Rousseau
Abstract
Essay on the origin of language: born of need and passion rather than rational calculation, gestural language precedes vocal language; Rousseau links the development of languages to climates and customs, sketching a conjectural history of human sociability parallel to that of the Discourse on Inequality.
Connections
Assi: Natura umana
Posizioni: bontà naturale
Concetti: passione, ragione, natura
Forme: saggio
Scuole: illuminismo
Testo originale francese · Arvensa Editions · pubblico dominio
La parole distingue l’homme entre les animaux : le langage distingue les nations entre elles ; on ne connaît d’où est un homme qu’après qu’il a parlé. L’usage et le besoin font apprendre à chacun la langue de son pays ; mais qu’est-ce qui fait que cette langue est celle de son pays et non pas d’un autre ? il faut bien remonter, pour le dire, à quelque raison qui tienne au local, et qui soit antérieure aux mœurs mêmes : la parole étant la première institution sociale, ne doit sa forme qu’à des causes naturelles.
Sitôt qu’un homme fut reconnu par un autre pour un être sentant, pensant, et semblable à lui, le désir ou le besoin de lui communiquer ses sentiments et ses pensées lui en fit chercher les moyens. Ces moyens ne peuvent se tirer que des sens, les seuls instruments par lesquels un homme puisse agir sur un autre. Voilà donc l’institution des signes sensibles pour exprimer la pensée. Les inventeurs du langage ne firent pas ce raisonnement, mais l’instinct leur en suggéra la conséquence.
Les moyens généraux par lesquels nous pouvons agir sur les sens d’autrui se bornent à deux, savoir, le mouvement et la voix. L’action du mouvement est immédiate par le toucher, ou médiate par le geste : la première, ayant pour terme la longueur du bras, ne peut se transmettre à distance : mais l’autre atteint aussi loin que le rayon visuel. Ainsi restent seulement la vue et l’ouïe pour organes passifs du langage entre des hommes dispersés.
Quoique la langue du geste et celle de la voix soient également naturelles, toutefois la première est plus facile et dépend moins des conventions : car plus d’objets frappent nos yeux que nos oreilles, et les figures ont plus de variété que les sons ; elles sont aussi plus expressives et disent plus en moins de temps. L’amour, dit-on, fut l’inventeur du dessin ; il put inventer aussi la parole, mais moins heureusement. Peu content d’elle, il la dédaigne ; il a des manières plus vives de s’exprimer. Que celle qui traçait avec tant de plaisir l’ombre de son amant lui disait de choses ! Quels sons eût-elle employés pour rendre ce mouvement de baguette ?
Nos gestes ne signifient rien que notre inquiétude naturelle ; ce n’est pas de ceux-là que je veux parler. Il n’y a que les Européens qui gesticulent en parlant : on dirait que toute la force de leur langue est dans leurs bras : ils y ajoutent encore celle des poumons, et tout cela ne leur sert de guère. Quand un Franc s’est bien démené, s’est bien tourmenté le corps à dire beaucoup de paroles, un Turc ôte un moment la pipe de sa bouche, dit deux mots à demi-voix, et l’écrase d’une sentence.
Depuis que nous avons appris à gesticuler, nous avons oublié l’art des pantomimes, par la même raison qu’avec beaucoup de belles grammaires nous n’entendons plus les symboles des Égyptiens. Ce que les anciens disaient le plus vivement, ils ne l’exprimaient pas par des mots, mais par des signes ; ils ne le disaient pas, ils le montraient.
Ouvrez l’histoire ancienne, vous la trouverez pleine de ces manières d’argumenter aux yeux, et jamais elles ne manquent de produire un effet plus assuré que tous les discours qu’on aurait pu mettre à la place. L’objet offert avant de parler ébranle l’imagination, excite la curiosité, tient l’esprit en suspens et dans l’attente de ce qu’on va dire. J’ai remarqué que les Italiens et les Provençaux, chez qui pour l’ordinaire le geste précède le discours, trouvent ainsi le moyen de se faire mieux écouter, et même avec plus de plaisir. Mais le langage le plus énergique est celui où le signe a tout dit avant qu’on parle. Tarquin, Thrasybule, abattant les tètes des pavots, Alexandre appliquant son cachet sur la bouche de son favori, Diogène se promenant devant Zénon, ne parlaient-ils pas mieux qu’avec des mots ? Quel circuit de paroles eût aussi bien exprimé les mêmes idées ? Darius, engagé dans la Scythie avec son armée, reçoit de la part du roi des Scythes une grenouille, un oiseau, une souris, et cinq flèches : le héraut remet son présent en silence, et part. Cette terrible harangue fut entendue, et Darius n’eut plus grande hâte que de regagner son pays comme il put. Substituez une lettre à ces signes : plus elle sera menaçante, moins elle effraiera ; ce ne sera plus qu’une gasconnade dont Darius n’aurait fait que rire.
Quand le Lévite d’Éphraïm voulut venger la mort de sa femme, il n’écrivit point aux tribus d’Israël ; il divisa le corps en douze pièces, et les leur envoya. À cet horrible aspect, ils courent aux armes en criant tout d’une voix : Non, jamais rien de tel n’est arrivé dans Israël, depuis le jour que nos pères sortirent d’Égypte jusqu’à ce jour. Et la tribu de Benjamin fut exterminée[241]. De nos jours, l’affaire, tournée en plaidoyers, en discussions, peut-être en plaisanteries, eût traîné en longueur, et le plus horrible des crimes fût enfin demeuré impuni. Le roi Saül, revenant du labourage, dépeça de même les bœufs de sa charrue, et usa d’un signe semblable pour faire marcher Israël au secours delà ville de Jabès. Les prophètes des Juifs, les législateurs des Grecs, offrant souvent au peuple des objets sensibles, lui parlaient mieux par ces objets qu’ils n’eussent fait par de longs discours ; et la manière dont Athénée rapporte que l’orateur Hypéride fit absoudre la courtisane Phryné, sans alléguer un seul mot pour sa défense, est encore une éloquence muette, dont l’effet n’est pas rare dans tous les temps.
Ainsi l’on parle aux yeux bien mieux qu’aux oreilles. Il n’y a personne qui ne sente la vérité du jugement d’Horace à cet égard. On voit même que les discours les plus éloquents sont ceux où l’on enchâsse le plus d’images ; et les sons n’ont jamais plus d’énergie que quand ils font l’effet des couleurs.
Mais lorsqu’il est question d’émouvoir le cœur et d’enflammer les passions, c’est tout autre chose. L’impression successive du discours, qui frappe à coups redoublés, vous donne bien une autre émotion que la présence de l’objet même, où d’un coup d’œil vous avez tout vu. Supposez une situation de douleur parfaitement connue ; en voyant la personne affligée vous serez difficilement ému jusqu’à pleurer : mais laissez-lui le temps de vous dire tout ce qu’elle sent, et bientôt vous allez fondre en larmes. Ce n’est qu’ainsi que les scènes de tragédie font leur effet[242]. La seule pantomime sans discours vous laissera presque tranquille ; le discours sans geste vous arrachera des pleurs. Les passions ont leurs gestes, mais elles ont aussi leurs accents ; et ces accents qui nous font tressaillir, ces accents auxquels on ne peut dérober son organe, pénètrent par lui jusqu’au fond du cœur, y portent malgré nous les mouvements qui les arrachent, et nous font sentir ce que nous entendons. Concluons que les signes visibles rendent l’imitation plus exacte, mais que l’intérêt s’excite mieux par les sons.
Ceci me fait penser que si nous n’avions jamais eu que des besoins physiques, nous aurions fort bien pu ne parler jamais, et nous entendre parfaitement par la seule langue du geste. Nous aurions pu établir des sociétés peu différentes de ce qu’elles sont aujourd’hui, ou qui même auraient marché mieux à leur but. Nous aurions pu instituer des lois, choisir des chefs, inventer des arts, établir le commerce, et faire, en un mot, presque autant de choses que nous en faisons par le secours de la parole. La langue épistolaire des salams[243] transmet, sans crainte des jaloux, les secrets de la galanterie orientale à travers les harems les mieux gardés. Les muets du grand seigneur s’entendent entre eux, et entendent tout ce qu’on leur dit par signes, tout aussi bien qu’on peut le dire par le discours. Le sieur Pereyre[244], et ceux qui, comme lui, apprennent aux muets non seulement à parler, mais à savoir ce qu’ils disent, sont bien forcés de leur apprendre auparavant une autre langue non moins compliquée, à l’aide de laquelle ils puissent leur faire entendre celle-là.
Chardin dit qu’aux Indes les facteurs se prenant la main l’un à l’autre, et modifiant leurs attouchements d’une manière que personne ne peut apercevoir, traitent ainsi publiquement, mais en secret, toutes leurs affaires sans s’être dit un seul mot. Supposez ces facteurs aveugles, sourds et muets, ils ne s’entendront pas moins entre eux ; ce qui montre que des deux sens par lesquels nous sommes actifs, un seul suffirait pour nous former un langage.
Speech distinguishes humans from animals; language distinguishes nations from one another; we can only know where a person comes from after they have spoken. Use and necessity cause everyone to learn the language of their country; but what makes that language the language of their country and not another? We must surely trace this back to some reason related to location, which predates even customs themselves: since speech is the first social institution, its form can only be attributed to natural causes.
As soon as one man recognized another as a being that felt, thought, and was similar to himself, the desire or need to communicate his own feelings and thoughts led him to seek means to do so. Such means could only be derived from the senses—those alone being the instruments through which one man can act upon another. Thus arose the use of sensory signs for expressing thought. The inventors of language did not make this reasoning; yet, instinct suggested them the consequence thereof.
The general means by which we can influence the senses of others are limited to two: movement and sound. The effect of movement is immediate through touch, or mediated through gestures; the former, being confined to the length of one’s arm, cannot be transmitted over distance, whereas the latter can reach as far as the range of sight. Thus, vision and hearing remain the only passive means of communication between people who are separated by distance.
Although the language of gestures and the language of speech are both natural, the former is easier to use and relies less on conventions: for more objects strike our eyes than our ears, and gestures possess greater variety than sounds; they are also more expressive and convey more in less time. It is said that love was the inventor of drawing; it could have invented speech as well, but not so successfully. Unfamiliar with speech, it scorned it; it had far more vivid ways to express itself. How much the gesture, which so gladly traced the shadow of its beloved, must have been able to convey! What sounds would it have used to represent such a motion?
Our gestures signify nothing but our natural anxiety; it is not of these gestures that I wish to speak. Only Europeans gesticulate while speaking; it seems as if all the power of their language lies in their arms—they even employ the power of their lungs in doing so—but all this serves them of little avail. When a Frenchman moves about vigorously, twisting his body around to utter many words, a Turk takes his pipe from his mouth for a moment, says two words in a half-whisper, and thus conveys the same meaning with much less effort.
Since we have learned to use gestures, we have forgotten the art of pantomime—just as, with all our elaborate grammars, we no longer understand the symbols used by the Egyptians. What the ancients expressed most vividly was not through words, but through signs; they did not “say” it, they “showed” it.
Open the pages of ancient history, and you will find them filled with such ways of arguing—ways that invariably produce a more convincing effect than any speech that might be used in their place. The object presented before one speaks shakes the imagination, arouses curiosity, keeps the mind in suspense, and eager for what is to follow. I have noticed that Italians and Provençals, among whom gesture usually precedes speech, find in this way a means to make themselves heard more effectively—and even with greater pleasure. But the most powerful language is one in which the symbol conveys everything before words are spoken. Did Tarquin, Thrasybule—by cutting off the heads of poppies—Alexander—by sealing the mouth of his favorite—Diogenes—while walking in front of Zeno—not communicate more effectively than with mere words? What sequence of words could have expressed the same ideas just as well? When Darius was stationed in Scythia with his army, the Scythian king sent him a frog, a bird, a mouse, and five arrows. The messenger silently delivered the present and left. That “terrible speech” was heard, and Darius had no greater desire than to return to his country as quickly as possible. Replace these symbols with letters: the more threatening they are, the less fear they will inspire—they will merely amount to some gossipy nonsense that Darius would have laughed at.
When the Levite from Ephraim sought to avenge the death of his wife, he did not write to the tribes of Israel; instead, he cut her body into twelve pieces and sent them to them. At this horrible sight, they rushed to their arms, crying out in unison: “Never has such a thing happened in Israel since our fathers left Egypt until today!” And the tribe of Benjamin was exterminated[241]. In our day, if such an incident were turned into pleas, discussions, or perhaps even jokes, it would probably drag on indefinitely, and the most heinous crime might ultimately go unpunished. King Saul, upon returning from plowing his field, similarly cut up the oxen of his plow and used a similar gesture to summon Israel to come to the aid of the city of Jabes. The prophets of the Jews and the legislators of Greece often used tangible objects to address their people; through these objects, they conveyed their messages more effectively than through lengthy speeches. And the way in which Athenaeus relates that the orator Hypereides managed to get the courtesan Phryne acquitted without uttering a single word in her defense is yet another example of silent eloquence—the kind whose effect is not uncommon throughout the ages.
Thus, it is far better to speak through the eyes than through the ears. No one can fail to recognize the truth of Horace’s judgment in this regard. It is even evident that the most eloquent speeches are those that incorporate the greatest number of images; and sounds never possess more power when they serve to evoke the effects of colors.
But when it comes to moving the heart and igniting passions, things are entirely different. The successive impact of words, striking repeatedly, evokes a completely different emotion than simply observing the object itself, where one can see everything at once. Suppose there is a situation of pain that is perfectly known to you; merely seeing the person suffering may hardly move you to tears. But give them time to tell you all they feel, and soon you will burst into tears. It is only in this way that scenes of tragedy produce their effect[242]. A pantomime without speech will leave you almost unmoved; but speech without gestures will bring you to tears. Passions have their gestures, but they also have their tones—those tones that make us tremble, those tones whose effect we cannot resist. They penetrate straight through our hearts, bringing about the emotions they evoke against our will, and making us feel what we hear. In conclusion, visible signs may make imitation more accurate, but it is the sounds that arouse our interest most effectively.
This makes me think that if we had only ever possessed physical needs, we might never have spoken at all, and yet we would have been able to communicate perfectly solely through the language of gestures. We could have established societies that would be little different from those of today—or even more effective in achieving their goals. We could have enacted laws, chosen leaders, invented arts, engaged in commerce, and in short, accomplished nearly everything we do today with the help of speech. The written language of salutations, for example, allows the secrets of Eastern courtly behavior to be conveyed, without fear of jealousy, even within the best-guarded harem walls. The mute servants of a nobleman can understand each other and grasp everything that is said to them through gestures just as clearly as if it were spoken aloud. Monsieur Pereyre[244] and others who, like him, teach the mute not only to speak but also to understand what they are saying, are forced to first teach them another equally complex language so that they can communicate using this new system.
Chardin says that in the Indies, merchants who hold hands and alter their touches in a way that no one can observe, conduct all their transactions publicly yet secretly, without uttering a single word. Suppose these merchants were blind, deaf, and mute—they would still be able to communicate with each other; this shows that of the two senses by which we act, only one would be sufficient for us to develop a language.
La parola distingue l’uomo dagli animali; il linguaggio distingue le nazioni tra loro; si conosce da dove proviene un uomo soltanto dopo che ha parlato. L’uso e il bisogno fanno sì che ognuno impari la lingua del proprio paese; ma cosa fa sì che questa lingua sia quella del proprio paese e non di un altro? Bisogna certamente risalire a qualche ragione legata al luogo, e che preceda persino le stesse abitudini: poiché la parola è la prima istituzione sociale, la sua forma può derivare soltanto da cause naturali.
Non appena un uomo fu riconosciuto da un altro come essere dotato di sensi, capace di pensare e simile a lui, il desiderio o il bisogno di comunicargli i propri sentimenti e i propri pensieri lo spinsero a cercare i mezzi per farlo. Tali mezzi possono derivare soltanto dai sensi, gli unici strumenti con cui un uomo può agire sull’altro. Ed ecco quindi l’invenzione dei segni sensoriali per esprimere il pensiero. Gli inventori del linguaggio non fecero questo ragionamento, ma l’istinto loro suggerì loro la conseguenza di esso.
I mezzi generali attraverso i quali possiamo influenzare i sensi altrui sono soltanto due: il movimento e la voce. L’azione del movimento è immediata attraverso il tatto, oppure mediata dal gesto; la prima, essendo limitata alla portata del braccio, non può essere trasmessa a distanza, mentre la seconda raggiunge un raggio molto più ampio, fino al limite della vista. Pertanto, rimangono soltanto la vista e l’udito come strumenti passivi per la comunicazione tra persone separate nello spazio.
Sebbene la lingua dei gesti e quella della voce siano entrambe naturali, la prima è più semplice da utilizzare e dipende meno dalle convenzioni: infatti, sono molti di più gli oggetti che colpiscono i nostri occhi rispetto a quelli che raggiungono le nostre orecchie, e le figure hanno una maggiore varietà rispetto ai suoni; inoltre, sono anche più espressive e riescono a comunicare molto in meno tempo. Si dice che l’amore sia stato l’inventore del disegno; avrebbe potuto inventare anche la parola, ma con minore successo. Non essendo soddisfatto di essa, l’amore la disprezza e preferisce modi più vivaci per esprimersi. Quante cose avrebbe potuto comunicare quella lingua dei gesti che tracciava con tanto piacere l’ombra del proprio amato. E quali suoni avrebbe utilizzato per rappresentare quel movimento delicato della mano?
I nostri gesti non significano altro che la nostra naturale inquietudine; non sono di questi che voglio parlare. Solo gli europei gesticolano mentre parlano: sembra che tutta la forza della loro lingua risieda nei loro gesti; vi aggiungono anche quella dei polmoni, ma tutto ciò serve loro a poco. Quando un francese si sforza molto, muovendo il corpo per pronunciare molte parole, un turco toglie per un momento la pipa dalla bocca, dice due parole a bassa voce e con esse esprime tutto ciò che vuole dire.
Da quando abbiamo imparato a gesticolare, abbiamo dimenticato l’arte della pantomima, per la stessa ragione per cui, nonostante disponiamo di molte belle grammatiche, non riusciamo più a comprendere i simboli degli Egizi. Quello che gli antichi esprimevano con maggiore intensità non lo facevano attraverso le parole, ma attraverso dei segni; non lo dicevano, lo mostravano.
Aprite la storia antica: vi troverete piena di questi modi di argomentare; essi producono sempre un effetto più sicuro di qualsiasi discorso si possa pronunciare al loro posto. L’oggetto presentato prima di parlare scuote l’immaginazione, eccita la curiosità, mantiene l’intelligenza in attesa di ciò che verrà detto. Ho notato che gli italiani e i provenzali, per i quali di solito il gesto precede il discorso, trovano così il modo di farsi ascoltare meglio, e persino con maggiore piacere. Ma il linguaggio più efficace è quello in cui il segno dice già tutto prima che si parli. Tarquinio, Trasibulo, che tagliavano le teste dei papaveri; Alessandro, che applicava il proprio sigillo sulla bocca del suo favorito; Diogene, che passeggiava davanti a Zenone: non parlavano forse meglio di quanto avrebbero potuto fare con le parole? Quale discorso potrebbe esprimere altrettanto bene le stesse idee? Dario, inviato in Scizia con il suo esercito, ricevette dal re degli Sciti una rana, un uccello, un topo e cinque frecce: l’inviato consegnò silenziosamente il dono e se ne andò. Questo “terribile discorso” fu ascoltato, e Dario non ebbe alcuna fretta di tornare nel suo paese come poté. Sostituite questi segni con una lettera: più essa sarà minacciosa, meno spaventerà; diventerà soltanto una battuta scherzosa, di cui Dario avrebbe riso senza pensarci due volte.
Quando il levita di Efraim volle vendicare la morte di sua moglie, non scrisse alle tribù d’Israele; tagliò il corpo della vittima in dodici pezzi e li inviò loro. Di fronte a questa orribile scena, le tribù si armarono gridando all’unisono: “No, mai nulla del genere è accaduto in Israele, dal giorno in cui i nostri antenati lasciarono l’Egitto fino ad oggi”. E così la tribù di Beniamino fu sterminata[241]. Oggi, se questa storia fosse raccontata solo attraverso argomentazioni, discussioni o persino scherzi, si trascinerebbe a lungo, e il crimine più orribile rimarrebbe impunito. Il re Saul, tornando dal lavoro nei campi, tagliò anch’egli i buoi della sua aratura e utilizzò un simbolo analogo per incitare Israele ad andare in aiuto della città di Gebes. I profeti degli Ebrei, i legislatori dei Greci offrivano spesso al popolo oggetti concreti; parlavano loro meglio attraverso questi oggetti che attraverso lunghi discorsi. E il modo in cui Atenea racconta come l’oratore Iperide riuscì a far assolvere la cortigiana Frine, senza pronunciare una sola parola in sua difesa, è ancora un esempio di eloquenza silenziosa, il cui effetto non è affatto raro nei tempi moderni.
Così si parla meglio con gli occhi che con le orecchie. Nessuno può negare la veridicità del giudizio di Orazio in questo senso. Si può persino osservare che i discorsi più eloquenti sono quelli nei quali vengono utilizzate molte immagini; e i suoni non hanno mai più forza quando riescono a evocare gli effetti delle luci o dei colori.
Ma quando si tratta di commuovere il cuore e infiammare le passioni, la situazione è del tutto diversa. L’impressione suscitata da un discorso che viene ripetuto più volte provoca un’emozione molto diversa rispetto a quella che si prova di fronte all’oggetto stesso, quando si può vedere tutto in un istante. Immaginiamo una situazione di dolore ben nota: vedendo la persona afflitta è difficile commuoversi fino alle lacrime; ma lasciatele il tempo di raccontarvi tutto ciò che prova, e presto vi scioglierete in pianto. È solo in questo modo che le scene tragiche riescono a produrre il loro effetto[242]. Una semplice pantomima senza parole vi lascerà quasi indifferenti; un discorso senza gesti, invece, vi farà versare lacrime. Le passioni hanno i loro gesti, ma hanno anche i loro accenti; e questi accenti, che ci fanno tremare, che non possiamo nascondere, penetrano nel profondo del nostro cuore, suscitando in noi sentimenti che non possiamo controllare, facendoci percepire ciò che ascoltiamo. Concludiamo quindi che i segni visibili rendono l’imitazione più precisa, ma che è proprio il suono a stimolare maggiormente l’emozione.
Questo mi fa pensare che, se avessimo avuto soltanto bisogni fisici, probabilmente non avremmo mai parlato, e ci saremmo comunque capiti perfettamente attraverso il solo linguaggio dei gesti. Avremmo potuto creare società poco diverse da quelle di oggi, o addirittura più efficaci nel raggiungere i loro scopi. Avremmo potuto stabilire leggi, scegliere leader, inventare arti, sviluppare il commercio, insomma, fare quasi tutto ciò che facciamo oggi grazie al linguaggio parlato. Il linguaggio epistolare dei saluti permette, senza rischi di gelosia, di trasmettere i segreti della galanteria orientale anche attraverso i harem più ben custoditi. I muti del grande signore si capiscono tra loro e comprendono perfettamente tutto ciò che gli viene detto con i gesti, proprio come avviene quando si parla normalmente. Il signor Pereyre[244] e coloro che, come lui, insegnano ai muti non solo a parlare, ma anche a capire ciò che dicono, sono costretti ad insegnare loro prima un’altra lingua altrettanto complessa, affinché possano utilizzarla per comunicare.
Chardin afferma che nelle Indie i mercanti, tenendosi per mano e modificando i propri gesti in modo impercettibile agli occhi altrui, gestiscono pubblicamente, ma in segreto, tutte le loro transazioni senza scambiare una parola. Immaginate questi mercanti ciechi, sordi e muti: nonostante ciò, riusciranno comunque a comunicare tra loro; questo dimostra che, dei due sensi con cui siamo attivi, uno solo sarebbe sufficiente per permetterci di formare un linguaggio.
Il paraît encore par les mêmes observations que l’invention de l’art de communiquer nos idées dépend moins des organes qui nous servent à cette communication, que d’une faculté propre à l’homme, qui lui fait employer ses organes à cet usage, et qui, si ceux-là lui manquaient, lui en ferait employer d’autres à la même fin. Donnez à l’homme une organisation toute aussi grossière qu’il vous plaira : sans doute il acquerra moins d’idées ; mais pourvu seulement qu’il y ait entre lui et ses semblables quelque moyen de communication par lequel l’un puisse agir et l’autre sentir, ils parviendront à se communiquer enfin tout autant d’idées qu’ils en auront.
Les animaux ont pour cette communication une organisation plus que suffisante, et jamais aucun d’eux n’en a fait cet usage. Voilà, ce me semble, une différence bien caractéristique. Ceux d’entre eux qui travaillent et vivent en commun, les castors, les fourmis, les abeilles, ont quelque langue naturelle pour s’entre-communiquer, je n’en fais aucun doute. Il y a même lieu de croire que la langue des castors et celle des fourmis sont dans le geste et parlent seulement aux yeux. Quoi qu’il en soit, par cela même que les unes et les autres de ces langues sont naturelles, elles ne sont pas acquises ; les animaux qui les parlent les ont en naissant : ils les ont tous, et partout la même ; ils n’en changent point, ils n’y font pas le moindre progrès. La langue de convention n’appartient qu’à l’homme. Voilà pourquoi l’homme fait des progrès, soit en bien, soit en mal, et pourquoi les animaux n’en font point. Cette seule distinction paraît mener loin : on l’explique, dit-on, par la différence des organes. Je serais curieux de voir cette explication.
Chapitre III – Que le premier langage dut être figuré.
Comme les premiers motifs qui firent parler l’homme furent des passions, ses premières expressions furent des tropes. Le langage figuré fut le premier à naître ; le sens propre fut trouvé le dernier. On n’appela les choses de leur vrai nom que quand on les vit sous leur véritable forme. D’abord on ne parla qu’en poésie ; on ne s’avisa de raisonner que longtemps après.
Or, je sens bien qu’ici le lecteur m’arrête, et me demande comment une expression peut être figurée avant d’avoir un sens propre, puisque ce n’est que dans la translation du sens que consiste la figure. Je conviens de cela ; mais pour m’entendre il faut substituer l’idée que la passion nous présente au mot que nous transposons ; car on ne transpose les mots que parce qu’on transpose aussi les idées : autrement le langage figuré ne signifierait rien. Je réponds donc par un exemple.
Un homme sauvage en rencontrant d’autres se sera d’abord effrayé. Sa frayeur lui aura fait voir ces hommes plus grands et plus forts que lui-même ; il leur aura donné le nom de géants. Après beaucoup d’expériences, il aura reconnu que ces prétendus géants n’étant ni plus grands ni plus forts que lui, leur stature ne convenait point à l’idée qu’il avait d’abord attachée au mot de géant. Il inventera donc un autre nom commun à eux et à lui, tel par exemple que le nom d’homme, et laissera celui du géant à l’objet faux qui l’avait frappé durant son illusion. Voilà comment le mot figuré naît avant le mot propre, lorsque la passion nous fascine les yeux, et que la première idée qu’elle nous offre n’est pas celle de la vérité. Ce que j’ai dit des mots et des noms est sans difficulté pour les tours de phrases. L’image illusoire offerte par la passion se montrant la première, le langage qui lui répondait fut aussi le premier inventé ; il devint ensuite métaphorique, quand l’esprit éclairé, reconnaissant sa première erreur, n’en employa les expressions que dans les mêmes passions qui l’avaient produite.
Chapitre V – De l’Écriture
Quiconque étudiera l’histoire et le progrès des langues verra que plus les voix deviennent monotones, plus les consonnes se multiplient, et qu’aux accents qui s’effacent, aux quantités qui s’égalisent, on supplée par des combinaisons grammaticales et par de nouvelles articulations : mais ce n’est qu’à force de temps que se font ces changements. À mesure que les besoins croissent, que les affaires s’embrouillent, que les lumières s’étendent, le langage change de caractère ; il devient plus juste et moins passionné ; il substitue aux sentiments les idées ; il ne parle plus au cœur, mais à la raison. Par là même l’accent s’éteint, l’articulation s’étend, la langue devient plus exacte, plus claire, mais plus traînante, plus sourde, et plus froide. Ce progrès me paraît tout-à-fait naturel.
Un autre moyen de comparer les langues et de juger de leur ancienneté se tire de l’écriture, et cela en raison inverse de la perfection de cet art. Plus l’écriture est grossière, plus la langue est antique. La première manière d’écrire n’est pas de peindre les sons, mais les objets mêmes, soit directement, comme faisaient les Mexicains ; soit par des figures allégoriques, comme firent autrefois les Égyptiens. Cet état répond à la langue passionnée, et suppose déjà quelque société et des besoins que les passions ont fait naître.
