Rousseau
Abstract
Rousseau’s critical judgment on the abbé de Saint-Pierre’s project for perpetual peace: he acknowledges its rational soundness and general usefulness, but observes that sovereigns will never adopt it, since their apparent interest (domination and ambition) prevails over their real interest (peace).
Connections
Assi: Legittimità del potere, Stato e individuo
Posizioni: contratto sociale
Concetti: Stato, legge
Forme: saggio
Scuole: illuminismo
Testo originale francese · Arvensa Editions · pubblico dominio
Le Projet de la Paix perpétuelle, étant par son objet le plus digne d’occuper un homme de bien, fut aussi de tous ceux de l’abbé de Saint-Pierre celui qu’il médita le plus longtemps et qu’il suivit avec le plus d’opiniâtreté ; car on a peine à nommer autrement ce zèle de missionnaire qui ne l’abandonna jamais sur ce point, malgré l’évidente impossibilité du succès, le ridicule qu’il se donnait de jour en jour, et les dégoûts qu’il eut sans cesse à essuyer. Il semble que cette âme saine, uniquement attentive au bien public, mesurait les soins qu’elle donnait aux choses uniquement sur le degré de leur utilité, sans jamais se laisser rebuter par les obstacles ni songer à l’intérêt personnel.
Si jamais vérité morale fut démontrée, il me semble que c’est l’utilité générale et particulière de ce projet. Les avantages qui résulteraient de son exécution, et pour chaque prince, et pour chaque peuple et pour toute l’Europe, sont immenses, clairs, incontestables ; on ne peut rien de plus solide et de plus exact que les raisonnements par lesquels l’auteur les établit. Réalisez sa république européenne durant un seul jour, c’en est assez pour la faire durer éternellement, tant chacun trouverait par l’expérience son profit particulier dans le bien commun. Cependant ces mêmes princes qui la défendraient de toutes leurs forces si elle existait, s’opposeraient maintenant de même à son exécution, et l’empêcheront infailliblement de s’établir comme ils l’empêcheraient de s’éteindre. Ainsi l’ouvrage de l’abbé de Saint-Pierre sur la paix perpétuelle paraît d’abord inutile pour la produire et superflu pour la conserver. C’est donc une vaine spéculation, dira quelque lecteur impatient. Non, c’est un livre solide et sensé, et il est très important qu’il existe.
Commençons par examiner les difficultés de ceux qui ne jugent pas des raisons par la raison, mais seulement par l’événement, et qui n’ont rien à objecter contre ce projet, sinon qu’il n’a pas été exécuté. En effet, diront-ils sans doute, si ses avantages sont si réels, pourquoi donc les souverains de l’Europe ne l’ont-ils pas adopté ? Pourquoi négligent-ils leur propre intérêt, si cet intérêt leur est si bien démontré ? Voit-on qu’ils rejettent d’ailleurs les moyens d’augmenter leurs revenus et leur puissance ? Si celui-ci était aussi bon pour cela qu’on le prétend, est-il croyable qu’ils en fussent moins empressés que de tous ceux qui les égarent depuis si longtemps, et qu’ils préférassent mille ressources trompeuses à un profit évident ?
Sans doute, cela est croyable ; à moins qu’on ne suppose que leur sagesse est égale à leur ambition, et qu’ils voient d’autant mieux leurs avantages qu’ils les désirent plus fortement ; au lieu que c’est la grande punition des excès de l’amour-propre de recourir toujours à des moyens qui l’abusent, et que l’ardeur même des passions est presque toujours ce qui les détourne de leur but. Distinguons donc en politique ainsi qu’en morale l’intérêt réel de l’intérêt apparent : le premier se trouverait dans la paix perpétuelle ; cela est démontré dans le projet ; le second se trouve dans l’état d’indépendance absolue qui soustrait les souverains à l’empire de la loi pour les soumettre à celui de la fortune. Semblables à un pilote insensé, qui, pour faire montre d’un vain savoir et commander à ses matelots, aimerait mieux flotter entre des rochers durant la tempête que d’assujettir son vaisseau par des ancres.
Toute l’occupation des rois, ou de ceux qu’ils chargent de leurs fonctions, se rapporte à deux seuls objets, étendre leur domination au-dehors et la rendre plus absolue au dedans : toute autre vue, ou se rapporte à l’une de ces deux, ou ne leur sert que de prétexte ; telles sont celles du bien public, du bonheur des sujets, de la gloire de la nation ; mots à jamais proscrits du cabinet, et si lourdement employés dans les édits publics, qu’ils n’annoncent jamais que des ordres funestes, et que le peuple gémit d’avance quand ses maîtres lui parlent de leurs soins paternels.
Qu’on juge, sur ces deux maximes fondamentales, comment les princes peuvent recevoir une proposition qui choque directement l’une, et qui n’est guère plus favorable à l’autre. Car on sent bien que par la diète européenne le gouvernement de chaque état n’est pas moins fixé que par ses limites ; qu’on ne peut garantir les princes de la révolte des sujets sans garantir en même temps les sujets de la tyrannie des princes, et qu’autrement l’institution ne saurait subsister. Or, je demande s’il y a dans le monde un seul souverain qui, borné ainsi pour jamais dans ses projets les plus chéris, supportât sans indignation la seule idée de se voir forcé d’être juste, non seulement avec les étrangers, mais même avec ses propres sujets.
Il est facile encore de comprendre que d’un côté la guerre et les conquêtes, et de l’autre le progrès du despotisme s’entraident mutuellement ; qu’on prend à discrétion, dans un peuple d’esclaves, de l’argent et des hommes pour en subjuguer d’autres ; que réciproquement la guerre fournit un prétexte aux exactions pécuniaires, et un autre non moins spécieux d’avoir toujours de grandes armées pour tenir le peuple en respect. Enfin, chacun voit assez que les princes conquérants font pour le moins autant la guerre à leurs sujets qu’à leurs ennemis, et que la condition des vainqueurs n’est pas meilleure que celle des vaincus. J’ai battu les Romains, écrivait Annibal aux Carthaginois ; envoyez-moi des troupes : j’ai mis l’Italie à contribution, envoyez-moi de l’argent. Voilà ce que signifient les Te Deum, les feux de joie, et l’allégresse du peuple aux triomphes de ses maîtres.
Quant aux différends entre prince et prince, peut-on espérer de soumettre à un tribunal supérieur des hommes qui s’osent vanter de ne tenir leur pouvoir que de leur épée, et qui ne font mention de Dieu même que parce qu’il est au ciel ? Les souverains se soumettront-ils dans leurs querelles à des voies juridiques, que toute la rigueur des lois n’a jamais pu forcer les particuliers d’admettre dans les leurs ? Un simple gentilhomme offensé dédaigne de porter ses plaintes au tribunal des maréchaux de France, et vous voulez qu’un roi porte les siennes à la diète européenne ? Encore y a-t-il cette différence, que l’un pèche contre les lois et expose doublement sa vie, au lieu que l’autre n’expose guère que ses sujets ; qu’il use, en prenant les armes, d’un droit avoué de tout le genre humain, et dont il prétend n’être comptable qu’à Dieu seul.
Un prince qui met sa cause au hasard de la guerre n’ignore pas qu’il court des risques ; mais il en est moins frappé que des avantages qu’il se promet, parce qu’il craint bien moins la fortune qu’il n’espère de sa propre sagesse. S’il est puissant, il compte sur ses forces ; s’il est faible, il compte sur ses alliances ; quelquefois il lui est utile au-dedans de purger de mauvaises humeurs, d’affaiblir des sujets indociles, d’essuyer même des revers, et le politique habile sait tirer avantage de ses propres défaites. J’espère qu’on se souviendra que ce n’est pas moi qui raisonne ainsi, mais le sophiste de cour, qui préfère un grand territoire et peu de sujets pauvres et soumis, à l’empire inébranlable que donnent au prince la justice et les lois sur un peuple heureux et florissant.
