Il a paru vouloir me mettre à mon aise : j’ignore encore ce qu’il en sera, mais ses attentions seules m’empêchent d’oublier que je suis dans la maison d’autrui.
Vous voulez, madame, que je vous parle de la nation anglaise ; il faudrait commencer par la connaître, et ce n’est pas l’affaire d’un jour. Trop bien instruit par l’expérience, je ne jugerai jamais légèrement, ni des nations, ni des hommes, même de ceux dont j’aurai à me plaindre ou à me louer. D’ailleurs je ne suis point à portée de connaître les Anglais par eux-mêmes : je les connais par l’hospitalité qu’ils ont exercée envers moi, et qui dément la réputation qu’on leur donne. Il ne m’appartient pas de juger mes hôtes. On m’a trop bien appris cela en France pour que je puisse l’oublier ici.
Je voudrais vous obéir en tout, madame ; mais de grâce, ne me parlez plus de faire des livres, ni même des gens qui en font. Nous avons des livres de morale cent fois plus qu’il n’en faut, et nous n’en valons pas mieux. Vous craignez pour moi le désoeuvrement et l’ennui de la retraite : vous vous trompez, madame, je ne suis jamais moins ennuyé ni moins oisif que quand je suis seul. Il me reste, avec les amusements de la botanique, une occupation bien chère et à laquelle j’aime chaque jour davantage à me livrer. J’ai ici un homme qui est de ma connaissance, et que j’ai grande envie de connaître mieux. La société que je vais lier avec lui m Vin péchera d’en désirer aucune autre. Je l’estime assez pour ne pas craindre une intimité à laquelle il m’invite ; et, comme il est aussi maltraité que moi par les hommes, nous nous consolerons mutuellement de leurs outrages, en lisant dans le coeur de notre ami qu’il ne les a pas mérités.
Vous dites qu’on me reproche des paradoxes. Eh ! madame, tant mieux. Soyez sûre qu’on me reprocherait moins de paradoxes, si l’on pouvait me reprocher des erreurs. Quand on a prouvé que je pense autrement que le peuple, ne me voilà-1-il pas bien réfuté ! Un saint homme de moine, appelé Cachot[902], vient en revanche de faire un gros livre pour prouver qu’il n’y a rien à moi dans les miens, et que je n’ai rien dit que d’après les autres. Je suis d’avis de laisser, pour toute réponse, aux prises avec sa révérence ceux qui me reprochent, à si grands cris, de vouloir penser seul autrement que tout le monde.
J’ai eu de vous, madame, une seule lettre : aucune nouvelle de madame la maréchale, depuis l’arrivée de mademoiselle Le Vasseur, pas même par M. de La Roche ; j’en suis très en peine, à cause de l’état de sa santé. Les communications avec le continent me deviennent plus difficiles de jour en jour. Les lettres que j’écris n’arrivent pas ; celles que je reçois ont été ouvertes. Dans un pays où, par l’ignorance de la langue, on est à la discrétion d’autrui, il faut être heureux dans le choix de ceux à qui l’on donne sa confiance, et, à juger par l’expérience, j’aurais tort de compter sur le bonheur. Il en est un cependant dont je suis jaloux et que je ne mériterai jamais de perdre ; c’est la continuation des bontés de M. le prince de Conti, qui a daigné m’en donner de si éclatantes marques, de la bienveillance de madame la maréchale, et de la vôtre, dont mon coeur sent si bien le prix. Madame, quelque sort qui m’attende encore, et dans quelque lieu que je vive et que je meure, mes consolations seront bien douces, tant que je ne sciai point oublié de vous.
Observation
Si la date de cette lettre est exacte, il en faut conclure que Rousseau, qui dans celle du 31 mars se plaignait déjà de M. Hume, attendait plus d’éclaircissements pour s’expliquer sur son compte avec madame de Boufflers, par l’entremise de laquelle ils s’étaient connus tous les deux. Quant au nouvel ami dont parle Jean-Jacques et qu’il suppose dans la même situation que lui, c’est lui-même ; il s’étudie pour écrire ses Mémoires : c’est l’occupation à laquelle il aime à se livrer.
Lettre DCLXXIX– À l’auteur de Saint-James Chronicle
Wootton, le 7 avril 1766.
Vous avez manqué, monsieur, au respect que tout particulier doit aux têtes couronnées, en attribuant publiquement au roi de Prusse une lettre pleine d’extravagance et de méchanceté, dont par cela seul vous deviez savoir qu’il ne pouvait être l’auteur. Vous avez même osé transcrire sa signature comme si vous l’aviez vue écrite de sa main. Je vous apprends, monsieur, que cette lettre a été fabriquée à Paris, et, ce qui navre et déchire mon coeur, que l’imposteur a des complices en Angleterre.
Vous devez au roi de Prusse, à la vérité, à moi, d’imprimer la lettre que je vous écris ce que je signe, en réparation d’une faute que vous vous reprocheriez sans doute, si vous saviez quelles noirceurs vous vous rendez l’instrument. Je vous fais, monsieur, mes sincères salutations.
Lettre DCLXXXI– À MM. Becket et de Hondt
LIBRAIRES À LONDRES.
Wootton, le 9 avril 1766.
J’étais surpris, messieurs, de ne point voir paraître la traduction et l’impression des lettres de M. du Peyrou, que je vous ai remises et dont vous me paraissiez si empressés : mais en lisant dans les papiers publics une prétendue lettre du roi de Prusse à moi adressée, j’ai d’abord compris pourquoi celles de M. du Peyrou ne paraissaient point. À la bonne heure, messieurs, puisque le public veut être trompé, qu’on le trompe ; j’y prends quant à moi fort peu d’intérêt, et j’espère que les noires vapeurs qu’on excite à Londres ne troubleront pas la sérénité de l’air que je respire ici. Mais il me paraît que, ne faisant aucun usage de cet exemplaire, vous auriez dû songer à me le rendre avant que je vous en fisse souvenir. Ayez la bonté, messieurs, je vous prie, de faire remettre cet exemplaire à mon adresse, chez M. Davenport, demeurant près du lord Égremont, en Piccadilly. Je vous fais, messieurs, mes très humbles salutations.[903]
Lettre DCLXXXIII– À Lord ***
Wootton, le 19 avril 1766.
The recollections of your kindness toward me, my lord, always bring me both pleasure and honor. I regret having been unable to accompany you on your last walk in Chiswick; I hope to make up for this loss soon in this country. If only I were younger and in better health, I would often travel to Yorkshire to repay your generosity; but fifteen miles are too far for a nearly sixty-year-old pedestrian—for once I set out on my journey, I travel solely on foot for pleasure. Nevertheless, I have not given up this plan, and you may expect one day to see a poor herbalist come to ask you for shelter. For you, my lord, who possess horses and carriages, if you should undertake any horseback journey through this region and decide to stay at the house where I live, besides bringing honor to its owner, you would also be performing a pious act in helping an exile from the mainland—a prisoner, yet one who willingly resides in the land of freedom. Please accept, my lord, my greetings and respect.
Letter DCLXXVII – To Madame la Comtesse de Boufflers
At Wootton, on April 5, 1766.
Madam, you certainly have, and you will always have for the rest of my life, the right to demand an account of my actions from me. I had waited until I arrived in a place of rest to fulfill a duty that is so dear to me—namely, to take some time for my own pleasures. Thanks to the care of Mr. Hume, this moment has finally come, and I am eager to make use of it. However, I have little to tell you regarding the details you are asking about. Living in a country whose language I do not know, and always under the guidance of others, I merely follow the instructions that are given to me. Moreover, far from the world and its capital, ignorant of what is said there and having no desire to learn about it, I know only what people want to tell me—and nothing more. Few people are less informed than I am regarding matters that concern me.
The minor incidents of my journey are not worth your concern, madam. During the twelve-hour night crossing from Calais to Dover, I felt less ill than Mr. Hume; however, I got wet and cold, and I felt more the effects of the sea than actually saw it. Upon arriving in London, I received many visits, offers of assistance, and a variety of accommodations to choose from. In the end, I selected one in this province and have now taken up residence with a kind and gentlemanly man about whom Mr. Hume had spoken very highly, and whose reputation has not been challenged by anyone. He seems determined to make my stay as comfortable as possible; though I am still unsure of the future, his attentions alone prevent me from forgetting that I am in someone else’s home.
Madam, do you wish me to speak about the English nation? One must begin by truly understanding it, and that is not something that can be accomplished in a single day. Having learned so much from experience, I would never judge lightly, neither nations nor individuals—even those whom I might have reason to criticize or praise. Moreover, I do not have the opportunity to get to know the English people themselves; I know them only through the hospitality they have shown me, which contradicts the reputation they often have. It is not my place to judge those who have hosted me. In France, I was taught too well this lesson to forget it here.
I would like to obey you in every way, madam; but please, do not talk to me anymore about writing books, or even about people who do so. We already have far more moral books than we need, and yet we are no better for it. You fear that retirement will bring me idleness and boredom; but you are mistaken, madam. I am never less bored or idle when I am alone. Besides the pleasures of botany, I have a very cherished occupation to which I increasingly enjoy dedicating myself each day. Here, I have a man whom I know, and I would greatly like to get to know him better. The company he offers will prevent me from desiring any other. I esteem him enough to not fear the intimacy he invites me into; and since he, like me, suffers at the hands of men, we can comfort each other for their insults by reading in the heart of our friend that he did not deserve them.
You say that people accuse me of being full of paradoxes. Well! Madam, the better so. Be assured that people would accuse me of far fewer paradoxes if it were possible to accuse me of making mistakes. Once it has been proven that I think differently from the general populace, isn’t that enough to refute my arguments? On the other hand, a certain monk named Cachot[902] has just written a lengthy book to prove that nothing of my own ideas is in what I say, and that I merely repeat what others have said. In my opinion, the best response to those who so loudly accuse me of wanting to think independently from everyone else is simply to leave them to deal with their own arguments.
Madam, I have received only one letter from you: there has been no news of Madame la Maréchale since the arrival of Mademoiselle Le Vasseur, not even from Monsieur de La Roche; I am very worried about her health. Communication with the mainland is becoming increasingly difficult day by day. The letters I write do not arrive; those I receive have been opened. In a country where ignorance of the language places one at the mercy of others, one must be fortunate in choosing those to whom one confides one’s secrets. But judging from experience, I would be foolish to rely on such luck. However, there is one person whose kindness I am jealous of—and who I will never deserve to lose: it is the continuation of the kindnesses shown to me by Monsieur le Prince de Conti, who has taken the trouble to bestow upon me such shining proofs of his favor; it is also the kindness of Madame la Maréchale—and, above all, yours, whose value my heart understands all too well. Madam, no matter what fate awaits me, or whatever place I live or die in, my consolations will be sweet as long as I never forget you.
Observation
If the date of this letter is accurate, it must be concluded that Rousseau, who had already complained about Mr. Hume in his letter dated March 31, was awaiting further clarifications before addressing madame de Boufflers regarding his relationship with him—through her they had come to know each other. As for the new friend mentioned by Jean-Jacques and whom he assumes to be in the same situation as himself, it is none other than himself; he is currently engaged in studying in order to write his Memoirs: this is the pursuit he enjoys most.
Letter DCLXXIX – To the author of The Saint James Chronicle
Wootton, April 7, 1766.
You have failed, sir, to show that respect which is due in particular to crowned heads, by publicly attributing to the King of Prussia a letter filled with extravagance and malice—something you must have known could not possibly be his work. You even dared to transcribe his signature as if you had seen it written in his own hand. I inform you, sir, that this letter was fabricated in Paris, and what fills my heart with grief and indignation is that the impostor has accomplices in England.
You owe it to the King of Prussia, indeed, and to me, to print the letter I am writing to you; by doing so, you will be fulfilling what I sign here as compensation for a mistake you would undoubtedly regret if you knew the evil deeds for which you are being used as an instrument. I send you my sincere regards, sir.
Letter DCLXXXI – To Messrs. Becket and de Hondt
BOOKSTORES IN LONDON.
Wootton, April 9, 1766.
I was surprised, gentlemen, that the translation and printing of Mr. du Peyrou’s letters, which I had given to you and for which you seemed so eager, had not yet appeared. But upon reading in the public newspapers a supposed letter from the King of Prussia addressed to me, I immediately understood why Mr. du Peyrou’s letters had not been published. Well then, gentlemen, since the public wishes to be deceived, let it be deceived; I personally take very little interest in this matter, and I hope that the turmoil being stirred up in London will not disturb the peace of mind I enjoy here. However, it seems that since you made no use of this copy, you should have thought to return it to me before I reminded you of it. Please, gentlemen, have this copy sent to my address at Mr. Davenport’s residence, near Lord Egremont in Piccadilly. I offer you my most humble regards.[903]
Letter DCLXXXIII – To Lord ***
Wootton, April 19, 1766.
I ricordi del vostro affetto e delle vostre gentilezze verso di me mi procurano sempre grande gioia e onore. Mi dispiace non aver potuto godere con voi dell’ultima passeggiata che avete fatto a Chiswick; spero di poter compensare presto questa mancanza in questo paese. Vorrei essere più giovane e in migliori condizioni fisiche per recarmi occasionalmente da voi nel Yorkshire, ma quindici miglia rappresentano una distanza troppo lunga per un viaggiatore quasi sessantenne, poiché, una volta partito, viaggio soltanto a piedi. Tuttavia non rinuncio a questo progetto, e potete aspettarvi che un giorno un povero erborista venga da voi a chiedervi ospitalità. Per voi, milord, che disponete di cavalli e carrozze, se doveste intraprendere un viaggio a cavallo in questa zona e soggiornare nella casa dove abito, oltre all’onore che ne trarrebbe il proprietario, compiereste anche un atto di carità verso un esiliato della terraferma: prigioniero, ma volontariamente rinchiuso nel paese della libertà. Accettate, vi prego, le mie saluti e il mio rispetto.
Lettera DCLXXVII – Alla contessa di Boufflers
A Wootton, il 5 aprile 1766.
Signora, avete certamente, e avrete per tutta la mia vita, il diritto di chiedermi conto delle mie azioni. Aspettavo, per adempiere a un dovere che mi è così caro, di arrivare in un luogo di riposo dove avrei potuto dedicare del tempo ai miei piaceri. Grazie alle cure di Monsieur Hume, questo momento è finalmente arrivato, e mi affretto a coglierlo. Tuttavia, ho poche cose da dirvi riguardo ai dettagli che mi chiedete. Vivendo in un paese la cui lingua ignoro, e sempre sotto la guida altrui, non ho altro da fare se non seguire le indicazioni che mi vengono date. Inoltre, lontano dal mondo e dalla capitale, ignorando tutto ciò che vi si dice e senza desiderio di saperlo, so soltanto ciò che si vuole dirmi. E nient’altro. Pochi sono meno informati di me su ciò che mi riguarda.
I piccoli eventi del mio viaggio non meritano, signora, che vi occupiate di loro. Durante il tragitto da Calais a Dover, effettuato di notte e durato dodici ore, sono stato meno malato di Monsieur Hume; tuttavia sono rimasto bagnato e congelato, e ho percepito più l’effetto dell’umidità che non la vista del mare stesso. Sono stato accolto a Londra: ho ricevuto molte visite, molti offerti di aiuto, diverse possibilità abitative tra cui ho infine scelto una in questa provincia. Ora mi trovo nella casa di un gentiluomo di cui Monsieur Hume mi ha parlato molto bene, e le sue attenzioni finora mi hanno impedito di dimenticare che sono ospite in casa altrui.
Volete, signora, che vi parli della nazione inglese; per farlo, dovremmo prima conoscerla bene, e questo non è un compito che si possa portare a termine in un giorno. Essendo stato troppo istruito dall’esperienza, non giudicherò mai superficialmente né le nazioni né gli uomini, nemmeno quelli di cui dovrò lamentarmi o lodarmi. Inoltre, non ho l’opportunità di conoscere gli inglesi direttamente: li conosco attraverso l’ospitalità che mi hanno dimostrato, e che smentisce la reputazione che si ha di loro. Non spetta a me giudicare i miei ospiti. In Francia mi è stato insegnato troppo bene questo principio, per poterlo dimenticare qui.
Vorrei obbedirvi in tutto, signora; ma vi prego, non parlatemi più di scrivere libri, né tantomeno di persone che li scrivono. Abbiamo già libri di morale in numero cento volte superiore al necessario, eppure non siamo certo migliori per questo. Temete che la solitudine e il noia mi possano causare problemi. Vi sbagliate, signora: non sono mai meno annoiato né meno ozioso quando sono solo. Mi rimangono gli svaghi della botanica, un’occupazione molto cara a cui mi dedico sempre di più ogni giorno. Qui ho un uomo che conosco e che desidero molto conoscere meglio; la compagnia che stabilirò con lui mi impedirà di desiderare qualsiasi altra. Lo stimo abbastanza da non temere un’intimità che mi invita a condividere. E poiché anche lui è maltrattato dagli uomini, ci consoleremo a vicenda dei loro oltraggi, leggendo nel cuore del nostro amico che non li ha certo meritati.
Dite che mi si rimproverano dei paradossi. Eh, signora, meglio così! Siate certa che mi si rimprovererebbero meno paradossi se si potesse rimproverarmi degli errori. Quando si è dimostrato che penso in modo diverso dal popolo, non sono forse stato ben confutato? Un santo monaco di nome Cachot[902], invece, ha scritto un lungo libro per dimostrare che nulla di mio si trova nelle mie idee e che ho detto soltanto ciò che altri hanno già affermato. Io ritengo che la risposta migliore sia lasciare che coloro che mi rimproverano con tanta veemenza di voler pensare in modo diverso da tutti gli altri affrontino direttamente le sue argomentazioni.
Signora, ho ricevuto da voi una sola lettera: nessuna notizia della marchesa da quando è arrivata mademoiselle Le Vasseur, nemmeno tramite il signor de La Roche; ne sono molto preoccupato, soprattutto a causa del suo stato di salute. Le comunicazioni con il continente diventano sempre più difficili giorno dopo giorno. Le lettere che scrivo non arrivano; quelle che ricevo vengono aperte prima ancora che io possa leggerle. In un paese in cui, a causa della mancanza di conoscenza della lingua locale, si è completamente alla mercé degli altri, bisogna essere molto fortunati nel scegliere le persone a cui affidare la propria fiducia. E, a giudicare dall’esperienza, temo di non avere questa fortuna. C’è tuttavia qualcuno per il quale provo invidia e che non meriterò mai di perdere: si tratta della continuità delle gentilezze del principe di Conti, che ha avuto la bontà di dimostrarmi tanta considerazione, della benevolenza della marchesa, e della vostra, il cui valore il mio cuore apprezza profondamente. Signora, qualunque sorte mi attenda, in qualsiasi luogo viva o muoia, le mie consolazioni saranno dolci, finché non saprò di essere stato dimenticato da voi.
Osservazione.
Se la data di questa lettera è esatta, si deve concludere che Rousseau, che già il 31 marzo si lamentava di M. Hume, attendeva ulteriori chiarimenti prima di potersi spiegare riguardo a lui con madame de Boufflers, attraverso la quale entrambi si erano conosciuti. Quanto al nuovo amico di cui parla Jean-Jacques e che Rousseau ritiene si trovi nella stessa situazione sua, si tratta proprio di lui stesso: in quel periodo si dedicava allo studio per scrivere i suoi Mémoires, l’occupazione a cui amava dedicarsi.
Lettera DCLXXIX – All’autore della “Saint-James Chronicle”
Wootton, 7 aprile 1766.
Avete mancato, signore, del rispetto che ogni persona dovrebbe nutrire verso le teste coronate, attribuendo pubblicamente al re di Prussia una lettera piena di eccessi e malvagità, di cui avreste dovuto sapere per certo che non poteva essere l’autore. Avete persino osato trascrivere la sua firma come se l’aveste vista scritta di suo pugno. Vi comunico, signore, che questa lettera è stata fabbricata a Parigi, e ciò che spezza e strazia il mio cuore è che quel impostore abbia complici in Inghilterra.
Dovete, in verità, al re di Prussia e a me stesso, inviarmi la lettera che vi sto scrivendo, affinché io possa firmarla; questo rappresenta una forma di compensazione per un errore che sicuramente vi rimproverereste, se sapeste a quali orribili atti state contribuendo. Vi porgo, signore, i miei più sinceri saluti.
Lettera DCLXXXI – Ai signori Becket e de Hondt
Librai di Londra.
Wootton, 9 aprile 1766.
Signori, ero sorpreso di non vedere pubblicati la traduzione e l’impressione delle lettere di Monsieur du Peyrou, che vi avevo consegnato e per le quali sembravate così desiderosi. Tuttavia, leggendo nei documenti ufficiali una presunta lettera del re di Prussia indirizzata a me, ho subito capito il motivo per cui quelle di Monsieur du Peyrou non erano apparse. Fortunatamente, signori, poiché il pubblico vuole essere ingannato, che sia ingannato; personalmente non ne trovo alcun interesse e spero che le calunnie diffuse a Londra non turbino la serenità di questo luogo in cui respiro. Tuttavia, mi sembra che, non avendo fatto alcun uso di questo esemplare, avreste dovuto pensare a restituirmelo prima che vi ricordassi della sua esistenza. Vi prego, signori, di farlo inviare a mio indirizzo presso Monsieur Davenport, residente vicino al lord Egremont, in Piccadilly. Vi porgo i miei più umili saluti.[903]
Lettera DCLXXXIII – A Lord ***
Wootton, 19 aprile 1766.
Je ne saurais, milord, attendre votre retour à Londres pour vous faire les remerciements que je vous dois. Vos bontés m’ont convaincu que j’avais eu raison de compter sur votre générosité. Pour excuser L’indiscrétion qui m’y a fait recourir, il suffit de jeter un coup d’oeil sur ma situation. Trompé par des traîtres qui, ne pouvant me déshonorer dans les lieux où j’avais vécu, m’ont entraîné dans un pays où je suis inconnu et dont j’ignore la langue, afin d’y exécuter plus aisément leur abominable projet, je me trouve jeté dans cette île après des malheurs sans exemple. Seul, sans appui, sans amis, sans défense, abandonné à la témérité des jugements publics, et aux effets qui en sont la suite ordinaire, surtout chez un peuple qui naturellement n’aime pas les étrangers, j’avais le plus grand besoin d’un protecteur qui ne dédaignât pas ma confiance ; et où pouvais-je mieux le chercher que parmi cette illustre noblesse ; laquelle je me plaisais à rendre honneur, avant de penser qu’un jour j’aurais besoin d’elle pour m’aider à défendre le mien ?
Vous me dites, milord, qu’après s’être un peu amusé, votre public rend ordinairement justice ; mais c’est un amusement bien cruel, ce me semble, que celui qu’on prend aux dépens des infortunés, et ce n’est pas assez de finir par rendre justice quand on commerce par en manquer. J’apportais au sein de votre nation deux grands droits qu’elle eût dû respecter davantage : le droit sacré de l’hospitalité, et celui des égards que l’on doit aux malheureux : j’y apportais l’estime universelle et le respect même de mes ennemis. Pourquoi m’a-t-on dépouillé chez vous de tout cela ? Qu’ai-je fait pour mériter un traitement si cruel ? En quoi me suis-je mal conduit à Londres, où l’on me traitait si favorablement avant que j’y fusse arrivé ? Quoi ! milord, des diffamations secrètes, qui ne devraient produire qu’une juste horreur pour les fourbes qui les répandent, suffiraient pour détruire l’effet de cinquante ans d’honneur et de moeurs honnêtes ! Non, les pays où je suis connu ne me jugeront point d’après votre public mal instruit ; l’Europe entière continuera de me rendre la justice qu’on me refuse en Angleterre ; et l’éclatant accueil que, malgré le décret, je viens de recevoir à Paris à mon passage, prouve que, partout où ma conduite est connue, elle m’attire l’honneur qui m’est dû. Cependant si le public français eût été aussi prompt à mal juger que le vôtre, il en eût eu le même sujet. L’année dernière, on fit courir à Genève un libelle affreux sur ma conduite à Paris. Pour toute réponse, je fis imprimer ce libelle à Paris même. Il y fut reçu comme il méritait de l’être, et il semble que tout ce que les deux sexes ont d’illustre et de vertueux dans cette capitale ait voulu me venger par les plus grandes marques d’estime des outrages de mes vils ennemis.
Vous direz, milord, qu’on me connaît à Paris et qu’on ne me connaît pas à Londres : voilà précisément de quoi je me plains. On n’ôte point à un homme d’honneur, sans le connaître et sans l’entendre, l’estime publique dont il jouit. Si jamais je vis en Angleterre aussi longtemps que j’ai vécu en France, il faudra bien qu’enfin votre public me rende son estime ; mais quel gré lui en saurai-je lorsque je l’y aurai forcé ?
Pardonnez, milord, cette longue lettre : me par-donneriez-vous mieux d’être indifférent à ma réputation dans votre pays ? Les anglais valent bien qu’on soit fâché de les voir injustes, et qu’afin qu’ils cessent de l’être on leur fasse sentir combien ils le sont. Milord, les malheureux sont malheureux partout. En France, on les décrète ; en Suisse, on les lapide ; en Angleterre, on les déshonore : c’est leur vendre cher l’hospitalité.
Lettre DCLXXXV– À Madame de Luze
Wootton, le 10 mai 1766.
Suis-je assez heureux, madame, pour que vous pensiez quelquefois à mes torts, et pour que vous me sachiez mauvais gré d’un si long silence ? J’en serais trop puni si vous n’y étiez pas sensible. Dans le tumulte d’une vie orageuse, combien j’ai regretté les douces heures que je passais près de vous ! combien de fois les premiers moments du repos après lequel je soupirais ont été consacrés d’avance au plaisir de vous écrire ! J’ai maintenant celui de remplir cet engagement, et les agréments du lieu que j’habite m’invitent à m’y occuper de vous, madame, et de M. de Luze, qui m’en a fait trouver beaucoup à y venir. Quoique je n’aie point r directement de ses nouvelles, j’ai su qu’il était arrivé à Paris en bonne santé ; et j’espère qu’au moment où j’écris cette lettre il est heureusement de retour près de vous. Quelque intérêt que je prenne à ses avantages, je ne puis m’empêcher de lui envier celui-là, et je vous jure, madame, que cette paisible retraite perd pour moi beaucoup de son prix, quand je songe qu’elle est à trois cents lieues de vous. Je voudrais vous la décrire avec tous ses charmes, afin de vous tenter, je n’ose dire de m’y venir voir, mais de la venir voir ; et moi j’en profiterais.
Figurez-vous, madame, une maison seule, non fort grande, mais fort propre, bâtie à mi-côte sur le penchant d’un vallon, dont la pente est assez interrompue pour laisser des promenades de plain-pied sur la plus belle pelouse de l’univers. Au-devant de la maison règne une grande terrasse, d’où l’oeil suit dans une demi-circonférence quelques lieues d’un paysage formé de prairies, d’arbres, de fermes éparses, de maisons plus ornées, et bordé en forme de bassin par des coteaux élevés qui bornent agréablement la vue quand elle ne pourrait aller au-delà. Au fond du vallon, qui sert à la fois de garenne et de pâturage, on entend murmurer un ruisseau qui, d’une montagne voisine, vient couler parallèlement à la maison, et dont les petits détours, les cascades sont dans une telle direction, que des fenêtres et de la terrasse l’oeil peut assez longtemps suivre son cours. Le vallon est garni, par places, de rochers et d’arbres où l’on trouve des réduits délicieux, et qui ne laissent pas de s’éloigner assez de temps en temps du ruisseau pour offrir sur ses bords (les promenades commodes, à l’abri des vents et même de la pluie ; en sorte que par le plus vilain temps du monde je vais tranquillement herboriser sous les roches avec les moutons et les lapins ; mais hélas ! madame, je n’y trouve point de sçordium !
Au bout de la terrasse à gauche sont des bâtiments rustiques et le potager ; à droite sont des bosquets et un jet d’eau. Derrière la maison est un pré entouré d’une lisière de bois, laquelle, tournant au-delà du vallon, couronne le parc, si l’on peut donner ce nom à une enceinte à laquelle on a laissé toutes les beautés de la nature. Ce pré mène, à travers un petit village qui dépend de la maison, à une montagne qui en est à une demi-lieue, et dans laquelle sont diverses mines de plomb que l’on exploite. Ajoutez qu’aux environs on a le choix des promenades, soit dans des prairies charmantes, soit dans les bois, soit dans des jardins à l’anglaise, moins peignés, mais de meilleur goût que ceux des Français.
La maison, quoique petite, est très logeable et bien distribuée. Il y a dans le milieu de la façade un avant-corps à l’anglaise, par lequel la chambre du maître de la maison, et la mienne, qui est au-dessus, ont une vue de trois côtés. Son appartement est composé de plusieurs pièces sur le devant, et d’un grand salon sur le derrière : le mien est distribué de même, excepté que je n’occupe que deux chambres, entre lesquelles et le salon est une espèce de vestibule ou d’antichambre fort singulière, éclairée par une large lanterne de vitrage au milieu du toit.
Avec cela, madame, je dois vous dire qu’on fait ici bonne chère à la mode du pays, c’est-à-dire simple et saine, précisément comme il me la faut. Le pays est humide et froid ; ainsi les légumes ont peu de goût, le gibier aucun ; mais la viande y est excellente, le laitage abondant et bon. Le maître de cette maison la trouve trop sauvage et s’y tient peu. Il en a de plus riantes qu’il lui préfère, et auxquelles je la préfère, moi, par la même raison. J’y suis non seulement le maître, mais mon maître ; ce qui est bien plus. Point de grand village aux environs : la ville la plus voisine en est à deux lieues ; par conséquent peu de voisins désoeuvrés. Sans le ministre, qui m’a pris dans une affection singulière, je serais ici dix mois de l’année absolument seul.
I could not possibly wait until your return to London, my lord, to express the gratitude I owe you. Your kindness has convinced me that I was right to trust in your generosity. To justify the indiscretion that forced me to seek your aid, it is sufficient to look at my situation. Deceived by traitors who, unable to bring me dishonor in the places where I had lived, led me to a country where I am unknown and whose language I do not understand, in order to more easily carry out their abominable plans, I found myself cast upon this island after experiencing unparalleled misfortunes. Alone, without support, without friends, without defense, exposed to the arbitrary judgments of the public—and to the consequences that such judgments usually entail, especially among a people who naturally dislike foreigners—I needed desperately a protector who would not disdain my trust. And where else could I seek such a person than among this illustrious nobility, which I had always been proud to honor, before ever thinking that one day I might need their help to defend myself?
You tell me, my lord, that after some initial amusement, your audience usually renders justice; but I believe that taking pleasure at the expense of the unfortunate is a rather cruel form of entertainment. It is not enough to finally bring about justice when one has initially acted with injustice. I brought with me two fundamental rights that your nation should have respected more: the sacred right of hospitality and the duty to show compassion toward the poor. I brought with me the universal respect—even that of my enemies. Why then was I deprived of all these things in your country? What have I done to deserve such cruel treatment? In what way did I behave improperly in London, where I was initially treated so favorably before my arrival? Indeed, my lord! Secret slander—such slander that should only inspire righteous indignation toward those who spread it—was enough to destroy the reputation I had gained over fifty years of honorable conduct. No, the countries where I am known will not judge me based on your ignorant public; the whole of Europe will continue to render me the justice that is denied me in England. Moreover, the splendid welcome I received in Paris upon my arrival, despite the decree against me, proves that wherever my behavior is known, it brings me the honor I deserve. Nevertheless, if the French public were as quick to judge wrongly as yours, they would have had just as much reason to do so. Last year, a horrible libel about my conduct in Paris was spread in Geneva. In response, I had that libel printed in Paris itself. It was received exactly as it deserved, and it seems that everyone of distinction and virtue in that city wanted to vindicate me against the insults of my vile enemies by showing me the greatest respect possible.
You might say, my lord, that I am known in Paris but not in London—and precisely that is what I complain about. It is not right to deprive a man of honor, without even knowing or hearing him, of the public respect he enjoys. If I were to live in England for as long as I have lived in France, eventually your people would surely grant me their respect; but how could I ever be grateful to them if it were something I had forced upon them?
Forgive me, my lord, for this long letter; but would you truly forgive me if I were indifferent to my reputation in your country? The English are certainly worth the effort of opposing their injustice, and indeed, in order to stop them from being unjust, we must make them aware of how unjust they are. My lord, the unfortunate are unfortunate everywhere. In France, they are condemned; in Switzerland, they are stoned; in England, they are dishonored—such is the high price we pay for offering them hospitality.
Letter DCLXXXV – To Madame de Luze
Wootton, May 10, 1766.
Am I happy enough, madam, for you to occasionally consider my faults and to be displeased with such a long silence on my part? I would be excessively punished if you were not sensitive to this. In the turmoil of a stormy life, how often I regretted the peaceful hours I spent beside you! How many times were the first moments of rest after which I longed for your company already devoted to the pleasure of writing to you! Now I have the opportunity to fulfill that promise, and the pleasant surroundings of my current residence encourage me to take care of you, madam, as well as of Monsieur de Luze, who has made this place particularly attractive to me. Although I have not heard directly from him, I know that he arrived in Paris in good health; I hope that by the time I write this letter, he has safely returned to your side. No matter how much I value his other advantages, I cannot help but envy him this one. I swear to you, madam, that this peaceful retreat loses much of its allure for me when I think it is located three hundred miles away from you. I would like to describe it to you in all its charms, in the hope of tempting you—not to come and visit me personally, but rather to visit this place itself; and I would be more than happy to welcome you there.
Imagine, madam, a single house—not very large, but very neat—and built on the slope of a valley. The slope is gently undulating, allowing for walks at ground level along the most beautiful grassy areas in the world. In front of the house lies a large terrace from which one can gaze in a semicircle over several miles of landscape featuring meadows, trees, scattered farms, and more ornate houses. On the edges of this view, raised hills form a kind of “bowl” that nicely frames the scenery when it might otherwise extend beyond sight. At the bottom of the valley, which serves both as a sheltered area and a pasture, one can hear the murmuring of a brook that flows down from a nearby mountain, running parallel to the house. Its meanders and small waterfalls are positioned in such a way that they can be observed for quite some time through windows or from the terrace. The valley is dotted with rocks and trees here and there, offering pleasant shelters; one can often wander away from the brook for a while to enjoy peaceful walks, sheltered from both wind and rain. Even on the worst weather days, I can quietly gather herbs beneath those rocks, accompanied by sheep and rabbits. But alas, madam, I find no sordium there!
At the end of the terrace on the left are rustic buildings and a vegetable garden; on the right are groves and a fountain. Behind the house is a meadow surrounded by a row of trees that, extending beyond the valley, encircles what one might call a park—an area where all the natural beauties have been preserved intact. This meadow leads, through a small village belonging to the estate, to a mountain located half a mile away, where various lead mines are operated. Moreover, in the vicinity, one can enjoy numerous walks, whether in charming grasslands, through woods, or in English-style gardens—less elaborately decorated but of higher taste than those commonly found in France.
Although small, the house is very spacious and well-designed. In the middle of the facade, there is an English-style porch, which allows the master bedroom—and mine, located above it—to have a view on three sides. His apartment consists of several rooms on the front and a large living room at the back; mine is arranged in a similar way, except that I only use two bedrooms. Between these bedrooms and the living room, there is a rather unique type of vestibule or antechamber, illuminated by a large glass lantern located in the middle of the roof.
With that being said, madam, I must tell you that the food here is prepared in the simple and healthy manner characteristic of this region—precisely what I prefer. The climate is humid and cold; as a result, vegetables lack flavor, and game has none at all. However, the meat is excellent, and the dairy products are abundant and of good quality. The owner of this house considers them too coarse and rarely consumes them himself; he prefers more delicate varieties, which I also prefer for the same reason. Here, I am not only the master but also my own master—which is even better. There are no large villages in the vicinity; the nearest town is two miles away, so there are few idle neighbors. Were it not for the minister, who has taken a particular fondness to me, I would be completely alone here for ten months out of the year.
Non potrei aspettare il vostro ritorno a Londra per esprimervi la gratitudine che vi devo, milord. La vostra bontà mi ha convinto che avevo ragione a contare sulla vostra generosità. Per scusare l’indiscrezione che mi ha spinto a ricorrere a voi, basta guardare alla mia situazione: ingannato da traditori che, non potendo infangarmi nei luoghi dove avevo vissuto, mi hanno portato in un paese dove sono sconosciuto e di cui ignoro la lingua, al fine di realizzare più facilmente il loro abominevole piano, mi trovo ora gettato su quest’isola dopo aver subito disgrazie senza precedenti. Solo, senza appoggi, senza amici, senza difesa, abbandonato alla temerarietà dei giudizi pubblici e alle conseguenze che ne derivano solitamente, soprattutto in un popolo che naturalmente non ama gli stranieri, avevo estrema bisogno di un protettore che non disdegnasse la mia fiducia. E dove avrei potuto trovarlo meglio che tra questa illustre nobiltà, che mi compiaceva onorare, prima ancora di pensare che un giorno avrei avuto bisogno del suo aiuto per difendere il mio onore?
Mi dite, milord, che dopo essersi divertiti un po’, il vostro pubblico di solito rende giustizia; ma mi sembra che questo divertimento sia davvero crudele, quello che si trae a spese degli sfortunati. E non basta affatto “rendere giustizia” alla fine, quando in realtà si è mancato di rispetto fin dall’inizio. Portavo con me, nel vostro paese, due diritti fondamentali che avreste dovuto rispettare ancora di più: il sacro diritto dell’ospitalità e quello dei riguardi che si devono ai malheureux. Portavo con me l’ammirazione universale, persino il rispetto dei miei nemici. Perché allora mi è stato tolto tutto questo? Che cosa ho fatto per meritare un trattamento così crudele? In che modo mi sono comportato male a Londra, dove venivo trattato con tanta gentilezza prima ancora di arrivarvi? Oh! Milord. Diffamazioni segrete, che dovrebbero suscitare solo orrore nei confronti di chi le diffonde, sono sufficienti per distruggere l’effetto di cinquant’anni di onore e comportamento integro. No: i paesi dove sono conosciuto non mi giudicheranno in base al vostro pubblico ignorante; tutta Europa continuerà a rendermi giustizia, proprio come mi viene rifiutata in Inghilterra. E l’accoglienza calorosa che ho ricevuto a Parigi, nonostante il decreto contrario, dimostra che ovunque la mia condotta sia conosciuta, attiro l’onore che mi spetta. Tuttavia, se anche il pubblico francese fosse stato altrettanto pronto a giudicarmi male come il vostro, avrebbe avuto gli stessi motivi per farlo. L’anno scorso, a Ginevra fu diffuso un libello orribile sulla mia condotta a Parigi. In risposta, feci stampare quel libello proprio a Parigi. Fu accolto come meritava. E sembra che tutto ciò che in questa città c’è di nobile e virtuoso abbia voluto vendicarmi degli insulti dei miei infami nemici, dimostrandomi il loro massimo rispetto.
Voi direte, milord, che a Parigi mi si conosce e che a Londra invece no: proprio di questo mi lamento. Non si può privare un uomo onesto, senza conoscerlo né averlo ascoltato, dell’opinione positiva che gode presso il pubblico. Se mai dovessi vivere in Inghilterra per lo stesso periodo di tempo che ho vissuto in Francia, alla fine il vostro pubblico dovrà pur riconoscermi; ma quale gratitudine potrei provare nei suoi confronti se fossi stato costretto a questo risultato?
Perdonate, milord, questa lunga lettera. Mi perdonereste meglio se fossi indifferente alla mia reputazione nel vostro paese? Gli inglesi meritano davvero che ci si arrabbi quando sono ingiusti; e affinché smettano di esserlo, bisogna fargli capire quanto lo siano. Milord, i malheureux sono malheurevoli ovunque: in Francia vengono dichiarati tali; in Svizzera vengono lapidati; in Inghilterra vengono disonorati. È come vendere loro a caro prezzo l’ospitalità.
Lettera DCLXXXV – Alla Signora de Luze
Wootton, 10 maggio 1766.
Sono abbastanza felice, signora, perché voi pensiate talvolta ai miei torti e perché mi riteniate colpevole di un silenzio così lungo? Sarei punito a sufficienza se voi non ne foste sensibile. Nel tumulto di una vita travagliata, quanto ho rimpianto le dolci ore trascorse al vostro fianco! Quante volte i primi momenti di riposo, dopo tanto desiderio, sono stati dedicati proprio alla gioia di scrivervi. Ora ho l’opportunità di mantenere questa promessa, e i piaceri del luogo in cui vivo mi spingono a occuparmi di voi, signora, e di Monsieur de Luze, che è stato il motivo principale per cui ho deciso di venire qui. Anche se non ho notizie dirette sue, so che è arrivato a Parigi in buona salute; spero che al momento in cui scrivo questa lettera sia già felicemente tornato al vostro fianco. Per quanto mi interessino i suoi successi, non posso fare a meno di invidiargli proprio questo. E vi giuro, signora, che questa tranquilla dimora perde molto del suo valore per me, quando penso che si trovi a trecento miglia da voi. Vorrei descrivervela con tutti i suoi pregi, nella speranza di convincervi. Non oso dire di farvi venire qui personalmente, ma di venirla a visitare. E io ne approfitterei molto.
Immaginate, signora, una casa isolata, non molto grande, ma molto pulita, costruita su un versante di una valle la cui pendenza è abbastanza regolare da permettere di passeggiare in piano su l’erba più bella dell’universo. Davanti alla casa si estende una grande terrazza dalla quale lo sguardo può abbracciare, in un semicerchio, diverse miglia di paesaggio formato da praterie, alberi, fattorie sparse e case più eleganti; tutto questo è delimitato, a forma di “bacino”, da colline elevate che delimitano piacevolmente la vista, impedendole di estendersi oltre. Nel fondo della valle, utilizzata sia come recinto per il bestiame che come pascolo, si sente mormorare un ruscello che, proveniente da una montagna vicina, scorre parallelamente alla casa; i suoi piccoli meandri e le sue cascate sono disposti in modo tale che è possibile seguirne il corso per lunghi tratti sia dalle finestre che dalla terrazza. La valle è qua e là adornata di rocce e alberi che offrono deliziosi rifugi; non si deve mai allontanare troppo dal ruscello per godere, sui suoi bordi, di comode passeggiate, al riparo dai venti e persino dalla pioggia. Così, anche nel peggiore tempo possibile, posso tranquillamente raccogliere erbe sotto le rocce, insieme ai pecori e ai conigli. Ma ahimè, signora, lì non trovo alcun “sçordium”!
Alla fine della terrazza a sinistra si trovano edifici rustici e il orto; a destra ci sono boschetti e una fontana. Dietro la casa c’è un prato circondato da una fila di alberi che, proseguendo oltre la valle, delimita quello che si potrebbe definire un parco, sebbene si tratti in realtà di un recinto nel quale sono state lasciate intatte tutte le bellezze della natura. Questo prato conduce, attraverso un piccolo villaggio che dipende dalla casa, fino a una montagna situata a mezza lega di distanza; in quella montagna si trovano diverse miniere di piombo attive. Inoltre, nelle vicinanze ci sono molte opportunità per fare passeggiate: sia nelle incantevoli praterie, che nei boschi, sia nei giardini all’inglese, meno curatissimi ma di gusto decisamente superiore a quelli francesi.
La casa, sebbene piccola, è molto confortevole e ben disposta. Nel mezzo della facciata c’è un portico in stile inglese che permette alla camera del padrone di casa e alla mia, situata al piano di sopra, di godere di una vista su tre lati. L’appartamento del padrone di casa è composto da diverse stanze sul lato anteriore e da un grande salone sul lato posteriore; il mio appartamento è organizzato allo stesso modo, ad eccezione del fatto che io occupo soltanto due camere, tra le quali e il salone c’è una sorta di vestibolo o anticamera molto particolare, illuminata da una larga lanterna di vetro posizionata al centro del tetto.
Signora, devo dirvi che qui si mangia in modo semplice e sano, proprio come mi piace. Il clima è umido e freddo; di conseguenza, le verdure hanno poco sapore, la selvaggina nessuno; ma la carne è eccellente, il latte abbondante e di buona qualità. Il padrone di questa casa la trova troppo rustica e non vi si sofferma molto; preferisce cibi più raffinati, che anch’io preferisco per lo stesso motivo. Qui non sono soltanto il padrone, ma anche il mio signore, il che è ancora meglio. Non ci sono grandi villaggi nelle vicinanze: la città più vicina dista due miglia; quindi pochi vicini in grado di intrattenere compagnia. Senza il ministro, che mi ha preso in grande affetto, sarei qui completamente solo per dieci mesi all’anno.
Que pensez-vous de mon habitation, madame, la trouvez-vous assez bien choisie, et ne Croyez-vous pas que pour en préférer une autre il faille être ou bien sage ou bien fou ? Eh bien, madame, il s’en prépare une peu loin de Biez, plus près du Tertre, que je regretterai sans cesse, et où, malgré l’envie, mon coeur habitera toujours. Je ne la regretterais pas moins quand celle-ci m’offrirait tous les autres biens possibles, excepté celui de vivre avec ses amis. Mais au reste, après vous avoir peint le beau côté, je ne veux pas vous dissimuler qu’il y en a d’autres, et que, comme dans toutes les choses de la vie, les avantages y sont mêlés d’inconvénients. Ceux du chinât sont grands, il est tardif et froid ; le pays est beau, niais triste ; la nature est engourdie et paresseuse ; à peine avons-nous déjà des violettes, les arbres n’ont encore aucunes feuilles ; jamais on n’y entend de rossignols ; tous les signes du printemps disparaissent devant moi. Mais ne gâtons pas le tableau vrai que je viens de faire ; il est pris dans le point de vue où je veux vous montrer ma demeure, afin que vos idées s’y promènent avec plaisir. Ce n’est qu’auprès de vous, madame, que je pouvais trouver une société préférable à la solitude. Pour la former dans cette province, il y faudrait transporter votre famille entière, une partie de Neuchâtel, et presque tout Yverdon. Encore après cela, comme l’homme est insatiable, me faudrait-il vos bois, vos monts, vos vignes, enfin tout jusqu’au lac et ses poissons. Bonjour, madame ; mille tendres salutations à M. de Luze. Parlez quelquefois avec madame de Froment et madame de Sandoz de ce pauvre exilé. Pourvu qu’il ne le soit jamais de vos coeurs, tout autre exil lui sera supportable.
Lettre DCLXXXVII– À M. du Peyrou
À Wootton, le 10 mai 1766.
Hier, mon cher hôte, j’ai reçu, par M. Davenport, vos n° 20, 21, 22 et 23, par lesquels je vois avec inquiétude que vous n’aviez point encore reçu mon n° 1 que je vous ai écrit d’ici, et où je vous priais de ne m’envoyer que mes livres de botanique, avec mon calepin, et d’attendre pour le reste à l’année prochaine ; prière que je vous confirme avec instance, s’il en est encore temps. Je suis surtout très fâché que vous m’envoyiez aussi des papiers que je ne vous ai point demandés, et sur lesquels j’étais tranquille, les sachant entre vos mains, au lieu qu’ils vont courir des hasards que vous ne pouvez prévoir, ne sachant pas comme moi tout ce qui se passe à Londres. Retirez-les, je vous en conjure, s’il est encore temps, et pour Dieu, ne m’en envoyez plus désormais que je ne vous les demande. Ce n’était pas pour rien que j’avais numéroté les liasses que je vous laissais.
Ceux que vous avez envoyés à madame de Faugnes sont en route, et je compte les recevoir au premier jour. C’est un grand bonheur qu’ils n’aient pas été confiés à M. Walpole, que je regarde connut l’agent secret de trois ou quatre honnêtes gens de par le monde qui ont formé entre eux un complot auquel je ne comprends rien, mais dont je vois et sens L’exécution successive de jour en jour. La prétendue lettre du roi de Prusse est certainement de d’Alembert[905] ; en y jetant les yeux, j’ai reconnu son style, comme si je la lui avais vu écrire : elle a été publiée, traduite dans les papiers, de même qu’une autre pièce du même auteur sur le même sujet. On a aussi imprimé et traduit une lettre de M. de Voltaire à moi adressée, auprès de laquelle le libelle de Vernes n’est que du miel. Mais cessons de parler de ces matières attristantes, et qui ne m’affligeraient pourtant guère, si mon coeur n’eût été navré par de plus sensibles coups. Mon cher hôte, je sens bien le prix d’un ami fidèle, et que ma confiance en vous redouble de charmes, par la difficulté de la placer aussi bien nulle part.
Je suis très en peine pour établir notre correspondance d’une manière stable et sûre ; car la résolution où je suis de rompre tout autre commerce de lettres, ne me rend le vôtre que plus nécessaire. Ai ! cher ami, que ne vous ai-je cru, et que n’ai-je resté à portée de passer mes jours auprès de vous ? Je sens vivement la perte que j’ai faite, et je ne m’en consolerai jamais. Je suis en peine de plusieurs lettres que j’ai fait passer par MM. Lucadou et Drake, et dont je ne reçois aucune réponse. J’espère cependant qu’ils n’ont pas des commis négligents ; il faut prendre patience, et continuer. M. Lucadou est un honnête homme, et ami de mes amis ; je ne crains pas qu’il abuse de ma confiance, mais je crains de lui être importun.
Mon intention est bien de parler à Milord Maréchal de M. d’Escherny, et de faire usage de sa petite note ; mais ce n’est pas en ce moment de commotion que cela peut se faire. S’il est pressé, il faut, malgré moi, que je laisse à d’autres le plaisir de le servir. J’ai pour Milord Maréchal le même embarras que pour vous de m’ouvrir une correspondance sûre ; je me suis adressé à M. Rougemont, je n’en ai aucune réponse ; j’ignore s’il a fait passer ma lettre, et s’il veut bien continuer.
Quant à ce qui regarde ma subsistance, nous prendrons là-dessus les moyens que vous jugerez à propos ; et puisque vous pensez que je puis fournir de six mois en six mois des assignations sur vos banquiers de Paris, je le ferai ; mais, de grâce, envoyez-moi le modèle de ces assignations ; car je ne vois pas bien, je vous l’avoue, en quels termes elles doivent être conçues sur des banquiers que je ne connais pas, et qui ne me doivent rien.
Je finis à la hâte, en vous saluant de tout mon coeur. Mille respects à la chère et bonne maman.
Lettre DCLXXXIX– À M. de Malesherbes
Wootton, le 10 mai 1766.
Ce n’est pas d’aujourd’hui, monsieur, que j’aime à vous ouvrir mon coeur et que vous le permettez. La confiance que vous m’avez inspirée m’a déjà fait sentir près de vous que l’affliction même a quelquefois ses douceurs ; mais ce prix de l’épanchement me devient bien plus sensible depuis que mes maux, portés à leur comble, ne me laissent plus dans la vie d’autre espoir que des consolations, et depuis qu’à mon dernier voyage à Paris j’ai si bien achevé de vous connaître. Oui, monsieur, avouer un tort, le déclarer, est un effort de justice assez rare ; mais s’accuser au malheureux qu’on a perdu, quoique innocemment, et ne l’en aimer que davantage, est un acte de force qui n’appartenait qu’à vous. Votre âme honore l’humanité, et la rétablit dans mon estime. Je savais qu’il y avait encore de l’amitié parmi les hommes ; mais sans vous j’ignorerais qu’il y eût de la vertu.
Laissez-moi donc vous décrire mon état une seconde fois en ma vie. Que mon sort a changé depuis mon séjour de Montmorency ! Vous m’avez cru malheureux alors, et vous vous trompiez ; si vous me croyez heureux maintenant, vous vous trompez davantage. Vous allez connaître un genre de malheurs digne de couronner tous les autres, et qu’en vérité je n’aurais pas cru fait pour moi.
Je vivais en Suisse en homme doux et paisible, fuyant le monde, ne me mêlant de rien, ne disputant jamais, ne parlant pas même de mes opinions. On m’en chasse par des persécutions, sans sujet, sans motif, sans prétexte, les plus violentes, les moins méritées qu’il soit possible d’imaginer, et qu’on a la barbarie de me reprocher encore, comme je me les étais attirées par vanité. Languissant, malade, affligé, je m’acheminais, à L’entrée de l’hiver, vers Berlin. Strasbourg, je reçois de M. Hume Les invitations Les plus tendres de me livrer à sa conduite, et de le suivre en Angleterre, où il se charge de me procurer une retraite agréable et tranquille. J’avais eu déjà le projet de m’y retirer ; Milord Maréchal me l’avait toujours conseillé ; M. le duc d’Aumont avait, à la prière de madame de Verdelin, demandé et obtenu pour moi un passeport. J’en fais usage ; je pars le coeur plein du bon David, je cours à Paris me jeter entre ses bras. M. Le prince de Conti m’honore de l’accueil plus convenable à sa générosité qu’à ma situation, et auquel je me prête par devoir, mais avec répugnance, prévoyant combien mes ennemis m’en feraient payer cher l’éclat.
What do you think of my residence, madam? Do you find it well chosen, and don’t you believe that to prefer another one, one would either have to be wise or mad? Well, madam, another one is being prepared not far from Biez, closer to the Tertre—a place I will constantly regret leaving, yet where, despite my longing, my heart will always dwell. Even if this present residence offered me all other possible comforts, except the joy of living with you, I would still not regret it. But having described its positive aspects, I must not hide that there are also drawbacks; as is true in all things in life, advantages are always mixed with disadvantages. The region of Chinat has many merits: it’s late to bloom and cold in winter; the landscape is beautiful yet gloomy; nature seems lethargic and sluggish—by the time we see violets, the trees have not yet put on their leaves, and there are no nightingales to be heard. All signs of spring seem to vanish before my eyes. But let us not spoil the true picture I have just painted of it. It reflects the perspective from which I wish to show you my home, so that you can imagine it with pleasure. Only beside you, madam, could I find a companionship better than solitude. To create such a community in this province, it would require moving your entire family, part of Neuchâtel, and almost all of Yverdon here. Yet even then, since human desires are insatiable, I would still crave your woods, your mountains, your vineyards—in short, everything up to the lake and its fish. Goodbye, madam; convey my warmest regards to Mr. de Luze. Please occasionally talk with Madame de Froment and Madame de Sandoz about this poor exiled man. So long as he is never excluded from your hearts, any other form of exile would be bearable for him.
Letter DCLXXXVII – To Mr. du Peyrou
At Wootton, on May 10, 1766.
Yesterday, my dear host, I received through Mr. Davenport your letters numbers 20, 21, 22, and 23, which fill me with concern, for it appears you have not yet received my letter number 1 that I sent from here, in which I requested that you send me only my books on botany, along with my notebook, and to wait until next year for the rest. I urge you once again to confirm this request, if there is still time. What troubles me most is that you have also sent me papers that I did not ask for; I was assured they were in your hands, so I had no concerns about them. However, now they may face unforeseen dangers, since you are not aware of everything that happens in London, as I am. I implore you to remove them if there is still time, and by God, do not send me anything else unless I explicitly request it. It was not for nothing that I numbered the bundles I left with you.
Those you sent to Madame de Faugnes are on their way, and I expect to receive them on the first day. It is a great fortune that they were not entrusted to Mr. Walpole—whom I consider to have known the secret agent of three or four honest people around the world who have conspired together in something I do not understand at all, but whose implementation I can see and sense happening day by day. The so-called letter from the King of Prussia is certainly written by d’Alembert[905]; upon glancing at it, I recognized his style, as if I had seen him write it myself: it has been published and translated in various papers, just like another piece by the same author on the same subject. A letter from Mr. de Voltaire addressed to me has also been printed and translated; compared to that, Vernes’s libel is nothing but sweet talk. But let us stop talking about these distressing matters—which would not bother me much at all, if it were not for even more painful blows that have broken my heart. My dear host, I truly appreciate the value of a faithful friend, and my trust in you grows all the more because it is so difficult to place such trust anywhere else.
I am in great difficulty in establishing a stable and secure correspondence with you; for the resolve I have made to cease all other forms of letter exchange only makes your letters all the more necessary to me. Ah, dear friend, how I wished I had believed you more fully and stayed close by you to spend my days with you! I deeply feel the loss I have suffered, and I shall never be able to console myself for it. I am also worried about several letters I sent through Messrs. Lucadou and Drake, for I have received no responses at all. However, I hope they are not being neglected by their messengers; we must be patient and continue trying. Mr. Lucadou is an honest man and a friend of my friends; I do not fear that he will abuse my trust, but I am concerned that I might be causing him trouble.
My intention is indeed to speak with Lord Marshal de M. d’Escherny and make use of his kind assistance; but this is not the appropriate moment for such a matter, given the current turmoil. If he is in a hurry, I will have no choice but to let others take the pleasure of serving him. I face the same difficulty as you in finding a secure means of correspondence with Lord Marshal; I have written to M. Rougemont, but have received no reply. I do not know whether he has passed on my letter or whether he is willing to continue this correspondence with me.
As for my means of subsistence, we will adopt such measures as you deem appropriate; and since you believe that I am able to provide you with assignments every six months through your bankers in Paris, I will do so. But please send me a model of these assignments; frankly, I am not quite sure in what terms they should be drafted regarding bankers whom I do not know and who owe me nothing.
I finish in a hurry, sending you my deepest regards. Thousands of respects to the dear and kind mother.
Letter DCLXXXIX – To Mr. de Malesherbes
Wootton, May 10, 1766.
It is not since today, sir, that I have taken the habit of opening my heart to you—and that you have allowed me to do so. The trust you have inspired in me has already made me feel that even sorrow can sometimes carry its own sweetness; but this value of heartfelt confession has become all the more apparent to me since my troubles have reached their worst, leaving me with no hope in life other than consolation—and since my last visit to Paris allowed me to come to truly understand you. Yes, sir, to admit a fault and declare it is a rare act of justice; but to confess one’s wrongdoing to someone whom one has wronged, albeit innocently, and to love that person all the more for it—is an act of greatness that belongs only to you. Your soul honors humanity and restores my faith in it. I knew that there was still friendship among men; but without you, I would have never known that there was also virtue.
Let me therefore describe to you once again the state of my life at this moment. How much my fate has changed since my stay in Montmorency! You thought I was unhappy then, but you were mistaken; if you think I am happy now, you are even more mistaken. You are about to experience a kind of misfortune that would be worthy of crowning all the others—and in truth, I never believed it could be meant for me.
I lived in Switzerland as a gentle and peaceful man, avoiding the world, meddling in nothing, never arguing, and not even speaking about my own opinions. Yet I was driven away there through persecutions—without any cause, without any reason, without any pretext whatsoever—the most violent and most undeserved persecutions one could possibly imagine. And they have the audacity to accuse me of bringing them upon myself out of vanity. Weak, sick, and afflicted, I set off for Berlin at the beginning of winter. In Strasbourg, Mr. Hume sent me the most tender invitations to join him in England, where he promised to provide me with a pleasant and peaceful retreat. I had already considered retiring there; Lord Marshall had always advised me to do so; and upon the request of Madame de Verdelin, Monsieur le Duc d’Aumont had obtained a passport for me. I took advantage of it and set off, my heart filled with gratitude toward David. I rushed to Paris to throw myself into his arms. Prince de Conti treated me with an hospitality befitting both his generosity and my situation—but I did so out of duty, albeit with reluctance, for I foresaw how dearly my enemies would make me pay for this honor.
Che ne pensate della mia dimora, signora? La trovate abbastanza ben scelta? Non credete che per preferirne un’altra sia necessario essere o saggi o pazzi? Beh, signora, ne sta preparando una poco lontano da Biez, più vicino al Tertre, di cui mi pentirei costantemente, e dove, nonostante il desiderio, il mio cuore abiterà sempre. Non la rimpiangerei nemmeno se questa mi offrisse tutti gli altri beni possibili, tranne quello di vivere con i miei amici. Ma del resto, dopo avervi descritto il lato positivo, non voglio nascondervi che ci sono anche degli svantaggi. Come in tutte le cose della vita, i vantaggi sono mescolati a inconvenienti. I vantaggi di questo luogo sono grandi, ma il clima è freddo e tardo; la campagna è bella, ma triste; la natura è inerte e pigra. A malapena abbiamo già delle violette, gli alberi non hanno ancora foglie. Non si sente mai il canto dei rossignoli. Tutti i segni della primavera scompaiono davanti ai miei occhi. Ma non roviniamo questo ritratto vero che vi ho appena fatto. È stato dipinto dal punto di vista da cui voglio mostrarvi la mia dimora, affinché le vostre idee possano vagare in essa con piacere. Solo accanto a voi, signora, avrei potuto trovare una compagnia migliore della solitudine. Per crearla in questa provincia, sarebbe necessario trasferire tutta la vostra famiglia, parte di Neuchâtel, e quasi tutto Yverdon. Eppure, dato che l’uomo è insaziabile, mi servirebbero anche i vostri boschi, le vostre montagne, le vostre vigne, insomma, tutto, fino al lago e ai suoi pesci. Addio, signora. Mille affettuose saluti a Monsieur de Luze. Parlate qualche volta con Madame de Froment e Madame de Sandoz di questo povero esiliato. A patto che non diventi mai un esilio anche per i vostri cuori, ogni altro esilio gli sembrerà sopportabile.
Lettera DCLXXXVII – A Monsieur du Peyrou
A Wootton, il 10 maggio 1766.
Ieri, mio caro ospite, ho ricevuto tramite il signor Davenport i vostri numeri 20, 21, 22 e 23; da essi vedo con preoccupazione che non avete ancora ricevuto il mio numero 1, che vi avevo inviato da qui, e nel quale vi chiedevo di inviarmi soltanto i miei libri di botanica, insieme al mio taccuino, e di attendere per il resto all’anno prossimo. Vi ripeto con insistenza questa richiesta, nel caso sia ancora possibile farlo. Sono particolarmente contrariato che mi abbiate inviato anche documenti che non vi avevo chiesto; ero tranquillo sapendoli in vostre mani, ma ora rischiano di incorrere in pericoli che voi non potete prevedere, dato che non conoscete come me tutto ciò che accade a Londra. Vi supplico: ritirateli, se ancora è possibile, e per l’amor di Dio, non inviatemeli più se non ve li chiedo esplicitamente. Non era certo senza motivo che avevo numerato le cartelle che vi lasciavo.
Coloro che avete inviato a madame de Faugnes sono in viaggio, e li aspetto il primo giorno stesso. È un grande sollievo che non siano stati affidati a M. Walpole, che ritengo conoscesse quell’agente segreto di tre o quattro onesti uomini sparsi per il mondo; questi hanno formato insieme una cospirazione di cui non comprendo nulla, ma ne vedo e ne percepisco giorno dopo giorno l’esecuzione progressiva. La cosiddetta lettera del re di Prussia è sicuramente di d’Alembert[905]; basta darle un’occhiata per riconoscere il suo stile, come se l’avessi vista scrivere personalmente: è stata pubblicata e tradotta insieme a un altro scritto dello stesso autore sullo stesso argomento. È stato inoltre stampato e tradotto anche una lettera di M. de Voltaire indirizzata a me; rispetto a essa, il libello di Vernes non è che zucchero filato. Ma smettiamo di parlare di queste materie tristi. Se non fosse stato per colpi ancora più dolorosi che hanno spezzato il mio cuore, probabilmente non mi affliggerebbero affatto. Caro ospite mio, so bene quanto sia prezioso un amico fedele; la mia fiducia in voi ne aumenta ancora di più, soprattutto considerando quanto sia difficile trovare qualcuno così degno di essa.
Sono molto preoccupato nel tentativo di stabilire una corrispondenza stabile e sicura con voi; poiché la decisione che ho preso di interrompere ogni altro scambio epistolare rende ancora più necessario quello con voi. Ah, caro amico, quanto avrei voluto credervi davvero e poter trascorrere i miei giorni al vostro fianco! Sento profondamente la perdita che ho subito e non riuscirò mai a consolarmene. Sono in attesa di alcune lettere che ho inviato tramite i signori Lucadou e Drake, ma non ricevo alcuna risposta. Tuttavia, spero che non siano stati negligenti nel loro compito. Bisogna avere pazienza e continuare. Il signor Lucadou è un uomo onesto e amico dei miei amici; non temo che abbia abusato della mia fiducia, ma temo di essere troppo invadente nei suoi confronti.
La mia intenzione è certamente quella di parlare con Milord Maréchal de M. d’Escherny e di utilizzare la sua nota; ma non è in un momento come questo di agitazione che ciò può essere fatto. Se lui è pressato, dovrò, contro la mia volontà, lasciare che altri abbiano il piacere di servirlo. Ho lo stesso problema di voi nel trovare un modo sicuro per intrattenermi con Milord Maréchal; mi sono rivolto a M. Rougemont, ma non ho ricevuto alcuna risposta; ignoro se abbia inoltrato la mia lettera e se sia disposto a continuare questa corrispondenza.
Per quanto riguarda la mia sussistenza, adotteremo i mezzi che riterrete opportuni; e poiché pensate che io possa emettere ogni sei mesi assegnazioni presso i vostri banchieri di Parigi, lo farò; ma vi prego, inviatemi il modello di queste assegnazioni: onestamente, non riesco a capire in quali termini debbano essere redatte riguardo a banchieri che non conosco e che non mi devono nulla.
Finisco in fretta, salutandovi con tutto il mio cuore. Mille rispetti alla cara e gentile mamma.
Lettera DCLXXXIX – A Monsieur de Malesherbes
Wootton, 10 maggio 1766.
Non è certo da oggi che desidero aprirvi il mio cuore e che voi me lo permettete, signore. La fiducia che mi avete ispirato mi ha già fatto sentire, al vostro fianco, che anche la sofferenza a volte possiede le sue dolcezze; ma questo valore dell’apertura sincera del cuore diventa ancora più evidente da quando i miei mali, raggiunti il loro apice, non mi lasciano nella vita altra speranza se non quella delle consolazioni. E soprattutto da quando, durante il mio ultimo viaggio a Parigi, ho avuto l’opportunità di conoscervi ancora meglio. Sì, signore: ammettere un torto, dichiararlo apertamente, è uno sforzo di giustizia piuttosto raro; ma accusarsi davanti al malcapitato che si è perso, anche se innocentemente, e continuare ad amarlo ancora di più, è un atto di nobiltà che appartiene soltanto a voi. La vostra anima onora l’umanità e la restituisce nella mia stima. Sapevo che esistesse ancora dell’amicizia tra gli uomini; ma senza di voi non avrei mai saputo che esistesse anche la virtù.
Lasciate che vi descriva ancora una volta lo stato in cui mi trovo nella mia vita. Quanto è cambiato il mio destino da quando sono stato a Montmorency! Allora credevate che fossi sfortunato, ma vi sbagliavate; se ora pensate che sia felice, vi sbagliate ancora di più. Sto per affrontare un tipo di sventura degno di coronare tutte le altre, e in realtà non avrei mai creduto che fosse adatto a me.
Vivevo in Svizzera come un uomo mite e pacifico, fuggendo dal mondo, non immischiandomi in nulla, senza mai discutere, nemmeno parlando delle mie opinioni. Mi hanno cacciato con persecuzioni prive di motivo, senza alcun pretesto, le più violente e ingiuste che si possa immaginare; e hanno ancora la barbarie di rimproverarmi per averle attirate su di me a causa della mia vanità. Malato, afflitto, mi dirigevo verso Berlino all’inizio dell’inverno. A Strasburgo ricevetti da Monsieur Hume le più gentili offerte di affidarmi alla sua protezione e di seguirlo in Inghilterra, dove si sarebbe assicurato di fornirmi un rifugio piacevole e tranquillo. Avevo già in mente di ritirarmi lì; il Marchese mi aveva sempre consigliato di farlo; il Duca d’Aumont, su esortazione di Madame de Verdelin, aveva chiesto e ottenuto per me un passaporto. Lo utilizzo e parto, con il cuore pieno di gratitudine verso Monsieur Hume, corro a Parigi per gettarmi tra le sue braccia. Il Principe di Conti mi offre l’accoglienza più degna della sua generosità e della mia situazione; la accetto per dovere, ma con riluttanza, prevedendo bene quanto i miei nemici mi faranno pagare a caro questo “onore”.
Ce fut un spectacle bien doux pour moi que l’augmentation sensible de bienveillance pour M. Hume, que cette bonne oeuvre produisit dans tout Paris : il devait en être touché comme moi ; je doute qu’il le fut de la même manière. Quoiqu’il en soit, voilà de ces compliments à la française, que j’aime, et que les autres nations ne savent guère imiter.
Mais ce qui me fit une peine extrême fut de voir que M. le prince de Conti m’accablait en sa présence de si grandes bontés, qu’elles auraient pu passer pour railleuses si j’eusse été moins à plaindre, ou que le prince eût été moins généreux : toutes les attentions étaient pour moi ; M. Hume était oublié en quelque sorte, ou invité à y concourir. Il était clair que cette préférence d’humanité dont j’étais l’objet en montrait pour lui une beaucoup plus flatteuse : c’était lui dire : Mon ami Hume, aidez-moi à marquer de la commisération à cet infortuné. Mais son coeur jaloux fut trop bête pour sentir cette distinction-là.
Nous partons. Il était si occupé de moi qu’il en parlait même durant son sommeil : vous saurez ci-après ce qu’il dit à la première couchée. En débarquant à Douvres, transporté de toucher enfin cette terre de liberté, et d’y être amené par cet homme illustre, je lui sautai au cou, je l’embrassai étroitement sans rien dire, mais en couvrant son visage de baisers et de pleurs. Ce n’est pas la seule fois ni la plus remarquable où il ait pu voir en moi les saisissements d’un coeur pénétré. Je ne sais pas trop ce qu’il fait de ces souvenirs, s’ils lui viennent, mais j’ai dans l’esprit qu’il en doit quelquefois être importuné.
Nous sommes fêtés arrivant à Londres ; dans les deux chambres, à la cour même, on s’empresse à me marquer de la bienveillance et de l’estime. M. Hume me présente de très bonne grâce à tout le monde, et il était naturel de lui attribuer, comme je faisais, la meilleure partie de ce bon accueil. L’affluence me fait trouver le séjour de la ville incommode : aussitôt les maisons de campagne se présentent en foule ; on m’en offre à choisir dans toutes les provinces. M. Hume se charge des propositions ; il me les fait, il me conduit même à deux ou trois campagnes voisines ; j’hésite longtemps sur le choix ; je me détermine enfin pour cette province. Aussitôt M. Hume arrange tout, Les embarras s’aplanissent ; je pars ; j’arrive dans une habitation commode, agréable, et solitaire : le maître prévoit tout, rien ne me manque ; je suis tranquille, indépendant. Voilà le moment si désiré où tous mes maux doivent finir : non, c’est là qu’ils commencent plus cruels que je ne les avais encore éprouvés.
Peut-être n’ignorez-vous pas, monsieur, qu’avant mon arrivée en Angleterre, elle était un des pays de l’Europe où j’avais le plus de réputation, j’oserais presque dire, de considération ; les papiers publics étaient pleins de mes éloges, et il n’y avait qu’un cri d’indignation contre mes persécuteurs. Ce ton se soutient à mon arrivée ; les papiers l’annoncèrent en triomphe ; l’Angleterre s’honorait d’être mon refuge, et elle en glorifiait avec justice ses lois et son gouvernement. Tout-à-coup, et sans aucune cause assignable, ce ton change, mais si fort et si vite, que dans tous les caprices du public on n’en vit jamais un plus étonnant. Le signal fut donné dans un certain magasin, aussi plein d’inepties que de mensonges, et où l’auteur, bien instruit, me donnait pour fils de musicien. Dès ce moment, tout part avec un accord d’insultes et d’outrages qui tient du prodige ; des foules de livres et d’écrits m’attaquent personnellement, sans ménagement, sans discrétion, et nulle feuille n’oserait paraître si elle ne contenait quelque malhonnêteté contre moi. Trop accoutumé aux injures du public pour m’en affecter encore, je ne laissais pas d’être surpris de ce changement si brusque, de ce concert si parfaitement unanime, que pas un de ceux qui m’avaient tant loué ne dît un seul mot pour ma défense. Je trouvais bizarre que précisément après le retour de M. Hume, qui a tant d’influence ici sur les gens de lettres et de si grandes liaisons avec eux, sa présence eût produit un effet si contraire à celui que j’en pouvais attendre ; que pas un de ses amis ne se fût montré le mien : et l’on voyait bien que les gens qui me traitaient si mal n’étaient pas ses ennemis, puisqu’en faisant sonner haut sa qualité de ministre, ils disaient que je n’avais traversé la France que sous sa protection ; qu’il m’avait obtenu un passeport de la cour de France ; et peu s’en fallait qu’ils n’ajoutassent que j’avais fait le voyage à ses frais. Une autre chose m’étonnait davantage. Tous m’avaient également caressé à mon arrivée ; mais à mesure que notre séjour se prolongeait, je voyais de la façon la plus sensible changer avec moi les manières de ses amis. Toujours, je l’avoue, ils ont pris les mêmes soins en ma faveur ; mais, loin de me marquer la même estime, ils accompagnaient leurs services de l’air dédaigneux le plus choquant : on eût dit qu’ils ne cherchaient à m’obliger que pour avoir droit de me marquer du mépris. Malheureusement ils s’étaient emparés de moi. Que faire, livré à leur merci dans un pays dont je ne savais pas la langue ? Baisser la tête et ne pas voir les affronts. Si quelques Anglais ont continué à me marquer de l’estime, ce sont uniquement ceux avec qui M. Hume n’a aucune liaison.
Les flagorneries m’ont toujours été suspectes. Il m’en a fait des plus basses et de toutes les façons ; mais je n’ai jamais trouvé dans son langage rien qui sentit la vraie amitié. On eût dit même qu’en voulant me faire des patrons il cherchait à m’ôter leur bienveillance ; il voulait plutôt que j’en fusse assisté qu’aimé ; et cent fois j’ai été surpris du tour révoltant qu’il donnait à ma conduite près des gens qui pouvaient s’en offenser. Un exemple éclaircira ceci. M. Penneck, du Muséum, ami de Milord Maréchal, et pasteur d’une paroisse où l’on voulait m’établir, vient me voir ; M. Hume, moi présent, lui fait mes excuses de ne l’avoir pas prévenu. Le docteur Maty, lui dit-il, nous avait invités pour jeudi au Muséum, oh M. Rousseau devait vous voir ; mais il préféra d’aller avec madame Garrick à la comédie : on ne peut pas faire tant de choses en un jour.
On répand à Paris une fausse lettre du roi de Prusse, qui depuis a été traduite et imprimée ici. J’apprends avec étonnement que c’est un M. Walpole, ami de M. Hume, qui fait courir cette lettre : je lui demande si cela est vrai ; au lieu de me répondre, il me demande froidement de qui je le tiens ; et quelques jours après, il veut que je confie à ce même M. Walpole des papiers qui m’intéressent et que je cherche à faire venir en sûreté. Je vois cette prétendue lettre du roi de Prusse, et j’y reconnais à l’instant le style de M. d’Alembert, autre ami de M. Hume, et mon ennemi d’autant plus dangereux qu’il a soin de cacher sa haine. J’apprends que le fils du jongleur Tronchin, mon plus mortel ennemi, est non seulement un ami de M. Hume, mais qu’il loge avec lui ; et quand M. Hume voit que je sais cela, il m’en fait la confidence, réassurant que le fils ne ressemble pas au père. J’ai logé deux ou trois nuits avec ma gouvernante dans cette même maison, chez M. Hume ; et à l’accueil que nous ont fait ses hôtesses, qui sont ses amies, j’ai jugé de la façon dont lui, ou cet homme qu’il dit ne pas ressembler à son père, leur avait parlé d’elle et de moi.
It was a truly delightful sight for me to see the considerable increase in goodwill toward Mr. Hume that this good deed brought about throughout Paris; he must have been touched by it just as I was; however, I doubt that his reaction was exactly the same as mine. In any case, these are the kind of compliments characteristic of the French style—those which I adore, and which other nations hardly know how to imitate.
But what caused me extreme distress was to see that Monsieur the Prince of Conti lavished upon me such great kindnesses in his presence—kindnesses that might have seemed mocking had I not been in such a pitiable state, or if the prince had not been so generous. All the attention was directed toward me; Monsieur Hume was almost forgotten, or at least not given any special consideration. It was clear that this preference shown toward me was meant to flatter him greatly: it was as if he were being told, “My friend Hume, help me show compassion for this unfortunate person.” But his jealous heart was too dull to perceive such a distinction.
We are leaving. He was so preoccupied with me that he even talked about me in his dreams; you will learn later what he said on his first night there. Upon arriving in Dover, filled with joy at finally setting foot on this land of freedom and being brought there by such an illustrious man, I threw myself into his arms, hugged him tightly without saying a word, but covered his face with kisses and tears. This was not the only time, nor the most remarkable occasion, when he could see in me the outbursts of a heart deeply moved. I don’t know quite what he does with these memories, or whether they ever come to him, but I have a feeling that sometimes they must be quite disturbing for him.
Upon our arrival in London, we were greeted with festivities; in both rooms and even in the court itself, everyone was eager to show me kindness and respect. Mr. Hume readily introduced me to everyone, and it was only natural for me, as I did, to attribute most of this warm reception to him. However, the large number of people made living in the city inconvenient; soon, numerous country houses were offered to me for selection, in various provinces. Mr. Hume took care of all the arrangements; he presented them to me and even took me to two or three nearby estates. I hesitated for a long time before finally choosing one province. Immediately afterwards, Mr. Hume arranged everything, and the difficulties were smoothed out. I set off and arrived at a comfortable, pleasant, and secluded residence. The host had thought of everything; nothing was lacking. I was at peace and independent. This was supposed to be the long-awaited moment when all my troubles would end—but no, it was here that they began, even more cruelly than before.
Perhaps you are not unaware, sir, that before my arrival in England, it was one of the European countries where I enjoyed the greatest reputation—even, I would say, the greatest regard. Public publications were filled with praises for me, and there was not a single voice raised in indignation against those who persecuted me. This tone continued upon my arrival; newspapers announced it as a triumph, and England took pride in being my refuge, rightly glorifying its laws and government for this. Suddenly, and without any apparent reason, this attitude changed—so drastically and so quickly that among all the caprices of the public, none could have been more astonishing. The signal was given from a certain shop, full of nonsense and lies, where the author, well-informed as he was, claimed me to be the son of a musician. From that moment on, an onslaught of insults and indignities began, so coordinated and so unanimous that not a single newspaper dared publish anything without containing some slander against me. Too accustomed to such public insults to be affected by them any longer, I was nevertheless surprised by this sudden change, by this perfectly synchronized campaign of hostility—since not a single person among those who had praised me so much offered even a word in my defense. It seemed strange that, precisely after the return of Mr. Hume, who held such influence over the literary community here and had such strong connections with them, his presence should have the exact opposite effect of what I had expected; that not one of his friends would come to my aid. It was clear that those who treated me so badly were not his enemies, for they openly boasted about his status as minister, claiming that I had crossed France under his protection and that he had obtained a passport for me from the French court—almost going so far as to suggest that he had paid for my entire journey. Another thing astonished me even more. Everyone had been flattering me upon my arrival; but as our stay prolonged, I could clearly see the manner in which my “friends” changed their behavior towards me. Admittedly, they continued to show me some courtesy; but far from showing any respect for me, they did so with an air of downright disdain—as if their efforts to help me were merely an excuse to treat me with contempt. Unfortunately, I was at their mercy in a country whose language I did not know. What could I do? Bend my head and ignore the insults. If some English people continued to respect me, it was solely those who had no connection with Mr. Hume.
Flattery has always seemed suspicious to me. He used the most base and various forms of it; yet I never found anything in his words that smacked of true friendship. It was even as if, in trying to impress me, he was actually seeking to earn their disfavor rather than their goodwill; he seemed more interested in my receiving their assistance than their affection. On many occasions, I was shocked by the outrageous way in which he would portray my behavior in front of people who might take offense. An example will make this clear. Mr. Penneck, from the Museum and a friend of Lord Marshal, came to see me; Mr. Hume, in my presence, apologized for not having informed him in advance. “Doctor Maty had invited us to the Museum on Thursday,” Mr. Hume said, “oh, Mr. Rousseau wanted to meet you too; but he preferred to go to the theater with Madame Garrick—after all, one can’t do so many things in a single day.”
A false letter from the King of Prussia is being circulated in Paris; it has since been translated and printed here. I am astonished to learn that it is Mr. Walpole, a friend of Mr. Hume, who is responsible for spreading this letter. I ask him if it is true; instead of answering me, he coldly asks me where I heard such a thing. A few days later, he demands that I hand over to Mr. Walpole some documents that concern me and that I am trying to bring here safely. When I see this so-called letter from the King of Prussia, I immediately recognize it as written in Mr. d’Alembert’s style—another friend of Mr. Hume, and one who is all the more dangerous to me because he takes great care to hide his hatred. I also learn that the son of that jester Tronchin, my most deadly enemy, is not only a friend of Mr. Hume but also lives with him. When Mr. Hume sees that I am aware of this, he confides in me, assuring me that the son bears no resemblance to his father. I even spent two or three nights with my governess in the very same house where Mr. Hume lived; from the way his female guests welcomed us—and since they were his friends—I was able to gauge how he, or that man who claims not to be like his father, must have spoken about her and me to them.
Per me fu uno spettacolo davvero commovente vedere aumentare notevolmente la benevolenza verso il signor Hume, e come questa buona azione influenzasse positivamente l’intera Parigi: sicuramente lui ne fu toccato, proprio come me; tuttavia dubito che lo fosse nello stesso modo. Comunque sia, questi sono quei complimenti tipici della cultura francese che amo molto, e che le altre nazioni faticano a imitare.
Ma ciò che mi causò un dolore estremo fu vedere che il principe di Conti, in sua presenza, mi dimostrava tanta gentilezza da farla sembrare quasi derisoria, se fossi stato meno sfortunato o se il principe fosse stato meno generoso: tutte le attenzioni erano rivolte a me; il signor Hume, in un certo senso, veniva dimenticato o invitato ad aggiungersi alle manifestazioni di cortesia verso di me. Era evidente che questa preferenza dimostrata nei miei confronti rappresentava per lui una lusinga ancora maggiore: era come se gli si dicesse: “Mio caro Hume, aiutami a mostrare compassione per questo sfortunato”. Ma il suo cuore geloso fu troppo stupido per comprendere questa distinzione.
Partiamo. Era così preso da me che ne parlava persino durante il sonno: più avanti saprete cosa diceva la prima notte dopo il nostro arrivo. Allo sbarco a Dover, sopraffatto dalla gioia di toccare finalmente questa terra della libertà e di essere stato portato lì da quell’uomo illustre, gli gettai le braccia al collo e lo abbracciai stretto senza dire una parola, ma coprendogli il viso di baci e lacrime. Non è stata l’unica né la più significativa volta in cui ha potuto vedere in me gli slanci di un cuore commosso. Non so esattamente cosa faccia con questi ricordi, se li ritrovi nella sua mente, ma ho l’impressione che a volte possano infastidirlo.
Viene celebrato il mio arrivo a Londra; in entrambe le stanze, persino nella corte stessa, tutti si affrettano a dimostrarmi gentilezza e stima. Il signor Hume mi presenta con grande piacere a tutti, ed è naturale che io attribuisca a lui la maggior parte di questo caloroso benvenuto, proprio come facevo in precedenza. Tuttavia, la folla rende il soggiorno in città scomodo; immediatamente mi vengono offerte numerose case di campagna da scegliere, in tutte le province. Il signor Hume si occupa personalmente delle proposte: me le presenta e addirittura mi accompagna in due o tre zone vicine. Esito a lungo prima di decidere; alla fine scelgo una determinata provincia. Il signor Hume organizza tutto al meglio; i problemi vengono risolti facilmente; parto e arrivo in un’abitazione comoda, piacevole e isolata: il proprietario si occupa di ogni dettaglio; non mi manca nulla; sono tranquillo e indipendente. Questo dovrebbe essere il momento tanto desiderato in cui tutti i miei mali finiranno. Ma no: è proprio allora che essi iniziano, ancora più crudeli di prima.
Forse non ignorate, signore, che prima del mio arrivo in Inghilterra, questo paese era uno degli Stati d’Europa dove avevo la più grande reputazione, oserei quasi dire, il massimo rispetto; i giornali erano pieni di elogi nei miei confronti, e non si udiva altro che esclamazioni di indignazione contro i miei persecutori. Questo atteggiamento è continuato anche al mio arrivo: i giornali ne hanno dato notizia con toni trionfanti; l’Inghilterra si gloriava di essere il mio rifugio, e lodava giustamente le sue leggi e il suo governo. Improvvisamente, e senza alcuna ragione apparente, questo atteggiamento è cambiato, ma in modo così brusco e rapido che tra tutti i capricci del pubblico non se ne era mai visto uno più sorprendente. Il segnale è partito da un certo negozio, pieno di sciocchezze e menzogne, dove l’autore, ben informato, mi presentava come figlio di un musicista. Da quel momento in poi, tutto si è trasformato in una serie di insulti e offese davvero incredibili: folle di libri e scritti attaccavano personalmente me, senza alcuna riserva o discrezione; nessun giornale osava pubblicare nulla che non contenesse calunnie contro di me. Essendo ormai abituato alle offese del pubblico, non mi lasciavo turbare da questo cambiamento così improvviso, da questa perfetta unanimità negativa nei miei confronti; nessuno dei coloro che avevano tanto lodato me si è mai fatto avanti per difendermi. Trovavo strano che proprio dopo il ritorno di M. Hume, che ha tanta influenza tra gli intellettuali inglesi e strette relazioni con loro, la sua presenza avesse prodotto un effetto così contrario a quello che mi aspettavo; che nessuno dei suoi amici si fosse schierato dalla mia parte. E era evidente che coloro che mi trattavano così male non erano nemici suoi, visto che enfatizzavano molto la sua qualità di ministro, sostenendo che fossi arrivato in Francia sotto la sua protezione e che mi avesse procurato un passaporto dalla corte francese. E quasi si sarebbe potuto aggiungere che il viaggio fosse stato pagato a sue spese. Un’altra cosa mi sorprendeva ancora di più: tutti mi avevano accolto con affetto al mio arrivo; ma man mano che il nostro soggiorno proseguiva, notavo in modo evidente come gli atteggiamenti dei suoi amici nei miei confronti cambiassero. Devo ammettere che continuavano comunque a prendersi cura di me; tuttavia, lontani dal mostrarmi rispetto, i loro gesti erano pieni di disprezzo e offesa. Sembrava che cercassero di aiutarmi soltanto per potermi poi disprezzare ancora di più. Purtroppo ero completamente in loro potere. Cosa potevo fare, in un paese dove non conoscevo la lingua? Solo sopportare e ignorare gli affronti. Se alcuni inglesi hanno continuato a rispettarmi, è stato soltanto perché non avevano alcuna relazione con M. Hume.
Le lusinghe mi sono sempre sembrate sospette. Me ne ha fatte di ogni genere, ma non ho mai trovato nel suo linguaggio nulla che potesse indicare una vera amicizia. Si sarebbe detto persino che, cercando di farmi apparire un loro protetto, in realtà volesse togliermi la loro simpatia; preferiva che io ricevessi aiuto da loro piuttosto che essere veramente amato. Cento volte sono rimasto sorpreso dal modo oltraggioso in cui descriveva il mio comportamento nei confronti di persone che avrebbero potuto offendersi. Un esempio chiarirà tutto questo. Il signor Penneck, del Museo, amico di Milord Maréchal e pastore di una parrocchia dove volevano stabilirmi, viene a trovarmi; il signor Hume, presente, si scusa con lui per non averlo avvisato in anticipo. Il dottor Maty gli dice che noi eravamo stati invitati al Museo per giovedì; oh, il signor Rousseau doveva incontrarvi. Ma ha preferito andare con la signora Garrick a teatro: non si possono fare così tante cose in un solo giorno.
A Parigi si diffonde una falsa lettera del re di Prussia, che in seguito è stata tradotta e stampata qui. Scopro con sorpresa che ad essere il responsabile della diffusione di questa lettera è un certo signor Walpole, amico del signor Hume: gli chiedo se ciò sia vero; al posto di rispondermi, mi chiede freddamente da dove l’abbia saputo. Qualche giorno dopo, vuole che io confidi a quel stesso signor Walpole alcuni documenti che mi interessano e che sto cercando di far arrivare in sicurezza. Esamino questa presunta lettera del re di Prussia e riconosco immediatamente lo stile del signor d’Alembert, un altro amico del signor Hume, e al contempo mio nemico ancora più pericoloso, poiché fa di tutto per nascondere il proprio odio. Scopro inoltre che il figlio del giocoliere Tronchin, il mio più acerrimo nemico, non solo è un amico del signor Hume, ma vive anche con lui; quando il signor Hume si accorge che lo so, me ne parla, assicurandomi che quel ragazzo non assomigli affatto a suo padre. Ho trascorso due o tre notti nella stessa casa dove abitava il signor Hume, insieme alla mia governante; dall’accoglienza riservataci dalle sue ospiti, amiche di lui, ho potuto intuire in che modo lui, o quell’uomo che sostiene di non assomigliare a suo padre, avesse parlato di lei e di me.
Tous ces faits combinés, et d’autres semblables que j’observe, me donnent insensiblement une inquiétude que je repousse avec horreur. Cependant les lettres que j’écris n’arrivent pas ; plusieurs de celles que je reçois ont été ouvertes, et toutes ont passé par les mains de M. Hume : si quelqu’une lui échappe, il ne peut cacher l’ardente avidité de la voir. Un soir je vois encore chez lui une manoeuvre de lettre dont je suis frappé. Voici ce que c’est que cette manoeuvre, car il peut importer de la détailler. Je vous l’ai dit, monsieur ; dans un fait je veux tout dire. Après soupe, gardant tous deux le silence au coin de son feu, je m’aperçois qu’il me regarde fixement, ce qui lui arrive souvent et d’une manière assez remarquable. Pour cette fois son regard ardent et prolongé devint presque inquiétant. J’essaie de le fixer à mon tour ; mais en arrêtant mes yeux sur les siens je sens un frémissement inexplicable, et je suis bientôt forcé de les baisser. La physionomie et le ton du bon David sont d’un bon homme ; mais il faut que, pour me fixer dans nos tête-à-tête, ce bon homme ait trouvé d’antres yeux que les siens.
L’impression de ce regard me reste : mon trouble augmente jusqu’au saisissement. Bientôt un violent remords me gagne ; je m’indigne de moi-même. Enfin, dans un transport, que je me rappelle encore avec délices, je me jette à son cou, je le serre étroitement, je l’inonde de mes larmes ; je m’écrie : Non, non, David Hume n’est pas un traître ; s’il n’était le meilleur des hommes, il faudrait qu’il en fut le plus noir. David Hume me rend mes embrassements, et, tout en me frappant de petits coups sur le dos, me répète plusieurs fois d’un ton tranquille : Quoi ! mon cher monsieur ! Eh ! mon cher monsieur ! Quoi donc ! mon cher monsieur ! Il ne me dit rien de plus ; je sens que mon coeur se resserre ; notre explication finit là ; nous allons nous coucher, et le lendemain je pars pour la province.
Je reviens maintenant à ce que j’entendis à Roye la première nuit qui suivit notre départ. Nous étions couchés dans la même chambre, et plusieurs fois au milieu de la nuit je l’entendis s’écrier avec une véhémence extrême : Je tiens J. J. Rousseau. Je pris ces mots dans un sens favorable qu’assurément le ton n’indiquait pas ; c’est un ton dont il m’est impossible de donner l’idée, et qui n’a nul rapport à celui qu’il a pendant le jour, et qui correspond très bien aux regards dont j’ai parlé. Chaque fois qu’il dit ces mots, je sentis un tressaillement d’effroi dont je n’étais pas le maître : mais il ne me fallut qu’un moment pour me remettre et rire de ma terreur ; dès le lendemain, tout fut si parfaitement oublié, que je n’y ai pas même pensé durant tout mon séjour à Londres et au voisinage. Je ne m’en suis souvenu que depuis mon arrivée ici, en repassant toutes les observations que j’ai faites, et dont le nombre augmente de jour en jour ; mais à présent je suis trop sûr de ne plus l’oublier. Cet homme, que mon mauvais destin semble avoir forgé tout exprès pour moi, n’est pas dans la sphère ordinaire de l’humanité, et vous avez assurément plus que personne le droit de trouver son caractère incroyable. Mon dessein n’est pas aussi que vous le jugiez sur mon rapport, mais seulement que vous jugiez de ma situation.
Seul dans un pays qui m’est inconnu, parmi des peuples peu doux, dont je ne sais pas la langue, et qu’on excite à me haïr, sans appui, sans ami, sans moyen de parer les atteintes qu’on me porte, je pourrais pour cela seul sembler fort à plaindre. Je vous proteste cependant que ce n’est ni aux désagréments que j’essuie, ni aux dangers que je peux courir que je suis sensible : j’ai même si bien pris mon parti sur ma réputation, que je ne songe plus à la défendre ; je l’abandonne sans peine, au moins durant ma vie, à mes infatigables ennemis. Mais de penser qu’un homme avec qui je n’eus jamais aucun démêlé, un homme de mérite, estimable par ses talents, estimé par son caractère, me tend les bras dans ma détresse, et m’étouffe quand je m’y suis jeté ; voilà, monsieur, une idée qui m’atterre. Voltaire, d’Alembert, Tronchin, n’ont jamais un instant affecté mon âme ; mais, quand je vivrais mille ans, je sens que jusqu’à ma dernière heure jamais David Hume ne cessera de m’être présent.
Cependant j’endure mes maux avec assez de patience, et je me félicite surtout de ce que mon naturel n’en est point aigri : cela me les rend moins insupportables : J’ai repris mes promenades solitaires, mais, au lieu d’y rêver, j’herborise ; c’est une distraction dont je sens le besoin : malheureusement elle ne m’est pas ici d’une grande ressource nous avons peu de beaux jours ; j’ai de mauvais yeux, un mauvais microscope ; je suis trop ignorant pour herboriser sans livres, et je n’en ai point encore ici : d’ailleurs mes nuits sont cruelles, mon corps souffre encore plus que mon coeur ; la perte totale du sommeil me livre aux plus tristes idées ; l’air du pays joint à tout cela sa sombre influence, et je commence à sentir fréquemment que j’ai trop vécu. Le pis est que je crains la mort encore, non seulement pour elle-même, non seulement pour n’avoir pas un de mes amis qui puisse adoucir mes dernières heures ; mais surtout pour l’abandon total où je laisserais ici la compagne de mes misères, livrée à la barbarie, ou, qui pis est, à l’insultante pitié de ceux dont les soins ne sont qu’un raffinement de cruauté pour faire endurer l’opprobre en silence. Je ne sais pas, en vérité, quelles ressources la philosophie offre à un homme dans mon état Pour moi, je n’en vois que deux qui soient à mon usage, l’espérance et la résignation.
Le plaisir, monsieur, que j’ai de vous écrire est si parfaitement indépendant de l’attente d’une réponse, que je ne vous envoie pour cela aucune adresse, bien sûr que vous ne vous servirez pas de celle de M. Hume, avec qui j’ai rompu toute communication. Vos sentiments me sont connus, il ne m’en faut pas davantage ; j’aurai l’équivalent de cent lettres dans l’assurance où je suis que vous pensez à moi quelquefois avec intérêt. Je prends le parti de supprimer désormais tout commerce de lettres, hors les cas d’absolue nécessité, de ne plus lire ni journaux ni nouvelles publiques, et de passer dans l’ignorance de ce qui se dit et se fait dans le monde les jours tranquilles qu’on voudra me laisser.
Je fais, monsieur, les voeux les plus vrais et les plus tendres pour votre félicité.
Lettre DCXCI – À M. du Peyrou
À Wootton, le 31 mai 1766.
J’ai reçu, mon cher hôte, votre n° 24 par M. d’Ivernois, et je reçois en ce moment votre n° 25. Je vous remercie de l’inquiétude que vous y marquez sur mon état, excepté pourtant ce mot : M’auriez-vous oublié ? qu’un plus long silence ni rien au monde n’autoriserait jamais. J’aurais cru qu’entre vous et moi nous n’en étions plus, depuis longtemps, à de pareilles craintes. Je vous écris rarement, je vous en ai prévenu ; mais je vous écris régulièrement ; et, lorsque vous vous livriez à ce cruel doute, vous avez dû recevoir mon n° 2. De grâce, entendons-nous bien. Je ne puis souvent écrire, surtout à présent que mon hôte et sa famille sont ici. Il y a, ce dont je gémis, trois cents lieues de distance entre nous ; il faut plusieurs entrepôts à nos lettres, qui les retardent, et qui peuvent les retarder davantage. Enfin, vous pouvez au pis vous dire : Il est mort ou malade ; mais jamais, M’a-t-il oublié ?
All these facts, combined with others similar to them that I observe, gradually fill me with an unease that I repulse with horror. However, the letters I write do not arrive; several of those I receive have been opened, and all of them have passed through the hands of Mr. Hume. If any of them escape his attention, he cannot conceal his intense desire to read their contents. One evening, I notice another such maneuver involving a letter at his place. Here is what it entailed—since it may be important to detail it. I have told you everything, sir; in matters like this, I wish to be completely honest. After dinner, as we sat in silence by the fire, I noticed that he was staring at me intently—a behavior he often exhibits, and in a rather striking manner. This time, his intense and prolonged gaze became almost unsettling. I tried to return it; but as my eyes met his, I felt an inexplicable tremor and was soon forced to look away. The demeanor and tone of the good Mr. Hume are those of a kind man; yet, when it came to these moments of direct eye contact between us, it seemed that this “kind man” must have found other eyes—other eyes than his own—to use in our encounters.
The impression of that look remains with me: my agitation grows until it turns into utter shock. Soon, a violent sense of remorse overcomes me; I am filled with anger toward myself. Finally, in an outburst that I still recall with delight, I throw myself into his arms, hold him tightly, and flood him with my tears. I cry out, “No, no—David Hume is not a traitor! If he were not the best of men, he would at least be the worst.” David Hume returns my kisses and, while giving me light taps on the back, repeats several times in a calm voice, “What! My dear sir! Oh! My dear sir! What on earth! My dear sir!” He says nothing more. I feel my heart tighten; our conversation ends there. We go to bed, and the next day I leave for the province.
I now return to what I heard in Roye on the first night following our departure. We were sleeping in the same room, and several times throughout the night I heard him exclaim with extreme vehemence: “I have J. J. Rousseau!” I interpreted these words in a positive sense, even though the tone certainly did not suggest it; it was a tone I am utterly unable to describe, and which bore no resemblance to his usual manner during the day—precisely the opposite of the expressions he showed me at that moment. Every time he said those words, I felt a shudder of fear, over which I had no control; but it took me only a moment to recover my composure and laugh at my own terror. By the next day, everything had been completely forgotten, so much so that I did not think about it again during my entire stay in London and its vicinity. I only remembered it upon arriving here, as I reviewed all the observations I had made—whose number grows day by day—but now I am absolutely certain that I will never forget it again. This man, whom fate seems to have created specifically for me, does not belong to the ordinary realm of humanity; you certainly have more reason than anyone else to find his character incredible. My intention is not for you to judge him based on my account, but merely for you to understand my own situation.
Alone in a country that is unfamiliar to me, among people who are not kind and whose language I do not understand, and while being incited by others to hate me—without any support, without friends, without any means to defend myself against the harm they inflict upon me—I might seem worthy of great pity simply because of this. However, I protest that it is neither the hardships I endure nor the dangers I may face that truly affect me. In fact, I have made up my mind regarding my reputation: I no longer bother to defend it; I willingly abandon it, at least for the rest of my life, to my relentless enemies. But the thought that a man with whom I have never had any conflict—a man of merit, respected for his talents and character—would extend a helping hand to me in my time of distress, only to crush me once I have turned to him for support. Oh, sir, such an idea fills me with horror. Voltaire, d’Alembert, Tronchin—none of them have ever touched my soul in the slightest; but even if I lived for a thousand years, I know that David Hume would never cease to haunt me until my very last moment.
However, I endure my sufferings with considerable patience, and I am especially pleased that my nature has not been soured by them; this makes them less unbearable for me. I have resumed my solitary walks, but instead of daydreaming during them, I collect plants—it is a pastime I feel the need for. Unfortunately, it is of little help to me here. We have few sunny days; my eyesight is poor, and my microscope is inadequate. I am too ignorant to identify plants without books, and I do not yet have any here. Moreover, my nights are terrible; my body suffers even more than my heart. The complete loss of sleep fills me with the most gloomy thoughts. The local climate, combined with all these factors, has a darkening effect on me, and I often feel that I have lived too long. The worst of it is that I still fear death—not only for its own sake, not only because I have no friend to ease my last hours—but chiefly because I would leave my companion in misery here, abandoned to barbarity, or, even worse, to the humiliating pity of those whose so-called care is nothing but a cruel form of making one endure humiliation in silence. I truly do not know what resources philosophy can offer a man in my situation. For me, there seem only two: hope and resignation.
The pleasure I feel in writing to you, sir, is so entirely independent of any expectation of a reply that I do not provide you with my address for this purpose—though, of course, you would not use the one of Mr. Hume, with whom I have severed all communication. Your feelings towards me are well-known to me; I need nothing more. The mere knowledge that you occasionally think of me with interest is enough for me. Henceforth, I resolve to cease all correspondence unless absolutely necessary, to stop reading newspapers or public news, and to choose to remain ignorant of what is said and done in the world during those peaceful days that people may wish to grant me.
Sir, I offer you my most sincere and tender wishes for your happiness.
Letter DCXCI – To Mr. du Peyrou
At Wootton, on May 31, 1766.
My dear host, I received your letter number 24 through Mr. d’Ivernois, and I am now receiving your letter number 25. I thank you for the concern you express regarding my well-being—except for that one phrase: “Have you perhaps forgotten me?” Such a prolonged silence, or anything at all, could never justify such a thought. I would have thought that between us, such fears were long since unnecessary. I write to you seldom, as I had informed you beforehand; but I do so regularly. And whenever you might have fallen into such cruel doubt, you must have received my letter number 2. Please, let there be no misunderstanding. It is often difficult for me to write, especially now that my host and his family are here with me. Unfortunately, there are three hundred miles between us; our letters have to go through several intermediaries, which delays them—and may even cause further delays. At worst, you might think: “He is dead or ill.” But never—has he forgotten me?
Tutti questi fatti, uniti ad altri simili che osservo, suscitano in me una preoccupazione che respingo con orrore. Tuttavia, le lettere che scrivo non arrivano mai a destinazione; molte di quelle che ricevo sono state aperte, e tutte sono passate per le mani di M. Hume: se ne fosse sfuggita qualcuna, lui non potrebbe nascondere la sua ardente brama di leggerla. Una sera noto ancora in casa sua un comportamento riguardante una lettera che mi colpisce profondamente. Ecco in cosa consiste questo comportamento: poiché può essere importante descriverlo nei dettagli. Ve l’ho detto, signore; quando si tratta di fatti importanti, voglio rivelare tutto. Dopo cena, mentre entrambi tacevamo accanto al fuoco, mi accorsi che lui mi fissava intensamente, cosa che gli capita spesso e in modo piuttosto evidente. Questa volta il suo sguardo ardente e prolungato divenne quasi inquietante. Cercai di ricambiare il suo sguardo; ma fissando i suoi occhi sentii un fremito inspiegabile, e presto fui costretto a distogliere lo sguardo. Il volto e il tono del buon David sono quelli di un uomo onesto; tuttavia, per riuscire a fissarmi durante quei nostri incontri, deve essersi servito di occhi diversi dai suoi.
L’impression di quel suo sguardo mi rimane: il mio turbamento aumenta fino al punto di farmi perdere il controllo. Presto un violento rimorso si impadronisce di me; mi indigno con me stesso. Alla fine, in un impeto che ricordo ancora con piacere, mi getto tra le sue braccia, lo abbraccio stretto, lo inondo di lacrime e esclamo: “No, no. David Hume non è un traditore; se non fosse l’uomo migliore, dovrebbe essere almeno il più nobile”. David Hume ricambia i miei abbracci e, mentre mi dà piccoli colpetti sulla schiena, ripete più volte con tono tranquillo: “Ma cosa! Mio caro signore. Ma cosa! Mio caro signore. Cosa mai! Mio caro signore!” Non dice nulla di più; sento il mio cuore stringersi nel petto; la nostra conversazione finisce lì; andiamo a letto e il giorno dopo parto per la provincia.
Ora torno a ciò che udii a Roye la prima notte successiva alla nostra partenza. Eravamo nella stessa stanza, e più volte, a mezzanotte, lo sentii esclamare con estrema veemenza: “Lo tengo, J.-J. Rousseau!”. Interpretai queste parole in senso positivo, anche se il tono di voce certamente non lo suggeriva; si trattava di un tono del quale è impossibile dare idea, e che non aveva alcuna somiglianza con quello che utilizzava di giorno. E corrispondeva perfettamente a quegli sguardi di cui ho parlato. Ogni volta che li pronunciava, provavo un brivido di terrore di cui non riuscivo a prendere il controllo; ma bastò poco perché mi riprendessi e ridessi della mia paura. Il giorno dopo, tutto fu completamente dimenticato; non ci ho più pensato per tutta la durata del mio soggiorno a Londra e nelle zone circostanti. Mi sono ricordato solo ora, arrivando qui, rivedendo tutte le osservazioni che avevo fatto. E il loro numero aumenta di giorno in giorno. Ma ormai sono sicuro di non dimenticarmelo più. Quest’uomo, che sembra essere stato creato apposta dal mio destino avverso, non appartiene alla normale sfera umana. E voi certamente avete più diritto di chiunque altro di considerare il suo carattere incredibile. Il mio scopo non è certo quello di farvi giudicare sulla base del mio resoconto. Ma soltanto di farvi comprendere la mia situazione.
Essere solo in un paese sconosciuto, tra popoli poco gentili di cui non conosco la lingua, e che vengono incitati ad odiarmi; non avere alcun sostegno, nessun amico, nessun mezzo per difendermi dalle offese che mi vengono rivolte. Per questo solo motivo potrei sembrare davvero degno di compassione. Tuttavia vi protesto: non sono i disagi che subisco, né i pericoli che posso correre a colpirmi profondamente; ho addirittura preso una decisione riguardo alla mia reputazione: non intendo più difenderla; la lascio senza rimpianti, almeno per tutta la mia vita, ai miei instancabili nemici. Ma pensare che un uomo con cui non ho mai avuto alcun conflitto, un uomo meritevole, stimato per i suoi talenti e per il suo carattere, mi tenda le braccia nel momento del mio dolore. Questa idea mi sconvolge profondamente. Voltaire, d’Alembert, Tronchin non hanno mai influenzato la mia anima; ma, anche se vivessi mille anni, so che fino all’ultimo istante della mia vita David Hume continuerà ad essere presente nella mia mente.
Tuttavia sopporto i miei mali con notevole pazienza e mi rallegro soprattutto del fatto che la mia natura non ne sia offesa: questo rende le sofferenze meno insopportabili. Ho ripreso a fare le mie solitarie passeggiate, ma invece di sognare, raccolgo erbe; è un’occupazione di cui sento il bisogno. Purtroppo, qui non mi è di grande aiuto: abbiamo pochi giorni sereni; ho la vista debole, un microscopio scadente; sono troppo ignorante per poter raccogliere erbe senza libri, e qui non ne ho ancora nessuno. Inoltre, le mie notti sono terribili. Il mio corpo soffre ancora di più del mio cuore; la totale mancanza di sonno mi lascia esposto alle idee più tristi. L’aria di questo luogo, unita a tutto ciò, ha un effetto deprimente su di me. Comincio ad avere spesso l’impressione di aver vissuto troppo a lungo. Il peggio è che temo ancora la morte: non solo per lei stessa, né perché non abbia nessuno dei miei amici che possa alleviare le mie ultime ore. Ma soprattutto perché lascerei qui, abbandonata alla barbarie o, cosa peggiore, all’insultante pietà di coloro i cui gesti di “cura” non sono altro che un modo per rendere più atroce l’umiliazione. Non so davvero quali risorse offra la filosofia a una persona nella mia situazione. Per me, ne vedo solo due utili: la speranza e la rassegnazione.
Il piacere che provo nel scrivervi, signore, è talmente indipendente dall’attesa di una risposta, che non vi invio alcuna mia address; naturalmente, non userete nemmeno quella del signor Hume, con il quale ho interrotto ogni tipo di comunicazione. I vostri sentimenti mi sono noti: non ne ho bisogno di altri. Avrò l’equivalente di cento lettere nella certezza che, a volte, pensiate a me con interesse. Decido quindi di interrompere definitivamente ogni scambio epistolare, salvo nei casi di assoluta necessità, di non leggere più giornali né notizie pubbliche, e di vivere nell’ignoranza di ciò che avviene nel mondo nei giorni tranquilli in cui mi verrà concesso di rimanere.
Signore, esprimo i più sinceri e teneri auguri per la sua felicità.
Lettera DCXCI – A Monsieur du Peyrou
A Wootton, il 31 maggio 1766.
Caro ospite mio, ho ricevuto il vostro numero 24 tramite il signor d’Ivernois, e in questo momento sto ricevendo anche il vostro numero 25. Vi ringrazio per la vostra premura riguardo alla mia situazione, ad eccezione di quella frase: “Mi avete forse dimenticato?”. Nessun silenzio più lungo, né nulla al mondo, potrebbe mai giustificare un simile sospetto. Avrei creduto che tra noi, da molto tempo ormai, non ci fossero più motivi per simili timori. Vi scrivo raramente, ve l’avevo già detto; ma lo faccio con regolarità. E quando vi lasciate prendere da un dubbio così crudele, sicuramente avrete ricevuto la mia lettera numero 2. Per favore, capiamoci bene: spesso non ho modo di scrivervi, soprattutto ora che il mio ospite e la sua famiglia sono qui con me. Ci separano trecento miglia; le nostre lettere devono passare attraverso diversi punti di transito, il che le ritarda. E potrebbero ritardarle ancora di più. Comunque, nel peggiore dei casi, potreste pensare: “È morto o malato”; ma mai. Mi ha forse dimenticato?
Autre grief. M. Hume vous apprend, dites-vous, que la province de Derby m’a nommé un des commissaires des barrières, et vous me reprochez de ne vous en avoir rien dit ; Vous auriez raison, si cela était vrai ; mais je n’ai jamais oui parler de pareille folie ; je vous ai prévenu d’être en garde contre tout ce qui pouvait venir de M. Hume, et de n’ajouter aucune foi à tout ce qu’on vous dirait de moi. De grâce, une fois pour toutes, n’en croyez que ce que je vous dirai moi-même ; vous vous épargnerez bien des jugements injustes sur mon compte. Par une suite de cette même facilité à tout croire, vous voilà persuadé, sur le rapport de M. de Luze, que je désire voir mes écrits imprimés de mon vivant ; j’ignore sur le rapport de qui M. de Luze lui-même a pu le croire ; ce n’est sûrement pas sur le mien, et je vous déclare et vous répète, pour la dernière fois, dans la sincérité de mon âme, que mon plus ardent désir est que le public n’entende plus parler de moi de mon vivant. Une fois pour toutes, croyez-moi sincère ; ne vous gênez jamais sur cette affaire ; mais soyez persuadé que, toute chose égale, j’aime mieux qu’elle ne se fasse qu’après ma mort. Il est vrai que j’ai cru que les planches auraient pu se graver d’avance, et qu’elles auraient pu s’exécuter mieux de mon vivant.
Je me flatte que vous aurez reçu ma précédente assez à temps pour ne faire partir que mes livres de botanique et herbiers, et retenir le reste, quant à présent. Je suis très content de mon habitation, de mon hôte, de mes voisins, à quelques inconvénients près ; mais, puisqu’il y en a partout, le sage ne les fuit pas, il les supporte, et il m’en coûte peu d’être sage en cela. Mais je vous avoue > ; x et que ceci soit à jamais entre nous deux sans aucune exception) que je sens cruellement votre absence, et que j’ai peine à me détacher de l’espoir de retourner un jour mourir auprès de vous. Mon coeur ne peut renoncer aux douces idées qu’il s’était faites ; plus j’aime le recueillement et la retraite, plus l’intimité de l’amitié m’est nécessaire, surtout vers la fin de ma carrière et de mes jours, où je n’ai plus d’autre projet à former que l’usage du présent. Je pense aussi, et votre dernière lettre me le confirme, que je ne vous serais pas tout-à-fait inutile pour la douceur de la vie, surtout si vous ne vous mariez pas encore, comme j’y vois peu d’acheminement. C’est pourtant une chose à laquelle il est temps de songer ou jamais. Il y aurait là-dessus trop de choses à dire pour une lettre, c’est un beau texte pour quand vous viendrez me voir. Quoi qu’il en soit, nous avons en tout état de cause assez de goûts communs pour les cultiver ensemble avec agrément, et je ne doute pas qu’un jour ou l’autre l’entreprise du Dictionnaire de botanique ne se réveille, et ne nous fournisse pour plusieurs années les plus agréables occupations. Je vous conseille de ne pas abandonner ce goût ; il tient à des connaissances charmantes, et il peut les étendre à l’infini. Voilà, mon cher hôte, un château en Espagne, le seul qui me reste à faire, et auquel je n’ai pas la force de renoncer. Et pourquoi ne s’exécuterait-il pas un jour ? Laissons au public le temps de m’oublier, à vos gens de Neuchâtel celui de s’apaiser, peut-être de se repentir : préparons à loisir toutes choses dans le plus profond silence, et sans que personne au monde pénètre nos vues : rien ne nous presse, nous sommes les maîtres du temps. Dans quatre ou cinq ans, quand votre maison sera faite, et que l’habiterez, je ne vois point d’impossibilité que vous redeveniez dans le fait mon cher hôte, lui attendant, je suis tranquille dans ma retraite ; le pis sera d’y rester ; j’espère au moins vous y voir quelquefois. Pensez à tout cela, et dites-m’en votre avis, mais surtout entre vous et moi sans aucun confident quelconque. Tout est manqué si âme vivante vient à pénétrer ce projet.
Je ne sais ce qu’est devenu le portrait que je vous avais destiné ; j’ai rompu toute correspondance avec M. Hume, et je suis déterminé, quoi qu’il arrive, à ne lui récrire jamais. Je regarde le triumvirat de Voltaire, de d’Alembert et de lui comme une chose certaine. Je ne pénètre point leur projet, mais ils en ont un. Je ne m’en tourmenterai plus ; je n’y songerai pas même, vous pouvez y compter. Mais, en attendant que la vérité se découvre, je ne veux avoir aucun commerce avec aucun des trois ; puissent-ils m’oublier comme je les oublie ! Quant au portrait, vous l’aurez, vous pouvez y compter : mais je vous demande du temps pour me mettre au fait de toute chose, Je veux, s’il se peut, me faire oublier à Londres comme ailleurs. Cela est très nécessaire au repos de ma vie, et surtout à l’exécution d< ; mon projet. Je vous embrasse.
Je voudrais bien que la Vision ne fût pas perdue ; n’en pourrait-on pas du moins avoir une copie de quelque façon ? Il me suffirait de me l’envoyer cet automne par M. d’Ivernois.
Je dois vous avertir que je n’ai rien écrit à personne de semblable à ce que vous me marquez, et que depuis près de deux ans je n’ai plus de correspondance avec M. Moultou, ne sachant pas même où il est.
Lettre DCXCIII – À M. du Peyrou
Le 14 juin 1766.
C’est bien mon tour d’être inquiet de votre silence, et je le suis beaucoup, tant à cause de votre exactitude ordinaire, que des approches de la goutte que vous avez paru craindre. Veuille le ciel que vous n’ayez pas une si bonne excuse à me donner ! Mais, si vous êtes pris en effet, ce dont je tremble, je vous prie en grâce de me faire écrire un mot par M. Jeannin ; car j’aime encore mieux être sûr d’un mal que d’en redouter mille autres. Votre n° 1$ est du 12 mai ; depuis lors je n’ai rien reçu ; et je ne sais pas encore si vous avez fait partir quelque chose par Mandrot, dont vous m’annonciez le départ pour le 24. Mon hôte (non pas l’hôte de mon coeur par excellence), M. Davenport, est venu passer ici trois semaines avec sa famille. C’est un très galant homme, plein d’attentions et de soins. Je suis convenu avec lui de l’adresse suivante, sous laquelle vous pouvez m’écrire sans enveloppe, et sans que mon nom paraisse. Pourvu que vous mettiez très exactement l’adresse comme elle est marquée, ni plus ni moins, et que vous fassiez mettre vos lettres à la poste à Londres ou à Paris, en les affranchissant jusqu’à Londres, elles me parviendront sûrement, promptement, et personne ne les ouvrira que moi. Monsieur Davenport, à Wootton Arsbornbag. Derbyshire.
Adieu, mon cher et très cher hôte, je vous embrasse mille fois de tout mon coeur.
Lettre DCXCV – À M. Hume
Le 23 juin 1766.
Je croyais que mon silence, interprété par votre conscience, en disait assez ; mais, puisqu’il entre dans vos vues de ne pas l’entendre, je parlerai.
Je vous connais, monsieur, et vous ne l’ignorez pas. Sans liaisons antérieures, sans querelles, sans démêlés, sans nous connaître autrement que par la réputation littéraire, vous vous empressez à m’offrir dans mes malheurs vos amis et vos soins ; touché de votre générosité, je me jette entre vos bras : vous m’amenez en Angleterre, en apparence pour m’y procurer un asile, et en effet pour m’y déshonorer : vous vous appliquez à cette noble oeuvre avec un zèle digne de votre coeur, et avec un art digne de vos talents. Il n’en fallait pas tant pour réussir : vous vivez dans le grand monde, et moi dans la retraite : le public aime à être trompé, et vous êtes fait pour le tromper. Je connais pourtant un homme que vous ne tromperez pas, c’est vous-même. Vous savez avec quelle horreur mon coeur repoussa le premier soupçon de vos desseins. Je vous dis, en vous embrassant les yeux en larmes, que si vous n’étiez pas le meilleur des hommes, il faudrait que vous en fussiez le plus noir. En pensant à votre conduite secrète, vous vous direz quelquefois que vous n’êtes pas le meilleur des hommes ; et je doute qu’avec cette idée vous en soyez jamais le plus heureux.
Another grievance: You say that Mr. Hume informed you that the province of Derby had appointed me as one of the commissioners in charge of the toll booths, and you reproach me for not telling you about it. You would be right if it were true; but I have never mentioned such a thing. I warned you to be cautious of anything that might come from Mr. Hume and not to believe a single word people said about me. Please, for once and for all, believe only what I tell you myself; it will save you from making many unjust judgments about me. Due to this same tendency to believe everything too easily, you have been persuaded, on the basis of what Mr. de Luze told you, that I wish to see my writings published while I am still alive. I have no idea who might have led Mr. de Luze to think so; certainly not based on anything I said. I declare to you, for the last time and in all sincerity, that my most ardent desire is for the public to stop hearing about me while I am still alive. Believe me; do not hesitate on this matter at all. But be assured that, given all things equal, I would prefer it to happen only after my death. It is true that I thought the plates could be engraved in advance and that the publication could proceed more smoothly while I was alive.
I am pleased that you must have received my previous letter in time, so that only my books on botany and herbaria were sent away, while the rest was kept for the time being. I am very content with my residence, my host, and my neighbors, despite some inconveniences; but since such things exist everywhere, the wise do not flee from them; they endure them, and it costs me little to be wise in this regard. However, I confess to you >; x (and let this remain between us forever, without any exception) that I feel your absence terribly, and that it is hard for me to give up the hope of one day returning to die by your side. My heart cannot renounce the pleasant ideas it has formed; the more I cherish solitude and retreat, the more necessary the intimacy of friendship becomes to me, especially at the end of my life, when I have no other plan but to make the most of the present moment. I also think, and your last letter confirms this, that I might not be entirely useless to you in making life more pleasant, especially if you have not yet married, as I see little likelihood of that happening soon. Yet it is a matter that must be considered now or never. There would be too much to say on this subject in a single letter; it would make for a wonderful topic when you come to visit me. In any case, we have enough common interests to cultivate together with pleasure, and I do not doubt that one day the project of compiling a Dictionary of Botany will be revived, providing us with delightful pursuits for many years to come. I advise you not to abandon this interest; it is connected with fascinating knowledge, and it can be expanded infinitely. Here, my dear host, is a “castle in Spain” – the only one left for me to pursue, and I do not have the strength to give it up. Why not make it a reality someday? Let the public forget about me, let your people in Neuchâtel calm down and perhaps even repent; let us prepare everything in complete silence, without anyone in the world knowing our plans. We have no hurry; we are the masters of time. In four or five years, when your house is finished and you move in, I see no obstacle to you becoming my dear host again. Waiting for that day, I am at peace in my retreat; the worst that could happen would be to stay there forever. But I hope at least to see you there sometimes. Think about all this and let me know your opinion—but only between you and me, without any third parties knowing. Everything will be ruined if anyone ever discovers our plans.
I do not know what happened to the portrait I had intended for you; I have severed all correspondence with Mr. Hume, and I am determined, whatever happens, never to write to him again. I regard the triumvirate of Voltaire, d’Alembert, and him as a fait certain. I do not understand their plans, but they certainly have some. I will no longer worry about it; I will not even think about it, you may be assured of that. But until the truth is revealed, I want to have nothing to do with any of them; may they forget me just as I forget them! As for the portrait, you will surely receive it; but I need some time to get informed about everything. If possible, I want to make myself forgotten in London, just as I am elsewhere. This is absolutely necessary for the peace of my life—and especially for the successful execution of my plans. I embrace you.
I really wish that the Vision were not lost; couldn’t we at least obtain a copy of it in some way? I would just need to have it sent to me this autumn through Mr. d’Ivernois.
I must warn you that I have not written anything to anyone similar to what you have mentioned to me, and that for nearly two years now, I have no correspondence with Mr. Moultou; in fact, I do not even know where he is.
Letter DCXCIII – To Mr. du Peyrou
June 14, 1766.
It is indeed my turn to worry about your silence, and I am very anxious—both because of your usual punctuality and because of those approaches made by the person you seemed to fear. May heaven prevent you from having any good excuse to give me! But if you have indeed been caught, as I fear, I beg you to ask Mr. Jeannin to send me a word; for I would rather be certain of one bad thing than to worry about a thousand others. Your letter number 1$ was dated May 12th; since then, I have received nothing. I still do not know whether you managed to send something via Mandrot, whose departure you had told me would take place on the 24th. My host—though not the ideal host of my heart—is Mr. Davenport, who came here with his family for three weeks. He is a very polite and attentive man. I have agreed with him on the following address: you can write to me there without an envelope, and my name will not appear. As long as you write exactly according to the address provided, and send your letters from London or Paris with postage paid up to London, they will surely reach me promptly, and only I will open them. Mr. Davenport, Wootton Arsbornbag, Derbyshire.
Goodbye, my dear and most beloved host; I kiss you a thousand times with all my heart.
Letter DCXCV – To Mr. Hume
June 23, 1766.
I thought that my silence, interpreted by your conscience, would be enough to convey what I meant; but since it seems you have chosen not to listen to it, then I will speak.
I know you well, sir, and you are well aware of it. Without any prior connection, without any quarrels or misunderstandings, without knowing each other beyond our literary reputations, you promptly offer me your friendship and support in my time of adversity. Touched by your generosity, I throw myself into your arms; you take me to England—seemingly to provide me with refuge, but in reality to bring me disgrace. You devote yourself to this “noble task” with a zeal befitting your heart and a skill worthy of your talents. Yet, so much was not necessary for success: you live in the high society, while I live in seclusion; the public enjoys being deceived, and you are well suited to deceive them. Nevertheless, I know one man you will never succeed in deceiving—namely, yourself. You know how utterly my heart rejected even the slightest suspicion of your intentions. I tell you, as I kiss your tearful eyes, that if you were not the best of men, you would surely be the worst. When you reflect on your secret dealings, you must sometimes admit that you are not the best of men; and I doubt that such thoughts could ever bring you true happiness.
Un altro motivo di rammarico. Vi dice M. Hume che la provincia di Derby mi ha nominato uno dei commissari incaricati delle tasse di uscita, e voi mi rimproverate per non avervelo detto; avreste ragione, se fosse vero. Ma io non ho mai parlato di una simile follia; vi avevo avvertito di stare in guardia contro tutto ciò che M. Hume potesse dirvi su di me, e di non dare alcuna credibilità a quanto vi venisse riferito. Per favore, credete soltanto a ciò che vi dico io stesso; così vi risparmierete molti giudizi ingiusti su mio conto. A causa della stessa facilità con cui credete in tutto, siete ora convinto, sulla base delle parole di M. de Luze, che desideri veder pubblicati i miei scritti mentre sono ancora in vita. Non so su quale informazione M. de Luze abbia potuto crederci; sicuramente non sulla mia. E vi dichiaro, per l’ultima volta e con la massima sincerità, che il mio più ardente desiderio è che il pubblico smetta di parlare di me mentre sono ancora in vita. Per una volta, credetemi sincero. Non esitate mai su questa questione. Ma sappiate che, a parità di tutte le circostanze, preferirei che tutto ciò avvenisse soltanto dopo la mia morte. È vero che pensavo che le tavole da stampa potessero essere preparate in anticipo, e che così i miei scritti potessero essere pubblicati più facilmente mentre ero ancora vivo.
Mi compiaccio che abbiate ricevuto la mia precedente lettera in tempo, così da poter inviare soltanto i miei libri di botanica e gli erbari, e trattenere il resto per il momento. Sono molto soddisfatto della mia residenza, del mio ospite e dei miei vicini, nonostante alcuni inconvenienti; ma poiché questi esistono ovunque, il saggio non li evita, li sopporta, e per me non è difficile essere saggio in questo senso. Tuttavia vi confesso (e che questa sia una promessa tra noi due, senza alcuna eccezione) che sento terribilmente la vostra assenza e fatico a rinunciare alla speranza di poter tornare un giorno a morire al vostro fianco. Il mio cuore non può rinunciare alle dolci idee che si era fatto; più amo la solitudine e il ritiro, più mi è necessaria l’intimità dell’amicizia, soprattutto verso la fine della mia vita, quando non ho altri progetti se non quello di godermi il presente. Penso anche, e la vostra ultima lettera me lo conferma, che potrei esservi di qualche utilità per rendere più dolce la vita, soprattutto se non vi sposate ancora, cosa che sembra improbabile. Tuttavia è arrivato il momento di pensarci seriamente. Ci sarebbero troppe cose da dire su questo argomento in una sola lettera; ne parleremo a lungo quando verrete a trovarmi. In ogni caso, abbiamo abbastanza interessi in comune per coltivarli insieme con piacere, e non dubito che un giorno il progetto del Dizionario di botanica possa riprendere vita, fornendoci occupazioni molto piacevoli per molti anni. Vi consiglio di non abbandonare questo interesse: porta a conoscenze affascinanti e può essere ampliato all’infinito. Ecco, mio caro ospite, un “castello in Spagna”, l’unico che mi rimane da realizzare, e per il quale non ho la forza di rinunciare. E perché mai non dovrebbe diventare realtà un giorno? Lasciamo che il pubblico abbia il tempo di dimenticarmi, che le persone della vostra casa a Neuchâtel si calmino, forse si pentano. Prepariamoci con calma, nel più profondo silenzio, senza che nessuno al mondo possa conoscere i nostri piani: non abbiamo fretta, siamo padroni del tempo. Tra quattro o cinque anni, quando la vostra casa sarà pronta e vi trasferirete lì, non vedo alcuna ragione per cui non possiate diventare di nuovo il mio caro ospite. Vi aspetterò tranquillamente nella mia solitudine; il peggio sarebbe rimanerci per sempre. Spero almeno di potervi rivedere qualche volta. Pensateci bene, e ditemi la vostra opinione. Ma soprattutto, parlatene solo tra voi due, senza alcun terzo. Tutto andrà perso se qualcuno dovesse venire a conoscenza di questo progetto.
Non so cosa sia diventato il ritratto che vi avevo destinato; ho interrotto ogni corrispondenza con il signor Hume e sono deciso, a qualunque costo, a non scrivergli mai più. Considero il triumvirato di Voltaire, d’Alembert e lui come una realtà certa. Non comprendo i loro piani, ma ne hanno sicuramente uno. Non mi darò più pensieri al riguardo; non ci penserò nemmeno, potete esserne certi. Ma fino a quando la verità non verrà rivelata, non voglio avere alcun contatto con nessuno dei tre; possano dimenticarmi come io li dimentico! Per quanto riguarda il ritratto, ve lo consegnerò sicuramente: ma vi chiedo del tempo per mettermi al corrente di tutto. Voglio, se possibile, far sì che mi dimentichino a Londra come altrove. Questo è assolutamente necessario per la tranquillità della mia vita e, soprattutto, per l’attuazione del mio progetto. Vi abbraccio.
Mi sarebbe molto piaciuto che la “Visione” non andasse persa; non si potrebbe almeno ottenerne una copia in qualche modo? Mi basterebbe inviarmela quest’autunno tramite il signor d’Ivernois.
Devo avvertirvi che non ho scritto a nessuno nulla di simile a ciò che mi state comunicando, e che da quasi due anni non ho più alcun contatto epistolare con il signor Moultou, poiché non so nemmeno dove si trovi.
Lettera DCXCIII – A Monsieur du Peyrou
Il 14 giugno 1766.
È davvero il mio turno di preoccuparmi per il vostro silenzio. E lo sono molto, sia a causa della vostra solita precisione, che a causa delle circostanze che sembravate temere riguardo alla spedizione della lettera. Che il cielo non vi faccia trovare una scusa troppo valida per non scrivere! Ma se siete davvero in difficoltà, come temo. Vi prego, fatevi inviare una parola da parte di Monsieur Jeannin: preferisco essere certo che vi sia qualcosa che non va, piuttosto che temerne mille altre possibilità. La vostra lettera numero 1$ è del 12 maggio; da allora non ho ricevuto nulla. E non so ancora se abbiate inviato qualcosa tramite Mandrot, di cui mi avevate detto che avrebbe partito il 24. Il mio ospite (non certo l’ospite ideale per il mio cuore, ) Monsieur Davenport, è venuto a trascorrere qui tre settimane con la sua famiglia. È un uomo molto gentile, pieno di attenzioni e premure. Abbiamo concordato insieme l’indirizzo seguente: potete scrivermi senza busta, in modo che il mio nome non venga rivelato. Basta che indichiate esattamente l’indirizzo come indicato, né di più né di meno. E che facciate spedire le lettere dalla posta di Londra o di Parigi, con la tariffa fino a Londra: arriveranno sicuramente e in tempi rapidi. E solo io le aprirò. Monsieur Davenport, Wootton Arsbornbag, Derbyshire.
Addio, mio caro e molto caro ospite; vi abbraccio mille volte con tutto il mio cuore.
Lettera DCXCV – A Monsieur Hume
Il 23 giugno 1766.
Pensavo che il mio silenzio, interpretato dalla vostra coscienza, fosse sufficiente a far capire tutto; ma poiché voi avete deciso di non prenderlo in considerazione, parlerò.
Vi conosco, signore, e voi lo sapete bene. Senza alcuna conoscenza precedente, senza litigi, senza complicazioni, senza averci mai incontrati se non attraverso la vostra reputazione letteraria, vi siete affrettato a offrirmi i vostri amici e il vostro aiuto nei miei momenti di difficoltà. Commosso dalla vostra generosità, mi sono gettato tra le vostre braccia: mi avete portato in Inghilterra, apparentemente per offrirmi rifugio, ma in realtà per disonorarmi. Vi siete dedicato a questa “nobile impresa” con un zelo degno del vostro cuore e con un’abilità all’altezza dei vostri talenti. Non era necessario tutto ciò per riuscire: voi vivete nel grande mondo, io nella solitudine; al pubblico piace essere ingannato, e voi siete fatto apposta per ingannarlo. Tuttavia conosco un uomo che non riuscirete a ingannare, ed è voi stesso. Sapete bene con quale orrore il mio cuore ha respinto anche solo il primo sospetto riguardo ai vostri piani. Vi dico, abbracciandovi tra le lacrime: se non foste il migliore degli uomini, dovreste essere almeno il peggiore. Pensando alle vostre azioni segrete, a volte vi direte che forse non siete davvero il migliore degli uomini. E dubito che, con questo pensiero, possiate mai essere veramente il più felice.
Je laisse un libre cours aux manoeuvres de vos amis et aux vôtres, et je vous abandonne avec peu de regret ma réputation durant ma vie, bien sûr qu’un jour on nous rendra justice à tous deux. Quant aux bons offices en matière d’intérêt, avec lesquels vous vous masquez, je vous en remercie et vous en dispense. Je me dois de n’avoir plus de commerce avec vous, et de n’accepter, pas même à mon avantage, aucune affaire dont vous soyez le médiateur. Adieu, monsieur : je vous souhaite le plus vrai bonheur ; mais, comme nous ne devons plus rien avoir à nous dire, voici la dernière lettre que vous recevrez de moi.
Lettre DCXCVII – À M. Granville
Quoique je sois fort incommodé, monsieur, depuis deux jours, je n’aurais assurément pas marchandé avec ma santé, pour la faveur que vous vouliez me faire, et je me préparais à en profiter ce soir : mais voilà M. Davenport qui m’arrive ; il a l’honnêteté de venir exprès pour me voir : vous, monsieur, qui êtes si plein d’honnêteté vous-même, vous n’approuveriez pas qu’au moment de son arrivée je commençasse par m’éloigner de lui. Je regrette beaucoup l’avantage dont je suis privé ; mais du reste je gagnerai peut-être à ne pas me montrer. Si vous daignez parler de moi à madame la duchesse de Portland avec la même bonté dont vous m’avez donné tant de marques, il vaudra mieux pour moi qu’elle me voie par vos yeux que par les siens, et je me consolerai par le bien qu’elle pensera de moi de celui que j’aurai perdu moi-même.
Je dois une réponse à un charmant billet, mais l’espoir de la porter me fait différer à la faire. Recevez, monsieur, je vous supplie, mes très humbles salutations.
Lettre DCXCIX – Au même
Sans date.
Voici, monsieur, un petit morceau de poisson de montagne qui ne vaut pas celui que vous m’avez envoyé ; aussi je vous l’offre en hommage et non pas en échange, sachant bien que toutes vos bontés pour moi ne peuvent s’acquitter qu’avec les sentiments que vous m’avez inspirés. Je me faisais une fête d’aller vous prier de me présenter à madame votre soeur, mais le 1 temps me contrarie. Je suis malheureux en beaucoup de choses, car je ne puis pas dire en tout, ayant un voisin tel que vous.
Lettre DCCI – Au même
Sans date.
Je suis très sensible à vos honnêtetés, monsieur, et à vos cadeaux ; je le serais encore plus s’ils revenaient moins souvent. J’irai le plus tôt que le temps me le permettra vous réitérer mes remerciements et mes reproches. Si je pouvais m’entretenir avec votre domestique, je lui demanderais des nouvelles de votre santé ; mais j’ai lieu de présumer qu’elle continue d’être meilleure. Ainsi soit-il.
Lettre DCCIII – À Mademoiselle Dewes
AUJOURD’HUI MADAME PORT
[908]
Ne soyez pas en peine de ma santé, ma belle voisine ; elle sera toujours assez et trop bonne tant que je vous aurai pour médecin. J’aurais pourtant grande envie d’être malade pour engager, par charité, madame la comtesse et-vous à ne pas partir si tôt. Je compte aller lundi, s’il fait beau, voir s’il n’y a point de délai à espérer, et jouir au moins du plaisir de voir encore une fois rassemblée la bonne et aimable compagnie de Calwick, à laquelle j’offre en attendant mille très humbles salutations et respects.
Lettre DCCV – À M. David Hume
Wootton, le 10 juillet 1766.
Je suis malade, monsieur, et peu en état d’écrire ; mais vous voulez une explication, il faut vous la donner. Il n’a tenu qu’à vous de l’avoir depuis longtemps ; vous n’en voulûtes point alors, je me tus ; vous la voulez aujourd’hui, je vous l’envoie. Elle sera longue, j’en suis fâché ; mais j’ai beaucoup à dire, et je n’y veux pas revenir à deux fois.
Je ne vis point dans le monde ; j’ignore ce qui s’y passe ; je n’ai point de parti, point d’associé, point d’intrigue ; on ne me dit rien, je ne sais que ce que je sens ; mais comme on me le fait bien sentir, je le sais bien. Le premier soin de ceux qui trament des noirceurs est de se mettre à couvert des preuves juridiques ; il ne ferait pas bon leur intenter procès. La conviction intérieure admet un autre genre de preuves qui règlent les sentiments d’un honnête homme. Vous saurez sur quoi sont fondés les miens.
Vous demandez, avec beaucoup de confiance, qu’on vous nomme votre accusateur. Cet accusateur, monsieur, est le seul homme au monde qui, déposant contre vous, pouvait se faire écouter de moi ; c’est vous-même. Je vais me livrer sans réserve et sans crainte à mon caractère ouvert : ennemi de tout artifice, je vous parlerai avec la même franchise que si vous étiez un autre en qui j’eusse toute la confiance que je n’ai plus en vous. Je vous ferai l’histoire des mouvements de mon âme, et de ce qui les a produits, et nommant M. Hume en tierce personne, je vous ferai juge vous-même de ce que je dois penser de lui : malgré la longueur de ma lettre, je n’y suivrai pas d’autre ordre que celui de mes idées, commençant par les indices et finissant par la démonstration.
Je quittais la Suisse, fatigué de traitements barbares, mais qui du moins ne mettaient en péril que ma personne, et laissaient mon honneur en sûreté. Je suivais les mouvements de mon coeur, pour aller joindre Milord Maréchal, quand je reçus à Strasbourg, de M. Hume, l’invitation la plus tendre de passer avec lui en Angleterre, où il me promettait L’accueil le plus agréable, et plus de tranquillité que je n’y en ai trouvé. Je balançai entre l’ancien ami et le nouveau, j’eus tort ; je préférai ce dernier, j’eus plus grand tort ; mais le désir de connaître par moi-même une nation célèbre, dont on me disait tant de mal et tant de bien, l’emporta. Sûr de ne pas perdre George Keit, j’étais flatté d’acquérir David Hume. Son mérite, ses rares talents, l’honnêteté bien établie de son caractère me faisaient désirer de joindre son amitié à celle dont m’honorait son illustre compatriote ; et je me faisais une sorte de gloire de montrer un bel exemple aux gens de lettres dans l’union sincère de deux hommes dont les principes étaient si différents.
Avant l’invitation du roi de Prusse et de Milord Maréchal, incertain sur le lieu de ma retraite, j’avais demandé et obtenu, par mes amis, un passeport de la cour de France, dont je me servis pour aller à Paris joindre M. Hume. Il vit, et vit trop peut-être, l’accueil que je reçus d’un grand prince, et, j’ose dire, du public. Je me prêtai par devoir, mais avec répugnance, à cet éclat, jugeant combien l’envie de mes ennemis en serait irritée. Ce fut un spectacle bien doux pour moi que l’augmentation sensible de bienveillance pour M. Hume, que la bonne oeuvre qu’il allait faire produisit dans tout Paris. Il devait en être touché comme moi ; je ne sais s’il le fut de la même manière.
Nous partons avec un de mes amis qui, presque uniquement pour moi, faisait le voyage d’Angleterre. En débarquant à Douvres, transporté de toucher enfin cette terre de liberté, et d’y être amené par cet homme illustre, je lui saute au cou, je l’embrasse étroitement sans rien dire, mais en couvrant son visage de baisers et de larmes qui parlaient assez. Ce n’est pas la seule fois ni la plus remarquable où il ait pu voir en moi les saisissements d’un coeur pénétré. Je ne sais ce qu’il fait de ces souvenirs, s’ils lui viennent ; j’ai dans l’esprit qu’il en doit quelquefois être importuné.
Nous sommes fêtés arrivant à Londres ; on s’empresse dans tous les états à me marquer de la bienveillance et de l’estime. M. Hume me présente de bonne grâce à tout le monde : il était naturel de lui attribuer, comme je faisais, la meilleure partie de ce bon accueil : mon coeur était plein de lui, j’en parlais à tout le monde, j’en écrivais à tous mes amis ; mon attachement pour lui prenait chaque jour de nouvelles forces : le sien paraissait pour moi des plus tendres, et il m’en a quelquefois donné des marques dont je me suis senti très louché. Celle de faire faire mon portrait en grand ne fut pourtant pas de ce nombre ; cette fantaisie me parut trop affichée, et j’y trouvai je ne sais quel air d’ostentation qui ne me plut pas. C’est tout ce que j’aurais pu passer à M. Hume, s’il eût été homme à jeter son argent par les fenêtres, et qu’il eut eu dans une galerie tous les portraits de ses amis. Au reste, j’avouerai sans peine qu’en cela je puis avoir tort.
I allow your friends and yours to carry out their maneuvers freely, and I part with little regret for my reputation throughout my life—though one day, justice will be done to both of us. As for those charitable acts intended to serve our mutual interests, through which you attempt to conceal your true intentions, I thank you for them, but I refuse them. It is my duty no longer to have any dealings with you, and I will not accept, even for my own benefit, any transaction in which you play the role of intermediary. Adieu, sir; I wish you the greatest happiness. But since we have nothing more to say to each other, this shall be the last letter you receive from me.
Letter DCXCVII – To Mr. Granville
Although I am greatly distressed, sir, for the past two days, I would never have sacrificed my health for the favor you wished to do me, and I was preparing to take advantage of it this evening. But then Mr. Davenport arrived; he had the honesty to come specially just to see me. You, sir, who are yourself so full of honesty, would not approve of my departing from him at such a moment. I regret very much the opportunity I have lost; but perhaps it is better for me not to appear. If you would be so kind as to speak well of me to Madame la Duchesse de Portland with the same kindness you have shown me, it would be better for me if she saw me through your eyes rather than her own. And I will console myself by thinking that whatever good opinion she has of me will compensate for what I have lost.
I owe a reply to a charming note, but the thought of delivering it makes me put it off. Please accept, sir, my most humble greetings.
Letter DCXCIX – To the Same One
No date.
Here, sir, is a small piece of mountain fish—not as good as the one you sent me; therefore, I offer it to you as a token of my respect, not as a gift in exchange. I am well aware that all your kindness towards me can only be repaid with the feelings you have inspired in me. I had planned to ask you to introduce me to your sister, but circumstances prevent me at present. I am unfortunate in many ways, but not in everything, thanks to having a neighbor like you.
Letter DCCI – To the Same One
No date.
I am very grateful for your honesty, sir, and for your gifts; I would be even more so if they came less frequently. As soon as time permits, I will go to reiterate my thanks and express my concerns once again. If I could speak with your servant, I would ask about your health; but I have reason to believe that it continues to improve. So let it be.
Letter DCCIII – To Miss Dewes
Today, Madame Port.
[908]
Do not worry about my health, my dear neighbor; it will always be sufficient and even more than sufficient so long as you are my doctor. Yet, I would truly like to fall ill, just out of charity, so that Countess and you would not leave so soon. I plan to go on Monday, if the weather is good, to see if there is any hope of a delay, and at least enjoy the pleasure of seeing once again the kind and delightful company of Calwick. In the meantime, I offer you my most humble greetings and respects.
Letter DCCV – To Mr. David Hume
Wootton, July 10, 1766.
I am ill, sir, and in no condition to write; but since you desire an explanation, I must give it to you. It could have been yours a long time ago; you did not want it then, so I remained silent; now you want it, and I am sending it to you. It will be long, and I regret that; but there is much I have to say, and I do not wish to repeat it twice.
I do not live in this world; I am ignorant of what happens there; I have no party, no associates, no schemes involved; no one tells me anything; I know only what I feel—but since those who engage in wrongdoing go to great lengths to conceal their evidence, it would be unwise to bring them to court. Inner conviction relies on a different kind of evidence, the kind that guides the sentiments of an honest person. You will understand the basis of my convictions.
You ask, with great confidence, that I name your accuser. That accuser, sir, is the only person in the world who, by accusing you, could have been listened to by me; it is you yourself. I will unfold my thoughts without reservation or fear. An enemy of all deceit, I will speak to you with the same frankness as if you were someone else in whom I would have all the confidence that I no longer have in you. I will tell you the story of the movements in my soul and what caused them. By referring to Mr. Hume as a third party, I will let you judge for yourself what I think of him. Despite the length of this letter, I will follow no other order than the sequence of my thoughts, beginning with the indications and ending with the demonstration.
I was leaving Switzerland, tired of barbaric treatments that at least only endangered my person and left my honor intact. I followed the dictates of my heart in order to join Lord Marshal when, in Strasbourg, I received from Mr. Hume the most tender invitation to accompany him to England, where he promised me the most gracious welcome and greater tranquility than I had ever found there before. I hesitated between my old friend and this new acquaintance; I made a mistake by choosing the latter. Yet my desire to personally experience a nation so renowned, about which I had heard both good and bad things, proved too strong. Certain that I would not lose George Keit, I was flattered at the prospect of gaining David Hume as my friend. His merits, his rare talents, and the integrity of his character made me eager to combine his friendship with that of his illustrious compatriot; and I felt a certain pride in setting a fine example for men of letters in the sincere bond between two individuals whose principles were so distinctly different.
Before receiving the invitation from the King of Prussia and Lord Marshal, and being uncertain as to the location of my retreat, I had requested—and obtained—from my friends a passport from the French court, which I used to go to Paris in order to join Mr. Hume. He witnessed, and perhaps even overestimated, the welcome I received from a great prince and, I dare say, from the general public as well. Out of duty, but with reluctance, I participated in this display of attention, knowing full well how much it would irritate my enemies’ envy. For me, it was a truly delightful sight to see the significant increase in goodwill toward Mr. Hume, and the positive impact his upcoming endeavors were going to have throughout Paris. He must have been touched by it, just as I was; however, I do not know whether he felt it in the same way.
We are traveling together with one of my friends who, almost exclusively for my sake, undertook this journey to England. Upon arriving in Dover, filled with the excitement of finally setting foot on this land of freedom—and being brought there by such an illustrious man—I threw myself into his arms, hugged him tightly without saying a word, but covering his face with kisses and tears that spoke volumes. This was not the only time, nor the most remarkable occasion, when he witnessed the profound emotions that stirred within me. I have no idea what he does with these memories, or whether they ever come back to him; I merely suppose that sometimes they must be quite disturbing for him.
Upon our arrival in London, we were greeted with festivities; everyone was eager to show me kindness and respect. Mr. Hume readily introduced me to everyone around him. It was only natural for me, as it had always been my habit, to attribute the greater part of this warm reception to him. My heart was filled with gratitude towards him; I talked about him to everyone, and wrote about him to all my friends. My affection for him grew stronger day by day; his own feelings for me seemed extremely tender, and at times he gave me signs of it that touched me deeply. However, having my portrait painted on a large scale was not among these gestures; I found this idea too ostentatious and carried an air of showiness that did not please me. Such were the only things I could have criticized about Mr. Hume, if he had been the kind of person to squander his money needlessly and had all the portraits of his friends hanging in a gallery. Of course, I admit that I might be wrong in this regard.
Lascio che i vostri amici e voi stessi compiano tutte le manovre che desiderate; vi abbandono senza rimpianti la mia reputazione accumulata in vita, anche se so che un giorno entrambi riceveremo giustizia. Per quanto riguarda quei servizi utili e disonesti con cui cercate di nascondere le vostre intenzioni, vi ne ringrazio, ma non ne ho più bisogno. Devo interrompere ogni rapporto con voi e non accettare, nemmeno a mio vantaggio, alcuna transazione in cui foste intermediari. Addio, signore: vi auguro il vero felicità; ma poiché non abbiamo più nulla da dirci, questa è l’ultima lettera che riceverete da me.
Lettera DCXCVII – A Monsieur Granville
Anche se mi trovo in una situazione molto scomoda da due giorni a questa parte, signore, non avrei certamente messo a rischio la mia salute per ottenere il favore che volevate concedermi; ero proprio pronto ad approfittarne stasera. Ma ecco arrivare il signor Davenport: ha addirittura l’onore di venire appositamente per vedermi. Voi, signore, che siete così pieno di onestà, non approvereste certo che, nel momento del suo arrivo, io iniziassi subito a allontanarmi da lui. Mi dispiace molto di perdere questo vantaggio. Ma forse è meglio che non mi faccia vedere. Se vorrete parlare di me alla duchessa di Portland con la stessa gentilezza di cui avete dato prova nei miei confronti, sarà meglio per me che lei mi veda attraverso i vostri occhi piuttosto che attraverso i suoi. E mi consolerò pensando al bene che potrà avere di me, rispetto a quello che ho perso io stesso.
Devo rispondere a una deliziosa lettera, ma il timore di non riuscire a farlo con adeguata sollecitudine mi spinge a rimandare. Riceva, la prego, le mie più umili scuse.
Lettera DCXCIX – Allo stesso.
Senza data.
Ecco, signore, un piccolo pezzo di pesce di montagna che non è paragonabile a quello che mi avete inviato; perciò ve lo offro in segno di rispetto e non in cambio, sapendo bene che tutte le vostre gentilezze nei miei confronti possono essere ripagate soltanto con i sentimenti che mi avete ispirato. Mi ero fatto il piacere di chiedervi di presentarmi a vostra sorella, ma il tempo non è favorevole. Sono sfortunato in molte cose, ma non in tutte, grazie a un vicino come voi.
Lettera DCCI – Allo stesso.
Senza data.
Sono molto grato per la vostra onestà, signore, e per i vostri regali; lo sarei ancora di più se arrivassero meno spesso. Farò del mio meglio per rinnovarvi i miei ringraziamenti e le mie osservazioni non appena il tempo me lo permetterà. Se potessi parlare con il vostro domestico, gli chiederei notizie della vostra salute; ma ho motivo di credere che questa continui a essere buona. Così sia.
Lettera DCCIII – A Mademoiselle Dewes
Oggi, signora Port.
[908]
Non preoccupatevi per la mia salute, mia bella vicina: sarà sempre sufficientemente buona, finché avrò voi come medico. Tuttavia, mi piacerebbe molto ammalarmi, solo per potervi invitare, per carità, voi e la contessa a non partire così presto. Conto di andare lunedì, se il tempo sarà bello, per vedere se ci sono speranze di un ritardo nel viaggio, e almeno godermi l’emozione di rivedere ancora una volta quella bella e affettuosa compagnia di Calwick. Nel frattempo, vi invio mille umili saluti e rispetti.
Lettera DCCV – A Monsieur David Hume
Wootton, 10 luglio 1766.
Sono malato, signore, e in condizioni poco favorevoli per scrivere; ma poiché desiderate una spiegazione, devo darvela. Avreste potuto ottenerla da tempo, se solo lo aveste voluto; allora non l’avete voluta, quindi ho taciuto; oggi la volete, e ve la invio. Sarà lunga, ne sono dispiaciuto; ma ho molto da dire, e non voglio ripetermi.
Non vivo nel mondo; ignoro ciò che vi accade; non ho alcuna fazione, nessun compagno, nessuna cospirazione; a me non si dice nulla; so soltanto ciò che sento. Ma poiché mi viene fatto sentire con chiarezza, allora lo so davvero. La prima preoccupazione di coloro che intraprendono azioni oscure è quella di proteggersi dalle prove legali; non sarebbe opportuno intentare processi contro di loro. La convinzione interiore, invece, richiede un altro tipo di prove, quelle capaci di guidare i sentimenti di una persona onesta. Saprete dunque su cosa si basano le mie convinzioni.
Chiedete, con grande fiducia, che vi venga nominato l’accusatore. Questo accusatore, signore, è l’unico uomo al mondo che, denunciandovi, potesse essere ascoltato da me; siete voi stesso. Mi dedicherò senza riserve e senza paura alla franchezza del mio carattere: nemico di ogni artificio, vi parlerò con la stessa sincerità come se foste un altro in chi avessi tutta la fiducia che non ho più in voi. Vi racconterò l’evoluzione dei miei pensieri e ciò che li ha determinati; nominando il signor Hume come terza parte, vi farò giudicare voi stesso di ciò che devo pensare di lui. Nonostante la lunghezza della mia lettera, non seguirò alcun ordine diverso da quello dei miei ragionamenti, partendo dagli indizi e arrivando alla dimostrazione finale.
Lasciavo la Svizzera, stanco di trattamenti barbari che almeno mettevano in pericolo soltanto la mia persona, lasciando il mio onore al sicuro. Seguivo l’impulso del mio cuore per andare a raggiungere Lord Marshall, quando ricevetti a Strasburgo da Monsieur Hume l’invito più affettuoso ad accompagnarlo in Inghilterra, dove mi prometteva un’accoglienza molto piacevole e una maggiore tranquillità di quanta ne avessi mai trovata. Esitai tra l’antico amico e il nuovo; commisi un errore a scegliere quest’ultimo. Ma il desiderio di conoscere personalmente una nazione celebre, di cui si dicevano tante cose positive e negative allo stesso tempo, prevalse su tutto. Sicuro di non perdere George Keit, ero lusingato all’idea di poter stringere amicizia anche con David Hume. Il suo merito, i suoi rari talenti, l’integrità del suo carattere mi spingevano a desiderare di unire la sua amicizia a quella di cui mi onorava il suo illustre connazionale. E provavo quasi orgoglio nel poter offrire agli uomini di lettere un esempio concreto di sincera amicizia tra due persone i cui principi erano così diversi.
Prima dell’invito del re di Prussia e di Milord Maréchal, incerto riguardo al luogo della mia ritirata, avevo chiesto e ottenuto, tramite i miei amici, un passaporto emesso dalla corte di Francia; lo utilizzai per recarmi a Parigi e incontrare il signor Hume. Quest’ultimo vide, e forse ne fu troppo colpito, l’accoglienza che ricevetti da parte di un grande principe e, oserei dire, del pubblico intero. Mi prestai, per dovere, ma con riluttanza, a questo clamore, considerando quanto l’invidia dei miei nemici ne sarebbe stata alimentata. Per me fu davvero un piacere vedere aumentare notevolmente la benevolenza verso il signor Hume, nonché constatare quale positivo impatto avesse la sua opera nel cuore di tutta Parigi. Sicuramente anche lui ne fu commosso; non so però se nello stesso modo.
Partiamo con un mio amico che, quasi esclusivamente per me, intraprendeva questo viaggio in Inghilterra. Al nostro arrivo a Dover, sopraffatto dall’emozione di toccare finalmente questa terra della libertà e di essere portato lì da quell’uomo illustre, gli getto le braccia al collo e lo abbraccio stretto senza dire una parola, ma coprendogli il viso di baci e lacrime che parlavano da sole. Non è stata l’unica né la più significativa volta in cui ha potuto vedere in me gli slanci di un cuore commosso. Non so cosa ne faccia di questi ricordi, se li ritrovi nella sua mente; ho l’impressione che a volte possano disturbarlo.
Viene celebrato il mio arrivo a Londra; in tutti gli ambienti si fa del mio meglio per dimostrarmi affetto e stima. Il signor Hume mi presenta con grande gentilezza a tutti; era naturale attribuirgli, come facevo anch’io, la maggior parte di questo caloroso benvenuto: il mio cuore era pieno di lui, ne parlavo con tutti, ne scrivevo a tutti i miei amici; il mio attaccamento per lui acquistava ogni giorno nuova forza; il suo sembrava per me dei più teneri, e talvolta mi ha dato segni di affetto che mi hanno profondamente commosso. Tuttavia, farmi fare un ritratto in grandezza non rientrava tra questi gesti; questa fantasia mi è parsa troppo ostentata, e vi ho percepito qualcosa di volgare che non mi è piaciuto. Questo è tutto ciò che avrei potuto chiedere al signor Hume, se fosse stato un uomo disposto a sprecare denaro senza pensarci due volte, e se nella sua galleria ci fossero stati tutti i ritratti dei suoi amici. Del resto, ammetto senza difficoltà di poter sbagliare anche in questo.
Mais ce qui me parut un acte d’amitié et de générosité des plus vrais et des plus estimables, des plus dignes en un mot de M. Hume, ce fut le soin qu’il prit de solliciter pour moi de lui-même une pension du roi, à Laquelle je n’avais assurément aucun droit d’aspirer. Témoin du zèle qu’il mit à cette affaire, j’en fus vivement pénétré : rien ne pouvait plus me flatter qu’un service de cette espèce, non pour L’intérêt assurément ; car, trop attaché peut-être à ce que je possède, je ne sais point désirer ce que je n’ai pas ; et ayant par mes amis et par mon travail du pain suffisamment pour vivre, je n’ambitionne rien de plus : mais l’honneur de recevoir des témoignages de bonté, je ne dirai pas d’un si grand monarque, mais d’un si bon père, d’un si bon mari, d’un si bon maître, d’un si lion ami, et surtout d’un si honnête homme, m’affectait sensiblement ; et quand je considérais encore dans cette grâce, que le ministre qui l’avait obtenue était la probité vivante, cette probité si utile aux peuples, et si rare dans son état, je ne pouvais que me glorifier d’avoir pour bienfaiteurs trois des hommes du monde que j’aurais le plus désirés pour amis. Aussi, loin de me refuser à la pension offerte, je ne mis, pour l’accepter, qu’une condition nécessaire ; savoir un consentement dont, sans manquer à mon devoir, je ne pouvais me passer.
Honoré des empressements de tout le monde, je tâchais d’y répondre convenablement. Cependant ma mauvaise santé et l’habitude de vivre à la campagne me firent trouver le séjour de la fille incommode : aussitôt les maisons de campagne se présentent en foule ; on m’en offre à choisir dans toutes les provinces. M. Hume se charge des propositions, il me les fait, il me conduit même à deux ou trois campagnes voisines : j’hésite longtemps sur le choix ; il augmentait cette incertitude. Je me détermine enfin pour cette province ; et d’abord M. Hume arrange tout ; les embarras s’aplanissent ; je pars ; j’arrive dans cette habitation solitaire, commode, agréable : le maître de la maison prévoit tout, pourvoit à tout ; rien ne manque ; je suis tranquille, indépendant. Voilà le moment si désiré où tous mes maux doivent finir ; non, c’est là qu’ils commencent, plus cruels que je ne les avais encore éprouvés.
J’ai parlé jusqu’ici d’abondance de coeur, et rendant avec le plus grand plaisir justice aux bons offices de M. Hume. Que ce qui me reste à dire n’est-il de même nature ! Rien ne me coûtera jamais de ce qui pourra l’honorer. Il n’est permis de marchander sur le prix des bienfaits que quand on nous accuse d’ingratitude ; et M. Hume m’en accuse aujourd’hui. J’oserai donc faire une observation qu’il rend nécessaire. En appréciant ses soins par la peine et le temps qu’ils lui coûtaient, ils étaient d’un prix inestimable, encore plus par sa bonne volonté : pour le bien réel qu’ils m’ont fait, ils ont plus d’apparence que de poids. Je ne venais point comme un mendiant quêter du pain en Angleterre, j’y apportais le mien, j’y venais absolument chercher un asile, et il est ouvert à tout étranger. D’ailleurs je n’y étais point tellement inconnu, (|n’arrivant seul j’eusse manqué d’assistance et de services. Si quelques personnes m’ont recherché pour M. Hume, d’autres aussi m’ont recherché pour moi ; et, par exemple, quand M. Davenport voulut bien m’offrir l’asile que j’habite, ce ne fut pas pour lui, qu’il ne connaissait point, et qu’il vit seulement pour le prier de faire et d’appuyer son obligeante proposition. Ainsi, quand M. Hume tache aujourd’hui d’aliéner de moi cet honnête homme, il cherche à m’ôter ce qu’il ne m’a pas donné. Tout ce qui s’est fait de bien se serait fait sans lui à peu près de même, et peut-être mieux ; mais le mal ne se fut point fait. Car pourquoi ai-je des ennemis en Angleterre ? pourquoi ces ennemis sont-ils précisément les amis de M. Hume ? qui (ce qui a pu m’attirer leur inimitié ? Ce n’est pas moi, qui ne les vis de ma vie, et qui ne les connais pas ; je n’en aurais aucun si j’y étais venu seul.
J’ai parlé jusqu’ici de faits publics et notoires, qui, par leur nature et par ma reconnaissance, ont eu le plus grand éclat. Ceux qui me restent à dire sont, non seulement particuliers, mais secrets, du moins dans leur cause, et l’on a pris toutes les mesures possibles pour qu’ils restassent cachés au public ; mais, bien connus de la personne intéressée, ils n’en opèrent pas moins sa propre conviction.
Peu de temps après notre arrivée à Londres, j’y remarquai dans les esprits, à mon égard, un changement sourd qui bientôt devint très sensible. Avant que je vinsse en Angleterre, elle était un des pays de l’Europe où j’avais le plus de réputation, j’oserais presque dire de considération ; les papiers publics étaient pleins de mes éloges, et il n’y avait qu’un cri contre mes persécuteurs. Ce ton se soutint à mon arrivée ; les papiers l’annoncèrent en triomphe ; l’Angleterre s’honorait d’être mon refuge ; elle en glorifiait avec justice ses lois et son gouvernement. Tout-à-coup, et sans aucune cause assignable, ce ton change, mais si fort et si vite, que dans tous les caprices du public on n’en voit guère de plus étonnant. Le signal fut donné dans un certain magasin, aussi plein d’inepties que de mensonges, où l’auteur, bien instruit, ou feignant de l’être, me donnait pour fils de musicien. Dès ce moment les imprimés ne parlèrent plus de moi que d’une manière équivoque ou malhonnête : tout ce qui avait trait à mes malheurs était déguisé, altéré, présenté sous un faux jour, et toujours le moins à mon avantage qu’il était possible : loin de parler de l’accueil que j’avais reçu à Paris, et qui n’avait fait que trop de bruit, on ne supposait pas même que j’eusse osé paraître dans cette ville, et un des amis de M. Hume fut très surpris quand je lui dis que j’y avais passé.
Trop accoutumé à l’inconstance du public pour m’en affecter encore, je ne laissais pas d’être étonné de ce changement si brusque, de ce concert si singulièrement unanime, que pas un de ceux qui m’avaient tant loué absent, ne parût, moi présent, se souvenir de mon existence. Je trouvais bizarre que précisément après le retour de M. Hume, qui a tant de crédit à Londres, tant d’influence sur les gens de lettres et les libraires, et de si grandes liaisons avec eux, sa présence eût produit un effet si contraire à celui qu’on en pouvait attendre ; que, parmi tant, d’écrivains de toute espèce, pas un de ses amis ne se montrai le mien ; et l’on bien (pie ceux qui pariaient de moi n’étaient pas ses ennemis, puisqu’en faisant sonner son caractère public, ils disaient que j’avais traversé la France sous sa protection, à la faveur d’un passeport qu’il m’avait obtenu de la cour ; et peu s’en fallait qu’ils ne tissent entendre que j’avais fait le voyage à sa suite pt à ses irais.
Ceci ne signifiait rien encore et n’était que singulier ; mais ce qui l’était d’avantage, fut (pie le ton de ses amis ne changea pas moins avec moi que celui du public : toujours, je me fais un plaisir de le dire, leurs soins, leurs bons offices ont été les mêmes, et très grands en ma faveur ; mais loin de me marquer la même estime, celui surtout dont je veux parler, et chez qui nous étions descendus à notre arrivée[910], accompagnait tout cela de propos si duis, et quelquefois si choquants, qu’on eut dit qu’il ne cherchait à m’obliger que pour avoir droit de me marquer du mépris. Son frère, d’abord très accueillant, très honnête, changea bientôt avec si peu de mesure, qu’il ne daignait pas même, dans leur propre maison, me dire un seul mot, ni me rendre le salut, ni aucun des devoirs qu’on rend chez soi aux étrangers. Rien cependant n’était survenu de nouveau que l’arrivée de J. J. Rousseau et de David Hume ; et certainement la cause de ces changements ne vint pas de moi, à moins que trop de simplicité, de discrétion, de modestie, ne soit un moyen de mécontenter les Anglais.
But what I regarded as an act of true and most commendable friendship and generosity—what, in a word, was worthy of Mr. Hume—was the effort he made on my behalf to secure for me a pension from the king, something to which I certainly had no right to aspire. Witnessing the zeal with which he pursued this matter, I was deeply moved; nothing could have pleased me more than such a service, not for any material benefit, indeed—for being too attached to what I already possessed, I had no desire for what I did not have. Moreover, having enough food and clothing provided for me by my friends and through my own efforts, I aspired to nothing more. Yet the honor of receiving such signs of kindness, not from a so great monarch alone, but from such a kind father, such a loving husband, such a generous master, such a loyal friend, and above all, such an honest man, touched me deeply. And when I considered further that the minister who had secured this favor for me was himself a living embodiment of virtue—that virtue so beneficial to peoples and so rare in his position—I could not help but feel proud to have three of the men in the world I would most desire as friends for my benefactors. Therefore, far from refusing the pension offered, I imposed only one condition upon its acceptance: my consent, which, without compromising my duties, was essential to me.
Honored by everyone’s attentions, I tried to respond appropriately to them all. However, my poor health and my accustomed lifestyle in the countryside made me find the girl’s residence rather inconvenient: immediately, numerous country houses were offered to me; I was given the choice of several in various provinces. Mr. Hume took care of making these arrangements for me—he presented them to me and even took me to two or three nearby estates. I hesitated for a long time before making a decision, and his suggestions only added to my uncertainty. Finally, I chose a particular province; immediately, Mr. Hume arranged everything needed—the difficulties were smoothed out, and I set off. Upon arriving at this secluded, comfortable, and pleasant dwelling, the host took care of every detail; nothing was lacking. I felt at peace and independent. This was supposed to be the long-awaited moment when all my troubles would end. Yet instead, it was here that they began, even more cruel than before.
I have thus far spoken at length about the heart and with great pleasure acknowledged the good deeds of Mr. Hume. May what remains to be said be of a similar nature! Nothing will ever cost me anything that could honor him. It is only when we are accused of ingratitude that the value of kindness is questioned; and today, Mr. Hume accuses me of it. Therefore, I dare make an observation that he deems necessary. By appreciating the care and time Mr. Hume invested in my behalf, I recognize its immeasurable value—especially considering his good intentions. As for the tangible benefits he brought me, they were more symbolic than substantial. I did not come to England as a beggar seeking alms; I brought my own resources with me. I sought refuge there, and it is open to all strangers. Indeed, I was not entirely unknown in that country—for had I arrived alone, I would have lacked assistance and support. While some people approached me because of Mr. Hume, others did so out of genuine concern for me. For instance, when Mr. Davenport offered me the shelter I now occupy, it was not out of friendship toward him, whom he did not know at all and who only asked him to support his kind offer. Thus, when Mr. Hume seeks today to alienate this honest man from me, he is actually trying to take away what he never gave me in the first place. All that good could have been done without him—perhaps even better—but the harm certainly would not have occurred. For why do I have enemies in England? Why are those enemies precisely Mr. Hume’s friends? What could have led them to oppose me? It is certainly not me, who have never set foot there in my life and know nothing about them. I would not have had any enemies at all if I had come alone.
I have thus far spoken of public and well-known facts, which, due to their nature and my acknowledgment of them, have gained the greatest prominence. What remains for me to say is not only private but also secret, at least with regard to its origins; every possible measure has been taken to keep it hidden from the public. However, since it is well known to the person involved, it nevertheless serves to strengthen his own conviction.
Not long after our arrival in London, I noticed a gradual but noticeable change in the attitude people held toward me. Before coming to England, it was one of the European countries where I enjoyed the greatest reputation—even more so, I would say, respect. Public publications were filled with praises for me, and there was little opposition to those who persecuted me. This favorable tone continued upon my arrival; newspapers heralded it as a triumph, claiming that England was honored to be my refuge and praising its laws and government accordingly. Suddenly, and without any apparent reason, this attitude changed—so drastically and so quickly, in fact, that it was among the most astonishing such reversals one could witness. The signal for this change came from a certain shop, filled as it was with nonsense and lies; there, the author, either genuinely knowledgeable or pretending to be so, claimed that I was the son of a musician. From that moment on, printed materials began referring to me in ambiguous or dishonest ways. Everything related to my misfortunes was distorted, exaggerated, or presented in a false light—always in the most unfavorable possible manner. Far from mentioning the welcome I had received in Paris, which had caused quite a stir, people didn’t even assume that I had dared to appear in that city. One of Mr. Hume’s friends was greatly surprised when I told him that I had been there.
Being too accustomed to the fickleness of the public to be affected by it any longer, I was nevertheless astonished by such a sudden change, by such an unusually unanimous response—since not a single person who had praised me so much in my absence seemed to remember my existence now that I was present. It struck me as bizarre that, precisely after Mr. Hume’s return to London—where he held such high prestige, exerted such influence over literary figures and booksellers, and maintained extensive connections with them—all of his friends failed to show any regard for me. And indeed, those who spoke well of me were surely not his enemies; after all, by highlighting his public reputation, they were implying that I had traveled across France under his protection, thanks to a passport he had obtained for me from the court. It was almost as if they were suggesting that I had accompanied him on that journey—perhaps even at his instigation.
This still meant nothing and was merely peculiar; but what was even more remarkable was that—thank heavens—the tone of my friends toward me did not change in the slightest, just as it did not change with the general public. Once again, I am pleased to say that their care and kindness towards me remained the same, and indeed very great. However, far from showing me the same respect, especially that person whom I wish to mention here—and who was also among those who welcomed us upon our arrival[910]—their remarks were so offensive, at times so downright insulting, that it seemed as if they were trying to please me only in order to have the right to despise me. His brother, who had initially been very welcoming and honest, soon changed his attitude in such a manner that he would not even deign to speak a word to me in their own home, nor offer me a greeting, nor perform any of those basic courtesies that people extend to strangers in their own homes. However, nothing new had happened until the arrival of J. J. Rousseau and David Hume; and certainly the cause of these changes could not have been me—unless perhaps excessive simplicity, discretion, and modesty were considered ways to offend the English people.
Ma ciò che mi parve un atto di amicizia e generosità davvero sincero e prezioso – per usare le parole dello stesso signor Hume – fu l’impegno che egli prese personalmente per ottenere per me una pensione dal re, di cui certamente non avevo alcun diritto di sperare. Testimonio del zelo con cui si occupò di questa questione, ne fui profondamente commosso: nulla avrebbe potuto lusingarmi di più di un simile gesto, certo non per interesse personale; poiché troppo legato a ciò che possiedo, non desidero affatto ciò che non ho. Avendo, grazie agli amici e al mio lavoro, abbastanza pane per vivere, non ambisco nulla di più. Ma l’onore di ricevere segni di benevolenza da parte di un monarca così nobile, di un padre, di un marito, di un maestro così gentili, di un amico così generoso e soprattutto di una persona così onesta, mi commosse profondamente. E quando consideravo anche il fatto che il ministro che aveva ottenuto questa grazia fosse un esempio vivente di integrità – quella integrità così preziosa per i popoli e così rara nella sua posizione sociale – non potevo fare a meno di sentirmi onorato di avere come benefattori tre degli uomini al mondo che avrei desiderato di più come amici. Pertanto, invece di rifiutare la pensione offerta, posi una sola condizione per accettarla: il consenso della persona interessata, senza il quale, pur rispettando i miei doveri, non avrei potuto accettarla.
Onorato dalle attenzioni di tutti, cercavo di rispondere adeguatamente a ognuna di esse. Tuttavia, la mia cattiva salute e l’abitudine di vivere in campagna rendevano il soggiorno presso quella ragazza particolarmente scomodo: immediatamente mi furono offerte numerose case di campagna da scegliere, in tutte le province. Il signor Hume si occupava personalmente di queste proposte, me le presentava e addirittura mi accompagnava in due o tre zone vicine. Esitai a lungo nella scelta; lui, invece, aumentava ancora questa incertezza. Alla fine decisi per quella provincia; il signor Hume sistemò tutto per me, i problemi si risolsero e partii. Arrivato in quell’abitazione solitaria, comoda e piacevole, il padrone di casa si occupava di ogni dettaglio, assicurandosi che nulla mancasse; ero tranquillo, indipendente. Eppure quel momento tanto desiderato fu proprio quello in cui tutti i miei mali iniziarono, anzi divennero ancora più crudeli di quanto li avessi mai sperimentati prima.
Finora ho parlato dell’abbondanza di cuore dimostrata da M. Hume e ho espresso con grande piacere la mia gratitudine per i suoi buoni uffici. Quello che mi resta da dire è dello stesso tenore! Non mi costerà mai nulla ciò che possa onorarlo. Si può mercanteggiare sul prezzo dei benefici soltanto quando ci si accusa di ingratitudine. E oggi M. Hume proprio questo mi sta facendo. Oserò quindi fare un’osservazione che lui stesso ritiene necessaria. Apprezzando i suoi sforzi, il tempo e la fatica che hanno richiesto, posso dire che tali benefici avevano un valore inestimabile. Ancora di più se si considera la sua buona volontà! Per quanto riguarda il bene concreto che mi hanno portato, esso ha più apparenza che realtà. Non sono venuto in Inghilterra come un mendicante che chiede del pane: ho portato con me il mio cibo; sono venuto lì esclusivamente per cercare rifugio. E tale rifugio è aperto a ogni straniero. Del resto, non ero affatto sconosciuto in quel luogo: se fossi arrivato da solo, sicuramente avrei mancato di aiuto e assistenza. Se alcune persone mi hanno cercato per via di M. Hume, altre lo hanno fatto per me stesso. Ad esempio, quando il signor Davenport si è offerto di darmi l’alloggio in cui abito oggi, non l’ha fatto per lui, che non conosceva affatto; l’ha fatto soltanto perché voleva che accettassi la sua gentile proposta. Quindi, quando oggi M. Hume cerca di allontanare da me quest’uomo onesto, in realtà sta cercando di togliermi ciò che non mi ha mai dato. Tutto ciò che di buono è stato fatto avrebbe potuto essere fatto ugualmente bene, forse anche meglio, senza di lui. Ma il male, invece, non sarebbe mai stato commesso. Perché dovrei avere nemici in Inghilterra? E perché questi nemici sono proprio gli amici di M. Hume? Che cosa può avermi fatto meritare la loro inimicizia? Non certo io, che non li ho mai visti in vita mia e che non li conosco affatto. Non ne avrei alcuno se fossi arrivato lì da solo.
Finora ho parlato di fatti pubblici e noti, che, per la loro natura e per la mia stessa conoscenza, hanno avuto il massimo risalto. Quelli che mi restano da raccontare sono non solo particolari, ma anche segreti, almeno riguardo alla loro origine; sono state prese tutte le misure possibili affinché rimanessero nascosti al pubblico. Tuttavia, essendo ben noti alla persona interessata, essi influenzano comunque la sua stessa convinzione.
Poco dopo il nostro arrivo a Londra, notai in modo graduale un cambiamento nei comportamenti delle persone verso di me; tale cambiamento divenne presto molto evidente. Prima del mio arrivo in Inghilterra, quel paese era uno dei più stimati in Europa, dove godevo di grande reputazione. Si diceva spesso bene di me sui giornali, e c’era solo indignazione nei confronti dei miei persecutori. Questo atteggiamento continuò anche dopo il mio arrivo: i giornali ne parlavano con entusiasmo, definendo l’Inghilterra il mio rifugio e lodando giustamente le sue leggi e il suo governo. Ma all’improvviso, senza alcuna ragione apparente, tutto cambiò. In modo così drastico e veloce da sembrare incredibile. Il segnale di questo cambiamento venne da un negozio pieno di sciocchezze e menzogne, dove l’autore di quei testi, o fingendo di esserlo, affermava che io fossi il figlio di un musicista. Da quel momento in poi, i giornali iniziarono a parlare di me in modo ambiguo o disonesto: tutto ciò che riguardava le mie sfortune veniva distorto, alterato e presentato sotto una luce falsa. E sempre nel modo meno favorevole possibile per me. Lontano dall’affermare l’accoglienza calorosa che avevo ricevuto a Parigi, si fingeva addirittura che non avessi osato mettere piede in quella città. Uno degli amici di M. Hume rimase molto sorpreso quando gli dissi di essere stato lì.
Troppo abituato all’incostanza del pubblico per lasciarmene influenzare, non potevo comunque fare a meno di meravigliarmi di questo cambiamento così improvviso, di questo consenso così straordinariamente unanime: nessuno di coloro che mi avevano tanto lodato in mia assenza sembrava ricordarsi della mia esistenza ora che ero presente. Trovavo strano che proprio dopo il ritorno di Mr. Hume – che godeva di grande credito a Londra, aveva grande influenza sugli scrittori e sui librai e manteneva stretti legami con loro – la sua presenza avesse prodotto un effetto completamente opposto a quello che ci si sarebbe potuti aspettare; che, tra tanti scrittori di ogni genere, nessuno dei suoi amici si fosse mostrato mio amico. Eppure coloro che scommettevano su di me non potevano essere suoi nemici, visto che, mettendo in evidenza il suo carattere pubblico, affermavano che fossi stato attraverso la Francia sotto la sua protezione, grazie a un passaporto che lui stesso aveva ottenuto per me dalla corte. E quasi si sarebbe potuto pensare che avessi fatto quel viaggio al seguito o alle spalle di lui.
Questo, all’inizio, non significava nulla e rappresentava soltanto una peculiarità; ma ciò che era davvero sorprendente era il fatto che, nonostante il tono dei suoi amici non cambiasse affatto nei miei confronti rispetto a quello del pubblico in generale, i loro riguardi e le loro attenzioni verso di me rimasero sempre gli stessi, anzi molto grandi. Tuttavia, l’uomo di cui voglio parlare in particolare – e presso il quale eravamo scesi al nostro arrivo[910] – accompagnava tutto ciò con commenti così offensivi, a volte addirittura oltraggiosi, da far pensare che cercasse soltanto di obbligarmi per poi avere il diritto di disprezzarmi. Anche suo fratello, inizialmente molto ospitale e onesto, cambiò presto comportamento in modo così drastico che, nella loro stessa casa, non si degnava nemmeno di rivolgermi una parola, né di salutarmi, né di adempiere ai doveri che si hanno verso gli stranieri. Tuttavia, nulla era cambiato fino all’arrivo di J.-J. Rousseau e David Hume; e certamente la causa di questi cambiamenti non derivava da me, a meno che una troppa semplicità, discrezione e modestia possano davvero rappresentare un modo per infastidire gli inglesi.
Pour M. Hume, loin de prendre avec moi un ton révoltant, il donnait dans l’autre extrême. Les flagorneries m’ont toujours été suspectes : il m’en a fait de toutes les façons[911], au point de me forcer, n’y pouvant tenir davantage, à lui en dire mon sentiment. Sa conduite le dispensait fort de s’étendre en paroles ; cependant, puisqu’il en voulait dire, j’aurais voulu qu’à toutes ces louanges fades il eut substitué quelquefois la voix d’un ami : mais je n’ai jamais trouvé dans son langage rien qui sentit la vraie amitié ; pas même dans la façon dont il parlait de moi à d’autres en ma présence. On eût dit qu’en voulant me faire des patrons il cherchait à m’ôter leur bienveillance, qu’il voulait plutôt que j’en fusse assisté qu’aimé ; et j’ai quelquefois été surpris du tour révoltant qu’il donnait à ma conduite près des gens qui pouvaient s’en offenser. un exemple éclaircira ceci. M. Pennech, du Muséum, ami de Milord Maréchal, et pasteur d’une paroisse où l’on voulait m’établir, vient nous voir. M. Hume, moi présent, lui fait mes excuses de ne l’avoir pas prévenu. Le docteur Maty, lui dit-il, nous avait invités pour jeudi au Muséum, où M. Rousseau devait vous voir ; mais il préféra d’aller avec madame Garrick à la comédie : on ne peut pas faire tant de choses en un jour. Vous m’avouerez, monsieur, que c’était là une étrange façon de me capter la bienveillance de M. Pennech.
Je ne sais ce qu’avait pu dire en secret M. Hume a ses connaissances : mais rien n’était plus bizarre que leur façon d’en user avec moi, de son aveu, souvent même par son assistance. Quoique ma bourse ne fut pas vide, que je n’eusse besoin de celle de personne, et qu’il le sût très bien, l’on eut dit que je n’étais là que pour vivre aux dépens du public, et qu’il n’était question que de me faire l’aumône, de manière à m’en sauver un peu l’embarras. Je puis dire que cette affectation continuelle et choquante est une des choses qui m’ont fait prendre le plus en aversion le séjour de Londres, (le n’est sûrement pas sur ce pied qu’il faut présenter en Angleterre un homme à qui l’on veut attirer un peu de considération : mais cette charité peut être bénignement interprétée, et je consens qu’elle le soit. Avançons.
On répand à Paris une fausse lettre du roi de Prusse à moi adressée, et pleine de la plus cruelle malignité. J’apprends avec surprise que c’est un M. Walpole, ami de M. Hume, qui répand cette lettre ; je lui demande si cela est vrai ; mais, pour toute réponse, il me demande de qui je le tiens
Un moment auparavant, il m’avait donné une carte pour ce même M. Walpole, afin qu’il se chargeât de papiers qui m’importent, et que je veux faire venir de Paris en sûreté.
J’apprends que le fils du jongleur Tronchin, mon plus mortel ennemi, est non seulement l’ami, le protégé de M. Hume, mais qu’ils logent ensemble ; et quand M. Hume voit que je sais cela, il m’en fait la confidence, m’assurant que le fils ne ressemble pas au père. J’ai logé quelques nuits dans cette maison chez M. Hume avec ma gouvernante ; et à l’air, à l’accueil dont nous ont honorés ses hôtesses, qui sont ses amies, j’ai jugé de la façon dont lui, ou cet homme qu’il dit ne pas ressembler à son père, ont pu leur parler d’elle et de moi.
Ces faits combinés entre eux et avec une certaine apparence générale, me donnent insensiblement une inquiétude que je repousse avec horreur. Cependant les lettres que j’écris n’arrivent pas : j’en reçois qui ont été ouvertes, et toutes ont passé par les mains de M. Hume. Si quelqu’une lui échappe, il ne peut cacher l’ardente avidité de la voir. Un soir, je vois encore chez lui une manoeuvre de lettre dont je suis frappé[912]. Après le souper, gardant tous deux le silence au coin de son feu, je m’aperçois qu’il nie fixe, comme il lui arrivait souvent, et d’une manière dont l’idée est difficile à rendre. Pour cette fois, son regard sec, ardent, moqueur et prolongé, devint plus qu’inquiétant. Pour m’en débarrasser, j’essayai de le fixer à mon tour ; mais en arrêtant mes veux sur les siens, je sens un frémissement inexplicable, et bientôt je suis forcé de les baisser. La physionomie et le ton du bon David sont d’un bon homme, mais où, grand Dieu ! ce bon homme emprunte-t-il les yeux dont il fixe ses amis ?
L’impression de ce regard me reste et m’agite, mon trouble augmente jusqu’au saisissement : si l’épanchement n’eût succédé, j’étouffais. Bientôt un violent remords me gagne ; je m’indigne de moi-même ; enfin, dans un transport que je me rappelle encore avec délices, je m’élance à son cou, je le serre étroitement ; suffoqué de sanglots, inondé de larmes, je m’écrie d’une voix entrecoupée : Non, non, David Hume n’est pas un traître ; s’il n’était le meilleur des hommes, il faudrait qu’il en fût le plus noir. David Hume me rend poliment mes embrassements, et, tout en me frappant de petits coups sur le dos, me répète plusieurs fois d’un ton tranquille : Quoi ! mon cher monsieur ! Eh ! mon cher monsieur ! Quoi donc ! mon cher monsieur ! Il ne me dit rien de plus ; je sens que mon coeur se resserre ; nous allons nous coucher, et je pars le lendemain pour la province.
Arrivé dans cet agréable asile où j’étais venu chercher le repos de si loin, je devais le trouver dans une maison solitaire, commode et riante, dont le maître, homme d’esprit et de mérite, n’épargnait rien de ce qui pouvait m’en faire aimer le séjour. Mais quel repos peut-on goûter dans la vie quand le coeur est agité ? Troublé de la plus cruelle incertitude, et ne sachant que penser d’un homme que je devais aimer, je cherchai à me délivrer de ce doute funeste en rendant ma confiance à mon bienfaiteur ; car, pourquoi, par quel caprice inconcevable eût-il eu tant de zèle à l’extérieur pour mon bien-être, avec des projets secrets contre mon honneur ? Dans les observations qui m’avaient inquiété, chaque fait en lui-même était peu de chose, il n’y avait que leur concours d’étonnant ; et peut-être, instruit d’autres faits que j’ignorais, M. Hume pouvait-il, dans un éclaircissement, me donner une solution satisfaisante. La seule chose inexplicable était qu’il se fût refusé à un éclaircissement que son honneur et son amitié pour moi rendaient également nécessaire. Je voyais qu’il avait là quelque chose que je ne comprenais pas, et que je mourais d’envie d’entendre. Avant donc de me décider absolument sur son compte, je voulus faire un dernier effort, et lui écrire pour le ramener, s’il se laissait séduire à mes ennemis, ou pour le faire expliquer de manière ou d’autre. Je lui écrivis une lettre[913],qu’il dut trouver fort naturelle s’il était coupable, mais fort extraordinaire s’il ne l’était pas ; car quoi de plus extraordinaire qu’une lettre pleine a la fois de gratitude sur ses services et d’inquiétudes sur ses sentiments, et où, mettant pour ainsi dire ses actions d’un côté et ses intentions de l’autre, au lieu de parler des preuves d’amitié qu’il m’avait données, je le prie de m’aimer à cause du bien qu’il m’avait fait ? Je n’ai pas pris mes précautions d’assez loin pour garder une copie de cette lettre ; mais, puisqu’il les a prises lui, qu’il la montre ; et quiconque la lira, y voyant un homme tourmenté d’une peine secrète qu’il veut faire entendre et qu’il n’ose dire, sera curieux, je m’assure, de savoir quel éclaircissement cette lettre aura produit, surtout à la suite de la scène précédente. Aucun, rien du tout : M. Hume se contente, en réponse, de me parler des soins obligeants que M. Davenport se propose de prendre en ma faveur ; du reste, pas un seul mot sur le principal sujet de ma lettre, ni sur l’état de mon coeur dont il devait si bien voir le tourment. Je fus frappé de ce silence, encore plus que je ne l’avais été de son flegme notre dernier entretien, l’avais tort, ce silence était fort naturel après l’autre, et j’aurais dû m’y attendre ; car quand on a osé dire en face à un homme : Je suis tenté de vous croire un traître, et qu’il n’a pas la curiosité de demander sur quoi, l’on peut compter qu’il n’aura pareille curiosité de sa vie ; et, pour peu que les indices le chargent, cet homme est jugé.
For Mr. Hume, far from adopting a tone that would provoke resentment, he went to the other extreme. Flattery has always seemed suspicious to me; he used it in every possible way[911], to the point where I was forced, unable to bear it any longer, to express my feelings to him. His behavior made it entirely unnecessary for him to say much; however, since he felt the need to speak, I would have wished that, amidst all those insipid compliments, he would sometimes voice the words of a true friend. But I never found anything in his language that smelled of genuine friendship—even not in the way he spoke about me in front of others. It was as if, by trying to make me seem worthy of their favor, he was actually seeking to alienate me from it; he seemed more interested in my receiving their assistance than their affection. On several occasions, I was shocked by the outrageous way in which he described my behavior in front of people who might have taken offense at it. An example will clarify this point. Mr. Pennech, from the Museum and a friend of Lord Maréchal, came to visit us. In my presence, Mr. Hume apologized for not having informed him in advance. “Doctor Maty had invited us to the Museum on Thursday,” he said, “where Mr. Rousseau was also supposed to meet you; but he preferred to go to the theater with Madame Garrick—after all, one can’t do so many things in a single day.” “You must admit, sir,” I remarked, “that this was a rather strange way of winning Mr. Pennech’s favor.”
I do not know what Mr. Hume might have said in private to his acquaintances; but nothing could be more bizarre than the way they made use of this knowledge towards me—often, it must be admitted, even with their assistance. Although my purse was by no means empty and I had no need for anyone’s help, and they were well aware of this, it seemed as if I were there merely to live at the public’s expense, and that their intention was merely to give me alms in order to relieve me a little of my difficulties. I must say that this constant and offensive display of generosity is one of the things that made me loathe staying in London the most. (Certainly, this is not the way in which a man who wishes to gain some respect in England should be presented to others; but such charity can perhaps be interpreted in a more benign light, and I am willing to admit that it could.) Let us move on.
A false letter from the King of Prussia addressed to me is being circulated in Paris, filled with the most cruel malice. I am surprised to learn that it is Mr. Walpole, a friend of Mr. Hume, who is responsible for spreading this letter; I ask him if it is true, but in response, he asks me where I heard it from.
A moment earlier, he had given me a letter addressed to Mr. Walpole, asking him to handle some documents of great importance to me that I wished to have sent from Paris safely.
I learn that the son of the juggler Tronchin, my most mortal enemy, is not only a friend and protégé of Mr. Hume but also lives with him; and when Mr. Hume sees that I am aware of this, he confides it to me, assuring me that the son bears no resemblance to his father. I spent several nights at Mr. Hume’s house along with my governess; and from the manner in which we were received by his hostesses, who are his friends, I was able to gauge how he—or this man who claims not to resemble his father—must have spoken about her and me to them.
These facts, taken together and considered within the broader context, gradually arouse in me an uneasy feeling that I repulse with horror. However, the letters I write do not arrive; I receive some that have been opened, and all of them have passed through Mr. Hume’s hands. If any manage to escape his attention, he cannot conceal his intense desire to read them. One evening, I notice another such attempt among his letters[912]. After dinner, as we sat in silence by the fire, I observed that he was staring intently at something—just as he often did, in a way that is difficult to describe. This time, his dry, fiery, mocking gaze was more than unsettling. To distract my attention, I tried to return his stare; but as my eyes met his, I felt an inexplicable tremor and soon had to look away. The expression on Mr. Hume’s face and the tone of his voice are those of a good man—but where, oh God, does this “good man” obtain the eyes with which he fixes upon his friends?
The impression of that look remains with me and unsettles me; my turmoil grows until it becomes overwhelming—had it not been for the outburst of emotion that followed, I would have suffocated. Soon, a fierce sense of remorse overcomes me; I am outraged at myself. Finally, in an ecstasy I still recall with delight, I throw myself into his arms, holding him tightly. Sobbing uncontrollably, overwhelmed with tears, I cry out in a choked voice: “No, no—David Hume is not a traitor! If he were not the best of men, he would at least be the worst.” David Hume politely returns my kisses and, while patting my back gently, repeats several times in a calm tone: “What! My dear sir! Oh! My dear sir! What on earth! My dear sir!” He says nothing more. I feel my heart tighten. We go to bed, and the next day I set off for the province.
Upon arriving in this pleasant refuge where I had come from such a distant place in search of rest, I expected to find it in a solitary, comfortable, and cheerful home, whose owner—a man of wit and merit—spared no effort to make my stay there enjoyable. But what kind of rest can one truly enjoy in life when the heart is filled with turmoil? Perturbed by the most cruel uncertainty, and unable to form any clear thoughts about a man whom I was supposed to love, I tried to free myself from this terrible doubt by placing my trust in my benefactor. After all, why—by what inconceivable caprice—should he have shown such zeal for my well-being on the surface, while secretly plotting against my honor? Among the various observations that had troubled me, each fact in itself seemed insignificant; it was only their combined effect that was truly astonishing. Perhaps, knowing things that I was unaware of, Mr. Hume could provide a satisfactory explanation at some point. The only thing that remained inexplicable was his refusal to offer any clarification when both his honor and his friendship for me demanded it. It was clear that there was something he was not telling me, and I was desperate to learn what it was. Before making a final decision about him, I decided to make one last attempt: I wrote to him, hoping to persuade him to return if he had been influenced by my enemies, or at least to give some explanation for his behavior. I sent him a letter[913], which, if he were guilty, he would surely find entirely reasonable; but if he were innocent, it would seem utterly extraordinary. After all, what could be more unusual than a letter filled on one hand with gratitude for his kindnesses and on the other with concerns about his true intentions? In it, I placed his actions on one side and his motives on the other—instead of praising the evidence of his friendship, I begged him to love me because of the good he had done for me. Unfortunately, I did not take sufficient precautions to keep a copy of this letter; but since he did, let him show it to anyone who wishes. Anyone who reads it will see a man tormented by a secret pain that he dares not express openly—and they will surely be curious to know what resolution this letter led to, especially in light of the events that had preceded it. But there was no resolution at all: Mr. Hume simply replied to me about the kind assistance that Mr. Davenport intended to provide for my benefit; otherwise, he said not a word about the main subject of my letter, nor about the state of my heart which he should have understood so well. This silence shocked me even more than his indifference during our last conversation. In fact, such silence was entirely expected after what had happened before; when someone dares to accuse another person of being a traitor, it is only natural that the accused shows no interest in knowing the basis for such an accusation. And once there are sufficient clues to support it, the person is considered guilty by default.
Per M. Hume, lontano dall’adottare nei miei confronti un tono offensivo, egli andava nell’estremo opposto. Le lusinghe mi sono sempre sembrate sospette: me ne ha fatte di ogni tipo[911], al punto che, non potendone più sopportare, ho dovuto esprimergli il mio parere. Il suo comportamento gli avrebbe permesso di evitare di dilungarsi in parole; tuttavia, poiché voleva comunque dire qualcosa, avrei voluto che, al posto di tutte quelle lodi insipide, egli utilizzasse a volte la voce di un amico. Ma nel suo linguaggio non ho mai trovato nulla che trasmettesse il vero sentimento dell’amicizia; nemmeno nel modo in cui parlava di me davanti ad altri. Si sarebbe detto che, cercando di farmi apparire come un modello da imitare, in realtà volesse togliermi la loro simpatia. Preferiva che io ricevessi aiuto piuttosto che essere amato. E a volte mi sorprendeva il modo offensivo con cui descriveva il mio comportamento di fronte a persone che avrebbero potuto offendersene. Un esempio chiarirà questo punto: M. Pennech, del Museo, amico di Milord Maréchal e pastore di una parrocchia dove si voleva che io mi stabilissi, venne a trovarci. M. Hume, con me presente, gli chiese scusa per non averlo avvisato in anticipo. Il dottor Maty gli disse che ci avevano invitati giovedì al Museo, dove M. Rousseau avrebbe dovuto incontrarci; ma M. Pennech preferì andare con madame Garrick a teatro, “Non si possono fare tante cose in un solo giorno”, disse, “Devo ammetterlo, signore: era davvero un modo strano per cercare di guadagnarsi la simpatia di M. Pennech, ”
Non so cosa Mr. Hume avesse potuto dire in segreto alle sue conoscenze; ma nulla era più strano del modo in cui queste ultime ne facevano uso con me, anzi, spesso addirittura con il loro aiuto. Nonostante la mia borsa non fosse vuota e non avessi bisogno di denaro da nessuno – e lui lo sapeva bene – sembrava che fossi lì soltanto per vivere a spese del pubblico, e che si trattasse semplicemente di darmi l’elemosina, in modo da alleviare un po’ le mie difficoltà. Posso dire che questa continua e offensiva ostentazione sia stata una delle ragioni principali per cui ho iniziato a detestare il soggiorno a Londra. Sicuramente non è così che si dovrebbe presentare un uomo in Inghilterra se si vuole attirare un po’ di considerazione; ma questa forma di “carità” può essere interpretata in modo positivo, e sono disposto ad ammetterlo. Andiamo avanti.
A Parigi viene diffusa una falsa lettera del re di Prussia indirizzata a me, piena della più crudele malvagità. Scopro con sorpresa che è un certo signor Walpole, amico del signor Hume, a diffondere questa lettera; gli chiedo se sia vera, ma in risposta mi chiede da chi l’abbia saputa.
Poco prima, mi aveva dato una lettera indirizzata allo stesso signor Walpole, affinché si occupasse di alcuni documenti importanti per me che desidero far arrivare da Parigi in modo sicuro.
Scopro che il figlio del giullare Tronchin, il mio più acerrimo nemico, non è solo l’amico e il protetto di Monsieur Hume, ma che abitano anche insieme; e quando Monsieur Hume vede che lo so, me ne parla confidenzialmente, assicurandomi che il figlio non assomigli affatto al padre. Ho trascorso alcune notti in quella casa da Monsieur Hume con la mia governante; e dall’atteggiamento, dall’accoglienza che ci hanno riservato le sue ospiti, che sono anche sue amiche, ho potuto intuire in che modo lui, o quell’uomo di cui dice che non assomiglia a suo padre, possa aver parlato di lei e di me con loro.
Questi fatti, combinati tra loro e con una certa apparenza generale, suscitano in me, in modo insensibile, un’ansia che respingo con orrore. Tuttavia, le lettere che scrivo non arrivano mai a destinazione: ne ricevo alcune che sono state aperte, e tutte sono passate per le mani di M. Hume. Se qualcuna gli sfugge, non può nascondere la sua ardente avidità di leggerla. Una sera, noto ancora in casa sua un comportamento riguardante delle lettere che mi colpisce profondamente[912]. Dopo cena, mentre entrambi rimaniamo in silenzio accanto al fuoco, mi accorgo che lui, come spesso faceva, fissa qualcosa con uno sguardo difficile da descrivere. Questa volta, il suo sguardo asciutto, ardente, beffardo e prolungato diventa davvero inquietante. Per liberarmene, provo a fissarlo anch’io; ma quando i miei occhi incontrano i suoi, sento un fremito inspiegabile e presto sono costretto ad abbassarli. La faccia e il tono del buon David sembrano quelli di un uomo onesto. Ma dove, mio Dio, prende quest’uomo quegli occhi con cui fissa i suoi amici?
L’impression di quel suo sguardo rimane in me e mi agita; il mio turbamento aumenta fino al punto di rendermi quasi soffocante. Se non fosse seguito un momento di sollievo, sarei morto. Presto un violento rimorso si impadronisce di me; mi indigno contro me stesso. Infine, in un’emozione che ricordo ancora con piacere, mi getto tra le sue braccia, lo abbraccio stretto; soffocato dai singhiozzi, inondato di lacrime, esclamo con voce rotta: “No, no. David Hume non è un traditore! Se non fosse l’uomo migliore, dovrebbe essere almeno il più nobile.” David Hume mi restituisce gentilmente i miei baci e, mentre mi dà piccoli colpetti sulla schiena, ripete più volte con tono tranquillo: “Ma che cosa! Mio caro signore. Che cosa mai! Mio caro signore, ” Non dice altro; sento il mio cuore stringersi ancora di più. Andiamo a letto e il giorno dopo parto per la provincia.
Arrivato in questo piacevole rifugio dove ero venuto a cercare riposo da così lontano, pensavo di trovarlo in una casa solitaria, comoda e allegra, il cui padrone, uomo di spirito e meritevoli qualità, non risparmiava nulla di ciò che potesse rendermi gradita la sua ospitalità. Ma quale riposo si può godere nella vita quando il cuore è agitato? Turbato dalla più crudele incertezza, e senza sapere cosa pensare di un uomo che dovevo amare, cercai di liberarmi da questo funesto dubbio affidandomi al mio benefattore; perché, per quale capriccio inconcepibile avrebbe dovuto mostrare tanto zelo per il mio benessere in pubblico, mentre aveva progetti segreti contro la mia onorabilità? Nei fatti che mi avevano preoccupato, ciascuno di essi preso singolarmente non significava molto; era solo il loro insieme a destare meraviglia. Forse, conoscendo altri fatti di cui io ignoravo, il signor Hume avrebbe potuto, con una spiegazione, darmi una risposta soddisfacente. L’unica cosa incomprensibile era che si fosse rifiutato di fornire una spiegazione che sia la sua onorabilità che la sua amicizia per me rendevano assolutamente necessaria. Capivo che c’era qualcosa che non comprendevo, e desideravo ardentemente conoscere la verità. Prima quindi di prendere una decisione definitiva su di lui, decisi di fare un ultimo tentativo: gli scrissi una lettera per cercare di convincerlo a tornare da me, se si lasciava persuadere dai miei nemici, o almeno per far sì che mi desse delle spiegazioni. Gli scrissi una lettera[913] che, se era colpevole, doveva trovarla del tutto naturale; ma che, se non lo era, doveva sembrargli assolutamente strana. Cosa c’è di più strano, infatti, di una lettera piena al contempo di gratitudine per i suoi aiuti e di preoccupazioni riguardo ai suoi sentimenti? In essa, mettevo da un lato le sue azioni e dall’altro le sue intenzioni; invece di parlare delle prove d’amicizia che mi aveva dato, gli chiedevo di amarmi proprio per il bene che mi aveva fatto. Non ho preso tutte le precauzioni necessarie per conservare una copia di questa lettera; ma poiché lui l’ha conservata, la mostri pure. Chiunque la legga, vedendovi un uomo tormentato da un dolore segreto che vuole far conoscere ma non osa esprimere, sarà sicuramente curioso di sapere quale spiegazione abbia fornito questa lettera, soprattutto dopo quanto accaduto prima. Nessuna spiegazione. Il signor Hume si limitò a rispondermi parlando dei gesti di gentilezza che il signor Davenport intendeva compiere a mio favore; per il resto, nessuna parola sul tema principale della mia lettera, né sull’atteggiamento del mio cuore, di cui avrebbe dovuto comprendere perfettamente la sofferenza. Questo silenzio mi colpì ancora di più di quanto lo fosse stato il suo distacco durante il nostro ultimo incontro. In realtà, quel silenzio era del tutto naturale, e avrei dovuto aspettarmelo; perché quando si osa dire a qualcuno: “Sono tentato di credere che tu sia un traditore”, e quella persona non mostra alcuna curiosità riguardo al motivo per cui lo si dice, allora si può essere certi che non avrà mai alcuna curiosità in vita sua. E se ci sono prove sufficienti a incriminarla, beh, quella persona è già giudicata.
Après la réception de sa lettre, qui tarda beaucoup, je pris enfin mon parti, et résolus de ne lui plus écrire. Tout me confirma bientôt dans la résolution de rompre avec lui tout commerce. Curieux au dernier point du détail de mes moindres affaires, il ne s’était pas borné à s’en informer de moi dans nos entretiens ; mais j’appris qu’après avoir commencé par faire avouer à ma gouvernante qu’elle en était instruite, il n’avait pas laissé échapper avec elle un seul tête-à-tête sans l’interroger jusqu’à l’importunité sur mes occupations, sur mes ressources, sur mes amis, sur mes connaissances, sur leur nom, leur état, leur demeure ; et, avec une adresse jésuitique, il avait demandé séparément les mêmes choses à elle et à moi. On doit prendre intérêt aux affaires d’un ami ; mais on doit se contenter de ce qu’il veut nous en dire, surtout quand il est aussi ouvert, aussi confiant que moi, et tout ce petit cailletage de commère convient, on ne peut pas plus mal, à un philosophe.
Dans le même temps, je reçois encore deux lettres qui ont été ouvertes : l’une de M. Boswell, dont le cachet était en si mauvais état, que M. Davenport, en la recevant, le fit remarquer au laquais de M. Hume ; et l’autre de M. d’Ivernois, dans un paquet de M. Hume, laquelle avait été recachetée au moyen d’un fer chaud qui, maladroitement appliqué, avait brûlé le papier autour de l’empreinte. J’écrivis à M. Davenport pour le prier de garder par-devers lui toutes les lettres qui lui seraient remises pour moi, et de n’en remettre aucune à personne, sous quelque prétexte que ce fût. J’ignore si M. Davenport, bien éloigné de penser que cette précaution pût regarder M. Hume, lui montra ma lettre ; mais je sais que tout disait à celui-(i qu’il avait perdu ma confiance, et qu’il n’en allait pas moins son train sans s’embarrasser de la recouvrer.
Mais que devins-je lorsque je vis dans les papiers publics la prétendue lettre du roi de Prusse, que je n’avais pas encore vue, cette fausse lettre imprimée en français et en anglais, donnée pour vraie, même avec la signature du roi, et que j’y reconnus la plume de M. d’Alembert, aussi sûrement que si je la lui avais vu écrire ?
À l’instant un trait de lumière vint m’éclairer sur la cause secrète du changement étonnant et prompt du public anglais à mon égard, et je vis à Paris le foyer du complot qui s’exécutait à Londres.
M. d’Alembert, autre ami très intime de M. Hume, était depuis longtemps mon ennemi caché, et n’épiait que les occasions de me nuire sans se commettre ; il était le seul des gens de lettres d’un certain nom et de mes anciennes connaissances qui ne me fût point venu voir, ou qui ne m’eut rien fait dire à mon dernier passage à Paris. Je connaissais ses dispositions secrètes, mais je m’en inquiétais peu, me contentant d’en avertir mes amis dans l’occasion. Je me souviens qu’un jour, questionné sur son compte par M. Hume, qui questionna de même ensuite ma gouvernante, je lui dis que M. d’Alembert était un homme adroit et rusé. Il me contredit avec une chaleur dont je m’étonnai, ne sachant pas alors qu’ils étaient si bien ensemble, et que c’était sa propre cause qu’il défendait.
La lecture de cette lettre m’alarma beaucoup ; et sentant que j’avais été attiré en Angleterre en vertu d’un projet qui commençait à s’exécuter, mais dont j’ignorais le but, je sentais le péril sans savoir où il pouvait être, ni de quoi j’avais à me garantir : je me rappelai alors quatre mots effrayants de M. Hume, que je rapporterai ci-après. Que penser d’un écrit où l’on me faisait un crime de mes misères, qui tendait à m’ôter la commisération de tout le monde dans mes malheurs, et qu’on donnait sous le nom du prince même qui m’avait protégé, pour en rendre l’effet plus cruel encore ? Que devais-je augurer de la suite d’un tel début ? Le peuple anglais lit les papiers publics, et n’est déjà pas trop favorable aux étrangers. Un vêtement qui n’est pas le sien suffit pour le mettre de mauvaise humeur ; qu’en doit attendre un pauvre étranger dans ses promenades champêtres, le seul plaisir de la vie auquel il s’est borné ? Quand on aura persuadé à ces bonnes gens que cet homme aime qu’où le lapide, ils seront fort tentés de lui en donner L’amusement Mais nia douleur, ma douleur profonde et cruelle, la plus amère que j’aie jamais ressentie, ne venait pas du péril auquel j’étais exposé ; j’en avais trop bravé d’autres pour être fort ému de celui-là ; la trahison d’un faux ami, dont j’étais la proie, était ce qui portait dans mon coeur trop sensible l’accablement, la tristesse, et la mort. Dans l’impétuosité d’un premier mouvement, dont jamais je ne fus le maître, et que mes adroits ennemis savent faire naître pour s’en prévaloir, j’écris des lettres pleines de désordre, où je ne déguise ni mon trouble ni mon indignation. Monsieur, j’ai tant de choses à dire qu’en chemin faisant j’en oublie la moitié. Par exemple, une relation en forme de lettre sur mon séjour à Montmorency fut portée par des libraires à M. Hume, qui me la montra. Je consentis qu’elle fût imprimée ; il se chargea d’y veiller : elle n’a jamais paru. J’avais apporté un exemplaire des Lettres de M. du Peyrou y contenant la relation des affaires de Neuchâtel, qui me regardent ; je les remis aux mêmes libraires à leur prière, pour les faire traduire et réimprimer ; M. Hume se chargea d’y veiller ; elles n’ont jamais paru[914]. Dès que la fausse lettre du roi de Prusse et sa traduction parurent, je compris pourquoi les autres écrits restaient supprimés, et je l’écrivis aux libraires. J’écrivis d’autres lettres qui probablement ont couru dans Londres ; enfin j’employai le crédit d’un homme de mérite et de qualité pour faire mettre dans les papiers une déclaration de l’imposture : dans cette déclaration, je laissais paraître toute ma douleur et je n’en déguisais pas la cause.
Jusqu’ici M. Hume a semblé marcher dans les ténèbres ; vous l’allez voir désormais dans la lumière et marcher à découvert. Il n’y a qu’à toujours aller droit avec les gens rusés ; tôt ou tard ils se décèlent par leurs ruses mêmes.
Lorsque cette prétendue lettre du roi de Prusse fut publiée à Londres, M. Hume, qui certainement savait qu’elle était supposée, puisque je le lui avais dit, n’en dit rien, ne m’écrit rien, se tait, et ne songe pas même à faire, en faveur de son ami absent, aucune déclaration de la vérité. Il ne fallait, pour aller au but, que laisser dire et se tenir coi ; c’est ce qu’il fit.
M. Hume ayant été mon conducteur en Angleterre, y était en quelque façon mon protecteur, mon patron. S’il était naturel qu’il prît ma défense, il ne l’était pas moins qu’ayant une protestation publique à faire, je m’adressasse à lui pour cela. Ayant déjà cessé de lui écrire, je n’avais garde de recommencer. Je m’adresse à un autre. Premier soufflet sur la joue de mon patron : il n’en sent rien.
En disant que la lettre était fabriquée à Paris, il m’importait fort peu lequel on entendit de M. d’Alembert ou de son prête-nom, M. Walpole ; mais, en ajoutant que ce qui navrait et déchirait mon coeur était que l’imposteur avait des complices en Angleterre, je m’expliquais avec la plus grande clarté pour leur ami qui était à Londres, et qui voulait passer pour le mien ; il n’y avait certainement que lui seul en Angleterre dont la haine, pût déchirer et navrer mon coeur. Second soufflet sur la joue de mon patron ; il n’en sent rien.
Au contraire, il feint malignement que mon affliction venait seulement de la publication de cette lettre, afin de me faire passer pour un homme vain qu’une satire affecte beaucoup. Vain ou non, j’étais mortellement affligé ; il le savait, et ne m’écrivait pas un mot. Ce tendre ami, qui a tant à coeur que ma bourse soit pleine, se soucie assez peu que mon coeur soit déchiré.
Un autre écrit paraît bientôt dans les mêmes feuilles de la même main que le premier, plus cruel encore, s’il était possible, et où l’auteur ne peut déguiser sa rage sur l’accueil que j’avais reçu à Paris. Cet écrit ne m’affecta plus ; il ne m’apprenait rien de nouveau ; les libelles pouvaient aller leur train sans m’émouvoir, et le volage public lui-même se Lassait d’être longtemps occupé (lu même sujet. Ce n’est pas le compte des comploteurs qui, avant ma réputation d’honnête homme à détruire, veulent de manière ou d’autre en venir à bout. Il fallut changer de batterie.
After receiving his letter, which took a very long time to arrive, I finally made up my mind and resolved not to write to him anymore. Everything soon confirmed my decision to cut off all communication with him. Extremely curious about the smallest details of my life, he had not limited himself to asking me about these things during our conversations; I also learned that after making my governess confess that she was informed about them, he did not miss any opportunity to question her relentlessly about my activities, my resources, my friends, my acquaintances—their names, their status, their residences. With jesuitical cunning, he had even asked the same questions of both her and me separately. It is natural to be interested in one’s friend’s affairs; but one should limit oneself to what that friend chooses to share with us, especially when they are as open and trusting as I was. All this petty prying is utterly inappropriate for a philosopher.
At the same time, I received two more letters that had already been opened: one from Mr. Boswell, whose seal was in such poor condition that when Mr. Davenport received it, he pointed it out to Mr. Hume’s servant; and the other from Mr. d’Ivernois, which was inside a package belonging to Mr. Hume. This second letter had been resealed using hot iron, but the attempt had been mishandled, resulting in the paper around the seal being burned. I wrote to Mr. Davenport, asking him to keep all letters that were sent for me and not to give any of them to anyone, under no circumstances whatsoever. I have no idea whether Mr. Davenport, who certainly did not think this precaution was intended for Mr. Hume, showed my letter to him; but I know that everything indicated to him that I had lost trust in him, yet he continued with his usual ways without bothering to regain it.
But what became of me when I saw in the official documents that so-called letter from the King of Prussia—which I had not yet seen—that false letter printed in both French and English, presented as genuine, even bearing the king’s signature, and when I recognized Mr. d’Alembert’s handwriting in it, just as clearly as if I had seen him write it myself?
In that instant, a ray of light revealed to me the secret cause behind the astonishing and rapid change in the attitude of the English public towards me, and I saw in Paris the center of the conspiracy that was being carried out in London.
Mr. d’Alembert, another very close friend of Mr. Hume, had long been my secret enemy, always seeking opportunities to harm me without openly committing any wrongdoing. He was the only notable literary figure and one of my old acquaintances who neither came to see me nor sent word to me during my last visit to Paris. I was aware of his hidden intentions, but I paid them little attention, content merely to warn my friends when necessary. I remember that one day, when Mr. Hume asked me about him and later inquired with my governess as well, I told them that Mr. d’Alembert was a cunning and deceitful man. He vehemently disagreed with me, which surprised me, for I did not know at that time how closely they were associated, nor that he was actually defending his own interests.
The reading of this letter filled me with great alarm; and realizing that I had been drawn to England on the basis of a plan that had already begun to be implemented, yet of which I knew nothing about its purpose, I sensed the danger without knowing where it lay or what I needed to protect myself from. At that moment, I remembered four frightening words spoken by Mr. Hume, which I will quote below. What was one to think of a document that portrayed my misfortunes as crimes against me, that sought to strip me of everyone’s sympathy in my adversity, and that was even issued in the name of the very prince who had once protected me, thus making its effects all the more cruel? What could I expect from such an beginning? The English people read public documents, and they are already not particularly favorable toward foreigners. A garment that is not one’s own is enough to put them in a bad mood; what then must a poor foreigner expect during his walks in the countryside, the only pleasure he allows himself in life? Once these good people were persuaded that this man enjoyed causing others harm, they would be very tempted to give him just such “entertainment.” But my deep and cruel pain—the most bitter I have ever felt—was not caused by the danger I faced; I had braved many dangers before and was therefore not overly alarmed by this one. It was the betrayal of a false friend, who had become my prey, that brought such overwhelming sorrow, grief, and despair into my over-sensitive heart. In an impulsive moment, over which I never had any control, and which my cunning enemies knew how to exploit, I wrote letters full of confusion, in which I neither concealed my turmoil nor my indignation. Sir, I have so much to say that I forget half of it while traveling. For example, a letter detailing my stay at Montmorency was taken by booksellers to Mr. Hume, who showed it to me. I agreed that it be printed; he promised to see to it—but it was never published. I had brought with me an edition of Mr. du Peyrou’s Letters containing accounts of matters related to me in Neuchâtel; at the request of those same booksellers, I gave them the copies so that they could have them translated and reprinted—yet Mr. Hume again failed to ensure their publication[914]. As soon as the false letter from the King of Prussia and its translation appeared, I understood why the other documents had been suppressed, and I wrote to the booksellers about this. I also wrote other letters that probably circulated in London; finally, I took advantage of the influence of a worthy and respectable person to have a statement regarding this fraud published. In that statement, I expressed all my pain and did not hide its cause at all.
Until now, Mr. Hume seemed to be walking in the darkness; you will now see him in the light, moving openly and without concealment. With cunning people, one simply needs to keep going straight ahead; sooner or later, they will expose themselves through their very own schemes.
When this so-called letter from the King of Prussia was published in London, Mr. Hume, who surely knew that it was supposed to be genuine, since I had told him so, said nothing about it, wrote me nothing, remained silent, and did not even consider making any statement to uphold the truth on behalf of his absent friend. All that was needed to achieve his goal was to let things go unchecked and remain quiet; and that is exactly what he did.
Since Mr. Hume had been my guide in England, he was in a way my protector, my mentor. It was only natural for him to defend me; yet it was just as reasonable for me, when I had a public protest to make, to turn to him for help. Since I had already stopped writing to him, I saw no reason to begin again. I will address someone else instead. The first blow on my mentor’s cheek: he feels nothing at all.
By stating that the letter was fabricated in Paris, I cared very little about whom people might associate it with—whether Mr. d’Alembert or his pseudonym, Mr. Walpole; but by adding that what truly wounded and devastated my heart was the fact that the impostor had accomplices in England, I was explaining things very clearly to their friend who was in London and wanted to pass off as mine. Surely he was the only person in England whose hatred could have caused me such pain and anguish. Another blow to my “boss’s” face, but he doesn’t feel it at all.
On the contrary, he maliciously pretended that my suffering stemmed solely from the publication of that letter, in order to make me appear as a vain man who would be greatly affected by such satire. Whether I was vain or not, I was mortally distressed; he knew this, yet he did not write me a single word. This kind friend, who cares so much about my wallet being full, shows very little concern for my heart being torn apart.
Another piece of writing soon appeared in the same newspaper, penned by the same hand as the first one; it was even more cruel, if such were possible, and in it the author could no longer conceal his rage at the reception I had received in Paris. This new piece did not affect me anymore; it did not teach me anything new. Libels could continue to be published without stirring any emotion in me, and even the public attention soon grew weary of focusing on the same subject. What matters is not the number of those who conspire to destroy my reputation as an honest man—there are always others trying to do so in one way or another. It was time to change tactics.
Dopo aver ricevuto la sua lettera, che è arrivata con grande ritardo, ho finalmente preso una decisione: non gli avrei più scritto. Presto tutto mi ha confermato nella decisione di interrompere ogni tipo di comunicazione con lui. Estremamente curioso dei dettagli delle mie faccende più banali, non si era limitato a chiedermi informazioni durante le nostre conversazioni; ho inoltre scoperto che, dopo aver fatto confessare alla mia governante di essere a conoscenza di quelle cose, non aveva lasciato passare nessuna occasione per interrogarla, con una insistenza quasi molesta, sulle mie attività, sulle mie risorse, sui miei amici, sulle mie conoscenze, sui loro nomi, sulla loro condizione sociale e sul loro indirizzo. E, con un’astuzia da gesuita, aveva chiesto le stesse informazioni sia a lei che a me separatamente. È naturale interessarsi alle faccende di un amico; ma bisogna accontentarsi di ciò che lui stesso desidera condividere con noi, soprattutto quando è così aperto e fiducioso come me. E tutto questo “piccolo chiacchiericcio” da mercantante non potrebbe essere più inappropriato per un filosofo.
Nello stesso tempo, ho ricevuto altre due lettere che erano già state aperte: una di M. Boswell, il cui sigillo era in così cattive condizioni che M. Davenport, ricevendola, ne fece notare l’aspetto al servitore di M. Hume; e l’altra di M. d’Ivernois, contenuta in un pacco di M. Hume, la quale era stata ricoperta utilizzando del ferro caldo; tuttavia, questo metodo era stato applicato in modo maldestro, causando il bruciore della carta intorno all’impronta del sigillo. Scrissi a M. Davenport chiedendogli di tenere per sé tutte le lettere che gli venissero consegnate per me e di non ne dare nessuna a nessuno, per qualsiasi motivo fosse. Non so se M. Davenport, che non poteva certo pensare che tale precauzione riguardasse M. Hume, abbia letto la mia lettera; ma so che, considerando tutto ciò, doveva essere consapevole di aver perso la mia fiducia in lui e, nondimeno, continuò a comportarsi come al solito, senza alcun tentativo di riconquistarla.
Ma che cosa diventai quando lessi nei documenti ufficiali quella presunta lettera del re di Prussia, che non avevo ancora visto: quella falsa lettera stampata in francese e in inglese, presentata come autentica, persino con la firma del re. E riconobbi immediatamente la calligrafia di M. d’Alembert, con la stessa certezza con cui avrei potuto vederla scrivere personalmente da lui?
In quell’istante, un raggio di luce mi illuminò sulla causa segreta del rapido e sorprendente cambiamento nel comportamento del pubblico inglese nei miei confronti; vidi a Parigi il centro di quel complotto che si stava attuando a Londra.
Il signor d’Alembert, altro caro amico del signor Hume, era da tempo il mio nemico nascosto; attendeva soltanto l’occasione per nuocermi senza esporsi direttamente. Era l’unico tra gli scrittori di qualche nome e tra le mie vecchie conoscenze che non fosse venuto a trovarmi, né mi avesse fatto alcuna visita al mio ultimo passaggio a Parigi. Conoscevo le sue intenzioni segrete, ma non me ne preoccupavo molto, limitandomi ad avvertire i miei amici quando necessario. Ricordo che un giorno, quando il signor Hume mi chiese informazioni su di lui e successivamente fece lo stesso con la mia governante, gli dissi che il signor d’Alembert era un uomo astuto e calcolatore. Lui mi contraddisse con tale veemenza da stupirmi; all’epoca non sapevo che fossero così legati, né che stesse difendendo proprio la sua causa.
La lettura di questa lettera mi allarma molto; e sentendo che ero stato attirato in Inghilterra grazie a un progetto che stava per essere messo in atto, ma del quale ignoravo lo scopo, percepivo il pericolo senza sapere dove potesse risiedere, né di cosa dovesse proteggermi. Allora mi ricordai quattro parole terribili di M. Hume, che riporterò qui sotto. Che si può pensare di un documento in cui mi viene attribuito un crimine derivante dalle mie stesse miserie, in cui si cerca di privarmi della compassione di tutti nei miei guai, e che viene presentato addirittura in nome del principe stesso che mi aveva protetto, al fine di rendere l’effetto ancora più crudele? Che cosa posso aspettarmi dalla prosecuzione di un simile inizio? Il popolo inglese legge i documenti pubblici, e comunque non è particolarmente favorevole agli stranieri. Un abito che non è il proprio basta già per metterlo di cattivo umore; cosa può aspettarsi un povero straniero durante le sue passeggiate in campagna, l’unico piacere della vita a cui si è limitato? Quando si riuscirà a convincere queste persone che quell’uomo desidera essere lapidato, saranno molto tentate di accontentarlo. Ma la mia sofferenza profonda e crudele, la più amara che abbia mai provato, non derivava dal pericolo a cui ero esposto; ne avevo già affrontati molti altri, quindi non ero particolarmente turbato da questo. La tradizione di un falso amico, di cui ero vittima, era ciò che causava nel mio cuore troppo sensibile quell’abbattimento, quella tristezza, e quella sofferenza insopportabile. Nell’impulsività di un primo gesto, di cui mai sono stato padrone, e che i miei astuti nemici sanno come suscitare per approfittarne, ho scritto lettere piene di disordine, in cui non nascondevo né il mio turbamento né la mia indignazione. Signore, ho così tante cose da dire che, lungo la strada, ne dimentico metà. Ad esempio, una relazione scritta sotto forma di lettera riguardante il mio soggiorno a Montmorency fu portata dai librai a M. Hume, che me la mostrò; acconsentii che venisse pubblicata. Lui si occupò di far sì che ciò avvenisse, ma non è mai stata pubblicata. Avevo portato con me un esemplare delle Lettere di M. du Peyrou, che contenevano la relazione riguardante gli affari di Neuchâtel che mi riguardavano. Le diedi ai medesimi librai, su loro richiesta, affinché venissero tradotte e ristampate. M. Hume si occupò anche di questo, ma non sono mai state pubblicate. Non appena apparvero la falsa lettera del re di Prussia e la sua traduzione, capii perché gli altri documenti rimanevano nascosti. E lo scrissi ai librai. Scrissi altre lettere che probabilmente circolarono a Londra. Infine, utilizzai il credito di una persona meritevole e di qualità per far inserire nei giornali una dichiarazione riguardante questa frode: in quella dichiarazione esprimevo tutta la mia sofferenza, senza nascondere la sua causa.
Finora il signor Hume sembrava camminare nelle tenebre; ora lo vedrete nella luce, muoversi apertamente e senza nascondersi. Basta sempre andare dritti con le persone astute: prima o poi queste si tradiscono proprio con le loro stesse astuzie.
Quando questa presunta lettera del re di Prussia fu pubblicata a Londra, il signor Hume, che sicuramente sapeva che si trattava di una falsificazione – poiché glielo avevo detto io stesso – non disse nulla, non mi scrisse nulla, rimase in silenzio e nemmeno pensò a fare alcuna dichiarazione a favore del suo amico assente. Per raggiungere il proprio scopo, bastava lasciare che le cose venissero dette e restare in silenzio; ed è esattamente ciò che fece.
Poiché il signor Hume era stato il mio guida in Inghilterra, in un certo senso era anche il mio protettore, il mio mentore. Era naturale che si schierasse dalla mia parte; altrettanto naturale era che, avendo bisogno di presentare una protesta pubblica, mi rivolgessi a lui per farlo. Avendo già smesso di scrivergli, non avevo alcun motivo per ricominciare. Mi rivolgo quindi a un altro. Il primo “schiaffo” sul viso del mio mentore. Lui non se ne accorge nemmeno.
Dicendo che quella lettera era stata prodotta a Parigi, non mi importava affatto ciò che si diceva di Monsieur d’Alembert o del suo pseudonimo, Monsieur Walpole; ma aggiungendo che ciò che spezzava e lacerava il mio cuore era il fatto che quell’impostore avesse complici in Inghilterra, mi spiegavo con estrema chiarezza la situazione riguardo al loro amico che si trovava a Londra e che cercava di passare per il mio; certamente, in Inghilterra, solo lui poteva provare un odio tale da lacerare e distruggere il mio cuore. Un altro colpo sul viso del mio “padrone”. Lui non se ne accorge nemmeno.
Al contrario, fingeva maliziosamente che la mia sofferenza derivasse soltanto dalla pubblicazione di quella lettera, nel tentativo di farmi passare per un uomo vanitoso che una satira potesse ferire profondamente. Che fossi vanitoso o meno, ero mortalmente afflitto; lui lo sapeva, e non mi scriveva nemmeno una parola. Questo caro amico, a cui importa molto che il mio portafoglio sia pieno, si preoccupa ben poco del fatto che il mio cuore sia lacerato.
Un altro scritto apparve presto negli stessi giornali, sempre della stessa mano del primo; ancora più crudele, se possibile, e in cui l’autore non riusciva a nascondere la sua rabbia per il modo in cui ero stato accolto a Parigi. Questo scritto non mi colpì più; non mi rivelava nulla di nuovo; i libelli potevano continuare a circolare senza commuovermi, e persino il pubblico, ormai stanco di occuparsi sempre dello stesso argomento, smise di prestargli attenzione. Non si trattava certo dei complottatori che, prima di distruggere la mia reputazione di uomo onesto, cercavano in ogni modo di riuscirci. Fu necessario cambiare approccio.
L’affaire de la pension n’était pas terminée : il ne fut pas difficile à M. Hume d’obtenir de l’humanité du ministre et de la générosité du prince quelle le fût : il fut chargé de me le marquer, il le fit. Ce moment fut, je l’avoue, un des plus critiques de ma vie. Combien il m’en coûta pour faire mon devoir ! Mes engagements précédents, l’obligation de correspondre avec respect aux bontés du roi, l’honneur d’être l’objet de ses attentions, de celles de son ministre, le désir de marquer combien j’y étais sensible, même l’avantage d’être un peu plus au large en approchant de la vieillesse, accablé d’ennuis et de maux, enfin l’embarras de trouver une excuse honnête pour éluder un bienfait déjà presque accepté ; tout me rendait difficile et cruelle la nécessité d’y renoncer, car il le fallait assurément, ou me rendre le plus vil de tous les hommes en devenant volontairement l’obligé de celui dont j’étais trahi.
Je fis mon devoir, non sans peine ; j’écrivis directement à M. le général Conway, et avec autant de respect et d’honnêteté qu’il me fut possible, sans refus absolu ; je me défendis pour le présent d’accepter. M. Hume avait été le négociateur de l’affaire, le seul même qui en eût parlé ; non seulement je ne lui répondis point, quoique ce fût lui qui m’eût écrit, mais je ne dis pas un mot de lui dans ma lettre. Troisième soufflet sur la joue de mon patron ; et pour celui-là, s’il ne le sent pas, c’est assurément sa faute : il n’en sent rien.
Ma lettre n’était pas claire, et ne pouvait l’être pour M. le général Conway, qui ne savait pas à quoi tenait ce refus ; mais elle Tétait fort pour M. Hume qui le savait très bien : cependant il feint de prendre le change, tant sur le sujet de ma douleur, que sur celui de mon refus, et dans un billot qu’il m’écrit, il me fait entendre qu’on me ménagera la continuation des bontés du roi, si je me ravise sur la pension. En un mot il prétend à toute force, et quoi qu’il arrive, demeurer mon patron malgré moi. Vous jugez bien, monsieur, qu’il n’attendait pas de réponse, et il n’en eut point.
Dans ce même temps à peu près, car je ne sais pas les dates, et cette exactitude ici n’est pas nécessaire, parut une lettre de M. de Voltaire à moi adressée, avec une traduction anglaise qui renchérit encore sur l’original. Le noble objet de ce spirituel ouvrage est de m’attirer le mépris et la haine de ceux chez qui je me suis réfugié. Je ne doutai point que mon cher patron n’eût été un des instruments de cette publication, surtout quand je vis qu’en tâchant d’aliéner de moi ceux qui pouvaient en ce pays me rendre la vie agréable, on avait omis de nommer celui qui m’y avait conduit. On savait sans doute que c’était un soin superflu, et qu’à cet égard rien ne restait à faire. Ce nom, si maladroitement oublié dans cette lettre, me rappela ce que dit Tacite du portrait de Brutus omis dans une pompe funèbre, que chacun l’y distinguait précisément parce qu’il n’y était pas.
On ne nommait donc pas M. Hume, mais il vit avec les gens qu’on nommait ; il a pour amis tous mes ennemis, on le sait : ailleurs les Tronchin, les d’Alembert, les Voltaire ; mais il y a bien pis à Londres, c’est que je n’y ai pour ennemis que ses amis. Eh pourquoi y en aurais-je d’autres ? pourquoi même y ai-je ceux-là ? Qu’ai-je fait à lord Littleton que je ne connais même pas ? Qu’ai-je fait à M. Walpole que je ne connais pas davantage ? Que savent-ils de moi, si non que je suis malheureux et l’ami de leur ami Hume ? Que leur a-t-il donc dit, puisque ce n’est que par lui qu’ils me connaissent ? Je crois bien qu’avec le rôle qu’il fait, il ne se démasque pas devant tout le monde ; ce ne serait plus être masqué. Je crois bien qu’il ne parle pas de moi à M. le général Conway ni à M. le duc de Richmond comme il en parle dans ses entretiens secrets avec M. Walpole, et dans sa correspondance secrète avec M. d’Alembert ; mais qu’on découvre la trame qui s’ourdit à Londres depuis mon arrivée, et l’on verra si M. Hume n’en tient pas les principaux fils.
Enfin le moment venu qu’on croit propre à frapper le grand coup, on en prépare l’effet par un nouvel écrit satirique qu’on fait mettre dans les papiers. S’il m’était resté jusqu’alors le moindre doute, comment aurait-il pu tenir devant cet écrit, puisqu’il contenait des faits qui n’étaient connus que de M. Hume, chargés, il est vrai, pour les rendre odieux au public ?
On dit dans cet écrit que j’ouvre ma porte aux grands, et que je la ferme aux petits. Qu’est-ce qui sait à qui j’ai ouvert ou fermé ma porte, que M. Hume, avec qui j’ai demeuré et par qui sont venus tous ceux que j’ai vus ? Il faut en excepter un grand que j’ai reçu de bon coeur sans le connaître, et que j’aurais reçu de bien meilleur coeur encore si je Pavais connu. Ce fut M. Hume qui me dit son nom quand il fut parti. En l’apprenant, j’eus un vrai chagrin que, daignant monter un second étage, il ne fût pas entré au premier.
Quant aux petits, je n’ai rien à dire. J’aurais désiré voir moins de monde ; mais, rie voulant déplaire à personne, je me laissais diriger par M. Hume, et j’ai reçu de mon mieux tous ceux qu’il m’a présentés, sans distinction de petits ni de grands.
On dit dans ce même écrit que je reçois mes parents froidement, pour ne rien dire de plus. Cette généralité consiste à avoir une fois reçu assez froidement le seul parent que j’aie hors de Genève, et cela en présence de M. Hume. C’est nécessairement ou M. Hume ou ce parent qui a fourni cet article. Or, mon cousin, que j’ai toujours connu pour bon parent et pour honnête homme, n’est point capable de fournir à des satires publiques contre moi ; d’ailleurs, borné par son état à la société des gens de commerce, il ne vit pas avec les gens de lettres, ni avec ceux qui fournissent des articles dans les papiers, encore moins avec ceux qui s’occupent à des satires : ainsi l’article ne vient pas de lui. Tout au plus puis-je penser que M. Hume aura tâché de le faire jaser, ce qui n’est pas absolument difficile, et qu’il aura tourné ce qu’il lui a dit, de la manière la plus favorable à ses vues. Il est bon d’ajouter qu’après ma rupture avec M. Hume j’en avais écrit à ce cousin-là.
Enfin on dit dans ce même écrit que je suis sujet à changer d’amis. Il ne faut pas être bien fin pour comprendre à quoi cela prépare.
Distinguons. J’ai depuis vingt-cinq et trente ans des amis très solides. J’en ai de plus nouveaux, mais non moins sûrs, que je garderai plus longtemps si je vis. Je n’ai pas en général trouvé la même sûreté chez ceux que j’ai faits parmi les gens de lettres : aussi j’en ai changé quelquefois, et j’en changerai tant qu’ils me seront suspects ; car je suis bien déterminé à ne garder jamais d’amis par bienséance : je n’en veux avoir que pour les aimer.
Si jamais j’eus une conviction intime et certaine, je l’ai que M. Hume a fourni les matériaux de cet écrit. Bien plus, non seulement j’ai cette certitude, mais il m’est clair qu’il a voulu que je l’eusse ; car comment supposer un homme aussi fin, assez maladroit pour se découvrir à ce point, voulant se cacher ?
Quel était son but ? Rien n’est plus clair encore ; c’était de porter mon indignation à son dernier terme, pour amener avec plus d’éclat le coup qu’il me préparait. Il sait que, pour me faire faire bien des sottises, il suffit de me mettre en colère. Nous sommes au moment critique qui montrera s’il a bien ou mal raisonné.
The matter concerning the pension was not yet settled: it was not difficult for Mr. Hume to obtain from the minister’s humanity and the prince’s generosity that it be resolved in my favor. He was entrusted with the task of informing me, and he did so. I must admit that this moment was one of the most critical in my life. How much it cost me to fulfill my duty! My previous commitments, the obligation to respond respectfully to the king’s kindnesses, the honor of being the object of his and his minister’s attention, my desire to show how grateful I was for these favors, even the advantage of being able to live more independently as I approached old age—all these factors, along with the distress caused by numerous troubles and hardships, and finally the difficulty of finding a decent excuse to decline what was already almost an accepted gift—all combined to make it extremely difficult and painful for me to renounce such a kindness. For it was certainly necessary to do so; otherwise, I would have become the most despicable of men by willingly becoming indebted to someone who had betrayed me.
I did my duty, though not without difficulty; I wrote directly to General Conway, with all the respect and honesty I could muster, without any absolute refusal; I declined accepting the offer for the time being. Mr. Hume had been the negotiator in this matter—the only person who had even mentioned it. Not only did I not respond to him, despite him having written to me, but I did not mention him at all in my letter. That was the third blow to my employer’s reputation; and if he doesn’t realize it, then surely it is his own fault—he simply doesn’t feel anything about it.
My letter was not clear, and could not possibly be clear to Mr. General Conway, who did not know the reasons behind this refusal; but it was quite clear to Mr. Hume, who was very well aware of them. Nevertheless, he pretended not to understand either the nature of my distress or the reasons for my refusal. In a letter he wrote to me, he suggested that the king’s kindness towards me would continue if I changed my mind regarding the pension. In short, he insisted, no matter what happened, on remaining my patron against my will. You can well imagine, sir, that he did not expect an answer, and indeed, he received none.
At about the same time—since I am not aware of the exact dates, and such precision is not necessary here—the letter from Mr. de Voltaire addressed to me appeared, along with an English translation that even surpassed the original in its venomous content. The noble purpose of this malicious work was clearly to draw upon me the scorn and hatred of those among whom I had taken refuge. I had no doubt whatsoever that my dear “patron” must have been one of the instruments behind this publication, especially when I saw that those who sought to alienate me from people who might have made my life pleasant in that country had chosen to omit the very name of the one who had brought me there. They surely knew such omission was unnecessary and that nothing more could be done in that regard. That name, so clumsily forgotten in this letter, reminded me of what Tacitus said about the portrait of Brutus omitted from a funeral procession: everyone could recognize it precisely because it was not there at all.
Therefore, Mr. Hume was not given a name; yet he lived among those who were named. His friends are all my enemies, as is well known: in other places, there are people like Tronchin, d’Alembert, Voltaire; but in London, it is even worse—there, my enemies are none other than his friends. Why should I have any others? Why do I even have those whom I consider enemies? What have I done to Lord Littleton, whom I don’t even know? What have I done to Mr. Walpole, whom I know even less? What do they know about me, except that I am unhappy and a friend of their friend Hume? What has he told them about me, since they only know me through him? I believe that, given the role he plays, he does not reveal himself to everyone; otherwise, it would no longer be hiding at all. I also believe that he does not talk about me to General Conway or Duke of Richmond in the same way as he does in his secret conversations with Mr. Walpole and in his confidential correspondence with M. d’Alembert. But if one were to uncover the schemes that have been brewing in London since my arrival, one would surely find that Mr. Hume is at their very core.
Finally, when the moment comes that one believes is suitable for delivering the final blow, one prepares its effect by issuing another satirical publication to be distributed among the people. If I had still harbored the slightest doubt up until then, how could it have persisted in the face of such a publication, since it contained facts that were known only to Mr. Hume—and which, indeed, were intended to make them detestable in the eyes of the public?
It is said in this writing that I open my door to the great ones and close it to the small ones. But who knows whom I have invited in or kept out? Who but Mr. Hume, with whom I lived and through whom all those I met came to me? There is one person, however, whom I welcomed wholeheartedly without even knowing him, and whom I would have welcomed even more warmly if I had known him. It was Mr. Hume who told me his name after he left. Upon learning it, I felt truly sorry that he had taken the trouble to climb up to the second floor instead of entering through the first.
As for the children, I have nothing to say. I would have preferred to see fewer people around; but since I did not wish to offend anyone, I allowed Mr. Hume to guide me, and I received everyone he introduced to me with equal courtesy, regardless of their age or status.
It is also stated in the same document that I receive my parents coldly, to say nothing more. This generalization arises from the fact that I once received my only parent outside of Geneva rather coldly, and this happened in the presence of Mr. Hume. It is either Mr. Hume or this relative who must have provided this article. However, my cousin, whom I have always known to be a kind and honest man, is certainly not capable of contributing to public satires against me. Moreover, being confined by his social status to the world of merchants, he does not associate with literati or those who write for newspapers, let alone with people engaged in satire; therefore, this article cannot have come from him. At most, I might suppose that Mr. Hume tried to make him talk, which is not absolutely impossible, and that he then distorted whatever my cousin told him in a way that was most favorable to his own views. It is also worth mentioning that after my break with Mr. Hume, I wrote to this very cousin.
Finally, it is also stated in the same document that I am prone to changing friends. One doesn’t need to be very clever to understand what this implies.
Let us distinguish. For twenty-five to thirty years now, I have had very loyal friends. I have also made new friends, who are just as trustworthy, and I will keep them if I live longer. Generally speaking, I have not found the same degree of reliability among those I have met in the literary world; therefore, I have sometimes changed them, and I will continue to do so as long as they seem suspicious to me. For I am firmly determined never to keep friends out of mere politeness—I only want to have friends that I can truly love.
If I ever had any deep and firm conviction, it is that Mr. Hume provided the materials for this work. Moreover, not only do I hold this conviction, but it is also clear to me that he intended for me to have it; for how could one suppose that a man so astute, yet so clumsy as to expose himself to such an extent, would actually wish to hide something?
What was his purpose? Nothing is clearer now; it was to take my indignation to its ultimate limit, in order to make the blow he was preparing for me even more effective. He knows that, to make me do foolish things, it is enough to anger me. We are at this critical moment that will show whether he has reasoned right or wrong.
La questione della pensione non era ancora risolta: per M. Hume non fu difficile ottenere dall’umanità del ministro e dalla generosità del principe ciò che era necessario; gli fu affidato il compito di comunicarmelo, e lo fece. Devo ammettere che quel momento fu uno dei più critici della mia vita. Quanto mi costò adempiere al mio dovere! I miei impegni precedenti, l’obbligo di rispondere con rispetto alle gentilezze del re, l’onore di essere oggetto delle sue attenzioni e quelle del suo ministro, il desiderio di dimostrare quanto fossi grato per tutto ciò, persino il vantaggio di trovarmi in una posizione un po’ più confortevole avvicinandomi alla vecchiaia. Tutto questo rendeva estremamente difficile e doloroso rinunciare a quel beneficio, che ormai sembrava quasi certo; inoltre, rifiutarlo avrebbe significato rendermi il più spregevole degli uomini, diventando volontariamente debitore di colui che mi aveva tradito.
Eseguii il mio dovere, non senza difficoltà; scrissi direttamente al generale Conway, con tutto il rispetto e l’onestà di cui ero capace, senza rifiutare categoricamente; mi difesi però dall’accettare qualsiasi offerta in quel momento. Il signor Hume era stato l’unico a trattare della questione; non solo non gli risposi, nonostante fosse lui ad avermi scritto, ma non menzionai nemmeno il suo nome nella mia lettera. Questo è il terzo colpo che ricevo dal mio datore di lavoro. E se lui non se ne rende conto, è sicuramente colpa sua: lui non se ne accorge affatto.
La mia lettera non era chiara, e non poteva esserlo per il generale Conway, che non sapeva quale fosse la ragione di quel rifiuto; ma lo era certamente per il signor Hume, che ne conosceva molto bene la causa. Tuttavia, lui fece finta di non capire nulla, sia riguardo al motivo del mio dolore che a quello del mio rifiuto, e in una lettera che mi scrisse mi fece intendere che si sarebbe adoperato affinché io continuassi a ricevere le gentilezze del re, se avessi cambiato idea riguardo alla pensione. In breve, pretendeva con tutte le sue forze, e a qualunque costo, di rimanere il mio protettore, nonostante i miei desideri. Capite bene, signore, che non aspettava alcuna risposta, e infatti non ne ricevette nessuna.
Più o meno nello stesso periodo – poiché non conosco le date esatte, e in questo caso tale precisione non è necessaria – apparve una lettera di Monsieur de Voltaire indirizzata a me, accompagnata da una traduzione inglese che aggiungeva ancora qualcosa all’originale. Lo scopo nobile di quest’opera spirituale era quello di attirare su di me il disprezzo e l’odio di coloro tra cui mi ero rifugiato. Non dubitavo affatto che mio caro protettore fosse stato uno degli strumenti utilizzati per pubblicarla, soprattutto quando vidi che, nel tentativo di allontanare da me coloro che avrebbero potuto rendere la mia vita più piacevole in quel paese, si era omesso di menzionare colui che mi aveva portato lì. Sicuramente si sapeva che tale omissione era superflua, e che in questo senso non c’era nulla da fare. Quel nome, così maldestramente dimenticato in quella lettera, mi fece ricordare ciò che Tacito diceva riguardo al ritratto di Bruto omesso durante una cerimonia funebre: tutti lo riconoscevano proprio perché non c’era.
Quindi non si chiamava signor Hume, ma viveva insieme alle persone che venivano chiamate in quel modo; aveva per amici tutti i miei nemici, come è noto: altrove ci sono Tronchin, d’Alembert, Voltaire. Ma a Londra c’è qualcosa di ancora peggiore: i miei nemici sono proprio gli amici di Hume. E perché dovrei averne altri? Perché dovrei avere nemici in generale? Cosa ho fatto io a lord Littleton, che non conosco nemmeno? Cosa ho fatto io a M. Walpole, che non conosco altrettanto bene? Cosa sanno di me, se non che sono sfortunato e l’amico del loro amico Hume? Cosa gli ha detto Hume, se è solo attraverso di lui che mi conoscono? Credo proprio che, con il ruolo che svolge, Hume non si riveli completamente davanti a tutti; altrimenti non sarebbe più “mascherato”. Credo anche che non parli di me con il generale Conway né con il duca di Richmond nello stesso modo in cui ne parla nei suoi colloqui segreti con M. Walpole, o nella sua corrispondenza riservata con M. d’Alembert. Ma si scoprirà sicuramente la trama che si sta tessendo a Londra da quando sono arrivato, e si vedrà se Hume non ne sia il principale artefice.
Finalmente, quando arriva il momento che si ritiene adatto per colpire con un colpo decisivo, si prepara l’effetto di tale azione attraverso un nuovo scritto satirico che viene fatto distribuire tra la gente. Se fino a quel momento mi fosse rimasto anche il minimo dubbio, come avrebbe potuto persistere di fronte a questo scritto, visto che conteneva fatti conosciuti soltanto da M. Hume, e inoltre presentati in modo tale da renderli odiosi al pubblico?
In questo scritto si afferma che io apra la mia porta ai grandi e la chiudo ai piccoli. Chi può sapere davvero a chi ho aperto o chiuso la mia porta, se non il signor Hume, con cui ho vissuto e attraverso il quale sono venuti tutti coloro che ho incontrato? Devo fare un’eccezione per una persona che ho accolto con vero cordoglio senza conoscerla, e che avrei accolto ancora più volentieri se l’avessi conosciuta. Fu il signor Hume stesso a dirmi il suo nome dopo essere partito. Quando lo appresi, provai un vero dispiacere: avrebbe potuto anche salire al secondo piano, invece di limitarsi al primo.
Per quanto riguarda i bambini, non ho nulla da dire. Avrei voluto vedere meno gente; ma, non volendo dispiacere a nessuno, mi sono lasciato guidare dal signor Hume e ho accolto con piacere tutti coloro che mi ha presentato, senza fare distinzioni tra bambini e adulti.
Si dice in lo stesso scritto che ricevo i miei genitori in modo freddo, per non dire di peggio. Questa generalizzazione si basa sul fatto che una volta ho ricevuto un trattamento piuttosto freddo dall’unico parente che ho al di fuori di Ginevra, e ciò avvenne davanti a Monsieur Hume. È necessariamente stato either Monsieur Hume o questo parente ad aver fornito tale articolo. Ora, mio cugino, che ho sempre conosciuto come persona gentile e onesta, non è certo capace di fornire materiale per satiri pubblici contro di me; inoltre, essendo limitato nella sua vita sociale ai commercianti, non frequenta né gli intellettuali né coloro che scrivono articoli per i giornali, tantomeno coloro che si dedicano alla satira: quindi quell’articolo non può certo provenire da lui. Al massimo posso pensare che Monsieur Hume abbia cercato di farlo parlare, il che non è affatto difficile, e che abbia interpretato ciò che gli è stato detto nel modo più favorevole alle sue intenzioni. È utile aggiungere che, dopo la mia rottura con Monsieur Hume, ho scritto a questo cugino.
Infine, nello stesso scritto si afferma che sono propenso a cambiare amici. Non occorre essere molto perspicaci per capire a cosa ciò possa portare.
Facciamo una distinzione: da venticinque o trent’anni ho degli amici molto affidabili. Ne ho anche di nuovi, ma altrettanto sicuri, che manterrò per molto tempo se vivrò ancora. In generale, non ho trovato la stessa affidabilità tra coloro che ho conosciuto nel mondo letterario; per questo ne ho cambiati alcuni, e continuerò a farlo finché mi sembreranno sospetti. Poiché sono fermamente deciso a non mantenere mai amici solo per convenienza: voglio averli soltanto perché li amo davvero.
Se mai ho avuto una convinzione profonda e certa, è che il signor Hume abbia fornito i materiali necessari per scrivere questo testo. Anzi, non solo ne sono certo, ma mi è anche chiaro che lui stesso volesse che lo fossi; perché come si potrebbe pensare che un uomo così astuto e abile possa voler rivelare tanto di sé, se proprio desiderava nascondersi?
Qual era il suo scopo? Non c’è ancora nulla di chiaro; consisteva nel portare la mia indignazione al suo massimo livello, per rendere ancora più efficace il colpo che mi stava preparando. Lui sa bene che, per farmi commettere delle sciocchezze, basta semplicemente innervosirmi. Siamo ora in un momento critico che rivelerà se ha ragionato bene o male.
Il faut se posséder autant que fait M. Hume, il faut avoir son flegme et toute sa force d’esprit pour prendre le parti qu’il prit, après tout ce qui s’était passé. Dans l’embarras où j’étais, écrivant à M. le général Conway, je ne pus remplir ma lettre que de phrases obscures dont M. Hume fit, comme mon ami, l’interprétation qui lui plut. Supposant donc, quoiqu’il sût très bien le contraire, que c’était la clause du secret qui me faisait de la peine, il obtient de M. le général qu’il voudrait bien s’employer pour la faire lever. Alors cet homme stoïque et vraiment insensible m’écrit la lettre la plus amicale, où il me marque qu’il s’est employé pour faire lever la clause ; mais qu’avant toute chose il faut savoir si je veux accepter sans cette condition, pour ne pas exposer sa majesté à un second refus.
C’était ici le moment décisif, la fin, l’objet de tous ses travaux ; il lui fallait une réponse, il la voulait. Pour que je ne pusse me dispenser de la faire, il envoie à M. Davenport un duplicata de sa lettre, et, non content de cette précaution, il m’écrit dans un autre billet qu’il ne saurait rester plus longtemps à Londres pour mon service. La tête me tourna presque en lisant ce billet. De mes jours je n’ai rien trouvé de plus inconcevable.
Il l’a donc enfin cette réponse tant désirée, et se presse déjà d’en triompher. Déjà, écrivant à M. Davenport, il me traite d’homme féroce et de monstre d’ingratitude : mais il lui faut plus ; ses mesures sont bien prises, à ce qu’il pense : nulle preuve contre lui ne peut échapper. Il veut une explication ; il l’aura, et la voici.
Rien ne la conclut mieux que le dernier trait qui l’amène. Seul il prouve tout et sans réplique.
Je veux supposer, par impossible, qu’il n’est rien revenu à M. Hume de mes plaintes contre lui : il n’en sait rien, il les ignore aussi parfaitement que s’il n’eût été faufilé avec personne qui en fut instruit, aussi parfaitement que si durant ce temps il eût vécu à la Chine : mais ma conduite immédiate entre lui et moi, les derniers mots si frappants que je lui dis à Londres, la lettre qui suivit pleine d’inquiétude et de crainte, mon silence obstiné plus énergique que des paroles, ma plainte amère et publique au sujet de la lettre de M. d’Alembert, ma lettre au ministre, qui ne m’a point écrit, en réponse à celle qu’il m’écrit lui-même, et dans laquelle je ne dis pas un mot de lui ; enfin mon refus, sans daigner m’adresser à lui, d’acquiescer à une affaire qu’il a traitée en ma faveur, moi le sachant, et sans opposition de ma part ; tout cela parle seul du ton le plus fort, je ne dis pas à tout homme qui aurait quelque sentiment dans l’âme, mais à tout homme qui n’est pas hébété.
Quoi ! Après que j’ai rompu tout commerce avec lui depuis près de trois mois, après que je n’ai répondu à pas une de ses lettres, quelque important qu’en fût le sujet, environné des marques publiques et particulières de l’affliction que son infidélité me cause, cet homme éclairé, ce beau génie, naturellement si clairvoyant, et volontairement si stupide, ne voit rien, n’entend rien, ne sent rien, n’est ému de rien, et sans un seul mot de plainte, de justification, d’explication, il continue à se donner, malgré moi, pour moi, les soins les plus grands, les plus empressés ; il m’écrit affectueusement qu’il ne peut rester à Londres plus Longtemps pour mon service ; comme si nous étions d’accord qu’il y restera pour cela ! Cet aveuglement, cet Impassibilité, cette obstination, ne sont pas dans la nature ; il faut expliquer cela par d’autres motifs. Mettons cette conduite dans un plus grand jour, car c’est un point décisif.
Dans cette affaire, il faut nécessairement que M. Hume soit le plus grand on le dernier des hommes ; il n’y a pas de milieu. Reste à voir lequel c’est des deux.
Malgré tant de marques de dédain de ma part, M. Hume avait-il l’étonnante générosité de vouloir me servir sincèrement ? il savait qu’il m’était impossible d’accepter ses bons offices, tant que j’aurais, de lui les sentiments que j’avais conçus ; il avait éludé l’explication lui-même. Ainsi, me servant sans se justifier, il rendait ses soins inutiles : il n’était donc pas généreux.
S’il supposait qu’en cet état j’accepterais ses soins, il supposait donc que j’étais un infâme. C’était donc pour un homme qu’il jugeait être un infâme qu’il sollicitait avec tant d’ardeur une pension du roi. Peut-on rien penser de plus extravagant ?
Mais que M. Hume, suivant toujours son plan, se soit dit à lui-même : Voici le moment de l’exécution ; car, pressant Rousseau d’accepter la pension, il faudra qu’il l’accepte ou qu’il la refuse. S’il l’accepte, avec les preuves que j’ai en main, je le déshonore complètement ; s’il la refuse après l’avoir acceptée, on a levé tout prétexte, il faudra qu’il dise pourquoi ; c’est là que je l’attends : s’il m’accuse, il est perdu.
Si, dis-je, M. Hume a raisonné ainsi, il a fait une chose fort conséquente à son plan, et par là même ici fort naturelle ; et il n’y a que cette unique façon d’expliquer sa conduite dans cette affaire ; car elle est inexplicable dans toute autre supposition : si ceci n’est pas démontré, jamais rien ne le sera.
L’état critique où il m’a réduit me rappelle bien fortement les quatre mots dont j’ai parlé ci-devant, et que je lui entendis dire et répéter dans un temps où je n’en pénétrais guère la force. C’était la première nuit qui suivit notre départ de Paris. Nous étions couchés dans la même chambre, et plusieurs fois dans la nuit je l’entends s’écrier en français, avec une véhémence extrême : Je tiens J.J. Rousseau ! J’ignore s’il veillait ou s’il dormait. L’expression est remarquable dans la bouche d’un homme qui sait trop bien le français pour se tromper sur la force et le choix des termes. Cependant je pris, et je ne pouvais manquer alors de prendre ces mots dans un sens favorable, quoique le ton l’indiquât encore moins que l’expression ; c’est un ton dont il m’est impossible de donner l’idée, et qui correspond très bien aux regards dont j’ai parlé. Chaque fois qu’il dit ces mots je sentis un tressaillement d’effroi, dont je n’étais pas le maître : mais il ne me fallut qu’un moment pour me remettre et rue de ma terreur : dès le lendemain tout fut si parfaitement oublié que je n’y ai pas. même pensé durant tout mon séjour à Londres et au voisinage. Je ne m’en suis souvenu qu’ici où tant de choses m’ont rappelé ces paroles, et me les rappellent, pour ainsi dire, à chaque instant.
Ces mots, dont le ton retentit sur mon coeur comme s’ils venaient d’être prononcés, les longs et funestes regards tant de fois lancés sur moi ; les petits coups sur le dos avec des mots de mon cher monsieur, en réponse au soupçon d’être un traître ; tout cela m’affecte à un tel point après le reste, que ces souvenirs, fussent-ils les seuls, fermeraient tout retour à la confiance ; et il n’y a pas une nuit où ces mots, Je tiens J. J. Rousseau, ne sonnent encore à mon oreille comme si je les entendais de nouveau.
Oui, M. Hume, vous me tenez, je le sais ; mais seulement par des choses qui me sont extérieures : vous me tenez par l’opinion, par les jugements des hommes ; vous me tenez par ma réputation, par ma sûreté peut-être ; tous les préjugés sont pour vous : il vous est aisé de me faire passer pour un monstre, comme vous avez commencé, et je vois déjà l’exultation barbare de mes implacables ennemis. Le public, en général, ne me fera pas plus de grâce : sans autre examen, il est toujours pour les services rendus, parce que chacun est bien aise d’inviter à lui en rendre en montrant qu’il sait les sentir. Je prévois aisément la suite de tout cela, surtout dans le pays où vous m’avez conduit, et où, sans amis, étranger à tout le monde, je suis presque à votre merci. Les gens sensés comprendront cependant que, loin que j’aie pu chercher cette affaire, elle était ce qui pouvait m’arriver de plus terrible dans la position où je suis ; ils sentiront qu’il n’y a que ma haine invincible pour toute fausseté, et l’impossibilité de marquer de l’estime à celui pour qui je l’ai perdue, qui aient pu m’empêcher de dissimuler quand tant d’intérêts m’en faisaient une loi : mais les gens sensés sont en petit nombre, et ce ne sont pas eux qui font du bruit.
One must possess the same self-control as Mr. Hume; one must have his calmness and entire mental strength to take the position he did, after all that had happened. In the difficult situation I was in, writing to General Conway, I could only fill my letter with vague phrases, which Mr. Hume, as my friend, interpreted in the way that suited him. Assuming, therefore—though he knew very well the opposite—that it was the secrecy clause that troubled me, he managed to get General Conway to agree to try to have it removed. Then this stoic and truly insensitive man wrote me one of the most friendly letters, stating that he had taken steps to have the clause revoked; but that, above all, it was necessary to know whether I was willing to accept the offer without that condition, in order not to expose His Majesty to another rejection.
This was the decisive moment—the end, the goal of all his efforts; he needed an answer, and he wanted it urgently. To ensure that I could not avoid giving one, he sent a copy of his letter to Mr. Davenport. And not content with that precaution, he wrote me in another note that he could no longer stay in London for my sake. My head nearly spun upon reading that note; in all my life, I had never encountered anything more inconceivable.
He has finally obtained this long-desired answer and is already eager to claim victory over it. Already, in his letter to Mr. Davenport, he calls me a ferocious man and a monster of ingratitude; but he wants more. He believes his measures are well-thought-out: no evidence against him can possibly escape. He wants an explanation; he will get it—and here it is.
Nothing concludes it more effectively than that final element which leads to it; alone, it proves everything without any need for rebuttal.
I would like to assume, against all possibility, that Mr. Hume has received no news of my complaints against him: he knows nothing about them; he is as completely ignorant of them as if he had never been in contact with anyone who was informed of them, as if he had lived in China throughout that time. But my immediate behavior towards him, the striking words I said to him in London, the letter that followed, filled with concern and fear, my stubborn silence—more effective than any words—my bitter and public complaint regarding Mr. d’Alembert’s letter, my letter to the minister, who did not write back to mine, despite having written to me himself, and in which I did not mention him at all; finally, my refusal, without even deigning to address him directly, to agree to a matter that he had handled in my favor, knowing full well about it and without any opposition on my part—all these things speak for themselves in the strongest possible way. I am not saying this to any man who lacks common sense, but to any man at all.
What! After having severed all contact with him for nearly three months, after not responding to a single one of his letters—no matter how important their content might have been—and while being surrounded by the clear signs of the distress his infidelity causes me, this enlightened man, this brilliant genius, who is naturally so perceptive and yet deliberately so foolish, sees nothing, hears nothing, feels nothing, is not moved by anything. And without a single word of complaint, justification, or explanation, he continues to go to such great lengths, to show such eagerness in caring for me, against my will. He writes to me affectionately, saying that he cannot stay in London any longer for my sake—as if we had agreed that he should do so! Such blindness, such indifference, such stubbornness are not inherent in his nature; there must be other reasons behind it. Let us examine this behavior more closely, for it is a decisive issue.
In this matter, it is absolutely necessary that Mr. Hume be either the greatest of men or the last of men; there is no middle ground. The question remains which of the two he is.
Despite all my signs of disdain, did Mr. Hume truly possess such astonishing generosity as to wish to serve me sincerely? He knew that it was impossible for me to accept his kindness so long as I held the feelings toward him that I had developed; he himself had avoided giving any explanation. In this way, by offering his assistance without justification, he rendered his efforts futile—hence, he was not truly generous.
If he assumed that in such a state I would accept his care, it meant he considered me an abominable person. Therefore, it was for a man whom he regarded as despicable that he so eagerly sought a pension from the king. Could anything be more absurd?
But let Mr. Hume, following his own plan, have said to himself: “This is the moment for execution; for by pressing Rousseau to accept the pension, he will either have to accept it or refuse it. If he accepts it, with the evidence I have in my hands, I can completely destroy his reputation; if he refuses it after having accepted it, then all pretext will be removed, and he will be forced to explain why. That is where I am waiting for him: if he accuses me, he is lost.”
If, I say, Mr. Hume reasoned in this manner, then he did something that was highly consistent with his overall approach—and therefore quite natural in this context; indeed, this is the only way to explain his behavior in this matter. For it remains inexplicable under any other hypothesis; and unless this is demonstrated, nothing else ever will be.
The critical state into which he reduced me strongly reminded me of those four words I had mentioned earlier; I heard him utter and repeat them on several occasions when I hardly understood their true meaning. It was the first night after our departure from Paris. We were in the same room, and several times that night I heard him exclaim in French with extreme fervor: “I have J.J. Rousseau!” I don’t know whether he was awake or asleep at the time. The expression was remarkable coming from a man who knew French well enough to use such forceful and precise terms without error. However, I couldn’t help but interpret these words in a positive way—even though the tone and the choice of words made that interpretation seem even less likely. It was a tone impossible to describe; it corresponded perfectly to the looks he gave me. Every time he said those words, I felt a shudder of fear—though I was unable to control it. But it took me only a moment to recover from my terror. By the next day, everything had been completely forgotten; I didn’t even think about it during my entire stay in London and its surroundings. I only remembered it here, where so many things kept reminding me of those words—almost every moment.
These words, whose tone echoes still in my -heart as if they had just been spoken; those long, ominous glances cast at me so many times; the light taps on my back accompanied by words from my dear master, in response to the suspicion that I was a traitor—all these memories, even if they were the only ones left, would prevent any possibility of returning to trust. And there isn’t a single night when those words, “I hold J. J. Rousseau,” don’t ring in my ears again, as if I am hearing them once more.
Yes, Mr. Hume, you hold me captive, I know; but only through things that are external to me: you hold me by public opinion, by the judgments of others; you hold me by my reputation, perhaps by my safety. All prejudices work in your favor; it is easy for you to present me as a monster, just as you have begun to do, and I can already see the barbaric joy of my relentless enemies. The general public will show me no mercy either: without any further investigation, they always side with those who have rendered services, because everyone is pleased to invite others to do the same by showing that they are capable of appreciating such efforts. I can easily foresee what will happen next, especially in the country you have brought me to—where, without friends and alienated from everyone, I am almost at your mercy. Yet sensible people will understand that, far from having sought this situation out, it is precisely what could have happened to me in my current plight; they will realize that only my unwavering hatred for all falsehoods, and my inability to hold any regard for those who caused me to lose such respect, could have prevented me from concealing the truth when so many interests demanded I do otherwise. But sensible people are few, and it is not they who make a fuss.
È necessario possedere lo stesso autocontrollo di Monsieur Hume: bisogna avere la sua calma e tutta la propria forza d’animo per prendere la posizione che egli adottò, nonostante tutto ciò che era accaduto. Nella situazione imbarazzante in cui mi trovavo, scrivendo a Monsieur il generale Conway, riuscii a comporre una lettera piena di frasi oscure; Monsieur Hume, da vero amico, ne interpretò il contenuto secondo i suoi desideri. Presumendo quindi, nonostante sapesse molto bene il contrario, che fosse proprio quella clausola riguardante il segreto a causarmi problemi, riuscì a convincere Monsieur il generale ad intervenire affinché essa venisse revocata. Allora quell’uomo stoico e davvero insensibile mi scrisse una lettera estremamente gentile, nella quale mi comunicava di aver cercato di far eliminare quella clausola; ma aggiungeva che, prima di tutto, era necessario sapere se fossi disposta ad accettare la proposta senza tale condizione, per evitare di esporre Sua Maestà a un secondo rifiuto.
Era questo il momento decisivo, la fine, l’obiettivo di tutti i suoi sforzi; aveva bisogno di una risposta, la voleva assolutamente. Per impedirmi di rifiutare di dargliela, inviò a Mr. Davenport una copia della sua lettera; e, non contento di questa precauzione, mi scrisse in un altro biglietto che non avrebbe potuto rimanere a Londra ancora a lungo per servirmi. Leggendo quel biglietto, mi girò la testa. Non ho mai trovato nulla di più assurdo nella mia vita.
Finalmente ha ottenuto quella risposta tanto desiderata e si affretta già a trionfarne. Già, scrivendo a Monsieur Davenport, mi definisce un uomo feroce e un mostro di ingratitudine; ma gliene occorre di più. Ritiene che le sue misure siano ben congegnate: nessuna prova contro di lui potrà sfuggire. Vuole una spiegazione. L’avrà, ed eccola qui.
Niente la conclude meglio dell’ultimo tratto che la conduce verso la sua conclusione. Solo esso dimostra tutto, senza possibilità di replica.
Vorrei supporre, anche se sembra impossibile, che il signor Hume non abbia ricevuto alcuna delle mie lamentele contro di lui: lui non ne sa nulla, le ignora completamente, come se non avesse mai avuto contatti con nessuno che ne fosse a conoscenza; come se in tutto questo tempo avesse vissuto in Cina. Ma il mio comportamento immediato nei suoi confronti, le ultime parole così gravi che gli ho detto a Londra, la lettera successiva piena di preoccupazione e paura, il mio silenzio ostinato, più eloquente di qualsiasi parola, la mia amara e pubblica denuncia riguardo alla lettera del signor d’Alembert, la mia lettera al ministro, che non mi ha risposto alla sua, nella quale non ho menzionato nemmeno una parola su di lui. Infine, il mio rifiuto, senza nemmeno degnarmi di rivolgermi a lui, di accettare una decisione presa a mio favore, pur sapendone io stesso e senza alcuna mia opposizione. Tutto ciò parla da solo, con la forza più evidente. Non dico questo a ogni uomo che abbia un briciolo di sensibilità nell’anima, ma a qualsiasi uomo che non sia completamente privo di ragione.
Che cosa! Dopo aver interrotto ogni rapporto con lui da quasi tre mesi, dopo non aver risposto a nessuna delle sue lettere, per quanto importanti potessero essere i loro argomenti, circondato dalle evidenti prove del dolore che la sua infedeltà mi provoca. Quest’uomo illuminato, questo grande genio, naturalmente così perspicace e volontariamente così stupido, non vede nulla, non sente nulla, non è commosso da nulla; e senza una sola parola di lamento, giustificazione o spiegazione, continua a prendersi cura di me con il massimo impegno, come se fossimo d’accordo sul fatto che debba rimanere a Londra per questo scopo! Questa cecità, questa indifferenza, questa ostinazione non fanno parte della sua natura; bisogna spiegarle con altri motivi. Dobbiamo esaminare più attentamente questo comportamento, perché rappresenta un punto decisivo.
In questa questione, è necessario che il signor Hume sia sia l’uomo più grande che l’ultimo degli uomini; non esiste alcuna via di mezzo. Ora resta da vedere quale delle due cose sia.
Nonostante tutti i segni di disprezzo da parte mia, il signor Hume aveva davvero la sorprendente generosità di volermi aiutare sinceramente? Sapeva bene che era impossibile per me accettare le sue offerte, finché avessi nei suoi confronti i sentimenti negativi che provavo; lui stesso aveva evitato di dare spiegazioni. Così, agendo senza giustificarsi, rendeva inutili i suoi sforzi: quindi non era davvero generoso.
Se avesse supposto che in tale stato accettassi le sue cure, avrebbe quindi considerato me un individuo spregevole. Eppure era proprio per un uomo che riteneva spregevole che chiedeva con tanta insistenza una pensione dal re. Si può davvero pensare a qualcosa di più assurdo?
Ma che il signor Hume, seguendo sempre il suo piano, si sia detto: “Ecco il momento dell’esecuzione”; poiché, esortando Rousseau ad accettare la pensione, sarà costretto a farlo o a rifiutarla. Se la accetta, con le prove che ho in mano, lo umilierò completamente; se la rifiuta dopo averla accettata, non ci saranno più scuse: dovrà spiegare il motivo del suo rifiuto. Ed è proprio lì che lo aspetto: se mi accusa, sarà perso.
“Sì”, dico, “se il signor Hume ha ragionato in questo modo, allora ha agito in modo assolutamente coerente con la sua logica, e quindi anche molto naturale; esiste soltanto questa unica spiegazione per il suo comportamento in questa questione; altrimenti non potrebbe essere spiegato in alcun altro modo: se questo non viene dimostrato, nulla lo sarà mai”.
Lo stato critico in cui mi trovavo mi ricordava molto vividamente quelle quattro parole di cui avevo parlato in precedenza; le udii pronunciare e ripetere più volte durante quella notte, quando ancora non riuscivo a comprendere appieno il loro significato. Era la prima notte dopo la nostra partenza da Parigi. Dormivamo nella stessa stanza, e più volte durante la notte lo sentii esclamare in francese con estrema veemenza: “Lo tengo, J.J. Rousseau!”. Non so se fosse sveglio o addormentato. Quell’espressione era davvero notevole nelle labbra di un uomo che conosceva troppo bene il francese per potersi sbagliare riguardo alla forza e al significato delle parole. Tuttavia, non potevo fare a meno di interpretarle in senso positivo, anche se il tono era tutt’altro che incoraggiante; un tono del quale è impossibile dare una descrizione precisa, ma che corrispondeva perfettamente agli sguardi che mi lanciava. Ogni volta che le pronunciava, provavo un brivido di terrore, ma bastò poco perché riacquistassi il controllo di me stesso. Il giorno dopo tutto fu completamente dimenticato; non ci ho più pensato per tutta la durata del mio soggiorno a Londra e nelle zone circostanti. Me ne sono ricordato solo qui, dove molte cose mi hanno riportato a quelle parole, che, in un certo senso, continuano a ricordarmele in ogni momento.
Queste parole, il cui tono risuona ancora nel mio cuore come se fossero appena state pronunciate; quegli sguardi lunghi e minacciosi rivolti verso di me così spesso; quei lievi colpi sulla schiena accompagnati dalle parole del mio caro signore, in risposta al sospetto che fossi un traditore. Tutto ciò mi colpisce profondamente, soprattutto dopo quanto è accaduto; tanto che questi ricordi, anche se fossero gli unici, impedirebbero qualsiasi possibilità di ripristinare la fiducia. Non c’è una notte in cui queste parole, “Ti tengo, J.-J. Rousseau”, non risuonino ancora nelle mie orecchie, come se le sentissi pronunciare di nuovo.
Sì, signor Hume, so che mi tenete prigioniero; ma solo attraverso cose esterne a me: mi tenete prigioniero con l’opinione pubblica, con i giudizi degli uomini, con la mia reputazione, forse anche con la mia sicurezza. Tutti i pregiudizi sono a vostro favore: vi è facile far passare me per un mostro, come avete già iniziato a fare, e già vedo l’esultanza barbara dei miei implacabili nemici. Il pubblico, in generale, non mi mostrerà alcuna clemenza: senza alcun esame, è sempre favorevole a chi rende servigi, perché a tutti piace invitarli a farlo, dimostrando così di saperli apprezzare. Prevedo facilmente quale sarà la conseguenza di tutto ciò, soprattutto nel paese in cui mi avete portato: lì, senza amici e estraneo a tutti, sono quasi completamente alla vostra mercé. Tuttavia, le persone sensate comprenderanno che, lontano dall’aver cercato io stesso questa situazione, essa rappresenta senz’altro ciò di più terribile che potesse accadermi nella posizione in cui mi trovo; capiranno che solo il mio odio invincibile per ogni forma di falsità, e l’impossibilità di riservare stima a chi ha fatto sì che io la perdessi, possono avermi impedito di nascondere i miei sentimenti, quando tanti interessi personali mi spingevano a farlo. Ma le persone sensate sono poche, e non sono loro ad alimentare il clamore.
Oui, M. Hume, vous me tenez par tous les liens de cette vie ; mais vous ne me tenez ni par ma vertu ni par mon courage indépendant de vous et des hommes, et qui me restera tout entier malgré vous. Ne pensez pas m’effrayer par la crainte du sort qui m’attend. Je connais les jugements des hommes, je suis accoutumé à leur injustice, et j’ai appris à les peu redouter. Si votre parti est pris, comme j’ai tout lieu de le croire, soyez sûr que le mien ne l’est pas moins. Mon corps est affaibli, mais jamais mon âme ne fut plus ferme. Les hommes feront et diront ce qu’ils voudront, peu m’importe ; ce qui m’importe est d’achever, comme j’ai commencé, d’être droit et vrai jusqu’à la fin, quoiqu’il arrive, et de n’avoir pas plus à me reprocher une lâcheté dans mes misères, qu’une insolence dans ma prospérité. Quelque opprobre qui m’attende et quelque malheur qui me menace, je suis prêt. Quoique à plaindre, je le serai moins que vous, et je laisse pour toute vengeance le tourment de respecter, malgré vous, l’infortuné que vous accablez.
En achevant cette lettre, je suis surpris de la force que j’ai eue de l’écrire. Si l’on mourait de douleur, j’en serais mort à chaque ligne. Tout est également incompréhensible dans ce qui se passe. Une conduite pareille à la vôtre n’est pas dans la nature ; elle est contradictoire ; et cependant elle m’est démontrée. Abîme des deux côtés ! Je péris dans l’un ou dans l’autre. Je suis le plus malheureux des humains si VOUS êtes coupable ; j’en suis le plus vil, si vous êtes innocent. Vous me faites désirer d’être cet objet méprisable. Oui, l’état où. je me verrais, prosterné, foulé sous vos pieds, criant miséricorde et faisant tout pour l’obtenir, publiant à liante voix mon indignité, et rendant à vos vertus le plus éclatant hommage, serait pour mon coeur un état d’épanouissement et de joie après l’état d’étouffement et de mort où vous l’avez mis. Il ne me reste qu’un mot à vous dire. Si nous êtes coupable, ne m’écrivez plus ; cela serait inutile, et sûrement vous ne me tromperez pas. Si vous êtes innocent, daignez vous justifier. Je connais mon devoir, je l’aime et l’aimerai toujours, quelque rude qu’il puisse être. Il n’y a point d’abjection dont un coeur qui n’est pas né pour elle ne puisse revenir. Encore un coup, si vous êtes innocent, daignez vous justifier : si vous ne l’êtes pas, adieu pour jamais[915].
Lettre DCCVII – À Milord Maréchal
Le 20 juillet 1766.
La dernière lettre, Milord, que j’ai reçue de vous était du 25 mai. Depuis ce temps j’ai été forcé de déclarer mes sentiments à M. Hume : il a voulu une explication, il l’a eue ; j’ignore l’usage qu’il en fera. Quoi qu’il en soit, tout est dit désormais entre lui et moi. Je voudrais vous envoyer copie des lettres, mais c’est un livre pour la grosseur. Milord, le sentiment cruel que nous ne nous verrons plus charge mon coeur d’un poids insupportable ; je donnerais la moitié de mon sang pour vous voir un seul quart d’heure encore une fois en ma vie : vous savez combien ce quart d’heure me serait doux, mais vous ignorez combien il me serait important.
Après avoir bien réfléchi sur ma situation présente, je n’ai trouvé qu’un seul moyen possible de m’assurer quelque repos sur mes derniers jours ; c’est de me faire oublier des hommes aussi parfaitement que si je n’existais plus, si tant est qu’on puisse appeler existence un reste de végétation inutile à soi-même et aux autres, loin de tout ce qui nous est cher. En conséquence de cette résolution, j’ai pris celle de rompre toute correspondance hors les cas d’absolue nécessité. Je cesse désormais d’écrire et de répondre à qui que ce soit. Je ne fais que deux seules exceptions, dont l’une est pour M. du Peyrou ; je crois superflu de vous dire quelle est l’autre : désormais tout à l’amitié, n’existant plus que par elle, vous sentez que j’ai plus besoin que jamais d’avoir quelquefois de vos lettres.
Je suis très heureux d’avoir pris du goût pour la botanique : ce goût se change insensiblement en une passion d’enfant, ou plutôt en un radotage inutile et vain, car je n’apprends aujourd’hui qu’en oubliant ce que j’appris hier, mais n’importe : si je n’ai jamais le plaisir de savoir, j’aurai toujours celui d’apprendre, et c’est tout ce qu’il me faut. Vous ne sauriez croire combien l’étude des plantes jette d’agrément sur mes promenades solitaires. J’ai eu le bonheur de me conserver un coeur assez sain pour que les plus simples amusements lui suffisent, et j’empêche, en m’empaillant la tête, qu’il n’y reste place pour d’autres fatras.
L’occupation pour les jours de pluie, fréquents en ce pays, est d’écrire ma vie ; non ma vie extérieure comme les autres, mais ma vie réelle, celle de mon âme, l’histoire de mes sentiments les plus secrets. Je ferai ce que nul homme n’a fait avant moi, et ce que vraisemblablement nul autre ne fera dans la suite. Je dirai tout, le bien, le mal, tout enfin ; je me sens une âme qui se peut montrer. Je suis loin de cette époque chérie de 1762, mais j’y viendrai, je l’espère. Je recommencerai, du moins en idée, ces pèlerinages de Colombier, qui furent les jours les plus purs de ma vie. Que ne peuvent-ils recommencer encore, et recommencer sans cesse ! je ne demanderais point d’autre éternité.
M. du Peyrou me marque qu’il a reçu les trois cents louis. Ils viennent d’un bon père qui, non plus que celui dont il est l’image, n’attend pas que ses enfants lui demandent leur pain quotidien.
Je n’entends point ce que vous me dites d’une prétendue charge que les habitants de Derbyshire m’ont donnée. Il n’y a rien de pareil, je vous assure, et cela m’a tout l’air d’une plaisanterie que quelqu’un vous aura faite sur mon compte ; du reste, je suis très content du pays et des habitants, autant qu’on peut l’être à mon âge d’un climat et d’une manière de vivre auxquels ou n’est pas accoutumé. J’espérais que vous me parleriez un peu de votre maison et de votre jardin, ne fût-ce qu’en faveur de la botanique. Ah ! que ne suis-je à portée de ce bienheureux jardin, dût mon pauvre Sultan le fourrager un peu comme il fit celui de Colombier !
Lettre DCCIX – À M. Guy
[916]
Wootton, le 2 août 1766.
Je me serais bien passé, monsieur, d’apprendre les bruits obligeants qu’on répand à Paris sur mon compte, et vous auriez bien pu vous passer de vous joindre à ces cruels amis qui se plaisent à m’enfoncer vingt poignards dans le coeur. Le parti que j’ai pris de m’ensevelir dans cette solitude, sans entretenir plus aucune correspondance dans le monde, est l’effet de ma situation bien examinée. La ligue qui s’est formée contre moi est trop puissante, trop adroite, trop ardente, trop accréditée, pour que, dans ma position, sans autre appui que la vérité, je sois en état de lui faire face dans le public. Couper les têtes de celle hydre ne servirait qu’à les multiplier ; et je n’aurais pas détruit une de leurs calomnies, que vingt autres plus cruelles lui succéderaient à l’instant. Ce que j’ai à foire est de bien prendre mon parti sur les jugements du public, de me taire, et de tacher au moins de vivre et mourir en repos.
Je n’en suis pas moins reconnaissant pour ceux que l’intérêt qu’ils prennent à moi engage à m’instruire de ce qui se passe : en m’affligeant, ils m’obligent ; s’ils me font du mal, c’est en voulant me faire du bien. Ils croient que ma réputation dépend d’une lettre injurieuse, cela peut être ; mais, s’ils croient que mon honneur en dépend, ils se trompent. Si l’honneur d’un homme dépendait des injures qu’on lui dit, et des outrages qu’on lui fait, il y a longtemps qu’il ne me resterait plus d’honneur à perdre ; mais, au contraire, il est même au-dessous d’un honnête homme de repousser de certains outrages. On dit que M. Hume me traite de vile canaille et de scélérat. Si je savais répondre à de pareils noms, je m’en croirais digne.
Yes, Mr. Hume, you hold me bound by all the ties of this life; but you hold me neither by my virtue nor by my courage—which are independent of you and of mankind, and will remain entirely my own despite you. Do not think you can frighten me by threatening the fate that awaits me. I know what men’s judgments are; I am accustomed to their injustice, and I have learned to fear them little. If your side has already been chosen, as I have every reason to believe, be assured that mine has been chosen just as firmly. My body may be weakened, but my soul is more resolute than ever. Men may do and say whatever they wish; it matters little to me. What matters is to continue, as I began, to be upright and true to the end, no matter what happens—and to have nothing to regret, whether in adversity or in prosperity. Whatever disgrace awaits me or misfortune threatens me, I am ready for it. Though I may be worthy of pity, I shall suffer less than you. And for any vengeance I seek, I leave the torment of respecting, despite you, that unfortunate man whom you are crushing under your feet.
As I finish writing this letter, I am surprised by the strength I must have possessed to compose it. If one could die of pain, I would have died with every line I wrote. Everything that is happening remains utterly incomprehensible. Such behavior as yours goes against nature; it is contradictory—but yet it has been proven to me. An abyss on both sides. I am doomed to perish in one or the other. If you are guilty, I am the most miserable of humans; if you are innocent, I am the most wretched. You make me wish to become that despicable being. Yes, the state in which I would find myself—prostrated at your feet, begging for mercy, doing everything possible to obtain it, publicly exposing my own indignity, and yet paying the highest tribute to your virtues—would be a state of blossoming and joy for my heart, after the state of suffocation and death into which you have plunged it. There is only one thing left for me to say: if we are guilty, do not write to me anymore; it would be useless, and surely you would not deceive me. If you are innocent, please take the trouble to prove your innocence. I know my duty; I love it, and I will always love it, no matter how harsh it may be. There is no abjection from which a heart that was not born for it cannot recover. Once again: if you are innocent, please prove it; if you are not, then farewell forever[915].
Letter DCCVII – To My Lord Marshal
On July 20, 1766.
My last letter from you, Milord, was dated May 25th. Since then, I have been forced to express my feelings to Mr. Hume; he demanded an explanation, and he has received it; I know not what use he will make of it. In any case, everything between him and me is now said and done. I would like to send you copies of these letters, but they would fill a whole book. Milord, the cruel thought that we shall never meet again weighs heavily on my heart; I would give half of my blood just to see you for a quarter of an hour, one more time in my life: you know how sweet such a moment would be for me, but you do not realize how vital it is.
After carefully considering my current situation, I found only one possible way to ensure some peace for myself in these final days: to make myself completely forgotten by everyone, as if I no longer existed at all—unless one can even call existence a mere remnant of life that is useless to oneself and to others, far removed from everything that is truly precious to us. In light of this decision, I have resolved to cease all correspondence except in cases of absolute necessity. I will no longer write or respond to anyone. There are only two exceptions: one is for Mr. du Peyrou; I believe it is unnecessary to tell you what the other exception is. Now that my existence is entirely tied to friendship, and that I live solely for it, you can understand how much I need your letters more than ever.
I am very pleased that I have developed a taste for botany; this interest gradually transforms into a childlike passion—or rather, into a futile and meaningless preoccupation, for today I learn only by forgetting what I learned yesterday. But never mind: even if I never truly possess knowledge, I will always enjoy the process of learning itself, and that is all that matters to me. You would never imagine how much pleasure the study of plants adds to my solitary walks. I have been fortunate enough to maintain a sufficiently healthy heart that simple pleasures are enough to satisfy it; moreover, by engrossing myself in this pursuit, I ensure that there is no room left for any other distractions.
On rainy days, which are frequent in this country, my occupation is to write about my life—not my external life like others, but my true life, the life of my soul, the story of my most secret feelings. I will do what no man has done before me, and what probably no one else will ever do again. I will tell everything: the good, the bad, everything in short. I feel that my soul can be revealed. I am far from that beloved year of 1762, but I hope to reach it someday. At least in my imagination, I will repeat those days at Colombier, which were the purest days of my life. How I wish they could begin again, and continue forever! I would ask for no other eternity than that.
Mr. du Peyrou informs me that he has received the three hundred louis. They come from a kind father who, just like the one he resembles, does not wait for his children to ask him for their daily bread.
I cannot understand what you are telling me about some supposed task that the inhabitants of Derbyshire have assigned to me. I assure you, there is nothing of the sort; it must be some joke someone has played on you regarding me. Moreover, I am very pleased with the country and its people—especially for a man of my age, considering the climate and way of life to which I am not accustomed. I had hoped you might tell me something about your house and garden, at least out of interest in botany. Ah! How I wish I were near that delightful garden; perhaps my poor Sultan could rummage through it a bit, just as he did in Colombier’s garden.
Letter DCCIX – To Mr. Guy
[916]
Wootton, August 2, 1766.
Sir, I could very well do without learning about the malicious rumors being spread about me in Paris, and you could have easily avoided joining those cruel people who take pleasure in stabbing me in the heart twenty times over. My decision to isolate myself in solitude, without maintaining any correspondence with the outside world, is the result of a careful consideration of my situation. The alliance that has been formed against me is too powerful, too cunning, too determined, and too well-established for me, in my current position and with no other support than the truth, to be able to confront it openly. Cutting off the heads of that hydra would only serve to multiply them; and if I were to succeed in destroying one of their slanderous accusations, twenty more even more cruel ones would take its place immediately. What I must do is to make the right choice regarding public opinion, to remain silent, and at least try to live and die in peace.
Nevertheless, I am grateful to those whose interest in my well-being motivates them to inform me about what is happening: by causing me distress, they are actually obliging me; if they hurt me, it is out of a desire to do me good. They believe that my reputation depends on an insulting letter—perhaps it does—but if they think my honor depends on it, they are mistaken. If a man’s honor were determined by the insults he receives and the indignities inflicted upon him, I would have long since lost any honor left to lose; on the contrary, it would be beneath an honest man to reject certain kinds of insult. It is said that Mr. Hume calls me a vile scoundrel and a rascal. If I knew how to respond to such accusations, I would consider myself worthy of them.
Sì, signor Hume, voi mi tenete legato con tutti i vincoli di questa vita; ma non mi tenete né per la mia virtù né per il mio coraggio, che sono indipendenti da voi e dagli uomini, e che mi rimarranno intatti nonostante voi. Non pensate di spaventarmi con la paura del destino che mi aspetta: conosco i giudizi degli uomini, sono abituato alla loro ingiustizia e ho imparato a temerli poco. Se il vostro partito è già deciso, come ho tutte le ragioni di credere, sappiate che il mio lo è altrettanto. Il mio corpo è debole, ma la mia anima non è mai stata più ferma. Gli uomini faranno e diranno ciò che vorranno; a me poco importa. Quello che conta per me è portare a termine, come ho iniziato, di essere retto e sincero fino alla fine, qualunque cosa accada, e di non dovermi rimproverare mai una codardia nelle mie sfortune, né un’arroganza nella mia prosperità. Qualsiasi disonore mi attenda o qualsiasi sventura mi minacci, sono pronto ad affrontarli. Anche se devo soffrire, soffrirò meno di voi; e lascio a voi la vendetta, il tormento di dover rispettare, nonostante voi, l’infortunato che state opprimendo.
Mentre termino questa lettera, sono sorpreso dalla forza che ho dimostrato nel scriverla. Se morire fosse possibile a causa del dolore, sarei morto a ogni riga che scrivevo. Tutto ciò che sta accadendo è altrettanto incomprensibile. Un comportamento come il vostro non rientra nella natura umana; è contraddittorio. Eppure mi è stato dimostrato con chiarezza. Abisso da entrambi i lati. Morirò in un modo o nell’altro. Sono l’uomo più sfortunato se voi siete colpevole; sono il più spregevole se siete innocente. Voi mi fate desiderare di diventare quell’oggetto disprezzabile. Sì, lo stato in cui mi troverei: prostrato ai vostri piedi, che chiederei pietà e farei di tutto per ottenerla, rivelando ad alta voce la mia indignità e rendendo omaggio alle vostre virtù, sarebbe, per il mio cuore, uno stato di felicità e gioia, dopo lo stato di soffocamento e morte in cui mi avete gettato. Non mi resta che dirvi una cosa: se siamo colpevoli, non scrivetemi più. Sarebbe inutile. E sicuramente non mi ingannereste. Se siete innocenti, vi prego di difendervi. Conosco il mio dovere. Lo amo. E lo amerò sempre, per quanto possa essere duro. Non esiste alcuna abiezione da cui un cuore che non è nato per essa non possa riprendersi. Ancora una volta: se siete innocenti, vi prego di difendervi. Se non lo siete, addio per sempre[915].
Lettera DCCVII – A Sua Signoria il Maresciallo
Il 20 luglio 1766.
L’ultima lettera che ho ricevuto da voi, Milord, risale al 25 maggio. Da allora sono stato costretto a esprimere i miei sentimenti a Monsieur Hume: ha voluto una spiegazione e l’ha avuta; ignoro però quale ne sarà l’utilizzo. Comunque sia, ormai tutto è stato detto tra lui e me. Vorrei inviarvi delle copie delle lettere, ma il loro numero è troppo elevato. Milord, il pensiero crudele di non vedervi più opprime il mio cuore con un peso insopportabile; darei metà del mio sangue per potervi rivedere anche solo per un quarto d’ora, una volta nella mia vita. Sapete quanto sarebbe dolce per me quel quarto d’ora, ma non immaginate quanto sia importante.
Dopo aver riflettuto attentamente sulla mia situazione attuale, non ho trovato che un solo modo possibile per assicurarmi un po’ di riposo nei miei ultimi giorni: far sì che gli uomini mi dimentichino completamente, come se non esistessi più. A meno che si possa definire “esistenza” quel residuo di vita inutile, né per me né per gli altri, lontano da tutto ciò che ci è caro. Di conseguenza, ho deciso di interrompere ogni corrispondenza, salvo nei casi di assoluta necessità. Smetto ora di scrivere e di rispondere a chiunque. Faccio soltanto due eccezioni: una riguarda il signor du Peyrou; credo sia inutile dirvi quale sia l’altra. Ora che esisto soltanto per l’amore, capite bene che ho più che mai bisogno, di tanto in tanto, delle vostre lettere.
Sono molto felice di aver sviluppato un interesse per la botanica: questo interesse si trasforma gradualmente in una passione infantile, o meglio, in un’occupazione inutile e vana, poiché oggi imparo soltanto dimenticando ciò che ho appreso ieri. Ma non importa: anche se non avrò mai il piacere di conoscere tutto, avrò sempre quello di imparare. E questo è tutto ciò di cui ho bisogno. Non potreste immaginare quanto lo studio delle piante renda più piacevoli le mie passeggiate solitarie. Ho avuto la fortuna di conservare un cuore abbastanza sano, così che gli svaghi più semplici siano sufficienti a renderlo felice. E impedisco, impegnando la mia mente in questo studio, che vi sia spazio per altre sciocchezze.
L’occupazione nei giorni di pioggia, frequenti in questo paese, è scrivere la mia vita; non la mia vita esteriore come fanno gli altri, ma la mia vita reale, quella dell’anima mia, la storia dei miei sentimenti più segreti. Farò ciò che nessun altro uomo ha mai fatto prima di me, e probabilmente nessuno farà mai dopo di me. Dirò tutto: il bene, il male. Tutto, insomma. Sento di avere un’anima che può essere mostrata agli altri. Sono lontano da quell’epoca meravigliosa del 1762, ma spero di raggiungerla. Riprenderò, almeno in pensiero, quei giorni di purezza vissuti a Colombier. Che possano ripetersi ancora, e continuare all’infinito! Non chiederei nessun’altra eternità.
Il signor du Peyrou mi fa sapere di aver ricevuto i trecento luigi. Provengono da un buon padre che, proprio come colui che lui rappresenta, non aspetta che i suoi figli gli chiedano il pane quotidiano.
Non capisco affatto ciò che mi dite riguardo a una presunta responsabilità che gli abitanti del Derbyshire mi avrebbero affidato. Vi assicuro che non c’è nulla di simile; sembra piuttosto uno scherzo che qualcuno vi ha fatto a mio riguardo. Del resto, sono molto soddisfatto del paese e degli abitanti, tanto quanto si possa esserlo, alla mia età, per un clima e un modo di vivere a cui non si è abituati. Speravo che mi parlaste un po’ della vostra casa e del vostro giardino, anche solo per motivi legati alla botanica. Ah! Se solo fossi vicino a quel meraviglioso giardino. Forse il mio povero Sultan lo curerebbe un po’, proprio come fece quello di Colombier.
Lettera DCCIX – A Monsieur Guy
[916]
Wootton, 2 agosto 1766.
Signore, avrei preferito non venire a conoscenza di quelle calunnie che vengono diffuse su di me a Parigi; e voi avreste potuto benissimo astenervi dal unirvi a quegli crudeli individui che si divertono a infliggermi dolore. La decisione che ho preso di ritirarmi in solitudine, senza più mantenere alcuna corrispondenza con il mondo esterno, deriva da una attenta valutazione della mia situazione. La lega formata contro di me è troppo potente, troppo abile, troppo determinata e troppo influente, per permettermi, nella mia condizione attuale e senza alcun altro sostegno se non la verità, di affrontarla apertamente. Tagliare le teste di quell’idra non farebbe altro che farne crescere altre; e distruggendo una sola delle loro calunnie, ne seguirebbero immediatamente altre venti, ancora più crudeli. Quello che devo fare è semplicemente prendere atto dei giudizi del pubblico, tacere e cercare almeno di vivere e morire in pace.
Nonostante ciò, sono grato a coloro che, preoccupandosi per me, mi spingono ad informarmi su quanto accade: angosciandomi, mi fanno del bene; se mi fanno del male, è perché vogliono il mio bene. Credono che la mia reputazione dipenda da una lettera offensiva. Forse è vero; ma se pensano che il mio onore ne dipenda, si sbagliano. Se l’onore di un uomo dipendesse dalle ingiurie e dagli insulti che riceve, da tempo non mi resterebbe più onore da perdere. Al contrario, rifiutare certi insulti è addirittura qualcosa che un uomo onesto dovrebbe fare. Si dice che il signor Hume mi definisca una vile canaglia e uno scellerato. Se sapessi come rispondere a simili accuse, crederei di meritarle.
Montrez cette lettre à mes amis, et priez-les de se tranquilliser. Ceux qui ne jugent que sur des preuves ne me condamneront certainement pas, et ceux qui jugent sans preuves ne valent pas la peine qu’on les désabuse. M. Hume écrit, dit-on, qu’il veut publier toutes les pièces relatives à cette affaire ; c’est, j’en réponds, ce qu’il se gardera de faire, ou ce qu’il se gardera bien au moins de faire fidèlement. Que ceux qui seront au fait nous jugent, je le désire ; que ceux qui ne sauront que ce que M. Hume voudra leur dire ne laissent pas de nous juger ; cela m’est, je vous jure, très indifférent. J’ai un défenseur dont les opérations sont lentes, mais sûres : je les attends.
Je me bornerai à vous présenter une seule réflexion. Il s’agit, monsieur, de deux hommes dont l’un a été amené par l’autre en Angleterre presque malgré lui : l’étranger, ignorant la langue du pays, ne pouvant parler ni entendre, seul, sans amis, sans appui, sans connaissances, sans savoir même à qui confier une lettre en sûreté, livré sans réserve à l’autre et aux siens, malade, retiré et ne voyant personne, écrivant peu, est allé s’enfermer dans le fond d’une retraite ou il herborise pour toute occupation : le Breton, homme actif, liant, intrigant, au milieu de son pays, de ses amis, de ses parents, de ses patrons, de ses patriotes, en grand crédit à la cour, à la ville, répandu dans le plus grand monde, à la tête des gens de lettres, disposant des papiers publics, en grande relation chez l’étranger, surtout avec les plus mortels ennemis du premier. Dans cette position, il se trouve que l’un des deux a tendu des pièges à l’autre. Le Breton crie que c’est cette vile canaille, ce scélérat d’étranger qui lui en tend : l’étranger, seul, malade, abandonné, gémit et ne répond rien. Là-dessus le voilà jugé, et il demeure clair qu’il s’est laissé mener dans le pays de l’autre, qu’il s’est mis à sa merci, tout exprès pour lui faire pièce et pour conspirer contre lui. Que pensez-vous de ce jugement ? Si j’avais été capable de former un projet aussi monstrueusement extravagant, où est l’homme ayant quelque sens, quelque humanité, qui ne devrait pas dire : Vous faites tort à ce pauvre misérable ; il est trop fou pour pouvoir être un scélérat : plaignez-le, saignez-le ; mais ne l’injuriez pas ? J’ajouterai que le ton seul que prend M. Hume devrait décréditer ce qu’il dit : ce ton si brutal, si bas, si indigne d’un homme qui se respecte, marque assez que lame qui l’a dicté n’est pas saine ; il n’annonce pas un langage digne de foi. Je suis étonné, je l’avoue, comment ce ton seul n’a pas excité l’indignation publique. C’est qu’à Paris c’est toujours celui qui crie le plus fort qui a raison. À ce combat-là je n’emporterai jamais la victoire, et je ne la disputerai pas.
Voici, monsieur, le fait en peu de mots. Il m’est prouvé que M. Hume, lié avec mes plus cruels ennemis, d’accord à Londres avec des gens qui se montrent, et à Paris avec tel qui ne se montre pas, m’a attiré dans son pays, en apparence pour m’y servir avec la plus grande ostentation, et en effet pour m’y diffamer avec la plus grande adresse ; à quoi il a très bien réussi. Je m’en suis plaint : il a voulu savoir mes raisons, je les lui ai écrites dans le plus grand détail ; si on les demande, il peut les dire ; quant à moi, je n’ai rien à dire du tout.
Plus je pense à la publication promise par M. Hume, moins je puis concevoir qu’il l’exécute. S’il l’ose faire, à moins d’énormes falsifications, je prédis hardiment que, malgré son extrême adresse et celle de ses amis, sans même que je m’en mêle, M. Hume est un homme démasqué.
Lettre DCCXI – À Madame la marquise de Verdelin
[917]
Wootton, août 1766.
J’ai attendu, madame, votre retour à Paris pour vous répondre, parce qu’il y a, pour écrire des provinces d’Angleterre dans les provinces de France, des embarras que j’aurais peine à lever d’ici.
Vous me demandez quels sont mes griefs contre M. Hume. Des griefs ! non, madame, ce n’est pas le mot : ce mot propre n’existe pas dans la langue française, et j’espère, pour l’honneur de l’humanité, qu’il n’existe dans aucune langue.
M. Hume a promis de publier toutes les pièces relatives à cette affaire : s’il tient parole, vous verrez, dans la lettre que je lui ai écrite le 10 juillet, les détails que vous demandez, du moins assez pour que le reste soit superflu. D’ailleurs, vous voyez sa conduite publique depuis ma dernière lettre ; elle parle assez clair, ce me semble, pour que je n’aie plus besoin de rien dire.
Je vous dois cependant, madame, d’examiner ce que vous m’alléguez à ce sujet.
Que la fausse lettre du roi de Prusse soit de M. d’Alembert, ami de M. Hume, ou de M. Walpole, ami de M. Hume, ce n’est pas, au fond, de cela qu’il s’agit ; c’est de savoir, quel que soit l’auteur de la lettre, si M. Hume en est complice. Vous voulez que madame du Deffand ait travaillé à cette lettre ; à la bonne heure : mais deux autres écrits, mis successivement dans les mêmes papiers, et de la même main, ne sont sûrement pas de celle d’une femme ; et quant à M. Walpole, tout ce que je puis dire est qu’il faut assurément que je me connaisse mal en style pour avoir pu prendre le français d’un Anglais pour le français de M. d’Alembert.
Votre objection, tirée du caractère connu de M. Hume, est très forte, et m’étonnera toujours : il n’a pas fallu moins que ce que j’ai vu et senti d’opposé pour le croire. Tout ce que je peux conclure de cette contradiction est qu’apparemment M. Hume n’a jamais haï que moi seul ; mais aussi quelle haine, quel art profond à la cacher et à l’assouvir ! le même coeur pourrait-il suffire à deux passions pareilles ?
On vous marque que j’ai voué à M. Hume une haine implacable, parce qu’il veut me déshonora en me forçant d’accepter des bienfaits. Savez-vous bien, madame, ce que Milord Maréchal, à qui nous me renvoyez, eût fait si ou lui eût dit pareille chose ? il eût répondu que cela n’était pas rai, et n’eût pas même daigné m’en parler.
Tout ce que vous ajoutez sur l’honneur que m’eût fait une pension du roi d’Angleterre est très juste, il est seulement étonnant que vous ayez cru avoir besoin de me dire ces choses-là. Pour vous prouver, madame, que je pense exactement comme vous sur cet article, je vous envoie ci-jointe la copie d’une lettre que j’écrivis, il y a trois mois, à M. le général Conway, et dans laquelle j’étais même fort embarrassé, sentant déjà les trahisons de M. Hume, et ne voulant cependant pas le nommer. Il ne s’agit pas de savoir si cette pension m’eût été honorable, mais si elle l’était assez pour que je dusse l’accepter à tout prix, même à celui de l’infamie.
Quand vous me demandez quel est le sujet qui ose solliciter son maître pour un homme qu’il veut avilir, vous ne voyez pas qu’il faisait de cette sollicitation son grand moyen pour m’accuser bientôt de la plus noire ingratitude. Si M. Hume eût travaillé publiquement à m’avilir lui-même, vous auriez raison ; mais il ne faut pas supposer qu’il exécutait avec bêtise un projet si profondément médité : cette objection serait bonne encore, si, connu depuis longtemps de M. Hume, j’avais été inconnu du roi d’Angleterre et de sa cour ; mais votre lettre même dit le contraire : cette affaire ne pouvait tourner, comme elle a fait, qu’à l’avantage de M. Hume. Toute la cour d’Angleterre dit maintenant : Ce pauvre homme ! il croit que tout le monde lui ressemble ; nous y avons été trompés comme lui.
Dans le plan qu’il s’était fait, et qu’il a si pleinement exécuté, de paraître me servir en public avec la plus grande ostentation, et de me diffamer ensuite avec la plus grande adresse, il devait écrire et parler honorablement de moi. Vouliez-vous qu’il allât dire du mal d’un homme pour lequel il affectait tant d’amitié ? c’eût été se contredire, et jouer très mal son jeu ; il voulait paraître avoir été pleinement ma dupe ; il préparait l’objection que vous me faites aujourd’hui.
Show this letter to my friends and ask them to calm down. Those who judge solely on evidence certainly will not condemn me, and those who judge without evidence are not worth the effort of being dissuaded. It is said that Mr. Hume intends to publish all the documents related to this affair; I assure you that he will refrain from doing so, or at least he will not do so faithfully. Let those who are in the know judge us, if they wish; let those who only know what Mr. Hume chooses to tell them also judge us—if you please. I swear, it is entirely indifferent to me. I have a defender whose methods are slow but sure; I am waiting for them.
I will limit myself to presenting you with just one reflection. It concerns two men: one of them was brought to England by the other almost against his will—the foreigner, ignorant of the local language, unable to speak or hear, alone, without friends, support, knowledge, or even someone safe to whom he could confide a letter; completely at the mercy of the other and his associates. Ill, isolated, and seeing no one, writing very little, he confined himself to wandering in the countryside, where collecting herbs became his only occupation. The Breton, on the other hand, was an active, sociable, scheming man, well-connected within his own country, among his friends, family, patrons, and patriots; highly respected at court and in the city, he had extensive connections abroad, especially with those who were the enemy of the first man. In such a situation, it turned out that one of them had set traps for the other. The Breton claimed it was this despicable foreigner who had plotted against him; the foreigner, alone, sick, abandoned, could only moan in silence. And yet, based on this, he was judged guilty—clearly, he had willingly gone into the other man’s territory, placed himself at his mercy, all in order to betray and conspire against him. What do you think of this judgment? If I were capable of devising such a monstrously absurd plan, wouldn’t any reasonable, humane person say: “You are wronging this poor wretch—he’s too foolish to be a scoundrel; pity him, treat him kindly, but don’t insult him?” Moreover, the very tone Mr. Hume uses in expressing his views should suffice to discredit them: that brutal, vulgar tone, utterly unworthy of a respectable man, clearly indicates that the thoughts behind it are not sound. I’m amazed, frankly, that such a tone hasn’t provoked public outrage. In Paris, after all, it’s always those who shout the loudest who are considered right. In such a battle, I would never win—and I wouldn’t even try to.
Here, sir, is the facts in a few words. It has been proven to me that Mr. Hume, in collusion with my most cruel enemies—agreeing with certain people in London and with another person in Paris who does not openly admit it—lured me to his country, ostensibly in order to use me in the most ostentatious manner, but in reality in order to slander me with the greatest cunning; and he was very successful in doing so. I complained about it; he wanted to know my reasons, so I wrote them down in great detail for him; if anyone asks, he can tell them; as for me, I have nothing further to say.
The more I think about the publication promised by Mr. Hume, the less likely it seems to me that he will actually carry it out. If he dares to do so, unless there are enormous falsifications involved, I boldly predict that, despite his own and his friends’ great skillfulness, even without my getting involved at all, Mr. Hume will be exposed.
Letter DCCXI – To Madame la Marquise de Verdelin
[917]
Wootton, August 1766.
Madam, I waited for your return to Paris before responding to you, because there are certain difficulties involved in describing the provinces of England in terms of the provinces of France—difficulties that I would find hard to overcome from where I am.
You ask me what my grievances against Mr. Hume are. Grievances! No, madam, that is not the right word; such a precise term does not exist in the French language, and I hope, for the honor of humanity, that it does not exist in any language at all.
Mr. Hume has promised to publish all the documents related to this matter: if he keeps his word, you will find in the letter I wrote to him on July 10th all the details you request—at least enough so that anything else would be superfluous. Moreover, you can see his public behavior since my last letter; it seems to me to speak quite clearly, so that I have no need to say anything further.
However, madam, I owe it to you to examine what you are accusing me of in this regard.
Whether the false letter from the King of Prussia was written by Mr. d’Alembert, a friend of Mr. Hume, or by Mr. Walpole, another friend of Mr. Hume, is not really the question at hand; what matters is to determine whether, regardless of the author, Mr. Hume was complicit in it. You claim that Madame du Deffand had something to do with this letter; well and good—but two other documents, placed successively in the same papers and written by the same hand, are certainly not the work of a woman. As for Mr. Walpole, all I can say is that I must surely be very ignorant of style to have mistaken the French of an Englishman for the French of Mr. d’Alembert.
Your objection, drawn from Mr. Hume’s well-known character, is very strong and will always surprise me: it took nothing less than what I have seen and felt myself to believe such a thing about him. All I can conclude from this contradiction is that apparently Mr. Hume never hated anyone but me alone; yet what hatred, what profound skill he must have had to hide and suppress it! Could the same heart be capable of harboring two such opposite passions?
I would like to make it clear that I hold an implacable hatred toward Mr. Hume, because he seeks to dishonor me by forcing me to accept his favors. Do you truly understand, madam, what Lord Marshall would have done if I had spoken such a thing to him? He would have replied that it was impossible and would not even deign to discuss it with me.
Everything you say about the honor that a pension from the King of England would have brought me is quite true; it’s merely surprising that you felt the need to mention these things to me. To prove to you, madam, that I share your views on this matter entirely, I am enclosing a copy of a letter I wrote three months ago to General Conway. In that letter, I was even somewhat embarrassed, for I already sensed Mr. Hume’s treachery yet did not wish to name him directly. The question is not whether such a pension would have been honorable for me, but whether it was honorable enough for me to accept it at any cost—even if that meant infamy.
When you ask me what subject would dare to approach its master on behalf of a man it seeks to humiliate, you fail to see that such an approach was in fact its chief means of soon accusing me of the most heinous ingratitude. Had Mr. Hume openly sought to bring me into disrepute himself, you might have been right; but one must not assume that he foolishly carried out a plan that had been so carefully devised. This objection would still hold if I, having long been known to Mr. Hume, had been unknown to the King of England and his court; but your very letter proves the opposite: this matter could only have turned out in Mr. Hume’s favor. Now, the entire court of England says, “That poor man! He thinks everyone is just like him; we too were deceived by him.”
In the plan he had devised and carried out so thoroughly—namely, to appear to serve me in public with the greatest ostentation, and then to slander me with the utmost skill—he was supposed to write and speak well of me. Would you have wanted him to speak ill of a man for whom he pretended such friendship? That would have been self-contradictory and a complete failure on his part. He wanted to give the impression that he had been completely deceived by me; in fact, he was preparing the very argument you are bringing up against me today.
Mostriate questa lettera ai miei amici e pregateli di tranquillizzarsi. Coloro che giudicano solo in base a prove sicuramente non mi condanneranno, mentre coloro che giudicano senza prove non meritano nemmeno che si cerchi di farli cambiare idea. Si dice che il signor Hume intenda pubblicare tutte le carte relative a questa questione; vi assicuro che non lo farà, o almeno non lo farà fedelmente. Che coloro che sono a conoscenza della verità ci giudichino pure; che coloro che sanno solo ciò che il signor Hume vorrà dir loro continuino comunque a giudicarci. Vi giuro che per me è del tutto indifferente. Ho un difensore le cui azioni sono lente, ma sicure: le aspetto con fiducia.
Mi limiterò a presentarvi un’unica riflessione. Si tratta, signore, di due uomini: uno è stato portato dall’altro in Inghilterra quasi contro la sua volontà: lo straniero, ignaro della lingua del paese, incapace di parlare o di comprendere, solo, senza amici, senza appoggi, senza conoscenze, persino senza sapere a chi affidare una lettera in modo sicuro, completamente alla mercé dell’altro e dei suoi complici, malato, isolato e senza incontrare nessuno, che scriveva poco, si è ritirato in un luogo remoto dove la sua unica attività era raccogliere erbe; il bretone, invece, un uomo attivo, socievole, intraprendente, nel mezzo del suo paese, tra amici, parenti, datori di lavoro e patrioti, molto stimato alla corte e in città, con molti contatti anche all’estero, soprattutto con i peggiori nemici dello straniero. In questa situazione, uno dei due ha tenduto trappole all’altro: il bretone sostiene che sia stato quel vile traditore, quel malvagio straniero a tendergli le insidie; lo straniero, da solo, malato e abbandonato, si limita a lamentarsi senza rispondere. E così viene giudicato. Ed è evidente che si è lasciato condurre nel paese dell’altro, mettendosi volontariamente alla sua mercé, esclusivamente per tendergli un’imboscata e complottare contro di lui. Che ne pensate di questo giudizio? Se fossi stato in grado di concepire un piano così mostruosamente assurdo. Dove sarebbe l’uomo che abbia un minimo di senso, di umanità, che non direbbe: “Vi state comportando ingiustamente con quel povero disgraziato; è troppo folle per poter essere davvero un malvagio. Pregiatelo, aiutatelo, ma non insultatelo!” Aggiungerei anche che lo stesso tono con cui il signor Hume esprime le sue opinioni dovrebbe bastare a screditarle: quel tono così brutale, così volgare, così indegno di un uomo che si rispetti, dimostra chiaramente che la persona che gli ha suggerito quelle parole non è affidabile. Non capisco proprio come questo tono non abbia suscitato l’indignazione pubblica. A Parigi, infatti, è sempre colui che grida più forte ad avere ragione. In questa “battaglia”, io non otterrò mai la vittoria. E non cercherò nemmeno di lottarla.
Ecco, signore, in poche parole la verità dei fatti. Mi è stato dimostrato che il signor Hume, legato ai miei più crudeli nemici, d’accordo a Londra con persone che si mostrano apertamente ostili, e a Parigi con qualcuno che invece non lo fa, mi ha attirato nel suo paese, apparentemente per servirmi con la massima ostentazione, ma in realtà per diffamarmi con la massima abilità; e ci è riuscito molto bene. Mi sono lamentato: lui ha voluto conoscere le mie ragioni; gli ho scritto tutto nei minimi dettagli; se qualcuno le chiedesse, potrebbe raccontarle; quanto a me, non ho nulla da dire.
Più penso alla pubblicazione promessa da Monsieur Hume, meno riesco a credere che la realizzerà davvero. Se osa farlo, a meno di enormi falsifiche, predico con sicurezza che, nonostante l’estrema abilità sua e dei suoi amici, e senza nemmeno che io intervenga, Monsieur Hume verrà smascherato.
Lettera DCCXI – Alla signora marchesa di Verdelin
[917]
Wootton, agosto 1766.
Ho atteso, signora, il vostro ritorno a Parigi per rispondervi, perché scrivere delle descrizioni delle province dell’Inghilterra in termini che si adattino alle province della Francia presenta delle difficoltà che mi sarebbe difficile superare da qui.
Mi chiedete quali siano i miei rimproveri contro il signor Hume. Rimproveri! No, signora, non è la parola giusta: questa parola specifica non esiste nella lingua francese, e spero, per l’onore dell’umanità, che non esista in nessuna lingua.
Il signor Hume ha promesso di pubblicare tutte le carte relative a questa questione: se mantiene la sua parola, troverete nella lettera che gli ho scritto il 10 luglio i dettagli che chiedete, almeno quelli sufficienti perché il resto risulti superfluo. Inoltre, potete vedere il suo comportamento pubblico da quando vi ho scritto l’ultima volta; a mio parere, è abbastanza chiaro da non richiedere ulteriori spiegazioni da parte mia.
Tuttavia, signora, devo esaminare ciò che mi avete riferito in merito.
Che la falsa lettera del re di Prussia sia stata scritta da Monsieur d’Alembert, amico di Monsieur Hume, o da Monsieur Walpole, anch’egli amico di Monsieur Hume, in realtà non è questo il punto fondamentale; ciò che conta davvero è capire, indipendentemente dall’autore della lettera, se Monsieur Hume ne sia stato complice. Voi volete che Madame du Deffand abbia contribuito alla stesura di questa lettera; bene, ma due altri scritti, inseriti successivamente negli stessi documenti e scritti dalla stessa mano, sicuramente non possono essere attribuiti a una donna; quanto a Monsieur Walpole, tutto ciò che posso dire è che devo certamente conoscere molto poco lo stile letterario per aver potuto confondere il francese di un inglese con quello di Monsieur d’Alembert.
La vostra obiezione, basata sul carattere noto di Monsieur Hume, è molto valida e continuerà sempre a sorprendermi: non è servita meno della quantità di opposizione che ho visto e provato per poterla credere. Tutto ciò che posso concludere da questa contraddizione è che, apparentemente, Monsieur Hume ha odiato soltanto me; ma quale odio, quale profonda abilità nel nasconderlo e nel sopprimerlo! Lo stesso cuore potrebbe davvero essere sufficiente per due passioni del genere?
Vi faccio notare che ho giurato un odio implacabile verso il signor Hume, perché vuole disonorarmi costringendomi ad accettare dei benefici. Sapete bene, signora, cosa avrebbe fatto il Milord Maresciallo, a cui mi state rimandando, se gli fosse stata detta una cosa del genere? Avrebbe risposto che non era possibile e non si sarebbe nemmeno degnato di parlarne con me.
Tutto ciò che dite riguardo all’onore che una pensione da parte del re d’Inghilterra mi avrebbe portato è assolutamente vero; è solo sorprendente che abbiate ritenuto necessario comunicarmelo. Per dimostrarvi, signora, che la mia opinione su questo argomento è esattamente la stessa della vostra, vi invio di seguito una copia di una lettera che scrissi tre mesi fa al generale Conway: in quella lettera mi trovavo addirittura in una situazione molto imbarazzante, poiché già intuivo le tradizioni di M. Hume, ma non volevo nominarlo apertamente. Non si tratta di stabilire se tale pensione sarebbe stata onorevole per me, ma se lo fosse abbastanza da costringermi ad accettarla a tutti i costi, anche a quello dell’infamia.
Quando mi chiedete quale sia lo scopo per cui qualcuno osa rivolgersi al proprio padrone per chiedere un favore riguardo a una persona che vuole umiliare, non vi rendete conto che tale richiesta rappresentava in realtà il suo principale mezzo per accusarmi presto di la più grave ingratitudine. Se il signor Hume avesse lavorato apertamente per umiliare me stesso, avreste ragione; ma non si può supporre che abbia attuato così stupidamente un piano così attentamente meditato: questa obiezione sarebbe valida solo se, pur essendo da tempo conosciuto dal signor Hume, io fossi stato sconosciuto al re d’Inghilterra e alla sua corte; ma proprio la vostra lettera dimostra il contrario: questa faccenda non poteva che rivelarsi vantaggiosa per il signor Hume. Ora tutta la corte d’Inghilterra dice: “Poveruomo. Crede che tutti gli altri siano come lui; anche noi siamo stati ingannati, proprio come lui”.
Nel piano che si era prefisso, e che ha attuato appieno, di apparire pubblicamente come se mi servisse con la massima ostentazione per poi diffamarmi con la massima abilità, doveva scrivere e parlare bene di me. Volevate forse che andasse a dire male di un uomo per il quale fingeva tanto affetto? Sarebbe stato contraddire se stesso e giocare molto male la sua parte; voleva sembrare essere stato completamente ingannato da me; stava preparando proprio l’obiezione che mi state facendo oggi.
Vous me renvoyez, sur ce que vous appelez mes griefs, à Milord Maréchal, pour en juger : Milord Maréchal est trop sage pour vouloir, d’où il est, voir mieux que moi ce qui se passe où je suis ; et quand un homme, entre quatre yeux, m’enfonce à coups redoublés un poignard dans le sein, je n’ai pas besoin, pour savoir s’il m’a touché, de l’aller demander à d’autres.
Finissons pour jamais sur ce sujet, je vous supplie. Je vous avoue, madame, toute ma faiblesse : si je savais que M. Hume ne fût pas démasqué avant sa mort, j’aurais peine à croire encore à la Providence.
Je me fais quoique scrupule de mêler dans une même lettre des sujets si disparates ; mais cette atteinte de goutte que vous avez sentie, mais les incommodités de vos enfants, ne me permettent pas de vous rien dire ici d’eux et de vous. Quant à la goutte, il n’est pas naturel qu’elle vous maltraite beaucoup à votre âge, et j’espère que vous en serez quitte pour un ressentiment passager ; mais je n’envisage pas de même cette humeur scrofuleuse, qui paraît avoir été transmise à vos enfants par leur père ; l’âge pubère les guérira, comme je l’espère, ou rien ne les guérira ; et, dans ce dernier cas, je vois une raison de plus de combler les voeux d’un honnête homme qui a toute votre estime, et qui mérite tout votre attachement. Vos filles, malgré leur mérite, leur naissance et leur bien, se marieront peut-être avec peine, et peut-être aurez-vous vous-même quelque scrupule de les marier. Ah ! madame, les races de gens de bien sont si rares sur la terré ! voulez-vous en laisser éteindre une ? À la place des simples et vrais sentiments de la nature, qu’on étouffe, on a fourré dans la société je ne sais quels raffinements de délicatesse que je ne saurais souffrir. Croyez-moi, croyez-en votre ami, et l’ami de toutes choses honnêtes, mariez-vous, puisque votre âge et votre coeur le demande. L’intérêt même de vos filles ne s’y oppose pas. Vos enfants des deux parts auront les biens de leur père, et ils auront de plus les uns dans les autres un appui que vous rendrez lies -solide par l’attachement mutuel que vous leur saurez inspirer. Mon intérêt aussi se mêle à ce conseil, je vous l’avoue ; je sens et j’ai grand besoin de sentir qu’on n’est pas tout-à-fait misérable quand on a des amis heureux[918]. Soyez-le l’un et l’autre, et l’un par l’autre ; qu’au milieu des afflictions qui m’accablent j’aie la consolation de savoir que j’ai deux amis unis et fidèles, qui parlent quelquefois avec attendrissement de mes misères ; elles m’en seront moins rudes à supporter. J’aime à envisager comme faite une chose qui doit se faire. Permettez-moi de vous conseiller, lorsque vous serez dans votre nouveau ménage, de bien choisir ceux à qui vous accorderez l’entrée de votre maison : qu’elle ne soit pas ouverte à tout le monde, comme la plupart des maisons de Paris. Ayez un petit nombre d’amis sûrs, et tenez-vous-en à leur commerce : ayez-en, si vous voulez, qui aient de la littérature, cela jette de l’agrément dans la société ; mais point de gens de lettres de profession, sur toute chose ; jamais aucun auteur, quel qu’il soit. Souvenez-vous de cet avis, madame ; et soyez sûre que, si vous le négligez, vous vous en trouverez mal tôt ou tard.
Je n’ai pas la force d’étendre jusqu’à vous ma résolution de ne plus écrire ; c’est une résolution que j’avais pourtant prise, mais qu’il est impossible à mon coeur d’exécuter : je vous écrirai quelquefois madame, mais rarement peut-être ; je voudrais qu’en cela vous ne m’imitassiez pas. Je ne dois pas vous affliger, et vous pouvez me consoler. Je vous prie de ne remettre vos lettres ni à M. Coindet ni à personne ; mais de les envoyer vous-même sous l’adresse ci-jointe, exactement suivie, sans que mon nom y paraisse en aucune façon : en prenant soin de faire affranchir les lettres jusqu’à Londres, elles parviendront sûrement, et personne ne les ouvrira <pie moi ; mais il faut tâcher, par économie, d’éviter les paquets, et d’écrire plutôt des lettres simples sur d’aussi grand papier qu’on veut ; car, quelque grosse que soit une lettre simple, elle ne paie que pour simple ; mais la moindre enveloppe renchérit le port exorbitamment. Le dernier paquet de M. Coindet m’a coûté six francs de port : je ne les ai pas regrettés assurément ; ce paquet contenait une lettre de vous ; mais en tout ce qui peut se faire avec économie, sans que la chose aille moins bien, je suis dans une position qui m’en rend le soin très utile. Au reste, je ne sais pas qui peut vous avoir dit que j’étais à vingt-cinq lieues de Londres ; j’en suis à cinquante bonnes ; et j’ai mis quatre jours à les faire, avec les mêmes chevaux à la vérité. Recevez, madame, les salutations de la plus tendre amitié.
Lettre DCCXII – À M. Marc-Michel Rey
[919]
Wootton, août 1766.
Je reçois, mon cher compère, avec grand plaisir, de vos nouvelles : l’impossibilité de trouver nulle part ce repos après lequel mon coeur soupire inutilement, m’eût fait un scrupule de vous donner des miennes, pour ne pas vous affliger. D’ailleurs, voulant me recueillir en moi-même, autant qu’il est possible, et ne plus rien savoir de ce qui se passe dans le monde par rapport à moi, j’ai rompu tout commerce de lettres, hors les cas d’absolue nécessité ; cela fera que je vous écrirai plus rarement désormais : mais soyez sûr que mon attachement pour vous, et pour tout ce qui vous appartient, est toujours le même ; et que ce serait une grande consolation pour moi dans la vieillesse qui s’approche, au milieu d’un cortège de douleurs de toute espèce, d’embrasser ma chère filleule avant ma mort.
J’ai su que vous aviez eu aussi quelques affaires désagréables : j’en étais en peine ; et je vous aurais écrit à ce sujet, si vous ne m’aviez prévenu. J’augure, sur ce que vous ne m’en dites rien, que tout cela n’a pas eu des suites, et je m’en réjouis de tout mon coeur ; mais mon amitié pour vous ne me permet pas de vous taire mou sentiment sur ces sortes d’affaires, Tandis que vous commenciez et que vous aviez besoin de mettre, pour ainsi dire, à la loterie, il vous convenait de courir quelques risques pour vous avancer : mais maintenant que maison est bien établie, que vos affaires, comme je le suppose, sont en bon état, ne les dérangez pas par votre faute ; jouissez en paix de la fortune dont la Providence a béni votre travail ; et, au lieu d’exposer le bien de vos enfants et le vôtre, contentez-vous de l’entretenir en sûreté, sans plus vous permettre d’entreprises hasardeuses. Voilà, mon cher compère, un conseil de l’amitié, et, je crois, de la raison : si vous trouvez qu’il soit à votre usage, profitez-en.
Vos gazettes disent donc que M. Hume est mon bienfaiteur, et que je suis son protégé ! Que Dieu me préserve d’être souvent protégé de la sorte, et de trouver en ma vie encore un pareil bienfaiteur ! Je présume que cet article n’est que préparatoire, et qu’il en suivra bientôt un second, aussi véridique, aussi humain, aussi juste. Qu’importe, mon cher compère ? Laissons dire, et M. Hume, et les plénipotentiaires, et les puissances, et les gazetiers, et le public, et tout le monde ; qu’ils crient, qu’ils m’outragent, qu’ils m’insultent, qu’ils disent et fassent tout ce qu’ils voudront : mon âme, en dépit d’eux, restera toujours la même ; il n’est pas au pouvoir des hommes de la changer. Le public désormais est mort pour moi ; je vous prie, quand vous m’écrirez, de ne me reparler jamais de ce qu’on y dit.
You refer me, regarding what you call my grievances, to Lord Marshal for him to judge them: Lord Marshal is too wise to wish, from where he stands, to understand better than I do what is happening where I am; and when a man, face to face with me, repeatedly stabs me in the chest with a dagger, I do not need to go asking others to tell me whether he has struck me or not.
Let us put an end to this subject once and for all, I implore you. I confess to you, madam, all my weakness: if I knew that Mr. Hume would not be exposed before his death, I would have difficulty believing in Providence anymore.
I feel some hesitation about bringing together such disparate subjects in the same letter; but given the attack of gout you have suffered and the discomfort your children are experiencing, I cannot mention anything about them here. As for the gout, it is not normal for it to cause you so much trouble at your age, and I hope it will be just a temporary affliction. However, I am far more concerned about that scrofulous condition that seems to have been passed on to your children through their father; I hope adolescence will cure them, or else nothing will. In that case, there is all the more reason to fulfill the wishes of an honest man who holds you in high esteem and deserves your deep affection. Your daughters, despite their merits, birth, and wealth, may have difficulty finding husbands, and perhaps you yourself will hesitate to arrange marriages for them. Ah, madam! How rare are families composed of good people in this world! Are you willing to let one such family be extinguished? In place of the simple and genuine sentiments that nature inspires, society has been filled with various refinements and delicacies that I simply cannot tolerate. Believe me, believe your friend—and the friend of all that is honest—marry, for both your age and your heart demand it. Even your daughters’ interests do not oppose this decision. Your children from both marriages will inherit their father’s wealth, and they will also have each other as a support, bound together by the mutual affection you will inspire in them. To be honest, my own interests are also at stake here; I need to feel that I am not entirely miserable when I have happy friends. Be one of those friends for each other; let me know, amidst the troubles that weigh upon me, that I have two loyal and devoted friends who occasionally speak with compassion of my hardships—this will make them less unbearable for me. I like to imagine things as if they are already certain to happen. Allow me to advise you: in your new household, be careful in choosing those whom you allow to enter your home; do not open it to everyone, as most families in Paris do. Keep a small circle of trusted friends and limit your social interactions to them. If you wish, include some people with literary interests—this can add charm to your gatherings—but by no means professional writers or authors of any kind. Remember this advice, madam; for if you ignore it, you will soon regret it.
I do not have the strength to extend to you my resolve not to write anymore; it was a resolution I had indeed made, but one that my heart is unable to carry out. Sometimes, madam, I will write to you, but perhaps only rarely; I would like you not to imitate me in this regard. I must not cause you any distress, and yet you can console me. I beg you not to send your letters either to Mr. Coindet or to anyone else; instead, please send them yourself using the address below, exactly as written, without my name appearing in any way. Make sure the letters are sent through regular mail to London, and they will surely arrive safely—no one will open them except me. However, we must try to be economical and avoid sending packages whenever possible; it is better to write simple letters on ordinary paper. After all, no matter how large a simple letter is, its postage cost remains the same; but even the smallest envelope greatly increases the shipping fee. Mr. Coindet’s last package cost me six francs in postage—I certainly did not regret that expense; that package contained a letter from you. But in everything that can be done without waste and while still ensuring quality, my current circumstances make such precautions particularly useful to me. Moreover, I have no idea who might have told you that I was twenty-five miles away from London; in fact, I am fifty good miles away, and it actually took me four days to travel there, using the same horses throughout. Accept, madam, the expressions of my most tender friendship.
Letter DCCXII – To Mr. Marc-Michel Rey
[919]
Wootton, August 1766.
My dear friend, I am delighted to receive news from you. The impossibility of finding any peace anywhere—after which my heart longs in vain—would have prevented me from sharing mine with you, for I did not wish to cause you sorrow. Moreover, in order to focus entirely on myself and learn nothing about what is happening in the world concerning me, I have ceased all correspondence except in cases of absolute necessity. As a result, I will write to you less often from now on; but be assured that my affection for you—and for everything that belongs to you—is unchanged. It would be a great comfort for me in my approaching old age, amidst various kinds of suffering, to be able to embrace my dear goddaughter before I die.
I learned that you too had encountered some unpleasant circumstances; I was very distressed about it, and I would have written to you regarding this matter if you had not informed me in advance. Since you have not mentioned anything further, I suppose that those incidents did not lead to any serious consequences, and for that I am truly glad. However, my friendship with you does not allow me to remain silent about such matters. When you were just beginning your endeavors and needed to take some risks in order to succeed, it was understandable; but now that your affairs are well-established and, as I assume, in good order, you should not jeopardize them due to your own actions. Enjoy in peace the fortune that Providence has blessed through your hard work, and instead of risking the well-being of your children and yourself, focus on maintaining it securely. This is, my dear friend, a piece of advice given out of friendship—and, I believe, also out of reason. If you find it useful, please take it into consideration.
Your newspapers claim therefore that Mr. Hume is my benefactor and that I am his protégé! May God protect me from ever needing such protection in my life, and from ever encountering another such benefactor! I suppose this article is merely preparatory; soon there will follow a second one, just as truthful, humane, and righteous. But what does it matter, my dear friend? Let them say whatever they want—Mr. Hume, the plenipotentiaries, the powers in authority, the journalists, the public, everyone. Let them shout, insult me, slander me, say and do whatever they please: my soul will remain unchanged, for it is not within the power of men to alter it. The public means nothing to me now; please, when you write to me, never mention what people are saying there.
Mi rimandate, riguardo a ciò che voi chiamate le mie lamentele, a Milord Maresciallo affinché ne giudichi: Milord Maresciallo è troppo saggio per voler, da dove si trova, vedere meglio di me ciò che accade dove mi trovo io; e quando un uomo, a quattro occhi, mi conficca più volte un pugnale nel petto, non ho bisogno, per sapere se mi ha colpito, di andare a chiederlo ad altri.
Lasciamo per sempre questa questione, vi prego. Vi confesso tutta la mia debolezza, signora: se sapessi che il signor Hume non è stato smascherato prima della sua morte, avrei difficoltà a credere ancora nella Provvidenza.
Mi sento in qualche modo in colpa per mescolare in una stessa lettera argomenti così disparati; ma quella crisi di gotta che avete provato, e le difficoltà dei vostri figli, non mi permettono di parlarvi di loro in questa occasione. Per quanto riguarda la gotta, non è naturale che vi causi tanti problemi alla vostra età; spero che si tratti solo di un disturbo passeggero. Tuttavia, quella tendenza scrofolosa sembra essere stata trasmessa ai vostri figli dal loro padre; l’età adulta, spero, li guarirà, oppure nulla potrà farlo. In questo ultimo caso, vedo un motivo in più per esaudire i desideri di un uomo onesto che merita tutta la vostra stima e il vostro affetto. Le vostre figlie, nonostante i loro meriti, la loro nascita e le loro ricchezze, potrebbero avere difficoltà a trovare marito. Forse anche voi avrete dei rimorsi nel farle sposare. Ah, signora, le famiglie oneste sono così rare al giorno d’oggi! Volete davvero lasciare che una di queste si estinga? Al posto dei semplici e autentici sentimenti naturali, nella società si cercano soltanto raffinatezze e delicatezze che io stesso non riesco a tollerare. Credetemi, sposatevi, se il vostro età e il vostro cuore lo richiedono; anche l’interesse delle vostre figlie non si oppone a questo. I vostri figli avranno i beni di loro padre, e in più avranno tra loro un legame forte, alimentato dall’affetto reciproco che riuscirete a ispirare loro. Anche il mio interesse personale è coinvolto in questo consiglio, devo ammetterlo: sento davvero il bisogno di sapere che non si è del tutto infelici quando si hanno amici felici. Siate voi stessa una di queste persone felici, e fate sì che anche vostro figlio lo sia. Nel mezzo delle sofferenze che mi assillano, avrò almeno la consolazione di sapere di avere due amici uniti e fedeli che parlano con compassione delle mie difficoltà. Questo renderà le cose meno dure da sopportare. Amo immaginare come se una cosa dovesse già essere fatta. Permettetemi quindi di consigliarvi, una volta entrata nella vostra nuova vita familiare, di scegliere con attenzione coloro a cui concederete l’accesso alla vostra casa: non lasciate che sia aperta a tutti, come avviene nella maggior parte delle case di Parigi. Avere pochi amici fidati e limitarsi al loro rapporto, se volete, anche persone colte, questo può aggiungere piacere alla vita sociale; ma assolutamente nessun letterato professionista, mai un autore, qualunque sia la sua fama. Ricordatevi di questo consiglio, signora, e sappiate che, se lo trascurerete, ne pentirete presto o tardi.
Non ho la forza di estendere fino a voi la mia risoluzione di smettere di scrivere; è una risoluzione che avevo preso, ma è impossibile per il mio cuore attuarla: vi scriverò qualche volta, signora, ma forse molto raramente; vorrei che in questo non mi imitaste. Non devo affliggervi, e voi potete consolarmi. Vi prego di non affidare le vostre lettere né a Monsieur Coindet né a nessun altro, ma di inviarle personalmente all’indirizzo che vi allego, seguendolo esattamente, senza che il mio nome appaia in alcun modo; fate in modo che le lettere siano affrancate fino a Londra, così arriveranno sicuramente, e nessuno le aprirà
Lettera DCCXII – A Monsieur Marc-Michel Rey
[919]
Wootton, agosto 1766.
Caro mio compagno, ricevo con grande piacere le tue notizie: l’impossibilità di trovare da nessuna parte quel riposo di cui il mio cuore anela inutilmente mi avrebbe fatto esitare a condividere con te le mie vicende, per non rattristarti. Inoltre, desiderando ritirarmi il più possibile in me stesso e non sapere nulla di ciò che accade nel mondo riguardo a me, ho interrotto ogni corrispondenza, salvo nei casi di assoluta necessità; per questo motivo ti scriverò meno spesso d’ora in poi. Ma sappi con certezza che il mio affetto per te e per tutto ciò che ti appartiene è sempre lo stesso; e che sarebbe una grande consolazione per me nella vecchiaia che si avvicina, tra mille dolori di ogni sorta, poter abbracciare la mia cara nipotina prima di morire.
Ho saputo che anche voi avete avuto alcune esperienze sgradevoli: ne ero molto preoccupato e vi avrei scritto in merito, se non mi aveste avvisato prima. Dal fatto che non ne parlate, deduco che tutto sia andato bene, e ne sono sinceramente felice; tuttavia, la mia amicizia per voi non mi permette di tacere i miei sentimenti su queste questioni. Quando iniziate qualcosa e avete bisogno, per così dire, di “scommettere” sul successo, può essere opportuno correre alcuni rischi per progredire. Ma ora che la vostra situazione è stabile e le vostre affari, come presumo, sono in buone condizioni, non rovinateli a causa delle vostre decisioni avventate. Godetevi in pace della fortuna che la Provvidenza ha benedetto il vostro lavoro; e, invece di mettere a rischio il bene dei vostri figli e il vostro, limitatevi a mantenerlo al sicuro, senza più intraprendere imprese pericolose. Questo, caro amico mio, è un consiglio dato dall’amicizia, e, credo, anche dalla ragione: se vi sembra utile, fatene buon uso.
Dunque i vostri giornali affermano che il signor Hume sia il mio benefattore e che io sia suo protetto! Che Dio mi protegga dal dover essere spesso “protetto” in questo modo, e che nella mia vita non debba mai incontrare un altro simile benefattore. Presumo che questo articolo sia soltanto preparatorio; presto ne seguirà un secondo, altrettanto vero, umano e giusto. Ma che importa, mio caro amico? Lasciamo che parlino pure: il signor Hume, i plenipotenziari, le potenze, i giornalisti, il pubblico. Che gridino, che mi insultino, che dicano e facciano tutto ciò che vogliono: la mia anima, nonostante loro, rimarrà sempre la stessa; gli uomini non hanno il potere di cambiarla. Il pubblico, ormai, per me è morto. Vi prego: quando mi scriverete, non parlatemi mai più di ciò che si dice lì.
MM. Becket et de Hondt ne m’ont point parlé de la pension de mademoiselle Le Vasseur ; et comme l’année n’est pas écoulée, cela ne presse pas : mais je vous prie de ne vous servir jamais de ces messieurs, pour me rien envoyer, ni pour rien qui me regarde ; j’ai senti, dans plus d’une affaire, l’influence que M. Hume a sur eux. Il vient de m’en arriver une qui mérite d’être contée. M. du Peyrou ayant jugé à propos de m’envoyer mes livres, je l’avais prié de les adresser à ces messieurs, qui s’étaient offerts. Ayant une collection considérable d’estampes, dont les droits, exigés à la rigueur, auraient passé mes ressources, je les priai de tâcher de faire mitiger le droit, d’autant plus que la moitié de mes estampes ne valant pas ce droit, j’aimerais mieux les abandonner que de les payer sans rabais : ces messieurs promettent de faire de leur mieux ; ils reçoivent mes livres, et, outre quinze louis de port, en prennent quinze autres chez mon banquier pour les frais de douane ; gardent et fouillent les livres, tant qu’il leur plaît, sans me rien marquer de leur arrivée ; m’envoient enfin sans avis un ballot que je les avais priés de m’envoyer sitôt que les miens arriveraient. J’ouvre ce ballot où mes estampes étaient ; je trouve les porte feuilles vides, et pas une seule estampe ni petite ni grande, sans qu’ils aient même daigné me marquer ce qu’ils en avaient fait. Ainsi j’ai quinze louis de port, autant de douane, sans savoir sur quoi, et pour cent louis d’estampes perdues, sans qu’il m’en reste une seule[920].
Je ne sais si les livres que vous avez vus doivent payer à Londres mille écus de douane ; mais je sais bien que si je les revends, comme il le faut bien, je n’en retirerai pas la moitié de cette somme. Il y a un seul article d’une livre sterling (c’est près d’un louis) pour une vieille guitare sourde, brisée et pourrie, qui m’a coûté six francs de France, et dont je ne les retrouverai jamais. Cela ne se ferait pas à Alger, mais cela se fait à Londres, grâces aux bons soins de ces messieurs. Si je laisse longtemps mes livres dans leur magasin, et s’ils me font payer à proportion pour l’entrepôt, ne le pouvant pas, je serai forcé de leur laisser mes livres : ainsi j’aurai perdu, par leurs bons soins, tous mes livres, toutes mes estampes, et trente louis d’argent comptant. Que dites-vous de cela ? Je crois que ces messieurs sont par eux-mêmes de fort honnêtes gens ; mais je crois aussi qu’à mon égard ils cèdent trop à l’instigation d’autrui. C’est pourquoi je veux n’avoir avec eux, si je puis, aucune sorte d’affaires, de peur de m’en trouver toujours plus mal. Je chercherai, si vous y consentez, à me prévaloir sur vous des trois cents francs de mademoiselle Le Vasseur, soit par lettre de change, soit en vous envoyant d’Angleterre son reçu, en échange duquel vous en donnerez l’argent à celui qui vous le remettra.
Je dois avoir parmi mes livres un exemplaire de la musique du Devin du village : si vous persistez à vouloir le faire graver, je pourrais corriger cet exemplaire, et vous l’envoyer ; mais il faut du temps, non seulement pour attendre l’occasion, mais pour le faire venir de Londres, parce qu’il faut que je donne commission à quelqu’un de confiance d’ouvrir la balle où il est, pour l’en tirer et me l’envoyer ; ce qui ne peut se faire avant cet hiver. Je suis très fâché que vous publiiez la Reine fantasque, parce que cela peut faire encore des tracasseries désagréables pour vous et pour moi.
Guy m’a écrit au sujet du Dictionnaire de Musique ; il se plaint de vous et de vos propositions, qu’il trouve déraisonnables : je lui ai répondu qu’il fit comme il l’entendrait ; que je vous aimais fort tous les deux ; mais que des affaires de libraire à libraire, je ne m’en mêlerais de mes jours. Mille tendres salutations à madame Rey. J’embrasse la chère petite et son cher papa.
Voici une adresse dont il faut vous servir désormais, quand vous m’écrirez : ne faites point d’enveloppe ; et, quoique mon nom ne paraisse point sur la lettre, soyez sûr que personne ne l’ouvrira que moi, et qu’elle me parviendra sûrement, pourvu que vous suiviez exactement l’adresse, et que vous affranchissiez jusqu’à Londres, sans quoi les lettres pour les provinces d’Angleterre restent au rebut
Lettre DCCXIV – À M. du Peyrou
Wootton, le 16 août 1766.
Je ne doute point, mon cher hôte, que les choses incroyables que M. Hume écrit partout ne vous soient parvenues, et je ne suis pas en peine de l’effet qu’elles feront sur vous. Il promet au public une relation de ce qui s’est passé entre lui et moi, avec le recueil des lettres. Si ce recueil est fait fidèlement, vous y verrez, dans celle que je lui ai écrite le 10 juillet, un ample détail de sa conduite et de la mienne, sur lequel vous pourrez juger entre nous ; mais comme infailliblement il ne fera pas cette publication, du moins sans les falsifications les plus énormes, je me réserve à vous mettre au fait, par le retour de M. d’Ivernois ; car vous copier maintenant cet immense recueil, c’est ce qui ne m’est pas possible, et ce serait rouvrir toutes mes plaies : j’ai besoin d’un peu de trêve pour reprendre mes forces prêtes à me manquer ; du reste je le laisse déclamer dans le public et s’emporter aux injures les plus brutales :}‘e ne sais point quereller en charretier : j’ai un défenseur dont les opérations sont lentes, mais sûres ; je les attends et je me tais.
Je vous dirai seulement un mot sur une pension du roi d’Angleterre dont il a été question, et dont vous m’aviez parlé vous-même : je ne vous répondis pas sur cet article, non seulement à cause du secret que M. Hume exigeait, au nom du roi, et que je lui ai fidèlement gardé jusqu’à ce qu’il l’ait publié lui-même, mais parce que, n’ayant jamais bien compté sur cette pensionne ne voulais vous flatter pour moi de cette espérance que quand je serais assuré de la voir remplir. Vous sentez que rompant avec M. Hume, après avoir découvert ses trahisons, je ne pouvais, sans infamie, accepter des bienfaits qui me venaient par lui : il est vrai que ces bienfaits et ces trahisons semblent s’accorder fort mal ensemble ; tout cela s’accorde pourtant fort bien. Son plan était de me servir publiquement avec la plus grande ostentation, et de me diffamer en secret avec la plus grande adresse : ce dernier objet a été parfaitement rempli ; vous aurez la clef de tout cela. En attendant, comme il publie partout qu’après avoir accepté la pensionne l’ai malhonnêtement refusée, je vous envoie une copie de la lettre que j’écrivis à ce sujet au ministre, par laquelle vous verrez ce qu’il en est. Je reviens maintenant à ce que vous m’en avez écrit.
Lorsqu’on vous marqua que la pension m’avait été offerte, cela était vrai ; mais lorsqu’on ajouta que je l’avais refusée, cela était parfaitement faux ; car, au contraire, sans -aucun doute alors sur la sincérité de M. Hume, je ne mis, pour accepter cette pension, qu’une condition unique, savoir l’agrément de Milord Maréchal, que, vu ce qui s’était passé à Neuchâtel, je ne pouvais me dispenser d’obtenir. Or, nous avions eu cet agrément avant mon départ de Londres ; il lié restait de la part de la cour qu’à terminer l’affaire, ce que je n’espérais pourtant pas beaucoup ; mais ni dans ce temps-là, ni avant, ni après, je n’en ai parlé à qui que ce fût au monde, hors le seul Milord Maréchal, qui sûrement m’a gardé le secret : il faut donc que ce secret ait été ébruité de la part de M. Hume. Or, comment M. Hume a-t-il pu dire que j’avais refusé, puisque cela était faux, et qu’alors mon intention n’était pas même de refuser ? Cette anticipation ne montre-t-elle pas qu’il savait que je serais bientôt forcé à ce refus, et qu’il entrait même dans son projet de m’y forcer, pour amener les choses au point où il les a mises ? La chaîne de tout cela me paraît importante à suivre pour le travail dont je suis occupé ; et si vous pouviez parvenir à remonter, par votre 1 ami, à la source de ce qu’il vous écrit, vous rendriez un grand service à la chose et à moi-même.
Mr. Becket and Mr. de Hondt did not mention to me anything regarding the pension for Miss Le Vasseur; and since the year has not yet passed, there is no urgency in this matter. However, I beg you never to use these gentlemen to send me anything, or anything related to my affairs. I have felt more than once the influence Mr. Hume has over them. Recently, an incident occurred that deserves to be told. Mr. du Peyrou decided to send me my books, so I asked him to address them to these gentlemen who had offered their help. Since they possessed a considerable collection of prints, and the fees required for their shipment would have exceeded my means, I asked them to try to reduce these costs. Moreover, since half of my prints were not even worth the amount requested, I would have preferred to give them up than pay full price without any discount. These gentlemen promised to do their best; they received my books and, in addition to the fifteen louis for shipping, took another fifteen from my banker to cover customs duties. They kept my books and rummaged through them at will, without even informing me that they had arrived. Finally, they sent me a bundle without any prior notice, although I had asked them to send it as soon as mine arrived. When I opened the bundle, I found the albums empty—not a single print, large or small, remained; and they had not even bothered to inform me of what they had done with them. As a result, I lost fifteen louis in shipping and customs fees, without any prints to show for it, and ended up with nothing[920].
I don’t know whether the books you have seen are subject to a customs duty of one thousand pounds in London; but I do know that if I were to resell them, as is necessary, I would not earn even half of that amount. There is only one item worth one pound sterling—almost a louis—and it’s an old, broken, and rotten guitar that cost me six French francs; I will never get that money back. Such things don’t happen in Algiers, but they do happen in London, thanks to the good care of these gentlemen. If I leave my books in their store for too long and they charge me storage fees accordingly, since I can’t afford it, I would be forced to give them up. In that way, through their “good care,” I would lose all my books, all my prints, and thirty silver louis on top of it. What do you think about this? I believe these gentlemen are honest people in their own right; but I also think that, in my case, they are too easily influenced by others. That’s why, if possible, I want to have nothing to do with them, for fear of ending up in an even worse situation. If you agree, I will try to use the three hundred francs from Mademoiselle Le Vasseur to my advantage—either by getting a letter of exchange or by sending you her receipt from England, and you can then give the money to whoever brings it to you.
I must have a copy of the music for “The Village Deacon” among my books; if you insist on having it engraved, I could edit this copy and send it to you, but it will take some time—not only to wait for the right opportunity, but also to have it brought from London, because I will need to entrust someone trustworthy with opening the box where it is stored, removing it, and sending it to me; this cannot be done before this winter. I am very disappointed that you published “The Fantastical Queen,” because it could cause us both a great deal of trouble.
A guy wrote to me about the Dictionary of Music; he is complaining about you and your proposals, which he finds unreasonable. I replied that he should do as he sees fit; that I love both of you very much; but that, as matters between publishers, I would never get involved in them. Thousands of tender greetings to Madame Rey. I give a kiss to the dear little girl and her dear father.
Here is an address that you must use from now on whenever you write to me: do not put any envelope around the letter; and although my name does not appear on it, be assured that no one else but me will open it, and it will surely reach me, provided that you follow this address exactly and send it all the way to London. Otherwise, letters destined for the provinces of England will be returned unread.
Letter DCCXIV – To Mr. du Peyrou
Wootton, August 16, 1766.
I doubt not, my dear host, that you have already heard of the incredible things Mr. Hume writes everywhere, and I need not tell you what effect they will have on you. He promises the public a detailed account of what happened between him and me, along with a collection of our letters. If this collection is prepared faithfully, you will find in the letter I wrote to him on July 10th a thorough description of his behavior and mine, which you can use to judge between us. However, since he will undoubtedly not publish it without making the most outrageous alterations, I intend to inform you once Mr. d’Ivernois returns. For it is impossible for me to copy such a vast collection at present; doing so would only reopen all my wounds. I need some time to regain my strength, which is nearly gone. In any case, I let him go ahead and hurl his most brutal insults in public—I have no skill in arguing like a quarreler; I have a defender whose methods are slow but sure. I await them and remain silent.
I will only say one thing regarding a pension from the King of England that was mentioned and about which you yourself had spoken to me: I did not respond to you on this matter, not only because of the secrecy that Mr. Hume demanded in the name of the king, and which I faithfully kept until he published it himself, but also because, since I had never been certain of receiving this pension, I did not wish to deceive you by implying such hope unless I was assured that it would indeed be granted. You understand that, having discovered Mr. Hume’s treacheries, I could not, without disgrace, accept any benefits coming from him; it is true that these benefits and his betrayals seem to be utterly incompatible; yet in reality, they are perfectly consistent with each other. His plan was to publicly promote me with the greatest ostentation while secretly damaging my reputation with the utmost cunning—this latter objective was perfectly achieved; you will have all the details regarding this. In the meantime, since he claims everywhere that I had dishonestly refused this pension after accepting it, I am sending you a copy of the letter I wrote to the minister on this matter, which will clarify the truth. Now I shall return to what you wrote to me.
When it was told to you that I had been offered a pension, that was true; but when it was added that I had refused it, that was completely false. On the contrary, without any doubt regarding Mr. Hume’s sincerity at that time, I had set only one condition for accepting this pension: the approval of Lord Maréchal, which, given what had happened in Neuchâtel, I felt compelled to obtain. In fact, we had already received this approval before my departure from London; it remained solely for the court to finalize the matter, though I did not hold much hope for that. However, neither at that time nor before or after did I mention it to anyone but Lord Maréchal himself, who surely kept it a secret. Therefore, it must have been Mr. Hume who revealed this secret. But how could Mr. Hume claim that I had refused the pension, when that was false and my intention had never even been to refuse it in the first place? Doesn’t this indication show that he knew I would soon be forced to do so, and that in fact it was part of his plan to force me into that decision in order to bring things to the point he desired? The whole sequence of events seems important to follow for the purposes of my current work; and if you could manage, through your friend, to trace the origin of what he is telling you, you would be doing a great service both to this matter and to me.
I signori Becket e de Hondt non mi hanno parlato mai della pensione di mademoiselle Le Vasseur; e poiché l’anno non è ancora trascorso, non c’è alcuna urgenza. Ma vi prego di non fare mai affidamento su questi signori per ricevere nulla che mi riguardi. Ho notato, in più di un’occasione, l’influenza che il signor Hume ha su di loro. Mi è appena successo un episodio che merita di essere raccontato: il signor du Peyrou, ritenendo opportuno inviarmi i miei libri, gli avevo chiesto di indirizzarli a quei signori che si erano offerti volontariamente. Poiché possedevano una notevole collezione di stampe, e i diritti relativi a queste, se esiguiti in modo rigoroso, avrebbero superato le mie possibilità finanziarie, gli chiesi di cercare di ridurre tali diritti il più possibile; soprattutto considerando che la metà delle mie stampe non valeva nemmeno quella somma. Preferivo rinunciarvi piuttosto che pagarle senza sconti. Quei signori promisero di fare del loro meglio; ricevettero i miei libri e, oltre a quindici luigi per le spese di spedizione, ne presero altri quindici presso il mio banchiere per le tasse doganali. Conservarono e esaminarono i libri a piacimento, senza nemmeno comunicarmi l’arrivo della spedizione; infine mi inviarono, senza alcun preavviso, un pacco che avevo chiesto loro di spedirmi non appena i miei libri fossero arrivati. Aprii il pacco. Le cartelle erano vuote; nessuna stampa, grande o piccola. E nemmeno una parola su ciò che ne avevano fatto. Così mi ritrovai con quindici luigi di spese di spedizione e altrettanti per le tasse doganali, senza sapere su cosa fossero stati spesi; e, in più, con centinaia di stampe perse, senza che ne rimanesse nemmeno una[920].
Non so se i libri che avete visto debbano pagare mille scellini di dogana a Londra; ma so bene che, se li rivendessi, come è necessario fare, non ne otterrei nemmeno la metà di quella somma. C’è un solo articolo, del valore di una sterlina (che equivale a quasi un luigi), relativo a una vecchia chitarra rotta e marcia, che mi è costata sei franchi francesi, e di cui non riuscirò mai a recuperare il denaro. Questo genere di transazioni non avviene ad Algeri, ma a Londra, grazie alle buone cure di questi signori. Se lasciassi i miei libri nel loro negozio per troppo tempo e loro mi chiedessero un compenso per l’immagazzinamento, non essendo in grado di pagare, sarei costretto a lasciarli loro. E così, grazie alle loro “buone cure”, perderei tutti i miei libri, tutte le mie stampe, e anche trenta luigi d’argento. Che ne pensate? Credo che questi signori siano persone oneste; ma credo anche che, nel mio caso, cedano troppo alle pressioni altrui. Per questo motivo, se possibile, non voglio avere alcun tipo di rapporto con loro, per evitare di ritrovarmi sempre in una situazione peggiore. Se voi lo consentite, cercherò di ottenere da voi i trecento franchi di mademoiselle Le Vasseur, sia tramite cambiale che inviandovi il suo ricevuto dall’Inghilterra. In cambio, voi darete l’argento a colui che ve lo porterà.
Deve esserci un esemplare della musica del “Devin du village” tra i miei libri: se insistete nel volerla far incidere, potrei correggerlo e inviarvelo; ma ci vorrà del tempo, non solo per aspettare l’occasione giusta, ma anche per farla arrivare da Londra, poiché devo incaricare qualcuno di fiducia di aprire il contenitore in cui si trova, estrarre la musica e inviarmela; questo non sarà possibile prima di quest’inverno. Sono molto dispiaciuto che abbiate pubblicato “La Regina fantasque”, perché potrebbe causare ulteriori problemi spiacevoli sia per voi che per me.
Guy mi ha scritto riguardo al Dizionario di Musica; si lamenta di voi e delle vostre proposte, che ritiene irragionevoli. Gli ho risposto che potesse fare ciò che riteneva giusto; che vi amavo molto entrambi; ma che, per questioni legate al mondo editoriale, non mi sarei mai intromessa. Mille affettuosi saluti a madame Rey. Abbraccio la cara bambina e suo caro papà.
Ecco un indirizzo che dovete utilizzare da ora in poi quando mi scrivete: non utilizzate alcuna busta; e anche se il mio nome non compare sulla lettera, sappiate che nessuno la aprirà se non io, e che arriverà sicuramente a me, a condizione che seguiate esattamente l’indirizzo e che la spediate fino a Londra. Altrimenti, le lettere destinate alle province d’Inghilterra rimarranno indesiderate.
Lettera DCCXIV – A Monsieur du Peyrou
Wootton, 16 agosto 1766.
Non dubito affatto, mio caro ospite, che le cose incredibili che il signor Hume scrive ovunque vi siano giunte, e non ho difficoltà a immaginare l’effetto che avranno su di voi. Lui promette al pubblico una relazione di ciò che è accaduto tra lui e me, insieme alla raccolta delle lettere scambiate. Se questa raccolta verrà redatta fedelmente, troverete nella lettera che gli ho scritto il 10 luglio un dettagliato resoconto del suo comportamento e del mio; potrete così giudicare tra noi due. Tuttavia, poiché con ogni probabilità questa pubblicazione non avverrà, o almeno non senza le più gravi falsifiche, mi riservo di informarvi non appena il signor d’Ivernois tornerà. Copiare ora tutta questa enorme raccolta è impossibile per me; sarebbe come riaprire tutte le mie ferite. Ho bisogno di un po’ di tregua per raccogliere le forze che stanno per mancarmi. Del resto, lascio che il signor Hume vada a diffondere le sue accuse e pronunci le più brutali offese: non so come si possa litigare in questo modo. Ho un difensore il cui intervento è lento, ma sicuro; aspetto con pazienza e resto in silenzio.
Vi dirò soltanto una parola riguardo a una pensione del re d’Inghilterra di cui si è parlato e di cui voi stesso mi avevate parlato: non vi ho risposto su questo argomento, non solo a causa del segreto che il signor Hume esigeva, in nome del re, e che io ho fedelmente custodito fino a quando lui stesso non lo ha reso pubblico, ma anche perché, non avendo mai avuto molte speranze riguardo a quella pensione, non volevo illudervi per me stesso riguardo a un’aspettativa che non ero certo che si sarebbe realizzata. Capite bene che, dopo aver scoperto le sue tradizioni, non potevo, senza disonore, accettare benefici che provenivano da lui: è vero che questi benefici e queste tradizioni sembrano incompatibili tra loro; tuttavia, in realtà, tutto si accorda perfettamente. Il suo piano era quello di servirmi pubblicamente con la massima ostentazione e di diffamarmi segretamente con la massima abilità: questo secondo obiettivo è stato pienamente raggiunto; avrete tutte le informazioni necessarie su questo argomento. Nel frattempo, poiché lui pubblica ovunque che io abbia rifiutato ingiustamente quella pensione dopo averla accettata, vi invio una copia della lettera che scrissi in merito al ministro, dalla quale potrete vedere la verità. Ora torno a ciò che mi avete scritto voi.
Quando mi fu detto che mi era stata offerta una pensione, questo era vero; ma quando si aggiunse che l’avevo rifiutata, questo era assolutamente falso; infatti, al contrario, senza alcun dubbio riguardo alla sincerità di Monsieur Hume, avevo posto come unica condizione per accettare quella pensione il favore di Sua Signoria il Maresciallo, che, data la situazione verificatasi a Neuchâtel, non potevo assolutamente trascurare di ottenere. Ora, tale favore ci era stato concesso prima della mia partenza da Londra; restava solo da parte della corte il compito di concludere l’affare, cosa che tuttavia non mi aspettavo con molta speranza; ma né allora, né prima, né dopo ne ho parlato con nessuno al mondo, tranne che con Sua Signoria il Maresciallo, il quale sicuramente ha mantenuto il segreto per me: quindi deve essere stato Monsieur Hume stesso a rivelare questo segreto. Come mai allora Monsieur Hume può aver detto che avevo rifiutato, se ciò era falso e se in realtà non avevo alcuna intenzione di rifiutare? Questa supposizione non dimostra forse che sapeva già che sarei stato costretto a rifiutare, e che addirittura faceva parte dei suoi piani costringermi a farlo, per portare le cose esattamente nel punto in cui poi sono arrivate? La catena di questi eventi mi sembra molto importante da seguire per il lavoro a cui sto dedicandomi; e se foste in grado, attraverso il vostro amico, di risalire alla fonte di ciò che vi scrive, fareste un grande servizio sia a questa questione che a me stesso.
Les choses qui se passent en Angleterre à mon égard sont, je vous assure, hors de toute imagination : j’y suis dans la plus complète diffamation où il soit possible d’être, sans que j’aie donné à cela la moindre occasion, et sans que pas une âme puisse dire avoir eu personnellement le moindre mécontentement de moi. Il paraît maintenant que le projet de M. Hume et de ses associés est de me couper toute ressource, toute communication avec le continent, et de me faire périr ici de douleur et de misère. J’espère qu’ils ne réussiront pas ; mais deux choses me font trembler : l’une est qu’ils travaillent avec force à détacher de moi M. Davenport, et que, s’ils réussissent, je suis absolument sans asile, et sans savoir que devenir ; l’autre, encore plus effrayante, est qu’il faut absolument que, pour ma correspondance avec vous, j’aie un commissionnaire à Londres, à cause de l’affranchissement jusqu’à cette capitale, qu’il ne m’est pas possible de faire ici ; je me sers pour cela d’un libraire que je ne connais point, mais qu’on m’assure être fort-honnête homme ; si par quelque accident cet homme venait à me manquer, il ne me reste personne à qui adresser mes lettres en sûreté, et je ne saurais plus comment vous écrire : il faut espérer que cela n’arrivera pas ; mais mon cher hôte, je suis si malheureux ! il ne me faudrait que ce dernier coup.