La seconde manière est de représenter les mots et les propositions par des caractères conventionnels ; ce qui ne peut se faire que quand la langue est tout-à-fait formée et qu’un peuple entier est uni par des lois communes, car il y a déjà ici double convention : telle est l’écriture des Chinois ; c’est là véritablement peindre les sons et parler aux yeux.
La troisième est de décomposer la voix parlante à un certain nombre de parties élémentaires, soit vocales, soit articulées, avec lesquelles on puisse former tous les mots et toutes les syllabes imaginables. Cette manière d’écrire, qui est la nôtre, a dû être imaginée par des peuples commerçants, qui, voyageant en plusieurs pays et ayant à parler plusieurs langues, furent forcés d’inventer des caractères qui pussent être communs à toutes. Ce n’est pas précisément peindre la parole, c’est l’analyser.
Ces trois manières d’écrire répondent assez exactement aux trois divers états sous lesquels on peut considérer les hommes rassemblés en nation. La peinture des objets convient aux peuples sauvages ; les signes des mots et des propositions, aux peuples barbares ; et l’alphabet aux peuples policés.
Il ne faut donc pas penser que cette dernière invention soit une preuve de la haute antiquité du peuple inventeur. Au contraire, il est probable que le peuple qui l’a trouvée avait en vue une communication plus facile avec d’autres peuples parlant d’autres langues, lesquels du moins étaient ses contemporains et pouvaient être plus anciens que lui. On ne peut pas dire la même chose des deux autres méthodes. J’avoue cependant que, si l’on s’en tient à l’histoire et aux faits connus, l’écriture par alphabet paraît remonter aussi haut qu’aucune autre. Mais il n’est pas surprenant que nous manquions de monuments des temps où l’on n’écrivait pas.
Il est peu vraisemblable que les premiers qui s’avisèrent de résoudre la parole en signes élémentaires aient fait d’abord des divisions bien exactes. Quand ils s’aperçurent ensuite de l’insuffisance de leur analyse, les uns, comme les Grecs, multiplièrent les caractères de leur alphabet ; les autres se contentèrent d’en varier le sens ou le son par des positions ou combinaisons différentes. Ainsi paraissent écrites les inscriptions des ruines de Tchelminar, dont Chardin nous a tracé des ectypes. On n’y distingue que deux figures ou caractères[248], mais de diverses grandeurs et posés en différents sens. Cette langue inconnue, et d’une antiquité presque effrayante, devait pourtant être alors bien formée, à en juger par la perfection des arts qu’annonce la beauté des caractères[249], et les monuments admirables où se trouvent ces inscriptions. Je ne sais pourquoi l’on parle si peu de ces étonnantes ruines : quand j’en lis la description dans Chardin, je me crois transporté dans un autre monde. Il me semble que tout cela donne furieusement à penser.
L’art d’écrire ne tient point à celui de parler. Il tient à des besoins d’une autre nature, qui naissent plus tôt ou plus tard, selon des circonstances tout-à-fait indépendantes de la durée des peuples, et qui pourraient n’avoir jamais eu lieu chez des nations très anciennes. On ignore durant combien de siècles l’art des hiéroglyphes fut peut-être la seule écriture des Égyptiens ; et il est prouvé qu’une telle écriture peut suffire à un peuple policé, par l’exemple des Mexicains, qui en avaient une encore moins commode.
It still appears from these observations that the invention of the ability to communicate our ideas depends less on the organs we use for this purpose than on a faculty inherent in man—which enables him to employ these organs for that function, and which would cause him to use other organs for the same end if the former were lacking. Give man an organization as primitive as you wish; undoubtedly he will acquire fewer ideas; but so long as there exists some means of communication between him and his fellow beings, by which one can act and the other perceive, they will ultimately be able to exchange as many ideas as they possess.
Animals possess more than sufficient organizational capabilities for such communication; yet not a single one of them has ever made use of it. In my view, this constitutes a very characteristic difference. Those animals that work and live together in groups—beavers, ants, bees—undoubtedly possess some natural means of communicating with each other. There is even reason to believe that the language of beavers and ants consists primarily of gestures and is communicated solely through eye contact. In any case, precisely because these languages are natural, they are not acquired; animals that use them are born with them. They all possess the same language, everywhere, and they never change it or make any progress in its development. Conventional languages, on the other hand, are unique to humans. This is why humans can make progress, for good or for ill, while animals cannot. This single distinction seems to lead to profound conclusions; some claim that it can be explained by differences in biological organs. I would be very interested to see how this explanation is elaborated.
Chapter III – That the first language must have been symbolic in nature.
Since the first motives that prompted man to speak were passions, his earliest expressions were metaphors and figures of speech. Figurative language was the first to emerge; literal meaning was understood much later. Things were only called by their true names when they were perceived in their actual form. At first, people only spoke in poetry; it was a long time before anyone thought of reasoning.
Or, I well understand that at this point the reader might stop me and ask how a figure of speech can come into existence before it acquires its own proper meaning, since it is only through the translation of that meaning that the figure itself takes effect. I agree with this; but in order to understand what I mean, one must substitute the idea that the passion presents to us for the word that we are translating. For we only translate words because we also transfer the ideas they convey; otherwise, figurative language would be meaningless. Therefore, I will answer with an example.
When a savage man encounters other humans, he will at first be frightened. His fear will make those men appear to him to be larger and stronger than himself; he will therefore call them giants. After many experiences, he will realize that these so-called giants are neither larger nor stronger than him, and that their stature does not correspond to the meaning he had initially associated with the word “giant.” He will then invent another common term to refer to both them and himself—for example, the term “human”—leaving the name “giant” for the false notion that had initially influenced him. Thus, figurative language is born before literal language, when passion blinds our judgment and the first ideas it presents are not necessarily true. What I have said about words and names also applies easily to phrases. Since the illusory image created by passion appears first, the language that responds to it was also the first to be invented; it later became metaphorical, when a discerning mind, having recognized its initial error, used such expressions only in those very passions that had given rise to them.
Chapter V – On Writing
Anyone who studies the history and development of languages will observe that as voices become more monotonous, consonants multiply; and as accents fade away and intonations become more uniform, grammatical combinations and new ways of articulation come into use to compensate for these changes. However, such transformations occur only over time. As needs increase, affairs become more complex, and knowledge expands, language undergoes fundamental changes—becoming more precise and less expressive of emotion; it replaces feelings with ideas and addresses the intellect rather than the heart. As a result, accents diminish, articulation becomes more deliberate, and the language becomes more exact and clear—but also more drawn-out, duller, and colder in tone. To me, this progress seems entirely natural.
Another way to compare languages and determine their antiquity lies in the art of writing, and this is inversely related to the perfection of that art. The more crude the writing system, the more ancient the language is likely to be. The earliest forms of writing were not intended to represent sounds, but rather objects themselves—either directly, as the Mexicans did, or through allegorical symbols, as the Egyptians once did. Such methods reflected a language rooted in passion and presupposed the existence of certain societies and needs that had arisen from those passions.
The second method is to represent words and sentences using conventional symbols; this is only possible when the language is fully developed and when an entire people is united by common laws, because in such cases there already exists a dual convention at play. This is the case with Chinese writing; it truly represents sounds and allows one to “speak” through sight.
The third method consists of breaking down the spoken voice into a certain number of elementary components—either vocal sounds or articulations—which can be used to form all imaginable words and syllables. This mode of writing, which is the one we use today, must have been invented by peoples engaged in trade. Traveling to various countries and having to speak multiple languages, they were forced to create characters that could be common to all languages. This is not so much a representation of speech as an analysis of it.
These three ways of writing correspond quite accurately to the three different states under which men can be considered when gathered together as a nation. The depiction of objects is suitable for savage peoples; the use of signs for words and sentences is appropriate for barbarian peoples; and the alphabet is suited for civilized peoples.
Therefore, one should not assume that this latest invention constitutes evidence of the high antiquity of the people who created it. On the contrary, it is likely that the people who invented it intended to facilitate communication with other peoples speaking different languages—peoples who were at least their contemporaries and might even have been older than them. The same cannot be said about the other two methods. However, I must admit that, based on history and known facts, the use of an alphabet for writing seems to date back as far as any other system. But it is not surprising that we lack monuments from the times when people did not write.
It is highly unlikely that those who first attempted to represent speech through elementary symbols began by creating perfectly precise divisions. When they later realized the inadequacy of their analysis, some, like the Greeks, simply increased the number of characters in their alphabet; others contented themselves with varying their meaning or sound through different arrangements or combinations. Such are the inscriptions found on the ruins of Tchelminar, whose copies were provided to us by Chardin. One can discern only two basic symbols or characters[248], but they come in various sizes and are arranged in different ways. This unknown language, of an almost terrifying antiquity, must have been highly developed at that time, judging from the perfection of the arts indicated by the beauty of these characters[249] and the magnificent monuments that contain them. I don’t know why so little is spoken about these astonishing ruins; whenever I read Chardin’s descriptions of them, I feel as if I have been transported to another world. All this surely provokes profound thought.
The art of writing is entirely different from the art of speaking. It arises from needs of a different nature—needs that emerge at various times, under circumstances utterly independent of the duration of a people’s existence, and that might never have existed at all in very ancient nations. We do not know for how many centuries the art of hieroglyphics was perhaps the only form of writing used by the Egyptians; moreover, it is proven that such a system of writing can be sufficient for a civilized people—as evidenced by the Mexicans, who employed a system even less convenient than hieroglyphics.
Sembra ancora, attraverso le stesse osservazioni, che l’invenzione dell’arte di comunicare i nostri pensieri dipenda meno dagli organi che ci servono a tale scopo, che da una facoltà propria all’uomo, che gli permette di utilizzare tali organi per questo fine e che, anche se questi gli mancassero, gli farebbe usare altri allo stesso scopo. Date all’uomo un’organizzazione quanto più primitiva vi piaccia: senza dubbio acquisirà meno idee; ma purché esista tra lui e i suoi simili qualche mezzo di comunicazione che permetta a uno di agire e all’altro di percepire, riusciranno comunque a scambiarsi tante idee quante ne avranno.
Gli animali dispongono di un’organizzazione più che sufficiente per questa forma di comunicazione, eppure nessuno di loro l’ha mai utilizzata. Questa, a mio avviso, è una differenza davvero caratteristica. Quelli tra loro che lavorano e vivono in gruppo – i castori, le formiche, le api – possiedono sicuramente un linguaggio naturale per comunicare tra loro; non ne ho alcun dubbio. Si può persino ritenere che il linguaggio dei castori e delle formiche sia basato sui gesti e venga utilizzato esclusivamente attraverso lo sguardo. In ogni caso, poiché questi linguaggi sono naturali, non vengono acquisiti; gli animali che li parlano li possiedono fin dalla nascita: tutti li hanno, e ovunque sono identici; non li cambiano mai, né fanno alcun progresso nel loro utilizzo. Il linguaggio convenzionale, invece, appartiene esclusivamente all’uomo. Ecco perché l’uomo può compiere progressi, sia positivi che negativi, mentre gli animali no. Questa semplice distinzione sembra portare a conclusioni molto importanti; si dice che possa essere spiegata dalla diversità degli organi di cui gli esseri umani e gli animali dispongono. Mi sarebbe molto interessante conoscere questa spiegazione.
Capitolo III – Che il primo linguaggio dovette essere di natura figurativa.
Poiché i primi motivi che spinsero l’uomo a parlare furono le passioni, le sue prime espressioni furono dei tropi. Il linguaggio figurato fu il primo ad apparire; il senso proprio delle parole fu scoperto molto più tardi. Le cose vennero chiamate con il loro vero nome soltanto quando si riuscì a vederle nella loro vera forma. All’inizio, si parlava solo in poesia; si cominciò a ragionare molto tempo dopo.
Ora, sento chiaramente che qui il lettore si ferma e mi chiede come una espressione possa essere utilizzata in modo figurato prima ancora di acquisire un significato proprio, visto che è solo nella traduzione di quel significato che ha luogo tale utilizzo. Concordo su questo; ma per capirmi bisogna sostituire l’idea che la passione ci presenta con la parola che trasponiamo: infatti, le parole vengono trasposte soltanto perché vengono trasposte anche le idee; altrimenti il linguaggio figurato non significherebbe nulla. Rispondo quindi con un esempio.
Un uomo selvaggio, incontrando altri esseri umani, si sarebbe prima spaventato. Quel terrore gli avrebbe fatto apparire questi uomini più grandi e più forti di lui stesso; per questo li avrebbe chiamati “giganti”. Dopo molte esperienze, avrebbe scoperto che questi presunti giganti non erano né più grandi né più forti di lui, e che quindi la loro statura non corrispondeva all’immagine che aveva inizialmente associato al termine “gigante”. Così avrebbe inventato un altro nome comune per loro e per sé stesso, ad esempio “uomo”, lasciando il nome “gigante” all’oggetto falso che lo aveva ingannato durante quell’illusione. Ecco come nasce il termine figurato prima del termine proprio: quando la passione ci offusca la vista e la prima idea che ci viene in mente non corrisponde alla verità. Quello che ho detto sui termini e sui nomi vale senza difficoltà anche per le frasi. L’immagine illusoria fornita dalla passione, essendo apparsa per prima, ha determinato l’invenzione del linguaggio che le rispondeva; tale linguaggio è poi diventato metaforico quando lo spirito, riconoscendo il proprio errore iniziale, ha iniziato ad usarne le espressioni soltanto nelle stesse passioni che le avevano generate.
Capitolo V – Dell’Scrittura
Chiunque studi la storia e il progresso delle lingue vedrà che più le voci diventano monotone, più le consonanti si moltiplicano; e che, agli accenti che scompaiono e alle quantità vocali che si uniformano, si sostituiscono combinazioni grammaticali e nuove modalità di articolazione. Ma tali cambiamenti avvengono soltanto nel corso del tempo. Man mano che i bisogni umani aumentano, le situazioni diventano più complesse e la conoscenza si diffonde, il linguaggio cambia carattere: diventa più preciso e meno appassionato; sostituisce i sentimenti con le idee; non parla più al cuore, ma alla ragione. Di conseguenza, l’accento si attenua, l’articolazione diventa più chiara e precisa, ma anche più lenta, più “sorda” e più fredda. Questo progresso mi sembra del tutto naturale.
Un altro modo per confrontare le lingue e giudicarne l’antichità deriva dalla scrittura, e ciò in modo inversamente proporzionale alla perfezione di quest’arte: più la scrittura è rozza, più la lingua è antica. Il primo metodo di scrivere non consisteva nel rappresentare i suoni, ma gli oggetti stessi, sia direttamente, come facevano i Messicani, sia attraverso figure allegoriche, come facevano un tempo gli Egiziani. Questo modo di scrivere corrispondeva alle lingue “appassionate” e presupponeva già l’esistenza di una società e di bisogni sorti dalle passioni umane.
Il secondo metodo consiste nel rappresentare le parole e le proposizioni attraverso caratteri convenzionali; ciò è possibile soltanto quando la lingua è completamente sviluppata e un intero popolo è unito da leggi comuni, poiché in questo caso esiste già una doppia convenzione: tale è il caso della scrittura cinese; essa rappresenta veramente i suoni e permette di “parlare con gli occhi”.
La terza consiste nel decomporre la voce parlante in un certo numero di parti elementari, sia vocali che articolate, utilizzando queste parti per formare tutte le parole e tutte le sillabe immaginabili. Questo modo di scrivere, che è il nostro, deve essere stato ideato da popoli commercianti che, viaggiando in diversi paesi e dovendo parlare diverse lingue, furono costretti a inventare caratteri che potessero essere comuni a tutte. Non si tratta esattamente di “ritrarre” la parola, ma di analizzarla.
Questi tre modi di scrivere corrispondono in modo abbastanza preciso ai tre diversi stadi sotto i quali si possono considerare gli uomini riuniti in una nazione. La rappresentazione grafica degli oggetti è adatta ai popoli selvaggi; i segni delle parole e delle proposizioni, ai popoli barbari; mentre l’alfabeto è destinato ai popoli civili.
Non si deve quindi pensare che questa ultima invenzione sia una prova dell’alta antichità del popolo che l’ha creata. Al contrario, è probabile che il popolo che l’ha scoperta avesse lo scopo di facilitare la comunicazione con altri popoli che parlavano lingue diverse; questi ultimi, almeno, erano suoi contemporanei e potevano essere più antichi di lui. Lo stesso non si può dire per le altre due metodologie. Tuttavia devo ammettere che, se ci basiamo sulla storia e sui fatti conosciuti, la scrittura alfabetica sembra risalire a tempi altrettanto remoti di qualsiasi altra forma di scrittura. Non sorprende quindi il fatto che ci manchino monumenti relativi ai periodi in cui non si scriveva ancora.
È poco probabile che i primi ad aver pensato di rappresentare le parole con segni elementari abbiano inizialmente effettuato divisioni ben precise. Quando si resero conto dell’inadeguatezza della loro analisi, alcuni, come i Greci, aumentarono il numero dei caratteri del proprio alfabeto; altri si limitarono a variare il loro significato o suono attraverso posizioni o combinazioni diverse. Così appaiono scritte le iscrizioni delle rovine di Tchelminar, di cui Chardin ci ha fornito delle copie. In esse si distinguono soltanto due figure o caratteri, ma di dimensioni diverse e disposti in modi vari. Questa lingua sconosciuta, e di un’antichità quasi spaventosa, doveva tuttavia essere già ben sviluppata, a giudicare dalla perfezione delle arti che si evince dalla bellezza dei caratteri e dai meravigliosi monumenti in cui queste iscrizioni si trovano. Non so perché si parli così poco di queste straordinarie rovine: quando leggo la loro descrizione in Chardin, mi sembra di essere trasportato in un altro mondo. Tutto ciò suscita davvero molti pensieri.
L’arte di scrivere non ha nulla a che fare con quella di parlare. Dipende da esigenze di natura diversa, che sorgono prima o poi, in circostanze del tutto indipendenti dalla durata dell’esistenza delle nazioni, e che potrebbero anche non essersi mai verificate in alcune civiltà molto antiche. Non si sa per quanti secoli l’arte dei geroglifi sia stata l’unica forma di scrittura degli Egizi; inoltre, è dimostrato che una simile scrittura possa essere sufficiente per una nazione civile, come dimostra l’esempio dei Messicani, i quali utilizzavano un sistema di scrittura ancora più complicato.
En comparant l’alphabet cophte à l’alphabet syriaque ou phénicien, on juge aisément que l’un vient de l’autre ; et il ne serait pas étonnant que ce dernier fût l’original, ni que le peuple le plus moderne eût à cet égard instruit le plus ancien. Il est clair aussi que l’alphabet grec vient de l’alphabet phénicien ; l’on voit même qu’il en doit venir. Que Cadmus ou quelque autre l’ait apporté de Phénicie, toujours paraît-il certain que les Grecs ne l’allèrent pas chercher, et que les Phéniciens l’apportèrent eux-mêmes ; car, des peuples de l’Asie et de l’Afrique, ils furent les premiers et presque les seuls[250] qui commercèrent en Europe, et ils vinrent bien plus tôt chez les Grecs que les Grecs n’allèrent chez eux : ce qui ne prouve nullement que le peuple grec ne soit pas aussi ancien que le peuple de Phénicie.
D’abord les Grecs n’adoptèrent pas seulement les caractères des Phéniciens, mais même la direction de leurs lignes de droite à gauche. Ensuite ils s’avisèrent d’écrire par sillons, c’est-à-dire en retournant de la gauche à la droite, puis de la droite à la gauche, alternativement[251]. Enfin, ils écrivirent, comme nous faisons aujourd’hui, en recommençant toutes les lignes de gauche à droite. Ce progrès n’a rien que de naturel : l’écriture par sillons est, sans contredit, la plus commode à lire. Je suis même étonné qu’elle ne se soit pas établie avec l’impression ; mais étant difficile à écrire à la main, elle dut s’abolir quand les manuscrits se multiplièrent.
Mais, bien que l’alphabet grec vienne de l’alphabet phénicien, il ne s’ensuit point que la langue grecque vienne de la phénicienne. Une de ces propositions ne tient point à l’autre, et il paraît que la langue grecque était déjà fort ancienne, que l’art d’écrire était récent et même imparfait chez les Grecs. Jusqu’au siège de Troie, ils n’eurent que seize lettres, si toutefois ils les eurent. On dit que Palamède en ajouta quatre, et Simonide les quatre autres. Tout cela est pris d’un peu loin. Au contraire, le latin, langue plus moderne, eut, presque dès sa naissance, un alphabet complet, dont cependant les premiers Romains ne se servaient guère, puisqu’ils commencèrent si tard d’écrire leur histoire, et que les lustres ne se marquaient qu’avec des clous.
Du reste, il n’y a pas une quantité de lettres ou éléments de la parole absolument déterminée ; les uns en ont plus, les autres moins, selon les langues et selon les diverses modifications qu’on donne aux voix et aux consonnes. Ceux qui ne comptent que cinq voyelles se trompent fort : les Grecs en écrivaient sept, les premiers Romains six[252] ; MM. de Port-Royal en comptent dix, M. Duclos dix-sept ; et je ne doute pas qu’on n’en trouvât beaucoup davantage, si l’habitude avait rendu l’oreille plus sensible et la bouche plus exercée aux diverses modifications dont elles sont susceptibles. À proportion de la délicatesse de l’organe, on trouvera plus ou moins de modifications, entre l’a aigu et l’o grave, entre l’i et l’e ouvert, etc. C’est ce que chacun peut éprouver en passant d’une voyelle à l’autre par une voix continue et nuancée ; car on peut fixer plus ou moins de ces nuances et les marquer par des caractères particuliers, selon qu’à force d’habitude on s’y est rendu plus ou moins sensible, et cette habitude dépend des sortes de voix usitées dans le langage, auxquelles l’organe se forme insensiblement. La même chose peut se dire à peu près des lettres articulées ou consonnes. Mais la plupart des nations n’ont pas fait ainsi ; elles ont pris l’alphabet les unes des autres, et représenté, par les mêmes caractères, des voix et des articulations très différentes, ce qui fait que, quelque exacte que soit l’orthographe, on lit toujours ridiculement une autre langue que la sienne, à moins qu’on n’y soit extrêmement exercé.
L’écriture, qui semble devoir fixer la langue, est précisément ce qui l’altère ; elle n’en change pas les mots, mais le génie ; elle substitue l’exactitude à l’expression. L’on rend ses sentiments quand on parle, et ses idées quand on écrit. En écrivant, on est forcé de prendre tous les mots dans l’acception commune ; mais celui qui parle varie les acceptions par les tons, il les détermine comme il lui plaît ; moins gêné pour être clair, il donne plus à la force ; et il n’est pas possible qu’une langue qu’on écrit garde longtemps la vivacité de celle qui n’est que parlée. On écrit les voix et non pas les sons : or, dans une langue accentuée, ce sont les sons, les accents, les inflexions de toute espèce qui font la plus grande énergie du langage, et rendent une phrase, d’ailleurs commune, propre seulement au lieu où elle est. Les moyens qu’on prend pour suppléer à celui-là étendent, allongent la langue écrite, et passant des livres dans le discours, énervent la parole même[253]. En disant tout comme on l’écrirait, on ne fait plus que lire en parlant.
Chapitre VII – De la Prosodie moderne
Nous n’avons aucune idée d’une langue sonore et harmonieuse, qui parle autant par les sons que par les voix. Si l’on croit suppléer à l’accent par les accents, on se trompe ; on n’invente les accents que quand l’accent est déjà perdu[254]. Il y a plus ; nous croyons avoir des accents dans notre langue, et nous n’en avons point ; nos prétendus accents ne sont que des voyelles, ou des signes de quantité ; ils ne marquent aucune variété de sons. La preuve est que ces accents se rendent tous, ou par des temps inégaux, ou par des modifications des lèvres, de la langue, ou du palais, qui font la diversité des voix ; aucun par des modifications de la glotte, qui font la diversité des sons. Ainsi, quand notre circonflexe n’est pas une simple voix, il est une longue, ou il n’est rien. Voyons à présent ce qu’il était chez les Grecs.
Denys d’Halicarnasse dit que l’élévation, du ton dans l’accent aigu et l’abaissement dans le grave étaient une quinte ; ainsi l’accent prosodique était aussi musical, surtout le circonflexe, où la voix, après avoir monté d’une quinte, descendait d’une autre quinte sur la même syllabe[255]. On voit assez par ce passage et par ce qui s’y rapporte, que M. Duclos ne reconnaît point d’accent musical dans notre langue, mais seulement l’accent prosodique et l’accent vocal. On y ajoute un accent orthographique, qui ne change rien à la voix, ni au son, ni à la quantité, mais qui tantôt indique une lettre supprimée, comme le circonflexe, et tantôt fixe le sens équivoque d’un monosyllabe, tel que l’accent prétendu grave qui distingue où adverbe de lieu de ou particule disjonctive, et à pris pour article du même a pris pour verbe ; cet accent distingue à l’œil seulement ces monosyllabes, rien ne les distingue à la prononciation[256]. Ainsi la définition de l’accent que les Français ont généralement adoptée ne convient à aucun des accents de leur langue.
Je m’attends bien que plusieurs de leurs grammairiens, prévenus que les accents marquent élévation ou abaissement de voix, se récrieront encore ici au paradoxe ; et, faute de mettre assez de soins à l’expérience, ils croiront rendre par les modifications de la glotte ces mêmes accents qu’ils rendent uniquement en variant les ouvertures de la bouche ou les positions de la langue. Mais voici ce que j’ai à leur dire pour constater l’expérience et rendre ma preuve sans réplique.
Prenez exactement avec la voix l’unisson de quelque instrument de musique ; et, sur cet unisson, prononcez de suite tous les mots français les plus diversement accentués que vous pourrez rassembler : comme il n’est pas ici question de l’accent oratoire, mais seulement de l’accent grammatical, il n’est pas même nécessaire que ces divers mots aient un sens suivi. Observez, en parlant ainsi, si vous ne marquez pas sur ce même son tous les accents aussi sensiblement, aussi nettement, que si vous prononciez sans gêne en variant votre ton de voix. Or, ce fait supposé, et il est incontestable, je dis que, puisque tous vos accents s’expriment sur le même ton, ils ne marquent donc pas des sons différents. Je n’imagine pas ce qu’on peut répondre à cela.
Toute langue où l’on peut mettre plusieurs airs de musique sur les mêmes paroles n’a point d’accent musical déterminé. Si l’accent était déterminé, l’air léserait aussi ; dès que le chant est arbitraire, l’accent est compté pour rien.
Les langues modernes de l’Europe sont toutes du plus au moins dans le même cas. Je n’en excepte pas même l’italienne. La langue italienne, non plus que la française, n’est point par elle-même une langue musicale. La différence est seulement que l’une se prête à la musique, et que l’autre ne s’y prête pas.
By comparing the Coptic alphabet with the Syriac or Phoenician alphabets, it is easy to conclude that one of them must have originated from the other; and it would not be surprising if the latter were the original. Nor would it be unusual for the more modern people to have instructed the older ones in this regard. It is also clear that the Greek alphabet derives from the Phoenician alphabet; in fact, it seems almost inevitable that it did. Whether Cadmus or some other person brought it from Phoenicia, it appears certain that the Greeks did not go there to obtain it themselves, but rather that the Phoenicians brought it to them. Among the peoples of Asia and Africa, they were the first—and nearly the only ones—to engage in trade with Europe, and they arrived among the Greeks much earlier than the Greeks ever went to Phoenicia. This in no way proves that the Greek people are not as ancient as the Phoenicians.
At first, the Greeks did not merely adopt the Phoenician characters but also the direction of their lines, which ran from right to left. Later on, they decided to write in syllabic order, that is, by alternating directions from left to right and then from right to left[251]. Finally, they began writing in the manner we do today, starting each line from left to right. This progression was entirely natural: syllabic writing is undoubtedly the most convenient for reading. I am even surprised that it did not become the standard method with the invention of printing; however, since it was difficult to write by hand, this system had to be abandoned as manuscripts began to multiply.
However, although the Greek alphabet is derived from the Phoenician alphabet, it does not necessarily mean that the Greek language originated from Phoenicia. These two concepts are not interconnected; in fact, the Greek language seems to have existed for a very long time, while the art of writing was relatively recent and even imperfect among the Greeks. Until the siege of Troy, they only had sixteen letters—if such letters even existed at that time. It is said that Palamedes added four more, and Simonides added four more. All these claims are somewhat speculative. On the contrary, Latin, a more modern language, had a complete alphabet almost from its inception. Nevertheless, the early Romans made little use of this alphabet, since they began writing their history so late, and even dates were marked only with nails.
