Rousseau

Abstract

Personal polemical declaration on a dispute over authorship with pastor Vernes concerning an anonymous pamphlet against Rousseau. An occasional polemical text, without philosophical content.

Testo originale francese · Arvensa Editions · pubblico dominio

C’est un des malheurs de ma vie qu’avec un si grand désir d’être oublié je sois contraint de parler de moi sans cesse. Je n’ai jamais attaqué personne, et je ne me suis défendu que lorsqu’on m’y a forcé ; mais quand l’honneur oblige de parler, c’est un crime de se taire. Si M. le pasteur Vernes se fut contenté de désavouer l’ouvrage où je l’ai reconnu, j’aurais gardé le silence. Il veut de plus une déclaration de ma part, il faut la faire ; il m’accuse publiquement de l’avoir calomnié, il faut me défendre ; il demande les raisons que j’ai eues de le nommer, il faut les dire : mon silence en pareil cas me serait reproché, et ce reproche ne serait pas injuste. Les préventions du public m’ont appris depuis longtemps à me mettre au-dessus de sa censure ; il ne m’importe plus qu’il pense bien ou mal de moi, mais il m’importera toujours de me conduire de telle sorte que, quand il en pensera mal, il ait tort.

Je dois dire pourquoi, faisant réimprimer à Paris un libelle imprimé à Genève, je l’ai attribué à M. Vernes ; je dois déclarer si je continue, après son désaveu, à le croire auteur du libelle ; enfin je dois prendre, sur la réparation qu’il désire, le parti qu’exigent la justice et la raison. Mais on ne peut bien juger de tout cela qu’après l’exposé des faits qui s’y rapportent.

Au commencement de janvier, dix ou douze jours après la publication des Lettres écrites de la montagne, parut à Genève une feuille intitulée, Sentiment des citoyens : on m’expédia par la poste un exemplaire de cette pièce pour mes étrennes. Après l’avoir lue, je l’envoyai de mon côté à un libraire de Paris, comme une réponse aux Lettres écrites de la montagne, avec la lettre suivante :

« Je vous envoie, monsieur, une pièce imprimée et publiée à Genève, et que je vous prie d’imprimer et publier à Paris, pour mettre le public en état d’entendre les deux parties, en attendant les autres réponses plus foudroyantes qu’on prépare à Genève contre moi. Celle-ci est de M. Vernes, ministre du saint Évangile, et pasteur à Céligny : je l’ai reconnu d’abord à son style pastoral. Si toutefois je me trompe, il ne faut qu’attendre pour s’en éclaircir ; car, s’il en est l’auteur, il ne manquera pas de le reconnaître hautement selon le devoir d’un homme d’honneur et d’un bon chrétien ; s’il ne l’est pas, il la désavouera de même, et le public saura bientôt à quoi s’en tenir.

« Je vous connais trop, monsieur, pour croire que vous voulussiez imprimer une pièce pareille, si elle vous venait d’une autre main ; mais puisque c’est moi qui vous en prie, vous ne devez vous en faire aucun scrupule. Je vous salue de tout mon cœur. »

À peine la pièce était-elle imprimée à Paris, qu’il en fut expédié, sans que je sache par qui, des exemplaires à Genève avec ces trois mots : Lisez, bonnes gens : Cela donna occasion à M. Vernes de m’écrire plusieurs lettres, qu’il a publiées avec mes réponses, et que je transcris ici de l’imprimé.

Réponse

Môtiers, le 4 février 1765

J’ai reçu, monsieur, la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire le 2 de ce mois, et par laquelle vous désavouez la pièce intitulée, Sentiment des citoyens. J’ai écrit à Paris pour qu’on y supprimât l’édition que j’y ai fait faire de cette pièce : si je puis contribuer en quelque autre manière à constater votre désaveu, vous n’avez qu’à ordonner. Je vous salue, monsieur, très humblement.

Réponse

Môtiers, le 15 février 1765.

De peur, monsieur, qu’une vaine attente ne vous tienne en suspens, je vous préviens que je ne ferai point la déclaration que vous paraissez espérer où désirer de moi. Je n’ai pas besoin de vous dire la raison qui m’en empêche, personne au monde ne la sait mieux que vous.

Comme nous ne devons plus rien avoir à nous dire, vous permettrez que notre correspondance finisse ici. Je vous salue, monsieur, très humblement.

Réponse

Môtiers, le 24 février 1765.

La phrase dont vous me demandez l’explication, monsieur, ne me paraît pas avoir deux sens : j’ai voulu dire le plus clairement et le moins durement qu’il était possible que, nonobstant un désaveu auquel je m’étais attendu, je ne pouvais attribuer qu’à vous seul l’écrit désavoué, ni par conséquent faire une déclaration qui de ma part serait un mensonge. Si celle-ci n’est pas claire, ce n’est pas assurément ma faute, et je serais fort embarrassé de m’expliquer plus positivement. Recevez, monsieur, je vous supplie, mes très humbles salutations.

J. J. Rousseau.

Quatrième Lettre de M. le Pasteur Vernes

Céligny, le 1er mars 1765.

Monsieur,

La lumière n’est assurément pas plus claire que l’explication que vous me donnez. Si c’est par ménagement que vous aviez employé la phrase équivoque de votre précédente lettre, c’est par la même raison que j’avais écarté le sens dans lequel vous me déclarez qu’elle doit être prise. Il reste à présent d’autres ténèbres, que vous seul pouvez dissiper. Si, comme il paraît par votre dernière lettre, vous étiez fermement résolu de me croire l’auteur du libelle ; si vous entreteniez au-dedans de vous cette persuasion avec une sorte de complaisance, pourquoi m’aviez-vous invité vous-même à reconnaître hautement cette pièce, ou à la désavouer ? pourquoi aviez-vous laissé croire qu’il était possible que vous fussiez dans l’erreur à cet égard ? pourquoi aviez-vous dit, Si je me trompe, il ne faut qu’attendre pour s’en éclaircir ? pourquoi avez-vous ajouté que, lorsque j’aurais parlé, le public saurait ci quoi s’en tenir ? Tout cela n’était-il qu’un jeu de votre part ? ou bien, auriez-vous été capable de former l’odieux projet d’ajouter une nouvelle injure à celle que vous n’aviez pas craint de me faire par une odieuse imputation ? C’est à regret, monsieur, que je me livre à une conjecture qui vous déshonorerait si elle était fondée ; je ne me résoudrai jamais à penser mal de vous que lorsque vous m’y forcerez vous-même. Ce n’est pas tout ; si mon désaveu n’a fait sur vous aucune impression, pourquoi donc avez-vous ordonné au libraire de Paris de supprimer votre édition du libelle ? pourquoi, comme je l’ai su de bonne part, avez-vous écrit à un homme d’un rang distingué, qu’ayant été mieux instruit, vous ne m’attribuiez plus cette pièce ? Je vous le demande, est-il possible de vous trouver en cela d’accord avec vous-même ? Si de nouvelles raisons, plus décisives que celles que vous avait fournies mon prétendu style pastoral, qui est la seule que vous ayez alléguée, et dont le ridicule vous aurait frappé, sans son air de sarcasme qui a pu vous séduire ; si, dis-je, de nouvelles raisons ont arrêté ce premier mouvement de justice, que la droiture naturelle de votre cœur avait fait naître, pourquoi ne m’exposez-vous pas ces raisons avec cette franchise et cette candeur qu’annonce en vous cette belle devise, Vitam impendere vero ? Ce silence ne donnera-t-il point lieu de croire qu’il est des cas où vous aimez à mettre un bandeau sur vos veux, où la découverte de la vérité coûterait trop à certain sentiment, souvent plus fort que l’amour qu’on a pour elle ? Voyez donc, monsieur, quel est le parti qu’il vous convient de prendre. Pour moi, loin de redouter l’exposition des motifs qui vous empêchent de vous rendre à mon désaveu, je suis très curieux de les apprendre, ne pouvant pas en imaginer un seul. Je vous demande de vous expliquer à cet égard avec toute la clarté possible, et sans aucun ménagement, tant je suis convaincu que vous ne ferez par là que confirmer le jugement de toutes les personnes dont je suis connu, qui dirent, en lisant ma première lettre, que j’aurais dû me taire sur une imputation qui tombait d’elle-même, et ne pouvait faire tort qu’à son auteur. Je reçois bien volontiers, monsieur, vos salutations, et je vous prie d’agréer les miennes.

One of the misfortunes of my life is that, despite my strong desire to be forgotten, I am forced to speak about myself constantly. I have never attacked anyone, and I only defended myself when I was forced to; but when honor demands that one speak, it would be a crime to remain silent. If Mr. Vernes had simply denied the work in which I identified him, I would have kept quiet. But he also wants a statement from me; it must be given. He publicly accuses me of having slandered him; I must defend myself. He asks for the reasons why I mentioned his name; they must be explained. In such a case, my silence would be criticized—and that criticism would not be unjust. The prejudices of the public have long taught me to disregard their censure. It no longer matters whether they think well or ill of me; what matters is that I always behave in such a way that, even when they think poorly of me, they are in error.

I must explain why, when having had a pamphlet printed in Geneva reprinted in Paris, I attributed it to Mr. Vernes; I must state whether, despite his denial, I still believe him to be the author of that pamphlet; and finally, I must take the position required by justice and reason regarding the compensation he seeks. However, one can only make a proper judgment on all these matters after having examined the facts related to them.

At the beginning of January, ten or twelve days after the publication of Letters Written from the Mountain, a pamphlet titled Sentiments of Citizens appeared in Geneva. I received a copy of this piece by mail for my New Year’s greetings. After reading it, I sent it on to a bookseller in Paris as a response to Letters Written from the Mountain, along with the following letter:

“Sir, I am sending you a piece that has been printed and published in Geneva; I beg you to print and publish it in Paris as well, so that the public may hear both sides of the argument, in anticipation of other even more devastating responses that are being prepared against me in Geneva. This piece is by Mr. Vernes, minister of the Holy Gospel and pastor in Céligny; I recognized him at once from his pastoral style. However, if I am mistaken, we need only wait to find out the truth. For if he is indeed its author, he will not fail to acknowledge it openly, out of duty as a man of honor and a good Christian; if not, he will likewise deny it, and the public will soon know what to believe.”

“I know you too well, sir, to believe that you would want to publish such a piece if it had come from someone else’s hands; but since it is I who am asking you to do so, you should have no reservations at all. I greet you with all my heart.”

As soon as the edition was printed in Paris, copies were sent to Geneva—by whom, I do not know—but with these three words: “Read, good people.” This incident prompted Mr. Vernes to write me several letters, which he published along with my replies; I am reproducing them here from the printed version.

Answer

Môtiers, February 4, 1765

Sir, I have received the letter you took the trouble to write to me on the 2nd of this month, in which you disavow the play entitled “Sentiments des Citoyens.” I have written to Paris requesting that the edition of this play that I had having printed there be withdrawn; if there is any other way in which I can assist in confirming your disavowal, you need only give the order. I salute you very humbly, sir.

Answer

Môtiers, February 15, 1765.

For fear, sir, that futile waiting might keep you in suspense, I inform you that I will not make the declaration that you seem to expect or desire from me. I need not tell you the reason that prevents me from doing so; no one in the world knows it better than you.

Since we have nothing more to say to each other, I would request that our correspondence end here. I bid you a very humble farewell, sir.

Answer

Môtiers, February 24, 1765.

The phrase you are asking me to explain, sir, does not seem to have any two possible meanings. I meant to say as clearly and as gently as possible that, despite a denial which I had expected, I could attribute the disputed document only to you alone; consequently, I could not make a statement that would be a lie on my part. If this explanation is not clear enough, it is certainly not my fault, and I would be very embarrassed to try to clarify it any further. Please accept, sir, my most humble regards.

J. J. Rousseau.

Fourth Letter from Mr. Pastor Vernes

Céligny, March 1, 1765.

Sir,

The light is certainly no clearer than the explanation you have given me. If you used that ambiguous phrase in your previous letter out of consideration for my feelings, then for the same reason, I had dismissed the interpretation you suggested it should be taken in. There are still other mysteries left unresolved, and only you can dispel them. If, as seems from your last letter, you were firmly determined to believe me to be the author of that libel; if you harbored this belief with some sort of complacency within yourself, then why did you invite me to openly acknowledge or deny it? Why did you allow people to think that you might be mistaken in this regard? Why did you say, “If I am wrong, we need only wait to find out the truth”? Why did you add that once I spoke, the public would know what to believe? Was all of this merely a game on your part? Or could it be that you were even capable of conceiving the abhorrent plan of adding another insult to the one you had already dared to hurl at me through such a vile accusation? It is with regret, sir, that I resort to such speculation, for if it were true, it would bring disgrace upon you. I will never dare to think ill of you unless you force me to do so yourself. But there is more: if my denial had made no impression on you at all, then why did you order the publisher in Paris to remove your edition of that libel? Why, as I have been informed from reliable sources, did you write to a person of high standing, saying that having learned more about the matter, you no longer attributed that work to me? I ask you, is it possible for you to be consistent with yourself in this regard? If there are new reasons—more convincing than the so-called “pastoral style” I allegedly use, which is the only argument you have advanced—and if these reasons should have struck you as ridiculous, had it not been for their sarcastic tone that may have deceived you; if indeed new considerations have prevented you from taking that initial step toward justice, which your innate sense of fairness would have prompted you to do, then why don’t you present them to me with the frankness and sincerity that your own motto, “Vitam impendere vero,” seems to advocate? This silence surely gives rise to the suspicion that there are circumstances in which you prefer to shut your eyes, that revealing the truth would be too painful for some sentiment—often stronger than the love one has for it. Therefore, sir, consider carefully what course of action is most appropriate for you. As for me, far from fearing to hear the reasons that prevent you from accepting my denial, I am very eager to know them, for I cannot conceive of a single one at all. I ask you to explain yourself on this matter as clearly as possible, without any reservation, for I am convinced that by doing so you will only confirm the judgment of all those people who know me and who said, upon reading my first letter, that I should have remained silent regarding an accusation that was self-evident and could only harm its author. I gladly accept your greetings, sir, and I request that you accept mine as well.

Uno dei mali della mia vita è che, nonostante il grande desiderio di essere dimenticato, sono costretto a parlare continuamente di me stesso. Non ho mai attaccato nessuno e mi sono difeso soltanto quando qualcuno me l’ha imposto; ma quando l’onore richiede di parlare, rimanere in silenzio sarebbe un crimine. Se il pastore Vernes si fosse limitato a negare l’opera in cui lo ho riconosciuto, avrei mantenuto il silenzio. Tuttavia, vuole anche una mia dichiarazione; quindi devo farla. Mi accusa pubblicamente di averlo diffamato; quindi devo difendermi. Chiede le ragioni per cui l’ho menzionato; quindi devo spiegarle: in un simile caso, il mio silenzio verrebbe considerato una colpa, e tale rimprovero non sarebbe ingiusto. Le prevenzioni del pubblico mi hanno insegnato da tempo a mettermi al di sopra della sua censura; ormai non mi importa più se pensa bene o male di me, ma mi interessa sempre comportarmi in modo tale che, anche quando penserà male di me, abbia torto.

Devo spiegare perché, facendo ristampare a Parigi un libello stampato a Ginevra, l’abbia attribuito al signor Vernes; devo dichiarare se, dopo il suo diniego, continui a credere che sia lui l’autore di quel libello; infine, devo prendere una posizione riguardo alla riparazione che desidera, in base a ciò che la giustizia e la ragione richiedono. Ma si può giudicare correttamente su tutto questo solo dopo aver esposto i fatti pertinenti.

All’inizio di gennaio, dieci o dodici giorni dopo la pubblicazione delle “Lettere scritte dalla montagna”, apparve a Ginevra un foglio intitolato “Sentiment des citoyens”. Mi fu spedito per posta un esemplare di questo testo per le mie feste natalizie. Dopo averlo letto, lo inviai a mia volta a un libraio di Parigi, come risposta alle “Lettere scritte dalla montagna”, accompagnandolo con la seguente lettera:

“Vi invio, signore, un testo stampato e pubblicato a Ginevra; vi prego di stamparlo e pubblicarlo anche a Parigi, affinché il pubblico possa ascoltare entrambe le parti, in attesa delle altre risposte ancora più incisive che si stanno preparando a Ginevra contro di me. Questo testo è di Monsignor Vernes, ministro del Santo Vangelo e pastore a Céligny: l’ho riconosciuto subito dal suo stile tipico di un pastore. Tuttavia, se mi sbaglio, basterà aspettare per chiarire la questione; perché, se è davvero lui l’autore, non mancherà di ammetterlo apertamente, secondo il dovere di un uomo onesto e di un buon cristiano; se invece non lo è, lo negherà allo stesso modo, e il pubblico saprà presto a cosa credere.”

“Vi conosco troppo bene, signore, per credere che vorreste pubblicare un’opera del genere, se fosse stata scritta da qualcun altro; ma poiché sono io a chiedervelo, non dovete avere alcun rimorso. Vi saluto con tutto il mio cuore.”

Appena l’opera fu stampata a Parigi, ne furono inviati degli esemplari a Ginevra, senza che io sapessi tramite chi; su tali esemplari erano scritti questi tre parole: “Leggete, buone persone”. Questo diede l’occasione a Monsieur Vernes di scrivermi diverse lettere, le quali egli ha pubblicate insieme alle mie risposte; io le trascrivo qui, fedelmente all’originale stampato.

Risposta

Môtiers, 4 febbraio 1765

Ho ricevuto, signore, la lettera che mi avete onorato di scrivere il 2 di questo mese, nella quale rinnegate l’opera intitolata “Sentiment des citoyens”. Ho scritto a Parigi affinché vi venisse cancellata quell’edizione che avevo fatto stampare: se posso contribuire in qualche altro modo a dimostrare il vostro dissenso, basta che me lo ordinate. Vi saluto molto umilmente, signore.

Risposta

Môtiers, 15 febbraio 1765.

Per paura, signore, che una vana attesa vi tenga in ansia, vi avverto che non farò quella dichiarazione che sembrate sperare o desiderare da me. Non ho bisogno di dirvi il motivo che me lo impedisce: nessuno al mondo la conosce meglio di voi.

Poiché non abbiamo più nulla da dirci, vi chiedo di permetterci che la nostra corrispondenza termini qui. Vi saluto umilmente, signore.

Risposta

Môtiers, 24 febbraio 1765.

La frase di cui mi chiedete spiegazione, signore, non mi sembra presentare due significati diversi: ho cercato di esprimermi nel modo più chiaro e meno duro possibile, per dire che, nonostante un diniego che mi aspettavo, potevo attribuire quell’atto di diniego soltanto a voi, e quindi non avrei potuto fare una dichiarazione che da parte mia sarebbe stata una menzogna. Se questa spiegazione non è chiara, certamente non è colpa mia, e mi troverei in grande imbarazzo nel dovermi esprimere in modo più preciso. Ricevete, signore, le mie più umili scuse.

J.-J. Rousseau.

Quarta Lettera di Monsignor il Pastore Vernes

Céligny, 1° marzo 1765.