C’est encore par le même principe qu’il réfute en lui-même l’argument tiré de la suspension du commerce, de la dépopulation, du dérangement des finances, et des pertes réelles que cause une vaine conquête. C’est un calcul très fautif que d’évaluer toujours en argent les gains ou les pertes des souverains ; le degré de puissance qu’ils ont en vue ne se compte point par les millions qu’on possède. Le prince fait toujours circuler ses projets ; il veut commander pour s’enrichir, et s’enrichir pour commander. Il sacrifiera tour à tour l’un et l’autre pour acquérir celui des deux qui lui manque : mais ce n’est qu’afin de parvenir à les posséder enfin tous les deux ensemble qu’il les poursuit séparément ; car, pour être le maître des hommes et des choses, il faut qu’il ait à la fois l’empire et l’argent.
Ajoutons enfin, sur les grands avantages qui doivent résulter, pour le commerce, d’une paix générale et perpétuelle, qu’ils sont bien en eux-mêmes certains et incontestables, mais qu’étant communs à tous ils ne seront réels pour personne ; attendu que de tels avantages ne se sentent que par leurs différences, et que, pour augmenter sa puissance relative, on ne doit chercher que des biens exclusifs.
The Project for Eternal Peace, being in its very nature the most worthy endeavor for a man of virtue to undertake, was also the one that Abbe de Saint-Pierre contemplated for the longest time and pursued with the greatest determination. For it is hardly possible to describe otherwise this zeal as a missionary, which never abandoned him on this matter—despite the obvious impossibility of success, the ridicule he endured day after day, and the constant setbacks he faced. It seems that this sound-minded individual, devoted solely to the public good, measured the value of his efforts solely by their usefulness, never letting obstacles deter him or considering personal interests at all.
If ever any moral truth were demonstrated, it seems to me that it is the general and specific usefulness of this project. The benefits that would result from its implementation—for every prince, for every people, and for all of Europe—are immense, clear, and indisputable; one cannot find anything more solid or precise than the arguments by which its author establishes these benefits. If such a European republic were established for even just one day, it would be enough to ensure its lasting existence, for everyone would discover in practice their own particular advantage within the common good. Yet precisely those same princes who would defend it with all their might if it already existed would now oppose its implementation and would undoubtedly prevent it from taking root, just as they would prevent it from disappearing. Thus, the work of Abbé de Saint-Pierre on perpetual peace seems at first glance to be useless for achieving it and superfluous for preserving it. “It is but a vain speculation,” some impatient reader might say. No—it is a solid and sensible book, and it is of great importance that it exist.
Let us begin by examining the difficulties faced by those who do not judge reasons on their own merits but solely based on outcomes, and who have no objection to this plan except that it has not been implemented. Indeed, they will probably ask, if its benefits are so real, why then have the sovereigns of Europe not adopted it? Why would they neglect their own interests when these interests are so clearly demonstrated to them? It is evident that they reject any means that could increase their revenues and power. If this plan were truly as effective as claimed, would it be credible that they would show less enthusiasm for it than for all those deceptive schemes that have misled them for so long? Would they prefer a thousand misleading approaches to a clear and obvious benefit?
Without doubt, this is credible; unless one assumes that their wisdom is equal to their ambition, and that they perceive their advantages more clearly precisely because they desire them more intensely. In fact, the great punishment of the excesses of self-love is that it always leads one to resort to means that abuse it, and that it is often the very intensity of one’s passions that prevents them from achieving their goals. Therefore, in both politics and morality, we must distinguish between real interests and apparent interests: the former lies in perpetual peace—this has been demonstrated in various proposals—and the latter lies in a state of absolute independence that frees sovereigns from the rule of law and subordinates them to the whims of fate. Such individuals are like reckless sailors who, in order to display their false knowledge and command their crew, would prefer to drift aimlessly among rocks during a storm than to secure their vessel with solid anchors.
The entire concern of kings, or those they appoint to carry out their functions, revolves around only two objectives: to extend their dominion outward and to make it more absolute inwardly. Any other considerations either relate to one of these two goals or merely serve as pretexts for them; such are the so-called concerns for the public good, the happiness of the subjects, or the glory of the nation. These terms have long been banished from the royal councils, yet they are so frequently used in official decrees that they always signify dire orders. And the people already groan in anticipation whenever their masters speak of their “fatherly care” for them.
Based on these two fundamental maxims, one can consider how princes may receive proposals that directly offend one of them while being hardly more favorable to the other. It is clear that, through the European system of checks and balances, the governance of each state is just as constrained by its established boundaries as it is by those limits. To guarantee princes against their subjects’ rebellion would mean simultaneously guaranteeing subjects against the tyranny of their princes; otherwise, such an institution could not endure at all. Now, I ask: is there in this world a single sovereign who, being thus permanently limited in his most cherished ambitions, would not indignantly reject the very notion of being forced to act justly—not only toward foreigners but also toward his own subjects?
It is still easy to understand that, on one hand, war and conquests, and on the other hand, the progression of despotism, reinforce each other; that in a society of slaves, money and men are exploited in order to subjugate others; and that, conversely, war provides a pretext for financial exactions, as well as another seemingly legitimate reason for maintaining large armies in order to keep the people in fear. Finally, it is clear that conquering princes wage war against their subjects just as much as against their enemies, and that the fate of the victors is no better than that of the vanquished. “I have defeated the Romans,” Hannibal wrote to the Carthaginians; “send me troops—I have exhausted Italy; send me money.” Such are the true meanings of those triumphant ceremonies, the celebratory fires, and the joy of the people at their masters’ victories.
As for the disputes between princes, can one hope to bring before a higher tribunal those who dare boast that their power comes solely from their swords, and who mention God only because he resides in heaven? Will sovereigns submit to legal processes in their conflicts, when even the strictest laws have never been able to compel ordinary individuals to do the same in their own disputes? A mere gentleman offended refuses to bring his grievances before the court of the marshals of France—yet you would have a king do so before the European Diet? Moreover, there is this difference: one commits an offense against the law and thus puts his own life at double risk, while the other endangers only his subjects; one uses, in taking up arms, a right acknowledged by all of humanity, and for which he claims to be accountable solely to God.
A prince who risks his cause in war is fully aware of the dangers involved; yet these dangers weigh less on him than the benefits he expects to gain, for he fears misfortune far less than he hopes for the wisdom that will guide him. If he is powerful, he relies on his own strength; if weak, he counts on his alliances. Sometimes it is even advantageous for him to endure setbacks—to purge bad elements from his realm, to weaken disobedient subjects, or even to suffer defeats. A skilled politician knows how to turn such reversals to his advantage. I hope it will be remembered that it is not I who speak in this way, but the courtly sophist—who prefers a large territory with few poor and submissive subjects to the unshakable empire that justice and laws can bring a prince over a happy and prosperous people.
It is still on the basis of this same principle that he refutes in advance the arguments drawn from the suspension of trade, population decline, financial disruption, and the actual losses caused by futile conquests. It is a profoundly mistaken approach to always measure the gains or losses of sovereigns in terms of money; the degree of power they seek is not determined by the amount of wealth they possess. The prince constantly puts his plans into action; he seeks to command in order to enrich himself, and to enrich himself in order to command further. He will sacrifice one goal after another in order to attain the one that is still lacking to him—yet it is only with the ultimate aim of possessing both goals simultaneously that he pursues them separately. For to become the master of men and things, one must possess both power and wealth.