Je tâche de fermer de tous côtés la porte aux nouvelles affligeantes ; je ne lis plus aucun papier public ; je ne réponds plus à aucune lettre, ce qui doit rebuter à la fin de m’en écrire ; je ne parle que de choses indifférentes au seul voisin avec lequel je converse, parce qu’il est le seul qui parle français. Il ne m’a pas été possible, vu la cause, de n’être pas affecté de cette épouvantable révolution, qui, je n’en doute pas, a gagné toute l’Europe ; mais cette émotion a peu duré ; la sérénité est revenue, et j’espère qu’elle tiendra : car il me paraît difficile qu’il m’arrive désormais aucun malheur imprévu. Pour vous, mon cher hôte, que tout cela ne vous ébranle pas : j’ose vous prédire qu’un jour l’Europe portera le plus grand respect à ceux qui en auront conservé pour moi dans mes disgrâces.
Lettre DCCXV – À Madame la comtesse de Boufflers
Wootton, le 30 août 1766.
Une chose me fait grand plaisir, madame, dans la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire le 27 du mois dernier, et qui ne m’est parvenue que depuis peu de jours ; c’est de connaître à son ton que vous êtes en bonne santé.
Vous dites, madame, n’avoir jamais vu de lettre semblable à celle que j’ai écrite à M. Hume ; cela peut être, car je n’ai, moi, jamais rien vu de semblable à ce qui y a donné lieu : cette lettre ne ressemble pas du moins à celles qu’écrit M. Hume ; et j’espère n’en écrire jamais qui leur ressemblent.
Vous me demandez quelles sont les injures dont je me plains. M. Hume m’a forcé de lui dire que je voyais ses manoeuvres secrètes, et je l’ai fait ; il m’a forcé d’entrer là-dessus en explication ; je l’ai fait encore, et dans le plus grand détail. Il peut vous rendre compte de tout cela, madame ; pour moi, je ne me plains de rien.
Vous me reprochez de me livrer à d’odieux soupçons : à cela je réponds que je ne me livre point à des soupçons : peut-être auriez-vous pu, madame, prendre pour vous un peu des leçons que vous me donnez, n’être pas si facile à croire que je croyais si facilement aux trahisons, et vous dire pour moi une partie des choses que vous vouliez que je me disse pour M. Hume.
Tout ce que vous m’alléguez en sa faveur forme un préjugé très fort, très raisonnable, d’un très grand poids, surtout pour moi, et que je ne cherche point à combattre ; mais les préjugés ne font rien contre les faits. Je m’abstiens de juger du caractère de M. Hume, que je ne connais pas ; je ne juge que sa conduite avec moi, que je connais. Peut-être suis-je le seul homme qu’il ait jamais haï ; mais aussi quelle haine ! Un même coeur suffirait-il à deux comme celle-là ?
Vous vouliez que je me refusasse à l’évidence, c’est ce que j’ai fait autant que j’ai pu ; que je démentisse le témoignage de mes sens, c’est un conseil plus facile à donner qu’à suivre ; que je ne crusse rien de ce que je sentais ; que je consultasse les amis que j’ai en France : mais si je ne dois rien croire de ce que je vois et de ce que je sens, ils le croiront bien moins encore, eux qui ne le voient pas, et qui le sentent encore moins. Quoi, madame ! quand un homme vient entre quatre 1 veux m’enfoncer, à coups redoublés, un poignard dans !e sein, il faut, avant d’oser lui dire qu’il me frappe, que j’aille demander à d’autres s’il m’a frappé !
L’extrême emportement que vous trouvez dans ma lettre me fait présumer, madame, que vous n’êtes pas de sang-froid vous-même, ou que la copie que vous avez vue est falsifiée. Dans la circonstance funeste où j’ai écrit dette lettre, et on M. Hume m’a forcé de décrire, sachant bien ce qu’il en voulait faire, j’ose dire qu’il fallait avoir une aine forte pour se modérer à ce point. Il n’y a que les infortunes qui sentent combien, dans l’excès d’une affliction de cette espèce, il est difficile d’allier la douceur avec la douleur.
M. Hume s’y est pris autrement, je l’avoue ; tandis qu’en réponse à cette même lettre il m’écrivait (Mi termes décents et même honnêtes, il écrivait à M. d’Holbach et à tout le monde en termes un peu différents. Il a rempli Paris, la France, les gazettes, l’Europe entière, de choses que ma plume ne sait pas écrire, et qu’elle ne répétera jamais : était-ce comme cela, madame, que j’aurais dû faire ?
Vous dites que j’aurais dû modérer mon emportement contre un homme qui m’a réellement servi. Dans la longue lettre que j’ai écrite, le 10 juillet, à M. Hume, j’ai pesé avec la plus grande équité les services qu’il m’a rendus : il était digne de moi d’y faire partout pencher la balance en sa faveur, et c’est ce que j’ai fait : mais quand tous ces grands services auraient eu autant de réalité que d’ostentation, s’ils n’ont été que des pièges qui couvraient les plus noirs desseins, je ne vois pas qu’ils exigent une grande reconnaissance.
Les liens de l’amitié sont respectables même après au ils sont rompus : cela est vrai, mais cela suppose que ces liens ont existé : malheureusement ils ont existé de ma part ; aussi le parti que j’ai pris de gémir tout bas et de me taire est-il l’effet du respect que je me dois.
Et les seules apparences de ce sentiment le sont aussi. Voilà, madame, la plus étonnante maxime dont j’aie jamais entendu parler. Comment ! sitôt qu’un homme prend en public le masque de l’amitié, pour me nuire plus à son aise, sans même daigner se cacher de moi, sitôt qu’il me baise en m’assassinant, je dois n’oser plus me défendre, ni parer ses coups, ni m’en plaindre, pas même à lui ! Je ne puis croire que c’est là ce que vous avez voulu dire ; cependant en relisant ce passage dans votre lettre, je n’y puis trouver aucun autre sens.
Je vous suis obligé, madame, des soins que vous voulez prendre pour ma défense, mais je ne les accepte pas : M. Hume a si bien jeté le masque, qu’à présent sa conduite parle et dit tout à qui ne veut pas s’aveugler ; mais quand cela ne serait pas, je ne veux point qu’on me justifie, parce que je n’ai pas besoin de justification, et je ne veux pas qu’on m’excuse, parce que cela est au-dessous de moi ; je souhaiterais seulement que, dans l’abîme de malheurs où je suis plongé, les personnes que j’honore m’écrivissent des lettres moins accablantes, afin que j’eusse au moins la consolation de conserver pour elles tous les sentiments qu’elles m’ont inspirés.
Lettre DCCXVII – À Madame la duchesse de Portland
[921]
Wootton, le 3 septembre 1766
Madame,
What is happening to me in England is, I assure you, beyond all imagination: I am subjected to the most complete slander possible, without having given them the slightest cause to do so, and without a single person having any personal reason to be dissatisfied with me. It seems that Mr. Hume and his associates’ plan is to cut me off from all resources and means of communication with the continent, leaving me to perish here in pain and misery. I hope they will not succeed; but two things fill me with dread: first, they are making every effort to separate Mr. Davenport from me, and if they succeed, I will be completely without refuge or support; second—and even more frightening—is that, due to the restrictions on mail delivery to London, I must use a clerk there for my correspondence with you. I rely on a bookseller I do not know personally, but who is reputed to be an honest man; however, if something were to happen to him, I would have no one left to send my letters to safely, and I would not know how to contact you again. We must hope that this will not happen; but my dear host, I am so miserable. This final blow could prove fatal for me.
I try my best to shut out all disturbing news from all sides; I no longer read any public documents; I no longer reply to any letters, which should eventually deter people from writing to me; I only talk about matters that are unimportant, and I do so only with the one neighbor who speaks French, because he is the only one who communicates with me. Given the circumstances, it was impossible for me not to be affected by this terrible revolution, which, I have no doubt, has spread throughout all of Europe; but this emotion did not last long. Serenity has returned, and I hope it will endure, because it seems unlikely that any unexpected misfortune will happen to me now. As for you, my dear host, let none of this disturb you: I dare predict to you that one day Europe will hold the greatest respect for those who have shown me support in my times of adversity.
Letter DCCXV – To Madame la Comtesse de Boufflers
Wootton, August 30, 1766.
One thing fills me with great pleasure, madam, in the letter you had the kindness to write to me on the 27th of last month, which I only received a few days ago; it is to see from its tone that you are in good health.
You say, madam, that you have never seen a letter similar to the one I wrote to Mr. Hume; that is possible, for I myself have never encountered anything that could have inspired such a letter: at any rate, this letter does not resemble those that Mr. Hume writes; and I hope never to write one that does.
You ask me what insults I am complaining about. Mr. Hume forced me to tell him that I saw his secret maneuvers, and I did so; he then forced me to explain myself in detail regarding this matter, and I did that as well. He can tell you all about it, madam; as for me, I am not complaining about anything at all.
You reproach me for harboring hateful suspicions; to this I reply that I am not actually harboring any suspicions at all. Perhaps, madam, you could have taken some of the lessons you teach me and not been so easily deceived—just as I was so readily convinced of treachery. Perhaps you could have told me some of the things you wanted me to tell myself about Mr. Hume.
All that you tell me in his favor forms a very strong, very reasonable prejudice—one of great weight, especially for me—and I make no attempt to oppose it. However, prejudices mean nothing against facts. I refrain from judging the character of Mr. Hume, whom I do not know; I judge only his behavior toward me, which I do know. Perhaps I am the only man he has ever hated; but what a hatred it was! Would one and the same heart be capable of such intense hatred towards two people?
You wanted me to reject the evidence outright; I did that as much as I could. You advised me to deny what my senses told me; but such advice is easier given than followed. You suggested I should not believe anything I perceived with my own senses. You also suggested I consult those friends I have in France; but if I am not to believe what I see and feel, then they certainly will be even less inclined to believe it—especially since they neither see nor feel it themselves. Oh, madam! When a man comes at me with a knife, aiming to stab me repeatedly, shouldn’t I first ask others whether he has indeed attacked me, before daring to accuse him of it myself?
The extreme vehemence you display in my letter leads me to suppose, madam, that either you yourself are not composed, or that the copy you have seen is forged. Under the tragic circumstances in which I wrote this letter—and knowing full well what Mr. Hume intended to do with it—he would have required an extraordinary amount of self-control to behave in such a restrained manner. Only those who have suffered great misfortunes can understand how difficult it is, in the face of such extreme sorrow, to maintain both gentleness and composure.
Mr. Hume approached it in a different way, I must admit; whereas in response to the very same letter, he wrote to me in decent and even honest terms. However, when writing to Mr. d’Holbach and everyone else, his language was somewhat different. He filled Paris, France, the newspapers, and the entire Europe with things that my pen cannot even begin to describe, and certainly would never repeat. Was that, madam, the way I should have done it?
You say that I should have restrained my anger towards a man who has truly served me well. In the long letter I wrote to Mr. Hume on July 10th, I carefully weighed all the services he had rendered me, and it was only right for me to tip the balance in his favor wherever possible—and indeed that is what I did. However, even if all these supposed services had been as genuine as they seemed, and if they had not actually been nothing but traps designed to conceal the most sinister intentions, I still do not see why they would require such profound gratitude on my part.
The bonds of friendship are respectable even after they have been broken: that is true, but it assumes that those bonds did indeed exist in the first place. Unfortunately, in my case, they did exist; therefore, the decision I made to mourn in silence and remain silent was simply a result of the respect I hold for myself.
And those are merely the appearances of such feelings. Well, madam, this is the most astonishing maxim I have ever heard. How is it possible that once a man assumes the guise of friendship in public, in order to harm me more easily—without even deigning to hide from me—and that when he “kisses” me while actually killing me, I am supposed not to dare defend myself, neither parry his blows nor complain about them, not even to him! I cannot believe this is what you meant; yet upon rereading this passage in your letter, I see no other possible meaning at all.
I am grateful to you, madam, for the efforts you wish to make in my defense, but I cannot accept them: Mr. Hume has removed all pretenses so thoroughly that his behavior now speaks clearly for itself to anyone who is not willing to be deceived. But even if this were not the case, I do not wish for anyone to try to justify me, because I need no justification; nor do I want anyone to excuse me, for such an action would be beneath me. I merely hope that, in the abyss of misfortune into which I have been plunged, those whom I honor will write to me letters that are less crushing, so that at least I may retain the affection they have inspired in me.
Letter DCCXVII – To Madame la Duchesse de Portland
[921]
Wootton, September 3, 1766
Madam,
Le cose che accadono in Inghilterra a mio riguardo sono, vi assicuro, al di là di ogni immaginazione: mi trovo nella più completa diffamazione possibile, senza che io abbia dato la minima occasione per questo, e senza che nessuno possa dire di aver avuto personalmente alcun motivo di disapprovazione nei miei confronti. Sembra ora che il piano di Mr. Hume e dei suoi soci sia quello di privarmi di ogni risorsa, di qualsiasi possibilità di comunicare con il continente, e di farmi morire qui di dolore e miseria. Spero che non riusciranno; ma due cose mi fanno tremare: la prima è che stanno facendo di tutto per allontanare da me Mr. Davenport, e che, se ci riuscissero, sarei completamente senza rifugio, senza sapere cosa fare; la seconda, ancora più spaventosa, è il fatto che, per poter comunicare con voi, debba necessariamente avere un corrispondente a Londra, poiché non mi è possibile inviare lettere direttamente da qui; per questo uso un libraio che non conosco affatto, ma di cui mi dicono sia una persona molto onesta. Se per qualche motivo quest’uomo dovesse scomparire, non avrei più nessuno a cui affidare le mie lettere in modo sicuro, e non saprei più come scrivervi. Bisogna sperare che questo non accada; ma mio caro ospite, sono davvero troppo sfortunato. Mi mancherebbe solo questo ultimo colpo.
Cerco di chiudere da ogni parte la porta a quelle notizie dolorose; non leggo più alcun giornale pubblico; non rispondo più a nessuna lettera, il che sicuramente scoraggerà le persone dal scrivermi; parlo soltanto di cose indifferenti con l’unico vicino con cui converso, perché è l’unico che parla francese. Data la situazione, non mi è stato possibile non essere colpito da questa terribile rivoluzione, che, ne sono certo, si è diffusa in tutta Europa; ma queste emozioni sono durate poco; la serenità è tornata, e spero che duri: perché mi sembra difficile che possa accadermi ora qualche sfortuna imprevista. Per quanto riguarda te, mio caro ospite, non lasciare che tutto ciò ti scuota: oso predirti che un giorno l’Europa mostrerà il massimo rispetto per coloro che avranno mantenuto la loro stima per me nei momenti della mia sfortuna.
Lettera DCCXV – Alla contessa di Boufflers
Wootton, 30 agosto 1766.
Una cosa mi rende molto felice, signora: nella lettera che avete avuto la gentilezza di scrivermi il 27 dello scorso mese, e che è arrivata solo alcuni giorni fa, si evince dal tono che siete in buona salute.
Dite che non avete mai visto una lettera simile a quella che ho scritto al signor Hume; è possibile, perché io stesso non ho mai visto nulla di simile a ciò che ha dato origine a questa lettera: comunque, essa non assomiglia affatto alle lettere che scrive il signor Hume; e spero di non dover mai scrivere lettere del genere.
Mi chiedete quali siano le offese di cui mi lamento. Il signor Hume mi ha costretto a dirgli che riuscivo a vedere le sue manovre segrete, e l’ho fatto; mi ha poi costretto a spiegarmi più in dettaglio su questo argomento, e l’ho fatto ancora. Lui può raccontarvi tutto ciò, signora. Per quanto mi riguarda, non mi lamento di nulla.
Mi rimproverate di indulgere in odiosi sospetti: a questo rispondo che non indulgo affatto in sospetti; forse, signora, avreste potuto trarre qualche lezione da quelle che mi impartite voi stessa, non essere così pronta a credere ciò in cui io credevo con tanta facilità alle tradizioni, e dirmi voi stessa alcune delle cose che volevate che io dicessi riguardo al signor Hume.
Tutto ciò che mi dite a suo favore forma un pregiudizio molto forte, molto ragionevole e di grande peso, soprattutto per me; non intendo certo combatterlo. Tuttavia, i pregiudizi non hanno alcun effetto sui fatti. Mi astengo dal giudicare il carattere di Monsieur Hume, che non conosco; valuto soltanto il suo comportamento verso di me, che invece conosco bene. Forse sono l’unico uomo che abbia mai odiato; ma quale odio! Un solo cuore potrebbe essere sufficiente per due persone che provano un odio del genere?
Volevate che mi rifiutassi di credere all’evidenza; l’ho fatto finché ho potuto. Volevate che negassi le testimonianze dei miei sens; è un consiglio più facile da dare che da seguire. Volevate che non credessi a nulla di ciò che sentivo. Volevate anche che consultassi gli amici che ho in Francia. Ma se io non devo credere a nulla di ciò che vedo e di ciò che sento, loro crederanno ancora meno, loro che non lo vedono e che lo sentono ancora meno. Oh, signora! Quando un uomo viene verso di me con l’intenzione di pugnalarmi ripetutamente al petto, prima di osare dirgli che mi sta colpendo, dovrei forse andare a chiedere ad altri se davvero mi ha colpito.
L’estrema veemenza che riscontra nella mia lettera mi fa supporre, signora, che nemmeno voi siate in grado di mantenere la calma, oppure che la copia che avete visto sia falsificata. Nelle tragiche circostanze in cui ho scritto questa lettera, e poiché il signor Hume mi ha costretto a descrivere ciò che voleva utilizzare, oso dire che occorreva davvero una grande forza d’animo per riuscire a mantenere un tale autocontrollo. Solo le sfortune più gravi permettono di comprendere quanto sia difficile, nell’eccesso di un dolore del genere, conciliare la dolcezza con la sofferenza stessa.
Devo ammettere che il signor Hume ha adottato un approccio diverso; mentre in risposta a quella stessa lettera mi scriveva in termini decorosi e persino onesti, quando scriveva al signor d’Holbach e a tutti gli altri usava parole leggermente diverse. Ha riempito Parigi, la Francia, i giornali, l’intera Europa di cose che la mia penna non sa nemmeno come descrivere, e che mai ripeterà. Era davvero così, signora, che avrei dovuto comportarmi?
Dite che avrei dovuto moderare la mia indignazione verso un uomo che mi ha davvero reso dei servizi. Nella lunga lettera che ho scritto il 10 luglio a Monsieur Hume, ho valutato con la massima imparzialità i benefici che mi aveva fornito: era giusto da parte mia far pendere l’equilibrio a suo favore in ogni occasione, ed è esattamente ciò che ho fatto. Tuttavia, anche se tutti questi presunti benefici fossero stati tanto reali quanto appariscenti, e se non fossero stati altro che trappole volte a nascondere i piani più malvagi, non vedo perché dovrebbero richiedere una grande riconoscenza da parte mia.
I legami dell’amicizia sono rispettabili anche dopo essere stati spezzati: è vero, ma ciò presuppone che tali legami siano effettivamente esistiti. Purtroppo, da parte mia, questi legami hanno esistito; per questo motivo, la decisione che ho preso di lamentarmi in silenzio e di tacere rappresenta semplicemente il risultato del rispetto che devo a me stesso.
E anche le sole apparenze di questo sentimento non sono altro che apparenze. Ecco, signora, la massima più sorprendente di cui abbia mai sentito parlare. Come! Non appena un uomo assume in pubblico il “maschera” dell’amicizia per potermi nuocere più facilmente, senza nemmeno degnarsi di nascondersi da me; non appena mi bacia mentre mi assassina, io dovrei smettere di difendermi, di parare i suoi colpi, di lamentarmene, nemmeno con lui! Non posso credere che questo sia ciò che volevate dire; tuttavia, rileggendo questo passaggio nella vostra lettera, non riesco a trovarvi alcun altro significato.
Le sono grato, signora, per gli sforzi che si impegna a compiere in mia difesa, ma non li accetto: il signor Hume ha gettato via così completamente il suo “maschera” che ora il suo comportamento parla da solo, e dice tutto a chiunque non voglia chiudere gli occhi davanti alla verità; ma anche se non fosse così, non desidero che si cerchi di giustificarmi, perché non ho bisogno di giustificazioni, né che si tenti di scusarmi, perché questo sarebbe al di sotto della mia dignità. Vorrei soltanto che, nell’abisso di sfortune in cui mi trovo, le persone che onoro mi scrivessero lettere meno disperate, affinché potessi almeno conservare per loro tutti i sentimenti che hanno suscitato in me.
Lettera DCCXVII – Alla Signora Duchessa di Portland
[921]
Wootton, 3 settembre 1766
Signora,
Quand je n’aurais eu aucun goût pour la botanique, les plantes que M. Granville m’a remises de votre part m’en auraient donné ; et, pour mériter les trésors que je tiens de vous, je voudrais apprendre à les connaître : mais, madame la duchesse, il me manque le plus essentiel pour cela, et ce n’est pas assez pour moi de vos herbes, il me faudrait de plus vos instructions ; que ne suis-je à portée d’en profiter quelquefois ! Si, commençant trop tard cette étude, je n’avais jamais l’honneur de savoir, j’aurais du moins le plaisir d’apprendre, et celui d’apprendre auprès de vous : j’y trouverais cette précieuse sérénité d’âme, que donne la contemplation des merveilles qui nous entourent ; et, que j’en devinsse ou non meilleur botaniste, j’en deviendrais sûrement et plus sage et plus heureux. Voilà, madame la duchesse, un bien que j’aime à chercher à votre exemple, et qu’on ne recherche jamais en vain : plus l’esprit s’éclaire et s’instruit, plus le coeur demeure paisible ; l’étude de la nature nous détache de nous-mêmes et nous élève à son auteur. C’est en ce sens qu’on devient vraiment philosophe, c’est ainsi que l’histoire naturelle et la botanique ont un usage pour la sagesse et pour la vertu. Donner le change à nos passions par le goût des belles connaissances, c’est enchaîner les amours avec des liens de fleurs.
Daignez, madame la duchesse, recevoir avec bonté mon profond respect.
Lettre DCCXIX – À Milord Maréchal
7 septembre 1766.
Je ne puis vous exprimer, Milord, à quel point, dans les circonstances où je me trouve, je suis alarmé de votre silence. La dernière lettre que j’ai reçue de vous était du… Serait-il possible que les terribles clameurs de M. Hume eussent fait impression sur vous, et m’eussent, au milieu de tant de malheurs, ôté la seule consolation qui me restait sur la terre ? Non, Milord : cela ne peut pas être ; votre âme ferme ne peut être entraînée par l’exemple de la foule ; votre esprit judicieux ne peut être abusé à ce point. Vous n’avez point connu cet homme, personne ne l’a connu, ou plutôt il n’est plus le même. Il n’a jamais haï que moi seul ; mais aussi quelle haine ! un même coeur pourrait-il suffire à deux comme celle-là ? Il a marché jusqu’ici dans les ténèbres, il s’est caché ; mais maintenant il se montre à découvert. Il a rempli l’Angleterre, la France, les gazettes, l’Europe entière, de cris auxquels je ne sais que répondre, et d’injures dont je me croirais digne si je daignais les repousser. Tout cela ne décèle-t-il pas avec évidence le but qu’il a caché jusqu’à présent avec tant de soin ? Mais laissons M. Hume, je veux l’oublier malgré les maux qu’il m’a faits : seulement qu’il ne m’ôte pas mon père ; cette perte est la seule que je ne pourrais supporter. Avez-vous reçu mes deux dernières lettres, l’une du 20 juillet et l’autre du 9 août ? Ont-elles eu le bonheur d’échapper aux filets qui sont tendus tout autour de moi, et au travers desquels peu de chose passe ? Il parait que l’intention de mon persécuteur et de ses amis est de m’ôter toute communication avec le continent, et de me faire périr ici de douleur et de misère ; leurs mesures sont trop bien prises pour que je puisse aisément leur échapper. Je suis préparé à tout et je puis tout supporter hors votre silence. Je m’adresse à M. Rougemont ; je ne connais que lui seul à Londres à qui j’ose me confier : s’il me refuse ses services, je suis sans ressource et sans moyens pour écrire à mes amis. Ah, Milord ! qu’il me vienne une lettre de vous, et je me console de tout le reste !
Lettre DCCXXI – À Milord Maréchal
Wootton, le 27 septembre 1766.
Je n’ai pas besoin, Milord, de vous dire combien vos deux dernières lettres m’ont fait de plaisir et m’étaient nécessaires. Ce plaisir a pourtant été tempéré par plus d’un article, par un, surtout, auquel je réserve une lettre exprès, et aussi par ceux qui regardent M. Hume, dont je ne saurais lire le nom ni rien qui s’y rapporte, sans un serrement de coeur et un mouvement convulsif, qui fait pis que de me tuer, puisqu’il me laisse vivre. Je ne cherche point, Milord, à détruire l’opinion que vous avez de cet homme, ainsi que toute l’Europe ; mais je vous conjure, par votre coeur paternel, de ne me reparler jamais de lui sans la plus grande nécessité.
Je ne puis me dispenser de répondre à ce que vous m’en dites dans votre lettre du 5 de ce mois. Je vois avec douleur, me marquez-vous, que vos ennemis mettront sur le compte de M. Hume tout ce qu’il leur plaira d’ajouter au démêlé d’entre vous et lui. Mais que pourraient-ils faire de plus que ce qu’il a fait lui-même ? Diront-ils de moi pis qu’il n’en a dit dans les lettres qu’il a écrites à Paris, par toute l’Europe, et qu’il a fait mettre dans toutes les gazettes ? Mes autres ennemis me font du pis qu’ils peuvent et ne s’en cachent guère ; lui fait pis qu’eux et se cache, et c’est lui qui ne manquera pas de mettre sur leur compte le mal que jusqu’à ma mort il ne cessera de me faire en secret.
Vous me dites encore, Milord, que je trouve mauvais que M. Hume ait sollicité la pension au roi d’Angleterre à mon insu. Comment avez-vous pu vous laisser surprendre au point d’affirmer ainsi ce qui n’est pas ? Si cela était vrai, je serais un extravagant tout au moins ; mais rien n’est plus faux. Ce qui m’a fâché, c’était qu’avec sa profonde adresse il se soit servi de cette pension, sur laquelle il revenait à mon insu, quoique refusée, pour me forcer de lui motiver mon refus et de lui faire la déclaration qu’il voulait absolument avoir et que je voulais éviter, sachant bien l’usage qu’il en voulait faire. Voilà, Milord, l’exacte vérité, dont j’ai les preuves, et que vous pouvez affirmer.
Grâces au ciel ! j’ai fini quant à présent sur ce qui regarde M. Hume. Le sujet dont j’ai maintenant à vous parler est tel que je ne puis me résoudre à le mêler avec celui-là dans la même lettre ; je le réserve pour la première que je vous écrirai. Ménagez pour moi vos précieux jours, je vous en conjure. Ah ! vous ne savez pas, dans l’abîme de malheurs où je suis plongé, quel sciait pour moi celui de vous survivre !
Lettre DCCXXIII – À M. du Peyrou
À Wootton, le 4 octobre 1766.
Tu quoque !…
J’ai reçu, mon cher hôte, votre lettre n° 32 ; je n’ai pas besoin de vous dire quel effet elle a t’ait sur moi ; j’ai besoin plutôt de vous dire qu’elle ne m’a pas achevé. Celle n° 30 ne me préparait pas à celle-là ; ce que vous aviez ; écrit à Panckoucke m’y préparait encore moins ; et j’aurais juré, surtout après la promesse que vous m’aviez laite, que vous étiez à l’épreuve du voyage de Genève. J’avais tort ; je devrais savoir mieux que personne qu’il ne faut jurer de rien. Le soin que vous prenez de me ramasser les jugements du public sur mon compte m’apprend assez quels sont les vôtres, et je vois que si vous exigez que je me justifie, c’est surtout auprès de vous ; car, quant au public, vous savez que vos soins là-dessus sont inutiles, que mon parti est pris sur ce point, et que démon vivant je n’ai plus rien à lui dire.
Mais avant de parler de ma justification, parlons de la vôtre ; car, enfin, je n’ai aucun tort avec vous, que je sache, et vous en avez avec moi de peu pardonnables ; puisqu’avant de se résoudre d’accabler un ami dans mon état, il faut s’assurer d’avoir dix fois raison, après quoi l’on a tort encore. J’entre en matière.
Je vous disais dans ma précédente lettre que, lorsqu’on vous marqua que la pension m’avait été offerte, cela était vrai ; mais que, lorsqu’on ajouta que je l’avais refusée, cela était faux ; qu’il était faux même que j’eusse alors l’intention de la refuser ; que, comme c’était alors un secret, je n’en avais parlé à qui que ce fût ; qu’il fallait donc que ce bruit anticipé fût venu de M. Hume, qui lui-même avait exigé le secret, etc., etc.
Là-dessus, voici votre réponse ; de peur de la mal extraire, je la transcrirai mot à mot.
Even if I had no interest in botany at all, the plants that Mr. Granville gave me from your part would have sparked it in me; and in order to merit the treasures you have bestowed upon me, I wish to learn to understand them better. But, Madame la Duchesse, what is most essential for this is lacking to me—your guidance alone is not enough; I need also your instruction. How I wish I could sometimes benefit from it! If, having begun this study too late, I never had the honor of truly understanding these things, at least I would have the pleasure of learning them—and learning from you no less. In doing so, I would find that precious inner peace that comes from contemplating the wonders around us. And whether or not I become a better botanist as a result, I would surely become wiser and happier. This is, Madame la Duchesse, a pursuit I am willing to undertake in your footsteps—for such efforts are never in vain: the more our minds are enlightened and educated, the more peaceful our hearts remain. The study of nature frees us from ourselves and elevates us toward its Creator. It is in this way that one truly becomes a philosopher; it is for this reason that the study of natural history and botany are so beneficial to wisdom and virtue. To replace our passions with a love for noble knowledge is nothing less than binding our affections with bonds of beauty.
Please accept, Madame the Duchess, my deepest respects with kindness.
Letter DCCXIX – To My Lord Marshal
September 7, 1766.
I cannot express to you, My Lord, how deeply alarmed I am by your silence in the circumstances I find myself in. The last letter I received from you was dated. Could it be possible that Mr. Hume’s terrible accusations have influenced you, and that they have deprived me, amidst so much misfortune, of the only consolation left on earth? No, My Lord; such is not the case. Your steadfast soul cannot be swayed by the example of the crowd; your judicious mind cannot be deceived to such an extent. You never knew this man; no one really did know him—or rather, he is no longer the same person. He has always hated only me alone; but what hatred! Could one single heart be capable of harboring such intense fury? He has wandered in the shadows all along; he has hidden himself—but now he reveals himself openly. He has filled England, France, the newspapers, and the whole of Europe with accusations against me, to which I know nothing to reply, and insults that I would consider myself worthy of if I were so foolish as to respond to them. Does all this not clearly reveal the goal he has been so carefully concealing until now? But let us put Mr. Hume aside—I wish to forget all the harm he has done me, provided only that he does not take away my father from me; that loss alone would be more than I could bear. Have you received my last two letters, one dated July 20th and the other August 9th? Have they managed to escape the nets that are stretched all around me, through which so few things ever manage to pass? It seems that my persecutor and his allies intend to cut me off from any contact with the mainland and to cause me to perish here in pain and misery. Their measures are too well-planned for me to hope of escaping them easily. I am prepared for anything—and I can endure everything except your silence. I am writing to Mr. Rougemont; he is the only person in London whom I dare confide in. If he refuses to help me, I will be left with no resources and no means to write to my friends. Ah, My Lord! If only I could receive a letter from you, I would find comfort in everything else!
Letter DCCXXI – To My Lord Marshal
Wootton, September 27, 1766.
I need not, My Lord, tell you how much pleasure your last two letters have brought me and how necessary they were to me. Yet this joy was somewhat tempered by several articles—especially one in particular for which I reserve a separate letter—and also by those that refer to Mr. Hume. The mere mention of his name or anything related to him causes me such distress that it is worse than death, for it forces me to continue living. I seek not, My Lord, to undermine your opinion of this man, nor that of all Europe; but I implore you, out of the kindness of your heart, never to mention him to me unless it is absolutely necessary.
I cannot help but respond to what you have written in your letter dated the 5th of this month. I am deeply distressed, as you understand, by the fact that your enemies will attribute whatever they wish to the troubles between you and Mr. Hume. But what more could they possibly do than what he himself has already done? Will they say anything worse about me than what he has written in the letters he sent throughout Paris and Europe, and which were published in all the newspapers? My other enemies do everything in their power to harm me, and they are not shy about it; but he does even more than they do—and yet he hides it. And it is he who will surely attribute to them the harm that he will continue to inflict upon me in secret, right up until my death.
You tell me again, My Lord, that I am wrong to think it improper for Mr. Hume to have requested that pension from the King of England without my knowledge. How could you have been so surprised as to assert something that is not true? If it were true, at least I would be considered extravagant; but nothing could be further from the truth. What angered me was that, with his great cunning, he took advantage of that pension—about which I had no knowledge, even though it was refused—to force me to explain my reasons for refusing and to make the statement he so desperately wanted to obtain, while I knew full well the purpose he intended to serve with it. This is, My Lord, the exact truth; I have the evidence to support it, and you may affirm it yourself.
Thank heaven! For now, I have finished dealing with matters concerning Mr. Hume. The subject I wish to discuss with you next is such that I cannot bring myself to combine it with the former in the same letter; I will reserve it for my first letter to you. Please take good care of your precious time, I implore you. Ah! You have no idea, in the abyss of misfortune into which I am plunged, how immense would be my sorrow if you were to pass away!
Letter DCCXXIII – To Mr. du Peyrou
At Wootton, on October 4, 1766.
“Tu quoque!”.
My dear host, I have received your letter number 32; I need not tell you what effect it had on me; rather, I must say that it did not completely convince me. Letter number 30 had not prepared me for this one; what you had written to Panckoucke had done even less to prepare me. And I would have sworn, especially after the promise you made to me, that you were undergoing the trials associated with the journey to Geneva. I was wrong; I should know better than anyone that one should never swear about anything. The fact that you go to such lengths as to collect public opinions about me is enough to show me what your own opinion is. And it seems that if you demand that I justify myself, it is mainly in front of you; because as for the public, you know quite well that your efforts in this regard are futile—my position on this matter is firm, and I have nothing further to say to them, not even if confronted by a living witness.
But before discussing my own justification, let us talk about yours; for, after all, as far as I know, I have committed no wrongdoing against you, while you have committed against me acts that are hardly pardonable. Indeed, before deciding to bring such accusations against a friend in my situation, one should first be certain of having ten times more reason on their side—yet even then, they would still be in the wrong. Now, I shall get to the point.
I told you in my previous letter that when it was mentioned to you that the pension had been offered to me, this was true; but that when it was added that I had refused it, this was false; that it was even false to claim that I had intended to refuse it at that time; and that since it was a secret at the time, I had not spoken about it to anyone. Therefore, this premature rumor must have come from Mr. Hume himself, who had demanded that the matter be kept confidential, and so on.
Here is your response; fearing that I might misinterpret it, I will transcribe it word for word.
Anche se non avessi alcun interesse per la botanica, le piante che il signor Granville mi ha consegnato da parte vostra me ne avrebbero dato l’amore; e per meritare i tesori che possiedo grazie a voi, vorrei imparare a conoscerle. Ma, madame la duchessa, mi manca ciò che è più essenziale: le vostre istruzioni, oltre alle piante stesse. Quanto vorrei poterne trarre beneficio almeno di tanto in tanto! Se, avendo iniziato questo studio troppo tardi, non avessi mai avuto l’onore di conoscerle, avrei comunque il piacere di imparare. E il piacere di farlo sotto la vostra guida: troverei in questo la preziosa serenità d’animo che deriva dalla contemplazione delle meraviglie che ci circondano. E, che io diventi o meno un miglior botanico, ne diventerei sicuramente più saggio e più felice. Questo è un bene che amo cercare seguendo il vostro esempio. Un bene che non si cerca mai invano: più lo spirito si illumina e si istruisce, più il cuore rimane sereno; lo studio della natura ci distacca da noi stessi e ci eleva al suo autore. È in questo senso che si diventa veramente filosofi. Ed è così che la storia naturale e la botanica hanno un vero valore per la saggezza e la virtù. Sostituire le nostre passioni con il gusto per le belle conoscenze, è come legare i sentimenti con “legami di fiori”.
Permettetemi, signora duchessa, di esprimervi il mio profondo rispetto.
Lettera DCCXIX – A Sua Signoria il Maresciallo
7 settembre 1766.
Non riesco a esprimervi, Milord, quanto io sia allarmato dal vostro silenzio nelle circostanze in cui mi trovo. L’ultima lettera che ho ricevuto da voi risale al. È possibile che le terribili accuse di Mr. Hume abbiano avuto su di voi un effetto negativo, privandomi, in mezzo a tante sfortune, dell’unica consolazione che mi rimaneva sulla terra? No, Milord: questo non può essere; la vostra anima ferma non può essere influenzata dall’esempio della folla; il vostro spirito giudizioso non può essere ingannato a tal punto. Voi non avete mai conosciuto quell’uomo; nessuno lo ha conosciuto, o meglio, lui stesso non è più lo stesso di prima. Ha sempre odiato soltanto me; ma che odio! Un solo cuore potrebbe davvero contenere un odio così profondo? Si è nascosto per molto tempo, ma ora si mostra apertamente. Ha riempito l’Inghilterra, la Francia, i giornali, tutta Europa di accuse e insulti. Non so come rispondere a queste cose; anzi, mi sentirei degno di respingerle se solo osassi farlo. Tutto ciò non rivela forse chiaramente l’obiettivo che ha nascosto con tanta cura fino ad ora? Ma lasciamo perdere Mr. Hume. Voglio dimenticarlo, nonostante i mali che mi ha causato. Solo che non mi privi di mio padre: questa perdita è l’unica che non potrei sopportare. Avete ricevuto le mie ultime due lettere, una del 20 luglio e l’altra dell’9 agosto? Hanno avuto la fortuna di sfuggire alle insidie che mi circondano da tutte le parti. Le loro misure sono troppo efficaci perché io possa facilmente eluderle. Sono pronto a tutto. Posso sopportare qualsiasi cosa, tranne il vostro silenzio. Mi rivolgo a Mr. Rougemont. Lui solo a Londra è la persona a cui oso confidarmi. Se mi rifiuterà il suo aiuto, sarò senza risorse, senza modo di scrivere ai miei amici. Ah, Milord. Se solo ricevessi una vostra lettera, mi consolerei di tutto il resto!
Lettera DCCXXI – A Sua Signoria il Maresciallo
Wootton, 27 settembre 1766.
Non ho bisogno, Milord, di dirvi quanto le vostre ultime due lettere mi abbiano fatto piacere e quanto fossero necessarie per me. Tuttavia, questo piacere è stato mitigato da diversi articoli, soprattutto da uno in particolare, riguardante il signor Hume: non riuscirei a leggerne il nome né nulla che vi sia relativo senza provare un dolore profondo e un’emozione intensa, tale da essere peggio della morte stessa, poiché mi lascia comunque in vita. Non intendo affatto, Milord, distruggere l’opinione che voi e tutta Europa avete di quest’uomo; ma vi supplico, per il vostro cuore paterno, di non parlarmi mai più di lui se non quando sia assolutamente necessario.
Non posso fare a meno di rispondere a quanto mi dite nella vostra lettera del 5 di questo mese. Vedo con dolore, vi ricordo, che i vostri nemici attribuiranno a Monsieur Hume tutto ciò che vorranno aggiungere al conflitto tra voi e lui. Ma cosa potrebbero fare di più di quanto abbia fatto lui stesso? Diranno di me cose peggiori di quelle che ha detto nelle lettere scritte a Parigi, in tutta Europa, e che ha fatto pubblicare su tutti i giornali? Gli altri miei nemici fanno del mio male tutto ciò che possono e non si nascondono affatto; lui, invece, fa di peggio di loro e si nasconde. Ed è proprio lui che non mancherà di attribuire a loro il male che, fino alla mia morte, continuerà a farmi in segreto.
Mi dite ancora, Milord, che ritengo sbagliato il fatto che il signor Hume abbia chiesto la pensione al re d’Inghilterra a mia insaputa. Come avete potuto lasciarvi sorprendere al punto di affermare una cosa del genere? Se fosse vero, sarei almeno considerato un eccentrico; ma nulla è più falso. Quello che mi ha infastidito è stato il fatto che, con la sua grande astuzia, abbia utilizzato quella pensione, di cui non ero a conoscenza e che comunque era stata rifiutata, per costringermi a motivare il mio rifiuto e a fornirgli le informazioni che desiderava assolutamente ottenere, mentre io cercavo invece di evitarlo, sapendo bene a quale scopo intendesse farne uso. Ecco, Milord, la verità esatta: ne ho le prove e potete confermarla voi stesso.
Grazie al cielo! Per il momento ho terminato di parlare di Monsieur Hume. L’argomento di cui devo ora parlarvi è tale che non oso mescolarlo con quello precedente nella stessa lettera; lo riserverò per la prima che vi scriverò. Vi prego, prendetevi cura dei vostri preziosi giorni. Ah! Non sapete quanto sia importante per me che voi sopravviviate, nel baratro di sfortune in cui mi trovo!
Lettera DCCXXIII – A Monsieur du Peyrou
A Wootton, il 4 ottobre 1766.
Anche tu!.
Caro ospite mio, ho ricevuto la vostra lettera numero 32; non c’è bisogno che vi dica l’impatto che ha avuto su di me. Piuttosto, devo dirvi che non mi ha affatto rassicurato. La lettera numero 30 non mi aveva preparato a questa; ciò che avevate scritto a Panckoucke non era certo d’aiuto. E avrei giurato, soprattutto dopo la promessa che mi avevate fatto, che staveste affrontando le conseguenze del viaggio a Ginevra. Mi sbagliavo: dovrei sapere meglio di chiunque altro che non si deve mai giurare nulla. Il modo in cui vi prendete cura di raccogliere le opinioni del pubblico su di me mi dice abbastanza quali siano le vostre. E vedo che, se esigete che mi difenda, è soprattutto davanti a voi che devo farlo. Perché, riguardo al pubblico, sapete bene che i vostri sforzi sono inutili: ho già preso una posizione in merito, e non ho più nulla da dire loro.
Ma prima di parlare della mia giustificazione, parliamo della vostra; perché, dopotutto, non ho alcun torto nei vostri confronti, per quanto ne so, mentre voi ne avete uno nei miei che è difficilmente perdonabile. Dopotutto, prima di decidere di accusare un amico nella mia situazione, bisogna assicurarsi di avere dieci volte ragione, e anche allora si potrebbe ancora sbagliare. Ora entro nel merito della questione.
Vi dicevo nella mia lettera precedente che, quando vi fu comunicato che mi era stata offerta una pensione, ciò era vero; ma che, quando si aggiunse che l’avevo rifiutata, ciò era falso; che era persino falso il fatto che all’epoca avessi intenzione di rifiutarla; e poiché si trattava di un segreto, non ne avevo parlato con nessuno; quindi quel pettegolezzo doveva essere stato diffuso da Monsieur Hume stesso, che aveva esigito il rispetto della riservatezza, ecc., ecc.
Ecco dunque la vostra risposta; temendo di non riuscire a estrarla correttamente, la trascriverò parola per parola.
« Votre lettre au général Conway est du 12 mai, et l’affaire de votre démêlé n’a éclaté dans ce pays et à Genève que sur la fin de juillet ; à Paris, dans le courant du même mois, ou dans celui de juin. Il est donc possible que M. Hume n’ait parlé, dans sa lettre à d’Alembert, de votre pension, que sur le refus de l’accepter fait à M. Conway. Je dis possible, parce que, n’ayant pas la date de la lettre à d’Alembert, je ne peux pas l’assurer ; mais l’époque en est du mois de juin au plus tôt. Ainsi, la conséquence que vous tirez contre Hume de cette circonstance n’est pas nécessaire, et le secret ébruité de la pension n’a eu lieu qu’après votre refus. Je vous fais cette réflexion pour vous engager à bien combiner les dates, à bien vous en assurer, avant d’établir sur elles aucunes inductions. Il me sera difficile d’avoir la date de cette lettre à d’Alembert, puisqu’elle ne se communique plus, mais je tâcherai d’en savoir ce que je pourrai. Ce que j’en savais venait d’une lettre de M. Fischer au capitaine Steiner de Couvet ; la lettre était de fraîche date, et je vous écrivis sur-le-champ son contenu, et cela le 31 juillet. »
Il paraît, par tout ce récit, que je vous en ai imposé dans le mien, en antidatant le bruit répandu de mon refus, pour en accuser M. Hume. Je crois que vous n’avez pas tiré positivement cette conséquence ; mais, comme elle suit nécessairement de votre exposé, surtout de la fin, il a bien fallu, malgré vous, qu’elle se présentât au moins dans l’éloignement, puisqu’il était totalement impossible, de la manière que vous présentez La chose, que je lusse dans l’erreur sur ce point ; et, quand j’y aurais été, cette erreur sur pareil sujet eût été une étourderie impardonnable à mon Age, et ne pouvait que rendre mon caractère très suspect. Or, sans vous parler des devoirs de l’amitié, ceux de l’équité, de l’humanité, du respect qu’on doit aux malheureux, voulaient que vous commençassiez par bien vous assurer des faits qui entraînaient cette conséquence, et que vous ne vous fiassiez pas légèrement à votre mémoire pour m’imputer une pareille méchanceté. Avant d’aller plus loin, je vous supplie de rentrer ici en vous-même, et de vous demander si j’ai tort ou raison.
Suivez maintenant ce que j’ai à vous dire.
Premièrement, je viens de relire, en entier, votre lettre du 31 juillet, n° 30, et je n’y ai pas trouvé un seul mot de M. d’Alembert, ni de M. Fischer, ni de M. Steiner, ni de rien de ce que vous dites y avoir mis à ce sujet, et il n’en est question, que je sache, dans aucune autre de vos lettres.
Mais voici ce que vous m’écriviez le 16 mars, dans votre n° 21 :
« Si vous avez besoin d’un homme sûr, adressez-vous hardiment à mon ami Cerjeat ; je vous fournis son adresse à tout événement. Il me dit que l’on prétend que le roi vous a offert une pension que vous avez refusée, par la raison que vous n’aviez pas voulu accepter celle que le roi de Prusse voulait vous faire, que vous ne voulez pas recevoir des Suisses, et que vous vous plaignez de l’accueil que vous avez trouvé en Angleterre. »
Voici là-dessus comment je raisonnais en vous écrivant le 16 août.
M. de Cerjeat n’a pu vous écrire de Londres plus tard que le commencement de mars, ce que vous me marquez de Neuchâtel du 16.
Or, au commencement de mars, j’étais encore à Londres, d’où je ne suis parti que le 19 pour ce pays.
Au commencement de mars, M. Hume avait encore toute ma confiance, et j’avais eu la bêtise de ne pas le pénétrer, quoiqu’il entrât dans son profond projet que je le pénétrasse, et que personne au monde ne le pénétrât que moi seul.
Au commencement de mars, j’étais très déterminé, sauf l’aveu de Milord Maréchal, d’accepter la pension, si réellement elle m’était donnée ; chose dont, à la vérité, j’ai toujours douté.
Et au commencement de mars, je n’avais parlé de cette pension à qui que ce fut, qu’au seul Milord Maréchal, du consentement de M. Hume, et l’on ne pouvait encore avoir la réponse.
Je concluais de là qu’il fallait que le bruit parvenu à M. de Cerjeat eût été répandu par M. Hume, qui m’avait recommandé le secret, et je pensais, comme je le pense encore, qu’il eût peut-être été très important pour moi qu’on pût remonter à la source de ce premier bruit ; mais j’avoue que dans l’état déplorable où j’achève ma malheureuse vie. il est plus aisé de m’accabler que de me servir. Combinez et concluez vous-même ; pour moi, je n’ajouterai rien. Voilà, monsieur, mou premier grief. Commençons, si vous voulez hum, par le mettre en règle, avant que d’aller plus loin. Aussi-bien, je sens que mes forces achèvent de m’abandonner, et j’ai besoin d’un peu de relâche dans le travail cruel auquel, au lieu de consolations que j’attendais de vous, il vous plaît de me condamner. Je reprendrai votre lettre article par article ; et, avec lame que je vous connais, vous gémirez de l’avoir écrite ; mais, en attendant, elle aura fait son effet. Je vous embrasse, mon cher hôte, de tout mon coeur.
J’ai reçu réponse de Milord Maréchal sur l’affaire de M. d’Escherny. Dans ma première lettre, je vous ferai l’extrait de la sienne.
Je reçois en ce moment votre n° 33, et j’y vois que M. de Luze nie que nous ayons jamais couché tous trois dans la même chambre durant la route. M. de Luze nie cela ! Mon Dieu ! suis-je parmi des hommes ? Mon Dieu ! mais je crois que c’est un défaut de mémoire. Mon Dieu ! demandez, de grâce, à M. de Luze, comment donc nous couchâmes à Roye, je crois que c’est à Roye, la première nuit de notre départ de Paris ? Rappelez-lui que nous occupâmes une chambre à trois lits, dont je donne ici le plan pour éviter une longue description…
La main me tremble, je ne saurais tracer la figure. Il y avait deux lits des deux côtés de la porte, et un dans le fond à main droite, que j’occupai ; la cheminée était entre mon lit et celui de M. de Luze, qui était à main droite en entrant. M. Hume occupait celui de la gauche, et faisait diagonale avec moi. La table où nous avions soupe était devant la cheminée, entre le lit de M. de Luze et le mien. Je me couchai le premier, M. de Luze ensuite, M. Hume le dernier. Je le vois encore prendre sa chemise à manches étroites plissées… Mon Dieu !… Parlez, de grâce, à M. de Luze ; et son domestique nie-t-il aussi ? Non, ce domestique est un valet, mais c’est un homme. Malheureusement je ne l’ai pas revu depuis notre arrivée à Londres ; il n’a point eu d’étrennes mais c’est un homme enfin. Si nous n’avions pas couché dans la même chambre, imaginez-vous à quel degré irait ma stupidité, d’aller choisir un pareil mensonge, et concevez-vous que Hume l’eût laissé passer sans le relever ? J’ose dire plus : Hume, tout Hume qu’il est, ne le niera pas, s’il ne sait pas que M. de Luze le nie. Ah Dieu ! parmi quels êtres suis-je ! Toute chose cessante, parlez à M. de Luze, et me répondez un mot, un seul mot, et je ne vous demande plus rien. Il me paraît, messieurs, que vous avez l’un et l’autre peu de mémoire au service de la vérité et des malheureux.
Il n’y avait sur votre n° 33 qu’un petit brin de cire, très légèrement mis, et le peu d’empreinte qui paraît n’est pas de votre cachet. Si cette lettre a été ouverte, jugez de ce qu’il en peut arriver !
Lettre DCCXXIV – Au même
À Wootton, le 25 octobre 1766.
J’apprends, mon cher hôte, par votre n°34, le sujet qui vous conduit à Béfort. Tous mes voeux vous y accompagnent ; puissiez-vous y recouvrer votre bonne ouïe ! Je vois maintenant, avec une peine extrême, qu’elle ne s’affecte plus qu’à force de bruit.
J’ai vu aussi l’extrait de la lettre de Milord Maréchal, où il vous dit que je blâme M. Hume d’avoir demandé et obtenu la pension sans mon aveu. J’avoue rondement que si cela est je suis un extravagant tout au moins. Je n’ai rien à dire de plus sur cet article ; et, dès que Milord Maréchal m’accuse, je ne sais plus me justifier, ou du moins je ne le sais que par-devant lui. Revenons à vous.
“Your letter to General Conway dates from May 12th, while the incident concerning your dispute did not come to light in this country or in Geneva until late July; in Paris, it occurred during that same month or in June at the latest. It is therefore possible that Mr. Hume mentioned your pension in his letter to d’Alembert only after Mr. Conway had refused to accept it. I say ‘possible’ because, lacking the exact date of d’Alembert’s letter, I cannot be certain; but it must have been in June at the earliest. Thus, the conclusion you draw against Hume based on this circumstance is not necessarily valid, and the revelation of the pension matter only occurred after your refusal. I mention this to urge you to carefully verify the dates before making any inferences based on them. It will be difficult for me to obtain the exact date of d’Alembert’s letter, since it is no longer being circulated, but I will try my best to find out what information I can. What I knew about it came from a letter written by Mr. Fischer to Captain Steiner de Couvet; the letter was quite recent, and I immediately wrote you its contents on July 31st.”
From all this account, it seems that I have imposed upon you a certain conclusion in my own narrative by presenting the rumor of my refusal as having taken place earlier than actually was the case, in order to implicate Mr. Hume in it. I believe you did not draw this conclusion explicitly; but since it necessarily follows from your presentation of events—especially from its concluding part—it was inevitable that such an implication would arise, even if you had not intended it. After all, it was absolutely impossible, in the way you presented the facts, for me to have misunderstood the situation in this regard; and if I had indeed erred, such a mistake at my age would have been an unforgivable foolishness and would have cast serious doubt upon my character. Moreover, aside from the duties of friendship, those of fairness, humanity, and respect toward the unfortunate require that you first verify the facts thoroughly before attributing such malice to me. Before going any further, I implore you to reflect carefully on this matter and ask yourself whether I am in error or right.
Now, please follow what I have to say.
First of all, I have just reread your entire letter dated July 31st, number 30, and I did not find a single word from Mr. d’Alembert, nor from Mr. Fischer, nor from Mr. Steiner, nor anything you claim to have included regarding this subject; moreover, as far as I am aware, it is not mentioned in any of your other letters either.
But here is what you wrote to me on March 16th, in your issue number 21:
“If you need a reliable man to turn to, do not hesitate to contact my friend Cerjeat; I will provide you with his address at any time. He tells me that it is said the king offered you a pension which you refused, on the grounds that you did not wish to accept the one that the King of Prussia was offering you, that you refuse to take anything from the Swedes, and that you are dissatisfied with the reception you received in England.”
This is how I reasoned when writing to you on August 16th.
Mr. de Cerjeat was unable to write to you from London until the beginning of March at the earliest; you informed me of this from Neuchâtel on the 16th.
Or, at the beginning of March, I was still in London; it was not until the 19th that I left for this country.
At the beginning of March, Mr. Hume still enjoyed my full trust; and I was foolish enough not to see through him, even though he had made it his explicit plan that I should do so—and that no one else in the world but me would ever understand him.
At the beginning of March, I was absolutely determined, unless Lord Marshal admitted it himself, to accept the pension—if it were actually offered to me; though, to be honest, I had always doubted whether it would happen.
And at the beginning of March, I had mentioned this pension to no one but Lord Marshal himself, with Mr. Hume’s consent; yet we still hadn’t received a reply.
I thus concluded that the rumor which reached Mr. de Cerjeat must have been spread by Mr. Hume, who had advised me to keep it secret. I thought—and still think—that it might have been of great importance for me to trace the origin of that first rumor; but I admit that, in the deplorable state in which I am about to end my miserable life, it is far easier to bring me harm than to be of any use to me. You can draw your own conclusions; I will say nothing more. This, sir, is my first complaint. If you please, let us first settle this matter before going any further. Moreover, I feel that my strength is on the verge of giving way entirely, and I need some respite from this cruel ordeal to which, instead of the consolation I hoped to receive from you, you have chosen to condemn me. I will go through your letter article by article; and, knowing you as I do, you will regret having written it—but in the meantime, it will have had its effect. I embrace you, my dear friend, with all my heart.
I have received a reply from Lord Marshal regarding the matter of Mr. d’Escherny. In my first letter, I will attach an excerpt from his response.
I am currently receiving your letter number 33, and in it I read that Mr. de Luze denies that we ever slept in the same room together during the journey. Mr. de Luze denies this! My God! Am I really among men? But I believe it must be a matter of memory failure. My God! Please ask Mr. de Luze how it was possible for us to sleep somewhere—I think it was in Roye, on the first night after leaving Paris. Remind him that we shared a room with three beds; I am providing the layout of the room here to avoid having to describe it at length.
My hand is trembling; I wouldn’t be able to draw that figure even if I tried. There were two beds on either side of the door, and one at the back on the right-hand side—that’s where I slept. The fireplace was between my bed and Mr. de Luze’s bed, which was also on the right-hand side when entering. Mr. Hume slept in the bed on the left, diagonally across from me. The table where we had our soup stood in front of the fireplace, between Mr. de Luze’s bed and mine. I went to bed first, then Mr. de Luze, and finally Mr. Hume. I can still see him taking his narrow-collared, pleated shirt. Oh God! Please, speak to Mr. de Luze; does his servant also deny it? No, that servant is a footboy, but at least he’s a man. Unfortunately, I haven’t seen him since we arrived in London; he hasn’t had any opportunities to lie yet, but at least he’s a man. If we hadn’t been sleeping in the same room, imagine to what extent my stupidity would have led me to invent such a lie. And can you believe that Hume would have let it go without questioning it? I dare say more: even Hume, in all his wisdom, wouldn’t deny it if he didn’t know that Mr. de Luze is denying it. Oh God! What kind of people am I among?! Everything else aside, please speak to Mr. de Luze and tell me just one word—only one word—and I won’t ask for anything else. It seems to me, gentlemen, that both of you lack the memory necessary to serve the truth and the unfortunate.
On your envelope number 33, there was only a very slight trace of wax applied, and the faint impression that appears is not from your seal. If this letter has been opened, you can imagine what might happen to it!
Letter DCCXXIV – To the Same One
At Wootton, on October 25, 1766.
I learn, my dear host, from your message number 34, the reason that leads you to Béfort. All my best wishes accompany you on your journey; may you regain your good hearing there! I am now painfully aware that it is only affected by loud noises.
I also saw the excerpt from Lord Marshal’s letter, in which he states that I blame Mr. Hume for having requested and obtained the pension without my consent. I admit outright that if this is true, then at the very least I am an eccentric. I have nothing further to say on this matter; and once Lord Marshal accuses me, I no longer know how to defend myself—or at least, I can only do so in his presence. Let us return to you.
“La vostra lettera al generale Conway è del 12 maggio, mentre l’incidente legato alla vostra questione finanziaria è scoppiato in questo paese e a Ginevra soltanto alla fine di luglio; a Parigi, invece, nel corso dello stesso mese o a giugno. È quindi possibile che il signor Hume, nella sua lettera a d’Alembert, abbia parlato della vostra pensione soltanto dopo che il signor Conway aveva rifiutato di accettarla. Dico ‘possibile’, perché non conoscendo la data esatta della lettera a d’Alembert, non posso esserne certo; tuttavia, l’epoca in cui è stata scritta non può essere precedente a giugno. Pertanto, la conclusione che traiete da questo fatto riguardo al signor Hume non è necessariamente corretta, e il segreto legato alla vostra pensione è venuto alla luce soltanto dopo il vostro rifiuto. Vi faccio questa osservazione per invitarvi a verificare attentamente le date prima di trarre qualsiasi conclusione. Sarà difficile per me conoscere la data esatta di quella lettera a d’Alembert, poiché non viene più condivisa, ma cercherò di scoprire tutto ciò che potrò. Quello che sapevo proveniva da una lettera del signor Fischer al capitano Steiner de Couvet; la lettera era di data recente, e vi ho scritto immediatamente il suo contenuto, il 31 luglio.”
Da tutto questo racconto sembra che io vi abbia imposto questa conclusione nel mio resoconto stesso, datando in anticipo la notizia della mia presunta rifiutazione, al fine di incolpare il signor Hume. Credo che voi non abbiate tratto esplicitamente questa conclusione; tuttavia, poiché essa deriva necessariamente dal vostro racconto, soprattutto dalla sua parte finale, è stato inevitabile che venisse comunque suggerita, anche se involontariamente. Infatti, nel modo in cui avete presentato i fatti, era assolutamente impossibile che io potessi aver frainteso su questo punto; e anche se l’avessi fatto, un simile errore su una questione del genere sarebbe stato un’imprudenza imperdonabile alla mia età, e avrebbe solo reso il mio carattere molto sospetto. Ora, senza parlare dei doveri dell’amicizia, quelli di equità, umanità e rispetto verso i malheureux richiedevano che vi assicuraste prima dei fatti stessi che portavano a questa conclusione, e che non vi fidaste troppo della vostra memoria nel attribuirmi una simile cattiveria. Prima di andare oltre, vi supplico di riflettere seriamente su tutto ciò e di chiedervi se ho torto o ragione.
Ora seguite ciò che ho da dirvi.
Innanzitutto, ho riletto integralmente la vostra lettera del 31 luglio, numero 30, e non vi ho trovato una sola parola di M. d’Alembert, né di M. Fischer, né di M. Steiner, né nulla di ciò che affermate avervi inserito al riguardo; inoltre, per quanto ne so, l’argomento non viene menzionato in nessuna altra delle vostre lettere.
Ma ecco ciò che mi scrivevate il 16 marzo, nel vostro numero 21:
“Se avete bisogno di un uomo affidabile, rivolgetevi senza esitazione a mio amico Cerjeat; vi fornisco il suo indirizzo in ogni caso. Lui mi dice che si dice che il re vi abbia offerto una pensione che avete rifiutato, perché non volevate accettare quella che il re di Prussia vi aveva proposto, che non volete ricevere nulla dai Svizzeri e che vi lamentate dell’accoglienza che avete ricevuto in Inghilterra.”
Ecco come ragionavo al momento di scrivervi il 16 agosto.
Il signor de Cerjeat non è stato in grado di scrivervi da Londra prima dell’inizio di marzo, come mi avete fatto sapere da Neuchâtel il 16 dello stesso mese.
O meglio, all’inizio di marzo ero ancora a Londra; sono partito solo il 19 per questo paese.
All’inizio di marzo, il signor Hume godeva ancora della mia piena fiducia; e io ho commesso l’errore di non riuscire a comprendere i suoi veri intenti, nonostante lui stesso desiderasse che li capissi, e fosse convinto che nessuno al mondo, tranne me, sarebbe stato in grado di farlo.
All’inizio di marzo, ero molto deciso, a meno che non venisse confermato dal Milord Maresciallo, ad accettare quella pensione, nel caso fosse davvero stata destinata a me; in realtà, ho sempre dubitato della sua esistenza.
All’inizio di marzo, non avevo parlato di questa pensione con nessuno, se non con il solo Lord Marechale, con il consenso del signor Hume, e ancora non si era ricevuta alcuna risposta.
Da ciò concludevo che il rumore giunto a Monsieur de Cerjeat dovesse essere stato diffuso da Monsieur Hume, che mi aveva raccomandato di mantenere il segreto. Pensavo, e penso ancora oggi, che sarebbe potuto essere molto importante per me riuscire a individuare la fonte di quel primo pettegolezzo; ma devo ammettere che, nello stato disperato in cui concludo la mia sfortunata vita, è molto più facile tormentarmi che trarre qualche vantaggio da ciò che mi accade. Combinatelo e concludevete voi stesso; per quanto mi riguarda, non aggiungerò nulla di più. Ecco, signore, il mio primo rimprovero. Se volete, cominciamo innanzitutto a chiarire questa questione, prima di andare oltre. Del resto, sento che le mie forze stanno per abbandonarmi del tutto. Ho bisogno di un po’ di riposo da questo lavoro crudele al quale, invece delle consolazioni che mi aspettavo da voi, vi piace condannarmi. Riprenderò la vostra lettera articolo per articolo; e, conoscendovi come vi conosco, probabilmente rimpiangerete di averla scritta. Ma intanto, avrà sicuramente il suo effetto. Vi abbraccio con tutto il mio cuore, caro ospite mio.
Ho ricevuto una risposta da Sua Signoria il Maresciallo riguardo alla questione del signor d’Escherny. Nella mia prima lettera vi invierò un estratto della sua risposta.
In questo momento sto ricevendo la vostra lettera numero 33 e vi leggo che il signor de Luze nega che noi tre abbiamo mai dormito nella stessa stanza durante il viaggio. Il signor de Luze lo nega! Mio Dio. Sono davvero tra gli uomini? Credo che si tratti semplicemente di un errore di memoria. Per favore, chiedete al signor de Luze come abbiamo potuto dormire insieme a Roye. Penso sia stata la prima notte dopo la nostra partenza da Parigi. Ricordategli che occupavamo una stanza con tre letti; vi fornisco qui il piano della stanza per evitare descrizioni troppo lunghe.
La mia mano trema; non riuscirei nemmeno a tracciare quella figura. C’erano due letti su entrambi i lati della porta, e uno in fondo, a destra: fu quello che occupai io. Il camino si trovava tra il mio letto e quello di Monsieur de Luze, che era situato a destra entrando. Monsieur Hume occupava il letto a sinistra, formando una diagonale rispetto a me. Il tavolo su cui mangiavamo la zuppa era davanti al camino, tra il letto di Monsieur de Luze e il mio. Mi misi a letto per primo, poi Monsieur de Luze, e infine Monsieur Hume. Ricordo ancora che prese la sua camicia con maniche strette e piegate. Oh Dio! Per favore, parlate con Monsieur de Luze. E anche il suo domestico lo nega? No, quel domestico è un valletto, ma è pur sempre un uomo. Purtroppo non l’ho più visto da quando siamo arrivati a Londra; non ha avuto modo di ambientarsi, ma è comunque un uomo. Se non fossimo stati nella stessa stanza, immaginate fino a che punto potrebbe arrivare la mia stupidità. A scegliere una menzogna del genere. E riuscite davvero a credere che Hume l’abbia lasciata passare senza rimproverarlo? Oso dire di più: anche Hume, per quanto possa essere, non la negherebbe, se non sapesse che Monsieur de Luze la nega. Ah Dio! In mezzo a quali esseri mi trovo. Tutto ciò finisce qui. Parlate con Monsieur de Luze e rispondetemi solo una parola. Non vi chiedo più nulla. Signori, mi sembra che entrambi abbiate un po’ di memoria. Ma una memoria al servizio della verità e dei malheureux.
Sul vostro numero 33 c’era solo un sottile strato di cera, applicato molto leggermente; la scarna impronta visibile non corrisponde affatto al vostro timbro. Se questa lettera è stata aperta, immaginate cosa possa accadere.
Lettera DCCXXIV – Allo stesso
A Wootton, il 25 ottobre 1766.
Apprendo, mio caro ospite, dal vostro messaggio n. 34, quale sia il motivo che vi conduce a Béfort. Vi invio tutti i miei auguri; possiate ripristinare l’udito che vi è stato tolto! Ora vedo, con grande dolore, che esso può essere recuperato soltanto in presenza di un forte rumore.
Ho anche visto il passaggio della lettera di Sua Signoria il Maresciallo, in cui vi dice che io biasimo il signor Hume per aver chiesto e ottenuto quella pensione senza il mio consenso. Ammetto apertamente che, se ciò è vero, allora sono almeno un uomo eccentrico. Non ho nulla da aggiungere su questo punto; e, poiché Sua Signoria il Maresciallo mi accusa, non so più come difendermi, o almeno lo so solo davanti a lui. Torniamo a voi.
J’ai fait sur vos trois dernières lettres des réflexions qu’il faut que je vous communique. Supposons que je fusse mort avant de les avoir reçues, et par conséquent avant d’avoir pu m’expliquer avec vous, ni avec M. de Luze, ni avec Milord Maréchal.
Parce qu’une lettre de M. d’Alembert parlait d’un bruit répandu à Paris du refus de la pension du roi d’Angleterre, vous auriez continué de conclure que ce bruit n’avait pu courir à Londres auparavant, et, ayant parfaitement oublié ce que vous avait écrit M. de Cerjeat, vous seriez resté persuadé que j’avais antidaté ce même bruit, tout exprès pour en accuser M. Hume.
Milord Maréchal, qui prend pour un grief, ce dont je me plains, un fait que je lui rapporte en preuve d’un autre fait, aurait toujours vu que je blâmais M. Hume quand j’aurais dû le remercier ; et il eût conclu de là que non seulement je m’abusais sur le compte du bon David, mais que j’avais cherché les chicanes les plus ridicules pour avoir le plaisir de rompre avec lui.
M. de Luze, fondé sur cet admirable argument qu’il vous a donné pour bon, et que vous avez pris pour tel, que lorsqu’en route deux passagers couchent dans la même chambre il est impossible qu’il y en couche un troisième ; M. de Luze, dis-je, eût tenu bon dans cette persuasion, que, puisqu’il avait toujours couché dans la même chambre que M. Hume, je n’y avais jamais couché. Il eût donc cru d’abord, comme il a fait, que la lettre à M. Hume, où je disais y avoir couché, était falsifiée. Mais, quand enfin l’on eût vérifié que la lettre était authentique sur cet article, il eût nécessairement conclu qu’avec une impudence incroyable j’avais inventé cette fausseté pour appuyer une calomnie.
Je pourrais ajouter ici l’article de M. Vernes, sur lequel vous êtes revenu deux fois de suite ; mais je le réserve pour un autre lieu. Les trois précédents me suffisent, quant à présent.
De ces trois jugements communiques entre vous et bien combinés, il eût résulté qu’avec tous mes beaux raisonnements, et avec toute la feinte probité dont je m’étais paré durant ma vie, je n’étais au fond qu’un insensé, un menteur, un calomniateur, un scélérat ; et, comme l’autorité de mes plus vrais amis n’était pas suspecte, si ma mémoire eut passé à la postérité, elle n’y eût passé que comme celle d’un malfaiteur, dont on se souvient uniquement pour le détester.
Et tout cela, parce que M. de Luze n’a point de mémoire et raisonne mal ; parce que M. du Peyrou n’a point de mémoire et raisonne mal ; et parce que Milord Maréchal, prévenu que je blâme à tort le bon David, voit partout ce blâme, et même où je n’en ai point mis.
Cela m’a bien appris, mon cher hôte, ce que vaut l’opinion des hommes quels qu’ils soient, et à quoi tient ce qu’on appelle dans le monde honneur et réputation, puisque l’événement le plus cruel, le plus terrible de ma vie entière, celui dont j’ai porté le coup accablant avec le plus de constance, où je n’ai pas fait une démarche qui ne soit un acte de vertu, est précisément celui qui, si je n’y avais pas survécu, m’attirait une ignominie éternelle, non pas seulement de la part du stupide public, mais de la part des hommes du meilleur sens, et de mes plus solides amis.
En devenant insensible aux jugements du public, je n’ai fait que la moitié de ma tâche ; j’ai gardé toute ma sensibilité à l’estime de ceux qui ont toute la mienne, et par là je me suis assujetti à tous les jugements inconsidérés qu’ils peuvent faire, à toutes les erreurs où ils peuvent tomber, puisqu’enfin ils sont hommes. Prévoyant de loin tous les moyens détournés qu’on allait mettre en usage pour vous détacher de moi, tous les préjugés dont on allait tâcher de vous éblouir, quelles sages mesures n’ai-je pas prises pour vous en garantir ? Comptant, comme j’avais droit de le faire, sur votre confiance en ma probité, j’avais commencé par vous conjurer de ne rien croire de moi que ce que je vous en écrirais moi-même : vous me l’aviez promis très positivement ; et la première chose que vous avez faite a été de manquer à cette promesse. Vous ne vous êtes pas contenté de vous livrer à tous les bruits du coin des rues, sur ce que je ne vous avais point écrit, mais même sur ce que je vous avais écrit ; sitôt que quelqu’un s’est trouvé en contradiction avec moi, c’est lui que vous avez cru, et c’est moi que vous avez refusé de croire. Exemple : dans ce que je vous avais marqué des mauvais offices que le bon David me rendait auprès de M. Davenport, un M. de Bruhl écrit le contraire, et aussitôt vous me demandez si je suis bien sûr de ce que je vous ai écrit. Vous me permettrez de ne pas trouver, en cette occasion, la question fort obligeante. Je n’ai pas, il est vrai, l’honneur d’être envoyé d’un prince ; mais, en revanche, je suis votre ami, et connu de vous ou devant l’être. Le résultat de toutes ces réflexions, que je vous communique, est de me détacher pour jamais de l’opinion des hommes, quels qu’ils soient, et même de ceux qui me sont les plus chers. Vous avez et vous aurez toujours toute mon estime ; mais je me passerai de la vôtre, puisque vous la retirez si légèrement, et je me consolerai de la perdre, en méritant de la conserver toujours. Je suis las de passer ma vie en continuelles apologies, de me justifier sans cesse auprès de mes amis, et d’essuyer leurs réprimandes lorsque j’ai mérité tous leurs applaudissements. Ne vous gênez pas plus désormais que vous n’avez fait jusqu’ici sur ce chapitre ; continuez, si cela vous amuse, à me rapporter les folies et les mensonges que vous entendez débiter sur mon compte. Rien de tout cela ne me fâchera plus, je vous le jure ; mais je n’y répondrai de ma vie un seul mot.
Ceci, du reste, regarde uniquement l’avenir ; car je vous ai promis d’examiner avec vous votre n° 32, et je veux tenir ma parole ; mais il faut finir pour aujourd’hui. Dans l’état où je suis, la tâche que vous m’imposez ne peut se remplir sans reprendre haleine. Je finis donc en vous réitérant mes plus tendres voeux pour votre rétablissement, et en vous embrassant, mon cher hôte, de tout mon coeur.
Lettre DCCXXVI – À M. Lalliaud
[922]
Wootton, le 15 novembre 1766.
À peine nous connaissons-nous, monsieur, et vous me rendez les plus vrais services de l’amitié : ce zèle est donc moins pour moi que pour la chose, et m’en est d’un plus grand prix. Je vois que ce même amour de la justice, qui brûla toujours dans mon coeur, brûle aussi dans le vôtre : rien ne lie tant les âmes que cette conformité. La nature nous fit amis ; nous ne sommes, ni vous ni moi, disposés à l’en dédire. J’ai reçu le paquet que vous m’avez envoyé par la voie de M. Dutens ; c’est à mon avis la plus sûre. Le duplicata m’a pourtant déjà été annoncé, et je ne doute pas qu’il ne me parvienne. J’admire l’intrépidité des auteurs de cet ouvrage, et surtout s’ils le laissent répandre à Londres, ce qui me paraît difficile à empêcher. Du reste, ils peuvent faire et dire tout à leur aise : pour moi, je n’ai rien à dire de M. Hume, sinon que je le trouve bien insultant pour un bon homme, et bien bruyant pour un philosophe. Bonjour, monsieur ; je vous aimerai toujours, mais je ne vous écrirai pas, à moins de nécessité : cependant je serais bien aise, par précaution, d’avoir votre adresse. Je vous embrasse de tout mon coeur, et vous prie de dire à M. Sauttersheim que je suis sensible à son souvenir, et n’ai point oublié notre ancienne amitié. Je suis aussi surpris que fâché qu’avec de l’esprit, des talents, de la douceur, et une assez jolie figure, il ne trouve rien à faire à Paris. Cela viendra, mais les commencements y sont difficiles.
Lettre DCCXXVIII – À Milord Maréchal
11 décembre 1766.
Abréger la correspondance[924] !… Milord, que m’annoncez-vous, et quel temps prenez-vous pour cela ! Serais-je dans votre disgrâce ? Ah ! dans tous les malheurs qui m’accablent, voilà le seul que je ne saurais supporter. Si j’ai des torts, daignez les pardonner ; en est-il, en peut-il être que mes sentiments pour vous ne doivent pas racheter ? Vos bontés pour moi font toute la consolation de ma vie : voulez-vous m’ôter cette unique et douce consolation ? Vous avez cessé d’écrire à vos parents ! Eh ! qu’importe tous vos parents, tous vos amis ensemble ? ont-ils pour vous un attachement comparable au mien.
I have reflected upon your last three letters, and I feel it is necessary to share those reflections with you. Suppose I had died before receiving them, and thus before having the chance to discuss them with you, nor with Mr. de Luze, nor with Lord Marshal.
Because a letter from Mr. d’Alembert mentioned a rumor circulating in Paris about the king of England refusing to receive his pension, you would have continued to conclude that such a rumor could not have spread in London before then. And, having completely forgotten what Mr. de Cerjeat had written to you, you would have remained convinced that I had deliberately dated this rumor back in time in order to frame Mr. Hume.
My Lord Marshal, if you take what I complain about as an offense, when in fact it is merely a fact I report to you as evidence of another matter, then you would have realized that I was actually condemning Mr. Hume when I should have been thanking him; and from this, you would have concluded that not only was I mistaken regarding the good Mr. David, but that I had also gone to the greatest lengths to find ridiculous pretexts in order to take pleasure in breaking off relations with him.
Mr. de Luze, relying on that admirable argument which he presented to you as genuine and which you accepted as such—namely, that when two passengers travel together and share the same room, it is impossible for a third one to stay there as well—he would have stubbornly held to this belief. Since he had always shared the same room with Mr. Hume, he would have concluded that I had never done so either. Therefore, he would have initially thought, just as he did, that the letter I wrote to Mr. Hume in which I claimed to have stayed there was forged. But once it was verified that the letter was authentic in this regard, he would inevitably have concluded that I had invented such a falsehood with utterly unbelievable audacity, merely to support some slanderous claims.
I could add here Mr. Vernes’ article, to which you have referred twice in a row; but I will reserve it for another place. For now, the three previous ones are sufficient for my purposes.
From these three judgments that you all shared and that were properly combined, it would have been concluded that, despite all my clever reasoning and the pretended integrity I had displayed throughout my life, I was in essence nothing but a fool, a liar, a slanderer, a scoundrel. And since the authority of my true friends was beyond doubt, if my memory had been preserved for future generations, it would have been remembered only as that of a criminal—someone whom one recalls solely out of hatred.
And all this because Mr. de Luze has no memory and reasons poorly; because Mr. du Peyrou has no memory and reasons poorly; and because Lord Maréchal, having been informed that I wrongly criticize the good David, sees this criticism everywhere—even where I have not mentioned it at all.
This has taught me well, my dear host, what the opinions of men—no matter who they are—really amount to, and what that so-called honor and reputation in this world really depend on. For the most cruel, the most terrible event of my entire life—the one for which I endured with unwavering perseverance, and in which I never took a single step that was not an act of virtue—is precisely the very event that, had I not survived it, would have brought me eternal disgrace—not only from the foolish masses, but also from the most discerning people and my closest friends.
By becoming insensible to the judgments of the public, I had only accomplished half of my task; I retained all my sensitivity toward the opinions of those who held mine in high regard, and thus I submitted myself to all the arbitrary judgments they might make and to all the mistakes they might commit—after all, they were human. Anticipating in advance all the devious means that would be used to alienate you from me, all the prejudices that would be employed to confuse you, what wise precautions did I not take to protect you against them? Relying, as I had every right to do, on your trust in my integrity, I began by urging you not to believe anything about me except what I wrote to you directly; you had promised me this most firmly, yet the very first thing you did was to break that promise. You were not content with merely accepting all the rumors circulating in the streets regarding things I had not written to you—no, you even believed those things that I had actually written! As soon as someone contradicted me, you chose to believe them rather than me. For example, regarding the harmful actions that Mr. David was said to be taking against me on behalf of Mr. Davenport, a certain Mr. de Bruhl wrote the opposite, and immediately you questioned whether I was truly certain of what I had told you. Allow me to say that I did not find this question particularly polite in this context. It is true that I do not have the honor of being appointed by a prince; but on the other hand, I am your friend, someone you know or who will soon become known to you. The conclusion of all these reflections is that I must forever distance myself from the opinions of people—no matter who they are, even those closest to me. You have and always will hold all my respect; but since you so easily withdraw it, I can do without it. And if I lose it, I shall be prepared to earn it back again. I am tired of spending my life constantly apologizing, of constantly having to justify myself to my friends, and of enduring their reproaches when I deserve their praise instead. From now on, please feel free to continue telling me all the absurdities and lies you hear about me—if it amuses you. Nothing of this will ever anger me again, I swear; but I will never respond to a single word of it in my life.
This, after all, only concerns the future; for I promised you to examine your document number 32 with you, and I want to keep my word. But we must conclude for today. In my current state, the task you have assigned me cannot be completed without taking some time to recover. Therefore, I end by reiterating my most sincere wishes for your recovery, and by embracing you, my dear host, with all my heart.
Letter DCCXXVI – To Mr. Lalliaud
[922]
Wootton, November 15, 1766.
We have known each other for only a short time, sir, yet you render me the greatest services that friendship can offer. This zeal, therefore, is less directed towards me personally than towards the cause itself, and for that reason it is all the more valuable to me. I see that this same love of justice, which has always burned in my heart, also burns in yours; nothing binds souls so closely as such conformity of spirit. Nature made us friends; neither you nor I are inclined to deny it. I have received the package you sent me through Mr. Dutens; in my opinion, that is the safest method. However, I have already been informed that a duplicate has been sent, and I doubt nothing but that it will also reach me soon. I admire the courage of the authors of this work; especially if they allow it to be circulated in London, which seems difficult to prevent. After all, they can say and do whatever they please; as for me, I have nothing to say about Mr. Hume, except that I find him highly offensive to a decent man and rather noisy for a philosopher. Goodbye, sir; I will always love you, but I will not write to you unless it is necessary. Nevertheless, out of caution, I would be glad to have your address. I embrace you wholeheartedly and ask you to tell Mr. Sauttersheim that I am grateful for his kindness and have not forgotten our old friendship. I am also surprised and disappointed that, with all his intelligence, talents, kindness, and a rather attractive appearance, he is unable to find any suitable occupation in Paris. It will happen eventually, but the beginnings are certainly difficult.
Letter DCCXXVIII – To My Lord Marshal
December 11, 1766.
To abbreviate this correspondence[924]!. My lord, what news do you bring? And how much time will it take you to do so? Have I fallen into your disfavor? Ah! Among all the misfortunes that assail me, this is the only one I could not bear. If I have committed any faults, please forgive them; surely my feelings for you are enough to atone for them, are they not? Your kindness towards me is the sole comfort in my life—do you wish to take away this one, sweet consolation? You have stopped writing to your parents! Well, what do all your parents and friends mean compared to me? Do they hold a bond toward you that compares to mine?
Ho riflettuto a lungo sulle vostre ultime tre lettere e ritengo necessario condividere con voi i miei pensieri. Supponiamo che io sia morto prima di riceverle, e quindi prima di poter comunicare con voi, né con il signor de Luze, né con Milord Maréchal.
Poiché una lettera di Monsieur d’Alembert menzionava un pettegolezzo diffuso a Parigi riguardo al rifiuto della pensione da parte del re d’Inghilterra, avreste continuato a ritenere che tale voce non potesse essere circolata a Londra in precedenza; e, avendo completamente dimenticato ciò che vi aveva scritto Monsieur de Cerjeat, sareste rimasto convinto che io avessi falsificato la data di quell’informazione, apposta per incolpare Monsieur Hume.
Milord Maresciallo, se considera un tort ciò di cui mi lamento, quando in realtà si tratta di un fatto che gli riferisco come prova di un altro evento; avrebbe dovuto rendersi conto che, quando criticavo il signor Hume, in realtà avrei dovuto ringraziarlo; e da questo avrebbe potuto concludere non solo che mi sbagliavo riguardo al buon David, ma anche che avevo cercato le scuse più ridicole pur di avere il piacere di rompere i rapporti con lui.
Il signor de Luze, basandosi su quel ragionamento eccellente che egli vi aveva presentato come valido e che voi avevate accettato tale, sosteneva che quando in viaggio due passeggeri dormono nella stessa stanza, fosse impossibile che ce ne fosse un terzo. Il signor de Luze, dico io, avrebbe persistito in questa convinzione, dato che egli stesso aveva sempre dormito nella stessa stanza del signor Hume, mentre io mai ci ero stato. Quindi, all’inizio, avrebbe creduto, come effettivamente ha fatto, che la lettera indirizzata al signor Hume nella quale affermavo di esserci stato dormiva fosse falsificata. Ma quando finalmente si sarebbe verificato che la lettera era autentica in questo particolare, avrebbe inevitabilmente concluso che io, con un’impudenza incredibile, avevo inventato quella menzogna al solo scopo di diffondere una calunnia.
Potrei aggiungere qui l’articolo di Monsieur Vernes, su cui avete fatto riferimento due volte consecutive; ma lo riservo per un altro contesto. Per il momento, i tre articoli precedenti mi bastano.
Da questi tre giudizi condivisi tra voi e ben combinati, sarebbe risultato che, nonostante tutti i miei bei ragionamenti e tutta la presunta integrità di cui mi sono circondato nella mia vita, in realtà ero soltanto un insensato, un bugiardo, un calunniatore, un malvagio; e poiché l’autorità dei miei veri amici non era suscettibile di dubbi, se la mia memoria fosse giunta alla posterità, vi sarebbe arrivata soltanto come quella di un criminale, di cui si ricorda esclusivamente per odiarlo.
E tutto questo perché il signor de Luze non ha memoria e ragiona male; perché il signor du Peyrou non ha memoria e ragiona male; e perché Milord Maréchal, avendo saputo che biasimo ingiustamente il buon David, vede quel biasimo ovunque, anche lì dove io non l’ho affatto espresso.
Questo mi ha insegnato molto, caro ospite: quanto valga l’opinione degli uomini, qualunque essa sia, e su cosa si fondino ciò che nel mondo viene chiamato onore e reputazione. Infatti, l’evento più crudele, più terribile di tutta la mia vita – quello per cui ho affrontato con la massima determinazione le conseguenze più gravi – è proprio quell’evento che, se non ne fossi sopravvissuto, mi avrebbe attirato un’ignominia eterna, non solo da parte del pubblico ignorante, ma anche da parte delle persone di buon senso e dei miei migliori amici.
Diventando insensibile ai giudizi del pubblico, ho compiuto soltanto metà del mio dovere; ho conservato tutta la mia sensibilità riguardo all’opinione di coloro che hanno tutto il mio rispetto, e così mi sono sottoposto a tutti i giudizi irriflessivi che essi potevano emettere, a tutte le errori in cui potevano incorrere, poiché dopotutto erano uomini. Prevedendo da lontano tutti i mezzi indiretti che si sarebbero usati per allontanarvi da me, tutti i pregiudizi con cui si sarebbe cercato di accecarvi, quali sagge misure non ho preso per proteggervi da tutto ciò? Contando, come avevo il diritto di fare, sulla vostra fiducia nella mia onestà, vi avevo esortato a credere in me soltanto ciò che vi avrei scritto personalmente; mi avevate promesso con fermezza di farlo; e la prima cosa che avete fatto è stata tradire quella promessa. Non vi siete limitati ad ascoltare tutte le voci che circolavano per strada riguardo a ciò che non vi avevo scritto, ma anche riguardo a ciò che vi avevo scritto; non appena qualcuno si è contraddetto con me, avete creduto a lui e rifiutato di credere in me. Esempio: riguardo ai torti che il buon David mi infliggeva presso il signor Davenport, un certo signor de Bruhl ha scritto il contrario, e immediatamente mi avete chiesto se fossi sicuro di ciò che vi avevo detto. Vi permetto di non considerare questa domanda molto gentile da parte vostra. È vero che non ho l’onore di essere inviato da un principe; ma, d’altra parte, sono vostro amico e conosciuto da voi o destinato a esserlo. Il risultato di tutte queste riflessioni è che mi allontano per sempre dall’opinione degli uomini, qualunque essa sia, anche da quella di coloro che mi sono i più cari. Avete e avrete sempre tutto il mio rispetto; ma me ne farò a meno, poiché lo ritirate così facilmente, e mi consolerò della sua perdita, sapendo di meritarla per sempre. Sono stanco di trascorrere la mia vita in continue scuse, di dovermi giustificare continuamente davanti ai miei amici e di subire le loro rimproveri quando avrei meritato tutti i loro applausi. Non vi preoccupate più su questo argomento; continuate, se vi diverte, a raccontarmi le follie e i bugi che sentite dire sul mio conto. Niente di tutto ciò mi offenderà più, ve lo giuro; ma non risponderò mai più a una sola parola al riguardo.
Del resto, questo discorso riguarda esclusivamente il futuro; poiché vi ho promesso di esaminare con voi il vostro documento n. 32 e voglio mantenere la mia parola. Ma per oggi basta. Nello stato in cui mi trovo, il compito che mi avete affidato non può essere portato a termine senza riposarmi un po’. Concludo quindi ribadendo i miei più sinceri desideri per il vostro miglioramento e abbracciandovi con tutto il mio cuore, caro ospite.
Lettera DCCXXVI – A Monsieur Lalliaud
[922]
Wootton, 15 novembre 1766.
Signore, ci conosciamo appena, eppure voi mi rendete i più veri servizi che l’amicizia possa offrire: quindi questo zelo è meno rivolto a me che alla causa stessa, e per questo motivo ha ancora maggior valore ai miei occhi. Vedo che anche in voi arde lo stesso amore per la giustizia che sempre ha bruciato nel mio cuore; nulla lega le anime più di questa concordanza di idee. La natura ci ha fatti amici; né voi né io siamo disposti a negarlo. Ho ricevuto il pacco che mi avete inviato tramite il signor Dutens; a mio parere, questo è il modo più sicuro per farlo arrivare. Tuttavia, mi è già stato comunicato che ne esiste una copia, e non dubito che arriverà anche a me. Ammiro l’audacia degli autori di quest’opera, soprattutto il fatto che decidano di farla circolare a Londra, cosa che mi sembra difficile da impedire. Del resto, possono fare e dire ciò che vogliono: per quanto mi riguarda, non ho nulla da dire sul signor Hume, se non che lo ritengo molto offensivo nei confronti di una persona onesta, e troppo rumoroso per un filosofo. Addio, signore; vi amerò sempre, ma non vi scriverò a meno che non sia necessario. Tuttavia, per precauzione, mi sarebbe molto utile conoscere il vostro indirizzo. Vi abbraccio con tutto il cuore e vi prego di dire al signor Sauttersheim che sono grato per i suoi ricordi e che non ho dimenticato la nostra vecchia amicizia. Sono anche sorpreso e deluso dal fatto che, pur avendo spirito, talenti, dolcezza e un aspetto piacevole, non riesca a trovare nulla da fare a Parigi. Questo arriverà, ma i primi passi sono difficili.
Lettera DCCXXVIII – A Sua Signoria il Maresciallo
11 dicembre 1766.
Riducete questa corrispondenza[924]. Milord, cosa mi annunciate, e quanto tempo vi occuperà per farlo? Sarei forse caduta in disgrazia ai vostri occhi? Ah! Tra tutti i mali che mi assalgono, questo è l’unico che non riuscirei a sopportare. Se ho commesso errori, per favore perdonateli; esistono davvero motivi per cui i miei sentimenti verso di voi non dovrebbero essere sufficienti a compensarli? La vostra bontà nei miei confronti è l’unica consolazione della mia vita: volete forse privarmi di questa unica e dolce consolazione? Avete smesso di scrivere ai vostri genitori. Eh! Che importanza hanno tutti i vostri genitori, tutti i vostri amici insieme? Hanno per voi un affetto paragonabile al mio?
Eh ! Milord, c’est votre Age, ce sont mes maux qui nous rendent plus utiles l’un à l’autre : à quoi peuvent mieux s’employer les restes de la vie, qu’à s’entretenir avec ceux qui nous sont chers ? Vous m’avez promis une éternelle amitié ; je la veux toujours, j’en suis toujours digne. Les terres et les mers nous séparent, les hommes peuvent semer bien des erreurs entre nous ; mais rien ne peut séparer mon coeur du vôtre, et celui que vous aimâtes une fois n’a point changé. Si réellement vous craignez la peine d’écrire, c’est mon devoir de vous l’épargner autant qu’il se peut : je ne demande, à chaque fois, que deux lignes, toujours les mêmes, et rien de plus : J’ai reçu votre lettre de telle date ; je me porte bien, et je vous aime toujours. Voilà tout ; répétez-moi ces dix mots douze fois l’année, et je suis content. De mon côté j’aurai le plus grand soin de ne vous écrire jamais rien qui puisse vous importuner ou vous déplaire : mais cesser de vous écrire avant que la mort nous sépare ! non, Milord, cela ne peut pas être ; cela ne se peut pas plus que cesser de vous aimer.
Si vous tenez votre cruelle résolution, j’en mourrai ; ce n’est pas le pire ; mais j’en mourrai dans la douleur, et je vous prédis que vous y aurez du regret. J’attends une réponse, je l’attends dans les plus mortelles inquiétudes ; mais je connais votre âme, et cela me rassure : si vous pouvez sentir combien cette réponse m’est nécessaire, je suis très sûr que je l’aurai promptement.
Lettre DCCXXX – À M. Davenport
21 décembre 1766.
Quoique jusqu’ici, monsieur, malgré mes sollicitations et mes prières, je n’aie pu obtenir de vous un seul mot d’explication, ni de réponse sur les choses qu’il m’importe le plus de savoir, mon extrême confiance en vous m’a fait endurer patiemment ce silence, bien que très extraordinaire. Mais, monsieur, il est temps qu’il cesse ; et vous pouvez juger des inquiétudes dont je suis dévoré, vous voyant prêt à partir pour Londres sans m’accorder, malgré vos promesses, aucun des éclaircissements que je vous ai demandés avec tant d’instances. Chacun a son caractère ; je suis ouvert et confiant plus qu’il ne faudrait peut-être : je ne demande pas que vous le soyez comme moi ; mais c’est aussi pousser trop loin le mystère, que de refuser constamment de me dire sur quel pied je suis dans votre maison, et si j’y suis de trop ou non. Considérez, je vous supplie, ma situation, et jugez de mes embarras ; quel parti puis-je prendre, si vous refusez de me parler ? Dois-je rester dans votre maison malgré vous ? en puis-je sortir sans votre assistance ? Sans amis, sans connaissances, enfoncé dans un pays dont j’ignore la langue, je suis entièrement à la merci de vos gens : c’est à votre invitation que j’y suis venu, et vous m’avez aidé à y venir ; il convient, ce me semble, que vous m’aidiez de même à en partir, si j’y suis de trop. Quand j’y resterais, il faudrait toujours, malgré toutes vos répugnances, que vous eussiez la bonté de prendre des arrangements qui rendissent mon séjour chez vous moins onéreux pour l’un et pour l’autre. Les honnêtes gens gagnent toujours à s’expliquer et s’entendre entre eux : si vous entriez avec moi dans les détails dont vous vous fiez à vos gens, vous seriez moins trompé et je serais mieux traité, nous y trouverions tous deux notre avantage ; vous avez trop d’esprit pour ne pas voir qu’il y a des gens à qui mon séjour dans votre maison déplaît beaucoup, et qui feront de leur mieux pour me le rendre désagréable.
Que si, malgré toutes ces raisons, vous continuez à garder avec moi le silence, cette réponse alors deviendra très claire, et vous ne trouverez pas mauvais que, sans m’obstiner davantage inutilement, je pourvoie à ma retraite comme je pourrai, sans vous en parler davantage, emportant un souvenir très reconnaissant de l’hospitalité que vous m’avez offerte, mais ne pouvant me dissimuler les cruels embarras où je me suis mis en l’acceptant.
Lettre DCCXXXI – À Lord Vicomte de Nuncham
AUJOURD’HUI COMTE DE HARCOURT
[925]
Wootton, le 24 décembre 1766.
Je croirais, milord, exécuter peu honnêtement la résolution que j’ai prise de me défaire de mes estampes et de mes livres, si je ne vous priais de vouloir bien commencer par en retirer les estampes dont vous avez eu la bonté de me faire présent. J’en fais assurément tout le cas possible, et la nécessité de ne rien laisser sous mes yeux qui me rappelle un goût auquel je veux renoncer pouvait seul en obtenir le sacrifice. S’il y a dans mon petit recueil, soit d’estampes, soit de livres, quelque chose qui puisse vous convenir, je vous prie de me faire l’honneur de l’agréer, et surtout par préférence ce qui me vient de votre digne ami M. Watelet, et qui ne doit passer qu’en main d’ami. Enfin, milord, si vous êtes à portée d’aider au débit du reste, je reconnaîtrai, dans cette bonté, les soins officieux dont vous m’avez permis de me prévaloir. C’est chez M. Davenport que vous pourrez visiter le tout, si vous voulez bien en prendre la peine. Il demeure en Piccadilly à côté de lord Égremond. Recevez, milord, je vous prie, les assurances de ma reconnaissance et de mon respect.
1767
Lettre DCCXXXII – À M.
Lettre DCCXXXIII – Au même
Lettre DCCXXXIV – Au même
Lettre DCCXXXV – À M. du Peyrou
Lettre DCCXXXVI – À M. le marquis de Mirabeau
Lettre DCCXXXVII – À M. d’Ivernois
Lettre DCCXXXVIII – À M. Dutens
Lettre DCCXXXIX – À M. le duc de Graffton
Lettre DCCXL – À Madame La Tour
Lettre DCCXLI – À M. Guy
Lettre DCCXLII – À Milord Comte d’Harcourt
Lettre DCCXLIII – À M. Davenport
Lettre DCCXLIV – Au même
Lettre DCCXLV – À M. d’Ivernois
Lettre DCCXLVI – À Milord Maréchal
Lettre DCCXLVII – À M. Granville
Lettre DCCXLVIII – À Milord Comte de Harcourt
Lettre DCCXLIX – À M. du Peyrou
Lettre DCCL – À M. Dutens
Lettre DCCLI – À Mademoiselle Théodore
Lettre DCCLII – À M. Granville
Lettre DCCLIII – Au même
Lettre DCCLIV – À M. Dutens
Lettre DCCLV – À Milord Comte de Harcourt
Lettre DCCLVI – À Milord Maréchal
Lettre DCCLVII – À M. du Peyrou
Lettre DCCLVIII – À M. Dutens
Lettre DCCLIX – À M. le général Conway
Lettre DCCLX – À Milord Comte de Harcourt
Lettre DCCLXI – À M. du Peyrou
Lettre DCCLXII – Au même
Lettre DCCLXIII – À M. d’Ivernois
Lettre DCCLXIV – À M. le marquis de Mirabeau
Lettre DCCLXV – À Milord Comte de Harcourt
Lettre DCCLXVI – À M. Davenport
Lettre DCCLXVII – À M. le général Conway
Lettre DCCLXVIII – À M. E. J…
Lettre DCCLXIX – À M. le marquis de Mirabeau
Lettre DCCLXX – À M. du Peyrou
Lettre DCCLXXI – À M. le marquis de Mirabeau
Lettre DCCLXXII – À M. du Peyrou
Lettre DCCLXXIII – À M. le marquis de Mirabeau
Lettre DCCLXXIV – Au même
Lettre DCCLXXV – À M. du Peyrou
Lettre DCCLXXVI – À M. le marquis de Mirabeau
Lettre DCCLXXVII – À M. du Peyrou
Lettre DCCLXXVIII – À M. le marquis de Mirabeau
Lettre DCCLXXIX – À Milord Harcourt
Lettre DCCLXXX – À M. du Peyrou
Lettre DCCLXXXI – À M. le marquis de Mirabeau
Lettre DCCLXXXII – À M. du Peyrou
Lettre DCCLXXXIII – À M. Granville
Lettre DCCLXXXIV – À M. Guy
Lettre DCCLXXXV – À M. le marquis de Mirabeau
Lettre DCCLXXXVI – À Madame la maréchale de Luxembourg
Lettre DCCLXXXVII – À M. le marquis de Mirabeau
Lettre DCCLXXXVIII – À M. d’Ivernois
Lettre DCCLXXXIX – À M. du Peyrou
Lettre DCCXC – À M. de Sartine
Lettre DCCXCI – À M. du Peyrou
Lettre DCCXCII – À Madame la marquise de Mesmes
Lettre DCCXCIII – À M. du Peyrou
Lettre DCCXCIV – Au même
Lettre DCCXCV – Au même
Lettre DCCXCVI – Au même
Lettre DCCXCVII – Au même
Lettre DCCXCVIII – Au même
Lettre DCCXCIX – À M. Dutens
Lettre DCCC – À M. du Peyrou
Lettre DCCCI – À Madame La Tour
Lettre DCCCII – À M. le marquis de Mirabeau
Table de la correspondance
Lettre DCCXXXIII – Au même
2 janvier 1767.
“Ah! My lord, it is your age and my own troubles that make us so useful to each other: what better use could the remaining years of our lives serve than to keep in touch with those we hold dear? You promised me eternal friendship; I still desire it, and I am still worthy of it. Though lands and seas separate us, and people may try to sow misunderstandings between us, nothing can ever divide my heart from yours—and the one you once loved has never changed. If you truly dread the trouble of writing, it is my duty to spare you that burden as much as possible: each time, I ask for only two lines, always the same ones, and nothing more. I received your letter on such a date; I am well, and I still love you. That is all. Repeat these ten kind words twelve times a year, and I will be content. On my part, I will take great care never to write anything that might disturb or offend you—but to stop writing to you before death separates us? No, my lord, that is impossible; it is just as impossible as to cease loving you.”
If you persist in your cruel resolve, I will die; and that is not even the worst part. But I will die in agony, and I predict that you will regret it. I am waiting for a reply, awaiting it amidst the most unbearable anxieties. But I know your nature, and that gives me some comfort: if you can even realize how desperately I need this reply, I am certain that I will receive it soon enough.
Letter DCCXXX – To Mr. Davenport
December 21, 1766.
Although, up until now, sir, despite my requests and prayers, I have not been able to obtain from you a single word of explanation or a response to the matters that are of utmost importance to me, my extreme trust in you has made me patiently endure this silence, albeit it is quite extraordinary. But, sir, it is time for it to end; and you can surely understand the anxieties that consume me, seeing that you are ready to leave for London without providing me, despite your promises, with any of the clarifications I have so earnestly requested. Everyone has their own character; I am perhaps too open and trusting than might be necessary: I do not expect you to be the same as me; but it would also be going too far to persistently refuse to tell me in what position I hold in your household, and whether my presence there is unwanted or not. Please consider my situation and judge my difficulties; what choice do I have left if you refuse to speak with me? Should I remain in your house against your will? Or should I leave without your assistance? Without friends or acquaintances, in a country whose language I do not know, I am entirely at the mercy of your people: it was at your invitation that I came here, and you helped me to arrive; therefore, it seems only right that you should also help me to leave, if my presence is indeed unwelcome. If I were to stay, despite your reluctance, you would still have to make arrangements to ensure that my stay does not cause unnecessary inconvenience for either of us. Honest people always benefit from communicating openly and understanding one another; if you would share with me the details you trust your people with, you would be less deceived, I would be treated more fairly, and both of us would gain. You are too intelligent to fail to realize that there are people who are very displeased by my presence in your household and who will do everything in their power to make it unpleasant for me.
If, despite all these reasons, you continue to remain silent towards me, then this answer will become very clear. You will not object if I, without further needlessly delaying things, proceed to arrange my own retreat in whatever way I can, without telling you any more about it. I will take with me a deep sense of gratitude for the hospitality you have shown me, but I cannot conceal the cruel difficulties into which I have brought myself by accepting it.
Letter DCCXXXI – To Lord Vicomte de Nuncham
Today, Count of Harcourt
[925]
Wootton, December 24, 1766.
I believe, my lord, that I would not be acting with complete honesty in fulfilling my resolve to get rid of my prints and books if I did not first ask you to kindly remove those prints that you have had the kindness to present to me. I am certainly doing everything possible in this regard, and the necessity of not keeping anything before my eyes that might remind me of a taste from which I wish to renounce is surely the sole reason that motivates this sacrifice. If there is anything in my small collection, whether prints or books, that may suit you, I beg you to do me the honor of accepting it—especially those that come from your worthy friend Mr. Watelet, and which are meant only for the eyes of friends. Finally, my lord, if it is within your power to help in disposing of the rest, I shall regard this kindness as an official acknowledgment of the favor you have allowed me to enjoy. You may visit the entire collection at Mr. Davenport’s residence, if you should take the trouble to do so. He lives in Piccadilly, next to Lord Égremond. Once again, my lord, please accept my sincere gratitude and respect.
1767
Letter DCCXXXII – To Mr.
Letter DCCXXXIII – To the Same One
Letter DCCXXXIV – To the Same One
Letter DCCXXXV – To Mr. du Peyrou
Letter DCCXXXVI – To Mr. the Marquis of Mirabeau
Letter DCCXXXVII – To Mr. d’Ivernois
Letter DCCXXXVIII – To Mr. Dutens
Letter DCCXXXIX – To Mr. the Duke of Graffton
Letter DCCXL – To Madame La Tour
Letter DCCXLI – To Mr. Guy
Letter DCCXLII – To Lord Count of Harcourt
Letter DCCXLIII – To Mr. Davenport
Letter DCCXLIV – To the Same One
Letter DCCXLV – To Mr. d’Ivernois
Letter DCCXLVI – To My Lord Marshal
Letter DCCXLVII – To Mr. Granville
Letter DCCXLVIII – To Lord Count of Harcourt
Letter DCCXLIX – To Mr. du Peyrou
Letter DCCL – To Mr. Dutens
Letter DCCLI – To Miss Theodore
Letter DCCLII – To Mr. Granville
Letter DCCLIII – To the Same One
Letter DCCLIV – To Mr. Dutens
Letter DCCLV – To My Lord, Count of Harcourt
Letter DCCLVI – To My Lord Marshal
Letter DCCLVII – To Mr. du Peyrou
Letter DCCLVIII – To Mr. Dutens
Letter DCCLIX – To General Conway
Letter DCCLX – To My Lord Count of Harcourt
Letter DCCLXI – To Mr. du Peyrou
Letter DCCLXII – To the Same One
Letter DCCLXIII – To Mr. d’Ivernois
Letter DCCLXIV – To Mr. the Marquis of Mirabeau
Letter DCCLXV – To My Lord, Count of Harcourt
Letter DCCLXVI – To Mr. Davenport
Letter DCCLXVII – To General Conway
Letter DCCLXVIII – To Mr. E. J.
Letter DCCLXIX – To Mr. the Marquis of Mirabeau
Letter DCCLXX – To Mr. du Peyrou
Letter DCCLXXI – To Mr. the Marquis of Mirabeau
Letter DCCLXXII – To Mr. du Peyrou
Letter DCCLXXIII – To Mr. the Marquis of Mirabeau
Letter DCCLXXIV – To the Same One
Letter DCCLXXV – To Mr. du Peyrou
Letter DCCLXXVI – To Mr. the Marquis of Mirabeau
Letter DCCLXXVII – To Mr. du Peyrou
Letter DCCLXXVIII – To Mr. the Marquis of Mirabeau
Letter DCCLXXIX – To Lord Harcourt
Letter DCCLXXX – To Mr. du Peyrou
Letter DCCLXXXI – To Mr. the Marquis of Mirabeau
Letter DCCLXXXII – To Mr. du Peyrou
Letter DCCLXXXIII – To Mr. Granville
Letter DCCLXXXIV – To Mr. Guy
Letter DCCLXXXV – To Mr. the Marquis of Mirabeau
Letter DCCLXXXVI – To Madame la Maréchale de Luxembourg
Letter DCCLXXXVII – To Mr. the Marquis of Mirabeau
Letter DCCLXXXVIII – To Mr. d’Ivernois
Letter DCCLXXXIX – To Mr. du Peyrou
Letter DCCXC – To Mr. de Sartine
Letter DCCXCI – To Mr. du Peyrou
Letter DCCXCII – To Madame la Marquise de Mesmes
Letter DCCXCIII – To Mr. du Peyrou
Letter DCCXCIV – To the Same One
Letter DCCXCV – To the Same One
Letter DCCXCVI – To the Same One
Letter DCCXCVII – To the Same One
Letter DCCXCVIII – To the Same One
Letter DCCXCIX – To Mr. Dutens
Letter DCCC – To Mr. du Peyrou
Letter DCCCI – To Madame La Tour
Letter DCCCII – To Mr. the Marquis of Mirabeau
Correspondence Table
Letter DCCXXXIII – To the Same One
January 2, 1767.
Eh! Signore, è proprio la vostra età e i miei mali a renderci più utili l’uno all’altro: a cosa potrebbero essere meglio impiegati gli ultimi anni della vita, se non per mantenere rapporti con coloro che ci sono cari? Mi avete promesso un’amicizia eterna; la desidero ancora, e ne sono sempre degna. Le terre e i mari ci separano, gli uomini possono seminare molte errori tra di noi; ma nulla può separare il mio cuore dal vostro, e colui che un tempo avete amato non è cambiato affatto. Se davvero temete la fatica di scrivere, è mio dovere risparmiarvela ogni volta che possibile: chiedo soltanto due righe, sempre le stesse, e nient’altro. Ho ricevuto la vostra lettera della tale data; sto bene e vi amo ancora. Questo è tutto; ripetetemi queste dieci parole dodici volte all’anno, e sarò soddisfatto. Da parte mia farò ogni sforzo per non scrivervi mai nulla che possa disturbarvi o dispiacervi; ma smettere di scrivervi prima che la morte ci separi, no, Signore, questo è impossibile; è altrettanto impossibile quanto smettere di amarvi.
Se mantienete questa vostra crudele risoluzione, morirò; e questo non è nemmeno il peggio. Morirò nel dolore, e vi predico che ne pentirete. Aspetto una risposta, la aspetto con ansia mortale. Ma conosco il vostro cuore, e questo mi rassicura: se siete in grado di comprendere quanto questa risposta sia necessaria per me, sono certo che l’avrò presto.
Lettera DCCXXX – A Monsieur Davenport
21 dicembre 1766.
Nonostante fino ad ora, signore, nonostante le mie sollecitazioni e le mie preghiere, non sia riuscito a ottenere da voi nemmeno una parola di spiegazione, né una risposta su quelle cose che mi sono particolarmente importanti conoscere, la mia estrema fiducia in voi mi ha fatto sopportare pazientemente questo silenzio, anche se molto insolito. Ma, signore, è giunto il momento che cessi; e potete immaginare le preoccupazioni che mi assillano vedendovi pronto a partire per Londra senza concedermi, nonostante le vostre promesse, alcuna delle spiegazioni che vi ho chiesto con tanta insistenza. Ognuno ha il proprio carattere; io sono aperto e fiducioso più di quanto forse sia opportuno. Non vi chiedo di essere come me; ma rifiutare costantemente di dirmi in quale posizione mi trovo nella vostra casa, e se ci sono troppo o meno, significa anche questo portare il mistero troppo oltre. Considerate, vi prego, la mia situazione e giudicate i miei imbarazzi: quale decisione posso prendere se rifiutate di parlarmi? Devo rimanere nella vostra casa nonostante voi, o posso andarmene senza il vostro aiuto? Senza amici, senza conoscenti, in un paese di cui ignoro la lingua, sono completamente alla mercé delle vostre persone: sono venuto qui su vostra invito e mi avete aiutato a farlo. È giusto, penso, che mi aiutiate anche ad andarmene, se ci sono troppo. Se rimanessi, sarebbe comunque necessario, nonostante tutte le vostre riluttanze, che facciate in modo che il mio soggiorno nella vostra casa non sia troppo oneroso per nessuno dei due. Le persone oneste traggono sempre vantaggio nell’esporsi e nel chiarire le cose tra loro. Se discuteste con me dei dettagli di cui vi fidate delle vostre persone, sareste meno ingannato e io verrei trattato meglio; entrambi ne trarremmo beneficio. Avete troppo buon senso per non capire che ci sono persone a cui il mio soggiorno nella vostra casa dispiace molto, e che faranno di tutto per renderlo sgradevole.
Se, nonostante tutte queste ragioni, continuerete a mantenere il silenzio con me, allora questa risposta diventerà molto chiara. E non vi dispiacerà se, senza insistere ulteriormente in modo inutile, mi occuperò della mia ritirata nel modo che potrò, senza parlarvene più. Porterò con me un ricordo profondamente grato per l’ospitalità che mi avete offerto. Ma non posso nascondere i terribili imbarazzi in cui mi sono cacciato accettandola.
Lettera DCCXXXI – Al Lord Vicconte di Nuncham
Oggi, Conte di Harcourt.
[925]
Wootton, 24 dicembre 1766.
Signore, crederei di non adempiere con sufficiente onestà alla risoluzione che ho preso di liberarmi delle mie stampe e dei miei libri, se non vi chiedessi la gentilezza di iniziare rimuovendo proprio quelle stampe che avete avuto la bontà di regalarmi. Faccio certamente del mio meglio in questo senso; solo la necessità di non lasciare nulla sotto i miei occhi che possa ricordarmi di un gusto dal quale voglio rinunciare ha potuto spingermi a compiere questo sacrificio. Se nel mio piccolo raccolto ci fosse qualcosa, sia tra le stampe che tra i libri, che potesse piacervi, vi prego di onorarmi accettandolo; in particolare, preferirei quelle cose che mi sono state regalate dal vostro nobile amico il signor Watelet, e che dovrebbero essere consegnate soltanto a persone amiche. Infine, se siete in grado di aiutarmi a disfarvi del resto, riconoscerò in questa gentilezza le attenzioni particolari di cui avete voluto onorarmi. Potrete trovare tutto presso il signor Davenport, se vi degnerete di farvi visita. Vive in Piccadilly, vicino a lord Égremond. Accettate, signore, le mie più sentite ringraziamenti e il mio rispetto.
1767
Lettera DCCXXXII – A Monsieur.
Lettera DCCXXXIII – Allo stesso.
Lettera DCCXXXIV – Allo stesso.
Lettera DCCXXXV – A Monsieur du Peyrou
Lettera DCCXXXVI – A Monsignor il marchese di Mirabeau
Lettera DCCXXXVII – A Monsieur d’Ivernois
Lettera DCCXXXVIII – A Monsieur Dutens
Lettera DCCXXXIX – A Sua Altezza Serenissima il Duca di Graffton
Lettera DCCXL – A Madame La Tour
Lettera DCCXLI – A Monsieur Guy
Lettera DCCXLII – A Sua Signoria il Conte di Harcourt
Lettera DCCXLIII – A Monsieur Davenport
Lettera DCCXLIV – Allo stesso
Lettera DCCXLV – A Monsieur d’Ivernois
Lettera DCCXLVI – A Sua Signoria il Maresciallo
Lettera DCCXLVII – A Monsieur Granville
Lettera DCCXLVIII – A Sua Signoria il Conte di Harcourt
Lettera DCCXLIX – A Monsieur du Peyrou
Lettera DCCL – A Monsieur Dutens
Lettera DCCLI – A Mademoiselle Théodore
Lettera DCCLII – A Monsieur Granville
Lettera DCCLIII – Allo stesso.
Lettera DCCLIV – A Monsieur Dutens
Lettera DCCLV – A Sua Signoria il Conte di Harcourt
Lettera DCCLVI – A Sua Signoria il Maresciallo
Lettera DCCLVII – A Monsieur du Peyrou
Lettera DCCLVIII – A Monsieur Dutens
Lettera DCCLIX – A Monsignor il generale Conway
Lettera DCCLX – A Sua Signoria il Conte di Harcourt
Lettera DCCLXI – A Monsieur du Peyrou
Lettera DCCLXII – Allo stesso.
Lettera DCCLXIII – A Monsieur d’Ivernois
Lettera DCCLXIV – A Sua Signoria il marchese di Mirabeau
Lettera DCCLXV – A Sua Signoria il Conte di Harcourt
Lettera DCCLXVI – A Monsieur Davenport
Lettera DCCLXVII – A Monsignor il generale Conway
Lettera DCCLXVIII – A Monsieur E. J.
Lettera DCCLXIX – A Sua Signoria il marchese di Mirabeau
Lettera DCCLXX – A Monsieur du Peyrou
Lettera DCCLXXI – A Sua Signoria il marchese di Mirabeau
Lettera DCCLXXII – A Monsieur du Peyrou
Lettera DCCLXXIII – A Sua Signoria il marchese di Mirabeau
Lettera DCCLXXIV – Allo stesso.
Lettera DCCLXXV – A Monsieur du Peyrou
Lettera DCCLXXVI – A Sua Signoria il marchese di Mirabeau
Lettera DCCLXXVII – A Monsieur du Peyrou
Lettera DCCLXXVIII – A Sua Signoria il marchese di Mirabeau
Lettera DCCLXXIX – A Lord Harcourt
Lettera DCCLXXX – A Monsieur du Peyrou
Lettera DCCLXXXI – A Sua Signoria il marchese di Mirabeau
Lettera DCCLXXXII – A Monsieur du Peyrou
Lettera DCCLXXXIII – A Monsieur Granville
Lettera DCCLXXXIV – A Monsieur Guy
Lettera DCCLXXXV – A Sua Signoria il marchese di Mirabeau
Lettera DCCLXXXVI – Alla Marchesa di Lussemburgo
Lettera DCCLXXXVII – A Sua Signoria il marchese di Mirabeau
Lettera DCCLXXXVIII – A Monsieur d’Ivernois
Lettera DCCLXXXIX – A Monsieur du Peyrou
Lettera DCCXC – A Monsieur de Sartine
Lettera DCCXCI – A Monsieur du Peyrou
Lettera DCCXCII – Alla signora marchesa di Mesmes
Lettera DCCXCIII – A Monsieur du Peyrou
Lettera DCCXCIV – Allo stesso
Lettera DCCXCV – Allo stesso.
Lettera DCCXCVI – Allo stesso
Lettera DCCXCVII – Allo stesso
Lettera DCCXCVIII – Allo stesso
Lettera DCCXCIX – A Monsieur Dutens
Lettera DCCC – A Monsieur du Peyrou
Lettera DCCCI – A Madame La Tour
Lettera DCCCII – A Sua Signoria il marchese di Mirabeau
Tabella della corrispondenza
Lettera DCCXXXIII – Allo stesso.
2 gennaio 1767.
Quand je vous pris au mot, monsieur, sur la liberté que vous m’accordiez de ne vous pas répondre, j’étais bien éloigné de croire que ce silence pût vous inquiéter sur l’effet de votre précédente lettre : je n’y ai rien vu qui ne confirmât les sentiments d’estime et d’attachement que vous m’avez inspirés ; et ces sentiments sont si vrais, que si jamais j’étais dans le cas de quitter cette province, je souhaiterais que ce fut pour me rapprocher de vous. Je vous avoue pourtant que je suis touché des soins de M. Davenport ; et si content de sa société, que je ne me priverais pas sans regret d’une hospitalité si douce ; mais comme il souffre à peine que je lui rembourse une partie des dépenses que je lui coûte, il y aurait trop d’indiscrétion à rester toujours chez lui sur le même pied, et je ne croirais pouvoir me dédommager des agréments que j’y trouve, que par ceux qui m’attendraient auprès de vous. Je pense souvent avec plaisir à la ferme solitaire que nous avons vue ensemble et à l’avantage d’y être votre voisin ; mais ceci sont plutôt des souhaits vagues que des projets d’une prochaine exécution. Ce qu’il y a de bien réel est le vrai plaisir que j’ai de correspondre en toute occasion à la bienveillance dont vous m’honorez, et de la cultiver autant qu’il dépendra de moi.
Il y a longtemps, monsieur, que je me suis donné le conseil de la dame dont vous parlez : j’aurais dû le prendre plus tôt ; mais il vaut mieux tard que jamais. M. Hume était pour moi une connaissance de trois mois, qu’il ne m’a pas convenu d’entretenir : après un premier mouvement d’indignation dont je n’étais pas le maître, je me suis retiré paisiblement : il a voulu une rupture formelle ; il a fallu lui complaire : il a voulu ensuite une explication ; j’y ai consenti. Tout cela s’est passé entre lui et moi : il a jugé à propos d’en faire le vacarme que vous savez ; il la fait tout seul, je me suis tu ; je continuerai de me taire, et je n’ai rien du tout à dire de M. Hume, sinon que je le trouve un peu insultant pour un bon homme, et un peu bruyant pour un philosophe.
Comment va la botanique ? vous en occupez-vous un peu ? voyez-vous des gens qui s’en occupent ? pour moi, j’en raffole, je m’y acharne, et je n’avance point : j’ai totalement perdu la mémoire, et de plus, je n’ai pas de quoi l’exercer ; car avant de retenir il faut apprendre, et ne pouvant trouver par moi-même les noms des plantes, je n’ai nul moyen de les savoir : il me semble que tous les livres qu’on écrit sur la botanique ne sont bons que pour ceux qui la savent déjà. J’ai acquis votre Stillingfleet, et je n’en suis pas plus avancé. J’ai pris le parti de renoncer à toute lecture, et de vendre mes livres et mes estampes, pour acheter des plantes gravées : sans avoir le plaisir d’apprendre, j’aurai celui d’étudier ; et pour mon objet cela revient à peu près au même.
Au reste, je suis très heureux de m’être procuré une occupation qui demande de l’exercice ; car rien ne me fait tant de mal que de rester assis, ou d’écrire ou lire ; et c’est une des raisons qui me font renoncer à tout commerce de lettres, hors les cas de nécessité. Je vous écrirai dans peu ; mais de grâce, monsieur, une fois pour toutes, ne prenez jamais mon silence pour un signe de refroidissement ou d’oubli, et soyez persuadé que c’est pour mon coeur une consolation très douce d’être aimé de ceux qui sont aussi dignes que vous d’être aimés eux-mêmes : mes respects empressés à M. Malthus, je vous en supplie ; recevez ceux de mademoiselle Le Vasseur, et mes plus cordiales salutations.
Lettre DCCXXXIV – Au même
RÉPONSES
AUX QUESTIONS FAITES PAR M. DE CHAUVEL.
[926]
À Wootton, le 5 janvier 1767.
Jamais, ni en 1759, ni en aucun autre temps, M. Marc Chappuis ne m’a proposé, de la part de M. de Voltaire, d’habiter une petite maison appelée l’Ermitage. En 1755, M. de Voltaire, me pressant de revenir dans ma patrie, m’invitait d’aller boire du lait de ses vaches. Je lui répondis. Sa lettre et la mienne furent publiques. Je ne me ressouviens pas d’avoir eu de sa part aucune autre invitation.
Ce que j’écrivis à M. de Voltaire, en 1760[927], n’était point une réponse. Ayant retrouvé par hasard le brouillon de cette lettre, je la transcris ici, permettant à M. de Chauvel d’en faire l’usage qu’il lui plaira[928].
Je ne me souviens point exactement de ce que j’écrivis il y a vingt-trois ans à M. du Theil : mais il est vrai que j’ai été domestique de M. de Montaigu, ambassadeur de France à Venise, et que j’ai mangé son pain, comme ses gentilshommes étaient ses domestiques et mangeaient son pain : avec cette différence, que j’avais partout le pas sur les gentilshommes, que j’allais au sénat, que j’assistais aux conférences, et que j’allais en visite chez les ambassadeurs et ministres étrangers ; ce qu’assurément les gentilshommes de l’ambassadeur n’eussent osé faire. Mais bien qu’eux et moi fussions ses domestiques, il ne s’ensuit point que nous fussions ses valets.
Il est vrai qu’ayant répondu sans insolence, mais avec fermeté, aux brutalités de l’ambassadeur, dont le ton ressemblait assez à celui de M. de Voltaire, il me menaça d’appeler ses gens, et de me faire jeter par les fenêtres. Mais ce que M. de Voltaire ne dit pas, et dont tout Venise rit beaucoup dans ce temps-là, c’est que, sur cette menace, je m’approchai de la porte de son cabinet, où nous étions ; puis l’ayant fermée, et mis la clef dans ma poche, je revins à M. de Montaigu, et lui dis : Non pas, s’il vous plaît, monsieur l’ambassadeur. Les tiers sont incommodes dans les explications. Trouvez bon que celle-ci se passe entre nous. À l’instant son excellence devint très polie ; nous nous séparâmes fort honnêtement ; et je sortis de sa maison, non pas honteusement, comme il plaît à M. de Voltaire de me faire dire, mais en triomphe. J’allai loger chez l’abbé Patizel, chancelier du consulat. Le lendemain, M. Le Blond, consul de France, me donna un dîner, où M. de Saint-Cyr et une partie de la légation française se trouva ; toutes les bourses me furent ouvertes, et j’y pris l’argent dont j’avais besoin, n’ayant pu être payé de mes appointements. Enfin, je partis accompagné et fêté de tout le monde ; tandis que l’ambassadeur, seul et abandonné dans son palais, y rongeait son frein. M. Leblond doit être maintenant à Paris, et peut attester tout cela ; le chevalier de Carrion, alors mon confrère et mon ami, secrétaire de l’ambassadeur d’Espagne, et depuis secrétaire de l’ambassade à Paris, y est peut-être encore, et peut attester la même chose. Des foules de lettres et de témoins la peuvent attester ; mais qu’importe à M. de Voltaire ?
Je n’ai jamais rien écrit ni signé de pareil à la déclaration que M. de Voltaire dit que M. de Montmollin a entre les mains signée de moi. On peut consulter là-dessus ma lettre du 8 août 1765, adressée à M. du Peyrou, imprimée avec les siennes à lord Wemyss.
Messieurs de Berne m’ayant chassé de leurs états en 1765, à l’entrée de l’hiver, le peu d’espoir de trouver nulle part la tranquillité dont j’avais si grand besoin, joint à ma faiblesse et au mauvais état de ma santé, qui m’ôtait le courage d’entreprendre un long voyage dans une saison si rude, m’engagea décrire 1 à M. le bailli de Nidau une lettre qui a couru Paris, qui a arraché des larmes à tous les honnêtes gens, et des plaisanteries au seul M. de Voltaire.
M. de Voltaire ayant dit publiquement à huit citoyens de Genève, qu’il était faux que j’eusse jamais été secrétaire d’un ambassadeur, et que je n’avais été que son valet, un d’entre eux m’instruisit de ce discours ; et, dans le premier mouvement de mon indignation, j’envoyai à M. de Voltaire un démenti conditionnel, dont j’ai oublié les termes, mais qu’il avait assurément bien mérité.
When I accepted your word, sir, regarding the freedom you granted me to refrain from responding to you, I had no idea that such silence might cause you concern regarding the effect of your previous letter. I saw nothing in it that would contradict the feelings of respect and affection you have inspired in me; and these feelings are so genuine that if I ever found myself in a position to leave this province, I would wish to do so in order to be closer to you. I must admit, however, that I am touched by Mr. Davenport’s kindness towards me; and I enjoy his company so much that I would not regret giving up such pleasant hospitality. But since he is only too willing for me to repay part of the expenses he incurs at my expense, it would be rather indiscreet to continue staying with him on the same terms indefinitely. I believe that the only way I could truly compensate for the pleasures I find there would be to experience those that await me by your side. Often, I fondly recall the secluded farm we saw together and the advantage of being your neighbor there; but these are more wishes than concrete plans for immediate action. What is truly real is the joy I feel in responding at every opportunity to the kindness you show me, and in doing my utmost to cultivate it further.
Long ago, sir, I took the advice that the lady you mention gave me; I should have done so sooner, but it is always better late than never. Mr. Hume had been known to me for only three months, and I did not find it appropriate to maintain a relationship with him. After an initial outburst of indignation over which I had no control, I withdrew calmly. He then insisted on a formal break; I had no choice but to comply. Later, he demanded an explanation; I agreed to give it. All of this took place between him and me alone. He chose to make a fuss about it, as you know; he is doing so all by himself. I have remained silent, and I have nothing further to say about Mr. Hume, except that I find him somewhat insulting for a decent man, and rather boisterous for a philosopher.
How is botany going? Do you occasionally engage in it? Do you meet anyone who does it? For my part, I adore it and devote myself to it wholeheartedly, yet I make no progress at all. I have completely lost my memory, and moreover, I don’t have anything with which to practice it. Because before one can remember something, they must first learn it, and since I am unable to find the names of plants on my own, I have no way of knowing them. It seems to me that all the books written on botany are only useful to those who already know the subject. I acquired your Stillingfleet, but it hasn’t helped me at all. I have decided to give up reading altogether and sell my books and prints in order to buy engraved plants. Without the pleasure of learning, I will at least have the satisfaction of studying them; for my purposes, this is almost equivalent.
Besides, I am very pleased to have found an occupation that requires physical exertion; for nothing causes me so much distress as sitting still, or writing, or reading. This is one of the reasons why I refrain from any literary pursuits, except in cases of necessity. I will write to you soon; but please, sir, once and for all, do not mistake my silence for a sign of indifference or forgetfulness. Believe me, it is a great comfort to my heart to know that I am loved by people who are as worthy of being loved as you are yourself. My sincere regards to Mr. Malthus; please convey them to Miss Le Vasseur, along with my most heartfelt greetings.
Letter DCCXXXIV – To the Same One
RESPONSES
IN RESPONSE TO THE QUESTIONS ASKED BY MR. DE CHAUVEL.
[926]
At Wootton, on January 5, 1767.
Neither in 1759 nor at any other time did Mr. Marc Chappuis ever propose to me, on behalf of Mr. de Voltaire, that I should reside in a small house called l’Ermitage. In 1755, when Mr. de Voltaire urged me to return to my homeland, he invited me to come and drink the milk from his cows. I replied to him. Both his letter and mine were made public. I do not recall having received any other invitation from him.
What I wrote to Mr. de Voltaire in 1760[927] was not a response. Having accidentally found a draft of this letter, I am transcribing it here, allowing Mr. de Chauvel to use it as he sees fit[928].
I do not remember precisely what I wrote to Mr. du Theil twenty-three years ago; but it is true that I served as a servant to Mr. de Montaigu, the French ambassador in Venice, and that I ate his bread, just as his gentlemen were his servants and also ate his bread. The only difference was that I had greater authority than those gentlemen everywhere—I attended the senate meetings, participated in their discussions, and even paid visits to foreign ambassadors and ministers; something that, surely, the gentlemen of the embassy would never have dared to do. However, just because they and I were his servants, it does not mean that we were his lackeys.
It is true that I responded to the ambassador’s brutality—not with insolence, but with firmness—since his tone was quite similar to that of Monsieur de Voltaire. He threatened to call his men and have me thrown out the windows. But what Monsieur de Voltaire did not mention, and what caused much amusement throughout Venice at that time, was that, in response to this threat, I walked over to the door of his office where we were, closed it behind me, and put the key in my pocket before returning to Monsieur de Montaigu and saying to him: “Not at all, please, Monsieur Ambassador. It would be inconvenient for others to be present during such an explanation. Let us settle this matter between ourselves.” Instantly, his Excellency became extremely polite; we parted on very good terms, and I left his house—not in shame, as Monsieur de Voltaire likes to have me say—but in triumph. I went to stay with Abbé Patizel, the chancellor of the consulate. The next day, Monsieur Le Blond, the French consul, gave me a dinner at which Monsieur de Saint-Cyr and part of the French delegation were also present; everyone was generous with me, and I obtained the money I needed, since I had not yet been paid my salary. Finally, I left accompanied and celebrated by everyone, while the ambassador remained alone and abandoned in his palace, gnashing his teeth in frustration. Monsieur Le Blond must now be in Paris and can attest to all this; the Knight de Carrion, who was my colleague and friend at that time, secretary to the Spanish ambassador and later to the ambassador in Paris, may still be there and can testify to the same facts. Countless letters and witnesses can also confirm this. But what does it matter to Monsieur de Voltaire?
I have never written or signed anything resembling the statement that Mr. de Voltaire claims to have in Mr. de Montmollin’s possession, which is supposedly signed by me. One may refer to my letter dated August 8, 1765, addressed to Mr. du Peyrou; it was printed together with his letters and sent to Lord Wemyss.
In 1765, as winter was approaching, the gentlemen of Berne expelled me from their territories. With little hope of finding any peace wherever I went—something I desperately needed—and given my weakness and poor health, which deprived me of the courage to undertake a long journey in such a harsh season, I decided to write a letter to Mr. de Nidau. This letter circulated throughout Paris, bringing tears to the eyes of every honest person and only eliciting jokes from Mr. de Voltaire.
After Mr. de Voltaire publicly stated to eight citizens of Geneva that it was false I had ever served as a secretary to an ambassador and that I had merely been his valet, one of them informed me of this statement. In my first moment of indignation, I sent Mr. de Voltaire a conditional denial—whose exact terms I have forgotten—but which he certainly deserved thoroughly.
Quando ho accettato la vostra proposta, signore, riguardo alla libertà di non rispondervi, non avrei mai pensato che questo silenzio potesse inquietarvi riguardo all’effetto della vostra precedente lettera: non vi ho trovato nulla che potesse contraddire i sentimenti di stima e affetto che mi avete ispirato; e questi sentimenti sono così sinceri, che se mai dovessi lasciare questa provincia, desidererei farlo soltanto per avvicinarmi a voi. Tuttavia devo ammettere di essere commosso dalle attenzioni del signor Davenport e di essere così soddisfatto della sua compagnia da non volermi privare senza rimpianto di un’ospitalità così piacevole; ma poiché lui sembra ritenere che io debba ripagargli solo in parte le spese che mi causa, restare sempre a casa sua nello stesso modo sarebbe troppo indiscreto. Credo quindi di poter compensare i piaceri che provo lì soltanto con quelli che mi aspetterebbero al vostro fianco. Spesso penso con gioia alla fattoria isolata che abbiamo visto insieme e ai vantaggi di essere vostro vicino; ma si tratta più che altro di desideri vaghi, piuttosto che di progetti concreti da realizzare a breve termine. Quello che è davvero reale è il vero piacere che provo nel rispondere in ogni occasione alla benevolenza di cui mi fate l’onore e nel coltivarla quanto più possibile a seconda delle mie possibilità.
Monsieur, da molto tempo ho seguito il consiglio di quella signora di cui parlate; avrei dovuto farlo prima, ma meglio tardi che mai. Il signor Hume era per me una conoscenza di soli tre mesi; non ho ritenuto opportuno continuare a mantenerla. Dopo un primo impulso di indignazione di cui non ero padrone, mi sono ritirato in silenzio; lui ha voluto una rottura formale, e ho dovuto accontentarlo; poi ha chiesto spiegazioni, e le ho fornite. Tutto ciò è avvenuto tra noi due; lui ha ritenuto opportuno farne un gran clamore, come voi sapete. Lui lo fa da solo; io me ne starò zitto, e non ho nulla da dire sul signor Hume, se non che lo ritengo un po’ offensivo per una persona onesta, e un po’ troppo rumoroso per un filosofo.
Come va la botanica? Te ne occupi un po’? Vedi persone che se ne occupano? Per me, ne sono appassionato e ci dedico molto tempo, ma non faccio progressi: ho completamente perso la memoria, e inoltre non ho gli strumenti necessari per esercitarla; perché prima di ricordare qualcosa bisogna impararlo, e non riuscendo a trovare da solo i nomi delle piante, non ho alcun modo per conoscerli. Mi sembra che tutti i libri scritti sulla botanica siano utili soltanto per coloro che già la conoscono. Ho acquistato il tuo libro di Stillingfleet, ma non sono avanzato di un passo. Ho deciso quindi di rinunciare a ogni lettura e di vendere i miei libri e le mie stampe per comprare piante incise: senza il piacere di imparare, avrò almeno quello di studiarle; e per i miei scopi, questo è più o meno lo stesso.
Del resto, sono molto felice di essermi trovato un’occupazione che richiede movimento; infatti, nulla mi fa tanto male quanto stare seduto a lungo, scrivere o leggere. Ed è proprio per questo motivo che rinuncio a qualsiasi attività letteraria, se non in casi di necessità. Vi scriverò presto; ma vi prego, signore, una volta per tutte, di non interpretare il mio silenzio come un segno di distacco o d’oblio. Siate certo che per il mio cuore è una grande consolazione essere amato da persone così degne, come voi, di essere amate a loro volta. I miei più sentiti rispetti a Monsieur Malthus; ricevete anche quelli di mademoiselle Le Vasseur, insieme alle mie più cordiali saluti.
Lettera DCCXXXIV – Allo stesso.
RISPOSTE
Alle domande poste da Monsieur de Chauvel.
[926]
A Wootton, il 5 gennaio 1767.
Né nel 1759, né in alcun altro momento, il signor Marc Chappuis mi ha mai proposto, da parte del signor de Voltaire, di stabilirmi in una piccola casa chiamata l’Ermitage. Nel 1755, il signor de Voltaire, esortandomi a tornare nel mio paese, mi invitò ad andare a bere il latte delle sue mucche; gli risposi. La sua lettera e la mia furono pubblicate. Non ricordo di aver ricevuto da lui alcun’altra proposta.
Quello che scrissi a Monsieur de Voltaire nel 1760[927] non era affatto una risposta. Avendo ritrovato per caso la bozza di questa lettera, la trascrivo qui, permettendo a Monsieur de Chauvel di farne l’uso che desidera[928].
Non ricordo esattamente cosa scrissi ventitré anni fa a Monsieur du Theil; è vero però che fui servitore di Monsieur de Montaigu, ambasciatore di Francia a Venezia, e che mangiavo il suo pane, proprio come i suoi gentiluomini erano i suoi servitori e mangiavano il suo pane. La differenza stava nel fatto che io avevo sempre la precedenza sui gentiluomini: andavo al senato, partecipavo alle conferenze e facevo visite agli ambasciatori e ai ministri stranieri; cose che certamente i gentiluomini dell’ambasciata non avrebbero mai osato fare. Ma anche se loro e io eravamo i suoi servitori, ciò non significa affatto che fossimo i suoi lacchè.
È vero che, avendo risposto senza insolenza ma con fermezza alle brutalità dell’ambasciatore – il cui tono assomigliava molto a quello di Monsieur de Voltaire – egli minacciò di chiamare le sue guardie e di farmi gettare fuori dalla finestra. Ma ciò che Monsieur de Voltaire non racconta, e di cui tutta Venezia rideva in quel periodo, è che, di fronte a questa minaccia, mi avvicinai alla porta del suo ufficio, la chiusi e misi la chiave nella mia tasca; poi tornai da Monsieur de Montaigu e gli dissi: “Per favore, no, signor ambasciatore. Gli estranei sono di disturbo nelle spiegazioni. Preferisco che questa conversazione avvenga tra noi soltanto.” All’istante, la sua eccellenza divenne molto cortese; ci congedammo in modo onesto e io uscii dalla sua casa, non in modo umiliante, come Monsieur de Voltaire vuole far credere, ma trionfante. Andai ad alloggiare presso l’abate Patizel, cancelliere del consolato. Il giorno dopo, Monsieur Le Blond, console di Francia, mi offrì un pranzo a cui parteciparono anche Monsieur de Saint-Cyr e parte della legazione francese; tutte le persone presenti mi offrirono il loro aiuto finanziario, poiché non ero stato pagato per i miei incarichi. Alla fine, partii accompagnato e festeggiato da tutti, mentre l’ambasciatore, solo e abbandonato nel suo palazzo, rimaneva a digerire la sua rabbia. Monsieur Le Blond deve essere ora a Parigi e può testimoniare tutto ciò; il cavaliere de Carrion, allora mio collega e amico, segretario dell’ambasciata di Spagna e in seguito segretario dell’ambasciata a Parigi, potrebbe ancora esserci e confermare la stessa cosa. Ci sono molte lettere e testimoni che possono avvalorare queste dichiarazioni. Ma che importanza ha tutto ciò per Monsieur de Voltaire?
Non ho mai scritto né firmato nulla di simile alla dichiarazione che il signor de Voltaire afferma essere nelle mani del signor de Montmollin e firmata da me. A questo proposito, si può consultare la mia lettera del 8 agosto 1765, indirizzata al signor du Peyrou e stampata insieme alle sue lettere per lord Wemyss.
Poiché i signori di Berna mi ebbero cacciato dai loro territori nel 1765, all’inizio dell’inverno, la scarsa speranza di trovare da qualche parte la tranquillità di cui avevo così grande bisogno, unita alla mia debolezza e al cattivo stato della mia salute che mi privavano del coraggio di intraprendere un lungo viaggio in una stagione così rigida, mi spinsero a scrivere una lettera al signor balivo di Nidau. Questa lettera fece il giro di Parigi: strappò lacrime a tutti gli onesti uomini e soltanto al signor de Voltaire suscitò commenti ironici.
Poiché il signor de Voltaire aveva dichiarato pubblicamente ad otto cittadini di Ginevra che era falso che io fossi mai stato segretario di un ambasciatore, e che non ero stato altro che il suo servitore, uno di loro mi riferì quel discorso; e, nel primo impulso della mia indignazione, inviai al signor de Voltaire una smentita condizionale, di cui ho dimenticato i termini esatti, ma che certamente lui si era ben meritata.
Je me souviens très bien d’avoir une fois dit à quelqu’un, que je me sentais le coeur ingrat, et que je n’aimais point les bienfaits. Mais ce n’était pas après les avoir reçus que je tenais ce discours ; c’était au contraire pour m’en défendre ; et cela, monsieur, est très différent. Celui qui veut me servir à sa mode, et non pas à la mienne, cherche l’ostentation du titre de bienfaiteur ; et je vous avoue que rien au monde ne me touche moins que de pareils soins. À voir la multitude prodigieuse de mes bienfaiteurs, on doit me croire dans une situation bien brillante. J’ai pourtant beau regarder autour de moi, je n’y vois point les grands monuments de tant de bienfaits. Le seul vrai bien dont je jouis est la liberté ; et ma liberté, grâces au ciel, est mon ouvrage. Quelqu’un s’ose-t-il vanter d’y avoir contribué ? Vous seul, ô George Keith ! pouvez le faire ; et ce n’est pas vous qui m’accuserez d’ingratitude. J’ajoute à Milord Maréchal mon ami du Peyrou. Voilà mes vrais bienfaiteurs. Je n’en connais point d’autres. Voulez-vous donc me lier par des bienfaits ? Faites qu’ils soient de mon choix et non pas du votre ; et soyez sûr que vous ne trouverez de la vie un coeur plus vraiment reconnaissant que le mien. Telle est ma façon de penser, que je n’ai point déguisée ; vous êtes jeune, vous pouvez la dire à vos amis ; et si vous trouvez quelqu’un qui la blâme, ne vous fiez jamais à cet homme-là.
Lettre DCCXXXV – À M. du Peyrou
À Wootton, le 8 janvier 1767.
Que Dieu comble de ses bénédictions mon cher hôte, qui, par une réconciliation parfaite, accorde à mon coeur la paix dont il avait besoin ! je prends à bon augure, dans ces circonstances, celle que vous m’annoncez pour le reste de mes jours à la fin de votre n° 38. Si je puis obtenir que le public m’oublie, comptez que je ne réveillerai plus ses souvenirs. La postérité me rendra justice, j’en suis très sûr ; cela me console des outrages de mes contemporains.
C’est sans contredit une chose bien douce qu’une réconciliation, mais elle est précédée de moments si tristes, qu’il n’en faut plus acheter à ce prix. La première source de notre petite mésintelligence est venue du défaut de votre mémoire et de la confiance que vous n’avez pas laissé d’y avoir. Dans vos deux pénultièmes lettres, par exemple, parlant de ce que vous avait dit M. de Luze, vous supposez m’avoir écrit qu’il disait que je n’avais point couché à Calais dans la même chambre que M. Hume, fait qui est très vrai. Si c’était là, en effet, ce que vous m’aviez écrit auparavant, j’aurais eu grand tort de m’en formaliser, et mes réponses seraient très ridicules. Mais, mon cher hôte, votre n° 33 ne parlait point du tout de Calais, et décidait nettement que je n’avais jamais couché dans la même chambre avec M. Hume ; voici vos propres termes :
De Luze doute que vous ayez en effet écrit que vous couchiez dans la même chambre ou était Hume, parce que, dit-il, c’est lui, de Luze, qui a toujours pendant la route occupé la même chambre avec M. Hume, et que vous étiez seul dans la vôtre. Ce mot toujours est décisif, ce me semble, non seulement pour Calais, mais pour toute la route ; et ma réponse très blâmable quant à l’emportement, est juste quant au raisonnement.
Dans votre n° 36, vous me marquez que j’ai rompu publiquement avec M. Hume. Mon cher hôte, où avez-vous pris cela ? Mettez-vous donc sur mon compte le vacarme qu’a fait le bon David, pendant que je n’ai pas dit un seul mot, si ce n’est à lui seul, dans le plus grand secret, et seulement quand il m’y a forcé ? Comme j’étais instruit de son projet, je craignais plus que la mort l’éclat de cette rupture ; je m’en défendis de tout mon pouvoir, et je ne la fis enfin que par des lettres bien cachetées, tandis qu’il faisait faire un grand détour aux sien nés pour me les envoyer ouvertes par M. Davenport. Ces lettres, s’il ne les eût montrées, n’eussent été vues que de lui, et je n’en aurais parlé même à personne au monde, qu’à Milord Maréchal et à vous. Appelez-vous cela rompre publiquement ?
Dans votre n° 38, vous m’accusez d’avoir mis de la méchanceté dans ma lettre du 10 juillet. Ce que je viens de dire répond d’avance à cette accusation. La méchanceté consiste dans le dessein de nuire. Quand ma lettre eût contenu des choses effroyables, quel mal pouvait-elle faire à M. Hume, n’étant vue que de lui seul ? Il pouvait y avoir de la brutalité dans cette lettre, jamais de la méchanceté, puisqu’il n’en pouvait résulter aucun préjudice pour celui à qui elle était écrite, qu’autant qu’il le voulait bien. Mais, de grâce, relisez avec moins de prévention cette lettre : dans la position où je l’ai écrite, elle est, j’ose le dire, un prodige de force d’âme et de modération. Forcé de m’expliquer avec un fourbe insigne, qui, sous l’appareil des services, travaille à ma diffamation, je pousse le ménagement jusqu’à ne lui parler qu’en tierce personne, pour éviter, dans ce que j’avais à lui dire, la dureté des apostrophes. Cette lettre est pleine de éloges (vous voyez comment il me les a rendus : partout la raison qui discute, pas un seul trait d’insulte ou d’humeur, pas un mouvement d’indignation, pas un mot dur, si ce n’est quand la force du raisonnement le rend si nécessaire, qu’on ne saurait ôter le mot sans énerver l’argument : encore, alors même, ce mot n’est-il jamais direct et affirmât il, mais hypothétique et conditionnel. Si vous blâmez cette lettre, j’en suis d’autant plus fâché que je veux qu’on juge par elle de l’âme qui l’a dictée.
Cette sévérité de jugements, qui va jusqu’à l’injustice, est aussi loin de votre coeur que de votre raison, et ne vient que du défaut de votre mémoire. Vous recevez des éclaircissements qui vous font changer d’idée, et vous oubliez que je ne suis pas instruit de ce changement ; vous voyez que ma rupture avec M. Hume est publique, et vous oubliez que je n’ai aucune part à cette publicité ; vous voyez que je lui dis des choses dures qui sont imprimées, et vous oubliez également que c’est lui qui m’a forcé de les lui dire, et que c’est lui qui les a fait imprimer. Ce que vous avez écrit vous échappe ou se modifie, et il résulte de tout cela que je vous parais déraisonner toujours, parce qu’au lieu de répondre à votre idée présente, que je ne saurais deviner, je réponds à celle que vous m’avez communiquée, et dont vous ne vous souvenez plus.
Il y aurait à cela deux remèdes en votre pouvoir : le premier serait que vous voulussiez bien présumer un peu moins de votre mémoire et un peu plus de ma raison, en sorte que, quand ma réponse cadrerait mal avec ce que vous croyez m’â-voir écrit, vous supposassiez qu’il faut que vous m’ayez écrit autre chose, plutôt que de conclure que je ne sais ce que je dis ; L’autre serait de garder des copies des lettres que vous m’écrivez, pour y avoir recours au besoin sur mes réponses. Un troisième moyen serait que toutes les fois que je réponds à quelque article de vos lettres, je commençasse par transcrire dans la mienne l’article auquel je réponds ; mais cette manière de s’armer jusqu’aux dents avec ses amis me parait si cruelle, que j’aime cent fois mieux me présenter nu et être navré.
Outre les emportements très condamnables que je me reproche de mon côté, je tâcherai de me guérir aussi d’une mauvaise fierté qui me fait négliger des avis utiles, pour vous mettre en garde sur ce qu’on vous dit contre moi. Par exemple, quand vous commençâtes à me parler de M. Brulh avec de grands éloges, je ne voulus rien vous répondre là-dessus, et, en effet, je n’ai rien à dire contre ces éloges, parce que je ne connais point du tout le caractère de M. Brulh. Mais ce que j’aurais pourtant dû vous dire, est qu’il vint me voir à Chiswick, et que son abord, son air, son ton, ses manières, me repoussèrent à tel point, qu’il ne fut pas en moi de le bien recevoir.
I remember very well having once told someone that I felt my heart was ungrateful and that I did not appreciate kindnesses. But it was not after receiving them that I said such things; on the contrary, it was in order to defend myself against them—and that, sir, is a very different matter. Those who wish to serve me in their own way, rather than in mine, are merely seeking to ostentatiously display the title of benefactor; and I must admit that nothing in this world could please me less than such attentions. To see the countless number of people who claim to be my benefactors would lead one to believe I am in a very fortunate position. Yet, no matter where I look around, I see no tangible monuments to all these so-called kindnesses. The only true blessing I enjoy is freedom—and my freedom, thank heaven, is the result of my own efforts. Does anyone dare boast that they have contributed to it? Only you, oh George Keith! can make such a claim; and certainly you would not accuse me of ingratitude. I also add my dear friend, Lord Marshal de Peyrou, to this list. These are my true benefactors; I know no others. So then, do you wish to bind me with kindnesses? Let them be of my own choosing, not yours; and believe me, you will never find a more sincerely grateful heart than mine. Such is my way of thinking—and I have never concealed it. You are young; you may share this with your friends. And if you ever meet someone who condemns it, do not trust that person in the slightest.
Letter DCCXXXV – To Mr. du Peyrou
At Wootton, on January 8, 1767.
May God bestow his blessings upon my dear host, who, through a perfect reconciliation, has granted my heart the peace it needed! I take as an omen, in these circumstances, what you tell me about the rest of my days, as mentioned at the end of your letter number 38. If I can succeed in making the public forget me, then be assured that I will not awaken their memories again. Future generations will do me justice; I am very certain of that, and it consoles me for the insults of my contemporaries.
There is undoubtedly something very sweet about reconciliation, but it is preceded by moments so sad that one should no longer seek it at such a price. The primary source of our little misunderstanding arose from your poor memory and the lack of trust you allowed to exist in that regard. For example, in your second-to-last letters, when referring to what Mr. de Luze had said, you seemed to imply that he mentioned I had not stayed in the same room as Mr. Hume in Calais—which is indeed true. If that really was what you had written before, I would have been utterly wrong to take it to heart, and my responses would have been quite ridiculous. But, my dear friend, your letter number 33 mentioned nothing about Calais at all; on the contrary, it clearly stated that I had never stayed in the same room with Mr. Hume. Here are your own words:
De Luze doubts that you actually wrote about sharing the same room with Hume, because, he says, it was he himself who always stayed in the same room as Mr. Hume during the entire journey, while you were alone in your room. The word “always” is decisive, in my opinion, not only regarding Calais but for the entire journey; and my response, though highly criticized for its emotional intensity, is actually correct in terms of reasoning.
In your issue number 36, you state that I publicly broke off relations with Mr. Hume. My dear host, where did you get such information? Please attribute to me the commotion caused by that good man David—when in fact I never said a single word about it, except in the utmost secrecy, and only when he forced me to do so. Since I was aware of his plans, I feared the scandal resulting from this break-up more than anything; I resisted it with all my might, and ultimately only did so through carefully sealed letters. He, on the other hand, went to great lengths to have them sent to me in an open envelope by Mr. Davenport. If he had not shown them to others, they would have been seen only by him—and I would never have mentioned them to anyone but Lord Maréchal and you. Do you really call this “publicly breaking off relations”?
In your issue number 38, you accuse me of having harbored malice in my letter dated July 10th. What I have just said constitutes an advance response to this accusation. Malice consists in the deliberate intent to cause harm; if my letter had contained anything terrible, what harm could it have done to Mr. Hume, since it was only he who saw it? There might have been rudeness in that letter, but never malice, for it could not possibly cause him any harm unless he himself allowed it to do so. But please, read this letter without such preconceptions: written under the circumstances I faced, it is, I dare say, a marvel of composure and moderation. Forced to address a treacherous individual who, under the guise of providing assistance, was actually working to slander me, I went to such lengths as to refer to him only in the third person, in order to avoid any harshness in my words. This letter is filled with praise—see how he rendered it to me: reason everywhere, not a single insult or outburst of anger, no trace of indignation, no harsh word, unless the force of logic demanded it otherwise; and even then, such words were never direct or assertive, but always hypothetical and conditional. If you condemn this letter, I am all the more disappointed, for I wish for it to be judged by the character of the person who penned it.
Such severity in judgment, which even borders on injustice, is as far from your heart as from your reason; it arises merely from the failure of your memory. You receive explanations that cause you to change your opinion, yet you forget that I am not informed of this change; you see that my break with Mr. Hume is public, but you forget that I have no role in that publicity at all; you see that I say harsh things to him, and those things are published, but you also forget that it was he who forced me to say them and who had them printed. What you have written either escapes you or changes over time, and as a result, it always seems to me that I am acting unreasonably—because instead of responding to your current thoughts, which I would not be able to guess at all, I am responding to those you once communicated to me, but of which you can no longer remember.
There are two remedies within your power: the first would be for you to place a little less trust in your own memory and a little more trust in my reason; in other words, when my response does not match what you believe I have written to you, assume that you must have written something else, rather than concluding that I do not know what I am saying. The second remedy would be for you to keep copies of the letters you send me, so that you can refer to them if necessary in response to my messages. A third approach would be for me, whenever I respond to a particular point in your letter, to begin by transcribing that point into my own reply; but such an extreme measure of preparing oneself against one’s own friends seems so cruel to me that I would far prefer to present myself “naked” and vulnerable.
Apart from the highly condemnable outbursts of anger I reproach myself for, I will also try to overcome a certain kind of bad pride that makes me ignore useful advice, in order to warn you about what people say against me. For example, when you began telling me great things about Mr. Brulh, I refused to respond at all; indeed, I have nothing to say against those praises, since I know nothing about Mr. Brulh’s character at all. But what I should have told you is that he came to see me in Chiswick, and his manner, his tone, his behavior—all these things—repelled me so much that I simply could not receive him properly.
Ricordo molto bene di aver detto una volta a qualcuno che mi sentivo un cuore ingrato e che non amavo i benefici ricevuti. Ma non era dopo averli ricevuti che pronunciavo queste parole; al contrario, lo facevo per difendermi da loro. E questo, signore, è molto diverso. Chi vuole servirmi a modo suo, e non a mio modo, cerca solo di ostentare il titolo di benefattore; e vi confesso che nulla al mondo mi tocca meno di tali attenzioni. Guardando la straordinaria moltitudine dei miei presunti benefattori, si potrebbe pensare che io sia in una situazione molto brillante. Tuttavia, non vedo intorno a me alcun segno concreto di tutti questi benefici. L’unico vero bene di cui dispongo è la libertà; e questa libertà, grazie al cielo, è il frutto delle mie stesse fatiche. Chi oserebbe vantarsi di avervi contribuito? Solo voi, oh George Keith! potete farlo. E non siete certo voi ad accusarmi di ingratitudine. Aggiungo anche Milord Maréchal, mio caro amico. Questi sono i miei veri benefattori; non ne conosco altri. Volete dunque legarmi a voi attraverso dei benefici? Fateli che siano scelti da me, e non da voi. E state certo che non troverete nel mondo un cuore più sinceramente riconoscente del mio. Questa è la mia opinione. Non l’ho mai nascosta; siete giovane, potete dirlo ai vostri amici. E se qualcuno vi biasima, non fidatevi mai di quell’uomo.
Lettera DCCXXXV – A Monsieur du Peyrou
A Wootton, l’8 gennaio 1767.
Che Dio colmi di benedizioni il mio caro ospite, che, attraverso una perfetta riconciliazione, dona al mio cuore la pace di cui aveva bisogno! Considero un buon presagio ciò che mi annunciate per il resto dei miei giorni, alla fine del vostro numero 38. Se riuscirò a far dimenticare me stesso al pubblico, potete essere certi che non risveglierò più i suoi ricordi di me. La posterità mi renderà giustizia, ne sono molto sicuro; questo mi consola degli insulti dei miei contemporanei.
Senza dubbio, una riconciliazione è qualcosa di molto dolce, ma è preceduta da momenti così tristi che non dovrebbe più essere comprata a questo prezzo. La prima causa della nostra piccola incomprensione deriva dal vostro scarso ricordo e dalla fiducia che non avete voluto riporre in esso. Ad esempio, nelle vostre due lettere precedenti, parlando di ciò che aveva detto il signor de Luze, supponete di avermi scritto che egli affermava che io non avessi dormito a Calais nella stessa stanza del signor Hume, il che è assolutamente vero. Se davvero questo fosse ciò che mi avevate scritto in precedenza, avrei commesso un grave errore ad offendersene, e le mie risposte sarebbero state molto ridicole. Ma, mio caro ospite, la vostra lettera numero 33 non parlava affatto di Calais, e affermava chiaramente che io non avevo mai dormito nella stessa stanza con il signor Hume; ecco le vostre stesse parole:
De Luze dubita che voi abbiate davvero scritto di aver dormito nella stessa stanza di Hume, perché, afferma lui stesso, è stato lui, de Luze, ad occupare sempre la stessa camera con il signor Hume durante tutto il viaggio, mentre voi eravate da solo nella vostra stanza. La parola “sempre” sembra decisiva non solo per Calais, ma per l’intero viaggio; e la mia risposta, sebbene criticabile per la sua veemenza, è corretta dal punto di vista del ragionamento.
Nel vostro numero 36 affermate che io abbia rotto pubblicamente i rapporti con il signor Hume. Caro ospite, da dove avete preso questa informazione? Mettete dunque sul mio conto tutto il trambusto causato dal buon David, mentre io non ho detto una parola, se non a lui stesso, in assoluta segretezza e soltanto quando me l’ha imposto. Poiché conoscevo i suoi piani, temevo più della morte lo scandalo derivante da questa rottura; mi sono difeso con tutte le mie forze e l’ho effettuata soltanto attraverso lettere ben sigillate, mentre lui faceva in modo che le sue lettere venissero inviate a me aperte dal signor Davenport. Se non le avesse mostrate, queste lettere sarebbero state viste soltanto da lui, e io non ne avrei parlato con nessuno al mondo, se non con Milord Maréchal e con voi. Chiamate questo “rompere pubblicamente” i rapporti?
Nel vostro numero 38 mi accusate di aver messo cattiveria nella mia lettera del 10 luglio. Quello che ho appena detto risponde in anticipo a questa accusa. La cattiveria consiste nel proposito di nuocere; se la mia lettera avesse contenuto cose terribili, quale danno avrebbe potuto causare al signor Hume, essendo letta soltanto da lui? Potrebbe esserci stata brutalità in quella lettera, ma mai cattiveria, poiché non ne poteva derivare alcun danno per colui a cui era indirizzata, se non lo desiderava lui stesso. Ma, vi prego, rileggete questa lettera con meno pregiudizi: nella situazione in cui l’ho scritta, oserei dire che rappresenti un vero e proprio miracolo di forza d’animo e moderazione. Costretto a spiegarmi con un individuo spregevole che, sotto il pretesto di prestarmi aiuti, lavorava in realtà alla mia diffamazione, ho fatto di tutto per essere estremamente rispettoso nei suoi confronti, parlando di lui soltanto al terzo grado, per evitare di essere troppo duro nelle mie osservazioni. Questa lettera è piena di elogi. Vedete come me li ha resi: ovunque si esprime la ragione, non c’è un solo accenno di insulto o di irritazione, nessun termine duro, se non quando la forza della logica lo rende necessario; anche in quei casi, tali termini sono sempre ipotetici e condizionali. Se questa lettera vi sembra criticabile, ne sono tanto più dispiaciuto, poiché desidero che sia giudicata esattamente per ciò che rappresenta: l’anima di colui che l’ha scritta.
Questa severità di giudizio, che arriva fino all’ingiustizia, è lontana sia dal vostro cuore che dalla vostra ragione; deriva soltanto dall’assenza di memoria da parte vostra. Ricevete spiegazioni che vi fanno cambiare idea, ma dimenticate che io non sono a conoscenza di questo cambiamento; vedete che la mia rottura con il signor Hume è pubblica, ma ignorate che io non ho alcuna responsabilità in merito a questa pubblicità; notate che gli dico cose dure, e queste cose vengono stampate, ma anche in questo caso dimenticate che è stato lui ad costringermi a dirgliele e ad farle stampare. Quello che avete scritto vi sfugge o cambia; di conseguenza, mi sembrate sempre irragionevoli: invece di rispondere all’idea attuale che avete in mente – che non saprei comunque indovinare – rispondo a quella che mi avete comunicato, e di cui ormai non vi ricordate più.
Ci sarebbero due rimedi a vostra disposizione: il primo consisterebbe nel dare un po’ meno credito alla vostra memoria e un po’ più alla mia ragione; in questo modo, quando la mia risposta non corrispondesse a ciò che ritenete mi abbiate scritto, potreste supporre che mi abbiate inviato qualcos’altro, piuttosto che concludere che io non sappia ciò che dico. Il secondo rimedio sarebbe quello di conservare delle copie delle lettere che mi scrivete, per potervi fare riferimento quando necessario. Un terzo metodo consisterebbe nel trascrivere, ogni volta che rispondo a un punto specifico delle vostre lettere, tale punto nella mia risposta; tuttavia, questa forma di “armarsi fino ai denti” con i propri amici mi sembra così crudele, che preferisco di gran lunga presentarmi “nudo” e essere ferito.
Oltre ai comportamenti molto condannabili di cui mi rimprovero, cercherò anche di liberarmi da un’orgogliosità malvagia che mi spinge a trascurare consigli utili, al fine di mettervi in guardia contro ciò che vi viene detto contro di me. Ad esempio, quando avete iniziato a parlarmi di Monsieur Brulh con grandi elogi, non ho voluto rispondervi in merito; infatti, non ho nulla da dire contro questi elogi, poiché non conosco affatto il carattere di Monsieur Brulh. Tuttavia, ciò che avrei dovuto dirvi è che egli venne a trovarmi a Chiswick, e il suo modo di comportarsi, il suo aspetto, il tono della sua voce e le sue maniere mi respinsero a tal punto che non fui in grado di accoglierlo in modo appropriato.
Je finis sur ce sujet désagréable, pour ne vous en reparler jamais. J’aurais, sur certaines questions que vous me faites dans votre lettre, beaucoup de choses à vous dire que je n’ose confier au papier. J’ignore encore si l’ami qui devait venir cet automne pourra venir ce printemps. Je crains qu’il ne soit enveloppé dans les malheurs de sa patrie ; s’il ne vient pas, je ne vois qu’une ressource pour vous parler en sûreté, c’est un chiffre auquel je travaille, et qu’il faudra bien risquer de vous envoyer par la poste, faute de plus sûre voie. Examinez avec grand soin l’état du cachet de la lettre qui le contiendra, pour savoir si elle n’a point été ouverte ; je vous préviens qu’elle sera cachetée avec le talisman arabesque que vous connaissez, et dont on ne saurait lever et rappliquer l’empreinte sans qu’il y paraisse. Je viens de recevoir de M. de Cerjeat une invitation trop obligeante pour que j’en méconnaisse la source. Quand vous aurez mon chiffre, nous en dirons davantage. Adieu, mon cher hôte, je sens toute votre amitié, et vous devez connaître assez mon coeur pour juger de la mienne. Mille tendres respects à la bonne maman. Milord Maréchal me disait que les hivers étaient doux en Angleterre : nous avons ici un pied de glace et trois pieds de neige ; je ne sentis de ma vie un froid si piquant.
On vient de m’apprendre que les papiers publics disent la santé de Milord Maréchal en mauvais état. Eh quoi ! mon Dieu ! toujours des malheurs, et toujours des plus terribles ! Ce qui me rassure un peu, est qu’en conférant la date de sa dernière lettre avec celle de ces nouvelles, je les crois fausses ; mais je ne puis me défendre d’une extrême inquiétude ; il ne m’écrira peut-être de très long-temps ; si vous avez de ses nouvelles récentes, je vous conjure de m’en donner. Je vous embrasse.
Recevez les remerciements et respects de mademoiselle Le Vasseur.
Je compte tirer dans quelques jours sur vos banquiers une lettre de change de 800 francs.
Lettre DCCXXXVII – À M. d’Ivernois
Wootton, le 31 janvier 1767.
Jamais, monsieur, je n’ai écrit, ni dit, ni pense rien de pareil aux extravagances qu’on vous dit avoir été trouvées écrites de ma main dans les papiers de M. Le Nieps, non plus que rien de ce que M. de Voltaire publie, avec son impudence ordinaire, être écrit et signé de moi dans les mains du ministre Montmollin. Votre inépuisable crédulité ne me fâche plus, mais elle m’étonne toujours, et d’autant plus en cette occasion, que vous avez pu voir dans vos liaisons que je ne suis pas visionnaire, et dans le Contrat social, que je n’ai jamais approuvé le gouvernement démocratique. Avez-vous donc assez grande opinion de la probité de mes ennemis pour les croire incapables d’inventer des mensonges, et peuvent-ils obtenir votre estime aux dépens de celle que vous me devez ?
Tandis que votre facilité à tout croire en montre si peu pour moi, la mienne pour vous et vos magnanimes compatriotes augmente de jour en jour. Le courage et la fermeté n’est pas en eux ce qui frappe, je m’y attendais ; mais je ne m’attendais pas, je l’avoue, à voir tant de sagesse en même temps au milieu des plus grands dangers. Voici la première fois qu’un peuple a montré ce grand et beau spectacle : il mérite d’être inscrit dans les fastes de l’histoire. Vos magistrats, messieurs, se conduisent dans toute cette affaire comme un peuple forcené ; et vous vous conduisez, dans les périls terribles qui vous menacent, avec toute la dignité des plus respectables magistrats. Je crois voir le sénat de Rome, assis gravement dans la place publique, attendant la mort de la main des Gaulois. Voici la première et dernière fois que, depuis notre entrevue de Thonon, je me serai permis de vous parler de vos affaires ; mais je n’ai pu refuser ce mot d’admiration à celle que vous m’inspirez. Vous savez quel fut constamment mon avis dans cette entre-vin 4 ; et, comme je vous rends de bon coeur la justice qui vous est due, j’espère que vous ne me refuserez pas non plus, dans l’occasion, celle que vous me devez. Je n’ai rien de plus à vous dire. De tels hommes n’ont assurément pas besoin de conseils, et ce n’est pas à moi de leur en donner. Mon service est fait pour le reste de ma vie ; il ne me reste qu’à mourir en repos, si je puis.
Vous ne doutez pas, mon ami, du tendre empressement que j’aurais de vous voir. Cependant il convient, pour mon repos et pour votre avantage, que nous ne nous livrions à ce plaisir que quand tout sera fini de manière ou d’autre dans votre ville. Le public, qui me connaît si peu, et qui me juge si mal, ne doute pas que je n’aille toujours semant parmi vous la discorde ; et l’on prétend m’avoir vu moi-même, le mois dernier, caché en Suisse pour cet effet. Tout ce que vous feriez de bien serait mal, sitôt qu’on présumerait que c’est moi qui l’ai conseillé. Ne venez donc que couronné d’un rameau d’olives, afin que nous goûtions le plaisir de nous voir dans toute sa pureté. Puisse arriver bientôt cet heureux moment ! personne au monde n’y sera plus sensible que le coeur de votre ami.
Lettre DCCXXXIX – À M. le duc de Graffton
[935]
Wootton, le 7 février 1767.
Monsieur le Duc,
Je vous dois des remerciements que je vous prie d’agréer. Quoique les droits qu’on avait exigés pour mes livres à la douane me parussent forts pour la chose et pour ma bourse, j’étais bien éloigné d’en demander et d’en désirer le remboursement. Vos bontés, très gratuites sur ce point, en sont d’autant plus obligeantes ; et puisque vous voulez que j’y reconnaisse même celles du roi, je me tiens aussi flatté qu’honoré d’une grâce d’un prix inestimable, par la source dont elle vient, et je la reçois avec la reconnaissance et la vénération que je dois aux faveurs de sa majesté, passant par des mains aussi dignes de les répandre.
Daignez, monsieur le duc, recevoir avec bonté les assurances de mon profond respect.
Lettre DCCXLI – À M. Guy
À Wootton, le 7 février 1767.
J’ai lu, monsieur, avec attendrissement l’ouvrage de mes défenseurs[936], dont vous ne m’aviez point parlé. Il me semble que ce n’était pas pour moi que leurs honorables noms devaient être un secret, comme si l’on voulait les dérober à ma reconnaissance. Je ne vous pardonnerais jamais surtout de m’avoir tu celui de la dame, si je ne l’eusse à l’instant deviné. C’est de ma part un bien petit mérite : je n’ai pas assez d’amis capables de ce zèle et de ce talent, pour avoir pu m’y tromper. Voici une lettre pour elle, à laquelle je n’ose mettre son nom, à cause des risques que peuvent courir mes lettres, mais où elle verra que je la reconnais bien. Je vous charge, M. Guy, ou plutôt j’ose vous permettre, en la lui remettant, de vous mettre en mon nom à genoux devant elle, et de lui baiser la main droite, cette charmante main plus auguste que celles des impératrices et des reines, qui sait défendre et honorer si pleinement et si noblement l’innocence avilie. Je me flatte que j’aurais reconnu de même son digne collègue, si nous nous étions connus auparavant, mais je n’ai pas eu ce bonheur ; et je ne sais si je dois m’en féliciter ou m’en plaindre, tant je trouve noble et beau que la voix de l’équité s’élève en ma faveur, du sein même des inconnus. Les éditeurs du factum de M. Hume disent qu’il abandonne sa cause au jugement des esprits droits et des coeurs honnêtes : c’est là ce qu’eux et lui se garderont bien de faire, mais ce que je fais, moi, avec confiance, et qu’avec de pareils défenseurs j’aurai fait avec succès. Cependant on a omis dans ces deux pièces des choses très essentielles ; et on y a fait des méprises qu’on eût évitées si, m’avertissant à temps de ce qu’on voulait faire, on m’eût demandé des éclaircissements. Il est étonnant que personne n’ait encore mis la question sous son vrai point de vue ; il ne fallait que cela seul, et tout était dit.
Au reste, il est certain que la lettre que je vous écrivis a été traduite par extraits faits, comme vous pouvez penser, dans les papiers de Londres, et il n’est pas difficile de comprendre d’où venaient ces extraits, ni pour quelle fin.
I shall conclude on this unpleasant subject, so that I never have to mention it again. There are many things I would like to tell you regarding some of the questions you raised in your letter, but I dare not confide them in writing. I still do not know whether the friend who was supposed to come this autumn will be able to arrive this spring; I fear he may be caught up in the misfortunes of his country. If he does not come, I see only one way to communicate with you safely: through a code that I have developed, which I will have no choice but to send to you by mail, since there is no safer method. Please examine very carefully the seal on the letter containing this code to ensure it has not been opened. I assure you that it will be sealed with the Arabic pattern you are familiar with; its seal cannot be broken without leaving obvious traces. I have just received an invitation from Mr. de Cerjeat that is too kind for me to ignore its source. Once you have my code, we can discuss further details. Adieu, my dear host; I feel all your friendship, and you must know well enough my heart to understand how sincere it is. Bid a thousand tender regards to my kind mother. Lord Maréchal told me that winters in England are mild; here, we have one foot of ice and three feet of snow—I have never experienced such intense cold in my life.
I have just been informed that official reports state that Lord Marshal’s health is in poor condition. Oh, my God! Continual misfortunes, and always the most terrible ones! What comforts me a bit is that by comparing the date of his last letter with the date of these reports, I believe they must be false; yet I cannot help feeling extremely anxious. He may not write to me for a very long time; if you have any recent news about him, I implore you to tell me. I embrace you.
Receive the thanks and regards of Miss Le Vasseur.
I intend to draw a draft for 800 francs on your bankers in a few days.
Letter DCCXXXVII – To Mr. d’Ivernois
Wootton, January 31, 1767.
Never, sir, have I written, said, or thought anything of the kind; those extravagances claimed to have been found in my handwriting among Mr. Le Nieps’s papers are entirely false, just as everything published by Monsieur de Voltaire—with his usual audacity—is proven to be not written or signed by me at all. Your endless credulity no longer irritates me, but it still amazes me, especially in this instance, since you must have seen from our correspondence that I am not a man given to delusions; moreover, in the Social Contract, I clearly stated that I had never endorsed democratic governance. So then, do you truly believe your enemies are so honest that they would never stoop to invent such lies? And can they possibly win your respect at the expense of the respect you owe me?
While your readiness to believe anything shows me so little about you, my own willingness to trust you and your generous compatriots grows day by day. It is not courage and firmness that strike me in them—I expected that; but I must admit, I did not expect to see so much wisdom amidst the greatest dangers. For the first time in history, a people has displayed such a magnificent spectacle; it deserves to be recorded in the annals of history. Your magistrates, gentlemen, are behaving in all this matter like a conquered people; yet you, in the face of these terrible dangers, are acting with all the dignity of the most respected officials. I imagine the Roman Senate, sitting solemnly in the public square, awaiting death at the hands of the Gauls. This is the first and last time since our meeting at Thonon that I have dared to speak to you about your affairs; but I could not help expressing my admiration for what you inspire in me. You know what my constant opinion on this matter has been; and since I give you honestly the respect you deserve, I hope you will also grant me, in due course, the respect that is mine. I have nothing more to say. Men of such integrity certainly do not need advice—and it is not my place to offer them any. My service to you is complete for the rest of my life; all that remains for me is to die in peace, if it be possible.
You doubt not, my friend, of the sincere eagerness I have to see you. However, for the sake of both my peace of mind and your own advantage, it is appropriate that we indulge in this pleasure only once everything has been settled one way or another in your city. The public, which knows so little about me and judges me so poorly, surely believes that I continue to sow discord among you; moreover, it is claimed that I was seen last month hiding in Switzerland for precisely this purpose. Anything you might do that were considered good would be regarded as bad, as soon as people assumed that I had advised you to do it. Therefore, come only when you are wearing an olive branch, so that we may enjoy the pleasure of meeting in all its purity. May that happy moment arrive soon! No one in the world would be more delighted than your friend’s heart.
Letter DCCXXXIX – To Mr. the Duke of Graffton
[935]
Wootton, February 7, 1767.
Your Excellency the Duke,
I owe you my sincere gratitude, which I earnestly request you to accept. Although the fees that were demanded for my books at customs seemed excessive, both in relation to the value of the works and to my financial circumstances, I was far from considering requesting or even desiring their refund. Your kindness in this regard is all the more generous; and since you wish me to acknowledge also the generosity of the King, I consider it both an honor and a great privilege to receive such an invaluable favor, coming as it does from such worthy hands. I accept it with the gratitude and reverence that I owe to the favors of His Majesty, especially when they are extended through individuals so deserving of them.
Please accept, Your Highness, the duke, my sincere expressions of deep respect.
Letter DCCXLI – To Mr. Guy
At Wootton, on February 7, 1767.
Sir, I read with deep emotion the works of those who have defended me[936], about whom you had never told me. It seems to me that it was not for my sake that their honorable names were kept secret, as if someone wanted to hide them from my recognition. I could never forgive you, especially, for having concealed from me the name of that lady, had I not already guessed it on my own. This is a very small merit on my part: I do not have enough friends who possess such zeal and talent to have been deceived by it. Here is a letter for her; I dare not write her name on it, due to the risks my letters may incur, but she will see from it that I recognize her well. I entrust you, Mr. Guy, or rather, I dare permit you, when delivering this letter to her, to kneel before her in my name and kiss her right hand—that charming hand, more noble than those of empresses and queens, which knows so fully and nobly how to defend and honor the dignity that has been humiliated. I am pleased to think that I would have recognized her worthy companion in the same way if we had known each other before; but I was not so fortunate. And I do not know whether I should be glad or sorry about it, for I find it noble and beautiful that the voice of justice rises in my favor, even from the midst of strangers. The publishers of Mr. Hume’s statement say that he leaves his cause to the judgment of upright minds and honest hearts; but neither he nor they would ever do such a thing. However, I do it with confidence—and with such defenders at my side, I would have succeeded. Nevertheless, very important details were omitted in both of these documents; and mistakes were made that could have been avoided if I had been informed in time of what was planned. It is astonishing that no one has yet considered this issue from its true perspective; all that was needed was to do so, and everything would have been clear.
Furthermore, it is certain that the letter I wrote to you was translated by selecting excerpts from it, as you can imagine, and these excerpts were included in the documents from London. It is not difficult to understand where these excerpts came from or what purpose they served.
Concludo su questo argomento sgradevole, per non parlarne mai più con voi. Su alcune domande che mi ponete nella vostra lettera, avrei molto da dirvi, ma non oso confidarlo sulla carta. Non so ancora se l’amico che doveva venire quest’autunno potrà arrivare questa primavera; temo che sia coinvolto nei mali della sua patria. Se non verrà, l’unica soluzione per parlarmi con sicurezza è utilizzare un codice segreto al quale sto lavorando, e dovrò rischiare a inviarvelo per posta, poiché non esiste nessun altro mezzo più sicuro. Esaminate con grande attenzione lo stato del sigillo della lettera che lo conterrà, per verificare che non sia stata aperta; vi avverto che sarà sigillata con il talismano arabo che conoscete, e la cui impronta è impossibile da falsificare senza che se ne accorga nessuno. Ho appena ricevuto un invito da parte di Monsieur de Cerjeat, troppo gentile per non riconoscere la sua origine. Quando avrete il mio codice segreto, ne parleremo ulteriormente. Addio, caro ospite, sento tutta la vostra amicizia, e dovete conoscere abbastanza il mio cuore per giudicare quanto sia grande la mia stima per voi. Mille affettuosi saluti alla cara mamma. Milord Maréchal mi diceva che in Inghilterra gli inverni sono dolci. Qui, invece, abbiamo un piede di ghiaccio e tre piedi di neve. Non ho mai sentito un freddo così intenso in vita mia.
Mi è appena stato detto che i documenti ufficiali riferiscono che la salute di Sua Signoria il Maresciallo sia in cattive condizioni. Oh mio Dio! Sempre sfortune, e sempre le più terribili. Quello che mi consola un po’ è che, confrontando la data della sua ultima lettera con quella di queste notizie, credo che siano false; tuttavia non riesco a scacciare una profonda inquietudine. Forse non mi scriverà per molto tempo. Se avete sue novità recenti, vi prego di comunicarmele. Vi abbraccio.
Ricevete i ringraziamenti e i rispetti di mademoiselle Le Vasseur.
Intendo emettere, tra qualche giorno, un assegno di 800 franchi per i vostri banchieri.
Lettera DCCXXXVII – A Monsieur d’Ivernois
Wootton, 31 gennaio 1767.
Mio signore, mai ho scritto, detto o pensato nulla di simile alle stravaganze che si dice siano state trovate scritte di mia mano nei documenti del signor Le Nieps, né nulla di ciò che il signor de Voltaire pubblica, con la sua solita impudenza, afferma essere stato scritto e firmato da me nelle mani del ministro Montmollin. La vostra inesauribile credulità non mi offende più, ma continua sempre a sorprendermi, soprattutto in questa occasione, visto che avete potuto constatare dalle vostre relazioni che non sono un visionario, e che nel Contratto sociale ho mai approvato il governo democratico. Avete dunque una tale stima della probità dei miei nemici da ritenere impossibile che inventino menzogne? E possono davvero conquistare la vostra stima a scapito di quella che mi dovreste?
Mentre la vostra facilità nel credere in tutto dimostra quanto poco mi abbiate considerato, la mia fiducia in voi e nei vostri nobile compagni cresce di giorno in giorno. Non è il coraggio e la fermezza ciò che colpisce in loro; me l’aspettavo. Ma devo ammettere di non aver previsto, tra tali pericoli, una tale saggezza da parte vostra. È la prima volta che un popolo offre uno spettacolo così grande e bello: merita davvero di essere ricordato nelle pagine della storia. I vostri magistrati, signori, si comportano in tutta questa situazione come se fossero costretti a farlo; voi, invece, affrontate i terribili pericoli che vi minacciano con tutta la dignità dei più rispettabili funzionari. Mi sembra di vedere il senato di Roma, seduto solennemente nella piazza pubblica, in attesa della morte inflitta dai Galli. È la prima e ultima volta, da quando ci siamo incontrati a Thonon, che mi sono permesso di parlare delle vostre questioni; ma non ho potuto trattenere queste parole di ammirazione per ciò che rappresentate. Voi sapete quale sia sempre stata la mia opinione su questa faccenda. E poiché vi rendo sinceramente giustizia, spero che anche voi non mi rifiuterete, al momento opportuno, quella stessa giustizia che mi dovete. Non ho altro da dirvi. Uomini del genere certamente non hanno bisogno di consigli. E non spetta a me offrirglieli. Il mio servizio è finito per il resto della mia vita; mi resta solo morire in pace, se possibile.
Non dubitate certo, mio caro amico, dell’affetto sincero e della premura che provo nel desiderare di vedervi. Tuttavia, per il mio riposo e per il vostro bene, è opportuno che ci concediamo questo piacere soltanto quando tutto sarà concluso, in un modo o nell’altro, nella vostra città. Il pubblico, che mi conosce così poco e mi giudica in modo tanto errato, non dubita certo che io continui a seminare discordia tra di voi; anzi, si dice addirittura che io stesso sia stato visto lo scorso mese nascosto in Svizzera per questo scopo. Qualsiasi cosa facciate di buono verrebbe considerata negativa, non appena si sospettasse che sia stata mia l’idea. Pertanto, venite soltanto quando sarete “coronato” da un ramo d’olivo, affinché possiamo goderci il piacere di vederci nella sua massima purezza. Possa arrivare presto quel felice momento! Nessuno al mondo ne sarà più sensibile del cuore vostro amico.
Lettera DCCXXXIX – A Sua Altezza Serenissima il Duca di Graffton
[935]
Wootton, 7 febbraio 1767.
Signor Duca,
Vi devo delle ringraziamenti che vi prego di accettare. Sebbene i diritti richiesti dalle autorità doganali per i miei libri mi sembrassero eccessivi, sia in termini di entità che di costo per me, non avrei mai pensato di chiederne o desiderarne il rimborso. La vostra gentilezza, in questo senso del tutto gratuita, è ancora più apprezzabile; e poiché volete che riconosca anche la benevolenza del re, mi considero sia lusingato che onorato da un favore di inestimabile valore, per la fonte da cui proviene, e lo accetto con la gratitudine e il rispetto che devo alle grazie della sua maestà, tramite mani così degne di diffonderle.
Permettetemi, signor duca, di esprimere con sincerità il mio profondo rispetto.
Lettera DCCXLI – A Monsieur Guy
A Wootton, il 7 febbraio 1767.
Ho letto, signore, con commozione l’opera dei miei difensori[936], di cui non mi avevate parlato. Mi sembra che i loro onorabili nomi non dovessero rimanere un segreto per me, come se si volesse nasconderli alla mia riconoscenza. Non vi perdonerei mai, soprattutto, di avermi tenuto nascosto il nome di quella signora, se non l’avessi indovinato immediatamente. È un piccolo merito da parte mia: non ho abbastanza amici capaci di tale zelo e talento per potermi essere ingannato al riguardo. Ecco una lettera per lei; non oso scrivervi il suo nome, a causa dei rischi che possono correre le mie lettere, ma in essa vedrà chiaramente che la riconosco appieno. Vi incarico, signor Guy, o meglio, oserei permettervi, nel consegnargliela, di inginocchiarvi in mio nome davanti a lei e di baciarle la mano destra, quella mano incantevole, più nobile di quelle delle imperatrici e delle regine, che sa difendere e onorare con tanta nobiltà l’innocenza offesa. Spero di aver riconosciuto allo stesso modo anche il suo degno collega, se ci fossimo conosciuti in precedenza; ma non ho avuto questa fortuna. E non so se dovrei ringraziarne o lamentarmene: trovo infatti nobile e bello che la voce della giustizia si alzi a mio favore, proprio dal seno di persone sconosciute. Gli editori del “factum” di M. Hume dicono che egli abbandoni la sua causa al giudizio degli spiriti retti e dei cuori onesti. Ma questo è esattamente ciò che né lui né loro si prenderanno mai la briga di fare; invece io lo faccio con fiducia. E con difensori del genere, avrei ottenuto sicuramente successo. Tuttavia, in queste due opere sono state omesse alcune cose molto essenziali. E sono stati commessi errori che si sarebbero potuti evitare se mi fossero stati chiesti chiarimenti in tempo. È sorprendente che nessuno abbia ancora considerato la questione dal suo vero punto di vista. Bastava solo questo, e tutto sarebbe stato chiarito.
Del resto, è certo che la lettera che vi scrissi sia stata tradotta attraverso estratti selezionati, come potete immaginare, dai documenti di Londra; non è difficile capire da dove provenissero questi estratti, né a quale scopo fossero utilizzati.
Mais voici un fait assez bizarre qu’il est fâcheux que mes dignes défenseurs n’aient pas su. Croiriez-vous que les deux feuilles que j’ai citées du Saint-James Chronicle ont disparu en Angleterre ? M. Davenport les a fait chercher inutilement chez l’imprimeur et dans les cafés de Londres, sur une indication suffisante, par son libraire, qu’il m’a assuré être un honnête homme, et il n’a rien trouvé ; les feuilles sont éclipsées. Je ne ferai point de commentaires sur ce fait, mais convenez qu’il donne à penser. Oh ! mon cher monsieur Guy, faut-il donc mourir dans ces contrées éloignées, sans revoir jamais la face d’un ami sûr, dans le sein duquel je puisse épancher mon coeur !
Lettre DCCXLIII – À M. Davenport
Le 7 février 1767.
J’ai reçu hier, monsieur, votre lettre du 3, par laquelle j’apprends avec grand plaisir votre entier rétablissement. Je ne puis pas vous annoncer le mien tout-à-fait de même ; je suis mieux cependant que ces jours derniers.
Je suis fort sensible aux soins bienfaisants de M. Fitzherbert, surtout si, comme j’aime à le croire, il en prend autant pour mon honneur que pour mes intérêts. Il semble avoir hérité des empressements de son ami M. Hume. Comme j’espère qu’il n’a pas hérité de ses sentiments, je vous prie de lui témoigner combien je suis touché de ses bontés.
Voici une lettre pour M. le duc de Graffton, que je vous prie de fermer avant de la lui faire passer. Je dois des remerciements à tout le inonde ; et vous, monsieur, à qui j’en dois le plus, êtes celui à qui j’en fais le moins : mais, comme vous ne vous étendez pas en paroles, vous aimez sans doute à être imité. Mes salutations, je vous supplie, et celles de mademoiselle Le Vasseur à vos chers enfants et aux dames de votre maison. Agréez son respect et mes très humbles salutations.
Lettre DCCXLV – À M. d’Ivernois
Wootton, le 7 février 1767.
J’ai fait, cher ami, une étourderie épouvantable, qui sûrement me coûtera plus cher qu’à vous. Dans une distraction causée par la diversité des affaires pressées, je vous ai adressé en droiture une lettre dans laquelle je parlais ouvertement de votre futur voyage, et d’autres choses où le secret n’était pas moins requis. Comme je ne doute pas un instant que cette lettre ne soit interceptée, je vous en transcris ce que j’ai pu tirer d’un premier chiffon barbouillé, qu’il a fallu recommencer[938].
Voilà ce que je vous écrivais il y a huit jours, et que je vous confirme : mais ayant appris depuis lors à quelle extrémité votre pauvre peuple est réduit, je sens déchirer mes entrailles patriotiques, et je crois devoir vous dire qu’il est, selon moi, temps de céder. Vous le pouvez sans honte, puisque la résistance est inutile, et vous le devez pour conserver ce qui vous reste, après vos lois et votre liberté. Quand je dis ce qui vous reste, je n’entends pas bassement vos biens, mais votre pays, vos familles, et ces multitudes de pauvres compatriotes, à qui le pain est encore plus nécessaire que la liberté. J’apprends que vous vous cotisez généreusement pour ces pauvres gens ; je voudrais bien pouvoir suivre ce bon exemple J’enverrai quelque bagatelle aux collecteurs de Londres, selon mes moyens ; mais je vous prie d’avoir recours pour moi à madame Boy de La Tour, afin qu’étant une des causes innocentes des misères de ce pauvre peuple, je contribue aussi en quelque chose à son soulagement.
Adieu, mon ami ; je vous embrasse tendrement. J’ai le plus grand besoin de vous voir ; mais, encore un coup, ne venez que quand vos affaires seront finies. Ce délai importe, et vous pourriez trouver quelque obstacle à passer. Malgré mon étourderie, venez à petit bruit autant qu’il sera possible. Mais j’ai changé d’avis sur votre séjour à Londres, et je serais bien aise que vous vous y arrêtassiez quelques jours pour connaître un peu par vous-même l’air du bureau ; car enfin, si de là vous voulez absolument venir, personne n’aura le pouvoir de vous en empêcher. J’embrasse nos amis ; ne m’oubliez pas, je vous en supplie, auprès de madame d’Ivernois.
Bien des remerciements et respects de mademoiselle Le Vasseur. Si je ne vous ai pas toujours répété la même chose à chaque lettre, c’est qu’il me semblait que cela n’avait plus besoin d’être dit, car il n’y a pas de fois qu’elle ne m’en ait chargé.
Lettre DCCXLVII – À M. Granville
Wootton, février 1767.
Je crois, monsieur, la tisane du médecin espagnol meilleure et plus saine que le bouillon rouge du médecin français ; la provision de miel n’est pas moins bonne, et si les apothicaires fournissaient d’aussi bonnes drogues que vous, ils auraient bientôt ma pratique : mais, badinage à part, que j’aie avec vous un moment d’explication sérieuse.
Jadis j’aimais avec passion la liberté, l’égalité ; et, voulant vivre exempt des obligations dont je ne pouvais m’acquitter en pareille monnaie, je me refusais aux cadeaux même de mes amis, ce qui m’a souvent attiré bien des querelles. Maintenant j’ai changé de goût, et c’est moins la liberté que la paix que j’aime ; je soupire incessamment après elle ; je la préfère désormais à tout ; je la veux à tout prix avec mes amis ; je la veux même avec mes ennemis, s’il est possible. J’ai donc résolu d’endurer désormais des uns tout le bien, et des autres tout le mal qu’ils voudront me faire, sans disputer, sans m’en défendre, et sans leur résister en quelque façon que ce soit. Je me livre à tous pour faire de moi, soit pour, soit contre, entièrement à leur volonté : ils peuvent tout, hors de m’engager dans une dispute 4, ce qui très certainement n’arrivera plus de mes jours. Vous voyez, monsieur, d’après cela, combien vous avez beau jeu avec moi dans les cadeaux continuels qu’il vous plaît de me faire : mais il faut tout vous dire ; sans les refuser, je n’en serai pas plus reconnaissant que si vous ne m’en faisiez aucun. Je vous suis attaché, monsieur, et je bénis le ciel, dans mes misères, de la consolation qu’il ma ménagée en me donnant un voisin tel que vous : mon coeur est plein de l’intérêt que vous voulez bien prendre à moi, de vos attentions, de vos soins, de vos bontés, mais non pas de vos dons : c’est peine perdue, je vous assure ; ils n’ajoutent rien à mes sentiments pour vous ; je ne vous en aimerai pas moins, et je serai beaucoup plus à mon aise si vous voulez bien les supprimer désormais.
Vous voilà bien averti, monsieur ; vous savez comment je pense, et je vous ai parlé très sérieusement. Du reste, votre volonté soit faite et non pas la mienne ; vous serez toujours le maître d’en user comme il vous plaira.
Le temps est bien froid pour se mettre en route. Cependant si vous êtes absolument résolu de partir, recevez tous mes souhaits pour votre bon voyage et pour votre prompt et heureux retour. Quand vous verrez madame la duchesse de Portland, faites-lui ma cour, je vous supplie ; rassurez-la sur l’état de Milord Maréchal. Cependant, comme je ne serai parfaitement rassuré moi-même que quand j’aurai de ses nouvelles, sitôt que j’en aurai reçu j’aurai l’honneur d’en faire part à madame la duchesse, monsieur, derechef ; bon voyage, et souvenez-vous quelquefois du pauvre hermite votre voisin.
Vous verrez sans doute votre aimable nièce : je vous prie de lui parler quelquefois du captif quelle a mis dans ses chaînes et qui s’honore de les porter.
Lettre DCCXLIX – À M. du Peyrou
Wootton, le 14 février 1767.
Je confesse, mon cher hôte, le tort que j’ai eu de ne pas répondre sur-le-champ à votre n° 39 ; car malgré la honte d’avouer votre crédulité, je vois que l’autorité du voiturier Le Comte avait fait une grande impression sur votre esprit. Je me fâchais d’abord de cette petite faiblesse, qui me paraissait peu d’accord avec le grand sens que je vous connais ; mais chacun a les siennes, et il n’y a qu’un homme bien estimable à qui l’on n’en puisse pas reprocher de plus grandes que celles-là. J’ai été malade, et je ne suis pas bien ; j’ai eu des tracas qui ne sont pas finis, et qui m’ont empêché d’exécuter la résolution que j’avais prise de vous écrire au plus vite que je n’étais pas à Morges ; mais j’ai pensé que mon n° 7 vous le dirait assez, et d’ailleurs qu’une nouvelle de cette espèce disparaîtrait bientôt pour faire place à quelque autre aussi raisonnable.
But here is a rather strange fact that it is unfortunate that my worthy defenders did not know about. Would you believe that the two pages I quoted from the Saint-James Chronicle have disappeared in England? Mr. Davenport had them searched in vain by the printer and in the cafes of London, on the basis of sufficient information provided by his bookseller, whom he assured me was an honest man—yet nothing was found; those pages have vanished without a trace. I will not comment on this fact, but admit that it is indeed thought-provoking. Oh! my dear Mr. Guy, must one really die in these distant lands, never to see again the face of a true friend, someone whom I could confide my heart to?
Letter DCCXLIII – To Mr. Davenport
February 7, 1767.
I received your letter dated the 3rd yesterday, sir, and I am very pleased to learn that you have fully recovered. I cannot yet announce the same about my own recovery; however, I am in a better state than I have been in recent days.
I am deeply grateful for the kind attentions of Mr. Fitzherbert; especially if, as I like to believe, he shows such concern for my honor as for my interests. It seems he has inherited the enthusiasm of his friend Mr. Hume. However, I hope he has not also inherited his sentiments; therefore, I beg you to convey to him how much I am touched by his kindness.
Here is a letter for Mr. the Duke of Graffton; I beg you to seal it before delivering it to him. I owe my thanks to everyone; and you, sir, to whom I owe them most, are precisely the one to whom I express them least. However, since you do not speak much, you must surely enjoy being imitated. Please convey my regards, as well as those of Mademoiselle Le Vasseur, to your dear children and the ladies in your household. Accept her respect and my most humble greetings.
Letter DCCXLV – To Mr. d’Ivernois
Wootton, February 7, 1767.
My dear friend, I have committed an utterly foolish mistake, one that will surely cost me more than it will cost you. In my distraction, caused by the multitude of pressing matters at hand, I sent you a letter in which I openly discussed your upcoming journey and other matters that required utmost secrecy. Since I have no doubt whatsoever that this letter has been intercepted, I am transcribing here what I was able to decipher from a hastily scribbled draft—something that had to be redone entirely[938].
This is what I wrote to you eight days ago, and I confirm it again: but having since learned to what extreme your poor people have been reduced, I feel my patriotic sentiments torn apart, and I believe it is time for you to yield. You can do so without shame, for resistance is now futile; moreover, you must do so if you wish to preserve what remains of your country—your laws, your freedom. When I say “what remains,” I do not mean merely your possessions, but your land, your families, and those countless poor compatriots for whom bread is even more necessary than freedom. I know that you generously contribute to help these people; I would gladly follow such a good example myself. I will send some money to the collectors in London, within my means; but I beg you to ask madame Boy de La Tour to assist me as well. Since I am one of the innocent causes of this poor people’s suffering, I wish to contribute in some way to their relief.
Adieu, my friend; I kiss you tenderly. I need to see you very much; but once again, please come only when your affairs are settled. This delay is important, and you might encounter some obstacles along the way. Despite my impulsiveness, please try to come quietly if possible. However, I have changed my mind about your stay in London; I would be glad if you could spend a few days there to get a feel for the atmosphere of the office yourself. After all, if you really insist on coming here, no one will be able to stop you. I kiss our friends; please do not forget me, and remember to send my regards to Madame d’Ivernois.
Many thanks and regards from Miss Le Vasseur. If I have not repeatedly told you the same things in every letter, it is because I felt that there was no need to repeat them, since she had always entrusted me with this task.
Letter DCCXLVII – To Mr. Granville
Wootton, February 1767.
I believe, sir, that the tea prepared by the Spanish doctor is better and healthier than the red broth made by the French doctor; the supply of honey is just as good. If apothecaries could provide drugs of equal quality to yours, they would soon take over my business. But, aside from this jest, let us have a serious conversation for a moment.
Once upon a time, I passionately loved freedom and equality; and since I wished to live free from any obligations that I could not fulfill in return for such things, I refused even the gifts of my friends, which often led to many arguments with them. Now, however, my tastes have changed—what I desire now is not so much freedom as peace. I long for it incessantly; I prefer it above everything else. I want it at any cost, with my friends, and even with my enemies, if that were possible. Therefore, I have resolved to endure from both all the good and all the bad they wish to inflict upon me—without arguing, without defending myself, and without resisting them in any way. I am willing to submit entirely to their will, whether for their benefit or their harm; they can do anything except force me into a dispute, and I assure you that such a thing will never happen again in my life. You see, sir, how easily you can continue to give me gifts as you please. But I must tell you the truth: even if I don’t refuse them, I wouldn’t be any more grateful than if you didn’t give me any at all. I am attached to you, sir, and in my misfortunes, I bless God for having given me a neighbor like you. My heart is filled with gratitude for your concern, your attentions, your care, and your kindness, but not for your gifts. I assure you, those gifts are utterly useless; they add nothing to my feelings for you. I would love you just as much if you chose never to give me any more.
You are hereby thoroughly warned, sir; you know how I think, and I have spoken to you very seriously. After all, it is your will that must prevail, not mine; you shall always be the one in control of how it is exercised.
The weather is far too cold to set off on such a journey. However, if you are absolutely determined to go, I send you all my best wishes for a safe and successful trip, as well as a prompt and happy return. When you meet the Duchess of Portland, please pay her my respects; assure her of Lord Marshal’s well-being. Nevertheless, since I will not feel truly at ease until I hear from her, the moment I receive any news, I will have the honor of informing Her Highness immediately. Good journey, and remember sometimes to think of your poor neighbor, the hermit.
You will surely meet your kind-niece; I beg you to tell her sometimes about the captive she put in chains and who now takes pride in wearing them.
Letter DCCXLIX – To Mr. du Peyrou
Wootton, February 14, 1767.
I confess, my dear host, the fault I committed in not responding immediately to your letter number 39; for although it is shameful to admit your credulity, I see that the authority of the coachman, Monsieur Le Comte, had made a deep impression on your mind. At first, I was annoyed by this small weakness, which seemed quite out of character with the sound judgment I know you to possess; but everyone has their own weaknesses, and there is only one truly admirable person for whom such faults could not be considered serious. I have been ill and am still not well; I have faced ongoing troubles that prevented me from fulfilling my intention to write to you as soon as possible after arriving in Morges; but I thought that my letter number 7 would suffice to explain everything, and moreover, that a matter of this kind would soon be overshadowed by other, equally reasonable events.
Ma ecco un fatto piuttosto strano. È davvero spiacevole che i miei onorevoli difensori non lo sapessero. Credereste mai che le due pagine che ho citato dalla Saint-James Chronicle siano scomparse in Inghilterra? Il signor Davenport le ha fatte cercare invano presso l’editore e nei caffè di Londra, seguendo le indicazioni fornite dal suo libraio, che mi aveva assicurato essere una persona onesta. Ma non è stato trovato nulla; quelle pagine sono semplicemente scomparse. Non farò commenti su questo fatto, ma ammettete che suscita molte riflessioni. Oh, mio caro signor Guy. Bisogna davvero morire in queste terre lontane, senza mai più rivedere il volto di un amico fidato, nel quale poter esprimere tutto il mio cuore!
Lettera DCCXLIII – A Monsieur Davenport
Il 7 febbraio 1767.
Ieri ho ricevuto, signore, la sua lettera del 3, dalla quale apprendo con grande gioia della sua completa guarigione. Non posso ancora annunciare lo stesso per me; tuttavia, sto meglio rispetto ai giorni scorsi.
Sono molto grato per le gentili attenzioni di Monsieur Fitzherbert; soprattutto se, come spero, dedica lo stesso impegno al mio onore quanto ai miei interessi. Sembra aver ereditato l’affetto e la premura del suo amico Monsieur Hume. Ma poiché non vorrei che avesse anche ereditato i suoi sentimenti negativi, vi prego di fargli sapere quanto io sia commosso dalla sua gentilezza.
Ecco una lettera per Sua Altezza il Duca di Graffton; vi prego di sigilarla prima di inviargliela. Devo ringraziare tutti quanti; e voi, signore, a cui devo più di tutti, siete proprio colui a cui ringrazio meno. Tuttavia, poiché non vi dilungate in parole, probabilmente amate essere imitati. Vi invio i miei saluti, così come quelli di mademoiselle Le Vasseur per i vostri cari figli e le dame della vostra casa. Accettate il suo rispetto e i miei più umili saluti.
Lettera DCCXLV – A Monsieur d’Ivernois
Wootton, 7 febbraio 1767.
Caro amico, ho commesso un errore terribile, che sicuramente mi costerà di più che a te. A causa della confusione causata dalla molteplicità delle questioni urgenti, ti ho inviato una lettera in cui parlavo apertamente del tuo futuro viaggio e di altre cose per le quali la segretezza era altrettanto necessaria. Poiché non dubito affatto che questa lettera possa essere intercettata, ti trascrivo ciò che sono riuscito a decifrare da un primo tentativo di scrittura, che poi è stato necessario ripetere[938].
Ecco ciò che vi scrivevo otto giorni fa, e lo confermo ancora: ma avendo appreso da allora a quale estremo sia ridotto il vostro povero popolo, sento il mio patriottismo straziarsi nel petto, e credo di dovervi dire che, secondo me, è giunto il momento di arrendersi. Potete farlo senza vergogna, poiché la resistenza è inutile; inoltre, dovete farlo per salvare ciò che vi rimane, dopo le vostre leggi e la vostra libertà. Quando dico “ciò che vi rimane”, non intendo i vostri beni materiali, ma il vostro paese, le vostre famiglie, e quelle numerose masse di poveri connazionali per cui il pane è ancora più necessario della libertà. So che contribuite generosamente a sostentare questi poveri; vorrei anch’io poter seguire questo buon esempio. Manderò qualche piccola somma ai raccoltori di Londra, secondo le mie possibilità; ma vi prego di rivolgervi, per mio conto, a madame Boy de La Tour, affinché, essendo una delle cause innocenti delle miserie di questo povero popolo, possa anch’io contribuire in qualche modo al suo sollievo.
Addio, mio caro amico; vi abbraccio con affetto. Ho un grande bisogno di vedervi, ma ancora una volta, venite soltanto quando le vostre faccende saranno concluse. Questo ritardo è importante, e potreste incontrare qualche ostacolo da superare. Nonostante la mia impulsività, vi prego di venire il più silenziosamente possibile. Tuttavia, ho cambiato idea riguardo al vostro soggiorno a Londra; mi sarebbe molto gradito se vi tratteneste lì per qualche giorno, così da poter conoscere personalmente l’atmosfera dell’ufficio. Dopotutto, se proprio vorrete venire qui, nessuno avrà il potere di impedirvelo. Abbraccio i nostri amici; vi prego, non dimenticatevi di me presso madame d’Ivernois.
Molte ringraziamenti e rispetto da parte di mademoiselle Le Vasseur. Se non vi ho sempre ripetuto la stessa cosa in ogni lettera, è perché ritenevo che non ci fosse più bisogno di dirlo, poiché lei me lo chiedeva sempre.
Lettera DCCXLVII – A Monsieur Granville
Wootton, febbraio 1767.
Credo, signore, che la tisana del medico spagnolo sia migliore e più salutare del brodo rosso del medico francese; anche la scorta di miele non è certo inferiore. Se gli apotecari fornissero farmaci altrettanto buoni dei vostri, presto conquisterebbero la mia clientela. Ma lasciamo da parte le scherze e parliamo seriamente per un momento.
Un tempo amavo appassionatamente la libertà e l’uguaglianza; e poiché volevo vivere senza obblighi che non potessi adempiere, rifiutavo persino i doni dei miei amici, il che spesso mi attirava molte discussioni. Ora ho cambiato gusti: non è più la libertà, ma la pace ciò che amo; anelo incessantemente a essa; ora la preferisco a tutto; la desidero a ogni costo, sia con i miei amici che, se possibile, anche con i miei nemici. Ho quindi deciso di sopportare da parte loro tutto il bene e tutto il male che vogliano farmi, senza discutere, senza difendermi e senza resistere in alcun modo. Mi consegno completamente a loro, affinché possano fare di me ciò che desiderano, sia a mio favore che contro di me: possono fare tutto, tranne costringermi a una discussione, il che certamente non accadrà mai più nella mia vita. Vedete dunque, signore, quanto abbiate facilmente la possibilità di farmi continuamente dei doni. Ma devo dirvi tutto: senza rifiutarli, non ne sarò affatto più grato di quanto lo sarei se non me ne faceste alcuno. Sono legato a voi, signore, e ringrazio il cielo, nelle mie miserie, per la consolazione che mi ha dato avendomi dato un vicino come voi. Il mio cuore è pieno dell’interesse che vi prendete per me, delle vostre attenzioni, dei vostri riguardi, delle vostre gentilezze. Ma non dei vostri doni: ve lo assicuro, è inutile; essi non aggiungono nulla ai miei sentimenti verso di voi. Non vi amerò meno, e mi troverò molto più a mio agio se vorrete smettere di farmeli d’ora in poi.
Ecco che siete stato ben avvertito, signore; sapete come penso, e vi ho parlato molto seriamente. Del resto, che sia fatta la vostra volontà e non la mia; sarete sempre voi a decidere come usarla a vostro piacimento.
Fa davvero molto freddo per mettersi in viaggio. Tuttavia, se siete assolutamente decisi a partire, ricevete i miei migliori auguri per un viaggio tranquillo e un ritorno rapido e felice. Quando incontrerete la duchessa di Portland, presentatele le mie saluti; vi prego, rassicuratela riguardo allo stato di Milord Maréchal. Tuttavia, poiché solo ricevendo sue notizie potrò essere completamente tranquillo, non appena ne avrò ricevute ve ne informerò immediatamente, signore. Buon viaggio, e ricordatevi ogni tanto del povero eremita vostro vicino.
Probabilmente incontrerete la vostra cara nipote: vi prego di parlarle, di tanto in tanto, del prigioniero che lei ha messo in catene e che si onora di portarle.
Lettera DCCXLIX – A Monsieur du Peyrou
Wootton, 14 febbraio 1767.
Confesso, mio caro ospite, di aver commesso l’errore di non rispondere immediatamente alla vostra lettera numero 39; poiché, nonostante il disgusto di ammettere la vostra credulità, vedo chiaramente che l’autorità del cocchiere Le Comte ha avuto un grande ascendente sul vostro spirito. All’inizio mi sono arrabbiato per questa piccola debolezza, che mi sembrava incompatibile con la grande saggezza che vi attribuisco; ma ognuno ha le proprie debolezze, e c’è solo un uomo davvero stimabile al quale non si possano rimproverare debolezze più gravi di queste. Sono stato malato e non sto bene; ho avuto delle preoccupazioni che non sono ancora finite e che mi hanno impedito di attuare la decisione di scrivervi il prima possibile una volta arrivato a Morges; tuttavia, pensavo che la mia lettera numero 7 fosse sufficiente a spiegarvi tutto, e inoltre che notizie del genere scomparirebbero presto per far posto ad altre altrettanto ragionevoli.
Vous savez que j’ai peu de foi aux grands guérisseurs. J’ai toujours eu une médiocre opinion du succès de votre voyage de Béfort, et vos dernières lettres ne l’ont que trop confirmée. Consolez-vous, mon cher hôte ; vos oreilles resteront à peu près ce qu’elles sont ; mais quoi que j’aie pu vous en dire dans ma colère, les oreilles de votre esprit sont assez ouvertes pour vous consoler d’avoir le tympan matériel un peu obstrué : ce n’est pas le défaut de votre judiciaire qui vous rend crédule, c’est l’excès de votre bonté ; vous estimez trop mes ennemis pour les croire capables d’inventer des mensonges et de payer des pieds-plats pour les divulguer : il est vrai que, si vous n’êtes pas détrompé, ce n’est pas leur faute.
Je tremble que Milord Maréchal ne soit dans le même cas, mais d’une manière bien plus cruelle, puisqu’il ne s’agit pas de moins que de perdre l’amitié de celui de tous les hommes à qui je dois le plus et à qui je suis le plus attaché. Je ne sais ce qu’ont pu manoeuvrer auprès de lui le bon David et le fils du jongleur qui est à Berlin ; mais Milord Maréchal ne m’écrit plus, et m’a même annoncé qu’il cesserait de m’écrire, sans m’en dire aucune autre raison, sinon qu’il était vieux, qu’il écrivait avec peine, qu’il avait cessé d’écrire à ses parents, etc. Vous jugez si mon coeur est la dupe de pareils prétextes. Madame la duchesse de Portland, avec qui j’ai fait connaissance l’été dernier chez un voisin, m’a porté en même temps le plus sensible coup, en me marquant que les nouvelles publiques l’avaient dit à l’extrémité, et me demandant de ses nouvelles. Dans ma frayeur, je me suis hâté d’écrire à M. Rougemont pour savoir ce qu’il en était. Il m’a rassuré sur sa vie, en me marquant qu’en effet il avait été fort mal, mais qu’il était beaucoup mieux. Qui me rassurera maintenant sur son coeur ? Depuis le 22 novembre, date de sa dernière lettre, je lui ai écrit plusieurs fois, et sur quel ton ! Point de réponse. Pour comble, je ne sais quelle contenance tenir vis-à-vis de madame de Portland, à qui je ne puis différer plus longtemps de répondre, et à qui je ne veux pas dire ma peine. Rendez-moi, je vous en conjure, le service essentiel d’écrire à Milord Maréchal ; engagez-le à ne pas me juger sans m’entendre, à me dire au moins de quoi je suis accusé. Voilà le plus cruel des malheurs de ma vie et qui terminera tous les autres.
J’oubliais de vous dire que M. le duc de Graffton, premier commissaire de la trésorerie, ayant appris la vexation exercée à la douane, au sujet de mes livres, a fait ordonner au douanier de rembourser cet argent à Becket, qui l’avait payé pour moi, et que, dans le billet par lequel il m’en a fait donner avis, il a ajouté un compliment très honnête de la part du roi. Tout cela est fort honorable, mais ne console pas mon coeur de la peine secrète que vous savez. Je vous embrasse, mon cher hôte, de tout mon coeur.
Lettre DCCLI – À Mademoiselle Théodore
DE L’ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
[940]
Sans date.
On ne peut être plus surpris que je le suis, mademoiselle, de recevoir une lettre datée de l’Académie royale de Musique, par laquelle on réclame des conseils de ma part pour y bien vivre. Vos expressions peignent l’honnêteté avec tant de franchise et de candeur, que je ne vous renverrai pas, pour en recevoir, à ceux qui ont coutume d’en donner à celles qui s’y présentent. Je ne puis cependant pas vous fournir les préceptes que vous me demandez : ne doutez nullement de ma bonne volonté à vous satisfaire ; mais je suis moi-même fort embarrassé pour mon propre compte, quoique je ne sois pas dans une carrière aussi glissante : je suis donc hors d’état de vous diriger dans celle où vous êtes entrée.
Je n’ai à vous conseiller que de vous arrêter à deux principes généraux qui me paraissent être la base de toutes nos actions, dans tel état que le destin nous ait placés. Le premier, c’est de ne jamais vous écarter du respect que vous paraissez avoir pour les bonnes moeurs ; et, pour y réussir, évitez l’impulsion du coeur et des sens, et qu’une extrême prudence en soit le correctif…
Le second, dont vous devez sentir toute la nécessité, c’est de fuir, autant que vous le pourrez, la société de vos compagnes et de leurs adulateurs ; rien ne perd aussi facilement que le poison de la louange et l’air contagieux de cet endroit… Jetez les yeux autour de vous, et vous remarquerez que ceux ou celles qui le respirent sans être en garde contre son effet ont le teint flétri et l’extérieur de machines détraquées. Voilà, mademoiselle, les seules réflexions que je vous engage à faire. Quant au reste, vous me paraissez être douée de toute la pénétration nécessaire pour parer aux inconvénients qui renaissent à chaque moment dans ce séjour. Acceptez, je vous prie, la considération qu’a pour vous votre, etc.
Lettre DCCLIII – Au même
28 février 1767.
Que fait mon bon et aimable voisin ? comment se porte-t-il ? J’ai appris avec grand plaisir son heureuse arrivée à Bath, malgré les temps affreux qui ont dû traverser son voyage : mais maintenant comment s’y trouve-t-il ? la santé, les eaux, les amusements, comment va tout cela ? Vous savez, monsieur, que rien de ce qui vous touche ne peut m’être indifférent : l’attachement que je vous ai voué s’est formé de liens qui sont votre ouvrage ; vous vous êtes acquis trop de droits sur moi pour ne m’en avoir pas un peu donné sur vous ; et il n’est pas juste que j’ignore ce qui m’intéresse si véritablement. Je devrais aussi vous parler de moi, parce qu’il faut vous rendre compte de votre bien ; mais je ne vous dirais toujours que les mêmes choses : paisible, oisif, souffrant, prenant patience, pestant quelquefois contre le mauvais temps qui m’empêche d’aller autour des rochers furetant des mousses, et contre l’hiver qui retient Calwich désert si longtemps. Amusez-vous, monsieur, je le désire, mais pas assez pour reculer le temps de votre retour, car ce serait vous amuser à mes dépens. Mademoiselle Le Vasseur vous demande la permission de vous rendre ici ses devoirs, et nous vous supplions l’un et l’autre d’agréer nos très humbles salutations.
Lettre DCCLV – À Milord Comte de Harcourt
Wootton, le 5 mars 1767.
Je ne suis pas surpris, milord, de l’état où vous avez trouvé mes estampes ; je m’attendais à pis : mais il me paraît cependant singulier qu’il ne s’en soit pas trouvé une seule de M. Watelet ; quoique, parmi beaucoup de gravures qu’il m’avait données, il y en eût peu des siennes, il y en avait pourtant : la préférence qu’on leur a donnée fait honneur à son burin. J’en avais un beaucoup plus grand nombre de M. l’abbé de Saint-Non. Si elles s’y trouvent, je ne voudrais pas non plus qu’elles fussent vendues ; car quoique je n’aie pas l’honneur de le connaître personnellement, elles étaient un cadeau de sa part. Si vous ne les aviez pas, milord, et qu’elles pussent vous plaire, vous m’obligeriez beaucoup de vouloir les agréer. Le papier que vous avez eu la bonté de m’envoyer est de la main de Milord Maréchal, et me rappelle qu’il y a dans mon recueil un portrait de lui, sans nom, mais tête nue et très ressemblant, que pour rien au monde je ne voudrais perdre, et dont j’avais oublié de vous parler : c’est la seule estampe que je veuille me réserver ; et quand elle me laisserait la fantaisie d’avoir les portraits des hommes qui lui ressemblent, ce goût ne serait pas ruineux. Je sens avec combien d’indiscrétion j’abuse de votre temps ci de vos bontés ; mais quelque peine que vous donne la recherche de ce portrait, j’en aurais une infiniment plus grande à m’en voir privé. Si vous parvenez à le retrouver, je vous supplie, milord, de vouloir bien l’envoyer à M. Davenport, afin qu’il le joigne au premier envoi qu’il aura la bonté de me faire.
Comme, après tout, mon recueil était assez, peu de chose, que probablement il ne s’est pas accru dans les mains des douaniers et des libraires, et que les retranchements que j’y fais font du reste un objet de très peu de valeur, j’ai à me reprocher de vous avoir embarrassé de ces bagatelles ; mais, pour vous dire la vérité, milord, je ne cherchais qu’un prétexte pour me prévaloir de vos offres et vous montrer ma confiance en vos bontés.
You know that I have little faith in great healers. I have always held a rather skeptical view of the success of your journey from Béfort, and your recent letters have only confirmed this. Console yourself, my dear friend; your ears will remain more or less what they are. But whatever I may have said to you in anger, the “ears” of your mind are open enough to comfort you even if your physical hearing is somewhat impaired. It is not a lack of judgment that makes you so credulous—it is rather an excess of kindness. You hold my enemies in too high regard to believe they would be capable of inventing lies or going to such lengths to spread them. Indeed, if you are not disappointed, it is certainly not their fault.
I fear that Lord Marshal may be in the same situation, but in a far more cruel way, for it would mean losing the friendship of the man to whom I owe most and am most attached of all men. I do not know what influence good David and the son of that juggler in Berlin may have had on him; but Lord Marshal no longer writes to me, and has even told me that he will stop writing without giving any other reason than that he is old, finds it difficult to write, and has stopped corresponding with his parents, etc. You can imagine how my heart must be deceived by such excuses. Madame la Duchesse de Portland, whom I met last summer at a neighbor’s house, also dealt me the most painful blow by telling me that public rumors had said she was in extreme distress and asking about her well-being. In my fear, I immediately wrote to M. Rougemont to find out what was true. He reassured me regarding her health, saying that she had indeed been very ill but was now much better. But who can now reassure me about his feelings towards me? Since November 22nd, the date of his last letter, I have written to him several times—yet in what tone! No response. To make matters worse, I do not know how to behave towards Madame de Portland; I cannot delay answering her any longer, yet I do not wish to confide my sorrow to her. Please do me this great favor and write to Lord Marshal for me; urge him not to judge me without hearing what I have to say, and at least let me know what accusations are being made against me. This is the most cruel misfortune of my life—and it will bring all others to an end.
I forgot to tell you that Mr. the Duke of Graffton, the first commissioner of the treasury, having learned about the inconvenience caused at the customs regarding my books, ordered the customs officer to refund that money to Becket, who had paid it on my behalf. Moreover, in the note he sent to inform me of this, he also included a very sincere compliment from the king. All of this is indeed very honorable, but it does not alleviate the secret sorrow you are aware of. I embrace you, my dear host, with all my heart.
Letter DCCLI – To Miss Theodore
FROM THE KINGLY ACADEMY OF MUSIC.
[940]
No date.
Mademoiselle, I could not be more surprised than I am to receive a letter from the Royal Academy of Music requesting my advice on how to thrive there. Your expressions reveal such honesty, frankness, and candor that I will not refer you to those who are accustomed to giving such guidance to those who seek it. However, I am unable to provide you with the teachings you ask for. Do not doubt my good intentions in helping you; but I myself find myself in a rather difficult position, even though my own career is not particularly precarious. Therefore, I am unable to guide you on the path you have chosen.
I can only advise you to adhere to two general principles that I believe constitute the foundation of all our actions, regardless of the circumstances in which fate has placed us. The first principle is never to deviate from the respect you seem to have for good morals; to achieve this, avoid the impulses of your heart and senses, and let extreme prudence be your guide.
The second thing, whose necessity you must fully recognize, is to flee, as far as possible, from the society of your companions and their adulators; nothing is more easily destroyed than the poison of flattery and the “contagious air” of such places. Look around you, and you will notice that those who breathe in this atmosphere without guarding themselves against its effects have sallow complexions and outward appearances that reflect the damage it causes. These are, mademoiselle, the only considerations I urge you to take into account. As for everything else, I believe you possess sufficient insight to deal with the difficulties that arise at every moment in such a place. Please accept the respect due to you from your.
Letter DCCLIII – To the Same One
February 28, 1767.
What is my kind and dear neighbor doing? How is he doing? I was very pleased to learn of his happy arrival in Bath, despite the terrible weather he must have encountered on his journey. But how is he settling in now? Is his health good? Are the local conditions pleasant? What about his entertainment and leisure time? You know, sir, that nothing that concerns you can be indifferent to me. The affection I feel for you stems from bonds that are of your own making; you have earned too much right over me to not have also granted me some rights over you. It would indeed be unjust for me to ignore something that interests me so greatly. I should also tell you about myself, because it is important for you to understand the good fortune you have in me. But I would still say the same things: peaceful, idle, sometimes suffering, patiently enduring the bad weather that prevents me from walking among those rocks covered in moss, and hating the winter that keeps Calwich desolate for such a long time. Enjoy yourself, sir—I wish you happiness—but not to the extent of delaying your return, for that would mean enjoying yourself at my expense. Miss Le Vasseur asks for your permission to pay her respects here, and we both implore you to accept our most humble greetings.
Letter DCCLV – To My Lord, Count of Harcourt
Wootton, March 5, 1767.
I am not surprised, my lord, by the state in which you found my prints; I even expected something worse. However, it seems peculiar that not a single one of Mr. Watelet’s works was among them. Although there were few of his own prints among the many he gave me, they were still there—the preference shown for them is a tribute to his skill as an engraver. I had far more prints by Monsignor l’Abbé de Saint-Non. If they are among those you have, I would not wish for them to be sold either; for although I do not have the honor of knowing him personally, they were a gift from him. If you do not possess them, my lord, and if they might please you, it would mean a great deal to me if you would accept them. The paper you have taken the trouble to send me is written by Lord Maréchal; it reminds me that there is a portrait of him in my collection—without a name, but showing his head bare and looking very much like him. I would not lose it for anything in the world, and I had forgotten to mention it to you: it is the only print I wish to keep for myself. Even if it gave me the whim to want portraits of men who resemble him, such a taste would not be detrimental to me. I realize how indiscreetly I am taking up your time and kindness here; but no matter how difficult it is for you to find that portrait, I would suffer far more if I were deprived of it. If you succeed in locating it, my lord, I beg you to send it to Mr. Davenport so that he can add it to the first batch of works he will have the kindness to send me.
Since, after all, my collection consisted of rather insignificant items, it is likely that its value did not increase in the hands of customs officials and booksellers. Moreover, the cuts I made to reduce its size further diminished its worth. Therefore, I regret having caused you any inconvenience over such trivial matters. But to tell you the truth, milord, I was merely seeking an excuse to accept your kind offers and to express my trust in your generosity.
Sapete che ho poca fiducia nei grandi guaritori. Ho sempre avuto una scarsa opinione riguardo al successo del vostro viaggio da Béfort, e le vostre ultime lettere non hanno fatto altro che confermarlo ulteriormente. Consolatevi, mio caro ospite: le vostre orecchie rimarranno più o meno quelle che sono; ma per quanto io possa avervi detto in preda alla rabbia, le “orecchie” della vostra mente sono abbastanza aperte da consolarvi anche se il vostro timpano materiale è un po’ ostruito. Non è la mancanza di giudizio a rendervi credulone, ma l’eccesso della vostra bontà: valutate troppo i miei nemici per ritenere che siano capaci di inventare menzogne o di compiere qualsiasi cosa pur di diffonderle. È vero che, se non venite disillusi, la colpa non è loro.
Tremo che Milord Maréchal non si trovi nella stessa situazione, ma in modo ancora più crudele, poiché ciò che è in gioco non è altro che perdere l’amicizia di colui a cui devo di più e al quale sono più legato. Non so quali manovre abbiano potuto compiere su di lui il buon David e il figlio del giocoliere che si trova a Berlino; ma Milord Maréchal non mi scrive più, anzi mi ha annunciato che smetterà di farlo, senza darmi alcuna altra spiegazione se non che è vecchio, che scrive con difficoltà, che ha smesso di scrivere ai suoi genitori, ecc. Potete immaginare quanto il mio cuore sia vittima di simili scuse. Madame la duchessa di Portland, che ho conosciuto l’estate scorsa da un vicino, mi ha inflitto allo stesso tempo il colpo più doloroso, dicendomi che le notizie pubbliche avevano riferito che si trovava in condizioni estremamente gravi e chiedendomi notizie su di lei. Nella mia paura, ho subito scritto a M. Rougemont per sapere cosa fosse realmente successo. Mi ha assicurato che stava bene, anche se aveva sofferto molto. Ma chi potrà ora rassicurarmi riguardo al suo stato d’animo? Dal 22 novembre, data della sua ultima lettera, gli ho scritto più volte, e in quale tono! Nessuna risposta. Per di più, non so come comportarmi con Madame de Portland, a cui non posso più rimandare la mia risposta, ma che non voglio rivelarle la mia angoscia. Vi supplico: fatevi carico di scrivere a Milord Maréchal; convincetelo a non giudicarmi senza ascoltarmi, almeno ditemi di cosa mi si accusa. Questo è il più crudele dei disastri della mia vita, e sarà anche l’ultimo.
Dimenticavo di dirvi che il signor Duca di Graffton, primo commissario del tesoro, avendo appreso della molestia subita alla dogana riguardo ai miei documenti, ha ordinato al funzionario doganale di restituire quei soldi a Becket, che li aveva pagati per mio conto. Nella lettera con cui mi ne ha informato, ha anche aggiunto un complimento molto lusinghiero da parte del re. Tutto ciò è certamente onorevole, ma non riesce a consolare il dolore segreto che voi conoscete. Vi abbraccio con tutto il mio cuore, caro ospite mio.
Lettera DCCLI – A Mademoiselle Théodore
Dell’Accademia Reale di Musica.
[940]
Senza data.
Non si può essere più sorpresi di quanto lo sia io, signorina, nel ricevere una lettera proveniente dall’Accademia Reale di Musica nella quale mi si chiedono consigli su come vivere bene in quell’ambiente. Le vostre espressioni evidenziano onestà, franchezza e candore a tal punto che non vi rimanderò da coloro che sono soliti fornire indicazioni a chi si presenta loro. Tuttavia, non posso fornirvi i precetti che mi chiedete: non dubitate affatto della mia buona volontà nel soddisfare le vostre esigenze; ma io stesso mi trovo in una situazione piuttosto imbarazzante, anche se non mi trovo in un ambiente altrettanto pericoloso. Pertanto, non sono in grado di guidarvi nella strada che avete intrapreso.
Non ho altro da consigliarvi se non di attenervi a due principi generali che ritengo siano la base di tutte le nostre azioni, in qualunque condizione il destino ci abbia messo. Il primo è quello di non allontanarsi mai dal rispetto che sembrate provare per le buone usanze; e per riuscirci, evitate l’impulso del cuore e dei sensi, lasciando che sia la massima prudenza a guidarvi.
Il secondo consiglio, di cui dovete senz’altro comprendere tutta l’importanza, è quello di fuggire, per quanto possibile, dalla compagnia delle vostre amiche e dei loro adulatori; nulla si perde con tanta facilità come il “veleno” della lode e l’“aria contagiosa” di quel luogo. Guardatevi intorno: coloro che ne respirano gli effetti senza prendere alcuna precauzione presentano un aspetto pallido e un corpo indebolito. Ecco, signorina, gli unici pensieri che vi invito a considerare. Per quanto riguarda il resto, mi sembrate possedere tutta la perspicacia necessaria per affrontare i problemi che continuano ad emergere in questo ambiente. Accettate, vi prego, l’affetto e la considerazione di vostro, ecc.
Lettera DCCLIII – Allo stesso.
28 febbraio 1767.
Cosa fa il mio buon e gentile vicino? Come se la sta passando? Sono stato molto felice di apprendere della sua felice arrivo a Bath, nonostante le terribili condizioni meteorologiche che ha dovuto affrontare durante il viaggio. Ma ora, come si trova lì? La salute, le condizioni climatiche, gli svaghi. Come va tutto? Signore, sapete bene che nulla di ciò che vi riguarda può lasciarmi indifferente: l’affetto che provo per voi è nato da legami che sono frutto delle vostre azioni; avete conquistato su di me troppi diritti, quindi dovreste avermi anche dato qualcosa in cambio. E non sarebbe giusto che ignorassi ciò che mi interessa davvero. Dovrei anche parlare di me stesso, perché è necessario che comprendiate quanto vi sia grato per tutto ciò che fate per me. Ma direi sempre le stesse cose: tranquillo, ozioso, a volte sopportando con pazienza il cattivo tempo che mi impedisce di passeggiare tra le rocce ricoperte di muschio, e l’inverno che lascia Calwich deserto per così tanto tempo. Divertitevi, signore. Lo desidero davvero. Ma non abbastanza da voler ritardare il vostro ritorno. Perché ciò significherebbe divertirvi a mie spese. La signorina Le Vasseur chiede il permesso di venire qui a rendervi omaggio. E noi due vi supplichiamo entrambi di accettare le nostre umili saluti.
Lettera DCCLV – A Sua Signoria il Conte di Harcourt
Wootton, 5 marzo 1767.
Non mi sorprende affatto, milord, lo stato in cui avete trovato le mie stampe; mi aspettavo addirittura di peggio. Tuttavia mi sembra strano che non ne sia stata trovata nemmeno una di M. Watelet. Anche se, tra molte incisioni che mi aveva dato, poche erano sue, ce n’erano comunque alcune: la preferenza che gli è stata accordata onora senza dubbio il suo lavoro. Ne possedevo un numero molto maggiore di M. l’abbé de Saint-Non. Se si trovassero ancora lì, non vorrei nemmeno che venissero vendute; poiché, anche se non ho l’onore di conoscerlo personalmente, erano un regalo da parte sua. Se non le aveste voi, milord, e vi piacessero, mi fareste un grande favore accettandole. Il foglio di carta che avete avuto la gentilezza di inviarmi è scritto di pugno del Milord Maréchal. E questo mi ricorda che nel mio raccolto c’è un suo ritratto, senza nome, ma con la testa scoperta e molto somigliante a lui. Non vorrei perdere quel ritratto per nulla al mondo; e avevo dimenticato di parlarvene. È l’unica stampa che desidero conservare per me stesso. E anche se questo mi facesse venire la voglia di possedere i ritratti di altre persone che gli assomigliano, tale passione non sarebbe certo dannosa. So quanto sia indiscreto da parte mia approfittare così del vostro tempo e delle vostre gentilezze. Ma per quanto possa essere difficile per voi trovare quel ritratto, io ne soffrirei ancora di più se dovesse mancarmi. Se riuscite a trovarlo, vi prego, milord, di inviarlo a M. Davenport affinché lo aggiunga al primo pacco che avrà la gentilezza di mandarmi.
Dato che, in fondo, il mio raccolto era piuttosto modesto e probabilmente non è aumentato nelle mani dei doganieri e dei librai, e inoltre le modifiche che vi ho apportato lo rendono un oggetto di scarso valore, devo rimproverarmi per avervi causato disturbo a causa di queste piccolezze; ma, per dirvi la verità, milord, cercavo soltanto un pretesto per approfittare delle vostre offerte e dimostrarvi la mia fiducia nella vostra bontà.
J’oubliais de vous parler de la découpure de M. Huber ; c’est effectivement M. de Voltaire en habit de théâtre[942]. Comme je ne suis pas tout-à-fait aussi curieux d’avoir sa figure que celle de Milord Maréchal, vous pouvez, milord, à votre choix, garder, ou jeter, ou donner, ou brûler ce chiffon ; pourvu qu’il ne me revienne pas, c’est tout ce que je désire. Agréez, milord, je vous supplie, les assurances de mon respect.
Lettre DCCLVII – À M. du Peyrou
Wootton, le 22 mars 1767.
Apostille d’une lettre de M. L. Dutens, du 19, confirmée par une lettre de M. Davenport de même date, en conséquence d’un message reçu la veille de M. le général Conway.
« Je viens d’apprendre de M. Davenport la nouvelle agréable que le roi vous avait accordé une pension de cent livres sterling. La manière dont a le roi vous donne cette marque de son estime m’a fait autant de plaisir que la chose même ; et je vous félicite de tout mon coeur de ce que ce bienfait vous est conféré du plein gré de sa majesté et du secrétaire d’état, sans que la moindre sollicitation y ait eu part. »
Le plus vrai plaisir que me fasse cette nouvelle est celui que je sais qu’elle fera à mes amis ; c’est pourquoi, mon cher hôte, je me presse de vous la communiquer : faites-la, par la même raison, passer à mon ancien et respectable ami M. Roguin, et aussi, je vous en prie, à mon ami M. d’lvernois : je vous embrasse de tout mon coeur.
Comme dans peu j’irai, si je puis, à Londres, ne m’écrivez plus que sous mon propre nom ; et si vous écrivez à M. d’lvernois, donnez-lui le même avis.
Lettre DCCLIX – À M. le général Conway
[944]
Wootton, le 26 mars 1767.
Monsieur ;
Aussi touché que surpris de la faveur dont il plaît au roi de m’honorer, je vous supplie d’être auprès de sa majesté l’organe de ma vive reconnaissance. Je n’avais droit à ses attentions que par mes malheurs ; j’en ai maintenant aux égards du public par ses grâces, et je dois espérer que l’exemple de sa bienveillance m’obtiendra celle de tous ses sujets. Je reçois, monsieur, le bienfait du roi comme l’arrhe d’une époque heureuse autant qu’honorable, qui m’assure, sous la protection de sa majesté, des jours désormais paisibles. Puissé-je n’avoir à les remplir que des voeux les plus purs et les plus vifs pour la gloire de son règne et pour la prospérité de son auguste maison !
Les actions nobles et généreuses portent toujours leur récompense avec elles. Il vous est aussi naturel, monsieur, de vous féliciter d’en faire, qu’il est flatteur pour moi d’en être l’objet. Mais ne parlons point de mes talents, je vous supplie ; je sais me mettre à ma place, et je sens, à l’impression que font sur mon coeur vos bontés, qu’il est en moi quelque chose plus digne de votre estime que de médiocres talents, qui seraient moins connus s’ils m’avaient attiré moins de maux, et dont je ne fais cas que par la cause qui les fit naître, et par l’usage auquel ils étaient destinés.
Je vous supplie, monsieur, d’agréer les sentiments de ma gratitude et mon profond respect.
Lettre DCCLXI – À M. du Peyrou
À Wootton, le 2 avril 1767.
O mon cher et aimable hôte ! qu’avez-vous fait ? Vous êtes tombé dans le pot au noir bien cruellement pour moi. Votre n° 42, que vous avez envoyé pour plus de sûreté par une autre voie, est précisément tombé à Londres entre les mains de mon cousin Jean Rousseau, qui demeure chez M. Colombies, à qui on l’a malheureusement adressé. Or vous saurez que mon très cher cousin est en secret l’âme damnée du bon David, alerte pour saisir et ouvrir toutes les lettres et paquets qui m’arrivent à Londres ; et la vôtre a été ouverte très certainement, ce qui est d’autant plus aisé, que vous cachetez toujours très mal, avec de mauvaise cire, et que vous en mettez trop peu ; la cire noire ne cacheté jamais bien. Votre lettre a très certainement été ouverte.
Mon cher hôte, je suis de tous côtés sous le piège ; il est impossible que je m’en tire si votre ami ne m’en tire pas, mais j’espère qu’il le fera ; il n’y a certainement que lui qui le puisse, et il semble que la Providence l’a envoyé dans mon voisinage pour petite bonne oeuvre. Il s’agit premièrement de sauver mes papiers, car on les guette avec une grande vigilance, et l’on espère bien qu’ils n’échapperont pas. Toutefois, s’il m’envoie l’exprès que je lui ai demandé avant que M. Davenport arrive, ils sont tout prêts ; je les lui remettrai, et ils passeront entre les mains de votre ami, qui ne saurait y veiller avec trop de soin, ni trop attendre une occasion sûre pour vous les faire passer ; car rien ne presse, et l’essentiel est qu’ils soient en sûreté.
Reste à savoir si ma lettre à M. de C. est allée sûrement et en droiture. Les gens qui portent et rapportent mes lettres, ceux de la poste, tout m’est également suspect ; je suis dans les mains de tout le monde, sans qu’il me soit possible de faire un seul mouvement pour me dégager. Vous me faites rire par le sang froid avec lequel vous me marquez, Adressez-vous à celui-ci ou à celui-là ; c’est comme si vous me disiez, Adressez-vous à un habitant de la lune. S’adresser est un mot bientôt dit, mais il faut savoir comment ; il n’y a que la face d’un ami qui puisse me tirer d’affaire, toutes les lettres ne font que me trahir et m’embourber. Celles que je reçois et que j’écris sont toutes vues par mes ennemis ; ce n’est pas le moyen de me tirer de leurs mains.
Si le ciel veut que ma précédente lettre à M. de C. ait échappé à mes gardes, qu’il l’ait reçue, et qu’il envoie l’exprès, nous sommes forts ; car j’ai mon second chiffre tout prêt ; je le ferai partir avec cette lettre-ci, et j’espère qu’il ne tombera plus dans les mains de M. Colombies, ni de mon cher cousin. S’il m’arrive de me servir du premier, ce sera pour donner le change ; n’ajoutez aucune foi à ce que je vous marquerai de cette manière, à moins que vous ne lisiez en tête ce mot, écrit de ma main, Vrai.
Je vous enverrai une note exacte des paquets que j’envoie à votre ami, et que j’aurai bien droit d’appeler le mien, s’il accomplit en ma faveur la bonne oeuvre qu’il veut bien faire ; et cette note sera assez détaillée pour que, si j’ai le bonheur de passer en terre ferme, vous puissiez indiquer les paquets dont nous aurons besoin.
Je ne puis vous écrire plus longtemps. Je donnerais la moitié de ma vie pour être en terre ferme, et l’autre pour pouvoir vous embrasser encore une fois, et puis mourir.
Il faut que je vous marque encore que ce n’est ni pour le Contrat social, ni pour les Lettres de la montagne, que le pauvre Guy a été mis à la Bastille ; c’est pour les Mémoires de M. de la Chalotais. Panckoucke est, je crois, de bonne foi ; mais n’écoutez aucune de ses nouvelles ; elles viennent toutes de mauvaise main.
Je tiens cette lettre et le chiffre tout prêts, mais viendra-t-on les chercher ? Viendra-t-on me chercher moi-même ? O destinée ! ô mon ami ! priez pour moi ; il me semble que je n’ai pas mérité les malheurs qui m’accablent.
Le courrier n’arrivant point, j’ai le temps d’ajouter encore quelques mots. Que vous envoyiez vos lettres par la France ou par la Hollande, cela est bien indifférent à la chose ; c’est entre Londres et Wootton que le filet est tendu, et il est impossible que rien en échappe.
Pour être prêt au moment que l’homme arrivera, s’il arrive, je vais cacheter cette lettre avec le second chiffre. Le 6 avril, je fais partir par la poste une espèce de duplicata de cette lettre. Il sera intercepté, cela est sûr ; mais peut-être le laissera-t-on passer après l’avoir lu.
Lettre DCCLXIII – À M. d’Ivernois
Wootton, le 6 avril 1767.
I forgot to tell you about the cutout made by Mr. Huber; it is indeed Mr. de Voltaire in a theatrical costume[942]. Since I am not quite as curious about his face as I am about that of Lord Maréchal, you may, my lord, keep it, throw it away, give it away, or burn it—so long as it does not end up back in my hands, that is all I desire. Please accept, my lord, the assurances of my respect.
Letter DCCLVII – To Mr. du Peyrou
Wootton, March 22, 1767.
Apostille attached to a letter from Mr. L. Dutens, dated the 19th; confirmed by a letter from Mr. Davenport of the same date, as a result of a message received the previous day from General Conway.
“I have just learned from Mr. Davenport the pleasant news that the King has granted you a pension of one hundred pounds sterling. The way in which the King has shown you this mark of his favor has pleased me as much as the fact itself; and I congratulate you wholeheartedly on this blessing, which has been bestowed upon you at the full discretion of His Majesty and the Secretary of State, without any request on your part.”
The greatest pleasure this news brings me is knowing that it will bring joy to my friends; for this reason, my dear host, I hasten to share it with you: please also convey it to my former and respected friend, Mr. Roguin, as well as to my friend Mr. d’lvernois. I embrace you wholeheartedly.
Since I will soon be going to London, if possible, please write to me only under my own name; and if you write to Mr. d’Lvernois, convey the same message to him.
Letter DCCLIX – To General Conway
[944]
Wootton, March 26, 1767.
Sir;
Both moved and surprised by the favor shown me by the king, I implore you to be the vessel through which I express my deep gratitude to his majesty. I had only earned his attention through my misfortunes; now, thanks to his kindness, I have also gained the respect of the public. I hope that the example of his benevolence will enable me to win the favor of all his subjects as well. Sir, I receive this gift from the king as a sign of a happy and honorable era ahead, which promises me peaceful days under the protection of his majesty. May I devote these days solely to expressing my most sincere and fervent wishes for the glory of his reign and the prosperity of his august household!
Noble and generous actions always bring their own rewards with them. It is just as natural for you, sir, to congratulate yourself on such deeds, as it is flattering for me to be the recipient of them. But please, let us not speak of my talents; I know how to keep my place in things. And from the impact your kindnesses have on my heart, I feel that there is something within me far more worthy of your esteem than mere mediocre talents—talents that would perhaps remain unknown if they had brought me less suffering, and which I value only because of the reasons that gave them rise and the purpose for which they were intended.
I implore you, sir, to accept my feelings of gratitude and my deep respect.
Letter DCCLXI – To Mr. du Peyrou
At Wootton, on April 2, 1767.
Oh, my dear and kind host! What have you done? You have fallen into a most cruel trap for me. Your letter number 42, which you sent via another route to ensure its safety, has unfortunately ended up in London, in the hands of my cousin Jean Rousseau, who lives with Mr. Colombies. Unfortunately, it was addressed to him instead of me. You know very well that my dear cousin is, in secret, the “damnation” of good old David—he is always on the lookout to open and read any letters or packages that arrive for me in London. And your letter was certainly opened. After all, you always seal them very poorly, using poor-quality wax and not enough at all; black wax never seals anything properly. Your letter was most definitely opened.
My dear host, I am surrounded on all sides by danger; it is impossible for me to escape unless your friend does it for me, but I hope he will. He is certainly the only one who can help me, and it seems that Providence has sent him to my vicinity for this very purpose. My foremost concern is to save my papers, for they are being watched with great vigilance, and there is little hope that they will escape. However, if he sends me the express messenger I asked for before Mr. Davenport arrives, my papers will be ready. I will hand them over to him, and they will then come into the hands of your friend, who will surely take every care to ensure their safe delivery to you. After all, there is no rush; what matters most is that they are kept safe.
The question remains whether my letter to Mr. de C. has indeed reached its destination safely and directly. Those who carry and deliver my letters, including the postal staff, are also all suspect to me; I am at the mercy of everyone, without any means to free myself. You make me laugh at your cold-blooded indifference—send your messages to this person or that; it’s as if you were telling me to address someone on the moon. “To send a letter” is an easy thing to say, but one must know how to do it properly; only the help of a friend can truly save me; all other letters only serve to betray and entangle me further. Those I receive and those I write are all seen by my enemies; such methods will never free me from their grasp.
If it is the will of heaven that my previous letter to Mr. de C. has escaped my guards, that he has received it, and that he is sending the messenger now, then we are in a strong position; for I have my second code ready at hand. I will send it along with this letter, and I hope it will not fall into the hands of Mr. Colombies, nor of my dear cousin. Should I ever need to use the first code, it will be only as a decoy. Do not place any trust in what I may communicate to you in this way, unless you see the word “True,” written in my own hand, at the beginning of the message.
I will send you a detailed list of the packages I am sending to your friend—packages which I would be fully entitled to call my own, if he were to perform for my benefit the good deed he is so willing to undertake. This list will be thorough enough so that, should I have the fortune to reach solid ground again, you will be able to identify the packages we will need.
I can no longer write to you for much longer. I would give half of my life just to be on solid ground again, and the other half to kiss you one last time before dying.
I must once again emphasize that it was not for the sake of the Social Contract nor for Letters from the Mountains that the poor Guy was sent to the Bastille; it was because of Mr. de la Chalotais’ Memoirs. I believe Panckoucke is well-intentioned; but do not pay any attention to his news reports—they all come from unreliable sources.
I have this letter and this code ready, but will anyone come to collect them? Will someone come for me? Oh fate! Oh my friend, pray for me; I feel as if I have not deserved the misfortunes that have befallen me.
Since the mail has not arrived yet, I have time to add a few more words. Whether you send your letters through France or through Holland, it makes no difference whatsoever; the net is stretched between London and Wootton, and it is absolutely impossible for anything to escape it.
In order to be prepared when that man arrives—if he ever does—I will hide this letter using the second digit. On April 6th, I will send a sort of duplicate of this letter by mail. It will surely be intercepted; but perhaps they will let it through after reading it.
Letter DCCLXIII – To Mr. d’Ivernois
Wootton, April 6, 1767.
Dimenticavo di parlarvi della scultura realizzata da M. Huber: si tratta effettivamente di M. de Voltaire in abito teatrale[942]. Poiché non sono affatto altrettanto curioso di vedere il suo volto quanto quello di Milord Maréchal, potete, milord, a vostra scelta, tenervi questa stoffa, buttarla via, darla via o bruciarla; purché non mi torni indietro, è tutto ciò che desidero. Vi prego, accettate le mie più sentite scuse per la mia insistenza.
Lettera DCCLVII – A Monsieur du Peyrou
Wootton, 22 marzo 1767.
Apostilla di una lettera del signor L. Dutens, del 19, confermata da una lettera del signor Davenport della stessa data, in seguito a un messaggio ricevuto il giorno prima dal generale Conway.
“Ho appena saputo da Monsieur Davenport la lieta notizia che il re vi ha concesso una pensione di cento sterline. Il modo in cui il re vi ha manifestato questa sua stima mi ha procurato lo stesso piacere della notizia stessa; e vi congratulo sinceramente per questo favore, con tutto il mio cuore, poiché è stato concesso di piena volontà da Sua Maestà e dal Segretario di Stato, senza che alcuna richiesta fosse stata presentata.”
Il vero piacere che questa notizia mi procura è quello che so che procurerà anche ai miei amici; per questo motivo, caro ospite, mi affretto a condividerla con voi: fate la stessa cosa anche con il mio vecchio e rispettabile amico, il signor Roguin, e, vi prego, anche con il mio amico il signor d’lvernois. Vi abbraccio con tutto il cuore.
Poiché tra poco andrò a Londra, se possibile, non scrivetemi più se non usando il mio vero nome; e se scrivete a Monsieur d’Lvernois, comunicategli la stessa raccomandazione.
Lettera DCCLIX – A Monsignor il generale Conway
[944]
Wootton, 26 marzo 1767.
Signore.
Sono profondamente commosso e sorpreso dalla grazia con cui il re mi onora; vi supplico di essere, presso sua maestà, l’interprete della mia sincera riconoscenza. Non avevo diritto alle sue attenzioni se non attraverso le mie sfortune; ora, invece, grazie alle sue benevolenze, ho il favore del pubblico, e spero che l’esempio della sua bontà mi faccia ottenere anche quello di tutti i suoi sudditi. Ricevo, signore, questo beneficio del re come un segno di un’epoca felice e onorabile, che mi assicura, sotto la protezione di sua maestà, giorni sereni e pacifici. Possa io dedicarli esclusivamente a desideri puri e sinceri per la gloria del suo regno e per la prosperità della sua nobile casa!
Le azioni nobili e generose portano sempre con sé la loro ricompensa. È altrettanto naturale per voi, signore, congratularvi per averle compiute, quanto sia lusinghiero per me essere l’oggetto di tali complimenti. Ma non parliamo dei miei talenti, vi prego; so come mettermi al mio posto e, dall’impressione che le vostre bontà suscitano nel mio cuore, capisco che in me c’è qualcosa di più degno della vostra stima di mediocri talenti che, se non mi avessero causato tanti mali, probabilmente non sarebbero nemmeno stati notati; e di cui non do valore se non per la ragione per cui sono nati e per lo scopo a cui erano destinati.
La prego, signore, di accettare i miei sentimenti di gratitudine e il mio profondo rispetto.
Lettera DCCLXI – A Monsieur du Peyrou
A Wootton, il 2 aprile 1767.
Oh mio caro e gentile ospite! Che cosa avete fatto? Siete caduto in una trappola davvero crudele per me. Il vostro messaggio, inviato per maggiore sicurezza tramite un’altra strada, è finito proprio a Londra nelle mani di mio cugino Jean Rousseau, che vive presso il signor Colombies; purtroppo è stato indirizzato proprio a lui. E voi sapete bene che mio cugino è in realtà l’aiutante segreto del buon David: è sempre all’erta per aprire e leggere tutte le lettere e i pacchi che mi arrivano a Londra. Il vostro messaggio è stato sicuramente letto. Inoltre, voi sigillate sempre molto male, usando cera di scarsa qualità e in quantità insufficiente; la cera nera, in particolare, non serve affatto a garantire una buona segretezza. Il vostro messaggio è stato certamente aperto.
Mio caro ospite, sono circondato da pericoli su tutti i lati; è impossibile che io riesca a salvarmi se il vostro amico non mi aiuta, ma spero che lo faccia. Sicuramente solo lui può farlo, e sembra che la Provvidenza l’abbia mandato nelle mie vicinanze proprio per compiere un buon atto. Prima di tutto, è necessario salvare i miei documenti: vengono tenuti sotto stretta sorveglianza, e non c’è alcuna possibilità che riescano a sfuggire. Tuttavia, se mi manderà l’espresso che gli ho chiesto prima dell’arrivo di Monsieur Davenport, i documenti saranno pronti; li consegnerò a lui, e passeranno poi nelle mani del vostro amico, il quale non potrebbe prendersele meno cura. E non c’è alcuna urgenza: l’importante è che siano al sicuro.
Resta da sapere se la mia lettera a Monsieur de C. sia arrivata sicuramente e senza intoppi. Le persone che portano e consegnano le mie lettere, quelle dell’ufficio postale, tutto mi sembra sospetto; sono completamente in mano a tutti, senza alcuna possibilità di muovermi per liberarmi. Mi fate ridere con il vostro sangue freddo: rivolgetevi a questo o a quello, è come se mi diceste di rivolgermi a un abitante della Luna. “Rivolgersi” è una parola facile da pronunciare, ma bisogna sapere come farlo; solo il volto di un amico potrebbe aiutarmi, tutte le altre lettere non fanno che tradirmi e intrappolarmi. Quelle che ricevo e quelle che scrivo vengono tutte lette dai miei nemici, questo non è certo il modo per liberarmi dalle loro mani.
Se il cielo vuole che la mia precedente lettera a Monsieur de C. sia riuscita a sfuggire alle mie guardie, se l’ha ricevuta e se invierà l’espresso, siamo al sicuro; poiché ho già pronto il mio secondo codice cifrario. Lo invierò insieme a questa lettera e spero che non cada più nelle mani di Monsieur Colombies, né delle mie care cugine. Se dovesse capitarmi di utilizzare il primo codice, lo farò soltanto per confondere le cose; non date alcuna credibilità a ciò che vi comunicherò in questo modo, a meno che non leggiate in apertura questa parola scritta di mio pugno: “Vero”.
Vi invierò una lista dettagliata dei pacchi che mando al vostro amico, e che avrei tutto il diritto di considerare miei, se dovesse compiere per mio conto quell’azione buona che intende intraprendere; questa lista sarà abbastanza completa affinché, nel caso in cui abbia la fortuna di raggiungere terraferma, possiate indicarmi i pacchi di cui avremo bisogno.
Non posso più scrivervi a lungo. Darei metà della mia vita per essere sulla terraferma, e l’altra metà per potervi baciare un’ultima volta, e poi morire.
Devo ancora sottolineare che il povero Guy non è stato messo in Bastiglia né per il Contratto sociale, né per le “Lettere della montagna”, ma per i “Memorie di Monsieur de la Chalotais”. Penso che Panckoucke sia sincero; tuttavia, non ascoltate nessuna delle sue notizie: provengono tutte da fonti poco affidabili.
Ho questa lettera e questo numero pronti, ma qualcuno verrà a prenderli? Qualcuno verrà a cercare anche me? Oh destino, oh mio amico! Prega per me; mi sembra di non meritare le sfortune che mi colpiscono.
Poiché la posta non è ancora arrivata, ho il tempo di aggiungere ancora qualche parola. Che inviiate le vostre lettere attraverso la Francia o l’Olanda, non fa alcuna differenza per la questione in esame; è tra Londra e Wootton che il “reticolo” è teso, ed è impossibile che qualcosa ne sfugga.
Per essere pronto nel momento in cui quell’uomo arriverà, se mai dovesse arrivare, sigillerò questa lettera con il secondo numero. Il 6 aprile invierò per posta una sorta di duplicato di questa lettera; sicuramente verrà intercettata, ma forse la lasceranno passare dopo averla letta.
Lettera DCCLXIII – A Monsieur d’Ivernois
Wootton, 6 aprile 1767.
J’ai reçu, mon bon ami, votre dernière lettre, et In le mémoire que vous y avez joint. Ce mémoire est fait de main de maître et fondé sur d’excellents principes ; il m’inspire une grande estime pour son auteur quel qu’il soit : mais n’étant plus capable d’attention sérieuse et de raisonnements suivis, je n’ose prononcer sur la balance des avantages respectifs et sur la solidité de l’ouvrage qui en résultera ; ce que je crois voir bien clairement, c’est qu’il vous offre, dans votre position, raccommodement le meilleur et le plus honorable que vous puissiez espérer. Je voudrais, tant ma passion de vous savoir pacifiés est vive, donner la moitié de mon sang pour apprendre que cet accord a reçu sa sanction. Peut-être ne serait-il pas à désirer que j’en fusse l’arbitre ; je craindrais que l’amour de la paix ne fût plus fort dans mon coeur que celui de la liberté. Mes bons amis, sentez-vous bien quelle gloire ce serait pour vous de part et d’autre que ce saint et sincère accord fût votre propre ouvrage, sans aucun concours étranger ? Au reste, n’attendez rien ni de l’Angleterre ni de personne que de vous seuls ; vos ressources sont toutes dans votre prudence et dans votre courage ; elles sont grandes, grâces au ciel.
J’ai prié M. du Peyrou de vous donner avis que le roi m’avait gratifié d’une pension. Si jamais nous nous revoyons, je vous en dirai davantage ; mais mon coeur, qui désire ardemment ce bonheur, ne me le promet plus. Je suis trop malheureux en toute chose pour espérer plus aucun vrai plaisir en cette vie. Adieu, mon ami ; adieu, mes amis. Si votre liberté est exposée, vous avez du moins l’avantage et la gloire de pouvoir la défendre et la réclamer ouvertement. Je connais des gens plus à plaindre que vous. Je vous embrasse.
Lettre DCCLXV – À Milord Comte de Harcourt
Wootton, le 11 avril 1767.
Je ne puis, milord, que vous réitérer mes très humbles excuses et remerciements de toutes les peines que vous avez bien voulu prendre en ma faveur. Je vous suis très obligé de m’avoir conservé le portrait du roi : je le reverrai souvent avec grand plaisir, et je me livre envers sa majesté à toute la plénitude de ma reconnaissance, très assuré qu’en faisant le bien elle n’a point d’autre vue que de bien faire. Puisque vous savez au juste à quoi monte le produit des estampes dont M. Ramsay avait eu l’honnêteté de me faire cadeau, vous pouvez y borner la distribution que vous voulez bien avoir la bonté de faire aux pauvres, et remettre le surplus à M. Davenport, qui veut bien se charger de me l’apporter. J’aspire, milord, au moment d’aller vous rendre mes actions de grâce et mes devoirs en personne, et il ne tiendra pas à moi que ce ne soit avant votre départ de Londres. Recevez en attendant, je vous supplie, milord, mes très humbles salutations et mon respect.
P. S. Je ne vous parle point de ma santé, parce qu’elle n’est pas meilleure, et que ce n’est pas la peine d’en parler pour n’avoir que les mêmes choses à dire. Celle de mademoiselle Le Vasseur, à laquelle vous avez la bouté de vous intéresser, est très mauvaise, et il n’est pas bien étonnant qu’elle empire de jour en jour.
Lettre DCCLXVII – À M. le général Conway
Douvres, 1767.
Monsieur,
J’ose vous supplier de vouloir bien prendre sur vos affaires le temps de lire cette lettre, seul et avec attention. C’est à votre jugement éclairé, c’est à votre âme saine que j’ai à parler. Je suis sûr de trouver en vous tout ce qu’il faut pour peser avec sagesse et avec équité ce que j’ai à vous dire. J’en serai moins sûr si vous consultez tout autre que vous.
J’ignore avec quel projet j’ai été amené en Angleterre : il y en a eu un, cela est certain ; j’en juge par son effet, aussi grand, aussi plein qu’il aurait pu L’être, quand ce projet eût été une affaire d’état. Mais comment le sort, la réputation d’un pauvre infortuné, pourraient-ils jamais faire une affaire d’état ? C’est ce qui est trop peu concevable pour que je puisse m’arrêtera pareille supposition, pendant, que les hommes les plus élevés, les plus distingués, les plus estimables ; qu’une nation tout entière se prête aux passions d’un particulier qui veut en avilir un autre, c’est ce qui se conçoit encore moins. Je vois l’effet ; la cause m’est cachée, et je me suis tourmenté vainement pour la pénétrer : mais quelle que soit cette cause, les suites en seront les mêmes ; et c’est de ces suites qu’il s’agit ici. Je laisse le passé dans son obscurité ; c’est maintenant l’avenir que j’examine.
J’ai été traité dans mon honneur aussi cruellement qu’il soit possible de l’être. Ma diffamation est telle en Angleterre, que rien ne l’y peut relever de mon vivant. Je prévois cependant ce qui doit arriver après ma mort, par la seule force de la vérité, et sans qu’aucun écrit posthume de ma part s’en mêle ; mais cela viendra lentement, et seulement quand les révolutions du gouvernement auront mis tous les faits passés en évidence. Alors ma mémoire sera réhabilitée ; mais de mon vivant je ne gagnerai rien à cela.
Vous concevez, monsieur, que cette ignominie, intolérable au coeur d’un homme d’honneur, rend au mien le séjour de l’Angleterre insupportable. Mais on ne veut pas que j’en sorte ; je le sens, j’en ai mille preuves, et cet arrangement est très naturel ; on ne doit pas me laisser aller publier au-dehors les outrages que j’ai reçus dans l’île, ni la captivité dans laquelle j’ai vécu ; on ne veut pas non plus que mes mémoires passent dans le continent et ailleurs instruire une autre génération des maux que m’a fait souffrir celle-ci. Quand je dis on, j’entends les premiers auteurs de mes disgrâces : à Dieu ne plaise que l’idée que j’ai, monsieur, de votre respectable caractère me permette jamais de penser que vous ayez trempé dans le fond du projet ! Vous ne me connaissiez point ; on vous a fait croire de moi beaucoup de choses ; l’illusion de l’amitié vous a prévenu pour mes ennemis, ils ont abusé de votre bienveillance, et, par une suite de mon malheur ordinaire, les nobles sentiments de votre coeur, qui vous auraient parlé pour moi si j’eusse été mieux connu de vous, m’ont nui par l’opinion qu’on vous en a donnée. Maintenant le mal est sans remède ; il est presque impossible que vous soyez désabusé ; c’est ce que je ne suis pas à portée de tenter : et, dans l’erreur où vous êtes, la prudence veut que vous vous prêtiez aux mesures de mes ennemis.
J’oserai pourtant vous faire une proposition qui, je crois, doit parler également à votre coeur et à votre sagesse : la terrible extrémité où je suis réduit en fait, je l’avoue, ma seule ressource ; mais cette ressource en est peut-être également une pour mes ennemis contre les suites désagréables que peut avoir pour eux mon dernier désespoir.
Je veux sortir, monsieur, de l’Angleterre ou de la vie ; et je sens bien que je n’ai pas le choix. Les manoeuvres sinistres que je vois m’annoncent le sort qui m’attend, si je feins seulement de vouloir m’embarquer. J’y suis déterminé pourtant, parce que toutes les horreurs de la mort n’ont rien de comparable à celles qui m’environnent. Objet de la risée et de l’exécration publique, je ne me vois environné que des signes affreux qui m’annoncent ma destinée. C’est trop souffrir, monsieur, et toute interdiction de correspondance m’annonce assez que, sitôt que l’argent qui me reste sera dépensé, je n’ai plus qu’à mourir. Dans ma situation, ce sera un soulagement pour moi, et c’est le seul désormais qui me reste ; mais j’ai bien de la peine à penser que mon malheur ne laisse après lui nulle trace désagréable. Quelque habilement que la chose ait été concertée, quelque adroite qu’en soit l’exécution, il restera des indices peu favorables à l’hospitalité nationale. Je suis malheureusement trop connu pour que ma fin tragique ou ma disparition demeurent sans commentaires ; et quand tant de complices garderaient le secret, tous mes malheurs précédents mettront trop de gens sur la trace de celui-ci pour que les ennemis de mes ennemis (car tout le monde en a) n’en fassent pas quelque jour un usage qui pourra leur déplaire. On ne sait jusqu’où ces choses-là peuvent aller, et l’on n’est plus maître de les arrêter quand une fois elles marchent. Convenez, monsieur, qu’il y aurait quelque avantage à pouvoir se dispenser d’en venir à cette extrémité.
My dear friend, I have received your latest letter along with the memorandum you attached to it. This memorandum is well-written and based on excellent principles; it inspires me with great respect for its author, whoever he may be. However, since I am no longer able to engage in serious contemplation or coherent reasoning, I dare not offer an opinion regarding the relative merits of these considerations or the solidity of the outcome that will emerge from them. What I do see quite clearly is that this agreement offers you, in your current situation, the best and most honorable resolution you could possibly hope for. My passion for seeing you at peace is so strong that I would give half of my blood to learn that this settlement has been approved. Perhaps it would not be ideal if I were to act as its arbitrator; I fear that my love for peace might outweigh my love for freedom in my heart. My dear friends, imagine how glorious it would be for you both if this holy and sincere agreement were your own achievement, without any external assistance. In any case, do not expect anything from England or anyone else but yourself; all your resources lie within your prudence and courage—and, thank heaven, they are considerable.
I have asked Mr. du Peyrou to inform you that the king has granted me a pension. If we ever meet again, I will tell you more; but my heart, which ardently longs for this happiness, no longer promises it to me. I am too unhappy in every aspect of life to hope for any true joy in this world. Adieu, my friend; adieu, my dear friends. If your freedom is at risk, at least you have the advantage and glory of being able to defend it and claim it openly. I know people who are even more unfortunate than you. I embrace you.
Letter DCCLXV – To My Lord, Count of Harcourt
Wootton, April 11, 1767.
I must once again express my most humble apologies and gratitude to you, my lord, for all the trouble you have taken on my behalf. I am deeply grateful that you have preserved for me the portrait of the king; I shall often view it with great pleasure, and I offer my utmost appreciation to His Majesty, fully convinced that his intentions in doing good are purely altruistic. Since you are well aware of the amount obtained from the prints that Mr. Ramsay had the kindness to give me as a gift, you may allocate whatever portion you wish to the poor, and return the remainder to Mr. Davenport, who will be kind enough to bring it to me. I look forward to the moment when I can personally express my gratitude and fulfill my duties to you, and I would be pleased if this could happen before your departure from London. In the meantime, please accept my most humble regards and respect.
P.S. I am not speaking to you about my health, because it has not improved at all, and there is no point in discussing it since I would have to say the same things every time. Mademoiselle Le Vasseur’s health is very poor, and it is not really surprising that it is getting worse day by day.
Letter DCCLXVII – To General Conway
Douvres, 1767.
Sir,
I dare to implore you to take the time to read this letter, alone and carefully. It is to your discerning judgment, to your sound mind that I am addressing myself. I am certain that you possess all the qualities needed to weigh what I have to say with wisdom and fairness. However, my confidence would be diminished if you sought advice from anyone other than yourself.
I do not know what particular project led me to England; there certainly was one, I judge by its effects—effects as great and as profound as they could possibly have been if that project had been a matter of state. But how could the fate or reputation of a poor, unfortunate individual ever constitute a matter of state? Such a notion is too utterly inconceivable for me to even entertain it, especially when I consider that the most noble, distinguished, and respected people—when an entire nation—would lend themselves to the passions of a single individual who seeks to degrade another. The effects are clear to me; the cause remains hidden, and I have in vain tried to unravel it. But whatever that cause may be, its consequences will be the same—and it is these consequences that matter here. I leave the past in its obscurity; what concerns me now is the future.
I have been treated in my honor in the most cruel manner possible. The slander directed against me in England is so severe that nothing can refute it during my lifetime. However, I foresee what will happen after my death, simply through the power of truth—and without any posthumous writings of mine being involved in it. But this will happen slowly, only when the changes in the government have brought all past events to light. Then my reputation will be restored; but in my lifetime, I shall gain nothing from it.
You must understand, sir, that such an indignity—intolerable for a man of honor—is making my stay in England utterly unbearable. Yet they do not want me to leave; I feel it, and I have thousands of proofs to support it. This arrangement is entirely logical: they certainly do not wish me to go abroad and reveal the insults I have suffered on this island, nor to let the world know about the captivity I endured. Nor do they want my memoirs to reach the continent or elsewhere and inform future generations of the evils inflicted upon me by this current generation. When I say “they,” I mean those who are primarily responsible for my misfortunes. May God never allow me to think, sir, that you were in any way involved in these schemes! You did not know me; people have led you to believe many things about me. The illusion of friendship prevented you from seeing the truth about my enemies; they took advantage of your kindness, and, due to my own continuous misfortune, the noble sentiments in your heart—which would have spoken in my favor if you had known me better—have instead worked against me because of the false impression people have given you about me. Now, the damage is irreparable; it is almost impossible for you to come to a different conclusion. And, since you are in this error, prudence demands that you comply with the measures devised by my enemies.
Yet I would dare to make you a proposal that, I believe, must speak to both your heart and your wisdom: the terrible extremity to which I have been reduced is, in fact, my only resource; but this very resource might also be one for my enemies, against the unpleasant consequences that my final desperation could bring them.
Sir, I wish to leave England—or, rather, this life entirely; and I am well aware that I have no choice in the matter. The sinister maneuvers I observe clearly foretell the fate that awaits me if I even pretend to intend to embark on any journey. Yet I am determined to do so, for even the horrors of death pales in comparison to those surrounding me. Mocked and despised by all, I am surrounded only by ominous signs that announce my doom. To endure such suffering is beyond endurance, sir; and the fact that all correspondence with the outside world has been forbidden tells me quite clearly that once the money I have left is spent, death will be my only escape. In my situation, death would be a relief—indeed, it is the only relief left to me. Yet I find it hard to believe that my misfortune will not leave behind some unpleasant consequences. No matter how skillfully these plans were devised or how cleverly executed, there will surely be clues that could harm the nation’s reputation toward those who seek refuge here. Unfortunately, I am too well-known for such a tragic end or disappearance to go unnoticed; and even if many of my accomplices kept silent, all my previous misfortunes would lead too many people onto my trail—enemies of my enemies (for everyone has them) might one day use this information against me. One never knows how far such things can go, and once they begin, there is no way to stop them. Surely, sir, it would be advantageous to avoid having to reach such a desperate measure.
Caro amico, ho ricevuto la tua ultima lettera e il memoriale che hai allegato. Questo memoriale è redatto con grande maestria e si basa su principi eccellenti; ispira in me grande stima per il suo autore, chiunque esso sia. Tuttavia, non essendo più in grado di prestare attenzione seria o di condurre ragionamenti coerenti, non oso esprimere un parere riguardo ai vantaggi rispettivi o alla solidità dell’opera che ne deriverebbe. Quello che vedo chiaramente è che questo accordo ti offre, nella tua situazione attuale, la soluzione migliore e più onorevole che tu possa sperare di trovare. La mia passione per vedere te pacificato è così intensa che sarei disposto a dare metà del mio sangue pur di sapere che questo accordo abbia ricevuto l’approvazione necessaria. Forse non sarebbe auspicabile che fossi io ad arbitrarne; temerei infatti che il desiderio di pace fosse più forte nel mio cuore dell’amore per la libertà. Carissimi amici, pensate un po’ a quale gloria potreste essere attribuiti da entrambe le parti se questo sacro e sincero accordo fosse frutto esclusivamente delle vostre azioni, senza alcun intervento esterno. In ogni caso, non aspettate nulla né dall’Inghilterra né da nessun altro: tutte le vostre risorse risiedono nella vostra prudenza e nel vostro coraggio; grazie al cielo, sono molte.
Ho pregato il signor du Peyrou di informarvi che il re mi ha concesso una pensione. Se mai ci rivedremo, vi dirò di più; ma il mio cuore, che desidera ardentemente questa felicità, non me la promette più. Sono troppo sfortunato in ogni cosa per poter sperare in alcuna vera gioia in questa vita. Addio, mio amico. Addio, miei amici. Se la vostra libertà è minacciata, almeno avete il vantaggio e la gloria di poterla difendere e rivendicare apertamente. Conosco persone più sfortunate di voi. Vi abbraccio.
Lettera DCCLXV – A Sua Signoria il Conte di Harcourt
Wootton, l’11 aprile 1767.
Non posso, signore, che ribadire le mie più umili scuse e ringraziamenti per tutte le cure che avete voluto prendervi a mio favore. Sono molto grato per avermi conservato il ritratto del re: lo rivedrò spesso con grande piacere e mi dedico, verso Sua Maestà, tutta la profondità della mia gratitudine, essendo assolutamente certo che, compiendo il bene, Lei non ha altro scopo se non quello di fare del bene. Poiché conoscete esattamente quanto sia l’importo derivante dalle stampe che il signor Ramsay si è gentilmente offerto di regalarmi, potete destinarne la distribuzione che ritenete opportuna ai poveri e rimettere il resto al signor Davenport, il quale si occuperà di portarmelo. Aspetto con impazienza il momento in cui potrò rendervi personalmente i miei ringraziamenti e i miei doveri; non vedo l’ora che ciò avvenga prima della vostra partenza da Londra. Nel frattempo, vi prego di accettare le mie più umili saluti e il mio rispetto.
P.S. Non vi parlo della mia salute, perché non è migliorata affatto, e non vale la pena parlarne, visto che ho sempre da dire le stesse cose. La salute di mademoiselle Le Vasseur, di cui avete mostrato interesse, è molto cattiva, e non sorprende affatto che peggiori giorno dopo giorno.
Lettera DCCLXVII – A Monsignor il generale Conway
Douvres, 1767.
Signore,
Oso supplicarvi di dedicare del tempo, da soli e con attenzione, alla lettura di questa lettera. È al vostro giudizio sagace, è alla vostra anima sana che mi rivolgo. Sono certo di trovare in voi tutto ciò che è necessario per valutare con saggezza ed equità quanto ho da dirvi. Non ne sarei altrettanto sicuro se vi consultaste con qualcun altro al posto vostro.
Non so con quale progetto sia stato deciso di portarmi in Inghilterra: c’è stato sicuramente un progetto, ne deduco dal suo effetto, così grande e così significativo come avrebbe potuto essere se si fosse trattato di una questione di stato. Ma come mai il destino o la reputazione di un povero sfortunato potrebbero mai diventare oggetto di considerazioni politiche? È qualcosa che è troppo difficile da immaginare, per cui non posso prendere in considerazione una simile ipotesi, soprattutto quando le persone più nobili, più distinte e più stimabili, quando un’intera nazione si prestano alle passioni di un individuo che vuole umiliare un altro. Questo è ancora meno concepibile. Vedo l’effetto; la causa mi è nascosta, e ho cercato invano di comprenderla. Ma qualunque sia questa causa, le conseguenze saranno uguali; ed è proprio di queste conseguenze che si tratta qui. Lascio il passato nella sua oscurità; ora esamino l’avvenire.
Sono stato trattato con tale crudeltà nei confronti della mia onore che non si possa immaginare nulla di peggio. La diffamazione contro di me in Inghilterra è tale che nulla potrà rimediarvi durante la mia vita. Tuttavia, prevedo ciò che accadrà dopo la mia morte, grazie soltanto alla forza della verità, e senza che alcun mio scritto postumo vi abbia parte; ma tutto ciò avverrà lentamente, solo quando le rivoluzioni politiche renderanno tutti i fatti passati evidenti. Allora la mia memoria sarà riabilitata; ma in vita non otterrò nulla di positivo da questo.
Signore, comprendete bene che tale ignominia, intollerabile per un uomo d’onore, renda insopportabile per me la permanenza in Inghilterra. Tuttavia non si vuole che io me ne vada; lo sento chiaramente, ne ho mille prove, e questa situazione è del tutto naturale. Non si vuole permettermi di diffondere all’estero gli oltraggi che ho subito sull’isola, né di rivelare la prigionia in cui ho vissuto; inoltre, non si desidera che i miei ricordi arrivino sul continente e altrove, per informare un’altra generazione sui mali che questa mi ha fatto subire. Quando dico “si vuole”, intendo coloro che sono stati i principali responsabili delle mie sfortune. Per Dio, non permettiate mai che l’immagine che ho di voi, signore, del vostro rispettabile carattere, mi faccia pensare che siate stato coinvolto in questo piano malvagio! Non mi conoscevate; vi hanno fatto credere molte cose su di me; l’illusione dell’amicizia vi ha indotto a prendere le parti dei miei nemici, questi hanno abusato della vostra benevolenza. E, a causa della mia sfortuna continua, i nobili sentimenti del vostro cuore, che avrebbero potuto parlare in mio favore se mi conosceste meglio, mi hanno invece danneggiato, a causa dell’opinione che vi è stata data su di me. Ora il danno è irreparabile; è quasi impossibile che vi rendiate conto della verità. E non sono in grado di tentare di farlo. Nell’errore in cui vi trovate, la prudenza vuole che vi adattiate alle misure dei miei nemici.
Tuttavia, oso farvi una proposta che, credo, possa toccare sia il vostro cuore che la vostra saggezza: l’estremo pericolo in cui mi trovo costituisce, devo ammetterlo, la mia unica risorsa; ma questa stessa risorsa potrebbe anche rivelarsi utile ai miei nemici, per evitare le conseguenze spiacevoli che il mio ultimo atto di disperazione potrebbe causare loro.
Vorrei lasciare l’Inghilterra, o la vita stessa; so bene di non avere scelta. Le manovre sinistre che vedo mi preannunciano il destino che mi aspetta, anche solo se fingessi di voler imbarcarmi. Eppure sono deciso a farlo, perché tutte le orrori della morte non sono paragonabili a quelli che mi circondano. Oggetto di derisione e disprezzo pubblico, sono circondato soltanto da segni terribili che preannunciano la mia sorte. È troppo soffrire. E ogni divieto di corrispondenza mi fa capire chiaramente che, non appena il denaro che mi rimane sarà esaurito, non mi resterà altro che morire. Nella mia situazione, questa sarebbe una liberazione. L’unico conforto che mi resta. Ma fatico a credere che la mia sfortuna non lasci dietro di sé tracce spiacevoli. Per quanto abilmente tutto sia stato pianificato, per quanto abile ne sia stata l’esecuzione, rimarranno comunque indizi poco favorevoli all’ospitalità della nazione. Sono purtroppo troppo conosciuto perché la mia tragica fine o la mia scomparsa possano passare inosservate; e se anche molti complici mantenessero il segreto, tutti i miei mali precedenti farebbero sì che troppe persone scoprissero la verità. E gli nemici dei miei nemici (poiché ne hanno tutti) potrebbero un giorno usarla a loro vantaggio. Non si sa fino a dove possano arrivare queste cose. E una volta iniziate, non è più possibile fermarle. Ammettiamolo: ci sarebbe davvero qualche vantaggio nel poter evitare di arrivare a questa estremità.
Or on le peut, et prudemment on le doit. Daignez m’écouter. Jusqu’à présent j’ai toujours pensé à laisser après moi des mémoires qui missent au fait la postérité des vrais événements de ma vie : je les ai commencés, déposés en d’autres mains, et désormais abandonnés. Ce dernier coup m’a fait sentir l’impossibilité d’exécuter ce dessein, et m’en a totalement ôté l’envie.
Je suis sans espoir, sans projet, sans désir même de rétablir ma réputation détruite, parce que je sais qu’après moi cela viendra de soi-même., et qu’il me faudrait des efforts immenses pour y parvenir de mon vivant. Le découragement m’a gagné ; la douce amitié, l’amour du repos, sont les seules passions qui me restent, et je n’aspire qu’à finir paisiblement mes jours dans le sein d’un ami. Je ne vois plus d’autre bonheur pour moi sur la terre ; et, quand j’aurais désormais à choisir, je sacrifierais tout à cet unique désir qui m’est resté.
Voilà, monsieur, l’homme qui vous propose de le laisser aller en paix, et qui vous engage sa foi, sa parole, tous les sentiments d’honneur dont il fait profession, et toutes ces espérances sacrées qui font ici-bas la consolation des malheureux, que non seulement il abandonne pour toujours le projet d’écrire sa vie et ses mémoires, mais qu’il ne lui échappera jamais, ni de bouche, ni par écrit, un seul mot de plainte sur les malheurs qui lui sont arrivés en Angleterre ; qu’il ne parlera jamais de M. Hume, ou qu’il n’en parlera qu’avec honneur ; et que, lorsqu’il sera pressé de s’expliquer sur les plaintes indiscrètes qui, dans le fort de ses peines, lui sont quelquefois échappées, il les rejettera sans mystère sur son humeur aigrie et portée à la défiance et aux ombrages par des malheurs continuels. Je pourrai parler de la sorte avec vérité, n’ayant que trop d’injustes soupçons à me reprocher parce malheureux penchant, ouvrage de mes désastres, et qui maintenant y met le comble. Je m’engage solennellement à ne jamais écrire quoi que ce puisse être, et sous quelque prétexte que ce soit, pour être imprimé ou publié, ni sous mon nom, ni en anonyme, ni de mon vivant, ni après ma mort.
Vous trouverez, monsieur, ces promesses bien fortes ; elles ne le sont pas trop pour la détresse où je suis. Vous me demanderez des garants pour leur exécution ; cela est très juste : les voici ; je vous prie de les peser.
Premièrement, tous mes papiers relatifs à l’Angleterre y sont encore dans un dépôt. Je les ferai tous remettre entre vos mains, et j’y en ajouterai quelques autres assez importants qui sont restés dans les miennes. Je partirai à vide et sans autres papiers qu’un petit portefeuille absolument nécessaire à mes affaires, et que j’offre à visiter[945].
Secondement, vous aurez cette lettre signée pour garant de ma parole ; et de plus, une autre déclaration que je remettrai en partant à qui vous me prescrirez, et telle que, si j’étais capable de jamais l’enfreindre de mon vivant, ou après ma mort, cette seule pièce anéantirait tout ce que je pourrais dire, en montrant dans son auteur un infâme qui, se jouant de ses promesses les plus solennelles, ne mérite d’être écouté sur rien. Ainsi mon travail détruisant son propre objet, en rendrait la peine aussi ridicule que vaine.
En troisième lieu, je suis prêt à recevoir toujours avec le même respect et la même reconnaissance la pension dont il plaît au roi de m’honorer. Or, je vous demande, monsieur, si lorsqu’honoré d’une pension du prince, j’étais assez vil, assez infâme pour mal parler de son gouvernement, de sa nation et de ses sujets, il serait possible en aucun temps qu’on m’écoutât sans indignation, sans mépris, et sans horreur. Monsieur, je me lie par les liens les plus forts et les plus indissolubles. Vous ne pouvez pas supposer que je veuille rétablir mon honneur par des moyens qui me rendraient le plus vil des mortels.
Il y a, monsieur, un quatrième garant, plus sûr, plus sacré que tous les autres, et qui vous répond de moi, c’est mon caractère connu pendant cinquante et six ans. Esclave de ma foi, fidèle à ma parole, si j’étais capable de gloire encore, je m’en ferais une illustre et fière de tenir plus que je n’aurais promis ; mais, plus concentré dans moi-même, il me suffit d’avoir en cela la conscience de mon devoir. Eh î monsieur, pouvez-vous penser que, de l’humeur dont je suis, je puisse aimer la vie en portant la bassesse et le remords dans ma solitude ? Quand la droiture cessera de m’être chère, c’est alors que je serai vraiment mort au bonheur.
Non, monsieur, je renonce pour jamais à tous souvenirs pénibles. Mes malheurs n’ont rien d’assez amusant pour les rappeler avec plaisir ; je suis assez heureux si je suis libre, et que je puisse rendre mon dernier soupir dans le sein d’un ami. Je ne vous promets en ceci que ce que je me promets à moi-même, si je puis goûter encore quelques jours de paix avant ma mort.
Je n’ai parlé jusqu’ici, monsieur, qu’à votre raison : je n’ai qu’un mot maintenant à dire à votre coeur. Vous voyez un malheureux réduit au désespoir, n’attendant plus que la manière de sa dernière heure. Vous pouvez rappeler cet infortuné à la vie, vous pouvez vous en rendre le sauveur, et du plus misérable des hommes en faire encore le plus heureux. Je ne vous en dirai pas davantage, si ce n’est ce dernier mot qui vaut la peine d’être répété. Je vois mon heure extrême qui se prépare ; je suis résolu, s’il le faut, de l’aller chercher, et de périr ou d’être libre ; il n’y a plus de milieu.
Lettre DCCLXIX – À M. le marquis de Mirabeau
Calais, le 22 mai 1767.
J’arrive ici, monsieur, après bien des aventures bizarres, qui feraient un détail plus long qu’amusant. Je voudrais de tout mon coeur aller finir mes jours au château de Trye ; mais, pour entreprendre un pareil établissement, il faudrait plus de certitude de sa durée, que vous ne pouvez la donner. Je ne vois pour moi qu’un repos stable, c’est dans l’état de Venise ; et, malgré l’immensité du trajet, je suis déterminé à le tenter. Ma situation, à tous égards, me forcera à des stations que je rendrai aussi courtes qu’il me sera possible. Je désire ardemment d’en faire une petite à Paris pour vous y voir, si j’y puis garder l’incognito convenable, et que je sois assuré que ce court séjour ne déplaise pas. Permettez que je vous consulte là-dessus, résolu de passer tout droit et le plus promptement qu’il me sera possible, si vous jugez que ce soit le meilleur parti. Je ne vous en dirai pas davantage ici, monsieur ; mais j’attends avec empressement de vos nouvelles, et je compte m’arrêter à Amiens pour cela. Ayez la bonté de m’y répondre un mot sous le couvert de M. Barthélemi Midy, négociant. Cette réponse réglera ma marche. Puisse-t-elle, monsieur, me livrer à l’ardent désir que j’ai de voir et d’embrasser le respectable ami des hommes !
Lettre DCCLXXI – À M. le marquis de Mirabeau
Amiens, le 2 juin 1767.
J’ai différé, monsieur, de vous écrire jusqu’à ce que je pusse vous marquer le jour de mon départ et le lieu de mon arrivée. Je compte partir demain, et arriver après-demain au soir à Saint-Denys, où je séjournerai le lendemain vendredi pour y attendre de vos nouvelles. Je logerai aux Trois Maillets. Comme on trouve des fiacres à Saint-Denys, sans prendre la peine d’y venir vous-même, il suffit que vous ayez la bonté d’envoyer un domestique qui nous conduise dans l’asile hospitalier que vous voulez bien me destiner. Il m’a été impossible de rester inconnu comme je l’avais désiré, et je crains bien que mon nom ne me suive à la piste. À tout événement, quelque nom que me donnent les autres, je prendrai celui de M. Jacques, et c’est sous ce nom que vous pourrez me faire demander aux Trois Maillets. Rien n’égale le plaisir avec lequel je vais habiter votre maison, si ce n’est le tendre empressement que j’ai d’en embrasser le vertueux maître.
Lettre DCCLXXIII – À M. le marquis de Mirabeau
Fleury[947], ce vendredi à midi, 5 juin 1767.
Or it is possible to do so, and indeed, one must proceed with caution. Please hear me out. Until now, I had always intended to leave behind memoirs that would inform future generations about the true events of my life; I began writing them, entrusted them to others, but now I have abandoned that effort. This recent event has made me realize the impossibility of carrying out such a plan and has completely stripped me of any desire to do so.
I am without hope, without plans, and even without the desire to restore my ruined reputation, because I know that after me, it will be restored naturally; and it would require immense effort for me to achieve it in my lifetime. Despair has overcome me; gentle friendship and the love of tranquility are the only passions that remain in me, and all I aspire to is to spend my days peacefully in the embrace of a friend. I see no other happiness for me on this earth; and if I were to have to choose again, I would sacrifice everything for this one remaining desire of mine.
Here, sir, is the man who offers to let you alone in peace, and who pledges his faith, his word, all the sentiments of honor he professes to hold, as well as those sacred hopes that bring comfort to the unfortunate in this world. He not only renounces forever the idea of writing his life story or memoirs, but he also vows never to utter, either verbally or in writing, a single word of complaint about the misfortunes that have befallen him in England. He will never speak of Mr. Hume, or if he does, it will only be in terms of honor. Moreover, should he ever be pressed to explain those indiscreet complaints that sometimes escape him in the midst of his greatest suffering, he will unequivocally attribute them to his bitter disposition and tendency to harbor suspicion and resentment due to continuous misfortunes. I can speak with such certainty because I have too many unjust suspicions to reproach myself for—these are but the unfortunate consequences of my own disasters, which now seem to reach their pinnacle. I solemnly pledge never to write anything, under any pretext whatsoever, for publication, whether in my own name or anonymously, either during my lifetime or after my death.
You will find, sir, that these promises are quite substantial; yet they are not even sufficient in the face of the dire circumstances I find myself in. You will ask for guarantees that they will be fulfilled; and that is entirely justified. Here they are; I beg you to consider them carefully.
Firstly, all my documents relating to England are still in some storage facility. I will have them all delivered to you, and I will also add a few other quite important ones that have remained with me. I will set off empty-handed, without any other documents except for a small portfolio that is absolutely necessary for my affairs, and which I offer you for inspection[945].
Secondly, you will have this letter signed as a guarantee of my word; moreover, I will submit another declaration upon leaving, to be given to whoever you instruct me to do so. Should I ever be capable of violating it during my lifetime or after my death, this single document would render anything I might say utterly worthless, for it would expose its author as a despicable individual who mocks his most solemn promises and therefore deserves not to be listened to on any matter whatsoever. In this way, my efforts would destroy their very purpose, rendering any punishment associated with them both ridiculous and futile.
Thirdly, I am prepared to receive the pension that the King deems fit to honor me with, always with the same respect and gratitude. But I ask you, sir: if, while receiving a pension from the Prince, I were to be so vile, so contemptible as to speak ill of his government, his nation, or his subjects, would it ever be possible for anyone to listen to me without feeling indignation, scorn, or horror? Sir, I am bound by the strongest and most indissoluble ties. You cannot suppose that I would seek to restore my honor through means that would make me the most despicable of mortals.
Sir, there is a fourth guarantee, one that is more secure and sacred than all the others, and which vouches for me: it is my character, known to everyone for fifty-six years. A slave to my beliefs, faithful to my word, if I were still capable of seeking glory, I would seek one illustrious and honorable—one that surpassed even what I had promised. But being more focused on myself, I find sufficient satisfaction in fulfilling my duties. Sir, can you truly believe that, given my nature, I could embrace life while carrying the burdens of humility and remorse in solitude? Only when righteousness ceases to be dear to me will I have truly died to happiness.
No, sir, I renounce forever all painful memories. My misfortunes are not amusing enough to be recalled with pleasure; I am quite happy if I am free and can breathe my last breath in the arms of a friend. In this matter, I promise you only what I promise myself: that I will live in peace for a few more days before dying.
Until now, sir, I have spoken only of your reason; now I have but one word to say to your heart. You see before you a wretched man reduced to despair, awaiting only the moment of his death. You can restore this unfortunate individual to life, you can become his savior, and transform the most miserable of men into the happiest. I need say no more, except for this final word which is worth repeating. I feel that my hour has come; if necessary, I am resolved to seek it out—and perish or be free. There is no other way.
Letter DCCLXIX – To Mr. the Marquis of Mirabeau
Calais, May 22, 1767.
I have arrived here, sir, after many strange adventures whose details would take far too much time to relate and would probably be less interesting than they are. I wholeheartedly wish to spend the rest of my days in the castle of Trye; however, to undertake such an endeavor, one would need greater certainty regarding its permanence than you are able to provide. For myself, I see only one possible way to achieve stability: by residing in the state of Venice. And despite the immense distance involved, I am determined to attempt it. My circumstances will inevitably force me to make short stays; I hope to spend a brief time in Paris if I can maintain the necessary anonymity and ensure that my brief visit does not cause any inconvenience. Please allow me to consult you on this matter, and I am resolved to proceed directly and as quickly as possible if you deem it the best course of action. I will say no more here, sir; but I look forward to your news and intend to stop in Amiens for that purpose. Kindly reply to me under the cover of Mr. Barthélemi Midy, a merchant. Your response will determine my next steps. May it enable me to fulfill my ardent desire to meet and embrace that respected friend of mankind!
Letter DCCLXXI – To Mr. the Marquis of Mirabeau
Amiens, June 2, 1767.
I delayed writing to you, sir, until I could inform you of the date of my departure and the place of my arrival. I intend to set off tomorrow and arrive in Saint-Denys the evening after, where I will stay on Friday to await your news. I will be lodging at the Trois Maillets. Since fiacres are available in Saint-Denys, there is no need for you to come here personally; it would be sufficient if you would kindly send a servant to take us to the hospice you have decided to assign me. It was impossible for me to remain unknown, as I had wished; I fear that my name may follow me wherever I go. In any event, whatever name others might give me, I will refer to myself as Monsieur Jacques, and it is under this name that you should ask for me at the Trois Maillets. Nothing could compare to the joy I feel at the thought of inhabiting your home—except perhaps the intense desire I have to embrace its virtuous master.
Letter DCCLXXIII – To Mr. the Marquis of Mirabeau
Fleury[947], at noon on this Friday, June 5, 1767.
O meglio ancora, si può farlo, e con prudenza, si deve farlo. Vi prego di ascoltarmi. Fino ad ora ho sempre pensato di lasciare dopo di me dei ricordi che facessero conoscere alla posterità i veri eventi della mia vita: ne avevo iniziato la stesura, li avevo affidati ad altre mani, ma ora li ho abbandonati. Quest’ultimo evento mi ha fatto rendersi conto dell’impossibilità di realizzare tale progetto, e mi ha completamente privato del desiderio di farlo.
Sono senza speranza, senza progetti, senza nemmeno il desiderio di ripristinare la mia reputazione distrutta, perché so che dopo di me ciò avverrà naturalmente, e che mi sarebbero necessari sforzi immensi per riuscirci in vita. Il dispero ha preso il sopravvento; l’affettuosa amicizia e il desiderio di riposo sono le uniche passioni che mi rimangono, e non aspiro altro che a trascorrere serenamente i miei ultimi giorni tra le braccia di un amico. Non vedo più alcun altro felicità per me su questa terra; e, se ora dovessi scegliere, sacrificherei tutto per questo unico desiderio che mi è rimasto.
Ecco, signore, l’uomo che vi propone di lasciarlo in pace, e che vi garantisce con la sua fede, la sua parola, tutti i sentimenti d’onore di cui si proclama possessore, nonché tutte quelle speranze sacre che costituiscono la consolazione dei sfortunati; quest’uomo non solo abbandonerà per sempre l’intenzione di scrivere la propria vita e le proprie memorie, ma non pronuncerà mai, né a voce né per iscritto, una sola parola di lamento riguardo ai mali che gli sono accaduti in Inghilterra; non parlerà mai di Monsieur Hume, o lo farà soltanto con onore; e quando verrà costretto a spiegarsi riguardo alle lamentele indiscrete che, nel momento più acuto delle sue sofferenze, gli sono talvolta sfuggite, le rifiuterà senza alcun mistero, attribuendole alla sua cattiva disposizione d’animo e al suo naturale propenso alla diffidenza e alle invidie causate da continui disastri. Posso parlare con tanta certezza perché ho troppi sospetti ingiusti di cui pentirmi: questa tendenza negativa è il risultato dei miei stessi disastri, e ora ne rappresenta l’apice. Mi impegno solennemente a non scrivere mai nulla, per nessun motivo, affinché possa essere stampato o pubblicato, né a mio nome né in modo anonimo, né durante la mia vita né dopo la mia morte.
Signore, troverete queste promesse piuttosto solide; tuttavia, non lo sono abbastanza per la situazione disperata in cui mi trovo. Mi chiederete delle garanzie per il loro adempimento; è del tutto giusto: eccole qui; vi prego di valutarle attentamente.
Innanzitutto, tutti i miei documenti relativi all’Inghilterra si trovano ancora in un deposito. Farò rimettere tutto tra le vostre mani e ne aggiungerò alcuni altri piuttosto importanti che sono rimasti con me. Partirò quindi a mani vuote, senza altri documenti se non una piccola borsa assolutamente necessaria per le mie affari, che vi invito a esaminare[945].
In secondo luogo, avrete questa lettera firmata come garanzia della mia parola; inoltre, vi consegnerò un’altra dichiarazione che porterò con me al momento della partenza, da consegnare a chiunque mi indicherete. Se mai fossi in grado di violarla, durante la mia vita o dopo la mia morte, questa sola prova distruggerebbe tutto ciò che potrei dire, dimostrando che il suo autore è un individuo infame che, prendendosi gioco delle sue promesse più solenni, non merita di essere ascoltato su nulla. In questo modo, il mio sforzo stesso distruggerebbe lo scopo per cui era stato compiuto, rendendo così la punizione sia ridicola che vana.
In terzo luogo, sono pronto ad accettare sempre con lo stesso rispetto e la stessa riconoscenza la pensione che il re si compiace di concedermi. Ora, vi chiedo, signore: se fossi onorato da una pensione del principe, sarei forse abbastanza vile, abbastanza disonorevole da parlare male del suo governo, della sua nazione e dei suoi sudditi? È possibile che qualcuno mi ascolti senza indignazione, senza disprezzo e senza orrore? Signore, mi lego con i vincoli più forti e indissolubili. Non potete certo pensare che io voglia ristabilire il mio onore con mezzi che mi renderebbero il più vile dei mortali.
Signore, esiste un quarto garante, più sicuro e più sacro di tutti gli altri, che risponde per me: è il mio carattere, conosciuto da cinquantasei anni. Schiavo della mia fede, fedele alla mia parola, se fossi ancora in grado di cercare la gloria, ne cercherei una illustre e nobile, dimostrando di aver mantenuto più di quanto avessi promesso; ma essendo ormai completamente concentrato su me stesso, mi basta avere la coscienza di aver adempiuto al mio dovere. Signore, potete davvero pensare che, con il carattere che ho, possa amare la vita portando con me umiliazione e rimorso nella mia solitudine? Solo quando la rettitudine smetterà di essere preziosa per me, allora sarò veramente morto per il bene.
No, signore, rinuncio per sempre a tutti i ricordi dolorosi. I miei mali non sono abbastanza divertenti da essere ricordati con piacere; sono abbastanza felice se sono libero e posso esalare il mio ultimo respiro tra le braccia di un amico. In questo vi prometto soltanto ciò che prometto a me stesso: che possa godere ancora di alcuni giorni di pace prima della mia morte.
Finora, signore, ho parlato soltanto della vostra ragione; ora ho solo una parola da dire al vostro cuore. Vedete un infelice ridotto alla disperazione, che non aspetta altro che l’ora della sua morte. Potete riportare quest’uomo sfortunato in vita, potete diventare il suo salvatore e trasformare l’essere più misero in colui più felice. Non vi dirò di più, se non questa ultima parola che merita di essere ripetuta. Vedo avvicinarsi la mia ora estrema; sono deciso, se necessario, ad andarla a cercare, e a morire, o a essere libero. Non c’è altra scelta.
Lettera DCCLXIX – A Sua Signoria il marchese di Mirabeau
Calais, 22 maggio 1767.
Sono giunto qui, signore, dopo molte avventure strane che richiederebbero un racconto più lungo di quanto possa risultare divertente. Vorrei con tutto il mio cuore trascorrere gli ultimi anni della mia vita nel castello di Trye; tuttavia, per intraprendere una simile decisione, sarebbe necessaria una maggiore certezza riguardo alla durata del mio soggiorno, cosa che voi non potete garantirmi. Per me, l’unica possibilità è un riposo stabile, e questo solo nello stato di Venezia; nonostante la lunghezza del viaggio, sono deciso a tentare. La mia situazione, in ogni caso, mi costringerà ad effettuare soste il più brevi possibile. Desidero ardentemente fare una breve tappa a Parigi per vedervi, purché riesca a mantenere l’incognito necessario e sia certo che questo breve soggiorno non vi dispiaccia. Permettetemi di consultarvi al riguardo; sono deciso ad agire immediatamente e il più rapidamente possibile, se ritenete che questa sia la scelta migliore. Non vi dirò altro qui, signore, ma attendo con impazienza vostre notizie e prevedo di fermarmi ad Amiens per riceverle. Vi prego di rispondermi tramite il signor Barthélemi Midy, commerciante: questa risposta determinerà la mia prossima mossa. Possa essa, signore, realizzare il mio ardente desiderio di incontrare e abbracciare quel nobile amico dell’umanità!
Lettera DCCLXXI – A Sua Signoria il marchese di Mirabeau
Amiens, 2 giugno 1767.
Ho ritardato a scrivervi, signore, fino a quando non sono stato in grado di comunicarvi la data della mia partenza e il luogo dell’arrivo. Intendo partire domani e arrivare dopodomani sera a Saint-Denys, dove rimarrò il giorno seguente, venerdì, in attesa delle vostre notizie. Alloggerò presso i Trois Maillets. Poiché a Saint-Denys si trovano fiacche, non è necessario che veniate personalmente; basterà che abbiate la gentilezza di inviare un domestico che ci porti nell’ospizio che avrete deciso di destinarmi. È stato impossibile per me rimanere sconosciuto, come desideravo; temo quindi che il mio nome possa seguirmi ovunque vada. In ogni caso, qualunque nome gli altri mi diano, io userò quello di Monsieur Jacques, e è sotto questo nome che potrete farmi chiamare presso i Trois Maillets. Niente eguaglia la gioia con cui abiterò nella vostra casa, se non l’impazienza ardente di poter abbracciare il suo nobile padrone.
Lettera DCCLXXIII – A Sua Signoria il marchese di Mirabeau
Fleury, venerdì alle dodici, 5 giugno 1767.
Il faut, monsieur, Jouir de vos bontés et de vos soins, et ne vous remercier plus de rien. L’air, la maison, le jardin, le parc, tout est admirable ; et je me suis dépêché de m’emparer de tout par la possession, c’est-à-dire par la jouissance. J’ai parcouru tous les environs, et au retour j’ai trouvé M. Garçon, qui m’a tiré de peine sur votre retour d’hier, et m’a donné l’espoir de vous voir demain. Je ne veux point me laisser donner d’inquiétudes ; mais, quelque agréable et douce que me soit l’habitation de votre maison, mon intention est toujours de les prévenir. Mille très humbles salutations et respects de mademoiselle Le Vasseur.
Lettre DCCLXXV – À M. du Peyrou
Le 10 juin 1767.
Je reçois, mon cher hôte, votre n° 46 ; je n’ai point reçu les trois précédents. Je veux supposer, pour ma consolation, que la goutte n’est point venue, et que, selon vos arrangements, vous arriverez aujourd’hui ou demain à Paris. Cela étant, allez, je vous supplie, au Luxembourg voir M. le marquis de Mirabeau ; vous saurez par lui de mes nouvelles. Il n’est prévenu de rien, parce que je ne l’ai pas vu depuis la réception de votre lettre ; mais il suffira de vous nommer. Ne sachant si cette lettre vous parviendra, je n’en dirai pas ici davantage. Je vous embrasse de tout mon coeur.
Si par hasard M. le marquis de Mirabeau n’était pas chez lui, demandez M. Garçon, son secrétaire.
Lettre DCCLXXVII – À M. du Peyrou
Au Château de Trye, le 21 juin 1767.
J’arrive heureusement, mon cher hôte, avec M. Coindet, qui vous rendra compte de l’état des choses. J’espère, les premiers embarras levés, pouvoir couler ici des jours assez tranquilles, sous la protection du grand prince qui me donne cet asile. Donnez-m’y souvent de vos nouvelles, cher ami ; vous savez combien elles sont nécessaires à mon bonheur. Vous pouvez remettre vos lettres à M. Coindet, ou les faire mettre à la poste sous cette adresse, à M. Manoury, lieutenant des chasses de M. le prince de Conti, pour remettre à M. Renou, au château de Trye, par Gisors. Quand vous aurez quelque paquet à me faire tenir, il y a un carrosse de Gisors qui va à Paris tous les mercredis, et revient tous les samedis : mais je ne sais pas où en est le bureau à Paris ; cela n’est pas difficile à trouver ; il faut se servir par le carrosse de la même adresse. M. Coindet va partir, je suis très pressé ; je finis en vous embrassant de tout mon coeur.
Lettre DCCLXXIX – À Milord Harcourt
Le 10 juillet 1767.
Je reçois seulement en ce moment, milord, la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire le 7 mai, et le billet que vous m’avez envoyé sous la même date. En vous remerciant de l’une et de l’autre, et en vous réitérant mes très humbles excuses de la peine que vous avez bien voulu prendre en ma faveur, permettez qu’étant éloigné de vous je prenne la liberté de me recommander à l’honneur de votre souvenir, de vous assurer que vos bontés ne sortiront point de ma mémoire, et de vous renouveler les protestations de ma reconnaissance et de mon respect.
Je vous demande la permission, milord, de ne point dater, quant à présent, du lieu de ma retraite, et de ne plus signer un nom sous lequel j’ai vécu si malheureux. Vous ne tarderez pas d’être instruit de celui que j’ai pris, et sous lequel je vous rendrai désormais mes hommages, si vous me permettez de vous les renouveler quelquefois. Si vous m’honorez d’une réponse, M. Watelet est à portée de me la faire passer.
Lettre DCCLXXXI – À M. le marquis de Mirabeau
Trye, le 26 juillet 1767.
J’aurais dû, monsieur, vous écrire en recevant votre dernier billet ; mais j’ai mieux aimé tarder quelques jours encore à réparer ma négligence, et pouvoir vous parler en même temps du livre[948] que vous m’avez envoyé. Dans l’impossibilité de le lire tout entier, j’ai choisi les chapitres où l’auteur casse les vitres, et qui m’ont paru les plus importants. Cette lecture m’a moins satisfait que je ne m’y attendais ; et je sens que les traces de mes vieilles idées, racornies dans mon cerveau, ne permettent plus à des idées si nouvelles d’y faire de fortes impressions. Je n’ai jamais pu bien entendre ce que c’était que cette évidence qui sert de base au despotisme légal, et rien ne m’a paru moins évident que le chapitre qui traite de toutes ces évidences. Ceci ressemble assez au système de l’abbé de Saint -Pierre, qui prétendait que la raison humaine allait toujours en se perfectionnant, attendu que chaque siècle ajoute ses lumières à celles des siècles précédents. Il ne voyait pas que l’entendement humain n’a toujours qu’Une même mesure et très étroite, qu’il perd d’un côté tout autant qu’il gagne de l’autre, et que des préjugés toujours renaissants nous ôtent autant de lumières acquises que la raison cultivée en peut remplacer. Il me semble que l’évidence ne peut jamais être dans les lois naturelles et politiques qu’en les considérant par abstraction. Dans un gouvernement particulier, que tant d’éléments divers composent, cette évidence disparait nécessairement. Car la science du gouvernement n’est qu’une science de combinaisons, d’applications et d’exceptions, selon les temps, les lieux, les circonstances. Jamais le public ne peut voir avec évidence les rapports et le jeu de tout cela. Et, de grâce, qu’arrivera-t-il ? que deviendront vos droits sacrés de propriété dans de grands dangers, dans des calamités extraordinaires, quand vos valeurs disponibles ne suffiront plus, et que le salus populi suprema lex esto sera prononcé par le despote ?
Mais supposons toute cette théorie des lois naturelles toujours parfaitement évidente, même dans ses applications, et d’une clarté qui se proportionne à tous les yeux ; comment des philosophes qui connaissent le coeur humain peuvent-ils donner à cette évidence tant d’autorité sur les actions des hommes ? comme s’ils ignoraient que chacun se conduit très rarement par ses lumières et très fréquemment par ses passions. On prouve que le plus véritable intérêt du despote est de gouverner légalement, cela est reconnu de tous les temps ; mais qui est-ce qui se conduit sur ses plus vrais intérêts ? le sage seul, s’il existe. Vous faites donc, messieurs, de vos despotes autant de sages. Presque tous les hommes connaissent leurs vrais intérêts, et ne les suivent pas mieux pour cela. Le prodigue qui mange ses capitaux sait parfaitement qu’il se ruine, et n’en va pas moins son train : de quoi sert que la raison nous éclaire quand la passion nous conduit ?
« Video meliora proboque,
Deteriora sequor. »
Voilà ce que fera votre despote, ambitieux, prodigue, avare, amoureux, vindicatif, jaloux, faible : car c’est ainsi qu’ils font tous, et que nous faisons tous. Messieurs, permettez-moi de vous le dire, vous donnez trop de force à vos calculs, et pas assez aux penchants du coeur humain et au jeu des passions. Votre système est très bon pour les gens de l’Utopie ; il ne vaut rien pour les enfants d’Adam.
Voici, dans mes vieilles idées, le grand problème en politique, que je compare à celui de la quadrature du cercle en géométrie, et à celui des longitudes en astronomie : Trouver une forme de gouvernement qui mette la loi au-dessus de l’homme.
Si cette forme est trouvable, cherchons-la et tachons de rétablir. Vous prétendez, messieurs, trouver cette loi dominante dans l’évidence des autres. Vous prouvez trop ; car cette évidence a dû être dans tous les gouvernements, ou ne sera jamais dans aucun.
Si malheureusement cette forme n’est pas trouvable, et j’avoue ingénument que je crois qu’elle ne l’est pas, mon avis est qu’il faut passer à l’autre extrémité, et mettre tout d’un coup l’homme aillant au-dessus de la loi qu’il peut l’être, par conséquent établir le despotisme arbitraire et le plus arbitraire qu’il est possible : je voudrais que le despote put être dieu. En un mot, je ne vois point de milieu supportable entre la plus austère démocratie et le hobbisme le plus parfait : car le conflit des hommes et des lois, qui met dans l’état une guerre intestine continuelle, est le pire de tous les états politiques.
Mais les Caligula, les Néron, les Tibère !… Mon Dieu !… je me roule par terre, et je gémis d’être homme.
Je n’ai pas entendu tout ce que vous avez dit des lois dans votre livre, et ce qu’en dit l’auteur nouveau dans le sien. Je trouve qu’il traite un peu légèrement des diverses formes de gouvernement, bien légèrement surtout des suffrages. Ce qu’il a dit des vices du despotisme électif est très vrai, ces vices sont terribles. Ceux du despotisme héréditaire, qu’il n’a pas dits, le sont encore plus.
Voici un second problème qui depuis longtemps m’a roulé dans l’esprit.
Sir, it is my duty to enjoy your kindnesses and care, and thus there is no need for me to express further gratitude. The air, the house, the garden, the park—everything is delightful; I hastened to take possession of all these things through actual enjoyment. I explored the surrounding areas, and upon returning, I met Mr. Garçon, who relieved me of my worries regarding your return yesterday and gave me hope of seeing you tomorrow. I wish to avoid causing you any concern; however, no matter how pleasant and comfortable my stay in your home may be, my intention is always to prevent any troubles for you. With thousands of humble greetings and respects from Mademoiselle Le Vasseur.
Letter DCCLXXV – To Mr. du Peyrou
June 10, 1767.
I have received your letter number 46, my dear host; I have not received the three previous ones. For my own comfort, I would like to assume that nothing unfortunate has happened and that, according to your arrangements, you will arrive in Paris today or tomorrow. In that case, please go and see Monsieur le Marquis de Mirabeau at the Luxembourg; he will tell you about me. He has been informed of nothing, because I have not seen him since receiving your letter; but just mention my name to him. Not knowing whether this letter will reach you, I will say no more here. I embrace you with all my heart.
Should it so happen that Mr. Marquis de Mirabeau is not at home, please ask for Mr. Garçon, his secretary.
Letter DCCLXXVII – To Mr. du Peyrou
At the Château of Trye, on June 21, 1767.
Fortunately, I have arrived, my dear host, together with Mr. Coindet, who will inform you of the current situation. I hope that once the initial difficulties are overcome, I will be able to spend some peaceful days here, under the protection of the great prince who has granted me this refuge. Please send me news from time to time, my dear friend; you know how essential it is for my happiness. You may deliver your letters directly to Mr. Coindet, or have them sent to M. Manoury, the hunting lieutenant of Prince de Conti, at this address, so that they can be forwarded to me at the château of Trye via Gisors. If you have any packages to send to me, there is a carriage departing from Gisors for Paris every Wednesday and returning every Saturday; however, I am not sure where the post office is located in Paris. It should not be difficult to find; simply use the same address when sending the carriage. Mr. Coindet is about to leave; I am in a hurry. I conclude by embracing you with all my heart.
Letter DCCLXXIX – To Lord Harcourt
On July 10, 1767.
At this very moment, my lord, I am only receiving the letter you had the kindness to write to me on May 7th, as well as the note you sent on the same date. I thank you for both of them, and once again, I express my most humble apologies for the trouble you have taken on my behalf. Since I am far from you at present, allow me to take the liberty of reminding you of my existence, assuring you that your kindnesses will never be forgotten by me, and renewing my expressions of gratitude and respect towards you.
I beg your permission, my lord, not to disclose at present the location of my retreat, nor to continue using the name under which I have lived such unhappy times. You will soon be informed of the new name I have taken, and under which I shall henceforth address you if you allow me to renew my respects to you from time to time. Should you deign to respond, Mr. Watelet is at hand to deliver it to me.
Letter DCCLXXXI – To Mr. the Marquis of Mirabeau
Trye, July 26, 1767.
I should have written to you immediately upon receiving your last letter, sir; but I preferred to wait a few days longer in order to rectify my negligence and also to have the opportunity to discuss with you the book[948] you sent me. Since it was impossible for me to read it in its entirety, I chose those chapters in which the author discusses topics that, in my opinion, are particularly important. However, this reading did not satisfy me as much as I had hoped; I feel that the remnants of my old ideas, entrenched in my mind, prevent such new concepts from making a strong impression on me. I have never truly understood what this so-called “evidence” is that serves as the basis for legal despotism, and nothing seemed less evident to me than the chapters that dealt with these issues. This is somewhat similar to the philosophy of Abbé de Saint-Pierre, who claimed that human reason would continue to improve as each century added its own light to that of previous centuries. He failed to realize that human understanding remains fundamentally limited and narrow; it loses just as much on one side as it gains on another, and that recurring prejudices constantly deprive us of the knowledge we have acquired, even though cultivated reason might be able to replace some of it. In my view, the so-called “evidence” inherent in natural and political laws can only be discerned when they are considered in an abstract manner. In any particular government, composed of so many diverse elements, this “evidence” inevitably disappears. After all, the science of governance is essentially a matter of combining various principles, applying them according to different times, places, and circumstances. The general public can never clearly see the relationships and interconnections within such a system. And then, I ask you: what will happen when your sacred rights to property are threatened by great dangers or extraordinary calamities, when available resources are no longer sufficient, and when the “supreme law of the people” is invoked by a despot?
But suppose all this theory of natural laws were always perfectly evident, even in its applications, and possessed a clarity that was clear to everyone; how then could philosophers who understand the human heart grant such authority to this apparent truth in guiding people’s actions? As if they did not know that very few people act according to reason, but far more often driven by their passions. It is acknowledged by all times that the true interest of a despot is to rule lawfully; yet who acts according to their true interests? Only the wise, if such exist at all. Thus, gentlemen, you are treating your despots as if they were sages themselves. Almost everyone understands their own true interests, but that does not mean they act in accordance with them. The prodigal man who squanders his wealth knows full well that he is ruining himself, yet he continues on his path anyway: what use is reason when passion guides us?
“Video meliora proboque,”
“Deteriora sequor.”
This is what your despots—ambitious, wasteful, greedy, loving, vindictive, jealous, weak—will do; for this is how they all act, and so do we all. Gentlemen, allow me to tell you: you place too much emphasis on reason and calculation, and not enough on the inclinations of the human heart and the forces of passion. Your system may be very good for people in Utopia, but it is of no use at all for the children of Adam.
In my old ideas, I see the great problem in politics as analogous to that of finding the square of a circle in geometry, or to that of calculating longitudes in astronomy: to discover a form of government that places the law above man.
If this form can be found, let us seek it and endeavor to restore it. You claim, gentlemen, to discover this dominant law within the evidence presented by other things. But you prove too much; for such evidence must have existed in all forms of government, or else it will never exist in any at all.
If, unfortunately, this form cannot be found—and I frankly believe that it cannot—then in my opinion we should resort to the other extreme: we should place man above the law, to the greatest extent possible; consequently, we should establish arbitrary despotism, the most arbitrary form of it imaginable. I would even want for the despot to be considered a god. In short, I see no viable middle ground between the strictest democracy and the most perfect form of hobbesian governance, for the conflict between men and laws, which leads to constant internal strife, is the worst state of affairs conceivable in politics.
But Caligula, Nero, Tiberius!. My God!. I roll on the ground, lamenting that I am human.
I haven’t heard everything you said about laws in your book, nor what the new author has to say about them in his. I think he deals with the various forms of government rather lightly, especially when it comes to suffrage. What he said about the evils of elective despotism is very true; those evils are terrible. As for the evils of hereditary despotism, which he did not mention, they are even worse.
Here is a second problem that has been bothering me for a long time.
“Signore, è necessario godere delle vostre gentilezze e dei vostri riguardi, senza dovervi più ringraziare per nulla. L’aria, la casa, il giardino, il parco, tutto è meraviglioso; e mi sono affrettato a prendere possesso di tutto, cioè ad assaporarne i piaceri. Ho esplorato tutti i dintorni, e al ritorno ho incontrato il signor Garçon, che mi ha rassicurato riguardo al vostro ritorno di ieri e mi ha dato la speranza di vedervi domani. Non voglio assolutamente permettermi di essere preoccupato; tuttavia, per quanto piacevole e confortevole sia l’ambiente della vostra casa, il mio intento è sempre quello di evitare qualsiasi motivo di ansia. Mille umili saluti e rispetti da parte di mademoiselle Le Vasseur.”
Lettera DCCLXXV – A Monsieur du Peyrou
Il 10 giugno 1767.
Caro ospite, ricevo la vostra lettera numero 46; non ho ricevuto le tre precedenti. Vorrei supporre, per consolarmi, che quella lettera non sia mai arrivata e che, secondo i vostri piani, arriverete a Parigi oggi o domani. In tal caso, vi prego di andare al Luxembourg a trovare il marchese de Mirabeau: da lui potrete avere notizie mie. Non è stato informato di nulla, perché non l’ho più visto da quando ho ricevuto la vostra lettera; ma basterà che menzioniate il mio nome. Non sapendo se questa lettera vi arriverà, non dirò altro. Vi abbraccio con tutto il mio cuore.
Se per caso il marchese di Mirabeau non fosse in casa, chiedete di M. Garçon, il suo segretario.
Lettera DCCLXXVII – A Monsieur du Peyrou
Al Castello di Trye, il 21 giugno 1767.
Arrivo felicemente, mio caro ospite, insieme a Monsieur Coindet, che vi racconterà della situazione attuale. Spero che, una volta superati i primi ostacoli, possa trascorrere qui giorni abbastanza tranquilli, sotto la protezione del grande principe che mi ha concesso questo rifugio. Scrivetemi spesso, caro amico; sapete quanto siano necessarie queste notizie per il mio benessere. Potete inviare le vostre lettere a Monsieur Coindet, oppure farle spedire all’indirizzo di Monsieur Manoury, luogotenente delle caccie del principe di Conti, affinché le consegni a Monsieur Renou, al castello di Trye, passando per Gisors. Quando avrete qualche pacchetto da farmi avere, ogni mercoledì parte da Gisors una carrozza diretta a Parigi e ritorna ogni sabato; tuttavia non so dove si trovi l’ufficio postale a Parigi. Non sarà difficile trovarlo; basterà utilizzare la stessa carrozza per l’invio. Monsieur Coindet sta per partire; sono molto impegnato. Concludo abbracciandovi con tutto il mio cuore.
Lettera DCCLXXIX – A Lord Harcourt
Il 10 luglio 1767.
Milord, in questo momento sto ricevendo soltanto la lettera che mi avete onorato di scrivere il 7 maggio, nonché il biglietto che mi avete inviato nella stessa data. Ringraziandovi per entrambi e ribadendo le mie più umili scuse per la pena che vi siete preso a mio favore, permettetemi, essendo lontano da voi, di chiedervi di ricordarvi di me, di assicurarvi che le vostre gentilezze non usciranno mai dalla mia memoria e di rinnovarvi le mie proteste di gratitudine e rispetto.
Vi chiedo il permesso, milord, di non rivelare, per il momento, il luogo della mia ritirata, e di non firmare più con il nome sotto cui ho vissuto tante sfortune. Non trascorrerà molto tempo prima che veniate informato del nome che ho adottato, e sotto il quale vi renderò da ora in poi i miei omaggi, se mi permetterete di rinnovarveli di tanto in tanto. Se avrete la gentilezza di rispondermi, il signor Watelet sarà a portata di mano per farvi pervenire la mia risposta.
Lettera DCCLXXXI – A Sua Signoria il marchese di Mirabeau
Trye, 26 luglio 1767.
Avrei dovuto scrivervi subito dopo aver ricevuto la sua ultima lettera, signore; ma ho preferito attendere qualche giorno in più per rimediare alla mia negligenza e poter parlare contemporaneamente del libro[948] che mi ha inviato. Non avendo la possibilità di leggerlo interamente, ho selezionato i capitoli in cui l’autore analizza quelle idee che, a mio parere, sono le più importanti. Tuttavia, questa lettura non mi ha soddisfatto come mi aspettavo; sento infatti che le vecchie concezioni radicate nel mio cervello impediscono alle nuove idee di lasciare un segno profondo in me. Non ho mai riuscito a comprendere appieno ciò che si intende per “evidenza” quando questa viene utilizzata come fondamento del dispotismo legale; anzi, nulla mi è sembrato meno evidente di quei capitoli che ne trattano. Questo concetto ricorda molto il sistema dell’abate de Saint-Pierre, il quale sosteneva che la ragione umana si perfezioni continuamente, poiché ogni secolo aggiunge le proprie “luci” a quelle dei secoli precedenti. Non si rendeva conto, però, che l’intelligenza umana ha sempre una misura molto limitata: perde da un lato ciò che guadagna dall’altro, e i pregiudizi che continuano a rinascere ci privano delle conoscenze acquisite, proprio nel momento in cui la ragione coltivata dovrebbe permetterci di compensarle. A mio parere, l’evidenza nelle leggi naturali e politiche può esistere soltanto quando queste vengono considerate in modo astratto. In un governo composto da tanti elementi diversi, tale evidenza scompare inevitabilmente: la scienza del governo non è altro che una conoscenza basata su combinazioni, applicazioni ed eccezioni, a seconda dei tempi, dei luoghi e delle circostanze. Il pubblico, in genere, non può comprendere con chiarezza i rapporti e le dinamiche di tutto ciò. E allora, cosa accadrà? Cosa diventeranno i nostri sacri diritti di proprietà di fronte a grandi pericoli e calamità straordinarie, quando i beni disponibili non saranno più sufficienti, e il “salus populi suprema” dovrà essere deciso da un despota?
Ma supponiamo che tutta questa teoria delle leggi naturali sia sempre perfettamente evidente, anche nelle sue applicazioni, e abbia una chiarezza tale da essere comprensibile a tutti; come possono allora dei filosofi che conoscono il cuore umano attribuire a questa evidenza un’autorità così grande sulle azioni degli uomini? Come se ignorassero che ognuno si comporti molto raramente seguendo la ragione e molto spesso guidato dalle passioni. Si dimostra che l’interesse più vero di un despota sia governare legalmente, e questo è riconosciuto da sempre; ma chi si comporta secondo i propri veri interessi? Solo il saggio, se esiste. Quindi, signori, voi trasformate i vostri despoti in saggi. Quasi tutti gli uomini conoscono i propri veri interessi, ma non li seguono certo di conseguenza. Il dissipatore che consuma i propri beni sa perfettamente di distruggersi, eppure continua comunque a comportarsi così: a cosa serve dunque che la ragione ci illumini quando sono le passioni a guidarci?
“Videi che ci sono cose migliori da provare, ”
“La conseguenza è sempre peggiore.”
Ecco ciò che farà il vostro despota: ambizioso, prodigo, avaro, amorevole, vendicativo, geloso, debole, perché è così che fanno tutti, e che facciamo tutti noi. Signori, permettetemi di dirlo: date troppa importanza ai vostri calcoli, e non abbastanza alle inclinazioni del cuore umano e al gioco delle passioni. Il vostro sistema è molto valido per le persone dell’Utopia, ma non vale nulla per i figli di Adamo.
Ecco, nelle mie vecchie idee, il grande problema in politica: lo paragono a quello della quadratura del cerchio in geometria e a quello delle longitudini in astronomia: trovare una forma di governo che ponga la legge al di sopra dell’uomo.
Se questa forma esiste, cerchiamola e impegniamoci a ripristinarla. Voi affermate, signori, di trovare questa legge dominante nell’evidenza delle altre. Ma dimostrate troppo: infatti, tale evidenza deve essere stata presente in tutti i governi, oppure non esisterà mai in nessuno.
Sfortunatamente questa forma non esiste, e devo ammettere onestamente che credo proprio che non esista; pertanto, secondo me, bisogna procedere nell’altra direzione: elevare l’uomo al di sopra della legge, permettendogli di farlo, e quindi instaurare un dispotismo arbitrario, il più arbitrario possibile. Vorrei che il despota potesse essere considerato un dio. In breve, non vedo alcuna via di mezzo accettabile tra la democrazia più austera e l’hobbismo più perfetto: infatti, il conflitto tra gli uomini e le leggi, che genera uno stato di guerra interna continua, è senz’altro il peggiore dei possibili sistemi politici.
Ma i Caligola, i Nerone, i Tiberi. Mio Dio. Mi rotolo per terra e gemevo per essere un uomo.
Non ho ascoltato tutto ciò che avete detto sulle leggi nel vostro libro, né ciò che ne dice l’autore nuovo nel suo. Credo che tratti in modo piuttosto superficiale le diverse forme di governo, soprattutto i sistemi elettorali. Quello che ha detto sui vizi del dispotismo elettivo è molto vero: questi vizi sono terribili. Quelli del dispotismo ereditario, di cui non ha parlato, lo sono ancora di più.
Ecco un secondo problema che da molto tempo mi assilla nella mente.
Trouver dans le despotisme arbitraire une forme de succession qui ne soit ni élective ni héréditaire, ou plutôt qui soit à la fois l’une et l’autre, et par laquelle on s’assure, autant qu’il est possible, de n’avoir ni des Tibère ni des Néron.
Si jamais j’ai le malheur de m’occuper derechef de cette folle idée, je vous reprocherai toute ma vie de m’avoir ôté de mon râtelier. J’espère que cela n’arrivera pas ; mais, monsieur, quoi qu’il arrive, ne me parlez plus de votre despotisme légal. Je ne saurais le goûter ni même l’entendre ; et je ne vois là que deux mots contradictoires, qui réunis ne signifient rien pour moi.
Je connais d’autant moins votre principe de population, qu’il me paraît inexplicable en lui-même, contradictoire avec les faits, impossible à concilier avec l’origine des nations. Selon vous, monsieur, la population multiplicative n’aurait dû commencer que quand elle a cessé réellement. Dans mes vieilles idées, sitôt qu’il y a eu pour un sou de ce que vous appelez richesses ou valeur disponible, sitôt que s’est fait le premier échange, la population multiplicative a dû cesser ; c’est aussi ce qui est arrivé.
Votre système économique est admirable. Rien n’est plus profond, plus vrai, mieux vu, plus utile. il est plein de grandes et sublimes vérités qui transportent. Il s’étend à tout : le champ est vaste ; mais j’ai peur qu’il n’aboutisse à des pays bien différents de ceux où vous prétendez aller.
J’ai voulu vous marquer mon obéissance en vous montrant que je vous avais du moins parcouru. Maintenant, illustre ami des hommes et le mien, je me prosterne à vos pieds pour vous conjurer d’avoir pitié de mon étal et de nies malheurs, de laisser en paix ma mourante tête, de n’y plus réveiller des idées presque éteintes, et qui ne peuvent renaître que pour m’abîmer dans de nouveaux gouffres de maux. Aimez-moi toujours, mais ne m’envoyez plus de livres, n’exigez plus que j’en lise ; ne teniez pas même de m’éclairer si je m’égare : il n’est plus temps. On ne se convertit point sincèrement à mon âge. Je puis me tromper, et vous pouvez me convaincre, mais non pas me persuader. D’ailleurs, je ne dispute jamais ; j’aime mieux céder et me taire : trouvez bon que je m’en tienne à cette résolution. Je vous embrasse de la plus tendre amitié et avec le plus vrai respect.
Observation
Cette lettre, extrêmement remarquable, était provoquée par le marquis de Mirabeau, qui avait envoyé à Rousseau l’ouvrage de M. Mercier la Rivière (sur l’ordre essentiel des sociétés), prédicateur de la doctrine du despotisme légal. Par la réunion de ces deux mots qui se repoussent, on voulait établir l’opinion la plus révoltante ; celle qui veut que le caprice d’un homme soit une loi, ou qui donne force de loi à toutes les bizarreries dont puisse être affecté le cerveau d’un roi malade. Telle était la forme de gouvernement dont l’ami des hommes aurait voulu gratifier ses amis. Avec quelle énergie Rousseau combat un si déplorable système ! À cette lettre M. de Mirabeau fit une réponse volumineuse, datée du 30 juillet, et dans laquelle il tache de faire revenir son cher et digne ami ; c’est ainsi qu’il appelle Jean-Jacques à diverses reprises. Il explique la science économique ; et l’on voit que son but était d’enrôler Rousseau dans sa secte. » Pour être économiste, lui dit-il, il faut être honnête homme ou le devenir. C’est à ce titre que vous l’êtes, mon digne ami, et cela sans vous convertir. Nous n’avons qu’un seul et même but, qui est le bonheur de l’humanité. » Le marquis faisait, comme on sait, une exception en faveur de sa femme et de ses enfants, envers lesquels il fut injuste et dur. Rousseau sut résister aux raisons du marquis, et s’obstina à dire qu’il ne savait plus lire, ni comprendre, et qu’il ne meublait sa tête que de foin. Il en fit cependant sortir, cinq ans après, ses Considérations sur le gouvernement de Pologne, qui ne prouvent pas en faveur de la doctrine du despotisme légal.
Lettre DCCLXXXII – À M. du Peyrou
Le 1er août 1767.
Si, comme je l’espère, mon très cher hôte, vous avez reçu ma lettre précédente, vous y aurez vu combien j’avais besoin de la vôtre du 20 pour me tranquilliser sur votre voyage. Grâce à Dieu, vous voilà arrivé exempt de goutte ; et, quand même elle vous prendrait où vous êtes, ce qui, je me flatte, n’arrivera pas, j’en serais moins effrayé que de vous savoir arrêté en route dans une auberge, malheur que j’ai craint dans ces circonstances pardessus tout. Si votre vie ambulante de cette année pouvait, pour cette fois, vous exempter de la goutte, je ne désespérerais pas qu’avec vos précautions et la botanique, vous n’en fussiez peut-être délivré tout-à-fait. Ainsi soit-il.
Je ne vous dirai pas ce qui s’est passé ici depuis votre départ ; peut-être cela changera-t-il avant votre retour. Son altesse, qui malheureusement a fait un voyage, doit revenir dans peu de jours
J’écris, comme vous le désirez, à Douvres ; mais je tire un mauvais augure, pour le sort des lettres de change, de ce que votre lettre ne vous a pas été renvoyée. Si vous m’eussiez consulté quand vous la fîtes partir, je vous aurais conseillé d’attendre une autre occasion. J’espère que vous aurez été plus heureux à retirer l’opéra.
Je suis encore incertain sur la meilleure voie pour avoir recours à vos banquiers, c’est-à-dire sur le meilleur nom à prendre. Comme cela ne presse point du tout, nous aurons le temps d’en délibérer. S’il ne vous était pas incommode de vous charger vous-même du semestre échu quand vous viendrez me voir, cela ferait que, n’ayant rien à recevoir d’eux jusqu’à l’année prochaine, j’aurais tout le temps de penser aux meilleurs arrangements pour cela. En attendant, il est à croire que l’affaire de la pension sera déterminée de manière ou d’autre ; elle ne l’est pas jusqu’ici.
Je comprends que celle de vos affaires que vous avez terminée la première où vous êtes est celle d’autrui, et je vous reconnais bien là. Tâchez, cher ami, d’arranger si solidement les vôtres, que vous n’ayez pas souvent de pareils voyages à faire. Il vaut encore mieux s’aller promener au creux du vent par la pluie, qu’en Hollande par le beau temps.
Je n’ai ici ni carte, ni livres, ni instructions, pour votre route ; mais je suis très sûr que vous pouvez venir ici en droiture sans avoir besoin de passer par Paris. Je crois que Beauvais n’est pas fort éloigné de votre route ; il y en a une de Beauvais à Gisors, et la distance de ces deux villes n’est que de six lieues ; les mêmes chevaux de poste les font, à ce qu’on m’a dit. Ce château est sur la même route, ou du moins très près et seulement à demi-lieue de Gisors. Vous pouvez aisément vous arranger pour y venir mettre pied à terre, et vous enverrez votre voiture et vos gens à Gisors.
Je vous prie de dire pour moi mille choses à monsieur et à madame Rey. Voyez aussi, de grâce, ma petite filleule ; embrassez-la de ma part. Je serais bien aise d’avoir à votre retour quelques détails sur la figure et le caractère de cette chère enfant ; elle a cinq ans passés ; on doit commencer d’y voir quelque chose.
J’attends de vos nouvelles avec la plus vive impatience ; instruisez-moi le plus tôt que vous pourrez du temps de votre départ, et, s’il se peut, de celui de votre arrivée. Cette idée me fait d’avance tressaillir de joie. Ma soeur vous baise les mains, et partage mon empressement. Adieu, mon cher hôte, je vous embrasse de tout mon coeur.
Ne pourriez-vous point trouver où vous êtes l’Agrostographia, ou Traité des Gramen de Scheuzer ? Il est impossible de l’avoir à Paris. Si vous pouviez aussi trouver la Méthode de Ludwig, ou quelque autre bon livre de botanique, vous me feriez grand plaisir. Les miens sont en Angleterre avec mes guenilles, et l’on ne se presse pas de me les renvoyer.
Lettre DCCLXXXIV – À M. Guy
Écrite de Normandie, le 6 août 1767.
Remerciez mon excellente amie, madame La Tour, de son petit billet, et dites-lui que les premiers épanouissements de mon coeur seront pour elle ; je ne peux rien de plus quant à présent. Elle m’avait envoyé son adresse, mais sa lettre est restée avec mes papiers, et il m’est impossible de m’en ressouvenir.
Lettre DCCLXXXVI – À Madame la maréchale de Luxembourg
Trye, le 16 août 1767.
To find within arbitrary despotism a form of succession that is neither elective nor hereditary—or rather, that combines both characteristics—and by which one can ensure, as much as possible, the avoidance of rulers like Tiberius or Nero.
If I ever have the misfortune to take up that insane idea again, I will blame you for the rest of my life for having removed me from my “rack.” I hope it never happens; but, sir, whatever happens, do not talk to me about your so-called “legal despotism” anymore. I would neither be able to appreciate it nor even listen to it; in my eyes, those are just two contradictory terms that, when combined, mean nothing at all to me.
I know even less about your theory of population, for it seems to me inexplicable in itself, contradictory to facts, and impossible to reconcile with the origins of nations. According to you, sir, the process of population growth through multiplication should not have begun until such growth had actually ceased. In my old ideas, as soon as there existed even a minimal amount of what you call wealth or available value, as soon as the first exchanges took place, the process of population growth through multiplication would have had to stop—and that is indeed what happened.
Your economic system is admirable. Nothing is more profound, more true, more well-understood, or more useful. It is filled with great and sublime truths that are truly transformative. It encompasses everything; the scope is vast. However, I fear that it may lead to outcomes quite different from those you claim it will achieve.
I wished to demonstrate my obedience to you by showing you that I had at least read what you had written. Now, illustrious friend of mankind and mine, I prostrate myself before you and implore you to have mercy on my plight and to spare me further misfortune. Leave my dying mind in peace; do not awaken within it those ideas that are nearly extinct—and that could only bring me into new abysses of suffering. Love me as always, but do not send me any more books, nor demand that I read them. Do not even consider enlightening me if I should wander astray: it is too late. At my age, one cannot truly convert to your beliefs. I may be mistaken, and you can try to convince me, but not necessarily succeed. Moreover, I never argue; I prefer to yield and remain silent. Please accept that I resolve to do so. I embrace you with the tenderest friendship and the most sincere respect.
Observation
This letter, extremely remarkable in its nature, was provoked by the Marquis de Mirabeau, who had sent Rousseau the work of Monsieur Mercier la Rivière—on the fundamental order of societies—and which promoted the doctrine of legal despotism. By combining these two seemingly contradictory concepts, Mirabeau sought to establish the most outrageous idea conceivable: that the caprice of a single individual could constitute law, or that any whimsy arising from the mind of a sick king should carry legislative force. Such was the form of government that this “friend of mankind” purportedly wished to bestow upon his fellow humans. How passionately Rousseau opposed such a detestable system! In response, Monsieur de Mirabeau penned a lengthy reply dated July 30th, in which he tried to persuade his dear and worthy friend—to use his own words—to reconsider his stance. He explained the principles of economic science, clearly aiming to recruit Rousseau into his philosophical camp. “To be an economist,” he wrote, “one must be or become an honest man. In that respect, you are one, my worthy friend, without needing to convert to our beliefs. We share a single goal: the happiness of humanity.” As is well known, however, the Marquis made exceptions for his own wife and children, toward whom he was unjust and harsh. Rousseau refused to be swayed by these arguments and insisted that he could no longer read or understand anything; he claimed that his mind was filled with nothing but “straw.” Yet five years later, he would produce his Considerations on the Government of Poland, which in no way supported the doctrine of legal despotism.
Letter DCCLXXXII – To Mr. du Peyrou
August 1, 1767.
If, as I hope, my dear host, you have received my previous letter, you will have seen how much I needed your reply dated the 20th to put my mind at ease regarding your journey. Thanks to God, you have arrived free from gout; and even if it should strike you while you are on your way—which, I am pleased to say, is unlikely—I would be less frightened than if you were to be stopped in some inn along the way, a misfortune I feared most in these circumstances. If your itinerant life this year could, for once, spare you from gout, I would not despair that, with your precautions and your interest in botany, you might ultimately be completely free of it. So let it be.
I will not tell you what has happened here since your departure; perhaps it will change before you return. His Highness, who unfortunately had to go on a journey, must be back in a few days.
I am writing, as you desire, from Dover; but I take it as an ominous sign for the fate of those letters of exchange that yours has not been returned to you. If you had consulted me before sending it, I would have advised you to wait for another opportunity. I hope you were more successful in withdrawing the money.
I am still uncertain about the best way to approach your bankers, that is, which name should be used. Since there is no urgency at all, we will have time to discuss it carefully. If it would not cause you any inconvenience to handle the current quarter’s payments yourself when you come to see me, that would be ideal, as I would not receive anything from them until next year and would thus have ample time to consider the best arrangements. In the meantime, it seems likely that the matter of the pension will be settled in one way or another; it has not yet been decided.
I understand that the affairs you have completed first in your current location are actually those of someone else, and I see that clearly in you. My dear friend, please make sure to arrange your own affairs so solidly that you do not have to make such journeys so often. It is far better to walk in the midst of the wind and rain than to be in Holland during fine weather.
I have neither maps, nor books, nor any instructions here to guide you on your way; but I am quite certain that you can come here directly without having to pass through Paris. I believe Beauvais is not far from your route; there is a road from Beauvais to Gisors, and the distance between these two cities is only six miles; the same post horses are used for both journeys, as I have been told. This castle is also on the same road, or at least very close to it, just half a mile away from Gisors. You can easily arrange to stop there and then send your carriage and your people on to Gisors.
Please tell Mr. and Mrs. Rey a thousand things for me. Also, please take care of my little goddaughter; give her my kisses. I would be very pleased if you could provide me with some details about the appearance and character of this dear child upon your return; she is over five years old now; one should begin to notice some changes in her by now.
I await your news with the greatest impatience; please inform me as soon as possible of the time you plan to leave, and if possible, also of the time you will arrive. The very thought of it fills me with joy in advance. My sister kisses your hands and shares my eagerness. Adieu, my dear host; I embrace you with all my heart.
Could you not manage to find where the Agrostographia, or Scheuzer’s treatise on grasses, is located? It’s absolutely impossible to obtain it in Paris. If you could also find Ludwig’s Method or some other good book on botany, that would please me greatly. Mine are in England, along with my other belongings, and no one seems in any hurry to send them back to me.
Letter DCCLXXXIV – To Mr. Guy
Written from Normandy on August 6, 1767.
Please thank my excellent friend, Madame La Tour, for her little note, and tell her that the first blossoms of my heart will be dedicated to her; for now, I cannot do anything more. She had sent me her address, but her letter remains among my papers, and I am unable to recall it.
Letter DCCLXXXVI – To Madame la Maréchale de Luxembourg
Trye, August 16, 1767.
Trovare nel dispotismo arbitrario una forma di successione che non sia né elettiva né ereditaria, o meglio che sia entrambe le cose allo stesso tempo, e attraverso la quale si possa garantire, nella misura del possibile, di non avere né Tiberi né Neroni.
Se mai dovesse capitarmi di occuparmi nuovamente di quell’idea folle, vi rimprovererò per tutta la vita di avermi privato della mia libertà. Spero che questo non accada; ma, signore, qualunque cosa succeda, non parlatemi più del vostro “despotismo legale”. Non saprei né apprezzarlo né nemmeno comprenderlo; per me, quei due termini sono semplicemente contraddittori e, messi insieme, non significano nulla.
Conosco ancora meno il vostro principio sulla popolazione, poiché mi sembra in sé stesso inesplicabile, contraddittorio ai fatti e impossibile da conciliare con l’origine delle nazioni. Secondo voi, signore, la crescita demografica multiplicative non avrebbe dovuto iniziare se non quando essa fosse effettivamente cessata. Nelle mie vecchie concezioni, non appena era sorto anche solo un minimo di ciò che voi chiamate ricchezze o valore disponibile, non appena si era verificato il primo scambio, la crescita demografica multiplicative doveva necessariamente interrompersi; ed è esattamente ciò che è accaduto.
Il vostro sistema economico è ammirevole: nulla è più profondo, più vero, più accurato o più utile di esso. È pieno di grandi e sublimi verità che ispirano e guidano le azioni umane. Si estende a ogni ambito; il campo su cui opera è vastissimo. Tuttavia temo che possa portare a conclusioni molto diverse da quelle verso cui voi dichiarate di voler dirigere il vostro sistema economico.
Volevo dimostrarvi la mia obbedienza mostrandovi che almeno avevo letto i libri che mi avete inviato. Ora, illustre amico degli uomini e mio caro, mi prostrato ai vostri piedi per supplicarvi di avere pietà della mia situazione disperata, di lasciare in pace la mia mente morente, di non risvegliare più in essa idee ormai quasi estinte, idee che potrebbero solo portarmi in nuovi abissi di dolore. Amatemi sempre, ma non mandatemi più libri, non esigete più che li legga; nemmeno considerate necessario illuminarmi se mi perdo: non c’è più tempo. A quest’età, non si può convertirsi sinceramente. Posso sbagliare, e voi potete convincermi, ma non persuadermi. Del resto, non discuto mai; preferisco arrendermi e tacere. Ritenete quindi opportuno che io mi attenga a questa decisione. Vi abbraccio con la più tenera amicizia e il più sincero rispetto.
Osservazione.
Questa lettera, estremamente notevole, fu scritta su esortazione del marchese di Mirabeau, il quale aveva inviato a Rousseau l’opera di M. Mercier la Rivière (sull’ordine essenziale delle società), sostenitore della dottrina del dispotismo legale. Unendo questi due concetti apparentemente opposti, Mirabeau intendeva diffondere un’idea estremamente scandalosa: quella secondo cui il capriccio di un uomo potesse costituire una legge, o che ogni stranezza derivante dal cervello di un re malato avesse valore legale. Ecco dunque il tipo di governo che l’amico dell’umanità voleva imporre ai suoi simili. Con quanta energia Rousseau combatté contro un sistema così deplorevole! Alla lettera di Mirabeau, Rousseau rispose con una lunga missiva del 30 luglio, nella quale cercava di far tornare il suo caro e nobile amico sulla retta via; chiamò più volte Jean-Jacques con queste parole. Spiegò inoltre i principi della scienza economica, ma si capisce chiaramente che il vero scopo del marchese era convincere Rousseau ad unirsi alla sua setta. “Per essere un economista”, gli disse Mirabeau, “è necessario essere persone oneste. O almeno diventarlo. Ed è proprio in questo senso che voi lo siete, mio nobile amico, senza però dover cambiare le vostre convinzioni. Abbiamo tutti lo stesso obiettivo: il benessere dell’umanità.” Il marchese, come si sa, faceva un’eccezione per sua moglie e i suoi figli, nei confronti dei quali fu spesso ingiusto e duro. Rousseau riuscì comunque a resistere alle argomentazioni di Mirabeau, insistendo nel dire di non saper più leggere né comprendere nulla, e che il suo cervello fosse ormai “riempito solo di sciocchezze”. Cinque anni dopo, tuttavia, trasse da quelle stesse riflessioni i suoi “Considerazioni sul governo della Polonia”, le quali in realtà non avvaloravano affatto la dottrina del dispotismo legale.
Lettera DCCLXXXII – A Monsieur du Peyrou
Il 1° agosto 1767.
Spero davvero che il mio carissimo ospite abbia ricevuto la mia lettera precedente; in essa avrete visto quanto avessi bisogno della vostra del 20 per tranquillizzarmi riguardo al vostro viaggio. Grazie a Dio, siete arrivato senza essere colpito dal reumatismo; e anche se dovesse colpirvi proprio ora, il che, confido, non accadrà, non sarei comunque più preoccupato di quanto lo fossi se foste stato trattenuto in una locanda durante il viaggio, un’eventualità che temevo soprattutto in queste circostanze. Se la vostra vita itinerante di quest’anno potesse, per questa volta, esentarvi dal reumatismo, non dispererei affatto nel pensare che, con le vostre precauzioni e l’interesse che portate alla botanica, forse riuscireste davvero a liberarvene del tutto. Che sia così.
Non vi dirò ciò che è accaduto qui dopo la vostra partenza; forse le cose cambieranno prima del vostro ritorno. Sua Altezza, che purtroppo si è recata in viaggio, dovrà tornare tra pochi giorni.
Scrivo, come desiderate voi, a Dover; tuttavia, il fatto che la vostra lettera non vi sia stata restituita mi fa presagire cose negative per il destino delle cambiali. Se mi aveste consultato quando l’avevate inviata, vi avrei consigliato di attendere un’altra opportunità. Spero che riusciate a ritirare l’opera con maggiore successo.
Sono ancora incerto sulla migliore strada da seguire per rivolgermi ai vostri banchieri, cioè su quale nome utilizzare. Poiché non si tratta di una questione urgente, avremo il tempo di discuterne a fondo. Se non vi dispiacesse occuparvi voi stesso del pagamento relativo al semestre appena trascorso quando verrete a trovarmi, questo mi permetterebbe di non ricevere nulla da loro fino all’anno prossimo, dando così tutto il tempo necessario per prendere le decisioni più opportune. Nel frattempo, si può presumere che la questione della pensione verrà risolta in un modo o nell’altro; al momento, invece, non è ancora stata decisa.
Capisco che quella delle vostre faccende che avete concluso per prima è in realtà quella di un altro, e vi riconosco proprio in questo atteggiamento. Cerchate, caro amico, di sistemare le vostre cose in modo così solido da non dover più intraprendere spesso viaggi del genere. È ancora meglio passeggiare nel vento e sotto la pioggia, che andare in Olanda quando fa bel tempo.
Non ho qui né carte, né libri, né istruzioni per il vostro viaggio; ma sono molto sicuro che possiate arrivare qui direttamente, senza dover passare per Parigi. Credo che Beauvais non sia troppo lontano dalla vostra strada: c’è una via che collega Beauvais a Gisors, e la distanza tra queste due città è di sole sei miglia; gli stessi cavalli da posta le percorrono, mi hanno detto. Questo castello si trova sulla stessa strada, o almeno molto vicino, a soltanto mezza miglia da Gisors. Potete facilmente organizzare il vostro viaggio in modo da potervi fermare lì e inviare la vostra carrozza e le vostre persone a Gisors.
Vi prego di dire mille cose da parte mia al signore e alla signora Rey. Vedete anche, per favore, mia piccola nipotina; baciatela da parte mia. Sarei molto contento se, al vostro ritorno, poteste fornirmi qualche dettaglio sul viso e sul carattere di questa cara bambina; ha cinque anni ormai, dovrebbe cominciare a mostrare qualche tratto distintivo.
Aspetto vostre notizie con la massima impazienza; informatemi il prima possibile riguardo al momento della vostra partenza, e, se possibile, anche a quello dell’arrivo. Questa idea mi riempie già di gioia in anticipo. Mia sorella vi bacia le mani e condivide la mia ansia. Addio, mio caro ospite, vi abbraccio con tutto il mio cuore.
Potreste forse trovare dove si trova l’“Agrostographia”, ovvero il “Trattato dei Graminacei” di Scheuzer? È impossibile averlo a Parigi. Se riusciste anche a trovare la “Methode de Ludwig” o qualche altro buon libro di botanica, mi fareste davvero molto piacere. I miei libri si trovano in Inghilterra, insieme alle mie vecchie vesti, e nessuno si affretta a restituirmeli.
Lettera DCCLXXXIV – A Monsieur Guy
Scritta in Normandia, il 6 agosto 1767.
Ringraziate la mia eccellente amica, madame La Tour, per la sua breve lettera, e ditele che i primi sentimenti di affetto che proverò saranno dedicati a lei; al momento non posso fare di più. Mi aveva inviato il suo indirizzo, ma la sua lettera è rimasta tra i miei documenti e non riesco proprio a ricordarmene.
Lettera DCCLXXXVI – Alla Marchesa di Lussemburgo
Trye, 16 agosto 1767.
Je compte si parfaitement, madame la maréchale, sur la continuation de toutes vos bontés pour moi, que je viens y recourir avec la plus parfaite confiance, en vous suppliant d’obtenir de M. le prince de Conti la permission de quitter ce séjour sans encourir sa disgrâce. J’ose désirer encore de savoir si le gouvernement approuve, ou non, que je m’établisse dans quelque coin du royaume, où je puisse vivre et mourir en paix, sous la protection de son altesse, ou si je dois continuer ma route pour chercher un asile ailleurs. Je vous conjure, madame la maréchale, par une mémoire respectable et si chère à votre coeur, de vouloir prendre les informations nécessaires pour me tirer de l’incertitude où je suis sur ce qu’il m’est permis de faire ; car ma résolution est de n’accepter plus de logement gratuit chez personne. Le grand prince qui a bien m’en accorder un sera mon dernier bote, et je crois devoir à l’honneur qu’il m’a fait de n’en accepter plus de personne un semblable. Mais, pour oser me donner un asile indépendant, il faut, quel que obscur et reculé qu’il soit, et quelque incognito que je garde, que j’aie quelque sûreté d’être laissé en paix. Ah ! madame, que je vous doive le repos des derniers jours de ma vie ; il m’en paraîtra cent fois plus doux !
Lettre DCCLXXXVIII – À M. d’Ivernois
Au château de Trye, ce 24 août 1767.
Je n’ai reçu que depuis peu de jours, mon bon ami, votre lettre du 20 mai, adressée à Wootton ; elle était dans le plus triste état du monde, à demi brûlée, et paraissant avoir été ouverte plusieurs fois : les pièces que vous y avez jointes, ayant grossi le paquet, ont augmenté la curiosité. Je ne sais pourquoi vous vous obstinez à m’envoyer de pareilles pièces ; peine qui ne peut servir de rien, ni à vous, ni à moi, ni à personne, et qui empêchera toujours que vos lettres ne me parviennent fidèlement. Quand vos affaires seront accommodées, apprenez-le-moi pour consoler mon coeur : jusque-là ne me parlez que de vous.
Lorsque je doutais que vous vinssiez me voir à Wootton, ce n’était pas de votre volonté que j’étais en peine, mais bien des obstacles que vous trouveriez à l’exécuter : soyez persuadé que, si vous m’étiez venu voir en Angleterre, de quelque manière que vous vous y fussiez pris, vous n’auriez point passé Londres. Si jamais la concorde renaît parmi vous, j’ai lieu d’espérer que, n’ayant plus à courir si loin, vous aurez moins de difficultés à me rejoindre : M. du Peyrou vous en indiquera les moyens quand il sera temps, et soyez sûr que l’espoir de vous embrasser est un de ceux qui me font encore aimer la vie.
Je ne sais comment j’avais oublié de vous rendre compte de l’affaire dont vous m’aviez chargé à Berlin ; j’aurais juré de vous en avoir rendu compte il y a longtemps ; car, dans mon premier moment de relâche, j’écrivis à cet effet à Milord Maréchal ; c’était précisément quand M. Michel venait d’être nommé. Milord me répondit qu’il était allé exprès à Berlin pour parler aux ministres de votre affaire ; qu’il fallait nécessairement que vous vous adressassiez directement à eux ou au vice-gouverneur ; que, depuis la nomination du dernier, il ne lui convenait plus de se mêler d’aucune affaire qui regardât Neuchâtel en aucune sorte ; qu’il avait refusé au colonel Chaillet de se mêler d’une affaire pareille à celle qu’il venait de proposer à ma sollicitation, et qu’il me priait de ne plus me charger à l’avenir de recommandations auprès de lui, de quelque espèce qu’elles pussent être. Je ne doute pas qu’en vous adressant directement au ministère, votre affaire ne passât sans difficulté, d’autant plus qu’elle a déjà été proposée, et qu’on est toujours bien venu dans cette cour-là quand on se présente avec de l’argent. En partant de File de Saint-Pierre, je laissai vos papiers avec tous les miens à M. du Peyrou, des mains de qui vous les retirerez sans difficulté quand il vous plaira.
Je n’ai laissé nuls papiers à l’île de Saint-Pierre qu’il m’importe de ravoir ; mais comme j’aime toujours mieux qu’ils soient en mains amies qu’en d’autres, si vous voulez Les retirer en mon nom, vous n’avez qu’à m’envoyer la formule du billet qu’il faut que je fasse pour cela, et je vous l’enverrai sans délai.
Comme, lorsque vos affaires publiques seront terminées, vous pourriez avoir quelque voyage à faire dans le pays où je suis sans passer par Neuchâtel, je vous préviens que, si de Paris vous pouvez vous rendre au château de Trye, près de Gisors, et demander M. Renou, il vous donnera de mes nouvelles sûres. Gisors est à quinze petites lieues de Paris, et il y a un carrosse public qui part de Gisors tous les mercredis, et de Paris tous les samedis, et fait la route en été dans un jour. Je vous embrasse, mon bon ami, de tout mon coeur, ainsi que tout ce qui vous est cher, et tous nos amis.
Madam Marquise, I place my utmost trust in your continued kindness towards me, and therefore approach you with the greatest confidence, begging you to obtain permission from Monsieur the Prince of Conti for me to leave this residence without incurring his displeasure. I also dare to inquire whether the government approves of my settling in some corner of the kingdom where I may live and die in peace under the protection of His Highness, or whether I must continue on my journey to seek refuge elsewhere. I implore you, madam Marquise, out of a memory dear to your heart, to take the necessary steps to remove me from this state of uncertainty regarding what is permitted for me to do; for my resolve is to refuse any further free accommodation from anyone. The great prince who has so generously provided it for me will be my last refuge, and I believe I owe him too much honor to accept similar generosity from anyone else. However, in order to seek an independent asylum, no matter how obscure or remote it may be, and regardless of the secrecy I must maintain, I need some assurance that I will be left alone in peace. Ah! Madam, if I could owe you the tranquility of the last days of my life, it would seem a hundred times more precious to me!
Letter DCCLXXXVIII – To Mr. d’Ivernois
At the Château of Trye, on this 24th of August 1767.
My good friend, I have only received your letter dated May 20th, addressed to Wootton, just a few days ago. It was in the most miserable condition—half-burned and seemingly opened several times. The documents you attached increased its size, which only piqued my curiosity further. I don’t understand why you insist on sending me such things; it is of no use to you, to me, or to anyone else, and it will only ensure that your letters never reach me reliably. Once your affairs are settled, let me know so that I can be consoled. Until then, please write to me only about yourself.
When I doubted whether you would come to see me in Wootton, it was not your will that troubled me, but rather the obstacles you might encounter in doing so. Be assured that if you had come to England, no matter how you had tried, you would not have been able to bypass London. If ever harmony is restored among you, I hope that since you won’t have to travel such a long distance, it will be easier for you to join me. Mr. du Peyrou will inform you of the means to do so when the time comes; and believe me, the hope of embracing you is one of the things that still make me cherish life.
I do not know how I could have forgotten to inform you about the matter you had entrusted me with in Berlin; I would have sworn that I had reported it to you a long time ago. In fact, as soon as I had a moment of relaxation, I wrote to Lord Marshal regarding this matter—precisely at the time when Mr. Michel had just been appointed. Lord Marshal replied that he had gone specifically to Berlin to discuss your affair with the ministers; that you must address them directly or the vice-governor; and that, since the latter’s appointment, it was no longer appropriate for him to get involved in any matter relating to Neuchâtel in any way. He also told me that he had refused Colonel Chaillet’s request to intervene in a similar affair, and asked me not to ask him for any recommendations in the future, regardless of their nature. I have no doubt that if you addressed the ministry directly, your matter would be settled without difficulty—especially since it has already been brought up, and one is always well received in that court when they bring money with them. When leaving File de Saint-Pierre, I left your documents along with all mine with Mr. du Peyrou; you can retrieve them from him whenever you wish without any trouble.
I have left no papers on the island of Saint-Pierre that I would care to have returned; but since I prefer them in the hands of friends rather than in those of others, if you wish to retrieve them in my name, you simply need to send me the details for the ticket required, and I will send it to you without delay.
Since, once your public affairs are concluded, you might possibly have to travel to the country where I am without passing through Neuchâtel, I would like to inform you that if it is possible for you to go from Paris to the château of Trye, near Gisors, and to ask for Mr. Renou, he will provide you with accurate news about me. Gisors is located fifteen miles from Paris, and there is a public carriage that departs from Gisors every Wednesday and from Paris every Saturday; it covers the distance in one day during the summer. I embrace you, my dear friend, with all my heart, as well as everyone who is dear to you and all our friends.
Madama la maréchale, conto con tanta certezza sulla continuazione di tutte le vostre gentilezze nei miei confronti che vi rivolgo questa supplica con la massima fiducia. Vi prego di ottenere dal principe di Conti il permesso di lasciare questo luogo senza incorrere nella sua disapprovazione. Oso anche chiedervi se il governo approvi o meno che mi stabilisca in qualche angolo del regno, dove possa vivere e morire in pace sotto la protezione della sua altezza, oppure se debba continuare il mio viaggio alla ricerca di un rifugio altrove. Vi scongiuro, madama la maréchale, per una memoria così cara al vostro cuore, di prendere le informazioni necessarie per togliermi dall’incertezza riguardo a ciò che mi è permesso fare; poiché ho deciso di non accettare più alcun alloggio gratuito da nessuno. Il grande principe che me ne ha concesso uno sarà l’ultima opportunità che avrò, e credo di dover rispettare troppo l’onore che mi ha fatto per accettarne un altro da qualcuno. Ma, per potermi stabilire in modo indipendente, è necessario che, per quanto remoto e nascosto possa essere il luogo, io abbia la certezza di poter vivere in pace. Ah, madama, se solo potessi godere del riposo negli ultimi giorni della mia vita, mi sembrerebbe cento volte più dolce!
Lettera DCCLXXXVIII – A Monsieur d’Ivernois
Nel castello di Trye, il 24 agosto 1767.
Mio caro amico, ho ricevuto soltanto di recente la tua lettera del 20 maggio indirizzata a Wootton; era in uno stato davvero deplorevole: semi-bruciata e apparentemente aperta più volte. Le carte che hai allegato hanno aumentato il peso del pacco, suscitando ulteriore curiosità. Non so perché insisti nel mandarmi simili documenti; un sforzo inutile, né per te né per me, e che di certo non impedirà mai alle tue lettere di arrivare a me fedelmente. Quando le tue questioni saranno risolte, fammelo sapere per consolare il mio cuore; fino ad allora, parlammi soltanto di te.
Quando dubitavo che veniste a trovarmi a Wootton, non era la vostra volontà a preoccuparmi, ma gli ostacoli che avreste potuto incontrare nel farlo: siate certo che, se foste venuti in Inghilterra, in qualsiasi modo vi foste impegnati, non sareste mai riusciti ad attraversare Londra. Se un giorno la concordia dovesse rinascere tra di voi, ho motivo di sperare che, non avendo più bisogno di viaggiare così lontano, incontrerete meno difficoltà a raggiungermi: il signor du Peyrou vi indicherà i mezzi necessari quando sarà il momento giusto, e siate certo che la speranza di potervi abbracciare è una delle cose che mi fanno ancora amare la vita.
Non so come abbia potuto dimenticare di informarvi dell’affare che mi avevate incaricato di sbrigare a Berlino; avrei giurato di avervelo riferito da tempo. Infatti, nel mio primo momento di distacco, scrissi al Milord Maresciallo al riguardo, proprio quando il signor Michel era stato appena nominato. Il Milord mi rispose che era andato personalmente a Berlino per discutere della vostra questione con i ministri; che era necessario che vi rivolgeste direttamente a loro o al vice-governatore; che, da quando quest’ultimo era stato nominato, non gli conveniva più occuparsi di alcuna faccenda relativa a Neuchâtel; che aveva rifiutato anche al colonnello Chaillet di intervenire in una questione simile a quella che mi aveva proposto, e mi pregava di non chiedergli più in futuro alcuna raccomandazione, di qualsiasi tipo fosse. Non dubito che, rivolgendovi direttamente al ministero, la vostra faccenda verrà risolta senza difficoltà, soprattutto considerando che è già stata sollevata, e che in quella corte si viene sempre accolti bene quando si presenta del denaro. Partendo da File de Saint-Pierre, ho lasciato i vostri documenti insieme ai miei presso il signor du Peyrou; potrete ritirarli senza problemi quando vorrete.