Signore,

La luce, certamente, non è più chiara dell’esplicazione che mi date. Se avete utilizzato quella frase ambigua nella vostra precedente lettera per motivi di delicatezza, è per la stessa ragione che ho rifiutato di prendere in considerazione il significato che voi ne attribuitete. Restano ancora delle incertezze, che solo voi potete dissipare. Se, come sembra dalla vostra ultima lettera, eravate fermamente deciso a credere che fossi l’autore di quel libello; se nutrivate questa convinzione con una sorta di compiacimento interno, perché allora mi avete invitato voi stesso ad ammettere apertamente la mia colpevolezza o a negarla? Perché avete lasciato intendere che fosse possibile che vi sbagliaste in questo senso? Perché avete detto: “Se mi sbaglio, basterà aspettare per scoprirlo”? E perché avete aggiunto che, quando avessi parlato, il pubblico avrebbe saputo cosa credere? Tutto ciò non era forse solo un gioco da parte vostra? O forse eravate davvero disposto a compiere l’orribile atto di aggiungere un’altra offesa a quella che non avevate esitato a farmi con una calunnia odiosa? Con rammarico, signore, mi avventuro in questa congettura, che vi screditerebbe se fosse fondata; non mi deciderò mai a pensare male di voi, se non quando voi stesso me ne costringerete. E non basta: se il mio diniego non ha avuto alcun effetto su di voi, perché allora avete ordinato al libraio di Parigi di ritirare la vostra edizione del libello? Perché, come ho appreso da fonti attendibili, avete scritto a una persona di alto rango, dicendogli che, essendo stato meglio informato, non mi attribuivate più quella responsabilità? Vi chiedo: è possibile che siate in disaccordo con voi stesso su questo punto? Se esistono nuove ragioni, più convincenti di quelle che avete addotto riguardo al mio presunto stile “pastorale” – l’unica che abbiate menzionato, e la cui ridicolità avrebbe dovuto colpirvi, se non fosse stato per quel tono sarcastico che potrebbe avervi sedotto –; se, dico io, esistono nuove ragioni che hanno fermato questo primo impulso di giustizia nato dalla vostra natura onesta, perché allora non me le esponete con quella franchezza e quella sincerità che dovrebbero caratterizzarvi, secondo quel bellissimo motto: “Vitam impendere vero”? Questo silenzio non darà forse motivo di pensare che ci siano casi in cui preferite coprire gli occhi davanti alla verità, quando la scoperta della stessa potrebbe causare troppo dolore a certi sentimenti, spesso più forti dell’amore stesso che si prova per essa? Quindi, signore, decidete quale sia la strada da seguire. Per quanto mi riguarda, lontano dall’aver paura di conoscere le ragioni che vi impediscono di accettare il mio diniego, sono molto curioso di saperle; non riesco infatti a immaginare nemmeno una sola di esse. Vi chiedo di spiegarvi in merito con la massima chiarezza possibile, e senza alcun riguardo particolare; sono infatti convinto che così facendo confermerete soltanto il giudizio di tutte le persone che conosco, le quali, leggendo la mia prima lettera, dissero che avrei dovuto tacere su un’accusa che di per sé era priva di fondamento e poteva danneggiare soltanto chi l’aveva formulata. Accetto molto volentieri i vostri saluti, signore, e vi prego di accettare i miei.

À la fin du recueil de ces lettres, M. Vernes ajoute : M. Rousseau n’a pas cru sans doute qu’il lui convînt de répondre à cette dernière lettre : il n’est pas difficile d’en imaginer la raison. Non, cela n’est point difficile ; mais comment M. Vernes, sentant si bien cette raison, n’en a-t-il pas prévu l’effet ? Comment a-t-il pu se flatter de lier, de suivre avec moi une correspondance en règle pour discuter les preuves de ses outrages comme on discuterait un point de littérature ? Peut-il croire que j’irai plaider devant lui ma cause contre lui-même ; que j’irai le prendre ici pour juge dans son propre fait ? Et dans quel fait ? Sur la modération qu’il voit régner dans ma conduite, présume-t-il que je puisse penser à lui de sang froid ? moi, qui ne lis pas une de ses lettres sans le plus cruel effort ; moi, qui ne puis sans frémir entendre prononcer son nom ; que je puisse tranquillement correspondre et commercer avec lui ! Non : j’ai cru devoir lui déclarer nettement mon sentiment, et le tirer de l’incertitude où il feignait d’être. Je n’en dois ni n’en veux faire avec lui davantage. Que la décence de mes expressions ne l’abuse plus. Dans le fond de mon cœur je lui rends justice ; mais dans mes procédés, c’est à moi que je la rends. Comme mon amour-propre n’est point aveugle, et que j’ai appris à m’attendre à tout de la part des hommes, leurs outrages ne m’ont point pris au dépourvu ; ils m’ont trouvé assez préparé pour les supporter avec dignité. L’adversité ne m’a ni abattu.ni aigri : c’est une leçon dont j’avais besoin peut-être. J’en suis devenu plus doux, mais je n’en suis pas devenu plus faible. Mes épreuves sont faites : je suis à présent sûr de moi, je ne veux plus de guerre avec personne, et désormais je cesse de me défendre. Mais, à quelque extrémité qu’on me réduise, il n’y aura jamais ni traité ni commerce entre J. J. Rousseau et les méchants.

M. Vernes veut savoir les motifs qui m’empêchent de me rendre à son désaveu ; il m’exhorte à m’expliquer à cet égard avec toute la clarté possible et sans aucun ménagement : c’est une explication que je lui dois, puisqu’il la demande, mais que je ne veux lui donner qu’en public.

Je commence par déclarer que je ne suis point exempt de Marne pour lui avoir attribué publiquement le libelle ; non que je croie avoir manqué à la vérité ni à la justice, mais dans un premier mouvement j’ai manqué à mes principes. En cela j’ai eu tort. Si je pouvais réparer ce tort sans dire un mensonge, je le ferais de tout mon cœur. Avouer ma faute est tout ce que je puis faire : tant que la persuasion où je suis subsiste, toute autre réparation ne dépend pas de moi. Reste à voir si cette persuasion est bien ou mal fondée, ou si on doit la présumer de ma part de bonne ou de mauvaise foi. Qu’on saisisse donc la question. Il ne s’agit pas de savoir précisément si M. Vernes est où n’est pas ¡’auteur du libelle, mais si je dois croire ou ne pas croire qu’il l’est. Que ne puis-je si bien séparer ces deux questions que la dernière ne conclue rien pour l’autre ! Que ne puis-je établir les motifs de ma persuasion sans entraîner celle des lecteurs ! je le ferais avec joie. Je ne veux point prouver que Jacob Vernes est un infame, mais je dois prouver que J. J. Rousseau n’est point un calomniateur.

Pour exposer d’abord ce qu’il y a eu de personnel entre ce ministre et moi, il faut remonter à nos premières liaisons et suivre l’historique de nos démêlés.

En 1752 ou 53, M. Vernes passa à Paris, revenant, je crois d’Angleterre ou de Hollande. Le Devin du village m’avait mis en vogue : il désira me connaître ; il employa pour cela mon ami M. de Gauffecourt, et nous eûmes quelques liaisons qui finirent à son départ, mais qu’il eut soin de renouveler à Genève dans un voyage que j’y fis l’année suivante. Car j’ai deux maximes inviolables dans la prospérité même : l’une, de ne jamais rechercher personne ; l’autre, de ne jamais courir après les gens qui s’en vont. Ainsi tous ceux qui m’ont quitté durant mes disgrâces sont partis comme ils étaient venus.

Tout Genève fut témoin des avances de M. Vernes, de ses soins, de ses empressements, de ses caresses : il réussit ; c’est toujours là mon côté faible ; résister aux caresses n’est pas au pouvoir de mon cœur. Heureusement on ne m’a pas gâté là-dessus.

De retour à Paris, je continuai d’être en liaison avec M. Vernes ; mais l’intimité diminua : elle était née de la seule habitude ; l’éloignement la ralentit. Je ne trouvai pas d’ailleurs dans son commerce ces attentions qui marquent l’attachement, et qui produisent la confiance : il tira de l’Encyclopédie l’article Économie politique, et le fit imprimer à part sans me consulter[346] ; il répandit des lettres de M. le comte de Tressan, avec les réponses. Ces lettres, qui n’étaient point de nature à être imprimées, l’ont été à mon insu, et M. Vernes est le seul à qui je les aie confiées. Mille bagatelles pareilles se font sentir sans valoir la peine d’être dites, et, sans montrer une mauvaise volonté décidée, montrent une indiscrétion que n’a point la véritable amitié.

Cependant nous nous écrivions encore de temps en temps jusqu’au commencement de mes désastres : alors je n’entendis plus parler de lui ni de beaucoup d’autres. C’est à la coupelle de l’adversité que la plupart des amitiés s’en vont en fumée : il reste peu d’or, mais il est pur. Toutefois, quand M. Vernes me sut plus tranquille, il s’avisa de m’écrire une lettre fort pédantesque et fort sèche, à laquelle je ne daignai pas répondre. Voilà la source de sa haine contre moi.

Cette cause paraît légère : elle ne l’était pourtant pas. Il sentit le dédain caché sous ce silence ; son amour-propre en fut blessé vivement ; il suffit de connaître M. Vernes pour savoir à quel point il porte la suffisance, la haute opinion de lui-même et de ses talents. Je ne récuse sur ce point aucun de ses amis, s’il en a : si j’ai tort, qu’ils le disent, et je me rends. On ne m’a point vu, malignement satirique, éplucher les vices, ni même les défauts de mes ennemis ; je n’examine point leurs mœurs, leur religion, leurs principes ; je n’usai de personnalités de ma vie, et je ne veux pas commencer ; mais ici je dois dire ce qui fait à ma cause ; je dois dire sur quoi j’ai porté mes jugements.

Voilà comment la vanité, la vengeance, enflammèrent la sainte ardeur de M. Vernes, prédicateur, parce que c’est son métier de l’être, mais qui jusque-là n’avait point été dévoré du zèle de l’orthodoxie ; voilà le sentiment secret qui lui dicta les lettres sur mon christianisme. Son orgueil irrité lui mit à la main les armes de son métier. Sans songer à la charité, qui défend d’accabler celui qui souffre ; à la justice, qui, quand même j’aurais été coupable, devait me trouver trop puni ; à la bienséance, qui veut qu’on respecte l’amitié, même après qu’elle est éteinte ; voilà le biendisant, le galant, le plaisant M. Vernes transformé tout-à-coup en apôtre, et lançant ses foudres théologiques sur son ancien ami malheureux[347]. Est-il étonnant que la haine et l’envie emploient si volontiers cet expédient ? Il est si commode et si doux d’édifier tout le monde, en écrasant pieusement son homme ! Ce grand mot, notre sainte religion, dans un livre, est presque toujours une sentence de mort contre quelqu’un ; c’est le manteau sacré dont se couvrent des passions viles et basses qui n’osent se montrer nues. Toutes les fois que vous verrez un homme en attaquer un autre avec animosité sur la religion, dites hardiment : L’agresseur est un fripon ; vous ne vous tromperez de la vie.

Que le pur zèle de la foi n’ait point dicté les lettres de M. Jacob Vernes sur mon christianisme, cela se voit d’abord par le titre même, par la personnalité la plus révoltante, la moins charitable, par la fierté menaçante avec laquelle l’auteur monte sur son tribunal pour juger, non mes livres, mais ma personne, pour prononcer publiquement en son nom la sentence qui me retranche du corps des chrétiens, pour m’excommunier de son autorité privée.

Cela se voit encore par l’épigraphe, où l’on m’accuse d’offrir au lecteur dans un vase de paroles dorées de l’aconit et des poisons.

At the end of this collection of letters, Mr. Vernes adds: “Mr. Rousseau probably did not believe it was necessary for him to respond to this last letter; it is not difficult to imagine the reason for that. No, it is not difficult at all. But how could Mr. Vernes, being so well aware of this reason, have failed to anticipate its effects? How could he have imagined that I would engage in a regular correspondence with him, discussing the evidence of his insults as if we were discussing a literary matter? Could he really believe that I would go before him to defend my case against himself—that I would invite him to judge his own actions here? And what actions, exactly? Based on the moderation he perceives in my behavior, does he suppose I could think of him with indifference? I, who cannot read one of his letters without great effort; I, who tremble whenever his name is mentioned. How could I possibly correspond with him calmly and civilly! No: I felt it was my duty to clearly express my feelings and free him from the uncertainty he pretended to feel. I have no further need or desire to deal with him. Let the decency of my expressions not deceive him any longer. In my heart, I give him his due; but in my actions, I show respect only for myself. Since my pride is not blind, and since I have learned to expect everything from human beings, their insults did not catch me off guard—they found me well-prepared to endure them with dignity. Adversity has neither weakened nor hardened me; perhaps it was a lesson I needed. It has made me gentler, but not weaker. My trials are over; I am now confident of myself. I want no more war with anyone, and from this moment on, I cease to defend myself. But no matter how far I am pushed into extremity, there will never be any peace or dealings between J. J. Rousseau and the wicked.”

Mr. Vernes wishes to know the reasons that prevent me from accepting his disapproval; he urges me to explain myself in this regard as clearly as possible and without any reservations. It is an explanation I owe him, since he asks for it, but I wish to give it only in public.

I begin by stating that I am not exempt from blame for having publicly attributed the libelous text to Mr. Marne; it is not that I believe I failed to uphold truth or justice, but in my initial reaction, I departed from my principles. In that regard, I was wrong. If I could rectify this mistake without lying, I would do so with all my heart. Admitting my fault is all I can do; as long as the conviction I hold remains unchanged, any other form of reparation lies beyond my control. The question remains whether this conviction is well-founded or not, or whether it should be deemed a sign of good or bad faith on my part. Let us address this issue clearly. It is not about determining precisely whether Mr. Vernes is or is not the author of the libelous text, but whether I should believe or not that he is. If only I could separate these two questions so that one did not necessarily imply the other! If only I could present the reasons for my conviction without influencing those who read it! I would do so with great pleasure. I do not intend to prove that Jacob Vernes is a scoundrel, but I must prove that J.-J. Rousseau is not a calumniator.

To explain first what there was personally between this minister and me, it is necessary to trace our early connections and follow the history of our interactions.

In 1752 or 53, Mr. Vernes came to Paris, having returned, I believe, from England or the Netherlands. The village “seer” had made my name known to him; he wished to get to know me and employed my friend Mr. de Gauffecourt to facilitate this meeting. We maintained some contact until his departure, but he took care to renew it when I visited Geneva the following year. For I have two unyielding principles, even in times of prosperity: one is never to seek out anyone; the other is never to pursue those who leave me. Thus, all those who left me during my hardships simply departed just as they had come.

Whole Geneva was witness to Mr. Vernes’ attentions, his care, his eagerness, and his tender gestures; he succeeded. That is always my weak point—resisting such affection is beyond my heart’s power. Fortunately, no one has ever spoiled me in that regard.

Upon returning to Paris, I continued to maintain contact with Mr. Vernes; however, the intimacy between us diminished—it had arisen merely out of habit, and distance weakened it further. Moreover, I did not find in our interactions those attentions that signify true attachment and foster trust. He took the article on “Political Economy” from the Encyclopédie and had it printed separately without consulting me[346]; he also circulated letters from Mr. the Count of Tressan along with their replies. These letters, which were not meant to be published, were printed without my knowledge, and Mr. Vernes is the only person to whom I ever confided them. A thousand such trivial matters exist without being worth mentioning; and while they do not necessarily indicate deliberate ill-will, they certainly reveal a lack of discretion that true friendship would never tolerate.

However, we still wrote to each other from time to time until the beginning of my misfortunes; after that, I heard no more from him or many others. It is in the crucible of adversity that most friendships vanish like smoke—there remains little gold, but it is pure. Nevertheless, when Mr. Vernes learned that I was more stable emotionally, he took the trouble to write me a very pedantic and dry letter, which I did not deign to reply to. That is the origin of his hatred towards me.

This cause seems trivial; yet it was not. He sensed the concealed disdain beneath that silence; his pride was deeply wounded by it. Anyone who knows Mr. Vernes understands to what extent he is filled with arrogance and an excessive opinion of himself and his own talents. In this regard, I reject none of his friends, if he has any: if I am wrong, let them say so, and I will admit it. One has never seen me, in a malicious or satirical manner, criticizing the vices—or even the shortcomings—of my enemies; I do not examine their manners, their religion, their principles; I have never made personal attacks in my life, and I have no intention of starting now. But here, I must say what is relevant to my cause; I must state on what basis I have formed my judgments.

Thus, vanity and revenge kindled the holy zeal of Mr. Vernes, a preacher by profession—and one who, despite being in that role, had hitherto been untouched by the fervor of orthodoxy. It was this secret motive that inspired him to write those letters concerning my Christian beliefs. His wounded pride supplied him with the tools of his trade. Without considering charity, which forbids us to oppress those who suffer; without regard for justice, which would surely have deemed my punishment excessive even if I were truly guilty; without any sense of decency or respect for friendship, even after it has ended—there stood the once amiable, charming, and pleasant Mr. Vernes, suddenly transformed into an apostle, hurling his theological wrath against his former unfortunate friend[347]. Is it really surprising that hatred and envy so readily resort to such tactics? It is so convenient, so satisfying, to condemn everyone simply by devoutly condemning one particular individual! That lofty term—our “holy religion”—in the context of a book, almost always means a death sentence for someone; it is nothing but a sacred cloak worn by vile and despicable passions too ashamed to reveal themselves in their true form. Whenever you see someone attacking another person on religious grounds with such hostility, dare I say: that attacker is a scoundrel—you would be absolutely correct.

The fact that pure zeal for faith did not dictate Mr. Jacob Vernes’ words regarding my Christianity is evident, firstly from the very title of his work, from the extremely offensive and uncharitable nature of its content, and from the threatening arrogance with which the author assumes the role of judge—not to evaluate my books, but my person—to publicly pronounce a sentence that excludes me from the community of Christians, excommunicating me in the name of that authority.

This is still evident in the epigraph; therein, I am accused of presenting the reader, within a vessel of gilded words, with hemlock and other poisons.

Alla fine di questa raccolta di lettere, il signor Vernes aggiunge: “Il signor Rousseau probabilmente non ha ritenuto opportuno rispondere a quest’ultima lettera; non è difficile immaginare il motivo”. No, non è affatto difficile. Ma come mai il signor Vernes, conoscendo così bene tale motivo, non ne ha previsto le conseguenze? Come ha potuto illudersi di poter intrattenere con me una corrispondenza regolare, per discutere delle prove dei suoi insulti, come si farebbe con un argomento letterario? Può davvero credere che io vada a difendere la mia causa contro di lui stesso, che lo chiami qui a giudicare il suo stesso comportamento? E su quale punto? Sulla moderazione che ritiene regnare nella mia condotta. Presume forse che io possa pensare a lui con distacco? Io, che non riesco a leggere una sola delle sue lettere senza uno sforzo estremo; io, che tremo ogni volta che sento pronunciare il suo nome. Come potrei mai scambiare corrispondenza con lui con tranquillità! No: ho ritenuto dovergli esprimere chiaramente i miei sentimenti e toglierlo dall’incertezza in cui fingeva di trovarsi. Non intendo più avere nulla a che fare con lui. Che la decenza delle mie parole non lo inganni più. Nel profondo del mio cuore gli rendo giustizia; ma nei miei comportamenti, è a me stesso che la rendo. Poiché il mio orgoglio non è cieco, e ho imparato ad aspettarmi di tutto da parte degli uomini, i loro insulti non mi hanno colto impreparato; mi hanno trovato abbastanza preparato per sopportarli con dignità. L’avversità non mi ha né abbattuto né reso più ostile: è forse una lezione di cui avevo bisogno. Ne sono diventato più gentile, ma non più debole. Le mie prove sono terminate; ora sono sicuro di me stesso, non desidero più alcuna guerra con nessuno, e smetto definitivamente di difendermi. Ma, per quanto mi si possa ridurre in difficoltà, non ci sarà mai alcun accordo né rapporto tra J.-J. Rousseau e i malvagi.