Finally, let us add that the great advantages which a general and perpetual peace must bring to commerce are indeed certain and indisputable in themselves; yet since they are common to all, they will be of no real benefit to any particular individual. For such advantages can only be perceived through their differences, and in order to increase one’s relative power, one must seek only those goods that are exclusive to oneself.
Il Progetto di Pace Perpetua, essendo per il suo oggetto il più degno di occupare un uomo di bene, fu anche tra tutti quelli dell’abate di Saint-Pierre quello che egli meditò per il periodo più lungo e su cui si impegnò con la massima determinazione; poiché è difficile trovare un altro nome per quel zelo missionario che non lo abbandonò mai in questa materia, nonostante l’evidente impossibilità di successo, il ridicolo che ne derivava ogni giorno e le delusioni continue che doveva subire. Sembra che quest’anima sana, interamente dedicata al bene pubblico, valutasse gli sforzi che compiva in base esclusivamente al grado di utilità delle cose, senza mai lasciarsi scoraggiare dagli ostacoli né considerare i propri interessi personali.
Se mai una verità morale venisse dimostrata, mi sembra che sia proprio l’utilità generale e particolare di questo progetto a renderla evidente. I vantaggi derivanti dalla sua attuazione, sia per ogni principe che per ogni popolo e per tutta Europa, sono immensi, chiari e incontestabili; non esistono ragionamenti più solidi ed esatti di quelli con cui l’autore li sostiene. Realizzate questa repubblica europea anche solo per un giorno: basterebbe per farla durare per sempre, poiché ognuno troverebbe nel bene comune il proprio vantaggio personale. Tuttavia, quegli stessi principi che la difenderebbero con tutte le loro forze se esistesse, si opporrebbero oggi allo stesso modo alla sua attuazione e ne impedirebbero inevitabilmente la realizzazione, così come l’impedirebbero di estinguersi. Ecco perché l’opera dell’abate di Saint-Pierre sulla pace perpetua sembra inizialmente inutile per realizzarla e superflua per mantenerla. Un’illusoria speculazione, direbbe qualche lettore impaziente. No: è un libro solido e sensato, e è estremamente importante che esista.
Iniziamo esaminando le difficoltà di coloro che non giudicano le ragioni sulla base della ragione stessa, ma soltanto in base agli eventi, e che non hanno nulla da obiettare a questo progetto, se non il fatto che non sia stato attuato. Infatti, diranno certamente: se i suoi vantaggi sono davvero così reali, perché allora i sovrani d’Europa non lo hanno adottato? Perché trascurano il proprio interesse, se tale interesse è loro così chiaramente dimostrato? Si nota inoltre che essi rifiutano decisamente i mezzi per aumentare i propri redditi e la propria potenza. Se questo progetto fosse davvero efficace come si sostiene, è credibile che essi ne fossero meno desiderosi di tutti coloro che li hanno ingannati per così tanto tempo, preferendo mille metodi ingannevoli a un profitto evidente?
Senza dubbio, ciò è credibile; a meno che non si supponga che la loro saggezza sia pari alla loro ambizione, e che vedano i propri vantaggi tanto più chiaramente quanto li desiderino con maggiore intensità; al contrario, la grande punizione degli eccessi dell’amor-propre consiste proprio nel dover ricorrere sempre a mezzi che lo abusano, e spesso è proprio l’intensità stessa delle passioni a allontanarle dal loro vero obiettivo. Pertanto, sia in politica che in morale, è necessario distinguere tra l’interesse reale e quello apparente: il primo risiederebbe nella pace perpetua; ciò è dimostrato nel progetto proposto; il secondo invece nell’indipendenza assoluta, che libera i sovrani dal dominio della legge per sottometterli al potere del caso. Sono come un pilota folle, che, per ostentare una vanità di conoscenza e comandare i propri marinai, preferirebbe far naufragiare la nave tra le rocce durante la tempesta piuttosto che assicurarne la stabilità con gli anelli.
L’unica occupazione dei re, o di coloro che vengono incaricati delle loro funzioni, riguarda soltanto due obiettivi: estendere il loro dominio all’esterno e renderlo ancora più assoluto all’interno del loro regno. Qualsiasi altra considerazione si riferisce o a uno di questi due obiettivi, oppure non serve altro che da pretesto per raggiungerli; sono queste le considerazioni legate al bene pubblico, al benessere dei sudditi, alla gloria della nazione. Parole per sempre bandite dai dibattiti politici, eppure ampiamente utilizzate negli editti ufficiali, tali da annunciare soltanto ordini funesti; il popolo geme in anticipo quando i suoi sovrani parlano dei loro “cari interessi”.
Si può giudicare, sulla base di queste due massime fondamentali, come i principi possano ricevere una proposta che offende direttamente l’una e che non è affatto più favorevole all’altra. Infatti, è evidente che il governo di ogni stato non è meno vincolato dalle sue frontiere di quanto lo sia dalla dieta europea; non si può garantire ai principi la protezione contro le rivolte dei sudditi senza al contempo garantire ai sudditi la protezione contro la tirannia dei principi, altrimenti tale istituzione non potrebbe sopravvivere. Ora, mi chiedo se esista nel mondo un solo sovrano che, essendo così per sempre limitato nei suoi progetti più cari, sopporterebbe senza indignazione l’idea di dover essere giusto, non solo con gli stranieri, ma anche con i propri sudditi.
È ancora facile comprendere come, da un lato, la guerra e le conquiste e, dall’altro, il progresso del dispotismo si influenzino a vicenda; come, in un popolo di schiavi, si possano prendere a piacimento denaro e uomini per sottometterne altri; e come, al contrario, la guerra fornisca un pretesto per esazioni finanziarie, nonché un altro pretesto altrettanto valido per mantenere il controllo sul popolo attraverso l’esistenza di grandi eserciti. Infine, è evidente che i principi conquistatori conducono la guerra tanto contro i loro sudditi quanto contro i loro nemici, e che la condizione dei vincitori non è affatto migliore di quella dei vinti. “Ho sconfitto i Romani”, scriveva Annibale ai Cartaginesi; “mandatemi truppe: ho messo l’Italia a contribuzione, mandatemi denaro”. Ecco ciò che significano i canti di ringraziamento, le celebrazioni e la gioia del popolo per i trionfi dei suoi padroni.
Per quanto riguarda i dissidi tra principi, si può forse sperare di sottoporre a un tribunale superiore individui che osano vantarsi di basare il loro potere esclusivamente sulla spada, e che menzionano Dio soltanto perché egli si trova in cielo? Si sottometteranno i sovrani, nelle loro contese, a procedure legali, quando tutta la severità delle leggi non è mai riuscita a costringere i privati ad adottarle nelle loro controversie? Un semplice gentiluomo offeso disprezza l’idea di presentare le proprie lamentele al tribunale dei marescialli di Francia; e voi vorreste che un re presentasse le sue lamentele alla dieta europea? Inoltre, c’è questa differenza: uno commette un reato contro la legge e mette a rischio la propria vita in doppio modo, mentre l’altro mette a rischio soltanto i suoi sudditi; uno utilizza, impugnando le armi, un diritto riconosciuto da tutta l’umanità, e di cui sostiene di dover rendere conto soltanto a Dio.
Un principe che mette la propria causa a rischio nella guerra non ignora di correre dei pericoli; tuttavia ne è meno colpito di quanto ne sia influenzato dai vantaggi che si promette, poiché teme molto meno il destino di quanto speri nella propria saggezza. Se è potente, conta sulle proprie forze; se è debole, conta sulle proprie alleanze; a volte gli è utile, all’interno del proprio regno, purgarsi di cattive inclinazioni, indebolire sudditi ribelli, persino subire sconfitte. E un politico abile sa trarre vantaggio anche dalle proprie sconfitte. Spero che si ricordi che non sono io a ragionare in questo modo, ma il sofista di corte, che preferisce un vasto territorio e pochi sudditi poveri e sottomessi all’impero solido e stabile che la giustizia e le leggi possono dare a un principe su un popolo felice e prospero.