Non ho lasciato alcun documento sull’isola di Saint-Pierre che desideri recuperare; tuttavia, poiché preferisco sempre che siano in mani amiche piuttosto che in altre, se volete ritirarli a mio nome, basta che mi inviate la formula del biglietto necessario per farlo, e ve lo invierò senza indugio.
Poiché, una volta terminati i vostri affari pubblici, potreste dover intraprendere un viaggio nel paese in cui mi trovo senza passare per Neuchâtel, vi avviso che, se potete recarvi da Parigi al castello di Trye, vicino a Gisors, e chiedere di M. Renou, egli vi darà notizie sicure su di me. Gisors si trova a quindici miglia da Parigi; c’è una carrozza pubblica che parte da Gisors ogni mercoledì e da Parigi ogni sabato, percorrendo il tragitto in un solo giorno durante l’estate. Vi abbraccio con tutto il mio cuore, così come tutte le persone a voi care e tutti i nostri amici.
Ce 8 novembre.
Autre retard bien plus long ; M. du Peyrou étant retombé malade ici, et y ayant été retenu plus de deux mois, vous pouvez juger si ces longs retards me tiennent en inquiétude, et me rendent vos promptes nouvelles nécessaires, sur les tristes choses que j’apprends.
Lettre DCCXC – À M. de Sartine
LIEUTENANT-GÉNÉRAL DE POLICE.
À Trye-le-Château, le 9 septembre 1767.
Monsieur,
Permettez que j’aie l’honneur d’exécuter près de vous l’ordre exprès que m’a donné l’auteur d’un livre intitulé, Dictionnaire de musique, par J. J. Rousseau, qui s’imprime chez la veuve Duchesne. Cet ordre est, monsieur, de m’opposer de sa part, comme je fais, à la publication de cet ouvrage qui porte son nom, jusqu’à ce qu’il ait été de nouveau soumis à la censure, attendu que des passages raturés et rétablis dans le manuscrit peuvent faire naître des difficultés que le premier censeur, étant mort, ne pourrait lever, et que l’auteur veut prévenir. Vous êtes très humblement supplié, monsieur, d’arrêter ladite publication jusqu’à ce temps-là. J’ai l’honneur d’être avec un profond respect.
RENOU
Observation
Rousseau ne pouvait écrire en son nom au magistrat chargé de la police, à cause de l’arrêt du parlement. C’eût été braver l’autorité et compromettre le prince du sang, qui, lui donnant un asile, semblait lui garantir sa tranquillité. Il prit donc cette tournure et soumit son Dictionnaire de musique à la censure : agissant toujours d’après son principe d’obéissance aux lois.
Lettre DCCXCII – À Madame la marquise de Mesmes
[950]
Du 12 septembre 1767.
Je reconnais, madame, vos bontés ordinaires dans les soins que vous prenez pour me procurer un asile où l’on veuille bien ne pas m’interdire le feu et l’eau ; mais je connais trop bien ma situation, pour attendre de ces soins bienfaisants un succès qui me procure le repos après lequel j’ai vainement soupiré, et que je ne cherche plus parce que je ne l’espère plus.
Vivement touché de l’intérêt que M. le comte de*** veut bien prendre à mes malheurs, je vous supplie, madame, de vouloir bien lui faire passer les témoignages de ma très humble reconnaissance ; c’est une de mes peines de ne pouvoir aller moi-même la lui témoigner : mais quant au voyage ici que son excellence daigne proposer, je ne suis pas assez vain pour en accepter l’offre, et ces honneurs bruyants ne conviennent plus à l’état d’humiliation dans lequel je suis appelé à finir mes jours : je ne crois pas non plus qu’il convienne de risquer auprès de M. le comte de ***, ni auprès de personne, aucune demande en ma faveur, puisque ce ne serait qu’aller chercher d’infaillibles refus qui ne feraient qu’empirer ma situation, s’il était possible.
Le parti que j’ai pris d’attendre ici ma destinée est le seul qui me convienne, et je ne puis faire aucune espèce de démarche sans aggraver sur ma tête le poids de mes malheurs ; je sais que ceux qui ont entrepris de me chasser d’ici n’épargneront aucune sorte d’efforts pour y parvenir ; mais je les attends ; je m’y prépare, et il ne reste plus qu’à savoir lesquels auront le plus de constance, eux pour persécuter, ou moi pour souffrir. Que si la patience m’échappe à la fin, et que mon courage succombe, mon parti en pareil cas est encore pris : c’est de m’éloigner, si je peux, de forage qui m’accable ; mais sans empressement, sans précaution, sans crainte, sans me cacher, sans me montrer, et avec la simplicité qui convient à l’innocence. Je considère, madame, qu’ayant près de soixante ans, accablé de malheurs et d’infirmités, les restes de mes tristes jours ne valent pas la fatigue de les mettre à couvert : je ne vois plus rien dans cette vie qui puisse me flatter ni me tenter ; loin d’espérer quelque chose, je ne sais pas même que désirer. L’amour seul du repos me restait encore ; l’espoir m’en est ôté : je n’en ai plus d’autre ; je n’attends plus, je n’espère plus que la fin de mes misères : que je l’obtienne de la nature ou des hommes, cela m’est assez indifférent ; et, de quelque manière qu’on veuille disposer de moi, l’on me fera toujours moins de mal que de bien. Je pars de cette idée, madame ; je les mets tous au pis, et je me tranquillise dans ma résignation.
Il suit de là que tous ceux qui veulent bien s’intéresser encore à moi doivent cesser de se donner en ma faveur des mouvements inutiles : remettre, à mon exemple, mon sort dans les mains de la Providence, et ne plus vouloir résister à la nécessite, voilà ma dernière résolution ; que ce soit la vôtre aussi, madame, à mon égard, et même à l’égard de cette chère enfant que le ciel vous enlève sans qu’aucun secours humain puisse nous la rendre ; que tous les soins que vous lui rendrez désormais soient pour contenter votre tendresse et la lui montrer, mais qu’ils ne réveillent plus en vous une espérance cruelle qui donne la mort à chaque fois qu’on la perd.
Lettre DCCXCIV – Au même
Le 18 septembre 1767.
Je vous écrivis hier, mon cher hôte, en même temps qu’à M. de Luze ; et j’ai tellement égaré ma lettre, qu’il m’est impossible de la retrouver. Je ne sais pas même quand celle-ci pourra partir, n’étant pas en état aujourd’hui de la porter moi-même à Gisors, et trouvant très difficilement des exprès pour y envoyer. En vous marquant la joie que m’avait causée la vue de votre écriture, je vous grondais de vous être fatigué à écrire trois pages. Trois lignes dans votre état suffisent pour me tranquilliser ; et non seulement vous devez garder le lit jusqu’à ce que vous soyez bien délivré, mais ménager votre attention et vos forces pour vous mettre en état de venir ici plus tôt achever de vous rétablir. Par le cours que prend votre goutte, il me semble qu’elle veuille se transformer en sciatique. Ordinairement les douleurs de celle-ci sont moindres ; et je sais par l’exemple de mon défunt ami Gauffecourt, qui s’en était guéri, qu’on s’en débarrasse plus aisément.
Vous me donnez d’excellentes nouvelles qui me font grand plaisir. Je suis bien aise que vous ayez en main toutes les pièces sur lesquelles vous pourrez juger à loisir si je suis timbré ou non ; mais il est très vrai que je n’avais pas compté que le tout vous revînt si facilement.
Je ne me sens pas bien depuis quelque temps, et je crains de payer le long relâche dont j’ai joui. M. Hume a dit partout que M. de Luze lui avait assuré que je n’avais point de maladies. Le frère Corne, ni Morand, ni Malouin, etc., ne sont sûrement pas là-dessus de l’avis de M. de Luze ; et malheureusement, en ce moment surtout, j’en suis encore moins. Si les peines de l’âme remédiaient aux maux du corps, je devrais me porter à merveille. Mais du courage et un ami sont un grand remède aux premières, au lieu qu’il n’y a de remède aux dernières que la patience et la mort. J’apprends que Robert, peu content de George, n’est pas non plus fort à son aise. Il faut espérer qu’enfin tout changera ou finira.
Bonjour, mon cher hôte ; donnez-moi de vos nouvelles ; mais si vous écrivez vous-même, quatre lignes suffisent. Entre nous, les mots d’amitié n’ont plus besoin de se dire. Deux mots sur les affaires, et quatre sur la santé. Voilà tout.
J’envoie cette lettre aujourd’hui, ainsi elle doit vous arriver demain.
Lettre DCCXCVI – Au même
27 septembre 1767.
Vous pouvez, mon cher hôte, juger du plaisir que m’a fait votre dernière lettre, par l’inquiétude que vous avez trouvée dans ma précédente, et que vous blâmez avec raison : mais considérez qu’après tant de longues agitations si propres à troubler ma tête, au lieu du repos dont j’avais besoin pour la raffermir, je me trouve ici submergé dans des mers d’indignités et d’iniquités, au moment même où tout paraissait concourir à rendre ma retraite honorable et paisible. Cher ami, si avec un coeur malheureusement trop sensible, et si cruellement et si continuellement navré, il reste dans ma tête encore quelques fibres saines, il faut que naturellement le tout ne fut pas trop mal conformé. Le seul remède efficace encore, et dont j’ose espérer tout, est le coeur d’un ami pressé sur le mien : venez donc ; je n’ai que vous seul, vous le savez ; c’est bien assez ; je n’en regrette qu’un, je n’en veux plus d’autre : vous serez désormais tout le genre humain pour moi. Venez verser sur mes blessures enflammées le baume de l’amitié et de la raison : l’attente de cet élixir salutaire en anticipe déjà l’effet.
On this November 8th.
Another much longer delay: Mr. du Peyrou fell ill again here and was confined for more than two months. You can imagine how these prolonged delays cause me great concern, and how urgent it is for me to receive your news regarding the sad events I am learning about.
Letter DCCXC – To Mr. de Sartine
Lieutenant General of Police.
At Trye-le-Château, on September 9, 1767.
Sir,
Permit me the honor of carrying out in your presence the explicit order given to me by the author of a book titled Dictionnaire de musique, written by J. J. Rousseau and published by Madame Duchesne. This order is for me to oppose, just as I am doing now, the publication of this work bearing his name, until it has once again been submitted to censorship. Certain passages that were erased and later reinstated in the manuscript could potentially cause difficulties that the first censor, having passed away, would be unable to resolve; the author wishes to prevent such issues from arising. I earnestly implore you, sir, to halt the publication of this work until then. With deep respect, I remain at your disposal.
RENovation.
Observation
Due to the parliament’s ban, Rousseau could not write directly in his own name to the magistrate in charge of police affairs. Doing so would have meant defying authority and putting in danger the prince of blood who, by providing him with asylum, seemed to guarantee his safety. Therefore, he took another approach and submitted his Dictionary of Music to censorship, acting always in accordance with his principle of obedience to the laws.
Letter DCCXCII – To Madame la Marquise de Mesmes
[950]
From September 12, 1767.
I acknowledge, madam, your usual kindness in taking care to provide me with a shelter where at least fire and water are not denied to me; but I know too well my own situation to expect that such benevolent efforts will bring me the peace I have so vainly longed for—and which I no longer seek, for I no longer hold any hope of it.
Deeply moved by the interest that Monsieur le Comte de *** is so kind as to take in my misfortunes, I beg you, madam, to be so good as to convey to him the expressions of my most humble gratitude. It is one of my pains that I am unable to go and express it to him in person; but as for the journey here that his excellence is kind enough to offer, I am not vain enough to accept such an invitation. Moreover, such public honors are no longer appropriate to the state of humiliation in which I am destined to spend the rest of my days. I also do not believe it would be appropriate to risk making any request on my behalf, either to Monsieur le Comte de *** or to anyone else, since such requests would only lead to certain and inevitable refusals, which would only make my situation worse, if that were even possible.
The decision I have made to wait here for my fate is the only one suitable for me; I cannot take any action without aggravating the burden of my misfortunes upon myself. I know that those who have set out to drive me away from here will spare no effort to achieve their goal. But I await them; I prepare myself for it, and all that remains now is to see which side will show more perseverance—whether they in persecuting me, or I in enduring my suffering. Even if patience finally fails me and courage yields, my plan remains the same: to move away from this place that oppresses me, if possible—but without haste, without caution, without fear, without hiding or showing myself, and with the simplicity befitting innocence. Madam, considering that I am nearly sixty years old, overwhelmed by misfortune and infirmity, I believe the remaining days of my miserable life are not worth the effort it would take to hide them from others. I see nothing in this life that could please or tempt me; far from hoping for anything, I no longer know what I even desire. Once, only the love of peace remained to me; now that hope is taken away too, I have none left. I no longer wait or hope for anything but the end of my suffering—whether it comes from nature or from human hands, it matters little to me. And no matter how people choose to deal with me, they can only cause me harm, never any good. With this thought in mind, madam, I accept everything in its worst light and find peace in my resignation.
It follows therefore that all those who are still willing to show me any interest must cease engaging in futile efforts on my behalf: let them, following my example, place my fate in the hands of Providence and no longer resist what is inevitable. That is my final resolve; may it also be yours, madam, both with regard to me and to that dear child whom heaven has taken away from us, and for which no human aid can restore her to us. Let all the care you take of her from now on serve merely to satisfy your tenderness and to express it toward her, but let them in no way revive in you that cruel hope which brings death whenever we lose her.
Letter DCCXCIV – To the Same One
September 18, 1767.
I wrote to you yesterday, my dear host, at the same time as I did to Mr. de Luze; but I have lost my letter completely and are unable to find it again. I don’t even know when it will be possible to send it, as I am not in a position to take it to Gisors myself today, and it is very difficult for me to find express delivery services. While expressing the joy your letter brought me, I also reprimanded you for going to the trouble of writing three whole pages. Three lines, written in your current condition, would have been more than enough to reassure me. Not only must you stay in bed until you are fully recovered, but you must also take care to conserve your energy so that you can come here sooner and complete your recovery. Judging by the way your illness is progressing, it seems likely that it will develop into sciatica. Normally, the pain associated with sciatica is less severe; and I know from the experience of my late friend Gauffecourt, who managed to cure it, that it is easier to overcome in such cases.
You bring me excellent news that fill me with great joy. I am pleased that you have all the materials at your disposal to judge for yourself whether I am eccentric or not; however, it is true that I did not expect everything to return to you so easily.
I have not been feeling well lately, and I fear that I am paying for the period of relief I enjoyed. Mr. Hume has stated everywhere that Mr. de Luze assured him that I was not suffering from any illnesses. However, Brother Corne, nor Morand, nor Malouin, etc., certainly share Mr. de Luze’s opinion; and unfortunately, at this very time, my condition is even worse. If the troubles of the soul could cure the ailments of the body, I would be in excellent health. But courage and a friend can be a great remedy for the former; whereas for the latter, there is only patience—and death. I have also learned that Robert, dissatisfied with George’s performance, is not in a better situation either. We must hope that eventually, everything will change—or come to an end.
Hello, my dear host; let me hear how you are doing. But if you write yourself, four lines will be enough. Between us, words of friendship need no longer be spoken. Two lines about matters, and four about your health—that’s all.
I am sending this letter today; therefore, it should arrive with you tomorrow.
Letter DCCXCVI – To the Same One
September 27, 1767.
My dear host, you may judge the pleasure your last letter brought me by the concern you expressed in my previous one, which you rightly blame me for. But consider this: after so many long periods of turmoil that greatly disturbed my mind, instead of the rest I needed to restore it, I now find myself immersed in a sea of indignities and injustices, at a time when everything seemed to be working together to make my retreat honorable and peaceful. My dear friend, if, despite a heart unfortunately too sensitive and cruelly afflicted, there are still some healthy strands left within me, then surely my whole being is not entirely ruined. The only effective remedy left, and the one upon which I place all my hopes, is the support of a friend’s heart pressed against mine. Come, therefore; you are the only one I have—this alone is enough. I regret having lost anyone else; I want no one else but you. From now on, you will be the entire human race to me. Come and pour balm upon my wounded heart with the soothing effects of friendship and reason. The mere anticipation of this healing remedy already brings its benefits.
Quel 8 novembre.
Un altro ritardo ancora più lungo: poiché il signor du Peyrou è tornato malato qui e vi è rimasto per oltre due mesi, potete immaginare quanto questi lunghi ritardi mi tengano in ansia e quanto siano necessarie le vostre notizie tempestive riguardo alle tristi circostanze che sto apprendendo.
Lettera DCCXC – A Monsieur de Sartine
Tenente Generale di Polizia.
A Trye-le-Château, il 9 settembre 1767.
Signore,
Permettetemi di avere l’onore di eseguire davanti a voi l’ordine esplicito che mi è stato dato dall’autore di un libro intitolato “Dizionario di musica”, scritto da J.-J. Rousseau e pubblicato dalla vedova Duchesne. Questo ordine consiste, signore, nel impedire la pubblicazione di quest’opera che porta il suo nome, fino a quando essa non verrà nuovamente sottoposta alla censura; infatti, alcuni passaggi cancellati e successivamente ripristinati nel manoscritto potrebbero causare difficoltà che il primo censori, essendo morto, non sarebbe in grado di risolvere, e l’autore desidera prevenire tali problemi. Vi supplico umilmente, signore, di fermare tale pubblicazione fino a quel momento. Ho l’onore di essere vostro con profondo rispetto.
RINNOVO
Osservazione.
Rousseau non poteva scrivere in suo nome al magistrato incaricato della polizia, a causa dell’interdizione imposto dal parlamento. Ciò avrebbe significato sfidare l’autorità e mettere in pericolo il principe del sangue, che, offrendogli asilo, sembrava garantirgli la tranquillità. Pertanto, Rousseau adottò questa soluzione e sottopose il suo “Dizionario di musica” alla censura: agendo sempre secondo il principio dell’obbedienza alle leggi.
Lettera DCCXCII – Alla signora marchesa di Mesmes
[950]
Dal 12 settembre 1767.
Riconosco, signora, la vostra solita gentilezza nei gesti che compitete per procurarmi un rifugio in cui si sia disposti a non vietarmi né il fuoco né l’acqua; ma conosco troppo bene la mia situazione per poter sperare che questi atti di benevolenza portino al successo che desideravo ardentemente, e che ormai non cerco più, poiché non ne ho più alcuna speranza.
Profondamente commosso dall’interesse che il conte di *** ha voluto dimostrare per le mie sfortune, vi supplico, signora, di fargli pervenire i segni della mia più umile gratitudine; è una delle mie dolorose difficoltà non poter andare personalmente a ringraziarlo. Ma riguardo al viaggio che Sua Eccellenza si degna di propormi, non sono abbastanza vanitoso da accettare tale offerta; inoltre, tali onori solenni non sono adatti allo stato di umiliazione nel quale sono costretto a trascorrere i miei ultimi giorni. Non credo nemmeno che sia opportuno correre il rischio di presentare alcuna richiesta a favore mio, né al conte di *** né a nessun altro: sarebbe soltanto un modo per ricevere inevitabili rifiuti, i quali non farebbero altro che peggiorare la mia situazione, se già fosse possibile farlo.
Le decisioni che ho preso di attendere qui il mio destino sono le uniche adatte a me; non posso intraprendere alcuna azione senza aggravare ulteriormente il peso delle mie sfortune. So che coloro che hanno deciso di scacciarmi da qui non risparmieranno alcuno sforzo per riuscirci; ma li aspetto, mi preparo ad affrontarli. E non resta altro da sapere se loro avranno più costanza nel perseguirmi, o io nel sopportare le sofferenze. Anche se alla fine la pazienza dovesse abbandonarmi e il coraggio dovesse cedere, la mia decisione rimarrebbe sempre la stessa: allontanarmi, se possibile, da questa situazione opprimente. Ma senza fretta, senza precauzioni, senza paura, senza nascondermi né mostrarmi troppo, con quella semplicità che si addice all’innocenza. Signora, considerando di avere quasi sessant’anni, oppresso da sfortune e malattie, i pochi giorni che mi restano nella vita non valgono certo la fatica di cercare di proteggerli. Non vedo più nulla in questa vita che possa lusingarmi o tentarmi; lontano dall’aspettarmi qualcosa, non so nemmeno cosa desiderare. L’unica cosa che mi rimaneva era il desiderio di riposo. Ma anche quella speranza mi è stata tolta. Non ne ho più altre. Non aspetto più nulla, non spero più altro se non la fine delle mie miserie. Che io la ottenga dalla natura o dagli uomini, per me non fa alcuna differenza. E in ogni caso, qualunque cosa si decida di fare con me, mi si farà sempre meno male che bene. Partendo da questa idea, signora, considero tutte le possibilità nel loro aspetto peggiore e mi rassegno alla mia sorte.
Da ciò deriva che tutti coloro che desiderano ancora interessarsi a me debbano smettere di compiere azioni inutili a mio favore: seguire il mio esempio, affidare il mio destino alla Provvidenza e non cercare più di resistere alla necessità. Questa è la mia ultima decisione; che sia anche la vostra, signora, nei miei confronti, e anche in quelli di quella cara bambina che il cielo ci ha portato via senza che alcun aiuto umano possa restituircela. Che tutti i cura che da ora in poi le riserverete siano soltanto un modo per soddisfare la vostra tenerezza e mostrarla, ma che non risveglino più in voi quella speranza crudele che ogni volta porta alla morte.
Lettera DCCXCIV – Allo stesso
Il 18 settembre 1767.
Vi scrivevo ieri, mio caro ospite, contemporaneamente a Monsieur de Luze; tuttavia ho perso la mia lettera e non riesco più a trovarla. Non so nemmeno quando potrà essere inviata, poiché oggi non sono in grado di portarla personalmente a Gisors e trovo molto difficile trovare corrieri speciali per farlo. Riferendo nella mia lettera la gioia che mi ha procurato leggere la vostra scrittura, vi rimproveravo per esservi stancato scrivendo tre pagine. Tre righe, nel vostro stato attuale, sono sufficienti per tranquillizzarmi; non solo dovete rimanere a letto fino a quando non vi sarete completamente ripreso, ma dovete anche prendervi cura della vostra attenzione e delle vostre forze, in modo da poter venire qui il prima possibile per completare la vostra guarigione. A giudicare dall’evoluzione del vostro disturbo, sembra che stia trasformandosi in sciatica. Di solito i dolori causati da questa malattia sono meno intensi; e so, dall’esempio di mio caro amico Gauffecourt, che ne è guarito, che si può liberarsene più facilmente.
Mi date delle ottime notizie che mi fanno grande piacere. Sono molto contento che abbiate a disposizione tutte le informazioni necessarie per poter giudicare liberamente se io sia o meno affidabile; tuttavia, è vero che non mi aspettavo affatto che tutto vi tornasse così facilmente in mano.
Da un po’ di tempo non mi sento bene e temo di dover pagare il prezzo di quella lunga relazione di cui ho goduto. Il signor Hume ha detto ovunque che il signor de Luze gli aveva assicurato che non soffrivo di alcuna malattia. Il fratello Corne, né Morand, né Malouin, ecc., sicuramente non condividono l’opinione del signor de Luze; e purtroppo, soprattutto in questo momento, la mia situazione è ancora peggiore. Se i dolori dell’anima potessero curare i mali del corpo, mi sentirei certamente molto meglio. Ma il coraggio e un amico rappresentano un grande rimedio per i primi; per i secondi, invece, non esiste altro rimedio se non la pazienza, o la morte. Ho appreso che Robert, insoddisfatto di George, non è nemmeno lui in buone condizioni. Bisogna sperare che, alla fine, tutto cambi, o finisca.
Buongiorno, mio caro ospite; raccontami come stai. Ma se scrivi tu stesso, quattro righe sono sufficienti. Tra di noi, le parole d’amicizia non hanno più bisogno di essere espresse a voce. Due righe sulle faccende, e quattro sulla salute. È tutto.
Inviò questa lettera oggi, quindi dovrebbe arrivare a voi domani.
Lettera DCCXCVI – Allo stesso
27 settembre 1767.
Caro ospite, potete giudicare quanto mi abbia fatto piacere la vostra ultima lettera osservando l’ansia che avete percepito nella mia precedente, e che giustamente rimproverate. Ma considerate: dopo tante lunghe agitazioni capaci di turbare la mia mente, invece del riposo di cui avevo bisogno per ristabilirmi, mi trovo ora sommerso in un mare di ingiustizie e offese, proprio nel momento in cui tutto sembrava contribuire a rendere la mia ritirata onorevole e pacifica. Caro amico, se pur con un cuore sfortunatamente troppo sensibile, crudelmente e continuamente ferito, nella mia mente rimangono ancora alcune fibre sane. Allora, naturalmente, non tutto può essere andato troppo male. L’unico rimedio efficace, l’unico di cui oso sperare, è il cuore di un amico che si appoggia al mio: venite dunque. Non ho che voi; lo sapete bene. Questo mi basta. Non ne desidero altri. Da ora in poi, voi sarete tutto l’umanità per me. Venite a versare sulle mie ferite infiammate il balsamo dell’amicizia e della ragione. L’attesa di questo elisir salvifico ne anticipa già gli effetti.
Ce que vous me marquez de Neuchâtel n’est pas un spécifique bon pour mon état ; je crois que vous le sentez suffisamment ; et malheureusement mes devoirs sont toujours si cruels, ma position est toujours si dure, que j’ose à peine livrer mon coeur à ses voeux secrets, entre le prince qui m’a donné asile, et les peuples qui m’ont persécuté.
M. le prince de Conti n’est point encore venu ; j’ignore quand il viendra ; on l’attendait hier. Je ne sais ce qu’il fera ; mais je lis dans la contenance des comploteurs qu’ils craignent peu son arrivée ; que leur partie est bien liée, et qu’ils sont sûrs, malgré leur maître, de parvenir à me chasser d’ici. Nous verrons ce qu’il en sera ; je crois que c’est le cas de faire pouf[951] : ils ne s’y attendent pas.
Le parti que vous prenez de ne sortir du lit que parfaitement rétabli est très sage ; mais il ne faut pas sauter trop brusquement de vos rideaux dans la rue, cela serait dangereux : faites mettre des nattes dans votre chambre, au défaut de tapis de pied ; donnez-vous le temps de vous bien rétablir, avant de songer à venir, et en attendant arrangez tellement vos affaires, que vous n’ayez à partir d’ici que quand vous vous y ennuierez : faites en sorte de vous laisser maître de tout votre temps ; je ne puis trop vous recommander cette précaution : j’aime mieux vous avoir plus tard, et vous garder plus longtemps. Enfin, je vous conjure derechef, avec instance, de pourvoir si bien d’avance à toute chose, que rien ne puisse vous faire partir d’ici que votre volonté.
Nous avons ici des échecs, ainsi n’en apportez pas ; mais, si vous voulez apporter quelques volants, vous ferez bien, car les miens sont gâtés ou ne valent rien : je suis bien aise que vous vous renforciez assez aux échecs pour me donner du plaisir à vous battre ; voilà tout ce que vous pouvez espérer ; car, à moins que vous ne receviez avantage, mon pauvre ami, vous serez battu, et toujours battu. Je me souviens qu’ayant l’honneur de jouer, il y a six ou sept ans, avec M. le prince de Conti, je lui gagnai trois parties de suite, tandis que tout son cortège me faisait des grimaces de possédés : en quittant le jeu, je lui dis gravement : Monseigneur, je respecte trop votre altesse pour ne pas toujours gagner[952]. Mon ami, vous serez battu, et bien battu ; je ne serais pas même fâché que cela vous dégoûtât des échecs, car je n’aime pas que vous preniez du goût pour des amusements si fatigants et si sédentaires.
À propos de cela, parlons de votre régime ; il est bon pour un convalescent, mais très mauvais à prendre à votre âge, pour quelqu’un qui doit agir et marcher beaucoup : ce régime vous affaiblira et vous ôtera le goût de l’exercice. Ne vous jetez point comme cela, je vous en conjure, dans les extrêmes systématiques ; ce n’est pas ainsi que la nature se mène : croyez-moi, prenez-moi pour le médecin de votre corps, comme je vous prends pour le médecin de mon âme ; nous nous en trouverons bien tous deux. Je vous préviens même qu’il me serait impossible de vous tenir ici aux légumes, attendu qu’il y a ici un grand potager d’où je ne saurais avoir un poil d’herbe, parce que son altesse a ordonné à son jardinier de me fournir de tout : voilà, mon ami, comment les princes, si puissants et si craints où ils ne sont pas, sont obéis et craints dans leur maison. Vous aurez ici d’excellent boeuf, d’excellent potage, d’excellent gibier. Vous mangerez peu ; je me charge de votre régime, et je vous promets qu’en partant d’ici vous serez gras comme un moine, et sain comme une bête ; car ce n’est pas votre estomac, mais votre cervelle que je veux mettre au régime frugivore. Je. vous ferai brouter avec moi de mon foin. Ainsi soit-il. Bonjour.
Mille choses de ma part à M. de Luze. Hélas ! avec qui nous nous sommes vus ! dans quel moment nous nous sommes quittés ! Ne nous reverrons-nous point ?
Lettre DCCXCVIII – Au même
9 octobre 1767.
Je vous écris un mot à la hâte pour vous dire que le patron de la case est venu ici mardi, seul, et n’a point chassé ; de sorte que j’ai profité de tous les moments que ce grand prince, et, pour plus dire, que ce digne homme a passés ici : il me les a donnés tous. Vous connaissez mon coeur ; jugez comment j’ai senti cette grâce : hélas ! que ne peut-il voir le mal et en couper la source ! mais il ne me reste qu’à me résigner ; et c’est ce que je fais aussi pleinement qu’il se peut.
Cher hôte, venez : nous aurons des légumes, non pas de son jardin, car il n’en est pas le maître ; mais un bon homme qu’on trompait s’est détaché de la ligue, et je compte m’arranger avec lui pour mes fournitures, que je n’ai pu faire jusqu’ici, ni sans payer, ni en payant. Samedi, soupant avec son altesse, je mangeai du fruit pour la seule fois depuis deux mois : je le lui dis tout bonnement ; le lendemain, il m’envoya le bassin qu’on lui avait servi la veille, et qui me fit grand plaisir ; car il faut vous dire que je suis ici environné de jardins et d’arbres, comme Tantale au milieu des eaux. Mon état à tous égards ne peut se représenter ; mais venez : il changera du moins tandis que vous serez avec moi.
Votre précaution d’aller par degrés est excellente ; continuez de même, et ne vous pressez point : mais je vous conjure de si bien faire, que vous vous pressiez encore moins de partir d’ici quand vous y serez. Vous faites très bien de porter à vos pieds vos nattes et vos tapis de pied : la façon dont vous me proposez cette terrible énigme m’a fait mourir de rire ; je suis l’Oedipe qui fera l’effort de la deviner, c’est que vous avez des pantoufles de laine garnies de paille : si vos attaques d’échecs sont de la force de vos énigmes, je n’ai qu’à me bien tenir. Bonjour.
Les oreilles ont dû vous tinter pendant que son altesse était ici. Bonjour derechef ; je ne croyais écrire qu’un mot, et je ne saurais finir.
Lettre DCCC – À M. du Peyrou
Le 17 octobre 1767.
J’ai, mon cher hôte, votre lettre du 13, et j’y vois, avec la plus grande joie, que vos forces revenues graduellement, et par là plus solidement, vous mettent en état de faire à Paris le grand garçon ; mais je voudrais bien que vous n’y fissiez pas trop l’homme, et que vous vinssiez ici affermir notre virilité, de peur d’être tenté de l’exercer où vous êtes. Vous nie paraissez en train d’abuser un peu de la permission que je vous ai donnée d’y prolonger votre séjour. Ecoutez : j’ai bien mesuré cette permission sur les besoins de votre santé, mais non pas sur ceux de vos plaisirs, et je ne me sens pas assez désintéressé sur ce point pour consentir que vous vous amusiez à mes dépens. Ne venez pas, après, vous être solacié[953] à Paris tout à votre aise, me dire ici que vous êtes pressé de partir, que vos affaires vous talonnent, etc. ; je vous avertis qu’un tel langage ne prendrait pas du tout ; que, sur ce point, je n’entendrais pas raillerie ; et que j’ai tout au moins le droit d’exiger que vous ne soyez pas plus pressé de partir d’ici, que vous ne l’avez été d’y venir. Pensez à cela très sérieusement, je vous prie ; et faites surtout les choses d’assez bonne grâce pour mériter que je vous pardonne les huit jours dont vous avez eu le front de me parler. Au premier moment où vous vous déplairez ici, partez-en, rien n’est plus juste, mais arrangez-vous de telle sorte qu’il n’y ait que l’ennui qui vous en puisse chasser : j’ai dit.
What you mention about Neuchâtel is not something particularly beneficial to my situation; I believe you are well aware of that. Unfortunately, my duties remain so cruel, and my position so difficult, that I hardly dare to surrender my heart to its secret desires, torn between the prince who has granted me asylum and the peoples who have persecuted me.
Mr. the Prince of Conti has not yet arrived; I do not know when he will come; they were expecting him yesterday. I do not know what he will do; but from the demeanor of those involved in the plot, it seems they are not very afraid of his arrival; that their plan is well-organized, and that they are certain, despite their master’s influence, of managing to drive me away from here. We shall see what happens; I think now would be the right time to take action—they do not expect anything like this.
The decision you have made to get out of bed only when you are fully recovered is very wise; but you should not suddenly step out into the street after your recovery—that would be dangerous. Have mats placed in your room, or at least footstools, if no carpets are available. Give yourself enough time to fully recover before considering leaving, and in the meantime, arrange all your affairs so that you will only leave here when you truly wish to do so. Make sure you have control over all your time; I cannot emphasize this precaution enough. I would rather have you with me later and keep you for a longer period. Finally, I urge you once again to take every necessary step in advance, so that nothing will force you to leave here unless it is your own will.
We have some chess sets here, so please don’t bring any more; but if you want to bring some pieces, that would be fine, because mine are damaged or worthless. I’d be glad if you were skilled enough at chess to give me the pleasure of beating you—that’s all you can hope for. Because, unless you get some advantage, my poor friend, you will lose, and always lose. I remember that six or seven years ago, when I had the honor of playing against Monsieur le Prince de Conti, I won three games in a row, while his entire entourage made faces at me as if they were possessed. When we finished playing, I said to him seriously: “My Lord, I respect your highness too much to not always win.” My friend, you will lose, and lose badly. In fact, I wouldn’t be upset if it made you lose interest in chess—because I don’t want you to develop a taste for such exhausting and sedentary pastimes.
Regarding this matter, let us talk about your diet; it is good for someone recovering from illness, but very bad at your age, especially for someone who needs to be active and walk a lot. Such a diet will weaken you and make you lose the desire to exercise. I implore you not to resort to such extreme measures so systematically; nature does not work this way. Believe me, consider me as the doctor of your body, just as you regard me as the doctor of your soul; we will both do well. I even have to warn you that it would be impossible for me to force you to eat only vegetables here, because there is a large garden where I couldn’t possibly find a single blade of grass—his Highness has ordered his gardener to provide me with everything. You see, my friend, this is how princes, despite their power and fearlessness elsewhere, are obeyed and feared in their own homes. Here you will have excellent beef, delicious soups, and fine game. You will eat little; I will take care of your diet, and I promise you that when you leave here, you will be as plump as a monk and as healthy as an animal. Because what I really want to regulate is not your stomach, but your mind. I will even let you graze on my hay with me. So be it. Goodbye.
A thousand things from me to Mr. de Luze. Alas! under what circumstances we met! at what time we parted! Will we never see each other again?
Letter DCCXCVIII – To the Same One
October 9, 1767.
I am writing to you in haste to tell you that the master of the place came here on Tuesday, alone, and did not drive us away; so I was able to make use of every moment that this great man, indeed, this worthy individual spent here—he gave them all to me. You know my heart; you can imagine how I felt upon receiving such kindness. Alas! if only he could see the evil and cut it off at its source! But all I can do is to resign myself to it—and that is exactly what I am doing, to the best of my ability.
Dear host, come and join us: we will have some vegetables—not from your garden, for you are not its master—but from a kind man whom we managed to deceive. I plan to arrange something with him to secure my supplies, which until now I have been unable to obtain, either without paying or by paying. On Saturday, while dining with his highness, I ate fruit for the first time in two months; I told him so frankly. The next day, he sent me the basin that had been served to him the previous day, and it brought me great joy. You must know that I am surrounded here by gardens and trees, just like Tantalus amidst the waters. My situation in every respect is beyond description; but come and join me—at least while you are with me, it will change somewhat.
Your cautious approach of proceeding step by step is excellent; continue in the same manner and do not rush. But I earnestly urge you to take even more care not to hurry away from here once you are there. It is very wise of you to wear straw sandals and foot mats; the way you presented this “terrible riddle” to me made me laugh uncontrollably. I am the Oedipus who will try to solve it—because you are wearing woolen slippers lined with straw! If your chess moves are as clever as your riddles, I have nothing to worry about. Goodbye.
Your ears must have been ringing while his highness was here. Good day again; I thought I would write just one word, but now I see I won’t be able to finish it.
Letter DCCC – To Mr. du Peyrou
October 17, 1767.
My dear host, I have received your letter dated the 13th, and with great pleasure I see that your strength has gradually returned, thus enabling you to conduct yourself in Paris in a manner befitting a gentleman. However, I would earnestly request that you do not overexert yourself there, but rather come here to strengthen our collective masculinity, lest you be tempted to indulge in such behavior where you are. It seems you are taking a bit too much liberty with the permission I granted you to extend your stay there. Listen: I granted that permission with regard to the needs of your health, not those of your amusement. I am not sufficiently disinterested in this matter to allow you to seek pleasure at my expense. Do not come here later and tell me that you are eager to leave Paris because of some pressing matters; such excuses would not be accepted at all. On this point, I will tolerate no jesting, and I have every right to demand that you are just as unwilling to leave here as you were willing to come. Please consider this very seriously, and above all, behave in such a way as to deserve my forgiveness for those eight days about which you had the audacity to speak. The moment you begin to feel displeased here, you may leave—nothing could be more just—but make sure that it is only boredom that drives you away. That is all I have to say.
Quello che mi riguarda a Neuchâtel non rappresenta nulla di particolarmente positivo per la mia situazione; credo che voi lo comprendiate abbastanza bene. E purtroppo i miei doveri sono ancora così crudeli, la mia posizione è ancora così difficile da sopportare, che oso a malapena affidare il mio cuore ai suoi desideri segreti. Tra il principe che mi ha dato rifugio e i popoli che mi hanno perseguitato.
Il principe di Conti non è ancora arrivato; ignoro quando lo farà; si aspettava che arrivasse ieri. Non so cosa farà, ma dal comportamento dei congiurati capisco che temono poco il suo arrivo; che la loro cospirazione è ben organizzata e che, nonostante il loro capo, sono sicuri di riuscire a scacciarmi da qui. Vedremo cosa succederà. Credo sia il momento giusto per agire in modo inaspettato: non se lo aspettano affatto.
È molto saggio da parte vostra decidere di alzarvi dal letto soltanto quando vi sarete completamente ripresi; tuttavia non dovete uscire improvvisamente dalla vostra stanza, poiché ciò potrebbe essere pericoloso. Se non avete tappeti ai piedi del letto, fate mettere delle stuoie; datevi il tempo di recuperare completamente prima di pensare a partire, e nel frattempo organizzate le vostre cose in modo che dobbiate lasciare questo luogo soltanto quando ne sentirete la necessità. Assicuratevi di poter disporre liberamente del vostro tempo: non posso raccomandarvi abbastanza questa precauzione. Preferisco avervi con me più a lungo. Infine, vi supplico ancora una volta di prendere tutte le precauzioni necessarie, in modo che nulla possa costringervi ad andarvene se non la vostra stessa volontà.
Qui abbiamo degli scacchi, quindi non portatene altri; ma se volete portare qualche pezzo di stoffa per i manichini, fate pure, perché i miei sono rovinati o non valgono nulla. Mi farebbe molto piacere che foste abbastanza bravi a giocare a scacchi da darmi il piacere di battervi. Questo è tutto ciò che potete sperare. Perché, a meno che non otteniate un vantaggio, mio povero amico, sarete battuti, e sempre battuti. Ricordo che, l’anno fa o due anni fa, ebbi l’onore di giocare con il principe di Conti: gli vinsi tre partite consecutive, mentre tutto il suo seguito faceva delle smorfie. Alla fine della partita, gli dissi seriamente: “Mio Signore, rispetto troppo la vostra altezza per non vincere sempre, ” Amico mio, sarete battuti, e molto battuti. Anzi, non mi dispiacerebbe affatto se questo vi facesse perdere interesse per gli scacchi, perché non voglio che vi appassioniate a divertimenti così faticosi e sedentari.
A proposito di questo, parliamo del vostro regime alimentare: è adatto a una persona in convalescenza, ma molto dannoso da seguire alla vostra età, soprattutto per chi deve muoversi e camminare molto. Questo regime vi indebolirà e vi farà perdere l’interesse per l’esercizio fisico. Vi prego, non cadete in estremi sistematici; non è così che funziona la natura. Credetemi: consideratemi il vostro medico corporeo, proprio come io considero voi il mio medico dell’anima; insieme ce la caveremo bene. Vi avverto anche che sarebbe impossibile farvi mangiare solo verdure qui, visto che abbiamo un grande orto, ma sua altezza ha ordinato al giardiniere di fornirmi di tutto. Ecco, amico mio: è così che i principi, per quanto potenti e temuti altrove, sono obbediti e rispettati nella loro stessa casa. Qui avrete ottimo manzo, ottimi piatti, ottima selvaggina. Mangierete poco; mi occuperò io del vostro regime alimentare e vi prometto che, partendo da qui, sarete grasso come un monaco e sano come una bestia, perché non è il vostro stomaco, ma la vostra mente quella che voglio mettere a dieta. Vi farò mangiare il mio fieno insieme a me. Così sia. Buongiorno.
Mille cose da parte mia per il signor de Luze. Ahimè! Con chi ci siamo incontrati. In quale momento ci siamo separati. Non ci rivedremo mai più?
Lettera DCCXCVIII – Allo stesso
9 ottobre 1767.
Vi scrivo in fretta per dirvi che martedì il proprietario della casa è venuto qui da solo e non ha fatto nulla per cacciarmi; così ho potuto approfittare di ogni momento che quel nobile signore, anzi, quel degno uomo ha trascorso qui: me li ha dati tutti. Conoscete il mio cuore. Immaginate come abbia sentito questa grazia. Ahimè! Se solo potesse vedere il male e tagliarne la radice. Ma non mi resta che rassegnarmi. E questo è ciò che faccio, nel modo più completo possibile.
Caro ospite, venite: avremo delle verdure, non quelle del suo giardino, poiché lui non ne è il padrone; ma di un bravo uomo che è stato ingannato e che si è separato dalla lega. Intendo accordarmi con lui per procurarmi le provviste di cui finora non sono riuscito a fare a meno, né senza pagare, né pagando. Sabato, durante la cena con Sua Altezza, ho mangiato della frutta per la prima volta in due mesi. Gliel’ho detto apertamente; il giorno dopo mi ha inviato il vaso che gli era stato servito il giorno precedente. Il che mi ha fatto molto piacere. Poiché devo dirvi che sono circondato da giardini e alberi, proprio come Tantalo in mezzo alle acque. La mia situazione, sotto ogni aspetto, è indescrivibile. Ma venite: almeno cambierà mentre sarete con me.
La vostra cautela nel procedere gradualmente è eccellente; continuate così, senza affrettarvi. Ma vi supplico di farlo con ancora maggiore attenzione, in modo da non affrettarvi nemmeno a lasciare questo luogo quando ci sarete arrivati. È molto saggio che portiate con voi stuoie e tappeti da piede: il modo in cui mi avete presentato questa “terribile enigma” mi ha fatto morire dal ridere. Sono io l’Oedipo che proverà a risolverlo. Avete delle pantofole di lana rivestite di paglia. Se le vostre mosse agli scacchi sono altrettanto ingegnose quanto i vostri enigmi, non ho alcun problema. Buongiorno.
Le vostre orecchie devono aver ronzato mentre Sua Altezza era qui. Buongiorno; pensavo di scrivere solo una parola, ma non so come concludere.
Lettera DCCC – A Monsieur du Peyrou
Il 17 ottobre 1767.
Caro ospite mio, ho ricevuto la vostra lettera del 13 e ne sono estremamente felice: vedo infatti che le vostre forze, riprendendosi gradualmente, vi permettono ormai di comportarvi a Parigi con la dovuta dignità. Tuttavia, vorrei che non vi attardaste troppo lì e che veniste qui a rafforzare il nostro spirito comune, per evitare che foste tentati di metterlo alla prova dove siete. Sembra che stiate un po’ abusando della libertà che vi ho concesso di prolungare la vostra permanenza. Ascoltate: ho valutato attentamente questa libertà in base ai bisogni della vostra salute, ma non anche a quelli dei vostri piaceri; non mi sento infatti del tutto disinteressato a questo proposito, e non intendo permettervi di divertirvi a mie spese. Non venite poi qui a dirmi che siete costretti ad andarvene perché le vostre faccende vi richiedono. Vi avverto che un simile discorso non mi convincerebbe affatto; su questo punto non tollererò scherzi, e ho almeno il diritto di esigere che non siate più desiderosi di partire da qui di quanto lo foste quando siete arrivati. Pensateci molto seriamente, vi prego. E fate soprattutto le cose con sufficiente cortesia, affinché meritiate il mio perdono per quegli otto giorni di cui avete avuto l’audacia di parlarmi. Nel momento in cui vi sentirete a disagio qui, andatevene pure: non c’è nulla di più giusto. Ma fate in modo che sia solo la noia a spingervi ad andarvene. Ho detto.
Je ne suis pas absolument fâché des petits tracas qu’a pu vous donner la recherche des livres de botanique ; promenades, diversions, distractions, sont choses bonnes pour la convalescence : mais il ne faut pas vous inquiéter du peu de succès de vos recherches ; j’en étais déjà presque sûr d’avance ; et c’était en prévoyant qu’on trouverait peu de livres de botanique à Paris, que j’en notais un grand nombre pour mettre au hasard la rencontre de quelqu’un. Il est étonnant à quel point de crasse ignorance et de barbarie on reste en France, sur cette belle et ravissante étude, que l’illustre Linnaeus a mise à la mode dans tout le reste de l’Europe. Tandis qu’en Allemagne et en Angleterre les princes et les grands font leurs délires de l’étude des plantes, on la regarde encore ici comme une étude d’apothicaire ; et vous ne sauriez croire quel profond mépris on a conçu pour moi, dans ce pays, en me voyant herboriser. Ce superbe tapis dont la terre est couverte ne montre à leurs yeux que lavements et qu’emplâtres, et ils croient que je passe ma vie à faire des purgations. Quelle surprise pour eux, s’ils avaient vu madame la duchesse de Portland, dont j’ai l’honneur d’être l’herboriste, grimper sur des rochers où j’avais peine à la suivre, pour aller chercher la chamoedrys frutescens et la saxifraga alpina ! Or, pour revenir, il n’y a donc rien de surprenant que vous ne trouviez pas à Paris des livres de plantes ; et je prendrai le parti de Eure venir d’ailleurs ceux dont j’aurai besoin.
Si M. de Luze n’est pas encore parti, comme je l’espère, je vous prie de lui dire mille bonnes choses pour moi, et de l’en charger d’autant pour madame de Luze. J’ose à peine vous parler de la bonne maman, sentant bien qu’en cette occasion ses voeux sont très opposés aux miens ; mais, en vérité, c’est presque la seule où je ne lui fisse pas, et même avec plaisir, le sacrifice de ma propre satisfaction.
Voilà l’heure de la poste qui presse ; le domestique attend et m’importune : il faut finir en vous embrassant.
Lettre DCCCII – À M. le marquis de Mirabeau
Ce 12 décembre 1767.
Je consens de tout mon coeur, mon illustre ami, que vous fassiez imprimer, avec les précautions dont vous parlez, la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire, et je vous remercie de l’honnêteté avec laquelle vous voulez bien me demander mon consentement pour cela.
Vous voilà donc embarqué tout de bon dans les guerres littéraires : que j’en suis affligé, et que je vous plains ! Sans prendre la liberté de vous dire là-dessus rien de mon chef, j’oserai vous transcrire ici deux vers du Tasse que je me rappelle, et auxquels je n’ajouterai rien :
« Giunta è tua gloria al sommo, e per innanzi
Fuggir le dubbie guerre a te conviene. »
Je vous honore et vous embrasse, monsieur, de tout mon coeur.
1768
Lettre DCCCIII– À M. du Peyrou
Lettre DCCCIV– À Milord Comte de Harcourt
Lettre DCCCV– À M. le marquis de Mirabeau
Lettre DCCCVI – À Madame La Tour
Lettre DCCCVII – À M. Granville
Lettre DCCCVIII – À Mademoiselle Dewes
Lettre DCCCIX – À M. le marquis de Mirabeau
Lettre DCCCX – À Madame La Tour
Lettre DCCCXI – À M. d’Ivernois
Lettre DCCCXII – Au même
Lettre DCCCXIII – Au même
Lettre DCCCXIV – À M. du Peyrou
Lettre DCCCXV – À M. d’Ivernois
Lettre DCCCXVI – À Madame la comtesse de Boufflers
Lettre DCCCXVII – À M. du Peyrou
Lettre DCCCXVIII – À M. Moultou
Lettre DCCCXIX – À M. d’Ivernois
Lettre DCCCXX – À M. le marquis de Mirabeau
Lettre DCCCXXI – À M. de Lalande
Lettre DCCCXXII – À M. du Peyrou
Lettre DCCCXXIII – À M. d’Ivernois
Lettre DCCCXXIV – À Madame la comtesse de Boufflers
Lettre DCCCXXV – À M. le duc de Choiseul
Lettre DCCCXXVI – À M. d’Ivernois
Lettre DCCCXXVII – Au même
Lettre DCCCXXVIII – À M. du Peyrou
Lettre DCCCXXIX – Au même
Lettre DCCCXXX – À M. le prince de Conti
Table de la correspondance
Lettre DCCCIV– À Milord Comte de Harcourt
13 janvier 1 768.
Je me reprocherais, milord, d’avoir tardé si longtemps à vous écrire et à vous remercier, si je ne me rendais le témoignage que la volonté y était tout entière, et que ce que je veux faire est toujours ce que je fais le moins. J’ai, entre autres, été depuis trois mois garde-malade, et je n’ai pas quitté le chevet d’un ami, qui, grâce au ciel ! est enfin parfaitement rétabli. Je vous offre, milord, les prémices de mes loisirs ; et c’est avec autant d’empressement que de reconnaissance que, touché de toutes les bontés dont vous m’avez honoré, je vous en demande la continuation. Il ne tiendra pas à moi qu’en les cultivant avec le plus grand soin, je ne vous témoigne en toute occasion combien elles me sont précieuses.
J’ai reçu depuis longtemps l’argent du billet que vous prîtes la peine de m’envoyer pour le produit des estampes ; et c’est encore un de mes torts les moins excusables de ne vous en avoir pas tout de suite accusé la réception ; mais je me reposais un peu en cela sur votre banquier, qui n’aura pas manqué de vous en donner avis. Vous me demandez, milord, ce qu’il fallait faire des estampes de M. Watelet : nous étions convenus que, puisque vous ne les aviez pas, et qu’elles vous étaient agréables, vous les ajouteriez à vos portefeuilles, d’autant plus qu’elles ne pouvaient passer décemment et convenablement que dans les mains d’un ami de l’auteur : ainsi j’espère qu’à ce titre vous ne dédaignerez pas de les accepter. À l’égard de l’estampe du roi, je désire extrêmement qu’elle me parvienne : et si vous permettez que j’abuse encore de vos bontés, j’ose vous supplier de la faire envelopper avec soin dans un rouleau. Je désire extrêmement recevoir bientôt cette belle estampe, que j’aurai soin de faire encadrer convenablement, pour avoir les traits de mon auguste bienfaiteur incessamment gravés sous mes yeux, comme ses bontés le sont dans mon coeur.
Daignez, milord, continuer à m’honorer des vôtres, et quelquefois des marques de votre souvenir : je tâcherai, de mon côté, de ne me pas laisser oublier de vous, en vous renouvelant, autant que cela ne vous importunera pas, les assurances de mon plus entier dévouement et de mon plus vrai respect.
Lettre DCCCVI – À Madame La Tour
À Trye, le 20 janvier 1 768.
Lorsque je vous écrivis un mot, il y a trois mois, chère Marianne, j’avais le coeur plein d’espérances flatteuses qui se sont bien cruellement évanouies. L’interception d’une correspondance directe étant plus que probable, je comptais, entre autres, épancher ce coeur dans le vôtre par une voie qui me paraissait aussi sure que douce. Il n’en est plus question. : le ciel, qui veut qu’il ne manque rien à ma misère, m’ôte la plus précieuse consolation des infortunés.
Sentirsi, ho Dei ! morir,
Et non poter mai dio :
Morir mi sento !
MÉTASTASE.
Il ne me reste plus qu’à prendre mon parti de bonne grâce, et je le prends du moins irrévocablement : je me condamne à un silence éternel sur mes malheurs, et je ferai tout pour en effacer le souvenir et le sentiment dans mon coeur même. Ma dernière consolation est d’approcher de leur terme ; et comme ceux qui les veulent prolonger au-delà de ma vie sont mortels aussi, ce terme ne sera qu’un peu reculé peut-être ; mais enfin le temps et la vérité reprendront leur empire ; et, quoique mes contemporains puissent faire, ma mémoire ne restera pas toujours sans honneur. La destinée du grand R…[955], avec lequel j’ai tant de choses communes, sera la mienne jusqu’au bout. Il n’a point eu le bonheur de se voir justifié de son vivant ; mais il l’a été par l’un de ses plus cruels ennemis, après la mort de l’un et de l’autre. Je compte trop, non sur mon bonheur, mais sur la Providence, pour ne pas espérer au moins celui-là ; et il m’est doux de penser qu’un jour le nom de ma chère Marianne recevra les honneurs qui lui seront dus, à la tête du petit nombre de ceux qui ont eu le courage de me défendre de mon vivant.
I am not at all annoyed by the minor difficulties you may have encountered in searching for books on botany; walks, diversions, and distractions are indeed beneficial for recovery. But there is no need for you to worry about the lack of success in your searches; I was almost certain of this in advance. In fact, it was precisely because I anticipated that few botany books would be available in Paris that I listed a large number of them, in the hope that someone might stumble upon them by chance. It is astonishing how deeply ignorant and barbaric people remain in France regarding this wonderful and fascinating field of study, which the illustrious Linnaeus has made so popular throughout the rest of Europe. While in Germany and England princes and nobles devote themselves with great enthusiasm to the study of plants, here it is still regarded merely as the province of apothecaries. You would never believe the profound disdain I encountered in that country simply because I was engaged in botanizing. This magnificent tapestry that covers the land appears before their eyes only as a source of remedies for illnesses; they think I spend my life preparing purgatives. How surprised they would be if they saw Madame la Duchesse de Portland, whom I have the honor to serve as her botanist, climbing up rocks—where I could barely keep up with her—in order to collect plants such as the chamoedrys frutescens and the saxifraga alpina! In short, it is no wonder you cannot find any books on botany in Paris; I would rather go elsewhere to obtain those I need.
If Mr. de Luze has not yet left, as I hope he hasn’t, I beg you to tell him many kind things on my behalf, and also to ask him to convey the same for Madame de Luze. I hardly dare mention this good mother, knowing full well that her wishes in this matter are quite contrary to mine; but, in truth, this is almost the only occasion when I would not, and indeed with pleasure, sacrifice my own desires for hers.
It’s that time of day when the postman is waiting eagerly; the servant keeps bothering me—so I must end things by kissing you.
Letter DCCCII – To Mr. the Marquis of Mirabeau
On this December 12th, 1767.
With all my heart, I agree, my illustrious friend, that you should have the letter you took the trouble to write to me printed, in accordance with the precautions you mention. I thank you for the honesty with which you have sought my consent regarding this matter.
Thus, you have truly become embroiled in these literary wars: how I regret it for you, and how I feel sorry! Without taking the liberty of expressing my own opinions on this matter, I would like to quote here two verses from Tasse that I remember; I will add nothing to them.
“Giunta is your glory at the highest level, and forevermore, ”
It’s in your best interest to avoid that troublesome war.
I honor you and kiss you, sir, with all my heart.
1768
Letter DCCCIII – To Mr. du Peyrou
Letter DCCCIV – To Lord Count of Harcourt
Letter DCCCV – To Mr. the Marquis of Mirabeau
Letter DCCCVI – To Madame La Tour
Letter DCCCVII – To Mr. Granville
Letter DCCCVIII – To Miss Dewes
Letter DCCCIX – To Mr. the Marquis of Mirabeau
Letter DCCCX – To Madame La Tour
Letter DCCCXI – To Mr. d’Ivernois
Letter DCCCXII – To the Same One
Letter DCCCXIII – To the Same One
Letter DCCCXIV – To Mr. du Peyrou
Letter DCCCXV – To Mr. d’Ivernois
Letter DCCCXVI – To Madame la Comtesse de Boufflers
Letter DCCCXVII – To Mr. du Peyrou
Letter DCCCXVIII – To Mr. Moultou
Letter DCCCXIX – To Mr. d’Ivernois
Letter DCCCXX – To Mr. the Marquis of Mirabeau
Letter DCCCXXI – To Mr. de Lalande
Letter DCCCXXII – To Mr. du Peyrou
Letter DCCCXXIII – To Mr. d’Ivernois
Letter DCCCXXIV – To Madame la Comtesse de Boufflers
Letter DCCCXXV – To Monsieur the Duke of Choiseul
Letter DCCCXXVI – To Mr. d’Ivernois
Letter DCCCXXVII – To the Same One
Letter DCCCXXVIII – To Mr. du Peyrou
Letter DCCCXXIX – To the Same One
Letter DCCCXXX – To Mr. the Prince of Conti
Correspondence Table
Letter DCCCIV – To Lord Count of Harcourt
January 13, 1768.
I would reproach myself, my lord, for having delayed writing to you and expressing my gratitude for so long, were it not that I am fully aware of the sincerity of my intentions—and that precisely what I wish to do is often what I end up doing least. For three months in particular, I have served as a nurse, never leaving the bedside of a friend who, thank heaven, has finally made a full recovery. I offer you, my lord, the fruits of my leisure time; and it is with both eagerness and gratitude that I ask you to continue bestowing upon me these kindnesses. It is my duty to show you, at every opportunity, how greatly they are appreciated by me.
I have long since received the money for the stamp you took the trouble to send me in payment for the prints; yet this is one of my most unforgivable mistakes—having failed to inform you immediately of its receipt. However, I relied on your banker to do so on your behalf. You ask me, my lord, what to do with Mr. Watelet’s prints. We had agreed that since you did not possess them and they pleased you, you would add them to your collection, especially since they were meant only to be in the hands of a friend of the artist. I hope you will not refuse to accept them for this reason. As for the print of the king, I earnestly desire to receive it. If you will allow me to trouble you further, I beg you to have it carefully wrapped in a roll. I look forward to receiving this beautiful print soon, and I will ensure it is properly framed so that the image of my noble benefactor may always be before my eyes, just as his kindness remains etched in my heart.
Please, my lord, continue to honor me with your attention and sometimes with signs of your remembrance; on my part, I will endeavor not to forget you, and I will renew to you, as often as it does not disturb you, my utmost devotion and true respect.
Letter DCCCVI – To Madame La Tour
At Trye, on January 20, 1768.
When I wrote to you three months ago, dear Marianne, my heart was filled with flattering hopes that were cruelly dashed. Since the interception of direct correspondence was highly likely, I had planned, among other things, to pour out the contents of my heart to yours through a means that seemed both sure and gentle. But that is no longer possible.: Heaven, determined that nothing should be missing from my misery, has taken away from me the most precious consolation for those in adversity.
To feel, oh God! to die.
And never to be able to give again:
I feel as if I am about to die!
Métastase.
All that remains for me is to willingly embrace this fate, and I do so without any possibility of reversal: I condemn myself to eternal silence regarding my misfortunes, and I will do everything in my power to erase even the memory and the feeling of them from my own heart. My last consolation is that these misfortunes are nearing their end; and since those who wish to prolong them beyond my life are also mortal, this end may merely be postponed a little while. But ultimately, time and truth will restore their dominance; and no matter what my contemporaries may do, my memory will not remain without honor forever. The fate of the great R, [955], with whom I share so much in common, will be mine until the very end. He did not have the fortune to see his innocence vindicated during his lifetime; but it was one of his most cruel enemies who did so after both of them had died. I place my hope, not in my own happiness, but in Providence, and I am willing to believe that one day the name of my dear Marianne will receive the honors it deserves, among the few who had the courage to defend me while I was still alive.
Non sono affatto dispiaciuto per i piccoli fastidi che la ricerca di libri di botanica possa avervi causato; passeggiate, distrazioni e divertimenti sono certamente utili per il periodo di convalescenza. Ma non dovete preoccuparvi del poco successo delle vostre ricerche: ne ero già quasi certo in anticipo. E proprio prevendo che a Parigi si sarebbero trovati pochi libri di botanica, ne ho annotato un gran numero nella speranza che qualcuno li trovasse per caso. È sorprendente fino a che punto in Francia si regni ancora una totale ignoranza e barbarie riguardo a questa meravigliosa e affascinante disciplina, che l’illustre Linnaeus ha reso di moda in tutta Europa. Mentre in Germania e in Inghilterra principi e nobili dedicano tutto se stessi allo studio delle piante, qui ancora si considera questa attività come una semplice pratica da apotecario. E non potreste immaginare quanto profondo disprezzo io abbia suscitato in questo paese, quando mi vedevano raccogliere erbe. Questo magnifico tappeto naturale che ricopre la terra, ai loro occhi, rappresenta soltanto strumenti per lavaggi e impacchi. E credono davvero che io trascorra la mia vita a praticare purghe. Che sorpresa per loro se avessero visto madame la duchessa di Portland, di cui ho l’onore di essere l’erborista, arrampicarsi su rocce dove a malapena riuscivo a seguirla, solo per cercare piante come la chamoedrys frutescens o la saxifraga alpina. Insomma, non c’è nulla di sorprendente nel fatto che a Parigi non si trovino libri di botanica. E preferirei senz’altro acquistarli altrove, se ne avessi bisogno.
Se il signor de Luze non è ancora partito, come spero, vi prego di dirgli mille cose belle per me e di incaricarlo di trasmetterle anche alla signora de Luze. Oso a malapena parlarvi di quella buona mamma, sapendo bene che in questa occasione i suoi desideri sono molto opposti ai miei; ma, in verità, questa è quasi l’unica volta in cui non le farei, anzi con piacere, il sacrificio della mia stessa soddisfazione.
È arrivata l’ora in cui la posta deve essere consegnata; il servitore aspetta e mi importuna. Dobbiamo concludere con un bacio.
Lettera DCCCII – A Sua Signoria il marchese di Mirabeau
Il 12 dicembre 1767.
Con tutto il mio cuore, mio illustre amico, consenso che voi facciate stampare, con le precauzioni di cui parlate, la lettera che mi avete onorato di scrivere, e vi ringrazio per l’onestà con cui desiderate ottenere il mio consenso a tale proposito.
Ecco dunque che vi siete veramente immisso nelle guerre letterarie: ne sono profondamente addolorato e mi dispiace molto per voi! Senza osare esprimere personalmente la mia opinione in merito, vi trascriverò qui due versi di Tasso che ricordo, senza aggiungervi nulla.
“La tua gloria è giunta alla vetta; e da ora in poi, ”
È meglio per te fuggire da queste incerte guerre.
Vi onoro e vi bacio con tutto il mio cuore, signore.
1768
Lettera DCCCIII – A Monsieur du Peyrou
Lettera DCCCIV – A Sua Signoria il Conte di Harcourt
Lettera DCCCV – A Sua Signoria il Marchese di Mirabeau
Lettera DCCCVI – A Madame La Tour
Lettera DCCCVII – A Monsieur Granville
Lettera DCCCVIII – A Mademoiselle Dewes
Lettera DCCCIX – A Sua Signoria il marchese di Mirabeau
Lettera DCCCX – A Madame La Tour
Lettera DCCCXI – A Monsieur d’Ivernois
Lettera DCCCXII – Allo stesso
Lettera DCCCXIII – Allo stesso.
Lettera DCCCXIV – A Monsieur du Peyrou
Lettera DCCCXV – A Monsieur d’Ivernois
Lettera DCCCXVI – Alla contessa di Boufflers
Lettera DCCCXVII – A Monsieur du Peyrou
Lettera DCCCXVIII – A Monsieur Moultou
Lettera DCCCXIX – A Monsieur d’Ivernois
Lettera DCCCXX – A Sua Signoria il marchese di Mirabeau
Lettera DCCCXXI – A Monsieur de Lalande
Lettera DCCCXXII – A Monsieur du Peyrou
Lettera DCCCXXIII – A Monsieur d’Ivernois
Lettera DCCCXXIV – Alla contessa di Boufflers
Lettera DCCCXXV – A Sua Altezza Serenissima il Duca di Choiseul
Lettera DCCCXXVI – A Monsieur d’Ivernois
Lettera DCCCXXVII – Allo stesso
Lettera DCCCXXVIII – A Monsieur du Peyrou
Lettera DCCCXXIX – Allo stesso.
Lettera DCCCXXX – Al signor principe di Conti
Tabella della corrispondenza
Lettera DCCCIV – A Sua Signoria il Conte di Harcourt
13 gennaio 1768.
Milord, mi rimprovererei di aver tardato così a lungo a scrivervi e ringraziarvi, se non mi rendessi conto che la volontà di farlo era davvero totale in me. E che ciò che desidero fare è spesso proprio ciò che faccio meno. Tra l’altro, negli ultimi tre mesi sono stato infermiere di un amico, il quale, grazie al cielo, è finalmente completamente guarito. Vi offro ora i primi frutti dei miei “liberi momenti”; e con la stessa urgenza e riconoscenza con cui sono stato toccato da tutte le gentilezze che mi avete dimostrato, vi chiedo di continuare a farlo. Non sarà certo mia colpa se, coltivandole con il massimo impegno, non dimostrerò in ogni occasione quanto siano preziose per me.
Ho ricevuto da tempo i soldi relativi al biglietto che vi siete preso la briga di inviarmi per il prodotto delle stampe; e rappresenta ancora uno dei miei errori meno scusabili non avervi subito comunicato la ricezione del denaro. Ma in questo mi fidavo un po’ del vostro banchiere, che sicuramente vi avrebbe informato. Mi chiedete, milord, cosa si debba fare delle stampe di Monsieur Watelet: avevamo concordato che, poiché non le possedevate e vi piacevano, le avreste aggiunte ai vostri portafogli, soprattutto perché potevano essere accettate con decoro e appropriatamente soltanto dalle mani di un amico dell’autore. Spero quindi che non rifiuterete di accettarle per questo motivo. Per quanto riguarda la stampa del re, desidero ardentemente riceverla. E se mi permettete di abusare ancora della vostra gentilezza, vi supplico di farla avvolgere con cura in un rotolo. Vorrei davvero ricevere presto questa bella stampa; ne farò incorniciare con cura, affinché i tratti del mio nobile benefattore rimangano sempre davanti ai miei occhi, proprio come le sue gentilezze sono incise nel mio cuore.
Permettetemi, milord, di continuare a onorarvi con le mie attenzioni e, talvolta, con segni del mio ricordo: da parte mia, farò del mio meglio per non dimenticarvi, rinnovandovi, nella misura in cui ciò non vi disturbi, l’assicurazione della mia più sincera devozione e del mio più profondo rispetto.
Lettera DCCCVI – A Madame La Tour
A Trye, il 20 gennaio 1768.
Quando vi scrissi una lettera, tre mesi fa, cara Marianne, il mio cuore era pieno di speranze lusinghiere che, purtroppo, si sono dissipate in modo crudelmente improvviso. Essendo più che probabile che la mia corrispondenza venisse intercettata, contavo, tra le altre cose, di poter condividere i miei sentimenti con voi attraverso un canale che mi sembrava sia sicuro che delicato. Ora, invece, non se ne parla più. Il cielo, che vuole che nulla manchi alla mia miseria, mi toglie anche il conforto più prezioso per chi soffre.
Sentirsi, oh Dei! Morire.
E non poter mai dare vita.
Mi sento come se stessi per morire!
METASTASE.
Non mi resta altro che prendere posizione di buon grado, e lo faccio in modo irrevocabile: mi condanno a un silenzio eterno riguardo ai miei mali, e farò di tutto per cancellare il ricordo e il sentimento legati ad essi anche dal profondo del mio cuore. La mia ultima consolazione è che questi mali stanno per giungere al loro termine; e poiché coloro che cercano di prolungerli oltre la mia vita sono anch’essi mortali, quel termine potrebbe forse essere solo rinviato. Ma alla fine il tempo e la verità riacquisteranno il loro dominio; e, per quanto i miei contemporanei possano fare, la mia memoria non rimarrà sempre senza onore. Il destino del grande R, [955], con cui ho così tante cose in comune, sarà il mio fino alla fine. Lui non ha avuto la fortuna di essere giustificato in vita; ma lo è stato da uno dei suoi nemici più crudeli, dopo la morte di entrambi. Non conto sul mio successo, ma sulla Provvidenza, e per questo almeno ho speranza. È dolce pensare che un giorno il nome della mia cara Marianne riceverà gli onori che le spettano, tra quei pochi che hanno avuto il coraggio di difendermi in vita.
Je finis sur cette matière, pour n’y revenir de mes jours, et je vous supplie que ce soit aujourd’hui la dernière fois qu’il en sera question entre nous. Mais donnez-moi quelquefois de vos nouvelles ; recevez des miennes avec bonté ; que ma digne avocate soit toujours mon amie, et qu’elle soit sûre que, pour les services vrais, dont je fais cas, et rendus en silence, tels que celui que j’ai reçu d’elle, la reconnaissance de ce coeur qu’on traite d’ingrat est des plus rares parmi les hommes, puisqu’elle se tourne toute en attachement.
Je crois que le mieux serait de nous écrire directement ; et, comme que ce soit, ne reparlons, dans aucune de nos lettres, du sujet de celle-ci. Je suppose que vous savez sous quel nom je suis connu ici.
Lettre DCCCVIII – À Mademoiselle Dewes
Le 25 janvier 1768.
Si je vous ai laissé, ma belle voisine, une empreinte que vous avez bien gardée, vous m’en avez laissé une autre que j’ai gardée encore mieux. Vous n’avez mon cachet que sur un papier qui peut se perdre, mais j’ai le vôtre empreint dans mon coeur, d’où rien ne peut l’effacer. Puisqu’il était certain que j’emportais votre gage, et douteux que vous eussiez conservé le mien, c’était moi seul qui devais désirer de vérifier la chose ; c’est moi seul qui perds à ne l’avoir pas fait. Ai-je donc besoin, pour mieux sentir mon malheur, que vous m’en lassiez encore un crime ? cela n’est pas trop humain. Mais votre souvenir me console de vos reproches ; j’aime mieux vous savoir injuste qu’indifférente, et je voudrais être grondé de vous tous les jours au même prix. Daignez donc, ma belle voisine, ne pas oublier tout-à-fait votre 4 esclave, et continuer à lui dire quelquefois ses vérités. Pour moi, si j’osais à mon tour vous dire les vôtres, vous me trouveriez trop galant pour un barbon. Bonjour, ma belle voisine. Puissiez-vous bientôt, sous les auspices du cher et respectable oncle, donner un pasteur à vos brebis de Calwich !
Lettre DCCCX – À Madame La Tour
Ce 28 janvier 1768.
Je crains bien, chère Marianne, qu’une lettre que je vous écrivis il y a dix ou douze jours ne se soit égarée par ma faute, en ce que, m’étant très mal à propos fié à ma mémoire, qui est entièrement éteinte, au lieu de mettre sur l’adresse la rue du Croissant, je mis seulement la rue du Gros-Chenet. Ce qui augmenterait mon chagrin de cette perte est que j’entrais, dans cette lettre, dans bien des détails que j’aurais désiré n’être vus que de vous. Peut-être aussi que votre silence ne vient que de ce que vous ignorez mon adresse. Elle est tout simplement, À M. Renou, à Trye, par Gisors. J’attends de vous un mot d’éclaircissement, et j’attends en même temps des nouvelles de votre santé, et l’assurance que vous m’aimez toujours.
Lettre DCCCXII – Au même
Du château de Trye, ce 9 février 1768.
Dans l’incertitude, mon excellent ami, de la meilleure voie pour vous faire passer cette lettre sûrement et promptement, je prends le parti de risquer directement ce duplicata, et d’en adresser un autre à M. Coindet, pour vous le faire passer. C’est une lettre qu’il a reçue et qu’il m’a envoyée qui a occasionné la mienne. Le temps me presse ; je suis rendu de fatigue et navré de douleur, dans la crainte d’une catastrophe. Au nom de Dieu, faites-moi passer des nouvelles sitôt que le sort de votre pauvre état sera décidé. O la paix, la paix, mon bon ami ! Hélas ! il n’y a que cela de bon dans cette courte vie. J’embrasse nos amis ; je vous embrasse de toute la tendresse de mon coeur. J’implore la bénédiction du ciel sur vos soins patriotiques, et j’en attends le succès avec la plus vive impatience.
J’espère que vous avez reçu ma précédente, que je vous ai adressée en droiture. C’est toujours la voie qu’il faut préférer, surtout pour tout ce qui peut demander du secret.
Lettre DCCCXIII – Au même
Le 9 février 1768.
On m’a communiqué, mon bon ami, quelques articles des deux projets d’accommodement qui vous sont proposés, et j’apprends que le Conseil général, qui doit en décider, est fixé au 28. Quoique tant de précipitation ne me laisse pas le temps de peser suffisamment ces articles, quoique je ne sois pas sur les lieux, que j’ignore l’état des choses, que je n’aie ni papiers, ni livres, et que ma mémoire, absolument éteinte, ne me rappelle pas même votre constitution, je suis trop affecté de votre situation pour ne pas vous dire, bien qu’à la hâte, mon opinion sur les moyens qu’on vous offre d’en sortir. Quelque mal digérée que soit cette opinion, je ne laisse pas, messieurs, de vous l’exposer avec confiance, non pas en moi, mais en vous, très sûr que, si je me trompe, vous démêlerez aisément mon erreur.
Dans l’extrait qui m’a été envoyé, il n’y a, du projet appelé le second, qu’un seul article, qui est aussi le second ; savoir, l’élection de la moitié du petit Conseil par le Conseil général : ce second article n’étant bon à pas grand-chose, je ne dirai rien du projet dont il est tiré.
Je parlerai de l’autre, après avoir posé deux principes que vous ne contesterez pas : l’un qu’un accommodement ne suppose pas qu’on cède tout d’un côté et rien de l’autre, mais qu’on se rapproche des deux côtés ; l’autre, qu’il n’est pas question de victoire dans cette affaire, ni de donner gain de cause aux négatifs ou aux représentants, mais de faire le plus grand bien de la chose commune, sans songer si l’on est Rutule ou Troyen.
Cela posé, j’oserai vous dire que ce projet me paraît non seulement acceptable, mais avec quelques changements, et l’addition d’un ou deux articles, le meilleur peut-être que vous puissiez adopter.
Le petit Conseil tend fortement à la plus dure aristocratie : les maximes des représentants vont, par leurs conséquences, non seulement à l’excès, mais à l’abus de la démocratie, cela est certain. Or il ne faut ni l’un ni l’autre dans votre république ; vous le sentez tous : entre le petit Conseil, violent aristocrate, et le Conseil général, démocrate effréné, où trouver une force intermédiaire qui contienne l’un et l’autre, et soit la clef du gouvernement ? Elle existe cette force, c’est le Conseil du Deux-cents ; mais pourquoi cette force ne va-t-elle pas à son but ? pourquoi le Deux-cents, au lieu de contenir le Vingt-cinq, en est-il l’esclave ? N’a-t-il pas moyen de corriger cela ? Voilà précisément de quoi il s’agit.
Avant d’entrer dans l’examen des moyens, permettez-moi, messieurs, d’insister sur une réflexion dont j’ai le coeur plein. Les meilleures institutions humaines ont leurs défauts : la vôtre, excellente à tant d’égards, à celui d’être une source éternelle de divisions intestines. Des familles dominantes s’enorgueillissent, abusent de leur pouvoir, excitent la jalousie ; le peuple, sentant son droit, s’indigne d’être ainsi traîné dans la fange par ses égaux ; des tribunaux concurrents se chicanent, se contrepointent ; des brigues disposent des élections ; l’autorité et la liberté, dans un conflit perpétuel, portent leurs querelles jusqu’à la guerre civile : j’ai vu vos concitoyens armés s’entr’égorger dans vos murs ; en ce moment même, cette horrible catastrophe est prête à renaître ; et quand, dans vos plans de réforme, vous devriez, par des moyens de concorde et de paix, par des établissements doux et sages, tâcher de couper la racine à ces maux, vous allez, comme à plaisir, les attiser, en excitant parmi vous de nouvelles animosités, de nouvelles haines, par la plus dure de toutes les censures, par l’inquisition du grabeau. Cela, messieurs, permettez -moi de le dire, n’est assurément pas bien pensé. Premièrement, le Conseil ne souffrira jamais un établissement trop humiliant pour de fiers magistrats ; et quand ils le souffriraient, je dis, pour le bien de la paix et de la patrie, il ne serait point à désirer qu’il eût lieu. Loin d’établir de nouveaux grabeaux vous feriez mieux d’abolir ceux qui existent, mais qui, très heureusement ne signifiant rien du tout, peuvent rester sans danger.
Cela dit, je passe à mon sujet : il s’agit d’un gouvernement mixte, mais difficile à combiner, où le peuple soit libre sans être maître, et où le magistrat commande sans tyranniser. Le vice de votre constitution n’est pas de trop gêner la liberté du peuple ; au contraire, cette liberté légitime ne va que trop loin, et, quoi qu’on en puisse dire, il n’est pas bon que le Conseil général soit trop nécessaire à tout.
I have concluded my matters concerning this subject for good; I beg you that today shall be the last time it is mentioned between us. But please let me hear from you occasionally; accept my messages with kindness. May my esteemed lawyer always remain my friend, and may she know that, for those genuine acts of kindness done in silence—such as the one she has shown me—I consider gratitude to be among the rarest qualities among men, for it is entirely directed towards forming bonds of affection.
I think the best thing to do would be to write to each other directly; and whatever happens, let’s not mention the subject of this letter in any of our subsequent communications. I assume you know under what name I am known here.
Letter DCCCVIII – To Miss Dewes
January 25, 1768.
If I have left you, my dear neighbor, a mark that you have carefully preserved, then you have also left me another mark which I have kept even more carefully. You hold my seal only on a piece of paper that can be lost, but I carry your imprint in my heart, where nothing can erase it. Since it was certain that I would take away your pledge, while it was doubtful whether you would keep mine, it was only I who could desire to verify this matter; it is only I who suffer for not having done so. Do I really need, in order to feel my sorrow more keenly, for you to commit another “crime” against me? That would be far from human. But your memory consoles me in the face of your reproaches; I would rather think you were unjust than indifferent, and I would gladly accept scolding from you every day, at the same cost. Therefore, my dear neighbor, please do not completely forget your poor servant; occasionally, continue to tell him the truth. As for me, if I ever dared to speak to you about your faults, you would consider me too gallant for an old man. Goodbye, my beautiful neighbor. May you soon, under the auspices of that dear and respected uncle, find a shepherd for your flocks in Calwich!
Letter DCCCX – To Madame La Tour
On this 28th of January 1768.
I am afraid, dear Marianne, that a letter I wrote to you ten or twelve days ago may have gotten lost due to my mistake. Since my memory, which is completely gone, has failed me terribly, instead of writing the address “rue du Croissant,” I simply wrote “rue du Gros-Chenet.” What adds to my sorrow over this loss is that I included in that letter many details that I would have preferred only you to see. Perhaps your silence is also due to your not knowing my current address. It is very simple: À M. Renou, à Trye, par Gisors. I am waiting for a word from you to clarify the situation, as well as news about your health and confirmation that you still love me.
Letter DCCCXII – To the Same One
From the castle of Trye, on this 9th of February 1768.
In the face of uncertainty, my dear friend, and considering the best way to ensure that this letter reaches you safely and promptly, I have decided to take the risk of sending this duplicate directly and also addressing another copy to Mr. Coindet so that he can forward it to you. This letter was originally received by him and then sent to me, which led me to write mine. Time is pressing; I am exhausted and in great pain, fearing some catastrophe. In the name of God, please let me know as soon as your fate is decided. Oh, peace, my dear friend—only that remains good in this brief life. I embrace our friends; I hold you in all the tenderness of my heart. I pray for the heavens to bless your patriotic efforts, and I await their success with utmost impatience.
I hope you have received my previous message, which I sent directly to you. This is always the preferred method, especially for matters that require secrecy.
Letter DCCCXIII – To the Same One
February 9, 1768.
My good friend, I have been provided with some articles pertaining to the two proposed solutions for your situation. I learn that the General Council, which must make a decision on this matter, is scheduled to meet on the 28th. Although such haste does not allow me sufficient time to carefully consider these articles, and although I am not on-site, ignorant of the current circumstances, lacking both documents and reference materials, and with my memory utterly failing—such that I cannot even recall your own constitution—I am too deeply concerned about your plight to refrain from sharing, albeit hastily, my opinion on the means offered to help you out of this situation. No matter how poorly crafted this opinion may be, I present it to you with confidence—not in myself, but in you. I am fully convinced that if I err, you will easily be able to correct me.
In the excerpt that was sent to me, there is only one article in what is called the second project, and that article is also the second one in order; namely, the election of half of the Small Council by the General Council. Since this second article is not very significant, I will say nothing about the project from which it originates.
I will speak about the other matter after establishing two principles that you will not dispute: the first is that an accommodation does not mean yielding everything on one side and nothing on the other, but rather moving closer towards a middle ground; the second is that there is no question of victory in this matter, nor of giving the advantage to the negative forces or their representatives, but rather of doing the greatest good for the common cause, without considering whether one is from Rutulium or Troy.
Having said that, I would dare to say that this proposal seems not only acceptable to me, but that with some modifications and the addition of one or two articles, it might even be the best option you could consider adopting.
The Small Council strongly tends towards the most rigid form of aristocracy; the principles underlying its actions inevitably lead not only to the excesses but also to the abuse of democracy, and that is undeniable. Yet neither excess nor abuse is acceptable in your republic; you all realize it: between the Small Council, a violent form of aristocracy, and the General Council, an extreme form of democracy, where can one find a moderating force that would restrain both and serve as the key to good governance? Such a force does exist—it is the Council of Two Hundred. But why does it not achieve its purpose? Why is the Council of Two Hundred, rather than restraining the Council of Twenty-Five, actually its slave? Does it not have any means to correct this situation? That is precisely what needs to be addressed.
Before proceeding to examine the means, allow me, gentlemen, to emphasize a matter that fills my heart with concern. The finest human institutions have their flaws; yours, though excellent in many respects, is unfortunately a constant source of internal divisions. Dominant families take pride in their power, abuse it, and stir up jealousy; the people, feeling their rights being violated, are outraged at being dragged into such turmoil by their own equals; competing courts engage in petty disputes; factions manipulate elections; authority and liberty, locked in perpetual conflict, drive their strife to the point of civil war—I have seen your fellow citizens armed and killing each other within your very walls; even now, this horrible catastrophe is on the verge of recurring. And when, in your reform plans, you ought to seek to eradicate these evils through means of concord and peace, through gentle and wise institutions, you instead willingly fan them anew by inciting new animosities and hatreds among you, through the most brutal forms of censorship and persecution. This, gentlemen, I must say, is certainly not a sound approach. First and foremost, the Council would never tolerate an institution that were too humiliating for proud magistrates; and even if it did exist, for the sake of peace and the fatherland, such an institution would be anything but desirable. Far from establishing new forms of oppression, it would be far better to abolish those that already exist—especially since, fortunately, they mean absolutely nothing and can thus remain harmless.
Having said this, I shall now turn to my own subject: it concerns a mixed form of government—which is difficult to establish—but one in which the people are free without being masters, and in which officials command without tyrannizing. The flaw in your constitution does not lie in its tendency to overly restrict the freedom of the people; on the contrary, this legitimate freedom goes too far. And, whatever one may say, it is certainly not desirable for the General Council to be absolutely indispensable in every aspect of governance.
Concludo su questo argomento, e non ne parlerò mai più in vita mia; vi supplico quindi che oggi sia l’ultima volta che ne discuteremo insieme. Ma mandatemi qualche notizia di voi, accettate le mie con gentilezza. Che la mia rispettabile “avvocata” rimanga sempre mia amica, e sappia che, per i veri servizi che si rendono in silenzio – come quello che ho ricevuto da lei – la riconoscenza di questo cuore che alcuni definiscono ingrato è tra le cose più rare tra gli uomini, poiché si traduce sempre in affetto sincero.
Credo che la cosa migliore sia scriverci direttamente; e, in ogni caso, non parliamo mai, nelle nostre lettere, dell’argomento di questa. Immagino che sappiate con quale nome sono conosciuto qui.
Lettera DCCCVIII – A Mademoiselle Dewes
Il 25 gennaio 1768.
Se vi ho lasciato, mia bella vicina, un segno che avete ben conservato, ne avete lasciato un altro che ho custodito ancora meglio. Il vostro sigillo si trova su un semplice foglio di carta che può andare perduto, ma il vostro ricordo è impresso nel mio cuore, e nulla può cancellarlo. Poiché era certo che io avrei portato via il vostro pegno, mentre era improbabile che voi conservaste il mio, ero soltanto io ad avere il desiderio di verificare la cosa; sono soltanto io a perdere per non averlo fatto. Ho quindi bisogno, per sentire ancora più intensamente il mio dolore, che mi lasciaste un altro “crimine” da ricordare? Questo non è troppo umano. Ma il vostro ricordo mi consola dei vostri rimproveri; preferisco pensare che siate ingiusta piuttosto che indifferente, e sarei felice di essere rimproverato da voi ogni giorno, a quel prezzo. Per favore, mia bella vicina, non dimenticate affatto il vostro “schiavo”. Continuate ad dirgli, di tanto in tanto, le sue verità. Per quanto mi riguarda, se osassi a mia volta dirvi le vostre verità, pensereste che io sia troppo galante per un vecchio. Addio, mia bella vicina. Possiate presto, sotto la protezione dell’amato e rispettabile zio, trovare un pastore per le vostre pecore di Calwich!
Lettera DCCCX – A Madame La Tour
Il 28 gennaio 1768.
Temo molto, cara Marianne, che una lettera che vi ho scritto dieci o dodici giorni fa si sia persa a causa mia: essendomi fidato in modo errato della mia memoria, ormai del tutto svanita, invece di indicare l’indirizzo “rue du Croissant”, ne ho scritto soltanto “rue du Gros-Chenet”. Ciò che aumenterebbe il mio dolore per questa perdita è il fatto che in quella lettera ho menzionato molti dettagli che avrei voluto fossero conosciuti solo da voi. Forse anche il vostro silenzio deriva dal fatto che non conoscete il mio indirizzo. È molto semplice: “A Monsieur Renou, a Trye, via Gisors”. Aspetto una vostra risposta per chiarire questa situazione, e allo stesso tempo vorrei ricevere notizie sulla vostra salute e la conferma del vostro affetto per me.
Lettera DCCCXII – Allo stesso
Dal castello di Trye, questo 9 febbraio 1768.
Nell’incertezza riguardo al modo migliore per farvi pervenire questa lettera in modo sicuro e rapido, ho deciso di correre il rischio di inviarne una copia direttamente a Monsieur Coindet affinché la faccia arrivare a voi. Questa lettera è stata ricevuta da lui e poi inviata a me; è stata proprio questa la causa della mia missiva. Il tempo stringe: sono estenuato dalla fatica e angosciato dal dolore, temendo una catastrofe. Per amor di Dio, fatemi sapere al più presto quale sarà il destino del vostro povero stato. Oh, pace, pace, mio caro amico! Ahimè. La sola cosa bella in questa breve vita è proprio la pace. Abbraccio i nostri amici; vi abbraccio con tutta la tenerezza del mio cuore. Imploro la benedizione del cielo sui vostri sforzi patriottici e attendo con grande impazienza il loro successo.
Spero che abbiate ricevuto la mia precedente lettera, inviata direttamente a voi. È sempre questa la strada da seguire, soprattutto per tutto ciò che richiede riservatezza.
Lettera DCCCXIII – Allo stesso.
Il 9 febbraio 1768.
Mio caro amico, mi sono stati fatti conoscere alcuni articoli dei due progetti di soluzione che vi vengono proposti, e apprendo che il Consiglio generale, incaricato di prendere una decisione, si riunirà il 28. Sebbene tale fretta non mi lasci il tempo di esaminare attentamente questi articoli, sebbene io non sia sul posto, ignori lo stato delle cose, non disponga né di documenti né di libri, e la mia memoria sia completamente svanita al punto da non ricordarmi nemmeno della vostra costituzione, sono troppo preoccupato per la vostra situazione per non esprimervi, anche se in fretta, il mio parere sui mezzi che vi vengono offerti per uscire da questa difficoltà. Per quanto questo parere possa risultare impreciso o incompleto, vi lo espongo con fiducia, non in me stesso, ma in voi, convinto che, qualora mi sbagliassi, sareste in grado di correggere facilmente il mio errore.
Nell’estratto che mi è stato inviato, del progetto chiamato “secondo” esiste soltanto un articolo, che è anche il secondo in ordine; si tratta dell’elezione della metà dei membri del piccolo Consiglio da parte del Consiglio generale. Poiché questo secondo articolo non ha grande rilevanza, non dirò nulla riguardo al progetto da cui deriva.
Parlerò dell’altro dopo aver enunciato due principi che non metterete in discussione: il primo è che un accordo non implica necessariamente che una parte ceda tutto e l’altra nulla, ma piuttosto che entrambe le parti si avvicinino l’una all’altra; il secondo è che in questa questione non si tratta di ottenere una vittoria, né di dare ragione ai negativisti o ai loro rappresentanti, ma di realizzare il maggior bene possibile per il bene comune, senza considerare se si sia Rutuli o Troiani.
Detto questo, oso dirvi che questo progetto mi sembra non solo accettabile, ma che, con alcune modifiche e l’aggiunta di uno o due articoli, potrebbe essere addirittura il migliore che possiate adottare.
Il Piccolo Consiglio tende fortemente verso una forma di aristocrazia più rigida e autoritaria: le massime dei suoi membri, per le loro conseguenze, portano non solo all’eccesso, ma anche all’abuso della democrazia, questo è certo. Ora, né l’uno né l’altro sono desiderabili nella vostra repubblica; lo sentite tutti: tra il Piccolo Consiglio, violentemente aristocratico, e il Consiglio Generale, democraticamente estremista, dove trovare una forza intermedia in grado di controllare entrambi e di costituire la chiave del governo? Questa forza esiste, ed è il Consiglio dei Duecento; ma perché non raggiunge il suo scopo? Perché i Duecento, invece di contenere i Venticinque, ne sono schiavi? Non hanno forse alcun mezzo per correggere questa situazione? Ecco esattamente di cosa si tratta.
Prima di passare in esame i mezzi per risolvere questi problemi, permettetemi, signori, di insistere su una riflessione che mi preoccupa profondamente. Le migliori istituzioni umane presentano sempre dei difetti: la vostra, per quanto eccellente sotto molti aspetti, è purtroppo una fonte perpetua di divisioni interne. Le famiglie dominanti si vantano del loro potere, lo abusano e suscitano invidia; il popolo, sentendo i propri diritti, si indigna per essere trascinato nella miseria dai suoi stessi simili; tribunali concorrenti si scontrano tra loro; fazioni politiche manipolano le elezioni; autorità e libertà, nel corso di un conflitto perpetuo, portano le loro dispute fino alla guerra civile: ho visto i vostri cittadini armati uccidersi a vicenda entro le vostre mura; in questo stesso momento, questa orribile catastrofe è pronta a ripetersi. E quando, nei vostri piani di riforma, dovreste cercare di eliminare queste malattie attraverso mezzi di concordia e pace, attraverso istituzioni dolci e sagge, invece vi dedicate volutamente ad alimentarle, suscitando nuove animosità e nuovi odi tra di voi, mediante le forme più dure di censura e di persecuzione. Questo, signori, permettetemi di dirlo, certamente non è un approccio saggio. Prima di tutto, il Consiglio non tollererà mai istituzioni troppo umilianti per dei magistrati orgogliosi; e anche se lo facesse, per il bene della pace e della patria, tale situazione non sarebbe affatto desiderabile. Piuttosto che creare nuove forme di persecuzione, sarebbe molto meglio abolire quelle esistenti, le quali, fortunatamente, non significano assolutamente nulla e possono quindi rimanere senza pericolo.
Detto questo, passo al mio argomento: si tratta di un governo misto, ma difficile da realizzare, in cui il popolo sia libero senza essere padrone, e in cui il magistrato comandi senza tirannizzare. Il difetto della vostra costituzione non sta nel ostacolare eccessivamente la libertà del popolo; al contrario, questa libertà legittima va addirittura troppo oltre. E, qualunque cosa si possa dire, non è certo positivo che il Consiglio generale sia così indispensabile in ogni situazione.
Mais le vice inhérent et fondamental est dans le défaut de balancé et d’équilibre dans les trois autres Conseils qui composent le gouvernement ; ces trois Conseils, dont deux sont à peu près inutiles, sont si mal combinés, que leur force est en raison inverse de leur autorité légale, et que l’inférieur domine tout : il est impossible que ce vice reste, et que la machine puisse aller bien.
Ce qu’il y a d’heureux pourtant dans cette machine, qui ne laisse pas d’être admirable, est que cet important équilibre peut s’établir sans rien changer aux principales pièces ; tous les ressorts sont bons, il ne s’agit que de les faire jouer un peu différemment.
Mais ce qu’il y a de fâcheux est que cette réforme demande des sacrifices, et précisément de la part des deux corps qui jusqu’ici ont paru le moins disposés à en faire ; savoir, le Conseil général et celui des Vingt-cinq.
Or, voilà que, par plusieurs articles que j’ai sous les veux, les Vingt-cinq offrent d’eux-mêmes presque tout ce qu’on pourrait avoir à leur demander ; même, en un sens, davantage. Ajoutez un seul article, mais indispensable, et le petit Conseil a fait, de son côté, tous les pas nécessaires vers un accord raisonnable et solide : cet article regarde l’élection des syndics, dans la supposition, presque impossible, que le cas qui se présente ici pour la première fois, depuis la fondation de la république, y pût renaître une seconde fois ; auquel cas, au lieu de présenter derechef le Conseil en corps, comme on va faire, il faudrait, selon moi, se résoudre à présenter de nouveaux candidats, tirés des Soixante : je dirai mes raisons ci-après.
Que le Conseil général veuille céder à son tour, ou plutôt échanger, contre l’élection des Soixante qu’il gagne, un droit, un seul droit qu’il prétend, mais qu’on lui conteste, et dont il n’est point en possession ; au moyen de cela, tout est fait : je parle du droit de prononcer souverainement et en dernier ressort sur l’objet des représentations ; en un mot, c’est le droit négatif qu’il s’agit d’accorder au Deux-cents, déjà juge suprême de tous les autres appels, Peut-être est-il parlé, dans le projet, de cet article, et cela doit être, mais l’extrait que j’ai n’en dit rien.
Avec ces additions, et quelques légères modifications au reste, le projet, dont les articles sont sous mes, me paraît offrir un moyen de pacification convenable à tout le monde, raisonnable du moins, solide et durable autant qu’on peut l’espérer de l’état présent des choses et de la disposition des esprits ; et je crois qu’il en résulterait un gouvernement qui, sans être plus composé que l’ancien, serait mieux lié dans ses parties, et par conséquent plus fort dans son tout.
C’est surtout dans le second article que consiste essentiellement la bonté du projet : par cet article, le Conseil des Soixante est en entier élu par le Conseil général, et tous les membres du petit Conseil doivent être tirés du Soixante (car il faut ôter d’ici les auditeurs). L’idée de donner une existence à ce Conseil des Soixante, qui n’était rien auparavant, est très bonne ; elle est due aux médiateurs : il faut en profiter, et leur en savoir gré. Ceci suppose qu’on revêtira ce corps de nouvelles attributions qui lui donneront du poids dans l’état ; mais bien qu’il soit rempli par le peuple, ce n’est pourtant pas en lui-même que s’opérera son plus grand effet, mais dans le Deux-cents, dont les membres rentreront ainsi dans la dépendance du Conseil général, maître de leur ouvrir ou fermer à son gré la porte des grandes magistratures. Voilà précisément la solution très simple et très sure du problème que je proposais au commencement de cette lettre.
Par le premier article, on accorde au Conseil général l’élection de la moitié des Deux-cents : je ne serais pas trop d’avis qu’on acceptât cette concession ; ces moitiés d’élection sont moins efficaces qu’embarrassantes. Il ne faut pas considérer les élections faites par le peuple, par leur effet subséquent, qui n’est rien, mais par leur effet antérieur, qui est tout. Les syndics sont élus par Le Conseil général : voyez toutefois comment ils le traitent ! Le peuple ne doit pas espérer de ses créatures plus de reconnaissance qu’il n’en a pour ses bienfaiteurs. Ce n’est pas à ce qu’on l’ait après être élu, mais à ce qu’on a fait pour être élu, qu’il faut regarder en bonne politique. Quand le peuple tire ses magistrats de son propre sein, il n’augmente de rien sa force ; mais quand il les tire d’un autre corps, il se donne de la force sur ce corps-là. Voilà pourquoi l’élection du Soixante vous donnera de l’ascendant en Deux-cents, et pourquoi l’élection du petit Conseil donnera de l’ascendant aux Deux-cents en Soixante. Vous en auriez par les syndics sur le Vingt-cinq même, s’il était plus nombreux, ou que le choix ne fut pas forcé. C’est ainsi que les plus simples moyens, les meilleurs en toute chose, vont tout remettre dans l’ordre légitime et naturel. Il suit de là que le privilège d’élire la moitié du Deux-cents vous est beaucoup moins avantageux qu’il ne semble, et cela est trop remuant pour votre ville, trop bruyant pour votre Conseil général. Le jeu de la machine doit être aussi facile que simple, et toujours sans bruit, autant qu’il se peut. L’élection du Deux-cents, laissée au petit Conseil, a pourtant de grands inconvénients, je l’avoue ; mais n’y aurait-il pas, pour y pourvoir quelque expédient plus court et mieux entendu ? Par exemple, où serait le mal que cette élection fût une des nouvelles attributions dont on revêtirait le Conseil des Soixante ? Le petit Conseil lui-même devrait d’autant moins répugner que, par sa présidence et par son nombre, qui fait presque la moitié du nombre total, il n’aurait guère moins d’influence dans ces élections que s’il continuait seul à les faire : je n’imagine pas que ceci fasse une grande difficulté.
Mais je crains que l’article de l’élection des syndics n’en fasse davantage, et ne coûte beaucoup au Conseil ; car il y. a, chez les hommes les plus éclairés, des entêtements dont ils ne se doutent pas eux-mêmes, et souvent ils agissent par obstination, pensant agir par raison. Ils s’effraieront de la possibilité d’un cas qui ne saurait même arriver désormais, surtout si la loi qui doit y pourvoir passe. Le Conseil des Vingt-cinq sent trop sa puissance absolue ; il sent trop que tout dépend de lui, que lui seul ne dépend de rien, de rien du tout ; cela doit le rendre dur, exigeant, impérieux, quelquefois injuste. Pour son propre intérêt, pour se faire supporter, il faut qu’il dépende de quelque chose ; car le ton qu’il a pris ne peut être souffert par des hommes. Eh ! quelle plus légère dépendance peut-il s’imposer que celle, non pas de souffrir, mais de prévoir, seulement dans un cas extrême, la perte passagère d’un syndicat en idée, et qui réellement ne sortira jamais de son corps ? Cependant ce sacrifice idéal et purement chimérique, peut et doit produire un grand effet, pointeur rendre cet esprit humain et patriotique qui paraît s’être éteint parmi eux. Eh ! s’il en reste un seul à qui quelque goutte de sang genevois coule encore dans les veines, comment ne frémit-il pas en songeant au péril auquel ils viennent d’exposer l’état pour vous asservir, et dont ils n’ont été garantis eux-mêmes que par votre fermeté, par votre sagesse, par la modération des médiateurs, quoique si cruellement prévenus ? Comment les chefs de la république pouvaient-ils ne pas prévoir,-en exposant ainsi sa liberté, que le peuple en aurait avant eux déploré la perte, mais qu’ils l’auraient sentie avant lui ! En voyant un moyen si doux, mais si sûr, de garantir leurs successeurs de pareille incartade, ils devraient, s’ils aimaient leur pays, le proposer eux-mêmes, quand personne avant eux ne l’aurait proposé. Pour moi, je vous déclare que cet article me paraît d’une si grande importance, que rien, selon moi, ne devait vous y faire renoncer, pas, quand on vous céderait tout le reste, pas, quand les Conseils voudraient en échange renoncer au droit négatif.
But the inherent and fundamental flaw lies in the lack of balance and equilibrium among the other three councils that make up the government; these three councils, two of which are practically useless, are so poorly coordinated that their effectiveness is inversely proportional to their legal authority, resulting in the lower-ranking ones dominating everything. It is impossible for such a flaw to persist without undermining the entire system’s functioning.
What is truly fortunate about this machine, which cannot help but be admired, is that such an important balance can be achieved without altering any of its main components; all the springs are in good condition; it simply requires adjusting their operation slightly.
But the problem is that this reform requires sacrifices, and precisely from those two bodies which have so far seemed the least willing to make them: namely, the General Council and the Council of the Twenty-five.
Or, it appears that, according to several articles before me, the Twenty-Five have already provided nearly everything that could be requested of them; in fact, in some sense, even more. Add just one additional article—yet one that is indispensable—and the small Council has, on its part, taken all necessary steps toward reaching a reasonable and solid agreement. This additional article concerns the election of syndics, in the almost impossible event that the situation we are facing here, for the first time since the founding of the republic, might occur again; in such a case, instead of presenting the entire Council as a whole, as is planned to be done, I believe it would be necessary to decide to submit new candidates chosen from among the Sixty. I will explain my reasons below.
Whether the General Council is willing to yield in turn, or rather to exchange, in exchange for the election of the Sixty that it secures, a right—just one right—that it claims but which is disputed by others and over which it does not actually possess any authority; with that, everything would be settled. I am referring to the right to pronounce a sovereign and final judgment on the subject of these representations. In short, it is this negative right that is at issue here—this right to be granted to the Two Hundred, who are already the supreme tribunal for all other appeals. Perhaps this article is mentioned in the draft, and it certainly should be; but the excerpt I have does not mention it at all.
With these additions and some minor modifications to the rest, the project, whose articles are under my supervision, seems to offer a means of pacification that is acceptable to everyone—at least reasonable, solid, and durable, given the current state of affairs and the prevailing attitudes; and I believe it would result in a government that, although no more complex than the old one, would be better coordinated among its various components and thus stronger as a whole.
It is chiefly in the second article that the essence of the project’s merits lies: through this article, the Council of Sixty is entirely elected by the General Council, and all its members must come from the ranks of the Sixty (since it is necessary to exclude any outsiders). The idea of giving this Council of Sixty, which previously existed only in name, real significance is very good; it is thanks to the mediators that this has been possible. We should make use of it and be grateful to them for their efforts. This implies endowing this body with new powers that will grant it influence within the state. However, although it is composed of the people, its greatest impact will not arise from itself, but rather through the Two-Hundreds, whose members will thus come under the authority of the General Council, which will have the power to grant or deny them access to high offices at its discretion. This is precisely the simple and reliable solution to the problem that I proposed at the beginning of this letter.
By the first article, the General Council is granted the right to elect half of the members of the Two-Hundreds body; however, I would not recommend accepting such a concession—these half-electoral powers are more troublesome than effective. We must consider elections not by their subsequent effects, which are negligible, but by their prior impacts, which are decisive. The syndics are elected by the General Council; yet see how they treat it! The people should not expect from their creations more recognition than they do from their benefactors. In good politics, what matters is not what one becomes after being elected, but what one has done to earn that election. When the people draw their magistrates from within themselves, it does not increase their power in any way; but when they select them from another body, they gain influence over that body. This is why electing sixty members will give you an advantage within the Two-Hundreds body, and why electing the smaller Council will grant the Two-Hundreds body influence over the Sixty. You could even gain an advantage over the Twenty-Five through the syndics, if their number were larger or if the selection process were not compulsory. Such is how the simplest and most effective methods can restore everything to its legitimate and natural order. It follows therefore that the privilege of electing half of the Two-Hundreds members is far less advantageous than it appears—and such a system would be too disruptive for your city and too troublesome for your General Council. The workings of any mechanism must be as easy and straightforward as possible, and always as quiet as feasible. Leaving the election of the Two-Hundreds members to the smaller Council indeed has its significant drawbacks; but surely there are shorter and more sensible solutions? For instance, what harm could it do if this election were one of the new powers granted to the Sixty-Council? The smaller Council itself would hardly object, given its role as chair and its membership, which accounts for nearly half of the total number of electors—its influence in these elections would be roughly the same as if it continued to handle them alone. I see no reason why this should pose any significant difficulty.
But I fear that the article concerning the election of syndics may do even more and cost the Council a great deal; for among the most enlightened people there are obstinacies of which they themselves are unaware, and often they act out of stubbornness, thinking they are acting out of reason. They will be frightened by the possibility of a situation that might never even arise now, especially if the law intended to prevent it is passed. The Council of Twenty-five is too aware of its absolute power; it knows too well that everything depends on it, while it itself depends on nothing at all. This must make it harsh, demanding, imperious, and sometimes unjust. For its own interests, in order to be tolerated, it must depend on something; for the tone it has adopted cannot be endured by human beings. Ah! What a slight dependence could it impose upon them, other than that of anticipating, in an extreme case, the temporary loss of a syndic in theory—a loss that would never actually happen? Yet this ideal and purely hypothetical sacrifice can and must have a great effect; it may revive that spirit of humanity and patriotism which seems to have died out among them. Ah! If there is even one person left among them whose veins still flow with a drop of Genevese blood, how could he not tremble at the thought of the peril they have just exposed the state to in order to enslave you, and from which they themselves were only saved by your firmness, your wisdom, and the moderation of the mediators, despite being so cruelly warned? How could the leaders of the republic not have foreseen that, by exposing their freedom in this way, the people would regret its loss before them, but that they themselves would feel it even more intensely! Seeing such a gentle yet sure means to protect their successors from similar missteps, if they loved their country, they should offer it themselves—since no one else had done so before them. For my part, I declare that this article seems to me of such great importance that nothing, in my opinion, should prevent you from adopting it—not even if everything else were given up to you, not even if the Councils were willing to sacrifice their negative rights in exchange.
Ma il vizio intrinseco e fondamentale risiede nella mancanza di equilibrio e armonia nei tre altri Consigli che compongono il governo; questi tre Consigli, due dei quali sono praticamente inutili, sono così male combinati che la loro efficacia è inversamente proporzionale alla loro autorità legale, e ciò che ha un rango inferiore domina su tutto: è impossibile che questo vizio persista, e che il sistema possa funzionare correttamente.
Ciò che è però felice in questa macchina, e che non può non essere ammirevole, è che questo importante equilibrio può essere raggiunto senza modificare le parti principali; tutti i componenti sono in buone condizioni, si tratta soltanto di farli funzionare in modo leggermente diverso.
Ma il fatto spiacevole è che questa riforma richiede sacrifici, e precisamente da parte dei due organi che finora sembravano i meno disposti ad accettarli: vale a dire, il Consiglio generale e quello dei Venti-cinque.
Ora, ecco che, grazie a diversi articoli che ho davanti agli occhi, i Venticinque offrono da soli quasi tutto ciò che si potrebbe chiedere loro; anzi, in un certo senso, anche di più. Aggiungete un solo articolo, ma indispensabile, e il Piccolo Consiglio ha già compiuto tutti i passi necessari per raggiungere un accordo ragionevole e solido: questo articolo riguarda l’elezione dei sindaci, nella supposizione, quasi impossibile, che il caso che si presenta qui per la prima volta dalla fondazione della repubblica possa ripetersi; in tal caso, invece di presentare immediatamente l’intero Consiglio come si farà, secondo me bisognerebbe decidere di proporre nuovi candidati tra i Sessanta: esporrò le mie ragioni più avanti.
Che il Consiglio generale voglia a sua volta cedere, o meglio scambiare, contro l’elezione dei Sessanta che ottiene, un diritto – un solo diritto che egli pretende ma di cui gli si contesta la legittimità e che in realtà non possiede; con questo, tutto è risolto. Intendo parlare del diritto di pronunciarsi sovrannaturalmente e in ultima istanza sull’oggetto delle rappresentanze; in altre parole, si tratta del diritto negativo che si vuole concedere ai Duecento, già giudice supremo di tutti gli altri ricorsi. Forse questo articolo viene menzionato nel progetto, e sicuramente lo è, ma l’estratto che ho letto non ne fa parola.
Con queste aggiunte e alcune lievi modifiche al resto, il progetto, i cui articoli sono sotto la mia responsabilità, mi sembra offrire un mezzo di pacificazione adeguato a tutti, almeno ragionevole, solido e duraturo, tanto quanto si possa sperare date le attuali condizioni e lo stato d’animo delle persone; credo inoltre che ne deriverebbe un governo che, pur non essendo più composto come l’attuale, sarebbe meglio coordinato nelle sue parti e, di conseguenza, più efficace nel suo insieme.
È soprattutto nel secondo articolo che risiede essenzialmente il valore di questo progetto: con tale articolo, il Consiglio dei Sessanta viene interamente eletto dal Consiglio generale, e tutti i suoi membri devono provenire dal gruppo dei Sessanta (poiché è necessario eliminare gli “ascoltatori” presenti in precedenza). L’idea di dare vita a questo Consiglio dei Sessanta, che prima non esisteva affatto, è molto valida; merita di essere sfruttata e va ringraziata chi l’ha proposta. Ciò presuppone che vengano attribuite a questo organo nuove funzioni che gli conferiscano un peso effettivo nello Stato; tuttavia, anche se è composto dal popolo, non sarà proprio in sé stesso che avrà il suo maggiore impatto, ma nel Consiglio dei Duecento, i cui membri passeranno così sotto la dipendenza del Consiglio generale, che potrà aprirgli o chiudergli a piacimento le porte delle alte cariche pubbliche. Questa è proprio la soluzione semplice e sicura al problema che proponevo all’inizio di questa lettera.
Con il primo articolo si concede al Consiglio generale l’elezione di metà dei membri del “Duecento”: non credo sia opportuno accettare questa concessione; tali elezioni sono meno efficaci che problematiche. Non bisogna considerare le elezioni fatte dal popolo in base al loro effetto successivo, che è nullo, ma in base al loro effetto precedente, che invece è decisivo. I sindaci vengono eletti dal Consiglio generale. Ma guardate come questi ultimi li trattano! Il popolo non dovrebbe aspettarsi dai suoi “creati” più riconoscenza di quanta ne riceva dai suoi benefattori. Non è ciò che si è fatto per essere eletti, ma ciò che si è fatto prima di essere eletti, che deve essere considerato nella politica saggia. Quando il popolo sceglie i propri magistrati tra i propri ranghi, non aumenta affatto la propria forza; ma quando li sceglie da un altro corpo, acquisisce potere su quel corpo stesso. Ecco perché l’elezione dei “Sessanta” vi darà un vantaggio nel “Duecento”, e perché l’elezione del piccolo Consiglio darà un vantaggio al “Duecento” nei confronti dei “Sessanta”. Avreste lo stesso potere sui “Venticinque”, anche se fossero più numerosi, o se la scelta non fosse obbligatoria. È così che i mezzi più semplici e migliori, in ogni ambito, riescono a rimettere tutto nell’ordine legittimo e naturale. Da ciò si deduce che il privilegio di eleggere metà dei membri del “Duecento” non è affatto così vantaggioso come sembra. E questo rappresenta un rischio troppo grande per la vostra città, troppi problemi per il vostro Consiglio generale. Il funzionamento di un sistema deve essere semplice e silenzioso quanto possibile. L’elezione dei membri del “Duecento”, se affidata al piccolo Consiglio, presenta comunque molti svantaggi. Ma non esisterebbe qualche soluzione più rapida e efficace? Ad esempio, quale sarebbe il problema nel rendere queste elezioni una delle nuove responsabilità del Consiglio dei “Sessanta”? Anche il piccolo Consiglio stesso dovrebbe accettare questa proposta con meno riluttanza. Dopotutto, grazie alla sua presidenza e al suo numero – che rappresenta quasi la metà del totale – avrebbe comunque un’influenza significativa in queste elezioni, proprio come se continuasse a gestirle da solo. Non vedo alcuna difficoltà in questo.
Ma temo che l’articolo relativo all’electione dei sindaci possa causare ancora più problemi e costare molto al Consiglio; infatti, nelle persone più illuminate esistono ostinazioni di cui esse stesse non sono consapevoli, e spesso agiscono per caparbietà, pensando di agire per ragione. Si spaventeranno alla possibilità di un evento che ormai difficilmente potrebbe verificarsi, soprattutto se la legge destinata a prevenirlo venisse approvata. Il Consiglio dei Venti-cinque è troppo consapevole della propria assoluta potenza; sa troppo bene che tutto dipende da lui, mentre lui stesso non dipende da nulla. Questo lo renderà duro, esigente, imperioso, a volte anche ingiusto. Per il proprio interesse, per essere tollerato, deve necessariamente dipendere da qualcosa. Poiché il tono che adotta non può essere sopportato dalle persone comuni. Ebbene, quale forma di dipendenza potrebbe essere più leggera di quella di dover prevedere, in un caso estremo, la perdita temporanea di un sindaco, una perdita che in realtà non accadrà mai? Tuttavia, questo sacrificio ideale e puramente ipotetico può e deve avere un grande effetto: potrebbe far rivivere quell’ spirito umano e patriottico che sembra essere scomparso tra di loro. Ebbene, se ne rimane anche solo uno in cui scorre ancora un po’ di sangue genovese, come non tremerebbe al pensiero del pericolo a cui hanno appena esposto lo stato pur di asservirvi, e dal quale sono stati salvati soltanto grazie alla vostra fermezza, alla vostra saggezza, alla moderazione dei mediatori. Nonostante fossero stati così crudelmente avvertiti? Come potevano i capi della repubblica non prevedere che, esponendo in questo modo la propria libertà, il popolo ne avrebbe prima di loro deplorato la perdita, ma che loro l’avrebbero sentita prima ancora del popolo stesso! Vedendo un mezzo così dolce, ma così sicuro, per garantire ai propri successori una protezione contro simili errori, dovrebbero, se amano il proprio paese, proporlo loro stessi, quando nessuno prima di loro l’aveva fatto. Per quanto mi riguarda, vi dichiaro che questo articolo mi sembra di estrema importanza, e che nulla, secondo me, dovrebbe farvi rinunciare ad esso, nemmeno se vi venisse ceduto tutto il resto, nemmeno se i Consigli volessero in cambio rinunciare a quel diritto negativo.
Mais je ne vous dissimulerai pas non plus que ce droit négatif attribué, non pas au petit Conseil, ni même au Soixante, mais au Deux-cents, me paraît si nécessaire au bon ordre, au maintien de toute police, à la tranquillité publique, à la force du gouvernement, que, quand on y voudrait renoncer, vous ne devriez jamais le permettre. S’il n’y a point d’arbitres des plaintes, comment finiront-elles ? Si le Conseil général, auteur des lois, veut être aussi juge des faits, vous n’êtes plus citoyens, vous êtes magistrats ; c’est l’anarchie d’Athènes, tout est perdu. Que chacun rentre dans sa sphère, et s’y tienne, tout est sauvé. Encore une fois, ne soyez ni négatifs ni représentants ; soyez patriotes, et ne reconnaissez pour vos droits que ceux qui sont utiles à cette petite mais illustre république, que de si dignes citoyens couvrent de gloire.
Ce n’est point, messieurs, à des gens comme vous qu’il faut tout dire. Je ne m’arrêterai point à vous détailler les avantages du projet proposé, dans l’état où vous pouvez raisonnablement demander qu’on le mette, et où les changements à faire sont autant contre vous que pour vous. Je n’ai rien dit, par exemple, de l’abolition du plus grand fléau de votre patrie, de cette autorité devenue héréditaire et tyrannique, usurpée et réunie par des familles qui en abusaient si cruellement. C’est à cette première entrée qu’il faut attendre et repousser au passage tout ce qui est de même sang, ou de même nom ; car une fois dans le Conseil, soyez sûrs qu’ils parviendront au syndicat malgré vous ; mais ils n’entreront pas dans le Conseil malgré vous : c’est à vous d’y veiller, et cela devient très facile. Encore une fois, cette observation ni d’autres pareilles ne sont pas de celles qu’on a besoin de vous rappeler ; c’est assez d’avoir établi les principes, les conséquences ne vous échapperont pas.
Je me suis hâté, mon bon ami, de vous faire ad hoc et ab hâc mes petites observations, dans la crainte de les rendre trop tardives. Si je me suis trompé dans cet examen trop précipité, hommes sages et respectables, pardonnez mon erreur à mon zèle : je crois sincèrement que le projet dont il s’agit serait, dans son exécution, favorable à la liberté, à la tranquillité, à la paix ; je crois, de plus, que cette paix est très nécessaire, que les circonstances sont propres à la l’aire avantageusement, et ne le redeviendront peut-être jamais. Puissé-je en apprendre bientôt L’heureuse nouvelle et mourir de joie au même instant ! je mourrais plus heureusement que je n’ai vécu. Je vous embrasse de tout mon coeur.
Lettre DCCCXV – À M. d’Ivernois
Du château de Trye, ce 23 février 1768.
Je reçois, mon bon ami, avec votre lettre du 17, le mémoire que vous y avez joint ; et quand je serais en état d’y faire les observations que vous me demandez, il est clair que le temps me manquerait pour cela, puisque cette lettre, écrite sur le moment même, aura peine, supposé même que rien n’en suspende la marche, à vous arriver avant le 28. Mais, mon excellent ami, je sens que ma mémoire est éteinte, que ma tête est en confusion, que de nouvelles idées n’y peuvent plus entrer ? qu’il me faut même un temps et des efforts infinis pour reprendre la trace de celles qui m’ont été familières. Je ne suis plus en état de comparer, de combiner ; je ne vois qu’un nuage en parcourant votre mémoire ; je n’y vois qu’iule chose claire, que je savais, mais qui m’est bien confirmée, c’est que les rédacteurs de ce mémoire sont assez instruits, assez éclairés, assez sages pour faire par eux-mêmes une besogne tout aussi bonne qu’elle peut l’être, et que, dans l’objet qui les occupe, ils n’ont besoin que de temps, et non pas de conseils, pour la rendre parfaite. J’y vois bien clairement encore que, comme je l’avais prévu, la précipitation de ma lettre précédente, et l’ignorance d’une foule de choses qu’il fallait savoir m’y ont fait tomber dans de grandes bévues, dont vous en relevez dans votre lettre une qui maintenant me saute aux yeux.
Cependant je suis dans la plus intime persuasion que votre état a le plus grand besoin d’une prompte pacification, et que de plus longs délais vous peuvent précipiter dans les plus grands malheurs. Dans cette position, il me vient une idée qui doit sûrement être venue à quelqu’un d’entre vous, et dont je ne vois pas pourquoi vous ne feriez pas usage, parce qu’elle peut avoir de grands avantages sans aucun inconvénient. Ce serait, pour vous donner le temps de peser un ouvrage qui demande cependant la plus prompte exécution, de faire un règlement provisionnel qui n’eût force de loi que pour vingt ans, durant lesquels on aurait le temps d’en observer la forcé et la marche, et au bout desquels il sciait abrogé, modifie, ou confirma, selon que l’expérience en aurait fait sentir les inconvénients ou les avantages. Pour moi, je n’aperçois que ce seul expédient pour concilier la diligence avec la prudence ; et j’avoue que je n’en aperçois pas le danger. La paix, mes amis, la paix, et promptement, ou je meurs de peur que tout n’aille mal.
Vous ne receviez point le duplicata de ma lettre par M. Coindet : il n’en a pas été content, et me l’a rendue. Je m’en étais douté d’avance.
L’article IX, page 40, commence par ces mots : S’il se publiait… Il faut, ce me semble, ajouter ces deux-ci, dans l’état ; car, enfin, il me paraît absurde et ridicule que le gouvernement de Genève prétende avoir juridiction sur les livres qui s’impriment hors de son territoire dans tout le reste du monde ; et parce que le petit Conseil a fait une fois cette faute, il ne faut pas pour cela la consacrer dans vos lois, d’autant plus que je ne demande, ni ne désire, ni n’approuve que l’on revienne jamais sur cette affaire, puisque ayant fait un serment solennel de ne rentrer jamais dans Genève, si ce petit grief était redressé, il ne dépendrait pas de moi de tirer aucun parti de ce redressement, ce dont je suis bien aise de vous prévenir, de peur que votre zèle amical ne vous inspirât dans la suite quelque démarche inutile sur un point qui doit à jamais rester dans l’oubli. Au reste, je mets si peu de fierté à cette résolution, que si, par quelque démarche respectueuse, je pouvais ôter une partie du levain d’aigreur qui fermente encore, je la ferais de tout mon coeur.
Je finis à la hâte ce griffonnage, que je n’ai pas même le temps de relire, tant je suis pressé de le faire partir.
Eh mon Dieu ! cher ami, j’oublie de vous parler de ce que vous avez fait pour ma bonne tante, et de l’argent que vous avez avancé pour moi. Hélas ! je suis si occupé de vous, que je ne songe pas même à ce que vous faites pour moi. Mais, mon digne ami, vous connaissez mon coeur, je m’en flatte, et vous êtes bien sûr que cet oubli ne durera pas longtemps. Ah ! plaise au ciel que votre première lettre m’annonce une bonne nouvelle ! Si je tarde encore un instant, ma lettre n’est plus à temps. Je vous embrasse.
Lettre DCCCXVII – À M. du Peyrou
3 mars 1768.
Votre n° 6, mon cher hôte, m’afflige en m’apprenant que vous avez un nouveau ressentiment de goutte, assez fort pour vous empêcher de sortir. Je crois bien que ces petits accès plus fréquents vous garantiront de grandes attaques. Mais comme l’un de ces deux états est aussi incommode que l’autre est douloureux, je ne sais si vous vous accommoderiez d’avoir ainsi changé vos grandes douleurs en petite monnaie ; mais il est à présumer que ce n’est qu’une queue de celle goutte effarouchée, et que tout reprendra dans peu son cours naturel, apprenez donc, une fois pour toutes, à ne vouloir pas guérir malgré la nature ; car c’est le moyen presque assuré d’augmenter vos maux.
But I will not conceal from you either that this negative right, which is not attributed to the Small Council, nor even to the Sixty, but to the Two Hundred, seems to me so essential for good order, for the maintenance of public peace and the strength of the government, that if anyone were to propose giving it up, you should never permit it. If there are no arbiters to resolve complaints, how will they be settled? If the General Council, which enacts the laws, also wants to act as judge in matters of fact, then you are no longer citizens; you have become magistrates. That would be the anarchie of Athens—everything would be lost. Let each person remain within their own sphere and abide by it, and everything will be saved. Once again: do not be either negative or representative; be patriots, and recognize only those rights that are useful to this small but illustrious republic, rights that make its citizens so worthy of glory.
Messieurs, it is not to people like you that I need to say everything. I will not go into detail about the advantages of the proposed project, given the current state in which you can reasonably request its implementation—and where the necessary changes would be just as detrimental to you as beneficial. For instance, I have not mentioned the abolition of the greatest scourge upon your country: that hereditary and tyrannical authority, usurped by families that abused it so cruelly. It is against those of the same blood or the same name that we must resist at this initial stage; for once they are in the Council, be assured they will succeed in forming their syndicate despite your efforts—but they will not get into the Council against your will: it is up to you to prevent that, and it has become far easier to do so. Once again, such observations, or others like them, are not necessary; once the principles have been established, their consequences will be clear enough for you to understand.
I hastened, my good friends, to share with you these brief observations of mine, for fear that they might arrive too late. If I have erred in this hasty assessment, wise and respected gentlemen, forgive me for my zeal—I truly believe that the project in question, if carried out, would be beneficial to freedom, tranquility, and peace. Moreover, I believe that such peace is utterly necessary at present; the circumstances are favorable for its realization, and perhaps they will never be so again. May I soon hear the good news of its success and die of joy at the very same moment! I would die happier than I have lived. I embrace you all with all my heart.
Letter DCCCXV – To Mr. d’Ivernois
From the castle of Trye, on this 23rd of February 1768.
My dear friend, I have received the memorandum you attached to your letter dated the 17th; and were I in a position to make the observations you request of me, it is clear that time would be lacking, for this letter, written at the very moment it was composed, would hardly reach you before the 28th, even if nothing delayed its delivery. However, my excellent friend, I feel that my memory has failed me, my mind is in a state of confusion, and no new ideas can penetrate it anymore; in fact, it takes me immense time and effort merely to recall those things that were once familiar to me. I am no longer able to compare or combine information; when I try to read your memorandum, all I see is a jumble of words. The only thing that remains clear to me—and something I already knew—is that the authors of this memorandum are sufficiently knowledgeable, enlightened, and wise to carry out their task just as well as it could possibly be done, and that, in the matter at hand, they simply need more time, not advice, to perfect their work. It is also evident to me that, as I had anticipated, the haste with which I wrote my previous letter, along with my ignorance of numerous relevant facts, led me to make serious mistakes, some of which you have pointed out in your letter—and which are now glaringly obvious to me.
However, I am firmly convinced that your situation urgently requires prompt pacification; any further delay could lead to even greater misfortunes. In this regard, an idea comes to mind—which surely some of you have already thought of—and I see no reason why you should not pursue it, for it offers significant advantages without any drawbacks. It would involve establishing a provisional arrangement that is legally binding only for twenty years. During this period, we would have time to observe its effects and determine whether it needs to be amended, revised, or confirmed, depending on the experiences gained. In my opinion, this is the only way to combine diligence with prudence; indeed, I see no danger in it at all. Peace, my friends—peace, and swiftly, or else I fear that everything will go wrong.
You did not receive a duplicate of my letter through Mr. Coindet; he was not satisfied with it and returned it to me. I had suspected as much in advance.
Article IX, on page 40, begins with these words: “If it were published, ” It seems necessary to add these two sentences as well; after all, it strikes me as absurd and ridiculous for the government of Geneva to claim jurisdiction over books printed outside its territory throughout the rest of the world. And since the Small Council has made this mistake once, we must not allow it to be enshrined in your laws. Moreover, I neither request nor desire, nor do I approve of, any reconsideration of this matter. Having taken a solemn oath never to return to Geneva, if this minor grievance were redressed, it would not be up to me to take any action based on that redress—something I am happy to inform you of in advance, so as to prevent your friendly zeal from leading you to take any unnecessary steps on a matter that should remain forgotten forever. In any case, I attach so little importance to this resolution that, if any respectful effort could help remove the lingering bitterness, I would do it with all my heart.
I hastily finish this scribbling; I don’t even have time to reread it, as I’m in such a hurry to send it away.
Oh my God! My dear friend, I forget to tell you about what you have done for my kind aunt, and about the money you lent me. Alas! I am so preoccupied with you that I don’t even think about all the good you do for me. But, my worthy friend, you know my heart well—I take pride in it—and you are surely aware that this forgetfulness will not last long. Ah! May heaven grant that your first letter brings me some good news! If I delay any longer, my letter will arrive too late. I kiss you.
Letter DCCCXVII – To Mr. du Peyrou
March 3, 1768.
Your condition, my dear host, fills me with concern—to learn that you are suffering from a new bout of gout, one so severe that it prevents you from going out. I fear these more frequent flare-ups will eventually lead to more intense attacks. But since both states are equally uncomfortable, one as painful as the other, I wonder if you would be willing to trade your severe pain for more frequent but milder episodes. It is likely, however, that this is merely a temporary manifestation of the disease, and that everything will soon return to its normal course. So, learn once and for all not to insist on being cured against nature’s will—for that is almost certain to only worsen your suffering.
Ma non vi nasconderò nemmeno che questo diritto negativo, attribuito non al Piccolo Consiglio né tantomeno ai Sessanta, ma ai Duecento, mi sembra così necessario per il buon ordine, per il mantenimento della pubblica sicurezza e per la forza del governo, che se si volesse rinunciarvi, voi non dovreste mai permetterlo. Se non ci sono arbitri per le lamentele, come finiranno queste? Se il Consiglio generale, autore delle leggi, vuole essere anche giudice dei fatti, allora voi non siete più cittadini, ma magistrati; è l’anarchia di Atene, tutto è perduto. Che ognuno ritorni nella propria sfera e vi si attenga, e tutto sarà salvo. Ancora una volta: non siate né negativisti né rappresentanti; siate patrioti, e riconoscete come vostri diritti soltanto quelli che sono utili a questa piccola ma illustre repubblica, quei diritti che tali nobili cittadini rendono così gloriosi.
Signori, non è certo a persone come voi che bisogna dire tutto. Non mi fermerò certo a descrivervi nei dettagli i vantaggi del progetto proposto, in quello stato in cui potete ragionevolmente chiederne l’attuazione, e in cui i cambiamenti necessari sono altrettanto dannosi per voi quanto utili. Ad esempio, non ho parlato dell’abolizione del più grande flagello della vostra patria: di quell’autorità diventata ereditaria e tirannica, usurpata e concentrata in mani di famiglie che ne abusavano in modo così crudele. È proprio a questo primo passo che bisogna prestare attenzione e respingere, fin dall’inizio, tutto ciò che proviene dallo stesso sangue o dallo stesso nome; perché una volta entrati nel Consiglio, sappiate che riusciranno comunque a raggiungere i loro scopi, nonostante voi. Ma non entreranno nel Consiglio contro la vostra volontà: spetta a voi far sì che ciò non accada, e questo diventa molto semplice. Ancora una volta, queste osservazioni, come altre simili, non sono certo necessarie per ricordarvelo; basta aver stabilito i principi fondamentali: le conseguenze non vi sfuggiranno.
Mi sono affrettato, mio caro amico, a farvi conoscere le mie osservazioni in tempestiva forma, per timore che fossero troppo tardive. Se mi sono sbagliato in questa analisi troppo affrettata, uomini saggi e rispettabili, perdonate il mio errore dovuto alla mia zelosità: credo sinceramente che il progetto di cui si tratta, una volta attuato, sarebbe favorevole alla libertà, alla tranquillità e alla pace; inoltre, credo che questa pace sia assolutamente necessaria, che le circostanze siano particolarmente propizie ad favorirla, e forse non lo saranno mai più. Possa presto ricevere la lieta notizia e morire di gioia nello stesso istante! Morirei più felicemente di quanto abbia vissuto. Vi abbraccio con tutto il mio cuore.
Lettera DCCCXV – A Monsieur d’Ivernois
Dal castello di Trye, questo 23 febbraio 1768.
Mio caro amico, con la vostra lettera del 17 ricevo il memoriale che avete allegato; e se fossi in grado di formulare le osservazioni che mi chiedete, è evidente che mi mancherebbe il tempo necessario, poiché questa lettera, scritta nel momento stesso in cui vi scrivo, difficilmente potrebbe raggiungervi entro il 28. Tuttavia, mio eccellente amico, sento di non essere più in grado di riflettere chiaramente; la mia mente è confusa e non riesco più a recepire nuove idee; mi servirebbero tempi infiniti e sforzi enormi per riuscire a ricordare ciò che un tempo conoscevo. Non sono più in grado di confrontare o combinare informazioni; nella vostra lettera vedo soltanto confusione. L’unica cosa chiara è che i redattori di questo memoriale sono abbastanza istruiti, illuminati e saggi da poter svolgere un lavoro altrettanto buono di quanto possa essere; per l’argomento che li occupa, hanno bisogno soltanto di tempo, e non di consigli, per renderlo perfetto. Vedo anche chiaramente che, come avevo previsto, la fretta con cui ho scritto la mia precedente lettera e la mancanza di conoscenze su molte questioni mi hanno fatto commettere gravi errori. Di questi, ne avete evidenziato uno nella vostra lettera, e ora anche a me è chiaro.
Tuttavia, sono fermamente convinto che il vostro stato abbia estremamente bisogno di una rapida pacificazione; altrimenti, ulteriori ritardi potrebbero condurvi nei più grandi disastri. In questa situazione, mi è venuta in mente un’idea che sicuramente è già passata per la mente di qualcuno di voi. E non vedo perché non dovreste approfittarne, visto che può portare a grandi vantaggi senza alcun inconveniente. Si tratterebbe, in sostanza, di stabilire un accordo provvisorio che avrebbe valore legale soltanto per vent’anni; durante questo periodo si potrebbero osservarne gli effetti e modificarlo o confermarlo, a seconda che l’esperienza rivelasse eventuali svantaggi o vantaggi. Per me, questa è l’unica soluzione possibile per conciliare la rapidità con la prudenza. E devo ammettere di non vedere alcun pericolo in essa. La pace, amici miei. La pace, e al più presto. Altrimenti temo che tutto vada male.
Non avete ricevuto la copia della mia lettera tramite il signor Coindet: lui non ne è stato soddisfatto e me l’ha restituita. Me lo aspettavo già.
L’articolo IX, pagina 40, inizia con queste parole: “Se dovesse essere pubblicato, ”. Credo sia necessario aggiungere anche queste due frasi; infatti, mi sembra assurdo e ridicolo che il governo di Ginevra pretenda di avere giurisdizione sui libri stampati al di fuori del suo territorio, in tutto il resto del mondo. E poiché il Piccolo Consiglio ha commesso una volta questo errore, non bisogna certo consacrarlo nelle vostre leggi. Inoltre, non chiedo, né desidero, né approvo che si torni mai sull’argomento; dato che ho fatto un giuramento solenne di non rientrare mai a Ginevra, se questo piccolo errore venisse corretto, non dipenderebbe da me approfittarne in alcun modo. Vi avverto quindi con piacere, per evitare che il vostro zelo amichevole vi spinga in futuro a intraprendere qualche iniziativa inutile su una questione che deve rimanere per sempre dimenticata. Del resto, metto così poca fiertà in questa decisione che, se potessi, con qualche gesto rispettoso, eliminare anche solo in parte l’amarezza che ancora persiste, lo farei con tutto il cuore.
Finisco in fretta questo scarabocchio; non ho nemmeno il tempo di rileggerlo, sono così ansioso di farlo partire.
Oh mio Dio! Caro amico, mi sono dimenticato di parlarvi di tutto ciò che avete fatto per mia zia e dell’argento che mi avete prestato. Ahimè, sono così occupato a pensare a voi che non mi so nemmeno rendere conto di ciò che fate per me. Ma, mio nobile amico, conoscete il mio cuore, ne sono orgoglioso, e siete sicuramente certo che questo dimenticamento non durerà a lungo. Ah! Che il cielo voglia che la vostra prima lettera mi porti buone notizie! Se ritardo ancora un attimo, la mia lettera arriverà troppo tardi. Vi bacio.
Lettera DCCCXVII – A Monsieur du Peyrou
3 marzo 1768.
Il vostro problema n. 6, mio caro ospite, mi rattrista molto: apprendo che soffrite di un nuovo attacco di gotta, abbastanza grave da impedirvi di uscire. Credo che questi episodi più frequenti possano portare a crisi più gravi in futuro. Tuttavia, poiché entrambi questi stati sono altrettanto scomodi quanto dolorosi, non so se riusciate ad accettare il fatto che i vostri grandi dolori si siano trasformati in problemi più lievi. Ma è probabile che si tratti soltanto di un sintomo passeggero; tutto tornerà presto alla normalità. Imparate quindi, una volta per tutte, a non voler guarire contro la volontà della natura: questo è infatti il modo più sicuro per aggravare i vostri problemi.
À mon égard, les conseils que vous me donnez sont plus aisés à donner qu’à suivre. Les herborisations et les promenades seraient en effet de douces diversions à mes ennuis, si elles m’étaient laissées ; mais les gens qui disposent de moi n’ont garde de me laisser cette ressource. Le projet dont MM. Manoury et Deschamps sont les exécuteurs demande qu’il ne m’en reste aucune. Comme on m’attend au passage, on n’épargne rien pour me chasser d’ici, et il parait que l’on veut réussir dans peu, de manière ou d’autre. Un des meilleurs moyens que l’on prend pour cela est de lâcher sur moi la populace des villages voisins. On n’ose plus mettre personne au cachot, et dire que c’est moi qui le veux ainsi ; mais on a fermé, barré, barricadé le château de tous les côtés : il n’y a plus ni passage ni communication par les cours ni par la terrasse ; et, quoique cette clôture me soit très incommode à moi-même, on a soin de répandre, par les gardes et par d’autres émissaires, que c’est le Monsieur du château qui exige tout cela pour faire pièce aux paysans. J’ai senti l’effet de ce bruit dans deux soi tics que j’ai faites, et cela ne m’excitera pas à les multiplier. J’ai prié le fermier de me faire faire un ciel de son jardin, qui est assez grand, et ma résolution est de borner mes promenades à ce jardin et au petit jardin, qui, comme vous savez, est grand comme la main et enfoncé comme un puits. Voilà, mon cher hôte, comment, au coeur du royaume de France, les mains étrangères s’appesantissent encore sur moi. À l’égard du patron de la case, on l’empêche de rien savoir de ce qui se passe et de s’en mêler. Je suis livré seul et sans ressource à ma constance et à mes persécuteurs. J’espère encore leur faire voir que la besogne qu’ils ont entreprise n’est pas si facile à exécuter qu’ils l’ont cru. Voilà bien du verbiage pour deux mots de réponse qu’il vous fallait sur cet article. Mais j’eus toujours le coeur expansif ; je ne serai jamais bien corrigé de cela, et votre devise ne sera jamais la mienne.
J’ai découvert avec une peine infinie les noms de botanique de plusieurs plantes de Garsault. J’ai aussi réduit, avec non moins de peine, les phrases de Sauvages à la nomenclature triviale de Linnaeus, qui est très commode. Si le plaisir d’avoir un jardin vous rend un peu de goût pour la botanique, je pourrai vous épargner beaucoup de travail pour la synonymie, en vous envoyant pour vos exemplaires ce que j’ai noté dans les miens ; et il est absolument nécessaire de débrouiller cette partie critique de la botanique pour reconnaître la même plante, à qui souvent chaque auteur donne un nom différent.
Je ne vous parle point de vos affaires publiques, non que je cesse jamais d’y prendre intérêt, mais parce que cet intérêt, borné par ses effets à des voeux aussi vrais qu’impuissants de voir bientôt rétablir la paix dans toutes vos contrées, ne peut contribuer en rien à l’accélérer.
Adieu, mon cher hôte : mes hommages à la meilleure des mères ; mille choses au bon M. Jeannin, et à tous ceux qui m’aiment, et à tous ceux que vous aimez.
Lettre DCCCXIX – À M. d’Ivernois
Au château de Trye, le 8 mars 1768.
Votre lettre, mon ami, du 29, me fait frémir. Ah ! cruels amis, quelles angoisses vous me donnez ! n’ai-je donc pas assez des miennes ? Je vous exhorte, de toutes les puissances de mon âme, de renoncer à ce malheureux grabeau[958] qui sera la cause de votre perte, et qui va susciter contre vous la clameur universelle qui jusqu’à présent était en votre faveur. Cherchez d’autres équivalents, consultez vos lumières ; pesez, imaginez, proposez : mais, je vous en conjure, hâtez-vous de finir, et définir en hommes de bien et de paix, et avec autant de modération, de sagesse et de gloire que vous avez commencé. N’attendez pas que votre étonnante union se relâche, et ne comptez pas qu’un pareil miracle dure encore longtemps. L’expédient d’un règlement provisionnel peut vous faire passer sur bien des choses qui pourront avoir leur correctif dans un meilleur temps : ce moment court et passager vous est favorable ; mais si vous ne le saisissez rapidement, il va vous échapper ; tout est contre vous, et vous êtes perdus. Je pense bien différemment de vous sur la chance générale de l’avenir ; car je suis très persuadé que dans dix ans, et surtout dans vingt, elle sera beaucoup plus avantageuse à la cause des représentants, et cela me parait infaillible : mais on ne peut pas tout dire par lettres, cela deviendrait trop long. Enfin, je vous en conjure derechef, par vos familles, par votre patrie, par tous vos devoirs, finissez et promptement, dussiez-vous beaucoup céder ; ne changez pas la constance en opiniâtreté : c’est le seul moyen de conserver l’estime publique que vous avez acquise, et dont vous sentirez le prix un jour. Mon coeur est si plein de cette nécessité d’un prompt accord, qu’il voudrait s’élancer au milieu de vous, se verser dans tous les vôtres pour vous la faire sentir.
Je diffère de vous rembourser les cent francs que vous avez avancés pour moi, dans I’espoir d’une occasion plus commode. Lorsque vous songerez à réaliser votre ancien projet, point de confidents, point de bruit, point de noms, et surtout défiez-vous par préférence de ceux qui font ostentation de leur grande amitié pour moi., mon ami : Dieu veuille bénir vos travaux et les couronner ! Je vous embrasse.
Lettre DCCCXXI – À M. de Lalande
[959]
Mars 1768.
Vous n’êtes pas, monsieur, de ceux qui s’amusent à rendre aux infortunés des honneurs ironiques, et qui couronnent la victime qu’ils veulent sacrifier.
Ainsi, tout ce que je conclus des louanges dont il vous plaît de m’accabler dans la lettre que vous m’avez fait la faveur de m’écrire, est que la générosité vous entraîne à outrer le respect que l’on doit à l’adversité. J’attribue à un sentiment aussi louable le compte avantageux que vous avez bien voulu rendre de mon Dictionnaire, et votre extrait me paraît fait avec beaucoup d’esprit, de méthode et d’art. Si cependant vous eussiez choisi moins scrupuleusement les endroits où la musique française est le plus maltraitée, je ne sais si cette réserve eût été nuisible à la chose, mais je crois qu’elle eût été favorable à l’auteur. J’aurais bien aussi quelquefois désiré un autre choix des articles que vous avez pris la peine d’extraire, quelques-uns de ces articles n’étant que de remplissage, d’autres extraits ou compilés de divers auteurs, tandis que la plupart des articles importants m’appartiennent uniquement, et sont meilleurs en eux-mêmes, tels que Accent, Consonance, Dissonance, Expression, Goût, Harmonie y Intervalle, Licence, Opéra, Son, Tempérament, Unité de mélodie, Voix, etc., et surtout l’article Enharmonique, dans lequel j’ose croire que ce genre difficile, et jusqu’à présent très mal entendu, est mieux expliqué que dans aucun autre livre. Pardon, monsieur, de la liberté avec laquelle j’ose vous dire ma pensée ; je la soumets avec une pleine confiance à votre décision, qui n’exige pas de vous une nouvelle peine, puisque vous avez été appelé à lire le livre entier, ennui dont je vous fais à la fois mes remerciements et mes excuses.
Je me souviens, monsieur, avec plaisir et reconnaissance de la visite dont vous m’honorâtes à Montmorency, et du désir qu’elle me laissa de jouir quelquefois du même avantage. Je compte parmi les malheurs de ma vie celui de ne pouvoir cultiver une si bonne connaissance, et mériter peut-être un jour de votre part moins d’éloges et plus de bontés.
Lettre DCCCXXIII – À M. d’Ivernois
24 mars 1768.
Enfin je respire ; vous aurez la paix, et vous aurez la paix, et vous l’aurez avec un garant sûr qu’elle sera solide, savoir, l’estime publique et celle de vos magistrats, qui, vous traitant jusqu’ici comme un peuple ordinaire, n’ont jamais pris, sur ce faux préjugé que défausses mesures. Ils doivent être enfin guéris de cette erreur, et je ne doute pas que le discours tenu par le procureur-général en Deux-cents ne soit sincère. Cela, posé, vous devez, espérer que l’on ne tentera de longtemps de vous surprendre ni de tromper les puissances étrangères sur votre compte ; et ces deux moyens manquant, je n’en vois plus d’autres pour vous asservir. Mes dignes amis, vous avez pris les seuls moyens contre lesquels la force même perd son effet, l’union, la sagesse, et le courage. Quoi que puissent faire les hommes, on est toujours libre quand on sait mourir.
In my case, the advice you give me is much easier to offer than to follow. In fact, herbal remedies and walks would be pleasant diversions from my troubles if I were allowed to engage in them; but those who have control over me never let me enjoy such respite. The project undertaken by Messrs. Manoury and Deschamps requires that I have no such opportunities at all. Since people are waiting for me at every turn, they spare no effort to drive me away from here, and it seems they intend to succeed in their efforts soon, by whatever means necessary. One of the main methods they use is to send the local populace from nearby villages against me. They no longer dare put anyone in prison, claiming that I am the one who demands such measures; but they have closed off and barricaded the castle on all sides—there are no more passages or ways out through the courtyards or the terrace. Although this confinement is very inconvenient for me, they go to great lengths to spread the word through guards and other messengers that it is the lord of the castle who insists on these measures in order to deal with the peasants. I could sense the effect of this propaganda from two outbursts of anger I had; but such reactions will not encourage me to repeat them. I asked the farmer to prepare a garden for me, since his property is quite large, and my resolve is to limit my walks to that garden and to the small plot of land that, as you know, is no bigger than a hand’s breadth and as deep as a well. Such is the state of affairs, my dear host—how, in the very heart of the Kingdom of France, foreign hands continue to oppress me. As for the man who manages the place where I live, he is kept completely ignorant of what is happening and prevented from interfering. I am left alone, with no means to resist their persecution or maintain my resolve. I still hope to prove to them that the task they have undertaken is not as easy to accomplish as they thought. Well, this has been a long letter in response to your brief inquiry. But I have always been one who speaks at length; I will never change that habit, and your motto will never be mine.
With immense effort, I identified the botanical names of several plants from Garsault’s collection. Similarly, with equal difficulty, I translated Sauvages’ descriptions into Linnaeus’ straightforward nomenclature, which is much more convenient to use. If the pleasure of having a garden inspires in you even a slight interest in botany, I could save you a great deal of time and trouble with synonymy issues by sending you what I have noted down for my own plants. It is absolutely essential to master this critical aspect of botany if one wishes to identify the same plant—since often different authors give it different names.
I am not speaking to you about your public affairs, not because I have ever ceased to take an interest in them, but because this interest, limited by its effects to mere wishes—though sincere and powerless—to see peace soon restored throughout your realms, cannot in any way contribute to hastening that process.
Goodbye, my dear host: my respects to the finest of mothers; thousands of greetings to the kind Mr. Jeannin, and to all those who love me, and to all those whom you love.
Letter DCCCXIX – To Mr. d’Ivernois
At the Château of Trye, on March 8, 1768.
My friend, your letter dated the 29th fills me with dread. Ah! Cruel friends, what anguish you cause me—do I not already have enough of my own? I implore you, with all the strength of my soul, to abandon that unfortunate scheme which will be the cause of your ruin and which will provoke against you the universal outcry that hitherto has been in your favor. Seek other alternatives, consult your knowledge; weigh carefully, consider thoroughly, and propose solutions—but I urge you to act swiftly. Resolve, as good and peaceful people should, to act with moderation, wisdom, and glory, just as you began. Do not wait until your remarkable alliance begins to weaken, nor expect that such a miracle will last long. A provisional solution may allow you to overlook many issues that could be resolved at a better time; this brief and fleeting opportunity is in your favor—but if you do not seize it quickly, it will slip away. Everything is against you, and you are lost. I hold a different view of the general prospects for the future; I am firmly convinced that within ten years, especially twenty years, things will be much more favorable to the cause of the representatives—and I believe this with absolute certainty. However, one cannot discuss everything in letters; it would take too long. Once again, I implore you—by the sake of your families, your country, and all your duties—to conclude quickly, even if you must make significant concessions. Do not turn steadfastness into stubbornness: it is the only way to preserve the public respect you have earned, a respect whose value you will one day come to realize. My heart is so filled with this urgent need for an immediate agreement that it seems ready to leap among you and pour itself into each of you to make you understand its importance.
I will defer repaying the one hundred francs you advanced for me, in the hope of a more convenient opportunity later on. When you decide to carry out your original plan, do so without any confidants, without any noise, and without mentioning any names—especially avoid those who ostentatiously claim to be my close friends. My friend, may God bless your endeavors and crown them with success! I kiss you.
Letter DCCCXXI – To Mr. de Lalande
[959]
March 1768.
You are not, sir, one of those who take pleasure in paying ironic honors to the unfortunate and who crown the victim they wish to sacrifice.
Thus, all that I can conclude from the generous praises you have taken the trouble to write to me is that your kindness leads you to go beyond what is generally considered proper respect for one’s adversaries. I attribute this commendable attitude to the favorable account you have kindly provided of my Dictionary; your selection seems to be made with great care, method, and skill. However, if you had been less selective in choosing the passages where French music is depicted in a less favorable light, I doubt whether such reservations would have harmed the quality of the work itself—but I believe they would have been beneficial to its author. On some occasions, I would also have preferred a different selection of articles; some of them were merely filler material, while others were excerpts or compilations from various authors. Most of the important articles, however, are entirely my own work and are, in their own right, of superior quality—articles such as “Accent,” “Consonance,” “Dissonance,” “Expression,” “Taste,” “Harmony and Interval,” “Licence,” “Opera,” “Sound,” “Temperament,” “Unity of Melody,” “Voice,” and especially the article “Enharmonique.” In this last regard, I dare say that this difficult and so far poorly understood subject is explained more clearly in my work than in any other. Please forgive me for the freedom with which I express these thoughts; I place them entirely in your hands, confident that your judgment will not require you to go through the entire book again—a task which, I must say, causes me both gratitude and regret.
I recall with pleasure and gratitude, sir, the visit you honored me with at Montmorency, and how it inspired in me the desire to one day enjoy the same favor from you. I consider it one of the misfortunes of my life that I am unable to cultivate such a good relationship with you, and perhaps one day I may earn less of your praise but more of your kindness.
Letter DCCCXXIII – To Mr. d’Ivernois
March 24, 1768.
At last, I can breathe freely; you will have peace, and you will have it with a sure guarantee that it will be enduring—namely, the public esteem and the respect of your magistrates, who, having hitherto treated you as an ordinary people, have never taken any false measures based on this erroneous prejudice. They must finally be cured of this mistake, and I do not doubt that the speech delivered by the Attorney General in Deux-cents was sincere. With this established, you may hope that no one will attempt for a long time to surprise or deceive foreign powers regarding your situation; and since these two means are lacking, I see no other way to enslave you. My worthy friends, you have chosen the only methods against which even force loses its effect: unity, wisdom, and courage. No matter what men may do, one is always free as long as one knows how to die.
Per quanto mi riguarda, i consigli che mi date sono più facili da dare che da seguire. Le raccolte di erbe e le passeggiate sarebbero infatti dolci distrazioni dai miei problemi, se mi fossero lasciate libere; ma coloro che hanno il controllo su di me non si preoccupano affatto di concedermi questa possibilità. Il progetto che i signori Manoury e Deschamps stanno realizzando richiede che io non abbia alcuna libertà in questo senso. Poiché mi aspettano lungo la strada, non si risparmia nulla per scacciarmi da qui, e sembra che vogliano riuscirci a breve, in un modo o nell’altro. Uno dei metodi più efficaci utilizzati è quello di far accorrere contro di me la gente dei villaggi vicini. Non si osa più rinchiudere nessuno in prigione, eppure si dice che sia io a volerlo; ma il castello è stato chiuso da tutte le parti: non ci sono più passaggi né comunicazioni attraverso i cortili né la terrazza. E sebbene questa restrizione mi causi notevoli disagi, si fa in modo che le guardie e altri messaggeri diffondano la voce che sia il signore del castello a richiederla tutto questo per contrastare i contadini. Ho avvertito l’effetto di queste voci durante due piccoli gesti che ho fatto; ma questo non mi incoraggerà certo a ripeterli. Ho chiesto al fattore di farmi costruire un “cielo” nel suo giardino, che è abbastanza grande, e la mia intenzione è limitare le mie passeggiate a quel giardino e al piccolo giardinetto, che, come sapete, è grande quanto una mano e profondo come un pozzo. Ecco, mio caro ospite, come, nel cuore del regno di Francia, mani straniere continuano ancora a opprimermi. Per quanto riguarda il proprietario della casa in cui vivo, gli viene impedito di sapere qualsiasi cosa accada e di intervenire in alcun modo. Sono quindi lasciato solo, senza risorse, alla mia determinazione e ai miei persecutori. Spero ancora di riuscire a dimostrare loro che il compito che si sono assunti non è così facile da realizzare come pensavano. Beh, questo è stato un lungo discorso per rispondere soltanto a due domande. Ma ho sempre avuto un cuore generoso; non riuscirò mai a correggermi in questo senso, e la vostra filosofia non sarà mai la mia.
Ho scoperto con grande difficoltà i nomi botanici di diverse piante presenti a Garsault. Ho anche tradotto, con altrettanta fatica, le descrizioni fornite da Sauvages secondo la nomenclatura semplice e comoda di Linnaeus. Se il piacere di possedere un giardino vi stimola almeno in parte l’interesse per la botanica, potrei risparmiarvi molto lavoro nella ricerca dei sinonimi, inviandovi ciò che ho annotato sui miei esemplari; è infatti assolutamente necessario chiarire questa parte critica della botanica per riconoscere la stessa pianta, spesso denominata in modo diverso da autori diversi.
Non vi parlo delle vostre questioni pubbliche, non perché smetta mai di prendervi interesse, ma perché tale interesse, limitato ai desideri sinceri ma inefficaci di vedere presto ristabilita la pace in tutte le vostre regioni, non può in alcun modo contribuire ad accelerarne l’attuazione.
Addio, mio caro ospite: porgo i miei saluti alla migliore delle madri; mille cose al buon signor Jeannin, e a tutti coloro che mi amano, e a tutti coloro che voi amate.
Lettera DCCCXIX – A Monsieur d’Ivernois
Nel castello di Trye, l’8 marzo 1768.
La vostra lettera, mio caro, del 29 mi fa tremare. Ah! crudeli amici, quali angosie mi causate. Non ne ho già abbastanza delle mie? Vi esorto, con tutte le forze della mia anima, a rinunciare a quel maledetto accordo che sarà la causa della vostra rovina e che susciterà contro di voi l’indignazione universale che fino ad ora era a vostro favore. Cercate altri rimedi, consultate le vostre “luci interne”; riflettete, immaginate, proponete. Ma vi supplico: affrettatevi a concludere, e fate ciò che un uomo di bene e di pace dovrebbe fare, con moderazione, saggezza e gloria. Non aspettate che la vostra straordinaria unione si indebolisca, né pensate che un simile “miracolo” possa durare a lungo. Un accordo provvisorio potrebbe permettervi di tollerare molte cose che in futuro troveranno una soluzione migliore. Questo momento breve e passeggero vi è favorevole; ma se non lo cogliete rapidamente, vi sfuggirà. Tutto è contro di voi, e siete perduti. Io penso molto diversamente da voi riguardo alla “fortuna generale” del futuro. Sono convinto che tra dieci anni, soprattutto tra venti, essa sarà molto più favorevole alla causa dei rappresentanti. Ma non si possono dire tutte queste cose per lettera. Diventerebbe troppo lungo. Infine, vi supplico ancora una volta: per le vostre famiglie, per la vostra patria, per tutti i vostri doveri, concludete rapidamente. Anche se doveste cedere molto. Non trasformate la costanza in ostinazione. È l’unico modo per conservare l’onore pubblico che avete conquistato. E un giorno ne sentirete il vero valore. Il mio cuore è così pieno di questa necessità di un rapido accordo, che vorrebbe lanciarsi tra di voi, riversarsi in tutti voi per farvela sentire.
Rinuncio a rimborsarvi i cento franchi che mi avete prestato, nella speranza di trovare un’occasione più conveniente per farlo. Quando penserete di realizzare il vostro vecchio progetto, evitate ogni confidente, evitate ogni rumore, evitate di menzionare nomi. E soprattutto, preferite sfidare coloro che ostentano la loro grande amicizia verso di me. Amico mio: che Dio benedica i vostri sforzi e li renda fruttuosi! Vi abbraccio.
Lettera DCCCXXI – A Monsieur de Lalande
[959]
Marzo 1768.
Non siete, signore, tra coloro che si divertono a rendere onori ironici ai sfortunati e che incoronano la vittima che intendono sacrificare.
Quindi, tutto ciò che posso dedurre dalle lodi con cui mi avete onorato nella lettera che mi avete gentilmente scritto è che la vostra generosità vi spinge a oltrepassare i limiti del rispetto dovuto alle difficoltà altrui. attribuisco a un sentimento così lodevole il giudizio favorevole che avete voluto esprimere sul mio Dizionario; inoltre, il brano che avete estratto mi sembra essere stato redatto con grande ingegno, metodo e maestria. Tuttavia, se aveste scelto con maggiore attenzione i passaggi in cui la musica francese viene trattata in modo meno appropriato, non so se ciò avrebbe danneggiato l’opera nel suo complesso, ma credo che avrebbe giovato all’autore stesso. A volte avrei anche desiderato che venissero scelti altri articoli; alcuni di quelli che avete estratto sono soltanto riassunti o compilazioni di autori diversi, mentre la maggior parte degli articoli importanti appartiene esclusivamente a me e sono di qualità superiore: Accento, Consonanza, Dissonanza, Espressione, Gusto, Armonia, Intervallo, Licenza, Opera, Suono, Temperamento, Unità di melodia, Voce, ecc. In particolare, l’articolo sull’armonizzazione: credo che questo argomento difficile e finora poco compreso venga qui spiegato meglio di in qualsiasi altro libro. Perdonate, signore, la libertà con cui vi esprimo il mio parere; la sottopongo con piena fiducia alla vostra decisione, che non richiede certo ulteriori sforzi da parte vostra, visto che avete già avuto la gentilezza di leggere l’intero libro. Un impegno per cui vi ringrazio e mi scuso allo stesso tempo.
Ricordo con piacere e gratitudine la visita che mi onoraste di rendere a Montmorency, nonché il desiderio che essa suscitò in me di poter godere anch’io, un giorno, dello stesso favore da parte vostra. Tra i mali della mia vita, considero proprio quello di non essere in grado di coltivare una tale amicizia e, forse, un giorno, di meritare da voi meno elogi e più gentilezze.
Lettera DCCCXXIII – A Monsieur d’Ivernois
24 marzo 1768.
Finalmente respiro liberamente; avrete pace, e questa pace sarà garantita da elementi sicuri: l’opinione pubblica e quella dei vostri magistrati, che finora vi hanno trattato come un popolo ordinario senza mai prendere misure errate sulla base di false pregiudizie. Devono finalmente liberarsi di questo errore, e non dubito che il discorso tenuto dal procuratore generale a Deux-Cents sia sincero. Detto questo, dovete sperare che nessuno cercherà più di sorprendervi o ingannare le potenze straniere riguardo a voi; e poiché questi due mezzi sono impossibili da utilizzare, non ne vedo altri per asservirvi. Miei onorevoli amici, avete adottato gli unici metodi contro cui anche la forza perde il suo effetto: l’unità, la saggezza e il coraggio. Qualunque cosa possano fare gli uomini, si è sempre liberi quando si sa morire.
Je voudrais à présent que de votre côté vous ne lissiez pas à demi les choses, et que la concorde une fois rétablie ramenât la confiance et la subordination aussi pleine et entière que s’il n’eût jamais eu de dissension. Le respect pour les magistrats lait dans les républiques la gloire des citoyens et rien n’est si beau que de savoir se soumettre après avoir prouvé qu’on savait résister. Le peuple de Genève s’est toujours distingué par ce respect pour ses chefs qui le rend lui-même si respectable. C’est à présent qu’il doit ramener dans son sein toutes les vertus sociales que l’amour de l’ordre établit sur l’amour de la liberté. Il est impossible qu’une patrie qui a de tels enfants ne retrouve pas enfin ses pères ; et c’est alors que la grande famille sera tout à la fois illustre, florissante, heureuse, et donnera vraiment au monde un exemple digne d’imitation. Pardon, cher ami ; emporté par mes désirs, je fais ici sottement le prédicateur ; mais après avoir vu ce que vous étiez, je suis plein de ce que vous pouvez être. Des hommes si sages n’ont assurément pas besoin d’exhortation pour continuer à l’être ; mais moi, j’ai besoin de donner quelque essor aux plus ardents voeux de mon coeur.
Au reste, je vous félicite en particulier d’un bonheur qui n’est pas toujours attaché à la bonne cause, c’est d’avoir trouvé pour le soutien de la vôtre des talents capables de la faire valoir. Vos mémoires sont des chefs-d’oeuvre de logique et de diction. Je sais quelles lumières règnent dans vos cercles, qu’on y raisonne bien, qu’on y connaît à fond vos édits ; mais on n’y trouve pas communément des gens qui tiennent ainsi la plume : celui qui a tenu la vôtre, quel qu’il soit, est un homme rare ; n’oubliez jamais la reconnaissance que vous lui devez.
À l’égard de la réponse amicale que vous me demandez sur ce qui me regarde, je la ferai avec la plus pleine confiance. Rien dans le monde n’a plus affligé et navré mon coeur que le décret de Genève. Il n’en fut jamais de plus inique, de plus absurde, et de plus ridicule. Cependant il n’a pu détacher mes affections de ma patrie, et rien au monde ne les en peut détacher. Il m’est indifférent, quant à mon sort, que ce décret soit annulé ou subsiste, puisqu’il ne m’est possible en aucun cas de profiter de mon rétablissement ; mais il ne me serait pourtant pas indifférent, je l’avoue, que ceux qui ont commis la faute sentissent leur tort, et eussent le courage de le réparer. Je crois qu’en pareil cas j’en mourrais de joie, parce que j’y verrais la fin d’une haine implacable, et que je pourrais de bonne grâce me livrer aux sentiments respectueux que mon coeur m’inspire, sans crainte de m’avilir. Tout ce que je puis vous dire à ce sujet est que si cela arrivait, ce qu’assurément je n’espère pas, le Conseil serait content de mes sentiments et de ma conduite, et il connaîtrait bientôt quel immortel honneur il s’est fait. Mais je vous avoue aussi que ce rétablissement ne saurait me flatter s’il ne vient d’eux-mêmes ; et jamais, de mon consentement, il ne sera sollicité. Je suis sûr de vos sentiments ; les preuves m’en sont inutiles : mais celles des leurs me toucheraient d’autant plus que je m’y attends moins. Bref, s’ils font cette démarche d’eux-mêmes, je ferai mon devoir ; s’ils ne la font pas, ce ne sera pas la seule injustice dont j’aurai à me consoler ; et je ne veux pas, en tout état de cause, risquer de servir de pierre d’achoppement au plus parfait rétablissement de la concorde.
Voici un mandat sur la veuve Duchesne pour les cent francs que vous avez bien voulu avancer à ma bonne vieille tante. Je vous redois autre chose, mais malheureusement je n’en sais pas le montant.
Lettre DCCCXXV – À M. le duc de Choiseul
[960]
À Trye, le 27 mars 1768.
NOTA
Cette lettre, la seule de Jean-Jacques au duc de Choiseul[961], mérite une attention particulière, et, pour être bien comprise, a besoin de quelques éclaircissements. Il est nécessaire de savoir à quelle occasion elle fut écrite, et de connaître les rapports qui existèrent entre l’auteur d’Émile et le ministre le plus célèbre du 18è siècle.
M. Le duc de Choiseul venait quelquefois souper à Montmorency chez le maréchal de Luxembourg, dans le temps où Rousseau passait plusieurs heures de la journée avec ce maréchal. Le ministre ayant appris de M. de Luxembourg les débuts de Jean-Jacques dans la carrière diplomatique, et ses relations avec M. de Montaigu, ambassadeur à Venise, témoigna quelques regrets de ce qu’il avait abandonné cette carrière, et le désir de l’y faire rentrer. Rousseau, sensible à cette marque de bienveillance, s’affectionna au duc de Choiseul, et ce sentiment accrut la haute estime qu’il avait pour ses talents. Le ministre venait de faire signer le pacte de famille qui mettait le sceau à sa gloire, et paraissait, dit Jean-Jacques, annoncer un homme d’état du premier ordre. Ce pacte, en effet, dans lequel les princes de la maison de Bourbon se garantissent mutuellement leurs troncs, a, même aujourd’hui, cela de remarquable, qu’il semble avoir servi de base ou de modèle au pacte bien plus fameux et bien plus important que nous avons vu conclure sous nos yeux.
« Plein de reconnaissance pour les bontés de M. de Choiseul, dit Rousseau, ignorant d’ailleurs totalement dans sa retraite, ses goûts et sa manière de vivre, il le regardait d’avance comme le vengeur du public ; et mettant alors la dernière main au Contrat social, il marqua dans un seul trait ce qu’il pensait des précédents ministères et de celui qui commençait à les éclipser. Il manqua dans cette occasion, comme il le remarque lui-même, à sa plus constante maxime, et de plus, ne songea pas que quand on veut louer et blâmer fortement dans un même article sans nommer les gens, il faut tellement approprier la louange à ceux qu’elle regarde, que le plus ombrageux amour propre ne puisse y trouver de quiproquo. »
Jean-Jacques oublia tellement cette maxime, que, même aujourd’hui que nous possédons tous les renseignements désirables, la louange ne paraît nullement appropriée à celui qu’elle regarde, ainsi qu’on pourra le voir dans le passage où elle est insérée et que nous rapporterons dans l’une des notes de cette lettre.
Le Contrat social parut quelque temps avant l’Émile. Des officieux ne manquèrent pas de faire remarquer au duc de Choiseul le passage qui le concernait, en l’interprétant à leur manière, c’est-à-dire, en détournant l’allusion, de sorte que dans l’article où le blâme et la louange étaient fortement distribués, le ministre pût se méprendre au point de se croire l’objet du premier et non de la seconde. Quand il ne l’eût pas fait, il était toujours désagréable pour lui que d’autres commissent cette méprise. En résultat, l’auteur était à ses yeux au moins un maladroit, s’il n’était un malveillant.
Dans les premiers jours de juin 1762, il fut question de ce passage entre Jean-Jacques et le maréchal de Luxembourg Voici ce qu’en rapporte le premier : » Un matin que j’étais seul avec M. de Luxembourg, il me dit : Avez-vous parlé mal de M. de Choiseul dans le Contrat social ? Moi ! lui dis-je en reculant de surprise, non, je vous jure ; mais j’en ai fait, en revanche, et d’une plume qui n’est pas louangeuse, le plus bel éloge que jamais peut-être ministre ait reçu : et tout de suite je lui rapportai le passage. Et dans l’Émile ? reprit-il. Pas un mot, répondis-je ; il n’y a pas un seul mot qui le regarde. Ah ! dit-il avec plus de vivacité qu’il n’en avait d’ordinaire, il fallait faire la même chose dans l’autre livre, ou être plus clair. J’ai cru l’être, ajoutai-je, je l’estimais assez pour cela. Il allait prendre la parole ; je le vis prêt à s’ouvrir : il se retint et se tut. Malheureuse prudence de courtisan, qui, dans les meilleurs coeurs, domine l’amitié même ! »
I now wish that on your part you would not settle matters half-heartedly, but that once harmony is restored, trust and submission be renewed in their fullness and integrity, as if no disagreement had ever existed. Respect for authorities fosters the glory of citizens in republics, and nothing is more beautiful than knowing how to submit after having proven one’s ability to resist. The people of Geneva have always been distinguished by this respect for their leaders, which makes them themselves so respectable. It is now up to them to restore within their society all those virtues that love for order fosters upon the basis of love for freedom. It is impossible for a nation with such citizens not finally to regain its former greatness; and then indeed will this great family be illustrious, prosperous, and happy, setting an example for the whole world to emulate. Pardon me, dear friend; carried away by my aspirations, I am foolishly acting like a preacher here; but after seeing what you are, I am filled with hope for what you can become. Men of such wisdom surely do not need exhortation to continue being wise; but for me, it is necessary to give some momentum to the most fervent desires of my heart.
Furthermore, I would like to congratulate you in particular on a happiness that is not always associated with noble causes—that is, on having found talents capable of bringing your cause to prominence for its support. Your memorials are masterpieces of logic and eloquence. I know what kind of enlightenment prevails in your circles; there, reasoning is thorough, and your decrees are well-understood. Yet, such skilled writers are not commonly found there. Whoever penned those memorials for you is a rare individual; never forget the gratitude you owe him.
Regarding the friendly response you are asking me to give regarding my own affairs, I will provide it with utmost confidence. Nothing in the world has ever caused my heart such sorrow and distress as the decree of Geneva. It was never more unjust, absurd, or ridiculous. Nevertheless, it could not detach my affections from my country, and nothing in the world could ever do so. As for my own fate, it matters little to me whether this decree is revoked or remains in effect, since I am in no way able to benefit from its reversal; but I must admit that it would not be indifferent to me if those who committed this error felt the gravity of their wrongdoing and had the courage to make amends. I believe that in such a case, I would die of joy, for it would signify the end of an implacable hatred, and I could then freely express the respectful feelings that my heart inspires in me, without fear of humiliating myself. All I can tell you on this matter is that if it ever happened—though I certainly do not hope it will—the Council would be satisfied with my sentiments and behavior, and it would soon realize the immortal honor it had bestowed upon itself. But I must also admit that such a reversal would mean nothing to me unless it came from their own initiative; and by no means would I consent to it. I am certain of your feelings; evidence is unnecessary for that—but evidence of theirs would touch me all the more deeply precisely because I least expect it. In short, if they take this step on their own, I will do my duty; if they do not, it will not be the only injustice I have to endure; and under no circumstances do I wish to risk becoming an obstacle to the fullest restoration of harmony.
Here is a receipt for the one hundred francs you kindly advanced to my dear old aunt, Madame Duchesne. I owe you something in return, but unfortunately I do not know exactly how much.
Letter DCCCXXV – To Monsieur the Duke of Choiseul
[960]
At Trye, on March 27, 1768.
NOTE
This letter, the only one Jean-Jacques ever wrote to the Duke of Choiseul[961], deserves special attention; moreover, in order to be fully understood, it requires some clarifications. It is necessary to know under what circumstances it was written and to understand the relationship that existed between the author of Émile and this most celebrated minister of the 18th century.
Mr. the Duke of Choiseul sometimes dined at Montmorency, where the Marshal of Luxembourg resided, during the period when Rousseau spent several hours each day with that marshal. Having learned from Mr. de Luxembourg about Jean-Jacques’ early beginnings in the diplomatic career and his relationship with Mr. de Montaigu, the ambassador to Venice, the minister expressed some regret at what Rousseau had abandoned in that field and expressed his desire to encourage him to return to it. Sensible to this gesture of goodwill, Rousseau developed a fondness for the Duke of Choiseul, and this feeling only deepened his high regard for the duke’s talents. The minister had just secured the signing of the family pact that sealed his glory; Jean-Jacques said that he seemed to herald the emergence of a statesman of the first order. Indeed, this pact, in which the princes of the Bourbon dynasty guaranteed each other their thrones, is remarkable even today, for it seems to have served as the foundation or model for the much more famous and significant pact that was later concluded before our very eyes.
“Filled with gratitude for the kindnesses of Monsieur de Choiseul,” Rousseau said—ignorant entirely, in his retreat, his tastes and way of living—he already regarded him as the avenger of the public. And as he finalized the drafting of the Social Contract, he expressed in a single passage what he thought of previous ministries and of the one that was beginning to overshadow them all. In this instance, he failed, as he himself noted, to adhere to his most constant principle. Moreover, he did not realize that when one wishes to praise or criticize strongly in the same passage without mentioning specific individuals, it is essential to tailor the praise so precisely to those to whom it refers that even the most sensitive sense of pride would not misunderstand it.
Jean-Jacques forgot this maxim so completely that, even today when we possess all the desired information, praise still seems entirely inappropriate for the person to whom it is directed—as will be evident from the passage in which it appears and which we will quote in one of the notes accompanying this letter.
“The Social Contract” was published some time before “Emile.” Unofficial observers did not fail to draw the duke of Choiseul’s attention to the passages that concerned him, interpreting them in their own way—that is, distorting the intended meaning. As a result, in those articles where praise and criticism were freely distributed, the minister might have misunderstood and thought he was the target of the criticism rather than the praise. Even if he had not made such a mistake, it would still have been unpleasant for him to see others make it. In his eyes, the author was therefore at least a clumsy person, if not a malevolent one.
In the early days of June 1762, there was discussion regarding this passage between Jean-Jacques and Marshal de Luxembourg. Here is what Jean-Jacques reported: “One morning, when I was alone with Monsieur de Luxembourg, he asked me, ‘Have you spoken ill of Monsieur de Choiseul in The Social Contract?’ ‘Me!’ I exclaimed in surprise. ‘No, I swear not; but on the contrary, I have written about him—in rather unflattering terms, it is true—the most splendid eulogy a minister could possibly receive. And I immediately recounted that passage to him.’ ‘And in “Émile”?’ he asked. ‘Not a single word,’ I replied; ‘there isn’t a single line referring to him.’ ‘Ah!’ he said, with more enthusiasm than he usually displayed. ‘You should have done the same in the other book, or at least been clearer.’ ‘I thought I had been clear enough,’ I added. ‘I believed it was sufficient.’ He was about to speak; I could see him about to express his opinion—then he held back and remained silent. What a unfortunate caution on the part of a courtier, such that even in the best-hearted individuals, it often prevails over true friendship!”
Vorrei ora che anche da parte vostra le cose non venissero semplificate a metà; che la concordia, una volta ristabilita, ripristinasse fiducia e sottomissione in modo pieno e completo, come se mai fosse esistita alcuna dissidenza. Il rispetto per i magistrati è ciò che conferisce gloria ai cittadini nelle repubbliche, e non c’è nulla di più bello che sapere come sottomettersi dopo aver dimostrato di essere in grado di resistere. Il popolo di Ginevra si è sempre distinto per questo rispetto verso i suoi capi, che lo rende anch’esso così rispettabile. Ora deve ristabilire all’interno della propria comunità tutte le virtù sociali che l’amore dell’ordine deriva dall’amore della libertà. È impossibile che una patria che possiede figli del genere non ritrovi finalmente i propri “padri”; ed è allora che questa grande famiglia diventerà al contempo illustre, fiorente e felice, offrendo davvero al mondo un esempio degno di imitazione. Perdonatemi, caro amico; preso dai miei desideri, sto qui facendo stupidamente il predicatore. Ma dopo aver visto ciò che siete, sono pieno di speranza per ciò che potete diventare. Uomini così saggi certamente non hanno bisogno di esortazioni per continuare a esserlo; ma io ho bisogno di dare un po’ più di slancio ai desideri più ardenti del mio cuore.
Del resto, vi felicito in particolare per una fortuna che non è sempre legata a una causa giusta: avete trovato, infatti, per sostenere le vostre idee, talenti capaci di renderle efficaci. I vostri scritti sono veri capolavori di logica e di stile letterario. So quali lumi regnano nei vostri circoli: vi si ragiona con chiarezza, si conoscono a fondo i vostri decreti; tuttavia, non è frequente trovare persone capaci di scrivere in modo così eccellente. Chiunque abbia scritto per voi è davvero un uomo raro; non dimenticate mai la riconoscenza che gli dovete.
Per quanto riguarda quella risposta amichevole che mi chiedete riguardo a ciò che mi riguarda personalmente, la darò con la massima fiducia. Niente al mondo ha mai addolorato e rattristato il mio cuore più di quel decreto di Ginevra: non c’è mai stato nulla di più ingiusto, assurdo e ridicolo. Tuttavia, nulla al mondo potrebbe separare i miei sentimenti dalla mia patria. Per quanto riguarda la mia sorte, non mi interessa affatto che quel decreto venga annullato o mantenersi, poiché in ogni caso non è possibile che io possa trarre vantaggio dal mio “ripristino”; tuttavia, devo ammettere che non mi sarebbe indifferente se coloro che hanno commesso quell’errore si rendessero conto del loro torto e avessero il coraggio di rimediare. Credo che in tal caso morirei di gioia, perché vedrei così la fine di un odio implacabile e potrei finalmente dedicarmi con serenità ai sentimenti di rispetto che il mio cuore mi ispira, senza temere di umiliarmi. Tutto ciò che posso dirvi al riguardo è che, se ciò dovesse accadere – cosa che certamente non spero – il Consiglio sarebbe soddisfatto dei miei sentimenti e del mio comportamento. E capirebbe presto quale immortale onore si sia guadagnato. Ma devo anche ammettere che quel “ripristino” non mi lusingherebbe affatto se non venisse da loro stessi. E mai, con il mio consenso, verrà chiesto. Sono certo dei vostri sentimenti; le prove me ne sono inutili. Ma quelle dei loro mi toccherebbero ancora di più proprio perché meno me lo aspetto. In breve: se faranno questa mossa da soli, compirò il mio dovere; se non la faranno, non sarà l’unica ingiustizia di cui dovrò consolarmi. E in ogni caso, non voglio correre il rischio di ostacolare un riavvicinamento così perfetto tra le parti in conflitto.
Ecco un mandato relativo alla vedova Duchesne per i cento franchi che avete gentilmente prestato a mia buona vecchia zia. Vi restituirò qualcos’altro, ma purtroppo non conosco l’esatta somma.
Lettera DCCCXXV – A Sua Altezza Serenissima il Duca di Choiseul
[960]
A Trye, il 27 marzo 1768.
NOTA
Questa lettera, l’unica di Jean-Jacques indirizzata al duca di Choiseul[961], merita un’attenzione particolare e, per essere compresa appieno, richiede alcuni chiarimenti. È necessario conoscere in quale circostanza fu scritta, nonché i rapporti esistenti tra l’autore di “Émile” e il ministro più celebre del XVIII secolo.
Il duca di Choiseul veniva talvolta a cena a Montmorency da maresciallo di Lussemburgo, in un periodo in cui Rousseau trascorreva molte ore al giorno con quel maresciallo. Il ministro, avendo appreso dal maresciallo di Lussemburgo dei primi passi di Jean-Jacques nella carriera diplomatica e delle sue relazioni con il signor de Montaigu, ambasciatore a Venezia, esprimeva qualche rammarico per ciò che Rousseau aveva abbandonato quella strada e manifestava il desiderio di farlo tornare su quella via. Rousseau, sensibile a questa dimostrazione di benevolenza, si affezionò al duca di Choiseul, e questo sentimento rafforzò ancora di più l’alta stima che aveva per i suoi talenti. Il ministro aveva appena fatto firmare il patto di famiglia che sigillava la sua gloria e sembrava annunciare l’avvento di un statista di prim’ordine. Infatti, quel patto, con cui i principi della casa di Borbone si garantiscono reciprocamente i loro troni, ha ancora oggi il merito di essere considerato la base o il modello del patto molto più famoso e importante che abbiamo visto essere concluso sotto i nostri occhi.
“Rispetto profondo per le gentilezze di Monsieur de Choiseul”, scrive Rousseau, “che, ignaro dei suoi gusti e del suo modo di vivere durante la sua ritirata, lo considerava già in anticipo come il vendicatore del pubblico. Proprio allora, dando il tocco finale al Contratto sociale, egli esprimeva in poche parole ciò che pensava dei precedenti ministri e di quello che stava per eclissarli tutti. In quell’occasione, come egli stesso osserva, trasgredì alla sua massima più costante; inoltre, non tenne conto del fatto che quando si vuole lodare o criticare aspramente qualcuno senza nominarlo esplicitamente, è necessario adattare perfettamente le lodi a coloro a cui sono rivolte, in modo che nemmeno il più suscettibile orgoglio possa confonderle con altre persone.”
Jean-Jacques dimenticò talmente questa massima che, anche oggi, quando disponiamo di tutte le informazioni desiderabili, la lode non sembra affatto appropriata a colui a cui è rivolta, come si potrà vedere nel passaggio in cui è inserita e che riporteremo in una delle note di questa lettera.
Il “Contratto Sociale” fu pubblicato poco prima di “Emile”. Non mancarono persone che fecero notare al duca di Choiseul il passaggio che lo riguardava, interpretandolo a loro modo, cioè distorcendo il senso dell’allusione. Di conseguenza, nell’articolo in cui si distribuivano equamente lodi e rimproveri, il ministro poté fraintendere e credersi oggetto dei primi e non dei secondi. Anche se non fosse caduto in questo errore, sarebbe comunque stato sgradevole per lui che altri commettessero tale errore. Di conseguenza, agli occhi del duca di Choiseul l’autore era almeno un incompetente, se non addirittura un malvagio.
Nei primi giorni di giugno 1762, si parlò di questo passaggio tra Jean-Jacques e il maresciallo di Luxembourg. Ecco quanto ne riferisce Jean-Jacques: “Un mattino in cui ero solo con il signor de Luxembourg, mi disse: ‘Avete parlato male del signor de Choiseul nel “Contratto sociale”?’ Io, sorpreso, risposi: ‘No, ve lo giuro; anzi, ne ho fatto, sebbene non in termini lusinghieri, il più bel elogio che un ministro possa mai ricevere. E subito gli riferii quel passaggio.’ ‘E nell’“Emile”?’ chiese lui. ‘Nemmeno una parola,’ risposi; ‘non c’è una singola frase che lo riguardi.’ ‘Ah!’ esclamò con maggiore vivacità del solito, ‘Avreste dovuto fare lo stesso anche nell’altro libro, o essere più chiari.’ ‘Credetti di esserlo stato,’ aggiunsi; ‘lo ritenevo sufficientemente chiaro.’ Stava per parlare; lo vidi pronto a esprimersi, ma si trattenne e tacque. Che sfortunata prudenza da cortigiano, che, anche nei cuori migliori, prevale sulla stessa amicizia!”
Ce fut quelques jours après (le 9 juin) que Rousseau partit pour se mettre à l’abri du décret de prise de corps lancé contre lui, le 8 juin. Il n’eut ni le temps, ni l’occasion de se justifier envers le duc de Choiseul. Accueilli en Suisse par un décret fait neuf jours après celui de Paris, il oublia cet incident qui perdait de son importance à mesure que les condamnations se multipliaient : de la Suisse, dans laquelle il passa trois ans et demi, il se rendit en Angleterre, d’où il revint au mois de mai 1767. Le prince de Conti mit à sa disposition le château de Trye, près de Gisors, et l’y alla voir. Ce fut pendant son séjour chez cet hôte illustre et bienveillant que Jean-Jacques écrivit au duc de Choiseul la lettre qu’on va lire. Cette circonstance me porte à croire que c’est sur les observations du prince que Rousseau se permit cette démarche bien tardive. Le Contrat social avait paru au mois d’avril 1762, et six années devaient avoir effacé la louange. Mais le souvenir de l’offense a plus de durée, et c’est probablement cette considération qui fit prendre la plume à Jean-Jacques pour donner les explications qui le justifiaient. Il ne le fit, d’après le début de sa lettre, qu’avec la certitude d’être écouté ; cette particularité et la promptitude avec laquelle répondit le duc (dès le lendemain), autorisent à croire qu’un personnage avait entrepris de détruire les préventions, et ce personnage influent ne pouvait guère être un autre que le prince de Conti.
MONSEIGNEUR,
Vous daignez m’écouter. De quel poids je me sens soulagé ! Si vous eussiez bien voulu me voir, il me semble que je n’aurais eu besoin de vous rien dire et qu’à l’instant vous auriez lu dans mon coeur.
Un mot que me dit M. de Luxembourg[962] à mon départ pour la Suisse autorise le détail dans lequel je vais entrer, et qui serait superflu s’il vous eût rendu ma réponse : mais le meilleur et le plus aimable des hommes n’en fut pas toujours le plus courageux[963].
On vous a donné de quelques passages de mies écrits des interprétations, non seulement si fausses et si peu naturelles que le public ne s’en est jamais douté ; mais si contraires à mes vues, que le seul de ces passages[964] qu’on m’ait cité contient l’éloge le plus rai, le plus grand, j’ose dire le plus digne, que vous recevrez peut-être jamais, et dont trop de modestie a pu seule vous empêcher de sentir l’application. Monsieur le duc, je n’ai point de protestation à vous faire. Je dirai les faits ; et vous jugerez.
Tous Les ministres qui vous ont précédé depuis longtemps, m’ont paru fort au-dessous de leurs places : toutes les personnes, n’importe le sexe[965], qui se sont mêlées de l’administration, n’ont eu, selon moi, que de petites vues, des demi-talents, des passions basses, et de l’avarice plutôt que de l’ambition. Enfin, j’eus pour eux tous un mépris peut-être injuste, mais qui allait jusqu’à la haine, et que je n’ai jamais beaucoup déguisé. Tous mes penchants, au contraire, vous favorisèrent dès le premier instant. Je préjugeai que vous alliez rendre au ministère l’éclat obscurci par ces gens-là, et quand le bruit courut que de vous et d’une des personnes dont je viens de parler, l’un des deux déplacerait l’autre, je fis en votre faveur des voeux qui ne furent pas aussi secrets qu’il l’aurait fallu. Peu après M. de Luxembourg, par hasard, vous parla de moi, et sur l’essai que j’avais fait à Venise, vous offrîtes de m’occuper[966]. Je fus d’autant plus sensible à cette offre, que jamais les gens en place ne m’ont -gâté par leurs bontés. Environ dans le même temps éclata ce célèbre pacte de famille[967] : quel augure n’en tirai-je point pour une administration qui commençait ainsi ! Je mettais alors la dernière main au Contrat social[968] : le coeur plein de vous, j’y portai mon jugement et mon pronostic avec une confiance que le temps a confirmée, et que l’avenir ne démentira pas.
Vous qu’honore la vérité, reconnaissez son langage. Le passage dont je viens de vous donner l’explication est le seul où j’aie voulu parler de vous. Si l’on a cherché de sinistres applications à quelque autre, j’en appelle au bon sens pour la réfuter, et je suis prêt à montrer partout ce que j’ai voulu dire. Me serais-je aussi sottement contredit moi-même en faisant l’éloge et la satire du même en même temps ? Cela est-il donc dans mon caractère, et m’a-t-on vu quelquefois souffler ainsi de la même bouche le froid et le chaud ? Qu’on se figure un étranger à ma place, au sein de la France, où il se plaît, aimant à publier des vérités hardies mais générales, dont jamais ni satire ni nulle application personnelle[969] et maligne n’a souillé les écrits, qui jamais ne repoussa qu’avec décence et dignité les traits envenimés de ses adversaires, et qui fonda toujours sa fière sécurité sur des principes et des maximes irréprochables : concevra-t-on jamais qu’un tel homme, animé jusqu’alors de sentiments grands et nobles, passe tout-à-coup, sans sujet, sans motif, aux derniers termes de la plus brutale, de la plus extravagante férocité ; aille provoquer à plaisir l’indignation d’un ministre, l’espoir de la nation, qui vient de marquer pour lui de la bienveillance, et cherche si tard à s’ôter dans ses malheurs l’estime et la commisération du public, qui, tout en aimant la satire, dit avec raison des satiriques punis, il n’a que ce qu’il mérite ? Je connais les hommes et leurs inconséquences ; je sais trop que je n’en suis pas exempt ; mais je prononce hautement que celle-là n’est pas dans la nature. D’ailleurs, si j’eusse été capable de penser et d’écrire de telles folies, me serais-je abstenu de les dire, moi, si confiant, si ouvert, si facile à montrer ma pensée en toute chose ? La terre est couverte de mes implacables ennemis, qui tous ont été mes amis ou feint de l’être, et cette remarque ajoute au poids de ce que je vais affirmer. Monseigneur, je défie toute âme vivante de m’avoir jamais ouï parler de vous et de votre administration qu’avec le plus grand honneur. Enfin, daignez voir comment je suis revenu dans ce pays. Pour aller à Londres, je traversai la France avec un passeport qu’on disait m’être nécessaire. Sous ma propre direction, j’y suis revenu seul, me livrer pleinement à vous, me jeter dans vos bras, si j’ose ainsi parler, avec empressement, sans précaution, sans crainte, sans autre sûreté que votre humanité et mon innocence, et sachant très bien que les prétextes ne vous auraient pas manqué pour m’opprimer, si vous l’aviez voulu. Quoique je me sentisse dans votre disgrâce, j’ai compté sur votre générosité, et j’ai bien fait. Mais cette conduite prouve la vérité de mon estime, et ce que j’ai pensé de vous dans tous les temps. Un homme qui dans le secret de son coeur se serait senti coupable, eût pu trouver la même sûreté dans le même asile, mais jamais il n’eût osé l’y chercher.
Voilà, monsieur le duc, ce que j’avais à vous dire, et que j’aurais ardemment désiré vous dire de bouche, quoique je ne sache point du tout parler : mais mon coeur eût parlé pour moi, et vous auriez entendu son langage. Sans être exempt d’inquiétude sur la route de ma lettre[970] je ne crains assurément pas qu’une fois parvenue entre vos mains elle puisse jamais me nuire : mais un penchant naturel me faisait espérer, je l’avoue, qu’en me présentant à vous, ce penchant n’agirait pas sur moi seul. Sûr que je n’étais dans votre disgrâce que par l’effet d’une erreur, j’ai toujours espéré que cette erreur serait détruite, et que j’aurais enfin quelque part à vos bontés. J’y compte maintenant, j’y ai des droits, j’ose le dire, et je les réclamerai sans rougir ; puisque, de toutes les grâces que vous pouvez répandre, je n’aspire qu’à celle de jouir sous votre protection du repos et de la liberté que je n’ai point mérité de perdre, et dont je n’abuserai jamais.
Agréez monseigneur, je vous supplie, mon sincère et profond respect.
Signé J. J. Rousseau.
Si vous m’honorez d’une réponse sous le nom de Renou, trois mots suffisent, Je vous crois ; et je suis content.
Observation
A few days later, on June 9th, Rousseau set out in order to escape the arrest warrant issued against him on June 8th. He neither had the time nor the opportunity to defend himself before the Duke of Choiseul. Arrived in Switzerland under an edict issued nine days after that of Paris, he soon forgot about this incident, which lost its significance as more and more condemnations were issued. He spent three and a half years in Switzerland before traveling to England, from where he returned in May 1767. The Prince de Conti provided him with the Château of Trye, near Gisors, and went to visit him there. It was during his stay with this distinguished and generous host that Jean-Jacques wrote the letter to the Duke of Choiseul that is about to be read. This circumstance leads me to believe that it was in response to the observations made by the Prince that Rousseau decided to take such a late step. The Social Contract had been published in April 1762, and six years might have seemed sufficient time for the praise it had received to fade away. However, the memory of the offense endured far longer, and it was probably this consideration that prompted Jean-Jacques to write in order to provide the explanations that would justify his actions. From the beginning of his letter, it is clear that he did so with the confidence that his words would be heard; this fact, together with the prompt response from the Duke (the very next day), suggests that someone had taken steps to dispel any preconceptions against Rousseau—and this influential person could hardly have been anyone other than the Prince de Conti.
My Lord,
You deign to listen to me. How greatly relieved I feel! If you had only wished to meet with me, I believe I would not have needed to say anything at all; in that instant, you would have understood everything from my -heart.
A word that Mr. de Luxembourg said to me upon my departure for Switzerland allows me to go into detail regarding this matter, a detail that would be unnecessary if he had already conveyed the essence of his response to you; but even the best and most kind-hearted of men are not always the bravest.
You have been given some passages written by interpreters, in which interpretations were not only utterly false and unnatural to such an extent that the public never suspected it; but they were also so contrary to my own views that the only one of these passages[964] that was cited to me contained the highest praise, the greatest compliment, I would even say, the most worthy one you might ever receive—yet it was precisely because of my excessive modesty that I did not dare acknowledge its relevance to your case. Monsieur le Duc, I have no objections to make. I will simply state the facts; and you may then judge for yourself.
All the ministers who had preceded you in office seemed to me far beneath their position; every person, regardless of gender[965], who ventured to interfere in administration possessed, in my opinion, narrow-mindedness, mediocre talents, lowly passions, and greed rather than ambition. In short, I felt for them all a contempt perhaps unjust, but one that bordered on hatred—and which I never tried to conceal. On the contrary, from the very beginning, all my inclinations favored you. I believed you would restore to the ministry its former glory, tarnished by those people. When rumors began circulating that either you or one of the individuals I had just mentioned would replace the other in office, I expressed my support for you in ways that were not quite as discreet as they should have been. Not long after, Mr. de Luxembourg happened to speak about me to you and, referring to my essay written in Venice, offered to employ me[966]. I was all the more grateful for this offer because those in power had never once tried to ingratiate themselves with me through kindness. Around the same time, that famous family pact[967] came into effect—what an auspicious sign for an administration that began in such a way! At that time, I was finalizing the drafting of The Social Contract[968]. With you in my thoughts, I contributed to its content with judgment and confidence, a belief that time has since confirmed—and that the future will never prove mistaken.
Those who honor the truth must recognize its language. The passage I just explained to you is the only one in which I intended to speak directly about you. If anyone has sought to misapply these ideas to other contexts, I call upon common sense to refute such claims, and I am ready to demonstrate everywhere what I meant. Would I have been so foolish as to contradict myself by praising and satirizing the same subject at the same time? Is that truly in my character? Has anyone ever seen me utter both harsh words and kind ones from the same mouth? Imagine someone else in my place, within France, where he enjoys publishing bold but general truths—truths that have never been tainted by satire or personal malice, that have always been rejected with decency and dignity by his opponents, and that are based on irreproachable principles and maxims. Could anyone imagine such a person, who until then had been filled with noble sentiments, suddenly, without cause or reason, resorting to the most brutal and extreme forms of ferocity? Would he willingly provoke the indignation of a minister, the hopes of a nation that has just shown him kindness, and seek in his misfortune to lose the public’s respect and sympathy—something that, while people may appreciate satire, they also rightly say should be met with punishment for those who practice it? I know men and their inconsistency; I am too aware that I am not exempt from it. But I declare emphatically that such behavior is not in human nature. Moreover, if I had been capable of thinking or writing such nonsense, would I have hesitated to express it myself, someone so confident, so open, so willing to share my thoughts on everything? The world is full of my relentless enemies—those who were once my friends or pretended to be. This fact only adds weight to what I am about to say. My Lord, I defy any living soul to claim that I have ever spoken of you and your administration in anything other than the highest terms of honor. Finally, please consider how I returned to this country. To go to London, I crossed France with a passport that was supposedly necessary for me. On my own initiative, I returned alone, fully committed to you, ready to throw myself into your arms—if such an expression is permissible—without caution, without fear, relying solely on your humanity and my innocence. I knew full well that you could have found any pretext to oppress me if you had chosen to. Although I felt that I was in your disfavor, I trusted in your generosity—and I was right. But this very behavior proves the sincerity of my respect for you and what I have always thought of you. A man who secretly felt guilty would perhaps find some solace in such a refuge, but he would never dare to seek it there.
Here, my lord duke, is what I had to say to you, and what I would have earnestly wished to say to you in person, though I know nothing of the art of speaking. Yet my heart would have spoken for me, and you would have understood its language. Although I am not without concern regarding the journey that my letter must take, I am certainly not afraid that it will ever cause me harm once it reaches your hands. But, to be honest, I had hoped that upon presenting myself before you, this same inclination would not affect me alone. Knowing full well that my current disgrace was merely the result of a misunderstanding, I have always believed that this error would be corrected, and that I would eventually be granted some favor from you. I now hope for it; I claim to have rights to it, and I will demand it without shame. For among all the graces you can bestow, I seek only the right to enjoy under your protection the peace and freedom that I have not deserved to lose—and of which I will never abuse.
Please accept, my lord, my sincere and profound respect. I implore you to do so.
Signed by J. J. Rousseau.
If you honor me with a reply under the name Renou, three words will suffice: “I believe you”; and that would satisfy me.
Observation
Qualche giorno dopo, il 9 giugno, Rousseau partì per mettersi al riparo dal decreto di arresto emesso contro di lui l’8 giugno. Non ebbe né il tempo né l’occasione di difendersi davanti al duca di Choiseul. Accolto in Svizzera da un decreto emanato nove giorni dopo quello di Parigi, dimenticò quell’incidente, che perdeva importanza man mano che le condanne aumentavano: dalla Svizzera, dove trascorse tre anni e mezzo, si recò in Inghilterra, da dove tornò nel maggio 1767. Il principe di Conti gli mise a disposizione il castello di Trye, vicino a Gisors, e andò a trovarlo. Fu durante il suo soggiorno presso questo nobile e generoso ospite che Jean-Jacques scrisse la lettera al duca di Choiseul che andremo ora a leggere. Questa circostanza mi porta a credere che sia stato proprio sugli osservazioni del principe che Rousseau si decise a intraprendere questa tardiva iniziativa. Il Contratto sociale era stato pubblicato nel aprile 1662, e sei anni avrebbero dovuto cancellare ogni traccia di lode nei confronti del suo autore. Ma il ricordo dell’offesa ha una durata maggiore; probabilmente fu questa considerazione a spingere Jean-Jacques a scrivere per fornire le spiegazioni che lo giustificassero. A giudicare dall’inizio della sua lettera, lo fece con la certezza di essere ascoltato; questa particolarità, unita alla rapidità con cui il duca rispose (il giorno stesso), fanno pensare che qualcuno si fosse impegnato a dissipare le pregiudizi nei suoi confronti. E questo personaggio influente non poteva essere altri che il principe di Conti.
Signore,
Vi degnate di ascoltarmi. Quanto mi sento sollevato! Se solo aveste voluto incontrarmi, credo che non avrei avuto bisogno di dirvi nulla e che in quell’istante avreste letto nel mio cuore.
Una parola che il signor di Lussemburgo mi disse al momento della mia partenza per la Svizzera permette di entrare nei dettagli di ciò che sto per raccontare; questi dettagli, tuttavia, sarebbero superflui se la sua risposta vi avesse già fornito tutte le informazioni necessarie. Ma il migliore e il più gentile degli uomini non è sempre stato anche il più coraggioso.
Vi sono stati forniti alcuni passaggi scritti da altre persone, con interpretazioni non solo false e poco naturali al punto che il pubblico non se ne è mai reso conto; ma anche in totale contraddizione con le mie opinioni. L’unico di questi passaggi che mi sia stato citato contiene l’elogio più sincero, più grande, oserei dire il più degno che probabilmente riceverete mai; e soltanto una troppa modestia vi ha impedito di rendersene conto. Signor Duca, non ho nulla da protestare. Dirò semplicemente i fatti; e voi giudicherete.
Tutti i ministri che vi hanno preceduto da molto tempo mi sono sembrati assolutamente inadeguati alle loro funzioni; tutte le persone, indipendentemente dal sesso, che si sono intromesse nell’amministrazione, secondo me, possedevano solo vedute ristrette, mezzi talenti, passioni volgari e avidità piuttosto che ambizione. Infine, provavo per loro tutti un disprezzo forse ingiusto, ma tale da sfociare in odio, che non ho mai cercato di nascondere. Al contrario, tutti i miei inclini vi sono stati favorevoli fin dal primo momento: presupponevo che avreste restituito all’amministrazione lo splendore offuscato da quelle persone. Quando si diffuse la voce che voi e una delle persone di cui ho appena parlato avreste sostituito l’uno l’altro, espressi per voi desideri che non furono abbastanza segreti come avrebbero dovuto essere. Poco dopo, il signor de Luxembourg mi parlò casualmente di voi e, riguardo al saggio che avevo scritto a Venezia, vi offriste di occuparvi di me[966]. Fui ancora più grato per questa opportunità, poiché nessuno che fosse in carica mi aveva mai danneggiato con le sue gentilezze. Più o meno nello stesso periodo scoppiò quel famoso patto di alleanza familiare[967]: quale buon presagio non ne trassi per un’amministrazione che iniziava in questo modo! In quel momento stavo completando il “Contratto Sociale”[968]; con il cuore pieno di pensieri su di voi, vi inserii le mie valutazioni e le mie previsioni con una fiducia che il tempo ha confermato e che il futuro non tradirà.
Coloro che onorano la verità riconoscono il suo linguaggio. Il passaggio di cui vi ho appena fornito l’interpretazione è l’unico in cui ho voluto parlare di voi. Se qualcuno ha cercato di attribuire applicazioni sinistre ad altri contesti, invito il buon senso a confutarle; sono pronto a dimostrare ovunque ciò che intendevo dire. Come potrei essermi contraddetto in modo così sciocco, lodando e satirizzando allo stesso tempo la stessa cosa? Questo è davvero nel mio carattere? Si è mai visto qualcuno, da me, esprimere contemporaneamente cose opposte con lo stesso linguaggio? Immaginate ora un estraneo al mio posto, in Francia, dove si trova a suo agio, desideroso di pubblicare verità audaci ma generali, le cui opere non sono mai state macchiate da satira né da applicazioni personali e malvagie; un uomo che respinge sempre con dignità e decoro gli attacchi velenosi dei suoi avversari, fondando la propria sicurezza su principi e massime irreprensibili. Si potrebbe mai pensare che un tale uomo, fino ad allora animato da sentimenti nobili e grandi, possa improvvisamente, senza motivo alcuno, scivolare verso le estremità della ferocia più brutale e più assurda? Che vada a provocare intenzionalmente l’indignazione di un ministro, la speranza di una nazione che gli ha appena dimostrato benevolenza. E che cerchi così tardi, nei propri mali, di perdere l’ammirazione e la compassione del pubblico, che, pur amando la satira, afferma giustamente che i satirici meritano ciò che ricevono? Conosco gli uomini e le loro incoerenze; so bene di non essere esente da questo difetto. Ma dichiaro apertamente che una tale condotta non è nella natura umana. Inoltre, se fossi stato capace di pensare e scrivere simili follie, mi sarei forse astenuto dal dirle io, che sono così fiducioso, così aperto, così disposto a esprimere liberamente le mie idee in tutto? La terra è piena dei miei nemici implacabili, tutti quanti sono stati miei amici o hanno finto di esserlo. E questa osservazione aumenta il peso di ciò che sto per affermare. Signore, sfido ogni persona vivente ad avermi mai sentito parlare di voi e della vostra amministrazione se non con il massimo rispetto. Infine, permettetemi di mostrarvi come sono tornato in questo paese. Per andare a Londra ho attraversato la Francia con un passaporto che si diceva necessario. Sotto la mia stessa guida, sono tornato qui da solo, per affidarmi completamente a voi, per gettarmi tra le vostre braccia, se osso esprimermi così, con impazienza, senza precauzioni, senza paura, confidando unicamente nella vostra umanità e nella mia innocenza. Sapendo bene che non vi sarebbero mancati pretesti per opprimermi, se aveste voluto. Anche se mi sentivo in disgrazia con voi, ho contato sulla vostra generosità. E ho fatto bene. Ma questa mia condotta dimostra la veridicità della mia stima per voi, e ciò che ho sempre pensato di voi. Un uomo che nel segreto del proprio cuore si fosse sentito colpevole, avrebbe potuto trovare lo stesso rifugio, ma mai avrebbe osato cercarlo.
Ecco, monsignore il duca, ciò che avevo da dirvi, e che avrei ardentemente desiderato dirvi di persona, anche se non so affatto parlare. Ma il mio cuore avrebbe parlato al posto mio, e voi avreste compreso il suo linguaggio. Sebbene non fossi del tutto tranquilla riguardo al percorso che la mia lettera avrebbe dovuto seguire, non temo affatto che possa mai nuocermi una volta giunta tra le vostre mani. Tuttavia, un istinto naturale mi faceva sperare, lo ammetto, che presentandomi a voi, questo stesso istinto non agisse soltanto su di me. Essendo certa che la mia sfortuna derivasse soltanto da un errore, ho sempre sperato che tale errore venisse corretto e che finalmente potessi godere della vostra benevolenza. Ora ne sono sicura; ho dei diritti su di essa, lo affermo senza vergogna, e li rivendicherò senza esitazione. Poiché, tra tutte le grazie che potete concedere, non desidero altro che quella di godere, sotto la vostra protezione, del riposo e della libertà che non ho meritato di perdere. E di cui non abuserò mai.
Permettetemi, signore, di esprimervi la mia più sincera e profonda stima.
Firmato da J.-J. Rousseau.
Se mi onorate con una risposta sotto il nome di Renou, bastano tre parole: “Vi credo”; e questo mi basta.
Osservazione.
Au haut de cette lettre autographe, sont écrits au crayon par le duc de Choiseul, ces mots, répondu le 29. Nous ignorons si cette réponse est telle que la désirait Jean-Jacques. Les plaintes qu’il fait contre ce ministre postérieurement à cette lettre, peuvent paraître sans motif et conséquemment injustes. Il va même au point de le signaler comme son ennemi personnel, l’accolant à Voltaire dont il lui était impossible de révoquer en doute les intentions malveillantes. Ces plaintes répétées, pourraient faire présumer que la réponse de M.de ChoiseuI ne fut point aussi favorable que nous le supposons, soit d’après la promptitude avec laquelle il la fit, soit d’après le caractère de ce ministre, qui avait de la grandeur et de la noblesse dans les sentiments. Cependant il est certain que Choiseul aimait beaucoup Voltaire, avec lequel il avait, pendant le séjour de Jean-Jacques en Suisse, une correspondance intime. Nous avons vu un assez grand nombre de lettres du ministre, écrites de sa main, et dans lesquelles il appelle le patriarche de Ferney, sa chère marmotte. Quand ce dictateur de la république des lettres parlait de Jean-Jacques, il le désignait sous le nom de Blaireau. Les plaisanteries et le langage désobligeant de Voltaire sur le compte de l’auteur d’Émile devaient-ils inspirer des préventions au duc ? Nous ne l’assurons point, quoique ce résultat soit probable ; mais nous n’avons là-dessus aucune donnée.
Lettre DCCCXXVII – Au même
26 avril 1768.
Quoique je fusse accoutumé, mon bon ami, à recevoir de vous des paquets fréquents et coûteux, j’ai été vivement alarmé à la vue du dernier, taxé et payé six livres quatre sous de port. J’ai cru d’abord qu’il s’agissait de quelque nouveau trouble dans votre ville, dont vous m’envoyiez à la hâte l’important et cruel détail ; mais à peine en ai-je parcouru cinq ou six lignes, que je me suis tranquillisé, voyant de quoi il s’agissait ; et, de peur d’être tenté d’en lire davantage, je me suis pressé de jeter mes six livres quatre sous au feu, surpris, je l’avoue, que mon ami, M. d’Ivernois, m’envoyât de pareils paquets de si loin par la poste, et bien plus surpris encore qu’il m’osât conseiller d’y répondre. Mes conseils, mon bon ami, me paraissent meilleurs que les vôtres, et ne méritaient assurément pas un pareil retour de votre part.
À mon départ pour Gisors, regardant cette course comme périlleuse, je vous envoyai un billet de cent francs sur madame Duchesne, afin que s’il mésarrivait[971] de moi, vous n’en fussiez pas pour ces cent francs, dont vous m’aviez fait l’avance. Il vous a plu de supposer que cet envoi voulait dire : Ne venez pas. Une interprétation si bizarre est peu naturelle ; si je ne vous connaissais, je croirais, moi, qu’elle était de votre part un mauvais prétexte pour ne pas venir, après m’en avoir témoigné tant d’envie ; mais je ne suis pas si prompt que vous à mésinterpréter les motifs de mes amis ; et je me contenterai de vous assurer, avec vérité, que rien jamais ne fut plus éloigné de ma pensée, en écrivant ce billet, que le motif que vous m’avez supposé.
Si j’étais en état de faire d’une manière satisfaisante la lettre dont vous m’avez dit le sujet, je vous en enverrais ci-joint le modèle ; mais mon coeur serré, ma tête en désordre, toutes mes facultés troublées, ne me permettent plus de rien écrire avec soin, même avec clarté ; et il ne me reste précisément qu’assez de sagesse pour ne plus entreprendre ce que je ne suis plus en état d’exécuter. 11 n’y a point à ce refus de mauvaise volonté, je vous le jure ; et je suis désormais hors d’état d’écrire pour moi-même les choses même les plus simples, et dont j’aurais le plus grand besoin.
Je crois, mon bon ami, pour de bonnes raisons, devoir renoncera la pension du roi d’Angleterre ; et, pour des raisons non moins bonnes, j’ai rompu irrévocablement l’accord que j’avais fait avec M. du Peyrou. Je ne vous consulte pas sur ces résolutions, je vous en rends compte ; ainsi vous pouvez vous épargner d’inutiles efforts pour m’en dissuader. Il est vrai que, faible, infirme, découragé, je reste à peu près sans pain sur mes vieux jours, et hors d’état d’en gagner : mais qu’à cela ne tienne, la Providence y pourvoira de manière ou d’autre. Tant que j’ai vécu pauvre, j’ai vécu heureux ; et ce n’est que quand rien ne m’a manqué pour le nécessaire que je me suis senti le plus malheureux des mortels : peut-être le bonheur, ou du moins le repos que je cherche, reviendra-t-il avec mon ancienne pauvreté. Une attention que vous devriez peut-être à l’état où je rentre serait d’être un peu moins prodigue en envois coûteux par la poste, et de ne pas vous imaginer qu’en me proposant le remboursement des ports, vous serez pris au mot. Il est beaucoup plus honnête avec des amis, dans le cas où je me trouve, de leur économiser la dépense, que d’offrir de la leur rembourser.
Bonjour, mon cher d’Ivernois ; je vous aime et vous embrasse de tout mon coeur.
J’espère que vous n’irez pas inquiéter ma bonne vieille tante sur la suite de sa petite pension. Tant qu’elle et moi vivrons, elle lui sera continuée, quoi qu’il arrive, à moins que je ne sois tout-à-fait sur le point de mourir de faim, et j’ai confiance que cela n’arrivera pas.
P. S. Quand M. du Peyrou me marqua que la salle de comédie avait été brûlée, je craignis le contrecoup de cet accident pour la cause des représentants ; niais que ce soit à moi que Voltaire l’impute, je vois là de quoi rire : je n’y vois point du tout de quoi répondre, ni se fâcher. Les amis de ce pauvre homme feraient bien de le faire baigner et saigner de temps en temps.
Lettre DCCCXXIX – Au même
À Trye, le 10 juin 1768.
Je vois, mon cher hôte, que nos discussions, au lieu de s’éclaircir, s’embrouillent. Comme je n’aime pas les chicanes, je reviens à cette affaire aujourd’hui pour la dernière fois. Je trouve le désir que vous avez de la mettre en règle fort raisonnable ; mais je ne vois pas que vous preniez les moyens d’en venir à bout.
En exécution d’un accord entre nous, qui n’existe plus, j’ai reçu de vous cent louis, qu’il faut, par conséquent, que je vous restitue. Vous avez, de votre côté, le dépôt de mes écrits, tant imprimés que manuscrits, de toutes mes lettres et papiers, tous les matériaux nécessaires pour écrire ma triste vie, dont le commencement vous est aussi parvenu. Vous avez de plus reçu trois cents louis de Milord Maréchal, pour le capital d’une rente viagère dont il m’a fait le présent.
Dans cet état, j’ai cru et j’ose croire encore pouvoir acquitter ces cent louis avec ce qui reste entre vos mains, quoique je renonçasse à la rente viagère, et cette renonciation, loin d’être un obstacle à cet arrangement, devait le favoriser, parce que, prenant cette somme sur le capital ou sur la rente, à votre choix, j’acceptais avec respect et reconnaissance celle partie du don de Milord Maréchal, et que ce ne pouvait pas être à vous de médire : Acceptez le tout ou rien.
Je vous proposai donc premièrement de prendre ces cent louis sur le capital. À cela vous m’objectâtes que vous ne pouviez rien changer à la destination de ce fonds, sans le consentement de celui qui vous l’avait remis. Le consentement de Milord Maréchal vous ayant donc paru nécessaire n’a cependant point été obtenu, par la raison qu’il n’a point été demandé. Ainsi, voilà un obstacle.
Je vous proposai ensuite de laisser subsister la rente viagère jusqu’à ce que ces cent louis fussent acquittés, sauf à voir après comment on ferait ; et cet arrangement était d’autant plus naturel, qu’étant usé de chagrins, de maux, et déjà sur l’âge, ma mort, dans l’intervalle, pouvait dénouer la difficulté. Vous n’avez fait aucune réponse à cet article, qui n’avait besoin du consentement de personne, puisqu’il n’était que l’exécution fidèle des intentions du constituant.
Mais, au lieu de ce second article, sur lequel vous n’avez rien dit, voici une difficulté nouvelle que vous avez élevée sur le premier. Je la transcris ici mot pour mot de votre lettre.
« Observez que vous n’êtes pas le seul intéressé dans cette affaire, et que la rente est réversible à une autre personne après vous, et cela pour les deux tiers. Cette considération seule doit, ce me semble, décider la question entre nous. »
At the top of this autographed letter, these words were written in pencil by the Duke of Choiseul: “Replied on the 29th.” We do not know whether this reply was exactly what Jean-Jacques had desired. The complaints he later made against this minister may seem unfounded and therefore unjust. He even went so far as to label him his personal enemy, associating him with Voltaire, whose malicious intentions he could never doubt. These repeated complaints might lead us to assume that M. de Choiseul’s reply was not as favorable as we suppose, either based on the promptness with which it was sent or on the character of this minister, who possessed greatness and nobility of spirit. Nevertheless, it is certain that Choiseul greatly admired Voltaire; during Jean-Jacques’ stay in Switzerland, they maintained an intimate correspondence. We have seen a considerable number of letters written by the minister himself, in which he referred to the “patriarch of Ferney” as his “dear marmotte.” When this “dictator of the republic of letters” spoke about Jean-Jacques, he called him “Blaireau.” Could Voltaire’s jokes and offensive remarks about the author of Émile have inspired any prejudice in Choiseul’s mind? We cannot say for certain, although such a possibility exists; however, we have no evidence to support this claim.
Letter DCCCXXVII – To the Same One
April 26, 1768.
Although I was accustomed, my dear friend, to receiving frequent and expensive packages from you, I was greatly alarmed upon seeing the latest one, which had a postage fee of six pounds and four pence. At first, I thought it might involve some new disturbance in your city, and that you were hurriedly sending me detailed information about it; but after reading just five or six lines, I realized what it was all about. Fearing that I might be tempted to read more, I quickly threw the package into the fire. I must admit that I was surprised that my friend, Mr. d’Ivernois, would send such packages from such a distant place by mail, and even more surprised that he would dare advise me to respond to them. My own suggestions, my dear friend, seem to me far better than yours; they certainly did not deserve such a response from you.
Upon my departure for Gisors, considering the journey to be perilous, I sent you a hundred francs through Madame Duchesne, in case something unfortunate should happen to me[971], so that you would not lose the money you had advanced to me. You chose to interpret this gesture as meaning: “Do not come.” Such a bizarre interpretation is far from natural; if I did not know you well, I might think it was a poor excuse on your part for not coming, given all the enthusiasm you had shown for doing so. But I am not so quick to misinterpret my friends’ motives; I simply want to assure you, in all sincerity, that nothing could have been further from my thoughts when I wrote that note than the reason you have assumed.
If I were in a position to compose in a satisfactory manner the letter for which you have indicated the subject, I would send you its draft at once; but my heart is heavy, my mind is in turmoil, and all my faculties are disturbed. I am no longer able to write anything carefully, let alone clearly. All that remains to me is enough wisdom to refrain from undertaking what I am no longer capable of carrying out. I swear that this refusal is not due to any malice on my part; indeed, I am now utterly unable to write even the simplest things for my own use, despite their greatest necessity for me.
I believe, my good friend, that there are sound reasons for me to give up receiving the pension from the King of England; and for equally sound reasons, I have irrevocably broken off the agreement I had made with Mr. du Peyrou. I am not seeking your advice on these decisions; I am merely informing you of them, so that you need not go to any unnecessary lengths to try to dissuade me. It is true that, weak, infirm, and disheartened as I am, I find myself with little or no income in my old age; but let that be. Providence will see to it in some other way. As long as I lived in poverty, I lived happily; and it was only when I no longer lacked anything necessary for life that I felt the most miserable of mortals. Perhaps the happiness—or at least the peace—I seek will return with my former poverty. What you might consider doing in light of my current situation would be to be a bit less extravagant with your costly postal expenses, and not to assume that offering to pay for my postage means you are bound to do so. In my present circumstances, it is far more honest to save my friends the expense than to offer to repay it for them.
Hello, my dear one from Ivernois; I love you and kiss you with all my heart.
I hope you won’t go and worry my dear old aunt about the continuation of her small pension. As long as she and I are alive, it will be continued for her, no matter what happens—unless I am on the verge of dying of hunger, and I have confidence that that will not happen.
P.S. When Mr. du Peyrou told me that the theater had been burned down, I feared the negative consequences of this accident for the cause of the representatives; but no matter whether Voltaire blames it on me or not, I see nothing in it that is worth laughing at—on the contrary, there is nothing here that requires a response or anger. The friends of this poor man would do well to make him take regular baths and let blood be drawn from him occasionally.
Letter DCCCXXIX – To the Same One
At Trye, on June 10, 1768.
I see, my dear host, that our discussions, rather than becoming clearer, are becoming more complicated. Since I do not enjoy such entanglements, I am bringing up this matter one last time today. I find your desire to resolve it quite reasonable; but I do not see that you are taking any steps to accomplish it.
In accordance with an agreement between us—which no longer exists—I received one hundred louis from you, which I must therefore return to you. On your part, you possess the copies of my writings, both printed and in manuscript, all my letters and documents, as well as all the materials necessary to record my tragic life; the beginning of this account has also reached you. In addition, you have received three hundred louis from Lord Marshal, which served as the capital for a lifetime annuity that he granted me.
In this state of affairs, I believed—and I still dare to believe—that I am able to pay these one hundred louis using what remains in your hands, even though I would renounce the annual income. This renunciation, far from being an obstacle to this arrangement, should actually facilitate it. For, whether you choose to consider this amount as part of the capital or as part of the income, I accept with respect and gratitude that portion of Lord Maréchal’s gift. And it certainly cannot be your role to criticize this decision: Accept it in its entirety—or not at all.
I therefore first proposed that you take these one hundred louis from the capital funds. You objected to this on the grounds that you could not change the purpose of this money without the consent of the person who had given it to you. Since the consent of Lord Marshal seemed necessary to you, it was ultimately not obtained, simply because it was not requested at all. Thus, this constitutes an obstacle.
I then suggested that the annuity should continue until those one hundred louis were paid in full, subject to further consideration of how this could be accomplished; such an arrangement was all the more natural since, having endured many hardships and illnesses and being of an advanced age, my death might potentially resolve this issue at any time. You did not respond to this proposal at all, and it in fact required no consent from anyone, since it merely constituted a faithful fulfillment of the intentions of the person who had originally established it.
But instead of that second article about which you said nothing, here is a new difficulty that you have raised regarding the first one. I transcribe it word for word from your letter.
“Note that you are not the only person involved in this matter; the income can be transferred to another person after you, and that applies to two-thirds of it. In my opinion, this consideration alone should determine the outcome of this issue between us.”
In alto su questa lettera autografa, il duca di Choiseul ha scritto a matita queste parole: “Risposta del 29”. Non sappiamo se questa risposta fosse quella che Jean-Jacques desiderava. Le lamentele che egli fece in seguito contro questo ministro potrebbero sembrare infondate e quindi ingiuste. Arrivò persino a definirlo il proprio nemico personale, paragonandolo a Voltaire, le cui intenzioni malvagie non era possibile mettere in dubbio. Queste ripetute lamentele potrebbero far supporre che la risposta di M. de Choiseul non fosse così favorevole come noi crediamo, sia considerando la rapidità con cui fu inviata, sia tenendo conto del carattere di quel ministro, il quale possedeva grande nobiltà e dignità nei propri sentimenti. Tuttavia è certo che Choiseul amasse molto Voltaire; durante il soggiorno di Jean-Jacques in Svizzera, i due intrattenevano una corrispondenza intima. Abbiamo visto un numero considerevole di lettere scritte di pugno dal ministro, nelle quali egli chiamava il “patriarca di Ferney” la sua cara “marmotta”. Quando questo “dictatore della repubblica delle lettere” parlava di Jean-Jacques, lo designava con il nome di Blaireau. Le battute e il linguaggio offensivo di Voltaire riguardo all’autore di “Émile” potrebbero aver suscitato pregiudizi in Choiseul. Ma non possiamo affermarlo con certezza, anche se tale ipotesi sembra plausibile; tuttavia non disponiamo di alcuna prova a sostegno di questa tesi.
Lettera DCCCXXVII – Allo stesso
26 aprile 1768.
Anche se ero abituato, mio caro amico, a ricevere da voi frequenti e costosi pacchi, sono rimasto profondamente allarmato alla vista dell’ultimo, il cui costo di spedizione ammontava a sei libbre e quattro scellini. All’inizio ho pensato che si trattasse di qualche nuovo problema nella vostra città, riguardo al quale mi inviaste in fretta informazioni dettagliate e preoccupanti; ma dopo aver letto soltanto cinque o sei righe, mi sono tranquillizzato, capendo di cosa si trattava. E, per non essere tentato di leggere di più, ho subito gettato via quei sei libbre e quattro scellini nel fuoco. Devo ammettere di essere rimasto sorpreso dal fatto che il mio amico, il signor d’Ivernois, mi inviasse pacchi del genere da così lontano per posta, e ancora più sorpreso dal fatto che osasse consigliarmi di rispondervi. I miei consigli, mio caro amico, mi sembrano migliori dei vostri. E certamente non meritavano una risposta del genere da parte vostra.
Al momento della mia partenza per Gisors, ritenendo tale viaggio pericoloso, vi inviai un biglietto da cento franchi a nome di madame Duchesne, affinché, qualora mi fosse accaduto qualcosa, non rimaneste senza quei cento franchi che mi avevate anticipato. Avete preferito interpretare tale gesto come un invito a non venire. Una spiegazione così strana è poco naturale; se non vi conoscessi, crederei che fosse soltanto una scusa inventata per non venire, dopo avermi dimostrato tanta voglia di farlo. Ma non sono così pronto come voi a fraintendere le intenzioni dei miei amici; mi limiterò quindi ad assicurarvi con sincerità che, quando scrissi quel biglietto, nulla era più lontano dalle mie reali intenzioni di ciò che avete ipotizzato.
Se fossi in grado di redigere in modo soddisfacente la lettera di cui mi avete indicato l’argomento, vi invierei subito il modello; ma il mio cuore è oppresso, la mia mente è in disordine, tutte le mie facoltà sono turbate; non riesco più a scrivere nulla con cura, né tantomeno chiaramente. Mi resta soltanto abbastanza saggezza per non tentare più ciò che ormai non sono in grado di realizzare. Vi giuro che questa rifiutazione non nasconde alcuna cattiva volontà; al momento attuale, non sono nemmeno in grado di scrivere per me stesso le cose più semplici, quelle di cui avrei maggior bisogno.
Credo, mio caro amico, per motivi più che validi, di dover rinunciare alla pensione concessa dal re d’Inghilterra; e, per motivi altrettanto validi, ho rotto irrevocabilmente l’accordo che avevo stretto con il signor du Peyrou. Non vi consulto riguardo a queste decisioni, vi ne rendo semplicemente conto; così potrete evitare di compiere sforzi inutili per convincermi a cambiare idea. È vero che, debole, malato e scoraggiato, mi ritrovo praticamente senza mezzi di sostentamento negli ultimi anni della mia vita, e incapace di guadagnarmeli; ma non importa: la Provvidenza provvederà in un modo o nell’altro. Finché ho vissuto povero, sono stato felice; ed è solo quando nulla mi mancava per le necessità quotidiane che mi sono sentito il più sfortunato degli esseri umani. Forse la felicità, o almeno il riposo che cerco, tornerà con la mia vecchia povertà. Un’attenzione che forse dovreste dedicarmi, considerando la mia situazione attuale, sarebbe quella di essere un po’ meno generosi nelle spese postali e di non pensare che, offrendomi il rimborso delle tariffe di spedizione, siate davvero disposti a mantenere la vostra promessa. Nel mio caso, è molto più onesto risparmiare ai propri amici le spese, piuttosto che offrire loro il rimborso delle stesse.
Ciao, mio caro d’Ivernois; ti amo e ti bacio con tutto il mio cuore.
Spero che non andrà a disturbare mia cara vecchia zia per chiederle notizie riguardo al proseguimento della sua piccola pensione. Finché io e lei vivremo, essa le verrà continuata, in ogni caso, a meno che io non sia davvero sul punto di morire di fame. E ho fiducia che questo non accadrà.
P.S. Quando il signor du Peyrou mi comunicò che la sala del teatro era stata bruciata, temetti che questo incidente potesse avere conseguenze negative per la causa dei rappresentanti; ma anche se Voltaire lo attribuisce a me, vedo in questa situazione motivo solo per ridere. Non c’è assolutamente nulla di cui possa rispondere, né di cui arrabbiarmi. Gli amici di questo poveruomo farebbero bene a fargli “fare il bagno” e far sì che “sanguini” di tanto in tanto.
Lettera DCCCXXIX – Allo stesso.
A Trye, il 10 giugno 1768.
Vedo, mio caro ospite, che le nostre discussioni, invece di chiarirsi, si complicano sempre di più. Poiché non mi piacciono i battibecchi, oggi torno sull’argomento per l’ultima volta. Ritengo che il vostro desiderio di risolvere la questione sia del tutto ragionevole; tuttavia non vedo quali siano i mezzi che intendete utilizzare per riuscirci.
In esecuzione di un accordo tra noi, ormai non più in vigore, ho ricevuto da voi cento luigi, che pertanto devo restituirvi. Da parte vostra, avete in custodia i miei scritti, sia stampati che manoscritti, tutte le mie lettere e documenti, nonché tutti i materiali necessari per raccontare la mia triste vita, di cui anche voi avete ricevuto l’inizio. Inoltre, avete ricevuto trecento luigi da Lord Maréchal, come capitale per un reddito viaggiante che mi ha donato.
In questa situazione, ho creduto e oso ancora credere di poter saldare questi cento luigi con ciò che rimane nelle vostre mani, anche se rinunciassi alla rendita viaggiante; anzi, tale rinuncia, invece di rappresentare un ostacolo a questo accordo, dovrebbe favorirlo. Poiché accetto questa somma, sia dal capitale che dalla rendita, a vostra scelta, accetto con rispetto e riconoscenza quella parte del dono di Milord Maréchal. E non spetta a voi giudicare. Accettate tutto o niente.
Vi proposi quindi, in primo luogo, di utilizzare questi cento luigi come parte del capitale. A questo mi rispondeste che non potevate modificare la destinazione di quei fondi senza il consenso di colui che ve li aveva dati. Poiché il consenso di Milord Maréchal vi sembrava necessario, tuttavia non è stato ottenuto, perché non è stato nemmeno richiesto. Ecco quindi un ostacolo.
Vi proposi quindi di mantenere tale rendita fino al completo pagamento di quei cento luigi, lasciando decidere in seguito come procedere; tale accordo era tanto più naturale, dato che, essendo abituato a sofferenze e difficoltà e avendo ormai raggiunto un’età avanzata, la mia morte poteva eventualmente risolvere quella situazione problematica. Non avete mai risposto a questa proposta, che non richiedeva il consenso di nessuno, poiché rappresentava semplicemente l’esecuzione fedele delle intenzioni del fondatore originale.
Ma, invece di questo secondo articolo su cui non avete detto nulla, ecco una nuova difficoltà che avete sollevato riguardo al primo. La trascrivo qui parola per parola dalla vostra lettera.
“Notate che non siete l’unico interessato in questa faccenda: il reddito è trasferibile a un’altra persona dopo di voi, e questo vale per due terzi del totale. Solo questa considerazione, a mio parere, dovrebbe decidere la questione tra noi.”
C’était là, mon cher hôte, une observation qu’il m’était difficile de faire, puisque cet article de votre lettre est la première nouvelle que j’aie jamais eue de cette prétendue réversion. Cette clause, il est vrai, faisait partie du traité qui était entre vous et moi, mais elle n’avait rien de commun, que je sache, avec la constitution de Milord Maréchal ; et, si elle eût existé, il n’est pas concevable que ni lui ni vous ne m’en eussiez jamais dit un seul mot. Elle n’est pas même compatible avec la quotité de la somme constituée, attendu qu’une telle clause, vous rendant la rente plus onéreuse, eût exigé un fonds plus considérable, et Milord Maréchal est trop galant homme pour vouloir être généreux à vos dépens. Ainsi, à moins que je n’aie la preuve péremptoire de cette réversion, vous me permettrez de croire qu’elle n’existe pas, et que, par défaut de mémoire, vous aurez confondu une clause du traité annulé avec une constitution de rente, où il n’en a jamais été question.
Je dirai plus : quand même cette clause existerait réellement, loin d’empêcher l’exécution de l’arrangement proposé, elle en lèverait les difficultés, et le favoriserait pleinement ; car ôtez du capital les cent louis que j’assigne pour votre remboursement, reste précisément le capital des quatre cents livres de rente que vous pouvez payer dès à présent à celle à qui elles sont destinées, comme si j’étais déjà mort. Cette solution répond à tout.
Mais je crains que, puisque vous voilà en train de scrupules, vous n’en ayez tant, que notre arrangement définitif ne soir pas prêt à se faire. Pour moi, je vous déclare que non seulement rien ne me presse, mais que je consens de tout mon coeur à laisser toujours les choses sur le pied où elles sont, croyant, dans cet état, pouvoir en sûreté de conscience ne pas me regarder comme votre débiteur.
Quant à mes écrits et papiers qui sont entre vos mains, ils y sont bien ; permettez que je les y laisse, résolu de ne les plus revoir et de ne m’en remêler de ma vie. Ce recueil, s’il se conserve, deviendra précieux un jour ; s’il se démembre, il s’y trouve suffisamment d’ouvrages manuscrits pour en tirer d’un libraire le remboursement des avances que vous m’avez faites. Si vous prenez ce parti, j’exige ou que rien ne paraisse de mon vivant, ou que rien ne porte mon nom, ni présent, ni passé. Au reste, il n’y a pas un de ces écrits qui soit suspect en aucune manière, et qui ne puisse être imprimé à Paris, même avec privilège et permission. Le parti qui me conviendrait le mieux, je vous l’avoue, serait que tout fut livré aux flammes, et c’est même ce que je vous prie instamment et positivement de faire. Si vous voyez enfin quelque moyen de vous rembourser de vos avances sur le fonds qui est entre vos mains, que je n’entende plus parler de ces malheureux papiers, je vous en supplie ; que je n’aie plus d’autre soin que de m’armer contre les maux que l’on me destine encore, et que de chercher à mourir en paix, si je puis. Amen.
Le tour qu’ont pris vos affaires publiques m’afflige, mais ne me surprend point. J’ai vu depuis longtemps, et je vous le dis ici dès votre arrivée, que le pays où vous êtes ne servait que de prétexte à de plus grands projets, et c’est ce qui doit, en quelque façon, consoler ceux qui l’habitent ; car, de quelque manière qu’ils se fussent conduits, l’événement eût été le même, et il n’en serait arrivé ni plus ni moins. Vous avez eu le projet d’en sortir ; je crois que ce projet serait bon à exécuter, à tout risque, si vous aimez la tranquillité. Je sais que la bonne maman n’en sortirait pas sans peine ; mais il y a eu déjà des spectacles qui devraient aider à la déterminer. Je regretterais pour elle et pour vous votre maison, ce beau lac, votre jardin ; mais la paix vaut mieux que tout ; et je sais cela mieux que personne, moi qui fais tout pour elle, et qui ne me rebute pas même par l’impossibilité certaine de l’obtenir.
À propos de jardin, avez-vous fait semer dans le vôtre ma graine d’apocyn ? J’en ai fait semer et soigner ici sur couche et sous cloche, et j’ai eu toutes les peines du monde d’en sauver quelques pieds qui languissent ; je crains qu’il n’en Vienne aucun à bien. Je n’aurais jamais cru cette piaule si difficile à cultiver. En revanche, j’ai semé dans le petit jardin du carthamus lanatus qui vient à merveille, des medicagoscutellata et intertexta, qui sont déjà en fleurs, et dont je compte chaque jour les brins, les poils, les feuilles, avec des ravissements toujours nouveaux. Je suis occupé maintenant à mettre en ordre un très bel herbier, dont un jeune homme est venu ici me faire présent, et qui contient un très grand nombre de plantes étrangères et rares, parfaitement belles et bien conservées. Je travaille à y fondre mon petit herbier que vous avez vu, et dont la misère fait mieux ressortir la magnificence de l’autre. Le tout forme dix grands cartons ou volumes in-folio, qui contiennent environ quinze cents plantes, près de deux mille en comptant les variétés. J’y ai fait faire une belle caisse pour pouvoir l’emporter partout commodément avec moi. Ce sera désormais mon unique bibliothèque, et, pourvu qu’on ne m’en ôte pas la jouissance, je défie les hommes de me rendre malheureux désormais. Je suis obligé à M ; d’Escherny de son souvenir, et suis fort aise d’apprendre de ses nouvelles. Comme je ne me suis jamais tenu pour brouillé avec lui, nous n’avons pas besoin de raccommodement. Du reste, je serai toujours fort aise de recevoir de lui quelque signe de vie, surtout quand vous serez son médiateur pour cela.
Lettre DCCCXXX – À M. le prince de Conti
[972]
Trye-le-Château, juin 1768.
Monseigneur,
Ceux qui composent votre maison (je n’en excepte personne) sont peu faits pour me connaître : soit qu’ils me prennent pour un espion, soit qu’ils me croient honnête homme, tous doivent également craindre mes regards. Aussi, monseigneur, ils n’ont rien épargné, et ils n’épargneront rien, chacun par les manoeuvres qui leur conviennent, pour me rendre haïssable et méprisable à tous les yeux, et pour me forcer de sortir enfin de votre château. Monseigneur, en cela je dois et je veux leur complaire. Les grâces dont m’a comblé votre altesse sérénissime suffisent pour me consoler de tous les malheurs qui m’attendent en sortant de cet asile, où la gloire et l’opprobre ont partagé mon séjour. Ma vie et mon coeur sont à vous, mais mon honneur est à moi : permettez que j’obéisse à sa voix qui crie, et que je sorte dès demain de chez vous ; j’ose dire que vous le devez. Ne laissez pas un coquin de mon espèce parmi ces honnêtes gens.
FIN DU TOME QUATRIÈME DE LA CORRESPONDANCE
Correspondance
PARTIE V –
Du 20 juin 1768 au 15 mars 1778
Depuis sa sortie de Trye-le-Château
jusqu’à sa mort.
Présentation
Cette partie comprend la correspondance de J.J Rousseau jusqu’au 15 mars 1778, date de la dernière lettre que Rousseau ait écrite, ou du moins qui ait été conservée.
Son séjour dans le Dauphiné, le procès de Thévenin, qui affecta Jean-Jacques beaucoup trop, quelque désagréable qu’il fût ; le mariage de Thérèse ; les rapports entre l’auteur d’Émile et M. de Saint-Germain ; le retour du premier dans la capitale, et les relations qu’il y conserva jusqu’à son départ pour Ermenonville, où bientôt il mourut, tels sont les événements renfermés dans cette cinquième et dernière partie.
La marche que nous avons suivie dans la Correspondance n’a été l’objet d’aucune observation critique. Quelques suffrages nous ont récompensés. Nous les méritions, si le désir de bien faire était toujours suivi de la certitude d’avoir bien fait.
D’autres éditeurs des Oeuvres de J. J. Rousseau ont eu la bonté de citer notre travail dans le leur ; tel est un académicien, enlevé trop tôt à sa famille, à la société, et aux lettres, qui s’honoraient de ses talents ; et M. Aignan en avait trop pour avoir besoin de s’approprier le travail d’autrui. Il n’en est pas de même d’un plagiaire qui a publié beaucoup d’ouvrages, dans lesquels il n’a eu que la peine de substituer son nom à celui de l’auteur, et qui se trouve suffisamment désigné, sans qu’il soit nécessaire de le nommer[973].
1768 (suite)
Lettre DCCCXXXI – À M. du Peyrou
Lettre DCCCXXXII – Au même
Lettre DCCCXXXIII – À Mademoiselle Levasseur
Lettre DCCCXXXIV – À M. le comte de Tonnerre
Lettre DCCCXXXV – Au même
Lettre DCCCXXXVI – Au même
Lettre DCCCXXXVII – Au même
Lettre DCCCXXXVIII – À M. Lalliaud
Lettre DCCCXXXIX – À M. le comte de Tonnerre
Lettre DCCCXL – À une dame de Lyon
My dear host, this was an observation that it was difficult for me to make, since this passage in your letter is the first news I have ever received regarding this so-called right of inheritance. It is true that this clause was part of the treaty between you and me, but as far as I know, it had nothing to do with the terms of Lord Maréchal’s settlement. Moreover, if such a clause had existed, it is inconceivable that either he or you would have ever mentioned it to me. In fact, it is even incompatible with the amount specified in the settlement, since such a clause, which would have made the rent more substantial, would have required a considerably larger sum of money. And Lord Maréchal is too kind-hearted a man to wish to be generous at your expense. Therefore, unless I have irrefutable evidence of this right of inheritance, you will please allow me to believe that it does not exist, and that, due to a lack of memory, you have confused a clause from the annulled treaty with the terms of some other settlement, in which such a clause was never mentioned.
I would even go further to say: even if such a clause truly existed, far from preventing the implementation of the proposed arrangement, it would actually remove all difficulties and fully facilitate its execution; for if the hundred louis I assign for your repayment are deducted from the total capital, what remains is precisely the amount of four hundred pounds of income that you can pay immediately to the person to whom they are intended, as if I had already died. This solution addresses every aspect of the issue.
But I fear that, since you are now experiencing such scruples, they might be so strong that our final arrangement will not be able to come into effect. As for me, I declare to you that not only is there no urgency on my part, but I am also wholeheartedly willing to let things remain as they are, in the belief that in this way, I can act with a clear conscience and without feeling that I owe you anything.
As for my writings and papers that are in your hands, they are indeed there; allow me to leave them there, resolved never to see them again or to give them another thought in my life. If this collection is preserved, it may become valuable some day; if it is scattered, there are enough manuscripts in it to enable me to get back from a bookseller the advances you have made to me. If you decide to take this course of action, I demand either that nothing be published during my lifetime, or that nothing bear my name, neither now nor in the future. Moreover, not a single one of these writings is in any way suspicious, and they could all be printed in Paris, even with special privileges and permission. To be honest, the best thing for me would be if everything were destroyed; indeed, this is what I earnestly and specifically request you to do. If you can find some way to recover your advances from the funds that are in your hands, please let me never hear anything about these unfortunate papers again. I beg you to do so; my only concern should be to prepare myself to face any further misfortunes that may be reserved for me, and to seek a peaceful death if possible. Amen.
The turn your public affairs have taken troubles me, but it does not surprise me. I have seen this for a long time, and I tell you right here upon your arrival that the country where you are merely serves as a pretext for greater schemes—and perhaps this should in some way comfort those who live there; for no matter how they had acted, the outcome would have been the same, with neither more nor less happening. You had the plan to escape from this situation; I believe such a plan would be worth pursuing at all costs if you value peace. I know that your kind mother would not leave without great difficulty; but there have already been events that should help her make up her mind. I would regret for her and for you your home, this beautiful lake, your garden; but peace is more important than anything else—and I know this better than anyone, for I am doing everything possible to achieve it, even though its certainty seems impossible.
Speaking of gardens, have you planted the seed of apocynum in yours? I tried growing it here, using both layering and greenhouse methods, but it was extremely difficult to keep even a few plants alive; I fear none of them will succeed. I never would have believed that this plant was so hard to cultivate. On the other hand, I planted some medicagoscutellata and intertexta in the small garden; they are already in bloom, and I count their stems, hairs, and leaves every day with growing delight. Currently, I am organizing a very beautiful herbarium that a young man brought me; it contains a large number of exotic and rare plants, all perfectly preserved and attractive. I am working on integrating my own small herbarium into this collection—which you have seen—and its poor condition only serves to highlight the excellence of the other. The entire herbarium fills ten large volumes in folio format, containing approximately one thousand five hundred plants, or nearly two thousand if we include varieties. I also had a beautiful case made to carry it with me wherever I go. It will now be my only “library,” and as long as I am allowed to enjoy it, I defy anyone to make me unhappy. I am still in debt to M. d’Escherny for his kindness in the past, and I am glad to hear from him. Since I have never had any quarrels with him, there is no need for reconciliation between us. In fact, I would always be pleased to receive some news from him, especially if you could help facilitate such communication.
Letter DCCCXXX – To Mr. the Prince of Conti
[972]
Trye-l’Château, June 1768.
My Lord,
Those who make up your household (I include no one in exception) are hardly suited to know me: whether they regard me as a spy or believe me to be an honest man, all of them must surely fear my gaze. Therefore, my lord, they have spared nothing—and will spare nothing—in their various schemes, aimed at making me despised and loathed by everyone, and forcing me finally to leave your castle. My lord, in this matter, I must and wish to comply with their wishes. The kindnesses your serene highness has shown me are more than enough to comfort me in the face of all the misfortunes that await me outside this sanctuary, where both glory and disgrace have shared my residence. My life and my heart belong to you, but my honor belongs to me alone: permit me to obey the voice of my honor and leave your home tomorrow—dare I say, you owe me this. Do not allow a scoundrel like me to remain among these honorable people.
END OF VOLUE FOUR OF THE CORRESPONDENCE
Correspondence
PART V –
From June 20, 1768, to March 15, 1778.
Since his departure from Trye-le-Château
until his death.
Presentation
This section includes the correspondence of J.-J. Rousseau up to March 15, 1778, the date of the last letter Rousseau wrote—or at least the last letter that has been preserved.
His stay in Dauphiné, the trial of Thévenin—which had a profoundly negative impact on Jean-Jacques, despite being rather unpleasant; Thérèse’s marriage; the relationship between the author of Émile and M. de Saint-Germain; the return of the former to the capital, and the friendships he maintained there until his departure for Ermenonville, where he soon died—these are the events encompassed within this fifth and final part.
The approach we took in the Correspondence section did not attract any critical attention. We received some rewards in the form of votes. We deserved them, had the desire to do well always been accompanied by the certainty that we indeed had done well.
Other editors of the Works of J. J. Rousseau have had the kindness to cite our work in theirs; such is an academic who was taken away too early from his family, society, and the literary world, which would have honored itself with his talents; and Mr. Aignan possessed so much of his own talent that he had no need to appropriate the work of others. This is not the case with a plagiarist who has published many works in which he merely had the trouble of replacing the author’s name with his own, thus ensuring sufficient identification without the need for any additional mention[973].
1768 (continued)
Letter DCCCXXXI – To Mr. du Peyrou
Letter DCCCXXXII – To the Same One
Letter DCCCXXXIII – To Miss Levasseur
Letter DCCCXXXIV – To Mr. the Count of Tonnerre
Letter DCCCXXXV – To the Same One
Letter DCCCXXXVI – To the Same One
Letter DCCCXXXVII – To the Same One
Letter DCCCXXXVIII – To Mr. Lalliaud
Letter DCCCXXXIX – To Mr. the Count of Tonnerre
Letter DCCCXL – To a lady from Lyon
Era proprio questo, mio caro ospite, un osservazione che mi risultava difficile formulare, poiché tale disposizione della sua lettera rappresenta la prima notizia che abbia mai ricevuto riguardo a questa presunta reversione. È vero che tale clausola faceva parte del trattato stipulato tra noi, ma, per quanto ne so, non aveva alcuna relazione con le condizioni stabilite per il pagamento della rendita da parte di Milord Maréchal; inoltre, se davvero fosse esistita, è impossibile che né lui né lei mi ne avessero mai parlato. Inoltre, tale clausola non sarebbe nemmeno compatibile con l’entità della somma stabilita per il pagamento della rendita, poiché una disposizione del genere, rendendo la rendita più onerosa, avrebbe richiesto un fondo molto più cospicuo; e Milord Maréchal è troppo gentiluomo per voler essere generoso a scapito suo. Pertanto, a meno che non abbia prove irrefutabili riguardo a questa presunta reversione, mi permetta di ritenere che essa non esista affatto, e che, a causa di una mancanza di memoria, lei abbia confuso una clausola del trattato annullato con le condizioni stabilite per il pagamento della rendita, di cui in realtà non è mai stata menzionata.
Direi ancora di più: anche se tale clausola esistesse realmente, lontano dal impedire l’esecuzione dell’accordo proposto, anzi ne eliminerebbe le difficoltà e lo favorirebbe pienamente; infatti, togliendo dal capitale i cento luigi che assegno per il vostro rimborso, rimarrebbe esattamente il capitale necessario per i quattrocento lire di rendita che potete già pagare a chi ne è destinatario, come se io fossi già morto. Questa soluzione risponde a tutte le esigenze.
Ma temo che, poiché ora siete presi da scrupoli, questi possano essere così numerosi da impedire che il nostro accordo definitivo venga raggiunto. Per quanto mi riguarda, vi dichiaro non solo che nulla mi affretta a prendere una decisione, ma che sono anche disposto, con tutto il mio cuore, a lasciare le cose com’erano, convinto che in questo modo possa agire senza rimorsi, senza sentirmi in debito nei vostri confronti.
Per quanto riguarda i miei scritti e documenti che sono nelle vostre mani, sono effettivamente lì; permettetemi di lasciarli dove sono, deciso a non rivederli mai più e a non pensarci più per il resto della mia vita. Questo raccolto, se dovesse essere conservato, un giorno diventerà prezioso; se dovesse andare disperso, contiene comunque abbastanza opere manoscritte da permettermi di recuperare dal libraio le somme che mi avete anticipato. Se decidete di agire in questo modo, esigo che nulla venga pubblicato durante la mia vita, né che il mio nome appaia in alcun modo, né nel presente né nel passato. Del resto, nessuno di questi scritti è sospetto in alcun modo e potrebbe essere stampato a Parigi, anche con privilegi e autorizzazioni speciali. A dire il vero, la soluzione che mi conviene di più sarebbe che tutto venisse distrutto; vi prego insistentemente e formalmente di farlo. Se riuscite in qualche modo a recuperare le somme che mi avete anticipato utilizzando i fondi che sono nelle vostre mani, vi supplico di non parlare mai più di questi sfortunati documenti; non desidero più preoccuparmi di nulla altro se non di prepararmi ad affrontare i mali che ancora mi attendono e di cercare di morire in pace, se possibile. Amen.
La situazione delle vostre affari pubblici mi rattrista, ma non mi sorprende. Da tempo avevo intuito, e ve lo dico fin dal vostro arrivo, che il paese in cui vi trovate serviva soltanto da pretesto per progetti più grandi; questo, in un certo senso, dovrebbe consolare coloro che vi abitano, perché, qualunque fosse stata la loro condotta, l’esito sarebbe stato lo stesso. Avete avuto l’intenzione di uscire da quella situazione; credo che tale intenzione meriterebbe di essere attuata, a tutti i rischi, se amate la tranquillità. So che la “buona mamma” non ne uscirebbe facilmente, ma ci sono già stati eventi che dovrebbero aiutarla a prendere questa decisione. Mi dispiacerebbe per lei e per voi perdere la vostra casa, quel bel lago, il vostro giardino, ma la pace vale più di tutto; e lo so meglio di chiunque altro: io faccio di tutto per ottenerla, anche se so con certezza che non sarà possibile.
A proposito di giardini, avete piantato nella vostra proprietà il mio seme di apocinide? Io stesso l’ho seminato e curato qui, sia in strati che sotto vetro, ma ho faticato moltissimo per far sopravvivere alcuni esemplari; temo che nessuno di loro riesca a crescere bene. Non avrei mai creduto che questa pianta fosse così difficile da coltivare. Invece, nel piccolo giardino ho piantato il cardamomo lanato, che cresce meravigliosamente, nonché i medicagoscutellata e gli intertexta, che sono già in fiore; ogni giorno conto con gioia i loro steli, i loro peli, le loro foglie. Sono ora impegnato a sistemare un bellissimo erbario, che mi è stato donato da un giovane: contiene un gran numero di piante straniere e rare, tutte perfettamente curate e conservate. Sto lavorando per integrarlo al mio piccolo erbario che avete visto; la povertà di quest’ultimo, in qualche modo, mette ancora più in risalto la magnificenza dell’altro. L’intero insieme occupa dieci grandi cartoni o volumi in folio, e contiene circa quindicicento piante, quasi duemila se si includono le varietà. Ho fatto realizzare anche una bella scatola per poterlo portare con me ovunque comodamente. Questo sarà ora la mia unica “biblioteca”; a condizione che non mi venga tolta questa possibilità, sfido chiunque a rendermi infelice. Sono in debito con M. d’Escherny per i suoi ricordi e sono molto contento di ricevere sue notizie. Poiché non ho mai avuto alcun dissidio con lui, non abbiamo bisogno di riconciliarci. In ogni caso, sarei sempre felice di ricevere qualche segnale da parte sua, soprattutto se voi foste il suo intermediario in questo senso.
Lettera DCCCXXX – Al signor principe di Conti
[972]
Trye-le-Château, giugno 1768.
Signore mio.
Coloro che compongono la vostra casa (e non ne escludo nessuno) sono poco adatti a conoscermi: o mi considerano uno spia, o credono che io sia un uomo onesto; tuttavia, tutti devono temere il mio sguardo. Pertanto, signore, non hanno risparmiato nulla, e non risparmieranno nulla, ognuno con le manovre che ritengono opportune, per rendermi odioso e disprezzabile agli occhi di tutti, e per costringermi infine a lasciare il vostro castello. Signore, in questo devo e voglio compiacerli. Le grazie con cui mi ha onorato la vostra maestà sono sufficienti a consolarmi di tutti i mali che mi attendono al momento della mia partenza da questo rifugio, dove la gloria e il disonore hanno condiviso il mio soggiorno. La mia vita e il mio cuore appartengono a voi, ma il mio onore è mio: permettetemi quindi di obbedire alla voce del mio onore che mi esorta ad andarmene domani stesso; oso dire che voi lo dovete fare. Non lasciate che un individuo spregevole come me rimanga tra queste persone oneste.
Fine del quarto volume della corrispondenza.
Corrispondenza
PARTE V –
Dal 20 giugno 1768 al 15 marzo 1778
Dall’uscita da Trye-le-Château.
Fino alla sua morte.
Presentazione
Questa sezione comprende la corrispondenza di J.-J. Rousseau fino al 15 marzo 1778, data dell’ultima lettera che Rousseau abbia scritto, o quanto meno di quella che sia stata conservata.
Il suo soggiorno nel Delfinato, il processo a Thévenin, che colpì profondamente Jean-Jacques nonostante fosse molto spiacevole; il matrimonio di Thérèse; i rapporti tra l’autore di “Émile” e Monsieur de Saint-Germain; il ritorno del primo nella capitale e le relazioni che vi mantenne fino al suo lascio per Ermenonville, dove presto morì: questi sono gli eventi racchiusi in questa quinta e ultima parte.
Il percorso che abbiamo seguito nella “Corrispondenza” non è stato oggetto di alcuna osservazione critica. Alcuni voti ci hanno premiato; li meritavamo, se il desiderio di fare del bene fosse sempre accompagnato dalla certezza di averlo realmente fatto.
Altri editori delle Opere di J.-J. Rousseau hanno avuto la gentilezza di citare il nostro lavoro nei loro; tra questi c’è un accademico, strappato troppo presto alla sua famiglia, alla società e alle lettere, le quali si onoravano dei suoi talenti; inoltre, il signor Aignan ne possedeva tali da non aver bisogno di appropriarsi il lavoro altrui. Non è lo stesso per un plagiatore che ha pubblicato molti opere, nelle quali si è limitato a sostituire il nome dell’autore con il proprio, ritenendo sufficiente questa identificazione senza la necessità di menzionarlo esplicitamente[973].
1768 (continuazione)
Lettera DCCCXXXI – A Monsieur du Peyrou
Lettera DCCCXXXII – Allo stesso.
Lettera DCCCXXXIII – A Mademoiselle Levasseur
Lettera DCCCXXXIV – A Sua Signoria il conte di Tonnerre
Lettera DCCCXXXV – Allo stesso.
Lettera DCCCXXXVI – Allo stesso.
Lettera DCCCXXXVII – Allo stesso
Lettera DCCCXXXVIII – A Monsieur Lalliaud
Lettera DCCCXXXIX – A Sua Signoria il conte di Tonnerre
Lettera DCCCXL – A una signora di Lione
Lettre DCCCXLI – À M. le comte de Tonnerre
Lettre DCCCXLII – À M. du Peyrou
Lettre DCCCXLIII – À M. le comte de Tonnerre
Lettre DCCCXLIV – Au même
Lettre DCCCXLV – Au même
Lettre DCCCXLVI – À M. Lalliaud
Lettre DCCCXLVII – À M. du Peyrou
Lettre DCCCXLVIII – Au même
Lettre DCCCXLIX – À M. Lalliaud
Lettre DCCCXL – À M. Lalliaud
Lettre DCCCXLI – À M. Lalliaud
Lettre DCCCXLII – À M. du Peyrou
Lettre DCCCXLIII – À M. Lalliaud
Lettre DCCCXLIV – À M. Moultou
Lettre DCCCXLV – À M. Lalliaud
Lettre DCCCXLVI – À M.de Saint-Germain
Lettre DCCCXLVII – À M. le comte de Tonnerre
Lettre DCCCXLVIII – À M. de Saint-Germain
Lettre DCCCXLIX – À M. le comte de Tonnerre
Lettre DCCCXLX – À M. Moultou
Lettre DCCCXLXI – À M. du Peyrou
Lettre DCCCXLXII – À M. Lalliaud
Lettre DCCCXLXIII – À Madame la présidente de Verna
Lettre DCCCXLXIV – À M. Lalliaud
Lettre DCCCXLXV – À M. Moultou
Lettre DCCCXLXVI – À M. du Peyrou
Lettre DCCCXLXVII – À M. du Peyrou
Lettre DCCCXLXVIII – À M. Moultou
Table de la correspondance
Lettre DCCCXXXII – Au même
Lyon, le 6 juillet 1768.
Je comptais, mon cher hôte, vous accuser la réception de votre réponse, par ma bonne amie madame Boy de La Tour ; mais je n’ai pu trouver un moment pour vous écrire avant son départ ; et même à présent, prêt à partir pour aller herboriser à la grande Chartreuse, avec belle et bonne compagnie botaniste, que j’ai trouvée et recrutée en ce pays, je n’ai que le temps de vous envoyer un petit bonjour à la hâte.
Mademoiselle Renou a reçu à Trye beaucoup de lettres pour moi, parmi lesquelles je ne doute point que celle que vous m’écriviez ne se trouve ; mais comme le paquet est un peu gros, et que j’attends l’occasion de le faire venir, s’il y a dans ce que vous me marquiez quelque chose qui presse, vous ferez bien de me le répéter ici. Si, comme je le désirais, et comme je le désire encore, vous avez pris le parti de brûler tous mes livres et papiers, j’en suis, je vous jure, dans la joie de mon coeur : mais si vous les avez conservés, il y en a quelques-uns, je l’avoue, que je ne serais pas fâché de revoir, pour remplir, par un peu de distraction, les mauvais jours d’hiver, où mon état et la saison m’empêchent d’herboriser ; celui surtout qui m’intéresserait le plus serait le commencement du roman intitulé, Émile et Sophie, ou les Solitaires. Je conserve pour cette entreprise un faible que je ne combats pas, parce que j’y trouverais au contraire un spécifique utile pour occuper mes moments perdus, sans rien mêler à cette occupation qui me rappelât les souvenirs de mes malheurs, ni de rien qui s’y rapporte. Si ce fragment vous tombait sous la main, et que vous pussiez me l’envoyer, soit le brouillon, soit la copie, par le retour de madame Boy de La Tour, cet envoi, je l’avoue, me ferait un vrai plaisir.
Comment va la goutte ? comment va l’oeil gauche ? S’il n’empire pas, il guérira ; et je vois avec grand plaisir, par vos lettres, qu’il va sensiblement mieux. Mon cher hôte, que n’avez-vous en goût modéré le quart de ma passion pour les plantes ! Votre plus grand mal est ce goût solitaire et casanier, qui vous fait croire être hors d’état de faire de l’exercice. Je vous promets que si vous vous mettiez tout de bon à vouloir faire un herbier, la fantaisie de faire un testament ne vous occuperait plus guère. Que n’êtes-vous des nôtres ! vous trouveriez dans notre guide et chef, M. de La Tourette, un botaniste aussi savant qu’aimable, qui vous ferait aimer les sciences qu’il cultive. J’en dis autant de M. l’abbé Rosier ; et vous trouveriez dans M. l’abbé de Grange-Blanche, et dans votre hôte, deux condisciples plus zélés qu’instruits, dont l’ignorance auprès de leurs maîtres mettrait souvent à l’aise votre amour-propre.
Adieu, mon cher hôte : nous partons demain dans le même carrosse tous les quatre, et nous n’avons pas plus de temps qu’il ne nous en faut le reste de la journée, pour rassembler assez de portefeuilles et de papiers pour l’immense collection que nous allons faire. Nous ne laisserons rien à moissonner après nous. Je vous rendrai compte de nos travaux. Je vous embrasse. Vous pouvez continuer à m’écrire chez M. Boy de La Tour.
Lettre DCCCXXXIV – À M. le comte de Tonnerre
[976]
Bourgoin, le 16 août 1768.
Monsieur.
J’espère que la lettre que j’eus l’honneur de vous écrire à mon départ de Grenoble vous aura été remise, et je vous demande la permission de vous renouveler d’ici les assurances de ma reconnaissance et de mon respect. Un voyage presque aussitôt suspendu que commencé ne me laisse pas espérer de le pousser bien loin, et la certitude que les manoeuvres que je voudrais fuir me préviendront partout m’en ôterait le courage, quand mes forces me le donneraient. De toutes les habitations qu’on m’a fait voir, la maison de M. Faure, qui a l’honneur d’être connu de vous, m’a paru celle où l’on m’aurait voulu par préférence, et c’est aussi celle de toutes les retraites (pour me servir d’un mot doux) où je pouvais être confiné, celle où j’aurais préféré vivre. Quelques inconvénients m’ont alarmé ; s’ils pouvaient se lever ou s’adoucir, que le maître de la maison, qui me paraît galant homme, conservât la même bonne volonté, et que vous ne dédaignassiez pas, monsieur, d’être notre médiateur, je penserais que puisqu’il faut bien céder à la destinée, le meilleur parti qui me resterait à prendre serait de vivre dans sa maison.
J’ose vous supplier, monsieur, si vous relevez pour moi quelques lettres, de vouloir bien me les faire parvenir ici, où je suis logé à la Fontaine d’or.
J’ai l’honneur d’être avec respect, etc.
[977]
Lettre DCCCXXXVI – Au même
Bourgoin, le 23 août 1768.
Monsieur,
Permettez que je prenne la liberté de vous envoyer une lettre que je viens de recevoir de M. Bovier, et copie de ma réponse. Si vous daigniez mander le malheureux dont il s’agit, et tirer au clair cette affaire, vous feriez, monsieur le comte, une oeuvre digne de votre générosité.
J’ai l’honneur, etc.
Lettre DCCCXXXVIII – À M. Lalliaud
[978]
Bourgoin, le 31 août 1768.
Nous vous devons et nous vous faisons, monsieur, mademoiselle Renou et moi, les plus vifs remerciements de toutes vos bontés pour tous les deux ; mais nous ne vous en ferons ni l’un ni l’autre pour la compagne de voyage que vous lui avez donnée. J’ai le plaisir d’avoir ici, depuis quelques jours, celle de mes infortunes ; voyant qu’à tout prix elle voulait suivre ma destinée, j’ai fait en sorte au moins qu’elle pût la suivre avec honneur. J’ai cru ne rien risquer de rendre indissoluble un attachement de vingt-cinq ans, que l’estime mutuelle, sans laquelle il n’est point d’amitié durable, n’a fait qu’augmenter incessamment. La tendre et pure fraternité dans laquelle nous vivons depuis treize ans n’a point changé de nature par le noeud conjugal ; elle est, et sera jusqu’à la mort, ma femme par la force de nos liens, et ma soeur par leur pureté. Cet honnête et saint engagement a été contracté dans toute la simplicité, mais aussi dans toute la vérité de la nature, en présence de deux hommes de mérite et d’honneur, officiers d’artillerie, et l’un fils d’un de mes anciens amis du bon temps, c’est-à-dire avant que j’eusse aucun nom dans le monde ; et l’autre, maire de cette ville, et proche parent du premier[979]. Durant cet acte si court et si simple, j’ai vu fondre en larmes ces deux dignes hommes, et je ne puis vous dire combien cette marque de la bonté de leurs coeurs m’a attaché à l’un et à l’autre.
Je ne suis pas plus avancé sur le choix de ma demeure que quand j’eus l’honneur de vous voir à Lyon, et tant de cabarets et de courses ne facilitent pas un bon établissement. Les nouveaux voyages à faire me font peur, surtout à l’entrée de la saison où nous touchons ; et je prendrai le parti de m’arrêter volontairement ici, si je puis, avant que je me trouve, par ma situation, dans l’impossibilité d’y rester et dans celle d’aller plus loin. Ainsi, monsieur, je me vois forcé de renoncer, pour cette année, à l’espoir de me rapprocher de vous, sauf à voir dans la suite ce que je pourrai faire pour contenter mon désir à cet égard.
Recevez les salutations de ma femme, et celles, monsieur, d’un homme qui vous aime de tout son coeur.
Lettre DCCCXL – À une dame de Lyon
[980]
Bourgoin, le 3 septembre 1768.
Letter DCCCXLI – To Mr. the Count of Tonnerre
Letter DCCCXLII – To Mr. du Peyrou
Letter DCCCXLIII – To Mr. the Count of Tonnerre
Letter DCCCXLIV – To the Same One
Letter DCCCXLV – To the Same One
Letter DCCCXLVI – To Mr. Lalliaud
Letter DCCCXLVII – To Mr. du Peyrou
Letter DCCCXLVIII – To the Same One
Letter DCCCXLIX – To Mr. Lalliaud
Letter DCCCXL – To Mr. Lalliaud
Letter DCCCXLI – To Mr. Lalliaud
Letter DCCCXLII – To Mr. du Peyrou
Letter DCCCXLIII – To Mr. Lalliaud
Letter DCCCXLIV – To Mr. Moultou
Letter DCCCXLV – To Mr. Lalliaud
Letter DCCCXLVI – To Monsieur de Saint-Germain
Letter DCCCXLVII – To Mr. the Count of Tonnerre
Letter DCCCXLVIII – To Mr. de Saint-Germain
Letter DCCCXLIX – To Mr. the Count of Tonnerre
Letter DCCCXLX – To Mr. Moultou
Letter DCCCXLXI – To Mr. du Peyrou
Letter DCCCXLXII – To Mr. Lalliaud
Letter DCCCXLXIII – To Madame la Presidente of Verna
Letter DCCCXLXIV – To Mr. Lalliaud
Letter DCCCXLXV – To Mr. Moultou
Letter DCCCXLXVI – To Mr. du Peyrou
Letter DCCCXLXVII – To Mr. du Peyrou
Letter DCCCXLXVIII – To Mr. Moultou
Correspondence Table
Letter DCCCXXXII – To the Same One
Lyon, July 6, 1768.
I had intended, my dear host, to thank you for your reply through my good friend, Madame Boy de La Tour; but I was unable to find the time to write to you before she left. Even now, as I am about to set off on a botanical expedition to the Great Chartreuse, accompanied by some excellent botanists whom I have met and recruited in this region, I only have just enough time to send you this brief greeting in haste.
Mademoiselle Renou received many letters for me in Trye; among them, I have no doubt that the one you wrote to me is also included. However, since the package is rather large and I am waiting for an appropriate opportunity to send it to me, if there is anything urgent in what you mentioned, please repeat it here. If, as I wished—and I still wish—it were your decision to burn all my books and papers, I swear that I would be overjoyed in my heart. But if you have kept them, there are indeed some I would be glad to see again, especially during these difficult winter months when my health and the weather prevent me from going out to collect plants. In particular, I would be very interested in the beginning of the novel titled Émile et Sophie, ou les Solitaires. For this project, I still hold onto a faint hope that I do not resist, for it would provide me with a useful way to pass my time without anything reminding me of my misfortunes or related matters. If you happen to come across this fragment and are able to send it to me—whether in draft form or as a copy—via madame Boy de La Tour, I must admit that it would bring me great joy.
How is your gout? How is your left eye? If it doesn’t worsen, it will heal; and I am very pleased to see from your letters that you are improving significantly. My dear host, how fortunate you are to have only a quarter of my passion for plants! Your greatest problem is this solitary, homebound inclination that makes you think you are unable to engage in any physical activity. I promise you that if you really set out to compile a herbarium, the idea of making a will would hardly occur to you anymore. How I wish you were among us! You would find in our guide and leader, Mr. de La Tourette, a botanist as knowledgeable as he is kind, who would help you develop an appreciation for the sciences he pursues. The same goes for Mr. l’abbé Rosier; moreover, you would have in Mr. l’abbé de Grange-Blanche and your own host two fellow enthusiasts who are even more eager to learn than knowledgeable—whose ignorance, when compared to their masters, would often put your pride at ease.
Adieu, my dear host: we will be leaving tomorrow in the same carriage, all four of us. We have no more time than what is left of today to gather enough wallets and papers for the vast collection we are going to create. We will not leave anything behind for others to find later. I will keep you informed about our progress. I kiss you. You may continue to write to me at Mr. Boy de La Tour’s address.
Letter DCCCXXXIV – To Mr. the Count of Tonnerre
[976]
Bourgoin, August 16, 1768.
Sir.
I hope the letter I had the honor of writing to you upon my departure from Grenoble reached you safely, and I would like to take this opportunity to reiterate my gratitude and respect for you. My journey, having been interrupted almost as soon as it began, does not allow me to expect to proceed far; moreover, the knowledge that those very circumstances I wish to escape will inevitably confront me everywhere deprives me of the courage to even attempt it, even if my strength were sufficient. Among all the places shown to me, Mr. Faure’s residence—whom you seem to know—appeared to me as the ideal place for me to stay; indeed, it was the only retreat (to use a kind term) where I would be willing to live. However, some inconveniences have raised concerns for me. If these could be remedied or mitigated, if the host, who seems to be a gentleman, were to maintain his kindness, and if you, sir, would not mind acting as our intermediary, then I believe that, since fate ultimately dictates our choices, living in his house would be the best option left for me.
I dare to implore you, sir, if you happen to pick up some letters for me, please be so kind as to send them to me here, where I am staying at the Fontaine d’or.
I have the honor of being here, with all due respect, etc.
[977]
Letter DCCCXXXVI – To the Same One
Bourgoin, August 23, 1768.
Sir,
Permit me to take the liberty of sending you a letter that I have just received from Mr. Bovier, along with a copy of my reply. If you would kindly order the unfortunate person involved to be brought before you and this matter clarified, you would, Monsieur le Comte, be performing an act worthy of your generosity.
I have the honor, etc.
Letter DCCCXXXVIII – To Mr. Lalliaud
[978]
Bourgoin, August 31, 1768.
Mr. and Miss Renou, we owe you, and we express to you our most sincere gratitude for all your kindnesses toward both of us; however, we cannot thank you in the same way for the companion in travel you have provided her. I am pleased to have had my unfortunate companion with me these past few days; seeing that she was determined at all costs to share my fate, I made sure that she could do so with honor. I believed there was no risk in making what had been a twenty-five-year bond of affection even stronger—this bond, based on mutual respect, is the very foundation of any lasting friendship. The tender and pure brotherhood we have shared for thirteen years has not changed in nature because of our marriage; she will be my wife by the strength of our bonds, and my sister by their purity, until death. This honorable and sacred commitment was made in complete simplicity and truthfulness, in the presence of two men of merit and honor—both artillery officers, and one of them a son of an old friend from my early days, before I had any reputation in the world; the other was the mayor of this town and a close relative of the first. During this brief and simple ceremony, I saw these two honorable men burst into tears; I cannot tell you how much this sign of their kindness made me feel bound to them both.
I have not made any further progress in choosing a residence than when I had the honor of meeting you in Lyon; moreover, all these taverns and races do nothing to facilitate settling down in a proper place. The new journeys that lie ahead frighten me, especially at the beginning of the season when we are about to set off again. Therefore, if possible, I will choose to stay here voluntarily, rather than finding myself in a situation where I am either unable to remain or unable to proceed further. In short, sir, I am forced to give up, for this year at least, the hope of getting closer to you, unless I can find some way in the future to fulfill my desire in this regard.
Receive the greetings of my wife, and also those of a man who loves you with all his heart, sir.
Letter DCCCXL – To a lady from Lyon
[980]
Bourgoin, September 3, 1768.
Lettera DCCCXLI – A Sua Signoria il conte di Tonnerre
Lettera DCCCXLII – A Monsieur du Peyrou
Lettera DCCCXLIII – A Sua Signoria il conte di Tonnerre
Lettera DCCCXLIV – Allo stesso.
Lettera DCCCXLV – Allo stesso.
Lettera DCCCXLVI – A Monsieur Lalliaud
Lettera DCCCXLVII – A Monsieur du Peyrou
Lettera DCCCXLVIII – Allo stesso
Lettera DCCCXLIX – A Monsieur Lalliaud
Lettera DCCCXL – A Monsieur Lalliaud
Lettera DCCCXLI – A Monsieur Lalliaud
Lettera DCCCXLII – A Monsieur du Peyrou
Lettera DCCCXLIII – A Monsieur Lalliaud
Lettera DCCCXLIV – A Monsieur Moultou
Lettera DCCCXLV – A Monsieur Lalliaud
Lettera DCCCXLVI – A Monsieur de Saint-Germain
Lettera DCCCXLVII – A Sua Signoria il conte di Tonnerre
Lettera DCCCXLVIII – A Monsieur de Saint-Germain
Lettera DCCCXLIX – A Sua Signoria il conte di Tonnerre
Lettera DCCCXLX – A Monsieur Moultou
Lettera DCCCXLXI – A Monsieur du Peyrou
Lettera DCCCXLXII – A Monsieur Lalliaud
Lettera DCCCXLXIII – Alla signora presidente di Verna
Lettera DCCCXLXIV – A Monsieur Lalliaud
Lettera DCCCXLXV – A Monsieur Moultou
Lettera DCCCXLXVI – A Monsieur du Peyrou
Lettera DCCCXLXVII – A Monsieur du Peyrou
Lettera DCCCXLXVIII – A Monsieur Moultou
Tabella della corrispondenza
Lettera DCCCXXXII – Allo stesso.
Lione, 6 luglio 1768.
Caro ospite, avevo intenzione di ringraziarvi per aver ricevuto la vostra risposta tramite mia cara amica, madame Boy de La Tour; tuttavia non sono riuscito a trovare il momento giusto per scrivervi prima della sua partenza. E ora, mentre sto per recarmi alla grande Chartreuse per effettuare delle ricerche botaniche in compagnia di altre brave e competenti persone che ho incontrato in questa regione, ho solo il tempo di inviarvi rapidamente un breve saluto.
Signorina Renou ha ricevuto a Trye molte lettere per me; tra queste, non dubito che ci sia anche quella che mi avete scritto voi. Tuttavia, poiché il pacco è piuttosto voluminoso e aspetto l’occasione giusta per farlo arrivare, se c’è qualcosa di urgente in quello che mi avevate indicato, vi prego di ripetermelo qui. Se, come desideravo e desidero ancora, avete deciso di bruciare tutti i miei libri e documenti, vi giuro che ne sono davvero felice nel profondo del mio cuore; ma se li avete conservati, devo ammettere che ci sono alcuni di cui non mi dispiacerebbe rivederli, per alleviare i giorni tristi dell’inverno, quando la mia salute e le condizioni meteorologiche mi impediscono di dedicarmi all’herborismo. Quello che mi interesserebbe di più sarebbe senz’altro l’inizio del romanzo intitolato “Émile et Sophie, ou les Solitaires”. Per questo progetto conservo un desiderio che non combatto affatto, poiché ritengo che possa rappresentare un modo utile per occupare i miei momenti liberi, senza che questa attività mi riporti a ricordi dei miei mali o a qualcosa che vi sia collegato. Se questo frammento dovesse capitare nelle vostre mani e foste in grado di inviarmelo, sia il manoscritto originale che una copia, tramite la signora Boy de La Tour, vi assicuro che mi farebbe davvero molto piacere.
Come va la gola? Come va l’occhio sinistro? Se non peggiora, guarirà; e vedo con grande piacere, dalle vostre lettere, che sta migliorando sensibilmente. Mio caro ospite, quanto sarebbe meglio se aveste, in misura moderata, solo un quarto della mia passione per le piante! Il vostro più grande problema è questa passione solitaria e casalinga, che vi fa credere di non essere in grado di fare esercizio. Vi prometto che, se vi metteste davvero a preparare un erbario, l’idea di redigere un testamento non vi occuperebbe più molto. Che cosa non darei per essere come voi! Trovereste nel nostro guida e maestro, il signor de La Tourette, un botanico tanto sapiente quanto gentile, che vi farebbe amare le scienze che coltiva. Lo stesso vale per il signor abate Rosier; inoltre, nel signor abate de Grange-Blanche e nel vostro ospite trovereste due compagni di studio più zelanti che istruiti. La loro ignoranza, rispetto ai loro maestri, vi metterebbe spesso al riparo dal rischio di ferire il vostro orgoglio.
Addio, mio caro ospite: partiamo domani tutti e quattro nella stessa carrozza, e non abbiamo più tempo di quanto ne occorra per il resto della giornata per raccogliere abbastanza portafogli e documenti per la vasta collezione che andremo a creare. Non lasceremo nulla da “raccogliere” dopo di noi. Vi farò sapere dei nostri progressi. Vi bacio. Potete continuare a scrivermi presso il signor Boy de La Tour.
Lettera DCCCXXXIV – A Sua Signoria il conte di Tonnerre
[976]
Bourgoin, 16 agosto 1768.
Signore.
Spero che la lettera che ho avuto l’onore di scrivervi al mio lasciare Grenoble vi sia stata consegnata, e vi chiedo il permesso di rinnovarvi da parte mia le mie assicurazioni di gratitudine e rispetto. Un viaggio interrotto quasi immediatamente dopo essere iniziato non mi permette di sperare di poterlo portare a termine; inoltre, la certezza che le circostanze che vorrei evitare mi ostacolerebbero ovunque, togliendomi il coraggio anche se ne avessi la forza. Tra tutte le dimore che mi sono state mostrate, quella di Monsieur Faure, che ha l’onore di essere conosciuto da voi, mi è sembrata quella in cui sarei stato preferibilmente accolto; è anche l’unica tra tutte le possibili “retirate” (per usare un eufemismo) in cui avrei voluto vivere. Tuttavia, alcuni inconvenienti mi hanno preoccupato; se fosse possibile eliminarli o attenuarli, se il padrone di casa, che mi sembra una persona gentile, mantenesse la stessa disponibilità, e se voi, signore, non vi rifiutaste di essere il nostro intermediario, penserei che, poiché alla fine bisogna arrendersi al destino, la scelta migliore per me sarebbe quella di vivere nella sua casa.
Oso supplicarvi, signore: se avete l’opportunità di raccogliere alcune lettere per me, vi prego di farme avere il piacere di riceverle qui, dove alloggio alla Fontaine d’or.
Ho l’onore di essere qui, con tutto il rispetto, ecc.
[977]
Lettera DCCCXXXVI – Allo stesso.
Bourgoin, 23 agosto 1768.
Signore,
Permettetemi di inviarvi liberamente una lettera che ho appena ricevuto dal signor Bovier, nonché una copia della mia risposta. Se volessete avere la gentilezza di far venire quell’infelice di cui si parla e di chiarire questa questione, fareste, signore conte, un’azione degna della vostra generosità.
Ho l’onore di, ecc.
Lettera DCCCXXXVIII – A Monsieur Lalliaud
[978]
Bourgoin, 31 agosto 1768.
Signor Renou e signorina Renou, vi dobbiamo e vi esprimiamo i più sinceri ringraziamenti per tutte le vostre gentilezze nei nostri confronti; tuttavia, non possiamo ringraziarvi altrettanto per la compagna di viaggio che avete fornito a lei. Ho il piacere di avere qui, da alcuni giorni, anche la mia sfortunata compagna; poiché ella era disposta a seguire la mia sorte a tutti i costi, ho fatto in modo che potesse farlo con onore. Credevo di non correre alcun rischio nel rendere indissolubile un legame durato venticinque anni, un legame basato sull’ reciproca stima – senza la quale non esiste amicizia duratura – e che, anzi, si era continuamente rafforzato nel corso del tempo. La tenera e pura fraternità nella quale viviamo da tredici anni non è cambiata in alcun modo con il matrimonio; lei è, ed sarà fino alla morte, mia moglie per la forza dei nostri legami, e mia sorella per la loro purezza. Questo onesto e sacro impegno è stato stretto nella massima semplicità e verità, in presenza di due uomini meritevoli e onesti: entrambi ufficiali d’artiglieria; uno figlio di un mio vecchio amico dei tempi passati, cioè prima che io ottenessi alcun riconoscimento nel mondo; l’altro, sindaco di questa città e parente stretto del primo. Durante questo breve e semplice atto, ho visto questi due nobili uomini sciogliersi in lacrime. E non posso esprimere quanto questo segno della loro bontà mi abbia legato a entrambi.
Non sono più avanti nella scelta della mia residenza di quanto lo fossi quando ebbi l’onore di incontrarvi a Lione; inoltre, tutti questi locali notturni e queste corse non aiutano affatto a trovare una sistemazione adeguata. Le nuove viaggi che devo intraprendere mi spaventano, soprattutto all’inizio della stagione. Se possibile, preferirei fermarmi qui, piuttosto che trovarmi in una situazione in cui non potessi rimanere né andare oltre. Pertanto, signore, sono costretto ad abbandonare, per quest’anno, l’idea di avvicinarmi a voi. A meno che in futuro non riesca a trovare un modo per realizzare questo desiderio.
Ricevete le saluti di mia moglie, e anche i miei, signore, da un uomo che vi ama con tutto il cuore.
Lettera DCCCXL – A una signora di Lione
[980]
Bourgoin, 3 settembre 1768.
Vous trouverez ci-joint un papier dont voici l’occasion : Ayant été malade ici et détenu dans une chambre pendant quelques jours, dans le fort de mes chagrins, je m’amusai à tracer, derrière une porte, quelques lignes au rapide trait du crayon, qu’ensuite j’oubliai d’effacer en quittant ma chambre, pour en occuper une plus grande à deux lits avec ma femme. Des passants malintentionnés, à ce qu’il m’a paru, ont trouvé ce barbouillage dans la chambre que j’avais quittée, y ont effacé des mots, en ont ajouté d’autres, et l’ont transcrit pour en faire je ne sais quel usage. Je vous envoie une copie exacte de ces lignes, afin que messieurs vos frères puissent et veuillent bien constater les falsifications qu’on y peut faire, en cas qu’elles se répandent. J’ai transcrit même les fautes et les redites, afin de ne rien changer.
SENTIMENT DU PUBLIC SUR MON COMPTE, DANS LES DIVERS ÉTATS QUI LE COMPOSENT.
Les rois et les grands ne disent pas ce qu’ils pensent ; mais ils me traiteront toujours honorablement.
La vraie noblesse, qui aime la gloire et qui sait que je m’y connais, m’honore et se tait.
Les magistrats me haïssent à cause du mal qu’ils m’ont fait.
Les philosophes, que j’ai démasqués, veulent à tout prix me perdre ; ils y réussiront.
Les évêques, fiers de leur naissance et de leur état, m’estiment sans me craindre, et s’honorent en me marquant des égards.
Les prêtres, vendus aux philosophes, aboient après moi pour faire leur cour.
Les beaux esprits se vengent, en m’insultant, de ma supériorité qu’ils sentent.
Le peuple, qui fut mon idole, ne voit en moi qu’une perruque mal peignée et un homme décrépit.
Des femmes, dupes de deux p… froid, qui les méprisent, trahissent l’homme qui mérita le mieux d’elles [981].
Les magistrats[982] ne me pardonneront jamais le mal qu’ils m’ont fait.
Le magistrat de Genève sent ses torts, sait que je les lui pardonne, et les réparerait s’il l’osait.
Les chefs du peuple, élevés sur mes épaules, voudraient me cacher si bien que l’on ne vît qu’eux.
Les auteurs me pillent et me blâment ; les fripons me maudissent, et la canaille me hue.
Les gens de bien, s’il en existe encore, gémissent tout bas sur mon sort ; et moi je le bénis s’il peut instruire un jour les mortels.
Voltaire, que j’empêche de dormir, parodiera ces lignes. Ses grossières injures sont un hommage qu’il est forcé de me rendre malgré lui[983].
Lettre DCCCXLII – À M. du Peyrou
Bourgoin, le 9 septembre 1768.
Après diverses courses, mon cher hôte, qui ont achevé de me convaincre qu’on était bien déterminé à ne me laisser nulle part la tranquillité que j’étais venu chercher dans ces provinces, j’ai pris le parti, rendu de fatigue et voyant la saison s’avancer, de m’arrêter dans cette petite ville pour y passer l’hiver. À peine y ai-je été, qu’on s’est pressé de m’y harceler avec la petite histoire que vous al—lez lire dans l’extrait d’une lettre qu’un certain avocat Bovier m’écrivit de Grenoble le 22 du mois dernier.
« Le sieur Thevenin, chamoiseur[984] de son métier, se trouva logé, il y a environ dix ans, chez le sieur Janin, hôte du bourg des Verdières-de-Joue, près de Neuchâtel, avec M. Rousseau, qui se trouva lui-même dans le cas d’avoir besoin de quelque argent, et qui s’adressa au sieur Janin, son hôte, pour obtenir cet argent du sieur Thevenin : ce dernier, n’osant pas présenter à M : Rousseau la modique somme qu’il demandait, attendit son départ, et l’accompagna effectivement des Verdières-de-Jouc jusqu’à Saint-Sulpice avec ledit Janin ; et, après avoir dîné ensemble dans une auberge qui a un soleil pour enseigne, il lui fit remettre neuf livres de France par ledit Janin. M. Rousseau, pénétré de reconnaissance, donna audit Thevenin quelques lettres de recommandation, entre autres une pour M. de Faugnes, directeur des sels à Yverdon, et une pour M. Aldiman, de la même ville, dans laquelle M. Rousseau signa son nom, et signa le Voyageur perpétuel dans une autre pour quelqu’un à Paris, dont le sieur Thevenin ne se rappelle pas le nom. »
Voici maintenant, mon cher hôte, copie de ma réponse, en date du 23.
« Je n’ai pas pu, monsieur, loger il y a environ dix ans où que ce fut, près de Neuchâtel, parce qu’il y en a dix, et neuf, et huit, et sept, que j’en étais fort loin, sans en avoir approché durant tout ce temps plus près de cent lieues.
« Je n’ai jamais logé au bourg des Verdières, et n’en ai même jamais entendu parler : c’est peut-être le village des Verrières qu’on a voulu dire ; j’ai passé dans ce village une seule fois, il n’y a pas cinq ans, allant à Pontarlier ; j’y repassai en revenant ; je n’y logeai point ; j’étais avec un ami (qui n’était pas le sieur Thevenin) ; personne autre ne revint avec nous ; et, depuis lors, je ne suis pas retourné aux Verrières.
« Je n’ai jamais vu, que je sache, le sieur Thevenin, chamoiseur ; jamais je n’ai ouï parler de lui, non plus que du sieur Janin, mon prétendu hôte. Je ne connais qu’un seul M. Jeannin, mais il ne demeure point aux Verrières, il demeure à Neuchâtel, et il n’est point cabaretier ; il est secrétaire d’un de mes amis.
« Je n’ai jamais écrit, autant qu’il m’en souvient, à M. de Faugnes, et je suis sûr au moins de ne lui avoir jamais écrit de lettres de recommandation, n’étant pas assez lié avec lui pour cela : encore moins ai-je pu écrire à M. Aldiman, d’Yverdon, que je n’ai vu de ma vie, et avec lequel je n’eus jamais nulle espèce de liaison.
« Je n’ai jamais signé avec mon nom le Voyageur perpétuel, premièrement parce que cela n’est pas vrai et surtout ne l’était pas alors, quoiqu’il le soit devenu depuis quelques années ; en second lieu, parce que je ne tourne pas mes malheurs en plaisanteries, et qu’enfin, si cela m’arrivait, je tâcherais qu’elles fussent moins plates.
« J’ai quelquefois prêté de l’argent à Neuchâtel, mais je n’y en empruntai jamais, par la raison très simple qu’il ne m’a jamais manqué dans ce pays-là ; et vous m’avouerez, monsieur, qu’ayant pour amis tous ceux qui y tenaient le premier rang, il eût été du moins fort bizarre que j’allasse emprunter neuf francs d’un chamoiseur que je ne connaissais pas, et cela à un quart de lieue de chez moi ; car c’est à peu près la distance de Saint-Sulpice, où l’on dit que cet argent m’a été a prêté, à Môtiers, où je demeurais. »
Enclosed is a piece of paper whose existence arises from the following circumstances: Having been ill here and confined to a room for several days, overwhelmed by my sorrow, I took the liberty of drawing a few lines quickly with a pencil behind a door. Later, in leaving that room to move into one larger one with my wife, which had two beds, I forgot to erase those lines. It seems that some malicious individuals found these scribbles in the room I had vacated; they erased some words, added others, and then copied them down for some unknown purpose. I am sending you an exact copy of these lines so that your brothers may be able to see—and perhaps wish to take action—to address any possible falsifications that might spread. I have even included the mistakes and repetitions in order to preserve everything as it was originally written.
Public sentiment regarding my account, across the various states that make it up.
Kings and nobles do not speak what they think; yet they will always treat me with honor.
True nobility, which loves glory and knows that I understand such matters well, honors me and remains silent.
The magistrates hate me because of the harm they have done to me.
The philosophers that I have exposed are determined to make me lose my way; they will succeed in doing so.
The bishops, proud of their birth and status, regard me with respect without fear, and honor me by showing me due consideration.
The priests, having sold themselves to the philosophers, bark at me in order to please them.
The clever ones take their revenge on me by insulting me, because they are aware of my superiority.
The people, who once were my idols, now see in me nothing but a poorly dressed wig and an aged man.
Women, deceived by two cold men who despise them, betray the man who deserved them the most [981].
The magistrates[982] will never forgive me for the harm they have done to me.
The magistrate of Geneva acknowledges his faults; he knows that I forgive them, and he would repair them if he dared to do so.
The leaders of the people, who have been placed upon my shoulders, wish to hide me so well that only they are seen.
The authors plunder me and blame me; the scoundrels curse me, and the riffraff hoot at me.
Good people, if such still exist, quietly lament my fate; but I bless it, for perhaps one day it will be able to enlighten mortals.
Voltaire, whom I keep awake at night, would parody these lines. His crude insults are, against his will, a tribute he is forced to pay to me[983].
Letter DCCCXLII – To Mr. du Peyrou
Bourgoin, September 9, 1768.
After various attempts that only served to convince me further that people were determined not to allow me the peace I had come to seek in these provinces, I, exhausted by the journey and seeing the season advancing, decided to stop in this small town to spend the winter there. No sooner had I arrived than I was immediately harassed by that little incident you will read in an excerpt from a letter written to me by a certain lawyer named Bovier from Grenoble on the 22nd of last month.
“Mr. Thevenin, by trade a fur trapper[984], took up residence about ten years ago with Mr. Janin, the innkeeper of the village of Verdières-de-Joue, near Neuchâtel, along with Mr. Rousseau. At that time, Mr. Rousseau himself found himself in need of some money and approached his host, Mr. Janin, to obtain it from Mr. Thevenin. Not daring to offer Mr. Rousseau the modest sum he requested, Mr. Thevenin waited for him to leave and then accompanied him—along with Mr. Janin—to Saint-Sulpice. After dining together in an inn whose sign was a sun, Mr. Rousseau had nine livres of French money handed over to him through Mr. Janin. Deeply grateful, Mr. Rousseau gave Mr. Thevenin several letters of recommendation, including one for Mr. de Faugnes, the director of the salt production in Yverdon, and another for Mr. Aldiman from the same town. In that latter letter, Mr. Rousseau signed his name as well as ‘Le Voyageur perpétuel’; he also signed another letter for someone in Paris, whose name Mr. Thevenin cannot recall.”
Here, my dear host, is a copy of my reply, dated the 23rd.
“Sir, I was unable to find a place to stay about ten years ago, anywhere near Neuchâtel, because for ten, nine, eight, seven years in a row, I had been far away from it; in fact, during all that time, I never came any closer than one hundred miles.”
“I have never stayed at the village of Les Verdières, nor have I even heard of it; perhaps they meant the village of Les Verrières. I passed through that village only once, not five years ago, on my way to Pontarlier; I passed through it again on my way back. I did not stay there; I was with a friend (who was not Mr. Thevenin); no one else came with us. And since then, I have never returned to Les Verrières.”
“As far as I know, I have never seen Mr. Thevenin, that tavern keeper; nor have I ever heard of him, nor of Mr. Janin, my supposed host. There is only one Mr. Jeannin that I know, but he does not live in Verrières; he lives in Neuchâtel, and he is not a tavernkeeper at all; he is the secretary of one of my friends.”
“As far as I can recall, I have never written to Mr. de Faugnes, and I am certain that I have never sent him any letters of recommendation, as I was not close enough to him to do so. Moreover, it is even less possible that I could have written to Mr. Aldiman of Yverdon, whom I have never met in my life and with whom I have no connection at all.”
“I have never signed ‘The Perpetual Traveler’ with my own name, firstly because it is not true—and especially because it was not true back then, although it has become so in recent years; secondly, because I do not make a joke of my misfortunes; and finally, if such a thing were to happen to me, I would try to ensure that they were less, dull or uninteresting.”
“I have sometimes lent money to people in Neuchâtel, but I have never borrowed any there, for the very simple reason that I have never lacked it in that place; and you must admit, sir, that since all those who held prominent positions there were my friends, it would have been quite strange if I had gone to borrow nine francs from some stranger I didn’t know, and that too at a quarter of a mile away from my home—since that is roughly the distance between Saint-Sulpice, where it is said the money was lent to me, and Môtiers, where I lived.”
Vi invio di seguito un foglio che ha avuto origine da questa circostanza: essendo stato malato qui e rinchiuso in una stanza per alcuni giorni, nel pieno della mia tristezza, mi divertii a tracciare alcune linee con il gesso dietro una porta; successivamente, lasciando quella stanza per occuparne un’altra più grande, dove dormivamo in due letti con mia moglie, dimenticai di cancellare quelle linee. Alcuni passanti, a quanto pare malintenzionati, trovarono quel disegno nella stanza che avevo lasciato, ne cancellarono alcune parole, ne aggiunsero altre e le trascrissero per usarle a loro piacimento. Vi invio una copia esatta di queste linee, affinché i vostri fratelli possano constatare le falsifiche che vi sono state apportate, nel caso in cui queste dovessero diffondersi. Ho persino trascritto gli errori e le ripetizioni presenti nel testo originale, per non modificare nulla.
Sentimenti del pubblico riguardo al mio conto, nei diversi stati che lo compongono.
I re e i potenti non dicono ciò che pensano; tuttavia mi tratteranno sempre con onore.
La vera nobiltà, che ama la gloria e sa che io me ne intendo, mi onora e tace.
I magistrati mi odiano per il male che mi hanno fatto.
I filosofi che ho smascherato vogliono a tutti i costi farmi perdere; ci riusciranno.
Gli vescovi, orgogliosi della loro nascita e del loro rango, mi considerano senza temermi e si onorano dimostrandomi rispetto.
I preti, venduti ai filosofi, mi maledicono per compiacere loro.
Gli intellettuali di alto livello si vendicano, insultandomi, della mia superiorità che percepiscono.
Il popolo, che un tempo era la mia idola, non vede in me altro che una parrucca male pettinata e un uomo invecchiato.
Donne ingannate da due individui freddi e che le disprezzano, tradiscono l’uomo che meritava di più il loro affetto [981].
I magistrati[982] non mi perdoneranno mai il male che mi hanno fatto.
Il magistrato di Ginevra è consapevole dei propri errori, sa che glieli perdono e li rimuoverebbe se osasse farlo.
I capi del popolo, che sono stati elevati sulle mie spalle, vorrebbero nascondermi così bene da far sì che si vedessero solo loro.
Gli autori mi derubano e mi criticano; i furfanti mi maledicono, e la plebaglia mi insulta.
Le persone buone, se ancora ne esistono, sospirano in silenzio per la mia sorte; e io la benedico, se un giorno potrà insegnare qualcosa agli esseri umani.
Voltaire, che io impedisco di dormire, avrebbe parodiato queste parole. Le sue volgari offese sono in realtà un omaggio che è costretto a rendermi, contro la sua volontà[983].
Lettera DCCCXLII – A Monsieur du Peyrou
Bourgoin, 9 settembre 1768.
Dopo diverse corse, mio caro ospite, che hanno finito per convincermi del fatto che si era davvero deciso a non lasciarmi tranquillo in nessun luogo, dove fossi andato a cercare pace in queste province, ho deciso, stanco com’ero e vedendo avvicinarsi la stagione invernale, di fermarmi in questa piccola città per trascorrervi l’inverno. Appena arrivato, sono stato immediatamente assillato da quella piccola storia che state per leggere nell’estrazione di una lettera che un certo avvocato Bovier mi scrisse da Grenoble il 22 dello scorso mese.
“Il signor Thevenin, il cui mestiere era quello di cacciatore di caprioli[984], circa dieci anni fa soggiornava presso il signor Janin, locandiere del villaggio di Verdières-de-Joue, vicino a Neuchâtel, insieme al signor Rousseau, che anch’egli aveva bisogno di denaro. Il signor Rousseau si rivolse quindi al suo ospite per ottenere quella somma dal signor Thevenin; quest’ultimo, non osando offrire a Monsieur Rousseau la modesta cifra richiesta, attese il suo congedo e lo accompagnò effettivamente da Verdières-de-Joue fino a Saint-Sulpice insieme al suddetto Janin. Dopo aver pranzato insieme in una locanda il cui insegna raffigurava un sole, il signor Rousseau fece consegnare a Thevenin nove livre francesi tramite Janin. Profondamente grato, Monsieur Rousseau diede a Thevenin alcune lettere di raccomandazione, tra cui una per il signor de Faugnes, direttore delle saline di Yverdon, e un’altra per il signor Aldiman, della stessa città; in quest’ultima lettera Monsieur Rousseau firmò il proprio nome, così come il titolo del libro ‘Il Viaggiatore Perpetuo’, presente anche in un’altra lettera indirizzata a qualcuno a Parigi, il cui nome Thevenin non ricorda più.”
Ecco ora, mio caro ospite, una copia della mia risposta, datata 23.
“Non sono riuscito, signore, a trovare un alloggio circa dieci anni fa da qualche parte vicino a Neuchâtel. Perché in quei dieci anni non mi ci sono mai avvicinato di più di cento miglia.”
“Non ho mai soggiornato nel villaggio dei Verdières, e non ne ho nemmeno mai sentito parlare: forse si voleva dire il villaggio dei Verrières; sono passato in quel villaggio una sola volta, meno di cinque anni fa, mentre andavo a Pontarlier; ci sono tornato al ritorno, ma non vi ho soggiornato; ero con un amico (che non era il signor Thevenin); nessun altro è tornato con noi; e da allora non sono più tornato ai Verrières.”
“Non ho mai visto, per quanto ne so, il signor Thevenin, quel tizio che si occupa di vendita di capre; non ho mai sentito parlare né di lui né del signor Janin, il mio presunto ospite. Conosco soltanto un certo signor Jeannin, ma non abita a Verrières, bensì a Neuchâtel, e non è affatto un proprietario di una taverna; è il segretario di uno dei miei amici.”
“Non ricordo di aver mai scritto a Monsieur de Faugnes, e sono sicuro di non avergli mai inviato lettere di raccomandazione, poiché non ero abbastanza legato a lui per farlo; tanto meno avrei potuto scrivere a Monsieur Aldiman di Yverdon, che non ho mai incontrato in vita mia e con il quale non avevo alcun tipo di rapporto.”
“Non ho mai firmato ‘Il Viaggiatore Eterno’ con il mio nome: innanzitutto perché non è vero, e soprattutto perché all’epoca non lo era, anche se negli ultimi anni è diventato così; in secondo luogo, perché non trasformo i miei mali in scherzi; e infine, se mai mi dovesse capitare qualcosa del genere, cercherei di rendere quelle situazioni meno banali o insipide.”
“A volte ho prestato denaro a Neuchâtel, ma non ne ho mai preso in prestito; il motivo è molto semplice: in quel paese non mi è mai mancato denaro. E vi confesserò, signore, che avendo per amici tutte le persone di rilievo di quella zona, sarebbe stato davvero strano se fossi andato a prendere in prestito nove franchi da un cacciatore di camosci che non conoscevo, e questo a un quarto di miglio da casa mia. Poiché la distanza è più o meno la stessa tra Saint-Sulpice, dove si dice che mi sia stato prestato quel denaro, e Môtiers, dove abitavo.”
Vous croiriez, mon cher hôte, sur cette lettre et sur ma réponse que j’ai envoyée au commandant de la province, que tout a été fini, et que, l’imposture étant si clairement prouvée, l’imposteur a été châtié ou bien censuré : point du tout ; l’affaire est encore là, et ledit Thevenin, conseillé par ceux qui l’ont aposté, se retranche à dire qu’il a peut-être pris un autre M. Rousseau pour J. J. Rousseau, et persiste à soutenir avoir prêté la somme à un homme de ce nom, se tirant d’affaire, je ne sais comment, au sujet des lettres de recommandation : de sorte qu’il ne me reste d’autre moyen pour le confondre que d’aller moi-même à Grenoble me confronter avec lui ; encore ma mémoire trompeuse et vacillante peut-elle souvent m’abuser sur les faits. Les seuls ici qui me sont certains est de n’avoir jamais connu ni Thevenin ni Janin ; de n’avoir jamais voyagé ni mangé avec eux ; de n’avoir jamais écrit à M. Aldiman ; de n’avoir jamais emprunté de l’argent, ni peu ni beaucoup, de personne durant mon séjour à Neuchâtel ; je ne crois pas non plus avoir jamais écrit à M. de Faugnes, surtout pour lui recommander quelqu’un ; ni jamais avoir signé le Voyageur perpétuel ; ni jamais avoir couché aux Verrières, quoiqu’il ne me soit pas possible de me rappeler où nous couchâmes en revenant de Pontarlier avec Sauttersheim, dit le Baron ; car en allant je me souviens parfaitement que nous n’y couchâmes pas. Je vous fais tous ces détails, mon cher hôte, afin que si, par vos amis, vous pouvez avoir quelque éclaircissement sur tous ces faits, vous me rendiez le bon office de m’en faire part le plus tôt qu’il sera possible. J’écris par ce même courrier à M. du Terreau, maire des Verrières, à M. Breguet, à M. Guyenet, lieutenant du Val-de-Travers, mais sans leur faire aucun détail ; vous aurez la bonté d’y suppléer, s’il est nécessaire, par ceux de cette lettre. Vous pouvez m’écrire ici en droiture ; mais si vous avez des éclaircissements intéressants à me donner, vous ferez bien de me les envoyer par duplicata, sous enveloppe, à l’adresse de M. le comte de Tonnerre, lieutenant-général des armées du roi, commandant pour sa majesté en Dauphiné à Grenoble. Vous pourrez même m’écrire à l’ordinaire sous son couvert : mes lettres me parviendront plus lentement, mais plus sûrement qu’en droiture.
J’espère qu’on est tranquille à présent dans votre pays. Puisse le ciel accorder à tous les hommes la paix qu’ils ne veulent pas me laisser ! Adieu, mon cher hôte ; je vous embrasse.
Lettre DCCCXLIV – Au même
Bourgoin, le 18 septembre 1768.
Monsieur,
Le contretemps de votre absence à mon arrivée à Grenoble m’affligea d’autant plus que, sentant combien il m’importait que, selon votre désir, mon entrevue avec le sieur Thevenin se passât sous vos yeux, et ne pouvant le trouver qu’à l’aide de M. Bovier, que j’aurais voulu ne pas voir, je me voyais forcé d’attendre à Grenoble votre retour, à quoi je ne pouvais me résoudre, ou de revenir l’attendre ici, ce qui m’exposait à un second voyage. J’aurais pris, monsieur, ce dernier parti, sans la lettre que vous me fîtes l’honneur de m’écrire le 15, et qui me fut envoyée à la nuit par M. Bovier. Je compris par cette lettre, qu’afin que mon voyage ne fut pas inutile vous pensiez que je pouvais voir ledit Thevenin, quoique en votre absence ; et c’est ce que je fis par l’entremise de M. Bovier, auquel il fallut bien recourir pour cela.
Je le vis tard, à la hâte, en deux reprises : j’étais en proie à mille idées cruelles, indigné, navré de me voir après soixante ans d’honneur, compromis, seul, loin de vous, sans appui, sans ami, vis-à-vis d’un pareil misérable, et surtout de lire dans les coeurs des assistants, et de ceux mêmes à qui je m’étais confié, leur mauvaise volonté secrète.
Mais quelque courte qu’ait été cette conférence, elle a suffi pour l’objet que je m’y proposais. Avant d’y venir, permettez-moi, M. le comte, une petite observation qui s’y rapporte : M. Bovier m’avait induit en erreur, en me marquant que c’était personnellement à moi que ledit Thevenin avait prêté neuf francs ; au lieu que Thevenin lui-même dit seulement les avoir fait passer par la main d’autrui, en prêt ou en don (car il ne s’explique pas clairement là-dessus), à un homme appelé Rousseau, duquel au reste il ne donne pas le moindre renseignement, ni de son nom, ni de son âge, ni de son état, ni de sa demeure, ni de sa figure, ni de son habit, excepté la couleur, et qu’il s’était signé dans une lettre : le Voyageur perpétuel. JM. Bovier, sur le simple rapport d’un quidam, qu’il dit ne pas connaître, part de ces seuls indices, et de celui du lieu où se sont vus ces deux hommes, pour m’écrire en ces termes : » Je crois vous faire plaisir de vous rappeler un homme qui vous a rendu » un service, il y a près de dix années, et qui se trouve aujourd’hui dans le cas que vous vous en souveniez. » Ce même M. Bovier, dans sa lettre précédente, me parlait ainsi. Je vous ai vu ; j’ai été émerveillé de trouver une âme aussi » belle que la vôtre, jointe à un génie aussi sublime. » Voilà, ce me semble, cette belle âme transformée un peu légèrement en celle d’un vil emprunteur ; et d’un plus vil banqueroutier : il faut que les belles âmes soient bien communes à Grenoble, car assurément on ne les y met pas à haut prix.
Voici la substance de la déclaration dudit The-venin, tant en présence de M. Bovier et de sa famille, que de M. de Champagneux, maire et châtelain de Bourgoin, de son cousin, M. de Rozière, officier d’artillerie, et d’un autre officier du même corps, leur ami, dont j’ignore le nom, laquelle déclaration a été faite en plusieurs fois, avec des variations, en hésitant, en se reprenant, quoique assurément il dût avoir la mémoire bien fraîche de ce qu’il avait dit tant de fois, et à vous, M. le comte, et avant vous à M. Bovier.
Que de la Charité-sur-Loire, qui est son pays, venant en Suisse, et passant aux Verrières-de-Jouc, dans un cabaret dont l’hôte s’appelle Janin, un homme nommé Rousseau, le voyant mettre à genoux, lui demanda s’il était catholique ; que là-dessus s’étant pris de conversation, cet homme lui donna une lettre de recommandation pour Yverdon ; qu’ayant continué de demeurer ensemble dans ledit cabaret, ledit Rousseau le pria de lui prêter quelque argent, et lui donna, deux jours après, deux autres lettres de recommandation ; savoir, une seconde pour Yverdon, et l’autre pour Paris, où ledit Rousseau lui dit qu’il avait mis pour signature, le Voyageur perpétuel ; qu’en reconnaissance de ce service, lui Thevenin lui fit remettre neuf francs par Janin, leur hôte, après un voyage qu’ils firent tous trois des Verrières à Saint-Sulpice, où ils dînèrent encore ensemble ; qu’ensuite ils se séparèrent ; que lui Thevenin se rendit de là à Yverdon, et porta les deux lettres de recommandation à leurs adresses, l’une pour M. de Faugnes, l’autre pour M. Aldiman ; que, ne les ayant trouvés ni l’un ni l’autre, il remit ses lettres à leurs gens, sans que, pendant deux ans qu’il resta sur les lieux, la fantaisie lui ait pris de retourner chez ces messieurs, voir, du moins par curiosité, l’effet de ces mêmes lettres qu’il avait si bien payées. À l’égard de la lettre de recommandation pour Paris, signée le Voyageur perpétuel, il l’envoya à la Charité-sur-Loire, à sa femme, qui la fit passer par le curé à son adresse, dont il ne se souvient point.
My dear host, you might believe, based on this letter and my reply sent to the governor of the province, that everything has been settled and that, since the fraud had been so clearly proven, the impostor had been punished or at least censured. But far from it; the matter is still unresolved. The said Thevenin, advised by those who had instigated him, claims that he may have mistaken another man for J.-J. Rousseau and insists that he did indeed lend money to someone with that name. As for the letters of recommendation, he somehow manages to evade responsibility. Therefore, I see no other way to expose him but to go to Grenoble and confront him myself. Yet my memory, being unreliable and faltering, may often mislead me regarding these facts. The only things I am certain about are that I have never known either Thevenin or Janin; that I have never traveled or dined with them; that I have never written to Mr. Aldiman; that I have never borrowed any money, amounting to much or little, from anyone during my stay in Neuchâtel; nor do I believe I have ever written to Mr. de Faugnes, especially not to recommend someone to him; nor have I ever signed the “Voyageur perpétuel”; nor have I ever stayed at the Verrières, although I cannot recall where we stayed on our return from Pontarlier with Sauttersheim, called the Baron. In short, when I left, I clearly remember that we did not stay there. I am providing you with all these details, my dear host, so that if you are able to obtain some clarification regarding these matters through your friends, you would do me a great favor by informing me as soon as possible. By the same post, I am also writing to Mr. du Terreau, mayor of the Verrières, and to Messrs. Breguet and Guyenet, lieutenant of the Val-de-Travers, but without providing them with any specific details; you will be kind enough to supplement this information, if necessary, using the details contained in this letter. You may write to me directly here, but if you have any relevant clarifications to offer, it would be best to send them in duplicate, enclosed in an envelope, addressed to Count de Tonnerre, lieutenant-general of the King’s armies and commander-in-chief for his Majesty in Dauphiné, based in Grenoble. You may also write to me through his address; although my letters will arrive more slowly, they will be more secure than if sent directly to me.
I hope that things are now peaceful in your country. May heaven grant all men the peace that they refuse to allow me! Goodbye, my dear host; I kiss you goodbye.
Letter DCCCXLIV – To the Same One
Bourgoin, September 18, 1768.
Sir,
The inconvenience of your absence upon my arrival in Grenoble distressed me all the more because I realized how important it was to me that my meeting with Monsieur Thevenin take place in your presence, as you had wished. Since I could only find him through the help of Mr. Bovier—someone I would have preferred not to see—I was forced to either wait for your return in Grenoble, which I was unwilling to do, or come back here to wait for you, which would have meant another journey for me. Monsieur, I would have chosen the latter option had it not been for the letter you took the trouble to write to me on the 15th, which was delivered to me at night by Mr. Bovier. From this letter, I understood that you believed my trip might not be in vain if I were able to meet with Monsieur Thevenin despite your absence; and indeed, that’s what I did through the assistance of Mr. Bovier.
I saw him late, in haste, on two occasions: I was overwhelmed by a thousand cruel thoughts; I was indignant, saddened to find myself, after sixty years of honor, compromised, alone, far from you, without support, without friends, facing such a wretch—and especially, I could see the secret malice in the hearts of those present, and even in those to whom I had confided my affairs.
But however short this conference may have been, it was sufficient for the purpose I had in mind. Before proceeding, permit me, Mr. Count, to make a small observation related to it: M. Bovier had led me astray by stating that it was personally to me that M. Thevenin had lent nine francs; whereas in fact, Thevenin himself merely said that he had had the money transferred through the hands of another person, either as a loan or a gift (since he did not clarify this point). The name of this person was Rousseau, but M. Thevenin provided no information about him at all—neither his name, nor his age, nor his status, nor his residence, nor his appearance, nor even the color of his clothes, except that he had signed himself “Le Voyageur perpétuel” in a letter. Based solely on these vague clues, and on the knowledge of the place where these two men had met, M. Bovier wrote to me as follows: “I believe this will please you to recall a man who did you a favor nearly ten years ago, and who is now in exactly the same situation as when you remembered him.” The very same M. Bovier had spoken to me in similar terms in his previous letter. When I saw you, I was amazed to find such a “beautiful soul” combined with such a “sublime genius.” Well, it seems that this beautiful soul has been somewhat transformed into that of a despicable borrower—and even a more contemptible bankrupt. Clearly, beautiful souls must be quite common in Grenoble, since they seem to be held in very low regard there.
Here is the substance of the statement made by The-Venin, both in the presence of Mr. Bovier and his family, as well as in the presence of Mr. de Champagneux, the mayor and lord of Bourgoin, his cousin Mr. de Rozière, an officer of the artillery, and another officer from the same branch of the military, their friend whose name I do not know. This statement was made several times, with variations, hesitations, and repetitions, although surely he must have had a very clear memory of what he had said on so many occasions. It was made to you, Mr. the Count, and before you to Mr. Bovier.
A man from Charité-sur-Loire, his hometown, came to Switzerland and stopped at a tavern in Verrières-de-Jouc owned by a man named Janin. There, a man named Rousseau saw him kneel down and asked if he was Catholic; after engaging in conversation, this man gave him a letter of recommendation for Yverdon. They continued to stay at the same tavern, and Rousseau then asked him to lend him some money. Two days later, Rousseau gave him two more letters of recommendation—one for Yverdon and one for Paris, where he stated that he had signed them as “The Perpetual Traveler.” In gratitude for this favor, Thevenin had Janin give him nine francs after they had dined together three times in Saint-Sulpice. Afterwards, they parted ways; Thevenin went to Yverdon and delivered the letters of recommendation—one to M. de Faugnes and the other to M. Aldiman. Since he could not find either of them, he left his letters with their servants. For two years, he did not think of returning to see the effect of these letters he had paid so dearly for. As for the letter of recommendation for Paris, signed “The Perpetual Traveler,” he sent it to his wife in Charité-sur-Loire, who then had the priest deliver it to its intended recipient, whose name he no longer remembers.
Mio caro ospite, potreste credere, sulla base di questa lettera e della mia risposta inviata al comandante della provincia, che tutto sia finito e che, poiché l’inganno è stato chiaramente dimostrato, l’impostore sia stato punito o almeno censurato. Niente affatto: la questione è ancora aperta. Il suddetto Thevenin, consigliato da coloro che lo hanno incaricato di questa missione, sostiene di aver forse scambiato un altro signor Rousseau per J.-J. Rousseau, e insiste nel dire di aver prestato denaro a una persona con quel nome, cercando in qualche modo di sfuggire alle conseguenze delle sue azioni riguardo alle lettere di raccomandazione. Non mi resta quindi altra scelta se non recarmi personalmente a Grenoble per confrontarmi con lui; tuttavia, la mia memoria, spesso ingannevole e incerta, potrebbe ancora tradirmi riguardo ai fatti. L’unica cosa di cui sono certo è che non ho mai conosciuto né Thevenin né Janin, che non ho mai viaggiato o mangiato con loro, che non ho mai scritto a M. Aldiman, che non ho mai preso in prestito denaro da nessuno durante il mio soggiorno a Neuchâtel. Non credo nemmeno di aver mai scritto a M. de Faugnes, soprattutto per raccomandargli qualcuno; né di aver mai firmato il “Voyageur perpétuel”, né di essere mai stato ospite alle Verrières. Anche se non riesco a ricordare esattamente dove abbiamo dormito tornando da Pontarlier con Sauttersheim, detto il Barone. Vi faccio tutti questi dettagli perché, se attraverso i vostri amici potete ottenere qualche chiarimento su questi fatti, vi prego di comunicarmelo il prima possibile. Scrivo anche a M. du Terreau, sindaco delle Verrières, a M. Breguet e a M. Guyenet, tenente del Val-de-Travers, ma senza fornire loro dettagli precisi; se necessario, potrete integrare le informazioni contenute in questa lettera. Potete scrivermi direttamente qui, ma se avete informazioni importanti da darmi, vi consiglio di inviarle per duplicato, in busta chiusa, all’indirizzo di M. il conte de Tonnerre, tenente generale delle armate del re e comandante per sua maestà nel Delfinato a Grenoble. Potete anche scrivermi normalmente sotto la sua protezione: le mie lettere arriveranno più lentamente, ma con maggiore sicurezza rispetto a quando vengono inviate direttamente.
Spero che ora nel vostro paese regni la tranquillità. Possa il cielo concedere a tutti gli uomini quella pace che loro stessi non vogliono concedermi! Addio, mio caro ospite; vi abbraccio.
Lettera DCCCXLIV – Allo stesso.
Bourgoin, 18 settembre 1768.
Signore,
Il contrattempo dovuto alla vostra assenza al mio arrivo a Grenoble mi addolorò ancora di più, poiché, rendendomi conto di quanto fosse importante per me che l’incontro con il signor Thevenin avesse luogo sotto i vostri occhi, e non potendo trovarlo se non con l’aiuto del signor Bovier – che avrei voluto evitare di incontrare – fui costretto ad attendere a Grenoble il vostro ritorno, cosa che non riuscivo a sopportare, oppure a tornare qui per aspettarvi, il che mi avrebbe esposto a un secondo viaggio. Avrei scelto quest’ultima opzione, signore, se non fosse stato per la lettera che mi avete onorato di scrivere il 15 e che mi fu inviata di notte dal signor Bovier. Da questa lettera compresi che, affinché il mio viaggio non risultasse inutile, voi ritenevate possibile che potessi incontrare il suddetto Thevenin anche in vostra assenza; ed è ciò che feci, tramite l’aiuto del signor Bovier, al quale dovetti pur ricorrere per questo scopo.
Lo vidi tardi, in fretta, due volte: ero assalito da mille pensieri crudeli, indignato, addolorato nel constatare che, dopo sessant’anni di onore, mi trovavo compromesso, solo, lontano da te, senza appoggio, senza amici, di fronte a un individuo così miserabile; inoltre, leggevo nella loro mente, in quella dei presenti e persino in quella di coloro a cui mi ero confidato, la loro cattiva volontà nascosta.
Ma per quanto breve fosse questa conversazione, è stata sufficiente per lo scopo che mi proponevo di raggiungere. Prima di iniziarla, permettetemi, signor conte, una piccola osservazione relativa ad essa: il signor Bovier mi aveva indotto in errore, dicendomi che era stato personalmente a me che il suddetto Thevenin aveva prestato nove franchi; invece, Thevenin stesso ha semplicemente detto di averli fatti passare attraverso le mani di un altro, sia come prestito che in donazione (poiché non si spiega chiaramente al riguardo), a un uomo chiamato Rousseau, di cui comunque non fornisce alcuna informazione: né il nome, né l’età, né lo stato sociale, né la residenza, né l’aspetto, né l’abito indossato, se non la sua colore; e che si era firmato in una lettera come “Il Viaggiatore Eterno”. Il signor Bovier, basandosi soltanto su queste poche indicazioni e sul luogo in cui quei due uomini si erano incontrati, mi ha scritto così: “Credo di farvi piacere ricordando un uomo che vi ha reso un servizio quasi dieci anni fa, e che oggi si trova nella situazione in cui probabilmente lo ricorderete”. Lo stesso signor Bovier, nella sua lettera precedente, mi aveva parlato allo stesso modo. Vi ho visto; sono rimasto stupito nel trovare un’anima così “bella” come la vostra, unita a un genio così “sublime”. Ebbene, questa stessa bella anima sembra essere stata trasformata, in qualche modo, in quella di un vile prestatore e di un ancora più vile fallito. Deve esserci davvero molte anime belle a Grenoble, poiché sicuramente non vi viene attribuito grande valore.
Ecco il contenuto essenziale della dichiarazione di detto The-venin, resa sia in presenza di Monsieur Bovier e della sua famiglia, sia di Monsieur de Champagneux, sindaco e castellano di Bourgoin, del suo cugino Monsieur de Rozière, ufficiale d’artiglieria, e di un altro ufficiale dello stesso corpo, loro amico il cui nome ignoro. Tale dichiarazione è stata resa più volte, con variazioni, esitazioni e ripetizioni; nonostante ciò, Monsieur The-venin doveva certamente ricordare molto bene quanto aveva detto in tante occasioni. La dichiarazione è stata fatta sia a voi, Signor Conte, che prima di voi a Monsieur Bovier.
Che un uomo di nome Rousseau, proveniente dalla Charité-sur-Loire, sua città natale, giunse in Svizzera e si recò alle Verrières-de-Jouc, dove entrò in un cabaret gestito da un certo Janin; che lì, vedendo Rousseau inginocchiarsi, il proprietario del locale gli chiese se fosse cattolico; che dopo aver iniziato a conversare, Rousseau gli diede una lettera di raccomandazione per Yverdon; che continuando a trascorrere del tempo insieme in quel cabaret, Rousseau lo pregò di prestargli del denaro e, due giorni dopo, gli fornì altre due lettere di raccomandazione: una per Yverdon e l’altra per Parigi, dove Rousseau gli disse di aver firmato quelle lettere con il nome “Voyageur perpétuel”; che in segno di gratitudine per questo favore, Thevenin ricevette nove franchi da Janin, dopo un viaggio compiuto insieme alle Verrières-de-Jouc fino a Saint-Sulpice, dove cenarono ancora insieme; che successivamente si separarono; che Thevenin si recò a Yverdon e consegnò le due lettere di raccomandazione ai rispettivi destinatari: una a M. de Faugnes e l’altra a M. Aldiman; che non trovando nessuno dei due, lasciò le lettere alle loro persone di servizio; e che, per i due anni in cui rimase in quei luoghi, non ebbe mai la tentazione di tornare da quei signori per vedere, almeno per curiosità, l’effetto delle stesse lettere che aveva pagato così bene. Per quanto riguarda la lettera di raccomandazione per Parigi, firmata con il nome “Voyageur perpétuel”, Thevenin la inviò alla sua moglie a La Charité-sur-Loire, che la fece consegnare al curato, ma lui non si ricorda più chi fosse.
Quant à la personne dudit Rousseau, j’ai déjà dit qu’il ne s’en rappelait rien, ni rien de ce qui s’y rapporte : interrogé si ledit Rousseau portait son chapeau sur la tête ou sous le bras, il a dit ne s’en pas souvenir ; s’il portait perruque ou s’il avait ses cheveux, a dit qu’il ne s’en souvenait pas non plus, et que cela ne faisait pas une différence bien sensible : interrogé sur l’habillement, il a dit que tout ce qu’il s’en rappelait était qu’il portait un habit gris, doublé de bleu ou de vert : interrogé s’il savait la demeure dudit Rousseau, a dit qu’il n’en savait rien ; s’il n’avait plus eu de ses nouvelles, a dit que, durant tout son séjour à Yverdon et à Estavayé, où il alla travailler en sortant de là, il n’a jamais plus ouï parler dudit Rousseau, et n’a su ce qu’il était devenu, jusqu’à ce qu’apprenant qu’il y avait un M. Rousseau à Grenoble, il s’est adressé, par le vicaire de la paroisse, à son voisin, M. Bovier, pour savoir si ledit sieur Rousseau ne serait point son homme des Verrières ; chose qu’il n’a pourtant jamais affirmée, ni dite, ni crue, mais dont il voulait simplement s’informer.
Comme sa déclaration laissait assez indéterminé le temps de l’époque, j’ai parcouru, pour le fixer, ceux de ses papiers qu’il a bien voulu me montrer ; et j’y ai trouvé un certificat daté du 30 juillet 1763, par lequel le sieur Cuche, chamoiseur d’Yverdon, atteste que ledit Thevenin a demeuré chez lui pendant environ deux ans, etc.
Supposant donc que Thevenin soit entré chez le sieur Cuche, immédiatement à son arrivée à Yverdon, et qu’il se soit rendu immédiatement à Yverdon, en quittant ledit Rousseau à Saint-Sulpice, cela détermine le temps de leur entrevue à la fin de l’été 1761 au plus tard. Il est possible que cette époque remonte plus haut ; mais il ne l’est pas qu’elle soit plus récente, puisqu’il faudrait alors que cette rencontre se fût faite du temps que ledit Thevenin était déjà à Yverdon, au lieu qu’elle se fit avant qu’il y fût arrivé.
J’ai demandé à cet homme le nom du maître chez lequel il travaille à Grenoble : il me l’a dit ; je l’ai oublié. Je lui ai demandé pour qui ce maître travaillait, quelles étaient ses pratiques ; il m’a dit qu’il n’en savait rien, et qu’il n’en connaissait aucune. Je lui ai demandé s’il ne travaillait point pour son voisin, M. Bovier le père, qui est gantier ; il m’a dit qu’il n’en savait rien ; et M. Bovier fils, prenant la parole, a dit que non ; et il fallait bien en effet qu’ils ne se connussent point, puisque, pour parvenir à lui parler, ledit Thevenin a eu recours au vicaire de la paroisse.
Voilà, dans ce qu’a dit cet homme, tout ce qui me paraît avoir trait à la question.
Cette question en peut offrir deux distinctes, premièrement, si ledit Thevenin dit vrai ou s’il ment.
Supposant qu’il dit vrai, seconde question : quel est l’homme nommé Rousseau, auquel il a prêté son argent, sans connaître de lui que le nom ? car enfin l’identité des noms ne fait pas celle des personnes ; et il ne suffit pas, n’en déplaise à M. Bovier, de porter le nom de Rousseau, pour être, par cela seul, le débiteur ou l’obligé du sieur Thevenin.
Il n’y a, selon le récit du dernier, que trois personnes en état d’en attester la vérité ; savoir, le Rousseau dont il ne connaît que le nom, Thevenin lui-même, et l’hôte Janin, qui est absent : d’ailleurs, le témoignage des deux premiers, comme parties, est nul, à moins qu’ils ne soient d’accord ; et celui du dernier serait suspect, s’il favorisait Thevenin ; car il peut être son complice ; il peut même être le seul fripon, comme vous l’avez, monsieur, soupçonné vous-même ; il peut encore être gagné par ceux qui ont aposté l’autre. Il n’est décisif qu’au cas qu’il condamne Thevenin. En tout état de cause, je ne vois pas à tout cela de quoi faire preuve sans d’autres informations. Il est vrai que les circonstances du récit de Thevenin ne seraient pas un préjugé qui lui fût bien favorable, quand même il aurait affaire au dernier des malheureux, qui aurait tous les autres préjugés contre lui ; mais enfin tout cela ne sont pas des preuves. Qu’un garçon chamoiseur, qui court le pays pour chercher de l’ouvrage, s’aille mettre à genoux en parade, dans un cabaret protestant ; qu’un autre homme qui le voit conclue de là qu’il est catholique, lui en fasse compliment, lui offre des lettres de recommandation, et lui demande de l’argent sans le connaître et sans en être connu d’aucune façon ; qu’au lieu de présumer de là que l’emprunteur est un escroc, et que ses recommandations sont des torche-culs, l’autre, transporté du bonheur de les obtenir, tire aussitôt neuf francs de sa bourse cossue ; qu’il ait même la complaisante délicatesse de n’oser les donner lui-même à celui qui ose bien les lui demander ; qu’il attende pour cela d’être en un autre lieu, et de les lui faire modestement présenter par un autre homme : tout cela, tout inepte et risible qu’il est, n’est pas absolument impossible.
Que le prêteur ou donneur passe trois jours avec l’emprunteur ; qu’il mange avec lui ; qu’il voyage avec lui sans savoir comment il est fait, s’il porte perruque ou non, s’il est grand ou petit, noir ou blond, sans retenir la moindre chose de sa figure : cela paraît si singulier, que je lui en fis l’objection. À cela il me répondit qu’en marchant, lui, Thevenin, était derrière l’autre et ne le voyait que par le dos, et qu’à table il ne le voyait pas bien non plus, parce que ledit Rousseau ne se tenait pas assis, mais se promenait par la chambre en mangeant. Il faut convenir, en riant de plus fort, que cela n’est pas encore impossible.
Il ne l’est pas enfin que, desdites lettres de recommandation si précieuses, aucune ne soit parvenue, attendu que ledit Thevenin, modeste pour les lettres comme pour l’argent, ne voulut pas les rendre lui-même, ni s’informer au moins de leur effet, quoiqu’il demeurât dans le même lieu qu’habitaient ceux à qui elles étaient adressées, qu’il les vît peut-être dix fois par jour, et que ce fût au moins une curiosité fort naturelle, de savoir si un coureur de cabarets, à l’affût des écus des passants, pouvait être réellement en liaison avec ces messieurs-là. Si, comme il est à craindre, aucune desdites lettres n’est parvenue, ce seront ces coquins de valets, à qui l’honnête Thevenin les a remises, qui lui auront joué le tour de les garder. Je ne dis rien de la lettre pour Paris ; il est si clair qu’une recommandation pour Paris est extrêmement utile à un garçon chamoiseur qui va travailler à Yverdon !
Pardon, monsieur ; je ris de ma simplicité, et j’admire votre patience ; mais enfin, si Thevenin n’est pas un imposteur, il faut, de nécessité absolue, que toutes ces folies soient autant de vérités.
Supposons-les telles, et passons outre : voilà le généreux The venin, créancier ou bienfaiteur d’un nommé Rousseau, lequel, comme le dit très bien M. Bovier, doit être pénétré de reconnaissance. Quel est ce Rousseau ? lui, Thevenin, n’en sait rien, mais M. Bovier le sait pour lui, et présume, avec beaucoup de vraisemblance, que ce Rousseau est l’infortuné Jean-Jacques Rousseau,-si connu par ses malheurs passés, et qui le sera bien plus encore par ceux que l’on lui prépare. Je ne sache pas cependant que, parmi ces multitudes de charges atroces et ridicules que ses ennemis inventent journellement contre lui, ils l’aient jamais accusé d’être un coureur de cabarets, un crocheteur de bourses[985], qui va pochetant quelques écus çà et là, chez le premier va-nu-pieds qu’il rencontre. Si le Jean-Jacques Rousseau qu’on connaît pouvait s’abaisser à pareille infamie, il faudrait qu’on l’eût vu, pour le pouvoir croire ; et encore, après l’avoir vu, n’en croirait-on rien. M. Bovier est moins incrédule ; le simple doute d’un misérable qu’il ne connaît point se transforme, à ses yeux, en certitude, et lui prouve qu’une belle âme qu’il connaît est celle du plus vil des mendiants ou du plus lâche des fripons.
As for the person of said Rousseau, I have already stated that he remembered nothing about him, nor anything related to him: when asked whether said Rousseau wore his hat on his head or under his arm, he said he could not remember; when asked whether he wore a wig or had his own hair, he said he could not remember either, and that it did not make much of a difference; when questioned about his clothing, he said the only thing he remembered was that he wore a coat that was gray, with blue or green lining; when asked if he knew where said Rousseau lived, he said he had no idea; when asked if he had heard anything about him since then, he said that during his entire stay in Yverdon and Estavayé, where he went to work after leaving there, he had never heard anything about said Rousseau again, and did not know what had become of him, until he learned that there was a Mr. Rousseau living in Grenoble, at which point he asked his neighbor, Mr. Bovier, through the parish vicar, whether said Mr. Rousseau might not be the same person; something which he himself had never claimed, stated, or believed, but simply wanted to find out.
Since his statement left the exact duration of that period rather vague, I went through those of his documents that he kindly allowed me to see in order to determine it. There I found a certificate dated July 30, 1763, in which Mr. Cuche, a furrier from Yverdon, attests that Thevenin had lived with him for approximately two years, etc.
Therefore, assuming that Thevenin entered the residence of Monsieur Cuche immediately upon his arrival in Yverdon, and that he left Rousseau in Saint-Sulpice to go straight for Yverdon, this determines that their meeting must have taken place no later than the end of the summer of 1761. It is possible that this date could be earlier; but it cannot be any later, since that would mean the encounter occurred while Thevenin was already in Yverdon, rather than before he arrived there.
I asked this man the name of the master for whom he worked in Grenoble; he told me, but I have forgotten it. I then asked him for whom this master worked and what his practices were; he said he knew nothing about it and was not aware of any such practices. I also asked him if he did not work for his neighbor, Mr. Bovier the elder, who is a glove maker; he said he had no idea. Then Mr. Bovier the son spoke up and confirmed that it was not the case. Indeed, it seemed clear that they did not know each other, since Thevenin had to resort to the parish vicar in order to get in touch with him.
Well, in what this man said, there is everything that, in my opinion, relates to this issue.
This question can be approached from two different perspectives: firstly, whether Thevenin is telling the truth or lying.
Assuming he is telling the truth, here comes the second question: who is this man named Rousseau to whom he lent his money, knowing nothing about him beyond his name? After all, the identity of a name does not equate to the identity of a person; and, despite what Mr. Bovier may think, it is not enough to bear the name Rousseau in order to be, by that alone, the debtor or obligor of Monsieur Thevenin.
According to the account of the last person involved, there are only three individuals who could attest to the truth of this matter: Rousseau, whose name alone is known to him; Thevenin himself; and Janin, the host, who is currently absent. Moreover, the testimonies of the first two, as parties involved in the matter, are worthless unless they agree with each other; and the testimony of the last would be questionable if it favored Thevenin—after all, he could be his accomplice, or even the sole deceiver, just as you yourself have suspected. It would only be decisive if it condemned Thevenin. In any case, I see no way to establish the truth of this without additional information. It is true that the circumstances described in Thevenin’s account would not necessarily work in his favor, even if he were dealing with one of the most unfortunate people, who would hold all kinds of prejudices against him; but after all, none of this constitutes proof. That a young man who wanders from place to place in search of work should go and kneel down in a Protestant tavern for some attention; that another person, seeing this, should conclude that he is Catholic, compliment him, offer him letters of recommendation, and ask him for money without knowing him or being known to him in any way; that instead of suspecting that the borrower is a swindler and that those recommendations are merely a trick, the other person, overjoyed at obtaining them, should immediately take out nine francs from his purse; and that he should even have the delicate courtesy not to give them directly to the person who dares to ask for them, but wait until they are presented to him by someone else—all these things, as ridiculous and implausible as they may be, are not absolutely impossible.
That the lender or giver should spend three days with the borrower; that he should eat with him; that he should travel with him without knowing what his appearance is—whether he wears a wig or not, whether he is tall or short, black or blond—and without retaining any detail of his face: this seems so peculiar that I raised an objection against it. To this, he replied that when they were walking, he, Thevenin, was behind the other person and could only see him from behind; and at the table, he couldn’t see him clearly either, because Rousseau wasn’t sitting still but was walking around the room while eating. One must admit, while laughing even harder, that this isn’t entirely impossible after all.
Ultimately, not a single one of those so precious letters of recommendation ever arrived. For the modest Thevenin, whether it came to letters or money, was unwilling to deliver them himself or even inquire about their fate—even though he lived in the very same place as the people they were addressed to, and might see them ten times a day. It would have been only natural for him to wonder whether some ruffian, preying on passersby’s money, could truly be connected with such gentlemen. If, as one fears, not a single letter reached its destination, then it must be those shameless servants to whom the honest Thevenin had entrusted them who kept them for themselves. As for the letter intended for Paris, well, it goes without saying that a recommendation there would be extremely useful to a young man looking for work in Yverdon!
Excuse me, sir; I laugh at my own simplicity and admire your patience; but after all, if Thevenin is not an impostor, then it is absolutely necessary that all these seemingly foolish claims be in fact true.
Let us assume them to be such, and ignore the rest: here is the generous Thevenin, a creditor or benefactor of a man named Rousseau—who, as Mr. Bovier very aptly observes, must surely be filled with gratitude. But who is this Rousseau? Thevenin himself knows nothing about him; however, Mr. Bovier knows for him and assumes, with great likelihood, that this Rousseau is the unfortunate Jean-Jacques Rousseau—so well-known for his past misfortunes, and who will become even more so due to those that await him. However, I do not know that, among all these countless horrible and ridiculous accusations fabricated by his enemies against him every day, they have ever accused him of being a frequenter of taverns or a swindler who extorts a few pennies here and there from the first beggar he meets. If the Jean-Jacques Rousseau we know were capable of such infamy, one would have to have seen him do it in order to believe it; and even then, after seeing him, one would not believe it at all. Mr. Bovier is less skeptical; for him, the slightest doubt expressed by a miserable stranger he does not know turns into certainty—and proves to him that a noble soul he knows must belong to the most despicable beggar or the most cowardly scoundrel.
Per quanto riguarda la persona di detto Rousseau, ho già detto che non se ne ricordava nulla, né di ciò che vi è correlato: quando gli è stato chiesto se detto Rousseau portasse il cappello in testa o sotto il braccio, ha risposto di non ricordarselo; quando gli è stato chiesto se portasse una parrucca o avesse i propri capelli, ha detto di non ricordarselo nemmeno lui, e che questa differenza non fosse particolarmente evidente; quando gli è stato chiesto riguardo al suo abbigliamento, ha detto che tutto ciò di cui si ricordava era che indossava un abito grigio, foderato di blu o di verde; quando gli è stato chiesto dove risiedesse detto Rousseau, ha risposto di non saperlo; quando gli è stato chiesto se avesse più avuto sue notizie, ha detto che, durante tutto il suo soggiorno a Yverdon e a Estavayé, dove andava a lavorare dopo essere uscito da lì, non aveva mai più sentito parlare di detto Rousseau, e non sapeva cosa ne fosse stato della sua sorte, fino a quando, venendo a sapere che c’era un certo signor Rousseau a Grenoble, si era rivolto, tramite il vicario della parrocchia, al suo vicino, il signor Bovier, per chiedergli se detto signor Rousseau non fosse la stessa persona; cosa che tuttavia non aveva mai affermato, né detto, né creduto, ma di cui voleva semplicemente informarsi.
Poiché la sua dichiarazione lasciava abbastanza indeterminato il periodo di tempo in questione, ho esaminato i suoi documenti che ha gentilmente voluto mostrarmi per stabilirlo con precisione; tra questi ho trovato un certificato datato 30 luglio 1763, nel quale il signor Cuche, cacciatore di Yverdon, attesta che il suddetto Thevenin è rimasto a casa sua per circa due anni, ecc.
Quindi, supponendo che Thevenin sia entrato nella casa del signor Cuche non appena arrivato a Yverdon, e che si sia recato immediatamente lì dopo aver lasciato Rousseau a Saint-Sulpice, ciò determina che il loro incontro sia avvenuto al più tardi alla fine dell’estate del 1761. È possibile che questa data risalga a un periodo precedente; ma non è affatto possibile che sia più recente, poiché in tal caso l’incontro dovrebbe essere avvenuto mentre Thevenin era già a Yverdon, e non prima che vi arrivasse.
Ho chiesto a quest’uomo il nome del maestro presso cui lavorava a Grenoble: me l’ha detto; l’ho dimenticato. Gli ho chiesto per chi lavorasse quel maestro, quali fossero le sue pratiche; mi ha risposto di non saperne nulla e di non conoscerne alcuna. Gli ho chiesto se non lavorasse forse per il suo vicino, il signor Bovier padre, che è un calzolaio; mi ha detto di non saperne nulla; e il signor Bovier figlio, intervenendo, ha confermato che non era così. E in effetti, doveva esserci del tutto ignoranza tra loro, visto che per riuscire a parlargli, il suddetto Thevenin aveva dovuto ricorrere al vicario della parrocchia.
Ecco, in ciò che quest’uomo ha detto, tutto ciò che mi sembra avere a che fare con questa questione.
Questa domanda può essere affrontata in due modi diversi: innanzitutto, stabilire se il suddetto Thévenin dica la verità o menta.
Supponendo che dica la verità, seconda domanda: chi è quest’uomo di nome Rousseau a cui ha prestato i suoi soldi, senza conoscerne altro che il nome? Dopotutto, l’identità dei nomi non corrisponde necessariamente all’identità delle persone; e, a dispetto di quanto sostenga il signor Bovier, non basta portare il nome Rousseau per essere, solo per questo, debitore o creditore del signor Thevenin.
Secondo il racconto dell’ultimo testimone, ci sono soltanto tre persone in grado di attestare la veridicità dei fatti: Rousseau, di cui conosce solo il nome, Thevenin stesso e l’ospite Janin, che al momento è assente. Inoltre, il testimonianza dei primi due, essendo parti interessate, non ha alcun valore, a meno che non siano d’accordo tra loro; quella dell’ultimo, invece, sarebbe sospetta se favorisse Thevenin, poiché potrebbe essere suo complice, o addirittura l’unico colpevole, come anche voi stesso avete sospettato. Potrebbe anche essere corrotto da coloro che hanno incaricato Thevenin di diffondere questa storia falsa. Un testimone decisivo esisterebbe soltanto nel caso in cui condannasse apertamente Thevenin. In ogni caso, non vedo alcun modo per dimostrare la veridicità di tutto ciò senza ulteriori informazioni. È vero che le circostanze descritte da Thevenin non sarebbero certo a suo favore, anche se si trattasse dell’ultimo dei malviventi, contro cui tutti avrebbero pregiudizi. Ma dopotutto, tutto ciò non costituisce alcuna prova concreta. Che un ragazzo che gira per il paese in cerca di lavoro si metta a pregare in pubblico in un locale protestante; che qualcun altro, vedendolo fare questo, deduca che sia cattolico e gli faccia i complimenti, gli offra lettere di raccomandazione e gli chieda denaro senza conoscerlo affatto. Che, invece di sospettare che si tratti di un truffatore o che quelle raccomandazioni siano una trappola, l’altro, felice di ottenerle, gli dia subito nove franchi dalla propria borsa. Che abbia persino la delicatezza di non osare darli personalmente a colui che li chiede. E che aspetti di trovarsi in un altro luogo per farglieli consegnare da qualcun altro. Tutto ciò, per quanto assurdo e ridicolo possa sembrare, non è affatto impossibile.
Che il prestatore o il donatore trascorra tre giorni con il debitore; che mangi insieme a lui; che viaggi con lui senza sapere com’è fatto, se porta parrucca o no, se è alto o basso, nero o biondo, senza ricordarsi minimamente del suo aspetto: questa idea sembra così strana che gliene feci obiezione. A questo mi rispose che, durante il cammino, lui, Thevenin, si trovava dietro l’altro e lo vedeva soltanto di spalle; e a tavola non riusciva nemmeno a vederlo chiaramente, perché quel Rousseau non stava seduto fermo, ma camminava avanti e indietro nella stanza mentre mangiava. Bisogna ammettere, ridendo ancora di più, che questa cosa non è affatto impossibile.
Del resto, non è nemmeno arrivata nessuna di quelle preziose lettere di raccomandazione, poiché il suddetto Thevenin, modesto sia nelle lettere che nell’uso del denaro, non volle né consegnarle personalmente né almeno informarsi sul loro esito, nonostante risiedesse nello stesso luogo in cui abitavano le persone a cui erano destinate, e probabilmente le vedesse dieci volte al giorno. Sarebbe stato del tutto naturale per lui curiosare di sapere se un individuo che cercava di approfittare dei passanti potesse davvero essere in contatto con quelle persone. Se, come temiamo, nessuna di queste lettere è arrivata, allora devono essere stati quei furfanti di servitori a cui Thevenin le ha consegnate ad averle nascoste o distrutte. Non parlo della lettera destinata a Parigi; è evidente che una raccomandazione per Parigi possa essere estremamente utile per un ragazzo che deve recarsi a lavorare a Yverdon.
Scusi, signore; rido della mia semplicità e ammiro la sua pazienza. Ma insomma, se Thevenin non è un imbroglione, allora tutte queste follie devono necessariamente essere vere.
Supponiamoli tali, e lasciamo perdere: ecco il generoso Thevenin, creditore o benefattore di un certo Rousseau, il quale, come dice molto bene il signor Bovier, deve essere pieno di riconoscenza. Chi è questo Rousseau? Lui, Thevenin, non lo sa; ma il signor Bovier lo sa per lui, e presume, con molta probabilità, che quel Rousseau sia il sfortunato Jean-Jacques Rousseau, così noto per i suoi passati mali, e che lo diventerà ancora di più per quelli che gli vengono preparati in futuro. Tuttavia, non so se, tra tutte queste orribili e ridicole accuse che i suoi nemici inventano ogni giorno contro di lui, si sia mai accusato di essere un frequentatore di bettole, un truffatore che deruba qualche scudo qua e là, dal primo vagabondo che incontra. Se il Jean-Jacques Rousseau che conosciamo potesse abbassarsi a una simile infamia, bisognerebbe averlo visto per crederci; e anche dopo averlo visto, non si crederebbe comunque. Il signor Bovier, invece, è meno scettico: il semplice dubbio di un miserabile che non conosce si trasforma, ai suoi occhi, in certezza, e gli prova che una nobile anima che conosce appartiene al più vile dei mendicanti o al più codardo dei furfanti.
Si le Jean-Jacques Rousseau dont il s’agit n’est qu’un infâme, ce n’est pas tout ; il faut encore qu’il soit un sot, car s’il accepte les neuf francs, que ledit Thevenin ne lui donne pas de la main à la main, mais qu’il lui fait donner par un autre homme, habitant du pays, il doit s’attendre qu’ils lui seront reprochés mille fois le jour : il doit compter qu’à chaque fois qu’on citera, dans le pays, quelque trait de sa facilité à répandre, et de sa répugnance à recevoir, le sieur Janin ne manquera pas de dire : » Eh ! par Dieu, cet homme n’est pas » toujours si fier ; il a demandé et reçu neuf francs » d’un faquin d’ouvrier qui logeait dans mon auberge ; et j’en suis bien sûr, car c’est moi qui les » ai livrés. » Quand on commença d’ameuter le peuple contre ce pauvre Jean-Jacques, et qu’on le faisait lapider jusque dans son lit, Janin aurait fait sa fortune avec cette histoire ; son cabaret n’aurait pas désempli. Thevenin fait bien de la conter à Grenoble ; mais s’il l’osait conter à Saint-Sulpice ou aux Verrières, et dans tout le pays où ce même Jean-Jacques a pourtant reçu tant d’outrages, et qu’il dît qu’elle le regarde, je suis sûr que les habitants lui cracheraient au nez.
Préjugés vrais ou faux à part, passons aux preuves, et permettez, monsieur le comte, que nous examinions un peu le rapport de notre homme, et que nous voyions s’il se peut rapporter à moi.
Le sieur Thevenin fit connaissance avec ledit Rousseau aux Verrières, et ils y demeurèrent ensemble deux ou trois jours, logés chez Janin. J’ai demeuré longtemps à Môtiers sans aller aux Verrières, et je n’y ai jamais été qu’une seule fois, allant à Pontarlier avec M. de Sauttersheim, dit, dans le pays, le baron Sauttern. Je n’y couchai point en allant, j’en suis très sûr ; je suis très persuadé que je n’y couchai point en revenant, quoique je n’en sois pas sûr de même ; mais si j’y couchai, ce fut sans y séjourner, et sans quitter le baron. Thevenin dit cependant que son homme était seul. Ma mémoire affaiblie me sert mal sur les faits récents ; mais il en est sur lesquels elle ne peut me tromper ; et je suis aussi sûr de n’avoir jamais séjourné, ni peu ni beaucoup, aux Verrières, que je suis sûr de n’avoir jamais été à Pékin
Je ne suis donc pas l’homme qui resta deux ou trois jours aux Verrières, à contempler les génufluxions[986] du dévot Thevenin.
Je ne peux guère être non plus celui qui lui demanda de l’argent à emprunter aux mêmes Verrières, parce que, outre M. du Terreau, maire du lieu, j’y connaissais beaucoup un M. Breguet, très galant homme, qui m’aurait fourni tout l’argent dont j’aurais eu besoin, et avec lequel j’ai eu bien des querelles, pour n’avoir pu tenir la promesse que je lui avais faite de l’y aller voir. Si j’avais logé là seul, c’eût été chez lui, selon toute apparence, et non pas chez le sieur Janin, surtout quand j’aurais été sans argent.
Je ne suis point l’homme à l’habit gris doublé de bleu ou de vert, parce que je n’en ai jamais porté de pareil durant tout mon séjour en Suisse : je n’y ai jamais voyagé qu’en habit d’Arménien, qui sûrement n’était doublé ni de vert ni de bleu. Thevenin ne se souvient pas si son homme avait ses cheveux ou la perruque, s’il portait son chapeau sur la tête ou sous le bras ; un Arménien ne porte point de chapeau du tout, et son équipage est trop remarquable pour qu’on en perde totalement le souvenir, après avoir demeuré trois jours avec lui, et après l’avoir vu dans la chambre et en voyage, par-devant, par-derrière, et de toutes les façons.
Je ne suis point l’homme qui a donné au sieur Thevenin une lettre de recommandation pour M. de Faugnes, que je ne connaissais pas même encore, quand ledit Thevenin alla à Yverdon ; et je ne suis point l’homme qui lui a donné une lettre de recommandation pour M. Aldiman, que je n’ai connu de ma vie, et que je ne crois pas même avoir été de retour d’Italie à Yverdon, sous la même date[987].
Je ne suis point l’homme qui a donné au sieur Thevenin une lettre de recommandation pour Paris, signée le Voyageur perpétuel. Je ne crois pas avoir jamais employé cette plate signature ; et je suis parfaitement sûr de n’avoir pu l’employer à l’époque de ma prétendue rencontre avec Thevenin ; car cette lettre devant être antérieure à l’arrivée dudit Thevenin à Yverdon, dut l’être, à plus forte raison, à son départ de la même ville. Or, même en ce temps-là, je ne pouvais signer le Voyageur perpétuel, avec aucune apparence de vérité d’aucune espèce ; car durant l’espace de dix-huit ans, depuis mon retour d’Italie à Paris, jusqu’à mon départ pour la Suisse, je n’avais fait qu’un seul voyage ; et il est absurde de donner le nom de Voyageur perpétuel à un homme qui ne fait qu’un voyage en dix-huit ans. Depuis la date de mon arrivée à Môtiers, jusqu’à celle du départ de Thevenin d’Yverdon, je n’avais fait encore aucune promenade dans le pays, qui pût porter le nom de voyage. Ainsi cette signature, au moment que Thevenin la suppose, eût été non seulement plate et sotte, mais fausse en tous sens, et de toute fausseté.
Il n’est pas non plus fort aisé de croire que je sois le même Rousseau dont Thevenin n’a plus ouï parler, durant tout son séjour en Suisse, puisqu’on n’y parlait que de cet homme infernal, qui osait croire en Dieu sans croire aux miracles, contre lequel les prédicants prêchaient avec le plus saint zèle, et qu’ils nommaient hautement l’Antechrist. Je suis sûr qu’il n’y avait pas, dans toute la Suisse, un honnête chamoiseur qui n’édifiât son quartier en m’y maudissant saintement mille fois le jour ; et je crois que le bénin Thevenin n’était pas des derniers à s’acquitter de cette bonne oeuvre. Mais, sans rien conclure de tout cela, je finis par ma preuve péremptoire.
Je dis que je ne suis point l’homme qui a pu se trouver aux Verrières et à Saint-Sulpice avec le sieur Thevenin, quand, venant de la Charité-sur-Loire, il allait à Yverdon ; car il n’a pu passer aux Verrières plus tard que l’été de 1761, puisque le 30 juillet 1763 il y avait environ deux ans qu’il demeurait chez le sieur Cuche, et probablement davantage qu’il demeurait à Yverdon. Or, au vu et au su de toute la France, j’ai passé l’année entière de 1761, et la moitié de la suivante, tranquille à Montmorency ; je ne pouvais donc pas, dès l’année précédente, avoir couru les cabarets aux Verrières et à Saint-Sulpice. Ajoutez, je vous supplie, qu’arrivant en Suisse je n’allai pas tout de suite à Môtiers ; ajoutez encore qu’arrivé à Môtiers, et tout occupé jusqu’à l’hiver de mon établissement, je ne fis aucun voyage du reste de l’année, ni bien avant dans la suivante. Selon Thevenin, notre rencontre a du se faire avant qu’il allât à Yverdon ; et, selon la vérité, il était déjà parti de cette ville quand je fis mon premier et unique voyage aux Verrières : je n’étais donc pas l’homme portant le nom de Rousseau qu’il y rencontra ; c’est ce que j’avais à prouver.
If the Jean-Jacques Rousseau in question is nothing but a scoundrel, that’s not all; he must also be a fool, for if he accepts those nine francs—assuming that Thevenin does not hand them to him directly but has someone else from the local area deliver them—he can expect to be reproached for it countless times every day. He should expect that whenever someone in the town mentions his willingness to accept bribes and his aversion to giving anything away, Monsieur Janin will not fail to say: “Oh, by God, this man isn’t always so proud; he actually asked for and received nine francs from some lowly worker who was staying at my inn—and I’m absolutely certain of that, because I was the one who handed them to him.” When people began to mob this poor Jean-Jacques and even tried to stone him while he was in his bed, Janin could have made a fortune by spreading such stories; his tavern would never have been empty. Thevenin is right to tell these tales in Grenoble, but if he dared to repeat them in Saint-Sulpice or the Verrières, or anywhere else in this very country where Jean-Jacques has endured so much humiliation—and if he claimed that these stories were true about him—I’m certain the locals would spit in his face.
Putting aside whether these prejudices are true or false, let us turn to the evidence. Allow me, Mr. Count, to examine in some detail the report of our man and see whether it can be related to me in any way.
Mr. Thevenin metted up with Mr. Rousseau at the Verrières, and they stayed there together for two or three days, staying at Janin’s place. I stayed in Môtiers for a long time without ever going to the Verrières; I only went there once, on my way to Pontarlier with Mr. de Sauttersheim, who was locally known as Baron Sauttern. I am absolutely certain that I did not stay there on that occasion; I am also pretty sure that I did not stay there on my return trip, although I am not entirely certain about that either. However, if I did stay there, it was for only a short time and without leaving Baron Sauttersheim’s company. Nevertheless, Thevenin claimed that his man was alone there at the time. My memory is failing me when it comes to recent events; but there are some things about which my memory cannot deceive me. And I am just as certain that I have never stayed at the Verrières, not for a short time nor for any length of time, as I am certain that I have never been to Beijing.
I am therefore not the man who stayed for two or three days at Verrières, watching the fervent activities of the devout Thevenin.
I could hardly have been the one to ask her to borrow money from the same Verrières family, because besides Mr. du Terreau, the mayor of the place, I knew a Mr. Breguet there—a very charming man—who would have provided me with all the money I needed. However, I had many arguments with him because I was unable to keep the promise I had made him to go and see him. If I had stayed there alone, it would obviously have been at his place, rather than at Mr. Janin’s, especially if I had run out of money.
I am not the man wearing a gray coat lined with blue or green, for I never wore such a garment during my entire stay in Switzerland; I always traveled there dressed as an Armenian, and surely an Armenian’s clothing is not lined with either green or blue. Thevenin does not remember whether his companion had his own hair or a wig, nor whether he wore his hat on his head or under his arm; an Armenian never wears a hat at all, and his attire is too distinctive to be completely forgotten after spending three days with him, and after seeing him in his room and during the journey, from all sides and in every manner.
I am not the person who provided Mr. Thevenin with a letter of recommendation for Mr. de Faugnes, whom I did not even know at that time when Mr. Thevenin went to Yverdon; nor am I the person who gave him a letter of recommendation for Mr. Aldiman, whom I have never known in my life, and whose return from Italy to Yverdon, at such a specific date[987], I do not even believe took place.
I am not the person who provided Mr. Thevenin with a letter of recommendation for Paris, signed “The Perpetual Traveler.” I do not believe I have ever used such a signature; and I am absolutely certain that I could not have used it at the time of my supposed meeting with Thevenin, because this letter must have been written before his arrival in Yverdon—let alone before his departure from that city. Moreover, even at that time, it would have been utterly absurd to sign “The Perpetual Traveler” since, over a period of eighteen years—from my return from Italy to Paris until my departure for Switzerland—I had only made one single journey. It is ridiculous to call someone “The Perpetual Traveler” when they have only traveled once in eighteen years. From the date of my arrival in Môtiers until Thevenin left Yverdon, I had not taken any trips that could be considered journeys at all. Therefore, at the time Thevenin assumes this signature was used, it would have been not only meaningless and foolish but also completely false in every respect.
It is also not particularly easy to believe that I am the same Rousseau about whom Thevenin had heard nothing throughout his stay in Switzerland, for there everyone was only talking about that damned man who dared to believe in God without believing in miracles—against whom preachers preached with the most devout zeal, calling him nothing less than the Antichrist. I am certain that not a single honest goather in all of Switzerland did not curse me every day as he built his shelter; and I believe that the kind-hearted Thevenin was certainly among those who took part in this “good deed.” But without drawing any conclusions from all this, I shall finally present my irrefutable proof.
I claim that I was not the person who could have been in Verrières and Saint-Sulpice at the same time as Monsieur Thevenin, when he was on his way to Yverdon from Charité-sur-Loire; indeed, he could not have been in Verrières until the summer of 1761 at the earliest, since by July 30, 1763, it had already been about two years since he had been living with Monsieur Cuche, and likely even longer since his stay in Yverdon. Moreover, to the knowledge of everyone in France, I spent the entire year of 1761 and half of the following year in peace and tranquility at Montmorency; therefore, it was impossible for me to have been frequenting taverns in Verrières and Saint-Sulpice the previous year. Please also take into account that upon arriving in Switzerland, I did not go straight to Môtiers; furthermore, once there and occupied with settling in until winter, I did not make any trips during the rest of that year, nor much of the following one. According to Thevenin, our meeting must have taken place before he went to Yverdon; but in truth, he had already left that city by the time I made my first and only trip to Verrières. I was therefore not the person named Rousseau that he encountered there; this is what I needed to prove.
Se il Jean-Jacques Rousseau di cui si parla non è altro che un individuo spregevole, non basta: deve anche essere uno sciocco, perché se accetta quei nove franchi, e Thevenin non glieli dà direttamente in mano, ma li fa consegnare da un’altra persona del posto, allora può aspettarsi che gli vengano rimproverati mille volte al giorno; deve essere consapevole che ogni volta che si parlerà nel paese di qualche suo comportamento legato alla facilità con cui distribuisce denaro e alla sua avversione a riceverlo, il signor Janin non mancherà mai di dire: “Eh! Per Dio, quest’uomo non è sempre così orgoglioso; ha chiesto e ricevuto nove franchi da un miserabile operaio che soggiornava nella mia locanda. E ne sono sicuro, perché sono stato io a consegnarglieli.” Quando la gente iniziò a mobilitarsi contro quel povero Jean-Jacques e lo fece lapidare persino nel suo letto, Janin avrebbe potuto fare fortuna con questa storia; il suo cabaret non sarebbe mai rimasto vuoto. Thevenin fa bene a raccontarla a Grenoble. Ma se osasse raccontarla a Saint-Sulpice o alle Verrières, e in tutto quel paese dove lo stesso Jean-Jacques ha ricevuto tanti oltraggi, sono sicuro che la gente gli sputerebbe in faccia.
Lasciando da parte i pregiudizi, veri o falsi che siano, passiamo alle prove. Permettetemi, signor conte, di esaminare un po’ il comportamento di quest’uomo e di vedere se possa essere riferito a me.
Il signor Thevenin conobbe il suddetto Rousseau alle Verrières, e vi rimasero insieme per due o tre giorni, alloggiando presso Janin. Io ho trascorso molto tempo a Môtiers senza mai recarmi alle Verrières; ci sono andato una sola volta, accompagnando il signor de Sauttersheim, che nel paese veniva chiamato barone Sauttern. Non ho soggiornato lì durante la mia visita, ne sono assolutamente certo; sono altrettanto sicuro di non esserci rimasto nemmeno al ritorno, anche se non ne sono del tutto certo. Ma, qualora ci fossi rimasto, sarebbe stato solo per poco tempo e senza lasciare il barone. Tuttavia, Thevenin affermò che il suo uomo fosse stato l’unico presente. La mia memoria, ormai indebolita, non mi aiuta molto quando si tratta di fatti recenti. Ma ci sono alcuni aspetti di quella visita su cui non può certo ingannarmi; e sono altrettanto sicuro di non aver mai soggiornato, nemmeno per poco, alle Verrières, quanto lo sono di non essere mai stato a Pechino.
Quindi, non sono quell’uomo che rimase per due o tre giorni alle Verrières, a osservare le manifestazioni di devozione di Thévenin.
Non posso certo essere io colui che gli chiese di prendere in prestito denaro presso gli stessi Verrières, perché, oltre al signor du Terreau, sindaco della località, conoscevo bene un certo signor Breguet, un uomo molto cortese, che mi avrebbe fornito tutto il denaro di cui avevo bisogno; tuttavia ho avuto molte discussioni con lui per non essere riuscito a mantenere la promessa che gli avevo fatto di andare da lui. Se fossi rimasto lì da solo, molto probabilmente sarei stato ospitato da lui, e non dal signor Janin, soprattutto se fossi stato senza soldi.
Non sono l’uomo che indossa un abito grigio rivestito di blu o di verde, perché non ne ho mai portato uno del genere durante tutto il mio soggiorno in Svizzera: viaggiova sempre vestito da armeno, e sicuramente tale abito non era rivestito né di verde né di blu. Thevenin non si ricorda se quell’uomo avesse i capelli naturali o una parrucca, se portasse il cappello in testa o sotto il braccio; un armeno, infatti, non indossa affatto il cappello, e il suo abbigliamento è così particolare che è impossibile dimenticarlo del tutto, dopo aver trascorso tre giorni con lui e averlo visto sia in camera che durante i viaggi, da tutte le parti.
Non sono io l’uomo che ha fornito al signor Thevenin una lettera di raccomandazione per il signor de Faugnes, che all’epoca non conoscevo nemmeno; e non sono neanche io l’uomo che gli ha dato una lettera di raccomandazione per il signor Aldiman, che in tutta la mia vita non ho mai conosciuto, e di cui non credo nemmeno sia tornato da Italia a Yverdon nella stessa data[987].