Il signor Vernes vuole conoscere i motivi che mi impediscono di accettare il suo dissenso; mi esorta a spiegarmeli con la massima chiarezza possibile e senza alcuna riserva: è una spiegazione che gli devo, poiché me la chiede, ma che voglio dargli solo in pubblico.

Inizio dichiarando di non essere affatto esentato da responsabilità per aver attribuito pubblicamente quel libello a Marne; non perché ritenga di aver mancato alla verità o alla giustizia, ma perché, in un primo momento, ho trasgredito ai miei principi. In questo ho commesso un errore. Se potessi rimediare a tale errore senza dire una menzogna, lo farei con tutto il cuore. Ammettere il mio errore è l’unica cosa che posso fare: finché persiste la convinzione in cui sono, qualsiasi altra forma di rimedio non dipende da me. Resta da vedere se questa convinzione sia fondata o meno, o se si debba considerarla frutto della mia buona o cattiva fede. Che si affronti dunque direttamente la questione. Non si tratta di stabilire con certezza se il signor Vernes sia davvero l’autore di quel libello, ma se io debba crederlo o meno tale. Vorrei poter separare perfettamente queste due questioni in modo che l’una non influenzasse in alcun modo l’altra. Vorrei poter esporre chiaramente i motivi della mia convinzione senza indurre gli lettori a condividerla. Lo farei con gioia. Non intendo affatto dimostrare che Jacob Vernes sia una persona infame, ma devo dimostrare che J.-J. Rousseau non sia un calunniatore.

Per spiegare innanzitutto ciò che c’è stato di personale tra questo ministro e me, è necessario risalire alle nostre prime relazioni e seguire l’evoluzione dei nostri rapporti.

Nel 1752 o 1753, il signor Vernes si recò a Parigi, tornando, credo, dall’Inghilterra o dall’Olanda. Il “Veggente del villaggio” mi aveva fatto conoscere; desiderava conoscermi personalmente e per questo utilizzò mio amico il signor de Gauffecourt; ebbero così alcuni contatti che terminarono al suo ritorno, ma egli si prese la cura di rinnovarli a Ginevra durante un viaggio che feci l’anno seguente. Infatti, anche nella prosperità ho due massime inderogabili: la prima è di non cercare mai nessuno; la seconda è di non inseguire mai le persone che se ne vanno. Così tutti coloro che mi hanno lasciato durante i miei momenti di sfortuna sono andati via esattamente come erano arrivati.

Tutta Ginevra fu testimone delle attenzioni, dei gesti premurosi e delle carezze di Monsieur Vernes: riuscì nel suo intento; è sempre in questo che risiede la mia debolezza. Resistere alle carezze non è nelle mie possibilità. Fortunatamente, in questo campo nessuno mi ha mai viziato.

Tornato a Parigi, continuai a mantenere rapporti con il signor Vernes; tuttavia, l’intimità tra di noi diminuì: era nata soltanto dall’abitudine; la distanza ne rallentò ulteriormente lo sviluppo. Inoltre, nel suo comportamento non trovavo quelle attenzioni che segnalano un vero affetto e che generano fiducia: egli trasse dall’Enciclopedia l’articolo sull’Economia politica e lo fece stampare separatamente senza consultarmi[346]; inoltre diffuse le lettere del conte di Tressan, insieme alle risposte. Queste lettere, che non erano destinate alla pubblicazione, furono stampate a mia insaputa, e il signor Vernes è l’unico a cui le ho confidate. Mille piccole cose del genere si verificano senza che valga la pena parlarne; e, sebbene non si manifesti una cattiva volontà deliberata, ciò dimostra un’indiscrezione tipica di chi non possiede un vero affetto.

Tuttavia, continuavamo a scriverci di tanto in tanto fino all’inizio dei miei disastri: dopo quel momento, non sentii più parlare né di lui né di molte altre persone. È nella coppa dell’avversità che la maggior parte delle amicizie svanisce come fumo: rimane poco oro, ma è puro. Tuttavia, quando il signor Vernes seppe che ero più tranquillo, decise di scrivermi una lettera molto pedantesca e molto secca; a quella non mi degnai nemmeno di rispondere. Ecco la fonte del suo odio verso di me.

Questa causa sembra insignificante; in realtà non lo era affatto. Sentì il disprezzo nascosto dietro quel silenzio; il suo orgoglio ne fu profondamente offeso. Basta conoscere Monsieur Vernes per capire fino a che punto sia pieno di presunzione, di un’alta stima di sé stesso e dei propri talenti. In questo senso, non nego nulla riguardo ai suoi amici, se ne ha: se ho torto, che lo dicano pure e mi arrenderò. Non si è mai visto me, con uno spirito malizioso e satirico, analizzare i vizi o anche i difetti dei miei nemici; non esamino le loro abitudini, la loro religione, i loro principi; in tutta la mia vita non ho mai fatto riferimenti personali, e non intendo cominciare ora. Ma qui devo dire ciò che riguarda la mia causa, devo spiegare su cosa ho basato le mie valutazioni.

Ecco come l’orgoglio e la vendetta alimentarono la “santa passione” di Monsieur Vernes, predicatore per professione, ma che fino ad allora non era mai stato divorato dall’zelo per l’ortodossia; ecco il sentimento segreto che gli suggerì di scrivere quelle lettere sul mio cristianesimo. Il suo orgoglio offeso gli fornì gli strumenti del suo mestiere. Senza pensare alla carità, che ci impone di non opprimere chi soffre; alla giustizia, che, anche se fossi stato colpevole, avrebbe dovuto ritenere la mia punizione sufficiente; alla decenza, che richiede di rispettare l’amicizia, anche dopo che è finita. Ecco il gentile, il cortese, il divertente Monsieur Vernes trasformato all’improvviso in un “apostolo”, che scatena le sue furie teologiche contro il suo ex amico sfortunato[347]. È sorprendente che l’odio e l’invidia utilizzino così volentieri questo mezzo. È davvero così comodo e piacevole “edificare” tutti, schiacciando con zelo la propria vittima! Quel grande termine, “la nostra sacra religione”, in un libro, è quasi sempre una sentenza di morte contro qualcuno. È il manto sacro con cui si nascondono passioni vili e basse che non osano mostrarsi nude. Ogni volta che vedrete qualcuno attaccare con aggressività un altro sulla base della religione, dite senza esitazione: “L’aggressore è un furfante”; non vi sbaglierete mai.

Che il puro zelo della fede non abbia guidato le parole di Monsieur Jacob Vernes riguardo al mio cristianesimo, si evince innanzitutto dal titolo stesso del suo scritto, dalla personalità dell’autore – la più oltraggiosa e la meno caritatevole possibile – e dall’arroganza con cui egli si erge a giudice non dei miei libri, ma della mia persona, per pronunciare pubblicamente, in suo nome, una sentenza che mi esclude dal corpo dei cristiani, comminandomi l’anatema con la sua autorità privata.

Ciò si evince ancora dall’epigrafe, nella quale mi si accusa di offrire al lettore, in un vaso di parole dorate, aconito e veleni.

Ce terrible début n’est point démenti par l’ouvrage : on y attaque mes propositions par leurs conséquences les plus éloignées ; ce qui serait permis, en raisonnant bien, pour montrer que ces propositions sont fausses ou dangereuses, mais non pas pour juger des sentiments de l’auteur, qui peut n’avoir pas vu ces conséquences. M. Vernes ne se proposant pas d’examiner si j’ai raison ou tort, mais si je suis chrétien ou non, doit me juger exactement sur ce que j’ai dit, et non sur ce qui peut se déduire subtilement de ce que j’ai dit, parce qu’il se peut que je n’aie pas eu cette subtilité ; il se peut que j’eusse rejeté le sentiment que j’ai avancé, si j’avais vu jusqu’où il pouvait me conduire. Quand on veut prouver qu’un homme est coupable, il faut prouver qu’il n’a pu ne l’être pas, et ce n’est nullement un crime de n’avoir pas su voir aussi loin qu’un autre dans une chaîne de raisonnements.

Non content de cette injustice, M. Vernes va jusqu’à la calomnie, en m’imputant les sentiments les plus punissables et les moins découlants des miens, comme quand il ose me faire dire que Jésus-Christ est un imposteur, ou du moins me faire mettre en doute ce blasphème ; doute qu’il étend, qu’il confirme, et sur lequel on voit qu’il appuie avec plaisir, et cela par le raisonnement le plus sophistique et le plus faux qu’on puisse faire, puisqu’il établit à la fois le pour et le contre ; car s’il prouve que je ne suis pas chrétien parce que je n’admets pas tout l’Évangile, comment peut-il prouver ensuite par l’Évangile que, selon moi, Jésus fut un imposteur ? comment peut-il savoir si les passages qu’il cite dans cette vue ne sont point de ceux dont je n’admets pas l’autorité ? Qui doute que Jésus ait fait tous les miracles qu’on lui attribue peut douter qu’il ait tenu tous les discours qu’on lui fait tenir. Je n’entends pas justifier ici ces doutes, je dis seulement que M. Vernes en fait usage avec injustice et méchanceté ; qu’il me fait rejeter l’autorité de l’Évangile pour me traiter d’apostat, et qu’il me la fait admettre pour me traiter de blasphémateur.

Quand il aurait raison dans tous les points de sa critique, ses jugements contre moi n’en seraient pas moins téméraires, puisqu’il m’impute des discours qu’il n’a vus nulle part être les miens ; car enfin, ou a-t-il pris que la profession de foi du vicaire était celle de J. J. Rousseau ? Il n’a sûrement rien trouvé de cela dans mon*livre ; au contraire, il y a trouvé positivement que je la donnais pour être d’un autre. Voilà mes expressions : Je transcris un ouvrage, et je dis que je le transcris. Dans un passage on voit que c’est un de mes concitoyens qui me l’adresse, ou moi qui l’adresse à un de mes concitoyens. Dans un autre passage on lit : Un caractère timide suppléait à la gêne, et prolongeait pour lui cette époque dans laquelle vous maintenez votre élève avec tant de soin. Cela décide le doute, et il devient clair par là que la profession de foi n’est point un écrit que j’adresse, mais un écrit qui m’est adressé. En reprenant la parole, je dis que je ne donne point cet écrit pour règle des sentiments qu’on doit suivre en matière de religion. M’imputer à moi tous ces sentiments, est donc, une témérité très injuste et très peu chrétienne : si cette pièce est répréhensible, on peut me poursuivre pour l’avoir publiée, mais non pas pour en être l’auteur, à moins qu’on ne le prouve. Or, M. Vernes l’affirme sans le prouver. Il m’a reconnu sans doute à mon style : de quoi donc se plaint-il aujourd’hui ? Je le juge suivant sa règle ; et, comme on verra tout-à-l’heure, j’ai plus de preuves qu’il est l’auteur du libelle fait contre moi qu’il n’en a que je suis l’auteur d’une profession de foi qu’il trouve si criminelle.

M. Vernes enchérit partout sur le sens naturel des mots pour me rendre plus coupable. Par la forme de l’ouvrage, le style de la profession de foi devait être familier et même négligé : c’était pécher autant contre le goût que contre la charité de presser l’exacte propriété des termes. Après avoir loué avec la plus grande énergie la beauté, la sublimité de l’Évangile, le vicaire ajoute que cependant ce même Évangile est plein de choses incroyables. M. Vernes part de là pour prendre au pied de la lettre ce terme plein ; il l’écrit en italique, il le répète avec l’emphase du scandale : comme s’il voulait dire que l’Évangile est tellement plein de ces choses incroyables qu’il n’y ait place pour nulle autre chose. Supposons qu’entrant dans un salon poudreux, vous disiez qu’il est beau, mais plein de poussière ; s’il n’en est plein jusqu’au plafond, M. Vernes vous accusera de mensonge. C’est ainsi du moins qu’il raisonne avec moi.

Les conséquences qu’il tire de ce que j’ai dit, et les fausses interprétations qu’il en donne, ne lui suffisent pas encore ; il me fait penser même au gré de sa haine. Si je fais une déclaration qui me soit contraire, il la prend au pied de la lettre, et la pousse aussi loin qu’elle peut aller : si j’en fais une qui me soit favorable, il la dément par les sentiments secrets qu’il me suppose, et dont il n’a d’autre preuve que le désir secret de me les trouver. Il cherche partout à me noircir avec adresse par des maximes générales, dont il ne me fait pas ouvertement l’application, mais qu’il place de manière à forcer le lecteur de la faire. « Dans quels écarts, dit-il, ne jettent point l’imagination mise « jeu par l’esprit de système, la singularité, le dédain de penser comme le grand nombre, ou quelque autre passion qui fermente en secret dans le cœur !» Voilà l’imagination du lecteur à son tour mise en jeu par ces paroles, et cherchant quelle est cette passion qui fermente en secret dans mon cœur. M. Vernes dit ailleurs : « Ce mot de M. Rousseau ne peut s’appliquer qu’à trop de gens. On fait comme les autres, sauf à rire en secret de ce qu’on feint de respecter en public. » À qui M. Vernes veut-il appliquer ici ces remarques ? À personne, dira-t-il, je parle en général : pourquoi M. Rousseau s’en ferait-il l’application, s’il ne sentait qu’elle est juste ? Voici donc là-dessus ma position. Si je laisse passer ces maximes sans y répondre, le lecteur dira : L’auteur n’a pas lâché ces propos pour rien ; sans doute il en sait plus qu’il n’en veut dire, et Rousseau a ses raisons pour feindre de ne l’avoir pas entendu ; et si je prends le parti de répondre, il dira : Pourquoi Rousseau relèverait-il des maximes générales, s’il n’en sentait l’application ? Soit donc que je parle ou que je me taise, la maxime fait son effet, sans que celui qui l’établit se compromette. On conviendra que le tour n’est pas maladroit.

C’était peu de m’inculper par le mal qu’on cherchait dans mon livre, ou qu’on imputait à l’auteur ; il restait à m’inculper par le bien même : de cette manière on était plus en fonds. Écoutez M. Vernes ou l’honnête ami qu’il se donne, et qui n’est pas moins charitable que lui.

« Remarquez à cette occasion, me dit M…, que si l’auteur d’‘Émile se fût montré ennemi ouvert de la religion chrétienne, s’il n’eût rien dit qui parût lui être favorable, il aurait été moins à redouter ; son ouvrage aurait porté avec lui-même sa réfutation, parce que dans le fond il ne renferme que des objections souvent répétées, et aussi souvent détruites. Mais je ne connais rien de plus dangereux qu’un mélange d’un peu de « bien avec beaucoup de mal ; l’un passe à la faveur de l’autre : le poison agit plus sourdement, mais ses effets n’en sont pas moins funestes : un ennemi n’est jamais plus à craindre que dans les « moments où on le croit ami. Ses coups n’en sont que plus assurés, la plaie n’en est que plus profonde. » Ainsi tout ce qu’on est forcé de trouver bien dans mon livre, et ce n’est sûrement pas la moindre partie, n’est là que pour rendre le mal plus dangereux ; l’auteur, punissable par ce qui est mauvais, l’est plus encore par ce qui est bon. Si quelqu’un voit un moyen d’échapper à des accusations pareilles, il m’obligera de me l’indiquer.

This terrible beginning is not contradicted by the content of the work itself: my propositions are attacked on the basis of their most far-reaching consequences; such an approach may be legitimate when used to demonstrate that those propositions are false or dangerous, but it cannot be used to judge the author’s intentions, since he may not have considered those consequences at all. Mr. Vernes, who does not intend to examine whether I am right or wrong, but rather whether I am Christian or not, must judge me solely on what I have said, and not on what can be subtly inferred from my statements—because it is possible that I did not possess such subtlety; it is also possible that I would have rejected the idea I expressed if I had realized to what extent it could lead me. When one wants to prove that a person is guilty, it is necessary to show that they could not have been otherwise; and it is in no way a crime to fail to see as far into a chain of reasoning as another person might.

Not content with this injustice, Mr. Vernes goes so far as to slander me by attributing to me the most reprehensible and utterly irrelevant sentiments; for instance, he dares to claim that I say Jesus Christ was an impostor, or at least to make me question such a blasphemous assertion. He extends this doubt, confirms it—and clearly takes pleasure in doing so—by employing the most sophisticated and fallacious reasoning possible, since he attempts to present both sides of the argument simultaneously. But if he proves that I am not a Christian because I do not accept the entire Gospel, how can he then use the Gospel itself to prove that, in my view, Jesus was an impostor? How can he be certain that the passages he cites to support this claim are not precisely those whose authority I reject? Anyone who doubts that Jesus performed all the miracles attributed to him can also doubt that he delivered all the speeches said to have been his. I am not here to defend these doubts; I am merely stating that Mr. Vernes uses them in an unjust and malicious manner—making me reject the authority of the Gospel in order to call me a heretic, and then making me accept that authority in order to call me a blasphemer.

Even if he were entirely correct in every aspect of his criticism, his judgments against me would still be presumptuous, for he attributes to me statements that he has never seen anywhere to be mine. After all, where did he obtain the idea that the vicaire’s statement of faith was that of J.-J. Rousseau? He surely found nothing of the sort in my book; on the contrary, it is clearly stated there that I considered it to belong to someone else. Here are my exact words: I transcribe a work and state that I am transcribing it. In one passage, it is indicated that it was addressed to me by one of my fellow citizens, or that I addressed it to one of them. In another passage, it reads: “A timid nature made up for the lack of confidence and prolonged for him the period during which you took such great care to guide your student.” This settles the doubt once and for all, making it clear that the statement of faith is not a document that I send out myself, but one that is sent to me. When I resumed speaking, I stated that I did not consider this document as a guideline for the sentiments one should hold in matters of religion. To attribute all these sentiments to me is therefore a very unjust and utterly unchristian act. If this piece is indeed condemnable, one might prosecute me for publishing it, but not for being its author, unless it can be proven otherwise. Yet Mr. Vernes asserts this without providing any evidence. He must have recognized me from my style; so what is he complaining about today? I am judging him according to his own standards—and, as we will see shortly, I have far more evidence that he is the author of the slanderous text written against me than he has evidence that I am the author of a statement of faith that he deems so criminal.

Mr. Vernes emphasized everywhere the natural meaning of words in order to make me seem even more guilty. Given the form of the work, the style of such a declaration should have been informal, even casual—yet to insist on using the exact literal meanings of the terms was tantamount to offending both taste and good judgment. After praising with great fervor the beauty and sublimity of the Gospel, the vicar went on to say that yet this very Gospel was full of incredible claims. Mr. Vernes then took these words literally; he wrote them in italics and repeated them with an air of outrage, as if to imply that the Gospel was so laden with such unbelievable statements that nothing else could possibly be true within it. Suppose you entered a dusty salon and said it was beautiful—but also full of dust; if it were indeed covered in dust up to the ceiling, Mr. Vernes would accuse you of lying. At least that is how he reasoned with me.