È ancora seguendo lo stesso principio che egli confuta in se stesso l’argomento basato sulla sospensione del commercio, sulla diminuzione della popolazione, sul disordine finanziario e sulle perdite reali causate da una conquista vana. È un calcolo molto errato valutare sempre in termini di denaro i guadagni o le perdite dei sovrani; il grado di potere che essi mirano ad ottenere non si misura certo in milioni di sterline posseduti. Il principe fa sempre circolare i suoi progetti: vuole comandare per arricchirsi, e arricchirsi per poter comandare. Sacrificherà alternativamente l’uno o l’altro per ottenere ciò che gli manca; ma è solo allo scopo di possederli entrambi insieme che li persegue separatamente. Poiché, per essere il padrone degli uomini e delle cose, è necessario disporre sia dell’impero che del denaro.
Aggiungiamo infine, riguardo ai grandi vantaggi che una pace generale e perpetua dovrebbe apportare al commercio, che essi sono certamente reali e indiscutibili in sé stessi; tuttavia, poiché sono comuni a tutti, non diventano concreti per nessuno. Infatti, tali vantaggi si percepiscono soltanto attraverso le differenze che esistono tra le varie situazioni; e per aumentare la propria potenza relativa, è necessario cercare soltanto beni esclusivi, cioè beni che siano disponibili solo in determinate condizioni.
Sans cesse abusés par l’apparence des choses, les princes rejetteraient donc cette paix, quand ils pèseraient leurs intérêts eux-mêmes ; que sera-ce quand ils les feront peser par leurs ministres, dont les intérêts sont toujours opposés à ceux du peuple et presque toujours à ceux du prince ? Les ministres ont besoin de la guerre pour se rendre nécessaires, pour jeter le prince dans des embarras dont il ne se puisse tirer sans eux, et pour perdre l’État, s’il le faut, plutôt que leur place ; ils en ont besoin pour vexer le peuple sous prétexte des nécessités publiques ; ils en ont besoin pour placer leurs créatures, gagner sur les marchés, et faire en secret mille odieux monopoles ; ils en ont besoin pour satisfaire leurs passions, et s’expulser mutuellement ; ils en ont besoin pour s’emparer du prince, en le tirant de la cour quand il s’y forme contre eux des intrigues dangereuses. Ils perdraient toutes ces ressources par la paix perpétuelle. Et le public ne laisse pas de demander pourquoi, si ce projet est possible, ils ne l’ont pas adopté ! Il ne voit pas qu’il n’y a rien d’impossible dans ce projet, sinon qu’il soit adopté par eux. Que feront-ils donc pour s’y opposer ? Ce qu’ils ont toujours fait : ils le tourneront en ridicule.
Il ne faut pas non plus croire avec l’abbé de Saint-Pierre que, même avec la bonne volonté que les princes ni leurs ministres n’auront jamais, il fût aisé de trouver un moment favorable à l’exécution de ce système ; car il faudrait pour cela que la somme des intérêts particuliers ne l’emportât pas sur l’intérêt commun, et que chacun crût voir dans le bien de tous le plus grand bien qu’il peut espérer pour lui-même. Or, ceci demande un concours de sagesse dans tant de têtes, et un concours de rapports dans tant d’intérêts, qu’on ne doit guère espérer du hasard l’accord fortuit de toutes les circonstances nécessaires. Cependant, si cet accord n’a pas lieu, il n’y a que la force qui puisse y suppléer : et alors il n’est plus question de persuader, mais de contraindre ; et il ne faut pas écrire des livres, mais lever des troupes.
Ainsi, quoique le projet fût très sage, les moyens de l’exécuter se sentaient de la simplicité de l’auteur. Il s’imaginait bonnement qu’il ne fallait qu’assembler un Congrès, y proposer ses Articles, qu’on les allait signer, et que tout serait fait. Convenons que, dans tous les projets de cet honnête homme, il voyait assez bien l’effet des choses quand elles seraient établies, mais il jugeait comme un enfant des moyens de les établir.
Je ne voudrais, pour prouver que le projet de la République chrétienne n’est pas chimérique, que nommer son premier auteur : car assurément Henri IV n’était pas fou, ni Sully visionnaire. L’abbé de Saint-Pierre s’autorisait de ces grands noms pour renouveler leur système. Mais quelle différence dans le temps, dans les circonstances, dans la proposition, dans la manière de la faire, et dans son auteur !
Pour en juger, jetons un coup d’œil sur la situation générale des choses au moment choisi par Henri IV pour l’exécution de son projet.
La grandeur de Charles-Quint, qui régnait sur une partie du monde et faisait trembler l’autre, l’avait fait aspirer à la monarchie universelle avec de grands moyens de succès et de grands talents pour les employer. Son fils, plus riche et moins puissant, suivant sans relâche un projet qu’il n’était pas capable d’exécuter, ne laissa pas de donner à l’Europe des inquiétudes continuelles ; et la maison d’Autriche avait pris un tel ascendant sur les autres Puissances, que nul prince ne régnait en sûreté s’il n’était bien avec elle. Philippe III, moins habile encore que son père, hérita de toutes ses prétentions. L’effroi de la puissance espagnole tenait encore l’Europe en respect, et l’Espagne continuait à dominer plutôt par l’habitude de commander que par le pouvoir de se faire obéir. En effet, la révolte des Pays-Bas, les armements contre l’Angleterre, les guerres civiles de France, avaient épuisé les forces d’Espagne et les trésors des Indes ; la maison d’Autriche, partagée en deux branches, n’agissait plus avec le même concert ; et, quoique l’empereur s’efforçât de maintenir ou recouvrer en Allemagne l’autorité de Charles-Quint, il ne faisait qu’aliéner les princes et fomenter des ligues qui ne tardèrent pas d’éclore et faillirent à le détrôner. Ainsi se préparait de loin la décadence de la maison d’Autriche et le rétablissement de la liberté commune. Cependant nul n’osait le premier hasarder de secouer le joug, et s’exposer seul à la guerre ; l’exemple de Henri IV même, qui s’en était tiré si mal, ôtait le courage à tous les autres. D’ailleurs, si l’on excepte le duc de Savoie, trop faible et trop subjugué pour rien entreprendre, il n’y avait pas parmi tant de souverains un seul homme de tête en état de former et soutenir une entreprise ; chacun attendait du temps et des circonstances le moment de briser ses fers. Voilà quel était en gros l’état des choses, quand Henri forma le plan de la République chrétienne, et se prépara à l’exécuter. Projet bien grand, bien admirable en lui-même, et dont je ne veux pas ternir l’honneur ; mais qui, ayant pour raison secrète l’espoir d’abaisser un ennemi redoutable, recevait de ce pressant motif une activité qu’il eût difficilement tirée de la seule utilité commune.
Constantly deceived by the appearance of things, princes would thus reject such peace if they were to consider their own interests alone; but what will happen when they let their ministers weigh those interests—ministers whose interests are always opposed to those of the people and almost always to those of the prince himself? Ministers need war in order to make themselves indispensable, to plunge the prince into difficulties from which he cannot extricate himself without them, and even to lose the state, if necessary, rather than give up their own positions. They need it to oppress the people under the pretext of public necessities; they need it to place their own cronies in power, to gain advantages in markets, and to secretly establish a thousand despicable monopolies. They need it to satisfy their own passions and to engage in mutual strife. They need it to seize control over the prince by removing him from court whenever dangerous plots are formed against them there. With perpetual peace, they would lose all these means of power. And the public cannot help but ask why, if such a plan is feasible, they have not adopted it yet! It fails to see that nothing in this plan is actually impossible—except for their own refusal to implement it. So what will they do to oppose it? The same thing as they always have: they will laugh it off.