Furthermore, there is no absolutely fixed number of letters or elements in speech; some languages use more, others less, depending on the language itself and the various modifications that are made to vowels and consonants. Those who believe that there are only five vowels are greatly mistaken: the Greeks used seven, the early Romans six[252]; Messieurs de Port-Royal counted ten, and M. Duclos seventeen; and I have no doubt that much more could be identified if habit had made the ear more sensitive and the mouth more adept at distinguishing these various modifications. The degree of such distinctions depends on the sensitivity of the vocal organs; one will find more or fewer variations between a high-pitched “a” and a low-pitched “o,” between an open “i” and an open “e,” and so on. Anyone can experience this by transitioning smoothly and gradually from one vowel to another; it is indeed possible to establish varying degrees of nuance and represent them with specific symbols, depending on the extent to which one has become accustomed to distinguishing them—and such habit is shaped by the type of sounds commonly used in a particular language, which gradually influence the development of the vocal organs. The same principle roughly applies to articulated letters or consonants. However, most nations have not followed this approach; they have simply adopted alphabets from one another and used the same symbols to represent vastly different sounds and articulations. As a result, no matter how accurate the spelling may be, one will always end up reading a language that is quite different from their own—unless they have practiced extensively in that language.
Writing, which seems intended to fix the language, is precisely what alters it; it does not change its words, but its essence; it replaces expressiveness with accuracy. When we speak, we convey our feelings; when we write, we convey our ideas. In writing, one is forced to use all words in their common meanings; but when speaking, one varies these meanings through intonation, determining them as one pleases. Less constrained by the need for clarity, one gives more emphasis to certain expressions; and it is impossible for a language written down to retain for long the vitality of a language that is merely spoken. We write the voices, not just the sounds; yet in an accented language, it is precisely the sounds, accents, and various inflections that give language its greatest power and make a phrase, which might otherwise be ordinary, unique to the place where it is spoken. The methods we employ to compensate for the limitations of speech extend and lengthen written language; and by bringing books into everyday discourse, we even enhance the power of spoken words[253]. To speak in exactly the same way as one would write means to merely read while speaking.
Chapter VII – On Modern Prosody
We have no idea of a sound language that is both harmonious and expressive, one that communicates as much through sound as through voice. To think that we can compensate for accent by using additional accents is a mistake; we only invent accents when the original ones have already been lost[254]. Moreover, we believe our language contains accents, but in reality it does not; these so-called accents are nothing more than vowels or signs indicating pitch variations—they do not represent any actual differences in sound. The proof is that these “accents” are produced either through uneven intonation or through changes in the lips, tongue, or palate, which create the diversity of voices; they cannot be produced by changes in the larynx, which are what actually determine the variety of sounds. Thus, when our circumflex accent is not simply a vowel, it represents a long sound—or else it means nothing at all. Let us now examine what this accent was like in Greek.
Denys of Halicarnassus stated that the raising of the pitch in the acute accent and its lowering in the grave accent constituted a fifth interval; thus, the prosodic accent was also musical in nature, especially the circumflex accent, where the voice would rise by one fifth interval before descending by another on the same syllable[255]. It is clear from this passage and related discussions that M. Duclos does not acknowledge any musical accent in our language, but only prosodic and vocal accents. Additionally, there is an orthographic accent that does not alter the voice, sound, or length of a syllable; rather, it sometimes indicates a omitted letter, such as the circumflex, and at other times clarifies the ambiguous meaning of a monosyllable—for example, the so-called grave accent, which distinguishes prepositions indicating place from particles used for disjunction, and which has even been mistakenly interpreted as an article or a verb. This accent can only be distinguished visually; in actual pronunciation, there is no distinction between these monosyllables[256]. Therefore, the definition of accent commonly accepted by the French does not correspond to any of the accents actually present in their language.
I fully expect that several of their grammarians, having been informed that accents indicate the raising or lowering of the voice, will once again protest at this apparent paradox; and, due to a lack of careful experimentation, they will believe that they are producing these very same accents by altering the structure of the larynx, when in fact they are achieving them solely by changing the position of the mouth or the tongue. But here is what I have to say to them, in order to verify this experiment and provide irrefutable evidence for my claim.
Take exactly the same tone of voice as some musical instrument; and on that very tone, pronounce all the French words with the most varied accents you can gather together. Since what is at issue here is not the rhetorical accent but merely the grammatical accent, it is not even necessary for these words to have any coherent meaning. Observe, while speaking in this way, whether you do not emphasize all these accents in just as noticeable and clear a manner as if you were pronouncing them without any difficulty by varying the tone of your voice. Now, assuming this fact—which is undeniable—I say that since all your accents are expressed on the same tone, they must therefore not mark different sounds. I cannot imagine what one could possibly reply to this.
Any language in which the same words can be set to several different musical tunes does not have a fixed musical accent. If the accent were fixed, it would also affect the tune; whenever singing is arbitrary, the accent becomes meaningless.
All the modern languages of Europe are more or less in the same situation; I do not exclude even Italian from this. Neither Italian nor French is, in itself, a musical language. The difference lies merely in the fact that one is more suited to music than the other.
Confrontando l’alfabeto copto con quello siriano o fenicio, si può facilmente dedurre che uno derivi dall’altro; non sarebbe affatto sorprendente se quest’ultimo fosse il modello originale, né che il popolo più moderno in questo ambito avesse istruito quello più antico. È altresì evidente che l’alfabeto greco derivi da quello fenicio; anzi, sembra proprio che ne sia una conseguenza naturale. Che Cadmo o un altro abbia portato l’alfabeto dalla Fenicia in Grecia, appare comunque certo: i Greci non lo andarono certo a cercare loro stessi, e furono i Fenici ad averlo portato in Europa. Infatti, tra i popoli dell’Asia e dell’Africa, furono loro i primi – e quasi gli unici – a commerciare in Europa; arrivarono presso i Greci molto prima che questi andassero da loro: il che però non dimostra affatto che il popolo greco sia meno antico di quello fenicio.
Inizialmente, i Greci non adottarono soltanto i caratteri dei Feniciani, ma anche la direzione delle loro linee, da destra a sinistra. In seguito, decisero di scrivere in sillabe, cioè alternando il movimento della penna da sinistra a destra e poi da destra a sinistra[251]. Infine, iniziarono a scrivere come facciamo oggi, riprendendo sempre la direzione da sinistra a destra. Questo progresso è del tutto naturale: la scrittura in sillabe è senza dubbio la più comoda da leggere. Sono persino sorpreso che non si sia diffusa insieme alla stampa; tuttavia, essendo difficile da scrivere a mano, dovette scomparire quando i manoscritti iniziarono a moltiplicarsi.
Ma, anche se l’alfabeto greco deriva dall’alfabeto fenicio, ciò non significa necessariamente che la lingua greca derivi dalla lingua fenicia. Una di queste ipotesi non ha alcuna relazione con l’altra; sembra infatti che la lingua greca fosse già molto antica, mentre l’arte della scrittura fosse ancora recente e persino imperfetta tra i Greci. Fino all’assedio di Troia, essi disponevano soltanto di sedici lettere, se mai ne possedessero davvero. Si dice che Palamede ne abbia aggiunte altre quattro, e Simonide altre quattro ancora; tuttavia, queste informazioni sono piuttosto discutibili. Al contrario, il latino, lingua più moderna, disponeva quasi fin dalla sua nascita di un alfabeto completo; tuttavia i primi Romani lo utilizzavano molto raramente, poiché iniziarono a scrivere la loro storia soltanto in un momento molto tardo, e gli anni venivano segnati soltanto con chiodi.
Del resto, non esiste un numero assolutamente determinato di lettere o elementi costitutivi delle parole; alcune lingue ne contengono di più, altre di meno, a seconda delle caratteristiche specifiche di ciascuna e delle variazioni che vengono apportate alle vocali e alle consonanti. Coloro che ritengono esistano soltanto cinque vocali si sbagliano gravemente: i Greci ne scrivevano sette, i primi Romani sei[252]; i signori di Port-Royal ne contavano dieci, il signor Duclos diciassette; e non dubito che se l’abitudine rendesse l’orecchio più sensibile e la bocca più abile nel produrre queste variazioni, ne si potrebbero individuare ancora molte di più. In proporzione alla delicatezza dell’apparato fonatorio, le differenze tra le diverse vocali sono maggiori o minori a seconda delle caratteristiche della lingua in questione: si può notare, ad esempio, una maggiore o minore variazione tra la “a” acuta e la “o” grave, tra la “i” e la “e” aperta, ecc. Ognuno può constatarlo personalmente passando da una vocale all’altra attraverso un suono continuo e sfumato; inoltre, queste sfumature possono essere rappresentate con caratteri specifici, a seconda che l’abitudine abbia reso l’orecchio più sensibile o meno. Lo stesso vale, in misura maggiore o minore, per le lettere articolate o le consonanti. Tuttavia, la maggior parte delle nazioni non ha adottato questo approccio: hanno semplicemente preso l’alfabeto da altre lingue e lo hanno utilizzato per rappresentare suoni e articolazioni molto diverse tra loro; di conseguenza, anche se l’ortografia è precisa, si legge sempre una lingua diversa dalla propria, a meno che non si sia estremamente abituati a essa.
La scrittura, che sembrerebbe dovuta fissare il linguaggio, è in realtà ciò che lo altera; non cambia le parole, ma il loro modo di essere espressi; sostituisce l’esattezza con la formalità. Quando si parla, si esprimono i sentimenti; quando si scrive, si esprimono le idee. Nella scrittura si è costretti ad utilizzare tutti i termini nel loro significato comune; mentre chi parla varia il significato dei termini attraverso l’intonazione, determinandolo a piacimento. Essendo meno vincolati dalla necessità di essere chiari, si dà più enfasi alle parole; e non è possibile che un linguaggio scritto mantenga a lungo la vivacità di quello parlato. Si scrivono le “voci” del linguaggio, non i suoni: ma in una lingua accentuata, sono proprio i suoni, gli accenti e le inflessioni a conferire al linguaggio la sua massima forza espressiva, rendendo una frase, che altrimenti sarebbe comune, propria soltanto del luogo in cui viene pronunciata. I mezzi utilizzati per compensare questa mancanza allungano e arricchiscono il linguaggio scritto; trasferendoli dal libro al discorso, essi rendono anche la parola stessa più efficace[253]. Se si parlasse esattamente come si scriverebbe, ciò significherebbe semplicemente leggere mentre si parla.
Capitolo VII – Della prosodia moderna
Non abbiamo alcuna idea di una lingua sonora e armoniosa che parli tanto attraverso i suoni quanto attraverso le voci. Se si crede di compensare l’accento con altri accenti, ci si sbaglia; si inventano gli accenti soltanto quando questi sono già perduti[254]. C’è di più: crediamo di avere degli accenti nella nostra lingua, ma in realtà non ne abbiamo affatto; i nostri presunti accenti non sono altro che vocali o segni di quantità; essi non indicano alcuna varietà di suoni. La prova è che questi cosiddetti accenti si realizzano soltanto attraverso tempi diversi, oppure attraverso modifiche delle labbra, della lingua o del palato, che sono alla base della diversità delle voci; nessuno di essi può essere espresso modificando la glottide, che è ciò che determina effettivamente la varietà dei suoni. Quindi, quando il nostro accento circonflesso non rappresenta semplicemente una vocale, significa che si tratta di una vocale lunga, oppure niente affatto. Ora vediamo quale fosse la situazione presso i Greci.
Denys di Alicarnasso affermava che l’innalzamento del tono nell’accento acuto e il suo abbassamento nell’accento grave costituissero una “quinta”; in questo modo, anche l’accento prosodico risultava di natura musicale, soprattutto quello circonflesso, nel quale la voce, dopo essere salita di una quinta, scendeva di un’altra quinta sulla stessa sillaba[255]. Da questo passaggio e da quanto vi è correlato, si evince chiaramente che il signor Duclos non riconosce nell’idioma francese alcun accento musicale, ma soltanto l’accento prosodico e quello vocale. Vi si aggiunge inoltre un accento ortografico, che non modifica né la voce, né il suono, né la quantità fonetica delle parole; talvolta indica una lettera omessa (come nel caso del circonflesso), altre volte chiarisce il significato ambiguo di una parola monosillabica (ad esempio, l’accento cosiddetto grave che distingue “dove”, avverbio di luogo, da “ou”, particella congiuntiva; talvolta viene invece interpretato come articolo). Questo accento permette di distinguere tali parole monosillabiche soltanto a livello visivo, poiché nella pronuncia non esistono differenze evidenti[256]. Pertanto, la definizione di “accento” generalmente adottata dai francesi non corrisponde affatto a nessuno dei tipi di accento presenti nella loro lingua.
Mi aspetto che molti dei loro grammatici, avvisati del fatto che gli accenti indicano l’alzamento o l’abbassamento della voce, si ribellino ancora contro questo paradosso; inoltre, a causa di una mancanza di attenzione nell’esperimento, crederanno di poter riprodurre quegli stessi accenti modificando la glottide, quando in realtà questi vengono prodotti unicamente variando l’apertura della bocca o la posizione della lingua. Ecco ciò che ho da dire loro per confermare l’esperimento e rendere la mia dimostrazione irrefutabile.
Adottate esattamente lo stesso tono di voce di un qualche strumento musicale; e su quel tono, pronunciate immediatamente tutti i vocaboli francesi che presentino le più diverse accentuazioni possibili. Poiché qui non si tratta dell’accento oratorio, ma soltanto di quello grammaticale, non è nemmeno necessario che questi vocaboli abbiano un significato coerente. Osservate, parlando in questo modo, se non riuscite a evidenziare tutti gli accenti in modo altrettanto chiaro e netto, come se li pronunciaste senza alcuna difficoltà variando il tono della vostra voce. Ora, dato questo fatto – e tale è indiscutibilmente – dico che, poiché tutti gli accenti si esprimono sullo stesso tono, essi non indicano quindi suoni diversi. Non riesco a immaginare cosa si possa rispondere a questo.
Ogni lingua nella quale è possibile attribuire diversi intonazioni musicali alle stesse parole non possiede un accento musicale definito. Se l’accento fosse determinato, anche l’intonazione cambierebbe; poiché il canto stesso è arbitrario, l’accento diventa del tutto irrilevante.
Le lingue moderne europee si trovano tutte, più o meno, nella stessa situazione. Non ne escludo nemmeno l’italiano. L’italiano, così come il francese, non è di per sé una lingua adatta alla musica; la differenza sta semplicemente nel fatto che l’uno si presta meglio alla musica rispetto all’altro.
Tout ceci mène à la confirmation de ce principe, que, par un progrès naturel, toutes les langues lettrées doivent changer de caractère, et perdre de la force en gagnant de la clarté ; que, plus on s’attache à perfectionner la grammaire et la logique, plus on accélère ce progrès, et que, pour rendre bientôt une langue froide et monotone, il ne faut qu’établir des académies chez le peuple qui la parle.
On connaît les langues dérivées par la différence de l’orthographe à la prononciation. Plus les langues sont antiques et originales, moins il y a d’arbitraire dans la manière de les prononcer, par conséquent moins de complication de caractères pour déterminer cette prononciation. Tous les signes prosodiques des anciens, dit M. Duclos, supposé que l’emploi en fût bien fixé, ne valaient pas encore l’usage. Je dirai plus : ils y furent substitués. Les anciens Hébreux n’avaient ni points, ni accents ; ils n’avaient pas même des voyelles. Quand les autres nations ont voulu se mêler de parler hébreu, et que les Juifs ont parlé d’autres langues, la leur a perdu son accent ; il a fallu des points, des signes pour le régler ; et cela a bien plus rétabli le sens des mots que la prononciation de la langue. Les Juifs de nos jours, parlant hébreu, ne seraient plus entendus de leurs ancêtres.
Pour savoir l’anglais, il faut l’apprendre deux fois ; l’une à le lire, et l’autre à le parler. Si un Anglais lit à haute voix, et qu’un étranger jette les yeux sur le livre, l’étranger n’aperçoit aucun rapport entre ce qu’il voit et ce qu’il entend. Pourquoi cela ? parce que l’Angleterre ayant été successivement conquise par divers peuples, les mots se sont toujours écrits de même, tandis que la manière de les prononcer a souvent changé. Il y a bien de la différence entre les signes qui déterminent le sens de l’écriture et ceux qui règlent la prononciation. Il serait aisé de faire avec les seules consonnes une langue fort claire par écrit, mais qu’on ne saurait parler. L’algèbre a quelque chose de cette langue-là. Quand une langue est plus claire par son orthographe que par sa prononciation, c’est un signe qu’elle est plus écrite que parlée : telle pouvait être la langue savante des Égyptiens ; telles sont pour nous les langues mortes. Dans celles qu’on charge de consonnes inutiles, l’écriture semble même avoir précédé la parole : et qui ne croirait la polonaise dans ce cas-là ? Si cela était, le polonais devrait être la plus froide de toutes les langues.
Chapitre IX – Formation des langues méridionales.
Dans les premiers temps[257], les hommes épars sur la face de la terre n’avaient de société que celle de la famille, de lois que celles de la nature, de langue que le geste, et quelques sons inarticulés[258]. Ils n’étaient liés par aucune idée de fraternité commune ; et n’ayant aucun arbitre que la force, ils se croyaient ennemis les uns des autres. C’étaient leur faiblesse et leur ignorance qui leur donnaient cette opinion. Ne connaissant rien, ils craignaient tout ; ils attaquaient pour se défendre. Un homme abandonné seul sur la face de la terre, à la merci du genre humain, devait être un animal féroce. Il était prêt à faire aux autres tout le mal qu’il craignait d’eux. La crainte et la faiblesse sont les sources de la cruauté.
Les affections sociales ne se développent en nous qu’avec nos lumières. La pitié, bien que naturelle au cœur de l’homme, resterait éternellement inactive sans l’imagination qui la met en jeu. Comment nous laissons-nous émouvoir à la pitié ? en nous transportant hors de nous-mêmes ; en nous identifiant avec l’être souffrant. Nous ne souffrons qu’autant que nous jugeons qu’il souffre ; ce n’est pas dans nous, c*est dans lui que nous souffrons. Qu’on songe combien ce transport suppose de connaissances acquises. Comment imaginerais-je des maux dont je n’ai nulle idée ? Comment souffrirais-je en voyant souffrir un autre, si je ne sais pas même qu’il souffre, si j’ignore ce qu’il y a de commun entre lui et moi ? Celui qui n’a jamais réfléchi ne peut être ni clément, ni juste, ni pitoyable ; il ne peut pas non plus être méchant et vindicatif. Celui qui n’imagine rien ne sent que lui-même ; il est seul au milieu du genre humain.
La réflexion naît des idées comparées, et c’est la pluralité des idées qui porte à les comparer. Celui qui ne voit qu’un seul objet n’a point de comparaison à faire. Celui qui n’en voit qu’un petit nombre, et toujours les mêmes dès son enfance, ne les compare point encore, parce que l’habitude de les voir lui ôte l’attention nécessaire pour les examiner : mais à mesure qu’un objet nouveau nous frappe, nous voulons le connaître ; dans ceux qui nous sont connus nous lui cherchons des rapports. C’est ainsi que nous apprenons à considérer ce qui est sous nos yeux, et que ce qui nous est étranger nous porte à l’examen de ce qui nous touche.
Appliquez ces idées aux premiers hommes, vous verrez la raison de leur barbarie. N’ayant jamais rien vu que ce qui était autour d’eux, cela même ils ne le connaissaient pas ; ils ne se connaissaient pas eux-mêmes. Ils avaient l’idée d’un père, d’un fils, d’un frère, et non pas d’un homme. Leur cabane contenait tous leurs semblables ; un étranger, une bête, un monstre, étaient pour eux la même chose : hors eux et leur famille, l’univers entier ne leur était rien.
De là les contradictions apparentes qu’on voit entre les pères des nations : tant de naturel et tant d’inhumanité ; des mœurs si féroces et des cœurs si tendres ; tant d’amour pour leur famille et d’aversion pour leur espèce. Tous leurs sentiments, concentrés entre leurs proches, en avaient plus d’énergie. Tout ce qu’ils connaissaient leur était cher. Ennemis du reste du monde, qu’ils ne voyaient point et qu’ils ignoraient, ils ne haïssaient que ce qu’ils ne pouvaient connaître.
Ces temps de barbarie étaient le siècle d’or, non parce que les hommes étaient unis, mais parce qu’ils étaient séparés. Chacun, dit-on, s’estimait le maître de tout ; cela peut être : mais nul ne connaissait et ne désirait que ce qui était sous sa main ; ses besoins, loin de le rapprocher de ses semblables, l’en éloignaient. Les hommes, si l’on veut, s’attaquaient dans la rencontre, mais ils se rencontraient rarement. Partout régnait l’état de guerre, et toute la terre était en paix.
Les premiers hommes furent chasseurs ou bergers, et non pas laboureurs ; les premiers biens furent des troupeaux, et non pas des champs. Avant que la propriété de la terre fut partagée, nul ne pensait à la cultiver. L’agriculture est un art qui demande des instruments ; semer pour recueillir est une précaution qui demande de la prévoyance. L’homme en société cherche à s’étendre ; l’homme isolé se resserre. Hors de la portée où son œil peut voir et où son bras peut atteindre, il n’y a plus pour lui ni droit ni propriété. Quand le cyclope a roulé la pierre à l’entrée de sa caverne, ses troupeaux et lui sont en sûreté. Mais qui garderait les moissons de celui pour qui les lois ne veillent pas ?
On me dira que Caïn fut laboureur, et que Noé planta la vigne. Pourquoi non ? ils étaient seuls ; qu’avaient-ils à craindre ? D’ailleurs ceci ne fait rien contre moi ; j’ai dit ci-devant ce que j’entendais par les premiers temps. En devenant fugitif, Gain fut bien forcé d’abandonner l’agriculture ; la vie errante des descendants de Noé dut aussi la leur faire oublier. Il fallut peupler la terre avant de la cultiver : ces deux choses se font mal ensemble. Durant la première dispersion du genre humain, jusqu’à ce que la famille fût arrêtée, et que l’homme eût une habitation fixe, il n’y eut plus d’agriculture. Les peuples qui ne se fixent point ne sauraient cultiver la terre : tels furent autrefois les nomades, tels furent les Arabes vivant sous des tentes, les Scythes dans leurs chariots ; tels sont encore aujourd’hui les Tartares errants, et les sauvages de l’Amérique.
Généralement, chez tous les peuples dont l’origine nous est connue, on trouve les premiers barbares voraces et carnassiers, plutôt qu’agriculteurs et granivores. Les Grecs nomment le premier qui leur apprit à labourer la terre, et il paraît qu’ils ne connurent cet art que fort tard. Mais quand ils ajoutent qu’avant Triptolème ils ne vivaient que de gland, ils disent une chose sans vraisemblance et que leur propre histoire dément : car ils mangeaient de la chair avant Triptolème, puisqu’il leur défendit d’en manger. On ne voit pas au reste qu’ils aient tenu grand compte de cette défense.
All of this confirms the principle that, through a natural process of evolution, all written languages must change in character—losing some of their power while gaining in clarity. The more one focuses on perfecting grammar and logic, the faster this process occurs. In fact, to turn a language into something dull and monotonous, all that is needed is to establish academies among its speakers.
Derived languages are identified by the differences between their spelling and pronunciation. The more ancient and original a language is, the less arbitrary its pronunciation becomes; consequently, there are fewer linguistic elements required to determine how it should be pronounced. All the prosodic marks of ancient times, said Mr. Duclos, even if their usage was well-established, were not yet sufficient for clear communication. In fact, they were later replaced by other systems. The ancient Hebrews did not use punctuation or accents; they did not even have distinct vowels. When other peoples began to speak Hebrew, and when the Jews themselves started using other languages, Hebrew lost its original accent. Punctuation marks became necessary to clarify pronunciation—and these symbols actually helped to restore the meaning of words far more effectively than pure pronunciation alone would have done. Today’s Jews, when they speak Hebrew, would not be understood by their ancient ancestors.
To learn English, one must study it twice: once by reading it and once by speaking it. If an Englishman reads aloud and a foreigner glances at the book, the foreigner will not see any connection between what he sees and what he hears. Why is that? Because England having been conquered successively by various peoples, the words have always been written in the same way, while the way they are pronounced has often changed. There is indeed a difference between the symbols that determine the meaning of writing and those that govern pronunciation. It would be easy to create a language that is very clear when written but impossible to speak. Algebra has something of this nature. When a language is clearer in its spelling than in its pronunciation, it is a sign that it is more written than spoken—such was probably the case with the learned languages of the Egyptians; such are also our dead languages. In those languages that contain unnecessary consonants, writing seems to have preceded speech even further; and who would not believe this to be true in the case of Polish? If this were indeed the case, Polish would have to be considered the coldest of all languages.
Chapter IX – The Origin of Southern Languages.
In the early days[257], men scattered across the earth had only the family as their society, the laws of nature as their guidelines, and gestures and a few inarticulate sounds as their means of communication[258]. They were bound by no notion of common fraternity; and since they had no other authority than force, they regarded each other as enemies. It was their weakness and ignorance that led them to such beliefs. Knowing nothing, they feared everything; they attacked in order to defend themselves. A man alone on the face of the earth, at the mercy of his fellow humans, would surely be a ferocious animal—ready to inflict upon others all the harm he feared from them. Fear and weakness are the roots of cruelty.
Social affections within us can only develop through our enlightenment. Compassion, though inherent in the human heart, would remain utterly inert without the imagination that brings it to life. How do we become moved by compassion? By transporting ourselves out of ourselves and identifying with the suffering individual. We suffer only to the extent that we believe they are suffering; it is not within us, but within them that we truly feel pain. One must consider how much knowledge such empathy requires. How could I imagine evils of which I have no conception? How could I grieve at another’s suffering if I did not even know they were in pain, if I were ignorant of any connection between us? He who has never reflected cannot be kind, just, or compassionate; nor can he be cruel or vengeful. He who lacks imagination feels only himself; he is alone amidst all of humanity.
Reflection arises from the comparison of ideas, and it is the plurality of ideas that leads us to compare them. He who sees only one object has nothing to compare it with. He who sees only a few objects, and always the same ones since his childhood, does not yet compare them, because the habit of seeing them constantly deprives him of the attention necessary to examine them. But whenever a new object comes into our sight, we desire to understand it; in those that are already familiar to us, we seek to establish relationships between them. It is in this way that we learn to observe what is before our eyes, and that what is foreign to us prompts us to examine what surrounds us.
Apply these concepts to the earliest humans, and you will understand the reason for their barbarity. Having never seen anything beyond what was around them, they did not even know what they saw; they did not even know themselves. They had notions of a father, a son, a brother, but not of what it meant to be a human being. Their cabin contained all their kind; an outsider, a beast, or a monster were all the same to them: beyond themselves and their family, the entire universe meant nothing to them.
Hence the apparent contradictions one observes among the founders of nations: so much naturalness and yet so much inhumanity; such ferocious manners and yet such tender hearts; so much love for their families and yet so much aversion toward their own species. All their sentiments, concentrated on those closest to them, were thus intensified. Everything they knew was dear to them. Enemies of the rest of the world—which they neither saw nor knew about—they only hated what they could not understand.
Those times of barbarity were a golden age, not because men were united, but because they were separated. It is said that each one regarded himself as the master of everything; this may be true; but no one knew or desired anything other than what was within reach of their hands. Their needs, far from bringing them closer to their fellow humans, kept them apart. In a way, men encountered each other when they came into contact, but they rarely met. A state of war reigned everywhere, yet the entire earth was at peace.
The first men were hunters or herders, not farmers; the earliest forms of property were flocks of animals, not fields of land. Before land ownership was established, no one thought of cultivating it. Agriculture is an art that requires tools; sowing in order to harvest is a precaution that demands foresight. In society, man seeks to expand his domain; alone, he tends to contract it. Beyond the range of his sight and the reach of his arm, there is neither right nor property for him. When the Cyclops rolled the boulder at the entrance of his cave, both he and his flocks were safe. But who would guard the harvests of those for whom no laws exist to protect them?
Some may say that Cain was a farmer, and that Noah planted vines. Why not? They were alone; what had they to fear? Moreover, this does not impugn my views in any way; I have already stated what I understood by the “early times” of human history. When Cain became a fugitive, he was forced to abandon agriculture; the nomadic lifestyle of Noah’s descendants also led them to forget about farming. It was necessary to populate the earth before beginning to cultivate it—these two activities could not proceed simultaneously. During the initial dispersion of humanity, until families settled down and people acquired permanent dwellings, there was no more agriculture. Peoples who do not settle down cannot cultivate the land; such were the nomads of old, as well as the Arabs living in tents and the Scythians in their chariots; such are also today’s wandering Tartars and the savages of America.