The conclusions he draws from what I have said, and the false interpretations he gives them, are not enough for him; driven by his hatred, he even goes further in his distortions. If I make a statement that is contrary to my interests, he takes it literally and pushes it as far as it will go; if I make one that is favorable to me, he denies it on the basis of the secret feelings he assumes I possess—feelings for which he has no other evidence than his own desire to believe they exist. He goes out of his way to slander me using general principles that he does not explicitly apply to me, but presents them in such a way as to force the reader to do so themselves. “Into what extremes,” he says, “the imagination is not led by the spirit of system, by eccentricity, by a disdain for thinking in the same way as the majority, or by some other hidden passion that brews within one’s heart!” With these words, the reader’s own imagination is stirred, and they begin to wonder what secret passion may be brewing within me. Elsewhere, M. Vernes writes: “This remark by M. Rousseau can only apply to too many people. They act just like everyone else, except that they secretly laugh at what they pretend to respect in public.” To whom does M. Vernes mean these remarks? To no one, he would say; he is speaking generally. Why should M. Rousseau consider them applicable to himself, if he did not believe they were true? Such is my position on this matter. If I ignore these general principles without responding to them, the reader will think: “The author must have had a reason for saying these things; surely he knows more than he is willing to admit, and Rousseau had his reasons for pretending not to hear him.” But if I choose to respond, they will say: “Why would Rousseau bother to address general principles, if he did not see any specific applications for them?” Whether I speak or remain silent, the principle still takes effect, without compromising those who put it forward. One must admit that this is a rather clever tactic.

It would have been insufficient to accuse me based on the evil that was sought in my book, or that was attributed to its author; it was necessary to accuse me also on the basis of the good itself—in this way, the accusation would have seemed more substantial. Listen to M. Vernes, or to that “honest friend” he presents himself as, who is no less charitable than he is himself.

“Notice, M., that if the author of ‘Émile’ had openly shown himself to be an enemy of Christianity, if he had not said anything that could be considered favorable to it, he would have been less frightening; his work would have contained within itself its own refutation, for after all it merely consists of objections that are often repeated—and just as often refuted. But I know nothing more dangerous than a mixture of a little ‘good’ with a lot of ‘bad’; the good serves to conceal the bad: the poison acts more subtly, but its effects are no less deadly. An enemy is never more to be feared than in those ‘moments when one believes him to be a friend.’ His blows are then all the more certain, and the wound all the deeper.” Thus, everything in my book that people are forced to regard as good—and certainly it is not the least part of it—is there only to make the evil all the more dangerous; the author is punishable for what is bad, but even more so for what is good. If anyone sees a way to escape such accusations, he must tell me.

Questo terribile inizio non viene smentito dall’intera opera: vi si attaccano le mie proposte attraverso le loro conseguenze più lontane; ciò che potrebbe essere permesso, se si ragiona correttamente, per dimostrare che queste proposte sono false o pericolose, non può tuttavia essere utilizzato per giudicare i sentimenti dell’autore, il quale potrebbe non aver previsto tali conseguenze. Poiché il signor Vernes non intende esaminare se ho ragione o torto, ma se sono cristiano o meno, deve giudicarmi esattamente in base a ciò che ho detto, e non in base a ciò che si può dedurre in modo subdolo da quanto ho espresso, poiché è possibile che io stesso non abbia posseduto tale acutezza di ragionamento; è anche possibile che avrei rifiutato il punto di vista che ho sostenuto se avessi previsto fino a dove poteva portarmi. Quando si vuole dimostrare che una persona è colpevole, bisogna provare che non potesse essere altrimenti; e non è affatto un crimine non essere riusciti a vedere, quanto un altro, le conseguenze di una serie di ragionamenti.

Non contento di questa ingiustizia, il signor Vernes arriva persino alla calunnia, attribuendomi i sentimenti più riprovevoli e del tutto contrari ai miei veri pensieri; per esempio, osa far dire che Gesù Cristo sia un impostore, o almeno mi fa mettere in dubbio tale blasfemia. Questo dubbio, in realtà, viene ampliato e confermato da ragionamenti dei più sofisticati e falsi che si possano immaginare, poiché tali argomentazioni presentano contemporaneamente sia le prove a favore che quelle contro la mia posizione. Infatti, se il signor Vernes sostiene che io non sia cristiano perché non riconosco l’autorità di tutto l’Evangelo, come può poi dimostrare, sempre attraverso l’Evangelo stesso, che, secondo me, Gesù fosse un impostore? E come può essere certo che i passaggi citati a tale scopo non siano proprio quelli di cui non riconosco l’autorità? Chi dubita che Gesù abbia compiuto tutti i miracoli che gli vengono attribuiti, può anche dubitare che abbia tenuto tutti quei discorsi che gli si attribuiscono. Non intendo certo giustificare questi dubbi, ma voglio solo sottolineare che il signor Vernes li utilizza in modo ingiusto e malvagio: mi fa rifiutare l’autorità dell’Evangelo per definirmi apostata, e poi me la fa accettare per accusarmi di blasfemia.

Anche se avesse ragione su tutti i punti della sua critica, i suoi giudizi contro di me rimarrebbero comunque temerari, poiché mi attribuisce discorsi che non ha mai visto essere miei; infatti, da dove ha tratto l’idea che la dichiarazione di fede del vescovo fosse quella di J.-J. Rousseau? Sicuramente non ha trovato nulla del genere nel mio libro; al contrario, vi ha chiaramente letto che io affermavo che tale dichiarazione appartenesse a un altro. Ecco le mie parole esatte: “Trascrivo un’opera e dico di trascriverla”. In alcuni passaggi si legge che si tratta di un’opera indirizzata a me da uno dei miei concittadini, o che io la invio a uno dei miei concittadini. In altri passaggi si legge: “Un carattere timido compensava la sua imbarazzo e prolungava per lui quel periodo in cui voi mantenete il vostro discepolo con tanto cura”. Questo elimina ogni dubbio, e diventa chiaro che quella dichiarazione di fede non è un testo che io invio agli altri, ma un testo che mi viene inviato. Riprendendo la parola, affermo che non considero tale testo come regola da seguire nei sentimenti religiosi. Pertanto, attribuirmi tutti questi sentimenti è una temerarietà molto ingiusta e poco cristiana: se questo scritto è riprovevole, si può procedere contro di me per averlo pubblicato, ma non perché ne sia l’autore, a meno che non si possa dimostrare il contrario. Eppure, il signor Vernes lo afferma senza fornire prove. Mi ha riconosciuto sicuramente dal mio stile: di cosa si lamenta dunque oggi? Lo giudico secondo le sue regole; e, come vedremo tra poco, ho più prove del fatto che lui sia l’autore dell’attacco contro di me, di quante ne abbia lui del fatto che io sia l’autore di quella dichiarazione di fede che ritiene così criminale.

Il signor Vernes insiste in ogni modo sul significato letterale delle parole per rendermi ancora più colpevole. Per quanto riguarda la forma dell’opera, lo stile della dichiarazione di fede avrebbe dovuto essere semplice e persino disinvolto: sarebbe stato un errore sia dal punto di vista del gusto che della delicatezza nel utilizzare i termini con precisione. Dopo aver lodato con grande entusiasmo la bellezza e la sublimità dell’Evangelo, il vescovo aggiunge che tuttavia lo stesso Evangelo è pieno di cose inverosimili. Il signor Vernes interpreta letteralmente questo termine; lo scrive in corsivo, lo ripete con enfasi, come se volesse dire che l’Evangelo è talmente pieno di queste cose incredibili da non lasciare spazio a nulla altro. Immaginiamo di entrare in un salotto polveroso e di dire che è bello, ma pieno di polvere: se fosse davvero pieno fino al soffitto, il signor Vernes mi accuserebbe di mentire. Almeno questo è il modo in cui ragiona con me.

Le conseguenze che egli trae da ciò che ho detto, e le false interpretazioni che ne dà, non gli bastano ancora; a causa del suo odio, mi fa persino pensare. Se faccio una dichiarazione contraria a me stesso, la interpreta alla lettera e la spinge fino ai limiti estremi; se invece ne faccio una favorevole, la smentisce basandosi su sentimenti segreti che lui suppone io abbia, e di cui non ha altra prova se non il desiderio nascosto di averli effettivamente. Cerca ovunque di diffamarmi con abilità, utilizzando massime generali che non mi applica apertamente, ma le presenta in modo da costringere il lettore a farlo. “In quali eccessi”, dice, “non può cadere l’immaginazione quando viene stimolata dallo spirito di sistematicità, dalla singolarità, dal disprezzo per le opinioni della maggioranza, o da qualche altra passione che fermenta segretamente nel cuore!” Con queste parole, è la fantasia del lettore stessa a essere messa in movimento, e cerca di scoprire quale sia questa passione che “fermenta segretamente” nel mio cuore. In un altro passaggio, M. Vernes afferma: “Questo detto di Rousseau può applicarsi solo a troppe persone. Si comportano come tutti gli altri, tranne che ridono in segreto di ciò che fingono di rispettare in pubblico.” A chi vuole riferirsi M. Vernes con queste osservazioni? A nessuno, dirà. Parlo in generale: perché Rousseau dovrebbe applicarsela a sé stesso, se non sentisse che è giusta? Ecco quindi la mia posizione su questo argomento. Se lascio passare queste massime senza rispondere, il lettore penserà: “L’autore non ha detto queste cose a caso; sicuramente sa di più di quanto voglia rivelare, e Rousseau aveva le sue ragioni per fingere di non averle sentite, ” Se invece decido di rispondere, il lettore dirà: “Perché Rousseau dovrebbe prendersela con queste massime generali, se non ne vedesse l’applicazione concreta?” Quindi, che parli o che taccia, la massima ha comunque il suo effetto, senza che chi la enuncia si comprometta. Bisogna ammettere che questo approccio non è affatto maldestro.

Non era sufficiente incolparmi del male che si cercava nel mio libro o che si attribuiva all’autore; restava ancora il modo di incolparmi anche del bene stesso: in questo modo ci si avvicinava di più alla verità. Ascoltate M. Vernes, o quell’amico onesto che egli si dà, e che non è meno caritatevole di lui.

“Notate, mi disse M., che se l’autore di ‘Émile’ si fosse mostrato apertamente nemico della religione cristiana, se non avesse detto nulla che potesse essere considerato a suo favore, sarebbe stato meno temibile; il suo libro avrebbe contenuto in sé stesso la propria confutazione, poiché in fondo non contiene altro che obiezioni spesso ripetute e altrettanto spesso confutate. Ma non conosco nulla di più pericoloso di un miscuglio di ‘poco bene e molto male’: il bene finisce per mascherare il male; il veleno agisce in modo più silenzioso, ma i suoi effetti sono altrettanto funesti. Un nemico non è mai più temibile dei ‘momenti in cui si crede che sia amico’; i suoi colpi diventano allora ancora più sicuri, la ferita ancora più profonda. Quindi tutto ciò che siamo costretti a ritenere positivo nel mio libro – e di certo non è la parte minore – serve soltanto ad rendere il male ancora più pericoloso; l’autore, punibile per ciò che è negativo, lo è ancora di più per ciò che è positivo. Se qualcuno trova un modo per sfuggire a accuse del genere, mi obbligherà a indicarglielo.”

Joignez à cela l’air joyeux et content qui règne dans tout l’ouvrage, et le ton railleur et folâtre avec lequel M. le pasteur Vernes dépouille son ancien ami d’un christianisme qui faisait toute sa consolation ; ce Chinois surtout si goguenard, si loustick qui le représente, et qu’il nous assure être un homme d’esprit et de sens ; -vous connaîtrez à tous ces signes si la cruelle fonction qu’il s’impose lui est pénible, si c’est un devoir qui lui coûte, et que son cœur remplisse à regret.

Il ne s’ensuit point de tout ceci que M. Vernes ait raison ni tort dans cette querelle ; ce n’est pas de cela qu’il s’agit : il s’ensuit seulement, mais avec évidence, que le zèle de la foi n’est que son prétexte ; que son vrai motif est de me nuire, de satisfaire son animosité contre moi. J’ai montré la source de cette animosité : il faut à présent en montrer les suites.

M. Vernes s’attendait à une réponse expresse dans laquelle j’entrasse en lice avec lui ; il la désirait, et il disait avec satisfaction qu’il en tirerait occasion d’amplifier les gentillesses de son Chinois. Ce Chinois, plus badin qu’un Français, était l’enfant chéri du christianisme de M. le pasteur ; il se vantait de l’avoir nourri de ma substance, et c’était le vampire qu’il destinait à sucer le reste de mon sang.

Je ne répondis point à M. Vernes ; mais j’eus occasion, dans mon dernier ouvrage, de parler deux fois du sien. Je ne déguisai ni le peu de cas que j’en faisais, ni mon mépris pour les motifs qui l’avaient dicté. Du reste, constamment attaché à mes principes, je me renfermai dans ce qui tenait à l’ouvrage ; je ne me permis nulle personnalité qui lui fût étrangère, et je poussai la circonspection jusqu’à ne pas nommer l’auteur qui m’avait si souvent nommé avec si peu de ménagement.

Il était facile à reconnaître ; il se reconnut : qu’on juge de sa fureur par sa vanité. Blessé dans ses talents littéraires, dans son mérite d’auteur, dont il fait un si grand cas, il poussa les plus hauts cris, et ces cris furent moins de douleur que de rage. Ses premiers transports ont passé toute mesure ; il faut en avoir été témoin soi-même pour comprendre à quel point un homme de son état peut s’oublier dans la colère ; ce qu’il disait, ce qu’il écrivait, ne se répète ni ne s’imagine. L’énergie de ses outrages n’est à la portée d’aucun homme de sang-froid ; et ce qui rendit ses transports encore plus remarquables, fut qu’il était le seul qui s’y livrât. À la première apparition du livre, tout le monde gardait le silence. Le conseil n’avait point encore délibéré sur ce qu’il y avait à faire ; tous ses clients se taisaient à son imitation. La bourgeoisie elle-même, qui ne voulait pas se commettre, attendait, pour avouer ou désavouer l’ouvrage, qu’elle eut vu comment le prendraient les magistrats. Il n’y avait pas d’exemple ; à Genève que personne eût osé dire ainsi la vérité sans détour. Un des partis était confondu, l’autre effrayé ; tous attendaient dans le plus profond silence que quelqu’un l’osât rompre le premier. C’était au milieu de cette inquiète tranquillité que le seul M. Vernes, élevant sa voix et ses cris, s’efforçait d’entraîner par son exemple le public qu’il ne faisait qu’étonner. Comme il criait seul, tout le monde l’entendit ; et ce que je dis est si notoire, qu’il n’y a personne à Genève qui ne puisse le confirmer. Toutes les lettres qui m’en vinrent dans ce temps-là sont pleines de ces expressions. « Vernes est hors de lui. Vernes dit des choses incroyables. Vernes ne se possède pas. La fureur de Vernes est au-delà de toute idée. » Le dernier qui m’en parla m’écrivit : « Vernes, dans ses fureurs, est si maladroit, qu’il n’épargne pas même votre style : il disait hier que vous écriviez comme un charretier. Cela peut être, lui dit quelqu’un ; mais avouez qu’il fouette diablement fort. »

Sur la fin de l’année, c’est-à-dire dix ou douze jours après la publication du livre, tandis que le silence public et les cris forcenés de M. Vernes duraient encore, je reçus par la poste la brochure intitulée, Sentiment des citoyens. En y jetant les yeux, je reconnus à l’instant mon homme aux choses imprimées qu’il débitait seul de vive voix : de plus je vis un furieux que la rage faisait extravaguer ; et quoique j’aie à Genève des ennemis non moins ardents, je n’en ai point de si maladroits. N’ayant eu des démêlés personnels avec aucun d’eux, je n’ai point irrité leur amour-propre : leur haine est de sang-froid, et n’en est que plus terrible ; elle porte avec poids et mesure des coups moins pesants en apparence, mais qui blessent plus profondément.

Les premiers mouvements peignent les caractères de ceux qui s’y livrent. Celui de l’auteur du libelle fut de l’écrire et de le publier Genève : le mien fut de le publier aussi à Paris, et d’en nommer l’auteur pour toute vengeance. J’eus tort ; mais qu’un autre homme d’un esprit ardent se mette à ma place, qu’il lise le libelle, qu’il s’en suppose l’objet, qu’il sente ce qu’il aurait fait dans le premier saisissement, et puis qu’il me juge.

Cependant, malgré la plus intime persuasion de ma part, et même en nommant M. Vernes, non seulement je m’abstins de laisser croire que j’eusse d’autres preuves que celles que j’avais en effet, mais je m’abstins de donner en public à ces mêmes preuves autant de force qu’elles en avaient pour moi. Je dis que je reconnaissais l’auteur à son style ; mais je n’ajoutai point de quel style j’entendais parler, ni quelle comparaison m’avait rendu cette uniformité si frappante. Il est vrai qu’aucun Genevois ne put s’y tromper à Paris, puisque M. Vernes y répandait par ses correspondants, et entre autres par M. Durade, précisément les mêmes choses qu’il avait dites dans le libelle, et où j’avais reconnu son style pastoral.

Je fis plus ; je déclarai que, soit qu’il reconnût ou désavouât la pièce, on devait s’en tenir à sa déclaration : non que, quant à moi, j’eusse le moindre doute ; mais, prévoyant ce qu’il ferait, j’étais content de le convaincre entre son cœur et moi, par son désaveu, qu’il avait fait deux fois un acte vil. Du reste j’étais très résolu de le laisser en paix, et de ne point ôter au public l’impression qu’un désaveu non démenti devait naturellement y faire.

La chose arriva comme je l’avais prévu. M. Vernes m’écrivit une lettre, où, désavouant hautement le libelle, il le traitait sans détour de brochure infâme qui devait être en horreur aux honnêtes gens. J’avoue qu’une déclaration si nette ébranla ma persuasion. J’eus peine à concevoir qu’un homme, à quelque point qu’il se fût dépravé, pût en venir jusqu’à s’accuser ainsi, sans détour, d’infamie, jusqu’à se déclarer à lui-même qu’il devait faire horreur aux honnêtes gens. J’aurais non seulement publié le désaveu de M. Vernes, mais j’y aurais même ajouté le mien sur cette seule lettre, si je n’y eusse en même temps trouvé un mensonge dont l’audace effaçait l’effet de sa déclaration ; ce fut d’affirmer qu’il s’était contenté de dire au sujet de mon livre : Je ne reconnais pas là M. Rousseau. Il s’était si peu contenté de parler de cette manière, et tout le monde le savait si bien, que, révolté de cette impudence, et ne sachant où elle pouvait se borner dans un homme qui en était capable, je restai en suspens sur cette lettre ; et il en résulta toujours dans mon esprit que M. Vernes était un homme que je ne pouvais estimer.

Cependant, comme son désaveu me laissait des scrupules, je remplis fidèlement l’espèce d’engagement que j’avais pris à cet égard : ainsi, avec la bonne foi que je mets à toute chose, j’envoyai sur-le-champ à tous mes amis le désaveu de M. Vernes ; et ne pouvant le confirmer par le mien, je n’ajoutai pas un mot qui put l’affaiblir. J’écrivis en même temps au libraire qu’il supprimât la pièce qui ne faisait que de paraître, et il me marqua m’avoir si bien obéi, qu’il ne s’en était pas débité cinquante exemplaires. Voilà ce que je crus devoir faire en toute équité ; je ne pouvais aller au-delà sans mensonge. Puisque j’avais fait dépendre ma déclaration de celle de M. Vernes, laisser courir la sienne sans y répondre, et la répandre moi-même, était la faire valoir autant qu’il m’était permis.