One should also not believe, as Father de Saint-Pierre does, that even with the best intentions on the part of princes and their ministers, it would be easy to find a favorable moment to implement such a system; for this would require that the sum of all particular interests do not prevail over the common good, and that everyone should see in the welfare of all the greatest benefit they could possibly hope for themselves. Yet, this demands the collective wisdom of numerous individuals and the coordination of countless interests, making it highly unlikely that all necessary circumstances will coincide by chance. Nevertheless, if such coordination does not occur, force alone can serve as a remedy; and in that case, persuasion is no longer possible—coercion becomes necessary. And instead of writing books, troops must be raised.
Thus, although the project was very sensible, the means to carry it out seemed far too simple in the author’s eyes. He naively assumed that all one needed to do was convene a Congress, present his proposals there, and they would be signed – and that everything would be accomplished accordingly. It must be admitted that, in all of this honest man’s projects, he saw quite clearly what the effects would be once they were put into practice; yet he judged the means required to achieve them in an utterly childlike manner.
To prove that the project of the Christian Republic is not fanciful, I would like nothing better than to mention its first author: for surely Henry IV was neither mad nor was Sully a visionary. The Abbot of Saint-Pierre drew inspiration from these great names in order to renew their system. But what a difference there is in terms of time, circumstances, the proposal itself, the manner in which it was put forward, and its author!
To judge this, let us take a look at the general state of affairs at the time Henry IV chose to carry out his plan.
The greatness of Charles V, who ruled over a part of the world and made the other tremble, inspired him to aspire to universal monarchy, equipped as he was with great means for success and considerable talent in utilizing them. His son, richer but less powerful, relentlessly pursued a goal he was incapable of achieving, constantly causing concern throughout Europe; moreover, the House of Austria had gained such dominance over the other powers that no prince could reign securely unless they were in good relations with it. Philip III, even less capable than his father, inherited all his ambitions. The fear of Spanish power still kept Europe in awe, and Spain continued to dominate more through the habit of giving orders than through the actual force to make them obeyed. Indeed, the rebellion in the Netherlands, the military campaigns against England, and the civil wars in France had exhausted Spain’s resources and its wealth from the Indies; the House of Austria, divided into two branches, no longer acted in unison; and although the emperor tried to maintain or regain in Germany the authority that Charles V had possessed, he only managed to alienate the princes and provoke alliances that soon emerged, threatening to overthrow him. In this way, the decline of the House of Austria and the restoration of common liberty were quietly preparing themselves. However, no one dared to be the first to challenge this rule and risk starting a war alone; even the example of Henry IV, who had suffered so much in attempting to do so, discouraged everyone else. Moreover, apart from the Duke of Savoy—too weak and too subdued to take any action—there was not a single ambitious ruler among all these sovereigns capable of organizing and sustaining such an enterprise; each waited for the right time and circumstances to break free from this yoke. Such was roughly the situation when Henry began planning the establishment of the Christian Republic and prepared to put it into action. A grand and admirable plan in itself, one whose honor I wish to preserve unimpaired; but one that, driven by the secret desire to defeat a formidable enemy, gained an intensity that it would have struggled to attain if motivated solely by common interests.
Costantemente ingannati dall’apparenza delle cose, i principi rifiuterebbero quindi questa pace se considerassero davvero i propri interessi; ma che cosa accadrà quando faranno pesare tali interessi attraverso i loro ministri, i cui interessi sono sempre in contrasto con quelli del popolo e quasi sempre anche con quelli del principe stesso? I ministri hanno bisogno della guerra per rendersi indispensabili, per mettere il principe in difficoltà da cui non possa uscire senza di loro, e persino per perdere lo Stato, se necessario, piuttosto che rinunciare al proprio potere; ne hanno bisogno per tormentare il popolo sotto il pretesto delle esigenze pubbliche; ne hanno bisogno per insediare i propri protetti, ottenere vantaggi nei mercati e creare in segreto mille odiosi monopoli; ne hanno bisogno per soddisfare le proprie passioni e per combattere tra loro; ne hanno bisogno infine per assumere il controllo sul principe, allontanandolo dalla corte non appena vi si formano intrighi pericolosi contro di loro. Con la pace perpetua perderebbero tutte queste opportunità. E il pubblico non smette mai di chiedersi perché, se questo piano è realizzabile, non lo abbiano adottato. Non comprende che nulla in esso sia impossibile, tranne che venga effettivamente attuato da loro. Allora, cosa faranno per opporsi? Quello che hanno sempre fatto: lo renderanno ridicolo.
Non si deve nemmeno credere, come sostiene l’abate di Saint-Pierre, che, anche con la migliore volontà da parte dei principi e dei loro ministri, sia facile trovare un momento favorevole all’attuazione di tale sistema; infatti, ciò richiederebbe che la somma degli interessi particolari non prevalesse sull’interesse comune, e che ognuno ritenesse nel bene di tutti il maggior bene che possa sperare per sé stesso. Tuttavia, questo richiede un concorso di saggezza da parte di molte persone e un equilibrio tra numerosi interessi, tanto che non si può certo contare sul caso per ottenere l’accordo fortuito di tutte le circostanze necessarie. Se tale accordo non dovesse verificarsi, allora rimane solo la forza come strumento per raggiungerlo: e in tal caso non si tratta più di persuadere, ma di costringere; e non servono più libri, ma truppe.
Pertanto, sebbene il progetto fosse molto sensato, i mezzi per attuarlo sembravano estremamente semplici secondo l’autore stesso. Lui si immaginava che bastasse convocare un Congresso, presentarvi i propri articoli, farli firmare e che tutto sarebbe stato risolto. Bisogna ammettere che, in tutti i progetti di quest’uomo onesto, riusciva a vedere chiaramente gli effetti che le cose avrebbero avuto una volta attuate, ma valutava i mezzi per realizzarle come farebbe un bambino.
Per dimostrare che il progetto della Repubblica cristiana non è un’idea irrealistica, vorrei soltanto menzionare il suo primo autore: infatti, Henri IV certamente non era pazzo, né Sully un visionario. L’abate de Saint-Pierre si avvalse di questi grandi nomi per rinnovare il loro sistema. Ma quale differenza nel tempo, nelle circostanze, nella proposta stessa, nel modo in cui fu presentata e nell’autore che la ideò!
Per giudicarlo, diamo un’occhiata alla situazione generale delle cose nel momento scelto da Enrico IV per attuare il suo progetto.