Non sono l’uomo che abbia fornito al signor Thevenin una lettera di raccomandazione per Parigi, firmata “Voyageur perpétuel”. Non credo di aver mai utilizzato questa firma; e sono assolutamente certo di non aver potuto farlo nel periodo della mia presunta incontro con Thevenin, poiché tale lettera doveva essere precedente all’arrivo di quest’ultimo a Yverdon, e quindi ancora di più al suo lascio della stessa città. Inoltre, anche in quel momento, non avrei potuto firmare “Voyageur perpétuel” con alcuna apparenza di veridicità; poiché, nel lasso di diciotto anni trascorsi dal mio ritorno dall’Italia a Parigi fino alla mia partenza per la Svizzera, avevo fatto soltanto un viaggio. È assurdo attribuire il nome di “Voyageur perpétuel” a una persona che ha compiuto un solo viaggio in diciotto anni. Dal momento del mio arrivo a Môtiers fino alla partenza di Thevenin da Yverdon, non avevo ancora fatto alcuna escursione nel paese che potesse essere considerata un vero viaggio. Quindi, quella firma, nel momento in cui Thevenin la ritiene autentica, sarebbe stata non solo banale e sciocca, ma anche falsa sotto ogni aspetto.
Non è affatto facile credere che io sia lo stesso Rousseau di cui Thevenin non ha più sentito parlare durante tutto il suo soggiorno in Svizzera, visto che lì si parlava solo di quell’uomo infernale che osava credere in Dio senza credere nei miracoli, contro il quale i predicatori predicavano con il più sacro zelo, chiamandolo apertamente Anticristo. Sono certo che in tutta la Svizzera non esistesse un onesto cacciatore di camosci che non costruisse la propria capanna maledicendomi santamente mille volte al giorno; e credo che anche il buon Thevenin non fosse tra gli ultimi a compiere questa “buona opera”. Ma, senza trarre alcuna conclusione da tutto ciò, concludo con la mia prova irrefutabile.
Dico di non essere l’uomo che avrebbe potuto trovarsi alle Verrières e a Saint-Sulpice insieme al signor Thevenin, quando questi si recava a Yverdon provenendo dalla Charité-sur-Loire; infatti, il signor Thevenin non poté passare dalle Verrières prima dell’estate del 1761, poiché il 30 luglio 1763 erano già trascorsi circa due anni da quando risiedeva presso il signor Cuche, e probabilmente anche di più dal suo arrivo a Yverdon. Ora, sotto gli occhi di tutta la Francia, ho trascorso l’intero anno 1761 e metà di quello successivo in tranquillità a Montmorency; quindi non potevo certo aver frequentato i cabaret alle Verrières e a Saint-Sulpice nell’anno precedente. Aggiungete, vi prego, che arrivato in Svizzera non sono andato subito a Môtiers; aggiungete ancora che, una volta arrivato a Môtiers e impegnato fino all’inverno con l’organizzazione della mia sistemazione, non ho fatto alcun viaggio per il resto di quell’anno, né prima dell’inizio del successivo. Secondo Thevenin, il nostro incontro deve essere avvenuto prima che lui partisse per Yverdon; e, secondo la verità, lui aveva già lasciato quella città quando io feci il mio primo e unico viaggio alle Verrières: quindi non potevo essere l’uomo di nome Rousseau che egli incontrò lì; questo era ciò che dovevo dimostrare.
Quel était donc cet homme ? je l’ignore : ce que je sais, c’est que, pour que ledit Thevenin ne soit pas lui imposteur, il faut que cet autre homme se trouve, c’est-à-dire que son existence soit connue sur les lieux ; il faut qu’il s’y soit trouvé dans l’année 1761, qu’il s’appelât Rousseau, qu’il eût un habit gris doublé de vert ou de bleu, qu’il ait écrit des lettres à MM. de Faugnes et Aldiman, qui par conséquent étaient de sa connaissance ; qu’il ait écrit une autre lettre à Paris, signée le Voyageur perpétuel ; qu’après avoir passé deux jours avec Thevenin aux Verrières, ils aient encore été de compagnie à Saint-Sulpice avec Janin leur hôte, et qu’après y avoir diné tous trois ensemble, ledit Thevenin ait fait donner audit Rousseau neufs francs par ledit Janin. La vérification de tous ces faits gît en informations, que je ne suis point en état de faire, et qui ne m’intéressent en aucune sorte, si ce n’est pour prouver ce que je sais bien sans cela, savoir, que ledit Thevenin est un imposteur aposté. J’ai pourtant écrit dans le pays pour avoir là-dessus des éclaircissements, dont j’aurai l’honneur, monsieur, de vous faire part, s’ils me parviennent : mais comment pourrai-je espérer que des lettres de cette espèce échapperont à l’interception, puisque celles même que j’adresse à M. le prince de Conti n’y échappent pas, et que la dernière que j’eus l’honneur de lui écrire, et que je mis moi-même à la poste, en partant de Grenoble, ne lui est pas parvenue ? Mais ils auront beau faire, je me ris des machines qu’ils entassent sans cesse autour de moi ; elles s’écrouleront par leur propre masse, et le cri de la vérité percera le ciel tôt ou tard.
Agréez, monsieur le comte, les assurances de mon respect.
Apostille de l’auteur.
N. B. Cette lettre est restée sans réponse, de même qu’une autre écrite encore l’ordinaire suivant à M. le comte de Tonnerre, en lui en envoyant une dans laquelle M. Roguin me donnait des informations sur le sieur Thevenin, et qui ne m’a point été renvoyée. Depuis lors, je n’ai reçu ni de M. de Tonnerre, ni d’aucune âme vivante, aucun avis de rien de ce qui s’est passé à Grenoble au sujet de cette affaire, ni de ce qu’est devenu ledit Thevenin.
Lettre DCCCXLVI – À M. Lalliaud
À Bourgoin, le 21 septembre 1768.
Je ne puis résister, monsieur, au désir de vous donner, par la copie ci-jointe, une idée de la manière dont je suis traité dans ce pays. Sitôt que je fus parti de Grenoble pour venir ici, l’on y déterra un garçon chamoiseur nommé Thevenin, qui me redemandait neuf francs, qu’il prétendait m’avoir prêtés en Suisse, et qu’il prétend à présent m’avoir donnés, parce que ceux qui l’instruisent ont senti le ridicule de faire prêter de l’argent par un passant à quelqu’un qui demeure dans le pays. Cette extravagante histoire qui, partout ailleurs, eût attiré audit Thevenin le traitement qu’il mérite, lui attire ici la faveur publique ; et il n’y a personne à Grenoble, et parmi les gens qui m’entourent, qui ne donnât tout au monde pour que Thevenin se trouvât l’honnête homme et moi le fripon : malheureusement pour eux, j’apprends à l’instant, par une lettre de Suisse qui m’est arrivée sous couvert étranger, que ledit Thevenin a eu ci-devant l’honneur d’être condamné, par un arrêt du parlement de Paris, à être marqué et envoyé aux galères, pour fabrication de faux actes, dans un procès qu’il eut l’impudence d’intenter à M. Thevenin de Tanley, conseiller honoraire actuel au parlement, rue des Enfants-Rouges, au Marais[988]. J’ai écrit en Suisse, pour avoir des informations sur le compte de ce misérable : je n’ai eu encore que cette seule réponse, qui heureusement n’est pas venue directement à mon adresse. J’ai écrit à M. de Faugnes, receveur général des finances à Paris, lequel a connu, à ce qu’on me marque, ledit Thevenin ; je n’en ai aucune réponse : je crains bien que mes lettres ne soient interceptées à la poste. M. de Faugnes demeure rue Feydeau. Si, sans vous incommoder, vous pouviez, monsieur, passer chez lui et chez M. Thevenin de Tanley, vous tireriez peut-être de ces messieurs des informations qui me seraient utiles pour confondre mon coquin, malgré la faveur de ses honnêtes protecteurs.
Je vois que ma diffamation est jurée, et qu’on veut l’opérer à tout prix : mon intention n’est pas de daigner me défendre, quoique en cette occasion je n’aie pu résister.au désir de démasquer l’imposteur ; mais j’avoue qu’enfin dégoûté de la France je n’aspire plus qu’à m’en éloigner, et du foyer des complots dont je suis la victime. Je n’espère pas échapper à mes ennemis, en quelque lieu que je me réfugie ; mais, en les forçant de multiplier leurs complices, je rends leur secret plus difficile à garder, et je le crois déjà au point de ne pouvoir me survivre : c’est tout ce qui me reste à désirer désormais. Bonjour, monsieur. Votre dernière lettre m’est bien parvenue ; cela me fait espérer le même bonheur pour celle-ci, et peut-être pour votre réponse : faites-la un peu promptement, je vous supplie, si vous voulez que je la reçoive ; car, dans une quinzaine de jours, je pourrais bien n’être plus ici. Ma femme vous prie d’agréer ses obéissances : recevez mes très humbles salutations
Lettre DCCCXLVIII – Au même
Bourgoin, le 2 octobre 1768.
Quelle affreuse nouvelle vous m’apprenez, mon cher hôte, et que mon coeur en est affecté ! Je ressens le cruel accident de votre pauvre maman comme elle, ou plutôt comme vous, et c’est tout dire. Une jambe cassée est un malheur que mon père eut étant déjà vieux, et qui lui arriva de même en se promenant, tandis que dans ses terribles fatigues de chasse, qu’il aimait à la passion, jamais il n’avait eu le moindre accident. Sa jambe guérit très facilement et très bien, malgré son âge ; et j’espérerais la même chose de madame la commandante, si la fracture n’était dans une place où le traitement est incomparablement plus difficile et plus douloureux. Toutefois, avec beaucoup de résignation, de patience, de temps, et les soins d’un homme habile, la cure est également possible, et il n’est pas déraisonnable de l’espérer. C’est tout ce qu’il m’est permis de dire, dans cette fatale circonstance, pour notre commune consolation. Ce malheur fait aux miens, dans mon coeur, une diversion bien funeste, mais réelle pourtant, en ce qu’au sentiment des maux de ceux qui nous sont chers, se joint l’impression tendre de notre attachement pour eux, qui n’est jamais sans quelque douceur ; au lieu que le sentiment de nos propres maux, quand ils sont grands et sans remède, n’est que sec et sombre ; il ne porte aucun adoucissement avec soi. Vous n’attendez pas de moi, mon cher hôte, les froides et vaines sentences des gens qui ne sentent rien ; on ne trouve guère pour ses amis les consolations qu’on ne peut trouver pour soi-même. Mais cependant je ne puis m’empêcher de remarquer que votre affliction ne raisonne pas juste quand elle s’irrite par l’idée que ce triste événement n’est pas dans l’ordre des choses attachées à la condition humaine. Rien, mon cher hôte, n’est plus dans cet ordre que les accidents imprévus qui troublent, altèrent, et abrègent la vie. C’est avec cette dépendance que nous sommes nés ; elle est attachée à notre nature et à notre constitution. S’il y a des coups qu’on doive endurer avec patience, ce sont ceux qui nous viennent de l’inflexible nécessité, et auxquels aucune volonté humaine n’a concouru. Ceux qui nous sont portés par les mains des méchants sont, à mon gré, beaucoup plus insupportables, parce que la nature ne nous fit pas pour les souffrir. Mais c’est déjà trop moraliser. Donnez-moi fréquemment, mon cher hôte, des nouvelles de la malade ; dites-lui souvent aussi combien mon coeur est navré de ses souffrances, et combien de voeux je joins aux vôtres pour sa guérison.
J’ai reçu par M. le comte de Tonnerre une lettre du lieutenant Guyenet, laquelle m’en promet une autre que j’attends pour lui faire des remerciements. À présent ledit Thevenin est bien convaincu d’être un imposteur. M. de Tonnerre, qui m’avait positivement promis toute protection dans cette affaire, me marque qu’il lui imposera silence. Que dites-vous de cette manière de rendre justice ? c’est comme si, après qu’un homme aurait pris ma bourse, au lieu de me la faire rendre, on lui ordonnait de ne me plus voler. En toute chose voilà comme je suis traité.
Je vous ai déjà marqué que vous pouvez m’écrire ici en droiture sous le nom de Renou ; vous pouvez continuer aussi d’employer la même adresse dont vous vous servez ; cela me paraît absolument égal.
Lettre DCCCXL – À M. Lalliaud
Bourgoin, le 10 octobre 1768.
Who was this man then? I do not know; what I know is that, in order for Thevenin not to be an impostor, it must be that this other man actually existed—that his existence was known in those places; he must have been there in the year 1761, must have been named Rousseau, must have worn a gray coat lined with green or blue, must have written letters to Messrs. de Faugnes and Aldiman, which means they must have known him; he must also have written another letter from Paris, signed “The Perpetual Traveler”; after spending two days with Thevenin at Verrières, they must have spent time together at Saint-Sulpice with their host Janin, and after dining there as a group, Thevenin must have had Rousseau given nine francs by Janin. The verification of all these facts depends on information that I am not in a position to obtain, and which interests me not at all, except insofar as it serves to prove what I already know quite certainly—that Thevenin is an impostor. Nevertheless, I have written to people in the region in order to get some clarifications on this matter, and I will have the honor of informing you, sir, should such information reach me. But how can I expect that letters of this kind will escape interception, when even those I send to Monsieur le Prince de Conti do not? Moreover, the last letter I had the honor of writing to him, which I sent myself from Grenoble, did not even reach him. But no matter what they try, I laugh at the schemes they constantly devise against me; they will collapse under their own weight, and the voice of truth will eventually pierce the heavens.
Please accept, Count, my expressions of respect.
Author’s Note.
N.B. This letter remained unanswered, as did another one I sent to Count de Tonnerre the following day, in which Monsieur Roguin had provided me with information regarding Monsieur Thevenin; however, that letter was never returned to me. Since then, I have received no news from either Monsieur de Tonnerre or anyone else regarding what happened in Grenoble concerning this matter, nor any information about the fate of Monsieur Thevenin.
Letter DCCCXLVI – To Mr. Lalliaud
In Bourgoin, on September 21, 1768.
I cannot help but, sir, convey to you, through the attached copy, an idea of how I am treated in this country. As soon as I left Grenoble to come here, a man named Thevenin was dug up from the ground; he demanded nine francs from me, claiming that he had lent them to me in Switzerland and now claimed to have given them to me, because those who were instructing him realized how ridiculous it would be for a passerby to lend money to someone who lived in the same country. This absurd story—which anywhere else would have earned Thevenin the treatment he deserves—here brings him public favor. In Grenoble, and among the people around me, there isn’t a single person who wouldn’t swear that Thevenin is an honest man and I am a scoundrel; unfortunately for them, I have just received a letter from Switzerland, sent under a false name, stating that Thevenin was previously convicted by a decree of the Paris Parliament to be marked and sent to the galleys for forging documents—in a lawsuit he had the audacity to file against Mr. Thevenin de Tanley, an honorary councilor at the parliament, residing on Rue des Enfants-Rouges in the Marais district[988]. I wrote to Switzerland to obtain information about this wretch; so far, I have received only this one reply, which fortunately did not come directly to my address. I also wrote to Mr. de Faugnes, the general receiver of finances in Paris, who, it seems, knew Thevenin; yet I have received no response from him—I fear my letters are being intercepted at the post office. Mr. de Faugnes lives on Rue Feydeau. If it would not cause you any inconvenience, sir, if you could visit him and also Mr. Thevenin de Tanley, perhaps you could obtain some information from them that would help me expose this scoundrel, despite the protection he enjoys from so many “honest” people.
I see that my defamation has been deliberately planned, and that people are determined to carry it out at any cost. My intention is not even to bother defending myself, although in this case I could not resist the desire to expose the impostor. But I must admit that, finally disgusted with France, all I wish now is to get away from it—and from the center of plots of which I am a victim. I do not expect to escape my enemies no matter where I hide; but by forcing them to recruit more accomplices, I make it harder for them to keep their secrets. I believe those secrets are already on the verge of being exposed—and that is all I wish for now. Goodbye, sir. Your last letter arrived safely; this gives me hope that the same will happen with this one, and perhaps also with your reply. Please send it as soon as possible if you want me to receive it, for in about fifteen days, I may no longer be here. My wife asks you to accept her respectful greetings. With utmost humility, yours sincerely.
Letter DCCCXLVIII – To the Same One
Bourgoin, October 2, 1768.
What a terrible news you bring me, my dear host, and how deeply it affects my heart! I feel the cruel accident that has befallen your poor mother just as she does—no, rather, just as you do; that’s saying enough. A broken leg is a misfortune that my father suffered when he was already old, and it happened to him while he was out walking. Yet, during his terrible exertions on hunts—which he loved with such passion—he never had the slightest accident. His leg healed very easily and well, despite his age. I would hope the same for Madame la Commandante, if only the fracture were not in a place where treatment is incomparably more difficult and painful. Nevertheless, with great resignation, patience, time, and the care of a skilled person, recovery is still possible—and it would be unreasonable not to hope for it. That’s all I can say under these tragic circumstances, for our mutual comfort. This misfortune brings me a very sad but real sense of consolation in regard to those dear to me, for while it fills me with sorrow for their suffering, it also strengthens my tender feelings of attachment toward them, which are never without some sweetness. In contrast, the feeling of our own suffering, when it is severe and without remedy, is only dry and gloomy—without any solace at all. You don’t expect me to utter the cold, empty words of those who feel nothing; one can hardly find consolation for their friends that one cannot find for oneself. Yet I cannot help but observe that your grief seems unjustified when you are angered by the thought that such a sad event is not within the natural order of human life. Nothing, my dear host, is more in accordance with this order than those unexpected accidents that disturb, alter, and shorten our lives. It is with this dependence that we are born; it is inherent in our nature and constitution. If there are any hardships that we must endure patiently, they are those imposed upon us by inexorable necessity, over which no human will has any control. Those inflicted by evil people are, in my opinion, even more unbearable, for nature did not create us to suffer such things. But enough of moralizing. Please give me frequent news about the patient; and also tell her how deeply moved I am by her suffering, and how closely my wishes for her recovery align with yours.
I received from Mr. the Count of Tonnerre a letter from Lieutenant Guyenet, which promises me another letter that I am awaiting in order to express my thanks to him. At present, said Thevenin is fully convinced that he is an impostor. Mr. de Tonnerre, who had promised me his full support in this matter, has informed me that he will make him keep silent. What do you think of such a way of “administering justice”? It’s as if, after someone has stolen my purse, instead of making them return it to me, they are ordered not to steal from me anymore. In every regard, this is the manner in which I am treated.
I have already mentioned that you can write to me here directly under the name Renou; you may also continue to use the same address you are currently using; it doesn’t make any difference to me at all.
Letter DCCCXL – To Mr. Lalliaud
Bourgoin, October 10, 1768.
Chi era dunque quest’uomo? Non lo so; quello che so è che, affinché Thevenin non fosse un impostore, deve esistere davvero un altro uomo, cioè la sua esistenza deve essere attestata nei luoghi in cui si sono verificati gli eventi descritti. Quest’uomo doveva trovarsi nel 1761, doveva chiamarsi Rousseau, doveva indossare un abito grigio foderato di verde o blu, doveva aver scritto lettere ai signori de Faugnes e Aldiman, che quindi dovevano conoscerlo; inoltre, doveva aver scritto un’altra lettera a Parigi, firmata “Il Viaggiatore Eterno”. Dopo aver trascorso due giorni con Thevenin alle Verrières, dovevano essere stati insieme anche a Saint-Sulpice con Janin come ospite; dopo aver pranzato tutti e tre insieme, Thevenin avrebbe fatto dare da Janin nove franchi a Rousseau. La verifica di tutti questi fatti dipende da informazioni che non sono in grado di ottenere e che, in realtà, non mi interessano affatto, se non per dimostrare ciò che so già con certezza: ovvero che Thevenin è un impostore. Tuttavia, ho scritto in giro per cercare informazioni al riguardo; avrò l’onore di comunicarvele non appena le riceverò, signore. Ma come posso sperare che lettere del genere riescano a sfuggire alla censura, se nemmeno quelle che indirizzo al principe de Conti ne sono esentate? L’ultima lettera che gli ho scritto, e che ho spedito personalmente partendo da Grenoble, non gli è mai arrivata. Ma non importa: riderò delle macchinazioni che continuano ad accumularsi intorno a me; crolleranno per la loro stessa pesantezza, e il grido della verità finirà per raggiungere il cielo, prima o poi.
Accetti, signor conte, le mie più sentite scuse per la mia mancanza di rispetto.
Postilla dell’autore.
N.B. Questa lettera è rimasta senza risposta, così come un’altra inviata lo stesso giorno al conte di Tonnerre, nella quale il signor Roguin mi forniva alcune informazioni sul signor Thevenin; anche questa lettera non mi è stata restituita. Da allora, né dal signor de Tonnerre né da nessun’altra persona ho ricevuto alcuna notizia riguardo a ciò che è accaduto a Grenoble in merito a questa faccenda, né so cosa sia diventato il suddetto Thevenin.
Lettera DCCCXLVI – A Monsieur Lalliaud
A Bourgoin, il 21 settembre 1768.
Non posso resistere, signore, al desiderio di farvi conoscere, attraverso la copia che vi invio, in che modo vengo trattato in questo paese. Non appena lasciai Grenoble per venire qui, fu dissotterrato un ragazzo chiamato Thevenin, il quale pretendeva di avermi prestato nove franchi in Svizzera e ora sosteneva di avermeli dati gratuitamente; coloro che lo istruiscono hanno ritenuto ridicolo far prestare denaro da una persona che passava a qualcuno che viveva nel paese stesso. Questa storia assurda, che altrove avrebbe fatto meritare a Thevenin il trattamento che si merita, qui gli attira invece l’approvazione del pubblico; e non c’è nessuno a Grenoble, né tra le persone che mi circondano, che non preferirebbe che Thevenin fosse l’uomo onesto e io il furfante. Purtroppo, per loro, ho appena ricevuto una lettera dalla Svizzera che rivela come Thevenin sia stato precedentemente condannato dal parlamento di Parigi a essere marchiato e inviato alle galere per la fabbricazione di documenti falsi, in un processo che osò intentare contro il signor Thevenin de Tanley, attuale consigliere onorario del parlamento, residente in rue des Enfants-Rouges, nel Marais[988]. Ho scritto in Svizzera per ottenere informazioni su questo miserabile. Finora ho ricevuto solo questa risposta, che fortunatamente non è arrivata direttamente a me. Ho anche scritto al signor de Faugnes, intendente generale delle finanze di Parigi, il quale, a quanto mi dicono, conosceva Thevenin; tuttavia non ho ricevuto alcuna risposta. Temo che le mie lettere vengano intercettate alla posta. Il signor de Faugnes abita in rue Feydeau. Se poteste, senza disturbarvi troppo, recarvi da lui e dal signor Thevenin de Tanley, forse riuscireste a ottenere informazioni utili per smascherare questo furfante, nonostante l’appoggio dei suoi presunti protettori onesti.
Vedo chiaramente che la mia diffamazione è stata pianificata con cura e che si vuole a tutti i costi attuarla: non ho intenzione di degnarmi di difendermi, anche se in questa occasione non sono riuscito a resistere al desiderio di smascherare l’impostore. Tuttavia, confesso che, ormai disgustato dalla Francia, non desidero altro che allontanarmene da questo ambiente di complotti di cui sono vittima. Non spero di sfuggire ai miei nemici, ovunque mi rifugi; ma facendo sì che debbano aumentare il numero dei loro complici, rendo più difficile per loro mantenere il segreto delle loro macchinazioni. Credo che ormai questo segreto non possa sopravvivere a me stesso: è tutto ciò che desidero ora. Addio, signore. La sua ultima lettera mi è arrivata senza problemi; questo mi fa sperare che anche questa riceverà lo stesso trattamento, e forse anche la sua risposta. La prego di inviarla il prima possibile, se vuole che la riceva. Perché tra quindici giorni potrei non essere più qui. Mia moglie le chiede di accettare i suoi omaggi più umili. Riceva i miei più sinceri saluti.
Lettera DCCCXLVIII – Allo stesso
Bourgoin, 2 ottobre 1768.
Che terribile notizia mi comunicate, mio caro ospite. Il mio cuore ne è profondamente commosso! Percepisco questo crudele incidente che ha colpito vostra povera madre esattamente come lo percepirei io stesso, o meglio ancora, come lo percepireste voi. Una gamba rotta è una sfortuna che mio padre ha subito anche lui in età avanzata, mentre passeggiava. Mentre nelle sue terribili fatiche di caccia, che amava con passione, non aveva mai avuto alcun incidente. La sua gamba si è guarita molto facilmente e bene, nonostante la sua età. E spererei lo stesso per la signora comandante, se la frattura non fosse in una zona dove il trattamento sia incomparabilmente più difficile e doloroso. Tuttavia, con molta rassegnazione, pazienza e le cure di un uomo abile, anche questa situazione può essere superata. Non è irragionevole sperarlo. Questo è tutto ciò che posso dire, in questa tragica circostanza, per offrirvi un po’ di conforto comune. Questa sfortuna rappresenta, nel mio cuore, una distrazione ben triste. Ma pur sempre reale. Poiché al dolore per le sofferenze delle persone a noi care si aggiunge la tenerezza del nostro affetto per loro. Mentre il dolore per le nostre proprie sofferenze, quando sono grandi e senza rimedio, è soltanto secco e cupo. Non porta con sé alcun conforto. Non vi aspettate da me, mio caro ospite, frasi fredde e vuote. Le consolazioni che si possono offrire agli amici sono spesso le stesse che non si riesce a trovare per se stessi. Tuttavia, non posso fare a meno di osservare che la vostra angoscia non è del tutto giustificata. Quando vi irritate all’idea che questo triste evento non rientri nell’ordine naturale delle cose umane. Niente, mio caro ospite, rientra in quell’ordine più di quegli incidenti imprevisti che disturbano, alterano e accorciano la vita. Siamo nati con questa dipendenza. È insita nella nostra natura e nella nostra costituzione. Se ci sono dolori che dobbiamo sopportare con pazienza, questi sono quelli causati da una necessità ineluttabile. A cui nessuna volontà umana può intervenire. Quelli causati dagli altri, invece, a mio parere, sono ancora più insopportabili. Poiché la natura non ci ha creati per soffrirli. Ma ormai basta moralizzare. Ditemi spesso notizie della malata. E ditele anche quanto il mio cuore sia addolorato per le sue sofferenze. E quanto i miei desideri siano uniti ai vostri per la sua guarigione.
Ho ricevuto da Sua Signoria il conte di Tonnerre una lettera del tenente Guyenet, nella quale mi si promette un’altra lettera che aspetto con impazienza per potergli esprimere la mia gratitudine. Attualmente, il suddetto Thevenin è pienamente convinto di essere un impostore. Sua Signoria de Tonnerre, che mi aveva assicurato ogni protezione in questa faccenda, mi fa sapere che imporrà il silenzio a quell’uomo. Che ne dite di questo modo di “giustiziare” le persone? È come se, dopo che qualcuno mi avesse rubato il portafoglio, invece di restituirmelo, gli si ordinasse di smettere di derubarmi. In ogni situazione, è così che vengo trattato.
Vi ho già detto che potete scrivere a me qui, utilizzando il nome Renou; potete anche continuare ad usare lo stesso indirizzo che state già usando; per me non fa alcuna differenza.
Lettera DCCCXL – A Monsieur Lalliaud
Bourgoin, 10 ottobre 1768.
Vos lettres, monsieur, me sont parvenues. Je ne répondis point à la première, parce que vous m’annonciez votre prochain départ de Genève ; mais j’y crus voir de votre part la continuation d’une amitié à laquelle je serai toujours sensible, et j’y trouvai la clef de bien des mystères auxquels depuis longtemps je ne comprenais rien. Cela m’a fait rompre, un peu imprudemment peut-être, avec des ingrats dont j’ai plus à craindre qu’à espérer, après m’être perdu pour leur service ; mais mon horreur pour toute espèce de déguisement augmente avec l’effet de ceux dont je suis la victime. Aussi-bien, dans l’état où l’on m’a réduit, je puis désormais être franc impunément ; je n’en deviendrai pas plus misérable.
J’ignore absolument ce que c’est que le château de Lavagnac, à qui il appartient, sur quel pied j’y pourrais loger, s’il est habitable pour moi, c’est-à-dire à ma manière, et meublé ; en un mot, tout ce qui s’y rapporte, hors le peu que vous m’en dites dans votre dernière lettre, et qui me paraît très attrayant. Coindet ne m’en a jamais parlé, et cela ne m’étonne guère. Votre courte description du local est charmante. Vous m’offrez de m’en dire davantage, et même d’aller prendre des éclaircissements sur les lieux. Je suis bien tenté de vous prendre au mot : car aller habiter un si beau lieu, moi qui n’ai d’asile qu’au cabaret ; vous voir en passant ; être voisin de M. Venel, pour lequel j’ai la plus véritable estime : tout cela m’attire assez fortement pour me déterminer probablement tout-à-fait, pour peu que les convenances dont j’ai besoin s’y rencontrent. À l’égard du profond secret que vous me promettez, vous n’en êtes plus le maître ; ne laissez pourtant pas de le garder autant qu’il vous sera possible ; je vous en prie instamment, puisque votre lettre a été ouverte, quoique celle qui lui servait d’enveloppe ne l’ait pas été. Avis au lecteur.
J’apprends avec le plus vrai plaisir que votre voyage a été salutaire à la santé de madame Moultou : mon empressement de vous voir est encore augmenté par le désir d’être connu d’elle, et de lui agréer. Si je n’obtiens pas qu’elle approuve votre amitié pour moi, et qu’elle en suive l’exemple, je réponds au moins que ce ne sera pas ma faute ; mais, comme je désire m’arrêter un peu à Montpellier pour voir M. Gouan et le Jardin des Plantes, je ne logerai pas chez vous. Je vous prierai seulement de me chercher deux chambres dans votre voisinage, et qui n’empêcheront pas, si je ne vous importune point, que vous ne me voyiez chez vous presque autant que si j’y logeais, à condition que vous ne fermerez pour cela votre porte à personne : les sociétés bonnes pour vous seront sûrement très bonnes pour moi ; et si je ne suis pas bon pour elles, ce ne sera pas la faute de ma volonté.
Vous savez sûrement que ma gouvernante, et mon amie, et ma soeur, et mon tout, est enfin devenue ma femme. Puisqu’elle a voulu suivre mon sort et partager toutes les misères de ma vie, j’ai dû faire au moins que ce fût avec honneur. Vingt-cinq ans d’union des coeurs ont produit enfin celle des personnes. L’estime et la confiance ont formé ce lien. S’il s’en formait plus souvent sous les mêmes auspices, il y en aurait moins de malheureux. Madame Renou ne sera point l’ornement d’un cercle, et les belles dames riront d’elle sans que cela la fâche ; mais elle sera, jusqu’à la fin de mes jours, la plus douce consolation, peut-être l’unique d’un homme qui en a le plus grand besoin.
Je vous embrasse de tout mon coeur.
Vous pouvez m’écrire en droiture à M. Renou, à Bourgoin en Dauphiné.
Lettre DCCCXLII – À M. du Peyrou
Bourgoin, le 30 octobre 1768.
Voici, j’espère, la dernière fois que j’aurai à vous parler du sieur Thevenin, dont je n’entends plus parler moi-même. Après les preuves péremptoires que j’ai données à M, de Tonnerre de la fourberie de cet imposteur, il en a bien fallu convenir à la fin, et il m’a offert de le punir par quelques jours de prison, comme si le but de tous les soins que j’ai pris et que j’ai donnés à ce sujet, était le châtiment de ce misérable. Vous croyez bien que je n’ai pas accepté. L’imposteur étant convaincu, rien n’était plus aisé que de le faire parler et de remonter peut-être à la source de ce complot profondément ténébreux dont je suis la victime depuis plusieurs années, et dont je dois l’être jusqu’à ma mort. Je mie le tiens pour dit ; et prenant enfin mon parti sur les manoeuvres : des hommes, je les laisserai désormais ourdir et tramer leurs iniquités, certain, quoi qu’ils puissent faire, que le temps et la vérité seront plus forts qu’eux. Ce qu’il me reste de toute cette affaire est un tendre souvenir des soins que mes amis ont bien voulu se donner en cette occasion, pour confondre l’imposture, et je suis en particulier très sensible à l’activité de M. Guyenet, dont je n’avais pas le même droit d’en attendre, et avec qui je n’étais plus en relation. J’apprends qu’il commence à se ranger, et je m’en réjouis de tout mon coeur, pour le bonheur de son excellente petite femme et le sien. Je finis, mon cher hôte, un peu à la hâte, en vous embrassant au nom de ma femme et au mien. J’embrasse M. Jeannin,
Lettre DCCCXLIV – À M. Moultou
Bourgoin, le 5 novembre 1768.
Vous avez fait, cher Moultou, une perte que tous vos amis et tous les honnêtes gens doivent pleurer avec vous, et j’en ai fait une particulière dans votre digne père par les sentiments dont il m’honorait, et dont tant de faux amis, dont je suis la victime, m’ont bien fait connaître le prix. C’est ainsi, cher Moultou, que je meurs en détail dans tous ceux qui m’aiment, tandis que ceux qui me haïssent et me trahissent semblent trouver dans l’âge et dans les années une nouvelle vigueur pour me tourmenter. Je vous entretiens de ma perte au lieu de parler de la vôtre ; mais la véritable douleur, qui n’a point de consolation, ne sait guère en trouver pour autrui ; on console les indifférents, mais on s’afflige avec ses amis. Il me semble que si j’étais près de vous, que nous nous embrassassions, que nous pleurassions tous deux, sans nous rien dire, nos coeurs se seraient beaucoup dit.
Your letters, sir, have reached me. I did not reply to the first one, because you informed me of your impending departure from Geneva; yet I saw in it a continuation of an friendship that I will always cherish, and I found within it the key to many mysteries that I had long been unable to understand. This led me, perhaps somewhat imprudently, to break ties with ungrateful people—people from whom I have more reason to fear than to hope anything after having devoted so much for their sake; but my aversion toward all forms of deception grows stronger the more I am its victim. In any case, in the state in which I have been reduced, I can now speak frankly without fear of consequences; it will not make me any poorer.
I have absolutely no idea what the château of Lavagnac is, who owns it, under what conditions I could live there, whether it would be suitable for me—that is, in my way—and whether it is furnished; in short, everything related to it, except for the little you told me in your last letter, which seems very attractive to me. Coindet has never mentioned it to me, and that doesn’t surprise me much. Your brief description of the place is charming. You offer to tell me more and even suggest that I go and investigate things on-site. I am quite tempted to take you at your word: after all, living in such a beautiful place—when all I have as shelter is an inn; being able to see you occasionally; having M. Venel as my neighbor, whom I hold in the highest regard—all these considerations are very appealing and would likely make me decide to move there, provided that the conditions I need are met. As for that profound secret you promised to tell me, you are no longer in control of it; but please try your best to keep it confidential. I implore you to do so, especially since your letter has been opened, even though the envelope enclosing it was not. A note to the reader.
I am truly delighted to learn that your trip was beneficial to Madame Moultou’s health. My eagerness to meet you is further increased by my desire to be known to her and to please her. If I fail to win her approval of your friendship toward me, and if she does not follow your example in this regard, at least I can assure you that it will not be my fault. However, since I wish to spend some time in Montpellier to visit Mr. Gouan and the Botanical Garden, I will not stay with you. I would merely ask you to find me two rooms in your vicinity—rooms that, provided I do not disturb you too much, would allow me to visit you almost as often as if I were living there. Of course, I would not expect you to shut your door to anyone for my sake: any company that is good for you must surely be very good for me too; and if I prove to be of no use to them, it will not be due to my own will.
You must surely know that my governess, my friend, my sister, and everything to me has finally become my wife. Since she chose to share my fate and endure all the hardships of my life, I felt it was my duty to do so with honor at least. Twenty-five years of shared feelings have ultimately led to a union of hearts. Respect and trust have forged this bond. If such unions were more common under similar circumstances, there would be fewer people suffering in the world. Madame Renou may not be the center of attention in any social circle, and the other ladies might laugh at her, but she will remain, for the rest of my life, the sweetest consolation—and perhaps the only one—for a man who needs it most desperately.
I kiss you with all my heart.
You may write directly to Mr. Renou in Bourgoin-en-Dauphiné.
Letter DCCCXLII – To Mr. du Peyrou
Bourgoin, October 30, 1768.
I hope this is the last time I will have to speak to you about Mr. Thevenin, about whom I myself no longer hear anything. After presenting irrefutable evidence to M. de Tonnerre of the deceitfulness of this impostor, he finally had to admit it, and even offered to punish him by sending him to jail for a few days, as if the whole purpose of all my efforts in this matter were merely to punish that wretch. You can imagine that I did not accept such an offer. Now that the impostor was convinced, it would have been easy enough to make him confess and perhaps uncover the origins of this deeply sinister plot against me—plot which has plagued me for many years and will continue until my death. I say this clearly; as for those who resort to such schemes, I shall let them weave their injustices on as they please, certain that time and truth will be stronger than them. What remains for me from all this is a fond memory of the efforts made by my friends to expose this deception, and I am particularly grateful for the active role played by M. Guyenet, someone from whom I would not have expected such assistance, since I had lost contact with him. I am delighted to hear that he is beginning to reform his ways, and I wish him and his wonderful wife every happiness. My dear host, I must end this letter in a hurry; please convey my regards to my wife and myself. I also send my greetings to M. Jeannin.
Letter DCCCXLIV – To Mr. Moultou
Bourgoin, November 5, 1768.
You have suffered a loss, dear Moultou, that all your friends and every honest person must mourn with you; I, too, have suffered a particular loss due to the affection your worthy father showed me—a sentiment of which so many false friends, of whom I am a victim, have made me fully aware of its true cost. Thus, dear Moultou, as I die, I feel the pain deeply felt by all those who love me; whereas those who hate and betray me seem to find new strength in age to torment me further. I speak of my own loss rather than yours; but true sorrow, which knows no consolation, can hardly bring any comfort to others. One may try to console those who are indifferent, but one grieves together with one’s friends. It seems to me that if I were by your side, if we embraced and wept together without saying a word, our hearts would speak for themselves.
Le vostre lettere, signore, sono arrivate a me. Non ho risposto alla prima, perché mi comunicavate la vostra imminente partenza da Ginevra; tuttavia vi ho visto l’espressione di un’amicizia che rimarrà sempre preziosa per me, e vi ho trovato la chiave di molti misteri che da tempo non riuscivo a comprendere. Questo mi ha spinto, forse in modo un po’ imprudente, a rompere i rapporti con degli ingrati nei confronti dei quali temo di più ciò che potrei sperare, dopo essere stato disposto a sacrificare molto per loro; ma il mio orrore verso ogni forma di inganno aumenta man mano che ne comprendo meglio gli effetti negativi. Del resto, nello stato in cui sono stato ridotto, ora posso parlare apertamente senza subire conseguenze negative, e questo non renderà certo la mia situazione più misera.
Ignoro assolutamente cosa sia il castello di Lavagnac, a chi appartiene, in quali condizioni potrei viverci, se sia abitabile per me, cioè secondo i miei gusti, e se sia arredato; insomma, tutto ciò che riguarda questo posto, tranne quel poco che mi avete detto nella vostra ultima lettera e che mi sembra molto allettante. Coindet non mi ne ha mai parlato, e non mi sorprende affatto. La vostra breve descrizione del luogo è incantevole. Mi offrite di dirmi di più, e persino di andare a fare delle indagini sul posto stesso. Sono davvero tentato di accettare la vostra proposta: perché stabilirmi in un posto così bello, io che non ho altro rifugio che un cabaret; vedervi di tanto in tanto; essere vicino a Monsieur Venel, per il quale provo la più sincera stima. Tutto questo mi attira molto, al punto da farmi probabilmente decidere definitivamente, a condizione che le necessità che ho siano soddisfatte. Per quanto riguarda quel segreto profondo che mi promettete di rivelarmi, ormai non ne siete più il padrone; tuttavia, vi prego di cercare di mantenerlo il più possibile. Vi supplico, dato che la vostra lettera è stata aperta, anche se quella che ne faceva da involucro no. Avvertenza per il lettore.
Sono davvero felice di apprendere che il vostro viaggio sia stato benefico per la salute della signora Moultou: il mio desiderio di vedervi aumenta ancora di più dal desiderio di essere conosciuto da lei e di renderla contenta. Se non riesco a ottenere il suo consenso riguardo alla vostra amicizia verso di me, e se lei non segue il vostro esempio, almeno posso dire che non sarà colpa mia. Tuttavia, poiché desidero trattenermi un po’ a Montpellier per incontrare il signor Gouan e visitare il Giardino delle Piante, non soggiornerò presso di voi. Vi pregherei soltanto di trovarmi due stanze nelle vicinanze, in modo che, se non vi disturbo troppo, possa venire a farvi visita quasi come se abitassi lì. A condizione, naturalmente, che non chiudiate la vostra porta a nessuno per questo motivo: le compagnie che sono buone per voi saranno sicuramente molto buone anche per me; e se non do il meglio di me stesso in loro compagnia, non sarà certo colpa mia.
Sapete sicuramente che la mia governante, e mia amica, e mia sorella, insomma, tutto ciò che avevo, è finalmente diventata mia moglie. Poiché ha voluto condividere il mio destino e sopportare tutte le difficoltà della mia vita, ho dovuto almeno farlo onorevolmente. Venticinque anni di unione sincera hanno portato infine all’unione anche delle nostre persone; stima e fiducia hanno formato quel legame. Se ciò accadesse più spesso sotto gli stessi auspici, ci sarebbero meno persone sfortunate nel mondo. Madame Renou non sarà certo l’ornamento di un ambiente raffinato, e le signore eleganti potrebbero riderne, ma lei sarà, fino alla fine dei miei giorni, la più dolce consolazione, forse l’unica, per un uomo che ne ha estremo bisogno.
Vi bacio con tutto il mio cuore.
Potete scrivere direttamente a me, rivolgendovi a Monsieur Renou, a Bourgoin in Dauphiné.
Lettera DCCCXLII – A Monsieur du Peyrou
Bourgoin, 30 ottobre 1768.
Ecco, spero, l’ultima volta che dovrò parlarvi del signor Thevenin, di cui ormai nemmeno io sento più parlare. Dopo le prove irrefutabili che ho fornito a M. de Tonnerre riguardo alla frode di quell’impostore, alla fine è stato costretto ad ammetterlo e mi ha offerto di punirlo con alcuni giorni di prigione, come se lo scopo di tutti i miei sforzi in questo senso fosse proprio quello di castigare quel miserabile. Credete davvero che io abbia accettato? Ora che l’impostore era stato convinto, non c’era nulla di più facile che farlo parlare e forse scoprire la fonte di quel complotto oscuro e profondo di cui sono vittima da molti anni. E lo sarò fino alla mia morte. Vi dico questo; riguardo alle manovre di queste persone, lascerò che continuino a tessere le loro iniquità, certo che, qualunque cosa facciano, il tempo e la verità saranno più forti di loro. Quello che mi rimane di tutta questa vicenda è un tenero ricordo dei sforzi fatti dai miei amici per smascherare l’impostura. Sono particolarmente grato all’attività di M. Guyenet, di cui non avevo certo il diritto di aspettarmi tanto, e con cui ormai non ero più in contatto. So che sta iniziando a cambiare vita, e ne sono davvero felice per la felicità della sua meravigliosa moglie e per la sua stessa. Concludo, caro ospite, un po’ in fretta. Vi abbraccio a nome di mia moglie e mio. Abbraccio anche M. Jeannin.
Lettera DCCCXLIV – A Monsieur Moultou
Bourgoin, 5 novembre 1768.
Caro Moultou, hai subito una perdita di cui tutti i tuoi amici e tutte le persone oneste devono piangere insieme a te; anch’io ho sofferto molto per la scomparsa di tuo padre, per i sentimenti che mi dimostrava, e dei quali tanti falsi amici, di cui sono vittima, mi hanno fatto conoscere appieno il vero valore. Così, caro Moultou, muoio mentre tutti coloro che mi amano soffrono con me; coloro invece che mi odiano e mi tradiscono sembrano trovare nel tempo una nuova forza per tormentarmi. Parlo della mia perdita invece di parlare della tua. Ma il vero dolore, che non conosce consolazione, difficilmente ne trova per gli altri; si consola chi è indifferente, ma si soffre insieme ai propri amici. Mi sembra che, se fossi vicino a te, se ci abbracciassimo e piangessimo insieme senza dire una parola, i nostri cuori potrebbero comunicare molto di più.
Cruel ami, que de regrets vous me préparez dans votre description de Lavagnac ! Hélas ! ce beau séjour était l’asile qu’il me fallait ; j’y aurais oublié, dans un doux repos, les ennuis de ma vie ; je pouvais espérer d’y trouver enfin de paisibles jours, et d’y attendre sans impatience la mort, qu’ailleurs je désirerai sans cesse. Il est trop tard. La fatale destinée qui m’entraîne ordonne autrement de mon sort. Si j’en avais été le maître, si le prince lui-même eût été le maître chez lui, je ne serais jamais sorti de Trye, dont il n’avait rien épargné pour me rendre le séjour agréable. Jamais prince n’en a tant fait pour aucun particulier qu’il en a daigné faire pour moi. » Je le mets ici à ma place, » disait-il à son officier ; je veux qu’il ait la même » autorité que moi, et je n’entends pas qu’on lui » offre rien, parce que je le fais le maître de tout. » Il a même daigné me venir voir plusieurs fois, souper avec moi tête à tête, me dire, en présence de toute sa suite, qu’il venait exprès pour cela, et, ce qui m’a plus touché que tout le reste, s’abstenir même de chasser, de peur que le motif de son voyage ne fût équivoque. Eh bien ! cher Moultou, malgré ses soins, ses ordres les plus absolus, malgré le désir, la passion, j’ose dire, qu’il avait de me rendre heureux dans la retraite qu’il m’avait donnée, on est parvenu à m’en chasser, et cela par des moyens tels que l’horrible récit n’en sortira jamais de.ma bouche ni de ma plume. Son altesse a tout su, et n’a pu désapprouver ma retraite ; les bontés, la protection, l’amitié de ce grand homme, m’ont suivi dans cette province, et n’ont pu me garantir des indignités que j’y ai souffertes. Voyant qu’on ne me laisserait jamais en repos dans le royaume, j’ai résolu d’en sortir ; j’ai demandé un passeport à M. de Choiseul, qui, après m’avoir laissé longtemps sans réponse, vient enfin de m’envoyer ce passeport. Sa lettre est très polie, mais n’est que cela ; il m’en avait écrit auparavant d’obligeantes. Ne point m’inviter à ne pas faire usage de ce passeport, c’est m’inviter en quelque sorte à en faire usage. Il ne convient pas d’importuner les ministres pour rien. Cependant depuis le moment où j’ai demandé ce passeport Jusqu’à celui où je l’ai obtenu, la saison s’est avancée, les Alpes se sont couvertes de glace et de neige ; il n’y a plus moyen de songer à les passer dans mon état. Mille considérations impossibles à détailler dans une lettre m’ont forcé à prendre le parti le plus violent, le plus terrible auquel mon coeur pût jamais se résoudre ; mais le seul qui m’ait paru me rester, c’est de repasser en Angleterre, et d’aller finir mes malheureux jours dans ma triste solitude de Wootton, où, depuis mon départ, le propriétaire m’a souvent rappelé par force cajoleries. Je viens de lui écrire en conséquence de cette résolution ; j’ai même écrit aussi à l’ambassadeur d’Angleterre. Si ma proposition est acceptée, comme elle le sera infailliblement, je ne puis plus m’en dédire, et il faut partir. Rien ne peut égaler l’horreur que m’inspire ce voyage ; mais je ne vois plus de moyen de m’en tirer sans mériter des reproches ; et à tout âge, surtout au mien, il vaut mieux être malheureux que coupable.
J’aurais doublement tort d’acheter par rien de répréhensible le repos du peu de jours qui me restent à passer ; mais je vous avoue que ce beau séjour de Lavagnac, le voisinage de M. Venel, l’avantage d’être auprès de son ami, par conséquent d’un honnête homme, au lieu qu’à Trye j’étais entre les mains du dernier des malheureux, tout cela me suivra en idée dans ma sombre retraite, et y augmentera ma misère pour n’avoir pu faire mon bonheur. Ce qui me tourmente encore plus en ce moment est une lueur de vaine espérance dont je vois l’illusion, mais qui m’inquiète malgré que j’en aie. Quand mon sort sera parfaitement décidé j et qu’il ne me restera qu’à m’y soumettre, j’aurai plus de tranquillité. C’est, en attendant, un grand soulagement pour mon coeur d’avoir épanché dans le vôtre tout ce détail de ma situation. Au reste, je suis attendri d’imaginer vos dames, vous, et M. Venel, faisant ensemble ce pèlerinage bienfaisant, qui mérite mieux que ceux de Lorette d’être mis au nombre des oeuvres de miséricorde. Recevez tous mes plus tendres remerciements et ceux de ma femme ; faites agréer ses respects et les miens à vos dames. Nous vous saluons et vous embrassons l’un et l’autre de tout notre coeur.
P. S. J’ai proposé l’alternative de l’Angleterre, et de Minorque que j’aimerais mieux à cause du climat. Si ce dernier parti est préféré, ne pourrions-nous pas nous voir avant mon départ, soit à Montpellier, soit à Marseille.
Autre P. S. Si j’avais reçu votre lettre avant le départ des miennes, je doute qu’elles fussent parties.
Lettre DCCCXLVI – À M.de Saint-Germain
[990]
9 novembre 1768.
Je n’ai pas, monsieur, l’honneur d’être connu de vous, et je sais que vous n’aimez pas mes opinions ; mais je sais que vous êtes un brave militaire, un gentilhomme plein d’honneur et de droiture, qui a dans son coeur la véritable religion, celle qui fait les gens de bien ; voilà tout ce que je cherche. On ne séduit pas M. de Saint-Germain, on l’intimide encore moins ; passez-moi, monsieur, la familiarité du terme : vous êtes précisément l’homme qu’il me faut.
J’aurais, monsieur, à mettre en dépôt dans le coeur d’un honnête homme des confidences qui n’en sont pas indignes, et qui soulageraient le mien. Si vous voulez bien être ce généreux dépositaire, ayez la bonté de m’assigner chez vous l’heure et le jour d’une audience paisible, et je m’y rendrai. Je vous préviens que ma confiance ne sera mêlée d’aucune indiscrétion ; que je n’ai à vous demander ni soins, ni conseils, ni rien qui puisse vous donner la moindre peine ou vous compromettre en aucune façon : vous n’aurez d’autre usage à faire de ma confidence que d’en honorer un jour ma mémoire, quand il n’y aura plus de risque à parler. Je ne vous dis rien de mes sentiments pour vous, mais je vous en donne la preuve.
Lettre DCCCXLVII – À M. le comte de Tonnerre
En lui envoyant l’écrit suivant.
Bourgoin, le 9 novembre 1768.
Monsieur.
J’ai l’honneur de vous envoyer ci-jointe la déclaration juridique du sieur Jeannet[991], cabaretier des Verrières, relative à celle du sieur Thevenin. De peur d’abuser de votre patience, je m’abstiens de joindre à cette pièce celles que j’ai reçues en même temps, puisqu’elle suffit seule à la suite des preuves que vous avez déjà pour démontrer pleinement, non l’erreur, mais l’imposture de ce dernier. Je n’aurais assurément pas eu l’indiscrétion de vous importuner de cette ridicule affaire, si le ton décidé sur lequel M. Bovier se faisait le porteur de parole de ce misérable n’eût excité ma juste indignation. Vous m’avez fait l’honneur de me marquer qu’après ce qui s’est passé mon prétendu créancier se tiendra pour dit qu’il ne saurait se flatter de trouver en moi son débiteur. Voilà, monsieur le comte, de quoi jamais il ne s’est flatté, je vous assure ; mais il s’est flatté, premièrement, de mentir et m’avilir à son aise ; puis, après avoir dit tout ce qu’il voulait dire, et n’ayant plus qu’à se taire, de se taire ensuite tranquillement ; et, s’il était enfin convaincu d’être un imposteur, de sortir néanmoins de cette affaire, confondu, très peu lui importe, mais impuni, mais triomphant. Pour un homme qui paraît si bête, je trouve qu’il n’a pas trop mal calculé.
Je vous supplie, monsieur, de vouloir bien ordonner, à votre commodité, que les deux pièces ci-jointes me soient renvoyées avec la lettre de M. Roguin. Je sens que j’ai fort abusé, dans cette occasion, de la permission que vous m’avez donnée de faire venir mes lettres sous votre pli. Je serai plus discret à l’avenir ; et si l’impunité du premier fourbe en suscite d’autres, elle me servira de leçon pour ne m’en plus tourmenter.
J’ai l’honneur, monsieur le comte, de vous assurer de tout mon respect.
DÉCLARATION JURIDIQUE DU SIEUR JEANNET.
L’an 1768, et le dix-neuvième jour du mois de septembre, par-devant noble et prudent Charles-Auguste du Terraux, bourgeois de Neuchâtel et de Romain-Môtiers, maire pour sa majesté le roi de Prusse, notre souverain prince et seigneur, en la juridiction des Verrières, administrant justice par jour extraordinaire, mais aux lieu et heure accoutumés, et en la présence des sieurs jurés en icelle après nommés :
“Cruel friend,” he said, “what regrets your description of Lavagnac brings to me! Alas, that beautiful retreat was precisely the sanctuary I needed; there, in peaceful solitude, I could have forgotten the troubles of my life. I hoped to find there days of tranquility and await death without impatience—a fate I would otherwise long for constantly. But it is too late. The fateful destiny that guides me dictates otherwise. If I had been its master, if even the prince himself had been its master in his own domain, I would never have left Trye, where he spared no effort to make my stay pleasant. No prince has ever done so much for a private individual as he did for me.” “I place him in my position,” he told his officer, “I want him to have the same ‘authority’ as I do; and I refuse to allow anyone to offer him anything less just because I grant him mastery over everything.” He even went so far as to invite him several times to dine with him in private, telling his entourage that he had come specifically for that purpose. What touched me most was his restraint—even abstaining from hunting, lest the reason for his visit might be misunderstood. Well, dear Moultou, despite all his care and absolute orders, despite the desire—and passion, I would say—to make me happy in the retreat he provided for me, someone managed to drive me away. And the means used were such that I shall never dare recount them either in words or in writing. His Highness learned of everything but could not condemn my decision to retire. The kindnesses, protection, and friendship of that great man followed me to this province, yet they could not protect me from the indignities I suffered there. Seeing that I would never be allowed peace in the kingdom, I resolved to leave it. I asked M. de Choiseul for a passport; after keeping me waiting for a long time without response, he finally sent it to me. His letter was polite, but nothing more. He had previously written me kind letters as well. By not advising me against using this passport, he was, in effect, encouraging me to do so. It would be improper to bother ministers for no reason. However, from the moment I requested the passport until I finally received it, the season had changed drastically—the Alps were covered in ice and snow; it was no longer possible to cross them under my current circumstances. Countless considerations, too complicated to detail in a letter, forced me to take the most drastic, the most terrifying decision my heart could bear. But it was the only one left: to return to England and spend the rest of my miserable days in my lonely dwelling at Wootton, where, ever since my departure, the landlord had repeatedly tried to force me to stay through various means. I have just written to him regarding this decision; I have also written to the British ambassador.” If my proposal is accepted, and it undoubtedly will be, I can no longer go back on it; we must proceed. Nothing can compare to the horror that this journey fills me with; but I see no other way out without incurring reproaches; and at any age, especially at mine, it is better to be unhappy than guilty.
It would be doubly wrong of me to purchase, at any cost whatsoever, the peace and tranquility for the few days that remain to me; but I must confess that this wonderful stay in Lavagnac, the company of Mr. Venel, and the fact of being near his friend—and therefore near an honest man—instead of being in Trye, where I would have been in the hands of the worst of misfortunates—all these things will accompany me in my dark retreat in my mind, and will only increase my misery for having failed to achieve my own happiness. What troubles me even more at this moment is a faint glimmer of vain hope; I see through its illusion, yet it still causes me anxiety. Once my fate has been completely decided and I have nothing left but to submit to it, I will have greater peace of mind. For now, it is a great comfort to my heart that I have been able to share all these details of my situation with you. Moreover, the thought of you, your ladies, and Mr. Venel together on this charitable pilgrimage fills me with emotion; such an act deserves to be counted among the works of mercy, even more so than those performed by Lorette. Accept my most heartfelt thanks, as well as those of my wife; please convey our regards and ours to your ladies. We bid you both a warm welcome and embrace you wholeheartedly.
P.S. I suggested the alternative of England or Minorca, which I prefer due to the climate. If that option is chosen, could we meet before my departure, either in Montpellier or in Marseille?
Another P.S.: If I had received your letter before sending mine, I doubt they would have been sent at all.
Letter DCCCXLVI – To Monsieur de Saint-Germain
[990]
November 9, 1768.
Sir, I do not have the honor of knowing you, and I know that you do not approve of my opinions; but I know that you are a brave soldier, a gentleman full of honor and integrity, who holds true to the genuine religion—that which makes people good. That is all I am looking for. One cannot seduce Mr. de Saint-Germain, nor can one intimidate him. Allow me to speak frankly: you are precisely the man I need.
Sir, I have matters of a nature that are not unworthy of the heart of an honest man to confide to you; these confidences would also bring relief to mine own. If you are willing to be this generous recipient, please kindly assign me a time and day for a peaceful meeting, and I will attend. I assure you that my confidence will not involve any indiscretion; I ask you for neither care nor advice, nor anything that might cause you the slightest trouble or put you in any compromising situation. All you will have to do with my confidences is to honor my memory one day, when there will be no longer any risk in speaking of them. I say nothing about my feelings toward you, but I offer you proof thereof.
Letter DCCCXLVII – To Mr. the Count of Tonnerre
By sending him the following letter.
Bourgoin, November 9, 1768.
Sir.
I have the honor of enclosing herewith the legal statement of Mr. Jeannet[991], the tavern keeper from Verrières, regarding the matter concerning Mr. Thevenin. Out of respect for your patience, I refrain from attaching to this document those other statements I received at the same time, as it alone is sufficient to provide ample evidence, not only of his error, but also of his utter deceit. I would certainly not have taken the liberty of troubling you with such a ridiculous matter were it not for the decisive tone in which Mr. Bovier acted as this wretch’s spokesman, which aroused my righteous indignation. You have kindly informed me that, in light of what has happened, my so-called creditor considers it sufficient to declare that he will never consider me his debtor. I assure you, Monsieur le Comte, that such was never his intention at all; but first and foremost, he took pleasure in lying and humiliating me at will; then, after saying everything he wanted to say and having nothing left to add, he simply chose to remain silent; and even if he were finally convinced of his own deception, he would still emerge from this entire affair unscathed, triumphant—even if it meant being considered a fraudster. For a man who appears so foolish, I must say that his calculations have not been entirely wrong.
I implore you, sir, to kindly order that the two documents attached be returned to me along with Mr. Roguin’s letter. I realize that I have greatly abused the permission you granted me to send my letters under your cover in this instance. In the future, I will be more discreet; and if the impunity of that first treacherous person encourages others to follow his example, it will serve as a lesson for me to refrain from such behavior in the future.
It is my honor, Count, to assure you of my utmost respect.
LEGAL DECLARATION OF M. JEANNET.
On the nineteenth day of September in the year 1768, before the noble and prudent Charles-Auguste du Terraux, a citizen of Neuchâtel and Romain-Môtiers, mayor on behalf of His Majesty the King of Prussia, our sovereign prince and lord, in the jurisdiction of Verrières—where justice was being administered on an extraordinary day, but at the usual place and time—and in the presence of the jurors who had been named for the occasion:
Caro Moultou, nonostante tutti i suoi sforzi e i suoi ordini assoluti, nonostante il desiderio, anzi la passione che aveva di rendermi felice nella ritirata che mi aveva concesso, qualcuno è riuscito a cacciarmi via. E ciò con metodi così orribili che né io né nessun altro oserebbe mai raccontarli. Sua Altezza ha saputo tutto, ma non ha potuto disapprovare la mia scelta di ritirarmi; le gentilezze, la protezione, l’amicizia di quell’uomo grande mi hanno seguito in questa provincia, ma non sono riuscite a proteggermi dalle umiliazioni che ho subito lì. Vedendo che nessuno mi avrebbe mai lasciato in pace nel regno, ho deciso di andarmene. Ho chiesto un passaporto a Monsieur de Choiseul, il quale, dopo avermi ignorato per molto tempo, finalmente me lo ha inviato. La sua lettera è molto cortese, ma nient’altro; in precedenza mi aveva scritto anche lui messaggi gentili. Non invitarmi a non utilizzare quel passaporto equivale, in un certo senso, ad incoraggiarmi a farlo. Non conviene infatti importunare i ministri per nulla. Tuttavia, dal momento in cui ho chiesto il passaporto fino al momento in cui l’ho ottenuto, la stagione è cambiata: le Alpi sono state coperte di ghiaccio e neve. Non c’è più modo di attraversarle nelle mie condizioni. Mille considerazioni impossibili da spiegare in una lettera mi hanno costretto a prendere la decisione più drastica, la più terribile. Ma l’unica che mi fosse rimasta era quella di tornare in Inghilterra e trascorrere i miei ultimi giorni nella mia triste solitudine di Wootton. Da quando me ne sono andato, il proprietario della casa mi ha spesso cercato con insistenza, usando anche mezzi dolci. Ho appena scritto a lui in base a questa decisione. Ho anche scritto all’ambasciatore d’Inghilterra. Se la mia proposta viene accettata, come inevitabilmente accadrà, non potrò più ritrattarla; quindi dobbiamo partire. Niente può eguagliare l’orrore che questo viaggio mi ispira; ma non vedo altra via per uscirne senza meritarmi rimproveri. E a qualsiasi età, soprattutto alla mia, è meglio essere sfortunati che colpevoli.
Sarebbe doppiamente sbagliato da parte mia acquistare, con mezzi del tutto onesti, il riposo per i pochi giorni che mi restano da trascorrere; ma vi confesso che questa bella permanenza a Lavagnac, la vicinanza di Monsieur Venel, il fatto di trovarmi accanto al suo amico, e quindi in mezzo a persone oneste, invece di essere a Trye tra le mani dell’ultimo dei disgraziati. Tutto ciò continuerà ad accompagnarmi nei miei giorni tristi, aumentando la mia miseria per non essere riuscito a realizzare il mio bene. Quello che mi tormenta ancora di più in questo momento è una debole speranza: ne vedo chiaramente l’illusione, ma ciò non impedisce che mi preoccupi comunque. Quando il mio destino sarà definitivamente deciso e non mi resterà altro da fare se non sottomettermici, avrò finalmente pace. Intanto, è un grande conforto per il mio cuore aver potuto condividere con voi tutti i dettagli della mia situazione. Inoltre, sono commosso all’idea di immaginare voi, le vostre dame e Monsieur Venel che intraprendete insieme questo pellegrinaggio benefico, il quale merita davvero di essere annoverato tra le opere di misericordia. Ricevete i miei più sinceri ringraziamenti, così come quelli di mia moglie; fatele trasmettere i suoi saluti e i miei a tutte le vostre dame. Vi salutiamo e vi abbracciamo con tutto il nostro cuore.
P.S. Ho proposto come alternativa l’Inghilterra o Minorca, che preferisco a causa del clima. Se questa seconda opzione viene scelta, non potremmo incontrarci prima della mia partenza, sia a Montpellier che a Marsiglia?
Altra nota: se avessi ricevuto la vostra lettera prima della partenza delle mie, dubito che sarebbero state inviate.
Lettera DCCCXLVI – A Monsieur de Saint-Germain
[990]
9 novembre 1768.
Signore, non ho l’onore di essere conosciuto da voi e so che non apprezzate le mie opinioni; tuttavia so che siete un bravo militare, un gentiluomo pieno di onore e rettitudine, il quale possiede nel proprio cuore la vera religione, quella che rende le persone buone. Questo è tutto ciò che cerco. Non si può sedurre il signor de Saint-Germain, né tantomeno intimidirlo; permettetemi di essere franco: voi siete esattamente l’uomo di cui ho bisogno.
Signore, avrei bisogno di affidare nel cuore di un uomo onesto delle confidenze che non sono indegne di esso e che potrebbero alleviare il peso nel mio animo. Se siete disposto ad essere questo generoso custode, vi prego di indicarmi l’ora e il giorno in cui poter ricevermi in un colloquio tranquillo; io mi presenterò allora. Vi avverto che la mia confidenza non conterrà nulla di indiscreto; non vi chiederò né cure né consigli, né nulla che possa causarvi alcun disagio o mettervi in pericolo in alcun modo: l’unica cosa che desidero da voi è che un giorno onoriate la mia memoria, quando non ci sarà più rischio a parlare di queste cose. Non vi dico nulla dei miei sentimenti verso di voi, ma ve ne do la prova.
Lettera DCCCXLVII – A Sua Signoria il conte di Tonnerre
Inviandogli la seguente lettera.
Bourgoin, 9 novembre 1768.
Signore.
Ho l’onore di inviarvi, in allegato, la dichiarazione legale del signor Jeannet[991], proprietario di un cabaret situato alle Verrières, relativa a quella del signor Thevenin. Per non abusare della vostra pazienza, mi astengo dal includere in questo documento quelle altre dichiarazioni che ho ricevuto nello stesso periodo; essa, infatti, è sufficiente per completare le prove che già possedete e dimostrare, senza ombra di dubbio, non l’errore, ma l’impostura di quest’ultimo. Certamente non avrei mai avuto l’impertinenza di disturbarvi con questa ridicola questione, se il tono deciso con cui il signor Bovier si è fatto portavoce di quel miserabile non avesse suscitato la mia giusta indignazione. Avete avuto la gentilezza di comunicarmi che, dopo quanto accaduto, il mio presunto creditore considera ormai chiuso l’argomento, ritenendo di non poter più considerarmi suo debitore. Signor conte, vi assicuro che questo è qualcosa di cui quel individuo non si è mai vantato; tuttavia, si è vantato innanzitutto di poter mentire e umiliarmi a piacimento; poi, dopo aver detto tutto ciò che voleva, di potersi semplicemente astenere dal parlare; e infine, anche se fosse stato convinto di essere un impostore, avrebbe comunque cercato di uscire da questa situazione senza subire conseguenze, anzi, trionfando. Per un uomo che sembra così stupido, devo dire che non ha calcolato male le sue mosse.
Vi supplico, signore, di voler ordinare che le due lettere qui allegate mi vengano restituite insieme alla missiva del signor Roguin. Sento di aver abusato in questa occasione della permissione che mi avete concesso di farvi inviare le mie lettere sotto la vostra copertina. In futuro sarò più discreto; e se l’impunità di quel primo traditore ne incoraggerà altri, essa mi servirà da lezione per non tormentarmi più con simili comportamenti.
Ho l’onore, signor conte, di assicurarvi del mio più profondo rispetto.
DECLARAZIONE GIURIDICA DEL SIGOR JEANNET.
Nell’anno 1768, il diciannovesimo giorno del mese di settembre, davanti al nobile e prudente Charles-Auguste du Terraux, cittadino di Neuchâtel e Romain-Môtiers, sindaco per Sua Maestà il re di Prussia, nostro sovrano principe e signore, nella giurisdizione di Verrières, dove si amministrava la giustizia in giorni straordinari ma nei luoghi e alle ore abituali, e in presenza dei suddetti giurati nominati:
Personnellement est comparu M. Guyenet, receveur pour sa majesté, et lieutenant en l’honorable cour de justice du Val-de-Travers, qui a représenté qu’ayant reçu depuis peu une lettre de M. J. J. Rousseau, datée de Bourgoin, du 8 du courant, par laquelle il lui marque que le nommé Thevenin, chamoiseur de sa profession, lui ayant fait demander neuf livres argent de France, qu’il prétend lui avoir fait remettre en prêt, au logis du Soleil, à Saint-Sulpice, il y a à peu près dix ans ; et comme cet article est trop intéressant à l’honneur de mondit[992] sieur Rousseau pour ne pas l’éclaircir, vu et d’autant qu’il n’a jamais été dans le cas d’emprunter cette somme dudit Thevenin, et que cet article est controuvé ; c’est pourquoi mondit sieur le lieutenant Guyenet se présente aujourd’hui par-devant cette honorable justice, pour requérir que, par reconnaissance, il puisse justifier authentiquement ce qu’il vient d’avancer, ayant pour cet effet fait citer en témoignage le sieur Jean-Henri Jeannet, cabaretier de ce lieu, présent, lequel et par qui l’argent que répète ledit Thevenin à mondit sieur Rousseau, doit, suivant lui, avoir été remis ; requérant qu’avant de faire déposer ledit sieur Jeannet, il y soit appointé, ce qui a été connu.
Et pour y satisfaire ledit sieur Jeannet étant comparu, a, après serment intime sur les interrogats[993] circonstanciés à lui adressés, tendant à dire tout ce qu’il peut savoir de cette affaire, déposé comme suit :
Qu’il n’a aucune connaissance que le nommé Thevenin, chamoiseur, ait jamais prêté chez lui, déposant, ni ailleurs, aucun argent à M. Jean-Jacques Rousseau pendant tout le laps de temps qu’il a demeuré dans ce pays, n’ayant jamais eu l’honneur de voir dans son logis mondit sieur Rousseau ; bien est-il vrai qu’il y a à peu près cinq ans qu’il le vit s’en revenant du côté de Pontarlier, sans lui avoir parlé ni l’avoir revu dès-lors.
Il se rappelle aussi très bien qu’en 1762, pendant le courant du mois de mai, arriva chez lui un nommé Thevenin, qui se disait être de la Charité-sur-Loire, réfugié dans ce pays pour éviter l’effet d’une lettre de cachet obtenue contre lui, lequel était accompagné du nommé Guillobel, marchand horloger du même lieu ; ledit Thevenin n’ayant séjourné chez lui que huit à dix jours, pendant lequel temps arriva encore dans son logis un nommé Decustreau, qu’il connaissait depuis près de vingt ans, pour avoir logé chez lui à différentes fois, et duquel il peut produire des lettres.
Ledit Decustreau partit au bout de quelques jours pour Neuchâtel ; Thevenin avec lui Jeannet l’accompagnèrent jusqu’à Saint-Sulpice, au logis du Soleil, où ils dinèrent. Après le départ dudit Decustreau, ledit Thevenin demanda au déposant s’il connaissait ledit Decustreau ; il lui répondit qu’il le connaissait pour avoir logé chez lui. Cette demande dudit Thevenin ayant excité au déposant la curiosité d’apprendre de lui pourquoi il lui formait cette question, ledit Thevenin lui répondit que c’était à cause d’un écu de trois livres qu’il avait prêté audit Decustreau sur la demande qu’il lui en avait faite. Et enfin ledit sieur Jeannet ajoute que pendant tout le temps que ledit Thevenin a resté chez lui, il ne lui a point parlé de M. Rousseau, ni dit qu’il eût la moindre chose à faire avec lui ; que ledit Thevenin, lorsqu’il arriva dans ce pays, n’avait point de profession, ayant dès-lors appris celle de chamoiseur à Estavayé-le-Lac.
C’est tout ce que ledit sieur Jeannet a déclaré savoir sur cette affaire.
Enfin mondit sieur le lieutenant a continué à dire qu’étant nécessaire à M. Rousseau d’avoir le tout par écrit, pour lui servir en cas de besoin, il demandait que par connaissance il lui fût adjugé ; ce qui lui a été.
Connu et jugé par les sieurs Jacques Lambelet, doyen, et Jacob Perroud, tous deux justiciers dudit lieu ; et par mondit sieur le maire ordonné au notaire soussigné, greffier des Verrières, de lui en faire l’expédition en cette forme. Le jour prédit, 19 septembre 1768.
Par ordonnance. Signé JEANJAQUET.
Lettre DCCCXLIX – À M. le comte de Tonnerre
Bourgoin, le 16 novembre 1768.
Monsieur.
Pardon de mes importunités réitérées ; mais je ne puis me dispenser de vous envoyer encore l’imprimé ci-joint qu’on n’a pu recouvrer plus tôt[994]. Vous y verrez, M. le comte, que ceux qui ont aposté le sieur Thevenin ont su choisir un sujet déjà expérimenté dans le métier qu’ils lui faisaient faire.
Je ne puis penser, monsieur, que vous m’ayez pu croire dans l’âme assez de bassesse pour vouloir me venger d’un tel malheureux. Moi qui jamais n’ai fait, ni rendu, ni voulu le moindre mal à personne, commencerais-je si tard et sur un pareil personnage ? Non, monsieur, je n’ai point désiré sa punition, mais sa confession, et c’est ce que sa conviction devait naturellement produire, si l’on en eût profité pour remonter à la source de ces menées. Mais c’est ce qui commence à devenir superflu ; et sans que l’autorité ni moi nous en mêlions en aucune manière, je prévois que le public ne tardera pas à savoir à quoi s’en tenir.
Permettez que je vous réitère ici mes actions de grâce des bontés dont vous m’avez honoré, et mes excuses de l’abus que j’en ai pu faire ; et daignez, monsieur, agréer, je vous supplie, les assurances de mon respect.
P. S. Je prends la liberté d’exiger, monsieur, que vous ne fassiez aucun usage de cet imprimé. Il est pour vous seul, et pour être brûlé après l’avoir lu, à moins que vous n’aimiez mieux le garder, mais de façon qu’il ne puisse nuire à celui qu’il concerne.
Lettre DCCCXLXI – À M. du Peyrou
Bourgoin, le 21 novembre 1768.
Je vous remercie, mon cher hôte, de l’arrêt de Thevenin ; je l’ai envoyé à M. de Tonnerre, avec condition expresse, qui du reste n’était pas fort nécessaire à stipuler, de n’en faire aucun usage qui pût nuire à ce malheureux. Votre supposition qu’il a été la dupe d’un autre imposteur est absolument incompatible avec ses propres déclarations, avec celle du cabaretier Jeannet, et avec tout ce qui s’est passé ; cependant si vous voulez absolument vous y tenir, soit. Vous dites que mes ennemis ont trop d’esprit pour choisir une calomnie aussi absurde : prenez garde qu’en leur accordant tant d’esprit vous ne leur en accordiez pas encore assez ; car leur objet n’étant que de voir quelle contenance je tenais vis-à-vis d’un faux témoin, il est clair que plus l’accusation était absurde et ridicule, plus elle allait à leur but : si ce but eût été de persuader le public, vous auriez raison, mais il était autre. On savait très bien que je me tirerais de cette affaire ; mais on voulait voir comment je m’en tirerais ; voilà tout. On sait que Thevenin ne m’a pas prêté neuf francs, peu importe ; mais on sait qu’un imposteur peut m’embarrasser ; c’est quelque chose.
Vos maximes, mon très cher hôte, sont très stoïques et très belles, quoique un peu outrées, comme sont celles de Sénèque, et généralement celles de tous ceux qui philosophent tranquillement dans leur cabinet sur les malheurs dont ils sont loin, et sur l’opinion des hommes qui les honore. J’ai appris assurément à n’estimer l’opinion d’autrui que ce qu’elle vaut, et je crois savoir, du moins aussi bien que vous, de combien de choses la paix de l’âme dédommage ; mais que seule elle tienne lieu de tout et rende seule heureux les infortunés, voilà ce que j’avoue ne pouvoir admettre ; ne pouvant, tant que je suis homme, compter totalement pour rien la voix de la nature pâtissante et le cri, de l’innocence avilie. Toutefois, comme il nous importe toujours, et surtout dans l’adversité, de tendre à cette impassibilité sublime à laquelle vous dites être parvenu, je tâcherai de profiter de vos sentences, et d’y faire la réponse que fit l’architecte athénien à la harangue de l’autre : Ce qu’il a dit, je le ferai.
Certaines découvertes, amplifiées peut-être par mon imagination, m’ont jeté durant plusieurs jours dans une agitation fiévreuse qui m’a fait beaucoup de mal, et qui, tant qu’elle a duré, m’a empêché de vous écrire. Tout est calmé ; je suis content de moi ; et j’espère ne plus cesser de l’être, puisqu’il ne peut plus rien m’arriver de la part des hommes à quoi je n’aie appris à m’attendre et à quoi je ne sois préparé. Bonjour, mon cher hôte ; je vous embrasse de tout mon coeur.
Lettre DCCCXLXIII – À Madame la présidente de Verna
[996]
Bourgoin, le 2 décembre 1768.
In person appeared Mr. Guyenet, Receiver for His Majesty, and Lieutenant in the Honorable Court of Justice of Val-de-Travers. He stated that he had recently received a letter from Mr. J.-J. Rousseau, dated from Bourgoin on the 8th of the current month, in which Rousseau mentioned that a person named Thevenin, who made his living as a furrier, had requested nine livres of French money from him, claiming to have lent it to him at the residence called “Le Soleil,” located in Saint-Sulpice. Since this matter was of great importance to the honor of Mr. Rousseau, and since he had never been in a position to borrow such an amount from Thevenin in the first place, and moreover since the claims made by Thevenin were proven to be false, Mr. Guyenet appeared before this honorable court today in order to request that his statements be verified authentically. To this end, he called upon Mr. Jean-Henri Jeannet, a tavern keeper from the area, to testify. Mr. Jeannet was present and confirmed that, according to Thevenin’s claims, the money had indeed been lent to Mr. Rousseau. Before allowing Mr. Jeannet to testify, it was decided that certain procedures be followed, which were then carried out.
And in order to satisfy said Mr. Jeannet, who appeared before the court, after taking an oath regarding the detailed questions posed to him, and having sworn to tell everything he knew about this matter, he made the following statement:
He has no knowledge whatsoever that a person named Thevenin, a furrier by trade, ever lent money to Mr. Jean-Jacques Rousseau at his residence or elsewhere, nor did he deposit any funds with him during the entire period that Rousseau stayed in that country; indeed, it is true that about five years ago, he saw Rousseau returning from the direction of Pontarlier, but he neither spoke with him nor saw him again since then.
He also remembers very clearly that in 1762, during the month of May, a man named Thevenin came to stay with him. Thevenin claimed to be from Charité-sur-Loire and had fled to that region in order to avoid the effects of an arrest warrant issued against him. He was accompanied by another man, Guillobel, a watchmaker from the same place. Thevenin stayed with him for only eight to ten days; during that time, another person named Decustreau arrived at his residence. Decustreau, whom he had known for nearly twenty years as someone who had previously lived with him on several occasions, also left letters behind.
After a few days, the said Decustreau set off for Neuchâtel; Thevenin accompanied him, along with Jeannet, all the way to Saint-Sulpice, to the residence called “Le Soleil,” where they dined. After Decustreau’s departure, Thevenin asked the witness if he knew him; the witness replied that he did, having once stayed at his house. This question piqued the witness’s curiosity, and when Thevenin was asked why he had asked it, he explained that it was because of an écu worth three livres that he had lent to Decustreau upon his request. Finally, Mr. Jeannet added that during the entire time Thevenin stayed at his house, he never mentioned Monsieur Rousseau or said that he had any connection with him; moreover, when Thevenin arrived in that region, he had no profession—having only later learned the trade of a goat herder in Estavayé-le-Lac.
This is all that said Mr. Jeannet claimed to know about this matter.
Finally, my lord the lieutenant continued by saying that since it was necessary for Mr. Rousseau to have everything in writing, for his own use in case of need, he requested that it be assigned to him; and this was done for him.
Known and judged by Messrs. Jacques Lambelet, the dean, and Jacob Perroud, both judges of said place; and by the aforementioned mayor, who instructed the notary below signed, the clerk of Verrières, to prepare a copy thereof in this form. On the prescribed day, September 19, 1768.
By order. Signed: JEANJAQUET.
Letter DCCCXLIX – To Mr. the Count of Tonnerre
Bourgoin, November 16, 1768.
Sir.
Forgive my repeated importunations; but I cannot help sending you the attached document again, as it was not possible to retrieve it earlier[994]. You will see there, Mr. Count, that those who entrusted Monsieur Thevenin with this task knew well how to choose someone who already had experience in the field they required him to work in.
Mr., I cannot believe that you could have thought me capable of such baseness as to seek vengeance against a person so unfortunate. I, who have never done, nor caused, nor even intended any harm to anyone, would I begin such an action now, and against someone like him? No, sir; I did not desire his punishment, but rather his confession. That was what his conviction should naturally lead to, if one had made use of it to uncover the true origins of these misdeeds. But now, that seems unnecessary. And without any intervention on the part of either the authorities or me, I expect the public will soon learn the truth.
Permit me to reiterate here my gratitude for the kindnesses you have bestowed upon me, and my apologies for any misuse I may have made of them; please, sir, accept my expressions of respect.
P.S. I take the liberty of demanding, sir, that you do not make any use of this document. It is intended solely for your use and should be burned after reading it, unless you prefer to keep it—but in such a way that it does not cause harm to anyone it may concern.
Letter DCCCXLXI – To Mr. du Peyrou
Bourgoin, November 21, 1768.
I thank you, my dear host, for stopping Thevenin; I sent him to Mr. de Tonnerre with the explicit condition—that, which was not really necessary to stipulate—that he should not use it in any way that could harm that unfortunate man. Your assumption that he was deceived by another impostor is absolutely incompatible with his own statements, with what the tavernkeeper Jeannet said, and with everything that actually happened; however, if you insist on sticking to that view, then so be it. You say that my enemies are too clever to choose such an absurd slander; but be careful—by attributing them such intelligence, you might actually be underestimating them; their goal was simply to see how I would respond to a false witness. Clearly, the more ridiculous and absurd the accusation, the better it suited their purpose. If their aim had been to convince the public, then you would be right; but their intention was something else entirely. Everyone knew that I would get out of this situation unscathed; but they wanted to see how I would do it—that’s all. It doesn’t matter if Thevenin didn’t lend me nine francs; what matters is that an impostor could certainly cause me trouble—and that’s something worth considering.
Your maxims, my dear host, are truly stoic and beautiful, albeit somewhat extreme, just like those of Seneca and, in general, those of all those who quietly engage in philosophy in their studies, contemplating the misfortunes from which they are far removed and the opinions of others who honor them. I have certainly learned to assess the opinions of others only for what they are worth, and I believe I understand, at least as well as you, how much the peace of the soul can compensate for many things; but that alone it can replace everything and bring happiness to the unfortunate—this is something I must admit I cannot accept. For as long as I am human, I cannot simply disregard the voice of suffering nature and the cries of innocents who are oppressed. Nevertheless, since it is always important for us, especially in adversity, to strive toward that sublime indifference you claim to have attained, I will try to make use of your teachings and offer the same response as the Athenian architect did to his opponent’s speech: “What he said, I shall do.”
Certain discoveries, perhaps amplified by my imagination, plunged me into a state of feverish agitation for several days—a state that caused me great distress and prevented me from writing to you during that time. Now everything is calm; I am satisfied with myself, and I hope to remain so, since nothing more can happen to me from the part of humans that I have learned to expect and for which I am prepared. Goodbye, my dear host; I embrace you with all my heart.
Letter DCCCXLXIII – To Madame la Presidente of Verna
[996]
Bourgoin, December 2, 1768.
È personalmente comparso il signor Guyenet, ricevitore per Sua Maestà e luogotenente presso l’onorevole tribunale di giustizia del Val-de-Travers, il quale ha dichiarato di aver ricevuto recentemente una lettera dal signor J.-J. Rousseau, datata 8 del corrente mese da Bourgoin, nella quale quest’ultimo gli segnalava che un certo Thevenin, di professione cacciatore di caprioli, gli aveva chiesto nove libbre d’argento francese, sostenendo di averglielo prestato presso il locale “Le Soleil”, a Saint-Sulpice, circa dieci anni prima. Poiché questa questione è di estrema importanza per l’onore del suddetto signor Rousseau e poiché egli non ha mai avuto occasione di prendere in prestito tale somma dal suddetto Thevenin, e inoltre le affermazioni di quest’ultimo sono contraddette dai fatti, il signor Guyenet si presenta oggi davanti a questa onorevole giustizia per chiedere che gli venga concessa l’opportunità di dimostrare autenticamente quanto ha dichiarato, facendo citare a testimone il signor Jean-Henri Jeannet, locandiere del luogo e presente in tribunale. Quest’ultimo, secondo le affermazioni del signor Guyenet, avrebbe effettivamente consegnato l’argento richiesto al suddetto Rousseau; pertanto, prima di far deporre il signor Jeannet, si è deciso di stabilire formalmente tale requisito, cosa che è stata accettata.
E per soddisfare tale richiesta, il suddetto signor Jeannet, dopo aver prestato giuramento riguardo alle domande circostanziate che gli furono poste, ha dichiarato quanto fosse in grado di sapere su questa faccenda, come segue:
Non ha alcuna conoscenza del fatto che il suddetto Thevenin, un cacciatore di capre, abbia mai prestato denaro a Monsieur Jean-Jacques Rousseau, né depositato fondi presso di lui, né altrove, per tutto il periodo in cui quest’ultimo ha soggiornato in quel paese; inoltre, non ha mai avuto l’onore di incontrare Monsieur Rousseau nella sua abitazione. È vero, tuttavia, che circa cinque anni fa lo ha visto tornare da Pontarlier, senza però avergli parlato né rivederlo da allora.
Si ricorda anche molto bene che nel 1762, durante il mese di maggio, gli arrivò a casa un certo Thevenin, che si diceva essere originario di Charité-sur-Loire e fosse rifugiato in quel paese per evitare le conseguenze di una lettera di mandato emessa contro di lui; Thevenin era accompagnato da un altro uomo di nome Guillobel, commerciante di orologi della stessa località. Thevenin rimase a casa sua soltanto otto o dieci giorni; in quel periodo arrivò anche nel suo domicilio un certo Decustreau, che conosceva da quasi vent’anni, poiché aveva già soggiornato diverse volte da lui e di cui poteva produrre delle lettere a testimonianza della loro conoscenza.
Il suddetto Decustreau partì dopo alcuni giorni per Neuchâtel; Thevenin, insieme a Jeannet, lo accompagnò fino a Saint-Sulpice, presso l’abitazione denominata “Le Soleil”, dove pranzarono. Dopo la partenza di Decustreau, Thevenin chiese al testimone se conoscesse Decustreau; questi rispose di sì, poiché aveva soggiornato nella sua casa. Questa domanda suscitò nel testimone la curiosità di sapere il motivo per cui Thevenin gliela poneva, e quest’ultimo spiegò che si trattava di un ecu da tre lire che aveva prestato a Decustreau su sua richiesta. Infine, il signor Jeannet aggiunse che, durante tutto il tempo in cui Thevenin era rimasto nella sua casa, non gli aveva mai parlato di Monsieur Rousseau, né menzionato alcuna relazione tra lui e quest’ultimo; inoltre, quando Thevenin arrivò in quella regione, non aveva ancora una professione definita, avendo appena imparato l’arte di cacciare le capre a Estavayé-le-Lac.
Questo è tutto ciò che il suddetto signor Jeannet ha dichiarato di sapere su questa questione.
Infine, il luogotenente continuò dicendo che, poiché era necessario per Monsieur Rousseau disporre di tutto per iscritto, al fine di potervi fare riferimento in caso di bisogno, chiedeva che gli venisse concesso tale documento; e così fu fatto.
Conosciuto e giudicato dai signori Jacques Lambelet, decano, e Jacob Perroud, entrambi giudici di detta località; e dal suddetto sindaco, il quale ha incaricato il notaio sottoscritto, cancelliere delle Verrières, di redigerne l’atto in questa forma. Il giorno previsto: 19 settembre 1768.
Per ordinanza. Firmato JEANJAQUET.
Lettera DCCCXLIX – A Sua Signoria il conte di Tonnerre
Bourgoin, 16 novembre 1768.
Signore.
Perdonate le mie ripetute insistenze; tuttavia non posso fare a meno di inviarvi nuovamente il documento allegato, che non è stato possibile recuperare in tempo[994]. Vedrete, signor conte, che coloro che hanno incaricato il signor Thevenin hanno scelto un soggetto già esperto nel mestiere che gli avevano affidato.
Non posso credere, signore, che abbiate potuto pensare che io possedessi nel mio animo abbastanza bassezza da volermi vendicare di un tale sfortunato. Io, che mai non ho fatto, né inflitto, né desiderato il minimo male a nessuno, avrei iniziato così tardi e contro una persona del genere? No, signore: non ho desiderato la sua punizione, ma la sua confessione. E questa era ciò che la sua condanna avrebbe naturalmente dovuto portare a termine, se si fosse approfittato dell’occasione per risalire alle origini di queste azioni. Ma ora tutto questo sembra diventare superfluo. E senza che l’autorità né io intervenissimo in alcun modo, prevedo che il pubblico non tarderà a scoprire la verità.
Permettetemi di ribadire qui ancora una volta la mia gratitudine per le gentilezze di cui mi avete onorato, e le mie scuse per eventuali abusi che ne possa aver fatto; e vi supplico, signore, di accettare le mie più sincere manifestazioni di rispetto.
P.S. Mi permetto di chiedervi, signore, di non utilizzare in alcun modo questo documento. È destinato esclusivamente a voi e deve essere distrutto dopo la lettura, a meno che non preferiate conservarlo, ma solo a condizione che non possa nuocere a coloro a cui riguarda.
Lettera DCCCXLXI – A Monsieur du Peyrou
Bourgoin, 21 novembre 1768.
Vi ringrazio, caro ospite, per aver fermato Thevenin; l’ho inviato a Monsieur de Tonnerre, con l’espressa condizione – che del resto non era affatto necessaria – di non farne alcun uso che potesse nuocere a quel sfortunato. La vostra ipotesi secondo cui sia stato vittima di un altro impostore è assolutamente incompatibile con le sue stesse dichiarazioni, con quelle del taverniere Jeannet e con tutto ciò che è accaduto; tuttavia, se insistete a crederci, va bene. Dite che i miei nemici sono troppo intelligenti per scegliere una calunnia così assurda. Ma fate attenzione: dando loro troppa intelligenza, potreste in realtà darne loro ancora di più; infatti, il loro unico scopo era vedere quale atteggiamento avrei assunto di fronte a un falso testimone. È evidente che più l’accusa era assurda e ridicola, più raggiungeva il loro obiettivo. Se il loro scopo fosse stato quello di convincere il pubblico, avreste ragione; ma non era questo il caso. Si sapeva benissimo che me la sarei cavata in questa situazione; ma si voleva vedere come l’avrei fatto. E basta. Si sa anche che Thevenin non mi ha prestato nove franchi. Ma si sa che un impostore può crearmi dei problemi. Ed è già qualcosa.
Le vostre massime, mio caro ospite, sono davvero stoiche e bellissime, anche se un po’ estreme, proprio come quelle di Seneca e, in generale, di tutti coloro che filosofano tranquillamente nel loro studio riguardo ai mali da cui sono lontani e alle opinioni delle persone che li onorano. Ho certamente imparato a valutare l’opinione altrui solo per ciò che vale, e credo di sapere, almeno altrettanto bene di voi, di quante cose possa compensare la pace dell’anima; ma che essa sia l’unica cosa che possa sostituire tutto e rendere felici gli sfortunati, questo è qualcosa che ammetto di non poter accettare. Finché sono un uomo, infatti, non posso considerare del tutto insignificante la voce della natura sofferente né il grido dell’innocenza umiliata. Tuttavia, poiché è sempre importante, soprattutto nell’avversità, tendere verso quell’impassibilità sublime di cui dite di essere giunto voi, cercherò di trarre profitto dalle vostre parole e di rispondervi come fece l’architetto ateniese all’arringa dell’altro: “Quello che ha detto lui, lo farò anch’io”.
Alcune scoperte, forse amplificate dalla mia immaginazione, mi hanno gettato per diversi giorni in un’agitazione febbrile che mi ha causato molti problemi e che, finché è durata, mi ha impedito di scrivervi. Ora tutto è calmo; sono soddisfatto di me stesso e spero di continuare a esserlo, poiché non può più accadermi nulla di ciò che non mi aspetto e per cui non sono preparato. Ciao, mio caro ospite; vi abbraccio con tutto il mio cuore.
Lettera DCCCXLXIII – Alla signora presidente di Verna
[996]
Bourgoin, 2 dicembre 1768.
Laissons à part, madame, je vous supplie, les livres et leurs auteurs. Je suis si sensible à votre obligeante invitation, que si ma santé me permettait de faire en cette saison des voyages de plaisir, j’en ferais un bien volontiers pour aller vous remercier. Ce que vous avez la bonté de me dire, madame, des étangs et des montagnes de votre contrée, ajouterait à mon empressement, mais n’en serait pas la première cause. On dit que la grotte de la Balme est de vos côtés ; c’est encore un objet de promenade et même d’habitation, si je pouvais m’en pratiquer une dont les fourbes et les chauves-souris n’approchassent pas. À l’égard de l’étude des plantes, permettez, madame, que je la fasse en naturaliste, et non pas en apothicaire : car, outre que je n’ai qu’une foi très médiocre à la médecine, je connais l’organisation des plantes sur la foi de la nature, qui ne ment point, et je ne connais leurs vertus médicinales que sur la foi des hommes, qui sont menteurs. Je ne suis pas d’humeur à les croire sur leur parole, ni à portée de la vérifier. Ainsi, quanta moi, j’aime cent fois mieux voir dans l’émail des prés des guirlandes pour les bergères que des herbes pour les lavements. Puissè-je, madame, aussitôt que le printemps ramènera la verdure, aller faire dans vos cantons des herborisations qui ne pourront qu’être abondantes et brillantes, si je juge par les fleurs que répand votre plume, de celles qui doivent naître autour de vous. Agréez, madame, et faites agréer à M. le président, je vous supplie, les assurances de tout mon respect.
Lettre DCCCXLXV – À M. Moultou
Bourgoin, le 12 décembre 1768.
Quoi ! monsieur, c’est à M. Q…t qu’on s’est adressé ; c’est à lui qu’ont été envoyés les extraits des lettres que je vous avais écrites dans la confidence de l’amitié ; et ce serait sous les auspices de l’homme qui m’a chassé du château de Trye, malgré son maître, que j’irais habiter celui de Lavagnac ? Vraiment, mon ami, vous avez opéré là de belles choses ! Mais n’en parlons plus ; ce n’est pas votre faute : vous ne saviez ni ce qu’était M. Q…t, ni ce que faisait M. M…x ; mais vous ne deviez pas, me semble, être si facile à donner les extraits des lettres de votre ami. Le plus grand mal de tout ceci est que j’ai trouvé de mon côté le moyen d’écrire au prince et de lui faire passer ma lettre. Si son altesse agrée que j’aille à Lavagnac, comment ferai-je pour m’en dédire, après le lui avoir demandé ? ou à quelle destinée dois-je m’attendre si j’ose aller me livrer à des gens sur qui Q…t a de l’influence ? Ce qu’il y a de sûr est qu’il n’y a rien à quoi je ne m’expose plutôt qu’à la disgrâce du prince, et surtout à la mériter : ainsi s’il approuve que j’aille à Lavagnac, je suis déterminé à m’y rendre à tout risque, quoique assurément le destin qu’on m’y prépare ne puisse être pire que celui auquel je m’attends. Mais que j’écrive à M. Q…t, moi ! non, mon ami, le riche Dauphinais et le célèbre Genevois ne sont point faits pour s’écrire l’un à l’autre, et ne s’écriront jamais, je vous en réponds.
Je suis vivement touché du zèle et des bontés de M. Venel : je ne lui écris pas, parce qu’il m’est très pénible d’écrire, mais j’ai le coeur plein de lui : si j’allais à Lavagnac, l’avantage d’être auprès de lui me pourrait consoler et dédommager de beaucoup de choses ; mais je vous avoue que l’idée d’être au pouvoir du sieur Q…t me fait frémir. Ce qu’il y a de bizarre est que je ne connais point du tout cet homme-là, que je n’ai jamais eu nulle affaire avec lui, nulle sorte de liaison, que je ne l’ai même jamais vu que je sache. Il me hait, comme tous mes autres ennemis, sans avoir à se plaindre de moi en aucune sorte, et uniquement parce qu’ils ont tous des coeurs faits pour goûter un plaisir sensible à haïr et tourmenter les infortunés. Au reste, vous vous doutez bien qu’un courtisan aussi délié que M. Q…t se garde bien d’avouer sa haine : il suit encore en cela les mêmes errements des autres ; et, pour mieux servir sa haine, il a grand soin de la cacher.
Je vous renvoie ci-jointe la lettre de votre ami, j’en suis pénétré : si je dépendais de moi, je ne tarderais guère à aller lui demander ses directions et profiter de ses soins généreux : il ne dépendra même pas de moi que cela n’arrive ; mais ceux qui disposent de moi règlent ma marche comme Dieu celle de la mer, Procedes hùc, et non ibis ampliùs. Adieu, cher Moultou : je ne sais ce qu’il arrivera de moi. Je vois que je soupire en vain après le repos qu’on ne veut pas m’accorder ; mais ce qu’on ne m’ôtera pas du moins, quoi qu’il arrive, c’est le plaisir de vous aimer jusqu’à mon dernier soupir.
Je vois, par ce que monsieur votre ami vous dit de son herbier, et de ce qu’il se propose d’y joindre, que ce n’est pas tout-à-fait ce que j’avais imaginé sur votre expression. Vous m’aviez annoncé des plantes marines : les plantes marines sont des fucus qui viennent dans la mer ; et je présume par sa lettre que ce sont seulement des plantes maritimes qui viennent sur les rivages ; c’est autre chose : mais n’importe, l’un ou l’autre présent me sera toujours très précieux.
Je vois que madame Moultou a été malade : Vous ne m’en aviez rien dit ; vous aviez tort : l’amitié est un sentiment si doux qu’elle donne même une sorte de plaisir à partager les peines de nos amis, et vous m’avez ravi ce plaisir-là. Il est vrai que je lui préfère celui de partager maintenant votre joie. Mille respects de ma part et de celle de ma femme à votre chère convalescente, et prenez-en votre part.
Lettre DCCCXLXVII – À M. du Peyrou
Bourgoin, le 19 décembre 1768.
Pauvre garçon, pauvre Sauttersheim ! Trop occupé de moi durant ma détresse, je l’avais un peu perdu de vue ; mais il n’était point sorti de mon Coeur, et j’y avais nourri le désir secret de me rapprocher de lui, si jamais je trouvais quelque intervalle de repos entre les malheurs et la mort. C’était l’homme qu’il me fallait pour me fermer les yeux ; son caractère était doux, sa société était simple, rien de la pretintaille française ; encore plus de sens que d’esprit ; un goût sain, formé par la bonté de son coeur ; des talents assez pour parer une solitude, et un naturel fait pour l’aimer avec un ami : c’était mon homme ; la Providence me l’a ôté ; les hommes m’ont ôté la jouissance de tout ce qui dépendait d’eux ; ils me vendent jusqu’à la petite mesure d’air qu’ils permettent que je respire : il ne me restait qu’une espérance illusoire, il ne m’en reste plus du tout. Sans doute le ciel me trouve digne de tirer de moi seul toutes mes ressources, puisqu’il ne m’en reste plus aucune autre. Je sens que la perte de ce pauvre garçon m’affecte plus à proportion qu’aucun de mes autres malheurs. Il fallait qu’il y eût une sympathie bien forte entre lui et moi, puisque, ayant déjà appris à me mettre en garde contre les empressés, je le reçus à bras ouverts sitôt qu’il se présenta, et dès les premiers jours de notre liaison, elle fut intime. Je me souviens que, dans ce même temps, on m’écrivit de Genève que c’était un espion aposté pour tâcher de m’attirer en France, où l’on voulait, disait la lettre, me faire un mauvais parti. Là-dessus je proposai à Sauttersheim un voyage à Pontarlier, sans lui parler de ma lettre : il y consent ; nous partons. En arrivant à Pontarlier, je l’embrasse avec transport, et puis je lui montre la lettre : il la lit sans s’émouvoir ; nous nous embrassons derechef, et nos larmes coulent. J’en verse derechef en me rappelant ce délicieux moment. J’ai, fait avec lui plusieurs petits voyages pédestres ; je commençais d’herboriser, il prenait le même goût ; nous allions voir Milord Maréchal, qui, sachant que je l’aimais, le recevait bien, et le prit bientôt en amitié lui-même. Il avait raison. Sauttersheim était aimable ; mais son mérite ne pouvait être senti que des gens bien nés ; il glissait sur tous les autres. La génération dans laquelle il a vécu n’était pas fait pour le connaître : aussi n’a-t-il rien pu faire à Paris ni ailleurs. Le ciel l’a retiré du milieu des hommes où il était étranger ; mais pourquoi m’y a-t-il laissé ?
Madam, please disregard the books and their authors for the moment. I am so grateful for your kind invitation that, if my health permitted me to take pleasure trips this season, I would have done so with great pleasure just to thank you. What you have kindly told me about the lakes and mountains of your region would only increase my eagerness, but it would not be the primary reason for it. I hear that the Balme Grotto is located in your vicinity; that too could be a place for walks or even residence, if only I could find a spot safe from snakes and bats. As for the study of plants, allow me to approach it as a naturalist, not as an apothecary—for, aside from my rather poor faith in medicine, I know the structure of plants based on what nature itself reveals, which never lies; whereas their medicinal properties are something I learn from humans, who are often deceitful. I have no inclination to believe them at their word, nor do I have the means to verify it myself. Therefore, I much prefer to see garlands for shepherd girls in the emerald grasses of the fields than herbs suitable for medicinal use. May I, madam, once spring brings back the greenery, go and collect plants in your regions—plants that, judging by the flowers you describe, must be abundant and splendid. Please accept, madam, and also have President [name] accept, my sincerest expressions of respect.
Letter DCCCXLXV – To Mr. Moultou
Bourgoin, December 12, 1768.
What! Sir, it was Mr. Q, t to whom we addressed ourselves; it was to him that the extracts from the letters I had written to you in the confidence of friendship were sent; and would I go to live at the château of Lavagnac under the auspices of the very man who drove me away from the château of Trye, despite his master’s wishes? Truly, my friend, you have indeed accomplished some remarkable things! But let us not talk about it any further; it is not your fault: you knew neither who Mr. Q, t was nor what Mr. M, x was doing; but I suppose you should not have been so readily willing to give me extracts from your friend’s letters. The greatest harm of all this is that I found a way to write to the prince and have my letter sent to him. If his highness agrees that I go to Lavagnac, how can I possibly retract my request after making it? Or what fate am I to expect if I dare to hand myself over to people over whom Q, t has influence? One thing is certain: I would face anything rather than the prince’s displeasure—and especially earn it. So, if he approves of my going to Lavagnac, I am determined to go there at all risks, even though the fate that awaits me there can hardly be worse than what I expect. But for me to write to Mr. Q, t? No, my friend—the wealthy Dauphinois and the famous Genevan are not meant to write to each other, and they will never do so, I tell you.
I am deeply moved by Mr. Venel’s zeal and kindness: I do not write to him because it is very difficult for me to write, but my heart is filled with thoughts of him. If I were to go to Lavagnac, being near him might comfort me and compensate me for many things; but I must confess that the thought of being under the power of Monsieur Q, t makes me tremble. What is strange is that I know this man at all; I have never had any business with him, no kind of connection whatsoever, and I have never even seen him, as far as I know. He hates me, just like all my other enemies, without having any reason to complain about me in any way—simply because they all have hearts that take pleasure in hating and tormenting the unfortunate. After all, you can well imagine that a courtier as cunning as Monsieur Q, t would never admit his hatred; he continues to follow in the same mistakes as everyone else. And in order to serve his hatred even better, he goes to great lengths to hide it.
I enclose herewith the letter from your friend; I am deeply moved by it. If it were up to me, I would not hesitate to seek his guidance and avail myself of his generous care. In fact, it is not even necessary that it be my choice for this to happen; those who have control over me determine my path, just as God directs the course of the sea—“Procedes huc, and not ibis ampliùs.” Adieu, dear Moultou; I do not know what will happen to me. I see that I vainly long for the rest that is refused to me; but one thing at least is certain: no matter what happens, I shall always enjoy the pleasure of loving you until my last breath.
From what your friend tells you about his herbarium and what he intends to add to it, I see that it is not exactly what I had imagined based on your initial description. You had mentioned marine plants; however, marine plants refer to those types of algae that grow in the sea. From his letter, it seems that he only intends to include plants that grow along the shores. Either way, whatever he brings will be extremely valuable to me.
I see that Madame Moultou has been ill; you did not tell me anything about it—you were wrong. Friendship is such a tender sentiment that it even brings a certain pleasure in sharing the hardships of our friends, and you have deprived me of that pleasure. It is true that now I prefer the joy of sharing your happiness with you. My wife and I extend our deepest respects to your dear recovering friend—please accept them.
Letter DCCCXLXVII – To Mr. du Peyrou
Bourgoin, December 19, 1768.
Poor boy, poor Sauttersheim! So engrossed in my own troubles that I had almost forgotten him; yet he was never far from my heart, and I secretly longed to reunite with him if only I could find a moment of respite amidst all my misfortunes and near-death experiences. He was the very man I needed—his gentle nature, his simple ways, free from all French pretense; his common sense outweighed his intellect, his tastes were refined by his kind heart, his talents were sufficient to fill a lonely life, and his very personality made it perfect for me to love him as a friend. He was my ideal. But Providence took him away from me; men deprived me of everything that depended on them—even the little air I needed to breathe. All that remained was a futile hope. Now, there is no hope left at all. Surely Heaven deems me worthy of drawing upon my own inner strength, since none else remains. I feel that the loss of this poor boy affects me far more deeply than any other misfortune I have suffered. There must have been a profound affinity between us, for, despite having learned to be wary of those who were too eager to help me, I welcomed him open arms the moment he appeared, and our friendship grew immediate from the very beginning. At that time, I received a letter from Geneva claiming that he was a spy sent to lure me back to France, where harm awaited me. Upon hearing this, I suggested a trip to Pontarlier to Sauttersheim without telling him about the letter; he agreed, and we set off. Upon arriving, I embraced him warmly and then showed him the letter. He read it without showing any emotion; we embraced again, and tears flowed freely. I still shed tears when I recall that wonderful moment. We went on several short walks together; I began learning botany, and he took a keen interest in it too. We visited Lord Maréchal, who, knowing how much I loved him, treated him kindly and soon became friends with him himself. He was right—Sauttersheim was indeed charming; but his qualities were only appreciated by those of noble birth; everyone else seemed to overlook them. The generation in which he lived was not ready to recognize his worth; thus, he achieved nothing in Paris or anywhere else. Heaven took him away from a world where he felt like a stranger. But why leave me behind?
Permettetemi, signora, di lasciare da parte i libri e i loro autori. Sono così grato per la vostra gentile invito che, se la mia salute me lo permettesse in questa stagione, vi andrei volentieri a ringraziare di persona. Quello che avete la bontà di dirmi riguardo ai laghi e alle montagne della vostra regione aumenterebbe ancora di più il mio desiderio di visitarvi, ma non ne sarebbe la causa principale. Si dice che la grotta della Balme si trovi nelle vostre vicinanze; questo rappresenterebbe un’altra opportunità per una gita, o persino per stabilirsi lì, se solo potessi trovare un luogo sicuro, lontano da serpenti e pipistrelli. Per quanto riguarda lo studio delle piante, permettetemi di farlo come naturalista, e non come farmacista: poiché, oltre a non avere alcuna fiducia nella medicina, conosco l’organizzazione delle piante sulla base della natura stessa, che non mente mai; mentre le loro proprietà medicinali le conosco soltanto in base a quanto dicono gli uomini, i quali spesso mentono. Non sono disposto a credere loro sulla parola, né ho la possibilità di verificare personalmente. Quindi, preferisco di gran lunga vedere nei prati fiori per le pastorelle piuttosto che erbe utili per i lavaggi. Possa io, signora, non appena arriverà la primavera e tornerà la vegetazione, andare nelle vostre zone a raccogliere erbe: sicuramente ne troverò molte e bellissime, se giudico dalle piante che descrivete nella vostra lettera. Accettate, signora, e fate accettare anche al presidente le mie più sincere scuse per la mia mancanza.
Lettera DCCCXLXV – A Monsieur Moultou
Bourgoin, 12 dicembre 1768.
Ma che dite! Signore, è stato proprio a Monsieur Q, t che si sono rivolti; sono stati inviati a lui gli estratti delle lettere che vi avevo scritto nell’intimità dell’amicizia; e sarei io ad andare ad abitare nel castello di Lavagnac sotto l’egida dell’uomo che mi ha cacciato dal castello di Trye, nonostante il suo padrone? Davvero, mio caro, avete compiuto delle belle azioni. Ma lasciamo perdere; non è colpa vostra: non sapevate né chi fosse Monsieur Q, t, né cosa facesse Monsieur M, x; tuttavia, non credo che foste tenuti a fornire così facilmente gli estratti delle lettere di vostro amico. Il danno più grande di tutto questo è che io stesso ho trovato il modo di scrivere al principe e fargli pervenire la mia lettera. Se Sua Altezza acconsente che io vada a Lavagnac, come potrò poi rifiutare, dopo averlo chiesto? O quale sorte dovrei aspettarmi se osassi consegnarmi a persone su cui Q, t ha influenza? Una cosa è certa: non esiste nulla di peggio della disapprovazione del principe. E soprattutto, non c’è modo per evitarla. Quindi, se acconsente che io vada a Lavagnac, sono deciso ad andarci a tutti i rischi, anche se sicuramente la sorte che mi aspetta lì non può essere peggiore di quella che temo. Ma scrivere a Monsieur Q, t? No, mio caro: il ricco Dauphinais e il famoso Genevese non sono certo fatti per scambiarsi lettere. E non lo faranno mai, ve lo assicuro.
Sono profondamente commosso dallo zelo e dalla gentilezza di Monsieur Venel: non gli scrivo perché mi è molto difficile scrivere, ma il mio cuore è pieno di pensieri per lui. Se andassi a Lavagnac, la possibilità di stare al suo fianco potrebbe consolarmi e compensarmi in gran parte delle difficoltà che incontro; tuttavia devo ammettere che l’idea di essere sotto il controllo di quel signor Q, mi fa rabbrividire. La cosa strana è che non conosco affatto quell’uomo: non ho mai avuto alcun rapporto con lui, nessuna sorta di legame, e non l’ho nemmeno mai visto di persona. Mi odia, come tutti gli altri miei nemici, senza alcun motivo reale per farlo. E lo fa semplicemente perché tutti loro hanno un cuore che trova piacere nel odiare e tormentare i sfortunati. Del resto, immaginate bene che un cortigiano così ipocrita come Monsieur Q, si guardi bene dal confessare il proprio odio: segue ancora le stesse strade degli altri. E, per servire al meglio il proprio odio, fa ogni sforzo per nasconderlo.
Vi invio qui di seguito la lettera del vostro amico; ne sono profondamente commosso: se dipendessi solo da me, non esiterei un attimo ad andare da lui per chiedergli indicazioni e godere delle sue generose cure. Anzi, questo accadrà comunque, anche senza il mio intervento; ma coloro che hanno potere su di me decidono della mia sorte, proprio come Dio ne dispone del corso del mare: “Procede in questa direzione, e non oltre”. Addio, caro Moultou. Non so cosa mi accadrà. Vedo che sospiro invano per il riposo che non mi viene concesso; ma ciò che, qualunque cosa succeda, non mi verrà tolto è il piacere di amarvi fino all’ultimo mio respiro.
Dalla descrizione che il vostro amico mi fa del suo erbario, e da ciò che intende aggiungerci, capisco che non è esattamente ciò che avevo immaginato in base alle vostre parole. Mi avevate parlato di piante marine: le piante marine sono tipicamente alghe che crescono in mare; invece, dalla sua lettera sembra che si tratti soltanto di piante che crescono lungo le rive. Comunque sia, una qualsiasi di queste collezioni mi sarà certamente molto preziosa.
Vedo che la signora Moultou è stata malata: non me ne avevate detto nulla; avete sbagliato: l’amicizia è un sentimento così dolce che ci dà persino piacere nel condividere le sofferenze dei nostri amici, e voi mi avete privato di questo piacere. È vero che ora preferisco condividerla con la vostra gioia. Mille rispetti da parte mia e di mia moglie per la vostra cara convalescente, e prendeteli come vostri.
Lettera DCCCXLXVII – A Monsieur du Peyrou
Bourgoin, 19 dicembre 1768.
Povero ragazzo, povero Sauttersheim. Troppo occupato di me durante le mie difficoltà, lo avevo un po’ perso di vista; ma non era mai uscito dal mio Cuore, e vi avevo nutrito il desiderio segreto di avvicinarmi a lui, se mai avessi trovato un momento di tregua tra i disastri e la morte. Era l’uomo di cui avevo bisogno per chiudere gli occhi. Il suo carattere era dolce, la sua compagnia semplice; niente di tutto quel fasto tipico della Francia. Più sensibilità che intelligenza. Un gusto sano, formato dalla bontà del suo cuore. Talenti sufficienti per rendere piacevole la solitudine. E un carattere fatto apposta per amarlo come si ama un vero amico. Era l’uomo giusto per me. La Provvidenza me lo ha portato via. Gli uomini mi hanno tolto ogni cosa che dipendesse da loro. Mi vendono persino quell’aria che mi permettono di respirare. Non mi rimaneva che una speranza illusoria. Ora non mi rimane più nulla. Senza dubbio, il cielo ritiene che io sia degno di tirare fuori da me stesso tutte le mie risorse. Poiché non ne ho più altre. Sento che la perdita di quel povero ragazzo mi colpisce molto di più di qualsiasi altro mio dolore. Doveva esserci una forte simpatia tra noi. Poiché, avendo già imparato a diffidare delle persone troppo zelose, lo accolsi a braccia aperte non appena si presentò. E fin dai primi giorni della nostra amicizia, la nostra intimità divenne profonda. Ricordo che in quel periodo mi scrissero da Ginevra, dicendo che Sauttersheim era un spia inviato per attirarmi in Francia, dove qualcuno voleva farmi del male. Allora proposi a Sauttersheim di viaggiare insieme a Pontarlier, senza parlargli della lettera. Accettò subito; partimmo. Arrivati a Pontarlier, lo abbracciai con affetto. Poi gli mostrai la lettera. La lesse senza emozionarsi. Ci abbracciammo di nuovo. E le nostre lacrime iniziarono a scorrere. Io stesso verso ancora lacrime ricordando quel meraviglioso momento. Facciamo insieme diversi piccoli viaggi a piedi. Iniziai ad occuparmi di botanica; anche lui prese interesse per questa attività. Andavamo spesso da Milord Maréchal, che, sapendo quanto lo amassi, mi trattava bene e presto iniziò anche lui ad avere simpatia per lui. Aveva ragione. Sauttersheim era davvero una persona affascinante. Ma il suo valore poteva essere apprezzato solo da persone di buona nascita. Con tutti gli altri, passava inosservato. La generazione nella quale visse non era adatta a comprenderlo. Per questo non riuscì a realizzare nulla a Parigi né altrove. Il cielo lo ha portato via dal mondo umano, dove non si sentiva a suo agio. Ma perché mi ha lasciato qui?
Pardon, monsieur ; mais vous aimiez ce pauvre garçon, et je sais que l’effusion de mon attacher ment et de mon regret ne peut vous déplaire. Je suis sensible à la peine que vous avez bien voulu prendre en ma faveur auprès de M. le prince de Conti ; mais vous en avez été bien payé par le plaisir de converser avec le plus aimable et le plus généreux des hommes, qui sûrement eût aimé et favorisé notre pauvre Sauttersheim s’il l’avait connu. Je vois, par ce que vous me marquez de ses nouvelles bontés pour moi, qu’elles sont inépuisables comme la générosité de son coeur. Ah ! pourquoi faut-il que tant d’intermédiaires qui nous séparent détournent et anéantissent tout l’effet de ses soins ? J’apprends que son trésorier, qui m’a fait chasser du château de Trye à force d’intrigues, est en liaison avec l’agent du prince à celui de Lavagnac, et qu’il a déjà été question de moi entre eux deux. Il ne m’en faut pas davantage pour juger d’avance du sort qu’on m’y prépare ; mais n’importe, me voilà prêt, et il n’y a rien que je n’endure plutôt que de mériter la disgrâce du prince en me rétractant sur ce que j’ai demandé moi-même, et en laissant inutile, par ma faute, les démarches qu’il veut bien faire en ma faveur. De tous les malheurs dont on a résolu de m’accabler jusqu’à ma dernière heure, il y en a un du moins dont je saurai me garantir quoi qu’on fasse, c’est celui de perdre sa bienveillance et sa protection par ma faute.
Vous avez la bonté, monsieur, de me chercher une épinette. Voilà un soin dont je vous suis très obligé, mais dont le succès m’embarrasserait beaucoup ; car avant d’avoir ladite épinette, il faudrait premièrement me pourvoir d’un lieu pour la placer, et… d’une pierre pour y poser ma tête. Mon herbier et mes livres de botanique me coûtent déjà beaucoup de peine et d’argent à transporter de gîte en gîte, et de cabaret en cabaret. Si nous ajoutions de surcroît une épinette, il faudrait donc y attacher des courroies, afin que je pusse la porter sur mon dos, comme les Savoyardes portent leurs vielles : tout cet attirail me ferait un équipage assez digne du Roman comique, mais aussi peu risible qu’utile pour moi. Dans les douces rêveries dont je suis encore assez fou pour me bercer quelquefois, j’ai pu faire entrer le désir d’une épinette ; mais nous serons assez à temps de songer à cet article quand tous les autres seront réalisés ; et il me semble que de tous les services que vous pourriez me rendre, celui de me pourvoir d’une épinette doit être laissé pour le dernier. Il est vrai que vous me voyez déjà tranquille au château de Lavagnac. Ah ! mon cher monsieur Lalliaud, cela me prouve que vous avez la vue plus longue que moi. Bonjour, monsieur ; nous vous saluons tous deux de tout notre coeur. Je vous donne l’exemple de finir sans compliments ; vous ferez bien de le suivre.
Lettre DCCCXLXVIII – À M. Moultou
Bourgoin, le 30 décembre 1768.
J’attendais, cher Moultou, pour répondre à votre dernière lettre, d’avoir reçu les ordres que M. le prince de Conti m’avait fait annoncer ensuite de l’approbation qu’il a donnée au projet de ma retraite à Lavagnac ; mais ces ordres ne sont point encore venus, et je crains qu’ils ne viennent pas sitôt ; car son altesse m’a fait prévenir qu’il fallait, avant de m’écrire, qu’elle prît pour ce projet des arrangements semblables à ceux qu’elle a cru à propos de prendre pour mon voyage en Dauphiné : ces arrangements dépendent de l’accord de personnes qui ne se rencontrent pas souvent ; et quelle que soit la générosité de coeur de ce grand prince, de quelque extrême bonté qu’il m’honore, vous sentez qu’il n’est pas ni ne saurait être occupé de moi seul ; et la chose du monde qui fait le mieux son éloge est qu’il ne se soit pas encore ennuyé de tous les soins que je lui ai coûtés. J’attends donc sans impatience ; mais en attendant, ma situation devient, à tous égards, plus critique de jour en jour ; et l’air marécageux et l’eau de Bourgoin m’ont fait contracter depuis quelques temps une maladie singulière dont, de manière ou d’autre, il faut tâcher de me délivrer : c’est un gonflement d’estomac très considérable et sensible même au-dehors, qui m’oppresse, m’étouffe, et me gêne, au point de ne pouvoir plus me baisser, et il faut que ma pauvre femme ait la peine de me mettre mes souliers, etc. Je croyais d’abord d’engraisser, mais la graisse n’étouffe pas ; je n’engraisse que de l’estomac, et le reste est tout aussi maigre qu’à l’ordinaire. Cette incommodité, qui croît à vue d’oeil, me détermine à tacher de sortir de ce mauvais pays le plus tôt qu’il me sera possible. En attendant que le prince ait jugé à propos de disposer de moi, il y a dans ce pays, à demi-lieue de la ville, une maison à mi-côte, agréable, bien située, où l’eau et l’air sont très bons, et où le propriétaire veut bien me céder un petit logement que j’ai dessein d’occuper. La maison est seule, loin de tout village, et inhabitée dans cette saison. J’y serai seul avec ma femme et une servante qu’on y tient : voilà une belle occasion, pour ceux qui disposent de moi, de se délivrer du soin de ma garde, et de me délivrer, moi, des misères de cette vie. Cette idée ne me détourne, ni ne me détermine : je compte aller là dans quelques jours, à la merci des hommes et à la garde de la Providence. En attendant que je sache s’il m’est permis d’aller vous joindre, ou si je dois rester dans ce pays (car je suis déterminé à ne prendre aucun parti sans l’aveu du prince, parce que ma confiance est égale à ma reconnaissance, et c’est tout dire), cher Moultou, adieu : je ne sais ni dans quel temps ni à quelle occasion je cesserai de vous écrire ; mais, tant que je vivrai, je ne cesserai de vous aimer.
1769
Lettre DCCCLXIX– À Madame La Tour
Lettre DCCCLXX – À M. Beauchâteau
Lettre DCCCLXXI – À M. du Peyrou
Lettre DCCCLXXII – À M. Lalliaud
Lettre DCCCLXXIII – À M. du Peyrou
Lettre DCCCLXXIV – À M. Lalliaud
Lettre DCCCLXXV – À M. Moultou
Lettre DCCCLXXVI – À M. Lalliaud
Lettre DCCCLXXVII – À M. du Peyrou
Lettre DCCCLXXVIII – À M. de ***
Lettre DCCCLXXIX – À M. de ***
Lettre DCCCLXXX – À M. Lalliaud
Lettre DCCCLXXXI – À Madame La Tour
Lettre DCCCLXXXII – À M. du Peyrou
Lettre DCCCLXXXIII – À M. Beauchâteau
Lettre DCCCLXXXIV – À M. du Peyrou
Lettre DCCCLXXXV – Au même
Lettre DCCCLXXXVI – À M. le prince de Conti
Lettre DCCCLXXXVII – À M. du Peyrou
Lettre DCCCLXXXVIII – À Madame La Tour
Lettre DCCCLXXXIX – À la même
Lettre DCCCXC – À M. du Peyrou
Lettre DCCCXCI – Au même
Lettre DCCCXCII – À Madame Rousseau
Lettre DCCCXCIII – À M. Lalliaud
Lettre DCCCXCIV – À M. Moultou
Lettre DCCCXCV – À M. du Peyrou
Lettre DCCCXCVI – À M. L.C.D.L
Lettre DCCCXCVII – À Madame B.
Lettre DCCCXCVIII – À M. de Saint-Germain
Lettre DCCCXCIX – À M. du Peyrou
Lettre CM – À M. Lalliaud
Lettre CMI – À Madame B.
Table de la correspondance
Lettre DCCCLXX – À M. Beauchâteau
Bourgoin, le 9 janvier 1769.
Hier, monsieur, je reçus, par le canal du sieur Guy, libraire à Paris, avec des Etrennes mignonnes, votre lettre du 7 septembre 1768.
Mes ennemis ont toujours parlé ; mes amis, si j’en ai, se sont toujours tus : les uns et les autres peuvent continuer de même. Je ne désire point qu’on me loue, encore moins qu’on me justifie. J’approche d’un séjour où les injustices des hommes ne pénètrent pas. La seule chose que je désire, en les quittant, est de les laisser tous heureux et en paix. Adieu, monsieur.
Lettre DCCCLXXII – À M. Lalliaud
Bourgoin, le 16 janvier 1769.
Pardon, sir; but you loved that poor boy, and I know that the expression of my attachment and my regret cannot possibly displeasure you. I am aware of the trouble you took on my behalf with Prince de Conti; but you were amply rewarded by the pleasure of conversing with the most kind and generous man who ever lived—a man who would surely have loved and favored our poor Sauttersheim had he known him. From the kindnesses you tell me he has shown me lately, I see that they are as inexhaustible as the generosity of his heart. Ah! Why must so many intermediaries who separate us distort and destroy all the effect of his kindness? I learn that his treasurer, who caused me to be expelled from the castle of Trye through intrigue, is in contact with the prince’s agent in Lavagnac, and that my case has already been discussed between them. That alone is enough for me to foresee what fate awaits me there; but anyway, I am ready. There is nothing I would not endure rather than deserve the prince’s displeasure by retracting what I myself requested and causing him to waste the efforts he is willing to make on my behalf. Of all the misfortunes that have been planned for me until my last hour, at least one thing I can ensure will not happen—namely, that I will lose his favor and protection through my own fault.
Sir, would you be so kind as to find me a writing desk? I am extremely grateful for this favor, but its success would embarrass me greatly. For before I could even use such a desk, I would first need to find a place to put it—and also a stone on which to rest my head. My herbarium and books of botany already require considerable effort and expense to transport from one place to another. If we added a writing desk as well, we would have to attach straps to it so that I could carry it on my back, just like the Savoyards carry their old bags. All this equipment would make me look quite suitable for a “comical novel”, but it would be far less amusing than useful to me. In those gentle reveries in which I still occasionally indulge, I have sometimes imagined wishing for such a desk; but we will have plenty of time to consider that matter once all other needs have been met. And among all the favors you could do for me, providing me with a writing desk should certainly be left for last. It’s true that you see me already settled in at the château of Lavagnac. Ah, my dear Monsieur Lalliaud, that proves you have a longer-term vision than I do. Goodbye, sir; we both bid you a heartfelt farewell. I set an example by ending this letter without any compliments—you would do well to follow suit.
Letter DCCCXLXVIII – To Mr. Moultou
Bourgoin, December 30, 1768.
I was waiting, dear Moultou, to reply to your last letter until I received the orders that Prince de Conti had instructed me to await, following his approval of my plan to retire to Lavagnac. However, these orders have not yet arrived, and I fear they may not come soon either. His Highness had informed me that before writing to me, he needed to make arrangements similar to those he had considered for my trip to Dauphiné—arrangements that depend on the cooperation of people who do not often meet. And no matter how generous this great prince’s heart is, no matter how much kindness he shows me, you understand that he cannot and would not devote all his time solely to my care. The greatest tribute to his character is that he has not yet grown weary of all the troubles I have caused him. Therefore, I wait without impatience; but in the meantime, my situation becomes increasingly difficult by the day. The marshy climate and the water of Bourgoin have caused me to develop a strange illness—a severe swelling of the stomach that is even visible from the outside. It causes me great discomfort, making it impossible for me to bend over, and my poor wife has to help me put on my shoes and perform other daily tasks. At first, I thought I was gaining weight, but fat does not cause such oppression; it is only my stomach that is swelling, while the rest of my body remains as thin as usual. This worsening condition makes me determined to leave this unpleasant place as soon as possible. Until the prince decides what to do with me, there is a house about half a mile outside the town, on a hillside with pleasant surroundings and good air and water. The owner has agreed to let me use a small room there, which I intend to occupy. The house is isolated, far from any village, and uninhabited at this time of year. There, I will be alone with my wife and a maid who will stay with us. This presents a perfect opportunity for those who are responsible for my care to be freed from the burden of watching over me, and for me to escape the hardships of this life. However, this idea neither discourages me nor motivates me in particular; I plan to go there in a few days, at the mercy of fate and under the protection of Providence. Until I learn whether I am allowed to join you or whether I must remain in this place (for I am determined not to make any decision without the prince’s permission, for my trust in him is equal to my gratitude), dear Moultou, adieu. I do not know when or under what circumstances I will stop writing to you; but as long as I live, my love for you will never cease.
1769
Letter DCCCLXIX – To Madame La Tour
Letter DCCCLXX – To Mr. Beauchâteau
Letter DCCCLXXI – To Mr. du Peyrou
Letter DCCCLXXII – To Mr. Lalliaud
Letter DCCCLXXIII – To Mr. du Peyrou
Letter DCCCLXXIV – To Mr. Lalliaud
Letter DCCCLXXV – To Mr. Moultou
Letter DCCCLXXVI – To Mr. Lalliaud
Letter DCCCLXXVII – To Mr. du Peyrou
Letter DCCCLXXVIII – To Mr. de ***
Letter DCCCLXXIX – To Mr. de ***
Letter DCCCLXXX – To Mr. Lalliaud
Letter DCCCLXXXI – To Madame La Tour
Letter DCCCLXXXII – To Mr. du Peyrou
Letter DCCCLXXXIII – To Mr. Beauchâteau
Letter DCCCLXXXIV – To Mr. du Peyrou
Letter DCCCLXXXV – To the Same One
Letter DCCCLXXXVI – To Mr. the Prince of Conti
Letter DCCCLXXXVII – To Mr. du Peyrou
Letter DCCCLXXXVIII – To Madame La Tour
Letter DCCCLXXXIX – To the Same One
Letter DCCCXC – To Mr. du Peyrou
Letter DCCCXCI – To the Same One
Letter DCCCXCII – To Madame Rousseau
Letter DCCCXCIII – To Mr. Lalliaud
Letter DCCCXCIV – To Mr. Moultou
Letter DCCCXCV – To Mr. du Peyrou
Letter DCCCXCVI – To Mr. L.C.D.L
Letter DCCCXCVII – To Madame B.
Letter DCCCXCVIII – To Mr. de Saint-Germain
Letter DCCCXCIX – To Mr. du Peyrou
Letter CM – To Mr. Lalliaud
Letter CMI – To Madame B.
Correspondence Table
Letter DCCCLXX – To Mr. Beauchâteau
Bourgoin, January 9, 1769.
Yesterday, sir, I received your letter dated September 7, 1768, through Mr. Guy, a bookseller in Paris, along with some lovely greetings.
My enemies have always spoken; my friends, if I any have, have always remained silent: both may continue in the same manner. I desire neither praise nor justification from anyone. I am about to enter a place where human injustices cannot reach me. The only thing I wish to do upon leaving them is to leave them all happy and at peace. Goodbye, sir.
Letter DCCCLXXII – To Mr. Lalliaud
Bourgoin, January 16, 1769.
Perdonatemi, signore; ma voi amavate quel povero ragazzo, e so che l’espressione del mio affetto e del mio rimpianto non può certo dispiacervi. Sono grata per il disturbo che vi siete preso a mio favore presso il principe di Conti; ma ne siete stato ampiamente ricompensato, avendo avuto l’opportunità di conversare con l’uomo più gentile e generoso che esista: sicuramente avrebbe apprezzato e favorito il nostro povero Sauttersheim se lo avesse conosciuto. Dal fatto che mi parlate delle sue nuove gentilezze verso di me, capisco che esse siano infinite, proprio come la generosità del suo cuore. Ah! Perché mai tanti intermediari che ci separano devono vanificare tutti gli sforzi che fa per aiutarci? Scopro che il suo tesoriere, che mi ha fatto cacciare dal castello di Trye con le sue intrighi, è in contatto con l’agente del principe a Lavagnac, e che già si è parlato di me tra loro due. Non ho bisogno di altro per prevedere quale sorte mi attenda. Ma comunque sia, sono pronta ad affrontare qualsiasi cosa, piuttosto che meritarmi la disapprovazione del principe ritrattando ciò che ho chiesto io stessa e rendendo inutili, a causa mia, gli sforzi che è disposto a compiere per me. Tra tutti i mali che hanno deciso di infliggermi fino alla mia ultima ora, c’è almeno uno che posso evitare, quello di perdere la sua benevolenza e la sua protezione a causa mia.
Lei ha la gentilezza, signore, di cercarmi una piccola griglia per raccogliere erbe. Le sono molto grato per questo gesto, ma il suo successo mi metterebbe in grande imbarazzo, perché prima di poter utilizzare quella griglia, dovrei trovare un posto dove posizionarla e, anche una pietra su cui appoggiare la testa. Il mio erbario e i miei libri di botanica già richiedono molto tempo e denaro per essere trasportati da un luogo all’altro, da un ostello all’altro. Se aggiungessimo anche una griglia, dovremmo fissarvi delle corde in modo che possa portarla sulle spalle, proprio come fanno le donne della Savoia con i loro vecchi fardelli. Tutto questo equipaggiamento mi renderebbe un “personaggio” degno del Roman comique, ma allo stesso tempo poco divertente e molto utile per me. Nei dolci sogni a cui ancora sono abbastanza incline, ho immaginato di desiderare una griglia. Ma avremo tutto il tempo necessario per pensarci quando tutti gli altri desideri saranno stati realizzati. E mi sembra che, tra tutti i servizi che potreste rendermi, quello di procurarmi una griglia debba essere lasciato per ultimo. È vero, ora mi vedete già tranquillamente al castello di Lavagnac. Ah! Caro signor Lalliaud, questo dimostra che avete una visione più lungimirante della mia. Addio, signore; vi salutiamo entrambi con tutto il nostro cuore. Vi do l’esempio di concludere senza complimenti. Fareste bene a seguirlo anche voi.
Lettera DCCCXLXVIII – A Monsieur Moultou
Bourgoin, 30 dicembre 1768.
Aspettavo, caro Moultou, di ricevere gli ordini che il principe di Conti mi aveva chiesto di comunicarmi, dopo aver dato il suo consenso al progetto della mia ritirata a Lavagnac, per potervi rispondere alla vostra ultima lettera; ma tali ordini non sono ancora arrivati, e temo che non arriveranno presto. Il principe mi ha infatti informato che, prima di scrivermi, doveva prendere delle decisioni simili a quelle che aveva preso per il mio viaggio in Dauphiné; tuttavia, queste decisioni dipendono dall’accordo di persone che non si incontrano spesso. Per quanto nobile sia il cuore di questo grande principe, per quanto estrema sia la sua gentilezza nei miei confronti, capite bene che non può né vuole dedicarsi esclusivamente a me. La cosa che più lo loda è il fatto che non si sia ancora stancato di tutti i problemi che gli ho causato. Aspetto quindi con pazienza; ma nel frattempo, la mia situazione diventa sempre più difficile giorno dopo giorno. L’aria umida e l’acqua di Bourgoin mi hanno causato una malattia particolare: un gonfiore addominale molto evidente, che mi opprime e mi impedisce di muovermi liberamente. Mia povera moglie deve persino aiutarmi a mettermi le scarpe. Inizialmente pensavo di ingrassare, ma il grasso non allevia questo problema; ingrasso soltanto nello stomaco, mentre il resto del corpo rimane magro come sempre. Questa situazione, che peggiora di giorno in giorno, mi spinge a cercare il modo per lasciare al più presto questo paese difficile. Fino a quando il principe non avrà deciso cosa fare di me, c’è una casa a circa mezzo miglio dalla città, situata in un luogo piacevole e con aria e acqua molto buone; il proprietario è disposto a lasciarmi un piccolo appartamento che intendo occupare. La casa è isolata, lontana da qualsiasi villaggio, e in questa stagione non è abitata. Sarò solo lì con mia moglie e una serva. Questa è davvero un’ottima opportunità, per coloro che hanno interesse a me, di liberarsi del problema della mia custodia. E per me, di sfuggire alle miserie di questa vita. Questa idea non mi scoraggia, ma nemmeno mi spinge ad agire con fretta. Intendo andarci tra qualche giorno, lasciandomi guidare dagli uomini e dalla Provvidenza. Fino a quando non saprò se mi sarà permesso raggiungervi o se dovrò rimanere in questo paese. Poiché sono deciso a prendere qualsiasi decisione soltanto con il consenso del principe. Perché la mia fiducia in lui è pari alla mia riconoscenza. Addio, caro Moultou. Non so quando né per quale motivo smetterò di scrivervi. Ma finché vivrò, non smetterò mai di amarvi.
1769
Lettera DCCCLXIX – A Madame La Tour
Lettera DCCCLXX – A Monsieur Beauchâteau
Lettera DCCCLXXI – A Monsieur du Peyrou
Lettera DCCCLXXII – A Monsieur Lalliaud
Lettera DCCCLXXIII – A Monsieur du Peyrou
Lettera DCCCLXXIV – A Monsieur Lalliaud
Lettera DCCCLXXV – A Monsieur Moultou
Lettera DCCCLXXVI – A Monsieur Lalliaud
Lettera DCCCLXXVII – A Monsieur du Peyrou
Lettera DCCCLXXVIII – A Monsieur de ***
Lettera DCCCLXXIX – A Monsieur de ***
Lettera DCCCLXXX – A Monsieur Lalliaud
Lettera DCCCLXXXI – A Madame La Tour
Lettera DCCCLXXXII – A Monsieur du Peyrou
Lettera DCCCLXXXIII – A Monsieur Beauchâteau
Lettera DCCCLXXXIV – A Monsieur du Peyrou
Lettera DCCCLXXXV – Allo stesso
Lettera DCCCLXXXVI – Al signor principe di Conti
Lettera DCCCLXXXVII – A Monsieur du Peyrou
Lettera DCCCLXXXVIII – A Madame La Tour
Lettera DCCCLXXXIX – Alla stessa persona
Lettera DCCCXC – A Monsieur du Peyrou
Lettera DCCCXCI – Allo stesso.
Lettera DCCCXCII – A Madame Rousseau
Lettera DCCCXCIII – A Monsieur Lalliaud
Lettera DCCCXCIV – A Monsieur Moultou
Lettera DCCCXCV – A Monsieur du Peyrou
Lettera DCCCXCVI – A Monsieur L.C.D.L
Lettera DCCCXCVII – A Madama B.
Lettera DCCCXCVIII – A Monsieur de Saint-Germain
Lettera DCCCXCIX – A Monsieur du Peyrou
Lettera CM – A Monsieur Lalliaud
Lettera CMI – Alla Signora B.
Tabella della corrispondenza
Lettera DCCCLXX – A Monsieur Beauchâteau
Bourgoin, 9 gennaio 1769.
Ieri, signore, ho ricevuto, tramite il signor Guy, libraio di Parigi, insieme a delle graziose cartoline di auguri, la sua lettera del 7 settembre 1768.
I miei nemici hanno sempre parlato; i miei amici, se ne ho, si sono sempre tenuti in silenzio: sia gli uni che gli altri possono continuare così. Non desidero affatto che mi lodi nessuno, né tantomeno che mi giustifichi qualcuno. Mi avvicino a un luogo dove le ingiustizie umane non hanno accesso. L’unica cosa che desidero, lasciandoli, è che siano tutti felici e in pace. Addio, signore.
Lettera DCCCLXXII – A Monsieur Lalliaud
Bourgoin, 16 gennaio 1769.
Je commence, monsieur, d’entrevoir le repos que vous m’annoncez, et que j’ai pressenti même avant vous ; un grand mal d’estomac, accompagné d’enflure, d’étouffement, et de fièvre, m’en montre la route autre que celle que vous avez prévue, mais la seule par laquelle j’y puis parvenir. Cette bizarre maladie a des relâches, que je paie par des retours plus cruels ; et hier même je me croyais guéri : j’ai changé cette nuit d’opinion ; je comprends que j’en ai pour le reste de la route, mais j’ignore si le trajet qui me reste à faire sera court ou long. La seule chose que je sens, c’est qu’il sera rude, d’autant plus que l’impossibilité de me baisser, de me chausser, d’herboriser par conséquent, et l’extrême difficulté d’écrire, me condamnent à la plus insupportable inaction, ne pouvant supporter aucune lecture, ni feuilleter que des livres de plantes, qui vont ne me servir plus de rien. Je crois que l’attitude d’être continuellement occupé à coller des plantes, et courbé sur la caisse de mon herbier, a beaucoup contribué à détruire mon estomac ; et lorsque je reprends dans des moments la même attitude, la douleur et l’oppression, qui redoublent, me forcent bien vite à la quitter : mais je crois que l’air et l’eau de ce pays marécageux m’ont fait plus de mal encore. Je ne m’en suis pas senti tout seul ; et ma femme, qui vient d’être aussi malade, en a éprouvé sa part. Cela m’a déterminé, me voyant totalement oublié, ou du moins abandonné, à accepter un petit logement qui m’a été offert sur la hauteur, à une lieue d’ici, dans une maison inhabitée, mais en très bon air, et je compte m’y transplanter aussitôt qu’il sera prêt, et que nous en aurons la force ; trop heureux si l’on m’y laisse au moins finir mes jours dans la langueur d’une oisiveté totale, ou mêlée uniquement de mes maux, plus supportables pour moi qu’elle.
Voici, monsieur, une lettre de change de dix livres sterling sur l’Angleterre, que je vous prie de tâcher de négocier, ou d’envoyer à Londres ; elle sera payée sur-le-champ : c’est une petite rente viagère que j’ai reçue en paiement de mes livres, que je vendis à Londres pour n’avoir plus à les traîner après moi depuis qu’ils m’étaient devenus inutiles.
Mon cher monsieur Lalliaud, plaignez-moi et pardonnez-moi. Je ne puis plus écrire sans souffrir beaucoup et sans aggraver mon mal ; et, pour surcroît, je n’ai affaire qu’à des gens exigeants, qui s’embarrassent très peu de mon état, et me comptent leurs lignes sur les pages qu’ils exigent de moi. Vous n’êtes pas de même ; aussi toute mon attente est en vous. Je ne vous écrirai que pour choses nécessaires et très en bref. Ne comptez pas rigoureusement avec votre serviteur, je vous en conjure, et donnez-moi la consolation d’apprendre de temps en temps que vous ne m’oubliez pas. Je vous embrasse de tout mon coeur, et ma femme vous salue.
Lettre DCCCLXXIV – À M. Lalliaud
[998]
Monquin, le 4 février 1769.
J’ai reçu, monsieur, vos deux dernières lettres, et, avec la première, la rescription que vous avez eu la bonté de m’envoyer, et dont je vous remercie.
Quoi ! monsieur, le barbouillage académique imprimé à Lausanne l’avait aussi été à Paris !… et c’est M. Fréron qui en est l’éditeur[999] !… Le temps de l’impression, le choix de la pièce, la moindre et la plus plate de tout ce que j’ai laissé en manuscrit, tout m’apprend par quelles espèces de mains et à quelle intention cet écrit a été publié, l’édition de Lausanne, si elle existe, aura probablement été faite sur celle de Paris ; mais le silence de M. du Peyrou me fait douter de cette seconde édition, dont la nouvelle m’a été donnée d’assez loin pour qu’on ait pu confondre ; et de pareils chiffons ne sont guère de ceux qu’on imprime deux fois. Vous avez pris le vrai moyen d’aller, s’il est possible, à la source du vol par l’examen du manuscrit : cela vaut mieux qu’une lettre imprimée, qui ne ferait que faire souvenir de moi le public et mes ennemis, dont je cherche à être oublié, et sur laquelle les coupables n’iront sûrement pas se déclarer. Vous m’apprenez aussi qu’on a imprimé un nouveau volume de mes écrits vrais ou faux. C’est ainsi qu’on me dissèque de mon vivant, ou plutôt qu’on dissèque un autre corps sous mon nom. Car quelle part ai-je au recueil dont vous me parlez, si ce n’est deux ou trois lettres de moi qui y sont insérées, et sur lesquelles, pour faire croire que le recueil entier en était, on a eu l’impudence de le faire imprimer à Londres sous mon nom, tandis que j’étais en Angleterre, en supprimant la première édition de Lausanne faite sous les yeux de l’auteur ? J’entrevois que l’impression du chiffon académique tient encore à quelque autre manoeuvre souterraine de même acabit. Vous m’avez écrit quelquefois que je faisais du noir ; l’expression n’est pas juste ; ce n’est pas moi, monsieur, qui fais du noir, mais c’est moi qu’on en barbouille. Patience ; ils ont beau vouloir écarter le vivier d’eau claire, il se trouvera quand je ne serai plus en leur pouvoir, et au moment qu’ils y penseront le moins. Aussi qu’ils fassent désormais à leur aise, je les mets au pis. J’attends sans alarmes l’explosion qu’ils comptent faire après ma mort sur ma mémoire, semblables aux vils corbeaux qui s’acharnent sur les cadavres. C’est alors qu’ils croiront n’avoir plus à craindre le trait de lumière qui, de mon vivant, ne cesse de les faire trembler, et c’est alors que l’on connaîtra peut-être le prix de ma patience et de mon silence. Quoi qu’il en soit, en quittant Bourgoin j’ai quitté tous les soucis qui m’en ont rendu le séjour aussi déplaisant que nuisible. L’état où je suis a plus fait pour ma tranquillité que les leçons de la philosophie et de la raison. J’ai vécu, monsieur ; je suis content de l’emploi de ma vie ; et du même oeil que j’en vois les restes, je vois aussi les événements qui les peuvent remplir. Je renonce donc à savoir désormais rien de ce qui se dit, de ce qui se fait, de ce qui se passe par rapport à moi : vous avez eu la discrétion de ne m’en jamais rien dire. Je vous conjure de continuer. Je ne me refuse pas aux soins que votre amitié, votre équité, peuvent vous inspirer pour la vérité, pour moi dans l’occasion, parce que, après les sentiments que vous professez envers moi, ce serait vous manquer à vous-même. Mais dans l’état où sont les choses, et dans le train que je leur vois prendre, je ne veux plus m’occuper de rien qui me rappelle hors de moi, de rien qui puisse ôter à mon esprit la même tranquillité dont jouit ma conscience.
Je vous écris, sans y penser, de longues lettres qui font grand bien à mon coeur, et grand mal à mon estomac. Je remets à une autre fois le détail de mon habitation. Madame Renou vous remercie et vous salue ; et moi, mon cher monsieur, je vous embrasse de tout mon coeur.
Lettre DCCCLXXVI – À M. Lalliaud
À Monquin, le 28 février 1769.
Je ne connais point M. de La Sale ; je sais seulement que c’est un fabricant de Lyon. Il accompagna cet automne le fils de madame Boy de La Tour, mon amie, qui vint me voir ici. Me voyant logé si tristement et dans lui si mauvais air, il me proposa une habitation en Bombes ; je ne dis ni oui ni non. Cet hiver, me voyant dépérir, il est revenu à la charge ; j’ai refusé ; il m’a pressé. Faute d’autres bonnes raisons à lui dire, je lui ai déclaré que je ne pouvais sortir de cette province sans l’agrément de M. le prince de Conti. Il m’a pressé de lui permettre de demander cet agrément ; je ne m’y suis pas opposé : voilà tout.
Sir, I begin to glimpse the peace you speak of—and one that I had already sensed even before you did. A severe stomach ailment, accompanied by swelling, suffocation, and fever, shows me a different path than the one you had envisioned, but it is the only one through which I can attain it. This bizarre illness has periods of remission, only to be followed by more cruel relapses; even yesterday, I thought I was cured—but tonight my opinion changed again. I realize that I will suffer for the rest of this ordeal, though I do not know whether the remaining journey will be short or long. What I am certain of is that it will be extremely difficult. The inability to bend over, to put on shoes, and thus to gather herbs, along with the extreme trouble I face in writing, condemn me to utter inaction—I cannot endure any reading, nor can I flip through books on plants, which will now be of no use to me at all. I believe that constantly being bent over, glued to my herb collection, has greatly damaged my stomach; and whenever I attempt to resume that posture, the increased pain and discomfort force me to stop immediately. However, I suspect that the damp, marshy air of this region has done even more harm. I am not the only one affected; my wife, who has also fallen ill recently, has suffered greatly as well. Seeing myself completely forgotten—or at least abandoned—this situation prompted me to accept a small dwelling offered to me on a hill, about a mile from here, in an uninhabited house but with very good air. I intend to move there as soon as it is ready and we have the strength to do so. I would be exceedingly grateful if I were allowed to spend the rest of my days in utter idleness—or, at least, in a state of leisure mixed only with my suffering, which, for me, is far more endurable than anything else.
Here, sir, is a draft for ten pounds sterling payable in England; I would beg you to try to negotiate its settlement or to send it to London. It will be paid immediately. It represents a small traveling allowance that I received in payment for some books I sold in London, so as to no longer have to carry them with me since they had become useless to me.
My dear Monsieur Lalliaud, please pity me and forgive me. I can no longer write without suffering greatly and without worsening my condition; moreover, I deal only with people who are demanding and who show very little concern for my state of health, while still insisting that I complete their tasks on time. You are different; therefore, all my hopes rest upon you. I will write to you only about matters that are truly necessary and in very brief terms. I implore you not to be too strict with your servant, and please give me the comfort of knowing from time to time that you have not forgotten me. I embrace you with all my heart, and my wife sends her regards to you.
Letter DCCCLXXIV – To Mr. Lalliaud
[998]
Monquin, February 4, 1769.
I have received, sir, your two latest letters, as well as the prescription you took the trouble to send me with the first one; for which I thank you very much.
Oh! Sir, that academic nonsense printed in Lausanne was also printed in Paris!, and it is Mr. Fréron who is its publisher[999]!. The time of printing, the choice of the piece—in fact, the very weakest and most mediocre of all the manuscripts I left behind—everything tells me through what kind of hands and for what purpose this text was published. If there really was a second edition in Lausanne, it was probably based on the Paris edition; but Mr. du Peyrou’s silence makes me doubt its existence, especially since I heard about it from a distance that could have led to confusion. Such worthless material is hardly something people would print twice. You have taken the very best way to uncover the truth behind this theft by examining the manuscript itself—this is far better than any printed letter, which would only serve to remind the public and my enemies of me, when I seek precisely to be forgotten. Moreover, the guilty would never confess through such a medium. You also tell me that a new volume of my writings, whether genuine or not, has been published. In this way, people are dissecting me while I am still alive—or rather, they are using my name to publish something entirely different. What part do I actually play in this collection you speak of? If not for two or three of my letters included therein, and the audacity with which it was printed in London under my name while I was still in England, even after the first edition had been published in Lausanne in my presence? I suspect that this new publication is part of some other underhanded scheme. You have sometimes accused me of spreading slander; but that is not fair. It is not I who am spreading lies—it is others who are trying to smear my reputation. Be patient; no matter how much they try to obscure the truth, it will emerge when I am no longer in their power, at a time when they least expect it. No matter what they do now, they can only make things worse for themselves. I await without fear the explosion they plan to unleash on my memory after my death—just like those vile crows that prey on corpses. Then they will think they have nothing left to fear from the light that has always made them tremble while I was alive. And perhaps then will people finally understand the true value of my patience and silence. In any case, by leaving Bourgoin, I also shed all the troubles that had made my stay there so unpleasant and harmful. The state I am in now has done more to bring me peace than any lessons in philosophy or reason could have done. I have lived, sir; I am satisfied with how I have spent my life. And just as I look upon its remains, I see the events that may one day fill it again. Therefore, I renounce trying to learn anything about what is said, done, or happening regarding me—you have always been discreet enough not to tell me anything. I beg you to continue in this manner. I do not refuse the assistance that your friendship and your fairness might inspire you to offer me in pursuit of the truth—because, given the feelings you profess toward me, it would be failing yourself if you did not do so. But given the current state of affairs and the direction I foresee them taking, I no longer wish to engage in anything that might draw my attention away from within myself or disturb the tranquility of my mind, which is now at peace.
I write to you, without thinking about it, long letters that do great good to my heart—but great harm to my stomach. I will postpone describing the details of my dwelling until another time. Madame Renou thanks you and greets you; and as for me, my dear sir, I embrace you with all my heart.
Letter DCCCLXXVI – To Mr. Lalliaud
At Monquin, on February 28, 1769.
I do not know Mr. de La Sale; I only know that he is a manufacturer from Lyon. This autumn, he accompanied the son of Madame Boy de La Tour, my friend, who came to visit me here. Seeing how poorly I was accommodated and in such poor health, he offered me a place to live in Bombes; I said neither yes nor no. This winter, seeing that I was deteriorating, he approached me again; I refused, but he persisted. Having no other good reasons to give him, I told him that I could not leave this province without the permission of Monsieur le Prince de Conti. He urged me to allow him to request such permission; I did not object—that is all there is to it.
Signore, inizio a intravedere quel riposo che mi promettete, e che anzi avevo già intuito prima di voi; un grave mal di stomaco, accompagnato da gonfiore, soffocamento e febbre, mi indica una strada diversa da quella che avevate previsto, ma l’unica attraverso la quale posso raggiungerlo. Questa strana malattia presenta momenti di sollievo, che però vengono immediatamente sostituiti da ricadute ancora più crudeli; ieri credevo di essere guarito, ma stanotte ho cambiato idea: so che dovrò sopportarla per il resto del mio cammino, anche se ignoro se esso sarà breve o lungo. L’unica cosa di cui sono certo è che sarà estremamente difficile, soprattutto perché l’impossibilità di piegarmi, di mettermi le scarpe, di raccogliere erbe, e la grande difficoltà di scrivere, mi condannano a un’immobilità insopportabile. Non riesco nemmeno a leggere o sfogliare libri, tranne quelli che trattano di piante, ma ormai non mi saranno più di alcuna utilità. Credo che la posizione in cui devo stare costantemente, piegato sulla scatola del mio erbario per incollare le piante, abbia molto contribuito a danneggiare il mio stomaco; e ogni volta che riprendo quella stessa posizione, il dolore e l’oppressione diventano insopportabili, ma credo anche che l’aria e l’acqua di questa zona paludosa mi abbiano fatto ancora più male. Non sono l’unico ad essere colpito: mia moglie, che è appena stata malata anch’essa, ne ha sofferto altrettanto. Questo mi ha spinto, vedendomi completamente dimenticato o almeno abbandonato, ad accettare una piccola casa offertami in alto, a una lega da qui, in una dimora disabitata, ma con un’aria molto salutare. Intendo trasferirmici non appena tutto sarà pronto e avremo la forza necessaria. Sarei troppo felice se mi lasciassero almeno terminare i miei giorni in questa totale inattività, o meglio, in una quiete accompagnata soltanto dai miei dolori, che per me sono ancora più sopportabili di qualsiasi altra cosa.
Ecco, signore, una cambiale di dieci sterline sterline per l’Inghilterra; le prego di cercare di farla liquidare o di inviarla a Londra: verrà pagata immediatamente. Si tratta di un piccolo introito che ho ricevuto in cambio dei libri che avevo venduto a Londra, per non dover più portarmeli appresso, essendo diventati inutili per me.
Mio caro signor Lalliaud, perdonatemi e compiangete me. Non riesco più a scrivere senza soffrire molto e senza peggiorare la mia condizione; inoltre, ho a che fare solo con persone esigenti, che non si preoccupano affatto della mia situazione e mi impongono di compilare le loro richieste sulle pagine che mi chiedono di preparare. Voi non siete così; per questo tutta la mia speranza ripone in voi. Vi scriverò soltanto per questioni necessarie e molto brevemente. Vi prego, non aspettatevi troppo da me; datemi almeno la consolazione di sapere che non mi avete dimenticato. Vi abbraccio con tutto il mio cuore, e mia moglie vi saluta.
Lettera DCCCLXXIV – A Monsieur Lalliaud
[998]
Monquin, 4 febbraio 1769.
Signore, ho ricevuto le vostre due ultime lettere, insieme alla prescrizione che avete avuto la gentilezza di inviarmi; vi ringrazio per entrambe.
Che cosa! Signore, quella robaccia accademica stampata a Losanna è stata stampata anche a Parigi, e l’editore è proprio il signor Fréron![999] Il momento della stampa, la scelta dell’opera, tutto ciò che ho lasciato in manoscritto mi rivela con chiarezza attraverso quali mani e con quale intento questo testo sia stato pubblicato. L’edizione di Losanna, se esiste davvero, probabilmente è stata realizzata sulla base di quella di Parigi; ma il silenzio del signor du Peyrou mi fa dubitare della sua esistenza. Inoltre, la notizia di questa seconda edizione mi è arrivata da molto lontano, tanto che potrebbe trattarsi di un errore. Testi del genere difficilmente vengono stampati due volte. Avete adottato il modo migliore per scoprire la fonte di questo furto: esaminare il manoscritto. Questo è meglio di una lettera stampata, che servirebbe soltanto a ricordarmi al pubblico e ai miei nemici, di cui cerco di essere dimenticato. E i colpevoli sicuramente non si confesseranno mai attraverso una lettera del genere. Mi avete anche detto che è stata stampata un’altra raccolta dei miei scritti, veri o falsi che siano. Così mi “suddividono” mentre sono ancora in vita. O meglio: utilizzano il mio nome per nascondere qualcos’altro. Quale parte ho io in questa raccolta, se non due o tre mie lettere inserite al suo interno? E su queste lettere, per far credere che l’intera raccolta fosse mia, hanno avuto l’audacia di farla stampare a Londra con il mio nome, mentre io mi trovavo in Inghilterra. Eliminando inoltre la prima edizione pubblicata a Losanna, davanti ai miei occhi. Intravedo che anche questa nuova stampa sia parte di qualche altro complotto simile. A volte mi avete detto che “facevo il nero”. Questa espressione non è giusta. Non sono io a “fare il nero”, ma sono io stesso a essere coperto di oscurezza. Pazienza. Per quanto cerchino di nascondere la verità, essa emergerà quando non sarò più sotto il loro controllo. E proprio in quel momento capiranno quanto sia stato prezioso il mio silenzio e la mia pazienza. Comunque sia, lasciando Bourgoin ho abbandonato tutti i problemi che rendevano quella città così sgradevole da essere dannosa per me. Lo stato in cui mi trovo ha contribuito molto alla mia tranquillità. Più delle lezioni della filosofia e della ragione. Ho vissuto, signore. Sono soddisfatto del modo in cui ho trascorso la mia vita. E proprio guardando ai suoi resti, vedo anche gli eventi che potranno colmarla. Quindi rinuncio a sapere qualsiasi cosa si dica, si faccia o si possa fare riguardo a me. Avete avuto la discrezione di non dirmi mai nulla. Vi prego di continuare così. Non mi rifiuto dei sentimenti di amicizia e di equità che la vostra compagnia può ispirarmi nei confronti della verità, né li rifiuto quando riguardano me stesso; anzi, dopo i sentimenti che voi provate per me, ritenere diversamente significherebbe tradire le vostre stesse intenzioni. Tuttavia, data la situazione attuale e il corso che le cose sembrano prendere, non desidero più occuparmi di nulla che possa distogliermi da me stesso o turbare la tranquillità della mia mente, che è l’unico stato in cui posso vivere in armonia con la mia coscienza.
Vi scrivo, senza pensarci troppo, lunghe lettere che fanno molto bene al mio cuore, ma molto male al mio stomaco. Rimando a un’altra occasione di descrivervi in dettaglio la mia situazione abitativa. Madame Renou vi ringrazia e vi saluta; e io, caro signore, vi bacio con tutto il mio cuore.
Lettera DCCCLXXVI – A Monsieur Lalliaud
A Monquin, il 28 febbraio 1769.
Non conosco il signor de La Sale; so soltanto che è un produttore di Lione. Quest’autunno accompagna il figlio della signora Boy de La Tour, mia amica, che è venuta a trovarmi qui. Vedendomi sistemato in modo così triste e notando il suo cattivo umore, mi ha proposto una casa a Bombes; non ho detto né sì né no. Quest’inverno, vedendomi in condizioni sempre peggiori, è tornato ad insistere; l’ho rifiutato, ma lui ha continuato a pressarmi. Non avendo altre buone ragioni da addurre, gli ho detto che non potevo lasciare questa provincia senza il permesso del principe di Conti. Mi ha chiesto di permettergli di chiedere tale permesso; non mi sono opposto: è tutto qui.
J’apprends, par le plus grand hasard du monde, qu’on vient d’imprimer à Lausanne un ancien chiffon de ma façon. C’est un discours sur une question proposée, en 1751, par M. de Curzay, tandis qu’il était en Corse. Quand il fut fait, je le trouvai si mauvais que je ne voulus ni l’envoyer ni le faire imprimer. Je le remis, avec tout ce que j’avais en manuscrit, à M. du Peyrou avant mon départ pour l’Angleterre. Je ne l’ai pas revu depuis, et je n’y ai pas même pensé. Je ne puis me rappeler avec certitude si ce barbouillage est ou n’est point un des manuscrits inlisibles que M. du Peyrou m’envoya à Wootton pour les transcrire, et que je lui renvoyai, copie et brouillon, par son ami M. de Cerjat, chez lequel, ou durant le transport, le vol aura pu se faire ; ce qu’il y a de sûr, c’est que je n’ai aucune part à cette impression, et que si j’eusse été assez insensé pour vouloir mettre encore quelque chose sous la presse, ce n’est pas un pareil torche-cul que j’aurais choisi. J’ignore comment il est passé sous la presse ; mais je crois M. du Peyrou parfaitement incapable d’une pareille infidélité. En ce qui me regarde, voilà la vérité, et il m’importe que cette vérité soit connue. Je vous embrasse et vous salue, mon cher monsieur, de tout mon coeur.
Lettre DCCCLXXVIII – À M. de ***
[1001]
Monquin, le 25 mars 1769.
Le voilà, monsieur, ce misérable radotage que mon amour-propre humilié vous a fait si longtemps attendre, faute de sentir qu’un amour-propre beaucoup plus noble devait m’apprendre à surmonter celui-là. Qu’importe que mon verbiage vous paraisse misérable, pourvu que je sois content du sentiment qui me l’a dicté. Sitôt que mon meilleur état m’a rendu quelques forces, j’en ai profité pour le relire et vous l’envoyer. Si vous avez le courage d’aller jusqu’au bout, je vous prie après cela de vouloir bien me le renvoyer, sans me rien dire de ce que vous en aurez pensé, et que je comprends de reste. Je vous salue, monsieur, et vous embrasse de tout mon coeur.
Lettre DCCCLXXIX – À M. de ***
Bourgoin, le 15 janvier 1769.[1002]
Je sens, monsieur, l’inutilité du devoir que je remplis en répondant à votre dernière lettre ; mais c’est un devoir enfin que vous m’imposez et que je remplis de bon coeur quoique mal, vu les distractions de l’état où je suis.
Mon dessein, en vous disant ici mon opinion sur les principaux points de votre lettre, est de vous la dire avec simplicité et sans chercher à vous la faire adopter. Cela serait contre mes principes et même contre mon goût. Car je suis juste ; et comme je n’aime point qu’on cherche à me subjuguer, je ne cherche non plus à subjuguer personne. Je sais que la raison commune est très bornée ; qu’aussitôt qu’on sort de ses étroites limites, chacun a la sienne qui n’est propre qu’à lui ; que les opinions se propagent par les opinions, non par la raison, et que quiconque cède au raisonnement d’un autre, chose déjà très rare, cède par préjugé, par autorité, par affection, par paresse, rarement, jamais peut-être, par son propre jugement.
Vous me marquez, monsieur, que le résultat de vos recherches sur l’auteur des choses est un état de doute. Je ne puis juger de cet état, parce qu’il n’a jamais été le mien. J’ai cru dans mon enfance par autorité, dans ma jeunesse par sentiment, dans mon âge mûr par raison ; maintenant je crois parce que j’ai toujours cru. Tandis que ma mémoire éteinte ne me remet plus sur la trace de mes raisonnements, tandis que ma judiciaire affaiblie ne me permet plus de les recommencer, les opinions qui en ont résulté me restent dans toute leur force ; et sans que j’aie la volonté ni le courage de les mettre derechef en délibération, je m’y tiens en confiance et en conscience, certain d’avoir apporté dans la vigueur de mon jugement à leurs discussions toute l’attention et la bonne foi dont j’étais capable. Si je me suis trompé, ce n’est pas ma faute, c’est celle de la nature, qui n’a pas donné à ma tête une plus grande mesure d’intelligence et de raison. Je n’ai rien de plus aujourd’hui ; j’ai beaucoup de moins. Sur quel fondement recommencerais-je donc à délibérer ? Le moment presse ; le départ approche. Je n’aurais jamais le temps ni la force d’achever le grand travail d’une refonte. Permettez qu’à tout événement j’emporte avec moi la consistance et la fermeté d’un homme, non les doutes décourageants et timides d’un vieux radoteur.
À ce que je puis me rappeler fie mes anciennes idées, à ce que j’aperçois de la marche des vôtres, je vois que, n’ayant pas suivi dans nos recherches la même route, il est peu étonnant que nous ne soyons pas arrivés à la même conclusion. Balançant les preuves de l’existence de Dieu avec les difficultés, vous n’avez trouvé aucun des côtés assez prépondérant pour vous décider, et vous êtes resté dans le doute. Ce n’est pas comme cela que je fis : j’examinai tous les systèmes sur la formation de l’univers que j’avais pu connaître ; je méditai sur ceux que je pouvais imaginer ; je les comparai tous de mon mieux ; et je me décidai, non pour celui qui ne m’offrait point de difficultés, car ils m’en offraient tous, mais pour celui qui me paraissait en avoir le moins : je me dis que ces difficultés étaient dans la nature de la chose, que la contemplation de l’infini passerait toujours les bornes de mon entendement ; que, ne devant jamais espérer de concevoir pleinement le système de la nature, tout ce que je pouvais faire était de le considérer par les côtés que je pouvais saisir ; qu’il fallait savoir ignorer en paix tout le reste ; et j’avoue que, dans ces recherches, je pensai comme les gens dont vous parlez, qui ne rejettent pas une vérité claire ou suffisamment prouvée pour les difficultés qui l’accompagnent, et qu’on ne saurait lever. J’avais alors, je l’a voue, une confiance si téméraire, ou du moins une si forte persuasion, que j’aurais défié tout philosophe de proposer aucun autre système intelligible sur la nature, auquel je n’eusse opposé des objections plus fortes, plus invincibles que celles qu’il pouvait m’opposer sur le mien ; et alors il fallait me résoudre à rester sans rien croire, comme vous faites, ce qui ne dépendait pas de moi, ou mal raisonner, ou croire comme j’ai fait.
By the greatest of coincidences, I have learned that an old manuscript of mine has just been printed in Lausanne. It is a speech on a topic proposed in 1751 by Mr. de Curzay while he was in Corsica. When it was completed, I found it so poor-quality that I neither wanted to send it nor have it printed. Before leaving for England, I gave it, along with all my other manuscripts, to Mr. du Peyrou. I have not seen it since and have not even thought about it again. I cannot remember with certainty whether this scribble is one of those illegible manuscripts that Mr. du Peyrou sent me to Wootton for transcription; I sent him both the copy and the draft back through his friend, Mr. de Cerjat. It is possible that the manuscript was stolen during transportation. What is certain is that I had nothing to do with this printing; and if I were ever so foolish as to want to publish anything again, I would certainly not choose something so poorly written. I have no idea how it ended up in print; but I believe Mr. du Peyrou is absolutely incapable of such dishonesty. As for me, this is the truth, and it is important that it be known. I embrace you and greet you with all my heart, my dear sir.
Letter DCCCLXXVIII – To Mr. de ***
[1001]
Monquin, March 25, 1769.
Here it is, sir—this miserable effusion written by my humiliated self-respect, which has made you wait so long, for I did not feel that a far nobler self-respect was needed to teach me how to overcome this one. No matter how worthless you may find my words, so long as I am satisfied with the sentiment that inspired them. As soon as I felt somewhat stronger, I took the opportunity to reread it and send it to you. If you have the courage to read it to the end, I beg you then to return it to me without telling me what you think of it—something I can well understand anyway. I salute you, sir, and embrace you with all my heart.
Letter DCCCLXXIX – To Mr. de ***
Bourgoin, January 15, 1769.[1002]
I feel, sir, that the duty I am performing in responding to your last letter is utterly futile; yet it is a duty that you have imposed upon me, and I carry it out with good will, albeit poorly, given the distractions of my current circumstances.
My intention, in expressing my views on the main points of your letter here, is to do so simply and without attempting to persuade you to accept them. That would go against my principles and even against my nature. For I am just; and since I dislike it when others try to subdue me, I likewise do not seek to subdue anyone else. I know that common reason is very limited; that as soon as one steps beyond its narrow bounds, each person possesses their own reasoning, which is unique to them; that opinions are spread through the influence of other opinions, rather than through reason; and that anyone who yields to the reasoning of another—something that already happens very rarely—does so out of prejudice, authority, affection, or laziness, and hardly ever, if ever at all, out of the judgment of their own mind.
You are telling me, sir, that the outcome of your inquiries into the origin of things leads to a state of doubt. I cannot judge this state, for it has never been mine. In my childhood, I believed out of authority; in my youth, out of sentiment; in my maturity, out of reason. Now I believe because I have always believed. Yet, as my weakened memory no longer allows me to recall my reasoning processes, and as my diminished judgment prevents me from undertaking them anew, the conclusions I reached remain firm in my mind. And without the will or courage to reconsider them, I cling to them out of confidence and conviction, certain that I have devoted all the attention and good faith at my disposal to their examination. If I have erred, it is not my fault, but the fault of nature, which has not endowed me with greater intelligence and reason. Today, I possess nothing more than I did before; in fact, I have much less. On what basis could I begin deliberating again? Time is running out; departure is near. I would never have the time or strength to undertake such a major task of re-examination. Allow me, then, to carry with me the steadfastness and resolve of a man—not the discouraging and timid doubts of an old rattlehead.
As far as I can recall my former ideas, and as much as I can observe the course of your inquiries, it is not surprising that we have not reached the same conclusions, since we did not follow the same path in our investigations. By weighing the evidence for the existence of God against the various difficulties encountered, you found no single aspect sufficiently compelling to settle the issue, and thus remained in doubt. I, on the other hand, examined all the theories regarding the origin of the universe that I was aware of; I pondered over those I could conceive; I compared them as thoroughly as possible; and I decided not upon the theory that presented no difficulties for me—since all of them did—instead, I chose the one that seemed to have the fewest obstacles. I reasoned that these difficulties were inherent in the nature of things themselves; that the contemplation of the infinite would always exceed the limits of my understanding; that since it was impossible to fully grasp the system of nature, all I could do was consider it from those aspects that I could comprehend; and that I must be willing to ignore everything else. I admit that in these inquiries, I thought in much the same way as those you refer to—people who do not reject a clear or sufficiently proven truth merely because of the difficulties associated with it, which seem insurmountable. At that time, I possessed such audacious confidence, or at least such firm conviction, that I would have challenged any philosopher to propose another intelligible theory of nature to which I could oppose objections more substantial and irrefutable than those he could raise against mine. And in the end, I was forced to conclude that I had no choice but to remain in ignorance, just as you do—and this was not something within my control. Either I had erred in my reasoning, or I had chosen to believe in a way that proved mistaken.
Scopro, per pura coincidenza, che è appena stato stampato a Losanna un vecchio testo scritto da me. Si tratta di un discorso su una questione proposta nel 1751 da Monsieur de Curzay mentre si trovava in Corsica. Quando fu completato, lo trovai così scadente che non volli né inviarlo né farlo stampare; lo restituii, insieme a tutto ciò che avevo in manoscritto, a Monsieur du Peyrou prima della mia partenza per l’Inghilterra. Da allora non l’ho più visto e non ci ho nemmeno pensato. Non riesco a ricordare con certezza se questo testo sia uno dei manoscritti illeggibili che Monsieur du Peyrou mi inviò a Wootton per farli trascrivere, e che io gli rimandai, insieme alle copie e ai bozzi, tramite il suo amico Monsieur de Cerjat; è possibile che durante il trasporto sia avvenuta una perdita. Quello che so con certezza è che non ho alcuna responsabilità in questa stampa, e se mai fossi stato così insensato da voler pubblicare qualcosa di nuovo, sicuramente non avrei scelto un testo del genere. Non so come sia finito sotto la pressa. Ma credo che Monsieur du Peyrou sia assolutamente incapace di una simile infideltà. Per quanto mi riguarda, questa è la verità, e mi importa molto che venga conosciuta. Vi abbraccio e vi saluto con tutto il mio cuore, caro signore.
Lettera DCCCLXXVIII – A Monsieur de ***
[1001]
Monquin, 25 marzo 1769.
Ecco, signore, questo misero scritto che il mio umiliato orgoglio vi ha fatto attendere così a lungo, poiché non sentivo che un orgoglio molto più nobile avrebbe dovuto insegnarmi a superare quello. Non importa quanto il mio discorso possa sembrarvi misero: l’importante è che io sia soddisfatto del sentimento che me lo ha ispirato. Non appena il mio stato di salute mi ha permesso di raccogliere un po’ di forze, ne ho approfittato per rileggerlo e inviarvelo. Se avete il coraggio di leggerlo fino in fondo, vi prego poi di restituirmelo senza dirmi nulla di ciò che ne penserete. Cosa che, del resto, posso facilmente immaginare. Vi saluto, signore, e vi abbraccio con tutto il mio cuore.
Lettera DCCCLXXIX – A Monsieur de ***
Bourgoin, 15 gennaio 1769.[1002]
Signore, percepisco l’inutilità del dovere che sto adempiendo rispondendo alla sua ultima lettera; tuttavia si tratta pur sempre di un dovere che lei mi impone e che io svolgo con buona volontà, anche se in modo imperfetto, data la situazione difficile nella quale mi trovo.
Il mio intento, nel esprimere qui la mia opinione sui principali punti della vostra lettera, è di farlo in modo semplice e senza cercare di farvi adottare tale opinione. Ciò sarebbe contrario ai miei principi, e persino al mio gusto. Poiché sono giusto, e poiché non mi piace che si cerchi di soggiogarmi, non cerco nemmeno io di soggiogare nessuno. So che la ragione comune è molto limitata; che non appena si esce dai suoi stretti confini, ognuno possiede una propria ragione, particolare solo a sé stesso; che le opinioni si diffondono attraverso altre opinioni, e non attraverso la ragione; e che chiunque ceda al ragionamento di un altro – cosa già molto rara – lo fa per pregiudizio, autorità, affetto o pigrizia, e raramente, forse mai, per il proprio giudizio personale.
Mi state facendo notare, signore, che il risultato delle vostre ricerche sull’autore di queste cose è uno stato di incertezza. Non posso giudicare tale stato, poiché non è mai stato il mio. Da bambino ho creduto per autorità; da giovane, per sentimento; in età matura, per ragione; ora credo perché ho sempre creduto. Mentre la mia memoria ormai indebolita non mi permette più di ricordare i miei ragionamenti, mentre la mia capacità di giudizio è diminuita, le opinioni a cui sono arrivato rimangono intatte nella loro forza; e senza che io abbia il desiderio né il coraggio di riesaminarle nuovamente, mi attengo ad esse con fiducia e coscienza, certo di aver dedicato alla loro formulazione tutta l’attenzione e la buona fede di cui ero capace. Se mi sono sbagliato, non è colpa mia, ma della natura, che non ha dotato la mia mente di una maggiore intelligenza e ragione. Oggi non ho nulla in più, anzi, molto meno. Su quale base potrei riprendere a riflettere? Il momento è imminente; la partenza è vicina. Non avrei mai il tempo né la forza di completare un lavoro così complesso. Permettetemi quindi di portare con me, in ogni caso, la fermezza e la determinazione di un uomo, non i dubbi timidi e scoraggianti di un vecchio che ripete sempre le stesse cose.
Per quanto io possa ricordare delle mie precedenti idee, e per quanto osservo lo sviluppo dei vostri ragionamenti, vedo che, non avendo seguito nella nostra ricerca la stessa strada, non è affatto sorprendente che non siamo giunti alla stessa conclusione. Valutando attentamente le prove dell’esistenza di Dio e le difficoltà che esse presentano, non avete trovato alcun aspetto abbastanza convincente per prendere una decisione definitiva, e quindi siete rimasti nel dubbio. Io invece ho fatto diversamente: ho esaminato tutti i sistemi teorici riguardanti la formazione dell’universo che fossi riuscito a conoscere; ho riflettuto su quelli che potevo immaginare; li ho confrontati nel miglior modo possibile; e mi sono deciso non per quello che non presentava alcuna difficoltà – poiché tutti ne presentavano – ma per quello che sembrava averne le meno. Ho pensato che tali difficoltà fossero intrinseche alla natura stessa delle cose, che la contemplazione dell’infinito avrebbe sempre superato i limiti della mia comprensione; che, poiché non avrei mai potuto concepire pienamente il sistema della natura, tutto ciò che potevo fare era considerarlo da quegli aspetti che riuscivo a comprendere; che dovevo accettare di ignorare serenamente il resto. Devo ammettere che, in queste ricerche, ho pensato come quelle persone di cui parlate voi: non ho rifiutato una verità chiara o sufficientemente dimostrata soltanto a causa delle difficoltà che l’accompagnavano e che sembravano insuperabili. All’epoca avevo una fiducia così audace, o almeno una convinzione così forte, da essere disposto a sfidare qualsiasi filosofo a proporre un altro sistema teorico sulla natura, al quale non avrei opposto obiezioni più forti e irrefutabili di quelle che lui avrebbe potuto sollevare contro il mio. E in tal caso, mi sarei trovato costretto a rimanere senza credere in nulla, come fate voi, il che ovviamente non dipendeva da me, oppure a ragionare male, o ancora a credere, come ho fatto io.
Une idée qui me vint il y a trente ans a peut-être plus contribué qu’aucune autre à me rendre inébranlable : supposons, me disais-je, le genre humain vieilli jusqu’à ce jour dans le plus complet matérialisme, sans que jamais idée de divinité ni d’âme soit entrée dans aucun esprit humain ; supposons que l’athéisme philosophique ait épuisé tous ses systèmes pour expliquer la formation et la marche de l’univers par le seul jeu de la matière et du mouvement nécessaire, mot auquel, du reste, je n’ai jamais rien conçu : dans cet état, monsieur, excusez ma franchise, je supposais encore ce que j’ai toujours vu, et ce que je sentais devoir être, qu’au lieu de se reposer tranquillement dans ces systèmes, comme dans le sein de la vérité, leurs inquiets partisans cherchaient sans cesse à parler de leur doctrine, à l’éclaircir, à l’étendre, à l’expliquer, la pallier, la corriger, et, comme celui qui sent trembler sous ses pieds la maison qu’il habite, à l’étayer de nouveaux arguments. Terminons enfin ces suppositions par celle d’un Platon, d’un Clarke, qui, se levant tout d’un coup au milieu d’eux, leur eût dit : Mes amis, si vous eussiez commencé l’analyse de cet univers par celle de vous-même, vous eussiez trouvé dans la nature de votre être la clef de la constitution de ce même univers, que vous cherchez en vain sans cela ; qu’ensuite, leur expliquant la distinction des deux substances, il leur eût prouvé par les propriétés mêmes de la matière que, quoi qu’en dise Locke, la supposition de la matière pensante est une véritable absurdité ; qu’il leur eût fait voir quelle est la nature de l’être vraiment actif et pensant, et que, de l’établissement de cet être qui juge, il fût enfin remonté aux notions confuses mais sûres de l’Etre suprême : qui peut douter que, frappés de l’éclat, de la simplicité, de la vérité, de la beauté de cette ravissante idée, les mortels, jusqu’alors aveugles, éclairés des premiers rayons de la Divinité, ne lui eussent offert par acclamation leurs premiers hommages, et que les penseurs surtout et les philosophes n’eussent rougi d’avoir contemplé si longtemps les dehors de cette machine immense, sans trouver, sans soupçonner même la clef de sa constitution ; et, toujours grossièrement bornés par leurs sens, de n’avoir jamais su voir que matière où tout leur montrait qu’une autre substance donnait la vie à l’univers et l’intelligence à l’homme ? C’est alors, monsieur, que la mode eût été pour cette nouvelle philosophie ; que les jeunes gens et les sages se fussent trouvés d’accord ; qu’une doctrine si belle, si sublime, si douce et si consolante pour tout homme juste, eût réellement excité tous les hommes à la vertu ; et que ce beau mot d’humanité, rebattu maintenant jusqu’à la fadeur, jusqu’au ridicule, par les gens du monde les moins humains, eût été plus empreint dans les coeurs que dans les livres. Il eût donc suffi d’une simple transposition de temps pour faire prendre tout le contre-pied à la mode philosophique, avec cette différence que celle d’aujourd’hui, malgré son clinquant de paroles, ne nous promet pas une génération bien estimable, ni des philosophes bien vertueux.
Vous objectez, monsieur, que si Dieu eût voulu obliger les hommes à le connaître, il eût mis son existence en évidence à tous les yeux. C’est à ceux qui font de la foi en Dieu un dogme nécessaire au salut de répondre à cette objection, et ils y répondent par la révélation. Quant à moi, qui crois en Dieu sans croire cette foi nécessaire, je ne vois pas pourquoi Dieu se serait obligé de nous la donner. Je pense que chacun sera jugé non sur ce qu’il a cru, mais sur ce qu’il a fait, et je ne crois point qu’un système de doctrine soit nécessaire aux oeuvres, parce que la conscience en tient lieu.
Je crois bien, il est vrai, qu’il faut être de bonne foi dans sa croyance, et ne pas s’en faire un système favorable à nos passions. Comme nous ne sommes pas tout intelligence, nous ne saurions philosopher avec tant de désintéressement que notre volonté n’influe un peu sur nos opinions 1 l’on peut souvent juger des secrètes inclinations d’un homme par ses sentiments purement spéculatifs ; et, cela posé, je pense qu’il se pourrait bien que celui qui n’a pas voulu croire fût puni pour n’avoir pas cru.
Cependant je crois que Dieu s’est suffisamment révélé aux hommes et par ses oeuvres et dans leurs coeurs ; et s’il y en a qui ne le connaissent pas, c’est, selon moi, parce qu’ils ne veulent pas le connaître, ou parce qu’ils n’en ont pas besoin.
Dans ce dernier cas est l’homme sauvage et sans culture qui n’a fait encore aucun usage de sa raison ; qui, gouverné seulement par ses appétits, n’a pas besoin d’autre guide, et qui, ne suivant que l’instinct de la nature, marche par des mouvements toujours droits. Cet homme ne connaît pas Dieu, mais il ne l’offense pas. Dans l’autre cas, au contraire, est le philosophe qui, à force de vouloir exalter son intelligence, de raffiner, de subtiliser sur ce qu’on pensa jusqu’à lui, ébranle enfin tous les axiomes de la raison simple et primitive, et, pour vouloir toujours savoir plus et mieux que les autres, parvient à ne rien savoir du tout. L’homme à la fois raisonnable et modeste, dont l’entendement exercé, mais borné, sent ses limites et s’y renferme, trouve dans ces limites la notion de son âme et celle de l’auteur de son être, sans pouvoir passer au-delà pour rendre ces notions claires, et contempler d’aussi près l’une et l’autre que s’il était lui-même un pur esprit. Alors, saisi de respect, il s’arrête, et ne touche point au voile, content de savoir que l’Etre immense est dessous. Voilà jusqu’où la philosophie est utile à la pratique ; le reste n’est plus qu’une spéculation oiseuse pour laquelle l’homme n’a point été fait, dont le raisonneur modéré s’abstient, et dans laquelle n’entre point l’homme vulgaire. Cet homme, qui n’est ni une brute ni un prodige, est l’homme proprement dit, moyen entre les deux extrêmes, et qui compose les dix-neuf vingtièmes du genre humain ; c’est à cette classe nombreuse de chanter le psaume Coeli enarrant, et c’est elle en effet qui le chante. Tous les peuples de la terre connaissent et adorent Dieu ; et, quoique chacun l’habille à sa mode, sous tous ces vêtements divers on trouve pourtant toujours Dieu. Le petit nombre d’élite qui a de plus hautes prétentions de doctrine, et dont le génie ne se borne pas au sens commun, en veut un plus transcendant, ce n’est pas de quoi je le blâme ; mais qu’il parte de là pour se mettre à la place du genre humain, et dire que Dieu s’est caché aux hommes parce que lui, petit nombre, ne le voit plus, je trouve en cela qu’il a tort. Il peut arriver, j’en conviens, que le torrent de la mode et le jeu de l’intrigue étendent la secte philosophique, et persuadent un moment à la multitude qu’elle ne croit plus en Dieu ; mais cette mode passagère ne peut durer ; et, comme qu’on s’y prenne, il faudra toujours à la longue un Dieu à l’homme : enfin quand, forçant la nature des choses, la Divinité augmenterait pour nous d’évidence, je ne doute pas que dans le nouveau lycée on n’augmentât en même raison de subtilité pour la nier. La raison prend à la longue le pli que le coeur lui donne ; et, quand on veut penser en tout autrement que le peuple, on en vient à bout tôt ou tard.
Tout ceci, monsieur, ne vous paraît guère philosophique, ni à moi non plus ; mais, toujours de bonne foi avec moi-même, je sens se joindre à mes raisonnements, quoique simples, le poids de l’assentiment intérieur. Vous voulez qu’on s’en défie ; je ne saurais penser comme vous sur ce point, et je trouve, au contraire, dans ce jugement interne une sauvegarde naturelle contre les sophismes de ma raison. Je crains même qu’en cette occasion vous ne confondiez les penchants secrets de notre coeur qui nous égarent, avec ce dictamen[1003] plus secret, plus interne encore, qui réclame et murmure contre ces décisions intéressées, et nous ramène en dépit de nous sur la route de la vérité. Ce sentiment intérieur est celui de la nature elle-même, c’est un appel de sa part contre les sophismes de la raison ; et ce qui le prouve est qu’il ne parle jamais plus fort que quand notre volonté cède avec le plus de complaisance aux jugements qu’il s’obstine à rejeter. Loin de croire que qui juge d’après lui soit sujet à se tromper, je crois que jamais il ne nous trompe, et qu’il est la lumière de notre faible entendement lorsque nous voulons aller plus loin que ce que nous pouvons concevoir.
An idea that came to me thirty years ago may have contributed more than any other to making me unshakable in my convictions: I would say to myself, suppose that humanity had existed throughout its entire history within the most thorough materialism, without ever any notion of divinity or soul entering the minds of human beings; suppose that philosophical atheism had exhausted all its systems to explain the formation and workings of the universe solely through the interplay of matter and necessary motion—a term I myself have never truly understood. In such a scenario, sir, forgive my frankness, I would still assume what I have always seen and what I felt must be true: that instead of resting peacefully within these systems, as if they were the embodiment of truth, their anxious proponents would constantly seek to elaborate on, clarify, expand, and justify their doctrines. They would try to reinforce them with new arguments, just as someone who feels their house trembling beneath their feet would seek to stabilize it with additional supports. To conclude this hypothetical scenario, imagine a Plato or a Clarke suddenly rising among them and saying: “My friends, if you had begun by analyzing yourselves, you would have found within the nature of your own being the key to understanding the composition of this very universe, which you are otherwise seeking in vain. By explaining to them the distinction between the two substances, he would have proven to them, through the very properties of matter itself, that the assumption of a thinking substance is nothing but pure absurdity. He would have shown them what the truly active and thinking being really is, and from the understanding of this judging being, he would have led them to the vague yet certain concepts of the Supreme Being. Who can doubt that, struck by the brilliance, simplicity, truth, and beauty of such an idea, these mortals, who had hitherto been blind, would have been illuminated by the first rays of Divinity and offered up their adoration? Especially thinkers and philosophers would have felt ashamed for having gazed so long at the exterior aspects of this immense machine without ever finding—or even suspecting—the key to its inner workings. Bound as they were by the limitations of their senses, how could they have perceived anything beyond matter, when everything around them seemed to indicate that another substance was responsible for giving life to the universe and intelligence to humanity? At such a time, sir, this new philosophy would have become the prevailing trend; young people and wise men would have agreed in its principles; a doctrine so beautiful, so sublime, so comforting to every righteous person, would have truly inspired all mankind toward virtue. And that noble concept of humanity, which is now being tritiated and ridiculed by the least humane members of society, would have been deeply ingrained in people’s hearts, rather than remaining merely on paper.” It would thus have been sufficient for a simple shift in temporal perspective to completely reverse the direction of current philosophical trends—except that, despite its flashy rhetoric, today’s philosophy offers us no promise of a generation worthy of respect, nor of philosophers who possess true virtue.
You object, sir, that if God had wished to compel men to know Him, He would have made His existence evident to everyone. It is those who regard faith in God as a dogma necessary for salvation who must answer this objection, and they do so by invoking revelation. As for me, who believe in God without accepting such a necessity for faith, I see no reason why God should have been obliged to impart it to us. I believe that each person will be judged not on what he has believed, but on what he has done; and I do not think that a system of doctrines is necessary for one’s actions, since conscience serves that purpose just as well.
I truly believe that one must be sincere in one’s beliefs and not use them as a tool to serve one’s own passions. Since we are not entirely composed of intellect, it is impossible for us to philosophize with such disinterest that our will does not influence our opinions at all. Often, one can discern the secret inclinations of a person through their purely speculative sentiments. Given this, I think it is quite possible that someone who has chosen not to believe may be punished for having refused to do so.
However, I believe that God has revealed himself sufficiently to mankind through his works and in their hearts; and if there are those who do not know him, it is, in my opinion, because they do not wish to know him, or because they have no need to know him.
In the first case, we have the savage man, uneducated and devoid of any use for reason; a being governed solely by instinct, who requires no other guide and moves in straight lines, guided only by nature’s impulses. Such a man knows not of God, but he does not offend Him. In the second case, we have the philosopher—someone who, in his pursuit of elevating his intelligence and refining his understanding of what others have thought before him, ultimately shakes the foundations of simple, primal reason. In his desire to know more and better than others, he ends up knowing nothing at all. The reasonable and modest man, whose intellect is exercised but remains within its limits, recognizes those limits and confines himself therein. Within these boundaries, he finds an understanding of his own soul and of the Creator of his existence, without being able to go beyond them in order to clarify these concepts or to perceive them more clearly—though he might imagine himself to be a pure spirit. Such a man, filled with reverence, stops where he is, content to know that the Infinite Being exists beneath that veil. This is as far as philosophy is useful in practical life; everything beyond that is mere idle speculation—not something for which humans were created, nor something that a moderate thinker would engage in, nor something that the ordinary person should concern themselves with. This ordinary man, neither a brute nor a genius, is the true human being—representing the vast majority of humanity. It is to this multitude that the psalm “Coeli enarrant” is meant, and indeed it is they who sing it. All peoples on earth know and worship God; and though each dresses Him in their own way, beneath all these diverse forms, God remains the same. The small elite, with their more lofty claims to knowledge and whose intellect transcends common sense, seek a more transcendent understanding of God—I do not blame them for that. But when they presume to place themselves in the position of humanity and claim that God has hidden Himself from us because they alone can no longer see Him, I believe they are mistaken. It is possible, I admit, that the tide of fashion and the manipulations of intrigue may for a time persuade the masses to cease believing in God; but such fleeting trends cannot last. In the end, humans will always need a God. And even if, by forcing the nature of things, we were able to make God’s existence more evident to us, I doubt that in such a new world, people would not develop even greater subtleties to deny Him again. Reason, in the long run, takes on the form imposed upon it by human emotion; and anyone who tries to think differently from the common people will soon find themselves defeated.
All of this, sir, may not seem particularly philosophical to you, nor to me; but in all fairness to myself, I feel that, despite its simplicity, my reasoning is supported by the weight of an inner conviction. You would have us doubt it; I cannot agree with you on this point. On the contrary, I see in this internal judgment a natural safeguard against the sophisms of reason. I even fear that in this matter you might confuse those secret inclinations of our hearts that lead us astray with that even more subtle, inner voice that protests against self-serving decisions and draws us, against our will, back onto the path of truth. This inner sentiment is itself a call from nature, an appeal against the sophisms of reason; and its authority lies in the fact that it speaks most loudly precisely when our will complies too readily with the judgments it insists we reject. Far from believing that those who follow this voice are prone to error, I am convinced that it never leads us astray—and that it is indeed the light that guides us when we attempt to comprehend beyond our limited understanding.
Un’idea che mi venne trent’anni fa ha forse contribuito più di qualsiasi altra a rendermi inamovibile: “Supponiamo”, mi dicevo, “che l’umanità si sia sviluppata fino ad oggi nel più completo materialismo, senza che mai l’idea di una divinità o di un’anima fosse entrata nella mente di alcun essere umano; supponiamo che l’ateismo filosofico abbia esaurito tutti i suoi sistemi per spiegare la formazione e lo sviluppo dell’universo soltanto attraverso il meccanismo della materia e del movimento necessario. In questo caso, signore, mi scusino la franchezza, supponevo ancora ciò che ho sempre visto e ciò che sentivo dovesse essere”. Suppongo inoltre che i sostenitori di queste teorie cercassero costantemente di chiarire, ampliare ed esporre le loro dottrine, come chi sente la propria casa vacillare sotto i piedi e cerca di rafforzarla con nuovi argomenti. Concludiamo queste ipotesi pensando a un Platon o a un Clarke che, improvvisamente alzandosi in mezzo a loro, gli dicesse: “Amici miei, se aveste iniziato l’analisi di questo universo analizzando voi stessi, avreste trovato nella natura della vostra essenza la chiave per comprendere la struttura dell’universo stesso, che altrimenti cercate invano; inoltre, spiegandovi la distinzione tra le due sostanze, vi avrei dimostrato, attraverso le proprietà stesse della materia, che l’ipotesi di una materia pensante è un’assurdità; vi avrei fatto comprendere quale sia la vera natura dell’essere attivo e pensante, e da questa concezione dell’Essere supremo sareste finalmente giunti alle nozioni confuse ma certe riguardo a Dio”. Chi può dubitare che, colpiti dallo splendore, dalla semplicità, dalla verità e dalla bellezza di questa idea meravigliosa, gli esseri umani, fino ad allora ciechi, avrebbero offerto con entusiasmo i loro primi omaggi a Dio; e che soprattutto i pensatori e i filosofi si sarebbero vergognati di aver contemplato per tanto tempo soltanto l’esterno di questa immensa “macchina”, senza mai trovare, né anche solo sospettare, la chiave della sua struttura? Allora, signore, questa nuova filosofia avrebbe conquistato il favore generale; giovani e saggi si sarebbero trovati d’accordo su di essa; una dottrina così bella, così sublime, così dolce e consolante per ogni uomo giusto, avrebbe davvero spinto tutti alla virtù; e quel bellissimo concetto di “umanità”, oggi bistrattato fino al ridicolo dalle persone meno umane del mondo, sarebbe stato più profondamente radicato nei cuori delle persone che nei libri. Sarebbe quindi bastata una semplice spostamento temporale per invertire completamente la direzione della moda filosofica; con la differenza che quella di oggi, nonostante il suo apparire brillante e affascinante, non ci promette né una generazione degna di stima né filosofi veramente virtuosi.
Obiettate, signore, che se Dio avesse voluto costringere gli uomini a conoscerlo, avrebbe reso la sua esistenza evidente a tutti. A coloro che fanno della fede in Dio un dogma necessario per il salvezza spetta rispondere a questa obiezione, e lo fanno attraverso la rivelazione. Quanto a me, che credo in Dio senza ritenere tale fede necessaria, non vedo perché Dio si sarebbe dovuto impegnare a fornircela. Penso che ognuno verrà giudicato non in base a ciò in cui ha creduto, ma in base a ciò che ha fatto, e non ritengo che un sistema di dottrine sia necessario per le azioni umane, poiché la coscienza ne fa già funzione.
Credo davvero che sia necessario essere sinceri nelle proprie credenze e non trasformarle in un sistema che favorisca le nostre passioni. Poiché non siamo soltanto intelligenza, non saremmo in grado di filosofare con tale distacco da permettere alla nostra volontà di influenzare minimamente le nostre opinioni. Spesso è possibile giudicare le inclinazioni nascoste di una persona dai suoi sentimenti puramente speculativi; e, partendo da questo presupposto, penso che colui che non ha voluto credere possa essere punito proprio per non averlo fatto.
Tuttavia credo che Dio si sia rivelato sufficientemente agli uomini, attraverso le sue opere e nei loro cuori; e se ci sono persone che non lo conoscono, secondo me è perché non vogliono conoscerlo, o perché non ne hanno bisogno.
In questo ultimo caso si tratta dell’uomo selvaggio e privo di cultura, che non ha ancora fatto alcun uso della propria ragione; un uomo guidato soltanto dai propri desideri, che non ha bisogno di altro guida e che, seguendo soltanto l’istinto naturale, compie i suoi movimenti in modo sempre retto. Quest’uomo non conosce Dio, ma non lo offende nemmeno. Nell’altro caso, invece, si tratta del filosofo che, nel tentativo di esaltare la propria intelligenza e di perfezionare ciò che gli altri avevano già pensato, finisce per mettere in discussione tutti gli assiomi della ragione semplice e primitiva; cercando sempre di sapere di più e meglio degli altri, arriva alla fine a non sapere nulla. L’uomo razionale e modesto, il cui intelletto è allenato ma limitato, riconosce le proprie capacità e vi si attiene; in queste limitazioni trova la nozione della propria anima e di colui che ha creato la sua esistenza, senza poter andare oltre per rendere queste idee più chiare, né contemplarle così da vicino da poter credere di essere lui stesso uno spirito puro. Allora, pieno di rispetto, si ferma e non osa sfiorare quel velo che nasconde l’Essere immenso; sa soltanto che Dio esiste al di là di esso. Fino a questo punto la filosofia è utile nella pratica; tutto il resto non è altro che una speculazione inutile, per la quale l’uomo non è stato creato; il filosofo moderato si astiene da essa, e anche l’uomo comune non vi dovrebbe indulgere. Quest’ultimo, che non è né una bestia né un genio, rappresenta l’uomo vero e proprio, situato a metà strada tra gli estremi; è questa la classe più numerosa dell’umanità, quella che canta il salmo “Coeli enarrant”, ed è davvero lei ad averlo cantato. Tutti i popoli della terra conoscono e adorano Dio; e anche se ognuno lo rappresenta a modo suo, sotto tutti questi diversi simboli si trova sempre Dio. Il piccolo numero di élite che ha aspirazioni dottrinarie più elevate, e il cui intelletto non si limita al senso comune, cerca una concezione di Dio ancora più trascendente; non lo biasimo per questo; ma se da questa posizione pretende di mettersi al posto dell’umanità e afferma che Dio si sia nascosto agli uomini perché lui, un piccolo numero, non lo vede più, allora sbaglia. È possibile, lo ammetto, che la corrente dominante della moda e le manovre politiche estendano l’influenza della filosofia, convincendo per un momento la massa che non creda più in Dio; ma questa moda passeggera non può durare a lungo; e, in ogni caso, all’uomo sarà sempre necessario un Dio. Anche se si cercasse di rendere la divinità ancora più evidente, non dubito che nel nuovo contesto filosofico si svilupperebbero nuove forme di sofisticazione per negarla. Alla fine, la ragione segue sempre la direzione indicata dal cuore; e chi cerca di pensare in modo diverso dalla gente comune, prima o poi ci riesce.
Tutto ciò, signore, non vi sembra affatto filosofico, né a me; tuttavia, parlando sempre con sincerità con me stesso, sento che ai miei ragionamenti, sebbene semplici, si aggiunge il peso dell’assenso interiore. Voi volete che ci si diffidi di esso; io non potrei pensare come voi su questo punto, e anzi ritengo che questo giudizio interno costituisca una protezione naturale contro i sofismi della ragione. Temo persino che in questa occasione confondiate le inclinazioni segrete del nostro cuore, che ci ingannano, con quel verdetto ancora più nascosto e profondo che si ribella a queste decisioni interessate e ci riporta, contro la nostra volontà, sulla strada della verità. Questo sentimento interno è proprio della natura stessa: è un suo appello contro i sofismi della ragione; e ciò che lo dimostra è il fatto che parla sempre più forte quando la nostra volontà cede con grande facilità ai giudizi che egli si ostina a rifiutare. Lontano dall’idea che chi si guida da esso possa sbagliarsi, credo invece che non ci inganni mai, e che sia proprio la luce del nostro debole intelletto quando cerchiamo di andare oltre ciò che possiamo comprendere.
Et après tout, combien de fois la philosophie elle-même, avec toute sa fierté, n’est-elle pas forcée de recourir à ce jugement interne qu’elle affecte de mépriser ? N’était-ce pas lui seul qui faisait marcher Diogène pour toute réponse devant Zénon qui niait le mouvement ? n’était-ce pas par lui que toute l’antiquité philosophique répondait aux pyrrhoniens ? N’allons pas si loin ; tandis que toute la philosophie moderne rejette les esprits, tout d’un coup l’évêque Berkley s’élève et soutient qu’il n’y a point de corps. Comment est-on venu à bout de répondre à ce terrible logicien ? Otez le sentiment intérieur, et je défie tous les philosophes modernes ensemble de prouver à Berkley qu’il y a des corps. Bon jeune homme, qui me paraissez si bien né, de la bonne foi, je vous en conjure, et permettez que je vous cite ici un auteur qui ne vous sera pas suspect, celui des Pensées philosophiques[1004]. Qu’un homme vienne vous dire que, projetant au hasard une multitude de caractères d’imprimerie, il a vu l’Enéide tout arrangée résulter de ce jet : convenez qu’au lieu d’aller vérifier cette merveille vous lui répondrez froidement : Monsieur, cela n’est pas impossible, mais vous mentez. En vertu de quoi, je vous prie, lui répondrez-vous ainsi ?
Eh ! qui ne sait que, sans le sentiment interne, il ne resterait bientôt plus de traces de vérité sur la terre, que nous serions tous successivement le jouet des opinions les plus monstrueuses, à mesure que ceux qui les soutiendraient auraient plus de génie, d’adresse et d’esprit ; et qu’enfin, réduits à rougir de notre raison même, nous ne saurions bientôt plus que croire ni que penser ?
Mais les objections… Sans doute il y en a d’insolubles pour nous, et beaucoup, je le sais ; mais encore un coup, donnez-moi un système où il n’y en ait pas, ou dites-moi comment je dois me déterminer. Bien plus, par la nature de mon système, pourvu que mes preuves directes soient bien établies, les difficultés ne doivent pas m’arrêter, vu l’impossibilité où je suis, moi être mixte, de raisonner exactement sur les esprits purs et d’en observer suffisamment la nature. Mais vous, matérialiste, qui me parlez d’une substance unique, palpable, et soumise par sa nature à l’inspection des sens, vous êtes obligé non seulement de ne me rien dire que de clair, de bien prouvé, mais de résoudre toutes mes difficultés d’une façon pleinement satisfaisante, parce que nous possédons vous et moi tous les instruments nécessaires à cette solution. Et, par exemple, quand vous faites naître la pensée des combinaisons de la matière, vous devez me montrer sensiblement ces combinaisons et leur résultat par les seules lois de la physique et de la mécanique, puisque vous n’en admettez point d’autres. Vous, épicurien, vous composez l’âme d’atomes subtils. Mais qu’appelez-vous subtils, je vous prie ? vous savez que nous ne connaissons point de dimensions absolues, et que rien n’est petit ou grand que relativement à l’oeil qui le regarde. Je prends par supposition un microscope suffisant, et je regarde un de vos atomes : je vois un grand quartier de rocher crochu ; de la danse et de l’accrochement de pareils quartiers j’attends de voir résulter la pensée. Vous, moderniste, vous me montrez une molécule organique : je prends mon microscope, et je vois un dragon grand comme la moitié de ma chambre ; j’attends de voir se mouler et s’entortiller de pareils dragons jusqu’à ce que je voie résulter du tout un être non seulement organisé, mais intelligent, c’est-à-dire un être non agrégatif et qui soit rigoureusement un, etc. Vous me marquiez, monsieur, que le monde s’était fortuitement arrangé comme la république romaine : pour que la parité fût juste, il faudrait que la république romaine n’eût pas été composée avec des hommes, mais avec des morceaux de bois. Montrez-moi clairement et sensiblement la génération purement matérielle du premier être intelligent, je ne vous demande rien de plus.
Mais si tout est l’oeuvre d’un être intelligent, puissant, bienfaisant, d’où vient le mal sur la terre ? Je vous avoué que cette difficulté si terrible ne m’a jamais beaucoup frappé, soit que je ne l’aie pas bien conçue, soit qu’en effet elle n’aie pas toute la solidité qu’elle paraît avoir. Nos philosophes se sont élevés contre les entités métaphysiques, et je ne connais personne qui en fasse tant. Qu’entendent-ils par le mal ? qu’est-ce que le mal en lui-même ? où est le mal relativement à la nature et à son auteur ? L’univers subsiste ; l’ordre y règne et s’y conserve ; tout y périt successivement, parce que telle est la loi des êtres matériels et mus ; mais tout s’y renouvelle, et rien n’y dégénère, parce que tel est l’ordre de son auteur, et cet ordre ne se dément point. Je ne vois aucun mal à tout cela ; mais quand je souffre, n’est-ce pas un mal ? quand je meurs, n’est-ce pas un mal ? Doucement ; je suis sujet à la mort, parce que j’ai reçu la vie ; il n’y avait pour moi qu’un moyen de ne point mourir, c’était de ne jamais naître. La vie est un bien positif, mais fini, dont le terme s’appelle mort. Le terme du positif n’est pas le négatif, il est zéro. La mort nous est terrible, et nous appelons cette terreur un mal. La douleur est encore un mal pour celui qui souffre, j’en conviens ; mais la douleur et le plaisir étaient les seuls moyens d’attacher un être sensible et périssable à sa propre conservation, et ces moyens sont ménagés avec une bonté digne de l’Etre suprême. Au moment même que J’écris ceci, je viens encore d’éprouver combien la cessation subite d’une douleur aiguë est un plaisir vif et délicieux. M’oserait-on dire que la cessation du plaisir le plus vif soit une douleur aiguë ? La douce jouissance de la vie est permanente ; il suffit, pour la goûter”, de ne pas souffrir, La douleur n’est qu’un avertissement importun, mais nécessaire, que ce bien qui nous est si cher est en péril. Quand je regardai de près à tout cela, je trouvai, je prouvai peut-être que le sentiment de la mort et celui de la douleur est presque nul dans l’ordre de la nature. Ce sont les hommes qui l’ont aiguisé ; sans leurs raffinements insensés, sans leurs institutions barbares, les maux physiques ne nous atteindraient, ne nous affecteraient guère, et nous ne sentirions point la mort.
Mais le mal moral ! autre ouvrage de l’homme, auquel Dieu n’a d’autre part que de l’avoir fait libre, et en cela semblable à lui. Faudra-t-il donc s’en prendre à Dieu des crimes des hommes et des maux qu’ils leur attirent ? faudra-t-il, en voyant un champ de bataille, lui reprocher d’avoir créé tant de jambes et de bras cassés ?
Pourquoi, direz-vous, avoir fait l’homme libre, puisqu’il devait abuser de sa liberté ? Ah ! M, de ***, s’il exista jamais un mortel qui n’en ait pas abusé, ce mortel seul honore plus l’humanité que tous les scélérats qui couvrent la terre ne la dégradent. Mon Dieu ! donne-moi des vertus, et me place un jour auprès des Fénélon, des Caton, des Socrate. Que m’importera le reste du genre humain ? je ne rougirai point d’avoir été homme.
Je vous l’ai dit, monsieur, il s’agit ici de mon sentiment, non de mes preuves, et vous ne le voyez que trop. Je me souviens d’avoir jadis rencontré sur mon chemin cette question de l’origine du mal, et de l’avoir effleurée ; mais vous n’avez point lu ces rabâcheries, et moi je les ai oubliées : nous avons très bien fait tous deux. Tout ce que je sais est que la facilité que je trouvais à les résoudre venait de l’opinion que j’ai toujours eue de la coexistence éternelle de deux principes : l’un actif, qui est Dieu ; l’autre passif, qui est la matière, que l’être actif combine et modifie avec une pleine puissance, mais pourtant sans l’avoir créée et sans la pouvoir anéantir. Cette opinion m’a fait huer des philosophes à qui je l’ai dite ; ils l’ont décidée absurde et contradictoire. Cela peut-être, mais elle ne m’a pas paru telle, et j’y ai trouvé l’avantage d’expliquer sans peine et clairement à mon gré tant de questions dans lesquelles ils s’embrouillent, entre autres celle que vous m’avez proposée ici comme insoluble.
Au reste, j’ose croire que mon sentiment, peu pondérant sur toute autre matière, doit l’être un peu sur celle-ci ; et, quand vous connaîtrez mieux ma destinée, quelque jour vous direz peut-être en pensant à moi : Quel autre a droit d’agrandir la mesure qu’il a trouvée aux maux que l’homme souffre ici-bas ?
Vous attribuez à la difficulté de cette même question, dont le fanatisme et la superstition ont abusé, les maux que les religions ont causés sur la terre.
After all, how many times has philosophy itself, in all its pride, been forced to resort to that very internal judgment which it professes to despise? Was it not precisely this judgment that enabled Diogenes to respond to Zeno, who denied the existence of motion? Was it not through it that all ancient philosophy addressed the Pyrrhonians? Let us not go so far; while modern philosophy as a whole rejects such notions, suddenly Bishop Berkeley rises up and declares that there are no bodies at all. How on earth was it possible to refute this formidable logician? Remove all internal sensations, and I defy all modern philosophers combined to prove to Berkeley that bodies do exist. My good young man, who seem so honest and well-intentioned, I implore you—allow me to quote here an author whom you will surely not suspect: that of Philosophical Thoughts [1004]. Suppose someone were to tell you that, by randomly arranging a series of printing characters, he had produced the entire Aeneid: would you not simply reply coldly, “Monsieur, it is not impossible, but you are lying.” And on what grounds would you do so?
Ah! Who does not know that, without inner conviction, there would soon be no trace of truth left on earth; that we would all, in turn, become playthings of the most monstrous opinions, the more genius, skill, and wit those who held them possessed; and that ultimately, reduced to feeling ashamed of our very reason itself, we would no longer know how to believe or think at all?
But the objections. Surely there are some that are insoluble for us, and many, I know; yet once again, give me a system in which such objections do not exist, or tell me how I should determine my conclusions. Moreover, given the nature of my system—and so long as my direct proofs are sound—such difficulties ought not to stop me, considering that it is impossible for me, being a mixture of matter and reason, to think precisely about pure spirits and observe their true nature adequately. But you, materialists, who speak of a single, tangible substance that is naturally subject to the inspection of the senses, you are obliged not only to tell me nothing but what is clear and well-proven, but also to resolve all my difficulties in a completely satisfying manner, since both you and I possess all the necessary tools for such resolutions. For instance, when you claim that thought arises from the combinations of matter, you must show me these combinations and their results purely through the laws of physics and mechanics—since you admit no other principles. You, Epicureans, say that the soul is composed of subtle atoms. But what do you mean by “subtle”? You know that we have no absolute concepts of size; nothing is small or large except relative to the observer’s perspective. Suppose I were using a powerful microscope and observed one of your atoms: I would see something resembling a large, jagged piece of rock. From the interaction and arrangement of such fragments, I would expect to observe the emergence of thought. You, modernists, show me an organic molecule under a microscope—and I see something as big as half my room! How could such structures possibly give rise to an intelligent being, not only organized but also capable of thought? You claimed that the world was formed by chance, just like the Roman Republic—but for parity to hold true, the Roman Republic should have been made of pieces of wood, not humans. Show me clearly and convincingly how a purely material process can give rise to the first intelligent being—I demand nothing more than that.
But if everything is the work of an intelligent, powerful, and benevolent being, where does evil come from on earth? I must admit that this terrible difficulty has never really troubled me much—either because I have not understood it properly, or perhaps because it does not possess all the solidity it seems to have. Our philosophers have vehemently opposed metaphysical entities, and I know of no one who opposes them more passionately than they do. What do they mean by evil? What is evil in itself? And where does evil lie in relation to nature and its creator? The universe endures; order reigns within it and is preserved; everything therein perishes in turn, because such is the law of material beings; but everything also regenerates, and nothing degenerates, because such is the will of its creator—and this will never fails. I see no evil in any of this; but when I suffer, is that not evil? When I die, is that not evil? Wait—since I am subject to death, it must mean that I have been given life; the only way for me not to die would be never to be born at all. Life is a positive good, but finite, and its end is called death. The end of the positive is not the negative; it is zero. Death is terrible for us, and we call this terror evil. Pain is indeed evil for those who suffer, I admit that; but pain and pleasure were the only means by which a sensible and mortal being could be bound to its own preservation—and these means are governed with a kindness worthy of the Supreme Being. Even as I write this, I have once again experienced how the sudden cessation of intense pain can bring intense and delightful pleasure. Would anyone dare say that the end of the most intense pleasure is an intense pain? The gentle pleasures of life are permanent; all that is needed to enjoy them is not to suffer. Pain is merely an annoying but necessary warning that the good things we hold dear are in danger. When I considered all this carefully, I found—and perhaps even proved—that the fear of death and the feeling of pain are almost non-existent in the natural order of things. It is humans who have heightened these fears; without their senseless refinements and barbaric institutions, physical suffering would hardly affect us at all, and we would not perceive death at all.
But moral evil! Another creation of man, for whom God has, after all, made him free—and in this respect, man is akin to God. Must we therefore blame God for the crimes of men and the evils they bring upon themselves? When we see a battlefield, must we reproach God for having created so many broken legs and arms?
Why, you might ask, create man free if he was destined to abuse that freedom? Ah! If there ever existed a mortal who did not abuse it, that single person would honor humanity more than all the scoundrels who defile the earth. My God, grant me virtue and place me one day among the likes of Fénelon, Cato, and Socrates. What would the rest of mankind matter to me? I would not be ashamed to have been human.
I have told you, sir, that what I am expressing here is merely my opinion, not my evidence—and you can see all too well that this is the case. I recall having once encountered the question of the origin of evil on my path and having briefly addressed it; but you have not read those trivial musings, and I have forgotten them myself: we both did very well indeed. All I know is that the ease with which I was able to resolve these issues stemmed from my firm belief in the eternal coexistence of two principles: one active, which is God; the other passive, which is matter—matter that the active principle combines and transforms with immense power, yet without having created it or being able to destroy it. This belief led me to reject the philosophers who held contrary views; they declared it absurd and contradictory. Perhaps it is, but to me it was not so. Instead, it enabled me to explain, effortlessly and clearly according to my own understanding, numerous issues that they found perplexing—especially the one you have raised here as insoluble.
Besides, I dare to believe that my sentiment, which is rather lacking in objectivity when it comes to other matters, might be more so in this regard; and perhaps one day, when you come to know better my fate, you will say about me: “Who else has the right to expand the limits that have already been set for the evils that mankind endures here on earth?”
You attribute to the inherent difficulty of this very question—whose fanaticism and superstition have been abused—the evils that religions have caused on earth.
E dopotutto, quante volte la stessa filosofia, con tutta la sua fierezza, non è costretta a ricorrere a quel giudizio interno che finge di disprezzare? Non era forse proprio esso ad indurre Diogene a rispondere a Zenone, che negava il movimento? Non era forse attraverso di esso che tutta la filosofia antica rispondeva ai pirroniani? Non andiamo troppo lontano: mentre tutta la filosofia moderna respinge questi concetti, all’improvviso il vescovo Berkeley si alza e afferma che non esistono corpi. Come si è riusciti a confutare questo terribile logico? Eliminate il sentimento interno, e vi sfido tutti i filosofi moderni insieme a dimostrare a Berkeley l’esistenza dei corpi. Buon giovane, che mi sembrate così promettente. Vi prego con sincerità: permettetemi di citare qui un autore che non vi susciterà alcun sospetto, ovvero quello delle “Pensées philosophiques”[1004]. Se qualcuno venisse a dirvi che, gettando casualmente una serie di caratteri tipografici, ha visto emergere l’“Eneide” da quel insieme casuale: ammetterete forse che, invece di andare a verificare questa “meraviglia”, gli rispondereste freddamente: “Signore, non è impossibile, ma mentite”. E su quale base vi basereste per dirgli questo?
Eh! Chi non sa che, senza il sentimento interno, ben presto sulla terra non rimarrebbero più tracce di verità; che tutti noi diventeremmo a turno vittime delle opinioni più mostruose, man mano che coloro che le sostengono avrebbero maggior genio, abilità e intelligenza; e che, infine, ridotti al punto di vergognarci della nostra stessa ragione, non sapremmo più né credere né pensare?
Ma le obiezioni. Senza dubbio ce ne sono alcune che per noi risultano insolubili, e molte, lo so; ma ancora una volta, datemi un sistema in cui tali difficoltà non esistano, o ditemi come debba decidere. Anzi, data la natura del mio sistema, purché le mie prove dirette siano ben fondate, nessuna difficoltà dovrebbe fermarmi, visto che io stesso sono impossibilitato a ragionare con precisione sugli esseri puri e ad osservarne adeguatamente la natura. Ma voi, materialista, che parlate di una sostanza unica, palpabile e soggetta per sua natura all’ispezione dei sensi, siete obbligato non solo a dirmi soltanto cose chiare e ben provate, ma anche a risolvere tutte le mie difficoltà in modo pienamente soddisfacente, poiché sia voi che io disponiamo di tutti gli strumenti necessari per tale soluzione. Ad esempio, quando affermate che il pensiero nasce dalle combinazioni della materia, dovete dimostrarmi sensibilmente queste combinazioni e il loro risultato attraverso le sole leggi della fisica e della meccanica, poiché non ne ammettete altre. Voi, epicureo, affermate che l’anima è composta da atomi sottili. Ma cosa intendete per “sottili”? Sapete bene che non conosciamo dimensioni assolute, e che nulla è piccolo o grande se non in relazione all’occhio che lo osserva. Supponendo di disporre di un microscopio sufficientemente potente, se osservo uno dei vostri atomi, vedo soltanto una grande massa di materia irregolare; da tali combinazioni non riesco affatto a dedurre l’esistenza del pensiero. Voi, modernista, mi mostrate una molecola organica. Ma con un microscopio normale vedo soltanto qualcosa di enorme e complesso; non riesco assolutamente a comprendere come da simili strutture possa emergere un essere intelligente. Signore, mi avete detto che il mondo si è formato casualmente, alla maniera della repubblica romana. Ma perché la “parità” sia giusta, sarebbe necessario che la repubblica romana fosse stata composta non da esseri umani, ma da pezzi di legno! Mostratemi chiaramente e sensibilmente come possa nascere un essere intelligente attraverso processi puramente materiali. Non vi chiedo nulla di più.
Ma se tutto è opera di un essere intelligente, potente e benevolo, da dove deriva il male sulla terra? Vi confesso che questa terribile difficoltà non mi ha mai colpito molto, sia perché non l’ho compresa a fondo, sia perché forse non possiede tutta la solidità che sembra avere. I nostri filosofi si sono opposti alle entità metafisiche, e non conosco nessuno che lo abbia fatto con maggiore determinazione di loro. Cosa intendono per male? Che cos’è il male in sé? Dove si colloca il male rispetto alla natura e al suo autore? L’universo esiste; l’ordine vi regna e vi si conserva; tutto vi muore successivamente, perché tale è la legge degli esseri materiali; ma tutto vi si rinnova, e nulla vi degenera, perché tale è l’ordine voluto dal suo autore, e questo ordine non viene mai meno. Non vedo alcun male in tutto ciò; ma quando soffro, non è forse questo un male? Quando muoio, non è forse questo un male? Calmatevi: sono soggetto alla morte, perché ho ricevuto la vita; l’unico modo per non morire sarebbe non essere mai nato. La vita è un bene positivo, ma finito, il cui termine è chiamato morte. Il termine del positivo non è il negativo, è lo zero. La morte ci appare terribile, e noi definiamo questa paura un male. Il dolore è certamente un male per colui che soffre; ma il dolore e il piacere erano gli unici mezzi con cui un essere sensibile e effimero poteva preservarsi stesso, e questi mezzi venivano utilizzati con una bontà degna dell’Essere supremo. Proprio in questo momento in cui scrivo queste parole, ho di nuovo sperimentato quanto la cessazione improvvisa di un dolore acuto possa essere un piacere intenso e delizioso. Si potrebbe forse dire che la fine del piacere più vivo sia un dolore acuto? Il dolce godimento della vita è permanente; basta, per goderlo, non soffrire. Il dolore non è altro che un avvertimento fastidioso, ma necessario, che ci fa capire che quel bene che ci è così caro è in pericolo. Quando ho riflettuto attentamente su tutto questo, ho scoperto, o forse ho dimostrato, che il sentimento della morte e quello del dolore sono quasi inesistenti nell’ordine naturale. Sono gli uomini ad averli intensificati; senza le loro raffinatezze insensate, senza le loro istituzioni barbare, i mali fisici non ci colpirebbero né ci influenzerebbero molto, e non sentiremmo nemmeno la morte.
Ma il male morale! Un altro “opera” dell’uomo, per cui Dio non ha fatto altro che renderlo libero, e in questo aspetto simile a sé stesso. Dovremmo forse incolpare Dio dei crimini degli uomini e dei mali che questi si attirano? Dovremmo, vedendo un campo di battaglia, rimproverargli di aver creato tante gambe e braccia spezzate?
Perché, direte voi, aver creato l’uomo libero, se poi doveva abusare della sua libertà? Ah! Se mai esistette un mortale che non ne abbia abusato, quel solo mortale onora di più l’umanità di tutti i malvagi che coprono la terra e la degradano. Mio Dio, donami delle virtù e un giorno mettimi al fianco di Fenelon, Catone, di Socrate. A me che importa il resto dell’umanità? Non mi vergognerò mai di essere stato uomo.
Ve l’ho detto, signore: si tratta qui del mio sentimento, non delle mie prove, e voi lo vedete fin troppo chiaramente. Ricordo di aver incontrato un tempo questa questione sull’origine del male e di averla solo accennata; ma voi non avete letto quelle riflessioni, e io le ho dimenticate. Abbiamo fatto entrambi molto bene. Tutto ciò che so è che la facilità con cui riuscivo a risolverle derivava dall’opinione che ho sempre avuto riguardo alla coesistenza eterna di due principi: uno attivo, che è Dio; l’altro passivo, che è la materia, che l’essere attivo combina e modifica con piena potenza, ma senza averla creata e senza poterla distruggere. Quest’opinione mi ha fatto respingere i filosofi a cui l’ho espressa; essi l’hanno definita assurda e contraddittoria. Forse lo è, ma a me non è sembrato tale; anzi, in essa ho trovato il modo per spiegare senza difficoltà e con chiarezza, secondo i miei desideri, molte questioni nelle quali loro si perdono. Tra queste, anche quella che mi avete posto qui come insolubile.
Del resto, oso credere che il mio sentimento, se poco ponderato su ogni altra materia, debba esserlo un po’ anche su questa; e quando conoscerete meglio la mia destinazione, forse un giorno direte pensando a me: “Chi altro ha il diritto di ampliare la misura che ha trovato per i mali che l’uomo soffre quaggiù?”
Attribuite alle difficoltà legate a questa stessa questione, di cui il fanatismo e la superstizione hanno fatto abuso, i mali che le religioni hanno causato sulla terra.
Cela peut-être, et je vous avoue même que toutes les formules en matière de foi ne me paraissent qu’autant de chaînes d’iniquité, de fausseté, d’hypocrisie, et de tyrannie. Mais ne soyons jamais injustes ; et pour aggraver le mal, n’ôtons pas le bien. Arracher toute croyance en Dieu du coeur des hommes, c’est y détruire toute vertu. C’est mon opinion, monsieur : peut-être elle est fausse ; mais, tant que c’est la mienne, je ne serai point assez lâche pour vous la dissimuler.
Faire le bien est l’occupation la plus douce d’un homme bien né : sa probité, sa bienfaisance, ne sont point l’ouvrage de ses principes, mais celui de son bon naturel ; il cède à ses penchants en pratiquant la justice, comme le méchant cède aux siens en pratiquant l’iniquité. Contenter le goût qui nous porte à bien faire est bonté, mais non pas vertu.
Ce mot de vertu signifie force. Il n’y a point de vertu sans combat ; il n’y en a point sans victoire. La vertu ne consiste pas seulement à être juste, mais à l’être en triomphant de ses passions, en régnant sur son propre coeur. Titus, rendant heureux le peuple romain, versant partout les grâces et les bienfaits, pouvait ne pas perdre un seul jour et n’être pas vertueux ; il le fut certainement en renvoyant Bérénice. Brutus faisant mourir ses enfants pouvait n’être que juste. Mais Brutus était un tendre père ; pour faire son devoir il déchira ses entrailles, et Brutus fut vertueux.
Vous voyez ici d’avance la question remise à son point. Ce divin simulacre dont vous me parlez s’offre à moi sous une image qui n’est pas ignoble, et je crois sentir à l’impression que cette image fait dans mon coeur la chaleur qu’elle est capable de produire. Mais ce simulacre enfin n’est encore qu’une de ces entités métaphysiques dont vous ne voulez pas que les hommes se fassent des dieux ; c’est un pur objet de contemplation. Jusqu’où portez-vous l’effet de cette contemplation sublime ? Si vous ne voulez qu’en tirer un nouvel encouragement pour bien faire, je suis d’accord avec vous ; mais ce n’est pas de cela qu’il s’agit. Supposons votre coeur honnête en proie aux passions les plus terribles, dont vous n’êtes pas à l’abri, puisque enfin vous êtes homme. Cette image, qui dans le calme s’y peint si ravissante, n’y perdra-t-elle rien de ses charmes, et ne s’y ternira-t-elle point au milieu des flots ? Ecartons la supposition décourageante et terrible des périls qui peuvent tenter la vertu mise au désespoir ; supposons seulement qu’un coeur trop sensible brûle d’un amour involontaire pour la fille ou la femme de son ami ; qu’il soit maître de jouir d’elle entre le ciel qui n’en voit rien, et lui qui n’en veut rien dire à personne ; que sa figure charmante l’attire ornée de tous les attraits de la beauté et de la volupté : au moment où ses sens enivrés sont prêts à se livrer à leurs délices, cette image abstraite de la vertu viendra-t-elle disputer son coeur à l’objet réel qui le frappe ? lui paraîtra-t-elle en cet instant la plus belle ? l’arrachera-t-elle des bras de celle qu’il aime pour se livrer à la vaine contemplation d’un fantôme qu’il sait être sans réalité ? finira-t-il comme Joseph, et laissera-t-il son manteau ? Non, monsieur ; il fermera les yeux et succombera. Le croyant, direz-vous, succombera de même. Oui, l’homme faible ; celui, par exemple, qui vous écrit ; mais donnez-leur à tous deux le même degré de force, et voyez la différence du point d’appui.
Le moyen, monsieur, de résister à des tentations violentes quand on peut leur céder sans crainte en se disant : À quoi bon résister ? pour être vertueux, le philosophe a besoin de l’être aux yeux des hommes, mais sous les yeux de Dieu le juste est bien fort ; il compte cette vie, et ses biens, et ses maux, et toute sa gloriole pour si peu de chose ! il aperçoit tant au-delà ! Force invincible de la vertu, nul ne te connaît que celui qui sent tout son être, et qui sait qu’il n’est pas au pouvoir des hommes d’en disposer ! Lisez-vous quelquefois la République de Platon ? voyez dans le second dialogue avec quelle énergie l’ami de Socrate, dont j’ai oublié le nom, lui peint le juste accablé des outrages de la fortune et des injustices des hommes, diffamé, persécuté, tourmenté, en proie à tout l’opprobre du crime, et méritant tous les prix de la vertu, voyant déjà la mort qui s’approche, et sûr que la haine des méchants n’épargnera pas sa mémoire, quand ils ne pourront plus rien sur sa personne. Quel tableau décourageant, si rien pouvait décourager la vertu ! Socrate lui-même effrayé s’écrie, et croit devoir invoquer les dieux avant de répondre ; mais sans l’espoir d’une autre vie il aurait mal répondu pour celle-ci. Toutefois dût-il finir pour nous à la mort, ce qui ne peut être si Dieu est juste, et par conséquent s’il existe, l’idée seule de cette existence serait encore pour l’homme un encouragement à la vertu, et une consolation dans ses misères, dont manque celui qui, se croyant isolé dans cet univers, ne sent au fond de son coeur aucun confident de ses pensées. C’est toujours une douceur dans l’adversité d’avoir un témoin qu’on ne l’a pas méritée ; c’est un orgueil vraiment digne de la vertu de pouvoir dire à Dieu : Toi qui lis dans mon coeur, tu vois que j’use en âme forte et en homme juste de la liberté que tu m’as donnée. Le vrai croyant, qui se sent partout sous l’oeil éternel, aime à s’honorer à la face du ciel d’avoir rempli ses devoirs sur la terre.
It may be so; in fact, I even admit that all formulas relating to faith seem to me nothing but chains of injustice, falsehood, hypocrisy, and tyranny. But let us never be unjust; and rather than exacerbating evil, let us not deprive people of what is good. To strip the hearts of men of any belief in God is to destroy all virtue within them. That is my opinion, sir—perhaps it is wrong; but since it is mine, I shall not be so cowardly as to hide it from you.
To do good is the most delightful pursuit for a well-born man: his honesty and generosity are not the result of his principles, but rather of his kind nature; he yields to his inclinations when he practices justice, just as the wicked yields to his own when he commits injustice. To satisfy the inclination that drives us to do good is an act of kindness, but not of virtue.
This word “virtue” means strength. There is no virtue without struggle; there is no virtue without victory. Virtue does not merely consist in being just, but in being just while overcoming one’s passions and gaining control over one’s own heart. Titus, by bringing happiness to the Roman people and distributing gifts and benefits everywhere, could have spent not a single day without exhibiting virtue; yet he certainly was virtuous when he sent Berenice away. Brutus, by ordering the death of his children, might have merely been just. But Brutus was also a tender father; in order to fulfill his duty, he tore his own heart apart—and thus, Brutus was truly virtuous.
Here, you can already see the question reduced to its essential form. This divine simulacrum of which you speak presents itself to me in an image that is not devoid of beauty, and I feel that this image is capable of stirring within me the emotions it embodies. Yet, this simulacrum remains merely one of those metaphysical entities about which you wish people would refrain from making gods of; it is merely an object for contemplation. To what extent does this sublime contemplation carry its effect? If your intention is merely to draw renewed encouragement from it to act virtuously, I agree with you; but that is not the true purpose at hand. Suppose a sincere heart is overwhelmed by the most terrible passions—something we cannot entirely avoid, since after all we are human. Will this image, which appears so charming in tranquility, lose any of its allure amidst these turbulent emotions? Let us set aside those discouraging and terrifying possibilities of peril that might tempt a desperate virtue; let us simply assume that a too-sensitive heart is consumed by involuntary love for someone’s friend’s daughter or wife—suppose this person has the power to enjoy her in secret, with neither heaven nor the loved one knowing anything about it—suppose her charming presence, adorned with all the allure of beauty and desire, tempts these senses. At the moment when their intoxicated senses are ready to surrender to pleasure, will this abstract image of virtue come and compete for that heart with the real person who holds it captive? Will it appear more beautiful to them at that moment? Will it drag them away from the one they love, into the vain contemplation of a phantom that is, after all, without reality? Will they end up like Joseph, abandoning their “mantle”? No, sir; they will close their eyes and succumb. You might say that a believer would fall in the same way. Yes, a weak man might—take, for example, the person who is writing to you. But give both of them equal strength, and you will see the difference in their resolve.
The means, sir, to resist violent temptations when one could yield to them without fear, by asking oneself: “What use is there in resisting?” To be virtuous, a philosopher needs to be considered virtuous in the eyes of men; but in the eyes of God, the righteous are truly strong—they regard this life, their possessions, their sufferings, and all their glory as insignificant in comparison to what awaits them! They see so much beyond! What an invincible force virtue is—only those who understand its true nature and realize that it is not within human power to control it can truly appreciate it. Have you ever read Plato’s “The Republic”? In the second dialogue, that friend of Socrates’—whose name I have forgotten—describes with such intensity how the righteous are overwhelmed by the insults of fate and the injustices of men: slandered, persecuted, tormented, subjected to all the disgrace associated with crime, yet deserving of all the rewards of virtue. They face death approaching, knowing full well that the hatred of the wicked will not spare their memory even after they are no longer alive. What a disheartening picture—were it not for the fact that nothing can truly discourage virtue! Even Socrates himself, feeling frightened, would have thought it necessary to invoke the gods before responding; but without the hope of an afterlife, he might not have answered in a way worthy of his own virtue. Nevertheless, even if such a person were ultimately to die—which cannot be true if God is just and therefore exists—the very idea of this existence alone would still be an encouragement to virtue and a comfort in one’s miseries. For those who feel isolated in this world, having no one to share their thoughts is truly a form of suffering; but to have even one witness to our integrity is a source of sweetness in adversity. And to be able to say to God: “You who see into my heart, you know that I use the freedom You have granted me with strength of soul and righteousness of character”—that is a true glory for the virtuous. The true believer, feeling watched by an eternal eye at all times, takes pleasure in honoring God by fulfilling his duties on earth.
È possibile. E vi confesso persino che tutte le formule relative alla fede mi sembrano nient’altro che catene di ingiustizia, falsità, ipocrisia e tirannia. Ma non siamo mai ingiusti; e per peggiorare il male, non eliminiamo il bene. Strappare ogni credenza in Dio dal cuore degli uomini significa distruggere in esso ogni virtù. Questa è la mia opinione, signore: forse è errata; ma finché è la mia, non sarò mai abbastanza debole da nascondervela.
Fare del bene è l’occupazione più dolce di un uomo nato buono: la sua onestà, la sua carità non sono il risultato dei suoi principi, ma della sua natura gentile; egli cede ai propri impulsi quando pratica la giustizia, proprio come il malvagio cede ai propri quando pratica l’ingiustizia. Soddisfare il desiderio che ci spinge a fare del bene è una forma di bontà, ma non di virtù.
Questo termine di virtù significa forza. Non esiste virtù senza lotta; non esiste virtù senza vittoria. La virtù non consiste soltanto nel comportarsi giustamente, ma anche nel riuscire a sconfiggere le proprie passioni e a dominare il proprio cuore. Tito, rendendo felice il popolo romano e distribuendo ovunque grazie e benefici, avrebbe potuto non perdere nemmeno un giorno senza essere considerato virtuoso; tuttavia lo fu certamente quando rifiutò di accettare Berenice. Bruto, che fece uccidere i propri figli, avrebbe potuto essere soltanto giusto. Ma Bruto era anche un padre amorevole; per adempiere al proprio dovere, strappò via le proprie viscere. E così Bruto fu davvero virtuoso.
Qui vedete già la questione ridotta al suo essenziale. Questo divino simulacro di cui mi parlate si presenta davanti a me sotto un’immagine che non è affatto ignobile, e credo di percepire l’impressione che tale immagine possa suscitare nel mio cuore esattamente quella sensazione di piacere di cui è capace. Ma questo simulacro, in fondo, non è altro che una di quelle entità metafisiche di cui non volete che gli uomini si facciano dei dèi; è semplicemente un oggetto di contemplazione. Fino a che punto arriva l’effetto di questa contemplazione sublime? Se vi limitate ad attingervi un nuovo incoraggiamento per agire rettamente, sono d’accordo con voi; ma non è questo il vero scopo della contemplazione stessa. Supponiamo che il vostro cuore onesto sia soggetto alle passioni più terribili, di cui non siete del tutto al riparo, visto che dopotutto siamo esseri umani. Quest’immagine, che in condizioni di calma appare così incantevole, perderà forse i suoi fascini in mezzo a tali turbolenze? Scartiamo questa ipotesi scoraggiante e terribile riguardo ai pericoli che possono minacciare la virtù quando questa si trova nel disperato. Supponiamo semplicemente che un cuore troppo sensibile bruci di un amore involontario per la figlia o la moglie del proprio amico; che quest’uomo abbia il potere di godere di lei, mentre il cielo non se ne accorge e lei stessa non intende dirlo a nessuno. Che il suo volto incantevole lo attiri, adornato da tutti i tratti della bellezza e della voluttà. Nel momento in cui i suoi sensi sono pronti ad abbandonarsi a tali delizie, questa immagine astratta della virtù riuscirà forse a strappargli il cuore dall’oggetto reale che lo affascina? Gli sembrerà più bella in quel momento? Lo allontanerà da colei che ama per farlo indulgere nella vana contemplazione di un fantasma privo di realtà? Finirà come Giuseppe, lasciando andare il proprio mantello? No, signore. Chi crede in questa immagine della virtù, cederà comunque. Dite che anche chi non ci crede cederà allo stesso modo. Sì, l’uomo debole. Ad esempio, colui che vi scrive. Ma date a entrambi lo stesso grado di forza, e vedrete la differenza nel loro comportamento.
Il mezzo, signore, per resistere a tentazioni violente quando si può ceder loro senza paura, pensando: “A che scopo resistere?”. Per essere virtuosi, il filosofo ha bisogno di esserlo agli occhi degli uomini; ma davanti a Dio, il giusto è veramente forte. Lui considera questa vita, i suoi beni, i suoi mali e tutta la sua gloria come qualcosa di trascurabile. Vede molto al di là! Che forza invincibile della virtù. Nessuno la conosce se non colui che percepisce tutto il suo essere e sa che gli uomini non hanno il potere di disporne a loro piacimento. Leggete mai la “Repubblica” di Platone? Nel secondo dialogo, vedete con quale energia l’amico di Socrate – il cui nome ho dimenticato – descrive il giusto oppresso dagli oltraggi della fortuna e dalle ingiustizie umane: diffamato, perseguitato, tormentato, vittima di ogni disprezzo. Eppure meritevole di tutti i premi della virtù, consapevole che la morte si avvicina e che l’odio dei malvagi non risparmierà la sua memoria, quando ormai non potranno più fare nulla contro di lui. Che quadro scoraggiante. Se solo qualcosa potesse scoraggiare la virtù! Anche Socrate stesso, spaventato, esclama e crede di dover invocare gli dèi prima di rispondere; ma senza la speranza di una vita futura, probabilmente non avrebbe risposto con coraggio per questa vita. Tuttavia, anche se dovesse finire con la morte, il che non può accadere se Dio è giusto, e quindi se esiste davvero, solo l’idea di questa esistenza sarebbe già un incoraggiamento alla virtù per l’uomo e una consolazione nelle sue miserie. Chi si crede isolato in questo universo, infatti, non ha nessuno che conosca i suoi pensieri. Ma avere sempre un testimone che sa che non li abbiamo meritati, è davvero una dolcezza nell’avversità; ed essere in grado di dire a Dio: “Tu che leggi nel mio cuore, vedi che uso con forza d’animo e rettitudine la libertà che mi hai dato”, è un vero orgoglio per chi vive secondo la virtù. Il vero credente, che si sente sempre sotto lo sguardo eterno di Dio, ama onorarsi davanti al cielo per aver adempiuto ai suoi doveri sulla terra.
Vous voyez que je ne vous ai point disputé ce simulacre que vous m’avez présenté pour unique objet des vertus du sage. Mais, mon cher monsieur, revenez maintenant à vous, et voyez combien cet objet est inalliable, incompatible avec vos principes. Comment ne sentez-vous pas que cette même loi de la nécessité qui seule règle, selon vous, la marche du monde et tous les événements, règle aussi toutes les actions des hommes, toutes les pensées de leurs, têtes, tous les sentiments de leurs coeurs ; que rien n’est libre, que tout est forcé, nécessaire, inévitable ; que tous les mouvements de l’homme, dirigés par la matière aveugle, ne dépendent de sa volonté que parce que sa volonté même dépend de la nécessité ; qu’il n’y a par conséquent ni vertus, ni vices, ni mérite, ni démérite, ni moralité dans les actions humaines ; et que ces mots d’honnête homme ou de scélérat doivent être pour vous totalement vides de sens ? Ils ne le sont pas toutefois, j’en suis très sûr ; votre honnête coeur en dépit de vos arguments réclame contre votre triste philosophie ; le sentiment de la liberté, le charme de la vertu, se font sentir à vous malgré vous. Et voilà comment de toutes parts cette forte et salutaire voix du sentiment intérieur rappelle au sein de la vérité et de la vertu tout homme que sa raison mal conduite égare. Bénissez, monsieur, cette sainte et bienfaisante voix qui vous ramène aux devoirs de l’homme, que la philosophie à la mode finirait par vous faire oublier. Ne vous livrez à vos arguments que quand vous les sentez d’accord avec le dictamen de votre conscience ; et, toutes les fois que vous y sentirez de la contradiction, soyez sûr que ce sont eux qui vous trompent. Quoique je ne veuille pas ergoter avec vous ni suivre pied à pied vos deux lettres, je ne puis cependant me refuser un mot à dire sur le parallèle du sage hébreu et du sage grec. Comme admirateur de l’un et de l’autre, je ne puis guère être suspect de préjugés en parlant d’eux. Je ne vous crois pas dans le même cas : je suis peu surpris que vous donniez au second tout l’avantage ; vous n’avez pas assez fait connaissance avec l’autre, et vous n’avez pas pris assez de soin pour dégager ce qui est vraiment à lui de ce qui lui est étranger et qui le défigure à vos yeux, comme à ceux de bien d’autres gens qui, selon moi, n’y ont pas regardé de plus près que vous. Si Jésus fût né à Athènes, et Socrate à Jérusalem, que Platon et Xénophon eussent écrit la vie du premier, Luc et Matthieu celle de l’autre, vous changeriez beaucoup de langage ; et ce qui lui fait tort dans votre esprit est précisément ce qui rend son élévation d’âme plus étonnante et plus admirable, savoir, sa naissance en Judée, chez le plus vil peuple qui peut-être existât alors ; au lieu que Socrate, né chez le plus instruit et le plus aimable, trouva tous les secours dont il avait besoin pour s’élever aisément au ton qu’il prit. Il s’éleva contre les sophistes, comme Jésus contre les prêtres ; avec cette différence que Socrate imita souvent ses antagonistes, et que, si sa belle et douce mort n’eût honoré sa vie il eût passé pour un sophiste comme eux. Pour Jésus, le vol sublime que prit sa grande âme l’éleva toujours au-dessus de tous les mortels ; et depuis l’âge de douze ans jusqu’au moment qu’il expira dans la plus cruelle ainsi que dans la plus infâme de toutes les morts, il ne se démentit pas un moment. Son noble projet était de relever son peuple, d’en faire derechef un peuple libre et digne de l’être ; car c’était par là qu’il fallait commencer. L’étude profonde qu’il fit de la loi de Moïse, ses efforts pour en réveiller l’enthousiasme et l’amour dans les coeurs, montrèrent son but, autant qu’il était possible, pour ne pas effaroucher les Romains. Mais ses vils et lâches compatriotes, au lieu de l’écouter, le prirent en haine précisément à cause de son génie et de sa vertu qui leur reprochaient leur indignité. Enfin ce ne fut qu’après avoir vu l’impossibilité d’exécuter son projet qu’il l’étendit dans sa tête, et que, ne pouvant faire par lui-même une révolution chez son peuple, il voulut en faire une par ses disciples dans l’univers. Ce qui l’empêcha de réussir dans son premier plan, outre la bassesse de son peuple, incapable de toute vertu, fut la trop grande douceur de son propre caractère ; douceur qui tient plus de l’ange et du dieu que de l’homme, qui ne l’abandonna pas un instant, même sur la croix, et qui fait verser des torrents de larmes à qui sait lire sa vie comme il faut à travers les fatras dont ces pauvres gens l’ont défigurée. Heureusement ils ont respecté et transcrit fidèlement ses discours qu’ils n’entendaient pas : ôtez quelques tours orientaux ou mal rendus, on n’y voit pas un mot qui ne soit digne de lui ; et c’est là qu’on reconnaît l’homme divin, qui, de si piètres disciples, a fait pourtant, dans leur grossier mais fier enthousiasme, des hommes éloquents et courageux.
Vous m’objectez qu’il a fait des miracles. Cette objection serait terrible, si elle était juste ; mais vous savez, monsieur, ou du moins vous pourriez savoir que, selon moi, loin que Jésus ait fait des miracles, il a déclaré très positivement qu’il n’en ferait point, et a marqué un très grand mépris pour ceux qui en demandaient.
Que de choses me resteraient à dire ! Mais cette lettre est énorme ; il faut finir : voici la dernière fois que je reviendrai sur ces matières. J’ai voulu vous complaire, monsieur ; je ne m’en repens point : au contraire, je vous remercie de m’avoir fait reprendre un fil d’idées presque effacées, mais dont les restes peuvent avoir pour moi leur usage dans l’état où je suis.
Adieu, monsieur ; souvenez-vous quelquefois d’un homme que vous auriez aimé, je m’en flatte, quand vous l’auriez mieux connu, et qui s’est occupé de vous dans des moments où l’on ne s’occupe guère que de soi-même.
Observation
On ignore le nom de celui qui avait communiqué à Rousseau ses doutes sur l’existence de Dieu. Jean-Jacques lui répondit par cette longue lettre que la force des raisonnements, le style, la bonne foi d’un homme qui cherche sincèrement la vérité, rendent également remarquable. » Il a cru dans son enfance par autorité ; dans sa jeunesse par sentiment ; dans son âge mûr par raison : et maintenant il croit parce qu’il a toujours cru. Cette lettre fut écrite à Bourgoin, dans un cabaret où Jean-Jacques était logé d’une manière incommode, et à l’une des époques de sa vie où il fut le plus tourmenté. C’était au sujet de l’affaire Thevenin, qui l’affecta, beaucoup trop, comme on l’a vu. Toutes les fois que dans ses malheurs on interrogeait Rousseau sur de grandes questions, il sortait de son léthargique accablement et reprenait toute son énergie. On l’a vu dans sa réponse au marquis de Mirabeau, qui le consultait sur l’absurde système du despotisme légal. V. lettre du 26 juillet 1767.
Lettre DCCCLXXXI – À Madame La Tour
À Monquin, le 23 mars 1769.
Le changement d’air m’a fait du bien, chère Marianne, et je me trouve beaucoup mieux, quant à la santé, que quand j’ai quitté Bourgoin.
Cependant mon estomac n’est pas assez rétabli pour que je puisse écrire sans peine, ce qui m’oblige à ne faire que de courtes lettres autant que je puis, et seulement pour le besoin. C’en sera toujours un pour moi, mon aimable amie, d’entretenir avec vous les liens d’une amitié maintenant aussi chère à mon coeur qu’elle parut jadis l’être au vôtre.
Lettre DCCCLXXXIII – À M. Beauchâteau
Bourgoin, le 4 avril 1769.
Vous vous moquez de moi, monsieur, avec votre médaille. Allez, je ne veux point d’autre médaille que celle qui restera dans les coeurs des honnêtes gens qui me survivront, et qui connaîtront mes sentiments et ma destinée. Je vous salue, monsieur, très humblement.
Lettre DCCCLXXXV – Au même
Ce 19 mai 1769.
You see that I have not disputed in the slightest the so-called “virtues of the sage” that you have presented to me as their sole essence. But, my dear sir, reflect for a moment: how utterly incompatible this concept is with your own principles! Don’t you realize that precisely the same law of necessity—which, according to you, governs the course of the world and all events—also determines every human action, every thought, and every emotion? Nothing is free; everything is compelled, necessary, and inevitable. All human actions, guided by blind material forces, depend solely on our will because our very will itself is shaped by necessity. Consequently, there are no virtues or vices, no merits or demerits, no morality in human actions at all. Terms like “honest man” or “scoundrel” must be utterly meaningless to you, right? Yet they are not, I am certain of it. Despite your arguments, your honest heart still rebels against your dismal philosophy; the sense of freedom and the allure of virtue continue to speak to you, even against your will. And thus, everywhere, this powerful and beneficial voice of the inner conscience reminds every man who has let reason lead him astray to return to truth and virtue. Bless this holy and benevolent voice that brings you back to the duties of a human being—duties that fashionable philosophy would otherwise make you forget. Only engage in argument when you feel it aligns with your conscience; whenever you detect contradiction, be assured that it is your reasoning itself that is mistaken. Although I have no desire to argue point by point with you or follow closely the lines of your reasoning, I cannot refrain from commenting on the comparison between the Hebrew sage and the Greek sage. As an admirer of both, I am certainly not biased in discussing them. But I doubt you are in the same position: it does not surprise me that you give the Greek sage all the advantages; you have not known enough about the Hebrew sage, nor have you made sufficient effort to distinguish what truly belongs to him from what is foreign and distorts his image in your eyes—and in the eyes of many others. If Jesus had been born in Athens and Socrates in Jerusalem, if Plato and Xenophon had written the life of one and Luke and Matthew the life of the other, you would have used very different language. What you consider a flaw in him is precisely what makes his noble character all the more astonishing and admirable: his birth in Judaea, among the most humble people of that time; whereas Socrates, born into the most educated and virtuous society, had everything necessary to rise effortlessly to such heights. He rose up against the sophists, just as Jesus rose up against the priests; with this difference, however, that Socrates often imitated his adversaries, and that but for his beautiful and gentle death, which honored his life, he might have been regarded as one of them. For Jesus, the sublime undertaking undertaken by his great soul raised him above all mortals; and from the age of twelve until the moment of his death in the most cruel and infamous manner conceivable, he never deviated from it for a single instant. His noble goal was to elevate his people, to restore them to freedom and dignity once more; for that was indeed where everything had to begin. His thorough study of Moses’ law, and his efforts to rekindle enthusiasm and love for it in the hearts of his people, clearly revealed his intentions—though he did so in a way that sought not to frighten the Romans. But his vile and cowardly compatriots, instead of listening to him, hated him precisely because of his genius and virtue, which exposed their own indignity. Finally, only when he realized the impossibility of carrying out his plan in his own country did he expand its scope in his mind; realizing that he could not bring about a revolution among his people himself, he sought to do so through his disciples throughout the world. What prevented him from succeeding in his initial plan, apart from the baseness of his people, who were incapable of any virtue, was the excessive gentleness of his own character—a gentleness that resembled more that of an angel or a god than that of a man. That same gentleness never left him even for a moment, not even on the cross; and it is this gentleness that brings tears to those who read about his life, as it truly was, through all the distortions inflicted upon it by those poor people. Fortunately, they respected and faithfully recorded his speeches, though they often did not understand them. Remove a few obscure or poorly translated phrases, and you will find not a single word in them that is not worthy of him; and it is therein that we recognize this divine man, who, from such mediocre disciples, managed to create, through their crude yet fervent enthusiasm, men who became eloquent and courageous.
You argue that he performed miracles. Such an objection would be terrible if it were true; but you know, sir, or at least you could know, that in my view, far from performing miracles, Jesus actually declared quite clearly that he would not perform any, and he showed great disdain for those who asked him to do so.
How many things there are still that I could say! But this letter is already too long; I must conclude. This will be the last time I return to these matters. I wanted to please you, sir; I have no regrets at all. On the contrary, I thank you for having prompted me to revisit these ideas—ideas that had almost been forgotten, but whose remnants may still be of some use to me in my current situation.
Adieu, sir; perhaps from time to time you will remember a man whom I hope you would have come to love if you had known him better—and who took care of you at times when people usually think only of themselves.
Observation
The name of the person who conveyed his doubts about the existence of God to Rousseau remains unknown. Jean-Jacques replied to him with this lengthy letter, the strength of whose reasoning, the style, and the sincerity of a man who sincerely seeks the truth also make it remarkable. “In his childhood, he believed out of authority; in his youth, out of sentiment; in his maturity, out of reason; and now he believes because he has always believed.” This letter was written in Bourgoin, in an inn where Jean-Jacques was staying in rather uncomfortable conditions, during one of the periods of his life when he suffered the most. It dealt with the Thevenin affair, which affected him greatly, as we have seen. Whenever his misfortunes led people to question Rousseau on profound matters, he would emerge from his lethargic despair and regain all his energy. This was evident in his response to the Marquis de Mirabeau, who sought his opinion on the absurd system of legal despotism. See letter dated July 26, 1767.
Letter DCCCLXXXI – To Madame La Tour
At Monquin, on March 23, 1769.
The change of air did me a lot of good, dear Marianne; I feel much better in terms of my health than when I left Bourgoin.
However, my stomach has not fully recovered yet, so I am unable to write without difficulty. This forces me to limit myself to writing only short letters, whenever necessary. For me, it will always be an immense pleasure to maintain the bonds of friendship with you—friendship that is now just as dear to my heart as it once seemed to be to yours.
Letter DCCCLXXXIII – To Mr. Beauchâteau
Bourgoin, April 4, 1769.
You are mocking me, sir, with your medal. Oh, I do not desire any other medal than that which will remain in the hearts of honest people who survive me and who understand my feelings and my destiny. I salute you, sir, with great humility.
Letter DCCCLXXXV – To the Same One
On this 19th of May 1769.
Vedete che non vi ho contestato affatto quella finzione che mi avete presentato come l’unico esempio delle virtù del saggio. Ma, caro signore, tornate ora in voi stesso e riflettete su quanto tale concezione sia incompatibile con i vostri principi. Non vi rendete conto forse che quella stessa legge della necessità, che secondo voi regola il corso del mondo e tutti gli eventi, governa anche tutte le azioni degli uomini, tutti i loro pensieri, tutti i loro sentimenti? Che nulla è libero, ma tutto è determinato, necessario, inevitabile? Che tutti i movimenti dell’uomo, guidati da una forza cieca e impersonale, dipendono dalla sua volontà soltanto perché essa stessa è condizionata dalla necessità? Che quindi non esistono né virtù né vizi, né meriti né demeriti, né moralità nelle azioni umane? E che termini come “uomo onesto” o “scellerato” devono per voi essere del tutto privi di significato. Tuttavia, ne sono certo: il vostro cuore onesto, nonostante le vostre argomentazioni, si ribella contro questa triste filosofia; il senso della libertà, il fascino della virtù vi parlano nonostante voi. Ed è così che, da tutte le parti, questa potente e salutare voce del sentimento interno richiama ogni uomo alla verità e alla virtù, quando la sua ragione mal guidata lo ha allontanato da esse. Benedite, signore, questa sacra e benefica voce che vi riporta ai doveri dell’uomo, i quali la filosofia di moda rischierebbe di farvi dimenticare. Lasciatevi guidare dai vostri argomenti soltanto quando sentite che sono in accordo con la vostra coscienza; e ogni volta che vi rendete conto di contraddizioni, sappiate che sono proprio loro a ingannarvi. Anche se non desidero discutere troppo con voi né seguire passo dopo passo le vostre argomentazioni, non posso certo astenermi dal dire qualcosa riguardo al paragone tra il saggio ebreo e il saggio greco. Come ammiratore di entrambi, difficilmente potrei essere accusato di pregiudizi nel parlare di loro. Non credo che voi siate nella stessa situazione: non mi sorprende affatto che attribuiate al secondo tutto il vantaggio possibile; non avete conosciuto abbastanza bene il primo, e non vi siete impegnati a sufficienza per distinguere ciò che gli appartiene veramente da ciò che gli è estraneo e che, ai vostri occhi come a quelli di molti altri, lo offusca. Se Gesù fosse nato ad Atene e Socrate a Gerusalemme, se Platone e Senofonte avessero scritto la vita del primo, e Luca e Matteo quella del secondo, cambiereste molto il vostro modo di parlare. E ciò che considerate un difetto in lui è proprio ciò che rende la sua elevatezza d’animo ancora più sorprendente e ammirevole: il fatto che sia nato in Giudea, tra il popolo più umile che esistesse all’epoca. Mentre Socrate, nato tra i più istruiti e gentili, ha trovato tutto ciò di cui aveva bisogno per elevarsi facilmente al livello che ha raggiunto. Si levò contro i sofisti, proprio come Gesù contro i sacerdoti; con questa differenza che Socrate spesso imitava i suoi avversari, e che, se la sua bella e dolce morte non avesse onorato la sua vita, sarebbe stato considerato uno dei loro sofisti. Per Gesù, l’sublime slancio della sua grande anima lo elevò sempre al di sopra di tutti i mortali; e dall’età di dodici anni fino al momento in cui morì nella più crudele e infame delle morti, non si pentì mai nemmeno per un istante. Il suo nobile scopo era riscattare il suo popolo, trasformandolo immediatamente in un popolo libero e degno di esserlo; perché era proprio da lì che bisognava cominciare. Lo studio approfondito che fece della legge di Mosè, i suoi sforzi per risvegliarne l’entusiasmo e l’amore nei cuori delle persone, mostrarono chiaramente quale fosse il suo obiettivo, nel modo più possibile, senza spaventare i Romani. Ma i suoi vili e codardi connazionali, invece di ascoltarlo, lo odiarono proprio a causa del suo genio e della sua virtù, che li rimproveravano per la loro indegnità. Alla fine, solo dopo aver visto l’impossibilità di realizzare il suo progetto, ne ampliò gli ideali nella sua mente; e, non potendo compiere da solo una rivoluzione nel suo popolo, volle che i suoi discepoli la realizzassero in tutto l’universo. Ciò che lo impedì di riuscire nel suo primo piano, oltre alla bassezza del suo popolo, incapace di ogni virtù, fu la troppa dolcezza del suo carattere; una dolcezza che assomigliava di più a quella di un angelo o di un dio che a quella di un uomo, e che non lo abbandonò nemmeno per un istante, nemmeno sulla croce, e che fa versare fiumi di lacrime a chi sa leggere la sua vita nel modo giusto, attraverso i frammenti distorti che quei poveri uomini hanno cercato di alterarla. Fortunatamente, essi rispettarono e trascrissero fedelmente i suoi discorsi, anche se non li comprendevano appieno: togliendo qualche espressione poco chiara o mal tradotta, non si trova una parola che non sia degna di lui; ed è proprio lì che si riconosce quell’uomo divino, che, da così poveri discepoli, ha fatto sì che, nel loro entusiasmo grezzo ma fiero, nascessero uomini eloquenti e coraggiosi.
Mi obiettate dicendo che ha compiuto miracoli. Questo obiezione sarebbe terribile, se fosse vera; ma voi sapete, signore, o almeno potreste sapere, che secondo me, lontano dall’aver compiuto miracoli, Gesù ha dichiarato molto chiaramente di non volerne compiere alcuno e ha mostrato un grande disprezzo per coloro che ne chiedevano.
Quante cose mi rimarrebbero da dire! Ma questa lettera è troppo lunga; bisogna concludere: questa sarà l’ultima volta che tornerò su queste questioni. Ho voluto compiacervi, signore; non me ne pento affatto: anzi, vi ringrazio per avermi fatto riprendere un filo di pensieri quasi dimenticati, ma i cui resti possono essermi utili nella situazione in cui mi trovo.
Addio, signore; ricordatevi, a volte, di un uomo che, spero, avreste amato se lo aveste conosciuto meglio. Un uomo che si è preso cura di voi in momenti in cui di solito ci si preoccupa solo di sé stesso.
Osservazione.
Si ignora il nome di colui che comunicò a Rousseau i suoi dubbi sull’esistenza di Dio. Jean-Jacques gli rispose con questa lunga lettera, la cui forza logica, lo stile e la buona fede di un uomo che cerca sinceramente la verità rendono anch’esse particolarmente degne di nota. “Da bambino credeva per autorità; da giovane per sentimento; in età matura per ragione; e ora crede perché ha sempre creduto.” Questa lettera fu scritta a Bourgoin, in un cabaret dove Jean-Jacques soggiornava in condizioni molto disagiate, e in uno dei periodi della sua vita in cui soffrì maggiormente. Si trattava dell’affare Thevenin, che lo colpì profondamente, come si è visto. Ogni volta che, nei suoi momenti di sventura, qualcuno interrogava Rousseau su questioni importanti, egli usciva dal suo torpido abbattimento e riacquistava tutta la sua energia. Si vede questo anche nella sua risposta al marchese de Mirabeau, che lo consultò riguardo al sistema assurdo del dispotismo legale. V. Lettera del 26 luglio 1767.
Lettera DCCCLXXXI – A Madame La Tour
A Monquin, il 23 marzo 1769.
Il cambiamento d’aria mi ha fatto bene, cara Marianne; in termini di salute, mi sento molto meglio rispetto a quando ho lasciato Bourgoin.
Tuttavia, il mio stomaco non è ancora del tutto ripreso, quindi non riesco a scrivere senza difficoltà; per questo devo limitarmi a scrivere lettere brevi, solo quando necessario. Per me, cara amica mia, sarà sempre un piacere mantenere con te i legami di un’amicizia che ora è tanto preziosa per il mio cuore quanto lo era un tempo per il tuo.
Lettera DCCCLXXXIII – A Monsieur Beauchâteau
Bourgoin, 4 aprile 1769.
Vi state prendendo gioco di me, signore, con quella vostra medaglia. Lasciate che vi dica: non desidero alcuna altra medaglia se non quella che rimarrà nei cuori delle persone oneste che sopravviveranno a me e che conosceranno i miei sentimenti e il mio destino. Vi saluto, signore, con grande umiltà.
Lettera DCCCLXXXV – Allo stesso
Il 19 maggio 1769.
J’apprends votre perte, mon cher hôte, et je la sens bien ; mais ce n’est pas une perte récente à laquelle vous ne fussiez pas préparé. Je ne voudrais, pour vous en consoler, que le détail que vous me faites de l’état de la défunte. Il y avait longtemps qu’elle avait cessé de vivre, elle n’a fait que cesser de souffrir, et vous de partager ses souffrances. Il n’y a pas là de quoi s’affliger. Mais votre perte, pour être ancienne en quelque sorte, n’en est pas moins réelle et pas moins irréparable ; et voilà sur quoi doivent tomber vos regrets ; vous avez un véritable ami de moins, et un ami qui ne se remplace pas. Puissiez-vous n’avoir jamais plus à le pleurer dans la suite que vous ne le pleurez aujourd’hui ! Mais telle est la loi de la nature, il faut baisser la tété et se résigner.
La nature qui se ranime me ranime aussi. Je reprends des forces et j’herborise. Le pays où je suis serait très agréable s’il avait d’autres habitants ; j’avais semé quelques plantes dans le jardin, on les a détruites. Cela m’a déterminé à n’avoir plus d’autre jardin que les prés et les bois. Tant que j’aurai la force de m’y promener, je trouverai du plaisir à vivre ; c’est lui plaisir que les hommes ne m’ôteront pas, parce qu’il a sa source en-dedans de moi.
Lettre DCCCLXXXVII – À M. du Peyrou
Ce 12 juin 1769.
Recevez, mon cher hôte, mes félicitations et celles de madame Renou, sur votre mariage ; nous faisons l’un et l’autre les voeux les plus sincères pour que vous y trouviez et que vous y rendiez à votre épouse ce rare et précieux bonheur qui en fait un lien céleste et sans lequel il n’est qu’une chaîne de misère ; car il n’y a point de milieu. Elle nous a paru fort aimable à l’un et à l’autre, et d’un fort bon caractère, autant que nous en avons pu juger sur une connaissance aussi superficielle. Nous apprendrons avec joie que le jugement avantageux que nous en avons porté est confirmé par votre expérience. Vous avez, mon cher hôte, une grande et belle tâche à remplir. La sienne est plus grande et plus belle encore. Si elle la remplit, comme le choix d’un homme sensé nous le fait espérer, elle méritera l’estime et le respect de toute la terre, et c’est un tribut que nos coeurs lui paieront avec plaisir.
Le ressentiment de goutte dont vous paraissez menacé nous tient en peine sur l’état présent de Votre santé. Donnez-m’en des nouvelles, je vous prie. Ménagez-la, c’est un soin que votre état rend très nécessaire. Nous vous embrassons l’un et l’autre, et vous prions de faire agréer nos salutations à madame du Peyrou.
Lettre DCCCLXXXIX – À la même
À Monquin, le 4 juillet 1769.
Rassurez-vous, belle Marianne, j’ai regret aux inquiétudes que je vous ai données. J’ai voulu mettre à l’épreuve votre sensibilité ; le succès a passé mon attente ; je vous promets de ne plus faire avec vous de pareils essais. Adieu, belle Marianne ; puissiez-vous ne voir jamais autour de vous que bonheur et prospérité ! Quand on s’affecte ainsi des peines de ses amis, on n’en doit avoir que d’heureux.
Lettre DCCCXCI – Au même
Monquin, le 12 août 1769.
De retour ici, mon cher hôte, de Nevers, d’où je vous ai écrit une lettre qui, j’espère, vous sera parvenue, j’y ai trouvé la vôtre du 9 juillet, où je vois et sens en la lisant les douloureuses incisions que vous avez souffertes, et qui ont abouti à vous tirer du tuf du bout des doigts. Voilà, je l’avoue, une manière d’escamoter dont je n’avais pas l’idée. Comment peut-on avoir du tuf au le bout des doigts ? Cela me passe, et j’aimerais autant, pour la vraisemblance, l’histoire de cet homme qui vomissait des canifs et des écritoires. Mais enfin, là où le vrai parle, la vraisemblance doit se taire, et puisqu’il faut convenir qu’il peut y avoir du tuf Jà où il s’en trouve, je suis toujours fort aise que vous soyez délivré de celui-là, et que vos douleurs de goutte en soient soulagées.
Vous voulez que je vous parle à mon tour de ma santé ; j’ai peu de chose à vous en dire. Mon voyage m’a extrêmement fatigué par la chaleur, la poussière, et la voiture ; mais, chemin faisant, j’ai vu des plantes nouvelles qui m’ont amusé, et après quelques jours de repos me voilà prêt à repartir demain pour aller herboriser sur le mont Pila avec M. le gouverneur de Bourgoin, et quelques autres messieurs à qui je tâche de persuader qu’ils aiment la botanique, et qui en effet y ont fait quelques progrès. Notre pèlerinage doit être de sept ou huit jours, et toujours pédestre, comme celui que nous fîmes ensemble à Bienne. La première journée d’ici à Vienne est très forte pour moi, qui d’ailleurs ne me sens pas extrêmement bien, et il faut que je compte beaucoup sur le bien que me font ordinairement les voyages pédestres, pour ne pas renoncer à celui-là. Mais, après avoir mis la partie en train, la rompre serait à moi de mauvaise grâce, et j’aime mieux courir quelques risques que paraître trop inconstant. Je compte à mon retour trouver ici de vos nouvelles, et apprendre que votre singulière opération vous a en effet délivré d’une attaque de goutte, comme vous l’avez espéré.
Votre Haller me fait toujours grand plaisir, mais je le trouve toujours plus rempli de fautes d’impression. La moitié des phrases de Linnoeus qu’il cite sont estropiées, et un très grand nombre de chiffres des tables et citations sont faux, de sorte qu’on ne sait presque où aller chercher tout ce qu’il indique ; j’ai vu peu de livres aussi considérables imprimés si négligemment. Le catalogue de M. Gagnebin est exact, net, mais sans ordre, de sorte qu’on ne sait comment y chercher la plante dont on a besoin. Au reste, l’un et l’autre de ces deux ouvrages peut donner des instructions utiles, dont je profite de mon mieux en pensant à vous. Quand je serai revenu de Pila (si j’en reviens heureusement), je vous marquerai ce que j’y aurai trouvé de plus ou de moins que dans le catalogue de M. Gagnebin.
Lettre DCCCXCIII – À M. Lalliaud
Monquin, le 27 août 1769.
Un voyage de botanique, monsieur, que j’ai fait au mont Pila presque en arrivant ici, m’a privé du plaisir de vous répondre aussitôt que je l’aurais dû. Ce voyage a été désastreux, toujours de la pluie ; j’ai trouvé peu de plantes, et j’ai perdu mon chien, blessé par un autre et fugitif : je le croyais mort dans les bois de sa blessure, quand à mon retour je l’ai trouvé ici bien portant, sans que je puisse imaginer comment il a pu faire douze lieues et repasser le Rhône dans l’état où il était. Vous avez, monsieur, la douceur de revoir vos pénates et de vivre au milieu de vos amis. Je prendrais part à ce bonheur en vous en voyant jouir, mais je doute que le ciel me destine à ce partage. J’ai trouvé madame Renou en assez bonne santé : elle vous remercie de votre souvenir, et vous salue de tout son coeur. J’en fais de même, étant forcé d’être bref à cause du soin que demandent quelques plantes que j’ai rapportées, et quelques graines que je destinais à madame de Portland, le tout étant arrivé ici à demi pourri par la pluie. Je voudrais du moins en sauver quelque chose, pour n’avoir pas perdu tout-à-fait mon voyage, et la peine que j’ai prise à les recueillir. Adieu, mon cher M. Lalliaud ; conservez-vous, et vivez content.
Lettre DCCCXCV – À M. du Peyrou
Monquin, le 16 septembre 1769.
I learn of your loss, my dear host, and I truly feel it; yet this is not a recent loss for which you were unprepared. To comfort you in this matter, I would only like to hear the details you tell me about the deceased’s condition. She had long ceased to live; she merely stopped suffering, and you also stopped sharing her pain. There is no reason to grieve over that. However, your loss, though old in a way, is none the less real and irreparable. And it is upon this that your regrets should focus: you have lost a true friend, a friend who cannot be replaced. May you never again have to mourn him as you mourn him today! But such is the law of nature; we must bow our heads and accept it.
The nature that comes back to life also revives me. I regain my strength and begin collecting herbs again. The land where I am would be very pleasant if it had other inhabitants; I had planted some plants in the garden, but they were destroyed. This made me decide that my only “garden” would henceforth be the fields and the woods. As long as I have the strength to walk among them, I will find joy in living—such joy that humans cannot take away from me, for it originates within me.
Letter DCCCLXXXVII – To Mr. du Peyrou
On this 12th of June 1769.
Receive, my dear host, my congratulations and those of Madame Renou on your marriage; both of us offer our most sincere wishes for you to find in it—and to bring to your wife—that rare and precious happiness which makes a marriage a celestial bond, without which it would be nothing but a chain of misery. For there is no middle ground between these two extremes. To both of us, she seemed extremely kind and of very good character, as much as we could judge from such superficial acquaintance. We shall be delighted to learn that our favorable impression of her has been confirmed by your experience. You, my dear host, have a great and noble task before you; hers is even greater and nobler still. If she fulfills it, as the choice of a sensible man leads us to hope, she will deserve the esteem and respect of all mankind—and that is a tribute which our hearts will gladly pay her.
We are deeply concerned about the state of your health, especially given the threat of resentment that seems to affect you. Please let us know how you are. Take good care of yourself—your condition makes this absolutely necessary. We both send our regards to you, and please convey our greetings to Madame du Peyrou.
Letter DCCCLXXXIX – To the Same One
At Monquin, on July 4, 1769.
Rest assured, dear Marianne, I regret the worries I have caused you. I wanted to test your sensitivity; the success exceeded my expectations. I promise you that I will never attempt such things with you again. Adieu, dear Marianne; may you always see only happiness and prosperity around you! When one cares so much about the troubles of their friends, one can only feel happy for them.
Letter DCCCXCI – To the Same One
Monquin, August 12, 1769.
Upon returning here, my dear host, from Nevers, where I sent you a letter which I hope you have received, I found your reply dated July 9th. In reading it, I am aware of the painful hardships you have endured, which ultimately led to the removal of that “tuf” from the tips of your fingers. Well, I must admit, this is a way of circumventing the issue that I had never even considered before—how can one actually have “tuf” at the ends of their fingers? This seems absurd to me; I would much prefer the story of that man who vomited knives and desks for greater credibility. But ultimately, when the truth speaks, likelihood must be set aside. And since it is undeniable that such “tuf” can exist wherever it may, I am truly glad that you have been freed from it, and that your gout pains have been alleviated as a result.
You wish that I tell you about my own health; there is little I can say in that regard. My journey exhausted me greatly due to the heat, the dust, and the travel itself. However, along the way, I saw some new plants that interested me, and after a few days of rest, I am ready to set off again tomorrow to go on a botanizing expedition with Mr. the Governor of Bourgoin and several other gentlemen whom I am trying to persuade that they enjoy botany—and indeed, they have made some progress in it. Our journey will last seven or eight days and will be entirely on foot, just like the one we took together in Bienne. The first day from here to Vienna is particularly difficult for me, as I don’t feel very well at all. I must rely heavily on the benefits that hiking usually brings me in order not to give up this trip. But once I have begun it, it would be ungrateful of me to cancel it, and I would rather take some risks than appear too fickle. I hope to hear from you upon my return and learn that your remarkable treatment has indeed cured you of your gout, just as you hoped.
Your Haller always gives me great pleasure, but I find it increasingly riddled with errors of printing. Half of the quotations from Linnaeus that he includes are distorted, and a very large number of the figures in the tables and citations are incorrect; as a result, it’s almost impossible to know where to look for the information he provides. I have rarely seen such a substantial book printed in such a careless manner. Mr. Gagnebin’s catalogue is accurate and clear, but lacks any systematic organization, so it’s hard to use to find the plants one needs. Nevertheless, both of these books can offer useful instructions, which I make full use of, thinking of you. When I return from Pila (if I am fortunate enough to do so), I will let you know what additional information I find there, compared to Mr. Gagnebin’s catalogue.
Letter DCCCXCIII – To Mr. Lalliaud
Monquin, August 27, 1769.
A botanical expedition, sir, that I undertook near Mount Pila upon my arrival here, prevented me from responding to you as soon as I should have wished. The journey was a disaster—constant rain all the way; I found very few plants, and I lost my dog, which had been wounded by another animal and had run away. I thought it was dead in the woods due to its injury, but upon my return, I found it here, perfectly healthy, though I have no idea how it managed to travel twelve miles and cross the Rhône in such a state. You, sir, are fortunate to be able to return to your homeland and live among your friends. I would share in this happiness if I could see you enjoy it, but I doubt that fate has destined me for such luck. I found Madame Renou in fairly good health; she thanks you for your thoughts of her and sends her best regards from the bottom of her heart. I do the same, though I must be brief due to the care required for some plants I brought back, as well as some seeds intended for Madame de Portland—everything of which had been half-rotted by the rain upon arrival. At least I would like to save something from it, so that my journey and the effort I put into collecting these items were not entirely in vain. Adieu, my dear Mr. Lalliaud; take care of yourself and live happily.
Letter DCCCXCV – To Mr. du Peyrou
Monquin, September 16, 1769.
Apprendo della vostra perdita, caro ospite mio, e ne provo profonda compassione; tuttavia non si tratta di una perdita recente, per cui non foste preparato. Per consolarvi, vorrei soltanto conoscere i dettagli riguardanti lo stato della defunta. Da tempo aveva cessato di vivere; ha semplicemente smesso di soffrire, e voi di condividere quelle sofferenze. Non c’è motivo di angosciarsi. Tuttavia, la vostra perdita, anche se antica in un certo senso, non è meno reale né meno irreparabile. E su questo dovrebbero concentrarsi i vostri rimpianti: avete perso un vero amico, un amico che non può essere sostituito. Possiate mai più doverlo piangere, come lo state facendo oggi. Ma così è la legge della natura: bisogna chinare il capo e rassegnarsi.
La natura che si rianima rianima anche me. Riprendo le forze e raccolgo erbe. Il paese in cui mi trovo sarebbe molto piacevole se avesse altri abitanti; avevo piantato alcune piante nel giardino, ma sono state distrutte. Questo mi ha spinto a non avere più altro giardino se non i prati e i boschi. Finché avrò la forza di passeggiarvi, troverò piacere nella vita; questo piacere gli uomini non me lo potranno togliere, perché ha la sua origine dentro di me.
Lettera DCCCLXXXVII – A Monsieur du Peyrou
Il 12 giugno 1769.
Accettate, mio caro ospite, le mie congratulazioni e quelle di madame Renou per il vostro matrimonio; entrambi formuliamo i più sinceri auguri affinché possiate trovare e donare a vostra moglie quel raro e prezioso felicità che rende un matrimonio un legame celeste, senza il quale non sarebbe altro che una catena di miseria. Poiché non esiste alcun mezzo termine. A entrambi ci è sembrata molto affabile e dal carattere eccellente, per quanto possiamo aver giudicato da una conoscenza così superficiale. Saremo felici di apprendere che il nostro favorevole giudizio viene confermato dalla vostra esperienza. Voi, mio caro ospite, avete davanti a voi un compito grande e nobile; il suo compito è ancora più grande e nobile. Se lo svolgerà, come ci fa sperare la scelta di un uomo sensato, meriterà l’ammirazione e il rispetto di tutta la terra. E questo è un tributo che i nostri cuori le pagheranno con piacere.
Il risentimento per il gusto di cui sembrate minacciato ci preoccupa molto riguardo allo stato attuale della Vostra salute. Per favore, fatemi sapere come state. Prendetevi cura di voi stesso: questo è un impegno assolutamente necessario data la Vostra condizione. Vi abbracciamo entrambi e vi invitiamo a trasmettere i nostri saluti a madame du Peyrou.
Lettera DCCCLXXXIX – Alla stessa persona
A Monquin, il 4 luglio 1769.
Rassicuratevi, bella Marianne: mi dispiace molto per le preoccupazioni che vi ho causato. Volevo mettere alla prova la vostra sensibilità; il successo ha superato le mie aspettative. Vi prometto di non ripetere mai più simili tentativi con voi. Addio, bella Marianne: possiate sempre vedere intorno a voi solo felicità e prosperità! Quando si soffre così per i dolori degli amici, ci si dovrebbe sentire soltanto felici.
Lettera DCCCXCI – Allo stesso.
Monquin, 12 agosto 1769.
Tornato qui, mio caro ospite, da Nevers, da dove vi ho scritto una lettera che spero vi sia arrivata, ho trovato la vostra del 9 luglio; leggendola, vedo e percepisco le dolorose sofferenze che avete dovuto sopportare, sofferenze che hanno portato alla rimozione di quel “tufo” dalle vostre dita. Devo ammettere che si tratta di un modo davvero ingegnoso per eludere la verità. Come può mai esserci del “tufo” alle estremità delle dita? Questa storia mi sembra incredibile, e preferirei di gran lunga quella dell’uomo che vomitava coltelli e scrivanie. Ma quando la verità parla, la plausibilità deve tacere. E poiché bisogna ammettere che quel “tufo” può esistere proprio dove si trova, sono davvero felice che siate finalmente libero da esso e che i vostri dolori reumatici siano alleviati.
Volete che vi parli anch’io della mia salute; non ho molto da dirvi al riguardo. Il mio viaggio mi ha estremamente stancato a causa del caldo, della polvere e dei mezzi di trasporto; tuttavia, lungo il cammino ho visto delle piante nuove che mi hanno divertito, e dopo alcuni giorni di riposo sono pronto a partire domani per andare a raccogliere erbe sul monte Pila insieme al signor governatore di Bourgoin e ad altri signori che sto cercando di convincere ad appassionarsi di botanica. E infatti, alcuni di loro hanno già fatto qualche progresso in questo campo. Il nostro viaggio durerà sette o otto giorni, ed sarà sempre a piedi, proprio come quello che facemmo insieme a Bienne. La prima giornata da qui a Vienna è molto faticosa per me, che comunque non mi sento particolarmente bene. Devo quindi contare molto sul beneficio che di solito portano i viaggi a piedi, per non rinunciarvi. Ma, una volta iniziato il viaggio, interromperlo mi sembrerebbe scortese. Preferisco correre qualche rischio piuttosto che apparire troppo incostante. Spero di ricevere vostre notizie al mio ritorno, e di sapere che la vostra straordinaria operazione vi ha davvero liberato da un attacco di gotta, come speravate.
Il vostro Haller mi fa sempre molto piacere, ma lo trovo sempre più pieno di errori di stampa: la metà delle frasi citate da Linneo sono alterate, e un gran numero di cifre presenti nelle tabelle e nelle citazioni è errato; di conseguenza, è quasi impossibile trovare ciò che egli indica. Ho visto pochi libri così importanti essere pubblicati con una tale negligenza. Il catalogo del signor Gagnebin è accurato e chiaro, ma privo di ordine logico, quindi non si sa come cercare la pianta di cui si ha bisogno. Comunque sia, entrambi questi due opere possono fornire indicazioni utili; ne approfitto al massimo, pensando a voi. Quando tornerò da Pila (se ci riuscirò), vi farò sapere cosa avrò trovato lì, rispetto a quanto indicato nel catalogo del signor Gagnebin.
Lettera DCCCXCIII – A Monsieur Lalliaud
Monquin, 27 agosto 1769.
Un viaggio di botanica, signore, che ho fatto sul monte Pila quasi appena arrivato qui, mi ha impedito di rispondervi immediatamente come avrei dovuto. Quel viaggio è stato disastroso: solo pioggia; ho trovato poche piante e ho perso il mio cane, ferito da un altro animale e fuggito. Pensavo fosse morto nei boschi a causa della sua ferita, ma al mio ritorno l’ho trovato qui, in buona salute. Non riesco proprio a immaginare come abbia potuto percorrere dodici miglia e attraversare il Rodano in quello stato. Voi, signore, avete la fortuna di rivedere le vostre proprietà e di vivere tra i vostri amici. Parteciperei a questa felicità vedendovi goderla, ma dubito che il cielo mi abbia destinato a tale sorte. Ho trovato madame Renou in buona salute: lei vi ringrazia per i vostri pensieri e vi saluta con tutto il suo cuore. Io faccio lo stesso. Ma devo essere breve, a causa delle cure necessarie per alcune piante che ho portato con me, nonché per alcuni semi destinati a madame de Portland. Tutto questo è arrivato qui parzialmente distrutto dalla pioggia. Vorrei almeno salvare qualcosa, così da non aver perso del tutto il risultato di quel viaggio e lo sforzo che ci ho messo a raccogliere quelle piante. Addio, caro signor Lalliaud. Conservatevi in salute e vivete felici.
Lettera DCCCXCV – A Monsieur du Peyrou
Monquin, 16 settembre 1769.
Je n’aurais pas attendu, mon cher hôte, votre lettre du 5 septembre pour répondre à celle du 6 août, si à mon retour du mont Pila je ne me fusse foulé la main droite par une chute qui m’en a pendant quelque temps gêné l’usage. Je suis bien charmé de n’apprendre votre accès de goutte qu’à votre convalescence ; c’est une grande consolation, quand on souffre, d’attendre ensuite de longs intervalles, durant lesquels on ne souffrira plus ; et je ne suis pas surpris que les tendres soins de votre aimable Henriette fassent une assez grande diversion à vos souffrances pour vous les laisser beaucoup moins sentir. Vous devez vous trouver trop heureux de gagner à son service des accès de goutte dans lesquels vous êtes servi par ses mains. Vous êtes assurément bien faits, l’un pour donner, l’autre pour sentir tout le prix des soins du plus pur zèle et de la plus tendre amitié ; mais cependant, aux charmes près qu’elle seule y peut ajouter, des soins de cette espèce ne doivent pas être absolument nouveaux pour vous. Je suis plus que flatté, je suis touché qu’elle se souvienne avec plaisir de notre ancienne connaissance. J’aurais été trop heureux de pouvoir la cultiver ; mais les attachements fondés sur l’estime, tels que celui que j’ai conçu pour elle, n’ont pas besoin de l’habitude de se voir pour s’entretenir et se renfoncer. Fût-elle beaucoup moins aimable, les respectables devoirs qu’elle remplit si bien près de vous la rendent trop estimable à tout le monde pour ne la pas rendre chère aux honnêtes gens, et surtout à vos amis. À l’égard des échecs, malgré tout ce que vous me dites de son habileté, vous me permettrez de douter que ce soit le jeu auquel elle joue le mieux ; et, si jamais j’ai le plaisir de faire une partie avec elle, je lui dirai, et de bien bon coeur, ce que je disais jadis à un grand prince[1006] ; » Je vous honore trop pour ne pas gagner toujours. »
Vous aviez grande raison, mon cher hôte, d’attendre la relation de mon herborisation de Pila ; car, parmi les plaisirs de la faire, je comptais beaucoup sur celui de vous la décrire. Mais les premiers ayant manqué me laissent peu de quoi fournir à l’autre. Je partis à pied avec trois messieurs, dont un médecin, qui faisaient semblant d’aimer la botanique, et qui, désirant me cajoler, je ne sais pourquoi, s’imaginèrent qu’il n’y avait rien de mieux pour cela que de me faire bien des façons. Jugez comment cela s’assortit, non seulement avec mon humeur, mais avec l’aisance et la gaieté des voyages pédestres. Ils m’ont trouvé très maussade, je le crois bien ; ils ne disent pas que c’est eux qui m’ont rendu tel. Il me semble, que malgré la pluie, nous n’étions point maussades à Brot ni les uns ni les autres. Premier article. Le second est que nous avons eu mauvais temps presque durant toute la route ; ce qui n’amuse pas quand on ne veut qu’herboriser, et que, faute d’une certaine intimité, l’on n’a que cela pour point de ralliement et pour ressource. Le troisième est que nous avons trouvé sur la montagne un très mauvais gîte ; pour lit, du foin ressuant et tout mouillé, hors un seul matelas rembourré de puces, dont, comme étant le Sancho de la troupe, j’ai été pompeusement gratifié. Le quatrième, des accidents de toute espèce : un de nos messieurs a été mordu d’un chien sur la montagne. Sultan a été demi-massacré d’un autre chien ; il a disparu, je l’ai cru mort de ses blessures ou mangé du loup ; et ce qui me confond est qu’à mon retour ici je l’ai trouvé tranquille et parfaitement guéri, sans que je puisse imaginer comment, dans l’état où il était, il a pu faire douze grandes lieues et surtout repasser le Rhône, qui n’est pas un petit ruisseau, comme disait du Rhin M. Chazeron. Le cinquième article, et le pire, est que nous n’avons presque rien trouvé, étant allés trop tard pour les fleurs, trop tôt pour les graines, et n’ayant eu nul guide pour trouver les bons endroits. Ajoutez que la montagne est fort triste, inculte, déserte, et n’a rien de l’admirable variété des montagnes de Suisse. Si vous n’étiez pas devenu un profane, je vous ferais ici l’énumération de notre maigre collection ; je vous parlerais du méum, de l’oreille d’ours, du doronic, de la bistorte, du napel, du thymeloea, etc.
Mais j’espère que quand M. d’Escherny, qui a appris la botanique en trois jours, sera près de vous, il vous expliquera tout cela. Parmi toutes les plantes alpines très communes, j’en ai trouvé trois plus curieuses qui m’ont fait grand plaisir. L’une est l’onagra (oenothera biennis), que j’ai trouvée aux bords du Rhône, et que j’avais déjà trouvée à mon voyage de Nevers au bord de la Loire. La seconde est le laiteron bleu des Alpes, sonchus Alpinus, qui m’a fait d’autant plus de plaisir que j’ai eu peine à le déterminer, m’obstinant à le prendre pour une laitue ; la troisième est le lichen Islandicus, que j’ai d’abord reconnu aux poils courts qui bordent les feuilles. Je vous ennuie avec mon pédant étalage ; mais si votre Henriette prenait du goût pour les plantes, comme mon foin se transformerait bien vite en fleurs ! Il faudrait bien alors, malgré vous et vos dents, que vous devinssiez botaniste.
Lettre DCCCXCVII – À Madame B.
Monquin, le 28 octobre 1769.
Si je n’avais été garde-malade, madame, et si je ne l’étais encore, j’aurais été moins lent et je serais moins bref à vous remercier du plaisir que m’a fait votre lettre, et du désir que j’ai de mériter et cultiver la correspondance que vous daignez m’offrir. Votre caractère aimable et vos bons sentiments m’étaient déjà assez connus pour me donner du regret de n’avoir pu leur rendre mon hommage en personne lorsque je fus un instant votre voisin. Maintenant vous m’offrez, madame, dans la douceur de m’entretenir quelquefois avec vous, un dédommagement dont je sens déjà le prix, mais qui ne peut pourtant qu’à l’aide d’une imagination qui vous cherche suppléer au charme de voir animer vos yeux et vos traits par ces sentiments vivifiants et honnêtes dont votre coeur me paraît pénétré. Ne craignez point que le mien repousse la confiance dont vous voulez bien m’honorer, et dont je ne suis pas indigne.
Adieu, madame ; soyez sûre, je vous supplie, que mon coeur répond très bien au vôtre, et que c’est pour cela que ma plume n’ajoute rien.
Lettre DCCCXCIX – À M. du Peyrou
Monquin, le 15 novembre 1769.
Vous voilà, mon cher hôte, grâce à la rechute dont vous êtes délivré, dans un de ces intervalles heureux durant lesquels, n’entrevoyant que de loin le retour des atteintes dégoutte, vous pouvez jouir de la santé, et même la prolonger ; et je suis bien sûr que le plus doux emploi que vous en pourrez faire sera de rendre la vie heureuse à cette aimable Henriette qui verse tant de douceurs et de consolations dans la vôtre. Les détails que vous me faites de la manière dont vous cultivez le fonds de sentiment et de raison que vous avez trouvé en elles, me font juger de l’agrément que vous devez trouver dans une occupation si chérie, et me font désirer bien des fois dans la journée d’avoir la douceur d’en être le témoin : mais, appelé par de grands et tristes devoirs à des soins plus nécessaires, je ne vois aucune apparence à me flatter de finir mes jours auprès de vous. J’en sens le désir, je l’exécuterais même s’il ne tenait qu’à ma volonté ; la chose n’est peut-être pas absolument impossible : mais je suis si accoutumé de voir tous mes voeux éconduits en toute chose, que j’ai tout-à-fait cessé d’en faire, et me borne à tâcher de supporter le reste de mon sort en homme, tel qu’il plaise au ciel de me l’envoyer.
I would not have waited, my dear host, for your letter dated September 5th to respond to yours of August 6th, had it not been that upon my return from Mount Pila I sprained my right hand in a fall, which prevented me from using it for some time. I am truly delighted to learn about your bout of gout only now, during your convalescence; it is a great comfort to know that, after suffering, one will experience long periods of relief. I am not surprised that the tender care of your lovely Henriette has greatly alleviated your pain, making it much less noticeable. You must feel incredibly fortunate to be able to endure these episodes of gout thanks to her attentions. You are indeed made for each other—she, to give such devoted care; you, to appreciate its true value. Yet, aside from the added charm she brings, such care is surely not entirely new to you. I am more than flattered; I am deeply moved that she remembers our old acquaintance with pleasure. I would have been overjoyed to cultivate this friendship further; but bonds based on mutual respect, like the one I feel for her, do not require regular meetings to be maintained and strengthened. Even if she were far less lovely, the respectable duties she performs so well beside you would make her highly valued by everyone—and especially by your friends. As for chess, despite what you tell me about her skills, I dare say it is not her strongest game; and if I ever have the pleasure of playing a match with her, I will tell her, from the bottom of my heart, what I once said to a great prince[1006]: “I honor you too much to ever lose against you.”
You had every right, my dear host, to wait for my account of my plant-collecting expedition in Pila; for among the pleasures of undertaking such an activity, I greatly looked forward to the joy of being able to describe it to you. However, since the initial part of the journey did not yield much material, I have little to offer in its continuation. I set out on foot with three gentlemen, one of whom was a doctor; they pretended to be interested in botany, and for some unknown reason, in order to please me, they thought that showing excessive courtesy towards me would be the best way to do so. Imagine how this suited not only my mood but also the ease and cheerfulness of a foot journey! I believe they found me quite gloomy; they don’t say it was their fault that I became such. It seems to me that, despite the rain, neither of us were in a bad mood in Brot. The second point is that we had bad weather almost throughout the entire journey; this is not particularly enjoyable when one’s sole purpose is collecting plants, and when, due to a lack of familiarity with the area, it becomes the only thing that connects us and provides us with resources. The third point is that we found a very poor shelter in the mountains; for bedding, we had wet, soggy hay—except for one mattress filled with fleas, which, as the “Sancho” of our group, I was the fortunate recipient of. The fourth point involves all sorts of mishaps: one of our gentlemen was bitten by a dog in the mountains; Sultan was nearly killed by another dog; it disappeared, and I thought it had either died from its wounds or been eaten by wolves. What confuses me is that when I returned here, I found it perfectly fine and healed, without any way of understanding how it managed to travel twelve long miles in such a state, especially since it had to cross the Rhône—a far from small river, as Mr. Chazeron once said about the Rhine. The fifth and worst point is that we hardly found anything; we went too late for flowers and too early for seeds, and we lacked a guide to help us locate the right areas. Add to this that the mountains are quite bleak, uncultivated, and desolate, lacking the wonderful diversity of Switzerland’s landscapes. If you had not become so worldly, I would have listed all the plants we managed to collect; I would have talked to you about the meum, the bear-ear, the doronic, the bistorte, the napel, the thymeloea, and more.
But I hope that when Mr. d’Escherny, who learned botany in just three days, is by your side, he will explain all of this to you. Among all the very common Alpine plants, I found three particularly curious ones that gave me great pleasure. The first is the evening primrose (oenothera biennis), which I found on the banks of the Rhône; I had also seen it during my trip from Nevers to the Loire. The second is the Alpine milk vetch, sonchus alpinus; it pleased me all the more because I had difficulty identifying it at first, thinking it was a type of lettuce. The third is the Island lichen, which I recognized at first by the short hairs that line its leaves. I’m probably boring you with these pedantic details; but if your Henriette took a liking to plants, how quickly my “hay” would turn into flowers! Then, whether you like it or not, and despite your disapproval, you would surely have to become a botanist.
Letter DCCCXCVII – To Madame B.
Monquin, October 28, 1769.
If I had not been a nurse, madam, and if I were not one still, I would have been less slow in expressing my gratitude for the pleasure your letter brought me, as well as for my desire to merit and cultivate the correspondence you so kindly offer me. Your kind character and good intentions were already well-known to me, which made me regret not having had the chance to pay them my respects in person when I was once your neighbor. Now, madam, by allowing me to occasionally communicate with you in a gentle manner, you offer me a compensation for that loss, the value of which I already begin to appreciate. Yet, this compensation can only be truly appreciated through my imagination, which seeks to envision the charm that fills your eyes and features with those lively and honest sentiments from which your heart seems to emanate. Do not doubt that my heart will accept with gratitude the trust you are kind enough to place in me; I am certainly not unworthy of it.
Goodbye, madam; please believe that my heart responds very warmly to yours, and that is why my pen adds nothing further.
Letter DCCCXCIX – To Mr. du Peyrou
Monquin, November 15, 1769.
Here you are, my dear host, thanks to the recovery from which you have been blessed—now in one of those happy intervals during which, seeing only from a distance the return of those troubles that once afflicted you, you can enjoy good health and even prolong it. I am certain that the most delightful way you could use this time would be to make the life of that lovely Henriette, who brings so much sweetness and comfort into yours, even happier. The details you tell me about how you cultivate the feelings of kindness and reason that she has inspired in you allow me to imagine the great pleasure you must derive from such a cherished occupation, and often I wish I could be the fortunate witness to it. However, called upon by important and sad duties to attend to more pressing matters, I see no possibility of spending the rest of my days beside you. I desire it; I would do so if it were entirely within my power—perhaps it is not utterly impossible—but I have become so accustomed to seeing all my wishes thwarted in everything that I have completely stopped hoping for it and simply try to endure the remainder of my fate as a man, in whatever way heaven may decide to send it to me.
Non avrei atteso, caro ospite, la sua lettera del 5 settembre per rispondere a quella del 6 agosto, se al mio ritorno dal monte Pila non mi fossi ferito alla mano destra in una caduta che per un po’ mi ha impedito di usarla. Sono molto felice di aver appreso della sua malattia solo durante il periodo di convalescenza; quando si soffre, è davvero consolante aspettarsi lunghi periodi di riposo durante i quali non si proverà più dolore. E non mi sorprende affatto che le premurose cure della sua adorabile Henriette possano alleviare notevolmente le sue sofferenze. Deve sentirsi davvero molto fortunato ad ottenere, nel servirla, quei momenti di sollievo che lei gli offre con le sue attenzioni. Siete sicuramente fatti l’uno per donare, l’altro per apprezzare al massimo i gesti di affetto e di amicizia più sinceri. Tuttavia, a parte i piaceri particolari che solo lei può offrire, questo tipo di cure non dovrebbero essere del tutto nuove per voi. Sono davvero lusingato, sono commosso dal fatto che si ricordi con piacere della nostra vecchia conoscenza. Sarei stato molto felice di poter continuare a frequentarla; ma gli affetti basati sull’ammirazione, come quello che provo per lei, non hanno bisogno dell’abitudine di incontrarsi per continuare a crescere e a rafforzarsi. Anche se fosse molto meno affascinante, i doveri rispettabili che svolge al vostro fianco la rendono troppo preziosa per chiunque. E soprattutto per i vostri amici. Per quanto riguarda gli scacchi, nonostante tutto ciò che mi dite sulla sua abilità, vi permetto di dubitare che sia il gioco nel quale eccelle di più. E se mai avrò l’opportunità di giocare con lei, le dirò, con tutto il mio cuore, ciò che un tempo dicevo a un grande principe[1006]: “La rispetto troppo per non vincere sempre”.
Avevate pienamente ragione, mio caro ospite, ad attendere il resoconto della mia escursione botanica a Pila; infatti, tra i piaceri che essa comportava, contavo molto anche su quello di descrivervela. Ma poiché i primi momenti sono andati male, non ho molto da raccontarvi. Sono partito a piedi insieme a tre signori, uno dei quali era medico e fingeva di appassionarsi di botanica; desiderando, chissà per quale motivo, compiacermi, hanno pensato che il modo migliore fosse comportarsi in modo particolarmente affettuoso con me. Immaginate come ciò si adattasse non solo al mio umore, ma anche alla comodità e alla gioia di un viaggio a piedi. Mi hanno trovato molto cupo, ne sono certo; però non dicono che siano stati loro a rendermi così. Mi sembra che, nonostante la pioggia, né io né loro fossimo di cattivo umore a Brot. Il secondo punto è che abbiamo avuto cattivo tempo quasi per tutta la strada; il che non è affatto divertente quando si vuole solo raccogliere erbe, e in assenza di una certa familiarità con il luogo, non si ha altro su cui contare. Il terzo punto è che abbiamo trovato sull’montagna un rifugio molto squallido: per letto, fieno umido e appiccicoso; l’unico materasso disponibile era pieno di pulci. E io, essendo il “Sancho” del gruppo, ne ho ricevuto una generosa dose. Il quarto punto riguarda innumerevoli incidenti: uno dei nostri compagni è stato morso da un cane in montagna; Sultan, invece, è stato quasi ucciso da un altro cane. È scomparso; pensavo fosse morto per le ferite o fosse stato mangiato dai lupi. E la cosa che mi lascia perplesso è che, al mio ritorno, l’ho trovato tranquillo e completamente guarito. Non riesco proprio a capire come, in quelle condizioni, sia riuscito a percorrere dodici lunghe leghe e soprattutto a attraversare il Rodano, che non è certo un ruscello. Il quinto e peggiore punto è che non abbiamo trovato quasi nulla: siamo arrivati troppo tardi per le fioriture, troppo presto per raccogliere i semi. E inoltre, non avevamo alcun guida che ci aiutasse a trovare i luoghi giusti. Aggiungiamo anche che la montagna è molto triste, incolta, desolata, e non ha affatto quella meravigliosa varietà di paesaggi tipica delle montagne svizzere. Se non foste diventato un “profano”, vi farei qui l’elenco della nostra misera raccolta. Vi parlerei del méum, dell’orecchio d’orso, del doronic, della bistorta, del napel, del thymeloea, e così via.
Ma spero che quando il signor d’Escherny, che ha imparato la botanica in tre giorni, sarà vicino a voi, vi spiegherà tutto ciò. Tra tutte le piante alpine molto comuni, ne ho trovate tre particolarmente curiose che mi hanno fatto grande piacere. La prima è l’onagra (oenothera biennis), che ho trovato lungo il Rodano e che avevo già incontrato durante il mio viaggio da Nevers sulle rive della Loira. La seconda è il laiteron blu delle Alpi, sonchus alpinus; mi ha fatto ancora più piacere perché ho faticato molto a identificarla, pensando per un po’ che fosse una lattuga. La terza è il lichene Islandicus, che ho riconosciuto subito dai peli corti presenti sui suoi margini fogliari. Vi sto annoiando con queste mie descrizioni pedanti. Ma se la vostra Henriette prendesse gusto alle piante, come cambierebbe rapidamente il mio “fieno” in fiori! Allora, nonostante voi e i vostri denti, sareste costretti a diventare botanici.
Lettera DCCCXCVII – A Madama B.
Monquin, 28 ottobre 1769.
Se non fossi stato un infermiere, signora, e se lo fossi ancora oggi, sarei stato più rapido nel ringraziarvi per il piacere che mi ha procurato la vostra lettera, e per il desiderio che ho di meritare e coltivare questa corrispondenza che voi mi offrite con tanta gentilezza. Il vostro carattere affabile e i vostri buoni sentimenti erano già abbastanza noti a me da farmi rimpiangere di non aver potuto rendervi omaggio di persona quando fui per un momento vostro vicino. Ora, signora, con la possibilità di intrattenermi occasionalmente con voi in modo dolce e piacevole, mi offrite una compensazione della quale già sento il valore, ma che può essere apprezzata soltanto attraverso l’immaginazione, che cerca di sostituire il fascino di vedere i vostri occhi e i vostri tratti animarsi da quei sentimenti vivaci e onesti di cui il vostro cuore sembra essere pieno. Non temete che il mio cuore rifiuti la fiducia che voi desiderate concedermi, non ne sono certo indegno.
Addio, signora; vi prego, credetemi, il mio cuore risponde pienamente al vostro, ed è proprio per questo che la mia penna non aggiunge nulla.
Lettera DCCCXCIX – A Monsieur du Peyrou
Monquin, 15 novembre 1769.
Ecco voi, mio caro ospite: grazie alla guarigione dalla quale siete stato liberato, vi trovate in uno di quei momenti felici in cui, non vedendo ancora all’orizzonte il ritorno delle malattie che vi affliggevano, potete godere della salute e persino prolungarla. Sono certo che il modo più dolce in cui potrete utilizzare questo tempo sarà rendere la vita felice a quell’amabile Henriette che versa tanta tenerezza e consolazione nella vostra. I dettagli che mi avete raccontato riguardo al modo in cui coltivate i sentimenti nobili e la ragione che hanno trovato in lei, mi fanno comprendere quanto piacere debba procurarvi un’occupazione così preziosa. E spesso, durante la giornata, desidero ardentemente avere la gioia di essere testimone di tutto ciò. Tuttavia, chiamato da doveri grandi e tristi a impegni più urgenti, non vedo alcuna possibilità di trascorrere i miei ultimi giorni al vostro fianco. Ne sento il desiderio. Lo realizzerei anche se dipendesse soltanto dalla mia volontà; forse non è del tutto impossibile. Ma essendo abituato a vedere tutti i miei desideri frustrati in ogni cosa, ho completamente smesso di sperarci, e mi limito a cercare di sopportare il resto della mia sorte, da uomo, così come il cielo ha deciso di mandarmela.
Ne parlons plus de botanique, mon cher hôte ; quoique la passion que j’avais pour elle n’ait fait qu’augmenter jusqu’ici ; quoique cette innocente et aimable distraction me fût bien nécessaire dans mon état, je la quitte, il le faut ; n’en parlons plus. Depuis que j’ai commencé de m’en occuper, j’ai fait une assez considérable collection de livres de botanique, parmi lesquels il y en a de rares et de recherchés par les botanophiles, qui peuvent donner quelque prix à cette collection. Outre cela, j’ai fait sur la plupart de ces livres lui grand travail par rapport à la synonymie, en ajoutant à la plupart des descriptions et des figures le nom de Linnoeus. Tl faut s’être essayé sur ces sortes de concordances pour comprendre la peine qu’elles coûtent, et combien celle que j’ai prise peut en éviter à ceux à qui passeront ces mêmes livres, s’ils en veulent faire usage. Je cherche à me défaire de cette collection, qui me devient inutile et difficile à transporter. Je voudrais qu’elle pût vous convenir ; et je ne désespère pas, quand vous aurez un jardin de plantes, que vous ne repreniez le goût de la botanique qui, selon moi, vous serait très avantageux. En ce cas, vous auriez une collection toute faite, qui pourrait vous suffire, et que vous formeriez difficilement aussi complète en détail ; ainsi j’ai cru devoir vous la proposer avant que d’en parler à personne : j’en fais faire le catalogue ; voulez-vous que je vous le fasse passer ?
Je ne suis point surpris des soins, des longueurs, des frais inattendus, des embarras de toute espèce que vous cause votre bâtiment : vous avez dû vous y attendre, et vous pouvez vous rappeler ce que je vous ai écrit et dit à ce sujet quand vous en avez formé l’entreprise. Cependant vous devez être à la fin de la grosse besogne, et ce qui vous reste à faire n’est qu’un amusement en comparaison de ce qui est fait : à moins pourtant que vous ne donniez dans la manie de défaire et refaire ; car, en ce cas, vous en avez pour la vie, et vous ne jouirez jamais. Refusez-vous totalement à cette tentation dangereuse, ou je vous prédis que vous vous en trouverez très mal.
Lettre CMI – À Madame B.
Monquin, le 7 décembre 1769.
Je présume, madame, que vous voilà heureusement arrivée à Paris, et peut-être déjà dans le tourbillon de ces plaisirs bruyants dont vous pressentiez le vide, en vous proposant de les chercher. Je ne crains pas que vous les trouviez, à l’épreuve, plus substantiels pour un coeur tel que le vôtre me paraît être, que vous ne les avez estimés ; mais il pourrait résulter de leur habitude une chose bien cruelle, c’est qu’ils devinssent pour vous des besoins, sans être des aliments ; et vous voyez dans quel état cruel cela jette quand on est forcé de chercher son existence là où l’on sent bien qu’on ne trouvera jamais le bonheur. Pour prévenir un pareil malheur, quand on est dans le train d’en courir le risque, je ne vois guère qu’une chose à taire, c’est de veiller sévèrement sur soi-même, et de rompre cette habitude, ou du moins de l’interrompre avant de s’en laisser subjuguer. Le mal est que, dans ce cas comme dans un autre plus grave, on ne commence guère à craindre le joug que quand on le porte et qu’il n’est plus temps de le secouer ; mais j’avoue aussi que quiconque a pu faire cet acte de vigueur dans le cas le plus difficile, peut bien compter sur soi-même aussi dans l’autre ; il suffit de prévoir qu’on en aura besoin. La conclusion de ma morale sera donc moins austère que le début. Je ne blâme assurément pas que vous vous livriez, avec la modération que vous y voulez mettre, aux amusements du grand monde où vous vous trouvez : votre âge, madame, vos sentiments, vos résolutions, vous donnent tout le droit d’en goûter les innocents plaisirs sans alarmes ; et tout ce que je vois de plus à craindre dans les sociétés où vous allez briller, est que vous ne rendiez beaucoup plus difficile à suivre pour d’autres l’avis que je prends la liberté de vous donner.
Je crains bien, madame, que l’intérêt peut-être un peu trop vif que vous m’inspirez ne m’ait fait vous prendre un peu trop légèrement au mot sur ce ton de pédagogue que vous m’invitez en quelque façon de prendre avec vous. Si vous trouvez mon radotage impertinent ou maussade, ce sera ma vengeance de la petite malice avec laquelle vous êtes venue agacer un pauvre barbon qui se dépêche d’être sermonneur, pour éviter la tentation d’être encore plus ridicule. Je suis même un peu tenté, je vous l’avoue, de m’en tenir là : l’état où vous m’apprenez que vous êtes actuellement, et le vide du coeur, accompagné d’une tristesse habituelle que laisse dans le vôtre ce tumulte qu’on appelle société, me donnent, madame, un vif désir de rechercher avec vous s’il n’y aurait pas moyen de faire servir une de ces deux choses de remède à l’autre ; mais cela me mènerait à des discussions si déplacées dans le train d’amusements où je vous suppose, et que le carnaval dont nous approchons va probablement rendre plus vifs, qu’il me faudrait de votre part plus qu’une permission pour oser entamer cette matière dans un moment aussi désavantageux. Si vous m’entendez d’avance, comme je puis l’espérer ou le craindre, dites-moi, de grâce, si je dois parler ou me taire ; et soyez sûre, madame, que dans l’un ou l’autre cas je vous obéirai, non pas avec le même plaisir peut-être, mais avec la même fidélité.
1770
Lettre CMII – À M. du Peyrou
Lettre CMIII – À M. Moultou
Lettre CMIV – À Madame B.
Lettre CMV – À la même
Lettre CMVI – À M. l’abbé M.
Lettre CMVII – À M. Moultou
Lettre CMVIII – À Madame Gonceru
Lettre CMIX – Au marquis de Condorcet
Lettre CMX – À M. de Belloy
Lettre CMXI – À M. de Saint-Germain
Lettre CMXII – Au même
Lettre CMXIII – À M. l’abbé M.
Lettre CMXIV – À M. de saint-Germain
Lettre CMXV – À M. du Peyrou
Lettre CMXVI – À M. de Belloy
Lettre CMXVII – À M. l’abbé M.
Lettre CMXVIII – À Madame B.
Lettre CMXIX – À M. Moultou
Lettre CMXX – À M. Lalliaud
Lettre CMXXI – À M. Moultou
Lettre CMXXII – À M. de Saint-Germain
Lettre CMXXIII – À M. de Cesarges
Lettre CMXXIV – À M. de Saint-Germain
Lettre CMXXV – À M. de La Tourette
Lettre CMXXVI – À M. de Saint-Germain
Lettre CMXXVII – Au même
Lettre CMXXVIII – À Madame B.
Lettre CMXXVIII – À Madame B.
Lettre CMXXX – À M. de Saint-Germain
Lettre CMXXXI – À Madame La Tour
Lettre CMXXXII – À M. de Saint-Germain
Lettre CMXXXIII – À Madame de Créqui
Lettre CMXXXIV – À la même
Lettre CMXXXV – À la même
Lettre CMXXXVI – À M. Dusaulx
Lettre CMXXXVII – À M. Dutens
Lettre CMXXXVIII – À M. du Peyrou
Lettre CMXXXIX – À M. L.D.M
Lettre CMXL – À M.
Table de la correspondance
Lettre CMII – À M. du Peyrou
Monquin, le 7 janvier 1770.
Excusez, mon cher hôte, le retard de ma réponse. Je ne vous ai jamais promis de l’exactitude, encore moins de la diligence ; et j’ai maintenant une inertie plus grande qu’à l’ordinaire par la rigueur de la saison et par le froid excessif de ma chambre, où, le nez sur un feu presque aussi ardent que ceux que vous faisiez faire à Trye, je ne puis garantir mes doigts de l’onglée[1008].
J’ai prévu et je vous ai prédit tout ce qui vous arrive au sujet de votre bâtiment, et dans le fond autant vaut qu’il vous occupe qu’autre chose ; si c’est un tracas, c’est aussi un amusement. C’est d’ailleurs la charge de votre état : il faut opter dans la vie entre être pauvre ou être affairé ; trop heureux d’éviter un troisième état que je connais bien, c’est d’être à la fois l’un et l’autre.
Let us not talk about botany anymore, my dear host; although my passion for it has only grown over time, and although this innocent and delightful pastime was indeed necessary for me in my current state of affairs, I must now abandon it—let us not mention it further. Since I began to pursue it, I have gathered a rather considerable collection of botany books, among which are some rare and highly sought-after works by botanists that might add value to this collection. In addition, I spent considerable effort on organizing these books by synonyms, adding Linnaeus’ names to most of the descriptions and illustrations. One must have tried to compile such concordances to understand the amount of work involved, and how much time and effort mine could save those who wish to use these same books in the future. I am trying to get rid of this collection, as it has become both useless and difficult for me to transport. I hope it might be of some use to you; and I do not despair that, once you have your own garden, you may regain an interest in botany—which, in my opinion, would be of great benefit to you. In that case, you would already possess a fairly complete collection, one that would be difficult for anyone else to assemble in such detail. Therefore, I thought it only right to offer it to you before discussing it with anyone else; I am having it catalogued at the moment. Would you like me to send it to you?
I am not surprised by the troubles, delays, unexpected expenses, and various difficulties that your construction project has caused you: you must have expected such things, and you can surely recall what I wrote and said to you on this subject when you first decided to undertake it. However, you must now be nearing the end of the main work; what remains for you to do is merely trivial in comparison to what has already been accomplished—unless, of course, you fall into the habit of constantly undoing and starting over. In that case, you will never finish, and you will never enjoy any success. Resist this dangerous temptation completely, or I predict that you will suffer greatly as a result.
Letter CMI – To Madame B.
Monquin, December 7, 1769.
Madam, I suppose you have finally arrived in Paris and may already be immersed in those noisy amusements whose emptiness you had foreseen when you decided to seek them out. I do not doubt that, upon closer examination, you will find them far less substantial for a heart as noble as yours as you had imagined; yet their constant pursuit could lead to a cruel consequence: they might become mere necessities rather than sources of true happiness. You can see how dire this would be when one is forced to seek fulfillment in what one knows will never bring true joy. To prevent such misfortune, when one is at risk of falling into it, I see little other remedy than to exercise strict self-discipline and break this habit—or at least try to do so before it becomes too powerful. The trouble is that, just as in more serious situations, people often begin to fear oppression only once they are under its yoke, by then it is too late to escape. Yet I also believe that anyone who has shown such resolve in the most difficult circumstances can surely rely on themselves in this matter as well; it simply requires recognizing the need for such strength. In conclusion, my advice will prove less harsh than it may seem at first. I certainly do not condemn you for engaging in the amusements of high society in moderation—your age, your feelings, and your resolve give you every right to enjoy their innocent pleasures without fear. The only thing I fear is that your presence in these circles might make it harder for others to follow the path I suggest you take.
I fear, madam, that my perhaps somewhat excessive interest in you may have led me to take your words a bit too lightly, in that pedagogical tone you seem to invite me to adopt when addressing you. If you find my chatter impertinent or gloomy, then it shall be my revenge for the little mischief with which you chose to annoy a poor old man who is hurrying to assume the role of a moralist, just to avoid the temptation of becoming even more ridiculous. I must admit, I am even tempted to stop here: the state in which you have informed me that you currently find yourself, along with the emptiness and habitual sadness that such social activities leave in your heart, give me a strong desire to explore with you whether it might be possible to use one of these two things as a remedy for the other. But such discussions would be utterly out of place in the amusements I suppose you are engaged in, and given that the carnival we are approaching will likely intensify these festivities even further, you would surely require more than mere permission before I could dare bring up such a subject at such an inopportune moment. If you happen to be listening to me right now, as I hope—or perhaps fear—please tell me whether I should speak or remain silent. And believe me, madam, in either case, I will obey you—not perhaps with the same pleasure, but certainly with the same fidelity.
1770
Letter CMII – To Mr. du Peyrou
Letter CMIII – To Mr. Moultou
Letter CMIV – To Madame B.
Letter CMV – To the Same One
Letter CMVI – To Mr. Abbé M.
Letter CMVII – To Mr. Moultou
Letter CMVIII – To Madame Gonceru
Letter CMIX – To the Marquis of Condorcet
Letter CMX – To Mr. de Belloy
Letter CMXI – To Mr. de Saint-Germain
Letter CMXII – To the Same One
Letter CMXIII – To Mr. Abbé M.
Letter CMXIV – To Mr. de Saint-Germain
Letter CMXV – To Mr. du Peyrou
Letter CMXVI – To Mr. de Belloy
Letter CMXVII – To Mr. Abbé M.
Letter CMXVIII – To Madame B.
Letter CMXIX – To Mr. Moultou
Letter CMXX – To Mr. Lalliaud
Letter CMXXI – To Mr. Moultou
Letter CMXXII – To Mr. de Saint-Germain
Letter CMXXIII – To Mr. de Cesarges
Letter CMXXIV – To Mr. de Saint-Germain
Letter CMXXV – To Mr. de La Tourette
Letter CMXXVI – To Mr. de Saint-Germain
Letter CMXXVII – To the Same One
Letter CMXXVIII – To Madame B.
Letter CMXXVIII – To Madame B.
Letter CMXXX – To Mr. de Saint-Germain
Letter CMXXXI – To Madame La Tour
Letter CMXXXII – To Mr. de Saint-Germain
Letter CMXXXIII – To Madame de Créqui
Letter CMXXXIV – To the Same One
Letter CMXXXV – To the Same One
Letter CMXXXVI – To Mr. Dusaulx
Letter CMXXXVII – To Mr. Dutens
Letter CMXXXVIII – To Mr. du Peyrou
Letter CMXXXIX – To Mr. L.D.M
Letter CMXL – To Mr.
Correspondence Table
Letter CMII – To Mr. du Peyrou
Monquin, January 7, 1770.
Excuse me, my dear host, for the delay in my reply. I never promised you accuracy, let alone diligence; and now, due to the severity of the season and the extreme cold in my room—where I am huddled by a fire almost as intense as those you used to have in Trye—I cannot guarantee that my fingers will not freeze[1008].
I anticipated and predicted everything that is happening to you regarding your building; in essence, it’s just as good for you to focus on that as anything else. If it’s a source of trouble, it’s also a form of entertainment. After all, this is the nature of your state of being: in life, one must choose between being poor or being busy. I’m too happy to have to consider a third state—which, I know all too well, would be to be both at once.
Lasciamo perdere la botanica, mio caro ospite; anche se la passione che nutrivo per essa non ha fatto altro che aumentare fino ad ora, e anche se questa innocente e piacevole distrazione mi era davvero necessaria nella mia situazione attuale, devo rinunciarvi. Lasciamo perdere. Da quando ho iniziato a occuparmene, ho raccolto una notevole quantità di libri di botanica, tra cui alcuni rari e apprezzati dai botanofili, che potrebbero dare un certo valore a questa collezione. Inoltre, ho dedicato molto lavoro alla compilazione di tabelle di sinonimie per la maggior parte di questi libri, aggiungendo al contenuto descrittivo e alle illustrazioni anche il nome di Linneo. Solo chi ha provato a realizzare simili concordanze può comprendere quanto tempo e impegno richiedano; sono certo che il lavoro che ho svolto possa risparmiare molto a coloro che volessero utilizzare questi stessi libri in futuro. Cerco ora di disfarmi di questa collezione, che è diventata per me inutile e difficile da trasportare. Vorrei che potesse esservi utile; non dispero che, quando avrete un giardino botanico, riprendiate interesse per la botanica, che, a mio parere, vi sarebbe di grande beneficio. In tal caso, disporreste già di una collezione completa, che difficilmente potreste arricchire ulteriormente. Per questo ho ritenuto opportuno proporvela prima di parlarne con chiunque altro; sto facendo preparare il suo catalogo. Volete che ve lo invii?
Non mi sorprendono affatto le cure, le difficoltà, le spese inaspettate e i vari imbarazzi che la costruzione di questo edificio vi causa: dovevate esservi aspettati a tutto ciò, e potete ricordare ciò che vi ho scritto e detto al riguardo quando avete deciso di intraprenderla. Tuttavia, ormai dovreste essere quasi alla fine dei lavori principali; ciò che vi resta da fare è soltanto un compito relativamente facile rispetto a quanto già realizzato. A meno che non continuiate nella vostra abitudine di smontare e rimontare tutto da capo; in tal caso, avrete problemi per tutta la vita e non godrete mai dei risultati ottenuti. Rifiutate decisamente questa tentazione pericolosa, altrimenti vi troverete in una situazione molto difficile.
Lettera CMI – Alla Signora B.
Monquin, 7 dicembre 1769.
Presumo, signora, che siate finalmente arrivata a Parigi e che forse già vi troviate nel vortice di quei piaceri rumorosi i cui vuoti avevate previsto, cercandoli appunto con tanta insistenza. Non temo che, alla prova, li troviate più significativi per un cuore come il vostro di quanto li aveste ritenuti; tuttavia, l’abitudine a essi potrebbe portare a una conseguenza molto crudele: diventerebbero per voi necessità, senza però offrire vera felicità. E vedete in quale stato terribile ci si trova quando si è costretti a cercare la propria esistenza proprio là dove si sa con certezza di non trovare mai la vera felicità. Per evitare un simile disastro, quando si corre il rischio di incorrervi, non vedo altra soluzione se non quella di vigilare severamente su se stessi e di interrompere questa abitudine, o quanto meno di tentare di farlo prima che diventi insormontabile. Il problema è che, in questo caso come in altri ancora più gravi, si inizia a temere il giogo solo quando lo si porta già addosso, e ormai non c’è più tempo per liberarsene; tuttavia ammetto anche che chiunque sia stato in grado di dimostrare tale forza di volontà nelle situazioni più difficili può sicuramente fare lo stesso anche in questa; basta semplicemente essere consapevoli del bisogno di farlo. La conclusione della mia riflessione, quindi, sarà meno austera dell’inizio. Non biasimo affatto che vi dedichiate, con la moderazione che desiderate, ai divertimenti del grande mondo in cui vi trovate: la vostra età, i vostri sentimenti e le vostre risoluzioni vi danno tutto il diritto di godere dei piaceri innocenti che esso offre senza preoccupazioni; e l’unica cosa da temere nelle società in cui andrete a brillare è che questo possa rendere più difficile per gli altri seguire i consigli che ho il coraggio di darvi.
Temo molto, signora, che l’interesse forse un po’ troppo vivo che voi mi ispirate mi abbia fatto prendere un po’ troppo alla leggera le vostre parole, e che il tono di “pedagogista” con cui in qualche modo mi invitate a parlare con voi mi abbia portato a farlo. Se trovate il mio monologo impertinente o malinconico, questa sarà la mia vendetta per la piccola malizia con cui avete deciso di infastidire un povero vecchio che si affretta a diventare un predicatore, solo per evitare la tentazione di diventare ancora più ridicolo. Devo ammettere che sono persino tentato di fermarmi qui: lo stato in cui mi avete appena informato di trovarvi attualmente, il vuoto nel vostro cuore e la tristezza costante che lascia in voi tutto quel “tumulto” che chiamiamo società, tutto ciò mi spinge, signora, a cercare con voi se non esista qualche modo per utilizzare una di queste due cose come rimedio all’altra; ma questo mi porterebbe a discussioni così inopportune nel contesto dei divertimenti che immagino vi occupiate attualmente, e il carnevale che ci avvicina probabilmente renderà tutto ancora più vivace. Perciò, signora, avrei bisogno di molto più di una semplice “permissione” da parte vostra per osare affrontare questo argomento in un momento così poco appropriato. Se mi ascoltate già ora, come posso sperare o temere, ditemi, vi prego, se devo parlare o tacere; e sappiate che, in ogni caso, vi obbedirò, forse non con lo stesso piacere, ma con la stessa fedeltà.
1770
Lettera CMII – A Monsieur du Peyrou
Lettera CMIII – A Monsieur Moultou
Lettera CMIV – Alla Signora B.
Lettera CMV – Alla stessa persona
Lettera CMVI – A Monsignor l’Abate M.
Lettera CMVII – A Monsieur Moultou
Lettera CMVIII – Alla Signora Gonceru
Lettera CMIX – Al marchese di Condorcet
Lettera CMX – A Monsieur de Belloy
Lettera CMXI – A Monsieur de Saint-Germain
Lettera CMXII – Allo stesso.
Lettera CMXIII – A Monsignor l’Abate M.
Lettera CMXIV – A Monsieur de Saint-Germain
Lettera CMXV – A Monsieur du Peyrou
Lettera CMXVI – A Monsieur de Belloy
Lettera CMXVII – A Monsignor l’Abate M.
Lettera CMXVIII – A Madama B.
Lettera CMXIX – A Monsieur Moultou
Lettera CMXX – A Monsieur Lalliaud
Lettera CMXXI – A Monsieur Moultou
Lettera CMXXII – A Monsieur de Saint-Germain
Lettera CMXXIII – A Monsieur de Cesarges
Lettera CMXXIV – A Monsieur de Saint-Germain
Lettera CMXXV – A Monsieur de La Tourette
Lettera CMXXVI – A Monsieur de Saint-Germain
Lettera CMXXVII – Allo stesso.
Lettera CMXXVIII – A Madama B.
Lettera CMXXVIII – A Madama B.
Lettera CMXXX – A Monsieur de Saint-Germain
Lettera CMXXXI – A Madame La Tour
Lettera CMXXXII – A Monsieur de Saint-Germain
Lettera CMXXXIII – Alla Signora de Créqui
Lettera CMXXXIV – Alla stessa persona
Lettera CMXXXV – Alla stessa persona
Lettera CMXXXVI – A Monsieur Dusaulx
Lettera CMXXXVII – A Monsieur Dutens
Lettera CMXXXVIII – A Monsieur du Peyrou
Lettera CMXXXIX – A Monsieur L.D.M
Lettera CMXL – A Monsieur.
Tabella della corrispondenza
Lettera CMII – A Monsieur du Peyrou
Monquin, 7 gennaio 1770.
Scusate, mio caro ospite, il ritardo nella mia risposta. Non vi ho mai promesso che sarebbe stata precisa, né tantomeno tempestiva; inoltre, al momento sono particolarmente indolente a causa della rigore della stagione e del freddo estremo della mia stanza. Con il naso vicino a un fuoco quasi altrettanto intenso di quelli che facevate accendere a Trye, non posso garantire che le mie dita non si congelino[1008].
Ho previsto e vi ho predetto tutto ciò che vi sta accadendo riguardo al vostro edificio; in fondo, tanto vale che vi occupiate di questo argomento piuttosto che di altro: se rappresenta un problema, è anche una forma di divertimento. Del resto, questa è proprio la natura del vostro stato sociale: nella vita bisogna scegliere tra essere poveri o essere impegnati in mille cose; siamo troppo fortunati ad evitare una terza condizione che conosco bene, quella di essere contemporaneamente entrambi.
Grand merci, mon cher hôte, de la subite velléité qui vous prend de m’avoir auprès de vous. J’ai vu le temps que l’exécution de ce projet eut fait le bonheur de ma vie ; et si ce temps n’est plus, ce n’est assurément pas ma faute. Vous m’exhortez à vous traiter tout-à-fait en étranger ou tout-à-fait en ami ; l’alternative me paraît dure, car votre exemple ne m’a pas laissé le choix, et votre cachet m’avertit sans cesse que nos deux âmes ne sauraient jamais se monter au même ton. Vous voulez que nous fassions un saut en arrière de trois ou quatre ans ; vous voilà bien leste avec votre goutte : pour moi, je ne me sens pas aussi dispos que cela ; et quand je pourrais me résoudre à faire ce saut une fois, je voudrais du moins être sûr de n’en avoir pas dans trois ou quatre ans un second à faire. Je vous avoue naturellement que si ce saut était en mon pouvoir, je ne le ferais pas seulement de trois, mais de huit.
Tout cela dit, je ne vous dissimulerai point que j’effacerai difficilement de mes souvenirs la douce idée que je m’étais faite d’achever paisiblement mes jours près de vous. J’avoue même que l’aimable hôtesse que vous m’avez-donnée me rend cette idée infiniment plus riante. Si je pouvais lui faire ma cour, au point de vous rendre jaloux du pauvre barbon, cela me paraîtrait fort plaisant et surtout fort agréable ; et croyez-moi, mon cher hôte, vous aurez beau vous vanter d’en vouloir courir les risques, je vous connais, votre mine stoïque est admirable, mais seulement tant que vous êtes loin du danger.
Votre conseil de ne point renoncer subitement et absolument à la botanique me paraît de fort bon sens, et je prends le parti de le suivre. Il est contre la nature de la chose de se prescrire ou de s’interdire d’avance un choix dans ses amusements. Quand le dégoût viendra, je cesserai d’herboriser ; quand le goût reviendra, je recommencerai jusqu’à ce qu’il me quitte derechef. Il est déjà revenu. Des plantes qu’on m’a envoyées et des correspondances de botanique me l’ont rendu, et je doute qu’il s’éteigne jamais tout-à-fait. Cela n’empêchera pourtant pas que je ne me défasse de mes livres et même de mon herbier ; et, si vous voulez tout de bon vous accommoder de l’un et de l’autre, je serai charmé qu’ils tombent entre vos mains, qui, quoique vous en disiez, ne seront jamais pour moi des mains tout-à-fait étrangères. Le désir que j’avais de vous envoyer le catalogue est une des causes qui ont retardé cette lettre. Le grand froid ne me permet pas, quant à présent, ce bouquinage ; et, puisque vous ne voulez pas encore avoir ces livres, rien ne presse. Mais vous ne serez pas oublié, et vous aurez la préférence que vous avez l’honnêteté de me demander, et qui en devient réellement une, car depuis ma dernière lettre on m’a demandé cette collection.
Monquin, le 7 janvier 1770.
Excusez, mon cher hôte, le retard de ma réponse. Je ne vous ai jamais promis de l’exactitude, encore moins de la diligence ; et j’ai maintenant une inertie plus grande qu’à l’ordinaire par la rigueur de la saison et par le froid excessif de ma chambre, où, le nez sur un feu presque aussi ardent que ceux que vous faisiez faire à Trye, je ne puis garantir mes doigts de l’onglée[1009].
J’ai prévu et je vous ai prédit tout ce qui vous arrive au sujet de votre bâtiment, et dans le fond autant vaut qu’il vous occupe qu’autre chose ; si c’est un tracas, c’est aussi un amusement. C’est d’ailleurs la charge de votre état : il faut opter dans la vie entre être pauvre ou être affairé ; trop heureux d’éviter un troisième état que je connais bien, c’est d’être à la fois l’un et l’autre.
Grand merci, mon cher hôte, de la subite velléité qui vous prend de m’avoir auprès de vous. J’ai vu le temps que l’exécution de ce projet eut fait le bonheur de ma vie ; et si ce temps n’est plus, ce n’est assurément pas ma faute. Vous m’exhortez à vous traiter tout-à-fait en étranger ou tout-à-fait en ami ; l’alternative me paraît dure, car votre exemple ne m’a pas laissé le choix, et votre cachet m’avertit sans cesse que nos deux âmes ne sauraient jamais se monter au même ton. Vous voulez que nous fassions un saut en arrière de trois ou quatre ans ; vous voilà bien leste avec votre goutte : pour moi, je ne me sens pas aussi dispos que cela ; et quand je pourrais me résoudre à faire ce saut une fois, je voudrais du moins être sûr de n’en avoir pas dans trois ou quatre ans un second à faire. Je vous avoue naturellement que si ce saut était en mon pouvoir, je ne le ferais pas seulement de trois, mais de huit.
Tout cela dit, je ne vous dissimulerai point que j’effacerai difficilement de mes souvenirs la douce idée que je m’étais faite d’achever paisiblement mes jours près de vous. J’avoue même que l’aimable hôtesse que vous m’avez-donnée me rend cette idée infiniment plus riante. Si je pouvais lui faire ma cour, au point de vous rendre jaloux du pauvre barbon, cela me paraîtrait fort plaisant et surtout fort agréable ; et croyez-moi, mon cher hôte, vous aurez beau vous vanter d’en vouloir courir les risques, je vous connais, votre mine stoïque est admirable, mais seulement tant que vous êtes loin du danger.
Votre conseil de ne point renoncer subitement et absolument à la botanique me paraît de fort bon sens, et je prends le parti de le suivre. Il est contre la nature de la chose de se prescrire ou de s’interdire d’avance un choix dans ses amusements. Quand le dégoût viendra, je cesserai d’herboriser ; quand le goût reviendra, je recommencerai jusqu’à ce qu’il me quitte derechef. Il est déjà revenu. Des plantes qu’on m’a envoyées et des correspondances de botanique me l’ont rendu, et je doute qu’il s’éteigne jamais tout-à-fait. Cela n’empêchera pourtant pas que je ne me défasse de mes livres et même de mon herbier ; et, si vous voulez tout de bon vous accommoder de l’un et de l’autre, je serai charmé qu’ils tombent entre vos mains, qui, quoique vous en disiez, ne seront jamais pour moi des mains tout-à-fait étrangères. Le désir que j’avais de vous envoyer le catalogue est une des causes qui ont retardé cette lettre. Le grand froid ne me permet pas, quant à présent, ce bouquinage ; et, puisque vous ne voulez pas encore avoir ces livres, rien ne presse. Mais vous ne serez pas oublié, et vous aurez la préférence que vous avez l’honnêteté de me demander, et qui en devient réellement une, car depuis ma dernière lettre on m’a demandé cette collection.
Lettre CMIV – À Madame B.
Monquin, le 17 janvier 1770.
Votre lettre, madame, exigerait une longue réponse ; mais je crains que le trouble passager où je suis ne me permette pas de la faire comme il faudrait. Il m’est difficile de m’accoutumer assez aux outrages et à l’imposture, même la plus comique, pour ne pas sentir, à chaque fois qu’on les renouvelle, les bouillonnements d’un coeur fier qui s’indigne précéder le ris moqueur qui doit être ma seule réponse à tout cela. Je crois pourtant avoir gagné beaucoup : j’espère gagner davantage ; et je crois voir le moment assez proche où je me ferai un amusement de suivre dans leurs manoeuvres souterraines ces troupes de noires taupes qui se fatiguent à me jeter de la terre sur les pieds. En attendant, nature pâtit encore un peu, je l’avoue : mais le mal est court, bientôt il sera nul. Je viens à vous.
Thank you very much, my dear host, for this sudden impulse that made you want to have me by your side. I saw how much time the execution of this project would have brought happiness to my life; and if that time is now gone, it is certainly not my fault. You urge me to treat you either as a stranger or as a friend; but this choice seems difficult to me, for your example has left me with no other option, and your manner constantly reminds me that our two souls could never ever resonate on the same level. You want us to take a step back of three or four years; well, you are certainly quick to make such decisions. But as for me, I am not quite so ready; and even if I could resolve to do this once, I would at least want to be certain that I wouldn’t have to do it again in three or four years. I must confess to you that, if it were up to me, I would not limit the step back to three years—rather, eight years.
Having said all this, I shall not hide from you that it will be very difficult for me to erase from my memories the pleasant notion I had of spending my days in peace and tranquility by your side. I even admit that the kind hostess you have provided for me makes this idea seem even more delightful. If I could court her to the point of making you jealous of this poor old man, it would seem to me extremely amusing—and, above all, very pleasant. Believe me, my dear host, no matter how much you boast about being willing to take such risks, I know you well. Your stoic demeanor is indeed admirable—but only when you are far away from any danger.
Your advice to refrain from suddenly and completely giving up botany seems to me to be perfectly sensible, and I choose to follow it. It goes against the very nature of things to preclude oneself from making choices in one’s pursuits. When disgust arises, I will stop collecting plants; when interest returns, I will begin again until it leaves me once more. It has already returned—plants that were sent to me and correspondence related to botany have renewed my interest, and I doubt it will ever completely fade away. Nevertheless, this will not prevent me from getting rid of my books and even my herbarium. And if you truly wish to possess them, I would be delighted if they fell into your hands, for, no matter what you say, your hands will never be entirely foreign to me. The desire to send you the catalog was one of the reasons that delayed this letter. The severe cold prevents me from engaging in such tasks at present; and since you don’t want these books yet, there is no rush. But you will not be forgotten, and you will receive the preference that you have the honesty to ask for—and which truly becomes one, for since my last letter, someone has expressed interest in this collection.
Monquin, January 7, 1770.
Excuse me, my dear host, for the delay in my reply. I never promised you accuracy, let alone diligence; and now, due to the severity of the season and the extreme cold in my room—where I am huddled by a fire almost as intense as those you used to have in Trye—I cannot guarantee that my fingers will not freeze[1009].
I anticipated and predicted everything that is happening to you regarding your building; in essence, it’s just as good for you to focus on that as anything else. If it’s a source of trouble, it’s also a form of entertainment. After all, this is the nature of your state of being: in life, one must choose between being poor or being busy. I’m too happy to have to consider a third state—which, I know all too well, would be to be both at once.
Thank you very much, my dear host, for this sudden impulse that made you want to have me by your side. I saw how much time the execution of this project would have brought happiness to my life; and if that time is now gone, it is certainly not my fault. You urge me to treat you either as a stranger or as a friend; but this choice seems difficult to me, for your example has left me with no other option, and your manner constantly reminds me that our two souls could never ever resonate on the same level. You want us to take a step back of three or four years; well, you are certainly quick to make such decisions. But as for me, I am not quite so ready; and even if I could resolve to do this once, I would at least want to be certain that I wouldn’t have to do it again in three or four years. I must confess to you that, if it were up to me, I would not limit the step back to three years—rather, eight years.
Having said all this, I shall not hide from you that it will be very difficult for me to erase from my memories the pleasant notion I had of spending my days in peace and tranquility by your side. I even admit that the kind hostess you have provided for me makes this idea seem even more delightful. If I could court her to the point of making you jealous of this poor old man, it would seem to me extremely amusing—and, above all, very pleasant. Believe me, my dear host, no matter how much you boast about being willing to take such risks, I know you well. Your stoic demeanor is indeed admirable—but only when you are far away from any danger.
Your advice to refrain from suddenly and completely giving up botany seems to me to be perfectly sensible, and I choose to follow it. It goes against the very nature of things to preclude oneself from making choices in one’s pursuits. When disgust arises, I will stop collecting plants; when interest returns, I will begin again until it leaves me once more. It has already returned—plants that were sent to me and correspondence related to botany have renewed my interest, and I doubt it will ever completely fade away. Nevertheless, this will not prevent me from getting rid of my books and even my herbarium. And if you truly wish to possess them, I would be delighted if they fell into your hands, for, no matter what you say, your hands will never be entirely foreign to me. The desire to send you the catalog was one of the reasons that delayed this letter. The severe cold prevents me from engaging in such tasks at present; and since you don’t want these books yet, there is no rush. But you will not be forgotten, and you will receive the preference that you have the honesty to ask for—and which truly becomes one, for since my last letter, someone has expressed interest in this collection.
Letter CMIV – To Madame B.
Monquin, January 17, 1770.
Madam, your letter would require a lengthy reply; but I fear that the temporary state of turmoil in which I find myself prevents me from responding as it should be done. It is difficult for me to become accustomed to such insults and deceit—even the most ridiculous ones—without feeling, every time they are repeated, how my proud heart rebels at such mockery, even though laughter should be my only response to it all. Yet I believe I have already gained much; I hope to gain even more; and I think the time is not far off when I will find amusement in watching these bands of “black moles” go about their underhanded maneuvers, struggling in vain to bury me under a heap of dirt. In the meantime, I admit that nature suffers a little, but this suffering is brief; soon it will be over. I am writing to you now.
Grazie mille, mio caro ospite, per questa improvvisa voglia di avermi accanto a voi. Ho visto quanto tempo l’attuazione di questo progetto avrebbe potuto rendere felice la mia vita; e se quel tempo non esiste più, certamente non è colpa mia. Mi esortate a trattarvi sia come un estraneo che come un amico. Ma questa alternativa mi sembra difficile: il vostro esempio non mi ha lasciato scelta, e i vostri modi mi fanno sempre capire che le nostre anime non potranno mai trovare un terreno comune. Volete che facciamo un salto indietro di tre o quattro anni. Ma voi siete davvero troppo impaziente; per quanto riguarda me, non mi sento affatto disposto a farlo. E anche se riuscissi a decidermi una volta, vorrei almeno essere sicuro di non doverlo fare di nuovo tra tre o quattro anni. Vi confesso che, se fosse in mio potere, non farei quel salto solo di tre, ma di otto anni.
Detto questo, non vi nasconderò che mi sarà molto difficile cancellare dalla mia memoria l’idea dolce che avevo di trascorrere serenamente i miei ultimi giorni al vostro fianco. Ammetto persino che la gentile ospite che mi avete offerto renda questa idea ancora più piacevole. Se potessi corteggiarla, al punto da farvi gelosare di questo povero vecchio, mi sembrerebbe molto divertente, e soprattutto molto gradevole. E credetemi, mio caro ospite: per quanto vi vantiate di essere disposti a correre questi rischi, vi conosco bene, il vostro atteggiamento stoico è davvero ammirevole, ma solo finché siete lontani dal pericolo.
Il vostro consiglio di non rinunciare improvvisamente e assolutamente alla botanica mi sembra del tutto sensato, e decido di seguirlo. È contro la natura delle cose imporsi o vietarsi in anticipo una scelta tra i propri passatempi. Quando il disgusto arriverà, smetterò di raccogliere piante; quando il gusto tornerà, ricomincerò fino a quando non mi abbandonerà nuovamente. In realtà, il mio interesse per la botanica è già tornato: alcune piante che mi sono state inviate e delle corrispondenze su argomenti botanici me l’hanno fatto ritrovare, e dubito che possa mai svanire del tutto. Questo, tuttavia, non impedirà che mi liberi dei miei libri e persino del mio erbario; e se davvero desiderate averli, sarò felice che finiscano nelle vostre mani, poiché, per quanto possiate dire, esse non saranno mai per me delle mani completamente estranee. Il desiderio di inviarvi il catalogo è stato uno dei motivi che hanno ritardato la stesura di questa lettera; il freddo intenso mi impedisce, al momento, di occuparmene. E poiché non volete ancora ricevere questi libri, non c’è alcuna urgenza. Ma non verrete dimenticati, e avrete quella preferenza che avete l’onestà di chiedermi, e che, in realtà, diventa una vera e propria priorità per me, poiché da quando ho scritto l’ultima volta mi è stata nuovamente richiesta questa collezione.
Monquin, 7 gennaio 1770.
Scusate, mio caro ospite, il ritardo nella mia risposta. Non vi ho mai promesso che sarebbe stata precisa, né tantomeno tempestiva; inoltre, al momento soffro di una maggiore inerzia del solito a causa della rigidezza della stagione e del freddo estremo della mia stanza. Con il naso vicino a un fuoco quasi altrettanto intenso di quelli che facevate accendere a Trye, non posso garantire che le mie dita non si congelino[1009].
Ho previsto e vi ho predetto tutto ciò che vi sta accadendo riguardo al vostro edificio; in fondo, tanto vale che vi occupiate di questo argomento piuttosto che di altro: se rappresenta un problema, è anche una forma di divertimento. Del resto, questa è proprio la natura del vostro stato sociale: nella vita bisogna scegliere tra essere poveri o essere impegnati in mille cose; siamo troppo fortunati ad evitare una terza condizione che conosco bene, quella di essere contemporaneamente entrambi.
Grazie mille, mio caro ospite, per questa improvvisa voglia di avermi accanto a voi. Ho visto quanto tempo l’attuazione di questo progetto avrebbe potuto rendere felice la mia vita; e se quel tempo non esiste più, certamente non è colpa mia. Mi esortate a trattarvi sia come un estraneo che come un amico. Ma questa alternativa mi sembra difficile: il vostro esempio non mi ha lasciato scelta, e i vostri modi mi fanno sempre capire che le nostre anime non potranno mai trovare un terreno comune. Volete che facciamo un salto indietro di tre o quattro anni. Ma voi siete davvero troppo impaziente; per quanto riguarda me, non mi sento affatto disposto a farlo. E anche se riuscissi a decidermi una volta, vorrei almeno essere sicuro di non doverlo fare di nuovo tra tre o quattro anni. Vi confesso che, se fosse in mio potere, non farei quel salto solo di tre, ma di otto anni.
Detto questo, non vi nasconderò che mi sarà molto difficile cancellare dalla mia memoria l’idea dolce che avevo di trascorrere serenamente i miei ultimi giorni al vostro fianco. Ammetto persino che la gentile ospite che mi avete offerto renda questa idea ancora più piacevole. Se potessi corteggiarla, al punto da farvi gelosare di questo povero vecchio, mi sembrerebbe molto divertente, e soprattutto molto gradevole. E credetemi, mio caro ospite: per quanto vi vantiate di essere disposti a correre questi rischi, vi conosco bene, il vostro atteggiamento stoico è davvero ammirevole, ma solo finché siete lontani dal pericolo.
Il vostro consiglio di non rinunciare improvvisamente e assolutamente alla botanica mi sembra del tutto sensato, e decido di seguirlo. È contro la natura delle cose imporsi o vietarsi in anticipo una scelta tra i propri passatempi. Quando il disgusto arriverà, smetterò di raccogliere piante; quando il gusto tornerà, ricomincerò fino a quando non mi abbandonerà nuovamente. In realtà, il mio interesse per la botanica è già tornato: alcune piante che mi sono state inviate e delle corrispondenze su argomenti botanici me l’hanno fatto ritrovare, e dubito che possa mai svanire del tutto. Questo, tuttavia, non impedirà che mi liberi dei miei libri e persino del mio erbario; e se davvero desiderate averli, sarò felice che finiscano nelle vostre mani, poiché, per quanto possiate dire, esse non saranno mai per me delle mani completamente estranee. Il desiderio di inviarvi il catalogo è stato uno dei motivi che hanno ritardato la stesura di questa lettera; il freddo intenso mi impedisce, al momento, di occuparmene. E poiché non volete ancora ricevere questi libri, non c’è alcuna urgenza. Ma non verrete dimenticati, e avrete quella preferenza che avete l’onestà di chiedermi, e che, in realtà, diventa una vera e propria priorità per me, poiché da quando ho scritto l’ultima volta mi è stata nuovamente richiesta questa collezione.
Lettera CMIV – Alla Signora B.
Monquin, 17 gennaio 1770.
Madama, la vostra lettera richiederebbe una lunga risposta; tuttavia temo che lo stato di turbamento temporaneo in cui mi trovo non mi permetta di farla come si dovrebbe. Mi è difficile abituarmi abbastanza agli insulti e alle imposture, anche le più comiche, per non sentire, ogni volta che vengono ripetuti, i tumultuosi sentimenti di un cuore orgoglioso che si indigna al pensiero di dover rispondere con una risata beffarda a tutto ciò. Credo comunque di aver già guadagnato molto: spero di guadagnare ancora di più; e credo che il momento in cui mi divertirò a osservare, nelle loro manovre segrete, queste “truppe di topi neri” che si stancano a gettarmi terra sui piedi sia abbastanza vicino. Nel frattempo, ammetto che la natura soffra ancora un po’, ma il male è breve; presto sarà scomparso del tutto. Vi scrivo ora.
J’eus toujours le coeur un peu romanesque, et j’ai peur d’être encore mal guéri de ce penchant en vous écrivant. Excusez donc, madame, s’il se mêle un peu de visions à mes idées ; et, s’il s’y mêle aussi un peu de raison, ne la dédaignez pas sous quelque forme et avec quelque cortège qu’elle se présente. Votre correspondance a commencé d’une manière à me la rendre à jamais intéressante, un acte de vertu dont je connais bien tout le prix, un besoin de nourriture à votre âme qui me fait présumer de la vigueur pour la digérer, et la santé qui en est la source. Ce vide interne dont vous vous plaignez ne se fait sentir qu’aux coeurs faits pour être remplis : les coeurs étroits ne sentent jamais de vide, parce qu’ils sont toujours pleins de rien ; il en est, au contraire, dont la capacité vorace est si grande, que les chétifs êtres qui nous entourent ne la peuvent remplir. Si la nature vous a fait le rare et funeste présent d’un coeur trop sensible au besoin d’être heureux, ne cherchez rien au-dehors qui lui puisse suffire : ce n’est que de sa propre substance qu’il doit se nourrir. Madame, tout le bonheur que nous voulons tirer de ce qui nous est étranger est un bonheur faux : les gens qui ne sont susceptibles d’aucun autre font bien de s’en contenter : mais si vous êtes celle que je suppose, vous ne serez jamais heureuse que par vous-même ; n’attendez rien pour cela que de vous. Ce sens moral, si rare parmi les hommes, ce sentiment exquis du beau, du vrai, du juste, qui réfléchit toujours sur nous-mêmes, tient l’âme de quiconque en est doué dans un ravissement continuel qui est la plus délicieuse des jouissances : la rigueur du sort, la méchanceté des hommes, les maux imprévus, les calamités de toute espèce peuvent l’engourdir pour quelques moments, mais jamais l’éteindre ; et, presque étouffé sous le faix des noirceurs humaines, quelquefois une explosion subite peut lui rendre son premier éclat. On croit que ce n’est pas à une femme de votre âge qu’il faut dire ces choses-là ; et moi je crois, au contraire, que ce n’est qu’à votre âge qu’elles sont utiles, et que le coeur se peut ouvrir : plus tôt, il ne saurait les entendre ; plus tard, son habitude est déjà prise, il ne saurait les goûter.
Comment s’y prendre ? me direz-vous ; que faire pour cultiver et développer ce sens moral ? Voilà, madame, à quoi j’en voulais venir : le goût de la vertu ne se prend point par des préceptes, il est l’effet d’une vie simple et saine : on parvient bientôt à aimer ce qu’on fait, quand on ne fait que ce qui est bien. Mais pour prendre cette habitude, qu’on ne commence à goûter qu’après l’avoir prise, il faut un motif : je vous en offre un que votre état me suggère ; nourrissez votre enfant. J’entends les clameurs, les objections ; tout haut, les embarras, point de lait, un mari qu’on importune… tout bas, une femme qui se gêne, l’ennui de la vie domestique, les soins ignobles, l’abstinence des plaisirs… Des plaisirs ? Je vous en promets, et qui rempliront vraiment votre âme. Ce n’est point par des plaisirs entassés qu’on est heureux, mais par un état permanent qui n’est point composé d’actes distincts : si le bonheur n’entre, pour ainsi dire, en dissolution dans notre aine, s’il ne fait que la toucher, l’effleurer par quelques points, il n’est qu’apparent, il n’est rien pour elle. L’habitude la plus douce qui puisse exister est celle de la vie domestique qui nous tient plus près de nous qu’aucune autre : rien ne s’identifie plus fortement, plus constamment avec nous que notre famille et nos enfants ; les sentiments que nous acquérons ou que nous renforçons dans ce commerce intime sont les plus vrais, les plus durables, les plus solides, qui puissent nous attacher aux êtres périssables, puisque la mort seule peut les éteindre ; au lieu que l’amour et l’amitié vivent rarement autant que nous : ils sont aussi les plus purs, puisqu’ils tiennent de plus près à la nature, à l’ordre, et, par leur seule force, nous éloignent du vice et les goûts dépravés. J’ai beau chercher où l’on peut trouver le vrai bonheur, s’il en est sur la terre, ma raison ne me le montre que là… Les comtesses ne vont pas d’ordinaire l’y chercher, je le sais ; elles ne se font pas nourrices et gouvernantes ; mais il faut aussi qu’elles sachent se passer d’être heureuses ; il faut que, substituant leurs bruyants plaisirs au vrai bonheur, elles usent leur vie dans un travail de forçat pour échapper à l’ennui qui les étouffe aussitôt qu’elles respirent ; et il faut que celles que la nature doua[1010] de ce divin sens moral qui charme quand on s’y livre, et qui pèse quand on l’élude, se résolvent à sentir incessamment gémir et soupirer leur coeur, tandis que leurs sens s’amusent.
Mais moi qui parle de famille, d’enfants… Madame, plaignez ceux qu’un sort de fer prive d’un pareil bonheur ; plaignez-les s’ils ne sont que malheureux ; plaignez-les beaucoup plus s’ils sont coupables. Pour moi, jamais on ne me verra, prévaricateur de la vérité, plier dans mes égarements mes maximes à ma conduite ; jamais on ne me verra falsifier les saintes lois de la nature et du devoir pour exténuer mes fautes. J’aime mieux les expier que les excuser : quand ma raison me dit que j’ai fait dans ma situation ce que j’ai dû faire, je l’en crois moins que mon coeur qui gémit et qui la dément. Condamnez-moi donc, madame, mais écoutez-moi : vous trouverez un homme ami de la vérité jusque dans ses fautes, et qui ne craint point d’en rappeler lui-même le souvenir lorsqu’il en peut résulter quelque bien. Néanmoins je rends grâces au ciel de n’avoir abreuvé que moi des” amertumes de ma vie, et d’en avoir garanti mes enfants : j’aime mieux qu’ils vivent dans un état obscur sans me connaître, que de les voir, dans mes malheurs, bassement nourris par la traîtresse générosité de mes ennemis, ardents à les instruire à haïr, et peut-être à trahir leur père ; et j’aime mieux cent fois être ce père infortuné qui négligea son devoir par faiblesse, et qui pleure sa faute, que d’être l’ami perfide qui trahit la confiance de son ami, et divulgue, pour le diffamer, le secret qu’il a versé dans son sein.
Jeune femme, voulez-vous travailler à vous rendre heureuse ? commencez d’abord par nourrir votre enfant : ne mettez pas votre fille dans un couvent, élevez-là vous-même ; votre mari est jeune, il est d’un bon naturel ; voilà ce qu’il nous faut. Vous ne me dites point comment il vit avec vous ; n’importe : fût-il livré à tous les goûts de son âge et de son temps, vous l’en arracherez par les vôtres sans lui rien dire ; vos enfants vous aideront à le retenir par des liens aussi forts et plus constants que ceux de l’amour : vous passerez la vie la plus simple, il est vrai, mais aussi la plus douce et la plus heureuse dont j’aie l’idée. Mais encore une fois, si celle d’un ménage bourgeois vous dégoûte, et si l’opinion vous subjugue, guérissez-vous de la soif du bonheur qui vous tourmente, car vous ne l’étancherez jamais.
Voilà mes idées : si elles sont fausses ou ridicules, pardonnez l’erreur à l’intention ; je me trompe peut-être, mais il est sûr que je ne veux pas vous tromper. Bonjour, madame ; l’intérêt que vous prenez à moi me touche, et je vous jure que je vous le rends bien.
Toutes vos lettres sont ouvertes ; la dernière l’a été, celle-ci le sera ; rien n’est plus certain. Je vous en dirais bien la raison, mais ma lettre ne vous parviendrait pas ; comme ce n’est pas à vous qu’on en veut, et que ce ne sont pas vos secrets qu’on y cherche, je ne crois pas que ce que vous pourriez avoir à me dire fût exposé à beaucoup d’indiscrétion ; mais encore faut-il que vous soyez avertie.
Lettre CMVI – À M. l’abbé M.
Monquin, par Bourgoin, le 9 février 1770.[1011]
Pauvres aveugles que nous sommes !
Ciel, démasque les imposteurs,
Et force leurs barbares coeurs
À s’ouvrir aux regards des hommes.
En vérité, monsieur, votre lettre n’est point d’un jeune homme qui a besoin de conseil, elle est d’un sage très capable d’en donner. Je ne puis vous dire à quel point cette lettre m’a frappé : si vous avez en effet l’étoffe qu’elle annonce, il est à désirer pour le bien de votre élève que ses parents sentent le prix de l’homme qu’ils ont mis auprès de lui.
I have always had a somewhat romantic heart, and I fear that this tendency has not yet been fully overcome in my letters to you. Therefore, please forgive me, madam, if my thoughts are sometimes tinged with fanciful visions; and even if reason is also present among them, do not dismiss it, no matter in what form or accompanied by what circumstances it may appear. Your correspondence has begun in a way that has made it forever interesting to me—a deed of virtue whose true value I fully understand, a need for nourishment for your soul that leads me to believe it possesses the strength to absorb it, and health as its source. That inner emptiness you complain about is something only hearts meant to be filled can perceive; narrow-minded souls never feel emptiness, because they are always filled with nothing. On the contrary, there are some hearts whose capacity for absorption is so immense that even the meager things around us cannot fill them. If nature has granted you such a rare and unfortunate trait—a heart overly sensitive to the need for happiness—do not seek anything external to satisfy it; it must nourish itself on its own essence alone. Madam, all the happiness we seek from things that are foreign to us is false happiness. Those who are incapable of any other kind of happiness are wise to content themselves with that. But if you are the one I imagine you are, you can never be truly happy unless through yourself; do not expect anything else but yourself for that. That moral sense, so rare among men, that exquisite appreciation of the beautiful, the true, the just—that constant reflection on ourselves—keeps the soul of anyone endowed with it in a continuous state of rapture, which is the most delightful of pleasures. The harshness of fate, the malice of people, unexpected misfortunes, and all kinds of calamities may temporarily numb it, but they can never extinguish it. And even when almost overwhelmed by the darkness of human suffering, sometimes a sudden outburst can restore its original brilliance. One might think that such things are not suitable to be said to a woman of your age; but I believe that it is precisely at your age that they become most useful, and it is then that the heart can truly open up. Before that, it would be unable to understand them; after that, its habits have already been formed, and it would no longer be able to appreciate them.
How should one proceed? You may ask; what can be done to cultivate and develop this moral sense? That is precisely what I wanted to discuss with you, madam: the taste for virtue cannot be cultivated through precepts; it is the result of a simple and healthy way of life. One soon begins to love what one does when one only does what is good. But in order to form this habit—and to begin to appreciate these virtues only after having acquired them—it is necessary to have a motive. I offer you one such motive, one that your situation suggests to me: nurture your child. I hear the objections and difficulties raised—lack of milk, a husband who is troubled by these responsibilities. But on a deeper level, there are the constraints of domestic life, the tedious duties, the lack of pleasures. Pleasures? I promise you they exist—and they will truly enrich your soul. Happiness does not come from accumulating mere pleasures; it comes from a state of being that is not composed of separate actions. If happiness merely touches our hearts, if it only brushes against them superficially, then it is illusory and meaningless. The sweetest habit of all is that of domestic life, which brings us closer to ourselves than anything else. Nothing identifies with us more strongly or more enduringly than our family and children. The sentiments we develop through this intimate relationship are the most genuine, the most lasting, the strongest bonds that can connect us to mortal beings—for only death can destroy them. Love and friendship, on the other hand, often do not last as long as we do; yet they are also the purest, for they are closer to nature and order, and they help us stay away from vice and corrupt desires. No matter where I search for true happiness, if it exists at all on this earth, my reason leads me to believe that it can only be found there. Countesses generally do not seek it there, I know; they do not become nurses or caregivers. But they must learn to live without true happiness; they substitute their noisy amusements for genuine contentment and spend their lives in a kind of forced labor just to escape the boredom that overwhelms them at every turn. And those who are blessed by nature with that divine moral sense—that which brings joy when it is embraced and sorrow when avoided—must endure constant pain and longing while their senses seek pleasure.
But as for me, who speak of family, of children. Madam, pity those whom fate has deprived of such happiness; pity them if they are merely unhappy; but pity them even more if they are guilty. As for me, never will anyone see me, a perverter of truth, bending my principles to suit my own conduct in my errors; never will anyone see me falsifying the sacred laws of nature and duty in order to cover up my faults. I would rather expiate them than excuse them: when reason tells me that I did what was necessary in my circumstances, I believe it less than my heart, which cries out in grief and denies it. Therefore, condemn me, madam, but listen to me: you will find a man who loves truth even in its mistakes, and who is not afraid to remind himself of them when they can bring some good. Nevertheless, I am grateful to heaven for having allowed only me to suffer the bitternesses of my life, and for having protected my children from them: I would rather they live in ignorance without knowing me, than to see them, in my misfortunes, being fed by the treacherous generosity of my enemies—enemies who are eager to teach them to hate, and perhaps even to betray their father. A hundred times over, I would rather be that unfortunate father who neglected his duty out of weakness and weeps over his mistake, than that perfidious friend who betrays his companion’s trust and reveals the secrets confided in him only to slander him.
Young woman, do you wish to work towards your own happiness? Begin by taking care of your child: do not send your daughter to a convent; raise her yourself. Your husband is young and of good nature—this is exactly what we need. You do not tell me how he lives with you; but it matters little. Even if he were indulged in all the pleasures appropriate to his age and times, you could still draw him away from them through your own influence, without saying a word. Your children will help you hold him bound by ties just as strong and enduring as those of love. You may lead the simplest life, but it will also be the sweetest and happiest life I can imagine. Yet once again, if the idea of a bourgeois household repulses you, and if public opinion holds you in its thrall, then rid yourself of that craving for happiness that plagues you—for you will never be able to satisfy it.
Here are my ideas: if they are wrong or ridiculous, please forgive my intention to err; I may be mistaken, but I certainly do not want to deceive you. Good day, madam; the interest you show in me touches me deeply, and I swear that I repay it fully.
All your letters are being opened; the last one was opened, and this one will be opened too; nothing is now certain anymore. I would be happy to tell you the reason, but my letter would never reach you. Since it is not you who are targeted, and since it is not your secrets that are sought after, I don’t think what you might have to tell me would be exposed to much indiscretion. Nevertheless, it is still necessary that you be warned.
Letter CMVI – To Mr. Abbé M.
“Monquin,” by Bourgoin, dated February 9, 1770.[1011]
What poor blind fools we are!
Heaven, reveal the impostors.
And force their barbaric hearts.
To be open to the gaze of men.