Add to this the cheerful and contented atmosphere that pervades the entire work, as well as the mocking and playful tone in which Mr. Pastor Vernes strips his former friend of the Christianity that had been his sole source of comfort; especially that rather ridiculous and mischievous portrayal of this Chinese character, whom he assures us is a man of wit and good sense—then, by all these signs, you will be able to tell whether the cruel task he has imposed upon himself is truly painful for him, whether it is a duty that costs him much effort, and whether his heart fills with regret as he undertakes it.

It does not follow from all this that Mr. Vernes is right or wrong in this dispute; that is not the question at hand. It merely follows, quite clearly, that his zeal for faith is merely a pretext; his true motive is to harm me, to satisfy his hostility towards me. I have shown the source of this hostility; now it remains to show its consequences.

Mr. Vernes expected a direct reply in which I would agree to engage in this with him; he desired it, and said with satisfaction that he would use it as an opportunity to elaborate further on the virtues of his “Chinese character.” This “Chinese character,” more playful than a Frenchman, was the cherished child of Mr. the Pastor’s Christian faith; he boasted of having nourished it with my very essence—and it was this very “character” that he intended to use to drain the rest of my blood.

I did not respond to Mr. Vernes; but in my latest work, I had the opportunity to mention his book on two occasions. I did not conceal either the little regard I held for it or my contempt for the motives that had prompted him to write it. Moreover, always adhering to my principles, I confined myself strictly to matters related to the work itself; I did not allow any personal elements that might have been irrelevant to it to interfere, and I went so far as to refrain from mentioning the author who had so often referred to me in his writings without the slightest consideration for my feelings.

He was easily recognizable; he recognized himself: one could judge his fury by his vanity. Hurt in his literary talents, in his pride as an author—which he held in such high esteem—he let out the loudest cries, but these cries were less expressions of pain than of rage. His initial outbursts went beyond all measure; one had to have witnessed them oneself to understand to what extent a man in his position could lose himself in anger. What he said and wrote was something neither repeatable nor imaginable. The intensity of his indignation was beyond the grasp of any person with a calm mind; and what made his outbursts even more remarkable was that he was the only one who allowed himself such expressions. When the book first appeared, everyone kept silent. The council had not yet decided what to do; all his clients followed his example in staying silent. Even the bourgeoisie, unwilling to take a position, waited to see how the magistrates would react before admitting or denying the work’s existence. There was no precedent for such behavior; in Geneva, no one had ever dared speak the truth so bluntly. One faction was confused, another frightened; everyone waited in profound silence for someone to be the first to break the silence. It was in this uneasy calm that M. Vernes alone raised his voice and let out his cries, trying to influence the public with his example—only to continue astonishing them all. Since he shouted alone, everyone heard him; and what I say is so well-known that there is no one in Geneva who cannot confirm it. All the letters I received at that time were filled with such expressions: “Vernes has lost his mind. Vernes is saying things that are unbelievable. Vernes can’t control himself anymore. His rage is beyond any description.” The last person who told me about this wrote: “In his outbursts, Vernes is so inept that he doesn’t even spare your style—yesterday he said you write like a cartwright. ‘That’s possible,’ someone replied to him, ‘but admit it: he really knows how to wield the pen.’”

At the end of the year, that is, ten or twelve days after the book was published, while the public silence and Mr. Vernes’ furious outbursts continued, I received by mail a brochure titled Sentiments des Citoyens. Upon glancing at it, I immediately recognized the man who had been verbally hurling those same sentiments in person: moreover, I saw a man consumed by rage to such an extent that it made him act extravagantly. Although I have enemies in Geneva who are just as determined, none of them are so inept. Since I had never had any personal conflicts with any of them, I had not offended their pride; their hatred stemmed from cold calculation, and for that reason it was all the more terrible. It delivered blows that, though seemingly less severe on the surface, were far more devastating in their effects.

The first steps taken in such an undertaking reveal the character of those who engage in it. The author of that libel chose to write and publish it in Geneva; my action was to publish it as well in Paris and to reveal its author for the sake of vengeance. I erred; but let another man of passionate spirit put himself in my place, let him read that libel, let him imagine himself to be its target, let him feel what he would have done in such a situation, and then let him judge me.

However, despite my own deepest conviction—and even by citing Mr. Vernes—I refrained not only from leading anyone to believe that I possessed any other evidence beyond those I actually had, but also from attributing to these same evidences in public the same weight as they held for me personally. I stated that I recognized the author by his style; but I did not specify what kind of style I meant, nor explain which comparison had made this uniformity so striking to me. Indeed, no Genevan in Paris could have been mistaken, since Mr. Vernes was spreading through his correspondents—and in particular through Mr. Durade—exactly the same statements as those contained in the libel, and it was in these that I had recognized his pastoral style.

I did more than that; I declared that, whether he acknowledged or denied the deed, one must stick to his statement. Not that I had the slightest doubt myself; but, anticipating what he would do, I was content to convince him, in his own heart, through his denial, that he had committed a vile act twice over. Moreover, I was firmly determined to leave him alone and not to deprive the public of the impression that an unrefuted denial would naturally have on them.

It happened just as I had predicted. Mr. Vernes wrote me a letter in which he firmly rejected that libel, calling it outright a despicable pamphlet that must be abhorrent to any honest person. I must admit that such a clear and unequivocal statement shook my conviction. It was hard for me to believe that a man, no matter how much he might have degenerated, would go so far as to openly accuse himself of such infamy, to declare to himself that he must be detested by honorable people. I would not only have published Mr. Vernes’s denial, but I would have added my own in response to that single letter—had it not contained a lie so audacious that it completely nullified the effect of his statement. That lie was his claim that he had merely said about my book: “I do not recognize Monsieur Rousseau in that work.” But he had done far more than that, and everyone knew it well. Indignant at such audacity—and unable to imagine where such behavior could lead in a man capable of it—I remained skeptical about that letter. And in my mind, it remained clear that Mr. Vernes was a man whom I could not respect.

However, since his denial caused me some remorse, I faithfully fulfilled the kind of commitment I had made in that regard. With the same sincerity with which I approach everything, I immediately sent all my friends a copy of Mr. Vernes’ denial; and since I could not confirm it with my own statement, I did not add a single word that might weaken its effect. At the same time, I wrote to the publisher asking him to remove the work that was merely about to be published. He informed me that he had obeyed my request so thoroughly that not a single copy of it had been distributed. This, I believed, was what fairness required of me; going any further would have involved deceit. Since my own declaration depended on Mr. Vernes’ statement, allowing his to circulate without a response and then spreading it myself was the only way I could ensure it carried the same weight as intended.

Aggiungete a questo l’atmosfera gioiosa e soddisfatta che pervade l’intero testo, nonché il tono ironico e scherzoso con cui il pastore Vernes priva il suo vecchio amico di quel cristianesimo che costituiva la sua unica consolazione; soprattutto quel cinese rappresentato in modo così divertente e buffo, di cui ci assicura essere una persona intelligente e sensata. Da tutti questi segni potrete capire se questa crudele “funzione” che si impone sia per lui dolorosa, se si tratti di un dovere che gli costa molto, e se il suo cuore la compia con riluttanza.

Da tutto ciò non si può concludere che il signor Vernes abbia ragione o torto in questa controversia; non è di questo che si tratta. Si può soltanto dedurre, in modo evidente, che lo zelo per la fede non sia altro che un pretesto; il vero motivo del suo comportamento è quello di nuocermi, di soddisfare l’animosità che nutre contro di me. Ho già indicato la fonte di questa animosità; ora bisogna dimostrare le sue conseguenze.

Il signor Vernes si aspettava una risposta chiara nella quale io mi impegnassi apertamente al suo fianco; la desiderava ardentemente e diceva con soddisfazione che ne avrebbe tratto l’occasione per arricchire ancora di più le descrizioni delle gentilezze del suo “cinese”. Questo “cinese”, più spiritoso di un francese, era il figlio prediletto del cristianesimo del signor pastore; egli si vantava di averlo nutrito con la mia sostanza, e in realtà era proprio lui il vampiro destinato a succhiare il resto del mio sangue.

Non risposi a Monsieur Vernes; tuttavia, nel mio ultimo lavoro, ebbi l’occasione di parlare due volte del suo. Non nascosi né il poco interesse che provavo per esso, né il disprezzo che nutrivo per i motivi che lo avevano ispirato. In ogni caso, fedele ai miei principi, mi limitai esclusivamente agli aspetti legati al lavoro stesso; non permisi alcuna forma di personalizzazione che potesse essere considerata estranea ad esso, e andai fino al punto di non menzionare l’autore che così spesso mi aveva citato, senza il minimo riguardo.

Era facile riconoscerlo; si riconobbe da solo: basta giudicare la sua furia dalla sua vanità. Offeso nei suoi talenti letterari, nel suo merito di autore, di cui faceva tanto conto, lanciò i più alti grida, ma quei gridi erano meno dovuti al dolore che alla rabbia. I suoi primi impeti superarono ogni limite; bisogna essere stati testimoni oculari per capire fino a che punto un uomo nella sua posizione possa dimenticarsi di sé stesso nell’ira. Quello che diceva, quello che scriveva, non era nulla che si potesse ripetere o immaginare. L’energia delle sue offese era al di fuori della portata di qualsiasi persona calma e razionale. E ciò che rendeva i suoi accessi ancora più notevoli era il fatto che lui fosse l’unico a lasciarsi andare in quel modo. Alla prima apparizione del libro, tutti tacevano; il consiglio non aveva ancora deciso cosa fare; tutti i suoi clienti rimanevano in silenzio, imitandolo. Anche la borghesia, che non voleva prendere posizione, aspettava di vedere come avrebbero reagito i magistrati prima di dichiararsi a favore o contro l’opera. Non esisteva alcun precedente; a Ginevra nessuno aveva mai osato dire la verità in modo così diretto. Un partito era confuso, l’altro spaventato; tutti aspettavano, nel più profondo silenzio, che qualcuno fosse il primo a rompere quel silenzio. Fu proprio in mezzo a questa tensione ansiosa che M. Vernes, alzando la voce e gridando, cercò di trascinare con sé il pubblico che fino ad allora lo aveva soltanto ascoltato con stupore. Poiché gridava da solo, tutti lo sentirono. E ciò che dico è così noto, che a Ginevra non c’è nessuno che non possa confermarlo; tutte le lettere che ricevetti in quel periodo erano piene di queste espressioni: “Vernes è fuori di sé. Dice cose incredibili. Non si controlla più. La sua furia va oltre ogni immaginazione, ” L’ultima persona che ne parlò con me mi scrisse: “Vernes, nei suoi accessi di rabbia, è così goffo da non risparmiare nemmeno il vostro stile. Ieri ha detto che scrivete come un carrettiere. Può darsi, ma ammettete che colpisce davvero duramente, ”

Alla fine dell’anno, cioè dieci o dodici giorni dopo la pubblicazione del libro, mentre il silenzio generale e le grida furiose di Monsieur Vernes continuavano, ricevetti per posta la brochure intitolata “Sentiment des citoyens”. Dopo averla letta, riconobbi immediatamente in quelle parole stampate l’uomo che poco prima ne aveva pronunciato ad alta voce; inoltre vidi un individuo folle di rabbia. E sebbene a Ginevra abbia nemici altrettanto accaniti, non ne ho nessuno così goffo e incompetente. Non avendo mai avuto contatti personali con loro, non ho offeso il loro orgoglio; la loro odio è frutto di calcolo, ed è proprio per questo che è ancora più terribile: colpisce con precisione e violenza, infliggendo ferite apparentemente meno profonde, ma in realtà molto più gravi.

I primi movimenti di chi si dedica a un’azione rivelano i suoi caratteri. Quello dell’autore di quel libello fu scriverlo e pubblicarlo a Ginevra; il mio fu pubblicarlo anch’io a Parigi, e rivelarne l’autore per vendetta. Ho commesso un errore; ma che un altro uomo dallo spirito appassionato si metta al mio posto, che legga quel libello, che si consideri la sua vittima, che senta ciò che avrebbe fatto lui stesso in quella situazione, e poi mi giudichi.

Tuttavia, nonostante la mia più profonda convinzione, e persino menzionando il nome di Monsieur Vernes, non solo mi astenni dal far credere di disporre di prove diverse da quelle che effettivamente avevo, ma mi astenni anche dal dare a queste stesse prove, in pubblico, la stessa forza che avevano per me. Dissi di riconoscere l’autore dal suo stile; ma non aggiunsi mai di quale tipo di stile parlavo, né quali considerazioni avessero reso tale uniformità così evidente. È vero che nessun genevese poté sbagliarsi a Parigi, poiché Monsieur Vernes diffondeva, attraverso i suoi corrispondenti e in particolare tramite Monsieur Durade, esattamente le stesse cose che aveva detto nel libello, e dove avevo riconosciuto il suo stile pastorale.

Feci di più: dichiarai che, indipendentemente dal fatto che riconoscesse o negasse l’autenticità dell’opera in questione, si dovesse attenersi alla sua dichiarazione. Non perché io avessi il minimo dubbio al riguardo, ma perché, prevedendo ciò che avrebbe fatto, ero contento di convincerlo, nel profondo del suo cuore, attraverso il suo stesso diniego, che aveva compiuto due volte un atto spregevole. In ogni caso, ero assolutamente deciso a lasciarlo in pace e a non privare il pubblico dell’impressione che un diniego non smentito dovesse naturalmente suscitare.

Tutto è accaduto proprio come avevo previsto. Il signor Vernes mi scrisse una lettera in cui, denunciando apertamente quel libello, lo definiva senza mezzi termini una brochure infame che doveva essere oggetto di orrore per le persone oneste. Devo ammettere che una dichiarazione così netta scosse la mia convinzione. Avevo difficoltà a credere che un uomo, per quanto si fosse corrotto, potesse arrivare al punto di accusarsi apertamente di infamia, di dichiarare di essere oggetto di disprezzo per le persone oneste. Non solo avrei pubblicato il diniego del signor Vernes, ma vi avrei aggiunto anche il mio riguardo a quella lettera, se non ci fosse stata una menzogna nella sua stessa dichiarazione: lui sosteneva di essersi limitato a dire, a proposito del mio libro, “Non riconosco in questo M. Rousseau”. Ma era evidente che non si era limitato a queste parole, e tutti lo sapevano bene. Offeso da tale impudenza e senza sapere fino a dove potesse spingersi un uomo del genere, rimasi incerto riguardo a quella lettera; nel mio cuore, il signor Vernes continuò sempre ad essere considerato una persona che non potevo stimare.

Tuttavia, poiché il suo dissenso mi suscitava rimorsi, adempii fedelmente all’impegno che avevo preso in merito: inviai immediatamente a tutti i miei amici la dichiarazione di dissenso di M. Vernes, con la stessa sincerità che metto in tutto ciò che faccio; non potendo confermarla con la mia, non aggiunsi una parola che potesse indebolirla. Scrissi contemporaneamente al libraio di eliminare l’opera che stava per essere pubblicata, e mi comunicò di avermi obbedito così bene da non ne averne stampato nemmeno cinquanta esemplari. Questo è ciò che ritenni dovesse essere fatto in nome dell’equità; non avrei potuto fare di più senza commettere inganni. Poiché la mia dichiarazione dipendeva da quella di M. Vernes, lasciare circolare la sua senza rispondervi e diffonderla io stesso significava renderla valida nella misura consentita dalle circostanze.

En réponse à sa lettre je lui donnai avis de ce que j’avais fait, et je crus que cette correspondance finirait là. Point : d’autres lettres suivirent. M. Vernes attendait une déclaration de ma part ; il fallut lui marquer que je ne la voulais pas faire : il voulut savoir la raison de ce refus ; il fallut la lui dire : il voulut entrer là-dessus en discussion ; alors je me tus.

Durant cette négociation parut un second libelle intitulé, Sentiment des jurisconsultes. Dès-lors tous mes doutes furent levés : tant de la conduite de M. Vernes que de l’examen des deux libelles, il resta clair à mes yeux qu’il avait fait l’un et l’autre, et que l’objet principal du second était de mieux couvrir l’auteur du premier.

Voilà l’historique de cette affaire : voici maintenant les raisons du sentiment dans lequel je suis demeuré.

J’ai à Genève un grand nombre d’ennemis très ardents qui me haïssent tout autant que peut faire M. Vernes ; mais leur haine étant une affaire de parti, et n’ayant rien qui soit personnel à aucun d’eux, n’est point aveuglée par la colère, et, dirigeant à loisir ses atteintes, elle ne porte aucun coup à faux : elle est d’autant plus dangereuse qu’elle est plus injuste ; je les craindrais beaucoup moins si je les avais offensés ; mais bien loin de là, je n’en connais pas même un seul ; je n’ai jamais eu le moindre démêlé personnel avec aucun d’eux, à moins qu’on ne veuille en supposer un entre l’auteur des Lettres de la campagne et celui des Lettres de la montagne. Mais qu’y a-t-il de personnel dans un pareil démêlé ? rien, puisque ces deux auteurs ne se connaissent point, et n’ont pas même parlé directement l’un de l’autre. J’ose ajouter que si ces deux auteurs ne s’aiment pas réciproquement, ils s’estiment ; chacun des deux se respecte lui-même : il ne peut y avoir de querelle entre eux que pour la cause publique, et dans ces querelles ils ne se diront sûrement pas des injures : des hommes de cette trempe ne font point de libelles.

D’ailleurs on sent à la lecture de la pièce que celui qui l’écrit n’est point homme de parti, qu’il est très indifférent sur cet article, qu’il ne songe qu’à sa colère, et qu’il ne veut venger que lui seul. J’ose ajouter que la stupide indécence qui règne dans le libelle prouve elle-même qu’il ne vient ni des magistrats, ni de leurs amis, qui se garderaient d’avilir ainsi leur cause. Je suis désormais un homme à qui ils doivent des égards par cela seul qu’ils croient lui devoir de la haine. Attaquer mon honneur serait de leur part une passion trop inepte et trop basse : la dignité, le noble orgueil d’un tel corps de magistrature ne doit pas laisser présumer qu’un homme vil puisse lui porter des coups qui lui soient sensibles, des coups qu’il soit obligé de parer.

Il m’est donc de la dernière évidence, par la nature du libelle, qu’il ne peut être que d’un homme aveuglé par l’indignation de l’amour-propre, et le seul M. Vernes à Genève peut être avec moi dans ce cas. Si le public, qui ne sait si j’ai eu des querelles personnelles avec d’autres Genevois, ne peut sentir le poids de cette raison, en a-t-elle pour moi moins de force, et n’est-ce pas de ma persuasion qu’il s’agit ici ? De plus, combien le public même ne doit-il pas être frappé de la conformité des propos de M. Vernes avec le libelle ? À qui puis-je attribuer ces propos écrits, si ce n’est au seul qui les ait tenus de bouche dans le temps, dans le lieu, dans la circonstance où le libelle fut publié ? Quand il l’eût été par un autre, cet autre n’eût fait qu’écrire pour ainsi dire sous la dictée de M. Vernes : M. Vernes eût toujours été le véritable auteur ; l’autre n’eût été que le secrétaire.