La grandezza di Carlo V, che regnava su una parte del mondo e faceva tremare l’altra, lo spinse ad aspirare alla monarchia universale, dotato com’era di grandi mezzi per riuscirci e di notevoli capacità per utilizzarli. Suo figlio, più ricco ma meno potente, perseguì senza sosta un progetto che non era in grado di realizzare, causando così continui timori in Europa; inoltre, la casa d’Asburgo aveva acquisito tale ascendente sulle altre potenze che nessun principe poteva regnare in sicurezza se non fosse stato in buoni rapporti con essa. Filippo III, ancora meno abile di suo padre, ereditò tutte le sue ambizioni. La paura della potenza spagnola teneva ancora l’Europa in soggezione; la Spagna continuava a dominare piuttosto per abitudine al comando che per effettivo potere. Infatti, la rivolta dei Paesi Bassi, gli armamenti contro l’Inghilterra e le guerre civili in Francia avevano esaurito le forze della Spagna e i tesori delle Indie; la casa d’Asburgo, divisa in due rami, non agiva più con unità; e sebbene l’imperatore si sforzasse di mantenere o ristabilire in Germania l’autorità di Carlo V, non faceva altro che allontanare i principi e incoraggiarne la formazione di leghe che presto si manifestarono e minacciarono di rovesciarlo. Così, da lontano, si preparava il declino della casa d’Asburgo e il ritorno alla libertà comune. Tuttavia, nessuno osava per primo tentare di scuotere quel giogo e correre da solo il rischio di una guerra; persino l’esempio di Enrico IV, che ne era uscito così male, toglieva coraggio a tutti gli altri. Inoltre, ad eccezione del duca di Savoia, troppo debole e troppo sottomesso per intraprendere qualsiasi cosa, non c’era tra tanti sovrani nessuno che avesse la capacità di organizzare e sostenere un simile progetto; ognuno aspettava il momento giusto e le circostanze adatte per spezzare i propri legami. Ecco, in linea di massima, la situazione quando Enrico concepì il piano della Repubblica cristiana e si preparò a metterlo in atto. Un progetto grandioso e ammirevole in sé stesso, del quale non voglio diminuire l’onore; ma che, avendo come scopo segreto la speranza di sconfiggere un nemico temibile, riceveva da questo motivo urgente un impulso che difficilmente avrebbe potuto derivare soltanto dall’utilità comune.
Voyons maintenant quels moyens ce grand homme avait employés à préparer une si haute entreprise. Je compterais volontiers pour le premier d’en avoir bien vu toutes les difficultés ; de telle sorte qu’ayant formé ce projet dès son enfance il le médita toute sa vie, et réserva l’exécution pour sa vieillesse : conduite qui prouve premièrement ce désir ardent et soutenu qui seul, dans les choses difficiles, peut vaincre les grands obstacles ; et, de plus, cette sagesse patiente et réfléchie qui s’aplanit les routes de longue main à force de prévoyance et de préparation. Car il y a bien de la différence entre les entreprises nécessaires, dans lesquelles la prudence même veut qu’on donne quelque chose au hasard, et celles que le succès seul peut justifier, parce qu’ayant pu se passer de les faire on n’a dû les tenter qu’à coup sûr. Le profond secret qu’il garda toute sa vie, jusqu’au moment de l’exécution, était encore aussi essentiel que difficile dans une si grande affaire, où le concours de tant de gens était nécessaire, et que tant de gens avaient intérêt de traverser. Il paraît que, quoiqu’il eût mis la plus grande partie de l’Europe dans son parti, et qu’il fût ligué avec les plus puissants potentats, il n’eut jamais qu’un seul confident qui connût toute l’étendue de son plan ; et, par un bonheur que le ciel n’accorda qu’au meilleur des rois, ce confident fut un ministre intègre. Mais sans que rien transpirât de ces grands desseins, tout marchait en silence vers leur exécution. Deux fois Sully était allé à Londres : la partie était liée avec le roi Jacques, et le roi de Suède était engagé de son côté ; la ligue était conclue avec les protestants d’Allemagne ; on était même sûr des princes d’Italie ; et tous concouraient au grand but sans pouvoir dire quel il était, comme les ouvriers qui travaillent séparément aux pièces d’une nouvelle machine dont ils ignorent la forme et l’usage. Qu’est-ce donc qui favorisait ce mouvement général ? Était-ce la paix perpétuelle, que nul ne prévoyait et dont peu se seraient souciés ? Était-ce l’intérêt public, qui n’est jamais celui de personne ? L’abbé de Saint-Pierre eût pu l’espérer. Mais réellement chacun ne travaillait que dans la vue de son intérêt particulier, que Henri avait eu le secret de leur montrer à tous sous une face très attrayante. Le roi d’Angleterre avait à se délivrer des continuelles conspirations des catholiques de son royaume, toutes fomentées par l’Espagne. Il trouvait de plus un grand avantage à l’affranchissement des Provinces Unies, qui lui coûtaient beaucoup à soutenir, et le mettaient chaque jour à la veille d’une guerre qu’il redoutait, ou à laquelle il aimait mieux contribuer une fois avec tous les autres, afin de s’en délivrer pour toujours. Le roi de Suède voulait s’assurer de la Poméranie, et mettre un pied dans l’Allemagne. L’électeur palatin, alors protestant et chef de la confession d’Augsbourg, avait des vues sur la Bohême, et entrait dans toutes celles du roi d’Angleterre. Les princes d’Allemagne avaient à réprimer les usurpations de la maison d’Autriche. Le duc de Savoie obtenait Milan et la couronne de Lombardie, qu’il désirait avec ardeur. Le pape même, fatigué de la tyrannie espagnole, était de la partie, au moyen du royaume de Naples qu’on lui avait promis. Les Hollandais, mieux payés que tous les autres, gagnaient l’assurance de leur liberté. Enfin, outre l’intérêt commun d’abaisser une Puissance orgueilleuse qui voulait dominer partout, chacun en avait un particulier, très vif, très sensible, et qui n’était point balancé par la crainte de substituer un tyran à l’autre, puisqu’il était convenu que les conquêtes seraient partagées entre tous les alliés, excepté la France et l’Angleterre, qui ne pouvaient rien garder pour elles. C’en était assez pour calmer les plus inquiets sur l’ambition de Henri IV. Mais ce sage prince n’ignorait pas qu’en ne se réservant rien par ce traité il y gagnait pourtant plus qu’aucun autre. Car, sans rien ajouter à son patrimoine, il lui suffisait de diviser celui du seul plus puissant que lui, pour devenir le plus puissant lui-même ; et l’on voit très clairement qu’en prenant toutes les précautions qui pouvaient assurer le succès de l’entreprise, il ne négligeait pas celles qui devaient lui donner la primauté dans le Corps qu’il voulait instituer.
De plus, ses apprêts ne se bornaient point à former au dehors des ligues redoutables, ni à contracter alliance avec ses voisins et ceux de son ennemi. En intéressant tant de peuples à l’abaissement du premier potentat de l’Europe, il n’oubliait pas de se mettre en état par lui-même de le devenir à son tour. Il employa quinze ans de paix à faire des préparatifs dignes de l’entreprise qu’il méditait. Il remplit d’argent ses coffres, ses arsenaux d’artillerie, d’armes, de munitions ; il ménagea de loin des ressources pour les besoins imprévus. Mais il fit plus que tout cela sans doute, en gouvernant sagement ses peuples, en déracinant insensiblement toutes les semences de divisions, et en mettant un si bon ordre à ses finances qu’elles pussent fournir à tout sans fouler ses sujets. De sorte que, tranquille au dedans et redoutable au dehors, il se vit en état d’armer et d’entretenir soixante mille hommes et vingt vaisseaux de guerre, de quitter son royaume sans y laisser la moindre source de désordre, et de faire la guerre durant six ans sans toucher à ses revenus ordinaires, ni mettre un sou de nouvelles impositions.
À tant de préparatifs ajoutez, pour la conduite de l’entreprise, le même zèle et la même prudence qui l’avaient formée, tant de la part de son ministre que de la sienne. Enfin, à la tête des expéditions militaires, un capitaine tel que lui, tandis que son adversaire n’en avait plus à lui opposer : et vous jugerez si rien de ce qui peut annoncer un heureux succès manquait à l’espoir du sien. Sans avoir pénétré ses vues, l’Europe attentive à ses immenses préparatifs en attendait l’effet avec une sorte de frayeur. Un léger prétexte allait commencer cette grande révolution ; une guerre, qui devait être la dernière, préparait une paix immortelle, quand un événement, dont l’horrible mystère doit augmenter l’effroi, vint bannir à jamais le dernier espoir du monde. Le même coup qui trancha les jours de ce bon roi replongea l’Europe dans d’éternelles guerres qu’elle ne doit plus espérer de voir finir. Quoi qu’il en soit, voilà les moyens que Henri IV avait rassemblés pour former le même établissement que l’abbé de Saint-Pierre prétendait faire avec un livre.