In truth, sir, your letter does not come from a young man in need of advice; it comes from a sage who is very capable of offering such advice. I cannot express how deeply this letter affected me. If you truly possess the qualities that it suggests, it would be for the best interest of your student that his parents realize the value of the person they have entrusted to his care.
Ho sempre avuto un cuore piuttosto romantico, e temo di non essere ancora del tutto guarito da questa inclinazione mentre vi scrivo. Perdonatemi, signora, se nelle mie idee si mescolano anche alcune visioni; e se vi si mescola anche un po’ di ragione, non disdegnatele, per quanto possano presentarsi in qualsiasi forma o accompagnate da qualsiasi “corteo”. La nostra corrispondenza è iniziata in modo tale da renderla per me interessante per sempre: un atto di virtù il cui vero valore conosco bene; un bisogno vitale per la vostra anima, che mi fa presumere che essa abbia la forza necessaria per assorbirlo, e la salute ne è la fonte. Quel vuoto interiore di cui vi lamentate si avverte soltanto nei cuori fatti per essere colmati; i cuori ristretti non provano mai vuoto, perché sono sempre pieni di “niente”; al contrario, ci sono cuori il cui appetito è così grande che gli esseri deboli che ci circondano non riescono a soddisfarlo. Se la natura vi ha donato un cuore troppo sensibile al bisogno di essere felici, non cercate nulla all’esterno che possa soddisfarlo: esso deve nutrirsi soltanto della propria sostanza. Signora, tutto il bene che vogliamo trarre da ciò che ci è estraneo è un bene falso; coloro che non sono suscettibili ad altro sono meglio se si accontentano di questo. Ma se siete quella che immagino, non sarete mai felice se non attraverso voi stessa; per questo non aspettate nulla da nessun altro. Quel senso morale, così raro tra gli uomini, quel delicato sentimento del bello, del vero, del giusto, che ci fa riflettere costantemente su noi stessi, mantiene l’anima di chi ne è dotato in un’estasi continua, che è la più deliziosa delle gioie. La durezza del destino, la malvagità degli uomini, i mali imprevisti, le calamità di ogni sorta possono intorpidirlo per alcuni momenti, ma mai spegnerlo del tutto; e, quasi soffocato sotto il peso delle tenebre umane, a volte un’esplosione improvvisa può restituirgli il suo primo splendore. Si potrebbe pensare che non sia appropriato dire queste cose a una donna della vostra età. Ma io credo, al contrario, che solo a questa età siano utili, e che il cuore possa finalmente aprirsi: prima di allora, non le potrebbe comprendere; dopo, l’abitudine sarebbe già presa, e non le potrebbe più apprezzare.
Come procedere? Mi chiederete voi. Cosa si può fare per coltivare e sviluppare questo senso morale? Ecco a cosa volevo arrivare, signora: il gusto della virtù non si acquisisce attraverso precetti, ma è il risultato di una vita semplice e sana. Presto ci si abitua ad amare ciò che si fa, quando si fa soltanto ciò che è giusto. Ma per prendere questa abitudine, per iniziare a gustare la virtù dopo averla assunta, occorre un motivo. Vi offro uno: allevate vostro figlio. Sento le proteste, gli obiezioni. Al di fuori, difficoltà: mancanza di latte, un marito che viene disturbato. Dentro, una donna che si sente oppressa, la noia della vita domestica, i compiti umili, l’astinenza dai piaceri. Piaceri? Ve ne prometto alcuni che davvero colmeranno il vostro cuore. Non è certo attraverso piaceri eccessivi che si è felici, ma attraverso uno stato permanente che non è costituito da azioni isolate. Se la felicità non si fonde realmente in noi, se non ci tocca soltanto superficialmente, allora è solo apparente, nulla per noi. L’abitudine più dolce che esista è quella della vita domestica: nulla ci lega più strettamente a noi stessi di nostra famiglia e dei nostri figli. I sentimenti che sviluppiamo in questo rapporto intimo sono i più veri, i più duraturi, i più solidi. Ci tengono legati agli esseri mortali, poiché solo la morte può distruggerli. Mentre l’amore e l’amicizia spesso non durano quanto noi. Sono anche i più puri, poiché sono più vicini alla natura, all’ordine. E con la loro sola forza ci allontanano dal vizio e dai gusti corrotti. Non riesco a trovare dove possa esistere la vera felicità. Se mai ce n’è sulla terra, la mia ragione me la indica soltanto lì. Le contesse di solito non la cercano lì. Non diventano nutrici o governanti. Ma devono anche saper fare a meno della felicità. Devono sostituire i loro piaceri vane con il vero bene, dedicare la loro vita a un lavoro faticoso per sfuggire alla noia che le soffoca non appena respirano. E quelle a cui la natura ha donato quel divino senso morale che ci rende felici quando lo pratichiamo e infelici quando lo evitiamo. Devono acconsentire a sentire costantemente il loro cuore gemere e sospirare, mentre i loro sensi si divertono.
Ma io, che parlo di famiglia, di bambini. Signora, piangete coloro che un destino crudele priva di una tale felicità; piangeteli se sono soltanto sfortunati; piangeteli ancora di più se sono colpevoli. Per quanto mi riguarda, nessuno mai mi vedrà, in preda all’errore, piegare le mie massime alla mia condotta; nessuno mai mi vedrà falsificare le sacre leggi della natura e del dovere per attenuare i miei errori. Preferisco espiarli piuttosto che scusarli: quando la ragione mi dice che, nella mia situazione, ho fatto ciò che dovevo fare, ci credo meno di quanto il mio cuore, che geme e lo nega, possa convincermi. Condannatemi pure, signora, ma ascoltatemi: troverete un uomo amico della verità anche nei suoi errori, e che non teme di richiamarne il ricordo quando questo può portare a qualche bene. Tuttavia ringrazio il cielo per aver fatto sì che solo io debba sopportare le amarezze della mia vita, e per aver protetto i miei figli: preferisco che vivano in povertà senza conoscermi, piuttosto che vederli, nei miei mali, mantenuti dalla generosa ma traditrice benevolenza dei miei nemici, desiderosi di insegnare loro ad odiarmi, e forse anche a tradirmi. Preferisco cento volte essere quel padre sfortunato che, per debolezza, ha trascurato i propri doveri e piange la propria colpa, piuttosto che essere quell’amico infido che tradisce la fiducia del proprio amico e rivela, per diffamarlo, il segreto che gli è stato confidato.
Donna giovane, vuoi lavorare per renderti felice? Inizia prima di tutto nutrendo tuo figlio: non mandare tua figlia in un convento, educala tu stessa; tuo marito è giovane e ha un buon carattere. Questo è ciò che ci serve. Non mi dici come viva con te; non importa: anche se fosse lasciato libero di seguire tutti i capricci della sua età e del suo tempo, tu lo tratterresti secondo i tuoi principi senza dirgli nulla; i tuoi figli ti aiuteranno a tenerlo legato a te con legami altrettanto forti e duraturi di quelli dell’amore. Trascorrerai certamente una vita semplice, ma anche la più dolce e la più felice che io possa immaginare. Tuttavia, se l’idea di una vita borghese ti ripugna, e se l’opinione altrui ti domina, liberati da quella sete di felicità che ti tormenta, perché non potrai mai soddisfarla.
Ecco le mie idee: se sono sbagliate o ridicole, perdonate l’errore nella mia intenzione; forse mi sbaglio, ma è certo che non voglio ingannarvi. Buongiorno, signora; il vostro interesse per me mi commuove molto, e vi giuro che ve lo ricambio sinceramente.
Tutte le vostre lettere sono state aperte; l’ultima lo è stata, e anche questa lo sarà; non c’è più nulla di certo. Vi spiegherei volentieri il motivo, ma la mia lettera non vi raggiungerebbe mai; poiché non si tratta di voi né dei vostri segreti, non credo che ciò che potreste aver da dirmi corrisponda a qualcosa che possa essere oggetto di indiscrezione; tuttavia, è necessario che siate avvertita.
Lettera CMVI – A Monsignor l’Abate M.
Monquin, di Bourgoin, pubblicato il 9 febbraio 1770.[1011]
Poveri ciechi che siamo!
Cielo, svela gli impostori.
E forzano i loro cuori barbari.
Per essere aperto allo sguardo degli uomini.
In verità, signore, la vostra lettera non sembra quella di un giovane che abbia bisogno di consigli, ma piuttosto di un saggio molto capace di darne. Non posso esprimere a sufficienza quanto questa lettera mi abbia colpito: se davvero possedete le qualità di cui parla, è auspicabile, per il bene del vostro allievo, che i suoi genitori comprendano appieno il valore dell’uomo che hanno affidato a lui.
Je suis, et depuis si longtemps, si loin des idées sur lesquelles vous me remettez, qu’elles me sont devenues absolument étrangères : toutefois je remplirai, selon.ma portée, le devoir que vous m’imposez ; mais je suis bien persuadé que vous ferez mieux de vous en rapporter à vous qu’à moi sur la meilleure manière de vous conduire dans le cas difficile où vous vous trouvez.
Sitôt qu’on s’est dévoyé de la droite route de la nature, rien n’est plus difficile que d’y rentrer. Votre enfant a pris lui pli d’autant moins facile à corriger que nécessairement tout ce qui l’environne doit empêcher l’effet de vos soins pour y parvenir : c’est ordinairement le premier pli que les enfants de qualité contractent, et c’est le dernier qu’on peut leur faire perdre, parce qu’il faut pour cela le concours de la raison qui leur vient plus tard qu’à tous les autres enfants. Ne vous effrayez donc pas trop que l’effet de vos soins ne réponde pas d’abord à la chaleur de votre zèle ”, vous devez vous attendre à peu de succès jusqu’à ce que vous ayez la prise qui peut l’amener ; mais ce n’est pas une raison pour vous relâcher en attendant. Vous voilà dans un bateau qu’un courant très rapide entraîne en arrière, il faut beaucoup de travail pour ne pas reculer.
La voie que vous avez prise, et que vous craignez n’être pas la meilleure, ne le sera pas toujours sans doute ; mais elle me paraît la meilleure en a tendant. Il n’y a que trois instruments pour agir sur les âmes humaines, la raison, le sentiment, et la nécessité. Vous avez inutilement employé le premier ; il n’est pas vraisemblable que le second eût plus d’effet : reste le troisième ; et mon avis est que, pour quelque temps, vous devez vous y tenir, d’autant plus que la première et la plus importante philosophie de l’homme de tout état et de tout âge est d’apprendre à fléchir sous le dur joug de la nécessité : Clavos trabales et cuneos manu gestans ahenâ.[1012]
Il est clair que l’opinion, ce monstre qui dévore le genre humain, a déjà farci de ses préjugés la tête du petit bonhomme : il vous regarde comme un homme à ses gages, une espèce de domestique fait pour lui obéir, pour complaire à ses caprices ; et, dans son petit jugement, il lui paraît fort étrange que ce soit vous qui prétendiez l’asservir aux vôtres ; car c’est ainsi qu’il voit tout ce que vous lui prescrivez : toute sa conduite avec vous n’est qu’une conséquence de cette maxime, qui n’est pas injuste, mais qu’il applique mal, que c’est à celui qui paie de commander. D’après cela qu’importe qu’il ait tort ou raison ? c’est lui qui paie.
Essayez, chemin faisant, d’effacer cette opinion par des opinions plus justes, de redresser ses erreurs par des jugements plus sensés ; tâchez de lui faire comprendre qu’il y a des choses plus estimables que la naissance et que les richesses ; et pour le lui faire comprendre il ne faut pas le lui dire, il faut le lui faire sentir. Forcez sa petite âme vaine à respecter la justice et le courage, à se mettre à genoux devant la vertu, et n’allez pas pour cela lui chercher des livres, les hommes des livres ne seront jamais pour lui que des hommes d’un autre monde. Je ne sache qu’un seul modèle qui puisse avoir à ses yeux de la réalité ; et ce modèle, c’est vous, monsieur ; le poste que vous remplissez est à mes yeux le plus noble et le plus grand qui soit sur la terre. Que le vil peuple en pense ce qu’il voudra, pour moi je vous vois à la place de Dieu, vous faites un homme. Si vous vous voyez du même oeil que moi, que cette idée doit vous élever en dedans de vous-même ! qu’elle peut vous rendre grand en effet ! et c’est ce qu’il faut ; car, si vous ne l’étiez qu’en apparence, et que vous ne fissiez que jouer la vertu, le petit bonhomme vous pénétrerait infailliblement, et tout serait perdu. Mais si cette image sublime du grand et du beau le frappe une fois en vous ; si votre désintéressement lui apprend que la richesse ne peut pas tout ; s’il voit en vous combien il est plus grand de commander à soi-même qu’à des valets ; si vous le forcez, en un mot, à vous respecter, dès cet instant vous l’aurez subjugué, et je vous réponds que, quelque semblant qu’il fasse, il ne trouvera plus égal que Vous soyez d’accord avec lui ou non, surtout si, en le forçant de vous honorer dans le fond de son petit coeur, vous lui marquez en même temps faire peu de cas de ce qu’il pense lui-même, et ne vouloir plus vous fatiguer à le faire convenir de ses torts. Il me semble qu’avec une certaine façon grave et soutenue d’exercer sur lui votre autorité, vous parviendrez à la fin à demander froidement à votre tour : Qu’est-ce que cela fait que nous soyons d’accord ou non ? et qu’il trouvera, lui, que cela fait quelque chose. Il faudra seulement éviter de joindre à ce sang-froid la dureté qui vous rendrait haïssable. Sans entrer en explication avec lui vous pourrez dire à d’autres en sa présence : » J’aurais fait mes délices » de rendre son enfance heureuse, mais il ne l’a pas » voulu, et j’aime encore mieux qu’il soit malheureux étant enfant que méprisable étant homme. » À l’égard des punitions, je pense comme vous qu’il n’en faut jamais venir aux coups que dans le seul cas où il aurait commencé lui-même : ses châtiments ne doivent jamais être que des abstinences, et tirées, autant qu’il se peut, de la nature du délit ; je voudrais même que vous vous y soumissiez toujours avec lui quand cela serait possible, et cela sans affectation, sans que cela parût vous coûter, et de façon qu’il pût en quelque sorte lire dans votre coeur, sans que vous le lui dissiez, que vous sentez si bien la privation que vous lui imposez, que c’est sans y songer que vous vous y soumettez vous-même. En un mot, pour réussir il faudrait vous rendre presque impassible, et ne sentir que par votre élève ou pour lui. Voilà, je l’avoue, une terrible tâche ; mais je ne vois nul autre moyen de succès : et ce succès me paraît assuré de part ou d’autre ; car, quand avec tant de soins vous n’auriez pas le bonheur d’avoir fait un homme, n’est-ce rien que de l’être devenu ?
Tout ceci suppose que la dédaigneuse hauteur de l’enfant n’est que la petite vanité de la petite grandeur dont ses bonnes auront boursouflé sa petite âme ; mais il pourrait arriver aussi que ce fût l’effet de l’âpreté d’un caractère indomptable et fier qui ne veut céder qu’à lui-même. Cette dureté, propre aux seuls naturels qui ont beaucoup d’étoffe, et qui ne se trouve guère au pays où vous vivez, n’est pas probablement celle de votre élève : si cependant cela se trouvait (et c’est un discernement facile à faire), alors il faudrait bien vous garder de suivre avec lui la méthode dont je viens de parler, et de heurter la rudesse avec la rudesse. Les ouvriers en bois n’emploient jamais fer sur fer ; ainsi faut-il faire avec les esprits roides qui résistent toujours à la force ; il n’y a sur eux qu’une prise, mais aimable et sûre, c’est rattachement et la bienveillance : il faut les apprivoiser comme les lions par les caresses. On risque peu de gâter de pareils enfants ; tout consiste à s’en faire aimer une fois, après cela vous les feriez marcher sur des fers rouges.
Pardonnez, monsieur, tout ce radotage à ma pauvre tête qui diverge, bat la campagne, et se perd à la suite de la moindre idée : je n’ai pas le courage de relire ma lettre, de peur d’être forcé de la recommencer. J’ai voulu vous montrer le vrai désir que j’aurais de vous complaire et d’applaudir à vos respectables soins ; mais je suis très persuadé qu’avec les talents que vous me paraissez avoir et le zèle qui les anime, vous n’avez besoin que de vous-même pour conduire, aussi sagement qu’il est possible, le sujet que la Providence a mis entre vos mains. Je vous honore, monsieur, et vous salue de tout mon coeur.
Lettre CMVIII – À Madame Gonceru
NÉE ROUSSEAU
[1013]
Monquin, le 9 février 1770.
Pauvres aveugles que nous sommes ! etc.
I have been, for so long now, so far removed from the ideas you are referring to that they have become utterly foreign to me; nevertheless, I will fulfill the duty you impose upon me to the best of my ability. But I am firmly convinced that you would be better off relying on your own judgment rather than mine regarding the best course of action in the difficult situation you find yourself in.
The moment one deviates from the right path laid down by nature, nothing becomes more difficult than returning to it. Your child has developed this bad habit, and it is all the more difficult to correct because everything around them inevitably hinders the effectiveness of your efforts to do so. This is usually the first bad habit that children of good character acquire, and it is also the last one that can be eliminated, since this requires the intervention of reason—which they develop much later than other children. Therefore, do not be too discouraged if the results of your efforts do not appear immediately; you must expect little success until you find the right approach to overcome this problem. But that is no reason to slack off in your efforts. You are like someone in a boat being pulled backward by a strong current—much effort will be needed to prevent yourself from moving backwards.
The path you have chosen, which you fear may not be the best, certainly will not always be so; but it seems to me to be the best one possible. There are only three means of influencing human souls: reason, emotion, and necessity. You have uselessly employed the first; it is unlikely that the second would have been more effective. Thus, the third remains; and in my opinion, you should adhere to it for the time being. Moreover, the primary and most important philosophy for people of all statuses and ages is to learn to endure under the harsh yoke of necessity: “Clavos trabales et cuneos manu gestans ahenâ.”[1012]
It is clear that opinion, this monster that devours the human race, has already filled the head of that little man with its prejudices: he looks at you as someone who works for him, as a kind of servant meant to obey and indulge his whims. In his limited judgment, it seems utterly strange to him that it should be you who claim to subject him to your will; because that is exactly how he perceives everything you instruct him to do. All his behavior toward you is merely a consequence of this principle—which is not unjust in itself, but which he applies wrongly: the one who pays has the right to command. So, what does it matter whether he is right or wrong? He is the one who pays.
Try, as you go along, to erase this opinion with more just views, and to correct its errors through wiser judgments; strive to make him understand that there are things far more worthy than birth and wealth. And to achieve this, it is not enough to tell him—you must make him feel it. Force his vain little soul to respect justice and courage, to kneel before virtue. For this purpose, do not seek books for him; men who write books will always seem to him like people from another world. I know of only one model that can have real significance in his eyes—and that model is you, sir. The role you play is, in my view, the noblest and greatest on earth. Let the common people think what they will; for me, I see you as standing in the place of God—you create men. If you see yourself in the same light as I do, how exalted this idea must make you within yourself! How truly it can make you great! And that is precisely what is needed. For if you were great only in appearance and merely pretended to embody virtue, that little man would instantly see through you—and everything would be lost. But if this sublime image of the great and the beautiful touches your heart once; if your selflessness teaches him that wealth cannot buy everything; if he sees in you how much greater it is to command oneself than to command others; if you force him, in short, to respect you—then from that moment on, you will have conquered him. I tell you, no matter what pretenses he makes, he will never find anyone equal to you, whether you agree with him or not—and especially if, by making him honor you in the depths of his heart, you also show him that you care little what he thinks himself, and are willing to spare no effort to make him recognize his own mistakes. I believe that with a serious and persistent exercise of your authority over him, you will eventually be able to ask him coldly: “What does it matter whether we agree or not?”—and he will find that it matters greatly. All you need to do is avoid adding cruelty to this calmness, for that would make you detestable. Without explaining anything to him, you can say in his presence: “I would have taken great pleasure in making his childhood happy, but he did not wish it so; I prefer him unhappy as a child than despicable as an adult.” “Regarding punishments, I agree with you that they should never involve physical blows unless the student has initiated them himself. His punishments should always consist of forms of abstinence, and whenever possible, these punishments should be derived directly from the nature of the offense. In fact, I would even encourage you to comply with such punishments alongside him whenever feasible—without any pretense, without it seeming like a sacrifice on your part, so that he can somehow sense, without you having to say anything, how much you are sacrificing for his sake. In short, to achieve success, you would have to become almost indifferent yourself, feeling only through or for your student. I admit that this is a daunting task; but I see no other way to succeed. And I believe that success is guaranteed on either account—because even if, after all your efforts, you fail to turn the student into a good person, at least you will have helped him become one.”
All of this assumes that the child’s haughty demeanor is merely the result of a petty vanity stemming from a slight sense of importance fostered by those who surround him; but it is also possible that such behavior stems from an unyielding, proud character that refuses to submit to anything but itself. This kind of toughness, characteristic only of individuals with great potential, is hardly common in the country where you live. Nevertheless, if it were present (and such a judgment would be easy to make), then you should certainly avoid adopting the approach I just mentioned—never responding to rudeness with more rudeness. Woodworkers never use iron on iron; likewise, when dealing with stubborn minds that resist force, there is only one effective method: kindness and warmth. Such children can be tamed, much like lions, through gentle care. The risk of spoiling them is minimal; once you have won their affection, they will obey even the strictest demands.
Forgive me, sir, for all this foolish chatter coming from my poor, wandering mind, which gets lost in the slightest idea; I don’t have the courage to read my own letter again, for fear of having to rewrite it. I wanted to show you how truly I wish to please you and to approve of your worthy efforts; but I am firmly convinced that, with the talents you seem to possess and the zeal that drives them, you need nothing but yourself to handle, as wisely as possible, the task that Providence has placed in your hands. I honor you, sir, and greet you with all my heart.
Letter CMVIII – To Madame Gonceru
Born Rousseau
[1013]
Monquin, February 9, 1770.
Poor blind fools that we are! etc.
Sono, e da molto tempo ormai, così lontano dalle idee che mi avete proposte, che queste sono diventate per me assolutamente estranee; tuttavia compirò, secondo le mie possibilità, il dovere che mi imponete; ma sono fermamente convinto che sia meglio per voi affidarvi a voi stessi piuttosto che a me riguardo al modo migliore in cui comportarvi nella difficile situazione in cui vi trovate.
Non appena ci si allontana dalla retta via tracciata dalla natura, nulla è più difficile che tornarvi. Il vostro bambino ha sviluppato questa abitudine tanto meno facilmente correggibile, in quanto tutto ciò che lo circonda inevitabilmente ostacola l’efficacia dei vostri sforzi per modificarla: di solito si tratta della prima cattiva abitudine che i bambini di buona famiglia acquisiscono, e anche l’ultima che si può far loro perdere, poiché ciò richiede l’intervento della ragione, che arriva in loro più tardi rispetto agli altri bambini. Quindi non temete troppo se i risultati dei vostri sforzi non sono immediati: dovete aspettarvi di ottenere scarsi successi fino a quando non avrete trovato il modo giusto per procedere; ma questo non è motivo per arrendervi in attesa. Vi trovate su una barca spinta indietro da una corrente molto forte: occorre molto impegno per non retrocedere.
La strada che avete intrapreso, e di cui temete possa non essere la migliore, probabilmente non lo sarà sempre; ma mi sembra tale in quanto tende verso il bene. Esistono soltanto tre strumenti per agire sulle anime umane: la ragione, il sentimento e la necessità. Avete utilizzato inutilmente il primo; non è probabile che il secondo abbia avuto un effetto maggiore: rimane quindi il terzo; e io ritengo che, per il momento, dovreste attenervi a esso, soprattutto perché la prima e più importante filosofia dell’uomo, di ogni condizione e di ogni età, consiste nell’apprendere ad inchinarsi sotto il duro giogo della necessità: “Clavos trabales et cuneos manu gestans ahenâ”.[1012]
È evidente che l’opinione pubblica, quel mostro che divora l’umanità, abbia già fatto dei suoi pregiudizi la guida delle nostre azioni: ci considera come persone al suo servizio, come una sorta di domestici destinati ad obbedire ai suoi capricci; e, secondo il suo piccolo modo di vedere le cose, gli sembra assai strano che sia proprio noi a pretendere di sottometterlo ai nostri voleri, perché è così che interpreta tutto ciò che gli prescriviamo. Il suo comportamento nei nostri confronti non è altro che la conseguenza di questa massima: non è affatto ingiusta, ma lui la applica in modo errato, “È colui che paga a comandare”. Secondo questo principio, che importanza ha se ha ragione o torto? Lui è quello che paga.
Cercate, lungo il cammino, di cancellare questa opinione con opinioni più giuste, di correggere i suoi errori con giudizi più sensati; provate a fargli comprendere che ci sono cose molto più preziose della nascita e delle ricchezze; e per fargli capire questo, non basta dirglielo, ma bisogna farglielo sentire. Costringete la sua piccola anima vanitosa a rispettare la giustizia e il coraggio, a inchinarsi davanti alla virtù. E per farlo, non cercate libri: gli uomini che scrivono libri saranno per lui soltanto persone di un altro mondo. Conosco solo un modello che possa avere realtà ai suoi occhi. E quel modello siete voi, signore; il ruolo che svolgete è, ai miei occhi, il più nobile e il più grande che esista sulla terra. Che il volgare popolo pensi ciò che vuole. Per me, vi vedo al posto di Dio: voi create un uomo. Se anche voi vi vedete con gli stessi occhi con cui vi vedo io, quanta nobiltà questa idea dovrebbe portare in voi! Quanto potreste diventare grandi. Ed è proprio questo che occorre. Perché se foste grandi solo in apparenza, e fingeste di praticare la virtù, quel piccolo ragazzo vi scoprirebbe inevitabilmente. E tutto sarebbe perduto. Ma se quell’immagine sublime del grande e del bello colpisce una volta il vostro cuore; se il vostro disinteresse gli insegna che le ricchezze non possono tutto; se lui vi vede come qualcuno che sa comandare su se stesso, piuttosto che su dei servitori. Se, in breve, lo costringete a rispettarvi. Allora, da quel momento, lo avrete soggiogato. E vi assicuro che, per quanto possa fingere, non troverà mai nessuno più degno di voi, sia che concordiate con lui o meno. Soprattutto se, facendolo rispettare dentro il suo piccolo cuore, gli dimostrate allo stesso tempo che vi importa poco di ciò che pensa lui. E che non volete nemmeno più sforzarvi di farlo riconoscere nei suoi errori. Credo che, con un certo modo serio e deciso di esercitare la vostra autorità su di lui, alla fine riuscirete a chiedergli freddamente: “Che importanza ha se siamo d’accordo o no?”, e lui scoprirà che invece ha molta importanza. Basterà solo evitare di aggiungere a questa freddezza una durezza che vi rendesse odiosi. Senza discutere con lui, potrete dire davanti ad altri: “Avrei trovato grande gioia nel rendere felice la sua infanzia. Ma lui non l’ha voluto. E preferisco che sia sfortunato da bambino, piuttosto che disprezzabile da adulto”. “Per quanto riguarda le punizioni, la penso come voi: non si dovrebbero mai ricorrere ai colpi se non nel caso in cui sia stato lui stesso ad iniziarle. I suoi castighi dovrebbero sempre consistere in privazioni, e preferibilmente derivanti dalla natura stessa del reato. Vorrei persino che voi vi sottoponeste sempre a queste punizioni insieme a lui, quando fosse possibile, senza affettazione, senza che sembrasse costarvi nulla, in modo che lui potesse, in qualche modo, leggere nel vostro cuore che vi sottometteteste a queste privazioni senza nemmeno pensarci. In breve, per avere successo, dovreste diventare quasi insensibili, e provare sentimenti soltanto per il vostro allievo o a causa sua. Lo ammetto: è un compito terribile, ma non vedo alcun altro modo per riuscire. E questo successo mi sembra assicurato, da entrambe le parti, perché, anche se con tanti sforzi non riusciste a farne un uomo, non sareste comunque diventati qualcosa di simile?”
Tutto ciò suppone che l’arroganza sprezzante di quel bambino non sia altro che una piccola vanità derivante da quella “piccola grandezza” che le sue qualità positive hanno gonfiato la sua anima ancora giovane; tuttavia, potrebbe anche trattarsi dell’effetto di un carattere indomabile e orgoglioso che si arrende soltanto a se stesso. Questa durezza, tipica solo di individui dotati di grande forza interiore, è piuttosto rara nel paese in cui vivete; probabilmente non appartiene nemmeno al vostro allievo. Tuttavia, se così fosse (e questo è un giudizio facile da formulare), dovreste assolutamente evitare di adottare con lui il metodo di cui ho appena parlato, e di contrapporre la durezza alla durezza. Gli artigiani del legno non usano mai il ferro sul ferro; allo stesso modo, bisogna trattare gli spiriti rigidi che resistono sempre alla forza: esiste un solo modo per conquistarli, ma è un metodo gentile e sicuro: l’affetto e la benevolenza. Bisogna addomesticarli come si fa con i leoni, con carezze. Si rischia poco di rovinare bambini del genere; l’importante è riuscire a farsi amare una volta. Dopo, potrete farli fare qualsiasi cosa.
Perdonatemi, signore, per tutte queste riflessioni confuse e disordinate che derivano da un pensiero insignificante; non ho il coraggio di rileggere la mia lettera, temendo di doverla riscrivere. Volevo mostrarvi quanto desidero davvero compiacervi e approvare i vostri onorevoli sforzi; ma sono assolutamente convinto che, con i talenti che possedete e lo zelo che li anima, abbiate bisogno soltanto di voi stessi per gestire al meglio possibile la missione che la Provvidenza vi ha affidato. Vi rispetto profondamente, signore, e vi saluto con tutto il mio cuore.
Lettera CMVIII – Alla Signora Gonceru
Nata Rousseau.
[1013]
Monquin, 9 febbraio 1770.
Poveri ciechi che siamo, ecc.
Ma bonne, ma chère, ma respectable tante, né mourant, je vous pardonne de m’avoir fait vivre, et je m’afflige de ne pouvoir vous rendre à la fin de vos jours les tendres soins que vous m’avez prodigués au commencement des miens. À la première lueur d’une meilleure fortune je songeai à vous faire une petite part de ma subsistance qui pût rendre la vôtre un peu plus commode : je vous en fis aussitôt donner avis, et votre petite pension commença de courir en même temps, savoir à la fin de mars 1767[1014]. Il n’y a pas encore de cela trois ans révolus, et ces trois ans vous ont été payés d’avance, année par année : ainsi, quand vous ne recevriez rien d’un au d’ici, tout serait encore en règle, et il n’y aurait encore rien d’arriéré. Mon intention est bien pourtant de continuer à vous payer d’avance et l’année qui commencera bientôt de courir et les suivantes, autant que mes moyens me le permettront ; mais, ma chère tante, je ne puis pas vous dissimuler que la dureté présente et future de ma situation me met dans la nécessité de compter avec moi-même, sans quoi je ne me résoudrais jamais à compter avec vous. Veuillez donc prendre un peu de patience dans la certitude de n’être pas oubliée ; et s’il arrivait dans la suite que votre pension tardât à venir, ce qui ne sera pas, autant qu’il me sera possible, dites-vous alors à vous-même : » Je connais le coeur de mon neveu ; et, sûre qu’il a ne m’oublie pas, je le plains de n’être pas en état a de mieux faire. » Adieu, ma bonne et respectable tante : je vous recommande à la Providence ; faites la même chose pour moi, car j’en ai grand besoin, et recevez avec bonté mes plus tendres et respectueuses salutations.
Lettre CMX – À M. de Belloy
[1017]
Monquin, le 19 février 1770.
Pauvres aveugles que nous sommes ! etc.
J’honorais vos talents, monsieur, encore plus le digne usage que vous en faites, et j’admirais comment le même esprit patriotique nous avait conduits par la même route, à des destins si contraires, vous à l’acquisition d’une nouvelle patrie et à des honneurs distingués, moi à la perte de la mienne et à des opprobres inouïs.
Vous m’avez ressemblé, dites-vous, par le malheur ; vous me feriez pleurer sur vous, si je pouvais vous en croire. Êtes-vous seul en terre étrangère, isolé, séquestré, trompé, trahi, diffamé par tout ce qui vous environne, enlacé de trames horribles dont vous sentiez l’effet, sans pouvoir parvenir à les connaître, à les démêler ? Etes-vous à la merci de la puissance, de la ruse, de l’iniquité, réunies pour vous traîner dans la fange, pour élever autour de vous une impénétrable oeuvre de ténèbres, pour vous enfermer tout vivant dans un cercueil ? Si tel est ou fut votre sort, venez, gémissons ensemble ; mais, en tout autre cas, ne vous vantez point de faire avec moi société de malheurs.
Je lisais votre Bayard, fier que vous eussiez trouvé mon Edouard digne de lui servir de modèle en quelque chose ; et vous me faisiez vénérer ces antiques Finançais auxquels ceux d’aujourd’hui ressemblent si peu, mais que vous faites trop bien agir et parler pour ne pas leur ressembler vous-même. À ma seconde lecture je suis tombé sur un vers qui m’avait échappé dans la première, et qui par réflexion m’a déchiré[1018]. J’y ai reconnu, non, grâces au ciel, le coeur de Jean-Jacques, mais les gens à qui j’ai affaire, et que, pour mon malheur, je connais trop bien. J’ai compris, j’ai pensé du moins qu’on vous avait suggéré ce vers-là : Misère humaine ! me suis-je dit. Que les méchants diffament les bons, ils font leur oeuvre ; mais comment les trompent-ils les uns à l’égard des autres ? leurs âmes n’ont-elles pas pour se reconnaître des marques plus sûres que tous les prestiges des imposteurs ? J’ai pu douter quelques instants, je l’avoue, si vous n’étiez point séduit plutôt que trompé par mes ennemis.
Dans ce même temps j’ai reçu votre lettre et votre Gabrielle, que j’ai lue et relue aussi, mais avec un plaisir bien plus doux que celui que m’avait donné le guerrier Bayard ; car l’héroïsme de la valeur m’a toujours moins touché que le charme du sentiment dans les âmes bien nées. L’attachement que cette pièce m’inspire pour son auteur est un de ces mouvements, peut-être aveugles, mais auxquels mon coeur n’a jamais résisté. Ceci me mène à l’aveu d’une autre folie à laquelle il ne résiste pas mieux, c’est de faire de mon Héloïse le critérium sur lequel je juge du rapport des autres coeurs avec le mien. Je conviens volontiers qu’on peut être plein d’honnêteté, de vertu de sens, de raison, de goût, et trouver ce roman détestable : quiconque ne l’aimera pas peut bien avoir part à mon estime, mais jamais à mon amitié ; quiconque n’idolâtre pas ma Julie, ne sent pas ce qu’il faut aimer ; quiconque n’est pas l’ami de Saint-Preux, ne saurait être le mien : d’après cet entêtement, jugez du plaisir que j’ai pris en lisant votre Gabrielle, d’y retrouver ma Julie un peu plus héroïquement requinquée, mais gardant son même naturel, animée peut-être d’un peu plus de chaleur, plus énergique dans les situations tragiques, mais moins enivrante aussi, selon moi, dans le calme. Frappé de voir dans des multitudes de vers à quel point il faut que vous ayez contemplé cette image si tendre dont je suis le Pygmalion, j’ai cru, sur ma règle ou sur ma manie, que la nature nous avait faits amis ; et, revenant avec plus d’incertitude aux vers de votre Bayard, j’ai résolu d’en parler avec ma franchise ordinaire, sauf à vous de me répondre ce qu’il vous plaira.
Monsieur de Belloy, je ne pense pas de l’honneur, comme vous de la vertu, qu’il soit possible d’en bien parler, d’y revenir souvent par goût, par choix, et d’en parler toujours d’un ton qui touche et remue ceux qui en ont, sans l’aimer et sans en avoir soi-même : ainsi, sans vous connaître autrement que par vos pièces, je vous crois dans le coeur l’honneur d’un ancien chevalier, et je vous demande de vouloir me dire sans détours s’il y a quelque vers dans votre Bayard dont en l’écrivant vous m’ayez voulu faire l’application ; dites-moi simplement oui ou non, et je vous crois.
Quant au projet de réchauffer les coeurs de vos compatriotes par l’image des antiques vertus de leurs pères, il est beau, mais il est vain : l’on peut tenter de guérir des malades, mais non pas de ressusciter des morts. Vous venez soixante-dix ans trop tard. Contemporain du grand Catinat, du brillant Villars, du vertueux Fénélon[1019], vous auriez pu dire : Voilà encore des Français dont je vous parle ; leur race n’est pas éteinte ; mais aujourd’hui vous n’êtes plus que vox clamans in deserto. Vous ne mettez pas seulement sur la scène des gens d’un autre siècle, mais d’un autre monde ; ils n’ont plus rien de commun avec celui-ci. Il ne reste à votre nation, pour se consoler de n’avoir plus de vertu, que de n’y plus croire et de la diffamer dans les autres. Oh ! s’il était encore des Bayards en France, avec quelle noble colère, avec quelle vive indignation !… Croyez-moi, de Belloy, ne faites plus de ces beaux vers à la gloire des anciens Français, de peur qu’on ne soit tenté, par la justesse de la parodie, de l’appliquer à ceux d’aujourd’hui.
Adieu, monsieur, si cette lettre vous parvient, je vous prie de m’en donner avis, afin que je ne sois pas injuste : je vous salue de tout mon coeur.
Lettre CMXII – Au même
[1021]
Monquin, le 26 février 1770.
Pauvres aveugles que nous sommes ! etc.
Où êtes-vous, brave Saint-Germain ? Quand pourrai-je vous embrasser, et réchauffer au feu de votre courage celui dont j’ai besoin pour supporter les rigueurs de ma destinée ? Qu’il est cruel, qu’il est déchirant pour le plus aimant des hommes de se voir devenir l’horreur de ses semblables en retour de son tendre attachement pour eux, et sans pouvoir imaginer la cause de cette frénésie, ni par conséquent la guérir ! Quoi ! l’implacable animosité des méchants peut-elle donc ainsi renverser les têtes et changer les coeurs de toute une nation, de toute une génération ? lui montrer noir ce qui est blanc ; lui rendre odieux ce qu’elle doit aimer ; lui faire estimer l’iniquité, justice ; la trahison, générosité ? Ah ! c’est aussi trop accorder à la puissance que de lui soumettre ainsi le jugement, le sentiment, la raison, et de se dépouiller pour elle de tout ce qui nous fait hommes.
My dear, my kind, my respected aunt, I beg your forgiveness for having been brought into this world; and I regret deeply that I am unable to repay you with the tender care you bestowed upon me in the early years of my life. As soon as I saw any hope of improving my circumstances, I thought of providing you with a small portion of my income so that your life might be somewhat more comfortable. I immediately took steps to arrange this, and your modest pension began to be paid in March 1767[1014]. It has not even been three years since then, and these three years’ worth of payments have been made in advance, year by year. Therefore, even if you did not receive anything from me for some time, everything would still be in order and there would be no arrears. My intention is indeed to continue paying you in advance for the coming year and those that follow, as much as my means allow; but, my dear aunt, I must tell you that the current and future difficulties of my situation force me to be cautious in my financial arrangements; otherwise, I would never dare to rely on you. Please have some patience, knowing that you are not forgotten. And should your pension ever be delayed in the future—which I hope it will not—try to comfort yourself by thinking: “I know the heart of my nephew; I am sure he has not forgotten me; I pity him for not being in a position to do better.” Adieu, my good and respected aunt. I entrust you to the care of Providence; please do the same for me, for I truly need it. Accept with kindness my most heartfelt and respectful greetings.
Letter CMX – To Mr. de Belloy
[1017]
Monquin, February 19, 1770.
Poor blind fools that we are! etc.
I respected your talents, sir, even more so the noble manner in which you employed them. I admired how the same patriotic spirit had led us down the same path, yet to such vastly contrasting fates: for you, the acquisition of a new homeland and distinguished honors; for me, the loss of my own country and unprecedented humiliation.
You say that you once resembled me in misfortune; if I could believe you, it would make me weep for you. Are you alone in a foreign land, isolated, imprisoned, deceived, betrayed, slandered by everything around you, entangled in horrible schemes whose effects you can feel but cannot understand or unravel? Are you at the mercy of power, cunning, and injustice, all working together to drag you into ruin, to raise an impenetrable wall of darkness around you, to lock you alive inside a tomb? If such has been—or is—your fate, come, let us weep together; but in every other case, do not boast that you share my misfortunes.
I was reading your work on Bayard, proud that you had found my Edouard worthy of serving as his model in some regard; and through it, you made me admire those ancient Financiers—who bear so little resemblance to those of today—but whom you portrayed in such a way that they seemed to truly embody their character. Upon rereading it, I came across a line that had escaped me the first time; upon reflection, it pierced my heart[1018]. In it, I recognized—not, thank heaven, the heart of Jean-Jacques—but rather the kind of people I deal with, and whom, to my great misfortune, I know all too well. I realized, or at least thought I realized, that someone must have suggested that line to you: “Misery of mankind!” I said to myself. It’s one thing for the wicked to slander the good; but how do they deceive each other? Don’t their souls possess far more certain signs by which to recognize one another than all the deceptions of impostors? For a moment, I admitted that I might have been deceived rather than misled by my enemies.
At the same time, I received your letter and your “Gabrielle,” which I read over and over again, but with a much softer pleasure than that which the warrior Bayard had brought me; for the heroism of valor has always touched me less than the charm of genuine sentiment in well-natured souls. The affection this work inspires in me toward its author is one of those feelings—perhaps blind—but to which my heart has never been able to resist. This leads me to confess another folly to which my heart resists no less: that I have made my “Héloïse” the standard by which I judge the relationship between other hearts and mine. I readily admit that one can be full of honesty, virtue, sense, reason, and good taste, yet still find this novel detestable; anyone who does not love it may share my respect, but never my friendship. Anyone who does not idolize my “Julie” does not understand what true love ought to be. Anyone who is not a friend of Saint-Preux cannot be mine. Based on this stubbornness, judge for yourselves the pleasure I took in reading your “Gabrielle”—in finding my “Julie” once again portrayed in a more heroic light, yet still retaining her same nature, perhaps even more passionate in tragic situations, but also, in my opinion, less enchanting in moments of calm. Deeply moved by the way in which you have depicted this tender image in so many verses, I felt, based on my own feelings, that nature had made us friends; yet, upon rereading Bayard’s verses with greater uncertainty, I resolved to speak about them with my usual frankness—leaving it up to you to respond as you please.
Mr. de Belloy, I do not believe that it is possible to speak well of honor, just as you speak of virtue, to frequently return to these topics out of taste or choice, and always to address them in a way that touches and moves those who possess them—without truly loving them oneself or possessing them oneself. Therefore, knowing you only through your works, I believe that you hold the honor of a former knight in your heart. I ask you to tell me without hesitation whether there is any verse in your play “Bayard” for which, when writing it, you intended it to refer to me; simply say yes or no, and I will believe you.
As for the project of warming the hearts of your compatriots through the image of their fathers’ ancient virtues, it is noble, but it is futile: one can attempt to heal the sick, but not resurrect the dead. You have come sixty years too late. Had you lived in the time of the great Catinat, the brilliant Villars, or the virtuous Fénélon[1019], you might have said: “Here are yet more Frenchmen of whom I speak; their race is not extinct.” But today, your words are but voices crying in the desert. You bring onto the stage people from another century, even another world; they have nothing in common with our own. All that remains for your nation, to console itself for the loss of virtue, is to cease believing in it and to denounce it among others. Oh! if there were still such men as Bayards in France, with what noble wrath, with what intense indignation would they act. Believe me, Monsieur de Belloy, do not compose those beautiful verses praising the ancient French any longer; lest someone, tempted by the fairness of your parody, might apply them to those of our time.
Farewell, sir; if this letter reaches you, I beg you to let me know, so that I may not be unjust. I greet you with all my heart.
Letter CMXII – To the Same One
[1021]
Monquin, February 26, 1770.
Poor blind fools that we are! etc.
Where are you, brave Saint-Germain? When shall I be able to embrace you and warm with the fire of your courage that which I need in order to endure the harshness of my fate? How cruel, how heart-wrenching it is for the most loving of men to find himself turned into a terror to his own kind in return for his tender affection toward them—only to be unable to comprehend the cause of this frenzy, and thus unable to cure it! Alas! Can the relentless hostility of the wicked truly reverse the will and change the hearts of an entire nation, of an entire generation? To make what is good seem evil; to turn what should be loved into something detestable; to make people regard injustice as justice, and betrayal as generosity? Ah! Such submission of judgment, emotion, and reason to the power of evil—such abandonment of everything that makes us human—is indeed granting that power far too much authority.
Mia cara, mia buona, mia rispettabile zia, né morendo vi perdono per avermi fatto vivere, e mi addoloro di non potervi offrire, alla fine dei vostri giorni, le stesse cure affettuose che voi avete profuso nei primi anni della mia vita. Non appena si presentò la possibilità di una situazione economica migliore, pensai subito a condividere con voi una parte delle mie risorse, in modo da rendere la vostra vita un po’ più confortevole; vi informai immediatamente e così la vostra piccola pensione iniziò ad essere versata regolarmente, a partire dalla fine di marzo del 1767[1014]. Non sono ancora trascorsi tre anni da allora, e questi tre anni vi sono stati pagati anticipatamente, anno dopo anno; quindi, anche se per un certo periodo non riceveste nulla, tutto rimarrà in regola e non ci saranno arretrati. Intendo comunque continuare a pagarvi in anticipo, per l’anno che sta per iniziare e per quelli successivi, finché le mie possibilità me lo permetteranno; ma, mia cara zia, non posso nascondervi che la difficile situazione economica attuale mi costringe ad essere prudente, altrimenti non mi deciderei mai a dipendere da voi. Vi prego quindi di avere un po’ di pazienza, certa che non verrete dimenticata; e se in futuro la vostra pensione dovesse arrivare in ritardo – il che non accadrà, per quanto possibile – pensate semplicemente: “Conosco il cuore di mio nipote; so che non mi ha dimenticata, quindi lo compiango per le difficoltà che deve affrontare”. Addio, mia buona e rispettabile zia: vi raccomando alla Provvidenza; fate lo stesso per me, ne ho grande bisogno, e ricevete con affetto i miei più sentiti saluti.
Lettera CMX – A Monsieur de Belloy
[1017]
Monquin, 19 febbraio 1770.
Poveri ciechi che siamo, ecc.
Onoravo i vostri talenti, signore, e ancora di più il nobile modo in cui li utilizzavate; ammiravo anche come lo stesso spirito patriottico ci avesse guidati lungo la stessa strada, verso destini così opposti: voi verso l’acquisizione di una nuova patria e onori distinti, io verso la perdita della mia e verso umiliazioni inaudite.
Dite di assomigliarmi nel dolore; se potessi crederci, vi farei piangere per me. Siete solo in una terra straniera, isolato, segregato, ingannato, tradito, diffamato da tutto ciò che vi circonda, intrappolato in orribili complotti di cui sentite gli effetti, senza riuscire a comprenderli o a districcarveli? Siete alla mercé del potere, dell’inganno e dell’iniquità, uniti per trascinarvi nel fango, per erigere intorno a voi un insormontabile muro di tenebre, per chiudervi vivo in una prigione? Se tale è o è stato il vostro destino, venite, piangiamo insieme; ma in ogni altro caso, non vantatevi di condividere con me la stessa sorte tragica.
Leggevo il vostro “Bayard”, fier che aveste ritenuto il mio Edouard degno di servirgli da modello in qualcosa; e voi mi facevate ammirare quei vecchi Finanzieri, ai quali quelli di oggi assomigliano così poco, ma che voi fate parlare e agire in modo tale da farli sembrare proprio loro. Alla seconda lettura sono incappato in un verso che mi era sfuggito la prima volta; riflettendoci su, mi ha profondamente commosso[1018]. In esso ho riconosciuto, no, grazie al cielo, non il cuore di Jean-Jacques, ma le persone con cui ho a che fare, e che, per mia sfortuna, conosco troppo bene. Ho capito, o almeno ho pensato che qualcuno vi avesse suggerito quel verso: “Misère humaine!”, mi sono detto. Che i malvagi diffamino i buoni, è il loro compito; ma come riescono a ingannarsi a vicenda? Le loro anime non possiedono forse segni più sicuri per riconoscersi, rispetto a tutti gli inganni degli impostori? Devo ammettere che per un momento ho dubitato, se voi foste stato sedotto piuttosto che ingannato dai miei nemici.
Nello stesso periodo ho ricevuto la vostra lettera e anche Gabrielle, che ho letto e riletto più volte, ma con un piacere molto più dolce di quello che mi aveva procurato il guerriero Bayard; perché l’eroismo e il coraggio non mi hanno mai commosso tanto quanto il fascino dei sentimenti nelle anime ben nate. L’affetto che questa opera suscita in me per il suo autore è uno di quei sentimenti, forse ciechi, ma a cui il mio cuore non ha mai potuto resistere. Questo mi spinge ad ammettere un’altra follia alla quale anch’esso non resiste: quella di considerare la mia Héloïse come criterio con cui giudico il rapporto tra gli altri cuori e il mio. Ammetto volentieri che si possa essere pieni di onestà, virtù, ragione, gusto, eppure trovare questo romanzo detestabile: chi non lo amerà potrà certamente meritare la mia stima, ma mai la mia amicizia; chi non idolatra Julie non riesce a comprendere ciò che merita di essere amato; chi non è amico di Saint-Preux non può essere il mio. In base a questa convinzione, giudicate voi stesso quanto piacere abbia provato leggendo Gabrielle, e come in essa abbia ritrovato una Julie un po’ più eroica, ma con lo stesso carattere, forse più appassionata nelle situazioni tragiche, ma anche meno incantevole nel momento del calmo. Vedendo, in tanti versi, quanto attentamente abbiate contemplato questa immagine così tenera, ho creduto che la natura ci avesse fatti amici; e tornando, con maggiore incertezza, sui versi di Bayard, ho deciso di parlarne con la mia solita franchezza, a voi il compito di rispondermi come preferite.
Signor de Belloy, non credo che sia possibile parlare bene dell’onore, così come voi non credete che sia possibile parlare bene della virtù; non credo nemmeno che si possa tornarvi spesso per gusto o per scelta, e parlarne sempre in un tono che commuova coloro che la possiedono, senza amarla e senza possederla personalmente. Pertanto, conoscendovi soltanto attraverso le vostre opere, credo nel vostro cuore l’onore di un antico cavaliere, e vi chiedo di dirmi, senza mezzi termini, se esista qualche verso nella vostra opera “Bayard” in cui, scrivendolo, abbiate voluto riferirvi a me; ditemi semplicemente sì o no, e vi crederò.
Quanto al progetto di riscaldare i cuori dei vostri compatrioti attraverso l’immagine delle antiche virtù dei loro padri, è bello, ma vano: si può tentare di curare i malati, ma non di risuscitare i morti. Siete arrivati sessanta anni troppo tardi. Se foste vissuti all’epoca del grande Catinat, del brillante Villars, del virtuoso Fénélon[1019], avreste potuto dire: “Ecco ancora dei francesi di cui vi parlo; la loro razza non è estinta, ”. Ma oggi siete soltanto una voce che grida nel deserto. Non solo fate rivivere persone di un altro secolo, ma di un altro mondo; non hanno più nulla in comune con il nostro. Alla vostra nazione, per consolarsi del fatto di non possedere più virtù, non resta che smettere di crederci e diffamarla negli altri. Oh, se in Francia ci fossero ancora dei veri cavalieri, con quale nobile furia, con quale intensa indignazione reagirebbero! Credetemi: smettete di scrivere quei bei versi in lode degli antichi francesi, per paura che, data la loro giustezza, qualcuno non possa essere tentato di applicarli anche a quelli di oggi.
Addio, signore; se questa lettera dovesse raggiungervi, vi prego di informarmene affinché non commetta errori. Vi saluto con tutto il mio cuore.
Lettera CMXII – Allo stesso.
[1021]
Monquin, 26 febbraio 1770.
Poveri ciechi che siamo, ecc.
Dove siete, nobile San Germain? Quando potrò abbracciarvi e riscaldare con il fuoco del vostro coraggio ciò di cui ho bisogno per sopportare le durezze del mio destino? Che crudeltà, che dolore per l’uomo più amorevole vedere se stesso diventare l’orrore dei suoi simili in cambio della sua tenera affezione verso di loro, senza poter immaginare la causa di questa follia, né quindi curarla! Come può l’implacabile ostilità dei malvagi ribaltare così le opinioni e cambiare i cuori di un intero popolo, di un’intera generazione? Far loro vedere nero ciò che è bianco; rendere odioso ciò che dovrebbero amare; farli considerare ingiustizia ciò che è giustizia, tradimento ciò che è generosità. Ah! È davvero concedere troppo potere a chi sottomette in questo modo il giudizio, i sentimenti, la ragione, e si spoglia, per suo conto, di tutto ciò che ci rende umani.
Quels sont mes torts envers M. de Choiseul ? Un seul, mais grand, celui d’avoir pu l’estimer. Dans ma retraite je ne connaissais de lui que son ministère : son pacte de famille me prévint en faveur de ses talents. Il avait paru bien disposé pour moi : cette bienveillance m’en avait inspiré. Je ne savais rien de son naturel, de ses goûts, de ses inclinations, de son caractère ; et, dans les ténèbres où je suis plongé depuis tant d’années, j’ai longtemps ignoré tout cela. Jugeant du reste par ce qui m’était connu, je lui donnai des louanges qu’il méritait trop peu pour les prendre au pied de la lettre. Il se crut insulté : de là sa haine et tous mes malheurs. En me punissant de mon tort il m’en a corrigé. S’il me punit maintenant de lui rendre justice, il ne peut être trop sévère ; car assurément je la lui rends bien.
Pour mieux assouvir sa vengeance, il n’a voulu ni ma mort qui finissait mes, malheurs, ni ma captivité qui m’eût du moins donné le repos. Il a conçu que le plus grand supplice d’une âme fière et brûlante d’amour pour la gloire, était le mépris et l’opprobre, et qu’il n’y avait point pour moi de pire tourment que celui d’être haï ; c’est sur ce double objet qu’il a dirigé son plan. Il s’est appliqué à me travestir en monstre effroyable ; il a concerté dans le secret l’oeuvre de ma diffamation ; il m’a fait enlacer de toutes parts par ses satellites ; il m’a fait traîner par eux dans la fange ; il m’a rendu la fable du peuple et le jouet de la canaille. Pour m’accabler encore mieux de la haine publique, il a pris soin de la faire sortir par les moqueuses caresses des fourbes dont il me faisait entourer ; et, pour dernier raffinement, il a fait en sorte que partout les égards et les attentions parussent me suivre, afin que, quand, trop sensible aux outrages, j’exhalerais quelques plaintes, j’eusse l’air d’un homme qui n’est pas à son aise avec lui-même, et qui se plaint des autres parce qu’il est mécontent de lui. Pour m’isoler et m’ôter tout appui, les moyens étaient simples. Tout cède à la puissance, et presque tout à l’intrigue. On connaissait mes amis, on a travaillé sur eux ; aucun n’a résisté. On a éventé par la poste toutes les correspondances que je pouvais avoir. On m’a détaché de temps en temps de petits chercheurs de places, de petits imploreurs de recommandations, pour savoir, par eux s’il ne restait personne qui eût pour moi de la bienveillance, et travailler aussitôt à me l’ôter. Je connais si bien ce manège, et j’en ai si bien senti le succès, que je ne serais pas sans crainte pour M. de Saint-Germain lui-même, si je le savais moins clairvoyant, et que je connusse moins sa sagesse et sa fermeté. Parmi les objets de tant de vigilance, mes papiers n’ont pas été oubliés. J’ai confié tous ceux que j’avais en des mains amies, ou que je crus telles : tous sont à la merci de mes ennemis. Enfin, on m’a lié moi-même par des engagements, dont j’ai cru vainement acheter mon repos, et qui n’ont servi qu’à me livrer pieds et poings liés au sort qu’on voulait me faire. On ne m’a laissé pour défense que le ciel, dont on ne s’embarrasse guère, et mon innocence, qu’on n’a pu m’ôter.
Parvenu une fois à ce point, tout le reste va de lui-même et sans la moindre difficulté. Les gens chargés de disposer de moi ne trouvent plus d’obstacles. Les essaims d’espions malveillants et vigilants, dont je suis entouré, savent comment ils ont à faire leur cour. S’il y a du bien, ils se garderont de le dire, ou prendront grand soin de le travestir ; s’il y a du mal, ils l’aggraveront ; s’il n’y en a pas, ils l’inventeront. Ils peuvent me charger tout à leur aise ; ils n’ont pas peur de me trouver là pour les démentir. Chacun veut prendre part à la fête, et présenter le plus beau bouquet. Dès qu’il est convenu que je suis un homme noir, c’est à qui me controuvera le plus de crimes. Quiconque en a fait un, peut en faire cent, et vous verrez que bientôt j’irai violant, brûlant, empoisonnant, assassinant à droite et à gauche pour mes menus plaisirs, sans m’embarrasser des foules de surveillants qui me guettent, sans songer que les planchers sous lesquels je suis ont des yeux, que les murs qui m’entourent ont des oreilles, que je ne fais pas un pas qui ne soit compté, pas un mouvement de doigt qui ne soit noté, et sans que, durant tout ce temps-là, personne ait la charité de pourvoir à la sûreté publique en m’empêchant de continuer toutes ces horreurs, dont ils se contentent de tenir tranquillement le registre, tandis que je les fais tout aussi tranquillement sous leurs yeux, tant la haine est aveugle et bête dans sa méchanceté ! Mais n’importe, dès qu’il s’agira de m’imputer des forfaits, je vous réponds que le bon M. de Choiseul sera coulant sur les preuves, et qu’après ma mort toutes ces inepties deviendront autant de faits incontestables, parce que monsieur l’un, et monsieur l’autre, et madame celle-ci, et mademoiselle celle-là, tous gens de la plus haute probité, les auront attestés, et que je ne ressusciterai pas pour y répondre.
Encore une fois, tout devient facile, et désormais on va faire de moi tout ce qu’on voudra de mauvais. Si je reste en repos, c’est que je médite des crimes, et peut-être le pire de tous, celui de dire la vérité. Si, pour me distraire de mes maux, je m’amuse à l’étude des plantes, c’est pour y chercher des poisons. Mon Dieu ! quand quelque jour ceux qui sauront quel fut mon caractère, et qui liront mes écrits, apprendront qu’on a fait de Jean-Jacques Rousseau un empoisonneur, ils demanderont quelle sorte d’êtres existaient de son temps, et ne pourront croire que ce fussent des hommes.
Mais comment en est-on venu là ? quel fut le premier forfait qui rendit les autres croyables ? Voilà ce qui me passe, voilà l’étonnante énigme. C’est ce premier pas qu’il faut expliquer, et qui n’offre à mes yeux qu’un abîme impénétrable. M. de Saint-Germain, dans ce que vous connaissez de moi par vous-même, trouvez-vous de l’étoffe pour faire un scélérat ? Tel je parais à vos yeux depuis plus d’un an, tel je fus pendant près de soixante. Je n’eus jamais que des goûts honnêtes, que des passions douces ; je m’élevai, pour ainsi dire, moi-même ; je me livrai par choix aux meilleures études ; je ne cultivai que des talents aimables. J’aimai toujours la retraite, la vie paisible et solitaire. J’ai passé la jeunesse et l’âge mûr, chéri de mes amis, bien voulu de mes connaissances, tranquille, heureux, content de mon sort, et sans avoir eu jamais qu’une seule querelle avec un extravagant[1022], laquelle tourna tout à ma gloire. Malheureusement ayant déjà passé l’âge mûr, je me laissai tenter afin de communiquer au public, dans des livres qui ne respirent que la vertu, des maximes que je crus utiles à mes semblables, ou de nouvelles idées pour le progrès des beaux-arts. Me voilà devenu depuis lors un homme noir ; de quelle façon ? je l’ignore. Eh ! quels sont ces malheureux dont les âmes sombres et concentrées couvent le crime ? Sont-ce des auteurs, des gens de lettres dévoués à la paisible occupation d’écrire des livres, des romans, de la musique, des opéra ? Ont-ils des coeurs ouverts, confiants, faciles à s’épancher ? Et où de pareils secrets se cacheraient-ils un moment dans le mien, transparent comme le cristal, et qui porte à l’instant dans mes yeux et sur mon visage chaque mouvement dont il est affecté ? Seul, étranger, sans parti, livré dans ma retraite à de pareils goûts, quel avantage, quel moyen, quelle tentation pouvais-je avoir de mal faire ? Quoi ! lorsque l’amour, la raison, la vertu, prenaient sous ma plume leurs plus doux, leurs plus énergiques accents ; lorsque je m’enivrais à torrents des plus délicieux sentiments qui jamais soient entrés dans un coeur d’homme, lorsque je planais dans l’empirée au milieu des objets charmants et presque angéliques dont je m’étais entouré, c’était précisément alors, et pour la première fois, que ma noire et farouche âme méditait, digérait, commettait les forfaits atroces dont on ne me voilà l’imputation que pour m’ôter les moyens de m’en défendre, et cela sans motif, sans raison, sans sujet, sans autre intérêt que celui de satisfaire la plus infernale férocité ! Et l’on peut… Si jamais pareille contradiction, pareille extravagance, pareille absurdité pouvaient réellement trouver foi dans l’esprit d’un homme, oui, j’ose le dire sans crainte, il faudrait étouffer cet homme-là.
What wrongs have I committed towards Monsieur de Choiseul? Only one, but a grave one: that I ever deemed him worthy of my respect. In my retirement, I knew of him only through his role as minister; his family ties gave me reason to believe in his talents. He seemed well-disposed toward me, and this goodwill inspired my own regard for him. However, I knew nothing about his true nature, his tastes, his inclinations, or his character; and in the darkness into which I have been plunged for so many years, I remained ignorant of all these things. Judging from what I did know, I spoke well of him—yet he certainly did not deserve such praise. He took it as an insult, and thus arose his hatred and all my misfortunes. By punishing me for my perceived wrongdoing, he actually corrected it. If he now punishes me for giving him his due respect, then he cannot be too severe; for indeed, I am giving him exactly what he deserves.
In order to carry out his vengeance more thoroughly, he neither desired my death, which would have ended my misfortunes, nor my imprisonment, which at least might have brought me some respite. He conceived that the greatest torment for a proud soul burning with love for glory was contempt and disgrace, and that there was no worse suffering for me than to be hated; it was towards these two objectives that he directed his plans. He went to great lengths to transform me into a terrifying monster; he secretly orchestrated campaigns against my reputation; he had me surrounded by his lackeys; he made me dragged through the mud by them; he turned me into the object of public ridicule and the plaything of the vile. To heap even more public hatred upon me, he took care to ensure that it was provoked through the mocking attentions of those treacherous people who surrounded me; and as a final twist, he made sure that everywhere, appearances of respect and attention seemed to follow me, so that when, overwhelmed by these insults, I uttered any complaints, it would seem as if I were a man who was at odds with himself and was complaining about others because I was dissatisfied with myself. To isolate me and deprive me of all support, the methods were simple: power overcomes everything, and intrigue does even more so. People knew who my friends were, and they targeted them; not one of them resisted. All my correspondence was intercepted through the postal system. From time to time, I was separated from those who sought favors or recommendations for me, in order to find out if there was anyone still willing to be kind to me—and then they would immediately work to remove that possibility as well. I know too well how this is done, and I have witnessed its success all too often; therefore, even if I knew less about M. de Saint-Germain’s clarity of vision, his wisdom, and his firmness, I would still be afraid for him. Among all the targets of such vigilance, my papers were not forgotten. I entrusted all I had to people I believed to be friends—yet they are now at the mercy of my enemies. Finally, I myself was bound by promises that I naively thought would bring me peace, but which only served to hand me over completely to the fate that those people wished to inflict upon me. All that was left for me as a defense were the heavens—of little avail—and my innocence, which they were unable to take away from me.
Once one has reached this point, everything else happens of its own accord and without the slightest difficulty. Those responsible for dealing with me find no obstacles anymore. The swarms of malicious and vigilant spies surrounding me know exactly what to do. If there is anything good, they will refrain from mentioning it or take great care to distort it; if there is anything bad, they will exaggerate it; if there isn’t anything at all, they will invent it. They can accuse me freely, without fear that I might be there to refute them. Everyone wants to take part in this “festival” and present the “most beautiful bouquet.” Once it has been agreed that I am a black man, it becomes a competition to see who can invent the most crimes against me. Anyone who has committed one crime can commit a hundred; soon enough, you will see me committing rapes, burns, poisonings, murders everywhere, just for my own petty pleasures—without worrying about the crowds of observers watching me, without caring that the floors beneath me have “eyes,” that the walls surrounding me have “ears,” that every step I take is counted, that every movement of my fingers is noted. And throughout all this time, not a single person will show the slightest concern to protect public safety by preventing me from continuing these horrors—while they themselves content themselves with simply keeping records of them, as I carry them out right under their noses. Such is the blindness and stupidity of hatred in its malice! But anyway, whenever it comes to framing me for crimes, I tell you this: the good Mr. de Choiseul will be more than willing to provide “evidence,” and after my death, all these absurd accusations will become indisputable facts—because such and such people of utmost integrity will have testified to them, and I will not rise from the dead to deny them.
Once again, everything becomes easy; now they will do whatever they want to me, even the worst things. If I remain in rest, it is because I am contemplating crimes—perhaps the worst of all: telling the truth. If I indulge in the study of plants to distract myself from my troubles, it is because I seek poisons within them. My God! When, one day, those who know what my character was and read my writings learn that Jean-Jacques Rousseau was made into a poisoner, they will wonder what kind of beings existed in his time and will hardly believe they were human.
But how did it come to this? What was that first wrongdoing that made the others seem credible? Such is the mystery that haunts me. It is that very first step that needs to be explained—yet in my eyes, it presents an impenetrable abyss. Monsieur de Saint-Germain, from what you know of me personally, do you see any trace in me of a person capable of such villainy? For over a year now, I have appeared to you in this light; yet for nearly sixty years, I was exactly the same. I always had honest tastes and gentle passions; I cultivated myself willingly, devoted myself to the finest studies, and nurtured only lovely talents. I always preferred solitude and a peaceful life. I spent my youth and adulthood loved by friends, respected by acquaintances, living in tranquility and happiness, content with my lot—yet I never had a single quarrel with anyone, not even with an eccentric, and that very encounter actually brought me glory. Unfortunately, having already passed middle age, I allowed myself to be tempted into attempting to convey to the public, through books filled with virtues, maxims I believed would benefit my fellow beings, or new ideas that could advance the arts. And since then. I have become a dark man. How? I do not know. Ah! What kind of unfortunate people are these, whose dark and concentrated souls harbor crime? Are they authors, men of letters devoted to the peaceful pursuit of writing books, novels, composing music, or operas? Do they have open, trusting hearts that readily reveal their thoughts? And where in my own heart—so transparent as crystal, revealing every emotion I feel—could such secrets ever be hidden? Alone, an outsider, without any affiliation, indulging in such tastes in my solitude, what advantage, what means, what temptation could have led me to do evil? When love, reason, and virtue found their most tender and passionate expressions in my writings; when I was overwhelmed by the most delightful emotions that ever filled a human heart; when I soared through the realm of beautiful, almost angelic things surrounding me, it was then—for the very first time—that my dark and ferocious soul began to conceive, plot, and commit those atrocious crimes for which I am now accused, solely to deprive me of any means to defend myself. And all this without any motive, reason, or purpose other than to satisfy the most infernal cruelty! And people still dare to believe such a contradiction, such an absurdity. If such things could truly exist in anyone’s mind, then, I dare say without fear, that person should be put to death.
Quali sono i miei torti verso il signor de Choiseul? Uno solo, ma grave: quello di aver potuto stimarlo. Nella mia ritirata conoscevo di lui soltanto il suo ruolo di ministro; il suo “patto familiare” mi aveva indotto a considerare positivamente i suoi talenti. Sembrava ben disposto nei miei confronti: questa benevolenza mi aveva spinto ad avere una buona opinione di lui. Non sapevo nulla della sua natura, dei suoi gusti, delle sue inclinazioni, del suo carattere; e, nelle tenebre in cui sono immerso da tanti anni, ho ignorato tutto ciò per molto tempo. Giudicandolo in base a quanto conoscevo, gli ho rivolto lodi che, in realtà, non meritava affatto. Lui si è sentito offeso; da questo è nata la sua odio e tutti i miei mali. Punendomi per il mio errore, mi ha corretto. Se ora mi punisce perché gli rendo giustizia, non può essere troppo severo, perché di certo gliela sto rendendo davvero.
Per soddisfare ancora meglio la sua vendetta, non ha voluto né la mia morte che avrebbe posto fine ai miei mali, né la mia prigionia che almeno mi avrebbe dato un po’ di riposo. Ha concepito che il più grande supplizio per un’anima orgogliosa e appassionata d’onore fosse il disprezzo e l’infamia, e che non esistesse per me tormento peggiore dell’essere odiato; è su questi due obiettivi che ha diretto i suoi piani. Si è impegnato a trasformarmi in un mostro spaventoso; ha concordato segretamente le azioni volte a diffamarmi; mi ha fatto circondare dai suoi complici; mi ha fatto trascinare nel fango da loro; mi ha reso oggetto delle derisioni del popolo e dei scherzi della plebaglia. Per aggravare ulteriormente il mio odio pubblico, si è assicurato che quest’ultimo emergesse attraverso le moquerie di quegli individui malvagi che mi circondavano; e, come ultima crudeltà, ha fatto in modo che ovunque sembrassero rivolgersi a me attenzioni e rispetto, così che, quando, troppo sensibile agli insulti, esprimevo qualche lamento, sembravo un uomo insoddisfatto di sé stesso che si lamentava degli altri. Per isolarmi e privarmi di ogni sostegno, i mezzi erano semplici: tutto cede alla forza, e quasi tutto all’inganno. Si conoscevano i miei amici; su di loro sono state condotte azioni subdole; nessuno di loro ha resistito. Tutte le mie corrispondenze sono state intercettate tramite la posta. Mi hanno allontanato, di tanto in tanto, da quegli individui che cercavano favori o raccomandazioni, per scoprire se esistesse ancora qualcuno disposto a essere gentile con me e agire subito per privarmene. Conosco troppo bene questo tipo di comportamento e ne ho visto troppo chiaramente i risultati; quindi non sarei senza preoccupazioni nemmeno per il signor de Saint-Germain, se non lo conoscessi così perspicace, e se non sapessi della sua saggezza e fermezza. Tra tutti gli oggetti di tanta attenzione, anche i miei documenti non sono stati dimenticati: ho affidato tutti quelli che avevo a persone che credevo fossero amiche, ma ora sono tutti in mano ai miei nemici. Infine, mi hanno legato con impegni che, pensavo ingannosamente, avrebbero potuto garantirmi la pace, ma che in realtà non hanno fatto altro che consegnarmi completamente al destino che volevano per me. Non mi è rimasto come difesa se non il cielo, di cui pochi si preoccupano, e la mia innocenza, che non sono riusciti a togliermi.
Una volta raggiunto questo punto, tutto il resto avviene da solo e senza alcuna difficoltà. Le persone incaricate di “gestirmi” non trovano più ostacoli. Gli stormi di spie malvagie e attente che mi circondano sanno perfettamente come comportarsi: se c’è qualcosa di positivo, si astengono dal dirlo o lo camuffano con cura; se c’è qualcosa di negativo, lo aggravano; se non c’è nulla, lo inventano. Possono accusarmi tranquillamente, senza paura che io possa smentirle. Tutti vogliono partecipare a questa “festa” e presentare il “bouquet più bello”. Una volta stabilito che sono un uomo “nero”, chiunque abbia commesso qualche crimine contro di me può ne commetterne centinaia. E vedrete che presto inizierò a violentare, bruciare, avvelenare, assassinare ovunque, per i miei piccoli piaceri. Senza preoccuparmi delle folle di sorveglianti che mi tengono d’occhio, senza pensare che i pavimenti sotto i quali cammino hanno “occhi”, che i muri che mi circondano hanno “orecchie”, che ogni mio passo viene contato, che ogni mio gesto viene registrato. E senza che nessuno, in tutto questo tempo, abbia la gentilezza di proteggere la sicurezza pubblica impedendomi di continuare a compiere tutte queste orrori. Mentre loro si limitano tranquillamente a tenere il “registro” di questi crimini, mentre io li commetto sotto i loro occhi. Poiché l’odio è cieco e stupido nella sua malvagità. Ma comunque sia. Quando verrà il momento di attribuirmi dei reati, vi assicuro che il buon signor de Choiseul sarà più che felice di fornire prove a mio favore. E dopo la mia morte, tutte queste invenzioni diventeranno fatti indiscutibili. Perché persone della massima onestà le avranno testimoniate. E io non risorgerò mai per contraddirle.
Ancora una volta, tutto diventa facile. Ora mi faranno fare di me tutto ciò che vorranno, anche il male. Se resto in riposo, è perché medito su crimini. E forse sul peggiore di tutti: dire la verità. Se mi diverto a studiare le piante per distrarmi dai miei mali, è perché cerco in esse veleni. Mio Dio! Quando un giorno coloro che conosceranno il mio vero carattere e leggeranno i miei scritti scopriranno che di Jean-Jacques Rousseau si è fatto un avvelenatore, chiederanno quali esseri esistessero al suo tempo. E non riusciranno a credere che fossero uomini.
Ma come si è arrivati a questo punto? Qual fu il primo atto malvagio che rese gli altri credibili? Ecco ciò che mi accade, ecco l’enigma sorprendente. È proprio quel primo passo che bisogna spiegare, ma che ai miei occhi rappresenta un abisso insondabile. Signor de Saint-Germain, da ciò che sapete di me, ritenete che io possa essere una persona malvagia? Così mi presento ai vostri occhi da più di un anno, ma così sono stato per quasi sessant’anni. Ho sempre avuto gusti onesti, passioni dolci; mi sono dedicato con entusiasmo agli studi migliori, coltivando solo talenti amabili. Amavo la solitudine, una vita tranquilla e serena. Ho trascorso la giovinezza e l’età matura amato dai miei amici, rispettato dalle persone che conoscevo, tranquillo, felice, soddisfatto del mio destino. E non ho mai avuto nemmeno una discussione con un individuo eccentrico, anzi, quella singola discussione è servita solo a rendermi ancora più illustre. Purtroppo, essendo ormai oltre l’età matura, mi sono lasciato tentare dall’idea di comunicare al pubblico, attraverso libri ispirati alla virtù, massime che ritenevo utili ai miei simili, o nuove idee per il progresso delle arti belle. Da allora sono diventato una persona “oscura”. In che modo? Non lo so. Ma quali sono questi sfortunati la cui anima cupa e concentrata nasconde crimini terribili? Sono forse autori, letterati dedicati alla tranquilla attività di scrivere libri, romanzi, musica, opere liriche? Hanno un cuore aperto, fiducioso, pronto a esprimersi liberamente. E dove potrebbero nascondere simili segreti nel mio cuore, trasparente come il cristallo, che riflette immediatamente ogni mio pensiero sul mio viso? Solo, estraneo a qualsiasi fazione, immerso nella mia solitudine con tali inclinazioni, quale vantaggio, quale mezzo, quale tentazione avrei potuto avere di compiere atti malvagi? Quando l’amore, la ragione, la virtù prendevano forma sotto la mia penna, quando mi inebriavo dei sentimenti più deliziosi che mai abbiano attraversato il cuore di un uomo, quando volavo nell’empireo, circondato da oggetti incantevoli e quasi angelici, era proprio allora che la mia anima oscura e crudele cominciava a meditare, a pianificare, a commettere quegli atti atroci di cui ora mi si accusa, solo per privarmi dei mezzi per difendermi. E tutto questo senza motivo, senza ragione, senza alcun vero scopo, se non quello di soddisfare la più infernale ferocia! E si può davvero credere a una tale contraddizione, a una tale follia, a un tale assurdo nell’animo di un uomo. Sì, oso dirlo senza paura: bisognerebbe uccidere quell’uomo.
Les passions qui portent au crime sont analogues à leurs noirs effets. Où furent les miennes ? Je n’ai connu jamais les passions haineuses ; jamais l’envie, la méchanceté, la vengeance n’entrèrent dans mon coeur. Je suis bouillant, emporté, quelquefois colère, jamais fourbe ni rancunier ; et quand je cesse d’aimer quelqu’un, cela s’aperçoit bien vite. Je hais l’ennemi qui veut me nuire ; mais, sitôt que je ne le crains plus, je ne le hais plus. Que Diderot, que Grimm surtout, le premier, le plus caché, le plus ardent, le plus implacable, celui qui m’attira tous les autres, dise pourquoi il me hait. Est-ce pour le mal qu’il a reçu de moi ? Non, c’est pour celui qu’il m’a fait, car souvent l’offensé pardonne, mais l’offenseur ne pardonne jamais. Dirai-je mes torts envers lui ? j’en sais deux : le premier, je l’ai trop aimé ; le second, son coeur fat déchiré par la louange qui n’était pas pour lui[1023]. Si lui, si Diderot, ont quelque autre grief, qu’ils le disent. Ils ont découvert, dira-t-on, que j’étais, un monstre. Ah ! c’est une autre affaire ; mais toujours est-il sûr que ce monstre ne leur fit jamais de mal.
Madame la comtesse de Boufflers me hait, et en femme ; c’est tout dire. Quels sont ses griefs ? Les voici.
Le premier. J’ai dit dans l’Héloïse que la femme d’un charbonnier était plus respectable que la maîtresse d’un prince : mais, quand j’écrivis ce passage, je ne songeais ni à elle ni à aucune femme en particulier ; je ne savais pas même alors qu’il existât une comtesse de Boufflers, encore moins qu’elle pût s’offenser de ce trait, et je n’ai fait que longtemps après connaissance avec elle.
Le second. Madame de Boufflers me consulta sur une tragédie en prose de sa façon, c’est-à-dire qu’elle me demanda des éloges. Je lui donnai ceux que je crus lui être dus ; mais je l’avertis que sa pièce ressemblait beaucoup à une pièce anglaise que je lui nommai : j’eus le sort de Gil Blas auprès de l’évêque prédicateur.
Le troisième. Madame de Boufflers était aimable alors, et jeune encore. Les amitiés dont elle m’honora me touchèrent plus qu’il n’eût fallu peut-être : elle s’en aperçut. Quelque temps après j’appris ses liaisons, que dans ma bêtise je ne savais pas encore. Je ne crus pas qu’il convînt à Jean-Jacques Rousseau d’aller sur les brisées d’un prince du sang, et je me retirai. Je ne sais, monsieur, ce que vous penserez de ce crime ; mais il serait singulier que tous les malheurs de ma vie fussent venus de trop de prudence, dans un homme qui en eut toujours si peu.
Madame la maréchale de Luxembourg me hait ; elle a raison. J’ai commis envers elle des balourdises, bien innocentes assurément dans mon coeur, bien involontaires, mais que jamais femme ne pardonne, quoiqu’on n’ait pas eu l’intention de l’offenser. Cependant je ne puis la croire essentiellement méchante, ni perdre le souvenir des jours heureux que j’ai passés près d’elle et de M. de Luxembourg. De tous mes ennemis elle est la seule que je croie capable de retour, mais non pas de mon vivant. Je désire ardemment qu’elle me survive, sûr d’être regretté, peut-être pleuré d’elle après ma mort.
Ajoutez à cette courte liste M. de Choiseul, dont j’ai déjà parlé, et qui malheureusement à lui seul en vaut mille ; le docteur Tronchin, avec qui je n’eus d’autre tort que d’être Genevois comme lui, et d’avoir autant de célébrité, quoique j’eusse gagné moins d’argent ; enfin le baron d’Holbach, aux avances duquel j’ai résisté longtemps, par la seule raison qu’il était trop riche : raison que je lui dis pour réponse à ses instances, et qui malheureusement ne se trouva que trop juste dans la suite. Sur mes premiers écrits, et sur le bruit qu’ils firent, il se prit pour moi d’une telle haine, et, comme je crois, par l’impulsion de Grimm, qu’il me traita, dans sa propre maison, et sans le moindre sujet, avec une brutalité sans exemple. Diderot, et M. de Margency, gentilhomme ordinaire du roi, furent témoins de la querelle ; et le dernier m’a souvent dit depuis lors qu’il avait admiré ma patience et ma modération.
Ces détails, monsieur, sont dans la plus exacte vérité. Trouvez-vous là quelque méchanceté dans le pauvre Jean-Jacques ? Voilà pourtant les seuls ennemis personnels que j’aie eus jamais. Tous les autres ne le sont que par jalousie, comme d’Alembert, avec lequel j’ai eu très peu de liaison, ou sur parole, comme la foule ; ou parce qu’en général les lâches aiment à faire leur cour aux puissants, en achevant d’accabler ceux qu’ils oppriment. Que puis-je faire à cela ?
Les naturels haineux, jaloux, méchants, ne Se déguisent guère ; leurs propos, leurs écrits décèlent bientôt leurs penchants ; ils vont toujours se mêlant des affaires des autres ; les pointes de la satire lardent leurs discours et leurs ouvrages ; les mots couverts, les allusions malignes leur échappent malgré eux. Mes écrits sont dans les mains de tout le monde, et vous connaissez mon ton. Veuillez, monsieur, juger par vous-même, et voyez s’il y a de la malignité dans mon coeur.
Le jeu : je ne puis le souffrir. Je n’ai vraiment joué qu’une fois en ma vie au Redoute à Venise : je gagnai beaucoup, m’ennuyai, et ne jouai plus. Les échecs, où l’on ne joue rien, sont le seul jeu qui m’amuse. Je n’ai pas peur d’être un Béverley.
L’ambition, l’avidité, l’avarice : je suis trop paresseux, je déteste trop la gêne, j’aime trop mon indépendance pour avoir des goûts qui demandent un homme laborieux, vigilant, courtisan, souple, intrigant, les choses du monde les plus contraires à mon humeur. M’a-t-on vu souvent aux toilettes des femmes, ou dans les antichambres des grands ? ce sont pourtant là les portes de la fortune. J’ai refusé beaucoup de places, et n’en recherchai jamais. C’est par paresse que je suis attaché à l’argent que j’ai, crainte de la peine d’en chercher quand je n’en ai plus : mais je ne crois pas qu’il me soit arrivé de la vie, ayant le nécessaire du moment, de rien convoiter au-delà ; et, après avoir vécu dans une honnête aisance, je me vois prêt à manquer de pain sur mes vieux jours, sans en avoir grand souci. Combien j’ai laissé échapper de choses par ma nonchalance à les retenir ou à les saisir ! Citons un seul fait. Un receveur-général des finances auquel j’étais attaché depuis longtemps m’offre sa caisse ; je l’accepte : au bout de quinze jours l’embarras, l’assujettissement, l’inquiétude surtout de cette maudite caisse me font tomber malade. Je finis par quitter la caisse, et me faire copiste de musique à six sous la page. M. de Francueil, à qui je marque ma résolution, me croit encore dans le transport de la fièvre, vient me voir, me parle, m’exhorte, ne m’ébranle pas : il attend inutilement ; et, voyant ma résolution bien prise et bien confirmée, il dispose enfin de sa caisse, et me donne un successeur. Ce fait seul prouve, ce me semble, que l’avidité de l’argent n’est pas mon défaut : et j’en pourrais donner des preuves récentes plus fortes que celle-là. Et de quoi me servirait l’opulence ? Je déteste le luxe, j’aime la retraite’, je n’ai que les goûts de la simplicité, je ne saurais souffrir autour de moi des domestiques ; et quand j’aurais cent mille livres de rentes, je ne voudrais être ni mieux vêtu, ni mieux logé, ni mieux nourri que je le suis. Je ne voudrais être riche que pour faire du bien, et l’on ne cherche pas à satisfaire un pareil goût par des crimes.
Les femmes !… Oh ! voici le grand article ; car assurément le violateur de la chaste Vertier doit être un terrible homme auprès d’elles, et le plus difficile des travaux d’Hercule doit peu lui coûter après celui-là. Il y a quinze ans qu’on eût été étonné de m’entendre accuser de pareille infamie : mais laissez faire M. de Choiseul et madame de Boufflers ; ils ont bien opéré d’autres métamorphoses, et je les vois en train de ne s’arrêter plus guère que par l’impossibilité d’en imaginer. Je doute qu’aucun homme ait eu une jeunesse plus chaste que la mienne. J’avais trente ans passés sans avoir eu qu’un seul attachement, ni fait à son objet qu’une seule infidélité[1024] ; c’était là tout. Le reste de ma vie a doublé cette licence[1025], je n’ai pas été plus loin. Je ne fais point honneur de cette réserve à ma sagesse, elle est bien plus due à ma timidité ; et j’avoue avoir manqué par elle bien des bonnes fortunes que j’ai convoitées, et qui, si j’en avais tenté l’aventure, ne m’auraient peut-être pas réduit au même crime auquel, selon la Vertier, m’ont entraîné ses attraits.
The passions that lead to crime are analogous to their terrible consequences. Where were mine? I never knew such hateful passions; neither envy, malice, nor vengeance ever entered my -heart. I am passionate, impulsive, sometimes angry—but never cunning or vengeful. And when I cease to love someone, it is quickly apparent. I hate the enemy who seeks to harm me; but once I no longer fear him, I no longer hate him either. Let Diderot, especially Grimm—the first, the most concealed, the most fervent, the most relentless—one who drew all the others toward me—tell me why they hate me. Is it because of the harm they have suffered at my hands? No, it is because of the harm they have inflicted upon me, for often the offended person forgives, but the offender never does. Should I confess my faults toward them? I know of two: first, I loved them too much; second, their hearts were torn by praise that was not meant for them[1023]. If they, or Diderot, have any other grievances, let them speak them out. They claim to have discovered that I was a monster. Ah! That is another matter entirely; but one thing is certain: that monster never caused them any harm.
Countess de Boufflers hates me—and that, as a woman; that says it all. What are her grievances? Here they are.
The first one. I said in “Héloïse” that the wife of a coal miner was more respectable than the mistress of a prince; but when I wrote that passage, I had neither her nor any particular woman in mind; at that time, I didn’t even know that there was a Countess of Boufflers, let alone that she might take offense at such a remark. It was only much later that I got to know her.
The second one. Madame de Boufflers consulted me regarding a tragedy in prose written in her own style; in other words, she asked me for praise. I gave her what I thought was due her; but I warned her that her play bore a strong resemblance to an English play whose name I mentioned to her. I suffered the same fate as Gil Blas when dealing with that preaching bishop.
The third one. Madame de Boufflers was kind at that time, and still quite young. The friendships she bestowed upon me touched me more deeply than perhaps they should have; she realized it. Some time later, I learned about her other relationships—things I, in my naivety, was still unaware of. I did not believe it would be appropriate for Jean-Jacques Rousseau to pursue the attentions of a member of the royal family, so I withdrew. I do not know what you will think of this “crime,” sir; but it would indeed be strange if all the misfortunes in my life had stemmed from excessive prudence on the part of someone who had always lacked it so greatly.
Madam the Marquess of Luxembourg hates me; she has every right to do so. I have committed towards her acts of stupidity—surely innocent in my heart and completely unintentional—but such things are never forgiven by a woman, no matter how unintentional they were. Nevertheless, I cannot believe she is inherently malicious, nor can I forget the happy days I spent with her and Mr. de Luxembourg. Of all my enemies, she is the only one for whom I could imagine revenge, but not in my lifetime. I earnestly hope she will outlive me, certain that I will be missed, perhaps even mourned after my death.
Add to this short list Mr. de Choiseul, about whom I have already spoken—and who, unfortunately, alone is worth a thousand such people; Dr. Tronchin, with whom my only fault was that I was from Geneva like him, and that I enjoyed the same degree of fame, even though I had earned less money; and finally, Baron d’Holbach, whose advances I resisted for a long time—solely because he was too rich. I told him this as an answer to his pleas, and unfortunately, it proved to be all too true in the end. Regarding my early writings and the stir they caused, he developed such intense hatred towards me—and, I believe, driven on by Grimm—he treated me with unparalleled brutality, right in his own home and without any provocation at all. Diderot and Mr. de Margency, a gentleman of the king’s household, were witnesses to this quarrel; and Mr. de Margency has often told me since then that he admired my patience and moderation.
These details, sir, are entirely true. Do you see any malice in the poor Jean-Jacques? These are, after all, the only personal enemies I have ever had. All the others are only enemies out of jealousy—such as d’Alembert, with whom I had very little contact—or out of sheer spite, like the crowd; or because, generally speaking, cowards always seek to please the powerful by further oppressing those they already torment. What can I do about it?
Those who are naturally hateful, jealous, and malicious do not bother to disguise themselves; their words and writings quickly reveal their true intentions. They always interfere in other people’s affairs, and their speeches and writings are filled with sharp satirical remarks. Even subtle words and malicious allusions often escape them despite their efforts. My writings are available to everyone, and you know my style of writing. Please, sir, judge for yourself and see if there is any malice in my heart.
I simply cannot stand that game. In my entire life, I only played Redoute à Venise once; I won quite a lot, but it was incredibly boring, so I never played it again. Chess, on the other hand—where you don’t actually “play” anything in the traditional sense—is the only game that truly amuses me. I have no fear of being called a “Béverley.”
Ambition, greed, avarice—I am too lazy; I hate inconvenience too much; I cherish my independence too much to have tastes that would require a hardworking, vigilant, flattering, adaptable, scheming person—one who would engage in the very things that are most contrary to my nature. Have people often seen me in women’s toilets or in the antechambers of the powerful? Yet those are the doors to fortune. I refused many lucrative positions and never sought them. It was out of laziness that I clung to the money I already had, for fear of the trouble of seeking more when I ran out—but I believe that, throughout my life, as long as I had what I needed at any given moment, I never desired anything more. After living a life of modest comfort, I would be willing to go without bread in my old age without much concern. How many opportunities have I missed due to my indifference in seizing them! Let me mention just one example. A chief treasurer to whom I had worked for some time offered me his position; I accepted it—but after fifteen days, the troubles, responsibilities, and especially the constant worries associated with that job made me fall ill. I eventually resigned and took up a job as a music copier, earning six sous per page. Mr. de Francueil, who learned of my decision, thought I was still delirious from fever. He came to see me, talked to me, tried to persuade me—but in vain. Seeing that my resolve was firm, he finally assigned someone else to the position and found me a new job. This single incident, I believe, proves that greed for money is not my flaw; I could provide many more recent examples to support this claim. And what use would wealth be to me? I hate luxury; I prefer solitude; I have only simple tastes. I couldn’t bear having servants around me. Even if I had a hundred thousand pounds a year in income, I wouldn’t want to dress better, live in more comfortable surroundings, or eat better than I do now. I would only want to be rich in order to do good—and one cannot satisfy such a desire through criminal means.
Women!. Oh, here comes the real scoop; for surely the man who violates the chastity of a woman like Madame Vertier must be a terrible individual in their eyes, and after such an act, even the most arduous task for Hercules would seem easy by comparison. Fifteen years ago, anyone who had heard me accuse myself of such infamy would have been astonished; but let Monsieur de Choiseul and Madame de Boufflers be at work—they have already performed many other “metamorphoses,” and I imagine they will stop only when it becomes impossible to conceive any further ones. I doubt that any man has ever led a more chaste life than mine. I was over thirty years old without ever having any romantic attachment or committing a single act of infidelity; that was all. The rest of my life merely doubled this degree of chastity—I did not go any further. I do not attribute this restraint to my wisdom; it is far more due to my timidity. And I admit that, because of it, I missed many good opportunities that I coveted. Had I dared to pursue them, perhaps they would not have led me to the same crime for which, in Madame Vertier’s view, her allure was responsible.
Le passioni che portano al crimine sono analoghe ai loro effetti terribili. Dove sono finite le mie passioni? Non ho mai conosciuto passioni odiose; né invidia, né malvagità, né vendetta sono mai entrate nel mio cuore. Sono appassionato, impulsivo, a volte irascibile, ma mai astuto o rancoroso; e quando smetto di amare qualcuno, questo si nota subito. Odio il nemico che cerca di nuocermi; ma non appena non lo temo più, non lo odio più. Che Diderot, soprattutto Grimm – il primo, il più nascosto, il più ardente, il più implacabile, colui che attirò gli altri verso di me – dica perché mi odia. È forse per il male che ha ricevuto da me? No, è per quello che mi ha fatto lui, perché spesso la vittima perdona, ma l’aggressore non perdona mai. Devo confessare i miei torti nei suoi confronti? Ne conosco due: il primo è averlo amato troppo; il secondo è aver straziato il suo cuore con lodi che non erano destinate a lui[1023]. Se lui, o Diderot, hanno altri rimproveri, che li esprimano. Si dirà forse che io fossi un mostro. Ah! Questa è un’altra questione; ma è certo che questo “mostro” non ha mai fatto del male a nessuno di loro.
La contessa di Boufflers mi odia, e lo fa da donna; questo basta a dirlo tutto. Quali sono i suoi motivi di rancore? Eccoli qui.
Il primo. Ho detto nell’“Héloïse” che la moglie di un carbonaio fosse più rispettabile della amante di un principe; ma quando scrissi quel passaggio, non pensavo né a lei né a nessuna donna in particolare; all’epoca non sapevo nemmeno che esistesse una contessa di Boufflers, figuriamoci se potesse offendersi per quelle parole. E l’ho conosciuta solo molto tempo dopo.
La seconda. Madame de Boufflers mi consultò riguardo a una tragedia in prosa scritta secondo il suo stile, cioè mi chiese dei complimenti. Le ne diedi quelli che ritenni dovessi darle; tuttavia la avvertii che la sua opera assomigliava molto a un’opera inglese di cui le feci menzione. Ebbi lo stesso destino di Gil Blas davanti all’vescovo predicante.
Il terzo. Allora Madame de Boufflers era gentile e ancora giovane. Le amicizie che mi dimostrò mi commossero più di quanto forse fosse necessario; se ne accorse. Poco dopo venni a sapere delle sue relazioni, di cui, nella mia stupidità, non ero ancora a conoscenza. Non ritenni opportuno che Jean-Jacques Rousseau andasse a cercare favori presso un principe del sangue, e decisi quindi di allontanarmi. Non so, signore, cosa penserete di questo “crimine”; ma sarebbe davvero strano se tutti i mali della mia vita fossero derivati da troppa prudenza, in un uomo che ne ha sempre dimostrata così poca.
La marchesa di Lussemburgo mi odia; ha ragione. Le ho fatto delle sciocchezze, certamente innocenti nel mio cuore e involontarie, ma che nessuna donna perdona mai, anche se non si aveva l’intenzione di offenderla. Tuttavia, non posso credere che sia essenzialmente cattiva, né posso dimenticare i giorni felici che ho trascorso al suo fianco e con il signor di Lussemburgo. Di tutti i miei nemici, lei è l’unica che ritengo capace di perdonarmi, ma non certo durante la mia vita. Desidero ardentemente che mi sopravviva, convinto che verrò rimpianto, forse pianto, dopo la mia morte.
Aggiungete a questa breve lista il signor de Choiseul, di cui ho già parlato, e che purtroppo da solo vale mille altri; il dottor Tronchin, con il quale l’unico mio errore fu quello di essere anch’io di Ginevra come lui, e di avere altrettanta celebrità, anche se avevo guadagnato meno denaro; infine il barone d’Holbach, al cui aiuto mi opposi a lungo, semplicemente perché era troppo ricco: una ragione che gli dissi in risposta alle sue insistenze, e che purtroppo si rivelò più che giusta in seguito. Riguardo ai miei primi scritti e al clamore che suscitarono, egli provò per me un’odio tale che, credo spinto da Grimm, mi trattò nella sua stessa casa, senza alcun motivo, con una brutalità senza esempio. Diderot e il signor de Margency, gentiluomo di corte del re, furono testimoni della nostra lite; e quest’ultimo mi ha spesso detto in seguito di aver ammirato la mia pazienza e la mia moderazione.
Questi dettagli, signore, sono della massima veridicità. Ritenete forse che in questo povero Jean-Jacques ci sia qualche malizia? Eppure questi sono gli unici nemici personali che io abbia mai avuto. Tutti gli altri lo sono soltanto per gelosia: come d’Alembert, con il quale ho avuto pochissimi rapporti; o solo a parole, come la folla; oppure perché, in generale, i codardi amano compiacere i potenti, aggravando ulteriormente le sofferenze di coloro che opprimono. Cosa posso fare al riguardo?
Coloro che sono naturalmente odiosi, gelosi e malvagi difficilmente si nascondono; le loro parole e i loro scritti rivelano immediatamente i loro veri sentimenti; non fanno mai a meno di intromettersi nelle faccende altrui; le loro conversazioni e i loro opere sono piene di sarcasmo e allusioni maligne; anche se cercano di nasconderlo, parole velate e insinuazioni cattive sfuggono inevitabilmente. I miei scritti sono in mano a tutti, e voi conoscete il mio stile. Vi prego, signore, di giudicare da solo e di vedere se nel mio cuore esista davvero malvagità.
Il gioco, non posso sopportarlo. In tutta la mia vita ho giocato al “Redoute” a Venezia soltanto una volta: ho vinto molto, ma mi sono annoiato terribilmente, e da allora non l’ho più giocato. Gli scacchi, in cui non si gioca davvero nulla, sono l’unico gioco che mi diverta. Non ho paura di essere chiamato “Béverley”.
L’ambizione, l’avidità, l’avarizia. Sono troppo pigro, detesto troppo gli inconvenienti, amo troppo la mia indipendenza per avere gusti che richiedano un uomo laborioso, attento, diplomatico, flessibile, astuto. Tutto ciò è completamente contrario al mio carattere. Si mi ha mai visto spesso nelle stanze delle donne o negli uffici dei potenti? Eppure sono proprio lì le porte della fortuna. Ho rifiutato molte opportunità, senza mai cercarne altre. È per pigrizia che mi attacco al denaro che ho, per paura del dolore di doverlo cercare quando non ne avrò più. Ma non credo di aver mai desiderato nulla di più di ciò che avevo, finché ne avevo abbastanza. E dopo aver vissuto in una condizione onesta e agiata, sono pronto ad affrontare la mancanza di cibo negli ultimi anni della mia vita, senza preoccuparmene troppo. Quante cose ho lasciato sfuggire per pigrizia, per non averle cercate o afferrate. Prendiamo un solo esempio: un direttore delle finanze che mi aveva affidato la gestione del suo ufficio; l’ho accettata. Ma dopo quindici giorni, le responsabilità, gli obblighi, soprattutto l’ansia legati a quel lavoro, mi hanno fatto ammalare. Alla fine ho lasciato quel posto e sono diventato copista di musica, guadagnando appena sei soldi a pagina. Il signor de Francueil, venuto a sapere della mia decisione, pensava che fossi ancora sotto l’effetto della febbre; mi ha visitato, parlato con me, cercato di convincermi. Ma senza successo. Alla fine, vedendo che la mia risoluzione era ferma e irrevocabile, ha trovato qualcun altro per sostituirmi. Questo singolo episodio dimostra, a mio parere, che l’avidità non è certo il mio difetto. E potrei fornire altre prove recenti ancora più convincenti. A cosa mi servirebbe la ricchezza? Detesto il lusso, amo la solitudine. Ho solo gusti semplici. Non potrei sopportare di avere domestici intorno a me. Anche se avessi centomila lire di rendita al mese, non vorrei essere vestito meglio, vivere in una casa più bella o mangiare meglio di quanto faccia ora. Vorrei essere ricco solo per poter fare del bene. Ma non si può cercare di soddisfare un tale desiderio attraverso i crimini.
Le donne. Oh! Ecco davvero un argomento importante; infatti, colui che viola la castità di una donna deve sicuramente essere un uomo terribile ai loro occhi. E il compito più arduo per chiunque dovrebbe risultargli facilissimo dopo aver compiuto questo atto. Quindici anni fa, qualcuno si sarebbe sorpreso se avessi accusato me di una simile infamia. Ma lasciate fare a Monsieur de Choiseul e Madame de Boufflers: loro hanno già operato altre “metamorfosi”. E temo che non si fermeranno finché non sarà impossibile immaginare altro ancora. Dubito che esista un uomo il cui passato sia stato più casto del mio: avevo trent’anni e non avevo mai avuto alcun legame sentimentale, né commesso alcuna infedeltà. Era tutto qui. Il resto della mia vita non ha fatto altro che raddoppiare questa “licenza”. Non mi vanto certo di questa riservatezza: è dovuta più alla mia timidezza che alla mia saggezza. E devo ammettere che, a causa di essa, ho perso molte opportunità felici che desideravo ardentemente. Opportunità che, forse, se le avessi coltivate, non mi avrebbero portato al medesimo crimine per cui, secondo Madame Vertier, sono stato “trascinato” dai suoi fascini.
Pour contenter les besoins de mon coeur encore plus que ceux de mes sens, je me donnai une compagne honnête et fidèle, dont, après vingt-cinq ans d’épreuve et d’estime, j’ai fait ma femme. Si c’est là ce qu’on appelle de la débauche, je m’en honore, et ce n’est pas du moins celle-là qui mène dans les lieux publics. L’exemple, la nécessité, l’honneur de celle, qui m’était chère, d’autres puissantes raisons me firent confier mes enfants à l’établissement fait pour cela, et m’empêchèrent de remplir moi-même le premier, le plus saint des devoirs de la nature. En cela, loin de m’excuser, je m’accuse ; et quand ma raison me dit que j’ai fait dans ma situation ce que j’ai dû faire, je l’en crois moins que mon coeur qui gémit et qui la dément. Je ne fis point un secret de ma conduite à mes amis, ne voulant pas passer à leurs yeux pour meilleur que je n’étais. Quel parti les barbares en ont tiré ! Avec quel art ils l’ont mise dans le jour le plus odieux ! Comme ils se sont plu à me peindre en père dénaturé, parce que j’étais à plaindre ! comme ils ont cherché à tirer du fond de mon caractère une faute qui fut l’ouvrage de mon malheur ? Comme si pécher n’était pas de l’homme, et même de l’homme juste ! Elle fut grave, sans doute, elle fut impardonnable ; mais aussi ce fut la seule, et je l’ai bien expiée. À cela près, et des vices qui n’ont jamais fait de mal qu’à moi, je puis exposer à tous les yeux une vie irréprochable dans tout le secret de mon coeur. Ah ! que ces hommes si sévères aux fautes d’autrui rentrent dans le fond de leur conscience, et que chacun d’eux se félicite s’il sent qu’au jour où tout sans exception sera manifesté, lui-même en sera quitte à meilleur compte !
La Providence a veillé sur mes enfants par le péché même de leur père. Eh Dieu ! quelle eût été leur destinée s’ils avaient eu la mienne à partager ? que seraient-ils devenus dans mes désastres ? Ils seront ouvriers ou paysans ; ils passeront dans l’obscurité des jours paisibles ; que n’ai-je eu le même bonheur ! Je rends au moins grâce au ciel de n’avoir abreuvé que moi des amertumes de ma vie, et de les en avoir préservés. J’aime mieux qu’ils vivent du travail de leurs mains sans me connaître, que de les voir avilis et nourris par la traîtresse générosité de mes ennemis, qui les instruiraient à haïr, peut-être à trahir leur père ; et j’aime mieux cent fois être ce père infortuné qui commit la faute et qui la pleure, que d’être le méchant qui la révèle, l’étend, l’amplifie, l’aggrave avec la plus maligne joie, que d’être l’ami perfide qui trahit la confiance de son ami, et divulgue, pour le diffamer, le secret qu’il a versé dans son sein.
Mais des fautes, quelque grandes qu’elles soient, n’en supposent pas de contradictoires. Les débauchés sont peu dans le cas d’en commettre de pareilles, comme ceux qui s’occupent dans le port à charger des vaisseaux, que bientôt ils perdent de vue, ne songent guère à les assurer. Mes attachements me préservèrent du désordre ; et toujours, je le répète, je fus réglé dans mes moeurs. Je ne doute pas même que celles de ma jeunesse n’aient contribué dans la suite à répandre dans mes écrits cette vive chaleur que les gens qui ne sentent rien prennent pour de l’art, mais que l’art ne peut contrefaire, et que ne saurait fournir un sang appauvri par la débauche. Pour répondre à ces hommes vils qui m’osent accuser d’avoir gagné, dans des lieux que je ne connais point, des maux que je connais encore moins, je ne voudrais que la Nouvelle Héloïse. Est-ce ainsi qu’on apprend à parler dans la crapule ? Qu’on prenne autant de débauchés qu’on voudra, tous doués d’autant d’esprit qu’il est possible, et je les défie entre eux tous de faire une seule page à mettre à côté d’une des lettres brûlantes dont ce roman n’abonde que trop. Non, non ; il est pour l’âme un prix aux bonnes moeurs, c’est de la vivifier. L’amour et la débauche ne sauraient aller ensemble ; il faut choisir. Ceux qui les confondent ne connaissent que la dernière ; c’est sur leur propre état qu’ils jugent du mien : mais ils se trompent ; adorer les femmes et les posséder sont deux choses très différentes : ils ont fait l’une, et j’ai fait l’autre. J’ai connu quelquefois leurs plaisirs, mais ils n’ont jamais connu les miens.
L’amour que je conçois, celui que j’ai pu sentir s’enflamme à l’image illusoire de la perfection de l’objet aimé ; et cette illusion même le porte à l’enthousiasme de la vertu, car cette idée entre toujours dans celle d’une femme parfaite. Si quelquefois l’amour peut porter au crime, c’est dans l’erreur d’un mauvais choix qui nous égare, ou dans les transports de la jalousie : mais ces deux états, dont aucun n’a jamais été le mien, sont momentanés et ne transforment point un coeur noble en une âme noire. Si l’amour m’eût fait faire un crime, il faudrait m’en punir et m’en plaindre ; mais il ne me rendrait pas l’horreur des honnêtes gens.
Voilà tout, ce me semble, à moins qu’on ne veuille ajouter l’amour de la solitude ; car cet amour fut la première marque à laquelle Diderot parut juger que j’étais un scélérat. Ses mystérieuses trames avec Grimm étaient commencées quand j’allai vivre à l’Ermitage. Il publia quelque temps après le Fils naturel y dans lequel il inséra cette sentence : Il n’y a que le méchant qui soit seul. Je lui écrivis avec tendresse pour me plaindre qu’il n’eût mis à ce passage aucun adoucissement ; il me répondit durement et sans aucune explication. Pour moi, quoique cette sentence ait quelque chose qui papillote à l’oreille, je n’y trouve qu’une absurdité ; et il est si faux qu’il n’y ait que le méchant qui soit seul, qu’au contraire il est impossible qu’un homme qui sait vivre seul soit méchant, et qu’un méchant veuille vivre seul ; car à qui ferait-il du mal, et avec qui formerait-il ses intrigues ? La sentence en elle-même exigeait donc tout au moins une explication : elle l’exigeait bien plus encore, ce me semble, de la part d’un auteur qui, lorsqu’il parlait de la sorte au public, avait un ami retiré depuis six mois dans une solitude ; et il était également choquant et malhonnête de refuser, du moins en maxime générale, l’honorable et juste exception qu’il devait non seulement à cet ami, mais à tant de sages respectés, qui dans tous les temps ont cherché le calme et la paix dans la retraite, et dont, pour la première fois depuis que le monde existe, un écrivain s’avise, avec un trait de plume, de faire autant de scélérats : mais Diderot avait ses vues, et ne s’embarrassait pas de déraisonner, pourvu qu’il préparât de loin les coups qu’il m’a portés dans la suite.
Je vais faire une remarque qui peut paraître légère, mais qui me paraît à moi des plus sûres pour juger de l’état interne et vrai d’un auteur. On sent, dans les ouvrages que j’écrivais à Paris, la bile d’un homme importuné du tracas de cette grande ville, et aigri par le spectacle continuel de ses vices[1026]. Ceux que j’écrivis depuis ma retraite à l’Ermitage respirent une tendresse de coeur, une douceur d’âme, qu’on ne trouve que dans les bocages, et qui prouvent l’effet que faisait sur moi la retraite et la campagne, et qu’elles feront toujours sur quiconque en saura sentir le charme et y vivra aussi volontiers que moi. Les pensées mâles de la vertu, dit le nerveux Young, les nobles élans du génie, les brillants transports d’un coeur sensible, sont perdus pour l’homme qui croit qu’être seul est une solitude : le malheureux s’est condamné à ne les jamais sentir. Dieu et la raison ! quelle immense société ! que leurs entretiens sont sublimes ! que leur commerce est plein de douceur ! Voilà MM. Young et Diderot d’avis un peu différents, sans ajouter celui de Virgile. Pour moi, je me fais honneur d’avoir imité le scélérat Descartes, quand il s’en alla méchamment philosopher dans sa solitude de Nord-Hollande.
To satisfy the needs of my heart even more than those of my senses, I found myself a honest and faithful companion, whom, after twenty-five years of trials and mutual respect, I made my wife. If this is what people call debauchery, then I am proud of it; and at any rate, it is not the kind of debauchery that leads one to public places. The example set by her, the necessity, and the honor involved in protecting someone so dear to me, along with other powerful reasons, led me to entrust my children to an institution designed for such purposes, thus preventing me from fulfilling the most sacred duty of nature myself. In this regard, far from excusing myself, I condemn myself; and when reason tells me that I did what was necessary in my situation, I believe it less than my heart, which cries out in grief and denies it. I did not keep my actions a secret from my friends, for I did not wish to appear in their eyes better than I really was. What an outrageous use those barbarians made of this! With what artistry they exposed it in the most disgraceful light! How delighted they were to portray me as a father who had abandoned his duties, simply because I was in a pitiable situation! How they tried to attribute a fault to my character that was actually the result of my misfortune! As if sin were not inherent in human nature, even in that of the righteous! My mistake was indeed grave and perhaps unforgivable; but it was also the only one, and I have paid for it dearly. Apart from these sins, which caused me no harm to anyone else, I can present a life free from reproach before everyone, in the secret depths of my heart. Ah! May those who are so strict in judging others look deep into their own consciences, and may each of them feel grateful when they realize that on the day when everything will be revealed without exception, they themselves will be acquitted with even greater honor!
Providence has watched over my children even through the sins of their father. Oh God! What would have been their fate if they had shared mine? What would have become of them in my misfortunes? They will be workers or farmers; they will live in peaceful, humble lives. How I wish I had shared the same happiness! At least I am grateful to heaven for having allowed only me to suffer the bitternesses of life and for having protected them from them. I would rather they live by the work of their own hands without knowing me, than to see them degraded and supported by the treacherous generosity of my enemies—enemies who might teach them to hate, or even to betray their father. A hundred times over, I would rather be that unfortunate father who made the mistake and now mourns for it, than to be the villain who reveals, extends, exacerbates, and worsens that mistake with the most malicious joy—I would rather be that deceitful friend who betrays his companion’s trust and discloses the secrets confided in him, only to slander him.
But no matter how serious the mistakes may be, they do not imply any contradictions. Those who indulge in debauchery are rarely likely to commit such mistakes; for instance, those who work in the port loading ships, soon losing sight of them, hardly bother to ensure their safety. My own principles kept me away from chaos; and once again, I repeat it, my conduct was always regulated by virtue. I even believe that my upbringing in my youth helped to imbue my writings with that passionate intensity which people who lack true feelings mistake for art—though art itself could never mimic or produce such intensity in a soul impoverished by debauchery. To respond to those vile men who dare accuse me of having acquired, in places I know nothing about, evils of which I know even less, I would offer them nothing but The New Heloise. Is this really the way one learns to speak in the company of scoundrels? Take as many debauchees as you like—assuming they all possess so much intelligence as is possible—but I defy them all to produce a single page that can compare with any of the passionate letters that fill this novel. No, indeed; virtue brings true value to the soul; it invigorates it. Love and debauchery cannot coexist; one must choose. Those who confuse them know only of the latter; they judge my character by their own state—but they are mistaken. To adore women and to possess them are two very different things; they have chosen one, and I have chosen the other. I have sometimes experienced their pleasures, but they have never known mine.
The love as I conceive it is that which can be ignited by the illusory image of the perfection of the beloved; and it is precisely this illusion that leads one to embrace the ideals of virtue, for such ideas are always associated with the notion of a perfect woman. If love sometimes leads to crime, it is due to the mistake of making a bad choice or to the fervors of jealousy—yet neither of these states has ever been mine. They are transient and do not transform a noble heart into one filled with darkness. If love had ever prompted me to commit a crime, I would deserve punishment and regret for it; but it would never make me despise honest people.
This seems to be all there is to it, unless one wishes to add the love of solitude; for this very love was the first indication that Diderot used to judge me as a scoundrel. His mysterious dealings with Grimm began when I went to live at the Hermitage. Some time later, he published “The Natural Son,” in which he included this sentence: “Only the wicked are alone.” I wrote to him tenderly, complaining that he had not softened this passage in any way; he replied to me harshly and without any explanation. For my part, although this sentence may sound somewhat intriguing at first hearing, I see nothing but absurdity in it. The claim that only the wicked are alone is utterly false—on the contrary, it is impossible for a man who knows how to live alone to be wicked, just as it is impossible for a wicked person to wish to live alone. For whom would such a person do harm, and with whom could they engage in their schemes? The sentence itself required at least some explanation; in my opinion, it demanded an even greater one from the part of an author who, when addressing the public in this manner, had a friend who had been living in solitude for six months. Moreover, it was both shocking and dishonest to refuse, at least in general terms, to acknowledge the honorable and just exception that such a person owed not only to this friend but also to so many respected sages who had always sought tranquility and peace in seclusion. For the first time since the world’s existence, a writer chose to portray so many people as scoundrels with just a few words written on paper. But Diderot had his own motives, and he was not bothered by logical inconsistencies—as long as he could lay the groundwork for the attacks he would later direct against me.
I would like to make a remark that may seem trivial, but which I consider to be one of the most reliable indicators of an author’s true inner state. In the works I wrote while in Paris, one could sense the bitterness of a man troubled by the troubles of that great city and irritated by the constant sight of its vices[1026]. The works I wrote since retreating to the Ermitage, however, exude a tenderness of heart and a gentleness of soul that one can only find in the countryside. They prove the profound influence that retreat and the country had on me—and they will surely have the same effect on anyone who is able to appreciate their charm and chooses to live there as willingly as I did. “The masculine thoughts of virtue,” said the passionate Young, “the noble aspirations of genius, the brilliant outbursts of a sensitive heart—all these are lost for those who believe that being alone means being solitary; those unfortunate souls have condemned themselves to never experience them.” God and reason! What an immense society they form—what sublime conversations they engage in, what a source of sweetness their interactions are! Here, Mr. Young and Mr. Diderot hold slightly different views, not to mention the opinion of Virgil. As for me, I take pride in having imitated that wicked fellow Descartes when he went off to philosophize in his solitary retreat in North Holland.
Per soddisfare i bisogni del mio cuore ancora più di quelli dei miei sensi, mi procurai una compagna onesta e fedele, della quale, dopo venticinque anni di prove e stima, ho fatto mia moglie. Se questo si chiama lussuria, ne sono orgoglioso; e in ogni caso, non è certo il tipo di lussuria che conduce nelle pubbliche sale. L’esempio, la necessità, l’onore di colei che mi era cara, oltre ad altre ragioni poderose, mi spinsero a affidare i miei figli all’istituto destinato a questo scopo, e mi impedirono di assolvere personalmente il primo e più sacro dovere della natura. In questo senso, lontano dall’escusarmi, mi accuso; e quando la mia ragione mi dice che ho fatto, nella mia situazione, ciò che dovevo fare, le credo meno del mio cuore, che geme e lo nega. Non nascosi la mia condotta ai miei amici, non volendo apparire ai loro occhi migliore di quanto fossi in realtà. Che conclusione ne hanno tratto quegli uomini barbari! Con quanta abilità hanno reso noto questo aspetto della mia vita nel modo più odioso possibile! Come si sono compiaciuti di dipingermi come un padre degenerato, solo perché ero da compiangere, come hanno cercato di estrarre dal profondo del mio carattere un errore che in realtà fu il risultato della mia sfortuna. Come se peccare non fosse proprio tipico dell’uomo, anche di quello giusto! Quell’errore fu certamente grave, imperdonabile; ma fu anche l’unico, e l’ho ben espiato. A parte questo, e alcuni vizi che hanno causato danno soltanto a me stesso, posso mostrare a tutti una vita irreprensibile, nel segreto del mio cuore. Ah! Che questi uomini così severi nei confronti dei peccati altrui si chiedano sinceramente cosa penserebbero di sé stessi, se un giorno tutto venisse rivelato senza eccezioni, e che ognuno di loro si rallegri nel constatare di essere considerato innocente!
La Provvidenza ha protetto i miei figli anche attraverso il peccato stesso di loro padre. Oh Dio! Qual sarebbe stata la loro sorte se avessero condiviso la mia? In quali disastri sarebbero finiti? Sarebbero diventati operai o contadini; avrebbero trascorso una vita tranquilla e oscura. Che fortuna diversa avrei potuto avere! Almeno ringrazio il cielo per aver fatto sì che fossero soltanto io a subire le amarezze della mia vita, e non loro. Preferisco che vivano del lavoro delle loro mani senza conoscere la mia esistenza, piuttosto che vederli umiliati e sostenuti dalla generosità traditrice dei miei nemici. Nemici che potrebbero insegnare loro ad odiare, forse persino a tradire il loro padre. Preferisco mille volte essere quel padre sfortunato che ha commesso l’errore e ne piange le conseguenze, piuttosto che essere il malvagio che rivela, amplifica e aggrava quel errore con la più maligna gioia. Piuttosto che essere l’amico infido che tradisce la fiducia del proprio amico, rivelando i segreti confidatigli soltanto per diffamarlo.
Ma quante grandi che siano le errori, queste non implicano necessariamente contraddizioni. I dissoluti sono raramente portati a commetterne di simili; coloro che si occupano nel porto di caricare le navi, e che presto le perdono di vista, non pensano nemmeno a prendere precauzioni per evitarle. I miei principi morali mi hanno preservato dal disordine; e sempre, lo ripeto, la mia condotta è stata irreprensibile. Non dubito nemmeno che i costumi della mia giovinezza abbiano contribuito, in seguito, a conferire ai miei scritti quella vivacità che coloro che non provano nulla prendono per arte, ma che l’arte stessa non può simulare né fornire un sangue impoverito dalla dissolutezza. Per rispondere a quegli uomini vili che osano accusarmi di aver guadagnato, in luoghi che non conosco, dei mali di cui non ho nemmeno idea, vorrei soltanto citare la “Nuova Eloisa”. È davvero così che si impara a parlare nella crapula? Prendete quanti dissoluti volete, tutti dotati della stessa dose di intelligenza. Li sfido tutti insieme a scrivere una sola pagina paragonabile anche solo a una delle lettere appassionate che questo romanzo contiene in abbondanza. No, no: per l’anima esiste un vero prezzo nelle buone virtù; esse la rendono più viva. L’amore e la dissolutezza non possono coesistere; bisogna scegliere. Coloro che le confondono conoscono soltanto la seconda; giudicano il mio stato in base al loro proprio. Ma si sbagliano: amare le donne e possederle sono due cose molto diverse; loro hanno fatto una, io l’altra. Ho conosciuto a volte i loro piaceri, ma loro non hanno mai conosciuto i miei.
L’amore che concepisco, quello che ho potuto provare, si accende di fronte all’illusione della perfezione dell’oggetto amato; ed è proprio questa illusione a spingerlo verso l’entusiasmo per la virtù, poiché quest’idea è sempre presente nella concezione di una donna perfetta. Se talvolta l’amore può portare al crimine, è a causa di un errore nel выбор o dei turbamenti della gelosia; ma questi due stati, nessuno dei quali mi ha mai riguardato, sono momentanei e non trasformano mai un cuore nobile in un’anima malvagia. Se l’amore mi avesse spinto a commettere un crimine, sarebbe necessario punirmi e lamentarmene; ma non mi farebbe certo provare orrore per le persone oneste.
Ecco tutto, credo; a meno che non si voglia aggiungere l’amore per la solitudine. Poiché proprio questo amore fu il primo segno attraverso cui Diderot sembrò giudicare che io fossi un malvagio. Le sue misteriose intrighi con Grimm iniziarono quando andai a vivere all’Ermitage. Poco dopo, egli pubblicò “Il Figlio Naturale”, nel quale inserì questa frase: “Solo il malvagio è solo”. Gli scrissi con tenerezza per lamentarmi del fatto che non avesse mitigato in alcun modo quel passaggio; mi rispose in modo duro e senza alcuna spiegazione. Per quanto riguarda me, anche se quella frase possiede un certo fascino all’orecchio, io vi vedo soltanto assurdità. E è così falso dire che solo il malvagio sia solo, che, al contrario, è impossibile che un uomo che sa vivere da solo sia malvagio, e che un malvagio voglia vivere da solo: a chi potrebbe fare del male, e con chi potrebbe intraprendere le sue macchinazioni? Quindi, quella frase stessa richiedeva almeno una spiegazione. E, a mio parere, ne richiedeva ancora di più da parte di un autore che, quando parlava in questo modo al pubblico, aveva un amico ritiratosi da sei mesi nella solitudine. Era altrettanto offensivo e disonesto rifiutare, almeno in linea di principio generale, quell’eccezione onorabile e giusta che doveva non solo a quell’amico, ma a tanti saggi rispettati che, in tutti i tempi, hanno cercato la calma e la pace nella solitudine. Eppure, per la prima volta da quando esiste il mondo, un scrittore si decide, con una semplice frase, a creare così tanti “malvagi”. Ma Diderot aveva le sue ragioni. E non si curava affatto di essere razionale, purché potesse preparare in anticipo i colpi che poi mi avrebbe inflitto.
Farò una osservazione che potrebbe sembrare banale, ma che a mio parere è estremamente importante per comprendere lo stato interno e reale di un autore. Nei libri che scrivevo a Parigi si percepiva l’amarezza di un uomo infastidito dai problemi di quella grande città, offeso dal continuo spettacolo dei suoi vizi[1026]. Quelli che ho scritto dopo essermi ritirato all’Ermitage trasmettono una tenerezza d’animo, una dolcezza di carattere che si trovano soltanto nei luoghi tranquilli della campagna; queste qualità dimostrano l’influenza positiva che la solitudine e la natura hanno avuto su di me, e ne avranno sempre su chiunque sappia apprezzarne il fascino e vi viva con lo stesso piacere che ho fatto io. “I pensieri virili della virtù”, diceva Young, “i nobili slanci del genio, i momenti di intensa emozione di un cuore sensibile, sono perduti per colui che ritiene che la solitudine sia sinonimo di isolamento: quel poveretto si è condannato a non poterli mai sperimentare”. Dio e la ragione, quale immensa compagnia! Quanto sono sublimi i loro “conversazioni”, quanto pieni di dolcezza i loro scambi! Ecco, signori Young e Diderot hanno opinioni leggermente diverse, senza dimenticare quella di Virgilio. Per quanto mi riguarda, mi onoro di aver imitato quel malvagio di Cartesio, quando andò a filosofare con cattiveria nella sua solitudine del Nord-Olanda.
Je viens de faire, ce me semble, une revue exacte, et je n’y vois rien encore qui m’ait pu donner des penchants pervers. Que reste-t-il donc enfin ? l’amour de la gloire. Quoi ! ce noble sentiment qui élève lame aux sublimes contemplations, qui l’élance dans les régions éthérées, qui l’étend pour ainsi dire sur toute la postérité, pourrait lui dicter des forfaits ! Il prendrait, pour s’honorer, la route de l’infamie ! Eh ! qui ne sait que rien n’avilit, ne resserre et ne concentre l’âme comme le crime ; que rien de grand et de généreux ne peut partir d’un intérieur corrompu ? Non, non ; cherchez des passions viles pour cause à des actions viles. On peut être un malhonnête homme et faire un bon livre ; mais jamais les divins élans du génie n’honorèrent l’âme d’un malfaiteur ; et si les soupçons de quelqu’un que j’estimerais pouvaient à ce point ravaler la mienne, je lui présenterais mon Discours sur l’Inégalité[1027] pour toute réponse, et je lui dirais : Lis, et rougis[1028].
Vous me citerez Erostrate. À cela voici ma réponse. L’histoire d’Érostrate est une fable : mais supposons-la vraie ; Érostrate, sans génie et sans talent, eut un moment la fantaisie de la célébrité, à laquelle il n’avait aucun droit ; il prit la seule et courte voie que son mauvais coeur et son esprit étroit put lui suggérer : mais comptez que, s’il se fut senti capable de faire l’Émile, il n’eût point brûlé le temple d’Éphèse. Non, monsieur, on n’aspire point par le crime au prix qu’on peut obtenir par la vertu ; et voilà ce qui rend plus ridicule l’imposture dont je suis l’objet. Qu’avais-je besoin de gloire et de célébrité ? je l’avais déjà tout acquise, non par îles noirceurs et des actes abominables, mais par des moyens vertueux, honnêtes, par des talents distingués, par des livres utiles, par une conduite estimable, par tout le bien que j’avais pu faire selon mon pouvoir : elle était belle, elle était sans tache ; qu’y pouvais-je ajouter désormais, si ce n’est la persévérance dans l’honorable carrière dont je voyais déjà d’assez près le terme ? Que dis-je ? je l’avais atteint : je n’avais plus qu’à me reposer, et jouir. Peut-on concevoir que, de gaieté de coeur et par des forfaits, j’aie cherché moi-même à ternir ma gloire, à la détruire, à laisser échapper de mes mains, ou plutôt à jeter, dans un transport de furie, le prix inestimable que j’avais légitimement acquis ? Quoi ! le sage, le brave Saint-Germain retournerait-il exprès à la guerre pour y flétrir par des lâchetés infâmes les lauriers sous lesquels il a blanchi ? Ne sait-on pas qu’une belle réputation est la plus noble et la plus douce récompense de la vertu sur la terre ? Et l’on veut qu’un homme qui se l’est dignement procurée s’aille exprès plonger dans le crime pour la souiller ! Non, cela n’est pas, parce que cela ne peut pas être ; et il n’y a que des gens sans honneur qui puissent ne pas sentir cette impossibilité.
Mais quels sont enfin ces forfaits dont je me suis avisé si tard de souiller une réputation déjà tout acquise par mieux que des livres, par quarante ans d’honneur et d’intégrité ? Oh ! c’est ici le mystère profond qu’il ne faut jamais que je sache, et qui ne doit être ouvertement publié qu’après ma mort, quoiqu’on fasse en sorte, pendant ma vie, que tout le monde en soit instruit, hors moi seul. Pour me forcer, en attendant, de boire la coupe amère de l’ignominie, on aura soin de la faire circuler sans cesse autour de moi dans l’obscurité, de la faire dégoutter, ruisseler sur ma tête, afin qu’elle m’abreuve, m’inonde, me suffoque, mais sans qu’aucun trait de lumière l’offre jamais à ma vue, et me laisse discerner ce qu’elle contient. On me séquestrera du commerce des hommes, même en vivant avec eux ; tout sera pour moi secret, mystère et mensonge ; on me rendra étranger à la société, sans paraître m’en chasser ; on élèvera autour de moi un impénétrable édifice de ténèbres, on m’ensevelira tout vivant dans un cercueil. C’est exactement ainsi que, sans prétexte et sans droit, on traite en France un homme libre, un étranger, qui n’est point sujet du roi, qui ne doit compte à personne de sa conduite, en continuant d’y respecter, comme il a toujours fait, le roi, les lois, les magistrats, et la nation. Que s’il est coupable, qu’on l’accuse, qu’on le juge, et qu’on le punisse ; s’il ne l’est pas, qu’on le laisse libre, non pas en apparence, mais réellement. Voilà, monsieur, ce qui est juste ; tout ce qui est hors de là, de quelque prétexte qu’on l’habille, est trahison, fourberie, iniquité.
Non, je ne serai point accusé, point arrêté, point jugé, point puni, en apparence ; mais on s’attachera, sans qu’il y paraisse, à me rendre la vie odieuse, insupportable, pire cent fois que la mort : on me fera garder à vue ; je ne ferai pas un pas sans être suivi ; on m’ôtera tous moyens de rien savoir et de ce qui me regarde et de ce qui ne me regarde pas ; les nouvelles publiques les plus indifférentes, les gazettes même me seront interdites ; on ne laissera courir mes lettres et paquets que pour ceux qui me trahissent, on coupera ma correspondance avec tout autre ; la réponse universelle à toutes mes questions sera toujours qu’on ne sait pas ; tout se taira dans toute assemblée à mon arrivée ; les femmes n’auront plus de langue, les barbiers seront discrets et silencieux ; je vivrai dans le sein de la nation la plus loquace comme chez un peuple de muets. Si je voyage, on préparera tout d’avance pour disposer de moi partout où je veux aller ; on me consignera aux passagers, aux cochers, aux cabaretiers ; à peine trouverai-je à manger avec quelqu’un dans les auberges, à peine trouverai-je un logement qui ne soit pas isolé ; enfin l’on aura soin de répandre une telle horreur de moi sur ma route, qu’à chaque pas que je ferai, à chaque objet que je verrai, mon âme soit déchirée : ce qui n’empêchera pas que, traité comme Sancho, je ne reçoive partout cent courbettes moqueuses, avec autant de compliments de respect et d’admiration : ce sont de ces politesses de tigres qui semblent vous sourire au moment qu’ils vont vous déchirer.
Imaginez, monsieur, s’il est possible, un traitement plus insultant, plus cruel, plus barbare, et dont le concert incroyablement unanime laisse, au sein d’une nation tout entière, un infortuné rigoureusement seul et sans consolation. Tel est le talent supérieur de M. de Choiseul pour les détails ; tels sont les soins avec lesquels il est servi quand il est question de nuire : mais s’il s’agissait d’une oeuvre de bonté, de générosité, de justice, trouverait-il la même fidélité dans ses créatures ? j’en doute ; aurait-il lui-même la même activité ? j’en doute encore plus.
J’ai beau chercher des cas où il soit permis d’accuser, de juger, de diffamer un homme à son insu, sans vouloir l’entendre ; sans souffrir qu’il réponde, et même qu’il parle ; je ne trouve rien. Je veux supposer toutes les preuves possibles : mais quand, en plein midi, toute la ville verrait un homme en assassiner un autre sur la place publique, encore, en jugeant l’accusé, ne l’empêcherait-on pas de répondre ; encore ne le jugerait-on pas sans l’avoir interrogé. À l’inquisition l’on cache à l’accusé son délateur, je l’avoue ; mais au moins lui dit-on qu’il est accusa, au moins ne le condamne-t-on pas sans l’entendre, au moins ne l’empêche-t-on pas de parler. Un délateur secret accuse, il ne prouve pas ; il ne peut prouver dans aucun cas possible : car comment prouverait-il ? Par des témoins ? mais l’accusé peut avoir contre ces témoins des moyens de récusation que les juges ignorent. Par des écritures ? mais l’accusé peut y faire apercevoir des marques de fausseté que d’autres n’ont pu connaître. Un délateur qui se cache est toujours un lâche : s’il prend des mesures pour que l’accusé ne puisse répondre à l’accusation, ni même en être instruit, il est un fourbe : s’il prenait en même temps avec l’accusé le masque de l’amitié, il serait un traître. Or un traître qui prouve ne prouve jamais assez, ou ne prouve que contre lui-même ; et quiconque est un traître peut bien être encore un imposteur. Eh ! quel serait, grand Dieu ! le sort des particuliers s’il était permis de leur faire à leur insu leur procès, et puis de les aller prendre chez eux pour les mener tout de suite au supplice, sous prétexte que les preuves sont si claires qu’il leur est inutile d’être entendus ?
I believe I have made a thorough review of the matter, and I see nothing in it that could have induced any perverse tendencies in me. So what remains, then? The love of glory. How! That noble sentiment which elevates one towards sublime contemplations, which carries one into the ethereal realms, and which seems to extend its influence throughout all future generations—could it possibly inspire criminal acts? Would it lead one to seek honor through infamy? Ah! Who does not know that nothing can degrade, narrow, or concentrate the soul more than crime; that nothing great or generous can arise from a corrupt inner nature? No, no; seek vile passions if you wish to find reasons for vile actions. It is possible to be an unscrupulous person and yet write a good book; but never have the divine inspirations of genius honored the soul of a criminal. And if the suspicions of someone I respect could bring my own reputation to such disgrace, I would present him with my “Discourse on Inequality” as my sole reply, and say to him: “Read it, and then shame yourself.”
You will cite Erostratus to me. Here is my reply: The story of Erostratus is a fable; but suppose it were true—Erostratus, lacking both genius and talent, once fancied himself worthy of fame, when he had no right to it at all. He chose the only path his wicked heart and narrow mind could suggest to him; but believe me, if he had felt capable of achieving something truly honorable, he would never have set fire to the temple of Ephesus. No, sir, one does not seek the rewards that virtue can bestow through crime; and this is what makes the pretense I am accused of all the more ridiculous. What need did I have for glory and fame? I already possessed it all—not through darkness or abominable acts, but through virtuous, honorable means, through distinguished talents, through useful books, through a life worthy of respect, through all that good I could do within my power. It was beautiful; it was spotless. What more could I have added to it, except to persevere in the honorable path I had already nearly reached its end? No—I had already achieved it; all I needed was to rest and enjoy what I had gained. How could anyone imagine that, out of sheer joy or through criminal acts, I would seek to tarnish or destroy the glory I had rightfully earned? Indeed! Would the wise and brave Saint-Germain deliberately return to war to disgrace the laurels under which he had won his honor? Don’t we know that a good reputation is the noblest and sweetest reward for virtue in this world? And yet people want someone who has so honorably obtained it to willingly plunge into crime to defile it! No—such a thing is impossible; and only those without honor could fail to see how utterly absurd such an idea is.
But what exactly are these crimes of which I have realized so late that they have tarnished a reputation that was already established through more than just books—through forty years of honor and integrity? Oh! Here lies the profound mystery that I must never come to know, and which must not be openly revealed until after my death, even though every effort should be made, during my lifetime, to ensure that everyone is aware of it except for me alone. To force me to drink the bitter cup of infamy, they will see to it that it is constantly circulated around me in darkness, letting it drip and flow over my head, so that it inundates me, suffocates me—yet not allowing a single ray of light to reveal its contents to me. They will isolate me from human society, even though I live among them; everything will be secret, mysterious, and a lie for me; they will render me alien to society, without appearing to expel me from it; they will erect an impenetrable wall of darkness around me, burying me alive in a tomb. Such is precisely the way in which, in France, a free man, an outsider who is not subject to the king and who owes no account of his conduct to anyone—yet who continues to respect the king, the laws, the magistrates, and the nation, just as he has always done—is treated, without any pretext or right. If he is guilty, let him be accused, judged, and punished; if he is not guilty, let him be set free—not in appearance, but truly. This, sir, is what is just; everything else, no matter what pretext it is dressed in, is betrayal, deceit, and injustice.
No, I shall not be accused, arrested, tried, or punished on the surface; yet, without anyone seeming to do so, they will go to great lengths to make my life unbearable, far worse than death itself: they will keep me under constant surveillance; I won’t be able to take a single step without being followed; they will deprive me of any means to learn what happens, whether it concerns me or not; even the most trivial public news and newspapers will be forbidden to me; my letters and packages will only be sent to those who betray me, while all communication with others will be cut off; whenever I ask a question, the universal response will always be that they know nothing; in any gathering where I appear, everyone will fall silent; women will be too terrified to speak, barbers will remain discreet and silent; I will live amidst the most talkative nation as if among a people of mute. If I travel, everything will be arranged in advance to ensure my control wherever I go; I will be handed over to passengers, coaches, and innkeepers; I will hardly be able to find anyone to eat with in an inn, or a place to stay that is not isolated; finally, every effort will be made to spread such horror about me along my path that at every step I take, at every object I see, my soul will be torn apart. Yet, despite being treated like Sancho Panza, I will receive hundreds of mocking bows and curtsies everywhere, along with so-called expressions of respect and admiration—those very politenesses of tigers that seem to smile just before they tear you apart.
Imagine, sir, if it were possible to conceive of a more insulting, more cruel, more barbaric method of treatment—such that its incredibly unanimous implementation would leave a single unfortunate individual utterly alone and without any consolation within an entire nation. Such is the supreme skill Mr. de Choiseul possesses in dealing with details; such is the meticulous care he takes when it comes to causing harm. But if it were instead about an act of kindness, generosity, or justice, would he find the same level of loyalty among those he “creates”? I doubt it; and even less so would he himself display the same level of enthusiasm.
No matter how hard I try to find cases where it is permissible to accuse, judge, or slander a person without their knowledge—without even giving them the chance to respond, let alone speak—I cannot find any. I am willing to consider all possible proofs; but even if, in broad daylight, the entire city saw one man assassinating another in public square, when judging that accused person, would we not still allow them to defend themselves? Would we not still judge them after hearing what they have to say? In the Inquisition, the accuser’s informant is kept hidden from the accused—I admit that—but at least the accused is told that they are being charged. At least they are not condemned without being heard, and at least they are not prevented from speaking. A secret informer accuses, but they do not provide evidence; in any case, how could they prove anything? Through witnesses? But the accused may have means to discredit those witnesses that the judges are unaware of. Through written documents? But the accused might be able to reveal flaws in those documents that others would never notice. A hidden informer is always a coward: if they take steps to prevent the accused from responding to the accusation or even being informed of it, they are deceitful; if they also pretend to be friends with the accused, they are traitors. And yet, a traitor who provides evidence can never prove enough—or proves only against themselves; and anyone who is a traitor may also be an impostor. Oh, my God! What would become of ordinary people if it were permissible to bring them to trial without their knowledge, and then take them away from their homes to execute them immediately, on the pretext that the evidence is so clear that there is no need to hear what they have to say?
Credo di aver appena fatto una rassegna accurata dei fatti, e non vi vedo nulla che possa aver suscitato in me inclinazioni perverse. Allora, cosa rimane? L’amore per la gloria. Ah! Questo nobile sentimento, che eleva l’anima verso contemplazioni sublimi, che la spinge nelle regioni eteree, che sembra estenderla su tutta la posterità, potrebbe forse indurla a commettere crimini? Potrebbe farle scegliere la strada dell’infamia per onorarsi? Eh! Chi non sa che nulla umilia, restringe e concentra l’anima quanto il crimine; che nulla di grande e generoso può nascere da un’intimità corrotta? No. Cerchiamo altre passioni vili per spiegare azioni vili. Si può essere persone disoneste e scrivere libri buoni; ma mai gli slanci divini del genio hanno onorato l’anima di un malvagio. E se i sospetti di qualcuno che stimo potessero umiliare così tanto la mia stessa anima, gli presenterei il mio “Discorso sull’Ineguaglianza” come risposta definitiva, e gli direi: Leggi, e arrossisci.
Mi citate Erostrato. Ecco la mia risposta: la storia di Erostrato è una favola; ma supponiamo che sia vera. Erostrato, privo di genio e talento, ebbe un momento l’idea di raggiungere la fama, a cui non aveva alcun diritto; scelse quindi l’unica strada possibile, quella suggerita dal suo cattivo cuore e dalla sua mentalità ristretta. Ma credetemi: se si fosse sentito in grado di compiere un atto nobile come quello di Ermesto, non avrebbe mai distrutto il tempio di Efeso. No, signore: non è attraverso il crimine che si può ottenere ciò che la virtù può dare. Ed è proprio questo che rende ancora più ridicola l’inganno di cui sono vittima. Di quale gloria e fama avevo bisogno? Le avevo già tutte, non attraverso atti orribili o comportamenti disonorevoli, ma con mezzi virtuosi, onesti, grazie ai miei talenti, ai miei libri utili, al mio comportamento stimato. Era una gloria bella, senza macchie. Cosa avrei potuto aggiungere, se non la perseveranza nel percorso onorevole che avevo già quasi completato? No. L’avevo già raggiunto: mi restava solo riposare e godermi i frutti dei miei sforzi. Come si può pensare che, spinto dalla gioia o dal crimine, abbia cercato di macchiare la mia gloria, di distruggerla,? Il saggio, il nobile San Germain tornerebbe forse volontariamente in guerra per infangare con atti di codardia i laureli che si è guadagnato onorevolmente? Non si sa forse che una buona reputazione è la più nobile e dolce ricompensa della virtù. Eppure si vuole che un uomo che se l’è meritata vada apposta a commettere crimini per sporcarla. No. Questo non è possibile. E ci sono solo persone senza onore che possono ignorare questa impossibilità.
Ma quali sono dunque questi crimini di cui mi sono reso conto così tardi, crimini che hanno macchiato una reputazione già ampiamente conquistata non solo attraverso libri, ma anche grazie a quarant’anni di onore e integrità? Oh. Questo è il mistero profondo che non dovrò mai conoscere, e che non potrà essere rivelato apertamente se non dopo la mia morte. Anche se, durante la mia vita, si farà in modo che tutti ne sappiano, tranne me. Per costringermi, intanto, a bere l’amara coppa dell’ignominia, si farà in modo che essa circoli costantemente attorno a me nell’oscurità, che goccioli e scorra sulla mia testa, affinché mi sommerga, mi soffochi, ma senza che alcun raggio di luce la riveli mai ai miei occhi, impedendomi così di conoscere ciò che contiene. Mi si isolerà dalla società umana, anche se vivo tra loro; tutto sarà per me segreto, mistero e menzogna. Sarò reso estraneo alla comunità, senza che sembri che mi vi si cacci via. Si erigerà attorno a me un impenetrabile muro di tenebre. Mi seppelliranno vivo in una tomba. È esattamente così che, in Francia, si tratta un uomo libero, uno straniero che non è soggetto al re, che non deve rendere conto a nessuno delle proprie azioni, pur continuando a rispettare, come sempre, il re, le leggi, i magistrati e la nazione. Se è colpevole, che venga accusato, giudicato e punito; se non lo è, che venga lasciato libero, non in apparenza, ma davvero. Questo, signore, è ciò che è giusto. Tutto il resto, per qualsiasi pretesto venga mascherato, è tradimento, frode, ingiustizia.
No, apparentemente non sarò accusato, arrestato, giudicato o punito; tuttavia, in modo impercettibile, si farà in modo che la mia vita diventi odiosa, insopportabile, cento volte peggiore della morte: mi verrà imposto di essere sorvegliato costantemente; non potrò fare un passo senza essere seguito; mi verranno negati tutti i mezzi per conoscere ciò che riguarda me e ciò che non riguarda me; anche le notizie più banali e i giornali mi saranno proibiti; le mie lettere e i miei pacchi verranno fatti circolare soltanto a coloro che mi tradiscono, mentre la mia corrispondenza con chiunque altro sarà interrotta; la risposta a tutte le mie domande sarà sempre “non si sa nulla”; in ogni assemblea, al mio arrivo, tutti taceranno; le donne non avranno più il diritto di parlare, i barbieri saranno discreti e silenziosi; vivrò nel cuore della nazione più loquace come se fossi in mezzo a un popolo di muti. Se dovesse viaggiare, tutto verrebbe preparato in anticipo affinché io possa essere controllato ovunque voglia andare: verrò affidato ai passeggeri, ai cocchieri, ai proprietari delle osterie; nelle locande, a malapena riuscirò a trovare qualcuno con cui mangiare, e a malapena un alloggio che non sia isolato; infine, si farà in modo che sulla mia strada venga diffusa un’immagine così orribile di me, che a ogni passo che faccia, a ogni cosa che veda, la mia anima venga lacerata. Tuttavia, nonostante tutto ciò, verrò trattato come Sancho Panza: riceverò ovunque centinaia di inchini beffardi, accompagnati da complimenti di rispetto e ammirazione. Sono queste le “cortesie” dei tigri che sembrano sorriderti nel momento in cui stanno per squartarti.
Immaginate, signore, se sia possibile un trattamento più offensivo, più crudele, più barbaro; un trattamento il cui consenso incredibilmente unanime lascia, all’interno di un’intera nazione, un infelice completamente solo e senza conforto. Ecco il superiore talento del signor de Choiseul per i dettagli; ecco l’attenzione con cui agisce quando si tratta di nuocere. Ma se si trattasse di un atto di bontà, generosità o giustizia, troverebbe la stessa fedeltà nelle sue “creature”? Ne dubito; e avrebbe lui stesso lo stesso impegno? Ne dubito ancora di più.
Nonostante cerchi con tutte le mie forze casi in cui sia permesso accusare, giudicare o diffamare una persona a sua insaputa, senza nemmeno ascoltarla; senza permetterle di rispondere, o persino di parlare, non trovo nulla. Vorrei ipotizzare l’esistenza di tutte le prove possibili. Ma anche se, in pieno giorno, tutta la città vedesse un uomo assassinare un altro in piazza pubblica, ancora così, nel giudicare l’accusato, non si gli impedirebbe di rispondere; e comunque non lo si giudicherebbe senza averlo interrogato. All’Inquisizione si nasconde all’accusato il suo delatore. Lo ammetto. Ma almeno gli si dice che è accusato; almeno non lo si condanna senza ascoltarlo, almeno non si gli impedisce di parlare. Un delatore segreto accusa, ma non prova nulla; in nessun caso potrebbe provare nulla. Come potrebbe farlo? Attraverso testimoni? Ma l’accusato può avere contro di loro mezzi per confutarli, che i giudici ignorano. Attraverso documenti scritti? Ma l’accusato può farvi apparire segni di falsità che altri non sono riusciti a individuare. Un delatore che si nasconde è sempre un codardo: se prende misure per impedire all’accusato di rispondere alle accuse, o persino di venire informato di esse, è un traditore; se allo stesso tempo assume con l’accusato l’aspetto dell’amico, è un traditore ancora peggiore. Ora, un traditore che prova, non prova mai abbastanza, o prova soltanto contro se stesso. E chiunque sia un traditore può anche essere un impostore. Ah! Qual sarebbe, mio Dio, il destino delle persone se fosse permesso processarle a loro insaputa, e poi portarle subito al patibolo, con la scusa che le prove sono così evidenti da rendere inutile ascoltarle?
Remarquez, monsieur, je vous supplie, combien cette première accusation dut paraître extraordinaire, vu la réputation sans reproche dont je jouissais, et que soutenaient ma conduite et mes écrits. Assurément ceux qui vinrent apprendre pour la première fois aux chefs de la nation que j’étais un scélérat durent les étonner beaucoup, et rien ne devait manquer à la preuve d’une pareille accusation pour être admise. Il y manqua pourtant au moins une petite circonstance, savoir l’audition de l’accusé ; on se cacha de lui très soigneusement, et il fut jugé. Messieurs ! messieurs ! quand il serait généralement permis déjuger un accusé sans l’ouïr, il y a du moins des hommes qui mériteraient d’être exceptés, et Jean-Jacques pouvait espérer, ce me semble, d’être mis au nombre de ces hommes-là.
On ne vous a pas jugé, diront-ils. Et qu’avez-vous donc fait, misérables ? En feignant d’épargner ma personne, vous m’ôtez l’honneur, vous m’accablez d’opprobres ; vous me laissez la vie, mais vous me la rendez odieuse en y joignant la diffamation. Vous me traitez plus cruellement mille fois que si vous m’aviez fait mourir ; et vous appelez cela ne m’avoir pas jugé ! Les fourbes ! il ne manquait plus à leur barbarie que le vernis de la générosité.
Non, jamais on ne vit des gens aussi fiers d’être des traîtres : prudemment enfoncés dans leurs tanières, ils s’applaudissent de leurs lâchetés, et insultent à ma franchise en la redoutant. Pour m’étouffer sans que je crie, ils m’ont auparavant attaché un bâillon. À voir enfin leur bénigne contenance, on les prendrait pour les bourreaux de l’infortuné don Carlos, qui prétendaient qu’il leur fût encore redevable de la peine qu’ils prenaient de l’étrangler.
En vérité, monsieur, plus je médite sur cette étrange conduite, plus j’y trouve une complication de lâcheté, d’iniquité de fourberie, qui la rend inimaginable. Ce qui me passe encore plus est que tout cela paraît se faire de l’aveu de la nation entière ; que non seulement mes prétendus amis, mais d’honnêtes gens réellement estimables, y paraissent acquiescer ; et que M. de Saint-Germain lui-même ne m’en paraît pas encore assez scandalisé. Cependant, fussé-je coupable, fussé-je en effet tout ce qu’on m’accuse d’être, tant qu’on ne m’aura pas convaincu, cette conduite envers moi serait encore injuste, fausse, inexcusable. Que doit-elle me paraître à moi qui me sens innocent ?
Soyons équitables toujours. Je ne crois pas que M. de Choiseul soit l’auteur de l’imposture ; mais je ne doute point qu’il n’ait très bien vu que c’en était une, et que ce ne soit pour cela qu’il prend tant de mesures pour m’empêcher d’en être instruit : car autrement, avec la haine envenimée que tout décèle en lui contre moi, jamais il ne se refuserait le plaisir de me convaincre et de me confondre, dût-il s’ôter par là celui de me voir souffrir plus longtemps.
Quoique ma pénétration, naturellement très mousse, mais aiguisée à force de s’exercer dans les ténèbres, me fasse deviner assez juste des multitudes de choses qu’on s’applique à me cacher, ce noir mystère est encore enveloppé pour moi d’un voile impénétrable ; mais à force d’indices combinés, comparés ; à force de demi-mots échappés, et saisis à la volée ; à force de souvenirs effacés, qui par hasard me reviennent, je présume Grimm et Diderot les premiers auteurs de toute la trame. Je leur ai vu commencer, il y a plus de dix-huit ans, des menées auxquelles je ne comprenais rien, mais que je voyais certainement couvrir quelque mystère dont je ne m’inquiétais pas beaucoup, parce-que, les aimant de tout mon coeur, je comptais qu’ils m’aimaient de même. À quoi ont abouti ces menées ? autre énigme non moins obscure. Tout ce que je puis supposer le plus raisonnablement est qu’ils auront fabriqué quelques écrits abominables qu’ils m’auront attribués. Cependant, comme il est peu naturel qu’on les en ait crus sur leur parole, il aura fallu qu’ils aient accumulé des vraisemblances, sans oublier d’imiter le style et la main. Quant au style, un homme qui possède supérieurement le talent[1029] d’écrire imite aisément jusqu’à certain point le style d’un autre, quoique bien marqué : c’est ainsi que Boileau imita le style de Voiture et celui de Balzac à s’y tromper ; et cette imitation du mien peut être surtout facile à Diderot, dont j’étudiais particulièrement la diction quand je commençai d’écrire, et qui même a mis dans mes premiers ouvrages plusieurs morceaux qui ne tranchent point avec le reste, et qu’on ne saurait distinguer, du moins quant au style[1030]. Il est certain que sa tournure et la mienne, surtout dans mes premiers ouvrages, dont la diction est, comme la sienne, un peu sautante et sentencieuse, sont, parmi celles de nos contemporains, les deux qui se ressemblent le plus. D’ailleurs, il y a si peu de juges en état de prononcer sur la différence ou l’identité des styles, et ceux même qui le sont peuvent si aisément s’y tromper, que chacun peut décider là-dessus comme il lui plaît, sans craindre d’être convaincu d’erreur.
La main est plus difficile à contrefaire ; je crois même cela presque impossible dans un ouvrage de longue haleine : c’est pourquoi je présume qu’on aura préféré des lettres, qui n’ont pas la même difficulté, et qui remplissent le même objet. Quant à l’écrivain chargé de cette contrefaction, il aura été plus facile à trouver à Diderot qu’à tout autre, parce que, étant chargé de la partie des arts dans l’Encyclopédie, il avait de grandes relations avec les artistes dans tous les genres. Au reste, quand la puissance s’en mêle, beaucoup de difficultés s’aplanissent ; et quand il s’agirait, par exemple, de décider si une écriture est ou n’est pas contrefaite, je ne crois pas qu’on eût beaucoup de peine à trouver des experts prêts à être de l’avis qu’il plairait à M. de Choiseul.
Si ce n’est pas cela, ou de faux témoins, je n’imagine rien. Je pencherais même un peu pour cette dernière opinion, parce que assurément le bénin Thevenin, quoi qu’on en dise, ne fut pas aposté pour rien ; et je ne puis imaginer d’autre objet à la fable de ce manant, et à l’adroite façon dont ceux qui l’avaient aposté l’ont accréditée[1031], que de vouloir tâter d’avance comme je soutiendrais la confrontation d’un faux témoin.
Les holbachiens, qui croyaient m’avoir déjà coulé à fond, furieux de me voir bien au château de Montmorency et chez M. le prince de Conti, firent jouer leurs machines par d’Alembert, et, profitant des piques secrètes dont j’ai parlé, firent passer, par le Temple, leur complot à l’hôtel de Luxembourg. Il est aisé d’imaginer comment M. de Choiseul s’associa pour cette affaire particulière avec la ligue, et s’en fit le chef ; ce qui rendit dès-lors le succès immanquable, au moyen des manoeuvres souterraines dont Grimm avait probablement fourni le plan. Ce complot a pu se tramer de toute autre manière ; mais voilà celle où les indices, dans ce que j’ai vu, se rapportent le mieux. Il-fallait, avant de rien tenter du côté du public, m’éloigner au préalable, sans quoi le complot risquait à chaque instant d’être découvert, et son auteur confondu. L’Émile en fournit les moyens, et l’on disposa tout pour m’effrayer par un décret comminatoire, auquel on n’en voulait cependant venir que quand j’aurais pris le parti de fuir. Mais voyant que, malgré tout le fracas dont on accompagnait la menace de ce décret, je restais tranquille et ne voulais pas démarrer, on s’avisa d’un expédient tout puissant sur mon coeur. Madame de Boufflers, avec une grande éloquence, me fit voir l’alternative inévitable de compromettre madame de Luxembourg, si j’étais interrogé, ou de mentir, ce que j’étais bien résolu de ne pas faire. Sur ce motif, auquel je ne pus résister, je partis enfin, et l’on ne lâcha le décret que quand ma résolution fut bien prise et qu’on put le savoir. Il paraît que dès-lors le projet était arrangé entre madame de Boufflers et M. Hume pour disposer de moi. Elle n’épargna rien pour m’envoyer en Angleterre. Je tins bon, et voulus passer en Suisse. Ce n’était pas là le compte de la ligue, qui, par ses manoeuvres, parvint avec peine à m’en chasser. Nouvelles sollicitations plus vives pour l’Angleterre, nouvelle résistance de ma part. Je pars pour aller joindre Milord Maréchal à Berlin. La ligue vit l’instant où j’allais lui échapper. Son complot s’en allait peut-être en fumée, si l’on ne m’eût tendu tant de pièges à Strasbourg, qu’enfin j’y tombai, me laissai livrer à Hume, et partis avec lui pour l’Angleterre, où j’étais attendu depuis si longtemps. Dès ce moment ils m’ont tenu ; je ne leur échapperai plus.
Please note, sir, how extraordinary this first accusation must have seemed, given the impeccable reputation I enjoyed, as well as the way I conducted myself and wrote. Surely those who learned for the first time from the leaders of the nation that I was a scoundrel must have been greatly astonished. And nothing could be lacking in the evidence to support such an accusation for it to be accepted. Yet there was at least one crucial detail missing: the hearing of the accused himself. He was deliberately kept in ignorance of what was happening, and he was still judged anyway. My lords! When it becomes commonplace to judge an accused without even hearing their side of the story, there are still some people who deserve to be exempted from such practices. And Jean-Jacques, I believe, could have hoped to be among those people.
“They say they have not judged you,” they will claim. But what have you done, wretched ones? By pretending to spare my life, you have stripped me of my honor and burdened me with disgrace; you have left me alive, but you have made it a life filled with hatred by adding slander to it. You treat me far more cruelly than if you had killed me outright; and you call this not judging me! What villains! All that was missing from their barbarity was the veneer of generosity.
No, one has ever seen people so proud of being traitors: cautiously hiding in their lairs, they congratulate themselves on their cowardice and insult my honesty by fearing it. To silence me without me crying out, they had previously tied a gag over my mouth. Seeing their pitiful demeanor, one would mistake them for the executioners of the unfortunate Don Carlos—who claimed that he was still indebted to them for the “pain” they took in strangling him.
In truth, sir, the more I reflect on this strange behavior, the more I see it to be a complex of cowardice, injustice, and deceit—something utterly unimaginable. What troubles me even more is that it seems to be carried out with the tacit approval of the entire nation; not only do my so-called friends seem to condone it, but also honest people who are truly admirable appear to agree with it. Moreover, Mr. de Saint-Germain himself does not seem sufficiently shocked by it. Yet, even if I were guilty, even if I really were what one accuses me of being, as long as I have not been proven guilty in court, such treatment towards me would still be unjust, false, and unforgivable. What must it seem like to someone who feels innocent, like me?
Let us always be fair. I do not believe that Monsieur de Choiseul is the author of this deception; but I have no doubt whatsoever that he was fully aware that it was one, and that precisely for this reason he takes such measures to prevent me from learning the truth: for otherwise, given the deep hatred he harbors toward me, he would never refrain from taking pleasure in convincing me and exposing me to ridicule, even if it meant causing me further suffering.
Although my insight, naturally very keen but sharpened through constant practice in the shadows, enables me to fairly decipher many things that people try so hard to hide from me, this dark mystery is still shrouded in an impenetrable veil for me. Yet, by piecing together various clues, comparing them, seizing half-sentences as they escape, and recalling faded memories that occasionally resurface, I suspect Grimm and Diderot to be the first authors behind all this intrigue. More than eighteen years ago, I saw them embark on activities that I did not understand at the time, but which I certainly sensed involved some mystery—something about which I didn’t worry much, for, loving them with all my heart, I believed they loved me in return. But where did these endeavors lead? Another equally baffling enigma. The most reasonable conclusion I can draw is that they must have fabricated some abhorrent writings and attributed them to me. However, since it would be highly unlikely for anyone to believe them at their word, they must have gathered various pieces of evidence, going so far as to mimic my style and handwriting. As for style, a man who possesses great writing talent can easily imitate another’s style to some extent, even if it is quite distinctive—Boileau, for example, managed to mimic Voiture’s and Balzac’s styles so well that they were almost indistinguishable. For Diderot, this imitation would be all the easier, since I had particularly studied his prose when I first began writing myself. In fact, he even included several passages in my early works that were hardly distinguishable from the rest in terms of style. It is certainly true that his writing style and mine, especially in my early works—which, like his, are somewhat abrupt and didactic—are among the most similar among our contemporaries. Moreover, there are so few people capable of discerning the differences or similarities between styles, and even those who can often make mistakes themselves, that anyone is free to form their own opinion on this matter without fear of being wrong.
A forged hand is far more difficult to create; in fact, I believe it is almost impossible to accomplish in a lengthy work. That is why I assume that people would have preferred using letters, which present less difficulty and serve the same purpose. As for the writer tasked with carrying out this forgery, it would have been much easier to find such a person among Diderot’s circle than anywhere else, since he was responsible for the arts section of the Encyclopédie and maintained extensive connections with artists in all fields. Moreover, when power is involved, many difficulties are overcome. And if someone were to need to determine whether a particular handwriting was forged or not, I don’t think it would be hard at all to find experts willing to agree with whatever opinion Monsieur de Choiseul might wish to express.
If it isn’t that, then it must be false witnesses; I can think of nothing else. In fact, I even lean towards this latter possibility, because surely the good-hearted Thevenin, whatever people may say about him, was not sent on a mission for no reason at all. And I cannot imagine any other purpose behind the story of this farmer, nor the clever way in which those who had sent him out tried to make it believable[1031], than to attempt, in advance, what I would consider to be the confrontation of a false witness.
The Holbachians, who believed they had already succeeded in bringing me down, were furious to see me still safe at the château of Montmorency and in the presence of Monsieur le Prince de Conti. They had d’Alembert set in motion their schemes and, taking advantage of those secret means I had mentioned earlier, managed to smuggle their plot from the Temple to the Hôtel de Luxembourg. It is easy to imagine how Monsieur de Choiseul joined forces with this league for this particular undertaking and even took charge of it; this ensured its inevitable success, thanks to the underhanded tactics likely devised by Grimm. The plot could have been carried out in many other ways, but this seems to be the one in which the various clues I observed fit together most logically. Before attempting anything in public, it was necessary to get rid of me first; otherwise, the plot risked being uncovered at any moment and its master exposed. Madame de Boufflers found the means to do this, and they prepared a threatening decree to frighten me—though they were only willing to resort to it once I had decided to flee. But seeing that I remained calm despite all the threats, they came up with a far more effective method to sway me. With great eloquence, Madame de Boufflers made me realize the inevitable choice I faced: either expose Madame de Luxembourg if questioned, or lie—something I was firmly determined not to do. Unable to resist this argument, I finally left, and they only issued the decree after my decision was final and certain. It seems that at that point, a plan had already been made between Madame de Boufflers and Monsieur Hume to deal with me. She did everything in her power to send me to England, but I refused and instead tried to go to Switzerland. However, this was not what the league had in mind; through various maneuvers, they managed to force me to leave there as well. Further attempts were made to send me to England, but I continued to resist. In the end, I set off for Berlin to join Lord Maréchal. The league saw that I was about to escape their grasp once more—their plot seemed doomed to fail—had it not been for the numerous traps they set for me in Strasbourg. There I fell into their hands, was handed over to Hume, and eventually went with him to England, where I had been awaited for so long. From that moment on, they kept a close watch on me; I would never escape them again.
Notate, signori, vi prego, quanto questa prima accusa dovette sembrare straordinaria, considerata la reputazione irreprensibile di cui godevo e che veniva confermata dal mio comportamento e dalle mie scritture. Certamente coloro che vennero a sapere per la prima volta dai capi della nazione che io ero un individuo spregevole dovettero rimanere molto sorpresi; inoltre, nulla avrebbe potuto mancare alle prove necessarie per far accettare una simile accusa. Tuttavia, mancava almeno un dettaglio fondamentale: l’ascolto dell’accusato stesso. Si prese grandissima cura di nascondergli tutto ciò che avveniva, e lui fu comunque processato. Signori! Quando sarà generalmente permesso giudicare un accusato senza ascoltarlo, ci saranno almeno alcune persone che meriterebbero di essere escluse da questa regola. E Jean-Jacques, a mio parere, avrebbe potuto sperare di far parte di queste persone.
“Non vi siete giudicati”, diranno loro. E allora, cosa avete fatto voi, miseri? Fingendo di risparmiarmi la vita, mi avete privato dell’onore, mi avete coperto d’infamia; mi avete lasciato in vita, ma l’avete resa odiosa aggiungendovi calunnie. Mi trattate mille volte più crudelmente di quanto avreste potuto uccidermi. E voi chiamate questo “non esservi giudicati”?! Quei furfanti! Alla loro barbarie mancava soltanto l’apparenza della generosità.
No, mai si sono visti persone così orgogliose di essere traditrici: nascoste con cautela nelle loro tane, si compiacciono delle proprie codardie e insultano la mia franchezza, temendola al contempo. Per soffocarmi senza che io gridassi, mi hanno prima legato un bavaglio. Guardandoli finalmente in faccia, si potrebbero scambiare per i carnefici di quel sfortunato don Carlos, i quali pretendevano ancora che egli fosse loro debitore per la pena che si prendevano nel strangolarlo.
In verità, signore, più rifletto su questo comportamento strano, più vi scorgo una complessa mescolanza di codardia, ingiustizia e frode che lo rende inimmaginabile. Ciò che mi sorprende ancora di più è che tutto ciò sembra avvenire con il consenso dell’intera nazione; non solo i miei presunti amici, ma anche persone oneste e veramente stimabili sembrano approvarlo; e persino il signor de Saint-Germain non mi pare ancora abbastanza scandalizzato da questa situazione. Tuttavia, anche se fossi colpevole, anche se fossi davvero tutto ciò di cui mi si accusa, finché non verrò convinto della mia colpevolezza, questo trattamento nei miei confronti rimarrà ingiusto, falso e inescusabile. Come potrebbe sembrarmi, dunque, a me che mi considero innocente?
Siamo sempre equi. Non credo che il signor de Choiseul sia l’autore di questa frode; ma non dubito affatto che abbia ben compreso che si trattava di una frode, ed è proprio per questo che prende tutte queste misure per impedirmi di venire a saperlo: perché altrimenti, data l’odio profondo che tutto in lui rivela verso di me, non si sarebbe mai rifiutato il piacere di convincermi e di confondermi, anche a costo di privarsi del gusto di vedermi soffrire ancora a lungo.
Sebbene la mia perspicacia, naturalmente molto acuta grazie all’abitudine di operare nell’oscurità, mi permetta di indovinare con notevole precisione molte cose che gli altri cercano di nascondermi, questo mistero oscuro è ancora avvolto per me in un velo impenetrabile. Tuttavia, attraverso l’analisi combinata di diversi indizi, di frasi lasciate cadere casualmente e catturate al volo, nonché di ricordi ormai sbiaditi che mi tornano in mente per caso, suppongo che Grimm e Diderot siano stati i primi autori di tutta questa trama. Ho visto loro intraprendere, più di diciotto anni fa, azioni di cui non capivo il significato, ma che sicuramente nascondevano qualche mistero del quale non mi preoccupavo molto, poiché li amavo con tutto il mio cuore e credevo che mi amassero allo stesso modo. A cosa hanno portato queste azioni? Un’altra enigma altrettanto oscuro. Tutto ciò che posso supporre in modo più plausibile è che abbiano fabbricato alcuni scritti orribili e li abbiano attribuiti a me. Tuttavia, poiché non è molto naturale che qualcuno li abbia creduti sulla parola loro, devono aver accumulato prove convincenti, senza dimenticare di imitare lo stile e la grafia dell’autore originale. Per quanto riguarda lo stile, un uomo che possiede un talento eccezionale nella scrittura può facilmente imitare, fino a un certo punto, lo stile di un altro, anche se questo è ben riconoscibile: è così che Boileau imitò lo stile di Voiture e quello di Balzac al punto da farli confondere; e questa imitazione del mio stile può essere particolarmente facile per Diderot, il cui modo di scrivere studiavo con attenzione quando iniziai a scrivere io stesso. Anzi, egli inserì nei miei primi lavori diversi passaggi che non si distinguono affatto dal resto e che, quanto allo stile, sarebbe difficile riconoscere come suoi. È certo che il suo modo di esprimersi e il mio, soprattutto nei miei primi scritti, la cui dizione è, come la sua, un po’ saltellante e sentenziosa, siano tra i due stili più simili tra quelli dei nostri contemporanei. Inoltre, ci sono così pochi giudici in grado di stabilire con certezza le differenze o l’identicità degli stili, e anche coloro che ne sono capaci possono facilmente sbagliarsi, che ognuno può decidere in merito come preferisce, senza temere di essere considerato nel errore.
La mano è più difficile da contraffare; credo persino che ciò sia quasi impossibile in un’opera di lunga durata. Per questo presumo che si siano preferite le lettere, che non presentano la stessa difficoltà e che servono allo stesso scopo. Quanto all’autore incaricato di questa contraffazione, sarebbe stato più facile trovarlo presso Diderot che in qualsiasi altro luogo: essendo responsabile della parte relativa alle arti nell’Enciclopedia, aveva strette relazioni con artisti di tutti i generi. Del resto, quando la potenza interviene, molte difficoltà si risolvono; e se si trattasse, ad esempio, di stabilire se una scrittura sia o meno contraffatta, non credo che ci sarebbero grandi difficoltà a trovare esperti disposti ad accordarsi con l’opinione del signor de Choiseul.
Se non è questo, allora devono esserci testimoni falsi. Non riesco a immaginare nulla altro. Anzi, tenderei un po’ verso questa seconda ipotesi: perché, certamente, il buon Thevenin, per quanto si possa dire di lui, non è stato inviato lì senza motivo; e non posso concepire alcun altro scopo dietro la storia di questo contadino, né il modo abile con cui coloro che lo avevano inviato hanno cercato di farla credere[1031], se non quello di tentare in anticipo, come sostengo anch’io, di mettere alla prova l’attendibilità di un testimone falso.
Gli holbachiensi, convinti di avermi ormai messo in trappola, furiosi nel vedermi ancora al sicuro nel castello di Montmorency e presso il principe de Conti, fecero utilizzare da d’Alembert le loro macchinazioni. Sfruttando i mezzi segreti di cui avevo parlato, riuscirono a far passare il loro complotto dall’hôtel du Temple all’hôtel de Luxembourg. È facile immaginare come Monsieur de Choiseul si associò alla lega per questa particolare iniziativa e ne divenne il capo; questo rese il successo inevitabile, grazie alle manovre sotterranee di cui Grimm aveva probabilmente fornito i piani. Il complotto avrebbe potuto essere organizzato anche in altri modi, ma questi sembrano essere quelli in cui gli indizi, secondo quanto ho visto, corrispondono meglio alla realtà. Prima di tentare qualsiasi cosa davanti al pubblico, era necessario allontanarmi per evitare che il complotto venisse scoperto e che il suo autore fosse smascherato. Madame de Boufflers utilizzò un’argomentazione molto persuasiva per farmi comprendere l’unica alternativa possibile: compromettere madame de Luxembourg qualora fossi stato interrogato, oppure mentire, cosa che ero fermamente deciso a non fare. Per questo motivo, alla fine partii; il decreto minaccioso fu emesso soltanto quando la mia decisione era ormai irrevocabile. Sembra che in quel momento il piano della lega fosse già stato concordato tra Madame de Boufflers e Monsieur Hume per sfruttarmi a loro vantaggio. Lei non risparmiò nulla per mandarmi in Inghilterra. Ma io resistetti e preferii recarmi in Svizzera. La lega, con le sue manovre, riuscì comunque a costringermi ad andare in Inghilterra. Ci furono nuove pressioni da parte loro, ma ancora una volta io resistetti. Alla fine partii per raggiungere Milord Maréchal a Berlino. La lega vide che stavo per sfuggirle. Il suo complotto sembrava destinato al fallimento, se non fosse stato per le innumerevoli trappole tese a Strasburgo. Alla fine caddi nella loro rete, fui consegnato a Hume e partii con lui per l’Inghilterra, dove ero atteso da molto tempo. Da quel momento sono rimasto sotto il loro controllo. Non riuscirò più a sfuggirgli.
Que je regrettai la France ! avec quelle ardeur, avec quelle constance je surmontai tous les obstacles, tous les dangers même qu’on eut soin d’opposer à mon retour ; et cela, pour venir essuyer dans ce pays si désiré des traitements qui m’ont fait regretter l’Angleterre ! Cependant les seize mois que j’y passai ne furent pas perdus pour la ligue : à mon retour, je trouvai la France et l’Europe totalement changées à mon égard ; et ma prévention, ma stupidité, furent telles, que, trop frappé des manoeuvres de David Hume et de ses associés, je m’obstinais à chercher ; à Londres la cause des indignités que j’essuyais à Trye. Me voilà bien désabusé depuis que je n’y suis plus, et je rends aux Anglais la justice qu’ils me refusent. Néanmoins, s’ils étaient ce qu’on les suppose, ils auraient dit : N’imitons pas la légèreté française ; défions-nous des preuves d’accusation qu’on cache si soigneusement à l’accusé, et gardons-nous de juger, sans l’entendre, un homme qu’on cajole avec tant de fausseté, et qu’on charge avec tant d’animosité.
Enfin ce complot, conduit avec tant d’art et de mystère, est en pleine exécution. Que dis-je ? il est déjà consommé : me voilà devenu le mépris, la dérision, l’horreur de cette même nation dont j’avais, il y a dix ans, l’estime, la bienveillance, j’oserais dire la considération ; et ce changement prodigieux, quoique opéré sur un homme du peuple, sera pourtant la plus grande oeuvre du ministère de M, de Choiseul, celle qu’il a eue le plus à coeur, celle à laquelle il a consacré le plus de temps et de soin. Elle prouvera, par un exemple flétrissant pour l’espèce humaine, combien est forte l’union des méchants pour malfaire, tandis que celle des bons, quand elle existe, est si lâche, si faible, et toujours si facile à rompre.
Rien n’a été omis pour l’exécution de cette noble entreprise : toute la puissance d’un grand royaume, tous les talents d’un ministre intrigant, toutes les ruses de ses satellites, toute la vigilance de ses espions, la plume des auteurs, la langue des clabaudeurs[1032], la séduction de mes amis, l’encouragement de mes ennemis, les malignes recherches sur ma vie pour la souiller, sur mes “propos pour les empoisonner, sur mes écrits pour les falsifier ; l’art de dénaturer, si facile à la puissance, celui de me rendre odieux à tous les ordres, de me diffamer dans tous les pays. Les détails de tous ces faits seraient presque incroyables, s’il m’était possible d’exposer ici seulement ceux qui me sont connus. On m’a lâché des espions de toutes les espèces, aventuriers, gens de lettres, abbés, militaires, courtisans ; on a envoyé des émissaires en divers pays pour m’y peindre sous les traits qu’on leur a marqués. J’avais en Savoie un témoin de ma jeunesse, un ami que j’estimais, et sur lequel je comptais ; je vais le voir ; je vois qu’il me trompe ; je le trouve en correspondance avec M. de Choiseul. J’avais à Paris un vieux compatriote, un ami, très bon homme ; on le met à la Bastille, j’ignore pourquoi, c’est-à-dire sous quel prétexte. Le long temps qu’il y a resté lui fait honneur ; on l’aura trouvé moins docile qu’on n’avait cru ; je veux espérer qu’on n’aura pas lassé sa patience, et qu’au bout de seize mois il sera sorti de la Bastille aussi honnête homme qu’il y est entré. Je désire la même chose du libraire Guy, qu’on y a mis de même, et détenu presque aussi longtemps. On disait avoir trouvé dans les papiers du premier un projet de moi pour l’établissement d’une pure démocratie à Genève ; et j’ai toujours blâmé la pure démocratie à Genève et partout ailleurs ; on disait y avoir trouvé des lettres par lesquelles j’excitais les brouilleries de Genève ; et non seulement j’ai toujours blâmé les brouilleries de Genève, mais je n’ai rien épargné pour porter les représentants à la paix. Mais qu’importe qu’on en impose et qu’on mente ? un mensonge dit en l’air fait toujours son effet, surtout quand il vient des bureaux d’un ministre, et quand il tire sur moi.
En songeant au libraire de Paris, avec lequel j’eus si peu d’affaires, M. de Choiseul, qui n’oublia rien, a-t-il oublié mon libraire de Hollande ? je ne sais ; mais dans un livre que celui-ci s’est obstiné à vouloir me dédier, quoique j’y sois maltraité, et dont il n’a pas voulu me communiquer d’avance l’épître dédicatoire, j’ai trouvé la tournure de cette épître si singulière et si peu naturelle, qu’il est difficile de n’y pas supposer un but caché qui tient à quelque fil de la grande trame.
Enfin nulle attention n’a été omise pour m’y défigurer de tout point, jusqu’à celle, qu’on n’imaginerait pas, de faire disparaître les portraits de moi qui me ressemblent, et d’en répandre un à très grand bruit qui me donne un air farouche et une mine de cyclope. À ce gracieux portrait on a mis pour pendant celui de David Hume[1033], qui réellement a la tête d’un cyclope, et à qui l’on donne un air charmant. Comme ils peignent nos figures, ainsi peignent-ils nos âmes avec la même fidélité. En un mot, les détails qu’embrasse l’exécution du plan qui me regarde sont immenses, inconcevables. Oh ! si je savais tous ceux que j’ignore, si je voyais mieux ceux que je ne faisais que conjecturer, si je pouvais embrasser d’un coup d’oeil tous ceux dont je suis l’objet depuis dix années, ils pourraient me donner quelque orgueil, si mon coeur en était moins déchiré. Si M. de Choiseul eût employé à bien gouverner l’état la moitié du temps, des talents, de l’argent et des soins qu’il a mis à satisfaire sa haine, il eut été l’un des plus grands ministres qu’ait eus la France.
Ajoutez à tout cela l’expédition de la Corse, cette inique et ridicule expédition, qui choque toute justice, toute humanité, toute politique, toute raison ; expédition que son succès rend encore plus ignominieuse, en ce que, n’ayant pu conquérir ce peuple infortuné par le fer, il l’a fallu conquérir par l’or. La France peut bien dire de cette inutile et coûteuse conquête ce que disait Pyrrhus de ses victoires : Encore une, et nous sommes perdus. Mais, hélas ! l’Europe n’offrira plus à M. de Choiseul d’autre peuple naissant à détruire, ni d’aussi grand homme à noircir que son illustre et vertueux chef.
C’est ainsi que l’homme le plus tin se décèle en écoutant trop son animosité. M. de Choiseul connaissait bien la plaie la plus cruelle par laquelle il pût déchirer mon coeur, et il ne me l’a pas épargnée : mais il n’a pas vu combien cette barbare vengeance le démasquait et devait éventer son complot. Je le défie de pallier jamais cette expédition d’aucune raison ni d’aucun prétexte qui puisse contenter un homme sensé. On saura que je sus voir le premier un peuple disciplinable et libre où toute l’Europe ne voyait encore qu’un tas de rebelles et de bandits ; que je vis germer les palmes de cette nation naissante ; qu’elle me choisit pour les arroser, que ce choix fit son infortune et la mienne ; que ses premiers combats furent des victoires ; que, n’ayant pu la vaincre, il fallut l’acheter. Quant à la conclusion qui me regarde, on présumera quelque jour, je l’espère, malgré tous les artifices de M. de Choiseul, qu’il n’y avait qu’un homme estimable qu’il pût haïr avec tant de fureur.
How I regretted France! With what fervor, with what perseverance, I overcame all the obstacles and even the dangers that were deliberately set in my way upon my return—only to come and endure in this longed-for country treatments that made me regret England even more! Yet the sixteen months I spent there were not wasted for the cause of the league: upon my return, I found France and Europe completely changed towards me. My prejudice, my stupidity were such that, too easily deceived by the maneuvers of David Hume and his associates, I stubbornly insisted on seeking in London the reasons for the indignities I suffered in Trye. Now that I am no longer there, I am thoroughly disillusioned—and I give the English the justice they refuse to grant me. Nevertheless, if they were what people suppose them to be, they would have said: “Let us not imitate French frivolity; let us reject those accusations that are so carefully hidden from the accused, and let us refrain from judging a man whom such deceitful flattery and such bitter hostility are directed at.”
At last, this conspiracy, carried out with such artistry and mystery, is in full execution. What am I saying? It has already been accomplished: I have become the object of scorn, ridicule, and horror for that very nation which, ten years ago, held me in high esteem, showed me kindness—and I would even say, respect. And this incredible transformation, although it took place in a man from among the common people, will yet be the greatest achievement of Minister M., of Choiseul. It is the project he cherished most in his heart; the one to which he devoted the most time and effort. It will prove, through a humiliating example for the human race, how powerful the union of evil people can be when they conspire to do harm, whereas the union of good people—when it exists at all—is so weak, so fragile, and so easily broken apart.
Nothing was left undone in order to carry out this noble enterprise: all the power of a great kingdom, all the talents of a cunning minister, all the stratagems of his agents, all the vigilance of his spies, the pens of writers, the tongues of gossips[1032], the persuasion of my friends, the encouragement of my enemies, the malicious efforts to slander my life, to distort my words, to falsify my writings; the art of distorting the truth—so easy for those who wield power—and the attempt to make me despised by every class of people, to slander me in every country. The details of all these actions would be almost unbelievable if it were possible to relate here only those that I am aware of. Spies of every kind were sent out against me—adventurers, literati, abbots, military men, courtiers; emissaries were dispatched to various countries to portray me in the light of the false images that had been painted of me. In Savoy, I had a witness to my youth, a friend whom I trusted and relied on; when I went to see him, I found that he was in correspondence with Monsieur de Choiseul. In Paris, I had an old compatriot, a good man; he was thrown into the Bastille—I do not know for what reason, or under what pretext. The fact that he remained there for such a long time is evidence of his integrity; perhaps they found him less compliant than they had expected. I hope they did not exhaust his patience, and that after sixteen months he will emerge from the Bastille just as an honest man as when he entered it. I hope the same for the bookseller Guy, who was imprisoned there for the same reason and for nearly the same length of time. It was claimed that documents belonging to him contained plans by me to establish a pure democracy in Geneva; yet I have always condemned pure democracy in Geneva—and everywhere else. It was also said that letters were found in which I incited strife in Geneva; but not only did I always denounce such strife, I did everything in my power to urge the representatives of Geneva toward peace. But what does it matter if people lie and deceive? A lie, even when uttered casually, always has its effect—especially when it comes from the offices of a minister and is directed against me.
Thinking of the bookseller in Paris with whom I had so little to do, Mr. de Choiseul, who never forgot anything, has he perhaps forgotten about my bookseller in Holland? I don’t know; but in a book that this very bookseller insisted on dedicating to me, despite the fact that I was treated rather poorly within it, and which he refused to give me in advance, I found the style of the dedication so peculiar and unnatural that it is difficult not to suppose some hidden purpose behind it, somehow connected to the broader plot.
Finally, not a single detail was overlooked that could have disfigured me in any way—even one that one might never imagine: portraits of myself that resembled me were removed, while others that gave me a fierce and cyclopean appearance were deliberately spread around. Next to this “graceful” portrait of mine was placed one of David Hume[1033], who indeed has the head of a cyclops, yet is depicted as having a charming demeanor. Just as they paint our physical appearances with such fidelity, so too do they depict our souls in the same manner. In short, the details involved in carrying out this plan that concerns me are immense and inconceivable. Oh! If only I knew everything about myself that I currently ignore; if only I could see more clearly those things about me that I can only conjecture about; if only I could grasp at a glance all those aspects of my being that have been the subject of attention for ten years—perhaps such knowledge would give me some pride, were it not for the fact that my heart is already so torn apart. If Monsieur de Choiseul had devoted even half of the time, talent, money, and effort he spent satisfying his own hatred to governing the state properly, he would have been one of France’s greatest ministers.
Add to all this the expedition to Corsica—that unjust and ridiculous expedition which shocks every sense of justice, humanity, politics, and reason; an expedition whose success only makes it more ignoble, for since it was impossible to conquer that unfortunate people by force, it was necessary to do so through gold. France might well say about this futile and costly conquest what Pyrrhus said about his victories: “One more such victory, and we are lost.” But alas! Europe will no longer offer Mr. de Choiseul any other newly emerging people to destroy, nor any other such great man whose reputation he could tarnish, like that of his illustrious and virtuous chief.
It is in this way that the most contemptible individual is revealed when one listens too closely to their hostility. Monsieur de Choiseul knew very well the most cruel wound he could inflict upon my heart, and he did not spare it on me; yet he failed to realize how this barbaric act of vengeance exposed him and would surely expose his schemes. I defy him to ever justify such an action with any reason or pretext that could satisfy a sensible person. It will be known that I was the first to see in this people the potential for discipline and freedom, while all of Europe saw only a bunch of rebels and bandits; that I witnessed the budding of this emerging nation; that it chose me to nurture its growth—yet that very choice brought both its ruin and mine; that its initial battles were victories; and that, since it could not be conquered by force, it had to be bought. As for the conclusion that concerns me personally, I hope that one day, despite all of Monsieur de Choiseul’s manipulations, people will realize that there was only one worthy person he could hate with such intense fury.
Quanto mi mancava la Francia! Con quale ardore, con quale costanza superai tutti gli ostacoli, tutti i pericoli che qualcuno si prese la briga di oppormi al mio ritorno. E tutto questo solo per subire in quel paese tanto desiderato trattamenti che mi fecero rimpiangere l’Inghilterra! Tuttavia, i sedici mesi trascorsi laggiù non furono sprecati per la lega: al mio ritorno, scoprii che la Francia e l’Europa erano completamente cambiate nei miei confronti; e la mia prevenzione, la mia stupidità erano tali che, troppo influenzato dalle manovre di David Hume e dei suoi complici, mi ostinavo a cercare a Londra le cause delle umiliazioni che subivo a Trye. Ora sono completamente disilluso. E riconosco agli inglesi la giustizia che loro mi negano. Tuttavia, se fossero davvero ciò che si dice di loro, avrebbero detto: “Non imitiamo la leggerezza francese; sfidiamo le prove d’accusa che vengono così attentamente nascoste all’imputato. E evitiamo di giudicare, senza ascoltarlo, un uomo che viene lusingato con tanta falsità e accusato con tanto astio”.
Finalmente, questo complotto, condotto con tanta arte e mistero, è in piena attuazione. Che dico? È già stato portato a termine: mi trovo ora oggetto di disprezzo, derisione e orrore da parte della stessa nazione che, dieci anni fa, riceveva la mia stima, la mia benevolenza, oserei dire persino il mio rispetto. E questo cambiamento straordinario, sebbene avvenga in un uomo del popolo, sarà comunque l’opera più grande del ministero di M. de Choiseul; quella a cui ha dedicato più tempo e cura. Dimostrerà, con un esempio vergognoso per l’umanità, quanto sia forte l’unione dei malvagi quando mirano al male, mentre l’unione dei buoni, quando esiste, è così debole, così fragile, e sempre così facile da spezzare.
Niente è stato tralasciato per realizzare questo nobile progetto: tutta la potenza di un grande regno, tutti i talenti di un ministro astuto, tutte le astuzie dei suoi seguaci, tutta la vigilanza dei suoi spie, la penna degli scrittori, la lingua dei pettegoli[1032], la seduzione dei miei amici, l’incoraggiamento dei miei nemici, le ricerche malvagie sulla mia vita al fine di macchiarla, sui miei “piani” per avvelenarmi, sui miei scritti per falsificarli; l’arte di distorcere la verità, così facile per chi ha potere, l’arte di rendermi odioso in tutti gli ambienti, di diffamarmi in tutti i paesi. I dettagli di tutte queste azioni sarebbero quasi incredibili, se solo fosse possibile esporre qui quelli che mi sono noti. Mi hanno inviato spie di ogni tipo: avventurieri, letterati, abati, militari, cortigiani; hanno mandato emissari in vari paesi per dipingermi secondo i ritratti che gli erano stati forniti. Avevo in Savoia un testimone della mia giovinezza, un amico che stimavo molto e su cui contavo; ora lo vedo, ma scopro che mi tradisce: è in corrispondenza con il signor de Choiseul. Avevo a Parigi un vecchio compatriota, un buon uomo, l’hanno messo alla Bastiglia, non so per quale motivo, cioè sotto quale pretesto. Il lungo tempo che vi è rimasto gli ha fatto onore, probabilmente lo hanno ritenuto meno docile di quanto pensassero. Spero che non abbiano esaurito la sua pazienza, e che dopo sedici mesi possa uscire dalla Bastiglia ancora un uomo onesto, proprio come c’era entrato. Lo stesso desidero per il libraio Guy, che è stato rinchiuso allo stesso modo e per quasi lo stesso periodo. Si diceva che nei suoi documenti ci fosse un mio progetto per l’instaurazione di una vera democrazia a Ginevra, ma io ho sempre condannato la democrazia in Ginevra e ovunque altro. Si diceva anche che ci fossero lettere nelle quali incitavo alla discordia a Ginevra, ma non solo ho sempre condannato le discordie a Ginevra, ho fatto di tutto per spingere i rappresentanti verso la pace. Ma che importa se si mentisce e si diffama? Una menzogna detta ad alta voce ha sempre il suo effetto, soprattutto quando proviene dagli uffici di un ministro, e quando è diretta contro di me.
Ricordando il libraio di Parigi con cui ebbi così poche occasioni di interagire, mi chiedo se il signor de Choiseul, che non dimentica mai nulla, abbia dimenticato anche il mio libraio dell’Olanda. Non lo so; ma in un libro che quell’uomo si è ostinato a volermi dedicare – nonostante io venga trattato in modo poco lusinghiero al suo interno, e senza che mi fosse stata anticipatamente fatta conoscere la lettera di dedica – ho trovato il tono di questa lettera così singolare e poco naturale da render difficile non supporre che vi fosse uno scopo nascosto, legato a qualche aspetto della “grande trama” in corso.
Infine, non è stata tralasciata alcuna cura per deformarmi in ogni modo possibile; persino quella che nessuno avrebbe mai immaginato: far scomparire i miei ritratti che mi assomigliano, e diffondere invece uno che mi dà un aspetto feroce e l’aspetto di un ciclope. Accanto a questo “grazioso” ritratto è stato posto quello di David Hume[1033], il quale effettivamente ha la testa di un ciclope, ma al quale viene attribuito un aspetto affascinante. Proprio come dipingono i nostri volti, così dipingono anche le nostre anime con la stessa fedeltà. In breve, i dettagli che sono stati presi in considerazione nell’esecuzione di questo piano che mi riguarda sono immensi, inconcepibili. Oh! Se solo conoscessi tutto ciò che ignoro, se potessi vedere più chiaramente ciò che ho soltanto ipotizzato, se potessi comprendere d’un colpo d’occhio tutto ciò di cui sono oggetto da dieci anni. Forse questo mi darebbe un po’ di orgoglio, se solo il mio cuore non fosse così spezzato. Se Monsieur de Choiseul avesse dedicato metà del tempo, degli sforzi, dei soldi e dell’attenzione che ha impiegato per soddisfare la sua rabbia al governo dello stato, sarebbe stato uno dei più grandi ministri che la Francia abbia mai avuto.
Aggiungete a tutto ciò la spedizione in Corsica, quell’impresa ingiusta e ridicola che offende ogni senso di giustizia, umanità, politica e ragione; un’impresa il cui successo la rende ancora più ignominiosa, poiché, non essendo riuscita a conquistare quel popolo sfortunato con la forza, ha dovuto farlo con l’oro. La Francia può ben dire di questa inutile e costosa conquista ciò che Pirro diceva delle sue vittorie: “Un’altra vittoria, e siamo perduti”. Ma, ahimè! L’Europa non offrirà più a Monsieur de Choiseul alcun altro popolo da distruggere, né un uomo così grande da macchiare la reputazione del suo illustre e virtuoso capo.
Ecco come si rivela l’uomo più meschino quando ascolta troppo la propria animosità. Monsieur de Choiseul conosceva bene la ferita più crudele che potesse infliggere al mio cuore, e non me l’ha risparmiata. Ma non ha visto quanto quella vendetta barbara lo smascherasse e potesse far fallire il suo complotto. Lo sfido a giustificare mai questa azione con alcuna ragione o pretesto che possa soddisfare un uomo sensato. Si saprà che io fui il primo a riconoscere in quel popolo una nazione disciplinata e libera, mentre tutta l’Europa vi vedeva soltanto un mucchio di ribelli e banditi; che vidi germogliare le “palme della vittoria” in quella nazione nascente; che essa mi scelse per innaffiarle. Ma quel выбор fu la sua sfortuna e anche la mia. I suoi primi combattimenti furono vittorie. E poiché non riuscì a sconfiggerla, dovette comprarla. Quanto alla conclusione che riguarda me. Spero che un giorno, nonostante tutti gli stratagemmi di Monsieur de Choiseul, si possa ammettere che esisteva soltanto un uomo degno di stima che potesse essere odiato con tanta furia.
Voilà, monsieur, ce qui me fait prendre mon parti avec plus de courage que n’en semblait annoncer l’accablement où vous m’avez vu ; mais je découvrais alors pour la première fois des horreurs dont je n’avais pas la moindre idée, et auxquelles il n’est pas même permis à un honnête homme d’être préparé. Epouvanté des infernales trames dont je me sentais enlacé, je donnais trop de pouvoir à l’imposture, j’en prolongeais trop loin l’effet sur l’avenir : je voyais mon nom, qui doit me survivre, couvert par elle d’un opprobre éternel, au lieu de la gloire et des honneurs que je sens dans mon coeur m’être dus ; je frémissais de douleur et d’indignation à cette cruelle image. Aujourd’hui que j’ai eu le temps de m’apprivoiser avec des idées qui m’étaient si nouvelles, de les peser, de les comparer, de mettre par ma raison les iniques oeuvres des hommes à la coupelle du temps et de la vérité, je ne crains plus que le vil alliage y résiste : le soufre et le plomb s’en iront en fumée, et l’or pur demeurera tôt ou tard, quand mes ennemis, morts ainsi que moi, ne l’altéreront plus. Il est impossible que, (Je tant de trames ténébreuses, quelqu’une »u moins ne soit pas enfin dévoilée au grand jour ; et c’en est assez pour juger des autres. Les bons ont horreur des méchants et les fuient, mais ils ne brassent pas des complots contre eux. Il est impossible que, revenus de la haine aveugle qu’on leur inspire, mes semblables ne reconnaissent pas un jour dans mes ouvrages un homme qui parla d’après son coeur. Il est impossible qu’en blâmant et plaignant les erreurs où j’ai pu tomber, ils ne louent pas mes intentions, qu’ils ne bénissent pas ma mémoire, qu’ils ne s’attendrissent pas sur mes malheurs. Une seule considération suffit pour me rendre la tranquillité que m’ôtait l’effroi d’une ignominie éternelle ; c’est celle de la route qu’ont prise ceux qui m’oppriment pour égarer à leur suite la génération présente, mais qui n’égarera sûrement pas la postérité, sur laquelle ils n’auront plus l’ascendant dont ils abusent. Ses ennemis, dira-t-on, se sont attachés, comme de vils corbeaux, sur son cadavre ; mais jamais, de son vivant, aucun d’eux l’osa-t-il attaquer en face ? Ils le prirent en traîtres : ils s’enfoncèrent dans des souterrains pour creuser des gouffres sous ses pas, tandis qu’il marchait à la lumière du soleil, et qu’il défiait le reproche du crime de soutenir ses regards. Quoi ! la justice et la vérité rampent-elles ainsi dans les ténèbres ? les hommes droits et vertueux se font-ils ainsi fourbes et traîtres, tandis que le coupable appelle à grands cris ses accusateurs ? Si cette considération leur fait reprendre le même examen avec plus d’impartialité, je n’en veux pas davantage. Tranquillisé pour l’avenir sur la terre, j’aspire au séjour du repos, où les oeuvres de l’iniquité ne pénètrent pas : en attendant, je me dois d’approfondir cet abominable complot, s’il m’est possible ; c’est tout ce qui me reste à faire ici-bas, et je n’épargnerai pour cela rien de ce qui est en ma faible puissance. Je sais que mon naturel craintif, honteux, timide, ne me promet ni sang-froid, ni présence d’esprit, ni mémoire, quand il faudra payer de ma personne et confondre les imposteurs ; j’avoue même que l’indigne rôle auquel je me vois ravalé, et pour lequel la nature m’avait si peu fait, me donne un frémissement et des serrements de coeur que je ne puis vaincre, et dont j’aurais été moins subjugué dans de plus heureux temps. Il y a dix ans que l’imputation d’un forfait m’eût fait rire, et rien de plus ; mais depuis que les cruels m’ont ainsi défiguré, sans me laisser même aucun moyen de me défendre, tout injurieux soupçon que je lis dans les coeurs plonge le mien dans un trouble inexprimable. Les scélérats endurcis au crime ont des fronts d’airain, mais l’innocence rougit et pleure en se voyant couvrir de fange. Une âme noble et fière a beau se roidir et s’élever, un tempérament timide ne peut se refondre Dans toutes les situations de ma vie le mien me subjugue toujours : soit forcé de parler au milieu d’un cercle, soit tête-à-tête agacé par une femme railleuse, soit avili dans la confrontation d’un impudent, mon trouble est toujours le même, et le courage que je sens au fond de mon coeur refuse de se montrer sur ma contenance. Je ne sais ni parler ni répondre ; je n’ai jamais su trouver qu’après coup la chose que j’avais à dire ou le mot qu’il fallait employer. Urbain Grandier, dans le même cas que moi, avait l’assurance et la facilité qui me manquent, et il périt : j’aurais tort d’espérer une meilleure destinée. Mais ce n’est pas de cela qu’il s’agit : que je sache à tout prix de quoi je suis coupable ; que j’apprenne enfin quel est mon crime ; qu’on m’en montre le témoignage et les preuves, ces invincibles preuves qui, bien qu’administrées si secrètement et par des mains si suspectes, n’ont laissé le moindre doute à personne, et sur lesquelles âme vivante n’a même imaginé qu’il fut pourtant bon de savoir si je n’avais rien à dire ; enfin qu’on daigne, je ne dis pas me convaincre, mais m’accuser moi présent[1034], et je meurs content.
Eh ! que reste-t-il ici-bas pour me faire aimer à vivre ? Déjà vieux, souffrant, sans ami, sans appui, sans consolation, sans ressource, voilà la pauvreté prête à me talonner ; et quand on m’aurait laissé même la liberté d’employer mes talents à gagner mon pain, de quoi jouirais-je en le mangeant ? Quoi ! voir toujours des hommes faux, haineux, malveillants ! toujours des masqués, toujours des traîtres ! et loin de vous, pas un seul visage d’homme ! plus d’épanchements dans le sein d’un ami, plus de ces doux sentiments qu’une longue habitude rend délicieux ! Ah ! la vie à ce prix m’est insupportable ; et, quand sa fin ne serait que celle de mes peines, je désirerais d’en sortir : mais elle sera le commencement de cette félicité pour laquelle je me sentais né, et que je cherchai vainement sur la terre. Que j’aspire à cette heureuse époque, et que j’aimerai quiconque m’y fera parvenir ! J’étais homme, et j’ai péché ; j’ai fait de grandes fautes que j’ai bien expiées, mais le crime jamais n’approcha de mon coeur. Je me sens juste, bon, vertueux, autant qu’homme qui soit sur la terre : voilà le motif de mon espérance et de ma sécurité. Quoique je paraisse absolument oublié de la Providence, je n’en désespérerai jamais. Que ses récompenses pour les bons doivent être belles, puisqu’elle les néglige à ce point ici-bas ! J’avoue pourtant qu’en la voyant dormir si longtemps, il me prend des moments d’abattement : ils sont rares, ils ne durent guère, et ne changent rien à ma disposition. J’espère que la mort ne viendra pas dans un de ces tristes moments ; mais quand elle y viendrait, elle me serait moins consolante, sans m’être plus redoutable. Je me dirais : Je ne serai rien, ou je serai bien ; cela vaut toujours mieux pour moi que cette vie.
La mort est douce aux malheureux ; la souffrance est toujours cruelle : par là je reste ici-bas à la merci des méchants. Mais enfin que me peuvent-ils faire ? Ils ne me feront pas plus souffrir que ne fit la néphrétique ; et j’ai fait là-dessus l’essai de mes forces. Si mes maux sont longs, ils exerceront mon âme à la patience, à la constance, au courage ; ils lui feront mériter le prix destiné à la vertu ; et au jour de ma mort, qu’il faudra bien enfin qui vienne, mes persécuteurs m’auront rendu service en dépit d’eux. Pour quiconque en est là, les hommes ne sont plus guère à craindre. Aussi M. de Choiseul peut jouer de son reste avec toute sa puissance. Tant qu’il ne changera pas la nature des choses, tant qu’il n’ôtera pas de ma poitrine le coeur de Jean-Jacques Rousseau pour y mettre celui d’un malhonnête homme, je le mets au pis.
Here, sir, is the reason why I have taken my stand with such courage as might not have been expected from someone who appeared so overcome with grief; but it was only then that I discovered for the first time horrors of which I had no notion at all, and against which not even an honest man can be prepared. Terrified by the infernal schemes into which I found myself involved, I gave too much power to deceit, extending its effects far too far into the future: I saw my name, which is meant to outlive me, covered by it with eternal disgrace, instead of the glory and honor that I feel are rightfully mine; I trembled with pain and indignation at such a cruel prospect. Today, having had time to consider these ideas, to weigh them, to compare them, and to use reason to place the unjust deeds of men before the judgment of time and truth, I no longer fear that this vile mixture will endure: sulfur and lead will turn to smoke, and pure gold will remain, sooner or later, when my enemies, like me, are dead and can no longer tarnish it. It is impossible that so many dark schemes will not eventually be brought to light; and that alone is enough to judge the rest. The good loathe and avoid the evil, but they do not conspire against them. It is impossible that, once free from the blind hatred that is stirred up against them, my kind will not one day recognize in my works a man who spoke from the truth of his heart. It is impossible that, while condemning and lamenting the mistakes I may have made, they will not praise my intentions, bless my memory, and feel compassion for my misfortunes. One single consideration is enough to restore to me the peace that was taken away by the fear of eternal disgrace: it is the thought of the path that those who oppress me have chosen, leading the present generation astray, but surely not future generations, over whom they will no longer hold the dominion they now abuse. People may say that their enemies clung to his corpse like vile crows; but during his lifetime, not one of them dared attack him openly. They betrayed him, hiding in underground tunnels to dig pits beneath his feet, while he walked in the light of day, defying the accusation that supporting him was a crime. How! Can justice and truth truly crawl in the darkness? Can upright and virtuous people become so cunning and treacherous, while the guilty cry out for their accusers? If this consideration leads them to examine the matter more impartially, I ask for nothing more. Having been reassured about my future on earth, I long for a place of rest where the deeds of injustice cannot reach me; in the meantime, it is my duty to uncover this abominable conspiracy if it is within my power to do so. That is all that remains for me to accomplish here below, and I will spare no effort within my limited capabilities to achieve it. I know that my timid, ashamed, and cowardly nature offers me neither composure, presence of mind, nor memory when it comes to facing those impostors and defending myself with my own life. I even admit that the ignoble role to which I am reduced—and for which nature had so little provided for me—causes me such tremors and heartaches that I cannot overcome them; in happier times, I might not have been so subdued by them. Ten years ago, the accusation of some wrongdoing would have made me laugh, nothing more; but since those cruel people have disfigured me in such a way that I have not even been given the chance to defend myself, every insulting suspicion I read in others’ hearts plunges mine into indescribable turmoil. The hardened scoundrels who indulge in crime may have steel-like faces, but innocence blanches and weeps when it is covered in filth. A noble and proud soul may try to stiffen itself and rise above such circumstances, but a timid temperament cannot adapt to any situation. Throughout my life, my timidity always overwhelms me: whether forced to speak in the presence of others, annoyed by a mocking woman in a face-to-face encounter, or humiliated in confrontation with an audacious person, my distress remains unchanged, and the courage I feel within me refuses to manifest itself in my behavior. I do not know how to speak or respond; I have never been able to think of what I needed to say or which words to use until afterwards. Urbain Grandier, who was in the same situation as me, possessed the confidence and ease that I lack—and he died. It would be foolish of me to hope for a better fate. But that is not what matters now: I must know at all costs what crime I have committed; I must finally understand what my wrongdoing is; I must be shown the evidence and proof—those irrefutable proofs that, despite being administered so secretly and by such suspicious hands, left no doubt in anyone’s mind, and about which not a single living person could have imagined there was any need to know whether I had anything to say or not. Finally, I would be content if someone would dare, not to convince me, but to accuse me right here and now[1034]. And then I would die in peace.
Ah! What remains here below to make me cherish life? Already old, suffering, without friends, without support, without consolation, without resources—such is the poverty that haunts me constantly. And even if I were allowed the freedom to use my talents to earn a living, what pleasure would eating such food bring me? To always encounter deceitful, hateful, malicious people—always masks, always traitors! And far from you, not a single human face in sight! No more heartfelt exchanges with friends, no more of those tender sentiments that long familiarity makes so delightful. Ah! Life at such a cost is unbearable for me. And even if its end were merely the end of my suffering, I would still wish to escape it—yet it would be the beginning of that happiness for which I felt born and which I sought in vain on this earth. How I long for that happy age, and how I would welcome anyone who could lead me there! I was human, and I sinned; I committed great faults, but I have repented them thoroughly. Yet crime never touched my heart. I feel myself to be just, good, virtuous—as any man on this earth might be. That is the reason for my hope and my confidence. Even if it seems that Providence has completely forgotten me, I will never despair of it. Surely its rewards for the good must be great, if it neglects them so much here below! Yet sometimes, when I see it remain silent for such a long time, I feel discouraged—but these moments are rare, they do not last long, and they do not alter my determination in the slightest. I hope that death will not come at such a sad time; but even if it did, it would bring me less consolation than it would cause fear. I would think to myself: “I will be nothing, or I will be something good—either way, it is better for me than this life.”
Death is gentle to the unfortunate; suffering is always cruel—because of this, I remain here below, at the mercy of the wicked. But what can they possibly do to me? They cannot make me suffer more than that terrible disease did; and I have already tested my strength in facing it. If my afflictions endure, they will train my soul in patience, perseverance, and courage; they will enable it to earn the rewards reserved for virtue. And on the day of my death—when it inevitably comes—my persecutors will, despite their intentions, have done me a service. For anyone in such a situation, men are hardly worth fearing anymore. Hence, Monsieur de Choiseul may continue to wield all his power as he pleases. So long as he does not change the nature of things, so long as he does not remove from my chest the heart of Jean-Jacques Rousseau and replace it with that of a dishonest man. I consider him utterly insignificant.
Ecco, signore, ciò che mi spinge a prendere posizione con più coraggio di quanto sembrasse indicare il mio abbattimento quando vi ho visto; ma in quel momento ho scoperto per la prima volta orrori di cui non avevo la minima idea, e di fronte ai quali nemmeno un uomo onesto può essere preparato. Spaventato dalle infernali trame nelle quali mi sentivo coinvolto, attribuivo troppo potere all’inganno, ne estendevo troppo l’effetto sul futuro: vedevo il mio nome, che dovrebbe sopravvivere a me, coperto da un disonore eterno, invece della gloria e degli onori che sento nel mio cuore mi spettassero; tremavo di dolore e indignazione di fronte a questa crudele immagine. Oggi, che ho avuto il tempo di riflettere su concetti così nuovi per me, di ponderarli, di confrontarli, di mettere con la ragione le ingiuste azioni degli uomini davanti alla bilancia del tempo e della verità, non temo più che quel vile miscuglio possa resistere: lo zolfo e il piombo svaniranno in fumo, e l’oro puro rimarrà, prima o poi, quando i miei nemici, morti come me, non potranno più alterarlo. È impossibile che, tra tutte queste oscure trame, almeno una non venga infine rivelata alla luce del giorno; e questo basta per giudicare le altre. I buoni odiano i cattivi e li evitano, ma non complottano contro di loro. È impossibile che, tornando dalla cieca odio che gli viene ispirata, i miei simili non riconoscano un giorno nei miei scritti l’opera di un uomo che ha parlato secondo il proprio cuore. È impossibile che, biasimando e piangendo gli errori in cui sono potuto cadere, non lodino le mie intenzioni, non benedicano la mia memoria, non provino compassione per i miei mali. Un solo considerazione è sufficiente a restituirmi la tranquillità che mi toglieva il terrore di un disonore eterno: quella del cammino che hanno intrapreso coloro che mi opprimono per ingannare la generazione presente, ma che sicuramente non ingannerà la posterità, sulla quale non avranno più l’influenza di cui abusano. Si dirà che i loro nemici si siano attaccati, come brutti corvi, al suo cadavere; ma mai, in vita sua, uno di loro osò attaccarlo apertamente? Lo presero alle spalle: si infilarono in cunicoli per scavare voragini sotto i suoi passi, mentre lui camminava alla luce del sole, sfidando il rimprovero del crimine con lo sguardo. Che cosa! La giustizia e la verità strisciano davvero nelle tenebre? Gli uomini retti e virtuosi diventano davvero astuti e traditori, mentre il colpevole chiama a gran voce i suoi accusatori? Se questa considerazione li spinge a riconsiderare la situazione con maggiore imparzialità, non ne desidero di più. Rassicurato riguardo al futuro sulla terra, anelo alla pace e al riposo, lontano dalle azioni dell’ingiustizia; nel frattempo, devo cercare di scoprire questo orribile complotto, se mi è possibile. Questo è tutto ciò che mi resta da fare in questa vita, e non risparmierò nulla di ciò che è in mio potere per farlo. So che la mia natura timida, vergognosa e codarda non mi promette né calma, né presenza di spirito, né memoria nel momento in cui dovrò mettere a repentaglio la mia vita e smascherare gli impostori. Ammetto persino che il ruolo ignobile a cui sono stato costretto, per il quale la natura mi aveva dotato così scarsamente, mi provoca tremori e angoscie che non riesco a superare. Dieci anni fa, l’accusa di un crimine mi avrebbe fatto solo ridere; ma da quando quei crudeli hanno distrutto la mia reputazione, senza lasciarmi nemmeno la possibilità di difendermi, ogni insinuazione offensiva che leggo negli occhi degli altri getta il mio cuore nel più profondo sconvolgimento. I criminali abituali hanno volti d’acciaio; l’innocenza, invece, arrossisce e piange nel vedere se stessa coperta di fango. Anche un’anima nobile e orgogliosa può cercare di rafforzarsi, ma un temperamento timido non riesce mai a superare le difficoltà. In ogni situazione della mia vita, la mia debolezza mi domina sempre: sia che debba parlare in mezzo a una folla, sia che debba affrontare una donna derisoria da solo, sia che debba subire l’umiliazione di fronte a un impudente. Il mio turbamento rimane immutato; il coraggio che sento dentro di me rifiuta di manifestarsi esteriormente. Non so né parlare né rispondere. Non ho mai saputo trovare, se non in seguito, le parole giuste da dire. Urbain Grandier, nella mia stessa situazione, aveva l’aplomb e la disinvoltura che a me mancano. Eppure è morto. Sarebbe ingiusto da parte mia sperare in un destino migliore. Ma non è di questo che si tratta. Voglio sapere a tutti i costi di cosa sono colpevole. Voglio conoscere finalmente quale sia il mio crimine. Voglio che mi vengano mostrati i testimoni e le prove. Quei prove inconfutabili che, anche se presentate in modo così segreto e da mani così sospette, non hanno lasciato alcun dubbio in nessuno. E che, forse, era proprio necessario conoscere. Se non avessi nulla da dire. Insomma, vorrei che qualcuno si degnasse. Non di convincermi, ma di accusarmi davanti a me. E allora morirei soddisfatto.
Eh! Cosa mi resta qui sotto per farmi amare la vita? Già vecchio, sofferente, senza amici, senza appoggio, senza consolazione, senza risorse. Ecco la povertà pronta a perseguitarmi; e anche se mi fosse data la libertà di utilizzare i miei talenti per guadagnarmi da vivere, di cosa potrei godere mangiando quel pane? Ah! Vedere sempre uomini falsi, odiosi, malvagi. Sempre maschere, sempre traditori. E lontano da voi, nemmeno un volto umano. Nessun affetto nel cuore di un amico, nessuno di quei dolci sentimenti che una lunga abitudine rende deliziosi. Ah! La vita a questo prezzo è insopportabile per me; e anche se la sua fine fosse soltanto la fine delle mie sofferenze, desidererei uscirne. Ma essa sarà l’inizio di quella felicità per cui mi sentivo nato, e che cercavo invano sulla terra. Aspiro con tutte le mie forze a quell’epoca felice. E amerò chiunque mi aiuti ad arrivarci! Ero un uomo. Ho peccato. Ho commesso grandi errori, ma il crimine non ha mai avvicinato il mio cuore. Mi sento giusto, buono, virtuoso, tanto quanto qualsiasi altro uomo sulla terra. Questo è il motivo della mia speranza e della mia fiducia. Anche se sembro essere completamente dimenticato dalla Provvidenza, non ne dispererò mai. Le sue ricompense per i buoni devono essere meravigliose, visto che qui sotto le trascura così tanto. Tuttavia, quando la vedo dormire per così tanto tempo, provo momenti di abbattimento. Ma sono rari, durano poco, e non cambiano affatto il mio stato d’animo. Spero che la morte non arrivi in uno di questi tristi momenti. Ma anche se arrivasse, non mi consolerebbe di più, anzi, forse meno. Mi direi: “Non sarò nulla, o sarò qualcuno. In ogni caso, è sempre meglio di questa vita, ”
La mort è dolce per i sfortunati; il dolore, invece, è sempre crudele. Per questo resto qui, alla mercé dei malvagi. Ma, in fondo, cosa possono farmi? Non mi faranno soffrire di più di quanto abbia sofferto a causa della mia malattia renale. E ho già messo alla prova le mie forze in quella situazione. Se i miei mali durano a lungo, allora essi eserciteranno la mia anima nella pazienza, nella costanza, nel coraggio. La renderanno degna del premio riservato alla virtù. E nel giorno della mia morte, che inevitabilmente arriverà, i miei persecutori mi avranno reso un servizio, nonostante tutto. Per chi si trova in una situazione simile, gli uomini non sono più molto da temere. Quindi il signor de Choiseul può continuare a fare ciò che vuole, con tutta la sua potenza. Finché non cambierà la natura delle cose. Finché non toglierà dal mio petto il cuore di Jean-Jacques Rousseau per sostituirlo con quello di un uomo malvagio. Allora lo considererò il peggiore di tutti.
Monsieur, j’ai vécu : je ne vois plus rien, même dans l’ordre des possibles, qui pût me donner encore sur la terre un moment de vrai plaisir. On m’offrirait ici-bas le choix de ce que j’y veux être, que je répondrais, mort. Rien de ce qui flattait mon coeur ne peut plus exister pour moi. S’il me reste un intervalle encore jusqu’à ce moment si lent à venir, je le dois à l’honneur de ma mémoire. Je veux tâcher que la fin de ma vie honore son cours et y réponde. Jusqu’ici j’ai supporté le malheur ; il me reste à savoir supporter la captivité, la douleur, la mort : ce n’est pas le plus difficile ; mais la dérision, le mépris, l’opprobre, apanage ordinaire de la vertu parmi les méchants, dans tous les points par où l’on pourra me les faire sentir. J’espère qu’un jour on jugera de ce que je fus par ce que j’ai su souffrir. Tout ce que vous m’avez dit pour me détourner, quoique plein de sens, de vérité, d’éloquence, n’a fait qu’enflammer mon courage : c’est un effet qu’il est naturel d’éprouver près de vous ; et je n’ai pas peur que d’autres m’ébranlent quand vous ne m’avez pas ébranlé. Non, je ne trouve rien de si grand, de si beau, que de souffrir pour la vérité. J’envie la gloire des martyrs. Si je n’ai pas en tout la même foi qu’eux, j’ai la même innocence et le même zèle, et mon coeur se sent digne du même prix.
Adieu, monsieur. Ce n’est pas sans un vrai regret que je me vois à la veille de m’éloigner devons. Avant de vous quitter j’ai voulu du moins goûter la douceur d’épancher mon coeur dans celui d’un homme vertueux. C’est, selon toute apparence, un avantage que je ne retrouverai de longtemps.
ROUSSEAU
NOTE OUBLIÉE DANS MA LETTRE À M. DE SAINT-GERMAIN.
Je me souviens d’avoir, étant jeune, employé le vers suivant dans une comédie :
C’est en le trahissant qu’il faut punir un traître.
Mais, outre que c’était dans un cas très excusable, et où il ne s’agissait point d’une véritable trahison, ce vers, échappé dans la rapidité de la composition, dans une pièce non publique et non corrigée, ne prouve point que l’auteur pense ce qu’il fait dire à une femme jalouse, et ne fait autorité pour personne. S’il est permis de trahir les traîtres,-ce n’est qu’aux gens qui leur ressemblent ; mais jamais les armes des méchants ne souillèrent les mains d’un honnête homme. Comme il n’est pas permis de mentir à un menteur, il est encore moins permis de trahir un traître : sans cela, toute la morale serait subvertie, et la vertu ne serait plus qu’un vain nom ; car le nombre des malhonnêtes gens étant malheureusement le plus grand sur la terre, si l’on se permettait d’adopter vis-à-vis d’eux leurs propres maximes, on serait le plus souvent malhonnête homme soi-même, et l’on en viendrait bientôt à supposer toujours que l’on a affaire à des coquins, afin de s’autoriser à l’être.
Observation
Cette longue lettre dans laquelle Rousseau donne des détails sur sa conduite antérieure, sur ses goûts et ses ouvrages, est un complément des confessions. Il en parut quelques fragments, en 1798, dans le Conservateur ou Bibliothèque choisie de littérature. Ou supprime les noms et l’on dénature plusieurs passages. Comme les personnages dont parle Jean-Jacques étaient tous morts à cette époque, on ne devine pas le motif de cette discrétion ou de cette infidélité.
Lettre CMXIV – À M. de saint-Germain
Monquin, 28 février 1770.
Pauvres aveugles que nous sommes ! etc.
Votre lettre, monsieur, m’attendrit et me touche ; je croyais n’être plus susceptible de plaisir, et vous venez de m’en donner un -moment bien pur. Il n’est troublé que par le regret de ne pas pouvoir me rendre à vos généreuses et obligeantes sollicitations ; mais mon parti est pris. Je connais trop les gens à qui j’ai affaire pour croire qu’ils me laisseront exécuter mon projet ; je m’attends d’avance à ce qui doit m’arriver : je ne me dois pas le succès, il est dans les mains de la Providence ; mais je me dois la tentative et l’emploi de mes forces : rien ne m’empêchera de remplir ce devoir.
Je ne suis point encore dans la situation que vos offres généreuses vous font prévenir, ni même près d’y tomber ; je prévois seulement que si j’avançais dans la vieillesse, elle me deviendrait dure à plus d’un égard, et c’est moins là pour moi un sujet d’alarme qu’une consolation de n’y pas parvenir. Je crois si bien connaître votre âme noble, que, dans la situation supposée, je vous aurais de moi-même prouvé la vérité de mes sentiments pour vous en vous mettant dans le cas d’exercer les vôtres.
Si la crainte de contrister votre bon coeur m’empêche, monsieur, de suivre les mouvements du mien dans les adieux que je désirais vous aller faire, je sens ce que me coûtera cette déférence ; mais je sens aussi, dans la résolution que j’ai prise, le danger de l’exposer à des attaques d’autant plus redoutables, que mon penchant ne seconderait que trop bien vos efforts. Adieu donc, homme respectable ; je partirai sans vous voir, puisqu’il le faut, mais vous laissant la meilleure partie de moi-même dans les sentiments d’un coeur toujours plein de vous.
Lettre CMXVI – À M. de Belloy
Monquin, le 17 mars 1770.
Pauvres aveugles que nous sommes ! etc.
Il faut, monsieur, vous résoudre à bien de l’ennui, car j’ai grand’peur de vous écrire une longue lettre.
Que vous m’avez rafraîchi le sang, et que j’aime votre colère ! J’y vois bien le sceau de la vérité dans une âme fière, que le patelinage des gens qui m’entourent marque encore plus fortement à mes yeux. Vous avez daigné me faire sentir mon tort ; c’est une indulgence dont je sens le prix, et que je n’aurais peut-être pas eue à votre place : il ne m’en reste que le désir de vous le faire oublier. Je fus quarante ans le plus confiant des hommes, sans que durant tout ce temps jamais une seule fois cette confiance ait été trompée. Sitôt que j’eus pris la plume, je me trouvai dans un autre univers, parmi de tout autres êtres, auxquels je continuai de donner la même confiance, et qui m’en ont si terriblement corrigé qu’ils m’ont jeté dans l’autre extrémité. Rien ne m’épouvanta jamais au grand jour, mais tout m’effarouche dans les ténèbres qui m’environnent, et je ne vois que du noir dans l’obscurité. Jamais l’objet le plus hideux ne me fit peur dans mon enfance, mais une figure cachée sous un drap blanc me donnait des convulsions : sur ce point, comme sur beaucoup d’autres, je resterai enfant jusqu’à la mort. Ma défiance est d’autant plus déplorable que, presque toujours fondée (et je u ajoute presque qu’à cause de vous, elle est toujours sans bornes, parce que tout ce qui est hors de la nature n’en connaît plus. Voilà, monsieur, non l’excuse, mais la cause de ma faute, que d’autres circonstances ont amenée, et même aggravée, et qu’il faut bien que je vous déclare pour ne pas vous tromper. Persuadé qu’un homme puissant vous avait fait entrer dans ses vues à mon égard, je répondis selon cette idée à quelqu’un qui m’avait parlé de vous, et je répondis avec tant d’imprudence que je nommai même l’homme en question. Né avec un caractère bouillant dont rien n’a pu calmer l’effervescence, mes premiers mouvements sont toujours marqués par une étourderie audacieuse, que je prends alors pour de l’intrépidité, et que j’ai tout le temps de pleurer dans la suite, surtout quand elle est injuste, comme dans cette occasion. Fiez-vous à mes ennemis du soin de m’en punir. Mon repentir anticipa même sur leurs soins à la réception de votre lettre ; un jour plus tôt elle m’eût épargné beaucoup de sottises ; mais puisqu’elles sont faites, il ne me reste qu’à les expier et à tâcher d’en obtenir le pardon, que je vous demande par la commisération due à mon état.
Sir, I have lived; I see nothing left on earth—not even within the realm of what is possible—that could bring me a moment of true pleasure. If one were to offer me the choice of what kind of person I wish to be in this world, I would answer: “Death.” Nothing that could flatter my heart can exist for me anymore. If I am granted even a short time left before that far-off moment arrives, it is only out of respect for my memory that I must try to live up to its dignity and fulfill its expectations. Thus far, I have endured misfortune; now I must learn to endure imprisonment, pain, and death—though these are not the greatest trials. But what is truly difficult is to face ridicule, contempt, and disgrace, those things that often befall the virtuous among the wicked. I hope that one day people will judge what kind of person I was by how much I was willing to suffer for truth. Everything you said to try to turn me away—though full of sense, truth, and eloquence—only served to strengthen my courage. Such an effect is only natural when one is in your presence; and I have no fear that others will shake my resolve when you yourself have failed to do so. No, I find nothing more noble or beautiful than to suffer for the sake of truth. I envy the glory of martyrs. Even if I do not share their same faith in every respect, I possess their same innocence and zeal, and my heart feels worthy of the same reward.
Goodbye, sir. It is with genuine regret that I find myself on the verge of parting from you. Before leaving, I wished at least to experience the joy of sharing my heart with a virtuous man. Apparently, this is an advantage that I will not enjoy again for a long time.
Rousseau
A note forgotten in my letter to Mr. de Saint-Germain.
I remember that when I was young, I used the following verse in a comedy:
It is by betraying him that one must punish a traitor.
But, apart from the fact that this was in a highly excusable situation and did not constitute a true betrayal, this line, which slipped out in the haste of composition within an unpublished and uncorrected work, does not prove that the author actually meant what he made a jealous woman say. It holds no authority for anyone. If it is permissible to betray traitors, it is only those who are similar to them; but the weapons of evil should never stain the hands of an honest man. Just as it is not permissible to lie to a liar, it is even less permissible to betray a traitor. Otherwise, all morality would be overturned, and virtue would become nothing more than a vain name. For unfortunately, the number of dishonest people on earth is far greater than that of honest ones. If we were to adopt their own principles towards them, we would ourselves often become dishonest, and soon we would assume that everyone around us was a scoundrel in order to justify our own dishonest behavior.
Observation
This lengthy letter in which Rousseau provides details about his past behavior, his tastes, and his works serves as a supplement to the Confessions. Fragments of it were published in 1798 in the Conservateur ou Bibliothèque choisie de littérature. However, if one removes the names mentioned, several passages lose their original meaning. Since all the people Jean-Jacques refers to had already died by that time, the reason behind such discretion or dishonesty remains unknown.
Letter CMXIV – To Mr. de Saint-Germain
Monquin, February 28, 1770.
Poor blind fools that we are! etc.
Your letter, sir, moves and touches me deeply; I thought I was no longer capable of feeling pleasure, yet you have given me one—a pure and genuine moment of joy. It is only tainted by the regret that I am unable to fulfill your generous and kind requests; but my decision is firm. I know too well the people I am dealing with to believe they will allow me to carry out my plan. I anticipate in advance what awaits me: I do not owe myself success—it lies in the hands of Providence—but I owe myself the attempt and the exertion of my efforts. Nothing will prevent me from fulfilling this duty.
I am not yet in the situation that your generous offers prompt you to warn me about, nor even close to falling into it; I merely anticipate that if I were to advance towards old age, it would become difficult for me in many respects. And rather than being a cause for alarm, this fact is actually a source of comfort for me, for it means I have not yet reached that state. I believe I know your noble character well enough that, in such a hypothetical situation, I would have demonstrated to you the truth of my feelings for you by putting you in a position where you could exercise yours in return.
If the fear of offending your kind heart prevents me, sir, from following the dictates of my own feelings in expressing my farewell to you, I am well aware of the cost such restraint will entail; yet I also realize that, in making this decision, I may expose myself to even more formidable attacks, for my inclinations would only too readily lend support to your efforts. Adieu then, honorable man; I shall leave without seeing you, if it must be so, but leaving with me the best part of my being—those feelings of a heart that will always remain filled with you.
Letter CMXVI – To Mr. de Belloy
Monquin, March 17, 1770.
Poor blind fools that we are! etc.
Sir, you must be prepared for some considerable annoyance, for I fear that writing you a long letter will be quite troublesome for me.
How you have refreshed my blood—even your anger fills me with joy! In it, I see the seal of truth upon a proud soul; the flattery of those around me only highlights this truth all the more. You have taken the trouble to make me aware of my own faults; such indulgence is something I deeply appreciate—and perhaps someone in your position would not have shown it to me. All that remains for me now is to strive to make you forget them. For forty years, I was one of the most confident men alive, and not once during that entire time was that confidence ever betrayed. But the moment I picked up a pen, I found myself in another world, among entirely different people—people to whom I continued to trust them as before, only for them to shock me terribly and push me to the other extreme. Nothing ever terrified me in broad daylight, but everything fills me with dread in the shadows that surround me; in the darkness, I see nothing but blackness. As a child, the most hideous things never frightened me—but the sight of a face hidden under a white cloth caused me to convulse. On this point, as on many others, I will remain a child until my death. My recklessness is all the more regrettable because it is almost always justified—and I must add that, precisely because of you, it knows no bounds, for anything that lies outside the realm of nature can have no limits. This, sir, is not an excuse but the true cause of my fault—caused by other circumstances that even exacerbated it. I must tell you this so that you are not deceived. Believing that some powerful person had orchestrated your involvement in my affairs, I responded to someone who mentioned you in such imprudence that I even named that person. Born with a hot-tempered nature that nothing could calm, my first actions were always marked by reckless audacity—which I mistook for courage at the time, only to later regret them bitterly, especially when they proved unjust, as in this case. Leave it to my enemies to punish me for my mistakes. My remorse preceded their action even—had your letter arrived just a day earlier, many of these foolishities could have been avoided. But since they have happened, all that remains for me is to atone for them and seek your forgiveness, which I beg you to grant out of compassion for my plight.
Signore, ho vissuto: non vedo più nulla, nemmeno nell’ordine dei possibili, che possa ancora darmi sulla terra un momento di vero piacere. Mi si offrisse qui la possibilità di scegliere ciò che voglio essere, risponderei “morte”. Nulla di ciò che lusingava il mio cuore può più esistere per me. Se mi rimane ancora un po’ di tempo prima di quell’istante così lento ad arrivare, lo devo all’onore della mia memoria. Voglio cercare di rendere la fine della mia vita degna del suo corso e di rispondervi in modo appropriato. Fino ad ora ho sopportato la sfortuna; mi resta da imparare a sopportare la prigionia, il dolore, la morte: questo non è forse il più difficile. Ma l’ironia, il disprezzo, l’infamia, che spesso accompagnano la virtù tra i malvagi. In tutti quei modi in cui potrebbero farmeli sentire. Spero che un giorno si giudichi ciò che sono stato in base a quanto ho saputo sopportare. Tutto ciò che mi avete detto per distogliermi da questa strada, pur essendo pieno di senso, verità ed eloquenza, non ha fatto altro che accendere il mio coraggio. È un effetto naturale da provare in vostra presenza. E non temo che altri possano scuotermi, quando voi stesso non siete riusciti a farlo. No. Non trovo nulla di più grande, di più bello, che soffrire per la verità. Invidio la gloria dei martiri. Anche se non ho la stessa fede di loro, ho la stessa innocenza e lo stesso zelo. E il mio cuore si sente degno dello stesso premio.
Addio, signore. Non senza un vero rimpianto mi ritrovo alla vigilia della nostra separazione. Prima di lasciarvi, ho voluto almeno godere del piacere di condividere i miei pensieri con un uomo virtuoso. Sembra che questo sia un vantaggio che non riuscirò a ritrovare per molto tempo.
ROUSSEAU
Nota dimenticata nella mia lettera a Monsieur de Saint-Germain.
Ricordo di aver utilizzato, da giovane, il seguente verso in una commedia:
È tradendo che si deve punire un traditore.
Ma, sebbene si trattasse di un caso ampiamente scusabile e non di una vera tradizione, quel verso, sfuggito nella fretta della composizione in un’opera non pubblicata e non corretta, non dimostra affatto che l’autore pensi davvero ciò che fa dire a una donna gelosa, e non ha alcun valore legittimo. Se è permesso tradire i traditori, è solo nei confronti di persone simili a loro; ma mai le armi dei malvagi dovrebbero sporcare le mani di un uomo onesto. Così come non è permesso mentire a un bugiardo, è ancora meno tollerabile tradire un traditore: altrimenti tutta la morale verrebbe sovvertita e la virtù diventerebbe soltanto un nome vuoto. Poiché, purtroppo, il numero delle persone disoneste è molto più grande sulla terra, se ci si permettesse di adottare nei loro confronti le loro stesse regole, molto spesso ci si troverebbe a essere anch’essi persone disoneste, e finiremmo per dare sempre per scontato che abbiamo a che fare con individui spregevoli, solo per poterci permettere di comportarci allo stesso modo.
Osservazione.
Questa lunga lettera nella quale Rousseau fornisce dettagli sulla sua condotta passata, sui suoi gusti e sulle sue opere, rappresenta un complemento alle Confessioni. Alcuni frammenti di essa furono pubblicati nel 1798 su “Le Conservateur ou Bibliothèque choisie de littérature”. Tuttavia, se si omettono i nomi dei personaggi menzionati, diversi passaggi vengono alterati nella loro essenza. Poiché le persone di cui parla Jean-Jacques erano tutte morte a quell’epoca, non si può comprendere il motivo di tale discrezione o infedeltà nei confronti del testo originale.
Lettera CMXIV – A Monsieur de Saint-Germain
Monquin, 28 febbraio 1770.
Poveri ciechi che siamo, ecc.
La vostra lettera, signore, mi commuove profondamente; credevo di non essere più in grado di provare piacere, e voi me ne avete dato uno, un momento davvero puro. Questo piacere è turbato soltanto dal rimpianto di non poter accettare le vostre generose e cortesi proposte; ma la mia decisione è già presa. Conosco troppo bene le persone con cui ho a che fare per credere che mi permetteranno di realizzare il mio progetto. Mi aspetto in anticipo ciò che dovrà accadere: non mi devo il successo, esso è nelle mani della Provvidenza; ma mi devo la tentativa e lo sforzo di utilizzare tutte le mie forze. Niente mi impedirà di adempiere a questo dovere.
Non mi trovo ancora nella situazione di cui le vostre generose offerte vi fanno temere, né tantomeno sono vicino a cadervi; prevedo soltanto che, se avanzassi negli anni, la vecchiaia diventerebbe per me difficile sotto molti aspetti, e questo non rappresenta per me motivo di allarme, bensì un conforto nel constatare di non esserci ancora arrivato. Credo di conoscere così bene la vostra nobile anima che, nella situazione ipotizzata, vi avrei dimostrato da solo la veridicità dei miei sentimenti per voi, mettendovi nella condizione di poterli esprimere a vostro turno.
Se il timore di ferire il vostro buon cuore mi impedisce, signore, di seguire i movimenti del mio cuore nel saluto che desideravo portarvi, so bene a quale costo dovrò pagare questa rinuncia; ma so anche che, con la risoluzione che ho preso, espongo tale rinuncia a attacchi ancora più temibili, poiché il mio istinto tenderebbe troppo facilmente ad assecondare i vostri sforzi. Addio dunque, uomo rispettabile; me ne andrò senza vedervi, se proprio è necessario, ma lasciandovi con me la parte migliore di me stesso, nei sentimenti di un cuore che vi sarà sempre devoto.
Lettera CMXVI – A Monsieur de Belloy
Monquin, 17 marzo 1770.
Poveri ciechi che siamo, ecc.
Signore, è necessario che siate disposti ad affrontare un po’ di noia, perché temo molto di dovervi scrivere una lettera lunga.
Mi avete davvero rinfrescato il sangue. Amo la vostra ira! In essa vedo chiaramente il sigillo della verità in un’anima orgogliosa; l’adulazione delle persone che mi circondano, invece, mi appare ancora più evidente. Avete avuto la bontà di farmi rendere conto del mio errore. È una indulgenza che apprezzo molto, e forse non l’avrei ricevuta al vostro posto; mi resta solo il desiderio di farvi dimenticare tutto ciò. Per quarant’anni sono stato tra gli uomini più fiduciosi. E in tutto questo tempo quella fiducia non è mai stata tradita. Appena ho preso la penna, mi sono trovato in un altro mondo, tra esseri completamente diversi. Ho continuato a confidare in loro, ma loro mi hanno corretto in modo terribile, portandomi all’estremo opposto di ciò che ero prima. Nella luce del giorno nulla mi spaventava mai. Ma nell’oscurità tutto mi terrorizza; nella notte vedo solo buio. Da bambino, nemmeno l’oggetto più orribile mi faceva paura. Ma un volto nascosto sotto un lenzuolo bianco mi provocava convulsioni. In questo, come in molti altri aspetti, rimarrò un bambino fino alla morte. La mia sfiducia è tanto più deplorevole in quanto quasi sempre fondata. E vi aggiungo che, proprio a causa vostra, essa è spesso senza limiti. Poiché tutto ciò che va al di là della natura non conosce confini. Ecco, signore. Non una scusa, ma la vera causa del mio errore. Circostanze diverse l’hanno favorito, anzi l’hanno aggravato. Devo proprio dirvelo, per non farvi ingannare. Convinto che un uomo potente vi avesse fatto prendere in considerazione me riguardo a voi, ho risposto con troppa imprudenza a qualcuno che mi aveva parlato di voi. Anzi, ho persino menzionato quel nome. Nato con un carattere appassionato, la cui furia nulla è riuscito a placare, i miei primi gesti sono sempre stati segnati da una temerarietà che allora consideravo coraggio. Ma in seguito ho spesso dovuto pentirmene, soprattutto quando era ingiusta. Come in questo caso. Lasciate che siano i miei nemici a punirmi. Il mio rimorso è arrivato prima ancora delle loro azioni. Se quella lettera fosse arrivata un giorno prima, mi avrebbe risparmiato molte sciocchezze. Ma poiché ormai sono state fatte, non mi resta che pentirmene e cercare di ottenere il vostro perdono. Lo chiedo a voi, per la compassione dovuta alla mia situazione.
Ce que vous me dites des imputations dont vous m’avez entendu charger, et du peu d’effet qu’elles ont fait sur vous, ne m’étonne que par l’imbécillité de ceux qui pensaient vous surprendre par cette voie. Ce n’est pas sur des hommes tels que vous que des discours en l’air ont quelque prise, mais les frivoles clameurs de la calomnie, qui n’excitent guère d’attention, sont bien différentes dans leurs effets, des complots tramés et concertés durant longues années dans un profond silence, et dont les développements successifs se font lentement, sourdement, et avec méthode. Vous parlez d’évidence : quand vous la verrez contre moi, jugez-moi, c’est votre droit ; mais n’oubliez pas de juger aussi mes accusateurs ; examinez quel motif leur inspire tant de zèle. J’ai toujours vu que les méchants inspiraient de l’horreur, mais point d’animosité. On les punit, ou on les fuit : mais on ne se tourmente pas d’eux sans cesse ; on ne s’occupe pas sans cesse à les circonvenir, à les tromper, à les trahir ; ce n’est point à eux que l’on fait ces choses-là, ce sont eux qui les font aux autres. Dites donc à ces honnêtes gens si zélés, si vertueux, si fiers surtout d’être des traîtres, et qui se masquent avec tant de soin pour me démasquer : » Messieurs, j’admire votre zèle, et vos preuves me paraissent sans réplique ; mais pourquoi clone craindre si fort que l’accusé ne les sache et n’y réponde ? Permettez que je l’en instruise et que je vous nomme. Il n’est pas généreux, il n’est pas même juste de diffamer un homme, quel qu’il soit, en se cachant de lui. C’est, dites-vous par ménagement pour lui que vous ne voulez pas le confondre ; mais il serait moins cruel, ce me semble, de le confondre que de le diffamer, et de lui ôter la vie que de la lui rendre insupportable. Tout hypocrite de vertu doit être publiquement confondu ; c’est là son vrai châtiment ; et l’évidence elle-même est suspecte quand elle élude la conviction de l’accusé. » En leur parlant de la sorte examinez leur contenance, pesez leur réponse ; suivez, en la jugeant, les mouvements de votre coeur et les lumières de votre raison : voilà, monsieur, tout ce que je vous demande, et je me tiens alors pour bien jugé.
Vous me tancez, avec grande raison, sur la manière dont je vous parais juger votre nation : ce n’est pas ainsi que je la juge de sang-froid, et je suis bien éloigné, je vous jure, de lui rendre l’injustice dont elle use envers moi. Ce jugement trop dur était l’ouvrage d’un moment de dépit et de colère, qui même ne se rapportait pas à moi, mais au grand homme qu’on vient de chasser de sa naissante patrie, qu’il illustrait déjà dans son berceau, et dont on ose encore souiller les vertus avec tant d’artifice et d’injustice. S’il restait, me di-sais-je, de ces Français célébrés par de Belloy, pourquoi leur indignation ne réclamerait -elle point contre ces manoeuvres si peu dignes d’eux ?
C’est à cette occasion que Bayard me revint en mémoire, bien sûr de ce qu’il dirait ou ferait s’il vivait aujourd’hui. Je ne sentais pas assez que tous les hommes, même vertueux, ne sont pas des Bayards ; qu’on peut être timide sans cesser d’être juste ; et qu’en pensant à ceux qui machinent et crient, j’avais tort d’oublier ceux qui gémissent et se taisent. J’ai toujours aimé votre nation, elle est même celle de l’Europe que j’honore le plus ; non que j’y croie apercevoir plus de vertus que dans les autres, mais par un précieux reste de leur amour qui s’y est conservé, et que vous réveillez quand il était prêt à s’éteindre. Il ne faut jamais désespérer d’un peuple qui aime encore ce qui est juste et honnête, quoiqu’il ne le pratique plus. Les Français auront beau applaudir aux traits héroïques que vous leur présentez, je doute qu’ils les imitent ; mais ils s’en transporteront dans vos pièces, et les aimeront dans les autres hommes, quand on ne les empêchera pas de les y voir. On est encore forcé de les tromper pour les rendre injustes ; précaution dont je n’ai pas vu qu’on eût grand besoin pour d’autres peuples. Voilà, monsieur, comment je pense constamment à l’égard des Français, quoique je n’attende plus de leur part qu’injustice, outrages, et persécution ; mais ce n’est pas à la nation que je les impute, et tout cela n’empêche pas que plusieurs de ses membres n’aient toute mon estime et ne la méritent, même dans l’erreur où on les tient. D’ailleurs, mon coeur s’enflamme bien plus aux injustices dont je suis témoin qu’à celles dont je suis la victime : il lui manque, pour ces dernières, l’énergie et la vigueur d’un généreux désintéressement. Il me semble que ce n’est pas la peine de m’échauffer pour une cause qui n’intéresse que moi. Je regarde mes malheurs comme liés à mon état d’homme et d’ami de la vérité. Je vois le méchant qui me persécute et me diffame comme je verrais un rocher se détacher d’une montagne et venir m’écraser ; je le repousserais, si j’en avais la force, mais sans colère, et puis je le laisserais là sans y plus songer. J’avoue pourtant que ces mêmes malheurs m’ont d’abord pris au dépourvu, parce qu’il en est auxquels il n’est pas même permis à un honnête homme d’être préparé : j’en ai été cependant plus abattu qu’irrité ; et, maintenant que me voilà prêt, j’espère me laisser un peu moins accabler, mais pas plus émouvoir de ceux qui m’attendent. À mon âge et dans mon état ce n’est plus la peine de s’en tourmenter, et j’en vois le terme de trop près pour m’inquiéter beaucoup de l’espace qui reste. Mais je n’entends rien à ce que vous me dites de ceux que vous avez essuyés : assurément je suis fait pour les plaindre ; mais que peuvent-ils avoir de commun avec les miens ? Ma situation est unique, elle est inouïe depuis que le monde existe, et je ne puis présumer qu’il s’en retrouve jamais de pareille. Je ne comprends donc point quel rapport il peut y avoir dans nos destinées, et j’aime à croire que vous vous abusez sur ce point. Adieu, monsieur : vivez heureux, jouissez en paix de votre gloire, et souvenez-vous quelquefois d’un homme qui vous honorera toujours.
Lettre CMXVII – À M. l’abbé M.
Monquin, le 14 mars 1770.
Pauvres aveugles que nous sommes ! etc.
Je voudrais, monsieur, pour l’amour de vous, que l’application qu’il vous plaît de faire de votre quatrain fût assez naturelle pour être croyable : mais puisque vous aimez mieux vous excuser que vous accuser d’une promptitude que j’aurais pu moi-même avoir à votre place, soit ; je n’épiloguerai pas là-dessus.
Depuis l’impression de l’Émile je ne l’ai relu qu’une fois, il y a six ans, pour corriger un exemplaire ; et le trouble continuel où l’on aime à me faire vivre a tellement gagné ma pauvre tête, que j’ai perdu le peu de mémoire qui me restait, et que je garde à peine une idée générale du contenu de mes écrits. Je me rappelle pourtant fort bien qu’il doit y avoir dans un passage relatif à celui que vous me citez ; mais je suis parfaitement sûr qu’il n’est pas le même, parce qu’il présente, ainsi défiguré, un sens trop différent de celui dont j’étais plein en l’écrivant[1036]. J’ai bien pu ne pas songer à éviter dans ce passage le sens qu’on eût pu lui donner s’il eût été écrit par Cartouche ou par Raffia ; mais je n’ai jamais pu m’exprimer aussi incorrectement dans le sens que je lui donnais moi-même. Vous serez peut-être bien aise d’apprendre l’anecdote qui me conduisit à cette idée.
What you tell me about the accusations you have heard me make, and about the little effect they had on you, only surprises me given the stupidity of those who thought they could surprise you in such a way. Speeches that remain empty words have no effect on people like you; but the frivolous cries of slander, which hardly attract any attention, are quite different in their effects from those schemes that are carefully plotted over many years in complete silence, with gradual, silent, and methodical development. You speak of evidence: when you see it against me, judge me—that is your right; but do not forget to judge my accusers as well. Consider what motive inspires such zeal on their part. I have always seen that the wicked inspire horror, but not hostility. People either punish them or avoid them; but they do not constantly worry about them, nor do they spend their time trying to surround them, deceive them, or betray them. It is not we who do these things to them; it is they who do them to others. So tell those honorable people—who are so zealous, so virtuous, and especially so proud of being traitors, and who go to such lengths to expose me—“Gentlemen, I admire your zeal, and your arguments seem irrefutable; but why such fear that the accused might know about them and respond? Allow me to inform him and to name you. It is neither generous nor even just to slander a man, no matter who he is, while hiding from him. You say you do it out of consideration for him, so as not to embarrass him; but in my opinion, it would be less cruel to embarrass him than to slander him, and to take his life rather than make it unbearable for him. Every hypocrite who pretends to be virtuous should be publicly exposed; that is his true punishment. And even evidence itself becomes suspect when it fails to convince the accused.” When you speak to them in this way, observe their demeanor, weigh their responses; and in judging them, follow the dictates of your heart and the light of reason. That is all I ask of you, and then I consider myself rightly judged.
You rightly reprimand me for the way in which I seem to judge your nation; indeed, that is not how I judge it in cold blood. I swear to you, I am far from echoing the injustice it practices towards me. That harsh judgment was the product of a moment of spite and anger—anger that, in truth, had nothing to do with me, but rather with that great man who has just been driven out of his newly-born country, a man who already shone with brilliance in his infancy, and whose virtues people still dare to tarnish through such deceit and injustice. If any of these celebrated Frenchmen still remained, I wondered, why would their indignation not rise up against such maneuvers that are so utterly unworthy of them?
It was on this occasion that Bayard came back to my mind—of what he would say or do if he were alive today. I failed to realize enough how not all men, even those who are virtuous, are like Bayards; how one can be timid without ceasing to be just; and how, in thinking of those who scheme and shout, I was wrong to forget those who groan and remain silent. I have always loved your nation; it is indeed the European nation that I hold in the highest esteem. Not that I believe it possesses more virtues than others, but because it still retains a precious remnant of their love, which you awaken when it was on the verge of dying out. One should never lose hope in a people that still loves what is just and honest, even if they no longer practice it. The French may applaud the heroic deeds you display before them, but I doubt they will imitate them; yet they will be moved by your plays and come to love such qualities in others, as long as they are not prevented from seeing them. One is still forced to deceive people in order to make them unjust—a precaution which I have never seen to be necessary for other nations. Such is my constant attitude toward the French, even though I no longer expect anything but injustice, insults, and persecution from their part. But I do not blame the nation as a whole for these things; indeed, many of its members deserve all my respect, even in their mistakes. Moreover, my heart burns more at the injustices I witness than at those I suffer myself: for the latter, it lacks the energy and vigor of genuine selflessness. It seems futile to become passionate about a cause that concerns me alone. I regard my misfortunes as inherent in my status as a man and as someone who seeks truth. I see the villain who persecutes and defames me as if he were a rock breaking loose from a mountain and coming to crush me; if I had the strength, I would push him away—without anger—but then I would forget about him entirely. I admit, however, that these very misfortunes caught me off guard at first, for there are some injustices against which even an honest man cannot prepare himself. Nevertheless, they left me more disheartened than angered; and now that I am prepared, I hope to be able to endure them less easily, but not to be affected more deeply by those who await me. At my age and in my situation, it is no longer worth worrying about such things; I can see the end of this ordeal too clearly to worry much about what remains. But I don’t understand what you are telling me about the hardships you have endured: certainly, I am meant to feel sympathy for you; but what do your experiences have in common with mine? My situation is unique, unprecedented since the world’s existence, and I cannot imagine that another like it will ever arise again. Therefore, I fail to see what kind of connection there could be between our fates; and I would like to believe that you are mistaken in this regard. Goodbye, sir: live happily, enjoy your glory in peace, and remember sometimes a man who will always hold you in high esteem.
Letter CMXVII – To Mr. Abbé M.
Monquin, March 14, 1770.
Poor blind fools that we are! etc.
Sir, I would earnestly request that the way you choose to apply your quartet be sufficiently natural as to seem credible; but since you prefer to offer excuses rather than admit a haste that I might have displayed in your place, then so be it—I will not pursue this matter any further.
Since printing Émile, I have read it only once again, six years ago, in order to correct an edition; and the constant turmoil that people seem determined to inflict upon me has so utterly disrupted my poor mind that I have lost whatever memory I still possessed, and I can barely recall any general idea of the content of my own writings. I certainly remember quite clearly that there must be a passage in it related to what you are quoting; but I am absolutely certain that it is not the same passage, because in this altered form, its meaning is vastly different from the one I intended when I wrote it[1036]. It is possible that I did not deliberately avoid giving that particular meaning to the passage—if it had been written by Cartouche or Raffia, perhaps I would have considered doing so; but I could never have expressed myself in such a misleading way, in a sense that was entirely contrary to my own intentions. You may find it interesting to learn the anecdote that led me to come up with that idea.
Quello che mi dite riguardo alle accuse di cui vi ho sentito parlare, e al poco effetto che hanno avuto su di voi, non mi sorprende se non per l’stupidità di coloro che pensavano di sorprendervi con questo mezzo. Discorsi vuoti non hanno alcun effetto su persone come voi; al contrario, le vane grida della calunnia, che destano ben poco interesse, sono molto diverse, per i loro effetti, dai complotti orditi e concordati nel corso di molti anni in un profondo silenzio, e i cui sviluppi avvengono lentamente, silenziosamente e con metodo. Parlate di evidenza: quando la vedrete contro di me, giudicatemi, questo è il vostro diritto; ma non dimenticateci di giudicare anche i miei accusatori; esaminate quale motivo li spinge a tanto zelo. Ho sempre visto che i malvagi ispirano orrore, ma non animosità. Si puniscono o si fuggono da loro; ma non ci si preoccupa continuamente di loro; non ci si dedica costantemente a ingannarli, a tradirli; queste cose non si fanno contro di loro, ma sono loro stessi a farle agli altri. Dite dunque a questi onesti uomini, così zelosi, così virtuosi, e soprattutto così orgogliosi di essere dei traditori, che si nascondono con tanta cura per smascherarmi: “Signori, ammiro il vostro zelo, e le vostre prove mi sembrano irrefutabili; ma perché temete tanto che l’accusato non le sappia e non vi risponda? Permettetemi di informarlo e di nominarvi. Non è generoso, né nemmeno giusto diffamare un uomo, chiunque egli sia, nascondendosi da lui. Dite che lo fate per risparmiargli umiliazioni; ma mi sembra che sarebbe meno crudele confonderlo che diffamarlo, e togliergli la vita che renderla insopportabile. Tutti gli ipocriti di virtù devono essere pubblicamente smascherati; questa è la loro vera punizione; e l’evidenza stessa diventa sospetta quando evita di convincere l’accusato.” Parlando loro in questo modo, osservate il loro comportamento, valutate le loro risposte; giudicatele seguendo i movimenti del vostro cuore e le luci della vostra ragione: ecco tutto ciò che vi chiedo, e allora mi considererò giustamente giudicato.
Mi rimproverate, con piena ragione, per il modo in cui sembro giudicare la vostra nazione: non è così che la giudico con calma e freddezza, e vi giuro di essere lontano mille miglia dall’attribuire alla vostra nazione l’ingiustizia che essa usa nei miei confronti. Questo giudizio troppo severo è stato il risultato di un momento di rabbia e disprezzo; in realtà non riguardava me, ma quell’uomo grande che è appena stato cacciato dalla sua patria nascente, che già brillava nella culla della vita e il cui nome viene ancora oggi macchiato da tali inganni e ingiustizie. Se quegli illustri francesi di cui parla Belloy fossero ancora vivi, perché la loro indignazione non si leverebbe contro queste manovre così indegne di loro?
Fu in quell’occasione che il nome di Bayard mi tornò in mente; pensai a ciò che avrebbe detto o fatto se fosse vivo oggi. Non riconoscevo abbastanza chiaramente che tutti gli uomini, anche i più virtuosi, non sono come Bayard; che si può essere timidi senza smettere di essere giusti; e che, pensando a coloro che complottano e gridano, commettevo un errore nel dimenticare quelli che soffrono in silenzio. Ho sempre amato la vostra nazione; anzi, è quella dell’Europa che rispetto di più. Non perché vi creda di trovare più virtù rispetto ad altre nazioni, ma per il prezioso retaggio dell’amore che vi è rimasto, e che voi riscoprite quando stava per spegnersi. Non si deve mai disperare di un popolo che ama ancora ciò che è giusto e onesto, anche se non lo pratica più. I francesi potranno anche applaudire le gesta eroiche che vi mostrate, ma dubito che le imiteranno; tuttavia si commuoveranno nelle vostre opere e le ameranno negli altri uomini, purché non vengano impediti di vederle. È ancora necessario ingannarli per renderli ingiusti. Una precauzione di cui non ho visto alcun bisogno per altre nazioni. Ecco come penso costantemente ai francesi, anche se non mi aspetto più da loro altro che ingiustizia, offese e persecuzioni; ma non è la nazione nel suo complesso che ne è colpevole. E tutto ciò non impedisce che molti dei suoi membri meritino tutta la mia stima. Del resto, il mio cuore si infiamma molto di più per le ingiustizie a cui assisto che per quelle di cui sono vittima. Per queste ultime, manca loro l’energia e la forza di un generoso disinteresse. Mi sembra inutile agitarsi per una causa che interessa solo me stesso. Considero i miei mali come legati al mio stato di uomo e di amico della verità. Vedo il malvagio che mi perseguita e mi diffama come vedrei una roccia staccarsi da una montagna e venire a schiacciarmi. La respingerei, se ne avessi la forza, ma senza rabbia. Poi la lascierei lì, senza pensarci più. Ammetto però che questi mali mi hanno colto alla sprovvista, perché ci sono alcuni mali contro cui nemmeno a un uomo onesto è permesso prepararsi. Tuttavia ne sono stato più scoraggiato che irritato. E ora che sono pronto, spero di poter essere meno sopraffatto da quelli che mi aspettano. Alla mia età e nel mio stato, non ha più senso preoccuparsene. E vedo la fine troppo vicina per angosciarmi troppo riguardo al tempo che mi resta. Ma non capisco ciò che mi dite di quelle persone che avete sofferto. Certo, sono portato a compiangere loro. Ma cosa hanno in comune con le mie sofferenze? La mia situazione è unica. È senza precedenti da quando esiste il mondo. E non posso supporre che ne esista mai un’altra simile. Quindi non riesco a comprendere quale possa essere il legame tra i nostri destini; preferisco credere che in questo punto vi sbagliate. Addio, signore: vivete felice, godetevi in pace la vostra gloria, e ricordatevi ogni tanto di un uomo che vi onorerà sempre.
Lettera CMXVII – A Monsignor l’Abate M.
Monquin, 14 marzo 1770.
Poveri ciechi che siamo, ecc.
Signore, per amor vostro, vorrei che l’interpretazione che desiderate dare del vostro quartetto fosse abbastanza naturale da sembrare credibile; ma poiché preferite scusarvi piuttosto che accusarvi di una prontezza che anch’io avrei potuto dimostrare al vostro posto, va bene. Non aggiungerò altro al riguardo.
Dall’epoca in cui fu stampato “Émile”, non l’ho riletto che una volta, sei anni fa, per correggere un esemplare; e il continuo turbamento nel quale mi si cerca di immergere ha talmente indebolito la mia povera memoria, che ho perso quasi del tutto ciò che ricordavo, e conservo ormai solo un’idea generale del contenuto delle mie opere. Ricordo però molto bene che in un certo passaggio dovrebbe esserci qualcosa relativo a ciò che mi citate; ma sono assolutamente sicuro che non si tratti dello stesso testo, perché, così alterato, presenta un significato troppo diverso da quello che avevo intenzione di dare quando lo scrivevo[1036]. È possibile che non abbia pensato a evitare quel significato che qualcuno avrebbe potuto attribuirgli se fosse stato scritto da Cartouche o da Raffia; ma non ho mai potuto esprimermi in modo così errato nel senso che io stesso gli davo. Forse vi sarà utile conoscere l’aneddoto che mi ha portato a questa idea.
Le feu roi de Prusse, déjà grand amateur de la discipline militaire, passant en revue un de ses régiments, fut si mécontent de la manoeuvre, qu’au lieu d’imiter le noble usage que Louis XIV en colère avait fait de sa canne, il s’oublia jusqu’à frapper de la sienne le major qui commandait. L’officier outragé recule deux pas, porte la main à l’un de ses pistolets, le tire aux pieds du cheval du roi, et de l’autre se casse la tête. Ce trait, auquel je ne pense jamais sans tressaillir d’admiration, me revint fortement en écrivant, et j’en fis l’application de moi-même au cas d’un particulier qui en déshonore un autre, mais en modifiant l’acte par la différence des personnages. Vous sentez, monsieur, qu’autant le major bâtonné est grand et sublime quand, prêt à s’ôter la vie, maître par conséquent de celle de l’offenseur, et le lui prouvant, il la respecte pourtant en sujet vertueux, s’élève par là même au-dessus de son souverain, et meurt en lui faisant grâce, autant la même clémence vis-à-vis un brutal obscur serait inepte : le major employant son premier coup de pistolet n’eût été qu’un forcené ; le particulier perdant le sien ne serait qu’un sot.
Mais un homme vertueux, un croyant, peut avoir le scrupule de disposer de sa propre vie sans cependant pouvoir se résoudre à survivre à son déshonneur, dont la perte, même injuste, entraîne des malheurs civils pires cent fois que la mort. Sur ce chapitre de l’honneur l’insuffisance des lois nous laisse toujours dans l’état de nature : je crois cela prouvé dans ma Lettre à M. d’Alembert sur les Spectacles. L’honneur d’un homme ne peut avoir de vrai défenseur ni de vrai vengeur que lui-même. Loin qu’ici la clémence, qu’en tout autre cas prescrit la vertu, soit permise, elle est défendue ; et laisser impuni son déshonneur, c’est y consentir : on lui doit sa vengeance, on se la doit à soi-même ; on la doit même à la société et aux autres gens d’honneur qui la composent : et c’est ici l’une des fortes raisons qui rendent le duel extravagant, moins parce qu’il expose l’innocent à périr, que parce qu’il l’expose à périr sans vengeance et à laisser le coupable triomphant. Et vous remarquerez que ce qui rend le trait du major vraiment héroïque, est moins la mort qu’il se donne que la fière et noble vengeance qu’il sait tirer de son roi. C’est son premier coup de pistolet qui fait valoir le second : quel sujet il lui ôte, et quels remords il lui laisse ! Encore une fois, le cas entre particuliers est tout différent. Cependant si l’honneur prescrit la vengeance, il la prescrit courageuse : celui qui se venge en lâche, au lieu d’effacer son infamie, y met le comble ; mais celui qui se venge et meurt est bien réhabilité. Si donc un homme indignement, injustement flétri par un autre, va le chercher un pistolet à la main dans l’amphithéâtre de l’Opéra, lui casse la tête devant tout le monde ; et puis se laissant tranquillement mener devant les juges, leur dit : » Je viens de faire un acte de justice » que je me devais, et qui n’appartenait qu’à moi ; faites-moi pendre, si vous l’osez » ; il se pourra bien qu’ils le fassent pendre en effet, parce qu’enfin quiconque a donné la mort la mérite, qu’il a du même y compter ; mais je réponds qu’il ira au supplice avec l’estime de tout homme équitable et sensé, comme avec la mienne ; et si cet exemple intimide un peu les tâteurs d’hommes, et fait marcher les gens d’honneur, qui ne ferraillent pas, la tête un peu plus levée, je dis que la mort de cet homme de courage ne sera pas inutile à la société. La conclusion tant de ce détail que de ce que j’ai dit à ce sujet dans l’Émile, et que je répétai souvent, quand ce livre parut, à ceux qui me parlèrent de cet article, est qu’on ne déshonore point un homme qui sait mourir. Je ne dirai point ici si j’ai tort ; cela pourra se discuter à loisir dans la suite : mais, tort ou non, si cette doctrine me trompe, vous permettrez néanmoins, n’en déplaise à votre illustre prôneur d’oracles, que je ne me tienne pas pour déshonoré.
Je viens, monsieur, à la question que vous me proposez sur votre élève. Mon sentiment est qu’on ne doit forcer un enfant à manger de rien. Il y a des répugnances qui ont leur cause dans la constitution particulière de l’individu, et celles-là sont invincibles ; les autres, qui ne sont que des fantaisies, ne sont pas durables, à moins qu’on ne les rende telles à force d’y faire attention. Il pourrait y avoir quelque chose de vrai dans le cas de prévoyance qu’on vous allègue, si (chose presque inouïe) il s’agissait d’aliments de première nécessité, comme le pain, le lait, les fruits. Il faudrait du moins tâcher de vaincre cette répugnance sans que l’enfant s’en aperçût et sans le contrarier, ce qui, par exemple, pourrait se faire en l’exposant à avoir grand’faim, et à ne trouver comme par hasard que l’aliment auquel il répugne. Mais si cet essai ne réussit pas, je ne serais pas d’avis de s’y obstiner. Que s’il s’agit de mets composés tels qu’on en sert sur les tables des grands, la précaution parait d’abord assez superflue ; car il est peu apparent que le petit bonhomme se trouve un jour réduit, dans les bois ou ailleurs, à des ragoûts de truffes ou à des profiteroles au chocolat pour toute nourriture. Mais peut-être a-t-on un autre objet qu’on ne vous dit pas, et qui n’est pas sans fondement. Votre élève est fait pour avoir un jour place aux petits soupers des rois et des princes ; il doit aimer tout ce qu’ils aimeront ; il doit préférer tout ce qu’ils préféreront ; il doit en toute chose avoir les goûts qu’ils auront ; et il n’est pas d’un bon courtisan d’en avoir d’exclusifs. Vous devez comprendre par là et par beaucoup d’autres choses que ce n’est pas un Émile que vous avez à élever : ainsi gardez-vous bien d’être un Jean-Jacques : car, comme vous voyez, cela ne réussit pas pour le bonheur de cette vie.
Prêt à quitter cette demeure, je n’ai plus d’adresse assez fixe à vous donner pour y recevoir de vos lettres. Adieu, monsieur.
Observation
Dans cette lettre Rousseau donne une explication importante sur un passage d’Émile, relatif au point d’honneur, la vengeance. Il appuie son opinion sur l’exemple du major de Frédéric.
Lettre CMXIX – À M. Moultou
Monquin, le 28 mars 1770.
Je tardais, cher Moultou, pour répondre à votre dernière lettre, de pouvoir vous donner quelque avis certain de ma marche ; mais les neiges qui sont revenues m’assiéger rendent les chemins de cette montagne tellement impraticables, que je ne sais plus quand j’en pourrai partir. Ce sera, dans mon projet, pour me rendre à Lyon, d’où je sais bien ce que je veux faire, mais j’ignore ce que je ferai.
J’avais eu le projet que vous me suggérez d’aller m’établir en Savoie ; je demandai et obtins, durant mon séjour à Bourgoin, un passeport pour cela, dont, sur des lumières qui me vinrent en même temps, je ne voulus point faire usage : j’ai résolu d’achever mes jours dans ce royaume, et d’y laisser à ceux qui disposent de moi le plaisir d’assouvir leur fantaisie jusqu’à mon dernier soupir.
Je ne suis point dans le cas d’avoir besoin de la bourse d’autrui, du moins pour le présent, et dans la position où je suis, je ne dépense guère moins en place qu’en voyage ; mais je suis fâché que l’offre de votre bourse m’ait ôté la ressource d’y recourir au besoin : ma maxime la plus chérie est de ne jamais rien demander à ceux qui m’offrent ; je les punis de m’avoir ôté un plaisir en les privant d’un autre ; et quand je me ferai des amis à mon goût, je ne les irai pas choisir au Monomotapa[1037], quoi qu’en dise La Fontaine. Cela tient à mon tour d’esprit particulier, dont je n’excuse pas la bizarrerie, mais que je dois consulter quand il s’agit d’être obligé. Car autant je suis touché de tout ce qu’on m’accorde, autant je le suis peu de Ci) qu’on me fait accepter : aussi je n’accepte jamais rien qu’en rechignant et vaincu par la tyrannie des importunités ; mais l’ami qui veut bien m’obliger à ma mode, et non pas à la sienne, sera toujours content de mon coeur. J’avoue pourtant que l’à-propos de votre offre mérite une exception ; et je la fais en tâchant de l’oublier, afin de ne pas ôter à notre amitié l’un des droits que l’inégalité de fortune y doit mettre.
The “Fire King” of Prussia, already an avid admirer of military discipline, was so dissatisfied with the performance of one of his regiments during a review that, instead of following the noble example Louis XIV had set in his anger when using his cane, he lost his composure and actually struck the regimental commander with his own cane. The outraged officer stepped back, drew one of his pistols, fired it at the king’s horse’s feet, and then killed himself with the other. This incident, which always fills me with admiration whenever I think of it, came vividly to mind as I was writing. It inspired me to reflect on how such mercy might be applied in the case of a commoner who disgraces another—only by adjusting the circumstances according to the difference in their status. You see, sir, while the regimental commander, ready to sacrifice his own life and thus hold the life of his assailant in his hands, shows both nobility and virtue by respecting it even as he punishes it, thereby elevating himself above his sovereign and dying by showing mercy to him, such leniency toward a brutal and insignificant person would be utterly inappropriate. The commander’s first act with his pistol would have made him nothing but a tyrant; the commoner’s use of that same weapon would have revealed nothing but his own foolishness.
But a virtuous man, a believer, may feel the scruple of ending his own life; yet he may not be able to bring himself to endure living in disgrace, for the loss of such disgrace—even if it is unjust—would bring about civil misfortunes far worse than death itself. In this matter of honor, the inadequacy of laws leaves us in a state akin to nature: I believe this to be proven in my Letter to Mr. d’Alembert on Theatrical Spectacles. A man’s honor can have no true defender or avenger but himself. Far from permitting mercy—something that virtue would otherwise prescribe—in this case, mercy is actually demanded; to allow one’s disgrace to go unpunished is to consent to it. Vengeance is owed to the dishonored person, to oneself, and even to society and all other honorable people: this is one of the strong reasons that make dueling such an absurd practice—not so much because it exposes the innocent to death, but because it allows the guilty to escape punishment and triumph. And you will notice that what truly makes the major’s action heroic is not so much his own death as the noble and valiant vengeance he takes upon his enemy. His first shot with a pistol makes the second necessary: how it removes him from disgrace and leaves him with no regrets! Yet again, the situation between private individuals is entirely different. Nevertheless, if honor demands vengeance, it demands it with courage; one who avenges himself in a cowardly manner only adds to his own infamy, while one who dies in defending his honor is truly rehabilitated. Therefore, if a man who has been unjustly humiliated by another goes armed into the opera house and kills him in front of everyone, and then calmly submits to justice, saying, “I have done what was right—what I owed myself—and you may hang me if you dare,” it is possible they will indeed do so, for anyone who takes life deserves to die; but I claim that such a man will face death with the respect of any fair and sensible person—including myself. And if this example serves to deter those who would mistreat others and encourages honorable people to stand up for what is right, even better so. In conclusion, whether this view is correct or not—something that can be debated at leisure in the future—but whether right or wrong, if it leads me to believe I have not been dishonored, then you must allow me to hold myself otherwise.
I come now to the question you have raised regarding your student. In my opinion, one should never force a child to eat anything. There are certain aversions that arise from the individual’s unique physical constitution, and these are invincible; other aversions, which are merely whims or habits, are not sustainable unless one deliberately cultivates them. There might be some truth to the concern regarding certain essential foods such as bread, milk, and fruits—if such a situation were to arise (which is almost unheard of). At the very least, one should try to overcome these aversions without the child even realizing it, and certainly without opposing them directly. For example, this could be achieved by gradually exposing the child to situations where he would feel extremely hungry and then, seemingly by chance, offering him the very food he initially dislikes. However, if such attempts fail, I would not recommend persisting with them. As for more elaborate dishes served at adult tables, such precautions seem rather unnecessary—after all, it is highly unlikely that a child will ever find himself in a situation where truffle stew or chocolate profiteroles are his only available food sources in the woods or elsewhere. Yet perhaps there is some ulterior reason behind this advice that has not been disclosed to you, and which may indeed be well-founded. After all, your student is destined to one day enjoy the same delicacies as kings and princes; he should naturally come to love whatever they love, prefer whatever they prefer, and develop tastes similar to theirs. And a good courtier knows well to avoid being too particular about his preferences. Thus, understand clearly that you are not raising an ordinary child like Émile; therefore, be careful not to become like Jean-Jacques—because, as you can see, such an approach leads to no happiness in this life.
Ready to leave this residence, I no longer have a fixed address to provide you with in order to receive your letters. Goodbye, sir.
Observation
In this letter, Rousseau provides an important explanation regarding a passage from Emile that deals with the concept of honor and revenge. He supports his argument by citing the example of Major de Frédéric.
Letter CMXIX – To Mr. Moultou
Monquin, March 28, 1770.
I was delayed in responding to your last letter, dear Moultou, because I was unable to give you any definite information about my plans; however, the return of the snows has made the roads on this mountain utterly impassable, and I no longer know when I will be able to set off. In my plan, I intend to go to Lyon, where I know what I want to do, but I still don’t know exactly how I will proceed.
I had considered the idea you suggested of settling in Savoy; during my stay in Bourgoin, I requested and obtained a passport for that purpose. However, upon receiving certain information at the same time, I decided not to use it. I have resolved to spend the rest of my days in this kingdom and to allow those who have control over me the pleasure of indulging their whims until my last breath.
I am not in a position where I need the generosity of others, at least for now. In my current circumstances, my expenses at home are hardly less than when I am traveling. However, I regret that your offer has deprived me of the means to seek such assistance when necessary. My most cherished principle is never to ask for anything from those who offer it to me; I consider it a punishment for them to deprive me of one pleasure by denying me another. And when I make friends in my own way, I certainly won’t look for them in the Monomotapa[1037], no matter what La Fontaine might say. This reflects my particular way of thinking—whose oddity I do not attempt to justify—but which I must take into account whenever I am faced with a request. For while I am deeply grateful for everything people give me, I am far less so when they force me to accept it against my will. Therefore, I never accept anything unless I am reluctantly forced to by persistent insistences. Yet a friend who is willing to obligate me in my own manner, rather than his own, will always win my heartfelt gratitude. I admit, however, that your offer deserves an exception—and I make this concession while trying to forget about it, so as not to diminish the rights that our friendship ought to enjoy, despite the disparities in our fortunes.
Il re guerriero di Prussia, già grande appassionato di disciplina militare, durante una ispezione a uno dei suoi reggimenti fu così insoddisfatto delle manovre eseguite che, invece di imitare l’esempio nobile che Luigi XIV aveva mostrato in preda alla rabbia con il suo bastone, arrivò al punto di colpire con il proprio il maggiore che comandava la formazione. Offeso, l’ufficiale indietreggiò di due passi, estrasse una pistola e la sparò ai piedi del cavallo del re; con l’altra pistola si sparò alla testa. Questo episodio, al quale penso sempre con ammirazione, mi è tornato in mente mentre scrivevo, e ne ho fatto un esempio applicato a una situazione in cui una persona priva di principi umani disonora un’altra, modificando però l’atto stesso a seconda dei personaggi coinvolti. Capisce bene, signore, che mentre il maggiore colpito con il bastone appare nobile e sublime quando, pronto a togliersi la vita – e quindi padrone di quella dell’aggressore – la rispetta comunque in quanto essere virtuoso, elevandosi così al di sopra del proprio sovrano e morendo concedendogli clemenza, lo stesso atteggiamento di indulgenza verso un individuo brutale e meschino sarebbe assolutamente inappropriato: il maggiore, usando la prima pistola, non sarebbe stato altro che un pazzo; quella persona, perdendo la sua pistola, non sarebbe stata altro che uno sciocco.
Ma un uomo virtuoso, un credente, può provare rimorso nell’idea di porre fine alla propria vita, senza tuttavia riuscire a sopportare la sopravvivenza al proprio disonore, la cui perdita, anche ingiusta, comporta disgrazie civili cento volte peggiori della morte stessa. Su questo tema dell’onore, l’inadeguatezza delle leggi ci lascia sempre nello stato di natura: credo che ciò sia dimostrato nella mia Lettera a Monsieur d’Alembert sui Spettacoli. L’onore di un uomo non può avere un vero difensore né un vero vendicatore se non lui stesso. Lontano dal permettere la clemenza, che in ogni altro caso la virtù prescrive, essa viene anzi difesa; lasciare impunito il proprio disonore significa acconsentirvi: si deve una vendetta a colui che ha subito l’offesa, se ne deve una a se stessi, e anche alla società e agli altri uomini d’onore che la compongono. Ed è proprio questo uno dei motivi principali per cui il duello appare così estremo: non tanto perché esponga l’innocente al pericolo di morte, quanto perché lo esponga a morire senza vendetta, permettendo al colpevole di trionfare. E noterete che ciò che rende davvero eroico il comportamento di quel maggiore non è tanto la morte che si infligge, quanto la nobile e coraggiosa vendetta che sa compiere contro il proprio nemico. È il suo primo colpo di pistola a rendere necessario il secondo: quale dolore gli causa, e quali rimorsi gli lascia! Ancora una volta, il caso tra individui è completamente diverso. Tuttavia, se l’onore prescrive la vendetta, essa deve essere compiuta con coraggio: colui che si vendica in modo codardo non fa altro che aggravare la propria infamia; ma colui che si vendica e muore viene effettivamente ristabilito nella sua dignità. Quindi, se un uomo viene ingiustamente umiliato da un altro e va a cercarlo armato di pistola nell’arena dell’Opéra, gli spara in testa davanti a tutti; poi si lascia portare tranquillamente davanti ai giudici e dice loro: “Ho compiuto un atto di giustizia che mi dovevo, e che riguardava soltanto me stesso; fatemi impiccare, se osate”, è possibile che lo facciano davvero, perché chi ha inflitto la morte merita di subirla a sua volta; ma io affermo che andrà al patibolo con l’approvazione di ogni uomo equo e sensato, così come con la mia. E se questo esempio spaventa un po’ coloro che osano offendere gli altri e induce gli uomini d’onore a comportarsi con maggiore dignità, allora la morte di quel coraggioso non sarà certo inutile per la società. La conclusione, sia di questo dettaglio che di quanto ho detto sull’argomento nell’“Émile”, e che ripetei spesso quando quel libro fu pubblicato, è che un uomo che sa morire non viene mai disonorato. Non dirò qui se abbia torto o meno; questa questione potrà essere discussa in seguito con calma. Ma, giusto o sbagliato che sia, se questa dottrina mi inganna, vi permetterete comunque, nonostante il vostro illustre sostenitore di oracoli, che io non mi consideri disonorato.
Vengo, signore, a rispondere alla domanda che mi avete posto riguardo al vostro studente. La mia opinione è che non si debba costringere un bambino a mangiare qualcosa contro la sua volontà. Esistono repulsioni che hanno una causa legata alla costituzione particolare di ogni individuo, e queste sono insuperabili; altre, invece, che non sono altro che fantasie, non sono durature, a meno che non si cerchi di renderle tali facendoci continuamente attenzione. Potrebbe esserci del vero nella preoccupazione che vi è stata espressa riguardo al cibo, se si trattasse di alimenti di prima necessità, come il pane, il latte, la frutta. Almeno si dovrebbe cercare di superare questa repulsione senza che il bambino se ne accorga e senza contrariarlo; questo potrebbe essere possibile, ad esempio, facendolo sperimentare la fame e facendogli trovare per caso proprio l’alimento che rifiuta. Ma se questo tentativo non dovesse avere successo, non credo sia opportuno insistere. Se invece si tratta di piatti complessi, come quelli serviti alle tavole dei ricchi, questa precauzione sembra del tutto superflua; infatti è improbabile che un bambino, un giorno, si ritrovi nei boschi o altrove costretto a mangiare solo ragoùts di tartufi o profiteroles al cioccolato come unica fonte di nutrimento. Ma forse esiste un altro motivo, che non vi è stato detto e che potrebbe avere fondamento. Il vostro studente, dopotutto, è destinato a partecipare ai piccoli banchetti dei re e dei principi; deve amare tutto ciò che ameranno loro, deve preferire tutto ciò che preferiranno loro, e in ogni cosa deve sviluppare i gusti che avranno loro. E non è certo da buon cortigiano avere gusti esclusivi. Dovete capire, quindi, che non state educando un semplice bambino: fate attenzione a non diventare un “Jean-Jacques”, perché, come vedete, questo non porta al felicità in questa vita.
Disposto ad abbandonare questa dimora, non ho più un indirizzo stabile da fornirvi per ricevere le vostre lettere. Addio, signore.
Osservazione.
In questa lettera, Rousseau fornisce una spiegazione importante riguardo a un passaggio di “Emilio” che tratta dell’onore e della vendetta. Basa la sua opinione sull’esempio del maggiore di Frédéric.
Lettera CMXIX – A Monsieur Moultou
Monquin, 28 marzo 1770.
Mi sono ritardato, caro Moultou, a rispondere alla tua ultima lettera, poiché non ero ancora in grado di darti informazioni certe riguardo ai miei piani; ma la ricomparsa della neve ha reso i sentieri di questa montagna estremamente impraticabili, tanto che non so più quando riuscirò a partire. Nel mio piano, intendo recarmi a Lione, dove so bene cosa voglio fare, anche se al momento non ho ancora idea di come procedere.
Avevo preso in considerazione l’idea che mi suggeriteste di stabilirmi in Savoia; durante il mio soggiorno a Bourgoin, chiesi e ottenni un passaporto per tale scopo, ma, avendo ricevuto contemporaneamente alcune informazioni, decisi di non utilizzarlo: ho deciso di trascorrere i miei ultimi giorni in questo regno, lasciando che coloro che hanno potere su di me godano del piacere di soddisfare le loro fantasie fino al mio ultimo respiro.
Non mi trovo nella condizione di dover chiedere denaro ad altri, almeno per il momento; inoltre, nella posizione in cui mi trovo, le spese che faccio non sono molto inferiori a quelle che sostengo viaggiando. Tuttavia, mi dispiace che la vostra offerta di aiuto mi abbia privato della possibilità di ricorrervi quando ne avessi bisogno: la mia massima preferita è quella di non chiedere mai nulla a coloro che mi offrono qualcosa; li punisco per avermi privato di un piacere, togliendomi l’opportunità di accettarlo. E quando vorrò farmi degli amici secondo i miei gusti, non andrò certo a cercarli nel Monomotapa[1037], per quanto possa dire La Fontaine. Questo deriva dal mio particolare modo di pensare: non scuso la sua stranezza, ma devo tenerla in considerazione quando si tratta di decidere cosa accettare o meno. Perché più sono commosso da tutto ciò che mi viene offerto, meno lo sono da ciò che mi viene imposto con insistenza; quindi non accetto mai nulla se non dopo aver resistito a lungo e esser stato “sconfitto” dall’insistenza altrui. Tuttavia, un amico che sia disposto ad obbligarmi secondo i miei desideri, e non i suoi, sarà sempre il benvenuto nel mio cuore. Ammetto però che l’offerta che mi avete fatto merita un’eccezione. E la faccio cercando di dimenticarla, affinché questa nostra amicizia non perda uno dei diritti che dovrebbero derivare dall’ineguaglianza delle fortune.
Il faut assurément que vous soyez peu difficile en ressemblance pour trouver la mienne dans cette figure de cyclope qu’on débite à si grand bruit sous mon nom. Quand il plut à l’honnête M. Hume de me faire peindre en Angleterre, je ne pus jamais deviner son motif, quoique dès-lors je visse assez que ce n’était pas l’amitié. Je ne l’ai compris qu’en voyant l’estampe, et surtout en apprenant qu’on lui en donnait pour pendant une autre représentant ledit M. Hume, qui réellement a la figure d’un cyclope, et à qui l’on donne un air charmant. Comme ils peignent nos visages, ainsi peignent-ils nos âmes avec la même fidélité. Je comprends que les bruyants éloges qu’on vous a faits de ce portrait vous ont subjugué ; mais regardez-y mieux, et ôtez-moi de votre chambre cette mine farouche qui n’est pas la mienne assurément. Les gravures faites sur le portrait peint par La Tour me font plus jeune, à la vérité, mais beaucoup plus ressemblant : remarquez qu’on les a fait disparaître ou contrefaire hideusement. Comment ne sentez-vous pas d’où tout cela vient, et ce que tout cela signifie ?
Voici deux actes d’honnêteté, de justice et d’amitié à faire : c’est à vous que j’en donne la commission.
1° Rey vient de faire une édition de mes écrits, à laquelle, et à d’autres marques, j’ai reconnu que mon homme était enrôlé. J’aurais dû prévoir, et que des gens si attentifs ne l’oublieraient pas, et qu’il ne serait pas à l’épreuve. Entre autres remarques que j’ai faites sur cette édition, j’y ai trouvé, avec autant d’indignation que de surprise, trois ou quatre lettres de M., le comte de Tressan, avec les réponses qui furent écrites il y a une quinzaine d’années au sujet d’une tracasserie de Palissot. Je n’ai jamais communiqué ces lettres qu’au seul Vernes, auquel j’avais alors, et bien malheureusement, la même confiance que celle que j’ai maintenant en vous : depuis lors je ne les ai montrées à qui que ce soit, et ne me rappelle pas même en avoir parlé ; voilà pourtant Rey qui les imprime : d’où les a-t-il eues ? ce n’est certainement pas de moi ; et il ne m’a pas dit un mot de ces lettres, en me parlant de cette édition. Je comprends aisément qu’il n’a pas mieux rempli le devoir d’obtenir l’agrément de M. de Tressan, qui probablement ne l’aurait pas donné non plus que moi. Du cercueil où l’on me tient enfermé tout vivant, je ne puis pas écrire à M. de Tressan, dont je ne sais pas l’adresse, et à qui ma lettre ne parviendrait certainement pas. Je vous prie de remplir ce devoir pour moi. Dites-lui que ce ne serait pas envers lui, que j’honore, que j’aurais enfreint un devoir dont j’ai porté l’observation jusqu’à un scrupule peut-être inouï envers Voltaire, que j’ai laissé falsier[1038] et défigurer mes lettres et taire les siennes, sans que j’aie voulu jusqu’ici montrer ni les unes ni les autres à personne. Ce n’est sûrement pas pour me faire honneur que ces lettres ont été imprimées ; c’est uniquement pour m’attirer l’inimitié de M. de Tressan.
2° J’ai fait, il y a quelques mois, à madame la duchesse douairière de Portland un envoi de plantes que j’avais été herboriser pour elle au mont Pila, et que j’avais préparées avec beaucoup de soin, de même qu’un assortiment de graines que j’y avais joint. Je n’ai aucune nouvelle de madame de Portland ni de cet envoi, quoique j’aie écrit et à elle et à son commissionnaire : mes lettres sont restées sans réponse ; et je comprends qu’elles ont été supprimées, ainsi que l’envoi, par des motifs qui ne vous seront pas difficiles à pénétrer. Les manoeuvres qu’on emploie sont très assorties à l’objet qu’on se propose. Ayez, cher Moultou, la complaisance d’écrire à madame de Portland ce que j’ai fait, et combien j’ai de regret qu’on ne me laisse pas remplir les fonctions du titre qu’elle m’avait permis de prendre auprès d’elle, et que je me faisais un honneur de mériter. Vous sentez que je ne peux pas entretenir des correspondances malgré ceux qui les interceptent. Ainsi là-dessus, comme sur toute chose où la nécessité commande, je me soumets. Je voudrais seulement que mes anciens correspondants sussent qu’il n’y a pas de ma faute, et que je ne les ai pas négligés. La même chose m’est arrivée avec M. Guan, de Montpellier, à qui j’ai fait un envoi sous l’adresse de M. de Saint-Priest. La même chose m’arrivera peut-être avec vous. Accusez-moi du moins, je vous prie, la réception de cette lettre, si elle vous parvient encore : la vôtre, si vous l’écrivez à la réception de la mienne, pourra me parvenir encore ici. Le papier me manque. Mes respects et ceux de ma femme à madame Moultou. Nous vous embrassons conjointement de tout notre coeur. Adieu, cher Moultou.
Lettre CMXXI – À M. Moultou
Monquin, le 6 mars 1770.
Pauvres aveugles que nous sommes ! etc.
Votre lettre, cher Moultou, m’afflige sur votre santé. Vous m’aviez parlé dans la précédente de Votre mal de gorge comme d’une chose passée, et je le regardais comme un de ceux auxquels j’ai moi-même été si sujet, qui sont vifs, courts, et ne laissent aucune trace ; mais si c’est une humeur de goutte j il sera difficile que vous ne vous en ressentiez pas de temps en temps : mais surtout n’allez pas vous mettre dans la tête d’en vouloir guérir ; car ce serait vouloir guérir de la vie, mal que les bons doivent supporter tant qu’il leur reste quelque bien à faire. Du Peyrou, pour avoir voulu droguer la sienne, l’effaroucha, la fit remonter, et ce ne fut pas sans beaucoup de peines que nous parvînmes à la rappeler aux extrémités. Vous savez sans doute ce qu’il faut faire pour cela : j’ai vu l’effet grand et prompt de la moutarde à la plante des pieds ; je vous la recommande en pareille occurrence, dont veuille le ciel vous préserver. Si jeune, déjà la goutte ! que je vous plains ! Si vous eussiez toujours suivi le régime que je vous faisais faire à Môtiers, surtout quanta l’exercice, vous ne seriez point atteint de cette cruelle maladie. Point de soupers, peu de cabinet, et beaucoup de marche dans vos relâches ; voilà ce qu’il me reste à vous recommander.
Ce que vous m’apprenez qui s’est passé dernièrement dans votre ville me fâche encore, mais ne me surprend plus. Comment ! votre Conseil souverain se met à rendre des jugements criminels ! Les rois, plus sages que lui, n’en rendent point. Voilà ces pauvres gens prenant à grands pas le train des Athéniens, et courant chercher la même destinée, qu’ils trouveront, hélas assez tôt sans tant courir. Mais,
« Quos vult perdere Jupiter dementat. »[1039]
Je ne doute point que les natifs ne missent à leurs prétentions l’insolence de gens qui se sentent soufflés et qui se croient soutenus ; mais je doute encore moins que, si ces pauvres citoyens ne se laissaient aveugler par la prospérité, et séduire par un vil intérêt, ils n’eussent été les premiers à leur offrir le partage, dans le fond très juste, très raisonnable, et très avantageux à tous, que les autres leur demandaient. Les voilà aussi durs aristocrates avec les habitants que les magistrats furent jadis avec eux. De ces deux aristocraties j’aimerais encore mieux la première.
Je suis sensible à la bonté que vous avez de vouloir bien écrire à madame de Portland et à M. de Tressan : l’équité, l’amitié, dicteront vos lettres ; je ne suis pas en peine de ce que vous direz. Ce que vous me dites de l’antérieure impression des lettres du dernier disculpe absolument Rey sur cet article, mais n’infirme point, au reste, les fortes raisons que j’ai de le tenir tout au moins pour suspect ; et je connais trop bien les gens à qui j’ai affaire, pour pouvoir croire que, songeant à tant de monde et à tant de choses, ils aient oublié cet homme-là. Ce que vous a dit M. Garcin du bruit qu’il fait de son amitié pour moi n’est pas propre à m’y donner plus de confiance. Cette affectation est singulièrement dans le plan de ceux qui disposent de moi. Coindet y brillait par excellence, et jamais il ne parlait de moi sans verser des larmes de tendresse. Ceux qui m’aiment véritablement se gardent bien, dans les circonstances présentes, de se mettre en avant avec tant d’emphase ; ils gémissent tout bas, au contraire, observent, et se taisent jusqu’à ce que le temps soit venu de parler.
You must surely be quite lenient in matters of resemblance, in order to find any similarity between me and that image of a cyclops that is so loudly touted in my name. When the honest Mr. Hume took it upon himself to have me painted in England, I was never able to fathom his motives, although I soon realized that friendship had nothing to do with it. It was only when I saw the print—and especially when I learned that another portrait of Mr. Hume was being circulated alongside mine—that I understood the truth. Mr. Hume indeed has the appearance of a cyclops, but in that portrait, he is given a charming demeanor. Just as they paint our faces, they depict our souls with equal fidelity. I understand that the excessive praise bestowed upon this portrait must have captivated you; but look at it more closely—and remove from your room that fierce expression that, quite clearly, does not belong to me. The engravings based on La Tour’s painting make me appear younger, indeed, but they also make me much more similar to the original subject: yet notice how those engravings have been deliberately altered or distorted into something hideous. How can you not realize where all this comes from—and what it signifies?
Here are two acts of honesty, justice, and friendship to be performed; I entrust you with the task of carrying them out.
Rey has just published an edition of my writings, in which, as well as in other publications, I discovered that my husband had been enlisted in the military. I should have anticipated this; people so attentive would not have forgotten such a matter, and he would not have ended up undergoing such trials. Among the various remarks I made about this publication, I found, with equal indignation and surprise, three or four letters from M., the Count of Tressan, along with the responses written fifteen years ago regarding some troubles involving Palissot. I had never shared these letters with anyone but Vernes—whom, unfortunately at that time, I trusted just as much as I trust you now. Since then, I have shown them to no one and do not even remember having mentioned them; yet Rey has printed them. Where did he get them? Surely not from me, and he didn’t mention these letters to me when discussing this publication. I easily understand that he failed in his duty to obtain M. de Tressan’s approval, which he probably would not have given any more than I would have. From the tomb in which I am kept imprisoned alive, I am unable to write to M. de Tressan, whose address I do not know, and whose letter would certainly never reach him. Please fulfill this duty for me. Tell him that it was not out of respect for him that I failed in a duty which I pursued with such scrupulous attention—even perhaps unprecedented—toward Voltaire; that I allowed my letters to be falsified and distorted, and his letters to remain untold, without ever intending to show either of them to anyone. Surely these letters were not printed to do me any honor; they were done solely to incur M. de Tressan’s hostility toward me.
2° A few months ago, I sent a shipment of plants that I had collected for the Duchess Dowager of Portland at Mount Pila, preparing them with great care, along with a variety of seeds that I included as well. I have received no news from Madame de Portland or about this shipment, despite my letters to both her and her agent; they remain unanswered. I understand that they, as well as the shipment itself, must have been destroyed for reasons that you will easily grasp. The methods used are entirely in line with the objectives one pursues. Dear Moultou, please inform Madame de Portland of what I have done and how regrettable it is that I am not allowed to fulfill the role she had permitted me to assume at her side, a role I took great pride in fulfilling. You understand that I cannot continue to maintain correspondence when it is intercepted by others. Therefore, on this matter, as on everything else where necessity demands it, I submit myself to your decision. I only wish that my former correspondents would know that it is not my fault and that I have not neglected them. The same thing happened with Mr. Guan of Montpellier; I sent him a shipment using the address of Mr. de Saint-Priest. The same could possibly happen to you as well. Please, at least acknowledge receipt of this letter if it ever reaches you; your reply, if you write it upon receiving mine, may still reach me here. I am running short of paper. My regards, and those of my wife, go to Madame Moultou. We embrace you both with all our heart. Adieu, dear Moultou.
Letter CMXXI – To Mr. Moultou
Monquin, March 6, 1770.
Poor blind fools that we are! etc.
Your letter, dear Moultou, fills me with concern regarding your health. In your last letter, you mentioned your sore throat as something that had passed; I had assumed it to be one of those brief and transient illnesses from which I myself have often suffered, leaving no lasting effects. However, if it is gout, it is likely you will experience flare-ups from time to time. Above all, do not try to cure it yourself, for that would be like trying to escape life itself—a suffering that the good must endure as long as there is still some good left to be done. Der Peyrou, in his attempt to treat his own gout with medication, only made it worse; it took great effort to bring it under control again. You surely know what needs to be done in such cases. I have seen the rapid and effective effects of mustard applied to the feet; I recommend it to you in this situation—may heaven protect you from it. So young, and already afflicted with gout! How I pity you! If you had always followed the regimen I advised you to follow in Môtiers, especially including regular exercise, you would not have fallen victim to this cruel disease. Avoid late dinners, limit your time sitting indoors, and walk plenty during your free time—these are my final recommendations for you.
What you are telling me about what happened recently in your city still irritates me, but it no longer surprises me. How is it possible! Your sovereign Council has begun to render criminal judgments! Kings, who are wiser than it, do not do such things at all. Here we have these poor people rapidly following in the footsteps of the Athenians, rushing toward the same fate—which, alas, they will encounter far sooner than they realize. But.
“Those whom Jupiter wishes to destroy, he first drives mad.” [1039]
I doubt not that the natives in their claims display the arrogance of those who feel themselves being supported and empowered; but I doubt even less that, if these poor citizens had not been blinded by prosperity or seduced by vile interests, they would not have been the first to offer up the share—indeed very fair, reasonable, and beneficial to all—that others were asking for. Here we see them treating the inhabitants just as harshly as the magistrates once did to them. Of these two forms of aristocracy, I would prefer the former by far.
I am grateful for your kindness in deciding to write to Madame de Portland and Monsieur de Tressan; fairness and friendship will guide the content of your letters. I have no difficulty imagining what you might say. What you tell me about the initial impression those letters made absolutely exonerates Rey in this matter, but it does not in any way weaken the strong reasons I have to consider him at least suspicious. And I know too well the people involved to believe that, with so many considerations at stake, they would have forgotten about this man. What Monsieur Garcin said about the rumor regarding his friendship for me does not inspire greater trust in me. Such ostentation is particularly characteristic of those who seek to manipulate me. Coindet was an exception in this regard—he always spoke of me with great tenderness and never failed to shed tears when doing so. Those who truly love me would never, under the present circumstances, seek to highlight their friendship in such a dramatic way; instead, they would quietly observe and remain silent until the time came to speak up.
È certamente perché siete poco esigenti in termini di somiglianza che avete trovato la mia raffigurazione in quella figura di ciclope che viene spesso associata al mio nome. Quando l’onesto signor Hume decise di farmi ritrarre in Inghilterra, non riuscii mai a indovinare il suo scopo, anche se subito capii che non si trattava di amicizia. Solo vedendo la stampa, e soprattutto venendo a sapere che ne era stata realizzata un’altra rappresentante dello stesso signor Hume – il quale in realtà ha davvero l’aspetto di un ciclope, ma viene ritratto con un’espressione affascinante – ho capito tutto. Proprio come dipingono i nostri volti, così dipingono anche le nostre anime, con la stessa fedeltà. Capisco che gli elogi entusiasti ricevuti da questo ritratto vi abbiano conquistato; ma osservatelo meglio. E toglietemi dalla vostra stanza quell’aspetto minaccioso che di certo non è il mio. Le incisioni realizzate sul ritratto dipinto da La Tour mi fanno sembrare più giovane, in effetti, ma molto più somigliante al vero me. Notate però che queste incisioni sono state alterate o deformate in modo orribile. Come potete non capire da dove proviene tutto questo, e cosa significhi?
Ecco due atti di onestà, giustizia e amicizia da compiere: vi affido questa responsabilità.
Il signor Rey ha appena pubblicato una raccolta delle mie opere; in essa, così come in altre pubblicazioni, ho scoperto che il mio uomo era stato arruolato nell’esercito. Avrei dovuto prevederlo. E persone così attente non avrebbero certo dimenticato una cosa del genere, né avrebbe permesso che lui si trovasse in pericolo. Tra le osservazioni che ho fatto riguardo a questa pubblicazione, ho trovato, con tanto sdegno quanto sorpresa, tre o quattro lettere di Monsieur de Tressan, insieme alle risposte che gli avevo inviato circa quindici anni fa riguardo a una questione legata a Palissot. Non avevo mai condiviso queste lettere con nessuno, se non con Vernes. A quel tempo, purtroppo, nutrivo verso di lui la stessa fiducia che ora ho in voi. Da allora non le ho mostrate a nessuno, e non ricordo nemmeno di averne parlato; eppure Rey le ha pubblicate. Da dove le ha ottenute? Di certo non da me. E non mi ha detto nulla al riguardo quando mi ha parlato di questa pubblicazione. Capisco facilmente che non sia riuscito a ottenere il permesso di Monsieur de Tressan. Il quale, probabilmente, non l’avrebbe concesso nemmeno lui. Dal “sepolcro” in cui sono costretto a rimanere prigioniero, non posso scrivere a Monsieur de Tressan, di cui non conosco l’indirizzo, e alla cui lettera comunque non arriverebbe mai. Vi prego di adempiere a questo dovere al mio posto. Ditegli che non è per onorarlo che ho trasgredito un dovere verso di lui. Un dovere che ho rispettato fino a uno scrupolo forse inusitato nei confronti di Voltaire. Ho permesso che le mie lettere venissero falsificate e alterate, e ho taciuto le sue. Senza mai voler mostrare né l’una né l’altra a nessuno. Queste lettere sono state pubblicate sicuramente non per onorarmi, ma unicamente per attirarmi l’inimicizia di Monsieur de Tressan.
2° Qualche mese fa ho inviato alla duchessa vedova di Portland delle piante che avevo raccolto per lei sul monte Pila, preparandole con grande cura, insieme a un assortimento di semi che vi avevo aggiunto. Non ho ricevuto alcuna notizia né dalla signora di Portland né riguardo a quell’invio, nonostante abbia scritto sia a lei che al suo incaricato: le mie lettere sono rimaste senza risposta; presumo siano state distrutte, insieme all’invio stesso, per motivi che non vi saranno difficili da intuire. Le manovre utilizzate sono perfettamente in linea con gli scopi che si perseguono. Vi prego, caro Moultou, di scrivere alla signora di Portland ciò che ho fatto e quanto mi dispiaccia non poter adempiere alle funzioni che lei mi aveva permesso di svolgere al suo fianco, funzioni che consideravo un onore per me. Capite bene che non posso continuare a mantenere corrispondenze quando queste vengono intercettate. Pertanto, su questo come su ogni altra questione in cui la necessità lo richieda, mi sottometto alle circostanze. Vorrei soltanto che i miei vecchi corrispondenti sapessero che non è colpa mia e che non li ho trascurati. La stessa cosa mi è accaduta con il signor Guan di Montpellier, a cui avevo inviato qualcosa indirizzandolo al signor de Saint-Priest. Potrebbe accadere lo stesso anche con voi. Almeno, vi prego, accettate la ricezione di questa lettera, se dovesse ancora raggiungervi; la vostra, se la scrivete in risposta alla mia, potrà comunque arrivare fino a me. Mi manca la carta per scrivere. I miei saluti e quelli di mia moglie vanno alla signora Moultou. Vi abbracciamo entrambi con tutto il nostro cuore. Addio, caro Moultou.
Lettera CMXXI – A Monsieur Moultou
Monquin, 6 marzo 1770.
Poveri ciechi che siamo, ecc.
Caro Moultou, la vostra lettera mi rattrista molto riguardo alla vostra salute. Nella precedente lettera mi avevate parlato del vostro mal di gola come di qualcosa che fosse già passato; io lo consideravo uno di quei disturbi da cui anch’io sono stato spesso affetto: di breve durata e senza lasciare tracce. Tuttavia, se si tratta davvero di un disturbo reumatico, è probabile che vi sentiate colpito di tanto in tanto. Ma soprattutto, non cercate assolutamente di curarlo; sarebbe come voler sconfiggere la stessa vita, quella malattia che i buoni devono sopportare finché hanno ancora qualcosa di buono da compiere. Du Peyrou, cercando di curarsi con dei farmaci, ha solo peggiorato le cose: il disturbo è tornato più violento e ci è voluto molto impegno per farlo ritornare alla normalità. Sicuramente sapete cosa bisogna fare in questi casi. Ho visto l’effetto immediato e potente del pepe di Senape applicato sui piedi; ve lo consiglio caldamente, se mai doveste trovarvi in una situazione simile. Che il cielo vi preservi da questo male. Così giovane, già afflitto dalla gotta. Che tristezza! Se aveste sempre seguito la dieta che vi consigliavo a Môtiers, soprattutto facendo regolarmente esercizio fisico, non sareste mai stato colpito da questa terribile malattia. Niente cene troppo tarde, poco tempo trascorso seduti, e molta attività durante i momenti di riposo. Questo è ciò che posso ancora consigliarvi.
Quello che mi avete raccontato riguardo a quanto è accaduto di recente nella vostra città mi infastidisce ancora, ma ormai non mi sorprende più. Come! Il vostro Consiglio sovrano inizia addirittura a emettere sentenze penali. I re, più saggi di lui, non lo fanno nemmeno. Ecco questi poveri uomini che seguono rapidamente le orme degli Ateniesi, correndo verso la stessa sorte che, ahimè, troveranno molto presto, senza bisogno di correre così tanto. Ma.
“Chi vuole essere perduto da Giove, si renda pazzo.” [1039]
Non dubito affatto che i nativi aggiungano alle loro pretese l’arroganza di coloro che si sentono favoriti e credono di essere sostenuti; ma dubito ancora meno che, se questi poveri cittadini non si lasciassero accecare dalla prosperità e sedurre da un interesse meschino, non sarebbero stati i primi ad offrire loro quella parte, in fondo molto giusta, molto ragionevole e molto vantaggiosa per tutti, che gli altri chiedevano. Ecco dunque aristocratici altrettanto duri nei confronti degli abitanti di questi luoghi quanto lo furono un tempo i magistrati nei loro confronti. Di queste due forme di aristocrazia, preferirei ancora la prima.
Sono grato per la gentilezza che avete dimostrato scrivendo a madame de Portland e a monsieur de Tressan: l’equità e l’amicizia guideranno le vostre lettere; non ho alcun dubbio su ciò che direte. Quello che mi avete raccontato riguardo alle precedenti impressioni suscitate dalle lettere di quell’uomo scusa assolutamente Rey in merito a questa questione, ma non indebolisce affatto le forti ragioni che ho per considerarlo almeno sospetto; conosco troppo bene le persone con cui ho a che fare per credere che, tenendo conto di tante persone e di tante circostanze, possano essersi dimenticati di lui. Quello che mi ha detto monsieur Garcin riguardo al clamore suscitato dalla sua presunta amicizia per me non è certo qualcosa che possa aumentare la mia fiducia in lui: tale atteggiamento è proprio nel carattere di coloro che hanno potere su di me. Coindet, ad esempio, brillava per eccellenza in questo senso; egli non parlava mai di me senza versare lacrime di tenerezza. Coloro che mi amano veramente si astengono, nelle circostanze attuali, dal mettersi in evidenza con tanta enfasi; al contrario, piangono in silenzio, osservano e tacciono fino a quando non arriva il momento giusto per parlare.
Voilà, cher Moultou, ce que je vous prie et vous conseille de faire. Vous compromettre ne serait pas me servir. Il y a quinze ans qu’on travaille sous terre ; les mains qui se prêtent à cette oeuvre de ténèbres la rendent trop redoutable pour qu’il soit permis à nul honnête homme d’en approcher pour l’examiner. Il faut, pour monter sur la mine, attendre qu’elle ait fait son explosion ; et ce n’est plus ma personne qu’il faut songer à défendre, c’est ma mémoire, voilà, cher Moultou, ce que j’ai toujours attendu de vous. Ne croyez pas que j’ignore vos liaisons ; ma confiance n’est pas celle d’un sot, mais celle, au contraire, de quelqu’un qui se connaît en hommes, en diversité d’étoffes d’âmes, qui n’attend rien des Coindet, qui attend tout des Moultou. Je ne puis douter qu’on n’ait voulu vous séduire ; je suis persuadé qu’on n’a fait tout au plus que vous tromper ; mais, avec votre pénétration, vous avez vu trop de choses, et vous en verrez trop encore pour pouvoir être trompé longtemps. Quand vous verrez la vérité, il ne sera pas pour cela temps de la dire ; il faut attendre les révolutions qui lui seront favorables, et qui viendront tôt ou tard. C’est alors que le nom de mon ami, dont il faut maintenant se cacher, honorera ceux qui l’auront porté, et qui rempliront les devoirs qu’il leur impose. Voilà ta tâche, ô Moultou • elle est grande, elle est belle, elle est digne de toi, et depuis bien des années mon coeur t’a choisi pour la remplir.
Voici peut-être la dernière fois que je vous écrirai. Vous devez comprendre combien il me serait intéressant de vous voir : mais ne parlons plus de Chambéry ; ce n’est pas là où je suis appelé. L’honneur et le devoir crient ; je n’entends plus que leur voix[1040]. Adieu : recevez l’embrassement que mon coeur vous envoie. Toutes mes lettres sont ouvertes ; ce n’est pas là ce qui me fâche, mais plusieurs ne parviennent pas. Faites en sorte que je sache si celle-ci aura été plus heureuse. Vous n’ignorerez pas où je serai, mais je dois vous prévenir qu’après avoir été ouvertes à la poste, mes lettres le seront encore dans la maison où je vais loger. Adieu derechef. Nous vous embrassons l’un et l’autre avec toute la tendresse de notre coeur. Nos hommages et respects les plus tendres à madame. Il est vrai que j’ai cherché à me défaire de mes livres de botanique, et même de mon herbier. Cependant, comme l’herbier est un présent, quoique non tout-à-fait gratuit, je ne m’en déferai qu’à la dernière extrémité, et mon intention est de le laisser, si je puis, à celui qui me l’a donné, augmenté de plus de trois cents plantes que j’y ai ajoutées.
Lettre CMXXIII – À M. de Cesarges
[1041]
Monquin, fin d’avril 1770.
Pauvres aveugles que nous sommes ! etc.
Je vous avoue, monsieur, que, vous connaissant pour un gentilhomme plein d’honneur et de probité, je n’apprends pas sans surprise la tranquillité avec laquelle vous avez souffert en mon absence les outrages atroces que ma femme a reçus du bandit en cotillon auquel madame de Cesarges a jugé à propos de nous livrer, après nous avoir ôté les gens qu’elle nous avait tant vantés elle-même, et avec qui nous vivions en paix.
Je sais bien, monsieur, qu’on vous taxe d’avoir peu d’autorité chez-vous, et que le capitaine Vertier vous a subjugué, dit-on, comme les autres ; mais je ne vous aurais jamais cru dénué de crédit dans votre propre maison, au point de n’y pouvoir procurer la sûreté aux hôtes que vous y avez placés vous-même. Puisqu’en cela toutefois je me suis trompé, puisque vous ne pouvez vous délivrer des mains des susdits bandits en cotillon, et puisque madame de Cesarges elle-même ne voit d’autre remède aux mauvais traitements que je puis recevoir des gens qui dépendent d’elle que d’en être désolée, ne trouvez pas mauvais, jusqu’à ce que je puisse me procurer un autre demeure, que, réduit à moi seul pour toute ressource, je tâche de me faire la justice que je ne puis obtenir, en pourvoyant de mon mieux à ma propre défense et à la protection que je dois à ma femme. Que s’il en arrive du scandale dans votre maison, je vous prends vous-même à témoin qu’il n’y aura pas de ma faute, puisque, ne pouvant, sans manquer à moi-même et à ma femme, éviter d’en venir là, je ne l’ai fait[1042] cependant qu’à la dernière extrémité, et après vous en avoir prévenu.
Lettre CMXXV – À M. de La Tourette
[1044]
Lyon, le 2 juin 1770.
J’apprends, monsieur, qu’on a formé le projet d’élever une statue à M. de Voltaire, et qu’on permet à tous ceux qui sont connus par quelque ouvrage imprimé de concourir à cette entreprise. J’ai payé assez cher le droit d’être admis à cet honneur pour oser y prétendre, et je vous supplie de vouloir bien interposer vos bons offices pour me faire inscrire au nombre des souscrivants. J’espère, monsieur, que les bontés dont vous m’honorez, et l’occasion pour laquelle je m’en prévaux ici, vous feront aisément pardonner la liberté que je prends. Je vous salue, monsieur, très humblement et de tout mon coeur.
Lettre CMXXVII – Au même
À Lyon, 19 avril 1770.[1045]
J’ai reçu, monsieur, avec la lettre dont vous m’avez honoré le 16 du mois dernier, celle que vous avez eu la bonté de me faire parvenir d’envoi de M. de T, à qui, selon vos intentions, j’en accuse la réception. C’est une réponse de madame de Portland, qui me donne avis de la réception des plantes que je lui ai envoyées, il y a près de six mois. Après un voyage assez désagréable, je suis arrivé ici en assez bonne santé, de même que ma femme, qui, pénétrée de vos bontés, me charge de vous en marquer sa très humble reconnaissance. Je vous prie aussi, monsieur, de vouloir témoigner la mienne à madame de Saint-Germain., en lui faisant agréer mon respect. Vous connaissez, monsieur, toute ma confiance en votre bienveillance, et je me flatte que vous connaissez aussi combien j’y suis sensible et disposé à m’en prévaloir en toute occasion, sans crainte de vous déplaire. Des inconvénients que j’aurais dû prévoir retardent ma marche, sans rien changer à mes résolutions. Je prends la liberté de me recommander à votre souvenir, et de vous assurer que rien n’affaiblira jamais les sentiments immortels que vous m’avez inspirés.
Observation
Il y a probablement erreur de date. Au lieu du 19 avril, cette lettre doit être du 19 juin. Au mois d’avril Rousseau n’avait point fait de voyage ; il passa ce mois tout entier à Monquin. En la supposant du 19 juin, les circonstances dont il parle se trouvent expliquées.
Lettre CMXXVIII – À Madame B.
Paris, le 7 juillet 1770.
Deux raisons, madame, outre le tracas d’un débarquement, m’ont empêché d’aller vous voir à mon arrivée : la première, que vous m’avez écrit vous-même que, quand même nous serions rapprochés, nous ne pourrions pas nous voir ; l’autre, que je suis déterminé à n’avoir aucune relation avec quiconque en a avec madame de***. C’est à vous, madame, à m’instruire si ces deux obstacles existent ou non : s’ils n’existent pas, j’irai avec le plus vif empressement contenter le besoin de vous voir, que me donna la première lettre que vous me fîtes l’honneur de m’écrire, et qu’ont augmenté toutes les autres. Un rendez-vous au spectacle ne saurait me convenir, parce que, bien éloigné de vouloir me cacher, je ne veux pas non plus me donner en spectacle moi-même ; mais s’il arrivait que le hasard nous y conduisît en même jour, et que je le susse, ne doutez pas que je ne profitasse avec transport du plaisir de vous y voir, et même que je ne me présentasse à votre loge, si j’étais sûr que cela ne vous déplût pas. Je suis affligé d’apprendre votre prochain départ. Est-ce pour augmenter mon regret que vous me proposez de vous suivre en Nivernois ? Bonjour, madame, donnez-moi de vos nouvelles et vos ordres durant le séjour qui vous reste à faire à Paris ; donnez-moi votre adresse en province, et souvenez-vous de moi quelquefois.
Pas un mot du prétendu opéra qu’on dit que je vais donner. J’espère que de sa vie J. J. Rousseau n’aura plus rien à démêler avec le public. Quand quelque bruit court de moi, croyez toujours exactement le contraire, vous vous tromperez rarement.
Lettre CMXXXI – À Madame La Tour
Paris, 4 septembre 1770.
Je n’accepte point, madame, l’honneur que vous voulez me faire. Je ne suis pas logé de manière à pouvoir recevoir des visites de dames, et les vôtres ne pourraient manquer d’être aussi gênantes pour ma femme et pour moi, qu’ennuyeuses pour vous.
Here, dear Moultou, is what I ask of you and advise you to do. If you were to compromise, it would not serve me at all. For fifteen years we have been working underground; those hands that take part in this dark enterprise have made it too dangerous for any honest man to approach it even to examine it. To enter the mine, one must wait until it has exploded. And now, what needs defending is no longer my person, but my memory. That is, dear Moultou, what I have always expected from you. Do not think that I am ignorant of your connections; my trust is not that of a fool, but rather that of someone who knows how men are, who understands the diversity of human natures. I expect nothing from the Coindets—but everything from the Moultous. I have no doubt that someone has tried to seduce you; I am convinced that at most they have managed to deceive you. But with your keen insight, you have seen too much already, and you will see even more in the future, so that you cannot be deceived for long. When you discover the truth, it will not yet be time to speak of it. We must wait for the revolutions that will be favorable to it—and they will come, sooner or later. Then, the name of my friend, which must remain hidden for now, will bring honor to those who bear it and fulfill the duties it imposes upon them. This is your task, oh Moultou—great, beautiful, and worthy of you. For many years now, my heart has chosen you to carry it out.
This may be the last time I write to you. You must understand how much it would mean to me to see you again; but let us not talk about Chambéry anymore—that is not where my calling lies. Honor and duty call me elsewhere; I hear only their voices[1040]. Adieu; receive the embrace that my heart sends to you. All my letters have been opened; it is not that which bothers me, but several of them have not arrived. Please let me know if this one has been more successful in reaching you. You certainly know where I will be, but I must inform you that after being opened at the post office, my letters will also be opened at the house where I am going to stay. Adieu once more. We both embrace you with all the tenderness of our hearts. Our most heartfelt regards and respects go to madame. It is true that I have tried to get rid of my botany books and even my herbarium. However, since the herbarium is a gift, albeit not entirely free, I will only part with it in extreme necessity. My intention is to leave it, if possible, with the person who gave it to me, along with more than three hundred additional plants that I have added to it.
Letter CMXXIII – To Mr. de Cesarges
[1041]
Monquin, late April 1770.
Poor blind fools that we are! etc.
I must confess to you, sir, that since I know you to be a gentleman of great honor and integrity, I am truly surprised by the calmness with which you endured, in my absence, those horrible insults that my wife suffered at the hands of that bandit in women’s clothing—whom Madame de Cesarges deemed appropriate to hand over to us, after having removed the people she had herself praised so highly and with whom we lived in peace.
I am well aware, sir, that you are accused of lacking authority in your own home, and that Captain Vertier is said to have subdued you just like the others; but I would never have believed you to be so devoid of credibility in your own household as to be unable to ensure the safety of those guests you yourself had taken in. Since I have erred in this regard, since you are unable to free yourself from the clutches of these bandits, and since even Madame de Cesarges sees no other remedy for the ill treatment I am suffering at the hands of people who depend on her than to feel sorry for me, please do not mind if, until I can find another residence, I try my best, with only myself as my support, to secure for myself the justice that I cannot otherwise obtain by taking every possible measure to protect myself and provide for the safety of my wife. Should any scandal arise in your household as a result, I take you as witness that it will not be my fault—for, since I could not avoid this outcome without putting myself and my wife in danger, I did so only as a last resort, after having warned you beforehand.
Letter CMXXV – To Mr. de La Tourette
[1044]
Lyon, June 2, 1770.
I learn, sir, that a plan has been made to erect a statue in honor of Mr. de Voltaire, and that anyone who is known through any published work is allowed to participate in this endeavor. I have paid a considerable price for the privilege of being included in such an honor, and I beg you to use your good offices to ensure my name is added among those who will contribute to its realization. I hope, sir, that the kindness you are showing me, and the reason for which I am addressing you here, will easily forgive the liberty I take in doing so. I salute you very humbly and from the bottom of my heart.
Letter CMXXVII – To the Same One
In Lyon, on April 19, 1770.[1045]
Sir, I received, along with the letter you had the kindness to send me on the 16th of last month, also the one you had taken the trouble to forward from Mr. de T. In accordance with your wishes, I hereby confirm its receipt. It is a reply from Madame de Portland, informing me that she has received the plants I sent her nearly six months ago. After a rather unpleasant journey, my wife and I arrived here in fairly good health. Deeply grateful for your kindnesses, my wife asks me to convey her most humble thanks to you. I also request you, sir, to express my own gratitude to Madame de Saint-Germain and to assure her of my respect. You are well aware of my complete trust in your benevolence, and I am pleased that you also understand how deeply I appreciate it and am always willing to draw upon it whenever necessary, without fear of offending you. Some unforeseen difficulties have delayed my progress, but this in no way alters my resolve. I take the liberty of reminding you of myself and assuring you that nothing will ever weaken the eternal affection you have inspired in me.
Observation
There is probably a date error. Instead of April 19th, this letter must be dated June 19th. In April, Rousseau had not undertaken any travels; he spent the entire month in Monquin. If we assume it was written on June 19th, the circumstances he mentions are then explained.
Letter CMXXVIII – To Madame B.
Paris, July 7, 1770.
Madam, there are two reasons, in addition to the troubles associated with a landing, that prevented me from coming to see you upon my arrival: first, because you yourself had written to me that, even if we were brought closer together, it would still be impossible for us to meet; second, because I am determined not to have any dealings with anyone who has relations with Madame de***. It is up to you, madam, to tell me whether these two obstacles truly exist or not. If they do not, I will go with the greatest eagerness to fulfill the desire to see you that was aroused by your first letter to me and that has only grown stronger with all the subsequent ones. An appointment at a theater would not suit me at all; far from wishing to hide, I also do not wish to become the object of attention myself. However, if by chance we happened to be there on the same day and I learned of it, do not doubt that I would gladly take the pleasure of seeing you there—even going so far as to present myself at your box, if I were certain it would not displeasure you. I am saddened to hear of your upcoming departure. Is it perhaps with the intention of increasing my regret that you are suggesting I accompany you to Nivernois? Goodbye, madam. Please let me know how you are and give me your instructions during your stay in Paris. Also, please provide me with your address in the province, and remember me from time to time.
Not a single word about the so-called opera that people say I am going to perform. I hope that in his lifetime, J. J. Rousseau will never have anything to do with the public again. Whenever there is any rumor about me, always believe the exact opposite—rarely will you be wrong.
Letter CMXXXI – To Madame La Tour
Paris, September 4, 1770.
Madam, I cannot accept the honor you wish to offer me. My residence is not suitable for receiving ladies, and your visits would undoubtedly cause both my wife and myself considerable inconvenience, as well as be tedious for you.
Ecco, caro Moultou, ciò che ti chiedo e ti consiglio di fare. comprometterti non significherebbe aiutarmi. Da quindici anni lavoriamo sottoterra; le mani che si dedicano a quest’opera oscura la rendono troppo pericolosa perché sia permesso a un uomo onesto avvicinarsi per esaminarla. Per salire in miniera, bisogna aspettare che abbia avuto luogo l’esplosione; e non è più la mia persona che dobbiamo proteggere, ma la mia memoria. Ecco, caro Moultou, ciò che ho sempre atteso da te. Non credere che ignori le tue connessioni; la mia fiducia non è quella di uno sciocco, ma al contrario, quella di qualcuno che conosce bene gli uomini, la diversità delle loro nature. Non aspetto nulla dai Coindet, ma tutto dai Moultou. Non posso dubitare che qualcuno abbia cercato di sedurti; sono convinto che non abbia fatto altro che ingannarti. Ma, con la tua perspicacia, hai visto troppe cose, e ne vedrai ancora molte altre per poter essere ingannato a lungo. Quando scoprirai la verità, non sarà ancora il momento di rivelarla; bisogna aspettare le rivoluzioni che saranno favorevoli ad essa. E queste arriveranno, prima o poi. Solo allora il nome del mio amico, che ora deve rimanere nascosto, onorerà coloro che lo avranno portato e che compiranno i doveri che esso loro impone. Questa è la tua missione, oh Moultou: è grande, bella, ed è degna di te. Da molti anni il mio cuore ti ha scelto per compierla.
Forse questa è l’ultima volta che vi scrivo. Dovete capire quanto mi sarebbe interessante rivedervi. Ma non parliamo più di Chambéry: non è là che sono chiamato. L’onore e il dovere gridano; non sento altro che la loro voce[1040]. Addio. Ricevete l’abbraccio che il mio cuore vi manda. Tutte le mie lettere sono aperte; non è questo ciò che mi infastidisce, ma molte di esse non arrivano mai a destinazione. Fate in modo che io sappia se anche questa sarà più fortunata. Non ignorate certo dove sarò, ma devo avvertirvi che, dopo essere state aperte all’ufficio postale, le mie lettere verranno ancora aperte nella casa in cui andrò ad abitare. Addio ancora una volta. Vi abbracciamo entrambi con tutta la tenerezza del nostro cuore. I nostri più affettuosi saluti e rispetto a madama. È vero che ho cercato di sbarazzarmi dei miei libri di botanica, e persino del mio erbario. Tuttavia, poiché l’erbario è un regalo, anche se non del tutto gratuito, non mi disfarò di esso se non nella massima necessità. E intendo lasciarlo, se possibile, a colui che me lo ha donato, arricchito di oltre trecento piante che vi ho aggiunto.
Lettera CMXXIII – A Monsieur de Cesarges
[1041]
Monquin, fine aprile 1770.
Poveri ciechi che siamo, ecc.
Vi confesso, signore, che, conoscendovi come un gentiluomo pieno di onore e integrità, non posso fare a meno di rimanere sorpreso dalla tranquillità con cui avete sopportato, in mia assenza, le atroci offese che mia moglie ha subito da quel bandito. Quel bandito di cui madame de Cesarges ha ritenuto opportuno consegnarci, dopo averci privati delle persone di cui ci aveva tanto parlato e con le quali vivevamo in pace.
So bene, signore, che si dice che voi abbiate poca autorità in casa vostra e che il capitano Vertier vi abbia sottomesso, come ha fatto con gli altri; ma non avrei mai creduto che foste privo di qualsiasi influenza nella vostra stessa dimora, al punto di non riuscire a garantire la sicurezza agli ospiti che voi stesso vi siete assunto il compito di accogliere. Poiché in questo mi sono sbagliato, poiché non siete in grado di liberarvi dalle mani di quei banditi, e poiché nemmeno madame de Cesarges vede altra soluzione ai maltrattamenti che ricevo da persone che dipendono da lei se non quella di rattristarsi per quanto mi accade. Non trovate quindi nulla di male nel fatto che, finché non riesco a trovare un’altra residenza, io, ridotto a contare solo su me stesso, tenti almeno di garantirmi la giustizia che non posso ottenere in altro modo, provvedendo nel miglior modo possibile alla mia difesa e alla protezione di mia moglie. Se dovesse sorgere qualche scandalo nella vostra casa, vi prendo come testimone che non sarà colpa mia: poiché, senza mettere a rischio me stesso e mia moglie, non avrei potuto evitare di arrivare a questo punto. E l’ho fatto soltanto nell’estrema necessità, dopo avervi previsto in anticipo.
Lettera CMXXV – A Monsieur de La Tourette
[1044]
Lione, 2 giugno 1770.
Signore, vengo a sapere che è stato concepito il progetto di erigere una statua in onore del signor de Voltaire, e che tutti coloro che sono noti per qualche opera pubblicata possono partecipare a questa iniziativa. Ho pagato un prezzo abbastanza alto per ottenere il diritto di partecipare a questo onore, quindi oso chiedervelo: vi prego di intervenire affinché io possa essere iscritto tra i sostenitori di questo progetto. Spero, signore, che la gentilezza con cui mi onorate e l’occasione per la quale mi rivolgo a voi vi facciano facilmente perdonare la libertà che mi prendo. Vi saluto umilmente e con tutto il mio cuore.
Lettera CMXXVII – Allo stesso.
A Lione, 19 aprile 1770.[1045]
Signore, insieme alla lettera che mi avete inviato il 16 dello scorso mese, ho ricevuto anche quella che avete gentilmente fatto pervenire da parte di Monsieur de T; come previsto dalle vostre intenzioni, ne attesto la ricezione. Si tratta di una risposta della signora de Portland, nella quale mi comunica di aver ricevuto le piante che le avevo inviato circa sei mesi fa. Dopo un viaggio piuttosto sgradevole, sono arrivato qui in buona salute, così come mia moglie, la quale, profondamente riconoscente per le vostre gentilezze, mi incarica di esprimervi la sua più umile gratitudine. Vi prego anche voi, signore, di trasmettere i miei ringraziamenti alla signora de Saint-Germain, facendole conoscere il mio rispetto. Conoscete bene tutta la mia fiducia nella vostra bontà, e sono certo che sappiate anche quanto io ne sia consapevole e disposto a farvi ricorso in qualsiasi occasione, senza temere di offendervi. Alcuni inconvenienti che avrei dovuto prevedere ritardano il mio viaggio, ma ciò non altera affatto le mie risoluzioni. Mi permetto quindi di raccomandarmi ancora una volta alla vostra memoria e di assicurarvi che i sentimenti immortali che mi avete ispirato non diminuiranno mai.
Osservazione.
È probabile che ci sia un errore di data: invece del 19 aprile, questa lettera dovrebbe essere del 19 giugno. A maggio Rousseau non aveva intrapreso alcun viaggio; trascorse l’intero mese a Monquin. Se la si considera datata al 19 giugno, le circostanze di cui parla trovano una spiegazione logica.
Lettera CMXXVIII – A Madama B.
Parigi, 7 luglio 1770.
Signora, due ragioni, oltre ai problemi legati al mio sbarco, mi hanno impedito di venire a trovarvi al mio arrivo: la prima è che voi stessa mi avevate scritto che, anche se fossimo stati riavvicinati, non avremmo potuto incontrarci; la seconda è che sono deciso a non avere alcun rapporto con chiunque abbia rapporti con madame de***. È a voi, signora, che spetta dirmi se questi due ostacoli esistono davvero: se non esistono, andrò con grande piacere ad assolvere il desiderio di vedervi, un desiderio nato dalla prima lettera che avete avuto la gentilezza di scrivermi e che è stato ulteriormente rafforzato da tutte le altre. Un appuntamento al teatro non mi andrebbe bene, perché, sebbene non abbia alcuna intenzione di nascondermi, non voglio nemmeno esibirmi; ma se per caso il destino ci portasse lì lo stesso giorno e io lo venissi a sapere, non dubitate che approfitterei con grande gioia dell’opportunità di vedervi, anzi, potrei anche presentarmi al vostro palco, se fossi sicuro che questo non vi dispiacesse. Sono molto addolorato nell’apprendere della vostra imminente partenza. È forse per aumentare il mio rimpianto che mi proponete di seguirti nel Nivernois? Addio, signora; fatemi sapere come state e quali sono i vostri piani durante il soggiorno che vi resta a Parigi; comunicatemi anche l’indirizzo dove vi troverete in provincia, e ricordatevi di me di tanto in tanto.
Nessuna parola riguardo a quella cosiddetta opera che si dice io intenda rappresentare. Spero che, per il resto della sua vita, J.-J. Rousseau non abbia più nulla a che fare con il pubblico. Quando circolano voci su di me, credete sempre esattamente il contrario: molto raramente vi sbaglierete.
Lettera CMXXXI – A Madame La Tour
Parigi, 4 settembre 1770.
Signora, non accetto l’onore che vorreste farmi. Non abito in modo tale da poter ricevere visite di signore, e le vostre visite sarebbero sicuramente tanto imbarazzanti per mia moglie e per me, quanto noiose per voi.
L’inconvénient que vous trouvez vous-même à recevoir les miennes suffirait pour m’engager à m’en abstenir, et tout autre détail serait superflu. Agréez, madame, je vous supplie, mes salutations et mon respect.
Lettre CMXXXIII – À Madame de Créqui
Ce dimanche matin (septembre 1770).[1046]
Vous m’affligez, madame, en désirant de moi une chose qui m’est devenue impossible. Elle peut un jour cesser de l’être. Tous les obscurs complots des hommes, leurs longs succès, leurs ténébreux triomphes, ne me feront jamais désespérer de la Providence ; et, si son oeuvre se fait de mon vivant, je n’oublierai pas votre demande, ni le plaisir que j’aurai d’y acquiescer. Jusque-là, permettez, madame, que je vous conjure de ne m’en plus reparler.
Ma femme est comblée de l’honneur que vous lui faites de penser à elle, et de votre obligeante invitation. Si elle était un peu plus allante, elle en profiterait bien vite, moins pour voir le jardin que pour faire sa révérence à la maîtresse ; mais elle est d’une paresse incroyable à sortir de sa chambre, et j’ai toutes les peines du monde à obtenir, cinq ou six fois l’année, qu’elle veuille bien venir promener avec moi : au reste, elle partage tous mes sentiments, madame, et surtout ceux de respect et d’attachement dont mon coeur est et sera pénétré pour vous jusqu’à mon dernier soupir. Je me proposais de vous porter ma réponse moi-même, mais des contrariétés me font prendre le parti d’envoyer toujours ce mot devant.
Lettre CMXXXV – À la même
Ce vendredi matin (Paris 1770).
Vous ne m’imposez pas, madame, une tâche aisée en m’ordonnant de vous montrer Émile dans cette île où l’on est vertueux sans témoins, et courageux sans ostentation. Tout ce que j’ai pu savoir de cette île étrangère, est qu’avant d’y aborder on n’y voit jamais personne ; qu’en y arrivant on est encore fort sujet à s’y trouver seul ; mais qu’alors on se console aussi sans peine du petit malheur de n’y être vu de qui que ce soit. En vérité, madame, je crois que, pour voir les habitantes de cette île il faut les chercher soi-même, et ne s’en rapporter jamais qu’à soi. Je vous ai montré mon Émile en chemin pour y arriver ; le reste de la route vous sera bien moins difficile à faire seule qu’à moi de vous y guider.
Je vous remercie, madame, de la chanson que vous avez eu la bonté de m’envoyer, et je vous demande pardon de ne l’avoir pas trouvée, à ma propre lecture, aussi jolie que quand vous nous la lisiez : la versification m’en paraît contrainte ; je n’y trouve ni douceur ni chaleur : le pénultième couplet est le seul où je trouve du naturel et du sentiment ; dans le premier couplet, le premier vers est gâté par le second ; les deux premiers vers du quatrième couplet sont tout-à-fait louches ; il fallait dire : Si l’on ne parle d’elle à tout moment, on parle une langue qui m’est étrangère. S’il faut être clair quand on parle, il faut être lumineux quand on chante. La lenteur du chant efface les liaisons du sens, à moins qu’elles ne soient très marquées. Je ne renonce pourtant pas à faire l’air que vous désirez ; mais, madame, je voudrais que vous eussiez la bonté de faire faire quelques corrections aux paroles, car pour moi cela m’est impossible ; et même, si vous ne trouvez pas mes observations justes, je les abandonne, et ferai l’air sur la chanson telle qu’elle est. Ordonnez, j’obéirai.
Lettre CMXXXVII – À M. Dutens
Paris, le 8 novembre 1770.
Post tenebras lux.
Je suis aussi touché, monsieur, de vos soins obligeants que surpris du singulier procédé de M. le colonel Roguin. Comme il m’avait mis plusieurs fois sur le chapitre de la pension dont m’honora le roi d’Angleterre, je lui racontai historiquement les raisons qui m’avaient fait renoncera cette pension. Il me parut disposé à agir pour faire cesser ces raisons, je m’y opposai ; il insista, je le refusai plus fortement, et je lui déclarai que, s’il faisait là-dessus la moindre démarche, soit en mon nom, soit au sien, il pouvait être sûr d’être désavoué, comme le sera toujours quiconque voudra se mêler d’une affaire sur laquelle j’ai depuis longtemps pris mon parti. Soyez persuadé, monsieur, qu’il a pris sous son bonnet la prière qu’il vous a faite d’engager le comte de Rochford à me faire réponse, de même que celle de prendre des mesures pour le paiement de la pension. Je me soucie fort peu, je vous assure, que le comte de Rochford me réponde ou non ; et quant à la pension, j’y ai renoncé, je vous proteste, avec autant d’indifférence que je l’avais acceptée avec reconnaissance. Je trouve très bizarre qu’on s’inquiète si fort de ma situation, dont je ne me plains point, et que je trouverais très heureuse si l’on ne se mêlait pas plus de mes affaires que je ne me mêle de celles d’autrui. Je suis, monsieur, très sensible aux soins que vous voulez bien prendre en ma faveur, et à la bienveillance dont ils sont le gage ; et je m’en prévaudrais avec confiance en toute autre occasion, mais dans celle-ci je ne puis les accepter ; je vous prie de ne vous en donner aucuns pour cette affaire, et de faire en sorte que ce que vous avez déjà fait soit comme non avenu. Agréez, je vous supplie, mes actions de grâces, et soyez persuadé, monsieur, de toute ma reconnaissance et de tout mon attachement.
Lettre CMXXXIX – À M. L.D.M
Paris, le 23 novembre 1770.
… Oui, le cruel moment où cette lettre fut écrite fut celui où, pour la première et l’unique fois, je crus percer le sombre voile du complot inouï dont je suis enveloppé ; complot dont, malgré mes efforts pour en pénétrer le mystère, il ne m’était venu jusqu’alors la moindre idée, et dont la trace s’effaça bientôt dans mon esprit au milieu des absurdités sans nombre dont je le vis environné. La violence de mes idées, et le trouble où elles me plongèrent à cette découverte, m’ont plutôt laissé le souvenir de leur impression que celui de leur tissu. Pour en bien juger, il faudrait avoir présents à l’esprit tous les détails de la situation où j’étais pour lors, et toutes les circonstances qui la rendaient accablante : seul, sans appui, sans conseil, sans guide, à la merci des gens chargés de disposer de moi, livré par leur soin à la haine publique que je voyais, que je sentais en frémissant, sans qu’il me fût possible d’en apercevoir, d’en conjecturer au moins la cause, pas même, ce qui parait incroyable, de savoir les nouvelles publiques et de lire les gazettes ; environné des plus noires ténèbres, à travers lesquelles je n’apercevais que de sinistres objets ; confiné pour tout asile, aux approches de l’hiver, dans un méchant cabaret ; et d’autant plus effrayé de ce qui venait de m’arriver à Trye, que j’en voyais la suite et l’effet à Grenoble.
L’aventure de Thevenin, que j’attribuais aux intrigues des Anglais et des gens de lettres, m’apprit que ces intrigues venaient de plus près et de plus haut. J’avais cru ce Thevenin aposté seulement par le sieur Bovier ; j’appris par hasard que Bovier n’agissait dans cette affaire que par l’ordre de M. l’intendant ; ce qui ne me donna pas peu à penser. M. de Tonnerre, après m’avoir hautement promis toute la protection dont j’avais besoin pour approfondir cette affaire, me pressa de la suivre, et me proposa le voyage de Grenoble pour m’aboucher avec ledit Thevenin. La proposition me parut bizarre après les preuves péremptoires que j’avais données. J’y consentis néanmoins. Quand j’eus fait ce voyage, et que, malgré mon ineptie, son imposture fut parvenue au plus haut degré d’évidence, M. de Tonnerre, oubliant l’assurance qu’il m’avait donnée, m’offrit de punir ce malheureux par quelques jours de prison, ajoutant qu’il ne pouvait rien de plus. Je n’acceptai point cette offre, et l’affaire en demeura-là. Mais il resta clair, par l’expérience, qu’un imposteur adroit pourrait m’embarrasser, et que je manquais souvent du sang-froid et de la présence d’esprit nécessaires pour me démêler de ses ruses. Je crus aussi m’apercevoir que c’était là ce qu’on avait voulu savoir et que cette connaissance influait sur les intrigues dont j’étais l’objet. Cette idée m’en rappela d’autres auxquelles jusqu’alors j’avais fait peu d’attention, et des multitudes d’observations que j’avais rejetées comme les vaines inquiétudes d’une imagination effarouchée par mes malheurs.
The inconvenience you yourself experience in receiving mine would be sufficient to persuade me to refrain from doing so; any other considerations would be unnecessary. Please accept, madam, my greetings and respect.
Letter CMXXXIII – To Madame de Créqui
On this Sunday morning (September 1770). [1046]
You distress me, madam, by asking of me something that has become impossible for me. Yet it may one day become possible again. All the dark schemes of mankind, their long-term successes, their sinister triumphs—none of these will ever make me lose faith in Providence; and if its plan is fulfilled during my lifetime, I shall not forget your request, nor the pleasure I would take in fulfilling it. Until then, please allow me to urge you not to mention it anymore.
My wife is deeply honored by the fact that you have thought of her and by your kind invitation. If she were a bit more willing to go out, she would take advantage of it immediately—not so much to see the garden as to pay her respects to you; but she is incredibly lazy when it comes to leaving her room, and it takes me great effort to get her to agree to come for a walk with me just five or six times a year. Nevertheless, she shares all my feelings, madam—especially those of respect and affection which my heart holds for you and will always hold for you until my last breath. I had intended to bring your reply to you in person, but some difficulties have forced me to send this letter ahead of time.
Letter CMXXXV – To the Same One
This Friday morning (Paris, 1770).
Madam, you are not imposing upon me an easy task by ordering me to show you Émile on this island where virtue is practiced without witnesses and courage is displayed without ostentation. All I have been able to learn about this strange island is that no one is ever seen there before arriving; that once there, one is still very likely to find oneself alone; but that in such cases, one can easily console oneself for the small misfortune of not being observed by anyone. In truth, madam, I believe that in order to see the inhabitants of this island, one must seek them oneself and never rely on anything but one’s own efforts. I showed you my Émile on the way there; the rest of the journey will be far less difficult for you to make alone than it would have been for me to guide you.
Thank you, madam, for the song you took the trouble to send me. I apologize for not finding it as beautiful upon my own reading as it seemed when you performed it for us: the versification seems forced to me; I detect neither sweetness nor warmth in it. The penultimate stanza is the only one that possesses naturalness and emotion. In the first stanza, the first line is ruined by the second; the first two lines of the fourth stanza are utterly flawed. It should have read: “If one does not speak of her at all times, one speaks a language that is foreign to me.” If clarity is required in speech, then brilliance is necessary in song. The slowness of singing tends to erase the logical connections between words, unless they are particularly emphasized. Nevertheless, I am not willing to abandon attempting to create the effect you desire; but, madam, I would ask you to kindly have the lyrics revised, as it is impossible for me to do so myself. Even if you do not consider my observations valid, I will accept them and perform according to the original song. Please give your orders; I will obey.
Letter CMXXXVII – To Mr. Dutens
Paris, November 8, 1770.
“After darkness comes light.”
I am equally moved, sir, by your kind attentions as surprised by the peculiar manner in which Colonel Roguin proceeded. Since he had several times brought up the matter of the pension granted to me by the King of England, I explained to him historically the reasons that had led me to renounce it. He seemed willing to take action to eliminate those obstacles, but I opposed such measures; he insisted, and I refused even more firmly, declaring to him that if he took any step in this regard, whether in my name or his own, he could be certain of encountering my outright rejection—just as anyone who attempts to interfere in a matter on which I have long taken a firm stance will always suffer the same fate. Please believe me, sir, that he has taken my request to ask Count Rochford to respond to me, as well as my request for measures to be taken regarding the payment of my pension, seriously into consideration. I assure you that I care very little whether Count Rochford responds or not; and as for the pension itself, I renounced it with just as much indifference as I had previously accepted it with gratitude. It strikes me as utterly bizarre that people should worry so much about my situation, which I have no cause to complain about at all; on the contrary, I would be very pleased if they would leave my affairs alone just as I refrain from meddling in theirs. Sir, I am deeply grateful for the kindness you show toward me, and for the evidence of your goodwill; under other circumstances, I would have taken full advantage of it with confidence. But in this matter, I cannot accept it. I beg you to cease any further efforts on my behalf and to ensure that what you have already done is considered as if it had never happened. Please accept my heartfelt thanks, and believe me, sir, to be filled with utmost gratitude and devotion toward you.
Letter CMXXXIX – To Mr. L.D.M
Paris, November 23, 1770.
. Yes, the cruel moment when that letter was written was also the time when, for the first and only time, I believed I had pierced through the dark veil of the incomprehensible plot in which I was enveloped. A plot about which, despite my efforts to unravel its mysteries, I had not the slightest idea until then; a plot whose traces soon vanished from my mind amidst the countless absurdities surrounding it. The intensity of my thoughts and the turmoil they caused me at that discovery left me with only the impression of those thoughts themselves, rather than their actual content or structure. To truly understand what happened, one would need to recall all the details of the situation I was in at that time, as well as all the circumstances that made it so overwhelming: alone, without support, without advice, without guidance, at the mercy of those who had power over me, abandoned to the public hatred I could see and feel, without even the ability to perceive or speculate about its cause—let alone, what seems unbelievable, to be aware of current events or read newspapers. Surrounded by the deepest darkness, through which I could only see sinister things; confined, with winter approaching, in a miserable tavern; and all the more terrified by what had just happened to me in Trye, because I could already foresee its consequences in Grenoble.
The affair of Thevenin, which I had attributed to the intrigues of the English and people of letters, taught me that these intrigues originated from far closer and more influential sources. I had believed that Thevenin was merely sent by Monsieur Bovier; but by chance, I learned that Bovier was acting in this matter solely on orders from the Intendant himself—something that gave me much to ponder. After promising me every necessary protection to investigate further into this affair, Monsieur de Tonnerre urged me to proceed and even suggested a trip to Grenoble to meet with Thevenin personally. Given the irrefutable evidence I had already provided, the suggestion seemed bizarre to me; yet I agreed to it. When I made the journey and, despite my ineptitude, Thevenin’s deception became utterly evident, Monsieur de Tonnerre, forgetting his earlier promises, offered to punish this unfortunate individual by putting him in prison for a few days, claiming he could do no more. I refused this offer, and the matter remained unresolved. However, experience clearly showed that a clever impostor could still cause me great trouble, and that I often lacked the calmness and quick wits needed to outwit such schemes. I also began to realize that this was precisely what those involved wanted to discover—and that this knowledge influenced the various intrigues targeting me. This realization brought to mind other matters upon which I had previously paid little attention, as well as numerous observations I had dismissed as the baseless worries of an imagination troubled by my misfortunes.
Lo svantaggio che voi stessa ritenete derivi dal ricevere le mie lettere sarebbe sufficiente per convincermi ad astenermi da farlo; qualsiasi altro dettaglio sarebbe quindi superfluo. Vi prego, signora, di accettare i miei saluti e il mio rispetto.
Lettera CMXXXIII – Alla Signora de Créqui
Quel mattino di domenica (settembre 1770). [1046]
Mi addolorate, signora, desiderando da me qualcosa che è diventato impossibile per me. Forse un giorno potrà diventare possibile di nuovo. Tutti i complotti oscuri degli uomini, i loro lunghi successi, i loro trionfi tenebrosi non mi faranno mai perdere fiducia nella Provvidenza; e se la sua opera si compirà durante la mia vita, non dimenticherò mai la vostra richiesta, né il piacere che proverò nell’accontentarla. Fino ad allora, permettetemi, signora, di supplicarvi di non parlarne più con me.
Mia moglie è profondamente onorata dal fatto che abbiate pensato a lei e dalla vostra gentile invito. Se fosse un po’ più propensa ad uscire di casa, ne approfitterebbe subito, meno per ammirare il giardino che per rendervi omaggio; ma è incredibilmente pigra nel lasciare la sua stanza, e mi costa molta fatica convincerla, solo cinque o sei volte all’anno, ad uscire a fare una passeggiata con me. Del resto, condivide tutti i miei sentimenti, signora, soprattutto quelli di rispetto e affetto che il mio cuore nutre per voi fino all’ultimo respiro. Avevo intenzione di portarvi personalmente la mia risposta, ma alcune circostanze mi costringono ad inviarvi questa lettera prima del previsto.
Lettera CMXXXV – Alla stessa persona
Quel venerdì mattina (Parigi, 1770).
Madama, non mi imponete certo un compito facile ordinandomi di mostrarvi Émile in quest’isola dove si è virtuosi senza testimoni e coraggiosi senza ostentazione. Tutto ciò che ho potuto sapere di questa isola straniera è che, prima di sbarcarvi, non si vede mai nessuno; che, una volta arrivati, si rischia ancora molto di trovarsi soli; ma in tal caso si può facilmente consolarsi del piccolo inconveniente di non essere visti da nessuno. In verità, madama, credo che per vedere gli abitanti di quest’isola sia necessario cercarli personalmente e fidarsi soltanto di se stessi. Vi ho mostrato mio figlio Émile lungo la strada per arrivarvi; il resto del percorso sarà certamente molto meno difficile da compiere da parte vostra che da parte mia nel guidarvi.
Vi ringrazio, signora, per la canzone che avete avuto la gentilezza di inviarmi, e vi chiedo scusa se, leggendola da sola, non mi è sembrata altrettanto bella come quando me l’avete letta voi: la versificazione mi appare rigida; non vi trovo né dolcezza né calore; l’ultimo verso del secondo distico è l’unico in cui riscontro naturalezza e sentimento; nel primo distico, il primo verso è rovinato dal secondo; i primi due versi del quarto distico sono davvero imprecisi; avrebbe dovuto essere detto: “Se non ne si parla continuamente, si usa una lingua che mi è estranea”. Se quando si parla bisogna essere chiari, allora quando si canta bisogna essere luminosi. La lentezza del canto cancella le connessioni logiche tra le parole, a meno che queste non siano molto evidenti. Tuttavia, non rinuncio ad eseguire il brano nel modo che desiderate; ma vi chiedo, signora, di voler fare apportare alcune correzioni al testo, poiché per me questo è impossibile; e anzi, anche se ritenete che le mie osservazioni non siano giuste, le abbandonerò e eseguirò il brano così com’è. Comandate, obbedirò.
Lettera CMXXXVII – A Monsieur Dutens
Parigi, 8 novembre 1770.
Dopo le tenebre, arriva la luce.
Sono profondamente commosso, signore, sia per le vostre premurose attenzioni che per il singolare comportamento del colonnello Roguin. Poiché egli mi aveva più volte parlato della pensione che il re d’Inghilterra mi concedeva, gli raccontai in dettaglio le ragioni per cui avevo deciso di rinunciarvi. Mi parve disposto ad intervenire per eliminare tali ostacoli, ma io mi opposi fermamente; insistette, e io rifiutai ancora più decisamente, dichiarandogli che, qualora avesse intrapreso qualsiasi azione, sia a mio nome che al suo, poteva essere certo di ricevere il mio netto rifiuto, così come accadrà sempre a chiunque intenda immischiarsi in questioni su cui ho già preso una decisione. Siate certo, signore, che ha accolto con serietà la mia richiesta di far sì che il conte di Rochford mi rispondesse e di prendere le necessarie misure per il pagamento della pensione. Vi assicuro che non mi interessa affatto se il conte di Rochford deciderà o meno di rispondermi; quanto alla pensione, vi giuro che l’ho rinunciata con la stessa indifferenza con cui l’avevo accettata con gratitudine. Trovo davvero strano che si preoccupi così tanto della mia situazione, di cui non mi lamento affatto, e sarei molto felice se nessuno si intromettesse più nelle mie faccende, proprio come io non mi intrometto in quelle degli altri. Sono molto grato per le vostre attenzioni a mio favore e per la benevolenza che esse testimoniano; in altre circostanze me ne sarei vantato con fiducia, ma in questa occasione non posso accettarle. Vi prego di smettere completamente di occuparvi di questa questione e di far sì che quanto avete già fatto venga considerato come se non fosse mai successo. Accettate, vi supplico, le mie più sentite ringraziamenti e siate certo della mia profonda riconoscenza e del mio affetto per voi.
Lettera CMXXXIX – A Monsieur L.D.M
Parigi, 23 novembre 1770.
. Sì, il momento crudele in cui questa lettera fu scritta fu proprio quello in cui, per la prima e unica volta, credetti di aver penetrato nella oscura cortina del complotto inaudito nel quale ero avvolto; un complotto di cui, nonostante i miei sforzi per ne scoprire i misteri, fino ad allora non avevo la minima idea, e le tracce del quale ben presto svanirono dalla mia mente tra innumerevoli assurdità che lo circondavano. La violenza dei miei pensieri e il turbamento in cui mi gettarono questa scoperta mi lasciarono piuttosto il ricordo della loro influenza che della loro vera natura. Per giudicarli correttamente, sarebbe necessario avere presenti tutti i dettagli della situazione in cui mi trovavo all’epoca, e tutte le circostanze che la rendevano insopportabile: solo, senza alcun sostegno, senza consigli, senza guida, alla mercé di persone incaricate di disporre di me, abbandonato al loro volere, esposto all’odio pubblico che vedevo e sentivo intorno a me, senza nemmeno la possibilità di percepire o indovinare la sua causa; anzi, cosa che sembra incredibile, senza nemmeno conoscere le notizie pubbliche né leggere i giornali; circondato dalle tenebre più fitte, attraverso cui riuscivo a scorgere solo oggetti sinistri; confinato, come unico rifugio, alle porte dell’inverno, in una misera taverna. E tanto più spaventato da ciò che mi era appena accaduto a Trye, quanto più ne percepivo le conseguenze e gli effetti a Grenoble.
L’avventura di Thevenin, che attribuivo alle intrighi degli Inglesi e dei letterati, mi insegnò che tali intrighi provenivano da fonti molto più vicine e influenti di quanto avessi immaginato. Credevo che Thevenin fosse stato incaricato dell’operazione soltanto dal signor Bovier; in seguito scoprii per caso che Bovier agiva in quella faccenda esclusivamente su ordine del magistrato distrettuale, il che mi fece riflettere molto. Il signor de Tonnerre, dopo avermi promesso solennemente tutta la protezione di cui avevo bisogno per approfondire le indagini, mi esortò ad andare avanti e mi propose di viaggiare a Grenoble per incontrare quel Thevenin. La proposta mi sembrò strana, considerando le prove irrefutabili che avevo già fornito; tuttavia acconsentii. Quando effettivamente intrapresi il viaggio, scoprii che, nonostante la mia inadeguatezza, l’inganno di Thevenin era arrivato al punto più alto della verosimiglianza. Il signor de Tonnerre, dimenticando le promesse fatte, mi propose di punire quel malcapitato con qualche giorno di prigione, aggiungendo che non poteva fare di più. Rifiutai la sua proposta e la faccenda rimase così com’era. Tuttavia, dall’esperienza risultò chiaro che un impostore abile avrebbe potuto mettermi in difficoltà, e che spesso mi mancavano il sangue freddo e la presenza di spirito necessari per smascherare le sue truffe. Inoltre, credetti di capire che era proprio questo ciò che qualcuno voleva sapere, e che questa conoscenza influenzava gli intrighi ai quali ero soggetto. Questa idea mi fece ricordare altre cose a cui fino ad allora avevo prestato poca attenzione, nonché molte osservazioni che avevo ritenuto semplicemente frutto dell’immaginazione di una persona spaventata dai propri mali fortunati.
Pour remonter à un événement qui n’est pas sans mystère, l’époque du décret contre ma personne me parut avoir été celle d’une sourde trame contre ma réputation, qui, d’année en année, étendit doucement ses menées, jusqu’à ce que mon départ pour l’Angleterre, les manoeuvres de M. Hume, et la lettre de M. Walpole, les mirent plus à découvert ; jusqu’à ce qu’ayant écarté de moi tout le monde, hors les fauteurs du complot, on put me traîner dans la fange ouvertement et impunément.
C’est ainsi que peu à peu tout changeait autour de moi. Le langage même de mes connaissances changeait très sensiblement : il régnait jusque dans leurs éloges une affectation de réserve, d’équivoque et d’obscurité, qu’ils n’avaient jamais eue auparavant ; et M. de Mirabeau, m’ayant écrit à Wootton pour m’offrir un asile en France, prit un ton si bizarre, et se servait de tournures si singulières, qu’il me fallait toute la sécurité de l’innocence et toute ma confiance en ses avances d’amitié pour n’être pas choqué d’un pareil langage. J’y fis pour lors si peu d’attention que je n’en vins pas moins en France à son invitation ; mais j’y trouvai un tel changement par rapport à moi, et une telle impossibilité d’en découvrir la cause, que ma tête déjà altérée par l’air sombre de l’Angleterre, s’affectait davantage de plus en plus. Je m’aperçus qu’on cherchait à m’ôter la connaissance de tout ce qui se passait autour de moi. Il n’y avait pas là de quoi me tranquilliser ; encore moins dans les traitements dont, à l’insu de M. le prince de Conti (du moins je le croyais ainsi), l’on m’accablait au château de Trye. Le bruit en étant parvenu jusqu’à S. A. S., elle n’épargna rien pour y mettre ordre, quoique toujours sans succès, sans doute parce que l’impulsion secrète en venait à la fois du dedans et du dehors. Enfin, poussé à bout, je pris le parti de m’adressera madame de Luxembourg, qui, pour toute assistance, me fit faire de bouche une réponse assez sèche, très peu consolante, et qui ne répondait guère aux bontés dont ce prince paraissait m’accabler.
Depuis très long-temps, et longtemps même avant le décret, j’avais remarqué dans cette dame un grand changement de ton et de manières envers moi. J’en attribuais la cause à un refroidissement assez naturel de la part d’une grande dame, qui, d’abord s’étant trop engouée de moi sur mes écrits, s’en était ensuite ennuyée par ma bêtise dans la conversation, et par ma gaucherie dans la société. Mais il y avait plus, et j’avais trop d’indices de sa secrète haine pour pouvoir raisonnablement en douter. Je jugeais même que cette haine était fondée sur des balourdises de ma part, bien innocentes assurément dans mon coeur, bien involontaires, mais que jamais les femmes ne pardonnent, quoiqu’on n’ait eu nulle intention de les offenser.
Je flottais pourtant toujours dans cette opinion, ne pouvant me persuader qu’une femme de ce rang, qui m’avait si bien connu, qui m’avait marqué tant de bienveillance et même d’empressement, la veuve d’un seigneur qui m’honorait d’une amitié particulière, pût jamais se résoudre à me haïr assez cruellement pour vouloir travailler à ma perte. Une seule chose m’avait paru toujours inexplicable. En partant de Montmorency, j’avais laissé à M. de Luxembourg tous mes papiers, les uns déjà triés, les autres qu’il se chargea de trier lui-même pour me les envoyer avec les premiers, et brûler ce qui m’était inutile. En recevant cet envoi, je trouvai qu’il manquait dans le triage plusieurs manuscrits que j’y avais mis, et nombre de lettres, indifférentes en elles-mêmes, mais qui faisaient lacune dans la suite que j’avais voulu conserver, ayant déjà formé le projet d’écrire un jour mes mémoires. Cette infidélité me frappa. Je ne pouvais l’attribuer à M. le maréchal, dont je connaissais la droiture invariable et la vérité de son amitié pour moi : je n’osais non plus en soupçonner madame la maréchale, sachant surtout qu’on ne pouvait, tirer de ces papiers aucun usage qui pût me nuire, à moins de les falsifier. Je présumai que M. d’Alembert, qui depuis quelque temps s’était introduit auprès d’elle, avait trouvé le moyen de fureter ces papiers et d’en enlever ce qu’il lui avait plu, soit pour tirer de ces papiers ce qui lui pouvait convenir, soit pour tâcher de me susciter quelque tracasserie. Comme j’étais déjà déterminé à quitter tout-à-fait la littérature, je m’inquiétai peu de ces larcins, qui n’étaient pas les premiers de la même main que j’avais endurés sans m’en plaindre[1050].
Par trait de temps, et malgré quelques démonstrations affectées et toujours plus rares, les sentiments secrets de madame de Luxembourg se manifestaient davantage de jour en jour : cependant, craignant toujours d’être injuste, je ne cessai point de me confier à elle dans mes malheurs, quoique toujours sans réponse et sans succès. Enfin, en dernier lieu, ayant écrit à M. de Choiseul pour lui demander, dans l’extrémité où j’étais, un passeport pour sortir du royaume, et n’ayant point de réponse, j’écrivis encore à madame de Luxembourg, qui ne me fit aucune réponse non plus. Ce silence, dans la circonstance, me parut décisif, et j’en conclus que si cette dame n’entrait pas directement dans le complot, du moins elle en était instruite, et ne voulait m’aider ni à le connaître ni à m’en tirer. Je reçus le passeport lorsque j’avais cessé de l’attendre. M. de Choiseul l’accompagna d’une lettre ‘l’un style obscur, ambigu, choquant même, et assez semblable à celui des lettres de M. de Mirabeau. Je jugeai qu’on ne m’avait fait attendre ainsi le passeport que pour se donner le temps de machiner à son aise dans les lieux où l’on savait que j’avais dessein d’aller. Cette idée me fit changer sur-le-champ toutes mes résolutions, et prendre celle de retourner en Angleterre, où, pour le coup, j’avais tout lieu de croire que je n’étais pas attendu. J’écrivis à l’ambassadeur, j’écrivis à M. Davenport ; mais, tandis que j’attendais mes réponses, j’aperçus autour de moi une agitation si marquée, j’entendis rebattre à mes oreilles des propos si mystérieux ; Bovier m’écrivait de Grenoble des lettres si inquiétantes, qu’il fut clair qu’on cherchait à m’alarmer et me troubler tout-à-fait ; et l’on réussit. Ma tête s’affecta de tant d’effrayants mystères, dont on s’efforçait d’augmenter l’horreur par l’obscurité. Précisément dans le même temps, on arrêta, dit-on, sur la frontière du Dauphiné, un homme qu’on disait complice d’un attentat exécrable : on m’assura que cet homme passait par Bourgoin[1051]. La rumeur fut grande, les propos mystérieux allèrent leur train, avec l’affectation la plus marquée. Enfin, quand on aurait formé le projet d’achever de me rendre tout-à-fait frénétique, on n’aurait pas pu mieux s’y prendre ; et si la plus noire fureur ne s’empara pas alors de mon âme, c’est que les mouvements de cette espèce ne sont pas dans sa nature. Vous sentez du moins que, dans l’émotion successive qu’on m’avait donnée, il n’y avait pas là de quoi me tranquilliser, et que tant de noires idées, qu’on avait soin de renouveler et d’entretenir sans cesse, n’étaient pas propres à rendre aux miennes leur sérénité. Continuant cependant à me disposer au prochain départ pour l’Angleterre, je visitais à loisir les papiers qui m’étaient restés, et que j’avais dessein de brûler, comme un embarras inutile que je traînais après moi. Je commençais cette opération sur un recueil transcrit de lettres, que j’avais discontinué depuis longtemps, et j’en feuilletais machinalement le premier volume, quand je tombai par hasard sur la lacune dont j’ai parlé, et qui m’avait toujours paru difficile à comprendre. Que devins-je en remarquant que cette lacune tombait précisément sur le temps de l’époque dont le prisonnier qui venait de passer m’avait rappelé l’idée, et à laquelle, sans cet événement, je n’aurais pas plus songé qu’auparavant ! Cette découverte me bouleversa ; j’y trouvai la clef de tous les mystères qui m’environnaient. Je compris que cet enlèvement de lettres avait certainement rapport au temps où elles avaient été écrites, et que quelque innocentes que fussent ces lettres, ce n’était pas pour rien qu’on s’en était emparé. Je conclus de là que depuis plus de six ans ma perte était jurée, et que ces lettres, inutiles à tout autre usage, servaient à fournir les points fixes des temps et des lieux pour bâtir le système d’impostures dont on voulait me rendre la victime.
To trace back to an event that is not without mystery, the period surrounding the decree issued against me seemed to be one in which a subtle plot was being orchestrated against my reputation—a plot that, year after year, gradually extended its reach until my departure for England, Mr. Hume’s maneuvers, and Mr. Walpole’s letter finally exposed it; until, having removed everyone from my side except those who had conspired against me, I could be dragged into the mud openly and without punishment.
In this way, little by little, everything around me began to change. Even the language used by my acquaintances underwent significant alterations: their compliments now carried an artificial restraint, ambiguity, and obscurity that they had never displayed before. Moreover, when Mr. de Mirabeau wrote to me in Wootton offering me asylum in France, his tone was so bizarre and his phrasing so peculiar that it would have shocked anyone but for my complete innocence and unwavering trust in his friendship. I paid him little attention at the time and nonetheless went to France at his invitation. However, I found such a drastic change in their behavior towards me—and such an inability to understand the reasons for it—that my already disturbed state of mind, exacerbated by the gloomy atmosphere of England, began to deteriorate further. I soon realized that they were trying to prevent me from learning what was happening around me. This was certainly nothing that could reassure me; nor did the harsh treatment I received at the castle of Trye help matters—in fact, such treatment continued, unbeknownst to Mr. le Prince de Conti (at least I believed so). When news of this reached Her Majesty the Queen, she did everything in her power to put an end to it, though without success, probably because the forces behind these actions stemmed both from within and without the court. Finally, driven to desperation, I decided to turn to Madame de Luxembourg for help. However, all she offered me was a rather cold and unconsolating response, which hardly matched the kindnesses that this prince seemed so eager to show me.
For a very long time—long before that decree even came into effect—I had noticed a significant change in the tone and manner of this lady towards me. I attributed it to what seemed like a quite natural cooling of her interest, since she had initially shown great enthusiasm for my writings but later grew weary of my foolishness in conversation and my awkwardness in social situations. However, there was more to it; I had too many clues to doubt the existence of her secret hatred towards me. In fact, I even believed that this hatred stemmed from some rather naive and unintentional mistakes on my part—mistakes that, despite their utter innocence in my heart, women never manage to forgive.