Generally speaking, among all peoples whose origins are known to us, we find that the earliest tribes were voracious and carnivorous, rather than agricultural or herbivorous. The Greeks called the first person who taught them how to cultivate the land “Triptolème,” and it seems that they did not acquire this knowledge until a very late period. However, when they claim that before Triptolème they lived solely on acorns, they are stating something that is implausible and contradicts their own history—since they were actually eating meat before Triptolème, yet he forbade them from doing so. Moreover, it seems that they did not take his prohibition very seriously.
Tutto ciò conferma questo principio: che, attraverso un progresso naturale, tutte le lingue scritte devono cambiare carattere, perdendo in forza ma guadagnando in chiarezza; che più ci si impegna a perfezionare la grammatica e la logica, più si accelera questo processo; e che, per rendere presto una lingua fredda e monotona, basta semplicemente istituire accademie tra il popolo che la parla.
Si conoscono le lingue derivate in base alle differenze tra ortografia e pronuncia. Più una lingua è antica e originale, meno arbitraria è la modalità di pronunciarla; di conseguenza, anche i segni utilizzati per determinare tale pronuncia sono più semplici. Tutti i segni prosodici degli antichi, afferma il signor Duclos, anche se il loro uso fosse stato ben definito, non erano comunque efficaci quanto l’uso quotidiano della lingua stessa. Direi persino di più: tali segni furono sostituiti dall’uso effettivo nella comunicazione. Gli antichi Ebrei non utilizzavano né punti né accenti; in realtà, nemmeno avevano vere e proprie vocali. Quando altre nazioni iniziarono a parlare ebraico, e i Giudei presero a usare altre lingue, la loro lingua originale perse il proprio accento naturale; fu necessario introdurre punti e segni per regolarne la pronuncia. E questi mezzi, molto più di quelli legati alla sola pronuncia, hanno effettivamente permesso di ripristinare il significato delle parole. I Giudei di oggi, se parlassero ancora ebraico, probabilmente non verrebbero compresi dai loro antenati.
Per imparare l’inglese, è necessario studiarlo due volte: una volta leggendolo e un’altra volta parlandolo. Se un inglese legge ad alta voce e uno straniero guarda il libro, quest’ultimo non riesce a individuare alcuna correlazione tra ciò che vede e ciò che sente. Perché? Perché l’Inghilterra, essendo stata conquistata successivamente da diversi popoli, ha visto i suoi vocaboli essere sempre scritti allo stesso modo, mentre il modo in cui venivano pronunciati spesso cambiava. Esiste infatti una netta differenza tra i segni che determinano il significato della scrittura e quelli che regolano la pronuncia. Sarebbe facile creare una lingua molto chiara per iscritto utilizzando soltanto consonanti, ma impossibile parlarla. L’algebra presenta qualcosa di simile a questa sorta di linguaggio: quando una lingua è più chiara nella sua grafia che nella sua pronuncia, ciò indica che è più “scritta” che “parlata”. Questo poteva essere il caso della lingua erudita degli Egizi; allo stesso modo, le lingue morte sono per noi esempi di questo fenomeno. Nelle lingue in cui vengono utilizzate consonanti inutili, la scrittura sembra addirittura essersi sviluppata prima della parola. E chi non crederebbe nella polacca in questo caso? Se ciò fosse vero, la polacca dovrebbe essere considerata la lingua più “fredda” di tutte.
Capitolo IX – Formazione delle lingue meridionali.
Nei primi tempi[257], gli uomini sparsi sulla superficie della terra non avevano altra società se non quella familiare, altre leggi se non quelle della natura, un’altra lingua se non i gesti e alcuni suoni inarticolati[258]. Non erano legati da alcuna idea di fraternità comune; e poiché non avevano altro arbitro che la forza, si consideravano nemici gli uni degli altri. Era proprio la loro debolezza e ignoranza a farli sì pensare. Non conoscendo nulla, temevano tutto; attaccavano per difendersi. Un uomo abbandonato da solo sulla terra, alla mercé dell’umanità, doveva essere considerato un animale feroce. Era pronto a infliggere agli altri tutto il male che temeva di riceverne. La paura e la debolezza sono le fonti della crudeltà.
Le affezioni sociali si sviluppano in noi soltanto grazie alle nostre conoscenze. La pietà, sebbene sia naturale nel cuore dell’uomo, rimarrebbe per sempre inattiva senza l’immaginazione che la rende efficace. Come ci lasciamo commuovere dalla pietà? Trasportandoci al di fuori di noi stessi, identificandoci con l’essere che soffre. Soffriamo soltanto nella misura in cui riteniamo che qualcun altro soffra; non è in noi, ma in lui che proviamo dolore. Si pensi quante conoscenze siano necessarie per comprendere veramente il dolore altrui. Come potrei immaginare dei mali di cui non ho alcuna idea? Come potrei soffrire nel vedere qualcuno soffrire, se non so nemmeno che sta soffrendo, se ignoro ciò che abbiamo in comune? Chi non ha mai riflettuto non può essere né gentile, né giusto, né compassionevole; allo stesso modo, non può essere cattivo o vendicativo. Chi non immagina nulla percepisce soltanto se stesso; è solo al centro dell’umanità.
Il pensiero nasce dal confronto delle idee, e è proprio la pluralità delle idee a spingerci a confrontarle. Chi vede soltanto un unico oggetto non ha nulla con cui confrontarlo; chi ne vede solo un numero limitato, e sempre gli stessi fin dall’infanzia, non li confronta ancora, perché l’abitudine di vederli gli toglie l’attenzione necessaria per esaminarli. Ma non appena un nuovo oggetto ci colpisce, desideriamo conoscerlo; nei confronti di quelli che già conosciamo, cerchiamo di individuare tra loro dei rapporti. È così che impariamo a considerare ciò che abbiamo davanti agli occhi, e che ciò che ci è estraneo ci spinge ad esaminare ciò che ci riguarda.
Applicando queste idee agli uomini primordiali, si comprenderà il motivo della loro barbarie. Non avendo mai visto nulla al di fuori di ciò che avevano intorno a sé, nemmeno quello conoscevano veramente; non conoscevano nemmeno se stessi. Avevano l’idea di un padre, di un figlio, di un fratello, ma non quella di un “uomo” nel senso completo del termine. La loro capanna conteneva tutti i loro simili; uno straniero, una bestia, un mostro erano per loro la stessa cosa: al di fuori di loro e della loro famiglia, l’intero universo non significava nulla per loro.
Da qui derivano le contraddizioni apparenti che si osservano nei “padri delle nazioni”: tanto istinto naturale e tanto disumanità; costumi così feroci e cuori così teneri; tanto amore per la propria famiglia e tanto odio verso la propria specie. Tutti i loro sentimenti, concentrati sulle persone a loro care, ne acquistavano maggiore intensità. Tutto ciò che conoscevano era loro caro; nemici del resto del mondo, che non vedevano né conoscevano, odiavano soltanto ciò che non potevano comprendere.
Quei tempi di barbarie furono un secolo d’oro, non perché gli uomini fossero uniti, ma perché erano separati. Si diceva che ognuno si considerasse padrone di tutto; forse era vero. Ma nessuno conosceva e desiderava altro se non ciò che aveva a portata di mano; i suoi bisogni, invece di avvicinarlo ai suoi simili, lo allontanavano da loro. Gli uomini, in qualche modo, si scontravano quando si incontravano, ma raramente si incontravano davvero. Dappertutto regnava lo stato di guerra, e tutta la terra era in pace.
I primi uomini furono cacciatori o pastori, e non contadini; i primi beni furono gli animali domestici, e non i campi coltivabili. Prima che la proprietà della terra venisse divisa, nessuno pensava a coltivarla. L’agricoltura è un’arte che richiede strumenti; seminare per poi raccogliere è una precauzione che richiede previdenza. L’uomo in società cerca di espandersi; l’uomo isolato tende a restringersi. Al di là della portata del suo sguardo e del suo braccio, non esistono per lui né diritti né proprietà. Quando il ciclope ha rotolato la pietra all’ingresso della sua caverna, i suoi animali e lui sono al sicuro. Ma chi proteggerebbe i raccolti di colui per cui le leggi non vegliano?
Si dirà che Caino fosse un contadino e che Noè piantasse la vite. Perché no? Erano soli; di cosa avevano da temere? Inoltre, questo non mi contraddice affatto: ho già detto prima ciò che intendevo per i “primi tempi”. Diventando un fuggitivo, Caino fu costretto ad abbandonare l’agricoltura; la vita errante dei discendenti di Noè dovette anch’essi far loro dimenticare questa attività. Fu necessario popolare la terra prima di coltivarla: queste due cose non possono coesistere facilmente. Durante la prima dispersione della specie umana, fino a quando le famiglie non si stabilirono e gli uomini non ebbero dimore fisse, non esisteva più agricoltura. I popoli che non si stabiliscono non sanno come coltivare la terra: così erano un tempo i nomadi, così erano gli Arabi che vivevano sotto le tende, i Sciti nei loro carri; così sono ancora oggi i Tartari erranti e i selvaggi dell’America.
In generale, in tutti i popoli il cui originario si conosce, si trovano individui primitivi voraci e carnivori, piuttosto che agricoltori o onnivori. I Greci chiamarono “Trittolemo” colui che insegnò loro ad arare la terra; sembra che conoscessero questa tecnica soltanto molto tardi. Tuttavia, quando affermano che prima di Trittolemo vivessero esclusivamente di ghiande, dicono qualcosa di improbabile e che contraddice le loro stesse storie: infatti, mangiavano carne già prima di lui, visto che egli stesso loro ne proibì il consumo. Inoltre, non sembra che abbiano dato molta importanza a tale divieto.
Dans les festins d’Homère on tue un bœuf pour régaler ses hôtes, comme on tuerait de nos jours un cochon de lait. En lisant qu’Abraham servit un veau à trois personnes, qu’Eumée fit rôtir deux chevreaux pour le dîner d’Ulysse, et qu’autant en fit Rebecca pour celui de son mari, on peut juger quels terribles dévoreurs de viande étaient les hommes de ces temps-là. Pour concevoir les repas des anciens, on n’a qu’à voir aujourd’hui ceux des sauvages : j’ai failli dire ceux des Anglais.
Le premier gâteau qui fut mangé fut la communion du genre humain. Quand les hommes commencèrent à se fixer, ils défrichaient quelque peu de terre autour de leur cabane ; c’était un jardin plutôt qu’un champ. Le peu de grain qu’on recueillait se broyait entre deux pierres ; on en faisait quelques gâteaux qu’on cuisait sous la cendre, ou sur la braise, ou sur une pierre ardente, dont on ne mangeait que dans les festins. Cet antique usage, qui fut consacré chez les Juifs par la pâque, se conserve encore aujourd’hui dans la Perse et dans les Indes. On n’y mange que des pains sans levain, et ces pains en feuilles minces se cuisent et se consomment à chaque repas. On ne s’est avisé de faire fermenter le pain que quand il en a fallu davantage : car la fermentation se fait mal sur une petite quantité.
Je sais qu’on trouve déjà l’agriculture en grand dès le temps des patriarches. Le voisinage de l’Égypte avait dû la porter de bonne heure en Palestine. Le livre de Job, le plus ancien peut-être de tous les livres qui existent, parle de la culture des champs ; il compte cinq cents paires de bœufs parmi les richesses de Job : ce mot de paires montre ces bœufs accouplés pour le travail. Il est dit positivement que ces bœufs labouraient quand les Sabéens les enlevèrent, et l’on peut juger quelle étendue de pays devaient labourer cinq cents paires de bœufs.
Tout cela est vrai ; mais ne confondons point les temps. L’âge patriarcal que nous connaissons est bien loin du premier âge. L’Écriture compte dix générations de l’un à l’autre dans ces siècles où les hommes vivaient longtemps. Qu’ont-ils fait durant ces dix générations ? nous n’en savons rien. Vivant épars et presque sans société, à peine parlaient-ils : comment pouvaient-ils écrire ? et, dans l’uniformité de leur vie isolée, quels événements nous auraient-ils transmis ?
Adam parlait, Noé parlait ; soit : Adam avait été instruit par Dieu même. En se divisant, les enfants de Noé abandonnèrent l’agriculture, et la langue commune périt avec la première société. Cela serait arrivé quand il n’y aurait jamais eu de tour de Babel. On a vu dans des îles désertes des solitaires oublier leur propre langue. Rarement, après plusieurs générations, des hommes hors de leurs pays conservent leur premier langage, même ayant des travaux communs et vivant entre eux en société.
Épars dans ce vaste désert du monde, les hommes retombèrent dans la stupide barbarie où ils se seraient trouvés s’ils étaient nés de la terre. En suivant ces idées si naturelles, il est aisé de concilier l’autorité de l’Écriture avec les monuments antiques, et l’on n’est pas réduit à traiter de fables des traditions aussi anciennes que les peuples qui nous les ont transmises.
Dans cet état d’abrutissement il fallait vivre. Les plus actifs, les plus robustes, ceux qui allaient toujours en avant, ne pouvaient vivre que de fruits et de chasse : ils devinrent donc chasseurs, violents, sanguinaires ; puis, avec le temps, guerriers, conquérants, usurpateurs. L’histoire a souillé ses monuments des crimes de ces premiers rois ; la guerre et les conquêtes ne sont que des chasses d’hommes. Après les avoir conquis, il ne leur manquait que de les dévorer : c’est ce que leurs successeurs ont appris à faire.
Le plus grand nombre, moins actif et plus paisible, s’arrêta le plus tôt qu’il put, assembla du bétail, l’apprivoisa, le rendit docile à la voix de l’homme ; pour s’en nourrir, apprit à le garder, à le multiplier ; et ainsi commença la vie pastorale.
L’industrie humaine s’étend avec les besoins qui la font naître. Des trois manières de vivre possibles à l’homme, savoir la chasse, le soin des troupeaux, et l’agriculture, la première exerce le corps à la force, à l’adresse, à la course ; l’âme, au courage, à la ruse : elle endurcit l’homme et le rend féroce. Le pays des chasseurs n’est pas longtemps celui de la chasse[259]. Il faut poursuivre au loin le gibier ; de là l’équitation. Il faut atteindre le même gibier qui fuit ; de là les armes légères, la fronde, la flèche, le javelot. L’art pastoral, père du repos et des passions oiseuses, est celui qui se suffit le plus à lui-même. Il fournit à l’homme, presque sans peine, la vie et le vêtement ; il lui fournit même sa demeure. Les tentes des premiers bergers étaient faites de peaux de bêtes : le toit de l’arche et du tabernacle de Moïse n’était pas d’une autre étoffe. À l’égard de l’agriculture, plus lente à naître, elle tient à tous les arts ; elle amène la propriété, le gouvernement, les lois, et par degré, la misère et les crimes, inséparables pour notre espèce de la science du bien et du mal. Aussi les Grecs ne regardaient-ils pas seulement Triptolème comme l’inventeur d’un art utile, mais comme un instituteur et un sage, duquel ils tenaient leur première discipline et leurs premières lois. Au contraire, Moïse semble porter un jugement d’improbation sur l’agriculture, en lui donnant un méchant pour inventeur, et faisant rejeter de Dieu ses offrandes. On dirait que le premier laboureur annonçait dans son caractère les mauvais effets de son art. L’auteur de la Genèse avait vu plus loin qu’Hérodote.
À la division précédente se rapportent les trois états de l’homme considéré par rapport à la société. Le sauvage est chasseur, le barbare est berger, l’homme civil est laboureur.
Soit donc qu’on recherche l’origine des arts, soit qu’on observe les premières mœurs, on voit que tout se rapporte dans son principe aux moyens de pourvoir à la subsistance ; et quant à ceux de ces moyens qui rassemblent les hommes, ils sont déterminés par le climat et par la nature du sol. C’est donc aussi par les mêmes causes qu’il faut expliquer la diversité des langues et l’opposition de leurs caractères.
Les climats doux, les pays gras et fertiles, ont été les premiers peuplés et les derniers où les nations se sont formées, parce que les hommes s’y pouvaient passer plus aisément les uns des autres, et que les besoins qui font naître la société s’y sont fait sentir plus tard.
[Arv. ed]
Supposez un printemps perpétuel sur la terre ; supposez partout de l’eau, du bétail, des pâturages ; supposez les hommes, sortant des mains de la nature, une fois dispersés parmi tout cela, je n’imagine pas comment ils auraient jamais renoncé à leur liberté primitive, et quitté la vie isolée et pastorale, si convenable à leur indolence naturelle[260], pour s’imposer sans nécessité l’esclavage, les travaux, les misères inséparables de l’état social.
Celui qui voulut que l’homme fût sociable toucha du doigt l’axe du globe et l’inclina sur l’axe de l’univers. À ce léger mouvement, je vois changer la face de la terre et décider la vocation du genre humain : j’entends au loin les cris de joie d’une multitude insensée ; je vois édifier les palais et les villes ; je vois naître les arts, les lois, le commerce ; je vois les peuples se former, s’étendre, se dissoudre, se succéder comme les flots de la mer ; je vois les hommes, rassemblés sur quelques points de leur demeure pour s’y dévorer mutuellement, faire un affreux désert du reste du monde, digne monument de l’union sociale et de l’utilité des arts.
La terre nourrit les hommes ; mais quand les premiers besoins les ont dispersés, d’autres besoins les rassemblent, et c’est alors seulement qu’ils parlent et qu’ils font parler d’eux. Pour ne pas me trouver en contradiction avec moi-même, il faut me laisser le temps de m’expliquer.
Si l’on cherche en quels lieux sont nés les pères du genre humain, d’où sortirent les premières colonies, d’où vinrent les premières émigrations, vous ne nommerez pas les heureux climats de l’Asie-Mineure, ni de la Sicile, ni de l’Afrique, pas même de l’Égypte : vous nommerez les sables de la Chaldée, les rochers de la Phénicie. Vous trouverez la même chose dans tous les temps. La Chine a beau se peupler de Chinois, elle se peuple aussi de Tartares : les Scythes ont inondé l’Europe et l’Asie ; les montagnes de Suisse versent actuellement dans nos régions fertiles une colonie perpétuelle qui promet de ne point tarir.
At Homer’s feasts, a bull was slaughtered to entertain the guests, just as we would slaughter a suckling pig today. When we read that Abraham served a calf for three people, that Eumae roasted two lambs for Ulisses’ dinner, and that Rebecca did the same for her husband’s meal, we can imagine what terrible meat-eaters these ancient people must have been. To understand the meals of the ancients, one only needs to look at the diets of savages today—yes, I almost said “the English.”
The first cake that was eaten was the symbol of human communion. When people began to settle down, they would clear a small area of land around their shelters; it was more like a garden than a field. The little amount of grain that was harvested was ground between two stones; from this flour, they made cakes which were cooked under ashes, over embers, or on hot stones—cakes that were only eaten during festivals. This ancient custom, which was established among the Jews through the Passover ritual, is still practiced today in Persia and India. There, people only eat unleavened breads; these thin, leaf-like breads are prepared and consumed with every meal. It was not until a greater demand for such bread arose that people began to use fermentation techniques—because fermentation does not work well on small quantities of dough.
I know that agriculture had already become widespread since the times of the patriarchs. The proximity to Egypt must have helped it spread to Palestine quite early on. The Book of Job, perhaps the oldest of all existing books, mentions field cultivation; it lists five hundred pairs of oxen among Job’s possessions—this mention of “pairs” indicates that these oxen were used in plowing together. It is explicitly stated that these oxen were still plowing the land when the Sabaeans took them away, and one can thus estimate the extent of territory that must have been cultivated by those five hundred pairs of oxen.
All of this is true; but let us not confuse the different periods of time. The patriarchal age that we know today is far removed from that first age. The Scriptures mention ten generations in those centuries when people lived long lives. What did they do during those ten generations? We have no idea. Living in isolation and with almost no form of society, they hardly spoke; how could they have written anything? And, in the uniformity of their isolated lives, what events could they have transmitted to us?
Adam spoke; Noah spoke too; in other words, Adam had been instructed by God himself. When Noah’s descendants divided up, they abandoned agriculture, and the common language vanished along with the first human society. This would have happened if there had never been any Tower of Babel. In remote islands, it has been observed that solitary individuals sometimes forget their own language. Rarely, after several generations, do people living outside their homeland still retain their original language, even when they engage in common activities and live together in societies.
Scattered throughout this vast desert of the world, men fell back into that stupid barbarity from which they would have emerged had they been born from the earth itself. By embracing these ideas, which are so inherent to human nature, it is easy to reconcile the authority of Scripture with ancient monuments; one is thus spared the need to dismiss as fables traditions that are as old as the peoples who passed them down to us.
In such a state of degeneration, one had to survive. The most active, the strongest, those who always moved forward, could only live on fruits and by hunting; thus they became hunters—violent, bloodthirsty. Over time, they turned into warriors, conquerors, usurpers. History has stained its monuments with the crimes of these early kings; war and conquest are nothing but hunts for human beings. After conquering them, all that was left was to devour them—and that is what their successors learned to do.
The larger group, being less active and more peaceful in nature, stopped as soon as possible. They gathered livestock, tamed them, and made them obedient to the human voice; in order to feed on them, they learned how to protect and breed them. And thus began pastoral life.
Human industry expands in proportion to the needs that give it birth. Among the three ways of life possible for humans—hunting, herding livestock, and agriculture—the first one exercises the body through strength, agility, and speed; it also tests the soul through courage and cunning, making the human both tough and ferocious. The land devoted to hunting cannot sustain its inhabitants for long; hunters must pursue their prey over long distances, which gave rise to the art of horsemanship. To catch fast-moving game, light weapons such as slingshots, arrows, and javelins were developed. Pastoralism, the father of leisure and idle pursuits, is the most self-sufficient of these ways of life. It provides humans with food and clothing with little effort, and even offers them shelter. The tents of early herders were made of animal skins; the roof of the Ark and the Tabernacle built by Moses was no different in material. As for agriculture, which took longer to emerge, it is connected to all other arts. It gave rise to property rights, government, and laws—but it also gradually led to poverty and crime, things inseparable from our species’ understanding of good and evil. Therefore, the Greeks did not regard Triptolème merely as the inventor of a useful art but also as a teacher and sage from whom they derived their first principles and laws. On the contrary, Moses seems to have held agriculture in low regard, giving it a disreputable origin and rejecting God’s offerings associated with it. It is almost as if the first farmer’s very nature foreshadowed the negative consequences of his craft. The author of the Genesis had seen further than Herodotus.
The previous section relates to the three states of man considered in relation to society. The savage is a hunter; the barbarian is a herder; the civilized man is a farmer.
Whether one seeks the origins of the arts or observes the earliest customs, it becomes clear that everything, in its fundamental principles, is related to the means necessary for ensuring survival; and as for those means that bring people together, they are determined by the climate and the nature of the soil. It is therefore for the same reasons that one must explain the diversity of languages and the contrasts in their characteristics.
Mild climates, rich and fertile lands were the first to be inhabited and the last where nations came into being, because in such places people could rely on one another more easily, and it was only later that the needs that give rise to society began to emerge.
[Arv. ed]
Imagine a perpetual spring upon the earth; imagine water, livestock, and pasture everywhere; imagine humans, having emerged from the hands of nature, scattered throughout this environment. I cannot conceive how they could ever have renounced their primitive freedom and abandoned the isolated, pastoral life so suited to their natural laziness[260], in order to voluntarily subject themselves to slavery, labor, and the miseries inherent to social existence.
He who desired that man should be social touched the axis of the globe with his finger and tilted it on the axis of the universe. With this slight movement, I see the face of the earth change and the destiny of mankind be determined: in the distance, I hear the joyful cries of a multitude; I see palaces and cities being built; I see arts, laws, and commerce emerging; I see peoples forming, expanding, dissolving, and succeeding one another, just like the waves of the sea. I see men, gathered in a few small areas of their homeland to devour each other there, turning the rest of the world into a terrible desert—a fitting monument to the destructiveness of social unity and the harm caused by art.
The earth nourishes humans; but when their basic needs drive them apart, other needs bring them together, and it is then that they begin to speak—and to make themselves heard. To avoid contradicting myself, I must be given time to explain myself.
If one were to seek out the places where the fathers of the human race originated, where the first colonies emerged, where the first migrations began, one would not mention the pleasant climates of Asia Minor, Sicily, or Africa—not even Egypt. Instead, one would refer to the sands of Chaldea, the rocks of Phoenicia. The same pattern can be observed throughout history. Even as China continues to be populated by Chinese, it is also inhabited by Tartars; the Scythians once flooded Europe and Asia; and today, the mountains of Switzerland continue to pour a perpetual stream of settlers into our fertile regions, a flow that shows no sign of drying up.
Nei banchetti di Omero si uccideva un bue per intrattenere gli ospiti, proprio come oggi si ucciderebbe un maialino. Leggendo che Abramo servì un vitello a tre persone, che Eumede arrostì due agnelli per la cena di Odisseo, e che Rebecca ne preparò altrettanti per quella di suo marito, si può immaginare quanto fossero voraci gli uomini di quei tempi. Per comprendere i pasti degli antichi, basta osservare quelli dei selvaggi, o meglio, direi, quelli degli inglesi di oggi.
Il primo pane che fu consumato rappresentava in realtà il simbolo della comunione del genere umano. Quando gli uomini iniziarono ad insediarsi, disboscavano una piccola area intorno alle loro capanne; quei terreni assomigliavano più a giardini che a campi coltivabili. La scarsa quantità di grano raccolto veniva macinata tra due pietre e utilizzata per preparare alcuni panini, che venivano cotti sotto la cenere, sul fuoco o su pietre arroventate; tali panini venivano consumati soltanto durante le feste. Questa antica usanza, consacrata tra i Giudei durante la Pasqua, si conserva ancora oggi in Persia e nelle Indie. Lì si mangiano solo pani senza lievito; questi pani, formati da strati sottili di pasta, vengono cotti e consumati a ogni pasto. Solo quando ne fu necessaria una maggiore quantità si iniziò a pensare di farli fermentare: infatti, la fermentazione avviene con difficoltà su piccole dosi di materia prima.
So che l’agricoltura era già molto diffusa fin dai tempi dei patriarchi; la vicinanza con l’Egitto deve averne favorito lo sviluppo in Palestina fin da un’epoca remota. Il libro di Giobbe, forse il più antico tra tutti i libri esistenti, parla della coltivazione dei campi; menziona addirittura cinquecento coppie di buoi tra le ricchezze di Giobbe: questo termine indica chiaramente che questi buoi erano utilizzati per il lavoro agricolo. Si dice esplicitamente che questi buoi aravano i campi quando i Sabei li portarono via, e si può facilmente immaginare quale estensione di territorio fosse necessaria per far lavorare cinquecento coppie di buoi.
Tutto ciò è vero; ma non confondiamo i tempi. L’epoca patriarcale che conosciamo è ben lontana dall’era primordiale. La Scrittura menziona dieci generazioni in quei secoli in cui gli uomini vivevano a lungo. Cosa hanno fatto durante queste dieci generazioni? Non lo sappiamo. Vivendo isolati e quasi senza società, parlavano appena: come avrebbero potuto scrivere? E, nella monotonia delle loro vite solitarie, quali eventi ci avrebbero potuto tramandare?
Adamo parlava, Noè parlava; in altre parole: Adamo era stato istruito direttamente da Dio. Divisi in gruppi, i discendenti di Noè abbandonarono l’agricoltura, e la lingua comune scomparve insieme alla prima società umana. Ciò sarebbe accaduto se mai non fosse esistita la Torre di Babel. Si è visto, in isole deserte, che degli isolani dimenticavano la propria lingua originale. Raramente, dopo diverse generazioni, alcune persone che vivevano lontano dalle loro patrie conservavano ancora la propria lingua madre, anche se svolgevano attività comuni e vivevano insieme in società.
Dispersi in questo vasto deserto del mondo, gli uomini tornarono alla stupida barbarie nella quale sarebbero finiti se fossero nati dalla terra stessa. Seguendo queste idee così naturali, è facile conciliare l’autorità delle Scritture con i monumenti antichi; non si è quindi costretti a considerare favole le tradizioni così antiche da essere state tramandate dai popoli che ci hanno preceduto.