Qu’on ne dise donc point que si son système n’a pas été adopté, c’est qu’il n’était pas bon : qu’on dise au contraire qu’il était trop bon pour être adopté. Car le mal et les abus, dont tant de gens profitent, s’introduisent d’eux-mêmes ; mais ce qui est utile au public ne s’introduit guère que par la force, attendu que les intérêts particuliers y sont presque toujours opposés. Sans doute la paix perpétuelle est à présent un projet bien absurde ; mais qu’on nous rende un Henri IV et un Sully, la paix perpétuelle redeviendra un projet raisonnable. Ou plutôt, admirons un si beau plan, mais consolons-nous de ne pas le voir exécuter ; car cela ne peut se faire que par des moyens violents et redoutables à l’humanité.
On ne voit point de ligues fédératives s’établir autrement que par des révolutions : et, sur ce principe, qui de nous oserait dire si cette ligue européenne est à désirer, ou à craindre ? Elle ferait peut-être plus de mal tout d’un coup qu’elle n’en préviendrait pour des siècles.
FIN du JUGEMENT SUR LA PAIX PERPÉTUELLE
Liste des œuvres philosophiques et politiques
Liste générale des titres
Let us now examine the means employed by this great man to prepare for such an ambitious undertaking. I would consider it a significant achievement to have clearly perceived all the difficulties involved; thus, having conceived this plan in his youth, he pondered over it throughout his life and reserved its execution for old age—a strategy that demonstrates, first and foremost, that fervent and unwavering determination is alone capable of overcoming formidable obstacles in difficult endeavors. Moreover, it reflects a patient and thoughtful wisdom that patiently prepares the way through careful planning and preparation. For there is a distinct difference between undertakings where prudence itself allows some element of chance to be involved, and those whose success can only be justified by their actual outcome, since such undertakings could have been avoided had they not been deemed absolutely necessary. The profound secret he kept throughout his life, right up until the moment of execution, was both essential and extremely difficult to maintain in a matter of such magnitude, involving the cooperation of so many people and the interests of numerous parties at stake. It seems that, despite having secured the support of much of Europe and forming alliances with powerful nations, he had only one confidant who was fully aware of the full extent of his plan—and, by a stroke of luck unique to the greatest of kings, this confidant was an honest and trustworthy minister. Yet, without any details of these grand designs leaking out, everything proceeded smoothly toward its realization. Twice did Sully travel to London: the alliance was tied to King James, while the King of Sweden was on their side; a pact was also made with the Protestants of Germany, and even the princes of Italy were assured of their support; all worked together toward this common goal without knowing its true nature, much like workers who individually assemble parts of a new machine without understanding its form or purpose. What, then, drove this widespread movement forward? Was it the perpetual peace that no one foresaw and about which few cared? Or was it the public interest—something that is never truly the interest of any individual? The Abbot of Saint-Pierre might have hoped for such an outcome. But in reality, everyone acted solely out of their own self-interest, an interest that Henry had skillfully presented to them all in a very appealing light. The King of England needed to rid his kingdom of the constant conspiracies orchestrated by the Catholics of Spain; moreover, he saw great advantages in securing the independence of the Provinces United, which required considerable effort to maintain and often threatened to plunge him into war. He would rather join forces with others once and for all to achieve this goal and thus be free from such troubles forever. The King of Sweden, for his part, sought to gain control of Pomerania and establish a foothold in Germany. The Elector of the Palatinate, being at that time a Protestant and head of the Augsburg Confession, had interests concerning Bohemia that coincided with those of the King of England. The princes of Germany were tasked with suppressing the usurpations of the House of Austria. The Duke of Savoy obtained Milan and the crown of Lombardy, which he desired ardently. Even the Pope, weary of Spanish tyranny, joined their cause through the Kingdom of Naples, which had been promised to him. The Dutch, being better compensated than all others, secured for themselves the guarantee of their freedom. Lastly, beyond the common interest of defeating a proud power that sought to dominate everywhere, each participant had specific and compelling motives—motives that were not tempered by any fear of replacing one tyrant with another, since it was agreed that the conquests would be shared among all allies, except France and England, which were excluded from any gains. All these factors were sufficient to reassure those most concerned about Henry IV’s ambitions. Yet this wise prince was well aware that by reserving nothing for himself through this treaty, he actually gained more than anyone else. For, without adding anything to his own territory, he merely needed to divide the wealth of the only power stronger than his own in order to become the most powerful himself. It is clear that, by taking all precautions necessary to ensure the success of this enterprise, he did not neglect those measures that would secure his dominance within the alliance he sought to establish.
Moreover, his preparations did not merely consist in forming alliances outside of those formidable leagues or in forging ties with his neighbors as well as those of his enemy. By involving so many peoples in the downfall of Europe’s foremost power, he did not forget to ensure that he himself would be in a position to become that power in turn. He spent fifteen years of peace preparing for the undertaking he had in mind. He filled his coffers with gold, and his arsenals with artillery, weapons, and ammunition; he also secured ample resources to address any unforeseen needs. But perhaps most importantly of all, he governed his peoples wisely, gradually eradicating every seed of discord, and managed his finances so efficiently that they could support everything without burdening his subjects in the slightest. As a result, being internally stable and externally formidable, he was able to equip and maintain sixty thousand soldiers and twenty warships, leave his kingdom without leaving any source of unrest behind, and wage war for six years without affecting his regular revenues or imposing any new taxes at all.
Add to all these preparations the same zeal and prudence displayed both by his minister and himself in the conduct of affairs. Lastly, at the head of military expeditions, a commander like him—while his opponent no longer had one to oppose him—there you have everything that could ensure a successful outcome. Without understanding his intentions, Europe, aware of his immense preparations, awaited their effects with a sense of dread. A seemingly trivial pretext was about to set in motion this great revolution; a war that was destined to be the last one prepared the way for an eternal peace—until an event, whose horrifying mystery only served to deepen everyone’s fear, forever shattered all hopes for mankind. The very same blow that ended the days of that good king plunged Europe into endless wars from which it still has no hope of ever emerging. In any case, these were the means at Henry IV’s disposal to establish what that abbot of Saint-Pierre claimed could be achieved with just a book.
Let us not say that if his system was not adopted, it was because it was not good; rather, let us say that it was too good to be adopted. For evil and abuses, from which so many people profit, introduce themselves into society on their own; but what is beneficial to the public can hardly be introduced except by force, since particular interests almost always oppose such measures. Undoubtedly, perpetual peace is at present a completely absurd proposition; but give us a Henry IV or a Sully, and perpetual peace would once again become a reasonable goal. Or rather, let us admire such a beautiful plan, but console ourselves in knowing that it cannot be put into practice—because this can only be accomplished through violent means that are terrible for humanity.
One cannot see any federal leagues being established in any other way but through revolutions; and, based on this principle, who among us would dare to say whether such a European league is something to be desired or feared? It might cause more harm all at once than it could prevent harm over centuries.
End of the judgment regarding eternal peace.