Yet I still clung to this belief, unable to convince myself that a woman of such standing, who had known me so well, who had shown me so much kindness and even eagerness to help me—especially as the widow of a lord who held me in particular esteem—could ever resolve to hate me so cruelly as to seek my ruin. Only one thing seemed utterly inexplicable to me: when leaving Montmorency, I had left all my papers with Monsieur de Luxembourg—some already sorted, and the rest to be sorted by him before being sent to me along with the first batch; anything that was useless to me was to be burned. Upon receiving this package, I found that several manuscripts I had included were missing, as well as numerous letters that, although of little importance in themselves, formed an essential part of the sequence I had intended to preserve, since I had long planned to write my memoirs one day. This betrayal shocked me greatly. I could not attribute it to Monsieur le Maréchal, whose integrity and genuine friendship for me were beyond doubt; nor did I dare suspect Madame la Maréchale, especially knowing that no harm could come to me from these papers unless they were falsified. I assumed that Monsieur d’Alembert, who had recently gained her favor, must have found some way to steal them and remove whatever he desired—either to use the information for his own purposes or to try to cause me trouble. Since I was already determined to abandon my literary pursuits entirely, I paid little attention to these thefts; after all, they were not the first of their kind that I had endured without complaint[1050].
Over time, and despite some feigned demonstrations that became increasingly rare, the secret feelings of Madame de Luxembourg began to manifest more openly day by day. However, always fearing that I might be unfair, I continued to confide in her my misfortunes, yet to no avail and without receiving any response. Finally, in desperation, I wrote to Monsieur de Choiseul requesting a passport to leave the kingdom; not receiving a reply, I wrote again to Madame de Luxembourg, but she too remained silent. In such circumstances, this silence seemed decisive to me, and I concluded that if she was not directly involved in the conspiracy, at least she was aware of it and refused to help me either understand it or escape from it. I received my passport just when I had given up hoping for it. Monsieur de Choiseul attached a letter to it—written in an obscure, ambiguous, and even shocking style, much like those of Monsieur de Mirabeau. I realized that they had made me wait for the passport only to give themselves time to plot their schemes in the very places where they knew I intended to go. This realization immediately changed all my plans, and I decided to return to England, where I had every reason to believe that I would not be awaited. I wrote to the ambassador and to Monsieur Davenport; but while waiting for their replies, I noticed a growing agitation around me, heard mysterious conversations, and received disturbing letters from Bovier in Grenoble. It was clear that someone was trying to frighten and confuse me—and they succeeded. My mind was overwhelmed by these terrifying mysteries, whose horror was only intensified by their obscurity. At about the same time, it was reported that a man suspected of being involved in a heinous plot had been arrested on the border of Dauphiné; I was told that this man had passed through Bourgoin[1051]. Rumors spread rapidly, and mysterious talk abounded, all carried out with the most deliberate intent to unsettle me. By the time they seemed ready to drive me completely mad, they could not have chosen a more effective method. If not for the fact that such extreme fury was not in my nature, I would surely have lost my reason entirely. You can see that, given all the successive shocks I had endured, there was no way I could have remained calm; and with so many dark thoughts constantly being renewed and nurtured, it was impossible for me to regain my serenity. Nevertheless, continuing to prepare for my departure for England, I took the time to go through the documents that remained and decided to burn them—regarding them as useless burdens I no longer needed to carry with me. I began this endeavor with a collection of transcribed letters that I had long since abandoned. As I casually flipped through the first volume, I stumbled upon the gap I had mentioned earlier—something that had always seemed difficult to understand. What happened when I realized that this gap precisely corresponded to the period in time that the prisoner I had just encountered had brought to mind? Without that incident, I would never have thought of it again! This discovery stunned me; it held the key to all the mysteries surrounding me. I understood that the removal of these letters must be related to the time they were written, and that, no matter how innocent they might seem, their seizure was not random. It became clear to me that, for over six years, my loss had been inevitable—and that these letters, though useless for any other purpose, served as crucial clues to the times and places involved in the elaborate scheme intended to make me its victim.
Per risalire a un evento che non è privo di misteri, il periodo in cui fu emesso quel decreto contro di me mi sembrò essere stato quello di una cospirazione silenziosa e subdola volta a danneggiare la mia reputazione; una cospirazione che, anno dopo anno, estese lentamente le sue azioni fino a quando il mio viaggio in Inghilterra, le manovre di M. Hume e la lettera di M. Walpole non la resero più evidente; fino a quando, avendo allontanato da me tutti tranne i complici della congiura, si poté trascinarmi nel fango apertamente e impunemente.
Ecco come, poco a poco, tutto intorno a me cambiava. Anche il modo di esprimersi delle mie conoscenti subiva modifiche significative: nei loro elogi dominavano ora un’affettata riservatezza, ambiguità e oscurità che prima non c’erano mai state; inoltre, quando il signor de Mirabeau mi scrisse da Wootton offrendomi asilo in Francia, il tono della sua lettera era così bizzarro e le sue espressioni così strane che solo la mia totale innocenza e la fiducia nelle sue intenzioni amichevoli mi impedirono di trovare offensivo quel modo di scrivere. Non diedi quindi alcuna importanza a queste cose e, nonostante ciò, accettai l’invito e andai in Francia; tuttavia vi trovai un cambiamento così radicale nei comportamenti delle persone verso di me, e una tale impossibilità di comprendere le cause di tutto ciò, che la mia mente, già turbata dall’atmosfera cupa dell’Inghilterra, iniziò a soffrire ancora di più. Mi resi conto che qualcuno cercava di impedirmi di conoscere ciò che accadeva intorno a me. Questo non poteva certo rassicurarmi; tanto meno le umiliazioni che, a insaputa del principe de Conti, ricevevo nel castello di Trye. Quando la notizia arrivò alla regina, lei fece di tutto per porre fine a queste ingiustizie, anche se senza successo, probabilmente perché le pressioni provenivano sia dall’interno che dall’esterno della corte. Alla fine, esasperato, decisi di rivolgermi direttamente alla signora de Luxembourg; lei, però, mi rispose in modo molto freddo e poco incoraggiante, senza certo riflettere sulle gentilezze che quel principe sembrava volermi dimostrare.
Da molto tempo, anzi molto prima di quel decreto, avevo notato in quella signora un grande cambiamento nel tono e nei modi nei miei confronti. Ne attribuivo la causa a un naturale raffreddamento da parte di una donna di alto rango: all’inizio si era troppo interessata ai miei scritti, ma poi aveva iniziato a annoiarsi della mia stupidità nel conversare e della mia goffaggine in società. Ma c’era qualcos’altro. Avevo troppi indizi di un odio segreto da parte sua per poterne dubitare razionalmente. Anzi, ritenevo che quell’odio fosse motivato da alcune mie sciocchezze: certamente innocenti nel mio cuore e involontarie, ma cose che le donne non perdonano mai, anche quando non c’è stata alcuna intenzione di offenderle.
Tuttavia, continuavo a credere in questa ipotesi, incapace di convincermi che una donna di tale rango, che mi conosceva così bene, che aveva dimostrato verso di me tanta gentilezza e persino premura, la vedova di un signore che mi onorava della sua particolare amicizia, potesse mai decidere di odiarmi così crudelmente da voler causare la mia rovina. C’era solo una cosa che mi sembrava del tutto inspiegabile: partendo da Montmorency, avevo lasciato a Monsieur de Luxembourg tutti i miei documenti, alcuni già ordinati, altri di cui si era incaricato lui stesso di occuparsi per inviarmeli insieme ai primi, bruciando ciò che non mi era necessario. Ricevendo quel pacco, scoprii che mancavano diversi manoscritti che avevo inserito tra i documenti ordinati, così come molte lettere che, sebbene prive di particolare importanza, costituivano una parte essenziale della sequenza che avevo intenzione di conservare, poiché avevo già in mente di scrivere un giorno le mie memorie. Questa infedeltà mi colpì profondamente. Non potevo attribuirla a Monsieur le Maréchal, la cui onestà e l’affetto sincero che provava per me erano ben noti; né osavo sospettare di Madame le Maréchal, soprattutto sapendo che da quei documenti non si poteva trarre nulla che potesse nuocermi, a meno di falsificarli. Presupposi quindi che Monsieur d’Alembert, che da qualche tempo si era avvicinato a lei, avesse trovato il modo di rubare quei documenti e di prendere ciò che gli interessava, sia per trarne vantaggio personale, sia per cercare di causarmi problemi. Poiché avevo già deciso di abbandonare del tutto la letteratura, non mi preoccupai troppo di questi furti, che non erano certo i primi di quel genere che avevo subito senza lamentarmene[1050].
Per motivi legati al tempo, e nonostante alcune dimostrazioni affettate che diventavano sempre più rare, i sentimenti segreti di madame de Luxembourg si manifestavano sempre di più giorno dopo giorno; tuttavia, temendo sempre di essere ingiusta, non smettevo mai di confidarmi a lei nei miei mali, anche se senza risposta e senza successo. Alla fine, essendomi rivolta a M. de Choiseul per chiedergli, nella mia estrema situazione, un passaporto per lasciare il regno, e non avendo ricevuto risposta, scrissi ancora a madame de Luxembourg, ma nemmeno lei mi rispose. Questo silenzio, in quelle circostanze, mi parve decisivo, e conclusi che se quella signora non era direttamente coinvolta nel complotto, almeno ne era a conoscenza e non voleva né aiutarmi a scoprirlo né a uscirne. Ricevetti il passaporto proprio quando avevo smesso di aspettarlo. M. de Choiseul lo accompagnò con una lettera dallo stile oscuro, ambiguo, persino offensivo, molto simile a quelle di M. de Mirabeau. Giudicai che mi avessero fatto attendere il passaporto solo per prendersi il tempo necessario a preparare qualcosa nei luoghi in cui sapevano che avevo intenzione di andare. Questa idea mi fece cambiare immediatamente tutte le mie decisioni e decisi di tornare in Inghilterra, dove, questa volta, avevo tutte le ragioni per credere di non essere attesa. Scrissi all’ambasciatore, scrissi a M. Davenport; ma mentre aspettavo le risposte, notai intorno a me un’agitazione molto marcata, sentii circolare discorsi molto misteriosi; Bovier mi scriveva da Grenoble lettere così inquietanti che fu chiaro che qualcuno cercava di spaventarmi e turbarmi completamente. E ci riuscì. La mia mente fu invasa da tanti orribili misteri, i cui aspetti oscuri venivano continuamente esagerati. Proprio in quel momento, si disse che fosse stato arrestato al confine del Dauphiné un uomo sospettato di essere coinvolto in un atto terribile. Mi assicurarono che quell’uomo fosse passato per Bourgoin[1051]. La notizia fece scalpore, i discorsi misteriosi continuarono senza sosta. Alla fine, se qualcuno avesse voluto rendermi completamente folle, non avrebbe potuto scegliere un modo migliore. E se la mia anima non fosse stata invasa da una furia cieca in quel momento, è perché i sentimenti di questo genere non fanno parte della mia natura. Comunque sia, continuavo a prepararmi per partire per l’Inghilterra, e nel frattempo esaminavo attentamente tutti i documenti che mi erano rimasti. Decisi di bruciarli, considerandoli un peso inutile che mi trascinavo dietro. Iniziai questa operazione con una raccolta di lettere trascritte, che avevo interrotto da molto tempo; sfogliavo meccanicamente il primo volume quando, per caso, mi imbattei nella lacuna di cui avevo parlato e che mi era sempre sembrata difficile da comprendere. Che cosa pensai quando notai che questa lacuna coincideva esattamente con il periodo di tempo di cui il prigioniero appena incontrato mi aveva ricordato l’idea. Un’idea a cui, senza quell’evento, non avrei mai pensato! Questa scoperta mi sconvolse: vi trovai la chiave di tutti i misteri che mi circondavano. Capii che quel furto di lettere doveva certamente avere a che fare con il periodo in cui erano state scritte, e che, per innocenti che fossero, non era certo per caso che qualcuno se ne era impadronito. Ne dedussi quindi che, da più di sei anni, la mia perdita era stata “decretata”. E che quelle lettere, inutili per qualsiasi altro scopo, servivano soltanto a fornire i punti di riferimento temporali e spaziali necessari per costruire quel sistema di inganni con cui si voleva rendermi vittima.
Dès l’instant même je renonçai au projet d’aller en Angleterre, et, sans balancer un moment, je résolus de m’exposer, armé de ma seule innocence, à tous les complots que la puissance, la ruse, et l’injustice pouvaient tramer contre elle[1052]. La nuit même où je fis cette affreuse découverte, je songeais, sachant bien que toutes mes lettres étaient ouvertes à la poste, à profiter du retour de M. Pépin de Belleisle[1053], qui, m’étant venu voir la veille, m’accablait des plus pressantes offres de service ; et je lui remis le matin une lettre pour madame de Brionne, qui en contenait une autre pour M. le prince de Conti, l’une et l’autre écrites si à la hâte, qu’ayant été contraint d’en transcrire une, j’envoyai le brouillon au lieu de la copie.
Tels sont, autant que je puis me le rappeler, le sujet et l’occasion desdites lettres : car, encore une ibis, l’agitation où j’étais en les écrivant ne m’a pas permis de garder un souvenir bien distinct de tout ce qui s’y rapporte.
Observation
Rousseau donne dans cette lettre des détails importants sur les motifs qu’il a de se croire l’objet d’un complot général. Cette idée lui vint dans le cabaret qu’il habitait à Bourgoin, à propos de l’enlèvement d’une partie de sa correspondance qui avait rapport à des événements qu’il ne désigne pas avec assez de précision pour qu’on puisse se permettre des conjectures. La récapitulation qu’il fait et les nouvelles explications qu’il donne aux événements antérieurs, font voir que cette lettre est celle d’un homme affecté d’une maladie morale, qui, par le compte qu’il rend de cette maladie, en démontre l’existence ; d’un malade qui a le sentiment de son mal : situation d’autant plus pénible que ce sentiment l’aggrave encore, quand son effet devrait être de le faire cesser… On ignore à qui cette lettre fut adressée.
Lettre CMXL – À M.
Paris, le 24 novembre 1770.
Soyez content, monsieur, vous et ceux qui vous dirigent. Il vous fallait absolument une lettre de moi : vous m’avez voulu forcer à l’écrire, et vous avez réussi : car on sait bien que quand quelqu’un nous dit qu’il veut se tuer, on est obligé, en conscience, à l’exhorter de n’en rien faire.
Je ne vous connais point, monsieur, et n’ai nul désir de vous connaître ; mais je vous trouve très à plaindre, et bien plus encore que vous ne pensez : néanmoins, dans tout le détail de vos malheurs, je ne vois pas de quoi fonder la terrible résolution que vous m’assurez avoir prise. Je connais l’indigence et son poids aussi bien que vous, tout au moins ; mais jamais elle n’a suffi seule pour déterminer un homme de bon sens à s’ôter la vie. Car enfin le pis qu’il puisse arriver est de mourir de faim, et l’on ne gagne pas grand-chose à se tuer pour éviter la mort. Il est pourtant des cas où la misère est terrible, insupportable ; mais il en est où elle est moins dure à souffrir : c’est le vôtre. Comment, monsieur, à vingt ans, seul, sans famille, avec de la santé, de l’esprit, des bras et un bon ami, vous ne voyez d’autre asile contre la misère que le tombeau ? sûrement vous n’y avez pas bien regardé.
Mais l’opprobre… La mort est à préférer, j’en conviens ; mais encore faut-il commencer par s’assurer que cet opprobre est bien réel. Un homme injuste et dur vous persécute ; il menace d’attenter à votre liberté : eh bien ! monsieur, je suppose qu’il exécute sa barbare menace, serez-vous déshonoré pour cela ? Des fers déshonorent-ils l’innocent qui les porte ? Socrate mourut-il dans l’ignominie ? Et où est donc, monsieur, cette superbe morale que vous étalez si pompeusement dans vos lettres ? et comment, avec des maximes si sublimes, se rend-on ainsi l’esclave de l’opinion ? Ce n’est pas tout : on dirait, à vous entendre, que vous n’avez d’autre alternative que de mourir ou de vivre en captivité. Et point du tout, vous avez l’expédient tout simple de sortir de Paris : cela vaut encore mieux que de sortir de la vie. Plus je relis notre lettre, plus j’y trouve de colère et d’animosité. Vous vous complaisez à l’image de votre sang jaillissant sur votre cruel parent, vous vous tuez plutôt par vengeance que par désespoir, et vous songez moins à vous tirer d’affaire qu’à punir votre ennemi. Quand je lis les réprimandes plus que sévères dont il vous plaît d’accabler fièrement le pauvre Saint-Preux, je ne puis m’empêcher de croire que, s’il était là pour vous répondre, il pourrait, avec un peu plus de justice, vous en rendre quelques-unes à son tour.
Je conviens pourtant, monsieur, que votre lettre est très bien faite, et je vous trouve fort disert pour un désespéré. Je voudrais vous pouvoir féliciter sur votre bonne foi comme sur votre éloquence ; mais la manière dont vous narrez notre entrevue ne me le permet pas trop. Il est certain que je me serais, il y a dix ans, jeté à votre tête, que j’aurais pris votre affaire avec chaleur ; et il est probable que, comme dans tant d’affaires semblables dont j’ai eu le malheur de me mêler, la pétulance de mon zèle m’eût plus nui qu’elle ne vous aurait servi. Les plus terribles expériences m’ont rendu plus réservé ; j’ai appris à n’accueillir qu’avec circonspection les nouveaux visages, et, dans l’impossibilité de remplir à la fois tous les nombreux devoirs qu’on m’impose, à ne me mêler que des gens que je connais. Je ne vous ai pourtant point refusé le conseil que vous m’avez demandé. Je n’ai point approuvé le ton de votre lettre à M. de M… ; je vous ai dit ce que j’y trouvais à reprendre ; et la preuve que vous entendîtes bien ce que je vous disais, est que vous y répondîtes plusieurs fois. Cependant vous venez me dire aujourd’hui que le chagrin que je vous montrai ne vous permit pas d’entendre ce que je vous dis, et vous ajoutez qu’après de mûres délibérations il vous sembla d’apercevoir que je vous blâmais de vous être un peu trop abandonné à votre haine » : mais vraiment il ne fallait pas de bien mûres délibérations pour apercevoir cela, car je vous l’avais bien articulé, et je m’étais assuré que vous m’entendiez fort bien. Vous m’avez demandé conseil, je ne vous l’ai point refusé, j’ai fait plus : je vous ai offert, je vous offre encore d’alléger, en ce qui dépend de moi, la dureté de votre situation. Je ne vois pas, je vous l’avoue, en quoi vous pouvez vous plaindre de mon accueil ; et si je ne vous ai point accordé de confiance, c’est que vous ne m’en avez point inspiré.
Vous ne voulez point, monsieur, faire part de l’état de votre âme et de votre dernière résolution à votre bienfaiteur, à votre consolateur, dans la crainte que, voulant prendre votre défense, il ne se compromît inutilement avec un ennemi puissant qui ne lui pardonnerait jamais ; c’est à moi que vous vous adressez pour cela, sans doute à cause de mon grand crédit et des moyens que j’ai de vous servir, et qu’un ennemi de plus ne vous paraît pas une grande affaire pour quelqu’un dans ma situation. Je vous suis obligé de la préférence, j’en userais si j’étais sûr de pouvoir vous servir ; mais, certain que l’intérêt qu’on me verrait prendre à vous ne ferait que vous nuire, je me tiens dans les bornes que vous m’avez demandées.
From that very moment on, I abandoned the idea of going to England and, without any hesitation, resolved to face all the schemes that power, cunning, and injustice might devise against me, armed only with my innocence[1052]. On the very night when I made this terrible discovery, I thought of taking advantage of the return of Mr. Pépin de Belleisle[1053], who had come to see me the previous day and offered me his services most insistently; so early the next morning, I gave him a letter for Madame de Brionne, which contained another one for Monsieur le Prince de Conti. Both letters were written in such haste that, having been forced to transcribe one of them, I sent off the draft instead of the finished copy.
Such were, as far as I can recall, the subject and the occasion of those letters; for, once again, the state of agitation in which I found myself while writing them did not allow me to retain a clear memory of everything related to them.
Observation
In this letter, Rousseau provides important details regarding the reasons he believed himself to be the target of a widespread conspiracy. This idea originated in the tavern where he lived in Bourgoin, in connection with the theft of some of his correspondence pertaining to events that he did not describe with sufficient precision to allow for any speculation. The summary he offers and the additional explanations he provides regarding previous events make it clear that this letter was written by a man afflicted with a moral illness—someone who, by describing the nature of this illness himself, actually proves its existence. It is also a letter from someone who is fully aware of his own suffering; a situation all the more painful because this awareness only serves to exacerbate it, when such awareness should ideally help to alleviate it. It is unknown to whom this letter was addressed.
Letter CMXL – To Mr.
Paris, November 24, 1770.
Be content, sir, you and those who guide you. You absolutely needed a letter from me: you tried to force me to write it, and you succeeded—because it is well known that when someone tells us they want to kill themselves, we are obliged, out of conscience, to urge them not to do so.
I do not know you, sir, nor have I any desire to get to know you; but I find you in a very pitiable state, even more so than you perhaps realize. Nevertheless, in the face of all the details of your misfortunes, I see no reason whatsoever to support the terrible decision you claim to have made. I understand poverty and its burdens as well as you, at least; but poverty alone has never been enough to drive a sensible person to take their own life. After all, the worst thing that can happen is to die of hunger, and there is little advantage in ending one’s life just to avoid that fate. There are certainly cases where misery is terrible, unbearable; but there are also cases where it is less painful to endure—your case is one of those. How is it possible, sir, at the age of twenty, alone, without a family, with health, intelligence, strength, and a good friend, that you see no other refuge against poverty than death? Surely you have not considered all the options carefully enough.
But the disgrace. Death is perhaps preferable, I admit; yet one must first ensure that such disgrace is indeed real. A man unjust and cruel persecutes you; he threatens to threaten your freedom—well! My dear sir, I suppose he will carry out his barbaric threat. Will you be dishonored because of it? Does iron brandish its wearer as a symbol of shame? Did Socrates die in ignominy? And where, then, my sir, is that splendid morality which you preach so pompously in your letters? How is it possible, with such lofty principles, to become a slave to public opinion? Moreover, it seems from what you say that your only alternatives are death or life in captivity. But far from it—there is the simple solution of leaving Paris; that would be even better than leaving this world. The more I reread our letter, the more anger and hostility I find in it. You take pleasure in imagining your blood spilling upon your cruel relative; you would rather kill yourself out of vengeance than out of despair, and your main concern is not to extricate yourself from this situation but to punish your enemy. When I read the extremely severe reproaches you lavish upon the poor Saint-Preux, I can’t help but think that if he were here to respond to you, he might, with a bit more fairness, return some of those insults to you as well.
However, I must admit, sir, that your letter is very well written, and I find you quite diligent for someone who claims to be desperate. I would like to congratulate you both on your sincerity and eloquence; but the way you describe our meeting does not allow me to do so entirely. It is certain that ten years ago, I would have rushed to your side and taken up your cause with great enthusiasm; yet it is also likely that, as in so many similar situations I have unfortunately been involved in, my impetuous zeal would have done more harm than good. The most terrible experiences have made me more cautious; I have learned to approach new people with caution, and when it is impossible to fulfill all the numerous duties that are imposed upon me, I choose only to associate with those I know. Nevertheless, I did not refuse the advice you asked for. I did not approve of the tone of your letter to Mr. de M,; I told you what I thought could be improved, and the fact that you responded several times proves that you understood what I said. Yet today you come to tell me that the sorrow I expressed prevented you from hearing my words, and you add that after careful consideration, you believed that I was criticizing you for being too devoted to your hatred. But truly, no such careful consideration was needed to understand that; I had expressed myself quite clearly, and I was certain that you heard me perfectly. You asked me for advice; I did not refuse it—I even offered, and I still offer, to help alleviate the hardships of your situation as much as it is in my power to do so. I must admit, I see no reason for you to complain about my attitude toward you; and if I have not trusted you, it is because you have not inspired me to do so.
You do not wish to confide in your benefactor, in one who seeks to comfort you, the state of your soul and your final resolve, for fear that he might unnecessarily compromit himself in defending you against a powerful enemy who would never forgive him. It is to me that you turn for this assistance—undoubtedly because of my considerable influence and the means at my disposal to help you, and because the addition of another enemy does not seem to represent a significant threat to someone in my position. I am grateful for this favor; I would have taken it upon myself if I were certain that I could be of any use to you. However, knowing full well that any interest I might show in your behalf could only harm you, I remain within the limits you have set for me.
Nello stesso istante abbandonai il progetto di andare in Inghilterra e, senza esitazione alcuna, decisi di espormi, armato soltanto della mia innocenza, a tutti i complotti che il potere, l’astuzia e l’ingiustizia avrebbero potuto tramare contro di me[1052]. Nella stessa notte in cui feci questa terribile scoperta, pensai, sapendo bene che tutte le mie lettere venivano aperte alla posta, di approfittare del ritorno di Monsieur Pépin de Belleisle[1053], che era venuto a trovarmi il giorno prima e mi aveva fatto delle offerte molto pressanti per aiutarmi; così, la mattina seguente, gli consegnai una lettera destinata a Madame de Brionne, nella quale c’era un’altra lettera per Monsieur le Prince de Conti. Entrambe erano state scritte con tale fretta che, essendo stato costretto a trascrivere una di esse, inviai il manoscritto originale al posto della copia definitiva.
Ecco, per quanto io possa ricordare, l’argomento e le circostanze che hanno motivato la stesura di tali lettere: infatti, ancora una volta, l’agitazione in cui mi trovavo mentre le scrivevo non mi ha permesso di conservare un ricordo chiaro e dettagliato di tutto ciò che vi è contenuto.
Osservazione.
In questa lettera, Rousseau fornisce dettagli importanti sui motivi per cui ritiene di essere oggetto di un complotto generale. Quest’idea gli venne nel cabaret in cui soggiornava a Bourgoin, riguardo al furto di una parte della sua corrispondenza relativa ad eventi che non descrive con sufficiente precisione da permettere alcuna congettura. La riepilogo che fa e le nuove spiegazioni che fornisce sugli eventi precedenti dimostrano chiaramente che si tratta della lettera di un uomo affetto da una malattia morale; un uomo che, descrivendo i sintomi di questa malattia, ne attesta l’esistenza. Si tratta di un individuo consapevole del proprio male: una situazione particolarmente dolorosa, poiché tale consapevolezza lo aggrava ulteriormente, quando invece dovrebbe aiutarlo a liberarsene. Non si sa a chi sia stata indirizzata questa lettera.
Lettera CMXL – A Monsieur.
Parigi, 24 novembre 1770.
Siate contento, signore, voi e coloro che vi guidano. Avevate assolutamente bisogno di una mia lettera: avete cercato di costringermi a scriverla, ed è vostro successo, perché si sa bene che quando qualcuno ci dice di volersi suicidare, abbiamo il dovere, per coscienza, di esortarlo a non farlo.
Non vi conosco, signore, e non ho alcun desiderio di farlo; tuttavia vi trovo molto da compiangere, anzi più di quanto voi stesso pensiate. Nonostante ciò, nel dettaglio di tutte le vostre sfortune, non vedo nulla che possa giustificare la terribile decisione che mi dite di aver preso. Conosco l’indigenza e il suo peso, almeno quanto voi; ma mai essa da sola è stata sufficiente a spingere un uomo ragionevole a togliersi la vita. Dopotutto, il peggio che possa accadere è morire di fame, e uccidersi per evitare la morte non porta certo a grandi vantaggi. Ci sono tuttavia casi in cui la miseria è terribile, insopportabile; ma ci sono anche casi in cui è meno dura da sopportare: il vostro ne è uno. Come può essere, signore, che a vent’anni, solo, senza famiglia, con salute, intelligenza, forze fisiche e un buon amico, non vediate altra via per sfuggire alla miseria se non la tomba? Sicuramente non avete riflettuto abbastanza.
Ma l’infamia. La mort è certamente preferibile, lo ammetto; ma prima bisogna assicurarsi che quell’infamia sia davvero reale. Un uomo ingiusto e crudele vi perseguita, minaccia di violare la vostra libertà: beh, signore, suppongo che se mettesse in atto quella sua minaccia barbara, verreste disonorato per questo? I ferri disonorano forse l’innocente che li porta? Socrate è morto nell’ignominia. E allora, dove si trova, signore, questa morale così presuntuosa di cui parlate con tanta enfasi nelle vostre lettere? E come si può, con massime così sublimi, diventare schiavi dell’opinione altrui? Non basta: sembra che non abbiate altra scelta se non morire o vivere in prigione. Ma no, esiste un modo semplicissimo per uscire da Parigi. Questo è persino meglio che lasciare questa vita. Più rileggo la nostra lettera, più vi trovo rabbia e animosità. Vi compiacete nell’immagine del vostro sangue che sgorga sul vostro crudele parente; preferite morire per vendetta piuttosto che per disperazione, e pensate meno a uscire da questa situazione che a punire il vostro nemico. Quando leggo le severe rimproveri con cui onorate così orgogliosamente quel povero Saint-Preux, non posso fare a meno di credere che, se fosse qui per rispondervi, potrebbe, con un po’ più di giustizia, ricambiarvi al vostro posto.
Tuttavia, signore, devo ammettere che la vostra lettera è molto ben scritta e vi ritengo davvero molto perspicace, per uno che si trova in una situazione disperata. Vorrei potervi ringraziare sia per la vostra buona fede che per l’eloquenza con cui avete espresso i vostri pensieri; ma il modo in cui descrivete il nostro incontro non mi permette di farlo apertamente. È certo che dieci anni fa mi sarei gettato tra le vostre braccia, avrei affrontato la vostra situazione con entusiasmo. E probabilmente, come in molte altre occasioni simili in cui ho avuto la sfortuna di immischiarmi, la mia impulsività avrebbe finito per nuocervi più che aiutarvi. Le esperienze più terribili mi hanno reso più cauto: ho imparato a considerare con cautela le nuove persone che incontro, e, nella impossibilità di assolvere contemporaneamente a tutti i doveri che mi vengono imposti, preferisco occuparmi solo di coloro che conosco bene. Non vi ho però rifiutato il consiglio che mi avete chiesto: non ho approvato il tono della vostra lettera rivolta a Monsieur de M,; vi ho indicato ciò che ritenevo potesse essere migliorato. E la prova che abbiate compreso bene ciò che vi dicevo è il fatto che abbiate risposto più volte alle mie osservazioni. Tuttavia, oggi venite a dirmi che il dolore che vi ho mostrato non vi ha permesso di comprendere ciò che intendevo dire. E aggiungete che, dopo lunghe riflessioni, avete ritenuto di capire che vi stavo rimproverando per esservi lasciato trascinare troppo dalla vostra rabbia. Ma davvero, non erano necessarie lunghe riflessioni per rendersene conto: vi avevo espresso chiaramente i miei pensieri, e ero certo che mi aveste capito perfettamente. Mi avete chiesto un consiglio; non ve l’ho rifiutato. Anzi, vi ho offerto, e vi offro ancora, di alleviare, nella misura del possibile, la durezza della vostra situazione. Onestamente, non vedo in cosa possiate lamentarvi del mio comportamento. E se non vi ho concesso fiducia, è perché voi stesso non me ne avete ispirato motivo.
Non desiderate, signore, comunicare lo stato della vostra anima e la vostra ultima decisione al vostro benefattore, al vostro consolatore, temendo che, nel volervi difendere, questi possa compromettersi inutilmente con un nemico potente che non gli perdonerebbe mai; è a me che vi rivolgete per questo motivo, senza dubbio a causa della mia grande influenza e dei mezzi di cui dispongo per servirvi, e poiché l’aggiunta di un altro nemico non sembra rappresentare un grosso problema per qualcuno nella mia posizione. Vi sono grato per questa preferenza; la coglierei se fossi certo di potervi essere d’aiuto; ma, essendo consapevole che qualsiasi interesse io possa provare per voi non farebbe altro che nuocervi, mi attengo alle limitazioni che mi avete imposto.
À l’égard du jugement que je porterai de la résolution que vous me marquez avoir prise, quand j’en apprendrai l’exécution, ce ne sera sûrement pas de penser que c’était là le but, la fin, l’objet moral de la vie ; mais au contraire que c’était le comble de l’égarement, du délire, et de la fureur. S’il était quelque cas où l’homme eût le droit de se délivrer de sa propre vie, ce serait pour des maux intolérables et sans remède, mais non pas pour une situation dore, mais passagère, ni pour des maux qu’une meilleure fortune peut finir dès demain. La misère n’est jamais un état sans ressources, surtout à votre âge ; elle laisse toujours l’espoir bien fondé de la voir finir quand on y travaille avec courage, et qu’on a des moyens pour cela. Si vous craignez que votre ennemi n’exécute sa menace, et que vous ne vous sentiez pas la constance de supporter ce malheur, cédez à l’orage et quittez Paris : qui vous en empêche ? Si vous aimez mieux le braver, vous le pouvez, non sans danger, mais sans opprobre. Croyez-vous être le seul qui ait des ennemis puissants, qui soit en péril dans Paris, et qui ne laisse pas d’y vivre tranquille, en mettant les hommes au pis, content de se dire à lui-même : Je reste au pouvoir de mes ennemis dont je connais la ruse et la puissance, mais j’ai fait en sorte qu’ils ne puissent jamais me faire de mal justement ? Monsieur, celui qui se parle ainsi peut vivre tranquille au milieu d’eux, et n’est point tenté de se tuer.
Observation
Cette lettre, pleine de sens et de raison, est bien différente de la précédente. Elle ne détruit point l’opinion que nous avons énoncée sur la mort de Rousseau, puisqu’il pense qu’il a des cas où l’homme a le droit de se délivrer de la vie.
1771
Lettre CMXLI– À M. Dusaulx
Lettre CMXLII – Au même
Lettre CMXLIII – Au même
Lettre CMXLIV – Au même
Lettre CMXLV – À M. du Peyrou
Lettre CMXLVI – À M. de Saint-Germain
Lettre CMXLVII – À Madame de T.
Lettre CMXLVIII – À Madame de Créqui
Lettre CMXLIX – À Madame de Latour
Lettre CML – À M. du Peyrou
Lettre CMLI – À Madame La Tour
Lettre CMLII – À M. le chevalier de Cossé
Lettre CMLIII – À M. Linné
Table de la correspondance
Lettre CMXLII – Au même
Paris, 9 février 1771.
Pauvres aveugles que nous sommes ! etc.
Monsieur,
Je suis toujours frappé de l’idée que vous avez eue de me mettre, dans le livre que vous faites, en pendant avec un scélérat abominable qui fait du masque de la vertu l’instrument du crime, et qui, selon vous, la rend aussi touchante dans ses discours qu’elle l’est dans mes écrits. J’ai toujours cru, je crois encore qu’il faut sincèrement aimer la vertu pour savoir la rendre aimable aux autres, et que quiconque y croit de bonne foi distingue aisément dans son coeur le langage de l’hypocrisie d’avec celui que le coeur a dicté. Vous me dites pour excuse que vous portiez ce jugement à l’âge de dix-sept ans ; mais, monsieur, vous n’aviez pas lu mes écrits : c’est à l’âge où vous êtes, c’est au moment que vous écrivez que vous identifiez l’impression que vous fait leur lecture avec celle des discours du fourbe dont il s’agit. Si c’est là la seule ou la plus honorable mention que vous faites dans votre ouvrage d’un homme à qui vous marquez entre vous et lui, tant d’estime et d’empressement, le tour, si c’est un éloge, est neuf et bizarre ; si c’est un art employé pour appuyer couvertement[1055] l’imposture, il est infernal. Vous paraissez disposé à changer dans le passage ce qui peut m’y déplaire : je vous l’ai déjà dit, monsieur, n’y changez rien ; s’il a pu vous plaire un moment, il ne me déplaira jamais. Je suis bien aise que tout le monde sache quelle place vous donnez dans vos écrits à un homme qu’en même temps vous recherchez avec tant de zèle, et à qui vous paraissez, du moins en parlant à lui, en donner une si belle dans votre estime et dans votre coeur. Cette remarque m’en rappelle d’autres trop petites pour être citées, mais sur l’effet desquelles je veux vous ouvrir le mien.
Après m’avoir dit si souvent en si beaux termes que vous me connaissiez, m’aimiez, m’estimiez, m’honoriez parfaitement, il est constant, et je le dis de tout mon coeur, que les prévenances et les honnêtetés dont vous m’avez comblé, adressées, dans votre intention comme dans la vérité, à un homme de bien et d’honneur, ont à ma reconnaissance et à mon attachement un droit que je serai toujours empressé d’acquitter.
Mais, s’il était possible, au contraire, que, m’ayant pris pour un hypocrite et un scélérat, vous m’eussiez cependant prodigué tant d’avances, de caresses ; et de cajoleries de toute espèce, pour capter ma confiance et mon amitié, soit parce que mon caractère supposé conviendrait au vôtre, soit pour aller par astuce à des fins que vous me cacheriez avec soin ; dans ce cas, il n’en est pas moins sûr qu’en tout état de choses possibles vous ne seriez vous-même qu’un vil fourbe et un malhonnête homme, digne de tout le mépris que vous auriez eu pour moi.
J’aurais bien quelque chose encore à vous dire ; mais je m’en tiens là quant à présent. Voilà, monsieur, un doute que j’ai senti naître avec douleur, et qui s’augmente au point d’être intolérable. Je vous le déclare avec ma franchise ordinaire, dont, quelque mal qu’elle m’ait fait et qu’elle me fasse, je ne me départirai jamais. Je vous montre bien mes sentiments : montrez-moi si bien les vôtres, que je sache avec certitude ce que vous pensez de moi. Je me souviens de vous avoir dit que si jamais je me défiais de vous, ce serait votre faute. Vous voilà dans le cas ; c’est à vous d’y pourvoir, au moins si vous donnez quelque prix à mon estime. En y pourvoyant, n’en faites pas à deux fois, car je vous avertis qu’à la seconde vous n’y seriez plus à temps.
Je me suis confié à vous, monsieur, et à d’autres que je ne connaissais pas plus que vous. Le témoignage intérieur de l’innocence et de la vérité m’a fait croire qu’il suffisait d’épancher mon coeur dans des coeurs d’hommes pour y verser le sentiment dont il était plein.” J’espère ne m’être pas trompé dans mon choix ; mais quand cet espoir m’abuserait, je n’en serais point abattu. La vérité, le temps, triompheront enfin de l’imposture, et de mon vivant même elle n’osera soutenir mes regards. Son plus grand soin, son plus grand art est de s’y dérober ; mais cet art même la décèle. Jamais on n’a vu, jamais on ne verra le mensonge marcher fièrement à la face du soleil en interpellant à grands cris la vérité, et celle-ci devenir cauteleuse, craintive, et traîtresse, se masquer devant lui, fuir sa présence, n’oser l’accuser qu’en secret, et se cacher dans les ténèbres.
Je vous fais, monsieur, mes très humbles salutations.
Lettre CMXLIV – Au même
Paris, 16 février 1771.
Pauvres aveugles que nous sommes ! etc.
J’ai voulu, monsieur, mettre un intervalle entre Votre dernière lettre et celle-ci pour laisser calmer mes premiers mouvements et agir ma raison seule. Votre lettre est bien plus employée à me dire ce que je dois penser de vous que ce que vous pensez de moi, quoique je vous eusse prévenu que de ce dernier jugement dépendait absolument l’autre. Il faut pourtant que je me décide et que je vous juge en ce qui me regarde, quoique j’aie renoncé, comme vous me le conseillez, à juger des hommes, bien convaincu que l’obscur labyrinthe de leurs coeurs m’est impénétrable, à moi dont le coeur transparent comme le cristal[1056] ne peut cacher aucun de ses mouvement, et qui, jugeant si longtemps des autres par moi, n’ai cessé depuis vingt ans d’être leur jouet et leur victime.
As for the judgment I will form regarding the decision you have apparently made, once I learn of its implementation, it is certainly not that I will consider it to be the goal, the purpose, or the moral end of life; quite the contrary—I will see it as the pinnacle of delirium, madness, and fury. If there were any circumstance in which a person would have the right to end their own life, it would be in the face of intolerable and incurable suffering—not because of some permanent or enduring misfortune, nor because of temporary hardships that could be alleviated by better fortune tomorrow. Poverty is never an utterly hopeless state, especially at your age; it always leaves room for real hope, provided one fights bravely and has the means to do so. If you fear that your enemy will carry out his threat and if you lack the strength to endure such misfortune, then yield to the storm and leave Paris—what is stopping you? If you prefer to face it head-on, you can do so, though at great risk, but without any loss of honor. Do you really believe that you are the only one in Paris who has powerful enemies and who is in danger, yet still manages to live in peace, even when doing everything possible to harm those enemies? My dear sir, someone who speaks in such terms can indeed live peacefully among them without even considering suicide.
Observation
This letter, filled with sense and reason, is quite different from the previous one. It does not undermine the opinion we expressed regarding Rousseau’s death, for it argues that there are circumstances in which a person has the right to end their own life.
1771
Letter CMXLI – To Mr. Dusaulx
Letter CMXLII – To the Same One
Letter CMXLIII – To the Same One
Letter CMXLIV – To the Same One
Letter CMXLV – To Mr. du Peyrou
Letter CMXLVI – To Mr. de Saint-Germain
Letter CMXLVII – To Madame de T.
Letter CMXLVIII – To Madame de Créqui
Letter CMXLIX – To Madame de Latour
Letter CML – To Mr. du Peyrou
Letter CMLI – To Madame La Tour
Letter CMLII – To Mr. Chevalier de Cossé
Letter CMLIII – To Mr. Linne
Correspondence Table
Letter CMXLII – To the Same One
Paris, February 9, 1771.
Poor blind fools that we are! etc.
Sir,
I am always struck by the idea you had of including me in the book you are writing, alongside a despicable scoundrel who uses the guise of virtue as a tool for crime—and who, in your view, makes virtue seem just as appealing in his speeches as it does in my writings. I have always believed, and I still believe, that one must truly love virtue in order to make it likable to others; and that anyone who sincerely believes in it can easily distinguish in their heart the language of hypocrisy from that which the heart itself dictates. You offer me the excuse that you formed this judgment at the age of seventeen; but sir, you had not read my writings then. It is at your current age, at the very time you are writing this book, that you equate the impression my writings make on you with the effect of the speeches of that deceitful person. If this is the only or most honorable mention you make in your work of a man to whom you show such respect and eagerness, then the approach, if it is meant as praise, is novel and bizarre; if it is a trick used to covertly support deception, it is downright diabolical. You seem willing to make changes in this passage to avoid anything that might displeasure me; but I have already told you, sir, do not change anything. If it once pleased you, it will never displease me. I am glad that everyone knows the place you assign in your writings to a man whom you seek with such zeal—and who, at least when speaking to him, seems to hold such high regard and affection in your heart. This observation reminds me of other matters too trivial to mention here, but regarding which I would like to share my own thoughts with you.
After telling me so often, in such beautiful terms, that you knew me, loved me, respected me, and honored me perfectly, it is undeniable—and I say this from the bottom of my heart—that all the kindnesses and honests words you have addressed to me, out of both intention and truth, as they would be directed to a man of virtue and honor, give you a right upon my gratitude and loyalty that I will always be eager to fulfill.
But if, on the contrary, it were possible that, considering me a hypocrite and a scoundrel, you had nevertheless showered me with so many favors, caresses, and all sorts of flattery in order to win my trust and friendship—either because my supposed character suited yours, or in order to achieve some ulterior purpose that you would have carefully concealed from me—then it is still certain that, under any conceivable circumstances, you would yourself be nothing but a despicable trickster and an unscrupulous man, worthy of all the contempt you hold for me.
I have something else to say to you; but for now, that will be all. Here, sir, is a doubt that has begun to arise in me with great distress, and it is growing to such an extent that it has become unbearable. I declare it to you with my usual frankness—frankness from which, no matter how much harm it may have caused or may cause me in the future, I will never deviate. I am showing you my feelings clearly; now show me yours as clearly, so that I can know with certainty what you think of me. I remember telling you that if I ever doubted you, it would be your fault. Well, now you are in that situation; it is up to you to remedy it, at least if you value my respect at all. When you do so, please don’t delay—because I warn you that if you wait even a second longer, it will be too late.
I have confided in you, sir, as well as in others whom I knew no better than you. The inner testimony of innocence and truth led me to believe that it was enough to pour out my heart before the hearts of other men, so that they might share the feelings that filled mine. I hope I have not made a wrong choice; but even if this hope should prove deceptive, I shall not be discouraged. Truth and time will ultimately triumph over falsehood, and in my lifetime itself, it will not dare to meet my gaze. Its greatest effort, its most cunning art, is to hide from us; yet precisely this very art reveals it. Never has anyone seen, nor ever will anyone see, falsehood walking proudly in the face of the sun, boldly challenging truth; nor will truth ever become cautious, fearful, and treacherous, hiding from it, fleeing its presence, daring to accuse it only in secret, and seeking refuge in darkness.
I offer you, sir, my most humble greetings.
Letter CMXLIV – To the Same One
Paris, February 16, 1771.
Poor blind fools that we are! etc.
Sir, I intended to leave some time between your last letter and this one in order to allow my initial emotions to calm down and for reason to take its course alone. Your letter spends far more effort telling me what I ought to think of you than what you think of me, although I had informed you that the latter judgment depended entirely on the former. Nevertheless, I must make up my mind and form an opinion of you with regard to myself. Though, as you advised me, I have renounced trying to judge others—being fully convinced that the murky labyrinth of their hearts is impenetrable to me—while my own heart, clear as crystal[1056], cannot conceal any of its movements—I have, for twenty years now, continued to be their plaything and their victim, judging them all along by my own standards.
Per quanto riguarda il giudizio che formerò sulla risoluzione che avete preso, quando ne saprò l’esecuzione, sicuramente non penserò che essa rappresenti lo scopo, la fine o l’obiettivo morale della vita; al contrario, considererò che sia l’estremo dell’errore, del delirio e della furia. Se esistesse qualche caso in cui un uomo avesse il diritto di liberarsi dalla propria vita, sarebbe certamente per affrontare mali intollerabili e senza rimedio, ma non certo per una situazione temporanea o per dolori che una sorte migliore potrebbe risolvere domani stesso. La povertà non è mai uno stato privo di soluzioni, soprattutto a vostra età; lascia sempre la speranza concreta di poterla superare, se ci si impegna con coraggio e si dispongono i mezzi necessari. Se temete che il vostro nemico possa attuare la sua minaccia e non riuscite a trovare la forza per sopportare tale sventura, arrendetevi alla situazione e lasciate Parigi: cosa vi impedisce di farlo? Se preferite affrontarla, potete farlo, anche se con rischi, ma senza disonore. Pensate davvero di essere l’unico ad avere nemici potenti, a trovarvi in pericolo a Parigi e a non poter vivere tranquillamente, pur mettendo gli altri nella peggiore condizione possibile? Signore, colui che si parla in questo modo può vivere serenamente tra di loro, senza alcuna tentazione di suicidarsi.
Osservazione.
Questa lettera, piena di senso e ragionevolezza, è molto diversa dalla precedente. Non confuta affatto l’opinione che abbiamo espresso sulla morte di Rousseau, poiché egli ritiene esistano casi in cui un uomo abbia il diritto di liberarsi dalla vita.
1771
Lettera CMXLI – A Monsieur Dusaulx
Lettera CMXLII – Allo stesso.
Lettera CMXLIII – Allo stesso.
Lettera CMXLIV – Allo stesso.
Lettera CMXLV – A Monsieur du Peyrou
Lettera CMXLVI – A Monsieur de Saint-Germain
Lettera CMXLVII – Alla Signora de T.
Lettera CMXLVIII – Alla Signora de Créqui
Lettera CMXLIX – Alla Signora de Latour
Lettera CML – A Monsieur du Peyrou
Lettera CMLI – A Madame La Tour
Lettera CMLII – A Monsignor il Cavaliere de Cossé
Lettera CMLIII – A Monsieur Linné
Tabella della corrispondenza
Lettera CMXLII – Allo stesso.
Parigi, 9 febbraio 1771.
Poveri ciechi che siamo, ecc.
Signore,
Sono sempre colpito dall’idea che vi sia venuta di mettermi, nel libro che state scrivendo, a confronto con un individuo spregevole che utilizza la maschera della virtù come strumento del crimine e che, secondo voi, rende questa stessa virtù tanto toccante nei suoi discorsi quanto lo è nei miei scritti. Ho sempre creduto, e credo ancora oggi, che sia necessario amare sinceramente la virtù per saperla rendere attraente agli altri; chi ci crede davvero riesce facilmente a distinguere, nel proprio cuore, il linguaggio dell’ipocrisia da quello dettato dalla vera natura umana. Mi dite che avete formato questa opinione all’età di diciassette anni; ma, signore, non avevate letto i miei scritti: è proprio ora che siete vecchio abbastanza, proprio in questo momento in cui state scrivendo, che confrontate l’impressione che mi fanno le mie opere con quella prodotta dai discorsi di quel furfante di cui parlate. Se questa è l’unica o la più “onorevole” menzione che fate nel vostro libro di un uomo verso il quale provate tanta stima e tanto zelo, allora questo modo di esprimersi è davvero bizzarro; se invece si tratta di un tentativo subdolo per mascherare un’impostura, allora è davvero infernale. Sembrite disposto a modificare quelle parti del vostro testo che potrebbero offendermi; vi ho già detto, signore, non fatelo: anche se per un momento vi sono piaciute, a me non piaceranno mai. Sono felice che tutti sappiano quale posto date nei vostri scritti a un uomo verso il quale, allo stesso tempo, mostrate tanto interesse e che, almeno quando parlate con lui, sembrate attribuirgli una tale stima nel vostro cuore. Questa osservazione mi fa ricordare altre considerazioni troppo banali per essere menzionate apertamente, ma riguardo alle quali vorrei condividere la mia opinione con voi.
Dopo che mi avete detto così spesso e in termini così belli che mi conoscevate, mi amavate, mi stimavate, mi onoravate perfettamente, è certo – e lo dico con tutto il mio cuore – che le attenzioni e le cortesie di cui mi avete colmato, rivolte, sia nella vostra intenzione che nella realtà, a un uomo buono e onesto, hanno su la mia riconoscenza e sul mio affetto un diritto che sarò sempre pronto ad adempiere.
Ma se, al contrario, fosse possibile che, avendomi considerato un ipocrita e un scellerato, mi abbiate comunque fatto tante offerte, dimostrazioni di affetto e lusinghe di ogni sorta per conquistare la mia fiducia e la mia amicizia, sia perché il mio presunto carattere si adattasse al vostro, sia per raggiungere con astuzia scopi che mi nascondereste con cura, in tal caso, è altrettanto certo che, in ogni possibile situazione, voi stesso sareste soltanto un vile traditore e un uomo disonesto, degno di tutto il disprezzo che avreste potuto provare per me.
Avrei ancora qualcosa da dirvi; ma per il momento mi fermo qui. Ecco, signore, un dubbio che è nato in me con dolore e che si intensifica al punto di diventare insopportabile. Ve lo dichiaro con la mia solita franchezza, dalla quale, nonostante i danni che mi abbia causato e che possa ancora causarmi, non mi allontanerò mai. Vi mostro chiaramente i miei sentimenti: mostratemi anche voi i vostri, in modo che io sappia con certezza cosa pensate di me. Ricordo di avervi detto che, se mai dovessi dubitare di voi, la colpa sarebbe vostra. Ora vi trovate in quella situazione; spetta a voi rimediarvi, almeno se date un qualche valore alla mia stima. E fatecelo senza indugiare, perché vi avverto che una seconda occasione potrebbe non esserci più.
Mi sono confidato a voi, signore, e ad altri che conoscevo altrettanto poco quanto voi. La testimonianza interna dell’innocenza e della verità mi ha fatto credere che fosse sufficiente riversare il mio cuore nel cuore degli uomini per trasmetter loro i sentimenti che lo riempivano. Spero di non essermi sbagliato nella mia scelta; ma anche se questa speranza dovesse ingannarmi, non ne sarei affatto scoraggiato. La verità e il tempo vinceranno infine sull’inganno, e ancor durante la mia vita stesso quest’ultimo non oserà sfidare il mio sguardo. Il suo più grande impegno, il suo più grande “arte” consistono nel nascondersi; ma proprio questo tentativo lo tradisce. Mai si è visto, né si vedrà mai, il mentitore camminare orgogliosamente sotto il sole, chiamando ad alta voce la verità, mentre quest’ultima diventa cauta, timida e traditrice, nascondendosi davanti a lui, fuggendo dalla sua presenza, osando accusarlo soltanto in segreto e rifugiandosi nell’oscurità.
Vi porgo, signore, i miei più umili saluti.
Lettera CMXLIV – Allo stesso.
Parigi, 16 febbraio 1771.
Poveri ciechi che siamo, ecc.
Signore, ho voluto lasciare un intervallo tra la vostra ultima lettera e questa, per permettere ai miei primi impulsi di calmarsi e affinché fosse solo la ragione a guidarmi. La vostra lettera si sofferma molto di più su ciò che dovrei pensare di voi, piuttosto che su ciò che voi pensate di me, nonostante vi avessi avvertito che proprio questo ultimo giudizio dipendeva assolutamente dall’altro. Tuttavia devo prendere una decisione e giudicarvi in merito a me stesso. Anche se, come mi consigliate voi, ho rinunciato a giudicare gli uomini, convinto com’ero che il labirinto oscuro dei loro cuori fosse per me impenetrabile; mentre il mio cuore, trasparente come il cristallo[1056], non può nascondere alcuno dei suoi movimenti. E io, che per tanto tempo ho giudicato gli altri in base a me stesso, da vent’anni non faccio altro che essere loro giocattolo e vittima.
À force de m’environner de ténèbres, on m’a cependant rendu quelquefois plus clairvoyant, et l’expérience et la nécessité me font apercevoir bien des choses par le soin même qu’on prend pour me les cacher. J’ai vu dans votre conduite avec moi les honnêtetés les plus marquées, les attentions les plus obligeantes, et des fins secrètes à tout cela : j’y ai même démêlé des signes de peu d’estime en bien des points, et surtout dans les fréquents petits cadeaux auxquels vous m’avez apparemment cru très sensible, au lieu qu’ils me sont indifférents ou suspects : Timeo Danaos, et dona ferentes[1057]. C’est précisément par le peu de cas que j’en fais que je ne les refuse plus, lassé des tracasseries et des ridicules que m’attirèrent longtemps ces refus, par la malignité des donneurs qui avaient leurs vues, et bien sûr, en recevant tout et oubliant tout, d’écarter enfin plus sûrement toutes ces petites amorces. Je cherchais un logement ; vous avez voulu m’avoir pour voisin et presque pour hôte : cela était bon et amical ; mais j’ai vu que vous vouliez trop, et que vous cherchiez à m’attirer : vous avez fait tout le contraire. Vous avez cru que j’aimais les dîners ; vous avez cru que j’aimais les louanges. Tout, à travers la pompe de vos paroles, m’a prouvé que j’étais mal connu de vous. Les je ne sais quoi, trop longs à dire, mais frappants à remarquer, m’ont averti qu’il y avait quelque mystère caché sous vos caresses, et tout a confirmé mes premières observations.
L’article que vous m’avez lu a achevé de m’éclairer. Plus j’y ai réfléchi, moins je l’ai trouvé naturel, dans ma situation présente, de la part d’un bienveillant. Vous me faites trop valoir le soin que vous avez pris de me lire cet article. Vous avez prévu que je le verrais un jour, et vous sentiez ce que j’en aurais pu penser et dire, si vous me l’eussiez tu jusqu’à la publication. Vous avez cru me leurrer par ce mot d’illustre. Ah ! vous êtes trop loin de voir combien la réputation d’homme bon, juste, et vrai, que je gardai quarante ans, et que je n’ai jamais mérité de perdre, m’est plus chère que vos glorioles littéraires, dont j’ai si bien senti le néant. Ne changeons point, monsieur, l’état de la question. Il ne s’agit pas de savoir comment vous vous y êtes pris pour faire passer un article aussi captieux, mais comment il vous est venu dans l’esprit de l’écrire, de me mettre gracieusement en parallèle avec un exécrable scélérat, et cela précisément au moment où l’imposture n’épargne aucune ruse pour me noircir. Mes écrits respirent l’amour de la vertu dont le coeur de l’auteur était embrasé. Quoi que mes ennemis puissent faire, cela se sent et les désole. Dites-moi si, pour énerver ce sentiment honorable et juste, aucun d’eux s’y prit plus adroitement que vous.
Et maintenant, au lieu de me dire nettement quel jugement vous portez de moi, de nies sentiments, de mes moeurs, de mon caractère, comme vous le deviez dans la circonstance, et comme je vous en avais conjuré, vous me parlez de larmes d’attendrissement et d’un intérêt de commisération ; comme si c’était assez pour moi d’exciter votre pitié, sans prétendre à des sentiments plus honorables ! Je vous estime encore, me dites-vous, mais je vous plains. Moi, je vous réponds : Quiconque ne m’estimera que par grâce trouvera difficilement en moi la même générosité.
Je voudrais, monsieur, entendre un peu plus clairement quel est ce grand intérêt que vous dites prendre en moi. Le premier, le plus grand intérêt d’un homme est son honneur. Vous auriez, dites-vous, donné un bras pour m’en sauver un ! C’est beaucoup, et c’est même trop : je n’aurais pas donné mon bras pour sauver le vôtre ; mais je l’aurais donné, je le jure, pour la défense de votre honneur. Entouré de tous ces preneurs d’intérêt qui ne cherchent qu’à me donner, comme faisait aux passants ce Romain, un écu et un soufflet à chaque rencontre, je ne prends pas le change sur cet intérêt prétendu : je sais qu’ils n’ont d’autre but dans leur fausse bienveillance que d’ajouter à leurs noirceurs, quand je m’en plains, le reproche d’ingratitude.
« Le généreux, le vertueux Jean-Jacques Rousseau inquiet et méfiant comme un lâche criminel ! » Monsieur Dusaulx, si, vous sentant poignarder par-derrière par des assassins masqués, vous poussiez, en vous retournant, les cris de la douleur et de l’indignation, que diriez-vous de celui qui pour cela vous reprocherait froidement d’être inquiet et méfiant comme un lâche criminel ? Il n’y aura jamais que des coeurs capables du crime qui puissent en soupçonner le mien ; et quant à la lâcheté, malgré tout l’effroi qu’on a voulu me donner, me voici dans Paris, seul, étranger, sans appui, sans amis, sans parents, sans conseil, armé de ma seule innocence et de mon courage, à la merci des adroits et puissants persécuteurs qui me diffament en se cachant, les provoquant, et leur criant : Parlez haut, me voilà. Ma foi, monsieur, si quelqu’un fait lâchement le plongeon dans cette affaire, il me semble que ce n’est pas moi.
Je veux être juste toujours. S’il n’y a contre moi nulle oeuvre de ténèbres, votre reproche est fondé, j’en conviens ; mais s’il existe une pareille oeuvre, et que vous le sachiez très bien, convenez aussi que ce même reproche est bien barbare. Je prends là-dessus votre conscience pour juge entre vous et moi.
Vous me trompez, monsieur : j’ignore à quelle fin ; mais vous me trompez. C’est assurément tromper un homme à qui l’on marque la plus tendre affection, que de lui cacher les choses qui le regardent et qu’il lui importe le plus de savoir. Encore une fois, j’ignore vos motifs ; mais je sais qu’on ne trompe personne pour son bien. Je n’attaque à tout autre égard ni votre droiture, ni vos vertus ; je n’explique point cette inconséquence. Je ne sais qu’une seule chose, mais je la sais très bien, c’est que vous me trompez.
Je veux que tout le monde lise dans mon coeur, et que ceux avec qui je vis sachent comme moi-même ce que je pense d’eux, quoiqu’une malheureuse honte, que je ne puis vaincre, m’empêche de le leur dire en face. C’est afin que vous n’ignoriez pas mes sentiments que je vous écris. Du reste, mon intention n’est de rompre avec vous qu’autant que cela vous conviendra : je vous laisse le choix. Si je connaissais un seul homme à ma portée dont le coeur fût ouvert comme le mien, qui eût autant en horreur la dissimulation, le mensonge, qui dédaignât, qui refusât de hanter ceux auxquels il n’oserait dire ce qu’il pense d’eux, j’irais à cet homme, et, très sûr d’en faire mon ami, je renoncerais à tous les autres ; il serait pour moi le genre humain : mais, après dix ans de recherches inutiles, je me lasse, et j’éteins ma lanterne. Environné de gens qui, sous un air d’intérêt grossièrement affecté, me flattent pour me surprendre, je les laisse faire, parce qu’il faut bien vivre avec quelqu’un, et qu’en quittant ceux-là pour d’autres, je ne trouverais pas mieux. Du reste, s’ils ne voient pas ce que je pense d’eux, c’est assurément leur faute. Je suis toujours surpris, je l’avoue, de les voir m’étaler pompeusement et leurs vertus et leur amitié pour moi ; je cherche inutilement comment on peut être vertueux et faux tout à la fois, comment on peut se faire un honneur de tromper les gens qu’on aime. Non, je n’aurais jamais cru qu’on pût être aussi fiers d’être des traîtres.
Livré depuis longtemps à ces gens-là, j’aurais tort assurément d’être difficile en liaisons, et bien plus de me refuser à la vôtre, puisque votre société me paraît très agréable, et que, sans vous confondre avec tous les empressés qui m’entourent, je vous compte parmi ceux que j’estime le plus. Ainsi je vous laisse le maître de me voir ou de ne me pas voir, comme il vous conviendra. Pour de l’intimité, je n’en veux plus avec personne, à moins que, contre toute apparence, je ne trouve fortuitement l’homme juste et vrai que j’ai cessé de chercher. Quiconque aspire à ma confiance doit commencer par me donner la sienne ; et du reste, malade ou non, pauvre ou riche, je trouverai toujours très mauvais que, sous prétexte d’un zèle que je n’accepte point, qui que ce soit veuille malgré moi se mêler de mes affaires.
Je viens de vous ouvrir mon coeur sans réserve ; c’est à vous maintenant de consulter le vôtre, et de prendre le parti qui vous conviendra[1058].
Lettre CMXLV – À M. du Peyrou
À Paris, le 25 mars 1771.
By constantly surrounding myself with darkness, one sometimes manages to gain greater clarity of vision; experience and necessity have taught me to perceive many things precisely because of the efforts made to conceal them from me. In your behavior toward me, I have observed the most obvious honesty, the most attentive care—and yet, beneath all this, hidden motives: signs of little respect in numerous aspects, especially in those frequent small gifts you seemingly thought I would value greatly, when in reality they are either indifferent or even suspicious to me. Timeo Danaos, et dona ferentes[1057]. It is precisely because I attach so little importance to them that I no longer refuse them—having grown tired of the troubles and ridicule such refusals once caused me, due to the malice of those who offered them with ulterior motives. And of course, by accepting everything and forgetting it all, I can finally put an end to all these petty entanglements more securely than ever before. I was looking for a place to live; you wanted to have me as your neighbor, almost as your guest—that was kind and friendly indeed. But I saw that you were trying too hard, that you were trying to attract me; instead, you achieved the exact opposite effect. You thought I liked dinners; you thought I appreciated flattery. Everything, through the pomp of your words, proved to me that you did not understand me at all. Those subtle things—too complicated to describe in detail, but easily noticeable—warned me that there was some hidden mystery beneath your gestures of kindness. And everything confirmed my initial suspicions.
The article you read to me has completely clarified things for me. The more I thought about it, the less natural it seemed to me, given my current situation, that someone so well-intentioned would do such a thing. You have overemphasized the care you took in reading this article to me. You must have anticipated that I would one day come across it and knew exactly what I might think and say if you had kept it hidden until its publication. You thought you could deceive me with that word “illustre.” Ah! You are far from realizing how precious to me is the reputation of a good, just, and honest man—a reputation I maintained for forty years and which I have never deserved to lose. Let us not change the subject, sir. What matters is not how you managed to publish such a misleading article, but why you ever thought of writing it in the first place, of placing me in the same category as a despicable scoundrel, precisely at a time when all sorts of deceit are being used to slander me. My writings breathe the love of virtue; the author’s heart is filled with it. No matter what my enemies may do, that truth remains evident and fills them with remorse. Tell me—if any of them tried more cunningly than you to undermine such a noble and righteous sentiment.
And now, instead of clearly telling me what your opinion of me is—instead of denying my feelings, my manners, my character, as you should have done under the circumstances, and as I had begged you to do—you speak of tears of compassion and feelings of pity; as if it were enough for me to arouse your sympathy, without even seeking more honorable sentiments from you! You still say that you respect me, but I feel sorry for you. And I reply to you: Anyone who respects me only out of kindness will find it difficult to find the same generosity in me.
Sir, I would like to hear more clearly what this so-called great interest you claim to have in me actually consists of. The foremost and greatest interest of a man is his honor. You say that you would have given one of your arms to save mine! That is much—indeed, too much. I would not have given my arm to save yours; but I swear I would have given it, for the defense of your honor. Surrounded as I am by all these so-called “interested parties” who only seek to benefit at my expense—just as that Roman used to give passersby an eagle and a blow at every encounter—I do not believe in this pretended interest on their part. I know that their false kindness serves no other purpose than to add the accusation of ingratitude to their own wicked deeds when I complain about them.
“The generous, virtuous Jean-Jacques Rousseau—yet anxious and wary like a cowardly criminal!” Monsieur Dusaulx, if, feeling yourself being stabbed from behind by masked assassins, you were to let out cries of pain and indignation as you turned around, what would you say about someone who would coldly reproach you for being anxious and wary like a cowardly criminal? Only those whose hearts are capable of crime could ever suspect mine; as for cowardice—despite all the fear they tried to instill in me—I am here in Paris, alone, a stranger, without support, without friends, without relatives, without advice. Armed only with my innocence and courage, I am at the mercy of those cunning and powerful persecutors who slander me while hiding from me, provoking me, and shouting at me: “Speak out—here I am!” My dear sir, if anyone cowardly chooses to retreat in this situation, I believe it is not me.
I always want to be fair. If there is no act of darkness against me, then your reproach is justified, and I admit it; but if such an act does exist, and you are fully aware of it, then please acknowledge that this very same reproach is utterly barbaric. In this matter, I place your conscience as the judge between you and me.
You are deceiving me, sir; I do not know what purpose this serves, but you are certainly deceiving me. It is undoubtedly a betrayal of someone to whom one holds the deepest affection to hide from them those things that concern them most and that they wish to know at all costs. Once again, I do not understand your motives; but I know that no one is deceived for their own good. In no other respect do I question your integrity or virtues; I simply cannot explain this inconsistency. I know only one thing, and I know it very well: you are deceiving me.
I want everyone to know what is in my heart, and for those who live with me to understand, just as I do myself, what I think of them—though a unfortunate shame, which I cannot overcome, prevents me from telling them face to face. It is for this reason that I am writing to you, so that you are not ignorant of my feelings. Moreover, I intend to break off relations with you only if it suits you; I leave the choice to you. If there were a single man within my reach whose heart were as open as mine, who loathed deception and lies as much as I do, who would disdain and refuse to associate with those whom he wouldn’t dare tell his true thoughts about—then I would go to that man and, confident that I could become his friend, I would give up all others. He would represent for me the entire human race. But after ten years of futile searching, I am tired, and I am ready to give up. Surrounded by people who, under the guise of feigned concern, flatter me in order to surprise me, I let them do so—because one must live with someone, and if I left these for others, I would find no improvement. After all, if they don’t understand what I think of them, it is surely their fault. I must admit that I am always surprised when I see them ostentatiously display their virtues and their supposed friendship toward me. In vain I try to comprehend how one can be virtuous and yet deceitful at the same time, how one can take pride in deceiving those one loves. No, I could never have believed that one could be so proud of being a traitor.
Having long been in the company of such people, it would certainly be wrong of me to be difficult in my dealings with them, and even more so to refuse your company, since your society seems very pleasant to me. Moreover, without confusing you with all those obsequious people who surround me, I consider you among those whom I esteem most. Therefore, I leave it entirely up to you whether you wish to see me or not, as suits you best. As for intimacy, I no longer desire any with anyone, unless, against all appearances, I should happen to find the truly righteous and genuine man that I have ceased to seek. Anyone who wishes to gain my trust must first offer me theirs; and in any case, whether sick or well, poor or rich, I would find it utterly unacceptable for anyone, under the pretext of a zeal that I do not acknowledge at all, to interfere in my affairs against my will.
I have just opened my heart to you without reservation; it is now up to you to examine your own heart and choose the course that suits you best[1058].
Letter CMXLV – To Mr. du Peyrou
In Paris, on March 25, 1771.
Rendendomi costantemente circondato dall’oscurità, qualcuno è riuscito talvolta ad acuire la mia perspicacia; l’esperienza e la necessità mi hanno permesso di comprendere molte cose, proprio attraverso le precauzioni che si prendevano per nascondermele. Nella vostra condotta nei miei confronti ho notato onestà estrema, attenzioni premurose, ma anche scopi nascosti; in alcuni casi ho persino rilevato segni di scarsa stima da parte vostra, soprattutto nelle frequenti e apparentemente gradite “dose” di regali che mi facevate. Ma proprio perché non vi davo alcuna importanza, smettevo di rifiutarli, stanco delle seccature e dei ridicoli a cui tali rifiuti mi avevano costretto per molto tempo, a causa della malizia di chi li offriva, e soprattutto perché, accettando tutto e dimenticando tutto, riuscivo così ad allontanare con maggiore sicurezza quelle insidie. Cercavo un alloggio; voi voleste che diventassi vostro vicino, quasi vostro ospite. Era gentile da parte vostra, ma ho visto che volevate troppo, e che cercavate di attirarmi a voi, invece avete fatto esattamente il contrario. Pensavate che amassi i banchetti, le lodi. Ma tutto, attraverso la pompa delle vostre parole, mi ha dimostrato quanto poco mi conosceste davvero. Quegli aspetti della vostra condotta, troppo lunghi da descrivere ma evidenti se osservati attentamente, mi hanno avvertito che c’era qualche mistero nascosto dietro le vostre attenzioni. E tutto ha confermato le mie prime intuizioni.
L’articolo che mi avete letto è riuscito a chiarirmi completamente le idee. Più ci pensavo, meno mi sembrava naturale, nella mia situazione attuale, che qualcuno benevolo potesse agire in quel modo. Mi state facendo notare troppo attentamente la cura che avete messo nel leggermelo. Avevate previsto che un giorno lo avrei letto e sapevate esattamente cosa ne avrei pensato e detto, se me l’aveste mostrato prima della sua pubblicazione. Pensavate di ingannarmi con quella parola di “illustre”. Ah! Non riuscite affatto a comprendere quanto la reputazione di uomo buono, giusto e sincero che ho mantenuto per quarant’anni – e che non merito assolutamente di perdere – sia più preziosa per me delle vostre glorie letterarie, il cui nulla lo so bene. Non cambiamo argomento, signore: non si tratta di capire come abbiate fatto a far passare un articolo così ingannevole, ma di comprendere perché vi sia venuta in mente l’idea di scriverlo, di mettermi gentilmente a confronto con un individuo spregevole, proprio nel momento in cui le imposture usano qualsiasi mezzo per diffamarmi. I miei scritti esprimono l’amore per la virtù che ardeva nel cuore del loro autore. Qualunque cosa possano fare i miei nemici, questo si percepisce chiaramente e li rattrista profondamente. Ditemi: c’è qualcuno di loro che abbia usato metodi più astuti dei vostri per alimentare questo sentimento onorevole e giusto?
E ora, invece di dirmi chiaramente quale giudizio avete su di me, dei miei sentimenti, delle mie abitudini, del mio carattere – come avreste dovuto fare in questa circostanza, e come vi avevo supplicato di fare – parlate di lacrime di commozione e di un interesse basato sulla pietà; come se fosse sufficiente per me suscitare la vostra compassione, senza pretendere sentimenti più nobili! Dite ancora che mi stimate, ma mi compiangete. Io vi rispondo: chi mi considera soltanto per grazia troverà difficilmente in me la stessa generosità.
Vorrei, signore, comprendere più chiaramente quale sia questo grande interesse che affermate di provare per me. Il primo e più importante interesse di un uomo è la sua onore. Avreste, secondo voi, dato un braccio pur di salvarne uno mio! È molto, anzi troppo: io non avrei dato il mio braccio nemmeno per salvare il vostro; ma lo avrei dato, lo giuro, per difendere la vostra onore. Circondato da tutti questi individui che cercano soltanto di “prendersi cura” di me, proprio come quel romano che dava a ogni passante un soldo e un respiro, non credo affatto in questo presunto interesse: so che il loro falso affetto ha lo scopo unico di aggiungere alle loro malvagità, quando ne faccio lamentele, anche l’accusa di ingratitudine.
“Il generoso, il virtuoso Jean-Jacques Rousseau, inquieto e diffidente come un codardo criminale!” Signor Dusaulx, se vi sentiste pugnalare alle spalle da assassini mascherati e gridaste di dolore e indignazione voltandovi indietro, cosa direste di colui che vi rimprovererebbe freddamente per essere inquieto e diffidente come un codardo criminale? Solo cuori capaci di commettere crimini possono sospettare del mio; quanto alla codardia, nonostante tutto il terrore che hanno cercato di instillarmi, eccomi qui a Parigi, solo, straniero, senza appoggi, senza amici, senza parenti, senza consigli, armato soltanto della mia innocenza e del mio coraggio, alla mercé di quegli abili e potenti persecutori che mi diffamano nascondendosi, provocandoli e gridando loro: “Parlate pure ad alta voce, eccomi qui!” Onestamente, signore, se qualcuno compie in modo codardo questo atto, non credo sia io.
Voglio sempre essere giusto. Se non esiste alcuna azione oscura contro di me, il vostro rimprovero è fondato, lo ammetto; ma se esiste una simile azione e voi ne siete ben a conoscenza, concordate anche voi che tale rimprovero sia davvero barbaro. Affido la vostra coscienza a fare da giudice tra me e voi in questa questione.
Mi state ingannando, signore: ignoro a quale scopo; ma mi state certamente ingannando. È sicuramente ingannare un uomo verso il quale si prova la più profonda affetto nascondergli le cose che lo riguardano e che sono per lui di estrema importanza conoscere. Ancora una volta, ignoro i vostri motivi; ma so che nessuno viene ingannato a proprio vantaggio. In ogni altro senso, non metto in dubbio né la vostra onestà né le vostre virtù; non cerco di spiegare questa contraddizione. So una sola cosa, e la so molto bene: voi mi state ingannando.
Voglio che tutti possano leggere nel mio cuore, e che coloro con cui vivo sappiano, proprio come lo so io stesso, cosa penso di loro, anche se una vergogna spiacevole, che non riesco a superare, mi impedisce di dirlo apertamente. Vi scrivo proprio per evitare che ignoriate i miei sentimenti. Del resto, non ho intenzione di rompere con voi se non quando sarà opportuno per voi: lascio a voi la scelta. Se conoscessi anche solo una persona nelle vicinanze la cui anima fosse aperta come la mia, che odiasse tanto la dissimulazione e la menzogna, che disdegnasse e rifiutasse di frequentare coloro a cui non oserebbe dire ciò che pensa di loro, andrei da questa persona e, essendo sicuro di poterla considerare mia amica, rinuncierei a tutte le altre; lei rappresenterebbe per me l’intera umanità. Ma dopo dieci anni di ricerche infruttuose, mi arrendo. Spengo la mia “lanterna”. Circondato da persone che, con un atteggiamento di interesse apparentemente sincero, mi lusingano solo per sorprendermi, lascio che lo facciano. Dopotutto, bisogna pur vivere con qualcuno, e cambiando questi per altri non troverei certo nulla di meglio. Del resto, se non capiscono ciò che penso di loro, la colpa è sicuramente loro. Devo ammetterlo: sono sempre sorpreso nel vederli ostentare con tanta pompa le loro virtù e il loro “amore” per me. Cerco invano di comprendere come si possa essere al contempo virtuosi e falsi, come si possa considerare un onore ingannare le persone che si amano. No. Non avrei mai creduto che si potesse essere così orgogliosi di essere traditori.
Essendo da tempo in relazione con queste persone, sarebbe certamente sbagliato da parte mia essere difficile nelle mie interazioni, e ancora di più rifiutare la vostra compagnia, dato che mi sembra molto piacevole stare con voi. Senza confondervi con tutti coloro che si affannano intorno a me, vi considero tra le persone che apprezzo di più. Pertanto, lascio a voi la decisione di vedermi o meno, secondo quanto vi convenga. Per quanto riguarda l’intimità, non ne desidero più con nessuno, a meno che, contro ogni aspettativa, non incontri casualmente quell’uomo giusto e sincero che ho smesso di cercare. Chiunque aspiri alla mia fiducia deve prima dimostrarmi la propria; inoltre, sia malato che sano, povero o ricco, troverei assolutamente inaccettabile che qualcuno, sotto il pretesto di un zelo che non accetto affatto, voglia intromettersi nelle mie faccende contro la mia volontà.
Vi ho appena aperto il mio cuore senza riserve; ora spetta a voi esaminare il vostro e scegliere la decisione che vi sembri più opportuna[1058].
Lettera CMXLV – A Monsieur du Peyrou
A Parigi, il 25 marzo 1771.
Jamais, mon cher hôte, un homme sage et ami de la justice, quelque preuve qu’il croie avoir, ne condamne un autre homme sans l’entendre, ou sans le mettre à portée d’être entendu. Sans cette loi, la première et la plus sacrée de tout le droit, naturel, la société, sapée par ses fondements, ne serait qu’un brigandage affreux, où l’innocence et la vérité sans défense, seraient en proie à l’erreur et à l’imposture. Quoiqu’en cette occasion le sujet soit un peu moins grave, j’ai cependant à me plaindre que pour quelqu’un qui dit tant croire à la vertu, vous me jugiez si légèrement à votre ordinaire.
1° Il n’y a que peu de jours que j’ai reçu votre lettre du 15 novembre, avec le billet sur vos banquiers qu’elle contenait. Par une fraude des facteurs qui s’entendaient avec je ne sais qui, mes lettres ont resté plusieurs mois sans cours à la poste ; et ce n’est qu’après un entretien avec un de ces messieurs qui me vint voir, que l’affaire fut éclaircie, que le grief fut redressé, et qu’on me promit que pareille chose n’arriverait plus à l’avenir. En conséquence de ce redressement, on m’apporta toutes mes lettres, dont, vu l’énormité des ports, je ne retirai que la vôtre seule que je reconnus à l’écriture et au cachet. Il eût été malhonnête de faire usage de votre ordre sur vos banquiers avant de vous en accuser la réception, et mes occupations ne m’ayant pas laissé, depuis huit jours, le temps de vous écrire, avant d’avoir répondu à cette première lettre, j’ai reçu la seconde du 19 mars avec le duplicata de votre billet, et cela m’a fait prendre le parti, toute chose cessante, de répondre sur-le-champ à l’une et à l’autre.
2° La lettre que vous marquez m’avoir écrite par madame Boy de La Tour, ni par conséquent l’autre duplicata de votre ordre à vos banquiers, ne me sont point parvenus, ni aucune nouvelle de cette dame depuis très longtemps. J’ignore la raison de ce silence, car elle savait qu’il ne fallait pas m’écrire par la poste, et les voies sûres ne lui manquaient assurément pas.
3° J’en pensais autant de vous, et je jugeai qu’ayant bien su me faire parvenir une lettre de M. Junet, sans un seul mot de votre part, ni verbal, ni par écrit, vous sauriez bien, quand vous le voudriez, employer, comme vous avez fait, la même voie pour vous-même. Voyant que vous n’en faisiez rien, je jugeais que vous n’aviez pas là-dessus beaucoup d’empressement, et un galant homme comme vous sentira bien qu’en cette occasion ce n’était pas à moi d’en avoir davantage.
4° Je parlai toutefois de votre silence à M. d’Escherny, et de l’obstacle de la poste qui pouvait être cause que je ne recevais point de vos lettres. J’ajoutai que la seule voie sûre et simple que vous aviez pour m’écrire, était d’adresser votre lettre sous enveloppe à quelqu’un résidant à Paris, pour me la faire tenir ; mais je ne parlai de lui en aucune manière ; et, s’il s’est mis en avant, comme vous le marquez, il a pris le surplus sous son bonnet.
Voilà, mon cher hôte, l’exacte vérité ; si vous trouvez en tout cela quelque tort à me reprocher, vous m’obligerez de vouloir bien me l’indiquer. Pour moi, je ne vous en reproche ici d’autre que celui auquel je suis tout accoutumé, savoir la précipitation de vos jugements avant d’avoir pris les mesures nécessaires pour savoir la vérité. Voilà cependant comment il faut que toutes mes lettres s’emploient en apologies, attendu que toutes les vôtres s’emploient en injustes griefs. C’est l’histoire abrégée de nos liaisons depuis plusieurs années. Je suis le lésé, et vous êtes le plaignant.
Votre compte, que vous m’avez envoyé tant de fois, me paraît très et trop en règle ; le mandat sur vos banquiers est aussi fort bien, et j’en ferai usage.
Je vous embrasse cordialement. Vous me proposez l’oubli de ce que vous appelez nos enfantillages. Je ne demande pas mieux, mais ce n’est pas de moi que la chose dépend : le souvenir fut votre ouvrage, il faut que l’oubli le soit aussi ; mais jusqu’ici vous ne vous y êtes assurément pas bien pris pour opérer cet effet.
Lettre CMXLVII – À Madame de T.
Le 6 avril 1771.
Un violent rhume, madame, qui me met hors d’état de parler sans fatiguer extrêmement, me fait prendre le parti de vous écrire mon sentiment sur votre enfant, pour ne pas le laisser plus longtemps dans l’état de suspension où je sens bien que vous le tenez avec peine, quoiqu’il n’y ait point, selon moi, d’inconvénient. Je vous avouerai d’abord que plus je pense à l’exposition lumineuse que vous m’avez faite, moins je puis me persuader que cette roideur[1059] de caractère qu’il manifeste dans un âge si tendre soit l’ouvrage de la nature. Cette mutiner rie, ou, si vous voulez, madame, cette fermeté, n’est pas si rare que vous croyez parmi les enfants élevés comme lui dans l’opulence ; et j’en sais dans ce moment même à Paris un autre exemple tout semblable dont la conformité m’a beaucoup frappé, tandis que parmi les autres enfants élevés avec moins de sollicitude apparente, et à qui l’on a moins fait sentir par là leur importance, je n’ai vu de ma vie un exemple pareil. Mais laissons, quant à présent, cette observation qui nous mènerait trop loin, et, quoi qu’il en soit de la cause du mal, parlons du remède.
Vous voilà, madame, à mon avis, dans une circonstance favorable dont vous pouvez tirer grand parti : l’enfant commence à s’impatienter dans sa pension, il désire ardemment de revenir ; mais sa fierté, qui ne lui permet jamais de s’abaisser aux prières, l’empêche de vous manifester pleinement son désir. Suivez cette indication pour prendre sur lui un ascendant dont il ne lui soit pas aisé dans la suite d’éluder l’effet. S’il n’y avait pas un peu de cruauté d’augmenter ses larmes, je voudrais qu’on commençât par lui faire peur tout entière, et que, sans que personne lui dît précisément qu’il restera, ni qu’il reviendra, il vît quelque espèce de préparatifs, comme pour lui faire quitter tout-à-fait la maison paternelle, et qu’on évitât de s’expliquer avec lui sur ces préparatifs. Quand vous l’en verriez le plus inquiet, vous prendriez alors votre moment pour lui parler, et cela d’un air si sérieux et si ferme, qu’il fût bien persuadé que c’est tout de bon.
« Mon fils, il m’en coûte tant de vous tenir éloigné de moi, que, si je n’écoutais que mon penchant, je vous retiendrais ici dès ce moment ; mais c’est ma trop grande tendresse pour vous qui m’empêche de m’y livrer : tandis que vous avez été ici j’ai vu avec la plus vive douleur qu’au lieu de répondre à l’attachement de votre mère et de lui rendre en toute chose la complaisance qu’elle aimait avoir pour vous, vous ne vous appliquiez qu’à lui faire éprouver des contradictions, qui la déchirent trop de votre part pour qu’elle les puisse endurer davantage, etc.
« J’ai donc pris la résolution de vous placer loin de moi pour m’épargner l’affliction d’être à tout moment l’objet et le témoin de votre désobéissance. Puisque vous ne voulez pas répondre aux tendres soins que j’ai voulu prendre de votre éducation, j’aime mieux que vous alliez devenir un mauvais sujet loin de mes yeux, que de voir mon fils chéri manquer à chaque instant à ce qu’il doit à sa mère ; et d’ailleurs je ne désespère pas que des gens fermes et sensés, qui n’auront pas pour vous le même faible que moi, ne viennent à bout de dompter vos mutineries par des traitements nécessaires que votre mère n’aurait jamais le courage de vous faire endurer, etc.
« Voilà, mon fils, les raisons du parti que j’ai pris à votre égard, et le seul que vous me laissiez à prendre pour ne pas vous livrer à tous vos défauts et me rendre tout-à-fait malheureuse. Je ne vous laisse point à Paris, pour ne pas avoir à combattre sans cesse, en vous voyant trop souvent, le désir de vous rapprocher de moi ; mais je ne vous tiendrai pas non plus si éloigné que, si l’on est content de vous, je ne puisse vous faire venir ici quelquefois, etc. »
Never, my dear host, a wise man and friend of justice—no matter what evidence he believes he possesses—would condemn another person without hearing them or without giving them the opportunity to be heard. Without this law, the primary and most sacred principle of all justice, society, undermined at its very foundations, would nothing but be a terrible state of tyranny, where the innocent and the truth, defenseless against injustice, would fall prey to error and deception. Although the matter at hand may be less serious in this case, I must still complain that, for someone who claims to believe so deeply in virtue, you have judged me rather leniently than usual.
It has only been a few days since I received your letter dated November 15th, along with the note regarding your bankers that it contained. Due to a fraud committed by the postmen in collusion with some unknown individuals, my letters remained undelivered at the post office for several months. It was only after an interview with one of these men who came to see me that the matter was clarified, the error was corrected, and I was assured that such things would not happen again in the future. As a result of this resolution, all my letters were brought to me; however, given the excessive postage charges, I only kept your letter, which I recognized by its handwriting and seal. It would have been dishonest to use your order regarding your bankers without first informing you that I had received it. Moreover, my busy schedule did not allow me time to write to you until I had responded to your initial letter; therefore, when I received your second letter on March 19th, along with a duplicate of your note, I decided to respond to both immediately, putting all other matters aside.
2° The letter you indicated had been written to me by Madame Boy de La Tour, nor, consequently, the other duplicate of your order to your bankers; neither have I received any news from that lady for a very long time. I am unaware of the reason for this silence, since she knew that it was not necessary to write to me through the postal system, and she certainly did not lack secure means of communication.
3° I thought the same about you, and I assumed that since you had managed to have a letter from Mr. Junet sent to me, without a single word from you, either in words or in writing, you would surely know how to use the same method if you so desired. Seeing that you did not do so, I concluded that you were not very eager about it, and a gentleman like you would surely understand that in this matter it was not my place to be more proactive.
4° However, I mentioned your silence to Mr. d’Escherny, as well as the possibility that postal obstacles were preventing me from receiving your letters. I also pointed out that the only sure and straightforward way for you to write to me was to send your letter in an envelope addressed to someone living in Paris, so that they could forward it to me; but I did not mention this person at all. And if he took the initiative, as you state, then that was entirely his own doing.
Here, my dear host, is the exact truth; if you find any fault in what I have said, please feel free to point it out to me. As for me, I reproach you only for that which I am entirely accustomed to seeing in you: the hasty nature of your judgments before you take the necessary steps to ascertain the truth. Nevertheless, all my letters are intended as apologies, whereas yours are filled with unjust accusations. This is a brief summary of our relationship over these past years. I am the one who has been wronged, and you are the one who complains.
The account you have sent me so many times seems to be in perfect order; the power of attorney regarding your bankers is also very satisfactory, and I will make use of it.
I embrace you sincerely. You offer me the possibility of forgetting what you call our childishness. I could wish for nothing more, but it does not depend on me: the memory was your creation, and so too must the forgetting be; yet so far, you have certainly not succeeded in achieving this effect.
Letter CMXLVII – To Madame de T.
April 6, 1771.
Madam, I am suffering from a severe cold that leaves me utterly unable to speak without experiencing extreme fatigue. For this reason, I have decided to write you and express my thoughts regarding your child, so as not to let him remain in the state of uncertainty in which I believe you are keeping him—though, in my opinion, there is no real harm in doing so. To be honest, the more I think about the circumstances you have described to me, the less I can believe that such rigidity of character at such a tender age could be the result of natural development. This stubbornness—or, if you prefer, this firmness—is not as uncommon among children raised in luxury as you might imagine; indeed, I know of another identical case in Paris right now, and its similarities struck me deeply. On the other hand, among children raised with less apparent care, and to whom their importance has not been so strongly emphasized, I have never encountered a similar example in my life. But let us set aside this observation for now, as it would take us too far down a different path. Regardless of the cause of this issue, what matters most is finding a solution.
Madam, in my opinion, you are in a favorable situation from which you can derive great benefit: the child is beginning to grow impatient in his boarding school and earnestly wishes to return home; yet his pride, which prevents him from begging you to let him come back, stops him from expressing his desire openly. Follow this approach to gain an advantage over him that he will find difficult to overcome later on. If it were not for the necessity of being somewhat cruel—by increasing his distress and causing him to cry—even I would recommend starting by frightening him thoroughly. Without telling him explicitly whether he will stay or return, let him observe some sort of preparations as if he were about to be permanently separated from his family, and avoid explaining these preparations to him. When you see him at his most anxious, then take the opportunity to speak to him—do so in a serious and firm manner, so that he is convinced beyond any doubt that what is being said is true.
“My son, it costs me so much to keep you away from me that, if I listened only to my desires, I would hold you here right now; but it is my excessive tenderness for you that prevents me from doing so. While you have been here, I have seen with great pain how, instead of responding to your mother’s affection and giving her all the pleasure she cherished in having you by her side, you only managed to cause her to experience constant contradictions and distress on your part—something she can no longer bear, ”
“Therefore, I have resolved to keep you away from me in order to avoid the distress of constantly being the object and witness of your disobedience. Since you refuse to accept the tender care I wish to devote to your education, I would rather see you become a mischievous child far from my eyes than watch my beloved son fail at every moment to fulfill his duties toward his mother. Moreover, I am not despairing that some firm and sensible people, who will not share my weakness towards you, will eventually manage to curb your rebellious behavior through necessary measures—measures that your mother would never have the courage to impose upon you.”
“Here, my son, are the reasons for the decision I have taken regarding you—the only one I could possibly make in order to prevent you from indulging in all your faults and to avoid making myself utterly unhappy. I do not leave you in Paris, so that I would not constantly have to struggle, every time I see you, against the desire you have to draw closer to me; but I also will not keep you too far away, so that, if people are satisfied with you, I might be able to invite you here occasionally, and so on.”
Mai, mio caro ospite, un uomo saggio e amico della giustizia, per quante prove possa ritenere di avere, condannerà un altro senza ascoltarlo o senza dargli la possibilità di essere ascoltato. Senza questa legge, la prima e la più sacra di tutto il diritto naturale, la società, privata delle sue fondamenta, non sarebbe altro che un terribile brigantaggio in cui l’innocenza e la verità, prive di difesa, sarebbero preda dell’errore e dell’inganno. Anche se in questo caso la questione è meno grave, devo comunque lamentarmi del fatto che, per qualcuno che afferma di credere così tanto nella virtù, voi mi giudichiate con estrema leggerezza, come al solito.
Ho ricevuto solo pochi giorni fa la vostra lettera del 15 novembre, insieme al biglietto relativo ai vostri banchieri che essa conteneva. A causa di una truffa da parte dei postini che si accordavano con chissà chi, le mie lettere sono rimaste per diversi mesi senza essere consegnate; solo dopo un colloquio con uno di questi individui venuti a trovarmi l’affare è stato chiarito, il torto è stato riparato e mi è stata promessa che in futuro una cosa del genere non si sarebbe più verificata. Di conseguenza, mi sono stati restituiti tutti i miei documenti; tuttavia, a causa delle enormi spese di spedizione, ne ho ritirato soltanto la vostra lettera, riconoscibile dalla grafia e dal timbro. Sarebbe stato scorretto utilizzare il vostro ordine relativo ai vostri banchieri prima di informarvi della sua ricezione; inoltre, le mie occupazioni non mi hanno permesso di scrivervi per otto giorni consecutivi, fino a quando non ho risposto alla prima lettera. Solo allora ho ricevuto la seconda del 19 marzo, insieme al duplicato del vostro biglietto; questo mi ha spinto a decidere, senza ulteriori indugi, di rispondere immediatamente a entrambe le lettere.
2° La lettera che mi avete detto essere stata scritta da madame Boy de La Tour, così come l’altra copia della vostra istruzione inviata ai vostri banchieri, non sono mai arrivate a me; inoltre, da molto tempo non ho ricevuto alcuna notizia di quella signora. Non conosco la ragione di questo silenzio, poiché lei sapeva bene che non doveva scrivere per posta, e certamente non le mancavano i mezzi sicuri per farlo.
3° Pensavo la stessa cosa anche di voi, e ritenevo che, avendo ricevuto con successo una lettera da parte del signor Junet, senza nemmeno una parola da parte vostra, né verbale né scritta, sareste stato in grado, se lo aveste voluto, di utilizzare lo stesso metodo per contattarmi. Poiché non l’avevate fatto, dedussi che non ne avevate molta voglia; e un gentiluomo come voi avrebbe sicuramente capito che, in questa circostanza, non spettava a me prendere iniziative ulteriori.
4° Tuttavia, parlai con il signor d’Escherny del vostro silenzio e dell’ostacolo rappresentato dalla posta che poteva impedirmi di ricevere le vostre lettere. Aggiunsi anche che l’unica via sicura e semplice per scrivermi fosse quella di inviare la vostra lettera in busta a qualcuno residente a Parigi, affinché me la facesse consegnare; ma non menzionai assolutamente questa persona. Se si è offerto volontario, come voi dite, ha fatto tutto da solo.
Ecco, mio caro ospite, la verità esatta; se trovate in tutto ciò qualche errore da rimproverarmi, vi sarei grato se volesseste indicarmelo. Per quanto mi riguarda, non vi rimprovero altro che quella abitudine a cui sono del tutto avvezzo: la precipitazione nei vostri giudizi, prima ancora di aver preso le misure necessarie per conoscere la verità. Ecco dunque come dovrebbero essere tutte le mie lettere: scuse e spiegazioni; mentre tutte le vostre sono piene di accuse ingiuste. Questa è, in breve, la storia delle nostre relazioni negli ultimi anni: io sono la parte offesa, e voi quella che si lamenta.
Il vostro conto, che mi avete inviato molte volte, mi sembra essere in perfette regole; anche l’ordine di pagamento relativo ai vostri banchieri è molto valido e lo userò senza problemi.
Vi abbraccio cordialmente. Mi proponete di dimenticare ciò che chiamate i nostri “infantilismi”. Non potrei desiderare di meglio, ma questa decisione non dipende da me: il ricordo è stato opera vostra, quindi anche l’oblio dovrebbe esserlo. Tuttavia, finora non siete riusciti a realizzarlo in modo efficace.
Lettera CMXLVII – Alla Signora de T.
Il 6 aprile 1771.
Signora, soffro di un raffreddore violento che mi impedisce di parlare senza provare estrema stanchezza; per questo ho deciso di scrivervi il mio parere riguardo a vostro figlio, affinché non rimanga più a lungo in quella situazione di incertezza e disagio nella quale, ne sono certo, lo tenete con difficoltà, anche se, a mio avviso, non vi siano svantaggi in questo. Devo ammettere che, più rifletto su quanto mi avete descritto riguardo al suo comportamento, meno riesco a credere che questa rigidità di carattere, che manifesta in un’età così tenera, sia frutto della natura stessa. Questa sorta di “ribellione”, o, se volete, questa fermezza nel comportamento, non è affatto rara tra i bambini cresciuti nell’opulenza; anzi, in questo momento stesso conosco a Parigi un altro esempio del tutto simile che mi ha molto colpito per la sua somiglianza. Tuttavia, lasciamo da parte questa osservazione che ci porterebbe troppo lontano. Qualunque ne sia la causa del problema, parliamo ora di una possibile soluzione.
Ecco, signora, a mio parere, una circostanza favorevole dalla quale potete trarre grande vantaggio: il bambino inizia ad impazientirsi nella sua pensione e desidera ardentemente tornare a casa; tuttavia la sua orgoglio, che non gli permette mai di umiliarsi fino al punto di supplicare, gli impedisce di esprimere apertamente questo suo desiderio. Seguite queste indicazioni per assumere su di lui un ascendente dal quale in seguito sarà difficile per lui liberarsi. Se non ci fosse il bisogno di una certa “ crudeltà” nel far aumentare le sue lacrime, vorrei che si cominciasse col spaventarlo a morte; senza che nessuno gli dicesse esplicitamente se resterà o tornerà a casa, dovrebbe vedere alcuni preparativi, come se si stesse per farlo lasciare definitivamente la casa paterna, e bisognerebbe evitare di spiegargli il motivo di tali preparativi. Quando lo vedrete più ansioso, coglierete l’occasione per parlargli, con un tono così serio e deciso da fargli credere che si tratti di una decisione irrevocabile.
“Mio figlio, mi costa così tanto tenerti lontano da me che, se seguissero solo i miei desideri, ti terrei qui immediatamente; ma è la mia troppa tenerezza per te a impedirmelo: mentre sei stato qui, ho visto con estrema sofferenza come, invece di rispondere all’affetto di tua madre e di accontentarla in tutto ciò che desiderava per te, tu non facevi altro che farle provare contraddizioni così gravi da renderle impossibile continuare a sopportarle, ”
“Ho quindi preso la decisione di allontanarvi da me per evitarmi il dolore di essere in ogni momento l’oggetto e il testimone della vostra disobbedienza. Poiché non volete accettare le premure affettuose che ho voluto dedicare alla vostra educazione, preferisco che diventiate una cattiva persona lontano dai miei occhi, piuttosto che vedere mio figlio caro trasgredire in ogni momento ai doveri che ha verso sua madre; inoltre, non dispero che persone ferme e sensate, che non avranno per voi la stessa debolezza che ho io, riescano a domare le vostre ribellioni con metodi necessari, ma di cui vostra madre non avrebbe mai il coraggio di farvi soffrire, ecc.”
“Ecco, mio figlio, le ragioni per cui ho preso questa decisione riguardo a te; è l’unica che mi fosse possibile prendere per non lasciarti esposto ai tuoi difetti e per non rendermi completamente infelice. Non ti lascio a Parigi, per evitare di dover combattere costantemente, vedendoti troppo spesso, contro il desiderio che hai di avvicinarti a me; ma non ti terrò nemmeno così lontano da non poterti far venire qui di tanto in tanto, se le persone che ti conoscono sono soddisfatte di te, ”
Je suis fort trompé, madame, si toute sa hauteur tient à ce coup inattendu, dont il sentira toute la conséquence, vu surtout le tendre attachement que vous lui connaissez pour vous, et qui, dans ce moment, fera taire tout autre penchant. Il pleurera, il gémira, il poussera des cris, auxquels vous ne serez ni ne paraîtrez insensible ; mais, lui parlant toujours de son départ comme d’une chose arrangée, vous lui montrerez du regret qu’il ait laissé venir cet arrangement au point de ne pouvoir plus être révoqué. Voilà, selon moi, la route par laquelle vous l’amènerez sans peine à une capitulation, qu’il acceptera avec des transports de joie, et dont vous réglerez tous les articles sans qu’il regimbe contre aucun : encore avec tout cela ne paraîtrez-vous pas compter extrêmement sur la solidité de ce traité ; vous le recevrez plutôt dans votre maison comme par essai que par une réunion constante, et son voyage paraîtra plutôt différé que rompu, l’assurant cependant que, s’il tient réellement ses engagements, il fera le bonheur de votre vie en vous dispensant de l’éloigner de vous.
Il me semble que voilà le moyen de faire avec lui l’accord le plus solide qu’il soit possible de faire avec un enfant ; et il aura des raisons de tenir cet accord si puissantes et tellement à sa portée, que, selon toute apparence, il reviendra souple et docile pour longtemps.
Voilà, madame, ce qui m’a paru le mieux à faire dans la circonstance. Il y a une continuité de régime à observer qu’on ne peut détailler dans une lettre, et qui ne peut se déterminer que par l’examen du sujet ; et d’ailleurs ce n’est pas une mère aussi tendre que vous, ce n’est pas un esprit aussi clairvoyant que le vôtre qu’il faut guider dans tous ces détails. Je vous l’ai dit, madame, je m’en suis pénétré dans notre unique conversation ; vous n’avez besoin des conseils de personne dans la grande et respectable tâche dont vous êtes chargée, et que vous remplissez si bien. J’ai dû cependant m’acquitter de celle que votre modestie m’a imposée ; je l’ai fait par obéissance et par devoir, mais bien persuadé que pour savoir ce qu’il y a de mieux à faire, il suffisait d’observer ce que vous ferez.
Lettre CMXLIX – À Madame de Latour
À Paris, 14 avril 1771.
Je n’ai eu l’honneur de vous voir, madame, qu’une seule fois en ma vie, j’ai eu souvent celui de vous répondre ; et, sans prévoir que mes lettres seraient un jour exposées à être imprimées, je me suis livré pleinement aux diverses impressions que me faisaient[1060] les vôtres. Vous avez pris ma défense contre les trames de mes persécuteurs durant mon séjour en Angleterre : cette générosité m’a transporté, vous avez dû voir combien j’y étais sensible. Depuis lors, ma situation se dévoilant davantage à mes yeux, j’ai trouvé qu’avec autant de franchise et même d’étourderie, il ne me convenait de rester en commerce avec personne dont je ne connusse bien le caractère et les liaisons ; j’ai vu que l’ostentation des services qu’on s’empressait de me rendre, n’était souvent qu’un piège plus ou moins adroit pour me circonvenir, ou pour m’exposer au blâme, si je l’évitais. De toutes mes correspondances vous étiez en même temps la plus exigeante, celle que je connaissais le moins, et celle qui m’éclairait le moins sur les choses qu’il m’importait de savoir et que ‘vous n’ignoriez pas. Cela m’a déterminé à cesser un commerce qui me devenait onéreux, et dont le vrai motif de votre part pouvait m’échapper. J’ai toujours cru que rien n’était plus libre que les liaisons d’amitié, surtout des liaisons purement épistolaires, et qu’il était toujours permis de les rompre, quand elles cessaient de nous convenir, pourvu que cela se fît franchement, sans tracasserie, sans malice, et sans éclat, tant que cet éclat n’était pas indispensable. J’ai voulu, madame, user avec vous de ce droit, avec tous ces ménagements. Vous m’en avez fait un crime exécrable, et, dans votre dernière lettre, vous appelez cela enfoncer d’une main sûre un fer empoisonné dans le sein de l’amitié. Sans vous dire, madame, ce que je pense de cette phrase, je vous dirai seulement que je suis déterminé à n’avoir de mes jours de liaison d’aucune espèce avec quiconque a pu l’employer en pareille occasion.
Observation
Madame La Tour faisait dans sa lettre l’énumération de celles qu’ils s’étaient écrites ; il y en avait quatre-vingt-quatorze d’elle et cinquante-cinq de Rousseau. « De ces cinquante-cinq, il y en a trente-quatre, lui dit-elle, où vous êtes à mes pieds ; six où vous me mettez sous les vôtres ; neuf où vous me traitez en simple connaissance, et six où vous vous livrez aux épanchements de la plus intime amitié. » Ce calcul piquant n’était propre qu’à donner de l’humeur à Jean-Jacques.
Lettre CMLI – À Madame La Tour
Le 7 juillet 1771.
Voici le manuscrit dont madame de L*** a paru en peine, et que je ne tardais à lui renvoyer que parce qu’elle m’avait écrit de le garder. Je l’ai trouvé digne de sa plume et d’un coeur ami de la justice. J’ai pourtant été plus touché, je l’avoue, de l’écrit qui a été lu de tout le monde, que de celui qui n’a été vu que de moi.
Madame, je ne reçois pas votre adieu pour jamais, je n’ai point songé à vous en faire un semblable ; les temps peuvent changer, et quoi que fassent les hommes, je ne désespérerai jamais de la Providence. Mais en attendant, je crois porter bien plus de respect à nos anciennes liaisons en les interrompant jusqu’à de plus grandes lumières, que de les entretenir avec une confiance altérée et des réserves indignes de vous et de moi.
Lettre CMLIII – À M. Linné
[1064]
Paris, le 21 septembre 1771.[1065]
Recevez avec bonté, monsieur, l’hommage d’un très ignare, mais très zélé disciple de vos disciples ; qui doit, en grande partie, à la méditation de vos écrits, la tranquillité dont il jouit, au milieu d’une persécution d’autant plus cruelle, qu’elle est plus cachée, et qu’elle couvre du masque de la bienveillance et de l’amitié la plus terrible haine que l’enfer excita jamais. Seul, avec la nature et vous, je passe dans mes promenades champêtres des heures délicieuses, et je tire un profit plus réel de votre philosophie botanique que, de tous les livres de morale. J’apprends avec joie que je ne vous suis pas tout-à-fait inconnu, et que vous voulez bien me destiner quelques-unes de vos productions. Soyez persuadé, monsieur, qu’elles feront ma lecture chérie, et que ce plaisir deviendra plus vif encore par celui de le tenir de vous. J’amuse une vieille enfance à faire une petite collection de fruits et de graines : si parmi vos trésors en ce genre il se trouvait quelques rebuts dont vous voulussiez faire un heureux, daignez songer à moi. Je les recevrais même avec reconnaissance, seul retour que je puisse vous offrir, mais que le coeur dont elle part ne rend pas indigne de vous.
Adieu, monsieur ; continuez d’ouvrir et d’interpréter aux hommes le livre de la nature. Pour moi, content d’en déchiffrer quelques mots à votre suite, dans le feuillet du règne végétal, je vous lis, je vous étudie, je vous médite, je vous honore, et je vous aime de tout mon coeur.
1772
Lettre CMLIV– À M. de Saint-Germain
Lettre CMLV – À M. de Sartine
Lettre CMLVI – À Milord Harcourt
Lettre CMLVII – À Madame La Tour
Lettre CMLVIII – À Madame la marquise de Mesmes
Lettre CMLIX – À Madame…
Lettre CMLX – À M. de Malesherbes
Table de la correspondance
Lettre CMLV – À M. de Sartine
[1066]
Paris, le 15 janvier 1772.
Monsieur,
Je sais de quel prix sont vos moments, je sais qu’on les doit respecter ; mais je sais aussi que les plus précieux sont ceux que vous consacrez à protéger les opprimés, et si j’ose en réclamer quelques-uns, ce n’est pas sans titre pour cela.
I am greatly mistaken, madam, if all his resolve depends on this unexpected action of his, the consequences of which he will fully realize—especially considering the tender affection he holds for you, which at this moment will override any other inclination he might have. He will weep, lament, and cry out; you must not be or seem insensitive to these expressions of grief. But by continuing to refer to his departure as something that has already been arranged, you can make him regret that he allowed such an arrangement to come to such a stage that it can no longer be reversed. In my opinion, this is the way in which you can easily lead him to accept a compromise that he will welcome with great joy, and you can establish all its terms without his raising any objections. Yet, even so, you must not give the impression that you place excessive trust in the stability of this agreement. Rather, you should treat his presence in your home as something temporary rather than permanent, and his departure should seem more like a postponement than an actual break. Nevertheless, assure him that if he truly keeps his promises, he will bring great happiness to your life by preventing you from being separated from him.
It seems to me that this is the way to establish with him the strongest possible agreement with a child; and he will have reasons to uphold this agreement that are so powerful and within his reach that, in all likelihood, he will remain cooperative and obedient for a long time to come.
Here it is, madam, what I deemed the best course of action under the circumstances. There is a continuity in the dietary regimen that must be observed, details of which cannot be conveyed in a letter; such details can only be determined through a thorough examination of the subject’s condition. Moreover, it is not the role of a mother as tender as you, nor of a mind as perceptive as yours, to guide someone through all these particulars. I told you this, madam; I became thoroughly convinced of it during our only conversation. You certainly do not need anyone’s advice in undertaking this great and honorable task that you are carrying out so excellently. Nevertheless, I felt obliged to fulfill the duty that your modesty imposed upon me; I did so out of obedience and duty, but fully convinced that to know what is best to do, one simply needs to observe what you would do yourself.
Letter CMXLIX – To Madame de Latour
In Paris, on April 14, 1771.
I have had the honor of meeting you only once in my life, madam; yet I often had the pleasure of responding to your letters. Without anticipating that they would one day be published, I expressed freely all the various feelings they aroused in me[1060]. During my stay in England, you defended me against the schemes of my persecutors—a generosity that filled me with immense gratitude, as you must have seen how deeply I appreciated it. As my situation gradually became clearer to me, I realized that, given the frankness—even if sometimes the impulsiveness—of my nature, it would be inappropriate for me to maintain any correspondence with anyone whose character and connections I did not fully understand. I also saw that the ostentatious display of assistance people were eager to offer me was often nothing more than a cleverly devised trap, either to manipulate me or to expose me to criticism if I tried to avoid it. Among all my correspondents, you were at once the one who demanded the most from me, the one I knew least about, and the one who provided me with the least information on matters of vital importance that you surely were well aware of. This made me decide to end a relationship that had become burdensome for me, and one whose true motives on your part might have escaped me. I have always believed that friendships, especially those based solely on correspondence, are the most free form of connection, and that it is entirely permissible to end them when they cease to be beneficial—or, rather, when they no longer suit us—so long as this is done openly, without resentment, malice, or any unnecessary publicity. Madam, I chose to exercise this right with you, with all due consideration for your feelings. Yet you have regarded it as an abominable crime, and in your last letter you described it as “shoving a poisoned spear deep into the heart of friendship.” Without expressing my thoughts on that phrase, I will only say that I am determined never to maintain any form of relationship with anyone who would resort to such means under similar circumstances.
Observation
In her letter, Madame La Tour listed all the letters they had exchanged; there were eighty-four from her and fifty-five from Rousseau. “Of these fifty-five,” she told him, “thirty-four are ones in which you treat me with great deference; six in which you put me in a position of inferiority; nine in which you treat me as a mere acquaintance; and six in which you express the deepest expressions of friendship.” Such a pointed analysis was only meant to irritate Jean-Jacques.
Letter CMLI – To Madame La Tour
On July 7, 1771.
Here is the manuscript that madame de L*** had sent to me with some difficulty, and which I was about to return to her immediately had she not asked me to keep it. I found it worthy of her pen and of a heart that upholds justice. However, I must admit that what touched me most was the text that was read by everyone, rather than the one that was only seen by me.
Madam, I do not accept your farewell as permanent; I have never even considered offering one to you. Times may change, and no matter what men do, I will never lose hope in Providence. But for now, I believe that ending our former ties until we attain greater enlightenment shows far more respect than continuing them with diminished trust and reservations that would be unworthy of both you and me.
Letter CMLIII – To Mr. Linne
[1064]
Paris, September 21, 1771.[1065]
Please accept, sir, the homage of a very ignorant but most devoted disciple of your disciples; one who owes much of the tranquility he enjoys, amidst persecution that is all the more cruel because it is hidden and disguised under the guise of kindness and friendship—the most terrible hatred that hell has ever inspired—precisely to the contemplation of your writings. Alone, with nature and you, I spend delightful hours in my walks in the countryside, and I derive far greater benefit from your philosophical writings on botany than from all other moral treatises. I am delighted to learn that you are not entirely unfamiliar with me and that you have kindly decided to dedicate some of your works to me. Please believe, sir, that they will be my most cherished readings, and that this pleasure will be even more intense because I receive them from you. I occupy myself in collecting small collections of fruits and seeds to amuse an old child within me; if among your riches in this regard there are any surplus items that you might wish to give away, please do consider me. I would accept them with gratitude—though it is the only return I can offer you—but the heart from which they come makes me worthy of receiving them.
Adieu, sir; continue to open and interpret for mankind the book of nature. For me, content to decipher a few words following in your footsteps, within the pages of the kingdom of plants, I read you, study you, meditate on you, honor you, and love you with all my heart.
1772
Letter CMLIV – To Mr. de Saint-Germain
Letter CMLV – To Mr. de Sartine
Letter CMLVI – To Lord Harcourt
Letter CMLVII – To Madame La Tour
Letter CMLVIII – To Madame la Marquise de Mesmes
Letter CMLIX – To Madam.
Letter CMLX – To Mr. de Malesherbes
Correspondence Table
Letter CMLV – To Mr. de Sartine
[1066]
Paris, January 15, 1772.
Sir,
I know how precious your time is, and I understand that it must be respected; but I also know that the most valuable moments are those you spend protecting the oppressed. If I dare to ask for some of your time, it is not without reason.
Sono profondamente ingannato, signora: se tutta la sua risolutezza dipende da questo colpo inaspettato, di cui sentirà tutte le conseguenze, soprattutto considerando il tenero affetto che lui prova per voi e che, in questo momento, sovrasterà ogni altro sentimento. Piangerà, gemerà, griderà, ma voi non sarete né insensibili né sembrerete tali; continuerete a parlare del suo ritorno come di qualcosa che è già stato deciso, e mostrerete rammarico per il fatto che abbia permesso che questa decisione arrivasse al punto in cui non possa più essere annullata. Secondo me, questo è il modo per condurlo senza difficoltà a una “capitolazione” che accetterà con gioia immensa, e voi potrete regolare tutti gli accordi senza che egli si opponga a nulla. Tuttavia, non sembrerete affatto dare troppa importanza alla solidità di questo patto: lo accoglierete in casa vostra più come un esperimento che come una decisione definitiva. E il suo viaggio sembrerà piuttosto rinviato che annullato, assicurandolo comunque che, se manterrà davvero le sue promesse, renderà felice la vostra vita, liberandovi dalla necessità di allontanarlo da voi.
Mi sembra che questo sia il modo per stabilire con lui l’accordo più solido possibile con un bambino; inoltre, avrà motivi così forti e facilmente comprensibili per rispettare tale accordo, che, a quanto pare, rimarrà docile e obbediente per molto tempo.
Ecco, signora, ciò che mi è sembrato il modo migliore per agire in questa circostanza. Esiste una continuità di regole da rispettare, una continuità nel comportamento che non può essere spiegata in una lettera e che può essere determinata soltanto esaminando la situazione con attenzione; inoltre, non è necessario guidare qualcuno nei dettagli di questa questione se si tratta di una madre così premurosa come voi o di una persona con un’intelligenza così perspicace come la vostra. Ve l’ho detto, signora: ne sono convinto dopo la nostra unica conversazione. Non avete bisogno dei consigli di nessuno nell’importante e nobile compito che svolgete con tanta abilità. Tuttavia, ho dovuto adempiere al dovere che la vostra modestia mi ha imposto; l’ho fatto per obbedienza e per dovere, ma convinto che, per sapere cosa fosse meglio fare, bastasse osservare ciò che avreste fatto voi stesse.
Lettera CMXLIX – Alla Signora de Latour
A Parigi, 14 aprile 1771.
Non ho avuto l’onore di vedervi, signora, se non una sola volta in vita mia; tuttavia ho spesso avuto l’opportunità di rispondere alle vostre lettere. E senza prevedere che un giorno queste lettere potessero essere pubblicate, mi sono lasciato completamente guidare dalle varie impressioni che le vostre parole suscitavano in me[1060]. Durante il mio soggiorno in Inghilterra, avete difeso me dalle macchinazioni dei miei persecutori: questa generosità mi ha profondamente commosso; dovete aver visto quanto ne fossi grato. Da allora, poiché la mia situazione si è fatta sempre più chiara ai miei occhi, ho ritenuto che, con tanta franchezza – anzi, con una certa imprudenza – non fosse opportuno continuare a mantenere rapporti con persone di cui non conoscevo bene il carattere e le intenzioni. Ho notato infatti che l’ostentazione dei favori che qualcuno si affrettava ad offrirmi era spesso solo un trucco, più o meno astuto, per ingannarmi o per espormi al biasimo, se cercavo di evitarlo. Tra tutte le persone con cui ho scambiato corrispondenza, voi eravate allo stesso tempo quella che aveva le maggiori pretese, quella che conoscevo meno e quella che mi forniva meno informazioni su ciò che era realmente importante per me, e che di certo non ignoravate. Questo mi ha spinto a interrompere rapporti che diventavano sempre più onerosi per me, e i cui veri motivi da parte vostra potevano sfuggirmi. Ho sempre creduto che nulla fosse più libero delle relazioni d’amicizia, soprattutto quelle puramente epistolari, e che fosse sempre possibile interromperle quando non ci convenivano più, purché si facesse in modo franco, senza complicazioni, senza malizia e senza clamore, a meno che tale clamore non fosse davvero indispensabile. Signora, ho voluto esercitare questo diritto con voi, con tutte queste precauzioni. Ma voi l’avete considerato un crimine orribile; nella vostra ultima lettera, lo avete definito “infilare con mano sicura un ferro avvelenato nel petto dell’amicizia”. Senza dirvi ciò che penso di questa frase, vi dirò soltanto che sono deciso a non mantenere più rapporti di alcun tipo con chiunque abbia mai usato metodi del genere in occasioni simili.
Osservazione.
Nella sua lettera, Madame La Tour elencava tutte le lettere che si erano scambiate; ne avevano scritte ottantaquattro lei e cinquantacinque Rousseau. “Di queste cinquantacinque”, gli disse, “trentaquattro sono in cui tu sei ai miei piedi; sei in cui mi metti tu ai tuoi; nove in cui mi tratti come una semplice conoscente; e sei in cui ti abbandoni alle effusioni dell’amicizia più intima.” Questo calcolo pungente non faceva altro che irritare Jean-Jacques.
Lettera CMLI – A Madame La Tour
Il 7 luglio 1771.
Ecco il manoscritto di cui madame de L*** si lamentava di non averlo ricevuto in tempo, e che ho restituito soltanto perché lei mi aveva chiesto di tenerlo. Lo ho trovato degno della sua penna e di un cuore amico della giustizia. Tuttavia, devo ammettere che ciò che ha colpito di più non è stato il testo letto da tutti, ma quello che è rimasto visibile soltanto a me.
Signora, non considero il vostro addio come definitivo; non ho mai pensato di farlo. I tempi possono cambiare, e qualunque cosa facciano gli uomini, non perderò mai la fiducia nella Provvidenza. Ma per ora, credo che interrompere le nostre vecchie relazioni in attesa di raggiungere una maggiore luminescenza sia un modo molto più rispettoso verso di esse, piuttosto che mantenerle con una fiducia compromessa e riserve indegne né di voi né di me.
Lettera CMLIII – A Monsieur Linné
[1064]
Parigi, 21 settembre 1771.[1065]
Accettate con benevolenza, signore, l’omaggio di un discepolo molto ignorante, ma molto zeloso dei vostri discepoli; a lui, in gran parte, la tranquillità di cui gode, nel mezzo di una persecuzione tanto più crudele quanto più nascosta, e che nasconde sotto il velo della benevolenza e dell’amicizia l’odio più terribile che l’inferno possa suscitare. Solo, insieme alla natura e a voi, trascorro ore deliziose durante le mie passeggiate campestri, e traggo un beneficio molto reale dalla vostra filosofia botanica, più di quanto possano farlo tutti i libri di morale. Sono felice di apprendere che non siete del tutto sconosciuto per me, e che siate disposto a destinarmi alcune delle vostre opere. Siate certo, signore, che esse saranno la lettura più cara per me, e che questo piacere diventerà ancora più intenso se potrò riceverle da voi stesso. Intrattengo una vecchia bambina facendole collezionare frutti e semi: se tra i vostri tesori di questo genere ci fossero alcuni rifiuti che desideraste donarmi, vi prego di pensare a me. Li accetterei con gratitudine, l’unico ringraziamento che posso offrirvi, ma il cuore da cui proviene non rende certo questa mia azione indegna di voi.
Addio, signore; continuiate a aprire e interpretare agli uomini il libro della natura. Per me, contento di decifrare alcune parole al vostro seguito, nel “foglio” del regno vegetale, vi leggo, vi studio, vi medito, vi onoro, e vi amo con tutto il mio cuore.
1772
Lettera CMLIV – A Monsieur de Saint-Germain
Lettera CMLV – A Monsieur de Sartine
Lettera CMLVI – A Lord Harcourt
Lettera CMLVII – A Madame La Tour
Lettera CMLVIII – Alla signora marchesa di Mesmes
Lettera CMLIX – A Madama.
Lettera CMLX – A Monsieur de Malesherbes
Tabella della corrispondenza
Lettera CMLV – A Monsieur de Sartine
[1066]
Parigi, 15 gennaio 1772.
Signore,
So a quale prezzo sono i vostri momenti, so che devono essere rispettati; ma so anche che i più preziosi sono quelli che dedicate a proteggere gli oppressi, e se oso chiedervene alcuni, è perché ne ho il diritto.
Après tant de vains efforts pour faire percer quelque rayon de lumière à travers les ténèbres dont on m’environne depuis dix ans, j’y renonce. J’ai de grands vices, mais qui n’ont jamais fait de mal qu’à moi ; j’ai commis de grandes fautes, mais que je n’ai point tues à mes amis, et ce n’est que par moi qu’elles sont connues, quoiqu’elles aient été publiées par d’autres qui sont quelquefois plus discrets. À cela près, si quelqu’un m’impute quelque sentiment vicieux, quelque discours blâmable, ou quelque acte injuste, qu’il se montre et qu’il parle ; je l’attends et ne me cache pas ; mais tant qu’il se cachera, lui, de moi, pour me diffamer, il n’aura diffamé que lui-même aux yeux de tout homme équitable et sensé. L’évidence et les ténèbres sont incompatibles : les preuves administrées par de malhonnêtes gens sont toujours suspectes, et celui qui, commençant par fouler aux pieds la plus inviolable loi du droit naturel et de la justice, se déclare par là déjà lâche et méchant, peut bien être encore imposteur et fourbe. Et comment donnerait-il à son témoignage, et, si l’on veut, à ses preuves, la force que l’équité n’accorde même à nulle évidence, de disposer de l’honneur d’un homme, plus précieux que la vie, sans l’avoir mis préalablement en état de se défendre et d’être entendu ? Que celui donc qui s’obstine à me juger ainsi reste dans le stupide aveuglement qu’il aime ; son erreur est de son propre fait ; c’est lui seul qu’elle déshonore : après m’être offert pour l’en tirer, je l’y laisse, puisqu’il le veut, et qu’il m’est impossible de l’en guérir malgré lui. Grâces au ciel tout l’art humain ne changera pas la nature des choses ; il ne fera pas que le mensonge devienne la vérité, ni que de mon vivant la poitrine de Jean-Jacques Rousseau renferme le coeur d’un malhonnête homme : cela me suffit, et je vis en paix, en attendant que mon moment et celui de la vérité vienne ; car il viendra, j’en suis très sûr, et je l’attends avec un témoignage qui me dédommage de celui d’autrui.
Tranquille donc sur tout ce qu’on me cache avec tant de soin, et même sur ce qui me parvient par hasard, j’ai laissé débiter, parmi cent autres bruits non moins ineptes, que j’avais cessé de voir madame de Luxembourg après lui avoir emporté trois cents louis, que je ne copiais de la musique que par grimace, que j’avais de quoi vivre fort à mon aise, que j’avais six bonnes mille livres de rente, que la veuve Duchesne faisait une pension de six cents livres à ma femme, qu’elle m’en faisait une autre à moi de mille écus pour une édition nouvelle de mes écrits que j’avais dirigée. J’ai laissé débiter tous ces mensonges ; je n’ai fait qu’en rire quand ils me sont revenus, et je n’ai pas même été tenté de vous importuner, monsieur, de mes plaintes à ce sujet, quoique je sentisse parfaitement le coup que cette opinion de mon opulence devait porter aux ressources que mon travail me procure pour suppléer à l’insuffisance de mon revenu. Une petite circonstance de plus a passé la mesure, et m’a causé quelque émotion, parce que l’imposture, marchant toujours sous le masque de la trahison, a pris jusqu’ici grand soin de faire le plongeon devant moi, et ne m’avait pas encore accoutumé à l’effronterie. Mais en voici une qui m’a, je l’avoue, affecté.
J’avais prié un de ceux qui m’ont averti des bruits dont je viens de parler, de tâcher d’apprendre si madame Duchesne et le sieur Guy y avaient quelque part. De chez eux, où il n’a trouvé que des garçons, il est allé chez Simon, qu’on lui disait avoir imprimé la nouvelle édition qui m’avait été si bien payée. Simon lui a dit qu’en effet il venait d’imprimer quelques-uns de mes écrits sous mes yeux, que j’en avais revu les épreuves, et que j’étais même allé chez lui il n’y avait pas longtemps. Quoique je sois par moi-même le moins important des hommes, je le suis assez devenu par ma singulière position pour être assuré que rien de ce que je fais et de ce que je ne fais pas ne vous échappe : c’est une de mes plus douces consolations ; et je vous avoue, monsieur, que l’avantage de vivre sous les yeux d’un magistrat intègre et vigilant, auquel on n’en impose pas aisément, est un des motifs qui m’ont arraché des campagnes, où, livré sans ressource aux manoeuvres des gens qui disposent de moi, je me voyais en proie à leurs satellites et à toutes les illusions par lesquelles les gens puissants et intrigants abusent si aisément le public sur le compte d’un étranger isolé à qui l’on est venu à bout de faire un inviolable secret de tout ce qui le regarde, et qui par conséquent n’a pas la moindre défense contre les mensonges les plus extravagants.
J’ai donc peu besoin, monsieur, de vous dire que cette opulence dont on me gratifie si libéralement dans les cercles, que toutes ces pensions si fièrement spécifiées[1067], cette édition qu’on me prête, sont autant de fictions ; mais je n’ai pu m’empêcher de mettre sous vos yeux l’impudence incroyable dudit Simon, que je ne vis de mes jours, que je sache, chez qui je n’ai jamais mis le pied, dont je ne suis pas la demeure, et que j’ignorais même, avant ces bruits, avoir imprimé aucun de mes écrits. Comme je n’attends plus aucune justice de la part des hommes, je m’épargne désormais la peine inutile de la demander, et je ne vous demande à vous-même que la patience de me lire, quoique je fasse l’exception qui est due à votre intégrité et à la générosité qui vous intéresse aux infortunés. Mais ne voyant plus rien qui puisse me flatter dans cette vie, les restes m’en sont devenus indifférents. La seule douceur qui peut m’y toucher encore est que l’oeil clairvoyant d’un homme juste pénètre au vrai ma situation, qu’il la connaisse, et me plaigne en lui-même, sans se commettre pour ma défense avec mes dangereux ennemis. Je vous aurais choisi pour cela, monsieur, quand vous ne rempliriez point la place où vous êtes ; mais j’y vois, je l’avoue, un avantage de plus, puisque, par cette place même, vous avez été à portée de vérifier assez d’impostures pour en présumer beaucoup d’autres que vous pouvez vérifier de même un jour. Peut-être vous écrirai-je quelquefois encore, mais je ne vous demanderai jamais rien ; et si ma confiance devient importune à l’homme occupé, je réponds du moins qu’elle ne sera jamais à charge au magistrat. Veuillez ne la pas dédaigner ; veuillez, monsieur, vous rappeler qu’elle ne tient pas seulement au respect que vous m’avez inspiré, mais encore aux témoignages de bonté dont vous m’avez honoré quelquefois, et que je veux -mériter toute ma vie.
OBSERVATION : À la suite de cette lettre l’auteur a ajouté, soit comme apostille, soit comme simple observation, l’article qu’on va lire.
Il n’est peut-être pas inutile d’observer que le sieur Guy vient très fréquemment chez moi sans avoir rien à me dire, et sans que je puisse trouver aucun motif à ses visites, vu que. toutes Ies affaires que nous avons ensemble n’exigent qu’une entrevue de deux minutes par an, et qu’il n’y a point de liaison d’amitié entre lui et moi. Tl m’a prié de lui faire un triage de chansons dans les anciens recueils pour en faire un nouveau. Je l’ai prié, de mon côté, de me prêter quelques romans pour amuser ma femme durant les soirées d’hiver. Il est parti de là pour me faire apporter en pompe d’immenses paquets de brochures, qui, avec ses allées et venues, lui donnent l’air d’avoir avec moi beaucoup d’affaires. Tout cela, joint aux bruits dont j’ai parlé, commence à me faire soupçonner que ces fréquentes visites, que je ne prenais que pour un petit espionnage assez commun aux gens qui m’entourent, et très indifférent pour moi, pourraient bien avoir un objet plus méthodique et dirigé de plus loin. Il y a dans tout cela de petites manoeuvres adroites, dont le but me paraîtrait pourtant facile à découvrir dans toute autre position que la mienne, pour peu qu’on y mît de soin.
Lettre CMLVII – À Madame La Tour
Ce mercredi 24 juin 1772.
After so many futile attempts to shed some light on the darkness that has surrounded me for ten years, I give up. I have great vices, but they have never harmed anyone but myself; I have committed grave mistakes, but none of them have caused the death of my friends, and these mistakes are known only to me, although they may have been made public by others who are sometimes more discreet. Apart from this, if someone accuses me of some wicked sentiment, some reprehensible speech, or some unjust act, let him come forward and speak; I await him without hiding. But as long as he hides from me in order to slander me, he will only bring disgrace upon himself in the eyes of any fair and sensible person. Evidence and darkness are incompatible: proofs presented by dishonest people are always suspect, and those who, by first trampling underfoot the most inviolable laws of natural justice, declare themselves to be weak and wicked from the very beginning, are likely also to be impostors and tricksters. How could such evidence, or rather, such “proofs,” possess the authority that justice itself reserves even for the most convincing evidence, to tarnish a man’s honor—more precious than life—without first giving him the chance to defend himself and be heard? Therefore, let those who insist on judging me in this way remain in the foolish ignorance they desire; their error is of their own making; it is they alone who are thus dishonored. Having offered to help them out of it, I leave them to their will, for it is impossible for me to correct them against their own wishes. Thank heaven that all human efforts cannot change the nature of things; they cannot turn falsehood into truth, nor can they make the heart of Jean-Jacques Rousseau harbor the sentiments of a dishonest man while I am alive. That is enough for me; I live in peace, awaiting the time when my moment and the truth will come—for they will come, I am certain of it, and I await them with evidence that will compensate me for what others have said against me.
So then, be assured regarding all that is so carefully concealed from me, and even regarding what happens to me by chance—I let people spread rumors that I had stopped seeing Madame de Luxembourg after taking three hundred louis from her, that I copied music only out of sheer necessity, that I had enough to live comfortably, that I earned six thousand livres in income annually, that the widow Duchesne gave my wife a pension of six hundred livres, and that she also gave me one thousand écus for a new edition of my works which I had supervised. I let all these lies be spread; I merely laughed when they reached me, and I did not even consider troubling you, sir, with such complaints, although I was fully aware of the harm that this perception of my wealth would cause to the means my work provided me to make up for the inadequacy of my income. Yet another incident finally crossed the line and caused me some distress—because this deception, always disguised as betrayal, had so far gone to great lengths to appear humble before me; it had not yet accustomed me to such audacity. But this latest instance, I must admit, truly affected me.
I had asked one of those who had warned me about the rumors I just mentioned to try and find out whether Madame Duchesne or Monsieur Guy were involved in any way. Since he found only boys at their place, he went to Simon, who was said to have printed the new edition of my work for which I had received such generous payment. Simon told him that he had indeed just printed some of my writings right in front of me; I had reviewed the proofs myself, and I had even visited his house not long ago. Although I am personally one of the least important people around, my unique position has made it certain that nothing I do or don’t do escapes your attention—this is one of my greatest consolations. And I must confess to you, Monsieur, that the advantage of living under the watchful eye of an honest and vigilant magistrate, someone whom it is not easy to deceive, is one of the reasons that drove me away from the countryside. There, left helpless at the mercy of those who held power over me, I would have become a prey to their schemes and to all the deceptions used by powerful and cunning people to manipulate the public in regard to an isolated stranger like me—a person whose private affairs had been turned into an inviolable secret, leaving me completely defenseless against the most outrageous lies.
Therefore, sir, I hardly need to tell you that all this opulence lavished upon me in certain circles, those pensions so proudly specified[1067], and this copy of my work that is lent to me—all these are nothing but fabrications. Yet I could not help bringing to your attention the incredible audacity of that Simon: a man whom I have never met in my life, whose home I have never set foot in, whose residence I am not even aware of, and about whom I had no idea until these recent rumors that any of my writings had been published by him. Since I no longer expect justice from human beings, I spare myself the futile effort of seeking it. All I ask of you is the patience to read what I have to say—though, out of respect for your integrity and your generosity toward the unfortunate, I make this exception. But since nothing in this life can now please me, even the remnants of such pleasures have become indifferent to me. The only thing that could still touch my heart is if the clear-eyed judgment of a righteous person could see through my true situation, understand it, and mourn for me without taking up my defense against my dangerous enemies. I would have chosen you for this very reason, sir, even if you did not hold the position you now occupy; but I must admit that this very position gives you an additional advantage: by virtue of it, you have had the opportunity to expose so many impostures that you can probably deduce the existence of many more that you may yet uncover in the future. Perhaps I will write to you again someday, but I will never ask you for anything. And if my confidence proves bothersome to a busy man, I assure you it will never be a burden to a magistrate. Please do not dismiss it; please remember, sir, that it is based not only on the respect you have inspired in me but also on the acts of kindness you have shown me from time to time—kindnesses for which I wish to be worthy throughout my life.
OBSERVATION: Following this letter, the author added the article we are about to read, either as an appendix or merely as an observation.
It may not be entirely unnecessary to observe that Mr. Guy frequently visits me without having anything to say, and that I cannot find any reason for his visits, given that all the matters concerning us require only a two-minute meeting once a year, and since there is no friendship between us at all. He asked me to select some songs from old collections in order to compile a new one. On my part, I asked him to lend me some novels to entertain my wife during the winter evenings. From this, he proceeded to have enormous piles of brochures brought to me, and his constant coming and going gave the impression that he had many important matters to discuss with me. All this, combined with the other troubles I have mentioned, begins to make me suspect that these frequent visits, which I initially thought were merely a sort of petty espionage common among those around me and completely insignificant to me, might actually serve some more deliberate and purposeful purpose from some distant source. There are subtle manipulations at play here, but their true intention would seem easy enough to uncover if one were not in my position.
Letter CMLVII – To Madame La Tour
This Wednesday, June 24, 1772.
Dopo tanti vani sforzi per far penetrare un raggio di luce attraverso le tenebre che mi circondano da dieci anni, rinuncio. Ho grandi vizi, ma che non hanno mai fatto del male se non a me stesso; ho commesso grandi errori, ma nessuno di essi ha causato la morte dei miei amici, e questi errori sono noti solo a me, anche se altri li hanno resi pubblici, talvolta con maggiore discrezione. Tuttavia, se qualcuno mi attribuisce qualche sentimento malvagio, qualche discorso biasimabile o qualche atto ingiusto, che si faccia avanti e parli; lo aspetto senza nascondermi; ma finché lui stesso si nasconderà da me per diffamarmi, non farà altro che diffamare se stesso agli occhi di ogni uomo equo e sensato. L’evidenza e le tenebre sono incompatibili: le prove fornite da persone disoneste sono sempre sospette, e colui che, cominciando con il calpestare la legge più inviolabile del diritto naturale e della giustizia, si dichiara già debole e malvagio, può benissimo essere anche un impostore e un furfante. E come potrebbe il suo testimoneaggio, o le sue prove, avere quella forza che la giustizia non concede nemmeno a una prova qualsiasi, per distruggere l’onore di un uomo, più prezioso della vita stessa, senza prima avergli dato la possibilità di difendersi e di essere ascoltato? Quindi, chi insiste nel giudicarmi in questo modo, resti nella cieca ignoranza che desidera; il suo errore è frutto delle sue stesse azioni; è lui stesso che ne viene disonorato: dopo essermi offerto di aiutarlo a uscirne, lo lascio fare, poiché lo vuole, e non posso certo curarlo contro la sua volontà. Grazie al cielo, tutta l’arte umana non potrà mai cambiare la natura delle cose; non farà sì che il mentire diventi verità, né che il petto di Jean-Jacques Rousseau contenga il cuore di un uomo disonesto: questo mi basta, e vivo in pace, aspettando che arrivi il mio momento e quello della verità; perché arriverà, ne sono molto sicuro, e lo attendo con una testimonianza che mi compenserà di quella degli altri.
Quindi, state tranquilli riguardo a tutto ciò che mi viene nascosto con tanta cura, e anche riguardo a ciò che mi arriva per caso: ho lasciato che si diffondessero, tra cento altre voci altrettanto inutili, menzogne del tipo che avessi smesso di frequentare la signora de Luxembourg dopo averle portato via trecento luigi, che copiassi la musica soltanto per abitudine, che avessi abbastanza denaro per vivere comodamente, che possedessi seimila libbre di rendita annua, che la vedova Duchesne versasse a mia moglie una pensione di seicento libbre e a me un’altra di mille scudi per una nuova edizione delle mie opere che avevo curato personalmente. Ho lasciato che si diffondessero tutte queste menzogne; ho semplicemente riso quando me ne sono reso conto, e non ho nemmeno avuto la tentazione di disturbarvi, signore, con le mie lamentele al riguardo, anche se ero perfettamente consapevole del danno che questa idea della mia ricchezza poteva causare alle risorse che il mio lavoro mi forniva per compensare la mancanza dei miei introiti. Una piccola circostanza in più, tuttavia, ha superato ogni limite e mi ha causato qualche emozione: l’inganno, infatti, continuando a mascherarsi sotto il volto della tradizione, aveva finora fatto grande attenzione a non mostrarmi mai la sua vera faccia, evitando così che mi abituassi alla sua sfacciataggine. Ma questa volta, beh, devo ammettere che mi ha davvero colpito profondamente.
Avevo chiesto a uno di coloro che mi avevano avvertito dei rumori di cui ho appena parlato di cercare di scoprire se madame Duchesne e il signor Guy avessero qualche informazione al riguardo. Dopo aver trovato solo ragazzi in casa loro, si è recato da Simon, a cui era stato detto che aveva stampato la nuova edizione del mio scritto, per la quale avevo ricevuto un ottimo compenso. Simon gli ha confermato che effettivamente aveva appena stampato alcuni dei miei scritti davanti ai suoi occhi; io stesso avevo revisionato le bozze e avevo anche visitato la sua casa di recente. Anche se personalmente non sono certo una persona di grande rilievo, la mia particolare posizione mi permette di essere sicuro che nulla di ciò che faccio o non faccio vi sfugga: questa è una delle mie più dolci consolazioni. Vi confesso, signore, che il vantaggio di vivere sotto gli occhi di un magistrato integro e attento, a cui non è facile ingannare, è uno dei motivi che mi hanno spinto a lasciare le campagne, dove, privo di qualsiasi mezzo per difendermi dalle manovre delle persone che avevano il potere su di me, rischiavo di diventare vittima dei loro agenti e di tutte le illusioni con cui i potenti e gli intriganti riescono facilmente a ingannare il pubblico riguardo a un estraneo isolato, di cui si è riusciti a rendere segreto tutto ciò che lo riguarda, lasciandolo così completamente indifeso di fronte ai bugi più assurdi.
Pertanto, signore, non ho alcun bisogno di dirvi che tutta questa opulenza di cui mi vengono così generosamente gratificati nei circoli, tutte queste pensioni così orgogliosamente menzionate[1067], questa edizione che mi viene prestata, sono soltanto finzioni. Tuttavia, non ho potuto fare a meno di mettervi davanti agli occhi l’impudenza incredibile di quel Simon: non l’ho mai visto in vita mia, non conosco nemmeno dove abiti, e prima di queste voci ignoravo persino che avesse pubblicato alcuno dei miei scritti. Poiché non mi aspetto più alcuna giustizia da parte degli uomini, mi risparmio ora la fatica inutile di chiederla; vi chiedo soltanto la pazienza di leggere ciò che ho da dirvi, anche se faccio eccezione per la vostra integrità e per la generosità che dimostrate verso i sfortunati. Ma poiché non vedo più nulla in questa vita che possa lusingarmi, anche le sue rimanenze mi sono diventate indifferenti. L’unica dolcezza che ancora può toccarmi è che lo sguardo chiaroveggente di un uomo giusto riesca a comprendere veramente la mia situazione, che la conosca e si compia per me senza schierarsi dalla mia parte contro i miei pericolosi nemici. Avrei scelto voi per questo scopo, signore, anche se non occupaste questa posizione; ma devo ammettere che ciò rappresenta anche un vantaggio: poiché proprio grazie a essa avete avuto l’opportunità di verificare molte menzogne, e quindi potrete probabilmente verificarne altre in futuro. Forse vi scriverò ancora qualche volta, ma non vi chiederò mai nulla; e se la mia fiducia dovesse risultare importuna per un uomo impegnato, posso almeno assicurarvi che non lo sarà mai per un magistrato. Vi prego di non disprezzarla; ricordatevi, signore, che essa dipende non solo dal rispetto che avete suscitato in me, ma anche dai segni di gentilezza che mi avete dimostrato a volte, e che desidero meritare per tutta la vita.
Osservazione: In seguito a questa lettera, l’autore ne ha aggiunto un altro, sia come postilla che semplicemente come osservazione.
Forse non è inutile osservare che il signor Guy viene molto spesso da me senza avere nulla da dirmi, e senza che io riesca a trovare alcun motivo per le sue visite, visto che tutte le questioni di cui parliamo richiedono soltanto un incontro di due minuti all’anno, e inoltre non esiste alcuna relazione di amicizia tra noi. Mi ha chiesto di selezionare alcune canzoni dagli antichi raccolti per creare una nuova collezione; io, dal canto mio, gli ho chiesto di prestarmi alcuni romanzi per intrattenere mia moglie durante le serate invernali. Da questo momento ha iniziato a farmi portare enormi pacchi di brochures, il che, unito alle sue continue visite, dà l’impressione che abbia molte questioni da discutere con me. Tutto ciò, insieme ai rumori di cui ho parlato, comincia a farmi sospettare che queste frequenti visite, che inizialmente consideravo soltanto un piccolo tipo di “spionaggio” piuttosto comune tra le persone che mi circondano e del tutto indifferente per me, possano in realtà avere uno scopo più metodico e mirato, orchestrato da qualcuno da lontano. C’è sicuramente qualcosa di subdolo e astuto in tutto ciò; tuttavia, il vero obiettivo di queste azioni mi sembrerebbe facile da scoprire, se solo si prestasse un po’ di attenzione.
Lettera CMLVII – A Madame La Tour
Questo mercoledì, 24 giugno 1772.
Voici, madame, votre partition ; je vous demande pardon de mon étourderie et du quiproquo. N’ayant pas en ce moment le temps d’examiner la Reine fantasque, et ne voulant pas abuser de la complaisance que vous avez de me la laisser, je vous la renvoie, avec mes remerciements. Je vous en dois de plus grands pour l’offre que vous m’avez bien voulu faire de comparer avec les bonnes éditions les éditions que l’on fait ici de mes écrits, et que je dois croire frauduleuses, puisqu’on me les cache avec tant de soin. Je sens le prix de cette offre, et j’y suis sensible ; mais la dépense et la peine que vous coûterait son exécution ne me permettent pas d’y consentir.
J’ai eu l’honneur, madame, de vous voir hier pour la troisième fois de ma vie ; j’ai réfléchi sur l’entretien où vous m’avez, engagé et sur les choses que vous m’y avez dites ; le résultat de ces réflexions est de me confirmer pleinement dans la résolution dont je vous ai fait part ci-devant, et à laquelle vous vous devez, selon moi, de ne plus porter d’obstacle, à moins que vous n’ayez pour cela des raisons particulières que je ne sais pas, et auxquelles, par cette raison, je suis dispensé de céder.
Lettre CMLIX – À Madame…
Paris, le 14 août 1772.
Il est, madame, des situations auxquelles il n’est pas permis à un honnête homme d’être préparé, et celle où je me trouve depuis dix ans est la plus inconcevable et la plus étrange dont on puisse avoir l’idée. J’en ai senti l’horreur sans en pouvoir percer les ténèbres. J’ai provoqué les imposteurs et les traîtres par tous les moyens permis et justes qui pouvaient avoir prise sur des coeurs humains : tout a été inutile ; ils ont fait le plongeon ; et, continuant leurs manoeuvres souterraines, ils se sont cachés de moi avec le plus grand soin. Cela était naturel, et j’aurais dû m’y attendre. Mais ce qui l’est moins est qu’ils ont rendu le public entier complice de leurs trames et de leur fausseté ; qu’avec un succès qui tient du prodige on m’a ôté toute connaissance des complots dont je suis la victime, en m’en faisant seulement bien sentir l’effet, et que tous ont marqué le même empressement à me faire boire la coupe de l’ignominie, et à me cacher la bénigne main qui prit soin de la préparer. La colère et l’indignation m’ont jeté d’abord dans des transports qui m’ont fait faire beaucoup de sottises, sur lesquelles on avait compté. Comme je trouvais injuste d’envelopper tout mon siècle dans le mépris qu’on doit à quiconque se cache d’un homme pour le diffamer, j’ai cherché quelqu’un qui eût assez de droiture et de justice pour m’éclairer sur ma situation, ou pour se refuser au moins aux intrigues des fourbes : j’ai porté partout ma lanterne inutilement, je n’ai point trouvé d’homme, ni d’âme humaine. J’ai vu avec dédain la grossière fausseté de ceux qui voulaient m’abuser par des caresses, si maladroites et si peu dictées par la bienveillance et l’estime, qu’elles cachaient même, et assez mal, une secrète animosité. Je pardonne l’erreur, mais non la trahison. À peine, dans ce délire universel, ai-je trouvé dans tout Paris quelqu’un qui ne s’avilît pas à cajoler fadement un homme qu’ils voulaient tromper, comme on cajole un oiseau niais qu’on veut prendre. S’ils m’eussent fui, s’ils m’eussent ouvertement maltraité, j’aurais pu, les plaignant et me plaignant, du moins les estimer encore : ils n’ont pas voulu me laisser cette consolation. Cependant il est parmi eux des personnes d’ailleurs si dignes d’estime, qu’il paraît injuste de les mépriser. Comment expliquer ces contradictions ? J’ai fait mille efforts pour y parvenir ; j’ai fait toutes les suppositions possibles ; j’ai supposé l’imposture armée de tous les flambeaux de l’évidence : je me suis dit : Ils sont trompés, leur erreur est invincible. Mais, me suis-je répondu, non seulement ils sont trompés, mais, loin de déplorer leur erreur, ils l’aiment, ils la chérissent. Tout leur plaisir est de me croire vil, hypocrite et coupable ; ils craindraient comme un malheur affreux de me retrouver innocent et digne d’estime. Coupable ou non, tous leurs soins sont de m’ôter l’exercice de ce droit si naturel, si sacré de la défense de soi-même. Hélas ! toute leur peur est d’être forcés de voir leur injustice, tout leur désir est de l’aggraver. Ils sont trompés ! eh bien ! supposons ; mais, trompés, doivent-ils se conduire comme ils font ? d’honnêtes gens peuvent-ils se conduire ainsi ? me conduirais-je ainsi moi-même à leur place ? Jamais, jamais : je fuirais le scélérat ou confondrais l’hypocrite ; mais le flatter pour le circonvenir serait me mettre au-dessous de lui. Non, si j’abordais jamais un coquin que je croirais tel, ce ne serait que pour le confondre et lui cracher au visage.
Après mille vains efforts inutiles pour expliquer ce qui m’arrive dans toutes les suppositions, j’ai donc cessé mes recherches, et je me suis dit : Je vis dans une génération qui m’est inexplicable. La conduite de mes contemporains à mon égard ne permet à ma raison de leur accorder aucune estime. La haine n’entra jamais dans mon coeur. Le mépris est encore un sentiment trop tourmentant. Je ne les estime donc, ni ne les hais, ni ne les méprise ; ils sont nuls à mes yeux ; ce sont pour moi des habitants de la lune : je n’ai pas la moindre idée de leur être moral ; la seule chose que je sais est qu’il n’a point de rapport au mien, et que nous ne sommes pas de la même espèce. J’ai donc renoncé avec eux à cette seule société qui pouvait m’être douce, et que j’ai si vainement cherchée, savoir à celle des coeurs. Je ne les cherche ni ne les fuis. À moins d’affaires, je n’irai plus chez personne : mes visites sont un honneur que je ne dois plus à qui que ce soit désormais ; un pareil témoignage d’estime serait trompeur de ma part, et je ne suis pas homme à imiter ceux dont je me détache. À l’égard des gens qui pleuvent chez moi, je ferme autant que je puis ma porte aux quidams et aux brutaux ; mais ceux dont au moins le nom m’est connu, et qui peuvent s’abstenir de m’insulter chez moi, je les reçois avec indifférence, mais sans dédain. Comme je n’ai plus ni humeur ni dépit contre les pagodes au milieu desquelles je vis, je ne refuse pas même, quand l’occasion s’en présente, de m’amuser d’elles et avec elles autant que cela » leur convient et à moi aussi. Je laisserai aller les choses comme elles s’arrangeront d’elles-mêmes, mais je n’irai pas au-delà ; et, à moins que je ne retrouve enfin, contre toute attente, ce que j’ai cessé de chercher, je ne ferai de ma vie plus un seul pas sans nécessité pour rechercher qui que ce soit. J’ai du regret, madame, à ne pouvoir faire exception pour vous, car vous m’avez paru bien aimable ; mais cela n’empêche pas que vous ne soyez de votre siècle, et qu’à ce titre je ne puisse vous excepter. Je sens bien ma perte en cette occasion, je sens même aussi la vôtre, du moins si, comme je dois le croire, vous recherchez dans la société des choses d’un plus grand prix que l’élégance des manières et l’agrément de la conversation.
Voilà mes résolutions, madame, et en voilà les motifs. Je vous supplie d’agréer mon respect.
Lettre CMLX – À M. de Malesherbes
Paris, le 11 novembre 177…
Here is your score, madam; I beg your pardon for my clumsiness and the misunderstanding that occurred. Not having time at the moment to examine “La Reine fantasque”, and not wishing to take advantage of your kindness in allowing me to do so, I return it to you with my thanks. I owe you even greater gratitude for the kind offer you made to have my works compared with good editions—Editions that I must consider fraudulent, since such careful efforts are made to hide them from me. I appreciate the value of this offer, but the expense and trouble it would cause you to implement it prevent me from accepting it.
Madam, I had the honor of meeting you yesterday for the third time in my life; I reflected on our conversation and on what you said to me during it. The result of these reflections is that they have only strengthened my resolve, which I previously shared with you. In my opinion, you should no longer pose any obstacles to it, unless you have some particular reasons that I am unaware of—and for those reasons, I am not obligated to yield.
Letter CMLIX – To Madam.
Paris, August 14, 1772.
Madam, there are certain situations in which an honest man is simply not prepared to face; the one I find myself in now, after ten years, is perhaps the most inconceivable and bizarre such situation imaginable. I have sensed its horror, yet I have been unable to penetrate its darkness. I have used every permissible and just means at my disposal to confront those impostors and traitors—whoever they might be—but all was in vain; they have continued their underhanded schemes and gone to great lengths to hide from me. That was expected; but what is even more baffling is that they have managed to turn the entire public into accomplices in their deceptions and falsehoods. With a success that borders on miracle, they have deprived me of any understanding of the plots against me—leaving me only to suffer the consequences of their actions—and everyone has seemed eager to force me to drink the cup of ignominy, while hiding from me the very hand that prepared it for me. Anger and indignation initially drove me to foolish actions, precisely those they had expected. Feeling it was unjust to condemn an entire century of my life because some people chose to hide from me in order to slander me, I sought someone who would have enough integrity and justice to clarify my situation—or at least refuse to be involved in the intrigues of these scoundrels. But everywhere I looked, I found no such person; not a single human being. I dismissed with disdain the crude falsity of those who tried to deceive me through insincere flattery—flattery so clumsy and devoid of genuine kindness that it only served to hide their hidden hostility. I can forgive mistakes, but not betrayal. In this universal madness, I found not a single person in all of Paris who would not stoop to fawning over a man they intended to deceive, just as one might coax an foolish bird into their grasp. If they had fled from me, if they had openly mistreated me, I might have been able to still respect them, even while lamenting their behavior. But they refused to give me that consolation. Yet among them are people so worthy of respect that it seems unjust to despise them. How can such contradictions be explained? I made every effort to understand; I considered every possible explanation—even one in which they were themselves deceived by apparent evidence. I told myself: “They must be mistaken; their error is undeniable.” But then I realized: not only are they mistaken, but they actually relish their delusion—they take pleasure in believing me to be vile, hypocritical, and guilty. Their greatest joy seems to be in considering me unworthy of respect. Whether I am guilty or not, their sole goal is to deprive me of the natural and sacred right to defend myself. Alas. All their fear stems from the prospect of being forced to confront the injustice they commit; all their desire is to exacerbate it further. They are deceived! Well, let’s assume that is the case. But even if they are deceived, do they have to behave in such a way? Can honest people really act like this? Would I behave the same if I were in their place? Never, never. I would flee from such a scoundrel or expose his hypocrisy. But to flatter him in order to manipulate him would mean demeaning myself below his level. No—if I ever encountered a person whom I believed to be such a rascal, my only intention would be to expose him and spit in his face.
After countless futile attempts to explain what was happening to me through various hypotheses, I finally ceased my searches and said to myself: I live in an era that is utterly incomprehensible to me. The behavior of my contemporaries towards me makes it impossible for my reason to hold any respect for them. Hatred has never entered my heart; contempt, however, is a sentiment too tormenting. Therefore, I neither respect them, nor hate them, nor despise them; they are nothing to me—like inhabitants of the moon. I have no idea what their moral nature might be; all I know is that it has nothing to do with mine, and that we are not of the same kind. Thus, I have given up on the only kind of society that could have brought me comfort, that which I had sought in vain—namely, the company of kind-hearted people. I neither seek them out nor avoid them. Unless there is some urgent matter, I will no longer visit anyone; my visits are an honor that I no longer owe to anyone. Such a gesture of respect would be misleading on my part, and I am not one to imitate those from whom I have distanced myself. As for those who come to my home in tears, I make every effort to keep my door closed to strangers and rude individuals. but those whose names are at least known to me, and who can refrain from insulting me in my own home, I receive them indifferently, though not with disdain. Since I no longer feel any resentment or anger towards the people around me, I am even willing, when the opportunity arises, to enjoy their company and theirs as much as they are willing to enjoy mine. I will let things take their natural course, but I will not go beyond that. And unless, against all expectations, I finally find what I have stopped searching for, I will never take another step in my life without necessity to do so. Madam, it regrets me that I cannot make an exception for you, for you seemed very kind to me; but that does not mean you are not of your time, and therefore I cannot exempt you from this rule. I am well aware of the loss I suffer in this matter, and I believe you too are, especially if, as I suppose, you seek in human society something of greater value than merely polite manners and pleasant conversation.
These are my resolutions, madam, and these are the reasons behind them. I implore you to accept my respects.
Letter CMLX – To Mr. de Malesherbes
Paris, November 11, 177.
Ecco, signora, la vostra partitura; vi chiedo scusa per la mia distrazione e il malinteso. Non avendo in questo momento il tempo di esaminarla attentamente, e non volendo approfittare della vostra gentilezza nel permettermi di tenerla, ve la restituisco con i miei ringraziamenti. Vi sono ancora più grato per l’offerta che mi avete fatto di confrontare le edizioni dei miei scritti pubblicate qui con quelle valide, e che devo considerare fraudolente, visto che vengono nascoste con tanta cura. Apprezzo molto questa proposta, ma le spese e lo sforzo che comporterebbe la sua attuazione non mi permettono di accettarla.
Signora, ho avuto l’onore di vedervi ieri per la terza volta in vita mia; ho riflettuto sull’interazione che abbiamo avuto e sulle cose che mi avete detto; il risultato di queste riflessioni è quello di rafforzare ulteriormente la decisione di cui vi avevo parlato in precedenza, e ritengo che anche voi dovreste smettere di opporvi ad essa, a meno che non abbiate ragioni particolari che io ignoro, e per le quali, pertanto, non sono tenuto a cedere.
Lettera CMLIX – A Madama.
Parigi, 14 agosto 1772.
Signora, ci sono situazioni alle quali un uomo onesto non può essere preparato; quella in cui mi trovo da dieci anni è senz’altro la più inverosimile e strana che si possa immaginare. Ne ho percepito l’orrore senza riuscire a penetrare nelle sue tenebre. Ho provato di smascherare gli impostori e i traditori con tutti i mezzi legittimi e efficaci che potessero influenzare dei cuori umani. Ma tutto è stato inutile: essi hanno continuato le loro manovre subdole, nascondendosi con estrema cura da me. Questo era naturale. E avrei dovuto aspettarmelo. Tuttavia, ciò che è meno comprensibile è il fatto che abbiano reso l’intera opinione pubblica complice delle loro trame e della loro falsità; che, con un successo davvero incredibile, mi abbiano privato di qualsiasi informazione sui complotti di cui sono vittima, limitandosi a farmi sentire gli effetti di essi. E che tutti abbiano mostrato la stessa fretta nel farmi bere il calice dell’ignominia, nascondendomi la mano “benevola” che aveva preparato quel calice per me. La rabbia e l’indignazione mi hanno portato a commettere molte sciocchezze. Poiché ritenevo ingiusto che tutto il mio secolo venisse condannato al disprezzo, come avviene chiunque si nasconda da un uomo per diffamarlo, ho cercato qualcuno che avesse abbastanza giustizia e onestà per chiarirmi la mia situazione, o almeno per rifiutarsi di partecipare alle intrighi dei traditori. Ho cercato ovunque, ma invano. Non ho trovato nessuno, né un’anima umana. Ho disprezzato la grossolana falsità di coloro che cercavano di ingannarmi con carezze così goffe e prive di sincerità. Perdono l’errore, ma non la tradizione. In questo delirio universale, a Parigi, non ho trovato nessuno che si abbassasse a lusingare un uomo che volevano ingannare. Se mi avessero evitato, se mi avessero trattato apertamente con crudeltà, forse avrei potuto ancora considerarli, almeno in parte. Ma non hanno voluto lasciarmi questa consolazione. Tuttavia, tra di loro ci sono persone davvero degne di stima. E sembra ingiusto disprezzarle. Come spiegare queste contraddizioni? Ho fatto mille sforzi per capirle. Ho ipotizzato ogni possibile soluzione. Ho pensato che fossero tutti ingannati. Ma poi mi sono resa conto che non solo erano ingannati, ma che, anzi, amavano e desideravano ardentemente la loro stessa illusione. Il loro unico piacere era credere che fossi vile, ipocrita e colpevole. Temevano davvero che scoprire la mia innocenza significasse per loro una terribile sconfitta. Che fossi o meno colpevole, il loro obiettivo era sempre quello di impedirmi di difendermi. Ahimè. Tutta la loro paura consiste nel dover affrontare la propria ingiustizia; tutto il loro desiderio è quello di aggravarla ancora di più. Sono stati ingannati. Ma, anche se ingannati, devono davvero comportarsi in questo modo? Gli uomini onesti potrebbero davvero agire così? Io stesso, al loro posto, mi comporterei così? Mai: fuggirei dal malvagio o smaschererei l’ipocrita; ma adularlo soltanto per ingannarlo significherebbe mettermi al suo livello. No. Se mai affrontassi un individuo che ritengo tale, lo farei solo per smascherarlo e sputargli in faccia.
Dopo mille inutili tentativi di spiegare ciò che mi accadeva, ho deciso di interrompere le mie ricerche e mi sono detto: “Vivo in una generazione che per me è del tutto inspiegabile. Il comportamento dei miei contemporanei nei miei confronti non permette alla mia ragione di nutrire alcun rispetto per loro”. L’odio non è mai entrato nel mio cuore; il disprezzo, invece, rappresenta un sentimento troppo tormentoso. Pertanto, non li stimo né li odio, né li disprezzo; sono nulli ai miei occhi. Sono come abitanti della luna: non ho la minima idea del loro modo di essere morale; so soltanto che esso non ha nulla a che fare con il mio, e che non apparteniamo alla stessa specie. Ho quindi rinunciato, insieme a loro, a quell’unica forma di società che avrebbe potuto essere dolce per me. Non li cerco né li fuggo. A meno che non ci siano motivi urgenti, non andrò più da nessuno; le mie visite rappresentano un onore che ormai non devo più rendere a nessuno. Un simile segno di stima da parte mia sarebbe ingannevole. E io non sono il tipo di persona che imita coloro da cui mi allontano. Per quanto riguarda le persone che vengono a trovarmi, chiudo la porta tanto quanto è possibile agli sconosciuti e ai brutali; ma coloro i cui nomi almeno conosco, e che possono astenersi dal insultarmi in casa mia, li accolgo con indifferenza, senza disprezzo. Poiché non provo più né umore né rancore nei confronti di questa gente, non rifiuto nemmeno, quando se ne presenta l’occasione, di divertirmi con loro, tanto quanto questo sia conveniente per entrambi. Lascierò che le cose seguano il loro corso naturale, ma non andrò oltre. E a meno che, contro ogni aspettativa, non ritrovi ciò che ho smesso di cercare, non farò più un solo passo nella mia vita senza necessità, per cercare qualcuno. Mi dispiace, signora, di non poter fare un’eccezione per voi, perché mi siete sembrata davvero gentile. Ma questo non significa che non apparteniate al vostro secolo. E quindi non posso escludervi da questa regola. Sento bene la mia perdita in questa situazione, e anche la vostra, soprattutto se, come credo, cercate nella società qualcosa di più prezioso dell’eleganza dei modi o del piacere della conversazione, ”
Ecco le mie risoluzioni, signora, e questi i motivi che le hanno ispirate. Vi supplico di accettare il mio rispetto.
Lettera CMLX – A Monsieur de Malesherbes
Parigi, l’11 novembre 177.
Je serais, monsieur, bien mortifié que vous me privassiez du plaisir dont vous m’aviez flatté de m’occuper d’un soin qui pût vous être agréable, et de préparer des plantes pour compléter vos herbiers. Ne pouvant subsister sans l’aide de mon travail, je n’ai jamais pensé, malgré le plaisir que celui-là pouvait me faire, à vous offrir gratuitement l’emploi de mon temps. Je vous avoue même que j’aurais fort désiré d’entremêler le travail sédentaire et ennuyeux de ma copie d’une occupation plus de mon goût, et meilleure à ma santé, en travaillant à clés herbiers pour tant de cabinets d’histoire naturelle qu’on fait à Paris, et où, selon moi, ce troisième règne, qu’on y compte pour rien, n’est pas moins nécessaire que les autres. Plusieurs herbiers à faire à la fois m’auraient été plus lucratifs, et m’auraient mieux dédommagé des menus frais qu’exigent quelquefois les courses éloignées et l’entrée des jardins curieux. Mais les Français, en général, ont de si fausses idées de la botanique et si peu de goût pour l’étude de la nature, qu’il ne faut pas espérer que cette charmante partie leur donne jamais la tentation de faire des collections en ce genre : ainsi je renonce à cette ressource. Pour vous, monsieur, qui joignez aux connaissances de tous les genres la passion de les augmenter sans cesse, ne m’ôtez pas le plaisir de contribuer à vos amusements. Envoyez-moi la note de ce que vous désirez ; j’en rassemblerai tout ce qui me sera possible, et je recevrai, sans aucune difficulté, le paiement de ce que je vous aurai fourni. À l’égard du petit échantillon que je vous ai envoyé, c’est tout autre chose ; c’étaient des plantes qui vous appartenaient. Ce que j’ai substitué à celles qui se sont gâtées n’a point été ramassé pour vous ; je n’ai eu d’autre peine que de le tirer de ce que j’avais rassemblé pour moi-même ; et comme je n’ai point offert d’entrer dans la dépense que vous a coûté l’herborisation que j’ai faite à votre suite, il me semble, monsieur, que vous ne devez pas non plus m’offrir le paiement de ce que nous avons ramassé ensemble, ni du petit arrangement que je me suis amusé à y mettre pour vous l’envoyer.
Malgré le bien que vous m’avez dit de votre santé actuelle, on m’assure qu’elle n’est pas encore parfaitement rétablie ; et malheureusement la saison où nous entrons n’est pas favorable à l’exercice pédestre, que je crois aussi bon pour vous que pour moi. L’hiver a aussi, comme vous savez, monsieur, ses herborisations qui lui sont propres, savoir, les mousses et les lichens. Il doit y avoir dans vos parcs des choses curieuses en ce genre, et je vous exhorte fort, quand le temps vous le permettra, d’aller examiner cette partie sur les lieux et dans la saison.
Vos résolutions, monsieur, étant telles que vous me le marquez, je ne suis assurément pas homme à les désapprouver ; c’est s’être procuré bien honorablement des loisirs bien agréables. Remplir de grands devoirs dans de grandes places, c’est la tâche des hommes de votre état et doués de vos talents : mais quand, après avoir offert à son pays le tribut de son zèle, on le voit inutile, il est bien permis alors de vivre pour soi-même et de se contenter d’être heureux.
1773
Correspondance non répertoriée
Table de la correspondance
1774
Lettre CMLXI – À M. de Sartine
Table de la correspondance
Lettre CMLXI – À M. de Sartine
Juin 1774.
Je crois remplir un devoir indispensable en vous envoyant la lettre ci-jointe, qui m’a été adressée vraisemblablement par quiproquo, puisqu’elle répond à une lettre que je n’ai point eu l’honneur de vous écrire ; non que je n’acquiesce aux félicitations que vous recevez, mais parce que ce n’est pas mon usage d’écrire en pareil cas. Je vous supplie, monsieur, d’agréer mon respect.
Observation
La lettre que Jean-Jacques renvoyait était une réponse de M. de Sartine à un Rousseau qui le félicitait de son passage de la police au ministère de la marine. M. de Sartine s’exprime ainsi :
« Je suis sensible à la part que vous prenez à la grâce dont le Roi vient de m’honorer. Recevez, je vous prie, les assurances de ma reconnaissance, et tous les remerciements que je vous dois. »
La lettre de Jean-Jacques n’a point de date ; mais, à l’aide de l’événement à l’occasion duquel elle fut écrite, et qui eut lieu en mai 1774, on peut lui en donner une.
1775
Lettre CMLXII– À M. le prince de Beloselski
Lettre CMLXIII – À Madame la comtesse de Saint***
Table de la correspondance
Lettre CMLXII– À M. le prince de Beloselski
[1068]
Paris, 27 mai 1775.
Je suis vraiment bien aise, monsieur le prince, d’avoir votre estime et votre confiance. Les coeurs droits se sentent et se répondent ; et j’ai dit en relisant votre lettre de Genève, Peu d’hommes m’en inspireront autant.
Vous plaignez mes anciens compatriotes de n’avoir pas pris ma défense, quand leurs ministres assassinaient, pour ainsi dire, mon âme. Les lâches ! je leur pardonne les injustices, c’est à la postérité peut-être à m’en venger.
À l’heure qu’il est, je suis plus à plaindre qu’eux : ils ont perdu, dites-vous, un citoyen qui faisait leur gloire ; mais qu’est-ce que la perte de ce brillant fantôme, en comparaison de celle qu’ils m’ont forcé de faire ? Je pleure quand je pense que je n’ai plus ni parents, ni amis, ni patrie libre et florissante.
O lac sur les bords duquel j’ai passé les douces heures de mon enfance ! Charmant paysage où j’ai vu pour ta première fois le majestueux et touchant lever du soleil ; où j’ai senti les premières émotions du coeur, les premiers élans du génie devenu depuis trop impérieux et trop célèbre, hélas ! je ne vous verrai plus ! Ces clochers qui s’élèvent au milieu des chênes et des sapins, ces troupeaux bêlants, ces ateliers, ces fabriques, bizarrement épars sur des torrents, dans des précipices, au haut des rochers ; ces arbres vénérables, ces sources, ces prairies, ces montagnes qui m’ont vu naître, elles ne me reverront plus.
Brûlez cette lettre, je vous supplie : on pourrait encore mal interpréter mes sentiments.
Vous me demandez si je copie encore de la musique. Et pourquoi non ? Serait-il honteux de gagner sa vie en travaillant ? Vous voulez que j’écrive encore ; non, je ne le ferai plus. J’ai dit des vérités aux hommes ; ils les ont mal prises, je ne dirai plus rien.
Vous voulez rire en me demandant des nouvelles de Paris. Je ne sors que pour me promener, et toujours du même côté. Quelques beaux esprits me font trop d’honneur en m’envoyant leurs livres : je ne lis plus. On m’a apporté ces jours-ci un nouvel opéra-comique : la musique est de Grétry, que vous aimez tant, et les paroles sont assurément d’un homme d’esprit ; mais c’est encore des grands seigneurs qu’on vient de mettre sur la scène lyrique. Je vous demande pardon, monsieur le prince ; mais ces gens-là n’ont pas d’accent, et ce sont de bons paysans qu’il faut.
Ma femme est bien sensible à votre souvenir. Mes disgrâces ne lui affectent pas moins le coeur qu’à moi, mais ma tête s’affaiblit davantage. Il ne me reste de vie que pour souffrir, et je n’en ai pas même assez pour sentir vos bontés comme je le dois. Ne m’écrivez donc plus, monsieur le prince, il me serait impossible de vous répondre une seconde fois. Quand vous serez de retour à Paris, venez me voir, et nous parlerons.
Agréez, monsieur le prince, je vous prie, les assurances de mon respect[1069].
Lettre CMLXIV– À la même
Jeudi, 23 mai 1776.
J’ai eu d’autant plus de tort, madame, d’employer un mot qui vous était inconnu, que je vois, par la réponse dont vous m’avez honoré, que, même à l’aide d’un dictionnaire, vous n’avez pas entendu ce mot. Il faut tâcher de m’expliquer.
La phrase du billet à laquelle il s’agit de répondre est celle-ci : » Mais ce que je veux, et ce qui m’est (c dû tout au moins après une condamnation si » cruelle et si infamante, c’est qu’on m’apprenne » enfin quels sont mes crimes, et comment et par » qui j’ai été jugé. »
Tout ce que je désire ici est une réponse à cet article. C’est mal à propos que je la demandais catégorique, car telle qu’elle soit, elle le sera toujours pour moi ; ma demeure et mon coeur sont ouverts pour le reste de ma vie à quiconque me dévoilera ce mystère abominable. S’il m’impose le secret, je promets, je jure de le lui garder inviolablement jusqu’à la mort, et je me conduirai exactement, s’il l’exige, comme s’il ne m’eût rien appris. Voilà la réponse que j’attends, ou plutôt que je désire, car depuis longtemps j’ai cessé de l’espérer.
Sir, I would be deeply distressed if you were to deprive me of the pleasure you had kindly granted me—to engage in a task that might bring you enjoyment and to prepare plants to enrich your herbaria. Since I depend entirely on my work for a livelihood, I have never considered offering you my time free of charge, despite the pleasure it might bring me. In fact, I would have greatly preferred to combine the tedious and sedentary work of copying with an activity that suited my tastes better and was more beneficial to my health—such as working on herbaria for the numerous natural history museums in Paris. In my opinion, this third realm of study, often overlooked, is just as essential as the other two. Undertaking several herbaria projects simultaneously would have been more lucrative and would have compensated me better for the minor expenses incurred in making distant trips and visiting interesting gardens. However, the French generally hold such flawed notions about botany and possess so little interest in the study of nature that it is unlikely they will ever be tempted to pursue such collections. Therefore, I resign myself to this lack of opportunity. But as for you, sir—someone who combines a thorough knowledge of all fields with a passionate desire to continually expand that knowledge—I beg you not to deprive me of the pleasure of contributing to your pursuits. Please send me a list of what you require; I will do my utmost to obtain it for you and will gladly accept any payment for my efforts. As for the small sample I sent you, that was something entirely different: those plants already belonged to you. What I used to replace the ones that had gone bad was not collected specifically for you; I simply took what I had gathered for my own use. And since I did not ask you to cover the costs of my herb-gathering efforts following your instructions, I do not believe you should compensate me for what we collected together, nor for the minor adjustments I made to present it to you.
Despite what you have told me about your current health, I am assured that it has not yet fully recovered; and unfortunately, the season we are now entering is not conducive to walking exercises, which I believe to be just as beneficial for you as for me. As you know, Mr., winter also has its own unique forms of herbal collection, namely mosses and lichens. There must be some interesting specimens of this kind in your parks, and I strongly urge you, whenever the weather permits, to go and examine them in person during this season.
Your resolutions, sir, being such as you have described them to me, I am certainly not one to disapprove of them; they represent a very honorable way to obtain pleasant leisure time. To fulfill great duties in high positions is the task of men of your status and with your talents; but when one has devoted all his energy to serving his country only to find it useless, then it is entirely permissible to live for oneself and content oneself with being happy.
1773
Undocumented correspondence
Correspondence Table
1774
Letter CMLXI – To Mr. de Sartine
Correspondence Table
Letter CMLXI – To Mr. de Sartine
June 1774.
I believe I am fulfilling an indispensable duty in sending you the attached letter, which was probably addressed to me by mistake, since it responds to a letter that I have not had the honor of writing to you. It is not that I do not acknowledge the congratulations you are receiving, but because it is not my custom to write in such circumstances. I beg you, sir, to accept my respects.
Observation
The letter that Jean-Jacques sent back was a reply from Mr. de Sartine to Rousseau, who had congratulated him on his transfer from the police department to the Ministry of the Marine. Mr. de Sartine expressed himself in the following manner:
“I am deeply grateful for the favor that the King has just bestowed upon me. Please accept my sincere thanks and all the appreciation I owe you.”
Jean-Jacques’s letter does not bear a date; however, by referring to the event that prompted its writing—which took place in May 1774—we can determine its approximate date.
1775
Letter CMLXII – To Mr. Prince de Beloselski
Letter CMLXIII – To Madame la Comtesse de Saint***
Correspondence Table
Letter CMLXII – To Mr. Prince de Beloselski
[1068]
Paris, May 27, 1775.
I am truly delighted, Your Highness, to have your esteem and trust. Honest hearts understand and respond to each other; upon rereading your letter from Geneva, I thought to myself: “Few men will inspire me as much as you.”
You complain that my former compatriots did not defend me when their ministers, in a sense, were assassinating my soul. What cowards! I forgive them for their injustices; perhaps it is up to future generations to avenge me.
At this moment, I have more reason to mourn than they do: they have lost, you say, a citizen who was their pride; but what is the loss of that brilliant figure compared to what they have forced me to endure? I weep when I think that I no longer have any parents, any friends, nor a free and prosperous homeland.
Oh, that lake on whose shores I spent the sweet hours of my childhood! What a charming landscape—where I saw for the first time the majestic and moving rise of the sun; where I felt the first stirrings of the heart, the initial impulses of that genius which has since become too arrogant and too famous. Alas, I shall never see you again! Those church spires rising amidst the oaks and pines, those bleating flocks, those workshops, those factories—strangely scattered along the torrents, in the ravines, atop the rocks. Those venerable trees, those springs, those meadows, those mountains that witnessed my birth. They too will never see me again.
Burn this letter, I beg you: my feelings could still be misinterpreted.
You ask me if I still copy music. And why not? Would it be shameful to earn a living through work? You want me to write again; no, I will not do it anymore. I told people the truth; they misunderstood it, so I will say nothing more.
You want to laugh when you ask me about news from Paris. I only go out for walks, and always in the same direction. Some well-meaning people take too much trouble sending me their books; I no longer read. These days, someone brought me a new opera-comique: the music is by Grétry, whom you so admire, and the lyrics are certainly written by a man of wit; but once again, it’s about those high-ranking nobles that are put on the stage in these musical productions. I beg your pardon, Monsieur le Prince; but such people don’t have any real “accent”. What we need are good, genuine peasants.
My wife is deeply touched by your memory. My misfortunes affect her heart just as much as they affect mine, but my mind is weakening even more. All that remains of my life is suffering, and I don’t even have enough time to appreciate your kindnesses as I should. Therefore, please do not write to me anymore, Monsieur le Prince; it would be impossible for me to respond a second time. When you return to Paris, come to see me, and we will talk.
Please accept, Your Highness, my expressions of respect[1069].
Letter CMLXIV – To the Same One
Thursday, May 23, 1776.
Madam, I was all the more at fault for using a word that was unfamiliar to you, since, from your response, it is clear that even with the help of a dictionary, you had never heard that word before. You must try to explain it to me.
The sentence in the ticket that needs to be answered is this: “But what I want, and what is due to me at least after such a ‘cruel’ and ‘infamous’ condemnation, is to finally learn what my crimes are, and how and by whom I was judged.”
All I desire here is an answer to this article. It would be inappropriate for me to ask it in such a categorical manner, because whatever that answer may be, it will always remain the same for me; my home and my heart will remain open for anyone who wishes to reveal to me this abominable mystery for the rest of my life. If he demands that I keep it secret, I promise and swear that I will safeguard it inviolably until my death, and I will behave exactly as if he had never told me anything at all, if that is his wish. This is the answer I am waiting for—or rather, the answer I desire, for I have long since stopped hoping for one.
Signore, sarei profondamente offeso se mi privaste del piacere che mi avete fatto sperare di potervi essere utile in un compito che potrebbe esservi gradito, ovvero preparando piante per arricchire i vostri erbari. Non potendo sopravvivere senza il frutto del mio lavoro, non ho mai pensato, nonostante il piacere che questo potesse darmi, di offrirvi gratuitamente il mio tempo. Vi confesso persino che avrei molto desiderato combinare il noioso e sedentario compito di copiare erbari con un’attività più conforme ai miei gusti e più salutare per la mia salute: lavorando cioè agli erbari destinati a tanti gabinetti di storia naturale che esistono a Parigi, dove, a mio parere, questo “terzo regno della natura”, spesso trascurato, non è affatto meno importante degli altri. Realizzare diversi erbari contemporaneamente mi avrebbe fruttato maggiori guadagni e mi avrebbe compensato meglio delle piccole spese che a volte richiedono viaggi lontani o l’accesso a giardini curiosi. Tuttavia, i francesi, in generale, hanno idee così errate sulla botanica e così poco interesse per lo studio della natura, che non si può sperare che questa meravigliosa disciplina possa mai stimolarli ad accumulare collezioni di questo genere; pertanto rinuncio a questa possibilità. Per voi, signore, che unite alle conoscenze in tutti i campi la passione per ampliarle continuamente, non toglietemi il piacere di contribuire ai vostri divertimenti. Inviatemi l’elenco di ciò che desiderate; ne raccolgerò tutto ciò che mi sarà possibile e riceverò senza alcuna difficoltà il pagamento per quanto vi avrò fornito. Per quanto riguarda quel piccolo campione che vi ho inviato, è tutta un’altra questione: si trattava di piante che già vi appartenevano. Quello che ne ho sostituito le parti andate perdute non è stato raccolto appositamente per voi; mi è bastato prendere ciò che avevo già raccolto per me stesso. E poiché non ho richiesto alcun compenso per il lavoro svolto seguendo i vostri indicazioni, credo che nemmeno voi dovreste offrirmi il pagamento di quanto abbiamo raccolto insieme, né del piccolo lavoro di sistemazione che mi sono preso la briga di fare prima di inviarvelo.
Nonostante ciò che mi avete detto riguardo alla vostra salute attuale, mi viene riferito che essa non sia ancora del tutto ripresa; inoltre, purtroppo, la stagione che stiamo attraversando non è favorevole all’attività fisica, che ritengo sia altrettanto benefica per voi quanto per me. L’inverno, come sapete, signore, offre le sue particolari opportunità per la raccolta di erbe, ovvero le muschi e i licheni. Nei vostri parchi devono esserci sicuramente cose curiose in questo senso; vi esorto quindi vivamente, non appena il tempo lo permetterà, ad andare a esaminarle personalmente sul posto, nella stagione giusta.
Signore, poiché le vostre risoluzioni sono proprio quelle che mi avete descritte, certamente non sono uomo da disapprovarle; si tratta infatti di procurarsi onorabilmente del tempo libero e piacevoli distrazioni. Assumersi grandi responsabilità in posizioni importanti è il compito degli uomini della vostra condizione e dotati dei vostri talenti; ma quando, dopo aver dedicato al proprio paese tutto il proprio impegno, si constata che tale impegno risulta inutile, allora è del tutto legittimo vivere per sé stessi e accontentarsi di essere felici.
1773
Corrispondenza non registrata
Tabella della corrispondenza
1774
Lettera CMLXI – A Monsieur de Sartine
Tabella della corrispondenza
Lettera CMLXI – A Monsieur de Sartine
Giugno 1774.
Credo di adempiere a un dovere indispensabile inviandovi la lettera qui allegata, che mi è stata probabilmente indirizzata per errore, poiché risponde a una lettera che non ho avuto l’onore di scrivervi; non perché non condivida le congratulazioni che ricevete, ma perché non è mia abitudine scrivere in simili circostanze. Vi supplico, signore, di accettare i miei rispetti.
Osservazione.
La lettera che Jean-Jacques inviò in risposta era una replica di Monsieur de Sartine a Rousseau, il quale lo aveva congratulato per il suo passaggio dalla polizia al ministero della marina. Monsieur de Sartine si esprime così:
“Sono grato per il ruolo che avete svolto nella grazia che il Re mi ha appena concesso. Vi prego di accettare le mie più sentite ringraziamenti e tutto il mio apprezzamento.”
La lettera di Jean-Jacques non riporta alcuna data; tuttavia, grazie all’evento in occasione del quale fu scritta – che ebbe luogo nel maggio 1774 – è possibile determinarne la data.
1775
Lettera CMLXII – A Sua Altezza Serenissima il principe di Beloselski
Lettera CMLXIII – Alla signora contessa di Saint***
Tabella della corrispondenza
Lettera CMLXII – A Sua Altezza Serenissima il principe di Beloselski
[1068]
Parigi, 27 maggio 1775.
Sono davvero molto felice, signor principe, di aver ricevuto la vostra stima e la vostra fiducia. I cuori onesti si comprendono a vicenda; rileggendo la vostra lettera da Ginevra, ho pensato: “Pochi uomini mi ispireranno altrettanto”.
Vi lamentate che i miei antichi connazionali non abbiano difeso me quando i loro ministri, per così dire, assassinavano la mia anima. Quei codardi! Perdono le ingiustizie che hanno commesso; forse sarà la posterità a vendicarmi.
A quest’ora, sono più da compiangere di loro: hanno perso, dite voi, un cittadino che rappresentava la loro gloria; ma quale importanza ha la perdita di quel brillante “fantasma”, rispetto a quella che mi hanno costretto ad affrontare? Piango quando penso di non avere più parenti, amici, né una patria libera e fiorente.
Oh lago sulle rive del quale ho trascorso le dolci ore della mia infanzia! Incantevole paesaggio dove ho visto per la prima volta il maestoso e commovente sorgere del sole; dove ho provato le prime emozioni del cuore, i primi impulsi di quel genio che, ahimè, è ormai diventato troppo prepotente e troppo famoso. Non vi rivedrò più! Quei campanili che si ergono tra querce e pini, quei greggi che muggiscono, quegli atelier, quelle fabbriche, stranamente disseminati lungo i torrenti, nelle gole, in cima alle rocce. Quegli alberi venerabili, quelle sorgenti, quelle praterie, quelle montagne che hanno visto la mia nascita. Non mi rivedranno più.
Distruggete questa lettera, vi prego: i miei sentimenti potrebbero ancora essere fraintesi.
Mi chiedete se continui a copiare musica. E perché no? È forse vergognoso guadagnarsi da vivere lavorando? Volete che scriva ancora. No, non lo farò più. Ho detto la verità alle persone; l’hanno interpretata male. Non dirò più nulla.
Volete ridere chiedendomi notizie di Parigi. Esco solo per fare una passeggiata, e sempre nella stessa direzione. Alcuni intellettuali mi fanno troppo onore inviandomi i loro libri: non leggo più. Qualche giorno fa mi hanno portato un nuovo opera-comica: la musica è di Grétry, che voi amate tanto, e le parole sicuramente sono di una persona intelligente. Ma si tratta ancora di nobili che vengono messi sul palcoscenico lirico. Vi chiedo scusa, signor principe; ma queste persone non hanno alcun accento caratteristico. Ci servono invece dei veri contadini.
Mia moglie è molto sensibile al vostro ricordo. Le mie disgrazie le colpiscono il cuore tanto quanto me, ma la mia mente si indebolisce sempre di più. Non mi resta nella vita che soffrire, e non ho nemmeno abbastanza forza per apprezzare le vostre gentilezze come dovrei. Pertanto, non scrivetemi più, signor principe: mi sarebbe impossibile rispondervi una seconda volta. Quando tornerete a Parigi, venite a trovarmi e ne parleremo.
Permettetemi, signor principe, di esprimervi tutta la mia rispettovole considerazione[1069].
Lettera CMLXIV – Alla stessa persona
Giovedì, 23 maggio 1776.
Ho commesso un errore ancora più grave, signora, nell’usare una parola che vi era sconosciuta; infatti, dalla risposta che mi avete dato, si evince chiaramente che, anche con l’aiuto di un dizionario, non avevate mai sentito quella parola. Dovete cercare di spiegarmela.
La frase del biglietto a cui si deve rispondere è la seguente: “Ma ciò che desidero, e che mi è dovuto almeno dopo una condanna così crudele e infamante, è che finalmente mi vengano spiegati quali siano i miei crimini, e come e da chi sia stato giudicato.”
Tutto ciò che desidero qui è una risposta a questo articolo. È inopportuno che io la chieda in modo categorico, perché, qualunque essa sia, per me rimarrà sempre tale; la mia dimora e il mio cuore saranno aperti per tutta la vita a chiunque mi riveli questo orribile mistero. Se mi impone di mantenere il segreto, prometto, giuro di custodirlo inviolabilmente fino alla morte, e mi comporterò esattamente come se non mi avesse detto nulla, se così lui richiederà. Questa è la risposta che aspetto, o meglio, che desidero, perché da molto tempo ho smesso di sperarla.
Celle que j’aurai vraisemblablement sera la feinte d’ignorer un secret qui, par le plus étonnant prodige, n’en est un que pour moi seul dans l’Europe entière. Cette réponse sera moins franche assurément, mais non moins claire que la première : enfin le refus même de répondre n’aura pas pour moi plus d’obscurité. De grâce, madame, ne vous offensez pas de trouver ici quelques traces de défiance : c’est bien à tort que le public m’en accuse ; car la défiance suppose du doute, et il ne m’en reste plus à son égard. Vous voyez ; par les explications dans lesquelles j’ose entrer ici, que je procède au vôtre avec plus de réserve, et cette différence n’est pas désobligeante pour vous. Cependant vous avez commencé avec moi comme tout le monde, et les louanges hyperboliques[1071] et outrées dont vos deux lettres sont remplies, semblent être le cachet particulier de mes plus ardents persécuteurs : mais, loin de sentir en les lisant ces mouvements de mépris et d’indignation que les leurs me causent, je n’ai pu me défendre d’un vif désir que vous ne leur ressemblassiez pas ; et, malgré tant d’expériences cruelles, un désir aussi vif entraîne toujours un peu d’espérance. Au reste, ce que vous me dites, madame, du prix que je mets au bonheur de me voir, ne me fera pas prendre le change : je serais touché de l’honneur de votre visite, faite avec les sentiments dont je me sens digne ; mais quiconque ne veut voir que le rhinocéros doit aller, s’il veut, à la Foire, et non pas chez moi ; et tout le persiflage dont on assaisonne cette insultante curiosité n’est qu’un outrage de plus qui n’exige pas de ma part une grande déférence. Voulez-vous donc, madame, être distinguée de la foule : c’est à vous de faire ce qu’il faut pour cela. Il est vrai que je copie de la musique : je ne refuse point de copier la vôtre, si c’est tout de bon que vous le dites ; mais cette vieille musique a tout l’air d’un prétexte, et je ne m’y prête pas volontiers là-dessus. Néanmoins votre volonté soit faite. Je vous supplie, madame la comtesse, d’agréer mon respect.
1777
Lettre CMLXV– À M. le comte Duprat
Table de la correspondance
Lettre CMLXV– À M. le comte Duprat
[1072]
Paris, le 31 décembre 1777.
J’accepte, monsieur, avec empressement et reconnaissance l’asile paisible et solitaire que vous avez la bonté de m’offrir, dans la supposition que vous voudrez bien vous prêter aux arrangements que la raison demande et que peut permettre ma situation, qui vous est connue. L’aménité du sol et les agréments du paysage ne sont plus pour moi des objets à mettre en balance avec un séjour tranquille et la bienveillante hospitalité. Je suis touché des soins de M. le commandeur de Menon, sans en être surpris ; j’ai le plus grand regret de n’en pouvoir profiter ; mais on a pris tant de peine à me rendre le séjour des villes insupportable, qu’on a pleinement réussi. J’étais trop fait pour aimer les hommes pour pouvoir supporter le spectacle de leur haine. Ce douloureux aspect me déchire ici le coeur tous les jours ; je ne dois pas aller chercher à Lyon de nouvelles plaies. Ils m’ont réduit à la triste alternative de les fuir ou de les haïr. Je m’en tiens au premier parti pour éviter l’autre. Quand je ne les verrai plus, j’oublierai bientôt leur haine, et cet oubli m’est nécessaire pour vivre et mourir en paix.
Je ne vois qu’un obstacle à l’exécution de votre obligeant projet ; c’est l’infirmité de ma femme et la longueur du voyage, qu’il est douteux qu’elle puisse supporter. Cette idée me fait trembler. Il n’y faut pas songer durant la saison où nous sommes. L’hiver, jusqu’ici, ne l’a pas affectée autant que je l’aurais craint. Peut-être aux approches d’un temps plus doux sera-t-elle en état de faire cette entreprise sans risque. Hélas ! pourquoi faut-il que j’aille si loin chercher la paix, moi qui ne troublai jamais celle de personne ! Si ma femme pouvait obtenir ici, du moins à prix d’argent, le service et les soins qu’on ne refuse à personne parmi les humains, et que je suis hors d’état de lui rendre, nous ne songerions point à nous transplanter ; mais dans l’universel abandon où l’on se concerte pour la réduire, il faut bien qu’elle risque sa vie pour tâcher d’en conserver les restes à l’aide des soins secourables que vous avez la charité de lui procurer. Ah ! monsieur le comte, en ne vous rebutant pas de mes misères et n’abandonnant pas notre vieillesse, j’ose vous prédire que vous vous ménagez de loin, pour la vôtre, des souvenirs dont vous ne prévoyez pas encore toute la douceur.
Je souhaite ardemment que, sans nuire à vos affaires, vous puissiez en voir assez promptement la fin, pour arriver ici avant celle de l’hiver. Si vous aviez pour compagnon de voyage le digne ami qui partage vos bontés pour moi f rien ne manquerait à ma joie en vous voyant arriver. Ma femme, qui partage ma reconnaissance, est très sensible à l’honneur de votre souvenir, et nous vous supplions, l’un et l’autre, monsieur le comte, d’agréer nos très humbles salutations.
1778
Lettre CMLXVI– À Madame de C.
Lettre CMLXVII – À M. le comte Duprat
Lettre CMLXVIII – Au même
Table de la correspondance
Lettre CMLXVII – À M. le comte Duprat
Paris, le 3 février 1778.
Vous rallumez, monsieur, un lumignon presque éteint ; mais il n’y a plus d’huile à la lampe, et le moindre air de vent peut l’éteindre sans retour. Autant que je puis désirer quelque chose encore dans ce monde, je désire d’aller finir mes jours dans l’asile aimable que vous voulez bien me destiner ; tous les voeux de mon coeur sont pour y être ; le mal est qu’il faut s’y transporter. En ce moment je suis demi-perclus de rhumatismes ; ma femme n’est pas en meilleur état que moi ; vieux, infirme, je sens à chaque instant le découragement qui me gagne ; tout soin, toute peine à prendre, toute fatigue à soutenir, effarouche mon indolence ; il faudrait que toutes les choses dont j’ai besoin se rapprochassent ; car je ne me sens plus assez de vigueur pour les aller chercher ; et c’est précisément dans cet état d’anéantissement que, privé de tout service et de toute assistance dans tout ce qui m’entoure, je n’ai plus rien à espérer que de moi. Vous, monsieur le comte, le seul qui ne m’ayez pas délaissé dans ma misère, voyez, de grâce, ce que votre générosité pourra faire pour me rendre l’activité dont j’ai besoin. Vous m’offrez quelqu’un de votre choix[1074] pour veiller à mes effets et prendre des soins dont je suis incapable ; oh ! je l’accepte, et il n’en faut pas moins pour m’évertuer un peu ; car si, par moi-même, je puis rassembler deux bonnets de nuit et cinq ou six chemises, ce sera beaucoup. Il n’y a plus que ma femme et mon herbier dans le monde qui puissent me rendre un peu d’activité. Si nous nous embarquons seuls sous notre propre conduite, au premier embarras, au moindre obstacle, je suis arrêté tout court, je n’arriverai jamais. J’aime à me bercer, dans mes châteaux en Espagne, de l’idée que vous seriez ici, monsieur, avec M. le commandeur ; que vous daigneriez aiguillonner un peu ma paresse ; que mes petits arrangements s’en feraient plus vite et mieux sous vos yeux ; que si vous poussiez l’oeuvre de miséricorde jusqu’à permettre ensuite que nous fissions route à la suite de l’un ou de l’autre, et peut-être de tous les deux ; alors, comme tout serait aplani ! comme tout irait bien ! Mais c’est un château en Espagne, et de tous ceux que j’ai faits en ma vie, je n’en vis jamais réaliser aucun. Dieu veuille qu’il n’en soit pas ainsi de l’espoir d’arriver au vôtre !
What I am likely to do will be to feign ignorance of a secret that, by the most astonishing miracle, is a secret only to me alone in all of Europe. This response will certainly be less straightforward, but no less clear than the first one; indeed, even the refusal to answer would hold no mystery for me. Please, madam, do not take offense at any signs of defiance that you may find here: it is utterly wrong for the public to accuse me of such things; for defiance implies doubt, and I no longer harbor any doubts regarding you. As you can see, from the explanations I dare to offer here, I proceed with greater restraint when dealing with you, and this difference is in no way meant to offend you. Nevertheless, you began your correspondence with me just like everyone else did; and the exaggerated and excessive praises contained in your two letters seem to be the hallmark of my most ardent persecutors. But far from feeling contempt or indignation upon reading them, I found myself unable to resist a strong desire that you were not like them; and despite so many painful experiences, such a desire always carries with it a glimmer of hope. Moreover, what you tell me about the importance I attach to the happiness of meeting you will not deceive me: I would be honored by your visit, if it were made out of the sentiments that I believe I deserve; but anyone who seeks only to see a rhinoceros can go, if they wish, to the fair, rather than to my home. And all the sarcasm and mockery with which this insulting curiosity is accompanied are merely additional insults that require no great respect from my part. So then, madam, if you wish to be distinguished from the crowd, it is up to you to do what is necessary. It is true that I copy music; I would not refuse to copy yours, if what you say is true; but this old-fashioned request seems like a pretext, and I am not inclined to comply with it. Nevertheless, let your will be done. I implore you, Madame la Comtesse, to accept my respects.
1777
Letter CMLXV – To Mr. Count Duprat
Correspondence Table
Letter CMLXV – To Mr. Count Duprat
[1072]
Paris, December 31, 1777.
I accept, sir, with great eagerness and gratitude, the peaceful and solitary refuge you have kindly offered me, on the understanding that you will be willing to make such arrangements as reason demands and my circumstances permit—arrangements that are, after all, well-known to you. The comfort of the land and the beauty of the scenery are no longer matters to consider when seeking a tranquil stay and kind hospitality. I am touched by the care shown to me by Mr. de Menon, but I am not surprised by it; I regret deeply that I am unable to take advantage of it. However, such great effort has been made to render life in the towns unbearable for me that they have certainly succeeded in their aim. I am not naturally inclined to love human beings; therefore, the sight of their hatred is something I simply cannot endure. This painful reality tears at my heart every day; I have no desire to seek further suffering in Lyon. They have left me with only one choice: to flee them or to hate them. I choose the former, in order to avoid the latter. Once I am no longer obliged to see them, I will soon forget their hatred—and such forgetting is necessary if I am to live and die in peace.
I see only one obstacle to the implementation of your kind project: my wife’s infirmity and the length of the journey, which it is doubtful she could endure. The very thought of it fills me with dread. We must not even consider it during this season. So far, the winter has not affected her as severely as I feared. Perhaps as warmer weather approaches, she will be able to undertake this journey without risk. Alas! Why must I go so far in search of peace, when I have never disturbed anyone’s tranquility? If my wife could obtain here, at least for a fee, the care and attention that no one among humans would refuse her—and since I am unable to provide it for her—we would not even think of moving elsewhere. But in this world where everyone seems to conspire to bring her harm, she must risk her life if she is to preserve what remains of it through the help of the charitable care you are willing to offer her. Ah, Monsieur le Comte! If you do not reject my misfortunes and abandon us in our old age, I dare say that you are preparing for yourself memories of a sweetness whose full extent you may not yet realize.
I earnestly hope that, without interfering with your affairs, you will be able to bring them to an end soon enough so as to arrive here before the winter ends. If you had the worthy friend who shares your kindness towards me for your companion on this journey, nothing would lack to my joy upon seeing you arrive. My wife, who shares my gratitude, is very sensitive to the honor of your memory, and we both, sir count, implore you to accept our most humble greetings.
1778
Letter CMLXVI – To Madame de C.
Letter CMLXVII – To Mr. Count Duprat
Letter CMLXVIII – To the Same One
Correspondence Table
Letter CMLXVII – To Mr. Count Duprat
Paris, February 3, 1778.
You are lighting a candle that is almost extinguished, sir; but there is no more oil in the lamp, and the slightest breeze could put it out forever. More than anything else in this world, I desire to spend my remaining days in the peaceful refuge you are so kind as to offer me. Every wish of my heart is directed toward that goal; the problem is, I must get there myself. At present, I am afflicted by severe rheumatism; my wife is in no better condition than I am. Old and infirm, I feel discouragement creeping upon me every moment. All the care, effort, and fatigue required frighten my laziness. Everything I need should come to me effortlessly; but I no longer have the strength to go fetch it myself. In this state of weakness, deprived of any help or assistance around me, all I can hope for is myself. You, sir, the only one who has not abandoned me in my misery, please consider what your generosity might do to restore me to some semblance of activity. You are offering someone of your own choosing to take care of my affairs and provide the care I am unable to give myself. Oh! I accept it; it is all that is needed to motivate me a little. For if I were able to gather two nightcaps and five or six shirts on my own, that would be quite remarkable. My wife and my herb garden are the only things in this world that can still give me some purpose in life. If we set off alone, at our own discretion, the first obstacle we encounter would bring us to a halt; we would never succeed. In my fanciful dreams of living in my castles in Spain, I imagine you, sir, together with Monsieur le Commandeur, being here to encourage my laziness and ensure that my small tasks are completed more quickly and efficiently under your watchful eye. If you were kind enough to allow us to continue our journey together, perhaps even all three of us, then everything would go smoothly! But those are but dreams. Of all the castles I have imagined in my life, not one has ever come true. May my hope of reaching yours not be the same.
Quella che probabilmente adotterò sarà l’atteggiamento di fingere di ignorare un segreto che, per il più straordinario dei miracoli, è tale soltanto per me in tutta Europa. Questa risposta sarà certamente meno schietta della prima, ma non meno chiara; anzi, anche il semplice rifiuto di rispondere non mi sembrerà meno chiaro. Per favore, signora, non vi offendetevi se notate in queste parole alcune tracce di sfida: è assolutamente ingiusto che il pubblico mi accusi di questo; infatti, la sfida presupporrebbe dubbi, ma io ormai non ne ho più nei vostri confronti. Vedete bene che, con le spiegazioni che oso fornire qui, procedo con maggiore riservatezza nei vostri confronti, e questa differenza non è affatto offensiva per voi. Tuttavia, avete iniziato con me come fanno tutti gli altri; e quelle lodi esagerate e offensive contenute nelle vostre due lettere sembrano essere proprio il segno distintivo dei miei più accaniti persecutori. Ma, lontano dal provare quei sentimenti di disprezzo e indignazione che le loro parole suscitano in me, non ho potuto fare a meno di desiderare ardentemente che voi non foste come loro; e, nonostante tante esperienze crudeli, un desiderio così forte porta sempre con sé un po’ di speranza. Del resto, ciò che mi dite riguardo al valore che attribuisco alla felicità di vedervi, non mi farà certo fraintendere le vostre intenzioni: sarei commosso dall’onore della vostra visita, se fosse fatta con i sentimenti di cui mi ritengo degno; ma chi vuole vedere soltanto il “rinoceronte” può andare, se lo desidera, alla Fiera, e non certo da me. E tutto quel sarcasmo con cui si accompagna questa offensiva curiosità non è altro che un ulteriore insulto che non richiede da parte mia alcun grande rispetto. Quindi, signora, volete davvero distinguervi dalla folla? È a voi decidere cosa sia necessario fare per questo. È vero che copio musica. Non rifiuto di copiare anche la vostra, se dite sul serio; ma questa “vecchia musica” sembra soltanto un pretesto, e non mi presto volentieri a farlo. Comunque sia, che sia fatta la vostra volontà. Vi supplico, signora contessa, di accettare i miei rispetti.
1777
Lettera CMLXV – A Monsignor il conte Duprat
Tabella della corrispondenza
Lettera CMLXV – A Monsignor il conte Duprat
[1072]
Parigi, 31 dicembre 1777.
Accetto con gratitudine e slancio l’asilo tranquillo e solitario che avete la gentilezza di offrirmi, nella supposizione che siate disposti a compiere quegli accordi che la ragione richiede e che la mia situazione, che vi è nota, possa permettere. La dolcezza del clima e i piaceri del paesaggio non rappresentano più per me motivi sufficienti per valutare l’opportunità di trascorrere un periodo di tranquillità sotto la vostra ospitalità benevola. Sono commosso dai riguardi dimostratimi dal signor comandante de Menon, ma non ne sono sorpreso; provo grande rammarico per non poterne approfittare. Tuttavia, si è fatto di tutto per rendere insopportabile la mia permanenza nelle città. E ci si è riusciti pienamente. Sono troppo incline ad amare gli esseri umani per poter sopportare lo spettacolo del loro odio. Questo aspetto doloroso mi lacera il cuore ogni giorno. Non devo andare a Lione in cerca di nuove sofferenze. Mi hanno costretto a scegliere tra fuggirli o odiarli. Preferisco la prima opzione, per evitare la seconda. Quando non li vedrò più, dimenticherò presto il loro odio. E questo oblio è necessario affinché possa vivere e morire in pace.
Vedo un solo ostacolo all’esecuzione del vostro gentile progetto: l’invalidità di mia moglie e la lunghezza del viaggio, che è improbabile lei possa sopportare. Questa idea mi fa tremare. Non dobbiamo nemmeno pensarci in questa stagione. L’inverno, finora, non l’ha colpita così gravemente come temevo; forse, con l’avvicinarsi di temperature più miti, sarà in grado di affrontare il viaggio senza rischi. Ahimè! Perché devo andare così lontano alla ricerca della pace, io che non ho mai disturbato la tranquillità di nessuno? Se mia moglie potesse ottenere qui, almeno a pagamento, i servizi e le cure che nessuno rifiuta tra gli esseri umani, e che io sono incapace di fornirle, non penseremmo nemmeno a trasferirci altrove. Ma in questo universo di abbandono in cui tutti si uniscono per aggravare la sua condizione, lei deve rischiare la vita pur di cercare di preservarne i resti, grazie alle cure che voi avete la bontà di offrirle. Ah, signor conte, se non vi rifiutate delle mie miserie e non abbandonate la nostra vecchiaia, oso predirvi che state preparando per voi stesso ricordi di una dolcezza di cui ancora non immaginate tutta la profondità.
Desidero ardentemente che, senza nuocere alle vostre faccende, possiate porre fine a queste situazioni il prima possibile, in modo da arrivare qui prima dell’inizio dell’inverno. Se aveste con voi quel nobile amico che condivide le vostre gentilezze verso di me, nulla mancherebbe alla mia gioia nel vedervi arrivare. Mia moglie, che condivide la mia gratitudine, è molto sensibile all’onore del vostro ricordo; pertanto vi supplichiamo entrambi, signor conte, di accettare le nostre umili saluti.
1778
Lettera CMLXVI – Alla Signora de C.
Lettera CMLXVII – A Monsignor il conte Duprat
Lettera CMLXVIII – Allo stesso.
Tabella della corrispondenza
Lettera CMLXVII – A Monsignor il conte Duprat
Parigi, 3 febbraio 1778.
Riacendete, signore, una lampada che è quasi spenta; ma non c’è più olio nella lampada, e il minimo soffio di vento potrebbe spegnerla per sempre. Quanto più desidero qualcosa in questo mondo, tanto più desidero trascorrere gli ultimi giorni nell’asilo accogliente che voi siate così gentile da destinarmi; tutti i miei desideri sono di trovarmi lì. Il problema è che devo recarmici personalmente. In questo momento sono paralizzato dai reumatismi; mia moglie non è in condizioni migliori delle mie. Vecchio, infermo, sento ogni istante crescere il mio scoraggiamento. Tutto ciò che richiede cura, sforzo o fatica spaventa la mia indolenza. Sarebbe necessario che tutte le cose di cui ho bisogno mi arrivassero direttamente, perché non ho più abbastanza forze per andarle a prendere. E proprio in questo stato di degradazione, privo di ogni aiuto e assistenza intorno a me, non ho altra speranza se non in me stesso. Voi, signor conte, l’unico che non mi ha abbandonato nella mia miseria, vi prego, vedete cosa la vostra generosità può fare per restituirmi l’energia di cui ho bisogno. Mi offrite qualcuno a vostra scelta per prendersi cura delle mie necessità. Oh! Lo accetto. E questo basterà già per farmi sforzare un po’. Perché, da solo, riesco a raccogliere al massimo due berretti da notte e cinque o sei camicie. Non ho più nulla nel mondo se non mia moglie e il mio “erbario”. Se partissimo da soli, alla prima difficoltà, al primo ostacolo, saremmo immediatamente bloccati. Amo immaginare, nei miei sogni, che voi siate qui con il comandante, che mi incoraggiate nella mia pigrizia, che i miei piccoli impegni vengano portati a termine più velocemente e meglio sotto i vostri occhi. Che, se permetteste anche che partissimo insieme, forse tutti e tre, allora tutto andrebbe bene. Ma questo è solo un sogno. Di tutti quelli che ho fatto nella mia vita, nessuno si è mai realizzato. Possa Dio far sì che anche questa speranza si avveri!
Au reste, je n’ai nul éloignement pour les précautions qui vous paraissent convenables pour éviter trop de sensation. Je n’ai nulle répugnance à aller à la messe ; au contraire, dans quelque religion que ce soit, je me croirai toujours avec mes frères, parmi ceux qui s’assemblent pour servir Dieu. Mais ce n’est pas non plus un devoir que je veuille m’imposer, encore moins de laisser croire dans le pays que je suis catholique. Je désire assurément fort de ne pas scandaliser les hommes, mais je désire encore plus de ne jamais les tromper. Quant au changement de nom, après avoir repris hautement le mien, malgré tout le monde, pour revenir à Paris, et l’avoir porté huit ans, je puis bien maintenant le quitter pour en sortir, et je ne m’y refuse pas ; mais l’expérience du passé m’apprend que c’est une précaution très inutile, et même nuisible, par l’air du mystère qui s’y joint, et que le peuple interprète toujours en mal. Vous déciderez de cela, connaissant le pays comme vous faites ; là-dessus comme sur tout le reste, je m’en remets à votre prudence et à votre amitié. Agréez, monsieur le comte, mes très humbles salutations.
[1] peintre et dessinateur (1851 – 1940)
[2] Pers. sat. III, v. 30. À l’intérieur et sous la peau.
[3] Intus, et in cute: la citation entière est Ego te intus et in cute novi («Je t’ai connu intérieurement et sous la peau » (Satire III de Perse).
[4] Les trois premiers paragraphes de ce Livre Premier constituent le fameux préambule de la version définitive. Une premier manuscrit des Confessions, confié par Rousseau à son ami Du Peyrou en 1767, comportait un préambule très développé (qu’il n’a pas gardé dans l’édition définitive) et une première rédaction des livres 1 à 4. Ce manuscrit est actuellement conservé à la Bibliothèque de Neuchâtel, en Suisse.
[5] Rousseau croyait être né le 4 juillet 1712. Il désigne cette date dans une lettre à madame Latour, du 27 janvier 1763. Mais il était dans l’erreur. Il vint au monde le 28 juin 1712, dans une visite que faisait sa mère, qui mourut en couches. L’extrait du registre qui atteste ce fait et les circonstances de la naissance de Jean-Jacques ont été insérés dans l’Histoire de sa vie et de ses ouvrages.
[6] Elle en avait de trop brillants pour son état, le ministre son père, qui l’adorait, ayant pris grand soin de son éducation. Elle dessinait, elle chantait, elle s’accompagnait du téorbe ; elle avait de la lecture, et faisait des vers passables. En voici qu’elle fit impromptu dans l’absence de son frère et de son mari, se promenant avec sa belle-sœur et leurs deux enfants, sur un propos que quelqu’un lui tint à leur sujet:
Ces deux messieurs qui sont absents
Nous sont chers de bien des manières:
Ce sont nos amis, nos amants;
Ce sont nos maris et nos frères,
Et les pères de ces enfants.
[7] * Pendant que la mère de Jean-Jacques était en visite chez madame Bernard, elle fut surprise par les douleurs de l’enfantement. Les circonstances de la naissance de Rousseau ont été publiées pour la première fois dans l’Histoire de sa vie et de ses ouvrages.
[8] * C’était une rétention d’urine presque continuelle, causée par un vice de conformation dans la vessie.
[9] Cette tante s’appelait madame Gonceru. En mars 1767, Rousseau lui fit sur son revenu une rente de 100 livres, et, même dans ses plus grandes détresses, la paya toujours avec une exactitude religieuse.
[10] Var. «…Tout senti ; et les malheurs imaginaires de mes héros m’ont tiré cent fois plus de larmes dans mon enfance, que les miens mêmes ne m’en ont jamais fait verser. »
[11] Var. «La plus étroite intimité !… »
[12] * Terme en usage à Genève pour désigner ce que les écoliers en France appellent une canonnière.
[13] Var. «…Nous séparer ; et quelque temps après, de retour à Genève, j’entendis, en passant à Coutances, de petites filles me crier à demi-voix: Goton tic-tac Rousseau. »
[14] *Dans ses Rêveries Rousseau raconte deux aventures qui font le plus grand honneur à son caractère, et qui se rapportent à cette époque de sa vie. Il déclare que toutes deux sont venues à son souvenir en écrivant ses Confessions, mais qu’il a rejeté l’une et l’autre par l’effet d’une singularité de son naturel, qui, dans cet ouvrage, lui a fait dire «souvent le mal dans toute sa turpitude, rarement le bien dans tout ce qu’il eut d’aimable, et souvent même lui a fait taire ce dernier tout-à-fait, parce qu’il l’honorait trop. » (Voyez quatrième Promenade, vers la fin.)
[15] * M. de Francueil ne se douta probablement pas que Jean-Jacques eût réclamé le prix du billet. On ne l’a donc su que par l’aveu de Rousseau. En se notant d’‘infamie, il ne se ménage pas ; il croyait peut-être qu’on n’irait pas plus loin, mais il se trompa. J’ai souvent entendu citer ce trait pour prouver que l’auteur d’Émile était un homme abominable. Il est cependant moins coupable que dans le vol du ruban. Mais il s’avilit en recevant sept livres dix sous ; car il n’en vola que l’emploi, comme il le fait remarquer.(Note deM.P.)
[16] * Dans l’Histoire de la vie et des ouvrages de J. J. Rousseau on désigne mademoiselle de Clermont sur la foi du marquis de Ximénès. D’autres prétendent qu’il est question de madame la maréchale de Luxembourg.
[17] *»Genève est située sur un coteau, et le sommet de ce coteau sur lequel on a construit, dans le dix-huitième siècle, de belles a maisons, est devenu le quartier recherché ; de là la distinction des gens du haut et des gens du bas, et le reproche de vanité chez les uns et de jalousie chez les autres ; ce qui a fait dire que si la ville eût été plate, il n’y aurait jamais eu de dissensions. » Histoire de Genève, par Picot, préface. Le quartier de Saint-Gervais, situé dans la partie basse, est un des plus considérables et des plus peuplés.
[18] * Sans Jacob Spon, le nom de Pontverre, si fameux dans l’histoire de la république, ne serait connu que par tradition, dans la banlieue de Genève, et comme un chef de parti. Il en serait de même des gentilshommes de la Cuiller, entièrement oubliés aujourd’hui. «C’était, au rapport de Spon, une confrérie qui fut instituée en 1527, dans un château du pays de Vaud, où quelques gentilshommes, mangeant de la bouillie avec des cuillers de bruyère, se vantèrent d’en faire autant à ceux de Genève qu’ils mangeraient à la cuiller. Chacun pendit la sienne à son cou pour signal. Ils choisirent pour capitaine François de Pontverre, sieur de Terny, brave et intrépide guerrier. Ces gentilshommes, tous sujets du duc de Savoie, étaient ennemis de la ville de Genève, à laquelle ils firent une infinité de maux, ruinant la campagne et maltraitant ceux qui apportaient des denrées. La nuit du 25 mars 1529, (nommée depuis la nuit des échelles), ils eurent le projet, au nombre de 7 à 800, d’escalader la ville ; mais ils échouèrent dans leur entreprise. Ils la renouvelèrent sans succès en 1530, quoique protégés par l’évêque. La même année leurs châteaux furent brûlés. » Depuis cette époque, il n’est plus question des gentilshommes de la Cuiller. Leur capitaine Pontverre étant entré dans Genève, le 2 janvier 1529, fut reconnu, poursuivi, et se cacha dans un hôpital, sous un lit. Forcé d’en sortir pour se défendre, il fut tué. Voyez Histoire de Genève, édit. de 1730, in-4°, tom. I, pag. 190 et suiv.
[19] *Le 21 mars.
[20] * Voyez, sur ce projet de voyage, une anecdote curieuse dans l’Histoire de J. J. Rousseau.
[21] Var. «particulière alors à notre ville… » — Il est bien à croire que cet alors existait dans le second manuscrit, et qu’il a été supprimé par les éditeurs de Genève.
[22] * Rousseau donne à cette aventure l’épithète qu’elle mérite ; et le récit qu’il en fait est sans excuse, comme sans motif (cf la notice de M.P. qui suit, dans cette édition, les Confessions.)
[23] * Rousseau était à peine âgé de seize ans. Il en avait quarante lorsqu’il rentra dans la religion de ses pères, prétendant qu’on devait toujours rester dans celle où l’on était né. Voyez, dans la Correspondance (octobre 1768) une lettre intéressante sur ce sujet. Remarquons en passant que, pour caractériser sa démarche, se traitant d’apostat, il emploie l’expression la plus énergique dont pût se servir la haine: aussi dans cette occasion, comme dans toutes les autres, il la réduit à répéter le reproche qu’il se fait ; il semble qu’il se plaise à lui fournir des armes. Elle les a prises sans scrupule et sans honte. (Note M.P.)
[24] Var. «On m’indiqua. »
[25] Var. «L’agréable vis-à-vis. »
Furthermore, I hold no ill will toward those precautions that you deem necessary to avoid causing excessive sensation. I have no aversion to attending mass; on the contrary, in any religion whatsoever, I always feel that I am among my brothers, among those who gather to serve God. However, it is not a duty that I wish to impose upon myself, nor do I wish people in this country to believe that I am Catholic. I certainly desire very much not to scandalize others, but I desire even more never to deceive them. As for changing my name—after having proudly resumed my own name despite everyone’s opposition when I returned to Paris, and having borne it for eight years—I can now quite easily abandon it; I have no objection to doing so. But experience has taught me that such a precaution is utterly unnecessary and even harmful, due to the air of mystery it implies, which the people always interpret in a negative way. You will decide on this matter, knowing the country as well as you do. On this point, as on everything else, I place my trust in your prudence and friendship. Accept, Monsieur le Comte, my most humble regards.
[1] Painter and draftsman (1851 – 1940).
[2] Pers. sat. III, v. 30. Inside and beneath the skin.
[3] Both inwardly and outwardly: the full quotation is “Ego te intus et in cute novi” (“I have known you both within and without” – Satires III by Persius).
[4] The first three paragraphs of this First Book constitute the famous preface of the final version. An early manuscript of Confessions, entrusted by Rousseau to his friend Du Peyrou in 1767, contained a very detailed preface (which was not included in the final edition) as well as the initial drafts of Books 1 to 4. This manuscript is currently preserved at the Bibliothèque de Neuchâtel in Switzerland.
[5] Rousseau believed he was born on July 4, 1712. He mentioned this date in a letter to Madame Latour on January 27, 1763. But he was mistaken; he was actually born on June 28, 1712, during a visit his mother made, who died in childbirth. The extract from the birth register that attests to this fact, as well as the circumstances of Jean-Jacques’ birth, have been included in “The History of His Life and Works.”
[6] Her talents were far too brilliant for her circumstances; her father, the minister, who adored her, had taken great care to nurture her education. She drew, she sang, and played the téorbe; she was well-read and could compose passable verses. One day, in the absence of her brother and husband, while walking with her sister-in-law and their two children, someone mentioned them in conversation, and on the spot, she composed a response.
These two gentlemen who are absent.
We are precious in many ways:
They are our friends, our lovers;
They are our husbands and our brothers.
And the fathers of these children.
[7] * While Jean-Jacques’s mother was visiting Madame Bernard, she was suddenly overcome by the pains of childbirth. The circumstances surrounding Rousseau’s birth were first published in “The History of His Life and Works.”*
[8] * It was a nearly continuous retention of urine, caused by a congenital defect in the bladder.
[9] This aunt was named Madame Gonceru. In March 1767, Rousseau granted her an annual income of 100 livres, and even in his most difficult times, he always paid it on time with utmost punctuality.
[10] Variant: “, Everything was felt; and the imagined misfortunes of my heroes brought me to tears hundreds of times in my childhood, far more often than my own real misfortunes ever did.”
[11] Variant: “The closest intimacy!, ”
[12] * A term used in Geneva to refer to what schoolchildren in France call a cannonboat.
[13] Variant: “, We parted ways; and some time later, upon returning to Geneva, I heard little girls shouting at me in a half-whisper as I passed through Coutances: ‘Goton tic-tac Rousseau.’”
[14] In his “Rêveries,” Rousseau recounts two adventures that bring the greatest honor to his character and that are related to this period of his life. He states that both of them came to his mind while writing his “Confessions,” but that he rejected them both due to a particular aspect of his nature—which, in this work, caused him to “often describe evil in all its ugliness, rarely mention good in all its lovable aspects, and even often refrain from mentioning it at all, because he held it in too high esteem.” (See the fourth “Promenade,” towards the end.)
[15] * Mr. de Francueil probably had no idea that Jean-Jacques had claimed the money for the ticket. Therefore, we only learned of it through Rousseau’s own confession. In admitting such infamy, he showed no restraint; perhaps he thought things wouldn’t go any further, but he was mistaken. I have often heard this incident cited as proof that the author of Émile was a despicable person. However, his guilt in this matter is less severe than it was in the case of stealing the ribbon. Nevertheless, he degraded himself by accepting seventy pounds and ten shillings; for, as he himself noted, he only took what was meant for his use. (Note by M.P.)
[16] * In “The History of the Life and Works of J. J. Rousseau,” mademoiselle de Clermont is identified based on the statements of the Marquis de Ximénès. Others claim that it refers to Madame la Maréchale de Luxembourg.
[17] “Geneva is situated on a hill, and the summit of this hill, on which beautiful houses were built in the eighteenth century, has become one of the most sought-after areas of the city; hence the distinction between those who live on the upper part of the hill and those who live on the lower part, as well as the accusations of vanity on one side and jealousy on the other. It has even been said that if the city were flat, there would never have been any disagreements.” History of Geneva, by Picot, Preface. The Saint-Gervais district, located in the lower part of the city, is one of the largest and most densely populated areas.
[18] * Without Jacob Spon, the name of Pontverre, so famous in the history of the republic, would be known only through tradition, as the name of a local leader in the suburbs of Geneva. The same would apply to the gentlemen of la Cuiller, who have been completely forgotten today. “According to Spon, this was a confraternity established in 1527 in a castle in the region of Vaud. There, some gentlemen who ate porridge with bruyère spoons boasted that they would do the same to the people of Geneva whenever they ate with spoons. Each of them hung their spoon around their neck as a sign of identification. They chose François de Pontverre, lord of Terny, a brave and daring warrior, as their captain. These gentlemen, all subjects of the Duke of Savoy, were enemies of the city of Geneva and caused it countless harms, destroying the countryside and mistreating those who brought goods. On the night of March 25, 1529—later known as ‘the Night of the Ladders’—they attempted to scale the walls of the city in numbers ranging from 700 to 800; but their plan failed. They tried again in 1530, although they had the support of the bishop; yet their efforts were once more unsuccessful. That same year, their castles were burned down.” Since then, there has been no further mention of the gentlemen of la Cuiller. Their captain, Pontverre, having entered Geneva on January 2, 1529, was recognized, pursued, and hid under a bed in a hospital. Forced to come out in order to defend himself, he was killed. For more details, see Histoire de Genève, 1730 edition, in-4°, vol. I, pages 190 and following.*
[19] March 21st.
[20] * See, in the History of J. J. Rousseau, a curious anecdote related to this travel plan.
[21] Variant: “particular to our city, ” — It is quite likely that this “then” originally existed in the second manuscript but was removed by the editors in Geneva.
[22] Rousseau gives this adventure the epithet it deserves; and the account he makes of it is both unnecessary and without any reason (see the note by M.P. that follows in this edition of the Confessions.
[23] Rousseau was barely sixteen years old. He was forty when he returned to the religion of his ancestors, claiming that one should always remain within the faith in which one was born. See, in the Correspondence (October 1768), a fascinating letter on this subject. It is worth noting that, in describing his own actions as those of an apostate, he employs the most intense expression possible for hatred; yet, even in this instance, as in all others, he merely repeats the reproach he levels at himself—it seems he takes pleasure in providing himself with such weapons. He took them without any scruple or shame. (Note by M.P.)
[24] Variant: “I was directed to do so.”
[25] Variant: “The pleasant person or thing.”
Del resto, non ho alcuna avversione per quelle precauzioni che voi ritenete opportune per evitare eccessive sensazioni. Non ho alcun rifiuto ad andare a messa; anzi, in qualsiasi religione si tratti, mi sentirò sempre tra i miei fratelli, tra coloro che si riuniscono per servire Dio. Tuttavia, non intendo impormi questo dovere, né voglio far credere nel paese in cui mi trovo di essere cattolico. Desidero certamente molto non scandalizzare le persone, ma desidero ancora di più non ingannarle mai. Per quanto riguarda il cambio di nome, dopo aver ripreso apertamente il mio vero nome, nonostante l’opposizione di tutti, per tornare a Parigi e averlo portato per otto anni, ora posso benissimo abbandonarlo; non mi rifiuto di farlo. Tuttavia, l’esperienza del passato mi insegna che questa precauzione è molto inutile, anzi dannosa, a causa dell’atmosfera di mistero che ne deriva, e che il popolo la interpreta sempre in modo negativo. Voi deciderete al riguardo, conoscendo bene il paese come fate; su questo, come su tutto il resto, mi affido alla vostra prudenza e alla vostra amicizia. Accettate, signor conte, i miei più umili saluti.
[pittore e disegnatore (1851 – 1940)]
[2] Pers. sat. III, v. 30. All’interno e sotto la pelle.
[3] “Intus, et in cute”: l’intera citazione è “Ego te intus et in cute novi” (“Ti ho conosciuto nell’intimo e sotto la pelle”) (Satira III di Persio).
[4] I primi tre paragrafi di questo Primo Libro costituiscono il famoso preambolo della versione definitiva delle Confessioni. Un primo manoscritto delle Confessioni, affidato da Rousseau al suo amico Du Peyrou nel 1767, conteneva un preambolo molto dettagliato (che non è stato incluso nell’edizione definitiva) e una prima stesura dei libri dal 1 al 4. Questo manoscritto è attualmente conservato presso la Bibliothèque de Neuchâtel, in Svizzera.
[5] Rousseau credeva di essere nato il 4 luglio 1712; indicò questa data in una lettera a madame Latour, del 27 gennaio 1763. Ma si sbagliava: nacque il 28 giugno 1712, durante una visita che sua madre stava facendo; lei morì durante il parto. L’estrazione dal registro che attesta questo fatto, nonché le circostanze della nascita di Jean-Jacques, sono state incluse nell’“Histoire de sa vie et de ses ouvrages”.
[6] Aveva capacità troppo brillanti per la sua condizione; il ministro, suo padre, che l’amava molto, si era preso grande cura della sua educazione. Disegnava, cantava, suonava il téorbe; sapeva leggere e scriveva versi passabili. Un giorno, in assenza di suo fratello e di suo marito, mentre passeggiava con sua cognata e i loro due figli, improvvisò alcuni versi in risposta a una osservazione fatta su di loro da qualcuno.
Questi due signori che sono assenti.
Siamo preziosi in molti modi.
Sono i nostri amici, i nostri amanti.
Sono i nostri mariti e i nostri fratelli.
E i padri di questi bambini.
[7] * Mentre la madre di Jean-Jacques era in visita da madame Bernard, fu colpita dai dolori del parto. Le circostanze della nascita di Rousseau furono pubblicate per la prima volta nell’“Histoire de sa vie et de ses ouvrages”.*
[8] Si trattava di una retenzione urinaria quasi continua, causata da un difetto di conformazione della vescica.
[9] Questa zia si chiamava signora Gonceru. Nel marzo del 1767, Rousseau le concesse un reddito annuo di 100 livre, e anche nei momenti più difficili della sua vita, la pagò sempre con estrema puntualità.
[10] Variante: “, Percepisco tutto; e le sfortune immaginarie dei miei eroi hanno fatto scorrere cento volte più lacrime nei miei occhi da bambino, di quante ne abbiano mai versate le mie stesse sventure.”
[11] Variante: “La più stretta intimità!, ”
[12] * Termine in uso a Ginevra per designare ciò che negli istituti scolastici francesi viene chiamato “cannoniera”.
[13] Variante: “, Ci separammo; e qualche tempo dopo, tornato a Ginevra, passando per Coutances, sentii delle ragazzine che mi chiamavano sottovoce: ‘Goton tic-tac Rousseau’.”
[14] Nei suoi Sogni, Rousseau racconta due avventure che onorano grandemente il suo carattere e che riguardano quel periodo della sua vita. Afferma che entrambe gli siano tornate in mente mentre scriveva le Confessioni, ma che abbia rifiutato di includerle a causa di una particolarità del proprio temperamento: in quell’opera, infatti, il suo carattere lo spingeva “spesso a descrivere il male nella sua totalità turpezza, raramente il bene in tutto ciò che aveva di amabile, e spesso addirittura a tacerne del tutto, perché lo onorava troppo”. (Vedi la quarta “Passeggiata”, verso la fine.)
[15] * Molto probabilmente il signor de Francueil non si rese conto che Jean-Jacques avesse chiesto il pagamento del biglietto. Pertanto, questa informazione fu conosciuta solo grazie alla confessione di Rousseau. Confessando i propri atti infami, non si risparmiò affatto; forse credeva che le cose non sarebbero andate oltre, ma si sbagliava. Ho spesso sentito citare questo episodio per dimostrare che l’autore di “Émile” fosse una persona spregevole. Tuttavia, è meno colpevole rispetto al furto del nastro. Ma si è abbassato accettando sette libri e dieci soldi; in realtà, aveva rubato soltanto il denaro necessario per i propri scopi, come egli stesso osserva. (Nota di M.P.)*
[16] * Nell’“Storia della vita e delle opere di J.-J. Rousseau” si fa riferimento a mademoiselle de Clermont, sulla base delle dichiarazioni del marchese di Ximénès. Altri sostengono che si tratti invece di madame la maréchale de Luxembourg.
[17] “Ginevra si trova su una collina; la cima di questa collina, sulla quale nel diciottesimo secolo furono costruite bellissime case, è diventata il quartiere più ambito della città. Da ciò deriva la distinzione tra le persone dell’alta e della bassa società, nonché i rimproveri di vanità da un lato e di gelosia dall’altro; si diceva che se la città fosse stata piatta, non sarebbero mai esistite divisioni sociali.” Storia di Ginevra, di Picot, prefazione. Il quartiere di Saint-Gervais, situato nella parte bassa della città, è uno dei più importanti e popolosi.
[18] * Senza Jacob Spon, il nome di Pontverre, così famoso nella storia della repubblica, sarebbe conosciuto soltanto per tradizione, nei dintorni di Ginevra, e come quello di un capo di fazione. Lo stesso vale per i gentiluomini della Cuiller, oggi completamente dimenticati. “Secondo quanto racconta Spon, si trattava di una confraternita istituita nel 1527 in un castello del Vaud; alcuni gentiluomini, che mangiavano la pappa con cucchiai di bruyère, si vantarono di fare lo stesso con i cittadini di Ginevra. Ognuno di loro indossava il proprio cucchiaio al collo come segno distintivo. Scelsero come capitano François de Pontverre, signore di Terny, un guerriero coraggioso e intraprendente. Questi gentiluomini, tutti sudditi del duca di Savoia, erano nemici della città di Ginevra e le causarono innumerevoli danni, distruggendo le campagne circostanti e maltrattando coloro che portavano merci. La notte del 25 marzo 1529 (da allora chiamata ‘la notte delle scale’), circa 700 di loro tentarono di scalare la città; fallirono nel loro intento. Riprovarono senza successo anche nel 1530, nonostante avessero il sostegno dell’arcivescovo. Nello stesso anno i loro castelli furono bruciati.” Da quel momento in poi, dei gentiluomini della Cuiller non si parlò più. Il loro capitano Pontverre, entrato a Ginevra il 2 gennaio 1529, fu riconosciuto, inseguito e nascose in un ospedale, sotto un letto. Costretto a uscire per difendersi, fu ucciso. Si veda “Storia di Ginevra”, edizione del 1730, in-4°, tomo I, pagg. 190 e seguenti.*
[19] Il 21 marzo.
[20] Si veda, riguardo a questo progetto di viaggio, un aneddoto curioso nell’“Storia di J.-J. Rousseau”.
[21] Variante: “particolare quindi della nostra città, ”. È verosimile che questa espressione “quindi” fosse presente nel secondo manoscritto e sia stata eliminata dagli editori di Ginevra.
[22] Rousseau attribuisce a questa avventura l’epiteto che merita; e il racconto che ne fa è senza scuse, così come senza motivi (si veda la nota di M.P. che segue, in questa edizione delle “Confessioni”).
[23] Rousseau aveva appena sedici anni. Ne aveva quaranta quando tornò alla religione dei suoi antenati, sostenendo che si dovesse sempre rimanere nella fede in cui si è nati. Si veda, nella “Corrispondenza” (ottobre 1768), una lettera interessante su questo argomento. È degno di nota che, per caratterizzare la sua decisione – essendo si trattato di un’apostasia – egli utilizzi l’espressione più energica possibile, quella che l’odio stesso potesse offrire; tuttavia, in questa occasione come in tutte le altre, si limita a ripetere il rimprovero che si fa a se stesso. Sembra che gli piaccia fornirsi da solo delle armi per combattere contro ciò che ritiene sbagliato. E queste “armi” le ha prese senza scrupoli né vergogna. (Nota di M.P.)
[24] Variante: “Mi fu indicato.”
[25] Variante: “Il piacevole rapporto interpersonale”.
[26] * Pour rendre Rousseau plus odieux, quelques personnes ont prétendu qu’au lieu d’un ruban il avait volé un diamant. C’est quatre-vingt-dix-huit ans après l’événement qu’on a imaginé cette absurde calomnie détruite par les circonstances du fait même. Les femmes de chambre ne portaient pas alors de diamants. Elles n’en sont même pas encore à ce point aujourd’hui: un vol de cette espèce eût été poursuivi. Voyez Histoire de Rousseau. (Note M.P.)
[27] Var. «Mais je ne remplirais pas non plus ma tâche, si… »
[28] *Mot forgé par Jean-Jacques Rousseau dans les Confessions. Cruscantisme est ici synonyme de purisme. Les Italiens désignent par le mot cruscante celui qui affecte de n’employer d’autres mots que ceux adoptés par l’académie della Crusca, à Florence chargée de la promotion de la perfection de la langue italienne, comme l’est l’Académie Française pour la langue française.
[29] *Son véritable nom est fontaine de Hiéron, ainsi nommée de son inventeur Hiéron d’Alexandrie, et perfectionnée par Nieuwentit. C’est une petite machine ou instrument de physique dont la decription se trouve dans tous les dictionnaires ou traités élémentaires de cette science, et où, par une combinaison de tuyaux placés l’un au-dessus de l’autre, l’air comprimé agissant sur la surface de l’eau dans un des bassins supérieurs, élève celle-ci sans cause apparente, et la fais sortir en forme de jet.
[30] Voyez ci-après, le récit d’une promenade faite un jour de Saint-Louis, avec madame de Warens, lorsqu’elle habitait les Charmettes
[31] * Charles-Emmanuel Ier, qui vint à la cour d’Henri IV à la fin de 1599. Quoique fin et rusé, il eut toujours le désavantage dans les discussions avec le roi de France sur le marquisat de Saluces: il fut plus d’une fois réduit au silence. Ce fut à une très grande distance de la capitale qu’il dit le mot que rapporte Jean-Jacques. Il appelait Henri marchand de Paris, mais ce marchand le mit à la raison: encore usa-t-il envers le duc de trop de générosité. (Note M.P.)
[32] On peut dire opiate au féminin, comme opiat au masculin ; mais ce dernier est plus usité. L’opiat ou la marmelade de Tronchin est un composé de pulpe de casse, de manne en larmes, et d’huile d’amandes douces, dont l’effet est légèrement purgatif. Quant aux deux grandes dames qu’en ce moment il ne croit pas devoir nommer, il les fait connaître ci-après au livre X: c’était madame de Luxembourg qui premait l’opiat ; l’autre dame était madame de Mirepoix.
[33] *Nous verrons bientôt une de ces exceptions dans le récit qu’il fera ci-après au livre IV, lorque admis à l’audience du sénat de Berne avec l’archimandrite auquel il s’était attaché comme interprète, il fut obligé d’exposer sur-le-champ et sans avoir pu s’y préparer l’objet et les motifs de sa mission. On sait d’ailleurs qu’en société, lorsque le sujet de la conversation l’intéressait vivement, et surtout lorsqu’il se croyait sûr des bonnes dispositions de ceux qui l’écoutaient, il parlait avec autant de facilité que de grâce ou d’énergie, suivant la nature du sujet. Mais nul à cet égard ne lui rend un témoignage plus remarquable que Dusaulx dans le récit d’un dîner qui eut lieu chez lui en 1771, et où Rousseau se trouvait avec d’autres personnes qu’il voyait pour la première fois. «À quelques nuages près, mon Dieu, qu’il fut aimable ce jour-là! tantôt enjoué, tantôt sublime. Avant le dîner il nous raconta quelques unes des plus innocentes anecdotes consignées dans ses Confessions. Plusieurs d’entre nous les connaissaient déjà, mais il sut leur donner une physionomie nouvelle, et plus de mouvement encore que dans son livre. J’ose dire qu’il ne se connaissait pas lui-même, lorsqu’il prétendait que la nature lui avait refusé le talent de la parole: la solitude sans doute avait concentré ce talent en lui-même ; mais dans ses moments d’abandon, et lorsque rien ne l’offusquait, il débordait comme un torrent impétueux à qui rien ne résiste. » De mes rapports avec J.J. Rousseau. (Note M. P.)
[34] *C’est-à-dire né dans le Faucigny, petite province du duché de Savoie.
[35] Var. «de madame de Warens. »
[36] Var. «Pas du tout la vanité, c’est la volupté qui m’attire. » L’un et l’autre attrait agissaient sur Montaigne, quand il a dit à ce sujet: «Certes les perles et le brocadel y confèrent quelque chose, et les tiltres et le train. » (Livre III, chap. 3. ) Quant à Horace, voyez la deuxième satire du premier Livre.
[37] À Wootom, en Staffordshire. Jean-Jacques y a demeuré depuis le 22 mars 1766 jusqu’au 30 avril 1767.
[38] Var. «Ajoutait au prix de cette légère faveur. »
[39] Voyez chap.VII de ce roman (première partie), le meilleur des ouvrages de Scarron sous tous les rapports.
[40] Dans son premier manuscrit, qui a servi de texte à l’édition de 1801, Rousseau avait également écrit deux pieds; mais il a rayé le mot deux, et a écrit trois au-dessus, s’apercevant sans doute qu’une hauteur de deux pieds donnée à ce juge-mage paraîtrait une exagération.
[41] Il est question de ce personnage dans le Dictionnaire historique de la Savoie. On y voit que M. Simon avait enrichi de beaucoup d’ouvrages la bibliothèque d’Annecy ; et l’on y confirme ce que dit Rousseau de ce petit homme.
[42] *Rousseau n’a pas dit quel était ce métier ; la phrase qui suit peut faire supposer que le père de la Merceret était musicien.
[43] Var «d’avoir oublié l’enseigne du cabaret et le nom de l’hôte. »
[44] Var. «pour ne pas perdre »
[45] Var. «Tout-à-fait, et probablement j’y aurais peu réussi. »
[46] Var «De cette lettre dont il a connaissance. »
[47] Var. «Étaient encore d’un … »
[48] Apparemment je n’avais pas encore la physionomie qu’on m’a donnée depuis dans mes portraits.
[49] * Cette anecdote ressemble à celle qu’il a contée dans le livre II, et qui lui arriva à l’hospice des Cathécumènes. Inutile comme la première à la défense de sa cause, elle mérite les mêmes reproches et les mêmes observations. Il en est de même de la suivante. (Note de M. P.)
[50] Var. «En s’ouvrant, virent le soleil, l’eau. »
[51] Les Antonins étaient une communauté de moines sécularisés et qui portaient la croix de Malte, pour avoir autrefois donné une partie de leurs biens à cet ordre militaire.
[52] C’est sous le fils, Charles-Emmanuel III, que Rousseau fut momentanément employé. Victor-Amédée II avait abdiqué la couronne le 30 septembre 1730. Il mourut le 31 octobre 1733.
[53] Var. «Qu’elle s’était fixée… »
[54] Var. «Ce fut même… »
[55] *Ce dernier membre de phrase (fût-elle la dernière des catins) n’est pas dans l’édition de Genève, soit que Rousseau, dans son second manuscrit, ait cru devoir le supprimer lui-même, soit que les éditeurs se soient permis cette suppression.
[56] La botanique.
[57] Var. «Je ne la regardais, comme font tous les ignorants, que… »
[58] La France déclara la guerre à l’empereur d’Allemagne le 10 octobre 1733. Il y eut en novembre des évènements militaires dans le Milanais: ainsi les troupes devaient filer en Piémont vers la fin d’octobre.
[59] Var. «Me maltraitent. En voyant déjà commencer la décadence de l’Angleterre, que j’ai prédite au milieu de ses triomphes, je me laisse bercer au fol espoir que la nation française, à son tour victorieuse, viendra peut-être un jour me tirer de la triste captivité où je vis. »
[60] La première édition est de 1722, in-4°. Les opéras de Rameau qui parurent de 1732 à 1741 (espace de temps renfermé dans les Ve et VIe livres des Confessions), sont Hippolyte et Aricie, paroles de Pellegrin, tragédie-opéra en cinq actes, représentée en 1733: c’est le premier opéra de Rameau ; il fut suivi des Indes galantes, 1736 ; de Castor et Pollux, 1737 ; des Fêtes d’Hébé, 1739 ; et de Dardanus, 1739.
[61] Var. «Aux côtés du front. »
[62] Var. «Le plus aimable. »
[63] Var. «Rien tant au monde. »
[64] * Nous touchons au récit des circonstances qui ont servi à former contre Rousseau l’une des accusations les plus graves dont il ait été l’objet, celle d’ingratitude, en publiant les turpitudes de sa bienfaitrice. Ce reproche est examiné dans l’avis qui suit les Confessions (dans cette édition). Il importe, pour juger avec impartialité, de lire avec attention ces détails sur le caractère de madame de Warens, sur les principes qu’elle avait reçus, et l’énumération de ses qualités. Il est de toute justice de les mettre en opposition avec le dérèglement de sa conduite, résultat et conséquence nécessaires, et de l’une de ces qualités, et des principes de M. de Tavel: résultat non justifié sans doute aux yeux du lecteur, mais légitimé ou naturel à ceux de madame de Warens, séduite par les sophismes les plus captieux de son instituteur, ainsi que le fera voir la suite du récit.
[65] Var. «Pleins de sens et de raison. »
[26] * In order to make Rousseau even more detestable, some people claimed that instead of a ribbon, he had stolen a diamond. This absurd slander was concocted eighty-eight years after the incident and was immediately refuted by the very circumstances of the event itself. At that time, maids did not wear diamonds; indeed, they haven’t even reached that level today—such a theft would certainly be prosecuted. See Histoire de Rousseau.(Note by M.P.)
[27] Variant: “But I would not fulfill my task either, if, ”
[28] A term coined by Jean-Jacques Rousseau in the Confessions. Here, “cruscantism” is synonymous with “purism.” The Italians use the word “cruscante” to refer to those who insist on using only those words adopted by the Accademia della Crusca in Florence—an institution dedicated to promoting the perfection of the Italian language, just as the Académie Française does for the French language.
[29] Its true name is “fontaine of Hiéron,” so named after its inventor, Hiéron of Alexandria, and later perfected by Nieuwentit. It is a small mechanical device or instrument in physics, the description of which can be found in every dictionary or elementary treatise on this subject. By combining tubes arranged one above another, compressed air acting on the surface of water in one of the upper chambers causes the water to rise without any apparent reason and to emerge in the form of a jet.
[30] See below the account of a walk taken one day in Saint-Louis, with Madame de Warens, when she lived at the Charmettes.
[31] Charles-Emmanuel Ier, who arrived at the court of Henry IV at the end of 1599. Although subtle and cunning, he always found himself at a disadvantage in discussions with the King of France regarding the Marquisate of Saluces; on more than one occasion, he was forced to remain silent. It was far from the capital that he uttered the words reported by Jean-Jacques. He called Henry “a merchant from Paris,” but this “merchant” set things right for him; nonetheless, he continued to be too generous toward the Duke. (Note by M.P.)
[32] One can refer to it as “opiate” in the feminine form, just as “opiate” is used in the masculine form; however, the latter term is more commonly used. Opium or Tronchin’s marmelade is a compound made from cassia pulp, manna, and sweet almond oil, and its effect is slightly purgative. As for the two distinguished ladies whose names he believes it would be inappropriate to mention at this moment, he introduces them in Book X: one was Madame de Luxembourg, who was fond of using opium; the other lady was Madame de Mirepoix.
[33] *We shall soon see one such exception in the account he gives later on in Book IV. When he was admitted to the audience of the Bernese Senate, accompanied by the archimandrite whom he had taken as his interpreter, he was obliged to explain on the spot, without any preparation, the purpose and motives of his mission. It is also known that in social situations, whenever the subject of conversation interested him greatly—and especially when he believed he could count on the favorable disposition of those listening—he would speak with equal ease, grace, and energy, depending on the nature of the topic. But none has provided a more remarkable testimony to this in regard than Dusaulx, in his account of a dinner that took place at his house in 1771, where Rousseau was among other people he met for the first time. “Apart from a few minor imperfections, my God, what an amiable person he was that day! At times playful, at other times sublime. Before dinner, he told us some of the most innocent anecdotes recorded in his Confessions. Several of us already knew them, but he managed to give them a new dimension and make them more vivid than in his book. I dare say that on those occasions he did not even recognize himself—when he claimed that nature had denied him the gift of oratory. Perhaps solitude had concentrated this talent within him; but in moments of complete relaxation, when nothing disturbed him, he would burst forth like a fierce torrent that nothing can stop.” From my correspondence with J.J. Rousseau. (Note by Mr. P.)
[34] That is, born in Faucigny, a small province of the Duchy of Savoy.
[35] Variant: “of Madame de Warens.”
[36] Variant: “It is not vanity at all; it is pleasure that attracts me.” Both these attractions influenced Montaigne, who said in this regard: “Indeed, pearls and brocade add something to their allure, as do titles and ceremonial attire.” (Book III, Chapter 3.) As for Horace, refer to the second satire of his First Book.
[37] In Wootom, Staffordshire. Jean-Jacques resided there from March 22, 1766, until April 30, 1767.
[38] Variant: “Added to the cost of this slight favor.”
[39] See Chapter VII of this novel (first part); it is by far the best work of Scarron in every respect.
[40] In his first manuscript, which served as the basis for the 1801 edition, Rousseau had also written “two feet”; but he crossed out the word “two” and wrote “three” above it, probably realizing that specifying a height of two feet for this “judge-mage” would seem like an exaggeration.
[41] This character is mentioned in the Historical Dictionary of Savoy. It states that Mr. Simon had greatly enriched the library of Annecy with numerous works; and it confirms what Rousseau said about this little man.
[42] Rousseau did not specify what kind of occupation it was; the sentence that follows suggests that the father of Merceret might have been a musician.
[43] Alternatively: “to have forgotten the name of the cabaret and the host’s name.”
[44] Variant: “in order not to lose”
[45] Variant: “Indeed, and I probably would have succeeded little in it.”
[46] Variant: “Of this letter of which he has knowledge.”
[47] Variant: “Were still of a, ”
[48] Apparently, I did not yet possess the facial features that have been attributed to me in my portraits since then.
[49] * This anecdote is similar to one he told in Book II, which happened to him at the hospice of the Cathécumènes. Just as useless as the first one in defending his cause, it deserves the same criticisms and observations. The same holds true for the next one. (Note by Mr. P.)
[50] Variant: “Upon opening it, they saw the sun and the water.”
[51] The Antonins were a community of secularized monks who wore the Maltese cross, as they had once donated a portion of their possessions to this military order.
[52] It was under the reign of his son, Charles-Emmanuel III, that Rousseau was temporarily employed. Victor-Amédée II had abdicated the throne on September 30, 1730; he died on October 31, 1733.
[53] Variant: “She had settled herself down, ”
[54] Variant: “It was even, ”
[55] This final phrase (even if it were the very last of its kind) is not included in the Geneva edition; either Rousseau himself deemed it necessary to remove it in his second manuscript, or the editors chose to omit it.
[56] Botany.
[57] Variant: “I looked at her just like all ignorant people do.”
[58] France declared war on the Emperor of Germany on October 10, 1733. In November, military events occurred in the Milanese region; as a result, troops were ordered to advance towards Piedmont by the end of October.
[59] Variant: “They mistreat me. Seeing the decline of England already begin—something I predicted amidst its triumphs—I cling to the foolish hope that perhaps one day the French nation, having also achieved victory, will come and rescue me from this sad captivity in which I live.”
[60] The first edition was published in 1722, in quarto format. The operas by Rameau that appeared between 1732 and 1741 (a period covered within Books V and VI of the Confessions) include Hippolyte et Aricie, with librettos by Pellegrin; this is Rameau’s first opera, staged in 1733. It was followed by Les Indes galantes in 1736, Castor et Pollux in 1737, Les Fêtes d’Hébé in 1739, and Dardanus also in 1739.
[61] Variant: “At the side of the front line.”
[62] Variant: “The most amiable one.”
[63] Variant: “Nothing at all in the world.”
[64] * We are now reaching the account of the circumstances that led to one of the most serious accusations ever levelled against Rousseau—accusation of ingratitude—for having published the vile deeds of his benefactress. This reproach is examined in the commentary that follows the Confessions in this edition. In order to judge impartially, it is essential to carefully read these details regarding Madame de Warens’s character, the principles she was raised with, and the list of her qualities. It is only fair to contrast these against the degeneration of her behavior, which was both a necessary consequence and outcome of certain of her qualities and the principles instilled in her by Monsieur de Tavel. This contrast may seem unjustified to the reader, but it was certainly legitimate or natural to Madame de Warens herself—seduced by the most deceptive sophisms of her instructor, as further developments in this narrative will demonstrate.*
[65] Variant: “Full of sense and reason.”
[26] * Per rendere Rousseau ancora più odioso, alcune persone hanno affermato che invece di un nastro avesse rubato un diamante. Fu ottantotto anni dopo l’evento che si inventò questa assurda calunnia, distrutta proprio dalle circostanze stesse del fatto. A quel tempo, le cameriere da letto non portavano diamanti; nemmeno oggi sono arrivate a questo punto: un furto di questo genere sarebbe stato sicuramente perseguito legalmente. Si veda “Storia di Rousseau”. (Nota di M.P.)
[27] Variante: “Ma nemmeno io riuscirei a compiere il mio dovere, se, ”
[28] Termine coniato da Jean-Jacques Rousseau nelle “Confessioni”. Qui “cruscantismo” è sinonimo di “purismo”. Gli italiani usano il termine “cruscante” per indicare colui che si impegna ad utilizzare soltanto le parole adottate dall’Accademia della Crusca, fiorentina e incaricata di promuovere la perfezione della lingua italiana, così come l’Accademia Francese lo è per la lingua francese.
[29] Il suo vero nome è “fontana di Ierone”, così chiamata in onore del suo inventore Ierone di Alessandria e perfezionata da Nieuwentit. Si tratta di un piccolo strumento o macchinario di fisica la cui descrizione si trova in tutti i dizionari o trattati elementari di questa scienza; attraverso una combinazione di tubi disposti uno sopra l’altro, l’aria compressa agisce sulla superficie dell’acqua in uno dei bacini superiori, sollevandola senza cause apparenti e facendola uscire sotto forma di getto.
[30] Vedete qui di seguito il resoconto di una passeggiata fatta un giorno di San Luigi, insieme a madame de Warens, quando lei abitava alle Charmettes.
[31] Carlo Emanuele I, che giunse alla corte di Enrico IV alla fine del 1599. Sebbene fosse astuto e calcolatore, ebbe sempre la sconfitta nelle discussioni con il re di Francia riguardo al marchesato di Saluzzo: fu più volte costretto al silenzio. Fu molto lontano dalla capitale quando pronunciò quelle parole riportate da Jean-Jacques. Chiamava Enrico “mercante di Parigi”, ma quel “mercante” lo fece ragionare. Tuttavia, continuò a dimostrare troppa generosità nei confronti del duca. (Nota M.P.)
[32] Si può dire “oppio” al femminile, così come “oppio” al maschile; tuttavia il termine maschile è più comunemente utilizzato. L’“oppio” o la “marmellata di Tronchin” è un composto a base di polpa di castagne, mannello e olio di mandorle dolci, il cui effetto è leggermente purgativo. Per quanto riguarda le due grandi dame di cui in questo momento non ritiene opportuno fare menzione, le presenta nel libro X: una era madame de Luxembourg, che prediligeva l’uso dell’“oppio”; l’altra signora era madame de Mirepoix.
[33] *Tra poco vedremo uno di questi casi eccezionali nel racconto che egli farà più avanti nel libro IV: quando fu ammesso all’udienza del senato di Berna insieme all’arcimandrita al quale si era affiancato come interprete, dovette esporre immediatamente, senza aver avuto il tempo di prepararsi, l’oggetto e i motivi della sua missione. Si sa inoltre che, in società, quando l’argomento della conversazione lo interessava profondamente, e soprattutto quando era certo delle buone intenzioni di coloro che lo ascoltavano, parlava con la stessa facilità, grazia ed energia, a seconda del tema trattato. Ma nessuno fornisce un resoconto più significativo in questo senso di Dusaulx, nel racconto di una cena tenutasi da lui nel 1771, durante la quale Rousseau si trovava con altre persone che vedeva per la prima volta. “A parte qualche piccolo difetto, mio Dio, quanto fu affabile quel giorno! A volte scherzoso, a volte davvero sublime. Prima di cena ci raccontò alcune delle aneddoti più innocenti contenuti nelle sue Confessioni. Alcuni di noi li conoscevano già, ma lui riuscì a dar loro una nuova vivacità e un’emozione ancora maggiore rispetto al libro stesso. Oso dire che in quei momenti non si riconosceva più: sembrava che la natura gli avesse donato il talento del parlare. La solitudine, probabilmente, aveva concentrato questo talento dentro di lui; ma nei suoi momenti di spontaneità, quando nulla lo ostacolava, parlava con tale fervore da essere inarrestabile.” Da I miei rapporti con J.J. Rousseau. (Nota del signor P.)
[34] Cioè, non nella regione del Faucigny, una piccola provincia del Ducato di Savoia.
[35] Variante: “di Madame de Warens”.
[36] Variazione: “Assolutamente no, non è la vanità ad attrarmi, ma la voluttà.” Entrambi questi elementi esercitavano un’influenza su Montaigne, quando egli scrisse a questo proposito: “Certo, le perle e i broccati vi aggiungono qualcosa, così come gli ornamenti e il fasto.” (Libro III, capitolo 3.) Per quanto riguarda Orazio, si veda la seconda satira del primo libro.
A Wootom, nel Staffordshire. Jean-Jacques vi ha soggiornato dal 22 marzo 1766 al 30 aprile 1767.
[38] Variante: “Aggiungeva al prezzo di questo lieve favore”.
[39] Si veda il capitolo VII di questo romanzo (prima parte): è l’opera migliore di Scarron sotto ogni aspetto.
[40] Nel suo primo manoscritto, che è stato utilizzato come base per l’edizione del 1801, Rousseau aveva anche scritto “due piedi”; ma ha cancellato la parola “due” e ne ha scritta una nuova, “tre”, accorgendosi probabilmente che indicare un’altezza di due piedi per questo “giudice supremo” sarebbe sembrata un’esagerazione.
[41] Si tratta di questo personaggio nel “Dictionnaire historique de la Savoie”. Vi si legge che il signor Simon aveva arricchito notevolmente la biblioteca di Annecy con numerosi libri; inoltre, vi si conferma quanto Rousseau abbia detto su questo piccolo uomo.
[42] Rousseau non ha specificato di che mestiere si trattasse; la frase successiva potrebbe far pensare che il padre della Merceret fosse un musicista.
[43] Si potrebbe dire “di aver dimenticato l’insegna del cabaret e il nome del proprietario”.
[44] Variante: “per non perderlo”.
[45] Variante: “Del tutto possibile, e probabilmente non ci sarei riuscito molto bene.”
[46] Variante: “Di questa lettera di cui è a conoscenza”.
[47] Variante: “Erano ancora di un, ”
[48] A quanto pare, all’epoca non avevo ancora quella fisionomia che mi è stata attribuita nei ritratti successivi.
[49] * Quest’aneddoto è simile a quello che ha raccontato nel libro II, e che gli accadde nell’ospizio dei Cathécumènes. Inutile, proprio come il primo, per difendere la sua causa, merita gli stessi rimproveri e le stesse osservazioni. Lo stesso vale per quello successivo. (Nota di M. P.)*
[50] Variante: “Aprendo la porta, videro il sole e l’acqua.”
Gli Antonini erano una comunità di monaci secolarizzati che portavano la Croce di Malta, poiché in passato avevano donato una parte dei loro beni a quell’ordine militare.
[52] Fu sotto il figlio di Vittore-Amedeo II, Carlo Emanuele III, che Rousseau trovò temporaneamente lavoro. Vittore-Amedeo II aveva abdicato al trono il 30 settembre 1730 e morì il 31 ottobre 1733.
[53] Variante: “Si era stabilita, ”
[54] Variante: “Anzi, ”.
[55] Quest’ultima parte della frase (anche se fosse l’ultima di tutto il testo) non compare nell’edizione di Ginevra; sia perché Rousseau, nel suo secondo manoscritto, abbia ritenuto opportuno eliminarla personalmente, sia perché gli editori abbiano deciso di ometterla.
[56] La botanica.
[57] Variante: “La guardavo, come fanno tutti gli ignoranti, solo, ”
[58] La Francia dichiarò guerra all’imperatore di Germania il 10 ottobre 1733. A novembre si verificarono eventi militari nel Milanese: le truppe dovettero quindi dirigersi verso il Piemonte alla fine di ottobre.
[59] Variazione: “Mi maltrattano. Vedendo già iniziare la decadenza dell’Inghilterra, che avevo predetto nel mezzo dei suoi trionfi, mi lascio cullare dall’illusoria speranza che anche la nazione francese, una volta vittoriosa a sua volta, possa un giorno venire a liberarmi dalla triste prigionia in cui vivo.”
[60] La prima edizione risale al 1722, in formato in-4°. Gli opere di Rameau pubblicate tra il 1732 e il 1741 (un periodo racchiuso nei Quinto e Sesto libro delle “Confessioni”) sono: Hippolyte et Aricie, con testi di Pellegrin, tragedia-opera in cinque atti rappresentata nel 1733; si tratta della prima opera di Rameau. A questa seguirono: Les Indes galantes (1736), Castor et Pollux (1737), Les Fêtes d’Hébé (1739) e Dardanus (1739).
[61] Variante: “Al fianco del fronte.”
[62] Variante: “Il più amabile”.
[63] Variante: “Niente al mondo.”
[64] * Ci avviciniamo ora al racconto delle circostanze che hanno portato alla formulazione di una delle accuse più gravi contro Rousseau: quella di ingratitudine, dovuta alla pubblicazione delle turpitudini della sua benefattrice. Questo rimprovero viene esaminato nell’opinione che segue le “Confessioni” (in questa edizione). Per giudicare in modo imparziale, è necessario leggere con attenzione questi dettagli riguardanti il carattere di madame de Warens, i principi che aveva ricevuto e l’elenco delle sue qualità. È del tutto giusto metterle a confronto con il disordine della sua condotta, risultato inevitabile e conseguenza naturale sia di alcune di queste qualità che dei principi di M. de Tavel; un risultato che, senza dubbio, non sembrerà giustificato al lettore, ma che invece appare legittimo o naturale agli occhi di madame de Warens, sedotta dai sofismi più ingannevoli del suo insegnante, come verrà dimostrato nel proseguimento del racconto.*
[65] Variante: “Ricchi di senso e ragione.”
[66] * Une autre bizarrerie non moins remarquable est la réunion de deux sentiments contradictoires: la persuasion dans laquelle il est que la conduite de madame de Warens doit révolter le lecteur, et l’espoir de ramener ce lecteur à des idées moins défavorables pour elle. Mais c’est en vain qu’il emploie toutes les ressources de son éloquence: il n’en a tant que parce qu’il est de bonne foi: et c’est par l’intention qu’on doit le juger.
[67] * Ce rapprochement entre deux femmes dont l’une serait inconnue sans Rousseau, fait voir l’étrange différence entre les mœurs, les opinions, les préjugés des anciens et les nôtres. Une courtisane donnait des leçons de politique, auxquelles assistait le plus célèbre des philosophes de l’antiquité, celui que l’oracle avait déclaré le plus sage des hommes. Cette courtisane, qui, dans la distribution de ses faveurs, fît succéder à Périclès un homme obscur, avait tant d’influence sur les Athéniens, qu’ils élevèrent cet homme (Lysiclès) aux premiers emplois de la république. Madame de Warens, parée des plus beaux dons de la nature, des plus belles qualités, n’inspire que le mépris, le dégoût, ou tout au plus la pitié, pour un désordre auquel les Athéniens n’auraient fait aucune attention.(Note M. P.)
[68] Var. «Qui favorisait toujours… »
[69] Var «À moi seul. Pour lui complaire, je prenais ces précieux torche-culs, je les mettais dans ma poche, et je n’y songeais plus que pour le seul usage auquel ils étaient bons. »
[70] Le 3 octobre 1735 les préliminaires de la paix furent signés à Vienne.
[71] Tragédie lyrique de l’abbé Pellegrin, musique de Monteclaire, représentée pour la première fois le 4 mars 1732. Elle eut un très grand succès. Le cardinal de Noailles la fit défendre. Reprise en 1733, encore interrompue, elle reparut en 1734 et 1735 avec des changements.
[72] Var. «Dans la pratique de… »
[73] Var. «Il eut à choisir, il choisit tout et fît… »
[74] Je l’ai revu depuis, et je l’ai trouvé totalement transformé. O le grand magicien que M. de Choiseul! Aucune de mes anciennes connaissances n’a échappé à ses métamorphoses*.
(* Cette note qui est dans le premier manuscrit, ne se retrouve pas dans l’édition de Genève)
[75] *Cette correspondance avait commencé le 8 août 1736, par une lettre de Frédéric, qui n’était que prince royal. Elle était composée de cent vingt-trois lettres lorsque ce prince monta sur le trône. Comme elles ne furent réunies qu’en 1745, Rousseau ne peut parler que de celles qui parurent isolément, et que Voltaire, flatté d’une pareille correspondance, faisait circuler, n’ayant aucun motif d’être discret. (Note de M. Musset-Pathay.)
[76] *Le premier juin 1740.
[77] *La première édition de ces lettres est de 1734. Ainsi Rousseau commet une erreur en supposant qu’elles ne parurent qu’après la correspondance. (Note de M. Musset-Pathay.)
[78] Var. «À son exemple, et aidé des Récréations mathématiques d’Ozanam. »
[79] *Cet accident arriva le 27 juin 1737. La date en est précise d’après le testament que fit Rousseau, qui, comme il le dit, faillit en mourir. Ce testament a été publié en 1820.
[80] Var. «Des plus vilains hommes malgré sa belle figure et… »
[81] Var. «Qu’avec tant de sujets. »
[82] Var. «L’invincible nature… »
[83] Var. «Profitant alors. »
[84] *La maison qu’habita Rousseau avec madame de Warens aux Charmettes a appartenu ensuite à M. Raymond, connu par un Essai sur l’éducation, un Eloge de Pascal, et d’autres ouvrages littéraires et scientifiques. Il a publié une Notice sur les Charmettes, dans laquelle il décrit en détail cette maison, dont l’intérieur et les accessoires subsistent tels qu’ils étaient au temps de Rousseau, et que les voyageurs viennent souvent visiter, attirés autant par la beauté du paysage environnant que par les souvenirs qui s’y lient. Auprès de la porte d’entrée de la maison est une pierre blanche inscrustée dans le mur, et que Hérault de Séchelles fit placer en 1792, lorsqu’il était commissaire de la Convention dans le département du Mont-Blanc. Elle porte l’inscription suivante:
Réduit par Jean-Jacques habité,
Tu me rappeles son génie,
Sa solitude, sa fierté,
Et ses malheurs et sa folie.
À la gloire, à la vérité
Il osa consacrer sa vie
Et fut toujours persécuté
Ou par lui-même, ou par l’envie.
[85] *» Voilà tout ce que je souhaitais: une terre d’une étendue raisonnable, un jardin,une source d’eau vive près de la maison, et avec cela un petit bois. » Hor., lib. II, sat. 6.
[86] *» Les dieux ont été au-delà de mes voeux ? » Id. Ibid
[87] Nom des deux artères qui conduisent le sang au cerveau.
[88] * Dans tout ce que dit Rousseau sur madame de Warens, on peut remarquer combien il sentait lui-même la force des obstacles qu’il avait à vaincre pour inspirer à ses lecteurs des dispositions bienveillantes envers elle. Il atténue tant qu’il peut le seul vice qu’elle eût, et croit y parvenir en faisant briller ses vertus ou ses bonnes qualités, ainsi qu’on a déjà pu le voir. Mais il n’a pas songé que plus il lui supposait de l’indifférence, plus il la laissait sans excuse. Mettre tout en système c’est n’avoir aucune passion ; et la passion sert d’excuse quand elle garantit de l’avilissement. Ce paragraphe et les deux suivants achèvent de faire connaître madame de Warens. (Note de M. M. P.)
[89] Il ne faut pas confondre le P. Lamy oratorien, mort en 1715, avec le P. Lami de la congrégation de Saint-Maur, auteur de plusieurs ouvrages de théologie. C’est du premier qu’il est question ici.
[90] Var. «Loin d’attiédir »
[91] Var. «Et les poursuivre ainsi jusqu’au… »
[92] Var. «Je tressaillais d’aise et … »
[93] Var. «En faisaient mieux sentir la douceur. »
[94] *Voyez dans les Lettres de la Montagne, première partie, lettre III, une note où il fait le récit d’un tour de sorcellerie fait par lui-même à Venise, à l’aide d’une composition chimique.
[95] Voir dans le livre III
[96] Le 8 mai 1738 le marquis de Lautrec, amabassadeur de France, et les députés de Zurich et de Berne terminèrent les différents qui existaient entre les magistrats et les citoyens de Genève. Il est probable que Jean-Jacques veut parler de cet évènement. (Note de M. Musset-Pathay.)
[97] Var. «La bonne volonté ; et avant de nous séparer je voulus jouer de ce reste, ce qu’elle endura par précaution contre les filles de Montpellier. »
[98] *Nous avons cessé de mériter, au moins pour le cirque de Nîmes, le reproche que Rousseau nous fait ici. Vers l’année 1810, un acte du gouvernement ordonna la démolition de toutes ces vilaines et petites maisons qui déshonoraient ce beau monument.
[99] Var. «Dans la ferme intention. »
[100] Var. «Condillac, du nom de son oncle devenu depuis si célèbre. »
[101] Var. «Je me rebutai bientôt, voyant… »
[102] Var. «Dans son accueil, dans ses yeux, dans ses caresses… »
[103] Var. «Le quart de ce que j’y trouvais jadis, et que… »
[104] Dans le manuscrit original, les lignes suivantes de cette conclusion du livre sixième sont rayées: «fût-il des amis de M. de Choiseul, s’ils parviennent à M. de Choiseul lui-même, je ne crois pas l’honneur de ma mémoire encore sans ressource. Mais, ô Ciel, protecteur de l’innocence, garantis ces derniers renseignements de la mienne des mains des dames de Boufflers, de Verdelin, de celles de leurs amis. Dérobe du moins à ces deux furies la mémoire d’un infortuné que tu leur as abandonné de son vivant. »
Il semble que Rousseau ait eu l’intention de ne pas donner une suite à ses Confessions. Et de fait il a atendu deux ans pour commencer à écrie le septième livre.
[105] * Il n’y a d’erreurs que dans quelques dates: c’est-à-dire que plusieurs faits sont transposés, mais leur exactitude est demeurée incontestable par les vains efforts que l’on a faits pour la mettre en doute. Quant au mal qu’il a dit de lui, dans la première partie, on l’a toujours cru sur son propre témoignage. (Note de M. Musset-Pathay.)
[106] Var. «… autant de simplicité que … »
[107] *Dans le premier manuscrit, après ces mots qui commencent l’alinéa, «Je n’ai qu’un guide… c’est la chaîne des sentiments qui ont marqué la succession de mon être, » tout le reste de l’alinéa se lit ainsi qu’il suit: «et dont l’impression ne s’efface point de mon cœur. Ces sentiments me rappelleront assez, les événements qui les ont fait naître pour pouvoir me flatter de les narrer fidèlement ; et s’il se trouve quelque omission, quelque transposition de faits ou de dates, ce qui ne peut avoir lieu qu’en choses indifférentes et qui m’ont fait peu d’impression, il reste assez de monuments de chaque fait pour le remettre aisément à sa place dans l’ordre de ceux que j’aurai marqués. »
[66] * Another equally remarkable peculiarity is the combination of two contradictory sentiments: the conviction that madame de Warens’ behavior must provoke outrage in the reader, and the hope of leading that reader to form less unfavorable opinions of her. Yet all his rhetorical efforts prove futile—he employs them only out of good faith; and it is on the basis of his intentions that one should judge him.*
[67] * This comparison between two women—one of whom would be unknown without Rousseau—reveals the strange difference between the customs, opinions, and prejudices of the ancients and ours. A courtesan gave lectures on politics in which the most famous philosopher of antiquity attended, the very one whom the oracle had declared the wisest of men. This courtesan, who, in distributing her favors, appointed an obscure man to succeed Pericles, wielded such influence over the Athenians that they elevated this man (Lysicles) to the highest offices of the republic. Madame de Warens, endowed with the most beautiful gifts of nature and the finest qualities, only inspires contempt, disgust, or at best pity for a disorder which the Athenians would have paid no attention to whatsoever. (Note by M. P.)*
[68] Variant: “Who always favored, ”
[69] Note: “For my own use only. To please him, I would take those precious belts, put them in my pocket, and think of them only for the single purpose for which they were intended.”
On October 3, 1735, the preliminary peace agreements were signed in Vienna.
[71] A lyrical tragedy by Abbé Pellegrin, with music by Monteclaire; it was first performed on March 4, 1732, and was a tremendous success. Cardinal de Noailles ordered it to be staged again. Rehearsed in 1733 but once more interrupted, it was presented again in 1734 and 1735 with some modifications.
[72] Variant: “In the practice of, ”
[73] Variant: “He had to make a choice; he chose everything and did it, ”
[74] I saw him again later on, and found him completely transformed. Oh, what a great magician Mr. de Choiseul was! None of my old acquaintances escaped his power to transform them*.
(* This note, which appears in the first manuscript, is not included in the Geneva edition.)
[75] This correspondence began on August 8, 1736, with a letter from Frederick, who at that time was merely a royal prince. It consisted of one hundred twenty-three letters in total when the prince ascended the throne. Since they were not compiled together until 1745, Rousseau could only refer to those letters that were published individually. Voltaire, flattered by such correspondence, had them circulated without any reason to be discreet. (Note by M. Musset-Pathay.)
[76] June 1st, 1740.
[77] The first edition of these letters dates back to 1734. Thus, Rousseau makes the mistake of assuming that they were published only after the completion of their correspondence. (Note by Mr. Musset-Pathay.)
[78] Variant: “Following his example, and with the assistance of Ozanam’s Mathematical Recreations.”
[79] This accident occurred on June 27, 1737. The date is precisely recorded in Rousseau’s will, which, as he himself said, nearly cost him his life. This will was published in 1820.
[80] Variant: “Despite her beautiful face, she was one of the most vile people, ”
[81] Variant: “With so many subjects, ”
[82] Variant: “The invincible nature, ”
[83] Variant: “Thus, taking advantage of it.”
[84] The house where Rousseau lived with Madame de Warens in the Charmettes later belonged to Mr. Raymond, known for his works such as “An Essay on Education,” “Eloge of Pascal,” and other literary and scientific publications. He published a description of the Charmettes, detailing this house—its interior and furnishings having remained unchanged since Rousseau’s time. Visitors often come here, attracted both by the beauty of the surrounding landscape and by the memories associated with it. Next to the front door of the house, there is a white stone embedded in the wall, which was placed there in 1792 by Hérault de Séchelles when he served as the Convention’s commissioner for the Mont-Blanc department. It bears the following inscription:
Reduced by Jean-Jacques, inhabited.
You remind me of his genius.
His solitude, his pride.
And her misfortunes and her madness.
For glory, for truth.
He dared to dedicate his life to it.
And he was always persecuted.
Either by itself, or through envy.
[85] “This is all I wished for: a piece of land of reasonable size, a garden, a spring of fresh water near the house, and also a small woods.” Horace, Lib. II, Sat. 6.
[86] “Have the gods been beyond my wishes?” Idem. Ibid.
[87] Names of the two arteries that carry blood to the brain.
[88] * In everything Rousseau says about Madame de Warens, one can observe how keenly he was aware of the obstacles he had to overcome in order to inspire his readers to feel goodwill toward her. He tries his best to downplay the only fault she possessed, believing that he can achieve this by highlighting her virtues and good qualities, as has already been noted. However, he failed to realize that the more indifference he attributed to her, the more he left her without any excuse for her behavior. To systematize everything means to lack any passion at all; yet passion can serve as an excuse when it ensures that one’s actions are not motivated by baseness. This paragraph and the two following ones provide a complete portrait of Madame de Warens. (Note by M. M. P.)
[89] It should not be confused between Father Lamy, the oratorian who died in 1715, and Father Lamy from the Congregation of St. Maur, the author of several theological works. It is the former whom we are referring to here.
[90] Variant: “Far from diminishing”
[91] Variant: “And to pursue them in this manner until the..”
[92] Variant: “I trembled with pleasure and, ”
[93] Variant: “It made the tenderness even more apparent.”
[94] See in “Letters from the Mountain,” first part, letter III, a note in which he describes a magical experiment he conducted himself in Venice using a chemical compound.
[95] See in Book III.
[96] On May 8, 1738, the Marquis de Lautrec, Ambassador of France, along with the delegates from Zurich and Bern, resolved the various disputes that existed between the magistrates and the citizens of Geneva. It is likely that Jean-Jacques is referring to this event. (Note by Mr. Musset-Pathay.)
[97] Variant: “Good will; and before we parted, I wanted to play with this remaining part—what it endured as a precaution against the girls from Montpellier.”
[98] We have ceased to deserve, at least in the case of the Nîmes circus, the reproach that Rousseau addresses us here. Around the year 1810, a government decree ordered the demolition of all those ugly and small buildings that disgraced this beautiful monument.
[99] Variant: “With the firm intention of.”
[100] Variant: “Condillac, named after his uncle who has since become so famous.”
[101] Variant: “I soon resisted, seeing, ”
[102] Variant: “In her embrace, in her eyes, in her touches, ”
[103] Variant: “One-quarter of what I used to find there, and which, ”
[104] In the original manuscript, the following lines at the end of this sixth book are crossed out: “Even if they were friends of M. de Choiseul, if they managed to reach him directly, I do not believe that the honor of my memory would be in any danger. But oh, Heaven, protector of innocence, safeguard these final revelations from falling into the hands of Madame de Boufflers, Madame de Verdelin, and their friends. At least take away from these two cruel women the memory of this unfortunate man whom You yourself left in their care during his lifetime.”
It seems that Rousseau intended not to continue with his Confessions. In fact, he waited for two years before beginning to write the seventh book.
[105] * There are errors only in some of the dates; in other words, several facts have been transposed, but their accuracy has remained indisputable despite all the futile attempts to challenge it. As for the harmful things he said about himself in the first part, people have always believed him on his own word. (Note by Mr. Musset-Pathay.)
[106] Variant: “, as much simplicity as, ”
[107] In the first manuscript, after these words that begin the line, “I have only one guide, it is the chain of emotions that have marked the sequence of my existence,” the rest of the line reads as follows: “and whose impression remains indelible in my heart. These emotions will remind me sufficiently of the events that gave rise to them, so that I can be confident in narrating them faithfully; and should there be any omissions or rearrangements of facts or dates—something that could only occur in trivial matters that left little impression on me—there are still enough remnants of each event to help me place it back in its proper order among those I have recorded.
[66] * Un’altra stranezza non meno notevole è la combinazione di due sentimenti contraddittori: la convinzione che il comportamento di madame de Warens debba suscitare indignazione nel lettore, e l’aspirazione a farlo tornare ad opinioni meno sfavorevoli nei suoi confronti. Ma è inutile che egli utilizzi tutte le risorse della sua eloquenza: la possiede soltanto perché parla con sincerità; ed è proprio in base alle sue intenzioni che bisogna giudicarlo.*
[67] * Questo avvicinamento tra due donne, di cui una sarebbe sconosciuta senza Rousseau, evidenzia la strana differenza tra i costumi, le opinioni e i pregiudizi degli antichi e i nostri. Una cortigiana dava lezioni di politica, alle quali assisteva il più celebre dei filosofi dell’antichità, colui che l’oracolo aveva dichiarato il più saggio degli uomini. Questa cortigiana, che, nella distribuzione delle sue grazie, fece succedere a Pericle un uomo oscuro, esercitava tale influenza sugli Ateniesi da farlo ascendere ai primi incarichi della repubblica. Madame de Warens, dotata dei più bei doni della natura e delle più belle qualità, suscita soltanto disprezzo, disgusto o, al massimo, pietà per un comportamento che gli Ateniesi non avrebbero mai degnato di attenzione. (Nota del signor P.)*
[68] Variante: “Colui che sempre favoriva, ”
[69] “Solo per me stesso. Per compiacerlo, prendevo questi preziosi braccialetti luminosi, li mettevo in tasca e non ci pensavo più se non per lo scopo per cui erano fatti.”
Il 3 ottobre 1735 furono firmati a Vienna i preliminari della pace.
[71] Tragedia lirica dell’abate Pellegrin, musica di Monteclaire; rappresentata per la prima volta il 4 marzo 1732. Riscosse un enorme successo. Il cardinale de Noailles ne ordinò la riproduzione. Ripresa nel 1733, fu nuovamente interrotta, per poi riapparire nel 1734 e nel 1735 con alcune modifiche.
[72] Variante: “Nella pratica di, ”
[73] Variante: “Dovette scegliere; scelse tutto e lo fece, ”
[74] L’ho rivisto da allora e l’ho trovato completamente trasformato. Oh, il grande mago che è Monsieur de Choiseul. Nessuna delle mie vecchie conoscenze è sfuggita alle sue trasformazioni*.
(* Questa nota, presente nel primo manoscritto, non compare nell’edizione di Ginevra.)
[75] Questa corrispondenza iniziò l’8 agosto 1736 con una lettera di Federico, che all’epoca era soltanto principe reale. Comprendeva centoventitré lettere quando questo principe salì al trono. Poiché furono raccolte solo nel 1745, Rousseau può parlare soltanto di quelle che apparvero singolarmente; Voltaire, lusingato da una tale corrispondenza, le fece circolare, non avendo alcun motivo per essere discreto. (Nota di M. Musset-Pathay.)
[76] Primo giugno 1740.
[77] La prima edizione di queste lettere risale al 1734. Pertanto, Rousseau commette un errore nel presumere che siano state pubblicate solo dopo la fine della corrispondenza. (Nota di M. Musset-Pathay.)
[78] Variante: “A suo esempio, e con l’aiuto delle ‘Récréations mathématiques’ di Ozanam.”
[79] Questo incidente avviene il 27 giugno 1737. La data è precisa grazie al testamento che Rousseau redasse; come egli stesso afferma, rischiò di morire a causa di esso. Questo testamento fu pubblicato nel 1820.
[80] Variante: “Tra gli uomini più spregevoli, nonostante il suo bel viso e, ”
[81] Variante: “Con così tanti soggetti, ”
[82] Variante: “La natura invincibile, ”
[83] Variante: “Allora, approfittandone.”
[84] La casa in cui Rousseau abitava con madame de Warens a Charmettes apparteneva in seguito a Monsieur Raymond, conosciuto per un “Saggio sull’educazione”, un “Elogio di Pascal” e altri opere letterarie e scientifiche. Egli pubblicò una “Nota su Charmettes”, nella quale descriveva in dettaglio questa casa; l’interno e gli arredi sono rimasti esattamente come erano ai tempi di Rousseau, e i turisti vi vengono spesso a visitare, attratti sia dalla bellezza del paesaggio circostante che dai ricordi legati a quel luogo. Accanto alla porta d’ingresso della casa c’è una pietra bianca incastonata nel muro; fu posta lì da Hérault de Séchelles nel 1792, quando era commissario della Convenzione nel dipartimento del Mont-Blanc. Sulla pietra è scritta la seguente iscrizione:
Ridotto da Jean-Jacques in modo “abitato”.
Mi ricordi il suo genio.
La sua solitudine, la sua fierezza.
E i suoi mali e la sua follia.
Per la gloria, per la verità.
Osa dedicare la sua vita.
E fu sempre perseguitato.
O per sé stesso, o per invidia.
[85] “Ecco tutto ciò che desideravo: una terra di dimensioni ragionevoli, un giardino, una sorgente d’acqua fresca vicino alla casa, e inoltre un piccolo bosco.” Orazio, Libro II, Satira 6.
[86] “Gli dèi sono stati al di là dei miei desideri?” Idem, ibidem.
[87] Nomi delle due arterie che portano il sangue al cervello.
[88] In tutto ciò che Rousseau dice su Madame de Warens, si può notare quanto egli stesso fosse consapevole degli ostacoli da superare per suscitare nei suoi lettori sentimenti di simpatia verso di lei. Cerca in ogni modo possibile di attenuare l’unico difetto che lei possedesse, ritenendo di riuscirci mettendo in risalto le sue virtù e i suoi buoni tratti, come già si è potuto osservare in precedenza. Tuttavia, non ha considerato che più supponeva in lei indifferenza, più la lasciava senza alcuna scusa. Mettere tutto in sistema significa non provare alcuna passione; e la passione, invece, diventa una scusa quando giustifica comportamenti disonorevoli. Questo paragrafo e i due successivi completano il ritratto di Madame de Warens. (Nota di M. M. P.)
[89] Non bisogna confondere il Padre Lamy oratoriano, morto nel 1715, con il Padre Lami della congregazione di San Maurizio, autore di diversi opere teologiche. Qui si parla del primo.
[90] Variante: “Lontano dall’attenuarsi”.
[91] Variante: “E inseguirli così fino al..”
[92] Variante: “Tremavo di gioia e, ”
[93] Variante: “Rendevano ancora più evidente la loro dolcezza.”
[94] “Si veda nelle ‘Lettere della Montagna’, prima parte, lettera III, una nota in cui racconta di un incantesimo che egli stesso ha eseguito a Venezia, utilizzando una composizione chimica.”
[95] Vedi nel libro III.
[96] L’8 maggio 1738, il marchese di Lautrec, ambasciatore di Francia, insieme ai delegati di Zurigo e Berna, risolsero le diverse controversie esistenti tra i magistrati e i cittadini di Ginevra. È probabile che Jean-Jacques si riferisca a questo evento. (Nota di M. Musset-Pathay.)
[97] Variante: “La buona volontà; e prima di separarci ho voluto suonare quel brano residuo, quello che lei ha eseguito per precauzione, per non offendere le ragazze di Montpellier.”
[98] Abbiamo smesso di meritare, almeno per il circo di Nîmes, la critica che Rousseau ci rivolge in questo passaggio. Intorno all’anno 1810, un decreto del governo ordinò la demolizione di tutte quelle brutte e piccole case che disonoravano quel bellissimo monumento.
[99] Variante: “Con l’intenzione ferma”.
[100] Variante: “Condillac, prendendo il nome dal suo zio che in seguito divenne così celebre.”
[101] Variante: “Mi arresi presto, vedendo, ”
[102] Variante: “Nel suo modo di accogliermi, nei suoi occhi, nelle sue carezze, ”
[103] Variante: “Un quarto di ciò che un tempo vi trovavo, e che, ”.
[104] Nel manoscritto originale, le righe seguenti di questa conclusione del sesto libro sono state cancellate: “Anche se si trattasse degli amici di Monsieur de Choiseul, se riuscissero a raggiungerlo personalmente, non credo che l’onore della mia memoria rimanga ancora al sicuro. Ma, oh Cielo, protettore dell’innocenza, proteggi queste ultime informazioni dalla mia memoria dalle mani delle dame de Boufflers, di Verdelin e dei loro amici. Almeno sottrae a queste due furie la memoria di un infelice che tu hai abbandonato in vita sua.”
Sembra che Rousseau avesse intenzione di non continuare le sue “Confessioni”. Infatti, attese due anni prima di iniziare a scrivere il settimo libro.
[105] * Ci sono errori soltanto in alcune date: in altre parole, diversi fatti sono stati spostati nel tempo, ma la loro accuratezza è rimasta indiscutibile nonostante i vani tentativi fatti per metterla in dubbio. Per quanto riguarda le cose negative che ha detto su di sé nella prima parte del testo, si è sempre creduto alle sue stesse affermazioni. (Nota di M. Musset-Pathay.)
[106] Variante: “, tanto semplicità quanto, ”
[107] Nel primo manoscritto, dopo queste parole che iniziano la riga, “Non ho altro guida, se non la catena di sentimenti che hanno segnato la successione della mia esistenza”, il resto della riga è scritto come segue: “E la cui impressione non si cancella mai dal mio cuore. Questi sentimenti mi ricorderanno abbastanza gli eventi che li hanno generati, per permettermi di raccontarli fedelmente; e se dovesse esserci qualche omissione, o qualche errore nella sequenza dei fatti o delle date – il che può accadere soltanto per cose di poco rilievo e che non mi hanno lasciato un’impressione profonda – rimangono comunque abbastanza elementi a disposizione per ripristinare correttamente l’ordine degli eventi.”
[108] * Château qui appartenait à M. le prince de Conti ; il n’en reste qu’une tour et des ruines. Le village est à 15 lieues de Paris, près de Gisors. (Note de M. Musset-Pathay.)
[109] Var. «…me marquer de la bienveillance, et… »
[110] À moins qu’il ne se soit d’abord trompé dans son choix, ou que celle à laquelle il s’était attaché n’ait ensuite changé de caractère par un concours de causes extraordinaires ; ce qui n’est pas impossible absolument. Si l’on voulait admettre sans modification cette conséquence, il faudrait donc juger de Socrate par sa femme Xantippe, et de Dion par son ami Calippus: ce qui serait le plus inique et le plus faux jugement qu’on ait jamais porté. Au reste qu’on écarte ici toute application injurieuse à ma femme. Elle est, il est vrai, plus bornée et plus facile à tromper que je ne l’avais cru ; mais pour son caractère, pur, excellent, sans malice, il est digne de toute mon estime, et l’aura tant que je vivrai.
[111] * Voyez le liv. IV. C’est à cette demoiselle qu’il écrivit alors cette lettre d’amour si passionnée, la seule de ce genre que l’on remarque dans sa correspondance, et qu’on trouve dans cette partie de ses œuvres, sous le nom de mademoiselle***, et à la date de 1736, n° IX. (Note de M. Musset-Pathay.)
[112] * Cet ouvrage (imprimé pour la première fois en 1743) est dans la catégorie MUSIQUE de cette édition. Voyez aussi, dans l’annexe de cette édition des Confessions, de nouveaux détails sur le système de Rousseau.
[113] Var. «…exigent pour chaque intervalle une… »
[114]* Voyez dans la Correspondance (février 1743) de cette édition une lettre qui fait voir la manière dont l’abbé Desfontaines s’acquitta de sa promesse.
[115] * On s’est servi de ces mots, bien par sa faute, pour prétendre que c’est d’après le conseil de Diderot que Rousseau soutint la négative dans son premier discours ; mais si cette conjecture était fondée, si tel était le sens de ces mots, il n’en coûtait pas plus à Jean-Jacques d’en donner l’explication lorsqu’il rend compte, dans le livre suivant, des circonstances dans lesquelles il composa ce discours, et de l’état de son âme. …La faute de Diderot, si c’en était une, consistait à corriger le style de son ami, à lui donner des conseils, et conséquemment à l’encourager à continuer d’écrire. Rousseau le dit clairement et dans ses Confessions et dans la préface de sa lettre à d’Alembert. «J’avais un aristarque sévère et judicieux ; je ne l’ai plus ; je n’en veux plus: mais je le regretterai sans cesse, et il manque bien plus encore à mon cœur qu’à mes écrits. » (Note de M. Musset-Pathay.)
[116] Je l’ai cru si longtemps et si parfaitement, que c’est à lui que, depuis mon retour à Paris, je confiai le manuscrit de mes Confessions. Le défiant Jean-Jacques n’a jamais pu croire à la perfidie et à la fausseté qu’après en avoir été la victime.*
*(Au lieu de cette note, il y a simplement dans le manuscrit autographe: «Voilà ce que j’aurais pensé toujours si je n’étais jamais revenu à Paris. »)
[117] Var. «…je composais des vers, des chants. »
[118] Var. «… dans les bras de la première beauté de l’univers »
[119] * Valet de chambre du cardinal de Fleury. Voyez les Mémoires du maréchal de Richelieu.
[120] Je suis en doute si ce n’était pas Saint Samuel. Les noms propres m’échappent absolument. (Cette note n’est pas dans le manuscrit autographe.)
[121] *J. B. Dumont, comte de Gages commanda l’armée espagnole en 1742 ; l’année suivante il battit les Autrichiens dans la Lombardie: forcé de se retirer devant des forces supérieures, il conserva sa petite armée intacte, et par une suite de manœuvres savantes ne se laissa jamais entamer. C’est de cette retraite que parle Rousseau.
[122] * Pour l’intelligence de ce fait, il faut se rappeler qu’à cette époque, c’est-à-dire en 1743, don Carlos, fils de Philippe V, n’était pas encore reconnu des puissances de l’Europe, et que l’Autriche, qui avait été forcée de céder, en 1736, par le traité de Vienne, le royaume de Naples à la maison de Bourbon, voulait y rentrer. Si l’agent autrichien fût parvenu à faire soulever les Napolitains, la cause du fils du roi d’Espagne eût été perdue, parce que l’armée du comte de Gages était en Lombardie et composée de Napolitains, qui auraient abandonné leur général. (Note de M. Musset-Pathay.)
[123] Var. «Vitali qui tenait les clefs n’étant… »
[124] Var. «à la sourdine. »
[125] * C’est-à-dire natif de Forli, ville d’Italie dans la Romagne.
[126] Var. «… mon caractère, c’est… »
[127] Var. «Je m’asseye. »
[128] * Voici la preuve de la mauvaise foi de La Harpe. L’on a vu plus haut à quelle occasion Rousseau verse des larmes en voyant Zulietta se prostituer. Le motif de ses larmes était noble. Mais La Harpe l’attribue à la difformité qu’elle avait, et dont Jean-Jacques ne s’était point encore aperçu. «Le voilà,dit-il, persuadé qu’on a voulu le livrer à une espèce de monstre, et il fond en larmes. Si ce n’est pas là un trait de folie, qu’on me dise ce que c’est. » La Harpe s’étonne que personne n’ait fait attention à cette anecdote, qui prouve, dit-il, que la démence était chez Jean-Jacques une maladie trop réelle. Tout le monde a vu dans cette anecdote ce qu’y voit Rousseau et comme il se moque de lui-même, on s’est contenté d’être de son avis. (Note de M. Musset-Pathay)
[129] * C’est-à-dire après sa retraite. M. Amelot était ministre par la protection du cardinal de Fleury. Après la mort de celui-ci (février 1743) la duchesse de Châteauroux fit renvoyer M. Amelot.
[130] J’ai renoncé à ce projet. (Cette note n’est pas dans le premier manuscrit.)
[131] * Madame d’Épinay, dans ses Mémoires, raconte qu’en parlant de cette affaire, Rousseau disait que ce qui l’avait ramené à Paris, c’était la nécessité d’essuyer une injustice et la perspective d’y être pendu.
[132] * En arrivant de Venise, Rousseau logea pendant quelques jours à l’hôtel d’Orléans, rue du Chantre, près le Palais-Royal. C’est de là qu’il écrivit la lettre datée du 11 octobre 1744 et adressée au ministre des affaires étrangères. Elle était relative au comte de Montaigu. (Note de M. P.)
[133] Var. «… des hautes sciences. »
[134] Var. «… bien appris à lire. »
[135] Var. «… vis-à-vis de mes fenêtres »
[136] * Voyez cette lettre dans la Correspondance, à la date du 11 décembre 1745.
[137] * L’imprimé (brochure in-4° de 14 pages) ne porte les noms ni de l’auteur des paroles, ni de celui de la musique, mais seulement le nom de Laval, auteur du ballet. — Les Fêtes de Ramire furent représentées à Versailles le 22 décembre 1745 ; il n’y eut donc que sept jours d’intervalle entre la date de la lettre de Voltaire et cette représentation, et Rousseau ne put dans un si court espace faire à son ouvrage d’importants changements ; aussi n’y voit-on pas qu’il ait motivé, comme Voltaire l’y avait invité dans sa lettre, le changement subit de la prison en jardin. Ce petit ouvrage, d’ailleurs extrêmement médiocre en toutes ses parties, n’a de commun avec la Princesse de Navarre que les paroles mises en chant dans celle-ci, et qu’on a reproduites dans le ballet nouveau. (Note de M. Musset-Pathay)
[138] *Au début du XIXième siècle, un nouveau propriétaire a fait abattre cette allée que le nom de Rousseau avait rendue célèbre, et qui contribuait même à attirer à Chenonceau les étrangers.
[139] Ce fut à ce M. Ancelet que je donnai une petite comédie de ma façon, intitulée les Prisonniers de guerre, que j’avais faite après les désastres des Français en Bavière et en Bohême, et que je n’osai jamais avouer ni montrer, et cela par la singulière raison que jamais le roi, ni la France, ni les Français, ne furent peut-être mieux loués, ni de meilleur cœur, que dans cette pièce ; et que, républicain et frondeur en titre, je n’osais m’avouer panégyriste d’une nation dont toutes les maximes étaient contraires aux miennes. Plus navré des malheurs de la France que les Français mêmes, j’avais peur qu’on ne taxât de flatterie et de lâcheté les marques d’un sincère attachement, dont j’ai dit l’époque et la cause dans ma première Partie *, et que j’étais honteux de montrer.
- Liv. V.
[140] * Ce secret si bien gardé n’en est plus, grâce à la correspondance d ‘Épinay, publiée en 1818 ; il s’agit d’une maladie transmise du mari, par l’intermédiaire de sa femme, à M. de Francueil.
[108] * A chateau that once belonged to Prince de Conti; only one tower and ruins remain. The village is located 15 miles from Paris, near Gisors. (Note by Mr. Musset-Pathay.)
[109] Variant: “, to show me kindness, and, ”
[110] Unless he had initially made a wrong choice, or unless the person to whom he had attached himself later changed in character due to a series of extraordinary circumstances; which is not absolutely impossible. If one were to accept this conclusion without any modification, it would mean judging Socrates by his wife Xantippe, and Dion by his friend Calippus: which would be the most unjust and false judgment ever rendered. Of course, any offensive application of this to my wife should be entirely avoided. It is true that she is more limited in understanding and easier to deceive than I had thought; but in terms of her character—pure, excellent, and free from malice—she deserves all my respect, and will always hold it as long as I live.
[111] * See Book IV. It was to this young lady that he wrote this passionately passionate love letter—the only one of its kind in his correspondence—and it can be found in this section of his works, under the name of Mademoiselle***, dated 1736, No. IX. (Note by Mr. Musset-Pathay.)
[112] * This work (first printed in 1743) is classified under the category of MUSIC in this edition. See also, in the appendix to this edition of The Confessions, additional details regarding Rousseau’s system.
[113] Variant: “, requiring for each interval a, ”
[114]* See in the Correspondence (February 1743) of this edition a letter that shows how Abbé Desfontaines fulfilled his promise.
[115] * These words were used, largely through his own fault, to claim that it was on the advice of Diderot that Rousseau expressed negative views in his first discourse; but if this conjecture were true, if such indeed was the meaning of those words, it would have cost Jean-Jacques no effort to provide an explanation when, in his subsequent book, he described the circumstances under which he composed that discourse and the state of his mind at the time., If Diderot’s action was indeed a mistake, it consisted in correcting his friend’s style, offering him advice, and thus encouraging him to continue writing. Rousseau himself made this clear both in his Confessions and in the preface to his letter to d’Alembert. “I once had a severe and discerning critic; I no longer have one; I do not want one anymore: yet I will miss him forever, for he is much more lacking in my life than in my writings.” (Note by M. Musset-Pathay.)
[116] I believed it for so long and so firmly that, upon my return to Paris, I entrusted the manuscript of my Confessions to him. The defiant Jean-Jacques could never believe in such perfidy and falsehood until he himself became its victim.
(In place of this note, the original manuscript simply reads: “This is what I would have always thought if I had never returned to Paris.”)
[117] Variant: “, I composed poems, songs.”
[118] Variant: “, in the arms of the most beautiful woman in the universe.”
[119] * Chamberlain to Cardinal de Fleury. See the Memoirs of Marshal de Richelieu.*
[120] I doubt whether it wasn’t Saint Samuel; the proper names simply escape me completely. (This note is not included in the original manuscript.)
[121] J. B. Dumont, Count of Gages, commanded the Spanish army in 1742; the following year he defeated the Austrians in Lombardy. Forced to retreat in the face of superior forces, he managed to keep his small army intact and, through a series of clever maneuvers, never allowed his enemy to gain the upper hand. It was this retreat that Rousseau refers to.
[122] * To understand this fact, it is necessary to recall that at that time, namely in 1743, Don Carlos, son of Philip V, had not yet been recognized by the European powers. Austria, which had been forced to cede the Kingdom of Naples to the House of Bourbon through the Treaty of Vienna in 1736, sought to regain it. If the Austrian agent had succeeded in inciting the Napolitans to rise up, the cause of the son of the King of Spain would have been lost, because the army of Count Gages, which was stationed in Lombardy and composed of Napolitans, would have deserted their general. (Note by M. Musset-Pathay.)
[123] Variant: “Since Vitali, who held the keys, was not, ”
[124] Variant: “in a hushed manner.”
[125] * That is, born in Forli, a city in Italy located in the region of Romagna.
[126] Variant: “, my character is, ”
[127] Variant: “I sit down.”
[128] * Here is proof of La Harpe’s bad faith. As mentioned earlier, we saw on what occasion Rousseau wept upon seeing Zulietta engage in prostitution; the motive for his tears was noble. But La Harpe attributes them to a deformity that Jean-Jacques had not yet noticed. “There he is,” she says, “convicted that someone tried to hand him over to some kind of monster, and he breaks into tears. If this is not a sign of madness, then tell me what is.” La Harpe wonders why no one has paid attention to this anecdote, which, she claims, proves that Jean-Jacques’s insanity was a truly genuine illness. Everyone saw in this story exactly what Rousseau saw; and since it was clear that he was mocking himself, people simply agreed with his opinion. (Note by M. Musset-Pathay)
[129] * That is, after his retirement. Mr. Amelot had served as minister under the protection of Cardinal de Fleury. After the cardinal’s death in February 1743, the Duchess of Châteauroux ordered Mr. Amelot to be removed from his position.
[130] I have given up on this project. (This note is not present in the first manuscript.)
[131] Madame d’Épinay, in her Memoirs, recounts that when discussing this incident, Rousseau said that what brought him back to Paris was the necessity of correcting an injustice and the prospect of being hanged there.
[132] * Upon arriving in Venice, Rousseau stayed for a few days at the Hôtel d’Orléans, located on rue du Chantre, near the Palais-Royal. It was from there that he wrote the letter dated October 11, 1744, addressed to the Minister of Foreign Affairs. The letter concerned Count de Montaigu. (Note by Mr. P.)
[133] Variant: “. of the higher sciences.”
[134] Variant: “, well-versed in reading.”
[135] Variant: “. in relation to my windows”
[136] * See this letter in the Correspondence, dated December 11, 1745.
[137] The printed edition (a 14-page brochure in quarto format) does not bear the names of either the lyricist or the composer; it only lists the name of Laval, the author of the ballet. — “Les Fêtes de Ramire” was performed at Versailles on December 22, 1745; thus, there were only seven days between the date of Voltaire’s letter and this performance. Rousseau could not have made any significant changes to his work in such a short time; therefore, it is evident that he did not, as Voltaire had invited him to do in his letter, justify the sudden change from a prison setting to a garden setting. This minor work, which is extremely mediocre in every aspect, has only one connection with “La Princesse de Navarre”: the lyrics that were set to music in that opera and have been reproduced in this new ballet. (Note by M. Musset-Pathay)
[138] At the beginning of the 19th century, a new owner had this walkway, which had become famous due to Rousseau’s name, demolished; it even used to attract foreigners to Chenonceau.
[139] It was to this Mr. Ancelet that I presented a short comedy of my own composition, titled The Prisoners of War. I had written it after the disasters that befell the French in Bavaria and Bohemia, but I never dared to admit or show it—for a very particular reason: perhaps never before had the king, France, or the French people been praised so highly or with such genuine sincerity as in this play. And although I was a republican and an opponent of authority by principle, I could not bring myself to acknowledge that I was a propagandist for a nation whose principles were entirely contrary to my own. More distressed by France’s misfortunes than even the French themselves, I feared that showing such sincere devotion might be interpreted as flattery or cowardice. I had described the circumstances and motives behind it in my first work*, yet I was ashamed to make them public.
- Book V.
[140] * This closely guarded secret is no longer such, thanks to the correspondence of Épinay, which was published in 1818; it turns out to be a disease that is transmitted from the husband to Mr. de Francueil through his wife.*
[108] * Castello che apparteneva al signor principe di Conti; ne restano soltanto una torre e delle rovine. Il villaggio si trova a 15 leghe da Parigi, vicino a Gisors. (Nota di M. Musset-Pathay.)
[109] Var. «…mostrarmi benevolo, e… »
[110] A meno che egli non si sia prima sbagliato nel suo giudizio, oppure che colei alla quale si era affezionato non abbia poi cambiato carattere per un concorso di cause straordinarie; cosa che non è assolutamente impossibile. Se volessimo accettare senza modifiche questa conseguenza, dovremmo dunque giudicare Socrate attraverso sua moglie Xantippe, e Dion attraverso il suo amico Calippo: ciò sarebbe il più ingiusto e il più falso giudizio mai espresso. Del resto, qui si tenga ben lontana ogni applicazione offensiva nei confronti di mia moglie. È vero che lei è più limitata e più facile da ingannare di quanto io avessi creduto; ma per il suo carattere, puro, eccellente, privo di malizia, merita tutta la mia stima e la meriterà finché vivrò.
[111] * Vedi il libro IV. Fu a questa signorina che egli scrisse allora quella lettera d’amore così appassionata, l’unica di questo genere che si riscontri nella sua corrispondenza, e che si trova in questa parte delle sue opere, sotto il nome di signorina***, e con data del 1736, n. IX. (Nota di M. Musset-Pathay.)
[112] * Quest’opera (stampata per la prima volta nel 1743) si trova nella categoria MUSICA di questa edizione. Si vedano anche, nell’appendice di questa edizione delle Confessioni, nuovi dettagli sul sistema di Rousseau.
[113] Var. «…esigono per ogni intervallo una… »
[114]* Vedi nella Corrispondenza (febbraio 1743) di questa edizione una lettera che mostra come l’abate Desfontaines mantenne la sua promessa.
[115] * Si sono usati questi termini, proprio per colpa sua, per sostenere che fu su consiglio di Diderot che Rousseau sostenne la negativa nel suo primo discorso; ma se questa supposizione fosse fondata, se tale fosse il senso di quei termini, non costava di più a Jean-Jacques darne spiegazione quando, nel libro successivo, riferisce le circostanze nelle quali compose quel discorso e lo stato della sua anima. …La colpa di Diderot, se davvero lo fu, consisteva nel correggere lo stile dell’amico, nel dargli consigli e, di conseguenza, nell’incoraggiarlo a continuare a scrivere. Rousseau lo dice chiaramente sia nelle sue Confessioni che nella prefazione alla sua lettera a d’Alembert. «Avevo un aristarco severo e giudizioso; ora non ce l’ho più; non ne voglio più: ma lo rimpiangerò incessantemente, e manca molto di più al mio cuore che ai miei scritti.» (Nota di M. Musset-Pathay.)
[116] L’ho creduto così a lungo e così perfettamente, che proprio a lui, dal mio ritorno a Parigi, ho affidato il manoscritto delle mie Confessioni. Il diffidente Jean-Jacques non ha mai potuto credere alla perfidia e alla falsità se non dopo esserne stato vittima.*
*(Al posto di questa nota, nel manoscritto autografo c’è semplicemente: «Ecco ciò che avrei sempre pensato se non fossi mai tornato a Parigi.»)
[117] Var. «…composavo versi, canti.»
[118] Var. «… tra le braccia della prima bellezza dell’universo»
[119] * Cameriere del cardinale de Fleury. Vedi i Memorie del maresciallo di Richelieu.
[120] Sono indeciso se non fosse San Samuele. I nomi propri mi sfuggono completamente. (Questa nota non è nel manoscritto autografo.)
[121] *J. B. Dumont, conte di Gages comandò l’esercito spagnolo nel 1742; l’anno seguente sconfisse gli austriaci in Lombardia: costretto a ritirarsi di fronte a forze superiori, conservò intatta la sua piccola armata e, grazie a una serie di manovre sapienti, non si lasciò mai attaccare. È di questa ritirata che parla Rousseau.
[122] * Per comprendere questo fatto, bisogna ricordare che, all’epoca, cioè nel 1743, don Carlos, figlio di Filippo V, non era ancora riconosciuto dalle potenze europee e che l’Austria, che era stata costretta a cedere, nel 1736, tramite il trattato di Vienna, il regno di Napoli alla casa di Borbone, voleva rientrarvi. Se l’agente austriaco fosse riuscito a far insorgere i napoletani, la causa del figlio del re di Spagna sarebbe stata perduta, perché l’esercito del conte di Gages si trovava in Lombardia ed era composto da napoletani, i quali avrebbero abbandonato il loro generale. (Nota di M. Musset-Pathay.)
[123] Var. «Vitali che teneva le chiavi non era…»
[124] Var. «a mezza voce.»
[125] * Vale a dire nativo di Forlì, città italiana nella Romagna.
[126] Var. «…il mio carattere, è…»
[127] Var. «Mi siedo.»
[128] * Ecco la prova della malafede di La Harpe. Si è visto sopra in quale occasione Rousseau versi lacrime vedendo Zulietta prostituirsi. Il motivo delle sue lacrime era nobile. Ma La Harpe lo attribuisce alla deformità che lei aveva, e della quale Jean-Jacques non si era ancora accorto. «Eccolo», dice, «convinto che lo si voleva consegnare a una specie di mostro, e scoppia in lacrime. Se questo non è un segno di follia, che mi si dica cos’è.» La Harpe si stupisce che nessuno abbia prestato attenzione a questa aneddoto, che dimostra, dice, che la demenza era per Jean-Jacques una malattia troppo reale. Tutti hanno visto in quest’aneddoto ciò che vi vede Rousseau e come si prende gioco di sé stesso, e ci si è accontentati di essere d’accordo con lui. (Nota di M. Musset-Pathay)
[129] * Vale a dire dopo la sua ritirata. M. Amelot era ministro grazie alla protezione del cardinale de Fleury. Dopo la morte di quest’ultimo (febbraio 1743), la duchessa di Châteauroux fece licenziare M. Amelot.
[130] Ho rinunciato a questo progetto. (Questa nota non è nel primo manoscritto.)
[131] * Madame d’Épinay, nei suoi Memorie, racconta che, parlando di questa vicenda, Rousseau diceva che ciò che lo aveva riportato a Parigi era la necessità di subire un’ingiustizia e la prospettiva di esservi impiccato.
[132] * Arrivando da Venezia, Rousseau alloggiò per alcuni giorni all’hotel d’Orléans, rue du Chantre, vicino al Palais-Royal. Fu da lì che scrisse la lettera datata 11 ottobre 1744 e indirizzata al ministro degli affari esteri. Era relativa al conte di Montaigu. (Nota di M. P.)
[133] Var. «…delle alte scienze.»
[134] Var. «…ben imparato a leggere.»
[135] Var. «…di fronte alle mie finestre»
[136] * Vedi questa lettera nella Corrispondenza, alla data del 11 dicembre 1745.
[137] * L’opera stampata (brochure in-4° di 14 pagine) non porta né il nome dell’autore dei testi né quello della musica, ma solo il nome di Laval, autore del balletto. — Le Feste di Ramire furono rappresentate a Versailles il 22 dicembre 1745; ci fu quindi solo una settimana di intervallo tra la data della lettera di Voltaire e quella rappresentazione, e Rousseau non poté apportare in così breve tempo importanti modifiche al suo lavoro; non si vede dunque che egli abbia motivato, come Voltaire gli aveva suggerito nella sua lettera, il repentino passaggio dalla prigione al giardino. Questo piccolo lavoro, peraltro estremamente mediocre in tutte le sue parti, ha in comune con la Principessa di Navarra solo i testi messi in musica in quest’ultima e riprodotti nel nuovo balletto. (Nota di M. Musset-Pathay)
[138] *All’inizio del XIX secolo, un nuovo proprietario fece abbattere questo viale che il nome di Rousseau aveva reso celebre e che contribuiva persino ad attirare a Chenonceau gli stranieri.
[139] Fu a questo signor Ancelet che diedi una piccola commedia di mia composizione, intitolata I prigionieri di guerra, che avevo scritto dopo le disfatte dei francesi in Baviera e Boemia, e che non osai mai confessare né mostrare, e ciò per la singolare ragione che mai il re, né la Francia, né i francesi furono forse lodati meglio, né con più buon cuore, che in quella pièce; e che, repubblicano e ribelle per titolo, non osavo dichiararmi panegirista di una nazione le cui massime erano contrarie alle mie. Più addolorato dei francesi stessi per le sventure della Francia, temevo che si accusasse di adulazione e di codardia le prove di sincero attaccamento, della cui epoca e causa ho parlato nella mia prima Parte*, e che mi vergognassi di mostrarle.
- Libro V.
[140] * Questo segreto così ben custodito non lo è più, grazie alla corrispondenza di Épinay, pubblicata nel 1818; si tratta di una malattia trasmessa dal marito, tramite la moglie, a M. de Francueil.
[141] * La pièce que l’on joua était l’Engagement téméraire, par Jean-Jacques. «Elle eut, dit madame d’Épinay dans ses Mémoires, un grand succès. Je doute qu’elle pût réussir au théâtre: mais c’est l’ouvrage d’un homme de beaucoup d’esprit et peut-être d’un homme singulier. » Mademoiselle d’Ette, en parlant de la manière dont la pièce fut jouée, dit «que les hommes ne sont pas aussi excellents que les femmes, mais qu’ils ne gâtent rien. »
[142] * Var. «elle me fît voir l’appartement qu’on lui préparait, et me causa longtemps… » — Cette expression me causa, pour causa avec moi, dont on ne trouve ailleurs aucun exemple, et qui est au moins très remarquable, nous avait fait d’abord supposer quelque altération dans le texte ; mais toutes les éditions s’accordent en ceci avec le manuscrit qu’a suivi l’éditeur de 1801. (Note de M. Petitain.)
[143] Var. «aussi bien tout au moins de figure… »
[144] * Imprimé pour la première fois en 1747, 2 vol. in-12.
[145] Var. «… ses rendez-vous, fussent-ils même avec des femmes, ne… »
[146] *Imprimée en 1749.
[147]* Le manuscrit autographe déposé aux archives nationales cite ici Fontenay-aux-Roses. Mais la mémoire de Rousseau l’a trompé. Fontenay-aux-Roses est du côté de Sceaux. Il s’agit certainement de Fontenay-sous-Bois, auprès de Vincennes, comme la suite du texte le prouve. (Note communiquée)
[148] * Dans sa lettre à Malesherbes Rousseau ajoute à ce récit des circonstances bien plus frappantes encore. Elles donnent l’idée d’une inspiration et d’un accès d’enthousiasme dont on peut dire qu’il n’y a point d’exemple dans les fastes de la littérature. «Je sentis ma tête prise par un étourdissement semblable à l’ivresse. Une violente palpitation… ne pouvant plus respirer en marchant, je me laisse tomber sous un arbre de l’avenue, et j’y passe une demi-heure dans une telle agitation, qu’en me relevant j’aperçus tout le devant de ma veste mouillé de larmes, sans avoir senti que j’en répandais. «(Deuxième lettre. )
À cette extase si éloquemment décrite, Marmontel (Mémoires, livre VIII) oppose ce qu’il appelle le fait dans sa simplicité, tel qu’il déclare que le lui a raconté Diderot lui-même: «Un jour (c’est Diderot qui parle) nous promenant ensemble, il me ditquel’académie de Dijon venait de proposer une question intéressante et qu’il se proposait de la traiter. Cette question était… quel parti prendrez-vous ? lui demandai-je. — Celui de l’affirmative. — C’est le pont aux ânes. Tous les talents médiocres prendront ce chemin là… le parti contraire présente à la philosophie et à l’éloquence un champ nouveau, riche et fécond. —Vous avez raison, me dit-il après y avoir réfléchi un moment, et je suivrai votre conseil. »
Après avoir entendu Diderot parlant par l’organe de Marmonteil, entendons Diderot lui-même. Sa Vie de Sénèque contient du 61e au 68e paragraphe une longue et virulente diatribe contre son ancien ami, où les mots de scélérat, perfide, calomniateur, hypocrite, et autres semblables ne sont pas épargnés, sans l’énonciation d’aucun fait positif qui en justifie l’emploi, mais qui font bien connaître au moins la disposition de Diderot en les écrivant. Si, animé de sentiments aussi hostiles, il eût eu un fait semblable à articuler, avec quel empressement n’eût-il pas saisi cette occasion de nous en instruire, en appuyant encore et chargeant même sur ses conséquences! Hé bien, il ne dit sur cela que quelques mots, et les voici littéralement: «Lorsque le programme de l’académie de Dijon parut, il vint me consulter sur le parti qu’il prendrait. Le parti que vous prendrez, lui dis-je, c’est celui que personne ne prendra. — Vous avez raison, » répliqua-t-il (§ 66). Quelle différence de cette version à celle de Marmontel, et quelles idées contraires ne fait-elle pas naître ! (Note de l’édition de M. Petitain.)
[149] Var. «qui par convention ne laissait pas… »
[150] Var. «… qu’elle fut telle que dès-lors je ne regardai plus mes «liaisons avec Thérèse que comme un engagement honnête et saint, quoique libre et volontaire ; ma fidélité pour elle, tant qu’il durait, comme un devoir indispensable ; l’infraction que j’y avais faite une seule fois, comme un véritable adultère. Et quant à mes enfants, en les livrant à… »
[151] * Voyez clans la Correspondance cette lettre du 20 avril 1751. Voyez aussi trois lettres à madame de Luxembourg, des 12 juin, 20 juillet et 10 août 1761.
[152] * Ces raisons les plus déterminantes qu’il fait seulement entrevoir ici, il s’en explique positivement ci-après au Livre IX, et surtout dans ses Rêveries. «Il est sûr que c’est la crainte d’une destinée pour mes enfants mille fois pire et presque inévitable par toute autre voie, qui m’a le plus déterminé Hors d’état de les élever moi-même, il aurait fallu dans ma situation les laisser élever par leur mère qui les aurait gâtés, et par sa famille qui en aurait fait des monstres. Je frémis encore d’y penser. » (Huitième Promenade:)
On a vu précédemment l’idée odieuse qu’il donne de tous les individus qui composaient cette famille ; et ce qu’il va dire tout-à-l’heure du vol de linge qui lui fut fait, ne contribuera pas peu à la confirmer. (Extrait note M. P. )
[153] * Dès le temps où Rousseau résidait à Paris, l’envoi successif de ses cinq enfants à l’hôpital était, dans le quartier qu’il habitait, un fait de notoriété publique. Voici ce que rapporte à ce sujet celui qui rendit compte, dans le Journal Encyclopédique, de l’ouvrage de Ginguené sur les Confessions à l’époque de sa publication en 1791. « Le hasard m’avait logé rue de Grenelle Saint-Honoré vis-à-vis la maison où M. Rousseau occupait un appartement au troisième. Un perruquier tenait la boutique de cette maison et il devint le mien. J’avais toujours redouté la conversation de ses pareils, et au moment de l’accommodage, je manquais rarement de me munir d’un livre. Mais ce fut ma précaution même qui me trahit. J’avais un jour à la main un des volumes de M. Rousseau, et voilà mon homme qui part de là pour me dire qu’il en est fort connu et qu’il est l’ami de sa gouvernante qu’il plaint fort, attendu que les enfants que lui fait son maître sont barbarement envoyés aux Enfants-Trouvés. Je n’en crus rien, etc., etc. »
Extrait des Journaux, Août 1791 (Note de M. Petitain.)
[154] Var. «… me voir marcher fièrement et seul dans… »
[155] * Dans ses Rêveries (troisième Promenade) il fait connaître beaucoup plus en détail les motifs de sa résolution à cette époque de sa vie, les faits antérieurs qui la lui avaient fait former d’avance, et toutes les circonstances qui alors le déterminèrent. Il y trace l’historique complet, non seulement, comme il le dit, de la réforme externe et matérielle, mais encore de la réforme intellectuelle et morale qui en fut la suite. (Note M. P.)
[156] Je ne doute pas que tout ceci ne soit maintenant conté bien différemment par Francueil et ses consorts ; mais je m’en rapporte à ce qu’il en dit alors et longtemps après à tout le monde, jusqu’à la formation du complot, et dont les gens de bon sens et de bonne foi ont dû conserver le souvenir.
[157] Var. «… n’en ai plus eu depuis lors que… »
[158] Var. «… me faisait perdre. Les cadeaux de toute espèce venaient me chercher. Bientôt… »
[159] Var. «… tout-à-fait. J’en fus navré, car… »
[160] Puisque j’ai négligé de raconter une petite mais mémorable aventure que j’eus là avec ledit M. Grimm, un matin que nous devions aller dîner à la fontaine de Saint-Vandrille, je n’y reviendrai pas ; mais en y pensant dans la suite, j’en ai conclu qu’il couvait dès lors au fond de son cœur le complot qu’il a exécuté depuis avec un si prodigieux succès. (Cette note n’est pas dans le manuscrit autographe.)
[161] Var. «… un autre refuge fort… »
[162] * C’est le titre d’une comédie en musique, paroles de Néricault Destouches, musique de Mouret, représentée à l’Opéra en 1742, et reprise pour la troisième fois en 1752. On voit dans quelques brochures de ce temps-là que les défenseurs de la musique française citaient celle de cette pièce en preuve du talent des musiciens français pour rendre des effets attribués exclusivement par leurs adversaires à la musique italienne. (Note de M. P.)
[163] C’est ainsi qu’on appelait Rebel et Francoeur, qui s’étaient fait connaître dès leur jeunesse en allant tojours ensemble jouer du violon dans les maisons.
[164] Var. «… un bruit, qui véritablement ne dura pas, que je n’étais pas l’auteur du Devin du village. »
[165] Je ne prévoyais guère encore qu’on le dirait enfin, malgré le Dictionnaire. (Cette note n’est point dans le manuscrit autographe.)
[141] * The play that was performed was “L’Engagement téméraire” by Jean-Jacques. “It was a great success,” Madame d’Épinay wrote in her Memoirs. “I doubt it would have been successful in the theater, but it is the work of a man of great intellect—and perhaps even a rather unusual man.” Mademoiselle d’Ette, referring to the way the play was performed, said, “Men are not as excellent as women, but they at least do not spoil anything.”*
[142] * Variant: “She showed me the apartment that was being prepared for her, and this caused me great, ” — This expression caused me great,; using “caused me” in this way is an example nowhere else found, and it is certainly very noteworthy. At first, it led us to suppose some alteration in the text; but all editions agree with the manuscript followed by the editor in 1801. (Note by Mr. Petitain.)
[143] Variant: “at least in appearance, ”
[144] * First printed in 1747, in 2 volumes in 12mo format.
[145] Variant: “. his meetings, even if they were with women, did not.”
[146] Printed in 1749.
[147]* The autographed manuscript held in the national archives mentions Fontenay-aux-Roses here. But Rousseau’s memory misled him; Fontenay-aux-Roses is actually located near Sceaux. It must be Fontenay-sous-Bois, near Vincennes, as the remainder of the text confirms. (Note provided)
[148] * In his letter to Malesherbes, Rousseau adds even more striking details to this account. They give an idea of the inspiration and enthusiasm he felt—something for which there is no parallel in the annals of literature. “I felt my head spin, as if I were drunk. A violent palpitation, unable to breathe while walking, I sat down under a tree on the street and spent half an hour in such agitation that when I stood up, I found the front of my coat soaked with tears, without even realizing that I had been crying.” (Second letter.)
To this ecstatic state so vividly described, Marmontel (Mémoires, Book VIII) contrasts what he calls the “fact in its simplicity,” as told to him by Diderot himself: “One day (it was Diderot who spoke), while we were walking together, he told me that the Academy of Dijon had just proposed an interesting question and that he intended to address it. The question was, ‘Which side will you take?’ I asked him. — ‘The affirmative one.’ — ‘That’s the path of the foolish. All mediocre talents will choose that way. The opposite position, however, offers philosophy and oratory a new, rich, and fertile field of exploration.’ — ‘You are right,’ he said after some thought, ‘and I will follow your advice.’”
After hearing Diderot speak through the voice of Marmontel, let us hear Diderot himself. In his “Life of Seneca,” from paragraphs 61 to 68, he delivers a long and vehement diatribe against his former friend, using terms such as “scoundrel,” “perfidious,” “calumniator,” “hypocrite,” and others without presenting any factual evidence to justify them—yet these words clearly reveal Diderot’s true feelings at the time of writing. Had he truly held such hostile views and had there been any relevant incident to mention, how eagerly would he have seized the opportunity to inform us about it, emphasizing even more the consequences of such behavior! Yet all he said on this subject was a few brief words: “When the program of the Academy of Dijon was published, he came to consult me about what stance to take. ‘The stance you will take,’ I told him, ‘is one that no one else will adopt.’ ‘You are right,’ he replied (paragraph 66).” What a contrast between this version and Marmontel’s account—and what opposing interpretations it leads to! (Note by Mr. Petitain.)
[149] Variant: “which, by convention, did not allow, ”
[150] Var. “, that from that moment on, I regarded my ‘relations with Thérèse’ merely as an honest and sacred commitment, albeit free and voluntary; my fidelity to her, as long as it lasted, as an indispensable duty; any violation of that commitment, as a true act of adultery. As for my children, in handing them over to, ”
[151] * See the correspondence, in particular this letter dated April 20, 1751. Also refer to three letters addressed to Madame de Luxembourg, dated June 12, July 20, and August 10, 1761.
[152] * These most decisive reasons, which he merely hints at here, he elaborates on in detail in Book IX, especially in his “Rêveries.” “It is undoubtedly the fear that my children’s fate would be a thousand times worse and almost inevitable by any other means that ultimately led me to decide not to raise them myself. In my situation, it would have been necessary to leave them in the care of their mother—whom they would have spoiled—and her family, who would have turned them into monsters. I still shudder at the thought.” (Eighth Promenade:)
We have already seen the abhorrent view he presents of all the individuals who composed this family; and what he is about to say shortly regarding the theft of clothing that occurred to him will only serve to confirm it further. (Extract noted by Mr. P.)
[153] * Even during the time Rousseau resided in Paris, the successive hospitalizations of his five children in the neighborhood where he lived became a well-known fact among the locals. Here is what someone who reported on Ginguené’s work on Confessions in the Journal Encyclopédique at the time of its publication in 1791 had to say on this matter: “By chance, I was living on rue de Grenelle Saint-Honoré, right across from the building where Mr. Rousseau had an apartment on the third floor. A barber ran the shop there, and he also became my barber. I had always avoided engaging in conversations with people of his kind, so whenever I moved into a new place, I would make sure to bring a book with me. But it was precisely this precaution that betrayed me. One day, I happened to have one of Mr. Rousseau’s books in my hands, and then this barber started telling me that he knew him quite well and that he was friends with his governess, whom he felt great pity for, since the children entrusted to her by Mr. Rousseau were being brutally sent to the Orphanage. I didn’t believe a word of it, and so on, ”
Extract from the Journals, August 1791 (Note by Mr. Petitain.)
[154] Variant: “, to see me walk proudly and alone through, ”
[155] In his Rêveries (Third Promenade), he provides much more detailed information regarding the motives behind his resolve at that stage of his life, the previous events that had led him to form such a decision in advance, and all the circumstances that ultimately influenced it. He outlines the complete history—not only, as he states, of the external and material reforms, but also of the intellectual and moral reforms that followed them. (Note by Mr. P.)
[156] I doubt not that all of this is now being described very differently by Francueil and his accomplices; but I rely on what he said at that time and long afterwards to everyone, right up until the formation of the conspiracy, and which people of good sense and integrity must have retained in their memory.
[157] Variant: “.I have not had any since then that, ”
[158] Variant: “, caused me to lose my way. Gifts of all kinds came looking for me. Soon after, ”
[159] Variant: “. absolutely. I was very upset about it, because, ”
[160] Since I neglected to tell a small but memorable incident that occurred there with Mr. Grimm, one morning when we were supposed to go dine at the fountain of Saint-Vandrille, I will not repeat it here; but upon reflecting on it later, I concluded that precisely then, deep in his heart, he had already conceived the scheme that he would later carry out with such remarkable success. (This note is not included in the autographed manuscript.)
[161] Variant: “, another strong refuge, ”
[162] * This is the title of a comic opera with music by Mouret and librettos by Néricault Destouches, which was performed at the Opera in 1742 and staged for the third time in 1752. Some pamphlets from that period show that defenders of French music often cited this work as evidence of the talent of French musicians in producing effects that their opponents claimed were exclusive to Italian music. (Note by Mr. P.)
[163] This was how Rebel and Francoeur were referred to; they had become known since their youth for always going together to play the violin in people’s homes.
[164] Variant: “, a noise that, in truth, did not last long; I was not the author of ‘The Village Deity’.”
[165] I had hardly anticipated that such a statement would finally be made, despite the existence of the Dictionary. (This note is not included in the original manuscript.)
[141] L’opera rappresentata era “L’Engagement téméraire” di Jean-Jacques. “Riscosse un grande successo”, scriveva madame d’Épinay nei suoi Mémoires. “Dubito che avrebbe potuto avere lo stesso successo teatrale; ma si tratta comunque dell’opera di un uomo molto intelligente, e forse anche di un uomo straordinario”. Mademoiselle d’Ette, parlando del modo in cui l’opera fu rappresentata, affermava che “gli uomini non sono così eccellenti quanto le donne, ma almeno non rovinano nulla”.
[142] * Variante: «Mi fece vedere l’appartamento che le stavano preparando e mi parlò a lungo, » — Quest’espressione, che non si trova in nessun altro esempio e che è certamente molto notevole, ci aveva fatto inizialmente supporre qualche alterazione nel testo; tuttavia tutte le edizioni concordano con il manoscritto seguito dall’editore del 1801. (Nota di M. Petitain.)
[143] Variante: “almeno in apparenza, ”
[144] * Pubblicato per la prima volta nel 1747, 2 volumi in formato in-12.
[145] Variante: “, i suoi appuntamenti, anche se con donne, non, ”
[146] Stampato nel 1749.
[147]* Il manoscritto autografo conservato negli archivi nazionali menziona qui Fontenay-aux-Roses. Ma la memoria di Rousseau lo ha ingannato: Fontenay-aux-Roses si trova infatti vicino a Sceaux. Si tratta sicuramente di Fontenay-sous-Bois, nei pressi di Vincennes, come dimostra il seguito del testo. (Nota fornita)
[148] * Nella sua lettera a Malesherbes, Rousseau aggiunge a questo racconto circostanze ancora più straordinarie. Queste circostanze danno l’impressione di un’ispirazione e di un accesso di entusiasmo che si può dire non abbiano eguali nella storia della letteratura. “Sentii la testa girarmi, come se fossi ubriaco; una violenta palpitazione. Non riuscendo più a respirare mentre camminavo, mi lasciai cadere sotto un albero dell’avenue e trascorsi mezz’ora in uno stato di tale agitazione che, quando mi rialzai, vidi tutta la parte anteriore della mia giacca bagnata di lacrime, senza nemmeno rendermi conto di averle versate.” (Seconda lettera.)*
A questa estasi descritta in modo così eloquente, Marmontel (Mémoires, libro VIII) oppone ciò che definisce “il fatto nella sua semplicità”, così come lo racconta Diderot stesso: “Un giorno (è Diderot a parlare), mentre ci trovavamo insieme, mi disse che l’Accademia di Digione aveva proposto una questione interessante e che intendeva trattarla. Quella questione era, ‘Quale posizione prenderete?’ gli chiesi. — Quella affermativa.’ — Ma è la strada più facile. Tutti i talenti mediocri sceglieranno questa via. La posizione opposta, invece, offre alla filosofia e all’oratoria un campo nuovo, ricco e fecondo. — Avete ragione,” mi disse dopo averci riflettuto per un momento, “e seguirò il vostro consiglio.”
Dopo aver ascoltato Diderot parlare attraverso la voce di Marmontel, ascoltiamo ora Diderot stesso. La sua “Vita di Seneca” contiene, dal paragrafo 61 al 68, una lunga e violenta invettiva contro il suo ex amico; in essa vengono usati termini come “scellerato”, “perfido”, “calunniatore”, “ipocrita”, senza che venga menzionato alcun fatto concreto che possa giustificare tali accuse. Tuttavia, questi termini rivelano chiaramente l’atteggiamento di Diderot al momento della stesura di queste righe. Se, animato da sentimenti così ostili, avesse avuto a disposizione un fatto concreto per dimostrare le sue accuse, con quanta fretta avrebbe colto l’occasione per informarci al riguardo, sottolineandone ancora di più le conseguenze! Eppure, su questo argomento Diderot dice soltanto poche parole, e queste sono esattamente queste: “Quando apparve il programma dell’accademia di Digione, venne da me per chiedermi quale posizione avrebbe dovuto assumere. ‘La posizione che prenderete voi’, gli dissi, ‘è quella che nessuno prenderà.’ ‘Avete ragione’, rispose lui” (paragrafo 66). Che differenza c’è tra questa versione e quella di Marmontel. E quali idee contrastanti non vengono sollevate da queste discrepanze! (Nota dell’edizione di M. Petitain.)
[149] Variante: “che per convenzione non la lasciava, ”
[150] Variazione: «, che da quel momento in poi considerai le mie “relazioni con Teresa” soltanto come un impegno onesto e sacro, sebbene libero e volontario; la mia fedeltà verso di lei, per tutto il tempo in cui durò, come un dovere indispensabile; l’unica volta in cui l’avevo infranta, come un vero adulterio. E quanto ai miei figli, »
[151] Si veda nella “Corrispondenza” questa lettera del 20 aprile 1751; si vedano anche tre lettere indirizzate a madame de Luxembourg, rispettivamente del 12 giugno, 20 luglio e 10 agosto 1761.
[152] * Queste ragioni, le più decisive, che egli qui solo accenna, ne fornisce una spiegazione dettagliata nel Libro IX e soprattutto nelle sue “Rêveries”. “È certo che sia stato proprio il timore di un destino mille volte peggiore per i miei figli, e quasi inevitabile per qualsiasi altra strada, a determinarmi ad abbandonare l’idea di crescerli personalmente. Nella mia situazione, avrei dovuto lasciarli crescere da loro madre, che li avrebbe viziati, o dalla sua famiglia, che ne avrebbe fatto dei mostri. Ancora oggi rabbrividisco al solo pensarci.” (Ottava “Passeggiata”.)
Abbiamo già visto l’idea orribile che egli ha di tutti gli individui che componevano quella famiglia; e ciò che dirà tra poco riguardo al furto dei suoi vestiti non farà certo altro che confermarla. (Estratto annotato dal signor P.)
[153] * Già dal tempo in cui Rousseau risiedeva a Parigi, l’invio successivo dei suoi cinque figli all’ospedale era, nel quartiere in cui abitava, un fatto di notorietà pubblica. Ecco quanto ne riferisce colui che, sul Journal Encyclopédique, descrisse l’opera di Ginguené sulle Confessioni al momento della sua pubblicazione nel 1791: “Per caso mi trovavo a vivere in rue de Grenelle Saint-Honoré, di fronte alla casa dove il signor Rousseau aveva un appartamento al terzo piano. Un parrucchiere gestiva quel negozio e divenne anche il mio cliente. Di solito temevo le conversazioni con persone del suo genere, quindi quando mi trasferii lì, non mancavo mai di portare con me un libro. Ma proprio questa precauzione finì per tradirmi. Un giorno avevo in mano uno dei volumi di Rousseau; il parrucchiere, vedendolo, iniziò a dirmi che lo conosceva bene e che era amico della sua governante, di cui provava grande compassione, poiché i bambini affidati alle sue cure venivano spediti brutalmente all’Ospedale degli Orfani. Non gli credetti, eccetera, ”.*
Estratto dai Giornali, agosto 1791 (Nota di M. Petitain).
[154] Variante: «, vedermi camminare fieramente e da solo nella. »
[155] Nei suoi Sogni (Terza Passeggiata), descrive in modo molto più dettagliato i motivi che lo spinsero a prendere tale decisione in quel periodo della sua vita, gli eventi precedenti che lo avevano portato ad elaborare tale idea in anticipo, e tutte le circostanze che all’epoca ne determinarono l’attuazione. Vi traccia, non solo, come egli stesso afferma, la storia completa della riforma esterna e materiale, ma anche quella della riforma intellettuale e morale che ne seguì. (Nota del signor P.)
[156] Non dubito che tutto ciò venga ora raccontato in modo molto diverso da Francueil e dai suoi complici; ma mi attengo a quanto egli ne disse all’epoca e per molto tempo dopo, davanti a tutti, fino alla formazione del complotto stesso, e di cui persone di buon senso e onestà devono aver conservato il ricordo.
[157] Variante: “, da allora non ne ho più avuti, ”
[158] Variante: “, mi faceva perdere la strada. Regali di ogni tipo venivano a cercarmi. Presto, ”
[159] Variante: “, assolutamente. Ne fui molto dispiaciuto, perché, ”
[160] Poiché ho trascurato di raccontare una piccola ma memorabile avventura che ebbi lì con il suddetto signor Grimm, una mattina in cui dovevamo andare a cena alla fontana di Saint-Vandrille, non ne riparlerò; tuttavia, riflettendoci in seguito, ho concluso che già allora, nel profondo del suo cuore, covava il complotto che in seguito ha attuato con un successo così straordinario. (Questa nota non è presente nel manoscritto autografo.)
[161] Variante: “, un altro rifugio sicuro, ”
[162] È il titolo di una commedia in musica, con testi di Néricault Destouches e musiche di Mouret, rappresentata all’Opéra nel 1742 e ripresa per la terza volta nel 1752. Si legge in alcune brochure di quel periodo che i sostenitori della musica francese citavano questa opera come prova del talento dei musicisti francesi nel creare effetti sonori che, secondo i loro avversari, erano esclusivamente prerogativa della musica italiana. (Nota di M. P.)
[163] Ecco come venivano chiamati Rebel e Francoeur, che fin da giovani si fecero conoscere suonando il violino insieme nelle case delle persone.
[164] Variante: “, un rumore che, in realtà, non durava a lungo; e io non ero l’autore del ‘Devin du village’.”
[165] Non mi aspettavo affatto che si arrivasse finalmente a dirlo, nonostante l’esistenza del Dizionario. (Questa nota non è presente nel manoscritto autografo.)
[166] Ils commencèrent à jouer au mois d’août 1752 et restèrent jusqu’en mars 1754. Pendant ces vingt mois ils représentèrent douze pièces dont voici les titres, 1° La Serva Padrona, de Pergolèse: 2° Giocatore, d’Orlandini et d’autres: 3° Il Maestro di musica, de plusieurs: 4° La Finta Cameria, de Altella: 5° La Dona Superba, de plusieurs: 6° La Scaltra Governatrice, de Cocchi: 7° Il Cinese rimpatriato, de Selletti: 8° La Zingara, de Riualdo: 9° Gli Artigiani. arrichiti, de Latilla: 10° Il Paratagio, de Jomelli: 11° Bertoldo in corte, de Ciampi: 12° I Viaggiatori, de Leo.
[167] Dans le temps que j’écrivais ceci, je n’avais encore aucun soupçon du grand complot de Diderot et de Grimm, sans quoi j’aurais aisément reconnu combien le premier abusait de ma confiance pour donner à mes écrits ce ton dur et cet air noir qu’ils n’eurent plus quand il cessa de me diriger. Le morceau du philosophe qui s’argumente en se bouchant les oreilles pour s’endurcir aux plaintes d’un malheureux, est de sa façon, et il m’en avait fourni d’autres plus forts encore que je ne pus me résoudre à employer. Mais, attribuant uniquement cette humeur noire à celle que lui avait donnée le donjon de Vincennes, et dont on retrouve dans son Clairval une assez forte dose, il ne me vint jamais à l’esprit d’y soupçonner la moindre méchanceté.
[168] * Mademoiselle d’Ette, en rendant compte au chevalier de Valori de ce qui se passe à la Chevrette, s’exprime ainsi: «Gauffecourt, ce basset sexagénaire, fait le doucereux auprès de l’indolente Dejully qui le persifle… c’est un vrai basset. Je ne puis me faire à respecter un homme de son état qui joue la comédie, et qui n’a que quatre pieds de haut. » Mém. de mad. d’Épinay.
[169] Var. «… Moultou le fils, qui pendant mon séjour à Genève, fut reçu dans le ministère, auquel il a depuis renoncé ; jeune homme… »
[170] * Comme il abdiqua ce titre, après la condamnation de l’Émile à Genève, il veut sans doute dire qu’il le perdit, parce qu’on l’avait forcé de s’en démettre par de mauvais procédés. Voyez la lettre du la mai 1763 adressée au premier syndic de la république de Genève.
[171] Var. «… je ne crois pas d’avoir été… »
[172] * Après la mort de M. d’Épinay, Grétry a acheté l’Ermitage et y a vécu jusqu’à sa mort arrivée en 1813. L’année suivante, le nouveau propriétaire, qui avait épousé la nièce de Grétry, a fait restaurer la maison en l’augmentant par des constructions nouvelles. Le jardin aussi a été agrandi et en partie planté à l’anglaise. On y voit les bustes de Rousseau et de Grétry.
[173] Var. «… M. d’Holbach ; il me répondit honnêtement. Ce… »
[174] Var. «… si doucement, si pleinement consacrés à… »
[175] * Les lettres du Ier volume de la Correspondance depuis le mois de mars 1756, et adressées, soit à madame d’Épinay, soit à Grimm, Diderot, Saint-Lambert, madame d’Houdetot, jusqu’au 1er janvier 1758, sont comme les pièces justificatives de ce IXème livre. Les plus nombreuses et les plus intéressantes pour confirrmer le récit sont celles adressées à madame d’Épinay.
[176] Var. «Qui ne sait ti’availler qu’à… »
[177] * Il ne faut pas oublier qu’il écrivait ceci avant l’année 1770, où il revint, dans l’été, habiter Paris, sans en avoir eu le projet, comme on le verra dans la lettre du 4 juin 1770, adressée à M. Moultou.
[178] * Voyez les détails de ce déménagement dans les Mémoires de madame d’Épinay.
[179] C’était surtout la sage sévérité de Duclos qui m’inspirait cette crainte: car, pour Diderot, je ne sais comment toutes mes conférences avec lui tendaient toujours à me rendre satirique et mordant plus que mon naturel ne me portait à l’être. Ce fut cela qui me détourna de le consulter sur une entreprise où je voulais mettre uniquement toute la force du raisonnement, sans aucun vestige d’humeur et de partialité. On peut juger du ton que j’avais pris dans cet ouvrage par celui du Contrat Social, qui en est tiré.
[180] * Livre V. Voyez les conseils que le gouverneur d’Émile donne à son élève au retour de ses voyages.
[181] Var. «… qu’on a trouvé… »
[182] * Dans le Discours, la matière était abstraite et demandait de l’attention pour être comprise: dans la Julie elle était présentée sous une forme romanesque ; et dans la bouche d’un personnage de roman. On pouvait douter que l’auteur eu voulût faire une doctrine, ou même que ce fût la sienne. Mais dans l’Émile tous les doutes furent levés. Quant à ce dernier ouvrage, nous verrons que les circonstances étaient différentes, et que la lutte des jésuites et des parlements influa sur sa condamnation.
[183] * Madame de Genlis a rendu compte de ce projet d’ouvrage dans sa préface d’Alphonsine, et voici l’idée qu’elle en donne: «Rousseau, dit-elle, voulait expliquer pourquoi les hommes sont souvent dissemblables à eux-mêmes. Il en eût montré les raisons par les manières diverses de vivre, le régime et les aliments. Il devait proposer une manière de vivre et un régime extérieur. Par exemple, ° il eût défendu, aux gens sanguins, de traiter d’affaires après le repas, parce que le sang leur porte à la tête ; il eût interdit les boissons spiritueuses aux personnes colériques. Tout cela eût formé une espèce de livre de médecine qui n’eût rien offert de bien neuf. Il devait intituler cet ouvrage, la Morale sensitive. Je n’ai jamais cru que la vertu dépendit d’une bonne digestion. La puissance supposée presqu’absolue du physique sur le moral est une erreur que les matérialistes, les athées et les épicuriens doivent soutenir de bonne foi. » Le lecteur peut comparer entre le projet de Jean-Jacques et celui que lui prête madame de Genlis, puis il décidera s’il faut classer Rousseau parmi les athées, ou les épicuriens. (Note de M. Musset-Pathay)
[184] Var. «je ne puis de jour méditer… »
[185] * Probablement la confidence que lui avait faite M. de Francueil sur le compte de madame d’Épinay, et dont il est parlé dans le VIIème livre
[186] * On a tour-à-tour reconnu et contesté le mariage de Thérèse. Cette question dépend du point de vue sous lequel on l’envisage. L’engagement existait dans les idées de Rousseau, puisqu’il avait fait devant des témoins un serment qui le liait autant que si le mariage eût été célébré à l’église et par acte public. Mais, d’après nos lois, il n’y avait pas de mariage.
[187] Var. «Enfants-Trouvés leur étaient cent fois moins funestes. »
[188] Var. «dont j’ai narré l’histoire. »
[189] Var. «complaisant, facile ; en un mot… »
[190] * Les ennemis de Rousseau purent supposer qu’il n’était point étranger à ce manège. Madame Dupin dut croire qu’il profitait de ses cadeaux, et Jean-Jacques être désespéré de l’idée qu’il pouvait passer pour en recevoir. Nous n’avons, pour connaître la vérité, que son propre témoignage ; et un fait bien positif, c’est la situation dans laquelle il s’est trouvé. (Note de M. Musset-Pathay)
[191] Var. «de sa part quelque gratitude ; elle… »
[192] Var. Sans qu’il y ait, — sans qu’il y eût
[193] Var. «de treize ans n’avait … »
[194] Var. «du moins une seule fois brûlé… »
[195] * Le 1er novembre 1755. Une partie fut détruite par le tremblement de terre, et l’autre consumée par un incendie.
[196] * Voyez dans la Correspondance la lettre du 18 août 1756.
[197] Var. «de mes fantastiques amours. »
[198] * Conséquemment ce ne serait que de 1757 qu’il faudrait dater sa passion pour madame d’Houdedot.
[199] J’admire en ce moment ma stupidité de n’avoir pas vu, quand j’écrivais ceci, que le dépit avec lequel les holbachiens me virent aller et rester à la campagne, regardait principalement la mère Le Vasseur, qu’ils n’avaient plus sous la main pour les guider dans leurs systèmes d’imposture par des points fixes de temps et de lieux. Cette idée, qui me vient si tard, éclaicit parfaitement la bizarrerie de leur conduite, qui, dans toute autre supposition, est inexplicable*.
- Cette note n’est dans aucune des éditions antérieures à celle de 1801.
[200] Var. «…extravagant. Ainsi ceux qui le soufflaient en furent cette fois pour leur peine, et je n’en passai pas mon hiver moins tranquillement. »
[201] Var. «… et se maintenir vertueuse. »
[202] * Il développe cette idée, et fait plus particulièrement connaître le vrai but de son livre dans une lettre à M. Vernes, du 24 juin 1761. Voyez la Correspondance.
[203] Var. «… je raffolais malgré ma barbe déjà grisonnante. »
[204] * Voici ce billet, tel qu’il est rapporté dans les Mémoires de madame d’Épinay (tom. II, p. 347)
[166] They began performing in August 1752 and continued until March 1754. Over these twenty months, they presented twelve plays, the titles of which are as follows: 1) La Serva Padrona, by Pergolèse; 2) Giocatore, by Orlandini and others; 3) Il Maestro di musica, by several authors; 4) La Finta Cameria, by Altella; 5) La Dona Superba, by several authors; 6) La Scaltra Governatrice, by Cocchi; 7) Il Cinese rimpatriato, by Selletti; 8) La Zingara, by Riualdo; 9) Gli Artigiani arricchiti, by Latilla; 10) Il Paratagio, by Jomelli; 11) Bertoldo in corte, by Ciampi; 12) I Viaggiatori, by Leo.
[167] When I was writing this, I had no idea whatsoever about the great scheme concocted by Diderot and Grimm; otherwise, I would have immediately realized how much he was abusing my trust in order to give my writings that harsh tone and that gloomy undertone they never again possessed after he stopped directing me. The passage in which the philosopher justifies his actions by covering his ears to harden himself to the complaints of a unfortunate person is, in its way, quite typical of him; he had also provided me with other passages even more extreme, but I simply could not bring myself to use them. However, since I attributed this gloomy temperament solely to the influence of the Vincennes dungeon—and since a similar tone can be found in his work Clairval—I never once suspected that there was any malice behind it.
[168] Mademoiselle d’Ette, reporting to Sir de Valori what is happening at La Chevrette, says the following: “Gauffecourt, that sixty-year-old basset, acts all sweet and gentle towards the indolent Dejully who mocks him. What a true little shrewd fellow he is. I simply cannot bring myself to respect a man in his condition who behaves in such a ridiculous way, and who is not even four feet tall.” Memoirs of Madame d’Épinay.
[169] Variant: “.Moulou, the son who, during my stay in Geneva, was accepted into that ministry, from which he later withdrew; a young man, ”
[170] * Since he renounced this title after Émile was condemned in Geneva, he probably means that he lost it because he was forced to do so through unjust means. See the letter dated May 1763 addressed to the first syndic of the Republic of Geneva.
[171] Variant: “. I don’t think I have been.”
[172] * After the death of Mr. d’Épinay, Grétry purchased the Ermitage and lived there until his death in 1813. The following year, the new owner, who had married Grétry’s niece, had the house restored and expanded with new constructions. The garden was also enlarged and partially laid out in an English style. Busts of Rousseau and Grétry can be seen there.
[173] Variant: “. Mr. d’Holbach; he replied to me honestly. This.”
[174] Variant: “, so gently, so utterly devoted to, ”
[175] * The letters from the first volume of the Correspondence, dating from March 1756 and addressed either to Madame d’Épinay or to Grimm, Diderot, Saint-Lambert, or Madame d’Houdetot, up until January 1, 1758, serve as corroborative evidence for this ninth volume. Those addressed to Madame d’Épinay are both the most numerous and the most relevant in confirming the narrative contained within it.*
[176] Variant: “Who is only good at, ”
[177] It must not be forgotten that he wrote this before the year 1770; it was only in the summer of that year that he returned to live in Paris, without having initially planned to do so, as will be seen from the letter dated June 4, 1770, addressed to Mr. Moultou.
[178] * For details of this relocation, see Madame d’Épinay’s Memoirs.
[179] It was chiefly Duclos’s wise severity that inspired this fear in me; for, with Diderot, I found that all our conversations always tended to make me more satirical and incisive than my nature naturally inclined me to be. This was the reason why I refrained from consulting him regarding a project in which I wanted to employ solely the power of reasoning, without any trace of emotion or bias. The tone I adopted in this work can be judged by that of the Social Contract, which is derived from it.
[180] * Book V. See the advice that Governor Émile gives to his student upon his return from travels.
[181] Variant: “, which was found, ”
[182] * In the “Discourse,” the material was abstract and required attention in order to be understood; in “Julie,” it was presented in a romantic form, through the words of a fictional character. One might doubt whether the author intended to convey any particular doctrine, or even whether such a doctrine was his own. However, in “Émile,” all such doubts were dispelled. As for this latter work, we will see that the circumstances were different, and that the conflict between the Jesuits and the parliaments influenced its condemnation.
[183] *Madame de Genlis described this intended work in the preface to Alphonsine, and here is her idea of it: “Rousseau, she said, wanted to explain why people are often different from themselves. He would have demonstrated the reasons for this through various ways of living, as well as diet and food habits. He probably intended to propose a particular way of living and a specific dietary regimen. For example, he might have advised people with sanguine temperaments not to handle business matters after meals, since eating causes blood to rush to the head; he might have forbidden alcoholic beverages for those prone to anger. All these elements would have combined to form something akin to a medical treatise, though nothing truly novel would have been offered. He probably intended to title this work The Moral Sense. I have never believed that virtue depends on good digestion. The notion that the physical realm has almost absolute control over the moral realm is an error that materialists, atheists, and Epicureans must sincerely uphold.” The reader may compare Jean-Jacques Rousseau’s actual intentions with those attributed to him by Madame de Genlis, and then decide whether to classify Rousseau among atheists or Epicureans. (Note by M. Musset-Pathay)
[184] Variant: “I cannot meditate during the day, ”
[185] * Probably the confidance that Mr. de Francueil had shared with him regarding Madame d’Épinay, which is mentioned in Book VII.*
[186] * There is ongoing debate and disagreement regarding the legality of Thérèse’s marriage. This issue depends on the perspective from which it is considered. In Rousseau’s philosophy, such an engagement existed, since he had made a vow in front of witnesses—a vow that bound him just as effectively as if the marriage had been solemnized in a church through a public ceremony. However, according to our laws, such an arrangement did not constitute a valid marriage.
[187] Variant: “Found Children were far less harmful.”
[188] Variant: “of which I have told the story.”
[189] Variant: “compliable, easy; in short, ”
[190] * Rousseau’s enemies might have assumed that he was not innocent of this scheme. Madame Dupin must have believed that he took advantage of her gifts, and Jean-Jacques must have been desperate at the thought that he might be perceived as receiving them. All we have to know the truth is his own testimony; and one undeniable fact is the situation in which he found himself. (Note by M. Musset-Pathay)
[191] Variant: “some gratitude on his part; she, ”
[192] Variant: Without there being any, – without it having existed at all.
[193] Variant: “At thirteen years old, he had not yet, ”
[194] Variant: “at least once burned, ”
[195] * On November 1st, 1755, one part was destroyed by the earthquake, and the other was consumed by fire.
[196] * See the letter dated August 18, 1756, in the Correspondence section.
[197] Variant: “of my fantastic loves.”
[198] * Consequently, it would only be in 1757 that his passion for Madame d’Houdedot could be dated.
[199] I marvel at my own stupidity for not realizing, when writing this, that the resentment with which the Holbachiens watched me go and stay in the countryside was mainly directed at Madame Le Vasseur—someone they no longer had at their disposal to guide them in their schemes of deception through predetermined times and places. This realization, coming so late, perfectly elucidates the absurdity of their behavior, which would otherwise be utterly inexplicable.
- This note does not appear in any edition prior to that of 1801.
[200] Variant: “, extravagant. Thus, those who tried to blow it up suffered for their efforts, and I still spent my winter quite peacefully.”
[201] Variant: “, and remain virtuous.”
[202] He elaborates on this idea and particularly clarifies the true purpose of his book in a letter to Mr. Vernes dated June 24, 1761. See the Correspondence.
[203] Variant: “. I still took great pleasure in it, despite my already graying beard.”
[204] * Here is that letter, as quoted in the Memoirs of Madame d’Épinay (Volume II, page 347).*
[166] Iniziarono a recitare nell’agosto del 1752 e continuarono fino al marzo del 1754. Durante questi venti mesi rappresentarono dodici opere; ecco i loro titoli: 1° La Serva Padrona, di Pergolèse; 2° Giocatore, di Orlandini e altri; 3° Il Maestro di musica, di autori diversi; 4° La Finta Cameria, di Altella; 5° La Dona Superba, di autori diversi; 6° La Scaltra Governatrice, di Cocchi; 7° Il Cinese rimpatriato, di Selletti; 8° La Zingara, di Riualdo; 9° Gli Artigiani arricchiti, di Latilla; 10° Il Paratagio, di Jomelli; 11° Bertoldo in corte, di Ciampi; 12° I Viaggiatori, di Leo.
[167] Mentre scrivevo queste parole, non avevo ancora alcun sospetto riguardo al grande complotto ordito da Diderot e Grimm; altrimenti avrei facilmente capito quanto il primo abusasse della mia fiducia per conferire ai miei scritti quel tono duro e cupo che essi persero non appena egli smise di guidarne la stesura. Quel passaggio del filosofo in cui si argomenta tappandosi le orecchie per non sentire le lamentele di un infelice rappresenta, a suo modo, uno dei suoi esempi più evidenti; mi aveva anche fornito altri passaggi ancora più duri da utilizzare, ma poiché attribuivo quel tono cupo esclusivamente all’ambiente in cui viveva – il castello di Vincennes – e poiché ritrovavo una dose piuttosto forte di tale carattere nei suoi scritti, non mi venne mai in mente di sospettare che ci fosse qualche seconda intenzione dietro di esso.
[168] Mademoiselle d’Ette, riferendo al cavaliere de Valori quanto accade alla Chevrette, si esprime così: “Gauffecourt, quel bassotto di sessant’anni, fa il dolce con l’indolente Dejully che lo prende in giro. È davvero un vero bassotto. Non riesco proprio a rispettare un uomo della sua condizione che recita la commedia e che è alto soltanto quattro piedi.” Memorie di madame d’Épinay.
[169] Variante: “, Molti dei figli di quel giovane, che durante la mia permanenza a Ginevra fu accolto nel ministero, da cui in seguito si ritirò; un giovane, ”
[170] * Poiché abbandonò tale titolo dopo la condanna di Émile a Ginevra, probabilmente intende dire che lo perse a causa di metodi scorretti utilizzati per costringerlo a rinunciarvi. Si veda la lettera del maggio 1763 indirizzata al primo sindaco della repubblica di Ginevra.*
[171] Variante: “, non credo di essere stato, ”
[172] * Dopo la morte di Monsieur d’Épinay, Grétry acquistò l’Ermitage e vi visse fino alla sua morte, avvenuta nel 1813. L’anno seguente, il nuovo proprietario, che aveva sposato la nipote di Grétry, fece restaurare la casa aggiungendovi nuove costruzioni. Anche il giardino fu ampliato e in parte piantato secondo i criteri del giardinaggio all’inglese; vi si trovano i busti di Rousseau e di Grétry. *
[173] Variante: “. Il signor d’Holbach; mi rispose onestamente. Questo, ”
[174] Variante: “, con tanta dolcezza, con totale dedizione a, ”
[175] * Le lettere del primo volume della Corrispondenza, scritte dal mese di marzo 1756 e indirizzate sia a madame d’Épinay che a Grimm, Diderot, Saint-Lambert, madame d’Houdetot, fino al 1° gennaio 1758, costituiscono le prove a sostegno di questo nono volume. Le più numerose e le più interessanti per confermare il racconto sono quelle indirizzate a madame d’Épinay.*
[176] Variante: “Chi non sa come servirti può soltanto, ”
[177] * Non bisogna dimenticare che scrisse queste cose prima del 1770, anno in cui tornò a vivere a Parigi nell’estate, senza averne previsto l’intenzione, come si vedrà nella lettera del 4 giugno 1770 indirizzata a Monsieur Moultou.
[178] Per maggiori dettagli su questo trasloco, si vedano i “Memorie” di Madame d’Épinay.
[179] Fu soprattutto la saggia severità di Duclos a suscitare in me questa paura: perché, per quanto riguarda Diderot, non so come tutte le mie conversazioni con lui tendessero sempre a rendermi più satirico e tagliente di quanto la mia natura mi spingesse ad essere. Fu questo che mi impedì di consultarlo su un progetto nel quale volevo impiegare esclusivamente tutta la forza del ragionamento, senza alcun segno di umore o pregiudizio. Si può giudicare il tono che ho adottato in quest’opera dal tono del Contratto Sociale, che ne è tratto.
[180] * Libro V. Si vedano i consigli che il governante di Émile dà al suo allievo al ritorno dai suoi viaggi.
[181] Variante: «, che è stato trovato, »
[182] Nel Discorso, il tema era trattato in modo astratto e richiedeva attenzione per essere compreso; nella Julie veniva presentato sotto una forma romanzesca, attraverso le parole di un personaggio di finzione. Si poteva dubitare che l’autore volesse esprimere una dottrina, o addirittura che quella fosse la sua vera opinione. Ma nell’Emile tutti questi dubbi furono dissipati. Per quanto riguarda quest’ultimo lavoro, vedremo che le circostanze erano diverse, e che la lotta tra i gesuiti e i parlamenti influenzò la sua condanna.
[183] Madame de Genlis ha descritto questo progetto di opera nella prefazione ad “Alphonsine”; ecco l’idea che ne dà: “Rousseau, afferma, voleva spiegare perché gli uomini siano spesso diversi da se stessi. Avrebbe mostrato le ragioni di ciò attraverso i diversi modi di vivere, il regime alimentare e altre abitudini quotidiane. Avrebbe dovuto proporre un modo specifico di vivere e un regime dietetico appropriato. Ad esempio, avrebbe consigliato alle persone dal sangue caldo di non occuparsi di affari dopo i pasti, poiché il sangue tende a concentrarsi nella testa; avrebbe vietato le bevande alcoliche alle persone colleriche. Tutto ciò avrebbe formato una sorta di libro di medicina, ma senza offrire nulla di veramente nuovo. Avrebbe dovuto intitolare quest’opera ‘La Morale sensitiva’. Non ho mai creduto che la virtù dipendesse da una buona digestione. L’idea che il fisico abbia un potere quasi assoluto sul morale è un errore che materialisti, atei ed epicurei sono costretti a sostenere con sincerità.” Il lettore può confrontare il progetto originale di Jean-Jacques con quello attribuitogli da Madame de Genlis, e poi decidere se considerare Rousseau tra gli atei o tra gli epicurei. (Nota di M. Musset-Pathay)
[184] Variante: “Non riesco a meditare di giorno, ”
[185] Probabilmente a causa della confidenza che monsieur de Francueil gli aveva fatto riguardo a madame d’Épinay, di cui si parla nel settimo libro.
[186] Il matrimonio di Teresa è stato riconosciuto e contestato a turno da diverse parti. Questa questione dipende dal punto di vista da cui viene considerata. L’impegno esisteva già nelle idee di Rousseau, poiché egli aveva pronunciato un giuramento davanti a testimoni, che lo legava allo stesso modo come se il matrimonio fosse stato celebrato in chiesa e con atto pubblico. Tuttavia, secondo le nostre leggi, non esisteva alcun matrimonio effettivo.
[187] Variante: “Gli orfanelli trovati erano cento volte meno pericolosi.”
[188] Variante: “di cui ho raccontato la storia”.
[189] Variante: “Compiacente, facile; in altre parole, ”
[190] * Gli avversari di Rousseau potevano supporre che non fosse estraneo a questo comportamento. Madame Dupin doveva credere che approfittasse dei suoi regali, e Jean-Jacques doveva essere disperato all’idea di poter essere scambiato per colui che li riceveva. Per conoscere la verità, abbiamo soltanto il suo stesso resoconto; e un fatto certamente evidente è la situazione in cui si trovava. (Nota di M. Musset-Pathay)*
[191] Variante: “da parte sua, un certo senso di gratitudine; lei, ”
[192] Variante: Senza che ci fosse, — senza che esistesse.
[193] Variante: “Aveva soltanto tredici anni, ”
[194] Variante: “almeno una volta bruciato, ”.
[195] * Il 1° novembre 1755: una parte fu distrutta dal terremoto, mentre l’altra andò distrutta da un incendio.