In quello stato di ignoranza e brutalità, bisognava pur vivere. I più attivi, i più forti, coloro che erano sempre in movimento verso il futuro, potevano sopravvivere solo grazie a frutti e caccia; così divennero cacciatori, violenti, sanguinari. E con il tempo, guerrieri, conquistatori, usurpatori. La storia ha macchiato i suoi monumenti dei crimini di questi primi re; la guerra e le conquiste non sono altro che caccie all’uomo. Dopo averli conquistati, a loro mancava soltanto il modo per “digerirli”: fu ciò che i loro successori impararono a fare.
La maggior parte delle persone, meno attive e più pacifiche, si fermava il prima possibile; raccoglieva il bestiame, lo addomesticava, lo rendeva docile alla voce dell’uomo; per nutrirsi, imparò a custodirlo e a moltiplicarlo; ed è così che iniziò la vita pastorale.
L’industria umana si diffonde insieme ai bisogni che ne sono alla base della sua nascita. Tra le tre modalità di vita possibili per l’uomo – la caccia, la cura del bestiame e l’agricoltura – la prima esercita il corpo sulla forza, sull’agilità e sulla velocità; l’anima, sul coraggio e sull’astuzia: rende l’uomo più robusto e spietato. Il paese dei cacciatori non può essere per lungo tempo un luogo dedicato esclusivamente alla caccia: è necessario inseguire la preda a grandi distanze, da qui nasce l’uso della cavalleria; inoltre, per raggiungere una preda che fugge, si sviluppano armi leggere come la fionda, le frecce e i giavellotti. L’arte pastorale, fonte di riposo e di attività tranquille, è quella che si autosuffice maggiormente: fornisce all’uomo, quasi senza sforzo, il cibo e i vestiti; in alcuni casi, gli offre persino un rifugio. Le tende dei primi pastori erano fatte di pelli di animali; il tetto dell’arca e del tabernacolo di Mosè non era fatto di materiale diverso. Per quanto riguarda l’agricoltura, che è nata più tardi, essa è legata a tutte le altre arti: porta con sé la proprietà privata, il governo, le leggi, ma anche la povertà e i crimini, inseparabili per la nostra specie dalla conoscenza del bene e del male. Per questo motivo i Greci consideravano Triptolemo non solo l’inventore di un’arte utile, ma anche un educatore e un saggio da cui derivavano le loro prime norme e leggi. Al contrario, Mosè sembra esprimere disapprovazione per l’agricoltura, indicandone come inventore una persona negativa e facendo respingere dalle divinità i suoi sacrifici. Si potrebbe dire che il primo contadino annunciasse già nei propri tratti caratteriali gli effetti negativi della sua attività. L’autore del Genesi aveva visto più lontano di Erodoto.
Alla suddivisione precedente si riferiscono i tre stati dell’uomo considerati in relazione alla società: il selvaggio è cacciatore, il barbaro è pastore, l’uomo civile è contadino.
Che si cerchi allora l’origine delle arti o che si osservino le prime usanze umane, si constata che tutto, nel suo principio, è legato ai mezzi necessari per garantire la sopravvivenza; e quei mezzi che riuniscono gli uomini sono determinati dal clima e dalla natura del suolo. È quindi per le stesse cause che bisogna spiegare la diversità delle lingue e le differenze tra i loro caratteri.
I climi dolci, i paesi ricchi e fertili sono stati i primi ad essere popolati e gli ultimi in cui si sono formate le nazioni, perché in tali luoghi gli esseri umani riuscivano a convivere più facilmente tra loro, e i bisogni che danno origine alla società vi si sono fatti sentire più tardi.
[Edizione Arv.]
Supponete che sulla terra regni un’eterna primavera; supponete che ovunque ci sia acqua, bestiame e pascoli; supponete che gli uomini, sortiti dalle mani della natura e dispersi in tutto questo ambiente, non riescano mai a rinunciare alla loro libertà primitiva, né a lasciare quella vita isolata e pastorale così adatta alla loro indolenza naturale[260], per imporsi senza necessità schiavitù, lavori e miserie inseparabili dello stato sociale.
Colui che volle che l’uomo fosse socievole toccò con il dito l’asse della terra e la inclinò sull’asse dell’universo. Con quel lieve movimento, vedo cambiare il volto della terra e determinarsi la sorte dell’umanità: sento in lontananza le grida di gioia di una moltitudine inebriata; vedo costruire palazzi e città; vedo nascere le arti, le leggi, il commercio; vedo i popoli formarsi, espandersi, dissolversi, succedersi l’uno all’altro come le onde del mare; vedo gli uomini, radunati in pochi luoghi della loro dimora per divorarsi a vicenda, trasformare il resto del mondo in un orribile deserto, degno monumento dell’unione sociale e dell’utilità delle arti.
La terra nutre gli uomini; ma quando i primi bisogni li hanno dispersi, altri bisogni li riuniscono, e è solo allora che parlano e fanno parlare di sé. Per non trovarmi in contraddizione con me stesso, devo lasciarmi il tempo di spiegarmi.
Se si cerca di individuare i luoghi in cui sono nati gli antenati dell’umanità, da dove sono provenute le prime colonie, da dove sono partite le prime migrazioni, non si faranno certo riferimento ai felici climi dell’Asia Minore, della Sicilia o dell’Africa, né tantomeno dell’Egitto: si menzioneranno piuttosto i deserti della Caldea, le rocce della Fenicia. Si scoprirà che la stessa cosa è accaduta in tutti i tempi. Anche se la Cina si popola di cinesi, vi si insediano anche tartari; gli Sciti hanno invaso l’Europa e l’Asia; le montagne della Svizzera versano attualmente nelle nostre regioni fertili una colonia permanente che sembra destinata a non esaurirsi mai.
Il est naturel, dit-on, que les habitants d’un pays ingrat le quittent pour en occuper un meilleur. Fort bien ; mais pourquoi ce meilleur pays, au lieu de fourmiller de ses propres habitants, fait-il place à d’autres ? Pour sortir d’un pays ingrat il y faut être : pourquoi donc tant d’hommes y naissent-ils par préférence ? On croirait que les pays ingrats ne devraient se peupler que de l’excédent des pays fertiles, et nous voyons que c’est le contraire. La plupart des peuples latins se disaient aborigènes[261], tandis que la grande Grèce, beaucoup plus fertile, n’était peuplée que d’étrangers : tous les peuples grecs avouaient tirer leur origine de diverses colonies, hors celui dont le sol était le plus mauvais, savoir, le peuple attique, lequel se disait autochtone ou né de lui-même. Enfin, sans percer la nuit des temps, les siècles modernes offrent une observation décisive ; car quel climat au monde est plus triste que celui qu’on nomma la fabrique du genre humain ?
Les associations d’hommes sont en grande partie l’ouvrage des accidents de la nature : les déluges particuliers, les mers extravasées, les éruptions des volcans, les grands tremblements de terre, les incendies allumés par la foudre et qui détruisaient les forêts, tout ce qui dut effrayer et disperser les sauvages habitants d’un pays, dut ensuite les rassembler pour réparer en commun les pertes communes : les traditions des malheurs de la terre, si fréquents dans les anciens temps, montrent de quels instruments se servit la Providence pour forcer les humains à se rapprocher. Depuis que les sociétés sont établies, ces grands accidents ont cessé et sont devenus plus rares : il semble que cela doit encore être ; les mêmes malheurs qui rassemblèrent les hommes épars disperseraient ceux qui sont réunis.
Les révolutions des saisons sont une autre cause plus générale et plus permanente, qui dut produire le même effet dans les climats exposés à cette variété. Forcés de s’approvisionner pour l’hiver, voilà les habitants dans le cas de s’entraider, les voilà contraints d’établir entre eux quelque sorte de convention. Quand les courses deviennent impossibles, et que la rigueur du froid les arrête, l’ennui les lie autant que le besoin : les Lapons, ensevelis dans leurs glaces, les Esquimaux, le plus sauvage de tous les peuples, se rassemblent l’hiver dans leurs cavernes, et l’été ne se connaissent plus. Augmentez d’un degré leur développement et leurs lumières, les voilà réunis pour toujours.
L’estomac ni les intestins de l’homme ne sont pas faits pour digérer la chair crue : en général son goût ne la supporte pas. À l’exception peut-être des seuls Esquimaux dont je viens de parler, les sauvages mêmes grillent leurs, viandes. À l’usage du feu, nécessaire pour les cuire, se joint le plaisir qu’il donne à la vue, et sa chaleur agréable au corps : l’aspect de la flamme, qui fait fuir les animaux, attire l’homme[262]. On se rassemble autour d’un foyer commun, on y fait des festins, on y danse : les doux liens de l’habitude y rapprochent insensiblement l’homme de ses semblables, et sur ce foyer rustique brûle le feu sacré qui porte au fond des cœurs le premier sentiment de l’humanité.
Dans les pays chauds, les sources et les rivières, inégalement dispersées, sont d’autres points de réunion d’autant plus nécessaires que les hommes peuvent moins se passer d’eau que de feu : les barbares surtout, qui vivent de leurs troupeaux, ont besoin d’abreuvoirs communs, et l’histoire des plus anciens temps nous apprend qu’en effet c’est là que commencèrent et leurs traités et leurs querelles[263]. La facilité des eaux peut retarder la société des habitants dans les lieux bien arrosés. Au contraire, dans les lieux arides il fallut concourir à creuser des puits, à tirer des canaux pour abreuver le bétail : on y voit des hommes associés de temps presque immémorial, car il fallait que le pays restât désert ou que le travail humain le rendit habitable. Mais le penchant que nous avons à tout rapporter à nos usages rend sur ceci quelques réflexions nécessaires.
Le premier état de la terre différait beaucoup de celui où elle est aujourd’hui, qu’on la voit parée ou défigurée par la main des hommes. Le chaos, que les poètes ont feint dans les éléments, régnait dans ses productions. Dans ces temps reculés, où les révolutions étaient fréquentes, où mille accidents changeaient la nature du sol et les aspects du terrain, tout croissait confusément, arbres, légumes, arbrisseaux, herbages : nulle espèce n’avait le temps de s’emparer du terrain qui lui convenait le mieux et d’y étouffer les autres ; elles se séparaient lentement peu à peu, et puis un bouleversement survenait qui confondait tout.
Il y a un tel rapport entre les besoins de l’homme et les productions de la terre, qu’il suffit qu’elle soit peuplée, et tout subsiste : mais avant que les hommes réunis missent par leurs travaux communs une balance entre ses productions, il fallait, pour qu’elles subsistassent toutes, que la nature se chargeât seule de l’équilibre que la main des hommes conserve aujourd’hui ; elle maintenait ou rétablissait cet équilibre par des révolutions, comme ils le maintiennent ou rétablissent par leur inconstance. La guerre, qui ne régnait pas encore entre eux, semblait régner entre les éléments : les hommes ne brûlaient point de villes, ne creusaient point de mines, n’abattaient point d’arbres ; mais la nature allumait des volcans, excitait des tremblements de terre, le feu du ciel consumait des forêts. Un coup de foudre, un déluge, une exhalaison, faisaient alors en peu d’heures ce que cent mille bras d’hommes font aujourd’hui dans un siècle. Sans cela je ne vois pas comment le système eût pu subsister, et l’équilibre se maintenir. Dans les deux règnes organisés, les grandes espèces eussent, à la longue, absorbé les petites[264] : toute la terre n’eût bientôt été couverte que d’arbres et de bêtes féroces ; à la fin tout eût péri.
Les eaux auraient perdu peu à peu la circulation qui vivifie la terre. Les montagnes se dégradent et s’abaissent, les fleuves charrient, la mer se comble et s’étend, tout tend insensiblement au niveau : la main des hommes retient cette pente et retarde ce progrès ; sans eux il serait plus rapide, et la terre serait peut-être déjà sous les eaux. Avant le travail humain, les sources, mal distribuées, se répandaient plus inégalement, fertilisaient moins la terre, en abreuvaient plus difficilement les habitants. Les rivières étaient souvent inaccessibles, leurs bords escarpés ou marécageux : l’art humain ne les retenant point dans leurs lits, elles en sortaient fréquemment, s’extravasaient à droite ou à gauche, changeaient leurs directions et leurs cours, se partageaient en diverses branches ; tantôt on les trouvait à sec, tantôt des sables mouvants en défendaient l’approche ; elles étaient comme n’existant pas, et l’on mourait de soif au milieu des eaux.
Combien de pays arides ne sont habitables que par les saignées et par les canaux que les hommes ont tirés des fleuves ! La Perse presque entière ne subsiste que par cet artifice. La Chine fourmille de peuple à l’aide de ses nombreux canaux ; sans ceux des Pays-Bas, ils seraient inondés par les fleuves, comme ils le seraient parla mer sans leurs digues. L’Égypte, le plus fertile pays de la terre, n’est habitable que parle travail humain : dans les grandes plaines dépourvues de rivières et dont le sol n’a pas assez de pente, on n’a d’autre ressource que les puits. Si donc les premiers peuples dont il soit fait mention dans l’histoire n’habitaient pas dans les pays gras ou sur de faciles rivages, ce n’est pas que ces climats heureux fussent déserts, mais c’est que leurs nombreux habitants, pouvant se passer les uns des autres, vécurent plus longtemps isolés dans leurs familles et sans communication ; mais dans les lieux arides où l’on ne pouvait avoir de l’eau que par des puits, il fallut bien se réunir pour les creuser, ou du moins s’accorder pour leur usage. Telle dut être l’origine des sociétés et des langues dans les pays chauds.
It is said to be natural for the inhabitants of a thankless country to leave it in order to settle in one that is better. Well and good; but why does this “better” country, instead of being filled with its own people, give way to others? If one wants to escape from a thankless country, one must surely have been born there in the first place—so why do so many people prefer to be born there? One might think that thankless countries should only be populated by those who come from fertile regions; yet the opposite is true. Most of the Latin peoples claimed to be indigenous[261], while Greece, which was far more fertile, was inhabited mainly by foreigners. All Greek peoples acknowledged that their origins lay in various colonies—except for the Athenians, whose land was considered the worst, and who claimed to be autochthonous or born of their own soil. Finally, without delving into the depths of ancient times, modern centuries provide a decisive illustration: for what climate in the world is more desolate than that which was once called the “factory where humanity was produced”?
Human societies are, to a large extent, the result of natural disasters: severe floods, overflowing seas, volcanic eruptions, major earthquakes, fires ignited by lightning that destroy forests—everything that could have frightened and scattered the wild inhabitants of a region would later have brought them together to jointly repair their common losses. The traditions relating to these frequent misfortunes in ancient times demonstrate the means by which Providence compelled humans to come together. Since societies have been established, such catastrophic events have diminished in frequency; it seems that this trend will continue. Indeed, the very same disasters that once united scattered peoples might now cause those who are already gathered to separate again.
The changes of the seasons represent another, more general and permanent cause that must have produced the same effect in climates subjected to such variations. Forced to prepare for winter, people are compelled to help one another and thus obliged to establish some form of cooperation. When hunting becomes impossible and the severity of the cold stops all activity, boredom, just as much as necessity, brings them together: the Lapps, buried in their ice, and the Eskimos, the most savage of all peoples, gather in their caves during winter, and summer seems to cease to exist for them. Improve their level of development and knowledge by even a single degree, and they will be united forever.
Neither the human stomach nor intestines are designed to digest raw meat; generally speaking, the taste itself rejects it. Perhaps with the exception of the Eskimos about whom I have just spoken, even savages roast their meat. The use of fire, necessary for cooking, is accompanied by the pleasure it brings to the sight and the comforting warmth it provides to the body: the sight of flames, which drive animals away, attracts humans[262]. People gather around a common hearth, where they hold feasts and dance; the gentle bonds formed through habit gradually bring humans closer to one another. And over this simple hearth burns the sacred fire that kindles in our hearts the first sentiments of humanity.
In hot countries, springs and rivers, which are unevenly distributed, become even more essential points of gathering, especially since humans cannot do without water as much as they need fire. This is particularly true for barbarians who rely on their herds; they require common watering places, and history tells us that it was precisely there that their treaties and disputes began[263]. In areas with abundant water, the development of human societies may be delayed. Conversely, in arid regions, people had to work together to dig wells and build canals to provide water for livestock. Such efforts led to the formation of permanent communities, as the land either had to remain uninhabitable or must have been made habitable through human labor. However, our tendency to relate everything to our current practices necessitates some reflection on this matter.
The earth’s original state was very different from what it is today, whether adorned or distorted by human hands. The chaos that poets have imagined existing within the elements actually reigned supreme in its natural formations. In those distant times, when revolutions were frequent and countless accidents constantly altered the nature of the soil and the landscape, everything grew haphazardly—trees, vegetables, shrubs, grasses—all without any particular species having the chance to occupy the land that suited it best and eliminate others. Gradually, these plants began to separate from each other, only for some sudden upheaval to disrupt this order once again.
There is such a relationship between the needs of mankind and the products of the earth that, as long as it is inhabited, everything will continue to exist. However, before humans, through their collective efforts, could establish a balance between the earth’s resources and human demands, nature itself had to maintain that equilibrium—something that human hands now accomplish through consistent effort. War, which did not yet exist among humans, seemed to prevail among the natural elements: people did not burn cities, dig mines, or cut down trees; yet nature triggered volcanic eruptions, caused earthquakes, and sent fire from the sky to destroy forests. A single thunderstorm, a flood, or a gaseous emission could accomplish in a few hours what hundreds of thousands of human hands might take a century to achieve. Without such natural processes, I see no way the system could have endured, nor could equilibrium have been maintained. In both the animal and plant kingdoms, larger species would have gradually eliminated the smaller ones over time—the entire earth would soon have been covered only by trees and ferocious beasts, and ultimately everything would have perished.
The waters would gradually lose the circulation that nourishes the earth. Mountains deteriorate and sink; rivers carry away sediments; the sea fills in and expands—everything steadily tends toward equality in level. It is human effort that slows this process; without it, this progression would be much faster, and the earth might already be submerged under water. Before human intervention, springs, scattered unevenly, distributed water more unevenly, fertilized the soil less effectively, and made it harder for people to obtain drinking water. Rivers were often inaccessible, with steep banks or marshy areas; without human engineering to contain them within their channels, they frequently overflowed, changing direction and course, splitting into multiple branches. At times they would dry up completely; at other times, shifting sands would prevent access to their waters—they seemed to cease to exist altogether, leaving people to die of thirst amidst what should have been sources of life.
How many arid regions are only habitable because of the canals that humans have dug along rivers! Nearly all of Persia survives solely thanks to such artificial means. China is teeming with population thanks to its numerous canals; without them, its lands would be flooded by rivers, just as they would be submerged by the sea without dams. Egypt, the most fertile land on earth, is only habitable because of human labor: in those vast plains devoid of rivers and whose soil lacks sufficient slope, wells are the only source of water. Therefore, if the earliest peoples mentioned in history did not live in fertile regions or along easy-to-access coasts, it was not because such pleasant climates were uninhabited, but rather because their large populations, being able to sustain themselves independently, lived for longer periods in isolation within their families and without much interaction with each other. However, in those arid areas where water could only be obtained through wells, people had no choice but to come together to dig them—or at least to agree on how to share their use. Such must have been the origin of societies and languages in hot regions.
Si dice che sia naturale che gli abitanti di un paese ingrato lo lascino per occuparne uno migliore. Benissimo; ma perché questo paese migliore, invece di essere popolato dai suoi stessi abitanti, lascia il posto ad altri? Per uscire da un paese ingrato bisogna esserne partiti. Allora, perché tante persone preferiscono nascere proprio in quei luoghi? Si potrebbe pensare che i paesi ingrati dovrebbero essere popolati soltanto dall’eccedenza di abitanti provenienti da paesi fertili; invece è esattamente il contrario. La maggior parte dei popoli latini si considerava autoctono, mentre la grande Grecia, molto più fertile, era popolata solo da stranieri: tutti i popoli greci ammettevano di derivare da diverse colonie, tranne quello il cui suolo era considerato il peggiore, ovvero il popolo attico, che si diceva fosse autoctono o nato da sé stesso. Infine, senza addentrarci troppo nel passato remoto, i secoli moderni offrono una testimonianza decisiva: quale clima al mondo potrebbe essere più triste di quello che venne definito “la fabbrica dell’umanità”?
Le associazioni umane sono in gran parte il risultato degli accidenti naturali: le piogge torrenziali, le maree straordinarie, le eruzioni vulcaniche, i grandi terremoti, gli incendi scatenati dal fulmine che distruggevano le foreste. Tutto ciò che doveva spaventare e disperdere gli abitanti selvaggi di una regione finiva per raccoglierli insieme, affinché potessero riparare insieme alle perdite comuni. Le tradizioni legate a questi disastri, così frequenti nell’antichità, dimostrano quali strumenti la Provvidenza abbia utilizzato per costringere gli esseri umani ad avvicinarsi gli uni agli altri. Da quando sono state stabilite le società, questi grandi eventi naturali si sono ridotti e sono diventati più rari. Sembra che ciò debba continuare a verificarsi: gli stessi disastri che un tempo radunarono gli uomini dispersi potrebbero ora separarli di nuovo.
Le stagioni sono un’altra causa, più generale e permanente, che doveva produrre lo stesso effetto nei climi soggetti a tale variazione. Costretti ad approvvigionarsi per l’inverno, gli abitanti si trovano nella necessità di aiutarsi a vicenda, costringendosi così a stabilire una sorta di convenzione reciproca. Quando le ricerche diventano impossibili e il freddo intenso le blocca, la noia, tanto quanto il bisogno, li unisce: i Lapponi, sepolti nelle loro nevi, gli Eschimesi, tra tutti i popoli i più selvaggi, si riuniscono d’inverno nelle loro caverne; in estate non si conoscono più. Aumentate di un grado il loro livello di sviluppo e le loro conoscenze, ed eccoli uniti per sempre.
Lo stomaco e gli intestini dell’uomo non sono fatti per digerire la carne cruda: in generale, il gusto umano non la tollera. Forse ad eccezione degli Eschimesi di cui ho appena parlato, anche i selvaggi cuociono le loro carni. L’uso del fuoco, necessario per cucinarle, si unisce al piacere che esso procura alla vista e al calore gradevole che offre al corpo: l’aspetto della fiamma, che spaventa gli animali, attira invece l’uomo[262]. Ci riuniamo intorno a un fuoco comune, organizziamo banchetti, danziamo. I dolci legami dell’abitudine avvicinano gradualmente l’uomo ai suoi simili, e proprio su questo focolare rustico brucia il “fuoco sacro” che suscita nei cuori i primi sentimenti umani.
Nei paesi caldi, le sorgenti e i fiumi, distribuiti in modo disomogeneo, rappresentano altri punti di ritrovo ancora più necessari, poiché gli esseri umani hanno bisogno d’acqua tanto quanto del fuoco: soprattutto i barbari, che vivono dei loro greggi, hanno bisogno di pozzi e canali comuni per abbeverare il bestiame; la storia degli antichi ci insegna infatti che proprio da questi luoghi nacquero i loro trattati e le loro lotte[263]. La facilità di reperire acqua può ritardare lo sviluppo sociale nelle zone ben irrigate. Al contrario, nelle regioni aride fu necessario collaborare per scavare pozzi e costruire canali per l’approvvigionamento idrico del bestiame: in tali luoghi si osservano persone unite da legami che risalgono a tempi quasi immemorabili, poiché il territorio doveva rimanere deserto o essere reso abitabile grazie al lavoro umano. Tuttavia, la tendenza che abbiamo ad associare tutto ai nostri usi attuali rende necessarie alcune riflessioni su questo argomento.
Lo stato primordiale della terra differiva molto da quello in cui si trova oggi, quando appare adornata o deturpata dalle azioni dell’uomo. Il caos, che i poeti hanno descritto negli elementi naturali, regnava nelle sue forme originarie. In quei tempi lontani, in cui le rivoluzioni geologiche erano frequenti e mille eventi casuali alteravano la natura del suolo e il profilo dei terreni, tutte le specie crescevano in modo disordinato: alberi, piante erbacee, cespugli. Nessuna specie aveva il tempo di stabilirsi nel luogo più adatto per sé e di sopprimere quelle altre; gradualmente si separavano l’una dall’altra, ma poi un nuovo evento catastrofico sovvertiva tutto.
Esiste un rapport così stretto tra i bisogni dell’uomo e le produzioni della terra, che basta che essa sia popolata affinché tutto possa sopravvivere; ma prima che gli uomini, uniti attraverso il loro lavoro comune, potessero stabilire un equilibrio tra queste produzioni, era necessario che la natura stessa si occupasse di mantenere quell’equilibrio che oggi è il risultato dell’azione umana. La natura manteneva o ripristinava tale equilibrio attraverso fenomeni naturali, proprio come gli uomini lo fanno oggi con la loro instabilità. La guerra, che allora non esisteva tra gli esseri umani, sembrava regnare tra gli elementi: gli uomini non bruciavano città, non scavavano miniere, non abbattevano alberi; ma la natura scatenava vulcani, provocava terremoti, il fuoco del cielo distruggeva le foreste. Un fulmine, un diluvio, un’eruzione vulcanica potevano in poche ore causare lo stesso danno che centomila uomini potrebbero causare in un secolo. Senza questo equilibrio naturale, non riesco a immaginare come il sistema potesse sopravvivere. Nei due regni organizzati della natura, le specie più forti avrebbero alla fine assorbito quelle più deboli; tutta la terra sarebbe stata coperta solo da alberi e animali feroci, e alla fine tutto sarebbe perito.
Le acque avrebbero gradualmente perso quella circolazione che rende la terra fertile. Le montagne si deteriorano e si abbassano, i fiumi trasportano sedimenti, il mare si riempie e si estende; tutto tende insensibilmente verso lo stesso livello. La mano dell’uomo arresta questa tendenza e rallenta questo processo: senza di essa, tale processo sarebbe ancora più rapido, e la terra potrebbe già essere sommersa dalle acque. Prima dell’intervento umano, le sorgenti, distribuite in modo disomogeneo, si diffondevano in modo ancora più irregolare, fertilizzavano meno la terra e rendevano più difficile l’approvvigionamento idrico degli abitanti. I fiumi erano spesso inaccessibili, i loro bordi scoscesi o paludosi; l’ingegno umano, impedendo loro di uscire dai loro corsi naturali, li faceva spesso straripare, deviare dalla loro direzione originale e dividersi in varie ramificazioni. A volte risultavano asciutti, altre volte sabbie mobili ne ostacolavano l’accesso; sembrava che non esistessero affatto, e le persone morivano di sete proprio in mezzo alle acque.
Quanti paesi aridi sono abitabili soltanto grazie ai canali che gli uomini hanno costruito sui fiumi! La Persia, per quasi intero, sopravvive proprio grazie a questo sistema. La Cina è popolosa grazie ai suoi numerosi canali; senza di essi, i suoi territori verrebbero inondati dai fiumi, così come sarebbero sommersi dal mare senza le dighe. L’Egitto, il paese più fertile della terra, è abitabile soltanto grazie al lavoro umano: nelle vaste pianure prive di fiumi e il cui terreno non presenta un sufficiente pendio, l’unica risorsa disponibile sono i pozzi. Se quindi i primi popoli menzionati nella storia non vivevano nei paesi fertili o sulle coste facilmente accessibili, non è perché quei climi favorevoli fossero disabitati, ma perché i loro numerosi abitanti, potendo vivere l’uno indipendentemente dall’altro, rimanevano isolati nelle proprie famiglie per lunghi periodi senza alcun contatto reciproco. Tuttavia, nei luoghi aridi dove l’acqua era disponibile soltanto attraverso i pozzi, era necessario unirsi per scavarli o almeno concordare sul loro utilizzo. Ecco probabilmente come sono nate le società e le lingue nei paesi caldi.