Troisième raison. L’état de l’auteur se montre à découvert dans l’esprit de l’ouvrage ; il est impossible de s’y tromper. Dans l’édition originale la pièce entière est de huit pages, dont une pour le préambule ; les cinq suivantes, qui font le corps de la pièce, roulent sur des querelles de religion, et sur les ministres de Genève. À la septième, l’auteur dit : Venons à ce qui nous regarde ; c’est y venir bien tard, dans un écrit intitulé, Sentiment des citoyens. Dans ces deux dernières pages, qui ne disent rien, il revient encore à parler des pasteurs.

Qu’on se rappelle la disposition des esprits à Genève, en ce moment de crise où les deux partis, tout entiers à leurs démêlés, ne songeaient pas seulement à ce que j’avais dit de la religion et des ministres, et qu’on voie à qui l’on peut attribuer un écrit où l’auteur, tout occupé de ces messieurs, songe à peine aux affaires publiques.

Il y a des observations fines et sûres que le grand nombre ne peut sentir, mais qui frappent beaucoup les gens attentifs qui les savent faire ; et ce qu’il faut pour cela n’est pas tant d’avoir beaucoup d’esprit que de prendre un grand intérêt à la chose : en voici une de cette espèce.

« Certes, est-il dit dans la pièce, il ne remplit pas ses devoirs, quand dans le même libelle, trahissant la confiance d’un ami, il fait imprimer une de ses lettres pour brouiller ensemble trois pasteurs. »

Il n’y a pas plus de vérité dans ces trois lignes que dans le reste de la pièce : mais passons. Je demande d’où peut venir à l’auteur l’idée de ce reproche d’avoir voulu brouiller trois pasteurs, si lui-même n’est pas du nombre ? Dans la lettre citée, deux pasteurs sont nommés d’une manière qui ne saurait les brouiller entre eux ; il conjecture le troisième très témérairement et très faussement ? mais en homme au surplus trop bien au fait du tri pot pour n’en être pas lui-même. D’où a-t-il tiré que ce troisième prétendu pasteur était mon ami, et que j’avais trahi sa confiance ? Il n’y a pas un mot dans l’extrait que j’ai donné qui puisse autoriser cette accusation. Est-ce ainsi qu’un homme qui n’eut pas été du corps eût envisagé la chose ? Il fallait être ministre, instruit des tracasseries des ministres, et leur donner la plus grande importance, pour voir ici la brouillerie de trois d’entre eux, et la faire entrer dans tant d’accusations effroyables dont un écrit de huit pages est rempli. Cette remarque me confirme avec certitude que cette pièce, qui ne roule que sur des intérêts de ministres, est d’un ministre. J’ose affirmer que quiconque n’est pas frappé de la même évidence le serait s’il y donnait autant d’attention et qu’il y prît le même intérêt que moi.

Or, s’il est étonnant que dans une compagnie aussi respectable que celle des pasteurs de Genève il s’en trouve un capable de faire un pareil libelle, il est certain du moins qu’il ne s’y en trouve pas deux. Auquel donc nous fixerons-nous ? Si le lecteur hésite, j’en suis fâché pour ces messieurs : quant à moi, je les honore trop, malgré leurs torts, pour former là-dessus le moindre doute.

Je n’ai eu quelques liaisons suivies qu’avec cinq d’entre eux. Il en est mort deux, et plût à Dieu qu’ils vécussent ! il est probable que les choses auraient pris un tour bien différent.

Des trois qui restent, l’un est un homme grave, respectable par son âge, par son savoir, par sa conduite, par ses écrits, et qui, loin d’avoir pour moi de la haine, me doit, j’ose le dire, une estime particulière pour mes procédés envers lui.

Le second est un homme plein d’urbanité, d’un caractère liant et doux, et dont la correspondance, qui m’était agréable, n’a cessé de ma part que par l’impossibilité de fournir à tout. Du reste, il y a si peu de rupture entre nous, qu’abstraction faite des affaires publiques, je n’ai point cessé de compter sur son amitié, comme il peut toujours compter sur la mienne.

Le troisième est M. Vernes. Lecteurs, mettez-vous à ma place, à qui des trois dois-je attribuer la pièce ? Il faut choisir ; car si j’en ai connu personnellement quelques autres, ce n’est que par des relations passagères de mutuelles honnêtetés : or, je le demande, cela produit-il, cela peut-il produire des libelles tels que celui dont il s’agit ?

In response to his letter, I informed him of what I had done, and I thought that our correspondence would end there. But no: more letters followed. Mr. Vernes was expecting a statement from my part; I had to let him know that I did not wish to make one. He wanted to know the reason for this refusal; I had to tell him. When he tried to discuss it further, I fell silent.

During this negotiation, a second pamphlet appeared, titled Sentiment des jurisconsultes. At that moment, all my doubts were dispelled: both with regard to Mr. Vernes’s conduct and the examination of these two pamphlets, it became clear to me that he had authored both, and that the main purpose of the second one was to provide further cover for the author of the first.

Here is the history of this matter; now, let me explain the reasons behind the attitude I have maintained throughout.

In Geneva, I have a great number of very ardent enemies who hate me just as intensely as Mr. Vernes might; but since their hatred is rooted in partisan considerations and has nothing personal about it, it is not blinded by anger. Their attacks are carefully targeted, and they never miss their mark. The more unjust such hatred is, the more dangerous it becomes. I would fear them far less if I had offended them in any way; but far from that, I don’t even know any of them personally. I have never had any personal conflict with any of them—not unless one were to assume one exists between the author of Lettres de la campagne and the author of Lettres de la montagne. But what could there be of personal in such a conflict? Nothing at all, since these two authors do not know each other and have never even spoken directly. I would even go further to say that, although they may not like each other, they at least respect one another. Each respects himself; any dispute between them would surely be over public matters, and in such disputes, they would certainly not exchange insults—men of such character do not engage in libel.

Moreover, it is evident from reading the pamphlet that its author is not a partisan; he is utterly indifferent on this matter, and his sole concern is his own anger—he seeks vengeance only for himself. I dare add that the sheer stupidity and indecency of this pamphlet prove beyond doubt that it does not come from the magistrates or their friends, who would never stoop to tarnish their cause in such a manner. I am now someone whom they must respect—just because they believe they owe me hatred. To attack my honor would be an utterly foolish and despicable act on their part; the dignity and noble pride of such a body of magistrates surely prevent them from assuming that a despicable individual could inflict upon them blows that would truly hurt them, blows that they would be forced to defend themselves against.

It is therefore absolutely clear to me, given the nature of this libel, that it can only have been written by a man blinded by the indignation of his self-respect. And in Geneva, Mr. Vernes is the only person who could have authored such a document. If the public, unaware of any personal disputes I may have had with other Genevans, fails to recognize the weight of this argument, does that mean it is any less compelling for me? Isn’t it precisely my conviction that supports this claim? Moreover, how can the public not notice the striking similarity between Mr. Vernes’ statements and the content of the libel? To whom else could these words be attributed, if not to the very person who actually uttered them at the exact time, place, and under the exact circumstances in which the libel was published? If someone else had written them, it would have been as if that person were merely transcribing Mr. Vernes’ words: Mr. Vernes would still be the true author; the other person would have been nothing more than a scribe.

Third reason: The author’s stance is clearly revealed throughout the work; there is no possibility of misunderstanding it. In the original edition, the entire piece consists of eight pages, one of which is dedicated to the preface. The following five pages, which form the main body of the work, deal with religious disputes and the ministers of Geneva. On the seventh page, the author says: “Let us turn to what concerns us directly.” This is a rather late arrival in the text, appearing in a section titled “Sentiments des Citoyens.” In these final two pages, which say nothing substantial, the author once again returns to discussing pastors.

Let us recall the state of minds in Geneva at this moment of crisis, when both parties, engrossed in their own conflicts, had no regard whatsoever for what I had said about religion and ministers; and let us consider to whom we can attribute a document in which its author, preoccupied solely with these matters, pays hardly any attention to public affairs.

There are subtle and accurate observations that the general public cannot perceive, but which strike those who are attentive and know how to make them; and what is required for this is not so much a keen intellect as a deep interest in the subject in question: here is one such observation.

“Indeed,” it is said in the play, “he fails to fulfill his duties; yet in the very same document, betraying the trust of a friend, he has one of his letters printed in order to frame three pastors together.”

There is no more truth in these three lines than in the rest of the piece; but let us pass on. I wonder where the author could have obtained the idea that I had attempted to confuse three ministers, since he himself is one of them. In the letter cited, two ministers are named in a way that could not possibly lead to any confusion between them; as for the third minister, his conjecture is both very presumptuous and entirely false—yet this man must have been all too well aware of such matters to have made such an error himself. Where did he get the idea that this supposed third minister was my friend, and that I had betrayed his trust? Not a single word in the excerpt I have quoted supports this accusation. Could a person who had no connection with these matters have viewed things in this way? One would have to be a minister, familiar with the intrigues among ministers and assigning them utmost importance, in order to see confusion among three of them and to weave such terrible accusations into an eight-page document. This observation confirms beyond doubt that this piece, which revolves entirely around the interests of ministers, must have been written by one of them. I dare say that anyone who would give it the same attention and interest as I have would come to the same conclusion.

Or, if it is astonishing that in a company so respectable as that of the pastors of Geneva there should be one capable of committing such an outrage, it is at least certain that there are not two such individuals. Then whom shall we choose? If the reader hesitates, I am sorry for those gentlemen; as for me, I hold them in too high regard, despite their faults, to entertain the slightest doubt regarding them.

I only had ongoing relationships with five of them. Two of them have passed away; may God grant them eternal peace—if only they were still alive, things might have turned out very differently.

Of the three who remain, one is a serious man, respected for his age, his knowledge, his conduct, and his writings; far from harboring any hatred towards me, he actually owes me, I dare say, particular esteem for the way I have treated him.

The second person is a man full of urbanity, with a kind and gentle temperament; our correspondence, which was pleasant to me, continued until it became impossible for me to respond to all his messages. Moreover, the gap between us is so minimal that, aside from public affairs, I have never stopped counting on his friendship, just as he can always count on mine.

The third one is Mr. Vernes. Readers, put yourselves in my position—whom of the three should I attribute this piece to? A choice must be made; for although I have personally known a few others, it has only been through temporary relationships based on mutual honesty. Now, I ask you, does that kind of relationship lead to, or could it possibly lead to, libels such as the one in question?

In risposta alla sua lettera, gli comunicai ciò che avevo fatto e pensavo che quella corrispondenza si concludesse lì. Invece, ne seguirono altre. Il signor Vernes aspettava una mia dichiarazione; dovetti fargli capire che non intendevo farla. Volle sapere il motivo di quel rifiuto; dovetti spiegarglielo. Tentò poi di discuterne ulteriormente; a quel punto, tacqui.

Durante questa negoziazione apparve un secondo libello intitolato “Sentiment des jurisconsultes”. Da quel momento tutti i miei dubbi furono dissipati: sia riguardo al comportamento di Monsieur Vernes che all’esame dei due libelli, divenne chiaro per me che era stato lui ad averli scritti entrambi, e che lo scopo principale del secondo era quello di coprire meglio l’autore del primo.

Ecco la cronaca di questo caso: ora vi illustrerò le ragioni del sentimento che ho mantenuto.

A Ginevra ho un gran numero di nemici molto accaniti che mi odiano tanto quanto può farlo il signor Vernes; ma poiché il loro odio è dovuto a motivi politici e non ha nulla di personale, non viene offuscato dall’ira, e quindi i loro attacchi sono mirati e precisi. È tanto più pericoloso in quanto ingiusto; li temerei molto meno se li avessi offesi personalmente. Ma lontanamente da questo, non ne conosco nemmeno uno: non ho mai avuto alcun conflitto personale con nessuno di loro, a meno che si voglia supporne uno tra l’autore delle “Lettere dalla campagna” e quello delle “Lettere dalla montagna”. Ma cosa c’è di personale in un simile conflitto? Niente: questi due autori non si conoscono nemmeno e non hanno mai parlato direttamente l’uno dell’altro. Oso aggiungere che, anche se non si amino a vicenda, si stimano reciprocamente; ciascuno di loro si rispetta. Non può esserci alcuna disputa tra loro se non per una causa pubblica, e in tali dispute sicuramente non si scambieranno insulti: uomini del loro stampo non scrivono libelli.

Del resto, leggendo questa pièce si percepisce chiaramente che colui che l’ha scritta non è un uomo di parte, che è assolutamente indifferente su questo argomento, e che pensa soltanto alla propria rabbia e vuole vendicarsi soltanto per sé stesso. Oso aggiungere che la stupida indecenza che caratterizza questo libello dimostra chiaramente che non proviene né dai magistrati né dai loro amici, i quali si guarderebbero bene dal denigrare in questo modo la propria causa. Ora sono una persona verso cui loro devono rispettare, semplicemente perché credono di dovergli odio. Attaccare la mia onore da parte loro sarebbe un atto troppo stupido e troppo meschino: la dignità, l’orgoglio nobile di un corpo di magistrati del genere non dovrebbe permettere che si possa pensare che un uomo vile possa infliggere loro colpi efficaci, colpi che sarebbero costretti a parare.

È quindi di estrema evidenza, considerando la natura stesso del libello, che esso possa essere stato scritto soltanto da un uomo accecato dall’indignazione del proprio orgoglio; e l’unico signor Vernes a Ginevra può essere colpevole in questo caso. Se il pubblico, che non sa se io abbia avuto dispute personali con altri ginevesi, non riesce a comprendere la forza di questa argomentazione, non ne ha forse meno per me? E non è proprio questa la mia convinzione? Inoltre, quanto il pubblico stesso debba essere colpito dalla somiglianza tra le parole pronunciate dal signor Vernes e i contenuti del libello! A chi posso attribuire queste parole scritte, se non all’unico che le ha effettivamente pronunciate nel momento, nel luogo e nelle circostanze in cui il libello è stato pubblicato? Se fossero state scritte da un altro, costui avrebbe semplicemente trascritto, per così dire, sotto la dettatura del signor Vernes: il vero autore sarebbe sempre stato il signor Vernes; l’altro non sarebbe stato altro che un segretario.

Terza ragione: lo stato d’animo dell’autore si rivela chiaramente nel contenuto dell’opera; è impossibile sbagliarsi al riguardo. Nella versione originale, l’intera opera consta di otto pagine, di cui una dedicata al preambolo; le cinque successive, che costituiscono il corpo principale dell’opera, trattano di questioni religiose e dei ministri di Ginevra. Alla settima pagina, l’autore scrive: “Veniamo ora a ciò che ci riguarda”; si tratta però di un ritardo considerevole, visto che tale argomento viene affrontato in un’opera intitolata “Sentiment des citoyens”. Nelle ultime due pagine, che non contengono alcun contenuto significativo, l’autore torna ancora a parlare dei pastori.

Si ricordi lo stato d’animo delle persone a Ginevra in quel momento di crisi: entrambi i partiti, completamente immersi nelle loro controversie, non pensavano affatto a ciò che avevo detto sulla religione e sui ministri; si chieda poi a chi si possa attribuire un testo nel quale l’autore, totalmente assorbito da queste questioni, quasi non menziona gli affari pubblici.

Esistono osservazioni precise e sicure che la maggior parte delle persone non è in grado di percepire, ma che colpiscono profondamente coloro che sono attenti e sanno come farle; e per questo non è necessario avere un grande intelletto, basta nutrire un forte interesse per l’argomento in questione: ecco un esempio di questo tipo.

“Certamente”, si dice nella pièce, “non adempie ai suoi doveri quando, nello stesso documento, tradendo la fiducia di un amico, fa stampare una delle sue lettere al fine di confondere le azioni di tre pastori”.

Non c’è più verità in queste tre righe che nel resto del testo; ma lasciamo perdere. Chiedo: da dove può derivare all’autore l’idea di questa accusa, secondo cui avrei voluto confondere tre pastori, se lui stesso non fa parte di loro? Nella lettera citata, due pastori vengono menzionati in modo che non possano assolutamente essere confusi tra loro; lui ipotizza l’esistenza del terzo in modo molto temerario e errato. Ma dopotutto, un uomo così ben informato sulle intrighi dei ministri da esserne probabilmente coinvolto personalmente. Da dove ha tratto l’idea che questo presunto terzo pastore fosse mio amico e che io avessi tradito la sua fiducia? Non c’è una sola parola nell’estratto che ho fornito che possa giustificare questa accusa. È davvero così che un uomo che non facesse parte di quel ambiente avrebbe considerato la situazione? Bisognava essere ministri, conoscere i intrighi dei ministri e attribuire loro la massima importanza per riuscire a vedere in questo testo una sorta di “confusione” tra tre di loro, e farne parte di accuse terribili. Un scritto di otto pagine intere è pieno di queste accuse. Questa osservazione mi conferma con certezza che questo testo, il cui unico argomento sono gli interessi dei ministri, è stato scritto da un ministro stesso. Oso affermare che chiunque prestasse la stessa attenzione e mostrasse lo stesso interesse di me ne sarebbe convinto altrettanto facilmente.

Ora, se è sorprendente che in una compagnia così rispettabile come quella dei pastori di Ginevra si trovi qualcuno capace di compiere un simile attacco diffamatorio, è certo almeno che non ce ne siano due. A chi dunque dobbiamo rivolgere la nostra attenzione? Se il lettore esita, ne sono dispiaciuto per questi signori; quanto a me, li rispetto troppo, nonostante i loro errori, per poter nutrire anche solo il minimo dubbio al riguardo.

Ho avuto relazioni durature soltanto con cinque di loro. Due di questi sono morti. E se solo Dio avesse voluto che vivessero! Probabilmente le cose sarebbero andate in modo molto diverso.

Dei tre rimasti, uno è un uomo serio e rispettabile per età, conoscenza, comportamento e scritti; lontano dall’odiarmi, mi deve, oso dirlo, una particolare stima per il modo in cui mi sono comportato nei suoi confronti.

Il secondo è un uomo pieno di raffinatezza, dal carattere cordiale e gentile; la nostra corrispondenza, che mi dava piacere, è continuata da parte mia soltanto a causa dell’impossibilità di rispondere a tutte le sue richieste. Del resto, ci sono così poche differenze tra noi che, a prescindere dalle questioni pubbliche, non ho mai smesso di contare sulla sua amicizia, proprio come lui può sempre contare sulla mia.

Il terzo è il signor Vernes. Lettori, mettetevi al mio posto: a quale dei tre dovrei attribuire questa opera? Dobbiamo scegliere; perché, anche se ho conosciuto personalmente altri individui, è stato solo attraverso relazioni occasionali basate sull’onestà reciproca. E allora, vi chiedo: questo può davvero portare alla stesura di libelli del genere di quello di cui si tratta?