[196] * Si veda nella Corrispondenza la lettera del 18 agosto 1756.*
[197] Variante: “de i miei fantastici amori”.
[198] * Pertanto, la sua passione per Madame d’Houdedot dovrebbe essere datata al 1757.
[199] In questo momento ammiro la mia stupidità per non aver capito, mentre scrivevo queste cose, che il disprezzo con cui gli abitanti di Holbach mi videro andare e rimanere in campagna era rivolto principalmente verso la madre Le Vasseur, che ormai non avevano più a disposizione per guidarli nei loro sistemi di inganno, attraverso punti precisi di tempo e luogo. Questa idea, che mi viene solo ora, chiarisce perfettamente la stranezza del loro comportamento, il quale, in qualsiasi altra ipotesi, rimarrebbe inspiegabile*.
- Questa nota non compare in nessuna edizione precedente a quella del 1801.
[200] Variante: «, eccessivo. Così coloro che lo soffiavano ne pagarono le conseguenze questa volta, e nemmeno io trascorsi l’inverno in modo più tranquillo.»
[201] Variante: «, e mantenersi virtuosa.»
[202] * Sviluppa questa idea in modo più dettagliato, e fa conoscere in particolare lo scopo reale del suo libro in una lettera a Monsieur Vernes del 24 giugno 1761. Si veda la Correspondance.*
[203] Variante: “, mi deliziavo nonostante la mia barba ormai ingrigita.”
[204] Ecco questo biglietto, così come viene riportato nei “Memorie” di Madame d’Épinay (vol. II, p. 347).
«J’envoie, mon hermite, de petites provisions à mesdames Le Vasseur ; et comme c’est un commissionnaire nouveau dont je me sers, voici le détail de ce dont il est chargé: un petit baril de sel, un rideau pour la chambre de madame Le Vasseur, et un cotillon tout neuf à moi ( que je n’ai pas porté, au moins ), d’une flanelle de soie très propre à lui en faire un, ou à vous-même un bon gilet. Bonjour, le roi des ours: un peu de vos nouvelles. »
[205] Var. «L’attentat exécrable d’un forcené. » — La tentative d’assassinat faite sur Louis XV par Damiens, le 4 janvier 1757.
[206] *»Elle avait non seulement la vue basse et les yeux ronds, comme dit Rousseau, mais elle était excessivement louche;…son front était très bas, son nez gros ; la petite vérole avait laissé une teinte jaune dans tous ses creux, et les pores étaient marqués de brun. Cela donnait un air sale à son teint… Comme l’a dit Rousseau, ses mouvements avaient de la gaucherie et de la grâce sa gorge était belle, ses mains et ses bras jolis, ses pieds mignons. » Tel est le témoignage d’une personne qui a vécu intimement avec madame d’Houdetot, et duquel il résulte que Rousseau avait vu encore sa figure avec illusion. Cette personne est madame la vicomtesse d’Alard. Voyez les anecdotes pour servir de suite aux Mémoires de madame d’Épinay. 1818.
[207] * À 18 ans, et comme elle était née en 1730, elle avait 27 ans, lorsqu’elle inspira cette violente passion à Rousseau.
[208] Var. «… des vertus et les plus rares talents. »
[209] Var. «…ne s’est cimenté que par des vertus. »
[210] * Madame d’Houdetot a fait quelques pièces de vers qui ne sont pas sans mérite: elles sont rapportées à son article, dans la Biographie des Contemporains de Rousseau.
[211] * Nouvelle Héloïse, troisième partie, lettre XVIII.
[212] * Le château que madame d’Houdetot possédait à Sanois a été démoli ; mais la maison qu’elle occupait à Eaubonne existe, et n’a pas changé de forme. Le bosquet, la cascade, même l’acacia dont Rousseau va parler, se voient encore dans le jardin, soigneusement conservés par madame G.
Saint-Lambert possédait aussi à Eaubonne une jolie maison, acquise depuis par M. Regnaud de Saint-Jean d’Angély, conservée et embellie encore par les soins du propriétaire qui lui a succédé. (M. Gohier, ancien membre du Directoire.)
[213] VAR. «… les succès passagers de… »
[214] «Ce billet et les deux autres de madame d’Épinay qui vont suivre diffèrent beaucoup de ceux qui sont rapportés dans les Mémoires de cette dame, et qui y sont donnés comme faisant partie d’une lettre qu’elle écrit à Grimm. Nous engageons le lecteur à en faire le rapprochement, qui est curieux. «Madame d’Épinay, dit à ce sujet l’éditeur de ces Mémoires, cherchait-elle à déguiser à Grimm les ménagements qu’elle gardait pour Rousseau, ou bien celui-ci a-t-il altéré à dessein ces mêmes billets? » Il n’eût pas fait cette seconde supposition, s’il se fût rappelé que Rousseau, ayant l’intention de déposer tous ses papiers en mains sûres, pour pouvoir être toujours consultés au besoin, les avait mis dans le plus grand ordre, et que chaque fois qu’il rapporte, ou seulement qu’il cite une lettre dans ses Confessions, il indique avec soin le numéro donné à chaque pièce et la liasse dont elle fait partie. Or ces papiers existent encore ; ils ont été déposés par du Peyrou dans la bibliothèque de Neufchâtel. Comment supposer que, dans un écrit qu’il voulait transmettre à la postérité avec toutes ses pièces justificatives, il eût commis des altérations si faciles à constater, et qui, ôtant toute confiance à son principal écrit, eussent à jamais déshonoré sa mémoire ? La première supposition est donc seule admissible, et le rapprochement que nous venons d’engager le lecteur à faire lui donnera le dernier degré de vraisemblance. »
Cette note de l’un des précédents éditeurs ne dit pas assez. Le parallèle entre les deux versions a été fait. Il en résulte que la version consignée dans les Mémoires de madame d’Épinay serait plus favorable à Rousseau que celle des Confessions, si elle était adoptée. (Note de M. Musset-Pathay)
[215] * Cette dernière phrase est remplacée, dans les Mémoires de madame d’Épinay, par celle-ci: «Je vous délierai, quand il vous plaira, sur mes secrets, pour peu qu’ils vous coûtent à garder. Vous savez mieux que personne que je n’en ai point qui ne me fissent honneur à divulguer. » En supposant que madame d’Épinay ait réellement tenu ce langage à Rousseau, cela prouve qu’elle comptait bien sur sa discrétion. Mais j’admire les conclusions qu’on a voulu tirer de cette variante contre Jean-Jacques, et pour servir de correctif à ses Confessions. Il y garde si bien le secret de madame d’Épinay que c’est d’elle-même qu’on l’apprend: c’est-à-dire la maladie que lui avait donnée son mari et qu’elle transmit à Francueil. Et l’on veut nous faire accroire qu’elle écrivit à Rousseau, qu’un pareil secret lui ferait honneur, à elle, s’il était divulgué ! quel honneur ! et quel correctif pour les Confessions qu’un récit qui les explique, les confirme, et démontre la discrétion de Jean-Jacques ! (Note de M. Musset-Pathay)
[216] C’est-à-dire d’en arracher la vieille, dont on avait besoin pour arranger le complot. Il est étonnant que, durant ce long orage, ma stupide confiance m’ait empêché de comprendre que ce n’était point moi, mais elle, qu’on voulait revoir à Paris. (Cette note n’est pas dans le manuscrit autographe.)
[217] * Précédemment, au Livre VIII, il a parlé de la mort de madame d’Holbach. Il faut savoir que le baron d’Holbach, encore jeune et devenu veuf, avait épousé depuis, avec la permission de la cour de Rome, Caroline-Suzanne d’Aine, sœur de sa première femme.
[218] * C’était une lettre anonyme adressée à Saint-Lambert, dont on excitait la jalousie contre madame d’Houdetot, qu’on représentait comme disposée favorablement envers Jean-Jacques. Cette lettre était de Grimm, qui la rédigea de manière à ce que, sans invraisemblance, elle put être attribuée à Rousseau.
[219] Var. «… elle n’en est pas capable. »
[220] «Madame Broutain, qui demeurait dans le voisinage d’Eaubonne, voulant connaître la vérité sur le sort de ces lettres, interrogea un jour sur ce sujet madame d’Houdetot, qui lui répondit qu’effectivement elle les avait brûlées à l’exception d’une seule, qu’elle n’eut pas le courage de détruire, parce que c’était un chef-d’œuvre d’éloquence et de passion, et qu’elle l’avait remise à M. de Saint-Lambert. Madame Broutain saisit la première occasion pour s’informer auprès du poète du sort de cette lettre ; elle s’était égarée dans un déménagement ; il ne savait pas ce qu’elle était devenue ; telles furent ses réponses. » Voilà ce que, sur le témoignage de madame la vicomtesse d’Allard, qui a vécu treize ans dans l’intimité avec madame d’Houdetot, nous apprend M. de Musset dans sa brochure intitulée, Anecdotes pour faire suite aux Mémoires de madame d’Épinay. Ce récit nous a été confirmé par quelqu’un digne de foi, qui, lié avec madame d’Houdetot et Saint-Lambert, les a questionnés sur le sort des lettres dont il s’agit, et eu a reçu les mêmes réponses, avec cette seule différence qu’au lieu d’une lettre, madame d’Houdetot en aurait conservé quatre, toutes remises à Saint-Lambert, et toutes quatre brûlées par lui, au moins au dire de ce dernier. (Note de M. Petitain.)
L’une de ces lettres figure dans la Correspondance de cette édition, n° CXLII.
[221] J’ai appris depuis, que ces paroles étaient de Santeuil, et que M. de Linant se les était doucement appropriées. (Cette note n’est pas dans le manuscrit autographe.)
[222] Le motet Ecce sedes et celui composé pour mademoiselle Fel dont il a parlé plus haut, existent tous deux en manuscrit, et sont déposés à la Bibliothèque royale.
[223] * Si l’intimité de madame d’Épinay fit tourner la tête de Grimm, que dut-il être lorsqu’il devint le correspondant de plusieurs souverains du Nord, et reçut de l’un de ces princes le titre de baron! (Note de M. Musset-Pathay)
[224] Var. «… s’était donnée par son histoire de carpe pamée, après … »
[225] Var. «… qu’il affectait d’avoir… »
[226] Je n’ai donné dans la suite au dernier le surnom de jongleur, que longtemps après son inimiité déclarée, et les sanglantes persécutions qu’il m’a suscitées à Genève et ailleurs. J’ai même bientôt supprimé ce nom quand je me suis vu tout-à-fait sa victime. les basses vengeances sont indignes de mon cœur, et la haine n’y prend jamais pied. (Cette note n’est pas dans le manuscrit autographe.)
[227] Saint-Lambert a vécu quarante-six ans depuis cette attaque. Il est mort en 1803.
“I am sending my hermit some small provisions for Madame Le Vasseur; since he is a new commissionaire I am using, here are the details of what he has been entrusted with: a small barrel of salt, a curtain for Madame Le Vasseur’s room, and a brand-new skirt for me (which I haven’t worn yet, at least), made from very fine silk flannel—perfect material for him to make a good jacket for himself or for you. Hello, ‘the king of bears’—how have you been?”
[205] Variant: “The abhorrent attack committed by a madman.” — The attempted assassination of Louis XV by Damiens on January 4, 1757.
[206] “She not only had low-set eyes and round eyes, as Rousseau described, but she was also extremely misshapen; her forehead was very low, her nose was thick; smallpox had left a yellowish discoloration in all her facial features, and her pores were marked with brown spots. This gave her complexion an unpleasant, dirty appearance. As Rousseau said, her movements were awkward yet graceful; her throat was beautiful, her hands and arms lovely, and her feet charming.” Such is the testimony of someone who lived closely with Madame d’Houdetot, and from which it can be inferred that Rousseau still saw her face through an illusion. This person is Madame la Vicomtesse d’Alard. For further anecdotes, see the appendix to Madame d’Épinay’s Memoirs, 1818.
At the age of 18—and since she was born in 1730, she was therefore 27 years old—she inspired such intense passion in Rousseau.
[208] Variant: “, virtues and the rarest talents.”
[209] Variant: “,, was consolidated solely through virtue.”
[210] Madame d’Houdetot wrote some verses that are certainly not without merit; they are mentioned in her article within the ‘Biography of Rousseau’s Contemporaries.’
[211] New Heloise, third part, letter XVIII.
[212] * The castle that Madame d’Houdetot owned in Sanois has been demolished; but the house she lived in in Eaubonne still exists and has not changed in shape. The grove, the waterfall, and even the acacia tree about which Rousseau will speak can still be seen in the garden, carefully preserved by Madame G.
Saint-Lambert also owned a lovely house in Eaubonne, which was later acquired by Mr. Regnaud de Saint-Jean d’Angély. It has been preserved and further embellished under the care of his successor as owner. (Mr. Gohier, former member of the Directory.)
[213] VAR. “, the fleeting successes of, ”
[214] “This letter, as well as the two others from Madame d’Épinay that will follow, differ considerably from those mentioned in her Memoirs, where they are presented as part of a letter she wrote to Grimm. We urge the reader to make this comparison—it is quite intriguing. ‘Madame d’Épinay,’ states the editor of these Memoirs, ‘was she attempting to conceal from Grimm the considerations she held toward Rousseau, or did Rousseau himself deliberately alter these letters?’ He would not have made this second assumption if he had remembered that Rousseau, with the intention of keeping all his papers in a safe place so they could be consulted whenever necessary, had organized them meticulously. Whenever he quoted a letter in his Confessions, he would carefully indicate its number and the volume to which it belonged. These documents still exist; they were deposited by Du Peyrou in the library of Neufchâtel. How could one suppose that, in a document he intended to pass on to future generations along with all its supporting evidence, he would have made alterations so easy to detect—and that such alterations, by destroying the credibility of his main work, would have forever tarnished his reputation? Therefore, only the first assumption is tenable; the comparison we have urged the reader to make will prove it beyond any doubt.”
This note from one of the previous editors does not go far enough. The comparison between the two versions has indeed been made. As a result, if the version recorded in Madame d’Épinay’s Memoirs were adopted, it would be more favorable to Rousseau than the version contained in the Confessions. (Note by M. Musset-Pathay)
[215] * In Madame d’Épinay’s Memoirs, this final phrase is replaced by the following: “I will reveal my secrets to you whenever you wish, provided that keeping them does not cause you any trouble. You know better than anyone that I have no secrets which would bring me disrepute if disclosed.” Assuming that Madame d’Épinay actually spoke these words to Rousseau, it proves that she had full trust in his discretion. However, I find the conclusions drawn from this variant quite intriguing—especially those intended to undermine Jean-Jacques and serve as a “correction” to his Confessions. He preserves Madame d’Épinay’s secret so well that we learn of it only from her own account: namely, the illness inflicted upon her by her husband and which she later passed on to Francueil. And yet people would have us believe that she actually wrote to Rousseau, suggesting that such a secret would bring her honor if made public! What an absurd notion. And what a powerful “correction” to the Confessions it would be if such a story were to explain them, confirm their accuracy, and demonstrate Jean-Jacques’s discretion! (Note by M. Musset-Pathay)*
[216] That is to say, to get rid of the old one, which was needed in order to carry out the plot. It’s astonishing that, during all that time, my foolish trust prevented me from realizing that it wasn’t me they wanted to see again in Paris, but her. (This note is not included in the autographed manuscript.)
[217] * Previously, in Book VIII, he discussed the death of Madame d’Holbach. It should be noted that Baron d’Holbach, still young and having become a widower, later married Caroline-Suzanne d’Aine—with the permission of the Roman Court—whom was the sister of his first wife.
[218] * It was an anonymous letter addressed to Saint-Lambert, intended to stir his jealousy toward Madame d’Houdetot, who was portrayed as being favorably inclined toward Jean-Jacques. This letter was written by Grimm; he crafted it in such a way that, without appearing implausible, it could be attributed to Rousseau.*
[219] Variant: “, she is not capable of doing it.”
[220] “Madame Broutain, who lived in the vicinity of Eaubonne, wishing to know the truth about what had become of these letters, once asked madame d’Houdetot about them. Madame d’Houdetot replied that she had indeed burned them all except for one—she did not have the courage to destroy it, as it was a masterpiece of eloquence and passion—and that she had given it to M. de Saint-Lambert. Madame Broutain took the first opportunity to inquire with the poet about what had happened to this letter; during a move, it had gotten lost, and he did not know what had become of it. Such were his answers.” This is what we learn from M. de Musset in his booklet titled Anecdotes to Supplement Madame d’Épinay’s Memoirs, based on the testimony of madame la vicomtesse d’Allard, who lived with madame d’Houdetot for thirteen years. This account was also confirmed to us by someone trustworthy who, having known both madame d’Houdetot and Saint-Lambert, questioned them about the fate of these letters and received the same answers—except that, instead of one letter, madame d’Houdetot had kept four, all of which were given to Saint-Lambert and all of which he burned, at least according to what Saint-Lambert said. (Note by M. Petitain.)
One of these letters appears in the Correspondence included in this edition, under number CXLII.
[221] I later learned that these words were actually written by Santeuil, and that Mr. de Linant had gently taken them for his own. (This note is not included in the original manuscript.)
[222] The motet “Ecce sedes” and the one composed for Mademoiselle Fel, about which he spoke earlier, both exist in manuscript form and are housed in the Royal Library.
[223] * If the intimacy with Madame d’Épinay already made Grimm turn his head, what must it have been like when he became the correspondent of several northern sovereigns and even received the title of baron from one of these princes! (Note by Mr. Musset-Pathay)
[224] Variant: “, had established itself through its story of the Pamé carp, ”
[225] Variant: “, which he pretended to have, ”
[226] I did not give the latter the nickname “juggler” until long after his declared hostility and the bloody persecutions he inflicted upon me in Geneva and elsewhere. In fact, I soon removed that nickname when I realized that I had become his complete victim. Vicious vengeances are unworthy of my character, and hatred never takes root in my heart. (This note is not included in the autographed manuscript.)
[227] Saint-Lambert had lived for forty-six years since that attack. He died in 1803.
“Mando, mio eremita, alcune provviste alle signore Le Vasseur; poiché si tratta di un commesso nuovo che utilizzo, ecco i dettagli delle commissioni affidategli: un piccolo barile di sale, una tenda per la stanza della signora Le Vasseur, e un vestitino completamente nuovo per me (che almeno non ho ancora indossato), realizzato con una flanella di seta molto bella, che lui potrà utilizzare per farne uno per sé, o che voi potrete usare per fare un bel gilet. Ciao, re degli orsi: raccontami un po’ le tue novità.”
[205] Variante: “L’atroce attentato compiuto da un pazzo”. Si riferisce al tentativo di assassinio contro Luigi XV perpetrato da Damiens il 4 gennaio 1757.
[206] “Non solo aveva la vista bassa e gli occhi rotondi, come dice Rousseau, ma era anche estremamente strabica; il suo fronte era molto basso, il suo naso grosso. La varicella le aveva lasciato una tonalità gialla in tutte le zone incavate del viso, e i pori erano evidenziati dal colore marrone. Questo conferiva al suo incarnato un aspetto poco pulito. Come ha detto Rousseau, i suoi movimenti avevano qualcosa di goffo e allo stesso tempo di grazioso; la sua gola era bella, le sue mani e i suoi bracci attraenti, i suoi piedi deliziosi.” Questo è il testimoneato di una persona che ha vissuto a stretto contatto con madame d’Houdetot, e da cui si evince che Rousseau aveva ancora un’immagine distorta della sua figura. Questa persona è la viscontessa d’Alard. Si possono consultare le aneddoti presenti nei “Memorie” di madame d’Épinay, 1818.
[207] A 18 anni, e poiché era nata nel 1730, aveva quindi 27 anni quando suscitò in Rousseau una passione così intensa.
[208] Variante: “, delle virtù e dei talenti più rari.”
[209] Variante: “, si è distinto soltanto per le sue virtù.”
[210] Madame d’Houdetot ha scritto alcune poesie che non sono prive di meriti; queste sono menzionate nel suo articolo, presente nella “Biografia dei contemporanei di Rousseau”.
[211] * Nuova Eloisa, terza parte, lettera XVIII.*
[212] Il castello che la signora d’Houdetot possedeva a Sanois è stato demolito; ma la casa in cui abitava a Eaubonne esiste ancora e non ha cambiato forma. Il boschetto, la cascata, persino l’acacia di cui parlerà Rousseau, si possono ancora vedere nel giardino, ben conservati dalla signora G.
Saint-Lambert possedeva anche a Eaubonne una bella casa, acquistata in seguito da Monsieur Regnaud de Saint-Jean d’Angély; essa è stata conservata e abbellita ulteriormente grazie alle cure del proprietario che gli è succeduto. (Monsieur Gohier, ex membro del Direttorio.)
[213] VAR. “, i successi effimeri di, ”.
[214] “Questo biglietto e gli altri due di madame d’Épinay che seguiranno differiscono molto da quelli riportati nei Memorie di questa signora, dove vengono presentati come parte di una lettera che lei scrisse a Grimm. Invitiamo il lettore a effettuare questo confronto, che è assai interessante. ‘Madame d’Épinay’, afferma l’editore di questi Memorie, ‘tentava forse di nascondere a Grimm le precauzioni che prendeva nei confronti di Rousseau, oppure quest’ultimo modificò intenzionalmente quegli stessi biglietti?’ Non avrebbe fatto questa seconda supposizione se si fosse ricordato che Rousseau, volendo depositare tutti i suoi documenti in luoghi sicuri affinché potessero essere consultati in qualsiasi momento necessario, li aveva sistemati con grande ordine; inoltre, ogni volta che riportava o citava una lettera nelle sue Confessioni, indicava con cura il numero assegnato a ciascun documento e la cartella a cui apparteneva. Questi documenti esistono ancora; sono stati depositati da du Peyrou nella biblioteca di Neufchâtel. Come si può pensare che, in un scritto che voleva tramandare alla posterità insieme a tutti i suoi elementi probatori, Rousseau avesse apportato modifiche così facilmente individuabili, modifiche che, togliendo qualsiasi credibilità al suo principale testo, avrebbero per sempre disonorato la sua memoria? Quindi, l’unica ipotesi accettabile è la prima; il confronto che abbiamo invitato il lettore a effettuare gli conferirà il massimo grado di verosimiglianza.”
Questa nota di uno degli editori precedenti non dice abbastanza. Il confronto tra le due versioni è stato effettuato; ne consegue che la versione riportata nei “Memorie” di madame d’Épinay sarebbe più favorevole a Rousseau rispetto a quella delle “Confessioni”, qualora venisse adottata. (Nota di M. Musset-Pathay)
[215] In “Memorie di madame d’Épinay”, questa ultima frase è sostituita con la seguente: “Vi rivelerò i miei segreti quando vorrete, purché vi costi poco mantenerli. Voi sapete meglio di chiunque altro che non ne ho nessuno che non mi renda onore se divulgato.” Supponendo che madame d’Épinay abbia davvero pronunciato queste parole a Rousseau, ciò dimostra che contava molto sulla sua discrezione. Tuttavia, ammiro le conclusioni a cui si è voluto giungere partendo da questa variante, al fine di mettere in discussione le “Confessioni” di Jean-Jacques. In esse, Rousseau mantiene così bene il segreto di madame d’Épinay che è proprio lei stessa ad rivelarlo: si tratta della malattia che le aveva causato suo marito e che lei ha trasmesso a Francueil. Eppure ci vogliono far credere che abbia scritto a Rousseau. Un segreto del genere, se divulgato, le farebbe onore, a lei! Che onore. E quale correzione alle “Confessioni” rappresenterebbe un racconto che ne spiega i dettagli, ne conferma la veridicità e dimostra la discrezione di Jean-Jacques! (Nota di M. Musset-Pathay)
[216] In altre parole, bisognava eliminare quella vecchia versione, di cui avevamo bisogno per organizzare il complotto. È sorprendente che, durante tutta questa lunga tempesta, la mia stupida fiducia mi abbia impedito di capire che non ero io, ma lei, quella che volevano rivedere a Parigi. (Questa nota non è presente nel manoscritto autografo.)
[217] * In precedenza, nel Libro VIII, ha parlato della morte di madame d’Holbach. Bisogna sapere che il barone d’Holbach, ancora giovane e diventato vedovo, aveva in seguito sposato, con il permesso della corte di Roma, Caroline-Suzanne d’Aine, sorella di sua prima moglie. *
[218] * Era una lettera anonima indirizzata a Saint-Lambert, con la quale si cercava di suscitare in lui gelosia nei confronti di madame d’Houdetot, ritenuta favorevole verso Jean-Jacques. Questa lettera era stata scritta da Grimm, il quale l’aveva redatta in modo che, senza essere inverosimile, potesse essere attribuita a Rousseau.*
[219] Variante: “, non ne è capace.”
[220] “Madame Broutain, che abitava nelle vicinanze di Eaubonne e desiderava conoscere la verità sul destino di quelle lettere, un giorno interrogò in merito madame d’Houdetot, la quale le rispose che effettivamente le aveva bruciate tutte, tranne una sola che non ebbe il coraggio di distruggere, poiché si trattava di un capolavoro di eloquenza e passione; quella lettera l’aveva consegnata a Monsieur de Saint-Lambert. Madame Broutain colse la prima occasione per chiedere al poeta cosa ne fosse stato di quella lettera; durante un trasloco, essa si era smarrita, e lui non sapeva cosa ne fosse stato. Queste furono le risposte che ricevette.” Ecco ciò che, sulla testimonianza di Madame la Vicomtesse d’Allard, che visse per tredici anni nell’intimità con madame d’Houdetot, ci racconta Monsieur de Musset nella sua brochure intitolata “Aneddoti a completamento dei Memorie di Madame d’Épinay”. Questo resoconto ci è stato confermato da una persona degna di fiducia, che, essendo in relazione con madame d’Houdetot e Saint-Lambert, li interrogò sul destino di quelle lettere e ricevette le stesse risposte, con questa sola differenza: invece di una lettera, madame d’Houdetot ne avrebbe conservate quattro, tutte consegnate a Saint-Lambert e tutte bruciate da lui, almeno secondo quest’ultimo. (Nota di Monsieur Petitain.)
Una di queste lettere è inclusa nella “Corrispondenza” di questa edizione, al numero CXLII.
[221] Ho poi scoperto che queste parole erano di Santeuil, e che il signor de Linant se ne era gentilmente appropriato. (Questa nota non è presente nel manoscritto autografo.)
Il motetto “Ecce sedes” e quello composto per mademoiselle Fel di cui ha parlato in precedenza esistono entrambi in manoscritto e sono conservati presso la Biblioteca Reale.
[223] * Se già l’intimità con madame d’Épinay aveva fatto perdere la testa a Grimm, che cosa dovette provare quando divenne corrispondente di diversi sovrani del Nord e ricevette da uno di questi principi il titolo di barone! (Nota di M. Musset-Pathay)*
[224] Variante: “, si era definita attraverso la sua storia di carpa pamée, dopo, ”
[225] Variante: “, che fingeva di avere, ”
[226] Non ho dato al последнем il soprannome di “giocoliere” se non molto tempo dopo che aveva dichiarato apertamente il suo odio verso di me e iniziato le persecuzioni sanguinose a Ginevra e altrove. Anzi, ho presto smesso di usarlo quando mi sono reso completamente sua vittima. Le vendette meschine non sono degne del mio cuore, e l’odio non vi ha mai trovato posto. (Questa nota non è presente nel manoscritto autografo.)
[227] San Lamberto visse per altri quarantasei anni dopo quell’attacco; morì nel 1803.
[228] * Le motif secret et maintenant trop bien connu, du voyage de madame d’Épinay, était sa grossesse, fruit de sa liaison avec Grimm. On en pourrait cependant douter aujourd’hui, vu les circonstances accessoires liées à ce voyage. En effet, non seulement le fils de madame d’Épinay et son gouverneur l’accompagnèrent et ne la quittèrent point, mais M. d’Épinay lui-même, au refus de Rousseau, se décida à prendre sa place, et conduisit sa femme jusqu’à Genève. Comment celle-ci, dans sa situation, put-elle accepter de tels compagnons de voyage? Comment, pour le lieu de sa délivrance, put-elle choisir elle-même une ville telle que Genève, où elle devait attirer et attira réellement tous les regards? Toutes ces circonstances semblent pleinement en contradiction avec le fait énoncé ci-dessus, et cependant ce fait était alors notoire, et les réticences de Rousseau ne servent qu’à l’établir encore plus positivement. La contradiction s’explique par un autre fait dont l’idée sans doute est affreuse, et qu’il faut pourtant admettre comme suite nécessaire du premier. Si nous n’hésitons pas à présenter une telle idée au lecteur, c’est que, d’une part, la vérité de ce second fait nous est garantie par une autorité non suspecte, et que, de l’autre, la mémoire de madame d’Épinay, qu’elle n’a pas craint de déshonorer elle-même, peut supporter cette atteinte nouvelle, qui ne sera, après tout, qu’un exemple de plus des suites qu’entraîne une conduite imprudente et désordonnée. Revenons à Rousseau.
Ce qui paraît bien certain, c’est qu’en lui faisant une loi d’accompagner madame d’Épinay, on voulait donner à ce voyage un certain appareil, et satisfaire ainsi la vanité de la dame aux dépens du philosophe, qui n’eut paru que son humble suivant, et peut-être pis encore. Ajoutons qu’instruits de cette passion fatale que Rousseau avait conçue pour madame d’Houdetot, Grimm et madame d’Épinay le mettaient ainsi à l’épreuve, tout prêts à joindre à l’accusation d’ingratitude celle d’être retenu par un penchant coupable, que madame d’Houdetot aurait été au moins soupçonnée d’encourager*.
*Cette note est de M. Petitain. Nous ne trouvons pas autant de contradiction que cet auteur, dans les motifs donnés au voyage de madame d’Épinay, La présence du mari justifiait son état de maladie. Il ne se doutait pas du genre de cette maladie à laquelle il était étranger. C’était un coup de maître que de donner pour chaperon le mari même. Véritablement inquiet de sa femme, il l’accompagna, la recommanda au docteur Tronchin, et revint aussitôt. La présence du fils pouvait être gênante, mais il suffisait de quelques précautions. Dans les Mémoires de Madame d’Épinay, on voit que Tronchin lui faisait louer une maison de campagne, située près de la ville. À Genève, comme partout, on peut cacher avec des soins une grossesse et ses résultats. (Note de M. Musset-Pathay)
[229] M. Le Vasseur, que sa femme menait un peu rudement, l’appelait le Lieutenant criminel. M. Grimm donnait par plaisanterie, le même nom à la fille ; et, pour abréger, il lui plut ensuite d’en retancher le premier mot.
[230] * Au lieu de ce billet, on lit dans les Mémoires de madame d’Épinay, une lettre assez longue. On sait que Grimm était dépositaire de ces Mémoires ; que, n’étant mort qu’en 1807, il vit paraître les Confessions: possesseur et de sa propre lettre que lui renvoya Rousseau sans la lire, et de la réponse laconique de celui-ci, il a pu arranger l’une et l’autre comme il convenait à ses intérêts. Cependant il n’a jamais osé rien publier sur ce sujet de son vivant, tant il se méfiait de sa cause. Il charge Rousseau par des réticences et par la retenue qu’il s’est imposée: tactique fort commode quand on n’a rien à dire. N’oublions pas que Grimm a survécu pendant trente-neuf ans à Jean-Jacques, et qu’il n’a point réclamé contre le livre IX des Confessions, publié en 1788, c’est-à-dire, dix-neuf ans avant la mort du baron.
[231] Var. «… malgré mes amis et malgré moi. » — Cette variante est tirée des Mémoires de madame d’Épinay, où la même lettre est rapportée.
[232] * Rousseau, qui écrivait ses Confessions plus de dix années après cette rupture, oublie qu’il répondit à cette lettre. Sa réponse est dans la Correspondance à la date du 27 février 1768. Comme elle est tout à son avantage par le ton et la noblesse des sentiments, il n’avait aucun intérêt à la supprimer. On a donc eu tort de lui supposer l’intention de la détruire. Madame d’Épinay trouve cette lettre impertinente. Cela se conçoit, parce qu’on lui donnait des leçons qu’elle méritait. Voyez la note et l’observation sur cette lettre dans la Correspondance, à la date indiquée.
[233] Depuis que ceci est écrit, il a franchi le pas avec le plus plein et le plus inconcevable succès. Je crois que c’est Tronchin qui lui en a donné le courage et les moyens. (Cette note n’est pas dans le manuscrit autographe.)
[234] Le Discours sur l’Inégalité
[235] Voilà ce que, dans la simplicité de mon cœur, je croyais encore quand j’écrivis mes Confessions. (Note qui manque au manuscrit autographe.)
[236] * Marmontel, dans ses Mémoires, ne fait mention ni de l’envoi que lui fit Rousseau de son ouvrage, ni de l’espèce de compliment que celui-ci avait cru lui faire. Il dit seulement avoir inséré dans le Mercure une apologie du Théâtre, comme réfutation de la Lettre à d’Alembert, et déclare, avec une assurance d’amour-propre assez risible en cette circonstance, que cette apologie «eut tout le succès que peut avoir la vérité qui combat des sophismes, et la raison qui saisit corps à corps et serre de près l’éloquence. »-Au reste, la haine, que Marmontel conçut en effet contre Rousseau, et qu’il ne déguise pas, ou plutôt qu’il déguise mal dans ses Mémoires, tient sans doute à une toute autre cause que celle que Rousseau assigne ici, et ne doit pas être cherchée ailleurs que dans le tour d’esprit et les habitudes de Marmontel, homme du monde s’il en fut jamais, avide de gloire littéraire, et en contraste parfait avec un solitaire dont les succès n’étaient dus qu’à lui-même, et qui l’écrasait de son immense supériorité.
[237] Il lui appartient depuis lors par un accord qu’elle a fait avec moi tout nouvellement. (Cette note manque au manuscrit autographe.)
[238] * Les Plaidoyers et Mémoires de Loyseau de Mauléon ont été recueillis en 2 vol, in-4°, Paris, 1760.
[239] Var. «la plus tendre amitié… »
[240] * La comtesse de Bouflers, amie du prince de Conti.
[241] Var. «et cette réforme m’a fait sentir… » — «et je vins à sentir… »
[242] * Cet édifice, acheté en 1816 par une compagnie de spéculateurs, a été entièrement démoli, et les bois du parc ont été abattus.
[243] * Voyez cette lettre dans la Correspondance, à la date du 29 octobre 1759.
[244] * Cette réponse n’est pas dans la correspondance imprimée.
[245] * Jupiter ôte la raison à ceux dont il a décidé la perte. — Ce vers ïambe dont Rousseau a transposé les mots, et qu’il ne cite pas entier,
Quos Jupiter vult perdere, dementat prius,
se rencontre assez souvent dans les écrivains et commentateurs des seizième et dix-septième siècles, sans qu’aucun d’eux indique la source où il l’a puisé. Mais la pensée qu’il exprime se retrouve fréquemment dans les poètes grecs, dans Homère, dans Pindare, dans Euripide. Voyez Duport (Homeri Gnomologia, 1660, p. 282). On en retrouve encore un exemple dans un ancien auteur tragique cité par l’orateur Lycurgue, dans sa harangue contre Léocrate, §21. (Note de M. Boissonade.)
[246] * La maréchale de Luxembourg a non seulement conservé les Amours de milord Édouard, mais elle en a communiqué le manuscrit aux éditeurs de Genève. Nous avions conclu de ce fait qu’elle ne trouvait aucune allusion injurieuse pour elle. Cependant, il est bon de remarquer que, dans certaines circonstances, elle se mettait au-dessus du préjugé. Nous en avons donné une preuve (note de la lettre du 20 juin 1760 ) ce qui ne suffit pas, je le sais bien, pour adopter les conjectures de Rousseau. Seulement nous sommes devenus plus circonspects par la connaissance de ce fait, et moins positifs dans notre première conclusion. Rousseau d’ailleurs, contemporain de la maréchale, étant au fait d’anecdotes dont le souvenir est perdu, ne devait pas être sans motifs pour craindre d’avoir commis une maladresse.(Note de M. Musset-Pathay) — (Voyez la lettre du 20 juin 1760.)
[247] * J’ai fait les vers, un autre en a recueilli l’honneur. (Virgile.)
[248] * Rousseau se reproche cette lettre dans un autre ouvrage, mais sous un point de vue tout différent. «C’est peut-être, dit-il, la seule chose répréhensible que j’aie écrite dans ma vie. » Voyez Lettres de la Montagne, Lettre IX.
[249] Var. «… que je savais moins… »
[250] Cette lettre, avec plusierus autres, a disparu à l’hôtel de Luxembourg, tandis que mes papaiers y étaient en dépôt. (Cette note n’est pas dans le manuscrit autographe.)
[251] C’est ainsi qu’il s’est, dans la suite, approprié l’Émile.
[228] * The secret motive behind madame d’Épinay’s journey, now all too well known, was her pregnancy, the result of her affair with Grimm. However, given the additional circumstances surrounding this trip, one might today question this claim. Not only did madame d’Épinay’s son and his tutor accompany her without leaving her side, but Mr. d’Épinay himself, at Rousseau’s refusal to do so, decided to take his place and escort his wife all the way to Geneva. How could she, in such a situation, accept such companions on her journey? And how could she, for the very place where she was about to give birth, choose a city like Geneva, where she would inevitably attract—and indeed did attract—all eyes? All these circumstances seem utterly contrary to what has been stated above; yet this fact was well-known at the time, and Rousseau’s reservations only serve to confirm it further. The contradiction can be explained by another fact, whose very idea is undoubtedly horrifying, but which must still be accepted as a necessary consequence of the first one. If we do not hesitate to present such an idea to our readers, it is because, on the one hand, the truth of this second fact is assured to us by an authority beyond suspicion; and on the other hand, madame d’Épinay’s own memory—something she did not hesitate to tarnish herself—can endure this additional blow, which, after all, is but another example of the disastrous consequences of imprudent and disorderly behavior. Let us return to Rousseau.*
What seems quite certain is that by ordering him to accompany Madame d’Épinay on this journey, they sought to give it a certain formality and thus satisfy the lady’s vanity at the expense of the philosopher, who appeared merely as her humble attendant—perhaps even less than that. Moreover, knowing of Rousseau’s fatal passion for Madame d’Houdetot, Grimm and Madame d’Épinay were using this situation to test him, ready to add the accusation of ingratitude to that of being held captive by a guilty inclination—a tendency for which Madame d’Houdetot might at least have been suspected of encouraging.
This note is by Mr. Petitain. We do not find as many contradictions in the motives given for Madame d’Épinay’s journey as this author does. The presence of her husband seemed to justify her state of illness; he had no idea what kind of disease it was, since he was unfamiliar with it. It was a masterstroke to have her husband act as chaperone himself. Truly concerned for his wife, he accompanied her, recommended her to Dr. Tronchin, and then returned immediately. The presence of their son might have been inconvenient, but some precautions could have addressed that issue. In Madame d’Épinay’s Memoirs, it is mentioned that Tronchin had her rent a country house near the city. In Geneva, as in everywhere else, it is possible to conceal a pregnancy and its consequences with careful planning. (Note by Mr. Musset-Pathay)
[229] Mr. Le Vasseur, who was rather harshly treated by his wife, called him “Lieutenant criminel.” Mr. Grimm, in jest, gave the same name to his daughter; and later, for convenience, he decided to omit the first word of that name.
[230] * In place of this letter, one finds a rather lengthy correspondence in Madame d’Épinay’s Memoirs. It is known that Grimm had custody of these Memoirs; since he did not die until 1807, he lived to see the publication of Confessions. As both the letter itself—which Rousseau returned to him without reading it—and Rousseau’s laconic reply were in his possession, he was able to manipulate them in a way that served his own interests. However, he never dared to publish anything on this subject during his lifetime, out of great caution regarding the implications of such action. He blamed Rousseau through his own reticence and self-imposed restraint—a very convenient tactic when one has nothing to say. Let us not forget that Grimm outlived Jean-Jacques by thirty-nine years and did not raise any objections to the publication of Book IX of Confessions in 1788, that is, nineteen years after the baron’s death.
[231] Variant: “, despite my friends and despite myself.” — This variant is taken from the Memoirs of Madame d’Épinay, where the same letter is mentioned.
[232] Rousseau, who wrote his Confessions more than ten years after this separation, forgot that he had replied to this letter. His reply can be found in the Correspondence, dated February 27, 1768. Since it is entirely to his advantage in terms of tone and noble sentiments, he had no reason to delete it. Therefore, it was wrong to assume that he intended to destroy it. Madame d’Épinay considered this letter impertinent—which is understandable, since she was being given lessons that she deserved. For further notes and observations on this letter, see the Correspondence at the indicated date.
[233] Since this was written, he took that step with the greatest and most unimaginable success. I believe it was Tronchin who gave him the courage and the means to do so. (This note is not included in the original manuscript.)
[234] The Discourse on Inequality
[235] Such was my belief, born of the simplicity of my heart, when I wrote my Confessions. (A note that is missing from the original manuscript.)
[236] * In his Memoirs, Marmontel makes no mention either of the copy Rousseau sent him of his work nor of the kind of compliment Rousseau believed he had made to him. He merely states that he included an apology for his play in the Mercure, as a refutation of Letter to d’Alembert, and declares, with an amount of self-esteem that is rather ridiculous under the circumstances, that this apology “had all the success that truth can attain when it combats sophistry, and reason when it confronts oracles head-on.”* After all, the hatred Marmontel actually felt toward Rousseau—and which he does not conceal, or rather conceals poorly in his Memoirs—must be attributed to reasons entirely different from those Rousseau mentions here. Such hatred can only be found in Marmontel’s character and habits: a man of the world through and through, eager for literary glory, and in stark contrast to a recluse whose successes were due solely to himself—and who overwhelmed Marmontel with his immense superiority.*
[237] It has belonged to her since then, as a result of an agreement she recently made with me. (This note is missing from the original manuscript.)
[238] The Pleads and Memoirs of Loyseau de Mauléon were collected in 2 volumes, in 4° format, published in Paris in 1760.
[239] Variant: “the tenderest friendship, ”
[240] * Countess of Bouflers, a friend of the Prince of Conti.
[241] Variant: “and this reform made me feel, ” — “and I began to feel, ”
[242] * This building, purchased in 1816 by a group of speculators, was completely demolished, and the trees in the park were also cut down.
[243] * See this letter in the Correspondence, dated October 29, 1759.
[244] * This response is not included in the printed correspondence.
[245] Jupiter removes reason from those whom he has decreed to lose it.—This iambic verse, whose words Rousseau rearranged but did not quote in their entirety.
“Those whom Jupiter wishes to destroy, he first drives mad.”
This idea is quite commonly found among writers and commentators of the sixteenth and seventeenth centuries, yet none of them indicate the source from which they derived it. However, this same notion frequently appears in Greek poets—in Homer, Pindar, Euripides, for example. See Duport’s Homeri Gnomologia, 1660, p. 282. Another example can be found in an ancient tragedian cited by the orator Lycurgus in his speech against Léocrates, §21. (Note by M. Boissonade.)
[246] The Marquise of Luxembourg not only retained “Amours de milord Édouard,” but also sent its manuscript to publishers in Geneva. From this, we concluded that she found no offensive references within it. However, it is worth noting that under certain circumstances, she was able to set aside prejudice. We provided evidence of this in the letter dated June 20, 1760—though, I admit, this alone is not sufficient to accept Rousseau’s conjectures. Nevertheless, having come to know this fact, we became more cautious and less definitive in our initial conclusion. Moreover, Rousseau, who lived contemporaneously with the marquise and was aware of anecdotes whose details have since been lost, certainly had reason to fear that he might have made an offense. (Note by M. Musset-Pathay) — (See the letter dated June 20, 1760.)
[247] * I composed the verses, but another person was honored for their publication. (Virgil.)
[248] Rousseau reproaches himself for this letter in another work, but from a completely different perspective. “Perhaps,” he says, “it is the only thing truly reprehensible that I have ever written in my life.” See Letters from the Mountain, Letter IX.
[249] Variant: “, that I knew less about, ”
[250] This letter, along with several others, disappeared from the Hôtel de Luxembourg, even though my documents were being kept there. (This note is not included in the original manuscript.)
[251] It was in this way that he later came to claim Émile as his own.
[228] Il motivo segreto, ormai troppo noto, del viaggio di madame d’Épinay era la sua gravidanza, frutto della sua relazione con Grimm. Tuttavia, oggi si potrebbe dubitarne, considerando le circostanze accessorie legate a quel viaggio. Infatti, non solo il figlio di madame d’Épinay e il suo precettore l’accompagnarono senza lasciarla mai, ma anche il signor d’Épinay, in seguito al rifiuto di Rousseau, decise di prendere il suo posto e condusse sua moglie fino a Ginevra. Come poté lei, nella sua situazione, accettare compagni di viaggio del genere? E come poté scegliere proprio Ginevra, luogo della sua “liberazione”, dove avrebbe inevitabilmente attirato l’attenzione di tutti? Tutte queste circostanze sembrano contraddire apertamente quanto affermato in precedenza; tuttavia, tale fatto era all’epoca noto a tutti, e le reticenze di Rousseau non fanno che confermarlo ancora di più. La contraddizione si spiega con un altro fatto, il cui pensiero è certamente orribile, ma che dobbiamo comunque ammettere come conseguenza inevitabile del primo. Se non esitiamo a presentare tale idea al lettore, è perché, da un lato, la veridicità di questo secondo fatto ci è garantita da un’autorità indubbia; dall’altro, la memoria stessa di madame d’Épinay, che non ha avuto paura di compromettersi, può sopportare questa nuova offesa, che in fondo non rappresenta altro che un ulteriore esempio delle conseguenze di un comportamento imprudente e disordinato. Torniamo ora a Rousseau.
Quello che sembra assolutamente certo è che, imponendogli di accompagnare madame d’Épinay in questo viaggio, si voleva conferire a tale spedizione un certo rilievo e soddisfare così la vanità della signora a scapito del filosofo, il quale non apparve altro che come suo umile seguace, forse persino di meno. Inoltre, essendo a conoscenza di questa passione fatale che Rousseau provava per madame d’Houdetot, Grimm e madame d’Épinay lo mettevano così alla prova, pronti ad aggiungere all’accusa di ingratitudine anche quella di essere trattenuto da un sentimento colpevole, un sentimento che almeno madame d’Houdetot avrebbe potuto essere sospettata di incoraggiare*.
Questa nota è di M. Petitain. Non riscontriamo le stesse contraddizioni di questo autore nei motivi addotti per spiegare il viaggio di madame d’Épinay: la presenza del marito giustificava il suo stato di malattia. Lui stesso non aveva idea del tipo di questa malattia, alla quale era estraneo. Fu davvero un colpo da maestro scegliere proprio il marito come accompagnatore. Preoccupato sinceramente per sua moglie, la accompagnò, la affidò al dottor Tronchin e tornò subito indietro. La presenza del figlio poteva rappresentare un ostacolo, ma bastavano alcune precauzioni. Nei “Memorie di Madame d’Épinay” si legge che Tronchin le fece affittare una casa di campagna situata vicino alla città. A Ginevra, come ovunque, è possibile nascondere con cura una gravidanza e i suoi conseguenti. (Nota di M. Musset-Pathay)
[229] Il signor Le Vasseur, che sua moglie trattava con una certa durezza, lo chiamava “il Luogotenente Criminale”. Il signor Grimm, scherzando, dava lo stesso nome anche alla figlia di lui; e, per abbreviare, in seguito gli piacque omettere la prima parola di quel nome.
[230] Al posto di questo biglietto, nei Memorie di madame d’Épinay si trova una lettera abbastanza lunga. Si sa che Grimm era il detentore di questi Memori; essendo morto soltanto nel 1807, vide pubblicarsi le Confessioni: essendo in possesso sia della propria lettera che Rousseau gli aveva restituito senza leggerla, sia della risposta laconica di quest’ultimo, poté modificare entrambe a seconda dei propri interessi. Tuttavia, non osò mai pubblicare nulla al riguardo durante la sua vita, poiché diffidava molto della propria causa. Incolpa Rousseau attraverso delle reticenze e una certa riservatezza da lui stesso imposta: una tattica molto comoda quando non si ha nulla da dire. Non dimentichiamo che Grimm visse per trentanove anni dopo Jean-Jacques, e che non fece mai reclami riguardo al IX libro delle Confessioni, pubblicato nel 1788, cioè diciannove anni prima della morte del barone.
[231] Variante: “, nonostante i miei amici e nonostante me stesso.” Questa variante è tratta dai Memorie di Madame d’Épinay, dove viene riportata la stessa lettera.
[232] Rousseau, che scrisse le sue Confessioni più di dieci anni dopo quella rottura, dimenticò di aver risposto a quella lettera. La sua risposta si trova nella Corrispondenza, datata 27 febbraio 1768. Poiché essa è totalmente a suo favore per tono e nobiltà dei sentimenti, non aveva alcun motivo di eliminarla. Pertanto, è stato un errore supporre che avesse intenzione di distruggerla. Madame d’Épinay riteneva quella lettera inopportuna. Ciò è comprensibile, poiché le venivano impartite lezioni che lei stessa meritava. Si veda la nota e l’osservazione relativa a questa lettera nella Corrispondenza, alla data indicata.
[233] Da quando queste parole sono state scritte, ha intrapreso quel passo con il massimo e l’inconcepibile successo. Credo che sia stato Tronchin a dargli il coraggio e i mezzi necessari. (Questa nota non è presente nel manoscritto autografo.)
[234] Il Discorso sull’ineguaglianza
[235] Ecco ciò che, nella semplicità del mio cuore, credevo ancora quando scrivevo le mie Confessioni. (Nota assente nel manoscritto autografo.)
[236] Marmontel, nei suoi Mémoires, non fa menzione né dell’invio che Rousseau gli fece del proprio opuscolo, né del genere di complimento che quest’ultimo credeva di fargli. Afferma soltanto di aver pubblicato sul “Mercure” un’apologia del Teatro, come confutazione della Lettera a d’Alembert, e dichiara, con una sicurezza dell’orgoglio piuttosto ridicola in questa circostanza, che tale apologia “ebbe tutto il successo che può avere la verità che combatte i sofismi, e la ragione che affronta direttamente l’eloquenza”. Del resto, l’odio che Marmontel provò effettivamente per Rousseau, e che non nasconde affatto – o meglio, che nasconde male nei suoi Mémoires – deriva senza dubbio da una causa del tutto diversa da quella che Rousseau adduce qui; tale odio non può essere cercato altrove se non nel carattere e nelle abitudini di Marmontel: un uomo di mondo per eccellenza, avido di gloria letteraria, in netto contrasto con un solitario il cui successo derivava interamente da sé stesso, e che lo sovrastava con la propria immensa superiorità.
[237] Da allora gli appartiene, in base a un accordo che ha appena stretto con me. (Questa nota è assente nel manoscritto autografo.)
[238] I Discorsi e i Memorie di Loyseau de Mauléon sono stati raccolti in 2 volumi, in formato in-4°, Parigi, 1760.
[239] Variante: “l’amicizia più tenera, ”
[240] * La contessa di Bouflers, amica del principe di Conti.
[241] Variante: “e questa riforma mi ha fatto sentire, ” – “e ho iniziato a sentire, ”
[242] Questo edificio, acquistato nel 1816 da una compagnia di speculatori, è stato completamente demolito, e gli alberi del parco sono stati tagliati.
[243] * Si veda questa lettera nella “Corrispondenza”, datata 29 ottobre 1759.*
[244] * Questa risposta non è presente nella corrispondenza pubblicata.
[245] “Giùpiter toglie la ragione a coloro di cui ha deciso la perdita.” Questo verso in forma di iambico, le cui parole Rousseau ha riorganizzato senza citarlo interamente.
Chi vuole che Giove lo perda, prima lo rende pazzo.
Si trova abbastanza spesso negli scrittori e nei commentatori dei secoli XVI e XVII, senza che nessuno di loro indichi la fonte da cui l’ha tratto. Tuttavia, il pensiero che esprime si ritrova frequentemente nei poeti greci: in Omero, in Pindaro, in Euripide. Si veda Duport (Homeri Gnomologia, 1660, p. 282). Un altro esempio si trova in un antico autore tragico citato dall’oratore Licurgo nella sua arringa contro Leocrate, §21. (Nota di M. Boissonade.)
[246] La marescialla di Lussemburgo non solo ha conservato i “Amori di milord Édouard”, ma ne ha anche inviato il manoscritto agli editori di Ginevra. Da questo abbiamo dedotto che non vi trovasse alcuna allusione offensiva per sé. Tuttavia, è bene notare che, in alcune circostanze, ella era disposta a mettersi al di sopra dei pregiudizi. Ne abbiamo fornito una prova nella nota della lettera del 20 giugno 1760; tuttavia, questo non basta certo per adottare le congetture di Rousseau. Solo che, conoscendo questo fatto, siamo diventati più cauti e meno sicuri riguardo alla nostra prima conclusione. Del resto, Rousseau, essendo contemporaneo della marescialla e a conoscenza di aneddoti la cui memoria è ormai perduta, doveva avere motivi per temere di aver commesso un errore. (Nota di M. Musset-Pathay) — (Vedere la lettera del 20 giugno 1760.)
[247] * Io ho composto i versi, ma è stato un altro ad averne raccolto l’onore. (Virgilio.)
[248] Rousseau si rimprovera questa lettera in un altro suo scritto, ma da un punto di vista completamente diverso. “Forse è l’unica cosa riprovevole che abbia mai scritto nella mia vita”, dice. Si veda Lettere dalla Montagna, Lettera IX.
[249] Variante: «, che sapevo meno, »
[250] Questa lettera, insieme ad altre, è scomparsa dall’hotel di Luxembourg, mentre i miei documenti erano depositati lì. (Questa nota non figura nel manoscritto autografo.)
[251] Ed è così che in seguito si è appropriato di Émile.
[252] Cela s’entend de son vivant et du mien ; et assurément les plus exacts procédés, surtout avec un homme qui les foule tous aux pieds, n’en sauraient exiger davantage.
[253] On remarquera que depuis près de sept ans que cette lettre est écrite, je n’en ai parlé ni ne l’ai montrée à âme vivante. Il en a été de même des deux lettres que M. Hume me força l’été dernier de lui écrire, jusqu’à ce qu’il en ait fait le vacarme que chacun sait. Le mal que j’ai à dire de mes ennemis, je le leur dis en secret à eux-mêmes ; pour le bien, quand il y en a, je le dis en public et de bon cœur*
*.Voltaire tira parti contre Rousseau de la lettre que ce dernier a insérée dans ses Confessions.
[254] Remarquez la persévérance de cette aveugle et stupide confiance au mileu de tous les traitements qui devaient le plus m’en désabuser: elle n’a cessé que depuis mon retour à Paris en 1770. (Note qui manque au manuscrit autographe.)
[255] * Sept ans après, dans une lettre à du Peyrou, du 27 septembre 1767, il rappelle cette anecdote, et annonce avoir gagné au prince trois parties de suite.
[256] * Champfort raconte une anecdote qui vient à l’appui de ce langage: «On disait à J. J. Rousseau qui avait gagné plusieurs parties d’échecs au prince de Conti, qu’il ne lui avait pas fait sa cour, et qu’il fallait lui en laisser gagner quelques-unes: Comment! dit-il, je lui donne la tour! »
[257] Var. «… je viens d’avoir d’une jeune et belle personne des agaceries … »
[258] * L’abbé Brizard rapporte que dans les premiers jours de sa publication, le libraire faisait payer par heure douze sous aux personnes à qui il le louait
[259] J’écrivais ceci en 1769. (Cette note n’est pas dans le manuscrit autographe.)
[260] * Madame de Nadaillac était abbesse de Gomer-fontaine, abbaye de filles du diocèse de Rouen, située à peu de distance du château de Trye. C’est sans doute pendant son séjour en ce lieu que Rousseau avait fait la connaissance de cette dame, et lui avait confié les lettres dont il parle ici. Il a fait pour elle un morceau de musique sacrée, dont le manuscrit est déposé à la Bibliothèque royale.
[261] Var «… de Richardson, quoi que M. Diderot en ait pu dire, ne sauraient… »
[262] Ce n’est pas elle, c’est une autre dame dont j’ignore le nom ; mais le fait m’a été assuré*.
- Madame de Talmont était polonaise, et veuve d’un prince de la maison de Bouillon. Le portrait qu’en fait Horace Walpole, et l’anecdote qu’il raconte, prouvent combien Rousseau s’était trompé. Voyez l’un et l’autre, article TALMONT, dans la Biographie de ses contemporains, tome II de son Histoire.
[263] Var. «… j’avais le bonheur de… »
[264] Var. «… que je n’avais pas accoutumé d’être… »
[265] Var. «…était moins de l’avoir donné à son chien, que… »
[266] *L’aveu qu’il fait de ses fautes à madame de Luxembourg, et les recherches qui en ont été la suite, font la matière de la lettre touchante qu’il lui écrit le 12 juin 1761, et de celles des 20 juillet et 10 août suivants. Voyez la Correspondance
[267] Quand j’écrivais ceci, j’étais bien loin encore d’imaginer, de concevoir, et de croire, les fraudes que j’ai découvertes ensuite dans les impressions de mes écrits, et dont il a été forcé de convenir. (Cette note n’est pas dans le manuscrit autographe.)
[268] Var. «je découvris que… »
[269] Je savais, par exemple, que le président… de était fort lié avec les encyclopédistes et les Holbachiens.
[270] *La guerre de sept ans.
[271] *Machault, contrôleur-général, et le comte d’Argenson, ministre de la guerre, se battant, suivant l’expression du temps, à coups de parlement et de clergé ; à quoi on peut ajouter le partage de la cour entre deux partis reconnaissant déjà pour chefs, l’un, le duc d’Aiguillon, qui faisait ou croyait faire sa cour au Dauphin ; l’autre, le duc de Choiseul, alors comte de Stainville, courtisan de lu favorite, madame de Pompadour.
[272] * Le duc de Choiseul.
[273] *Il s’agit de la société de Jésus, ou compagnie de Jésus. Elle a été fondée par Ignace de Loyola en 1540. Elle fut interdite en France en 1763.
[274] *Voyez dans la Correspondance les lettres à M. Moultou, des 12 et 23 décembre 1761, et 30 mai 1762 ; à madame de Luxembourg, du 13 décembre 1761 et à M. de Malesherbes, du 23 décembre même année.
[275] * Voyez sur l’abbé Darty, l’avertissement qui précède l’Oraison funèbre du duc d’Orléans.
[276] * Le pays est riant, agréable, d’une culture facile, et ses habitants lui ressemblent en tout point. Tasso.
[277] Var. «… de réfléchir sur ce qu’il… »
[278] Var. «… Qu’il fallait s’adresser directement aux auteurs. La première fois… »
[279] Var. «…qui finit par l’histoire du Lévite… »
[280] Var. «… de compromettre madame de Luxembourg si… »
[281] Var. «… qu’il voudrait rendre à… »
[282] Var. «…de quelque façon que j’aie pu m’y prendre. »
[283] Var. «…duquel j’avais mis un distique qui… »
[284] * Ce vers était:
La gloire, l’intérêt, voilà son Dieu, sa loi.
Il ne précédait pas le vers cité dans le texte. Celui-ci était au bas du portrait. L’autre vers était écrit derrière.
[285] * Voici ce passage: «Un père, quand il engendre et nourrit des enfants, ne fait en cela que le tiers de sa tache… Celui qui ne peut remplir les devoirs de père, n’a point droit de le devenir. Il n’y a ni pauvreté, ni travaux, ni respect humain qui le dispensent de nourrir ses enfants et de les élever lui-même. Lecteurs, vous pouvez m’en croire, je prédis à quiconque a des entrailles et néglige de si saints devoirs, qu’il versera longtemps sur sa faute des larmes amères, et n’en sera jamais consolé. » Émile, livre I.
[286] Var. «… mon état. Le vice équivalent, dont je n’ai jamais pu bien me guérir, m’y paraissait moins contraire. Cette… »
[287] * L’événement l’a prouvé: Milord Maréchal en mourant, légua sa montre à Rousseau. D’Alembert, dans l’éloge du lord, accuse Jean-Jacques d’ingratitude: on peut juger de ce reproche par le langage que tenait sur son bienfaiteur, en 1769, l’auteur des Confessions ; ce qui n’a pas empêché le biographe de milord Keith de reproduire la calomnie. Dans la Biographie des Contemporains de Rousseau, aux articles d’Alembert et Keith, nous avons rappelé toutes les circonstances qui prouvent l’intimité de la liaison entre Jean-Jacques et Milord. Mais dès 1791 Ginguené avait parfaitement prouvé combien cette accusation était fausse, et rendue plus odieuse encore par la bénignité perfide du langage de l’accusateur. (Note de M. Musset-Pathay) (Voyez aussi Lettres sur les Confessions)
[288] * Le 30 octobre 1762. Voyez La Correspondance.
[289] * Il a très grand tort en appliquant sa réflexion à du Peyrou, qui lui fut dévoué, le défendit, lui fît construire une maison, lui ouvrit sa bourse, et fut le seul après sa mort qui voulût que ses intentions fussent remplies. Rousseau n’accepta ni sa bourse, ni sa maison, mais il n’en est pas moins vrai que du Peyrou, quoique riche, aimait sincèrement Jean-Jacques et ses principes. (Note de M. Musset-Pathay)
[290] Var. «douceur extrême de pouvoir… »
[291] J’avais trouvé dans ses Éléments de Musique beaucoup de choses tirées de ce que j’avais écrit sur cet art pour l’Encyclopédie, et qui lui fut remis plusieurs années avant la publication de ses Éléments. J’ignore la part qu’il a pu avoir à un livre intitulé Dictionnaire des Beaux-Arts; mais j’y ai trouvé des articles transcrits des miens, mot à mot, et cela longtemps avant que ces mêmes articles fussent imprimés dans l’Encyclopédie.
[292] * Le 12 mai 1763. Voyez la Correspondance.
[293] * Jean Robert Tronchin, qu’il ne faut pas confondre avec son cousin Théodore Tronchin, médecin célèbre, dont il est parlé aux livres VIII et X. C’est ce dernier que Rousseau, dans sa Correspondance, désigne le plus souvent sans le nommer, en l’appelant le jongleur.
[294] Var. «… ne voulant pas l’étaler à la queue de son mulet. »
[295] Var. «… ramener Sauttern à la vertu, et la jeune femme à son devoir. »
[296] *Livre II.
[297] * À Paris, avec le Dictionnaire philosophique de Voltaire, et par le même arrêt en date du 19 mars 1765. Cet arrêt est rapporté tout entier dans l’édition de Poinçot, tom. XIV.
[298] * Le 29 mars. Voyez la Correspondance.
[299] * Dans une longue lettre adressée à du Peyrou le 8 août 1765, écrite exprès pour être rendue publique et qui le fut effectivement bientôt après, Rousseau retrace en détail l’historique de ses relations avec le pasteur de Môtiers, et fait plus particulièrement connaître le caractère de cet homme et l’injustice de ses procédés envers lui. Voyez la Correspondance.
[252] This applies both to his lifetime and to mine; and surely the most rigorous procedures, especially when applied to a man who tramples all such rules underfoot, could not possibly demand anything more.
[253] It should be noted that, nearly seven years since this letter was written, I have never spoken of it or shown it to a single living person. The same held true for the two letters that Mr. Hume forced me to write to him last summer, until he made such a fuss about them as is well known to all. As for the bad things I have to say about my enemies, I tell them in secret, directly to them; but when there is anything good to say, I speak of it publicly and with good will.*
Voltaire used against Rousseau the letter that Rousseau had included in his Confessions.
[254] Notice the persistence of this blind and foolish confidence, amidst all the experiences that should have most discouraged me; it did not cease until my return to Paris in 1770. (A note missing from the original manuscript.)
[255] Seven years later, in a letter to du Peyrou dated September 27, 1767, he recalled this anecdote and mentioned that he had won three games in a row against the prince.
[256] * Champfort tells an anecdote that supports this point: “Someone told J.-J. Rousseau, who had won several chess games against the Prince of Conti, that he had not flattered him enough, and that he should allow Rousseau to win a few more games. ‘How!’ he said, ‘I’m giving him my queen!’*
[257] Variant: “. I have just experienced some annoyances from a young and beautiful person, ”
[258] * Abbe Brizard reports that in the first days after its publication, the bookseller charged twelve sous per hour to those who rented it.
[259] I wrote this in 1769. (This note is not included in the original manuscript.)
[260] Madame de Nadaillac was the abbess of Gomer-fontaine, a convent for women belonging to the diocese of Rouen, located not far from the château of Trye. It was probably during her stay in this place that Rousseau met this lady and entrusted her with the letters he mentions here. He also composed a piece of sacred music for her, and the manuscript is kept in the Royal Library.
[261] Note: “, those of Richardson, whatever Mr. Diderot may have said about them, ”
[262] It’s not her; it’s another lady whose name I don’t know; but I have been assured of this fact*.
*Madame de Talmont was Polish and the widow of a prince from the house of Bouillon. The portrait painted of her by Horace Walpole, as well as the anecdote he tells, prove how much Rousseau had been mistaken. Please refer to both—the article on TALMONT—in Volume II of his History of His Contemporaries.
[263] Variant: “. I had the happiness of, ”
[264] Variant: “, that I was not accustomed to being, ”
[265] Variant: “, it was less about giving it to his dog, than rather, ”
[266] The confession of his faults to Madame de Luxembourg, and the subsequent inquiries that followed, form the subject of the touching letter he wrote to her on June 12, 1761, as well as those letters dated July 20 and August 10 of the following year. See the Correspondence.
[267] When I wrote this, I was still far from imagining, conceiving, or believing the frauds that I later discovered in the printed versions of my works, and which he was forced to acknowledge. (This note is not included in the original manuscript.)
[268] Variant: “I discovered that, ”
For example, I knew that the president, was closely connected with the encyclopedists and the Holbachiens.
[270] The Seven Years’ War.
[271] Machault, the Controller-General, and the Count of Argenson, the Minister of War, were engaged in what was then called “battles of words” involving parliamentarians and clergy; to this one could add the division of the court into two factions, each already recognizing their respective leaders. One faction was led by the Duke of Aiguillon, who either actually sought or believed he was gaining the favor of the Dauphin; the other faction was led by the Duke of Choiseul, then Count of Stainville, a courtier of Madame de Pompadour, the Queen’s favorite.
[272] * The Duke of Choiseul.
[273] This refers to the Society of Jesus, also known as the Jesuit Order. It was founded by Ignatius of Loyola in 1540. It was prohibited in France in 1763.
[274] See in the Correspondence the letters to Mr. Moultou dated December 12 and 23, 1761, and May 30, 1762; the letter to Madame de Luxembourg dated December 13, 1761, and the letter to Mr. de Malesherbes dated December 23 of the same year.
[275] * See, in relation to Abbe Darty, the warning that precedes the Oration Funèbre for the Duke of Orléans.*
[276] * The country is joyful, pleasant, with a gentle culture, and its inhabitants resemble it in every way. Tasso.
[277] Variant: “, to reflect on what he, ”
[278] Variant: “. It was necessary to address the authors directly. The first time, ”
[279] Variant: “, which ultimately leads to the story of the Levite, ”
[280] Variant: “, to compromise Madame de Luxembourg if, ”
[281] Variant: “, that he would like to give back to, ”
[282] Variant: “, in whatever way I may have managed to do it.”
[283] Variant: “, to which I had attached a couplet that, ”
[284] * The line in question was: *
Glory, interest—these are her God, her law.
It did not precede the verse cited in the text; that verse was at the bottom of the portrait, while the other verse was written behind it.
[285] * Here is the passage: “When a father begets and nurtures children, he performs only one-third of his duties. He who is unable to fulfill the responsibilities of a father does not have the right to call himself one. Neither poverty, nor hard work, nor human respect can exempt him from feeding and raising his children himself. Believers, you may take my word for it—I predict that anyone who possesses a heart but neglects such sacred duties will pour bitter tears over his mistakes for a long time and never find consolation.” Émile, Book I.*
[286] Variant: “, my condition. The vice that is its equivalent, from which I was never able to fully recover, seemed less contradictory to it. This, ”
[287] * The event proved this: upon his death, Lord Marshal left his watch to Rousseau. In his eulogy for the lord, D’Alembert accused Jean-Jacques of ingratitude; one can judge the validity of this accusation by the language used by the author of Confessions in 1769 regarding his benefactor—yet this did not prevent Lord Keith’s biographer from repeating this slander. In the Biography of Rousseau’s Contemporaries, alongside the articles by D’Alembert and Keith, we presented all the circumstances that prove the close relationship between Jean-Jacques and Lord Marshal. However, as early as 1791, Ginguené had thoroughly demonstrated how false this accusation was—and how even more odious it became due to the accuser’s perfidiously mild language. (Note by M. Musset-Pathay) (See also Letters on the Confessions)
[288] * On October 30, 1762. See “La Correspondance”.*
[289] * He erred greatly in applying his own reasoning to Du Peyrou, who was devoted to him, defended him, built him a house, opened his purse for him, and was the only one after his death who wished to see his intentions carried out. Rousseau refused both his money and his house, but it remains true that Du Peyrou, despite being wealthy, truly loved Jean-Jacques and his principles. (Note by M. Musset-Pathay)*
[290] Variant: “the extreme gentleness of power, ”
[291] I found in his “Elements of Music” many passages drawn from what I had written about this art for the Encyclopædia, and these materials were given to him several years before the publication of his “Elements.” I do not know what role he may have played in a book titled “Dictionary of the Fine Arts”; but I found articles therein that were word-for-word transcriptions of mine, long before those same articles were published in the Encyclopædia.
[292] * On May 12, 1763. See the Correspondence.
[293] * Jean Robert Tronchin, who should not be confused with his cousin Théodore Tronchin, a famous physician mentioned in Books VIII and X. It is Théodore that Rousseau most frequently refers to in his Correspondence without mentioning his name, calling him “the juggler.”*
[294] Variant: “, not wishing to spread it along the back of his mule.”
[295] Variant: “, to restore Sauttern to virtue, and the young woman to her duties.”
[296] Book II.
[297] * In Paris, along with Voltaire’s Philosophical Dictionary, and by the same decree dated March 19, 1765. This decree is reproduced in its entirety in Poinçot’s edition, volume XIV.
[298] * On March 29th. See the Correspondence section.
[299] * In a lengthy letter addressed to du Peyrou on August 8, 1765—and written specifically with the intention of being made public, which it indeed was soon after—Rousseau details the history of his relations with Pastor de Môtiers, and particularly reveals the character of this man as well as the injustice of the measures taken against him. See the Correspondence.
[252] Ciò si riferisce sia alla sua vita che alla mia; e certamente i metodi più rigorosi, soprattutto quando si tratta di una persona che li disprezza completamente, non potrebbero richiedere di più.
[253] Si noterà che, da quasi sette anni che questa lettera è stata scritta, non ne ho parlato né l’ho mostrata a nessuno. Lo stesso è accaduto per le due lettere che il signor Hume mi ha costretto a scrivergli lo scorso estate, fino a quando non ha suscitato tutto quel clamore di cui tutti sono a conoscenza. Il male che ho da dire sui miei nemici, glielo dico in segreto, direttamente a loro; quanto al bene, quando c’è, lo dichiaro pubblicamente e con sincerità*.
.Voltaire sfrutta contro Rousseau la lettera che quest’ultimo ha inserito nelle sue “Confessioni”.
[254] Notate la perseveranza di questa cieca e stupida fiducia, nonostante tutti gli eventi che avrebbero dovuto dissuadermi: essa è cessata soltanto dopo il mio ritorno a Parigi nel 1770. (Nota mancante nel manoscritto autografo.)
[255] * Sette anni dopo, in una lettera a du Peyrou del 27 settembre 1767, ricorda questa aneddota e annuncia di aver vinto tre partite consecutive contro il principe.*
[256] * Champfort racconta un aneddoto che conferma questo punto di vista: “Si diceva a J.-J. Rousseau, che aveva vinto diverse partite a scacchi contro il principe di Conti, che non gli aveva fatto la corte e che quindi bisognava lasciarlo vincere ancora qualche partita, ‘Come!’, disse lui, ‘Gli sto dando la torre!’*
[257] Variante: «, ho appena avuto delle seccature da parte di una giovane e bella donna, »
[258] * L’abate Brizard racconta che nei primi giorni della sua pubblicazione, il libraio chiedeva dodici soldi all’ora alle persone a cui lo noleggiava.
[259] Scrivevo queste parole nel 1769. (Questa nota non è presente nel manoscritto autografo.)
[260] Madame de Nadaillac era badessa di Gomer-fontaine, un convento di suore appartenente alla diocesi di Rouen e situato a poca distanza dal castello di Trye. È probabilmente durante il suo soggiorno in quel luogo che Rousseau ebbe modo di conoscere questa signora e le affidò le lettere di cui parla qui. Le compose anche un brano musicale sacro, la cui copia manoscritta è conservata presso la Bibliothèque royale.
[261] “, di Richardson; nonostante quanto possa aver detto Monsieur Diderot, loro non saprebbero, ”
[262] Non è lei, ma un’altra signora il cui nome ignoro; tuttavia, mi è stato confermato con certezza questo fatto*.
- Madame de Talmont era polacca e vedova di un principe della casa di Bouillon. Il ritratto che ne fa Horace Walpole, nonché l’aneddoto che racconta, dimostrano quanto Rousseau si fosse sbagliato. Si possono consultare sia il ritratto che l’aneddoto nell’articolo “TALMONT”, presente nel volume II della sua Biografia dei suoi contemporanei.
[263] Variante: «, ebbi la fortuna di, »
[264] Variante: «, che non ero abituata ad essere, »
[265] Variante: “, non era tanto il fatto di averlo dato al proprio cane, quanto, ”
[266] L’ammissione delle proprie colpe da parte sua a madame de Luxembourg, nonché le indagini che ne sono derivate, costituiscono il contenuto della lettera commovente che le scrive il 12 giugno 1761, così come di quelle del 20 luglio e del 10 agosto successivi. Si veda la Correspondance.
[267] Quando scrivevo queste parole, ero ancora lontano dall’immaginare, dal concepire e dal credere alle frodi che in seguito ho scoperto nelle trascrizioni dei miei scritti, e di cui egli è stato costretto ad ammettere l’esistenza. (Questa nota non si trova nel manoscritto autografo.)
[268] Variante: “Scoprii che, ”
[269] Sapevo, ad esempio, che il presidente, era molto legato agli enciclopedisti e ai membri del gruppo di Holbach.
[270] La guerra dei sette anni.
[271] Machault, controllore generale, e il conte d’Argenson, ministro della guerra, si scontravano, per usare l’espressione dell’epoca, con argomentazioni politiche e religiose; a ciò si può aggiungere la divisione della corte in due fazioni, ognuna delle quali riconosceva come leader uno dei seguenti personaggi: da un lato, il duca d’Aiguillon, che cercava di guadagnarsi i favori del Delfino; dall’altro, il duca di Choiseul, allora conte di Stainville, cortigiano della favorita del re, madame de Pompadour.
[272] * Il duca di Choiseul.*
[273] Si tratta della Compagnia di Gesù, fondata da Ignazio di Loyola nel 1540. Fu proibita in Francia nel 1763.
[274] Si vedano nella Corrispondenza le lettere a Monsieur Moultou del 12 e 23 dicembre 1761, e del 30 maggio 1762; a Madame de Luxembourg del 13 dicembre 1761, e a Monsieur de Malesherbes dello stesso giorno del 23 dicembre.
[275] * Si veda, riguardo all’abate Darty, l’avvertimento che precede la Orazione funebre del duca d’Orléans.*
[276] * Il paese è gioioso, piacevole da vivere, con una coltivazione facile; i suoi abitanti gli assomigliano in ogni modo. Tasso.*
[277] Variante: “, per riflettere su ciò che lui, ”.
[278] Variante: “. Era necessario rivolgersi direttamente agli autori. La prima volta, ”
[279] Variante: «, che si conclude con la storia del Levita, »
[280] Variante: “, di mettere in pericolo la signora di Lussemburgo se, ”
[281] Variante: «, che vorrebbe restituire a, »
[282] Variante: “, in qualsiasi modo io abbia potuto procedere.”
[283] Variante: «, del quale avevo scritto un distico che, »
[284] * Il verso in questione era:
La gloria, l’interesse: ecco il suo Dio, la sua legge.
Non precedeva il verso citato nel testo; quest’ultimo si trovava in basso al ritratto, mentre l’altro verso era scritto dietro di esso.
[285] Ecco questo passaggio: “Un padre, quando genera e nutre i propri figli, compie in questo solo un terzo del proprio dovere. Chi non è in grado di adempiere ai doveri di padre non ha il diritto di esserlo. Né povertà, né fatiche, né rispetto umano possono esonerarlo dal nutrire i propri figli e dall’educarli personalmente. Lettori, potete credermi: predico a chiunque abbia un cuore e trascuri doveri così sacri che dovrà versare per molto tempo lacrime amare a causa dei suoi errori, e non ne troverà mai consolazione.” Émile, libro I.
[286] Variante: “, il mio stato. Il vizio equivalente, dal quale non sono mai riuscito a liberarmi del tutto, mi sembrava meno contrario al mio stato attuale. Questa, ”
[287] * L’evento lo ha dimostrato: il Marchese morì lasciando la sua orologeria a Rousseau. D’Alembert, nell’elogio del marchese, accusa Jean-Jacques di ingratitudine; si può giudicare questa accusa dal linguaggio utilizzato dall’autore delle “Confessioni” nel 1769 riguardo al suo benefattore; ciò non ha tuttavia impedito al biografo del marchese Keith di riprodurre questa calunnia. Nella “Biografia dei Contemporanei di Rousseau”, negli articoli di D’Alembert e Keith, abbiamo ricordato tutte le circostanze che dimostrano l’intimità della relazione tra Jean-Jacques e il marchese. Ma già nel 1791 Ginguené aveva dimostrato perfettamente quanto fosse falsa questa accusa, e quanto essa diventasse ancora più odiosa a causa del linguaggio perfido ma apparentemente benevolo dell’accusatore. (Nota di M. Musset-Pathay) (Vedi anche “Lettere sulle Confessioni”)
[288] * Il 30 ottobre 1762. Si veda “La Correspondance”.*
[289] * Commette un grave errore nell’applicare le sue riflessioni a du Peyrou, che fu devoto a lui, lo difese, gli fece costruire una casa, gli aprì la sua borsa e fu l’unico, dopo la sua morte, a voler che le sue intenzioni venissero realizzate. Rousseau non accettò né la sua borsa né la sua casa, ma è pur vero che du Peyrou, nonostante fosse ricco, amava sinceramente Jean-Jacques e i suoi principi. (Nota di M. Musset-Pathay)*
[290] Variante: “Dolcezza estrema del potere, ”
[291] Avevo trovato nei suoi “Elementi di Musica” molte idee tratte da ciò che avevo scritto sull’arte per l’Enciclopedia, e queste idee gli furono consegnate diversi anni prima della pubblicazione dei suoi “Elementi”. Non so quale ruolo abbia potuto svolgere in un libro intitolato “Dizionario delle Belle Arti”; tuttavia vi ho trovato articoli trascritti letteralmente dai miei, e questo molto tempo prima che tali stessi articoli venissero pubblicati nell’Enciclopedia.
[292] * Il 12 maggio 1763. Si veda la “Corrispondenza”.*
[293] * Jean Robert Tronchin, da non confondere con suo cugino Théodore Tronchin, famoso medico di cui si parla nei libri VIII e X. È quest’ultimo che Rousseau, nella sua Corrispondenza, menziona più spesso senza nominarlo, chiamandolo “il giocoliere”.*
[294] Variante: “, non volendo esporlo sulla coda del suo mulo.”
[295] Variante: “, riportare Sauttern sulla retta via e la giovane donna al suo dovere.”
[296] Libro II.
[297] * A Parigi, insieme al “Dizionario filosofico” di Voltaire, e con lo stesso decreto del 19 marzo 1765. Questo decreto è riportato integralmente nell’edizione di Poinçot, vol. XIV.
[298] * Il 29 marzo. Si veda la Corrispondenza.
[299] In una lunga lettera indirizzata a du Peyrou l’8 agosto 1765, scritta appositamente per essere resa pubblica e che effettivamente lo fu poco dopo, Rousseau descrive in dettaglio la storia delle sue relazioni con il pastore de Môtiers, facendo conoscere in modo particolare il carattere di quest’uomo e l’ingiustizia dei suoi comportamenti nei suoi confronti. Si veda la Correspondance.
[300] Cette fatalité avait commencé dès mon séjour à Yverdon: car le banneret Roguin étant mort un an ou deux après mon départ de cette ville, le vieux papa Roguin eut la bonne foi de me marquer, avec douleur, qu’on avait trouvé dans les papiers de son parent, des preuves qu’il était entré dans le complot pour m’expulser d’Yverdon et de l’état de Berne. Cela prouvait bien clairement que ce complot n’était pas, comme on voulait le faire croire, une affaire de cagotisme, puisque le banneret Roguin, loin d’être un dévot, poussait le matérialisme et l’incrédulité jusqu’à l’intolérance et au fanatisme. Au reste, personne à Yverdon ne s’était si fort emparé de moi, ne m’avait tant prodigué de caresses, de louanges et de flatterie, que ledit banneret. Il suivait fidèlement le plan chéri de mes persécuteurs.
[301] * Il est intitulé Sentiments des citoyens. Il est de Voltaire, et n’a été compris parmi ses œuvres que dans l’édition de M. Renouard et dans celle de M. Lequien. il fait aussi partie de l’édition Dupont. Voltaire ne l’a pas désavoué, et M. Wagnière, son secrétaire, a attesté par écrit que cet odieux libelle était de l’auteur de Zaïre…
[302] * Ce passage des Confessions m’a fait une nécessité indispensable de publier ce Mémoire. … et, comme l’équité le prescrivait, avec des notes fournies par M. Vernes pour sa défense. (Note de du Peyrou)*
Rousseau fut injuste en attribuant à M. Vernes ce libelle. Il est étonnant qu’il n’ait pas soupçonné Voltaire. Mais il faut convenir que M. Vernes ne repousse point l’accusation avec l’énergie et l’indignation que méritait une imputation pareille. (Note de M. Musset-Pathay)
- Ces pièces font partie de la présente édition sous le titre Déclaration de J. J. Rousseau relative à M. le pasteur Vernes.
[303] * On a voulu révoquer en doute cette lapidation: MM. Servan et d’Escherny la représentent comme une farce (mot dont on s’est servi) ; le premier dit tenir d’un homme digne de foi, que ce fut une ruse de Thérèse qui, cependant, n’était guère rusée. D’Escherny partage cette opinion, et peut-être n’est-il que l’homme digne de foi de M. Servan. À ce témoignage j’oppose 1° celui de du Peyrou ; •2° le rapport du châtelain de Môtiers, éveillé parle tumulte, et qui, dans son procès-verbal dit qu’une des portes de la maison fut enfoncée et le mur criblé de pierres ; 3° la garde mise le lendemain à la porte de cette maison ; 4° l’offre faite par la communauté de Cornet d’un asile à Rousseau, en lui garantissant qu’il ne serait plus lapidé. Il existe plusieurs arrêts rendus par les autorités locales, qui devaient savoir ce qui se passait sous leurs yeux, mieux que l’homme digne de foi. Frédéric intervint plus tard et crut à la réalité de cette lapidation, et il ne faisait pas bon mystifier Frédéric. On peut en sûreté de conscience, croire un fait dont il ne doutait pas. (Note de M. Musset-Pathay.)
[304] Il n’est peut-être pas inutile d’avertir que j’y laissais un ennemi particulier dans un M. du Terraux, maire des Verrières, en très estime dans le pays, mais qui a un frère qu’on dit honnête homme, dans les bureaux de M. de Saint-Florentin. Le maire l’était allé voir quelque temps avant mon aventure. Les petites remarques de cette espèce, qui par elles-mêmes ne sont rien, peuvent mener dans la suite à la découverte de bien des souterrains.
[305] * Vers de La Fontaine, dans le Diable de Papefiguières.
[306] Var. «… mon rébus et ma menterie. »
[307] Var. «…un radoteur dont la tête bat la campagne, sitôt que ses… »
[308] * Il en a parlé au Livre V, et a fait en peu de mots connaître le caractère et le sort de ce personnage fameux dans l’histoire de Genève.
[309] * Dans ses Rêveries (cinquième Promenade) il fait plus en détail la description de l’île de Saint-Pierre, et s’étend avec complaisance sur le bonheur suffisant, parfait et plein dont il a joui constamment pendant les deux mois qu’il l’a habitée.
[310] Livre II.
[311] * Var. «… fit songer à leurs chefs à me demander… »
[312] Var. «plus utile, après le départ des troupes françaises, si… »
[313] Var. «ce peuple féroce et demi-sauvage, tel que… »
[314] * Il était ambassadeur de France à Soleure, et fut chargé depuis d’intervenir au nom de son gouvernement et comme médiateur dans les affaires de Genève. Voyez la lettre que Rousseau lui écrivit d’Angleterre à ce sujet, le 23 février 1766.
[315] * Il n’est pas surprenant que Rousseau soit amoureux de madame d’Egmont ; sa beauté est un paradoxe. (Mélanges de madame Necker, tom. I.) — À en juger par ce passage, il paraît que Rousseau avait conçu pour cette dame des sentiments au moins très affectueux, sur lesquels la malignité s’exerça. Au reste, c’est la seule fois qu’il parle de madame d’Egmont, et il n’est question d’elle dans aucune partie de sa correspondance*.
*Nous avons laissé cette note, quoique l’assertion de madame Necker nous paraisse singulière, pour ne rien dire de plus. Nous ne partageons nullement l’opinion de l’un des précédents éditeurs, et ne croyons pas que Rousseau fût amoureux de madame d’Egmont, quand bien même sa beauté eût été un paradoxe. C’est sans doute parce que Jean-Jacques était accusé d’aimer les paradoxes, que madame Necker s’est servie de cette expression. À l’époque où Rousseau connut madame d’Egmont, fille du maréchal de Richelieu, il avait 60 ans, était guéri depuis longtemps de la seule passion qu’il eût eue ; il n’allait point dans le monde: on venait le trouver chez lui pour le voir comme un objet de curiosité ; ce qui le contrariait à l’excès et lui donnait de l’humeur. Les seules réunions auxquelles il consentit de paraître, furent rassemblées pour entendre la lecture de ses Confessions, et il est douteux qu’il y en ait eu plus de trois, M. de Sartine, sur la prière de madame d’Épinay, lui ayant fait promettre de ne plus lire cet ouvrage en public. (Note de M. Musset-Pathay — Voyez l’Hist. de J. J. Rousseau, du même auteur)
[316] * 1 Liv. II.
[317] * Voyez la Dissertation de Bayle sur les libelles diffamatoires, IVe vol. du Dictionnaire in-folio.
[318] Voyez l’article Marmontel, dans l’Hist. de Rousseau, Biographie des contemporains.
[319] Expressions de Diderot.
[320] Voyez dans la Correspondance la lettre du 6 avril 1765. M. d’Escherny rapporte dans ses Mélanges, celle que lui avait écrite Diderot pour le prier de le réconcilier avec Jean-Jacques.
[321] Dans la Biographie des contemporains de Rousseau, articles Holbach, Diderot, d’Alembert, Grimm, etc.
[322] Diderot, d’Alembert, Marmontel, Saint-Lambert, Grimm, le baron d’Holbach.
[323] Marmontel, dans ses Mémoires; Grimm, clans sa Correspondance; madame d’Épinay, dans la sienne ; d’Holbach, dans ses Confidences à Cerutty, confirment la sincérité de Rousseau ; et, ce qu’il y a de singulier, expliquent des particularités qui paraissaient obscures avant que leurs lettres ou mémoires n’eussent paru. Voyez Hist. de Rousseau.
[324] Peu de temps avant de venir de Monquin à Paris, Jean-Jacques paraissait décidé à se rendre à Chambéry. Tout-à-coup il change d’avis, et le 4 juin 1770 il écrit à son ami M. Moultou: «Ne parlons plus de Chambéry, ce n’est pas là que je suis appelé. L’honneur et le devoir crient: je n’entends plus que leur voix. »
[325] Nous reviendrons sur ce passage dont La Harpe a tiré parti, en examinant sa critique des Confessions.
[326] Voyez la lettre de madame d’Épinay, dans l’Hist. de Rousseau.
[327] Les Réflexions sur les Confessions de Jean-Jacques Rousseau, par M. Servan, ancien avocat-général au parlement de Grenoble, parurent en 1783, dans le Journal encyclopédique. L’examen de La Harpe fut inséré dans le Mercure de 1792, dont M. Barbier l’a extrait en 1818, pour le comprendre dans son nouveau Supplément au Cours de littérature, 1 vol. in-8°.
[328] En effet, il n’existait plus à cette époque, que Saint-Lambert, madame d’Houdetot, madame d’Holbach et Grimm, morts tous dans un âge très avancé. Rousseau parle honorablement des trois premiers: quant au quatrième, il est abandonné de tout le monde, à l’exception de son secrétaire.
[329] Faisons remarquer que M. Servan eût perdu sa cause, à en juger par le goût du public et l’accueil qu’il fait aux mémoires publiés avec une sorte de profusion, depuis l’époque où ce magistrat proscrivait ce genre d’ouvrages.
[330] Encyclopédie et Dictionnaire de Trévoux. Les auteurs du Dictionnaire de l’Académie n’admettent pas le mot dans ce sens, ou du moins n’en parlent pas.
[331] Ce sont les six derniers livres, qui n’avaient pas encore paru quand M. Servan écrivait.
[332] Sentiments des citoyens. Voyez dans la catégorie MÉMOIRES ET CORRESPONDANCE de cette édition complète Déclaration de Jean-Jacques Rousseau relatives à M. Le Pasteur Vernes.
[333] Voyez, l’avertissement qui précède les Rêveries; c’est dans la VIIième qu’il est question de M. Bovier: et les éclaircissements sur le fait qui lui est imputé ne doivent point être séparés de l’ouvrage où Jean-Jacques rapporte ce fait.
[300] This fate began as soon as I stayed in Yverdon: for the banneret Roguin died one or two years after my departure from that city, and the old father Roguin had the honesty to tell me, with evident distress, that evidence had been found in his relative’s papers proving that he had been involved in a conspiracy aimed at expelling me from Yverdon and the state of Bern. This clearly showed that this conspiracy was not, as people wanted to believe, a matter of bigotry—since the banneret Roguin, far from being devout, pursued materialism and incredulity to the point of intolerance and fanaticism. Moreover, no one in Yverdon had ever shown me such excessive attention, showering me with so many caresses, praises, and flattery as had this very banneret. He faithfully carried out the plans of my persecutors.
[301] * It is titled “Sentiments des Citoyens.” It was written by Voltaire and was only included among his works in the editions prepared by Mr. Renouard and Mr. Lequien; it is also part of the Dupont edition. Voltaire never disavowed it, and his secretary, Mr. Wagnière, provided a written statement confirming that this abhorrent pamphlet was indeed the work of the author of “Zaïre.”,, *
[302] This passage from the “Confessions” made it absolutely necessary for me to publish this Memoir, and, as justice demanded, with notes provided by Mr. Vernes in his defense. (Note by du Peyrou)
Rousseau was unjust in attributing this libel to Mr. Vernes. It is surprising that he did not suspect Voltaire. However, it must be acknowledged that Mr. Vernes does not reject the accusation with the vigor and indignation that such a charge deserves. (Note by M. Musset-Pathay)
- These pieces are included in this edition under the title “Declaration by J. J. Rousseau regarding Mr. Pastor Vernes.”
[303] * There were attempts to cast doubt on the authenticity of this stoning incident: Messrs. Servan and d’Escherny presented it as a farce (a term that was indeed used at the time); the former claimed to have heard from a trustworthy source that it was actually a ruse employed by Thérèse, although she was not particularly clever in such matters. D’Escherny shared this opinion, and perhaps he was merely echoing the words of Mr. Servan as a credible witness. In opposition to these accounts, I present: 1° the testimony of du Peyrou; 2° the report of the lord of Môtiers, who was awakened by the noise and stated in his official record that one of the house’s doors was broken down and the walls were pelted with stones; 3° the measures taken the following day to secure the door of that house; 4° the offer made by the community of Cornet to provide Rousseau with asylum, guaranteeing that he would no longer be subjected to stoning. Several judgments were issued by local authorities, who must have been better informed about what was happening than this so-called “credible witness.” Later on, Frédéric came to believe in the reality of this incident, and it would have been unwise to deceive him. One can surely trust a fact in which he himself had no doubt. (Note by M. Musset-Pathay.)
[304] It may not be unnecessary to mention that I left a particular enemy there in the person of Mr. du Terraux, the mayor of Verrières—a man who is highly respected throughout the region—but he has a brother who is said to be an honest man and works in the offices of Mr. de Saint-Florentin. The mayor had visited him some time before my incident occurred. Such minor observations, which seem insignificant on their own, can sometimes lead to the discovery of many hidden truths or connections later on.
[305] * Lines from La Fontaine, in “The Devil of Papefiguières”.
[306] Variant: “, my riddle and my lies.”
[307] Variant: “, a chatterbox whose head keeps moving around aimlessly whenever his, ”
[308] * He discussed him in Book V, and in few words revealed the character and fate of this famous figure in the history of Geneva.
[309] * In his “Rêveries” (fifth promenade), he provides a more detailed description of the island of Saint-Pierre and indulges at length in describing the ample, perfect, and complete happiness he constantly enjoyed during the two months he spent there.
[310] Book II.
[311] * Variant: “, which made their leaders think of asking me, ”*
[312] Variant: “more useful, after the departure of the French troops, if, ”
[313] Variant: “This ferocious and semi-savage people, such as, ”
[314] * He was the French ambassador in Soleure and was subsequently appointed to intervene on behalf of his government and act as a mediator in matters concerning Geneva. See the letter Rousseau wrote to him from England on this subject, dated February 23, 1766.*
[315] * It is not surprising that Rousseau was in love with Madame d’Egmont; her beauty is a paradox. (Mélanges de Madame Necker, vol. I.) — Judging from this passage, it seems that Rousseau had at least very affectionate feelings for this lady, feelings upon which malice took advantage. After all, this is the only time he mentions Madame d’Egmont, and she is not mentioned in any part of his correspondence.*
We have left this note behind, even though madame Necker’s assertion seems rather peculiar to us, without adding anything further. We certainly do not share the opinion of one of the previous editors, nor do we believe that Rousseau was in love with madame d’Egmont—even if her beauty were a paradox in itself. It is probably because Jean-Jacques was often accused of loving paradoxes that madame Necker used such an expression. At the time Rousseau met madame d’Egmont, daughter of Marshal de Richelieu, he was 60 years old and had long since overcome the only passion he had ever known; he no longer attended social gatherings—people came to his home merely out of curiosity; this situation greatly annoyed him and often made him irritable. The only gatherings at which he agreed to appear were those where his Confessions were read aloud, and it is doubtful that there were more than three such occasions. Monsieur de Sartine, at the request of madame d’Épinay, had ensured that Rousseau would no longer read this work in public. (Note by M. Musset-Pathay—See The History of J.-J. Rousseau by the same author.)
[316] * 1 Liv. II.
[317] * See Bayle’s Dissertation on Defamatory Libels, Volume IV of the folio-sized Dictionary.*
[318] See the article on Marmontel in “The History of Rousseau: Biographies of His Contemporaries.”
[319] Expressions by Diderot.
[320] See the letter dated April 6, 1765, in the Correspondence. In his Mélanges, M. d’Escherny mentions the letter that Diderot wrote to him, asking him to reconcile him with Jean-Jacques.
[321] In “The Biographies of Rousseau’s Contemporaries,” articles on Holbach, Diderot, d’Alembert, Grimm, and others.
[322] Diderot, d’Alembert, Marmontel, Saint-Lambert, Grimm, the Baron of Holbach.
[323] Marmontel, in his Memoirs; Grimm, in his Correspondence; Madame d’Épinay, in hers; and d’Holbach, in his Confidences to Cerutty, all confirm the sincerity of Rousseau; moreover, they explain various peculiarities that seemed obscure before their letters or memoirs were made public. See Hist. de Rousseau.
[324] Not long before coming from Monquin to Paris, Jean-Jacques seemed determined to go to Chambéry. Suddenly, he changed his mind, and on June 4, 1770, he wrote to his friend M. Moultou: “Let’s not talk about Chambéry anymore; that is not where I am called. Honor and duty command me: I only hear their voices.”
[325] We will return to this passage, which La Harpe made use of, by examining his critique of Confessions.
[326] See Madame d’Épinay’s letter in the History of Rousseau.
[327] “Reflections on Jean-Jacques Rousseau’s Confessions,” by Mr. Servan, former Advocate-General at the Parliament of Grenoble, was published in 1783 in the Journal Encyclopédique. An analysis of La Harpe was included in the Mercure de 1792; it was later extracted by Mr. Barbier in 1818 and incorporated into his new “Supplement to the Course of Literature,” in one volume in 8° format.
[328] Indeed, at that time, only Saint-Lambert, Madame d’Houdetot, Madame d’Holbach, and Grimm were still alive; all of them had died at very advanced ages. Rousseau speaks honorably of the first three; as for the fourth, he is abandoned by everyone except his secretary.
[329] It should be noted that, judging by the public’s taste and the reception given to these memoirs, which have been published in rather large quantities since the time when this magistrate had prohibited such works, Mr. Servan would have lost his case.
[330] Encyclopædia and Dictionary of Trévoux. The authors of the Dictionary of the Academy do not acknowledge this meaning of the word, or at least they do not mention it.
[331] These are the last six books that had not yet been published when Mr. Servan wrote.
[332] Opinions of citizens. See the category “MEMOIRS AND CORRESPONDENCE” in this complete edition for Jean-Jacques Rousseau’s declarations regarding Mr. Le Pasteur Vernes.
[333] Notice how the warning appears before the “Rêveries”; it is in the Seventh Book that Mr. Bovier is mentioned, and the clarifications regarding the incident attributed to him must not be separated from the work in which Jean-Jacques recounts this event.
[300] Questa fatalità aveva iniziato già durante il mio soggiorno a Yverdon: poiché il banneret Roguin morì un anno o due dopo la mia partenza da quella città, il vecchio padre Roguin ebbe la buona fede di dirmi, con dolore, che nei documenti del suo parente erano state trovate prove del fatto che egli avesse partecipato a un complotto per espellermi da Yverdon e dallo stato di Berna. Questo dimostrava chiaramente che quel complotto non era, come si voleva far credere, una questione legata al pregiudizio religioso, poiché il banneret Roguin, lontano dall’essere un devoto, portava il materialismo e l’incredulità fino all’intolleranza e al fanatismo. Del resto, a Yverdon nessuno si era mai preso così cura di me, né mi aveva mai fatto tante carezze, lodi e complimenti quanto quel suddetto banneret. Egli seguiva fedelmente il piano dei miei persecutori.
[301] È intitolato “Sentiments des citoyens”. È di Voltaire ed è stato incluso tra le sue opere soltanto nell’edizione curata da M. Renouard e in quella curata da M. Lequien; fa anche parte dell’edizione pubblicata da Dupont. Voltaire non lo ha mai negato, e il suo segretario, M. Wagnière, ha attestato per iscritto che quel odioso libello era davvero dell’autore di “Zaïre”.
[302] “Questo passaggio delle Confessioni mi ha reso indispensabile pubblicare questo Memoriale, e, come richiedeva la giustizia, accompagnandolo con le note fornite da Monsieur Vernes a suo difesa.” (Nota di du Peyrou)
Rousseau fu ingiusto ad attribuire a Monsieur Vernes tale diffamazione. È sorprendente che non abbia sospettato di Voltaire. Tuttavia, bisogna ammettere che Monsieur Vernes non si sia difeso con l’energia e l’indignazione che una simile accusa meritava. (Nota di Monsieur Musset-Pathay)
- Queste opere fanno parte della presente edizione con il titolo “Déclaration de J. J. Rousseau relative à M. le pasteur Vernes”.
[303] * Si è voluto mettere in dubbio l’autenticità di questa lapidazione: i signori Servan e d’Escherny la descrivono come una farsa; il primo afferma di aver appreso da una persona degna di fiducia che si trattava di un trucco di Teresa, la quale tuttavia non era certo astuta. D’Escherny condivide questa opinione, e forse è proprio lui la “persona degna di fiducia” menzionata da Servan. A questo testimone contrappongo: 1° il resoconto di du Peyrou; 2° il rapporto del castellano di Môtiers, svegliato dal tumulto, che nel suo verbale afferma che una delle porte della casa fu sfondata e il muro colpito da pietre; 3° la guardia messa il giorno seguente alla porta di quella casa; 4° l’offerta fatta dalla comunità di Cornet di fornire rifugio a Rousseau, garantendogli che non sarebbe più lapidato. Esistono inoltre diversi decreti emessi dalle autorità locali, le quali dovevano conoscere meglio di chiunque altro ciò che accadeva sotto i loro occhi. Più tardi Frédéric intervenne e credette nella realtà di questa lapidazione; non era certo opportuno prendersi gioco di lui. Si può, con piena coscienza, credere in un fatto di cui lui stesso non dubitava. (Nota di M. Musset-Pathay.)
[304] Forse non è inutile avvertire che ho lasciato lì un nemico particolare: si tratta di un certo signor du Terraux, sindaco di Verrières, molto stimato nella zona; tuttavia suo fratello, che si dice sia una persona onesta, lavora negli uffici del signor de Saint-Florentin. Il sindaco lo aveva incontrato poco prima della mia avventura. Questi piccoli accenni, in sé insignificanti, possono in seguito portare alla scoperta di molti segreti nascosti.
[305] * In versi di La Fontaine, nel “Diable de Papefiguières”.
[306] Variante: “, il mio enigma e la mia menzogna.”
[307] Variante: “, un individuo che vaga senza meta, il cui cervello sembra non avere una direzione precisa, ”
[308] Ne ha parlato nel Quinto Libro, descrivendo in poche parole il carattere e il destino di questo famoso personaggio nella storia di Ginevra.
[309] Nei suoi Sogni (quinta passeggiata), descrive in dettaglio l’isola di Saint-Pierre e si sofferma con piacere sul felicità sufficiente, perfetta e completa che ha goduto costantemente durante i due mesi trascorsi lì.
[310] Libro II.
[311] * Variante: “, fece sì che i loro capi pensassero di chiedermi, ”*
[312] Variante: “Più utile, dopo la partenza delle truppe francesi, se, ”
[313] Variante: “Questo popolo feroce e semi-selvaggio, tale da, ”
[314] Era ambasciatore di Francia a Soletta e in seguito fu incaricato di intervenire a nome del suo governo e come mediatore nelle questioni relative a Ginevra. Si veda la lettera che Rousseau gli scrisse dall’Inghilterra sull’argomento, il 23 febbraio 1766.
[315] * Non sorprende affatto che Rousseau fosse innamorato di madame d’Egmont; la sua bellezza rappresenta un vero paradosso. (Mélanges de madame Necker, vol. I.) — A giudicare da questo passaggio, sembra che Rousseau provasse per questa signora sentimenti almeno molto affettuosi, sui quali la malvagità non mancò di esercitare la sua influenza. Del resto, questa è l’unica volta in cui parla di madame d’Egmont, e lei non viene menzionata in nessuna parte della sua corrispondenza*.
Abbiamo lasciato questa nota, anche se l’affermazione di madame Necker ci sembra singolare, senza voler aggiungere altro. Non condividiamo affatto l’opinione di uno degli editori precedenti e non crediamo che Rousseau fosse innamorato di madame d’Egmont, anche se la sua bellezza potesse essere considerata un paradosso. Probabilmente è proprio perché Jean-Jacques era accusato di amare i paradossi che madame Necker ha utilizzato questa espressione. Al tempo in cui Rousseau conobbe madame d’Egmont, figlia del maresciallo de Richelieu, aveva 60 anni ed era da molto guarito dall’unica passione che avesse mai provato; non frequentava più il mondo: le persone andavano a trovarlo a casa sua per vederlo come un oggetto di curiosità, il che lo infastidiva enormemente e gli causava molta irritabilità. Le uniche riunioni a cui acconsentì a partecipare furono quelle organizzate per ascoltare la lettura delle sue “Confessioni”, e è improbabile che ne siano state più di tre; M. de Sartine, su esortazione di madame d’Épinay, gli aveva fatto promettere di non leggere più quest’opera in pubblico. (Nota di M. Musset-Pathay – Vedi “Storia di J.-J. Rousseau” dello stesso autore.)
[316] * 1 Libro II.
[317] Si veda la Dissertazione di Bayle sui libelli diffamatori, IV volume del Dizionario in folio.
[318] Si veda l’articolo su Marmontel nella “Storia di Rousseau”, nella sezione dedicata alle biografie dei contemporanei.
[319] Espressioni di Diderot.
[320] Si veda nella “Corrispondenza” la lettera del 6 aprile 1765. Nel suo “Mélanges”, il signor d’Escherny riporta quella che Diderot gli aveva scritto per chiedergli di riconciliarlo con Jean-Jacques.
[321] Nella “Biografia dei contemporanei di Rousseau”, articoli su Holbach, Diderot, d’Alembert, Grimm, ecc.
[322] Diderot, d’Alembert, Marmontel, Saint-Lambert, Grimm, il barone d’Holbach.
[323] Marmontel, nei suoi Memorie; Grimm, nella sua Corrispondenza; madame d’Épinay, nelle sue memorie; d’Holbach, nelle sue Confidenze a Cerutty, confermano la sincerità di Rousseau; e, cosa particolare, spiegano delle peculiarità che sembravano oscure prima che le loro lettere o memorie venissero pubblicate. Si veda Hist. de Rousseau.
[324] Poco prima di arrivare da Monquin a Parigi, Jean-Jacques sembrava deciso ad andare a Chambéry. Improvvisamente cambiò idea e, il 4 giugno 1770, scrisse al suo amico M. Moultou: “Non parliamo più di Chambéry; non è lì che sono chiamato. L’onore e il dovere gridano. Odo soltanto la loro voce.”
[325] Torneremo su questo passaggio di cui La Harpe ha fatto uso, esaminando la sua critica delle “Confessioni”.
[326] Si veda la lettera di madame d’Épinay, nell’“Storia di Rousseau”.
[327] “Le Réflexions sur les Confessions de Jean-Jacques Rousseau”, scritte da M. Servan, ex procuratore generale al parlamento di Grenoble, furono pubblicate nel 1783 sul “Journal encyclopédique”. L’analisi di “La Harpe” fu inserita nel “Mercure” del 1792; successivamente, M. Barbier ne trasse il contenuto nel suo nuovo “Supplément au Cours de littérature”, in un volume in-8°.
[328] Infatti, a quel tempo non esistevano più che Saint-Lambert, madame d’Houdetot, madame d’Holbach e Grimm, tutti morti in età molto avanzata. Rousseau parla onorevolmente dei primi tre; quanto al quarto, è abbandonato da tutti, tranne che dal suo segretario.
[329] È da notare che il signor Servan avrebbe perso la sua causa, a giudicare dal gusto del pubblico e dall’accoglienza riservata ai memoriaux pubblicati in modo così abbondante, proprio da quando quel magistrato aveva proibito questo genere di opere.
[330] Enciclopedia e Dizionario di Trévoux. Gli autori del Dizionario dell’Accademia non ammettono il significato di questa parola, o almeno non ne parlano.
[331] Si tratta degli ultimi sei libri che non erano ancora stati pubblicati al momento in cui il signor Servan scriveva.
[332] Sentimenti dei cittadini. Si veda nella categoria “MEMORIE E CORRISPONDENZE” di questa edizione completa la “Déclaration de Jean-Jacques Rousseau relative à M. Le Pasteur Vernes”.
[333] Vedete, l’avvertimento che precede le “Rêveries”; è proprio nella settima parte che si parla di Monsieur Bovier; inoltre, le spiegazioni riguardanti il fatto che gli viene attribuito non devono essere separate dall’opera in cui Jean-Jacques racconta tale evento.
[334] Voyez Correspondance, lettres écrites dans le mois de septembre 1768, à M. le comte de Tonnerre, à Dupeyrou, etc.
[335] Voyez une note livre XII des Confessions.
[336] Croirait-on que, dans les parallèles ou les rapprochements que l’on faisait, on est allé au point de demander qui l’on préférerait avoir dans sa famille, ou de la fameuse marquise de Brinvilliers, ou de la baronne de Warens, et de donner la préférence à la première ?
[337] Elles sont indiquées dans l’ Histoire de Rousseau, article Warens, assez pour ceux qui connaissent leurs aventures, pas assez pour les autres. Les désigner, c’eût été mériter le reproche dont on veut laver Jean-Jacques.
[338] Elle était morte en 1764, et Servan écrivait en 1783.
[339] IL est une autre accusation dont il me paraîtrait plus difficile de justifier Rousseau: ce serait d’avoir nommé une autre femme qu’il abandonna pour madame de Warens ; je suis étonné qu’on n’en ait point parlé. Mais il est douteux que ce soit lui qui ait fait connaître ce nom. Il y aurait une grande maladresse à rappeler ce fait, si l’on ne se proposait, avant tout, d’être sincère et vrai. C’est la vérité qu’on recherche dans cet examen. On n’établit point en système la perfection de Jean-Jacques, on passe en revue les reproches qu’on lui a faits.
[340] J’ai vainement cherché les noms de Latour-de-Pil et de Warens dans le Dictionnaire historique et statistique de la Savoie, commencé en 1786, et dans lequel on trouve des notions généalogiques sur les familles de ce pays. Les tables chronologiques des gouverneurs, des fonctionnaires civils et militaires, n’offrent aucun de ces deux noms.
[341]Histoire de J. J. Rousseau
[342] Tous se trouvent dans l’Histoire de Rousseau.
[343] Histoire de Jean-Jacques Rousseau. Les développements et preuves des faits énoncés rapidement ici, se trouvent dans cet ouvrage.
[344] Voyez cette lettre, Histoire de Rousseau.
[345] La Harpe parle de démêles qui donnèrent lieu à cette note hostile, ne se croyant pas permis de les discuter, parce que les deux personnes intéressées sont encore vivantes. Il écrivait en 1792. Ainsi, c’est de madame d’Houdetot et de Saint-Lambert qu’il est question. Après avoir dit qu’il avait un ami, et qu’il le regrette, Rousseau rapporte un passage dans lequel sont indiquées les circonstances où l’on doit pardonner les torts de l’amitié, et celles où ces torts ne peuvent être oubliés. La révélation du secret de son ami est du nombre des derniers. Jean-Jacques avait confié à Diderot la faute qu’il s’est reprochée amèrement: l’envoi de ses enfants à l’hospice. C’est par Diderot que, de confidence en confidence, le public l’apprit. Lorsque Rousseau conçut pour madame d’Houdetot cette passion dont il décrit la violence avec tant d’énergie, on écrivit une lettre anonyme à Saint-Lambert. La Harpe a l’air de croire qu’on accuse Diderot. Jean-Jacques désigne Grimm ; et c’est dans le caractère de Grimm, plutôt que dans celui de Diderot.
[346] Rousseau n’avait d’abord accusé que le libraire Duvillard. M. Vernes écrivait alors par spéculation, puisqu’il faisait un recueil littéraire périodique pour lequel il demandait les secours de Jean-Jacques, ainsi qu’on en voit la preuve dans la lettre LXXIX de la Correspondance.
[347] L’ouvrage du pasteur Vernes dont il est question ici a pour titre:
Examen de ce qui concerne le christianisme, la réformation évangélique et les ministres de Genève, dans les deux premières Lettres de J. J Rousseau écrites de la montagne. Genève, 1765, in-8°.
[348] * * On lit dans quelques éditions, Dans l’intervalle de cette complaisante négociation, etc.
[349] * Spartien ( chap. 9) dit à la vérité quelques mots du préfet Similis déplacé par Adrien, mais ne fait nulle mention de ce trait. C’est Dion Cassius qui le rapporte, liv. LXIX, chap. 19. Mais Crévier, qui, à l’occasion de Similis, le rapporte aussi dans son Histoire des Empereurs, liv. XIX, cite en marge ces deux auteurs ; et Rousseau, qui avait lu ce même trait dans Crévier, et sans doute, ne l’avait lu que là, cite, d’après Crévier, Spartien, sans se douter de sa méprise. ( Note de M. Petitain. )
[350] Nec Salomon, in omni gloria sua, coopertus est sicut unum ex istis, Matth. cap. VI, v. 29.
[351] * Corancez nous apprend que le chien et la voiture appartenaient à M. de Saint-Fargeau. Un trait du récit de Corancez, qui alla voir Rousseau le lendemain de l’événement, mérite de trouver place ici. «En entrant je fus saisi d’une odeur de fièvre véritablement effrayante… Jamais sa figure ne sortira de ma mémoire. Outre l’enflure de toutes les parties de son visage… il avait fait coller de petites bandes de papier sur les blessures de ses lèvres…L’accident était occasionné par un chien ; il n’y avait pas moyen de lui prêter des vues malfaisantes et des projets médités. Dans cet état Rousseau restait ce que naturellement il était ; lorsque la corde de ses ennemis n’était point en vibration. Jamais je ne fus moins disposé à rire ; jamais Rousseau n’avait eu plus de raison de s’affliger. Cependant le cours de la conversation nous amena tous deux à des propos si gais, que le malheureux, dont le rire rouvrait toutes les plaies couvertes par les petites bandes de papier, me demanda grâce avec des instances réitérées. »
(De J. J. Rousseau, page 22.)
[352] Rousseau nous fait connaître le nom de cette dame dans une note du Rousseau juge de Jean-Jacques, deuxième Dialogue. C’est pourquoi les éditions antérieures écrivaient Madame ***. C’était madame la présidente d’Ormoy, auteur de plusieurs romans et opuscules depuis longtemps oubliés. Le premier de ces romans parut en 1777, et a pour titre, les Malheurs de la jeune Émilie, un vol. in-12.
[353] L’édition de Genève n’indique que cette initiale R. que par l’initiale R. L’éditeur de 1801 donnait le nom de l’abbé Raynal. Ce qui fait dire à M. Petitain:
«— Où l’éditeur de 1801, copié en cela par ceux qui l’ont suivi, a-t-il trouvé qu’il était question ici de l’abbé Raynal, qui n’a jamais fait aucun journal? Ceci ne peut évidemment s’appliquer qu’à l’abbé Royou, qui, Fréron étant mort, était alors un des principaux collaborateurs de l’année littéraire. »
Nous n’indiquons ici, pour notre part, que l’initiale R. de l’édition de Genève.
[354] idem
[355] Voyez Confessions, liv II.
[356] idem
[357] Dans l’édition de Genève et les suivantes, seule l’initiale F. était indiquée.
[358] Dans l’édition de Genève et les suivantes, seule l’initiale B. était indiquée.
[359] Dans l’édition de Genève et les suivantes, le nom de la dame n’était pas indiquée.
[360] Nous n’indiquons ici, pour notre part, que l’initiale R. de l’édition de Genève. Voyez la note précédente sur ce point avec celle de M. Petitain.
[361] * C’est sans cloute la ressemblance des noms qui a entraîné Rousseau à appliquer l’anecdote du libraire à Chasseron, au lieu de Chasseral, autre montagne très élevée, sur les frontières de la principauté de Neuchâtel. (Note des Éditeurs de Genève.)
[362] * Dans ses Réflexions sur les Confessions de Rousseau, M. Servan lui reproche vivement l’accusation atroce qui résulte, contre M. Bovier, du récit de cette anecdote, et prouve très bien l’invraisemblance de cette accusation par son atrocité même. Sans avancer positivement que Rousseau a menti en cette occasion, il conclut qu’il s’est misérablement trompé lui-même, et ne laisse rien à désirer à l’appui de cette conclusion. Point de doute en effet que si par ces mots humilité dauphinaise, Rousseau, comme le fait entendre M. Servan, a voulu dire humilité rusée, l’accusation est atroce et condamnable au dernier point. Si, comme tout dispose à le croire, Rousseau n’a pas employé ces mots dans un sens aussi odieux, il en résulte tout simplement qu’il a relevé gaiement une bêtise de l’avocat Bovier ; car on ne peut guère qualifier autrement la singulière réponse de celui-ci à la question qui lui était faite, si cette réponse n’est pas l’effet d’une énorme distraction. Dans tous les cas il faut convenir que c’est, de la part de Rousseau, un très grand tort d’avoir imprimé cette espèce de flétrissure sur un homme que nous avons connu personnellement à Grenoble, excellent homme à tous égards, ardent admirateur de Rousseau, qu’il avait reçu chez lui avec transport, et dont les intentions pures autant que bienveillantes méritaient une autre récompense.
Il a été prouvé depuis que le fruit de l’arbuste dont il est question dans cette aventure, n’est rien moins qu’un poison. Voyez l’édition de Genève, tome VI du Supplément, page 451. (Note de M. Musset-Pathay.)
[363] Voyez la cinquième Promenade
[334] See “Correspondence,” letters written in September 1768 to Count de Tonnerre, to Dupeyrou, and others.
[335] See Note XII in The Confessions.
[336] Would one believe that, in the various parallels or comparisons that were drawn, people actually went so far as to ask which of these two—one the famous Marquise de Brinvilliers or the other the Baroness de Warens—they would prefer to have in their family, and actually gave preference to the former?
[337] They are mentioned in the “History of Rousseau,” under the entry for Warens—enough information for those who know about their adventures, but not enough for others. To name them would have been to deserve the reproach that one seeks to avoid attributing to Jean-Jacques.
[338] She died in 1764, and Servan wrote in 1783.
[339] There is another accusation that I find it more difficult to justify in Rousseau’s case: namely, that he named another woman whom he later abandoned in favor of Madame de Warens; it surprises me that this matter has never been mentioned. However, it is doubtful whether he himself was the one who revealed that name. It would be extremely tactless to bring up this fact unless one’s primary intention is to be sincere and truthful. It is the truth that we are seeking in this examination. We are not attempting to establish Jean-Jacques’ perfection as a set of principles; rather, we are reviewing the accusations that have been made against him.
[340] I vainly searched for the names of Latour-de-Pil and Warens in the Historical and Statistical Dictionary of Savoy, which began publication in 1786 and contains genealogical information about the families of this region. The chronological tables of governors, civil, and military officials did not contain either of these names.
[341] The Story of J. J. Rousseau
[342] Everyone is included within Rousseau’s History.
[343] History of Jean-Jacques Rousseau. The developments and proofs of the facts briefly stated here can be found in this work.
[344] See this letter, “History of Rousseau.”
[345] “La Harpe” discusses the misunderstandings that led to this hostile note, stating that it did not feel entitled to discuss them since both parties involved were still alive. Rousseau wrote this in 1792; therefore, it refers to Madame d’Houdetot and Saint-Lambert. After mentioning that he had a friend whom he regretted losing, Rousseau quotes a passage that outlines the circumstances under which one should forgive the faults inherent in friendship, as well as those situations where such faults cannot be forgotten. The revelation of his friend’s secret falls into the latter category. Jean-Jacques had confided to Diderot the mistake he deeply regretted: sending his children to an orphanage. It was through Diderot that the public eventually learned of this. When Rousseau developed this intense passion for Madame d’Houdetot, someone anonymously wrote a letter to Saint-Lambert. “La Harpe” seems to imply that Diderot is being blamed; however, Jean-Jacques actually refers to Grimm—and it is Grimm’s character, rather than Diderot’s, that is being criticized here.
[346] At first, Rousseau had accused only the bookseller Duvillard. Mr. Vernes was then writing purely out of speculation, since he was compiling a periodic literary collection and sought Jean-Jacques’s assistance for this endeavor—as evidenced in Letter LXXIX of the Correspondence.
[347] The work of Pastor Vernes referred to here is titled:
An examination of what relates to Christianity, the Evangelical Reformation, and the ministers of Geneva, as discussed in the first two letters written by J.-J. Rousseau from the mountains. Geneva, 1765, in-8°.
[348] * * In some editions, it is stated as “During the course of this accommodating negotiation, etc.”
[349] Spartian (Chapter 9) indeed mentions a few words regarding Prefect Similis, who was removed from his position by Adrian, but makes no mention of this particular trait. It is Dion Cassius who reports this in Book LXIX, Chapter 19. However, Crévier, referring to Similis in his History of the Emperors, Book XIX, also cites these two authors in his notes; and Rousseau, having read this same detail only in Crévier’s work, cited Spartian according to Crévier, without realizing the error. (Note by Mr. Petitain.)
[350] Even Solomon, in all his glory, was but one of these men, Matthew 6:29.
[351] * Corancez informs us that the dog and the car belonged to Mr. de Saint-Fargeau. A detail from Corancez’s account, which he provided the day after the incident, deserves to be included here. “Upon entering, I was struck by a truly frightening smell of fever. His face will never be forgotten by me. In addition to the swelling on all parts of his face, he had stuck small strips of paper over the wounds on his lips. The accident was caused by a dog; there was no way to attribute malicious intentions or premeditated plans to him. In that state, Rousseau remained what he naturally was—when the ropes of his enemies were not in motion. I have never been less inclined to laugh; Rousseau, on the other hand, had never had more reason to be distressed. However, the course of our conversation led us both to speak so cheerfully that the unfortunate man, whose laughter reopened all the wounds covered by those small strips of paper, repeatedly begged me to stop.”
(from J. J. Rousseau, page 22.)
[352] Rousseau mentions the name of this lady in a note within “Rousseau Juge de Jean-Jacques,” the second dialogue. Hence, earlier editions referred to her as Madame ***. She was Madame la Présidente d’Ormoy, the author of several novels and pamphlets that have long been forgotten. The first of these novels was published in 1777; it is titled “Les Malheurs de la jeune Émilie” and is a volume in 12mo format.
[353] The Geneva edition only indicates this initial “R.” The publisher of 1801 gave the name of Abbe Raynal. Which leads Mr. Petitain to say:
“— Where did the editor of 1801, followed by those who came after him in doing so, get the idea that this referred to Abbé Raynal, who never kept any journal at all? This can obviously only apply to Abbé Royou, who, after Fréron’s death, became one of the main contributors to ‘L’Année Littéraire.’”
We merely indicate here, on our part, the initial “R” of the Geneva edition.
[354] Idem.
[355] See Confessions, Book II.
[356] Idem.
[357] In the Geneva edition and subsequent ones, only the initial F was indicated.
[358] In the Geneva edition and subsequent ones, only the initial letter B was indicated.
In the Geneva edition and subsequent ones, the name of the lady was not indicated.
[360] We merely indicate here the initial “R” of the Geneva edition. Please refer to the previous note on this matter, as well as Mr. Petitain’s commentary.
[361] * It was undoubtedly the similarity of the names that led Rousseau to apply the anecdote about the bookseller to Chasseron, rather than to Chasseral, another very high mountain located on the borders of the principality of Neuchâtel. (Note from the Geneva Editors.)
[362] * In his “Reflections on Rousseau’s Confessions,” Mr. Servan severely criticizes the atrocious accusation that arises against Monsieur Bovier from the narration of this incident, and demonstrates the utter implausibility of such an accusation precisely because of its very cruelty. Without explicitly claiming that Rousseau lied in this instance, he concludes that Rousseau must have grievously mistaken himself, and provides ample evidence to support this conclusion. There is no doubt whatsoever that if, as Mr. Servan suggests, Rousseau intended by those words “duchess-like humility” to mean “cunning humility,” then the accusation is indeed atrocious and utterly condemnable. If, on the other hand, as everything indicates, Rousseau did not use those words in such a repugnant sense, it simply means that he humorously responded to a foolish remark made by Attorney Bovier—since there is hardly any other way to interpret Bovier’s bizarre response to the question posed to him, unless it was the result of an enormous misunderstanding. In either case, it must be acknowledged that Rousseau committed a grave mistake in casting such as slur upon a man whom we personally knew in Grenoble: an excellent man in every respect, an ardent admirer of Rousseau who had welcomed him warmly in his home, and whose pure and benevolent intentions deserved far better treatment.
It has since been proven that the fruit of the bush mentioned in this story is nothing less than a poison. See the Geneva edition, Volume VI of the Supplement, page 451. (Note by Mr. Musset-Pathay.)
[363] See the fifth Promenade.
[334] Si veda “Corrispondenza”, lettere scritte nel mese di settembre 1768 al conte di Tonnerre, a Dupeyrou, ecc.
[335] Si veda una nota nel libro XII delle Confessioni.
[336] Si potrebbe credere che, nei confronti o nelle analogie che si stabilivano, si sia arrivati al punto di chiedersi quale delle due donne – la famosa marchesa de Brinvilliers o la baronessa de Warens – si preferirebbe avere in famiglia, e di dare la preferenza alla prima.
[337] Sono indicate nell’“Histoire de Rousseau”, articolo Warens; sufficienti per coloro che conoscono le sue avventure, ma non abbastanza per gli altri. Indicarle significherebbe meritare la critica che si vuole evitare di rivolgere a Jean-Jacques.
[338] Morì nel 1764, e Servan scriveva nel 1783.
[339] È un’altra accusa che mi sembrerebbe ancora più difficile da giustificare riguardo a Rousseau: si tratterebbe di aver nominato un’altra donna che poi abbandonò per madame de Warens; sono sorpreso che di questo non si sia mai parlato. Tuttavia, è dubbia l’idea che sia stato proprio lui ad aver reso noto quel nome. Sarebbe davvero inopportuno ricordare questo fatto, se non lo si facesse con l’intento principale di essere sinceri e veritieri. È la verità che cerchiamo in questa analisi: non si cerca di stabilire a priori la perfezione di Jean-Jacques, ma si esaminano semplicemente le accuse che gli sono state rivolte.
[340] Ho cercato invano i nomi di Latour-de-Pil e Warens nel “Dizionario storico e statistico della Savoia”, iniziato nel 1786, che contiene informazioni genealogiche sulle famiglie di questa regione. Le tabelle cronologiche dei governatori, dei funzionari civili e militari non riportano nessuno di questi due nomi.
[341]Storia di J.-J. Rousseau
[342] Tutti si trovano all’interno della Storia di Rousseau.
[343] Storia di Jean-Jacques Rousseau. I dettagli e le prove relative ai fatti qui brevemente menzionati si trovano in quest’opera.
[344] Guardate questa lettera: “Storia di Rousseau”.
[345] “La Harpe” parla di controversie che hanno portato a quella nota ostile; l’autore non si sentiva autorizzato a discuterne, poiché le due persone coinvolte erano ancora vive. Scriveva nel 1792. Si tratta quindi di madame d’Houdetot e di Saint-Lambert. Dopo aver detto di avere un amico e di rimpiangerlo, Rousseau riporta un passaggio in cui vengono indicate le circostanze in cui si deve perdonare i torti commessi nell’amicizia, e quelle in cui tali torti non possono essere dimenticati. La rivelazione del segreto di questo amico rientra tra queste ultime. Jean-Jacques aveva confidato a Diderot il peccato che si rimproverava amaramente: l’aver mandato i suoi figli all’ospizio. Fu attraverso Diderot, passando da una confidenza all’altra, che il pubblico ne venne a conoscenza. Quando Rousseau provò per madame d’Houdetot quella passione di cui descrive con tanta intensità la violenza, qualcuno scrisse una lettera anonima a Saint-Lambert, “La Harpe” sembra credere che si accusi Diderot; in realtà Jean-Jacques allude a Grimm. E sono i tratti di Grimm, piuttosto che quelli di Diderot, a essere messi in discussione.
[346] Inizialmente Rousseau aveva accusato soltanto il libraio Duvillard. A quel tempo, M. Vernes scriveva per pura speculazione, poiché stava curando una raccolta letteraria periodica e chiedeva l’aiuto di Jean-Jacques; ne è una prova la lettera LXXIX della Correspondance.
[347] L’opera del pastore Vernes di cui si parla qui ha per titolo:
Esame di ciò che riguarda il cristianesimo, la riforma evangelica e i ministri di Ginevra, nelle prime due lettere di J.-J. Rousseau scritte in montagna. Ginevra, 1765, in-8°.
[348] * * In alcune edizioni si legge: “Nel corso di questa accomodante negoziazione, ecc.”
[349] Spartiano, nel capitolo 9, dice effettivamente alcune parole riguardo al prefetto Similis destituito da Adriano, ma non menziona affatto questo episodio. È Dion Cassio a raccontarlo, nel libro LXIX, capitolo 19. Tuttavia Crévier, parlando di Similis nella sua Storia degli Imperatori, libro XIX, cita entrambi questi autori; Rousseau, che aveva letto questo stesso aneddoto soltanto in Crévier, lo cita a sua volta citando Crévier, senza rendersi conto dell’errore di quest’ultimo. (Nota di M. Petitain.)
Nemmeno Salomone, nella sua massima gloria, fu esente da questo difetto; così recita Matteo, capitolo VI, versetto 29.
[351] * Corancez ci informa che il cane e l’auto appartenevano a Monsieur de Saint-Fargeau. Un dettaglio del racconto di Corancez, che andò a vedere Rousseau il giorno seguente l’incidente, merita di essere riportato qui: “Entrando, fui colpito da un odore di febbre davvero spaventoso. Il suo volto non mi uscirà mai dalla memoria. Oltre all’infiammazione di tutte le parti del viso, aveva applicato piccoli strisce di carta sulle ferite delle labbra. L’incidente era stato causato da un cane; non c’era alcun motivo per attribuirgli intenzioni malvagie o piani premeditati. In quel momento, Rousseau rimaneva ciò che naturalmente era. Quando la “corda dei suoi nemici” non era tesa. Non sono mai stato meno propenso a ridere; Rousseau, invece, non aveva mai avuto più motivi per soffrire. Tuttavia, il corso della conversazione ci portò entrambi a discutere di argomenti così allegri che quel poveretto, il cui riso riapriva tutte le ferite coperte dalle strisce di carta, mi chiese scusa con insistenza ripetuta.*
(Di J.-J. Rousseau, pagina 22.)
[352] Rousseau ci fa conoscere il nome di questa signora in una nota presente nel “Rousseau juge de Jean-Jacques”, secondo dialogo. Per questo motivo le edizioni precedenti indicavano il suo nome come “Madame ***”. Si trattava di Madame la présidente d’Ormoy, autrice di diversi romanzi e opuscoli ormai da tempo dimenticati. Il primo di questi romanzi fu pubblicato nel 1777 e aveva per titolo “Les Malheurs de la jeune Émilie”, un volume in-12.
[353] L’edizione di Ginevra indica soltanto questa iniziale “R”. L’editore del 1801 riportava il nome dell’abate Raynal; per questo motivo, il signor Petitain afferma.
“— Dove mai il curatore dell’edizione del 1801, imitato da coloro che lo hanno seguito, ha potuto pensare che si parlasse qui dell’abate Raynal, il quale non ha mai scritto alcun giornale? Questo può certamente riferirsi soltanto all’abate Royou, che, dopo la morte di Fréron, era uno dei principali collaboratori della ‘Rivista Letteraria’ dell’epoca.”
Da parte nostra, qui indiciamo soltanto la lettera iniziale “R” dell’edizione di Ginevra.
[354] Idem.
[355] Si veda “Confessioni”, libro II.
[356] Idem.
Nell’edizione di Ginevra e nelle successive, veniva indicata soltanto la lettera iniziale “F”.
Nell’edizione di Ginevra e nelle successive, veniva indicata soltanto la lettera iniziale “B”.
Nell’edizione di Ginevra e nelle successive, il nome della signora non veniva indicato.
[360] Da parte nostra, qui indiciamo soltanto l’iniziale “R” dell’edizione di Ginevra. Si veda la nota precedente su questo argomento, nonché quella del signor Petitain.
[361] * È senza dubbio la somiglianza dei nomi che ha spinto Rousseau ad applicare l’aneddoto del libraio a Chasseron, invece che a Chasseral, un’altra montagna molto elevata situata ai confini del principato di Neuchâtel. (Nota degli Editori di Ginevra.)
[362] Nei suoi “Riflessioni sulle Confessioni di Rousseau”, il signor Servan rimprovera vivacemente Rousseau per l’accusa atroce che deriva, a carico del signor Bovier, dal racconto di questa aneddota, e dimostra con chiarezza l’assurdità di tale accusa proprio a causa della sua stessa atrocità. Senza affermare esplicitamente che Rousseau abbia mentito in quell’occasione, il signor Servan conclude che si sia ingannato gravemente da solo, e non lascia nulla da desiderare a sostegno di questa conclusione. Non c’è dubbio infatti che, se con quelle parole Rousseau intendeva indicare una sorta di umiltà astuta – come suggerisce il signor Servan – l’accusa risulti davvero atroce e condannabile al massimo grado. Se, invece, come sembra più probabile, Rousseau non ha usato quelle parole in quel senso odioso, allora si può semplicemente concludere che abbia scherzosamente sottolineato una sciocchezza dell’avvocato Bovier; poiché altrimenti non si potrebbe spiegare la strana risposta di quest’ultimo alla domanda che gli era stata posta, se non come l’effetto di una enorme distrazione. In ogni caso, bisogna riconoscere che è stato un grave errore da parte di Rousseau diffondere una simile accusa contro un uomo che abbiamo conosciuto personalmente a Grenoble: un uomo eccellente sotto tutti gli aspetti, fervente ammiratore di Rousseau, che lo aveva accolto con grande entusiasmo nella sua casa, e le cui intenzioni pure e benevole meritavano sicuramente una ricompensa diversa.
È stato dimostrato che il frutto dell’arbusto di cui si parla in questa avventura non è altro che un veleno. Si veda l’edizione di Ginevra, volume VI del Supplemento, pagina 451. (Nota di M. Musset-Pathay.)
[363] Guardate la quinta “Passeggiata”.
[364] * Ce que d’Alembert a écrit sur madame Geoffrin ne porte pas le titre d’éloge, mais fait la matière de deux lettres à Condorcet, Voyez le tome XIV des Oeuvres de d’Alembert, en 18 vol. in-8°. Morellet et Thomas ont également payé à cette femme intéressante un tribut de reconnaissance et d’estime, sans donner aussi à leurs écrits ce titre d’éloge qu’ils ont jugé sans doute trop ambitieux dans son application à celle dont ils ont voulu honorer la mémoire. Quant aux deux lettres de d’Alembert sur ce sujet, il faut dire à sa justification qu’on n’y remarque point le néologisme et les badins jeux de mots qu’y trouvait celui que Rousseau met ici en scène. D’ailleurs l’article dont il lui plaît de se faire l’application à lui-même n’est rien moins que long et recherché. Voici cet article dans son entier:
«Madame Geoffrin avait tous les goûts d’une âme sensible et douce: elle aimait les enfants avec passion ; elle n’en voyait pas seul sans attendrissement. Elle s’intéressait à l’innocence et à la faiblesse de cet âge: elle aimait à observer en eux la nature qui, grâce à nos mœurs, ne se laisse plus voir que dans l’enfance ; elle se plaisait à causer avec eux, à leur faire des questions, et ne souffrait pas que les gouvernantes leur suggérassent la réponse. J’aime bien mieux, leur disait-elle, les sottises qu’il me dira, que celles que vous lui dicterez. — Je voudrais, ajoutait-elle, qu’on fit une question à tous les malheureux qui vont subir la mort pour leurs crimes: Avez-vous aimé les enfants? Je suis sûre qu’ils répondraient que non. »
L’idée d’une telle question à faire aux malfaiteurs était donc de madame Geoffrin elle-même, et ce n’est que par méprise que Rousseau a pu l’attribuer à d’Alembert. (Note de l’édition de M. Lefèvre.)
[365] * Lorsque Rousseau écrivait ceci, il avait donc plus de soixante-cinq ans. Ce passage, joint à quelques autres faciles à remarquer dans les Promenades précédentes, fixe la date de la composition de ces Rêveries qui se rapportent à la fin de 1777 ou au commencement de 1778, et de cette dixième Promenade en particulier qui eut lieu le 12 avril 1778.
[366] * Ce n’est pas sons Vespasien, mais sous Adrien, qu’eut lieu la disgrâce de ce préfet qui s’appelait Similis. Rousseau lui-même rapporte ce fait dans la troisième de ses quatre grandes Lettres à Malesherbes ; et nous avons fait remarquer la singulière erreur qu’il y commet à cette occasion. Voyez la note de la lettre III à M. de Malesherbes. (Note de M. Petitain)
[367] * C’est cet amour de l’indépendance qui lui rendit insupportable l’idée de n’être plus chez lui, et lui fit refuser les retraites qu’on lui offrit à diverses époques de sa vie.
[368] * Cette espèce de protestation en forme d’avis circulaire, sans titre ni suscription, et dont il paraît que Rousseau a fait lui-même d’assez nombreuses copies, était donnée par lui à tous ceux qu’il pouvait croire disposés à le servir. Quatre de ses copies autographes ont passé par nos mains, et ont été trouvées dans les papiers du comte Duprat, avec les trois lettres au même comte qu’on trouvera dans la Correspondance. Ce qui prouve que Rousseau ne se contentait pas de donner ces copies lui-même, et qu’il en avait confié quelques-unes au comte Duprat, et sans doute à d’autres encore, pour qu’ils les distribuassent à ceux que l’avis pouvait intéresser.
Nous avons cru longtemps cette protestation tout-à-fait inédite, ne l’ayant vue dans aucune édition des Oeuvres de Rousseau, et nous l’avions indiquée connue telle à M. Belin, qui l’a insérée dans son édition (1817) à la suite des Confessions. Mais indépendamment de ce que Rousseau nous apprend lui-même dans le troisième de ses Dialogues, qu’elle a été imprimée de son vivant, nous l’avons lue depuis dans la Vie de Rousseau qu’a publiée en 1789 M. de Barruel-Beauvert. Il y déclare (p. 52) tenir cet écrit de M. le chevalier de Cubières.
Les lecteurs pourront demander maintenant ce qu’il faut penser de cet écrit en lui-même, et si la protestation qu’il contient, si expresse, si formelle, a au moins quelque fondement. Elle s’explique facilement, ce nous semble, par un fait que rapporte, dans son Avertissement, l’éditeur du recueil des romances de Rousseau, gravé et publié en 1781. «M. Rousseau, dit-il, n’ayant pas chez lui un seul exemplaire de la Nouvelle Héloïse, on la lui prêta, tirée de la Collection d’Amsterdam, 1772. Il trouva cette édition prétendue originale, mutilée et falsifiée, et la corrigea toute de sa main. » Cette partie de la Collection d’Amsterdam ne pouvait être qu’une réimpression de la Nouvelle Héloïse, conforme à l’édition première, faite à Paris en 1761, et dans laquelle effectivement on avait fait un assez grand nombre de suppressions, réimpression à laquelle on avait sans doute adapté, comme cela se faisait constamment alors, un titre portant Amsterdam, 1772. Rousseau dut être la dupe de cette supercherie, et en tirant toutes les conséquences que la disposition de son esprit à cette époque ne le portait que trop à admettre sans examen, il écrivit aussitôt la protestation qu’on vient de lire. (Note de l’édition de M. Lefèvre.)
[369] Quel homme de bon sens croira jamais qu’une aussi criante violation de la loi naturelle et du droit des gens puisse avoir pour principe une vertu? S’il est permis de dépouiller un mortel de son état d’homme, ce ne peut être qu’après l’avoir jugé, mais non pas pour le juger. Je vois beaucoup d’ardents exécuteurs, mais je n’ai point aperçu de juge. Si tels sont les préceptes d’équité de la philosophie moderne, malheur, sous ses auspices, au faible innocent et simple ; honneur et gloire aux intrigants cruels et rusés.
[370] De bonnes raisons doivent toujours être écoutées, surtout de la part d’un accusé qui se défend, ou d’un opprimé qui se plaint ; et, si je n’ai rien de solide à dire, que ne me laisse-t-on parler en liberté? C’est le plus sûr moyen de décrier tout-à-fait ma cause, et de justifier pleinement mes accusateurs. Mais, tant qu’on m’empêchera de parler, ou qu’on refusera de m’entendre, qui pourra jamais, sans témérité, prononcer que je n’avais rien à dire?
[371] *Entre autres dans le mois de juin 1778 au chevalier de Flamanville, qui à son retour d’Ermenonville fît voir ce mémoire à M. Corancez.
[372] Mon inconcevable situation, dont personne n’a l’idée, pas même ceux qui m’y ont réduit, me force d’entrer dans ces détails.
[373] On trouvera à la fin de ces Dialogues, dans l’histoire malheureuse de cet écrit, comment cette prédiction s’est vérifiée.
[374] Tous les articles de musique que j’avais promis pour l’Encyclopédie furent faits dès l’année 1749, et remis par M. Diderot, l’année suivante, à M. d’Alembert, comme entrant dans la partie Mathématiques, dont il était charge. Quelque temps après parurent ses Éléments de Musique, qu’il n’eut pas beaucoup de peine à faire. En 1768 parut mon Dictionnaire, et quelque temps après une nouvelle édition de ses Éléments avec des augmentations. Dans l’intervalle avait aussi paru un Dictionnaire des Beaux-Arts, où je reconnus plusieurs des articles que j’avais faits pour l’Encyclopédie. M. d’Alembert avait des bontés si tendres pour mon Dictionnaire encore manuscrit, qu’il offrit obligeamment au sieur Guy d’en revoir les épreuves ; faveur que, sur l’avis que celui-ci m’en donna, je le priai de ne pas accepter.
[375] Choisir un Anglais pour mon dépositaire et mon confident serait, ce me semble réparer d’une manière bien authentique le mal que j’ai pu penser et dire de sa nation. On l’a trop abusée sur mon compte pour que j’aie pu ne pas m’abuser quelquefois sur le sien.
[376] On a, dit-on, rendu inhabitable le château de Trye depuis que j’y ai logé. Si cette opération a rapport à moi, elle n’est pas conséquente à l’empressement qui m’y avait attiré, ni à celui avec lequel on engageait M. le prince de Ligne à m’offrir dans le même temps un asile charmant dans ses terres, par une belle lettre qu’on eut même grand soin de faire courir dans tout Paris.
[377] On a mis pour cela dans la rue un marchand de tableaux tout vis-à-vis de ma porte, et à cette porte, qu’on tient fermée, un secret, afin que tous ceux qui voudront entrer chez moi soient forcés de s’adresser aux voisins, qui ont leurs instructions et leurs ordres.
[378] Il y aurait à me brûler en personne deux grands inconvénients qui peuvent forcer ces messieurs à se priver de ce plaisir: le premier est qu’étant une fois mort et brûlé je ne serais plus en leur pouvoir, et ils perdraient le plaisir plus grand de me tourmenter vif ; le second, bien plus grave, est qu’avant de me brûler il faudrait enfin m’entendre, au moins pour la forme ; et je doute que, malgré vingt ans de précautions et de trames, ils osent encore en courir le risque.
[364] * What d’Alembert wrote about Madame Geoffrin does not bear the title of an eulogy, but rather constitutes the content of two letters he sent to Condorcet. See Volume XIV of d’Alembert’s Works, in 18 volumes in 8° format. Morellet and Thomas also paid their tribute of recognition and respect to this interesting woman, though they did not give their writings the title of an eulogy, which they probably deemed too ambitious when applied to someone whom they wished to honor in memory. As for d’Alembert’s two letters on this subject, it must be said in his defense that one does not find therein the neologisms and playful wordplay that Rousseau employs in his own writings. Moreover, the essay he chooses to apply to himself is nothing short of lengthy and elaborate. Here is the entire essay in its entirety:*
“Madame Geoffrin possessed all the tastes of a sensitive and kind-hearted person; she loved children with great passion, and her heart could not remain unmoved by their presence. She took an interest in the innocence and weakness of that age; she enjoyed observing in them the nature that, due to our current customs, is now only visible in childhood. She liked to talk with them, to ask them questions, and was never willing for their governesses to suggest the answers for them. ‘I prefer,’ she would say, ‘the silly things they tell me themselves to those answers you give them.’ — ‘I wish,’ she added, ‘that everyone of these unfortunate people who are about to die for their crimes could be asked: “Have you ever loved children?” I am sure they would answer “No.”’”
The idea of posing such a question to the criminals was therefore originated by Madame Geoffrin herself; it was only through mistake that Rousseau attributed it to d’Alembert. (Note from the edition by Mr. Lefèvre.)
[365] * When Rousseau wrote this, he was therefore over sixty-five years old. This passage, together with a few other easily identifiable ones from the preceding “Promenades,” establishes the date of composition for these “Rêveries” – which correspond to the late summer or early fall of 1777, or more specifically, to the tenth “Promenade,” which was written on April 12, 1778.
[366] * It was not under Vespasian but under Hadrian that the misfortune befell this prefect named Similis. Rousseau himself mentions this event in the third of his four major letters to Malesherbes; we have also pointed out the peculiar error he makes in this regard. See the note accompanying letter III to Monsieur de Malesherbes. (Note by Mr. Petitain)
[367] * It was this love for independence that made it unbearable for him to think of no longer being at home, and led him to refuse any retirement offers that were made to him at various stages of his life.
[368] This kind of protest in the form of a circular letter, without a title or signature, and which seems to have been copied by Rousseau himself on numerous occasions, was distributed by him to everyone he believed might be willing to support his cause. Four autographed copies of this letter came into our hands and were found among the papers of Count Duprat, along with the three letters addressed to the same count that can be found in the Correspondence. This proves that Rousseau did not limit himself to distributing these copies personally; he also entrusted some of them to Count Duprat, and presumably to others as well, in order for them to be distributed among those who might be interested in the message contained within.
For a long time, we believed this entirely unprecedented protestation to be something never seen in any edition of Rousseau’s Works; we even informed Monsieur Belin that it was known to exist, and he included it in his edition (1817) after the Confessions. However, independently of what Rousseau himself tells us in the third of his Dialogues—that this protestation was printed during his lifetime—we have also come across it in the Life of Rousseau published by Monsieur de Barruel-Beauvert in 1789. There, he states (p. 52) that he obtained this document from Mr. le Chevalier de Cubières.
Readers may now ask what to think of this text itself, and whether the protest contained within it—so explicit, so formal—has any basis at all. In our view, it is easily explained by a fact mentioned in the preface to the collection of Rousseau’s novels, published and engraved in 1781. “Mr. Rousseau,” it says, “not having a single copy of The New Heloise in his possession, was given one that had been taken from the Amsterdam Collection, published in 1772. He found this so-called original edition to be mutilated and falsified, and he corrected it entirely himself.” This portion of the Amsterdam Collection could only have been a reissue of The New Heloise, conforming to the first edition published in Paris in 1761; indeed, that edition contained numerous omissions. It is likely that this reissue was given a new title—Amsterdam, 1772—in keeping with the practice of the time. Rousseau must have been deceived by this fraud, and, driven by his inclination at that time to accept such things without question, he immediately wrote the protest we have just read. (Note by M. Lefèvre’s edition.)
[369] What sensible person could ever believe that such a blatant violation of natural law and international rights could be justified by any virtue? If it is permissible to deprive a human being of his status as a human, it can only be done after he has been judged—not before the judgment is rendered. I see many fervent enforcers of such laws, but I have seen no judges at all. If these are the principles of justice advocated by modern philosophy, then alas, under its auspices, the weak, the innocent, and the simple suffer; while the cruel and cunning schemers reap honor and glory.
[370] Good reasons should always be listened to, especially those put forward by an accused person defending themselves or by an oppressed individual expressing their grievances. And if I have nothing substantial to say, why not allow me to speak freely? That would be the surest way to completely undermine my case and fully justify my accusers. But as long as I am prevented from speaking or refused an audience, how can anyone claim without utter audacity that I had nothing to say at all?
[371] Among other instances, in June 1778, it was shown to Sir de Flamanville, who, upon his return from Ermenonville, presented this memorandum to Mr. Corancez.
[372] My unimaginable situation, of which no one has any idea—not even those who have brought me to this state—forces me to go into such detail.
[373] At the end of these Dialogues, in the unfortunate story surrounding this work, one will find how this prediction came true.
[374] All the music articles I had promised for the Encyclopédie were completed in 1749, and the following year, Mr. Diderot submitted them to Mr. d’Alembert, as they belonged to the Mathematics section, which he was in charge of. Some time later, Mr. d’Alembert published his Elements of Music, which did not take him much effort to complete. In 1768, my Dictionary was published, and shortly thereafter a new edition of his Elements appeared, with additional material. During this period, a Dictionary of the Fine Arts also came out, in which I recognized several of the articles I had written for the Encyclopédia. Mr. d’Alembert showed such kindness toward my still-unpublished Dictionary that he kindly offered to help review its proofs; however, upon learning of his offer from him, I asked him not to accept it.
[375] To choose an Englishman as my trustee and confidant would, in my opinion, be a genuine way to make amends for the wrongs I may have thought or said about his nation. His country has been too much abused on my account; therefore, it is only natural that I sometimes abused his nation in return.
[376] It is said that the castle of Trye has since become uninhabitable ever since I took up residence there. If this change has anything to do with me, it is certainly not due to the eagerness that initially led me there, nor to the haste with which people sought to persuade Monsieur le Prince de Ligne to offer me a charming refuge in his lands at the same time—through a carefully circulated letter that even made its way throughout Paris.
[377] For this purpose, a painter was placed in the street right opposite my door; and behind that door, which is kept closed, lies a secret—so that anyone who wishes to enter my house is forced to turn to the neighbors, who have their own instructions and orders to follow.
[378] There would be two major inconveniences if I were to be burned alive myself: the first is that once dead and burned, I would no longer be in their power, and they would lose the greater pleasure of tormenting me while still alive; the second, even more serious, is that before burning me, they would have to listen to what I have to say, at least for form’s sake. And I doubt that, despite twenty years of precautions and schemes, they would dare to take such a risk.
[364] * Quello che d’Alembert ha scritto su madame Geoffrin non può essere considerato un elogio, ma costituisce invece il contenuto di due lettere indirizzate a Condorcet. Si veda il volume XIV delle Opere di d’Alembert, in 18 volumi in ottavo. Anche Morellet e Thomas hanno reso omaggio a questa donna interessante con scritti di riconoscimento e stima, senza tuttavia attribuire ai loro testi il titolo di elogio, che probabilmente ritenevano troppo ambizioso quando applicato a una persona la cui memoria volevano onorare. Per quanto riguarda le due lettere di d’Alembert sull’argomento, bisogna dire che, a differenza di quelle di Rousseau, in esse non si riscontrano né neologismi né giochi di parole scherzosi. Inoltre, l’articolo che d’Alembert si compiace di applicare a se stesso è senz’altro lungo e ricercato nel suo contenuto. Ecco l’intero articolo: *
“Madame Geoffrin possedeva tutti i gusti tipici di un’anima sensibile e gentile: amava i bambini con passione; non li vedeva mai senza provare commozione. Si interessava all’innocenza e alla debolezza di quell’età; le piaceva osservare in loro quella natura che, grazie alle nostre abitudini, si manifesta soltanto nell’infanzia; le dava piacere conversare con loro, far loro domande, e non tollerava che le tate suggerissero loro le risposte. Preferisco di gran lunga, diceva loro, le sciocchezze che diranno loro da soli a quelle che voi gli indicherete. Vorrei, aggiungeva, che si facesse una domanda a tutti quei sfortunati che devono morire per i loro crimini: ‘Avete amato i bambini?’ Sono sicura che risponderebbero di no.”
Quindi, l’idea di porre una tale domanda ai delinquenti fu proposta dalla stessa signora Geoffrin, e solo per errore Rousseau poté attribuirla a d’Alembert. (Nota dell’edizione a cura di M. Lefèvre.)
[365] * Quando Rousseau scrisse queste parole, aveva quindi più di sessantacinque anni. Questo passaggio, unito ad altri facilmente riconoscibili nelle “Passeggiate” precedenti, indica con certezza la data di composizione di queste “Rêveries”, che risalgono alla fine del 1777 o all’inizio del 1778, e in particolare della decima “Passeggiata”, pubblicata il 12 aprile 1778.
[366] * Non fu sotto Vespasiano, ma sotto Adriano, che ebbe luogo la sfortuna di quel prefetto chiamato Similis. Lo stesso Rousseau racconta questo fatto nella terza delle sue quattro grandi Lettere a Malesherbes; e abbiamo già evidenziato l’errore singolare che commette in questa occasione. Si veda la nota alla lettera III a Monsieur de Malesherbes. (Nota di Monsieur Petitain)
[367] Fu proprio questo amore per l’indipendenza che gli rese insopportabile l’idea di non essere più a casa propria, e lo spinse a rifiutare le offerte di ritiro che gli furono fatte in diverse fasi della sua vita.
[368] Questa sorta di protesta, presentata sotto forma di circolare senza titolo né firma, e della quale sembra che Rousseau abbia fatto personalmente numerose copie, veniva da lui distribuita a tutti coloro che riteneva disposti ad aiutarlo. Quattro delle sue copie autografe sono passate per le nostre mani ed è stata trovata tra i documenti del conte Duprat, insieme alle tre lettere inviate allo stesso conte e presenti nella “Corrispondenza”. Ciò dimostra che Rousseau non si limitava a distribuire personalmente queste copie, ma ne aveva affidate alcune al conte Duprat, e probabilmente anche ad altri, affinché le distribuissero a coloro che potevano essere interessati da tale comunicato.
Per molto tempo abbiamo ritenuto questa protesta del tutto inedita, non avendola mai trovata in nessuna edizione delle Opere di Rousseau; l’avevamo anche indicata come conosciuta a Monsieur Belin, il quale l’ha inclusa nella sua edizione (1817) dopo le Confessioni. Tuttavia, indipendentemente da quanto Rousseau stesso ci rivela nel terzo dei suoi Dialoghi, ovvero che tale scritto fu stampato durante la sua vita, ne abbiamo successivamente trovata traccia nella Vita di Rousseau pubblicata nel 1789 da Monsieur de Barruel-Beauvert. In quell’opera egli afferma (p. 52) di aver ricevuto tale scritto dal Cavaliere de Cubières.
I lettori potranno ora chiedersi cosa si debba pensare di questo scritto in sé stesso, e se la protesta che contiene, così esplicita e formale, abbia almeno qualche fondamento. A nostro parere, essa si spiega facilmente con un fatto menzionato nell’Avvertimento dell’editore della raccolta dei romanzi di Rousseau, pubblicata nel 1781: “Il signor Rousseau, non avendo presso di sé alcun esemplare della Nuova Eloisa, ne ricevette uno prestatogli dalla Collezione di Amsterdam del 1772. Scoprì che questa edizione, presentata come originale, era in realtà mutilata e falsificata, e la corresse interamente a mano.” Questa parte della Collezione di Amsterdam non poteva essere altro che una ristampa della Nuova Eloisa, conforme all’edizione originale pubblicata a Parigi nel 1761; in quell’edizione erano state infatti apportate numerose cancellazioni, e probabilmente fu aggiunto il titolo “Amsterdam, 1772” per adattarla alle consuetudini editoriali dell’epoca. Rousseau dovette essere vittima di questa truffa; ne trasse tutte le conseguenze, come era tipico della sua mentalità in quel periodo, e scrisse immediatamente la protesta che abbiamo appena letto. (Nota dell’edizione a cura di M. Lefèvre.)
[369] Chi di buon senso potrebbe mai credere che una violazione così evidente della legge naturale e del diritto delle genti possa basarsi su principi morali? Se è permesso privare un essere umano dello stato di uomo, ciò può avvenire soltanto dopo averlo giudicato, ma non certo al fine di giudicarlo. Vedo molti esecutori zelanti, ma non ho visto alcun giudice. Se questi sono i precetti di equità della filosofia moderna, ahimè, sotto la sua egida, sfortuna per il debole, l’innocente e il semplice; onore e gloria invece per gli intriganti crudeli e astuti.
[370] Le buone ragioni devono sempre essere ascoltate, soprattutto da parte di un imputato che si difende o di un oppresso che si lamenta; e se non ho nulla di concreto da dire, perché non mi si permette di parlare liberamente? È il modo più sicuro per screditare completamente la mia causa e per giustificare appieno i miei accusatori. Ma finché mi si impedirà di parlare o si rifiuterà di ascoltarmi, chi potrà mai affermare senza temerità che non avevo nulla da dire?
[371] In particolare, nel mese di giugno del 1778, fu inviato al cavaliere de Flamanville, il quale, al suo ritorno da Ermenonville, mostrò questo memoriale a Monsieur Corancez.
[372] La mia situazione inconcepibile, di cui nessuno ha idea, nemmeno coloro che mi hanno ridotto in tale stato, mi costringe a entrare nei dettagli di ciò che accade.
[373] Alla fine di questi Dialoghi, nella storia tragica di quest’opera, si scoprirà come questa previsione si sia avverata.
[374] Tutti gli articoli di musica che avevo promesso di scrivere per l’Enciclopedia furono completati già nel 1749 e, l’anno seguente, furono consegnati da M. Diderot a M. d’Alembert, poiché rientravano nella sezione dedicata alle Matematiche, di cui quest’ultimo era incaricato. Poco dopo uscirono i suoi “Elementi di Musica”, che non gli costarono molta fatica da redigere. Nel 1768 fu pubblicato il mio Dizionario, e poco dopo ne uscì una nuova edizione dei suoi “Elementi” con alcune aggiunte. Nello stesso periodo apparve anche un Dizionario delle Belle Arti, nel quale riconobbi diversi degli articoli che avevo scritto per l’Enciclopedia. M. d’Alembert dimostrò una tale gentilezza nei confronti del mio dizionario, ancora in fase di stesura manoscritta, da offrirsi volontariamente di revisionare le bozze; tuttavia, su consiglio di colui che ne aveva curato la revisione, gli chiesi di non accettare tale proposta.
[375] Scegliere un inglese come mio depositario e confidente mi sembrerebbe il modo più autentico per rimediare al male che potrei aver pensato o detto riguardo alla sua nazione. È stata troppo abusata a causa mia, quindi è inevitabile che a volte io abbia abusato di lei a mia volta.
Si dice che il castello di Trye sia stato reso inabitabile da quando vi ho soggiornato. Se questa azione ha qualche rapporto con me, non deriva né dall’urgenza che mi aveva spinto ad andarvi, né dall’impegno con cui si cercava di convincere il principe di Ligne a offrirmi al contempo un rifugio incantevole nelle sue proprietà, attraverso una bella lettera che fu addirittura fatta circolare in tutto Parigi.
[377] Per questo motivo, è stato messo in strada un venditore di quadri proprio di fronte alla mia porta; e questa porta, che viene tenuta chiusa, nasconde un segreto: tutti coloro che vogliono entrare in casa mia sono costretti a rivolgersi ai vicini, i quali hanno le loro istruzioni e i loro ordini da seguire.
[378] Ci sarebbero due grandi inconvenienti se mi bruciassero personalmente: il primo è che, una volta morto e bruciato, non sarei più sotto il loro controllo, e perderebbero così l’immensa soddisfazione di tormentarmi mentre sono ancora vivo; il secondo, molto più grave, è che, prima di bruciarmi, dovrebbero comunque ascoltare le mie ragioni, almeno formalmente. E dubito che, nonostante vent’anni di precauzioni e intrighi, osino ancora correre questo rischio.
[379] Comme quand on voulait à toute force m’envoyer le vin d’honneur à Amiens, qu’à Londres les tambours des gardes devaient venir battre à ma porte, et qu’au Temple M. le prince de Conti m’envoya sa musique à mon lever.
[380] On y a détenu de même, en même temps, et pour le même effet, un Genevois de mes amis, lequel, aigri par d’anciens griefs contre les magistrats de Genève, excitait les citoyens contre eux à mon occasion. Je pensais bien différemment, et jamais, en écrivant soit à eux soit à lui, je ne cessai de les presser tous d’abandonner ma cause, et de remettre à de meilleurs temps la défense de leurs droits. Cela n’empêcha pas qu’on ne publiât avoir trouvé tout le contraire dans les lettres que je lui écrivais, et que c’était moi qui étais le boutefeu. Que peuvent désormais attendre des gens puissants la justice, la vérité, l’innocence, quand une fois ils en sont venus jusque-là ?
[381] Je n’ai point voulu parler ici de ce qui se fait au théâtre* et de ce qui s’imprime journellement en Hollande et ailleurs, parce que cela passe toute croyance, et qu’en le voyant, et en ressentant continuellement les tristes effets, j’ai peine encore à le croire moi-même. Il y a quinze ans que tout cela dure, toujours avec l’approbation publique et l’aveu du gouvernement. Et moi je vieillis ainsi seul parmi tous ces forcenés, sans aucune consolation de personne, sans néanmoins perdre ni courage ni patience, et, dans l’ignorance où l’on me tient, élevant au ciel, pour toute défense, un cœur exempt de fraude, et des mains pures de tout mal.
- Allusion à la manière dont le traita l’Académie royale de musique, qui s’empara du Devin du village, refusa la porte de la salle du spectacle à l’auteur, et fit pendre celui-ci en effigie.
[382] * On désignait sous ce nom une messe qui se disait chaque jour dans cette église, en mémoire d’une malheureuse servante qui fut pendue comme convaincue d’avoir volé quelques pièces d’argenterie. C’est à Palaiseau que le prétendu vol avait été commis ; peu de temps après ces pièces furent retrouvées dans le clocher de l’église de Palaiseau, avec beaucoup d’autres objets appartenants à différentes personnes, et il fut prouvé qu’une pie les avait tous portés là par l’effet d’une habitude naturelle à cet animal.
[383] «Dolus præsumitur in eo qui recta via non incedit, sed per anfractus et diverticula. » Menoch. in Praesump.
[384] «Judicium subterfugiens et probationes occultans malum causam fovere praesumitur. » Ibid.
[385] Pour excuser le public autant qu’il se peut, je suppose partout son erreur presque invincible ; mais moi, qui sais dans ma conscience qu’aucun crime jamais n’approcha de mon cœur, je suis sûr que tout homme vraiment attentif, vraiment juste, découvrirait l’imposture à travers tout l’art d’un complot, parce qu’enfin je ne crois pas possible que jamais le mensonge usurpe et s’approprie tous les caractères de la vérité.
[386] En m’écrivant, c’est la même franchise. «J’ai l’honneur d’être, avec tous les sentiments qui vous sont dus, avec les sentiments les plus distingués, avec une considération très particulière, avec autant d’estime que de respect, etc. » Ces messieurs sont-ils donc, avec ces tournures amphibologiques, moins menteurs que ceux qui mentent tout rondement ? Non. Ils sont seulement plus faux et plus doubles, ils mentent seulement plus traîtreusement.
[387] Timon n’était point naturellement misanthrope, et même ne méritait pas ce nom. Il y avait dans son fait plus de dépit et d’enfantillage que de véritable méchanceté: c’était un fou mécontent qui boudait contre le genre humain.
[388] * Cette traduction, qui parut en 1774 sans nom de traducteur, et qui en effet fut pendant quelque temps attribuée à Rousseau, est celle de Lebrun. Elle a été réimprimée en 1813.
[389] *Cette nouvelle manière de copier la musique est exposée assez en détail dans sa Lettre au docteur Burney. D’ailleurs, quoiqu’il annonce avoir écrit de cette manière une grande quantité de pièces, on n’en trouve point dans le recueil de sa musique manuscrite déposée à la Bibliothèque royale.
[390] Ce reste a été donné presque en entier à M. Malthus, qui a acheté mes livres de botanique.
[391] Comme on fera certainement du contenu de cet écrit, si son existence est connue du public, et qu’il tombe entre les mains de ces messieurs ; ce qui paraît naturellement inévitable.
[392] Voilà ce qu’ils ont ouvertement enseigné et publié jusqu’ici, sans qu’on ait songé à les décréter pour cette doctrine. Cette peine était réservée au système impie de la religion naturelle. À présent c’est à Jean-Jacques qu’ils font dire tout cela ; eux se taisent, ou crient à l’impie, et le public avec eux. Risum teneatis, amici!
[393] Aujourd’hui ce sont des livres en forme ; mais il y a dans l’œuvre qui me regarde un progrès qu’il n’était pas aisé de prévoir.
[394] Un autre inconvénient très grave me forcera d’abandonner enfin ce travail, que d’ailleurs la mauvaise volonté du public me rend plus onéreux qu’utile ; c’est l’abord fréquent de quidams étrangers ou inconnus qui s’introduisent chez moi sous ce prétexte, et qui savent ensuite s’y cramponner malgré moi, sans que je puisse pénétrer leur dessein.
[395] Les gens si fins, totalement transformés par l’amour-propre, n’ont plus la moindre idée des vrais mouvements de la nature, et ne connaîtront jamais rien aux âmes honnêtes, parce qu’ils ne voient partout que le mal, excepté dans ceux qu’ils ont intérêt de flatter. Aussi les observations des gens fins, ne s’accordant avec la vérité que par hasard, ne font point autorité chez les sages.
Je ne connais pas deux Français qui pussent parvenir à me connaître, quand même ils le désireraient de tout leur cœur: la nature primitive de l’homme est trop loin de toutes leurs idées. Je ne dis pas néanmoins qu’il n’y en a point, je dis seulement que je n’en connais pas deux.
[396] Tout a son terme ici-bas. Si ma santé décline, et succombe enfin sous tant d’afflictions sans relâche, il restera toujours étonnant qu’elle ait résisté si longtemps.
[397] * Il donne dans son Dictionnaire l’explication de ce mot qui a deux significations en musique, en ajoutant qu’il a vieilli en tout sens.
[398] Il y a trois seuls morceaux dans le Devin du ‘village qui ne sont pas uniquement de moi, comme, dès le commencement, je l’ai dit sans cesse à tout le monde ; tous trois dans le divertissement: 1° les paroles de la chanson, qui sont en partie, et du moins l’idée et le refrain, de M. Collé ; 20 les paroles de l’ariette, qui sont de M. Cahusac, lequel m’engagea à faire, après coup, cette ariette, pour complaire à mademoiselle Fel, qui se plaignait qu’il n’y avait rien de brillant pour sa voix dans son rôle ; 3° et l’entrée des bergères, que, sur les vives instances de M. d’Holbach, j’arrangeai sur une pièce de clavecin d’un recueil qu’il me présenta. Je ne dirai pas quelle était l’intention de M. d’Holbach ; mais il me pressa si fort d’employer quelque chose de ce recueil, que je ne pus, dans cette bagatelle, résister obstinément à son désir. Pour la romance, qu’on m’a fait tirer, tantôt de Suisse, tantôt de Languedoc, tantôt de nos psaumes, et tantôt de je ne sais où, je ne l’ai tirée que de ma tête, ainsi que toute la pièce. Je la composai, revenu depuis peu d’Italie, passionné pour la musique que j’y avais entendue, et dont on n’avait encore aucune connaissance à Paris. Quand cette connaissance commença de s’y répandre, on aurait bientôt découvert mes pillages, si j’avais fait comme font les compositeurs français, parce qu’ils sont pauvres d’idées, qu’ils ne connaissent pas même le vrai chant, et que leurs accompagnements ne sont que du barbouillage. On a eu l’impudence de mettre en grande pompe, dans le recueil de mes écrits, la romance de M. Vernes, pour faire croire au public que je me l’attribuais. Toute ma réponse a été de faire à cette romance deux autres airs meilleurs que celui-là. Mon argument est simple: celui qui a fait les deux meilleurs airs n’avait pas besoin de s’attribuer faussement le moindre.
[379] Just as when they insisted on sending me the ceremonial wine to Amiens, or when it was supposed that the drums of the guards would come to beat at my door in London, and how Mr. the Prince de Conti sent his musicians to my residence at dawn.
[380] There was also a Genevan friend of mine who was detained at the same time and for the same reason. Bitterly resentful due to past grievances against the magistrates of Geneva, he incited the citizens against them on my account. I, however, held very different views; in every letter I wrote to them or to him, I urged them all to abandon my cause and reschedule the defense of their rights for a more appropriate time. Nevertheless, they claimed to have found the exact opposite in my letters and alleged that I was the one who was stirring up trouble. What can people in power possibly expect from justice, truth, or innocence once they have gone so far?
[381] I have not intended to speak here about what is happening in the theaters* or about what is being published daily in Holland and elsewhere, because such things utterly defy all belief; indeed, in witnessing them and constantly experiencing their tragic consequences, I myself can hardly bring myself to believe them. This has been going on for fifteen years now, always with the public’s approval and even the government’s tacit consent. And here I am, growing old alone among all these fanatics, without any consolation from anyone—yet I neither lose my courage nor my patience. In the ignorance in which I am kept, I raise to heaven, as my only defense, a heart free from deceit and hands pure of all evil.
A reference to the way the Royal Academy of Music treated him: they seized “The Village Deacon,” refused to let the author enter the concert hall, and even had his effigy hanged.
[382] * This name referred to a mass that was held daily in this church in memory of a unfortunate maid who was hanged on the charge of having stolen some silverware. The alleged theft had taken place in Palaiseau; shortly thereafter, the items were found in the bell tower of the Palaiseau church, along with many other objects belonging to different people. It was proven that a raven had carried all these items there due to its natural habit.
[383] “Dolus is presumed in those who do not follow the straight path, but instead take detours and side streets.” Menochius, in De Praesumptione.
[384] “It is presumed that any attempt to conceal the truth or obscure the evidence serves to protect a wrongful cause.” Ibid.
[385] To excuse the public as much as possible, I suppose that their error is almost invincible everywhere; but I, who know in my conscience that no crime has ever approached my heart, am certain that any truly attentive and truly just person would uncover this deception through all the subtleties of a conspiracy, because I simply do not believe it is possible for lies to ever usurp and assume all the characteristics of truth.
[386] When I write, I use the same kind of frankness. “I have the honor to be, with all the sentiments due to you, with the most distinguished feelings, with particular regard, with as much esteem as respect, etc.” Are these gentlemen, therefore, less deceitful than those who lie outright in their statements? No. They are merely more false and duplicitous; they lie in a more treacherous manner.
[387] Timon was not naturally a misanthrope; in fact, he did not even deserve that label. What drove him was more spite and childishness than true malice—he was simply an unhappy fool who resented the entire human race.
[388] * This translation, which appeared in 1774 without the name of the translator and was indeed for some time attributed to Rousseau, is actually the work of Lebrun. It was reprinted in 1813. *
[389] This new method of copying music is described in some detail in his Letter to Dr. Burney. Indeed, although he claims to have written a large number of pieces using this method, none of them can be found in the collection of his musical manuscripts held at the British Library.
[390] This remaining portion was almost entirely given to Mr. Malthus, who had purchased my books on botany.
[391] Just as the content of this text will undoubtedly come to light if its existence becomes known to the public and it falls into the hands of these gentlemen; something that seems naturally inevitable.
[392] This is what they have openly taught and published up to now, without anyone ever considering declaring them heretics for this doctrine. Such punishments were reserved for the impious system of natural religion. Now it is Jean-Jacques who is made to say all these things; they themselves remain silent, or else they cry out against heresy, along with the public. “Risum teneatis, amici!”
[393] Today, they are books in form; but within the work that concerns me, there is a progress that was not easy to anticipate.
[394] Another very serious inconvenience will finally force me to abandon this endeavor, which, moreover, due to the public’s lack of enthusiasm, proves more costly than useful. It consists in the frequent intrusion of strangers or unknown individuals who enter my home under this pretext and then manage to stay there against my will, without my being able to fathom their intentions.
[395] Such delicate-minded people, completely transformed by self-love, have no notion at all of the true workings of nature, and will never understand the nature of honest souls, because they see evil everywhere—except in those whom it serves their interests to flatter. Hence, the observations of such individuals, which only occasionally coincide with the truth, carry no authority in the eyes of the wise.
I do not know of two French people who could manage to understand me, even if they desired to do so with all their hearts: the primitive nature of man is far removed from all their concepts. I am not saying that such people do not exist at all; I am merely stating that I do not know any two of them.
[396] Everything has its end here below. If my health declines and finally gives way under so many relentless afflictions, it will still be astonishing that it managed to endure for such a long time.
[397] In his Dictionary, he provides an explanation of this word, which has two meanings in music, and adds that it has become obsolete in every sense.
[398] There are only three pieces in the “Devin du village” that are not entirely my own work, as I have repeatedly stated from the beginning to everyone; all three of them are related to entertainment: 1) The lyrics of the song, which are partly, at least in terms of the idea and the refrain, by Mr. Collé; 2) The lyrics of the aria, which were written by Mr. Cahusac, who persuaded me to add this aria later on to please mademoiselle Fel, who complained that there was nothing particularly brilliant for her voice in her role; 3) The entrance music for the shepherd girls, which, at the earnest insistence of Mr. d’Holbach, I arranged based on a piece for clavier from a collection he presented to me. I will not say what Mr. d’Holbach’s intentions were; but he pressed so strongly for me to use something from that collection that I could not stubbornly resist his request in this minor matter. As for the romance that people kept asking me to base on various sources—sometimes Switzerland, sometimes Languedoc, our psalms, or who knows where else—I wrote it entirely from my own imagination, just like the entire piece. I composed it shortly after returning from Italy, deeply inspired by the music I had heard there, which was still largely unknown in Paris at that time. When knowledge of this new music began to spread, people would have quickly discovered that I had “plagiarized” others if I had followed the practices of French composers—since they lack original ideas, have no real understanding of music, and their accompaniments are nothing but random scribblings. The audacity was such that they included Mr. Vernes’s romance in my collected works, trying to make the public believe it was mine. My only response was to compose two other melodies for that same romance, both superior to the one originally used. My argument is simple: anyone who could create two better melodies would have no need to falsely claim credit for something else.
[379] Proprio come quando si voleva a tutti i costi inviarmi il vino d’onore ad Amiens, o come se a Londra i tamburi delle guardie dovessero suonare alla mia porta, o ancora come quando il principe di Conti mi inviò la sua musica al mio risveglio.
[380] Vi fu anche trattenuto, nello stesso momento e per lo stesso motivo, un mio amico di Ginevra; quest’ultimo, offeso da vecchi rancori nei confronti dei magistrati di Ginevra, incitava i cittadini a opporsi loro in mia vece. Io la pensavo molto diversamente, e mai, né scrivendo a loro né a lui, smisi di esortarli tutti ad abbandonare la mia causa e a rimandare a tempi migliori la difesa dei loro diritti. Ciò non impedì tuttavia che venisse diffuso l’annuncio che nelle lettere che gli scrivevo si trovava esattamente il contrario, e che fossi io il vero responsabile di tutto ciò. Cosa possono ancora aspettarsi le persone potenti dalla giustizia, dalla verità, dall’innocenza, quando sono arrivate a questo punto?
[381] Non ho voluto parlare qui di ciò che avviene nei teatri* e di ciò che viene pubblicato quotidianamente in Olanda e altrove, perché tutto ciò supera ogni limite della credibilità; vedendolo e subendone continuamente gli effetti tragici, fatico persino io stesso a crederci. Tutto questo dura da quindici anni, sempre con l’approvazione del pubblico e il riconoscimento del governo. E io invecchio così, solo tra tutti questi pazzi, senza alcun conforto da parte di nessuno; tuttavia non perdo né coraggio né pazienza. Nell’ignoranza in cui vengo tenuto, alzo verso il cielo, come unica difesa, un cuore libero da ogni inganno e mani pure da qualsiasi male.
- Allusione al modo in cui l’Accademia reale di musica trattò l’autore: si impossessò del “Devin du village”, gli rifiutò l’ingresso alla sala delle rappresentazioni e fece appendere la sua effigie.
[382] Con questo nome si indicava una messa celebrata ogni giorno in quella chiesa, in memoria di una sfortunata serva che fu impiccata poiché ritenuta colpevole di aver rubato alcune pezze d’argenteria. Fu a Palaiseau che il presunto furto avvenne; poco dopo, quegli oggetti furono ritrovati nel campanile della chiesa di Palaiseau, insieme ad altri molti oggetti appartenenti a diverse persone. Si dimostrò inoltre che un corvo li aveva portati lì per effetto di un’abitudine naturale di quel animale.
[383] “Si presume che vi sia dolosità in colui che non segue la retta via, ma preferisce deviare attraverso sentieri tortuosi e laterali.” Menochio, nel trattato sulle presunzioni.
[384] “Si presume che chi nasconde i giudizi e occulta le prove stia cercando di proteggere una causa ingiusta.” Ibidem.
[385] Per scusare il pubblico nel miglior modo possibile, suppongo ovunque che il suo errore sia quasi inevitabile; ma io, che so con certezza nella mia coscienza che nessun crimine abbia mai avvicinato il mio cuore al male, sono sicuro che qualsiasi uomo veramente attento e giusto scoprirebbe l’inganno attraverso ogni artificio di un complotto, perché infine non credo possibile che il mentire possa mai usurpare e appropriarsi tutti i tratti della verità.
[386] Nella mia scrittura, si osserva la stessa franchezza: “Ho l’onore di essere, con tutti i sentimenti che vi sono dovuti, con i sentimenti più distinti, con una considerazione molto particolare, con tanto rispetto qu’ammirazione, ecc.” Ma questi signori, con queste formulazioni ambigue e oscure, sono forse meno bugiardi di coloro che mentono in modo esplicito? No. Sono semplicemente più falsi e doppiogiochi; mentono in modo più traditore.
[387] Timone non era per natura misantropo, e anzi non meritava affatto quel nome. Nel suo comportamento vi era più risentimento e infantilismo che vera malvagità: era un pazzo insoddisfatto che si ribellava contro l’umanità intera.
[388] * Questa traduzione, pubblicata nel 1774 senza indicazione del traduttore e che per un certo periodo fu attribuita a Rousseau, è in realtà opera di Lebrun. È stata ristampata nel 1813.*
[389] Questo nuovo metodo di trascrizione della musica viene descritto in modo abbastanza dettagliato nella sua Lettera al dottor Burney. Del resto, sebbene affermi di aver scritto un gran numero di opere in questo modo, non ne troviamo alcuna nel corpus delle sue composizioni manoscritte conservate presso la Biblioteca Reale.
Il resto di questo materiale è stato quasi interamente donato a Monsieur Malthus, che aveva acquistato i miei libri di botanica.
[391] Proprio come sicuramente accadrà per il contenuto di questo scritto, se la sua esistenza dovesse diventare nota al pubblico e finisse nelle mani di queste persone. Il che sembra inevitabile.
[392] Ecco ciò che hanno apertamente insegnato e pubblicato fino ad ora, senza che nessuno abbia mai pensato di condannarli per questa dottrina. Questa pena era riservata al sistema empio della religione naturale; ora è Jean-Jacques a essere accusato di tutto ciò; loro stessi tacciono, o gridano all’empio, e il pubblico li segue in questo. Risum teneatis, amici!
[393] Oggi si tratta di libri in forma scritta; tuttavia, nell’opera che mi riguarda c’è un progresso che non era facile prevedere.
[394] Un altro grave inconveniente mi costringerà infine ad abbandonare questo lavoro, che inoltre, a causa della cattiva volontà del pubblico, risulta più oneroso che utile; si tratta dell’insistenza frequente di persone straniere o sconosciute che si introducono in casa mia con questo pretesto e che poi riescono a rimanervi nonostante i miei tentativi di farle andare via, senza che io possa comprendere le loro intenzioni.
[395] Le persone raffinate, completamente trasformate dall’amor proprio, non hanno più la minima idea dei veri movimenti della natura e non conosceranno mai nulla sulle anime oneste, perché vedono dappertutto solo il male, tranne in coloro che hanno interesse a lusingare. Pertanto, le osservazioni di queste persone raffinate, che coincidono con la verità soltanto per caso, non hanno alcun valore agli occhi dei saggi.
Non conosco due francesi che possano riuscire a conoscere me stesso, anche se lo desiderassero con tutto il loro cuore: la natura primordiale dell’uomo è troppo lontana da tutte le loro idee. Non dico però che non ne esistano, dico soltanto che non ne conosco due.
[396] Qui sotto, tutto ha la sua fine. Anche se la mia salute peggiorasse e infine cedesse sotto tante sofferenze continue, rimarrebbe comunque sorprendente il fatto che sia riuscita a resistere per così tanto tempo.
[397] Nel suo dizionario fornisce spiegazioni su questa parola che ha due significati in musica, aggiungendo che essa è ormai obsoleta in ogni senso.
[398] Ci sono soltanto tre brani nel “Devin du village” che non sono interamente miei, come ho sempre detto a tutti fin dall’inizio; questi tre si trovano nell’spettacolo: 1) le parole della canzone, che in parte, almeno l’idea e il ritornello, appartengono a M. Collé; 2) le parole dell’arietta, scritte da M. Cahusac, il quale mi incaricò di comporre quest’aria successivamente, per accontentare mademoiselle Fel, che si lamentava che nel suo ruolo non ci fosse nulla di brillante per la sua voce; 3) l’entrata delle pastorelle, che, su insistenti richieste di M. d’Holbach, arrangiai su un brano per clavicembalo tratto da una raccolta che mi mostrò. Non dirò quale fosse l’intenzione di M. d’Holbach; ma insistette così tanto affinché utilizzassi qualcosa di quella raccolta, che non riuscii a resistere al suo desiderio in questa piccola composizione. Per quanto riguarda la romanza, che mi è stata chiesta di trarre ora dalla Svizzera, ora dal Languedoc, ora dai nostri salmi, o chissà da dove altro, l’ho composta interamente da solo, così come l’intero spettacolo. La composi poco dopo il mio ritorno dall’Italia, appassionato di musica quella che avevo ascoltato laggiù e di cui a Parigi non si conosceva ancora nulla. Quando questa conoscenza iniziò a diffondersi, avrebbero presto scoperto le mie “pirateggiate” se avessi fatto come fanno i compositori francesi: poiché sono poveri di idee, non conoscono nemmeno il vero canto e i loro accompagnamenti non sono altro che un guazzabuglio. Hanno avuto l’impudenza di inserire con grande enfasi nella raccolta delle mie opere la romanza di M. Vernes, per far credere al pubblico che fosse mia. La mia risposta è stata semplice: colui che ha scritto i due brani migliori non aveva certo bisogno di attribuirsi falsamente nessuno di essi.
[399] J’ai mis fidèlement dans ce recueil toute la musique de toute espèce que j’ai composée depuis mon retour à Paris, et dont j’aurais beaucoup retranché si je n’y avais laissé que ce qui me paraît bon: mais j’ai voulu ne rien omettre de ce que j’ai réellement fait, afin qu’on en pût discerner tout ce qu’on m’attribue, aussi faussement qu’impudemment même, en ce genre, dans le public, dans les journaux, et jusque dans les recueils de mes propres écrits. Pourvu que les paroles soient grossières et malhonnêtes, pourvu que les airs soient maussades et plats, on m’accordera volontiers le talent de composer de cette musique-là. On affectera même de m’attribuer des airs d’un bon chant faits par d’autres, pour faire croire que je me les attribue moi-même, et que je m’approprie les ouvrages d’autrui. M’ôter mes productions et m’attribuer les leurs a été, depuis vingt ans, la manœuvre la plus constante de ces messieurs, et la plus sûre pour me décrier.
[400] Ayant fait une partie de ce calcul d’avance, et seulement par comparaison, j’ai mis tout trop au rabais ; et c’est ce que je découvre bien sensiblement à mesure que j’avance dans mon registre, puisqu’au bout de cinq ans et demi seulement j’ai déjà plus de neuf mille pages bien articulées, et sur lesquelles on ne peut contester.
[401] C’est ce qu’il m’est impossible de vérifier, parce que ces messieurs ne laissent parvenir jusqu’à moi aucun exemplaire des écrits qu’ils fabriquent ou font fabriquer sous mon nom.
[402] Fréron vient de mourir*. On demandait qui ferait son épitaphe. «Le premier qui crachera sur sa tombe, répondit à l’instant M. M***. Quand on ne m’aurait pas nommé l’auteur de ce mot, j’aurais deviné qu’il partait d’une bouche philosophe, et qu’il était de ce siècle-ci.
- Le 10 mars 1776.
[403] Dans cette génération, nourrie de philosophie et de fiel, rien n’est si facile aux intrigants que de faire tomber sur qui il leur plaît cet appétit général de haïr. Leurs succès prodigieux en ce point prouvent encore moins leurs talents que la disposition du public, dont les apparents témoignages d’estime et d’attachement pour les uns ne sont en effet que des actes de haine pour d’autres.
[404] J’aurais dû peut-être insister ici sur la ruse favorite de mes persécuteurs, qui est de satisfaire à mes dépens leurs passions haineuses, de faire le mal par leurs satellites, et de faire en sorte qu’il me soit imputé. C’est ainsi qu’ils m’ont successivement attribué le Système de la Nature, la Philosophie de la Nature, la note du roman de madame d’Ormoy*, etc. C’est ainsi qu’ils tâchaient de faire croire au peuple que c’était moi qui ameutais les bandits qu’ils tenaient à leur solde lors de la cherté du pain.
*Il est parlé de cette dame et de son roman dans les Rêveries. Voyez la deuxième Promenade.
[405] IL est vrai que Milord Maréchal est d’une illustre naissance, et Jean-Jacques-un homme du peuple ; mais il faut penser que Rousseau, qui parle ici, n’a pas, en général, une opinion bien sublime de la haute vertu des gens de qualité, et que l’histoire de Jean-Jacques ne doit pas naturellement agrandir cette opinion.
[406] Je dois pourtant rendre justice à ceux qui m’offrent de payer mes peines, et qui sont en assez grand nombre. Au moment même où j’écris ceci, une dame de province vient de me proposer douze francs, en attendant mieux, pour lui écrire une belle lettre à un prince. C’est dommage que je ne me sois pas avisé de lever boutique sous les charniers des Innocents ; j’y aurais pu faire assez bien mes affaires.
[407] A la grande satisfaction de mes très inquiets patrons, je renonce à cette triste lecture, devenue indifférente à un homme qu’on a rendu tout-à-fait étranger sur la terre. Je n’y ai plus ni patrie ni frères. Habitée par des êtres qui ne me sont rien, elle est pour moi comme une autre sphère ; et je suis aussi peu curieux désormais d’apprendre ce qui se fait dans le monde que ce qui se passe à Bicêtre ou aux Petites-Maisons.
[408] *Il est bon de remarquer que ceci fut écrit et publié en 1760, l’époque de la plus grande prospérité de l’Angleterre durant le ministère de M. Pitt, depuis lord Chatam.
[409] *Jean-Jacques a donné lui-même un exemple très remarquable de ce talent d’imitation, en faisant parler Voltaire dans les Lettres de la Montagne. Voyez la Lettre cinquième.
[410] *Il s’agit de Vincent Voiture (1597-1648), poète et prosateur français et de Jean-Louis Guez de Balzac (1597-1654), écrivain libertin français très réputé en son temps.
[411] Voyez, par exemple, la Philosophie de la Nature*, qu’on a brûlée au Châtelet, livre exécrable, et couteau à deux tranchants, fait tout exprès pour me l’attribuer, du moins en province et chez l’étranger, pour agir en conséquence, et propager, à mes dépens, la doctrine de ces messieurs sous le masque de la mienne. Je n’ai point vu ce livre, et j’espère, ne le verrai jamais ; mais j’ai lu tout cela dans le réquisitoire trop clairement pour pouvoir m’y tromper, et je suis certain qu’il ne peut y avoir aucune vraie ressemblance entre ce livre et les miens, parce qu’il n’y en a aucune entre les âmes qui les ont dictés. Notez que, depuis qu’on a su que j’avais vu ce réquisitoire, on a pris de nouvelles mesures pour qu’il ne me parvînt rien de pareil à l’avenir.
- Ouvrage de Delisle de Sales, traduit en plusieurs langues.
[412] IL faudrait que le Scythe adresse au Philosophe. C’est évidemment inadvertance. Voyez liv. XII, fable 20.
[413] On me reprochera, j’en suis très sûr, de me donner une importance prodigieuse. Ah! si je n’en avais pas plus aux yeux d’autrui qu’aux miens, que mon sort serait moins à plaindre!
[414] Jamais les discours d’un homme qu’on croit parler contre sa pensée ne toucheront ceux qui ont cette opinion. Tous ceux qui, pensant mal de moi, disent avoir profité dans la vertu par la lecture de mes livres, mentent, et même très sottement. Ce sont ceux-là qui sont vraiment des tartufes.
[415] Il ne m’est pas permis de suivre ce conseil, en ce qui regarde la juste défense de mon honneur. Je dois, jusqu’à la fin, faire tout ce qui dépend de moi, sinon pour ouvrir les yeux à cette aveugle génération, du moins pour en éclairer une plus équitable. Tous les moyens pour cela me sont ôtés ; je le sais: mais, sans aucun espoir de succès, tous les efforts possibles, quoique inutiles, n’en sont pas moins dans mon devoir ; et je ne cesserai de les faire jusqu’à mon dernier soupir. Fay ce que doy, arrive que podrra.
[416] Cet écrit est tombé dans les mains de M. d’Alembert peut-être aussitôt qu’il est sorti des miennes, et Dieu sait quel usage il en a su faire. M. le comte Wielhorski m’apprit, en venant me dire adieu à son départ de Paris, qu’on avait mis des horreurs de lui dans la gazette de Hollande. A l’air dont il me dit cela, j’ai jugé, en y repensant, qu’il me croyait l’auteur de l’article, et je ne doute pas qu’il n’y ait du d’Alembert dans cette affaire, aussi-bien que dans celle d’un certain comte Zanowisch, Dalmate, et d’un prêtre aventurier, Polonais, qui a fait mille efforts pour pénétrer chez moi. Les manœuvres de ce M. d’Alemhert ne me surprennent plus: j’y suis tout accoutumé. Je ne puis assurément approuver la conduite du comte Wielhorski à mon égard. Mais, cet article à part, que je n’entreprends pas d’expliquer, j’ai toujours regardé et je regarde encore ce seigneur polonais comme un honnête homme et un bon patriote ; et, si j’avais la fantaisie et les moyens de faire insérer des articles dans les gazettes, j’aurais assurément des choses plus pressées à dire et plus importantes pour moi que des satires du comte Wielhorski. Le succès de toutes ces menées est un effet nécessaire du système de conduite que l’on suit à mon égard. Qu’est-ce qui pourrait empêcher de réussir tout ce qu’on entreprend contre moi, dont je ne sais rien, à quoi je ne peux rien, et que tout le monde favorise.
[417] Nos philosophes ne manquent pas d’étaler pompeusement ce mot de nature à la tête de tous leurs écrits. Mais ouvrez le livre, et vous verrez quel jargon métaphysique ils ont décoré de ce beau nom.
[399] I have faithfully included in this collection all the music of every kind that I have composed since my return to Paris. Had it not been for my decision to retain only what I deemed worthy, I would have removed much of it. But I wanted to leave nothing out of what I had actually created, so that people could see clearly everything that is falsely—and even audaciously—attributed to me in this regard, whether in public opinion, the newspapers, or even in collections of my own works. As long as the lyrics are vulgar and dishonest, and the melodies are dull and uninspired, people are willing to grant me the talent to compose such music. They will even go so far as to attribute to me melodies that were actually composed by others, in order to make it seem as if I am taking credit for their work. For twenty years now, this has been the most consistent—and therefore the most effective—tactic used by these people to slander me.
[400] Having made this preliminary calculation, and merely through comparison, I had underestimated everything considerably; and it is something I become increasingly aware of as I progress in my work. In just five and a half years, I have already produced more than nine thousand well-structured pages, on which no one can possibly dispute.
[401] It is something I am utterly unable to verify, because these gentlemen never send me any copies of the writings they produce or have produced in my name.
[402] Fréron has just died*. People were asking who would write his epitaph. “The first person who spits on his grave,” Mr. M*** replied immediately. “Even if they hadn’t named me as the author of these words, I would have guessed that they came from a philosopher’s mouth—and that they belonged to this very century.”
- March 10, 1776.
[403] In this generation, nurtured by philosophy and malice, it is nothing but too easy for schemers to incite the general desire to hate in those whom they choose. Their astonishing successes in this regard serve not to demonstrate their talents at all, but rather the nature of the public—whose apparent expressions of admiration and loyalty toward some are in fact nothing but acts of hatred toward others.
[404] I might perhaps have needed to emphasize here the favorite tactic of my persecutors: to satisfy their own hateful passions at my expense, to let their agents commit evil and then make it seem as if it were my doing. In this way, they successively attributed to me the “System of Nature,” the “Philosophy of Nature,” and even the content of Madame d’Ormoy’s novel*, among other things. They tried this way to make the public believe that it was I who incited the bandits they employed during times of bread scarcity.
This lady and her novel are mentioned in “Rêveries.” Please refer to the second “Promenade.”
[405] It is true that Lord Marshal comes from an illustrious family, while Jean-Jacques is a man of the people; however, it must be considered that Rousseau, in speaking here, generally does not hold a very sublime view of the noble virtues of people of high rank, and that the story of Jean-Jacques naturally cannot enhance this opinion.
[406] Yet I must do justice to those who offer to pay for my sins, and there are quite a number of them. At the very moment I am writing this, a lady from the provinces has just offered me twelve francs, with the promise of more if I write her a beautiful letter to a prince. It’s a pity I didn’t think of setting up my business right under the graves of the Innocents; I could have made quite a fortune there.
[407] To the great satisfaction of my very anxious patrons, I renounce this sad task of reading—something that has become utterly indifferent to a man who has been rendered completely estranged from this world. I no longer have a homeland or brothers. inhabited by beings who mean me nothing, this place is to me like some other distant sphere; and I am just as indifferent now to learning what happens in the world as I am to what takes place in Bicêtre or the Petites-Maisons.
[408] It is worth noting that this was written and published in 1760, during the period of greatest prosperity for England under the ministry of Mr. Pitt, following that of Lord Chatam.
[409] Jean-Jacques himself provided a very remarkable example of this ability to imitate, when he made Voltaire speak in the “Lettres de la Montagne.” Please refer to the fifth letter.
[410] These are Vincent Voiture (1597-1648), a French poet and prose writer, and Jean-Louis Guez de Balzac (1597-1654), a very renowned French libertine writer of his time.
[411] For instance, consider that book Philosophie de la Nature, which was burned at the Châtelet—a detestable work, a double-edged weapon deliberately used to attribute it to me, at least in the provinces and abroad, in order to act accordingly and spread, at my expense, the doctrines of those gentlemen under the guise of mine. I have never seen that book, and I hope never to see it; but I have read all the contents of that document with such clarity that I could not possibly be mistaken about it. I am certain that there can be no real resemblance between that book and mine, just as there is no resemblance between the souls that dictated them. Note also that, ever since people learned that I had seen that document, new measures have been taken to ensure that nothing similar ever reaches me in the future.
A work by Delille de Sales, translated into several languages.
[412] The Scythe should address the Philosopher. It is obviously an unintentional mistake. See Book XII, Fable 20.
[413] People will surely reproach me for attributing to myself an enormous importance. Ah! If I were not considered important by others in the same way as I am by myself, how much less would my fate be worthy of pity!
[414] Never will the speeches of a man who is supposed to be speaking against his own beliefs touch those who hold such opinions. All those who, while holding negative views of me, claim to have benefited their virtue through reading my books are lying—and even very foolishly so. It is they who are truly hypocrites.
[415] I am not permitted to follow this advice regarding the proper defense of my honor. I must, until the end, do everything within my power—either to enlighten this blind generation or, at least, to help some of its members see more clearly. All means to achieve this have been taken away from me; I know that. But, even without any hope of success, every possible effort, though perhaps futile, is still my duty. And I will not cease making such efforts until my last breath. Do as I do; whatever may happen.
[416] This document probably fell into the hands of Mr. d’Alembert almost as soon as it left mine, and God knows what use he made of it. When Count Wielhorski came to bid me farewell before leaving Paris, he told me that horrible things about me had been printed in the Dutch newspapers. Judging by his tone when he said this, and upon further reflection, I concluded that he must have believed me to be the author of those articles. I have no doubt that Mr. d’Alembert was involved in this matter, as well as in the affair involving a certain Count Zanowisch, a Dalmatian, and an adventurous Polish priest who went to great lengths to try to gain access to my residence. The maneuvers of this Mr. d’Alembert no longer surprise me; I am utterly accustomed to them. I certainly cannot approve of Count Wielhorski’s behavior towards me. But aside from that article—which I have no intention of explaining—I have always regarded, and still regard, this Polish gentleman as an honest man and a good patriot. Moreover, if I had the whimsy and the means to have articles published in the newspapers, I would certainly focus on matters more urgent and important to me than satires targeting Count Wielhorski. The success of all these efforts is merely a natural consequence of the tactics being employed against me. What could possibly prevent someone from succeeding in whatever they attempt against me—something of which I know nothing, to which I am powerless, and that is favored by everyone around me?
[417] Our philosophers do not hesitate to flaunt this term at the beginning of all their writings. But open a book and you will see what kind of metaphysical jargon they have adorned with this so-called “beautiful name”.
[399] Ho inserito in questo raccolto con fedeltà tutta la musica di ogni genere che ho composto da quando sono tornato a Parigi; avrei eliminato molte delle mie opere se non avessi deciso di conservare soltanto ciò che ritenevo valido. Tuttavia, ho voluto includere tutto ciò che ho effettivamente creato, affinché si potesse distinguere con chiarezza ciò che mi viene attribuito in questo campo, sia in modo errato che addirittura sfacciato, sia dal pubblico che dai giornali, fino ai raccolti delle mie stesse opere. Basta che le parole siano volgari e disoneste, basta che i motivi musicali siano tristi e banali, e tutti saranno pronti ad attribuirmi il talento di comporre questo genere di musica. Anzi, si fingerà spesso che io attribuisca a me stesso melodie realmente create da altri, per far credere che mi appropri dei loro lavori. Negli ultimi vent’anni, questa è stata la tattica più costante e sicura utilizzata da queste persone per diffamarmi.
[400] Avendo effettuato questa previsione in anticipo e soltanto attraverso un confronto, ho sottovalutato tutto troppo; ed è proprio questo che mi rendo conto in modo molto chiaro man mano che proseguo nel mio lavoro, poiché già dopo soli cinque anni e mezzo ho accumulato più di nove migliaia di pagine ben strutturate, su cui non si può certo contestare nulla.
[401] È qualcosa che mi è impossibile verificare, poiché questi signori non mi fanno pervenire alcun esempio degli scritti che producono o fanno produrre a mio nome.
[402] Fréron è appena morto*. Si chiedeva chi avrebbe scritto la sua epigrafe. “Il primo che sputerà sulla sua tomba”, rispose immediatamente il signor M***. Anche senza che mi venisse detto che ero l’autore di queste parole, avrei indovinato che provenivano dalla bocca di un filosofo e che appartenevano a questo secolo.
- Il 10 marzo 1776.
[403] In questa generazione, nutrita di filosofia e rancore, non c’è nulla di più facile per gli intrighanti che suscitare in chiunque vogliano questo desiderio generale di odiare. I loro straordinari successi in questo campo dimostrano ancora meno i loro talenti rispetto alla disposizione del pubblico: le apparenti manifestazioni di stima e affetto verso alcuni non sono altro che atti di odio verso altri.
[404] Forse avrei dovuto insistere qui sull’inganno preferito dai miei persecutori: quello di soddisfare le loro passioni odiose a mie spese, di compiere il male attraverso i loro seguaci e di far sì che tale male venisse attribuito a me. È così che mi hanno successivamente attribuito il “Sistema della Natura”, la “Filosofia della Natura”, la nota del romanzo di madame d’Ormoy*, ecc. In questo modo cercavano di far credere al popolo che fossi io ad incitare i banditi che tenevano a loro stipendio durante i periodi di carestia del pane.
Si parla di questa signora e del suo romanzo nelle “Rêveries”. Consultate la seconda “Promenade”.
[405] È vero che Milord Maréchal proviene da una nobile famiglia, mentre Jean-Jacques è un uomo del popolo; tuttavia bisogna riconoscere che Rousseau, nel parlare in questo modo, di solito non nutre un’opinione particolarmente sublime riguardo alle alte virtù delle persone di nobili origini, e che la storia di Jean-Jacques certamente non dovrebbe rafforzare tale opinione.
[406] Devo tuttavia rendere giustizia a coloro che mi offrono di pagare le mie “pene”, e sono davvero in numero considerevole. Proprio in questo momento in cui scrivo queste parole, una signora di provincia mi ha appena proposto dodici franchi, nell’attesa di qualcosa di meglio, in cambio che le scriva una bella lettera per un principe. Peccato che non mi sia venuto in mente di aprire il mio “negozio” sotto i cimiteri degli Innocenti. Lì avrei potuto fare abbastanza bene gli affari.
[407] A grande soddisfazione dei miei molto preoccupati padroni, rinuncio a questa triste lettura, diventata ormai indifferente per un uomo che è stato reso completamente estraneo in questo mondo. Non ho più né patria né fratelli; abitata da esseri che non significano nulla per me, essa rappresenta per me come un’altra sfera; e ora sono altrettanto curioso di sapere ciò che accade nel mondo quanto di conoscere ciò che avviene a Bicêtre o alle Petites-Maisons.
[408] È interessante notare che queste parole furono scritte e pubblicate nel 1760, all’epoca della massima prosperità dell’Inghilterra durante il mandato di Lord Pitt, dopo quello di Lord Chatam.
[409] Jean-Jacques stesso ha fornito un esempio molto notevole di questo talento per l’imitazione, facendo parlare Voltaire nelle “Lettere della Montagna”. Si veda la quinta lettera.
[410] Si tratta di Vincent Voiture (1597-1648), poeta e prosatore francese, e di Jean-Louis Guez de Balzac (1597-1654), scrittore libertino francese molto celebre ai suoi tempi.
[411] Vedete, ad esempio, la Filosofia della Natura, bruciata al Châtelet: un libro orribile, che è stato creato apposta per attribuirmelo, almeno nelle province e all’estero, al fine di agire di conseguenza e diffondere, a mie spese, la dottrina di quei signori sotto il pretesto della mia. Non ho mai visto questo libro, e spero di non vederlo mai; tuttavia ho letto tutto ciò contenuto nel ricorso con estrema chiarezza, tanto da non potermi sbagliare. Sono certo che non possa esserci alcuna vera somiglianza tra quel libro e i miei scritti, perché non ne esiste alcuna nemmeno tra le menti che li hanno redatti. Notate inoltre che, da quando si è saputo che avevo visto quel ricorso, sono state prese nuove misure per impedirmi di ricevere in futuro nulla del genere.
Opera di Delille de Sales, tradotta in diverse lingue.
[412] Dovrebbe essere lo Scythe a rivolgersi al Filosofo. È chiaramente un errore. Si veda il libro XII, favola 20.
[413] Mi si rimprovererà, ne sono molto sicuro, di attribuirmi un’importanza eccessiva. Ah! Se non avessi per gli altri lo stesso valore che ho per me stesso, la mia sorte sarebbe molto meno da compiangere.
[414] I discorsi di una persona che si crede parlino contro le sue vere opinioni non raggiungeranno mai coloro che condividono tali opinioni. Tutti coloro che, pensando male di me, affermano di aver tratto beneficio dalla virtù attraverso la lettura dei miei libri mentono, e anzi lo fanno in modo molto sciocco. Sono proprio queste persone le vere ipocrite.
[415] Non mi è stato permesso seguire questo consiglio, per quanto riguarda la giusta difesa del mio onore. Devo, fino alla fine, fare tutto ciò che dipende da me; altrimenti, se non per aprire gli occhi a questa generazione cieca, almeno per illuminarne una più equa. Mi sono stati tolti tutti i mezzi per farlo; lo so. Ma, anche senza alcuna speranza di successo, ogni sforzo possibile, pur essendo inutile, rimane comunque mio dovere; e non smetterò di compierli fino all’ultimo respiro. Fai ciò che devo fare. E lascia che accada ciò che potrà accadere.
[416] Questo scritto è probabilmente finito nelle mani di Monsieur d’Alembert non appena ne è uscito dalle mie; Dio sa quale uso ne abbia fatto. Il conte Wielhorski, venendo a salutarmi prima della sua partenza da Parigi, mi disse che erano state pubblicate nella gazzetta olandese delle orribili calunnie su di lui. Dal modo in cui me lo disse, e ripensandoci dopo, ho dedotto che credeva fossi io l’autore di quell’articolo; non dubito affatto che anche Monsieur d’Alembert sia coinvolto in questa faccenda, così come un certo conte Zanowisch, dalmata, e un prete avventuriero polacco che ha fatto di tutto per introdursi nella mia casa. Le manovre di questo Monsieur d’Alembert non mi sorprendono più: ne sono ormai completamente abituato. Non posso certamente approvare il comportamento del conte Wielhorski nei miei confronti. Ma, a parte quell’articolo che non intendo spiegare, ho sempre considerato, e continuo a considerare, questo signore polacco un uomo onesto e un buon patriota; e se avessi la fantasia e i mezzi per far pubblicare articoli sulle gazzette, sicuramente ne scriverei di molto più urgenti e importanti per me, rispetto a delle satire su Monsieur Wielhorski. Il successo di tutte queste manovre è un effetto inevitabile del sistema di comportamento che si adotta nei miei confronti. Cosa potrebbe impedire il successo di tutto ciò che si tenta contro di me, di cui non so nulla, a cui non posso fare nulla, e che tutti favoriscono?
[417] I nostri filosofi non esitano a utilizzare con grande enfasi questa parola all’inizio di tutti i loro scritti. Ma aprite un libro e vedrete quale gergo metafisico hanno adornato con questo bel nome.
[418] Je viens d’apprendre que la génération présente se vante singulièrement de bonnes mœurs. J’aurais dû deviner cela. Je ne doute pas qu’elle ne se vante aussi de désintéressement, de droiture, de franchise et de loyauté. C’est être aussi loin des vertus qu’il est possible, que d’en perdre l’idée au point de prendre pour elles les vices contraires. Au reste il est très naturel qu’à force de sourdes intrigues et de noirs complots, à force de se nourrir de bile et de fiel, on perde enfin le goût des vrais plaisirs. Celui de nuire, une fois goûté, rend insensible à tous les autres. C’est une des punitions des méchants.
[419] Si j’ai le bonheur de trouver enfin un lecteur équitable quoique Français, j’espère qu’il pourra comprendre, au moins cette fois, qu’Europe et France ne sont pas pour moi des mots synonymes.
[420] De l’utilité de la religion: titre d’un beau livre à faire, et bien nécessaire. Mais ce titre ne peut être dignement rempli ni par un homme d’église, ni par un auteur de profession. Il faudrait un homme tel qu’il n’en existe plus de nos jours, et qu’il n’en renaîtra de longtemps.
[421] M. Brooke Boothby, qui, après avoir fait imprimer le premier dialogue, déposa dans le British Museum le manuscrit que Rousseau lui avait confié au mois d’avril 1776, avec des conditions, dit-il, qu’il s’est fait un devoir de remplir.
[422] *Voyez cet écrit après les Confessions.
[423] Quel homme de bon sens croira jamais qu’une aussi criante violation de la loi naturelle et du droit des gens puisse avoir pour principe une vertu? S’il est permis de dépouiller un mortel de son état d’homme, ce ne peut être qu’après l’avoir jugé, mais non pas pour le juger. Je vois beaucoup d’ardents exécuteurs, mais je n’ai point aperçu de juge. Si tels sont les préceptes d’équité de la philosophie moderne, malheur, sous ses auspices, au faible innocent et simple ; honneur et gloire aux intrigants cruels et rusés.
[424] De bonnes raisons doivent toujours être écoutées, surtout de la part d’un accusé qui se défend, ou d’un opprimé qui se plaint ; et si je n’ai rien de solide à dire, que ne me laisse-t-on parler en liberté ? C’est le plus sûr moyen de décrier tout-à-fait ma cause, et de justifier pleinement mes accusateurs. Mais, tant qu’on m’empêchera de parler, ou qu’on refusera de m’entendre, qui pourra jamais, sans témérité, prononcer que je n’avais rien à dire?
[425] Voyez dans la Correspondance de Rousseau, la lettre du 17 juin 1760.
[426] Sentiment des citoyens ; la Guerre de Genève, etc.
[427] Telles sont les lettres de l’ambassadeur Barillon, qui donnent sur la cour du roi d’Angleterre des détails curieux que Hume aurait dédaigné de recueillir, et qu’auraient rejetés tous les historiens de sa nation, parce qu’elles montrent clairement que sans Louis XIV, sans l’argent qu’il faisait passer à Charles pour acheter une portion de son parlement, ce prince eût couru de grands risques. Il demande toujours de l’argent, tâchant de trouver des excuses pour les dépenses faites, et des motifs pour obtenir de nouvelles sommes. Louis XIV donnait grandement, mais il ne voulait pas être dupe. Il l’était cependant, parce que c’est un sort inévitable ; au moins n’en savait-il rien: sa générosité avait de la grandeur, et il conservait la dignité de sa nation.
[428] Aussi la correspondance de madame de Sévigné réunit-elle tous les genres. Elle est historique parce que la plupart des personnages dont elle parle le sont. Sous quelque rapport que les fassent connaître les nombreux monuments de cette époque, madame de Sévigné trouve le moyen de les faire voir sous un nouveau jour
[429] Tel est le fragment de Lucrèce.
[430] Sur la fin de sa vie il manquait de vin.
[431] Nous donnerons dans le volume des pièces inédites une discussion sur la renonciation de Jean-Jacques. L’auteur dans sa jeunesse connut Rousseau et se passionna pour sa personne et ses écrits.
[432] Isaac Rousseau (père de Jean-Jacques) est le fils de Sabine Cartier (1645-1705) et du maître horloger David Rousseau (1641-1738), lui-même issu de l’horloger Jean Rousseau (1606-1684) et Lydie Mussard (1613-1678).
Il avait onze frères et sœurs. (Note de l’éditeur)
[433] Dans l’édition de Genève, les lettres de Jean-Jacques, tant à son père qu’à madame de Warens, sont précédées de cet avis: » Les originaux écrits de la propre main de l’auteur nous ont été communiqués par M. le professeur de S… qui en est en possession. » Dans toutes les éditions subséquentes, ces lettres ont été reproduites sans l’avis.
[434] Il raconte une partie de ces aventures, dans le IVe livre des Confessions.
[435] Rousseau passa l’hiver de 1732 à Neuchâtel.
[436] On voit dans les Confessions (liv. IV) que ce nom était Vaussore, anagramme de celui de Rousseau.
[437] Cette science était la musique. Il avait déjà donné, lorsqu’il écrivit cette lettre, chez M. de Treytorens, le concert dont il fait la description dans le livre IV des Confessions.
[438] Aucune date de pièce ne remonte au-delà de 1734. Ainsi, ce qu’il a composé avant cette époque, a été perdu et ne mérite aucun regret, si l’on en juge par quelques pièces de vers qu’on a conservées.
[439] Environs de Cluses. Aquarelle de Pierre-Louis de La Rive (1753-1817)
[440] Françoise-Louise de Warens, également connue sous les noms de Madame de Warens ou Louise Éléonore de la Tour du Pil (née le 31 mars 1699 à Vevey et décédée le 29 juillet 1762 à Chambéry). Tutrice et maîtresse de Jean-Jacques Rousseau (qui l’appelait Maman).
[441] Il prenait alors le lait.
[442] Il donna sur sa santé des détails semblables, dans le livre V des Confessions.
[443] Madame Gonceru, née Rousseau. Il lui fit une pension dans sa vieillesse.
[444] À la Caroline, où il était allé, comme ingénieur-architecte, pour construire la ville de Charles-Town.
[445] Cette lettre, datée de 1733 dans presque toutes les éditions, doit être de 1735, puisqu’il y est question de son entrevue avec l’abbé Blanchard, qui n’eut lieu qu’en 1735.
[446] Le marquis de Bonac, qui s’était intéressé précédemment à Rousseau. Voyez Confessions, livre IV.
[447] Jean-Jacques disant dans cette lettre qu’il connaissait madame de Warens depuis huit ans, il doit l’avoir écrite en 1736, puisque ce fut au mois d’avril 1728 qu’il arriva chez cette dame avec une lettre de recommandation de M. de Pontverre, curé de Confignon.
[448] Cette lettre n’en est pas une preuve: mais on y voit que sa raison se développait.
[449] Lyon. La rue de la Barre. Estampe de Desombrages Joseph Vézien. Musée Gadagne de Lyon.
[450] C’est d’après cette indication que nous avons trouvé le nom de la personne à qui cette lettre était adressée, et le lieu d’où Rousseau l’écrivit ; car ces deux circonstances, ainsi que la date, manquaient dans toutes les éditions qui ont précédé celle in-12 de 1819. Sachant qu’il existait une rue Genti à Lyon, et que Rousseau, étant dans cette ville en 1736, y devint amoureux de mademoiselle Serre, nous n’avons pas hésité, à l’aide du livre IV des Confessions, à désigner le nom et la date qu’on avait omis jusqu’alors.
[451] Le Verger des Charmettes, fait en 1737, et dont il est question, prouve qu’on a eu tort de dater cette lettre de 1735. Rousseau vint aux Charmettes pour la première fois dans l’automne de 1736.
[452] Jusqu’à cette désignation on aurait pu croire que cette lettre était adressée à un auteur, et s’étonner des conseils de Rousseau, qui n’avait pas encore acquis le droit d’en donner. Mais il est question de musique, art qu’il enseignait alors.
[453] Ecrite de Genève en 1787, et non en 1753, comme l’ont cru les précédents éditeurs. Jean-Jacques s’était rendu à Genève pour faire liquider la succession de sa mère: il venait d’atteindre sa majorité.
[454] Vue de Grenoble prise de l’île Verte, effet du soir, par Isidore Dagnan, 1829.
[455] Voyez dans les Confessions, livre VI, le récit de ce voyage.
[456] On trouve dans la Correspondance littéraire de Grimm (août 1786) une épigramme de Voltaire contre Rousseau, qu’il est à propos de rapporter, puisqu’il y est question d’Alzire.
On dit qu’on va donner Alzire;
Rousseau va crever de dépit,
S’il est vrai qu’encore il respire;
Car il est mort quant à l’esprit;
Et s’il est vrai que Rousseau vit.
C’est du seul plaisir de médire.
Alzire fut représentée pour la première fois en 1736 ; c’est de Jean-Baptiste qu’il est question. Il mourut en 1741. Il semble que l’épigramme ne dût être faite qu’après la nouvelle du succès. Mais Voltaire comptait dessus.
[457] Montpellier. Gravure ancienne.
[458] Au bourg de Salut-Audiol, chez madame de Larnage.
[459] Il semble que cette lettre soit adressée à M. Charbonnel, mais sans certitude.
[460] Chez madame de Lainage, à Saint-Audiol en Provence, aujourd’hui département des Bouches-du-Rhône. Voyez les Confessions, livre VI. Il n’exécuta pas ce projet, et l’accueil que lui fit madame de Warens l’en fit repentir-
[418] I have just learned that the current generation takes particular pride in its good manners. I should have guessed as much. I doubt it fails to boast about its disinterest, integrity, honesty, and loyalty as well. Such behavior is as far removed from virtue as it is possible to be; it even leads one to confuse vice with virtue. After all, it is only natural that constant scheming and dark plots, that feeding on bitterness and venom, will eventually make one lose any taste for true pleasures. Once one has tasted the pleasure of harming others, they become indifferent to all other forms of enjoyment. Such is one of the punishments reserved for the wicked.
[419] If I am fortunate enough to finally find a fair-minded reader, even if he is French, I hope that he will be able to understand, at least this time, that Europe and France are not synonyms for me.
[420] On the Utility of Religion: The title of a fine book that could and indeed ought to be written. Yet such a title cannot be properly fulfilled by either a clergyman or a professional writer. It would require a kind of person who no longer exists today, and who will not reappear for a long time to come.
[421] Mr. Brooke Boothby, after having had the first dialogue printed, deposited in the British Museum the manuscript that Rousseau had entrusted to him in April 1776, under certain conditions which he said it was his duty to fulfill.
[422] Read this text after reading “Confessions.”
[423] What sensible person could ever believe that such a blatant violation of natural law and international rights could be justified by any virtue? If it is permissible to deprive a human being of his status as a human, it can only be done after he has been judged—not before the judgment is rendered. I see many fervent enforcers of these laws, but I have seen no judges at all. If such are the principles of justice in modern philosophy, then alas, under its auspices, the weak, the innocent, and the simple suffer; while the cruel and cunning schemers enjoy honor and glory.
[424] Good reasons should always be listened to, especially those put forward by an accused person defending themselves or by an oppressed individual expressing their grievances. If I have nothing substantial to say, why not allow me to speak freely? That would be the surest way to completely undermine my case and fully justify my accusers. But as long as I am prevented from speaking or refused an audience, how can anyone claim without utter audacity that I had nothing to say at all?
[425] See Rousseau’s Correspondence, the letter dated June 17, 1760.
[426] The sentiments of citizens; the War of Geneva, etc.
[427] These are the letters from Ambassador Barillon, which provide curious details about the court of King James of England—details that Hume would have deemed unworthy of attention, and that all historians of his own country would have rejected, for they clearly show that without Louis XIV, without the money he supplied Charles to buy a share in Parliament, that prince would have faced great dangers. Charles constantly demanded more money, trying to find excuses for his expenditures and reasons to obtain additional sums. Louis XIV was generous, but he did not wish to be deceived. Yet he was deceived nonetheless, for such deception is inevitable; at least, he was unaware of it. His generosity was truly magnificent, and he preserved the dignity of his nation.
[428] Hence, Madame de Sévigné’s correspondence encompasses all literary genres. It is historical because most of the characters about whom she writes are real persons. No matter how many monuments from that era help us understand them, Madame de Sévigné manages to present them in a new light.
[429] Such is the fragment from Lucretius.
[430] Towards the end of his life, he ran out of wine.
[431] In the volume containing unpublished works, we will include a discussion on Jean-Jacques’ renunciation. The author, in his youth, knew Rousseau and became deeply fascinated by his person and his writings.
[432] Isaac Rousseau (father of Jean-Jacques) was the son of Sabine Cartier (1645-1705) and the clockmaker David Rousseau (1641-1738), who himself was descended from the clockmaker Jean Rousseau (1606-1684) and Lydie Mussard (1613-1678).
He had eleven brothers and sisters. (Editor’s note)
[433] In the Geneva edition, Jean-Jacques’s letters to both his father and Madame de Warens are preceded by the following note: “The original manuscripts, written in the author’s own hand, were provided to us by Mr. le professeur de S,, who possesses them.” In all subsequent editions, these letters have been reproduced without this note.
[434] He recounts some of these adventures in the fourth book of his Confessions.
[435] Rousseau spent the winter of 1732 in Neuchâtel.
[436] It can be seen in the Confessions (Book IV) that this name was Vaussore, an anagram of Rousseau’s name.
[437] This art was music. When he wrote this letter, he had already given the concert about which he describes it in Book IV of the Confessions, at the home of Mr. de Treytorens.
[438] None of his plays date from before 1734. Therefore, whatever he composed prior to that time has been lost and deserves no regret, judging by the few verses that have survived.
[439] Surroundings of Cluses. Watercolor by Pierre-Louis de La Rive (1753-1817)
[440] Françoise-Louise de Warens, also known as Madame de Warens or Louise Éléonore de la Tour du Pil (born on March 31, 1699, in Vevey and died on July 29, 1762, in Chambéry). She was the tutor and mentor of Jean-Jacques Rousseau, who called her “Maman”.
[441] He then took the milk.
[442] He provided similar details about his health in Book V of the Confessions.
[443] Madame Gonceru, née Rousseau. He provided her with a pension in her old age.
[444] In Carolina, where he had gone as an engineer/architect to build the city of Charles-Town.
[445] This letter, dated 1733 in nearly all editions, must actually date from 1735, since it mentions his meeting with Abbe Blanchard, which did not take place until 1735.
[446] The Marquis of Bonac, who had previously shown interest in Rousseau. See Confessions, Book IV.
[447] Jean-Jacques states in this letter that he had known Madame de Warens for eight years; it must therefore have been written in 1736, since it was in April 1728 that he arrived at her residence accompanied by a letter of recommendation from Monsieur de Pontverre, the curé of Confignon.
[448] This letter is not evidence of it; however, it shows that her reasoning abilities were developing.
[449] Lyon. Rue de la Barre. Print by Joseph Vézien, from the series “Desombrages”. Musée Gadagne, Lyon.
[450] It was based on this clue that we were able to determine the name of the person to whom this letter was addressed, as well as the location where Rousseau wrote it; these two details, along with the date, were missing in all previous editions prior to the 1819 in-12 edition. Knowing that there existed a street called Genti in Lyon, and that Rousseau was in that city in 1736 and fell in love with Mademoiselle Serre there, we did not hesitate to use Book IV of the Confessions to identify the name and date that had previously been omitted.
[451] The “Verger des Charmettes,” which was built in 1737, proves that it was wrong to date this letter as 1735. Rousseau first came to the Charmettes in the autumn of 1736.
[452] Up until this designation, one might have thought that this letter was addressed to an author, and would have been surprised by the advice given by Rousseau, who had not yet acquired the right to offer such advice. But it is actually about music, an art that he was teaching at that time.
[453] Written in Geneva in 1787, and not in 1753 as previous editors had believed. Jean-Jacques had gone to Geneva to settle his mother’s estate; he had just reached the age of majority.
[454] View of Grenoble taken from Île Verte, at dusk, by Isidore Dagnan, 1829.
[455] See the account of this journey in Book VI of the Confessions.
[456] In Grimm’s “Literary Correspondence” (August 1786), one can find an epigram by Voltaire against Rousseau, which it is appropriate to quote here, since Alzire is mentioned in it.
It is said that Alzire will be performed.
Rousseau will die of frustration.
If it is true that he is still breathing.
For his spirit was dead;
And if it is true that Rousseau lives on.
It brings pure pleasure to engage in slander.
Alzire was first performed in 1736; it was Jean-Baptiste who created it. He died in 1741. It seems that the epigram was written only after news of its success reached him. But Voltaire had counted on that.
[457] Montpellier. Ancient engraving.
[458] In the town of Salut-Audiol, at the residence of Madame de Larnage.
[459] It seems that this letter is addressed to Mr. Charbonnel, but there is no certainty.
[460] At Madame de Lainage’s residence in Saint-Audiol, in Provence—now part of the Bouches-du-Rhône department. Refer to the Confessions, Book VI. He did not carry out this plan, and the reception given him by Madame de Warens made him regret it.
[418] Ho appena saputo che la generazione attuale si vanta in modo particolare di avere buone maniere. Avrei dovuto indovinarlo. Non dubito che si vanti anche di disinteresse, rettitudine, franchezza e lealtà. Ma questo significa essere lontani dalle vere virtù al punto da confonderle con i loro opposti vizi. Del resto, è del tutto naturale che, a causa di intrighi subdoli e complotti oscuri, nutrendosi di rancore e veleno, si perda infine il gusto per i veri piaceri. Il piacere di nuocere, una volta assaporato, rende insensibili a tutti gli altri. È una delle punizioni riservate ai malvagi.
[419] Se ho la fortuna di trovare finalmente un lettore equo, anche se francese, spero che possa capire, almeno questa volta, che “Europa” e “Francia” non sono per me termini sinonimi.
[420] Sull’utilità della religione: titolo di un bellissimo libro che andrebbe scritto, e assolutamente necessario. Tuttavia, questo titolo non può essere onoratamente adempiuto né da un uomo di chiesa né da uno scrittore professionista. Servirebbe un uomo del genere di cui oggi non esistono più, e che probabilmente non ricomparirà per molto tempo.
[421] Il signor Brooke Boothby, dopo aver fatto stampare il primo dialogo, depositò al British Museum il manoscritto che Rousseau gli aveva affidato nel mese di aprile 1776, precisando che aveva ritenuto suo dovere rispettare le condizioni stabilite da Rousseau stesso.
[422] Leggete questo scritto dopo le “Confessioni”.
[423] Chi di buon senso potrebbe mai credere che una violazione così evidente della legge naturale e del diritto delle genti possa basarsi su principi morali? Se è permesso privare un essere umano dello stato di uomo, ciò può avvenire soltanto dopo averlo giudicato, ma non certo al fine di giudicarlo. Vedo molti esecutori zelanti, ma non ho visto alcun giudice. Se questi sono i precetti di equità della filosofia moderna, ahimè, sotto la sua egida, sfortuna per il debole, l’innocente e il semplice; onore e gloria invece per gli intriganti crudeli e astuti.
[424] Le buone ragioni devono sempre essere ascoltate, soprattutto da parte di un imputato che si difende o di un oppresso che si lamenta; e se non ho nulla di concreto da dire, perché non mi si permette di parlare liberamente? È il modo più sicuro per screditare completamente la mia causa e per giustificare appieno i miei accusatori. Ma finché mi si impedirà di parlare o si rifiuterà di ascoltarmi, chi potrà mai affermare senza temerità che non avevo nulla da dire?
[425] Si veda nella “Corrispondenza” di Rousseau la lettera del 17 giugno 1760.
[426] Sentimenti dei cittadini; la Guerra di Ginevra, ecc.
[427] Ecco le lettere dell’ambasciatore Barillon, che forniscono dettagli curiosi sulla corte del re d’Inghilterra; dettagli che Hume avrebbe disdegnato di raccogliere, e che tutti gli storici della sua nazione avrebbero respinto, poiché dimostrano chiaramente che, senza Luigi XIV e senza i soldi che questi inviava a Carlo per fargli acquistare una parte del suo parlamento, quel principe avrebbe corso grandi rischi. Carlo chiedeva continuamente denaro, cercando scuse per le spese sostenute e motivi per ottenere ulteriori somme. Luigi XIV era generoso, ma non voleva essere ingannato; tuttavia lo fu, poiché questo è un destino inevitabile. Almeno lui non ne era a conoscenza: la sua generosità aveva davvero grandezza, e lui manteneva la dignità della propria nazione.
[428] Pertanto, la corrispondenza di Madame de Sévigné riunisce in sé tutti i generi letterari. È di natura storica, poiché la maggior parte dei personaggi di cui parla esistono realmente. E nonostante i numerosi monumenti di quell’epoca possano fornire informazioni su di loro, Madame de Sévigné riesce sempre a farli apparire sotto una luce nuova.
[429] Ecco il frammento di Lucrezio.
Vers la fine della sua vita, gli mancava il vino.
[431] Nel volume delle opere inedite forniremo una discussione sulla rinuncia di Jean-Jacques. L’autore, nella sua giovinezza, conobbe Rousseau e ne fu profondamente affascinato, sia per la persona che per le sue opere.
[432] Isaac Rousseau (padre di Jean-Jacques) è figlio di Sabine Cartier (1645-1705) e del maestro orologiaio David Rousseau (1641-1738), che a sua volta discende dall’orologiaio Jean Rousseau (1606-1684) e da Lydie Mussard (1613-1678).
Aveva undici fratelli e sorelle. (Nota dell’editore)
[433] Nell’edizione di Ginevra, le lettere di Jean-Jacques, sia a suo padre che a madame de Warens, sono precedute da questa nota: “Gli originali scritti di pugno dall’autore ci sono stati messi a disposizione dal professor de S,, che ne è in possesso”. In tutte le edizioni successive, queste lettere sono state riprodotte senza tale nota.
[434] Ne racconta una parte in questo quarto libro delle Confessioni.
[435] Rousseau trascorre l’inverno del 1732 a Neuchâtel.
[436] Nelle “Confessioni” (libro IV) si legge che questo nome era “Vaussore”, un anagramma di quello di Rousseau.
[437] Questa scienza era la musica. Quando scrisse questa lettera, aveva già tenuto il concerto di cui fa descrizione nel quarto libro delle “Confessioni”, presso il signor de Treytorens.
[438] Nessuna data delle sue opere risale al periodo successivo al 1734. Pertanto, ciò che ha composto prima di quell’epoca è andato perduto e non merita alcun rimpianto, se si giudica in base a alcuni poemi che sono stati conservati.
[439] Dintorni di Cluses. Acquerello di Pierre-Louis de La Rive (1753-1817)
[440] Françoise-Louise de Warens, conosciuta anche come Madame de Warens o Louise Éléonore de la Tour du Pil (nata il 31 marzo 1699 a Vevey e morta il 29 luglio 1762 a Chambéry). Tutrice e amante di Jean-Jacques Rousseau, che la chiamava “Maman”.
[441] Poi prendeva il latte.
[442] La donna fornisce dettagli simili sulla sua salute nel quinto libro delle Confessioni.
[443] Madame Gonceru, nata Rousseau. Le diede una pensione in vecchiaia.
[444] In Carolina, dove era andato come ingegnere architetto per costruire la città di Charles-Town.
[445] Questa lettera, datata 1733 in quasi tutte le edizioni, dovrebbe in realtà essere del 1735, poiché vi si fa riferimento all’incontro con l’abate Blanchard, che ebbe luogo soltanto nel 1735.
[446] Il marchese di Bonac, che in precedenza aveva mostrato interesse per Rousseau. Si veda “Confessioni”, libro IV.
[447] Jean-Jacques a scritto in questa lettera di conoscere madame de Warens da otto anni; quindi deve averla scritta nel 1736, poiché fu nel mese di aprile del 1728 che arrivò presso di lei con una lettera di raccomandazione da parte di M. de Pontverre, curato di Confignon.
[448] Questa lettera non ne è una prova; tuttavia si evince da essa che il suo pensiero si stava sviluppando.
[449] Lione. Rue de la Barre. Stampa di Desombrages Joseph Vézien. Museo Gadagne di Lione.
[450] È grazie a questa indicazione che abbiamo scoperto il nome della persona a cui era indirizzata questa lettera, nonché il luogo in cui Rousseau la scrisse; poiché queste due informazioni, insieme alla data, mancavano in tutte le edizioni precedenti a quella in-12 del 1819. Sapendo che esisteva una via chiamata Genti a Lione, e che Rousseau si trovava in questa città nel 1736, dove divenne innamorato di mademoiselle Serre, non abbiamo esitato ad utilizzare il quarto libro delle Confessioni per individuare il nome e la data che fino ad allora erano stati omessi.
[451] Il “Verger des Charmettes”, costruito nel 1737 e di cui si parla in questo testo, dimostra che è stato un errore datare questa lettera al 1735. Rousseau visitò per la prima volta le Charmettes nell’autunno del 1736.
[452] Fino a questa indicazione, si sarebbe potuto pensare che questa lettera fosse indirizzata a un autore, e ci si sarebbe meravigliati dei consigli di Rousseau, il quale non aveva ancora acquisito il diritto di darne. Ma in realtà si tratta di musica, un’arte che all’epoca insegnava.
[453] Scritta a Ginevra nel 1787, e non nel 1753, come avevano creduto gli editori precedenti. Jean-Jacques si era recato a Ginevra per regolare la successione di sua madre: aveva appena raggiunto la maggiore età.
[454] Vista di Grenoble ripresa dall’isola Verde, effetto del tramonto, di Isidore Dagnan, 1829.
[455] Si può trovare la descrizione di questo viaggio nelle “Confessioni”, libro VI.
Nella “Corrispondenza letteraria” di Grimm (agosto 1786) si trova un’epigrafe di Voltaire contro Rousseau, che è opportuno riportare, poiché vi si fa riferimento ad Alzire.
Si dice che si darà in scena “Alzire”.
Rousseau morirà di rabbia.
Se è vero che ancora respira.
Poiché è morto, in termini di spirito.
E se è vero che Rousseau vive ancora.
Il solo piacere che provo è quello di diffamare gli altri.
Alzire fu rappresentata per la prima volta nel 1736; si tratta di Jean-Baptiste, che morì nel 1741. Sembra che l’epigramma sia stata scritta soltanto dopo la notizia del suo successo. Ma Voltaire ci contava.
[457] Montpellier. Incisione antica.
[458] Nel borgo di Salut-Audiol, presso la signora de Larnage.
[459] Sembra che questa lettera sia indirizzata a Monsieur Charbonnel, ma non ne abbiamo certezza.
[460] A casa di Madame de Lainage, a Saint-Audiol in Provenza, oggi dipartimento delle Bouches-du-Rhône. Si veda “Le Confessioni”, libro VI. Non portò a termine questo progetto; l’accoglienza che ricevette da Madame de Warens lo fece pentire di averlo intrapreso.
[461] En revenant d’Italie, en 1737, M. de Lautrec, colonel du régiment d’Orléans, avait promis à madame de Warens de s’intéresser à Rousseau, qu’il oublia.
[462] Cette lettre n’avait d’autre date que celle du mois. La plupart des éditeurs ont ajouté l’année 1742. Mais comme Jean-Jacques était alors à Paris, et que lorsqu’il répondit à M. de Conzié madame de Warens était avec lui, ce ne put être de Paris, puisqu’ils ne s’y trouvèrent jamais ensemble. Cette circonstance me détermina à désigner l’année 1741: mais Rousseau devait être encore à Lyon chez M. de Mably. Je me suis donc trompé. Après de nouvelles recherches, je pense que cette lettre dut être écrite en 1738 ; du moins cette indication n’est-elle contrariée par aucun fait.
[463] Nous ne connaissons d’autre voyage de Jean-Jacques à Besançon que celui dont il parle dans le livre V des Confessions. Ce fut dans ce voyage que sa malle fut confisquée, parce qu’on trouva dans une poche de veste une parodie janséniste de la scène de Mithridate. On verbalisa contre Rousseau, qu’on accusa d’hérésie, etc. On ne lui rendit jamais ses effets. Ce fut, en ce sens, un voyage malencontreux ; mais cette circonstance ne suffit pas pour expliquer les reproches qu’il se fait.
[464] Le refuge de Jean-Jacques Rousseau aux Charmettes, près de Chambéry, à l’époque où il y vécut.
[465] C’est ce Vintzenried, perruquier, qui prit le nom de Courtilles et supplanta Rousseau ! Voyez Confessions, livre VI.
[466] La lettre suivante explique suffisamment les motifs que nous avons eus de donner une date à celle-ci qui n’en avait pas.
[467] Cette lettre a été imprimée pour la première fois dans l’Histoire de la vie et des ouvrages d-e J. J. Rousseau, tome II.
[468] L’ancienne porte de Vaise à Lyon. Estampe de Jean-Jacques Boissieu. 1803.
[469] Il est probable que cette lettre fut écrite eu 1741, peu de temps après le retour de Jean-Jacques à Chambéry. Madame de Sourgel, qui changeait de nom suivant les circonstances, était une aventurière.
[470] M. Favre était oncle de M. Conzié. Madame de Sourgel voulait brouiller avec ce dernier madame de Warens: c’est dans ce but qu’elle écrivait contre elle à M. Favre.
[471] Cette critique était insérée dans l’ouvrage périodique intitulé, Observations sur les écrits modernes, dont l’abbé Desfontaines était le principal rédacteur.
[472] Voici cette période hors d’haleine, telle qu’elle est dans l’ouvrage du critique: » Je conclus qu’ayant retranché tout d’un coup par mes caractères les soixante-dix combinaisons que la différente position des clefs et des accidents produit dans la musique ordinaire ; ayant établi un signe invariable et constant pour chaque son de l’octave dans tous les tons ; ayant établi de même une position très simple pour les différentes octaves ; ayant fixé toute l’expression des sons par les intervalles propres au ton où l’on est ; ayant conservé aux yeux la facilité de découvrir du premier regard si les sons montent ou descendent ; ayant fixé le degré de ce progrès avec une évidence que n’a point la musique ordinaire ; et enfin ayant abrégé de plus des trois-quarts, et le temps qu’il faut pour apprendre à solfier, et le volume des notes, il reste démontré que mes caractères sont préférables à ceux de la musique ordinaire. » Observations sur Ies écrits modernes, tome 3-1, lettre 462-1743.
[473] Depuis 1743 jusqu’en 1750, année où le Discours fameux du couronné par l’académie de Dijon, Rousseau n’a rien publié. On ne fait même dater son début dans la littérature que de ce discours. Il aurait été, comme on le voit, docile aux leçons d’un critique raisonnable ; mais il ne s’est plus exposé aux reproches de la nature de celui dont il parle. On a censuré ses opinions, non son style ; quand on reconnaît ses fautes de si bonne grâce, c’est qu’un est assez sûr de soi pour n’en plus commettre.
[474] Voici cette épigraphe: Immutat animus ad pristina.
[475] Suite de la clef ou Journal historique sur les matières du temps, par le sieur G. J., janvier 1743, tome LXIII, page 179.
[476] Rousseau se lia avec lui en sortant du Lazareth de Gènes. Ils correspondirent longtemps ensemble: mais leurs lettres n’ont point été conservées. Voyez Confessions, livre VII.
[477] Venise. Vue de San Marco. 1780.
[478] M. de Conzié (marquis), qui possédait la terre des Charmettes.
[479] Les Charmettes.
[480] Ici se termine cette lettre dans toutes les éditions faites depuis celle de Genève, in-4°, 1790.
[481] Il y a ici évidemment une faute d’impression, puisque Marianne n’a que douze parties.
[482] Rousseau donne dans le livre VII des Confessions des détails intéressants sur cette liaison.
[483] Venise. Vue de San Marco.
[484] Dans quelques éditions, les lettres adressées à M. Du Theil le sont à M. Amelat de Chaillou ; mais ce dernier cessa d’être ministre des affaires étrangères peu de temps après la mort du cardinal de Fleury, arrivée le 29 janvier 1743. Nous avons été induits en erreur par le fils de M. Du Theil, dans l’examen que nous faisons de ces lettres, Histoire de J. J. Rousseau, tome II, article Du Theil.
[485] La lettre à madame de Montaigu ; la correspondance que faisait tenir à Rousseau l’ambassadeur ; les missions données par celui-ci au premier, qui le représenta plusieurs fois au sénat de Venise, dans l’assemblée duquel il parut et reçut les honneurs dûs à son maître, font voir dans quel sens il faut prendre le mot domestique, employé jadis pour les plus grands seigneurs quand ils étaient officiers chez le roi ou les princes ; il n’avait pas l’acception qu’on lui donne aujourd’hui.
[486] Cette lettre est datée de Venise le 7 octobre, dans les éditions précédentes ; ce qui ne peut être, puisque Jean-Jacques était à Paris le 1er octobre. Ces mots, au lieu de m’arrêter à Genève, je vais continuer mon voyage, me font présumer que c’est de Genève qu’elle fut écrite.
[487] Paris à l’époque de Jean-Jacques Rousseau. La Pompe de la Samaritaine. Gravure de Hérisset d’après Chaufourier.
[488] Daniel Roguin: (1691-1771). Ancien officier au service de la Hollande, né à Yverdon, au bord du lac de Neuchâtel, il habitait Paris au moment où il fait la connaissance de Rousseau en 1742. Il retournera dans sa ville natale peu de temps après.
[489] C’était l’opéra des Muses galantes.
[490] Rousseau a transcrit dans ses Confessions la réponse de Voltaire à cette lettre.
[491] Cette lettre portait, dans la plupart des éditions, la date de 1747-Mais M. de Castellane, ambassadeur à Constantinople, ayant été rappelé au commencement de 1746, elle doit être de l’année précédente.
[492] Miol avait mis procureur, sans faire réflexion que le pouvoir du procureur cesse à la mort du commettant.
[493] Il ne reste de toute la maison de La Tour que madame de Warens, et une sienne nièce qui se trouve par conséquent d’un degré au moins plus éloignée, et qui d’ailleurs, n’ayant pas quitté sa religion ni ses biens, n’est pas assujettie aux mêmes besoins.
[494] Les réjouissances folles à l’occasion des noces du Dauphin, et dont il est question dans cette lettre, font voir qu’on a eu tort de la dater de 1763, puisqu’elles eurent lieu en 1747, le prince s’étant marié le 9 février de cette année.
[495] Château bâti sur le Cher. Il appartient aujourd’hui (en 1824) à M. Valet de Villeneuve, petit-fils de madame Dupin. Voyez dans les Confessions (livre VII), les détails que donne Rousseau sur cette demeure délicieuse.
[496] Cette lettre a été trouvée chez les pères de l’Oratoire de Montmorency ; elle était jointe au billet suivant, adressé par Rousseau, le 29 mai 1762, aux supérieurs de cette maison, en leur envoyant un exemplaire de son Émile:
«J. J. Rousseau prie messieurs de l’Oratoire de Montmorency de vouloir bien accorder à ses derniers écrits une place dans leur bibliothèque. Comme accepter le livre d’un auteur n’est point adopter ses principes, il a cru pouvoir, sans témérité, leur demander cette faveur. » (Note de M. Petitain.)
Comment la lettre de Jean-Jacques à M. Altuna se trouve-t-elle avec celle aux pères de l’Oratoire ? C’est ce qu’il est difficile d’expliquer, à moins d’admettre les conjectures de Rousseau sur le motif des visites que lui faisaient le père Berthier et les deux jansénistes qu’il lui avait amenés. Voyez le livre X des Confessions.
[497] Tous les deux avaient fait le projet de vivre ensemble. Rousseau devait aller retrouver son ami dans la Biscaye et ne plus se séparer de lui. Mais des obstacles imprévus (dont il rend compte livre VII des Confessions) empêchèrent l’exécution de ce projet.
[498] Bois amer ; arbre d’Amérique centrale et de la forêt amazonienne. Importées de Guyane en France depuis 1713 sa tige et ses racines constituent » l’écorce de Simarouba”. Son écorce, uutilisée en élixir ou en décoction sous les appellations d’écorce de Maracaïbo, permit d’enrayer une épidémie de dysenterie entre 1718 et 1725.
[499] Avarice.
[461] Upon returning from Italy in 1737, Colonel de Lautrec, of the Orleans regiment, had promised Madame de Warens that he would take an interest in Rousseau—yet he forgot about it.
[462] This letter bore only the date of the month; most publishers added the year 1742. However, since Jean-Jacques was in Paris at that time, and when he replied to Mr. de Conzié, Madame de Warens was with him, it could not have been written from Paris, as they were never together there. This circumstance led me to assume that the year was 1741; but Rousseau must still have been in Lyon at that time, living with Mr. de Mably. Therefore, I erred. After further research, I believe this letter was actually written in 1738; at least, no evidence contradicts this conclusion.
[463] We know of no other journey made by Jean-Jacques to Besançon than the one he mentions in Book V of the Confessions. It was during this journey that his trunk was confiscated, for a Jansenist parody of the scene from Mithridates was found in a pocket of his coat. Rousseau was charged with heresy and other offenses; his belongings were never returned to him. In this sense, it was indeed an unfortunate journey—but this single event is not sufficient to explain the self-reproaches he later expressed.
[464] The retreat of Jean-Jacques Rousseau at the Charmettes, near Chambéry, during the time he lived there.
[465] It was this Vintzenried, a barber, who took the name Courtilles and replaced Rousseau! See Confessions, Book VI.
[466] The following letter sufficiently explains the reasons why we felt compelled to assign a date to something that originally did not have one.
[467] This letter was first printed in The History of the Life and Works of J. J. Rousseau, Volume II.
[468] The old gate of Vaise in Lyon. Print by Jean-Jacques Boissieu. 1803.
[469] It is likely that this letter was written in 1741, shortly after Jean-Jacques’s return to Chambéry. Madame de Sourgel, who changed her name depending on the circumstances, was an adventurer.
[470] Mr. Favre was the uncle of Mr. Conzié. Madame de Sourgel wanted to create discord between him and Madame de Warens; it was for this purpose that she wrote to Mr. Favre against Madame de Warens.
[471] This criticism was included in a periodic publication titled Observations on Modern Writings, for which Abbe Desfontaines served as the chief editor.
[472] Here is that period of intense effort, as described in the critic’s work: “I conclude that by suddenly eliminating all sixty combinations produced by the different arrangements of keys and accidentals in ordinary music; by establishing a fixed and constant symbol for each note within an octave in all keys; by defining very simple positions for different octaves; by determining the expression of all notes solely through the intervals inherent to their respective keys; by ensuring that it is immediately apparent at first glance whether a note rises or falls; by setting this progression with a clarity unmatched by ordinary music; and finally, by reducing by more than three-quarters both the time required to learn solfège and the volume of musical notation used, it remains evident that my system is superior to that of ordinary music.” Observations on Modern Writings, Volume 3-1, Letter 462-1743.
[473] From 1743 until 1750, the year in which his famous Discourse was awarded by the Academy of Dijon, Rousseau published nothing at all. His literary career is actually considered to have begun with that very discourse. As one can see, he would have been willing to heed the lessons of a reasonable critic; yet he never again subjected himself to the reproaches of the very nature about which he wrote. People criticized his opinions, not his style; and when one is so readily willing to admit one’s mistakes, it is because one is sufficiently confident in oneself to no longer commit them.
[474] Here is that epigraph: “Immutat animus ad pristina.”
[475] Continuation of the “Key” or Historical Journal on Current Affairs, by Mr. G. J., January 1743, Volume LXIII, Page 179.
[476] Rousseau became acquainted with him after leaving the Lazaret in Genoa. They corresponded for a long time; however, their letters have not been preserved. See Confessions, Book VII.
[477] Venice. View of St. Mark’s Square. 1780.
[478] Mr. de Conzié (marquis), who owned the land of Charmettes.
[479] Les Charmettes.
[480] This is the end of this letter in all editions published since that of Geneva, in 4° format, in 1790.
[481] There is obviously an error in printing here, since Marianne has only twelve parts.
In Book VII of Confessions, Rousseau provides interesting details regarding this relationship.
[483] Venice. View of St. Mark’s Square.
[484] In some editions, the letters addressed to Mr. Du Theil are actually addressed to Mr. Amelat de Chaillou; however, the latter ceased to hold the position of Minister of Foreign Affairs shortly after the death of Cardinal de Fleury, which occurred on January 29, 1743. We were misled by Mr. Du Theil’s son in our examination of these letters, in the section “History of J.-J. Rousseau,” Volume II, article on Du Theil.
[485] The letter to Madame de Montaigu; the correspondence that the ambassador made Rousseau keep; the missions entrusted to him by the ambassador, which enabled Rousseau to represent him on several occasions before the Senate of Venice—where he even appeared in person and received the honors due to his master—all these illustrate how the term “domestique” should be understood. In the past, this term was used to refer to the highest-ranking nobles when they held official positions at the court of kings or princes; it did not have the meaning it carries today.
[486] This letter is dated October 7th from Venice; in previous editions, it was dated differently, which is impossible, since Jean-Jacques was in Paris on October 1st. These words, instead of making me stop my journey in Geneva, prompt me to continue it—which leads me to assume that the letter was actually written from Geneva.
[487] Paris in the time of Jean-Jacques Rousseau: The Fontain of the Samaritaine. Engraving by Hérisset, based on a design by Chaufourier.
[488] Daniel Roguin: (1691-1771). A former officer in the service of Holland, born in Yverdon, on the shores of Lake Neuchâtel, he lived in Paris when he met Rousseau in 1742. He returned to his hometown shortly thereafter.
[489] It was the opera of the gallant Muses.
[490] Rousseau included in his Confessions Voltaire’s reply to this letter.
[491] In most editions, this letter bears the date of 1747; however, since Mr. de Castellane, the ambassador in Constantinople, was recalled at the beginning of 1746, it must actually date from the previous year.
[492] Miol had appointed a prosecutor, without realizing that the prosecutor’s authority ceases upon the death of the person who committed the offense.
[493] Of all the people who once lived in La Tour, only Madame de Warens remains, along with a niece of hers who is therefore at least one degree more distant in relation to them. Moreover, since this niece has not abandoned her religion or her property, she is not subjected to the same financial difficulties.
[494] The wild festivities held on the occasion of the Dauphin’s wedding, which are mentioned in this letter, show that it was wrong to date them as 1763; they actually took place in 1747, as the prince married on February 9th of that year.
[495] A castle built on the Cher river. It currently belongs to Monsieur Valet de Villeneuve in 1824; he is the grandson of Madame Dupin. Refer to Rousseau’s “Confessions” (Book VII) for the detailed descriptions of this delightful residence.
[496] This letter was found among the documents of the Oratory of Montmorency; it was attached to the following note, which Rousseau sent on May 29, 1762, to the superiors of this institution, along with a copy of his work Émile:
“J. J. Rousseau requests that the gentlemen of the Oratory of Montmorency kindly grant some space in their library for his latest writings. Since accepting a book by an author does not necessarily mean adopting his principles, he believed himself to be justified in asking them this favor without any presumption.” (Note by Mr. Petitain.)
How come Jean-Jacques’s letter to Mr. Altuna is found among those addressed to the fathers of the Oratory? This is something difficult to explain, unless one accepts Rousseau’s conjectures regarding the reasons for the visits made to him by Father Berthier and the two Jansenists he had brought with him. See Book X of the Confessions.
[497] Both of them had made the plan to live together. Rousseau was supposed to go and reunite with his friend in Biscay and never separate from him again. However, unforeseen obstacles (about which he writes in Book VII of the Confessions) prevented the realization of this plan.
[498] Bitterwood; a tree native to Central America and the Amazon rainforest. Imported from French Guiana to France since 1713, its trunk and roots are known as “Simarouba bark.” This bark, used in elixirs or decoctions under the name of “Maracaibo bark,” helped to eradicate an epidemic of dysentery between 1718 and 1725.
[499] Greed.
[461] Al suo ritorno dall’Italia nel 1737, il colonnello del reggimento di Orléans, Monsieur de Lautrec, aveva promesso a Madame de Warens di prendersi cura di Rousseau, ma poi dimenticò la sua promessa.
[462] Questa lettera portava soltanto la data del mese; la maggior parte degli editori ha aggiunto l’anno 1742. Tuttavia, poiché Jean-Jacques si trovava allora a Parigi e, quando rispose a Monsieur de Conzié, Madame de Warens era con lui, non poteva trattarsi di una lettera scritta a Parigi, dato che non vi furono mai insieme. Questo fatto mi ha portato a indicare l’anno 1741; ma Rousseau doveva ancora trovarsi a Lione da Monsieur de Mably. Quindi mi sono sbagliato. Dopo ulteriori ricerche, penso che questa lettera sia stata scritta nel 1738; almeno, nessun fatto contraddice questa ipotesi.
[463] Non conosciamo alcun altro viaggio di Jean-Jacques a Besançon se non quello di cui parla nel libro V delle Confessioni. Fu in questo viaggio che la sua valigia fu confiscata, poiché in una tasca della giacca fu trovata una parodia jansenista della scena di Mitridate. Rousseau fu accusato di eresia e altre cose; i suoi effetti non gli furono mai restituiti. In questo senso, si trattò di un viaggio sfortunato; tuttavia, questa circostanza non è sufficiente a spiegare le critiche che egli stesso si muove.
[464] Il rifugio di Jean-Jacques Rousseau alle Charmettes, vicino a Chambéry, nel periodo in cui vi visse.
[465] È proprio questo Vintzenried, un parrucchiere, che assunse il nome di Courtilles e sostituì Rousseau! Consultate le “Confessioni”, libro VI.
[466] La lettera seguente spiega in modo sufficiente i motivi per cui abbiamo deciso di assegnare una data a ciò che in origine ne era sprovvisto.
[467] Questa lettera fu pubblicata per la prima volta nell’“Histoire de la vie et des ouvrages de J.-J. Rousseau”, volume II.
[468] L’antica porta di Vaise a Lione. Stampa di Jean-Jacques Boissieu. 1803.
[469] È probabile che questa lettera sia stata scritta nel 1741, poco dopo il ritorno di Jean-Jacques a Chambéry. Madame de Sourgel, che cambiava nome a seconda delle circostanze, era un’avventuriiera.
[470] Il signor Favre era zio del signor Conzié. La signora de Sourgel voleva creare dissidi tra quest’ultimo e la signora de Warens; per questo motivo scriveva al signor Favre contro di lei.
[471] Questa critica era inserita nell’opera periodica intitolata “Observations sur les écrits modernes”, la cui redazione principale era curata dall’abate Desfontaines.
[472] Ecco questo periodo di intensa attività descritto nell’opera del critico: “Concludo che, eliminando all’improvviso tutte le sessanta combinazioni che la diversa posizione delle note e degli accidenti produce nella musica ordinaria; stabilendo un segno invariabile per ogni suono dell’ottava in tutti i toni; definendo in modo semplice la posizione delle diverse ottave; fissando l’espressione dei suoni esclusivamente attraverso gli intervalli specifici del tono in cui si trova il suono stesso; mantenendo la facilità di riconoscere immediatamente se un suono sale o scende; determinando con chiarezza il grado di questo “progresso” rispetto alla musica ordinaria; e infine riducendo di oltre tre quarti sia il tempo necessario per imparare a leggere la musica che l’intensità del suono stesso, si dimostra che i miei metodi sono superiori a quelli della musica tradizionale.” Osservazioni sui scritti moderni, volume 3-1, lettera 462-1743.
[473] Dal 1743 fino al 1750, anno in cui il suo famoso Discorso fu pubblicato dall’Accademia di Digione, Rousseau non pubblicò nulla. Anzi, il suo ingresso nella letteratura viene generalmente datato proprio a quell’opera. Si potrebbe dire che fosse disposto ad ascoltare i consigli di un critico ragionevole; tuttavia, non si espose più alle critiche della natura di quella persona di cui parlava nel suo discorso. Le sue opinioni furono messe in discussione, ma non il suo stile; quando qualcuno ammette così facilmente i propri errori, significa che è abbastanza sicuro di sé da non commetterne più.
[474] Ecco questo epigrafo: “Immutat animus ad pristina”.
[475] Continuazione della “Chiave” o “Giornale storico sulle questioni del tempo”, a cura di G. J., gennaio 1743, volume LXIII, pagina 179.
[476] Rousseau entrò in contatto con lui dopo essere uscito dal “Lazaretto” di Genova. Scrissero a lungo l’uno all’altro; tuttavia le loro lettere non sono state conservate. Si veda “Confessioni”, libro VII.
[477] Venezia. Vista di San Marco. 1780.
[478] Il marchese de Conzié, che possedeva la terra delle Charmettes.
[479] Le Charmettes.
[480] Qui termina questa lettera in tutte le edizioni pubblicate a partire da quella di Ginevra, in-quarto, del 1790.
[481] Qui c’è chiaramente un errore di stampa, poiché Marianne ne ha soltanto dodici parti.
[482] In libro VII delle “Confessioni”, Rousseau fornisce dettagli interessanti su questo legame.
[483] Venezia. Vista di San Marco.
[484] In alcune edizioni, le lettere indirizzate a Monsieur Du Theil sono in realtà destinate a Monsieur Amelat de Chaillou; tuttavia quest’ultimo cessò di ricoprire la carica di ministro degli affari esteri poco dopo la morte del cardinale de Fleury, avvenuta il 29 gennaio 1743. Siamo stati indotti in errore dal figlio di Monsieur Du Theil nell’esame che abbiamo condotto su queste lettere, nell’opera “Histoire de J.-J. Rousseau”, volume II, articolo dedicato a Du Theil.
[485] La lettera a madame de Montaigu; la corrispondenza che l’ambasciatore fece trapelare a Rousseau; le missioni affidate da quest’ultimo al primo, il quale lo rappresentò più volte al senato di Venezia, dove egli comparve e ricevette gli onori dovuti al suo padrone: tutto ciò mostra in che senso si debba intendere il termine “domestico”, un tempo utilizzato per indicare i più grandi signori quando ricoprivano incarichi ufficiali presso il re o i principi; all’epoca, non aveva l’accezione che oggi gli viene attribuita.
[486] Questa lettera è datata di Venezia, il 7 ottobre; nelle edizioni precedenti questa data era diversa, il che è impossibile, poiché Jean-Jacques si trovava a Parigi il 1° ottobre. Poiché queste parole non mi fanno fermare a Ginevra, ma anzi mi spingono a continuare il mio viaggio, ne deduco che sia stata scritta proprio da Ginevra.
[487] Parigi all’epoca di Jean-Jacques Rousseau. La Fontana della Samaritana. Incisione di Hérisset realizzata su disegno di Chaufourier.
[488] Daniel Roguin: (1691-1771). Ex ufficiale al servizio dell’Olanda, nato a Yverdon, sul lago di Neuchâtel, risiedeva a Parigi quando conobbe Rousseau nel 1742. Tornò nella sua città natale poco dopo.
[489] Era l’opera delle Muse galanti.
[490] Rousseau ha trascritto nelle sue “Confessioni” la risposta di Voltaire a questa lettera.
[491] Questa lettera, nella maggior parte delle edizioni, riportava la data del 1747; tuttavia, poiché il signor de Castellane, ambasciatore a Costantinopoli, fu richiamato all’inizio del 1746, essa deve essere dell’anno precedente.
[492] Miol aveva nominato un procuratore, senza considerare che il potere di tale procuratore terminava con la morte del soggetto che aveva commesso l’atto.
[493] Della intera famiglia de La Tour rimangono solo madame de Warens e una sua nipote; quest’ultima, pertanto, è almeno di un grado più lontana dal lignaggio principale, e inoltre, non avendo abbandonato né la propria religione né i propri beni, non è soggetta alle stesse necessità economiche.
[494] Le folli festeggiamenti celebrati in occasione dei matrimoni del Delfino, di cui si parla in questa lettera, dimostrano che è stato un errore datarli al 1763, poiché ebbero luogo nel 1747: il principe infatti sposò il 9 febbraio di quell’anno.
[495] Castello costruito sul fiume Cher. Oggi (nel 1824) appartiene a Monsieur Valet de Villeneuve, nipote di Madame Dupin. Si possono trovare nei “Confessioni” (libro VII) i dettagli che Rousseau fornisce su questa deliziosa residenza.
[496] Questa lettera è stata trovata presso i padri dell’Oratorio di Montmorency; era accompagnata dal seguente biglietto, inviato da Rousseau il 29 maggio 1762 ai superiori di quell’istituto, insieme a un esemplare del suo “Emile”.
“J.-J. Rousseau chiede gentilmente ai signori dell’Oratoire di Montmorency di concedere un posto nelle loro biblioteche alle sue ultime opere. Poiché accettare il libro di un autore non significa necessariamente adottarne i principi, ha ritenuto di poter chiedere loro questa cortesia senza alcuna presunzione.” (Nota di M. Petitain.)
Come mai la lettera di Jean-Jacques a M. Altuna si trovi insieme a quelle indirizzate ai padri dell’Oratorio? È difficile spiegarlo, a meno di accettare le congetture di Rousseau riguardo al motivo delle visite che gli facevano il padre Berthier e i due giansenisti che questi gli aveva portato. Si veda il libro X delle Confessioni.
[497] Entrambi avevano deciso di vivere insieme. Rousseau doveva recarsi nella Biscaglia per riunirsi al suo amico e non separarsene più. Tuttavia, ostacoli imprevisti (di cui parla nel settimo libro delle Confessioni) impedirono la realizzazione di questo progetto.
[498] Legno amaro; albero originario dell’America centrale e della foresta amazzonica. Importato dalla Guyana in Francia a partire dal 1713, il suo fusto e le sue radici costituiscono quella che viene chiamata “corteccia di Simarouba”. Questa corteccia, utilizzata sotto forma di elisir o decotto con i nomi di “corteccia di Maracaibo”, permise di fermare un’epidemia di dissenteria tra il 1718 e il 1725.
[499] Avarizia.
[500] Les premiers éditeurs ont, sans réflexion, daté cette lettre de 1735, époque ou Rousseau, âgé de 23 ans, avait bien plus besoin de conseils que droit d’en donner. En la supposant écrite en 1749, nous observons plus la vraisemblance. Alors il commençait à se dégoûter du monde: il approchait du moment où se fit en lui, à la lecture du programme de l’académie de Dijon, cette révolution dont il rend compte dans ses Confessions, dans ses lettres à M. de Malesherbes, dont on a voulu contester la réalité, et dont la réalité demeure incontestable.
[501] La princesse de Navarre. Voyez les Confessions, tome II.
[502] Guillaume-Thomas François Raynal, né à Lapanouse le 12 avril 1713 et mort à Passy le 6 mars 1796, est un écrivain, penseur et prêtre français. (Note de l’éditeur)
[503] Dissertation sur la musique moderne.
[504] Dans toutes les éditions précédentes, cette lettre est imprimée comme adressée à madame de Chenonceau ; ce qui est évidemment une erreur. Deux passages des Confessions (livre VIII et IX, tome II) ne laissent aucun doute sur ce, point:
«Madame de Francueil sut que j’avais mis mes enfants aux Enfants-Trouvés ; elle m’en parla: cela m’engagea à lui écrire, à ce sujet, une lettre dans laquelle j’expose celles de mes raisons que je pouvais dire sans compromettre madame Levasseur et sa famille, car les plus déterminantes venaient de là ; et je les tus. » Confessions, livre VIII. D’après ce passage il est évident que ce ne fut point à madame de Chenonceau, mais à madame de Francueil que cette lettre fut adressée.
[505] Voyez la préface de la présente édition.
[506] Auteur d’un ouvrage intitulé L’esprit de l’art musical, ou Réflexions sur la musique et ses différentes parties, par C.J.C. Blainville, in-8°. Genève, 1754. — Dans son Dictionnaire de musique, au mot Mode, Rousseau donne une légère idée du nouveau mode dont il s’agit ici, et présente la formule de la gamme qui lui sert de base.
[507] Elle est datée de 1754 dans l’édition de M. Petitain: mais ce qui prouve que c’est une erreur, c’est que cette lettre est insérée dans le Mercure du mois de juin 1751.
[508] Renée-Caroline-Victoire de Froullay de Tessé, Marquise de Créquy, née au Château de Montflaux à Saint-Denis-de-Gastines le 19 octobre 1704 et morte à Paris le 3 février 1803. Femme de lettres française célèbre par son esprit.
[509] Dans la plupart des éditions on a mis cette lettre à l’année 1766, que Rousseau passa tout entière à Wootton. Comme il promet à madame de Créqui communication de sa réponse à la critique de M. Gautier, et que cette réponse parut au 1er novembre 1751, cette circonstance sert à donner une date précise à la lettre, qui ne portait que l’indication du mois et du jour.
[510] Le discours de M. Bordes, public dans les derniers mois de 1751, prouve qu’on a eu tort de dater cette lettre de 1766. L’occasion dont Rousseau parle pour donner plus de développement à ses idées, fut la comédie de Narcisse, qu’il fit imprimer avec une préface dans laquelle il donne ce développement, sans parler de la pièce dont il reconnaissait la médiocrité.
[511] On verra dans la lettre suivante qu’il est question d’une épitre d’Horace.
[512] Le bailly de Froulay, ambassadeur de France à Malte, et frère du comte de Froulay, qui avait précédé M. de Montaigu dans l’ambassade de Venise. Le comte était père de madame de Créqui.
[513] Cette lettre, datée dans plusieurs éditions de 1766, doit être de 1752, année où il se réunit plusieurs fois à Grimm, Raynal, etc. En 1766 il était en Angleterre.
[514] Il était alors caissier de M. de Francueil. La responsabilité de cet emploi, l’inquiétude qu’elle lui causait, le rendirent malade. Il donna sa démission pour se faire copiste de musique, et l’on crut qu’il était devenu fou. (Voyez Confessions, livre VIII.)
[515] Il venait de donner sa démission de caissier, place qu’il n’occupa que six semaines, sans en remplir les fonctions, puisqu’il fut dangereusement malade pendant cet intervalle.
[516] Il allait à Passy chez M. Mussard, sur lequel il donne des renseignements intéressants dans ses Confessions (livre VIII). C’est chez ce Genevois qu’il composa le Devin du Village.
[517] Les courses à Passy doivent faire remplacer par la date de 1752 celle de 1766, mise dans plusieurs éditions.
[518] D’après cette circonstance, cette lettre doit être datée de 1752, année où l’opéra italien fut établi pour quelques mois à Paris, et non de 1766.
[519] Charles Louis Claude Dupin, seigneur de Francueil, dit Dupin de Francueil, né le 6 novembre 1715 à Châteauroux et mort à Paris le 6 juin 1786. Fils de Claude Dupin, receveur général aux finances de Metz et de l’Alsace puis secrétaire du cabinet du Roi et fermier général, il sera lui-même un important financier et fermier général. Charles Louis Claude Dupin de Francueil sera un temps l’amant de Madame d’Épinay avec qui il aura deux enfants, dont Jean-Claude Leblanc de Beaulieu (1753-1825), futur évêque de Soissons et de Laon, et à qui il présentera Jean-Jacques Rousseau, qui était alors le secrétaire de sa belle-mère Louise Marie Madeleine Dupin. Espérant sans doute entrer à l’Académie des sciences il avait fait rédiger à Rousseau un livre, resté inachevé, de vulgarisation scientifique. (Note de l’éditeur)
[520] La mort de madame de Jully, arrivée le 10 décembre 1752, doit faire dater cette lettre du commencement de 1753, et non de 1755, comme l’a fait M. Petitain. M. de La Live de Jully, frère de M. d’Épinay, fît élever à sa femme un beau mausolée à Saint-Roch. Les détails que donne madame d’Épinay dans ses Mémoires, sur la conduite de madame de Jully, ont fait quelque tort à ce monument.
[521] Jeanne-Antoinette Poisson, marquise de Pompadour, née le 29 décembre 1721 à Paris et morte le 15 avril 1764 à Versailles. Issue de la bourgeoisie française elle devint favorite du roi Louis XV.(Note de l’éditeur)
[522] Cette lettre n’a été ni imprimée ni envoyée.
[523] Élie Catherine Fréron, né à Quimper le 20 janvier 1718 et mort à Montrouge le 10 mars 1776. Journaliste, critique littéraire et polémiste français.(Note de l’éditeur)
[524] «L’ermite prétendu était un M. de Bonneval, assez bon-homme, et qui ne manquait pas d’érudition. J’avais eu avec lui quelques liaisons, et jamais aucun démêlé. (note de J. Rousseau)
[525] C’est ainsi que Lulli fit jouer une fois son opéra d’Armide: voyant qu’il ne réussissait pas, il s’applaudit lui-même à haute voix en sortant ; tout fut plein à la représentation suivante.
[526] Que le plomb dissous soit un poison, les accidents funestes que causent tous les jours les vins falsifiés avec de la litharge ne le prouvent que trop. Ainsi, pour employer ce métal avec sûreté, il est important de bien connaître les dissolvants qui l’attaquent.
[527] Il est aisé de démontrer que, de quelque manière qu’on s’y prenne, on ne saurait, dans les usages des vaisseaux de cuisine, s’assurer pour un seul jour l’étamage le plus solide ; car, comme l’étain entre en fusion à un degré de feu fort inférieur à celui de la graisse bouillante, toutes les fois qu’un cuisinier fait roussir du beurre, il ne lui est pas possible de garantir de la fusion quelque partie de l’étamage, ni par conséquent le ragoût, du contact du cuivre.
[528] L’Académie royale de musique était de son département.
[529] Marc-Pierre de Voyer de Paulmy, comte d’Argenson, est un homme d’État français né à Paris le 16 août 1696 et mort dans la même ville le 22 août 1764. Il fut lieutenant général de police (1720, puis 1722-1724), à la suite de son père Marc-René de Voyer de Paulmy d’Argenson (1652-1721), chancelier du duc d’Orléans (1723-1740), puis ministre d’État (1742) et secrétaire d’État de la Guerre de Louis XV de janvier 1743 à février 1757. (Note de l’éditeur)
[530] Ce mémoire était à peu près le même que celui que l’on trouvera ci-après, à la suite de la lettre à M. de Saint-Florentin, 11 février 1759.
[531] «Je joignis à ma lettre à M. d’Argenson un Mémoire qui était sans réplique et qui demeura sans réponse et sans effet, ainsi que ma lettre. Le silence de cet homme injuste me resta sur le coeur, et ne contribua pas à augmenter l’estime très médiocre que j’eus toujours pour son caractère, et pour ses talents. » Confessions, Liv. VIII. Comme il y eut trois ministres d’état du même nom, dans le dernier siècle, il est juste de ne pas les confondre: celui dont il est question s’appelait Marc-Pierre.
[532] Il n’y a que les lettres initiales de mon nom.
[533] Le compliment n’était ni flatteur, ni très encourageant. Les deux amis auteurs des Amusements philosophiques étaient M. de Turpin et M. Castilhon, qui gardèrent l’anonyme. Tous deux ont publié depuis un grand nombre d’ouvrages avec l’espoir d’en faire un meilleur.
[500] The first editors, without reflection, dated this letter to 1735—the year when Rousseau, at the age of 23, needed advice far more than he was in a position to give it. Assuming it was written in 1749, we observe greater consistency with historical facts. By that time, Rousseau had begun to loathe the world; he was approaching the moment when, upon reading the statutes of the Academy of Dijon, a profound transformation took place within him—a transformation about which he speaks at length in his Confessions and in his letters to Monsieur de Malesherbes. Although some have sought to dispute the reality of this transformation, its existence remains undeniable.
[501] The Princess of Navarre. See Confessions, Volume II.
[502] Guillaume-Thomas François Raynal, born in Lapanouse on April 12, 1713, and died in Passy on March 6, 1796, was a French writer, thinker, and priest. (Editor’s note)
[503] Dissertation on Modern Music.
[504] In all previous editions, this letter has been printed as being addressed to Madame de Chenonceau; which is obviously an error. Two passages from the Confessions (books VIII and IX, volume II) leave no doubt whatsoever on this matter.
“Madame de Francueil learned that I had placed my children in the Orphanage; she mentioned it to me, which prompted me to write her a letter explaining the reasons behind my decision, ensuring that neither Madame Levasseur nor her family would be compromised—since the most decisive factors stemmed from that situation. And I kept those reasons secret.” Confessions, Book VIII. From this passage, it is clear that the letter was addressed not to Madame de Chenonceau but to Madame de Francueil.
[505] Please refer to the preface of this edition.
[506] Author of a work titled The Spirit of Musical Art, or Reflections on Music and Its Various Elements, by C.J.C. Blainville, in-8° format. Geneva, 1754. — In his Dictionary of Music, under the entry for “Mode,” Rousseau provides a brief overview of this new musical mode and presents the formula for the scale that serves as its basis.
[507] It is dated 1754 in the edition by Mr. Petitain; however, what proves that this is an error is that this letter is actually included in the June 1751 issue of Mercure.
[508] Renée-Caroline-Victoire de Froullay de Tessé, Marquise de Créquy, was born at the Château de Montflaux in Saint-Denis-de-Gastines on October 19, 1704, and died in Paris on February 3, 1803. She was a famous French woman of letters, renowned for her intellect.
[509] In most editions, this letter has been dated to 1766, the year that Rousseau spent entirely in Wootton. Since he promised Madame de Créqui to send her his response to M. Gautier’s criticism, and since that response was published on November 1, 1751, this fact provides a precise date for the letter, which originally only contained the indication of month and day.
[510] Mr. Bordes’ speech, delivered in the last months of 1751, proves that it was wrong to date this letter as 1766. The occasion upon which Rousseau referred to elaborate further on his ideas was the comedy “Narcisse,” which he had printed along with a preface in which he elaborated on those ideas, without mentioning the mediocre quality of the play itself.
[511] It will be seen in the following letter that it concerns an epistle by Horace.
[512] The Bailly of Froulay, ambassador of France to Malta, and brother of the Count of Froulay—who had preceded Monsieur de Montaigu as ambassador to Venice. The Count was the father of Madame de Créqui.
[513] This letter, dated in several editions as 1766, must actually date from 1752, the year when he met with Grimm, Raynal, and others on several occasions. In 1766, he was in England.
[514] At that time, he was the cashier for Mr. de Francueil. The responsibility of this job, and the anxiety it caused him, made him fall ill. He resigned to become a music copier, and people thought he had gone mad. (See Confessions, Book VIII.)
[515] He had just resigned from his position as cashier, a role he held for only six weeks without actually performing the duties, as he fell seriously ill during that time.
[516] He used to go to Passy to visit Mr. Mussard, about whom he provides interesting information in his Confessions (Book VIII). It was at the home of this Genevan that he composed The Village Fortune-teller.
In [517], the races held in Passy should have the date of 1752 substituted for the date of 1766 that appeared in several editions.
[518] Based on this circumstance, this letter must be dated from 1752, the year when the Italian opera was performed in Paris for a few months, and not from 1766.
[519] Charles Louis Claude Dupin, seigneur of Francueil, also known as Dupin de Francueil, was born on November 6, 1715, in Châteauroux and died in Paris on June 6, 1786. Son father was Claude Dupin, who served as Receiver General for the finances of Metz and Alsace before becoming Secretary to the King’s Cabinet and Fermier General. Charles Louis Claude Dupin de Francueil himself would later become an important financier and Fermier General. For a time, he was the lover of Madame d’Épinay, with whom he had two children: Jean-Claude Leblanc de Beaulieu (1753-1825), who later became Bishop of Soissons and Laon, and to whom Charles introduced Jean-Jacques Rousseau, who at that time was the secretary of his mother-in-law, Louise Marie Madeleine Dupin. Hoping perhaps to be admitted to the Académie des Sciences, he had Rousseau draft a book on scientific popularization, though it was never completed. (Editor’s note)
[520] The death of Madame de Jully, which occurred on December 10, 1752, means that this letter must date from the beginning of 1753, and not from 1755, as Mr. Petitain claimed. Monsieur de La Live de Jully, brother of Monsieur d’Épinay, had a beautiful mausoleum built for his wife in Saint-Roch. However, the details provided by Madame d’Épinay in her Memoirs regarding Madame de Jully’s behavior have somewhat tarnished the reputation of this monument.
[521] Jeanne-Antoinette Poisson, Marquise of Pompadour, was born on December 29, 1721, in Paris and died on April 15, 1764, in Versailles. Coming from French bourgeois society, she became the favorite of King Louis XV. (Editor’s note)
[522] This letter was neither printed nor sent.
[523] Élie Catherine Fréron, born in Quimper on January 20, 1718, and died in Montrouge on March 10, 1776. A French journalist, literary critic, and polemicist. (Editor’s note)
[524] “The so-called hermit was a Mr. de Bonneval, a quite decent person who was not lacking in erudition. I had had some dealings with him, and never any trouble at all. (Note by J. Rousseau)”
[525] This is how Lully once performed his opera “Armida”: realizing that he was not succeeding, he applauded himself loudly as he left the stage; and at the next performance, the theater was completely full.
[526] The fact that dissolved lead is a poison is amply proven by the tragic accidents caused every day by wines adulterated with litharge. Therefore, in order to use this metal safely, it is essential to have a thorough understanding of the solvents that can react with it.
[527] It is easy to demonstrate that, no matter what method is used, it is impossible to ensure that the cooking utensils will remain completely free from damage even for a single day; because, since tin melts at a much lower temperature than boiling fat, whenever a cook fries butter, it is inevitable that some part of the tin coating—and consequently, the food being cooked—will come into contact with copper.
[528] The Royal Academy of Music was part of his department.
[529] Marc-Pierre de Voyer de Paulmy, Count of Argenson, was a French statesman born in Paris on August 16, 1696, and died in the same city on August 22, 1764. He served as Lieutenant General of Police (in 1720, and again from 1722 to 1724), following in the footsteps of his father Marc-René de Voyer de Paulmy d’Argenson. His father had been Chancellor to the Duke of Orléans (1723-1740), then Minister of State (1742) and Secretary of State for War under Louis XV from January 1743 to February 1757. (Editor’s note)
[530] This memorandum was essentially the same as the one that will be found below, following the letter to Mr. de Saint-Florentin dated February 11, 1759.
[531] “I attached to my letter to Mr. d’Argenson a memorandum that was irrefutable, yet it remained unanswered and produced no effect, just like my letter itself. The silence of this unjust man weighed heavily on my heart, and did nothing to enhance the already very poor opinion I always held of his character and talents.” Confessions, Book VIII. Since there were three ministers of state with the same name in the last century, it is appropriate not to confuse them; the one referred to here was named Marc-Pierre.
[532] It contains only the initial letters of my name.
[533] The compliment was neither flattering nor particularly encouraging. The two friends who authored Amusements Philosophiques were Mr. de Turpin and Mr. Castilhon, who chose to remain anonymous. Both of them have since published numerous other works in the hope of improving upon their earlier effort.
[500] I primi editori, senza rifletterci, hanno datato questa lettera al 1735, periodo in cui Rousseau, all’età di 23 anni, aveva bisogno di consigli molto più che il diritto di darne. Supponendola scritta nel 1749, osserviamo una maggiore plausibilità. In quel momento lui stava iniziando a disgustarsi del mondo: si avvicinava al momento in cui, leggendo il programma dell’Accademia di Digione, ebbe luogo in lui quella rivoluzione di cui parla nelle sue Confessioni e nelle lettere a Monsieur de Malesherbes; una rivoluzione la cui realtà è indiscutibile.
[501] La principessa di Navarra. Si veda “Le Confessioni”, volume II.
[502] Guillaume-Thomas François Raynal, nato a Lapanouse il 12 aprile 1713 e morto a Passy il 6 marzo 1796, è stato uno scrittore, pensatore e prete francese. (Nota dell’editore)
[503] Dissertazione sulla musica moderna.
[504] In tutte le edizioni precedenti, questa lettera viene stampata come indirizzata a madame de Chenonceau; il che è chiaramente un errore. Due passaggi delle Confessioni (libro VIII e IX, volume II) non lasciano alcun dubbio al riguardo.
“Madame de Francueil seppe che avevo affidato i miei figli agli Orfani; ne parlò con me, e questo mi spinse a scriverle una lettera in cui esprimevo le ragioni per cui non potevo rivelare certe informazioni senza compromettere madame Levasseur e la sua famiglia, poiché le motivazioni più decisive provenivano proprio da lì; e io decisi di tacerle.” Confessioni, libro VIII. Da questo passaggio risulta evidente che questa lettera non fu indirizzata a madame de Chenonceau, ma a madame de Francueil.
[505] Si veda la prefazione di questa edizione.
[506] Autore di un’opera intitolata “L’esprit de l’art musical, ou Réflexions sur la musique et ses différentes parties”, di C.J.C. Blainville, in-8°. Ginevra, 1754. — Nel suo “Dictionnaire de musique”, alla voce “Mode”, Rousseau fornisce una breve descrizione del nuovo modo di cui si tratta e presenta la formula della scala che ne costituisce la base.
[507] È datata 1754 nell’edizione a cura di M. Petitain; tuttavia ciò che dimostra che si tratta di un errore è il fatto che questa lettera sia inserita nel “Mercure” del giugno 1751.
[508] Renée-Caroline-Victoire de Froullay de Tessé, Marchesa di Créquy, nata nel Castello di Montflaux a Saint-Denis-de-Gastines il 19 ottobre 1704 e morta a Parigi il 3 febbraio 1803. Scrittrice francese celebre per il suo spirito.
[509] Nella maggior parte delle edizioni questa lettera è stata datata al 1766, anno in cui Rousseau trascorse l’intero periodo a Wootton. Poiché egli promise alla signora de Créqui di farle conoscere la sua risposta alla critica di Monsieur Gautier, e poiché tale risposta fu pubblicata il 1° novembre 1751, questo fatto permette di datare con precisione questa lettera, la quale riportava soltanto l’indicazione del mese e del giorno.
[510] Il discorso di M. Bordes, pubblicato negli ultimi mesi del 1751, dimostra che si è sbagliato a datare questa lettera al 1766. L’occasione di cui parla Rousseau per sviluppare ulteriormente le sue idee fu la commedia “Narciso”, che fece stampare con una prefazione nella quale esponeva appunto questi concetti, senza però menzionare la mediocrità della stessa opera.
[511] Come si vedrà nella lettera successiva, si tratta di un epistolo di Orazio.
[512] Il bailly di Froulay, ambasciatore di Francia a Malta, e fratello del conte di Froulay, che aveva preceduto il signor de Montaigu nell’ambasciata di Venezia. Il conte era padre di madame de Créqui.
[513] Questa lettera, datata in diverse edizioni come 1766, dovrebbe invece risalire al 1752, l’anno in cui si incontrò più volte con Grimm, Raynal e altri. Nel 1766 si trovava in Inghilterra.
[514] All’epoca lavorava come cassiere per il signor de Francueil. La responsabilità di quel lavoro, nonché l’ansia che comportava, lo resero malato. Presentò le sue dimissioni per diventare copista di musica, e si pensò che fosse impazzito. (Vedi “Confessioni”, libro VIII.)
[515] Aveva appena rassegnato le dimissioni dal ruolo di cassiere, incarico che ricoprì soltanto per sei settimane senza svolgerne effettivamente le funzioni, poiché in quel periodo si ammalò gravemente.
[516] Andava a Passy da Monsieur Mussard, su cui fornisce informazioni interessanti nelle sue “Confessioni” (libro VIII). Fu proprio in casa di questo svizzero che compose il “Devin du Village”.
[517] Le corse di Passy devono far sostituire la data del 1766, presente in diverse edizioni, con quella del 1752.
[518] Sulla base di questa circostanza, questa lettera deve essere datata al 1752, anno in cui l’opera italiana fu rappresentata a Parigi per alcuni mesi, e non al 1766.
[519] Charles Louis Claude Dupin, signore di Francueil, detto Dupin de Francueil, nato il 6 novembre 1715 a Châteauroux e morto a Parigi il 6 giugno 1786. Figlio di Claude Dupin, ricevitore generale delle finanze di Metz e dell’Alsazia, poi segretario del gabinetto reale e intendente generale delle finanze, egli stesso divenne un importante finanziere e intendente generale. Per un certo periodo, Charles Louis Claude Dupin de Francueil fu l’amante di Madame d’Épinay, con la quale ebbe due figli: Jean-Claude Leblanc de Beaulieu (1753-1825), futuro vescovo di Soissons e Laon, a cui presentò Jean-Jacques Rousseau, che all’epoca era il segretario di sua suocera Louise Marie Madeleine Dupin. Sperando probabilmente di entrare nell’Accademia delle scienze, fece scrivere a Rousseau un libro di divulgazione scientifica, rimasto inedito. (Nota dell’editore)
[520] La mort di Madame de Jully, avvenuta il 10 dicembre 1752, deve far datare questa lettera all’inizio del 1753, e non al 1755, come ha ipotizzato Monsieur Petitain. Monsieur de La Live de Jully, fratello di Monsieur d’Épinay, fece erigere per sua moglie un bellissimo mausoleo a Saint-Roch. I dettagli forniti da Madame d’Épinay nei suoi Mémoires riguardo al comportamento di Madame de Jully hanno in qualche modo danneggiato questa commemorazione.
[521] Jeanne-Antoinette Poisson, marchesa di Pompadour, nata il 29 dicembre 1721 a Parigi e morta il 15 aprile 1764 a Versailles. Proveniente dalla borghesia francese, divenne l’amante preferita del re Luigi XV. (Nota dell’editore)
[522] Questa lettera non è stata né stampata né inviata.
[523] Élie Catherine Fréron, nato a Quimper il 20 gennaio 1718 e morto a Montrouge il 10 marzo 1776. Giornalista, critico letterario e polemista francese. (Nota dell’editore)
[524] “Quell’eremita presunto era il signor de Bonneval, un uomo piuttosto gentile e non privo di erudizione. Avevo avuto con lui alcuni contatti, ma mai alcun dissidio. (Nota di J. Rousseau)”
[525] Fu così che una volta Lulli fece eseguire l’opera “Armidè”: vedendo che non riusciva nel suo intento, si applaudì ad alta voce uscendo dal teatro; alla rappresentazione successiva, il teatro fu completamente pieno.
[526] Il fatto che il piombo disciolto sia un veleno è dimostrato ampiamente dagli incidenti fatali causati ogni giorno dai vini falsificati con litargio. Pertanto, per utilizzare questo metallo in modo sicuro, è fondamentale conoscere bene i solventi che lo attaccano.
[527] È facile dimostrare che, in qualunque modo si proceda, non è possibile assicurarsi, nemmeno per un solo giorno, che gli utensili da cucina siano completamente protetti dalla fusione del rame; infatti, poiché lo stagno si fonde a una temperatura molto più bassa rispetto a quella del grasso bollente, ogni volta che un cuoco fa sciogliere il burro, non può garantire che alcuna parte degli utensili venga effettivamente protetta dal contatto con il rame.
[528] Faceva parte del suo dipartimento l’Accademia reale di musica.
[529] Marc-Pierre de Voyer de Paulmy, conte d’Argenson, è stato un statista francese nato a Parigi il 16 agosto 1696 e morto nella stessa città il 22 agosto 1764. Fu luogotenente generale di polizia (nel 1720, e poi dal 1722 al 1724), succedendo a suo padre Marc-René de Voyer de Paulmy d’Argenson, che fu cancelliere del duca d’Orléans (dal 1723 al 1740), quindi ministro di Stato (nel 1742) e segretario di Stato alla Guerra sotto Luigi XV dal gennaio 1743 al febbraio 1757. (Nota dell’editore)
[530] Questo memoriale era più o meno lo stesso di quello che si troverà in seguito, dopo la lettera indirizzata a Monsieur de Saint-Florentin del 11 febbraio 1759.
[531] “Aggiunsi alla mia lettera a Monsieur d’Argenson un Memoriale che non lasciava spazio a repliche e che, come la mia stessa lettera, rimase senza risposta né conseguenze. Il silenzio di quell’uomo ingiusto rimase impresso nel mio cuore e non contribuì affatto ad aumentare l’estima, già molto scarsa, che avevo sempre del suo carattere e dei suoi talenti.” Confessioni, Libro VIII. Poiché nell’ultimo secolo ci furono tre ministri di stato con lo stesso nome, è giusto non confonderli: quello di cui si parla si chiamava Marc-Pierre.
[532] Ci sono solo le lettere iniziali del mio nome.
[533] Il complimento non era né lusinghiero né particolarmente incoraggiante. I due amici autori degli “Amusements philosophiques” erano il signor de Turpin e il signor Castilhon, i quali mantennero l’anonimato. Entrambi hanno successivamente pubblicato numerosi altri libri nella speranza di migliorare ulteriormente la qualità delle loro opere.
[534] Jean le Rond D’Alembert, ou Jean Le Rond d’Alembert, né le 16 novembre 1717 à Paris où il est mort le 29 octobre 1783. Mathématicien, philosophe et encyclopédiste français ; célèbre pour avoir dirigé l’Encyclopédie avec Denis Diderot jusqu’en 1757 et pour ses recherches en mathématiques sur les équations différentielles et les dérivées partielles.(Note de l’éditeur)
[535] Dans la plupart des éditions, cette lettre est placée à l’année 1761, le volume de Encyclopédie dont il y est question, prouve qu’elle dut être écrite en 1754-En 1708 Rousseau réfuta l’article Genève, qui ne venait qu’après ceux de la lettre C qu’il renvoie à d’Alembert.
[536] Les Eaux-Vives sont à la porte de Genève ; ainsi la date de cette lettre doit être celle d’un voyage que fît Rousseau dans cette ville en 1754.
[537] Faites choix d’un sujet proportionné à vos forces.
[538] Vous me questionnez sur un sujet que j’ai longtemps médité.
[539] Ainsi l’un emprunte le secours de l’autre, et tous deux conspirent pour produire le même effet.
[540] Il faut être libre d’affaires. C’est alors seulement que l’on sent la force et le charme de la poésie et de la musique.
[541] Suzanne Gonceru, née Rousseau. Tante de J.J Rousseau. (Note de l’éditeur)
[542] Vue de Genève à l’époque de Rousseau.
[543] Les piliers des Halles de Paris, dans l’ancienne rue de la Tonnellerie, à Paris vers 1870.
[544] Rousseau était parti le 1er juin 1754, avec Thérèse et M. Gauffecourt, pour Genève, d’où il alla avec la première faire une visite à madame de Warens à Chambéry.
[545] Ministre du saint Évangile et pasteur à Genève. (Note de l’éditeur)
[546] Voyez la lettre du 6 juillet 1755, adressée à M. Vernes.
[547] Épouse de Jean-Jacques Charon, marquis de Menars, magistrat et administrateur français.(Note de l’éditeur)
La mère de Thérèse avait fait venir des provisions de Blois. Elles furent portées chez madame de Menars, qui, voyant qu’elles ne lui étaient pas destinées, les refusa. On ne suivit pas cet exemple dans la maison de son gendre, M. de Lastic. On les y reçut, on les consomma, l’on se moqua de Thérèse quand elle se présenta pour les réclamer, et l’on finit par la mettre à la porte. Ce fut à cette occasion que Jean-Jacques écrivit ces deux lettres, dont la seconde est remarquable par l’ironie et le persiflage. Madame d’Épinay obtint de Rousseau qu’aucune des deux ne fût envoyée.
[548] François IV, comte de Lastic et de Sieujac, né le 13 juillet 1729, et mort le 26 fructidor an II (12 septembre 1794) au château de Parentignat.
[549] Cette lettre et la précédente pourront expliquer une petite note de l’Héloïse, adressée à l’Homme au beurre. — Note de du Peyrou. (Voyez la cinquième Partie, Lettre VII, vers la fin.)
[550] Louise d’Épinay, née Louise Florence Pétronille Tardieu d’Esclavelles, née à Valenciennes le 11 mars 1726 et morte à Paris le 17 avril 1783. Femme de lettres française.(Note de l’éditeur)
[551] Jacob Vernes, né le 31 mai 1728 à Genève, mort le 22 octobre 1791. Théologien et pasteur protestant de Genève, célèbre pour sa correspondance avec Voltaire et Rousseau et auteur de Confidence Philosophique. Dans cette œuvre écrite sous la forme d’un roman, Jacob Vernes s’en prend à Voltaire et aux principes de l’école encyclopédiste. Sa verve pamphlétaire assura le succès de ce bréviaire de l’antimatérialisme qui fut largement traduit et diffusé en Europe.
[552] Malgré les observations de Rousseau, M-Vernes persista dans son projet, et lit un ouvrage périodique qu’il intitula Choix littéraire, qui probablement eut quelque succès, puisqu’il poussa cette compilation jusqu’au vingt-quatrième volume. Elle parut à Genève de 1755 à 1760, et forme vingt-quatre volumes in-8.
[553] Médecin connu par sa profonde vénération pour la médecine.
[554] Madame d’Épinay avait formé le projet d’écrire à son fils, âgé de douze à treize ans, une suite de lettres propres à le diriger dans ses sentiments et dans sa conduite sous tous les rapports. Déjà elle avait, dans cette idée, écrit deux lettres qu’elle communiqua à Rousseau pour qu’il lui en donnât son avis.
[555] Voici quelle était cette définition: » La politesse est dans un coeur sensible une expression douce, vraie et volontaire du sentiment de l’estime et de la bienveillance. » Plus loin madame d’Épinay disait à son fils: » La louange suit la vertu comme l’ombre suit le corps ; mais le corps ne doit point courir après l’ombre, et l’ombre ne peut exister sans le corps qui la produit. »
[556] À l’occasion de cette phrase, M. Petitain dit qu’elle ne présente aucun sens (tome XVII, page 170, édition de M. Lefèvre): mais il me semble que Jean-Jacques indique à M. Vernes un moyen de se procurer un exemplaire de son Discours, soit en en demandant un à M. Cbappuis, qui en avait plusieurs à sa disposition, soit en le dérobant, ce qui, pour l’auteur, serait une politesse.
[557] Dans la lettre du 28 novembre 1754, adressée à M. Perdriau, professeur de belles-lettres alors, et depuis ministre du saint Evangile et pasteur de la cathédrale, on a vu que Rousseau rendait compte des motifs qu’il avait de dédier son Discours à la république de Genève, mais qu’il avait peu d’espoir de voir sa dédicace agréée.
[558] Sa soumission aux lois ne s’est jamais démentie, et l’on peut dire qu’il l’a poussée jusqu’au scrupule lorsque, pour l’impression de l’Émile, il lutta contre M. de Malesherhes, qui voulait qu’une édition de ce bel ouvrage parût à Paris en même temps que celle qu’on faisait en Hollande. Il ne consentit pas à publier ce livre, même avec l’aveu du magistrat.
[559] Tronchin, alors à Paris, et d’accord avec quelques membres du Conseil à Genève, avait proposé à Rousseau la place de bibliothécaire, avec un traitement de douze cents francs. C’était un bienfait déguisé ; le traitement ordinaire affecté à cette place était bien inférieur à cette somme. Rousseau avait consulté sur cela madame d’Épinay, et, soupçonnant un but caché dans la proposition qui lui était faite, montrait une incertitude dont il était fort tourmenté.
Témoin de ses inquiétudes, madame d’Épinay lui avait écrit qu’elle se chargerait de la mère Le Vasseur et de sa fille, dans le cas où il se déciderait pour Genève, jusqu’à ce qu’il eût vu s’il pouvait s’y accoutumer et s’y fixer. Dans la même lettre, elle lui renouvelait la proposition d’habiter l’Ermitage ; et se rappelant lui avoir entendu dire que s’il avait cent pistoles de rente il ne choisirait pas d’autre habitation, elle lui offrait d’ajouter à la vente de son dernier ouvrage ce qui lui manquait de fonds pour compléter ce revenu. La lettre à madame d’Épinay est la réponse à cette proposition.
[560] Louis de Boissy: poète satirique et auteur dramatique français, né à Vic-sur-Cère (Cantal) le 26 novembre 1694 et mort à Paris le 19 avril 1758. Il a été élu membre de l’Académie française en 1754.(Note de l’éditeur)
[561] Voyez ci-après la lettre à M. de Boissi, du 24 janvier 1756.
[562] Louis-Élisabeth de la Vergne, comte de Tressan, né le 4 novembre 1705 au Mans et mort le 31 octobre 1783 d’une chute de voiture sur la route de Saint-Leu-la-Forêt. Militaire, physicien et écrivain français, connu principalement pour ses adaptations de romans de chevalerie du Moyen Âge. (Note de l’éditeur)
[563] M. Perdriau avait été reçu ministre du saint Évangile en 1738. Il fut élu professeur de belles-lettres en 1756,. il en remplit les fonctions jusqu’en 1776, qu’il se démit pour exercer celle de pasteur de la cathédrale.
[564] On y peut, si l’on veut, ajouter saint Augustin.
[565] Voyez la lettre au même, du 7 janvier, et l’observation qui la suit.
[566] Ce fut jusqu’au mois de décembre 1757, que madame d’Épinay lui écrivit une lettre qui le fit déguerpir par la neige et le froid.
[567] Madame d’Épinay l’avait prié de lui prêter le quatrième volume des Hommes illustres.
[568] C’était la Reine fantasque, qu’il conta en tournant la broche à son tour, dans une réunion.
[569] Voyez la lettre au comte de Tressan, en date du 7 janvier 1756.
[570] Le Baron d’Holbach. Ce dîner prouve qu’ils se voyaient alors, et conséquemment que leur rupture ne date point du mois d’août 1755, et qu’elle n’eut point pour cause la mystification du curé de Montchauvet, ainsi que M. d’Holbach a voulu le faire croire. Ces faits sont éclaircis Histoire de J.J. Rousseau, t. II, p. 130.
[571] Du mois de mars 1756, puisqu’il déménageait pour aller à l’Ermitage.
[572] Cette lettre n’est pas datée: mais comme elle fut écrite trois jours après son arrivée à l’Ermitage elle doit être du 12 avril 1756.
[573] Triste.
[574] Il désigne par cette expression Tronchin, alors à Paris, et que madame d’Épinay consultait sur l’état de sa santé.
[575] Ermite.
[576] Le réservoir des eaux du parc de la Chevrette était à l’Ermitage.
[577] L’Ermitage à Montmorency.
[534] Jean le Rond d’Alembert, also known as Jean Le Rond d’Alembert, was born on November 16, 1717, in Paris, where he died on October 29, 1783. He was a French mathematician, philosopher, and encyclopedist; famous for co-editing the Encyclopédie with Denis Diderot until 1757, as well as for his mathematical research on differential equations and partial derivatives. (Editor’s note)
[535] In most editions, this letter is dated 1761; however, the volume of the Encyclopédia to which it refers proves that it must have been written in 1754. In 1708, Rousseau refuted the article “Genève,” which appeared only after those in Letter C, which he attributed to d’Alembert.
[536] Les Eaux-Vives is located near Geneva; therefore, the date of this letter must correspond to a trip Rousseau made to this city in 1754.
[537] Choose a subject that is commensurate with your abilities.
[538] You are asking me about a subject that I have pondered for a long time.
[539] In this way, one relies on the assistance of the other, and together they conspire to produce the same effect.
[540] One must be free from worldly concerns. Only then can one truly appreciate the power and charm of poetry and music.
[541] Suzanne Gonceru, née Rousseau. Aunt of J.-J. Rousseau. (Editor’s note)
[542] View of Geneva during Rousseau’s time.
[543] The pillars of the Halls of Paris, in the former Rue de la Tonnellerie, around 1870 in Paris.
On June 1, 1754, Rousseau set off for Geneva along with Thérèse and Mr. Gauffecourt, where he subsequently went with Thérèse to pay a visit to Madame de Warens in Chambéry.
[545] Minister of the Holy Gospel and pastor in Geneva. (Editor’s note)
[546] See the letter dated July 6, 1755, addressed to Mr. Vernes.
[547] Wife of Jean-Jacques Charon, Marquis of Menars, a French magistrate and administrator. (Editor’s note)
Thérèse’s mother had brought provisions from Blois. They were taken to Madame de Menars, who, realizing they were not meant for her, refused them. However, in the household of her son-in-law, Monsieur de Lastic, this example was not followed. The provisions were accepted and consumed; when Thérèse came to claim them, she was mocked, and ultimately she was driven away. It was on this occasion that Jean-Jacques wrote these two letters, the second of which is remarkable for its irony and sarcasm. Madame d’Épinay managed to persuade Rousseau not to send either letter.
[548] François IV, Count of Lastic and Sieujac, was born on July 13, 1729, and died on September 12, 1794, during the year II of the French Revolution, at the château of Parentignat.
[549] This letter, along with the previous one, may help to explain a small note written by Héloïse and addressed to “The Man with the Butter.” — Note by du Peyrou. (See the fifth part, Letter VII, towards the end.)
[550] Louise d’Épinay, born Louise Florence Pétronille Tardieu d’Esclavelles, was born in Valenciennes on March 11, 1726, and died in Paris on April 17, 1783. She was a French woman of letters. (Editor’s note)
[551] Jacob Vernes, born on May 31, 1728, in Geneva, died on October 22, 1791. A Protestant theologian and pastor from Geneva, he was famous for his correspondence with Voltaire and Rousseau and was the author of Confidence Philosophique. In this work, written in the form of a novel, Jacob Vernes attacked Voltaire and the principles of the Encyclopedists. His polemical style ensured the success of this primer on anti-materialism, which was widely translated and disseminated throughout Europe.
[552] Despite Rousseau’s observations, M-Vernes persisted with his project and published a periodic work titled Choix littéraire, which likely achieved some success, as he continued this compilation until its twenty-fourth volume. It was published in Geneva from 1755 to 1760 and consisted of twenty-four volumes in octavo format.
[553] A physician renowned for his profound reverence for medicine.
[554] Madame d’Épinay had planned to write a series of letters to her twelve- or thirteen-year-old son, intended to guide him in his emotions and behavior in all aspects. She had already drafted two such letters and showed them to Rousseau for his opinion.
[555] Here was that definition: “Politeness, in a sensitive heart, is a gentle, sincere, and voluntary expression of respect and kindness.” Later on, Madame d’Épinay said to her son: “Praise follows virtue just as a shadow follows the body; but the body must not chase after its shadow, and the shadow cannot exist without the body that produces it.”
[556] Regarding this phrase, Mr. Petitain stated that it made no sense at all (Volume XVII, page 170, edition by Mr. Lefèvre); however, I believe that Jean-Jacques was indicating to Mr. Vernes a way to obtain a copy of his Discourse—either by asking Mr. Cbappuis, who had several copies available, or by stealing it, which, in the author’s view, would even be considered a polite act.
[557] In the letter dated November 28, 1754, addressed to Mr. Perdriau—then a professor of literature and later Minister of the Holy Gospel and pastor of the cathedral—Rousseau explained the reasons why he decided to dedicate his “Discourse” to the Republic of Geneva, but he expressed little hope that his dedication would be approved.
[558] His submission to the laws was never in doubt, and one could say that he even went so far as to act out of scrupulous integrity when, for the sake of pleasing Émile, he opposed Mr. de Malesherhes, who wanted to have an edition of this fine work published in Paris simultaneously with the one being produced in the Netherlands. He refused to publish the book, even despite the magistrate’s approval.
[559] Tronchin, who was then in Paris and in agreement with some members of the Council in Geneva, offered Rousseau the position of librarian, with a salary of twelve hundred francs. This was a disguised form of kindness; the regular salary associated with this position was far lower than that amount. Rousseau had consulted Madame d’Épinay on this matter, and, suspecting that there was some hidden motive behind this offer, he showed considerable uncertainty, which caused him great distress.
Witness to his concerns, Madame d’Épinay had written to him, offering to take care of Madame Le Vasseur and her daughter should he decide to move to Geneva, until it became clear whether he could adapt to the place and settle there. In the same letter, she reiterated her offer to let him live at the Ermitage; and recalling that she had heard him say that if he had one hundred pistoles in income, he would not consider any other dwelling, she offered to add to the proceeds from the sale of his latest work whatever funds he lacked to achieve that income. The letter to Madame d’Épinay is the response to this offer.
[560] Louis de Boissy: a French satirical poet and playwright, born on November 26, 1694, in Vic-sur-Cère (Cantal), and died in Paris on April 19, 1758. He was elected a member of the Académie française in 1754. (Editor’s note)
[561] Please see below the letter to Mr. de Boissi, dated January 24, 1756.
[562] Louis-Élisabeth de la Vergne, Count of Tressan, was born on November 4, 1705, in Le Mans and died on October 31, 1783, as a result of a fall from his carriage on the road to Saint-Leu-la-Forêt. A French military officer, physicist, and writer, he is primarily known for his adaptations of medieval chivalric novels. (Editor’s note)
[563] Mr. Perdriau was appointed Minister of the Holy Gospel in 1738. In 1756, he was elected Professor of Fine Arts and held that position until 1776, when he resigned to take up the role of pastor at the cathedral.
[564] One can, if one so chooses, include Saint Augustine as well.
[565] See the letter to the same person, dated January 7th, and the observation that follows it.
It was not until December 1757 that Madame d’Épinay wrote him a letter that forced him to flee amidst the snow and cold.
[567] Madame d’Épinay had asked him to lend her the fourth volume of “Hommes illustres”.
[568] It was about the Fantasque Queen; he told the story during a gathering, while turning the brooch around in his hands.
[569] See the letter to Count of Tressan, dated January 7, 1756.
[570] Baron d’Holbach. This dinner proves that they were still in contact at that time; consequently, their separation did not occur in August 1755, and it was not caused by the deception orchestrated by the priest of Montchauvet, as Mr. d’Holbach had intended to make people believe. These facts are clarified in Histoire de J.-J. Rousseau, vol. II, p. 130.
[571] From March 1756, since he moved in order to go to the Hermitage.
[572] This letter is not dated; but since it was written three days after her arrival at the Hermitage, it must date from April 12, 1756.
[573] Sad.
[574] He refers here to Tronchin, who was then in Paris and whom Madame d’Épinay consulted regarding the state of her health.
[575] Hermit.
[576] The reservoir for the water supply of the Chevrette Park was located at the Ermitage.
[577] The Hermitage at Montmorency.
[534] Jean le Rond d’Alembert, nato il 16 novembre 1717 a Parigi e morto il 29 ottobre 1783 nella stessa città. Matematico, filosofo ed enciclopedista francese; famoso per aver diretto l’Encyclopédie insieme a Denis Diderot fino al 1757 e per le sue ricerche in matematica sulle equazioni differenziali e sulle derivate parziali. (Nota dell’editore)
[535] Nella maggior parte delle edizioni, questa lettera è datata al 1761; il volume dell’Enciclopedia di cui si parla dimostra che dovette essere scritta nel 1754. Nel 1708 Rousseau aveva già confutato l’articolo su Ginevra, che apparve soltanto dopo quelli contenuti nella lettera C, ai quali faceva riferimento.
[536] Les Eaux-Vives si trovano alle porte di Ginevra; pertanto, la data di questa lettera deve corrispondere a un viaggio che Rousseau fece in quella città nel 1754.
[537] Scegliete un argomento che sia in linea con le vostre capacità.
[538] Mi ponete una domanda su un argomento su cui ho riflettuto a lungo.
[539] Così uno si avvale dell’aiuto dell’altro, e entrambi concorrono per ottenere lo stesso risultato.
[540] Bisogna essere liberi nelle proprie azioni. Solo allora si può percepire la forza e il fascino della poesia e della musica.
[541] Suzanne Gonceru, nata Rousseau. “Tante di J.-J. Rousseau”. (Nota dell’editore)
[542] Vista di Ginevra all’epoca di Rousseau.
[543] I pilastri delle Halles de Paris, nell’ex rue de la Tonnellerie, a Parigi intorno al 1870.
Il 1° giugno 1754 Rousseau partì con Thérèse e Monsieur Gauffecourt per Ginevra; da lì si recò insieme a Thérèse a far visita a Madame de Warens a Chambéry.
[545] Ministro dell’Evangelo sacro e pastore a Ginevra. (Nota dell’editore)
[546] Si veda la lettera del 6 luglio 1755 indirizzata a Monsieur Vernes.
[547] Moglie di Jean-Jacques Charon, marchese di Menars, giurista e funzionario amministrativo francese. (Nota dell’editore)
La madre di Teresa aveva fatto portare delle provviste da Blois; queste furono consegnate a madame de Menars, la quale, vedendo che non erano destinate a lei, le rifiutò. Nella casa di suo genero, il signor de Lastic, non si seguì questo esempio: le provviste furono accettate e consumate; quando Teresa si presentò per reclamarle, la gente si prese gioco di lei e alla fine la cacciò via. Fu in questa occasione che Jean-Jacques scrisse queste due lettere, la seconda delle quali è particolarmente nota per l’ironia e il sarcasmo contenuti al suo interno. Madame d’Épinay riuscì a convincere Rousseau a non farle inviare.
[548] François IV, conte di Lastic e di Sieujac, nato il 13 luglio 1729 e morto il 26 fruttidor dell’anno II (12 settembre 1794) nel castello di Parentignat.
[549] Questa lettera e quella precedente potranno spiegare una piccola nota di Eloisa indirizzata all’“Uomo al burro”. –Nota di du Peyrou. (Vedere la Quinta Parte, Lettera VII, verso la fine.)
[550] Louise d’Épinay, nata Louise Florence Pétronille Tardieu d’Esclavelles, nata a Valenciennes l’11 marzo 1726 e morta a Parigi il 17 aprile 1783. Scrittrice francese. (Nota dell’editore)
[551] Jacob Vernes, nato il 31 maggio 1728 a Ginevra, morto il 22 ottobre 1791. Teologo e pastore protestante di Ginevra, famoso per la sua corrispondenza con Voltaire e Rousseau e autore de “Confessione Filosofica”. In quest’opera scritta sotto la forma di un romanzo, Jacob Vernes attacca Voltaire e i principi dell’illuminismo. La sua eloquenza polemica garantì il successo di questo breviario dell’antimaterialismo, che fu ampiamente tradotto e diffuso in Europa.
[552] Nonostante le osservazioni di Rousseau, M-Vernes perseverò nel suo progetto e pubblicò una rivista periodica intitolata “Choix littéraire”, che probabilmente ebbe un certo successo, visto che portò questa raccolta fino al ventiquattresimo volume. La rivista fu pubblicata a Ginevra dal 1755 al 1760 e si componeva di ventiquattro volumi in ottavo.
[553] Medico noto per la sua profonda devozione verso la medicina.
[554] Madame d’Épinay aveva deciso di scrivere a suo figlio, che aveva tra i dodici e i tredici anni, una serie di lettere destinate a guidarlo nei suoi sentimenti e nel suo comportamento in ogni ambito. Aveva già scritto due lettere in questo senso e le aveva mostrate a Rousseau per chiedergli il suo parere.
Ecco questa definizione: “La cortesia, in un cuore sensibile, è un’espressione dolce, vera e volontaria del sentimento di stima e benevolenza”. Più avanti, madame d’Épinay diceva a suo figlio: “La lode segue la virtù come l’ombra segue il corpo; ma il corpo non deve inseguire l’ombra, e l’ombra non può esistere senza il corpo che la produce”.
[556] A proposito di questa frase, il signor Petitain afferma che essa non abbia alcun senso (volume XVII, pagina 170, edizione del signor Lefèvre); tuttavia mi sembra che Jean-Jacques indichi al signor Vernes un modo per procurarsi un esemplare del suo Discorso: sia chiedendone uno al signor Cbappuis, che ne aveva diversi a disposizione, sia rubandolo, il che, per l’autore, sarebbe considerato una sorta di “gentilezza”.
[557] Nella lettera del 28 novembre 1754, indirizzata a Monsieur Perdriau, all’epoca professore di lettere e in seguito ministro del Santo Vangelo e pastore della cattedrale, si legge che Rousseau esponeva i motivi per cui aveva deciso di dedicare il suo “Discorso” alla repubblica di Ginevra, ma manifestava scarsi speranze che la sua dedica venisse accettata.
[558] La sua sottomissione alle leggi non si è mai discostata da tale principio, e si può dire che l’abbia portata fino al punto di scrupoli quando, per garantire la pubblicazione de “L’Émile”, si oppose a Monsieur de Malesherhes, il quale voleva che un’edizione di quest’opera venisse pubblicata a Parigi contemporaneamente a quella realizzata in Olanda. Non acconsentì mai a pubblicare quel libro, nemmeno con l’autorizzazione del magistrato.
[559] Tronchin, che all’epoca si trovava a Parigi e era in accordo con alcuni membri del Consiglio di Ginevra, aveva proposto a Rousseau la carica di bibliotecario, con uno stipendio di duecento franchi. Si trattava in realtà di un favore mascherato: lo stipendio abituale previsto per questa posizione era ben inferiore a quella somma. Rousseau aveva consultato al riguardo madame d’Épinay e, sospettando che ci fosse uno scopo nascosto dietro tale proposta, mostrava una notevole incertezza, il che lo tormentava molto.
Testimone delle sue preoccupazioni, madame d’Épinay gli aveva scritto che si sarebbe occupata della madre Le Vasseur e di sua figlia, nel caso in cui decidesse di stabilirsi a Ginevra, fino a quando non avesse constatato se fosse possibile adattarsi e stabilirsi lì. Nella stessa lettera, gli riproponeva l’offerta di abitare all’Ermitage; e, ricordandosi di aver sentito dire che, se avesse avuto cento pistole di rendita, non avrebbe scelto nessun altro luogo dove vivere, gli offriva di aggiungere al ricavato della vendita del suo ultimo lavoro la somma di denaro che gli mancava per raggiungere quel reddito. La lettera a madame d’Épinay rappresenta la risposta a questa proposta.
[560] Louis de Boissy: poeta satirico e drammaturgo francese, nato a Vic-sur-Cère (Cantal) il 26 novembre 1694 e morto a Parigi il 19 aprile 1758. Fu eletto membro dell’Accademia francese nel 1754. (Nota dell’editore)
[561] Si veda qui sotto la lettera indirizzata a Monsieur de Boissi del 24 gennaio 1756.
[562] Louis-Élisabeth de la Vergne, conte di Tressan, nato il 4 novembre 1705 al Mans e morto il 31 ottobre 1783 in seguito a una caduta da carrozza sulla strada per Saint-Leu-la-Forêt. Militare, fisico ed scrittore francese, conosciuto principalmente per le sue adattazioni di romanzi cavallereschi del Medioevo. (Nota dell’editore)
[563] Nel 1738, il signor Perdriau fu nominato ministro del Santo Vangelo. Nel 1756 fu eletto professore di lettere e ricoprì tale incarico fino al 1776, anno in cui si dimise per assumere la carica di pastore della cattedrale.
[564] Si può, se si desidera, aggiungere anche Sant’Agostino.
[565] Si veda la lettera dello stesso giorno, datata 7 gennaio, e l’osservazione che ne segue.
Fu solo nel dicembre del 1757 che madame d’Épinay gli scrisse una lettera che lo spinse a fuggire, nonostante la neve e il freddo.
[567] Madame d’Épinay lo aveva pregato di prestargli il quarto volume degli “Uomini illustri”.
[568] Era la Regina Fantasma; ne parlava girando a turno il braccialetto durante una riunione.
[569] Si veda la lettera indirizzata al conte di Tressan, datata 7 gennaio 1756.
[570] Il Barone d’Holbach. Questo pranzo dimostra che si vedevano ancora in quel periodo; di conseguenza, la loro rottura non risale al mese di agosto del 1755, e non fu causata dalla mistificazione del curato di Montchauvet, come il signor d’Holbach ha voluto far credere. Questi fatti sono chiariti nella “Storia di J.-J. Rousseau”, vol. II, p. 130.
[571] Dal mese di marzo del 1756, poiché si trasferì per andare all’Ermitage.
[572] Questa lettera non è datata; tuttavia, poiché fu scritta tre giorni dopo il suo arrivo all’Ermitage, deve essere del 12 aprile 1756.
[573] Triste.
[574] Con questa espressione si riferisce a Tronchin, che all’epoca si trovava a Parigi e al quale la signora d’Épinay chiedeva consigli riguardo alla sua salute.
[575] Eremita.
[576] Il serbatoio delle acque del parco della Chevrette si trovava all’Ermitage.
[577] L’Ermitage di Montmorency.
[578] Célèbre horloger de Genève qui s’établit à Paris. Il est auteur des articles de l’Encyclopédie relatifs à son art. M. de Corancez de-vint son gendre.
[579] Allusion à ce que lui avait dit madame d’Épinay dans une conversation précédente. » Faites comme moi, mon ami. Si ceux que j’ai crus mes amis sont faux, méchants, et injustes, je les laisse, je les plains, et je m’enveloppe de mon manteau. En voulez-vous la moitié ? »
[580] Le poème de la Religion naturelle, de Voltaire, dont il est question, sert à donner une date à cette lettre, qui ne put être écrite en 1755, comme l’a cru M. Petitain, puisque ce poème ne parut qu’en 1756. Il fut presque aussitôt réimprimé avec le poème sur le désastre de Lisbonne, sous le titre de la Loi naturelle. Le désastre de Lisbonne était arrivé le 1er novembre 1755.
[581] Franz Christoph von Scheyb (François-Christophe de Scheyb), né en 1704 à Thengen, en Haute-Souabe. Tout d’abord secrétaire auprès du comte de Harach (Vice-roi de Naples). Il fit imprimer un abrégé du traité de Grotius, du Droit de la guerre et de la paix: Grotius de jure Belli et pacis in nuce, Leyde, 1728, in-8°. En 1739, il fut nommé secrétaire des États de la Basse-Autriche. Il fit éditer la Table de Peutinger (monument important de la géographie ancienne) qu’il accompagna de notes savantes, ainsi que d’autres ouvrages d’intérêt moindre. (Note de l’éditeur)
[582] C’est ainsi qu’il appelait Grimm. Comme il se peignait le visage, on le nommait Tyran-Ie-Blanc.
[583] Celui sur le Désastre de Lisbonne, et celui sur la Loi naturelle.
[584] M. de La Harpe trouva ce langage peu respectueux.
[585] Le discours sur l’origine de l’inégalité.
[586] Examen de l’Essai sur l’Homme, par Crousaz. Lausanne, 1737, in-I 2.
[587] M. de Voltaire ayant avancé que la nature n’agit jamais rigoureusement, que nulle quantité précise n’est requise pour nulle opération, il s’agissait de combattre cette doctrine, et d’éclaircir mon raisonnement par un exemple. Dans celui de l’équilibre entre deux, poids, il n’est pas nécessaire, selon M. de Voltaire, que ces deux poids soient rigoureusement égaux pour que cet équilibre ait lieu. Or je lui fais voir que, dans cette supposition, il y a nécessairement effet sans cause, ou cause sans effet. Puis, ajoutant la seconde supposition des deux poids de fer et du grain d’aimant, je lui fais voir que, quand on ferait dans la nature quelque observation semblable à l’exemple supposé, cela ne prouverait encore rien en sa faveur, parce qu’il ne saurait s’assurer que quelque cause naturelle ou secrète ne produit pas en cette occasion l’apparente irrégularité dont il accuse la nature.
[588] Le jardinier.
[589] D’après les Mémoires de madame d’Épinay, l’on sait qu’elle avait des chagrins de deux sortes. Les uns lui venaient de son mari, qui mangeait sa fortune avec des actrices ; et les autres d’elle-même. Elle aima tour-à-tour Francueil et Grimm, et vit deux fois sa passion survivre à celle qu’elle avait inspirée.
[590] C’est celle dont nous avons donné un fragment à la suite de la lettre du 18 août. Nous avons oublié de dire que la réponse de Voltaire était écrite des Délices, le 12 septembre 1756 ; date qui nous met à même d’en donner une à cette lettre.
[591] Diderot, qui fit dans ce mois, une visite à l’Ermitage.
[592] Madame d’Épinay appelait ses ours plusieurs personnes de sa société: il y avait déjà longtemps qu’elle donnait ce nom à Rousseau.
[593] Cette date est prise dans les Mémoires de madame d’Épinay.
[594] Cette circonstance fait présumer que cette lettre, qui n’est pas datée, fut écrite vers la fin de janvier. Nous la laissons dans l’ordre où nous l’avons trouvée.
[595] Secrétaire de M. d’Épinay.
[596] La différence entre les deux amis est exprimée avec autant de justesse que d’énergie.
[597] Mademoiselle Le Vasseur.
[598] Voyez Confessions, livre IX.
[599] C’était Diderot, dont Grimm n’avait pu vaincre les préventions contre madame d’Épinay, et qui se refusait absolument à la voir.
— Pour la parfaite intelligence de cette lettre, il faut rapporter ici un passage de la lettre de madame d’Épinay à laquelle celle-ci sert de réponse.
«J’ai vu M. Diderot, et si je n’étais pas une imbécile, il aurait certainement dîné chez moi ; mais je crois que le pauvre Gauffecourt m’avait inoculé sa goutte ou son rhumatisme sur l’esprit ; et puis, je ne sais point tirailler ni violenter les gens ; au moyen de quoi je suis très persuadée que je ne le reverrai pas, malgré toutes les assurances qu’il m’a données de venir me voir. Mais encore faut-il vous dire comment cette entrevue s’est passée. J’étais en peine de notre ami que j’avais laissé en mauvais état hier au soir ; je me levai ce matin de bonne heure, et je me rendis chez lui avant neuf heures. Le baron d’Holbach et M. Diderot y étaient. Celui-ci voulut sortir dès qu’il me vit ; je l’arrêtai par le bras: Ah ! lui dis-je, le hasard ne me servira pas si bien, sans que j’en profite. Il rentra, et je puis assurer que je n’ai de ma vie eu deux heures plus agréables.
«Il y a sans doute dans ce billet bien des fautes d’orthographe, mais vous en trouverez davantage encore dans les plans que je vous fais passer. »
[600] Grimm, qui se parfumait, est l’ours musqué.
[601] Sobriquet donné à Grimm.
[602] Dans une lettre précédente, elle avait fait part à Rousseau du désir que témoignait Gauffecourt malade qu’il vînt passer quelques jours avec lui, soupçonnant, ajoutait-elle, que Gauffecourt avait quelques affaires à arranger, et qu’il ne voulait les confier qu’à lui.
[603] Au château de Montmorency.
[604] Denis Diderot, né le 5 octobre 1713 à Langres et mort le 31 juillet 1784 à Paris. Écrivain, philosophe et encyclopédiste français.(Note de l’éditeur)
[605] Nom de plaisanterie donné par Grimm au fils de madame d’Épinay. (Confessions, livre IX.)
[606]*Cette lettre étant, par son objet et par la circonstance où elle fut écrite, une des plus intéressantes de cette correspondance, et étant aussi celle qui, d’un des deux textes à l’autre, offre des différences plus nombreuses et plus remarquables, nous avons cru devoir mettre le lecteur à portée d’en faire lui-même la comparaison, en mettant sous ses yeux les deux textes l’un au-dessous de l’autre.(M.P.)
[607] Augmentées, aggravées.
[608] C’est de M. Gauffecourt qu’il est question.
[609] Madame d’Houdetot.
[610] Grimm.
[611] Ermite.
[612] Comme, d’après les Mémoires de madame d’Épinay, Grimm fut, en 1757, nommé secrétaire du maréchal d’Estrées, qui se rendit à l’armée d’Allemagne, il est probable que c’est de lui qu’il est question. Il hésita quelque temps, préférant le séjour de Paris, et ne partit que lorsqu’il perdit l’espoir d’avoir une autre place.
[613] C’était pour la Nouvelle Héloise, dans laquelle il fait embarquer Saint-Preux avec cet amiral, dont la relation avait été traduite en français par l’abbé Gua de Malver, et publiée en 1750, in-4°.
[614] Élisabeth Sophie Françoise, dite «Mimi », Lalive de Bellegarde, par son mariage, comtesse d’Houdetot née le 18 décembre 1730 à Paris où elle est morte le 28 janvier 1813, dans sa maison au 12, rue de Tournon, Paris, 6ème arrondissement. C’est une salonnière française.(Note de l’éditeur)
[615] Cette lettre est sans date: mais il nous a paru facile d’en mettre une, en nous rappelant que la passion de Jean-Jacques pour madame d’Houdetot fut portée au dernier degré dans l’été de 1737, et que la lettre à Sophie est celle où cette passion est exprimée avec le plus de force.
[616] L’auteur d’Agamemnon.
[617] Rousseau, dans ses Confessions, rapporte ces paroles ; mais il leur a donné plus d’élégance et plus d’énergie. Son imagination embellissait alors ses souvenirs. On en peut juger en confrontant les deux versions. Voici celle des Confessions: » Non, jamais homme ne fut si aimable et jamais amant n’aima comme vous ! mais votre ami Saint-Lambert nous écoute, et mon coeur ne saurait aimer deux fois. »
[618] Il résulte des renseignements qui nous ont été donnés, que cette lettre était chiffrée par Rousseau, et que c’est ce chiffre que possède M. Moultou à qui nous en devons la copie.
[619] Au nombre des oeuvres de musique composées par. Jean-Jacques, est un Salve, regina, qu’il avait fait en 1752.
[620] Depuis, madame de Belsunce.
[621] Ceux que madame d’Épinay appelait mes ours.
[622] Après cette lettre viennent les trois billets que Jean-Jacques écrivit le même jour à madame d’Épinay, et qu’il a textuellement insérés dans ses Confessions, livre IX.
[623] Celui d’aller à Genève consulter Tronchin.
[624] Jean-François, marquis de Saint-Lambert, né à Nancy le 26 décembre 1716 et mort à Paris le 9 février 1803.Militaire, philosophe, conteur et poète lorrain puis, après 1766, français.
[625] Quand j’écrivais cette lettre, M. d’Holbach avait déjà sa seconde femme, soeur de la première.
[578] A renowned watchmaker from Geneva who settled in Paris. He was the author of the entries on his craft in the Encyclopédie. Mr. de Corancez later became his son-in-law.
[579] An allusion to what madame d’Épinay had said to him in a previous conversation. “Do as I do, my friend. If those whom I believed to be my friends are false, wicked, and unjust, I leave them behind, I feel pity for them, and I draw my cloak around me. Would you like half of it?”
[580] The poem “Religion Naturelle” by Voltaire, which is in question here, serves to determine the date of this letter. It could not have been written in 1755, as Mr. Petitain believed, since the poem was not published until 1756. It was almost immediately reprinted, along with a poem about the disaster at Lisbon, under the title “La Loi naturelle.” The disaster at Lisbon occurred on November 1, 1755.
[581] Franz Christoph von Scheyb (François-Christophe de Scheyb), born in 1704 in Thengen, Upper Swabia. Initially serving as secretary to the Count of Harach (Vice-Roy of Naples), he had a summary of Hugo Grotius’s work on the Laws of War and Peace published: Grotius de jure Belli et pacis in nuce, Leyde, 1728, in-8°. In 1739, he was appointed Secretary of State for Lower Austria. He had the Peutinger Table (an important monument to ancient geography) edited and published, accompanying it with scholarly annotations, as well as other works of lesser significance. (Editor’s note)
[582] That was how he called Grimm. Since he painted his face white, people also called him Tyrant the White.
[583] That one about the Disaster of Lisbon, and that one about Natural Law.
[584] Mr. de La Harpe found this language to be rather disrespectful.
[585] The discourse on the origin of inequality.
[586] Review of “Essay on Man” by Crousaz. Lausanne, 1737, in-I 2.
[587] Since Mr. de Voltaire argued that nature never acts in a strictly precise manner, and that no exact quantity is required for any particular process, it was necessary to refute this doctrine and clarify my reasoning through an example. In the case of equilibrium between two weights, according to Mr. de Voltaire, it is not essential that these two weights be exactly equal for equilibrium to occur. However, I showed him that under such assumptions, there would necessarily be an effect without a cause, or a cause without an effect. Furthermore, by introducing the second scenario involving two iron weights and a magnetite particle, I demonstrated that even if one were to observe something similar in nature, it would still not prove his point, because one could never be certain that some natural or hidden cause was not at work, producing the apparent irregularity that Mr. de Voltaire attributed to nature itself.
[588] The gardener.
[589] According to the Memoirs of Madame d’Épinay, it is known that she suffered from two kinds of sorrow. One stemmed from her husband, who squandered their fortune with actresses; the other came from within herself. She successively loved Francueil and Grimm, and on two occasions, she witnessed the persistence of these passions long after they had faded for those she loved.
[590] It is the one for which we provided a fragment following the letter dated August 18th. We forgot to mention that Voltaire’s reply was written from Les Délices on September 12, 1756; this date allows us to provide a response to this letter as well.
[591] Diderot made a visit to the Hermitage during this month.
[592] Madame d’Épinay referred to several people in her circle as her “ours”; she had already been calling Rousseau by that name for some time.
[593] This date is taken from the Memoirs of Madame d’Épinay.
[594] This circumstance leads us to assume that this letter, which is not dated, was written towards the end of January. We leave it in the order in which we found it.
[595] Secretary to Mr. d’Épinay.
[596] The difference between the two friends is expressed with both precision and vigor.
[597] Miss Le Vasseur.
[598] See Confessions, Book IX.
[599] It was Diderot—whom Grimm had never been able to overcome his prejudice against Madame d’Épinay, and who absolutely refused to meet her.
—to fully understand the significance of this letter, it is necessary to include a passage from Madame d’Épinay’s letter to which this one serves as a response.
“I saw Mr. Diderot, and if I weren’t such a fool, he would surely have dined at my house; but I think that poor Gauffecourt must have ‘inoculated’ his gout or rheumatism into my mind. Besides, I simply don’t know how to approach or manipulate people in such ways. As a result, I’m pretty sure I won’t see him again, despite all the promises he made about coming to visit me. But let me tell you how that meeting actually took place. I was very worried about our friend whom I had left in a poor state last night; so I got up early this morning and went to his house before nine o’clock. Baron d’Holbach and Mr. Diderot were there. As soon as he saw me, he tried to leave; but I grabbed him by the arm and said, ‘Ah! Chance won’t be so kind to me again without my taking advantage of it.’ He stayed, and I can assure you that those two hours were the most pleasant of my life.”
“There are undoubtedly many spelling mistakes in this letter, but you will find even more in the plans that I am sending you.”
[600] Grimm, who perfumes himself, is the musky bear.
[601] A nickname given to Grimm.
[602] In a previous letter, she had informed Rousseau of Gauffecourt’s desire to have him visit for a few days while ill, suspecting, she added, that Gauffecourt had some matters that he needed to settle and that he wanted to confide them only to him.
[603] At the Château of Montmorency.
[604] Denis Diderot, born on October 5, 1713, in Langres, and died on July 31, 1784, in Paris. French writer, philosopher, and encyclopedist. (Editor’s note)
[605] A nickname given by Grimm to the son of Madame d’Épinay. (Confessions, Book IX.)
[606]*Since this letter, due to its subject matter and the circumstances in which it was written, is one of the most interesting in this correspondence, and since it also presents the greatest number of and most notable differences between the two texts, we felt it necessary to enable readers to make their own comparison by presenting the two texts side by side.(M.P.)
[607] Increased, intensified.
[608] It is Mr. Gauffecourt who is being referred to here.
[609] Madame d’Houdetot.
[610] Grimm.
[611] Hermit.
[612] According to the Memoirs of Madame d’Épinay, Grimm was appointed secretary to Marshal d’Estrées in 1757; since Marshal d’Estrées went to serve in the army in Germany, it is likely that he is referring to this person. Grimm hesitated for some time, preferring to stay in Paris, and only departed when he lost hope of obtaining another position.
[613] This was for New Heloise, in which he has Saint-Preux embark with that admiral whose correspondence had been translated into French by Abbé Gua de Malver and published in 1750 in quarto format.
[614] Élisabeth Sophie Françoise, known as “Mimi”, Lalive de Bellegarde, by marriage became Countess of Houdetot. She was born on December 18, 1730, in Paris, and died there on January 28, 1813, in her residence at 12 rue de Tournon, in the 6th arrondissement of Paris. She was a French salon hostess. (Editor’s note)
[615] This letter has no date; however, it seemed easy to assign one to it, given that Jean-Jacques’s passion for Madame d’Houdetot reached its peak in the summer of 1737, and that the letter to Sophie is precisely the one in which this passion is expressed with the greatest intensity.
[616] The author of “Agamemnon”.
[617] Rousseau mentions these words in his Confessions; however, he gave them more elegance and intensity. At that time, his imagination embellished his memories. This can be seen by comparing the two versions. Here is the passage from the Confessions: “No, never has a man been so kind, and never has a lover loved so deeply as you! But your friend Saint-Lambert is listening, and my heart could never love twice.”
[618] From the information provided to us, it appears that this letter was encrypted by Rousseau, and it is this code that Mr. Moultou possesses, which is why we have obtained a copy from him.
Among the musical works composed by Jean-Jacques is a piece titled “Salve, Regina,” which he created in 1752.
[620] Since then, Madame de Belsunce.
[621] Those whom Madame d’Épinay called my “bears.”
[622] Following this letter are the three notes that Jean-Jacques wrote on the same day to Madame d’Épinay, which he has literally included in his Confessions, Book IX.
[623] That of going to Geneva to consult Tronchin.
[624] Jean-François, Marquis de Saint-Lambert, was born in Nancy on December 26, 1716, and died in Paris on February 9, 1803. A military officer, philosopher, storyteller, and poet from Lorraine, he later became a Frenchman after 1766.
[625] When I wrote this letter, Mr. d’Holbach already had his second wife, who was the sister of his first one.
[578] Famoso orologiaio di Ginevra che si stabilì a Parigi. Fu autore degli articoli sull’arte orologiera presenti nell’Enciclopedia. Il signor de Corancez divenne suo genero.
[579] Allusione a ciò che madame d’Épinay gli aveva detto in una conversazione precedente. “Fai come me, amico mio. Se coloro che ho creduto fossero miei amici si rivelano falsi, malvagi e ingiusti, li lascio perdere, li compiango, e mi avvolgo nel mio mantello. Vuoi metterti anche tu ‘metà’ di quel mantello?”
[580] Il poema “La Religione naturale” di Voltaire, di cui si parla in questo testo, serve a determinare la data di composizione di questa lettera, che non poteva essere scritta nel 1755, come credeva il signor Petitain, poiché tale poema fu pubblicato soltanto nel 1756. Fu quasi immediatamente ristampato insieme al poema sul disastro di Lisbona, con il titolo “La Legge naturale”. Il disastro di Lisbona era avvenuto il 1° novembre 1755.
[581] Franz Christoph von Scheyb (François-Christophe de Scheyb), nato nel 1704 a Thengen, nell’Alta Svevia. Inizialmente segretario presso il conte di Harach (Vice-re del Napoli). Fece stampare un riassunto del trattato di Grotius sul Diritto della guerra e della pace: Grotius de jure Belli et pacis in nuce, Leyde, 1728, in-8°. Nel 1739 fu nominato segretario degli Stati della Bassa Austria. Fece pubblicare la Tabula Peutingeriana (un importante monumento della geografia antica), accompagnandola con note erudite, oltre ad altri opere di minore rilevanza. (Nota dell’editore)
[582] Era così che lo chiamava: Grimm. Poiché si truccava il viso in quel modo, veniva soprannominato “Tiranno dalla faccia bianca”.
[583] Quello sul Disastro di Lisbona e quello sulla Legge Naturale.
[584] Il signor de La Harpe ritenne che quel linguaggio mancasse di rispetto.
[585] Il discorso sull’origine dell’ineguaglianza.
[586] Esame dell’“Saggio sull’Uomo” di Crousaz. Losanna, 1737, vol. I, p. 2.
[587] Poiché Monsieur de Voltaire aveva affermato che la natura non agisce mai in modo rigoroso, e che per nessuna operazione sia necessaria una quantità precisa, si trattava di confutare questa dottrina e di chiarire il mio ragionamento attraverso un esempio. Nel caso dell’equilibrio tra due pesi, secondo Monsieur de Voltaire non è necessario che questi due pesi siano rigorosamente uguali affinché l’equilibrio si verifichi. Tuttavia io gli dimostro che, in questa ipotesi, si verifica inevitabilmente un effetto senza causa, o una causa senza effetto. Inoltre, aggiungendo la seconda ipotesi – quella dei due pesi di ferro e del granello di magnetite – gli mostro che, anche se si osservasse nella natura qualche fenomeno simile a quello ipotizzato, ciò non proverebbe nulla a favore della sua teoria, poiché non si potrebbe essere certi che non esista una causa naturale o nascosta che produca in quel caso l’apparente irregolarità di cui Monsieur de Voltaire accusa la natura.
[588] Il giardiniere.
[589] Secondo i “Memorie” di madame d’Épinay, si sa che soffriva per due tipi di dolori: alcuni derivavano dal suo marito, che spendeva tutta la loro fortuna con delle attrici; gli altri provenivano da lei stessa. Amò alternativamente Francueil e Grimm, e vide due volte le proprie passioni sopravvivere a quelle che aveva suscitato negli altri.
[590] Si tratta di quella di cui abbiamo fornito un frammento dopo la lettera del 18 agosto. Abbiamo dimenticato di menzionare che la risposta di Voltaire fu scritta da “Les Délices” il 12 settembre 1756; questa data ci permette ora di fornire una risposta anche a quella lettera.
[591] Diderot, che in quel mese fece una visita all’Ermitage.
[592] Madame d’Épinay chiamava “orsi” diverse persone della sua cerchia; da molto tempo ormai attribuiva questo nome a Rousseau.
[593] Questa data è tratta dalle Memorie di Madame d’Épinay.
[594] Questa circostanza fa supporre che questa lettera, priva di data, sia stata scritta verso la fine di gennaio. La lasciamo nell’ordine in cui è stata trovata.
[595] Segretario di Monsieur d’Épinay.
[596] La differenza tra i due amici viene espressa con la stessa precisione e vivacità.
[597] Signorina Le Vasseur.
[598] Si veda “Confessioni”, libro IX.
[599] Era Diderot, il cui pregiudizio nei confronti di madame d’Épinay Grimm non era riuscito a superare, e che si rifiutava assolutamente di incontrarla.
— Per comprendere appieno il significato di questa lettera, è necessario citare un passaggio dalla risposta che madame d’Épinay invia alla stessa lettera.
“Ho visto il signor Diderot. E se non fossi stata una sciocca, sicuramente sarebbe venuto a cena da me; ma credo che quel povero Gauffecourt abbia ‘iniettato’ nel mio spirito la sua gotta o il suo reumatismo. Inoltre, non so come si debbano trattare o costringere le persone; per questo sono assolutamente convinta che non lo rivedrò mai, nonostante tutte le sue promesse di venire a trovarmi. Ma devo raccontarvi com’è andata questa incontro. Ero molto preoccupata per il nostro amico, che ieri sera avevo lasciato in cattive condizioni; mi alzai presto quella mattina e andai da lui prima delle nove. C’erano lì il barone d’Holbach e il signor Diderot. Quest’ultimo voleva andarsene non appena mi vide; lo trattenni per il braccio e gli dissi: ‘Ah! Il caso non mi sarà così favorevole, se non ne approfitto io stessa, ’ Lui tornò indietro, e posso assicurarvi che in tutta la mia vita non ho mai trascorso due ore più piacevoli di quelle.”
“Senza dubbio in questo biglietto ci sono molte errori di ortografia, ma ne troverete ancora di più nei piani che vi sto inviando.”
[600] Grimm, che si profuma, è l’orso muschiato.
[601] Soprannome dato a Grimm.
[602] In una lettera precedente, lei aveva comunicato a Rousseau il desiderio espresso da Gauffecourt, malato, di trascorrere alcuni giorni con lui, sospettando, aggiungeva, che Gauffecourt avesse alcune questioni da risolvere e che volesse affidarle soltanto a lui.
[603] Nel castello di Montmorency.
[604] Denis Diderot, nato il 5 ottobre 1713 a Langres e morto il 31 luglio 1784 a Parigi. Scrittore, filosofo ed enciclopedista francese. (Nota dell’editore)
[605] Nome scherzoso con cui Grimm chiamava il figlio di Madame d’Épinay. (Confessioni, libro IX.)
[606]Poiché questa lettera, per il suo argomento e per le circostanze in cui fu scritta, è una delle più interessanti di tutta questa corrispondenza, e poiché rappresenta anche il testo che presenta il maggior numero di differenze, sia tra i due testi originali che tra le loro versioni successive, abbiamo ritenuto opportuno permettere al lettore di effettuare personalmente il confronto, mettendogli a disposizione entrambi i testi, uno sopra l’altro.(M.P.)
[607] Aumentate, peggiorate.
Si tratta di Monsieur Gauffecourt.
[609] Madame d’Houdetot.
[610] Grimm.
[611] Eremita.
[612] Secondo i “Memorie” di madame d’Épinay, nel 1757 Grimm fu nominato segretario del maresciallo d’Estrées, il quale si recò nell’esercito in Germania; è quindi probabile che si tratti proprio di lui. Esitò per un po’, preferendo rimanere a Parigi, e partì soltanto quando perse ogni speranza di ottenere un altro incarico.
[613] Si trattava della “Nouvelle Héloise”, nella quale Saint-Preux viene fatto imbarcare insieme a quell’ammiraglio; la relazione tra i due fu tradotta in francese dall’abate Gua de Malver e pubblicata nel 1750 in formato in-4°.
[614] Élisabeth Sophie Françoise, detta “Mimi”, Lalive de Bellegarde; per matrimonio contessa d’Houdetot, nata il 18 dicembre 1730 a Parigi e morta lì stesso il 28 gennaio 1813 nella sua residenza al numero 12 di rue de Tournon, nel sesto arrondissement. Fu una celebre salottiera francese. (Nota dell’editore)
[615] Questa lettera non riporta alcuna data; tuttavia ci è sembrato opportuno indicarne una, ricordando che la passione di Jean-Jacques per madame d’Houdetot raggiunse il suo apice nell’estate del 1737, e che proprio nella lettera indirizzata a Sophie tale passione viene espressa con la massima intensità.
[616] L’autore di “Agamemnone”.
[617] Rousseau, nelle sue Confessioni, riporta queste parole; ma le ha rese più eleganti e più intense. A quel tempo, la sua immaginazione abbelliva i suoi ricordi. Ciò si può evincere confrontando le due versioni. Ecco quella delle Confessioni: “No, mai nessun uomo fu così affabile, e mai nessun amante amò come te! Ma il tuo amico Saint-Lambert ci ascolta, e il mio cuore non potrebbe amare due volte.”
[618] Secondo le informazioni che ci sono state fornite, questa lettera fu cifrata da Rousseau, ed è proprio questo codice che possiede il signor Moultou, a cui dobbiamo la sua copia.
Tra le opere musicali composte da Jean-Jacques vi è un “Salve, regina”, che egli scrisse nel 1752.
Da allora, signora de Belsunce.
[621] Quelli che Madame d’Épinay chiamava i miei “orsi”.
[622] Dopo questa lettera seguono i tre biglietti che Jean-Jacques scrisse lo stesso giorno a Madame d’Épinay e che ha inserito testualmente nelle sue “Confessioni”, libro IX.
[623] Andare a Ginevra per consultare Tronchin.
[624] Jean-François, marchese di Saint-Lambert, nato a Nancy il 26 dicembre 1716 e morto a Parigi il 9 febbraio 1803. Militare, filosofo, narratore e poeta lorenese; in seguito, dopo il 1766, divenne francese.
[625] Quando scrivevo questa lettera, il signor d’Holbach aveva già una seconda moglie, sorella della prima.
[626] Notez, sur la lettre suivante, que le secret de ce voyage de madame d’Épinay, qu’elle me croyait bien caché, m’était bien connu, de même qu’à toute sa maison ; mais, comme il ne me convenait pas d’en paraître instruit, j’étais forcé de motiver mon refus sur d’autres causes: et ce fut par là que je donnai si beau jeu à leur vengeance, d’autant plus cruelle qu’elle était plus injuste. Je savais les secrets de madame d’Épinay, sans qu’elle me les eût dits, et sans avoir pris le moindre soin pour les apprendre. Jamais je n’en ai révélé aucun, même après ma rupture avec elle. Elle et d’autres savaient les miens par ma pleine et libre confiance, parce que la réserve avec les amis me paraît un crime, et qu’on ne doit pas vouloir passer à leurs yeux pour meilleur qu’on est. C’est de ces aveux, faits d’une manière qui devait les leur rendre si sacrés, qu’ils ont tiré contre moi le parti que chacun sait. Quel honnête homme n’aimerait pas cent fois mieux être coupable de mes fautes que de leur trahison ?
[627] Friedrich Melchior, baron von Grimm, né à Ratisbonne le 26 décembre 1723 et mort à Gotha le 19 décembre 1807. Diplomate et homme de lettres bavarois d’expression française.(Note de l’éditeur)
[628] Var. D’après l’édition de du Peyrou: » elle vainquit ma longue résistance: mes voeux, mon goût, l’improbation… etc. ; je me laissai conduire à l’Ermitage. »
[629] Il n’y a qu’une seule maison où l’éloignement du maître l’ait affranchi de ces devoirs qui lui paraissaient insupportables: ce fut à Trye, château de M. le prince de Conti ; car il payait un loyer pour sa retraite de Wootton.
[630] Var. » Ah ! me direz-vous, c’est qu’elle vous aime ; elle ne peut se passer de son ami. Mais, mou cher Grimm, elle se passera bien de vous, à qui je ne serai sûrement pas préféré. Oh ! que je connais bien… etc. »
[631] Var. » dans l’usage de tout laisser… etc. » Il paraît que Rousseau évitait autant que possible les hiatus que produit souvent la préposition à la suite de certains verbes, ce qui le portait à substituer, même contre l’usage, la préposition de. Je l’exhortai de partir ; ils m’engagent d’y faire, et beaucoup d’autre exemples semblables.
[632] Var. » c’est parce que j’ai des sociétés hors de mon état ; c’est parce que tous les gens »
[633] Var. » prévenez-en madame d’Épinay, prenez quelques mesures pour ne pas laisser ces pauvres femmes seules cet hiver au milieu des bois, puis envoyez-moi… etc. »
[634] Var. d’après l’édition de du Peyrou: » … à me faire partir, qui devrait être si peu naturel à ceux qui ont de l’humanité et qui connaissent mon état, me fît… etc. »
[635] Var. » qui m’a donné une indignation contre vous que je n’ai peut-être que trop… etc. »
[636] Var. » au lieu de tous ces mensonges détournés. »
[637] Var. » que quand vous ne voudrez pas m’avoir pour valet, vous… etc. »
[638] Grimm, ce meilleur ami, était plutôt amant. Mais je crois que, dans cette circonstance, il n’était ni l’un ni l’autre. Objet d’une passion aveugle de la part de madame d’Épinay, il ne la payait pas de retour, et ne l’aimait qu’autant qu’il le fallait pour son intérêt ; car, plus on étudie cet aventurier, plus on voit que chez lui tout fut calculé.
[639]
«J’avais la lettre de Saint-Lambert dans ma poche: je la relus plusieurs fois en marchant. Cette lettre me servit d’égide contre ma faiblesse. » Confessions, Liv. IX.
[640] Voyez dans le neuvième livre des Confessions le récit plaisant de cette réconciliation dans laquelle le baron reçut son ancien ami en empereur romain, lui adressant une mercuriale ou plutôt une réprimande comme celle qu’un précepteur aurait faite à son disciple en lui faisant grâce du fouet. Ce raccommodement avait précédé la lettre à M. Grimm, du 19 octobre.
[641] C’est la dernière lettre que Jean-Jacques écrivit de l’Ermitage. Il sortit de cette maison le 15 décembre suivant. Elle fut vendue à Grétry-par M. de Belsunce, gendre de madame d’Épinay. Voyez l’une des notes du neuvième livre des Confessions.
[642] Une circonstance, bizarre, et qui prouve la vanité de nos jugements, c’est que pendant que madame d’Épinay chassait Rousseau de l’Ermitage, la république de Genève la remerciait de ses procédés pour Jean-Jacques ; une députation en forme des horlogers vint la complimenter sur le même sujet. Enfin, ajoute-t-elle, le peuple m’a en vénération à cause de lui. J’ai répondu sans dire rien qui puisse rendre Rousseau suspect. C’est facile à croire. Voyez Mémoires de madame d’Épinay, tome III, page 223.
[643] Le Petit Mont-Louis à Montmorency.Musée Jean-Jacques Rousseau de Montmorency.
[644] Notez que toutes les horribles noirceurs dont on m’accusait se réduisaient à n’avoir pas voulu suivre à Genève madame d’Épinay. C’était uniquement pour cela que j’étais un monstre d’ingratitude, un homme abominable. Il est vrai qu’on m’accusait de plus du crime horrible d’être amoureux de madame d’Houdetot, et de ne pouvoir me résoudre à m’éloigner d’elle. Que cela fût ou non, il est certain que j’avais une autre puissante raison pour ne pas suivre madame d’Épinay, qui m’en eût empêché quand je n’aurais eu que celle-là. Je ne pouvais, sans lui manquer, dire cette raison, qui n’avait de rapport qu’à elle(*). Ainsi réduit à taire les deux véritables raisons que j’avais pour rester, j’étais forcé, pour m’excuser, de battre la campagne, et de me laisser accuser par madame d’Épinay et par ses amis, de l’ingratitude la plus noire, précisément parce que je ne voulais pas être ingrat ni la compromettre.
(*)C’était la grossesse de madame d’Épinay qu’il fallait cacher à son mari. Ce voyage n’avait pas d’autre but. Tout s’arrangea pour le mieux, puisque ce fut le mari même qui l’accompagna, fort inquiet de la santé de sa femme. Il revint après l’avoir recommandée à Tronchin qu’elle appelle son sauveur. Il ne fallait pas un aussi habile médecin pour la guérir.
[645] M. Grimm. On voit en effet dans les Mémoires de madame d’Épinay, qu’il était parvenu à en imposer à tout le monde. Saint-Lambert seul le trouvait impertinent, et conséquemment madame d’Houdetot n’avait pas grande estime pour lui ; mais ils se taisaient, parce que les autres membres de cette société le regardaient comme un oracle.
[646] Il est question de l’article Genève dans l’Encyclopédie, par d’Alembert. Peut-être la lettre de M. Vernes lui donna-t-elle l’idée de réfuter l’article de d’Alembert. Quoiqu’il en soit, il s’en occupa bientôt après, puisque sa préface est datée du 20 mars 1758. D’ailleurs il dit dans ses Confessions que c’est dans le mois de février qu’il commença cette réfutation.
[647] Madame d’Épinay, qui rapporte cette lettre dans ses Mémoires, la trouva très impertinente. Elle fut probablement choquée de ce passage: il répondait à celui-ci, » Je n’entends pas bien votre lettre, et si nous étions dans le cas de nous expliquer, je voudrais bien mettre tout ce qui s’est passé sur le compte d’un malentendu. » C’était une sorte d’avance, à laquelle Rousseau ne répondit pas ; et si Grimm eût été près de madame d’Épinay, elle ne l’eût point faite. Quand Jean-Jacques lui dit qu’elle se vante de son peu d’intelligence, il fait allusion à ce qu’elle lui avait mandé dans l’une des premières lettres, quelle avait un rhumatisme sur l’esprit. Mais ce qui dut la piquer particulièrement, c’est de voir que son hôte avait pris son parti, qu’il était calme, et lui donnait une leçon méritée sur la manière dont on doit se conduire envers ses amis quand l’amitié est éteinte.
[648] Voyez les notes insérées dans la Vie de Sénèque. (*)
(*) La rupture de ces deux hommes célèbres fut pendant quelque temps l’unique sujet de tous les entretiens dans la haute société de Paris. Champfort nous apprend que M. de Castries en témoignait un jour son étonnement eu ces termes: » Mon Dieu ! partout où je vais, je n’entends parler que de ce Rousseau et de ce Diderot. Conçoit-on cela ? des gens de rien, qui n’ont pas de maison, qui sont logés à un troisième étage ! En vérité, on ne peut pas se faire à ces choses-là. »
Oeuvres de Chamfort, Caratères et anecdotes.
[649] François Coindet, jeune employé de banque d’origine genevoise, s’attache à Rousseau lorsque celui-ci s’installe en solitaire en 1758 à Montmorency et auquel il rend de menus services. Malgré les rebuffades régulières du grand homme, il lui garde une fidélité admirative.(Note de l’éditeur)
[650] Cette lettre ne fait partie d’aucune des éditions précédentes.
[651] Examen historique des quatre beaux, siècles de M. de Voltaire, I vol. in-8°. Genève, 1765, par Jacques-Antoine Roustan.
[652] Jean-Edme, fils de l’horloger. Il fut ministre de la religion réformée, et mourut longtemps avant son père.
[653]
[626] Note that, regarding the next letter, the secret of madame d’Épinay’s journey—which she believed to be well concealed from me—was actually known to me, as well as to everyone in her household. However, since it was not appropriate for me to appear to be aware of it, I was forced to give other reasons for my refusal. It was thus that I provided them with such an easy opportunity for vengeance—a vengeance all the more cruel because it was so unjust. I knew madame d’Épinay’s secrets without her having told me them, and without taking any effort to learn them. I never revealed any of them, even after breaking up with her. She and others were aware of my secrets because of my complete and open trust in them; for I consider keeping secrets from friends a crime, and one should not wish to be regarded by them as better than one actually is. It was from these confessions, made in a way that surely made them seem sacred to them, that they drew the conclusions against me that everyone knows. Which honest man would not prefer a hundred times to be guilty of my mistakes rather than their betrayal?
[627] Friedrich Melchior, Baron von Grimm, born in Regensburg on December 26, 1723, and died in Gotha on December 19, 1807. A Bavarian diplomat and literary figure who wrote in French. (Editor’s note)
[628] Variant: According to the edition by du Peyrou: “It overcame my strong resistance: my wishes, my preferences, all objections, etc.; I allowed myself to be taken to the Hermitage.”
[629] There was only one house where the distance from the master freed him from these duties that seemed unbearable to him: it was at Trye, in the castle of Monsieur le Prince de Conti; for he had to pay rent in order to live in seclusion at Wootton.
[630] Var. “Ah! You’ll say to me that it’s because she loves you; she can’t live without her friend. But, my dear Grimm, she will easily do without you, someone who surely wouldn’t be preferred to me. Oh! How well I understand, etc.”
[631] Variant: “In the usage of leaving everything as it is, etc.” It seems that Rousseau avoided as much as possible the hiatus that often results when a preposition follows certain verbs; for this reason, he would substitute the preposition ‘de’ even when it went against common practice. I advised him to leave; they urged me to do the same, and there are many other similar examples.
[632] Variant: “It’s because I have companies outside my state; it’s because all these people, ”
[633] Variant: “Inform Madame d’Épinay about this, take some measures to prevent these poor women from being alone in the woods this winter, and then send me, etc.”
[634] Variant according to the edition by du Peyrou: “, to make me leave, which should be so unnatural for those who have any humanity and know my situation, etc.”
[635] Variant: “which filled me with such indignation towards you that perhaps it was excessive, etc.”
[636] Variant: “Instead of all these indirect lies.”
[637] Variant: “That when you no longer wish to have me as your servant, you, etc.”
[638] Grimm, that best friend of mine, was actually more of a lover than anything else. But I believe that, in this particular circumstance, he wasn’t either one nor the other. Being the object of madame d’Épinay’s blind passion, he did not return it; he loved her only to the extent necessary for his own interests. For the more one studies this adventurer, the more one realizes that everything he did was calculated in advance.
[639]
“I had Saint-Lambert’s letter in my pocket; I read it several times as I walked. That letter served as a shield against my weakness.” Confessions, Book IX.
[640] See in the ninth book of Confessions the amusing account of this reconciliation in which the baron received his former friend as an emperor of Rome, addressing him with a reprimand—or rather, a scolding—such as one a tutor might give to a disciple, sparing him the punishment of flogging. This reconciliation took place before the letter to Mr. Grimm on October 19th.
[641] This is the last letter Jean-Jacques wrote from the Hermitage. He left that house on December 15th of the following year. It was later sold to Grétry by Mr. de Belsunce, son-in-law of Madame d’Épinay. See one of the notes in the ninth book of the Confessions.
[642] There is a bizarre circumstance that proves the vanity of our judgments: while Madame d’Épinay drove Rousseau out of the Ermitage, the Republic of Geneva thanked her for her actions regarding Jean-Jacques; even a delegation representing the horlogers came to compliment her on the same subject. Finally, she adds, “The people revered me because of him.” I replied without saying anything that could make Rousseau seem suspicious. This is easy to believe. See Madame d’Épinay’s Memoirs, Volume III, page 223.
[643] The Little Mont-Louis in Montmorency. Musée Jean-Jacques Rousseau de Montmorency.
[644] Note that all the terrible accusations made against me amounted to nothing more than my refusal to follow madame d’Épinay to Geneva. It was solely for this reason that I was considered a monster of ingratitude, an abominable man. Indeed, I was also accused of the heinous crime of being in love with madame d’Houdetot and of being unable to bring myself to leave her. Whether this was true or not, it is certain that I had another powerful reason for not following madame d’Épinay—a reason that would have prevented me from doing so even if that were my only motive. I could not reveal that reason without offending her, since it related solely to her. Thus, forced to keep silent about the two real reasons why I stayed, I was compelled to make excuses and allow madame d’Épinay and her friends to accuse me of the darkest form of ingratitude—precisely because I refused to be ungrateful or to compromise her in any way.
(*)It was madame d’Épinay’s pregnancy that needed to be concealed from her husband; that journey had no other purpose. Everything turned out for the best, since it was her own husband who accompanied her, deeply concerned about his wife’s health. He returned after having entrusted her to Tronchin, whom she should call her savior. Such a skilled physician was not even necessary to cure her.
[645] Mr. Grimm. Indeed, it can be seen in Madame d’Épinay’s Memoirs that he managed to impose himself on everyone. Only Saint-Lambert found him impertinent; consequently, Madame d’Houdetot did not hold him in high regard. However, they all kept silent, because the other members of that society regarded him as an oracle.
[646] We are referring to the article on Geneva in d’Alembert’s Encyclopedia. Perhaps a letter from M. Vernes gave him the idea to refute d’Alembert’s entry. In any case, he took up the task shortly thereafter, since his preface is dated March 20, 1758. Indeed, he mentions in his Confessions that he began this refutation in February.
[647] Madame d’Épinay, who mentions this letter in her Memoirs, found it highly impertinent. She was probably shocked by this passage; it seemed to respond to another earlier statement: “I don’t quite understand your letter, and if we were in a position where we needed to clarify things, I would prefer to attribute everything that happened to a misunderstanding.” It was sort of an admission on Rousseau’s part, but he did not respond to it. Moreover, if Grimm had been present, Madame d’Épinay would not have made such a move. When Jean-Jacques told her that she boasted about her lack of intelligence, he was referring to what she had written in one of their early letters, claiming that she suffered from a “rhumatism of the mind.” But what must have particularly offended her was to see that her host had taken his side, remained calm, and gave her a well-deserved lesson on how one should behave towards friends when friendship has ended.
[648] See the notes inserted in the Life of Seneca. (*)
(*) The breakup of these two famous men was for some time the only topic of conversation in Parisian high society. Champfort tells us that one day M. de Castries expressed his astonishment in these words: “My God! Everywhere I go, all I hear about is this Rousseau and this Diderot. Can one possibly believe such things? People of no importance at all, who don’t even have their own homes, who live on the third floor! Truly, one can’t get used to such things.”
Works of Chamfort, Character Traits, and Anecdotes.
[649] François Coindet, a young bank employee of Geneva origin, became closely associated with Rousseau when the latter retired to live alone in Montmorency in 1758; he rendered minor services to him. Despite the philosopher’s regular rebuffs, Coindet maintained towards him an admiring loyalty. (Editor’s note)
[650] This letter is not included in any of the previous editions.
[651] Historical Examination of the Four Glorious Centuries by Mr. de Voltaire, Volume I, in-8° format. Geneva, 1765, published by Jacques-Antoine Roustan.
[652] Jean-Edme, the son of a watchmaker. He served as Minister of the Reformed Religion and died many years before his father.
[653]
[626] Notate che, riguardo alla lettera successiva, il segreto di questo viaggio di madame d’Épinay, che lei credeva ben nascosto, era in realtà noto a me e a tutta la sua famiglia; tuttavia, poiché non mi conveniva far mostra di esserne a conoscenza, fui costretto a motivare il mio rifiuto con altre ragioni. Fu così che diedi loro l’opportunità di vendicarsi in modo ancora più crudele e ingiusto. Conoscevo i segreti di madame d’Épinay senza che lei me li avesse rivelati, e senza aver preso alcuna precauzione per ottenerli. Non ne ho mai rivelato nessuno, nemmeno dopo la nostra rottura. Lei e altri conoscevano i miei segreti grazie alla mia totale e spontanea fiducia in loro; infatti, ritenevo che riservarsi nei confronti degli amici fosse un crimine, e non volevo assolutamente apparire ai loro occhi migliore di quanto fossi realmente. Fu proprio da queste rivelazioni, fatte in modo tale da renderle particolarmente sacre per loro, che trassero contro di me le conseguenze che ognuno conosce. Quale uomo onesto non preferirebbe cento volte essere considerato colpevole delle mie azioni piuttosto che traditore?
[627] Friedrich Melchior, barone von Grimm, nato a Ratisbona il 26 dicembre 1723 e morto a Gotha il 19 dicembre 1807. Diplomatico e letterato bavarese di lingua francese. (Nota dell’editore)
[628] Variante: Secondo l’edizione di Du Peyrou: “Riuscì a superare la mia lunga resistenza: i miei desideri, i miei gusti, le obiezioni, ecc.; mi lasciai portare all’Ermitage.”
[629] C’è soltanto una casa in cui la lontananza dal padrone lo abbia liberato da quei doveri che gli sembravano insopportabili: si trattava del castello di Trye, appartenente al principe di Conti; infatti, egli pagava un affitto per la sua residenza a Wootton.
[630] Variazione: “Ah! Mi direte forse che lei vi ama. Che non può fare a meno del suo amico. Ma, mio caro Grimm, lei se la caverà benissimo anche senza di voi, e sicuramente non vi preferirà. Oh, quanto bene la conosco, ” ecc.
[631] Variazione: “Nell’uso di lasciare tutto come sta, ecc.” Sembra che Rousseau evitasse il più possibile gli hiatus che spesso derivano dall’uso della preposizione dopo alcuni verbi; per questo motivo sostituiva, anche contro l’uso comune, la preposizione “de” con altre. Gli consigliai di partire; mi promisero di farlo, e ci sono molti altri esempi simili.