List of philosophical and political works
General list of titles
E ora vediamo quali mezzi questo grande uomo abbia utilizzato per preparare un’impresa così ambiziosa. Vorrei considerarmi il primo ad aver compreso appieno tutte le difficoltà che essa presentava; egli, infatti, aveva concepito questo progetto fin dall’infanzia e lo aveva meditato per tutta la vita, riservandone l’esecuzione per la vecchiaia: una condotta che dimostra innanzitutto quel desiderio ardente e costante che, nelle cose difficili, è l’unico in grado di superare gli ostacoli più grandi; inoltre, quella saggezza paziente e riflessiva che, con grande previdenza e preparazione, apre lentamente la strada verso il successo. Infatti, c’è una grande differenza tra le imprese necessarie, nelle quali anche la prudenza richiede di lasciare spazio al caso, e quelle che possono essere giustificate soltanto dal successo stesso, poiché, se fosse stato possibile evitarle, non avrebbero dovuto essere tentate se non con certezza. Il segreto profondo che egli custodì per tutta la vita, fino al momento dell’esecuzione, era altrettanto essenziale quanto difficile in un’impresa così grande, dove era necessario il concorso di molte persone e molte di loro avevano interesse a ostacolarla. Sembra che, nonostante avesse dalla sua parte gran parte dell’Europa e fosse alleato con i potenti sovrani del tempo, egli abbia avuto soltanto un solo confidente che conoscesse tutta la portata del suo piano; e, per una fortuna che il cielo concede soltanto ai migliori re, questo confidente era un ministro integro. Ma senza che nulla trapelasse di questi grandi progetti, tutto procedeva silenziosamente verso la sua realizzazione. Due volte Sully andò a Londra: la parte in questione era alleata con il re Giacomo, e il re di Svezia era impegnato dal suo lato; la lega fu stretta anche con i protestanti della Germania; si aveva persino la certezza del sostegno dei principi italiani; e tutti contribuivano al grande obiettivo senza sapere esattamente quale fosse, proprio come gli operai che lavorano separatamente alle parti di una nuova macchina di cui ignorano forma e funzione. Quindi, cosa favorì questo movimento generale? Fu forse la pace perpetua, che nessuno prevedeva e di cui pochi si sarebbero curati? Fu forse l’interesse pubblico, che in realtà non è mai quello di nessuno? L’abate di Saint-Pierre avrebbe potuto sperarlo. Ma in realtà ognuno lavorava soltanto nell’interesse proprio, un interesse che Enrico riuscì a far apparire attraente sotto una luce molto allettante a tutti. Il re d’Inghilterra voleva liberarsi delle continue congiure dei cattolici del suo regno, tutte fomentate dalla Spagna; inoltre, trovava un grande vantaggio nell’affrancamento delle Province Unite, che gli costavano molto da sostenere e lo mettevano ogni giorno di fronte al rischio di una guerra che temeva. O forse preferiva contribuire a essa insieme agli altri, per potersene liberare una volta per tutte. Il re di Svezia voleva assicurarsi la Pomerania e stabilire una presenza in Germania. L’elettore palatino, allora protestante e capo della confessione di Augusta, aveva interessi legati alla Boemia e condivideva tutti gli obiettivi del re d’Inghilterra. I principi tedeschi dovevano reprimere le usurpazioni della casa d’Austria. Il duca di Savoia ottenne Milano e la corona di Lombardia, che desiderava ardentemente. Anche il papa, stanco della tirannia spagnola, si schierò dalla parte degli alleati, grazie al regno di Napoli che gli era stato promesso. Gli olandesi, meglio retribuiti rispetto agli altri, ottennero la garanzia della propria libertà. Infine, oltre all’interesse comune di sottomettere una potenza orgogliosa che cercava di dominare ovunque, ciascuno degli alleati aveva interessi particolari, molto vividi e concreti; inoltre, non esisteva alcun timore che l’instaurazione di un nuovo tiranno sostituisse quello precedente, poiché era stato concordato che le conquiste sarebbero state distribuite equamente tra tutti gli alleati, ad eccezione della Francia e dell’Inghilterra, che non avrebbero potuto trattenere nulla per sé. Tutto ciò era sufficiente per tranquillizzare coloro che temevano l’ambizione di Enrico IV. Ma questo saggio principe sapeva bene che, pur non riservandosi nulla con quel trattato, guadagnava comunque più di chiunque altro: senza aggiungere nulla al proprio patrimonio, bastava che dividesse quello dell’unica potenza più forte di lui per diventare a sua volta il più potente; inoltre, prendeva tutte le precauzioni necessarie per assicurarsi il successo della propria impresa, senza trascurare quelle che avrebbero potuto garantirgli la supremazia nel gruppo di alleati che intendeva creare.
Inoltre, i suoi preparativi non si limitavano a formare alleanze all’esterno di quelle potenti leghe, né a stringere accordi con i vicini del suo nemico. Interessando così tanti popoli alla sconfitta del più grande potente d’Europa, non dimenticava di prepararsi personalmente a diventarlo a sua volta. Impiegò quindici anni di pace per fare tutti i preparativi necessari all’impresa che aveva in mente: riempì i suoi forzieri d’oro, i suoi arsenali di artiglieria, armi e munizioni; provvide con largo anticipo a risorse sufficienti per affrontare eventualità impreviste. Ma probabilmente fece ancora di più: governò saggiamente i suoi popoli, eliminò gradualmente ogni causa di divisione e organizzò le sue finanze in modo tale che queste potessero soddisfare tutte le esigenze senza gravare sui suoi sudditi. Così, tranquillo all’interno e temibile all’esterno, riuscì a mettere in campo sessantamila uomini e venti navi da guerra, a lasciare il suo regno senza lasciare alcuna fonte di disordine e a combattere per sei anni senza intaccare i suoi introiti abituali né imporre nuove tasse.
A tutti questi preparativi si aggiunga, per la conduzione dell’impresa, lo stesso zelo e la stessa prudenza che avevano caratterizzato sia il ministro che lui stesso nella sua azione. Infine, alla guida delle spedizioni militari, un capitano del suo calibro, mentre al suo avversario non ne rimaneva più nessuno da opporre. E potrete giudicare se mancasse qualcosa, tra tutto ciò che poteva preannunciare un felice successo, alle speranze di Henri IV. Senza aver compreso appieno le sue intenzioni, l’Europa, attenta ai suoi immensi preparativi, attendeva con timore l’esito delle sue azioni. Un semplice pretesto stava per innescare questa grande rivoluzione; una guerra che avrebbe dovuto essere l’ultima preparava in realtà una pace eterna. Quando invece un evento, il cui orribile mistero aumentò ancora di più il terrore generale, cancellò per sempre ogni speranza nel futuro del mondo. Lo stesso colpo che pose fine alla vita di quel buon re gettò l’Europa in guerre eternhe dalle quali non si può più aspettare la fine. Comunque sia, questi erano i mezzi che Enrico IV aveva raccolto per realizzare lo stesso scopo che l’abate di Saint-Pierre pretendeva di raggiungere con un solo libro.
Non si dica quindi che il fatto che il suo sistema non sia stato adottato significhi che non fosse buono: al contrario, si possa affermare che fosse troppo buono per essere adottato. Infatti, i mali e gli abusi di cui tante persone traggono vantaggio si introducono da soli; ma ciò che è utile al pubblico difficilmente può essere attuato se non con la forza, poiché gli interessi particolari vi si oppongono quasi sempre. Senz’altro, la pace perpetua è oggi un progetto assolutamente assurdo; ma restituiteci un Enrico IV e un Sully, e la pace perpetua diventerà di nuovo un progetto ragionevole. O meglio, ammiriamo un piano così meraviglioso, ma rassegniamoci al fatto che non possa essere realizzato: poiché ciò è possibile soltanto attraverso mezzi violenti e terribili per l’umanità.
Non si vedono leghe federali stabilirsi in altro modo se non attraverso rivoluzioni; e, basandoci su questo principio, chi di noi oserebbe dire se questa lega europea sia da desiderare o da temere? Potrebbe forse causare più danni all’improvviso di quanti ne possa prevenire nel corso di secoli.
Fine del giudizio sulla pace perpetua.
Elenco delle opere filosofiche e politiche
Elenco generale dei titoli