Il est triste sans doute d’être forcé d’attribuer à un ministre de la parole de Dieu une pièce pleine d’horreurs et de mensonges ; mais, après avoir souillé sa bouche, et sa plume de ces horreurs, pourquoi craindrait-il d’en souiller la presse, et pourquoi s’abstiendrait-il, dans un libelle anonyme, de faire des mensonges, puisqu’il ne craint pas d’en faire dans des lettres écrites et signées de sa main ? J’en ai relevé un bien hardi dans la première ; en voici un autre dans la dernière qui n’est pas plus timidement avancé. M. Vernes me demande dans sa quatrième lettre pourquoi, comme il l’a su de bonne part, j’ai écrit à un homme d’un rang distingué qu’ayant été mieux instruit, je ne lui attribuais plus cette pièce. Je ne sais point rendre raison de ce qui n’est pas, et je suis très sûr de n’avoir rien écrit de pareil à personne. M. le prince de Wirtemberg a bien voulu me faire transcrire ce que je lui avais écrit à ce sujet ; en voici l’article mot pour mot : « M. Vernes désavoue avec horreur le libelle que j’ai cru de lui. En attendant que je puisse parler de moi-même, je crois qu’il est de mon devoir de répandre son désaveu. » En quoi donc suis-je en contradiction avec moi-même dans ce passage ? Si M. Vernes en a quelque autre en vue, qu’il le dise, qu’il dise d’où il tient ce qu’il dit savoir de si bonne part.

Voilà donc des mensonges, de la haine, des calomnies, indépendamment du libelle, et tout cela bien avéré. Là disconvenance de l’ouvrage à l’auteur, malgré son état, n’est donc pas si grande. Voici plus : je trouve dans la pièce des choses qui me désignent si distinctement M. Vernes, que je ne puis m’y méprendre : il fallait toute la maladresse de la colère pour laisser ces choses-là, voulant se cacher. Pour prouver que je ne suis point un savant, ce qui n’avait assurément pas besoin de preuves, on m’a fait, dans le libelle, auteur d’un opéra et de deux comédies sifflées. Pourquoi deux comédies ? je n’en ai donné qu’une au théâtre ; mais j’en avais une autre qui ne valait pas mieux, dont j’avais parlé à très peu de gens à Paris, et au seul M : Vernes à Genève ; lui seul à Genève savait que cette pièce existait. Je suis, selon le libelle, un bouffon qui reçoit des nazardes à l’Opéra, et qu’on prostituait marchant à quatre pattes sur le théâtre de la comédie. Mes liaisons avec M. Vernes suivirent immédiatement le temps où l’on m’ôta mes entrées à l’Opéra. J’en parlais avec lui quelquefois ; cette idée lui est restée. À l’égard de la comédie, il était naturel qu’il fût plus frappé que tout autre de celle où je suis représenté marchant à quatre pattes, parce qu’il a eu de grandes liaisons avec l’auteur : sans cela, ce souvenir n’eût point été naturel en pareilles circonstances ; car dans ce rôle, où l’on me donne des ridicules, on m’accorde aussi des vertus, ce qui n’est pas le compte de l’auteur du libelle. Il compare mes raisonnements à ceux.de La Métrie, dont les livres sont généralement oubliés, mais qu’on sait être un des auteurs favoris de M. Vernes. En un mot, il y a peu de lignes dans tout le libelle où je n’aperçoive M. Vernes par quelque côté. J’accorde qu’un autre pouvait avoir les mêmes idées, mais non toutes à la fois ni dans la même occasion.

Si j’examine à présent ce qui s’est passé depuis la publication du libelle, j’y vois des soins pour me donner le change, mais qui ne servent qu’à me confirmer dans mon opinion. J’ai déjà parlé de la première lettre de M Vernes ; j’en reparlerai encore. : passons aux autres. Comment concevoir le ton dont elles sont écrites ? comment accorder la douceur plus qu’angélique qui règne dans ces lettres avec le motif qui les dicte, et avec la conduite précédente de celui qui les écrit ? Quoi ! ce même homme qui, pour avoir été jugé mauvais auteur, se livre aux fureurs les plus excessives, chargé maintenant d’un libelle atroce, lie une paisible correspondance avec celui qui lui intente publiquement cette accusation, et la discute avec lui dans les termes les plus honnêtes ! Une si sublime vertu peut-elle être l’ouvrage d’un moment ? Que je l’envie à quiconque en est capable ! Oui, je ne crains point de le dire ; si M. Vernes n’est pas l’auteur du libelle, il est le plus grand ou le plus vil des mortels.

Mais supposons qu’il en fût l’auteur ; que, quelques mesures qu’il eut prises pour se bien cacher, le ton ferme avec lequel je le nomme lui donnât quelque inquiétude sur son secret ; que, craignant que je n’eusse contre lui quelques preuves, il voulût éclaircir doucement ce soupçon, sans m’irriter ni se compromettre, comment paraît-il qu’il devrait s’y prendre ! Précisément comme il a fait : il feindrait d’abord de douter que l’accusation fût de moi, pour me laisser la liberté de ne la pas reconnaître, et pouvoir, sans me forcer à le soutenir, la faire regarder comme anonyme, et par conséquent comme nulle. Si je la reconnaissais, il me reprocherait avec modération mon erreur, et tâcherait de m’engager à me dédire, sans pourtant l’exiger absolument, de peur de me réduire à casser les vitres. Si je m’en défendais en termes d’autant plus dédaigneux qu’ils disent moins et font plus entendre, feignant de ne les avoir pas compris, il m’en demanderait l’explication ; et quand enfin je l’aurais donnée, il tâcherait d’entrer en discussion sur mes preuves, afin qu’en étant instruit, il pût travailler à les faire disparaître : car, qui jamais, dans une accusation publique, s’‘avisa d’en vouloir discuter les preuves tête-à-tête avec l’accusateur ? Enfin si, voyant clairement son dessein, je cessais de lui répondre, il prendrait acte de ce silence, et tâcherait de persuader au public que j’ai rompu la correspondance, faute de pouvoir soutenir l’éclaircissement. Je supplie ici le lecteur de suivre attentivement les lettres de M. Vernes, de voir si je les explique, et s’il voit quelque autre explication à leur donner.

Dans l’intervalle de cette plaisante[348] négociation parut le second libelle dont j’ai parlé, écrit-du même style que le premier, avec la même équité, la même bienséance, avec le même esprit. Il me fut envoyé par la poste, comme le premier, avec le même soin, sous le même cachet, et j’y reconnus d’abord le même auteur. Dans ce second libelle on censure mon style comme M. Vernes le censurait de vive voix, comme le même M. Vernes a trouvé mal écrite une lettre de dix lignes adressée à un libraire. Avant que j’eusse repoussé ses outrages, il m’accusait de bien écrire, et m’en faisait un nouveau crime ; maintenant je n’ai qu’un style obscur, j’écris comme un charretier, mes lettres sont mal écrites. Ces critiques peuvent être vraies ; mais comme elles ne sont pas communes, on voit qu’elles partent de la même main. L’auteur connu des unes fait connaître l’auteur des autres.

L’objet secret de ce second libelle me paraît cependant avoir été de donner le change sur l’auteur du premier. Voici comment. On avait sourdement répandu dans le public, à Genève et à Paris, que le libelle était de M. de Voltaire ; et M. Vernes, dont on connaît la modestie, ne doutait pas qu’on ne s’y trompât : les cachets de ces deux auteurs sont si semblables ! Il s’agissait de confirmer cette erreur ; c’est ce qu’on crut faire au moyen du second libelle : car comment penser qu’au moment que M. Vernes marquait tant d’horreur pour le premier il s’occupât à composer le second ? On y prit la précaution, qu’on avait négligée dans le premier, d’employer dans quelques mots l’orthographe de M. de Voltaire, comme un oubli de sa part, encore, serait. On affecte d’y parler de la génuflexion dans des sentiments contraires à ceux de M. Vernes, versis viarum indiciis : mais qu’avait affaire dans un libelle écrit contre moi la génuflexion dont je n’ai jamais parlé ? C’est ainsi qu’en se cachant maladroitement on se montre.

It is undoubtedly sad to be forced to attribute a piece filled with horrors and lies to a minister who speaks in the name of God; but after having defiled his mouth and his pen with such atrocities, why should he fear defiling the press as well? Why would he refrain from lying in an anonymous pamphlet, when he is not afraid to do so in letters written and signed by his own hand? I have noted one particularly bold instance in the first pamphlet; here is another in the last one, which is no less audaciously fabricated. In his fourth letter, Mr. Vernes asks me why, as I had learned from reliable sources, I wrote to a person of high rank that, having received better education, I no longer attributed that piece to him. I cannot explain what does not exist, and I am absolutely certain that I have never written anything of the kind to anyone. Prince von Württemberg kindly asked me to transcribe what I had written to him on this subject; here it is word for word: “Mr. Vernes horrifiedly denies the pamphlet which I believed to be his. Until I can speak for myself, I believe it is my duty to spread his denial.” In what way, then, do I contradict myself in this passage? If Mr. Vernes has any other evidence to present, let him say so and prove where he obtained the information he claims to have from reliable sources.

These are thus lies, hatred, and slander—regardless of the nature of the libel—and all of it is thoroughly proven. Therefore, the discrepancy between this work and its author, despite the state of the latter, is not so great after all. Moreover, I find within this work elements that clearly identify Mr. Vernes; there is no way I could be mistaken about them. It would have taken the utmost clumsiness on the part of someone angry to include such things while attempting to hide their true intent. To prove that I am not a scholar—something that certainly did not require proof at all—people labeled me in the libel as the author of an opera and two siffléd comedies. Why two comedies? I had only produced one for the theater; but I had another one that was just as poor in quality, about which I had spoken to very few people in Paris—and only to Mr. Vernes in Geneva. He alone in Geneva knew of its existence. According to the libel, I am some kind of buffoon who receives insults at the Opera and is even depicted crawling on all fours in a comedy theater. My relationship with Mr. Vernes began shortly after I was barred from entering the Opera. I occasionally discussed this with him, and he clearly remembered this incident. As for that comedy, it was only natural that he should be more affected by it than anyone else, since he had had close connections with its author. Without such ties, such a memory would not have been so significant under these circumstances—after all, in that role where I am depicted in a ridiculous manner, I am also given some virtues, which is certainly not the case with the author of the libel. He compares my arguments to those of La Métrie, whose works are generally forgotten, but who was known to be one of Mr. Vernes’ favorite authors. In short, there are very few lines in this entire libel where I do not see Mr. Vernes somehow involved. I admit that someone else could have had similar ideas—but certainly not all of them at once, nor on the same occasion.

If I now examine what has happened since the publication of that libel, I see various attempts to mislead me, but they only serve to reinforce my opinion. I have already talked about M. Vernes’ first letter; I will mention it again later.: Let us move on to the others. How can one explain the tone in which these letters are written? How is it possible to reconcile the extremely gentle and almost angelic nature of these communications with the motives that prompted their composition, and with the behavior of the person who wrote them? Indeed, this very man—who had been judged a poor writer and who subsequently resorted to the most extreme outbursts of anger—now, having been charged with composing an atrocious libel, engages in peaceful correspondence with the very person who has publicly made these accusations against him, and discusses them with him in the most honest terms! Can such a sublime virtue be the product of a momentary lapse? I envy anyone who is capable of it! Yes, I say it without hesitation: if M. Vernes is not the author of that libel, he must be either the greatest or the most vile of mortals.

But suppose he were their author; that, no matter what measures he took to hide himself well, the firm tone in which I refer to him caused him some concern regarding his secret; that, fearing I might have some evidence against him, he wished to gently dispel this suspicion without irritating me or compromising himself—how do you think he should proceed? Exactly as he did: he would first pretend to doubt whether the accusation was indeed mine, thus giving me the freedom to deny it if I chose, and allowing him to present it as anonymous and therefore invalid. If I acknowledged it, he would gently reprove my mistake and try to persuade me to retract it, without absolutely demanding it, for fear of forcing me into an impossible position. If I defended myself in terms that were all the more scornful because they said less while implying more, pretending not to understand them, he would ask for an explanation; and when I finally gave one, he would attempt to debate my arguments, in order to find ways to discredit them—because who, in a public accusation, would ever think of discussing the evidence point-by-point with the accuser? Finally, if, seeing his true intentions clearly, I stopped responding to him, he would take this silence as proof that I had broken off the correspondence, unable to support my claims. Here, I urge the reader to carefully examine Mr. Vernes’s letters and see whether my interpretation is correct, or whether any other explanation is possible.

During the course of this pleasant[348] negotiation, the second pamphlet I mentioned appeared. It was written in the same style as the first, with equal fairness, decency, and spirit. It was sent to me by mail, just like the first one, with the same care and under the same seal; at first glance, I recognized the same author. In this second pamphlet, my style was criticized in the very same way that Mr. Vernes would criticize it out loud—just as Mr. Vernes himself had found a ten-line letter addressed to a bookseller poorly written. Before I even had time to refute these insults, he was already accusing me of writing well, making that another crime against me; now, my style is supposedly obscure, I write like a cartwright, and my letters are deemed ill-written. These criticisms may be true; but since they are not common, it is clear they come from the same person. The author behind one set of attacks is revealing the author behind the other.

However, the true purpose of this second pamphlet seemed to be to mislead people about the author of the first one. Here’s how it was done: It had been quietly spread among the public in Geneva and Paris that the pamphlet was written by Mr. de Voltaire; and Mr. Vernes, whose modesty is well-known, had no doubt that people might be misled—after all, the signatures of these two authors are so similar! The aim was to confirm this misconception, and that’s what they believed they achieved with the second pamphlet. How else could one explain that, at a time when Mr. Vernes expressed such horror regarding the first pamphlet, he would go on to compose a second one? They took the precaution—something they had neglected in the first one—to use, in certain words, Mr. de Voltaire’s spelling, as if it were an oversight on his part. They also pretended to discuss the topic of “genuflexion” in a manner that contradicted Mr. Vernes’s own views. But what relevance could “genuflexion”—a subject I had never mentioned—have to a pamphlet written against me? In this way, one’s attempts at concealment only end up revealing one’s true intentions.

È certamente triste essere costretti ad attribuire a un ministro che parla in nome di Dio un testo pieno di orrori e menzogne; ma, dopo aver contaminato con queste cose la propria bocca e la propria penna, perché dovrebbe temere di contaminare anche la stampa? E perché dovrebbe astenersi dal mentire in un libello anonimo, se non ha alcuna ripugnanza a farlo nelle lettere scritte e firmate con il proprio nome? Ne ho individuato uno particolarmente audace nella prima lettera; ne trovo un altro nella quarta, che non è certo meno sfacciato. Il signor Vernes mi chiede, nella sua quarta lettera, perché, come ha appreso da fonti attendibili, abbia scritto a una persona di alto rango che, essendo meglio istruita, non avrei dovuto attribuirle quel testo. Non so spiegare ciò che non esiste, e sono assolutamente certo di non aver mai scritto nulla del genere a nessuno. Il principe di Wirtemberg si è gentilmente offerto di far trascrivere ciò che gli avevo scritto sull’argomento; ecco il testo letterale: “Il signor Vernes respinge con orrore il libello che ritenevo fosse suo. Fino a quando non potrò parlare di me stesso, ritengo sia mio dovere diffondere la sua smentita.” In che modo, dunque, mi contraddico in questo passaggio? Se il signor Vernes ha altre prove a sostegno delle sue accuse, le presenti; dica pure da dove ha tratto queste informazioni, che sostiene provenire da fonti attendibili.

Ecco dunque menzogne, odio, calunnie, e tutto ciò è stato ampiamente dimostrato. Quindi, il disaccordo tra l’opera e il suo autore, nonostante lo stato in cui si trova quest’ultima, non è poi così grande. Inoltre, nella stessa opera trovo elementi che mi identificano chiaramente come M. Vernes; non potrei quindi sbagliarmi. Per dimostrare che non sono un “sapiente” – il che certamente non aveva bisogno di prove – nel libello mi è stato attribuito l’autore di un’opera e di due commedie, ma perché proprio due? Ne ho rappresentata una solo al teatro; ne avevo un’altra, altrettanto scadente, di cui avevo parlato a poche persone a Parigi e soltanto a M. Vernes a Ginevra. Lui solo sapeva dell’esistenza di quella commedia. Secondo il libello, sarei uno sciocco che riceve insulti all’Opéra e che viene umiliato sul palco della commedia. Le mie relazioni con M. Vernes iniziarono subito dopo che mi fu negata l’ingresso all’Opéra; ne parlavo talvolta con lui, e questa idea gli è rimasta impressa. Per quanto riguarda la commedia, era naturale che fosse particolarmente colpito da quella in cui vengo rappresentato mentre cammino a quattro zampe, visto che aveva avuto strette relazioni con l’autore. Altrimenti, un simile ricordo non sarebbe stato così evidente in quelle circostanze. In quel ruolo, infatti, sebbene mi vengano attribuiti aspetti ridicoli, vi sono anche elementi che ne esaltano le qualità, il che certamente non corrisponde alle intenzioni dell’autore del libello. Paragona i miei ragionamenti a quelli di La Métrie, i cui libri vengono generalmente dimenticati, ma si sa che era uno degli autori preferiti da M. Vernes. In breve, in tutto il libello ci sono poche righe in cui non si intraveda la presenza di M. Vernes. Ammetto che qualcun altro potesse avere le stesse idee, ma non tutte insieme e nemmeno nella stessa occasione.

Se esamino ora ciò che è accaduto dopo la pubblicazione di quel libello, vi vedo soltanto tentativi di distrarmi dalla mia opinione, ma tentativi che non fanno altro che rafforzarla. Ho già parlato della prima lettera di M. Vernes; ne parlerò ancora. Passiamo alle altre. Come si può comprendere il tono con cui sono scritte queste lettere? Come si può conciliare la dolcezza, quasi angelica, che le caratterizza, con lo scopo per cui sono state scritte e con il comportamento precedente di colui che le ha redatte? Quell’uomo stesso, che era stato giudicato un cattivo autore e si abbandonava alle furie più eccessive, ora, incaricato di scrivere un libello atroce, intrattiene una corrispondenza pacifica con colui che gli ha rivolto pubblicamente queste accuse, discutendone con lui nei termini più onesti. Una virtù così sublime può davvero essere il frutto di un momento? La invidio a chiunque ne sia capace. Sì, non esito a dirlo: se M. Vernes non è l’autore di quel libello, allora è il più grande o il più vile degli esseri umani.

Ma supponiamo che sia lui l’autore di tutto ciò; che, nonostante abbia preso tutte le precauzioni possibili per nascondersi bene, il tono deciso con cui lo nomino possa destargli qualche preoccupazione riguardo al suo segreto; che, temendo che io possa disporre di prove contro di lui, voglia chiarire dolcemente questo sospetto, senza irritarmi né compromettersi. In che modo dovrebbe procedere, secondo voi? Proprio come ha fatto: inizierebbe fingendo di dubitare che l’accusa venga da me, lasciandomi la libertà di negarla, e così potrebbe far sì che essa venga considerata anonima, e quindi niente affatto credibile. Se io la confermassi, mi rimprovererebbe con moderazione per il mio errore e cercherebbe di convincermi a ritrattarla, senza però esigerlo assolutamente, per non costringermi a sostenerla. Se me ne difendessi in termini sempre più sprezzanti, fingendo di non aver capito quelle accuse, mi chiederebbe spiegazioni; e quando finalmente gliele avessi fornite, cercherebbe di discutere le mie prove, al fine di farle apparire insostenibili. Chi mai, infatti, in una accusa pubblica, si preoccuperebbe di discuterne le prove faccia a faccia con l’accusatore? E se, vedendo chiaramente i suoi intenti, smettessi di rispondergli, interpreterebbe quel silenzio come un segno che ho interrotto la corrispondenza, per non essere in grado di fornire le prove necessarie. Invito qui il lettore a seguire attentamente le lettere di M. Vernes, per verificare se io le spiego davvero, e se esista qualche altra spiegazione possibile.