[632] Variante: “È perché ho delle società al di fuori del mio stato; è perché tutte le persone, ”
[633] Variante: “Avvertite subito madame d’Épinay, prendete alcune misure per evitare che queste povere donne rimangano sole in mezzo ai boschi quest’inverno, e poi mandatemi, ecc.”
[634] Variante secondo l’edizione di du Peyrou: “, a costringermi ad andarmene, cosa che dovrebbe essere assolutamente innaturale per coloro che hanno un briciolo di umanità e conoscono la mia situazione, ”.
[635] Variante: “Questo mi ha suscitato un’indignazione verso di voi che forse è eccessiva, ecc.”
[636] Variante: “Invece di tutti questi inganni e distorsioni.”
[637] Variante: “Che quando non vorrete che io vi serva come valletto, voi, ecc.”
[638] Grimm, quel migliore amico, in realtà era più che altro un amante. Ma credo che, in questa circostanza, non fosse né l’uno né l’altro. Oggetto di una passione cieca da parte di madame d’Épinay, lui non le ricambiava i sentimenti e la amava soltanto nella misura necessaria ai suoi interessi; perché, più si studia questo avventuriero, più ci si rende conto che in lui tutto era calcolato.
[639]
“Avevo la lettera di Saint-Lambert in tasca: la rilessi più volte mentre camminavo. Quella lettera mi servì da scudo contro la mia debolezza.” Confessioni, Libro IX.
[640] Si può leggere nel nono libro delle Confessioni il divertente resoconto di questa riconciliazione: in essa il barone accolse il suo vecchio amico come imperatore romano, rivolgendogli un rimprovero severo, o meglio, una reprimenda simile a quella che un precettore potrebbe rivolgere al proprio discepolo, perdonandogli l’uso della frusta. Questa riconciliazione precedette la lettera inviata a Monsieur Grimm il 19 ottobre.
[641] Questa è l’ultima lettera che Jean-Jacques scrisse dall’Ermitage. Lasciò quella casa il 15 dicembre seguente. Fu venduta a Grétry, tramite il signor de Belsunce, genero di madame d’Épinay. Si veda una delle note presenti nel nono libro delle Confessioni.
[642] Una circostanza bizzarra, che dimostra l’vanità dei nostri giudizi, è che mentre madame d’Épinay allontanava Rousseau dall’Ermitage, la repubblica di Ginevra le ringraziava per i suoi comportamenti nei confronti di Jean-Jacques; una delegazione, in forma simile a quella degli orologi, venne a complimentarla sull’argomento stesso. Infine, aggiunge lei, il popolo mi venera a causa sua. Ho risposto senza dire nulla che potesse far sospettare Rousseau. È facile da credere. Si veda “Mémoires de madame d’Épinay”, volume III, pagina 223.
[643] Il Piccolo Mont-Louis a Montmorency. Museo Jean-Jacques Rousseau di Montmorency.
[644] Notate che tutte le orribili accuse rivolte contro di me si riducevano al semplice fatto che non volevo seguire madame d’Épinay a Ginevra. Era esattamente per questo motivo che venivo considerato un mostro di ingratitudine, un uomo abominabile. È vero che mi si accusava anche del crimine orribile di essere innamorato di madame d’Houdetot e di non riuscire a separarmi da lei. Che ciò fosse vero o meno, è certo che avevo un’altra ragione molto forte per non seguire madame d’Épinay; una ragione che, anche se l’unica, mi avrebbe comunque impedito di farlo. Non potevo, senza offenderla, rivelare questa ragione, che riguardava esclusivamente lei(*). Così, costretto a tacere le due vere motivazioni per cui volevo restare, ero costretto, per scusarmi, a inventare varie storie e a lasciare che madame d’Épinay e i suoi amici mi accusassero di la più nera ingratitudine, proprio perché non volevo essere ingrato né comprometterla.
(*)Era la gravidanza di madame d’Épinay che bisognava nascondere a suo marito. Quel viaggio non aveva altro scopo. Tutto andò per il meglio, poiché fu lo stesso marito ad accompagnarla, molto preoccupato per la salute della moglie. Tornò dopo averla affidata a Tronchin, che lei chiamava il suo salvatore. Non serviva certo un medico così abile per guarirla.
[645] M. Grimm. Infatti, nei Memorie di Madame d’Épinay si legge che riuscì a imporlo a tutti quanti. Solo Saint-Lambert lo trovava impertinente; di conseguenza, Madame d’Houdetot non nutriva grande stima per lui; ma tacevano entrambi, perché gli altri membri di quella società lo consideravano un oracolo.
[646] Si tratta dell’articolo “Genève” presente nell’Enciclopedia, scritto da d’Alembert. Forse la lettera di M. Vernes gli diede l’idea di confutare tale articolo. Comunque sia, se ne occupò poco dopo, poiché la sua prefazione è datata 20 marzo 1758. Del resto, nelle sue “Confessioni” afferma di aver iniziato questa opera di confutazione nel mese di febbraio.
[647] Madame d’Épinay, che riporta questa lettera nei suoi Mémoires, la trovò molto impertinente. Probabilmente rimase scioccata da questo passaggio: esso rispondeva a un altro in cui si diceva: “Non capisco bene la tua lettera; e se dovessimo spiegarci, vorrei attribuire tutto ciò che è accaduto a un malinteso”. Si trattava di una sorta di avvertimento, al quale Rousseau non rispose; e se Grimm fosse stato presente vicino a Madame d’Épinay, lei non l’avrebbe certo fatto. Quando Jean-Jacques le disse che si vantava della propria scarsa intelligenza, alludeva a ciò che lei gli aveva scritto nelle prime lettere, dicendo di soffrire di un “reumatismo dell’intelletto”. Ma ciò che probabilmente la offese maggiormente fu vedere che il suo ospite aveva preso le sue parti, che era calmo e che le stava dando una lezione meritata su come si debba comportarsi con gli amici quando l’amicizia è finita.
[648] Si vedano le note inserite nella “Vita di Seneca”. (*)
(*) La rottura tra questi due famosi uomini fu, per un certo periodo, l’unico argomento di conversazione nella alta società parigina. Champfort ci racconta che un giorno il signor de Castries esprimeva la sua sorpresa con queste parole: “Mio Dio! Ovunque vada, non si parla che di questo Rousseau e di questo Diderot. Si può davvero credere? Persone insignificanti, senza casa, che abitano al terzo piano. Onestamente, non si riesce proprio ad abituarsi a queste cose.”
Opere di Chamfort, Caratteri e aneddoti.
[649] François Coindet, giovane impiegato di banca di origine genovese, si lega a Rousseau quando quest’ultimo si stabilisce da solo a Montmorency nel 1758 e gli presta piccoli servizi. Nonostante le regolari rifiutazioni da parte del grande uomo, gli mantiene una fedeltà piena di ammirazione. (Nota dell’editore)
[650] Questa lettera non fa parte di nessuna delle edizioni precedenti.
[651] Esame storico dei quattro secoli gloriosi di Monsieur de Voltaire, primo volume in ottavo. Ginevra, 1765, a cura di Jacques-Antoine Roustan.
[652] Jean-Edme, figlio di un orologiaio. Fu ministro della religione riformata e morì molto prima di suo padre.
[653]
M. Duvillard, libraire à Genève, avait, sans l’aveu de l’auteur, fait imprimer l’article Économie politique de l’Encyclopédie, qu’il publia: sous le titre de Discours sur l’Économie politique.
[654] Cet écrit ne parut que le 2 octobre suivant. La date en est constatée dans la lettre du 22 octobre, à M. Vernes.
[655] La Nouvelle Héloïse.
[656] Sophie était un des prénoms de madame d’Houdetot ; cette circonstance, et plusieurs autres relatives à la liaison qui avait existé entre Jean-Jacques et cette dame, font présumer que cette lettre lui est adressée. M. Petitain a tranché la difficulté en substituant le nom de madame d’Houdetot à celui de Sophie. Il nous semble qu’il y a plus d’exactitude à conserver celui que porte l’autographe. De plus, on n’a point acquis la certitude nécessaire pour autoriser cette substitution. Nous dirons même qu’il y a une objection grave tirée de la lettre du 25 mars 1758.
[657] Jacob Vernet (1698-1789) fut un théologien éminent de Genève, en Suisse. Il croyait à une approche rationaliste de la religion, et fut considéré comme le pasteur le plus important et le plus influent genevois de son temps. (Note de l’éditeur)
[658] La Déclaration des ministres de Genève, à l’occasion de l’article Genève de l’Encyclopédie:
[659] Rousseau, dans sa lettre à d’Alembert, s’était plus particulièrement occupé des spectacles, de leur danger, et du conseil que l’auteur de l’article Genève donnait, d’établir dans cette ville une salle de spectacles. Il avait négligé le socinianisme dont Genève était accusée. J. Vernet, professeur de théologie, aurait désiré que Rousseau eût réfuté cette accusation. Dans la suite, on le verra (lettre à M. Moultou, du 8 octobre 1762) exiger de Jean-Jacques une rétractation de la Profession de foi du vicaire savoyard ; ce qui fut cause de leur rupture.
[660] Voyez la Lettre à d’Alemhert. — La lettre de Leroy à laquelle celle de Rousseau sert de réponse, se trouve dans l’édition de Genève. » non seulement, dit-il à Rousseau, il y avait un théâtre à Sparte, absolument semblable à celui de Bacchus à Athènes, mais il était le plus bel ornement de cette ville Il subsiste même encore en grande partie, et Pausanias et Plutarque en parlent: c’est d’après ce que ces deux auteurs en disent que j’en ai fait l’histoire que je vous envoie dans l’ouvrage que je viens de mettre au jour. »
Cet ouvrage a pour titre: Ruines des plus beaux monuments de la Grèce, publié en effet en 1758, un volume grand in-folio, fig., et réimprimé en 1770. — Leroy (Jean David), membre de l’Académie des inscriptions, se livra à l’architecture, qu’il a professée à Paris pendant quarante ans, après avoir été en étudier en Grèce les plus beaux modèles. Il a surtout étudié et approfondi tout ce qui regarde l’architecture navale et la marine des anciens. Il est mort en 1803.
(Note de M. Petitain.)
[661] Théodore Tronchin, né le 24 juin 1709 à Genève et mort le 30 novembre 1781 à Paris. Médecin suisse, très célèbre en son temps. (Note de l’éditeur)
[662] Dans ses Mémoires, madame d’Épinay représente son sauveur Tronchin comme entièrement dévoué à sa cause, ce qui permettait de croire qu’il abandonnait entièrement celle de Rousseau-Celui-ci prétend qu’il seconda puissamment ses ennemis. Peut-être témoigna-t-il de l’intérêt aux deux partis. Une lettre rapportée à son article (Hist. de J. J. Rousseau), prouve qu’il écrivait contre Voltaire dans le temps où il était le plus lié avec le patriarche de Ferney.
[663] Paul Claude Moultou (1731-1797), pasteur huguenot français issu d’une famille protestante aisée. Il fit ses études à Genève et fut ordonné en 1754. En 1773, il démissionna de son ministère pour des raisons de conscience. Il fut un grand admirateur et ami de Jean-Jacques Rousseau.
[664] Ce morceau est l’Essai sur l’imitation théâtrale, tiré des Dialogues de Platon. Rousseau le fit à l’occasion de sa lettre à M. d’Alembert, dans laquelle il ne put l’insérer.
[665] Il était fort difficile d’en faire accepter à Rousseau ; mille circonstances analogues à celle-ci le prouvent. Mais quand on le savait, pourquoi revenait-on à la charge ?
[666] Cette lettre et le mémoire qui suit furent remis par M. Sellon, résident de Genève, à M. de Saint-Florentin, qui promit une réponse, et qui n’en fît point.
[667] Louis III Phélypeaux, comte de Saint-Florentin, marquis (1725) puis duc (1770) de La Vrillière, né le 18 août 1705 et mort le 27 février 1777. Homme d’État français. (Note de l’éditeur)
[668] Barbier de Neuville, de Vitry-le-Francais.
[669] La ville de Paris tenait alors l’Opéra.
[670] Il faut ajouter toutes celles de cette dernière reprise et des suivantes, où, pour le coup, les directeurs, qui eux-mêmes avaient contracté avec moi, ne pouvaient ignorer qu’ils disposaient d’un bien qui ne leur appartenait pas.
[671] Toussaint-Pierre Le Nieps (1694-1774). Banquier genevois à Paris. En juillet 1754, étant à Genève, Rousseau lui avait demandé une lettre d’introduction pour le professeur Jacob Vernet et il entendra vouloir le réhabiliter dans ses prérogatives de Citoyen de Genève, mais Le Nieps lui fit savoir qu’il ne s’en souciait pas. Rousseau décide de mettre fin à leur échanges épistolaires. En 1766, Le 20 novembre 1766, Le Nieps sera conduit à la Bastille. Rousseau, l’apprenant, en sera profondément affecté. (Note de l’éditeur)
[672] Il continua de l’observer en effet, ce qui fit qu’on eut tort, et que son voeu fut réalisé. Mais il n’en fut pas plus heureux. Voyez l’Avertissement de l’Émile.
[673] Depuis lors il lui a fait une pension viagère de 300 livres ; et je me fais un sensible plaisir de rendre public un acte aussi rare de reconnaissance et de générosité.
[674] Charles II François, Frédéric de Montmorency-Luxembourg (né le 3 ou 31 décembre 1702. Mort le 18 mai 1764), huitième duc de Piney-Luxembourg et deuxième duc de Montmorency (Beaufort), prince d’Aigremont et de Tingry, comte de Bouteville, de Lassé, de Dangu et de Luxe, pair de France, maréchal de France en 1757 et gouverneur de Normandie en 1726. Il était fils de Charles Ier Frédéric de Montmorency-Luxembourg et petit-fils du fameux maréchal de Luxembourg. Il donna un asile à Rousseau à Mont-Louis et au «nouveau château » à Montmorency pendant les années 1757 à 1762, après qu’il s’était séparé de la comtesse d’Houdetot.
[675] Bienfaisance.
[676] Marie-Angélique de Neufville de Villeroy (1707-1787), seconde épouse de Charles II François, Frédéric de Montmorency-Luxembourg depuis le 9 janvier 1724. (Note de l’éditeur).
[677] Voltaire.
[678] La famille Cartier est apparentée aux Rousseau. Jean-jacques Rousseau avait eu comme grands-parents: David Rousseau (1641-1738) et Suzanne Cartier (1645-1705) (Note de l’éditeur).
[679] La survivance de sa charge de capitaine des gardes accordée au duc de Montmorency.
[680] Cette lettre, qui jusqu’à présent n’a fait partie d’aucune édition des oeuvres de J. J. Rousseau, est tirée de son Histoire, tome II.
Alexandre Deleyre, est né le 5 ou 10 janvier 1726 aux Portets en Gironde. Son enfance fut triste et malheureuse ; il fit ses premières études dans un pensionnat de Bordeaux où il subit «des châtiments cruels » ; il alla ensuite au Collège des Jésuites de cette ville ; très influencé par ses maîtres, il prit l’habit à l’âge de quinze ans. À vingt-deux ans, il annonça son intention de quitter son ordre malgré les objurgations de sa famille et de ses maîtres. Pour se conformer aux voeux de son père, il se destina au barreau mais s’aperçut vite que cette carrière ne lui convenait pas. Il quitta Bordeaux en 1750 et arriva sans ressources à Paris à l’âge de vingt-quatre ans avec l’intention de poursuivre une carrière littéraire. Il rencontra J.J. Rousseau qui le présenta à d’Alembert et à Diderot. Il collabora à l’Encyclopédie. (Note de l’éditeur)
[681] Auteur du Nouveau Spectateur et rédacteur du Journal Le Monde. Il pressa Rousseau de coopérer à cet ouvrage périodique, lequel finit par lui céder pour douze louis son Extrait de la Paix perpétuelle de M. de Saint-Pierre pour y être inséré.
[682] De la duchesse de Villeroi, sa soeur.
[683] Premier syndic de la république de Genève.
[684] Ce langage fait voir combien madame d’Épinay avait de prétention à briller dans la conversation. Celle de Voltaire était charmante, mais il fallait savoir écouter ; et la remarque de madame d’Épinay ferait présumer qu’elle ne savait pas se taire. Je ne comprends pas qu’on eût envie, quand Voltaire parlait, de dire autre chose que ce qui était nécessaire pour le faire parler encore.
[685] Page 163.
[686] Voyez les réponses aux questions faites par M. de Chauvel et datées de Wootton le 5 janvier 1767. La date est omise dans l’édition de Ledoux et Tenré. Rousseau y parle de cette lettre de 1760 ; dit qu’il en retrouva le brouillon ; le transcrit et l’envoie à M. de Chauvel, avec permission d’en l’aire l’usage qu’il voudra.
Mr. Duvillard, a bookseller in Geneva, had the article “Economic Politics” from the Encyclopedia printed without the author’s knowledge and published it under the title “Discourse on Economic Politics”.
[654] This text was not published until October 2 of the following year; the date is confirmed in the letter dated October 22 addressed to Mr. Vernes.
[655] The New Heloise.
[656] Sophie was one of the names used by Madame d’Houdetot; this fact, along with several other details related to the relationship that existed between Jean-Jacques and this lady, leads us to suspect that this letter is actually addressed to her. Mr. Petitain resolved this ambiguity by replacing the name Sophie with that of Madame d’Houdetot. However, we believe it is more accurate to retain the name used in the autograph. Moreover, we have not obtained sufficient certainty to justify such a substitution. In fact, there is even a serious objection arising from the letter dated March 25, 1758.
[657] Jacob Vernet (1698-1789) was an eminent theologian from Geneva, Switzerland. He believed in a rationalist approach to religion and was considered the most important and influential pastor in Geneva of his time. (Editor’s note)
[658] The statement by the ministers of Geneva, in connection with the entry on Geneva in the Encyclopedia:
[659] In his letter to d’Alembert, Rousseau addressed himself in particular to the issue of public spectacles, their dangers, and the advice given by the author of the article “Geneva” regarding the establishment of a theater in that city. He neglected to mention the Socinianism for which Geneva was accused. J. Vernet, a professor of theology, would have wished that Rousseau had refuted this accusation. Later on, we will see him (in his letter to M. Moultou dated October 8, 1762) demanding that Jean-Jacques retract the “Profession of Faith” of the Savoyard vicar; this ultimately led to their separation.
[660] See the Letter to d’Alemhert. — The letter from Leroy, to which Rousseau’s reply is addressed, can be found in the Geneva edition. “Not only,” he tells Rousseau, “but there was a theater in Sparta that was absolutely identical to the one of Bacchus in Athens; it was even the most splendid ornament of that city. Much of it still exists today, and Pausanias as well as Plutarch have written about it. It is based on what these two authors said that I have compiled this account and sent it to you in the work I have just published.”
The title of this work is “Ruines of the Most Beautiful Monuments of Greece.” It was indeed published in 1758 as a large folio volume with illustrations and reprinted in 1770. Leroy (Jean David), a member of the Academy of Inscriptions, devoted himself to the study of architecture and taught it in Paris for forty years after having studied the most exquisite examples in Greece. He particularly focused on the architecture of ships and the naval affairs of the ancients. He died in 1803.
(Note by Mr. Petitain.)
[661] Théodore Tronchin, born on June 24, 1709, in Geneva, and died on November 30, 1781, in Paris. A Swiss physician who was very famous in his time. (Editor’s note)
[662] In her Memoirs, Madame d’Épinay portrays her savior Tronchin as being entirely devoted to her cause, which led one to believe that he completely abandoned Rousseau’s cause. Rousseau himself claimed that Tronchin strongly supported his enemies. Perhaps Tronchin actually held interests aligned with both parties. A letter cited in connection with his article on the History of J.-J. Rousseau proves that he wrote against Voltaire at a time when he was still closely associated with the patriarch of Ferney.
[663] Paul Claude Moultou (1731-1797) was a French Huguenot pastor from a wealthy Protestant family. He studied in Geneva and was ordained in 1754. In 1773, he resigned from his pastoral duties for reasons of conscience. He was a great admirer and friend of Jean-Jacques Rousseau.
[664] This passage is the “Essay on Theatrical Imitation,” taken from Plato’s “Dialogues.” Rousseau included it in his letter to Mr. d’Alembert, but was unable to incorporate it into the main text of that letter.
[665] It was extremely difficult to get Rousseau to accept this; countless circumstances similar to this one prove it. But once people knew about it, why did they keep pressing the issue?
[666] This letter and the accompanying memorandum were delivered by Mr. Sellon, resident of Geneva, to Mr. de Saint-Florentin, who promised to respond but never did so.
[667] Louis III Phélypeaux, Count of Saint-Florentin, first Marquis of La Vrillière in 1725 and then Duke in 1770, was born on August 18, 1705, and died on February 27, 1777. A French statesman. (Note from the editor)
[668] Barber from Neuville, from Vitry-le-Francais.
[669] At that time, the city of Paris owned the Opera House.
[670] It is necessary to include all those from this last round of acquisitions and subsequent ones, in which the directors themselves, having entered into contracts with me, could not have failed to realize that they were in possession of property that did not belong to them.
[671] Toussaint-Pierre Le Nieps (1694-1774). A Genevese banker living in Paris. In July 1754, while in Geneva, Rousseau had asked him for a letter of introduction to Professor Jacob Vernet; later, Rousseau learned that Le Nieps intended to restore Vernet’s rights as a Citizen of Geneva, but Le Nieps informed him that he was not concerned about such matters. Rousseau then decided to end their correspondence. In 1766, on November 20th, Le Nieps was taken to the Bastille. Upon learning this, Rousseau was deeply affected. (Editor’s note)
[672] He continued to observe it indeed, which led to mistakes being made and his wish coming true. Yet he was not any happier as a result. See Émile’s Warning.
[673] Since then, he has provided him with an annual allowance of 300 pounds; and I take great pleasure in making public such a rare act of recognition and generosity.
[674] Charles II François, Frederick of Montmorency-Luxembourg (born on December 3 or 31, 1702; died on May 18, 1764), was the eighth Duke of Piney-Luxembourg and the second Duke of Montmorency (Beaufort), Prince of Aigremont and Tingry, Count of Bouteville, Lassé, Dangu, and Luxe, a Peer of France. He was appointed Marshal of France in 1757 and Governor of Normandy in 1726. He was the son of Charles I Frederick of Montmorency-Luxembourg and the grandson of the famous Marshal of Luxembourg. During the years 1757 to 1762, after separating from Countess d’Houdetot, he provided refuge for Rousseau at Mont-Louis and in the “new château” at Montmorency.
[675] Benevolence.
[676] Marie-Angélique de Neufville de Villeroy (1707-1787), the second wife of Charles II François, Frédéric de Montmorency-Luxembourg, from January 9, 1724. (Editor’s note).
[677] Voltaire.
[678] The Cartier family is related to the Rousseaus. Jean-Jacques Rousseau’s grandparents were David Rousseau (1641-1738) and Suzanne Cartier (1645-1705) (Editor’s note).
[679] The continuation of his role as captain of the guards granted to the Duke of Montmorency.
[680] This letter, which has hitherto not appeared in any edition of the works of J. J. Rousseau, is taken from his History, Volume II.
Alexandre Deleyre was born on January 5 or 10, 1726, in the village of Portets, in Gironde. His childhood was sad and unhappy; he began his studies at a boarding school in Bordeaux, where he endured “cruel punishments.” Later, he attended the Jesuit College in that same city. Deeply influenced by his teachers, he took the monastic vows at the age of fifteen. At twenty-two, he announced his intention to leave the order, despite the protests of his family and mentors. To please his father’s wishes, he decided to pursue a career in law, but soon realized that it was not suitable for him. In 1750, he left Bordeaux and arrived in Paris at the age of twenty-four, determined to embark on a literary career. There, he met J.-J. Rousseau, who introduced him to D’Alembert and Diderot. He subsequently contributed to the Encyclopédie. (Editor’s note)
[681] Author of Le Nouveau Spectateur and editor of the newspaper Le Monde. He urged Rousseau to collaborate on this periodic publication, and Rousseau eventually agreed to contribute his “Extrait de la Paix perpétuelle” by Mr. de Saint-Pierre for inclusion in it, in exchange for twelve louis.
[682] About the Duchess of Villeroi, her sister.
[683] First Syndic of the Republic of Geneva.
[684] This language reveals how much madame d’Épinay fancied herself capable of shining in conversation. Voltaire’s was charming, but one had to know how to listen; whereas madame d’Épinay’s remarks would suggest that she lacked the ability to remain silent. I don’t understand why anyone, when Voltaire was speaking, would want to say anything other than what was necessary to keep him talking further.
[685] Page 163.
[686] See the responses to the questions posed by Mr. de Chauvel, dated January 5, 1767, from Wootton. This date is omitted in the edition published by Ledoux and Tenré. Rousseau mentions this letter from 1760 in these responses; states that he found its draft again; transcribes it, and sends it to Mr. de Chauvel, granting him permission to use it as he sees fit.
Il signor Duvillard, libraio di Ginevra, fece stampare l’articolo “Economia politica” dell’Enciclopedia senza il consenso dell’autore e lo pubblicò con il titolo “Discorsi sull’economia politica”.
[654] Questo scritto fu pubblicato solo il 2 ottobre successivo; la data è confermata nella lettera del 22 ottobre indirizzata a Monsieur Vernes.
[655] La Nuova Eloisa.
[656] Sophie era uno dei nomi di madame d’Houdetot; questa circostanza, e altre ancora relative alla relazione che era esistita tra Jean-Jacques e questa signora, fanno presumere che questa lettera sia indirizzata a lei. Il signor Petitain ha risolto questa difficoltà sostituendo il nome di madame d’Houdetot con quello di Sophie. A nostro parere, è più accurato mantenere il nome presente nell’autografo. Inoltre, non si è ancora ottenuta la certezza necessaria per autorizzare tale sostituzione. Diremmo persino che esiste un’obiezione grave derivante dalla lettera del 25 marzo 1758.
[657] Jacob Vernet (1698-1789) fu un eminente teologo di Ginevra, in Svizzera. Credeva in un approccio razionalista alla religione e fu considerato il pastore più importante e influente di Ginevra del suo tempo. (Nota dell’editore)
[658] La dichiarazione dei ministri di Ginevra, in occasione dell’articolo “Ginevra” nell’Enciclopedia:
[659] In una sua lettera a d’Alembert, Rousseau si era occupato in modo particolare dei spettacoli, del loro pericolo, e del consiglio che l’autore dell’articolo su Ginevra dava di istituire nella città una sala per spettacoli. Aveva trascurato il socinianesimo di cui Ginevra era accusata. J. Vernet, professore di teologia, avrebbe desiderato che Rousseau confutasse quest’accusa. In seguito, si vedrà (lettera a M. Moultou del 8 ottobre 1762) come Rousseau esigesse da Jean-Jacques una rettifica della “Professione di fede” del vescovo savoiardo; ciò causò la loro rottura.
[660] Si veda la Lettera a d’Alemhert. La lettera di Leroy, a cui risponde quella di Rousseau, si trova nell’edizione di Ginevra. “Non solo”, dice lui a Rousseau, “a Sparta esisteva un teatro assolutamente simile a quello di Bacco ad Atene, ma era anche il più bel ornamento di quella città; esso sopravvive ancora in gran parte, e Pausania e Plutarco ne parlano: è sulla base di quanto questi due autori ne dicono che ho scritto la storia che vi invio nell’opera che ho appena pubblicato.”
Quest’opera ha per titolo “Ruine dei più bei monumenti della Grecia”; fu effettivamente pubblicata nel 1758 in un volume di grandi dimensioni, con illustrazioni, e ristampata nel 1770. Leroy (Jean David), membro dell’Accademia delle iscrizioni, si dedicò all’architettura, materia che insegnò a Parigi per quarant’anni dopo averne studiato i più bei esempi in Grecia. Si concentrò soprattutto sull’architettura navale e sulla marina degli antichi. Morì nel 1803.
(Nota di Monsieur Petitain.)
[661] Théodore Tronchin, nato il 24 giugno 1709 a Ginevra e morto il 30 novembre 1781 a Parigi. Medico svizzero, molto celebre ai suoi tempi. (Nota dell’editore)
[662] Nei suoi Memorie, madame d’Épinay descrive il suo salvatore Tronchin come completamente devoto alla sua causa, il che permetteva di credere che abbandonasse del tutto quella di Rousseau. Quest’ultimo sostiene invece che Tronchin abbia fortemente sostenuto i suoi nemici. Forse Tronchin nutriva interessi diversi per entrambe le parti. Una lettera citata nel suo articolo (“Hist. de J. J. Rousseau”) dimostra che scriveva contro Voltaire proprio nel periodo in cui era più legato al patriarca di Ferney.
[663] Paul Claude Moultou (1731-1797), pastore ugonotto francese proveniente da una famiglia protestante agiata. Studiò a Ginevra e fu ordinato sacerdote nel 1754. Nel 1773 dimise la sua carica pastorale per motivi di coscienza. Fu un grande ammiratore e amico di Jean-Jacques Rousseau.
[664] Questo brano è l’“Saggio sull’imitazione teatrale”, tratto dai “Dialoghi” di Platone. Rousseau lo scrisse in occasione della sua lettera a Monsieur d’Alembert, ma non riuscì ad inserirlo al suo interno.
[665] Era molto difficile farlo accettare da Rousseau; migliaia di circostanze analoghe a questa ne sono la prova. Ma se lo si sapeva, perché insistere ancora?
[666] Questa lettera e il memoriale che segue furono consegnati da Monsieur Sellon, residente a Ginevra, a Monsieur de Saint-Florentin, il quale promise di rispondere, ma non lo fece mai.
[667] Luigi III Felippeaux, conte di Saint-Florentin, marchese (1725) e poi duca (1770) de La Vrillière, nato l’18 agosto 1705 e morto il 27 febbraio 1777. Uomo di Stato francese. (Nota dell’editore)
[668] Barbier de Neuville, di Vitry-le-Francais.
[669] All’epoca, la città di Parigi ospitava l’Opéra.
[670] Bisogna aggiungere tutte quelle situazioni presenti in questa e nelle successive riprese, in cui i direttori, essendo loro stessi entrati in contratto con me, non potevano ignorare di disporre di un bene che non apparteneva a loro.
[671] Toussaint-Pierre Le Nieps (1694-1774). Banquiere genovese a Parigi. Nel luglio 1754, mentre si trovava a Genova, Rousseau gli chiese una lettera di presentazione per il professor Jacob Vernet; in seguito apprese che Le Nieps intendeva ristabilire i diritti di Vernet come Cittadino di Genova, ma quest’ultimo gli fece sapere di non interessarsene affatto. Rousseau decise quindi di interrompere la loro corrispondenza. Nel 1766, il 20 novembre, Le Nieps fu portato alla Bastiglia; quando Rousseau ne venne a conoscenza, ne rimase profondamente colpito. (Nota dell’editore)
[672] Continuò effettivamente a osservarlo, e così si commise un errore; tuttavia, il suo desiderio si realizzò. Ma questo non lo rese più felice. Si veda l’Avvertimento di Émile.
Da allora gli ha concesso una rendita di viaggio di 300 sterline; e mi fa grande piacere rendere pubblico un atto così raro di riconoscimento e generosità.
[674] Carlo II Francesco, Federico di Montmorency-Luxemburgo (nato il 3 o il 31 dicembre 1702; morto l’18 maggio 1764), ottavo duca di Piney-Luxemburgo e secondo duca di Montmorency (Beaufort), principe di Aigremont e di Tingry, conte di Bouteville, di Lassé, di Dangu e di Luxe, pari di Francia, maresciallo di Francia nel 1757 e governatore della Normandia nel 1726. Era figlio di Carlo I Francesco di Montmorency-Luxemburgo e nipote del famoso maresciallo di Luxembourg. Tra il 1757 e il 1762, dopo essersi separato dalla contessa d’Houdetot, offrì rifugio a Rousseau a Mont-Louis e nel “nuovo castello” di Montmorency.
[675] Benevolenza.
[676] Marie-Angélique de Neufville de Villeroy (1707-1787), seconda moglie di Carlo II Francesco, Federico di Montmorency-Luxemburgo, dal 9 gennaio 1724. (Nota dell’editore).
[677] Voltaire.
[678] La famiglia Cartier è imparentata con i Rousseau. Jean-Jacques Rousseau aveva come nonni: David Rousseau (1641-1738) e Suzanne Cartier (1645-1705) (Nota dell’editore).
[679] Il mantenimento della carica di capitano delle guardie conferita al duca di Montmorency.
[680] Questa lettera, che fino ad oggi non è mai stata inclusa in alcuna edizione delle opere di J.-J. Rousseau, è tratta dalla sua “Storia”, volume II.
Alexandre Deleyre nacque il 5 o il 10 gennaio 1726 ai Portets, in Gironda. La sua infanzia fu triste e sfortunata; intraprese i suoi primi studi in un collegio di Bordeaux, dove subì “castighi crudeli”; successivamente frequentò il Collegio dei Gesuiti della stessa città. Profondamente influenzato dai suoi insegnanti, indossò l’abito religioso all’età di quindici anni. A ventidue anni annunciò la sua intenzione di lasciare l’ordine, nonostante le suppliche della sua famiglia e dei suoi maestri. Per compiacere i desideri di suo padre, decise di intraprendere la carriera legale, ma presto si rese conto che tale professione non faceva per lui. Lasciò Bordeaux nel 1750 e arrivò a Parigi senza risorse, all’età di ventiquattro anni, con l’intenzione di dedicarsi alla letteratura. Vi incontrò J.-J. Rousseau, il quale lo presentò a D’Alembert e a Diderot; in seguito collaborò all’Enciclopedia. (Nota dell’editore)
[681] Autore del “Nouveau Spectateur” e redattore del “Journal Le Monde”. Sollecitò Rousseau a collaborare a questa pubblicazione periodica, alla quale Rousseau alla fine cedette il proprio “Extrait de la Paix perpétuelle” di Monsieur de Saint-Pierre affinché venisse inserito al suo interno.
[682] Di Duchessa di Villeroi, sua sorella.
[683] Primo sindaco della repubblica di Ginevra.
[684] Questo linguaggio dimostra quanto madame d’Épinay fosse determinata a brillare nelle conversazioni. Quella di Voltaire era incantevole, ma era necessario saper ascoltare; inoltre, il commento di madame d’Épinay lascia supporre che lei non sapesse come tenersi zitta. Non capisco proprio perché, quando Voltaire parlava, qualcuno potesse avere voglia di dire qualcos’altro se non ciò che era necessario per farlo continuare a parlare.
[685] Pagina 163.
[686] Si vedano le risposte alle domande poste da Monsieur de Chauvel e datate 5 gennaio 1767 a Wootton. La data è omessa nell’edizione di Ledoux e Tenré. Rousseau vi parla di questa lettera del 1760; afferma di aver ritrovato il suo manoscritto, di averlo trascritto e inviato a Monsieur de Chauvel, autorizzandolo a farne l’uso che desiderasse.
[687] C’étaient les Aventures de milord Edouard Bomston, dont il remit le manuscrit à madame de Luxembourg. Comme elle avait été belle dans un temps où les dames de la cour ne l’étaient pas impunément, on pouvait trouver quelque conformité entre l’une des maîtresses de milord et madame la marécbale, conséquemment des allusions désagréables pour Celle-ci ; cette considération fit que Rousseau rendit madame de Luxembourg maîtresse de l’ouvrage, et le lui dit maladroitement, puisque c’était lui faire entendre qu’il y avait des motifs qui pouvaient l’engager à détruire ce manuscrit. Elle n’en fît rien, ce qui ferait croire qu’elle se mettait au-dessus des allusions, ou qu’elle n’en trouvait pas. Nous ne laisserions point cette alternative, si nous ne savions qu’elle chantait elle-même le couplet satirique que M. de Tressan avait fait contre elle.
Quand Boufflers parut à la cour
On crut voir la mère d’amour;
Chacun cherchait à-lui plaire,
Et chacun l’avait à son tour.
Il est vrai qu’elle s’arrêtait au troisième vers ; mais un jour elle acheva le couplet pour aider la mémoire de quelqu’un qui le chantait sans se douter qu’il eût été fait pour elle.
[688] En 1756, le maréchal de Luxembourg, gouverneur de Normandie, s’était rendu, par ordre de Louis XV, à Rouen, pour faire rayer quelques arrêts du parlement de cette ville, qui contrariaient les volontés royales, et pour présider à l’enregistrement des lettres patentes portant cassation de ces arrêts. Ces missions étaient toujours désagréables. Il parait que Rousseau craignait que le maréchal n’en eût encore une de cette nature.
[689] L’abbé fait un tout autre récit. C’est d’Alembert qui !e fît sortir, c’est d’Alembert qui remercia, etc. On ne répond à cela que par un fait: c’est qu’on tient la lettre à la maréchale, d’elle-même.
[690] Denis Lalive d’Épinay (1724-1782) époux de Louise d’Épinay, correspondante régulière de J.J Rousseau.
[691] Le présent dont il est question était une collection de gravures.
[692] Serment d’ivrogne ou de joueur. Cependant il est possible qu’il n’eût pas l’intention de publier ce qu’il composait, ou qu’il crût n’en avoir pas le temps, car on voit dans un grand nombre de ses lettres, qu’il comptait sur une fin prochaine. Lorsqu’il écrivait cette lettre, il s’occupait de l’Émile, et ce n’était pas pour le laisser dans son portefeuille. Du reste, il explique sa pensée dans la lettre à M. J. Vernet,du 29 novembre 1760. On y voit qu’il ne comprend pas Émile dans sa résolution, et que ce qu’il a publié depuis, le fut pour sa défense. Voyez cette lettre.
[693] Marie-Charlotte Hippolyte de Campet de Saujon, par son mariage comtesse de Boufflers, née en 1724 et morte à Rouen en 1800, est une salonnière et femme de lettres française. Elle épouse le 15 février 1746 le comte Édouard de Boufflers-Rouverel, capitaine de cavalerie au régiment de Bellefonds, et sera la maîtresse du prince de Conti. Au décès de son mari, en octobre 1764, elle espèrera pouvoir épouser celui-ci mais finit par renoncer à ce projet. Arrêtée durant la Terreur, elle sera acquittée par le tribunal révolutionnaire. Elle a composé quelques ouvrages de littérature et des poésies légères. (Note de l’éditeur)
[694] Celle de la Nouvelle Héloïse.
[695] J’avais, dans l’Histoire de J. J. Rousseau (tome I, page 355), combattu l’idée de supposer que Duclos était le correspondant à qui Jean-Jacques adressait cette lettre. Je me fondais sur ce que le premier vantait hautement la Nouvelle Héloïse, tandis que le correspondant paraissait vouloir qu’on ignorât qu’il eût lu cet ouvrage. Mais on voit que Rousseau lui exprime le désir de le voir changer d’avis, afin qu’il se vante de son approbation. Il consultait Duclos sur ses ouvrages ; cette lettre pourrait donc lui être adressée.
[696] M. Coindet qui était commis chez MM. Thelusson et Necker.
[697] Chrétien-Guillaume de Lamoignon de Malesherbes, né le 6 décembre 1721 à Paris, où il a été guillotiné le 22 avril 1794, est un magistrat, botaniste et homme d’État français, particulièrement connu pour le soutien qu’il apporta, en tant que chef de la censure royale, à la publication de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert. Il fut un des défenseurs de Louis XVI à son procès. (Note de l’éditeur)
[698] Charles Pinot Duclos né à Dinan en Bretagne le 12 février 1704 et mort à Paris le 26 mars 1772, est un écrivain et historien français. (Note de l’éditeur)
[699] Expression familière à Diderot. Voyez les Confessions livre IX. — On lit dans quelques éditions, feuillus au lieu de feuillet.
[700] Charles Pinot Duclos né à Dinan en Bretagne le 12 février 1704 et mort à Paris le 26 mars 1772, est un écrivain et historien français.
[701] Les deux écrits que j’ai publiés depuis Émile, ont tous deux été faits par force: l’un pour la défense de mon honneur, l’autre pour l’acquit de mou devoir. (Note de Rousseau qui se trouve dans l’édition donnée par Du Peyrou, en 1790, et qui a été omise dans toutes les éditions postérieures.)
[702] Dans l’édition de Du Peyrou, cette phrase est autrement conçue. » Je suis charmé… Cela montre que mon témoignage a quelque autorité près des personnes pour qui j’ai tant de respect, et je me réjouis pour elles, pour moi, et surtout pour les montagnons, de n’avoir pas été menteur. Je ne suis point étonné que le luxe ait fait… »
[703] Duclos, auteur d’un roman intitulé, Les Confessions du comte de***
[704] Éditeur parisien. (Note de l’éditeur)
[705] C’est d’Émile qu’il est question.
[706] Il ne le désigne pas assez pour qu’on puisse assurer qu’il veuille parler de la Profession de foi du Vicaire Savoyard. Mais cependant il est probable que c’est ce morceau qu’il envoya à M. Moultou. Cette profession fut aussitôt remarquée, critiquée, admirée, condamnée ; Voltaire même ne put refuser son approbation.
[707] M. de Froulay, oncle de madame de Créqui.
[708] Elle avait donné un baiser au porteur.
[709] Charles Joseph Panckoucke, second fils de l’imprimeur libraire André Joseph Panckoucke, est né à Paris le 26 novembre 1736 et mort, dans la même ville le 19 décembre 1798. Quoique son père (mort en 1753) fût déjà solidement établi, c’est Charles Joseph qui lia le nom des Panckoucke à la plus grande maison d’édition du XVIIIe siècle. L’actuelle maison d’éditions Dalloz passe pour avoir été fondée par un membre de la famille. (Note de l’éditeur)
[710] C’est la même que la Maréchale de Luxembourg. (Note de l’éditeur)
[711] Allusion à la brochure qui fut attribuée au marquis de Ximénès, et intitulée, Lettres sur la Nouvelle Héloïse de J. J. Rousseau, 1761, in-8° de 27 pages. M. Barbier, bibliothécaire au Conseil d’état, nous a dit en avoir vu le manuscrit autographe chargé de corrections et d’additions de la main même de Voltaire.
[712] Cette lettre a été imprimée pour la première fois dans le deuxième volume du Conservateur, publié par M. François de Neufchâteau en l’an VIII.
[713] Voyez Émile, livre I. Voyez aussi les Confessions, livre XII.
[714] Je ne tous propose point de lui en donner un vous-même à Montmorency, à cause de Chassot et de sa famille, qui le lui feraient cruellement payer. Mon loyer n’étant que de cinquante livres, ne lui sera pas plus onéreux qu’une chambre à Paris.
[715] Il est revenu depuis sur cette idée en écrivant ses Confessions. Voyez au livre IX.
[716] Jacqueline Faramand épouse Danet (1696-1777), est la nourrice de Jean-Jacques qui l’élève en même temps que sa tante Suzon (Suzanne Rousseau). Il l’appelle affectueusement Mie Jacqueline. Elle épouse en 1733 un teinturier, Jacques Danet. (Note de l’éditeur)
[717] Celle du 29 mai. Voyez précédemmen[a-z]…
[718] Voyez cette réponse précédemment.
[719] Marie-Anne de La Tour de Franqueville (1730-1789) est une jeune femme romantique de petite noblesse. Elle s’identifie à la Julie de la Nouvelle Héloïse lors de la parution du roman et engage une correspondance avec Jean-Jacques jusqu’en 1776. À la mort de ce dernier, elle fait paraître un article dans l’Année littéraire ayant pour titre Jean-Jacques Rousseau vengé par son amie. (Note de l’éditeur)
[720] Dans «Amusements variés, ou mélanges de littérature en vers et en prose » (paru en 1780) il signe M. d’Offreville, Écuyer, Porte-manteau du frère du roi.
[721] Les inséparables ne le furent pas longtemps. Madame de Latour resta fidèle à Jean-Jacques, et sa constance ne se rebuta jamais. Mais son amie la prétendue Claire trouva Rousseau fort peu galant et cessa de lui écrire.
[722] Le maréchal de Luxembourg n’avait envoyé à Rousseau qu’une feuille de papier blanc. Il parait qu’il était convenu entre eux que cet envoi tiendrait lieu de réponse de la part du maréchal, lorsqu’il n’aurait pas le temps d’écrire et n’aurait rien de nouveau à communiquer.
[723] En meilleure place.
[724] Julie-Anne Boy de La Tour (1715-1780), veuve d’un négociant lyonnais, héberge Jean-Jacques pendant son séjour à Môtiers. Fidèle amie, elle correspond avec lui pendant douze ans.
[725] Jean-Jacques avait horreur de la saignée, il la refusa obstinément dans sa chute de 1776.
[687] These were the Adventures of Lord Edward Bomston, whose manuscript he submitted to Madame de Luxembourg. Since she had been beautiful in an era when ladies at court were not necessarily so, one might discern some resemblance between one of Lord Bomston’s mistresses and Madame la Maréchale—hence, some rather unpleasant allusions directed at the latter. For this reason, Rousseau allowed Madame de Luxembourg to become the “owner” of this work, but did so in a rather clumsy manner, implying that there were reasons that might have prompted him to destroy the manuscript. However, she did nothing of the sort, which could lead one to believe either that she regarded such allusions as insignificant or that she simply failed to perceive them. We would not suggest such an alternative were it not for the fact that she herself composed the satirical verse written against her by Monsieur de Tressan.
When Boufflers appeared at court.
One thought they saw the mother of love;
Everyone tried to please him.
And each one took their turn at it.
It is true that she stopped at the third line; but one day she completed the entire stanza to help someone’s memory, as that person was singing it without realizing that it had actually been written for her.
[688] In 1756, the Marshal of Luxembourg, governor of Normandy, was ordered by Louis XV to travel to Rouen in order to have certain decrees issued by that city’s parliament—decrees that ran counter to the royal will—reversed, and to oversee the registration of official letters ordering such revocations. Such missions were always unpleasant. It seems Rousseau feared that the marshal might be assigned another task of this nature.
[689] The abbot tells a completely different story. It was Alembert who made it happen, it was Alembert who expressed his gratitude, and so on. The only response to this is one fact: the letter itself is in the hands of the marquise.
[690] Denis Lalive d’Épinay (1724-1782), husband of Louise d’Épinay, was a regular correspondent of J.-J. Rousseau.
[691] The work in question was a collection of engravings.
[692] Oath of a drunkard or a gambler. However, it is possible that he had no intention of publishing what he was composing, or that he believed he would not have time to do so, for numerous letters of his show that he expected his end to be near. When he wrote this letter, he was busy with Émile, and certainly not with the intention of leaving it in his portfolio. Moreover, he explains his thoughts in the letter to Mr. J. Vernet dated November 29, 1760. There, it is clear that he did not include Émile in his plans, and that what he published later was done for Émile’s defense. Please read this letter.
[693] Marie-Charlotte Hippolyte de Campet de Saujon, who became countess of Boufflers through marriage, was born in 1724 and died in Rouen in 1800. She was a French salon hostess and literary figure. On February 15, 1746, she married Count Édouard de Boufflers-Rouverel, a cavalry captain in the Bellefonds regiment, and later became the mistress of the Prince de Conti. After her husband’s death in October 1764, she hoped to marry him again but ultimately gave up on this plan. During the Terror, she was arrested but was acquitted by the Revolutionary Tribunal. She wrote several literary works and light poems. (Editor’s note)
[694] That of New Heloise.
[695] In my “History of J. J. Rousseau” (Volume I, page 355), I had argued against the notion that Duclos was the person to whom Jean-Jacques addressed this letter. My argument was based on the fact that Duclos highly praised “New Heloise,” while the correspondent seemed to wish that it be unknown he had read this work. However, it appears that Rousseau expressed his desire for him to change his opinion, so that he could boast about having received Rousseau’s approval. Since Rousseau sought Duclos’ advice on his own writings, it is entirely possible that this letter was indeed addressed to him.
[696] Mr. Coindet, who was employed with Messrs. Thelusson and Necker.
[697] Chrétien-Guillaume de Lamoignon de Malesherbes, born on December 6, 1721, in Paris, where he was guillotined on April 22, 1794, was a French magistrate, botanist, and statesman, particularly known for his support, as head of the royal censorship, for the publication of Diderot and d’Alembert’s Encyclopédie. He was also one of Louis XVI’s defenders during his trial. (Editor’s note)
[698] Charles Pinot Duclos, born in Dinan, Brittany, on February 12, 1704, and died in Paris on March 26, 1772, was a French writer and historian. (Editor’s note)
[699] A familiar expression used by Diderot; see Confessions, Book IX. In some editions, “feuille” is written as “feuillet”.
[700] Charles Pinot Duclos, born in Dinan, Brittany, on February 12, 1704, and died in Paris on March 26, 1772, was a French writer and historian.
[701] The two writings I published since Émile were both done under compulsion: one in order to defend my honor, the other to fulfill a duty I felt toward someone. (Note by Rousseau found in the edition prepared by Du Peyrou in 1790; it was omitted from all subsequent editions.)
[702] In Du Peyrou’s edition, this phrase is phrased differently. “I am delighted. This shows that my testimony holds some authority among those people whom I hold in such high regard, and I am glad for them, for myself, and especially for the mountains, that I have not been a liar. I am not surprised that luxury has led to, ”
[703] Duclos, the author of a novel titled The Confessions of the Count of**
[704] A Parisian publisher. (Publisher’s note)
[705] It is about Émile that we are talking here.
[706] He does not refer to it in a way that would allow us to be certain that he intends to talk about the “Profession of Faith” of the Vicar of Savoy. Nevertheless, it is likely that this very text was what he sent to Mr. Moultou. This document immediately attracted attention; it was criticized, admired, and condemned—even Voltaire could not refuse to give it his approval.
[707] Mr. de Froulay, uncle of Madame de Créqui.
[708] She gave a kiss to the porter.
[709] Charles Joseph Panckoucke, second son of the bookseller and printer André Joseph Panckoucke, was born in Paris on November 26, 1736, and died in the same city on December 19, 1798. Although his father (who died in 1753) had already established a solid business foundation, it was Charles Joseph who linked the Panckoucke name to the most prominent publishing house of the eighteenth century. The current Dalloz publishing house is believed to have been founded by a member of this family. (Editor’s note)
[710] It’s the same one as the Marshal of Luxembourg. (Editor’s note)
[711] Allusion to the brochure attributed to the Marquis of Ximénès, titled *Letters on J. J. Rousseau’s New Heloise, 1761, an 8° edition of 27 pages. Mr. Barbier, librarian at the Council of State, told us that he had seen the autographed manuscript containing corrections and additions made by Voltaire himself.
[712] This letter was first printed in the second volume of Le Conservateur, published by Mr. François de Neufchâteau in the year VIII.
[713] See Émile, Book I. Also see The Confessions, Book XII.
[714] I do not propose in any way to give him one myself in Montmorency, due to Chassot and his family, who would make him pay a terrible price for it. Since my rent is only fifty livres, it will not be any more expensive for him than renting a room in Paris.
[715] He later returned to this idea in writing his Confessions; refer to Book IX for that.
[716] Jacqueline Faramand married Danet (1696-1777); she was the nurse of Jean-Jacques, who raised her alongside his aunt Suzon (Suzanne Rousseau). Jean-Jacques affectionately called her “Mie Jacqueline.” In 1733, she married a dyer named Jacques Danet. (Editor’s note)
[717] The one from May 29th. See previously [a-z].
[718] See that previous response.
[719] Marie-Anne de La Tour de Franqueville (1730-1789) was a young woman of low noble birth with a romantic temperament. Upon the publication of New Heloise, she identified deeply with the character Julie and maintained a correspondence with Jean-Jacques Rousseau until 1776. After his death, she published an article in L’Année littéraire titled “Jean-Jacques Rousseau Avenged by His Friend.” (Editor’s note)
[720] In “Amusements Variés, or a Mix of Literature in Verse and Prose” (published in 1780), he signed as M. d’Offreville, Equerry, and Usher to the King’s brother.
[721] The inseparables were not inseparable for long. Madame de Latour remained faithful to Jean-Jacques, and her devotion never wavered. However, her friend, the so-called Claire, found Rousseau rather lacking in gallantry and stopped writing to him.
[722] The Marshal of Luxembourg had sent Rousseau only a blank piece of paper. It seems that it had been agreed between them that such a delivery would serve as the marshal’s response when he did not have time to write and had nothing new to communicate.
[723] In a better position.
[724] Julie-Anne Boy de La Tour (1715-1780), widow of a Lyonese merchant, provided shelter for Jean-Jacques during his stay in Môtiers. A devoted friend, she maintained correspondence with him for twelve years.
[725] Jean-Jacques detested bloodshed; he stubbornly refused it during his fall in 1776.
[687] Si trattava delle “Avventure di lord Edward Bomston”, il cui manoscritto egli consegnò a madame de Luxembourg. Poiché un tempo lei era stata bellissima, in un’epoca in cui le dame di corte non lo erano necessariamente, si poteva ravvisare una certa somiglianza tra una delle amanti di lord Bomston e madame la maréchale; di conseguenza, ciò comportava allusioni sgradevoli per quest’ultima. Per questa ragione Rousseau fece in modo che madame de Luxembourg diventasse la “protettrice” dell’opera, ma lo fece in modo goffo, poiché questo significava farle capire che esistevano motivi che avrebbero potuto spingerlo a distruggere quel manoscritto. Lei però non lo fece, il che farebbe pensare che si considerasse al di sopra di tali allusioni, o che semplicemente non le ritenesse significative. Non lascieremmo intendere questa seconda possibilità, se non sapessimo che lei stessa cantava il verso satirico scritto contro di lei da M. de Tressan.
Quando Boufflers comparve alla corte.
Si credette di vedere la madre dell’amore.
Ognuno cercava di compiacerlo.
E ognuno, a turno, l’ha avuto.
È vero che si fermava al terzo verso; ma un giorno completò l’intero strofo per aiutare la memoria di qualcuno che lo cantava senza sospettare che fosse stato scritto apposta per lei.
[688] Nel 1756, il maresciallo di Lussemburgo, governatore della Normandia, si recò a Rouen su ordine di Luigi XV per far cancellare alcuni decreti del parlamento di quella città che contraddicevano le volontà reali, e per presiedere all’ registrazione delle lettere patenti che ne revocavano l’efficacia. Questi incarichi erano sempre sgradevoli. Sembra che Rousseau temesse che il maresciallo ricevesse un altro compito del genere.
[689] L’abate raccontò una storia completamente diversa. Fu Alembert a farla uscire, fu Alembert a ringraziare, ecc. A questo si può rispondere solo con un fatto: la lettera è in possesso della marescialla stessa.
[690] Denis Lalive d’Épinay (1724-1782), marito di Louise d’Épinay, fu una corrispondente regolare di J.-J. Rousseau.
[691] Il “presente” di cui si parla era una raccolta di incisioni.
[692] Giuramento di un ubriaco o di un giocatore. Tuttavia, è possibile che non avesse l’intenzione di pubblicare ciò che stava scrivendo, oppure che credesse di non avere il tempo per farlo, poiché in molte delle sue lettere si evince che contava su una fine imminente. Quando scrisse questa lettera, era impegnato a lavorare all’“Émile”, e certamente non aveva intenzione di lasciarla nel suo portafoglio. Del resto, spiega chiaramente le sue intenzioni nella lettera indirizzata a M. J. Vernet del 29 novembre 1760: in essa si legge che non includeva l’“Émile” tra le persone coinvolte nella sua decisione, e che ciò che ha pubblicato in seguito lo fece esclusivamente per difenderlo. Si prega di consultare questa lettera.
[693] Marie-Charlotte Hippolyte de Campet de Saujon, divenuta contessa di Boufflers per matrimonio, nata nel 1724 e morta a Rouen nel 1800, fu una salottiera e scrittrice francese. Il 15 febbraio 1746 sposò il conte Édouard de Boufflers-Rouverel, capitano di cavalleria nel reggimento di Bellefonds, e divenne in seguito l’amante del principe di Conti. Alla morte del marito, nell’ottobre 1764, sperò di poterlo sposare, ma alla fine rinunciò a questo progetto. Arrestata durante la Terrore, fu assolta dal tribunale rivoluzionario. Scrisse alcuni opuscoli di letteratura e poesie leggere. (Nota dell’editore)
[694] Quelle della “Nuova Eloisa”.
[695] Nella “Storia di J.-J. Rousseau” (volo I, pagina 355), avevo contestato l’idea che Duclos fosse il destinatario della lettera inviata da Jean-Jacques. Mi basavo sul fatto che Duclos esaltasse apertamente “La Nuova Eloisa”, mentre il corrispondente sembrava voler nascondere di aver letto quest’opera. Tuttavia, si vede chiaramente che Rousseau gli espresse il desiderio che cambiasse opinione, affinché potesse vantarsi del suo consenso. Consultava Duclos riguardo ai suoi scritti; quindi questa lettera poteva benissimo essere indirizzata a lui.
[696] Il signor Coindet, che lavorava presso i signori Thelusson e Necker.
[697] Chrétien-Guillaume de Lamoignon de Malesherbes, nato il 6 dicembre 1721 a Parigi, dove fu ghigliottinato il 22 aprile 1794, è stato un magistrato, botanico e statista francese, particolarmente noto per il sostegno che fornì, in qualità di capo della censura reale, alla pubblicazione dell’Enciclopedia di Diderot e d’Alembert. Fu uno dei difensori di Luigi XVI durante il suo processo. (Nota dell’editore)
[698] Charles Pinot Duclos, nato a Dinan in Bretagna il 12 febbraio 1704 e morto a Parigi il 26 marzo 1772, è stato uno scrittore e storico francese. (Nota dell’editore)
[699] Espressione familiare per Diderot; si veda “Le Confessioni”, libro IX. In alcune edizioni si legge “feuilles” al posto di “feuillet”.
[700] Charles Pinot Duclos, nato a Dinan in Bretagna il 12 febbraio 1704 e morto a Parigi il 26 marzo 1772, è stato uno scrittore e storico francese.
[701] I due scritti che ho pubblicato dopo “Émile” sono stati entrambi scritti per necessità: uno in difesa del mio onore, l’altro per adempiere a un dovere. (Nota di Rousseau presente nell’edizione curata da Du Peyrou nel 1790 e omessa in tutte le edizioni successive.)
[702] Nell’edizione di Du Peyrou, questa frase è formulata in modo diverso. “Sono incantato. Questo dimostra che il mio testimone ha una certa autorità presso le persone per cui provo tanto rispetto, e mi rallegro per loro, per me, e soprattutto per le montagne, di non essere stato un bugiardo. Non mi sorprende affatto che il lusso abbia avuto questo effetto, ”
[703] Duclos, autore di un romanzo intitolato “Le Confessioni del conte di ***”.
[704] Editore parigino. (Nota dell’editore)
Si tratta di Émile.
[706] Non lo indica in modo sufficientemente chiaro per poter affermare con certezza che si riferisca alla “Professione di fede” del Vicaire Savoyard. Tuttavia, è probabile che sia proprio questo testo che inviò a Monsieur Moultou. Questa “Professione di fede” fu immediatamente notata, criticata, ammirata e condannata; persino Voltaire non poté rifiutarsi di darle il suo consenso.
[707] Il signor de Froulay, zio di madama de Créqui.
[708] Aveva dato un bacio al portatore.
[709] Charles Joseph Panckoucke, secondo figlio dell’editore e libraio André Joseph Panckoucke, nacque a Parigi il 26 novembre 1736 e morì nella stessa città il 19 dicembre 1798. Sebbene suo padre fosse già molto affermato nel settore editoriale (morto nel 1753), fu Charles Joseph ad associare il nome dei Panckoucke alla più grande casa editrice del XVIII secolo. Si ritiene che l’attuale casa editrice Dalloz sia stata fondata da un membro di questa famiglia. (Nota dell’editore)
[710] È la stessa della Marchesa di Lussemburgo. (Nota dell’editore)
[711] Allusione alla brochure attribuita al marchese di Ximénès e intitolata “Lettere sulla Nuova Eloisa di J.-J. Rousseau”, pubblicata nel 1761 in formato in-8° di 27 pagine. Il signor Barbier, bibliotecario presso il Consiglio di Stato, ci ha detto di aver visto il manoscritto autografo contenente correzioni e aggiunte apposte direttamente da Voltaire.
[712] Questa lettera fu stampata per la prima volta nel secondo volume del “Conservateur”, pubblicato da Monsieur François de Neufchâteau nell’anno VIII.
[713] Si veda Émile, libro I; si vedano anche le Confessioni, libro XII.
[714] Non propongo affatto di darne una a Montmorency, a causa di Chassot e della sua famiglia, che glielo farebbero pagare a caro prezzo. Poiché il mio affitto ammonta soltanto a cinquanta lire, non gli costerà di più di una stanza a Parigi.
[715] In seguito è tornato su questa idea scrivendo le sue “Confessioni”. Si veda il libro IX.
[716] Jacqueline Faramand sposa Danet (1696-1777); è la nutrice di Jean-Jacques, che la educa insieme a sua zia Suzon (Suzanne Rousseau). Jean-Jacques la chiama affettuosamente “Mie Jacqueline”. Nel 1733 sposa un tintore, Jacques Danet. (Nota dell’editore)
[717] Quelli del 29 maggio. Vedi in precedenza. [a-z].
[718] Vedete questa risposta precedente.
[719] Marie-Anne de La Tour de Franqueville (1730-1789) era una giovane donna romantica di piccola nobiltà. Al momento della pubblicazione del romanzo, si identificò in Julie de la Nouvelle Héloïse e intrattenne una corrispondenza con Jean-Jacques fino al 1776. Dopo la morte di quest’ultimo, pubblicò un articolo sull’“Année littéraire” intitolato “Jean-Jacques Rousseau vengeduto dalla sua amica”. (Nota dell’editore)
[720] Nei “Amusements variés, ou mélanges de littérature en vers et en prose” (pubblicati nel 1780), il signor M. d’Offreville, Scudiero e Portabandiera del fratello del re.
[721] Le due donne inseparabili non rimasero insieme a lungo. Madame de Latour rimase fedele a Jean-Jacques, e la sua devozione non vacillò mai. Ma la sua amica, la presunta Claire, trovò Rousseau molto poco galante e smise di scrivergli.
[722] Il maresciallo di Lussemburgo inviò a Rousseau soltanto un foglio di carta bianca. Sembra che tra loro fosse stato concordato che tale invio costituisse una risposta da parte del maresciallo, quando non avesse tempo di scrivere o nulla di nuovo da comunicare.
[723] In una posizione migliore.
[724] Julie-Anne Boy de La Tour (1715-1780), vedova di un commerciante di Lione, ospitò Jean-Jacques durante il suo soggiorno a Môtiers. Amica fedele, intrattenne corrispondenza con lui per dodici anni.
[725] Jean-Jacques odiava le stragi; con ostinazione le rifiutò durante la sua caduta del 1776.
[726] Esquinancie: Nom d’une maladie de la gorge, que les Latins appellent angina, angine.
[727] On doit dire, s’en est allé, et non s’est en allé.
[728] Du fond de son séminaire, cet abbé s’est adressé à Rousseau pour avoir des renseignements sur un écrit des pasteurs de Genève. Jean-Jacques lui faitt sentir l’indiscrétion de sa demande. (Note de l’éditeur)
[729] Cette lettre, ainsi que la suivante, trouvées dans les papiers de l’auteur, n’ont pas été envoyées à leur adresse ; mais, puisque Rousseau les a conservées, on n’a pas cru devoir les supprimer. (Note de Du Peyrou)
[730] Voyez Nouvelle Héloise, troisième partie, lettre XXII. Rousseau revient sur cette idée, et en termes encore plus clairs, dans une Iettre à Duclos du 1er août 1763.
[731] Antoine-Jacques Roustan, né le 23 octobre 1734 à Genève où il est mort le 15 juin 1808, est un pasteur et philosophe suisse, qui a entretenu une correspondance nourrie avec Jean-Jacques Rousseau. À la différence de celui-ci, il pensait qu’une république chrétienne était réalisable, la religion chrétienne étant à ses yeux compatible avec le patriotisme ou le républicanisme. Il fut un admirateur de Rousseau quand il est jeune étudiant en théologie. Devenu pasteur il juge la Nouvelle Héloïse immorale et publie une réfutation de la Profession de foi du Vicaire savoyard, tout en conservant des relations amicales avec Rousseau. (Note de l’éditeur)
[732] François Coindet, jeune employé de banque d’origine genevoise, s’attache à Rousseau lorsque celui-ci s’installe en solitaire en 1758 à Montmorency et auquel il rend de menus services. Malgré les rebuffades régulières du grand homme, il lui garde une fidélité admirative. (Note de l’éditeur)
[733] Il désigne ici Jacques Gujer, sunommé Klyiogg, cultivateur dans la paroisse d’Uster, canton de Zurich, et qui a donné au médecin Hirzel l’idée de son Socrate rustique. Voyez ci-après la lettre du 11 novembre 1764, et la note qui s’y rapporte.
[734] Quel peuple a jamais été le plus heureux ?
[735] Voici la suite de cette question: »et quel est le plan le plus parfait qu’un législateur puisse suivre à cet égard ? »
[736] «Est-il des préjugés respectables qu’un bon citoyen doive se faire un scrupule de combattre publiquement ? »
[737] «Par quel moyen pourrait-on resserrer les liaisons et l’amitié entre les citoyens des diverses républiques qui composent la confédération helvétique ? »
[738] Cette lettre ne fait pas partie des lettres à la même dame que M. Pougens a publiées en 1798 ; mais elle se trouve dans le recueil donné par du Peyrou en 1790, et elle s’y trouve avec l’interruption qui se voit ici.
[739] L’envoi de son Émile (Note de du Peyrou.)
[740] Jean Néaulme, né en juin 1694 et mort le 5 janvier 1780. Libraire, fils ou frère d’un Jean I Néaulme libraire. Se retire en 1763. Les éditions parues sous son nom après 1764 sont vraisemblablement fictives. (Note de l’éditeur)
[741] Pour l’explication de ceci, voyez au commencement de l’Émile la première des notes ou il est question de Formey.
[742] M. de la Poplinière était le mécène de Jean-Philippe Rameau. On relira avec intérêt ce qu’il en dit, ainsi que de sa femme, dans les Confessions, Partie II, Liv. VII. (Note de l’éditeur).
[743] Louis-François de Bourbon-Conti, comte de La Marche puis prince de Conti (1727), est un aristocrate français né le 13 août 1717 à Paris dans l’hôtel de Conti et mort le 2 août 1776 à Paris. (Note de l’éditeur)
[744] Portrait de Thérèse Levasseur en 1791, âgée de 70 ans par Johan Michael Baader. Née en 1721 et morte en 1801, elle fut la lingère de l’hôtel Saint-Quentin où résida Rousseau qui en fit sa compagne. Le couple eut cinq enfants de 1747 à 1755, tous abandonnés aux Enfants-Trouvés. Malgré son inculture, elle semble avoir eu une grande influence sur le maître. À la mort de Jean-Jacques, elle épousera un garde-chasse. La mère de Thérèse a longtemps vécu avec le couple aux crochets de Jean-Jacques. (Note de l’éditeur)
[745] Victor de Gingins, seigneur de Moiry (1708-1776), de la branche d’Orny ; très jeune, il fit partie des autorités bernoises, et devint notamment membre de la Chambre des appellations romandes et bailli d’Yverdon. Auteur du Bacha De Bude paru en 1765, il fut un fervent protecteur de J. J Rousseau.
[746] George Keith. Né en 1692 ou 1693, et mort le 28 mai 1778) ; 10ème comte Marischal, fut un officier d’armée écossais. Il était surnommé Milord Maréchal parce que le titre de comte-maréchal d’Écosse était héréditaire dans sa famille, en tant que chefs du clan Keith. Il servit d’abord avec distinction sous Marlborough, et refusa après la mort de la reine Anne en 1715, de reconnaître pour roi George 1er, voulant faire proclamer le Prétendant, fils de Jacques II. Il s’expatria après la fuite de ce prince et fut condamné à mort par le Parlement. Il alla prendre du service à l’étranger, et finit par se fixer en Prusse, où il devint l’ami du roi Frédéric II. Il fut nommé par ce dernier, gouverneur de la principauté de Neuchâtel entre 1754-1768. Il fut l’un des amis les plus fidèles de Rousseau. C’est en 1762, installé à Môtiers, que Rousseau en fait la connaissance à Colombier. Il lui rend de fréquentes visites jusqu’en 1763. Le départ pour Postdam de celui qu’il considère comme un père sage et bienveillant est un déchirement pour Jean-Jacques. Après avoir tenté en vain de calmer son ami Rousseau dans sa querelle avec David Hume, George Keith cessera définitivement de correspondre avec lui.
[747] Château de Colombier, demeure du Lord Maréchal. (Note de l’éditeur)
[748] Frédéric II de Prusse, dit Frédéric le Grand. De la maison des Hohenzollern, il naît le 24 janvier 1712 à Berlin, et meurt le 17 août 1786 à Potsdam. Il est simultanément Frédéric IV de Brandebourg, 14ème prince-électeur de Brandebourg et Frédéric II, troisième roi de Prusse (1740-1786). Surnommé affectueusement der alte Fritz (le vieux Fritz), il fait entrer son pays dans la cour des grandes puissances européennes. Après avoir un temps fréquenté Voltaire, il devient célèbre pour être l’un des porteurs de l’idéal du prince du siècle des Lumières en tant que «despote éclairé ». (Note de l’éditeur)
[749] L’alinéa qui termine cette lettre fait juger que celui à qui elle est adressée était un des membres de la Société économique de Berne.
[750] Voyez ci-devant la lettre du 29 avril 1762.
[751] Sur le dos de la lettre.
[752] Nom qu’on donne à des officiers subalternes de la justice, qui accompagnent les huissiers pour leur servir de témoins ou pour leur prêter main-forte dans l’exercice de leur fonction.
[753] Isaac Marcet. Genevois.
[754] Frédéric-Guillaume de Montmollin (1709-1783) est le pasteur de Môtiers où s’est réfugié Rousseau en 1762. Il accueille favorablement l’exilé, espérant l’amener à se rétracter. N’obtenant rien, il tentera vainement de le faire excommunier par le Consistoire, puis rameutera la population de Môtiers, amenant Rousseau à quitter volontairement la ville.
[755] Jacob Vernet (1698-1789) est pasteur à Céligny et théologien libéral. Il accueille favorablement Rousseau lors de sa réintégration au protestantisme genevois en 1755. Toutefois après la parution de l’Émile et du Contrat Social, il prend position contre les idées rousseauistes de la religion naturelle en produisant ses Lettres sur le christianisme de J.-J. Rousseau et Lettres critiques.
[756] Cousin de Jean-Jacques.
[757] Il s’agit ici de Charles Pictet (1713-1792), dit de Cartigny, qui fut colonel au service des Provinces-Unies (actuels Pays-Bas), et Marie, née Dunant. (Note de l’éditeur), mais il existe aussi trois lettres échangées avec d’autres membres de la famille Pictet: le pasteur et professeur Jean-François Pictet (1699-1778) en sa qualité de bibliothécaire, la compagnie des pasteurs ayant la responsabilité de la bibliothèque publique de Genève, ainsi qu’une lettre de sympathie qui a été adressée à Rousseau par Gabriel Pictet (1710-1782), alors capitaine au service de Sardaigne (Source: Les Pictet dans la correspondance de Voltaire et Rousseau, avec une lettre de d’Alembert. Fondation des archives de la famille Pictet, avril 2008)
[758] Émile, liv. II.
[759] Émile, Liv. V (des voyages)
[760] Orthographe d’époque.
[761]
François Deluc, mort en 1780, est père des deux célèbres géologues de ce nom. Les deux seuls ouvrages qu’on connaisse de lui sont, Lettre contre la Fable des Abeilles, in-12, et Observations sur les écrits de quelques savants incrédules. Genève, 1762, in-8°.
[762] Ami de J.J Rousseau. Pendant le séjour de celui-ci à Motiers-Travers, il alla le visiter au cours du mois d’octobre 1762, accompagné de MM. Roustan et Beauchâteau. Ils passèrent plusieurs jours avec Rousseau. M. Mouchon donna des détails intéressants de ce pèlerinage dans une lettre qu’il écrivit à sa femme.
[763] Cet anonyme était M. Philippe Robin, citoyen distingué par son mérite et ses talents. {Note de M. Mouchon.)
[764] Cette lettre que Rousseau écrivit le 26 février 1763, se trouve dans sa Correspondance.
[765] Voyez dans l’Histoire de J. J. Rousseau, tome II, les détails intéressants donnés par M. Mouchon sur cette visite.
[726] Esquinancie: The name of a throat disease, which the Latins call angina.
[727] It should be said that he “went away” rather than simply “left”.
[728] From the depths of his seminary, this abbot wrote to Rousseau seeking information regarding a text written by the pastors of Geneva. Jean-Jacques made him aware of the indiscretion of his request. (Editor’s note)
[729] This letter, as well as the next one, which were found among the author’s papers, were not sent to their intended recipients; however, since Rousseau kept them, it was deemed unnecessary to delete them. (Note by Du Peyrou)
[730] See New Heloise, third part, letter XXII. Rousseau returns to this idea in even clearer terms in a letter to Duclos dated August 1, 1763.
[731] Antoine-Jacques Roustan, born on October 23, 1734, in Geneva, where he died on June 15, 1808, was a Swiss pastor and philosopher who maintained an extensive correspondence with Jean-Jacques Rousseau. Unlike Rousseau, he believed that a Christian republic was feasible, as Christianity, in his view, was compatible with patriotism or republicanism. As a young theology student, he was an admirer of Rousseau. After becoming a pastor, he deemed The New Heloise immoral and published a refutation of the Vicar of Savoy’s Profession of Faith, while continuing to maintain friendly relations with Rousseau. (Editor’s note)
[732] François Coindet, a young bank employee of Geneva origin, became closely associated with Rousseau when the latter retired to live alone in Montmorency in 1758; he provided him with various small services. Despite the frequent rebuffs from this great man, Coindet maintained towards him an admiring loyalty. (Editor’s note)
[733] Here he refers to Jacques Gujer, nicknamed Klyiogg, a farmer from the parish of Uster in the canton of Zurich, who gave the physician Hirzel the idea for his character of the rustic Socrates. See the letter dated November 11, 1764, and the accompanying note below.
[734] Which people have ever been the happiest?
[735] Here is the continuation of this question: “And what is the most perfect plan that a legislator can follow in this regard?”
[736] “Are there any respectable prejudices that a good citizen should feel scruples about publicly opposing?”
[737] “By what means could one strengthen the ties and friendship between the citizens of the various republics that make up the Helvetic Confederation?”
[738] This letter is not among those addressed to the same lady that M. Pougens published in 1798; however, it appears in the collection compiled by du Peyrou in 1790, and it includes the interruption that is present here.
[739] The sending off of his Émile (Note by du Peyrou.)
[740] Jean Néaulme, born in June 1694 and died on January 5, 1780. A bookseller, he was either the son or brother of another Jean I Néaulme who was also a bookseller. He retired in 1763. Publications published under his name after 1764 are likely to be fictitious. (Note from the publisher)
[741] For an explanation of this, see at the beginning of Emile the first note discussing Formey.
[742] Mr. de la Poplinière was the patron of Jean-Philippe Rameau. It is worth reading what he says about him, as well as about his wife, in the Confessions, Part II, Book VII. (Editor’s note.)
[743] Louis-François de Bourbon-Conti, initially Count of La Marche and later Prince of Conti (born in 1727), was a French aristocrat who was born on August 13, 1717, at the Hôtel de Conti in Paris and died there on August 2, 1776. (Editor’s note)
[744] Portrait of Thérèse Levasseur in 1791, at the age of 70, by Johan Michael Baader. Born in 1721 and died in 1801, she served as the laundress at the Hôtel Saint-Quentin where Rousseau resided and made her his companion. The couple had five children between 1747 and 1755, all of whom were abandoned in the Orphanage. Despite her lack of education, she seems to have had a significant influence on Rousseau. After Jean-Jacques’ death, she married a gamekeeper. Thérèse’s mother lived with the couple for many years at Jean-Jacques’ estate. (Editor’s note)
[745] Victor de Gingins, lord of Moiry (1708-1776), from the Orny branch of the family; at a very young age, he became one of the authorities in Bern and notably served as a member of the Romand Appeals Chamber as well as baili of Yverdon. The author of Bacha De Bude, published in 1765, he was a fervent supporter of J.-J. Rousseau.
[746] George Keith, born in 1692 or 1693 and died on May 28, 1778, was the 10th Earl Marischal and a Scottish military officer. He was nicknamed “Milord Maréchal” because the title of Earl Marischal of Scotland was hereditary in his family, as they were leaders of the Keith clan. He initially served with distinction under Marlborough but, after the death of Queen Anne in 1715, refused to acknowledge George I as king, preferring to support James II’s son, the Pretender. After that prince fled, Keith went into exile and was sentenced to death by Parliament. He later served abroad and eventually settled in Prussia, where he became a close friend of King Frederick II. In 1754–1768, Frederick appointed him Governor of the Principality of Neuchâtel. George Keith was one of Rousseau’s most loyal friends; it was in 1762, while residing in Môtiers, that Rousseau met him in Colombier. They maintained frequent correspondence until 1763. The departure of this man, whom Jean-Jacques regarded as a wise and kind father figure, was a profound sorrow for him. After failing to reconcile his friend Rousseau with David Hume, George Keith ceased all communication with him forever.
[747] Château de Colombier, residence of the Lord Marshal. (Editor’s note)
[748] Frederick II of Prussia, also known as Frederick the Great. A member of the House of Hohenzollern, he was born on January 24, 1712, in Berlin and died on August 17, 1786, in Potsdam. He simultaneously served as Frederick IV of Brandenburg, the 14th Elector of Brandenburg, and Frederick II, the third King of Prussia (1740-1786). Affectionately called “der alte Fritz” (the old Fritz), he brought his country into the ranks of Europe’s great powers. After briefly associating with Voltaire, he became famous for embodying the ideal of the “enlightened despot” as a representative of the principles of the Enlightenment era. (Editor’s note)
[749] The final line of this letter indicates that the person it was addressed to was a member of the Bern Economic Society.
[750] See the letter dated April 29, 1762, above.
[751] On the back of the letter.
[752] A term used to refer to junior judicial officers who accompany bailiffs to serve as witnesses or to assist them in the performance of their duties.
[753] Isaac Marcet. A native of Geneva.
[754] Frédéric-Guillaume de Montmollin (1709-1783) was the pastor of Môtiers, where Rousseau took refuge in 1762. He welcomed the exiled individual, hoping to persuade him to retract his views. Failing to achieve this, he attempted in vain to have Rousseau excommunicated by the local church council, and later mobilized the people of Môtiers, forcing Rousseau to leave the town on his own initiative.
[755] Jacob Vernet (1698-1789) was a pastor in Céligny and a liberal theologian. He welcomed Rousseau upon his reintegration into Geneva’s Protestant community in 1755. However, after the publication of Émile and The Social Contract, he took a critical stance against Rousseau’s ideas regarding natural religion, publishing works such as Letters on J.-J. Rousseau’s Christianity and Critical Letters.
[756] Cousin of Jean-Jacques.
[757] Here we are referring to Charles Pictet (1713-1792), also known as de Cartigny, who served as a colonel in the service of the Provinces-United (present-day Netherlands), and Marie, née Dunant. (Editor’s note) However, there are also three letters exchanged with other members of the Pictet family: Jean-François Pictet, pastor and professor, in his capacity as librarian, since the clergy were responsible for managing Geneva’s public library; and a letter of sympathy sent to Rousseau by Gabriel Pictet (1710-1782), who at that time was a captain serving in Sardinia. (Source: “Les Pictet dans la correspondance de Voltaire et Rousseau, avec une lettre de d’Alembert. Fondation des archives de la famille Pictet, avril 2008”)
[758] Émile, Book II.
[759] Émile, Book V (travels)
[760] Spelling of the era.
[761]
François Deluc, who died in 1780, was the father of the two famous geologists of that name. The only two works of his that are known are Lettre contre la Fable des Abeilles, published in 12mo format, and Observations sur les écrits de quelques savants incrédules, published in Geneva in 1762 in 8vo format.
[762] Friend of J.J. Rousseau. During Rousseau’s stay in Motiers-Travers, he visited him in October 1762, accompanied by Messrs. Roustan and Beauchâteau. They spent several days with Rousseau. Mr. Mouchon provided interesting details about this visit in a letter he wrote to his wife.
[763] This anonymous individual was Mr. Philippe Robin, a citizen distinguished by his merit and talents. {Note by Mr. Mouchon.)
[764] This letter, which Rousseau wrote on February 26, 1763, can be found in his Correspondence.
[765] See in the History of J. J. Rousseau, Volume II, the interesting details provided by Mr. Mouchon regarding this visit.
[726] Esquinancia: Nome di una malattia della gola, che i latini chiamano angina.
[727] Bisogna dire che se n’è andato, ma non che si sia semplicemente allontanato.
[728] Dal profondo del suo seminario, quell’abate si rivolse a Rousseau per ottenere informazioni su un scritto dei pastori di Ginevra. Jean-Jacques gli fece notare quanto fosse indiscreta quella richiesta. (Nota dell’editore)
[729] Questa lettera, così come la seguente, trovate tra i documenti dell’autore, non furono inviate alla loro destinazione; tuttavia, poiché Rousseau le conservò, si ritenne opportuno non eliminarle. (Nota di Du Peyrou)
[730] Si veda “Nouvelle Héloise”, terza parte, lettera XXII. Rousseau ritorna su questo concetto, e lo esprime in termini ancora più chiari, nella lettera a Duclos del 1° agosto 1763.
[731] Antoine-Jacques Roustan, nato il 23 ottobre 1734 a Ginevra dove morì il 15 giugno 1808, è stato un pastore e filosofo svizzero che intrattenne una corrispondenza assidua con Jean-Jacques Rousseau. A differenza di quest’ultimo, riteneva che una repubblica cristiana fosse realizzabile, poiché la religione cristiana, a suo parere, era compatibile con il patriottismo e il republicanismo. Da giovane studente di teologia fu un grande ammiratore di Rousseau; diventato pastore, considerò la “Nouvelle Héloïse” immorale e pubblicò una confutazione della “Profession de foi du Vicaire savoyard”, pur mantenendo rapporti amichevoli con Rousseau. (Nota dell’editore)
[732] François Coindet, giovane impiegato di banca di origine genovese, si lega a Rousseau quando quest’ultimo si stabilisce da solo a Montmorency nel 1758 e gli presta piccoli servizi. Nonostante le regolari rifiutazioni da parte del grande uomo, gli mantiene una fedeltà piena di ammirazione. (Nota dell’editore)
[733] Qui si riferisce a Jacques Gujer, soprannominato Klyiogg, contadino della parrocchia di Uster, nel cantone di Zurigo, che fornì al medico Hirzel l’ispirazione per il suo personaggio del “Socrate rustico”. Si veda la lettera del 11 novembre 1764 e la nota correlata.
[734] Qual popolo è mai stato il più felice?
[735] Ecco la continuazione di questa domanda: “E qual è il piano più perfetto che un legislatore possa seguire in questo ambito?”
[736] “Esistono pregiudizi rispettabili contro cui un buon cittadino dovrebbe sentirsi in dovere di lottare apertamente?”
[737] “Con quale mezzo si potrebbero rafforzare i legami e l’amicizia tra i cittadini delle varie repubbliche che compongono la Confederazione elvetica?”
[738] Questa lettera non fa parte delle lettere indirizzate alla stessa signora che il signor Pougens ha pubblicato nel 1798; tuttavia si trova nella raccolta curata da du Peyrou nel 1790, e in essa è presente anche l’interruzione che si osserva in questo testo.
[739] L’invio di suo Émile (Nota di du Peyrou.)
[740] Jean Néaulme, nato nel giugno del 1694 e morto il 5 gennaio 1780. Libraio; figlio o fratello di un altro Jean I Néaulme, anch’egli libraio. Si ritirò dall’attività commerciale nel 1763. Le edizioni pubblicate a suo nome dopo il 1764 sono probabilmente fittizie. (Nota dell’editore)
[741] Per una spiegazione di ciò, si veda all’inizio di “Émile” la prima delle note riguardanti Formey.
[742] Il signor de la Poplinière fu il mecenate di Jean-Philippe Rameau. È interessante leggere ciò che egli dice su di lui, così come su sua moglie, nelle “Confessioni”, Parte II, Libro VII. (Nota dell’editore).
[743] Louis-François de Bourbon-Conti, conte di La Marche e in seguito principe di Conti (1727), è un aristocratico francese nato il 13 agosto 1717 a Parigi nell’hôtel de Conti e morto il 2 agosto 1776 sempre a Parigi. (Nota dell’editore)
[744] Ritratto di Thérèse Levasseur del 1791, all’età di 70 anni, realizzato da Johan Michael Baader. Nata nel 1721 e morta nel 1801, fu la cameriera dell’hotel Saint-Quentin dove risiedeva Rousseau, che ne fece la sua compagna. La coppia ebbe cinque figli tra il 1747 e il 1755, tutti abbandonati presso gli Orfani di Parigi. Nonostante la sua scarsa istruzione, sembra aver avuto una grande influenza su Rousseau. Dopo la morte di Jean-Jacques, sposò un cacciatore. La madre di Thérèse visse a lungo con la coppia presso il rifugio creato da Jean-Jacques. (Nota dell’editore)
[745] Victor de Gingins, signore di Moiry (1708-1776), appartenente alla branca d’Orny; molto giovane, entrò a far parte delle autorità bernesi e divenne in particolare membro della Camera delle appellazioni romande nonché balivo di Yverdon. Autore del “Bacha De Bude” pubblicato nel 1765, fu un fervente protettore di J.-J. Rousseau.
[746] George Keith. Nato nel 1692 o nel 1693 e morto il 28 maggio 1778; decimo conte di Marischal, fu un ufficiale militare scozzese. Era soprannominato “Milord Maréchal” poiché il titolo di conte-maresciallo di Scozia era ereditario nella sua famiglia, in qualità di capo del clan Keith. Servì prima con distinzione sotto Marlborough e, dopo la morte della regina Anna nel 1715, rifiutò di riconoscere re Giorgio I, volendo che fosse proclamato il Pretendente, figlio di Giacomo II. Si espatriò dopo la fuga di questo principe e fu condannato a morte dal Parlamento. Andò a prestare servizio all’estero e finì per stabilirsi in Prussia, dove divenne amico del re Federico II. Fu nominato da quest’ultimo governatore della principessa di Neuchâtel tra il 1754 e il 1768. Fu uno dei più fedeli amici di Rousseau. Fu nel 1762, quando si stabilì a Môtiers, che Rousseau lo conobbe a Colombier. Gli fece frequenti visite fino al 1763. La partenza per Potsdam di colui che considerava un padre saggio e benevolo fu un dolore profondo per Jean-Jacques. Dopo aver tentato invano di calmare il suo amico Rousseau nella sua disputa con David Hume, George Keith interruppe definitivamente ogni corrispondenza con lui.
[747] Castello di Colombier, residenza del Maresciallo Lord. (Nota dell’editore)
[748] Federico II di Prussia, detto Federico il Grande. Appartenente alla casa degli Hohenzollern, nacque il 24 gennaio 1712 a Berlino e morì il 17 agosto 1786 a Potsdam. Fu contemporaneamente Federico IV di Brandeburgo, 14° principe-elettore di Brandeburgo, e Federico II, terzo re di Prussia (1740-1786). Affettuosamente chiamato “der alte Fritz” (il vecchio Fritz), portò il suo paese tra le grandi potenze europee. Dopo aver avuto un certo rapporto con Voltaire, divenne famoso per essere uno dei sostenitori dell’ideale del principe del secolo delle )Lumi come “despota illuminato”. (Nota dell’editore)
[749] La riga che conclude questa lettera fa pensare che la persona a cui era indirizzata fosse uno dei membri della Società economica di Berna.
[750] Si veda la lettera del 29 aprile 1762 precedentemente citata.
[751] Sul dorso della lettera.
[752] Nome dato a funzionari giudiziari di grado inferiore che accompagnano gli uscieri per fungere da testimoni o per prestare loro aiuto nell’esercizio delle loro funzioni.
[753] Isaac Marcet. Di Ginevra.
[754] Frédéric-Guillaume de Montmollin (1709-1783) era il pastore di Môtiers, dove Rousseau si rifugiò nel 1762. Accolse favorevolmente l’esiliato, nella speranza di convincerlo a ritrattare le sue idee. Non ottenendo nulla, tentò invano di farlo scomunicare dal Consiglio religioso della città, e successivamente mobilitò la popolazione di Môtiers, costringendo Rousseau ad abbandonare volontariamente la città.
[755] Jacob Vernet (1698-1789) era pastore a Céligny e teologo liberale. Accolse con favore Rousseau al suo ritorno nel protestantesimo di Ginevra nel 1755. Tuttavia, dopo la pubblicazione di “Emilio” e del “Contratto Sociale”, assunse una posizione contraria alle idee rousseauiste sulla religione naturale, pubblicando i suoi scritti “Lettere sul cristianesimo di J.-J. Rousseau” e “Lettere critiche”.
[756] Cugino di Jean-Jacques.
[757] Si tratta di Charles Pictet (1713-1792), detto de Cartigny, che fu colonnello al servizio delle Province Unite (l’attuale Olanda), e di Marie, nata Dunant. (Nota dell’editore); esistono inoltre tre lettere scambiate con altri membri della famiglia Pictet: il pastore e professore Jean-François Pictet (1699-1778) nella sua veste di bibliotecario, poiché la compagnia dei pastori aveva la responsabilità della biblioteca pubblica di Ginevra; nonché una lettera di simpatia inviata a Rousseau da Gabriel Pictet (1710-1782), all’epoca capitano al servizio della Sardegna. (Fonte: Les Pictet dans la correspondance de Voltaire et Rousseau, avec une lettre de d’Alembert. Fondation des archives de la famille Pictet, aprile 2008)
[758] Émile, libro II.
[759] Emilio, Libro V (dei viaggi)
[760] Ortografia dell’epoca.
[761]
François Deluc, morto nel 1780, è il padre dei due celebri geologi omonimi. Gli unici due scritti di cui si abbia conoscenza sono: “Lettera contro la Fable des Abeilles”, in formato in-12, e “Observations sur les écrits de quelques savants incrédules”, Genova, 1762, in formato in-8°.
[762] Amici di J.-J. Rousseau. Durante la permanenza di quest’ultimo a Motiers-Travers, lo andarono a visitare nel mese di ottobre 1762, accompagnati dai signori Roustan e Beauchâteau. Trascorsero diversi giorni con Rousseau. Il signor Mouchon fornì dettagli interessanti su questo viaggio in una lettera che scrisse a sua moglie.
[763] Questo anonimo era il signor Philippe Robin, un cittadino distinto per i suoi meriti e i suoi talenti. {Nota del signor Mouchon.}
[764] Questa lettera scritta da Rousseau il 26 febbraio 1763 si trova nella sua Corrispondenza.
[765] Si possono trovare nei “Memorie storiche di J.-J. Rousseau”, volume II, i dettagli interessanti forniti da Monsieur Mouchon su questa visita.
[766] Dans sa lettre, madame de Boufflers, prévenue par Milord Maréchal, engageait Rousseau à accepter les offres du roi de Prusse.
[767] Voilà le texte de cette lettre, tel qu’il existe dans l’édition de Genève (1782, troisième volume du supplément). Après ces mots: pas un moment à perdre pour aller au bout, on trouve cette note des éditeurs:
«Dans le brouillard de cette lettre, il y avait, au lieu de cette phrase: Sondez bien votre coeur, ô Frédéric ! vous convient-il de mourir sans avoir été le plus grand des hommes ? Et à la fin de la lettre, cette autre phrase: Voilà, sire, ce que J’avais à tous dire ; il est donné à peu de rois de l’entendre, et il n’est donné à aucun de l’entendre deux fois. »
Du Peyrou, dans son Recueil publié en 1790, présente un texte qui diffère en plusieurs points de celui de l’édition de Genève. En voici les variantes:
Texte de l’édition de 1790.
… Je veux m’acquitter…
Texte de l’édition de Genève.
… Je viens m’acquitter…
Texte de l’édition de 1790.
… cette épée… elle n’a que trop bien fait son service, et…
Texte de l’édition de Genève.
… cette épée… elle n’a que trop bien fait son devoir, et…
Texte de l’édition de 1790.
La carrière des rois de votre étoffe est grande, et…
Texte de l’édition de Genève.
La carrière est grande pour les rois de votre étoffe, et…
Texte de l’édition de 1790.
… pas un moment à perdre pour y arriver. Sondez bien votre coeur, ô Frédéric ! Pourrez-vous vous résoudre à mourir sans avoir été le plus grand des hommes ?
Texte de l’édition de Genève.
… pas un moment à perdre pour aller au bout.
Texte de l’édition de 1790.
Puissé-je voir… couvrir enfin ses états, etc.
Texte de l’édition de Genève.
Puissé-je voir… couvrir ses états, etc.
Texte de l’édition de 1790.
Que votre majesté, sire, daigne agréer mon profond respect.
Note de Du Peyrou. » je donne ici cette lettre telle qu’elle se trouve dans un brouillon de l’auteur, par lui corrigé et resté entre mes mains. Mais il faut aussi la donner telle qu’elle a paru dans l’édition de Genève, d’après un autre brouillon, lequel passé de mes mains en celles de M. Moultou, n’y est plus rentré. La voici donc. » Puis il présente le texte tel que nous l’avons imprimé ci-dessus.
(Note de M. Petitain.)
[768] Menue monnaie de l’époque qui est pour ainsi dire la plus petite sous-unité de la livre tournois. La livre tournois valant alors vingt sous, un sou douze deniers, un denier deux mailles ou oboles, une maille deux pites, une pite deux demi-pites.
[769] Ibrahim, esclave turc de Milord Maréchal, finissait les lettres qu’il lui adressait par cette formule: » Je suis plus votre ami que jamais. Ibrahim. »
[770] Alexandre-Jérôme Loiseau de Mauléon (1728-1771). Avocat célèbre au Parlement de Paris, il quitta pourtant de bonne heure le barreau. Il avait une maison de campagne à Saint-Brice. J. J Rousseau estimait Mauléon, sur lequel il tient un langage honorable dans le Xè livre des Confessions. (Note de l’éditeur)
[771] Ce membre de phrase n’est pas complet. Il y avait sans doute dans le manuscrit: C’est dans une route comme celle que vous vous êtes frayée, ou plutôt dans la route. Mais nous ne devions rien changer au texte de l’édition originale (celle de Genève, 1782, t. XXIV, in-8°, et t. XII, in-4°) où cette lettre, ne portant aucune énonciation de date, a été imprimée pour la première fois. Elle ne se trouve point dans le recueil publié par du Peyrou. — Indépendamment de la collection des Mémoires et Plaidoyers de Loiseau de Mauléon mentionnée précédemment (Confessions, t. II,), il en existe une édition en trois volumes in-8°, Londres, 1780. La défense du comte de Portes, dont Rousseau parle au même endroit, a eu particulièrement trois éditions ; la troisième est de 1769, in-8°. (Note de M. Petitain.)
[772] Thérèse Le Vasseur, partie en juillet 1762, par le carrosse de Paris à Dijon, pour se rendre auprès de Rousseau, fut insultée par deux jeunes étourdis, que le curé d’Ambérier ne parvint à contenir qu’en portant ses plaintes à l’un des commis du bureau. Sensible à ce service, l’obligée se fit connaître à son protecteur, et lui demanda avec instance et son nom et son adresse. C’est à cette occasion qu’ont été écrites les trois lettres adressées à M, curé d’Ambérier(*). (Note de M. Petitain.)
(*)Voyez les deux autres lettres ci-après des 25 août et 15 décembre 1763. Ces lettres eurent pour Rousseau des suites désagréables ; il les fait connaître dans sa lettre à madame de Verdelin, du 28 janvier suivant.
[773] Cette lettre a été classée par les précédents éditeurs dans le nombre de celles qu’il écrivit en 1765 de Bâle, où, ne faisant que passer, il ne pouvait s’occuper du manuscrit de M. D. L. C.
[774] Récipé: Mot latin qui signifie prenez, et par lequel le médecin commence une formule. Par extension, toute sorte de recettes et de formules de remèdes.
[775] Cette lettre m’a été communiquée par M. de La C… qui a épousé la petite nièce de mademoiselle Duchesne, à qui elle est adressée, et qui est devenue supérieure de l’Hôtel-Dieu de Montmorency, sous le nom de soeur Marie, depuis l’époque où cette lettre fut écrite. M. Duflos, neveu de la soeur Marie, prit, en 1788, pour la conservation de cette lettre, des soins qui prouvent le prix qu’il y attachait. Il la fit encadrer entre deux glaces, de manière à pouvoir la lire en entier, et c’est dans cet état qu’elle m’a été confiée par M. de La C…
[776] La maladie du pays. Violent désir de retourner chez soi.
[777] Ornement de toilette en découpure passé de mode, qui se mettait sur les robes des femmes.
[778] Pièce d’étoffe plissée utilisée pour rehausser l’apparence d’un vêtement ou d’un rideau. Péjoratif: Ornement trop voyant sur les vêtements.
[779] Pour apprécier les divers jugements portés dans cette lettre, le lecteur voudra bien faire attention à l’époque de sa date et au lieu qu’habitait l’auteur. (Note des Editeurs de Genève.)
[780] Allusion à ces vers des Bucoliques:
«Die quibus in terris, et cris mihi magnus Apollo,
Tres pateat coeli spatium non ampliùs ulnas. »
[781] Plante vénéneuse à fleurs bleues des régions montagneuses.
[782] Gayot de Pitaval, mort en 1743, auteur de plusieurs collections et recueils, notamment de celui des Causes célèbres, en vingt volumes in-12.
[783] Personnages des contes d’Hamilton.
[784] Dans l’édition OEuvres complètes de J.J Rousseau, tome IX – Correspondance, tome II ; P. Dupont, 1824, cette lettre, datée du 20 janvier, suit la lettre CCCLXXVIII, du 28 janvier. L’Édition Werdet et Lequien de 1826, a repris cette chronologie. (N d E)
[785] Samuel Petit-Pierre, né le vers le 15 juillet 1713 à Neuchâtel où il est mort le 11 février 1781. Procureur général et Conseiller d’État. Membre du Conseil des Quarante (1737) et des vingt-quatre (1746-1753) de Neuchâtel, procureur de la ville (1746-1748). Conseiller d’État honoraire (1753). Châtelain du Landeron (1753). Maire de Neuchâtel (1757-1781). Membre de la Société du Jardin (1779). Président du Conseil d’État (1780-1781). (Note de l’éditeur)
[786] Denise, professeur de philosophie au collège de Montaigu à Paris, a publié la Vérité de la Religion chrétienne, démontrée par ordre géométrique. Paris, 1717, in-12.
[787] David Hume, né le 7 mai 17112 à Édimbourg, mort le 25 août 1776. Philosophe, économiste et historien britannique, l’un des plus importants penseurs des Lumières écossaises. Il est considéré comme l’un des plus grands philosophes et écrivains de langue anglaise. (Note de l’éditeur)
[788] Madame d’Houdetot.
[789] Jacques-François Deluc (1698-1784), horloger à Genève. Partisan de Jean-Jacques Rousseau, il est membre du Conseil des Deux-Cents et chef du parti des Représentants. (Note de l’éditeur)
[790] Savant horloger de Genève. Pendant le séjour de Rousseau à Motiers-Travers, il alla le visiter au cours du mois d’octobre 1762, accompagné de MM. Roustan et Mouchon. Ils passèrent plusieurs jours avec Rousseau.
[791] Allusion à une brochure contre la Profession de foi du vicaire savoyard, intitulée, Lettre à M. J. J. Rousseau, par J. A. Comparet. Genève, 1762.
[792] Ce M. Marcel n’est pas à confondre avec le célèbre maître à danser du même nom, décédé en 1959, à qui est attribué le mot célèbre «que de choses dans un menuet ! » et dont Rousseau s’est moqué à plusieurs reprises dans son Émile. À ce propos, on raconte qu’un jour, ce M. Marcel s’approche de la galerie de Versailles de son élève M. de Malesherbes qui, toujours attentif et croyant qu’on avait besoin de son crédit, écoute avec complaisance: «Monsieur, permettez-moi de solliciter une grâce, lui dit-il, c’est de ne jamais dire à personne que j’ai été votre maître de danse. ». Le maître à danser en question était le père ou un parent de celui auquel Rousseau adresse la présente lettre. (Note de l’éditeur)
[766] In her letter, Madame de Boufflers, having been informed by Lord Marshal, urged Rousseau to accept the offers of the King of Prussia.
[767] Here is the text of this letter as it appears in the Geneva edition (1782, third volume of the supplement). After these words: “Not a moment to lose if one wants to see it through,” there is this note from the editors:
“In the haze of this letter, there was, instead of this sentence: ‘Examine your heart carefully, oh Frederick! Is it right for you to die without having been the greatest of men?’ At the end of the letter, there was this other sentence: ‘Here, sire, is all I had to say; few kings are granted the opportunity to hear these words, and none are granted the chance to hear them twice.’”
In his collection published in 1790, Du Peyrou presents a text that differs in several respects from the Geneva edition. Here are those variations:
Text from the 1790 edition.
. I want to fulfill my duty.
Text from the Geneva edition.
. I have come to fulfill my duty.
Text from the 1790 edition.
, this sword, it has served its purpose all too well, and.
Text from the Geneva edition.
, this sword, it has fulfilled its duty all too well, and.
Text from the 1790 edition.
The careers of kings of your kind are illustrious, and.
Text from the Geneva edition.
Great fortunes await those kings born of your lineage, and.
Text from the 1790 edition.
, not a single moment to lose if we are to succeed. Examine your heart well, oh Frederick! Will you be able to bring yourself to die without having been the greatest of men?
Text from the Geneva edition.
, not a single moment to lose if one wants to see it through to the end.
Text from the 1790 edition.
May I be able to see, finally covering up his conditions, etc.
Text from the Geneva edition.
May I be able to see, how to cover up his circumstances, etc.
Text from the 1790 edition.
May your majesty, sir, deign to accept my deepest respect.
Note by Du Peyrou: “I present this letter as it appears in an author’s draft, corrected by him and remaining in my possession. However, it must also be presented as it appeared in the Geneva edition, based on another draft that, having left my hands and gone into those of Mr. Moultou, is no longer available to me. Here it is.” He then presents the text as we have printed it above.
(Note by Mr. Petitain.)
[768] A minor currency of the time, essentially the smallest sub-unit of the tournois livre. At that time, one tournois livre was equal to twenty sous; one sou was equivalent to twelve deniers; one denier was worth two mailles or oboles; one maille equaled two pites, and one pite was equal to two half-pites.
[769] Ibrahim, a Turkish slave of Lord Marshal, always ended the letters he wrote to him with these words: “I am your friend more than ever. Ibrahim.”
[770] Alexandre-Jérôme Loiseau de Mauléon (1728-1771). A renowned lawyer at the Parlement of Paris, he nonetheless abandoned his legal practice at an early stage. He owned a country house in Saint-Brice. J.-J. Rousseau held Loiseau in high regard, referring to him with respect in the tenth book of his Confessions. (Editor’s note)
[771] This phrase is incomplete. The manuscript probably contained the following: “It is on a road like the one you have forged for yourself, or rather, on that very road.” However, we felt it was unnecessary to make any changes to the text of the original edition (that published in Geneva in 1782, in twenty-four volumes in octavo and twelve volumes in quarto). This letter, containing no indication of date, was printed for the first time in that edition. It is not included in the collection published by du Peyrou. — In addition to the collection of “Mémoires et Plaidoyers de Loiseau de Mauléon” mentioned earlier (see “Confessions”, volume II), there also exists an edition in three volumes in octavo, published in London in 1780. The defense of the Count of Portes, about which Rousseau also writes in the same work, had particularly three editions; the third one was published in 1769, in octavo. (Note by Mr. Petitain.)
[772] Thérèse Le Vasseur, who departed in July 1762 by carriage from Paris to Dijon in order to visit Rousseau, was insulted by two foolish young men. It was only through the intervention of the curé of Ambérier that they were restrained; he then took his complaints to one of the officials at the local office. Grateful for this assistance, Thérèse made herself known to her protector and urgently requested his name and address. It was on this occasion that the three letters addressed to Monsieur le Curé d’Ambérier were written. (Note by Mr. Petitain.)
(*)See the other two letters dated August 25 and December 15, 1763. These letters had unfortunate consequences for Rousseau; he mentions them in his letter to Madame de Verdelin on January 28 of the following year.
[773] This letter was classified by previous editors among those he wrote in 1765 while in Basel; since he was only passing through there, he had no opportunity to attend to Mr. D. L. C.’s manuscript.
[774] Prescription: A Latin word meaning “take”, which is used by doctors to begin a medical formula. By extension, it refers to all kinds of prescriptions and remedies.
[775] This letter was brought to my attention by Mr. de La C,, who married the young niece of Mademoiselle Duchesne, to whom it is addressed. Since the time this letter was written, that lady has become the superior at the Hôtel-Dieu de Montmorency, under the name Sister Marie. In 1788, Mr. Duflos, the nephew of Sister Marie, took great care to preserve this letter, which demonstrates how much value he placed on it. He had it framed between two glass plates so that it could be read in its entirety, and it was in this condition that it was entrusted to me by Mr. de La C.
[776] The disease of the country. A violent desire to return home.
[777] An outdated decorative ornament made by cutting fabric, which was worn on women’s dresses.
[778] A piece of pleated fabric used to enhance the appearance of a garment or curtain. Pejorative term: an overly conspicuous ornament on clothing.
[779] In order to appreciate the various judgments expressed in this letter, the reader is advised to take into account the time it was written and the place where its author lived. (Note from the Editors of Geneva.)
[780] An allusion to these verses from the Bucolics:
“Those upon whom the earth rests, and oh great Apollo, my cries, ”
“Three palms span no more than the breadth of the ulna.”
[781] A poisonous plant with blue flowers, found in mountainous regions.
[782] Gayot de Pitaval, who died in 1743, was the author of several collections and compilations, notably the “Causes Célèbres,” which consisted of twenty volumes in 12mo format.
[783] Characters from Hamilton’s fairy tales.
[784] In the edition “Oeuvres complètes de J.J Rousseau”, Volume IX – Correspondance, Volume II; published by P. Dupont in 1824, this letter, dated January 20, follows letter CCCLXXVIII, which was dated January 28. The 1826 edition by Werdet and Lequien adopted this chronological sequence. (Note from the Editor)
[785] Samuel Petit-Pierre, born around July 15, 1713, in Neuchâtel, where he died on February 11, 1781. Attorney General and Counselor of State. Member of the Council of Forty (1737) and the Council of Twenty-Four (1746-1753) of Neuchâtel; prosecutor for the city (1746-1748). Honorary Counselor of State (1753); lord of Landeron (1753); Mayor of Neuchâtel (1757-1781). Member of the Society of the Garden (1779); President of the Council of State (1780-1781). (Editor’s note)
[786] Denise, a philosophy professor at the Collège de Montaigu in Paris, published The Truth of Christianity Demonstrated through Geometric Order. Paris, 1717, in-12.
[787] David Hume, born on May 7, 1711, in Edinburgh, died on August 25, 1776. British philosopher, economist, and historian, he was one of the most important thinkers of the Scottish Enlightenment. He is regarded as one of the greatest philosophers and writers in the English-speaking world. (Editor’s note)
[788] Madame d’Houdetot.
[789] Jacques-François Deluc (1698-1784), a clockmaker from Geneva. A supporter of Jean-Jacques Rousseau, he was a member of the Council of Two Hundred and the leader of the Representatives party. (Editor’s note)
[790] A skilled horloger from Geneva. During Rousseau’s stay in Motiers-Travers, he visited him in October 1762, accompanied by Messrs. Roustan and Mouchon. They spent several days with Rousseau.
[791] Reference to a pamphlet opposing the “Profession of Faith” of the Savoyard vicar, titled Letter to Mr. J. J. Rousseau by J. A. Comparet. Geneva, 1762.
[792] This Mr. Marcel should not be confused with the famous dance teacher of the same name, who died in 1959 and is credited with the famous phrase “How many things there are in a menuet!”; Rousseau also mocked him several times in his work Émile. It is said that one day, Mr. Marcel approached the gallery in Versailles where his student, Mr. de Malesherbes, was present. Always attentive and believing that someone might need his assistance, Mr. de Malesherbes listened with pleasure as Mr. Marcel asked him, “Sir, allow me to ask a favor: never tell anyone that I was your dance teacher.” The dance teacher in question was either the father or a relative of the person to whom Rousseau addresses this letter. (Editor’s note)
[766] Nella sua lettera, la signora de Boufflers, avvisata dal Maresciallo, esortava Rousseau ad accettare le proposte del re di Prussia.
[767] Ecco il testo di questa lettera, così come appare nell’edizione di Ginevra (1782, terzo volume del supplemento). Dopo le parole “Non c’è un attimo da perdere per portare a termine”, si trova questa nota degli editori:
“Nel vapore di questa lettera, al posto di quella frase: ‘Esamina bene il tuo cuore, oh Federico! Ti conviene morire senza essere stato il più grande degli uomini?’ c’era un’altra frase: ‘Ecco, sire, ciò che avevo da dirvi; pochi re hanno l’onore di ascoltarlo, e nessuno ha l’onore di ascoltarlo due volte.’”
In “Recueil” pubblicato nel 1790, Du Peyrou presenta un testo che differisce in diversi punti da quello dell’edizione di Ginevra. Ecco le variazioni:
Testo dell’edizione del 1790.
. Voglio adempiere alla mia responsabilità.
Testo dell’edizione di Ginevra.
. Sono venuto per adempiere alla mia promessa.
Testo dell’edizione del 1790.
, questa spada, ha svolto il suo compito con eccessiva efficacia, e.
Testo dell’edizione di Ginevra.
, questa spada, ha compiuto il suo dovere in modo più che adeguato, e.
Testo dell’edizione del 1790.
La carriera dei re della vostra stirpe è gloriosa, e.
Testo dell’edizione di Ginevra.
La strada davanti ai re della vostra stirpe è lunga e luminosa.
Testo dell’edizione del 1790.
, non c’è un attimo da perdere per raggiungere questo scopo. Esamina attentamente il tuo cuore, o Fredéric! Riuscirai a deciderti di morire senza essere stato l’uomo più grande di tutti?
Testo dell’edizione di Ginevra.
, non c’è un attimo da perdere per portare a termine tutto.
Testo dell’edizione del 1790.
Che io possa finalmente vedere come coprire i suoi stati finanziari, ecc.
Testo dell’edizione di Ginevra.
Che io possa vedere, come coprire le sue situazioni finanziarie, ecc.
Testo dell’edizione del 1790.
Che Vostra Maestà, signore, voglia accettare il mio profondo rispetto.
Nota di Du Peyrou: “Qui presento questa lettera così come si trova in un manoscritto provvisorio dell’autore, da lui stesso corretto e rimasto nelle mie mani. Tuttavia, è necessario pubblicarla anche così come è apparsa nell’edizione di Ginevra, basata su un altro manoscritto che, essendo passato dalle mie mani a quelle di Monsieur Moultou, non è più tornato nelle mie. Ecco quindi il testo.” Poi presenta il testo così come lo abbiamo stampato sopra.
(Nota di Monsieur Petitain.)
[768] Moneta di piccolo valore dell’epoca, che rappresentava in sostanza la più piccola unità della libbra tournois. La libbra tournois valeva allora venti soldi; un soldo equivaleva a dodici denari, un denaro a due maille o oboli, una maille a due pite, e una pite a due mezze pite.
[769] Ibrahim, schiavo turco di Sua Signoria il Maresciallo, concludeva le lettere che gli scriveva con questa frase: “Sono più vostro amico che mai. Ibrahim.”
[770] Alexandre-Jérôme Loiseau de Mauléon (1728-1771). Avvocato celebre al Parlamento di Parigi, abbandonò tuttavia presto la professione legale. Possedeva una casa di campagna a Saint-Brice. J.-J. Rousseau stimava molto Mauléon, e ne parla con rispetto nel decimo libro delle Confessioni. (Nota dell’editore)
[771] Questa frase non è completa. Nel manoscritto probabilmente si leggeva: “È su una strada come quella che avete aperto voi, o meglio, sulla strada stessa, ”. Tuttavia non dovevamo modificare nulla nel testo dell’edizione originale (quella di Ginevra, 1782, vol. XXIV in-8° e vol. XII in-4°), nella quale questa lettera, priva di qualsiasi indicazione di data, fu stampata per la prima volta. Non si trova nel raccolta pubblicata da du Peyrou. — Oltre alla collezione dei “Mémoires et Plaidoyers de Loiseau de Mauléon” menzionata in precedenza (Confessions, vol. II), ne esiste un’edizione in tre volumi in-8°, pubblicata a Londra nel 1780. La difesa del conte di Portes, di cui Rousseau parla nello stesso luogo, ha avuto particolarmente tre edizioni; la terza risale al 1769 e è in formato in-8°. (Nota di M. Petitain.)
[772] Thérèse Le Vasseur, partita nel luglio 1762 con la carrozza di Parigi per Dijon al fine di recarsi da Rousseau, fu insultata da due giovani sciocchi; il curato d’Ambérier riuscì a contenerli soltanto presentando le sue lamentele a uno dei funzionari dell’ufficio competente. Riconoscente per questo aiuto, Thérèse fece conoscere la sua presenza al suo protettore e gli chiese con insistenza il suo nome e l’indirizzo. Fu in questa occasione che vennero scritte le tre lettere indirizzate al curato d’Ambérier(*). (Nota di M. Petitain.)
(*)Si vedano le altre due lettere del 25 agosto e del 15 dicembre 1763. Queste lettere ebbero per Rousseau conseguenze sgradevoli; egli ne parla nella sua lettera a madame de Verdelin, del 28 gennaio successivo.
[773] Questa lettera è stata classificata dagli editori precedenti tra quelle che egli scrisse nel 1765 da Basilea; essendo lì di passaggio, non poté occuparsi del manoscritto di M. D. L. C.
[774] “Ricevuto”: termine latino che significa “prendete”, e con cui il medico inizia una ricetta. In senso più ampio, si riferisce a qualsiasi tipo di ricetta o formula per rimedi medicinali.
[775] Questa lettera mi è stata fatta conoscere da Monsieur de La C,, che ha sposato la nipotina di mademoiselle Duchesne, a cui è indirizzata, e che da allora, quando questa lettera fu scritta, è diventata suor Marie, superiora dell’Hôtel-Dieu di Montmorency. Monsieur Duflos, nipote di suor Marie, nel 1788 prese delle precauzioni per conservare questa lettera, dimostrando così quanto essa gli fosse preziosa. La fece incorniciare tra due vetrine in modo da poterla leggere completamente; ed è in questo stato che mi è stata affidata da Monsieur de La C.
[776] La malattia del paese. Un violento desiderio di tornare a casa propria.
[777] Ornamento da toeletta realizzato con tecniche di incisione ormai obsolete, che veniva applicato sulle gonne delle donne.
[778] Pezzo di stoffa plissettata utilizzato per migliorare l’aspetto di un abito o di una tenda. In senso dispregiativo: ornamento eccessivamente vistoso sugli abiti.
[779] Per comprendere appieno i vari giudizi espressi in questa lettera, il lettore sarà invitato a prendere in considerazione l’epoca in cui è stata scritta e il luogo dove viveva l’autore. (Nota degli Editori di Ginevra.)
[780] Allusione a questi versi delle “Bucoliche”:
“Coloro che sono sulla terra, e grida, o grande Apollo, ”
“Tre dita toccano lo spazio celeste, senza che le nocche si estendano oltre.”
[781] Pianta velenosa con fiori blu, originaria delle regioni montuose.
[782] Gayot de Pitaval, mort nel 1743, autore di diverse raccolte e antologie, tra cui quella delle “Cause celebri”, in venti volumi in formato in-12.
[783] Personaggi dei racconti di Hamilton.
[784] Nell’edizione “Opere complete di J.-J. Rousseau”, volume IX – Corrispondenza, volume II; P. Dupont, 1824, questa lettera, datata 20 gennaio, segue la lettera CCCLXXVIII, del 28 gennaio. L’edizione di Werdet e Lequien del 1826 ha adottato questa cronologia. (Nota dell’Editore)
[785] Samuel Petit-Pierre, nato il 15 luglio 1713 a Neuchâtel, dove morì l’11 febbraio 1781. Procuratore generale e Consigliere di Stato. Membro del Consiglio dei Quaranta (1737) e dei ventiquattro (1746-1753) di Neuchâtel, procuratore della città (1746-1748). Consigliere di Stato onorario (1753). Castellano del Landeron (1753). Sindaco di Neuchâtel (1757-1781). Membro della Société du Jardin (1779). Presidente del Consiglio di Stato (1780-1781). (Nota dell’editore)
[786] Denise, insegnante di filosofia al collegio di Montaigu a Parigi, ha pubblicato “La Verità della religione cristiana, dimostrata secondo i principi della geometria”. Parigi, 1717, in-12.
[787] David Hume, nato il 7 maggio 1711 a Edimburgo, morto il 25 agosto 1776. Filosofo, economista e storico britannico, uno dei pensatori più importanti delle )Lumiere scozzesi. È considerato uno dei più grandi filosofi e scrittori di lingua inglese. (Nota dell’editore)
[788] Madame d’Houdetot.
[789] Jacques-François Deluc (1698-1784), orologiaio di Ginevra. Sostenitore di Jean-Jacques Rousseau, fu membro del Consiglio dei Duecento e leader del partito dei Rappresentanti. (Nota dell’editore)
[790] Abile orologiaio di Ginevra. Durante la permanenza di Rousseau a Motiers-Travers, lo andò a visitare nel mese di ottobre 1762, accompagnato dai signori Roustan e Mouchon. Trascorsero diversi giorni con Rousseau.
[791] Allusione a una broschura contro la “Professione di fede” del vescovo savoiardo, intitolata “Lettera a M. J.-J. Rousseau”, scritta da J. A. Comparet. Ginevra, 1762.
[792] Questo signor Marcel non deve essere confuso con il famoso maestro di danza omonimo, deceduto nel 1959, a cui si attribuisce la celebre frase “Quante cose in un menuetto!”, e di cui Rousseau si è spesso preso gioco nel suo “Emilio”. A questo proposito, si racconta che un giorno questo signor Marcel si avvicinò alla galleria di Versailles dove si trovava il suo allievo, il signor de Malesherbes, che, sempre attento e convinto che qualcuno avesse bisogno del suo aiuto, ascoltò con piacere quanto gli fu detto: “Signore, permettetemi di chiedervi un favore”, gli disse Marcel. “È quello di non dire mai a nessuno che sono stato il vostro maestro di danza”. Il maestro di danza in questione era il padre o un parente di colui a cui Rousseau indirizza questa lettera. (Nota dell’editore)
[793] L’auteur de cette lettre l’a fait imprimer sous le titre de Lettre à M. J. J. Rousseau, par M. M**, sous-directeur, etc… 1763, in-8°.
[794] Niklaus Anton Kirchberger. Né en 1739, et mort le 27 Septembre 1799 à Gottstatt. Officier au service de la Hollande, magistrat et économiste, il entre au Grand Conseil de la ville de Berne en 1775 et, dix ans plus tard, devient Gouverneur de la place. Il fut l’un des fondateurs de la Société économique de cette ville. En qualité d’écrivain, il n’a jamais été très prolifique, mais correspondait avec nombre de ses contemporains européens. (Note de l’éditeur). Lorsqu’il rendit visite pour la première fois à J.J Rousseau (à l’île Saint-Pierre) il le trouva perché sur un arbre. (Note de l’éditeur)
Dans toutes les éditions, et même dans l’Histoire de J.J. Rousseau, on lit Keit. Cette erreur vient de ce qu’il n’y avait que la lettre initiale. Je ne sais quel éditeur a mis le nom qu’on a lu jusqu’à présent. C’est à M. Kirchberger dont il est question à la fin des Confessions, qu’est adressée cette lettre. Ce renseignement nous a été donné par M. Beuchot.
[795] Synonyme de contrefaçon.
[796] M. Burnand, à qui cette lettre est adressée, avait reproché à Rousseau la publication de la Profession de foi du ficaire savoyard contre cette maxime expresse du vicaire lui-même: » Tant qu’il reste quelque bonne croyance parmi les hommes, il ne faut point troubler les âmes paisibles, ni alarmer la foi des simples par des difficultés qu’ils ne peuvent résoudre, et qui les inquiètent sans les éclairer. (Note de du Peyrou.)
[797] Ce qui est ici en italique est tiré de la Profession de foi. Voyez ci-devant, et ci-après la lettre au même, du 4 avril.
[798] Joseph de La Porte, baptisé le 19 janvier 1714 à Belfort et mort le 19 décembre 1779. Religieux, critique littéraire, poète et dramaturge français.(Note de l’éditeur)
[799] Brochure de Grimm sur la musique française. Voyez Confessions, livre VIII.
[800] Claude-Henri Watelet, né le 28 août 1718 à Paris où il est mort le 12 janvier 1786. Artiste et homme de lettres français, à la fois peintre, aquafortiste, graveur, collectionneur, critique d’art, poète didactique et auteur dramatique. (Note de l’éditeur)
[801] À Genève, Les citoyens et bourgeois jouissent de tous les droits politiques et économiques. Dans cette lettre adressée à Jacob Favre, J.J Rousseau abdique à perpétuité son droit de bourgeoisie et de cité dans la ville et République de Genève. Il impute ce choix à la haine de ses adversaires.(Note de l’éditeur)
[802] Ami de J.J Rousseau demeurant à Genève. (Note de l’éditeur)
[803] On verra plus loin l’opinion de M. Eymar à ce sujet. Elle est conforme à celle de M. Moultou.
[804] C’est du célèbre Gibbon qu’il est question, et de madame Necker ; nous le ferons voir dans l’observation qui termine cette lettre.
[805] Voici le passage objecté:
«Je crois qu’un homme de bien, dans quelque religion qu’il vive de bonne foi, peut être sauvé. Mais je ne crois pas pour cela qu’on puisse légitimement introduire dans un pays des religions étrangères sans la permission du souverain ; car si ce n’est pas directement désobéir à Dieu, c’est désobéir aux lois, et qui désobéit aux lois désobéit à Dieu. » (Lettre à M. de Beaumont)
[806] Théodore Rousseau, 1729-1807, cousin germain de J.J Rousseau à qui il adressé neuf lettres de 1762 à 1765. (Note de l’éditeur)
[807] Milord Marécbal pressait Rousseau de venir en Écosse avec lui. Ses terres étaient près d’Aberdeen, ville maritime de ce pays.
[808] Il ne m’avait pas compris, et vit bien que je savais aussi bien que lui cette maxime. (Note de M, Moultou.)
[809] La famille Tronchin.
[810] ………. de leur citoyen. Conforme au texte de l’édition donnée par du Peyrou en 1790, où cette lettre a été imprimée pour la première fois, et où, par erreur sans doute, on a mis citoyen pour concitoyen.
[811] Fils du cousin germain de J.J Rousseau qui s’est toujours conduit envers lui comme un bon parent qui lui était sincèrement attaché. (Note de l’éditeur)
[812] Charles Pinot Duclos né à Dinan en Bretagne le 12 février 1704 et mort à Paris le 26 mars 1772. Écrivain et historien français. (Note de l’éditeur)
[813] Nouvelle Héloïse, troisième partie, lettre XXII.
[814] Cette lettre, sans indication de l’année, paraît avoir été écrite le lendemain de relie du 30 juillet qu’on vient de lire, mais n’avoir pas été envoyée à son adresse. Celle qui suit doit avoir été écrite dans le même temps. (Note dedu Peyrou.)
[815] Châtelain de Motiers. (Note de l’éditeur)
[816] Commerçant de Genève, Français réfugié et parent du Procureur général de Neuchâtel. Ce M. d’Ivernois de Genève passait à Môtiers deux fois l’an. (Note de l’éditeur)
[817] Voyez la lettre du 30 novembre 1762.
[818] Louis-Eugène de Wurtemberg, dit Louis VII, né à Francfort en 1731, décédé en 1795 à Ludwigsburg. Il fut duc de Wurtemberg de 1793 à 1795. (Note de l’éditeur)
[819] Femme peintre.
[820] Nouvelle Héloïse, partie II, lettre XXII.
[821] Nicolas-François Regnault Né en 1746 à Paris, mort vers 1810. Peintre dessinateur et graveur à l’eau forte, au burin et au pointillé. Comme peintre, il se place parmi les imitateurs de Beaudoin et de Fragonard. Il grava, ou fit graver par sa femme Geneviève, née à Nangis, la plupart de ses ouvrages, quelques fois pour être imprimés en couleur. On lui connaît notamment deux ouvrages de botanique gravés avec sa femme: La Botanique mise à la portée de tout le monde, ou Collection des plantes d’usage dans la médecine, dans les aliments et dans les arts (1774) et Les Écarts de la nature, ou Recueil des principales monstruosités que la nature produit (1775). (Note de l’éditeur)
[822] Nouvelle Héloïse, partie I, lettre XLII.
[823] Voici quel était le début de la lettre de madame de B***, à laquelle celle-ci sert de réponse.
Paris, 10 novembre 1763.
Monsieur, Il y a environ un mois que j’eus l’honneur de vous écrire ; ignorant votre adresse, j’envoyai ma lettre bien cachetée à M. de Voltaire ; avec l’assurance de cette probité commune à tous les honnêtes gens, je le priai de vous l’envoyer. Mais quelle a été ma surprise lorsque, le 4 de ce mois, j’ai reçu en réponse un imprimé qui a pour titre, Sermon des cinquante. Serait-ce vous, monsieur, ou M. de Voltaire, qui me l’avez envoyé ? Je n’ose penser que c’est vous, etc. » Note extraite de l’édition de Genève, tome XXIV, in-8°, page 124.
Voyez ci-après la lettre au prince de Wirtemberg, du 11 mars 1764.
[824]… tant de plaisir. Conforme au texte de l’édition de Genève, deuxième supplément 1789, et de l’édition de du Peyrou donnée en 1790.
[825] Joseph-François de Conzié, marquis d’Allemogne, comte des Charmettes et baron d’Arenthon (1707-1789) ; c’est lui qui loua les Charmettes à Madame de Warens. Il fut l’ami de Rousseau. Député par la ville de Chambéry à Madrid quand les Espagnols occupaient la Savoie en 1743, il laissa le château à sa soeur Madeleine qui avait épousé Jean Gerbaix de Sonnaz. Il créa la société royale d’agriculture de Savoie.
[826] Maison de J.J Rousseau à Motiers-Travers.
[827] Note V.D Musset-Pathay. 1824.
[828] Voyez la lettre du 30 novembre 1762.
[829] Marie-Madeleine de Brémond d’Ars, épouse du Marquis de Verdelin (1728-1810). Elle s’est rapprochée géographiquement et sentimentalement du philosophe genevois, qu’elle nomme «son cher voisin ». Rousseau, en retour, l’appelle souvent dans sa correspondance «mon aimable voisine ». (Note de l’éditeur)
[830] Julie Suzanne Bondeli, salonnière suisse d’une famille patricienne bernoise, née le 1er janvier 1732 à Berne et morte le 8 aout 1778 à Neuchâtel.(Note de l’éditeur)
[831] C’est une misérable parodie de la Nouvelle Héloïse, qui parut sans nom d’auteur en 1763.
[832] D’une famille noble et d’une fortune considérabl, François-Louis, comte d’Escherny (24 novembre 1733, Neuchâtel – 15 juillet 1815, Paris) est un homme de lettres suisse.
[833] Voyez ci-devant la lettre CDXXXVIII à madame de B., décembre 1763.
[834] Mme de Luze-Warney.
[835] Celui dont Rousseau désirait écrire la vie était le frère cadet de Milord Maréchal, Jacques Keit, général célèbre qui, après avoir glorieusement combattu pour la Russie dans ses guerres contre les Turcs et les Suédois, passa au service du grand Frédéric, qui faisait le plus grand cas de ses talents militaires et de ses hautes qualités. Il se distingua surtout dans la guerre de sept ans, et périt au champ d’honneur en 1758. Le probus vixit, fortis obiit, est la réponse que fît Milord Maréchal lui-même à Formey, qui lui témoignait le désir de faire l’éloge de son frère. — Il est à regretter qu’il n’ait pas donné suite à l’offre que lui fait Rousseau dans cette lettre, et sur laquelle nous verrons celui-ci revenir encore plusieurs fois.
[836] Voici cette lettre, d’après la version qu’en a publiée d’Alembert, dans son éloge de Milord Maréchal.
[793] The author of this letter had it printed under the title “Letter to Mr. J. J. Rousseau, by Mr. M**, Deputy Director, etc, 1763, in-8°.”
[794] Niklaus Anton Kirchberger. Born in 1739, he died on September 27, 1799, in Gottstatt. An officer serving the Dutch, a magistrate, and an economist, he joined the Grand Council of the city of Bern in 1775 and, ten years later, became Governor of the province. He was one of the founders of the Economic Society of that city. As a writer, he was not particularly prolific, but he corresponded with many of his European contemporaries. (Editor’s note.) When he first visited J.-J. Rousseau on the island of Saint-Pierre, he found him perched on a tree. (Editor’s note.)
In all editions, including even “Histoire de J.J. Rousseau,” the name “Keit” is used. This error arises because there was only the initial letter of the true name. I do not know which editor added the name we have been reading until now. It was Mr. Kirchberger to whom this letter was actually addressed, as mentioned at the end of “Confessions.” This information was provided to us by Mr. Beuchot.
[795] A synonym for counterfeit.
[796] Mr. Burnand, to whom this letter is addressed, had reproached Rousseau for publishing the “Profession of Faith of the Savoyard Vicar,” which contradicted an explicit statement made by the vicar himself: “As long as there is any good faith among men, it is not necessary to disturb the peaceful souls of others, nor to alarm the faith of the simple-minded by presenting them with difficulties that they are unable to resolve and that only cause them anxiety without providing them with any enlightenment.” (Note by du Peyrou.)
[797] The text in italics here is taken from the Profession of Faith. See also the letter to the same person dated April 4th, both above and below this passage.
[798] Joseph de La Porte, baptized on January 19, 1714, in Belfort, and died on December 19, 1779. A French religious figure, literary critic, poet, and playwright. (Editor’s note)
[799] Grimm’s brochure on French music. See Confessions, Book VIII.
[800] Claude-Henri Watelet, born on August 28, 1718, in Paris, where he died on January 12, 1786. A French artist and literati, he was a painter, aquatintist, engraver, collector, art critic, didactic poet, and playwright. (Note from the editor)
[801] In Geneva, citizens and burghers enjoy all political and economic rights. In this letter addressed to Jacob Favre, J.-J. Rousseau renounces forever his rights as a burgher and citizen of the city and Republic of Geneva. He attributes this choice to the hatred of his adversaries. (Editor’s note)
[802] Friend of J.J. Rousseau who resided in Geneva. (Editor’s note)
[803] We will see later Mr. Eymar’s opinion on this matter; it is in accord with that of Mr. Moultou.
[804] We are referring here to the famous Gibbon and to Madame Necker; we will mention this in the observation that concludes this letter.
[805] Here is the passage that was objected to:
“I believe that a good man, regardless of the religion he practices in good faith, can be saved. However, I do not believe that it is legitimate to introduce foreign religions into a country without the permission of its sovereign; for if this does not constitute direct disobedience to God, it is certainly disobedience to the laws, and those who disobey the laws disobey God as well.” (Letter to Mr. de Beaumont)
[806] Théodore Rousseau, 1729–1807, was the first cousin of J.-J. Rousseau; he wrote nine letters to him between 1762 and 1765. (Editor’s note)
[807] Lord Marécbal urged Rousseau to come to Scotland with him. His lands were located near Aberdeen, a maritime city in that country.
[808] He did not understand me, and he clearly saw that I was as aware of this maxim as he was himself. (Note by M, Moultou.)
[809] The Tronchin family.
[810],,. of their citizen. According to the text of the edition published by du Peyrou in 1790, where this letter was first printed, it is likely an error that “citoyen” was used instead of “concitoyen”.
[811] Son father was the cousin of J.J. Rousseau, who always treated him like a kind relative, sincerely attached to him. (Editor’s note)
[812] Charles Pinot Duclos, born in Dinan, Brittany, on February 12, 1704, and died in Paris on March 26, 1772. A French writer and historian. (Editor’s note)
[813] New Heloise, third part, letter XXII.
[814] This letter, without any indication of the year, seems to have been written the day after the letter dated July 30 that we have just read, but it was not sent to its intended address. The next letter must have been written around the same time. (Note by Peyrou.)
[815] Lord of Motiers. (Editor’s note)
[816] A merchant from Geneva, a French refugee, and a relative of the Attorney General of Neuchâtel. This Mr. d’Ivernois de Geneva would visit Môtiers twice a year. (Editor’s note)
[817] See the letter dated November 30, 1762.
[818] Louis-Eugène of Württemberg, also known as Louis VII, was born in Frankfurt in 1731 and died in Ludwigsburg in 1795. He served as Duke of Württemberg from 1793 to 1795. (Editor’s note)
[819] Female painter.
[820] New Heloise, Part II, Letter XXII.
[821] Nicolas-François Regnault was born in Paris in 1746 and died around 1810. He was a painter, draftsman, and engraver who used aquatint, burin, and pointillism. As a painter, he is considered one of the imitators of Beaudoin and Fragonard. He engraved, or had his wife Geneviève—born in Nangis—engrave, most of his works, sometimes with the intention of printing them in color. Two notable botanical works engraved by him in collaboration with his wife are: La Botanique mise à la portée de tout le monde, ou Collection des plantes d’usage dans la médecine, dans les aliments et dans les arts (1774) and Les Écarts de la nature, ou Recueil des principales monstruosités que la nature produit (1775). (Editor’s note)
[822] New Heloise, Part I, Letter XLII.
[823] Here is the beginning of Madame de B***’s letter, to which this response is addressed.
Paris, November 10, 1763.
Sir, about a month ago I had the honor of writing to you; not knowing your address, I sent my letter, properly sealed, to Mr. de Voltaire, trusting in the honesty common to all honorable people, and asking him to forward it to you. But what was my surprise when, on the 4th of this month, I received in reply a printed text titled “Sermon des Cinquante.” Could it be you, sir, or Mr. de Voltaire who sent it to me? I dare not think it is you, etc. Note extracted from the Geneva edition, volume XXIV, in-8°, page 124.
Please see below the letter to the Prince of Württemberg, dated March 11, 1764.
[824], so much pleasure. In accordance with the text of the Geneva edition, second supplement in 1789, and the edition by Du Peyrou published in 1790.
[825] Joseph-François de Conzié, Marquis of Allemogne, Count of Charmettes, and Baron of Arenthon (1707-1789); it was he who rented the property in Charmettes to Madame de Warens. He was a friend of Rousseau. In 1743, when the Spaniards occupied Savoy, he served as a deputy from the city of Chambéry in Madrid and left the castle to his sister Madeleine, who had married Jean Gerbaix de Sonnaz. He founded the Royal Agricultural Society of Savoy.
[826] The house of J.J. Rousseau in Motiers-Travers.
[827] Note by V.D. Musset-Pathay. 1824.
[828] See the letter dated November 30, 1762.
[829] Marie-Madeleine de Brémond d’Ars, wife of the Marquis de Verdelin (1728-1810). Geographically and emotionally, she became close to this Genevan philosopher, whom she referred to as “my dear neighbor.” In turn, Rousseau often called her “my lovely neighbor” in his correspondence. (Editor’s note)
[830] Julie Suzanne Bondeli, a Swiss salon hostess from a noble Bernese family, was born on January 1, 1732, in Berne and died on August 8, 1778, in Neuchâtel. (Editor’s note)
[831] It is a miserable parody of “New Heloise,” which was published in 1763 without an author’s name.
[832] Born into a noble family and possessing considerable wealth, François-Louis, Count of Escherny (November 24, 1733, Neuchâtel – July 15, 1815, Paris) was a Swiss literary figure.
[833] See above the letter CDXXXVIII to Madame de B., December 1763.
[834] Madame de Luze-Warney.
[835] The person whose life Rousseau desired to write about was Jacques Keit, the younger brother of Milord Maréchal. A renowned general who had fought gloriously for Russia in its wars against the Turks and Swedes, he later served under Frederick the Great, who highly valued his military talents and noble character. He particularly distinguished himself during the Seven Years’ War and died on the field of honor in 1758. “The good man lived a virtuous life; the brave man died a heroic death”—this was the response given by Milord Maréchal himself to Formey, who expressed the desire to write a eulogy for his brother. It is a pity that he did not accept the offer Rousseau made in that letter, an offer to which Rousseau would refer several times later.
[836] Here is that letter, as published by d’Alembert in his eulogy for Lord Marshal.
[793] L’autore di questa lettera la fece stampare con il titolo “Lettera a Monsieur J.-J. Rousseau, da parte di Monsieur M**, vicedirettore, ecc, 1763, in-8°”.
[794] Niklaus Anton Kirchberger. Nato nel 1739 e morto il 27 settembre 1799 a Gottstatt. Ufficiale al servizio dell’Olanda, magistrato ed economista, entrò nel Gran Consiglio della città di Berna nel 1775 e, dieci anni dopo, divenne Governatore della città. Fu uno dei fondatori della Società economica di Berna. Come scrittore non fu mai molto prolifico, ma mantenne una corrispondenza con numerosi contemporanei europei. (Nota dell’editore). Quando visitò per la prima volta J.-J. Rousseau sull’isola di Saint-Pierre, lo trovò addormentato su un albero. (Nota dell’editore).
In tutte le edizioni, persino nell’“Histoire de J.J. Rousseau”, si legge “Keit”. Questo errore deriva dal fatto che esisteva soltanto la lettera iniziale del nome. Non so quale editore abbia aggiunto il nome che abbiamo letto fino ad oggi. La lettera era indirizzata a Monsieur Kirchberger, di cui si parla alla fine delle “Confessioni”. Questa informazione ci è stata fornita da Monsieur Beuchot.
[795] Sinonimo di contraffazione.
[796] Il signor Burnand, a cui questa lettera è indirizzata, aveva rimproverato a Rousseau la pubblicazione della “Professione di fede del ficario savoiardo”, che contraddiceva esplicitamente il principio espresso dallo stesso vescovo: “Finché esisterà anche solo una minima credenza sincera tra gli uomini, non si deve turbare l’animo dei pacifici, né allarmare la fede delle persone semplici con difficoltà che non sono in grado di risolvere e che le inquietano senza illuminarle.” (Nota di du Peyrou.)
[797] Ciò che è scritto in corsivo qui è tratto dalla “Professione di fede”. Si veda la lettera dello stesso giorno, del 4 aprile, sia prima che dopo questo passo.
[798] Joseph de La Porte, battezzato il 19 gennaio 1714 a Belfort e morto il 19 dicembre 1779. Religioso, critico letterario, poeta e drammaturgo francese. (Nota dell’editore)
[799] Brochure di Grimm sulla musica francese. Si veda “Confessioni”, libro VIII.
[800] Claude-Henri Watelet, nato il 28 agosto 1718 a Parigi dove morì il 12 gennaio 1786. Artista e letterato francese, pittore, acquerellista, incisore, collezionista, critico d’arte, poeta didattico e drammaturgo. (Nota dell’editore)
[801] A Ginevra, i cittadini e i borghesi godono di tutti i diritti politici ed economici. In questa lettera indirizzata a Jacob Favre, J.-J. Rousseau rinuncia per sempre al proprio diritto di essere considerato un borghese e un cittadino della città e della Repubblica di Ginevra.attribuisce questa scelta all’odio dei suoi avversari. (Nota dell’editore)
[802] Amici di J.-J. Rousseau residenti a Ginevra. (Nota dell’editore)
[803] Più avanti si vedrà l’opinione di Monsieur Eymar in merito. Essa è in accordo con quella di Monsieur Moultou.
Si tratta del famoso Gibbon e di Madame Necker; ne faremo menzione nell’osservazione che conclude questa lettera.
[805] Ecco il passaggio contestato:
“Credo che un uomo buono, qualunque sia la religione nella quale viva con sincera fede, possa essere salvato. Tuttavia, non credo che si possa legittimamente introdurre in un paese religioni straniere senza il permesso del sovrano; perché se questo non costituisce una diretta disobbedienza a Dio, allora è comunque una disobbedienza alle leggi, e chi disobbedisce alle leggi disobbedisce a Dio.” (Lettera a Monsieur de Beaumont)
[806] Théodore Rousseau, 1729-1807, cugino di primo grado di J.-J. Rousseau a cui scrisse nove lettere tra il 1762 e il 1765. (Nota dell’editore)
[807] Lord Marécbal esortava Rousseau a venire in Scozia con lui. Le sue terre si trovavano vicino ad Aberdeen, una città marittima di quel paese.
[808] Non mi aveva capito e si rese conto che conoscevo anch’io quella massima tanto quanto lui. (Nota di M, Moultou.)
[809] La famiglia Tronchin.
[810],,,, del loro cittadino. Secondo il testo dell’edizione pubblicata da du Peyrou nel 1790, anno in cui questa lettera fu stampata per la prima volta, e dove, probabilmente per errore, si è scritto “cittadino” invece di “concittadino”.
[811] Figlio del cugino di primo grado di J.-J. Rousseau, che si è sempre comportato nei suoi confronti come un buon parente sinceramente legato a lui. (Nota dell’editore)
[812] Charles Pinot Duclos, nato a Dinan in Bretagna il 12 febbraio 1704 e morto a Parigi il 26 marzo 1772. Scrittore e storico francese. (Nota dell’editore)
[813] Nuova Eloisa, terza parte, lettera XXII.
[814] Questa lettera, priva di indicazione dell’anno, sembra essere stata scritta il giorno successivo al 30 luglio che abbiamo appena letto, ma non è stata inviata alla sua destinazione. Quella che segue deve essere stata scritta nello stesso periodo. (Nota di Peyrou.)
[815] Signore di Motiers. (Nota dell’editore)
[816] Mercante di Ginevra, francese rifugiato e parente del Procuratore Generale di Neuchâtel. Questo signor d’Ivernois di Ginevra si recava a Môtiers due volte all’anno. (Nota dell’editore)
[817] Si veda la lettera del 30 novembre 1762.
[818] Luigi-Eugenio di Württemberg, detto Luigi VII, nato a Francoforte nel 1731 e morto a Ludwigsburg nel 1795. Fu duca di Württemberg dal 1793 al 1795. (Nota dell’editore)
[819] Donna pittore.
[820] Nuova Eloisa, seconda parte, lettera XXII.
[821] Nicolas-François Regnault: nato a Parigi nel 1746, morto intorno al 1810. Pittore, disegnatore e incisore che utilizzava tecniche come l’acquerello, il bulino e il puntillismo. Come pittore, rientra tra gli imitatori di Beaudoin e Fragonard. Incise personalmente, o fece incidere da sua moglie Geneviève (nata a Nangis), la maggior parte delle sue opere, alcune delle quali vennero poi stampate a colori. Sono noti due suoi lavori di botanica realizzati in collaborazione con sua moglie: “La Botanique mise à la portée de tout le monde, ou Collection des plantes d’usage dans la médecine, dans les aliments et dans les arts” (1774) e “Les Écarts de la nature, ou Recueil des principales monstruosités que la nature produit” (1775). (Nota dell’editore)
[822] Nuova Eloisa, parte I, lettera XLII.
[823] Ecco quale era l’inizio della lettera di Madame de B***; questa lettera ne costituisce in realtà la risposta.
Parigi, 10 novembre 1763.
Signore, circa un mese fa ebbi l’onore di scrivervi; non conoscendo il vostro indirizzo, inviai la mia lettera ben sigillata a Monsieur de Voltaire, fiducioso nella sua onestà comune a tutti gli uomini onesti, e lo pregai di inviarvela. Ma quale fu la mia sorpresa quando, il 4 di questo mese, ricevetti in risposta un opuscolo intitolato “Sermon des cinquante”. Sareste voi, signore, o Monsieur de Voltaire, a avermelo inviato? Non oso pensare che sia stato voi, ecc. Note tratta dall’edizione di Ginevra, volume XXIV, in-8°, pagina 124.
Ecco di seguito la lettera indirizzata al principe di Württemberg del 11 marzo 1764.
[824], tanta gioia. In accordo con il testo dell’edizione di Ginevra, secondo supplemento del 1789, e con l’edizione pubblicata da Du Peyrou nel 1790.
[825] Joseph-François de Conzié, marchese d’Allemogne, conte des Charmettes e barone d’Arenthon (1707-1789): fu lui ad affittare le Charmettes a Madame de Warens. Fu un amico di Rousseau. Deputato per la città di Chambéry a Madrid quando gli spagnoli occuparono la Savoia nel 1743, lasciò il castello a sua sorella Madeleine, che aveva sposato Jean Gerbaix de Sonnaz. Fondò la società reale d’agricoltura della Savoia.
[826] Casa di J.-J. Rousseau a Motiers-Travers.
[827]Nota di V.D. Musset-Pathay. 1824.
[828] Si veda la lettera del 30 novembre 1762.
[829] Marie-Madeleine de Brémond d’Ars, moglie del Marchese di Verdelin (1728-1810). Si avvicinò, sia geograficamente che sentimentalmente, a questo filosofo genevese, che chiamava “il mio caro vicino”. Rousseau, a sua volta, la denominava spesso nelle sue lettere “la mia cara vicina”. (Nota dell’editore)
[830] Julie Suzanne Bondeli, salottiera svizzera appartenente a una famiglia patrizia di Berna, nata il 1° gennaio 1732 a Berna e morta l’8 agosto 1778 a Neuchâtel. (Nota dell’editore)
[831] È una miserabile parodia della “Nuova Eloisa”, pubblicata senza nome dell’autore nel 1763.
[832] Proveniente da una famiglia nobile e dotato di una considerevole fortuna, François-Louis, conte d’Escherny (Neuchâtel, 24 novembre 1733 – Parigi, 15 luglio 1815), fu un letterato svizzero.
[833] Si veda la lettera CDXXXVIII indirizzata a Madame de B., del dicembre 1763.
[834] Madame de Luze-Warney.
[835] Quell’uomo di cui Rousseau desiderava scrivere la vita era il fratello minore di Milord Maréchal, Jacques Keit, generale celebre che, dopo aver combattuto gloriosamente per la Russia nelle sue guerre contro i Turchi e i Svedesi, passò al servizio del grande Federico, il quale apprezzava molto i suoi talenti militari e le sue elevate qualità. Si distinse soprattutto nella guerra dei sette anni e morì in battaglia nel 1758. “Il buon uomo visse, il forte morì onoratamente”: questa fu la risposta stessa di Milord Maréchal a Formey, che gli esprimeva il desiderio di lodare suo fratello. È un peccato che non abbia accettato l’offerta fattagli da Rousseau in quella lettera, su cui quest’ultimo tornerà ancora più volte in seguito.
[836] Ecco questa lettera, secondo la versione pubblicata da d’Alembert nel suo elogio di Lord Marshall.
«Je disputerais bien avec les habitants d’Édimbourg l’avantage de vous posséder: si j’avais des vaisseaux, je méditerais une descente en Ecosse pour enlever mon cher Milord, et pour l’emmener ici ; mais nos barques de l’Elbe sont peu propres à une pareille expédition. Il n’y a que vous sur qui je puisse compter. J’étais ami de votre frère, je lui avais des obligations ; je suis le vôtre de coeur et d’âme: voilà mes titres ; voilà les droits que j’ai sur vous. Vous vivrez ici dans le sein de l’amitié, de la liberté et de la philosophie: il n’y a que cela dans le monde, mon cher Milord ; quand on a passé par toutes les métamorphoses des états, quand on a goûté de tout, on en revient là. »
[837] Voyez ci-après la lettre à M. Hirzel, du 11 novembre 1764.
[838] Il parle sans doute de la lettre à madame Roguin, du 31 mars. Voyez ci-devant lettre CDLX.
[839] Pierre Guy, ami de J.J Rousseau.
[840] Il pensait que la lettre à laquelle il répondait, quoique datée de Paris, était réellement écrite de Neuchâtel, et il l’attribuait à une dame qui alors habitait cette ville, et qu’il savait être une savante et un bel esprit en titre ; et c’est dans cette idée que sa réponse est conçue. Il reconnaît sa méprise dans la lettre qu’on verra ci-après à la date du 4 novembre même année, adressée à la même demoiselle D. M., véritable auteur de celle à laquelle celle-ci sert de réponse.
[841] «… Mademoiselle Galley, d’un an plus jeune qu’elle (Melle de Graffenried), était encore plus jolie ; elle avait je ne sais quoi de plus délicat, de plus fin ; elle était en même temps très mignonne et très formée, ce qui est pour une fille le plus beau moment. » (Extrait des Confessions, partie I, Livre IV)
[842] Au livre XII des Confessions, Rousseau écrit à son sujet: «Il ne s’appelait point Sauttern, il s’appelait Sauttersheim. À l’égard du titre de baron, qu’on lui donnait en Suisse, je ne pouvais le lui reprocher, parce qu’il ne l’avait jamais pris: mais je ne doute pas qu’il ne fût bien gentilhomme, et Milord Maréchal, qui se connaissait en hommes, et qui avait été dans son pays, l’a toujours regardé et traité comme tel. »… «Je ne croirai jamais que Sauttern fût un espion, ni qu’il m’ait trahi ; mais il m’a trompé. Quand j’épanchais avec lui mon cœur sans réserve, il eut le courage de me fermer constamment le sien, et de m’abuser par des mensonges. »
[843] L’origine de ce mot est incertaine. Il apparaît pour la première fois, en 1607, dans un texte tiré des Oeuvres satyriques de Charles-Timoléon de Sigogne («Salouppe »). Il est depuis utilisé, parfois, comme c’est ici le cas, sous forme péjorative et injurieuse: femme méprisable, sans scrupules, aux moeurs corrompues et prête à tout pour réussir.
[844] Voyez ci-devant la lettre à l’abbé de La Porte, du 4 avril 1763, et la note qui s’y rapporte.
[845] C’est le titre d’un petit écrit apologétique publié par Panckoucke, et que l’abbé de La Porte a fait réimprimer à la suite de l’édition qu’il a donnée de la Nouvelle Héloïse, en 1764.
[846] Delevre était à cette époque bibliothécaire de l’Infant duc de Parme, dont l’abbé de Condillac était précepteur.
[847] La jeune Indienne, comédie en un acte, en vers, représentée en 1764.
[848] Cette lettre paraît faire suite à la lettre CDLXXIII, du 23 mai même année.
[849] Renée-Caroline-Victoire de Froullay de Tessé, Marquise de Créquy, née au Château de Montflaux à Saint-Denis-de-Gastines le 19 octobre 1704 et morte à Paris le 3 février 1803. Femme de lettres française célèbre par son esprit.
[850] Voyez les Confessions, livre XII.
[851] Les eaux d’Auguste (ainsi dénommées parce qu’apparemment utilisées depuis l’antiquité) étaient très appréciées à l’époque de J.J Rousseau. Diversement aromatisées (rose, verveine, tilleul, magnolia etc), elles passaient pour guérir ou soulager de nombreuses maladies.
[852] Ce qui montre que l’expression populaire » Cocu, battu, mais content » vient de loin.
[853] Sans doute le chevalier de Lorenzy. La lettre dont il s’agit ici n’a pas été publiée.
[854] Epitre d’un père à son fils sur la naissance d’un petit-fils. Elle fait partie des oeuvres de Chamfort.
[855] Chamfort avait envoyé son épître au concours pour le prix de poésie proposé par l’Académie française.
[856] Joseph François de Foulquier. Naturaliste et intendant de la Guadeloupe et de la Martinique. Né: le 21 février 1744 à Toulouse (France) et décédé le 13 février 1789 à Saint Pierre de la Martinique. (Note de l’éditeur)
[857] Charles de Zinzendorf, fils du chancelier d’Autriche Philippe-Louis (Philipp Ludwig Wenzel von Sinzendorf). Il rencontra pour la première fois Rousseau en septembre 1764, tandis que celui-ci était en train d’herboriser. Rousseau occupait alors pour une semaine une maison située au coeur de la réserve naturelle du Creux-du-Van, à Champ-du-Moulin (canton de Neuchâtel) sur les bords de la rivière de l’Areuse. Le comte Charles de Zinzendorf comptait parmi ses admirateurs. Adepte des pensées rousseauistes, il voulait élever ses enfants selon l’ouvrage «Émile, ou de l’Education »
[858] Voyez la lettre précédente à mademoiselle D. M., du 7 mai même année. Cette méprise de Rousseau vient de ce que la personne à laquelle il avait adressé sa lettre du 7 mai, et celle à laquelle il répond ici, portaient toutes deux le même nom. Rien d’ailleurs n’a pu nous faire connaître l’une ou l’autre.
[859] Résipiscence: amener à reconnaître une faute avec volonté de s’amender.
[860] Jean-Gaspard Hirzel, médecin à Zurich, mort en 1803, s’est acquis une juste célébrité dans sa patrie par des connaissances variées, par des établissements utiles, et par un zèle ardent pour le bien public. Son goût pour l’agriculture, et le désir d’acquérir dans cet art des connaissances positives, le conduisirent chez un cultivateur des environs de Zurich, nommé Jacques Gujer, et connu dans le pays sous le nom de Klyiogg { Petit-Jacques), philosophe praticien, et s’occupant d’économie rurale et domestique en observateur aussi sage qu’éclairé. Rousseau avait déjà reçu, sur cet homme respectable, des détails qui l’avaient vivement intéressé, comme on en peut juger par deux de ses lettres précédentes, à M. Huber, 24 décembre 1761, et au prince de Wirtemberg, 15 avril 1764. Le spectacle qu’offrirent au médecin Hirzel la famille, les procédés et les travaux de Gujer, lui donna l’idée de son Socrate rustique, ou Description de la conduite économique et morale d’un paysan philosophe, livre qui a été traduit dans presque toutes les langues de l’Europe. La traduction française est de Frey Deslandres, officier suisse, 1763, in-12, et a été plusieurs fois réimprimée. La meilleure édition de cette traduction est celle de Lausanne, 1777, 2 vol. in-8°.
[861] Malesherbes, premier président de la Cour des Aides, et qui conserva cette présidence jusqu’en 1775, avait de plus la direction de la librairie, et c’est de cette direction qu’il est question ici. Mais dans l’intéressante Notice qu’a donnée M. Dubois sur Malesherbes, on lit (page 55 de la troisième édition) que ce fut au mois de décembre 1768, qu’il cessa d’avoir cette direction. Or cette date, qui d’ailleurs est certaine, ne s’accorde pas avec la date de la lettre de Rousseau, date qui n’est pas plus susceptible d’être contestée, puisqu’il y parle des Lettres de la montagne qu’il vient de faire imprimer en Hollande, impression qui réellement eut lieu en 1764. Il en résulte que Rousseau, félicitant Malesherbes sur sa retraite comme directeur de la librairie, n’en parle en cet instant que sur un ouï-dire, qui ne fut confirmé par l’événement que quatre ans après.
[862] La Reine fantasque.
[863] Les Lettres de la montagne.
[864] Le libelle intitulé, Sentiment des citoyens.
[865] Le libelle intitulé, Sentiment des citoyens. Vovez les Confessions, livre XII.
[866] Pour une édition générale de ses ouvrages.
[867] La comtesse de B. avait paru souhaiter que Rousseau voulut être le parrain de l’enfant dont elle était sur le point d’accoucher.
[868] Cette expression sous les plombs a fort embarrassé les éditeurs de Genève. En voici l’explication: Le palais de Saint-Marc, à Venise, est couvert de grandes laines de plomb, et l’on croyait alors communément que quand les Inquisiteurs d’état voulaient se débarrasser, sans forme de procès, d’un homme suspect, ils le faisaient renfermer dans un des cabinets pratiqués immédiatement sous ces lames, qui, devenant brûlantes par l’ardeur du soleil, donnaient au malheureux prisonnier une fièvre chaude dont il mourait en très peu de temps. On aime à douter d’une cruauté plus atroce encore que celle de Busiris. Toujours est-il vrai qu’à Venise on ne parlait jamais de ces plombs qu’avec effroi.
[869] Un exemplaire de la Théorie de la musique.
[870] Le libelle intitulé, Sentiment des citoyens.
[871] Helvétius et Diderot, auxquels les Corses, disait-on, s’étaient adressés pour avoir un plan de législation.
[872] Madame Guyenet appelait Rousseau son papa.
“I would gladly debate with the inhabitants of Edinburgh about the merits of possessing you: if I had ships, I would consider making a voyage to Scotland to rescue my dear Lord and bring him here; but our boats on the Elbe are hardly suitable for such an undertaking. You are the only one on whom I can rely. I was friends with your brother; I owed him certain obligations; I am yours by heart and soul: these are my claims, these are the rights I have over you. You will live here in a world of friendship, freedom, and philosophy—this is all that truly matters in life, my dear Lord. When one has experienced all the transformations that life brings, when one has tasted everything, one ultimately returns to this.”
[837] Please see below the letter to Mr. Hirzel, dated November 11, 1764.
[838] He is undoubtedly referring to the letter to Madame Roguin dated March 31st. See the letter CDLX mentioned earlier.
[839] Pierre Guy, a friend of J.-J. Rousseau.
[840] He believed that the letter he was responding to, although dated from Paris, was actually written in Neuchâtel, and he attributed it to a lady who at that time lived in that city and whom he knew to be a scholar and a person of great intellect; it was with this idea in mind that he composed his reply. He acknowledged his mistake in a letter dated November 4 of the same year, which was addressed to the very same Miss D.M., the actual author of the letter to which his response was meant to be in reply.
[841] “. Mademoiselle Galley, being one year younger than her (Mlle de Graffenried), was even more beautiful; she possessed something more delicate, more refined; she was at the same time both very charming and well-formed, which is for a girl the most perfect state.” (Excerpt from The Confessions, Part I, Book IV)
[842] In Book XII of the Confessions, Rousseau writes about him: “His name was not Sauttern; it was Sauttersheim. As for the title of baron that he was given in Switzerland, I could not reproach him for it, since he had never claimed it himself; but I have no doubt that he was indeed a gentleman. Moreover, Lord Maréchal, who knew how to judge people and had been in his country, always treated him as such.”, “I will never believe that Sauttern was a spy or that he betrayed me; but he deceived me. When I opened my heart to him without reservation, he had the audacity to constantly shut his own heart to me and deceive me with lies.”
[843] The origin of this word is uncertain. It first appeared in 1607 in a text from the “Satirical Works” of Charles-Timoléon de Sigogne (“Salouppe”). Since then, it has sometimes been used, as in this case, in a pejorative and offensive sense: to describe a woman who is contemptible, without scruples, with corrupt morals, and willing to do anything to succeed.
[844] Please refer to the letter addressed to Abbe de La Porte on April 4, 1763, as well as the accompanying note.
[845] This is the title of a short apologetic work published by Panckoucke, which Abbé de La Porte had reprinted following his edition of La Nouvelle Héloïse in 1764.
[846] At that time, Delevre was the librarian of the Infant Duke of Parma, whose tutor was Abbé de Condillac.
[847] “The Young Indian Girl,” a one-act comedy in verse, performed in 1764.
[848] This letter seems to be a continuation of letter CDLXXIII, dated May 23 of the same year.
[849] Renée-Caroline-Victoire de Froullay de Tessé, Marquise de Créquy, was born at the Château de Montflaux in Saint-Denis-de-Gastines on October 19, 1704, and died in Paris on February 3, 1803. She was a famous French woman of letters, renowned for her intellect.
[850] See The Confessions, Book XII.
[851] The waters of Auguste (so named because they were apparently used since ancient times) were highly regarded in the time of J.-J. Rousseau. Variously flavored with rose, verbena, linden, magnolia, etc., they were believed to cure or alleviate numerous illnesses.
[852] This shows that the popular saying “Husband beaten, but happy” has a long history.
[853] Most likely Sir Lorenzo. The letter in question has not been published.
[854] A letter from a father to his son regarding the birth of a grandson. It is included in Chamfort’s works.
[855] Chamfort had submitted his letter to the competition for the poetry prize offered by the Académie Française.
[856] Joseph François de Foulquier. Naturalist and governor-general of Guadeloupe and Martinique. Born on February 21, 1744, in Toulouse (France), and died on February 13, 1789, in Saint Pierre de la Martinique. (Editor’s note)
[857] Charles de Zinzendorf, son of the Austrian chancellor Philipp-Louis (Philipp Ludwig Wenzel von Sinzendorf). He first met Rousseau in September 1764, when Rousseau was engaged in collecting plants. At that time, Rousseau had been staying for a week in a house located in the heart of the Creux-du-Van nature reserve, in Champ-du-Moulin (Neuchâtel canton), on the banks of the Areuse river. Count Charles de Zinzendorf was among Rousseau’s admirers. An advocate of Rousseau’s ideas, he wished to raise his children according to the principles outlined in the work “Émile, or On Education”.
[858] See the previous letter to Mademoiselle D.M., dated May 7 of the same year. Rousseau’s mistake arose because both the person to whom he had written on May 7 and the person to whom he is responding here bore the same name. Moreover, nothing enabled us to distinguish one from the other.
[859] Resipiscence: the willingness to acknowledge one’s mistake and resolve to correct it.
[860] Jean-Gaspard Hirzel, a physician from Zurich who died in 1803, earned well-deserved fame in his homeland through his diverse knowledge, his establishment of useful institutions, and his fervent dedication to the public good. His interest in agriculture and his desire to acquire practical knowledge in this field led him to visit a farmer living near Zurich named Jacques Gujer, who was known in the region as Klyiogg (Little-Jacques). Gujer was a practical philosopher who devoted himself to the study of rural and domestic economics, acting both as an observer and as an insightful expert. Rousseau had already received detailed information about this respectable man, which greatly interested him, as can be seen from two of his earlier letters: one to Mr. Huber on December 24, 1761, and the other to the Prince of Württemberg on April 15, 1764. What physician Hirzel witnessed in Gujer’s family, methods, and work inspired him to write his book “Socrates the Rustic” or “Description of the Economic and Moral Conduct of a Philosopher-Farmer”, a work that was translated into nearly every language of Europe. The French translation was done by Frey Deslandres, a Swiss officer, in 1763 and published in 12mo format; it has been reprinted several times since. The finest edition of this translation is the one published in Lausanne in 1777, in 2 volumes in 8mo format.
[861] Malesherbes, the first president of the Court of Aides and who held this position until 1775, also served as director of the library, and it is in this capacity that he is mentioned here. However, in the interesting note provided by Mr. Dubois on Malesherbes (page 55 of the third edition), it is stated that Malesherbes ceased to hold this position in December 1768. Yet this date, which is certainly accurate, does not coincide with the date mentioned in Rousseau’s letter—a date that is itself beyond dispute, since Rousseau refers in it to his Letters from the Mountain, which were indeed printed in the Netherlands in 1764. It follows therefore that when Rousseau congratulated Malesherbes on his retirement as library director, he was merely basing his statement on hearsay, which was not confirmed by actual events until four years later.
[862] The Fantasical Queen.
[863] Letters from the Mountain.
[864] The pamphlet titled Sentiments of the Citizens.
[865] The pamphlet titled “Sentiments of the Citizens: Considerations on ‘Confessions’, Book XII”.
[866] For a general edition of his works.
[867] It seemed that the Countess of B. had wished for Rousseau to be the godfather of the child she was about to give birth to.
[868] This expression, “under the lead plates,” caused great embarrassment to the publishers in Geneva. Here is its explanation: The St. Mark’s Palace in Venice is covered with large sheets of lead. It was commonly believed that when the State Inquisitors wished to get rid of a suspected person without going through any formal proceedings, they would confine him in one of the compartments located directly beneath those lead plates. As the sun made the lead hot, it caused the unfortunate prisoner to develop a high fever, resulting in his death within a very short time. One is inclined to doubt whether such cruelty could surpass that of Busiris. Nevertheless, it is true that in Venice, these lead plates were never mentioned without causing fear.
[869] An example of The Theory of Music.
[870] The pamphlet titled Sentiments of the Citizens.
[871] Helvétius and Diderot—whom it was said that the Corsicans had turned to in order to obtain a plan for legislation.
[872] Madame Guyenet called Rousseau “papa.”
“Mi batterei volentieri con gli abitanti di Edimburgo per stabilire chi abbia il diritto di possedervi: se avessi delle navi, considererei l’idea di recarmi in Scozia per rapire il mio caro Milord e portarlo qui; ma le nostre barche sull’Elba non sono adatte a un simile viaggio. Solo voi potete contare su di me. Ero amico di vostro fratello, gli dovevo qualcosa; ora sono vostro per cuore e anima: questi sono i miei titoli, questi i diritti che ho su di voi. Vivrete qui, nel seno dell’amicizia, della libertà e della filosofia. Queste sole cose esistono al mondo, mio caro Milord; quando si è attraversato tutte le trasformazioni delle condizioni umane, quando si è provato di tutto, si ritorna sempre lì.”
[837] Si veda qui sotto la lettera indirizzata a Monsieur Hirzel del 11 novembre 1764.
[838] Parla senza dubbio della lettera indirizzata a Madame Roguin, del 31 marzo. Si veda la lettera CDLX precedentemente citata.
[839] Pierre Guy, amico di J.-J. Rousseau.
[840] Credeva che la lettera a cui rispondeva, sebbene datata da Parigi, fosse in realtà stata scritta a Neuchâtel, e la attribuiva a una signora che all’epoca abitava quella città e di cui sapeva essere una donna colta e intelligente; ed è proprio con questa idea che è stata concepita la sua risposta. Riconobbe il proprio errore nella lettera che verrà mostrata in seguito, datata 4 novembre dello stesso anno, indirizzata alla stessa signorina D.M., vera autrice della lettera a cui quella risposta faceva da replica.
[841] “. La signorina Galley, di un anno più giovane di lei (la signorina de Graffenried), era ancora più bella; possedeva qualcosa di più delicato, di più raffinato; era al contempo molto graziosa e ben formata, il che rappresenta per una ragazza il momento più bello della sua vita.” (Estratto dalle Confessioni, parte I, libro IV)
[842] Nel dodicesimo libro delle Confessioni, Rousseau scrive a suo riguardo: «Non si chiamava Sauttern, ma Sauttersheim. Per quanto riguarda il titolo di barone che gli veniva dato in Svizzera, non potevo rimproverarglielo, poiché egli non lo aveva mai assunto; tuttavia non dubito affatto che fosse un vero gentiluomo, e Milord Maréchal, che conosceva bene le persone e aveva viaggiato nel suo paese, lo considerava sempre tale e lo trattava di conseguenza.». «Non crederò mai che Sauttern fosse una spia, né che mi abbia tradito; ma mi ha ingannato. Quando gli confidavo apertamente il mio cuore senza riserve, lui aveva il coraggio di chiudermi costantemente il suo e di ingannarmi con menzogne.»
[843] L’origine di questa parola è incerta. Appare per la prima volta nel 1607 in un testo tratto dalle “Oeuvres satyriques” di Charles-Timoléon de Sigogne (“Salouppe”). Da allora viene talvolta utilizzata, come in questo caso, in una forma offensiva e denigratoria: per indicare una donna spregevole, senza scrupoli, dalle abitudini corrotte e pronta a tutto pur di avere successo.
[844] Si veda la lettera all’abate de La Porte del 4 aprile 1763, nonché la nota che ad essa si riferisce.
[845] È il titolo di un breve scritto apologetico pubblicato da Panckoucke, che l’abate de La Porte fece ristampare dopo l’edizione della “Nouvelle Héloïse” che aveva curato nel 1764.
Nel 846, Delevre ricopriva la carica di bibliotecario dell’Infante Duca di Parma, il cui precettore era l’abate di Condillac.
[847] “La giovane indiana”, commedia in un atto in versi, rappresentata nel 1764.
[848] Questa lettera sembra essere una continuazione della lettera CDLXXIII, del 23 maggio dello stesso anno.
[849] Renée-Caroline-Victoire de Froullay de Tessé, Marchesa di Créquy, nata nel Castello di Montflaux a Saint-Denis-de-Gastines il 19 ottobre 1704 e morta a Parigi il 3 febbraio 1803. Scrittrice francese celebre per il suo spirito.
[850] Si vedano le “Confessioni”, libro XII.
[851] Le acque di Augusto (così chiamate perché apparentemente utilizzate fin dall’antichità) erano molto apprezzate all’epoca di J.-J. Rousseau. Aromatizzate in vari modi (rosa, verbena, tiglio, magnolia, ecc.), si riteneva che potessero curare o alleviare numerose malattie.
[852] Ciò dimostra che l’espressione popolare “Cocu, battuto, ma content” ha origini molto antiche.
[853] Probabilmente il cavaliere di Lorenzy. La lettera di cui si parla in questo testo non è mai stata pubblicata.
[854] Lettera di un padre a suo figlio riguardo alla nascita di un nipote. Fa parte delle opere di Chamfort.
[855] Chamfort aveva inviato la sua lettera al concorso per il premio di poesia indetto dall’Accademia francese.
[856] Joseph François de Foulquier. Naturalista e intendente di Guadalupa e Martinica. Nato il 21 febbraio 1744 a Tolosa (Francia) e deceduto il 13 febbraio 1789 a Saint Pierre de la Martinique. (Nota dell’editore)
[857] Carlo di Zinzendorf, figlio del cancelliere d’Austria Filippo-Luigi (Philipp Ludwig Wenzel von Sinzendorf). Incontrò Rousseau per la prima volta nel settembre 1764, mentre quest’ultimo stava raccogliendo erbe. All’epoca, Rousseau soggiornava per una settimana in una casa situata nel cuore della riserva naturale di Creux-du-Van, a Champ-du-Moulin (canton di Neuchâtel), sulle rive del fiume Areuse. Il conte Carlo di Zinzendorf era tra i suoi ammiratori; seguace delle idee di Rousseau, desiderava educare i propri figli secondo i principi esposti nell’opera “Emilio, o sull’educazione”.
[858] Si veda la lettera precedente indirizzata alla signorina D. M., del 7 maggio dello stesso anno. Questo errore di Rousseau deriva dal fatto che sia la persona a cui aveva scritto il 7 maggio che quella a cui risponde qui portavano entrambe lo stesso nome. Del resto, nulla ci ha permesso di distinguere l’una dall’altra.
[859] Riconoscimento dei propri errori: il processo di riconoscere un errore con la volontà di correggersi.
[860] Jean-Gaspard Hirzel, medico di Zurigo morto nel 1803, si guadagnò una giusta fama nella sua patria grazie alle sue varie conoscenze, agli istituti utili da lui creati e al suo fervente impegno per il bene pubblico. Il suo interesse per l’agricoltura e il desiderio di acquisire in questo campo conoscenze concrete lo portarono da un agricoltore delle vicinanze di Zurigo, di nome Jacques Gujer, conosciuto nella regione come Klyiogg (Piccolo-Giacomo), filosofo pratico che si occupava di economia rurale e domestica con grande saggezza ed erudizione. Rousseau aveva già ricevuto informazioni su quest’uomo rispettabile, le quali lo avevano profondamente interessato, come si può dedurre da due sue lettere precedenti: una a Monsieur Huber del 24 dicembre 1761 e l’altra al principe di Wirtemberg del 15 aprile 1764. La famiglia, i metodi e i lavori di Gujer offrirono al medico Hirzel l’ispirazione per scrivere il suo “Socrate rustico”, ovvero la descrizione della condotta economica e morale di un contadino filosofo; un libro che fu tradotto in quasi tutte le lingue europee. La traduzione francese è stata realizzata da Frey Deslandres, ufficiale svizzero, nel 1763 (edizione in-12) ed è stata riprodotta più volte. La migliore edizione di questa traduzione è quella pubblicata a Losanna nel 1777 (2 volumi in-8°).
[861] Malesherbes, primo presidente della Cour des Aides e che mantenne questa carica fino al 1775, aveva inoltre la direzione della libreria, ed è di questa funzione che si tratta qui. Tuttavia, nella interessante nota fornita da Monsieur Dubois su Malesherbes, si legge (pagina 55 della terza edizione) che fu nel dicembre 1768 che egli cessò di ricoprire tale incarico. Ora, questa data, che è certa, non corrisponde alla data della lettera di Rousseau, la quale non può nemmeno essere contestata, poiché in essa si fa riferimento alle “Lettere dalla montagna” appena pubblicate in Olanda, stampa effettivamente avvenuta nel 1764. Di conseguenza, quando Rousseau ringrazia Malesherbes per il suo ritiro dalla direzione della libreria, parla di ciò soltanto su basi di informazioni udite, le quali furono confermate dall’evento stesso solo quattro anni dopo.
[862] La regina fantastica.
[863] Le Lettere della montagna.
[864] Il libello intitolato “Sentimenti dei cittadini”.
[865] Il libello intitolato “Sentimenti dei cittadini. Vedete le Confessioni, libro XII”.
[866] Per una edizione completa delle sue opere.
[867] La contessa di B. sembrava desiderare che Rousseau diventasse il padrino del bambino che stava per partorire.
[868] Quest’espressione, che allude al fatto che il Palazzo di San Marco a Venezia fosse coperto da grandi lastre di piombo, mise in grande imbarazzo gli editori di Ginevra. Ecco la spiegazione: si riteneva infatti che quando gli Inquisitori dello Stato volevano sbarazzarsi, senza alcun processo formale, di un uomo sospetto, lo facessero rinchiudere in una delle stanze situate immediatamente sotto quelle lastre di piombo; queste, riscaldandosi al calore del sole, provocavano nella vittima una febbre acuta che la portava alla morte in pochissimo tempo. Si tende sempre a dubitare dell’esistenza di una crudeltà ancora più atroce di quella di Busiride. Tuttavia, a Venezia di queste lastre di piombo si parlava sempre con orrore.
[869] Un esemplare della “Teoria della musica”.
[870] Il libello intitolato “Sentimenti dei cittadini”.
[871] Si diceva che i Corsi si fossero rivolti a Helvétius e Diderot per ottenere un progetto di legge.
[872] Madame Guyenet chiamava Rousseau “papà”.
[873] À la suite de cette lettre, Rousseau a transcrit celle qui est attribuée à l’abbé de Mably. Elle est du 11 janvier 1765, et l’extrait lui en fut envoyé de Genève, le 4 février suivant, par un anonyme. Voici cet extrait:
«Une chose qui me fâche beaucoup, c’est la lecture que je viens de faire des Lettres de la montagne ; et voilà toutes mes idées bouleversées sur le compte de Rousseau. Je le croyais honnête homme ; je croyais que sa morale-était sérieuse, qu’elle était dans son coeur, et non pas au bout de sa plume. Il me fait prendre malgré moi une autre façon de penser, et j’en suis affligé. S’il s’était borné à prétendre que son déisme est un bon christianisme, et qu’on a eu tort de brûler son livre et de décréter sa personne, on pourrait rire de ses sophismes, de ses paralogismes, et de ses paradoxes, et on aurait dit qu’il est fâcheux que l’homme le plus éloquent de son siècle n’ait pas le sens commun. Mais cet homme finit par être une espèce de conjuré. Est-ce Erostrate qui veut brûler le temple d’Éphèse ? est-ce un Gracchus ? Je sais bien que les trois dernières lettres, dans lesquelles Rousseau attaque votre gouvernement, ne sont remplies que de déclamations et de mauvais raisonnements ; mais il est à craindre que tout cela ne paraisse très juste, très sage et très raisonnable à des têtes échauffées, et qui ne savent pas juger et goûter leur bonheur. Je croirais que votre gouvernement est aussi bon qu’il peut l’être, eu égard à sa situation ; et, dans ce cas, c’est un crime que d’en troubler l’harmonie. J’espère que cette affaire n’aura aucune suite fâcheuse ; et l’excellente tête qui a fait les Lettres de la campagne a sans doute tout ce qu’il faut pour entretenir l’ordre au milieu de la fermentation, ouvrir les yeux du peuple, et lui faire connaître ses erreurs, ou plutôt celles de Rousseau. Que voulez-vous ! il n’est point de bonheur parfait pour les hommes, ni de gouvernement sans inconvénient. La liberté veut être achetée ; elle est exposée à des moments d’agitation et d’inquiétude. Malgré cela, elle vaut mieux que le despotisme. Je vous demanderais pardon, madame, de vous parler si gravement, si vous étiez Parisienne ; mais vous êtes Genevoise, et des choses sérieuses vous plaisent plus que nos colifichets. »
L’anonyme avait accompagné cet envoi du billet suivant:
«O toi, le plus vertueux et le plus modeste de tous les hommes, surtout pour les statues et les médailles, juge à présent lequel les mérite le mieux de celui-ci ou de toi ! » (Note de du Peyrou.)
[874] Voltaire.
[875] C’est celle à madame Guvenet, du 6 février, n° DLIII.
[876] Illisible.
[877] Illisible.
[878] Ces lettres initiales indiquent le colonel Pury ou de Pury, dont il est question dans les Confessions, et qui demeurait à Couvet. IL était beau-père de du Peyrou.
[879] Mes nouveaux patriotes… texte de l’édition de Genève ; c’est sans doute compatriotes qu’il faudrait lire.
[880] La Hollande.
[881] Clairaut est mort dans le mois de mai de la même année, et n’a pu répondre au désir que Rousseau lui témoigne dans cette lettre.
[882] Lord Maréchal lui avait obtenu des lettres de naturalisation.
[883] M. d’Escherny, dans ses Mélanges, blâme avec raison le refus de Rousseau. Mais cette lettre sert à faire apprécier la sincérité de Diderot, qui prétend avoir repoussé les avances que fît Jean-Jacques pour se réconcilier avec lui. L’on peut juger de la nature de ces avances.
[884] Les ouvrages de Linnaeus.
[885] Synonyme d’amygdalite ou d’angine.
[886] C’était un professeur de théologie à Genève. Il est auteur de plusieurs ouvrages relatifs à cette science. Celui dont il s’agit ici avait pour titre, Considérations sur les Miracles, 1765, in-8°.
[887] Montmollin.
[888] Elle avait envoyé à Rousseau une paire de manchettes.
[889] Dans cette lettre Rousseau n’appelle point du Peyrou mon cher hôte, parce qu’elle est écrite exprès pour être rendue publique. Déjà, sans se nommer, et sous le titre de Lettre à M***, du Peyrou avait, de concert avec Rousseau et guidé par lui, comme on l’a vu par les lettres précédentes des 12, 15 et 22 avril, publié dans le même mois l’apologie de son ami, apologie à laquelle Montmollin avait répliqué longuement et avec violence, sous le titre de Réfutation du libelle intitulé, LETTRE À M***. C’est de cet écrit de Montmollin qu’il est question dans le cours de la présente lettre. Encouragé par celle-ci, et décidé, d’après le conseil de Rousseau, à ne plus garder l’anonyme, du Peyrou publia, dans le mois d’août suivant, et sous le titre de Lettre à milord comte de Wemiss, une seconde lettre à l’appui de sa première ; et, dans les pièces justificatives qu’il y joignit, il fit entrer la lettre de Rousseau reproduite ici. Enfin en septembre suivant, peu de jours après la lapidation de Motiers, et sous le même titre que celui de sa seconde lettre, du Peyrou en a publié une troisième, dans laquelle il fait le récit de cet événement. Ces trois lettres de du Peyrou, et la réfutation de Montmollin, ont été réunies et réimprimées à Londres avec toutes leurs annexes (in-12, 1766).
(Note de M. Petitain.)
[890] Offre dont le secret fut si bien gardé, que personne n’en sut rien que quand je le publiai, et qui fut si malhonnêtement reçue, qu’on ne daigna pas y faire la moindre réponse: il fallut même que je fisse redemander à M. de Montmollin ma déclaration qu’il s’était doucement appropriée.
[891] Il faudrait croire que la tête tourne à M. de Montmollin, si l’on lui supposait assez d’arrogance pour vouloir sérieusement donner à messieurs de la classe quelque supériorité sur les autres sujets du roi. Il n’y a pas cent ans que ces supérieurs prétendus ne signaient qu’après tous les autres corps.
[892] Rue située sur la rive gauche de la Seine, dans le Vè arrondissement de Paris.
[893] David Hume, né le 7 mai 17112 à Édimbourg, mort le 25 août 1776. Philosophe, économiste et historien britannique, l’un des plus importants penseurs des Lumières écossaises. Il est considéré comme l’un des plus grands philosophes et écrivains de langue anglaise.(Note de l’éditeur)
[894] Il avait un passeport du ministre bon pour trois mois.
[895] Cette intention si formelle de garder le plus parfait incognito, et l’empressement que nous le verrons bientôt montrer de quitter ce théâtre public (lettre ci-après du 26 décembre), suffisent pour démentir ce qui est raconté à ce sujet dans la Correspondance de Grimm (première partie, tome V, page 124):
«Rousseau est revenu à Paris le 17 décembre. Le lendemain il s’est promené au Luxembourg en habit arménien… Il s’est aussi promené tous les jouis à une certaine heure sur le boulevard dans la partie la plus proche de son logement. Cette affectation de se montrer au public sans nécessité, en dépit du décret de prise de corps, a choqué le ministre, qui avait cédé aux instances de ses protecteurs, en lui accordant la permission de traverser le royaume pour se rendre en Angleterre. On lui a fait dire par la police de partir sans autre délai, s’il ne voulait être arrêté. En conséquence il quitta Paris le 4 janvier, accompagné de D. Hume. »
[896] C’était la mère de du Peyrou, veuve d’un commandant de Surinam.
[897] C’était la devise de la maison de Solar qu’il expliqua dans un repas. Voyez Confessions, liv.III.
[898] M’accompagneront dans mes richesses… C’est le texte de l’édition originale donnée par Pougens en 1798 (petit in -12, page 33). Mais le mot richesses n’offre ici aucun sens ; c’est sans cloute détresses ou traverses qu’il y faudrait substituer.(Note de M. Petitain.)
[899] Près de l’hôtel du lord Égremont.
[900] Frédéric II le Grand (1712-1786)
[901] Charles-Geneviève-Louis-Auguste-André-Timothée d’Éon de Beaumont, dit le » chevalier d’Éon » (5 octobre 1728 à l’hôtel d’Uzès, Tonnerre-21 mai 1810 à Londres) est un auteur, diplomate et espion français.
Il est resté célèbre pour son habillement qui le faisait passer pour une femme. À sa mort cependant, il fut reconnu par un concile de médecins comme de sexe masculin et parfaitement constitué.
[902] Ce saint homme s’appelait Cajot. Son livre est intitulé les Plagiats de M. J. J. Rousseau de Genève sur l’éducation, par D. C. J. B. (Dom Joseph Cajot, bénédictin) 1765, 1 vol. in-12. Les autres critiques prétendaient que l’Émile ne contenait que des nouveautés hardies. Celui-ci dit qu’il ne renferme rien de nouveau. Il appelle Jean-Jacques un rapetasseur d’écrits, un homme enguenillé des ouvrages d’autrui, négoce auquel il doit sa frêle renommée.
[903] Les lettres dont il s’agit ont été imprimées en français, et publiées à Londres chez les mêmes libraires, in-12, 1766. — Des circonstances tout à fait indépendantes de la volonté de ces libraires en avaient retardé l’impression.
[873] Following this letter, Rousseau transcribed another one that was attributed to Abbé de Mably. It dates from January 11, 1765, and an anonymous sender sent him this excerpt from Geneva on February 4 of the following year. Here is that excerpt:
“Something that troubles me greatly is the reading I just finished of ‘Letters from the Mountains’; it has completely overturned my views on Rousseau. I used to think he was an honest man; I believed his morals were sincere, rooted in his heart rather than merely words on paper. Yet now he seems to be forcing me to adopt a different way of thinking, and I am distressed by this. If he had simply claimed that his deism was a form of good Christianity, and that it would have been wrong to burn his books or condemn him personally, people might have laughed at his sophisms, paralogisms, and paradoxes, and said it was unfortunate that the most eloquent man of his century lacked common sense. But in reality, this man ends up being something like a conspirator. Is he Erostratus trying to destroy the temple of Ephesus? Or is he some kind of Gracchus? I know that the last three letters in which Rousseau attacks your government are filled with rhetoric and flawed reasoning; but I fear that such arguments might seem entirely just, wise, and reasonable to those whose minds are heated and who do not know how to judge or appreciate their own happiness. I would say that your government is as good as it can be, given the circumstances; and in that case, disrupting its harmony would be a crime. I hope this matter will not have any unfortunate consequences; and I believe that the brilliant mind behind ‘Letters from the Mountains’ certainly has what it takes to maintain order amidst chaos, to enlighten the people, and to help them recognize their own mistakes—or rather, Rousseau’s mistakes. But alas! There is no perfect happiness for humans, nor a government without its flaws. Freedom must be earned; it comes with moments of turmoil and anxiety. Nevertheless, it is still better than despotism. I apologize for speaking so seriously to you, madam, if you were from Paris; but since you are from Geneva, serious matters surely appeal more to you than our trivialities.”
The anonymous sender included the following note with the message:
“O you, the most virtuous and the most modest of all men—especially when it comes to statues and medals—now judge whom of these two deserves them the most, him or you!” (Note by du Peyrou.)
[874] Voltaire.
[875] It is the one addressed to Madame Guvenet, dated February 6th, No. DLIII.
[876] Illegible.
[877] Illegible.
[878] These initial letters refer to Colonel Pury or de Pury, who is mentioned in the “Confessions” and who lived in Couvet. He was the father-in-law of du Peyrou.
[879] My new patriots, text from the Geneva edition; it would probably be more accurate to refer to them as compatriots.
[880] Holland.
[881] Clairaut died in May of the same year and was thus unable to respond to the desire Rousseau expressed in this letter.
[882] Lord Maréchal had obtained for her letters of naturalization.
[883] In his Mélanges, M. d’Escherny rightly criticizes Rousseau’s refusal. However, this letter serves to demonstrate the sincerity of Diderot, who claims to have rejected the overtures Jean-Jacques made in an attempt to reconcile with him. One can thus assess the nature of these overtures.
[884] The works of Linnaeus.
[885] A synonym for amygdalitis or angina.
[886] He was a theology professor in Geneva. He authored several books on this subject. The book in question was titled Considerations on Miracles, published in 1765 in an 8° format.
[887] Montmollin.
[888] She had sent Rousseau a pair of cuffs.
[889] In this letter, Rousseau does not refer to du Peyrou as “my dear host,” because it is written expressly for public circulation. Previously, without mentioning his name and under the title “Letter to M***,” du Peyrou, in conjunction with Rousseau and guided by him—as evidenced by the letters dated April 12th, 15th, and 22nd—had published that same month an apology in defense of his friend. Montmollin had responded at length and violently to this apology, under the title “Refutation of the Libel Entitled ‘Letter to M***.’” It is this latter work by Montmollin that is referred to throughout this letter. Encouraged by it, and determined, following Rousseau’s advice, to cease remaining anonymous, du Peyrou published a second letter in August of the following year, under the title “Letter to Lord Count of Wemiss,” to support his first one; and in the accompanying explanatory documents, he included the letter by Rousseau reproduced here. Finally, in September of the same year, shortly after the lynching of Motiers, du Peyrou published a third letter, using the same title as the second one, in which he recounted that event. These three letters by du Peyrou, along with Montmollin’s refutation, were collected and reprinted in London in 1766, in an 12mo format, along with all their appendices.
(Note by Mr. Petitain.)
[890] An offer whose secrets were so well kept that no one was aware of them until I made them public; yet it was received with such utter dishonesty that no one even deigned to respond in the slightest. I actually had to ask Mr. de Montmollin to return my statement, which he had quietly taken for himself.
[891] One might think that Mr. de Montmollin must be going mad, if one were to assume he possessed enough arrogance to seriously attempt to grant the gentlemen of this class some superiority over other subjects of the king. It was not even a hundred years ago that these so-called superior individuals would only sign their names after all other bodies in the hierarchy.
[892] A street located on the left bank of the Seine, in the 5th arrondissement of Paris.
[893] David Hume, born on May 7, 1711, in Edinburgh, died on August 25, 1776. British philosopher, economist, and historian, he was one of the most important thinkers of the Scottish Enlightenment. He is regarded as one of the greatest philosophers and writers in the English-speaking world. (Editor’s note)
[894] He had a passport issued by the minister, valid for three months.
[895] This rather formal intention to maintain perfect anonymity, and the eagerness we will soon observe in him to leave this public stage (see his letter dated December 26 below), are sufficient to refute what is stated on this matter in Grimm’s Correspondence (First Part, Volume V, page 124).
“Rousseau returned to Paris on December 17th. The next day, he walked around the Luxembourg Gardens in an Armenian habit. At a certain time each day, he also strolled along the boulevard in the area closest to his residence. This deliberate display in public, without any necessity and despite the decree ordering his arrest, shocked the minister, who had yielded to the pleas of his protectors by granting him permission to travel across the kingdom and go to England. The police were ordered to tell him to leave immediately if he did not wish to be arrested. As a result, he departed from Paris on January 4th, accompanied by D. Hume.”
[896] She was the mother of Du Peyrou, a widow of a commander from Suriname.
[897] That was the motto of the House of Solar, which he explained during a meal. See Confessions, Book III.
[898] They will accompany me in my “riches”. This is the text from the original edition published by Pougens in 1798 (small 12mo format, page 33). However, the word “riches” holds no meaning here; it should undoubtedly be replaced by “hardships” or “adversities.” (Note by Mr. Petitain.)
[899] Near Lord Egremont’s hotel.
[900] Frederick II the Great (1712-1786)
[901] Charles-Geneviève-Louis-Auguste-André-Timothée d’Éon de Beaumont, known as the “Chevalier d’Éon” (born on October 5, 1728, at the Hôtel d’Uzès, Tonnerre; died on May 21, 1810, in London), was a French author, diplomat, and spy.
He remained famous for his appearance that made him pass for a woman. However, upon his death, a council of physicians recognized him as male and perfectly constituted.
[902] This holy man was named Cajot. His book is titled Les Plagiats de M. J. J. Rousseau de Genève sur l’éducation, by D. C. J. B. (Dom Joseph Cajot, Benedictine) in 1765, 1 volume in 12mo format. Other critics claimed that Émile contained nothing but audacious novelties; however, this author asserts that it contains nothing new at all. He calls Jean-Jacques a plagiarist, a man who cloaked himself in the works of others, and a merchant who owes his meager reputation to such practices.
[903] The letters in question were printed in French and published in London by the same publishers, in 12mo format, in 1766. — Circumstances entirely independent of the publishers’ will had delayed their publication.
[873] In seguito a questa lettera, Rousseau ne trascrisse un’altra attribuita all’abate de Mably. Questa risale al 11 gennaio 1765; l’estrazione di essa gli fu inviata da Ginevra il 4 febbraio seguente da parte di un anonimo. Ecco tale estratto:
“Una cosa che mi infastidisce molto è la lettura che ho appena fatto delle ‘Lettere dalla montagna’; tutte le mie idee su Rousseau ne sono state sconvolte. Lo credevo un uomo onesto; pensavo che la sua morale fosse seria, che provenisse dal suo cuore e non solo dalle sue parole. Invece, lui mi ha costretto a cambiare modo di pensare, e ne sono profondamente turbato. Se si fosse limitato ad affermare che il suo deismo è in realtà un buon cristianesimo, e che era stato un errore bruciare i suoi libri e condannarlo personalmente, si potrebbero ridere dei suoi sofismi, dei suoi paralogismi e dei suoi paradossi. Si potrebbe dire che sia un peccato che l’uomo più eloquente del suo secolo non possedesse il buon senso comune. Ma lui, in realtà, sembra quasi un congiurato. È forse Erostrato che vuole distruggere il tempio di Efeso? O forse un Gracco? So bene che le ultime tre lettere, nelle quali Rousseau attacca il vostro governo, sono piene solo di dichiarazioni e ragionamenti errati. Ma temo che tutto ciò possa sembrare molto giusto, molto saggio e molto razionale a persone eccitate, che non sanno come valutare la realtà del loro stesso benessere. Credo che il vostro governo sia già il migliore possibile, data la situazione attuale. E in questo caso, disturbarne l’armonia sarebbe un crimine. Spero che questa questione non abbia conseguenze negative. Quella straordinaria intelligenza che ha scritto le ‘Lettere dalla campagna’ possiede sicuramente tutto ciò che è necessario per mantenere l’ordine in mezzo alle turbolenze, per far comprendere al popolo i suoi errori, o meglio, gli errori di Rousseau. Ma che cosa si può fare. Non esiste alcun felicità perfetta per gli uomini, né alcun governo privo di inconvenienti. La libertà deve essere conquistata. E questo comporta momenti di agitazione e preoccupazione. Tuttavia, è comunque meglio del dispotismo. Mi scuso se parlo con tanta serietà, signora. Se foste parigina, forse non mi prendereste sul serio. Ma voi siete genovese. E le cose serie vi interessano molto di più dei nostri frivoli divertimenti, ”
L’anonimo aveva allegato alla lettera il seguente biglietto:
“O tu, il più virtuoso e il più umile di tutti gli uomini, soprattutto per quanto riguarda statue e medaglie, giudica ora chi dei due meriti maggiormente queste onorificenze!” (Nota di du Peyrou.)
[874] Voltaire.
[875] È quella indirizzata alla signora Guvenet, del 6 febbraio, numero DLIII.
[876] Incomprensibile.
[877] Incomprensibile.
[878] Queste iniziali indicano il colonnello Pury o de Pury, di cui si parla nelle “Confessioni”, e che risiedeva a Couvet. Era suocero di du Peyrou.
[879] I miei nuovi patrioti, testo dell’edizione di Ginevra; probabilmente si dovrebbero leggere come “compatrioti”.
[880] L’Olanda.
[881] Clairaut morì nel mese di maggio dello stesso anno e non poté quindi rispondere al desiderio che Rousseau gli esprimeva in questa lettera.
[882] Il Maresciallo gli aveva procurato delle lettere di naturalizzazione.
[883] Il signor d’Escherny, nei suoi “Mélanges”, critica con ragione il rifiuto di Rousseau. Tuttavia, questa lettera serve a dimostrare la sincerità di Diderot, il quale afferma di aver respinto le proposte di Jean-Jacques volte a riconciliarsi con lui. Si può così giudicare della natura di queste proposte.
[884] Gli opere di Linneo.
[885] Sinonimo di amigdalite o angina.
[886] Era un professore di teologia a Ginevra; è autore di diversi libri relativi a questa disciplina. Quello di cui si parla qui aveva per titolo “Considerazioni sui Miracoli”, pubblicato nel 1765 in formato in-8°.
[887] Montmollin.
[888] Aveva inviato a Rousseau un paio di maniche.
[889] In questa lettera Rousseau non chiama du Peyrou “il mio caro ospite”, perché è stata scritta appositamente per essere resa pubblica. Già in precedenza, senza nominarsi e con il titolo di “Lettera a M***”, du Peyrou, in collaborazione con Rousseau e guidato da lui – come si può vedere dalle lettere del 12, 15 e 22 aprile – aveva pubblicato nello stesso mese l’apologia del proprio amico; Montmollin aveva replicato a lungo e con violenza a questa apologia, con il titolo di “Rifutazione della calunnia intitolata ‘Lettera a M***’”. È di questo scritto di Montmollin che si parla nel corso di questa lettera. Incoraggiato da essa, e deciso, seguendo il consiglio di Rousseau, a non mantenere più l’anonimato, du Peyrou pubblicò nell’agosto successivo una seconda lettera a sostegno della prima; nelle prove giustificative che vi allegò inserì anche la lettera di Rousseau qui riprodotta. Infine, nel settembre seguente, pochi giorni dopo la lapidazione di Motiers, du Peyrou ne pubblicò una terza, con lo stesso titolo della seconda; in essa descriveva dettagliatamente quell’evento. Queste tre lettere di du Peyrou, insieme alla rifutazione di Montmollin, furono raccolte e ristampate a Londra con tutte le loro appendici (in-12, 1766).
(Nota di Monsieur Petitain.)
[890] Un’offerta il cui segreto fu così ben custodito che nessuno ne seppe nulla fino a quando non la pubblicai; inoltre, questa offerta fu accolta in modo così scortese da non meritare nemmeno una risposta: fui costretto persino a chiedere a Monsieur de Montmollin di restituirmi la mia dichiarazione, che lui aveva gentilmente “appropriato” per sé.
[891] Si potrebbe pensare che il signor de Montmollin abbia la testa girata, se si gli attribuisse un’arroganza tale da voler seriamente conferire ai membri di quella classe una qualche superiorità rispetto agli altri sudditi del re. Non sono nemmeno passati cento anni da quando questi presunti “superiori” firmavano i documenti soltanto dopo tutti gli altri corpi sociali.
[892] Strada situata sulla riva sinistra della Senna, nel quinto arrondissement di Parigi.
[893] David Hume, nato il 7 maggio 1711 a Edimburgo, morto il 25 agosto 1776. Filosofo, economista e storico britannico, uno dei pensatori più importanti dell’Illuminismo scozzese. È considerato uno dei più grandi filosofi e scrittori di lingua inglese. (Nota dell’editore)
[894] Aveva un passaporto rilasciato dal ministro, valido per tre mesi.
[895] Questa intenzione di mantenere un anonimato il più perfetto possibile, nonché l’urgenza con cui presto vedremo che cerca di lasciare questo “teatro pubblico” (si veda la lettera del 26 dicembre), sono sufficienti a confutare quanto riportato in merito nella “Corrispondenza di Grimm” (prima parte, volume V, pagina 124).
“Rousseau tornò a Parigi il 17 dicembre. Il giorno seguente si recò al Luxembourg indossando un abito armeno. Ogni giorno, all’ora stabilita, passeggiava lungo il boulevard, nella zona più vicina alla sua residenza. Questa ostentazione di mostrarsi in pubblico senza alcuna necessità, nonostante l’ordine di arresto emesso contro di lui, scandalizzò il ministro, che aveva ceduto alle pressioni dei suoi protettori concedendogli il permesso di attraversare il regno per recarsi in Inghilterra. La polizia gli ordinò di partire immediatamente, se non voleva essere arrestato. Di conseguenza lasciò Parigi il 4 gennaio, accompagnato da D. Hume.”
[896] Era la madre di Du Peyrou, vedova di un comandante del Suriname.
[897] Era lo stemma della famiglia Solar; ne spiegò il significato durante un pasto. Si veda “Confessioni”, libro III.
[898] Mi accompagneranno nelle mie “ricchezze”. Questo è il testo dell’edizione originale pubblicata da Pougens nel 1798 (piccolo formato in-12, pagina 33). Tuttavia, la parola “ricchezze” qui non ha alcun senso; probabilmente dovrebbero essere sostituite con “difficoltà” o “avversità”. (Nota di M. Petitain.)
[899] Vicino all’hotel del lord Égremont.
[900] Federico II il Grande (1712-1786)
[901] Charles-Geneviève-Louis-Auguste-André-Timothée d’Éon de Beaumont, conosciuto come “il cavaliere d’Éon” (nato il 5 ottobre 1728 all’hôtel d’Uzès e morto il 21 maggio 1810 a Londra), fu un autore, diplomatico ed espione francese.
Rimase famoso per il suo abbigliamento che lo faceva sembrare una donna. Tuttavia, alla sua morte, fu riconosciuto da un consiglio di medici come di sesso maschile e con un organismo fisico perfettamente sviluppato.
[902] Questo santo uomo si chiamava Cajot. Il suo libro è intitolato “I plagiati di M. J.-J. Rousseau di Ginevra sull’educazione”, scritto da D. C. J. B. (Dom Joseph Cajot, benedettino) nel 1765, in un volume in-12. Gli altri critici sostenevano che “Emile” contenesse soltanto idee audaci e nuove; lui, invece, affermava che non vi fosse nulla di nuovo in quel libro. Chiamava Jean-Jacques un plagiatore di scritti, un uomo che si approfittava degli opere altrui per ottenere fama, una figura insignificante la cui reputazione derivava soltanto da tali attività.
[903] Le lettere di cui si parla sono state stampate in francese e pubblicate a Londra presso gli stessi editori, in formato in-12, nel 1766. — Circostanze del tutto indipendenti dalla volontà di questi editori avevano ritardato la loro stampa.
[904] F.H Rousseau, qui était le fils du cousin germain de Jean-Jacques, se conduisit toujours envers lui comme un bon parent qui lui était sincèrement attaché. (Note de l’éditeur)
[905] Elle était de M. Walpole, mais corrigée par plusieurs hommes de lettres.
[906] Maréchal Henry Seymour Conway (né le 1721, mort le 9 Juillet 1795), général et homme d’État, frère du premier marquis de Hertford, et cousin de Horace Walpole. Il débuta sa carrière militaire dans la guerre de la Succession d’Autriche et fut promu au poste de commandant en chef des forces britanniques.
[907] Celui d’écrire ses Confessions.
[908] Voisine de Rousseau à Wootton. Elle en fit la connaissance avant d’épouser M. Port. (Note de l’éditeur)
[909] Riche propriétaire anglais qui loua le domaine à Rousseau où celui-ci passa treize mois. (Note de l’éditeur)
[910] M. Jean Steward.
[911] J’en dirai seulement une qui m’a fait rire ; c’était de faire en sorte, quand je venais le voir, que je trouvasse toujours sur sa table un tome de l’Héloïse ; comme si je ne connaissais pas assez le goût de M. Hume pour être assuré que, de tous les livres qui exigent l’Héloïse doit être pour lui le plus ennuyeux.
[912] IL faut dire ce que c’est que cette manoeuvre. J’écrivais sur la table de M. Hume, en son absence, une réponse à une lettre que je venais de recevoir. Il arrive, très curieux de savoir ce que j’écrivais, et ne pouvant presque s’abstenir d’y lire. Je ferme ma lettre sans la lui montrer ; et, comme je la mettais dans ma poche, il la demande avidement, disant qu’il l’enverra le lendemain, jour de poste. La lettre reste sur sa table. Lord Newnham arrive, M. Hume sort un moment ; je reprends ma lettre, disant que j’aurai le temps de l’envoyer le lendemain. Lord Newnham m’offre de l’envoyer par le paquet de M. l’ambassadeur de France ; j’accepte. M. Hume rentre tandis que lord Newnham fait son enveloppe ; il tire son cachet: M. Hume offre le sien avec tant d’empressement, qu’il faut s’en servir par préférence. On sonne ; lord Newnham donne la lettre au laquais de M. Hume pour la remettre au sien, qui attend en bas avec son carrosse, afin qu’il la porte chez M. l’ambassadeur. À peine le laquais de M. Hume était hors de la porte, que je me dis, Je parie que le maître va le suivre: il n’y manqua pas. Ne sachant comment laisser seul milord Newnham, j’hésitai quelque temps avant que de suivre à mon tour M. Hume ; je n’aperçus rien ; mais il vît très bien que j’étais inquiet. Ainsi, quoique je n’aie reçu aucune réponse à:na lettre, je ne doute pas qu’elle ne soit parvenue ; mais je doute un peu, je l’avoue, qu’elle n’ait été lue auparavant
[913] Il paraît, par ce qu’il m’écrit en dernier lieu, qu’il est très content de cette lettre, et qu’il la trouve fort bien. (La lettre de Rousseau e<t celle du 22 mars, n° 669.)
[914] Les libraires viennent de me marquer que cette édition est faite et prête à paraître. Cela peut être, mais c’est trop tard, et, qui pis est, trop à propos.
[915] Voyez les détails de cette querelle dans le Récit des particularités de la vie de J. J. Rousseau, omises dans les Confessions.
[916] Libraire à Paris. Il avait imprimé Émile. Il rapporta à Rousseau tous les propos qu’on tient sur son compte, à Paris, après sa rupture avec David Hume ; et, pour réparer sa faute, fit passer à Jean-Jacques la défense de madame de La Tour Franqueville. (Note de l’éditeur)
[917] Voyez ci-devant la lettre du 13 mai 1764.
La marquise de Verdelin, fille du comte d’Ars, et mariée aux quinze mille livres de rente de M. le marquis de Verdelin, vieux, laid, sourd, dur, borgne et brutal. Elle demeurait à Margency chez M. Quiret de Margency, qui lui avait loué son château, et qui, probablement, fut son amant ensuite: car il est question d’un amant après la mort du marquis de Verdelin, que la veuve refusa cependant d’épouser. Elle n’eut que des filles de son mariage. Elle alla demeurer à Soisy, d’où elle rechercha Jean-Jacques. On dit qu’elle lui resta constamment attachée. Rousseau prétend que les traits malins et les épigrammes partaient chez elle avec simplicité.(Note de l’éditeur)
[918] Ces conseils prouvent que Jean-Jacques avait de l’amitié pour l’amant de madame de Verdelin et dont elle voulait faire son mari. Il ne le devint pas. C’était M. de Mayency.
[919] Libraire d’Amsterdam, avec lequel Jean-Jacques eut longtemps des rapports. Il le capta d’abord en lui envoyant le contrat d’une rente viagère de 300 fr pour Thérèse le Vasseur. Mais ayant fait une édition des œuvres de Jean-Jacques sans le prévenir et en y insérant des lettres que l’auteur ne voulait pas publier, Rousseau s’en plaignit amèrement à M. Moultou, le 28 mars 1770. Ils ne se brouillèrent cependant pas, mais les rapports cessèrent ou devinrent rares.
[920] Ces estampes, déplacées des portefeuilles qui les contenaient, se sont retrouvées dans un autre ballot.
[921] Margaret Cavendish Bentinck, duchesse de Portland (Welbeck Abbey, née le 11 Février 1715, et morte le 17 Juillet 1785 à Bulstrode Park, dans le Buckinghamshire. Elle devint duchesse de Portland à la mort de son mari en 1761. Il y eut entre cette dame et Jean-Jacques, une correspondance relative à la botanique. M. de Granville, voisin de Rousseau, lui fit faire cette connaissance. Ils s’écrivirent depuis le 3 septembre 1766, jusqu’au 11 juillet 1776.
[922] Lalliaud, de Nîmes. En 1762, il fait à Rousseau des avances qui réussissent. Jean-Jacques crut qu’il était plein de ses ouvrages et qu’ils avaient tous les deux les mêmes principes. Mais si M. Lalliaud eut jamais une bibliothèque, il eut toujours soin de le laisser ignorer à Jean-Jacques. Celui-ci ne fera cette découverte qu’après une correspondance assez active dans laquelle on voit que M. Lalliaud cherchait à rendre de petits services à Rousseau.
[923] Madame la comtesse Cowper, veuve du feu comte Cowper, et fille du comte de Granville.
[924] La lettre de Milord Maréchal à laquelle celle-ci sert de réponse se terminait ainsi: » Je suis vieux, infirme ; j’ai trop peu de mémoire. Je ne sais plus ce que j’ai écrit à M. du Peyrou, mais je sais très positivement que je désirais vous servir en assoupissant une querelle sur des soupçons qui me paraissaient mal fondés, et non pas vous ôter un ami. Peut-être ai-je fait quelques sottises: pour les éviter à l’avenir, ne trouvez pas mauvais que j’abrège la correspondance, comme j’ai déjà fait avec tout le monde, même avec mes plus proches parents et amis, pour finir mes jours dans la tranquillité. Bonsoir.
«Je dis abréger ; car je désirerai toujours savoir de temps en temps des nouvelles de votre santé, et qu’elle soit bonne. »
D’amples éclaircissements à ce sujet, et la preuve de l’amitié que Milord Maréchal conserva pour Rousseau jusqu’à ses derniers moments, se trouvent dans la Réponse d’un anonyme (madame La Tour de Franqueville) à un anonyme, et dans l’Histoire de la vie et des ouvrages de J. J. Rousseau, tom. I, et tom.II, article Keit.
[925] La Maison d’Harcourt est une famille de la noblesse française. Elle fut une puissante famille du duché de Normandie au Moyen Âge, et au service de la couronne durant tout l’Ancien Régime. Elle serait issue du viking Bernard le Danois, cité en 966. Le lord Vicomte de Nuncham appartient à la branche anglaise. (Note de l’éditeur)
[926] Voyez dans la Correspondance de Voltaire sa lettre à Hume, datée de Ferney, 24 octobre 1766. Ces Réponses de Rousseau ont pour objet de détruire une partie des assertions calomnieuses qu’elle contient. Rousseau sans doute dédaigne de répondre aux autres, relatives aux relations qui avaient eu lieu entre Voltaire et lui. Mais M. Ginguené (note II de son ouvrage sur les Confessions) s’est chargé de cette noble tâche, et n’a rien laissé à désirer sur ce point.
[927] Voyez les Confessions, livre X, tome II.
[928] On trouvera cette lettre dans le livre X des Confessions.
[929] Victor Riqueti, marquis de Mirabeau, né à Pertuis le 5 octobre 1715, et mort à Argenteuil le 13 juillet 1789, économiste et philosophe français. Il a été le premier de sa famille à délaisser la carrière militaire pour se diriger vers celle des lettres.(Note de l’éditeur)
[930] C’est la même pensée que dans l’Émile, livre V ; mais elle reçoit ici à la fois une modification et une exception.
[931] Louis Dutens, né à Tours le 15 janvier 1730 et mort à Londres le 23 mai 1812. Écrivain, philologue et numismate français, historiographe du roi de Grande-Bretagne. Grand voyageur, réfugié en Angleterre, il y connut Rousseau dont il acheta la bibliothèque. Il a beaucoup écrit.
[904] F.H. Rousseau, who was the son of Jean-Jacques’s first cousin, always treated him with the kindness of a genuine relative who felt deep affection for him. (Editor’s note)
[905] It was written by Mr. Walpole, but revised by several men of letters.
[906] Marshal Henry Seymour Conway (born in 1721, died on July 9, 1795) was a general and statesman. He was the brother of the first Marquess of Hertford and a cousin of Horace Walpole. He began his military career during the War of the Austrian Succession and was later promoted to the position of Commander-in-Chief of the British forces.
[907] That of writing his Confessions.
[908] A neighbor of Rousseau in Wootton; she got to know him before marrying Mr. Port. (Editor’s note)
[909] A wealthy English landowner who rented the estate to Rousseau, where he spent thirteen months. (Editor’s note)
[910] Mr. Jean Steward.
[911] I’ll only mention one that made me laugh: it was about making sure that whenever I went to see him, I would always find a volume of Héloïse on his table—as if I didn’t know well enough Mr. Hume’s tastes to be certain that, of all the books there might be, Héloïse would surely be the most boring one for him.
[912] It is necessary to explain what this maneuver actually entails. While Mr. Hume was away, I wrote on his desk a reply to a letter I had just received. He happened to come by, very curious about what I was writing, and could hardly resist reading it. I closed the letter without showing it to him; when I put it in my pocket, he eagerly asked for it, saying he would send it the next day, which was mail-day. The letter remained on his desk. Then Lord Newnham arrived; Mr. Hume went out for a moment, and I took back my letter, saying I would have time to send it the next day. Lord Newnham offered to send it with the package of the French ambassador; I accepted. When Mr. Hume returned, Lord Newnham prepared to send it off; he took out his seal, but Mr. Hume eagerly offered his own, insisting that it should be used first. Someone knocked at the door; Lord Newnham gave the letter to Mr. Hume’s servant to take to the ambassador’s servant, who was waiting downstairs with his carriage to deliver it. As soon as Mr. Hume’s servant left, I thought to myself, “I bet the master will follow him—” and sure enough, he did. Not knowing how to leave Lord Newnham alone, I hesitated for a while before following Mr. Hume. I didn’t notice anything unusual, but he clearly saw that I was uneasy. Thus, although I received no reply to my letter, I have no doubt it reached its destination; however, I must admit that I wonder whether it was read beforehand.
[913] From what he wrote to me recently, it seems that he is very pleased with this letter and finds it quite good. (Rousseau’s letter is dated March 22nd, No. 669.)
[914] The librarians just informed me that this edition is ready for publication. It might be possible, but it’s too late—and, worse than that, it’s far too timely.
[915] For details of this dispute, see “The Account of the Specificities of J. J. Rousseau’s Life, Omitted in the Confessions.”
[916] A bookseller in Paris. He had published Émile. He reported to Rousseau all the remarks made about him in Paris after his break with David Hume; and, in order to atone for his mistake, he had Jean-Jacques publish the defense of Madame de La Tour Franqueville. (Editor’s note)
[917] Please refer to the letter dated May 13, 1764, mentioned above.
The Marquise of Verdelin, daughter of the Count of Ars and married to a man who possessed only an annual income of fifteen thousand livres—an old, ugly, deaf, harsh, one-eyed, and brutal individual. She resided in Margency at the home of Mr. Quiret de Margency, who had rented her castle to her; it is likely that he later became her lover, as there are indications of an affair after the death of the Marquise of Verdelin, although the widow refused to marry him. She bore only daughters from this marriage. Later, she moved to Soisy, where she sought out Jean-Jacques. It is said that she remained steadfastly attached to him. Rousseau claimed that her witty remarks and humorous epigrams were always expressed with great simplicity. (Editor’s note)
[918] These suggestions prove that Jean-Jacques had friendship for the lover of Madame de Verdelin, whom she wished to make her husband. He never did become her husband; it was Mr. de Mayency.
[919] A bookseller from Amsterdam with whom Jean-Jacques maintained correspondence for a long time. He initially won Jean-Jacques’ trust by sending him the contract for a lifetime annuity of 300 francs for Thérèse le Vasseur. However, after publishing Jean-Jacques’ works without his knowledge and including letters that the author did not wish to be made public, Rousseau bitterly complained to Mr. Moultou on March 28, 1770. Nevertheless, they did not become enemies, but their relationship ceased or became very sporadic thereafter.
[920] These prints, having been removed from the portfolios in which they were contained, ended up in another bundle.
[921] Margaret Cavendish Bentinck, Duchess of Portland (born at Welbeck Abbey on February 11, 1715, and died on July 17, 1785, at Bulstrode Park in Buckinghamshire). She became the Duchess of Portland upon her husband’s death in 1761. There was correspondence between this lady and Jean-Jacques regarding botany; Mr. de Granville, a neighbor of Rousseau’s, introduced them. They exchanged letters from September 3, 1766, until July 11, 1776.
[922] Lalliaud, from Nîmes. In 1762, he made advances to Rousseau that were successful. Jean-Jacques believed that Lalliaod was well-versed in his works and that they shared the same principles. However, if M. Lalliaod ever had a library, he always made sure not to let Jean-Jacques know about it. It was only after a rather active correspondence that Jean-Jacques came to realize this fact, during which it became clear that M. Lalliaod had been trying to do small favors for Rousseau.
[923] Countess Cowper, widow of the late Count Cowper, and daughter of the Earl of Granville.
[924] The letter from Lord Marshal to which this one serves as a reply ended thus: “I am old and infirm; my memory is failing me greatly. I no longer remember what I wrote to Mr. du Peyrou, but I am absolutely certain that my intention was to help you by putting an end to a dispute based on suspicions that seemed unfounded to me—rather than to take away a friend from you. Perhaps I have made some foolish mistakes; in order to avoid such things in the future, please do not mind if I shorten our correspondence, as I have already done with everyone, even with my closest relatives and friends, so that I may spend the rest of my days in peace.” Good evening.
“I say ‘to abbreviate’ because I would always like to hear about your health from time to time, and I hope it is good.”
Extensive clarifications on this matter, as well as evidence of the friendship that Lord Marshal maintained for Rousseau until his last moments, can be found in “The Response of an Anonymous (Madame La Tour de Franqueville) to Another Anonymous,” and in “The History of the Life and Works of J. J. Rousseau, Vol. I and Vol. II, Article Keit.”
[925] The House of Harcourt is a family of French nobility. It was a powerful family in the Duchy of Normandy during the Middle Ages and served the crown throughout the Ancien Régime. It is said to descend from the Viking Bernard the Dane, who was mentioned in 966. The Lord Viscount of Nuncham belongs to the English branch of the family. (Editor’s note)
[926] See in Voltaire’s Correspondence his letter to Hume, dated Ferney, October 24, 1766. These “Réponses” by Rousseau aim to refute some of the slanderous claims contained in that letter. Rousseau undoubtedly deemed it beneath him to respond to the other allegations regarding the relationships that had existed between him and Voltaire. However, Mr. Ginguené (in his note II to his work on The Confessions) took on this noble task and performed it admirably.
[927] See The Confessions, Book X, Volume II.
[928] This letter can be found in Book X of The Confessions.
[929] Victor Riqueti, Marquis of Mirabeau, born in Pertuis on October 5, 1715, and died in Argenteuil on July 13, 1789, was a French economist and philosopher. He was the first member of his family to abandon a military career in favor of a literary one. (Editor’s note)
[930] It is the same idea as in “Emile,” Book V; but here it undergoes both a modification and an exception.
[931] Louis Dutens, born in Tours on January 15, 1730, and died in London on May 23, 1812. A French writer, philologist, and numismatist, he served as the historiographer to the King of Great Britain. A seasoned traveler who took refuge in England, he met Rousseau there and purchased his entire library. He wrote extensively.
[904] F.H. Rousseau, che era figlio del cugino di primo grado di Jean-Jacques, si comportò sempre nei suoi confronti come un buon parente, sinceramente legato a lui. (Nota dell’editore)
[905] Era di proprietà del signor Walpole, ma è stata corretta da diversi letterati.
[906] Maresciallo Henry Seymour Conway (nato nel 1721, morto il 9 luglio 1795), generale e statista, fratello del primo marchese di Hertford e cugino di Horace Walpole. Iniziò la sua carriera militare nella guerra di successione austriaca e fu promosso al ruolo di comandante in capo delle forze britanniche.
[907] Colui che scrisse le sue “Confessioni”.
[908] Vicina di Rousseau a Wootton; lo conobbe prima di sposare il signor Port. (Nota dell’editore)
[909] Ricco proprietario inglese che affittò la tenuta a Rousseau, dove quest’ultimo trascorse tredici mesi. (Nota dell’editore)
[910] Signor Jean Steward.
[911] Dirò solo di una cosa che mi ha fatto ridere: consisteva nel far sì che, ogni volta che andavo a trovarlo, trovassi sempre sul suo tavolo un volume dell’“Eroina”; come se non conoscessi abbastanza i gusti del signor Hume per essere certo che, tra tutti i libri che richiedono la lettura dell’“Eroina”, quello dovesse essere per lui il più noioso.
[912] Bisogna dire esattamente di cosa si tratta. Mentre il signor Hume non c’era, stavo scrivendo sulla sua scrivania una risposta a una lettera che avevo appena ricevuto. Lui arrivò, molto curioso di sapere cosa stessi scrivendo, e quasi incapace di trattenersi dal leggerla. Chiudo la mia lettera senza mostrarla a lui; mentre la metto in tasca, lui me la chiede con avidità, dicendo che l’avrebbe inviata il giorno dopo, giorno di consegna della posta. La lettera rimane sulla sua scrivania. Arriva Lord Newnham; il signor Hume esce per un momento; io riprendo la mia lettera, dicendo che avrò tempo a inviarla il giorno dopo. Lord Newnham mi offre di farla spedire con il pacco dell’ambasciatore di Francia; accetto. Il signor Hume rientra mentre lord Newnham prepara l’involucro; lui tira fuori il proprio sigillo; il signor Hume gli offre il suo con tale fretta che si decide di usare il suo per prima scelta. Suona il campanello; lord Newnham dà la lettera al lacchè del signor Hume perché la consegni a quello del proprio padrone, che aspetta giù con la carrozza per portarla all’ambasciatore. Appena il lacchè del signor Hume esce dalla porta, penso: “Scommetto che il padrone lo seguirà. E infatti così fa”. Non sapendo come lasciare da solo lord Newnham, esito un po’ prima di seguire a mia volta il signor Hume; non noto nulla di insolito, ma lui capisce benissimo che sono preoccupato. Quindi, anche se non ho ricevuto alcuna risposta alla mia lettera, non dubito che sia arrivata. Ma devo ammettere che forse è stata letta prima ancora che io la inviassi.
[913] Da quanto mi scrive di recente, sembra che sia molto soddisfatto di questa lettera e che la ritenga davvero ottima. (La lettera di Rousseau è quella del 22 marzo, numero 669.)
[914] I librai mi hanno appena comunicato che questa edizione è stata realizzata e pronta per la pubblicazione. È possibile, ma ormai è troppo tardi. E, cosa peggiore, proprio nel momento più opportuno.
[915] Per maggiori dettagli su questa disputa, si veda il “Racconto delle particolarizze della vita di J.-J. Rousseau”, omettute nelle “Confessioni”.
[916] Libraio di Parigi. Aveva pubblicato l’opera di Émile. Riferì a Rousseau tutte le opinioni che si avevano su di lui a Parigi, dopo la sua rottura con David Hume; e, per rimediare al proprio errore, fece pervenire a Jean-Jacques la difesa di madame de La Tour Franqueville. (Nota dell’editore)
[917] Si veda la lettera del 13 maggio 1764 precedentemente citata.
La marchesa di Verdelin, figlia del conte d’Ars e sposata con un signore dal reddito annuo di quindicimila lire, il vecchio, brutto, sordo, duro, cieco e brutale marchese di Verdelin. Risiedeva a Margency presso il signor Quiret de Margency, che le aveva affittato il suo castello e che probabilmente divenne in seguito il suo amante; infatti, dopo la morte del marchese di Verdelin si parla di un amante, ma la vedova rifiutò di sposarlo. Dalla sua unione nacquero solo figlie. In seguito si trasferì a Soisy, dove cercò di rintracciare Jean-Jacques; si dice che rimase sempre legata a lui. Rousseau afferma che lei era solita esprimersi con arguzia e epigrammi in modo molto naturale. (Nota dell’editore)
[918] Questi consigli dimostrano che Jean-Jacques provava affetto per l’amante di Madame de Verdelin, di cui lei desiderava far suo marito. Tuttavia, questo non accadde mai; l’uomo in questione era Monsieur de Mayency.
[919] Libraio di Amsterdam con il quale Jean-Jacques ebbe per lungo tempo rapporti. Inizialmente Rousseau ottenne i suoi servizi inviandogli il contratto relativo a un’rendita viaggiaria di 300 franchi per Thérèse le Vasseur. Tuttavia, quando Moultou pubblicò le opere di Jean-Jacques senza avvisarlo e inserendovi alcune lettere che l’autore non voleva rendere pubbliche, Rousseau si lamentò amaramente con lui il 28 marzo 1770. Nonostante ciò, i loro rapporti non si interruppero del tutto, ma divennero rari o quasi inesistenti.
[920] Queste stampe, rimosse dai portafogli in cui erano contenute, si sono ritrovate in un altro pacco.
[921] Margaret Cavendish Bentinck, duchessa di Portland (nata l’11 febbraio 1715 nell’abbazia di Welbeck e morta il 17 luglio 1785 a Bulstrode Park, nel Buckinghamshire). Divenne duchessa di Portland alla morte di suo marito nel 1761. Tra questa signora e Jean-Jacques ebbe luogo una corrispondenza riguardante la botanica; fu Monsieur de Granville, vicino di Rousseau, a farle conoscere Jean-Jacques. Si scrissero dal 3 settembre 1766 al 11 luglio 1776.
[922] Lalliaud, di Nîmes. Nel 1762 fece delle offerte a Rousseau che ebbero successo. Jean-Jacques credette che Lalliaud fosse pieno dei suoi scritti e che entrambi condividessero gli stessi principi. Tuttavia, anche se M. Lalliaud avesse mai posseduto una biblioteca, si assicurava sempre di far sì che Jean-Jacques non ne venisse a conoscenza. Quest’ultimo scoprì la verità solo dopo uno scambio epistolare piuttosto intenso, dal quale emergeva chiaramente che M. Lalliaud cercava costantemente di rendere piccoli servizi a Rousseau.
[923] La contessa Cowper, vedova del defunto conte Cowper e figlia del conte di Granville.
[924] La lettera di Milord Maréchal, a cui questa risposta fa da contraccambio, terminava così: “Sono vecchio, malato; ho troppo poca memoria. Non ricordo più cosa abbia scritto a Monsieur du Peyrou, ma so con certezza che desideravo servirvi mettendo fine a una disputa basata su sospetti che mi sembravano infondati, e non certo privarvi di un amico. Forse ho commesso qualche errore: per evitarne in futuro, non ritenete male se interrompo questa corrispondenza, come ho già fatto con tutti, anche con i miei parenti e amici più stretti, al fine di trascorrere gli ultimi giorni in tranquillità. Buonasera.”
“Dico ‘abbreviare’ perché vorrò sempre, di tanto in tanto, avere notizie della vostra salute, e che sia buona.”
Ampie spiegazioni in merito, nonché prove dell’amicizia che il Milord Maresciallo conservò per Rousseau fino agli ultimi momenti della sua vita, si trovano nella “Risposta di un anonimo” (madame La Tour de Franqueville) a un altro anonimo, e nell’“Storia della vita e degli opere di J.-J. Rousseau”, volumi I e II, articolo Keit.
[925] La Casa d’Harcourt è una famiglia della nobiltà francese. Fu una potente famiglia nel Ducato di Normandia durante il Medioevo e rimase al servizio della corona per tutto l’Antico Regime. Si ritiene che discenda dal vichingo Bernardo il Danese, menzionato nel 966. Il Lord Vicomte di Nuncham appartiene alla branca inglese. (Nota dell’editore)
[926] Si veda nella “Corrispondenza” di Voltaire la sua lettera a Hume, datata 24 ottobre 1766 e scritta da Ferney. Queste “Risposte” di Rousseau hanno lo scopo di confutare alcune delle accuse calunniose contenute nella lettera di Voltaire. Probabilmente Rousseau disdegnò di rispondere alle altre accuse riguardanti le relazioni che avevano avuto luogo tra lui e Voltaire. Tuttavia, il signor Ginguené (nota II del suo libro sulle “Confessioni” di Rousseau) si è incaricato di questa nobile impresa, riuscendo a soddisfare appieno le aspettative in questo senso.
[927] Si veda “Le Confessioni”, libro X, volume II.
[928] Questa lettera si trova nel decimo libro delle Confessioni.
[929] Victor Riqueti, marchese di Mirabeau, nato a Pertuis il 5 ottobre 1715 e morto ad Argenteuil il 13 luglio 1789, economista e filosofo francese. Fu il primo della sua famiglia a abbandonare la carriera militare per dedicarsi alla letteratura. (Nota dell’editore)
[930] È lo stesso concetto presente in “Emile”, libro V; tuttavia, in questo contesto subisce sia una modifica che un’eccezione.
[931] Louis Dutens, nato a Tours il 15 gennaio 1730 e morto a Londra il 23 maggio 1812. Scrittore, filologo e numismatico francese, storiografo del re di Gran Bretagna. Grande viaggiatore, rifugiato in Inghilterra, vi conobbe Rousseau da cui acquistò la biblioteca. Scrisse molto.
[932] C’est l’ouvrage intitulé: Recherches sur l’origine des découverte attribuées aux modernes, publié en 1766, et dont la quatrième édition est de 1812, 2 vol. in-8°. Dutens, auteur et éditeur de beaucoup d’ouvrages, était un Français établi à Londres, où il est mort en 1812, étant membre de la Société royale, et ayant le titre d’historiographe du roi de la Grande-Bretagne.
[933] Voici ces vers qui, en effet, rapprochés de ceux qui les précèdent et de ceux qui les suivent, n’offrent autre chose qu’un trait d’imagination, ne prouvant rien par lui-même.
«Vivunt in Venerem frondes, omnisque vicissim
Félix arbor amat, nutant ad mutua palmae
Foedera, populeo suspirat populus ictu,
Et platani platanis, alnoque asibilat annus. »
CLAUDIAN, de Nuptiis Honorii et Mariae.
[934] Précis pour M. Jean-Jacques Rousseau, en réponse à l’Exposé succinct de M. Hume, réimprimé sous le titre d’Observations sur l’Exposé succinct, et inséré dans l’édition de Genève (tome IV du premier Supplément), et dans l’édition de Poinçot, tome XXVII.
[935] Augustus Henry FitzRoy CJ, CP (28 septembre 1735 – 14 mars 1811), 3ème duc de Grafton, appelé comte d’Euston entre 1747 et 1757. Homme d’État britannique du parti whig de l’ère georgienne. Il fut l’un des quelques ducs qui remplirent la fonction de Premier ministre (1768-1770). (Note de l’éditeur)
[936] C’est le Précis ou Observations sur l’Exposé succinct dont il a été parlé précédemment ; ces Observations étaient suivies d’une lettre de madame*** (La Tour de Franqueville) à l’auteur de la Justification de M. Rousseau.
[937] Lord Vicomte de Nuncham. Voyez lettre du 24 décembre 1766. (Note de l’éditeur)
[938] C’est la lettre DCCXXXVII, du 31 janvier qui précède.
[939] Lord Vicomte de Nuncham.
[940] On trouve dans le tome des Mélanges, une pièce devers adressé à une demoiselle Théodore, qu’on peut supposer la même que celle dont il s’agit ici.
Si cette lettre est bien de 1767, cette mademoiselle Théodore ne peut pas être confondue avec Marie Madeleine Louise Catherine Crespé (ou Crépé), dite Mademoiselle Théodore, danseuse française née à Paris le 5 novembre 1759 et décédée à Audenge, Gironde, le 9 septembre 1799. Cette dernière débuta à l’Académie royale de musique en 1775 comme surnuméraire, puis en 1777 comme danseuse remplaçante. Elle a dansé à Londres durant une certaine période. (Note de l’éditeur)
[941] Voisin de campagne de J.J Rousseau pendant son séjour à Wootton. Ils se voyaient souvent, s’envoyaient de petits cadeaux et correspondaient.
[942] Huber était un Genevois qui s’était attaché à Voltaire, et qui, pendant vingt ans, vécut avec lui dans une intime familiarité. Habile dans les arts du dessin, il s’était acquis une réputation par un talent vraiment extraordinaire, celui de découper le papier de manière à représenter les objets les plus délicats et les plus compliqués. Il excellait surtout à figurer ainsi le profil de Voltaire, et y avait acquis une telle facilité qu’il découpait ce profil sans y voir, ou les mains derrière le dos. Il le faisait exécuter par son chat, en lui présentant à mordre une tranche de fromage, et il avait une manière plus originale encore de le représenter lui-même sur la neige. — La plupart des découpures de Huber, exécutées sur vélin, sont en Angleterre dans les cabinets des curieux. On les a litographiées à Paris.
[943] Celle de dix livres sterling.
[944] Henry Seymour Conway (1721-9 Juillet 1795). Général et homme d’État britannique, frère du 1er marquis de Hertford, et cousin de Horace Walpole, il a débuté sa carrière militaire dans la guerre de la Succession d’Autriche et fut finalement promu au poste de commandant en chef des forces armées anglaises. Secrétaire d’État en 1765, il sera remplacé par Lord Weymouth en 1768. Il rendit des services à Rousseau, et ne partagea ni les préventions, ni la haine de David Hume. Celui-ci, dans une lettre à madame de Boufflers, se plaint de ce que le général Conway ne condamne pas Rousseau. À Paris, en 1774. Madame du Deffand rapportera ses propos dans une lettre adressée à son cher Horace Walpole: «C’est l’homme – aurait-il dit à propos de Rousseau – le plus aimable, le plus doux, le plus simple, le plus obligeant que je connaisse. »
[945] J’offre à visiter. Conforme au texte de l’édition originale.
[946] IL y a certainement une erreur dans l’indication du mois, ce doit être avril au lieu de mai. Le 13 mai il était en route pour revenir en France. Conséquemment cette lettre devrait être placée après celle adressée à milord comte de Harcourt.
[947] Maison de campagne du marquis de Mirabeau, dans le territoire de Meudon, à deux lieues de Paris.
[948] L’Ordre naturel et essentiel des Sociétés politiques (1767, in-4°, ou 2 vol. in-12), par Mercier de La Rivière, ancien intendant de la Martinique.
[949] C’est-à-dire » importunez ». (Note de l’éditeur)
[950] Anne-Marie-Henriette Feydeau de Brou, marquise de Mesmes, accompagnatrice des filles de Louis XV et femme des Lumières connue pour avoir été notamment la correspondante de Jean-Jacques Rousseau (elle assiste à la première lecture des Confessions en 1770) et du roi Gustave III de Suède.
[951] Faire pouf: expression qui signifie ici: c’est l’occasion de les surprendre, de les doubler. (Note de l’éditeur)
[952] D’après Les Confessions (Livre V), c’est un certain M. Bagueret qui apprit à Jean-Jacques à jouer aux échecs à Chambéry, et celui-ci afficha d’assez belles prédispositions: » Il s’avisa, écrit-il, de me proposer d’apprendre les échecs, qu’il jouait un peu. J’essayai presque malgré moi ; et, après avoir tant bien que mal appris la marche, mon progrès fut si rapide, qu’avant la fin de la première séance, je lui donnai la tour qu’il m’avait donnée en commençant. »
Dans Rousseau juge Jean-Jacques, il précise: «J.J. est sur la musique et sur les choses qu’il sait le mieux comme il était jadis aux échecs. Jouait-il avec un plus fort que lui qu’il croyait plus faible, il le battait le plus souvent ; avec un plus faible qu’il croyait plus fort il était battu ; la suffisance des autres l’intimide et le démonte infailliblement. »
Ses débuts semblent toutefois avoir été laborieux jusqu’à ce qu’il fréquente, à Paris, les plus grands joueurs, parmi lesquels l’imbattable Philidor. Rousseau, qui prenait le jeu toujours très au sérieux et supportait difficilement de perdre, devint un bien meilleur joueur d’échecs que ce qu’il confessait. (Note de l’éditeur)
[953] Réconforté, soulagé, conforté.
[954] Personne originaire du même village ou de la même région. (Note de l’éditeur)
[955] Jean-Baptiste Rousseau. Poète et dramaturge français né à Paris le 6 avril 1670 (ou 16711) et mort à Bruxelles le 17 mars 1741. (Note de l’éditeur)
[956] Petite ville de Nyon au bord du lac Léman à mi-chemin entre Genève et Lausanne. (Note de l’éditeur)
[957] Fragment d’une substance qui reste après être passée au crible. (Note de l’éditeur)
[958] Fragment d’une substance qui reste après être passée au crible. (Note de l’éditeur)
[959] Joseph-Jérôme Le Français de Lalande, né en 1732 à Bourg-en-Bresse, mort en 1807. Célèbre astronome qui encouragea la science de tous ses efforts, de sa bourse et les sacrifices les plus propres à leurs progrès. Jamais un jeune homme ne s’adressait à lui sans en recevoir des conseils ou des secours. Athée qui n’a pas craint de risquer sa vie par générosité, il disait de lui-même qu’il était une toile cirée pour les injures et une éponge pour les louanges… louanges qu’il n’aimait pas moins à les donner qu’à les recevoir. Son courage ne cédait à aucune considération personnelle. Il loua le Dictionnaire de musique de Rousseau, mais dans les articles qu’il prit pour exemple, disait Rousseau, il fit un choix qui aurait pu être meilleur.
[960] Étienne-François, comte de Choiseul puis duc de Choiseul-Stainville, né le 28 juin 1719 à Nancy en Lorraine et mort le 8 mai 1785 au château de Chanteloup. Homme d’État français, il fut le premier ministre de Louis XV entre 1758 et 1770 sans en porter le titre officiel. (Note de l’éditeur)
[961] IL a dû lui en écrire une autre pour obtenir un passeport on 1769, mais elle n’a pas été conservée. L’autographe de celle-ci est entre les mains de M. Beuchot. L’écriture en est soignée. M. Beuchot la tenait de monsieur le cardinal de Beausset. Nous ignorons comment elle était passée dans les mains de ce prélat: elle est parfaitement conservée ; ce qui prouve que le ministre et le cardinal y mettaient quelque prix.
[962] C’est lorsque ce maréchal lui demanda s’il avait parlé mal du duc de Choiseul.
[932] It refers to the work titled Researches on the Origin of Discoveries Attributed to the Moderns, published in 1766, with its fourth edition appearing in 1812 in two volumes in 8° format. Dutens, who was both the author and publisher of numerous works, was a Frenchman residing in London, where he died in 1812. He was a member of the Royal Society and held the title of Historiographer to the King of Great Britain.
[933] Here are these verses which, when considered in conjunction with those that precede them and those that follow them, offer nothing more than a stroke of imagination and prove nothing on their own.
“They live under the shade of Venus, and so on throughout all things.”
Félix loves to bear trees; he bends them toward each other, so that their branches may touch.
“Foedera; populeus sigh for their people through tears.”
“And platans, platans; also the sound of an oak tree in the wind.”
CLAUDIAN, on the Marriage of Honorius and Maria.
[934] A precise response to Mr. Jean-Jacques Rousseau, in reply to Mr. Hume’s “Exposé succinct”; reprinted under the title “Observations on the Exposé succinct”, and included in the Geneva edition (Volume IV of the first Supplement), as well as in the Poinçot edition, Volume XXVII.
[935] Augustus Henry FitzRoy CJ, CP (September 28, 1735 – March 14, 1811), 3rd Duke of Grafton, titled Count of Euston between 1747 and 1757. A British statesman of the Whig party during the Georgian era, he was one of the few dukes to serve as Prime Minister (1768-1770). (Editor’s note)
[936] This is the “Summary” or “Observations on the Brief Exposition mentioned earlier”; these Observations were followed by a letter from Madame*** (La Tour de Franqueville) to the author of “The Defense of Mr. Rousseau”.
[937] Lord Vicomte de Nuncham. See letter dated December 24, 1766. (Editor’s note)
[938] It is the letter DCCXXXVII, dated January 31st, which comes before it.
[939] Lord Vicomte of Nuncham.
[940] In the volume of Miscellaneous Works, there is a piece addressed to a young lady named Théodore; it can be assumed that this is the same person mentioned here.
If this letter indeed dates from 1767, then this Mademoiselle Théodore cannot be confused with Marie Madeleine Louise Catherine Crespé (or Crépé), also known as Mademoiselle Théodore, a French dancer born in Paris on November 5, 1759, and died in Audenge, Gironde, on September 9, 1799. The latter began her career at the Académie royale de musique in 1775 as a substitute dancer, and later in 1777 as a regular dancer. She also performed in London for a certain period of time. (Editor’s note)
[941] A country neighbor of J.J. Rousseau during his stay in Wootton. They often met, exchanged small gifts, and corresponded with each other.
[942] Huber was a Genevan who had become closely attached to Voltaire and lived with him for twenty years in an intimate and familiar relationship. Skilled in the arts of drawing, he gained a reputation for his truly extraordinary talent—in cutting paper in such a way as to represent the most delicate and complex objects. He excelled especially at depicting Voltaire’s profile in this manner, having acquired such proficiency that he could cut it out without even looking at it, or even including hands behind the back. He would have his cat do this for him, presenting it with a slice of cheese to bite on; moreover, he had an even more original way of representing himself himself on snow. Most of Huber’s cutouts, made on vellum, are now in the collections of curious individuals in England. They were lithographed in Paris.
[943] The one worth ten pounds sterling.
[944] Henry Seymour Conway (1721–July 17, 1795). British general and statesman, brother of the 1st Marquess of Hertford, and cousin of Horace Walpole, he began his military career during the War of the Austrian Succession and was eventually promoted to the position of Commander-in-Chief of the English armed forces. In 1765, he served as Secretary of State, a role later taken over by Lord Weymouth in 1768. He rendered assistance to Rousseau and shared neither David Hume’s prejudices nor his hatred toward him. In a letter to Madame de Boufflers, Hume complained that General Conway did not condemn Rousseau. In Paris, in 1774, Madame du Deffand reported his words in a letter to her dear Horace Walpole: “He is – he would have said about Rousseau – the most amiable, the most gentle, the simplest, and the most obliging person I know.”
[945] I offer a visit. In accordance with the text of the original edition.
[946] There must be some error in the indication of the month; it should be April instead of May. On May 13th, he was on his way back to France. Therefore, this letter should be placed after the one addressed to Lord Count of Harcourt.
[947] The country house of the Marquis de Mirabeau, located in the territory of Meudon, two miles from Paris.
[948] “The Natural and Essential Order of Political Societies” (1767, in-4° format, or 2 volumes in-12 format), by Mercier de La Rivière, former intendant of Martinique.
[949] That is to say, “pester.” (Editor’s note)
[950] Anne-Marie-Henriette Feydeau de Brou, Marchioness of Mesmes, companion to the daughters of Louis XV and a figure of the Enlightenment known particularly for her correspondence with Jean-Jacques Rousseau (she attended the first reading of Confessions in 1770) as well as with King Gustav III of Sweden.
[951] “To make them puff”: This expression means that it is the perfect opportunity to surprise them, to outwit them. (Editor’s note)
[952] According to The Confessions (Book V), it was a certain Mr. Bagueret who taught Jean-Jacques how to play chess in Chambéry, and Jean-Jacques showed considerable talent: “He suggested to me that I learn chess, since he played it somewhat himself,” he writes. “I tried it almost against my will; and after struggling to master the basic moves, my progress was so rapid that by the end of our first lesson, I had already returned to him the rook he had given me at the beginning.”
In “Rousseau Juge Jean-Jacques,” it is stated: “J.J. understands music and such matters best precisely the way he used to understand chess in the past. When playing against someone he believed to be weaker than himself, he usually won; but when playing against someone he thought was stronger, he lost—because the confidence of others always intimidated him and made him lose.”
His early beginnings seem to have been rather difficult until he began playing with the greatest players in Paris, among them the unbeatable Philidor. Rousseau, who always took chess very seriously and found it hard to accept losing, eventually became a much better chess player than he had admitted himself to be. (Editor’s note)
[953] Comforted, relieved, reassured.
[954] No one from the same village or the same region. (Editor’s note)
[955] Jean-Baptiste Rousseau. French poet and playwright born in Paris on April 6, 1670 (or 1671), and died in Brussels on March 17, 1741. (Editor’s note)
[956] A small town in Nyon, located on the shores of Lake Geneva, halfway between Geneva and Lausanne. (Editor’s note)
[957] A fragment of a substance that remains after being filtered through a sieve. (Editor’s note)
[958] A fragment of a substance that remains after being filtered through a sieve. (Editor’s note)
[959] Joseph-Jérôme Le Français de Lalande, born in 1732 in Bourg-en-Bresse, died in 1807. A renowned astronomer who dedicated all his efforts, his own funds, and even the greatest personal sacrifices to the advancement of science. No young person ever approached him without receiving advice or assistance. An atheist who did not hesitate to risk his life out of generosity, he once said about himself that he was like a waxed surface that endured insults without flinching, and like a sponge that absorbed praise with equal enthusiasm—praise which he enjoyed giving as much as he enjoyed receiving. His courage never wavered in the face of personal considerations. He praised Rousseau’s Dictionnaire de musique, but in the examples he cited, Rousseau noted, Le Français de Lalande could have made better choices.
[960] Étienne-François, Count of Choiseul and later Duke of Choiseul-Stainville, was born on June 28, 1719, in Nancy, Lorraine, and died on May 8, 1785, at the Chanteloup Castle. A French statesman, he served as Prime Minister to Louis XV from 1758 to 1770 without holding the official title. (Editor’s note)
[961] He must have written her another one in order to obtain a passport in 1769, but that copy has not been preserved. The autograph of that letter is in the possession of Mr. Beuchot. The handwriting is very neat. Mr. Beuchot obtained it from Monsignor Cardinal de Beausset. We do not know how it came into the hands of this prelate; it is perfectly well-preserved, which proves that both the minister and the cardinal attached some value to it.
[962] It was when that marshal asked him whether he had spoken ill of the Duke of Choiseul.
[932] Si tratta dell’opera intitolata “Ricerche sull’origine delle scoperte attribuite ai moderni”, pubblicata nel 1766 e la cui quarta edizione risale al 1812, in due volumi in ottavo. Dutens, autore ed editore di molti opere, era un francese residente a Londra, dove morì nel 1812; era membro della Società Reale e deteneva il titolo di storiografo del re di Gran Bretagna.
[933] Ecco questi versi che, in effetti, se collegati a quelli che li precedono e a quelli che li seguono, non offrono altro che un esempio di immaginazione, senza dimostrare nulla di concreto.
“Vivono nel mese di Venere le foglie; e tutto ciò avviene in modo alternato.”
Félix ama gli alberi, e questi lo ricambiano con la loro ombra reciproca.
“Con gli accordi stipulati, il popolo esala un sospiro di sollievo.”
“E platani platanis, alnoque asibilat annus.”
CLAUDIO, De Nuptiis Honorii et Mariae.
[934] Appunto per Monsieur Jean-Jacques Rousseau, in risposta all’“Esposizione sommaria” di Monsieur Hume, ripubblicato con il titolo “Osservazioni sull’Esposizione sommaria”, e incluso nell’edizione di Ginevra (volume IV del primo Supplemento), nonché nell’edizione di Poinçot, volume XXVII.
[935] Augustus Henry FitzRoy CJ, CP (28 settembre 1735 – 14 marzo 1811), terzo duca di Grafton; chiamato conte di Euston tra il 1747 e il 1757. Uomo di Stato britannico del partito whig dell’epoca georgiana. Fu uno dei pochi duchi ad aver ricoperto la carica di Primo Ministro (1768-1770). (Nota dell’editore)
[936] Si tratta del “Precis” o delle “Osservazioni sull’Esposizione sintetica di cui si è parlato in precedenza”; queste Osservazioni erano seguite da una lettera della signora*** (La Tour de Franqueville) all’autore della “Giustificazione” di Monsieur Rousseau.
[937] Lord Vicomte di Nuncham. Si veda la lettera del 24 dicembre 1766. (Nota dell’editore)
[938] Si tratta della lettera DCCXXXVII, datata 31 gennaio e che precede quella menzionata.
[939] Lord Vicomte di Nuncham.
Nel volume dei “Mélanges” si trova un componimento indirizzato a una signorina di nome Théodore; si può presumere che si tratti della stessa persona di cui si parla in questo testo.
Se questa lettera è davvero del 1767, allora questa signorina Théodore non può essere confusa con Marie Madeleine Louise Catherine Crespé (o Crépé), detta Mademoiselle Théodore, ballerina francese nata a Parigi il 5 novembre 1759 e deceduta ad Audenge, in Gironda, il 9 settembre 1799. Quest’ultima debuttò all’Académie royale de musique nel 1775 come “surnuméraire”, per poi diventare ballerina sostitutiva nel 1777. Visse anche a Londra per un certo periodo. (Nota dell’editore)
[941] Vicino di campagna di J.-J. Rousseau durante il suo soggiorno a Wootton. Si vedevano spesso, si scambiavano piccoli regali e si scrivevano lettere.
[942] Huber era un genovese che si era legato a Voltaire e che, per vent’anni, visse con lui in una stretta intimità. Abile nelle arti del disegno, si era guadagnato una reputazione grazie a un talento davvero straordinario: quello di ritagliare il cartaio in modo da rappresentare gli oggetti più delicati e complessi. Eccelleva soprattutto nel raffigurare il profilo di Voltaire, raggiungendo una tale abilità che riusciva a ricrearlo senza nemmeno vederlo, o persino con le mani dietro la schiena. Faceva eseguire questo compito al suo gatto, offrendogli un pezzo di formaggio da mordere; inoltre, aveva anche un modo ancora più originale per rappresentare se stesso sulla neve. La maggior parte dei ritagli realizzati da Huber, eseguiti su velluto, si trova oggi in Inghilterra, nei gabinetti di curiosità. Sono stati litografati a Parigi.
[943] Quella da dieci sterline.
[944] Henry Seymour Conway (1721–17 luglio 1795). Generale e statista britannico, fratello del primo marchese di Hertford e cugino di Horace Walpole, iniziò la sua carriera militare durante la guerra di successione austriaca e fu infine promosso a comandante in capo delle forze armate inglesi. Segretario di Stato nel 1765, fu sostituito da Lord Weymouth nel 1768. Prestò aiuto a Rousseau e non condivideva né le prevenzioni né l’odio di David Hume; quest’ultimo, in una lettera a madame de Boufflers, si lamentava del fatto che il generale Conway non condannasse Rousseau. A Parigi, nel 1774, Madame du Deffand riportò le sue parole in una lettera indirizzata al suo caro Horace Walpole: “È l’uomo – avrebbe detto di Rousseau – più amabile, più gentile, più semplice, più premuroso che conosca.”
[945] Vi invito a visitare. Come indicato nel testo dell’edizione originale.
[946] C’è sicuramente un errore nell’indicazione del mese: deve essere aprile invece di maggio. Il 13 maggio era in viaggio per tornare in Francia. Pertanto, questa lettera dovrebbe essere posta dopo quella indirizzata a Lord Conte di Harcourt.
[947] Casa di campagna del marchese di Mirabeau, nel territorio di Meudon, a due leghe da Parigi.
[948] “L’Ordine naturale e essenziale delle Società politiche” (1767, edizione in quarto, o 2 volumi in dodicesimo), di Mercier de La Rivière, ex intendente della Martinica.
[949] Ciò significa “importunare”. (Nota dell’editore)
[950] Anne-Marie-Henriette Feydeau de Brou, marchesa di Mesmes, compagna delle figlie di Luigi XV e donna dei )Lumières, nota soprattutto per essere stata corrispondente di Jean-Jacques Rousseau (assistette alla prima lettura delle “Confessioni” nel 1770) e del re Gustavo III di Svezia.
[951] “Faire pouf”: espressione che in questo contesto significa: “È l’occasione per sorprenderli, per superarli.” (Nota dell’editore)
[952] Secondo le “Confessioni” (Libro V), fu un certo signor Bagueret ad insegnare a Jean-Jacques a giocare a scacchi a Chambéry, e quest’ultimo dimostrò notevoli predisposizioni: “Si accorse”, scrive, “di propormi di imparare a giocare a scacchi, che lui stesso conosceva appena. Provai quasi senza volerlo; e dopo aver imparato a malapena le regole di base, i miei progressi furono così rapidi che, prima ancora della fine della prima lezione, riuscii a restituirgli la torre che mi aveva dato all’inizio.”
In “Rousseau juge Jean-Jacques”, si afferma: “Per quanto riguarda la musica e altre cose, J.-J. sapeva di esse tanto quanto un tempo ne sapeva degli scacchi. Se giocava contro qualcuno che riteneva più debole di sé, spesso lo batteva; se invece giocava contro qualcuno che riteneva più forte, veniva sconfitto. La semplice sufficienza dell’avversario lo intimidiva e lo faceva inevitabilmente perdere.”
Tuttavia, i suoi inizi sembrano essere stati difficili, fino a quando non iniziò a frequentare a Parigi i più grandi giocatori, tra cui il imbattibile Philidor. Rousseau, che prendeva sempre molto sul serio il gioco e trovava difficile perdere, divenne un giocatore di scacchi molto migliore di quanto ammettesse. (Nota dell’editore)
[953] Rassicurato, sollevato, confortato.
[954] Nessuno proveniente dallo stesso villaggio o dalla stessa regione. (Nota dell’editore)
[955] Jean-Baptiste Rousseau. Poeta e drammaturgo francese nato a Parigi il 6 aprile 1670 (o 1671) e morto a Bruxelles il 17 marzo 1741. (Nota dell’editore)
[956] Piccola città di Nyon, sulle rive del lago Lemano, situata a metà strada tra Ginevra e Losanna. (Nota dell’editore)
[957] Frammento di una sostanza che rimane dopo essere stata setacciata. (Nota dell’editore)
[958] Frammento di una sostanza che rimane dopo essere stata setacciata. (Nota dell’editore)
[959] Joseph-Jérôme Le Français de Lalande, nato nel 1732 a Bourg-en-Bresse e morto nel 1807. Astronomo celebre che dedicò tutti i propri sforzi, il proprio denaro e i sacrifici più opportuni al progresso della scienza. Nessun giovane si rivolgeva a lui senza ricevere consigli o aiuti. Ateo che non esitò mai a rischiare la propria vita per generosità, diceva di sé stesso che era “una tela cerata per le offese e uno straccio per gli elogi”, elogi che amava dare tanto quanto riceverli. Il suo coraggio non cedeva ad alcuna considerazione personale. lodò il Dizionario di musica di Rousseau, ma negli articoli che ne fece esempio, secondo Rousseau, scelse in modo che avrebbe potuto essere migliore.
[960] Étienne-François, conte di Choiseul e successivamente duca di Choiseul-Stainville, nato il 28 giugno 1719 a Nancy in Lorena e morto l’8 maggio 1785 nel castello di Chanteloup. Uomo di Stato francese, fu primo ministro di Luigi XV tra il 1758 e il 1770 senza ricoprire ufficialmente tale incarico. (Nota dell’editore)
[961] È stato necessario che ne scrivesse un’altra per ottenere un passaporto nel 1769, ma essa non è stata conservata. L’autografo di quella lettera si trova nelle mani di Monsieur Beuchot; la grafia è molto curata. Monsieur Beuchot l’aveva ricevuta dal Cardinale de Beausset. Non sappiamo come sia finita nelle mani di questo prelato: è perfettamente conservata, il che dimostra che sia stata considerata di grande valore sia dal ministro che dal cardinale.
[962] Fu in quel momento che il maresciallo gli chiese se avesse parlato male del duca di Choiseul.
[963] Témoins le genre de protection que donna M. De Luxembourg à Rousseau, lors de l’arrêt du parlement, et qui se borna à favoriser sa fuite avec des circonstances qui prouvent combien le maréchal craignait d’être compromis ; le soin qu’il prit de se faire rendre les lettres dans lesquelles il approuvait, et l’impression d’Émile, et la doctrine de cet ouvrage. Si le maréchal, si le prince de Conti, si M. de Malesherbes eussent dit hautement: » M. Rousseau ne voulait point imprimer Émile en France ; c’est nous qui l’y avons engagé, autorisé même en quelque sorte par l’influence que devaient avoir sur son esprit et le rang que nous occupons et les fonctions (de directeur de la librairie) dont l’un de nous est revêtu; » croira-ton que cette déclaration, qui n’eût contenu que la plus exacte vérité, n’eût produit aucun effet ?
[964] C’est probablement le passage suivant. (Voy tom. V de la présente édition, Contrat social, liv. III, chap. VI.) » Ceux qui parviennent dans les monarchies, ne sont le plus souvent que de petits brouillons, de petits fripons, de petits intrigants, à qui les petits talents qui font, dans les cours, parvenir aux grandes places, ne servent qu’à montrer au public leur ineptie aussitôt qu’ils y sont parvenus. Le peuple se trompe bien moins sur ce choix que le prince ; et un homme d’un vrai mérite est presque aussi rare dans le ministère, qu’un sot à la tête d’un gouvernement républicain. Aussi, quand par quelque heureux hasard un de ces hommes nés pour gouverner prend le timon des affaires dans une monarchie presque abîmée par ces tas de jolis régisseurs, on est tout surpris des ressources qu’il trouve, et cela fait époque dans un pays. » non seulement Jean-Jacques, en s’exprimant ainsi, manquait à sa maxime comme il le dit lui-même, mais il ne songeait pas que l’allusion de la part d’un écrivain du premier ordre, qui n’en fait jamais ni de malignes, ni de louangeuses, devait être difficile à saisir. Ses ennemis pouvaient facilement persuader au ministre que l’auteur le comprenait dans ces petits fripons et ces petits intrigants. L’injustice de ce jugement ne suffisait pas pour détromper le ministre, parce que celui qui prononçait ainsi pouvait être injuste. Enfin l’expression dont se servait Rousseau, quand par quelque heureux hasard, n’est point assez positive. Il ne dit pas si cet heureux hasard est arrivé, ni si le timon des affaires est, dans le moment où il parle, entre les mains d’un homme né pour gouverner: enfin, il n’écrivait pas pour le moment: conséquemment l’allusion était sans objet si le duc de Choiseul cessait d’être ministre. En résumé, ses ennemis pouvaient agir comme ils ont fait, sans être dépourvus de motifs. Ils furent cette fois moins injustes que méchants. Aujourd’hui, malgré la lettre de Rousseau, malgré la certitude de l’existence d’un passage relatif au duc de Choiseul, dans le Contrat social, on aurait de la peine à sentir l’allusion, et même on ne l’y soupçonnerait point sans la connaissance de tous ces détails.
[965] Ici il y a bien une allusion à madame de Pompadour, et je me suis trompé en disant, dans l’Histoire de Rousseau, qu’il avait confondu madame de Pompadour avec madame du Barry. Celle-ci ne devint la maîtresse de Louis XV qu’à la fin de 1768, conséquent -ment après la lettre au duc de Choiseul, et longtemps après la publication du Contrat social. Mais il y a, sur la liaison entre le duc de Choiseul et madame de Pompadour, des récits contradictoires qu’il serait difficile de concilier, sans la supposition d’une de ces intrigues si communes à la cour ; 1° dans la Biographie universelle, à l’article Choiseul, il est dit que madame de Pompadour resta toute su vie attachée à ce ministre, et ne cessa de le lui prouver: 2° à l’article Louis XV, du même ouvrage, l’auteur (M. de la Cretelle) dit que la jalousie du duc de Choiseul et celle de la favorite, formaient à la cour deux puissantes cabales, entre lesquelles le roi affectait la neutralité. Le même auteur, dans son Histoire de France pendant le 18ème siècle, représente le ministre et la maîtresse du roi comme intimement liés, agissant toujours de concert, et toujours ayant les mêmes intérêts ; ce qui est conforme à la vérité. Il n’en paraît pas moins vrai que chacun avait un parti ; mais les deux chefs s’entendaient secrètement, et s’amusaient dans cette intrigue qui pouvait leur faire connaître leurs véritables amis aux dépens des courtisans: c’est la seule manière d’expliquer comment l’un des deux (du ministre ou de la favorite) pouvait déplacer l’autre.
[966] Nous en avons rappelé les circonstances dans la notice qui précède cette lettre.
[967] Signé le 15 août 1761.
[968] Publié flans les premiers mois de 1762, quelque temps avant l’Émile.
[969] C’est une justice rigoureuse qu’il se rend ; et il est en effet remarquable que lorsqu’il a répondu à ses critiques, il laisse de côté la personne pour ne s’occuper que de l’ouvrage, ou, s’il parle de l’auteur, c’est toujours en termes honorables. S’il s’évertue aux dépens de l’abbé Gautier, il ne s’attache qu’à la singularité de sa logique, à la marche que suit ce pauvre critique en copiant celle de Rousseau, et jusqu’à sa prosopopée de Fabricius. Dans sa réplique à l’archevêque, il rend un hommage éclatant aux vertus du prélat.
[970] Ces inquiétudes ne détruisent pas les conjectures que nous avons faites en présumant que c’était d’après les insinuations du prince de Conti que Jean-Jacques écrivit au duc de Choiseul. Elles prouvent seulement que le prince ne se chargea point de faire remettre la lettre. En supposant fondé ce que nous ne donnons que comme une conjecture, il eût été maladroit de laisser croire au ministre que cette démarche était suggérée. Nous devons rappeler cependant qu’il y avait six mois que le prince de Conti était allé voir Jean-Jacques à Trye. Dans la lettre du 9 octobre 1767, on voit que ce prince passa les journées du mardi 4 octobre 1767 et du samedi suivant avec Rousseau. Il n’est point question d’autres visites de sa part dans la correspondance. Mais il n’était pas nécessaire que le prince allât voir Rousseau pour l’engager à écrire au duc de Choiseul.
[971] Verbe peu usité aujourd’hui. Signifie: si cela tournait mal pour moi. (Note de l’éditeur)
[972] Louis-François de Bourbon-Conti, comte de La Marche puis prince de Conti (1727), né le 13 août 1717 à Paris dans l’hôtel de Conti et mort le 2 août 1776 à Paris.
Bien qu’étant prince du sang, le prince de Conti fut l’un des personnages clefs de l’opposition princière à Louis XVet un des collectionneurs d’art les plus importants de la seconde moitié du XVIIIe siècle.
[973] Il ne l’est pas non plus de qualifier le sentiment qu’il nous inspire, et dont nous lui laissons ce témoignage, autant pour que justice se fasse, que pour qu’il ne copie pas toutes nos notes.
[974] Les aristoloches (genre Aristolochia) sont des plantes herbacées (plus particulièrement de type liane) de la famille des Aristolochiacées comprenant près de 300 espèces. (Note de l’éditeur)
[975] Madame de Nadaillac, abbesse de Gomer-Fontaine, abbaye située à peu de distance du château de Trye.
[976] François-César Le Tellier, marquis de Courtanvaux, comte de Tonnerre, duc de Doudeauville, né à Paris en 1718, mort le 7 juillet 1781. Militaire et scientifique français.
[977] Photographie prise au début des années 1900 de l’Auberge de la Fontaine d’Or, rue Nationale (actuellement rue Robert Belmont) à Bourgoin. J.J. Rousseau y consacra son union avec Thérèse Levasseur le 29 août 1768..
[978] Rousseau, âgé de 56 ans, écrivit cette lettre au lendemain de son mariage avec Thérèse Levasseur (47 ans). Deux jours après son arrivée à Bourgoin, le 15 août 1768, il participe à un banquet et se montre fort » gai et très agréable ». Il y rencontre Luc-Antoine de Champagneux, jeune avocat de 24 ans, maire de la ville et Mériadec Donin de Rosière (1741-1782), docteur, capitaine d’artillerie, fils de son ami décédé. Quelques jours après, en rentrant d’une promenade avec M. de Champagneux, Thérèse saute au cou de l’écrivain. Celui-ci la présente comme sa soeur: mademoiselle Renou. Deux semaines plus tard, Le 30 août, Rousseau invite les deux cousins: de Champagneux et de Rosière à venir dîner. Luc-Antoine de Champagneux: témoigne: » Nous ayant conduits l’un et l’autre dans une chambre reculée, Rousseau nous pria d’être témoins de l’acte le plus important de sa vie. Prenant la main de Mademoiselle Renou, il parle de l’amitié qui les unissait ensemble depuis 25 ans et de la résolution où il était de rendre ces liens indissolubles par le noeud conjugal… Nous passâmes au banquet de noces. Le nouvel époux fut gai pendant tout le repas, chanta au dessert deux couplets qu’il avait composés pour son mariage et résolut de se fixer à Bourgoin pour le reste de ses jours. » (Note de l’éditeur)
[963] Witness the kind of protection that Monsieur de Luxembourg provided for Rousseau during the suspension of parliament; his efforts were limited to facilitating his escape, and the circumstances surrounding this demonstrate how much the marshal feared being implicated. Also, consider the care he took to have the letters in which he approved of Émile’s work, as well as the impression Émile himself made and the doctrines contained in that work, brought to his attention. If the marshal, the Prince de Conti, or Monsieur de Malesherbes had openly declared: “Monsieur Rousseau did not wish to publish Émile in France; it was we who persuaded him to do so, and we even felt somewhat authorized to do so by the influence we must have had on his mind, by our status, and by the role (as directors of the library) that one of us held,” would anyone believe that such a statement, which contained nothing but absolute truth, would have produced any effect at all?
[964] It is probably the following passage. (See Volume V of this edition, The Social Contract, Book III, Chapter VI.) “Those who manage to gain positions in monarchies are often nothing but petty scoundrels, tricksters, and intrigants; the minor talents that enable them to rise to high offices in the courts only serve to expose their incompetence once they have reached those positions. The people are far less mistaken about such choices than the prince himself; indeed, a man of genuine merit is almost as rare in a ministry as a fool at the head of a republican government. Therefore, when by some fortunate chance one of these men born to rule takes charge of affairs in a monarchy that has been nearly ruined by such incompetent administrators, everyone is astonished by the resources he displays—and such an event marks an important turning point for the country.” Not only did Jean-Jacques fail to adhere to his own principle in expressing himself in this way, but he also failed to realize that the implication made by a first-rate writer, who never aims to be malicious or flattering, would be difficult to grasp. His enemies could easily convince the minister that the author was referring to him among those petty scoundrels and intrigants. However, the injustice of such an judgment was not enough to dispel the minister’s doubts, because anyone might be capable of being unjust. Moreover, Rousseau’s phrasing is far from clear enough. He does not state whether such a fortunate chance actually occurred, nor whether the reins of government were indeed in the hands of a man born to rule at the time he wrote; in other words, his statement was vague, and thus the implication would be meaningless if the Duke of Choiseul had ceased to hold that position. In short, his enemies had every reason to act as they did—and indeed, they were less unjust than malicious this time. Today, despite Rousseau’s letter and the clear existence of a passage relating to the Duke of Choiseul in The Social Contract, it would still be difficult to discern such an implication; in fact, one might not even suspect it without knowing all these details.
[965] Here, there is indeed an allusion to Madame de Pompadour, and I was mistaken when I said in “The History of Rousseau” that he had confused Madame de Pompadour with Madame du Barry. Madame du Barry did not become Louis XV’s mistress until the end of 1768—consequently, long after the letter to the Duke of Choiseul and long after the publication of “The Social Contract.” However, there are contradictory accounts regarding the relationship between the Duke of Choiseul and Madame de Pompadour, which would be difficult to reconcile without assuming one of those intrigues so common at court. 1) In the “Universal Biography,” under the entry for Choiseul, it is stated that Madame de Pompadour remained devoted to this minister throughout her life and constantly proved it to him. 2) In the same work, under the entry for Louis XV, the author (M. de la Cretelle) claims that the jealousy of the Duke of Choiseul and that of the favorite formed two powerful factions at court, between which the king pretended neutrality. The same author, in his “History of France during the 18th Century,” portrays the minister and the king’s mistress as being closely linked, always acting in concert and sharing the same interests—which is consistent with the truth. It still seems evident that each side held its own faction; however, the two leaders secretly agreed with one another and enjoyed this intrigue, which allowed them to discern their true friends at the expense of the courtiers—this is the only way to explain how one of them could influence the other.
[966] We have recalled the circumstances in the note that precedes this letter.
[967] Signed on August 15, 1761.
[968] Published in the first months of 1762, some time before “Émile”.
[969] He imposes upon himself a rigorous standard of justice; and it is indeed noteworthy that when responding to his critics, he sets aside the person involved and focuses solely on the work itself. Or, when he does mention the author, he always does so in honorable terms. In his efforts against Abbe Gautier, he focuses only on the peculiarities of that critic’s logic, on the path he follows in imitating Rousseau’s methods, and even on the rhetorical devices employed in Fabricius’ writings. In his reply to the archbishop, he pays brilliant tribute to the virtues of that prelate.
[970] These concerns do not undermine the conjecture that Jean-Jacques wrote to the Duke of Choiseul based on the hints given by the Prince of Conti. They merely prove that the prince did not take the initiative to have the letter delivered. Assuming that what we present here is more than just a conjecture, it would have been unwise to lead the minister to believe that such a step was suggested by the prince. However, it should be noted that it had been six months since the Prince of Conti last met Jean-Jacques in Trye. In the letter dated October 9, 1767, it is mentioned that the prince spent the days of Tuesday, October 4, and Saturday following with Rousseau. There are no indications of any other visits by him in their correspondence. Nevertheless, it was not necessary for the prince to meet with Rousseau in order to persuade him to write to the Duke of Choiseul.
[971] A verb that is rarely used today. It means: “In case something goes wrong for me.” (Editor’s note)
[972] Louis-François de Bourbon-Conti, Count of La Marche and later Prince of Conti (1727), was born on August 13, 1717, in the Hôtel de Conti in Paris, and died on August 2, 1776, in Paris.
Although a member of the royal family, the Prince of Conti was one of the key figures in the opposition led by princes against Louis XV and also one of the most important art collectors of the second half of the 18th century.
[973] Nor is it appropriate to describe the feeling that it inspires in us; we provide this testimony for both the sake of justice and to prevent it from copying all our notes.
[974] Aristoloches (the genus Aristolochia) are herbaceous plants—particularly of the vine type—which belong to the family Aristolochiaceae and comprise nearly 300 species. (Editor’s note)
[975] Madame de Nadaillac, abbess of Gomer-Fontaine, an abbey located not far from the castle of Trye.
[976] François-César Le Tellier, Marquis of Courtanvaux, Count of Tonnerre, Duke of Doudeauville, born in Paris in 1718, died on July 7, 1781. A French military officer and scientist.
[977] Photograph taken in the early 1900s of the Auberge de la Fontaine d’Or, located on rue Nationale (now rue Robert Belmont) in Bourgoin. J.J. Rousseau spent his wedding night with Thérèse Levasseur there on August 29, 1768.
[978] At the age of 56, Rousseau wrote this letter the day after his marriage to Thérèse Levasseur (47 years old). Two days after his arrival in Bourgoin on August 15, 1768, he attended a banquet where he appeared “very cheerful and pleasant.” There, he met Luc-Antoine de Champagneux, a 24-year-old young lawyer and mayor of the town, as well as Mériadec Donin de Rosière (1741-1782), a doctor and captain of artillery who was the son of his deceased friend. A few days later, while returning from a walk with M. de Champagneux, Thérèse threw herself into the arms of the writer. Rousseau introduced her as his sister: Mademoiselle Renou. Two weeks later, on August 30, Rousseau invited both cousins—Champagneux and Rosière—to dinner. Luc-Antoine de Champagneux testified: “After leading each of them to a secluded room, Rousseau asked us to be witnesses to the most important event of his life. Taking Mademoiselle Renou’s hand, he spoke about the friendship that had united them for 25 years and about his resolve to make their bonds indissoluble through marriage. We then moved on to the wedding banquet. The new husband remained cheerful throughout the meal, sang two verses he had composed for his wedding at dessert, and declared his intention to settle in Bourgoin for the rest of his life.” (Editor’s note)
[963] Come testimonianza di ciò, vi è il tipo di protezione che il marchese di Lussemburgo fornì a Rousseau durante la sospensione del parlamento, protezione che si limitò ad agevolare la sua fuga, e le circostanze stesse dimostrano quanto il marchese temesse di essere compromesso; inoltre, vi è l’attenzione che dedicò a far restituire le lettere nelle quali approvava l’opera “Emile”, nonché l’impressione positiva che quest’opera suscitò e la dottrina che essa esprimeva. Se il marchese, il principe di Conti o il signor de Malesherbes avessero dichiarato apertamente: “Il signor Rousseau non voleva pubblicare ‘Emile’ in Francia; siamo stati noi a incoraggiarlo a farlo, anzi lo abbiamo autorizzato, in un certo senso, grazie all’influenza che dovevamo esercitare sul suo spirito, al rango che occupiamo e alle funzioni (di direttori della libreria) che uno di noi ricopre”; si crederebbe davvero che una dichiarazione del genere, che contenesse soltanto la verità più assoluta, non avrebbe prodotto alcun effetto?
[964] Probabilmente si tratta del passaggio seguente: (Vedi volume V di questa edizione, “Contratto Sociale”, libro III, capitolo VI.) “Coloro che arrivano nelle monarchie sono spesso solo piccoli furfanti, intriganti o individui privi di vere capacità; quei modesti talenti che permettono loro di raggiungere posizioni elevate nelle corti servono soltanto a far scoprire al pubblico la loro inadeguatezza non appena vi arrivano. Il popolo si inganna molto meno riguardo a questa scelta rispetto al principe stesso; un uomo veramente meritevole è quasi altrettanto raro nei ministeri quanto uno sciocco alla guida di un governo repubblicano. Pertanto, quando per qualche fortunata coincidenza uno di questi individui nati per governare prende in mano le redini degli affari in una monarchia ormai quasi distrutta da tali incompetenti, tutti rimangono sorpresi dalle risorse che scopre, e questo rappresenta un momento decisivo per quel paese.” Non solo Jean-Jacques, esprimendosi in questo modo, contraddiceva la sua stessa massima, come egli stesso ammetteva, ma non considerava nemmeno quanto fosse difficile comprendere l’allusione contenuta nelle parole di uno scrittore di primo piano, il quale di solito non si espresse mai né in termini maligni né lusinghieri. I suoi nemici potevano facilmente convincere il ministro che l’autore lo considerasse tra quei piccoli furfanti e intriganti. Tuttavia, l’ingiustizia di tale giudizio non era sufficiente per far cambiare idea al ministro, poiché anche chi lo esprimeva poteva essere ingiusto. Inoltre, l’espressione utilizzata da Rousseau non è abbastanza precisa: non dice se questa fortunata coincidenza sia realmente avvenuta, né se in quel momento le redini del governo fossero effettivamente nelle mani di un uomo nato per governare; in altre parole, l’allusione diventa priva di significato se il duca di Choiseul smette di essere ministro. In conclusione, i suoi nemici potevano agire come hanno fatto, e non senza motivi validi. Questa volta, però, furono meno ingiusti che malvagi. Oggi, nonostante la lettera di Rousseau e la certezza dell’esistenza di un passaggio relativo al duca di Choiseul nel “Contratto Sociale”, sarebbe difficile comprendere l’allusione; anzi, essa verrebbe persino ignorata se non si conoscessero tutti questi dettagli.
[965] Qui c’è sicuramente un’allusione a madame de Pompadour, e mi sono sbagliato quando ho detto, nell’“Storia di Rousseau”, che egli avesse confuso madame de Pompadour con madame du Barry. Quest’ultima divenne l’amante di Luigi XV solo alla fine del 1768, cioè molto dopo la lettera al duca di Choiseul e molto dopo la pubblicazione del “Contratto Sociale”. Tuttavia, riguardo alla relazione tra il duca di Choiseul e madame de Pompadour, esistono racconti contraddittori che sarebbe difficile conciliare senza ipotizzare l’esistenza di una di quelle intrighi così comuni alla corte: 1) nella “Biografia Universale”, nell’articolo su Choiseul, si afferma che madame de Pompadour rimase per tutta la vita legata a questo ministro e non smise mai di dimostrarlo; 2) nello stesso libro, nell’articolo su Luigi XV, l’autore (M. de la Cretelle) sostiene che la gelosia del duca di Choiseul e quella dell’amante formassero due potenti fazioni alla corte, tra le quali il re fingeva di mantenere la neutralità. Lo stesso autore, nella sua “Storia della Francia nel XVIII secolo”, descrive il ministro e l’amante del re come strettamente legati, che agivano sempre in accordo e con gli stessi interessi; il che è conforme alla verità. Tuttavia, sembra altrettanto vero che ciascuno dei due avesse la propria fazione; ma i due leader si intendevano segretamente e si divertivano in questo intrigo che poteva permettere loro di scoprire chi fossero i loro veri amici a scapito degli altri cortigiani: questa è l’unica spiegazione possibile per capire come uno dei due potesse influenzare l’altro.
[966] Abbiamo ricordato le circostanze relative in la nota che precede questa lettera.
[967] Firmato il 15 agosto 1761.
Pubblicato nei primi mesi del 1762, poco prima di “Emile”.
[969] Si tratta di una giustizia rigorosa da parte sua; ed è effettivamente degno di nota che, quando risponde alle critiche rivolte contro di lui, metta da parte la persona dell’autore per concentrarsi esclusivamente sull’opera stessa. O, se parla dell’autore, lo fa sempre in termini lusinghieri. Se si impegna a confutare le argomentazioni dell’abate Gautier, lo fa soltanto per evidenziare la particolarità della sua logica, il modo in cui quel povero critico segue passo dopo passo quella di Rousseau, e persino l’uso che fa dei personaggi fittizi nella sua argomentazione. Nella sua replica all’arcivescovo, rende un omaggio straordinario alle virtù di quel prelato.
[970] Queste preoccupazioni non confutano le congetture che abbiamo fatto, supponendo che Jean-Jacques abbia scritto al duca di Choiseul su suggerimento del principe di Conti. Esse dimostrano soltanto che il principe stesso non si occupò di far consegnare la lettera. Ammettendo fondata questa ipotesi, che consideriamo solo una congettura, sarebbe stato inopportuno far credere al ministro che tale iniziativa fosse stata suggerita dal principe stesso. Tuttavia, va ricordato che il principe di Conti era andato a trovare Jean-Jacques a Trye sei mesi prima. Nella lettera del 9 ottobre 1767 si legge che il principe trascorse i giorni di martedì 4 ottobre e di sabato successivo con Rousseau; nella corrispondenza non vi sono menzioni di altre visite da parte sua. Ma non era necessario che il principe andasse a trovare Rousseau per convincerlo a scrivere al duca di Choiseul.
[971] Parola poco utilizzata oggi. Significa: “Se le cose andassero male per me”. (Nota dell’editore)
[972] Luigi-François di Borbone-Conti, conte di La Marche e in seguito principe di Conti (1727), nato il 13 agosto 1717 a Parigi nell’hôtel de Conti e morto il 2 agosto 1776 sempre a Parigi.
Sebbene fosse principe di sangue, il principe di Conti fu uno dei personaggi chiave dell’opposizione principesca contro Luigi XV e uno dei collezionisti d’arte più importanti della seconda metà del XVIII secolo.
[973] Non è nemmeno appropriato definire il sentimento che ci ispira; gli lasciamo questo resoconto sia per garantire che venga fatta giustizia, sia per evitare che copi tutte le nostre note.
[974] Gli aristolochi (genere Aristolochia) sono piante erbacee, in particolare di tipo liana, appartenenti alla famiglia delle Aristolochiaceae e comprendenti circa 300 specie. (Nota dell’editore)
[975] La signora de Nadaillac, badessa di Gomer-Fontaine, un monastero situato a poca distanza dal castello di Trye.
[976] François-César Le Tellier, marchese di Courtanvaux, conte di Tonnerre, duca di Doudeauville, nato a Parigi nel 1718 e morto il 7 luglio 1781. Militare e scienziato francese.
[977] Fotografia scattata all’inizio degli anni ’100 dell’Auberge de la Fontaine d’Or, situata in rue Nationale (oggi rue Robert Belmont) a Bourgoin. J.J. Rousseau vi celebrò il suo matrimonio con Thérèse Levasseur il 29 agosto 1768.
[978] Rousseau, all’età di 56 anni, scrisse questa lettera il giorno dopo il suo matrimonio con Thérèse Levasseur (47 anni). Due giorni dopo il suo arrivo a Bourgoin, il 15 agosto 1768, partecipò a un banchetto, dimostrando di essere molto “felice e molto piacevole”. Lì incontrò Luc-Antoine de Champagneux, giovane avvocato di 24 anni, sindaco della città, e Mériadec Donin de Rosière (1741-1782), dottore e capitano di artiglieria, figlio del suo amico deceduto. Qualche giorno dopo, rientrando da una passeggiata con M. de Champagneux, Thérèse si gettò tra le braccia dello scrittore. Questi la presentò come sua sorella: mademoiselle Renou. Due settimane più tardi, il 30 agosto, Rousseau invitò i due cugini, de Champagneux e de Rosière, a cena da lui. Luc-Antoine de Champagneux racconta: “Dopo averci portati in una stanza appartata, Rousseau ci chiese di essere testimoni dell’atto più importante della sua vita. Prendendo la mano di mademoiselle Renou, parlò dell’amicizia che li univa da 25 anni e della decisione di rendere quei legami indissolubili attraverso il matrimonio. Passammo poi al banchetto nuziale. Il nuovo sposo fu felice per tutta la durata del pasto, cantò due versetti che aveva composto per il suo matrimonio e decise di stabilirsi a Bourgoin per il resto dei suoi giorni.” (Nota dell’editore)
[979] Ils sont nommés l’un et l’autre dans la lettre au comte de Tonnerre ci-après, en date du 18 septembre. Le premier s’appelait de Rozière ; le second, cousin du premier, et maire de Bourgoin, était M. de Champagneux.
[980] Cette lettre a été imprimée pour la première fois dans la Correspondance littéraire de Grimm (deuxième partie, tom. V, p. 55). Nous aurions à nous défier d’une source aussi suspecte, si l’écrit qui fait suite à cette lettre ne se trouvait également dans l’édition de Poincot, tome XXVIII, page 282. Les éditeurs annoncent le tenir de M. de Champagneux, maire de Bourgoin, qui, disent-ils, l’a transcrit lui-même avec la plus exacte fidélité ; et comme ce même écrit, dans l’édition de Poincot, offre avec celui qui est rapporté par Grimm des différences assez notables, c’est d’après cette édition que nous le donnerons ici.
[981] Les deux p… dont il est question sont d’Alembert et Grimm.
[982] Dans la Correspondance de Grimm, au lieu de, les magistrats, on lit, les Suisses.
[983] La maladie dont parle J. J. et pendant laquelle il est censé avoir écrit derrière une porte, doit faire excuser cette lettre si réellement il en est l’auteur ; pour le croire il faut le témoignage de M. de Champagneux rapporté par l’éditeur de l’édition de Poinçot.
[984] Artisan dont la spécialité consiste à préparer les peaux de chamois pour la maroquinerie. (Note de l’éditeur)
[985] On désignait ainsi ceux que nous appelons aujourd’hui » pickpockets » (Note de l’éditeur)
[986] Le mot s’écrit aujourd’hui » Génuflexion ». (Note de l’éditeur)
[987] J’ai appris seulement depuis quelques jours que le secrétaire baillival d’Yverdon s’appelait aussi M. Aldiman.
[988] L’arrêt est du 10 mars 1761. Il fut permis à Jean Thevenin de Tanley et consorts de le faire imprimer, publier, et afficher. On y voit même que ledit Nicolas-Eloi Thevenin, de la Charité-sur-Loire, est condamné au carcan, en place de Grève, pour y demeurer depuis midi jusqu’à deux heures, ayant écriteau devant et derrière, portant ces mots, Calomniateur et imposteur insigne.
[989] Celui de Renou, qu’il avait pris en allant habiter le château de Trye.
[990] M. de Saint-Germain a fait une Notice sur sa correspondance avec Jean-Jacques. En voici quelques passages.
… » Les personnes clairvoyantes qui ont suivi et vu de près M. Rousseau, en le blâmant dans ses écarts envers ceux qu’il regardait comme ses persécuteurs, découvraient en lui un amour pour ses semblables dont on trouverait peu d’exemples Son âme bienfaisante lui enlevait le nécessaire pour soulager les malheureux, et le faisait malade pour les maux d’autrui. En voici quelques traits dont M. de Saint-Germain (c’est lui qui parle ainsi en tierce personne) a été témoin.
«M. Rousseau, présent à la chute d’un échafaud sur lequel était un maçon qui fut blessé grièvement, courut à lui, le fit porter dans son auberge, et lui fit donner tous les secours possibles. S’apercevant quelque temps après que, malgré ses soins et une grosse dépense, cet homme n’était ni pansé ni soigné comme il aurait dû l’être, il écrivit à M. de Saint-Germain pour le prier de s’employer auprès du directeur de l’hôpital de Bourgoin, afin qu’il y fût reçu et recommandé, offrant de payer à cette maison, fondée seulement pour les pauvres malades du lieu, tout ce qu’il en pourrait coûter pour guérir cet étranger. Le directeur de l’hôpital l’y fit entrer et après que ce maçon fut parfaitement guéri, il alla remercier son bienfaiteur. M. Rousseau sortit de suite pour payer le directeur, qui lui dit être satisfait. Persuadé que M. de Saint-Germain avait payé, il vint le trouver, et se plaindre de ce qu’il lui eût enlevé un bien à lui qu’il réclamait. M. de Saint-Germain eut beau dire, M. Rousseau voulut absolument payer la moitié de ce qu’avait reçu l’hôpital.
«Un incendie consuma la maison d’un paysan où l’on ne put rien sauver. M. Rousseau en fut malade ; il envoya chercher l’incendié, lui donna un louis, et lui dit de prendre chez son boulanger le pain dont il aurait besoin pour lui et sa famille jusqu’à la récolte prochaine. Le paysan lui répondit: Monsieur, il vous en coûtera moins de nous faire donner quelques mesures de seigle ; M. Rousseau fit fournir pendant six mois tout le seigle dont cette famille eut besoin.
«Sa bourse ne fut jamais fermée aux malheureux ; on ne peut comprendre qu’avec une aussi médiocre fortune, cet homme, désintéressé jusqu’au blâme, pût donner autant. Personne à la vérité ne fut plus sobre que lui et n’eut moins de besoins, ne fut plus propre et n’usa moins.
«M. de Saint-Germain, accompagné d’une autre personne, fut visiter M. Rousseau qui s’était retiré à la campagne. Peu après leur arrivée un homme vint frapper à la porte. M. Rousseau se lève, lui ouvre, et lui dit de revenir. L’homme insista en disant qu’il venait de loin, et qu’il avait besoin de son argent. Alors il le fît entrer, et ces deux messieurs virent sept à huit vêtements de différente taille que cet homme apportait. M. Rousseau lui demanda ce qu’il lui fallait, il répondit, dix-huit francs ; ils lui furent payés. Voyant que ces messieurs s’étaient aperçus de ce qu’il voulait leur cacher, M. Rousseau leur dit: C’est une famille qui n’est pas vêtue ; il ne faut pas croire que de donner vingt-quatre sous ou un petit écu à l’importunité d’un pauvre, ce soit remplir les obligations de la charité. Il faut chercher le besoin où il est, etc.
«Pourrait-on croire que M. Rousseau, avec des sentiments pareils, soutenus par une pratique habituelle, ait pu être un empoisonneur, un fripon ? Il est cependant vrai qu’au sujet de son goût pour la recherche des plantes il a été taxé d’y chercher du poison, et qu’on a cité un homme sur lequel on prétendait qu’il en avait fait l’essai, parce qu’il mourut dans les douleurs d’une colique néphrétique, malgré tous les secours que lui procura M. Rousseau. Obligé de subir une confrontation avec un ouvrier, il confondit cet imposteur, qui disait lui avoir prêté, à Neuchâtel, neuf francs que M. Rousseau n’avait jamais voulu lui rendre
«Un fermier qui avait fourni pendant quinze mois h M. Rousseau des oeufs, du beurre, du fromage, qui toujours en avait été payé beaucoup au-delà de ce que la chose valait, et qui en outre avait reçu de lui, ainsi que sa famille, mille bienfaits, eut l’ingratitude et la mauvaise foi de lui envoyer un mémoire que ce fermier affirmait lui être dû, et ne lui avoir pas été payé par M. Rousseau avant son départ. Cette demande, vérifiée par M. de Saint-Germain, fut prouvée fausse.
«Une femme de chambre, prétendant à l’esprit, fatiguait M. Rousseau par des visites continuelles: furieuse de ce qu’il l’avait chassée de chez lui, elle dit qu’il l’avait voulu violer, et ce bruit se répandit partout.
«Tous ces événements, quoique fâcheux, n’auraient pas dû affecter M. Rousseau au point où il l’était, encore moins lui persuader que ces calomnies grossières étaient l’ouvrage de ses ennemis ; autant à plaindre qu’à blâmer, il était, par sa sensibilité et sa méfiance, son plus cruel ennemi à lui-même…, etc. »
[991] Ce Jeannet est nommé Janin dans les lettres précédentes ; c’est sans doute une erreur de Rousseau, qui avait été mal informé.
[992] Expression aujourd’hui désuète. Mondit sieur Rousseau signifie Monsieur Rousseau dont il est question.
[993] Question ou ensemble de questions posées par un juge.
[994] C’était l’arrêt du parlement de Paris, du 10 mars 1761, qui condamnait Thevenin au carcan, à être marqué, et aux galères pour trois ans, pour impostures et calomnies.
[995] Voiturier.
[996] Informée que J.J Rousseau était venu herboriser en dauphiné, La présidente de Verna de Grenoble, lui avait offert de loger dans son château. (Note de l’éditeur)
[997] plante exotique à cinq étamines employées en pharmacie. (Note de l’éditeur)
[998] Ferme de Monquin à Maubec, où séjourna J.J Rousseau après son mariage avec Thérèse Levasseur qui eut lieu le 30 août 1768 à Bourgoin.
[999] En effet, Fréron avait publié le discours dont il s’agit dans son Année littéraire, tome VII, 1768. Il y est précédé d’une lettre d’envoi que lui adresse un anonyme, et le journaliste n’y a ajouté aucune réflexion.
[1000] Élysées est ici écrit sans majuscule. Dans la mythologie grecque, les champs Élysées ou simplement l’Élysée sont le lieu des Enfers grecs où les héros et les gens vertueux goûtent le repos après leur mort. (Note de l’éditeur)
[1001] Cette lettre sert d’envoi à celle qui suit, écrite plus de deux mois auparavant, comme on le voit par sa date.
[1002] Voir la lettre qui précède, qui explique pourquoi celle-ci (écrite deux mois auparavant) a été placée ici. (Note de l’éditeur)
[1003] Sentiment intérieur. (Note de l’éditeur)
[1004] Diderot.
[1005] Duclos, mort en 1772.
[1006] Le prince de Conti.
[979] Both of them are mentioned by name in the letter to the Count of Tonnerre dated September 18th. The first one was named de Rozière; the second, a cousin of the first and mayor of Bourgoin, was Mr. de Champagneux.
[980] This letter was first published in Grimm’s Literary Correspondence (second series, vol. V, p. 55). We would have reason to doubt the authenticity of such a dubious source were it not for the fact that the text that follows this letter can also be found in Poincot’s edition, vol. XXVIII, page 282. The editors claim to have obtained it from Mr. de Champagneux, the mayor of Bourgoin, who allegedly transcribed it himself with utmost accuracy. Since this same text in Poincot’s edition contains considerable differences compared to the version reported by Grimm, we will present it here based on Poincot’s edition.
[981] The two individuals mentioned are d’Alembert and Grimm.
[982] In Grimm’s Correspondence, instead of “the magistrates,” it reads “the Swiss.”
[983] The illness about which J. J. speaks, and during which he is supposed to have written behind a door, must be taken as an excuse for this letter—if it truly was written by him; to believe this, one needs the testimony of M. de Champagneux, as reported by the publisher of the Poinçot edition.
[984] A craftsman whose specialty is preparing chamois skins for leatherwork. (Editor’s note)
[985] This term was used to refer to what we would call “pickpockets” today. (Editor’s note)
[986] The word is now written as “Génuflexion”. (Editor’s note)
[987] It was only a few days ago that I learned that the bailiff secretary of Yverdon was also named Mr. Aldiman.
[988] The judgment was issued on March 10, 1761. Jean Thevenin de Tanley and others were permitted to have it printed, published, and posted. It is even stated that Nicolas-Eloi Thevenin, from Charité-sur-Loire, was sentenced to wear a wooden collar in place of public execution, to be confined there from noon until two o’clock, with a sign placed in front of and behind him that read, “Notorious calumniator and impostor.”
[989] The one belonging to Renou, which he took with him when he went to live in the castle of Trye.
[990] Mr. de Saint-Germain has prepared a note on his correspondence with Jean-Jacques; here are some excerpts from it.
, “Those clairvoyant individuals who closely observed and followed Mr. Rousseau discovered, as they condemned his deviations from those whom he regarded as his persecutors, a deep love for his fellow human beings—a quality for which few examples can be found. His kind-hearted nature made it necessary for him to give away what was his own in order to relieve the unfortunate; yet this very act often caused him to fall ill himself due to the suffering of others. Here are some instances of which Mr. de Saint-Germain (it is he who speaks here in the third person) was witness.”
“Mr. Rousseau, who happened to be present when a scaffold collapsed, causing a bricklayer to be seriously injured, rushed to his aid, had him taken to his inn, and ensured that every possible care was provided for him. Some time later, realizing that, despite all his efforts and considerable expenses, the man had not received the proper treatment he needed, Mr. Rousseau wrote to Mr. de Saint-Germain, asking him to intercede with the director of the hospital in Bourgoin so that the injured man could be admitted and receive proper care. He offered to pay whatever amount it would take to treat this stranger, since the hospital was originally established to help the poor sick people of the area. The hospital director admitted him, and once the bricklayer had fully recovered, Mr. Rousseau went to thank his benefactor. Mr. Rousseau immediately paid the hospital director, who told him he was satisfied. Believing that Mr. de Saint-Germain had already covered the costs, Mr. Rousseau then approached him, complaining that he had been deprived of something that belonged to him. No matter what Mr. de Saint-Germain said, Mr. Rousseau insisted on paying half of the amount received by the hospital.”
“A fire destroyed a farmer’s house; nothing could be saved. Mr. Rousseau was deeply affected by this event. He went to find the farmer, gave him a louis, and told him to buy bread at the baker’s for himself and his family until the next harvest. The farmer replied, ‘Sir, it would cost you less to simply ask us to give you some wheat.’ Mr. Rousseau then ensured that the family had enough wheat for six months.”
“His purse was never closed to the unfortunate; one can only wonder how, with such meager means, this man, who was so selfless as to deserve praise, was able to give so much. In truth, no one was more frugal than him, nor did anyone have fewer needs; no one was cleaner or more careful in their use of resources.”
“Mr. de Saint-Germain, accompanied by another person, went to visit Mr. Rousseau, who had retired to the countryside. Shortly after their arrival, a man came to knock at the door. Mr. Rousseau got up, opened the door, and told him to come back later. The man insisted, saying that he had traveled far and needed money. So Mr. Rousseau let him in, and the two gentlemen saw seven or eight pieces of clothing of different sizes that the man had brought with him. Mr. Rousseau asked him what he needed, and he replied that it was eighteen francs; they paid him accordingly. Seeing that the gentlemen had noticed what he was trying to hide from them, Mr. Rousseau said: ‘This is a family that has no clothes; one should not think that giving twenty-four sous or a small sum of money to a poor person’s persistence means fulfilling the duties of charity. We must seek out where true need exists, and so on.’”
“Could one believe that Mr. Rousseau, with such feelings and a habit of engaging in such practices, could have been a poisoner or a scoundrel? It is true, however, that regarding his interest in collecting plants, he was accused of seeking poisonous substances among them; moreover, there was a man said to have experimented with such substances, as he died from the pains of nephritic colic despite all the help Mr. Rousseau tried to provide him. When forced to confront an impostor who claimed to have lent him nine francs in Neuchâtel—money that Mr. Rousseau had never intended to repay—he mistook this fraudster for the real person.”
“A farmer who had supplied Mr. Rousseau with eggs, butter, and cheese for fifteen months, and who had always been paid far more than the actual value of these goods, in addition to which he and his family had received numerous kindnesses from Mr. Rousseau, showed ingratitude and bad faith by sending him a document which the farmer claimed was owed to him but which Mr. Rousseau had not paid before his departure. This claim, verified by Mr. de Saint-Germain, was proven to be false.”
“A maid, claiming to be possessed by a spirit, constantly harassed Monsieur Rousseau with frequent visits. Furious that he had driven her away from his house, she claimed that he had attempted to rape her, and this rumor spread everywhere.”
“All these events, though unfortunate, should not have affected Mr. Rousseau to such an extent; nor should they have convinced him that these gross slanderous accusations were the work of his enemies. It is both pitiable and reproachable that, due to his sensitivity and mistrustfulness, he became his own most cruel enemy, ”
[991] This Jeanet is referred to as Janin in the previous letters; this is undoubtedly an error on Rousseau’s part, due to incorrect information he had been given.
[992] An expression that has become obsolete today. “Mondit sieur Rousseau” means “Mr. Rousseau”, referring to the person in question.
[993] A question or set of questions posed by a judge.
[994] It was the decree of the Parlement of Paris, dated March 10, 1761, that condemned Thévenin to be put in chains, marked as a criminal, and sentenced to three years of galeras for fraud and slander.
[995] Chauffeur.
[996] Upon learning that J.-J. Rousseau had come to collect herbs in Dauphiné, Madame de Vernay, the president of the region of Grenoble, offered him lodging in her castle. (Editor’s note)
[997] An exotic plant with five stamens, used in pharmacy. (Editor’s note)
[998] The farm of Monquin in Maubec, where J.-J. Rousseau stayed after his marriage to Thérèse Levasseur, which took place on August 30, 1768, in Bourgoin.
[999] Indeed, Fréron published the speech in question in his Année littéraire, volume VII, in 1768. It is preceded by a letter of introduction sent to him by an anonymous individual, and the journalist added no additional remarks of his own.
[1000] “Élysées” is written here in lowercase. In Greek mythology, the Fields of Elysium, or simply Elysium, are the realm in the Greek Underworld where heroes and virtuous people enjoy eternal rest after death. (Editor’s note)
[1001] This letter serves as a preface to the one that follows; it was written over two months ago, as indicated by its date.
[1002] See the letter preceding this one, which explains why it was placed here (written two months earlier). (Editor’s note)
[1003] Inner sentiment. (Editor’s note)
[1004] Diderot.
[1005] Duclos, who died in 1772.
[1006] The Prince of Conti.
[979] Entrambi vengono menzionati nella lettera indirizzata al conte di Tonnerre, datata 18 settembre. Il primo si chiamava de Rozière; il secondo, cugino del primo e sindaco di Bourgoin, era il signor de Champagneux.
[980] Questa lettera fu pubblicata per la prima volta nella “Correspondance littéraire de Grimm” (seconda parte, vol. V, p. 55). Ci sarebbe motivo di dubitare della credibilità di una fonte così sospetta, se il testo che segue questa lettera non si trovasse anch’esso nell’edizione di Poincot, vol. XXVIII, pagina 282. Gli editori affermano di averlo ricevuto dal signor de Champagneux, sindaco di Bourgoin, il quale lo avrebbe trascritto personalmente con la massima fedeltà; poiché questo stesso testo, nell’edizione di Poincot, presenta differenze abbastanza significative rispetto a quello riportato da Grimm, è su questa edizione che lo presenteremo qui.
[981] I due autori di cui si parla sono d’Alembert e Grimm.
[982] Nella “Corrispondenza di Grimm”, invece di “i magistrati”, si legge “gli svizzeri”.
[983] La malattia di cui parla J. J., e durante la quale si dice che abbia scritto questa lettera dietro una porta, dovrebbe giustificare il fatto che essa possa essere stata davvero scritta da lui; per crederci è necessario il testimoneo di M. de Champagneux riportato dall’editore dell’edizione Poinçot.
[984] Artigiano il cui compito principale è preparare le pelli di cammello per la produzione di articoli in cuoio. (Nota dell’editore)
[985] Così venivano chiamati coloro che oggi definiamo “borseggiatori” (Nota dell’editore).
[986] Oggi questa parola si scrive “Génuflexion”. (Nota dell’editore)
Solo negli ultimi giorni ho scoperto che il segretario del tribunale di Yverdon si chiamava anche signor Aldiman.
[988] La sentenza è del 10 marzo 1761. Fu concesso a Jean Thevenin de Tanley e soci di farla stampare, pubblicare e affiggere. Vi si legge anche che il suddetto Nicolas-Eloi Thevenin, di Charité-sur-Loire, fu condannato al carcere, situato in place de Grève, dove doveva rimanere dalle dodici alle due del pomeriggio; davanti e dietro al carcere gli venne appeso un cartello con la scritta: “Calunniatore e impostore infame”.
[989] Quello di Renou, che egli aveva preso con sé quando si trasferì nel castello di Trye.
[990] Il signor de Saint-Germain ha redatto una nota sulla sua corrispondenza con Jean-Jacques; ecco alcuni passaggi tratti da essa.
, » Le persone dotate di chiaroveggenza che hanno seguito da vicino Monsieur Rousseau, rimproverandolo per le sue deviazioni rispetto a coloro che considerava i suoi persecutori, scoprirono in lui un amore profondo per i suoi simili, un sentimento di cui si trovano pochi esempi. La sua anima benevola gli faceva donare ciò di cui aveva bisogno per alleviare i malheureux; e lo rendeva malato a causa dei mali altrui. Ecco alcuni tratti di questo carattere di cui Monsieur de Saint-Germain (è lui stesso a parlare in terza persona) fu testimone.
“Il signor Rousseau, presente al crollo di un’impalcatura su cui si trovava un muratore che rimase gravemente ferito, corse da lui, lo fece portare nella sua locanda e gli fornì tutti i soccorsi possibili. Dopo qualche tempo, accorgendosi che, nonostante le sue cure e le notevoli spese sostenute, quell’uomo non veniva curato come avrebbe dovuto essere, scrisse al signor de Saint-Germain chiedendogli di intervenire presso il direttore dell’ospedale di Bourgoin affinché l’uomo fosse accolto e assistito adeguatamente, offrendosi di pagare tutte le spese necessarie per la sua guarigione. Il direttore dell’ospedale lo fece entrare e, una volta che il muratore fu completamente guarito, questi andò a ringraziare il suo benefattore. Il signor Rousseau uscì subito per pagare il direttore, il quale gli disse di essere soddisfatto. Convinto che il signor de Saint-Germain avesse già effettuato il pagamento, andò da lui per lamentarsi del fatto che questi gli aveva sottratto qualcosa a cui aveva diritto. Nonostante le spiegazioni del signor de Saint-Germain, il signor Rousseau insistette nel voler pagare metà della somma ricevuta dall’ospedale.”
“Un incendio distrusse la casa di un contadino; non si riuscì a salvare nulla. Monsieur Rousseau ne rimase molto turbato; andò a trovare il contadino colpito dall’incidente, gli diede un luigi e gli disse di prendere dal panettiere il pane di cui avrebbe avuto bisogno lui e la sua famiglia fino al prossimo raccolto. Il contadino rispose: ‘Signore, vi costerebbe meno ordinarci semplicemente alcune misure di grano, ’ Monsieur Rousseau fece quindi provvedere a quella famiglia tutto il grano di cui aveva bisogno per sei mesi.”
La sua borsa non fu mai chiusa ai malheurevoli; si può solo comprendere, con una fortuna così modesta, come quest’uomo, privo di ogni interesse personale fino al punto di essere biasimato per questo, potesse dare tanto. In realtà, nessuno era più sobrio di lui, né aveva meno bisogni; nessuno era più pulito o si comportava in modo più parsimonioso nel suo uso delle risorse.
“Il signor de Saint-Germain, accompagnato da un’altra persona, andò a visitare il signor Rousseau, che si era ritirato in campagna. Poco dopo il loro arrivo, un uomo bussò alla porta. Il signor Rousseau si alzò, gli aprì e gli disse di tornare indietro. L’uomo insistette, dicendo di essere venuto da lontano e di aver bisogno del suo denaro. Allora il signor Rousseau lo fece entrare, e quei due uomini videro sette o otto abiti di dimensioni diverse che quell’uomo aveva portato con sé. Il signor Rousseau gli chiese di cosa avesse bisogno; lui rispose che gli servivano diciotto franchi; questi gli furono pagati. Vedendo che quegli uomini si erano accorti di ciò che quell’uomo cercava di nascondere, il signor Rousseau disse loro: ‘Si tratta di una famiglia che non ha abiti; non bisogna pensare che dare ventiquattro soldi o un piccolo scudo alla insistenza di un povero equivalga ad adempiere ai doveri della carità. Bisogna cercare il vero bisogno dove si trova, ’”
“Si potrebbe credere che un signore come Rousseau, con sentimenti del genere e abituato a tali pratiche, possa essere stato un avvelenatore o un furfante? Tuttavia è vero che, riguardo al suo interesse per la ricerca delle piante, fu accusato di cercarvi veleni; inoltre si menzionò un uomo il quale, secondo quanto si diceva, ne aveva fatto l’esperimento: morì infatti tra atroci dolori a causa di una colica renale, nonostante tutti i soccorsi forniti da Rousseau. Costretto ad affrontare un lavoratore, Rousseau lo scambiò per un impostore che sosteneva di avergli prestato nove franchi a Neuchâtel, somma che Rousseau non aveva mai intenzione di restituirgli.”
“Un contadino che per quindici mesi aveva fornito al signor Rousseau uova, burro e formaggio, ricevendo sempre un compenso molto superiore al valore reale di tali prodotti; inoltre, lui stesso e la sua famiglia avevano ricevuto da lui mille favori. Tuttavia, quell’uomo mostrò ingratitudine e malafede inviandogli un documento nel quale affermava che il signor Rousseau gli doveva del denaro e non glielo avesse pagato prima della sua partenza. Questa richiesta, verificata dal signor de Saint-Germain, risultò falsa.”
“Una cameriera, che si vantava di avere spirito, infastidiva costantemente Monsieur Rousseau con le sue visite: furiosa per essere stata cacciata dalla sua casa, affermò che lui avesse cercato di violentarla, e questa voce si diffuse ovunque.”
“Tutti questi eventi, per quanto sgradevoli, non avrebbero dovuto influenzare il signor Rousseau nel modo in cui lo hanno fatto, né tantomeno convincerlo che queste calunnie volgari fossero opera dei suoi nemici; da compiangere più che da biasimare, per via della sua sensibilità e della sua diffidenza, era lui stesso il suo peggiore nemico, ”, ecc.
[991] Questo Jeanet è chiamato Janin nelle lettere precedenti; si tratta probabilmente di un errore di Rousseau, che non era stato correttamente informato.
[992] Espressione oggi obsoleta. “Mondit sieur Rousseau” significa “Signor Rousseau, di cui si sta parlando”.
[993] Domanda o insieme di domande poste da un giudice.
[994] Fu la sentenza del parlamento di Parigi, emessa il 10 marzo 1761, a condannare Thévenin alla prigione, al marchio sulla faccia e a tre anni di galera per imposture e calunnie.
[995] Autista di taxi.
[996] Venuta a sapere che J.-J. Rousseau era venuto nel Delfinato per raccogliere erbe medicinali, la presidente di Verna de Grenoble gli aveva offerto di alloggiare nel suo castello. (Nota dell’editore)
[997] Pianta esotica con cinque stami, utilizzata in farmacia. (Nota dell’editore)
[998] Tenuta di Monquin a Maubec, dove soggiornò J.-J. Rousseau dopo il suo matrimonio con Thérèse Levasseur, avvenuto il 30 agosto 1768 a Bourgoin.
[999] Infatti, Fréron aveva pubblicato il discorso in questione nella sua “Année littéraire”, volume VII, nel 1768. Prima di esso era presente una lettera di presentazione inviata da un anonimo, e il giornalista non vi aveva aggiunto alcuna riflessione personale.
[1000] “Élysées” è scritto senza maiuscola in questo contesto. Nella mitologia greca, i campi dell’Elysio sono il luogo degli inferi greci dove gli eroi e le persone virtuose godono di riposo dopo la morte. (Nota dell’editore)
[1001] Questa lettera funge da introduzione a quella che segue; essa è stata scritta più di due mesi fa, come si evince dalla data.
[1002] Si veda la lettera precedente, che spiega perché questa (scritta due mesi prima) sia stata inserita qui. (Nota dell’editore)
[1003] Sentimento interiore. (Nota dell’editore)
[1004] Diderot.
[1005] Duclos, morto nel 1772.
[1006] Il principe di Conti.
[1007] L’Aconit napel (Aconitum napellus subsp. napellus) ou Casque-de-Jupiter est une sous-espèce de plantes de la famille des Ranunculaceae. Elle est communément appelée » Gueule de loup ». (Note de l’éditeur)
[1008] Engourdissement douloureux du bout des doigts causé par un grand froid. (Note de l’éditeur)
[1009] Engourdissement douloureux du bout des doigts causé par un grand froid. (Note de l’éditeur)
[1010] Du verbe douer, c’est-à-dire doter. (Note de l’éditeur)
[1011] J.J Rousseau a écrit 17 9/2 70… Le chiffre supérieur de la fraction indique le quantième du mois, et l’inférieur, le mois dans l’ordre numérique. Ainsi cette lettre est du 9 février 1770. C’est la première fois qu’il date de cette manière, et ce n’est pas sans surprendre certains de ses correspondants (Voir lettre CMXIII, à M. l’abbé M. du 28 février 1770) ; on voit de même apparaître le quatrain par lesquel, depuis cette époque, il a commencé la plupart de ses lettres. Le choix des vers fait naître un sentiment pénible.
Pour cette lettre ainsi que pour les suivantes, et afin de poursuivre une bonne lisibilité de la datation, nous avons choisi de ne pas reprendre la manière inventive adoptée par Rousseau. (Note de l’éditeur)
[1012] Horace, Premier livre, extrait Ode XXV. Ad Fortunam antiatem. (Note de l’éditeur)
[1013] Suzanne Gonceru, née Rousseau, tante de Jean-Jacques. Née le 13 février 1682 et décédée le 11 novembre 1774 ; elle avait plus de 48 ans lorsqu’elle épousa, à Genève, le 24 août 1730, Isaac-Henri Gonceru, fils de feu Louis, en son vivant châtelain de Crassier et bourgeois de Nyon.
[1014] Voyez la lettre à d’Ivernois, du 29 janvier 1768.
[1015] Marie Jean Antoine Nicolas de Caritat, marquis de Condorcet, né le 17 septembre 1743 à Ribemont et mort le 29 mars 1794 à Bourg-la-Reine. Philosophe, mathématicien, et homme politique français, représentant des Lumières.(Note de l’éditeur)
[1016] Il est probable que l’auteur nonagénaire de la rapsodie publiée en 1824 sous le titre de Mémoires de Condorcet, ne connaissait ni l’hommage des Essais d’analyse, ni cette lettre de Rousseau.
[1017] Pierre-Laurent de Belloy, dit Dormont de Belloy, de son vrai nom Pierre-Laurent Buirette. Comédien et auteur dramatique français, né le 17 novembre 1727 à Saint-Flour et mort le 5 mars 1775 à Paris. Il est connu surtout pour sa tragédie patriotique Le Siège de Calais, qui remporta un énorme succès en 1765. Il mit également en scène Bayard et Du Guesclin. (Note de l’éditeur)
[1018] Il est probable que ce vers était le second de ces deux-ci:
Que de vertu brillait dans son faux repentir !
Peut-on si bien la peindre, et ne la pas sentir ?
[1019] Ainsi orthographié à cette époque. (Note de l’éditeur)
[1020] Cette lettre était incluse dans celle qui suit.
[1021] Cette lettre était incluse dans celle qui suit.
[1022] Le comte de Montaigu, ambassadeur à Venise.
[1023] Passage remarquable du Petit Prophète, ouvrage de M. Grimm, et dans lequel il s’est peint sans y songer.
[1024] Son aventure avec madame de Lainage.
[1025] Le souper fait avec Grimm chez Klupffell, et ce qui en a été la suite.
[1026] Ajoutez les impulsions continuelles de Diderot, qui, soit qu’il ne pût oublier le donjon de Vincennes, soit avec le projet déjà formé de me rendre odieux, m’allait sans cesse excitant et stimulant aux sarcasmes. Sitôt que je fus à la campagne, et que ces impulsions cessèrent, le caractère et le ton de mes écrits changèrent, et je rentrai dans mon naturel.
[1027] En retranchant quelques morceaux de la façon de Diderot, qu’il m’y fit insérer presque malgré moi. Il en avait ajouté de plus durs encore ; mais je ne pus me résoudre à les employer.
[1028] Que serait-ce si je lui présentais ma Lettre à d’Alembert sur les Spectacles, ouvrage où le plus tendre délire perce à travers la force du raisonnement, et rend cette lecture ravissante ? Il n’y a point d’absurdité qu’on ne rende imaginable en supposant que des scélérats peuvent traiter ainsi de pareils sujets. Démocrite prouva aux Abdéritains qu’il n’était pas fou en leur lisant une de ses pièces ; et moi, je défie tout homme sensé qui lira cette lettre de pouvoir croire que l’auteur soit un coquin.
[1029] Variante: l’art d’écrire.
[1030] Quant aux pensées, celles qu’il a eu la bonté de me prêter, et que j’ai eu la bêtise d’adopter, sont bien faciles à distinguer des miennes, comme on peut le voir dans celle du philosophe qui s’argumente en enfonçant son bonnet sur ses oreilles (Discours sur l’Inégalité) ; car ce morceau est de lui tout entier. Il est certain que M. Diderot abusa toujours de ma confiance et de ma facilité pour donner à mes écrits un ton dur et un air noir, qu’ils n’eurent plus sitôt qu’il cessa de me diriger et que je fus livré tout-à-fait à moi-même.
[1031] Enfin, tant ont opéré les gens qui disposent de moi, qu’il reste clair comme le jour, à Grenoble et ailleurs, que le galérien Thevenin m’a prêté neuf francs aux Verrières, tandis que j’étais à Montmorency ; qu’il me les a prêtés par les mains du cabaretier Jeannet, notre commun hôte, chez qui je n’ai jamais logé, et à qui je ne parlai de ma vie ; et que je lui donnai, en reconnaissance, des lettres de recommandation pour MM. de Faugnes et Aldiman, que je ne connaissais pas.
[1032] Ceux qui aboient, qui crient, qui font du bruit. (Note de l’éditeur)
[1033] Quand il s’avisa de me faire peindre à Londres, je ne pus imaginer quel était son but ; car j’entrevoyais déjà de reste que ce n’était pas par amitié pour moi. Je vois maintenant très bien ce but ; mais je ne me pardonnerais pas de l’avoir deviné.
[1034] Je suis persuadé qu’il y a sous tout cela quelque équivoque, quelque malentendu, quelque adroit mensonge, sur lequel un mot peut-être serait un trait de lumière qui frapperait tout le monde, et démasquerait les imposteurs. Ils le sentent et le craignent sans doute ; aussi paraît-il qu’ils ont mis toute l’adresse, toute la ruse, toute la sagacité de leur esprit à chercher des raisons plausibles et spécieuses pour prévenir toute explication. Cependant comment ont-ils pu couvrir l’iniquité de cette conduite jusqu’à tromper les gens de bon sens ? Voilà ce qui me passe.
[1035] Pour l’intelligence de cette phrase et de celles qui la suivent, il faut savoir que la personne à qui cette seconde lettre était adressée avait mis en tête de sa réponse à la première un quatrain qui semblait annoncer qu’elle avait pris en mauvaise part celui de M. Rousseau, ce qui cependant n’était pas. (Note de l’éditeur de Genève.)
[1036] Voyez Émile, Livre IV.
[1037] L’Empire du Grand Zimbabwe, aussi appelé Monomotapa, Mwene Mutapa, Munhumutapa ou Mutapa, était un royaume médiéval (c. 1450-1629) situé en Afrique australe et recouvrant les territoires des actuels Zimbabwe et Mozambique. Sa capitale était le Grand Zimbabwe. (Note de l’éditeur)
[1038] Falsifier. (Note de l’éditeur)
[1039] Proverbe latin: Quand Jupiter veut perdre un homme, il lui ôte la raison. (Note de l’éditeur)
[1040] Comme il se rendit peu de temps après à Paris, il est présumable qu’il croyait de son devoir d’aller dans cette capitale, et qu’il y croyait son honneur intéressé: supposition qui en amène une autre: c’est que, las d’errer et de se cacher il voulait paraître au grand jour et lire ses Confessions, afin que ceux qu’il accusait pussent répondre ou se justifier. Voyez l’Examen des Confessions, tome XIV.
[1041] Château de Césarges. Le Marquis F.J de Césarges, qui y reçut J.J Rousseau, était le propriétaire de la maison que le philosophe occupait à Monquin, près de Bourgoin. Thérèse y ayant été insultée, Rousseau s’en plaignit amèrement auprès de lui.
[1042] Je ne l’ai fait. Texte conforme à celui de l’édition originale (recueil de du Peyrou, 1790).
[1043] Le lecteur doit bien croire que M. de Saint-Germain, dans sa réponse, en acceptant un exemplaire, n’a pas adhéré à une telle proposition.
[1044] Marc Antoine Louis Claret (de Fleurieu) de La Tourrette (ou de Latourrette). Botaniste français, né le 11 août 1729 à Lyon et mort en 1793.(Note de l’éditeur)
[1045] Voir » Observation » en fin de lettre.
[1046] J. J. Rousseau parlant clans cette lettre de complots, appelant Thérèse sa femme, nom qu’il ne lui donne qu’en 1768 ; enfin n’étant de retour à Paris qu’en 1770, cette lettre doit être de ce temps, et non de 1766, date qu’on lui a donnée jusqu’à présent, oubliant qu’il passe cette année en Angleterre.
[1047] Ces lettres étaient dans la plupart des éditions datée du Temple le 3 janvier 1766. Or il partait ce jour même pour l’Angleterre avec David Hume. Une autre circonstance démontre l’erreur de la date. Il parle de l’insalubrité de son habitation, tandis qu’il était logé par le prince de Conti à l’hôtel Saint-Simon, dans l’enclos du Temple, et meublé somptueusement.
[1007] The Aconit napel (Aconitum napellus subsp. napellus), also known as Casque-de-Jupiter, is a subspecies of plant in the Ranunculaceae family. It is commonly referred to as “Gueule de loup”. (Editor’s note)
[1008] Painful numbness at the fingertips caused by extreme cold. (Editor’s note)
[1009] Painful numbness at the fingertips caused by extreme cold. (Editor’s note)
[1010] From the verb “douer,” which means to endow or provide with something. (Editor’s note)
[1011] J.J. Rousseau wrote “17 9/2 70, ” The numerator of this fraction indicates the day of the month, while the denominator indicates the month in numerical order. Thus, this letter dates from February 9, 1770. This is the first time he has dated his letters in this manner, which surprised some of his correspondents (see letter CMXIII, to Monsignor M. du on February 28, 1770); one can also notice the quartet of lines that he began using in the heading of most of his letters from that time onward. The choice of these verses evokes a sense of melancholy.
For this letter and the subsequent ones, in order to maintain clarity in the indication of dates, we have chosen not to follow the innovative approach adopted by Rousseau. (Editor’s note)
[1012] Horace, Book I, extract from Ode XXV: To Fortune in Reverse. (Editor’s note)
[1013] Suzanne Gonceru, née Rousseau, aunt of Jean-Jacques. Born on February 13, 1682, and died on November 11, 1774; she was over 48 years old when she married Isaac-Henri Gonceru in Geneva on August 24, 1730. He was the son of the late Louis, who had been lord of Crassier during his lifetime and a burgher of Nyon.
[1014] See the letter to d’Ivernois dated January 29, 1768.
[1015] Marie Jean Antoine Nicolas de Caritat, Marquis of Condorcet, was born on September 17, 1743, in Ribemont and died on March 29, 1794, in Bourg-la-Reine. A French philosopher, mathematician, and politician, he was a representative of the Enlightenment. (Editor’s note)
[1016] It is likely that the ninety-year-old author of this rhapsody, published in 1824 under the title Mémoires de Condorcet, was neither aware of the tribute contained in Essais d’analyse nor of this letter by Rousseau.
[1017] Pierre-Laurent de Belloy, also known as Dormont de Belloy, whose real name was Pierre-Laurent Buirette. A French actor and playwright, he was born on November 17, 1727, in Saint-Flour and died on March 5, 1775, in Paris. He is best known for his patriotic tragedy The Siege of Calais, which was a tremendous success in 1765. He also directed plays such as Bayard and Du Guesclin. (Editor’s note)
[1018] It is likely that this verse was the second of these two.
What virtue shone through in his pretended repentance!
Can one paint it so vividly and yet not feel it?
[1019] Spelled in this manner at that time. (Editor’s note)
[1020] This letter was included in the one that follows.
[1021] This letter was included in the one that follows.
[1022] Count of Montaigu, ambassador to Venice.
[1023] A remarkable passage from “The Little Prophet,” a work by Mr. Grimm, in which he inadvertently portrays himself within it.
[1024] His affair with Madame de Lainage.
[1025] The dinner prepared with Grimm at Klupffell’s house, and what happened afterward.
[1026] Add to this the constant impulses from Diderot—whether because he could not forget the dungeon of Vincennes, or because he already had the intention of making me seem despicable—to constantly provoke and encourage me to use sarcasm. Once I was in the countryside and these impulses ceased, the nature and tone of my writings changed, and I returned to my true self.
[1027] By removing some passages in the manner that Diderot had suggested, he almost forced me to incorporate them into the text. He had also added even more radical sections; but I could not bring myself to use them.
[1028] What if I presented him with my “Letter to d’Alembert on Theatrical Spectacles” – a work in which the tenderest whimsy pierces through the strength of reasoning, making its reading utterly delightful? There is no absurdity that cannot be made plausible by assuming that some scoundrels might treat such subjects in such a manner. Democritus proved to the Abderites that he was not insane when he read them one of his plays; and I defy any sensible person who reads this letter from believing that its author is a fool.
[1029] Alternative: the art of writing.
[1030] As for those thoughts that he had the kindness to lend me and that I had the foolishness to adopt, they are quite easy to distinguish from my own; this can be seen in the passage from the philosopher who argues by pushing his hat over his ears (Discourse on Inequality), for that entire section is clearly his own work. It is certain that Mr. Diderot always took advantage of my trust and my willingness to accept his guidance, giving my writings a harsh tone and a dark undertone whenever he stopped directing me and I was left entirely on my own.
[1031] Finally, after all the dealings people have had with me, it is now clear as day, in Grenoble and elsewhere, that the galley slave Thevenin lent me nine francs at the Verrières establishment, while I was staying in Montmorency; he did so through our common host, the tavernkeeper Jeannet, at whose place I never stayed and to whom I never mentioned anything about my life. In return for this loan, I gave him letters of recommendation for Messrs. de Faugnes and Aldiman, people I did not even know.
[1032] Those who bark, who shout, who make noise. (Editor’s note)
[1033] When he suggested that I have my portrait painted in London, I could not imagine what his purpose was; for I already had a suspicion that it was not out of friendship for me. Now I understand that purpose very well; but I would never forgive myself for having guessed it.
[1034] I am convinced that there must be some ambiguity, some misunderstanding, some clever lie at the heart of all this. Perhaps a single word could serve as a ray of light that would enlighten everyone and expose the deceivers. They must be aware of this and undoubtedly fear it; therefore, they seem to have employed every trick, every cunning strategy, every ounce of their intelligence to devise plausible and specific reasons in order to prevent any clarification. Yet how were they able to conceal the injustice of such behavior to the point of deceiving people of good sense? That is what troubles me.
[1035] In order to understand this sentence and those that follow it, it is necessary to know that the person to whom this second letter was addressed had included in her reply to the first one a quartet that seemed to imply that she took Mr. Rousseau’s poem in a negative light; however, this was not actually the case. (Note from the Geneva editor.)
[1036] See Émile, Book IV.
[1037] The Empire of Great Zimbabwe, also known as Monomotapa, Mwene Mutapa, Munhumutapa, or Mutapa, was a medieval kingdom (c. 1450-1629) located in southern Africa, encompassing the territories of present-day Zimbabwe and Mozambique. Its capital was Great Zimbabwe. (Editor’s note)
[1038] To falsify. (Editor’s note)
[1039] Latin proverb: When Jupiter wants to destroy a man, he takes away his reason. (Editor’s note)
[1040] Since he soon afterwards went to Paris, it is presumed that he believed it his duty to go to that capital, and that he considered it necessary for his own honor to do so; this assumption leads to another: namely, that, tired of wandering and hiding, he wanted to come out into the open and have his Confessions read aloud, so that those whom he accused could respond or defend themselves. See Examen des Confessions, volume XIV.
[1041] Château of Césarges. The Marquis F.J. de Césarges, who received J.J. Rousseau there, was the owner of the house that the philosopher occupied in Monquin, near Bourgoin. Since Thérèse had been insulted there, Rousseau bitterly complained to him about it.
[1042] I did not do it. The text is consistent with that of the original edition (Du Peyrou’s collection, 1790).
[1043] The reader must firmly believe that Mr. de Saint-Germain, in his response by accepting an example, did not agree to such a proposal.
[1044] Marc Antoine Louis Claret (de Fleurieu) de La Tourrette (or de Latourrette). French botanist, born on August 11, 1729, in Lyon, and died in 1793. (Editor’s note)
[1045] See “Observation” at the end of the letter.
[1046] In this letter full of plots, J.-J. Rousseau refers to Thérèse as his wife—a title he did not begin using until 1768. Since he did not return to Paris until 1770, this letter must undoubtedly date from that time, and not from 1766, as previously assumed, given that he spent that year in England.
[1047] In most editions, these letters were dated January 3, 1766, at the Temple. However, he left for England on that very day with David Hume. Another circumstance proves that this date is incorrect. He mentions the unsanitary conditions of his residence, whereas in reality he was staying at the Hôtel Saint-Simon, within the Temple complex, and was provided with luxurious furnishings by the Prince de Conti.
[1007] L’Aconito napello (Aconitum napellus subsp. napellus), noto anche come Casque-de-Jupiter, è una sottospecie di pianta appartenente alla famiglia delle Ranunculaceae. Viene comunemente chiamato “Gueule de loup”. (Nota dell’editore)
[1008] Intorpidimento doloroso alle estremità delle dita causato dal freddo intenso. (Nota dell’editore)
[1009] Intorpidimento doloroso alle estremità delle dita causato dal freddo intenso. (Nota dell’editore)
[1010] Dal verbo “douer”, che significa “dotare”. (Nota dell’editore)
[1011] J.-J. Rousseau scrisse “17 9/2 70”. Il numero superiore della frazione indica il giorno del mese, mentre quello inferiore indica il mese stesso nell’ordine numerico. Quindi questa lettera risale al 9 febbraio 1770. È la prima volta che Rousseau utilizza questo modo di datare le sue lettere, il che sorprese alcuni dei suoi corrispondenti (vedi lettera CMXIII, indirizzata all’abate M. du 28 febbraio 1770); inoltre appare anche il quartetto poetico con cui, da quel momento in poi, Rousseau iniziò la maggior parte delle sue missive. La scelta di questi versi suscita però un senso di disagio.
Per questa lettera e per quelle successive, al fine di mantenere una buona leggibilità delle date, abbiamo deciso di non riprendere lo stile innovativo adottato da Rousseau. (Nota dell’editore)
[1012] Orazio, Primo libro, estratto dall’Ode XXV: “Ad Fortunam antiatem”. (Nota dell’editore)
[1013] Suzanne Gonceru, nata Rousseau, zia di Jean-Jacques. Nata il 13 febbraio 1682 e deceduta l’11 novembre 1774; aveva più di 48 anni quando, il 24 agosto 1730 a Ginevra, sposò Isaac-Henri Gonceru, figlio del defunto Louis, che in vita era stato castellano di Crassier e cittadino di Nyon.
[1014] Si veda la lettera a d’Ivernois del 29 gennaio 1768.
[1015] Marie Jean Antoine Nicolas de Caritat, marchese di Condorcet, nato il 17 settembre 1743 a Ribemont e morto il 29 marzo 1794 a Bourg-la-Reine. Filosofo, matematico e politico francese, rappresentante dei )Lumi.(Nota dell’editore)
[1016] È probabile che l’autore novantenne della rapsodia pubblicata nel 1824 con il titolo di “Mémoires de Condorcet” non conoscesse né l’omaggio contenuto negli “Essais d’analyse” né questa lettera di Rousseau.
[1017] Pierre-Laurent de Belloy, detto Dormont de Belloy, il cui vero nome era Pierre-Laurent Buirette. Attore e drammaturgo francese, nato il 17 novembre 1727 a Saint-Flour e morto il 5 marzo 1775 a Parigi. È conosciuto soprattutto per la sua tragedia patriottica “Il assedio di Calais”, che ottenne un enorme successo nel 1765. Direse anche “Bayard” e “Du Guesclin”. (Nota dell’editore)
[1018] È probabile che questo verso fosse il secondo di questi due.
Quanta virtù splendeva nel suo falso pentimento!
È possibile descriverla così bene e non percepirla allo stesso tempo?
[1019] Così scritto in quel periodo. (Nota dell’editore)
[1020] Questa lettera era inclusa in quella che segue.
[1021] Questa lettera era inclusa in quella che segue.
[1022] Il conte di Montaigu, ambasciatore a Venezia.
[1023] Passaggio notevole del “Piccolo Profeta”, opera di M. Grimm, in cui questi si è ritratto senza nemmeno rendersene conto.
[1024] La sua avventura con la signora de Lainage.
[1025] La cena preparata con Grimm da Klupffell, e ciò che ne è seguito.
[1026] Aggiungete alle continue sollecitazioni di Diderot il fatto che, o perché non riusciva a dimenticare la prigione di Vincennes, o per via del progetto già formato di rendermi odioso, continuava ad eccitarmi e stimolarmi a compiere sarcasmi. Non appena mi ritrovai in campagna, e queste sollecitazioni cessarono, il carattere e lo stile dei miei scritti cambiarono, e tornai alla mia natura originale.
[1027] Eliminando alcuni passaggi nel modo in cui li aveva scritti Diderot, mi fece inserirli quasi contro la mia volontà. Ne aggiunse altri ancora più duri; ma non riuscii a decidermi a utilizzarli.
[1028] Che cosa succederebbe se gli presentassi la mia “Lettera a d’Alembert sui Spettacoli”, un’opera in cui il più tenero delirio si fa strada attraverso la forza della ragione, rendendo questa lettura davvero incantevole? Non esiste assurdità che non possa sembrare plausibile se si ipotizza che degli individui spregevoli possano trattare argomenti del genere in questo modo. Democrito dimostrò agli Abderiti di non essere pazzo leggendo loro una delle sue opere; e io sfido qualsiasi uomo saggio a credere, dopo aver letto questa lettera, che l’autore sia davvero un individuo spregevole.
[1029] Variante: l’arte di scrivere.
[1030] Per quanto riguarda i pensieri, quelli che egli ha avuto la gentilezza di prestarmi e che io ho avuto la stupidità di adottare, sono facilmente distinguibili dai miei; come si può vedere nel passo del filosofo che argomenta mettendosi il cappello sulle orecchie (Discorso sull’Ineguaglianza): quel brano appartiene interamente a lui. È certo che Monsieur Diderot abusò sempre della mia fiducia e della mia disponibilità per dare ai miei scritti un tono duro e un aspetto cupo; tale carattere non scomparve mai dopo che egli smise di guidarmi e io fui completamente lasciato a me stesso.
[1031] Infine, poiché molte persone hanno agito su di me, è ormai chiaro come il giorno, a Grenoble e altrove, che il galeotto Thevenin mi ha prestato nove franchi presso i Verrières, mentre io mi trovavo a Montmorency; che me li ha prestati tramite il taverniere Jeannet, il nostro comune ospite, presso cui non ho mai soggiornato e con cui non ho mai parlato della mia vita; e che, in segno di ringraziamento, gli ho dato delle lettere di raccomandazione per i signori de Faugnes e Aldiman, che non conoscevo affatto.
[1032] Quelli che abbaiano, che gridino, che facciano rumore. (Nota dell’editore)
[1033] Quando si decise di farmi dipingere a Londra, non riuscivo a immaginare quale fosse il suo scopo; inoltre, già allora intuivo che non si trattasse di un gesto di amicizia nei miei confronti. Ora vedo molto chiaramente quale fosse quel scopo; ma non mi perdonerei mai se non fossi riuscito a indovinarlo.
[1034] Sono convinto che ci sia sotto tutto questo qualche ambiguità, qualche malinteso, qualche astuto inganno; forse una sola parola potrebbe rappresentare un raggio di luce in grado di chiarire tutto e smascherare gli impostori. Loro lo sanno e ne hanno certamente paura; per questo sembra che abbiano messo tutta la loro abilità, tutta la loro astuzia, tutta la saggezza del loro intelletto nel cercare ragioni plausibili e specifiche per impedire qualsiasi spiegazione. Eppure, come hanno potuto nascondere l’ingiustizia di questo comportamento al punto di ingannare anche le persone di buon senso? Questo è ciò che mi chiedo.
[1035] Per comprendere questo passaggio e quelli che seguono, è necessario sapere che la persona a cui era indirizzata questa seconda lettera aveva deciso di includere nella sua risposta alla prima un quartetto che sembrava indicare che avesse interpretato in modo negativo quello di Monsieur Rousseau, il che in realtà non era vero. (Nota dell’editore di Ginevra.)
[1036] Vedete Emile, Libro IV.
[1037] L’Impero del Grande Zimbabwe, noto anche come Monomotapa, Mwene Mutapa, Munhumutapa o Mutapa, era un regno medievale (circa 1450-1629) situato nell’Africa australe e che comprendeva i territori degli attuali Zimbabwe e Mozambico. La sua capitale era il Grande Zimbabwe. (Nota dell’editore)
[1038] Falsificare. (Nota dell’editore)
[1039] Proverbi latini: Quando Giove vuole far perdere qualcuno, gli toglie la ragione. (Nota dell’editore)
[1040] Poiché poco tempo dopo si recò a Parigi, si può presumere che ritenesse suo dovere andare in quella capitale e che considerasse tale decisione legata al proprio onore: una supposizione che porta a un’altra: forse, stanco di vagabondare e nascondersi, voleva comparire alla luce del giorno e pubblicare le proprie “Confessioni”, affinché coloro che accusava potessero rispondere o difendersi. Si veda l’“Esame delle Confessioni”, volume XIV.
[1041] Castello di Césarges. Il Marchese F.J. de Césarges, che accolse lì J.-J. Rousseau, era il proprietario della casa in cui il filosofo soggiornava a Monquin, vicino a Bourgoin. Poiché Thérèse vi fu insultata, Rousseau si lamentò amaramente con lui.
[1042] Non l’ho fatto. Testo conforme a quello dell’edizione originale (raccolta di Du Peyrou, 1790).
[1043] Il lettore deve credere fermamente che il signor de Saint-Germain, accettando un esemplare nella sua risposta, non abbia aderito a una tale proposta.
[1044] Marc Antoine Louis Claret (de Fleurieu) de La Tourrette (o de Latourrette). Botanico francese, nato l’11 agosto 1729 a Lione e morto nel 1793. (Nota dell’editore)
[1045] Vedi “Osservazione” alla fine della lettera.
[1046] J.-J. Rousseau, parlando in questa lettera di complotti e chiamando Teresa sua moglie – un nome che le dà soltanto nel 1768 – essendo tornato a Parigi solo nel 1770, questa lettera deve quindi risalire a quell’epoca, e non al 1766, data che fino ad ora le è stata attribuita; si è dimenticato infatti che in quell’anno Rousseau soggiornò in Inghilterra.
[1047] Nella maggior parte delle edizioni, queste lettere sono datate 3 gennaio 1766 al Tempio. Tuttavia, in quel giorno stesso egli partì per l’Inghilterra insieme a David Hume. Un’altra circostanza dimostra l’errore nella datazione: egli parla dell’insalubrità della sua abitazione, mentre in realtà soggiornava all’hôtel Saint-Simon, nel complesso del Tempio, presso il principe di Conti, e viaggiava con un lusso considerevole.
[1048] Jean-Joseph Dussaulx, dit aussi Jean Dusaulx, né à Chartres le 28 décembre 1728 et mort à Paris le 16 mars 1799. Homme de lettres et homme politique français. Membre de l’Académie royale des inscriptions et belles-lettres, traducteur de Juvénal. Disciple de Rousseau, il fut en politique un révolutionnaire modéré.(Note de l’éditeur)
[1049] On dit arrher, et non errher. Dusaulx, qui le premier a publié cette lettre, a souligné, comme nous le faisons ici, le mot errhé, que Rousseau n’a pu employer que par inadvertance.
Nota: Arrher signifie s’assurer de la bonne fin d’un achat en versant des arrhes. (Note de l’éditeur)
[1050] Sans parler ici de ses Eléments de Musique, je venais de parcourir un Dictionnaire des Beaux-Arts portant le nom d’un M. Lacombe, dans lequel je trouvai beaucoup d’articles tout entiers de ceux que j’avais faits en 1749 pour l’Encyclopédie, et qui, depuis nombre d’années, étaient dans les mains de M. d’Alembert.
[1051] Comme on n’a plus entendu parler, que je sache, de ce prétendu prisonnier, je ne doute point que tout cela ne fût un jeu barbare et digne de mes persécuteurs.
[1052] Ce fut par une suite de cette même résolution que je conservai mon recueil de lettres, dont heureusement je n’avais encore déchiré et brûlé que quelques feuillets.
[1053] Il venait d’accompagner en Piémont madame la princesse de Carignan.
[1054] Il avait envoyé demander cette bouteille chez Dusaulx ; mais au lieu d’une on en apporta douze, générosité au moins fort maladroite, et qui dut paraître à Rousseau d’autant plus offensante, que son procédé était franc et aimable. Rousseau donc s’en fâcha, et certainement il avait raison ; cependant la querelle n’eut pas de suite.
[1055] D’une manière couverte, cachée. (Note de l’éditeur)
[1056] Orthographié » crystal » à cette époque.
[1057] Phrase mise dans la bouche de Laocoon par Virgile dans l’Énéide. Elle peut se traduire par » Je crains les Grecs, même ceux apportant des cadeaux. » Elle fait référence au Cheval de Troie. Elle est devenue une locution usuelle.
[1058] Dusaulx fit à cette lettre une réponse à laquelle Rousseau ne répliqua pas. » Je ne sache pas, dit Dusaulx à ce sujet, que depuis notre éternelle séparation, il soit sorti de sa bouche un seul mot capable de m’offenser: au contraire, j’ai appris avec reconnaissance qu’il s’était expliqué sur mon compte d’une manière trop honorable pour le répéter… Je ne l’ai depuis rencontré qu’une fois par hasard aux travaux de l’Étoile voisine des champs élysées. Son premier mouvement et le mien fuient réciproquement de tomber dans les bras l’un de l’autre ; mais il s’arrêta au milieu de son élan. Qui l’a donc retenu ? la méfiance dont un accès plus violent qu’à l’ordinaire le saisit tout-à-coup. Situé sur le bord d’une tranchée profonde, et me voyant à ses côtés, il craignit apparemment que je ne l’y précipitasse ; tout, du moins, m’autorisait à le croire. Il tremblait de tous ses membres. Tantôt il élevait des bras suppliants vers le ciel ; tantôt, comme s’il eût invoqué ma pitié, il me montrait l’abîme ouvert sous ses pas. Je ne compris que trop ce langage muet. M’éloignant de lui, je tâchai de le rassurer par les plus tendres démonstrations ; quoiqu’il en parût touché, il passa son chemin. »
[1059] Raideur (Note de l’éditeur)
[1060] Orthographié » fesaient ».
[1061] Au pluriel. (Note de l’éditeur)
[1062] Probablement Jean Paul Timoléon de Cossé-Brissac, duc de Brissac (7ème du nom), chevalier de l’Ordre du Saint-Esprit, marquis de Thouarcé et maréchal de France (né le 12 octobre 1698 à Paris, mort en 1784 à Sarrelouis), est un général de Louis XV. Il est principalement connu pour son action à la tête de l’arrière garde française à la bataille de Minden. (Note de l’éditeur)
[1063] M. Corancez raconte ce fait avec quelque détail dans son écrit intitulé, De J. J. Rousseau, page 8 et suiv. C’était lui qui avait été chargé d’offrir à Rousseau la lettre de change montant à 6.336 liv.
[1064] Carl Linnaeus, puis Carl von Linné après son anoblissement, né le 23 mai 1707 à Råshult (Suède) et mort le 10 janvier 1778 à Uppsala (Suède). Naturaliste suédois qui a fondé les bases du système moderne de la nomenclature binominale.
[1065] Cette lettre fut communiquée à M. Broussonet par M. Smith, de la Société royale de Londres, qui a acquis la collection et les manuscrits de Linné ; il l’a fait imprimer dans le Journal de Paris, le 9 mai 1786.
[1066] Antoine Raymond Juan Gualbert Gabriel de Sartine (ou Sartines), comte d’Alby (Barcelone, 12 juillet 1729 – Tarragone, 7 septembre 1801). Homme politique français, conseiller 1752, lieutenant criminel 1755 au Châtelet à Paris, il est lieutenant général de police (1759–1774), puis ministre de la Marine sous Louis XVI. (Note de l’éditeur)
M. Lenoir ne succéda à M. de Sartine qu’en 1774. C’est donc par erreur qu’on a, dans les éditions précédentes, mis le nom du premier.
[1067] Celles en particulier de madame Duchesne se réduisent toutes à une rente de trois cents francs, stipulée dans le marché de mon Dictionnaire de Musique. J’en ai une de six cents francs, de Milord Maréchal, dont je jouis par l’attention de celui qu’il en a chargé à ma prière, mais sans autre sûreté que son bon plaisir, n’ayant aucun acte valable pour la réclamer de mon chef. J’ai une rente de dix livres sterling, pour mes livres que j’ai vendus en Angleterre, sur la tête de l’acheteur et sur la mienne, en sorte que cette rente doit s’éteindre au premier mourant. Tout cela fait ensemble onze cents francs de viager, dont il n’y a que trois cents de solides. Ajoutez à cela quelque argent comptant, dernier reste du petit capital que j’ai consumé dans mes voyages, et que je m’étais réservé pour avoir quelque avance en faisant ici mon établissement.
[1068] Alexandre Mikaïlovitch (1752-1809) 1er Prince BELOSSELSKY BELOZERSKY. Écrivain, poète et musicien. (Note de l’éditeur)
[1069] Cette lettre parut pour la première fois en 1789, dans les Poésies françaises d’un prince étranger. Rousseau l’écrivit à une époque où il ne correspondait plus avec personne. Nous ignorons de quel opéra il veut parler. Ceux dont Grétry fît la musique en 1775, sont la Fausse magie et Céphale et Procris; encore cette dernière pièce avait-elle été précédemment jouée à Versailles. Toutes deux sont de Marmontel.
[1071] Voici encore un mot pour le dictionnaire. Hélas ! pour parler de ma destinée, il faudrait un vocabulaire tout nouveau qui n’eût été composé que pour moi.
[1072] Lieutenant-colonel au régiment d’Orléans. Condamné par le tribunal révolutionnaire il mourut sur l’échafaud en 1793. Les lettres de Rousseau qui lui furent adressées, furent trouvées dans ses papiers et confiées au député Lakanal qui voulait publier les oeuvres posthumes de Rousseau. Le comte Duprat offrit un asile au philosophe qui l’appréciait beaucoup. Celui-ci semblait disposé à l’accepter, lorsqu’il fut entraîné par Thérèse à Ermenonville.
[1073] L’hirondelle est naturellement familière et confiante ; mais c’est une sottise dont on la punit trop bien pour ne l’en pas corriger. Avec de la patience, on l’accoutume encore à vivre dans des appartements fermés, tant qu’elle n’aperçoit pas l’intention de l’y tenir captive: mais sitôt qu’on abuse de cette confiance (à quoi l’on ne manque jamais), elle la perd pour toujours. Dès-lors elle ne mange plus, elle ne cesse de se débattre et finit par se tuer(Note de Jean-Jacques.)
[1074] Ce quelqu’un était M. de Neuville ; et comme il affecte de ne m’en point parler, je crains qu’il n’y ait du froid, de sorte que je suis très embarrassé qui lui donner à sa place. (Note du comte Duprat)
[1075] Les choses n’ont pu s’arranger pour qu’il fît le voyage projeté. Bien peu de temps après il s’est décidé en faveur d’Ermenonville, où il est mort dans la même année. (Note du comte Duprat.)
— ANNEXES —
BIOGRAPHIE
PRÉCIS DES CIRCONSTANCES DE LA VIE DE J. J. ROUSSEAU
ESSAI SUR LA VIE ET LE CARACTÈRE DE JEAN-JACQUES ROUSSEAU
D’autres annexes figurent dans cette collection des œuvres complètes de J. J. Rousseau. Elles ont été placées à la suite des ouvrages de l’auteur, chaque fois qu’elles en constituent une analyse.
[1048] Jean-Joseph Dussaulx, also known as Jean Dusaulx, was born in Chartres on December 28, 1728, and died in Paris on March 16, 1799. A French literary figure and politician, he was a member of the Royal Academy of Inscriptions and Belles-Lettres and translated works by Juvenal. As a disciple of Rousseau, he was a moderate revolutionary in politics. (Editor’s note)
[1049] It should be said “arrher”, not “errher”. Dusaulx, who was the first to publish this letter, emphasized the word “errhé” – just as we do here – pointing out that Rousseau could have used it only by mistake.
Note: “Arrher” means to ensure the successful completion of a purchase by paying a deposit. (Editor’s note)
[1050] Without going into detail about his “Elements of Music” here, I had just been reading a Dictionary of the Fine Arts authored by Mr. Lacombe. In it, I found many entire articles that I had written in 1749 for the Encyclopédie; these articles had since been in the hands of Mr. d’Alembert for many years.
[1051] Since I have not heard anything more about this so-called prisoner, I have no doubt that all of this was but a barbaric game, worthy of my persecutors.
[1052] It was through this same resolve that I managed to keep my collection of letters; fortunately, I had only torn up and burned a few pages of it so far.
[1053] He had just accompanied Princess de Carignan to Piedmont.
[1054] He had sent someone to request that bottle from Dusaulx; but instead of one, twelve were brought—a generosity that was at least very awkward, and which must have seemed all the more offensive to Rousseau, given that his own manner had been straightforward and friendly. Therefore, Rousseau was offended by this, and certainly he had reason to be; however, the quarrel did not proceed any further.
[1055] In a concealed, hidden manner. (Editor’s note)
[1056] Spelled as “crystal” at that time.
[1057] A phrase attributed to Laocoon by Virgil in the Aeneid. It can be translated as “I fear the Greeks, even those who bring gifts.” It refers to the Trojan Horse and has become a common saying.
[1058] Dusaulx replied to this letter, but Rousseau did not respond. “I do not know,” Dusaulx said regarding this, “that since our eternal separation, a single word has ever left his lips that could offend me; on the contrary, I was pleased to learn that he had spoken of me in a manner so honorable that I could not bring myself to repeat it. I have only met him once by chance at the works site near the Étoile des champs-Élysées. His first impulse and mine were both to embrace each other; but he stopped in his tracks. What held him back? Doubt—a sudden, more intense doubt than usual. Standing on the edge of a deep trench and seeing me beside him, he apparently feared that I might push him into it; at least everything seemed to suggest that this was his fear. He trembled all over. Sometimes he raised imploring arms toward the sky; other times, as if begging for my pity, he pointed at the abyss beneath his feet. I understood too well this silent language. Moving away from him, I tried to reassure him with the tenderest expressions of sympathy; yet, although he seemed moved, he went on his way.”
[1059] Raider (Editor’s Note)
[1060] Spelled as “fesaient”.
[1061] In plural form. (Editor’s note)
[1062] Most likely Jean Paul Timoléon de Cossé-Brissac, 7th Duke of Brissac, Knight of the Order of the Holy Spirit, Marquis of Thouarcé, and Marshal of France (born on October 12, 1698, in Paris; died in 1784 in Sarrelouis), was a general under Louis XV. He is primarily known for his leadership of the French rear guard at the Battle of Minden. (Editor’s note)
[1063] Mr. Corancez recounts this incident in some detail in his work titled “De J. J. Rousseau,” on page 8 and following. It was he who was responsible for presenting Rousseau with the promissory note amounting to 6,336 livres.
[1064] Carl Linnaeus, later renamed Carl von Linné after being ennobled, was born on May 23, 1707, in Råshult (Sweden) and died on January 10, 1778, in Uppsala (Sweden). He was a Swedish naturalist who laid the foundations for the modern system of binomial nomenclature.
[1065] This letter was communicated to Mr. Broussonet by Mr. Smith of the Royal Society of London, who had acquired Linne’s collection and manuscripts; he had it printed in the Journal de Paris on May 9, 1786.
[1066] Antoine Raymond Juan Gualbert Gabriel de Sartine (or Sartines), Count of Alby (Barcelona, July 12, 1729 – Tarragona, September 7, 1801). A French politician, he served as counselor in 1752 and deputy prosecutor at the Châtelet in Paris in 1755. Later, he became Lieutenant General of Police (1759–1774) and then Minister of the Marine under Louis XVI. (Note from the editor)
Mr. Lenoir did not succeed Mr. de Sartine until 1774. It is therefore a mistake that the name of the former was included in earlier editions.
[1067] Those particular ones, belonging to Madame Duchesne, all amount to a rent of three hundred francs, as stipulated in the contract for my Dictionary of Music. I also have a rent of six hundred francs from Lord Maréchal, which I receive through the kindness of the person he appointed to manage it at my request; however, this income depends solely on his good will, as I possess no legal document to claim it directly. Additionally, I have a rent of ten pounds sterling derived from books I sold in England, which is payable by both the buyer and myself upon either of our deaths. In total, these sources provide me with eleven hundred francs per year for living expenses, of which only three hundred are in solid cash form. Add to this some amount of ready money—what remains of the small capital I had spent on my travels and which I had set aside to help me get established here—and you will see that my resources are rather limited.
[1068] Alexander Mikhailevich (1752-1809), 1st Prince Beloselsky-Belozersky. Writer, poet, and musician. (Editor’s note)
[1069] This letter was first published in 1789, in Poésies françaises d’un prince étranger. Rousseau wrote it at a time when he was no longer corresponding with anyone. We do not know which opera he is referring to. The operas for which Grétry composed the music in 1775 are La Fausse magie and Céphale et Procris; however, the latter had already been performed in Versailles prior to that. Both works were written by Marmontel.
[1071] Here is another word to add to the dictionary. Alas! To speak of my destiny, one would need a completely new vocabulary that had been composed specifically for me alone.
[1072] Lieutenant-colonel in the Orléans regiment. Condemned by the Revolutionary Tribunal, he died on the guillotine in 1793. Rousseau’s letters addressed to him were found among his papers and entrusted to the deputy Lakanal, who intended to publish Rousseau’s posthumous works. Count Duprat offered asylum to this philosopher, whom he greatly appreciated. It seemed that Rousseau was willing to accept it, when he was instead taken away by Thérèse to Ermenonville.
[1073] The swallow is naturally familiar and trusting by nature; yet this is such a foolish trait that it is punished far too severely for it not to be corrected. With patience, one can even accustom it to living in enclosed spaces, as long as it does not perceive the intention of keeping it captive there. But once this trust is abused—which never fails to happen—the swallow loses it forever. At that point, it stops eating, continues to struggle violently, and ultimately kills itself. (Note by Jean-Jacques.)
[1074] This person was Mr. de Neuville; and since he seems to deliberately avoid mentioning it, I fear there may be some trouble involved, so I am in a very awkward position as to who should mention it on his behalf. (Note by Count Duprat)
[1075] Circumstances did not allow him to undertake the journey he had planned. Shortly thereafter, he decided to go to Ermenonville, where he died in the same year. (Note by Count Duprat.)
— APPENDICES —
BIOGRAPHY
SUMMARY OF THE CIRCUMSTSTANCES IN THE LIFE OF J. J. ROUSSEAU
AN ESSAY ON THE LIFE AND CHARACTER OF JEAN-JACQUES ROUSSEAU
Other appendices are included in this collection of the complete works of J. J. Rousseau. They have been placed after the author’s other works whenever they constitute an analysis of those works.
[1048] Jean-Joseph Dussaulx, noto anche come Jean Dusaulx, nato a Chartres il 28 dicembre 1728 e morto a Parigi il 16 marzo 1799. Letterato e politico francese. Membro dell’Accademia reale delle iscrizioni e belle lettere, traduttore di Giovenale. Discepolo di Rousseau, in campo politico fu un rivoluzionario moderato. (Nota dell’editore)
[1049] Si dice “arrher”, e non “errher”. Dusaulx, che per primo pubblicò questa lettera, evidenziò, proprio come facciamo noi qui, la parola “errhé”, che Rousseau poté utilizzare soltanto per errore.
Nota: Pagare un acconto significa assicurarsi che un acquisto avvenga con successo, versando una somma in anticipo. (Nota dell’editore)
[1050] Senza parlare dei suoi “Elementi di Musica”, avevo appena sfogliato un “Dizionario delle Belle Arti” scritto da un certo signor Lacombe; in esso trovai molti articoli che corrispondevano esattamente a quelli che avevo redatto nel 1749 per l’Enciclopedia, e che da allora erano rimasti nelle mani del signor d’Alembert.
[1051] Poiché non si è più sentito parlare, per quanto ne so, di questo presunto prigioniero, non dubito affatto che tutto ciò sia stato un gioco barbaro e degno dei miei persecutori.
[1052] Fu proprio grazie a questa stessa determinazione che conservai la mia raccolta di lettere; fortunatamente, avevo ancora distrutto e bruciato soltanto alcuni fogli.
[1053] Aveva appena accompagnato in Piemonte la principessa di Carignan.
[1054] Aveva mandato a chiedere quella bottiglia da Dusaulx; ma invece di una ne portarono dodici, un gesto di generosità almeno molto maldestro, che dovette sembrare a Rousseau ancora più offensivo, dato che il suo comportamento era stato franco e cordiale. Rousseau si arrabbiò quindi, e certamente aveva ragione; tuttavia la discussione non ebbe conseguenze.
[1055] In modo velato, nascosto. (Nota dell’editore)
[1056] In quel periodo veniva scritto “crystal”.
[1057] Frase attribuita a Laocoonte da Virgilio nell’Eneide. Può essere tradotta come “Temo i Greci, anche quelli che portano doni”. Fa riferimento al Cavallo di Troia ed è diventata un’espressione comune nell’uso quotidiano.
[1058] Dusaulx rispose a questa lettera, ma Rousseau non replicò. “Non so”, disse Dusaulx a questo proposito, “che da quando ci siamo separati per sempre, sia mai uscita dalle sue labbra una parola in grado di offendermi; al contrario, ho appreso con gratitudine che si era espresso su mio conto in un modo così onorevole da non poter essere ripetuto. L’ho incontrato solo una volta per caso, durante i lavori presso l’“Étoile voisine des champs élysées”. Il suo primo impulso e il mio furono entrambi di gettarci uno nelle braccia dell’altro; ma si fermò a metà strada. Che cosa lo trattenne? La diffidenza che, all’improvviso, lo assalì in modo più violento del solito. Trovandosi sul bordo di una profonda trincea e vedendomi al suo fianco, temette probabilmente che lo spingessi giù; almeno tutto sembrava indicare questa possibilità. Tremava da capo a piedi: a volte alzava le braccia supplicanti verso il cielo; altre volte, come se invocasse la mia pietà, mi mostrava l’abisso aperto sotto i suoi piedi. Capii fin troppo bene quel linguaggio muto. Allontanandomi da lui, cercai di rassicurarlo con le dimostrazioni più affettuose; anche se sembrò commosso, proseguì per la sua strada.”
[1059] Durezza (Nota dell’editore)
[1060] Scritto “fesa”.
[1061] Al plurale. (Nota dell’editore)
[1062] Probabilmente Jean Paul Timoléon de Cossé-Brissac, VII duca di Brissac, cavaliere dell’Ordine del Santo Spirito, marchese di Thouarcé e maresciallo di Francia (nato il 12 ottobre 1698 a Parigi, morto nel 1784 a Sarrelouis), fu un generale di Luigi XV. È conosciuto principalmente per il suo ruolo alla guida della retroguardia francese nella battaglia di Minden. (Nota dell’editore)
[1063] Il signor Corancez descrive questo fatto in dettaglio nel suo scritto intitolato “De J. J. Rousseau”, a pagina 8 e seguenti. Era lui ad essere stato incaricato di consegnare a Rousseau la cambiale del valore di 6.336 lire.
[1064] Carl Linnaeus, in seguito Carl von Linné dopo essere stato nobilitato, nacque il 23 maggio 1707 a Råshult (Svezia) e morì il 10 gennaio 1778 a Uppsala (Svezia). Naturalista svedese che gettò le basi del moderno sistema di nomenclatura binomiale.
[1065] Questa lettera fu fatta conoscere a Monsieur Broussonet da Monsieur Smith, della Società Reale di Londra, che aveva acquistato la collezione e i manoscritti di Linné; egli la fece pubblicare sul “Journal de Paris” il 9 maggio 1786.
[1066] Antoine Raymond Juan Gualbert Gabriel de Sartine (o Sartines), conte d’Alby (Barcellona, 12 luglio 1729 – Tarragona, 7 settembre 1801). Uomo politico francese, consigliere nel 1752, luogotenente criminale nel 1755 presso il Châtelet di Parigi, fu poi luogotenente generale di polizia (1759–1774) e in seguito ministro della Marina sotto Luigi XVI. (Nota dell’editore)
Il signor Lenoir succedette al signor de Sartine soltanto nel 1774. Pertanto, nelle edizioni precedenti, il nome del primo è stato inserito per errore.
[1067] In particolare, quelle provenient da madame Duchesne si riducono tutte a un reddito di trecento franchi, stabilito nel contratto relativo al mio “Dizionario di Musica”. Ne ho un altro di seicento franchi, concesso da Milord Maréchal; ne beneficio grazie alla gentilezza di colui che egli ha incaricato di provvedervene su mia richiesta, ma senza alcuna garanzia diversa dal suo buon volere, poiché non dispongo di alcun documento valido per rivendicarlo direttamente. Ho inoltre un reddito di dieci sterline britanniche, derivante dai libri che ho venduto in Inghilterra; questo reddito è garantito sia dal compratore che da me stesso, ma termina al momento della morte del primo dei due. Tutto ciò insieme rappresenta undiccento franchi di entrate, di cui soltanto trecento sono in denaro contante. Aggiungete a questo qualche altro piccolo importo in contanti, che rappresenta l’ultimo residuo del piccolo capitale che ho speso nei miei viaggi e che mi ero riservato per poter avviare qui la mia attività.
[1068] Alessandro Mikajlovič (1752-1809), I principe Beloselskij-Belozerskij. Scrittore, poeta e musicista. (Nota dell’editore)
[1069] Questa lettera apparve per la prima volta nel 1789, nelle “Poésies françaises d’un prince étranger”. Rousseau la scrisse in un periodo in cui non comunicava più con nessuno. Non sappiamo di quale opera stia parlando. Le opere per le quali Grétry compose la musica nel 1775 sono “La Fausse magie” e “Céphale et Procris”; tuttavia quest’ultima rappresentazione era già avvenuta in precedenza a Versailles. Entrambe le opere sono di Marmontel.
[1071] Ecco ancora una parola da aggiungere al dizionario. Ahimè! Per parlare del mio destino, servirebbe un vocabolario completamente nuovo, creato appositamente per me.
[1072] Tenente colonnello nel reggimento di Orléans. Condannato dal tribunale rivoluzionario, morì sulla ghigliottina nel 1793. Le lettere di Rousseau indirizzate a lui furono trovate tra i suoi documenti e affidate al deputato Lakanal, che intendeva pubblicare le opere postume di Rousseau. Il conte Duprat offrì asilo al filosofo, il quale lo apprezzava molto. Quest’ultimo sembrava disposto ad accettarlo, quando fu trascinato via da Thérèse verso Ermenonville.
[1073] L’airone è per natura affabile e fiduciosa; ma si tratta di una sciocchezza per cui viene punita troppo severamente, al punto che non può evitarne le conseguenze. Con pazienza, si può abituarla a vivere in ambienti chiusi, purché non si intenda tenerla prigioniera: ma non appena questa fiducia viene abusata (cosa che inevitabilmente accade), la perde per sempre. A quel punto smette di mangiare, continua a lottare disperatamente e finisce per uccidersi (Nota di Jean-Jacques).
[1074] Quell’uomo era il signor de Neuville; e poiché fa finta di non volerne parlare, temo che ci possano essere dei problemi, quindi sono molto imbarazzato nel dover trovare qualcun altro al suo posto. (Nota del conte Duprat)
[1075] Le cose non si sono messe in modo che potesse intraprendere il viaggio previsto. Poco tempo dopo, decise di recarsi a Ermenonville, dove morì nello stesso anno. (Nota del conte Duprat.)
— ALLEGHI —
BIografia
Riepilogo delle circostanze della vita di J.-J. Rousseau
Saggio sulla vita e sul carattere di Jean-Jacques Rousseau
Altre appendici sono incluse in questa collezione delle opere complete di J.-J. Rousseau. Sono state inserite alla fine degli scritti dell’autore ogni volta che costituiscono un’analisi specifica di tali opere.