Là se formèrent les premiers liens des familles ; là furent les premiers rendez-vous des deux sexes. Les jeunes filles venaient chercher de l’eau pour le ménage, les jeunes hommes venaient abreuver leurs troupeaux. Là, des yeux accoutumés aux mêmes objets dès l’enfance commencèrent d’en voir de plus doux. Le cœur s’émut à ces nouveaux objets, un attrait inconnu le rendit moins sauvage, il sentit le plaisir de n’être pas seul. L’eau devint insensiblement plus nécessaire, le bétail eut soif plus souvent : on arrivait en hâte, et l’on partait à regret. Dans cet âge heureux où rien ne marquait les heures, rien n’obligeait à les compter, le temps n’avait d’autre mesure que l’amusement et l’ennui. Sous de vieux chênes, vainqueurs des ans, une ardente jeunesse oubliait par degrés sa férocité : on s’apprivoisait peu à peu les uns avec les autres ; en s’efforçant de se faire entendre, on apprit à s’expliquer. Là se firent les premières fêtes : les pieds bondissaient de joie, le geste empressé ne suffisait plus, la voix l’accompagnait d’accents passionnés ; le plaisir et le désir, confondus ensemble, se faisaient sentir à la fois : là fut enfin le vrai berceau des peuples ; et du pur cristal des fontaines sortirent les premiers feux de l’amour. Quoi donc ! avant ce temps les hommes naissaient-ils de la terre ? les générations se succédaient-elles sans que les deux sexes fussent unis, et sans que personne s’entendît ? Non : il y avait des familles, mais il n’y avait point de nations ; il y avait des langues domestiques, mais il n’y avait point de langues populaires ; il y avait des mariages, mais il n’y avait point d’amour. Chaque famille se suffisait à elle-même et se perpétuait par son seul sang : les enfants, nés des mêmes parents, croissaient ensemble, et trouvaient peu à peu des manières de s’expliquer entre eux : les sexes se distinguaient avec l’âge ; le penchant naturel suffisait pour les unir, l’instinct tenait lieu de passion, l’habitude tenait lieu de préférence ; on devenait mari et femme sans avoir cessé d’être frère et sœur[265]. Il n’y avait là rien d’assez animé pour dénouer la langue, rien qui pût arracher assez fréquemment les accents des passions ardentes pour les tourner en institutions : et l’on en peut dire autant des besoins rares et peu pressants qui pouvaient porter quelques hommes à concourir à des travaux communs ; l’un commençait le bassin de la fontaine, et l’autre l’achevait ensuite, souvent sans avoir eu besoin du moindre accord, et quelquefois même sans s’être vus. En un mot, dans les climats doux, dans les terrains fertiles, il fallut toute la vivacité des passions agréables pour commencer à faire parler les habitants : les premières langues, filles du plaisir et non du besoin, portèrent longtemps l’enseigne de leur père ; leur accent séducteur ne s’effaça qu’avec les sentiments qui les avaient fait naître, lorsque de nouveaux besoins, introduits parmi les hommes, forcèrent chacun de ne songer qu’à lui-même et de retirer son cœur au-dedans de lui.
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Chapitre XI – Réflexions sur ces différences.
Voilà, selon mon opinion, les causes physiques les plus générales de la différence caractéristique des primitives langues. Celles du midi durent être vives, sonores, accentuées, éloquentes, et souvent obscures, à force d’énergie ; celles du nord durent être sourdes, rudes, articulées, criardes, monotones, claires, à force de mots plutôt que par une bonne construction. Les langues modernes, cent fois mêlées et refondues, gardent encore quelque chose de ces différences : le français, l’anglais, l’allemand, sont le langage privé des hommes qui s’entraident, qui raisonnent entre eux de sang-froid, ou de gens emportés qui se fâchent ; mais les ministres des dieux annonçant les mystères sacrés, les sages donnant des lois au peuple, les chefs entraînant la multitude, doivent parler arabe ou persan[266]. Nos langues valent mieux écrites que parlées, et l’on nous lit avec plus de plaisir qu’on ne nous écoute. Au contraire, les langues orientales écrites perdent leur vie et leur chaleur : le sens n’est qu’à moitié dans les mots, toute sa force est dans les accents : juger du génie des Orientaux par leurs livres, c’est vouloir peindre un homme sur son cadavre.
Pour bien apprécier les actions des hommes il faut les prendre dans tous leurs rapports, et c’est ce qu’on ne nous apprend point à faire : quand nous nous mettons à la place des autres, nous nous y mettons toujours tels que nous sommes modifiés, non tels qu’ils doivent l’être, et quand nous pensons les juger sur la raison, nous ne faisons que comparer leurs préjugés aux nôtres. Tel, pour savoir lire un peu d’arabe, sourit en feuilletant l’Alcoran, qui, s’il eût entendu Mahomet l’annoncer en personne dans cette langue éloquente et cadencée, avec cette voix sonore et persuasive qui séduisait l’oreille avant le cœur, et sans cesse animant ses sentences de l’accent de l’enthousiasme, se fut prosterné contre terre en criant : Grand prophète, envoyé de Dieu, menez-nous à la gloire, au martyre ; nous voulons vaincre ou mourir pour vous. Le fanatisme nous paraît toujours risible, parce qu’il n’a point de voix parmi nous pour se faire entendre : nos fanatiques mêmes ne sont pas de vrais fanatiques : ce ne sont que des fripons ou des fous. Nos langues, au lieu d’inflexions pour des inspirés, n’ont que des cris pour des possédés du diable.
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Chapitre XIII – De la Mélodie.
L’homme est modifié par ses sens, personne n’en doute ; mais, faute de distinguer les modifications, nous en confondons les causes ; nous donnons trop et trop peu d’empire aux sensations ; nous ne voyons pas que souvent elles ne nous affectent point seulement comme sensations, mais comme signes ou images, et que leurs effets moraux ont aussi des causes morales. Comme les sentiments qu’excite en nous la peinture ne viennent point des couleurs, l’empire que la musique a sur nos âmes n’est point l’ouvrage des sons. De belles couleurs bien nuancées plaisent à la vue, mais ce plaisir est purement de sensation. C’est le dessin, c’est l’imitation qui donne à ces couleurs de la vie et de l’âme : ce sont les passions qu’elles expriment qui viennent émouvoir les nôtres : ce sont les objets qu’elles représentent qui viennent nous affecter. L’intérêt et le sentiment ne tiennent point aux couleurs ; les traits d’un tableau touchant nous touchent encore dans une estampe : ôtez ces traits dans le tableau, les couleurs ne seront plus rien.
La mélodie fait précisément dans la musique ce que fait le dessin dans la peinture ; c’est elle qui marque les traits et les figures, dont les accords et les sons ne sont que les couleurs. Mais, dira-t-on, la mélodie n’est qu’une succession de sons. Sans doute ; mais le dessin n’est aussi qu’un arrangement de couleurs. Un orateur se sert d’encre pour tracer ses écrits, est-ce à dire que l’encre soit une liqueur fort éloquente ?
Supposez un pays où l’on n’aurait aucune idée du dessin, mais où beaucoup de gens, passant leur vie à combiner, mêler, nuer des couleurs, croiraient exceller en peinture. Ces gens-là raisonneraient de la nôtre précisément comme nous raisonnons de la musique des Grecs. Quand on leur parlerait de l’émotion que nous causent de beaux tableaux, et du charme de s’attendrir devant un sujet pathétique, leurs savants approfondiraient aussitôt la matière, compareraient leurs couleurs aux nôtres, examineraient si notre vert est plus tendre, ou notre rouge plus éclatant, ils chercheraient quels accords de couleurs peuvent faire pleurer, quels autres peuvent mettre en colère ; les Burette de ce pays-là rassembleraient sur des guenilles quelques lambeaux défigurés de nos tableaux ; puis on se demanderait avec surprise ce qu’il y a de si merveilleux dans ce coloris.
Que si, dans quelque nation voisine, on commençait à former quelque trait, quelque ébauche de dessin, quelque figure encore imparfaite, tout cela passerait pour du barbouillage, pour une peinture capricieuse et baroque ; et l’on s’en tiendrait, pour conserver le goût, à ce beau simple, qui véritablement n’exprime rien, mais qui fait briller de belles nuances, de grandes plaques bien colorées, de longues dégradations de teintes sans aucun trait.
Enfin peut-être, à force de progrès, on viendrait à l’expérience du prisme. Aussitôt quelque artiste célèbre établirait là-dessus un beau système. Messieurs, leur dirait-il, pour bien philosopher, il faut remonter aux causes physiques. Voilà la décomposition de la lumière ; voilà toutes les couleurs primitives ; voilà leurs rapports, leurs proportions ; voilà les vrais principes du plaisir que vous fait la peinture. Tous ces mots mystérieux de dessin, de représentation, de figure, sont une pure charlatanerie des peintres français, qui, par leurs imitations, pensent donner je ne sais quels mouvements à l’âme, tandis qu’on sait qu’il n’y a que des sensations. On vous dit des merveilles de leurs tableaux ; mais voyez mes teintes.
There, the first bonds of family were formed; there, the first encounters between the two sexes took place. Young girls would come to fetch water for household use, while young men would go to water their livestock. There, eyes accustomed to the same objects since childhood began to perceive something far more tender and beautiful. The heart was stirred by these new sights, an unknown attraction made them less savage; they began to feel the pleasure of not being alone. Gradually, water became increasingly necessary, and the animals needed it more often—people would hurry there and leave with regret. In that happy age, when nothing marked the passage of time and nothing compelled people to count its moments, time was measured only by joy and boredom. Under ancient oaks that had endured the test of years, passionate young people gradually forgot their ferocity; they began to get used to each other, learning to communicate as they tried to make themselves heard. There, the first festivals were held—people jumped for joy, and gestures alone were no longer enough; voices joined them in passionate expressions. Pleasure and desire merged together, becoming evident at once. There lay the true cradle of nations; and from the pure crystal of springs, the first flames of love emerged. But wait—were people really born from the earth before this time? Did generations come one after another without the union of the sexes, without any form of communication between them? No: there were families, but no nations; there were domestic languages, but no common tongues; there were marriages, but no true love. Each family was self-sufficient and reproduced solely through its own blood—children born to the same parents grew up together, gradually learning ways to communicate with each other. As they aged, the sexes began to distinguish themselves; natural inclination was enough to bring them together—instinct replaced passion, habit took the place of preference. People became husband and wife without ever ceasing to be brothers and sisters[265]. There was nothing in those times that could sufficiently stimulate speech or frequently arouse intense passions to turn them into established customs. The same could be said of those rare and unurgent needs that might have prompted some men to collaborate on common tasks—one would begin digging a well, and another would finish it later, often without any prior agreement, sometimes even without ever meeting. In short, in mild climates and fertile lands, it took all the vitality of pleasant passions to begin to stimulate the development of language among the inhabitants: the earliest languages, born out of pleasure rather than necessity, long carried the “signature” of their origin; their seductive accents only faded away with the sentiments that had given them life, when new needs arose among humans, forcing each person to think solely of themselves and withdraw their hearts within themselves.
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Chapter XI – Reflections on these differences.
These, in my opinion, are the most general physical causes of the characteristic differences between primitive languages. Those of the southern regions must be vivid, sonorous, emphatic, expressive—and often obscure, due to their excessive energy; those of the northern regions must be dull, rough, articulate, shrill, monotonous, and clear, relying more on words themselves than on well-structured sentences. Modern languages, having been mixed and reformed countless times, still retain some of these differences: French, English, German are the languages used by people who help one another, who reason calmly with each other, or by passionate individuals who argue; but the priests who proclaim sacred mysteries, the sages who give laws to their people, the leaders who guide the masses must speak Arabic or Persian[266]. Our languages are better when written than when spoken, and we enjoy reading them far more than listening to them. In contrast, Eastern languages lose their vitality and warmth when written down: the meaning is only half contained in the words; all their power lies in the accents. To judge the genius of Easterners by their books is like trying to paint a man from his corpse.
In order to truly appreciate the actions of human beings, it is necessary to consider them in all their relationships—and this is precisely what we are not taught to do. When we try to put ourselves in another person’s place, we always do so as modified versions of ourselves, not as they actually are. And when we attempt to judge them based on reason, we are merely comparing their prejudices with our own. For instance, someone who has learned a little Arabic might smile while flipping through the Quran. But if that person had heard Muhammad himself proclaim these teachings in that eloquent, rhythmic language—using a voice so resonant and persuasive that it would captivate both ear and heart, and always enlivening his words with the fervor of enthusiasm—such a person would have prostrated themselves on the ground, exclaiming: “Great Prophet, sent by God, lead us to glory, to martyrdom! We wish to conquer or die for you.” Fanaticism always seems laughable to us because it lacks any voice within our society that could be heard. Even our own fanatics are not true fanatics; they are either scoundrels or fools. Our languages, far from containing expressions suited to the inspired, are merely filled with cries of those possessed by the devil.
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Chapter XIII – On Melody.
Man is altered by his senses—no one doubts this; but because we fail to distinguish these alterations, we confuse their causes. We attribute too much, or too little, power to the sensations themselves. We do not realize that often they affect us not merely as sensations, but as signs or images, and that their moral effects also have their own moral causes. Just as the emotions aroused in us by painting do not arise from the colors themselves, so the influence of music on our souls is not due to the sounds alone. Beautifully nuanced colors please the eye, but this pleasure is purely sensory. It is the composition, the imitation inherent in the artwork that gives these colors life and meaning; it is the emotions they express that move ours; it is the objects they represent that affect us. Interest and emotion have nothing to do with the colors themselves—those striking features of a painting still move us when it is reproduced in an engraving; remove those features, and the colors are nothing but empty hues.
In music, the melody precisely performs the same function as drawing does in painting; it is the melody that outlines the lines and forms, whereas the chords and sounds are merely the colors used to represent them. But one might argue that a melody is merely a succession of sounds. Indeed; yet a drawing is also nothing more than an arrangement of colors. When an orator uses ink to write his words, does that mean that ink itself is some particularly eloquent substance?
Suppose there existed a country where people had no concept of what art or painting really meant, yet many of them, spending their lives mixing and blending colors, would believe themselves to be experts in the art of painting. Such people would reason about it in exactly the same way that we reason about the music of the Greeks. If one were to speak to them about the emotional impact that beautiful paintings have on us, or about the pleasure of being moved by a poignant subject, their so-called “scholars” would immediately delve into the details, comparing their colors with ours, examining whether our green is more tender or our red more brilliant. They would try to determine which color combinations can bring tears to one’s eyes and which others can provoke anger. In such a country, people would gather together fragments of our paintings—tattered and distorted—and then wonder in surprise what there is so wonderful about those colors.
If in some neighboring nation someone were to begin drawing a line, sketching a rough outline, or creating a figure that was still imperfect, all such efforts would be regarded as mere scribbling, as capricious and baroque painting; and in order to preserve good taste, people would stick to that simple, unexpressive style—which, after all, does nothing to convey meaning, but rather allows for the display of beautiful nuances, large areas of vivid color, and long gradients of tone, without any distinct lines or shapes.
Perhaps, with enough progress, one would eventually come to experience the phenomenon of the prism. Immediately, some famous artist would establish a beautiful system based on this discovery. “Gentlemen,” he would say, “to truly philosophize, one must trace things back to their physical causes. Here is the decomposition of light; here are all the primary colors; here are their relationships and proportions; here lie the true principles behind the pleasure that painting brings you.” All those mysterious terms—drawing, representation, form—are nothing but pure charlatanism on the part of French painters. Through their imitations, they think they can impart some kind of influence upon the soul, when in reality, there are only sensations at play. People tell us wonders about their paintings; but look at my colors.
Lì si formarono i primi legami familiari; lì ebbero luogo i primi incontri tra i due sessi. Le giovani donne venivano a prendere acqua per le faccende domestiche, i giovani uomini andavano ad abbeverare il loro bestiame. Lì, occhi abituati fin dall’infanzia agli stessi oggetti iniziarono a percepire qualcosa di più dolce e affascinante. Il cuore si commuoveva di fronte a questi nuovi stimoli; un fascino sconosciuto rendeva gli esseri meno selvaggi, e si provava il piacere di non essere soli. L’acqua divenne gradualmente sempre più necessaria, e il bestiame aveva sete più spesso: si correva in fretta a prenderla, e si partiva con rammarico quando era finita. In quell’età felice, in cui nulla segnava il trascorrere del tempo e nulla costringeva a contarne i minuti, l’unica misura del tempo era rappresentata dal divertimento e dall’noia. Sotto vecchi querce, che avevano resistito agli anni, una gioventù appassionata dimenticava gradualmente la sua ferocia; le persone iniziavano a familiarizzare l’una con l’altra, e nel tentativo di farsi sentire a vicenda imparavano anche a comunicare. Lì ebbero luogo le prime feste: i piedi saltellavano di gioia, i gesti affrettati non erano più sufficienti; la voce veniva accompagnata da accenti appassionati. Il piacere e il desiderio si mescolavano insieme, facendosi sentire contemporaneamente. Lì, dunque, si trovava il vero “letto nascosto” delle civiltà umane; e dal cristallo puro delle fonti sgorgarono i primi segni dell’amore. Ma che cosa! Prima di quel tempo, gli uomini nascevano davvero dalla terra? Le generazioni si succedevano senza che i due sessi si unissero mai, senza che nessuno comunicasse con gli altri? No: c’erano famiglie, ma non nazioni; c’erano lingue domestiche, ma non lingue comuni a tutti; c’erano matrimoni, ma non amore. Ogni famiglia si bastava a sé stessa e si riproduceva soltanto attraverso il proprio sangue; i bambini, nati dagli stessi genitori, crescevano insieme, imparando gradualmente a comunicare tra loro. I due sessi si distinguevano con l’età; l’istinto naturale era sufficiente per unirli. L’abitudine sostituiva la passione, e il rapporto familiare prendeva il posto di una relazione amorosa. Non c’era nulla di abbastanza intenso da spingere le persone a comunicare frequentemente; non esistevano stimoli sufficienti per trasformare i sentimenti in istituzioni. E lo stesso valeva per i bisogni rari e poco urgenti che potevano spingere alcune persone a collaborare insieme nei lavori comuni. Uno iniziava a costruire il bacino della fonte, e l’altro lo completava senza nemmeno aver bisogno di accordarsi. A volte, addirittura senza nemmeno vedersi. In breve, nei climi dolci e nei terreni fertili, fu necessaria tutta la vivacità delle passioni piacevoli per far sì che gli abitanti iniziassero a comunicare tra loro: le prime lingue, nate dal piacere e non dalla necessità, portarono a lungo il segno del loro “padre”; il loro accento seducente scomparve soltanto quando i nuovi bisogni introdotti tra gli uomini costrinsero ognuno a pensare solo a se stesso e a ritirarsi nel proprio interno.
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Capitolo XI – Riflessioni su queste differenze.
Ecco, a mio avviso, le cause fisiche più generali che determinano le differenze caratteristiche tra le lingue primitive. Le lingue del sud devono essere vivide, sonore, accentuate, eloquenti, e spesso oscure, a causa dell’enorme energia che vi è impiegata; quelle del nord, invece, devono essere più “silenziose”, ruvide, articolate, stridule, monotone, ma chiare, soprattutto grazie ai loro vocaboli piuttosto che alla loro buona struttura grammaticale. Le lingue moderne, essendo state centinaia di volte mescolate e riformulate, conservano ancora alcune di queste differenze: il francese, l’inglese, l’ tedesco sono le lingue utilizzate dagli uomini che si aiutano a vicenda, che discutono con calma, o da persone impulsive che si arrabbiano; ma i sacerdoti che annunciano i misteri sacri, i saggi che danno leggi al popolo, i capi che guidano la folla devono parlare arabo o persiano[266]. Le nostre lingue valgono di più scritte che parlate, e ci si diverte di più a leggerle che ad ascoltarle. Al contrario, le lingue orientali scritte perdono la loro vitalità e il loro calore: il significato è solo in parte nei vocaboli; tutta la loro forza risiede negli accenti. Giudicare il genio degli Orientali attraverso i loro libri significa cercare di dipingere un uomo sul suo cadavere.
Per apprezzare veramente le azioni degli uomini, è necessario considerarle in tutti i loro contesti, e questo non ci viene insegnato: quando cerchiamo di metterci al posto degli altri, lo facciamo sempre nella forma in cui siamo noi stessi, e non come dovrebbero essere loro; inoltre, quando pensiamo di giudicarli con la ragione, in realtà stiamo soltanto confrontando i loro pregiudizi con i nostri. Così, per esempio, chi sa leggere un po’ d’arabo sorride mentre sfoglia il Corano; ma se avesse ascoltato Maometto pronunciarlo personalmente in quella lingua eloquente e cadenzata, con quella voce sonora e persuasiva che seduceva l’orecchio prima del cuore, e se avesse visto come le sue frasi venivano arricchite dall’accento dell’entusiasmo, si sarebbe prostrato a terra gridando: “Grande profeta, inviato da Dio, guidaci verso la gloria, verso il martirio; vogliamo vincere o morire per te”. Il fanatismo ci sembra sempre ridicolo, perché non ha alcuna voce tra di noi che possa farsi ascoltare; i nostri stessi fanatici non sono veri fanatici: sono soltanto imbroglioni o pazzi. Le nostre lingue, invece di offrire espressioni adatte agli ispirati, non hanno altro che grida degne di posseduti dal diavolo.
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Capitolo XIII – Della melodia.
L’uomo è modificato dai suoi sensi; nessuno ne dubita. Tuttavia, a causa della mancanza di distinzione tra queste modifiche, confondiamo le loro cause: attribuiamo alle sensazioni un potere eccessivo o insufficiente. Non ci rendiamo conto che spesso esse non ci influenzano soltanto come sensazioni, ma anche come segni o immagini, e che i loro effetti morali hanno anch’esse cause morali. Così come i sentimenti suscitati in noi dalla pittura non derivano dai colori, lo stesso vale per l’influenza della musica sulle nostre anime: essa non è il risultato dei suoni stessi. Belle sfumature di colore piacciono alla vista, ma questo piacere è puramente sensoriale. È il disegno, l’imitazione che danno a questi colori vita e “anima”; sono le emozioni che essi esprimono a commuovere le nostre; sono gli oggetti che rappresentano a influenzarci veramente. L’interesse e i sentimenti non dipendono dai colori: i tratti di un dipinto commovente ci toccano anche in una stampa; togliete questi tratti dal dipinto, e i colori non avranno più alcun significato.
La melodia, nella musica, fa esattamente ciò che il disegno fa nella pittura: è essa a delineare i tratti e le figure, mentre gli accordi e i suoni non sono altro che i colori. Ma si potrebbe obiettare che la melodia sia soltanto una successione di suoni. Certo; ma anche il disegno non è altro che un insieme di colori. Un oratore utilizza l’inchiostro per scrivere i suoi discorsi: significa forse che l’inchiostro sia una sostanza particolarmente eloquente?
Supponiamo un paese in cui nessuno abbia la minima idea di cosa significhi il concetto di “disegno”, ma in cui molte persone, che trascorrono la loro vita mescolando e combinando colori, credano di eccellere nella pittura. Queste persone ragionerebbero esattamente come noi riguardo alla musica dei Greci. Se qualcuno cercasse di spiegare loro l’emozione che proviamo di fronte a bellissimi dipinti o il fascino di commuoversi davanti a soggetti patetici, i loro “scienziati” analizzerebbero immediatamente tali concetti, confrontando i loro colori con i nostri, per verificare se il nostro verde sia più tenero o il nostro rosso più brillante; cercerebbero inoltre di capire quali combinazioni cromatiche possano suscitare lacrime o rabbia. I “teorici” di quel paese raccoglierebbero su stracci alcuni frammenti dei nostri dipinti. E poi ci si chiederebbe, con sorpresa, cosa ci sia di così meraviglioso in quei colori.
Se in qualche nazione vicina si iniziasse a tracciare un qualche disegno, una qualche bozza, una qualche figura ancora imperfetta, tutto ciò verrebbe considerato semplicemente del ghiriglio, un dipinto capriccioso e barocco; e per preservare il gusto, si preferirebbe quella bellezza semplice che, in realtà, non esprime nulla, ma che permette di far risplendere bellissime sfumature, grandi aree ben colorate, lunghe gradazioni di tonalità senza alcun dettaglio concreto.
Forse, con il progredire continuo, si arriverà un giorno alla sperimentazione del prisma. Allora qualche famoso artista stabilirà su questo tema un bel sistema di spiegazioni. Gli direbbe: “Signori, per filosofare veramente, è necessario risalire alle cause fisiche”. Ecco la decomposizione della luce; ecco tutte le colori primarie; ecco i loro rapporti, le loro proporzioni; ecco i veri principi del piacere che la pittura vi procura. Tutti questi termini misteriosi come “disegno”, “rappresentazione”, “figura” non sono altro che pura ciarlataneria da parte dei pittori francesi, i quali, con le loro imitazioni, pensano di suscitare in noi certi sentimenti, mentre in realtà esistono soltanto sensazioni. Vi si parlano meraviglie dei loro quadri; ma guardate i miei colori.
Les peintres français, continuerait-il, ont peut-être observé l’arc en ciel : ils ont dû recevoir de la nature quelque goût de nuance et quelque instinct de coloris. Moi, je vous ai montré les grands, les vrais principes de l’art. Que dis-je, de l’art ! de tous les arts, messieurs, de toutes les sciences. L’analyse des couleurs, le calcul des réfractions du prisme, vous donnent les seuls rapports exacts qui soient dans la nature, la règle de tous les rapports. Or, tout dans l’univers n’est que rapport. On sait donc tout quand on sait peindre ; on sait tout quand on sait assortir des couleurs.
Que dirions-nous du peintre assez dépourvu de sentiment et de goût pour raisonner de la sorte, et borner stupidement au physique de son art le plaisir que nous fait la peinture ? Que dirions-nous du musicien qui, plein de préjugés semblables, croirait voir dans la seule harmonie la source des grands effets de la musique ? Nous enverrions le premier mettre en couleur des boiseries, et nous condamnerions l’autre à faire des opéra français.
Comme donc la peinture n’est pas l’art de combiner des couleurs d’une manière agréable à la vue, la musique n’est pas non plus l’art de combiner des sons d’une manière agréable à l’oreille. S’il n’y avait que cela, l’une et l’autre seraient au nombre des sciences naturelles et non pas des beaux-arts. C’est l’imitation seule qui les élève à ce rang. Or, qu’est-ce qui fait de la peinture un art d’imitation ? c’est le dessin. Qu’est-ce qui de la musique en fait un autre ? c’est la mélodie.
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Liste générale des titres
Chapitre XV – Que nos plus vives sensations agissent souvent par des impressions morales.
Tant qu’on ne voudra considérer les sons que par l’ébranlement qu’ils excitent dans nos nerfs, on n’aura point de vrais principes de la musique et de son pouvoir sur les cœurs. Les sons, dans la mélodie, n’agissent pas seulement sur nous comme sons, mais comme signes de nos affections, de nos sentiments ; c’est ainsi qu’ils excitent en nous les mouvements qu’ils expriment, et dont nous y reconnaissons l’image. On aperçoit quelque chose de cet effet moral jusque dans les animaux. L’aboiement d’un chien en attire un autre. Si mon chat m’entend imiter un miaulement, à l’instant je le vois attentif, inquiet, agité. S’aperçoit-il que c’est moi qui contrefais la voix de son semblable, il se rassied et reste en repos. Pourquoi cette différence d’impression, puisqu’il n’y en a point dans l’ébranlement des fibres, et que lui-même y a d’abord été trompé ?
Si le plus grand empire qu’ont sur nous nos sensations n’est pas dû à des causes morales, pourquoi donc sommes-nous si sensibles à des impressions qui sont nulles pour des barbares ? Pourquoi nos plus touchantes musiques ne sont-elles qu’un vain bruit à l’oreille d’un Caraïbe ? Ses nerfs sont-ils d’une autre nature que les nôtres ? pourquoi ne sont-ils pas ébranlés de même ? ou pourquoi ces mêmes ébranlements affectent-ils tant les uns et si peu les autres ?
On cite en preuve du pouvoir physique des sons la guérison des piqûres des tarentules. Cet exemple prouve tout le contraire. Il ne faut ni des sons absolus ni les mêmes airs pour guérir tous ceux qui sont piqués de cet insecte ; il faut à chacun d’eux des airs d’une mélodie qui lui soit connue, et des phrases qu’il comprenne. Il faut à l’Italien des airs italiens ; au Turc, il faudrait des airs turcs. Chacun n’est affecté que des accents qui lui sont familiers, ses nerfs ne s’y prêtent qu’autant que son esprit les y dispose : il faut qu’il entende la langue qu’on lui parle, pour que ce qu’on lui dit puisse le mettre en mouvement. Les cantates de Bernier ont, dit-on, guéri de la fièvre un musicien français ; elles l’auraient donnée à un musicien de toute autre nation.
Dans les autres sens, et jusqu’au plus grossier de tous, on peut observer les mêmes différences. Qu’un homme, ayant la main posée et l’œil fixé sur le même objet, le croie successivement animé et inanimé, quoique les sens soient frappés de même, quel changement dans l’impression ! La rondeur, la blancheur, la fermeté, la douce chaleur, la résistance élastique, le renflement successif, ne lui donnent plus qu’un toucher doux, mais insipide, s’il ne croit sentir un cœur plein de vie palpiter et battre sous tout cela.
Je ne connais qu’un sens aux affections duquel rien de moral ne se mêle : c’est le goût. Aussi la gourmandise n’est-elle jamais le vice dominant que des gens qui ne sentent rien.