Nel corso di quella piacevole[348] negoziazione apparve il secondo libello di cui ho parlato; scritto nello stesso stile del primo, con la stessa equità, la stessa cortesia e lo stesso spirito. Mi fu inviato per posta, con lo stesso impegno e sotto lo stesso sigillo del primo; riconobbi subito lo stesso autore. In questo secondo libello il mio stile viene criticato esattamente come Monsieur Vernes lo avrebbe fatto di persona, proprio come quel medesimo Monsieur Vernes aveva giudicato male scritta una lettera di dieci righe indirizzata a un libraio. Prima ancora che potessi respingere queste offese, mi accusava di scrivere bene, e ne faceva un altro “crimine” contro di me; ora invece il mio stile viene definito oscuro, dico di scrivere come un carrettiere, e le mie lettere vengono ritenute male scritte. Queste critiche potrebbero essere vere, ma poiché non sono comuni, è evidente che provengano dalla stessa mano. L’autore conosciuto di alcune di queste critiche rivela anche l’identità dell’autore delle altre.

L’obiettivo reale di questo secondo libello sembra essere stato quello di confondere l’identità dell’autore del primo. Ecco come: si era diffuso segretamente tra il pubblico, a Ginevra e a Parigi, che il libello fosse stato scritto da Monsieur de Voltaire; e Monsieur Vernes, la cui modestia è nota, non dubitava affatto che ci si potesse sbagliare: i timbri di questi due autori sono infatti molto simili! Si voleva quindi confermare questo errore. Ed è proprio ciò che si credeva di fare con il secondo libello: come si poteva pensare, infatti, che in un momento in cui Monsieur Vernes esprimeva tanto orrore per il primo libello, potesse occuparsi della stesura del secondo? Si prese la precauzione, che era stata trascurata nel primo caso, di utilizzare in alcuni passaggi l’ortografia tipica di Monsieur de Voltaire, come se si trattasse davvero di un errore da parte sua. Si fingeva anche di parlare della “genuflessione” in termini contrari a quelli espressi da Monsieur Vernes. Ma che cosa c’entrava, in un libello scritto contro di me, la “genuflessione”, di cui non ho mai parlato? È così che, cercando goffamente di nascondere qualcosa, si finisce per rivelarlo.

Quel est l’homme assez dépourvu de goût et de sens pour attribuer de pareils écrits à M. de Voltaire, à la plume la plus élégante de son siècle ? M. de Voltaire aurait-il employé six pages d’une pièce qui en contient huit à parler des ministres de Genève et à tracasser sur l’orthodoxie ? m’aurait-il reproché d’avoir mêlé l’irréligion à mes romans ? m’aurait-il accusé d’avoir voulu brouiller des pasteurs ? aurait-il dit qu’il n’est pas permis d’étaler des poisons sans offrir l’antidote ? aurait-il affecté de mettre les auteurs dramatiques si fort au-dessous des savants ? aurait-il fait si grand peur aux Genevois d’appeler les étrangers pour juger leurs différents ? aurait-il usé du mot de délit commun, sans savoir ce qu’il signifie, lui qui met une attention si grande à n’employer les termes de science que dans leur sens le plus exact ? aurait-il dit que le mot amphigouri signifiait déraison ? aurait-il écrit quinze cent, faire cent indéclinable étant une des fautes de langue particulières aux Genevois ? Enfin, après avoir pris si grand soin de déguiser son orthographe dans le premier libelle, se serait-il négligé dans le second, lorsqu’on l’accusait déjà du premier ? M. de Voltaire sait que les libelles sont un moyen maladroit de nuire ; il en connaît de plus sûrs que celui-là.

En rassemblant tous ces divers motifs de croire, quel lecteur pourrait refuser son acquiescement à la persuasion où je suis que M Vernes est l’auteur du libelle, soit par les traits cumulés qui l’y peignent, soit par les circonstances qui ne peuvent se rapporter qu’à lui ? Malgré cela, je suis convenu, je conviens encore du tort que j’ai eu de le lui attribuer publiquement : mais je demande s’il m’est permis de réparer ce tort par un mensonge authentique, en déclarant publiquement que cette pièce n’est point de lui, tandis que je suis intimement assuré qu’elle en est.

Je conviens cependant que toutes ces raisons, très suffisantes pour me persuader moi-même, ne le seraient pas pour convaincre M. Vernes devant les tribunaux. J’en ai plus qu’il n’en faut pour croire ; je n’en ai pas assez pour prouver. En cet état tout ce que je puis dire, et que je dis assurément de très bon cœur, est qu’il est absolument possible que M. Vernes ne soit pas l’auteur du libelle : aussi n’ai-je affirmé qu’il l’était qu’autant qu’il ne dirait pas le contraire, et en m’appuyant d’une seule raison dont même le public ne pouvait sentir la valeur.

Or il est possible, à toute rigueur, que la pièce ne soit pas de celui à qui je l’ai attribuée ; il est certain, dans cette supposition, que, lui ayant fait la plus cruelle injure, je lui dois la plus éclatante réparation, et il n’est pas moins certain que je veux faire mon devoir, sitôt qu’il me sera connu. Comment m’y prendre en cette occasion pour le connaître ? Je ne veux être ni injuste ni opiniâtre ; mais je ne veux être ni lâche ni faux. Tant que je me porterai pour juge dans ma propre cause, la passion peut m’aveugler : ce n’est plus à moi que je dois m’en rapporter, et en conscience je ne puis m’en rapporter à M. Vernes. Que faire donc ? Je ne vois qu’un moyen, ‘mais je le crois sur ; la raison me l’a suggéré, mon cœur l’approuve ; en fût-il d’autres, celui-là serait le plus digne de moi.

Dans une petite ville comme Genève, où la police est d’autant plus vigilante qu’elle a pour premier objet le plus vif intérêt des magistrats, il n’est pas possible que des faits tels que l’impression et le débit d’un libelle échappent à leurs recherches, quand ils en voudront découvrir les auteurs. Il s’agit ici de l’honneur d’un citoyen, d’un pasteur ; et l’honneur des particuliers n’est pas moins sous la garde du gouvernement que leurs biens et leurs vies.

Que M. Vernes se pourvoie par-devant le Conseil de Genève ; que le Conseil daigne faire sur l’auteur du libelle les perquisitions suffisantes pour constater que M. Vernes ne l’est pas, et qu’il le déclare : voilà tout ce que je demande.

Il y a deux voies différentes de procéder dans cette affaire ; M. Vernes aura le choix. S’il croit la pouvoir suivre juridiquement, qu’il obtienne une sentence qui le décharge de l’accusation, et qui me condamne pour l’avoir faite ; je déclare que je me soumets pour ce fait aux peines et réparations auxquelles me condamnera cette sentence, et que je les exécuterai de tout mon pouvoir.

Si, contre toute vraisemblance, on ne pouvait obtenir de preuve juridique ni pour ni contre, cela serait même un préjugé de plus contre M. Vernes ; car quel autre que lui pouvait avoir un si grand intérêt à se cacher des magistrats avec tant de soin ? pouvait-il craindre qu’on ne lui fit un grand crime de m’avoir si cruellement traité ? a-t-on vu même que ce libelle effroyable ait été proscrit ? Toutefois levons encore cette difficulté supposée. Si le conseil n’a pas ici des preuves juridiques, ou qu’il veuille n’en pas avoir, il aura du moins des raisons de persuasion pour ou contre la mienne. En ce dernier cas il me suffit d’une attestation de M. le premier syndic, qui déclare, au nom du Conseil, qu’on ne croit point M. Vernes auteur du libelle. Je m’engage en ce cas à soumettre mon sentiment à celui du Conseil, à faire à M. Vernes la réparation la plus pleine, la plus authentique, et telle qu’il en soit content lui-même. Je vais plus loin : qu’on prouve ou qu’on atteste que M. Vernes n’est pas l’auteur du second libelle, et je suis prêt à croire et à reconnaître qu’il n’est pas non plus l’auteur du premier.

Voilà les engagements que l’amour de la vérité, de la justice, la crainte d’avoir fait tort à mon ennemi le plus déclaré me fait prendre à la face du public, et que je remplirai de même. Si quelqu’un connaît un moyen plus sûr de constater mon tort et de le réparer, qu’il le dise, et je ferai mon devoir.

FIN de la DÉCLARATION RELATIVE À M. LE PASTEUR VERNES

Table des matières du titre

Liste des Mémoires

Liste générale des titres

What kind of man could be so devoid of taste and sense as to attribute such writings to Monsieur de Voltaire, the most elegant pen of his century? Would Monsieur de Voltaire have spent six pages in a work that contains eight on discussing the ministers of Geneva and dwelling on matters of orthodoxy? Would he have reproached me for mixing irreligion into my novels? Would he have accused me of trying to confuse pastors? Would he have said that it is not permissible to spread poisons without offering an antidote? Would he have demeaned playwrights so greatly as to place them below scholars? Would he have caused such fear among the people of Geneva that they would invite foreigners to judge their differences? Would he have used the term “common crime” without knowing what it meant, when he himself takes such great care to use scientific terms only in their most precise sense? Would he have claimed that the word “amphigouri” meant “irrationality”? Would he have written that “quinze cent” or “faire cent” were incorrect expressions specific to the Geneva dialect? Finally, after going to such lengths to conceal his spelling in the first pamphlet, would he have neglected to do so in the second, when he was already being accused of the same mistake? Monsieur de Voltaire knows that pamphlets are a clumsy means of causing harm; he is aware of far more effective methods.

By bringing together all these various arguments in favor of this belief, what reader could possibly refuse to be convinced that M. Vernes is the author of this libel—either on the basis of the cumulative characteristics that portray him as such, or due to the circumstances that can only relate to him? Nevertheless, I admit, and I still acknowledge, the mistake I made in publicly attributing it to him; but I ask whether it is permissible for me to redress this mistake by telling a lie—by publicly declaring that this work is not his, when I am personally certain that it is.

However, I admit that all these reasons, which are more than sufficient to convince me myself, would not be enough to persuade Mr. Vernes in the courts of law. I have more than enough evidence to believe it; I do not have enough to prove it. In this situation, all I can say—and I say it with utmost sincerity—is that it is absolutely possible that Mr. Vernes is not the author of that libelous text. Therefore, I only claimed that he was the author on the condition that he would not deny it himself, and I based my claim on a single reason whose value even the general public could recognize.

Or, it is certainly possible that the play in question may not actually be by the person to whom I have attributed it; in that case, having inflicted upon him the most cruel insult, it is my duty to offer him the most honorable reparation. And it is equally certain that I intend to fulfill this duty as soon as I learn who he really is. How shall I proceed in order to discover his identity? I do not wish to be unjust or stubborn; nor do I want to be cowardly or deceitful. As long as I act as my own judge in this matter, passion may blind me—then I can no longer rely on my own judgment; and in good conscience, I cannot trust Mr. Vernes either. So what should I do? I see only one way, but I believe it to be the right one. Reason has suggested it to me, and my heart approves of it; even if there were other methods, this one would be the most worthy of me.

In a small town like Geneva, where the police are all the more vigilant precisely because their primary concern is to protect the vital interests of the authorities, it is impossible for acts such as the printing and distribution of seditious materials to escape their investigation whenever they decide to uncover their authors. At stake here is the honor of a citizen, a pastor; and the honor of individuals is just as under the protection of the government as their property and their lives.

That Mr. Vernes should seek recourse before the Geneva Council; that the Council would deign to conduct sufficient inquiries into the identity of the author of the libel to confirm that Mr. Vernes is not that person, and that it would declare so: that is all I ask.

There are two different approaches that can be taken in this matter; Mr. Vernes will have the choice. If he believes it is possible to proceed legally, let him obtain a verdict that clears him of the accusation and condemns me for having made it; I declare that I shall submit myself to any penalties or reparations that such a verdict may impose upon me, and that I will carry them out with all my might.

If, against all probability, it were impossible to obtain any legal evidence either in favor or against Mr. Vernes, such a lack of evidence would actually constitute another prejudice against him; for who else but him could have such a strong motive to go to such great lengths to hide from the authorities? Could he possibly have feared that treating me so cruelly would be considered a serious crime against him? Moreover, has this horrible libel ever been officially prohibited? Nevertheless, let us consider this supposed difficulty further. Even if the council does not possess any legal evidence here, or chooses not to seek it, it must at least have reasons to support or oppose my case. In that case, all I need is a statement from the first syndic, declaring on behalf of the council that Mr. Vernes is not believed to be the author of the libel. In that event, I am willing to submit my opinion to the council’s decision and to make whatever compensation Mr. Vernes deems appropriate and satisfactory. I would even go further: if it could be proven or attested that Mr. Vernes is not the author of the second libel, I am ready to believe and acknowledge that he is not the author of the first one either.

These are the commitments that my love for truth and justice, and my fear of having wronged my most declared enemy, drive me to make in public, and I will certainly fulfill them. If anyone knows a more certain way to establish my fault and to rectify it, let them speak up, and I will do my duty.

End of the declaration regarding Mr. Pastor Vernes.

Table of Contents for the title

List of Memoirs

General list of titles

Qual uomo può essere così privo di gusto e di buon senso da attribuire scritti del genere a Monsieur de Voltaire, alla penna più elegante del suo secolo? Monsieur de Voltaire avrebbe mai impiegato sei pagine in un’opera che ne contiene otto per parlare dei ministri di Ginevra e per discutere questioni di ortodossia? Mi avrebbe mai rimproverato di aver mescolato l’irreligione nei miei romanzi? Mi avrebbe accusato di voler confondere i pastori con altri personaggi? Avrebbe detto che non è permesso diffondere veleni senza offrire un antidoto? Si sarebbe mai comportato in modo da mettere gli autori drammatici così al di sotto dei saggi? Avrebbe davvero spaventato tanto i ginevrini al punto di farli chiamare degli stranieri per giudicare le loro controversie? Avrebbe usato il termine “reatto comune” senza sapere cosa significasse, lui che dedica tanta attenzione a utilizzare i termini scientifici nel loro senso più preciso? Avrebbe detto che la parola “amphigouri” significava “assurdità”? Avrebbe scritto “cinquecento”, considerando “far cento” un errore linguistico tipico dei ginevrini? Infine, dopo essersi preso tanta cura di nascondere i propri errori di ortografia nel primo libello, si sarebbe dimenticato di farlo nel secondo, quando già veniva accusato del primo? Monsieur de Voltaire sa bene che i libelli sono un mezzo inefficace per nuocere; conosce metodi più sicuri per raggiungere lo stesso scopo.

Raccogliendo tutti questi diversi motivi per credere che M. Vernes sia l’autore di quel libello, quale lettore potrebbe rifiutarsi di concordare con la mia convinzione? Sia per i tratti che lo ritraggono in modo evidente, sia per le circostanze che possono riguardarlo soltanto lui. Nonostante ciò, ammetto e continuo ad ammettere di aver commesso un errore attribuendogli pubblicamente tale autorevolezza; ma chiedo se mi sia permesso di rimediare a questo errore con una menzogna “autentica”, dichiarando pubblicamente che quell’opera non è sua, mentre sono intimamente convinto che lo sia.

Tuttavia, ammetto che tutte queste ragioni, più che sufficienti per convincermi io stesso, non lo sarebbero per convincere il signor Vernes davanti ai tribunali. Ho più di quanto sia necessario per credere; non ho abbastanza per dimostrarlo. In questa situazione, tutto ciò che posso dire – e lo dico certamente con grande sincerità – è che è assolutamente possibile che il signor Vernes non sia l’autore di quel libello; quindi l’ho affermato soltanto perché lui stesso non ha mai detto il contrario, e basandomi su una sola ragione la cui validità nemmeno il pubblico avrebbe potuto riconoscere.

O forse è possibile, in ogni caso, che l’opera non sia di colui a cui l’ho attribuita; è certo, in questa ipotesi, che, avendogli inflitto la più crudele offesa, gli debba il rimedio più evidente e degno. E altrettanto certo è che intendo adempiere al mio dovere non appena ne conoscerò l’identità. Come posso procedere in questa circostanza per scoprirlo? Non voglio essere né ingiusto né testardo; ma non voglio nemmeno essere codardo o falsario. Finché mi considererò giudice nella mia stessa causa, la passione potrebbe acceccarmi. In tal caso, non dovrei più affidarmi a me stesso. E onestamente, non posso fidarmi di Monsieur Vernes. Allora, che fare? Vedo un solo modo. Ma ne sono convinto: è stato suggerito dalla ragione, approvato dal mio cuore. Anche se ci fossero altri metodi, questo sarebbe certamente il più degno di me.

In una piccola città come Ginevra, dove la polizia è ancora più attenta poiché il suo principale obiettivo è proteggere gli interessi dei magistrati, non è possibile che fatti del genere, come la stampa e la diffusione di un libello, sfuggano alle sue indagini, quando essa decidesse di scoprirne gli autori. Si tratta qui dell’onore di un cittadino, di un pastore; e l’onore dei privati non è certo meno protetto dal governo di quanto lo siano i loro beni e le loro vite.

Che il signor Vernes si faccia provvedere in anticipo dal Consiglio di Ginevra; che il Consiglio si degni di effettuare indagini adeguate sull’autore del libello per verificare che il signor Vernes non ne sia l’autore, e che lo dichiari apertamente: questo è tutto ciò che chiedo.

Esistono due diversi modi per procedere in questa questione; il signor Vernes avrà la scelta. Se ritiene di poterlo fare legalmente, che ottenga una sentenza che lo assolva dall’accusa e che mi condanni per averla commessa; dichiaro di sottomettermi alle pene e alle riparazioni a cui questa sentenza mi condannerà, e di eseguirle con tutte le mie forze.

Anche se, contro ogni probabilità, non si potessero ottenere prove legali né a favore né contro di lui, ciò costituirebbe comunque un ulteriore pregiudizio a carico del signor Vernes; infatti, chi altro, se non lui, avrebbe avuto un così grande interesse nel nascondersi con tanta cura dai magistrati? Avrebbe potuto temere che gli venisse attribuito un grave crimine per avermi trattato in modo così crudele? E poi, si è mai visto che quel terribile libello sia stato proibito? Tuttavia, consideriamo ancora questa presunta difficoltà. Se il consiglio non dispone di prove legali, o se preferisce non averne, avrà comunque ragioni convincenti a favore o contro la mia tesi. Nel secondo caso, mi basta l’attestazione del primo sindaco, che dichiari, a nome del consiglio, che il signor Vernes non viene ritenuto autore di quel libello. In tal caso, mi impegno a sottomettere la mia opinione a quella del consiglio e a risarcire il signor Vernes nel modo più completo e autentico possibile, in modo che sia lui stesso soddisfatto. Vado ancora oltre: anche se si dimostrasse o si attestasse che il signor Vernes non è l’autore del secondo libello, io sarei pronto a credere e ad ammettere che non lo sia nemmeno del primo.

Ecco gli impegni che il mio amore per la verità e la giustizia, nonché la paura di aver fatto del male al mio più acerrimo nemico, mi spingono ad assumere davanti al pubblico, e che manterrò senza fallo. Se qualcuno conosce un modo più sicuro per dimostrare il mio errore e correggerlo, lo dica pure: io farò il mio dovere.

Fine della dichiarazione relativa al signor Pastore Vernes.

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