Que celui donc qui veut philosopher sur la force des sensations commence par écarter des impressions purement sensuelles, les impressions intellectuelles et morales que nous recevons par la voie des sens, mais dont ils ne sont que les causes occasionnelles : qu’il évite l’erreur de donner aux objets sensibles un pouvoir qu’ils n’ont pas, ou qu’ils tiennent des affections de l’âme qu’ils nous représentent. Les couleurs et les sons peuvent beaucoup comme représentations et signes, peu de chose comme simples objets des sens. Des suites de sons ou d’accords m’amuseront un moment peut-être ; mais pour me charmer et m’attendrir, il faut que ces suites m’offrent quelque chose qui ne soit ni son ni accord, et qui me vienne émouvoir malgré moi. Les chants même qui ne sont qu’agréables et ne disent rien, lassent encore ; car ce n’est pas tant l’oreille qui porte le plaisir au cœur, que le cœur qui le porte à l’oreille. Je crois qu’en développant mieux ces idées on se fût épargné bien de sots raisonnements sur la musique ancienne. Mais dans ce siècle où l’on s’efforce de matérialiser toutes les opérations de l’âme, et d’ôter toute moralité aux sentiments humains, je suis trompé si la nouvelle philosophie ne devient aussi funeste au bon goût qu’à la vertu.
Chapitre XVI – Fausse analogie entre les couleurs et les sons.
Il n’y a sortes d’absurdités auxquelles les observations physiques n’aient donné lieu dans la considération des beaux-arts. On a trouvé dans l’analyse du son les mêmes rapports que dans celle de la lumière. Aussitôt on a saisi vivement cette analogie, sans s’embarrasser de l’expérience et de la raison. L’esprit de système a tout confondu ; et faute de savoir peindre aux oreilles, on s’est avisé de chanter aux yeux. J’ai vu ce fameux clavecin sur lequel on prétendait faire de la musique avec des couleurs ; c’était bien mal connaître les opérations de la nature, de ne pas voir que l’effet des couleurs est dans leur permanence, et celui des sons dans leur succession.
Toutes les richesses du coloris s’étalent à la fois sur la face de la terre ; du premier coup d’oeil tout est vu. Mais plus on regarde et plus on est enchanté ; il ne faut plus qu’admirer et contempler sans cesse.
Il n’en est pas ainsi du son ; la nature ne l’analyse point et n’en sépare point les harmoniques : elle les cache, au contraire, sous l’apparence de l’unisson ; ou, si quelquefois elle les sépare dans le chant modulé de l’homme et dans le ramage de quelques oiseaux, c’est successivement, et l’un après l’autre ; elle inspire des chants et non des accords, elle dicte de la mélodie et non de l’harmonie. Les couleurs sont la parure des êtres inanimés ; toute matière est colorée : mais les sons annoncent le mouvement ; la voix annonce un être sensible ; il n’y a que des corps animés qui chantent. Ce n’est pas le flûteur automate qui joue de la flûte, c’est le mécanicien qui mesura le vent et fit mouvoir les doigts.
Ainsi chaque sens a son champ qui lui est propre. Le champ de la musique est le temps, celui de la peinture est l’espace. Multiplier les sons entendus à la fois, ou développer les couleurs l’une après l’autre, c’est changer leur économie, c’est mettre l’oeil à la place de l’oreille, et l’oreille à la place de l’œil.
“The French painters,” he would continue, “may have observed the arch in the sky; they must have been inspired by nature to appreciate certain nuances and develop an instinct for color. But I have shown you the great, the true principles of art—no, of all arts, gentlemen, of all sciences. The analysis of colors, the calculation of the refractions of prisms provide us with the only accurate relationships that exist in nature, the rule that governs all such relationships. And everything in the universe is nothing but relationship. Therefore, one knows everything when one knows how to paint; one knows everything when one knows how to combine colors.”
What would we say of a painter who is so devoid of sentiment and taste as to reason in such a manner, and who foolishly confines the pleasure that painting brings us solely to its physical aspects? What would we say of a musician who, filled with similar prejudices, believed that harmony alone was the source of all the great effects of music? We would send the first one to paint wooden panels, while we would condemn the second one to compose French operas.
Since painting is not the art of combining colors in a way that is pleasing to the eye, music is likewise not the art of combining sounds in a way that is pleasing to the ear. If that were all there was to it, both would be classified among the natural sciences, rather than the fine arts. It is only imitation that elevates them to this rank. But what makes painting an art of imitation? It is drawing. And what makes music another such art? It is melody.
List of philosophical and political works
General list of titles
Chapter XV – How our most intense sensations often act through moral influences.
So long as we consider sounds merely in terms of the vibrations they provoke in our nerves, we will never possess any true understanding of music and its power over the human heart. In melody, sounds do not act upon us solely as sounds, but as symbols of our emotions and feelings; it is in this way that they arouse within us those very reactions they express, and we recognize therein an image of those reactions. This moral effect of sound can even be observed in animals. The barking of one dog attracts another; if my cat hears me imitating its meowing, I immediately see it become alert, anxious, agitated. But if it realizes that it is I who is mimicking the voice of its kind, it will calm down and return to peace. Why such a difference in reaction, when there is no difference at all in the physical vibrations produced? After all, the dog itself was initially deceived by those same vibrations.
If the greatest influence that our senses exert upon us is not due to any moral causes, then why are we so susceptible to impressions that are utterly meaningless to barbarians? Why do our most moving melodies sound like mere noise in the ears of a Caribbean? Are their nerves of a different nature than ours? Why are they not affected in the same way? Or why do these very influences have such a profound effect on some and so little on others?
The physical power of sound is often cited as evidence of its therapeutic effects—for instance, the claim that it can heal the bites of tarantulas. Yet this very example proves the opposite. It is not absolute sounds or the same melodies that can cure everyone bitten by this insect; rather, each person requires tunes familiar to them and phrases they understand. An Italian person needs Italian music; a Turk, Turkish music. Only those musical elements that are familiar to an individual can have an effect on their nerves—and only if their mind is ready to respond to them. One must hear the language being spoken to them for what is said to be able to move them. It is said that Bernier’s cantatas cured a French musician of fever; yet they might have caused the same illness in a musician from another country.
In other respects, and even in the most crude of them all, one can observe the same differences. When a man, with his hand placed upon an object and his gaze fixed on it, believes it to be either alive or dead successively—even though his senses receive exactly the same information—what a profound change takes place in his perception! The roundness, whiteness, firmness, gentle warmth, elastic resilience, and successive sensations no longer give him anything but a soft yet insipid touch, unless he believes that a life-filled heart is pulsing and beating beneath all those qualities.
I know only one kind of affection in which nothing moral is involved: it is taste. Therefore, gluttony is never the predominant vice among those who have no sense of taste at all.
Let him then who wishes to engage in philosophical speculation about the power of sensations begin by setting aside those intellectual and moral impressions which we receive through the senses, but which are merely their occasional causes. Let him avoid the mistake of attributing to sensible objects powers that they do not possess, or of assigning to them emotions of the soul that they merely represent. Colors and sounds may be useful as representations and signs, but they hold little significance as mere objects of the senses. Sequences of sounds or musical harmonies may amuse me for a moment; yet to truly enchant and move me, they must offer something that is neither sound nor harmony itself, and that touches my emotions against my will. Even songs that are merely pleasant and convey no meaningful message can eventually become tiresome; for it is not so much the ear that brings pleasure to the heart, as rather the heart that brings pleasure to the ear. I believe that by further developing these ideas, one could have avoided many foolish discussions about ancient music. But in this century, where everyone strives to materialize all the operations of the soul and to strip human emotions of any moral significance, I am mistaken if this new philosophy does not prove just as harmful to good taste as it is to virtue.
Chapter XVI – The false analogy between colors and sounds.
There are indeed certain absurdities that physical observations have led to in the realm of the fine arts. In the analysis of sound, the same relationships were discovered as those observed in the study of light. People quickly grasped this analogy, without bothering to consider experiments or reasoning. The spirit of systematization confused everything; and since one did not know how to “paint” with sounds, people simply decided to “sing” with colors. I have seen that famous clavier on which it was claimed that music could be produced using colors; such ignorance of the workings of nature is truly astonishing—how could one fail to realize that the effect of colors lies in their permanence, while the effect of sounds lies in their succession?
All the riches of color are displayed simultaneously on the surface of the earth; at first glance, everything is visible. But the more one observes, the more one is captivated; one can only continue to admire and contemplate endlessly.
This is not the case with sound; nature does not analyze it or separate its harmonics; on the contrary, it conceals them beneath the appearance of unison. Or, if at times it separates them in the modulated songs of humans and the chirping of certain birds, it does so sequentially, one after another. Nature inspires songs, not chords; it dictates melody, not harmony. Colors are merely the adornment of inanimate objects; every substance possesses color. But sounds signify motion; the voice indicates the presence of a sentient being. Only animate bodies are capable of singing. It is not the automated flutist who plays the flute; rather, it is the mechanic who measures the wind and moves the fingers accordingly.
Thus, each sense has its own specific domain. The domain of music is time, while that of painting is space. To multiply sounds heard simultaneously, or to develop colors one after another, means to alter their underlying structure; it means to replace the ear with the eye, and the eye with the ear.
I pittori francesi, proseguirebbe, hanno forse osservato l’arcobaleno: devono aver ricevuto dalla natura un certo senso delle sfumature e un istinto per i colori. Io, invece, vi ho mostrato i veri principi dell’arte. No, non solo dell’arte! Di tutte le arti, signori, di tutte le scienze. L’analisi dei colori, il calcolo delle rifrazioni dei prismi: queste sono le uniche regole esatte che esistono nella natura, le sole che governano tutti i rapporti tra le cose. Ora, tutto nell’universo non è altro che relazione. Quindi si sa tutto quando si sa dipingere; si sa tutto quando si sa abbinare i colori.
Cosa diremmo di un pittore così privo di sentimenti e gusto da ragionare in questo modo, limitando stupidamente il piacere che la pittura ci procura esclusivamente alle caratteristiche fisiche dell’arte stessa? E cosa diremmo di un musicista pieno di simili pregiudizi, che credesse di trovare nella sola armonia la fonte dei grandi effetti musicali? Manderemmo il primo a dipingere delle decorazioni, mentre condanneremmo l’altro a comporre opere liriche francesi.
Pertanto, così come la pittura non è l’arte di combinare i colori in modo gradevole alla vista, nemmeno la musica è l’arte di combinare i suoni in modo gradevole all’orecchio. Se ciò fosse tutto, sia la pittura che la musica rientrerebbero tra le scienze naturali e non tra le arti belle. È soltanto l’imitazione a elevarle a questo rango. Ora, cosa rende la pittura un’arte di imitazione? È il disegno. E cosa rende la musica un’altra forma di arte di imitazione? È la melodia.
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Capitolo XV – Come le nostre sensazioni più intense agiscano spesso attraverso impressioni morali.
Finché si considereranno i suoni soltanto in base al loro effetto sulle nostre fibre nervose, non si possederanno veri principi per comprendere la musica e il suo potere sui cuori. I suoni, nella melodia, agiscono su di noi non solo come suoni, ma anche come segni delle nostre emozioni, dei nostri sentimenti; è così che suscitano in noi i movimenti che esprimono e dei quali riconosciamo l’immagine. Si può osservare questo effetto morale persino negli animali: il latrato di un cane attira un altro cane; se il mio gatto mi sente imitare il suo miagolio, immediatamente lo vedo diventare attento, inquieto, agitato. Ma se si rendesse conto che sono io a contraffare la voce del suo simile, si calmerebbe e rimarrebbe tranquillo. Perché questa differenza nell’effetto prodotto, se non esiste alcuna differenza nell’azione dei suoni sulle nostre fibre nervose, e lui stesso è stato ingannato all’inizio?
Se l’impero più vasto che le nostre sensazioni esercitano su di noi non deriva da cause morali, perché allora siamo così sensibili a certe impressioni che risultano del tutto indifferenti per i barbari? Perché le nostre musiche più commoventi non sono altro che un rumore vano per l’orecchio di un caraibico? I suoi nervi sono forse di natura diversa dai nostri? Perché allora non vengono scossi allo stesso modo, o perché gli stessi stimoli hanno effetti così diversi su di noi?
Si adduce come prova del potere fisico dei suoni la guarigione delle punture di tarantola; questo esempio dimostra invece il contrario. Non sono necessari né suoni assoluti né stessi motivi musicali per curare tutti coloro che vengono pungiti da questo insetto: a ciascuno serve un motivo musicale conosciuto e frasi comprensibili. All’italiano servono melodie italiane; al turco, melodie turche. Ognuno reagisce soltanto agli accenti familiari per lui; i suoi nervi sono predisposti a rispondere solo in misura in cui la sua mente lo permette: è necessario che ascolti la lingua con cui gli si parla, affinché ciò che gli viene detto possa stimolare il suo organismo. Si dice che le cantate di Bernier abbiano guarito dalla febbre un musicista francese; probabilmente avrebbero provocato la stessa malattia in un musicista di un’altra nazione.
In tutti gli altri casi, e persino nel più banale di essi, si possono osservare le stesse differenze. Quando un uomo, con la mano posata e lo sguardo fisso su lo stesso oggetto, lo considera alternativamente animato e inanimato, nonostante i sensi ricevano gli stessi stimoli, quale cambiamento nell’impressione che ne risulta! La rotondità, la bianchezza, la solidità, il calore dolce, la resistenza elastica, il rigonfiamento progressivo, tutto ciò gli dà soltanto una sensazione morbida, ma insipida, se non crede di percepire un cuore pieno di vita che pulsa e batte sotto quella superficie.
Conosco un solo tipo di affetto in cui non vi è nulla di morale: si tratta del gusto. Pertanto, la gola non è mai il vizio dominante se non nelle persone che non provano alcun sentimento.
Chiunque voglia riflettere sulla forza delle sensazioni debba innanzitutto escludere da quelle impressioni puramente sensoriali quelle di natura intellettuale e morale che riceviamo attraverso i sensi, ma le quali non sono altro che cause occasionali di tali impressioni. Bisogna evitare l’errore di attribuire agli oggetti sensoriali un potere che in realtà non possiedono, o di ricondurre alle emozioni dell’anima ciò che essi ci rappresentano. I colori e i suoni possono svolgere un ruolo importante come rappresentazioni e segni, ma molto meno come semplici oggetti dei sensi. Le sequenze di suoni o gli accordi musicali possono divertirmi per un momento; tuttavia, per commuovermi veramente, è necessario che tali elementi offrano qualcosa che non sia né suono né accordo, e che riesca a toccarmi profondamente, anche contro la mia volontà. Anche i canti, che sono soltanto piacevoli senza contenuti significativi, finiscono per stancare; perché in realtà non è tanto l’orecchio a trasmettere il piacere al cuore, quanto il cuore stesso a farlo arrivare all’orecchio. Credo che sviluppando meglio queste idee si potrebbero evitare molti ragionamenti sciocchi sulla musica antica. Ma in questo secolo, in cui si cerca di materializzare tutte le operazioni dell’anima e di privare i sentimenti umani di ogni valore morale, sono ingannato se la nuova filosofia non dovesse rivelarsi altrettanto dannosa al buon gusto quanto alla virtù.
Capitolo XVI – False analogie tra i colori e i suoni.
Esistono assurdità a cui le osservazioni fisiche non hanno fornito alcuna spiegazione nel contesto delle belle arti. Nell’analisi del suono sono stati individuati gli stessi rapporti riscontrati nell’analisi della luce; immediatamente questa analogia è stata colta con chiarezza, senza bisogno di ricorrere all’esperimento o alla ragione. Lo spirito sistematico ha confuso tutto; e poiché non si sapeva “dipingere” con i suoni, si è pensato di “cantare” con i colori. Ho visto quel famoso clavicembalo sul quale si sosteneva che si potesse creare musica utilizzando i colori: era davvero una grave ignoranza delle leggi della natura non riconoscere che l’effetto dei colori risiede nella loro permanenza, mentre quello dei suoni nella loro successione.
Tutte le ricchezze dei colori si manifestano contemporaneamente sulla superficie della terra; a prima vista, tutto è visibile. Ma più si osserva, più ci si meraviglia; non resta che ammirare e contemplare senza sosta.
Non è così per i suoni: la natura non li analizza né ne separa gli armonici; al contrario, li nasconde sotto l’apparenza dell’unisono. Oppure, se talvolta li separa nel canto modulato dell’uomo e nel canto di alcuni uccelli, lo fa in modo successivo, uno dopo l’altro. La natura ispira i canti, non gli accordi; detta la melodia, non l’armonia. I colori sono l’ornamento degli esseri inanimati; ogni materia è colorata. Ma i suoni annunciano il movimento; la voce indica la presenza di un essere sensibile. Solo i corpi animati cantano. Non è il flautista automatico a suonare la flauta, ma il meccanico che misura la pressione dell’aria e fa muovere le dita del flautista.
Così, ogni senso possiede il proprio specifico campo d’azione. Il campo della musica è il tempo, quello della pittura è lo spazio. Moltiplicare i suoni ascoltati contemporaneamente, o sviluppare i colori uno dopo l’altro, significa modificarne la “logica” interna; significa sostituire l’orecchio con l’occhio, e l’occhio con l’orecchio.
Vous dites : Comme chaque couleur est déterminée par l’angle de réfraction du rayon qui la donne, de même chaque son est déterminé par le nombre des vibrations du corps sonore, en un temps donné. Or, les rapports de ces angles et de ces nombres étant les mêmes, l’analogie est évidente. Soit ; mais cette analogie est de raison, non de sensation ; et ce n’est pas de cela qu’il s’agit. Premièrement l’angle de réfraction est sensible et mesurable, et non pas le nombre des vibrations. Les corps sonores, soumis à l’action de l’air, changent incessamment de dimensions et de sons. Les couleurs sont durables, les sons s’évanouissent, et l’on n’a jamais de certitude que ceux qui renaissent soient les mêmes que ceux qui sont éteints. De plus, chaque couleur est absolue, indépendante ; au lieu que chaque son n’est pour nous que relatif, et ne se distingue que par comparaison. Un son n’a par lui-même aucun caractère absolu qui le fasse reconnaître : il est grave ou aigu, fort ou doux, par rapport à un autre ; en lui-même il n’est rien de tout cela. Dans le système harmonique, un son quelconque n’est rien non plus naturellement ; il n’est ni tonique, ni dominant, ni harmonique, ni fondamental, parce que toutes ces propriétés ne sont que des rapports, et que le système entier pouvant varier du grave à l’aigu, chaque son change d’ordre et de place dans le système, selon que le système change de degré. Mais les propriétés des couleurs ne consistent point en des rapports. Le jaune est jaune, indépendant du rouge et du bleu ; partout il est sensible et reconnaissable ; et sitôt qu’on aura fixé l’angle de réfraction qui le donne, on sera sur d’avoir le même jaune dans tous les temps.
Les couleurs ne sont pas dans les corps colorés, mais dans la lumière ; pour qu’on voie un objet, il faut qu’il soit éclairé. Les sons ont aussi besoin d’un mobile, et pour qu’ils existent il faut que le corps sonore soit ébranlé. C’est un autre avantage en faveur de la vue, car la perpétuelle émanation des astres est l’instrument naturel qui agit sur elle : au lieu que la nature seule engendre peu de sons ; et à moins qu’on n’admette l’harmonie des sphères célestes, il faut des êtres vivants pour la produire.
On voit par là que la peinture est plus près de la nature, et que la musique tient plus à l’art humain. On sent aussi que l’une intéresse plus que l’autre, précisément parce qu’elle rapproche plus l’homme de l’homme et nous donne toujours quelque idée de nos semblables. La peinture est souvent morte et inanimée ; elle vous peut transporter au fond d’un désert : mais sitôt que des signes vocaux frappent votre oreille, ils vous annoncent un être semblable à vous ; ils sont, pour ainsi dire, les organes de l’âme ; et, s’ils vous peignent aussi la solitude, ils vous disent que vous n’y êtes pas seul. Les oiseaux sifflent, l’homme seul chante ; et l’on ne peut entendre nichant, ni symphonie, sans se dire à l’instant : Un autre être sensible est ici.
C’est un des plus grands avantages du musicien, de pouvoir peindre les choses qu’on ne saurait entendre, tandis qu’il est impossible au peintre de représenter celles qu’on ne saurait voir ; et le plus grand prodige d’un art qui n’agit que par le mouvement est d’en pouvoir former jusqu’à l’image du repos. Le sommeil, le calme de la nuit, la solitude, et le silence même, entrent dans les tableaux de la musique. On sait que le bruit peut produire l’effet du silence, et le silence l’effet du bruit, comme quand on s’endort à une lecture égale et monotone, et qu’on s’éveille à l’instant qu’elle cesse. Mais la musique agit plus intimement sur nous, en excitant par un sens des affections semblables à celles qu’on peut exciter par un autre ; et, comme le rapport ne peut être sensible que l’impression ne soit forte, la peinture, dénuée de cette force, ne peut rendre à la musique les imitations que celle-ci tire d’elle. Que toute la nature soit endormie, celui qui la contemple ne dort pas, et l’art du musicien consiste à substituer à l’image insensible de l’objet celle des mouvements que sa présence excite dans le cœur du contemplateur. Non seulement il agitera la mer, animera les flammes d’un incendie, fera couler les ruisseaux, tomber la pluie et grossir les torrents ; mais il peindra l’horreur d’un désert affreux, rembrunira les murs d’une prison souterraine, calmera la tempête, rendra l’air tranquille et serein, et répandra de l’orchestre une fraîcheur nouvelle sur les bocages. Il ne représentera pas directement ces choses, mais il excitera dans l’âme les mêmes sentiments qu’on éprouve en les voyant.
Chapitre XVIII – Que le système musical des Grecs n’avait aucun rapport au nôtre.
Comment ces changements sont-ils arrivés ? Par un changement naturel du caractère des langues. On sait que notre harmonie est une invention gothique. Ceux qui prétendent trouver le système des Grecs dans le nôtre se moquent de nous. Le système des Grecs n’avait absolument d’harmonique dans notre sens que ce qu’il fallait pour fixer l’accord des instruments sur des consonnances[270] parfaites. Tous les peuples qui ont des instruments à cordes sont forcés de les accorder par des consonnances ; mais ceux qui n’en ont pas ont dans leurs chants des inflexions que nous nommons fausses parce qu’elles n’entrent pas dans notre système, et que nous ne pouvons les noter. C’est ce qu’on a remarqué sur les chants des sauvages de l’Amérique, et c’est ce qu’on aurait dû remarquer aussi sur divers intervalles de la musique des Grecs, si l’on eût étudié cette musique avec moins de prévention pour la nôtre.
Les Grecs divisaient leur diagramme par tétracordes, comme nous divisons notre clavier par octaves ; et les mêmes divisions se répétaient exactement chez eux à chaque tétracorde, comme elles se répètent chez nous à chaque octave ; similitude qu’on n’eût pu conserver dans l’unité du mode harmonique, et qu’on n’aurait pas même imaginée. Mais comme on passe par des intervalles moins grands quand on parle que quand on chante, il fut naturel qu’ils regardassent la répétition des tétracordes, dans leur mélodie orale, comme nous regardons la répétition des octaves dans notre mélodie harmonique.
Ils n’ont reconnu pour consonnances que celles que nous appelons consonnances parfaites ; ils ont rejeté de ce nombre les tierces et les sixtes. Pourquoi cela ? C’est que l’intervalle du ton mineur étant ignoré d’eux, ou du moins proscrit de la pratique, et leurs consonnances n’étant point tempérées, toutes leurs tierces majeures étaient trop fortes d’un comma, leurs tierces mineures trop faibles d’autant, et par conséquent leurs sixtes majeures et mineures réciproquement altérées de même. Qu’on s’imagine maintenant quelles notions d’harmonie on peut avoir, et quels modes harmoniques on peut établir en bannissant les tierces et les sixtes du nombre des consonnances. Si les consonnances mêmes qu’ils admettaient leur eussent été connues par un vrai sentiment d’harmonie, ils les auraient au moins sous-entendues au-dessous de leurs chants, la consonnance tacite des marches fondamentales eût prêté son nom aux marches diatoniques qu’elles leur suggéraient. Loin d’avoir moins de consonnances que nous, ils en auraient eu davantage ; et, préoccupés, par exemple, de la basse ut sol, ils eussent donné le nom de consonnance à la seconde ut re.
Mais, dira-t-on, pourquoi donc des marches diatoniques ? Par un instinct qui dans une langue accentuée et chantante nous porte à choisir les inflexions les plus commodes : car entre les modifications trop fortes qu’il faut donner à la glotte pour entonner continuellement les grands intervalles des consonnances, et la difficulté de régler l’intonation dans les rapports très composés des moindres intervalles, l’organe prit un milieu, et tomba naturellement sur des intervalles plus petits que les consonnances, et plus simples que les comma ; ce qui n’empêcha pas que de moindres intervalles n’eussent aussi leur emploi dans des genres plus pathétiques.
Chapitre XIX – Comment la musique a dégénéré.
À mesure que la langue se perfectionnait, la mélodie, en s’imposant de nouvelles règles, perdait insensiblement de son ancienne énergie, et le calcul des intervalles fut substitué à la finesse des inflexions. C’est ainsi par exemple que la pratique du genre enharmonique s’abolit peu à peu. Quand les théâtres eurent pris une forme régulière, on n’y chantait plus que sur des modes prescrits ; et à mesure qu’on multipliait les règles de l’imitation, la langue imitative s’affaiblissait.
You say: Just as each color is determined by the angle of refraction of the ray that produces it, so too each sound is determined by the number of vibrations of the vibrating body within a given time. However, since the ratios of these angles and numbers are identical, the analogy is clear. Alright; but this analogy is based on reason, not on sensation—and that is not what is at issue here. First of all, the angle of refraction is something tangible and measurable, whereas the number of vibrations is not. Sound bodies, subjected to the influence of air, constantly change in size and produce different sounds. Colors, on the other hand, are permanent; sounds fade away, and we can never be certain that those that reappear are the same as those that have disappeared. Moreover, each color is absolute, independent; whereas each sound is relative to us and can only be distinguished through comparison. A sound, in itself, possesses no absolute characteristics that allow it to be recognized as such—it is described as low or high, loud or soft, in relation to another sound; on its own, it has none of these qualities. In the harmonic system too, no single sound is inherently “natural”; it is neither tonic nor dominant, nor harmonious nor fundamental, because all these properties are merely relationships. Since the entire system can vary from low to high, each sound changes in order and position within it depending on the system’s specific state. But the characteristics of colors are not based on such relationships. Yellow is yellow, independent of red or blue; it is always tangible and recognizable. And once we have determined the angle of refraction that produces it, we can be certain that this same yellow will exist at all times.
Colors do not reside within colored objects, but in light; in order for us to see an object, it must be illuminated. Sounds also require a source of vibration; for them to exist, the sound-producing object must be disturbed. This is another advantage of sight, for the constant emission of light from the stars serves as the natural instrument that affects our vision—whereas nature alone generates very few sounds. Moreover, unless we accept the existence of harmonic relationships among the celestial spheres, living beings are necessary to produce such harmonies.
It is evident from this that painting is closer to nature, while music belongs more to human art. It is also clear that one of them interests us more than the other precisely because it brings humans closer together and always gives us some insight into our kind. Painting is often dead and lifeless; it may transport you deep into a desert, but as soon as sounds reach your ears, they tell you of another being like yourself—they are, in a sense, the organs of the soul. And even when they depict solitude, they remind us that we are not alone. Birds sing, but only humans create music; and whenever we hear singing or a symphony, we immediately realize: Another sentient being is present here.
This is one of the greatest advantages of a musician: the ability to depict things that cannot be heard, whereas it is impossible for a painter to represent those that cannot be seen. Moreover, the greatest marvel of an art that operates solely through motion is its capacity to create even the image of stillness. Sleep, the tranquility of the night, solitude, and even silence itself find their expression in musical compositions. We know that noise can produce the effect of silence, and silence the effect of noise—just as one falls asleep while listening to monotonous reading and wakes up the moment it stops. But music affects us more profoundly, stirring emotions in us through one sense in a way similar to how other senses might do so. And since this effect is only possible when the impression is strong, painting, lacking such intensity, cannot replicate the kind of representations that music draws from it. Even when all nature seems asleep, the musician who contemplates it remains awake. His art consists in replacing the inert image of an object with the vivid images of the movements that its presence evokes in the observer’s heart. He will not merely stir the sea, enliven the flames of a fire, make rivers flow, cause rain to fall, or increase the force of torrents; he will also paint the horrors of a desolate wilderness, darken the walls of an underground prison, calm a storm, render the air tranquil and serene, and infuse the orchestra with a fresh, refreshing quality that touches the heart. He does not merely represent these things directly; he awakens in our souls the very emotions we would experience if we saw them with our own eyes.
Chapter XVIII – That the musical system of the Greeks had no relation to ours.
How did these changes come about? Through a natural evolution in the nature of languages themselves. It is well known that our musical system is a Gothic invention. Those who claim to find the Greek musical system within ours are simply mocking us. The Greek system contained nothing that could be considered harmonious in our sense, except for what was necessary to ensure that musical instruments were tuned to perfect consonances[270]. All peoples who possess stringed instruments are forced to tune them using such consonances; but those who do not have such instruments use intonations in their songs that we consider “false” because they do not fit into our system and cannot be notated. This was observed in the songs of the savages of America, and it could have been observed in various intervals of Greek music as well, if one had studied it without preconceptions based on our own system.
The Greeks divided their musical diagram into tetrachords, just as we divide our keyboard into octaves; and these same divisions occurred precisely again for each tetrachord in their system, just as they occur for each octave in ours. Such a similarity would have been impossible to maintain within the unity of a single harmonic mode—and in fact, it would never have even occurred to anyone to consider it possible. However, since we use smaller intervals when speaking than when singing, it was only natural for them to regard the repetition of tetrachords in their oral melodies in the same way that we regard the repetition of octaves in our harmonic compositions.
They recognized only those consonances that we call perfect consonances; they rejected the third and sixth degrees among these. Why? Because the interval of the minor tone was unknown to them, or at least prohibited in practice, and since their consonances were not tempered, all their major thirds were too strong by a semitone, their minor thirds too weak by the same amount; consequently, their major and minor sixths were similarly altered. One can easily imagine what notions of harmony they must have had, and what harmonic modes they could have established, by excluding the third and sixth degrees from the category of consonances. If they had truly understood the concept of harmony, they would have at least implicitly recognized certain consonances beneath their actual melodies—the implicit consonance inherent in the fundamental musical steps—which would have given those diatonic progressions their proper names. Far from having fewer consonances than we do, they would have had many more; and if they had focused, for example, on the bass note “ut sol,” they would have referred to the second note “ut re” as a consonance as well.
But, one might ask, why precisely diatonic scales? Out of an instinct that, in languages with strong accents and a melodious tone, leads us to choose the most convenient inflections: for, between the extreme modifications required of the vocal cords in order to continuously produce the large intervals of consonant sounds, and the difficulty of adjusting intonation in the complex relationships of smaller intervals, the vocal mechanism naturally settled on intervals that were smaller than those used for consonants and simpler than the so-called “commas.” Nevertheless, even these smaller intervals found their use in more expressive musical genres.
Chapter XIX – How Music Degenerated.
As the language became more refined, melody, by imposing new rules upon itself, gradually lost its former vitality, and the calculation of musical intervals replaced the subtlety of inflection. Thus, for example, the practice of enharmonic techniques was gradually abandoned. Once theaters took on a regular form, only prescribed modes were used in performances; and as the rules of imitation became more numerous, the language itself weakened as a result of these constraints.
Dite: poiché ogni colore è determinato dall’angolo di rifrazione del raggio che lo produce, allo stesso modo ogni suono è determinato dal numero delle vibrazioni del corpo sonoro in un dato lasso di tempo. Ora, poiché i rapporti tra questi angoli e questi numeri sono gli stessi, l’analogia è evidente. Bene; ma questa analogia è di ragione, non di sensazione. E non è di questo che si tratta. Prima di tutto, l’angolo di rifrazione è qualcosa di percepibile e misurabile, mentre il numero delle vibrazioni no. I corpi sonori, soggetti all’azione dell’aria, cambiano continuamente dimensioni e suoni; i colori, invece, sono permanenti. I suoni svaniscono, e non si ha mai la certezza che quelli che ricompaiono siano gli stessi di quelli che sono scomparsi. Inoltre, ogni colore è assoluto, indipendente; mentre ogni suono, per noi, è soltanto relativo, e si distingue solo attraverso il confronto. Un suono, in sé, non possiede alcun carattere assoluto che lo renda riconoscibile: è grave o acuto, forte o dolce, rispetto a un altro suono; in sé stesso, non è nulla di tutto ciò. Nel sistema armonico, nemmeno un suono è naturalmente “qualcosa di specifico”: non è tonico, né dominante, né armonico, né fondamentale, perché tutte queste proprietà sono soltanto rapporti. E poiché l’intero sistema può variare dal grave all’acuto, ogni suono cambia ordine e posizione all’interno di esso, a seconda del grado di variazione dello stesso sistema. Ma le proprietà dei colori non consistono in rapporti del genere. Il giallo è giallo, indipendentemente dal rosso e dal blu; ovunque sia, è percepibile e riconoscibile. E non appena si determina l’angolo di rifrazione che lo produce, si può essere certi che si tratti sempre dello stesso giallo, in qualsiasi momento.
I colori non si trovano negli oggetti colorati, ma nella luce; affinché un oggetto possa essere visto, è necessario che sia illuminato. Anche i suoni hanno bisogno di un corpo sonoro che li produca, e per esistere è necessario che tale corpo venga scosso. Questo rappresenta un altro vantaggio della vista: l’emissione continua delle stelle costituisce infatti lo strumento naturale che agisce su di essa; al contrario, la natura da sola genera pochi suoni. Inoltre, a meno di non ammettere l’esistenza di un’armonia tra le sfere celesti, sarebbero necessari esseri viventi per crearla.
Da ciò si evince che la pittura è più vicina alla natura, mentre la musica appartiene maggiormente all’arte umana. Si percepisce anche che l’una suscita un interesse maggiore dell’altra proprio perché avvicina di più l’uomo all’uomo stesso e ci fornisce sempre qualche idea dei nostri simili. La pittura è spesso morta e inanimata; può trasportarci nel cuore di un deserto, ma non appena dei suoni raggiungono le nostre orecchie, essi ci annunciano l’esistenza di un essere simile a noi; si potrebbero dire che tali suoni siano gli “organi dell’anima”. E anche se rappresentano la solitudine, ci fanno capire che non siamo realmente soli. Gli uccelli fischiando, l’uomo canta. E non si può ascoltare il canto degli uccelli o una sinfonia senza pensare immediatamente: “Qui c’è un altro essere sensibile”.
Uno dei più grandi vantaggi del musicista è quello di poter rappresentare ciò che non si potrebbe ascoltare, mentre al pittore è impossibile raffigurare ciò che non si potrebbe vedere; inoltre, il più grande miracolo di un’arte che agisce esclusivamente attraverso i suoni è quello di riuscire a creare anche l’immagine del silenzio. Il sonno, la calma della notte, la solitudine e persino il silenzio stesso fanno parte dei “quadri” creati dalla musica. Si sa che il rumore può produrre l’effetto del silenzio, e il silenzio quello del rumore: basta pensare a come ci si addormenta ascoltando una lettura monotona e regolare, per poi svegliarsi non appena essa finisce. Ma la musica agisce su di noi in modo ancora più profondo, stimolando emozioni simili a quelle che possono essere suscitate da altri sensi; e poiché questa stimolazione può essere efficace soltanto se l’impressione ricevuta è intensa, la pittura, priva di tale intensità, non riesce a riprodurre fedelmente ciò che la musica riesce a creare. Anche se tutta la natura sembra addormentata, colui che la osserva non lo è; l’arte del musicista consiste proprio nel sostituire l’immagine inanimata dell’oggetto con quella dei movimenti che la sua presenza suscita nel cuore di chi ascolta. Non solo riuscirà a far muovere il mare, animare le fiamme di un incendio, far scorrere i ruscelli, far piovere e ingrossare i torrenti; ma riuscirà anche a rappresentare l’orrore di un deserto desolato, ad oscurare le pareti di una prigione sotterranea, a placare la tempesta, a rendere l’aria tranquilla e serena. E dal suo strumento musicale sprigionerà una freschezza nuova su tutto ciò che lo circonda. Non rappresenterà direttamente queste cose, ma susciterà nell’anima degli ascoltatori gli stessi sentimenti che si provano osservandole di persona.
Capitolo XVIII – Che il sistema musicale dei Greci non aveva alcun rapporto con il nostro.
Come sono avvenuti questi cambiamenti? Attraverso un mutamento naturale nel carattere delle lingue. Sappiamo che la nostra armonia è un’invenzione gotica. Coloro che pretendono di trovare nel nostro sistema quello dei Greci si prendono gioco di noi. Il sistema greco non conteneva assolutamente nulla che potesse essere considerato armonico nel senso nostro, se non ciò che era necessario per accordare gli strumenti su consonanze perfette[270]. Tutti i popoli che possiedono strumenti a corda sono costretti ad accordarli seguendo determinate consonanze; ma coloro che ne sono sprovvisti utilizzano nelle loro canzoni delle inflessioni che noi definiamo “falsi”, perché non rientrano nel nostro sistema e perché non possiamo annotarle. È ciò che si è notato nelle canzoni dei selvaggi d’America, ed è ciò che avremmo dovuto osservare anche in diversi intervalli musicali dei Greci, se avessimo studiato quella musica con meno pregiudizi nei confronti della nostra.
I Greci dividevano il loro diagramma musicale in tetracordi, proprio come noi dividiamo il nostro pianoforte in ottave; e le stesse suddivisioni si ripetevano esattamente in loro per ogni tetracordo, così come avvviene in noi per ogni ottava. Una similitudine che non sarebbe stata possibile mantenere nell’unità del modo armonico, né tantomeno immaginare. Tuttavia, poiché quando si parla si utilizzano intervalli più brevi rispetto a quando si canta, era naturale che i Greci considerassero la ripetizione dei tetracordi nella loro musica orale esattamente come noi consideriamo la ripetizione delle ottave nella nostra musica armonica.
Hanno riconosciuto come consonanze soltanto quelle che noi chiamiamo consonanze perfette; hanno rifiutato, tra queste, le terze e le seste. Perché? Perché per loro l’intervallo della tonalità minore era sconosciuto, o almeno proibito nella pratica musicale, e poiché le loro consonanze non erano temperate, tutte le loro terze maggiori risultavano troppo forti di un comma, mentre le terze minori erano troppo deboli; di conseguenza, anche le loro seste maggiori e minori erano alterate nello stesso modo. Si possa ora immaginare quali concetti di armonia si potessero avere, e quali modi armonici si potessero creare bandendo terze e seste dal novero delle consonanze. Se le stesse consonanze che loro ammettevano fossero state conosciute attraverso un vero senso dell’armonia, le avrebbero almeno intuite come elementi fondamentali dei loro canti; la “consonanza tacita” delle note di base avrebbe dato il nome alle note diatoniche che essi stesso suggerivano. Lontanamente dal possedere meno consonanze di noi, ne avrebbero avute molte di più; e, preoccupandosi ad esempio della nota “ut sol”, avrebbero definito “consonanza” anche la nota “ut re”.
Ma, si potrebbe chiedere, perché proprio delle scale diatoniche? Per un istinto che, in una lingua accentuata e cantante, ci spinge a scegliere le inflessioni più comode: poiché, tra le modifiche troppo intense che è necessario apportare alla glottide per intonare continuamente gli intervalli maggiori delle consonanze, e la difficoltà di regolare l’intonazione nei rapporti molto complessi degli intervalli più piccoli, l’organo vocale ha trovato un compromesso naturale, scegliendo intervalli più ridotti di quelli delle consonanze e più semplici dei cosiddetti “comma”; il che non ha impedito, tuttavia, che anche questi intervalli minori avessero il loro utilizzo in generi musicali più lirici o drammatici.
Capitolo XIX – Come la musica sia degenerata.
Man mano che la lingua si perfezionava, la melodia, imponendo nuove regole, perdeva gradualmente la sua antica energia; il calcolo degli intervalli sostituì così la finezza delle inflessioni musicali. Fu in questo modo che, ad esempio, la pratica del genere enarmonico venne progressivamente abbandonata. Quando i teatri assunsero una forma regolare, si cantava soltanto secondo modi prestabiliti; e quanto più aumentavano le regole dell’imitazione, tanto più la lingua imitativa si indeboliva.
L’étude de la philosophie et le progrès du raisonnement, ayant perfectionné la grammaire, ôtèrent à la langue ce ton vif et passionné qui l’avait d’abord rendue si chantante. Dès le temps de Ménalippide et de Philoxène, les symphonistes, qui d’abord étaient aux gages des poètes et n’exécutaient que sous eux, et pour ainsi dire à leur dictée, en devinrent indépendants ; et c’est de cette licence que se plaint si amèrement la Musique dans une comédie de Phérécrate, dont Plutarque nous a conservé le passage. Ainsi la mélodie, commençant à n’être plus si adhérente au discours, prit insensiblement une existence à part, et la musique devint plus indépendante des paroles. Alors aussi cessèrent peu à peu ces prodiges qu’elle avait produits lorsqu’elle n’était que l’accent et l’harmonie de la poésie, et qu’elle lui donnait sur les passions cet empire que la parole n’exerça plus dans la suite que sur la raison. Aussi dès que la Grèce fut pleine de sophistes et de philosophes, n’y vit-on plus ni poètes ni musiciens célèbres. En cultivant l’art de convaincre on perdit celui d’émouvoir. Platon lui-même, jaloux d’Homère et d’Euripide, décria l’un et ne put imiter l’autre.
Bientôt la servitude ajouta son influence à celle de la philosophie. La Grèce aux fers perdit ce feu qui n’échauffe que les âmes libres, et ne trouva plus pour louer ses tyrans le ton dont elle avait chanté ses héros. Le mélange des Romains affaiblit encore ce qui restait au langage d’harmonie et d’accent. Le latin, langue plus sourde et moins musicale, fit tort à la musique en l’adoptant. Le chant employé dans la capitale altéra peu à peu celui des provinces ; les théâtres de Rome nuisirent à ceux d’Athènes, Quand Néron remportait des prix, la Grèce avait cessé d’en mériter, et la même mélodie, partagée à deux langues, convint moins à l’une et à l’autre.
Enfin arriva la catastrophe qui détruisit les progrès de l’esprit humain, sans ôter les vices qui en étaient l’ouvrage. L’Europe, inondée de barbares et asservie par des ignorants, perdit à la fois ses sciences, ses arts, et l’instrument universel des uns et des autres, savoir, la langue harmonieuse perfectionnée. Ces hommes grossiers que le nord avait engendrés accoutumèrent insensiblement toutes les oreilles à la rudesse de leur organe : leur voix dure et dénuée d’accent était bruyante sans être sonore. L’empereur Julien comparait le parler des Gaulois au coassement des grenouilles. Toutes leurs articulations étant aussi âpres que leurs voix étaient nasardes et sourdes, ils ne pouvaient donner qu’une sorte d’éclat à leur chant, qui était de renforcer le son des voyelles pour couvrir l’abondance et la dureté des consonnes.
Ce chant bruyant, joint à l’inflexibilité de l’organe, obligea ces nouveaux venus et les peuples subjugués qui les imitèrent de ralentir tous les sons pour les faire entendre. L’articulation pénible et les sons renforcés concoururent également à chasser de la mélodie tout sentiment de mesure et de rythme. Comme ce qu’il y avait de plus dur à prononcer était toujours le passage d’un son à l’autre, on n’avait rien de mieux à faire que de s’arrêter sur chacun le plus qu’il était possible, de le renfler, de le faire éclater le plus qu’on pouvait. Le chant ne fut bientôt plus qu’une suite ennuyeuse et lente de sons traînants et criés, sans douceur, sans mesure et sans grâce ; et si quelques savants disaient qu’il fallait observer les longues et les brèves dans le chant latin, il est sûr au moins qu’on chanta les vers comme de la prose, et qu’il ne fut plus question de pieds, de rythme, ni d’aucune espèce de chant mesuré.
Le chant, ainsi dépouillé de toute mélodie, et consistant uniquement dans la force et la durée des sons, dut suggérer enfin les moyens de le rendre plus sonore encore, à l’aide des consonnances. Plusieurs voix, traînant sans cesse à l’unisson des sons d’une durée illimitée, trouvèrent par hasard quelques accords qui, renforçant le bruit, le leur firent paraître agréable : et ainsi commença la pratique du discant et du contrepoint.
J’ignore combien de siècles les musiciens tournèrent autour des vaines questions que l’effet connu d’un principe ignoré leur fit agiter. Le plus infatigable lecteur ne supporterait pas dans Jean de Mûris le verbiage de huit ou dix grands chapitres, pour savoir, dans l’intervalle de l’octave coupée en deux consonnances, si c’est la quinte ou la quarte qui doit être au grave, et quatre cents ans après on trouve encore dans Bontempi des énumérations non moins ennuyeuses de toutes les basses qui doivent porter la sixte au lieu de la quinte. Cependant l’harmonie prit insensiblement la route que lui prescrit l’analyse, jusqu’à ce qu’enfin l’invention du mode mineur et des dissonances y eût introduit l’arbitraire dont elle est pleine, et que le seul préjugé nous empêche d’apercevoir[271].
La mélodie étant oubliée, et l’attention du musicien s’étant tournée entièrement vers l’harmonie, tout se dirigea peu à peu sur ce nouvel objet ; les genres, les modes, la gamme, tout reçut des faces nouvelles : ce furent les successions harmoniques qui réglèrent la marche des parties. Cette marche ayant usurpé le nom de mélodie, on ne put méconnaître en effet dans cette nouvelle mélodie les traits de sa mère ; et notre système musical étant ainsi devenu, par degrés, purement harmonique, il n’est pas étonnant que l’accent oral en ait souffert, et que la musique ait perdu pour nous presque toute son énergie.
Voilà comment le chant devint, par degrés, un art entièrement séparé de la parole, dont il tire son origine ; comment les harmoniques des sons firent oublier les inflexions de la voix ; et comment enfin, bornée à l’effet purement physique du concours des vibrations, la musique se trouva privée des effets moraux qu’elle avait produits quand elle était doublement la voix de la nature.
The study of philosophy and the advancement of reasoning, having perfected grammar, stripped language of that vivid, passionate tone which had initially made it so melodious. By the time of Menalippides and Philoxenus, the musicians, who at first were at the service of poets and performed only under their direction, almost as if dictated by them, had become independent; and it is precisely this independence that Music laments so bitterly in a comedy by Pherecrate, a passage of which Plutarch has preserved for us. Thus, as melody began to detach itself increasingly from speech, it gradually acquired an independent existence, and music became more autonomous than words. At the same time, those wonders that music had once performed—when it was nothing but the accent and harmony of poetry, giving expression to emotions in a way that speech would never afterward achieve—gradually ceased. And when Greece was filled with sophists and philosophers, no famous poets or musicians were left. In cultivating the art of persuasion, people lost the ability to move others emotionally. Even Plato himself, jealous of Homer and Euripides, condemned one and was unable to imitate the other.
Soon, the influence of slavery joined that of philosophy. Greece, bound in chains, lost that fire which could only ignite free souls; it no longer found the same fervor to praise its tyrants as it had once used to sing the praises of its heroes. The blending of Roman influences further weakened what remained of the language’s harmonious qualities and musicality. Latin, a duller and less musical language, did harm to music itself by adopting it. The style of singing practiced in the capital gradually altered that of the provinces; Rome’s theaters proved detrimental to those of Athens. By the time Nero won awards, Greece had already ceased to be worthy of them, and the same melody, when shared between two different languages, became less suitable for either of them.
At last, the catastrophe arrived that destroyed the advances of the human mind, without eliminating the vices that had given rise to them. Europe, flooded with barbarians and enslaved by ignorants, lost both its sciences, its arts, and the universal instrument for both—knowledge, the harmonious and refined language. These crude people, born in the north, gradually accustomed all ears to the rudeness of their speech: their harsh, accentless voices were loud yet lacking in clarity. Emperor Julian compared the speech of the Gauls to the croaking of frogs. With every joint in their bodies as rough as their voices were nasal and dull, they could only impart a certain kind of “luster” to their songs—by exaggerating the sound of vowels to mask the abundance and harshness of consonants.
This loud singing, combined with the rigidity of the vocal instrument, forced these newcomers and the subdued peoples who imitated them to slow down all their sounds in order to make them audible. The difficult articulation and the amplified noises also contributed to stripping the melody of any sense of measure or rhythm. Since the most challenging part of pronunciation always involved transitioning from one sound to another, the only option was to linger on each sound as long as possible, exaggerating its intensity and making it burst forth with maximum force. Soon, singing became nothing more than a tedious, slow succession of drawn-out, harsh sounds—without any sweetness, measure, or grace. And although some scholars claimed that the long and short syllables in Latin poetry should be respected, it was clear that these verses were sung just like prose, without any regard for meter, rhythm, or any form of measured singing at all.
The chant, thus stripped of all melody and consisting solely of the strength and duration of the sounds, had to suggest, eventually, ways to make it even more sonorous through the use of consonances. Several voices, continuously producing sounds of indefinite duration in unison, accidentally discovered certain harmonies that, by intensifying the overall sound, made it seem pleasing to the ear; and thus the practice of discant and counterpoint began.
I do not know how many centuries musicians spent pondering those futile questions—questions arising from the known effects of principles that remained unknown to them. Even the most patient reader could hardly endure the tedious verbiage of eight or ten long chapters in Jean de Mûris, just to find out, in the context of an octave divided into two consonances, whether it is the fifth or the fourth interval that should be used in the lowest register. Four hundred years later, we still find in Bontempi similar, equally tedious enumerations of all those bass intervals that are supposed to use the sixth instead of the fifth. Yet harmony gradually took on the path dictated by analytical reasoning—until, ultimately, the invention of the minor mode and dissonances introduced arbitrary elements into its structure, elements that our prejudices still prevent us from seeing today[271].
Since the melody was forgotten and the musician’s attention was entirely focused on harmony, everything gradually shifted towards this new aspect; musical genres, modes, and the scale all acquired new meanings: it was the harmonic sequences that now determined the progression of the various musical parts. Since this progression came to be called “melody,” it was only natural to recognize the traces of its original form in this new manifestation. And since our musical system had gradually become purely harmonic in nature, it is not surprising that the oral expression of music suffered as a result, and that music itself lost nearly all of its former vitality for us.
In this way, song gradually became an art entirely separate from speech, though it originated from it; in this way, the harmonics of sounds made people forget about the inflections of the voice; and ultimately, limited to the purely physical effects produced by the combination of vibrations, music was deprived of those moral effects it once possessed when it was simultaneously the voice of nature.
Lo studio della filosofia e il progresso del ragionamento, avendo perfezionato la grammatica, privarono la lingua di quel tono vivace e appassionato che in origine la rendeva così incantevole. Già ai tempi di Menalippo e Filosseno, i musicisti, che inizialmente erano al servizio dei poeti e eseguivano soltanto su loro istruzioni, divennero indipendenti; ed è proprio di questa libertà che si lamenta amaramente la Musica in una commedia di Ferocrate, di cui Plutarco ci ha conservato il passaggio. Così, la melodia, smettendo gradualmente di essere strettamente legata al discorso, assunse progressivamente un’esistenza a sé stante, e la musica divenne sempre più indipendente dalle parole. In quel momento cessarono anche quei miracoli che essa aveva compiuto quando non era altro che l’accento e l’armonia della poesia, e quando le conferiva su di esse quell’influenza sulle passioni che in seguito la parola riuscì a esercitare soltanto sulla ragione. Così, non appena la Grecia si riempì di sofisti e filosofi, non vi furono più poeti né musicisti celebri. Coltivando l’arte di convincere, si perse quella di commuovere. Anche Platone stesso, geloso di Omero ed Euripide, denunciò il primo e non riuscì a imitare il secondo.
Ben presto, la schiavitù aggiunse il proprio influenzo a quello della filosofia. La Grecia, ridotta in schiavitù, perse quel fuoco che infuoca soltanto le anime libere e non trovò più, per lodare i suoi tiranni, lo stesso tono con cui aveva cantato i suoi eroi. Il miscuglio delle usanze romane indebolì ulteriormente ciò che rimaneva nel linguaggio greco di armonia e musicalità. Il latino, lingua più cupa e meno melodiosa, danneggiò la musica stessa adottandola. Il canto utilizzato nella capitale alterò gradualmente quello delle province; i teatri di Roma furono un danno per quelli di Atene. Quando Nerone vinse dei premi, la Grecia aveva già smesso di meritarli. E la stessa melodia, condivisa tra due lingue diverse, risultava meno adatta a ciascuna di esse.
Finalmente arrivò la catastrofe che distrusse i progressi dello spirito umano, senza però eliminare i vizi che ne erano la causa. L’Europa, invasa da barbari e sottomessa da ignoranti, perse contemporaneamente le sue scienze, le sue arti e lo strumento universale per l’apprendimento: la lingua, quella armoniosa e perfetta forma di comunicazione. Questi uomini rozzi, generati dal nord, abituarono gradualmente tutte le orecchie all’asprezza del loro modo di parlare: le loro voci dure e prive di accento erano rumorose, ma non sonore. L’imperatore Giuliano paragonava il modo di parlare dei Galli al gracchiare delle rane. Poiché tutte le loro articolazioni erano altrettanto ruvide quanto le loro voci erano nasali e sordide, riuscivano a produrre soltanto un suono stridulo nel loro canto; in realtà, quel “canto” consisteva semplicemente nel rafforzare il suono delle vocali per coprire l’abbondanza e la durezza delle consonanti.
Quel canto rumoroso, unito all’inflexibilità dell’organo vocale, costrinse questi nuovi arrivati e i popoli sottomessi che li imitavano a rallentare tutti i suoni affinché fossero chiaramente udibili. L’articolazione difficile e i suoni amplificati contribuirono anch’essi a privare la melodia di ogni senso di misura e ritmo. Poiché la parte più difficile da pronunciare era sempre il passaggio da un suono all’altro, non si poteva fare altro che soffermarsi il più possibile su ciascun suono, amplificarlo al massimo. Presto quel canto divenne soltanto una sequenza noiosa e lenta di suoni strascicati e gridati, privi di dolcezza, misura o grazia; e se alcuni studiosi affermavano che fosse necessario rispettare le lunghe e le brevi sillabe nel canto latino, è certo comunque che i versi venivano cantati come prosa, senza alcun riguardo per i ritmi o la misura musicale.
Il canto, privato di qualsiasi melodia e costituito unicamente dalla forza e dalla durata dei suoni, dovette alla fine suggerire i mezzi per renderlo ancora più sonoro, utilizzando le consonanze. Diverse voci, che ripetevano continuamente all’unisono suoni di durata illimitata, trovarono per caso alcuni accordi che, rafforzando il rumore prodotto, lo resero piacevole all’ascolto: ed è così che nacquero le pratiche del discanto e del contrappunto.
Non so quanti secoli i musicisti abbiano perso in discussioni vane, sollecitate dall’effetto conosciuto di principi ignorati. Nemmeno il lettore più instancabile potrebbe sopportare, in opere come “Jean de Mûris”, l’enorme quantità di parole contenute in otto o dieci lunghi capitoli, solo per scoprire, nell’intervallo tra un’ottava divisa in due consonanze, se sia la quinta o la quarta quella che deve essere utilizzata nel registro grave. Quattrocento anni dopo, si trovano ancora in opere come quelle di Bontempi elenzioni altrettanto noiose riguardanti tutte le note basse che dovrebbero sostituire la quinta nella formazione delle armonie. Tuttavia, l’armonia ha gradualmente seguito il percorso indicato dall’analisi musicale, fino a quando l’invenzione del modo minore e delle dissonanze non vi hanno introdotto un elemento di arbitrarietà che ne caratterizza ancora oggi l’essenza; ed è soltanto un pregiudizio a impedirci di comprendere appieno questa realtà[271].
Poiché la melodia era stata dimenticata e l’attenzione del musicista si era completamente rivolta all’armonia, tutto gradualmente si concentrò su questo nuovo aspetto della musica; i generi musicali, gli modi, la scala, tutto assunse nuove caratteristiche: furono le sequenze armoniche a determinare lo sviluppo delle parti musicali. Poiché questa nuova struttura armonica aveva sostituito il concetto di melodia tradizionale, non fu difficile riconoscere nei nuovi brani i tratti della “melodia madre”. E poiché il nostro sistema musicale era gradualmente diventato puramente armonico, non sorprende che l’effetto espressivo della musica orale ne risentisse negativamente, facendo sì che essa perdesse quasi tutta la sua energia comunicativa.
Ecco come il canto, gradualmente, divenne un’arte completamente separata dalla parola da cui trae origine; come le armonie dei suoni fecero dimenticare le inflessioni della voce; e come, infine, limitata esclusivamente all’effetto puramente fisico della combinazione delle vibrazioni, la musica perse gli effetti morali che un tempo possedeva, quando era al contempo la “voce” della natura.